Stacks / ∞

Traduction française restaurée et lecteur historique

Le PDF et les sources publiés le 30 septembre 2026 rétablissent les lectures du Stacks Project officiel au commit a04446e57ec1fbc252a871afcec7752fb2807b14. Les corrections proposées et les ajouts restent séparés du texte traduit.

Cette page HTML provient encore de l’édition du 21 septembre, qui comporte des modifications mathématiques éditoriales. Elle est conservée pour consultation historique : elle ne représente pas le texte de la traduction restaurée. Pour lire cette dernière, utilisez le PDF ou les sources ci-dessous.

Traduction initiale : OpenAI Codex — GPT-5.6 Sol, effort Ultra, selon le producteur. Restauration et présent signalement : OpenAI Codex — GPT-6.1 Sol, effort Ultra. Aucune relecture humaine experte n’est revendiquée.

Français / 037

Compléments sur les morphismes

Traduction non officielle assistée par IA, sans relecture humaine experte exhaustive

Traduction non officielle assistée par IA, sans relecture humaine experte exhaustive. Les corrections des spécialistes sont les bienvenues. La traduction et l’édition anglaise intégrée par IA sont distinctes : la correspondance des chapitres ne signifie pas l’identité des textes.

Sections de ce chapitreIntroduction
Épaississements
Morphismes d’épaississements
Groupes de Picard des épaississements
Voisinages infinitésimaux
Morphismes formellement non ramifiés
Épaississements universels du premier ordre
Morphismes formellement étales
Déformations infinitésimales des morphismes
Déformations infinitésimales des schémas
Morphismes formellement lisses
Lissité sur une base noethérienne
Le complexe cotangent naïf
Sommes amalgamées dans la catégorie des schémas, I
Ouverture du lieu de platitude
Critère de platitude par fibres
Immersions fermées entre schémas lisses
Modules plats et assassins relatifs
Retour sur la normalisation
Morphismes normaux
Morphismes réguliers
Morphismes de Cohen-Macaulay
sections des morphismes de Cohen-Macaulay
Fibres génériques
Assassins relatifs
Fibres réduites
Composantes irréductibles des fibres
Composantes connexes des fibres
Composantes connexes rencontrant une section
Dimension des fibres
Normalisation de Noether relative faible
Théorèmes de Bertini
Théorème du cube
Arguments de passage à la limite
Voisinages étales
Voisinages étales et branches
Morphismes non ramifiés et étales
Découpage des morphismes lisses
Voisinages étales et approximation d’Artin
Les morphismes finis localement libres dominent localement les morphismes étales
Localisation étale des morphismes quasi-finis
Localisation étale des morphismes entiers
Théorème principal de Zariski
Applications du théorème principal de Zariski, I
Applications du théorème principal de Zariski, II
Application aux morphismes à fibres connexes
Application à la structure des morphismes de type fini
Application à la topologie fppf
Schémas quasi-projectifs
Schémas projectifs
Proj et Spec
Points fermés dans les fibres
Factorisation de Stein
Stratification par platitude générique
Stratification d’un morphisme
Amélioration des morphismes de dimension relative égale à un
Descente des morphismes séparés localement quasi-finis
Présentation finie relative
Pseudo-cohérence relative
Morphismes pseudo-cohérents
Morphismes parfaits
Morphismes d’intersection complète locale
Suites exactes de différentielles et de faisceaux conormaux
Morphismes faiblement étales
Théorème de la fibre réduite
Morphismes ind-quasi-affines
Sommes amalgamées dans la catégorie des schémas, II
Morphismes relatifs
Caractérisation des complexes pseudo-cohérents, III
Descente des propriétés de finitude des complexes
Objets relativement parfaits
Contraction de courbes rationnelles
Stratifications affines
Morphismes universellement ouverts
Pondérations
Compléments sur les pondérations
Pondérations et nombres de stratification affine
Morphismes complètement décomposés
Familles de modules inversibles amples
Éclatements et familles amples de modules inversibles
Le critère extensif pour les immersions fermées

Introduction

Dans ce chapitre, nous poursuivons l’étude des propriétés des morphismes de schémas. Une référence fondamentale est [EGA].

Épaississements

La terminologie suivante n’est peut-être pas entièrement usuelle, mais elle est commode.

Définition

Épaississements.

  1. On dit qu’un schéma \(X'\) est un épaississement d’un schéma \(X\) si \(X\) est un sous-schéma fermé de \(X'\) et si les espaces topologiques sous-jacents sont égaux.

  2. On dit qu’un schéma \(X'\) est un épaississement du premier ordre d’un schéma \(X\) si \(X\) est un sous-schéma fermé de \(X'\) et si le faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{X'}\) définissant \(X\) est de carré nul.

  3. On dit qu’un schéma \(X'\) est un épaississement d’ordre fini d’un schéma \(X\) si \(X\) est un sous-schéma fermé de \(X'\) et si le faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{X'}\) définissant \(X\) est nilpotent, c’est-à-dire s’il existe un entier \(n \geq 0\) tel que \(\mathcal{I}^{n + 1} = 0\).

  4. On dit qu’un schéma \(X'\) est un épaississement d’ordre \(n\) d’un schéma \(X\) si \(X\) est un sous-schéma fermé de \(X\) et si \(\mathcal{I}^{n + 1} = 0\), où \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{X'}\) est le faisceau quasi-cohérent d’idéaux définissant \(X\).

  5. Étant donnés deux épaississements \(X \subset X'\) et \(Y \subset Y'\), un morphisme d’épaississements est un morphisme \(f' : X' \to Y'\) tel que \(f'(X) \subset Y\), c’est-à-dire tel que \(f'|_X\) se factorise par le sous-schéma fermé \(Y\). Dans cette situation, on pose \(f = f'|_X : X \to Y\) et on dit que \((f, f') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) est un morphisme d’épaississements.

  6. Soit \(S\) un schéma. On définit de même les épaississements sur \(S\) et les morphismes d’épaississements sur \(S\). Cela signifie que les schémas \(X, X', Y, Y'\) ci-dessus sont des schémas sur \(S\) et que les morphismes \(X \to X'\), \(Y \to Y'\) et \(f' : X' \to Y'\) sont des morphismes sur \(S\).

Soit \(i_X : X \to X'\) un épaississement. Toute section locale du noyau \(\mathcal{I} = \Ker(i_X^\sharp)\) est localement nilpotente. Cela donne un certain contrôle sur le faisceau structural \(\mathcal{O}_{X'}\), mais, techniquement, la classe des épaississements d’ordre fini \(X \subset X'\) est beaucoup plus facile à manier. En effet, si \(X'\) est un épaississement d’ordre \(n\), on dispose d’une filtration \[0 = \mathcal{I}^{n + 1} \subset \mathcal{I}^n \subset \mathcal{I}^{n - 1} \subset \ldots \subset \mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{X'}\] et l’on voit que \(X'\) est filtré par des sous-espaces fermés \[X = X_1 \subset X_2 \subset \ldots \subset X_n \subset X_{n + 1} = X'\] tels que chaque paire \(X_i \subset X_{i + 1}\) soit un épaississement du premier ordre sur \(S\). Par de simples raisonnements par récurrence, de nombreux résultats établis pour les épaississements du premier ordre se reformulent en résultats sur les épaississements d’ordre fini.

Les épaississements du premier ordre se décrivent comme suit (voir Modules, lemme 01UP).

Lemme

Soit \(X\) un schéma sur une base \(S\). Considérons une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{I} \to \mathcal{A} \to \mathcal{O}_X \to 0\] de faisceaux sur \(X\), où \(\mathcal{A}\) est un faisceau de \(f^{-1}\mathcal{O}_S\)-algèbres, \(\mathcal{A} \to \mathcal{O}_X\) est une surjection de faisceaux de \(f^{-1}\mathcal{O}_S\)-algèbres et \(\mathcal{I}\) en est le noyau. Si

  1. \(\mathcal{I}\) est un idéal de carré nul dans \(\mathcal{A}\) et

  2. \(\mathcal{I}\) est quasi-cohérent en tant que \(\mathcal{O}_X\)-module,

alors \(X' = (X, \mathcal{A})\) est un schéma et \(X \to X'\) est un épaississement du premier ordre sur \(S\). De plus, tout épaississement du premier ordre sur \(S\) est de cette forme.

Démonstration

Il est clair que \(X'\) est un espace localement annelé. Soit \(U = \Spec(B)\) un ouvert affine de \(X\). Posons \(A = \Gamma(U, \mathcal{A})\). Remarquons que, puisque \(H^1(U, \mathcal{I}) = 0\) (voir Cohomologie des schémas, lemme 01XB), l’application \(A \to B\) est surjective. Par hypothèse, le noyau \(I = \mathcal{I}(U)\) est un idéal de carré nul de l’anneau \(A\). D’après Schémas, lemme 01I1, il existe un morphisme canonique d’espaces localement annelés \[(U, \mathcal{A}|_U) \longrightarrow \Spec(A)\] provenant de l’application \(B \to \Gamma(U, \mathcal{A})\). Ce morphisme s’inscrit dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ (U, \mathcal{O}_X|_U) \ar[d] \ar[r] & \Spec(B) \ar[d] \\ (U, \mathcal{A}|_U) \ar[r] & \Spec(A) }\] et l’on voit donc qu’il est un homéomorphisme sur les espaces topologiques sous-jacents. Pour montrer que c’est un isomorphisme, il suffit donc de vérifier qu’il induit un isomorphisme sur les anneaux locaux. Pour \(u \in U\) correspondant à l’idéal premier \(\mathfrak p \subset A\), on obtient un diagramme commutatif de suites exactes courtes \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & I_{\mathfrak p} \ar[r] \ar[d] & A_{\mathfrak p} \ar[r] \ar[d] & B_{\mathfrak p} \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & \mathcal{I}_u \ar[r] & \mathcal{A}_u \ar[r] & \mathcal{O}_{X, u} \ar[r] & 0. }\] Les flèches verticales de gauche et de droite sont des isomorphismes, car \(\mathcal{I}\) et \(\mathcal{O}_X\) sont des faisceaux quasi-cohérents. La flèche du milieu est donc elle aussi un isomorphisme. Ainsi, tout point de \(X' = (X, \mathcal{A})\) possède un voisinage affine et \(X'\) est un schéma, comme voulu.

Lemme

Tout épaississement d’un schéma affine est affine.

Démonstration

C’est un cas particulier de Limites, proposition 05YU.

Démonstration

Supposons que \(X \subset X'\) soit un épaississement d’ordre fini avec \(X\) affine. On peut alors appliquer le critère de Serre pour prouver que \(X'\) est affine. Plus précisément, on utilisera Cohomologie des schémas, lemme 01XF. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_{X'}\)-module quasi-cohérent. Il suffit de montrer que \(H^1(X', \mathcal{F}) = 0\). Notons \(i : X \to X'\) l’immersion fermée donnée et posons \(\mathcal{I} = \Ker(i^\sharp : \mathcal{O}_{X'} \to i_*\mathcal{O}_X)\). D’après la discussion des épaississements d’ordre fini (qui suit la définition 04EX), il existe un entier \(n \geq 0\) et une filtration \[0 = \mathcal{F}_{n + 1} \subset \mathcal{F}_n \subset \mathcal{F}_{n - 1} \subset \ldots \subset \mathcal{F}_0 = \mathcal{F}\] par des sous-modules quasi-cohérents tels que \(\mathcal{F}_a/\mathcal{F}_{a + 1}\) soit annulé par \(\mathcal{I}\). On peut en effet prendre \(\mathcal{F}_a = \mathcal{I}^a\mathcal{F}\). Alors \(\mathcal{F}_a/\mathcal{F}_{a + 1} = i_*\mathcal{G}_a\) pour un certain \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{G}_a\), voir Morphismes, lemme 01QY. On obtient \[H^1(X', \mathcal{F}_a/\mathcal{F}_{a + 1}) = H^1(X', i_*\mathcal{G}_a) = H^1(X, \mathcal{G}_a) = 0\] La deuxième égalité résulte de Cohomologie des schémas, lemme 089W, et la dernière de Cohomologie des schémas, lemme 01XB. Ainsi, \(\mathcal{F}\) possède une filtration finie dont les quotients successifs ont leur premier groupe de cohomologie nul ; un simple raisonnement par récurrence montre donc que \(H^1(X', \mathcal{F}) = 0\).

Lemme

Soit \(S \subset S'\) un épaississement de schémas. Soit \(X' \to S'\) un morphisme et posons \(X = S \times_{S'} X'\). Alors \((X \subset X') \to (S \subset S')\) est un morphisme d’épaississements. Si \(S \subset S'\) est un épaississement du premier ordre (resp. d’ordre fini), alors \(X \subset X'\) est un épaississement du premier ordre (resp. d’ordre fini).

Démonstration

Omise.

Lemme

Si \(S \subset S'\) et \(S' \subset S''\) sont des épaississements, alors \(S \subset S''\) en est un également.

Démonstration

Omise.

Lemme

La propriété d’être un épaississement est locale pour la topologie fpqc. Il en va de même pour les épaississements du premier ordre.

Démonstration

L’énoncé signifie ceci : soit \(X \to X'\) un morphisme de schémas et soit \(\{g_i : X'_i \to X'\}\) un recouvrement fpqc tel que le changement de base \(X_i \to X'_i\) soit un épaississement pour tout \(i\). Alors \(X \to X'\) est un épaississement. Puisque les morphismes \(g_i\) sont conjointement surjectifs, on en déduit que \(X \to X'\) est surjectif. D’après Descente, lemme 02L6, on en déduit que \(X \to X'\) est une immersion fermée. Ainsi, \(X \to X'\) est un épaississement. On omet la démonstration dans le cas des épaississements du premier ordre.

Morphismes d’épaississements

Si \((f, f') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) est un morphisme d’épaississements de schémas, alors les propriétés du morphisme \(f\) se transmettent souvent à \(f'\). Il existe plusieurs variantes.

Lemme

Soit \((f, f') : (X \subset X') \to (S \subset S')\) un morphisme d’épaississements. Alors

  1. \(f\) est un morphisme affine si et seulement si \(f'\) est un morphisme affine,

  2. \(f\) est un morphisme surjectif si et seulement si \(f'\) est un morphisme surjectif,

  3. \(f\) est quasi-compact si et seulement si \(f'\) est quasi-compact,

  4. \(f\) est universellement fermé si et seulement si \(f'\) est universellement fermé,

  5. \(f\) est entier si et seulement si \(f'\) est entier,

  6. \(f\) est (quasi-)séparé si et seulement si \(f'\) est (quasi-)séparé,

  7. \(f\) est universellement injectif si et seulement si \(f'\) est universellement injectif,

  8. \(f\) est universellement ouvert si et seulement si \(f'\) est universellement ouvert,

  9. \(f\) est quasi-affine si et seulement si \(f'\) est quasi-affine, et

  10. ajouter d’autres propriétés ici.

Démonstration

Remarquons que \(S \to S'\) et \(X \to X'\) sont des homéomorphismes universels (voir par exemple Morphismes, lemme 054M). Cela entraîne immédiatement (2), (3), (4), (7) et (8). Le point (1) résulte du lemme 06AD, qui établit une correspondance biunivoque entre les ouverts affines de \(S\) et de \(S'\), ainsi qu’entre ceux de \(X\) et de \(X'\). Le point (9) résulte de Limites, lemme 0B7L, et de la remarque précédente sur les ouverts affines de \(S\) et de \(S'\). Le point (5) résulte de (1) et (4), d’après Morphismes, lemme 01WM. Enfin, remarquons que

\[S \times_X S = S \times_{X'} S \to S \times_{X'} S' \to S' \times_{X'} S'\] est un épaississement (les deux flèches sont des épaississements d’après le lemme 09ZU). En appliquant (3) et (4) au morphisme \((S \subset S') \to (S \times_X S \to S' \times_{X'} S')\), on obtient donc (6).

Lemme

Soit \((f, f') : (X \subset X') \to (S \subset S')\) un morphisme d’épaississements. Soit \(\mathcal{L}'\) un faisceau inversible sur \(X'\) et notons \(\mathcal{L}\) sa restriction à \(X\). Alors \(\mathcal{L}'\) est \(f'\)-ample si et seulement si \(\mathcal{L}\) est \(f\)-ample.

Démonstration

Rappelons que l’amplitude relative se vérifie sur chaque ouvert affine de la base, voir Morphismes, définition 01VH. D’après le lemme 06AD, il existe une correspondance biunivoque entre les ouverts affines de \(S\) et de \(S'\). On peut donc supposer que \(S\) et \(S'\) sont affines, et l’on est ramené à prouver que \(\mathcal{L}'\) est ample si et seulement si \(\mathcal{L}\) est ample. C’est Limites, lemme 09MW.

Lemme

Soit \((f, f') : (X \subset X') \to (S \subset S')\) un morphisme d’épaississements tel que \(X = S \times_{S'} X'\). Si \(S \subset S'\) est un épaississement d’ordre fini, alors

  1. \(f\) est une immersion fermée si et seulement si \(f'\) est une immersion fermée,

  2. \(f\) est localement de type fini si et seulement si \(f'\) est localement de type fini,

  3. \(f\) est localement quasi-fini si et seulement si \(f'\) est localement quasi-fini,

  4. \(f\) est localement de type fini et de dimension relative \(d\) si et seulement si \(f'\) est localement de type fini et de dimension relative \(d\),

  5. \(\Omega_{X/S} = 0\) si et seulement si \(\Omega_{X'/S'} = 0\),

  6. \(f\) est non ramifié si et seulement si \(f'\) est non ramifié,

  7. \(f\) est propre si et seulement si \(f'\) est propre,

  8. \(f\) est fini si et seulement si \(f'\) est fini,

  9. \(f\) est un monomorphisme si et seulement si \(f'\) est un monomorphisme,

  10. \(f\) est une immersion si et seulement si \(f'\) est une immersion, et

  11. ajouter d’autres propriétés ici.

Démonstration

Les propriétés \(\mathcal{P}\) énumérées dans le lemme sont toutes stables par changement de base ; si \(f'\) possède la propriété \(\mathcal{P}\), il en va donc de même de \(f\). Voir Schémas, lemmes 01JY et 02YC, et Morphismes, lemmes 01T4, 01TM, 02NK, 01V0, 02GA, 01W4 et 01WL.

Dans chaque cas, le sens intéressant consiste donc à supposer que \(f\) possède la propriété et à en déduire que \(f'\) la possède aussi. Par récurrence sur l’ordre de l’épaississement, on peut supposer que \(S \subset S'\) est un épaississement du premier ordre, voir la discussion qui suit immédiatement la définition 04EX.

La plupart des démonstrations utiliseront une réduction au cas affine. Soient \(U' \subset S'\) un ouvert affine et \(V' \subset X'\) un ouvert affine au-dessus de \(U'\). Écrivons \(U' = \Spec(A')\) et notons \(I \subset A'\) l’idéal définissant le sous-schéma fermé \(U' \cap S\). Écrivons \(V' = \Spec(B')\). Alors \(V' \cap X = \Spec(B'/IB')\). En posant \(A = A'/I\) et \(B = B'/IB'\), on obtient un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & IB' \ar[r] & B' \ar[r] & B \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & IA' \ar[r] \ar[u] & A' \ar[r] \ar[u] & A \ar[r] \ar[u] & 0 }\] dont les lignes sont exactes et où \(I^2 = 0\).

Traduction algébrique de (1) : si \(A \to B\) est surjectif, alors \(A' \to B'\) est surjectif. Cela résulte du lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV).

Traduction algébrique de (2) : si \(A \to B\) est un homomorphisme d’anneaux de type fini, alors \(A' \to B'\) est de type fini. Cela résulte du lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV) appliqué à un homomorphisme \(A'[x_1, \ldots, x_n] \to B'\) tel que \(A[x_1, \ldots, x_n] \to B\) soit surjectif.

Démonstration de (3). Elle résulte de (2) et du fait que la quasi-finitude d’un morphisme localement de type fini se vérifie sur les fibres, voir Morphismes, lemme 01TH.

Démonstration de (4). Elle résulte de (2) et du fait que la propriété supplémentaire d’« être de dimension relative \(d\) » se vérifie sur les fibres (par définition, voir Morphismes, définition 02NJ).

Traduction algébrique de (5) : si \(\Omega_{B/A} = 0\), alors \(\Omega_{B'/A'} = 0\). D’après Algèbre, lemme 00RV, on a \(0 = \Omega_{B/A} = \Omega_{B'/A'}/I\Omega_{B'/A'}\). Ainsi, \(\Omega_{B'/A'} = 0\) par le lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV).

Traduction algébrique de (6) : si \(A \to B\) est un homomorphisme non ramifié, alors \(A' \to B'\) est non ramifié. Puisque \(A \to B\) est de type fini, on voit que \(A' \to B'\) est de type fini d’après (2). Comme \(A \to B\) est non ramifié, on a \(\Omega_{B/A} = 0\). D’après (5), on a \(\Omega_{B'/A'} = 0\). Ainsi, \(A' \to B'\) est non ramifié.

Démonstration de (7). Elle résulte de la combinaison de (2) avec les résultats du lemme 09ZV et du fait que propre signifie quasi-compact \(+\) séparé \(+\) localement de type fini \(+\) universellement fermé.

Démonstration de (8). Elle résulte de la combinaison de (2) avec les résultats du lemme 09ZV et du fait que fini signifie entier \(+\) localement de type fini (Morphismes, lemme 01WJ).

Démonstration de (9). Puisque \(f\) est un monomorphisme, on a \(X = X \times_S X\). On peut appliquer les résultats déjà démontrés au morphisme d’épaississements \((X \subset X') \to (X \times_S X \subset X' \times_{S'} X')\). On en déduit que \(X' \to X' \times_{S'} X'\) est une immersion fermée d’après (1). En fait, c’est un épaississement du premier ordre, car l’idéal définissant l’immersion fermée \(X' \to X' \times_{S'} X'\) est contenu dans l’image inverse de l’idéal \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{S'}\) définissant \(S\) dans \(S'\). En effet, \(X = X \times_S X = (X' \times_{S'} X') \times_{S'} S\) est contenu dans \(X'\). D’après Morphismes, lemme 08S2, il suffit donc de montrer que \(\Omega_{X'/S'} = 0\), ce qui résulte de (5) et de l’énoncé correspondant pour \(X/S\).

Démonstration de (10). Si \(f : X \to S\) est une immersion, il se factorise en \(X \to U \to S\), où \(U \to S\) est une immersion ouverte et \(X \to U\) une immersion fermée. Soit \(U' \subset S'\) le sous-schéma ouvert dont l’espace topologique sous-jacent est celui de \(U\). Alors \(X' \to S'\) se factorise par \(U'\) et l’on en déduit que \(X' \to U'\) est une immersion fermée d’après (1). Cela achève la démonstration.

Le lemme suivant est une variante du précédent. Au lieu de supposer que les épaississements considérés sont d’ordre fini (ce qui permet de transmettre la propriété d’être localement de type fini de \(f\) à \(f'\)), on suppose directement que \(f\) et \(f'\) sont tous deux localement de type fini.

Lemme

Soit \((f, f') : (X \subset X') \to (Y \to Y')\) un morphisme d’épaississements. Supposons que \(f\) et \(f'\) soient localement de type fini et que \(X = Y \times_{Y'} X'\). Alors

  1. \(f\) est localement quasi-fini si et seulement si \(f'\) est localement quasi-fini,

  2. \(f\) est fini si et seulement si \(f'\) est fini,

  3. \(f\) est une immersion fermée si et seulement si \(f'\) est une immersion fermée,

  4. \(\Omega_{X/Y} = 0\) si et seulement si \(\Omega_{X'/Y'} = 0\),

  5. \(f\) est non ramifié si et seulement si \(f'\) est non ramifié,

  6. \(f\) est un monomorphisme si et seulement si \(f'\) est un monomorphisme,

  7. \(f\) est une immersion si et seulement si \(f'\) est une immersion,

  8. \(f\) est propre si et seulement si \(f'\) est propre, et

  9. ajouter d’autres propriétés ici.

Démonstration

Les propriétés \(\mathcal{P}\) énumérées dans le lemme sont toutes stables par changement de base ; si \(f'\) possède la propriété \(\mathcal{P}\), il en va donc de même de \(f\). Voir Schémas, lemmes 01JY et 02YC, et Morphismes, lemmes 01TM, 02NK, 01V0, 02GA, 01W4 et 01WL. Dans chaque cas, il suffit donc de prouver que, si \(f\) possède la propriété voulue, \(f'\) la possède aussi.

Un morphisme est localement quasi-fini si et seulement s’il est localement de type fini et si ses fibres schématiques sont des espaces discrets, voir Morphismes, lemme 06RT. Puisque le passage à un épaississement ne modifie pas l’espace topologique sous-jacent, on voit que \(f'\) est localement quasi-fini si (et seulement si) \(f\) l’est. Cela prouve (1).

Le cas (2) résulte du cas (5) du lemme 09ZV et du fait que les morphismes finis sont précisément les morphismes entiers localement de type fini (Morphismes, lemme 01WJ).

Cas (3). Il résulte immédiatement de Morphismes, lemme 0896.

Le cas (4) résulte de l’énoncé algébrique suivant : soient \(A\) un anneau et \(I \subset A\) un idéal localement nilpotent. Soit \(B\) une \(A\)-algèbre de type fini. Si \(\Omega_{(B/IB)/(A/I)} = 0\), alors \(\Omega_{B/A} = 0\). En effet, l’hypothèse signifie que \(I\Omega_{B/A} = 0\), voir Algèbre, lemme 00RV. D’autre part, \(\Omega_{B/A}\) est un \(B\)-module de type fini, voir Algèbre, lemme 00RZ. L’annulation de \(\Omega_{B/A}\) résulte donc du lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV) et du fait que \(IB\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(B\).

Le cas (5) résulte immédiatement de (4) et de Morphismes, lemme 02G5.

Démonstration de (6). Puisque \(f\) est un monomorphisme, on a \(X = X \times_Y X\). On peut appliquer les résultats déjà démontrés au morphisme d’épaississements \((X \subset X') \to (X \times_Y X \subset X' \times_{Y'} X')\). On en déduit que \(\Delta_{X'/Y'} : X' \to X' \times_{Y'} X'\) est une immersion fermée d’après (3). En fait, \(\Delta_{X'/Y'}\) est une bijection sur les ensembles sous-jacents ; \(\Delta_{X'/Y'}\) est donc un épaississement. D’autre part, \(\Delta_{X'/Y'}\) est localement de présentation finie d’après Morphismes, lemme 0818. Autrement dit, \(\Delta_{X'/Y'}(X')\) est défini par un faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{J} \subset \mathcal{O}_{X' \times_{Y'} X'}\) de type fini. Puisque \(\Omega_{X'/Y'} = 0\) d’après (5), on voit que le faisceau conormal de \(X' \to X' \times_{Y'} X'\) est nul d’après Morphismes, lemme 08S2. Autrement dit, \(\mathcal{J}/\mathcal{J}^2 = 0\). Cela entraîne que \(\Delta_{X'/Y'}\) est un isomorphisme, par exemple d’après Algèbre, lemme 00EH.

Démonstration de (7). Si \(f : X \to Y\) est une immersion, il se factorise en \(X \to V \to Y\), où \(V \to Y\) est une immersion ouverte et \(X \to V\) une immersion fermée. Soit \(V' \subset Y'\) le sous-schéma ouvert dont l’espace topologique sous-jacent est celui de \(V\). Alors \(X' \to V'\) se factorise par \(V'\) et l’on en déduit que \(X' \to V'\) est une immersion fermée d’après (3).

Le cas (8) résulte du lemme 09ZV et de la définition des morphismes propres comme morphismes quasi-compacts, universellement fermés, séparés et localement de type fini.

Groupes de Picard des épaississements

Quelques résultats sur les groupes de Picard des épaississements.

Lemme

Soit \(X \subset X'\) un épaississement du premier ordre de faisceau d’idéaux \(\mathcal{I}\). Il existe alors une suite exacte canonique \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & H^0(X, \mathcal{I}) \ar[r] & H^0(X', \mathcal{O}_{X'}^*) \ar[r] & H^0(X, \mathcal{O}^*_X) \ar `r[d] `d[l] `l[llld] `d[dll] [dll] \\ & H^1(X, \mathcal{I}) \ar[r] & \Pic(X') \ar[r] & \Pic(X) \ar `r[d] `d[l] `l[llld] `d[dll] [dll] \\ & H^2(X, \mathcal{I}) \ar[r] & \ldots \ar[r] & \ldots }\] de groupes abéliens.

Démonstration

C’est la suite exacte longue de cohomologie associée à la suite exacte courte de faisceaux de groupes abéliens \[0 \to \mathcal{I} \to \mathcal{O}_{X'}^* \to \mathcal{O}_X^* \to 0\] dans laquelle la première application envoie une section locale \(f\) de \(\mathcal{I}\) sur la section inversible \(1 + f\) de \(\mathcal{O}_{X'}\). On utilise aussi l’identification du groupe de Picard d’un espace annelé au premier groupe de cohomologie du faisceau des fonctions inversibles, voir Cohomologie, lemme 09NU.

Lemme

Soit \(X \subset X'\) un épaississement. Soit \(n\) un entier inversible dans \(\mathcal{O}_X\). Alors l’application \(\Pic(X')[n] \to \Pic(X)[n]\) est bijective.

Démonstration

D’après le principe général expliqué à la suite de la définition 04EX, on est ramené au cas d’un épaississement du premier ordre. On peut alors utiliser le lemme 0C6R pour voir qu’il suffit de montrer que \(H^1(X, \mathcal{I})[n]\), \(H^1(X, \mathcal{I})/n\) et \(H^2(X, \mathcal{I})[n]\) sont nuls. Cela résulte du fait que la multiplication par \(n\) sur \(\mathcal{I}\) est un isomorphisme, puisque c’est un \(\mathcal{O}_X\)-module.

Démonstration

Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{X'}\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux définissant \(X\). On dispose alors d’une suite exacte courte de groupes abéliens \[0 \to (1 + \mathcal{I})^* \to \mathcal{O}_{X'}^* \to \mathcal{O}_X^* \to 0\] On obtient une suite exacte longue de cohomologie comme dans l’énoncé du lemme 0C6R, où \(H^i(X, \mathcal{I})\) est remplacé par \(H^i(X, (1 + \mathcal{I})^*)\). Il suffit donc de montrer que l’élévation à la puissance \(n\) est un isomorphisme \((1 + \mathcal{I})^* \to (1 + \mathcal{I})^*\). En prenant les sections sur les ouverts affines, cela résulte de Algèbre, lemme 0CAP.

Voisinages infinitésimaux

Voici une construction naturelle d’épaississements d’ordre fini. Soit \(i : Z \to X\) une immersion de schémas. Choisissons un sous-schéma ouvert \(U \subset X\) tel que \(i\) identifie \(Z\) à un sous-schéma fermé \(Z \subset U\). Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_U\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux définissant \(Z\) dans \(U\). Pour \(n \geq 1\), on peut considérer le sous-schéma fermé \(Z_n \subset U\) défini par le faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{I}^{n + 1}\).

Définition

Soit \(i : Z \to X\) une immersion de schémas.

  1. Le voisinage infinitésimal du premier ordre de \(Z\) dans \(X\) est l’épaississement du premier ordre \(Z \subset Z_1\) sur \(X\) décrit ci-dessus.

  2. Le voisinage infinitésimal d’ordre \(n\) de \(Z\) dans \(X\) est l’épaississement d’ordre \(n\) \(Z \subset Z_n\) sur \(X\) décrit ci-dessus.

Ces épaississements possèdent la propriété universelle suivante (qui dissipe toute crainte que la construction ci-dessus ne dépende du choix de l’ouvert \(U\)).

Lemme

Soit \(i : Z \to X\) une immersion de schémas.

  1. Le voisinage infinitésimal du premier ordre \(Z'\) de \(Z\) dans \(X\) possède la propriété universelle suivante : pour tout diagramme commutatif \[\xymatrix{ Z \ar[d]_i & T \ar[l]^a \ar[d] \\ X & T' \ar[l]_b }\] où \(T \subset T'\) est un épaississement du premier ordre sur \(X\), il existe un unique morphisme \((a', a) : (T \subset T') \to (Z \subset Z')\) d’épaississements sur \(X\).

  2. Pour \(n \geq 1\), le voisinage infinitésimal d’ordre \(n\), \(Z_n\), de \(Z\) dans \(X\) possède la propriété universelle suivante : pour tout diagramme commutatif \[\xymatrix{ Z \ar[d]_i & T \ar[l]^a \ar[d] \\ X & T' \ar[l]_b }\] où \(T \subset T'\) est un épaississement d’ordre \(n\) sur \(X\), il existe un unique morphisme \((a', a) : (T \subset T') \to (Z \subset Z_n)\) d’épaississements sur \(X\).

Démonstration

On démontrera seulement (1). Soit \(U \subset X\) l’ouvert utilisé dans la construction de \(Z'\), c’est-à-dire un ouvert tel que \(Z\) soit identifié à un sous-schéma fermé de \(U\) défini par le faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{I}\). Puisque \(|T| = |T'|\), on voit que \(b(T') \subset U\). On peut donc considérer \(b\) comme un morphisme à valeurs dans \(U\). Soit \(\mathcal{J} \subset \mathcal{O}_{T'}\) l’idéal définissant \(T\). Puisque \(b(T) \subset Z\) d’après le diagramme ci-dessus, on voit que \(b^\sharp(b^{-1}\mathcal{I}) \subset \mathcal{J}\). Comme \(T'\) est un épaississement du premier ordre de \(T\), on a \(\mathcal{J}^2 = 0\), d’où \(b^\sharp(b^{-1}(\mathcal{I}^2)) = 0\). D’après Schémas, lemme 01HP, cela entraîne que \(b\) se factorise par \(Z'\). Notons \(a' : T' \to Z'\) cette factorisation ; tout est alors clair.

Lemme

Soit \(i : Z \to X\) une immersion de schémas. Soit \(Z \subset Z'\) le voisinage infinitésimal du premier ordre de \(Z\) dans \(X\). Alors le diagramme \[\xymatrix{ Z \ar[r] \ar[d] & Z' \ar[d] \\ Z \ar[r] & X }\] induit un homomorphisme de faisceaux conormaux \(\mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Z'}\) d’après Morphismes, lemme 01R4. Cet homomorphisme est un isomorphisme.

Démonstration

Cela résulte immédiatement de la construction de \(Z'\) ci-dessus.

Morphismes formellement non ramifiés

Rappelons qu’un homomorphisme d’anneaux \(R \to A\) est dit formellement non ramifié (voir Algèbre, définition 00UN) si, pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ A \ar[r] \ar@{-->}[rd] & B/I \\ R \ar[r] \ar[u] & B \ar[u] }\] où \(I \subset B\) est un idéal de carré nul, il existe au plus une flèche pointillée qui rende le diagramme commutatif. Cela conduit à l’analogue suivant pour les morphismes de schémas.

Définition

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. On dit que \(f\) est formellement non ramifié si, pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & T \ar[d]^i \ar[l] \\ S & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] où \(T \subset T'\) est un épaississement du premier ordre de schémas affines sur \(S\), il existe au plus une flèche pointillée rendant le diagramme commutatif.

On prouve d’abord quelques lemmes formels, c’est-à-dire des lemmes dont la démonstration consiste à tracer les diagrammes correspondants.

Lemme

Si \(f : X \to S\) est un morphisme formellement non ramifié, alors, pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & T \ar[d]^i \ar[l] \\ S & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] où \(T \subset T'\) est un épaississement du premier ordre de schémas sur \(S\), il existe au plus une flèche pointillée rendant le diagramme commutatif. Autrement dit, dans la définition 02H8, on peut omettre la condition que \(T\) soit affine.

Démonstration

Cela vient de ce qu’un morphisme est déterminé par ses restrictions aux ouverts affines.

Lemme

Un composé de morphismes formellement non ramifiés est formellement non ramifié.

Démonstration

C’est formel.

Lemme

Tout changement de base d’un morphisme formellement non ramifié est formellement non ramifié.

Démonstration

C’est formel.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soient \(U \subset X\) et \(V \subset S\) des ouverts tels que \(f(U) \subset V\). Si \(f\) est formellement non ramifié, il en va de même de \(f|_U : U \to V\).

Démonstration

Considérons un diagramme de flèches pleines \[\xymatrix{ U \ar[d]_{f|_U} & T \ar[d]^i \ar[l]^a \\ V & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] comme dans la définition 02H8. Si \(f\) est formellement non ramifié, il existe au plus un \(S\)-morphisme \(a' : T' \to X\) tel que \(a'|_T = a\). Il existe donc, a fortiori, au plus un tel morphisme à valeurs dans \(U\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Supposons que \(X\) et \(S\) soient affines. Alors \(f\) est formellement non ramifié si et seulement si \(\mathcal{O}_S(S) \to \mathcal{O}_X(X)\) est un homomorphisme d’anneaux formellement non ramifié.

Démonstration

Cela résulte immédiatement des définitions (définition 02H8 et Algèbre, définition 00UN), par l’équivalence entre les catégories des anneaux et des schémas affines, voir Schémas, lemme 01I2.

Voici une caractérisation en termes du faisceau des différentielles.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Alors \(f\) est formellement non ramifié si et seulement si \(\Omega_{X/S} = 0\).

Démonstration

Rappelons quelques arguments de la démonstration de Morphismes, lemme 01UT. Soit \(W \subset X \times_S X\) un ouvert tel que \(\Delta : X \to X \times_S X\) induise une immersion fermée dans \(W\). Soit \(\mathcal{J} \subset \mathcal{O}_W\) le faisceau d’idéaux de cette immersion fermée. Soit \(X' \subset W\) le sous-schéma fermé défini par le faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{J}^2\). Considérons les deux morphismes \(p_1, p_2 : X' \to X\) induits par les deux projections \(X \times_S X \to X\). Remarquons que \(p_1\) et \(p_2\) coïncident après composition avec \(\Delta : X \to X'\) et que \(X \to X'\) est une immersion fermée définie par un idéal de carré nul. De plus, on dispose d’une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{J}/\mathcal{J}^2 \to \mathcal{O}_{X'} \to \mathcal{O}_X \to 0\] et \(\Omega_{X/S} = \mathcal{J}/\mathcal{J}^2\). De plus, \(\mathcal{J}/\mathcal{J}^2\) est engendré par les sections locales \(p_1^\sharp(f) - p_2^\sharp(f)\), où \(f\) est une section locale de \(\mathcal{O}_X\).

Supposons que \(f : X \to S\) soit formellement non ramifié. Par hypothèse, cela signifie que \(p_1 = p_2\) après restriction à tout ouvert affine \(T' \subset X'\). Donc \(p_1 = p_2\). D’après ce qui précède, on en déduit que \(\Omega_{X/S} = \mathcal{J}/\mathcal{J}^2 = 0\).

Réciproquement, supposons que \(\Omega_{X/S} = 0\). Alors \(X' = X\). Prenons deux morphismes \(f'_1, f'_2 : T' \to X\) pouvant servir de flèches pointillées dans le diagramme de la définition 02H8. On obtient ainsi un morphisme \((f'_1, f'_2) : T' \to X \times_S X\). Puisque \(f'_1|_T = f'_2|_T\) et \(|T| =|T'|\), on voit que l’image de \(T'\) par \((f'_1, f'_2)\) est contenue dans l’ouvert \(W\) choisi ci-dessus. Comme \((f'_1, f'_2)(T) \subset \Delta(X)\) et que \(T\) est défini par un idéal de carré nul dans \(T'\), on voit que \((f'_1, f'_2)\) se factorise par \(X'\). Puisque \(X' = X\), on en déduit que \(f_1' = f'_2\), comme voulu.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est formellement non ramifié,

  2. pour tout \(x \in X\), il existe des ouverts \(x \in U \subset X\) et \(f(x) \in V \subset Y\) avec \(f(U) \subset V\) tels que \(f|_U : U \to V\) soit formellement non ramifié,

  3. pour tout couple d’ouverts affines \(U \subset X\) et \(V \subset Y\) avec \(f(U) \subset V\), l’homomorphisme d’anneaux \(\mathcal{O}_Y(V) \to \mathcal{O}_X(U)\) est formellement non ramifié, et

  4. il existe un recouvrement ouvert affine \(Y = \bigcup V_j\) et, pour chaque \(j\), un recouvrement ouvert affine \(f^{-1}(V_j) = \bigcup U_{ji}\) tels que \(\mathcal{O}_Y(V) \to \mathcal{O}_X(U)\) soit un homomorphisme d’anneaux formellement non ramifié pour tous \(j\) et \(i\).

Démonstration

En combinant les lemmes 02HC et 02HD, on voit que (1) \(\Rightarrow\) (3). L’implication (3) \(\Rightarrow\) (4) est immédiate. On a (4) \(\Rightarrow\) (2) d’après le lemme 02HD. Si (2) est vérifiée, alors \(\Omega_{X/S}\) s’annule au voisinage de chaque point d’après le lemme 02H9 (on utilise aussi Morphismes, lemme 01US) ; le lemme 02H9 montre alors que \(f\) est formellement non ramifié.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. Le morphisme \(f\) est non ramifié (resp. G-non ramifié), et

  2. le morphisme \(f\) est localement de type fini (resp. localement de présentation finie) et formellement non ramifié.

Démonstration

Utiliser le lemme 02H9 et Morphismes, lemme 02G5.

Épaississements universels du premier ordre

Soit \(h : Z \to X\) un morphisme de schémas. Un épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\) est un épaississement du premier ordre \(Z \subset Z'\) sur \(X\) tel que, pour tout épaississement du premier ordre \(T \subset T'\) sur \(X\) et tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ & Z \ar[ld] & & T \ar[rd] \ar[ll]^a \\ Z' \ar[rrd] & & & & T' \ar@{..>}[llll]_{a'} \ar[lld]^b \\ & & X }\] il existe une unique flèche pointillée rendant le diagramme commutatif. Remarquons que, dans cette situation, \((a, a') : (T \subset T') \to (Z \subset Z')\) est un morphisme d’épaississements sur \(X\). Ainsi, s’il existe un épaississement universel du premier ordre, il est unique à isomorphisme unique près. En général, un épaississement universel du premier ordre n’existe pas, mais il en existe un si \(h\) est formellement non ramifié.

Lemme

Soit \(h : Z \to X\) un morphisme de schémas formellement non ramifié. Il existe un épaississement universel du premier ordre \(Z \subset Z'\) de \(Z\) sur \(X\).

Démonstration

Au cours de cette démonstration, on dira que \(Z \subset Z'\) est un épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\) s’il satisfait à la condition du lemme. On construira l’épaississement universel du premier ordre \(Z \subset Z'\) sur \(X\) par recollement, en partant du cas affine, donné par Algèbre, lemme 04EB. Commençons par quelques remarques générales.

S’il existe un épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\), il est unique à isomorphisme unique près. De plus, supposons que \(V \subset Z\) et \(U \subset X\) soient des sous-schémas ouverts tels que \(h(V) \subset U\). Soit \(Z \subset Z'\) un épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\). Soit \(V' \subset Z'\) le sous-schéma ouvert tel que \(V = Z \cap V'\). On affirme alors que \(V \subset V'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(V\) sur \(U\). En effet, supposons donné un diagramme \[\xymatrix{ V \ar[d]_h & T \ar[l]^a \ar[d] \\ U & T' \ar[l]_b }\] où \(T \subset T'\) est un épaississement du premier ordre sur \(U\). Par la propriété universelle de \(Z'\), on obtient \((a, a') : (T \subset T') \to (Z \subset Z')\). Mais, puisqu’on a l’égalité \(|T| = |T'|\) des espaces topologiques sous-jacents, on voit que \(a'(T') \subset V'\). On peut donc considérer \((a, a')\) comme un morphisme d’épaississements \((a, a') : (T \subset T') \to (V \subset V')\) sur \(U\). L’unicité est également claire. De façon tout à fait analogue, on prouve que, si \(h(Z) \subset U\) et si \(Z \subset Z'\) est un épaississement universel du premier ordre sur \(U\), alors \(Z \subset Z'\) est un épaississement universel du premier ordre sur \(X\).

Avant de recoller les morceaux affines, montrons que le lemme est vrai si \(Z\) et \(X\) sont affines. Écrivons \(X = \Spec(R)\) et \(Z = \Spec(S)\). D’après Algèbre, lemme 04EB, il existe un épaississement du premier ordre \(Z \subset Z'\) sur \(X\) qui possède la propriété universelle du lemme pour les diagrammes \[\xymatrix{ Z \ar[d]_h & T \ar[l]^a \ar[d] \\ X & T' \ar[l]_b }\] où \(T, T'\) sont affines. Pour un diagramme quelconque, on peut choisir un recouvrement ouvert affine \(T' = \bigcup T'_i\) et l’on obtient des morphismes \(a'_i : T'_i \to Z'\) sur \(X\) tels que \(a'_i|_{T_i} = a|_{T_i}\). Par unicité, on voit que \(a'_i\) et \(a'_j\) coïncident sur tout ouvert affine de \(T'_i \cap T'_j\). Les morphismes \(a'_i\) se recollent donc en un morphisme global \(a' : T' \to Z'\) sur \(X\), comme voulu. Le lemme est ainsi prouvé si \(X\) et \(Z\) sont affines.

Choisissons un recouvrement ouvert affine \(Z = \bigcup Z_i\) tel que chaque \(Z_i\) s’envoie dans un ouvert affine \(U_i\) de \(X\). D’après le lemme 02HC, les morphismes \(Z_i \to U_i\) sont formellement non ramifiés. Le cas affine fournit donc des épaississements universels du premier ordre \(Z_i \subset Z_i'\) sur \(U_i\). D’après les remarques générales ci-dessus, \(Z_i \subset Z_i'\) est aussi un épaississement universel du premier ordre de \(Z_i\) sur \(X\). Soit \(Z'_{i, j} \subset Z'_i\) le sous-schéma ouvert tel que \(Z_i \cap Z_j = Z'_{i, j} \cap Z_i\). D’après les remarques générales, on voit que \(Z'_{i, j}\) et \(Z'_{j, i}\) sont tous deux des épaississements universels du premier ordre de \(Z_i \cap Z_j\) sur \(X\). Ainsi, d’après la première de ces remarques, il existe un isomorphisme canonique \(\varphi_{ij} : Z'_{i, j} \to Z'_{j, i}\) induisant l’identité sur \(Z_i \cap Z_j\). On affirme que ces morphismes vérifient la condition de cocycle de Schémas, section 01JA. (Vérification omise. Indication : utiliser le fait que \(Z'_{i, j} \cap Z'_{i, k}\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(Z_i \cap Z_j \cap Z_k\), ce qui le détermine à isomorphisme unique près d’après ce qui précède.) On peut donc utiliser les résultats de Schémas, section 01JA, pour obtenir un épaississement du premier ordre \(Z \subset Z'\) sur \(X\) tel que le sous-schéma ouvert \(Z'_i \subset Z'\) vérifiant \(Z_i = Z'_i \cap Z\) soit un épaississement universel du premier ordre de \(Z_i\) sur \(X\).

Cela entraîne formellement que \(Z'\) est un épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\). En effet, on dispose de la propriété universelle pour tout diagramme \[\xymatrix{ Z \ar[d]_h & T \ar[l]^a \ar[d] \\ X & T' \ar[l]_b }\] où \(a(T)\) est contenu dans l’un des \(Z_i\). Pour un diagramme quelconque, on peut choisir un recouvrement ouvert \(T' = \bigcup T'_i\) tel que \(a(T_i) \subset Z_i\). On obtient des morphismes \(a'_i : T'_i \to Z'\) sur \(X\) tels que \(a'_i|_{T_i} = a|_{T_i}\). On voit que \(a'_i\) et \(a'_j\) coïncident nécessairement sur \(T'_i \cap T'_j\), car \(a'_i|_{T'_i \cap T'_j}\) et \(a'_j|_{T'_i \cap T'_j}\) résolvent tous deux le problème de morphisme à valeurs dans l’épaississement universel du premier ordre \(Z'_i \cap Z'_j\) de \(Z_i \cap Z_j\) sur \(X\). Les morphismes \(a'_i\) se recollent donc en un morphisme global \(a' : T' \to Z'\) sur \(X\), comme voulu. Cela achève la démonstration.

Définition

Soit \(h : Z \to X\) un morphisme de schémas formellement non ramifié.

  1. L’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\) est l’épaississement \(Z \subset Z'\) construit dans le lemme 04F3.

  2. Le faisceau conormal de \(Z\) sur \(X\) est le faisceau conormal de \(Z\) dans son épaississement universel du premier ordre \(Z'\) sur \(X\).

Dans cette situation, on note souvent le faisceau conormal \(\mathcal{C}_{Z/X}\).

On voit ainsi qu’il existe une suite exacte courte de faisceaux \[0 \to \mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{O}_{Z'} \to \mathcal{O}_Z \to 0\] sur \(Z\). Le lemme suivant prouve que cette définition est compatible avec celle donnée dans le cas où \(Z \to X\) est une immersion.

Lemme

Soit \(i : Z \to X\) une immersion de schémas. Alors

  1. \(i\) est formellement non ramifié,

  2. l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\) est le voisinage infinitésimal du premier ordre de \(Z\) dans \(X\) de la définition 04EY, et

  3. le faisceau conormal de \(i\) au sens de Morphismes, définition 01R2, coïncide avec le faisceau conormal de \(i\) au sens de la définition 04F4.

Démonstration

D’après Morphismes, lemmes 02GB et 02GC, une immersion est non ramifiée, donc formellement non ramifiée d’après le lemme 02HE. Les autres assertions résultent de la combinaison des lemmes 04EZ et 04F0 avec les définitions.

Lemme

Soit \(Z \to X\) un morphisme de schémas formellement non ramifié. Alors l’épaississement universel du premier ordre \(Z'\) est formellement non ramifié sur \(X\).

Démonstration

Il y a deux démonstrations. La première consiste à montrer que \(\Omega_{Z'/X} = 0\) en travaillant localement sur des ouverts affines et en appliquant Algèbre, lemme 04EF. Alors le lemme 02H9 donne le résultat voulu. La seconde est l’argument direct suivant.

Soit \(T \subset T'\) un épaississement du premier ordre. Soit \[\xymatrix{ Z' \ar[d] & T \ar[l]^c \ar[d] \\ X & T' \ar[l] \ar[lu]^{a, b} }\] un diagramme commutatif. Considérons deux morphismes \(a, b : T' \to Z'\) s’inscrivant dans ce diagramme. Posons \(T_0 = c^{-1}(Z) \subset T\) et \(T'_a = a^{-1}(Z)\) (au sens schématique). Puisque \(Z'\) est un épaississement du premier ordre de \(Z\), on voit que \(T'\) est un épaississement du premier ordre de \(T'_a\). De plus, puisque \(c = a|_T\), on voit que \(T_0 = T \cap T'_a\) (au sens schématique). Comme \(T'\) est un épaississement du premier ordre de \(T\), il en résulte que \(T'_a\) est un épaississement du premier ordre de \(T_0\). Or \(a|_{T'_a}\) et \(b|_{T'_a}\) sont des morphismes de \(T'_a\) dans \(Z'\) sur \(X\) qui coïncident sur \(T_0\) en tant que morphismes à valeurs dans \(Z\). Par la propriété universelle de \(Z'\), on en déduit donc que \(a|_{T'_a} = b|_{T'_a}\). Ainsi, \(a\) et \(b\) sont des morphismes définis sur l’épaississement du premier ordre \(T'\) de \(T'_a\) dont les restrictions à \(T'_a\) coïncident comme morphismes à valeurs dans \(Z\). En utilisant encore la propriété universelle de \(Z'\), on en déduit donc que \(a = b\). Autrement dit, la propriété définissant un morphisme formellement non ramifié est vérifiée par \(Z' \to X\), comme voulu.

Lemme

Considérons un diagramme commutatif de schémas \[\xymatrix{ Z \ar[r]_h \ar[d]_f & X \ar[d]^g \\ W \ar[r]^{h'} & Y }\] où \(h\) et \(h'\) sont formellement non ramifiés. Soit \(Z \subset Z'\) l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\). Soit \(W \subset W'\) l’épaississement universel du premier ordre de \(W\) sur \(Y\). Il existe un morphisme canonique \((f, f') : (Z, Z') \to (W, W')\) d’épaississements sur \(Y\) qui s’inscrit dans le diagramme commutatif suivant \[\xymatrix{ & & & Z' \ar[ld] \ar[d]^{f'} \\ Z \ar[rr] \ar[d]_f \ar[rrru] & & X \ar[d] & W' \ar[ld] \\ W \ar[rrru]|!{[rr];[rruu]}\hole \ar[rr] & & Y }\] En particulier, le morphisme \((f, f')\) d’épaississements induit un homomorphisme de faisceaux conormaux \(f^*\mathcal{C}_{W/Y} \to \mathcal{C}_{Z/X}\).

Démonstration

La première assertion résulte immédiatement de la propriété universelle de \(W'\). L’homomorphisme induit sur les faisceaux conormaux est celui de Morphismes, lemme 01R4, appliqué à \((Z \subset Z') \to (W \subset W')\).

Lemme

Soit \[\xymatrix{ Z \ar[r]_h \ar[d]_f & X \ar[d]^g \\ W \ar[r]^{h'} & Y }\] un diagramme cartésien dans la catégorie des schémas, où \(h'\) est formellement non ramifié. Alors \(h\) est formellement non ramifié et, si \(W \subset W'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(W\) sur \(Y\), alors \(Z = X \times_Y W \subset X \times_Y W'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\). En particulier, l’homomorphisme canonique \(f^*\mathcal{C}_{W/Y} \to \mathcal{C}_{Z/X}\) du lemme 04F7 est surjectif.

Démonstration

Le morphisme \(h\) est formellement non ramifié d’après le lemme 02HB. Il est clair que \(X \times_Y W'\) est un épaississement du premier ordre. On vérifie directement qu’il possède la propriété universelle, car \(W'\) la possède (par la propriété universelle des produits fibrés). Voir Morphismes, lemme 0473, pour en déduire la surjectivité de l’homomorphisme de faisceaux conormaux.

Lemme

Soit \[\xymatrix{ Z \ar[r]_h \ar[d]_f & X \ar[d]^g \\ W \ar[r]^{h'} & Y }\] un diagramme cartésien dans la catégorie des schémas, où \(h'\) est formellement non ramifié et \(g\) plat. Dans ce cas, le morphisme correspondant \(Z' \to W'\) des épaississements universels du premier ordre est plat, et \(f^*\mathcal{C}_{W/Y} \to \mathcal{C}_{Z/X}\) est un isomorphisme.

Démonstration

La platitude est préservée par changement de base, voir Morphismes, lemme 01U9. La première assertion résulte donc de la description de \(W'\) dans le lemme 04F8. Il est clair que \(X \times_Y W'\) est un épaississement du premier ordre. On vérifie directement qu’il possède la propriété universelle, car \(W'\) la possède (par la propriété universelle des produits fibrés). Voir Morphismes, lemme 0473, pour en déduire que l’homomorphisme de faisceaux conormaux est un isomorphisme.

Lemme

La formation des épaississements universels du premier ordre commute à la restriction aux ouverts. Plus précisément, soit \(h : Z \to X\) un morphisme de schémas formellement non ramifié. Soient \(V \subset Z\), \(U \subset X\) des ouverts tels que \(h(V) \subset U\). Soit \(Z'\) l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\). Alors \(h|_V : V \to U\) est formellement non ramifié et l’épaississement universel du premier ordre de \(V\) sur \(U\) est le sous-schéma ouvert \(V' \subset Z'\) tel que \(V = Z \cap V'\). En particulier, \(\mathcal{C}_{Z/X}|_V = \mathcal{C}_{V/U}\).

Démonstration

La première assertion est le lemme 02HC. La compatibilité des épaississements universels peut se déduire de la démonstration du lemme 04F3, ou d’Algèbre, lemme 04EE, ou encore du lemme 04F9.

Lemme

Soit \(h : Z \to X\) un morphisme formellement non ramifié de schémas sur \(S\). Soit \(Z \subset Z'\) l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\), de morphisme structural \(h' : Z' \to X\). L’homomorphisme canonique \[c_{h'} : (h')^*\Omega_{X/S} \longrightarrow \Omega_{Z'/S}\] induit un isomorphisme \(h^*\Omega_{X/S} \to \Omega_{Z'/S} \otimes \mathcal{O}_Z\).

Démonstration

L’homomorphisme \(c_{h'}\) est celui défini dans Morphismes, lemme 01UV. Si \(i : Z \to Z'\) est l’immersion fermée donnée, alors \(i^*c_{h'}\) est un homomorphisme \(h^*\Omega_{X/S} \to \Omega_{Z'/S} \otimes \mathcal{O}_Z\). Pour vérifier que c’est un isomorphisme, on se ramène au cas affine par localisation, voir le lemme 04FA et Morphismes, lemme 01US. Dans ce cas, le résultat est Algèbre, lemme 04EF.

Lemme

Soit \(h : Z \to X\) un morphisme formellement non ramifié de schémas sur \(S\). Il existe une suite exacte canonique \[\mathcal{C}_{Z/X} \to h^*\Omega_{X/S} \to \Omega_{Z/S} \to 0.\] La première flèche est induite par \(\text{d}_{Z'/S}\), où \(Z'\) est le voisinage universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\).

Démonstration

On sait qu’il existe une suite exacte canonique \[\mathcal{C}_{Z/Z'} \to \Omega_{Z'/S} \otimes \mathcal{O}_Z \to \Omega_{Z/S} \to 0.\] voir Morphismes, lemme 01UZ. Le résultat s’en déduit donc en appliquant le lemme 04FB.

Lemme

Soit \[\xymatrix{ Z \ar[r]_i \ar[rd]_j & X \ar[d] \\ & Y }\] un diagramme commutatif de schémas où \(i\) et \(j\) sont formellement non ramifiés. Il existe alors une suite exacte canonique \[\mathcal{C}_{Z/Y} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to i^*\Omega_{X/Y} \to 0\] dont la première flèche provient du lemme 04F7 et la seconde du lemme 04FC.

Démonstration

Notons \(Z \to Z'\) l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\). Notons \(Z \to Z''\) l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(Y\). D’après le lemme 04FC, il existe un morphisme canonique \(Z' \to Z''\) donnant un diagramme commutatif \[\xymatrix{ Z \ar[r]_{i'} \ar[rd]_{j'} & Z' \ar[r] \ar[d] & X \ar[d] \\ & Z'' \ar[r] & Y }\] Appliquons Morphismes, lemme 067L, au triangle de gauche pour obtenir une suite exacte \[\mathcal{C}_{Z/Z''} \to \mathcal{C}_{Z/Z'} \to (i')^*\Omega_{Z'/Z''} \to 0\] Comme \(Z''\) est formellement non ramifié sur \(Y\) (voir le lemme 04F6), on a \(\Omega_{Z'/Z''} = \Omega_{Z/Y}\) (en combinant le lemme 02H9 et Morphismes, lemme 01UX). On a alors \((i')^*\Omega_{Z'/Y} = i^*\Omega_{X/Y}\) d’après le lemme 04FB.

Lemme

Soient \(Z \to Y \to X\) des morphismes de schémas formellement non ramifiés.

  1. Si \(Z \subset Z'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\) et si \(Y \subset Y'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(Y\) sur \(X\), alors il existe un morphisme \(Z' \to Y'\) et \(Y \times_{Y'} Z'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(Y\).

  2. Il existe une suite exacte canonique \[i^*\mathcal{C}_{Y/X} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to 0\] dont les homomorphismes proviennent du lemme 04F7 et où \(i : Z \to Y\) est le premier morphisme.

Démonstration

Le morphisme \(h : Z' \to Y'\) de (1) provient du lemme 04F7. Le fait que \(Y \times_{Y'} Z'\) soit l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(Y\) résulte immédiatement des propriétés universelles de \(Z'\) et de \(Y'\). D’après Morphismes, lemme 062S, on dispose d’une suite exacte \[(i')^*\mathcal{C}_{Y \times_{Y'} Z'/Z'} \to \mathcal{C}_{Z/Z'} \to \mathcal{C}_{Z/Y \times_{Y'} Z'} \to 0\] où \(i' : Z \to Y \times_{Y'} Z'\) est le morphisme donné. D’après Morphismes, lemme 0473, il existe une surjection \(h^*\mathcal{C}_{Y/Y'} \to \mathcal{C}_{Y \times_{Y'} Z'/Z'}\). En combinant cela avec les égalités \(\mathcal{C}_{Y/Y'} = \mathcal{C}_{Y/X}\), \(\mathcal{C}_{Z/Z'} = \mathcal{C}_{Z/X}\) et \(\mathcal{C}_{Z/Y \times_{Y'} Z'} = \mathcal{C}_{Z/Y}\), on obtient le lemme.

Morphismes formellement étales

Rappelons qu’un homomorphisme d’anneaux \(R \to A\) est dit formellement étale (voir Algèbre, définition 00UQ) si, pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ A \ar[r] \ar@{-->}[rd] & B/I \\ R \ar[r] \ar[u] & B \ar[u] }\] où \(I \subset B\) est un idéal de carré nul, il existe exactement une flèche pointillée qui rende le diagramme commutatif. Cela conduit à l’analogue suivant pour les morphismes de schémas.

Définition

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. On dit que \(f\) est formellement étale si, pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & T \ar[d]^i \ar[l] \\ S & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] où \(T \subset T'\) est un épaississement du premier ordre de schémas affines sur \(S\), il existe exactement une flèche pointillée rendant le diagramme commutatif.

Il est clair qu’un morphisme formellement étale est formellement non ramifié. Ainsi, si \(f : X \to S\) est formellement étale, alors \(\Omega_{X/S}\) est nul, voir le lemme 02H9.

Lemme

Si \(f : X \to S\) est un morphisme formellement étale, alors, pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & T \ar[d]^i \ar[l] \\ S & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] où \(T \subset T'\) est un épaississement du premier ordre de schémas sur \(S\), il existe exactement une flèche pointillée rendant le diagramme commutatif. Autrement dit, dans la définition 02HG, on peut omettre la condition que \(T\) soit affine.

Démonstration

Soit \(T' = \bigcup T'_i\) un recouvrement ouvert affine et posons \(T_i = T \cap T'_i\). On obtient alors des morphismes \(a'_i : T'_i \to X\) s’inscrivant dans le diagramme. Par unicité, on voit que \(a'_i\) et \(a'_j\) coïncident sur tout sous-schéma ouvert affine de \(T'_i \cap T'_j\). Ainsi, \(a'_i\) et \(a'_j\) coïncident sur \(T'_i \cap T'_j\). On voit donc que les morphismes \(a'_i\) se recollent en un morphisme global \(a' : T' \to X\). L’unicité de \(a'\) a été établie dans le lemme 04F1.

Lemme

Un composé de morphismes formellement étales est formellement étale.

Démonstration

C’est formel.

Lemme

Tout changement de base d’un morphisme formellement étale est formellement étale.

Démonstration

C’est formel.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soient \(U \subset X\) et \(V \subset S\) des sous-schémas ouverts tels que \(f(U) \subset V\). Si \(f\) est formellement étale, il en va de même de \(f|_U : U \to V\).

Démonstration

Considérons un diagramme de flèches pleines \[\xymatrix{ U \ar[d]_{f|_U} & T \ar[d]^i \ar[l]^a \\ V & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] comme dans la définition 02HG. Si \(f\) est formellement étale, il existe exactement un \(S\)-morphisme \(a' : T' \to X\) tel que \(a'|_T = a\). Puisque \(|T'| = |T|\), on en déduit que \(a'(T') \subset U\), ce qui donne l’unique morphisme de \(T'\) dans \(U\) voulu.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est formellement étale,

  2. \(f\) est formellement non ramifié et l’épaississement universel du premier ordre de \(X\) sur \(S\) est égal à \(X\),

  3. \(f\) est formellement non ramifié et \(\mathcal{C}_{X/S} = 0\), et

  4. \(\Omega_{X/S} = 0\) et \(\mathcal{C}_{X/S} = 0\).

Démonstration

En fait, la dernière assertion n’a de sens que parce que \(\Omega_{X/S} = 0\) entraîne que \(\mathcal{C}_{X/S}\) est défini en vertu du lemme 02H9 et de la définition 04F4. Cela montre aussi clairement que (3) et (4) sont équivalentes.

Chacune des hypothèses (1), (2) et (3) entraîne que \(f\) est formellement non ramifié. On peut donc supposer \(f\) formellement non ramifié. L’équivalence de (1), (2) et (3) résulte de la propriété universelle de l’épaississement universel du premier ordre \(X'\) de \(X\) sur \(S\) et du fait que \(X = X' \Leftrightarrow \mathcal{C}_{X/S} = 0\), puisque \(\mathcal{C}_{X/S} = \mathcal{C}_{X/X'}\) est, par définition, le faisceau d’idéaux de \(X\) dans \(X'\).

Lemme

Un morphisme non ramifié et plat est formellement étale.

Démonstration

Supposons \(X \to S\) non ramifié et plat. Alors \(\Delta : X \to X \times_S X\) est une immersion ouverte, voir Morphismes, lemme 02GE. Il faut montrer que \(\mathcal{C}_{X/S}\) est nul. Considérons les deux projections \(p, q : X \times_S X \to X\). Comme \(f\) est formellement non ramifié (voir le lemme 02HE), \(q\) est formellement non ramifié (voir le lemme 02HB). Comme \(f\) est plat, \(p\) est plat, voir Morphismes, lemme 01U9. Ainsi, \(p^*\mathcal{C}_{X/S} = \mathcal{C}_q\) d’après le lemme 04F9, où \(\mathcal{C}_q\) désigne le faisceau conormal du morphisme formellement non ramifié \(q : X \times_S X \to X\). Mais \(\Delta(X) \subset X \times_S X\) est un sous-schéma ouvert qui s’envoie isomorphiquement sur \(X\) par \(q\). D’après le lemme 04FA, on voit donc que \(\mathcal{C}_q|_{\Delta(X)} = \mathcal{C}_{X/X} = 0\). Autrement dit, l’image inverse de \(\mathcal{C}_{X/S}\) sur \(X\) par le morphisme identité est nulle, c’est-à-dire \(\mathcal{C}_{X/S} = 0\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Supposons que \(X\) et \(S\) soient affines. Alors \(f\) est formellement étale si et seulement si \(\mathcal{O}_S(S) \to \mathcal{O}_X(X)\) est un homomorphisme d’anneaux formellement étale.

Démonstration

Cela résulte immédiatement des définitions (définition 02HG et Algèbre, définition 00UQ), par l’équivalence entre les catégories des anneaux et des schémas affines, voir Schémas, lemme 01I2.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est formellement étale,

  2. pour tout \(x \in X\), il existe des ouverts \(x \in U \subset X\) et \(f(x) \in V \subset Y\) avec \(f(U) \subset V\) tels que \(f|_U : U \to V\) soit formellement étale,

  3. pour tout couple d’ouverts affines \(U \subset X\) et \(V \subset Y\) avec \(f(U) \subset V\), l’homomorphisme d’anneaux \(\mathcal{O}_Y(V) \to \mathcal{O}_X(U)\) est formellement étale, et

  4. il existe un recouvrement ouvert affine \(Y = \bigcup V_j\) et, pour chaque \(j\), un recouvrement ouvert affine \(f^{-1}(V_j) = \bigcup U_{ji}\) tels que \(\mathcal{O}_Y(V) \to \mathcal{O}_X(U)\) soit un homomorphisme d’anneaux formellement étale pour tous \(j\) et \(i\).

Démonstration

En combinant les lemmes 02HK et 02HL, on voit que (1) \(\Rightarrow\) (3). L’implication (3) \(\Rightarrow\) (4) est immédiate. On a (4) \(\Rightarrow\) (2) d’après le lemme 02HL. Si (2) est vérifiée, alors \(\Omega_{X/S}\) et \(\mathcal{C}_{X/S}\) s’annulent au voisinage de chaque point d’après le lemme 04FE (on utilise aussi Morphismes, lemme 01US, et le lemme 04FA) ; le lemme 04FE montre alors que \(f\) est formellement étale.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. Le morphisme \(f\) est étale, et

  2. le morphisme \(f\) est localement de présentation finie et formellement étale.

Démonstration

Supposons \(f\) étale. Un morphisme étale est localement de présentation finie, plat et non ramifié, voir Morphismes, section 02GH. Ainsi, \(f\) est localement de présentation finie et formellement étale, voir le lemme 04FF.

Réciproquement, supposons que \(f\) soit localement de présentation finie et formellement étale. La propriété d’être étale est locale pour la topologie de Zariski sur \(X\) et \(S\), voir Morphismes, lemme 02GJ. D’après le lemme 02HK, on peut recouvrir \(X\) par des ouverts affines \(U\) s’envoyant dans des ouverts affines \(V\) tels que \(U \to V\) soit formellement étale (et de présentation finie, voir Morphismes, lemme 01TQ). D’après le lemme 02HL, on voit que les homomorphismes d’anneaux \(\mathcal{O}(V) \to \mathcal{O}(U)\) sont formellement étales (et de présentation finie). On conclut par Algèbre, lemme 00UR. (On donnera une autre démonstration de cette implication lors de l’étude des morphismes formellement lisses.)

Déformations infinitésimales des morphismes

Dans cette section, on explique comment utiliser une dérivation pour déformer infinitésimalement un morphisme. Dans toute cette section, on utilise le fait qu’un faisceau sur un épaississement \(X'\) de \(X\) peut être considéré comme un faisceau sur \(X\).

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soient \(X \subset X'\) et \(Y \subset Y'\) deux épaississements du premier ordre sur \(S\). Soient \((a, a'), (b, b') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) deux morphismes d’épaississements sur \(S\). Supposons que

  1. \(a = b\), et

  2. les deux homomorphismes \(a^*\mathcal{C}_{Y/Y'} \to \mathcal{C}_{X/X'}\) (Morphismes, lemme 01R4) soient égaux.

Alors l’application \((a')^\sharp - (b')^\sharp\) se factorise en \[\mathcal{O}_{Y'} \to \mathcal{O}_Y \xrightarrow{D} a_*\mathcal{C}_{X/X'} \to a_*\mathcal{O}_{X'}\] où \(D\) est une \(\mathcal{O}_S\)-dérivation.

Démonstration

Au lieu de travailler sur \(Y\), on travaille sur \(X\). L’avantage est que le foncteur image inverse \(a^{-1}\) est exact. Grâce à (1) et (2), on obtient un diagramme commutatif à lignes exactes \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \mathcal{C}_{X/X'} \ar[r] & \mathcal{O}_{X'} \ar[r] & \mathcal{O}_X \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & a^{-1}\mathcal{C}_{Y/Y'} \ar[r] \ar[u] & a^{-1}\mathcal{O}_{Y'} \ar[r] \ar@<1ex>[u]^{(a')^\sharp} \ar@<-1ex>[u]_{(b')^\sharp} & a^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[r] \ar[u] & 0 }\] Or, dans une telle situation, c’est un fait général que la différence des homomorphismes de \(\mathcal{O}_S\)-algèbres \((a')^\sharp\) et \((b')^\sharp\) est une \(\mathcal{O}_S\)-dérivation de \(a^{-1}\mathcal{O}_Y\) dans \(\mathcal{C}_{X/X'}\). Par adjonction des foncteurs \(a^{-1}\) et \(a_*\), cela revient à se donner une \(\mathcal{O}_S\)-dérivation de \(\mathcal{O}_Y\) dans \(a_*\mathcal{C}_{X/X'}\). Certains détails sont omis.

Remarquons que, dans la situation du lemme précédent, on peut écrire \(D\) sous la forme [04BV]\[\begin{equation} D = \text{d}_{Y/S} \circ \theta \end{equation}\] où \(\theta\) est un homomorphisme \(\mathcal{O}_Y\)-linéaire \(\theta : \Omega_{Y/S} \to a_*\mathcal{C}_{X/X'}\). Bien entendu, par une nouvelle adjonction, on peut alors considérer \(\theta\) comme un homomorphisme \(\mathcal{O}_X\)-linéaire \(\theta : a^*\Omega_{Y/S} \to \mathcal{C}_{X/X'}\).

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \((a, a') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) un morphisme d’épaississements du premier ordre sur \(S\). Soit \[\theta : a^*\Omega_{Y/S} \to \mathcal{C}_{X/X'}\] un homomorphisme \(\mathcal{O}_X\)-linéaire. Il existe alors un unique morphisme de couples \((b, b') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) tel que (1) et (2) du lemme 04FG soient vérifiées et que la dérivation \(D\) et \(\theta\) soient liées par l’équation (04BV).

Démonstration

On pose simplement \(b = a\) et on définit \((b')^\sharp\) comme l’application \[(a')^\sharp + D : a^{-1}\mathcal{O}_{Y'} \to \mathcal{O}_{X'}\] où \(D\) est donné par l’équation (04BV). On omet de vérifier que \((b')^\sharp\) est un homomorphisme de faisceaux de \(\mathcal{O}_S\)-algèbres et que (1) et (2) du lemme 04FG sont vérifiées. L’équation (04BV) est satisfaite par construction.

Remarque

Les hypothèses et notations sont celles du lemme 02H5. L’action d’une section locale \(\theta\) sur \(a'\) est parfois notée \(\theta \cdot a'\). Cela signifie simplement que \((a')^\sharp\) et \((\theta \cdot a')^\sharp\) diffèrent d’une dérivation \(D\) liée à \(\theta\) par l’équation (04BV).

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soient \(X \subset X'\) et \(Y \subset Y'\) des épaississements du premier ordre sur \(S\). Supposons donnés un morphisme \(a : X \to Y\) et un homomorphisme \(A : a^*\mathcal{C}_{Y/Y'} \to \mathcal{C}_{X/X'}\) de \(\mathcal{O}_X\)-modules. Pour un sous-schéma ouvert \(U' \subset X'\), considérons les morphismes \(a' : U' \to Y'\) tels que

  1. \(a'\) soit un morphisme sur \(S\),

  2. \(a'|_U = a|_U\), et

  3. l’homomorphisme induit \(a^*\mathcal{C}_{Y/Y'}|_U \to \mathcal{C}_{X/X'}|_U\) soit la restriction de \(A\) à \(U\).

Ici, \(U = X \cap U'\). Alors la règle [04FI]\[\begin{equation} U' \mapsto \{a' : U' \to Y'\text{ vérifiant (1), (2), (3).}\} \end{equation}\] définit un faisceau d’ensembles sur \(X'\).

Démonstration

Notons \(\mathcal{F}\) la règle du lemme. L’application de restriction \(\mathcal{F}(U') \to \mathcal{F}(V')\), pour \(V' \subset U' \subset X'\), de \(\mathcal{F}\) est simplement l’application de restriction \(a' \mapsto a'|_{V'}\). Avec cette définition, il est clair que \(\mathcal{F}\) est un faisceau, puisque les morphismes se définissent localement.

Dans le lemme suivant, on identifie les faisceaux sur \(X\) à ceux sur un épaississement quelconque de \(X\).

Lemme

Les notations et hypothèses sont celles du lemme 04FH. Il existe une action du faisceau \[\SheafHom_{\mathcal{O}_X}(a^*\Omega_{Y/S}, \mathcal{C}_{X/X'})\] sur le faisceau (04FI). De plus, cette action est simplement transitive pour tout ouvert \(U' \subset X'\) sur lequel le faisceau (04FI) possède une section.

Démonstration

Cela résulte de la combinaison des lemmes 04FG, 02H5 et 04FH.

Remarque

Un cas particulier des lemmes 04FG, 02H5, 04FH et 04FJ est celui où \(Y = Y'\). Dans ce cas, l’homomorphisme \(A\) est toujours nul. Le faisceau du lemme 04FH est simplement donné par la règle \[U' \mapsto \{a' : U' \to Y\text{ sur }S\text{ avec } a'|_U = a|_U\}\] et l’on fait agir sur lui le faisceau \(\SheafHom_{\mathcal{O}_X}(a^*\Omega_{Y/S}, \mathcal{C}_{X/X'})\).

Remarque

Un autre cas particulier des lemmes 04FG, 02H5, 04FH et 04FJ est celui où \(S\) est lui-même un épaississement \(Z \subset Z' = S\) et où \(Y = Z \times_{Z'} Y'\). Voici le diagramme : \[\xymatrix{ (X \subset X') \ar@{..>}[rr]_{(a, ?)} \ar[rd]_{(g, g')} & & (Y \subset Y') \ar[ld]^{(h, h')} \\ & (Z \subset Z') }\] Dans ce cas, l’homomorphisme \(A : a^*\mathcal{C}_{Y/Y'} \to \mathcal{C}_{X/X'}\) est déterminé par \(a\) : l’homomorphisme \(h^*\mathcal{C}_{Z/Z'} \to \mathcal{C}_{Y/Y'}\) est surjectif (car on a supposé \(Y = Z \times_{Z'} Y'\)), donc son image inverse \(g^*\mathcal{C}_{Z/Z'} = a^*h^*\mathcal{C}_{Z/Z'} \to a^*\mathcal{C}_{Y/Y'}\) est surjective, et le composé \(g^*\mathcal{C}_{Z/Z'} \to a^*\mathcal{C}_{Y/Y'} \to \mathcal{C}_{X/X'}\) doit être l’homomorphisme canonique induit par \(g'\). Ainsi, le faisceau du lemme 04FH est simplement donné par la règle \[U' \mapsto \{a' : U' \to Y'\text{ sur }Z'\text{ avec } a'|_U = a|_U\}\] et l’on fait agir sur lui le faisceau \(\SheafHom_{\mathcal{O}_X}(a^*\Omega_{Y/Z}, \mathcal{C}_{X/X'})\).

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(X \subset X'\) un épaississement du premier ordre sur \(S\). Soit \(Y\) un schéma sur \(S\). Soient \(a', b' : X' \to Y\) deux morphismes sur \(S\) tels que \(a = a'|_X = b'|_X\). On obtient ainsi un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[r] \ar[d]_a & X' \ar[d]^{(b', a')} \\ Y \ar[r]^-{\Delta_{Y/S}} & Y \times_S Y }\] Puisque les flèches horizontales sont des immersions de faisceaux conormaux \(\mathcal{C}_{X/X'}\) et \(\Omega_{Y/S}\), d’après Morphismes, lemme 01R4, on obtient un homomorphisme \(\theta : a^*\Omega_{Y/S} \to \mathcal{C}_{X/X'}\). Alors cet homomorphisme \(\theta\) et la dérivation \(D\) du lemme 04FG sont liés par l’équation (04BV).

Démonstration

Omise. Indication : l’égalité se vérifie sur les ouverts affines, où elle résulte du calcul suivant. Si \(f\) est une section locale de \(\mathcal{O}_Y\), alors \(1 \otimes f - f \otimes 1\) est une section locale de \(\mathcal{C}_{Y/(Y \times_S Y)}\) correspondant à \(\text{d}_{Y/S}(f)\). Elle s’envoie sur la section locale \((a')^\sharp(f) - (b')^\sharp(f) = D(f)\) de \(\mathcal{C}_{X/X'}\). Autrement dit, \(\theta(\text{d}_{Y/S}(f)) = D(f)\).

Pour la suite, il nous faut un résultat affirmant, en substance, que la construction du lemme 02H5 est compatible avec la localisation étale.

Lemme

Soit \[\xymatrix{ X_1 \ar[d] & X_2 \ar[l]^f \ar[d] \\ S_1 & S_2 \ar[l] }\] un diagramme commutatif de schémas dans lequel \(X_2 \to X_1\) et \(S_2 \to S_1\) sont étales. Alors l’homomorphisme \(c_f : f^*\Omega_{X_1/S_1} \to \Omega_{X_2/S_2}\) de Morphismes, lemme 01UV, est un isomorphisme.

Démonstration

Rappelons qu’un morphisme étale \(U \to V\) est un morphisme lisse tel que \(\Omega_{U/V} = 0\). En utilisant cela, on voit que Morphismes, lemme 01UX, entraîne \(\Omega_{X_2/S_2} = \Omega_{X_2/S_1}\), et que Morphismes, lemme 02K4, entraîne que l’homomorphisme \(f^*\Omega_{X_1/S_1} \to \Omega_{X_2/S_1}\) (pour le morphisme \(f\) considéré comme morphisme sur \(S_1\)) est un isomorphisme. Le lemme s’en déduit.

Lemme

Considérons un diagramme commutatif d’épaississements du premier ordre \[\vcenter{ \xymatrix{ (T_2 \subset T_2') \ar[d]_{(h, h')} \ar[rr]_{(a_2, a_2')} & & (X_2 \subset X_2') \ar[d]^{(f, f')} \\ (T_1 \subset T_1') \ar[rr]^{(a_1, a_1')} & & (X_1 \subset X_1') } } \quad \begin{matrix} \text{et un diagramme commutatif} \\ \text{de schémas} \end{matrix} \quad \vcenter{ \xymatrix{ X_2' \ar[r] \ar[d] & S_2 \ar[d] \\ X_1' \ar[r] & S_1 } }\] où \(X_2 \to X_1\) et \(S_2 \to S_1\) sont étales. Pour tout homomorphisme \(\mathcal{O}_{T_1}\)-linéaire \(\theta_1 : a_1^*\Omega_{X_1/S_1} \to \mathcal{C}_{T_1/T'_1}\), notons \(\theta_2\) le composé \[\xymatrix{ a_2^*\Omega_{X_2/S_2} \ar@{=}[r] & h^*a_1^*\Omega_{X_1/S_1} \ar[r]^-{h^*\theta_1} & h^*\mathcal{C}_{T_1/T'_1} \ar[r] & \mathcal{C}_{T_2/T'_2} }\] (le signe d’égalité est expliqué dans la démonstration). Alors le diagramme \[\xymatrix{ T_2' \ar[rr]_{\theta_2 \cdot a_2'} \ar[d] & & X'_2 \ar[d] \\ T_1' \ar[rr]^{\theta_1 \cdot a_1'} & & X'_1 }\] est commutatif, où les actions \(\theta_2 \cdot a_2'\) et \(\theta_1 \cdot a_1'\) sont celles de la remarque 0CK1.

Démonstration

Le signe d’égalité provient de l’identification \(f^*\Omega_{X_1/S_1} = \Omega_{X_2/S_2}\) du lemme 04BX. En effet, grâce à celle-ci, on a \(a_2^*\Omega_{X_2/S_2} = a_2^*f^*\Omega_{X_1/S_1} = h^*a_1^*\Omega_{X_1/S_1}\), car \(f \circ a_2 = a_1 \circ h\). Cela étant, la commutativité du diagramme peut se vérifier sur les ouverts affines. On peut donc supposer que les schémas du grand diagramme initial sont affines. On obtient ainsi des diagrammes commutatifs \[\vcenter{ \xymatrix{ (B'_2, I_2) & & (A'_2, J_2) \ar[ll]^{a_2'} \\ (B'_1, I_1) \ar[u]^{h'} & & (A'_1, J_1) \ar[ll]_{a_1'} \ar[u]_{f'} } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ A'_2 & & R_2 \ar[ll] \\ A'_1 \ar[u] & & R_1 \ar[ll] \ar[u] } }\] Cette notation signifie que \(I_1, I_2, J_1, J_2\) sont des idéaux de carré nul et que les morphismes de couples sont des homomorphismes d’anneaux envoyant les idéaux dans les idéaux. Posons \(A_1 = A'_1/J_1\), \(A_2 = A'_2/J_2\), \(B_1 = B'_1/I_1\) et \(B_2 = B'_2/I_2\). On sait que \[A_2 \otimes_{A_1} \Omega_{A_1/R_1} \longrightarrow \Omega_{A_2/R_2}\] est un isomorphisme. Alors \(\theta_1 : B_1 \otimes_{A_1} \Omega_{A_1/R_1} \to I_1\) est \(B_1\)-linéaire. Cela donne une \(R_1\)-dérivation \(D_1 = \theta_1 \circ \text{d}_{A_1/R_1} : A_1 \to I_1\). De même, on voit que \(\theta_2 : B_2 \otimes_{A_2} \Omega_{A_2/R_2} \to I_2\) donne une \(R_2\)-dérivation \(D_2 = \theta_2 \circ \text{d}_{A_2/R_2} : A_2 \to I_2\). La construction de \(\theta_2\) entraîne la compatibilité suivante entre \(\theta_1\) et \(\theta_2\) : pour tout \(x \in A_1\), on a \[h'(D_1(x)) = D_2(f'(x))\] dans \(I_2\). On peut considérer \(D_1\) comme une application \(A'_1 \to B'_1\) à l’aide de \(A'_1 \to A_1 \xrightarrow{D_1} I_1 \to B_1\) ; de même, on peut considérer \(D_2\) comme une application \(A'_2 \to B'_2\). L’égalité affichée est alors valable pour \(x \in A'_1\). D’après la construction de l’action dans le lemme 02H5 et la remarque 0CK1, on sait que \(\theta_1 \cdot a_1'\) correspond à l’homomorphisme d’anneaux \(a_1' + D_1 : A'_1 \to B'_1\) et que \(\theta_2 \cdot a_2'\) correspond à l’homomorphisme d’anneaux \(a_2' + D_2 : A'_2 \to B'_2\). L’égalité affichée donne donc \(h' \circ (a_1' + D_1) = (a_2' + D_2) \circ f'\), comme voulu.

Remarque

Le lemme 04BY peut être amélioré de la manière suivante. Supposons donnés des diagrammes commutatifs comme dans le lemme 04BY, sans supposer que \(X_2 \to X_1\) et \(S_2 \to S_1\) soient étales. Supposons ensuite que l’on dispose de \(\theta_1 : a_1^*\Omega_{X_1/S_1} \to \mathcal{C}_{T_1/T'_1}\) et de \(\theta_2 : a_2^*\Omega_{X_2/S_2} \to \mathcal{C}_{T_2/T'_2}\) tels que \[\xymatrix{ f_*\mathcal{O}_{X_2} \ar[rr]_{f_*D_2} & & f_*a_{2, *}\mathcal{C}_{T_2/T_2'} \\ \mathcal{O}_{X_1} \ar[rr]^{D_1} \ar[u]^{f^\sharp} & & a_{1, *}\mathcal{C}_{T_1/T_1'} \ar[u]_{\text{induit par }(h')^\sharp} }\] soit commutatif, où \(D_i\) correspond à \(\theta_i\) comme dans l’équation (04BV). On obtient alors la conclusion du lemme 04BY. L’intérêt de l’hypothèse que \(X_2 \to X_1\) et \(S_2 \to S_1\) soient tous deux étales est qu’elle permet de construire un \(\theta_2\) à partir de \(\theta_1\).

Déformations infinitésimales des schémas

Le lemme élémentaire suivant est souvent commode pour vérifier qu’une déformation infinitésimale d’un morphisme est plate.

Lemme

Soit \((f, f') : (X \subset X') \to (S \subset S')\) un morphisme d’épaississements du premier ordre. Supposons \(f\) plat. Alors les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f'\) est plat et \(X = S \times_{S'} X'\), et

  2. l’homomorphisme canonique \(f^*\mathcal{C}_{S/S'} \to \mathcal{C}_{X/X'}\) est un isomorphisme.

Démonstration

Le problème étant local sur \(X'\), on peut supposer que \(X, X', S, S'\) sont des schémas affines. Écrivons \(S' = \Spec(A')\), \(X' = \Spec(B')\), \(S = \Spec(A)\), \(X = \Spec(B)\), avec \(A = A'/I\) et \(B = B'/J\) pour certains idéaux de carré nul. On obtient alors le diagramme commutatif suivant : \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & J \ar[r] & B' \ar[r] & B \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & I \ar[r] \ar[u] & A' \ar[r] \ar[u] & A \ar[r] \ar[u] & 0 }\] dont les lignes sont exactes. L’homomorphisme canonique du lemme est l’homomorphisme \[I \otimes_A B = I \otimes_{A'} B' \longrightarrow J.\] L’hypothèse que \(f\) est plat signifie que \(A \to B\) est plat.

Supposons (1). Alors \(A' \to B'\) est plat et \(J = IB'\). La platitude entraîne \(\text{Tor}_1^{A'}(B', A) = 0\) (voir Algèbre, lemme 00M5). Cela signifie que \(I \otimes_{A'} B' \to B'\) est injectif (voir Algèbre, remarque 00M6). On voit donc que \(I \otimes_A B \to J\) est un isomorphisme.

Supposons (2). Il en résulte que \(J = IB'\), donc que \(X = S \times_{S'} X'\). De plus, on obtient \(\text{Tor}_1^{A'}(B', A'/I) = 0\) en renversant les implications du paragraphe précédent. Ainsi, \(B'\) est plat sur \(A'\) d’après Algèbre, lemme 051C.

Le lemme suivant est la version « nilpotente » du « critère de platitude par fibres », voir la section 039A.

Lemme

Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (X \subset X') \ar[rr]_{(f, f')} \ar[rd] & & (Y \subset Y') \ar[ld] \\ & (S \subset S') }\] d’épaississements. Supposons que

  1. \(X'\) soit plat sur \(S'\),

  2. \(f\) soit plat,

  3. \(S \subset S'\) soit un épaississement d’ordre fini, et

  4. \(X = S \times_{S'} X'\) et \(Y = S \times_{S'} Y'\).

Alors \(f'\) est plat et \(Y'\) est plat sur \(S'\) en tout point de l’image de \(f'\).

Démonstration

C’est une conséquence immédiate du résultat d’Algèbre, lemme 06A5.

De nombreuses propriétés des morphismes de schémas sont préservées par déformation plate.

Lemme

Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (X \subset X') \ar[rr]_{(f, f')} \ar[rd] & & (Y \subset Y') \ar[ld] \\ & (S \subset S') }\] d’épaississements. Supposons que \(S \subset S'\) soit un épaississement d’ordre fini, que \(X'\) soit plat sur \(S'\), que \(X = S \times_{S'} X'\) et que \(Y = S \times_{S'} Y'\). Alors

  1. \(f\) est plat si et seulement si \(f'\) est plat, [06AH]

  2. \(f\) est un isomorphisme si et seulement si \(f'\) est un isomorphisme, [06AI]

  3. \(f\) est une immersion ouverte si et seulement si \(f'\) est une immersion ouverte, [06AJ]

  4. \(f\) est quasi-compact si et seulement si \(f'\) est quasi-compact, [06AK]

  5. \(f\) est universellement fermé si et seulement si \(f'\) est universellement fermé, [06AL]

  6. \(f\) est (quasi-)séparé si et seulement si \(f'\) est (quasi-)séparé, [06AM]

  7. \(f\) est un monomorphisme si et seulement si \(f'\) est un monomorphisme, [06AN]

  8. \(f\) est surjectif si et seulement si \(f'\) est surjectif, [06AP]

  9. \(f\) est universellement injectif si et seulement si \(f'\) est universellement injectif, [06AQ]

  10. \(f\) est affine si et seulement si \(f'\) est affine, [06AR]

  11. \(f\) est localement de type fini si et seulement si \(f'\) est localement de type fini,

  12. \(f\) est localement quasi-fini si et seulement si \(f'\) est localement quasi-fini, [06AT]

  13. \(f\) est localement de présentation finie si et seulement si \(f'\) est localement de présentation finie,

  14. \(f\) est localement de type fini et de dimension relative \(d\) si et seulement si \(f'\) est localement de type fini et de dimension relative \(d\),

  15. \(f\) est universellement ouvert si et seulement si \(f'\) est universellement ouvert, [06AW]

  16. \(f\) est syntomique si et seulement si \(f'\) est syntomique, [06AX]

  17. \(f\) est lisse si et seulement si \(f'\) est lisse, [06AY]

  18. \(f\) est non ramifié si et seulement si \(f'\) est non ramifié, [06AZ]

  19. \(f\) est étale si et seulement si \(f'\) est étale, [06B0]

  20. \(f\) est propre si et seulement si \(f'\) est propre, [06B1]

  21. \(f\) est entier si et seulement si \(f'\) est entier, [06B2]

  22. \(f\) est fini si et seulement si \(f'\) est fini, [06B3]

  23. \(f\) est fini localement libre (de rang \(d\)) si et seulement si \(f'\) est fini localement libre (de rang \(d\)), et

  24. ajouter d’autres propriétés ici.

Démonstration

Les hypothèses sur \(X\) et \(Y\) signifient que \(f\) est le changement de base de \(f'\) par \(X \to X'\). Les propriétés \(\mathcal{P}\) énumérées en (1) – (23) ci-dessus sont toutes stables par changement de base ; si \(f'\) possède la propriété \(\mathcal{P}\), il en va donc de même de \(f\). Voir Schémas, lemmes 01JY, 01K5, 01KU et 02YC, et Morphismes, lemmes 01S1, 0472, 01SD, 01T4, 01TM, 01TS, 02NK, 01UI, 01VB, 02GA, 02GO, 01W4, 01WL et 02KD.

Dans chaque cas, le sens intéressant consiste donc à supposer que \(f\) possède la propriété et à en déduire que \(f'\) la possède aussi. Par récurrence sur l’ordre de l’épaississement, on peut supposer que \(S \subset S'\) est un épaississement du premier ordre, voir la discussion qui suit immédiatement la définition 04EX. Faisons quelques remarques générales que l’on utilisera sans autre mention dans les arguments ci-dessous. (I) Soient \(W' \subset S'\) un ouvert affine et \(U' \subset X'\) et \(V' \subset Y'\) des ouverts affines au-dessus de \(W'\) tels que \(f'(U') \subset V'\). Écrivons \(W' = \Spec(R')\) et notons \(I \subset R'\) l’idéal définissant le sous-schéma fermé \(W' \cap S\). Écrivons \(U' = \Spec(B')\) et \(V' = \Spec(A')\). On obtient alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & IB' \ar[r] & B' \ar[r] & B \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & IA' \ar[r] \ar[u] & A' \ar[r] \ar[u] & A \ar[r] \ar[u] & 0 }\] à lignes exactes. De plus, \(IB' \cong I \otimes_R B\), voir la démonstration du lemme 063Y. (II) Les morphismes \(X \to X'\) et \(Y \to Y'\) sont des homéomorphismes universels. Les applications \(f\) et \(f'\) ont donc la même topologie (après tout changement de base). (III) Si \(f\) est plat, alors \(f'\) est plat et \(Y' \to S'\) est plat en tout point de l’image de \(f'\), voir le lemme 06AF.

Pour (06AH). C’est la remarque générale (III).

Pour (06AI). Supposons que \(f\) soit un isomorphisme. D’après (III), on voit que \(Y' \to S'\) est plat. Choisissons un ouvert affine \(V' \subset Y'\) et posons \(U' = (f')^{-1}(V')\). Alors \(V = Y \cap V'\) est affine, ce qui entraîne que \(V \cong f^{-1}(V) = U = Y \times_{Y'} U'\) est affine. D’après le lemme 06AD, on voit que \(U'\) est affine. On dispose donc d’un diagramme comme dans la remarque générale (I), et de plus \(IA \cong I \otimes_R A\), car \(R' \to A'\) est plat. Alors \(IB' \cong I \otimes_R B \cong I \otimes_R A \cong IA'\) et \(A \cong B\). L’exactitude des lignes du diagramme ci-dessus donne \(A' \cong B'\), c’est-à-dire \(U' \cong V'\). Ainsi, \(f'\) est un isomorphisme.

Pour (06AJ). Supposons que \(f\) soit une immersion ouverte. Alors \(f\) est un isomorphisme de \(X\) sur un sous-schéma ouvert \(V \subset Y\). Soit \(V' \subset Y'\) le sous-schéma ouvert dont l’espace topologique sous-jacent est \(V\). Alors \(f'\) est un morphisme de \(X'\) dans \(V'\), qui est un isomorphisme d’après (06AI). Ainsi, \(f'\) est une immersion ouverte.

Pour (06AK). C’est immédiat d’après la remarque (II). Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (06AL). C’est immédiat d’après la remarque (II). Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (06AM). Remarquons que \(X \times_Y X = Y \times_{Y'} (X' \times_{Y'} X')\), de sorte que \(X' \times_{Y'} X'\) est un épaississement de \(X \times_Y X\). Les applications \(\Delta_{X/Y}\) et \(\Delta_{X'/Y'}\) ont donc la même topologie, ce qui permet de conclure. Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (06AN). Supposons que \(f\) soit un monomorphisme. Considérons le morphisme diagonal \(\Delta_{X'/Y'} : X' \to X' \times_{Y'} X'\). Le changement de base de \(\Delta_{X'/Y'}\) par \(S \to S'\) est \(\Delta_{X/Y}\), qui est un isomorphisme par hypothèse. D’après (06AI), on en déduit que \(\Delta_{X'/Y'}\) est un isomorphisme.

Pour (06AP). C’est clair. Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (06AQ). C’est immédiat d’après la remarque (II). Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (06AR). Supposons que \(f\) soit affine. Choisissons un ouvert affine \(V' \subset Y'\) et posons \(U' = (f')^{-1}(V')\). Alors \(V = Y \cap V'\) est affine, ce qui entraîne que \(U = Y \times_{Y'} U'\) est affine. D’après le lemme 06AD, on voit que \(U'\) est affine. Ainsi, \(f'\) est affine. Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (06AS). D’après la remarque (I), il s’agit de prouver que \(A' \to B'\) est de type fini si \(A \to B\) est de type fini. Supposons que \(x_1, \ldots, x_n \in B'\) soient des éléments dont les images dans \(B\) engendrent \(B\) comme \(A\)-algèbre. Alors \(A'[x_1, \ldots, x_n] \to B\) est surjectif, car \(A'[x_1, \ldots, x_n] \to B\) est surjectif et \(I \otimes_R A[x_1, \ldots, x_n] \to I \otimes_R B\) est surjectif. Voir aussi le lemme 09ZW pour un énoncé plus général.

Pour (06AT). Cela résulte de (06AS) et du fait que la quasi-finitude d’un morphisme de type fini se vérifie sur les fibres, voir Morphismes, lemme 01TH. Voir aussi le lemme 09ZW pour un énoncé plus général.

Pour (06AU). D’après la remarque (I), il s’agit de prouver que \(A' \to B'\) est de présentation finie si \(A \to B\) est de présentation finie. On peut supposer que \(B' = A'[x_1, \ldots, x_n]/K'\) pour un certain idéal \(K'\) d’après (06AS). On obtient une suite exacte courte \[0 \to K' \to A'[x_1, \ldots, x_n] \to B' \to 0\] Comme \(B'\) est plat sur \(R'\), on voit que \(K' \otimes_{R'} R\) est le noyau de la surjection \(A[x_1, \ldots, x_n] \to B\). Par hypothèse sur \(A \to B\), il existe un nombre fini d’éléments \(f'_1, \ldots, f'_m \in K'\) dont les images dans \(A[x_1, \ldots, x_n]\) engendrent ce noyau. Puisque \(I\) est nilpotent, on voit que \(f'_1, \ldots, f'_m\) engendrent \(K'\) par le lemme de Nakayama, voir Algèbre, lemme 00DV.

Pour (06AV). Cela résulte de (06AS) et de la remarque générale (II). Voir aussi le lemme 09ZW pour un énoncé plus général.

Pour (06AW). C’est immédiat d’après la remarque générale (II). Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (06AX). Supposons \(f\) syntomique. D’après (06AU), \(f'\) est localement de présentation finie ; d’après la remarque générale (III), \(f'\) est plat, et les fibres de \(f'\) sont celles de \(f\). Ainsi, \(f'\) est syntomique d’après Morphismes, lemme 01UF.

Pour (06AY). Supposons \(f\) lisse. D’après (06AU), \(f'\) est localement de présentation finie ; d’après la remarque générale (III), \(f'\) est plat, et les fibres de \(f'\) sont les fibres de \(f\). Ainsi, \(f'\) est lisse d’après Morphismes, lemme 01V8.

Pour (06AZ). Supposons \(f\) non ramifié. D’après (06AS), \(f'\) est localement de type fini, et les fibres de \(f'\) sont celles de \(f\). Ainsi, \(f'\) est non ramifié d’après Morphismes, lemme 02G8. Voir aussi le lemme 09ZW pour un énoncé plus général.

Pour (06B0). Supposons \(f\) étale. D’après (06AU), \(f'\) est localement de présentation finie ; d’après la remarque générale (III), \(f'\) est plat, et les fibres de \(f'\) sont celles de \(f\). Ainsi, \(f'\) est étale d’après Morphismes, lemme 02GM.

Pour (06B1). Cela résulte de la combinaison de (06AM), (06AS), (06AK) et (06AL). Voir aussi le lemme 09ZW pour un énoncé plus général.

Pour (06B2). Combiner (06AL) et (06AR) avec Morphismes, lemme 01WM. Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (06B3). Combiner (06B2) et (06AS) avec Morphismes, lemme 01WJ. Voir aussi le lemme 09ZW pour un énoncé plus général.

Pour (06B4). Supposons \(f\) fini localement libre. D’après (06B3), on voit que \(f'\) est fini ; d’après la remarque générale (III), \(f'\) est plat, et d’après (06AU), \(f'\) est localement de présentation finie. Ainsi, \(f'\) est fini localement libre d’après Morphismes, lemme 02KB.

Le lemme suivant est la version « localement nilpotente » du « critère de platitude par fibres », voir la section 039A.

Lemme

Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (X \subset X') \ar[rr]_{(f, f')} \ar[rd] & & (Y \subset Y') \ar[ld] \\ & (S \subset S') }\] d’épaississements. Supposons que

  1. \(Y' \to S'\) soit localement de type fini,

  2. \(X' \to S'\) soit plat et localement de présentation finie,

  3. \(f\) soit plat, et

  4. \(X = S \times_{S'} X'\) et \(Y = S \times_{S'} Y'\).

Alors \(f'\) est plat et, pour tout \(y' \in Y'\) dans l’image de \(f'\), l’anneau local \(\mathcal{O}_{Y', y'}\) est plat et essentiellement de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\).

Démonstration

C’est une conséquence immédiate du résultat d’Algèbre, lemme 0CEL.

De nombreuses propriétés des morphismes de schémas sont préservées par les déformations plates considérées dans le lemme précédent.

Lemme

Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (X \subset X') \ar[rr]_{(f, f')} \ar[rd] & & (Y \subset Y') \ar[ld] \\ & (S \subset S') }\] d’épaississements. Supposons \(Y' \to S'\) localement de type fini, \(X' \to S'\) plat et localement de présentation finie, \(X = S \times_{S'} X'\) et \(Y = S \times_{S'} Y'\). Alors

  1. \(f\) est plat si et seulement si \(f'\) est plat, [0CF5]

  2. \(f\) est un isomorphisme si et seulement si \(f'\) est un isomorphisme, [0CF6]

  3. \(f\) est une immersion ouverte si et seulement si \(f'\) est une immersion ouverte, [0CF7]

  4. \(f\) est quasi-compact si et seulement si \(f'\) est quasi-compact, [0CF8]

  5. \(f\) est universellement fermé si et seulement si \(f'\) est universellement fermé, [0CF9]

  6. \(f\) est (quasi-)séparé si et seulement si \(f'\) est (quasi-)séparé, [0CFA]

  7. \(f\) est un monomorphisme si et seulement si \(f'\) est un monomorphisme, [0CFB]

  8. \(f\) est surjectif si et seulement si \(f'\) est surjectif, [0CFC]

  9. \(f\) est universellement injectif si et seulement si \(f'\) est universellement injectif, [0CFD]

  10. \(f\) est affine si et seulement si \(f'\) est affine, [0CFE]

  11. \(f\) est localement quasi-fini si et seulement si \(f'\) est localement quasi-fini, [0CFF]

  12. \(f\) est localement de type fini et de dimension relative \(d\) si et seulement si \(f'\) est localement de type fini et de dimension relative \(d\),

  13. \(f\) est universellement ouvert si et seulement si \(f'\) est universellement ouvert, [0CFH]

  14. \(f\) est syntomique si et seulement si \(f'\) est syntomique, [0CFI]

  15. \(f\) est lisse si et seulement si \(f'\) est lisse, [0CFJ]

  16. \(f\) est non ramifié si et seulement si \(f'\) est non ramifié, [0CFK]

  17. \(f\) est étale si et seulement si \(f'\) est étale, [0CFL]

  18. \(f\) est propre si et seulement si \(f'\) est propre, [0CFM]

  19. \(f\) est fini si et seulement si \(f'\) est fini, [0CFN]

  20. \(f\) est fini localement libre (de rang \(d\)) si et seulement si \(f'\) est fini localement libre (de rang \(d\)), et

  21. ajouter d’autres propriétés ici.

Démonstration

Les hypothèses sur \(X\) et \(Y\) signifient que \(f\) est le changement de base de \(f'\) par \(X \to X'\). Les propriétés \(\mathcal{P}\) énumérées en (1) – (20) ci-dessus sont toutes stables par changement de base ; si \(f'\) possède la propriété \(\mathcal{P}\), il en va donc de même de \(f\). Voir Schémas, lemmes 01JY, 01K5, 01KU et 02YC, et Morphismes, lemmes 01S1, 0472, 01SD, 01TM, 02NK, 01UI, 01VB, 02GA, 02GO, 01W4, 01WL et 02KD.

Dans chaque cas, le sens intéressant consiste donc à supposer que \(f\) possède la propriété et à en déduire que \(f'\) la possède aussi. Faisons quelques remarques générales que l’on utilisera sans autre mention dans les arguments ci-dessous. (I) Soient \(W' \subset S'\) un ouvert affine et \(U' \subset X'\) et \(V' \subset Y'\) des ouverts affines au-dessus de \(W'\) tels que \(f'(U') \subset V'\). Écrivons \(W' = \Spec(R')\) et notons \(I \subset R'\) l’idéal définissant le sous-schéma fermé \(W' \cap S\). Écrivons \(U' = \Spec(B')\) et \(V' = \Spec(A')\). On obtient alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & IB' \ar[r] & B' \ar[r] & B \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & IA' \ar[r] \ar[u] & A' \ar[r] \ar[u] & A \ar[r] \ar[u] & 0 }\] à lignes exactes. (II) Les morphismes \(X \to X'\) et \(Y \to Y'\) sont des homéomorphismes universels. Les applications \(f\) et \(f'\) ont donc la même topologie (après tout changement de base). (III) Si \(f\) est plat, alors \(f'\) est plat et \(Y' \to S'\) est plat en tout point de l’image de \(f'\), voir le lemme 06AF.

Pour (0CF5). C’est la remarque générale (III).

Pour (0CF6). Supposons que \(f\) soit un isomorphisme. Choisissons un ouvert affine \(V' \subset Y'\) et posons \(U' = (f')^{-1}(V')\). Alors \(V = Y \cap V'\) est affine, ce qui entraîne que \(V \cong f^{-1}(V) = U = Y \times_{Y'} U'\) est affine. D’après le lemme 06AD, on voit que \(U'\) est affine. On dispose donc d’un diagramme comme dans la remarque générale (I). D’après Algèbre, lemme 07RE, on voit que \(A' \to B'\) est un isomorphisme, c’est-à-dire \(U' \cong V'\). Ainsi, \(f'\) est un isomorphisme.

Pour (0CF7). Supposons que \(f\) soit une immersion ouverte. Alors \(f\) est un isomorphisme de \(X\) sur un sous-schéma ouvert \(V \subset Y\). Soit \(V' \subset Y'\) le sous-schéma ouvert dont l’espace topologique sous-jacent est \(V\). Alors \(f'\) est un morphisme de \(X'\) dans \(V'\), qui est un isomorphisme d’après (0CF6). Ainsi, \(f'\) est une immersion ouverte.

Pour (0CF8). C’est immédiat d’après la remarque (II). Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (0CF9). C’est immédiat d’après la remarque (II). Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (0CFA). Remarquons que \(X \times_Y X = Y \times_{Y'} (X' \times_{Y'} X')\), de sorte que \(X' \times_{Y'} X'\) est un épaississement de \(X \times_Y X\). Les applications \(\Delta_{X/Y}\) et \(\Delta_{X'/Y'}\) ont donc la même topologie, ce qui permet de conclure. Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (0CFB). Supposons que \(f\) soit un monomorphisme. Considérons le morphisme diagonal \(\Delta_{X'/Y'} : X' \to X' \times_{Y'} X'\). Remarquons que \(X' \times_{Y'} X' \to S'\) est localement de type fini. Le changement de base de \(\Delta_{X'/Y'}\) par \(S \to S'\) est \(\Delta_{X/Y}\), qui est un isomorphisme par hypothèse. D’après (0CF6), on en déduit que \(\Delta_{X'/Y'}\) est un isomorphisme.

Pour (0CFC). C’est clair. Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (0CFD). C’est immédiat d’après la remarque (II). Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (0CFE). Supposons que \(f\) soit affine. Choisissons un ouvert affine \(V' \subset Y'\) et posons \(U' = (f')^{-1}(V')\). Alors \(V = Y \cap V'\) est affine, ce qui entraîne que \(U = Y \times_{Y'} U'\) est affine. D’après le lemme 06AD, on voit que \(U'\) est affine. Ainsi, \(f'\) est affine. Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (0CFF). Cela résulte du fait que \(f'\) est localement de type fini (d’après Morphismes, lemme 01T8) et du fait que la quasi-finitude d’un morphisme de type fini se vérifie sur les fibres, voir Morphismes, lemme 01TH.

Pour (0CFG). Cela résulte de la remarque générale (II) et du fait que \(f'\) est localement de type fini (Morphismes, lemme 01T8).

Pour (0CFH). C’est immédiat d’après la remarque générale (II). Voir aussi le lemme 09ZV pour un énoncé plus général.

Pour (0CFI). Supposons \(f\) syntomique. D’après Morphismes, lemme 02FV, \(f'\) est localement de présentation finie. D’après la remarque générale (III), \(f'\) est plat. Les fibres de \(f'\) sont celles de \(f\). Ainsi, \(f'\) est syntomique d’après Morphismes, lemme 01UF.

Pour (0CFJ). Supposons \(f\) lisse. D’après Morphismes, lemme 02FV, \(f'\) est localement de présentation finie. D’après la remarque générale (III), \(f'\) est plat. Les fibres de \(f'\) sont les fibres de \(f\). Ainsi, \(f'\) est lisse d’après Morphismes, lemme 01V8.

Pour (0CFK). Supposons \(f\) non ramifié. D’après Morphismes, lemme 01T8, \(f'\) est localement de type fini. Les fibres de \(f'\) sont celles de \(f\). Ainsi, \(f'\) est non ramifié d’après Morphismes, lemme 02G8.

Pour (0CFL). Supposons \(f\) étale. D’après Morphismes, lemme 02FV, \(f'\) est localement de présentation finie. D’après la remarque générale (III), \(f'\) est plat. Les fibres de \(f'\) sont celles de \(f\). Ainsi, \(f'\) est étale d’après Morphismes, lemme 02GM.

Pour (0CFM). Cela résulte de la combinaison de (0CFA), du fait que \(f\) est localement de type fini (Morphismes, lemme 01T8), de (0CF8) et de (0CF9).

Pour (0CFN). Combiner (0CF9), (0CFE), Morphismes, lemme 01WM, le fait que \(f\) est localement de type fini (Morphismes, lemme 01T8) et Morphismes, lemme 01WJ.

Pour (0CFP). Supposons \(f\) fini localement libre. D’après (0CFN), on voit que \(f'\) est fini. D’après la remarque générale (III), \(f'\) est plat. D’après Morphismes, lemme 02FV, \(f'\) est localement de présentation finie. Ainsi, \(f'\) est fini localement libre d’après Morphismes, lemme 02KB.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas propre, plat et de présentation finie. Soit \(\mathcal{L}\) un faisceau \(f\)-ample. Supposons \(S\) quasi-compact. Il existe un entier \(d_0 \geq 0\) tel que, pour tout diagramme cartésien \[\vcenter{ \xymatrix{ X \ar[r]_{i'} \ar[d]_f & X' \ar[d]^{f'} \\ S \ar[r]^i & S' } } \quad\text{et}\quad \begin{matrix} \text{un }\mathcal{O}_{X'}\text{-module inversible}\\ \mathcal{L}'\text{ avec }\mathcal{L} \cong (i')^*\mathcal{L}' \end{matrix}\] où \(S \subset S'\) est un épaississement et où \(f'\) est propre, plat et de présentation finie, on ait

  1. \(R^p(f')_*(\mathcal{L}')^{\otimes d} = 0\) pour tous \(p > 0\) et \(d \geq d_0\),

  2. \(\mathcal{A}'_d = (f')_*(\mathcal{L}')^{\otimes d}\) est localement libre de rang fini pour \(d \geq d_0\),

  3. \(\mathcal{A}' = \mathcal{O}_{S'} \oplus \bigoplus_{d \geq d_0} \mathcal{A}'_d\) est une \(\mathcal{O}_{S'}\)-algèbre quasi-cohérente de présentation finie,

  4. il existe un isomorphisme canonique \(r' : X' \to \underline{\text{Proj}}_{S'}(\mathcal{A}')\), et

  5. il existe un isomorphisme canonique \(\theta' : (r')^*\mathcal{O}_{\underline{\text{Proj}}_{S'}(\mathcal{A}')}(1) \to \mathcal{L}'\).

La construction de \(\mathcal{A}'\), \(r'\), \(\theta'\) est fonctorielle en les données \((X', S', i, i', f', \mathcal{L}')\).

Démonstration

Décrivons d’abord les morphismes \(r'\) et \(\theta'\). Remarquons que \(\mathcal{L}'\) est \(f'\)-ample, voir le lemme 0D2R. Il existe un homomorphisme canonique de \(\mathcal{O}_{S'}\)-algèbres graduées quasi-cohérentes \(\mathcal{A}' \to \bigoplus_{d \geq 0} (f')_*(\mathcal{L}')^{\otimes d}\) qui est un isomorphisme en degrés \(\geq d_0\). Il induit donc un isomorphisme des Proj relatifs, compatible avec les faisceaux structuraux tordus de Serre, voir Constructions, lemme 07ZJ. On obtient ainsi le morphisme \(r'\) par Morphismes, lemme 01VJ (qui utilise à son tour la construction donnée dans Constructions, lemme 01O9), et c’est un isomorphisme d’après Morphismes, lemme 0C6J. L’homomorphisme \(\theta'\) est fourni par Constructions, lemme 01O9. D’après Propriétés, lemme 01QI, on voit que \(\theta'\) est un isomorphisme (on utilise aussi le fait que le morphisme \(r'\), au-dessus des ouverts affines de \(S'\), est le même que celui de Propriétés, lemme 01PZ, comme l’explique la démonstration de Morphismes, lemme 0C6J).

En admettant l’annulation et la liberté locale énoncées en (1) et (2), on peut voir la fonctorialité de la construction comme suit. Soit \(h : T \to S'\) un morphisme de schémas ; notons \(f_T : X'_T \to T\) le changement de base de \(f'\) et \(\mathcal{L}_T\) l’image inverse de \(\mathcal{L}\) sur \(X'_T\). Par les théorèmes de cohomologie et changement de base (tels qu’ils sont formulés, par exemple, dans Catégories dérivées des schémas, lemme 08IB), on a l’annulation correspondante sur \(T\) et, de plus, \(h^*\mathcal{A}'_d = f_{T, *}\mathcal{L}_T^{\otimes d}\) (donc aussi la liberté locale des images directes, ainsi que le caractère de type fini de la \(\mathcal{O}_T\)-algèbre graduée correspondante \(\mathcal{A}_T\)). Ainsi, le morphisme \(r_T : X_T \to \underline{\text{Proj}}_T(\bigoplus f_{T, *}\mathcal{L}_T^{\otimes d})\) est simplement le changement de base de \(r'\) à \(T\), et l’image inverse de \(\theta'\) est l’homomorphisme \(\theta_T\).

Après ces observations, on voit qu’il suffit de prouver (1), (2) et (3). Choisissons \(d_0\) tel que \(R^pf_*\mathcal{L}^{\otimes d} = 0\) pour tous \(d \geq d_0\) et \(p > 0\), voir Cohomologie des schémas, lemme 0B5T. On affirme que \(d_0\) convient.

Par les théorèmes de cohomologie et changement de base (Catégories dérivées des schémas, lemme 0B91), on voit que \(E'_d = Rf'_*(\mathcal{L}')^{\otimes d}\) est un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_{S'})\) et que sa formation commute à tout changement de base. En particulier, \(E_d = Li^*E'_d = Rf_*\mathcal{L}^{\otimes d}\). D’après Catégories dérivées des schémas, lemme 0D4E, on voit que, pour \(d \geq d_0\), le complexe \(E_d\) est isomorphe au \(\mathcal{O}_S\)-module localement libre de rang fini \(f_*\mathcal{L}^{\otimes d}\) placé en degré cohomologique \(0\). D’après Catégories dérivées des schémas, lemme 0BDK, on en déduit que \(E'_d\) est isomorphe à un module localement libre de rang fini placé en degré cohomologique \(0\). Bien entendu, cela signifie que \(E'_d = \mathcal{A}'_d[0]\), que \(R^pf'_*(\mathcal{L}')^{\otimes d} = 0\) pour \(p > 0\) et que \(\mathcal{A}'_d\) est localement libre de rang fini. Cela prouve (1) et (2).

Il reste à montrer que \(\mathcal{A}'\) est de présentation finie comme faisceau de \(\mathcal{O}_{S'}\)-algèbres (cette notion a été introduite dans Propriétés, section 01PD). Soit \(U' = \Spec(R') \subset S'\) un ouvert affine. Alors \(A' = \mathcal{A}'(U')\) est une \(R'\)-algèbre graduée dont les composantes homogènes sont des \(R'\)-modules projectifs de type fini. Il faut montrer que \(A'\) est une \(R'\)-algèbre de présentation finie. On le prouvera en se ramenant au cas noethérien. En effet, on peut trouver une sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre de type fini \(R'_0 \subset R'\) et un couple1 \((X'_0, \mathcal{L}'_0)\) sur \(R'_0\) dont le changement de base est \((X'_{U'}, \mathcal{L}'|_{X'_{U'}})\), voir Limites, lemmes 01ZR, 0B8W, 081F, 04AI et 09MT. Cohomologie des schémas, lemme 0B5T, entraîne que \(A'_0 = \bigoplus_{d \geq 0} H^0(X'_0, (\mathcal{L}'_0)^{\otimes d})\) est une \(R'_0\)-algèbre graduée de type fini et qu’il existe un entier \(d'_0\) tel que \(H^p(X'_0, (\mathcal{L}'_0)^{\otimes d}) = 0\), \(p > 0\), pour \(d \geq d'_0\). En appliquant les arguments ci-dessus à \(X'_0 \to \Spec(R'_0)\) et \(\mathcal{L}'_0\), on voit que \((A'_0)_d\) est un \(R'_0\)-module projectif de type fini et que \[A'_d = \mathcal{A}'_d(U') = H^0(X'_{U'}, (\mathcal{L}')^{\otimes d}|_{X'_{U'}}) = H^0(X'_0, (\mathcal{L}'_0)^{\otimes d}) \otimes_{R'_0} R' = (A'_0)_d \otimes_{R'_0} R'\] pour \(d \geq d'_0\). Une petite difficulté est que l’on ne sait pas si l’on peut choisir \(d'_0\) égal à \(d_0\)2. Pour la contourner, on achève la démonstration par la succession d’arguments suivante :

  1. L’algèbre \(B = R'_0 \oplus \bigoplus_{d \geq \max(d_0, d'_0)} (A'_0)_d\) est une \(R'_0\)-algèbre de type fini : appliquer le lemme d’Artin–Tate à \(B \subset A'_0\), voir Algèbre, lemme 00IS.

  2. Puisque \(R'_0\) est noethérien, on voit que \(B\) est une \(R'_0\)-algèbre de présentation finie.

  3. Par exactitude à droite du produit tensoriel, on voit que \(B \otimes_{R'_0} R'\) est une \(R'\)-algèbre de présentation finie.

  4. D’après les égalités affichées, cela signifie exactement que \(C = R' \oplus \bigoplus_{d \geq \max(d_0, d'_0)} A'_d\) est une \(R'\)-algèbre de présentation finie.

  5. Le quotient \(A'/C\) est la somme directe des \(R'\)-modules projectifs de type fini \(A'_d\), \(d_0 \leq d \leq \max(d_0, d'_0)\) ; il est donc de présentation finie comme \(R'\)-module.

  6. Le quotient \(A'/C\) est de présentation finie comme \(C\)-module d’après Algèbre, lemme 0561.

  7. Ainsi, \(A'\) est de présentation finie comme \(C\)-module d’après Algèbre, lemme 0519.

  8. D’après Algèbre, lemme 0D46, cela entraîne que \(A'\) est de présentation finie comme \(C\)-algèbre.

  9. Enfin, d’après Algèbre, lemme 00F4, appliqué à \(R' \to C \to A'\), cela entraîne que \(A'\) est de présentation finie comme \(R'\)-algèbre.

Cela achève la démonstration.

Morphismes formellement lisses

Selon Michael Artin, les critères différentiels de lissité (par exemple, Morphismes, lemme 01V9) sont essentiellement inutiles (en pratique). Dans cette section, on introduit la notion de morphisme formellement lisse \(X \to S\). Un tel morphisme est caractérisé par la propriété que les points à valeurs dans \(T\) de \(X\) se relèvent aux épaississements infinitésimaux de \(T\), pourvu que \(T\) soit affine. Le résultat principal est qu’un morphisme formellement lisse et localement de présentation finie est lisse, voir le lemme 02H6. Il se trouve que ce critère est souvent plus facile à utiliser que les critères différentiels mentionnés ci-dessus.

Rappelons qu’un homomorphisme d’anneaux \(R \to A\) est dit formellement lisse (voir Algèbre, définition 00TI) si, pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ A \ar[r] \ar@{-->}[rd] & B/I \\ R \ar[r] \ar[u] & B \ar[u] }\] où \(I \subset B\) est un idéal de carré nul, il existe une flèche pointillée rendant le diagramme commutatif. Cela conduit à l’analogue suivant pour les morphismes de schémas.

Définition

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. On dit que \(f\) est formellement lisse si, pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & T \ar[d]^i \ar[l] \\ S & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] où \(T \subset T'\) est un épaississement du premier ordre de schémas affines sur \(S\), il existe une flèche pointillée rendant le diagramme commutatif.

Dans le cas des morphismes formellement non ramifiés et formellement étales, on pouvait omettre la condition que \(T'\) soit affine, voir les lemmes 04F1 et 04FD. Ce n’est plus vrai dans le cas des morphismes formellement lisses. Une condition légèrement plus naturelle serait, en fait, que l’on puisse compléter le diagramme par la flèche pointillée localement pour la topologie de Zariski sur \(T'\). L’analyse de la démonstration du lemme 0D0F montre que cette condition serait équivalente à la définition actuelle. En particulier, la propriété d’être formellement lisse est locale sur la source pour la topologie de Zariski (et même pour la topologie lisse ; insérer ici une référence ultérieure).

Lemme

Un composé de morphismes formellement lisses est formellement lisse.

Démonstration

Omise.

Lemme

Tout changement de base d’un morphisme formellement lisse est formellement lisse.

Démonstration

Omise ; voir cependant Algèbre, lemme 00TJ, pour la version algébrique.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Alors \(f\) est formellement étale si et seulement si \(f\) est formellement lisse et formellement non ramifié.

Démonstration

Omise.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soient \(U \subset X\) et \(V \subset S\) des sous-schémas ouverts tels que \(f(U) \subset V\). Si \(f\) est formellement lisse, il en va de même de \(f|_U : U \to V\).

Démonstration

Considérons un diagramme de flèches pleines \[\xymatrix{ U \ar[d]_{f|_U} & T \ar[d]^i \ar[l]^a \\ V & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] comme dans la définition 02H0. Si \(f\) est formellement lisse, il existe un \(S\)-morphisme \(a' : T' \to X\) tel que \(a'|_T = a\). Puisque \(T\) et \(T'\) ont le même ensemble sous-jacent, on voit que \(a'\) est un morphisme à valeurs dans \(U\) (voir Schémas, section 01HD). C’est manifestement aussi un \(V\)-morphisme. On obtient donc la flèche pointillée voulue.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Supposons que \(X\) et \(S\) soient affines. Alors \(f\) est formellement lisse si et seulement si \(\mathcal{O}_S(S) \to \mathcal{O}_X(X)\) est un homomorphisme d’anneaux formellement lisse.

Démonstration

Cela résulte immédiatement des définitions (définition 02H0 et Algèbre, définition 00TI), par l’équivalence entre les catégories des anneaux et des schémas affines, voir Schémas, lemme 01I2.

Le lemme suivant est le résultat principal de cette section. C’est une victoire du point de vue fonctoriel : combiné avec Limites, proposition 01ZC, il permet de reconnaître si un morphisme \(f : X \to S\) est lisse à l’aide de propriétés « simples » du foncteur \(h_X : \Sch/S \to \textit{Ensembles}\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. Le morphisme \(f\) est lisse, et

  2. le morphisme \(f\) est localement de présentation finie et formellement lisse.

Démonstration

Supposons \(f : X \to S\) localement de présentation finie et formellement lisse. Considérons deux ouverts affines \(\Spec(A) = U \subset X\) et \(\Spec(R) = V \subset S\) tels que \(f(U) \subset V\). D’après le lemme 02H3, on voit que \(U \to V\) est formellement lisse. D’après le lemme 02H4, on voit que \(R \to A\) est formellement lisse. D’après Morphismes, lemme 01TQ, on voit que \(R \to A\) est de présentation finie. D’après Algèbre, proposition 00TN, on voit que \(R \to A\) est lisse. La définition d’un morphisme lisse montre donc que \(X \to S\) est lisse.

Réciproquement, supposons que \(f : X \to S\) soit lisse. Considérons un diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & T \ar[d]^i \ar[l]^a \\ S & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] comme dans la définition 02H0. On montrera que la flèche pointillée existe, ce qui prouvera que \(f\) est formellement lisse.

Soit \(\mathcal{F}\) le faisceau d’ensembles sur \(T'\) du lemme 04FH, dans le cas particulier étudié à la remarque 04FK. Soit \[\mathcal{H} = \SheafHom_{\mathcal{O}_T}(a^*\Omega_{X/S}, \mathcal{C}_{T/T'})\] le faisceau de \(\mathcal{O}_T\)-modules muni de l’action \(\mathcal{H} \times \mathcal{F} \to \mathcal{F}\) donnée par le lemme 04FJ. Il s’agit simplement de montrer que \(\mathcal{F}(T) \not = \emptyset\). Autrement dit, on cherche à montrer que \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{H}\)-torseur trivial sur \(T\) (voir Cohomologie, section 02FN). Il y a deux étapes : (I) Pour montrer que \(\mathcal{F}\) est un torseur, il faut montrer que \(\mathcal{F}_t \not = \emptyset\) pour tout \(t \in T\) (voir Cohomologie, définition 02FO). (II) Pour montrer que \(\mathcal{F}\) est le torseur trivial, il suffit de montrer que \(H^1(T, \mathcal{H}) = 0\) (voir Cohomologie, lemme 02FQ – on peut utiliser la cohomologie de \(\mathcal{H}\) comme faisceau abélien ou comme \(\mathcal{O}_T\)-module, voir Cohomologie, lemme 01F1).

Prouvons d’abord (I). Pour tout \(t \in T\), on peut choisir un voisinage ouvert affine \(U \subset T\) de \(t\) tel que \(a(U)\) soit contenu dans un ouvert affine \(\Spec(A) = W \subset X\) qui s’envoie dans un ouvert affine \(\Spec(R) = V \subset S\). D’après Morphismes, lemme 01V6, l’homomorphisme d’anneaux \(R \to A\) est lisse. D’après Algèbre, proposition 00TN, l’homomorphisme d’anneaux \(R \to A\) est donc formellement lisse. Le lemme 02H4 entraîne à son tour que \(W \to V\) est formellement lisse. On peut donc relever \(a|_U : U \to W\) en un \(V\)-morphisme \(a' : U' \to W \subset X\), ce qui montre que \(\mathcal{F}(U) \not = \emptyset\).

Prouvons enfin (II). D’après Morphismes, lemme 01V3, on voit que \(\Omega_{X/S}\) est de présentation finie (il est même localement libre de rang fini d’après Morphismes, lemme 02G1). Ainsi, \(a^*\Omega_{X/S}\) est de présentation finie (voir Modules, lemme 01BQ). Le faisceau \(\mathcal{H} = \SheafHom_{\mathcal{O}_T}(a^*\Omega_{X/S}, \mathcal{C}_{T/T'})\) est donc quasi-cohérent d’après la discussion de Schémas, section 01LA. D’après Cohomologie des schémas, lemme 01XB, on a donc \(H^1(T, \mathcal{H}) = 0\), comme voulu.

Les modules quasi-cohérents localement projectifs sont définis dans Propriétés, section 05JN.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas formellement lisse. Alors \(\Omega_{X/Y}\) est localement projectif sur \(X\).

Démonstration

Choisissons des ouverts affines \(U \subset X\) et \(V \subset Y\) tels que \(f(U) \subset V\). D’après le lemme 02H3, \(f|_U : U \to V\) est formellement lisse. Ainsi, \(\Gamma(V, \mathcal{O}_V) \to \Gamma(U, \mathcal{O}_U)\) est un homomorphisme d’anneaux formellement lisse, voir le lemme 02H4. D’après Algèbre, lemme 031I, le \(\Gamma(U, \mathcal{O}_U)\)-module \(\Omega_{\Gamma(U, \mathcal{O}_U)/\Gamma(V, \mathcal{O}_V)}\) est donc projectif. Ainsi, \(\Omega_{U/V}\) est localement projectif, voir Propriétés, section 05JN.

Lemme

Soit \(T\) un schéma affine. Soient \(\mathcal{F}\), \(\mathcal{G}\) des \(\mathcal{O}_T\)-modules quasi-cohérents. Considérons \(\mathcal{H} = \SheafHom_{\mathcal{O}_T}(\mathcal{F}, \mathcal{G})\). Si \(\mathcal{F}\) est localement projectif, alors \(H^1(T, \mathcal{H}) = 0\).

Démonstration

D’après la définition d’un faisceau localement projectif sur un schéma (voir Propriétés, définition 05JP), on voit que \(\mathcal{F}\) est un facteur direct d’un \(\mathcal{O}_T\)-module libre. On peut donc supposer que \(\mathcal{F} = \bigoplus_{i \in I} \mathcal{O}_T\) est un module libre. Dans ce cas, \(\mathcal{H} = \prod_{i \in I} \mathcal{G}\) est un produit de modules quasi-cohérents. D’après Cohomologie, lemme 0D0A, on en déduit que \(H^1 = 0\), car la cohomologie d’un faisceau quasi-cohérent sur un schéma affine est nulle, voir Cohomologie des schémas, lemme 01XB.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est formellement lisse,

  2. pour tout \(x \in X\), il existe des ouverts \(x \in U \subset X\) et \(f(x) \in V \subset Y\) avec \(f(U) \subset V\) tels que \(f|_U : U \to V\) soit formellement lisse,

  3. pour tout couple d’ouverts affines \(U \subset X\) et \(V \subset Y\) avec \(f(U) \subset V\), l’homomorphisme d’anneaux \(\mathcal{O}_Y(V) \to \mathcal{O}_X(U)\) est formellement lisse, et

  4. il existe un recouvrement ouvert affine \(Y = \bigcup V_j\) et, pour chaque \(j\), un recouvrement ouvert affine \(f^{-1}(V_j) = \bigcup U_{ji}\) tels que \(\mathcal{O}_Y(V) \to \mathcal{O}_X(U)\) soit un homomorphisme d’anneaux formellement lisse pour tous \(j\) et \(i\).

Démonstration

Les implications (1) \(\Rightarrow\) (2), (1) \(\Rightarrow\) (3) et (2) \(\Rightarrow\) (4) résultent du lemme 02H3. L’implication (3) \(\Rightarrow\) (4) est immédiate.

Supposons (4). La démonstration du fait que \(f\) est formellement lisse est la même que la seconde partie de la démonstration du lemme 02H6. Considérons un diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & T \ar[d]^i \ar[l]^a \\ Y & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] comme dans la définition 02H0. On montrera que la flèche pointillée existe, ce qui prouvera que \(f\) est formellement lisse. Soit \(\mathcal{F}\) le faisceau d’ensembles sur \(T'\) du lemme 04FH, dans le cas particulier étudié à la remarque 04FK. Soit \[\mathcal{H} = \SheafHom_{\mathcal{O}_T}(a^*\Omega_{X/Y}, \mathcal{C}_{T/T'})\] le faisceau de \(\mathcal{O}_T\)-modules sur \(T\) muni de l’action \(\mathcal{H} \times \mathcal{F} \to \mathcal{F}\) du lemme 04FJ. L’action \(\mathcal{H} \times \mathcal{F} \to \mathcal{F}\) fait de \(\mathcal{F}\) un pseudo-\(\mathcal{H}\)-torseur, voir Cohomologie, définition 02FO. Il s’agit de montrer que \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{H}\)-torseur trivial. Il y a deux étapes : (I) Pour montrer que \(\mathcal{F}\) est un torseur, il faut montrer que \(\mathcal{F}\) possède localement une section. (II) Pour montrer que \(\mathcal{F}\) est le torseur trivial, il suffit de montrer que \(H^1(T, \mathcal{H}) = 0\), voir Cohomologie, lemme 02FQ.

Prouvons d’abord (I). Pour tout \(t \in T\), on peut choisir un voisinage ouvert affine \(W \subset T\) de \(t\) tel que \(a(W)\) soit contenu dans \(U_{ji}\) pour certains \(i, j\). Soit \(W' \subset T'\) le sous-schéma ouvert correspondant. Par l’hypothèse (4), on peut relever \(a|_W : W \to U_{ji}\) en un \(V_j\)-morphisme \(a' : W' \to U_{ji}\), ce qui montre que \(\mathcal{F}(W')\) est non vide.

Prouvons enfin (II). D’après le lemme 06B5, on voit que \(\Omega_{U_{ji}/V_j}\) est localement projectif. Ainsi, \(\Omega_{X/Y}\) est localement projectif, voir Propriétés, lemme 05JQ. Ainsi, \(a^*\Omega_{X/Y}\) est localement projectif, voir Propriétés, lemme 060M. On a donc \[H^1(T, \mathcal{H}) = H^1(T, \SheafHom_{\mathcal{O}_T}(a^*\Omega_{X/Y}, \mathcal{C}_{T/T'})) = 0\] d’après le lemme 0D0E, comme voulu.

Lemme

Soient \(f : X \to Y\), \(g : Y \to S\) des morphismes de schémas. Supposons \(f\) formellement lisse. Alors \[0 \to f^*\Omega_{Y/S} \to \Omega_{X/S} \to \Omega_{X/Y} \to 0\] (voir Morphismes, lemme 01UX) est une suite exacte courte.

Démonstration

La version algébrique de ce lemme est la suivante : pour des homomorphismes d’anneaux \(A \to B \to C\) avec \(B \to C\) formellement lisse, la suite \[0 \to C \otimes_B \Omega_{B/A} \to \Omega_{C/A} \to \Omega_{C/B} \to 0\] donnée dans Algèbre, lemme 00RS, est exacte. C’est Algèbre, lemme 031K.

Lemme

Soit \(h : Z \to X\) un morphisme formellement non ramifié de schémas sur \(S\). Supposons que \(Z\) soit formellement lisse sur \(S\). Alors la suite exacte canonique \[0 \to \mathcal{C}_{Z/X} \to h^*\Omega_{X/S} \to \Omega_{Z/S} \to 0\] du lemme 04FC est une suite exacte courte.

Démonstration

Soit \(Z \to Z'\) l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\). La démonstration du lemme 04FC montre que notre suite s’identifie à la suite \[\mathcal{C}_{Z/Z'} \to \Omega_{Z'/S} \otimes \mathcal{O}_Z \to \Omega_{Z/S} \to 0.\] Puisque \(Z \to S\) est formellement lisse, on peut trouver, localement sur \(Z'\), un inverse à gauche \(Z' \to Z\) sur \(S\) de l’inclusion \(Z \to Z'\). La suite est donc localement scindée, voir Morphismes, lemme 0474.

Lemme

Soit \[\xymatrix{ Z \ar[r]_i \ar[rd]_j & X \ar[d]^f \\ & Y }\] un diagramme commutatif de schémas où \(i\) et \(j\) sont formellement non ramifiés et où \(f\) est formellement lisse. Alors la suite exacte canonique \[0 \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to i^*\Omega_{X/Y} \to 0\] du lemme 067V est exacte et localement scindée.

Démonstration

Notons \(Z \to Z'\) l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\). Notons \(Z \to Z''\) l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(Y\). D’après le lemme 04FC, il existe un morphisme canonique \(Z' \to Z''\) donnant un diagramme commutatif \[\xymatrix{ Z \ar[r]_{i'} \ar[rd]_{j'} & Z' \ar[r]_a \ar[d]^k & X \ar[d]^f \\ & Z'' \ar[r]^b & Y }\] Dans la démonstration du lemme 067V, on a identifié la suite ci-dessus à la suite \[\mathcal{C}_{Z/Z''} \to \mathcal{C}_{Z/Z'} \to (i')^*\Omega_{Z'/Z''} \to 0\] Soit \(U'' \subset Z''\) un ouvert affine. Notons \(U \subset Z\) et \(U' \subset Z'\) les sous-schémas ouverts affines correspondants. Comme \(f\) est formellement lisse, il existe un morphisme \(h : U'' \to X\) qui coïncide avec \(i\) sur \(U\) et tel que \(f \circ h\) soit égal à \(b|_{U''}\). Puisque \(Z'\) est l’épaississement universel du premier ordre, on obtient un unique morphisme \(g : U'' \to Z'\) tel que \(g = a \circ h\). La propriété universelle de \(Z''\) entraîne que \(k \circ g\) est l’inclusion \(U'' \to Z''\). Ainsi, \(g\) est un inverse à droite de \(k\). Voici le diagramme : \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r] & Z' \ar[d]^k \\ U'' \ar[r] \ar[ru]^g & Z'' }\] Ainsi, \(g\) induit un homomorphisme \(\mathcal{C}_{Z/Z'}|_U \to \mathcal{C}_{Z/Z''}|_U\) qui est un inverse à gauche de l’homomorphisme \(\mathcal{C}_{Z/Z''} \to \mathcal{C}_{Z/Z'}\) sur \(U\).

Lissité sur une base noethérienne

Lorsque la base est noethérienne, on peut alléger la formulation de la lissité formelle. En un certain sens, les lemmes suivants constituent les premiers éléments de la théorie des déformations.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\). Supposons \(S\) localement noethérien et \(f\) localement de type fini. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est lisse en \(x\),

  2. pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & \Spec(B) \ar[d]^i \ar[l]^-\alpha \\ S & \Spec(B') \ar[l]_-{\beta} \ar@{-->}[lu] }\] où \(B' \to B\) est une surjection d’anneaux locaux telle que \(\Ker(B' \to B)\) soit de carré nul et où \(\alpha\) envoie le point fermé de \(\Spec(B)\) sur \(x\), il existe une flèche pointillée rendant le diagramme commutatif,

  3. même condition qu’en (2), mais en faisant parcourir à \(B' \to B\) les petites extensions (voir Algèbre, définition 02HS), et

  4. même condition qu’en (2), mais en faisant parcourir à \(B' \to B\) les petites extensions telles que \(\alpha\) induise un isomorphisme \(\kappa(x) \to \kappa(\mathfrak m)\), où \(\mathfrak m \subset B\) est l’idéal maximal.

Démonstration

Choisissons un voisinage affine \(V \subset S\) de \(f(x)\) et un voisinage affine \(U \subset X\) de \(x\) tel que \(f(U) \subset V\). Pour tout diagramme « test » comme en (2), le morphisme \(\alpha\) enverra \(\Spec(B)\) dans \(U\) et le morphisme \(\beta\) enverra \(\Spec(B')\) dans \(V\) (voir Schémas, section 01J5). Le lemme se ramène donc au morphisme \(f|_U : U \to V\) de schémas affines. (En effet, \(V\) est noethérien et \(f|_U\) est de type fini, voir Propriétés, lemme 01OW, et Morphismes, lemme 01T2.) Dans ce cas affine, le lemme est identique à Algèbre, lemme 02HT.

Il est parfois utile de savoir qu’il suffit de vérifier le critère de relèvement pour les petites extensions « centrées » en des points de type fini (voir Morphismes, section 01T9).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Supposons \(S\) localement noethérien et \(f\) localement de type fini. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est lisse,

  2. pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & \Spec(B) \ar[d]^i \ar[l]^-\alpha \\ S & \Spec(B') \ar[l]_-{\beta} \ar@{-->}[lu] }\] où \(B' \to B\) est une petite extension d’anneaux locaux artiniens et où \(\beta\) est de type fini (!), il existe une flèche pointillée rendant le diagramme commutatif.

Démonstration

Si \(f\) est lisse, le critère de relèvement infinitésimal (lemme 02H6) affirme que \(f\) est formellement lisse, et (2) est vérifiée.

Supposons (2). L’ensemble des points \(x \in X\) où \(f\) n’est pas lisse forme un fermé \(T\) de \(X\). D’après la discussion de Morphismes, section 01T9, si \(T \not = \emptyset\), il existe un point \(x \in T \subset X\) tel que le morphisme \[\Spec(\kappa(x)) \to X \to S\] soit de type fini (il suffit de choisir un point \(x\) de \(T\) qui soit fermé dans un ouvert affine de \(X\)). D’après Morphismes, lemme 02HV, pour tout anneau local artinien \(B'\) de corps résiduel \(\kappa(x)\), tout morphisme \(\beta : \Spec(B') \to S\) est de type fini. Ainsi, on voit que tous les diagrammes utilisés dans le lemme 02HX (4) correspondent à des diagrammes du présent lemme (2). Donc \(X \to S\) est lisse en \(x\), contradiction.

Voici une application utile.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de type fini entre schémas localement noethériens. Soit \(Z \subset S\) un sous-schéma fermé de voisinage infinitésimal d’ordre \(n\) \(Z_n \subset S\). Posons \(X_n = Z_n \times_S X\).

  1. Si \(X_n \to Z_n\) est lisse pour tout \(n\), alors \(f\) est lisse en tout point de \(f^{-1}(Z)\).

  2. Si \(X_n \to Z_n\) est étale pour tout \(n\), alors \(f\) est étale en tout point de \(f^{-1}(Z)\).

Démonstration

Supposons \(X_n \to Z_n\) lisse pour tout \(n\). Soit \(x \in X\) un point au-dessus d’un point de \(Z\). Étant donnés une petite extension \(B' \to B\) et des morphismes \(\alpha\), \(\beta\) comme dans le lemme 02HX (3), l’idéal maximal de \(B'\) est nilpotent (puisque \(B'\) est artinien) ; le morphisme \(\beta\) se factorise donc par \(Z_n\) et \(\alpha\) par \(X_n\) pour un entier \(n\) convenable. La propriété de relèvement de \(X_n \to Z_n\) fournit alors la flèche pointillée voulue. Cela prouve (1). Le point (2) résulte de (1) et du fait qu’un morphisme est étale si et seulement s’il est lisse de dimension relative \(0\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement noethériens. Soit \(Z \subset S\) un sous-schéma fermé de voisinage infinitésimal d’ordre \(n\) \(Z_n \subset S\). Posons \(X_n = Z_n \times_S X\). Si \(X_n \to Z_n\) est plat pour tout \(n\), alors \(f\) est plat en tout point de \(f^{-1}(Z)\).

Démonstration

C’est la traduction d’Algèbre, lemme 0523, dans le langage des schémas.

Le complexe cotangent naïf

Cette section poursuit Modules, section 08TG, qui prolonge elle-même la discussion d’Algèbre, section 00S0.

Définition

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Le complexe cotangent naïf de \(f\) est le complexe défini dans Modules, définition 08TN. Notation : \(\NL_f\) ou \(\NL_{X/Y}\).

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soient \(\Spec(A) = U \subset X\) et \(\Spec(R) = V \subset S\) des ouverts affines tels que \(f(U) \subset V\). Il existe un morphisme canonique \[\widetilde{\NL_{A/R}} \longrightarrow \NL_{X/Y}|_U\] de complexes, qui est un isomorphisme dans \(D(\mathcal{O}_U)\).

Démonstration

La construction de \(\NL_{X/Y}\) dans Modules, section 08TG, fournit un morphisme canonique de complexes \(\NL_{\mathcal{O}_X(U)/f^{-1}\mathcal{O}_Y(U)} \to \NL_{X/Y}(U)\) de \(A = \mathcal{O}_X(U)\)-modules, compatible aux restrictions ultérieures. À l’aide de l’homomorphisme canonique \(R \to f^{-1}\mathcal{O}_Y(U)\), on obtient un morphisme canonique \(\NL_{A/R} \to \NL_{\mathcal{O}_X(U)/f^{-1}\mathcal{O}_Y(U)}\) de complexes de \(A\)-modules. Par la propriété universelle du foncteur \(\widetilde{\ }\) (voir Schémas, lemme 01I7), on obtient un morphisme comme dans l’énoncé du lemme. Pour vérifier qu’il induit des isomorphismes sur les faisceaux de cohomologie, on peut vérifier qu’il induit des isomorphismes sur leurs fibres. Cela résulte des résultats d’Algèbre, lemmes 07BS et 00S7, et de Modules, lemme 0D09 (ainsi que de la description des fibres de \(\mathcal{O}_X\) et \(f^{-1}\mathcal{O}_Y\) en un point \(\mathfrak p \in \Spec(A)\) comme \(A_\mathfrak p\) et \(R_\mathfrak q\), où \(\mathfrak q = R \cap \mathfrak p\) ; les références utilisées sont Schémas, lemme 01HV, et Faisceaux, lemme 008H).

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Les faisceaux de cohomologie du complexe \(\NL_{X/Y}\) sont quasi-cohérents, nuls en dehors des degrés \(-1\), \(0\), et égaux à \(\Omega_{X/Y}\) en degré \(0\).

Démonstration

Par construction du complexe cotangent naïf dans Modules, section 08TG, \(\NL_{X/Y}\) est un complexe placé en degrés \(-1\), \(0\), et sa cohomologie en degré \(0\) est \(\Omega_{X/Y}\). Le faisceau des différentielles est quasi-cohérent (d’après Morphismes, lemme 08S2). Pour achever la démonstration, il suffit de montrer que \(H^{-1}(\NL_{X/Y})\) est quasi-cohérent. Cela se vérifie sur les ouverts affines à l’aide du lemme 0D0I.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Si \(f\) est localement de présentation finie, alors \(\NL_{X/Y}\) est, localement sur \(X\), quasi-isomorphe à un complexe \[\ldots \to 0 \to \mathcal{F}^{-1} \to \mathcal{F}^0 \to 0 \to \ldots\] de \(\mathcal{O}_X\)-modules quasi-cohérents, où \(\mathcal{F}^0\) est de présentation finie et \(\mathcal{F}^{-1}\) de type fini.

Démonstration

D’après le lemme 0D0I, il suffit de montrer que \(\NL_{A/R}\) a cette forme si \(R \to A\) est un homomorphisme d’anneaux de présentation finie. Écrivons \(A = R[x_1, \ldots, x_n]/I\) avec \(I\) de type fini. Alors \(I/I^2\) est un \(A\)-module de type fini et \(\NL_{A/R}\) est quasi-isomorphe à \[\ldots \to 0 \to I/I^2 \to \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, n} A\text{d}x_i \to 0 \to \ldots\] d’après Algèbre, section 00S0, et en particulier Algèbre, lemme 00S1.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est formellement lisse,

  2. \(H^{-1}(\NL_{X/Y}) = 0\) et \(H^0(\NL_{X/Y}) = \Omega_{X/Y}\) est localement projectif.

Démonstration

Cela résulte d’Algèbre, proposition 031J, et du lemme 0D0F.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est formellement étale,

  2. \(H^{-1}(\NL_{X/Y}) = H^0(\NL_{X/Y}) = 0\).

Démonstration

Un morphisme formellement étale est formellement lisse ; on a donc \(H^{-1}(\NL_{X/Y}) = 0\) d’après le lemme 0D0L. D’autre part, on a \(\Omega_{X/Y} = 0\) d’après le lemme 04FE. Réciproquement, si (2) est vérifiée, alors \(f\) est formellement lisse d’après le lemme 0D0L et formellement non ramifié d’après le lemme 02H9, donc formellement étale d’après le lemme 02HH.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est lisse, et

  2. \(f\) est localement de présentation finie, \(H^{-1}(\NL_{X/Y}) = 0\), et \(H^0(\NL_{X/Y}) = \Omega_{X/Y}\) est localement libre de rang fini.

Démonstration

Cela résulte de la définition d’un homomorphisme d’anneaux lisse (Algèbre, définition 00T2), du lemme 0D0I et de la définition d’un morphisme de schémas lisse (Morphismes, définition 01V5). On utilise aussi le fait que, pour les modules sur un anneau, être localement libre de rang fini équivaut à être projectif de type fini (Algèbre, lemme 00NX).

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est étale, et

  2. \(f\) est localement de présentation finie et \(H^{-1}(\NL_{X/Y}) = H^0(\NL_{X/Y}) = 0\).

Démonstration

Cela résulte de la définition d’un homomorphisme d’anneaux étale (Algèbre, définition 00U1), du lemme 0D0I et de la définition d’un morphisme de schémas étale (Morphismes, définition 02GI).

Lemme

Soit \(i : Z \to X\) une immersion de schémas. Alors \(\NL_{Z/X}\) est isomorphe à \(\mathcal{C}_{Z/X}[1]\) dans \(D(\mathcal{O}_Z)\), où \(\mathcal{C}_{Z/X}\) est le faisceau conormal de \(Z\) dans \(X\).

Démonstration

Cela résulte d’Algèbre, lemme 07BP, de Morphismes, lemme 01R3, et du lemme 0D0I.

Lemme

Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes de schémas. Il existe une suite exacte canonique à six termes \[H^{-1}(f^*\NL_{Y/Z}) \to H^{-1}(\NL_{X/Z}) \to H^{-1}(\NL_{X/Y}) \to f^*\Omega_{Y/Z} \to \Omega_{X/Z} \to \Omega_{X/Y} \to 0\] de faisceaux de cohomologie.

Démonstration

C’est un cas particulier de Modules, lemme 0E1Z.

Lemme

Soient \(f : X \to Y\) et \(Y \to Z\) des morphismes de schémas. Supposons que \(X \to Y\) soit un morphisme d’intersection complète. Il existe alors un triangle distingué canonique \[f^*\NL_{Y/Z} \to \NL_{X/Z} \to \NL_{X/Y} \to f^*\NL_{Y/Z}[1]\] dans \(D(\mathcal{O}_X)\), qui redonne la suite exacte à \(6\) termes du lemme 0E44.

Démonstration

Il suffit de montrer que le morphisme canonique \[f^*\NL_{Y/Z} \to \text{Cone}(\NL_{X/Z} \to \NL_{X/Y})[-1]\] de Modules, lemme 0E1Z, est un isomorphisme dans \(D(\mathcal{O}_X)\). Pour cela, il suffit de montrer que la suite à \(6\) termes commence par un zéro à gauche, c’est-à-dire que \(H^{-1}(f^*\NL_{Y/Z}) \to H^{-1}(\NL_{X/Z})\) est injectif. Localement sur les ouverts affines, cela résulte du résultat algébrique correspondant dans Compléments d’algèbre, lemme 07D4. Pour effectuer cette traduction algébrique, utiliser le lemme 0D0I.

Lemme

Soient \(X \to Y \to Z\) des morphismes de schémas. Supposons \(X \to Z\) lisse et \(Y \to Z\) étale. Alors \(X \to Y\) est lisse.

Démonstration

Le morphisme \(X \to Y\) est localement de présentation finie d’après Morphismes, lemme 02FV. D’après le lemme 0D0N, on a \(H^{-1}(\NL_{X/Z}) = 0\) et le module \(\Omega_{X/Z}\) est localement libre de rang fini. D’après le lemme 0G7Z, on a \(H^{-1}(\NL_{Y/Z}) = H^0(\NL_{Y/Z}) = 0\). D’après le lemme 0E44, on obtient \(H^{-1}(\NL_{X/Y}) = 0\) et \(\Omega_{X/Y} \cong \Omega_{X/Z}\) est localement libre de rang fini. D’après le lemme 0D0N, le morphisme \(X \to Y\) est lisse.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas qui se factorise en \(f = g \circ i\), où \(i\) est une immersion et \(g : P \to Y\) est formellement lisse (par exemple lisse). Il existe alors un isomorphisme canonique \[\NL_{X/Y} \cong \left(\mathcal{C}_{X/P} \to i^*\Omega_{P/Y}\right)\] dans \(D(\mathcal{O}_X)\), où le faisceau conormal \(\mathcal{C}_{X/P}\) est placé en degré \(-1\).

Démonstration

(Pour l’assertion entre parenthèses, voir le lemme 02H6.) D’après les lemmes 0FV2 et 0D0L, on a \(\NL_{X/P} = \mathcal{C}_{X/P}[1]\) et \(\NL_{P/Y} = \Omega_{P/Y}\), avec \(\Omega_{P/Y}\) localement projectif. Cela entraîne que \(i^*\NL_{P/Y} \to i^*\Omega_{P/Y}\) est aussi un quasi-isomorphisme (un petit détail est omis ; la raison est que \(i^*\NL_{P/Y}\) est la même chose que \(\tau_{\geq -1}Li^*\NL_{P/Y}\), voir Compléments d’algèbre, lemme 0FUY). Ainsi, le morphisme canonique \[i^*\NL_{P/Y} \to \text{Cone}(\NL_{X/Y} \to \NL_{X/P})[-1]\] de Modules, lemme 0E1Z, est un isomorphisme dans \(D(\mathcal{O}_X)\), car le groupe de cohomologie \(H^{-1}(i^*\NL_{P/Y})\) est nul d’après ce qui précède. Autrement dit, on dispose d’un triangle distingué \[i^*\NL_{P/Y} \to \NL_{X/Y} \to \NL_{X/P} \to i^*\NL_{P/Y}[1]\] Cela signifie manifestement que \(\NL_{X/Y}\) est le cône du morphisme \(\NL_{X/P}[-1] \to i^*\NL_{P/Y}\), ce qui équivaut à l’énoncé du lemme, d’après le calcul effectué ci-dessus des faisceaux de cohomologie de ces objets de la catégorie dérivée.

Lemme

Considérons un diagramme cartésien de schémas \[\xymatrix{ X' \ar[r]_{g'} \ar[d] & X \ar[d] \\ Y' \ar[r] & Y }\] Le morphisme canonique \((g')^*\NL_{X/Y} \to \NL_{X'/Y'}\) induit un isomorphisme sur \(H^0\) et une surjection sur \(H^{-1}\).

Démonstration

La traduction algébrique de cet énoncé est Compléments d’algèbre, lemme 0FUZ. Pour effectuer la traduction, utiliser le lemme 0D0I.

Lemme

Considérons un diagramme cartésien de schémas \[\xymatrix{ X' \ar[d] \ar[r]_{g'} & X \ar[d] \\ Y' \ar[r] & Y }\] Si \(Y' \to Y\) est plat, alors le morphisme canonique \((g')^*\NL_{X/Y} \to \NL_{X'/Y'}\) est un quasi-isomorphisme.

Démonstration

D’après le lemme 0D0I, cela résulte d’Algèbre, lemme 00S4.

Lemme

Considérons un diagramme cartésien de schémas \[\xymatrix{ X' \ar[r]_{g'} \ar[d] & X \ar[d] \\ Y' \ar[r] & Y }\] Si \(X \to Y\) est plat, alors le morphisme canonique \((g')^*\NL_{X/Y} \to \NL_{X'/Y'}\) est un quasi-isomorphisme. Si, de plus, \(\NL_{X/Y}\) a une amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\), alors \(L(g')^*\NL_{X/Y} \to \NL_{X'/Y'}\) est aussi un quasi-isomorphisme.

Démonstration

La traduction algébrique de cet énoncé est Compléments d’algèbre, lemme 0FJU. Pour effectuer la traduction, utiliser le lemme 0D0I et Catégories dérivées des schémas, lemmes 06Z0 et 08E9.

Sommes amalgamées dans la catégorie des schémas, I

Dans cette section, on construit les sommes amalgamées de \(Y \leftarrow X \rightarrow X'\) lorsque \(X \to Y\) est affine et que \(X \to X'\) est un épaississement. Ce cas jouera un rôle important par la suite, ce qui justifie une discussion détaillée. Dans la section 0ECH, on traite un cas plus intéressant et plus difficile. Voir Catégories, section 0025, pour une discussion générale des sommes amalgamées dans une catégorie quelconque.

Lemme

Soient \(A' \to A\) une surjection d’anneaux et \(B \to A\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(B' = B \times_A A'\) le produit fibré d’anneaux. Posons \(S = \Spec(A)\), \(S' = \Spec(A')\), \(T = \Spec(B)\) et \(T' = \Spec(B')\). Alors \[\vcenter{ \xymatrix{ S \ar[r]_i \ar[d]_f & S' \ar[d]^{f'} \\ T \ar[r]^{i'} & T' } } \quad\text{correspondant à}\quad \vcenter{ \xymatrix{ A & A' \ar[l] \\ B \ar[u] & B' \ar[l] \ar[u] } }\] est une somme amalgamée de schémas.

Démonstration

D’après Compléments d’algèbre, lemme 0B7J, on a \(T' = T \amalg_S S'\) comme espaces topologiques, c’est-à-dire que le diagramme est une somme amalgamée dans la catégorie des espaces topologiques. Considérons ensuite l’homomorphisme \[((i')^\sharp, (f')^\sharp) : \mathcal{O}_{T'} \longrightarrow i'_*\mathcal{O}_T \times_{g_*\mathcal{O}_S} f'_*\mathcal{O}_{S'}\] où \(g = i' \circ f = f' \circ i\). On affirme que cet homomorphisme est un isomorphisme de faisceaux d’anneaux. En effet, on peut considérer les deux membres comme des \(\mathcal{O}_{T'}\)-modules quasi-cohérents (utiliser Schémas, lemme 01LC, pour le membre de droite), et l’homomorphisme est \(\mathcal{O}_{T'}\)-linéaire. Il suffit donc de montrer qu’il est un isomorphisme au niveau des sections globales (Schémas, lemme 01IB). Sur les sections globales, on retrouve l’identification \(B' \to B \times_A A'\) de l’énoncé du lemme (c’est ainsi que l’on a choisi \(B'\)).

Soit \(X\) un schéma. Supposons donnés des morphismes de schémas \(m' : S' \to X\) et \(n : T \to X\) tels que \(m' \circ i = n \circ f\) (notons ce morphisme \(m\)). On obtient une unique application d’espaces topologiques \(n' : T' \to X\) compatible avec \(m'\) et \(n\), puisque \(T' = T \amalg_S S'\) (voir ci-dessus). D’après la description de \(\mathcal{O}_{T'}\) au paragraphe précédent, on obtient un unique homomorphisme de faisceaux d’anneaux \[(n')^\sharp : \mathcal{O}_X \longrightarrow (n')_*\mathcal{O}_{T'} = m'_*\mathcal{O}_T \times_{m_*\mathcal{O}_T} n_*\mathcal{O}_S\] donné par \((m')^\sharp\) et \(n^\sharp\). Ainsi, \((n', (n')^\sharp)\) est l’unique morphisme d’espaces annelés \(T' \to X\) compatible avec \(m'\) et \(n\). Pour achever la démonstration, il suffit de montrer que \(n'\) est un morphisme de schémas, c’est-à-dire un morphisme d’espaces localement annelés.

Soit \(t' \in T'\) d’image \(x \in X\). Il faut montrer que \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{T', t'}\) est local. Si \(t' \not \in T\), alors \(t'\) est l’image d’un unique point \(s' \in S'\) et \(\mathcal{O}_{T', t'} = \mathcal{O}_{S', s'}\). En effet, \(S' \setminus S \to T' \setminus T\) est un isomorphisme de schémas, car \(B' \to A'\) induit un isomorphisme \(\Ker(B' \to B) = \Ker(A' \to A)\). Si \(t'\) est l’image de \(t \in T\), on sait que le composé \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{T', t'} \to \mathcal{O}_{T, t}\) est local, ce qui permet aussi de conclure.

Lemme

Soit \(\mathcal{I} \to (\Sch/S)_{fppf}\), \(i \mapsto X_i\), un diagramme de schémas. Soit \((W, X_i \to W)\) un cocône sur ce diagramme dans la catégorie des schémas (Catégories, remarque 0G2U). S’il existe un recouvrement fpqc \(\{W_a \to W\}_{a \in A}\) de schémas tel que

  1. pour tout \(a \in A\), on ait \(W_a = \colim X_i \times_W W_a\) dans la catégorie des schémas, et

  2. pour tous \(a, b \in A\), on ait \(W_a \times_W W_b = \colim X_i \times_W W_a \times_W W_b\) dans la catégorie des schémas,

alors \(W = \colim X_i\) dans la catégorie des schémas.

Démonstration

En effet, pour un schéma \(T\), un morphisme \(W \to T\) revient à se donner une famille de morphismes \(W_a \to T\), \(a \in A\), qui coïncident sur les intersections \(W_a \times_W W_b\), voir Descente, lemme 023Q.

Lemme

Soit \(X \to X'\) un épaississement de schémas et soit \(X \to Y\) un morphisme affine de schémas. Il existe alors une somme amalgamée \[\xymatrix{ X \ar[r] \ar[d]_f & X' \ar[d]^{f'} \\ Y \ar[r] & Y' }\] dans la catégorie des schémas. De plus, \(Y \subset Y'\) est un épaississement, \(X = Y \times_{Y'} X'\), et \[\mathcal{O}_{Y'} = \mathcal{O}_Y \times_{f_*\mathcal{O}_X} f'_*\mathcal{O}_{X'}\] comme faisceaux sur \(|Y| = |Y'|\).

Démonstration

Construisons d’abord \(Y'\) comme espace annelé. Comme espace topologique, on prend \(Y' = Y\). Notons \(f' : X' \to Y'\) l’application d’espaces topologiques égale à \(f\). Comme faisceau structural \(\mathcal{O}_{Y'}\), on prend le membre de droite de l’égalité du lemme. Pour montrer que \(Y'\) est un schéma, il faut montrer que tout point possède un voisinage affine. Puisque la formation du produit fibré de faisceaux commute à la restriction aux ouverts, on peut supposer \(Y\) affine. Alors \(X\) est affine (puisque \(f\) est affine) et \(X'\) l’est aussi (voir le lemme 06AD). Supposons que \(Y \leftarrow X \rightarrow X'\) corresponde à \(B \rightarrow A \leftarrow A'\). Posons \(B' = B \times_A A'\) ; c’est l’anneau des sections globales de \(\mathcal{O}_{Y'}\). Comme \(A' \to A\) est surjectif à noyau localement nilpotent, on voit que \(B' \to B\) est surjectif à noyau localement nilpotent. Ainsi, \(\Spec(B') = \Spec(B)\) (comme espaces topologiques). On affirme que \(Y' = \Spec(B')\). Pour cela, on montrera que, pour \(g' \in B'\) d’image \(g \in B\), on a \(\mathcal{O}_{Y'}(D(g)) = B'_{g'}\). En effet, d’après Compléments d’algèbre, lemme 01Z8, on a \[(B')_{g'} = B_g \times_{A_h} A'_{h'}\] où \(h \in A\), \(h' \in A'\) sont les images de \(g'\). Puisque \(B_g\) (resp. \(A_h\), resp. \(A'_{h'}\)) est égal à \(\mathcal{O}_Y(D(g))\) (resp. \(f_*\mathcal{O}_X(D(g))\), resp. \(f'_*\mathcal{O}_{X'}(D(g))\)), l’assertion s’ensuit.

Il reste à montrer que \(Y'\) est la somme amalgamée. La discussion ci-dessus montre que le schéma \(Y'\) possède un recouvrement ouvert affine \(Y' = \bigcup W'_i\) tel que les ouverts correspondants \(U'_i \subset X'\), \(W_i \subset Y\) et \(U_i \subset X\) soient affines. De plus, si \(A'_i\), \(B_i\), \(A_i\) sont les anneaux correspondant à \(U'_i\), \(W_i\), \(U_i\), alors \(W'_i\) correspond à \(B_i \times_{A_i} A'_i\). On peut donc appliquer les lemmes 0ET0 et 0BMP pour conclure que notre construction est une somme amalgamée dans la catégorie des schémas.

Dans le lemme suivant, on utilise le produit fibré de catégories défini dans Catégories, exemple 003R.

Lemme

Soit \(X \to X'\) un épaississement de schémas et soit \(X \to Y\) un morphisme affine de schémas. Soit \(Y' = Y \amalg_X X'\) la somme amalgamée (voir le lemme 07RT). Le changement de base donne un foncteur \[F : (\Sch/Y') \longrightarrow (\Sch/Y) \times_{(\Sch/X)} (\Sch/X')\] défini par \(V' \longmapsto (V' \times_{Y'} Y, V' \times_{Y'} X', 1)\), qui admet un adjoint à gauche \[G : (\Sch/Y) \times_{(\Sch/X)} (\Sch/X') \longrightarrow (\Sch/Y')\] envoyant le triplet \((V, U', \varphi)\) sur la somme amalgamée \(V \amalg_{(V \times_Y X)} U'\). Enfin, \(F \circ G\) est isomorphe au foncteur identité.

Démonstration

Soit \((V, U', \varphi)\) un objet de la catégorie produit fibré. Posons \(U = U' \times_{X'} X\). Remarquons que \(U \to U'\) est un épaississement. Puisque \(\varphi : V \times_Y X \to U' \times_{X'} X = U\) est un isomorphisme, on dispose d’un morphisme \(U \to V\) au-dessus de \(X \to Y\) qui identifie \(U\) au produit fibré \(X \times_Y V\). En particulier, \(U \to V\) est affine, voir Morphismes, lemme 01SD. On peut donc appliquer le lemme 07RT pour obtenir une somme amalgamée \(V' = V \amalg_U U'\). Notons \(V' \to Y'\) le morphisme fourni par la propriété de somme amalgamée de \(V'\) et par les morphismes donnés \(V \to Y\) et \(U' \to X'\), qui coïncident sur \(U\) comme morphismes à valeurs dans \(Y'\). En posant \(G(V, U', \varphi) = V'\), on obtient le foncteur \(G\).

Prouvons que \(G\) est adjoint à gauche de \(F\). Soit \(Z\) un schéma sur \(Y'\). Il faut montrer que \[\Mor(V', Z) = \Mor((V, U', \varphi), F(Z))\] où les ensembles de morphismes sont pris dans leurs catégories respectives. Soit \(g' : V' \to Z\) un morphisme. Notons \(\tilde g\) (resp. \(\tilde f'\)) le composé de \(g'\) avec le morphisme \(V \to V'\) (resp. \(U' \to V'\)). Effectuons le changement de base de \(\tilde g\) (resp. \(\tilde f'\)) par \(Y \to Y'\) (resp. \(X' \to Y'\)) pour obtenir un morphisme \(g : V \to Z \times_{Y'} Y\) (resp. \(f' : U' \to Z \times_{Y'} X'\)). Alors \((g, f')\) est un élément du membre de droite de l’égalité ci-dessus (détails omis). Réciproquement, supposons que \((g, f') : (V, U', \varphi) \to F(Z)\) soit un élément du membre de droite. On peut considérer le composé \(\tilde g : V \to Z\) (resp. \(\tilde f' : U' \to Z\)) de \(g\) (resp. \(f\)) avec \(Z \times_{Y'} X' \to Z\) (resp. \(Z \times_{Y'} Y \to Z\)). Alors \(\tilde g\) et \(\tilde f'\) coïncident comme morphismes de \(U\) dans \(Z\). Par la propriété universelle de la somme amalgamée, on obtient un morphisme \(g' : V' \to Z\), c’est-à-dire un élément du membre de gauche. On omet de vérifier que ces constructions sont inverses l’une de l’autre.

Pour prouver que \(F \circ G\) est isomorphe à l’identité, il faut montrer que le morphisme d’adjonction \((V, U', \varphi) \to F(G(V, U', \varphi))\) est un isomorphisme. On peut pour cela travailler localement sur des ouverts affines. Écrivons \(X = \Spec(A)\), \(X' = \Spec(A')\) et \(Y = \Spec(B)\). Alors \(A' \to A\) et \(B \to A\) sont des homomorphismes d’anneaux comme dans Compléments d’algèbre, lemme 07RU, et \(Y' = \Spec(B')\), avec \(B' = B \times_A A'\). Supposons ensuite que \(V = \Spec(D)\), \(U' = \Spec(C')\) et que \(\varphi\) soit donné par un isomorphisme de \(A\)-algèbres \(D \otimes_B A \to C' \otimes_{A'} A = C'/IC'\). Posons \(D' = D \times_{C'/IC'} C'\). Dans ce cas, il faut prouver que \(D' \otimes_{B'} B \cong D\) et \(D' \otimes_{B'} A' \cong C'\). C’est un cas particulier de Compléments d’algèbre, lemme 07RU.

Lemme

Soit \(X \to X'\) un épaississement de schémas et soit \(X \to Y\) un morphisme affine de schémas. Soit \(Y' = Y \amalg_X X'\) la somme amalgamée (voir le lemme 07RT). Soit \(V' \to Y'\) un morphisme de schémas. Posons \(V = Y \times_{Y'} V'\), \(U' = X' \times_{Y'} V'\) et \(U = X \times_{Y'} V'\). Il existe une équivalence de catégories entre

  1. les \(\mathcal{O}_{V'}\)-modules quasi-cohérents plats sur \(Y'\), et

  2. la catégorie des triplets \((\mathcal{G}, \mathcal{F}', \varphi)\), où

    1. \(\mathcal{G}\) est un \(\mathcal{O}_V\)-module quasi-cohérent plat sur \(Y\),

    2. \(\mathcal{F}'\) est un \(\mathcal{O}_{U'}\)-module quasi-cohérent plat sur \(X'\), et

    3. \(\varphi : (U \to V)^*\mathcal{G} \to (U \to U')^*\mathcal{F}'\) est un isomorphisme de \(\mathcal{O}_U\)-modules.

L’équivalence envoie \(\mathcal{G}'\) sur \(((V \to V')^*\mathcal{G}', (U' \to V')^*\mathcal{G}', can)\). Supposons que \(\mathcal{G}'\) corresponde au triplet \((\mathcal{G}, \mathcal{F}', \varphi)\). Alors

  1. \(\mathcal{G}'\) est un \(\mathcal{O}_{V'}\)-module de type fini si et seulement si \(\mathcal{G}\) et \(\mathcal{F}'\) sont des \(\mathcal{O}_Y\)- et \(\mathcal{O}_{U'}\)-modules de type fini.

  2. si \(V' \to Y'\) est localement de présentation finie, alors \(\mathcal{G}'\) est un \(\mathcal{O}_{V'}\)-module de présentation finie si et seulement si \(\mathcal{G}\) et \(\mathcal{F}'\) sont des \(\mathcal{O}_Y\)- et \(\mathcal{O}_{U'}\)-modules de présentation finie.

Démonstration

Un foncteur quasi-inverse associe au triplet \((\mathcal{G}, \mathcal{F}', \varphi)\) le produit fibré \[(V \to V')_*\mathcal{G} \times_{(U \to V')_*\mathcal{F}} (U' \to V')_*\mathcal{F}'\] où \(\mathcal{F} = (U \to U')^*\mathcal{F}'\). Cette construction convient, car, sur les ouverts affines, on retrouve l’équivalence de Compléments d’algèbre, lemme 07RW. Certains détails sont omis.

Les points (a) et (b) résultent de Compléments d’algèbre, lemmes 08IH et 08KP.

Lemme

Dans la situation du lemme 07RV, si \(V' = G(V, U', \varphi)\) pour un certain triplet \((V, U', \varphi)\), alors

  1. \(V' \to Y'\) est localement de type fini si et seulement si \(V \to Y\) et \(U' \to X'\) sont localement de type fini,

  2. \(V' \to Y'\) est plat si et seulement si \(V \to Y\) et \(U' \to X'\) sont plats,

  3. \(V' \to Y'\) est plat et localement de présentation finie si et seulement si \(V \to Y\) et \(U' \to X'\) sont plats et localement de présentation finie,

  4. \(V' \to Y'\) est lisse si et seulement si \(V \to Y\) et \(U' \to X'\) sont lisses,

  5. \(V' \to Y'\) est étale si et seulement si \(V \to Y\) et \(U' \to X'\) sont étales, et

  6. ajouter ici d’autres propriétés selon les besoins.

Si \(W'\) est plat sur \(Y'\), alors le morphisme d’adjonction \(G(F(W')) \to W'\) est un isomorphisme. Ainsi, \(F\) et \(G\) définissent des foncteurs quasi-inverses l’un de l’autre entre la catégorie des schémas plats sur \(Y'\) et la catégorie des triplets \((V, U', \varphi)\) tels que \(V \to Y\) et \(U' \to X'\) soient plats.

Démonstration

En se plaçant sur des ouverts affines, les assertions de ce lemme sont équivalentes aux assertions correspondantes de Compléments d’algèbre, lemme 08KQ.

Ouverture du lieu de platitude

La démonstration de ce résultat demande un certain travail et mérite (peut-être) une section à elle seule. La voici.

Théorème

Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to S\) un morphisme localement de présentation finie. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent localement de présentation finie. Alors \[U = \{x \in X \mid \mathcal{F}\text{ est plat sur }S\text{ en }x\}\] est ouvert dans \(X\).

Démonstration

L’ouverture se vérifie localement sur \(X\) ; on peut donc supposer que \(f\) est un morphisme de schémas affines. Dans ce cas, le théorème est exactement le théorème 00RC d’Algèbre.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ X' \ar[r]_{g'} \ar[d]_{f'} & X \ar[d]^f \\ S' \ar[r]^g & S }\] un diagramme cartésien de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Soit \(x' \in X'\) d’images \(x = g'(x')\) et \(s' = f'(x')\).

  1. Si \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) en \(x\), alors \((g')^*\mathcal{F}\) est plat sur \(S'\) en \(x'\).

  2. Si \(g\) est plat en \(s'\) et si \((g')^*\mathcal{F}\) est plat sur \(S'\) en \(x'\), alors \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) en \(x\).

En particulier, si \(g\) est plat, si \(f\) est localement de présentation finie et si \(\mathcal{F}\) est localement de présentation finie, alors la formation de l’ouvert du théorème 0399 commute au changement de base.

Démonstration

Considérons le diagramme commutatif d’anneaux locaux \[\xymatrix{ \mathcal{O}_{X', x'} & \mathcal{O}_{X, x} \ar[l] \\ \mathcal{O}_{S', s'} \ar[u] & \mathcal{O}_{S, s} \ar[l] \ar[u] }\] Notons que \(\mathcal{O}_{X', x'}\) est un localisé de \(\mathcal{O}_{X, x} \otimes_{\mathcal{O}_{S, s}} \mathcal{O}_{S', s'}\) et que \(((g')^*\mathcal{F})_{x'}\) est égal à \(\mathcal{F}_x \otimes_{\mathcal{O}_{X, x}} \mathcal{O}_{X', x'}\). Le lemme résulte donc du lemme 00MQ d’Algèbre.

Critère de platitude par fibres

Considérons un diagramme commutatif de schémas (diagramme de gauche) \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[dr] & & Y \ar[dl] \\ & S } \quad \xymatrix{ X_s \ar[rr]_{f_s} \ar[rd] & & Y_s \ar[dl] \\ & \Spec(\kappa(s)) }\] et un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{F}\). Étant donné un point \(x \in X\) au-dessus de \(s \in S\), d’image \(y = f(x)\), on se pose la question : \(\mathcal{F}\) est-il plat sur \(Y\) en \(x\) ? Si \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) en \(x\), le théorème affirme que cette question est étroitement liée à celle de savoir si la restriction de \(\mathcal{F}\) à la fibre \[\mathcal{F}_s = (X_s \to X)^*\mathcal{F}\] est plate sur \(Y_s\) en \(x\). On trouvera ci-dessous une version « noethérienne » et une version « de présentation finie » ; une version « nilpotente » a déjà été traitée, voir le lemme 06AF.

Théorème

Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Soit \(x \in X\). Posons \(y = f(x)\) et notons \(s \in S\) l’image de \(x\) dans \(S\). Supposons \(S\), \(X\), \(Y\) localement noethériens, \(\mathcal{F}\) cohérent et \(\mathcal{F}_x \not = 0\). Alors les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) en \(x\) et \(\mathcal{F}_s\) est plat sur \(Y_s\) en \(x\), et

  2. \(Y\) est plat sur \(S\) en \(y\) et \(\mathcal{F}\) est plat sur \(Y\) en \(x\).

Démonstration

Considérons les homomorphismes d’anneaux \[\mathcal{O}_{S, s} \longrightarrow \mathcal{O}_{Y, y} \longrightarrow \mathcal{O}_{X, x}\] et le module \(\mathcal{F}_x\). La fibre de \(\mathcal{F}_s\) en \(x\) est le module \(\mathcal{F}_x/\mathfrak m_s \mathcal{F}_x\) et l’anneau local de \(Y_s\) en \(y\) est \(\mathcal{O}_{Y, y}/\mathfrak m_s \mathcal{O}_{Y, y}\). L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) est donc le lemme 00MP d’Algèbre. Si (2) est vérifiée, le premier homomorphisme d’anneaux est fidèlement plat et \(\mathcal{F}_x\) est plat sur \(\mathcal{O}_{Y, y}\) ; le lemme 00HC d’Algèbre montre donc que \(\mathcal{F}_x\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S, s}\). De plus, \(\mathcal{F}_x/\mathfrak m_s \mathcal{F}_x\) s’obtient à partir du module plat \(\mathcal{F}_x\) par le changement de base \(\mathcal{O}_{Y, y} \to \mathcal{O}_{Y, y}/\mathfrak m_s \mathcal{O}_{Y, y}\) ; il est donc plat d’après le lemme 00HI d’Algèbre.

Voici la version non noethérienne.

Théorème

Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Supposons que

  1. \(X\) soit localement de présentation finie sur \(S\),

  2. \(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie, et

  3. \(Y\) soit localement de type fini sur \(S\).

Soit \(x \in X\). Posons \(y = f(x)\) et soit \(s \in S\) l’image de \(x\) dans \(S\). Si \(\mathcal{F}_x \not = 0\), les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) en \(x\) et \(\mathcal{F}_s\) est plat sur \(Y_s\) en \(x\), et

  2. \(Y\) est plat sur \(S\) en \(y\) et \(\mathcal{F}\) est plat sur \(Y\) en \(x\).

De plus, l’ensemble des points \(x\) où (1) et (2) sont vérifiées est ouvert dans \(\text{Supp}(\mathcal{F})\).

Démonstration

Considérons les homomorphismes d’anneaux \[\mathcal{O}_{S, s} \longrightarrow \mathcal{O}_{Y, y} \longrightarrow \mathcal{O}_{X, x}\] et le module \(\mathcal{F}_x\). La fibre de \(\mathcal{F}_s\) en \(x\) est le module \(\mathcal{F}_x/\mathfrak m_s \mathcal{F}_x\) et l’anneau local de \(Y_s\) en \(y\) est \(\mathcal{O}_{Y, y}/\mathfrak m_s \mathcal{O}_{Y, y}\). L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) est donc le lemme 05UV d’Algèbre. Si (2) est vérifiée, le premier homomorphisme d’anneaux est fidèlement plat et \(\mathcal{F}_x\) est plat sur \(\mathcal{O}_{Y, y}\) ; le lemme 00HC d’Algèbre montre donc que \(\mathcal{F}_x\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S, s}\). De plus, \(\mathcal{F}_x/\mathfrak m_s \mathcal{F}_x\) s’obtient à partir du module plat \(\mathcal{F}_x\) par le changement de base \(\mathcal{O}_{Y, y} \to \mathcal{O}_{Y, y}/\mathfrak m_s \mathcal{O}_{Y, y}\) ; il est donc plat d’après le lemme 00HI d’Algèbre.

D’après Morphismes, lemme 02FV, le morphisme \(f\) est localement de présentation finie. Considérons l’ensemble [05VI]\[\begin{equation} U = \{x \in X \mid \mathcal{F} \text{ plat en }x \text{ à la fois sur }Y\text{ et }S\}. \end{equation}\] Cet ensemble est ouvert dans \(X\) d’après le théorème 0399. Notons que si \(x \in U\), alors \(\mathcal{F}_s\) est plat en \(x\) sur \(Y_s\), comme changement de base d’un module plat par le morphisme \(Y_s \to Y\), voir Morphismes, lemme 01U8. Ainsi, en tout point de \(U \cap \text{Supp}(\mathcal{F})\), la condition (1) est vérifiée. D’autre part, il est clair que si \(x \in \text{Supp}(\mathcal{F})\) vérifie (1) et (2), alors \(x \in U\). L’ouvert recherché est donc \(U \cap \text{Supp}(\mathcal{F})\).

On utilise souvent ces théorèmes sous les formes simplifiées suivantes. Nous ne donnons que les énoncés globaux ; il existe bien entendu aussi des versions ponctuelles.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas sur \(S\). Supposons que

  1. \(S\), \(X\), \(Y\) soient localement noethériens,

  2. \(X\) soit plat sur \(S\),

  3. pour tout \(s \in S\), le morphisme \(f_s : X_s \to Y_s\) soit plat.

Alors \(f\) est plat. Si \(f\) est en outre surjectif, \(Y\) est plat sur \(S\).

Démonstration

C’est un cas particulier du théorème 039B.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas sur \(S\). Supposons que

  1. \(X\) soit localement de présentation finie sur \(S\),

  2. \(X\) soit plat sur \(S\),

  3. pour tout \(s \in S\), le morphisme \(f_s : X_s \to Y_s\) soit plat, et

  4. \(Y\) soit localement de type fini sur \(S\).

Alors \(f\) est plat. Si \(f\) est en outre surjectif, \(Y\) est plat sur \(S\).

Démonstration

C’est un cas particulier du théorème 039C.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Supposons que

  1. \(X\) soit localement de présentation finie sur \(S\),

  2. \(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie,

  3. \(\mathcal{F}\) soit plat sur \(S\), et

  4. \(Y\) soit localement de type fini sur \(S\).

Alors l’ensemble \[U = \{x \in X \mid \mathcal{F} \text{ plat en }x \text{ sur }Y\}.\] est ouvert dans \(X\) et sa formation commute à tout changement de base : si \(S' \to S\) est un morphisme de schémas et si \(U'\) est l’ensemble des points de \(X' = X \times_S S'\) où \(\mathcal{F}' = \mathcal{F} \times_S S'\) est plat sur \(Y' = Y \times_S S'\), alors \(U' = U \times_S S'\).

Démonstration

D’après Morphismes, lemme 02FV, le morphisme \(f\) est localement de présentation finie. Ainsi, \(U\) est ouvert d’après le théorème 0399. Puisque l’on a supposé \(\mathcal{F}\) plat sur \(S\), le théorème 039C donne \[U = \{x \in X \mid \mathcal{F}_s \text{ plat en }x \text{ sur }Y_s\}.\] où \(s\) désigne toujours l’image de \(x\) dans \(S\). (Cette description reste trivialement valable lorsque \(\mathcal{F}_x = 0\).) De plus, les hypothèses du lemme restent vérifiées pour le morphisme \(f' : X' \to Y'\) et le faisceau \(\mathcal{F}'\). Ainsi, \(U'\) admet une description analogue. Autrement dit, il suffit de prouver que, pour \(s' \in S'\) d’image \(s \in S\), l’ensemble \[\{x' \in X'_{s'} \mid \mathcal{F}'_{s'} \text{ plat en }x' \text{ sur }Y'_{s'}\}\] est l’image réciproque du lieu correspondant dans \(X_s\). C’est vrai d’après le lemme 047C, car, dans le diagramme cartésien \[\xymatrix{ X'_{s'} \ar[d] \ar[r] & X_s \ar[d] \\ Y'_{s'} \ar[r] & Y_s }\] les morphismes horizontaux sont plats, puisqu’ils s’obtiennent par changement de base par le morphisme plat \(\Spec(\kappa(s')) \to \Spec(\kappa(s))\).

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas sur \(S\). Supposons que

  1. \(X\) soit localement de présentation finie sur \(S\),

  2. \(X\) soit plat sur \(S\), et

  3. \(Y\) soit localement de type fini sur \(S\).

Alors l’ensemble \[U = \{x \in X \mid X\text{ plat en }x \text{ sur }Y\}.\] est ouvert dans \(X\) et sa formation commute à tout changement de base.

Démonstration

C’est un cas particulier du lemme 05VJ.

Le lemme suivant est une variante du lemme 00MH d’Algèbre. Notons que l’hypothèse que \((\mathcal{F}_s)_x\) est un \(\mathcal{O}_{X_s, x}\)-module plat signifie que \((\mathcal{F}_s)_x\) est un \(\mathcal{O}_{X_s, x}\)-module libre, ce qui est toujours le cas si \(x \in X_s\) est un point générique d’une composante irréductible de \(X_s\) et si \(X_s\) est réduit (en effet, dans ce cas \(\mathcal{O}_{X_s, x}\) est un corps, voir Algèbre, lemme 00EU).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas de présentation finie. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie. Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Si \(\mathcal{F}\) est plat en \(x\) sur \(S\) et si \((\mathcal{F}_s)_x\) est un \(\mathcal{O}_{X_s, x}\)-module plat, alors \(\mathcal{F}\) est libre de rang fini dans un voisinage de \(x\).

Démonstration

Si \(\mathcal{F}_x \otimes \kappa(x)\) est nul, alors \(\mathcal{F}_x = 0\) d’après le lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV), donc \(\mathcal{F}\) est nul dans un voisinage de \(x\) (Modules, lemme 01B9) et le lemme est établi. On peut donc supposer \(\mathcal{F}_x \otimes \kappa(x)\) non nul, et l’on voit que le théorème 039C s’applique avec \(f = \text{id} : X \to X\). On en conclut que \(\mathcal{F}_x\) est plat sur \(\mathcal{O}_{X, x}\). Ainsi, \(\mathcal{F}_x\) est libre, voir par exemple Algèbre, lemme 00NZ. Choisissons un voisinage ouvert \(x \in U \subset X\) et des sections \(s_1, \ldots, s_r \in \mathcal{F}(U)\) dont les images forment une base de \(\mathcal{F}_x\). Le morphisme correspondant \(\psi : \mathcal{O}_U^{\oplus r} \to \mathcal{F}|_U\) est surjectif après restriction de \(U\) (Modules, lemme 01B9). Alors \(\Ker(\psi)\) est de type fini (voir Modules, lemme 01BP) et \(\Ker(\psi)_x = 0\). En restreignant encore \(U\), \(\psi\) devient donc un isomorphisme.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de présentation finie. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie plat sur \(S\). Alors l’ensemble \[\{x \in X : \mathcal{F}\text{ libre dans un voisinage de }x\}\] est ouvert dans \(X\) et sa formation commute à tout changement de base \(S' \to S\).

Démonstration

L’ouverture est immédiate. Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). D’après le lemme 080Q, \(x\) appartient à notre ensemble si et seulement si \(\mathcal{F}|_{X_s}\) est plat en \(x\) sur \(X_s\). Ceci équivaut aussi à la platitude de \(\mathcal{F}\) en \(x\) sur \(X\) (car cette propriété est impliquée par la liberté de \(\mathcal{F}_x\) et implique la platitude de \(\mathcal{F}|_{X_s}\) en \(x\) sur \(X_s\)). L’assertion sur le changement de base résulte donc du lemme 05VJ appliqué à \(\text{id} : X \to X\) sur \(S\).

Immersions fermées entre schémas lisses

Quelques résultats qui ne trouvent guère leur place ailleurs.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(Y \to X\) une immersion fermée de schémas lisses sur \(S\). Pour tout \(y \in Y\), il existe des entiers \(0 \leq m, n\) et un diagramme commutatif \[\xymatrix{ Y \ar[d] & V \ar[l] \ar[d] \ar[r] & \mathbf{A}^m_S \ar[d]^{(a_1, \ldots, a_m) \mapsto (a_1, \ldots, a_m, 0 \ldots, 0)} \\ X & U \ar[l] \ar[r]^-\pi & \mathbf{A}^{m + n}_S }\] où \(U \subset X\) est ouvert, \(V = Y \cap U\), \(\pi\) est étale, \(V = \pi^{-1}(\mathbf{A}^m_S)\) et \(y \in V\).

Démonstration

La question est locale sur \(X\) ; on peut donc remplacer \(X\) par un voisinage ouvert de \(y\). Puisque \(Y \to X\) est une immersion régulière d’après Diviseurs, lemme 067U, on peut supposer \(X = \Spec(A)\) affine et qu’il existe une suite régulière \(f_1, \ldots, f_n \in A\) telle que \(Y = V(f_1, \ldots, f_n)\). En restreignant encore \(X\) (et donc \(Y\)), on peut supposer qu’il existe un morphisme étale \(Y \to \mathbf{A}^m_S\), voir Morphismes, lemme 054L. Soient \(\overline{g}_1, \ldots, \overline{g}_m\) dans \(\mathcal{O}_Y(Y)\) les fonctions coordonnées de ce morphisme étale. Choisissons des relèvements \(g_1, \ldots, g_m \in A\) de ces fonctions et considérons le morphisme \[(g_1, \ldots, g_m, f_1, \ldots, f_n) : X \longrightarrow \mathbf{A}^{m + n}_S\] sur \(S\). C’est un morphisme entre schémas localement de présentation finie sur \(S\) ; il est donc localement de présentation finie (Morphismes, lemme 02FV). La restriction de ce morphisme à \(\mathbf{A}^m_S \subset \mathbf{A}^{m + n}_S\) est étale par construction. Par conséquent, pour montrer que \(X \to \mathbf{A}^{m + n}_S\) est étale en \(y\), il suffit de montrer que \(X \to \mathbf{A}^{m + n}_S\) est plat en \(y\), voir Morphismes, lemme 02GU. Soit \(s \in S\) l’image de \(y\). Il suffit de vérifier que \(X_s \to \mathbf{A}^{m + n}_s\) est plat en \(y\), voir le théorème 039C. Soit \(z \in \mathbf{A}^{m + n}_s\) l’image de \(y\). L’homomorphisme local d’anneaux \[\mathcal{O}_{\mathbf{A}^{m + n}_s, z} \longrightarrow \mathcal{O}_{X_s, y}\] est plat d’après Algèbre, lemme 00R4. En effet, les schémas lisses sur un corps sont réguliers et les anneaux réguliers sont de Cohen-Macaulay, voir Variétés, lemme 056S et Algèbre, lemme 00NQ. La source et le but sont donc des anneaux locaux réguliers (et donc de Cohen-Macaulay). Ils ont la même dimension : en effet, on a \(\dim(\mathcal{O}_{Y_s, y}) = \dim(\mathcal{O}_{\mathbf{A}^m_s, z})\) d’après Compléments d’algèbre, lemme 07QP, on a \(\dim(\mathcal{O}_{\mathbf{A}^{m + n}_s, z}) = n + \dim(\mathcal{O}_{\mathbf{A}^m_s, z})\), et l’on a \(\dim(\mathcal{O}_{X_s, y}) = n + \dim(\mathcal{O}_{Y_s, y})\), car \(\mathcal{O}_{Y_s, y}\) est le quotient de \(\mathcal{O}_{X_s, y}\) par la suite régulière \(f_1, \ldots, f_n\) de longueur \(n\) (voir Diviseurs, remarque 0FUD). Enfin, l’anneau de la fibre de la flèche ci-dessus est fini sur \(\kappa(z)\), puisque \(Y_s \to \mathbf{A}^m_s\) est étale en \(y\). Ceci achève la démonstration.

Remarque

Fixons un anneau \(R\) et posons \(S = \Spec(R)\). Fixons des entiers \(0 \leq m\) et \(1 \leq n\). Considérons l’immersion fermée \[Z = \mathbf{A}^m_S \longrightarrow \mathbf{A}^{m + n}_S = X,\quad (a_1, \ldots, a_m) \mapsto (a_1, \ldots, a_m, 0, \ldots 0).\] Nous allons considérer l’éclatement \(X'\) de \(X\) le long du sous-schéma fermé \(Z\). Écrivons \[X = \Spec(A) \quad\text{avec}\quad A = R[x_1, \ldots, x_m, y_1, \ldots, y_n]\] Alors \(X'\) est le Proj de l’algèbre de Rees de \(A\) relativement à l’idéal \((y_1, \ldots, y_n)\). Cette algèbre de Rees est égale à \(B = A[T_1, \ldots, T_n]/(y_iT_j - y_jT_i)\) ; les détails sont omis. Ainsi, \(X' = \text{Proj}(B)\) est lisse sur \(S\), car il est recouvert par les ouverts affines \[\begin{align*} D_+(T_i) & = \Spec(B_{(T_i)}) \\ & = \Spec(A[t_1, \ldots, \hat t_i, \ldots t_n]/(y_j - y_i t_j)) \\ & = \Spec(R[x_1, \ldots, x_m, y_i, t_1, \ldots, \hat t_i, \ldots, t_n]) \end{align*}\] qui sont isomorphes à \(\mathbf{A}^{n + m}_S\). Dans cette carte, le diviseur exceptionnel est défini par \(y_i = 0\) ; il est donc lui aussi lisse sur \(S\).

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(Z \to X\) une immersion fermée de schémas lisses sur \(S\). Soit \(b : X' \to X\) l’éclatement de \(Z\), de diviseur exceptionnel \(E \subset X'\). Alors \(X'\) et \(E\) sont lisses sur \(S\). Le morphisme \(p : E \to Z\) est canoniquement isomorphe au fibré projectif \[\mathbf{P}(\mathcal{I}/\mathcal{I}^2) \longrightarrow Z\] où \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) est le faisceau d’idéaux de \(Z\). Le faisceau relatif \(\mathcal{O}_E(1)\) provenant de la structure de fibré projectif est isomorphe à la restriction de \(\mathcal{O}_{X'}(-E)\) à \(E\).

Démonstration

D’après Diviseurs, lemme 067U, l’immersion \(Z \to X\) est régulière ; le faisceau d’idéaux \(\mathcal{I}\) est donc de type fini, et \(b\) est un morphisme projectif admettant pour faisceau inversible relativement ample \(\mathcal{O}_{X'}(1) = \mathcal{O}_{X'}(-E)\), voir Diviseurs, lemmes 02OS et 02NS. Le morphisme canonique \(\mathcal{I} \to b_*\mathcal{O}_{X'}(1)\) donne une immersion fermée \[X' \longrightarrow \mathbf{P}\left(\bigoplus\nolimits_{n \geq 0} \text{Sym}^n_{\mathcal{O}_X}(\mathcal{I})\right)\] par la construction même de l’éclatement. La restriction de ce morphisme à \(E\) donne un morphisme canonique \[E \longrightarrow \mathbf{P}\left(\bigoplus\nolimits_{n \geq 0} \text{Sym}^n_{\mathcal{O}_Z}(\mathcal{I}/\mathcal{I}^2)\right)\] sur \(Z\). Puisque \(\mathcal{I}/\mathcal{I}^2\) est localement libre de rang fini, si ce morphisme canonique est un isomorphisme, la dernière assertion du lemme est vérifiée. Après ces observations, la question est locale sur \(X\) pour la topologie étale. En effet, l’éclatement commute au changement de base plat d’après Diviseurs, lemme 0805, et la lissité peut se vérifier après précomposition par un morphisme étale surjectif. Ainsi, la structure locale étale d’une immersion fermée de schémas sur \(S\) donnée au lemme 0FUE nous ramène au cas traité dans la remarque 0H1H.

Modules plats et assassins relatifs

Dans cette section, nous montrerons que, dans les situations géométriques, le support d’un module plat est, en un certain sens, équidimensionnel sur la base. Pour le cas noethérien, nous renvoyons à [EGA, IV Proposition 12.1.1.5]. Commençons par deux lemmes auxiliaires.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation. Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux essentiellement de type fini. Soit \(u : N \to M\) un homomorphisme de \(B\)-modules de type fini. Supposons \(M\) plat sur \(A\) et \(\overline{u} : N/\mathfrak m_A N \to M/\mathfrak m_A M\) injectif. Alors \(u\) est injectif et \(M/u(N)\) est plat sur \(A\).

Démonstration

Nous déduirons ce lemme du lemme 046Y d’Algèbre (notons que les rôles de \(M\) et \(N\) ont été intervertis). Pour cela, nous utiliserons Compléments d’algèbre, lemme 0GSE, afin de nous ramener au cas de présentation finie.

Par hypothèse, on peut écrire \(B\) comme quotient du localisé d’une algèbre de polynômes \(P = A[x_1, \ldots, x_n]\) en un idéal premier \(\mathfrak q\). On peut alors considérer \(u : N \to M\) comme un homomorphisme de \(P_\mathfrak q\)-modules de type fini. On peut donc supposer, et l’on suppose, que \(B\) est essentiellement de présentation finie sur \(A\).

Le \(B\)-module \(N\) est de type fini, mais pas nécessairement de présentation finie. Écrivons \(N = \colim N_\lambda\) comme limite inductive filtrante de \(B\)-modules de présentation finie, avec des morphismes de transition surjectifs. Par exemple, choisissons une présentation \(0 \to K \to B^{\oplus r} \to N \to 0\), écrivons \(K\) comme réunion de ses sous-modules de type fini \(K_\lambda\) et posons \(N_\lambda = \Coker(K_\lambda \to B^{\oplus r})\). Le module \(N/\mathfrak m_A N\) est de présentation finie sur l’anneau noethérien \(B/\mathfrak m_A B\). Par conséquent, pour \(\lambda\) assez grand, on a \(N_\lambda/\mathfrak m_A N_\lambda = N/\mathfrak m_A N\). Si l’on peut démontrer le lemme pour le composé \(u_\lambda : N_\lambda \to M\), on en déduit que \(N_\lambda = N\) et que le résultat vaut pour \(u\). On peut donc supposer, et l’on suppose, que \(N\) est de présentation finie sur \(B\).

D’après Compléments d’algèbre, lemme 0GSE, le module \(M\) est de présentation finie sur \(B\). Toutes les hypothèses du lemme 046Y d’Algèbre sont donc vérifiées, ce qui permet de conclure.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(y \in X\) un point d’image \(t \in S\). Notons \(Y \subset X\) l’adhérence de \(\{y\}\), munie de sa structure de sous-schéma fermé intègre de \(X\). Soit \(s \in S\) et soit \(x \in Y_s\) un point générique d’une composante irréductible de \(Y_s\). Il existe un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X' \ar[r]_{g'} \ar[d]_{f'} & X \ar[d]^f \\ S' \ar[r]^g & S }\] ayant les propriétés suivantes :

  1. \(S'\) est le spectre d’un anneau de valuation de point générique \(t'\) et de point fermé \(s'\),

  2. \(g(t') = t\) et \(g(s') = s\),

  3. il existe un point \(y' \in X'_{t'}\) qui est un point générique d’une composante irréductible de \((S' \times_S Y)_{t'} = Y_t \times_t t'\) et vérifie \(g'(y') = y\),

  4. si l’on note \(Y' \subset X'\) l’adhérence de \(\{y'\}\), munie de sa structure de sous-schéma fermé intègre de \(X'\), il existe un point \(x' \in Y'_{s'}\) qui est un point générique d’une composante irréductible de \(Y'_{s'}\) et vérifie \(g'(x') = x\).

Démonstration

Choisissons un anneau de valuation \(R\), posons \(S' = \Spec(R)\), de point générique \(t'\) et de point fermé \(s'\), et choisissons un morphisme \(h : S' \to X\) tel que \(h(t') = y\) et \(h(s') = x\). Voir Schémas, lemme 01J8. Posons \(g = f \circ h\), de sorte que \(g(t') = t\) et \(g(s') = s\). Considérons le changement de base \[\xymatrix{ X' \ar[r]_{g'} \ar[d] & X \ar[d] \\ S' \ar@/^1em/[u]^\sigma \ar[r]^-g & S }\] On obtient une section \(\sigma\) du morphisme changé de base telle que \(h = g' \circ \sigma\).

Bien entendu, \(\sigma\) se factorise par le changement de base \(S' \times_S Y\) de \(Y\), puisque \(h\) se factorise par \(Y\). Soit \(y' \in X'_{t'} \subset X'\) le point générique d’une composante irréductible de la fibre \[(S' \times_S Y)_{t'} = Y_t \times_t t'\] contenant le point \(\sigma(t')\), c’est-à-dire telle que \(y' \leadsto \sigma(t')\). Puisque \(g'(y') \in Y_t\) et \(g(y') \leadsto g(\sigma(t')) = y\), on obtient \(g'(y') = y\), car \(y\) est le point générique de la fibre \(Y_t\). Notons \(Y' \subset X'\) l’adhérence de \(\{y'\}\) dans \(X'\), munie de sa structure de sous-schéma fermé intègre. Alors \(\sigma\) se factorise par \(Y'\), puisque \(\sigma(t') \in Y'\). Choisissons un point générique \(x' \in Y'_{s'}\) d’une composante irréductible de \(Y'_{s'}\) contenant \(\sigma(s')\) ; on a donc \(x' \leadsto \sigma(s')\), puis \(g'(x') \leadsto g'(\sigma(s')) = x\). À nouveau, puisque \(x\) est par hypothèse un point générique d’une composante irréductible de \(Y_s\) et puisque \(g'(Y') \subset Y\), on en conclut que \(g'(x') = x\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(y \in \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) d’image \(t \in S\). Notons \(Y \subset X\) l’adhérence de \(\{y\}\) dans \(X\), munie de sa structure de sous-schéma fermé intègre. Soit \(s \in S\) et soit \(x \in Y_s\) un point générique d’une composante irréductible de \(Y_s\). Si \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) en \(x\), alors \(x \in \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) et \(\dim_x(Y_s) = \dim(Y_t)\).

Démonstration

Choisissons un diagramme comme au lemme 0GSH. Posons \(\mathcal{F}' = (g')^*\mathcal{F}\). Diviseurs, lemme 05DC, implique que \(y' \in \text{Ass}_{X'/S'}(\mathcal{F}')\). Le choix de \(y'\) donne aussi \(\dim(Y'_{t'}) = \dim(Y_t)\), voir par exemple Algèbre, lemme 0CWE. D’après Algèbre, lemme 00QK, \(Y'_{s'}\) est équidimensionnel de dimension égale à \(\dim(Y_t)\). Puisque \(\mathcal{F}\) est plat en \(x\) sur \(S\), \(\mathcal{F}'\) est plat en \(x'\) sur \(S'\), voir Morphismes, lemme 01U8.

Supposons que l’on puisse montrer \(x' \in \text{Ass}_{X'/S}(\mathcal{F}')\). Alors Diviseurs, lemme 05DC, implique que \(x \in \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) et que la composante irréductible \(C'\) de \(Y'_{s'}\) contenant \(x'\) est une composante irréductible de \(C \times_s s'\), où \(C \subset Y_s\) est la composante irréductible contenant \(x\). D’où \(\dim(C) = \dim(C') = \dim(Y_t)\) (voir ci-dessus), ce qui achève la démonstration. On est ainsi ramené au cas traité dans le paragraphe suivant.

Supposons \(S = \Spec(A)\), où \(A\) est un anneau de valuation, et où \(t\) et \(s\) sont les points générique et fermé de \(S\). Nous allons supposer \(x \not \in \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) afin d’aboutir à une contradiction. Autrement dit, on suppose \(x \not \in \text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s)\), où \(\mathcal{F}_s\) est l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X_s\). Considérons l’homomorphisme d’anneaux \[A \longrightarrow \mathcal{O}_{X, x} = B\] et le module \(N = \mathcal{F}_x\) sur \(B = \mathcal{O}_{X, x}\). Alors \(B/\mathfrak m_A B = \mathcal{O}_{X_s, x}\) et \(N/\mathfrak m_A N\) est la fibre de \(\mathcal{F}_s\) au point \(x\). Notons \(\mathfrak q \subset B\) l’idéal premier correspondant au point \(y\), voir Schémas, lemme 01J7. Puisque \(x\) est un point générique de \(Y_s\), le radical de \(\mathfrak q + \mathfrak m_A B\) est \(\mathfrak m_B\). Alors \(\text{Ass}_{B/\mathfrak m_A B}(N/\mathfrak m_A N)\) est un ensemble fini d’idéaux premiers (Algèbre, lemme 00LC) qui ne contient pas l’idéal maximal de \(B/\mathfrak m_A B\), puisque \(x \not \in \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\). L’image de \(\mathfrak q\) dans \(B/\mathfrak m_A B\) n’est donc contenue dans aucun de ces idéaux premiers. Par conséquent, le lemme d’évitement des idéaux premiers (Algèbre, lemme 00DS) permet de trouver un élément \(g \in \mathfrak q\) dont l’image dans \(B/\mathfrak m_A B\) est non diviseur de zéro sur \(N/\mathfrak m_A N\) (on utilise ici la description des diviseurs de zéro d’Algèbre, lemme 00LD). Puisque \(N = \mathcal{F}_x\) est \(A\)-plat, le lemme 0GSG montre que \[g : N \longrightarrow N\] est injectif. En particulier, si \(K = \text{Frac}(A)\) est le corps des fractions de \(A\), alors \[g : N \otimes_A K \longrightarrow N \otimes_A K\] est injectif. Observons que \(\mathfrak q\) correspond à un idéal premier de \(B \otimes_A K\). Notons \(\mathcal{F}_t\) la restriction de \(\mathcal{F}\) à la fibre générique \(X_t\). On a \((B \otimes_A K)_{\mathfrak q} = \mathcal{O}_{X_t, y}\) et \((N \otimes_A K)_\mathfrak q\) est la fibre en \(y\) de \(\mathcal{F}_t\). On obtient donc que \(g \in \mathfrak m_y \subset \mathcal{O}_{X_t, y}\) est non diviseur de zéro sur la fibre \((\mathcal{F}_t)_y\), ce qui contredit l’hypothèse \(y \in \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini, plat sur \(S\). Supposons \(S\) irréductible, de point générique \(\eta\). Si \(\dim(\text{Supp}(\mathcal{F}_\eta)) \leq r\), alors, pour tout \(s \in S\), on a \(\dim(\text{Supp}(\mathcal{F}_s)) \leq r\).

Démonstration

Soit \(x \in \text{Supp}(\mathcal{F}_s)\) un point générique d’une composante irréductible de \(\text{Supp}(\mathcal{F}_s)\). D’après Algèbre, lemme 080T, on peut trouver une spécialisation \(y \leadsto x\) dans \(\text{Supp}(\mathcal{F})\) avec \(f(y) = \eta\). On peut bien entendu supposer que \(y\) est un point générique d’une composante irréductible de \(\text{Supp}(\mathcal{F}_\eta)\). Le lemme 0GSI permet de conclure que la dimension de \(\overline{\{x\}}\) est au plus \(r\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(y \in \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\). Notons \(Y \subset X\) l’adhérence de \(\{y\}\) dans \(X\), munie de sa structure de sous-schéma fermé intègre. Notons \(T \subset S\) l’adhérence de \(\{f(y)\}\), munie de sa structure de sous-schéma fermé intègre. On obtient un diagramme commutatif \[\xymatrix{ Y \ar[r] \ar[d] & X \ar[d] \\ T \ar[r] & S }\] où \(Y \to T\) est dominant. Supposons \(\mathcal{F}\) plat sur \(S\) en tous les points génériques des composantes irréductibles des fibres de \(Y \to T\) (par exemple si \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\)). Alors

  1. si \(s \in S\) et si \(x \in Y_s\) est le point générique d’une composante irréductible de \(Y_s\), alors \(x \in \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\), et

  2. il existe un entier \(d \geq 0\) tel que \(Y \to T\) soit de dimension relative \(d\), voir Morphismes, définition 02NJ.

Démonstration

Cela résulte immédiatement de la version ponctuelle, le lemme 0GSI. Notons que, pour calculer la dimension des schémas localement algébriques \(Y_s\), il suffit de se placer au voisinage des points génériques, voir Variétés, section 06LF.

Remarque

Voici quelques cas où les résultats ci-dessus, en particulier le lemme 0GSJ, permettent de conclure qu’un morphisme de schémas \(f : X \to S\) est de dimension relative \(d\) au sens de Morphismes, définition 02NJ. C’est par exemple le cas si

  1. \(X\) est intègre, de point générique \(\xi\),

  2. le degré de transcendance de \(\kappa(\xi)\) sur \(\kappa(f(\xi))\) est \(d\),

  3. \(f\) est localement de type fini, et

  4. il existe un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{F}\) de type fini, plat sur \(S\) et tel que \(\text{Supp}(\mathcal{F}) = X\).

Voici un autre ensemble d’hypothèses qui convient :

  1. \(S\) est irréductible, de point générique \(\eta\),

  2. \(X_\eta\) est dense dans \(X\),

  3. toute composante irréductible de \(X_\eta\) est de dimension \(d\),

  4. \(f\) est localement de type fini, et

  5. il existe un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{F}\) de type fini, plat sur \(S\) et tel que \(\text{Supp}(\mathcal{F}) = X\).

On peut bien entendu affaiblir la condition de platitude sur \(\mathcal{F}\) et demander seulement que \(\mathcal{F}\) soit plat sur \(S\) en codimension \(0\), c’est-à-dire que \(\mathcal{F}\) soit plat sur \(S\) en tout point générique de toute fibre. Si nous avons un jour besoin de ces résultats, nous les énoncerons et les démontrerons ici avec soin.

Retour sur la normalisation

La normalisation commute au changement de base lisse.

Lemme

Soit \(f : Y \to X\) un morphisme lisse de schémas. Soit \(\mathcal{A}\) un faisceau quasi-cohérent de \(\mathcal{O}_X\)-algèbres. La clôture intégrale de \(\mathcal{O}_Y\) dans \(f^*\mathcal{A}\) est égale à \(f^*\mathcal{A}'\), où \(\mathcal{A}' \subset \mathcal{A}\) est la clôture intégrale de \(\mathcal{O}_X\) dans \(\mathcal{A}\).

Démonstration

C’est la traduction du lemme 03GG d’Algèbre dans le langage des schémas. Les détails sont omis.

Lemme

Soit \[\xymatrix{ Y_2 \ar[r] \ar[d]_{f_2} & Y_1 \ar[d]^{f_1} \\ X_2 \ar[r]^\varphi & X_1 }\] un carré cartésien dans la catégorie des schémas. Supposons \(f_1\) quasi-compact et quasi-séparé, et \(\varphi\) lisse. Soit \(Y_i \to X_i' \to X_i\) la normalisation de \(X_i\) dans \(Y_i\). Alors \(X_2' \cong X_2 \times_{X_1} X_1'\).

Démonstration

Le changement de base de la factorisation \(Y_1 \to X_1' \to X_1\) à \(X_2\) est une factorisation \(Y_2 \to X_2 \times_{X_1} X_1' \to X_2\), et \(X_2 \times_{X_1} X_1' \to X_2\) est entier (Morphismes, lemme 01WL). On obtient donc un morphisme \(h : X_2' \to X_2 \times_{X_1} X_1'\) par la propriété universelle de Morphismes, lemme 035I. Observons que \(X_2'\) est le spectre relatif de la clôture intégrale de \(\mathcal{O}_{X_2}\) dans \(f_{2, *}\mathcal{O}_{Y_2}\). Si \(\mathcal{A}' \subset f_{1, *}\mathcal{O}_{Y_1}\) désigne la clôture intégrale de \(\mathcal{O}_{X_1}\), alors \(X_2 \times_{X_1} X_1'\) est le spectre relatif de \(\varphi^*\mathcal{A}'\), voir Constructions, lemme 01LX. D’après Cohomologie des schémas, lemme 02KH, on sait que \(f_{2, *}\mathcal{O}_{Y_2} = \varphi^*f_{1, *}\mathcal{O}_{Y_1}\). Le résultat découle donc du lemme 081K.

Lemme

Soit \(X \to Y\) un morphisme lisse de schémas. Supposons que tout ouvert quasi-compact de \(Y\) ait un nombre fini de composantes irréductibles. Il en est alors de même de \(X\), et il existe un unique isomorphisme \(X^\nu = X \times_Y Y^\nu\) sur \(X\), où \(X^\nu\), \(Y^\nu\) sont les normalisations de \(X\), \(Y\).

Démonstration

D’après Descente, lemme 0BAL, tout ouvert quasi-compact de \(X\) a un nombre fini de composantes irréductibles. Notons que \(X_{red} = X \times_Y Y_{red}\), car un schéma lisse sur un schéma réduit est réduit, voir Descente, lemme 034E. On peut donc supposer que \(X\) et \(Y\) sont réduits (car la normalisation d’un schéma est, par définition, égale à celle de son réduit). Notons ensuite que \(X' = X \times_Y Y^\nu\) est un schéma normal d’après Descente, lemme 034F. Le morphisme \(X' \to Y^\nu\) est lisse (donc plat) ; les points génériques des composantes irréductibles de \(X'\) sont donc au-dessus des points génériques des composantes irréductibles de \(Y^\nu\). Puisque \(Y^\nu \to Y\) est birationnel, on en conclut que \(X' \to X\) est aussi birationnel (car \(X' \to Y^\nu\) induit un isomorphisme sur les fibres au-dessus des points génériques de \(Y\)). On en déduit qu’il existe une factorisation \(X^\nu \to X' \to X\), voir Morphismes, lemme 035Q, dont le premier morphisme est un isomorphisme, puisque \(X'\) est normal et entier sur \(X\).

Lemme

Soit \(X\) un schéma localement noethérien. Soit \(\nu : X^\nu \to X\) le morphisme de normalisation. Alors, pour tout point \(x \in X\), le changement de base \[X^\nu \times_X \Spec(\mathcal{O}_{X, x}^h) \to \Spec(\mathcal{O}_{X, x}^h), \quad\text{resp.}\quad X^\nu \times_X \Spec(\mathcal{O}_{X, x}^{sh}) \to \Spec(\mathcal{O}_{X, x}^{sh})\] est la normalisation de \(\Spec(\mathcal{O}_{X, x}^h)\), resp. \(\Spec(\mathcal{O}_{X, x}^{sh})\).

Démonstration

Soient \(\eta_1, \ldots, \eta_r\) les points génériques des composantes irréductibles de \(X\) passant par \(x\). Le changement de base de la normalisation à \(\Spec(\mathcal{O}_{X, x})\) est le spectre de la clôture intégrale de \(\mathcal{O}_{X, x}\) dans \(\prod \kappa(\eta_i)\). Cela résulte de notre construction de la normalisation de \(X\) dans Morphismes, définition 035N, et de Morphismes, lemme 035F ; on peut aussi utiliser la description de la normalisation dans Morphismes, lemme 035P. On est ainsi ramené au problème d’algèbre suivant. Soit \(A\) un anneau local noethérien ; rappelons que son hensélisé \(A^h\) et son hensélisé strict \(A^{sh}\) sont alors eux aussi noethériens (Compléments d’algèbre, lemme 06LJ). Soient \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_r\) ses idéaux premiers minimaux. Soit \(A'\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(\prod \kappa(\mathfrak p_i)\). Le problème est de montrer que \(A' \otimes_A A^h\), resp. \(A' \otimes_A A^{sh}\), s’obtient à partir de l’anneau local noethérien \(A^h\), resp. \(A^{sh}\), de la même manière.

Puisque \(A^h\), resp. \(A^{sh}\), sont des limites inductives de \(A\)-algèbres étales, les idéaux premiers minimaux de \(A\) et \(A^{sh}\) sont exactement les idéaux premiers de \(A^h\), resp. \(A^{sh}\), au-dessus des idéaux premiers minimaux de \(A\) (par descente des idéaux premiers, voir Algèbre, lemmes 00HS et 0CAN). Ainsi, Compléments d’algèbre, lemme 07QQ, montre que \(A^h \otimes_A \prod \kappa(\mathfrak p_i)\), resp. \(A^{sh} \otimes_A \prod \kappa(\mathfrak p_i)\), est le produit des corps résiduels aux idéaux premiers minimaux de \(A^h\), resp. \(A^{sh}\). On sait que la formation de la clôture intégrale dans un suranneau commute au changement de base étale, voir Algèbre, lemme 03GE. En écrivant \(A^h\) et \(A^{sh}\) comme limites inductives de \(A\)-algèbres étales, on voit qu’il en est de même pour le changement de base à \(A^h\) et \(A^{sh}\) (on peut aussi utiliser le résultat plus général d’Algèbre, lemme 0CBF).

Morphismes normaux

L’article [DM] de Deligne et Mumford mentionne la notion de morphisme normal. Il s’agit d’un type parmi toute une série3 de morphismes qui peuvent tous être définis de manière analogue. Nous les introduirons au besoin, chacun dans sa propre section.

Définition

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que toutes les fibres \(X_y\) soient des schémas localement noethériens.

  1. Soient \(x \in X\) et \(y = f(x)\). On dit que \(f\) est normal en \(x\) si \(f\) est plat en \(x\) et si le schéma \(X_y\) est géométriquement normal en \(x\) sur \(\kappa(y)\) (voir Variétés, définition 038M).

  2. On dit que \(f\) est un morphisme normal si \(f\) est normal en tout point de \(X\).

La normalité du morphisme \(X \to Y\) est donc une condition plus forte que celle demandant seulement que toutes les fibres soient des schémas normaux localement noethériens.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons toutes les fibres de \(f\) localement noethériennes. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est normal, et

  2. \(f\) est plat et ses fibres sont des schémas géométriquement normaux.

Démonstration

Cela résulte directement des définitions.

Lemme

Un morphisme lisse est normal.

Démonstration

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme lisse. Puisque \(f\) est localement de présentation finie, voir Morphismes, lemme 01VE, les fibres \(X_y\) sont localement de type fini sur un corps, donc localement noethériennes. De plus, \(f\) est plat, voir Morphismes, lemme 01VF. Enfin, les fibres \(X_y\) sont lisses sur un corps (d’après Morphismes, lemme 01VB), donc géométriquement normales d’après Variétés, lemme 056T. Ainsi, \(f\) est normal d’après le lemme 0391.

Nous voulons montrer que cette notion est locale à la source et au but pour la topologie lisse. Traitons d’abord la propriété d’avoir des fibres localement noethériennes.

Lemme

La propriété \(\mathcal{P}(f)=\)« les fibres de \(f\) sont localement noethériennes » est locale pour la topologie fppf à la source et au but.

Démonstration

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(\{\varphi_i : Y_i \to Y\}_{i \in I}\) un recouvrement fppf de \(Y\). Notons \(f_i : X_i \to Y_i\) le changement de base de \(f\) par \(\varphi_i\). Soit \(i \in I\) et soit \(y_i \in Y_i\) un point. Posons \(y = \varphi_i(y_i)\). Notons que \[X_{i, y_i} = \Spec(\kappa(y_i)) \times_{\Spec(\kappa(y))} X_y.\] De plus, puisque \(\varphi_i\) est de présentation finie, l’extension de corps \(\kappa(y_i)/\kappa(y)\) est de type fini. Dans cette situation, \(X_y\) est donc localement noethérien si et seulement si \(X_{i, y_i}\) est localement noethérien, voir Variétés, lemme 038R. Ce fait donne le caractère local au but.

Soit \(\{X_i \to X\}\) un recouvrement fppf de \(X\). Soit \(y \in Y\). Dans ce cas, \(\{X_{i, y} \to X_y\}\) est un recouvrement fppf de la fibre. Le caractère local à la source résulte donc de Descente, lemme 034C.

Lemme

La propriété \(\mathcal{P}(f)=\)« les fibres de \(f\) sont localement noethériennes et \(f\) est normal » est locale pour la topologie fppf au but et locale pour la topologie lisse à la source.

Démonstration

On a \(\mathcal{P}(f) = \mathcal{P}_1(f) \wedge \mathcal{P}_2(f) \wedge \mathcal{P}_3(f)\), où \(\mathcal{P}_1(f)=\)« les fibres de \(f\) sont localement noethériennes », \(\mathcal{P}_2(f)=\)« \(f\) est plat », et \(\mathcal{P}_3(f)=\)« les fibres de \(f\) sont géométriquement normales ». On a déjà vu que \(\mathcal{P}_1\) et \(\mathcal{P}_2\) sont locales pour la topologie fppf à la source et au but, voir le lemme 0392, et Descente, lemmes 02L2 et 036K. Il reste donc à traiter \(\mathcal{P}_3\).

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(\{\varphi_i : Y_i \to Y\}_{i \in I}\) un recouvrement fpqc de \(Y\). Notons \(f_i : X_i \to Y_i\) le changement de base de \(f\) par \(\varphi_i\). Soit \(i \in I\) et soit \(y_i \in Y_i\) un point. Posons \(y = \varphi_i(y_i)\). Notons que \[X_{i, y_i} = \Spec(\kappa(y_i)) \times_{\Spec(\kappa(y))} X_y.\] Dans cette situation, \(X_y\) est donc géométriquement normal si et seulement si \(X_{i, y_i}\) est géométriquement normal, voir Variétés, lemme 038P. Ce fait montre que \(\mathcal{P}_3\) est locale pour la topologie fpqc au but.

Soit \(\{X_i \to X\}\) un recouvrement lisse de \(X\). Soit \(y \in Y\). Dans ce cas, \(\{X_{i, y} \to X_y\}\) est un recouvrement lisse de la fibre. Le caractère local de \(\mathcal{P}_3\) pour la topologie lisse à la source résulte donc de Descente, lemme 034F. En combinant ces observations, on obtient le lemme.

Morphismes réguliers

Comparer avec la section 038Z. La version algébrique de cette notion est étudiée dans Compléments d’algèbre, section 07BY.

Définition

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que toutes les fibres \(X_y\) soient des schémas localement noethériens.

  1. Soient \(x \in X\) et \(y = f(x)\). On dit que \(f\) est régulier en \(x\) si \(f\) est plat en \(x\) et si le schéma \(X_y\) est géométriquement régulier en \(x\) sur \(\kappa(y)\) (voir Variétés, définition 038T).

  2. On dit que \(f\) est un morphisme régulier si \(f\) est régulier en tout point de \(X\).

La régularité du morphisme \(X \to Y\) est une condition plus forte que celle demandant seulement que toutes les fibres soient des schémas réguliers localement noethériens.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons toutes les fibres de \(f\) localement noethériennes. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est régulier,

  2. \(f\) est plat et ses fibres sont des schémas géométriquement réguliers,

  3. pour toute paire d’ouverts affines \(U \subset X\), \(V \subset Y\) telle que \(f(U) \subset V\), l’homomorphisme d’anneaux \(\mathcal{O}_Y(V) \to \mathcal{O}_X(U)\) est régulier,

  4. il existe un recouvrement ouvert \(Y = \bigcup_{j \in J} V_j\) et des recouvrements ouverts \(f^{-1}(V_j) = \bigcup_{i \in I_j} U_i\) tels que chacun des morphismes \(U_i \to V_j\) soit régulier, et

  5. il existe un recouvrement ouvert affine \(Y = \bigcup_{j \in J} V_j\) et des recouvrements ouverts affines \(f^{-1}(V_j) = \bigcup_{i \in I_j} U_i\) tels que les homomorphismes d’anneaux \(\mathcal{O}_Y(V_j) \to \mathcal{O}_X(U_i)\) soient réguliers.

Démonstration

L’équivalence de (1) et (2) résulte immédiatement des définitions. Soit \(x \in X\) et posons \(y = f(x)\). Par définition, \(f\) est plat en \(x\) si et seulement si \(\mathcal{O}_{Y, y} \to \mathcal{O}_{X, x}\) est un homomorphisme d’anneaux plat, et \(X_y\) est géométriquement régulier en \(x\) sur \(\kappa(y)\) si et seulement si \(\mathcal{O}_{X_y, x} = \mathcal{O}_{X, x}/\mathfrak m_y\mathcal{O}_{X, x}\) est une algèbre géométriquement régulière sur \(\kappa(y)\). La régularité de \(f\) en \(x\) ne dépend donc que de l’homomorphisme local d’anneaux locaux \(\mathcal{O}_{Y, y} \to \mathcal{O}_{X, x}\). L’équivalence de (1) et (4) est donc claire.

Rappelons (Compléments d’algèbre, définition 07BZ) qu’un homomorphisme d’anneaux \(A \to B\) est régulier si et seulement s’il est plat et si les anneaux des fibres \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) sont noethériens et géométriquement réguliers pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset A\). D’après Variétés, lemme 038V, cela équivaut à ce que \(\Spec(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p))\) soit un schéma géométriquement régulier sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Ainsi, (2) implique (3). Il est clair que (3) implique (5). Enfin, supposons (5). Alors \(f\) est plat (voir Morphismes, lemme 01U5). De plus, si \(y \in Y\), alors \(y \in V_j\) pour un certain \(j\), et \(X_y = \bigcup_{i \in I_j} U_{i, y}\), chaque \(U_{i, y}\) étant géométriquement régulier sur \(\kappa(y)\) d’après Variétés, lemme 038V. Une nouvelle application de Variétés, lemme 038V, montre que \(X_y\) est géométriquement régulier. Ainsi, (2) est vérifiée, ce qui achève la démonstration du lemme.

Lemme

Un morphisme lisse est régulier.

Démonstration

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme lisse. Puisque \(f\) est localement de présentation finie, voir Morphismes, lemme 01VE, les fibres \(X_y\) sont localement de type fini sur un corps, donc localement noethériennes. De plus, \(f\) est plat, voir Morphismes, lemme 01VF. Enfin, les fibres \(X_y\) sont lisses sur un corps (d’après Morphismes, lemme 01VB), donc géométriquement régulières d’après Variétés, lemme 056T. Ainsi, \(f\) est régulier d’après le lemme 07R8.

Lemme

La propriété \(\mathcal{P}(f)=\)« les fibres de \(f\) sont localement noethériennes et \(f\) est régulier » est locale pour la topologie fppf au but et locale pour la topologie lisse à la source.

Démonstration

On a \(\mathcal{P}(f) = \mathcal{P}_1(f) \wedge \mathcal{P}_2(f) \wedge \mathcal{P}_3(f)\), où \(\mathcal{P}_1(f)=\)« les fibres de \(f\) sont localement noethériennes », \(\mathcal{P}_2(f)=\)« \(f\) est plat », et \(\mathcal{P}_3(f)=\)« les fibres de \(f\) sont géométriquement régulières ». On a déjà vu que \(\mathcal{P}_1\) et \(\mathcal{P}_2\) sont locales pour la topologie fppf à la source et au but, voir le lemme 0392, et Descente, lemmes 02L2 et 036K. Il reste donc à traiter \(\mathcal{P}_3\).

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(\{\varphi_i : Y_i \to Y\}_{i \in I}\) un recouvrement fpqc de \(Y\). Notons \(f_i : X_i \to Y_i\) le changement de base de \(f\) par \(\varphi_i\). Soit \(i \in I\) et soit \(y_i \in Y_i\) un point. Posons \(y = \varphi_i(y_i)\). Notons que \[X_{i, y_i} = \Spec(\kappa(y_i)) \times_{\Spec(\kappa(y))} X_y.\] Dans cette situation, \(X_y\) est donc géométriquement régulier si et seulement si \(X_{i, y_i}\) est géométriquement régulier, voir Variétés, lemme 038W. Ce fait montre que \(\mathcal{P}_3\) est locale pour la topologie fpqc au but.

Soit \(\{X_i \to X\}\) un recouvrement lisse de \(X\). Soit \(y \in Y\). Dans ce cas, \(\{X_{i, y} \to X_y\}\) est un recouvrement lisse de la fibre. Le caractère local de \(\mathcal{P}_3\) pour la topologie lisse à la source résulte donc de Descente, lemme 036D. En combinant ces observations, on obtient le lemme.

Morphismes de Cohen-Macaulay

Comparer avec la section 038Z. Notons que, comme il est signalé dans Algèbre, section 045L, et dans Variétés, section 045O, « géométriquement de Cohen-Macaulay » équivaut simplement à « de Cohen-Macaulay ».

Définition

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que toutes les fibres \(X_y\) soient des schémas localement noethériens.

  1. Soient \(x \in X\) et \(y = f(x)\). On dit que \(f\) est de Cohen-Macaulay en \(x\) si \(f\) est plat en \(x\) et si l’anneau local du schéma \(X_y\) en \(x\) est de Cohen-Macaulay.

  2. On dit que \(f\) est un morphisme de Cohen-Macaulay si \(f\) est de Cohen-Macaulay en tout point de \(X\).

Voici une reformulation.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons toutes les fibres de \(f\) localement noethériennes. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est de Cohen-Macaulay, et

  2. \(f\) est plat et ses fibres sont des schémas de Cohen-Macaulay.

Démonstration

Cela résulte directement des définitions.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas localement noethériens, localement de type fini et de Cohen-Macaulay. Pour tout point \(x\) de \(X\) d’image \(y\) dans \(Y\), \[\dim_x(X) = \dim_y(Y) + \dim_x(X_y),\] où \(X_y\) désigne la fibre au-dessus de \(y\).

Démonstration

Après remplacement de \(X\) par un voisinage ouvert de \(x\), il existe un entier naturel \(d\) tel que toutes les fibres de \(X \to Y\) soient de dimension \(d\) en tout point, voir Morphismes, lemme 02NM. Alors \(f\) est plat, localement de type fini et de dimension relative \(d\). Le résultat découle donc de Morphismes, lemme 0AFE.

Lemme

Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes de schémas. Supposons que les fibres de \(f\), \(g\) et \(g \circ f\) soient localement noethériennes. Soit \(x \in X\) d’images \(y \in Y\) et \(z \in Z\).

  1. Si \(f\) est de Cohen-Macaulay en \(x\) et si \(g\) est de Cohen-Macaulay en \(f(x)\), alors \(g \circ f\) est de Cohen-Macaulay en \(x\).

  2. Si \(f\) et \(g\) sont de Cohen-Macaulay, alors \(g \circ f\) est de Cohen-Macaulay.

  3. Si \(g \circ f\) est de Cohen-Macaulay en \(x\) et si \(f\) est plat en \(x\), alors \(f\) est de Cohen-Macaulay en \(x\) et \(g\) est de Cohen-Macaulay en \(f(x)\).

  4. Si \(g \circ f\) est de Cohen-Macaulay et si \(f\) est plat, alors \(f\) est de Cohen-Macaulay et \(g\) est de Cohen-Macaulay en tout point de l’image de \(f\).

Démonstration

Considérons l’homomorphisme d’anneaux locaux noethériens \[\mathcal{O}_{Y_z, y} \to \mathcal{O}_{X_z, x}\] et observons que sa fibre est \[\mathcal{O}_{X_z, x}/\mathfrak m_{Y_z, y}\mathcal{O}_{X_z, x} = \mathcal{O}_{X_y, x}\] Le lemme résulte donc du lemme 045J d’Algèbre.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat de schémas localement noethériens. Si \(X\) est de Cohen-Macaulay, alors \(f\) est de Cohen-Macaulay et \(\mathcal{O}_{Y, f(x)}\) est de Cohen-Macaulay pour tout \(x \in X\).

Démonstration

Après traduction en algèbre, cela résulte du lemme 045J d’Algèbre.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que toutes les fibres \(X_y\) soient des schémas localement noethériens. Soit \(Y' \to Y\) un morphisme localement de type fini. Soit \(f' : X' \to Y'\) le changement de base de \(f\). Soit \(x' \in X'\) un point d’image \(x \in X\).

  1. Si \(f\) est de Cohen-Macaulay en \(x\), alors \(f' : X' \to Y'\) est de Cohen-Macaulay en \(x'\).

  2. Si \(f\) est plat en \(x\) et si \(f'\) est de Cohen-Macaulay en \(x'\), alors \(f\) est de Cohen-Macaulay en \(x\).

  3. Si \(Y' \to Y\) est plat en \(f'(x')\) et si \(f'\) est de Cohen-Macaulay en \(x'\), alors \(f\) est de Cohen-Macaulay en \(x\).

Démonstration

Notons que l’hypothèse sur \(Y' \to Y\) implique que, pour \(y' \in Y'\) d’image \(y \in Y\), l’extension de corps \(\kappa(y')/\kappa(y)\) est de type fini. Toutes les fibres \(X'_{y'} = (X_y)_{\kappa(y')}\) sont donc elles aussi localement noethériennes, voir Variétés, lemme 038R. Le lemme a donc un sens. Posons \(y' = f'(x')\) et \(y = f(x)\). On obtient le diagramme commutatif d’anneaux locaux suivant : \[\xymatrix{ \mathcal{O}_{X', x'} & \mathcal{O}_{X, x} \ar[l] \\ \mathcal{O}_{Y', y'} \ar[u] & \mathcal{O}_{Y, y} \ar[l] \ar[u] }\] où l’anneau en haut à gauche est un localisé du produit tensoriel des anneaux en haut à droite et en bas à gauche sur l’anneau en bas à droite.

Supposons \(f\) de Cohen-Macaulay en \(x\). La platitude de \(\mathcal{O}_{Y, y} \to \mathcal{O}_{X, x}\) implique celle de \(\mathcal{O}_{Y', y'} \to \mathcal{O}_{X', x'}\), voir Algèbre, lemme 00MQ. Le fait que \(\mathcal{O}_{X, x}/\mathfrak m_y\mathcal{O}_{X, x}\) soit de Cohen-Macaulay implique que \(\mathcal{O}_{X', x'}/\mathfrak m_{y'}\mathcal{O}_{X', x'}\) est de Cohen-Macaulay, voir Variétés, lemme 045P. Ainsi, \(f'\) est de Cohen-Macaulay en \(x'\).

Supposons \(f\) plat en \(x\) et \(f'\) de Cohen-Macaulay en \(x'\). Le fait que \(\mathcal{O}_{X', x'}/\mathfrak m_{y'}\mathcal{O}_{X', x'}\) soit de Cohen-Macaulay implique que \(\mathcal{O}_{X, x}/\mathfrak m_y\mathcal{O}_{X, x}\) est de Cohen-Macaulay, voir Variétés, lemme 045P. Ainsi, \(f\) est de Cohen-Macaulay en \(x\).

Supposons \(Y' \to Y\) plat en \(y'\) et \(f'\) de Cohen-Macaulay en \(x'\). La platitude de \(\mathcal{O}_{Y', y'} \to \mathcal{O}_{X', x'}\) et de \(\mathcal{O}_{Y, y} \to \mathcal{O}_{Y', y'}\) implique celle de \(\mathcal{O}_{Y, y} \to \mathcal{O}_{X, x}\), voir Algèbre, lemme 00MQ. Le fait que \(\mathcal{O}_{X', x'}/\mathfrak m_{y'}\mathcal{O}_{X', x'}\) soit de Cohen-Macaulay implique que \(\mathcal{O}_{X, x}/\mathfrak m_y\mathcal{O}_{X, x}\) est de Cohen-Macaulay, voir Variétés, lemme 045P. Ainsi, \(f\) est de Cohen-Macaulay en \(x\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas plat et localement de présentation finie. Posons \[W = \{x \in X \mid f\text{ est de Cohen-Macaulay en }x\}\] Alors

  1. \(W = \{x \in X \mid \mathcal{O}_{X_{f(x)}, x}\text{ est de Cohen-Macaulay}\}\),

  2. \(W\) est ouvert dans \(X\),

  3. \(W\) est dense dans toute fibre de \(X \to S\),

  4. la formation de \(W\) commute à tout changement de base de \(f\) : pour tout morphisme \(g : S' \to S\), considérons le changement de base \(f' : X' \to S'\) de \(f\) et la projection \(g' : X' \to X\). Alors l’ensemble \(W'\) correspondant au morphisme \(f'\) est égal à \(W' = (g')^{-1}(W)\).

Démonstration

Puisque \(f\) est plat à fibres localement noethériennes, l’égalité de (1) vaut par définition. Les assertions (2) et (3) résultent du lemme 00RI d’Algèbre. L’assertion (4) résulte soit du lemme 00RK d’Algèbre, soit de Variétés, lemme 045P.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas plat et localement de présentation finie. Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Posons \(d = \dim_x(X_s)\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est de Cohen-Macaulay en \(x\),

  2. il existe un voisinage ouvert \(U \subset X\) de \(x\) et un morphisme localement quasi-fini \(U \to \mathbf{A}^d_S\) sur \(S\) qui est plat en \(x\),

  3. il existe un voisinage ouvert \(U \subset X\) de \(x\) et un morphisme plat localement quasi-fini \(U \to \mathbf{A}^d_S\) sur \(S\),

  4. pour tout \(S\)-morphisme \(g : U \to \mathbf{A}^d_S\) d’un voisinage ouvert \(U \subset X\) de \(x\), on a : \(g\) est quasi-fini en \(x\) \(\Rightarrow\) \(g\) est plat en \(x\).

Démonstration

L’ouverture du lieu de platitude montre que (2) et (3) sont équivalentes, voir le théorème 0399.

Choisissons des ouverts affines \(U = \Spec(A) \subset X\) avec \(x \in U\) et \(V = \Spec(R) \subset S\) avec \(f(U) \subset V\). Alors \(R \to A\) est un homomorphisme d’anneaux plat de présentation finie. Soit \(\mathfrak p \subset A\) l’idéal premier correspondant à \(x\). Après remplacement de \(A\) par un localisé principal, on peut supposer qu’il existe un homomorphisme quasi-fini \(R[x_1, \ldots, x_d] \to A\), voir Algèbre, lemme 00QE. Il existe donc au moins un couple \((U, g)\) formé d’un voisinage ouvert \(U \subset X\) de \(x\) et d’un morphisme localement4 quasi-fini \(g : U \to \mathbf{A}^d_S\).

Affirmation : étant donnés \(R \to A\) plat et de présentation finie, un idéal premier \(\mathfrak p \subset A\) et \(\varphi : R[x_1, \ldots, x_d] \to A\) quasi-fini en \(\mathfrak p\), on a : \(\Spec(\varphi)\) est plat en \(\mathfrak p\) si et seulement si \(\Spec(A) \to \Spec(R)\) est de Cohen-Macaulay en \(\mathfrak p\). En effet, d’après le théorème 039C, la platitude peut se vérifier sur les fibres. Il en est de même de la propriété d’être de Cohen-Macaulay (puisque \(A\) est déjà supposé plat sur \(R\)). L’affirmation résulte donc du lemme 00RE d’Algèbre.

Cette affirmation montre que (1) équivaut à (4) ; compte tenu de la construction d’un couple convenable \((U, g)\) au deuxième paragraphe, elle montre aussi que (1) équivaut à (2).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas plat et localement de présentation finie. Pour \(d \geq 0\), il existe des ouverts \(U_d \subset X\) ayant les propriétés suivantes :

  1. \(W = \bigcup_{d \geq 0} U_d\) est dense dans toute fibre de \(f\), et

  2. \(U_d \to S\) est de dimension relative \(d\) (voir Morphismes, définition 02NJ).

Démonstration

Cela résulte de la combinaison du lemme 045U avec Morphismes, lemme 02NM.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas plat et localement de présentation finie. Supposons que \(x' \leadsto x\) soit une spécialisation de points de \(X\), d’image \(s' \leadsto s\) dans \(S\). Si \(x\) est un point générique d’une composante irréductible de \(X_s\), alors \(\dim_{x'}(X_{s'}) = \dim_x(X_s)\).

Démonstration

Le point \(x\) appartient à \(U_d\) pour un certain \(d\), où \(U_d\) est comme au lemme 054T.

Lemme

La propriété \(\mathcal{P}(f)=\)« les fibres de \(f\) sont localement noethériennes et \(f\) est de Cohen-Macaulay » est locale pour la topologie fppf au but et locale pour la topologie syntomique à la source.

Démonstration

On a \(\mathcal{P}(f) = \mathcal{P}_1(f) \wedge \mathcal{P}_2(f)\), où \(\mathcal{P}_1(f)=\)« \(f\) est plat », et \(\mathcal{P}_2(f)=\)« les fibres de \(f\) sont localement noethériennes et de Cohen-Macaulay ». On sait que \(\mathcal{P}_1\) est locale pour la topologie fppf à la source et au but, voir Descente, lemmes 02L2 et 036K. Il reste donc à traiter \(\mathcal{P}_2\).

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(\{\varphi_i : Y_i \to Y\}_{i \in I}\) un recouvrement fppf de \(Y\). Notons \(f_i : X_i \to Y_i\) le changement de base de \(f\) par \(\varphi_i\). Soit \(i \in I\) et soit \(y_i \in Y_i\) un point. Posons \(y = \varphi_i(y_i)\). Notons que \[X_{i, y_i} = \Spec(\kappa(y_i)) \times_{\Spec(\kappa(y))} X_y.\] et que \(\kappa(y_i)/\kappa(y)\) est une extension de corps de type fini. Ainsi, si \(X_y\) est localement noethérien, \(X_{i, y_i}\) est localement noethérien, voir Variétés, lemme 038R. Si, de plus, \(X_y\) est de Cohen-Macaulay, alors \(X_{i, y_i}\) est de Cohen-Macaulay, voir Variétés, lemme 045P. Ainsi, \(\mathcal{P}_2\) est locale pour la topologie fppf au but.

Soit \(\{X_i \to X\}\) un recouvrement syntomique de \(X\). Soit \(y \in Y\). Dans ce cas, \(\{X_{i, y} \to X_y\}\) est un recouvrement syntomique de la fibre. Le caractère local de \(\mathcal{P}_2\) pour la topologie syntomique à la source résulte donc de Descente, lemme 036B. En combinant ces observations, on obtient le lemme.

sections des morphismes de Cohen-Macaulay

Les résultats de cette section conduisent finalement à l’assertion selon laquelle la topologie fppf est la même que la topologie « de présentation finie, plate et quasi-finie ». Le lemme suivant est très proche de Diviseurs, lemme 062Y.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\) un point d’image \(s \in S\). Soit \(h \in \mathfrak m_x \subset \mathcal{O}_{X, x}\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de présentation finie,

  2. \(f\) soit plat en \(x\), et

  3. l’image \(\overline{h}\) de \(h\) dans \(\mathcal{O}_{X_s, x} = \mathcal{O}_{X, x}/\mathfrak m_s\mathcal{O}_{X, x}\) soit non diviseur de zéro.

Alors il existe un voisinage ouvert affine \(U \subset X\) de \(x\) tel que \(h\) provienne d’un élément \(h \in \Gamma(U, \mathcal{O}_U)\) et tel que \(D = V(h)\) soit un diviseur de Cartier effectif de \(U\), avec \(x \in D\) et \(D \to S\) plat et localement de présentation finie.

Démonstration

Nous allons le démontrer en nous ramenant au cas noethérien. Par ouverture du lieu de platitude (voir le théorème 0399), on peut supposer, après remplacement de \(X\) par un voisinage ouvert de \(x\), que \(X \to S\) est plat. On peut aussi supposer \(X\) et \(S\) affines. Après restriction éventuelle de \(X\), on peut supposer qu’il existe un élément \(h \in \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) dont l’image est l’élément \(h\) donné.

On peut écrire \(S = \Spec(A)\) et \(A = \colim_i A_i\) comme limite inductive filtrante de \(\mathbf{Z}\)-algèbres de type fini. Alors, d’après Algèbre, lemme 02JO, ou Limites, lemmes 01ZM, 01ZN et 01ZM, on peut trouver un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X \ar[r] \ar[d]_f & X_0 \ar[d]^{f_0} \\ S \ar[r] & S_0 }\] avec \(f_0\) plat et de présentation finie, \(X_0\) affine et \(S_0\) affine et noethérien. Soit \(x_0 \in X_0\), resp. \(s_0 \in S_0\), l’image de \(x\), resp. \(s\). On peut aussi supposer qu’il existe un élément \(h_0 \in \Gamma(X_0, \mathcal{O}_{X_0})\) qui se restreint à \(h\) sur \(X\). (Si l’on utilise la référence algébrique ci-dessus, c’est clair ; si l’on utilise les références au chapitre sur les limites, cela résulte de Limites, lemme 01ZM, en considérant \(h\) comme un morphisme \(X \to \mathbf{A}^1_S\).) Notons que \(\mathcal{O}_{X_s, x}\) est un localisé de \(\mathcal{O}_{(X_0)_{s_0}, x_0} \otimes_{\kappa(s_0)} \kappa(s)\), de sorte que \(\mathcal{O}_{(X_0)_{s_0}, x_0} \to \mathcal{O}_{X_s, x}\) est un homomorphisme local plat, donc fidèlement plat. Par conséquent, l’image \(\overline{h}_0 \in \mathcal{O}_{(X_0)_{s_0}, x_0}\) appartient à \(\mathfrak m_{(X_0)_{s_0}, x_0}\) et est non diviseur de zéro. Nous affirmons qu’après remplacement de \(X_0\) par un voisinage ouvert principal de \(x_0\), l’élément \(h_0\) est non diviseur de zéro dans \(B_0 = \Gamma(X_0, \mathcal{O}_{X_0})\) et \(B_0/h_0B_0\) est plat sur \(A_0 = \Gamma(S_0, \mathcal{O}_{S_0})\). Dans ce cas, \[0 \to B_0 \xrightarrow{h_0} B_0 \to B_0/h_0B_0 \to 0\] est une suite exacte courte de \(A_0\)-modules plats. Elle reste donc exacte après tensorisation par \(A\) (d’après Algèbre, lemme 00HL), et le lemme s’ensuit.

Il reste à démontrer l’affirmation ci-dessus. L’énoncé algébrique correspondant est le suivant (on omet ici l’indice \({}_0\)) : soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux noethériens, plat et de type fini. Soit \(\mathfrak q \subset B\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset A\). Supposons que \(h \in \mathfrak q\) ait pour image un non-diviseur de zéro dans \(B_{\mathfrak q}/\mathfrak p B_{\mathfrak q}\). Il s’agit de montrer qu’après remplacement éventuel de \(B\) par \(B_g\) pour un \(g \in B\), \(g \not \in \mathfrak q\), l’élément \(h\) devient non diviseur de zéro et \(B/hB\) devient plat sur \(A\). D’après Algèbre, lemme 00MF, \(h\) est non diviseur de zéro dans \(B_{\mathfrak q}\) et \(B_{\mathfrak q}/hB_{\mathfrak q}\) est plat sur \(A\). Par ouverture du lieu de platitude, voir Algèbre, théorème 00RC, ou le théorème 0399, \(B/hB\) est plat sur \(A\) après remplacement de \(B\) par \(B_g\) pour un \(g \in B\), \(g \not \in \mathfrak q\). Enfin, soit \(I = \{b \in B \mid hb = 0\}\) l’annulateur de \(h\). Alors \(IB_{\mathfrak q} = 0\), puisque \(h\) est non diviseur de zéro dans \(B_{\mathfrak q}\). De plus, \(I\) est de type fini, car \(B\) est noethérien. Il existe donc un \(g \in B\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(IB_g = 0\). Après remplacement de \(B\) par \(B_g\), l’élément \(h\) est non diviseur de zéro.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\) un point d’image \(s \in S\). Soient \(h_1, \ldots, h_r \in \mathcal{O}_{X, x}\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de présentation finie,

  2. \(f\) soit plat en \(x\), et

  3. les images de \(h_1, \ldots, h_r\) dans \(\mathcal{O}_{X_s, x} = \mathcal{O}_{X, x}/\mathfrak m_s\mathcal{O}_{X, x}\) forment une suite régulière.

Alors il existe un voisinage ouvert affine \(U \subset X\) de \(x\) tel que \(h_1, \ldots, h_r\) proviennent d’éléments \(h_1, \ldots, h_r \in \Gamma(U, \mathcal{O}_U)\) et tel que \(Z = V(h_1, \ldots, h_r) \to U\) soit une immersion régulière, avec \(x \in Z\) et \(Z \to S\) plat et localement de présentation finie. De plus, le changement de base \(Z_{S'} \to U_{S'}\) est une immersion régulière pour tout schéma \(S'\) sur \(S\).

Démonstration

(Nos conventions sur les suites régulières impliquent que \(h_i \in \mathfrak m_x\) pour tout \(i\).) Le cas \(r = 1\) résulte du lemme 056Y combiné avec Diviseurs, lemme 056Q, qui montre que \(V(h_1)\) reste un diviseur de Cartier effectif après changement de base. Le cas \(r > 1\) résulte d’une récurrence immédiate sur \(r\) (en appliquant le résultat pour \(r = 1\) exactement \(r\) fois ; les détails sont omis).

Une autre démonstration du lemme utilise les résultats de Diviseurs, section 063P. En effet, d’abord, par ouverture du lieu de platitude (voir le théorème 0399), on peut supposer, après remplacement de \(X\) par un voisinage ouvert de \(x\), que \(X \to S\) est plat. On peut aussi supposer \(X\) et \(S\) affines. Après restriction éventuelle de \(X\), on peut supposer que l’on a \(h_1, \ldots, h_r \in \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\). Posons \(Z = V(h_1, \ldots, h_r)\). Notons que \(X_s\) est un schéma noethérien (car c’est un \(\kappa(s)\)-schéma algébrique, voir Variétés, section 06LF) et que la topologie de \(X_s\) est induite par celle de \(X\) (voir Schémas, lemme 01K1). Ainsi, en restreignant encore \(X\), on peut supposer que \(Z_s \subset X_s\) est une immersion régulière définie par les \(r\) éléments \(h_i|_{X_s}\), voir Diviseurs, lemme 063I et sa démonstration. Il est aussi clair que \(r = \dim_x(X_s) - \dim_x(Z_s)\), car \[\begin{align*} \dim_x(X_s) & = \dim(\mathcal{O}_{X_s, x}) + \text{trdeg}_{\kappa(s)}(\kappa(x)), \\ \dim_x(Z_s) & = \dim(\mathcal{O}_{Z_s, x}) + \text{trdeg}_{\kappa(s)}(\kappa(x)), \\ \dim(\mathcal{O}_{X_s, x}) & = \dim(\mathcal{O}_{Z_s, x}) + r \end{align*}\] les deux premières égalités résultant du lemme 00P1 d’Algèbre, et la troisième de \(r\) applications du lemme 00KW d’Algèbre. Ainsi, Diviseurs, lemme 063W, assertion (3), s’applique et montre qu’après restriction de \(X\) pour la topologie de Zariski, le morphisme \(Z \to X\) est une immersion régulière à laquelle s’applique Diviseurs, lemme 063U (ce qui donne la platitude et l’assertion sur le changement de base).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\) un point d’image \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de présentation finie,

  2. \(f\) soit plat en \(x\), et

  3. \(\mathcal{O}_{X_s, x}\) vérifie \(\text{depth} \geq 1\).

Alors il existe un voisinage ouvert affine \(U \subset X\) de \(x\) et un diviseur de Cartier effectif \(D \subset U\) contenant \(x\) tels que \(D \to S\) soit plat et de présentation finie.

Démonstration

Choisir un élément \(h \in \mathfrak m_x \subset \mathcal{O}_{X, x}\) dont l’image soit non diviseur de zéro dans \(\mathcal{O}_{X_s, x}\) et appliquer le lemme 056Y.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\) un point d’image \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de présentation finie,

  2. \(f\) soit de Cohen-Macaulay en \(x\), et

  3. \(x\) soit un point fermé de \(X_s\).

Alors il existe une immersion régulière \(Z \to X\) contenant \(x\) telle que

  1. \(Z \to S\) soit plat et localement de présentation finie,

  2. \(Z \to S\) soit localement quasi-fini, et

  3. \(Z_s = \{x\}\) ensemblistement.

Démonstration

On peut remplacer, et l’on remplace, \(S\) par un voisinage ouvert affine de \(s\). Nous démontrerons le lemme pour \(S\) affine par récurrence sur \(d = \dim_x(X_s)\).

Cas \(d = 0\). Dans ce cas, nous montrons que l’on peut prendre pour \(Z\) un voisinage ouvert de \(x\). (Notons qu’une immersion ouverte est une immersion régulière.) En effet, si \(d = 0\), alors \(X \to S\) est quasi-fini en \(x\), voir Morphismes, lemme 0397. Il existe donc un voisinage ouvert affine \(U \subset X\) tel que \(U \to S\) soit quasi-fini, voir Morphismes, lemme 01TI. Ainsi, après remplacement de \(X\) par \(U\), la fibre \(X_s\) est un ensemble fini discret. En remplaçant \(X\) par un nouveau voisinage ouvert affine de \(X\), on obtient donc \(f^{-1}(\{s\}) = \{x\}\) (car la topologie de \(X_s\) est induite par celle de \(X\), voir Schémas, lemme 01K1). Cela démontre le lemme dans ce cas.

Supposons maintenant \(d > 0\). Puisque \(x\) est un point fermé de sa fibre, l’extension \(\kappa(x)/\kappa(s)\) est finie (d’après le théorème des zéros de Hilbert, voir Morphismes, lemme 01TF). On a donc \[\text{depth}(\mathcal{O}_{X_s, x}) = \dim(\mathcal{O}_{X_s, x}) = d > 0\] la première égalité provenant de ce que \(\mathcal{O}_{X_s, x}\) est de Cohen-Macaulay, et la seconde de Morphismes, lemme 02FX. On peut donc appliquer le lemme 056Z pour trouver un diagramme \[\xymatrix{ D \ar[r] \ar[rrd] & U \ar[r] \ar[rd] & X \ar[d] \\ & & S }\] avec \(x \in D\). Notons que \(\mathcal{O}_{D_s, x} = \mathcal{O}_{X_s, x}/(\overline{h})\) pour un certain non-diviseur de zéro \(\overline{h}\), voir Diviseurs, lemme 056Q. Ainsi, \(\mathcal{O}_{D_s, x}\) est de Cohen-Macaulay, de dimension inférieure d’une unité à celle de \(\mathcal{O}_{X_s, x}\), voir Algèbre, lemme 02JN, par exemple. Le morphisme \(D \to S\) est donc plat, localement de présentation finie et de Cohen-Macaulay en \(x\), avec \(\dim_x(D_s) = \dim_x(X_s) - 1 = d - 1\). Par l’hypothèse de récurrence, on peut trouver une immersion régulière \(Z \to D\) ayant les propriétés (a), (b), (c). Puisque les deux morphismes \(Z \to D \to U\) sont des immersions régulières, \(Z \to U\) est aussi une immersion régulière d’après Diviseurs, lemme 067Q. Ceci achève la démonstration.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme plat de schémas localement de présentation finie. Soit \(s \in S\) un point de l’image de \(f\). Alors il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ S' \ar[rr] \ar[rd]_g & & X \ar[ld]^f \\ & S }\] où \(g : S' \to S\) est plat, localement de présentation finie, localement quasi-fini, et où \(s \in g(S')\).

Démonstration

La fibre \(X_s\) est non vide par hypothèse. Il existe donc un point fermé \(x \in X_s\) où \(f\) est de Cohen-Macaulay, voir le lemme 045U. Appliquer le lemme 0570 et poser \(S' = Z\).

Le lemme suivant montre que les faisceaux pour la topologie fppf sont exactement les faisceaux pour la topologie « quasi-finie, plate et de présentation finie ».

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(\mathcal{U} = \{S_i \to S\}_{i \in I}\) un recouvrement fppf de \(S\), voir Topologies, définition 021M. Alors il existe un recouvrement fppf \(\mathcal{V} = \{T_j \to S\}_{j \in J}\) qui raffine (voir Sites, définition 00VT) \(\mathcal{U}\) et tel que chaque morphisme \(T_j \to S\) soit localement quasi-fini.

Démonstration

Pour tout \(s \in S\), il existe un \(i \in I\) tel que \(s\) appartienne à l’image de \(S_i \to S\). D’après le lemme 0571, on peut trouver un morphisme \(g_s : T_s \to S\) tel que \(s \in g_s(T_s)\), plat, localement de présentation finie et localement quasi-fini, et tel que \(g_s\) se factorise par \(S_i \to S\). Ainsi, \(\{T_s \to S\}\) est le recouvrement recherché de \(S\) raffinant \(\mathcal{U}\).

Fibres génériques

Quelques résultats sur les rapports entre les fibres génériques et les fibres voisines.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de type fini de schémas. Supposons que \(Y\) soit irréductible, de point générique \(\eta\). Si \(X_\eta = \emptyset\), alors il existe un ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que \(X_V = V \times_Y X = \emptyset\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement du résultat plus général Morphismes, lemme 02NE.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de type fini de schémas. Supposons que \(Y\) soit irréductible, de point générique \(\eta\). Si \(X_\eta \not = \emptyset\), alors il existe un ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que \(X_V = V \times_Y X \to V\) soit surjectif.

Démonstration

Cela résulte, en prenant des ouverts affines, de Algèbre, lemme 00FH. (Bien entendu, cela résulte aussi de la platitude générique.)

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de type fini de schémas. Supposons que \(Y\) soit irréductible, de point générique \(\eta\). Si \(Z \subset X\) est un sous-ensemble fermé tel que \(Z_\eta\) soit nulle part dense dans \(X_\eta\), alors il existe un ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que \(Z_y\) soit nulle part dense dans \(X_y\) pour tout \(y \in V\).

Démonstration

Soit \(Y' \subset Y\) le réduit de \(Y\). Posons \(X' = Y' \times_Y X\) et \(Z' = Y' \times_Y Z\). Comme \(Y' \to Y\) est un homéomorphisme universel d’après Morphismes, lemme 054M, il suffit de démontrer le lemme pour \(Z' \subset X' \to Y'\). On peut donc supposer que \(Y\) est intègre, voir Propriétés, lemme 01ON. D’après Morphismes, proposition 052A, il existe un ouvert affine non vide \(V \subset Y\) tel que \(X_V \to V\) et \(Z_V \to V\) soient plats et de présentation finie. Nous affirmons que \(V\) convient. Choisissons \(y \in V\). Si \(Z_y\) est d’intérieur non vide, alors \(Z_y\) contient un point générique \(\xi\) d’une composante irréductible de \(X_y\). Notons que \(\eta \leadsto f(\xi)\). Comme \(Z_V \to V\) est plat, on peut choisir une spécialisation \(\xi' \leadsto \xi\), \(\xi' \in Z\), avec \(f(\xi') = \eta\), voir Morphismes, lemme 03HV. D’après le lemme 054U, on a \[\dim_{\xi'}(Z_\eta) = \dim_{\xi}(Z_y) = \dim_{\xi}(X_y) = \dim_{\xi'}(X_\eta).\] Ainsi, une composante irréductible de \(Z_\eta\) passant par \(\xi'\) est de dimension \(\dim_{\xi'}(X_\eta)\), ce qui contredit l’hypothèse selon laquelle \(Z_\eta\) est nulle part dense dans \(X_\eta\), et le résultat est démontré.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de type fini de schémas. Supposons que \(Y\) soit irréductible, de point générique \(\eta\). Soit \(U \subset X\) un sous-schéma ouvert tel que \(U_\eta\) soit schématiquement dense dans \(X_\eta\). Alors il existe un ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que \(U_y\) soit schématiquement dense dans \(X_y\) pour tout \(y \in V\).

Démonstration

Soit \(Y' \subset Y\) le réduit de \(Y\). Posons \(X' = Y' \times_Y X\) et \(U' = Y' \times_Y U\). Comme \(Y' \to Y\) induit une bijection sur les points, et comme \(U' \to U\) et \(X' \to X\) induisent des isomorphismes sur les fibres schématiques, on peut remplacer \(Y\) par \(Y'\) et \(X\) par \(X'\). On peut donc supposer que \(Y\) est intègre, voir Propriétés, lemme 01ON. On peut aussi remplacer \(Y\) par un ouvert affine non vide. Autrement dit, on peut supposer que \(Y = \Spec(A)\), où \(A\) est un anneau intègre de corps des fractions \(K\).

Puisque \(f\) est de type fini, \(X\) est quasi-compact. Écrivons \(X = X_1 \cup \ldots \cup X_n\), où les \(X_i\) sont des ouverts affines. D’après Morphismes, définition 01RB, \(U_i = X_i \cap U\) est un sous-schéma ouvert de \(X_i\) tel que \(U_{i, \eta}\) soit schématiquement dense dans \(X_{i, \eta}\). Il suffit donc de démontrer le résultat pour les couples \((X_i, U_i)\) ; autrement dit, on peut supposer que \(X\) est affine.

Écrivons \(X = \Spec(B)\). Notons que \(B_K\) est noethérien, puisque c’est une \(K\)-algèbre de type fini. Ainsi, \(U_\eta\) est quasi-compact. On peut donc trouver un nombre fini d’éléments \(g_1, \ldots, g_m \in B\) tels que \(D(g_j) \subset U\) et tels que \(U_\eta = D(g_1)_\eta \cup \ldots \cup D(g_m)_\eta\). Le fait que \(U_\eta\) soit schématiquement dense dans \(X_\eta\) signifie que \(B_K \to \bigoplus_j (B_K)_{g_j}\) est injectif, voir Morphismes, exemple 056C. D’après Algèbre, lemme 0565, cela équivaut à l’injectivité de \(B_K \to \bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, m} B_K\), \(b \mapsto (g_1b, \ldots, g_mb)\). Soit \(M\) le conoyau de cette application sur \(A\), c’est-à-dire que l’on a une suite exacte \[0 \to I \to B \xrightarrow{(g_1, \ldots, g_m)} \bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, m} B \to M \to 0\] Quitte à remplacer \(A\) par \(A_h\) pour un certain \(h\) non nul, on peut supposer que \(B\) est une \(A\)-algèbre plate et de présentation finie, et que \(M\) est plat sur \(A\), voir Algèbre, lemme 051T. La platitude de \(B\) sur \(A\) implique que \(B\) est sans torsion comme \(A\)-module, voir Compléments sur l’algèbre, lemme 0538. Ainsi \(B \subset B_K\). Par hypothèse, \(I_K = 0\), ce qui implique que \(I = 0\) (car \(I \subset B \subset B_K\) est inclus dans \(I_K\)). On a donc maintenant une suite exacte courte \[0 \to B \xrightarrow{(g_1, \ldots, g_m)} \bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, m} B \to M \to 0\] où \(M\) est plat sur \(A\). Pour tout homomorphisme \(A \to \kappa\), où \(\kappa\) est un corps, on obtient donc une suite exacte courte \[0 \to B \otimes_A \kappa \xrightarrow{(g_1 \otimes 1, \ldots, g_m \otimes 1)} \bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, m} B \otimes_A \kappa \to M \otimes_A \kappa \to 0\] voir Algèbre, lemme 00HL. En reprenant en sens inverse les arguments ci-dessus, cela signifie que \(\bigcup D(g_j \otimes 1)\) est schématiquement dense dans \(\Spec(B \otimes_A \kappa)\). Comme \(\bigcup D(g_j \otimes 1) = \bigcup D(g_j)_\kappa \subset U_\kappa\), on en déduit que \(U_\kappa\) est schématiquement dense dans \(X_\kappa\), ce qu’il fallait démontrer.

Soient un morphisme de schémas \(f : X \to Y\) et un point \(y \in Y\). Rappelons que la fibre \(X_y\) est homéomorphe au sous-ensemble \(f^{-1}(\{y\})\) de \(X\) muni de la topologie induite, voir Schémas, lemme 01K1. Soit un sous-ensemble fermé \(T(y) \subset X_y\). Soit \(T\) l’adhérence de \(T(y)\) dans \(X\). Munissons \(T\) de la structure de schéma réduit induite. Alors \(T\) est un sous-schéma fermé de \(X\) tel que \(T_y = T(y)\) ensemblistement. En fait, \(T\) est le plus petit sous-schéma fermé de \(X\) ayant cette propriété. Il est donc « sans inconvénient » de désigner un sous-ensemble fermé de \(X_y\) par \(T_y\) si on le souhaite. Dans le lemme suivant, on applique ceci à la fibre générique de \(f\).

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de type fini de schémas. Supposons que \(Y\) soit irréductible, de point générique \(\eta\). Soit \(X_\eta = Z_{1, \eta} \cup \ldots \cup Z_{n, \eta}\) un recouvrement de la fibre générique par des sous-ensembles fermés de \(X_\eta\). Soit \(Z_i\) l’adhérence de \(Z_{i, \eta}\) dans \(X\) (voir la discussion ci-dessus). Alors il existe un ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que \(X_y = Z_{1, y} \cup \ldots \cup Z_{n, y}\) pour tout \(y \in V\).

Démonstration

Si \(Y\) est noethérien, alors \(U = X \setminus (Z_1 \cup \ldots \cup Z_n)\) est de type fini sur \(Y\), et on peut appliquer directement le lemme 054W pour obtenir \(U_V = \emptyset\) pour un ouvert non vide \(V \subset Y\). Dans le cas général, raisonnons comme suit. Puisque la question est topologique, on peut remplacer \(Y\) par son réduit. Ainsi \(Y\) est intègre, voir Propriétés, lemme 01ON. Quitte à rétrécir \(Y\), on peut supposer que \(X \to Y\) est plat, voir Morphismes, proposition 052A. Dans ce cas, tout point \(x\) de \(X_y\) est une spécialisation d’un point \(x' \in X_\eta\), d’après Morphismes, lemme 03HV. Comme les \(Z_i\) sont fermés dans \(X\) et recouvrent la fibre générique, ceci implique que \(X_y = \bigcup Z_{i, y}\) pour \(y \in Y\), comme désiré.

Le lemme suivant affirme que les fibres génériques de morphismes dont la source est réduite sont réduites.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(\eta \in Y\) un point générique d’une composante irréductible de \(Y\). Alors \((X_\eta)_{red} = (X_{red})_\eta\).

Démonstration

Choisissons un voisinage affine \(\Spec(A) \subset Y\) de \(\eta\). Choisissons un ouvert affine \(\Spec(B) \subset X\) envoyé dans \(\Spec(A)\) par le morphisme \(f\). Soit \(\mathfrak p \subset A\) l’idéal premier minimal correspondant à \(\eta\). Soit \(B_{red}\) le quotient de \(B\) par le nilradical \(\sqrt{(0)}\). Le contenu algébrique du lemme est que \(C = B_{red} \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) est réduit. Notons \(I \subset A\) le nilradical, de sorte que \(A_{red} = A/I\). Notons \(\mathfrak p_{red} = \mathfrak p/I\) ; c’est un idéal premier minimal de \(A_{red}\) et \(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak p_{red})\). Comme \(A \to B_{red}\) et \(A \to \kappa(\mathfrak p)\) se factorisent tous deux par \(A \to A_{red}\), on a \(C = B_{red} \otimes_{A_{red}} \kappa(\mathfrak p_{red})\). Or \(\kappa(\mathfrak p_{red}) = (A_{red})_{\mathfrak p_{red}}\) est une localisation d’après Algèbre, lemme 00EU. Ainsi \(C\) est une localisation de \(B_{red}\) (Algèbre, lemme 00DK) et est donc réduit.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que \(Y\) soit irréductible et que \(f\) soit de type fini. Il existe un diagramme \[\xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} \ar[r]_{g'} & X_V \ar[r] \ar[d] & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r]^g & V \ar[r] & Y }\] où

  1. \(V\) est un ouvert non vide de \(Y\),

  2. \(X_V = V \times_Y X\),

  3. \(g : Y' \to V\) est un homéomorphisme universel fini,

  4. \(X' = (Y' \times_Y X)_{red} = (Y' \times_V X_V)_{red}\),

  5. \(g'\) est un homéomorphisme universel fini,

  6. \(Y'\) est un schéma affine intègre,

  7. \(f'\) est plat et de présentation finie, et

  8. la fibre générique de \(f'\) est géométriquement réduite.

Démonstration

Soit \(V = \Spec(A)\) un ouvert affine non vide de \(Y\). Par hypothèse, le nilradical \(\mathfrak p = \sqrt{(0)}\) de \(A\) est un idéal premier. Soit \(K = \kappa(\mathfrak p)\). Soit \(p\) la caractéristique de \(K\) si elle est positive, et \(1\) si elle est nulle. D’après Variétés, lemme 04KT, il existe une extension de corps finie purement inséparable \(K'/K\) telle que \((X_{K'})_{red}\) soit géométriquement réduit sur \(K'\). Choisissons des éléments \(x_1, \ldots, x_n \in K'\) qui engendrent \(K'\) sur \(K\) et tels qu’une puissance d’exposant une puissance de \(p\) de \(x_i\) appartienne à \(A/\mathfrak p\). Soit \(A' \subset K'\) la \(A\)-sous-algèbre finie de \(K'\) engendrée par \(x_1, \ldots, x_n\). Notons que \(A'\) est un anneau intègre de corps des fractions \(K'\). D’après Algèbre, lemme 0BRA, l’application \(A \to A'\) induit un homéomorphisme universel sur les spectres. Posons \(Y' = \Spec(A')\). Posons \(X' = (Y' \times_Y X)_{red}\). La fibre générique de \(X' \to Y'\) est \((X_{K'})_{red}\) d’après le lemme 054Z, et elle est géométriquement réduite par construction. Notons que \(X' \to X_V\) est un homéomorphisme universel fini, car c’est la composée du morphisme de réduction \(X' \to Y' \times_Y X\) (voir Morphismes, lemme 054M) et du changement de base de \(g\). À ce stade, toutes les propriétés du lemme sont satisfaites, à l’exception possible de (7). On peut obtenir cette dernière en rétrécissant \(Y'\), et donc \(V\), voir Morphismes, proposition 052A.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que \(Y\) soit irréductible et que \(f\) soit de type fini. Il existe un diagramme \[\xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} \ar[r]_{g'} & X_V \ar[r] \ar[d] & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r]^g & V \ar[r] & Y }\] où

  1. \(V\) est un ouvert non vide de \(Y\),

  2. \(X_V = V \times_Y X\),

  3. \(g : Y' \to V\) est fini étale surjectif,

  4. \(X' = Y' \times_Y X = Y' \times_V X_V\),

  5. \(g'\) est fini étale surjectif,

  6. \(Y'\) est un schéma affine irréductible, et

  7. toutes les composantes irréductibles de la fibre générique de \(f'\) sont géométriquement irréductibles.

Démonstration

Soit \(V = \Spec(A)\) un ouvert affine non vide de \(Y\). Par hypothèse, le nilradical \(\mathfrak p = \sqrt{(0)}\) de \(A\) est un idéal premier. Soit \(K = \kappa(\mathfrak p)\). D’après Variétés, lemme 054R, il existe une extension de corps finie séparable \(K'/K\) telle que toutes les composantes irréductibles de \(X_{K'}\) soient géométriquement irréductibles sur \(K'\). Choisissons un élément \(\alpha \in K'\) qui engendre \(K'\) sur \(K\), voir Corps, lemme 030N. Soit \(P(T) \in K[T]\) le polynôme minimal de \(\alpha\) sur \(K\). Quitte à remplacer \(\alpha\) par \(f \alpha\) pour un certain \(f \in A\), \(f \not \in \mathfrak p\), on peut supposer qu’il existe un polynôme unitaire \(T^d + a_1T^{d - 1} + \ldots + a_d \in A[T]\) dont l’image est \(P(T) \in K[T]\) par l’application \(A[T] \to K[T]\). Posons \(A' = A[T]/(P)\). Alors \(A \to A'\) est un homomorphisme d’anneaux fini libre tel qu’il existe un unique idéal premier \(\mathfrak q\) au-dessus de \(\mathfrak p\), que \(K = \kappa(\mathfrak p) \subset \kappa(\mathfrak q) = K'\) est une extension finie séparable, et que \(\mathfrak pA'_{\mathfrak q}\) est l’idéal maximal de \(A'_{\mathfrak q}\). Ainsi \(g : Y' = \Spec(A') \to V = \Spec(A)\) est étale en \(\mathfrak q\), voir Algèbre, lemme 00U6. Cela signifie qu’il existe un ouvert \(W \subset \Spec(A')\) tel que \(g|_W : W \to \Spec(A)\) soit étale. Comme \(g\) est fini et comme \(\mathfrak q\) est le seul point au-dessus de \(\mathfrak p\), on voit que \(Z = g(Y' \setminus W)\) est un sous-ensemble fermé de \(V\) qui ne contient pas \(\mathfrak p\). Ainsi, quitte à remplacer \(V\) par un ouvert affine principal de \(V\) qui ne rencontre pas \(Z\), on obtient que \(g\) est fini étale.

Assassins relatifs

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Soit \(\xi \in \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) et posons \(Z = \overline{\{\xi\}} \subset X\). Si \(f\) est localement de type fini et si \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module de type fini, alors il existe un ouvert non vide \(V \subset Z\) tel que, pour tout \(s \in f(V)\), les points génériques de \(V_s\) appartiennent à \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\).

Démonstration

On peut remplacer \(S\) par un voisinage ouvert affine de \(f(\xi)\) et \(X\) par un voisinage ouvert affine de \(\xi\). On peut donc supposer \(S = \Spec(A)\), \(X = \Spec(B)\) et que \(f\) est donné par l’homomorphisme d’anneaux de type fini \(A \to B\), voir Morphismes, lemme 01T2. De plus, on peut écrire \(\mathcal{F} = \widetilde{M}\) pour un certain \(B\)-module de type fini \(M\), voir Propriétés, lemme 01PB. Soit \(\mathfrak q \subset B\) l’idéal premier correspondant à \(\xi\), et soit \(\mathfrak p \subset A\) l’idéal premier correspondant de \(A\). Par hypothèse, \(\mathfrak q \in \text{Ass}_B(M \otimes_A \kappa(\mathfrak p))\), voir Algèbre, remarque 05E0 et Diviseurs, lemme 02OK. Avec ces notations, \(Z = V(\mathfrak q) \subset \Spec(B)\). En particulier, \(f(Z) \subset V(\mathfrak p)\). Il suffit donc clairement de démontrer le lemme après avoir remplacé \(A\), \(B\) et \(M\) par \(A/\mathfrak pA\), \(B/\mathfrak pB\) et \(M/\mathfrak pM\). Autrement dit, on peut supposer que \(A\) est un anneau intègre de corps des fractions \(K\) et que \(\mathfrak q \subset B\) est un idéal premier associé de \(M \otimes_A K\).

On peut maintenant utiliser la platitude générique. En effet, d’après Algèbre, lemme 051T, il existe un élément non nul \(g \in A\) tel que \(M_g\) soit plat comme \(A_g\)-module. Après avoir remplacé \(A\) par \(A_g\), on peut supposer que \(M\) est plat comme \(A\)-module.

Dans ce cas, d’après Algèbre, lemme 05C1, \(\mathfrak q\) est aussi un idéal premier associé de \(M\). On obtient donc une application injective de \(B\)-modules \(B/\mathfrak q \to M\). Soit \(Q\) son conoyau ; on obtient ainsi une suite exacte courte \[0 \to B/\mathfrak q \to M \to Q \to 0\] de \(B\)-modules de type fini. En appliquant une nouvelle fois la platitude générique, Algèbre, lemme 051T, cette fois au \(B\)-module \(Q\), on peut supposer que \(Q\) est un \(A\)-module plat. En particulier, on peut supposer que la suite exacte courte ci-dessus est universellement injective, voir Algèbre, lemme 00HL. Dans cette situation, \((B/\mathfrak q) \otimes_A \kappa(\mathfrak p') \subset M \otimes_A \kappa(\mathfrak p')\) pour tout idéal premier \(\mathfrak p'\) de \(A\). Le lemme en résulte, car tout idéal premier minimal \(\mathfrak q'\) du support de \((B/\mathfrak q) \otimes_A \kappa(\mathfrak p')\) est un idéal premier associé de \((B/\mathfrak q) \otimes_A \kappa(\mathfrak p')\) d’après Diviseurs, lemme 05AH.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Soit \(U \subset X\) un sous-schéma ouvert. Supposons que

  1. \(f\) soit de type fini,

  2. \(\mathcal{F}\) soit de type fini,

  3. \(Y\) soit irréductible, de point générique \(\eta\), et

  4. \(\text{Ass}_{X_\eta}(\mathcal{F}_\eta)\) ne soit pas contenu dans \(U_\eta\).

Alors il existe un sous-schéma ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que, pour tout \(y \in V\), l’ensemble \(\text{Ass}_{X_y}(\mathcal{F}_y)\) ne soit pas contenu dans \(U_y\).

Démonstration

Soit \(Z \subset X\) le support schématique de \(\mathcal{F}\), voir Morphismes, définition 05JV. Alors \(Z_\eta\) est le support schématique de \(\mathcal{F}_\eta\) (Morphismes, lemme 07T9). Ainsi, les points génériques des composantes irréductibles de \(Z_\eta\) appartiennent à \(\text{Ass}_{X_\eta}(\mathcal{F}_\eta)\) d’après Diviseurs, lemme 05AH. On voit donc que \(Z_\eta \cap U_\eta = \emptyset\). Ainsi \(T = Z \setminus U\) est un sous-ensemble fermé de \(Z\) tel que \(T_\eta = \emptyset\). Si l’on munit \(T\) de la structure de schéma réduit induite, alors \(T \to Y\) est un morphisme de type fini. D’après le lemme 054W, il existe un ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que \(T_V = \emptyset\). Alors \(V\) convient.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Soit \(U \subset X\) un sous-schéma ouvert. Supposons que

  1. \(f\) soit de type fini,

  2. \(\mathcal{F}\) soit de type fini,

  3. \(Y\) soit irréductible, de point générique \(\eta\), et

  4. \(\text{Ass}_{X_\eta}(\mathcal{F}_\eta) \subset U_\eta\).

Alors il existe un sous-schéma ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que, pour tout \(y \in V\), on ait \(\text{Ass}_{X_y}(\mathcal{F}_y) \subset U_y\).

Démonstration

(Cette démonstration est identique à celle du lemme 0573. Nous invitons le lecteur à lire d’abord cette dernière.) Puisque l’énoncé porte sur les fibres, on peut clairement remplacer \(Y\) par son réduit. On peut donc supposer que \(Y\) est intègre, voir Propriétés, lemme 01ON. On peut aussi supposer que \(Y = \Spec(A)\) est affine. Alors \(A\) est un anneau intègre de corps des fractions \(K\).

Puisque \(f\) est de type fini, \(X\) est quasi-compact. Écrivons \(X = X_1 \cup \ldots \cup X_n\), où les \(X_i\) sont des ouverts affines, et posons \(\mathcal{F}_i = \mathcal{F}|_{X_i}\). Par hypothèse, la fibre générique de \(U_i = X_i \cap U\) contient \(\text{Ass}_{X_{i, \eta}}(\mathcal{F}_{i, \eta})\). Il suffit donc de démontrer le résultat pour les triplets \((X_i, \mathcal{F}_i, U_i)\) ; autrement dit, on peut supposer que \(X\) est affine.

Écrivons \(X = \Spec(B)\). Soit \(N\) un \(B\)-module de type fini tel que \(\mathcal{F} = \widetilde{N}\). Notons que \(B_K\) est noethérien, puisque c’est une \(K\)-algèbre de type fini. Ainsi \(U_\eta\) est quasi-compact. On peut donc trouver un nombre fini d’éléments \(g_1, \ldots, g_m \in B\) tels que \(D(g_j) \subset U\) et tels que \(U_\eta = D(g_1)_\eta \cup \ldots \cup D(g_m)_\eta\). Puisque \(\text{Ass}_{X_\eta}(\mathcal{F}_\eta) \subset U_\eta\), l’application \(N_K \to \bigoplus_j (N_K)_{g_j}\) est injective. D’après Algèbre, lemme 0565, cela équivaut à l’injectivité de \(N_K \to \bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, m} N_K\), \(n \mapsto (g_1n, \ldots, g_mn)\). Soient \(I\) et \(M\) le noyau et le conoyau de cette application sur \(A\), c’est-à-dire que l’on a une suite exacte \[0 \to I \to N \xrightarrow{(g_1, \ldots, g_m)} \bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, m} N \to M \to 0\] Quitte à remplacer \(A\) par \(A_h\) pour un certain \(h\) non nul, on peut supposer que \(B\) est une \(A\)-algèbre plate et de présentation finie et que \(M\) et \(N\) sont tous deux plats sur \(A\), voir Algèbre, lemme 051T. La platitude de \(N\) sur \(A\) implique que \(N\) est sans torsion comme \(A\)-module, voir Compléments sur l’algèbre, lemme 0538. Ainsi \(N \subset N_K\). Par construction, \(I_K = 0\), ce qui implique que \(I = 0\) (car \(I \subset N \subset N_K\) est inclus dans \(I_K\)). On a donc maintenant une suite exacte courte \[0 \to N \xrightarrow{(g_1, \ldots, g_m)} \bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, m} N \to M \to 0\] où \(M\) est plat sur \(A\). Pour tout homomorphisme \(A \to \kappa\), où \(\kappa\) est un corps, on obtient donc une suite exacte courte \[0 \to N \otimes_A \kappa \xrightarrow{(g_1 \otimes 1, \ldots, g_m \otimes 1)} \bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, m} N \otimes_A \kappa \to M \otimes_A \kappa \to 0\] voir Algèbre, lemme 00HL. En reprenant en sens inverse les arguments ci-dessus, cela signifie que \(\bigcup D(g_j \otimes 1)\) contient \(\text{Ass}_{B \otimes_A \kappa}(N \otimes_A \kappa)\). Comme \(\bigcup D(g_j \otimes 1) = \bigcup D(g_j)_\kappa \subset U_\kappa\), on en déduit que \(U_\kappa\) contient \(\text{Ass}_{X \otimes \kappa}(\mathcal{F} \otimes \kappa)\), ce qu’il fallait démontrer.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(U \subset X\) un sous-schéma ouvert. Soit \(g : S' \to S\) un morphisme de schémas, soit \(f' : X' = X_{S'} \to S'\) le changement de base de \(f\), soit \(g' : X' \to X\) la projection, posons \(\mathcal{F}' = (g')^*\mathcal{F}\), et posons \(U' = (g')^{-1}(U)\). Enfin, soit \(s' \in S'\) d’image \(s = g(s')\). Dans ce cas, \[\text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s) \subset U_s \Leftrightarrow \text{Ass}_{X'_{s'}}(\mathcal{F}'_{s'}) \subset U'_{s'}.\]

Démonstration

Cela résulte immédiatement de Diviseurs, lemme 05DC. Voir aussi Diviseurs, remarque 05KL.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de présentation finie. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de présentation finie. Soit \(U \subset X\) un sous-schéma ouvert tel que \(U \to Y\) soit quasi-compact. Alors l’ensemble \[E = \{y \in Y \mid \text{Ass}_{X_y}(\mathcal{F}_y) \subset U_y\}\] est localement constructible dans \(Y\).

Démonstration

Soit \(y \in Y\). Il faut montrer qu’il existe un voisinage ouvert \(V\) de \(y\) dans \(Y\) tel que \(E \cap V\) soit constructible dans \(V\). On peut donc supposer que \(Y\) est affine. Écrivons \(Y = \Spec(A)\) et \(A = \colim A_i\) comme limite inductive filtrante de \(\mathbf{Z}\)-algèbres de type fini. D’après Limites, lemme 01ZM, on peut trouver un \(i\) et un morphisme \(f_i : X_i \to \Spec(A_i)\) de présentation finie dont le changement de base à \(Y\) redonne \(f\). Quitte à augmenter \(i\), on peut supposer qu’il existe un \(\mathcal{O}_{X_i}\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{F}_i\) de présentation finie dont l’image inverse sur \(X\) est isomorphe à \(\mathcal{F}\), voir Limites, lemme 01ZR. Quitte à augmenter encore une fois \(i\), on peut supposer qu’il existe un sous-schéma ouvert \(U_i \subset X_i\) dont l’image inverse dans \(X\) est \(U\), voir Limites, lemme 01Z4. D’après le lemme 05KQ, il suffit de démontrer le lemme pour \(f_i\). On se ramène donc au cas où \(Y\) est le spectre d’un anneau noethérien.

Nous allons utiliser le critère de Topologie, lemme 053Z, pour démontrer que \(E\) est constructible lorsque \(Y\) est un schéma noethérien. Pour le voir, soit \(Z \subset Y\) un sous-schéma fermé irréductible. Il faut montrer que \(E \cap Z\) contient un ouvert non vide ou n’est pas dense dans \(Z\). Cela résulte des lemmes 05KN et 05KP, appliqués au changement de base \((X, \mathcal{F}, U) \times_Y Z\) sur \(Z\).

Fibres réduites

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que \(Y\) soit irréductible, de point générique \(\eta\), et que \(f\) soit de type fini. Si \(X_\eta\) n’est pas réduit, alors il existe un ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que, pour tout \(y \in V\), la fibre \(X_y\) ne soit pas réduite.

Démonstration

Soit \(Y' \subset Y\) le réduit de \(Y\). Soit \(X' \to Y'\) le changement de base de \(f\). Notons que \(Y' \to Y\) induit une bijection sur les points et que \(X' \to X\) identifie les fibres. On peut donc supposer que \(Y'\) est réduit, c’est-à-dire intègre, voir Propriétés, lemme 01ON. On peut aussi remplacer \(Y\) par un ouvert affine. On peut donc supposer que \(Y = \Spec(A)\), où \(A\) est un anneau intègre. Notons \(K\) le corps des fractions de \(A\). Choisissons un ouvert affine \(\Spec(B) = U \subset X\) et une section \(h_\eta \in \Gamma(U_\eta, \mathcal{O}_{U_\eta}) = B_K\) qui soit non nulle et nilpotente. Quitte à rétrécir \(Y\), on peut supposer que \(h\) provient de \(h \in \Gamma(U, \mathcal{O}_U) = B\). Quitte à rétrécir encore un peu \(Y\), on peut supposer que \(h\) est nilpotent. Soit \(I = \{b \in B \mid hb = 0\}\) l’annulateur de \(h\). Alors \(C = B/I\) est une \(A\)-algèbre de type fini dont la fibre générique \((B/I)_K\) est non nulle (car \(h_\eta \not = 0\)). Appliquons la platitude générique à \(A \to C\) et \(A \to B/hB\), voir Algèbre, lemme 051T ; on obtient un \(g \in A\), \(g \not = 0\) tel que \(C_g\) soit libre comme \(A_g\)-module et que \((B/hB)_g\) soit plat comme \(A_g\)-module. Remplaçons \(Y\) par \(D(g) \subset Y\). On a maintenant la suite exacte courte \[0 \to C \to B \to B/hB \to 0.\] où \(B/hB\) est plat sur \(A\) et où \(C\) est un \(A\)-module libre non nul. Il en résulte que, pour tout homomorphisme \(A \to \kappa\) vers un corps, l’anneau \(C \otimes_A \kappa\) est non nul et la suite \[0 \to C \otimes_A \kappa \to B \otimes_A \kappa \to B/hB \otimes_A \kappa \to 0\] est exacte, voir Algèbre, lemme 00HL. Notons que \(B/hB \otimes_A \kappa = (B \otimes_A \kappa) / h(B \otimes_A \kappa)\) par exacte à droite du produit tensoriel. On en conclut que la multiplication par \(h\) n’est pas nulle sur \(B \otimes_A \kappa\). Cela signifie clairement que, pour tout point \(y \in Y\), l’élément \(h\) se restreint en un élément non nul de \(U_y\), d’où \(X_y\) n’est pas réduit.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(g : Y' \to Y\) un morphisme quelconque, et notons \(f' : X' \to Y'\) le changement de base de \(f\). Alors \[\begin{align*} \{y' \in Y' \mid X'_{y'}\text{ est géométriquement réduit}\} \\ = g^{-1}(\{y \in Y \mid X_y\text{ est géométriquement réduit}\}). \end{align*}\]

Démonstration

Cela revient à dire que, pour \(y' \in Y'\) d’image \(y \in Y\), la fibre \(X'_{y'} = X_y \times_y y'\) est géométriquement réduite sur \(\kappa(y')\) si et seulement si \(X_y\) est géométriquement réduit sur \(\kappa(y)\). Cela résulte de Variétés, lemme 0384.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que \(Y\) soit irréductible, de point générique \(\eta\), et que \(f\) soit de type fini. Si \(X_\eta\) n’est pas géométriquement réduit, alors il existe un ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que, pour tout \(y \in V\), la fibre \(X_y\) ne soit pas géométriquement réduite.

Démonstration

Appliquons le lemme 0550 pour obtenir \[\xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} \ar[r]_{g'} & X_V \ar[r] \ar[d] & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r]^g & V \ar[r] & Y }\] avec toutes les propriétés mentionnées dans ce lemme. Soit \(\eta'\) le point générique de \(Y'\). Considérons le morphisme \(X' \to X_{Y'}\) (qui est le morphisme de réduction) et le morphisme de fibres génériques qui en résulte, \(X'_{\eta'} \to X_{\eta'}\). Puisque \(X'_{\eta'}\) est géométriquement réduit, tandis que \(X_\eta\) ne l’est pas, ce morphisme ne peut être un isomorphisme, voir Variétés, lemme 0384. Ainsi \(X_{\eta'}\) n’est pas réduit. D’après le lemme 0575, les fibres de \(X_{Y'} \to Y'\) ne sont donc pas réduites en tout point \(y' \in V'\) d’un ouvert non vide \(V' \subset Y'\). Puisque \(g : Y' \to V\) est un homéomorphisme, le lemme 0576 montre que \(g(V')\) est l’ouvert recherché.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que

  1. \(Y\) soit irréductible, de point générique \(\eta\),

  2. \(X_\eta\) soit géométriquement réduit, et

  3. \(f\) soit de type fini.

Alors il existe un sous-schéma ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que \(X_V \to V\) ait des fibres géométriquement réduites.

Démonstration

Soit \(Y' \subset Y\) le réduit de \(Y\). Soit \(X' \to Y'\) le changement de base de \(f\). Notons que \(Y' \to Y\) induit une bijection sur les points et que \(X' \to X\) identifie les fibres. On peut donc supposer que \(Y'\) est réduit, c’est-à-dire intègre, voir Propriétés, lemme 01ON. On peut aussi remplacer \(Y\) par un ouvert affine. On peut donc supposer que \(Y = \Spec(A)\), où \(A\) est un anneau intègre. Notons \(K\) le corps des fractions de \(A\). Quitte à rétrécir un peu \(Y\), on peut également supposer que \(X \to Y\) est plat et de présentation finie, voir Morphismes, proposition 052A.

Puisque \(X_\eta\) est géométriquement réduit, il existe un sous-ensemble ouvert dense \(V \subset X_\eta\) tel que \(V \to \Spec(K)\) soit lisse, voir Variétés, lemme 056V. Soit \(U \subset X\) l’ensemble des points où \(f\) est lisse. D’après Morphismes, lemme 02V4, on a \(V \subset U_\eta\). Ainsi, la fibre générique de \(U\) est dense dans la fibre générique de \(X\). Puisque \(X_\eta\) est réduit, il en résulte que \(U_\eta\) est schématiquement dense dans \(X_\eta\), voir Morphismes, lemme 056D. Notons que, puisque \(U \to Y\) est lisse, toutes les fibres de \(U \to Y\) sont géométriquement réduites. Il suffit donc de montrer que, après avoir rétréci \(Y\), pour tout \(y \in Y\), le schéma \(U_y\) est schématiquement dense dans \(X_y\), voir Morphismes, lemme 056E. Cela résulte du lemme 0573.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme quasi-compact et localement de présentation finie. Alors l’ensemble \[E = \{y \in Y \mid X_y\text{ est géométriquement réduit}\}\] est localement constructible dans \(Y\).

Démonstration

Soit \(y \in Y\). Nous devons montrer qu’il existe un voisinage ouvert \(V\) de \(y\) dans \(Y\) tel que \(E \cap V\) soit constructible dans \(V\). On peut donc supposer que \(Y\) est affine. Alors \(X\) est quasi-compact. Choisissons un recouvrement ouvert affine fini \(X = U_1 \cup \ldots \cup U_n\). Les fibres des \(U_i \to Y\) en \(y\) forment alors un recouvrement ouvert affine de la fibre de \(X \to Y\) en \(y\). On peut donc aussi supposer que \(X\) est affine. Écrivons \(Y = \Spec(A)\). Écrivons \(A = \colim A_i\) comme limite inductive d’algèbres de type fini sur \(\mathbf{Z}\). D’après Limites, lemme 01ZM, on peut trouver un \(i\) et un morphisme \(f_i : X_i \to \Spec(A_i)\) de présentation finie dont le changement de base à \(Y\) redonne \(f\). D’après le lemme 0576, il suffit de démontrer le lemme pour \(f_i\). On se ramène ainsi au cas où \(Y\) est le spectre d’un anneau noethérien.

Nous utiliserons le critère du Topologie, lemme 053Z, pour montrer que \(E\) est constructible lorsque \(Y\) est un schéma noethérien. Pour cela, soit \(Z \subset Y\) un sous-schéma fermé irréductible de point générique \(\xi\). Nous devons montrer que \(E \cap Z\) contient un ouvert non vide ou n’est pas dense dans \(Z\). Si \(X_\xi\) est géométriquement réduit, alors le lemme 0578 (appliqué au morphisme \(X_Z \to Z\)) implique que toutes les fibres \(X_y\) sont géométriquement réduites pour un ouvert non vide \(V \subset Z\). Si \(X_\xi\) n’est pas géométriquement réduit, alors le lemme 0577 (appliqué au morphisme \(X_Z \to Z\)) implique que toutes les fibres \(X_y\) ne sont pas géométriquement réduites pour un ouvert non vide \(V \subset Z\). Cela conclut.

Lemme

Soit \(f : X \to \Spec(R)\) un morphisme propre, où \(R\) est un anneau de valuation discrète. Supposons que toute composante irréductible de \(X\) domine \(\Spec(R)\) (par exemple si \(f\) est plat) et que la fibre spéciale soit réduite. Alors \(X\) et la fibre générique \(X_\eta\) sont réduits.

Démonstration

(Le fait qu’un morphisme plat satisfasse l’hypothèse sur les composantes irréductibles résulte par exemple du Diviseurs, lemme 05DB, ou de la descente des idéaux premiers pour les homomorphismes d’anneaux plats.) Supposons que la fibre spéciale \(X_s\) soit réduite. Soit \(x \in X\) un point quelconque, et montrons que \(\mathcal{O}_{X, x}\) est réduit ; cela montrera que \(X\) et \(X_\eta\) sont réduits. Soit \(x \leadsto x'\) une spécialisation telle que \(x'\) appartienne à la fibre spéciale ; une telle spécialisation existe puisqu’un morphisme propre est fermé. Considérons l’anneau local \(A = \mathcal{O}_{X, x'}\). Alors \(\mathcal{O}_{X, x}\) est un localisé de \(A\), de sorte qu’il suffit de montrer que \(A\) est réduit. Soit \(\pi \in R\) une uniformisante. Si \(a \in A\) est non nul, il existe un \(n \geq 0\) et un élément \(a' \in A\) tels que \(a = \pi^n a'\) et \(a' \not \in \pi A\). Cela résulte du théorème d’intersection de Krull (Algèbre, lemme 00IP). Si \(a\) est nilpotent, alors \(a\) appartient à tous les idéaux premiers minimaux de \(A\), et il en va donc de même de \(a'\), car \(\pi\) n’appartient à aucun des idéaux premiers minimaux de \(A\) en vertu de notre hypothèse sur les composantes irréductibles de \(X\). Ainsi \(a'\) est nilpotent. Mais \(a'\) s’envoie sur un élément non nul de l’anneau réduit \(A/\pi A = \mathcal{O}_{X_s, x'}\). C’est une contradiction à moins que \(A\) ne soit réduit, ce qui est ce que nous voulions montrer.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat et propre de présentation finie. Alors l’ensemble \(\{y \in Y \mid X_y\text{ est géométriquement réduit}\}\) est ouvert dans \(Y\).

Démonstration

On peut supposer que \(Y\) est affine. Alors \(Y\) est une limite projective filtrante de schémas affines de type fini sur \(\mathbf{Z}\). On peut donc supposer que \(X \to Y\) est le changement de base de \(X_0 \to Y_0\), où \(Y_0\) est le spectre d’une algèbre de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et \(X_0 \to Y_0\) est plat et propre. Voir Limites, lemme 01ZM, 04AI, et 081F. Puisque la formation de l’ensemble des points où les fibres sont géométriquement réduites commute au changement de base (lemme 0576), on peut supposer que la base est noethérienne.

Supposons que \(Y\) soit noethérien. L’ensemble est constructible d’après le lemme 0579. Il suffit donc de montrer que l’ensemble est stable par générisation (Topologie, lemme 0542). D’après Propriétés, lemme 054F, on se ramène au cas où \(Y = \Spec(R)\), où \(R\) est un anneau de valuation discrète, et où la fibre fermée \(X_y\) est géométriquement réduite. Il faut montrer que la fibre générique \(X_\eta\) est géométriquement réduite.

Sinon, il existe une extension finie \(L\) du corps des fractions de \(R\) telle que \(X_L\) ne soit pas réduit, voir Variétés, lemme 035X. Il existe un anneau de valuation discrète \(R' \subset L\) de corps des fractions \(L\) et dominant \(R\), voir Algèbre, lemme 09IG. Après avoir remplacé \(R\) par \(R'\), on se ramène au lemme 0C0D.

Composantes irréductibles des fibres

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons \(Y\) irréductible de point générique \(\eta\) et \(f\) de type fini. Si \(X_\eta\) a \(n\) composantes irréductibles, alors il existe un ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que, pour tout \(y \in V\), la fibre \(X_y\) ait au moins \(n\) composantes irréductibles.

Démonstration

La question étant purement topologique, on peut remplacer \(X\) et \(Y\) par leurs réduits. En particulier, cela implique que \(Y\) est intègre, voir Propriétés, lemme 01ON. Soit \(X_\eta = X_{1, \eta} \cup \ldots \cup X_{n, \eta}\) la décomposition de \(X_\eta\) en composantes irréductibles. Soit \(X_i \subset X\) le sous-schéma fermé réduit dont la fibre générique est \(X_{i, \eta}\). Notons que \(Z_{i, j} = X_i \cap X_j\) est un sous-ensemble fermé de \(X_i\) dont la fibre générique \(Z_{i, j, \eta}\) est nulle part dense dans \(X_{i, \eta}\). Après avoir rétréci \(Y\), on peut donc supposer que \(Z_{i, j, y}\) est nulle part dense dans \(X_{i, y}\) pour tout \(y \in Y\), voir lemme 054X. Après avoir encore rétréci \(Y\), on peut supposer que \(X_y = \bigcup X_{i, y}\) pour \(y \in Y\), voir lemme 054Y. De plus, après avoir rétréci \(Y\), on peut supposer que chaque \(X_i \to Y\) est plat et de présentation finie, voir Morphismes, proposition 052A. Les morphismes \(X_i \to Y\) sont ouverts, voir Morphismes, lemme 01UA. Il existe donc un voisinage ouvert \(V\) de \(\eta\) qui est contenu dans \(f(X_i)\) pour chaque \(i\). Pour tout \(y \in V\), les schémas \(X_{i, y}\) sont des sous-ensembles fermés non vides de \(X_y\), on a \(X_y = \bigcup X_{i, y}\), et les intersections \(Z_{i, j, y} = X_{i, y} \cap X_{j, y}\) ne sont pas denses dans \(X_{i, y}\). Cela implique clairement que \(X_y\) a au moins \(n\) composantes irréductibles.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(g : Y' \to Y\) un morphisme quelconque, et notons \(f' : X' \to Y'\) le changement de base de \(f\). Alors \[\begin{align*} \{y' \in Y' \mid X'_{y'}\text{ est géométriquement irréductible}\} \\ = g^{-1}(\{y \in Y \mid X_y\text{ est géométriquement irréductible}\}). \end{align*}\]

Démonstration

Cela se ramène à l’énoncé suivant : pour \(y' \in Y'\) d’image \(y \in Y\), la fibre \(X'_{y'} = X_y \times_y y'\) est géométriquement irréductible sur \(\kappa(y')\) si et seulement si \(X_y\) est géométriquement irréductible sur \(\kappa(y)\). Cela résulte de Variétés, lemme 054P.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \[n_{X/Y} : Y \to \{0, 1, 2, 3, \ldots, \infty\}\] la fonction qui associe à \(y \in Y\) le nombre de composantes irréductibles de \((X_y)_K\), où \(K\) est une extension séparablement close de \(\kappa(y)\). Cette fonction est bien définie et, si \(g : Y' \to Y\) est un morphisme, alors \[n_{X'/Y'} = n_{X/Y} \circ g\] où \(X' \to Y'\) est le changement de base de \(f\).

Démonstration

Supposons que \(y' \in Y'\) ait pour image \(y \in Y\). Supposons que \(K \supset \kappa(y)\) et \(K' \supset \kappa(y')\) soient des extensions séparablement closes. On peut alors choisir un diagramme commutatif \[\xymatrix{ K \ar[r] & K'' & K' \ar[l] \\ \kappa(y) \ar[u] \ar[rr] & & \kappa(y') \ar[u] }\] de corps. Le résultat s’ensuit, car les morphismes de schémas \[\xymatrix{ (X'_{y'})_{K'} & (X'_{y'})_{K''} = (X_y)_{K''} \ar[l] \ar[r] & (X_y)_K }\] induisent des bijections entre les composantes irréductibles, voir Variétés, lemme 038H.

Lemme

Soit \(A\) un anneau intègre de corps des fractions \(K\). Soit \(P \in A[x_1, \ldots, x_n]\). Notons \(\overline{K}\) la clôture algébrique de \(K\). Supposons que \(P\) soit irréductible dans \(\overline{K}[x_1, \ldots, x_n]\). Alors il existe un \(f \in A\) tel que \(P^\varphi \in \kappa[x_1, \ldots, x_n]\) soit irréductible pour tout homomorphisme \(\varphi : A_f \to \kappa\) vers un corps.

Démonstration

Il existe un automorphisme \(\Psi\) de \(A[x_1, \ldots, x_n]\) sur \(A\) tel que \(\Psi(P) = ax_n^d +\) des termes de degré inférieur en \(x_n\), avec \(a \not = 0\), voir Algèbre, lemme 051N. On peut remplacer \(P\) par \(\Psi(P)\) et \(A\) par \(A_a\). On peut ainsi supposer que \(P\) est unitaire en \(x_n\) de degré \(d > 0\). Pour \(i = 1, \ldots, n - 1\), soit \(d_i\) le degré de \(P\) en \(x_i\). Notons que cela implique que \(P^\varphi\) est unitaire de degré \(d\) en \(x_n\) et de degré \(\leq d_i\) en \(x_i\) pour tout homomorphisme \(\varphi : A \to \kappa\), où \(\kappa\) est un corps. Ainsi, si \(P^\varphi\) est réductible, on peut écrire \[P^\varphi = Q_1 Q_2\] avec \(Q_1, Q_2\) unitaires de degrés \(e_1, e_2 \geq 0\) en \(x_n\), où \(e_1 + e_2 = d\), et de degré \(\leq d_i\) en \(x_i\) pour \(i = 1, \ldots, n - 1\). Autrement dit, on peut écrire [0558]\[\begin{equation} Q_j = x_n^{e_j} + \sum\nolimits_{0 \leq l < e_j} \left( \sum\nolimits_{L \in \mathcal{L}} a_{j, l, L} x^L \right) x_n^l \end{equation}\] où la somme porte sur l’ensemble \(\mathcal{L}\) des multi-indices \(L\) de la forme \(L = (l_1, \ldots, l_{n - 1})\) avec \(0 \leq l_i \leq d_i\). Pour tous \(e_1, e_2 \geq 0\) tels que \(e_1 + e_2 = d\), considérons la \(A\)-algèbre \[B_{e_1, e_2} = A[\{a_{1, l, L}\}_{0 \leq l < e_1, L \in \mathcal{L}}, \{a_{2, l, L}\}_{0 \leq l < e_2, L \in \mathcal{L}}]/(\text{relations})\] où \((\text{relations})\) est l’idéal engendré par les coefficients du polynôme \[P - Q_1Q_2 \in A[\{a_{1, l, L}\}_{0 \leq l < e_1, L \in \mathcal{L}}, \{a_{2, l, L}\}_{0 \leq l < e_2, L \in \mathcal{L}}][x_1, \ldots, x_n]\] où \(Q_1\) et \(Q_2\) sont définis comme dans (0558). L’hypothèse que \(P\) est irréductible sur \(\overline{K}\) implique qu’il n’existe aucun homomorphisme de \(A\)-algèbres \(B_{e_1, e_2} \to \overline{K}\). D’après le Nullstellensatz de Hilbert, voir Algèbre, théorème 00FV, cela signifie que \(B_{e_1, e_2} \otimes_A K = 0\). Comme \(B_{e_1, e_2}\) est une \(A\)-algèbre de type fini, cela signifie que l’on peut trouver un \(f_{e_1, e_2} \in A\) tel que \((B_{e_1, e_2})_{f_{e_1, e_2}} = 0\). Par construction, cela signifie que, si \(\varphi : A_{f_{e_1, e_2}} \to \kappa\) est un homomorphisme vers un corps, alors \(P^\varphi\) n’a pas de factorisation \(P^\varphi = Q_1 Q_2\) avec \(Q_1\) de degré \(e_1\) en \(x_n\) et \(Q_2\) de degré \(e_2\) en \(x_n\). Ainsi, en prenant \(f = \prod_{e_1, e_2 \geq 0, e_1 + e_2 = d} f_{e_1, e_2}\), on conclut.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que

  1. \(Y\) soit irréductible, de point générique \(\eta\),

  2. \(X_\eta\) soit géométriquement irréductible, et

  3. \(f\) soit de type fini.

Alors il existe un sous-schéma ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que \(X_V \to V\) ait des fibres géométriquement irréductibles.

Démonstration

Nous donnons deux démonstrations du lemme. Elles sont essentiellement équivalentes ; la seconde est plus autonome, mais un peu plus longue. Choisissons un diagramme \[\xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} \ar[r]_{g'} & X_V \ar[r] \ar[d] & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r]^g & V \ar[r] & Y }\] comme dans le lemme 0550. Notons que la fibre générique de \(f'\) est le réduit de la fibre générique de \(f\) (voir le lemme 054Z) et est donc géométriquement irréductible. Supposons que le lemme soit vrai pour le morphisme \(f'\). Après avoir rétréci \(V\), toutes les fibres de \(f'\) sont alors géométriquement irréductibles. Comme \(X' = (Y' \times_V X_V)_{red}\), cela implique que toutes les fibres de \(Y' \times_V X_V\) sont géométriquement irréductibles. D’après le lemme 0555, toutes les fibres de \(X_V \to V\) sont donc géométriquement irréductibles et on conclut. De cette manière, on voit que l’on peut supposer que la fibre générique est à la fois géométriquement réduite et géométriquement irréductible, et l’on peut supposer \(Y = \Spec(A)\) avec \(A\) un anneau intègre.

Soit \(x \in X_\eta\) le point générique. Puisque \(X_\eta\) est géométriquement irréductible et réduit, on voit que \(L = \kappa(x)\) est une extension de type fini de \(K = \kappa(\eta)\) qui est géométriquement réduite et géométriquement irréductible, voir Variétés, lemmes 035W et 054Q. En particulier, l’extension de corps \(L/K\) est séparable, voir Algèbre, lemme 030W. On peut donc trouver \(x_1, \ldots, x_{r + 1} \in L\) qui engendrent \(L\) sur \(K\) et tels que \(x_1, \ldots, x_r\) soient une base de transcendance de \(L\) sur \(K\), voir Algèbre, lemme 030Q. Soit \(P \in K(x_1, \ldots, x_r)[T]\) le polynôme minimal de \(x_{r + 1}\). En chassant les dénominateurs, on peut supposer que \(P\) a ses coefficients dans \(A[x_1, \ldots, x_r]\). Notons que, puisque \(L\) est géométriquement réduit et géométriquement irréductible sur \(K\), le polynôme \(P\) est irréductible dans \(\overline{K}[x_1, \ldots, x_r, T]\), où \(\overline{K}\) est la clôture algébrique de \(K\). Notons \[B' = A[x_1, \ldots, x_{r + 1}]/(P(x_{r + 1}))\] et posons \(X' = \Spec(B')\). Par construction, le corps des fractions de \(B'\) est isomorphe à \(L = \kappa(x)\) comme extension de \(K\). Il existe donc un ouvert \(U \subset X\), un ouvert \(U' \subset X'\) et un \(Y\)-isomorphisme \(U \to U'\), voir Morphismes, lemme 0552. Voici un diagramme : \[\xymatrix{ X \ar[rd] & U \ar[l] \ar@{=}[r] \ar[d] & U' \ar[r] \ar[d] & X' \ar[ld] \ar@{=}[r] & \Spec(B') \\ & Y \ar@{=}[r] & Y & }\] Notons que \(U_\eta \subset X_\eta\) et \(U'_\eta \subset X'_\eta\) sont des ouverts denses. Ainsi, après avoir rétréci \(Y\) en appliquant le lemme 054X, on obtient que \(U_y\) est dense dans \(X_y\) et que \(U'_y\) est dense dans \(X'_y\) pour tout \(y \in Y\). Il suffit donc de démontrer le lemme pour \(X' \to Y\), ce qui est le contenu du lemme 0557.

Démonstration

Soit \(Y' \subset Y\) le réduit de \(Y\). Soit \(X' \to X\) le morphisme de réduction de \(X\). Notons que \(X' \to X \to Y\) se factorise par \(Y'\), voir Schémas, lemme 0356. Comme \(Y' \to Y\) et \(X' \to X\) sont des homéomorphismes universels d’après Morphismes, lemme 054M, on voit qu’il suffit de démontrer le lemme pour \(X' \to Y'\). On peut donc supposer que \(X\) et \(Y\) sont réduits. En particulier, \(Y\) est intègre, voir Propriétés, lemme 01ON. Ainsi, d’après Morphismes, proposition 052A, il existe un ouvert affine non vide \(V \subset Y\) tel que \(X_V \to V\) soit plat et de présentation finie. Après avoir remplacé \(Y\) par \(V\), on peut supposer, outre (1), (2), (3), que \(Y\) est affine intègre, que \(X\) est réduit et que \(f\) est plat et de présentation finie. En particulier, \(f\) est universellement ouvert, voir Morphismes, lemme 01UA.

Choisissons un ouvert affine non vide \(U \subset X\). Alors \(U \to Y\) est plat et de présentation finie, à fibre générique géométriquement irréductible. Le complémentaire \(X_\eta \setminus U_\eta\) est nulle part dense. Ainsi, après avoir rétréci \(Y\), on peut supposer \(U_y \subset X_y\) ouvert dense pour tout \(y \in Y\), voir le lemme 054X. On peut donc remplacer \(X\) par \(U\) et on se ramène au cas où \(Y\) est affine intègre et où \(X\) est affine réduit, plat et de présentation finie sur \(Y\), à fibre générique \(X_\eta\) géométriquement irréductible.

Écrivons \(X = \Spec(B)\) et \(Y = \Spec(A)\). Alors \(A\) est un anneau intègre, \(B\) est réduit, \(A \to B\) est plat et de présentation finie, et \(B_K\) est géométriquement irréductible sur le corps des fractions \(K\) de \(A\). En particulier, on voit que \(B_K\) est un anneau intègre. Soit \(L\) le corps des fractions de \(B_K\). Notons que \(L\) est une extension de corps de type fini de \(K\), puisque \(B\) est une \(A\)-algèbre de présentation finie. Soit \(K'/K\) une extension finie purement inséparable telle que \((L \otimes_K K')_{red}\) soit une extension de corps séparablement engendrée, voir Algèbre, lemme 030R. Choisissons \(x_1, \ldots, x_n \in K'\) qui engendrent l’extension de corps \(K'\) sur \(K\), et tels que \(x_i^{q_i} \in A\) pour une certaine puissance d’un nombre premier \(q_i\) (démonstration de l’existence des \(x_i\) omise). Soit \(A'\) la sous-\(A\)-algèbre de \(K'\) engendrée par \(x_1, \ldots, x_n\). Alors \(A'\) est une sous-\(A\)-algèbre finie \(A' \subset K'\) dont le corps des fractions est \(K'\). Notons que \(\Spec(A') \to \Spec(A)\) est un homéomorphisme universel, voir Algèbre, lemme 0BRA. Il suffit donc de démontrer le résultat après changement de base à \(\Spec(A')\). Nous allons remplacer \(A\) par \(A'\) et \(B\) par \((B \otimes_A A')_{red}\) pour arriver à la situation où \(L\) est une extension de corps séparablement engendrée de \(K\). Bien sûr, il peut arriver que \((B \otimes_A A')_{red}\) ne soit plus plat ou de présentation finie sur \(A'\), mais on peut y remédier en remplaçant \(A'\) par \(A'_f\) pour un \(f \in A'\) convenable, voir Algèbre, lemme 051T.

À ce stade, on sait que \(A\) est un anneau intègre, que \(B\) est réduit, que \(A \to B\) est plat et de présentation finie, et que \(B_K\) est un anneau intègre dont le corps des fractions \(L\) est une extension de corps séparablement engendrée du corps des fractions \(K\) de \(A\). D’après Algèbre, lemme 030Q, on peut écrire \(L = K(x_1, \ldots, x_{r + 1})\) où \(x_1, \ldots, x_r\) sont algébriquement indépendants sur \(K\), et où \(x_{r + 1}\) est séparable sur \(K(x_1, \ldots, x_r)\). Après avoir chassé les dénominateurs, on peut supposer que le polynôme minimal \(P \in K(x_1, \ldots, x_r)[T]\) de \(x_{r + 1}\) sur \(K(x_1, \ldots, x_r)\) a ses coefficients dans \(A[x_1, \ldots, x_r]\). Notons que, puisque \(L/K\) est séparable et que \(L\) est géométriquement irréductible sur \(K\), le polynôme \(P\) est irréductible sur la clôture algébrique \(\overline{K}\) de \(K\). Notons \[B' = A[x_1, \ldots, x_{r + 1}]/(P(x_{r + 1})).\] Par construction, les corps des fractions de \(B\) et \(B'\) sont isomorphes comme extensions de \(K\). Il existe donc un isomorphisme de \(A\)-algèbres \(B_h \cong B'_{h'}\) pour des \(h \in B\) et \(h' \in B'\) convenables, voir Morphismes, lemme 0552. Autrement dit, \(X\) et \(X' = \Spec(B')\) ont un ouvert affine commun \(U\). Voici un diagramme : \[\xymatrix{ X = \Spec(B) \ar[rd] & U \ar[l] \ar[r] \ar[d] & \Spec(B') = X' \ar[ld] \\ & Y = \Spec(A) & }\] Après avoir encore rétréci \(Y\) (en appliquant le lemme 054X à \(Z = X \setminus U\) dans \(X\) et à \(Z' = X' \setminus U\) dans \(X'\)), on voit que \(U_y\) est dense dans \(X_y\) et que \(U_y\) est dense dans \(X'_y\) pour tout \(y \in Y\). Il suffit donc de démontrer le lemme pour \(X' \to Y\), ce qui est le contenu du lemme 0557.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(n_{X/Y}\) la fonction sur \(Y\) qui compte le nombre de composantes géométriquement irréductibles des fibres de \(f\), introduite dans le lemme 0556. Supposons \(f\) de type fini. Soit \(y \in Y\) un point. Alors il existe un ouvert non vide \(V \subset \overline{\{y\}}\) tel que \(n_{X/Y}|_V\) soit constant.

Démonstration

Soit \(Z\) le schéma muni de la structure induite réduite sur \(\overline{\{y\}}\). Soit \(f_Z : X_Z \to Z\) le changement de base de \(f\). Il suffit clairement de démontrer le lemme pour \(f_Z\) et le point générique de \(Z\). On peut donc supposer que \(Y\) est un schéma intègre, voir Propriétés, lemme 01ON. Notre but, dans ce cas, est de produire un ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que \(n_{X/Y}|_V\) soit constant.

Appliquons le lemme 0551 à \(f : X \to Y\) ; on obtient \(g : Y' \to V \subset Y\). Comme \(g : Y' \to V\) est fini étale surjectif, donc en particulier ouvert (voir Morphismes, lemme 03WT), il suffit de démontrer qu’il existe un ouvert \(V' \subset Y'\) tel que \(n_{X'/Y'}|_{V'}\) soit constant, voir lemme 0556. On voit ainsi que l’on peut supposer que toutes les composantes irréductibles de la fibre générique \(X_\eta\) sont géométriquement irréductibles sur \(\kappa(\eta)\).

À ce stade, supposons que \(X_\eta = X_{1, \eta} \bigcup \ldots \bigcup X_{n, \eta}\) soit la décomposition de la fibre générique en composantes (géométriquement) irréductibles. En particulier, \(n_{X/Y}(\eta) = n\). Soit \(X_i\) l’adhérence de \(X_{i, \eta}\) dans \(X\). Après avoir rétréci \(Y\), on peut supposer que \(X = \bigcup X_i\), voir lemme 054Y. Après avoir encore rétréci \(Y\), on voit que chaque fibre de \(f\) a au moins \(n\) composantes irréductibles, voir lemme 0554. Ainsi \(n_{X/Y}(y) \geq n\) pour tout \(y \in Y\). Après avoir encore rétréci \(Y\), on obtient que \(X_{i, y}\) est géométriquement irréductible pour chaque \(i\) et tout \(y \in Y\), voir lemme 0559. Comme \(X_y = \bigcup X_{i, y}\), cela montre que \(n_{X/Y}(y) \leq n\) et achève la démonstration.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(n_{X/Y}\) la fonction sur \(Y\) qui compte le nombre de composantes géométriquement irréductibles des fibres de \(f\), introduite dans le lemme 0556. Supposons \(f\) de présentation finie. Alors les ensembles de niveau \[E_n = \{y \in Y \mid n_{X/Y}(y) = n\}\] de \(n_{X/Y}\) sont localement constructibles dans \(Y\).

Démonstration

Fixons \(n\). Soit \(y \in Y\). Nous devons montrer qu’il existe un voisinage ouvert \(V\) de \(y\) dans \(Y\) tel que \(E_n \cap V\) soit constructible dans \(V\). On peut donc supposer que \(Y\) est affine. Écrivons \(Y = \Spec(A)\) et \(A = \colim A_i\) comme limite inductive d’algèbres de type fini sur \(\mathbf{Z}\). D’après Limites, lemme 01ZM, on peut trouver un \(i\) et un morphisme \(f_i : X_i \to \Spec(A_i)\) de présentation finie dont le changement de base à \(Y\) redonne \(f\). D’après le lemme 0556, il suffit de démontrer le lemme pour \(f_i\). On se ramène ainsi au cas où \(Y\) est le spectre d’un anneau noethérien.

Nous utiliserons le critère du Topologie, lemme 053Z, pour montrer que \(E_n\) est constructible lorsque \(Y\) est un schéma noethérien. Pour cela, soit \(Z \subset Y\) un sous-schéma fermé irréductible. Nous devons montrer que \(E_n \cap Z\) contient un ouvert non vide ou n’est pas dense dans \(Z\). Soit \(\xi \in Z\) le point générique. Alors le lemme 055A montre que \(n_{X/Y}\) est constant dans un voisinage de \(\xi\) dans \(Z\). Cela implique clairement le résultat voulu.

Composantes connexes des fibres

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons \(Y\) irréductible de point générique \(\eta\) et \(f\) de type fini. Si \(X_\eta\) a \(n\) composantes connexes, alors il existe un ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que, pour tout \(y \in V\), la fibre \(X_y\) ait au moins \(n\) composantes connexes.

Démonstration

La question étant purement topologique, on peut remplacer \(X\) et \(Y\) par leurs réduits. En particulier, cela implique que \(Y\) est intègre, voir Propriétés, lemme 01ON. Soit \(X_\eta = X_{1, \eta} \cup \ldots \cup X_{n, \eta}\) la décomposition de \(X_\eta\) en composantes connexes. Soit \(X_i \subset X\) le sous-schéma fermé réduit dont la fibre générique est \(X_{i, \eta}\). Notons que \(Z_{i, j} = X_i \cap X_j\) est un sous-ensemble fermé de \(X\) dont la fibre générique \(Z_{i, j, \eta}\) est vide. Après avoir rétréci \(Y\), on peut donc supposer que \(Z_{i, j} = \emptyset\), voir lemme 054W. Après avoir encore rétréci \(Y\), on peut supposer que \(X_y = \bigcup X_{i, y}\) pour \(y \in Y\), voir lemme 054Y. De plus, après avoir rétréci \(Y\), on peut supposer que chaque \(X_i \to Y\) est plat et de présentation finie, voir Morphismes, proposition 052A. Les morphismes \(X_i \to Y\) sont ouverts, voir Morphismes, lemme 01UA. Il existe donc un voisinage ouvert \(V\) de \(\eta\) qui est contenu dans \(f(X_i)\) pour chaque \(i\). Pour tout \(y \in V\), les schémas \(X_{i, y}\) sont des sous-ensembles fermés non vides de \(X_y\), on a \(X_y = \bigcup X_{i, y}\), et les intersections \(Z_{i, j, y} = X_{i, y} \cap X_{j, y}\) sont vides ! Cela implique clairement que \(X_y\) a au moins \(n\) composantes connexes.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(g : Y' \to Y\) un morphisme quelconque, et notons \(f' : X' \to Y'\) le changement de base de \(f\). Alors \[\begin{align*} \{y' \in Y' \mid X'_{y'}\text{ est géométriquement connexe}\} \\ = g^{-1}(\{y \in Y \mid X_y\text{ est géométriquement connexe}\}). \end{align*}\]

Démonstration

Cela se ramène à l’énoncé suivant : pour \(y' \in Y'\) d’image \(y \in Y\), la fibre \(X'_{y'} = X_y \times_y y'\) est géométriquement connexe sur \(\kappa(y')\) si et seulement si \(X_y\) est géométriquement connexe sur \(\kappa(y)\). Cela résulte de Variétés, lemme 054N.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \[n_{X/Y} : Y \to \{0, 1, 2, 3, \ldots, \infty\}\] la fonction qui associe à \(y \in Y\) le nombre de composantes connexes de \((X_y)_K\), où \(K\) est une extension séparablement close de \(\kappa(y)\). Cette fonction est bien définie et, si \(g : Y' \to Y\) est un morphisme, alors \[n_{X'/Y'} = n_{X/Y} \circ g\] où \(X' \to Y'\) est le changement de base de \(f\).

Démonstration

Supposons que \(y' \in Y'\) ait pour image \(y \in Y\). Supposons que \(K \supset \kappa(y)\) et \(K' \supset \kappa(y')\) soient des extensions séparablement closes. On peut alors choisir un diagramme commutatif \[\xymatrix{ K \ar[r] & K'' & K' \ar[l] \\ \kappa(y) \ar[u] \ar[rr] & & \kappa(y') \ar[u] }\] de corps. Le résultat s’ensuit, car les morphismes de schémas \[\xymatrix{ (X'_{y'})_{K'} & (X'_{y'})_{K''} = (X_y)_{K''} \ar[l] \ar[r] & (X_y)_K }\] induisent des bijections entre les composantes connexes, voir Variétés, lemme 0363.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que

  1. \(Y\) soit irréductible, de point générique \(\eta\),

  2. \(X_\eta\) soit géométriquement connexe, et

  3. \(f\) soit de type fini.

Alors il existe un sous-schéma ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que \(X_V \to V\) ait des fibres géométriquement connexes.

Démonstration

Choisissons un diagramme \[\xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} \ar[r]_{g'} & X_V \ar[r] \ar[d] & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r]^g & V \ar[r] & Y }\] comme dans le lemme 0551. Notons que la fibre générique de \(f'\) est géométriquement connexe (par exemple d’après le lemme 055F). Supposons que le lemme soit vrai pour le morphisme \(f'\). Cela signifie qu’il existe un ouvert non vide \(W \subset Y'\) tel que toute fibre de \(X' \to Y'\) au-dessus de \(W\) soit géométriquement connexe. Alors, comme \(g\) est un morphisme ouvert d’après Morphismes, lemme 03WT, toutes les fibres de \(f\) aux points de l’ouvert non vide \(V = g(W)\) sont géométriquement connexes, voir lemme 055F. On voit ainsi que l’on peut supposer que les composantes irréductibles de la fibre générique \(X_\eta\) sont géométriquement irréductibles.

Soit \(Y'\) le réduit de \(Y\), et posons \(X' = Y' \times_Y X\). Il suffit alors de démontrer le lemme pour le morphisme \(X' \to Y'\) (par exemple d’après le lemme 055F une fois encore). Comme la fibre générique de \(X' \to Y'\) est la même que la fibre générique de \(X \to Y\), on voit que l’on peut supposer que \(Y\) est irréductible et réduit (c’est-à-dire intègre, voir Propriétés, lemme 01ON) et que les composantes irréductibles de la fibre générique \(X_\eta\) sont géométriquement irréductibles.

À ce stade, supposons que \(X_\eta = X_{1, \eta} \bigcup \ldots \bigcup X_{n, \eta}\) soit la décomposition de la fibre générique en composantes (géométriquement) irréductibles. Soit \(X_i\) l’adhérence de \(X_{i, \eta}\) dans \(X\). Après avoir rétréci \(Y\), on peut supposer que \(X = \bigcup X_i\), voir lemme 054Y. Soit \(Z_{i, j} = X_i \cap X_j\). Soit \[\{1, \ldots, n\} \times \{1, \ldots, n\} = I \amalg J\] où \((i, j) \in I\) si \(Z_{i, j, \eta} = \emptyset\) et \((i, j) \in J\) si \(Z_{i, j, \eta} \not = \emptyset\). Après avoir rétréci \(Y\), on peut supposer que \(Z_{i, j} = \emptyset\) pour tout \((i, j) \in I\), voir lemme 054W. Après avoir rétréci \(Y\), on obtient que \(X_{i, y}\) est géométriquement irréductible pour chaque \(i\) et tout \(y \in Y\), voir lemme 0559. Après avoir encore rétréci \(Y\), on arrive à la situation où chaque \(Z_{i, j} \to Y\) est plat et de présentation finie pour tout \((i, j) \in J\), voir Morphismes, proposition 052A. Cela signifie que \(f(Z_{i, j}) \subset Y\) est ouvert, voir Morphismes, lemme 01UA. Nous affirmons que \[V = \bigcap\nolimits_{(i, j) \in J} f(Z_{i, j})\] convient, c’est-à-dire que \(X_y\) est géométriquement connexe pour tout \(y \in V\). En effet, le fait que \(X_\eta\) soit connexe implique que la relation d’équivalence engendrée par les paires de \(J\) n’a qu’une seule classe d’équivalence. Or, si \(y \in V\) et si \(K \supset \kappa(y)\) est une extension séparablement close, alors les composantes irréductibles de \((X_y)_K\) sont les fibres \((X_{i, y})_K\). De plus, la construction et \(y \in V\) montrent que \((X_{i, y})_K\) rencontre \((X_{j, y})_K\) si et seulement si \((i, j) \in J\). La remarque sur les classes d’équivalence montre donc que \((X_y)_K\) est connexe, et on conclut.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(n_{X/Y}\) la fonction sur \(Y\) qui compte le nombre de composantes géométriquement connexes des fibres de \(f\), introduite dans le lemme 055F. Supposons \(f\) de type fini. Soit \(y \in Y\) un point. Alors il existe un ouvert non vide \(V \subset \overline{\{y\}}\) tel que \(n_{X/Y}|_V\) soit constant.

Démonstration

Soit \(Z\) le schéma muni de la structure induite réduite sur \(\overline{\{y\}}\). Soit \(f_Z : X_Z \to Z\) le changement de base de \(f\). Il suffit clairement de démontrer le lemme pour \(f_Z\) et le point générique de \(Z\). On peut donc supposer que \(Y\) est un schéma intègre, voir Propriétés, lemme 01ON. Notre but, dans ce cas, est de produire un ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que \(n_{X/Y}|_V\) soit constant.

Appliquons le lemme 0551 à \(f : X \to Y\) ; on obtient \(g : Y' \to V \subset Y\). Comme \(g : Y' \to V\) est fini étale surjectif, donc en particulier ouvert (voir Morphismes, lemme 03WT), il suffit de démontrer qu’il existe un ouvert \(V' \subset Y'\) tel que \(n_{X'/Y'}|_{V'}\) soit constant, voir lemme 0556. On voit ainsi que l’on peut supposer que toutes les composantes irréductibles de la fibre générique \(X_\eta\) sont géométriquement irréductibles sur \(\kappa(\eta)\). D’après Variétés, lemme 054S, cela implique que les composantes connexes de \(X_\eta\) sont elles aussi géométriquement connexes.

À ce stade, supposons que \(X_\eta = X_{1, \eta} \bigcup \ldots \bigcup X_{n, \eta}\) soit la décomposition de la fibre générique en composantes (géométriquement) connexes. En particulier, \(n_{X/Y}(\eta) = n\). Soit \(X_i\) l’adhérence de \(X_{i, \eta}\) dans \(X\). Après avoir rétréci \(Y\), on peut supposer que \(X = \bigcup X_i\), voir lemme 054Y. Après avoir encore rétréci \(Y\), on voit que chaque fibre de \(f\) a au moins \(n\) composantes connexes, voir lemme 055D. Ainsi \(n_{X/Y}(y) \geq n\) pour tout \(y \in Y\). Après avoir encore rétréci \(Y\), on obtient que \(X_{i, y}\) est géométriquement connexe pour chaque \(i\) et tout \(y \in Y\), voir lemme 055G. Comme \(X_y = \bigcup X_{i, y}\), cela montre que \(n_{X/Y}(y) \leq n\) et achève la démonstration.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(n_{X/Y}\) la fonction sur \(Y\) qui compte le nombre de composantes géométriquement connexes des fibres de \(f\), introduite dans le lemme 055F. Supposons \(f\) de présentation finie. Alors les ensembles de niveau \[E_n = \{y \in Y \mid n_{X/Y}(y) = n\}\] de \(n_{X/Y}\) sont localement constructibles dans \(Y\).

Démonstration

Fixons \(n\). Soit \(y \in Y\). Nous devons montrer qu’il existe un voisinage ouvert \(V\) de \(y\) dans \(Y\) tel que \(E_n \cap V\) soit constructible dans \(V\). On peut donc supposer que \(Y\) est affine. Écrivons \(Y = \Spec(A)\) et \(A = \colim A_i\) comme limite inductive d’algèbres de type fini sur \(\mathbf{Z}\). D’après Limites, lemme 01ZM, on peut trouver un \(i\) et un morphisme \(f_i : X_i \to \Spec(A_i)\) de présentation finie dont le changement de base à \(Y\) redonne \(f\). D’après le lemme 055F, il suffit de démontrer le lemme pour \(f_i\). On se ramène ainsi au cas où \(Y\) est le spectre d’un anneau noethérien.

Nous utiliserons le critère du Topologie, lemme 053Z, pour montrer que \(E_n\) est constructible lorsque \(Y\) est un schéma noethérien. Pour cela, soit \(Z \subset Y\) un sous-schéma fermé irréductible. Nous devons montrer que \(E_n \cap Z\) contient un ouvert non vide ou n’est pas dense dans \(Z\). Soit \(\xi \in Z\) le point générique. Alors le lemme 055H montre que \(n_{X/Y}\) est constant dans un voisinage de \(\xi\) dans \(Z\). Cela implique clairement le résultat voulu.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Supposons que

  1. \(S\) soit le spectre d’un anneau de valuation discrète,

  2. \(f\) soit plat,

  3. \(X\) soit connexe,

  4. la fibre fermée \(X_s\) soit réduite.

Alors la fibre générique \(X_\eta\) est connexe.

Démonstration

Écrivons \(S = \Spec(R)\) et soit \(\pi \in R\) une uniformisante. Pour obtenir une contradiction, supposons que \(X_\eta\) ne soit pas connexe. Cela signifie qu’il existe un idempotent non trivial \(e \in \Gamma(X_\eta, \mathcal{O}_{X_\eta})\). Soit \(U = \Spec(A)\) un ouvert affine quelconque de \(X\). Notons que \(\pi\) est un non-diviseur de zéro dans \(A\), puisque \(A\) est plat sur \(R\), voir Plus sur l’algèbre, lemme 0538, par exemple. Alors \(e|_{U_\eta}\) correspond à un élément \(e \in A[1/\pi]\). Soit \(z \in A\) un élément tel que \(e = z/\pi^n\), avec \(n \geq 0\) minimal. Notons que \(z^2 = \pi^nz\). Cela signifie que \(z \bmod \pi A\) est nilpotent si \(n > 0\). Par hypothèse, \(A/\pi A\) est réduit, et la minimalité de \(n\) implique donc \(n = 0\). On conclut ainsi que \(e \in A\) ! Autrement dit, \(e \in \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\). Comme \(X\) est connexe, il s’ensuit que \(e\) est un idempotent trivial, ce qui est une contradiction.

Composantes connexes rencontrant une section

Les résultats de cette section s’appliquent en particulier à un schéma en groupes \(G \to S\) et à sa section neutre \(e : S \to G\).

Situation

Ici, \(f : X \to Y\) est un morphisme de schémas, et \(s : Y \to X\) est une section de \(f\). Pour tout \(y \in Y\), on note \(X^0_y\) la composante connexe de \(X_y\) contenant \(s(y)\). Enfin, on pose \(X^0 = \bigcup_{y \in Y} X^0_y\).

Lemme

Soient \(f : X \to Y\), \(s : Y \to X\) comme dans la situation 055L. Si \(g : Y' \to Y\) est un morphisme quelconque, considérons le diagramme de changement de base \[\xymatrix{ X' \ar[r]_{g'} \ar[d]^{f'} & X \ar[d]_f \\ Y' \ar@/^1pc/[u]^{s'} \ar[r]^g & Y \ar@/_1pc/[u]_s }\] de sorte que l’on obtient \((X')^0 \subset X'\). Alors \((X')^0 = (g')^{-1}(X^0)\).

Démonstration

Soit \(y' \in Y'\) d’image \(y \in Y\). On peut considérer \(X^0_y\) comme un sous-schéma fermé de \(X_y\), voir par exemple Morphismes, définition 04PX. Comme \(s(y) \in X^0_y\), il résulte de Variétés, lemme 04KV que \(X_y^0\) est un schéma géométriquement connexe sur \(\kappa(y)\). Ainsi \(X_y^0 \times_y y' \to X'_{y'}\) est un sous-schéma fermé connexe qui contient \(s'(y')\). Donc \(X_y^0 \times_y y' \subset (X'_{y'})^0\). L’autre inclusion \(X_y^0 \times_y y' \supset (X'_{y'})^0\) est claire, car l’image de \((X'_{y'})^0\) dans \(X_y\) est un sous-ensemble connexe de \(X_y\) qui contient \(s(y)\).

Lemme

Soient \(f : X \to Y\), \(s : Y \to X\) comme dans la situation 055L. Supposons \(f\) de type fini. Soit \(y \in Y\) un point. Alors il existe un ouvert non vide \(V \subset \overline{\{y\}}\) tel que l’image réciproque de \(X^0\) dans le changement de base \(X_V\) soit ouverte et fermée dans \(X_V\).

Démonstration

Soit \(Z \subset Y\) le sous-schéma fermé muni de la structure induite réduite sur \(\overline{\{y\}}\). Soient \(f_Z : X_Z \to Z\) et \(s_Z : Z \to X_Z\) les changements de base de \(f\) et \(s\). D’après le lemme 055M, on a \((X_Z)^0 = (X^0)_Z\). Il suffit donc de démontrer le lemme pour le morphisme \(X_Z \to Z\) et le point \(x \in X_Z\) qui s’envoie sur le point générique de \(Z\). Autrement dit, on s’est ramené au cas où \(Y\) est un schéma intègre (voir Propriétés, lemme 01ON) de point générique \(\eta\). Notre but est de montrer qu’après avoir rétréci \(Y\), le sous-ensemble \(X^0\) devient un sous-ensemble ouvert et fermé de \(X\).

Notons que le schéma \(X_\eta\) est de type fini sur un corps, donc noethérien. Ses composantes connexes sont ainsi à la fois ouvertes et fermées. On peut donc écrire \(X_\eta = X_\eta^0 \amalg T_\eta\) pour un certain sous-ensemble ouvert et fermé \(T_\eta\) de \(X_\eta\). Soit ensuite \(T \subset X\) l’adhérence de \(T_\eta\), et soit \(X^{00} \subset X\) l’adhérence de \(X_\eta^0\). Notons que \(T_\eta\), respectivement \(X^0_\eta\), est la fibre générique de \(T\), respectivement de \(X^{00}\), voir la discussion précédant le lemme 054Y. De plus, ce lemme implique qu’après avoir rétréci \(Y\), on peut supposer que \(X = X^{00} \cup T\) (au sens des ensembles). Notons que \((T \cap X^{00})_\eta = T_\eta \cap X^0_\eta = \emptyset\). Après avoir rétréci \(Y\), on peut donc supposer que \(T \cap X^{00} = \emptyset\), voir lemme 054W. En particulier, \(X^{00}\) est ouvert dans \(X\). Notons que \(X^0_\eta\) est connexe et possède un point rationnel, à savoir \(s(\eta)\) ; il est donc géométriquement connexe, voir Variétés, lemme 04KV. Ainsi, après avoir rétréci \(Y\), on peut supposer que toutes les fibres de \(X^{00} \to Y\) sont géométriquement connexes, voir lemme 055G. Il s’ensuit alors que les fibres \(X^{00}_y\) sont des sous-ensembles ouverts, fermés et connexes de \(X_y\) contenant \(s(y)\). On en déduit que \(X^0 = X^{00}\), et on conclut.

Lemme

Soient \(f : X \to Y\), \(s : Y \to X\) comme dans la situation 055L. Si \(f\) est de présentation finie, alors \(X^0\) est localement constructible dans \(X\).

Démonstration

Soit \(x \in X\). Nous devons montrer qu’il existe un voisinage ouvert \(U\) de \(x\) tel que \(X^0 \cap U\) soit constructible dans \(U\). Cela nous ramène au cas où \(Y\) est affine. Écrivons \(Y = \Spec(A)\) et \(A = \colim A_i\) comme limite inductive d’algèbres de type fini sur \(\mathbf{Z}\). D’après Limites, lemme 01ZM, on peut trouver un \(i\) et un morphisme \(f_i : X_i \to \Spec(A_i)\) de présentation finie, muni d’une section \(s_i : \Spec(A_i) \to X_i\) dont le changement de base à \(Y\) redonne \(f\) et la section \(s\). D’après le lemme 055M, il suffit de démontrer le lemme pour \(f_i, s_i\). On se ramène ainsi au cas où \(Y\) est le spectre d’un anneau noethérien.

Supposons que \(Y\) soit un schéma affine noethérien. Puisque \(f\) est de présentation finie, c’est-à-dire de type fini, on voit que \(X\) est lui aussi un schéma noethérien, voir Morphismes, lemme 01T6. Pour démontrer le lemme dans ce cas, il suffit de montrer que, pour tout sous-ensemble fermé irréductible \(Z \subset X\), l’intersection \(Z \cap X^0\) contient un ouvert non vide de \(Z\) ou n’est pas dense dans \(Z\), voir Topologie, lemme 053Z. Soit \(x \in Z\) le point générique, et soit \(y = f(x)\). D’après le lemme 055N, il existe un sous-ensemble ouvert non vide \(V \subset \overline{\{y\}}\) tel que \(X^0 \cap X_V\) soit ouvert et fermé dans \(X_V\). Comme \(f(Z) \subset \overline{\{y\}}\) et \(f(x) = y \in V\), on voit que \(W = f^{-1}(V) \cap Z\) est un sous-ensemble ouvert non vide de \(Z\). Il s’ensuit que \(X^0 \cap W\) est ouvert et fermé dans \(W\). Puisque \(W\) est irréductible, on voit que \(X^0 \cap W\) est soit vide, soit égal à \(W\). Cela démontre le lemme.

Lemme

Soient \(f : X \to Y\), \(s : Y \to X\) comme dans la situation 055L. Soit \(y \in Y\) un point. Supposons que

  1. \(f\) soit de présentation finie et plat, et

  2. la fibre \(X_y\) soit géométriquement réduite.

Alors \(X^0\) est un voisinage de \(X^0_y\) dans \(X\).

Démonstration

On peut remplacer \(Y\) par un voisinage ouvert affine de \(y\). Écrivons \(Y = \Spec(A)\) et \(A = \colim A_i\) comme limite inductive d’algèbres de type fini sur \(\mathbf{Z}\). D’après Limites, lemme 01ZM, on peut trouver un \(i\) et un morphisme \(f_i : X_i \to \Spec(A_i)\) de présentation finie, muni d’une section \(s_i : \Spec(A_i) \to X_i\) dont le changement de base à \(Y\) redonne \(f\) et la section \(s\). Après avoir éventuellement augmenté \(i\), on peut aussi supposer que \(f_i\) est plat, voir Limites, lemme 04AI. Soit \(y_i\) l’image de \(y\) dans \(Y_i\). Notons que \(X_y = (X_{i, y_i}) \times_{y_i} y\). Ainsi \(X_{i, y_i}\) est géométriquement réduit, voir Variétés, lemme 0384. D’après le lemme 055M, il suffit de démontrer le lemme pour le système \(f_i, s_i, y_i \in Y_i\). On se ramène ainsi au cas où \(Y\) est le spectre d’un anneau noethérien.

Supposons que \(Y\) soit le spectre d’un anneau noethérien. Puisque \(f\) est de présentation finie, c’est-à-dire de type fini, on voit que \(X\) est lui aussi un schéma noethérien, voir Morphismes, lemme 01T6. Soit \(x \in X^0\) un point au-dessus de \(y\). D’après Topologie, lemme 0540, il suffit de démontrer que, pour tout fermé irréductible \(Z \subset X\) passant par \(x\), l’intersection \(X^0 \cap Z\) est dense dans \(Z\). En particulier, il suffit de démontrer que le point générique \(x' \in Z\) appartient à \(X^0\). D’après Propriétés, lemme 054F, on peut trouver un anneau de valuation discrète \(R\) et un morphisme \(\Spec(R) \to X\) qui envoie le point spécial sur \(x\) et le point générique sur \(x'\). Nous considérerons \(\Spec(R)\) comme un schéma sur \(Y\) via la composée \(\Spec(R) \to X \to Y\). D’après le lemme 055M, on sait que \((X_R)^0\) est l’image réciproque de \(X^0\). Par construction, on dispose d’une seconde section \(t : \Spec(R) \to X_R\) (outre le changement de base \(s_R\) de \(s\)) du morphisme structural \(X_R \to \Spec(R)\) telle que \(t(\eta_R)\) soit un point de \(X_R\) qui s’envoie sur \(x'\) et \(t(0_R)\) un point de \(X_R\) qui s’envoie sur \(x\). Notons que \(t(0_R)\) appartient à \((X_R)^0\) et que \(t(\eta_R) \leadsto t(0_R)\). Il suffit donc de démontrer que cela implique \(t(\eta_R) \in (X_R)^0\). Il suffit par conséquent de démontrer le lemme lorsque \(Y\) est le spectre d’un anneau de valuation discrète et \(y\) son point fermé.

Supposons que \(Y\) soit le spectre d’un anneau de valuation discrète et que \(y\) soit son point fermé. Notre but est de démontrer que \(X^0\) est un voisinage de \(X^0_y\). Notons que \(X^0_y\) est ouvert et fermé dans \(X_y\), puisque \(X_y\) possède un nombre fini de composantes irréductibles. Le complémentaire \(C = X_y \setminus X_y^0\) est donc fermé dans \(X\). Ainsi \(U = X \setminus C\) est un voisinage ouvert de \(X^0_y\), et \(U^0 = X^0\). Il suffit donc de démontrer le résultat pour le morphisme \(U \to Y\). Autrement dit, on peut supposer que \(X_y\) est connexe. Supposons que \(X\) ne soit pas connexe, et écrivons \(X = X_1 \amalg \ldots \amalg X_n\) comme une décomposition en composantes connexes. Alors \(s(Y)\) est entièrement contenu dans l’un des \(X_i\). Disons \(s(Y) \subset X_1\). Alors \(X^0 \subset X_1\). On peut donc remplacer \(X\) par \(X_1\) et supposer que \(X\) est connexe. À ce stade, le lemme 055J implique que \(X_\eta\) est connexe, c’est-à-dire \(X^0 = X\), et on conclut.

Lemme

Soient \(f : X \to Y\), \(s : Y \to X\) comme dans la situation 055L. Supposons que

  1. \(f\) soit de présentation finie et plat, et

  2. toutes les fibres de \(f\) soient géométriquement réduites.

Alors \(X^0\) est ouvert dans \(X\).

Démonstration

C’est une conséquence immédiate du lemme 055Q.

Dimension des fibres

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons \(Y\) irréductible de point générique \(\eta\) et \(f\) de type fini. Si \(X_\eta\) est de dimension \(n\), alors il existe un ouvert non vide \(V \subset Y\) tel que, pour tout \(y \in V\), la fibre \(X_y\) soit de dimension \(n\).

Démonstration

Soit \(Z = \{x \in X \mid \dim_x(X_{f(x)}) > n \}\). D’après Morphismes, lemme 02FZ, c’est un sous-ensemble fermé de \(X\). Par hypothèse, \(Z_\eta = \emptyset\). Ainsi, d’après le lemme 054W, on peut rétrécir \(Y\) et supposer que \(Z = \emptyset\). Soit \(Z' = \{x \in X \mid \dim_x(X_{f(x)}) > n - 1 \} = \{x \in X \mid \dim_x(X_{f(x)}) = n\}\). Comme précédemment, c’est un sous-ensemble fermé de \(X\). Par hypothèse, on a \(Z'_\eta \not = \emptyset\). Ainsi, après avoir rétréci \(Y\), on peut supposer que \(Z' \to Y\) est surjectif, voir lemme 05F5. On conclut.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de type fini. Soit \[n_{X/Y} : Y \to \{0, 1, 2, 3, \ldots, \infty\}\] la fonction qui associe à \(y \in Y\) la dimension de \(X_y\). Si \(g : Y' \to Y\) est un morphisme, alors \[n_{X'/Y'} = n_{X/Y} \circ g\] où \(X' \to Y'\) est le changement de base de \(f\).

Démonstration

Cela résulte de Morphismes, lemme 02FY.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(n_{X/Y}\) la fonction sur \(Y\) donnant la dimension des fibres de \(f\), introduite dans le lemme 05F8. Supposons \(f\) de présentation finie. Alors les ensembles de niveau \[E_n = \{y \in Y \mid n_{X/Y}(y) = n\}\] de \(n_{X/Y}\) sont localement constructibles dans \(Y\).

Démonstration

Fixons \(n\). Soit \(y \in Y\). Nous devons montrer qu’il existe un voisinage ouvert \(V\) de \(y\) dans \(Y\) tel que \(E_n \cap V\) soit constructible dans \(V\). On peut donc supposer que \(Y\) est affine. Écrivons \(Y = \Spec(A)\) et \(A = \colim A_i\) comme limite inductive d’algèbres de type fini sur \(\mathbf{Z}\). D’après Limites, lemme 01ZM, on peut trouver un \(i\) et un morphisme \(f_i : X_i \to \Spec(A_i)\) de présentation finie dont le changement de base à \(Y\) redonne \(f\). D’après le lemme 05F8, il suffit de démontrer le lemme pour \(f_i\). On se ramène ainsi au cas où \(Y\) est le spectre d’un anneau noethérien.

Nous utiliserons le critère de Topologie, lemme 053Z, pour démontrer que \(E_n\) est constructible lorsque \(Y\) est un schéma noethérien. Pour cela, soit \(Z \subset Y\) un sous-schéma fermé irréductible. Nous devons montrer que \(E_n \cap Z\) contient un sous-ensemble ouvert non vide ou n’est pas dense dans \(Z\). Soit \(\xi \in Z\) le point générique. Alors le lemme 05F7 montre que \(n_{X/Y}\) est constante dans un voisinage de \(\xi\) dans \(Z\). Cela donne le résultat voulu.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat de schémas, de présentation finie. Soit \(n_{X/Y}\) la fonction sur \(Y\) donnant la dimension des fibres de \(f\), introduite dans le lemme 05F8. Alors \(n_{X/Y}\) est semi-continue inférieurement.

Démonstration

Soit \(W \subset X\), \(W = \coprod_{d \geq 0} U_d\) l’ouvert construit dans les lemmes 045U et 054T. Soit \(y \in Y\) un point. Si \(n_{X/Y}(y) = \dim(X_y) = n\), alors \(y\) appartient à l’image de \(U_n \to Y\). D’après Morphismes, lemme 01UA, on voit que \(f(U_n)\) est ouvert dans \(Y\). Il existe donc un voisinage ouvert de \(y\) où \(n_{X/Y}\) est \(\geq n\).

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Soit \(n_{X/Y}\) la fonction sur \(Y\) donnant la dimension des fibres de \(f\), introduite dans le lemme 05F8. Alors \(n_{X/Y}\) est semi-continue supérieurement.

Démonstration

Soit \(Z_d = \{x \in X \mid \dim_x(X_{f(x)}) > d\}\). Alors \(Z_d\) est un sous-ensemble fermé de \(X\) d’après Morphismes, lemme 02FZ. Puisque \(f\) est propre, \(f(Z_d)\) est fermé. Comme \(y \in f(Z_d) \Leftrightarrow n_{X/Y}(y) > d\), on voit que le lemme est vrai.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre et plat de schémas, de présentation finie. Soit \(n_{X/Y}\) la fonction sur \(Y\) donnant la dimension des fibres de \(f\), introduite dans le lemme 05F8. Alors \(n_{X/Y}\) est localement constante.

Démonstration

C’est une conséquence immédiate des lemmes 0D4H et 0D4I.

Normalisation de Noether relative faible

Le but de cette section est de démontrer le lemme 0GTG.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_r\) des idéaux premiers de \(R\) tels que \(\mathfrak p_i \not \subset \mathfrak p_j\) si \(i \not = j\). Soient \(k_i \subset \kappa(\mathfrak p_i)\) des sous-corps tels que les extensions \(\kappa(\mathfrak p_i)/k_i\) ne soient pas algébriques. Soit \(J \subset R\) un idéal qui n’est contenu dans aucun des \(\mathfrak p_i\). Alors il existe un élément \(x \in J\) tel que l’image de \(x\) dans \(\kappa(\mathfrak p_i)\) est transcendante sur \(k_i\) pour \(i = 1, \ldots, r\).

Démonstration

L’idéal \(J_i = J \mathfrak p_1 \ldots \hat{\mathfrak p}_i \ldots \mathfrak p_r\) n’est pas contenu dans \(\mathfrak p_i\), voir Algèbre, lemme 07K1. Il s’ensuit que tout élément \(\xi\) de \(\kappa(\mathfrak p_i) = \text{Frac}(B/\mathfrak p_i)\) est de la forme \(\xi = a/b\), avec \(a, b \in J_i\) et \(b \not \in \mathfrak p_i\). En choisissant \(\xi\) transcendant sur \(k_i\), on voit que soit \(a\), soit \(b\) s’envoie sur un élément de \(\kappa(\mathfrak p_i)\) transcendant sur \(k_i\). On conclut que, pour tout \(i = 1, \ldots, r\), on peut trouver un élément \(x_i \in J_i = J \mathfrak p_1 \ldots \hat{\mathfrak p}_i \ldots \mathfrak p_r\) qui s’envoie sur un élément de \(\kappa(\mathfrak p_i)\) transcendant sur \(k_i\). Alors \(x = x_1 + \ldots + x_r\) convient.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soient \(d \geq 0\) et \(a, b \in S\). Supposons que les fibres de \[f_a : \Spec(S) \longrightarrow \mathbf{A}^1_R\] donné par l’homomorphisme de \(R\)-algèbres \(R[x] \to S\) qui envoie \(x\) sur \(a\) soient de dimension \(\leq d\). Alors il existe un \(n_0\) tel que, pour \(n \geq n_0\), les fibres de \[f_{a^n + b} : \Spec(S) \longrightarrow \mathbf{A}^1_R\] donné par l’homomorphisme de \(R\)-algèbres \(R[x] \to S\) qui envoie \(x\) sur \(a^n + b\) soient de dimension \(\leq d\).

Démonstration

Dans ce paragraphe, on se ramène au cas où \(R \to S\) est de présentation finie. En effet, écrivons \(S = R[A, B, x_1, \ldots, x_n]/J\) pour un idéal \(J \subset R[x_1, \ldots, x_n]\), où \(A\) et \(B\) s’envoient sur \(a\) et \(b\) dans \(S\). Alors \(J\) est la réunion de ses idéaux de type fini \(J_\lambda \subset J\). Posons \(S_\lambda = R[A, B, x_1, \ldots, x_n]/J_\lambda\) et notons \(a_\lambda, b_\lambda \in S_\lambda\) les images de \(A\) et \(B\). Alors, pour un certain \(\lambda\), les fibres de \[f_{a_\lambda} : \Spec(S_\lambda) \longrightarrow \mathbf{A}^1_R\] sont de dimension \(\leq d\), voir Limites, lemme 05M5. Fixons un tel \(\lambda\). Si l’on peut trouver un \(n_0\) qui convient pour \(R \to S_\lambda\), \(a_\lambda\), \(b_\lambda\), alors \(n_0\) convient pour \(R \to S\). En effet, les fibres de \(f_{a_\lambda^n + b_\lambda} : \Spec(S_\lambda) \to \mathbf{A}^1_R\) contiennent les fibres de \(f_{a^n + b} : \Spec(S) \to \mathbf{A}^1_R\). On est ainsi ramené au cas traité dans le paragraphe suivant.

Supposons que \(R \to S\) soit de présentation finie. Dans ce paragraphe, on se ramène au cas où \(R\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\). D’après Algèbre, lemme 00R1, on peut trouver un ensemble ordonné filtrant \(\Lambda\) et un système d’homomorphismes d’anneaux \(R_\lambda \to S_\lambda\) indexé par \(\Lambda\), dont la colimite est \(R \to S\), tels que \(S_\mu = S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu\) pour \(\mu \geq \lambda\) et que chacun des \(R_\lambda\) et \(S_\lambda\) soit de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Choisissons \(\lambda_0 \in \Lambda\) et des éléments \(a_{\lambda_0}, b_{\lambda_0} \in S_{\lambda_0}\) qui s’envoient sur \(a, b \in S\). Pour \(\lambda \geq \lambda_0\), notons \(a_\lambda, b_\lambda \in S_\lambda\) l’image de \(a_{\lambda_0}, b_{\lambda_0}\). Alors, pour \(\lambda \geq \lambda_0\) assez grand, les fibres de \[f_{a_\lambda} : \Spec(S_\lambda) \longrightarrow \mathbf{A}^1_{R_\lambda}\] sont de dimension \(\leq d\), voir Limites, lemme 0EY2. Fixons un tel \(\lambda\). Si l’on peut trouver un \(n_0\) qui convient pour \(R_\lambda \to S_\lambda\), \(a_\lambda\), \(b_\lambda\), alors \(n_0\) convient pour \(R \to S\). En effet, toute fibre de \(f_{a^n + b} : \Spec(S) \to \mathbf{A}^1_R\) a la même dimension qu’une fibre de \(f_{a_\lambda^n + b_\lambda} : \Spec(S_\lambda) \to \mathbf{A}^1_{R_\lambda}\) d’après Morphismes, lemme 02FY. On est ainsi ramené au cas traité dans le paragraphe suivant.

Supposons que \(R\) et \(S\) soient de type fini sur \(\mathbf{Z}\). En particulier, la dimension de \(R\) est finie, et on peut raisonner par récurrence sur \(\dim(R)\). On peut donc supposer le résultat vrai pour toutes les situations où \(R' \to S'\), \(a\), \(b\) sont comme dans le lemme, avec \(R'\) et \(S'\) de type fini sur \(\mathbf{Z}\), mais où \(\dim(R') < \dim(R)\).

Puisque l’énoncé ne concerne que la topologie du spectre de \(S\), on peut supposer \(S\) réduit. Soit \(S^\nu\) la normalisation de \(S\). Alors \(S \subset S^\nu\) est une extension finie, puisque \(S\) est excellent, voir Algèbre, proposition 0335, et Morphismes, lemme 035S. Ainsi \(\Spec(S^\nu) \to \Spec(S)\) est surjectif et fini (Algèbre, lemme 00GQ). Il s’ensuit que, si le résultat est vrai pour \(R \to S^\nu\) et les images de \(a\), \(b\) dans \(S^\nu\), alors il est vrai pour \(R \to S\), \(a\), \(b\). (Un petit détail est omis.) On est ainsi ramené au cas traité dans le paragraphe suivant.

Supposons que \(R\) et \(S\) soient de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et que \(S\) soit normal. Alors \(S = S_1 \times \ldots \times S_r\) pour certains anneaux intègres normaux \(S_i\). Si le résultat est vrai pour chaque \(R \to S_i\) et pour les images de \(a\), \(b\) dans \(S_i\), alors il est vrai pour \(R \to S\), \(a\), \(b\). (Un petit détail est omis.) On est ainsi ramené au cas traité dans le paragraphe suivant.

Supposons que \(R\) et \(S\) soient de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et que \(S\) soit un anneau intègre normal. On peut remplacer \(R\) par l’image de \(R\) dans \(S\) (cela n’augmente pas la dimension de \(R\)). On est ainsi ramené au cas traité dans le paragraphe suivant.

Supposons que \(R \subset S\) soient de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et que \(S\) soit un anneau intègre normal. Considérons le morphisme \[f_a : \Spec(S) \to \mathbf{A}^1_R\] L’hypothèse nous dit que \(f_a\) a des fibres de dimension \(\leq d\). Les fibres de \(f : \Spec(S) \to \Spec(R)\) sont donc de dimension \(\leq d + 1\) (Morphismes, lemme 02JS). Considérons le morphisme de schémas intègres \[\phi : \Spec(S) \to \mathbf{A}^2_R = \Spec(R[x, y])\] correspondant à l’homomorphisme de \(R\)-algèbres \(R[x, y] \to S\) qui envoie \(x\) sur \(a\) et \(y\) sur \(b\). Il y a deux cas à considérer :

  1. \(\phi\) est dominant, et

  2. \(\phi\) n’est pas dominant.

Nous affirmons que, dans les deux cas, il existe un entier \(n_0\) et un ouvert non vide \(V \subset \Spec(R)\) tels que, pour \(n \geq n_0\), les fibres de \(f_{a^n + b}\) aux points \(q \in \mathbf{A}^1_V\) soient de dimension \(\leq d\).

Démontrons l’affirmation dans le cas (1). On a \(f_{a^n + b} = \pi_n \circ \phi\), où \[\pi_n : \mathbf{A}^2_R \to \mathbf{A}^1_R\] est le morphisme plat correspondant à l’homomorphisme de \(R\)-algèbres \(R[x] \to R[x, y]\) qui envoie \(x\) sur \(x^n + y\). Puisque \(\phi\) est dominant, il existe un ouvert dense \(U \subset \Spec(S)\) tel que \(\phi|_U : U \to \mathbf{A}^2_R\) soit plat (cela résulte par exemple de la platitude générique, voir Morphismes, proposition 052A). Alors la composée \[f_{a^n + b}|_U : U \xrightarrow{\phi|_U} \mathbf{A}^2_R \xrightarrow{\pi_n} \mathbf{A}^1_R\] est elle aussi plate. Les fibres de ce morphisme sont donc de codimension au moins \(1\) dans les fibres de \(f|_U : U \to \Spec(R)\) d’après Morphismes, lemme 02JS. Autrement dit, les fibres de \(f_{a^n + b}|_U\) sont de dimension \(\leq d\). D’autre part, puisque \(U\) est dense dans \(\Spec(S)\), on peut trouver un ouvert non vide \(V \subset \Spec(R)\) tel que \(U \cap f^{-1}(p) \subset f^{-1}(p)\) soit dense pour tout \(p \in V\) (voir par exemple le lemme 054X). Ainsi \(\dim(f^{-1}(p) \setminus U \cap f^{-1}(p)) \leq d\), et on conclut que notre affirmation est vraie (puisque toute fibre de \(f_{a^n + b} : \Spec(S) \to \mathbf{A}^1_R\) est contenue dans une fibre de \(f\)).

Cas (2). Dans ce cas, on peut trouver un élément non nul \(g = \sum c_{ij} x^i y^j\) de \(R[x, y]\) tel que \(\Im(\phi) \subset V(g)\). On peut en fait supposer \(g\) irréductible sur \(\text{Frac}(R)\). Si \(g \in R[x]\), disons de coefficient dominant \(c\), alors, sur \(V = D(c) \subset \Spec(R)\), les fibres de \(f\) sont déjà de dimension \(\leq d\) (car l’image de \(f_a\) est contenue dans \(V(g) \subset \mathbf{A}^1_R\), qui a des fibres finies sur \(V\)). On peut donc supposer que \(g\) n’appartient pas à \(R[x]\). Soit \(s \geq 1\) le degré de \(g\) comme polynôme en \(y\), et soit \(t\) le degré de \(\sum c_{is} x^i\) comme polynôme en \(x\). Alors \(c_{ts}\) est non nul et \[g(x, -x^n) = (-1)^s c_{ts} x^{t + sn} + l.o.t.\] pourvu que \(n\) soit supérieur au degré de \(g\) comme polynôme en \(x\) (un petit détail est omis). Pour un tel \(n\), le polynôme \(g(x, -x^n)\) est un polynôme non nul en \(x\) et s’envoie sur un polynôme non nul de \(\kappa(\mathfrak p)[x]\) pour tout \(\mathfrak p \subset R\), \(c_{st} \not \in \mathfrak p\). On conclut que notre affirmation est vraie pour \(V\) égal à l’ouvert principal \(D(c_{ts})\) de \(\Spec(R)\).

Nous pouvons maintenant raisonner par récurrence sur \(\dim(R)\). En effet, soit \(I \subset R\) un idéal tel que \(V(I) = \Spec(R) \setminus V\). Observons que \(\dim(R/I) < \dim(R)\), puisque \(R\) est un anneau intègre. Soit \(n'_0\) l’entier fourni par l’hypothèse de récurrence sur \(\dim(R)\) pour \(R/I \to S/IS\) et les images de \(a\) et \(b\) dans \(S/IS\). Alors \(\max(n_0, n'_0)\) convient.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(d\) le maximum des dimensions des fibres de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\). Alors il existe un homomorphisme d’anneaux quasi-fini \(R[t_1, \ldots, t_d] \to S\).

Démonstration

Dans ce paragraphe, on se ramène au cas où \(R \to S\) est de présentation finie. En effet, écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/J\) pour un idéal \(J \subset R[x_1, \ldots, x_n]\). Alors \(J\) est la réunion de ses idéaux de type fini \(J_\lambda \subset J\). Posons \(S_\lambda = R[x_1, \ldots, x_n]/J_\lambda\). Alors, pour un certain \(\lambda\), les fibres de \(\Spec(S_\lambda) \to \Spec(R)\) sont de dimension \(\leq d\), voir Limites, lemme 05M5. Fixons un tel \(\lambda\). Si l’on peut trouver un homomorphisme quasi-fini \(R[t_1, \ldots, t_d] \to S_\lambda\), alors la composée \(R[t_1, \ldots, t_d] \to S\) est bien sûr quasi-finie. On est ainsi ramené au cas traité dans le paragraphe suivant.

Supposons que \(R \to S\) soit de présentation finie. Dans ce paragraphe, on se ramène au cas où \(R\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\). D’après Algèbre, lemme 00R1, on peut trouver un ensemble ordonné filtrant \(\Lambda\) et un système d’homomorphismes d’anneaux \(R_\lambda \to S_\lambda\) indexé par \(\Lambda\), dont la colimite est \(R \to S\), tels que \(S_\mu = S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu\) pour \(\mu \geq \lambda\) et que chacun des \(R_\lambda\) et \(S_\lambda\) soit de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Alors, pour \(\lambda\) assez grand, les fibres de \(\Spec(S_\lambda) \to \Spec(R_\lambda)\) sont de dimension \(\leq d\), voir Limites, lemme 0EY2. Fixons un tel \(\lambda\). Si l’on peut trouver un homomorphisme d’anneaux quasi-fini \(R_\lambda[t_1, \ldots, t_d] \to S_\lambda\), alors le changement de base \(R[t_1, \ldots, t_d] \to S\) est lui aussi quasi-fini (Algèbre, lemme 00PP). On est ainsi ramené au cas traité dans le paragraphe suivant.

Supposons que \(R\) et \(S\) soient de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Si \(d = 0\), alors l’homomorphisme d’anneaux est quasi-fini et la démonstration est achevée. Supposons \(d > 0\). Nous allons trouver un élément \(a \in S\) tel que les fibres de l’homomorphisme de \(R\)-algèbres \(R[x] \to S\), \(x \mapsto a\), soient de dimension \(< d\). Cela achèvera la démonstration par récurrence.

Nous allons démontrer l’existence de \(a\) par récurrence sur \(\dim(R)\).

Soient \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_r \subset S\) ceux des idéaux premiers minimaux de \(S\) tels que \(\dim_{\mathfrak q_i}(S/R) = d\). Pour la notation, voir Algèbre, définition 00QD. Disons que \(\mathfrak q_i\) est au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p_i \subset R\). On a \(\text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak p_i)}(\kappa(\mathfrak q_i)) = d\), car \(\mathfrak q_i\) est un point générique de sa fibre ; on peut par exemple appliquer Algèbre, lemme 00P1, à \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p_i)\). Ainsi, d’après le lemme 0GTE, on peut trouver un élément \(a \in S\) tel que l’image de \(a\) dans \(\kappa(\mathfrak q_i)\) soit transcendante sur \(\kappa(\mathfrak p_i)\) pour \(i = 1, \ldots, r\). Considérons le morphisme \[f_a : \Spec(S) \longrightarrow \mathbf{A}^1_R\] correspondant à l’homomorphisme de \(R\)-algèbres \(R[x] \to S\) qui envoie \(x\) sur \(a\). Soit \(U \subset \Spec(S)\) l’ouvert où les fibres sont de dimension \(\leq d - 1\), voir Morphismes, lemme 02FZ. Par construction, \(U\) contient tous les points génériques de \(\Spec(S)\). En particulier, on voit que \(U\) contient tous les points génériques de toutes les fibres génériques de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\), puisque de tels points sont nécessairement des points génériques de \(\Spec(S)\). Posons \(T = \Spec(S) \setminus U\), considéré comme un sous-schéma fermé réduit de \(\Spec(S)\). Il résulte de ce que l’on vient de dire et de l’hypothèse \(\dim(S/R) \leq d\) que les fibres génériques de \(T \to \Spec(R)\) sont de dimension \(\leq d - 1\). Ainsi, d’après le lemme 05F7, appliqué plusieurs fois pour produire des voisinages ouverts des points génériques de \(\Spec(R)\), on peut trouver un ouvert dense \(V \subset \Spec(R)\) tel que \(T_V \to V\) ait des fibres de dimension \(\leq d - 1\). On conclut que, pour \(q \in \mathbf{A}^1_V\), la fibre de \(f_a\) au-dessus de \(q\) est de dimension \(\leq d - 1\) (car on a borné la dimension de la fibre de \(f_a|_U\) et de celle de \(f_a|_T\)).

Par évitement des idéaux premiers, on peut supposer que \(V = D(f)\) pour un certain \(f \in R\). On voit alors que l’homomorphisme d’anneaux \(R_f[x] \to S_f\), \(x \mapsto a\), a des fibres de dimension \(\leq d - 1\). On peut remplacer \(a\) par \(fa\) et supposer \(a \in (f)\). Par récurrence sur \(\dim(R)\), on peut trouver un élément \(\overline{b} \in S/fS\) tel que les fibres de \(\Spec(S/fS) \to \Spec(R/fR[x])\), \(x \mapsto \overline{b}\), soient de dimension \(\leq d - 1\). Soit \(b \in S\) un relèvement de \(\overline{b}\). D’après le lemme 0GTF, il existe un \(n > 0\) tel que \(a^n + b\) convienne encore pour \(R_f \to S_f\). D’autre part, l’image de \(a^n + b\) dans \(S/fS\) est \(\overline{b}\), et la démonstration est achevée.

Théorèmes de Bertini

Nous poursuivons la discussion commencée dans Variétés, section 0FD4. Dans cette section, nous démontrons que les sections hyperplanes générales des variétés géométriquement irréductibles sont géométriquement irréductibles, en suivant l’argument remarquable donné dans [Jou].

Lemme

Soit \(K/k\) une extension de corps géométriquement irréductible et de type fini. Soit \(n \geq 1\). Soient \(g_1, \ldots, g_n \in K\) des éléments tels qu’il existe \(c_1, \ldots, c_n \in k\) pour lesquels les éléments \[x_1, \ldots, x_n, \sum g_ix_i, \sum c_ig_i \in K(x_1, \ldots, x_n)\] soient algébriquement indépendants sur \(k\). Alors \(K(x_1, \ldots, x_n)\) est géométriquement irréductible sur \(k(x_1, \ldots, x_n, \sum g_ix_i)\).

Démonstration

Soient \(c_1, \ldots, c_n \in k\) comme dans l’énoncé du lemme. Écrivons \(\xi = \sum g_ix_i\) et \(\delta = \sum c_ig_i\). Pour \(a \in k\), considérons l’automorphisme \(\sigma_a\) de \(K(x_1, \ldots, x_n)\) qui est l’identité sur \(K\) et qui est donné par les règles \[\sigma_a(x_i) = x_i + a c_i\] Observons que \(\sigma_a(\xi) = \xi + a \delta\) et \(\sigma_a(\delta) = \delta\). Considérons la tour d’extensions de corps \[K_0 = k(x_1, \ldots, x_n) \subset K_1 = K_0(\xi) \subset K_2 = K_0(\xi, \delta) \subset K(x_1, \ldots, x_n) = \Omega\] Observons que \(\sigma_a(K_0) = K_0\) et \(\sigma_a(K_2) = K_2\). Soit \(\theta \in \Omega\) un élément algébrique séparable sur \(K_1\). Nous devons montrer que \(\theta \in K_1\), voir Algèbre, lemme 0G33.

Notons \(K'_2\) la fermeture algébrique séparable de \(K_2\) dans \(\Omega\). Comme \(K'_2/K_2\) est finie (Algèbre, lemme 037Q) et séparable, il n’y a qu’un nombre fini de corps intermédiaires entre \(K'_2\) et \(K_2\) (Corps, lemme 030N). Si \(k\) est infini5, on peut alors trouver des éléments distincts \(a_1, a_2\) de \(k\) tels que \[K_2(\sigma_{a_1}(\theta)) = K_2(\sigma_{a_2}(\theta))\] comme sous-corps de \(\Omega\). Écrivons \(\theta_i = \sigma_{a_i}(\theta)\) et \(\xi_i = \sigma_{a_i}(\xi) = \xi + a_i \delta\). Observons que \[K_2 = K_0(\xi_1, \xi_2)\] car on a \(\xi_i = \xi + a_i \delta\), \(\xi = (a_2 \xi_1 - a_1 \xi_2)/(a_2 - a_1)\), et \(\delta = (\xi_1 - \xi_2)/(a_1 - a_2)\). Puisque \(K_2/K_0\) est purement transcendante de degré \(2\), on conclut que \(\xi_1\) et \(\xi_2\) sont algébriquement indépendants sur \(K_0\). Comme \(\theta_1\) est algébrique sur \(K_0(\xi_1)\), on conclut que \(\xi_2\) est transcendant sur \(K_0(\xi_1, \theta_1)\).

Par hypothèse, \(K/k\) est géométriquement irréductible. Cela implique que \(K(x_1, \ldots, x_n)/K_0\) est géométriquement irréductible (Algèbre, lemme 0G31). Cela implique à son tour que \(K_0(\xi_1, \theta_1)/K_0\) est géométriquement irréductible en tant que sous-extension (Algèbre, lemme 037N). Puisque \(\xi_2\) est transcendant sur \(K_0(\xi_1, \theta_1)\), on conclut que \(K_0(\xi_1, \xi_2, \theta_1)/K_0(\xi_2)\) est géométriquement irréductible (Algèbre, lemme 0G32). Par notre choix de \(a_1, a_2\) ci-dessus, on a \[K_0(\xi_1, \xi_2, \theta_1) = K_2(\sigma_{a_1}(\theta)) = K_2(\sigma_{a_2}(\theta)) = K_0(\xi_1, \xi_2, \theta_2)\] Comme \(\theta_2\) est algébrique séparable sur \(K_0(\xi_2)\), on conclut à nouveau, d’après Algèbre, lemme 0G33, que \(\theta_2 \in K_0(\xi_2)\). En appliquant \(\sigma_{a_2}^{-1}\) à cette relation, on obtient \(\theta \in K_0(\xi) = K_1\), comme souhaité.

Cela achève la démonstration lorsque \(k\) est infini. Si \(k\) est fini, on peut choisir une variable \(t\) et considérer l’extension \(K(t)/k(t)\), qui est géométriquement irréductible d’après Algèbre, lemme 0G31. Comme il reste vrai que \(x_1, \ldots, x_n, \sum g_ix_i, \sum c_ig_i\) dans \(K(t, x_1, \ldots, x_n)\) sont algébriquement indépendants sur \(k(t)\), on conclut que \(K(t, x_1, \ldots, x_n)\) est géométriquement irréductible sur \(k(t, x_1, \ldots, x_n, \sum g_ix_i)\) par l’argument déjà donné. Il suffit alors d’utiliser encore une fois Algèbre, lemme 0G31, pour achever la démonstration.

Lemme

Soit \(A\) un anneau intègre de type fini sur un corps \(k\). Soit \(n \geq 2\). Soient \(g_1, \ldots, g_n \in A\) des éléments tels que \(V(g_1, g_2)\) ait une composante irréductible de dimension \(\dim(A) - 2\). Alors il existe \(c_1, \ldots, c_n \in k\) tels que les éléments \[x_1, \ldots, x_n, \sum g_ix_i, \sum c_ig_i \in \text{Frac}(A)(x_1, \ldots, x_n)\] soient algébriquement indépendants sur \(k\).

Démonstration

L’indépendance algébrique sur \(k\) signifie que le morphisme \[T = \Spec(A[x_1, \ldots, x_n]) \longrightarrow \Spec(k[x_1, \ldots, x_n, y, z]) = S\] donné par \(y = \sum g_ix_i\) et \(z = \sum c_ig_i\) est dominant. Posons \(d = \dim(A)\). Si \(T \to S\) n’est pas dominant, alors son image est de dimension \(< n + 2\), et toute composante irréductible de toute fibre est donc de dimension \(> d + n - (n + 2) = d - 2\), voir Variétés, lemme 0B2L. Choisissons un point fermé \(u \in V(g_1, g_2)\) contenu dans une composante irréductible de dimension \(d - 2\) et dans aucune autre composante de \(V(g_1, g_2)\). Considérons le point fermé \(t = (u, 1, 0, \ldots 0)\) de \(T\) situé au-dessus de \(u\). Posons \((c_1, \ldots, c_n) = (0, 1, 0, \ldots, 0)\). Alors \(t\) s’envoie sur le point \(s = (1, 0, \ldots, 0)\) de \(S\). La fibre de \(T \to S\) au-dessus de \(s\) est définie par \[x_1 - 1, x_2, \ldots, x_n, \sum x_ig_i, g_2\] et est donc, de manière équivalente, définie par \[x_1 - 1, x_2, \ldots, x_n, g_1, g_2\] D’après notre condition sur \(g_1, g_2\), ce sous-schéma possède une composante irréductible de dimension \(d - 2\).

Lemme

Dans Variétés, situation 0G47, supposons que

  1. \(X\) soit de type fini sur \(k\),

  2. \(X\) soit géométriquement irréductible sur \(k\),

  3. il existe \(v_1, v_2, v_3 \in V\) et une composante irréductible \(Z\) de \(H_{v_2} \cap H_{v_3}\) telles que \(Z \not \subset H_{v_1}\) et \(\text{codim}(Z, X) = 2\), et

  4. toute composante irréductible \(Y\) de \(\bigcap_{v \in V} H_v\) ait \(\text{codim}(Y, X) \geq 2\).

Alors, pour \(v \in V \otimes_k k'\) général, le schéma \(H_v\) est géométriquement irréductible sur \(k'\).

Démonstration

Pour que l’hypothèse (3) soit satisfaite, les éléments \(v_1, v_2, v_3\) doivent être linéairement indépendants sur \(k\) dans \(V\) (un petit détail est omis). On peut donc choisir une base \(v_1, \ldots, v_r\) de \(V\) contenant ces éléments comme ses \(3\) premiers éléments. Rappelons que \(H_{univ} \subset \mathbf{A}^r_k \times_k X\) est le « diviseur universel ». Considérons la projection \(q : H_{univ} \to \mathbf{A}^r_k\) dont les fibres schématiques sont les diviseurs \(H_v\). D’après le lemme 0559, il suffit de montrer que la fibre générique de \(q\) est géométriquement irréductible. Pour cela, on peut remplacer \(X\) par son réduit ; on peut donc supposer que \(X\) est un schéma intègre de type fini sur \(k\).

Soit \(U \subset X\) un ouvert affine non vide tel que \(\mathcal{L}|_U \cong \mathcal{O}_U\). Écrivons \(U = \Spec(A)\). Notons \(f_i \in A\) l’élément correspondant à la section \(\psi(v_i)|_U\) via l’isomorphisme \(\mathcal{L}|_U \cong \mathcal{O}_U\). Alors \(H_{univ} \cap (\mathbf{A}^r_k \times_k U)\) est donné par \[H_U = \Spec(A[x_1, \ldots, x_r]/(x_1f_1 + \ldots + x_rf_r))\] Par notre choix de la base, on voit que \(f_1\) ne peut pas être nul, car cela signifierait que \(v_1 = 0\) et donc que \(H_{v_1} = X\), ce qui contredit l’hypothèse (3). Ainsi \(\sum x_if_i\) est un non-diviseur de zéro dans \(A[x_1, \ldots, x_r]\). Il s’ensuit que toute composante irréductible de \(H_U\) est de dimension \(d + r - 1\), où \(d = \dim(X) = \dim(A)\). Si \(U' = U \cap D(f_1)\), alors on voit que \[H_{U'} = \Spec(A_{f_1}[x_1, \ldots, x_r]/(x_1f_1 + \ldots + x_rf_r)) \cong \Spec(A_{f_1}[x_2, \ldots x_r]) = \mathbf{A}^{r - 1}_k \times_k U'\] est irréductible. D’autre part, on a \[H_U \setminus H_{U'} = \Spec(A/(f_1)[x_1, \ldots, x_r]/(x_2f_2 + \ldots + x_rf_r))\] qui est de dimension au plus \(d + r - 2\). En effet, pour \(i \not = 1\), le schéma \((H_U \setminus H_{U'}) \times_U D(f_i)\) est soit vide (si \(f_i = 0\)), soit, par le même argument que ci-dessus, isomorphe à un espace affine de dimension \(r - 1\) sur un ouvert de \(\Spec(A/(f_1))\), et est donc de dimension au plus \(d + r - 2\). D’autre part, \((H_U \setminus H_{U'}) \times_U V(f_2, \ldots, f_r)\) est un espace affine de dimension \(r\) sur \(\Spec(A/(f_1, \ldots, f_r))\) ; l’hypothèse (4) nous dit donc qu’il est de dimension au plus \(d + r - 2\). On conclut que \(H_U\) est irréductible pour tout \(U\) comme ci-dessus. Il s’ensuit que \(H_{univ}\) est irréductible.

Il suffit donc de montrer que le point générique de \(H_{univ}\) est géométriquement irréductible sur le point générique de \(\mathbf{A}^r_k\), voir Variétés, lemme 054Q. Choisissons un ouvert affine non vide \(U = \Spec(A)\) de \(X\), contenu dans \(X \setminus H_{v_1}\) et qui rencontre la composante irréductible \(Z\) de \(H_{v_2} \cap H_{v_3}\) dont l’existence est affirmée dans l’hypothèse (3). Avec les notations ci-dessus, il faut démontrer que l’extension de corps \[\text{Frac}(A[x_1, \ldots, x_r]/(x_1f_1 + \ldots + x_rf_r))/ k(x_1, \ldots , x_r)\] est géométriquement irréductible. Observons que \(f_1\) est inversible dans \(A\) par notre choix de \(U\). Posons \(K = \text{Frac}(A)\), le corps des fractions de \(A\). En éliminant la variable \(x_1\) comme ci-dessus, on trouve qu’il faut montrer que l’extension de corps \[K(x_2, \ldots, x_r)/ k(x_2, \ldots, x_r, -\sum\nolimits_{i = 2, \ldots, r} f_1^{-1}f_i x_i)\] est géométriquement irréductible. D’après le lemme 0G4D, il suffit de montrer que, pour certains \(c_2, \ldots, c_r \in k\), les éléments \[x_2, \ldots, x_r, \sum\nolimits_{i = 2, \ldots, r} f_1^{-1}f_i x_i, \sum\nolimits_{i = 2, \ldots, r} c_if_1^{-1}f_i\] sont algébriquement indépendants sur \(k\) dans le corps des fractions de \(A[x_2, \ldots, x_r]\). Cela résulte du lemme 0G4E et du fait que \(Z \cap U\) est une composante irréductible de \(V(f_1^{-1}f_2, f_1^{-1}f_3) \subset U\).

Remarque

Esquissons une démonstration « géométrique » d’un cas particulier du lemme 0G4F. Supposons que \(k\) soit un corps algébriquement clos et que \(X \subset \mathbf{P}^n_k\) soit lisse et irréductible de dimension \(\geq 2\). Nous affirmons qu’il existe un hyperplan \(H \subset \mathbf{P}^n_k\) tel que \(X \cap H\) soit lisse et irréductible. En effet, d’après Variétés, lemme 0FD6, pour \(v \in V = kT_0 \oplus \ldots \oplus kT_n\) général, la section hyperplane correspondante \(X \cap H_v\) est lisse. D’autre part, d’après Enriques–Severi–Zariski, le schéma \(X \cap H_v\) est connexe, voir Variétés, lemme 0FD9. Ainsi \(X \cap H_v\) est lisse et irréductible.

Théorème du cube

Le lemme suivant nous dit que la diagonale du foncteur de Picard est représentable par des immersions localement fermées sous les hypothèses faites dans le lemme.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme plat et propre de présentation finie. Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang fini. Pour un morphisme \(g : T \to S\), considérons le diagramme de changement de base \[\xymatrix{ X_T \ar[d]_p \ar[r]_q & X \ar[d]^f \\ T \ar[r]^g & S }\] Supposons que \(\mathcal{O}_T \to p_*\mathcal{O}_{X_T}\) soit un isomorphisme pour tout \(g : T \to S\). Alors il existe une immersion \(j : Z \to S\) de présentation finie telle qu’un morphisme \(g : T \to S\) se factorise par \(Z\) si et seulement s’il existe un \(\mathcal{O}_T\)-module localement libre de rang fini \(\mathcal{N}\) tel que \(p^*\mathcal{N} \cong q^*\mathcal{E}\).

Démonstration

Observons que les fibres \(X_s\) de \(f\) sont connexes par notre hypothèse \(H^0(X_s, \mathcal{O}_{X_s}) = \kappa(s)\). Le rang de \(\mathcal{E}\) est donc constant sur les fibres. Puisque \(f\) est ouvert (Morphismes, lemme 01UA) et fermé, on conclut qu’il existe une décomposition \(S = \coprod S_r\) de \(S\) en sous-schémas ouverts et fermés telle que \(\mathcal{E}\) soit de rang constant \(r\) sur l’image réciproque de \(S_r\). On peut donc supposer que \(\mathcal{E}\) est de rang constant \(r\). On notera \(\mathcal{E}^\vee = \SheafHom(\mathcal{E}, \mathcal{O}_X)\) le module dual, de rang \(r\).

D’après la cohomologie et le changement de base (plus précisément, d’après Catégories dérivées de schémas, lemme 0B91), on voit que \(E = Rf_*\mathcal{E}\) est un objet parfait de la catégorie dérivée de \(S\) et que sa formation commute au changement de base arbitraire. Il en va de même pour \(E' = Rf_*\mathcal{E}^\vee\). Comme il n’y a jamais de cohomologie en degrés \(< 0\), on voit que \(E\) et \(E'\) ont (localement) une amplitude de Tor dans \([0, b]\) pour un certain \(b\). Observons que, pour tout \(g : T \to S\), on a \(p_*(q^*\mathcal{E}) = H^0(Lg^*E)\) et \(p_*(q^*\mathcal{E}^\vee) = H^0(Lg^*E')\). Soient \(j : Z \to S\) et \(j' : Z' \to S\) les immersions de présentation finie construites dans Catégories dérivées de schémas, lemme 0BDL, pour \(E\) et \(E'\), avec \(a = 0\) et \(r = r\) ; elles sont, en gros, caractérisées par la propriété que \(H^0(Lj^*E)\) et \(H^0((j')^*E')\) sont des modules localement libres de rang fini et que la formation de ces modules commute au changement de base.

Soit \(g : T \to S\) un morphisme. S’il existe un \(\mathcal{N}\) comme dans le lemme, alors, en utilisant la formule de projection Cohomologie, lemme 01E8, on voit que les modules \[p_*(q^*\mathcal{E}) \cong p_*(p^*\mathcal{N}) \cong \mathcal{N} \otimes_{\mathcal{O}_T} p_*\mathcal{O}_{X_T} \cong \mathcal{N}\quad\text{et de même }\quad p_*(q^*\mathcal{E}^\vee) \cong \mathcal{N}^\vee\] sont des modules localement libres de rang \(r\) et le restent après tout changement de base ultérieur \(T' \to T\). Dans ce cas, \(T \to S\) se factorise donc par \(j\) et par \(j'\). On peut ainsi remplacer \(S\) par \(Z \times_S Z'\) et supposer que \(f_*\mathcal{E}\) et \(f_*\mathcal{E}^\vee\) sont des \(\mathcal{O}_S\)-modules localement libres de rang \(r\) dont la formation commute au changement de base arbitraire (un petit détail est omis).

Dans cette situation, si \(g : T \to S\) est un morphisme et s’il existe un \(\mathcal{N}\) comme dans le lemme, alors l’application (le cup-produit en degré \(0\)) \[p_*(q^*\mathcal{E}) \otimes_{\mathcal{O}_T} p_*(q^*\mathcal{E}^\vee) \longrightarrow \mathcal{O}_T\] est un accouplement parfait. Réciproquement, si cette application de cup-produit est un accouplement parfait, on voit que, localement sur \(T\), on peut choisir une base de sections \(\sigma_1, \ldots, \sigma_r\) dans \(p_*(q^*\mathcal{E})\) et \(\tau_1, \ldots, \tau_r\) dans \(p_*(q^*\mathcal{E}^\vee)\) dont les produits vérifient \(\sigma_i \tau_j = \delta_{ij}\). En considérant \(\sigma_i\) comme une section de \(q^*\mathcal{E}\) sur \(X_T\) et \(\tau_j\) comme une section de \(q^*\mathcal{E}^\vee\) sur \(X_T\), on conclut que \[\sigma_1, \ldots, \sigma_r : \mathcal{O}_{X_T}^{\oplus r} \longrightarrow q^*\mathcal{E}\] est un isomorphisme dont l’inverse est donné par \[\tau_1, \ldots, \tau_r : q^*\mathcal{E} \longrightarrow \mathcal{O}_{X_T}^{\oplus r}\] Autrement dit, on voit que \(p^*p_*q^*\mathcal{E} \cong q^*\mathcal{E}\). Or, la condition que le cup-produit soit non dégénéré définit un sous-schéma ouvert rétrocompact (à savoir, le lieu où un déterminant convenable est non nul), et la démonstration est achevée.

Le lemme précédent nous dit en particulier que, si un fibré vectoriel est trivial sur les fibres d’une famille propre et plate d’espaces propres, alors il est l’image réciproque d’un fibré vectoriel. Détaillons un peu cela.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme plat et propre de présentation finie tel que \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_S\), et que cela reste vrai après tout changement de base. Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang fini. Supposons que

  1. \(\mathcal{E}|_{X_s}\) soit isomorphe à \(\mathcal{O}_{X_s}^{\oplus r_s}\) pour tout \(s \in S\), et

  2. \(S\) soit réduit.

Alors \(\mathcal{E} = f^*\mathcal{N}\) pour un certain \(\mathcal{O}_S\)-module localement libre de rang fini \(\mathcal{N}\).

Démonstration

En effet, dans ce cas, l’immersion localement fermée \(j : Z \to S\) du lemme 0BDP est bijective, et est donc une immersion fermée. Mais puisque \(S\) est réduit, \(j\) est un isomorphisme.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme propre et plat de présentation finie. Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Supposons que

  1. \(S\) soit le spectre d’un anneau de valuation,

  2. \(\mathcal{L}\) soit trivial sur la fibre générique \(X_\eta\) de \(f\),

  3. la fibre fermée \(X_0\) de \(f\) soit intègre,

  4. \(H^0(X_\eta, \mathcal{O}_{X_\eta})\) soit égal au corps des fonctions de \(S\).

Alors \(\mathcal{L}\) est trivial.

Démonstration

Écrivons \(S = \Spec(A)\). Nous allons d’abord démontrer le lemme lorsque \(A\) est un anneau de valuation discrète (car c’est le cas le plus souvent utilisé en pratique). Soit \(\pi \in A\) une uniformisante. Prenons une section trivialisante \(s \in \Gamma(X_\eta, \mathcal{L}_\eta)\). Après avoir remplacé \(s\) par \(\pi^n s\) si nécessaire, on peut supposer que \(s \in \Gamma(X, \mathcal{L})\). Si \(s|_{X_0} = 0\), on voit alors que \(s\) est divisible par \(\pi\) (parce que \(X_0\) est la fibre schématique et que \(X\) est plat sur \(A\)). On peut donc supposer que \(s|_{X_0}\) est non nul. Le lieu des zéros \(Z(s)\) de \(s\) est alors contenu dans \(X_0\), mais ne contient pas le point générique de \(X_0\) (parce que \(X_0\) est intègre). Cela signifie que \(Z(s)\) est de codimension \(\geq 2\) dans \(X\), ce qui contredit Diviseurs, lemme 0BCN, à moins que \(Z(s) = \emptyset\), comme souhaité.

Démonstration dans le cas général. Puisque l’anneau de valuation \(A\) est cohérent (Algèbre, exemple 0EWV), on voit que \(H^0(X, \mathcal{L})\) est un \(A\)-module cohérent, voir Catégories dérivées de schémas, lemme 0EX6. De manière équivalente, \(H^0(X, \mathcal{L})\) est un \(A\)-module de présentation finie (Algèbre, lemme 05CX). Puisque \(H^0(X, \mathcal{L})\) est sans torsion (par platitude de \(X\) sur \(A\)), on déduit de Plus sur l’algèbre, lemme 0ASP, que \(H^0(X, \mathcal{L}) = A^{\oplus n}\) pour un certain \(n\). Par changement de base plat (Cohomologie des schémas, lemme 02KH), on a \[K = H^0(X_\eta, \mathcal{O}_{X_\eta}) \cong H^0(X_\eta, \mathcal{L}_\eta) = H^0(X, \mathcal{L}) \otimes_A K\] où \(K\) est le corps des fractions de \(A\). Ainsi \(n = 1\). Choisissons un générateur \(s \in H^0(X, \mathcal{L})\). Soit \(\mathfrak m \subset A\) l’idéal maximal. Alors \(\kappa = A/\mathfrak m = \colim A/\pi\), où il s’agit de la colimite filtrante sur les \(\pi \in \mathfrak m\) non nuls (on utilise ici le fait que \(A\) est un anneau de valuation). Ainsi \(X_0 = \lim X \times_S \Spec(A/\pi)\). Si \(s|_{X_0}\) est nul, alors, pour un certain \(\pi\), on voit que la restriction de \(s\) à \(X \times_S \Spec(A/\pi)\) est nulle, voir Limites, lemme 01Z0. Mais si cela se produit, alors \(\pi^{-1} s\) est une section globale de \(\mathcal{L}\), ce qui contredit le fait que \(s\) soit un générateur de \(H^0(X, \mathcal{L})\). Ainsi \(s|_{X_0}\) n’est pas nul. Soit \(Z(s) \subset X\) le schéma des zéros de \(s\). Puisque \(s|_{X_0}\) n’est pas nul et que \(X_0\) est intègre, on voit que \(Z(s)_0 \subset X_0\) est un diviseur de Cartier effectif. Puisque \(f\) est propre et que \(S\) est local, tout point de \(Z(s)\) se spécialise en un point de \(Z(s)_0\). Ainsi, d’après Diviseurs, lemme 062Y, partie (3), on voit que \(Z(s)\) est un diviseur de Cartier effectif relatif ; en particulier, \(Z(s) \to S\) est plat. Par conséquent, si \(Z(s)\) était non vide, alors \(Z(s)_\eta\) serait non vide, ce qui contredit le fait que \(s|_{X_\eta}\) soit une trivialisation de \(\mathcal{L}_\eta\). Ainsi \(Z(s) = \emptyset\), comme souhaité.

Lemme

Soient \(f : X \to S\) et \(\mathcal{E}\) comme dans le lemme 0BDP, et supposons en outre que \(\mathcal{E}\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Si, de plus, les fibres géométriques de \(f\) sont intègres, alors \(Z\) est fermé dans \(S\).

Démonstration

Puisque \(j : Z \to S\) est de présentation finie, il suffit de montrer ceci : pour tout morphisme \(g : \Spec(A) \to S\), où \(A\) est un anneau de valuation de corps des fractions \(K\), tel que \(g(\Spec(K)) \in j(Z)\), on a \(g(\Spec(A)) \subset j(Z)\). Voir Morphismes, lemme 02JQ. Cela résulte du lemme 0EX8 et de la caractérisation de \(j : Z \to S\) dans le lemme 0BDP.

Lemme

Considérons un diagramme commutatif de schémas \[\xymatrix{ X' \ar[rr] \ar[dr]_{f'} & & X \ar[dl]^f \\ & S }\] où \(f' : X' \to S\) et \(f : X \to S\) satisfont les hypothèses du lemme 0BDP. Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible, et soit \(\mathcal{L}'\) son image réciproque sur \(X'\). Soit \(Z \subset S\), resp. \(Z' \subset S\), le sous-schéma localement fermé construit dans le lemme 0BDP pour \((f, \mathcal{L})\), resp. \((f', \mathcal{L}')\), de sorte que \(Z \subset Z'\). Si \(s \in Z\) et si \[H^1(X_s, \mathcal{O}) \longrightarrow H^1(X'_s, \mathcal{O})\] est injectif, alors \(Z \cap U = Z' \cap U\) pour un certain voisinage ouvert \(U\) de \(s\).

Démonstration

On peut remplacer \(S\) par \(Z'\). Après avoir remplacé \(S\) par un voisinage ouvert affine de \(s\), on peut supposer que \(\mathcal{L}' = \mathcal{O}_{X'}\). Soient \(E = Rf_*\mathcal{L}\) et \(E' = Rf'_*\mathcal{L}' = Rf'_*\mathcal{O}_{X'}\). Ce sont des complexes parfaits dont la formation commute à tout changement de base (Catégories dérivées de schémas, lemme 0B91). En particulier, on voit que \[E \otimes_{\mathcal{O}_S}^\mathbf{L} \kappa(s) = R\Gamma(X_s, \mathcal{L}_s) = R\Gamma(X_s, \mathcal{O}_{X_s})\] La seconde égalité vient de ce que \(s \in Z\). Posons \(h_i = \dim_{\kappa(s)} H^i(X_s, \mathcal{O}_{X_s})\). Après avoir rétréci \(S\), on peut représenter \(E\) par un complexe \[\mathcal{O}_S \to \mathcal{O}_S^{\oplus h_1} \to \mathcal{O}_S^{\oplus h_2} \to \ldots\] voir Plus sur l’algèbre, lemme 0BCD (à strictement parler, cela utilise aussi Catégories dérivées de schémas, lemmes 06Z0 et 08EB). De même, on peut supposer que \(E'\) est représenté par un complexe \[\mathcal{O}_S \to \mathcal{O}_S^{\oplus h'_1} \to \mathcal{O}_S^{\oplus h'_2} \to \ldots\] où \(h'_i = \dim_{\kappa(s)} H^i(X'_s, \mathcal{O}_{X'_s})\). Par fonctorialité de la cohomologie, on dispose d’un morphisme \[E \longrightarrow E'\] dans \(D(\mathcal{O}_S)\) dont la formation commute à tout changement de base. Puisque le complexe représentant \(E\) est un complexe fini de modules libres de type fini et que \(S\) est affine, on peut choisir un morphisme de complexes \[\xymatrix{ \mathcal{O}_S \ar[r]_d \ar[d]_a & \mathcal{O}_S^{\oplus h_1} \ar[r] \ar[d]_b & \mathcal{O}_S^{\oplus h_2} \ar[r] \ar[d]_c & \ldots \\ \mathcal{O}_S \ar[r]^{d'} & \mathcal{O}_S^{\oplus h'_1} \ar[r] & \mathcal{O}_S^{\oplus h'_2} \ar[r] & \ldots }\] représentant le morphisme donné \(E \to E'\). Puisque \(s \in Z\), on voit que la section trivialisante de \(\mathcal{L}_s\) donne par image réciproque une section trivialisante de \(\mathcal{L}'_s = \mathcal{O}_{X'_s}\). Ainsi \(a \otimes \kappa(s)\) est un isomorphisme ; après avoir rétréci \(S\), on voit donc que \(a\) est un isomorphisme. Enfin, on utilise l’hypothèse que \(H^1(X_s, \mathcal{O}) \to H^1(X'_s, \mathcal{O})\) est injectif pour voir qu’il existe un mineur \(h_1 \times h_1\) de la matrice définissant \(b\) dont l’image est un élément non nul de \(\kappa(s)\). Après avoir rétréci \(S\), on peut donc supposer que \(b\) est injectif. Or, puisque \(\mathcal{L}' = \mathcal{O}_{X'}\), on voit que \(d' = 0\). Il s’ensuit que \(d = 0\). On voit ainsi que la section trivialisante de \(\mathcal{L}_s\) se relève en une section de \(\mathcal{L}\) sur \(X\). Un argument topologique immédiat (omis) montre que cela signifie que \(\mathcal{L}\) est trivial après avoir éventuellement encore un peu rétréci \(S\).

Lemme

Considérons \(n\) diagrammes commutatifs de schémas \[\xymatrix{ X_i \ar[rr] \ar[dr]_{f_i} & & X \ar[dl]^f \\ & S }\] où \(f_i : X_i \to S\) et \(f : X \to S\) satisfont les hypothèses du lemme 0BDP. Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible, et soit \(\mathcal{L}_i\) son image réciproque sur \(X_i\). Soit \(Z \subset S\), resp. \(Z_i \subset S\), le sous-schéma localement fermé construit dans le lemme 0BDP pour \((f, \mathcal{L})\), resp. \((f_i, \mathcal{L}_i)\), de sorte que \(Z \subset \bigcap_{i = 1, \ldots, n} Z_i\). Si \(s \in Z\) et si \[H^1(X_s, \mathcal{O}) \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, n} H^1(X_{i, s}, \mathcal{O})\] est injectif, alors \(Z \cap U = (\bigcap_{i = 1, \ldots, n} Z_i) \cap U\) (intersection schématique) pour un certain voisinage ouvert \(U\) de \(s\).

Démonstration

Ce lemme est une variante du lemme 0BF1, et nous recommandons vivement au lecteur de lire d’abord cette démonstration ; la présente démonstration en est essentiellement une copie, avec de légères modifications. Il résulte de la description des points (à valeurs dans des schémas) de \(Z\) et des \(Z_i\) que \(Z \subset \bigcap_{i = 1, \ldots, n} Z_i\), où l’intersection est schématique. On peut donc remplacer \(S\) par l’intersection schématique \(\bigcap_{i = 1, \ldots, n} Z_i\). Après avoir remplacé \(S\) par un voisinage ouvert affine de \(s\), on peut supposer que \(\mathcal{L}_i = \mathcal{O}_{X_i}\) pour \(i = 1, \ldots, n\). Soient \(E = Rf_*\mathcal{L}\) et \(E_i = Rf_{i, *}\mathcal{L}_i = Rf_{i, *}\mathcal{O}_{X_i}\). Ce sont des complexes parfaits dont la formation commute à tout changement de base (Catégories dérivées de schémas, lemme 0B91). En particulier, on voit que \[E \otimes_{\mathcal{O}_S}^\mathbf{L} \kappa(s) = R\Gamma(X_s, \mathcal{L}_s) = R\Gamma(X_s, \mathcal{O}_{X_s})\] La seconde égalité vient de ce que \(s \in Z\). Posons \(h_j = \dim_{\kappa(s)} H^j(X_s, \mathcal{O}_{X_s})\). Après avoir rétréci \(S\), on peut représenter \(E\) par un complexe \[\mathcal{O}_S \to \mathcal{O}_S^{\oplus h_1} \to \mathcal{O}_S^{\oplus h_2} \to \ldots\] voir Plus sur l’algèbre, lemme 0BCD (à strictement parler, cela utilise aussi Catégories dérivées de schémas, lemmes 06Z0 et 08EB). De même, on peut supposer que \(E_i\) est représenté par un complexe \[\mathcal{O}_S \to \mathcal{O}_S^{\oplus h_{i, 1}} \to \mathcal{O}_S^{\oplus h_{i, 2}} \to \ldots\] où \(h_{i, j} = \dim_{\kappa(s)} H^j(X_{i, s}, \mathcal{O}_{X_{i, s}})\). Par fonctorialité de la cohomologie, on dispose d’un morphisme \[E \longrightarrow E_i\] dans \(D(\mathcal{O}_S)\) dont la formation commute à tout changement de base. Puisque le complexe représentant \(E\) est un complexe fini de modules libres de type fini et que \(S\) est affine, on peut choisir un morphisme de complexes \[\xymatrix{ \mathcal{O}_S \ar[r]_d \ar[d]_{a_i} & \mathcal{O}_S^{\oplus h_1} \ar[r] \ar[d]_{b_i} & \mathcal{O}_S^{\oplus h_2} \ar[r] \ar[d]_{c_i} & \ldots \\ \mathcal{O}_S \ar[r]^{d_i} & \mathcal{O}_S^{\oplus h_{i, 1}} \ar[r] & \mathcal{O}_S^{\oplus h_{i, 2}} \ar[r] & \ldots }\] représentant le morphisme donné \(E \to E_i\). Puisque \(s \in Z\), on voit que la section trivialisante de \(\mathcal{L}_s\) donne par image réciproque une section trivialisante de \(\mathcal{L}_{i, s} = \mathcal{O}_{X_{i, s}}\). Ainsi \(a_i \otimes \kappa(s)\) est un isomorphisme ; après avoir rétréci \(S\), on voit donc que \(a_i\) est un isomorphisme. Enfin, on utilise l’hypothèse que \(H^1(X_s, \mathcal{O}) \to \bigoplus_{i = 1, \ldots, n} H^1(X_{i, s}, \mathcal{O})\) est injectif pour voir qu’il existe un mineur \(h_1 \times h_1\) de la matrice définissant \(\oplus b_i\) dont l’image est un élément non nul de \(\kappa(s)\). Après avoir rétréci \(S\), on peut donc supposer que \((b_1, \ldots, b_n) : \mathcal{O}_S^{h_1} \to \bigoplus_{i = 1, \ldots, n} \mathcal{O}_S^{h_{i, 1}}\) est injectif. Or, puisque \(\mathcal{L}_i = \mathcal{O}_{X_i}\), on voit que \(d_i = 0\) pour \(i = 1, \ldots n\). Il s’ensuit que \(d = 0\), car \((b_1, \ldots, b_n) \circ d = (\oplus d_i) \circ (a_1, \ldots, a_n)\). On voit ainsi que la section trivialisante de \(\mathcal{L}_s\) se relève en une section de \(\mathcal{L}\) sur \(X\). Un argument topologique immédiat (omis) montre que cela signifie que \(\mathcal{L}\) est trivial après avoir éventuellement encore un peu rétréci \(S\).

Lemme

Soient \(f : X \to S\) et \(g : Y \to S\) des morphismes de schémas satisfaisant les hypothèses du lemme 0BDP. Soient \(\sigma : S \to X\) et \(\tau : S \to Y\) des sections de \(f\) et de \(g\). Soit \(s \in S\). Soit \(\mathcal{L}\) un faisceau inversible sur \(X \times_S Y\). Si \((1 \times \tau)^*\mathcal{L}\) sur \(X\), \((\sigma \times 1)^*\mathcal{L}\) sur \(Y\) et \(\mathcal{L}|_{(X \times_S Y)_s}\) sont triviales, alors il existe un voisinage ouvert \(U\) de \(s\) tel que \(\mathcal{L}\) soit trivial sur \((X \times_S Y)_U\).

Démonstration

Par la formule de Künneth (Variétés, lemme 0BED), le morphisme \[H^1(X_s \times_{\Spec(\kappa(s))} Y_s, \mathcal{O}) \to H^1(X_s, \mathcal{O}) \oplus H^1(Y_s, \mathcal{O})\] est injectif. On peut donc appliquer le lemme 0BF2 aux deux morphismes \[1 \times \tau : X \to X \times_S Y \quad\text{et}\quad \sigma \times 1 : Y \to X \times_S Y\] pour conclure.

Théorème

Soit \(S\) un schéma. Soient \(X\), \(Y\) et \(Z\) des schémas sur \(S\). Soient \(x : S \to X\) et \(y : S \to Y\) des sections des morphismes structuraux. Soit \(\mathcal{L}\) un module inversible sur \(X \times_S Y \times_S Z\). Si

  1. \(X \to S\) et \(Y \to S\) sont des morphismes plats, propres et de présentation finie, à fibres géométriquement intègres,

  2. les images réciproques de \(\mathcal{L}\) par \(x \times \text{id}_Y \times \text{id}_Z\) et \(\text{id}_X \times y \times \text{id}_Z\) sont triviales sur \(Y \times_S Z\) et \(X \times_S Z\),

  3. il existe un point \(z \in Z\) tel que la restriction de \(\mathcal{L}\) à \(X \times_S Y \times_S z\) soit triviale, et

  4. \(Z\) est connexe,

alors \(\mathcal{L}\) est trivial.

Un cas particulier fréquemment utilisé est le suivant. Soit \(k\) un corps. Soient \(X, Y, Z\) des variétés munies respectivement de points \(k\)-rationnels \(x, y, z\). Soit \(\mathcal{L}\) un module inversible sur \(X \times Y \times Z\). Si

  1. \(\mathcal{L}\) est trivial sur \(x \times Y \times Z\), \(X \times y \times Z\) et \(X \times Y \times z\), et

  2. \(X\) et \(Y\) sont géométriquement intègres et propres sur \(k\),

alors \(\mathcal{L}\) est trivial.

Démonstration

Remarquons que le morphisme \(X \times_S Y \to S\) est plat, propre et de présentation finie, à fibres géométriquement intègres (voir Variétés, lemmes 038K, 038F et 035Z pour l’assertion concernant les fibres). Par Catégories dérivées de schémas, lemme 0E0L, on voit que l’image directe du faisceau structural par \(X \to S\), \(Y \to S\) ou \(X \times_S Y \to S\) est le faisceau structural de \(S\), et que cela reste vrai après tout changement de base. On peut donc appliquer le lemme 0BDP au morphisme \[p : X \times_S Y \times_S Z \longrightarrow Z\] et au module inversible \(\mathcal{L}\) pour obtenir un sous-schéma localement fermé « universel » \(Z' \subset Z\) tel que \(\mathcal{L}|_{X \times_S Y \times_S Z'}\) soit l’image réciproque d’un module inversible \(\mathcal{N}\) sur \(Z'\). L’existence de \(z\) montre que \(Z'\) est non vide. D’après le lemme 0BF0, on voit que \(Z' \subset Z\) est un sous-schéma fermé. Soit \(z' \in Z'\) un point. Remarquons que l’on peut écrire \(p\) comme le morphisme produit \[(X \times_S Z) \times_Z (Y \times_S Z) \longrightarrow Z\] On peut donc appliquer le lemme 0BF3 au morphisme \(p\), au point \(z'\) et aux sections \(\sigma : Z \to X \times_S Z\) et \(\tau : Z \to Y \times_S Z\) données par \(x\) et \(y\). On en déduit que \(Z'\) est ouvert. Ainsi \(Z' = Z\) et \(\mathcal{L} = p^*\mathcal{N}\) pour un certain module inversible \(\mathcal{N}\) sur \(Z\). En prenant l’image réciproque par \(x \times y \times \text{id}_Z : Z \to X \times_S Y \times_S Z\), on obtient d’une part \(\mathcal{N}\) et, d’autre part, le module inversible trivial d’après l’hypothèse (2). Ainsi \(\mathcal{N} = \mathcal{O}_Z\), ce qui achève la démonstration.

Arguments de passage à la limite

Quelques lemmes faisant intervenir des limites de schémas, ainsi que l’approximation noethérienne. Nous nous en tenons principalement au cas affine. Certains de ces lemmes sont des cas particuliers de lemmes du chapitre consacré aux limites.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas affines, de présentation finie. Alors il existe un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X_0 \ar[d]_{f_0} & X \ar[l]^g \ar[d]^f \\ S_0 & S \ar[l] }\] tel que

  1. \(X_0\), \(S_0\) soient des schémas affines,

  2. \(S_0\) soit de type fini sur \(\mathbf{Z}\),

  3. \(f_0\) soit de type fini.

Démonstration

Écrivons \(S = \Spec(A)\) et \(X = \Spec(B)\). Comme \(f\) est de présentation finie, on voit que \(B\) est une \(A\)-algèbre de présentation finie, voir Morphismes, Lemme 01TQ. Le lemme résulte donc de Algèbre, Lemme 00R1.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas affines, de présentation finie. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de présentation finie. Alors il existe un diagramme comme dans le Lemme 05FB tel qu’il existe un \(\mathcal{O}_{X_0}\)-module cohérent \(\mathcal{F}_0\) vérifiant \(g^*\mathcal{F}_0 = \mathcal{F}\).

Démonstration

Écrivons \(S = \Spec(A)\), \(X = \Spec(B)\) et \(\mathcal{F} = \widetilde{M}\). Comme \(f\) est de présentation finie, on voit que \(B\) est une \(A\)-algèbre de présentation finie, voir Morphismes, Lemme 01TQ. Comme \(\mathcal{F}\) est de présentation finie sur \(\mathcal{O}_X\), on voit que \(M\) est un \(B\)-module de présentation finie, voir Propriétés, Lemme 01PC. Le lemme résulte donc de Algèbre, Lemme 00R1.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas affines, de présentation finie. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de présentation finie et plat sur \(S\). On peut alors choisir un diagramme comme dans le Lemme 05FC et un faisceau \(\mathcal{F}_0\) tels qu’en outre \(\mathcal{F}_0\) soit plat sur \(S_0\).

Démonstration

Écrivons \(S = \Spec(A)\), \(X = \Spec(B)\) et \(\mathcal{F} = \widetilde{M}\). Comme \(f\) est de présentation finie, on voit que \(B\) est une \(A\)-algèbre de présentation finie, voir Morphismes, Lemme 01TQ. Comme \(\mathcal{F}\) est de présentation finie sur \(\mathcal{O}_X\), on voit que \(M\) est un \(B\)-module de présentation finie, voir Propriétés, Lemme 01PC. Comme \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\), on voit que \(M\) est plat sur \(A\), voir Morphismes, Lemme 01U4. Le lemme résulte donc de Algèbre, Lemme 02JO.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas affines, de présentation finie et plat. Alors il existe un diagramme comme dans le Lemme 05FB tel qu’en outre \(f_0\) soit plat.

Démonstration

C’est un cas particulier du Lemme 05FD.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme lisse de schémas affines. Alors il existe un diagramme comme dans le Lemme 05FB tel qu’en outre \(f_0\) soit lisse.

Démonstration

Écrivons \(S = \Spec(A)\), \(X = \Spec(B)\) ; puisque \(f\) est lisse, on voit que \(B\) est une \(A\)-algèbre lisse, voir Morphismes, Lemme 01V6. Le lemme résulte donc de Algèbre, Lemme 00TP.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas affines, de présentation finie et dont les fibres sont géométriquement réduites. Alors il existe un diagramme comme dans le Lemme 05FB tel qu’en outre les fibres de \(f_0\) soient géométriquement réduites.

Démonstration

Appliquons le Lemme 05FB pour obtenir un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X_0 \ar[d]_{f_0} & X \ar[l]^g \ar[d]^f \\ S_0 & S \ar[l]_h }\] de schémas affines, où \(X_0 \to S_0\) est un morphisme de type fini entre schémas de type fini sur \(\mathbf{Z}\). D’après le Lemme 0579, l’ensemble \(E \subset S_0\) des points en lesquels la fibre de \(f_0\) est géométriquement réduite est une partie constructible. D’après le Lemme 0576, on a \(h(S) \subset E\). Écrivons \(S_0 = \Spec(A_0)\) et \(S = \Spec(A)\). Écrivons \(A = \colim_i A_i\) comme une colimite filtrante de \(A_0\)-algèbres de type fini. D’après Limites, Lemme 05F4, on voit que l’image de \(\Spec(A_i) \to S_0\) est contenue dans \(E\) pour un certain \(i\). En remplaçant \(S_0\) par \(\Spec(A_i)\) et \(X_0\) par \(X_0 \times_{S_0} \Spec(A_i)\), on voit que toutes les fibres de \(f_0\) sont géométriquement réduites.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas affines, de présentation finie et dont les fibres sont géométriquement irréductibles. Alors il existe un diagramme comme dans le Lemme 05FB tel qu’en outre les fibres de \(f_0\) soient géométriquement irréductibles.

Démonstration

Appliquons le Lemme 05FB pour obtenir un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X_0 \ar[d]_{f_0} & X \ar[l]^g \ar[d]^f \\ S_0 & S \ar[l]_h }\] de schémas affines, où \(X_0 \to S_0\) est un morphisme de type fini entre schémas de type fini sur \(\mathbf{Z}\). D’après le Lemme 055B, l’ensemble \(E \subset S_0\) des points en lesquels la fibre de \(f_0\) est géométriquement irréductible est une partie constructible. D’après le Lemme 0555, on a \(h(S) \subset E\). Écrivons \(S_0 = \Spec(A_0)\) et \(S = \Spec(A)\). Écrivons \(A = \colim_i A_i\) comme une colimite filtrante de \(A_0\)-algèbres de type fini. D’après Limites, Lemme 05F4, on voit que l’image de \(\Spec(A_i) \to S_0\) est contenue dans \(E\) pour un certain \(i\). En remplaçant \(S_0\) par \(\Spec(A_i)\) et \(X_0\) par \(X_0 \times_{S_0} \Spec(A_i)\), on voit que toutes les fibres de \(f_0\) sont géométriquement irréductibles.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas affines, de présentation finie et dont les fibres sont géométriquement connexes. Alors il existe un diagramme comme dans le Lemme 05FB tel qu’en outre les fibres de \(f_0\) soient géométriquement connexes.

Démonstration

Appliquons le Lemme 05FB pour obtenir un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X_0 \ar[d]_{f_0} & X \ar[l]^g \ar[d]^f \\ S_0 & S \ar[l]_h }\] de schémas affines, où \(X_0 \to S_0\) est un morphisme de type fini entre schémas de type fini sur \(\mathbf{Z}\). D’après le Lemme 055I, l’ensemble \(E \subset S_0\) des points en lesquels la fibre de \(f_0\) est géométriquement connexe est une partie constructible. D’après le Lemme 055E, on a \(h(S) \subset E\). Écrivons \(S_0 = \Spec(A_0)\) et \(S = \Spec(A)\). Écrivons \(A = \colim_i A_i\) comme une colimite filtrante de \(A_0\)-algèbres de type fini. D’après Limites, Lemme 05F4, on voit que l’image de \(\Spec(A_i) \to S_0\) est contenue dans \(E\) pour un certain \(i\). En remplaçant \(S_0\) par \(\Spec(A_i)\) et \(X_0\) par \(X_0 \times_{S_0} \Spec(A_i)\), on voit que toutes les fibres de \(f_0\) sont géométriquement connexes.

Lemme

Soit \(d \geq 0\) un entier. Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas affines, de présentation finie, dont toutes les fibres sont de dimension \(d\). Alors il existe un diagramme comme dans le Lemme 05FB tel qu’en outre toutes les fibres de \(f_0\) soient de dimension \(d\).

Démonstration

Appliquons le Lemme 05FB pour obtenir un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X_0 \ar[d]_{f_0} & X \ar[l]^g \ar[d]^f \\ S_0 & S \ar[l]_h }\] de schémas affines, où \(X_0 \to S_0\) est un morphisme de type fini entre schémas de type fini sur \(\mathbf{Z}\). D’après le Lemme 05F9, l’ensemble \(E \subset S_0\) des points en lesquels la fibre de \(f_0\) est de dimension \(d\) est une partie constructible. D’après le Lemme 05F8, on a \(h(S) \subset E\). Écrivons \(S_0 = \Spec(A_0)\) et \(S = \Spec(A)\). Écrivons \(A = \colim_i A_i\) comme une colimite filtrante de \(A_0\)-algèbres de type fini. D’après Limites, Lemme 05F4, on voit que l’image de \(\Spec(A_i) \to S_0\) est contenue dans \(E\) pour un certain \(i\). En remplaçant \(S_0\) par \(\Spec(A_i)\) et \(X_0\) par \(X_0 \times_{S_0} \Spec(A_i)\), on voit que toutes les fibres de \(f_0\) sont de dimension \(d\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas affines qui est syntomique standard (voir Morphismes, Définition 01UC). Alors il existe un diagramme comme dans le Lemme 05FB tel qu’en outre \(f_0\) soit syntomique standard.

Démonstration

Ce lemme est une copie de Algèbre, Lemme 00SU.

Lemme

(Approximation noethérienne et combinaison de propriétés.) Soient \(P\), \(Q\) des propriétés de morphismes de schémas qui sont stables par changement de base. Soit \(f : X \to S\) un morphisme de présentation finie entre schémas affines. Supposons que l’on puisse trouver des diagrammes cartésiens \[\vcenter{ \xymatrix{ X_1 \ar[d]_{f_1} & X \ar[l] \ar[d]^f \\ S_1 & S \ar[l] } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ X_2 \ar[d]_{f_2} & X \ar[l] \ar[d]^f \\ S_2 & S \ar[l] } }\] de schémas affines, où \(S_1\), \(S_2\) sont de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et \(f_1\), \(f_2\) sont de type fini, tels que \(f_1\) ait la propriété \(P\) et \(f_2\) ait la propriété \(Q\). Alors on peut trouver un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X_0 \ar[d]_{f_0} & X \ar[l] \ar[d]^f \\ S_0 & S \ar[l] }\] de schémas affines, où \(S_0\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et \(f_0\) est de type fini, tel que \(f_0\) ait à la fois la propriété \(P\) et la propriété \(Q\).

Démonstration

Les deux diagrammes donnés correspondent à des diagrammes cocartésiens d’anneaux \[\vcenter{ \xymatrix{ B_1 \ar[r] & B \\ A_1 \ar[u] \ar[r] & A \ar[u] } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ B_2 \ar[r] & B \\ A_2 \ar[u] \ar[r] & A \ar[u] } }\] Soit \(A_0 \subset A\) une sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre de type fini de \(A\) contenant les images de \(A_1 \to A\) et de \(A_2 \to A\). Une telle sous-algèbre existe car, par hypothèse, \(A_1\) et \(A_2\) sont toutes deux de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Remarquons que les anneaux \(B_{0, 1} = B_1 \otimes_{A_1} A_0\) et \(B_{0, 2} = B_2 \otimes_{A_2} A_0\) sont des \(A_0\)-algèbres de type fini qui vérifient \(B_{0, 1} \otimes_{A_0} A \cong B \cong B_{0, 2} \otimes_{A_0} A\) en tant que \(A\)-algèbres. Comme \(A\) est la colimite filtrante de ses sous-\(A_0\)-algèbres de type fini, d’après Limites, Lemme 01ZM, on peut supposer, quitte à agrandir \(A_0\), qu’il existe un isomorphisme \(B_{0, 1} \cong B_{0, 2}\) de \(A_0\)-algèbres. Puisque les propriétés \(P\) et \(Q\) sont supposées stables par changement de base, on conclut qu’en posant \(S_0 = \Spec(A_0)\) et \[X_0 = X_1 \times_{S_1} S_0 = \Spec(B_{0, 1}) \cong \Spec(B_{0, 2}) = X_2 \times_{S_2} S_0\] on obtient ce que l’on veut.

Voisinages étales

Il s’avère que certaines propriétés des morphismes sont plus faciles à étudier après un changement de base étale. Il est commode d’introduire la terminologie suivante.

Définition

Soit \(S\) un schéma. Soit \(s \in S\) un point.

  1. Un voisinage étale de \((S, s)\) est un couple \((U, u)\) muni d’un morphisme étale de schémas \(\varphi : U \to S\) tel que \(\varphi(u) = s\).

  2. Un morphisme de voisinages étales \(f : (V, v) \to (U, u)\) de \((S, s)\) est simplement un morphisme de \(S\)-schémas \(f : V \to U\) tel que \(f(v) = u\).

  3. Un voisinage étale élémentaire est un voisinage étale \(\varphi : (U, u) \to (S, s)\) tel que \(\kappa(s) = \kappa(u)\).

La notion de voisinage étale élémentaire porte de nombreux noms dans la littérature ; ces objets sont par exemple parfois appelés “voisinages étales” ([Milne, Page 36] ou “fortement étales” ([KPR, Page 108]). Nous suivons ici la convention de l’article [GruRay] en les appelant voisinages étales élémentaires.

Si \(f : (V, v) \to (U, u)\) est un morphisme de voisinages étales, alors \(f\) est automatiquement étale, voir Morphismes, Lemme 02GW. Ainsi, \((V, v)\) devient un voisinage étale de \((U, u)\). Bien entendu, puisque la composée de morphismes étales est étale (Morphismes, Lemme 02GN), on voit réciproquement que tout voisinage étale \((V, v)\) de \((U, u)\) est aussi un voisinage étale de \((S, s)\). Remarquons également que, si \(U \subset S\) est un voisinage ouvert de \(s\), alors \((U, s) \to (S, s)\) est un voisinage étale. Cela résulte du fait qu’une immersion ouverte est étale (Morphismes, Lemme 02GP). Nous utiliserons ces remarques sans autre mention dans toute cette section.

Remarquons que \(\kappa(u)/\kappa(s)\) est une extension finie séparable si \((U, u) \to (S, s)\) est un voisinage étale, voir Morphismes, Lemme 02GU.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(s \in S\). Soit \(k/\kappa(s)\) une extension finie séparable. Alors il existe un voisinage étale \((U, u) \to (S, s)\) tel que l’extension de corps \(\kappa(u)/\kappa(s)\) soit isomorphe à \(k/\kappa(s)\).

Démonstration

On peut supposer \(S\) affine. Dans ce cas, le lemme résulte de Algèbre, Lemme 00UD.

Lemme

Soient \(S\) un schéma et \(s\) un point de \(S\). La catégorie des voisinages étales possède les propriétés suivantes :

  1. Soient \((U_i, u_i)_{i=1, 2}\) deux voisinages étales de \(s\) dans \(S\). Alors il existe un troisième voisinage étale \((U, u)\) et des morphismes \((U, u) \to (U_i, u_i)\), \(i = 1, 2\).

  2. Soient \(h_1, h_2: (U, u) \to (U', u')\) deux morphismes entre voisinages étales de \(s\). Supposons que \(h_1\), \(h_2\) induisent la même application \(\kappa(u') \to \kappa(u)\) entre corps résiduels. Alors il existe un voisinage étale \((U'', u'')\) et un morphisme \(h : (U'', u'') \to (U, u)\) qui égalise \(h_1\) et \(h_2\), c’est-à-dire tel que \(h_1 \circ h = h_2 \circ h\).

Démonstration

Pour (1), considérons le produit fibré \(U = U_1 \times_S U_2\). Il est étale sur \(U_1\) et sur \(U_2\), car les morphismes étales sont préservés par changement de base, voir Morphismes, Lemme 02GO. Il existe un point de \(U\) qui s’envoie sur \(u_1\) et sur \(u_2\), par exemple d’après la description des points d’un produit fibré dans Schémas, Lemme 01JT. Pour (2), définissons \(U''\) comme le produit fibré \[\xymatrix{ U'' \ar[r] \ar[d] & U \ar[d]^{(h_1, h_2)} \\ U' \ar[r]^-\Delta & U' \times_S U'. }\] Puisque \(h_1\) et \(h_2\) induisent la même application de corps résiduels \(\kappa(u') \to \kappa(u)\), il existe un point \(u'' \in U''\) au-dessus de \(u'\) tel que \(\kappa(u'') = \kappa(u')\). En particulier, \(U'' \not = \emptyset\). De plus, puisque \(U'\) est étale sur \(S\), le produit fibré \(U'\times_S U'\) l’est aussi (voir Morphismes, Lemmes 02GO et 02GN). La flèche verticale \((h_1, h_2)\) est donc étale d’après Morphismes, Lemme 02GW. Par conséquent, \(U''\) est étale sur \(U'\) par changement de base, et donc aussi étale sur \(S\) (car les composées de morphismes étales sont étales). Ainsi, \((U'', u'')\) est une solution au problème.

Lemme

Soient \(S\) un schéma et \(s\) un point de \(S\). La catégorie des voisinages étales élémentaires de \((S, s)\) est cofiltrante (voir Catégories, Définition 04AZ).

Démonstration

Cela résulte immédiatement des définitions et du Lemme 057A.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(s \in S\). Alors on a \[\mathcal{O}_{S, s}^h = \colim_{(U, u)} \mathcal{O}(U)\] où la colimite est prise sur la catégorie filtrante qui est l’opposée de la catégorie des voisinages étales élémentaires \((U, u)\) de \((S, s)\).

Démonstration

Soit \(\Spec(A) \subset S\) un voisinage affine de \(s\). Soit \(\mathfrak p \subset A\) l’idéal premier correspondant à \(s\). Avec ces choix, on dispose d’isomorphismes canoniques \(\mathcal{O}_{S, s} = A_{\mathfrak p}\) et \(\kappa(s) = \kappa(\mathfrak p)\). Un système cofinal de voisinages étales élémentaires est donné par les voisinages étales élémentaires \((U, u)\) tels que \(U\) soit affine et que \(U \to S\) se factorise par \(\Spec(A)\). Autrement dit, on voit que le membre de droite est égal à \(\colim_{(B, \mathfrak q)} B\), où la colimite porte sur les \(A\)-algèbres étales \(B\) munies d’un idéal premier \(\mathfrak q\) au-dessus de \(\mathfrak p\) et telles que \(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak q)\). Le lemme résulte donc de Algèbre, Lemme 04GV.

On peut relever à l’espace total les voisinages étales de points des fibres.

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Soit \((V, v) \to (X_s, x)\) un voisinage étale. Alors il existe un voisinage étale \((U, u) \to (X, x)\) tel qu’il existe un morphisme \((U_s, u) \to (V, v)\) de voisinages étales de \((X_s, x)\) qui soit une immersion ouverte.

Démonstration

On peut supposer \(X\), \(V\) et \(S\) affines. Supposons que le morphisme \(X \to S\) soit donné par \(A \to B\), le point \(x\) par un idéal premier \(\mathfrak q \subset B\), le point \(s\) par \(\mathfrak p = A \cap \mathfrak q\), et le morphisme \(V \to X_s\) par \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p) \to C\). Puisque \(\kappa(\mathfrak p)\) est un localisé de \(A/\mathfrak p\), il existe \(f \in A\), \(f \not \in \mathfrak p\) et un morphisme d’anneaux étale \(B \otimes_A (A/\mathfrak p)_f \to D\) tel que \[C = (B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)) \otimes_{B \otimes_A (A/\mathfrak p)_f} D\] Voir Algèbre, Lemme 00U2, partie (9). Après avoir remplacé \(A\) par \(A_f\) et \(B\) par \(B_f\), on peut supposer que \(D\) est étale sur \(B \otimes_A A/\mathfrak p = B/\mathfrak p B\). On peut alors appliquer Algèbre, Lemme 04D1. Cela démontre le lemme.

Voisinages étales et branches

Le nombre de branches (géométriques) d’un schéma en un point a été défini dans Propriétés, section 0BQ1. Dans Variétés, section 0C3Z, nous l’avons relié aux fibres du morphisme de normalisation. Dans cette section, nous donnons une caractérisation de ce nombre au moyen de voisinages étales.

Lemme

Soit \(R = \colim R_i\) la colimite d’un système inductif d’anneaux dont les morphismes de transition sont fidèlement plats. Alors le nombre d’idéaux premiers minimaux de \(R\), considéré comme un élément de \(\{0, 1, 2, \ldots, \infty\}\), est la borne supérieure des nombres d’idéaux premiers minimaux des \(R_i\).

Démonstration

Si \(A \to B\) est un morphisme plat d’anneaux, alors \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) envoie les idéaux premiers minimaux sur des idéaux premiers minimaux en vertu du théorème de descente (Algèbre, lemme 00HS). Si \(A \to B\) est fidèlement plat, alors tout idéal premier minimal est l’image d’un idéal premier minimal (d’après Algèbre, lemmes 00HQ et 0CAN). Par conséquent, le nombre d’idéaux premiers minimaux de \(R_i\) est \(\geq\) au nombre d’idéaux premiers minimaux de \(R_{i'}\) si \(i \leq i'\). D’après Algèbre, lemme 090N, chacun des morphismes \(R_i \to R\) est fidèlement plat, et l’on voit aussi que le nombre d’idéaux premiers minimaux de \(R\) est \(\geq\) au nombre d’idéaux premiers minimaux de \(R_i\). Enfin, supposons que \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_n\) soient des idéaux premiers minimaux de \(R\) deux à deux distincts. On peut alors trouver un \(i\) tel que \(R_i \cap \mathfrak q_1, \ldots, R_i \cap \mathfrak q_n\) soient deux à deux distincts (comme ensembles, et donc comme idéaux premiers). Ceci démontre le lemme.

Lemme

Soient \(X\) un schéma et \(x \in X\) un point. Alors

  1. le nombre de branches de \(X\) en \(x\) est égal à la borne supérieure du nombre de composantes irréductibles de \(U\) passant par \(u\), pour les voisinages étales élémentaires \((U, u) \to (X, x)\),

  2. le nombre de branches géométriques de \(X\) en \(x\) est égal à la borne supérieure du nombre de composantes irréductibles de \(U\) passant par \(u\), pour les voisinages étales \((U, u) \to (X, x)\),

  3. \(X\) est unibranche en \(x\) si et seulement si, pour tout voisinage étale élémentaire \((U, u) \to (X, x)\), il existe exactement une composante irréductible de \(U\) passant par \(u\), et

  4. \(X\) est géométriquement unibranche en \(x\) si et seulement si, pour tout voisinage étale \((U, u) \to (X, x)\), il existe exactement une composante irréductible de \(U\) passant par \(u\).

Démonstration

Les assertions (3) et (4) se déduisent des assertions (1) et (2) au moyen de Propriétés, lemme 0C39.

Démonstration de (1). Soit \(\Spec(A)\) un voisinage ouvert affine de \(x\), et soit \(\mathfrak p \subset A\) l’idéal premier correspondant à \(x\). On peut remplacer \(X\) par \(\Spec(A)\), et il suffit, dans la borne supérieure, de considérer les voisinages étales élémentaires affines \((U, u)\), puisqu’ils forment un sous-système cofinal. Rappelons que l’hensélisé \(A_\mathfrak p^h\) est la colimite des anneaux \(B_\mathfrak q\) sur la catégorie des couples \((B, \mathfrak q)\), où \(B\) est une \(A\)-algèbre étale et \(\mathfrak q\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p\) tel que \(\kappa(\mathfrak q) = \kappa(\mathfrak p)\) ; voir Algèbre, lemme 04GV. Ces couples \((B, \mathfrak q)\) correspondent exactement aux voisinages étales élémentaires affines \((U, u)\) par la correspondance entre anneaux et schémas affines. Observons que les composantes irréductibles de \(\Spec(B)\) passant par \(\mathfrak q\) correspondent exactement aux idéaux premiers minimaux de \(B_\mathfrak q\). Le nombre d’idéaux premiers minimaux de \(A_\mathfrak p^h\) est le nombre de branches de \(X\) en \(x\), d’après Propriétés, définition 0C38. Observons que les morphismes de transition \(B_\mathfrak q \to B'_{\mathfrak q'}\) du système sont tous plats. Puisqu’un morphisme local plat d’anneaux est fidèlement plat (Algèbre, lemme 00HR), on voit que l’assertion découle du lemme 0CB3.

Démonstration de (2). La démonstration est la même que celle de (1), si ce n’est que l’on utilise Algèbre, lemme 04GW. Il existe une petite différence : étant donnée une clôture algébrique séparable \(\kappa^{sep}\) de \(\kappa(x)\), pour tout voisinage étale \((U, u)\) on peut choisir un plongement de \(\kappa(x)\)-algèbres \(\phi : \kappa(u) \to \kappa^{sep}\), car l’extension \(\kappa(u)/\kappa(x)\) est finie et séparable (Morphismes, lemme 02GU). On peut donc prendre la borne supérieure sur tous les triplets \((U, u, \phi)\), où \((U, u) \to (X, x)\) est un voisinage étale affine et \(\phi : \kappa(u) \to \kappa^{sep}\) est un plongement de \(\kappa(x)\)-algèbres. Ces triplets correspondent exactement à ceux de Algèbre, lemme 04GW, et le reste de la démonstration est exactement le même.

Nous aurons besoin d’une variante relative du lemme précédent.

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas et soit \(x \in X\) un point d’image \(s\). Alors

  1. le nombre de branches de la fibre \(X_s\) en \(x\) est égal à la borne supérieure du nombre de composantes irréductibles de la fibre \(U_s\) passant par \(u\), pour les voisinages étales élémentaires \((U, u) \to (X, x)\),

  2. le nombre de branches géométriques de la fibre \(X_s\) en \(x\) est égal à la borne supérieure du nombre de composantes irréductibles de la fibre \(U_s\) passant par \(u\), pour les voisinages étales \((U, u) \to (X, x)\),

  3. la fibre \(X_s\) est unibranche en \(x\) si et seulement si, pour tout voisinage étale élémentaire \((U, u) \to (X, x)\), il existe exactement une composante irréductible de la fibre \(U_s\) passant par \(u\), et

  4. \(X\) est géométriquement unibranche en \(x\) si et seulement si, pour tout voisinage étale \((U, u) \to (X, x)\), il existe exactement une composante irréductible de \(U_s\) passant par \(u\).

Démonstration

Combiner les lemmes 0CB4 et 0CAS.

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme lisse de schémas. Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Alors

  1. Le nombre de branches géométriques de \(X\) en \(x\) est égal au nombre de branches géométriques de \(S\) en \(s\).

  2. Si \(\kappa(x)/\kappa(s)\) est une extension de corps purement inséparable6, alors le nombre de branches de \(X\) en \(x\) est égal au nombre de branches de \(S\) en \(s\).

Démonstration

Ceci résulte immédiatement de Plus sur l’algèbre, lemme 0DQ1, et des définitions.

Morphismes non ramifiés et étales

Les morphismes non ramifiés sont parfois automatiquement étales.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\) d’image \(y \in Y\). Supposons que

  1. \(Y\) soit intègre et géométriquement unibranche en \(y\),

  2. \(f\) soit localement de type fini,

  3. il existe une spécialisation \(x' \leadsto x\) telle que \(f(x')\) soit le point générique de \(Y\),

  4. \(f\) soit non ramifié en \(x\).

Alors \(f\) est étale en \(x\).

Démonstration

On peut remplacer \(X\) et \(Y\) par des voisinages ouverts affines convenables de \(x\) et \(y\). Alors \(Y\) est le spectre d’un anneau intègre \(A\) et \(X\) est le spectre d’une \(A\)-algèbre de type fini \(B\). Soient \(\mathfrak q \subset B\) l’idéal premier correspondant à \(x\) et \(\mathfrak p \subset A\) l’idéal premier correspondant à \(y\). L’anneau local \(A_\mathfrak p = \mathcal{O}_{Y, y}\) est géométriquement unibranche. Le morphisme d’anneaux \(A \to B\) est non ramifié en \(\mathfrak q\). En outre, le point \(x'\) de (3) correspond à un idéal premier \(\mathfrak q' \subset \mathfrak q\) tel que \(A \cap \mathfrak q' = (0)\). Il s’ensuit que \(A_\mathfrak p \to B_\mathfrak q\) est injectif. On conclut par Plus sur l’algèbre, lemme 0GSC.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que

  1. \(Y\) soit intègre et géométriquement unibranche,

  2. au moins une composante irréductible de \(X\) domine \(Y\),

  3. \(f\) soit non ramifié, et

  4. \(X\) soit connexe.

Alors \(f\) est étale et \(X\) est irréductible.

Démonstration

Soit \(X' \subset X\) la composante irréductible qui domine \(Y\). Cela signifie que le point générique de \(X'\) s’envoie sur le point générique de \(Y\) (voir par exemple Morphismes, lemme 01RM). D’après le lemme 0GS8, \(f\) est étale en tout point de \(X'\). En particulier, le sous-schéma ouvert \(U \subset X\) où \(f\) est étale contient \(X'\). Notons que tout ouvert quasi-compact de \(U\) possède un nombre fini de composantes irréductibles ; voir Descente, lemme 0BAL. D’autre part, puisque \(Y\) est géométriquement unibranche et que \(U\) est étale sur \(Y\), le schéma \(U\) est géométriquement unibranche. En particulier, par chaque point de \(U\) passe au plus une composante irréductible. Un argument topologique simple montre alors que \(X' \subset U\) est à la fois ouvert et fermé. Ainsi, \(X'\) est ouvert et fermé dans \(X\) et, par connexité, on obtient \(X = U = X'\), comme souhaité.

Lemme

Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes de schémas. Soit \(x \in X\) d’image \(y \in Y\). Supposons que

  1. \(Y\) soit intègre et géométriquement unibranche en \(y\),

  2. \(g \circ f\) soit étale en \(x\),

  3. il existe une spécialisation \(x' \leadsto x\) telle que \(f(x')\) soit le point générique de \(Y\).

Alors \(f\) est étale en \(x\) et \(g\) est étale en \(y\).

Démonstration

Après avoir remplacé \(X\) par un voisinage ouvert de \(x\), on peut supposer que \(g \circ f\) est étale. On trouve alors que \(f\) est non ramifié par Morphismes, lemmes 02GG et 02GK. Ainsi, \(f\) est étale en \(x\) d’après le lemme 0GS8. Par descente étale, on voit alors que \(g\) est étale en \(y\) ; voir par exemple Descente, lemme 02KM.

Lemme

Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes de schémas. Supposons que

  1. \(Y\) soit intègre et géométriquement unibranche,

  2. \(g \circ f\) soit étale,

  3. toute composante irréductible de \(X\) domine \(Y\).

Alors \(f\) est étale et \(g\) est étale en tout point de l’image de \(f\).

Démonstration

Ceci résulte immédiatement de la version ponctuelle, lemme 0GSA.

Découpage des morphismes lisses

Dans cette section, nous expliquons un résultat qui affirme, en gros, que les recouvrements lisses d’un schéma \(S\) peuvent être raffinés par des recouvrements étales. La technique de démonstration repose sur un argument de découpage.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\) un point d’image \(s \in S\). Soit \(h \in \mathfrak m_x \subset \mathcal{O}_{X, x}\). Supposons que

  1. \(f\) soit lisse en \(x\), et

  2. l’image \(\text{d}\overline{h}\) de \(\text{d}h\) dans \[\Omega_{X_s/s, x} \otimes_{\mathcal{O}_{X_s, x}} \kappa(x) = \Omega_{X/S, x} \otimes_{\mathcal{O}_{X, x}} \kappa(x)\] soit non nulle.

Alors il existe un voisinage ouvert affine \(U \subset X\) de \(x\) tel que \(h\) provienne d’un \(h \in \Gamma(U, \mathcal{O}_U)\) et que \(D = V(h)\) soit un diviseur de Cartier effectif dans \(U\), avec \(x \in D\), et que \(D \to S\) soit lisse.

Démonstration

Puisque \(f\) est lisse en \(x\), on peut supposer, après avoir remplacé \(X\) par un voisinage ouvert de \(x\), que \(f\) est lisse. En particulier, on voit que \(f\) est plat et localement de présentation finie. D’après le lemme 056Y, on sait déjà qu’il existe un voisinage ouvert \(U \subset X\) de \(x\) tel que \(h\) provienne d’un \(h \in \Gamma(U, \mathcal{O}_U)\) et que \(D = V(h)\) soit un diviseur de Cartier effectif dans \(U\), avec \(x \in D\), et que \(D \to S\) soit plat et de présentation finie. D’après Morphismes, lemme 01UZ, on dispose d’une suite exacte à droite \[\mathcal{C}_{D/U} \to i^*\Omega_{U/S} \to \Omega_{D/S} \to 0\] où \(i : D \to U\) est l’immersion fermée et \(\mathcal{C}_{D/U}\) est le faisceau conormal de \(D\) dans \(U\). Puisque \(D\) est un diviseur de Cartier effectif défini par \(h \in \Gamma(U, \mathcal{O}_U)\), on voit que \(\mathcal{C}_{D/U} = h \cdot \mathcal{O}_S\). Comme \(U \to S\) est lisse, le faisceau \(\Omega_{U/S}\) est localement libre de type fini ; son image réciproque \(i^*\Omega_{U/S}\) est donc elle aussi localement libre de type fini. La première flèche de la suite envoie le générateur libre \(h\) sur la section \(\text{d}h|_D\) de \(i^*\Omega_{U/S}\), dont la valeur dans la fibre \(\Omega_{U/S, x} \otimes \kappa(x)\) est non nulle par hypothèse. Par exactitude à droite de \(\otimes \kappa(x)\), on conclut que \[\dim_{\kappa(x)} \left( \Omega_{D/S, x} \otimes \kappa(x) \right) = \dim_{\kappa(x)} \left( \Omega_{U/S, x} \otimes \kappa(x) \right) - 1.\] D’après Morphismes, lemme 01V9, on voit que \(\Omega_{U/S, x} \otimes \kappa(x)\) peut être engendré par au plus \(\dim_x(U_s)\) éléments. D’après la formule affichée, on voit que \(\Omega_{D/S, x} \otimes \kappa(x)\) peut être engendré par au plus \(\dim_x(U_s) - 1\) éléments. Notons que \(\dim_x(D_s) = \dim_x(U_s) - 1\), par exemple parce que \(\dim(\mathcal{O}_{D_s, x}) = \dim(\mathcal{O}_{U_s, x}) - 1\) d’après Algèbre, lemme 00KW (de plus, \(D_s \subset U_s\) est un diviseur de Cartier effectif ; voir Diviseurs, lemme 056Q), puis en utilisant Morphismes, lemme 02FX. On conclut ainsi que \(\Omega_{D/S, x} \otimes \kappa(x)\) peut être engendré par au plus \(\dim_x(D_s)\) éléments, et l’on conclut que \(D \to S\) est lisse en \(x\) en appliquant de nouveau Morphismes, lemme 01V9. Après avoir rétréci \(U\), on obtient que \(D \to S\) est lisse, ce qui conclut.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\) un point d’image \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit lisse en \(x\), et

  2. le morphisme \[\Omega_{X_s/s, x} \otimes_{\mathcal{O}_{X_s, x}} \kappa(x) \longrightarrow \Omega_{\kappa(x)/\kappa(s)}\] ait un noyau non nul.

Alors il existe un voisinage ouvert affine \(U \subset X\) de \(x\) et un diviseur de Cartier effectif \(D \subset U\) contenant \(x\), tels que \(D \to S\) soit lisse.

Démonstration

Posons \(k = \kappa(s)\) et \(R = \mathcal{O}_{X_s, x}\). Notons \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(R\) et posons \(\kappa = R/\mathfrak m\), de sorte que \(\kappa = \kappa(x)\). Comme la formation des modules de différentielles commute à la localisation (voir Algèbre, lemme 00RT), on a \(\Omega_{X_s/s, x} = \Omega_{R/k}\). D’après Algèbre, lemme 00RU, il existe une suite exacte \[\mathfrak m/\mathfrak m^2 \xrightarrow{\text{d}} \Omega_{R/k} \otimes_R \kappa \to \Omega_{\kappa/k} \to 0.\] Par conséquent, si (2) est satisfaite, il existe un élément \(\overline{h} \in \mathfrak m\) tel que \(\text{d}\overline{h}\) soit non nul. Choisissons un relèvement \(h \in \mathcal{O}_{X, x}\) de \(\overline{h}\) et appliquons le lemme 057C.

Remarque

La seconde condition du lemme 057D est nécessaire, même lorsque \(x\) est un point fermé d’une fibre de dimension strictement positive. En voici un exemple. Soit \(k\) un corps imparfait de caractéristique \(p > 0\). Soit \(a \in k\) un élément qui n’est pas une puissance \(p\)-ième. Posons \(\mathfrak m = (x, y^p - a) \subset k[x, y]\). Ceci correspond à un point fermé \(w\) de \(X = \mathbf{A}^2_k\). Posons \(S = \mathbf{A}^1_k\) et soit \(f : X \to S\) le morphisme correspondant à \(k[x] \to k[x, y]\). Il n’existe alors aucun diagramme commutatif \[\xymatrix{ S' \ar[rr]_h \ar[rd]_g & & X \ar[ld]^f \\ & S }\] avec \(g\) étale et \(w\) dans l’image de \(h\). En effet, l’extension de corps résiduels \(\kappa(w)/\kappa(f(w))\) est purement inséparable, tandis que, pour tout \(s' \in S'\) tel que \(g(s') = f(w)\), l’extension \(\kappa(s')/\kappa(f(w))\) serait séparable.

Si l’on suppose que l’extension de corps résiduels est séparable, le phénomène de la remarque 057E ne se produit pas. Voici l’énoncé précis.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\) un point d’image \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit lisse en \(x\),

  2. l’extension de corps résiduels \(\kappa(x)/\kappa(s)\) soit séparable, et

  3. \(x\) ne soit pas un point générique de \(X_s\).

Alors il existe un voisinage ouvert affine \(U \subset X\) de \(x\) et un diviseur de Cartier effectif \(D \subset U\) contenant \(x\), tels que \(D \to S\) soit lisse.

Démonstration

Posons \(k = \kappa(s)\) et \(R = \mathcal{O}_{X_s, x}\). Notons \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(R\) et posons \(\kappa = R/\mathfrak m\), de sorte que \(\kappa = \kappa(x)\). Comme la formation des modules de différentielles commute à la localisation (voir Algèbre, lemme 00RT), on a \(\Omega_{X_s/s, x} = \Omega_{R/k}\). D’après l’hypothèse (2) et Algèbre, lemme 00TU, le morphisme \[\text{d} : \mathfrak m/\mathfrak m^2 \longrightarrow \Omega_{R/k} \otimes_R \kappa(\mathfrak m)\] est injectif. L’hypothèse (3) implique que \(\mathfrak m/\mathfrak m^2 \not = 0\). Il existe donc un élément \(\overline{h} \in \mathfrak m\) tel que \(\text{d}\overline{h}\) soit non nul. Choisissons un relèvement \(h \in \mathcal{O}_{X, x}\) de \(\overline{h}\) et appliquons le lemme 057C.

Le sous-schéma \(Z\) construit dans le lemme suivant est en fait une intersection complète dans un voisinage ouvert affine de \(x\). Si nous en avons un jour besoin, nous formulerons explicitement un lemme séparé énonçant ce fait.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\) un point d’image \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit lisse en \(x\), et

  2. \(x\) soit un point fermé de \(X_s\) et que \(\kappa(s) \subset \kappa(x)\) soit séparable.

Alors il existe une immersion \(Z \to X\) dont l’image contient \(x\) telle que

  1. \(Z \to S\) soit étale, et

  2. \(Z_s = \{x\}\) ensemblistement.

Démonstration

On peut, et l’on va, remplacer \(S\) par un voisinage ouvert affine de \(s\). On peut, et l’on va, remplacer \(X\) par un voisinage ouvert affine de \(x\) tel que \(X \to S\) soit lisse. Nous allons démontrer le lemme pour les morphismes lisses entre schémas affines par récurrence sur \(d = \dim_x(X_s)\).

Le cas \(d = 0\). Dans ce cas, nous montrons que l’on peut prendre pour \(Z\) un voisinage ouvert de \(x\). En effet, si \(d = 0\), alors \(X \to S\) est quasi-fini en \(x\) ; voir Morphismes, lemme 0397. Il existe donc un voisinage ouvert affine \(U \subset X\) tel que \(U \to S\) soit quasi-fini ; voir Morphismes, lemme 01TI. Ainsi, après avoir remplacé \(X\) par \(U\), on voit que \(X\) est quasi-fini et lisse sur \(S\), donc lisse de dimension relative \(0\) sur \(S\), et donc étale sur \(S\). De plus, la fibre \(X_s\) est un ensemble fini discret. Après avoir remplacé \(X\) par un voisinage ouvert affine supplémentaire de \(X\), on voit donc que \(f^{-1}(\{s\}) = \{x\}\) (car la topologie de \(X_s\) est induite par celle de \(X\) ; voir Schémas, lemme 01K1). Ceci démontre le lemme dans ce cas.

Supposons maintenant que \(d > 0\). Notons que, puisque \(x\) est un point fermé de sa fibre, l’extension \(\kappa(x)/\kappa(s)\) est finie (d’après le théorème des zéros de Hilbert ; voir Morphismes, lemme 01TF). On a donc \(\Omega_{\kappa(x)/\kappa(s)} = 0\), puisque ceci vaut pour les extensions de corps algébriques séparables. On peut donc appliquer le lemme 057D pour obtenir un diagramme \[\xymatrix{ D \ar[r] \ar[rrd] & U \ar[r] \ar[rd] & X \ar[d] \\ & & S }\] avec \(x \in D\). Notons que \(\dim_x(D_s) = \dim_x(X_s) - 1\), par exemple parce que \(\dim(\mathcal{O}_{D_s, x}) = \dim(\mathcal{O}_{X_s, x}) - 1\) d’après Algèbre, lemme 00KW (de plus, \(D_s \subset X_s\) est un diviseur de Cartier effectif ; voir Diviseurs, lemme 056Q), puis en utilisant Morphismes, lemme 02FX. Ainsi, le morphisme \(D \to S\) est lisse et \(\dim_x(D_s) = \dim_x(X_s) - 1 = d - 1\). Par l’hypothèse de récurrence, on peut trouver une immersion \(Z \to D\) comme souhaité, ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme lisse de schémas. Soit \(s \in S\) un point de l’image de \(f\). Alors il existe un voisinage étale \((S', s') \to (S, s)\) et un \(S\)-morphisme \(S' \to X\).

Démonstration

Par hypothèse, \(X_s \not = \emptyset\). D’après Variétés, lemme 056U, il existe un point fermé \(x \in X_s\) tel que \(\kappa(x)\) soit une extension finie séparable de \(\kappa(s)\). Par conséquent, d’après le lemme 057G, il existe une immersion \(Z \to X\) telle que \(Z \to S\) soit étale et que \(x \in Z\). Prenons \((S' , s') = (Z, x)\).

Démonstration

Choisissons un point \(x \in X\) tel que \(f(x) = s\). Choisissons un diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d] & U \ar[l] \ar[d] \ar[r]_-\pi & \mathbf{A}^d_V \ar[ld] \\ S & V \ar[l] }\] avec \(\pi\) étale, \(x \in U\) et \(V = \Spec(R)\) affine ; voir Morphismes, lemme 054L. En particulier, \(s \in V\). Le morphisme \(\pi : U \to \mathbf{A}^d_V\) est ouvert ; voir Morphismes, lemme 03WT. Ainsi, \(W = \pi(U) \cap \mathbf{A}^d_s\) est un ouvert non vide de \(\mathbf{A}^d_s\). Soit \(w \in W\) un point tel que l’extension \(\kappa(s) \subset \kappa(w)\) soit finie et séparable ; voir Variétés, lemme 055T. D’après Algèbre, lemme 00OP, il existe \(d\) éléments \(\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_d \in \kappa(s)[x_1, \ldots, x_d]\) qui engendrent l’idéal maximal correspondant à \(w\) dans \(\kappa(s)[x_1, \ldots, x_d]\). Après avoir remplacé \(R\) par une localisation principale, on peut supposer qu’il existe des \(f_1, \ldots, f_d \in R[x_1, \ldots, x_d]\) dont les images sont \(\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_d \in \kappa(s)[x_1, \ldots, x_d]\). Considérons la \(R\)-algèbre \[R' = R[x_1, \ldots, x_d]/(f_1, \ldots, f_d)\] et posons \(S' = \Spec(R')\). Par construction, nous avons une immersion fermée \(j : S' \to \mathbf{A}^d_V\) au-dessus de \(V\). Par construction, la fibre de \(S' \to V\) au-dessus de \(s\) est constituée d’un unique point \(s'\) dont le corps résiduel est une extension finie séparable de \(\kappa(s)\). Soit \(\mathfrak q' \subset R'\) l’idéal premier correspondant. D’après Algèbre, lemme 00ST, on voit que \((R')_g\) est une intersection complète globale relative sur \(R\) pour un certain \(g \in R'\), \(g \not \in \mathfrak q\). Ainsi, \(S' \to V\) est plat et de présentation finie dans un voisinage de \(s'\) ; voir Algèbre, lemme 00SW. Par construction, la fibre schématique de \(S' \to V\) au-dessus de \(s\) est \(\Spec(\kappa(s'))\). Il résulte donc de Morphismes, lemme 02GU, que \(S' \to S\) est étale en \(s'\). Posons \[S'' = U \times_{\pi, \mathbf{A}^d_V, j} S'.\] Par construction, il existe un point \(s'' \in S''\) qui s’envoie sur \(s'\) par la projection \(p : S'' \to S'\). Notons que \(p\) est étale comme changement de base du morphisme étale \(\pi\) ; voir Morphismes, lemme 02GO. Choisissons un petit voisinage ouvert affine \(S''' \subset S''\) de \(s''\) qui s’envoie dans le voisinage ouvert non vide de \(s' \in S'\) où le morphisme \(S' \to S\) est étale. Alors le voisinage étale \((S''', s'') \to (S, s)\) est une solution au problème posé par le lemme.

Le lemme suivant montre que les faisceaux pour la topologie lisse sont la même chose que les faisceaux pour la topologie étale.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(\mathcal{U} = \{S_i \to S\}_{i \in I}\) un recouvrement lisse de \(S\) ; voir Topologies, définition 021Z. Alors il existe un recouvrement étale \(\mathcal{V} = \{T_j \to S\}_{j \in J}\) (voir Topologies, définition 0215) qui raffine (voir Sites, définition 00VT) \(\mathcal{U}\).

Démonstration

Pour tout \(s \in S\), il existe un \(i \in I\) tel que \(s\) appartienne à l’image de \(S_i \to S\). D’après le lemme 055U, on peut trouver un morphisme étale \(g_s : T_s \to S\) tel que \(s \in g_s(T_s)\) et tel que \(g_s\) se factorise par \(S_i \to S\). Ainsi, \(\{T_s \to S\}\) est un recouvrement étale de \(S\) qui raffine \(\mathcal{U}\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme lisse de schémas. Alors il existe un recouvrement étale \(\{U_i \to X\}_{i \in I}\) tel que \(U_i \to S\) se factorise sous la forme \(U_i \to V_i \to S\), où \(V_i \to S\) est étale et \(U_i \to V_i\) est un morphisme lisse de schémas affines, qui admet une section et dont les fibres sont géométriquement connexes.

Démonstration

Soit \(s \in S\). D’après Variétés, lemme 056U, l’ensemble des points fermés \(x \in X_s\) tels que \(\kappa(x)/\kappa(s)\) soit séparable est dense dans \(X_s\). Il suffit donc de construire un morphisme étale \(U \to X\) dont l’image contient \(x\) et tel que \(U \to S\) se factorise de la manière décrite dans le lemme. Pour ce faire, choisissons une immersion \(Z \to X\) passant par \(x\) telle que \(Z \to S\) soit étale (lemme 057G). Après avoir remplacé \(S\) par \(Z\) et \(X\) par \(Z \times_S X\), on voit que l’on peut supposer que \(X \to S\) admet une section \(\sigma : S \to X\) avec \(\sigma(s) = x\). On peut alors d’abord remplacer \(S\) par un voisinage ouvert affine de \(s\), puis remplacer \(X\) par un voisinage ouvert affine de \(x\). Enfin, considérons le sous-ensemble \(X^0 \subset X\) de la section 055K. D’après les lemmes 055R et 055P, c’est un sous-schéma ouvert rétrocompact contenant \(\sigma\) tel que les fibres de \(X^0 \to S\) soient géométriquement connexes. Si \(X^0\) n’est pas affine, choisissons un ouvert affine \(U \subset X^0\) contenant \(x\). Comme \(X^0 \to S\) est lisse, l’image de \(U\) est ouverte. Choisissons un voisinage ouvert affine \(V \subset S\) de \(s\) contenu dans \(\sigma^{-1}(U)\) et dans l’image de \(U \to S\). Enfin, le lecteur vérifiera que \(U \cap f^{-1}(V) \to V\) possède toutes les propriétés souhaitées. Par exemple, \(U \cap f^{-1}(V)\), qui est égal à \(U \times_S V\), est affine comme produit fibré de schémas affines. En outre, les fibres géométriques de \(U \cap f^{-1}(V) \to V\) sont des sous-schémas ouverts non vides des fibres irréductibles de \(X^0 \to S\) et sont donc connexes. Certains détails sont omis.

Voisinages étales et approximation d’Artin

Dans cette section, nous démontrons des résultats du type suivant : si deux schémas pointés ont des anneaux locaux complets isomorphes, alors ils ont des voisinages étales isomorphes. Nous nous appuierons sur le théorème de Popescu ; voir Lissage des morphismes d’anneaux, théorème 07GC.

Lemme

Soit \(S\) un schéma localement noethérien. Soient \(X\), \(Y\) des schémas localement de type fini sur \(S\). Soient \(x \in X\) et \(y \in Y\) des points situés au-dessus du même point \(s \in S\). Supposons que \(\mathcal{O}_{S, s}\) soit un G-anneau. Supposons en outre donné un homomorphisme local de \(\mathcal{O}_{S, s}\)-algèbres \[\varphi : \mathcal{O}_{Y, y} \longrightarrow \mathcal{O}_{X, x}^\wedge\] Pour tout \(N \geq 1\), il existe un voisinage étale élémentaire \((U, u) \to (X, x)\) et un \(S\)-morphisme \(f : U \to Y\) envoyant \(u\) sur \(y\) tels que le diagramme \[\xymatrix{ \mathcal{O}_{X, x}^\wedge \ar[r] & \mathcal{O}_{U, u}^\wedge \\ \mathcal{O}_{Y, y} \ar[r]^{f^\sharp_u} \ar[u]^\varphi & \mathcal{O}_{U, u} \ar[u] }\] soit commutatif modulo \(\mathfrak m_u^N\).

Démonstration

La question est locale sur \(X\) ; on peut donc supposer que \(X\), \(Y\), \(S\) sont affines. Écrivons \(S = \Spec(R)\), \(X = \Spec(A)\), \(Y = \Spec(B)\). Écrivons \(B = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m)\). Soit \(\mathfrak p \subset A\) l’idéal premier correspondant à \(x\). L’anneau local \(\mathcal{O}_{X, x} = A_\mathfrak p\) est un G-anneau d’après Compléments d’algèbre, proposition 07PV. L’homomorphisme \(\varphi\) est un homomorphisme \[B_\mathfrak q^\wedge \longrightarrow A_\mathfrak p^\wedge\] où \(\mathfrak q \subset B\) est l’idéal premier correspondant à \(y\). Soient \(a_1, \ldots, a_n \in A_\mathfrak p^\wedge\) les images de \(x_1, \ldots, x_n\) par \(R[x_1, \ldots, x_n] \to B \to B_\mathfrak q^\wedge \to A_\mathfrak p^\wedge\). On peut alors appliquer Lissage des morphismes d’anneaux, lemme 0CAR, pour obtenir un homomorphisme étale d’anneaux \(A \to A'\), un idéal premier \(\mathfrak p' \subset A'\) et des éléments \(b_1, \ldots, b_n \in A'\) tels que \(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak p')\), \(a_i - b_i \in (\mathfrak p')^N(A'_{\mathfrak p'})^\wedge\), et \(f_j(b_1, \ldots, b_n) = 0\) pour \(j = 1, \ldots, n\). Ceci détermine un homomorphisme de \(R\)-algèbres \(B \to A'\) envoyant la classe de \(x_i\) sur \(b_i \in A'\). Ceci achève la démonstration en prenant \(U = \Spec(A') \to \Spec(B)\) pour le morphisme \(f\) et en prenant \(u = \mathfrak p'\).

Lemme

Soit \(S\) un schéma localement noethérien. Soient \(X\), \(Y\) des schémas localement de type fini sur \(S\). Soient \(x \in X\) et \(y \in Y\) des points situés au-dessus du même point \(s \in S\). Supposons que \(\mathcal{O}_{S, s}\) soit un G-anneau. Supposons donné un isomorphisme de \(\mathcal{O}_{S, s}\)-algèbres \[\varphi : \mathcal{O}_{Y, y}^\wedge \longrightarrow \mathcal{O}_{X, x}^\wedge\] entre les anneaux locaux complets. Alors, pour tout \(N \geq 1\), il existe des morphismes \[(X, x) \leftarrow (U, u) \rightarrow (Y, y)\] de schémas pointés au-dessus de \(S\) tels que les deux flèches définissent des voisinages étales élémentaires et tels que le diagramme \[\xymatrix{ & \mathcal{O}_{U, u}^\wedge \\ \mathcal{O}_{Y, y}^\wedge \ar[rr]^\varphi \ar[ru] & & \mathcal{O}_{X, x}^\wedge \ar[lu] }\] soit commutatif modulo \(\mathfrak m_u^N\).

Démonstration

On peut supposer \(N \geq 2\). Appliquons le lemme 0CAU pour obtenir \((U, u) \to (X, x)\) et \(f : (U, u) \to (Y, y)\). Nous affirmons que \(f\) est étale en \(u\), ce qui achèvera la démonstration. En fait, nous allons montrer que l’homomorphisme induit \(\mathcal{O}_{Y, y}^\wedge \to \mathcal{O}_{U, u}^\wedge\) est un isomorphisme. Une fois ceci démontré, le lemme 02HX montrera que \(f\) est lisse en \(u\) et, bien entendu, \(f\) est également non ramifié en \(u\) ; ainsi, Morphismes, lemme 02GK, nous dit que \(f\) est étale en \(u\). Pour un anneau local \((R, \mathfrak m)\), posons \(\text{Gr}_\mathfrak m(R) = \bigoplus_{n \geq 0} \mathfrak m^n/\mathfrak m^{n + 1}\). Pour démontrer l’affirmation, considérons le diagramme induit d’anneaux gradués \[\xymatrix{ & \text{Gr}_{\mathfrak m_u}(\mathcal{O}_{U, u}) \\ \text{Gr}_{\mathfrak m_y}(\mathcal{O}_{Y, y}) \ar[rr]^\varphi \ar[ru] & & \text{Gr}_{\mathfrak m_x}(\mathcal{O}_{X, x}) \ar[lu] }\] Puisque \(N \geq 2\), ce diagramme est effectivement commutatif, car les algèbres graduées affichées sont engendrées en degré \(1\) ! Par hypothèse, la flèche inférieure est un isomorphisme. D’après Compléments d’algèbre, lemme 0AGX (par exemple), l’homomorphisme \(\mathcal{O}_{X, x}^\wedge \to \mathcal{O}_{U, u}^\wedge\) est un isomorphisme ; la flèche nord-ouest du diagramme est donc un isomorphisme. On en conclut que \(f\) induit un isomorphisme \(\text{Gr}_{\mathfrak m_x}(\mathcal{O}_{X, x}) \to \text{Gr}_{\mathfrak m_y}(\mathcal{O}_{U, u})\). Par récurrence, en utilisant les suites exactes courtes \[0 \to \text{Gr}^n_{\mathfrak m}(R) \to R/\mathfrak m^{n + 1} \to R/\mathfrak m^n \to 0\] pour les deux anneaux locaux, on conclut (par le lemme du serpent) que \(f\) induit des isomorphismes \(\mathcal{O}_{Y, y}/\mathfrak m_y^n \to \mathcal{O}_{U, u}/\mathfrak m_u^n\) pour tout \(n\), ce que nous voulions montrer.

Lemme

Donnons-nous \(X \to S\), \(Y \to T\), \(x\), \(s\), \(y\), \(t\), \(\sigma\), \(y_\sigma\) et \(\varphi\) comme suit : nous avons des morphismes de schémas \[\vcenter{ \xymatrix{ X \ar[d] & Y \ar[d] \\ S & T } } \quad\text{avec les points}\quad \vcenter{ \xymatrix{ x \ar[d] & y \ar[d] \\ s & t } }\] Ici, \(S\) est localement noethérien et \(T\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Les morphismes \(X \to S\) et \(Y \to T\) sont localement de type fini. L’anneau local \(\mathcal{O}_{S, s}\) est un G-anneau. L’homomorphisme \[\sigma : \mathcal{O}_{T, t} \longrightarrow \mathcal{O}_{S, s}^\wedge\] est un homomorphisme local. Posons \(Y_\sigma = Y \times_{T, \sigma} \Spec(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge)\). Ensuite, \(y_\sigma\) est un point de \(Y_\sigma\) qui s’envoie sur \(y\) et sur le point fermé de \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge)\). Enfin, \[\varphi : \mathcal{O}_{X, x}^\wedge \longrightarrow \mathcal{O}_{Y_\sigma, y_\sigma}^\wedge\] est un isomorphisme de \(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge\)-algèbres. Dans cette situation, il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d] & W \ar[l] \ar[rd] \ar[rr] & & Y \times_{T, \tau} V \ar[r] \ar[ld] & Y \ar[d] \\ S & & V \ar[ll] \ar[rr]^\tau & & T }\] de schémas, ainsi que des points \(w \in W\), \(v \in V\), tels que

  1. \((V, v) \to (S, s)\) est un voisinage étale élémentaire,

  2. \((W, w) \to (X, x)\) est un voisinage étale élémentaire, et

  3. \(\tau(v) = t\).

Soit \(y_\tau \in Y \times_T V\) le point qui correspond à \(y_\sigma\) par l’identification \((Y_\sigma)_s = (Y \times_T V)_v\). Alors

  1. \((W, w) \to (Y \times_{T, \tau} V, y_\tau)\) est un voisinage étale élémentaire.

Démonstration

Notons \(X_\sigma = X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge)\) et \(x_\sigma \in X_\sigma\) l’unique point situé au-dessus de \(x\). Observons que \(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge\) est un G-anneau d’après Compléments d’algèbre, proposition 07PS. D’après le lemme 0CAV, on peut choisir \[(X_\sigma, x_\sigma) \leftarrow (U, u) \rightarrow (Y_\sigma, y_\sigma)\] où les deux flèches sont des voisinages étales élémentaires.

Après avoir remplacé \(S\) par un voisinage ouvert de \(s\), on peut supposer que \(S = \Spec(R)\) est affine. Puisque \(\mathcal{O}_{S, s}\) est un G-anneau, le théorème 07GC de Lissage des morphismes d’anneaux montre que l’anneau \(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge\) est une colimite filtrante de \(R\)-algèbres lisses. On peut donc écrire \[\Spec(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge) = \lim S_i\] comme limite filtrante de schémas affines \(S_i\) lisses sur \(S\). Notons \(s_i \in S_i\) l’image du point fermé de \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge)\). Observons que \(\kappa(s) = \kappa(s_i)\). Posons \(X_i = X \times_S S_i\) et notons \(x_i \in X_i\) l’unique point s’envoyant sur \(x\). Notons que \(\kappa(x) = \kappa(x_i)\). Comme \(T\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\), d’après Limites, proposition 01ZC, on peut choisir un \(i\) et un morphisme \(\sigma_i : (S_i, s_i) \to (T, t)\) de schémas pointés dont la composée avec \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge) \to S_i\) est égale à \(\sigma\). Posons \(Y_i = Y \times_T S_i\) et notons \(y_i\) l’image de \(y_\sigma\). Notons que \(\kappa(y_i) = \kappa(y_\sigma)\). D’après Limites, lemme 01ZM, on peut choisir un \(i\) et un diagramme \[\xymatrix{ X_i \ar[rd] & U_i \ar[l] \ar[d] \ar[r] & Y_i \ar[ld] \\ & S_i }\] dont le changement de base à \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge)\) redonne \(X_\sigma \leftarrow U \rightarrow Y_\sigma\). D’après Limites, lemme 07RP, quitte à augmenter \(i\), on peut supposer que les morphismes \(X_i \leftarrow U_i \rightarrow Y_i\) sont étales. Soit \(u_i \in U_i\) l’image de \(u\). Alors \(u_i \mapsto x_i\), d’où \(\kappa(x) = \kappa(x_\sigma) = \kappa(u) \supset \kappa(u_i) \supset \kappa(x_i) = \kappa(x)\), et l’on voit que \(\kappa(u_i) = \kappa(x_i)\). Ainsi, \((X_i, x_i) \leftarrow (U_i, u_i)\) est un voisinage étale élémentaire. Comme, de plus, \(\kappa(y_i) = \kappa(y_\sigma) = \kappa(u)\), on voit que \((U_i, u_i) \to (Y_i, y_i)\) est également un voisinage étale élémentaire.

À ce stade, nous avons construit un diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d] & X \times_S S_i \ar[l] \ar[rd] & U_i \ar[l] \ar[r] \ar[d] & Y \times_T S_i \ar[r] \ar[ld] & Y \ar[d] \\ S & & S_i \ar[ll] \ar[rr] & & T }\] comme dans l’énoncé du lemme, à ceci près que \(S_i \to S\) est lisse. D’après le lemme 057G, et après avoir rétréci \(S_i\), on peut supposer qu’il existe un sous-schéma fermé \(V \subset S_i\) passant par \(s_i\) tel que \(V \to S\) soit étale. En prenant pour \(W\) l’image réciproque schématique de \(V\) dans \(U_i\), on conclut.

Nous recommandons vivement au lecteur de ne pas lire le reste de cette section.

Lemme

Considérons un diagramme \[\vcenter{ \xymatrix{ X \ar[d] & Y \ar[d] \\ S & T \ar[l] } } \quad\text{avec les points}\quad \vcenter{ \xymatrix{ x \ar[d] & y \ar[d] \\ s & t \ar[l] } }\] où \(S\) est un schéma localement noethérien et les morphismes sont localement de type fini. Supposons que \(\mathcal{O}_{S, s}\) soit un G-anneau. Supposons en outre donné un homomorphisme local de \(\mathcal{O}_{S, s}\)-algèbres \[\sigma : \mathcal{O}_{T, t} \longrightarrow \mathcal{O}_{S, s}^\wedge\] et un homomorphisme local de \(\mathcal{O}_{S, s}\)-algèbres \[\varphi : \mathcal{O}_{X, x} \longrightarrow \mathcal{O}_{Y_\sigma, y_\sigma}^\wedge\] où \(Y_\sigma = Y \times_{T, \sigma} \Spec(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge)\) et \(y_\sigma\) est l’unique point de \(Y_\sigma\) situé au-dessus de \(y\). Pour tout \(N \geq 1\), il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d] & X \times_S V \ar[l] \ar[rd] & W \ar[l]^-f \ar[r] \ar[d] & Y \times_{T, \tau} V \ar[r] \ar[ld] & Y \ar[d] \\ S & & V \ar[ll] \ar[rr]^\tau & & T }\] de schémas au-dessus de \(S\), ainsi que des points \(w \in W\), \(v \in V\), tels que

  1. \(v \mapsto s\), \(\tau(v) = t\), \(f(w) = (x, v)\), et \(w \mapsto (y, v)\),

  2. \((V, v) \to (S, s)\) est un voisinage étale élémentaire,

  3. le diagramme \[\xymatrix{ \mathcal{O}_{S, s}^\wedge \ar[r] & \mathcal{O}_{V, v}^\wedge \\ \mathcal{O}_{T, t} \ar[r]^{\tau^\sharp_v} \ar[u]_\sigma & \mathcal{O}_{V, v} \ar[u] }\] est commutatif modulo \(\mathfrak m_v^N\),

  4. \((W, w) \to (Y \times_{T, \tau} V, (y, v))\) est un voisinage étale élémentaire,

  5. le diagramme \[\xymatrix{ \mathcal{O}_{X, x} \ar[r]_\varphi & \mathcal{O}_{Y_\sigma, y_\sigma}^\wedge \ar[r] & \mathcal{O}_{Y_\sigma, y_\sigma}/\mathfrak m_{y_\sigma}^N \ar@{=}[r] & \mathcal{O}_{Y \times_{T, \tau} V, (y, v)}/\mathfrak m_{(y, v)}^N \ar[d]_{\cong} \\ \mathcal{O}_{X, x} \ar[r] \ar@{=}[u] & \mathcal{O}_{X \times_S V, (x, v)} \ar[r]^{f^\sharp_w} & \mathcal{O}_{W, w} \ar[r] & \mathcal{O}_{W, w}/\mathfrak m_w^N }\] est commutatif. L’égalité vient du fait que \(Y_\sigma\) et \(Y \times_{T, \tau} V\) sont canoniquement isomorphes au-dessus de \(\mathcal{O}_{V, v}/\mathfrak m_v^N = \mathcal{O}_{S, s}/\mathfrak m_s^N\) d’après les parties (2) et (3).

Démonstration

Après avoir remplacé \(X\), \(S\), \(T\), \(Y\) par des sous-schémas ouverts affines, on peut supposer que le diagramme de l’énoncé du lemme provient de l’application de \(\Spec\) à un diagramme \[\vcenter{ \xymatrix{ A & B \\ R \ar[u] \ar[r] & C \ar[u] } } \quad\text{avec les idéaux premiers}\quad \vcenter{ \xymatrix{ \mathfrak p_A & \mathfrak p_B \\ \mathfrak p_R \ar@{-}[u] \ar@{-}[r] & \mathfrak p_C \ar@{-}[u] } }\] d’anneaux noethériens et d’homomorphismes d’anneaux de type fini. Dans cette démonstration, tout anneau \(E\) sera une \(R\)-algèbre noethérienne munie d’un idéal premier \(\mathfrak p_E\) au-dessus de \(\mathfrak p_R\), et tous les homomorphismes d’anneaux seront des homomorphismes de \(R\)-algèbres compatibles avec les idéaux premiers donnés. De plus, si nous écrivons \(E^\wedge\), nous entendons le complété du localisé de \(E\) en \(\mathfrak p_E\). Nous utiliserons aussi sans autre mention qu’un homomorphisme étale d’anneaux \(E_1 \to E_2\) tel que \(\kappa(\mathfrak p_{E_1}) = \kappa(\mathfrak p_{E_2})\) induit un isomorphisme \(E_1^\wedge = E_2^\wedge\) d’après Compléments d’algèbre, lemme 0AGX.

Avec ces notations, \(\sigma\) et \(\varphi\) correspondent aux homomorphismes d’anneaux \[\sigma : C \to R^\wedge \quad\text{et}\quad \varphi : A \longrightarrow (B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge)^\wedge\] Voici un diagramme : \[\xymatrix{ A \ar@/^1em/[rrr]^\varphi & B \ar[r] & B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge \ar[r] & (B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge)^\wedge \\ R \ar[r] \ar[u] & C \ar[r]^\sigma \ar[u] & R^\wedge \ar[u] \ar[ru] }\] Observons que \(R^\wedge\) est un G-anneau d’après Compléments d’algèbre, proposition 07PS. Ainsi, \(B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge\) est un G-anneau d’après Compléments d’algèbre, proposition 07PV. D’après le lemme 0CAU (sous sa forme algébrique), il existe un homomorphisme étale d’anneaux \(B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge \to B'\), qui induit un isomorphisme \(\kappa(\mathfrak p_{B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge}) \to \kappa(\mathfrak p_{B'})\), et un homomorphisme de \(R\)-algèbres \(A \to B'\) tel que la composée \[A \to B' \to (B')^\wedge = (B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge)^\wedge\] soit égale à \(\varphi\) modulo \((\mathfrak p_{(B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge)^\wedge})^N\). On peut donc remplacer \(\varphi\) par cette composée, car la seule façon dont \(\varphi\) intervient dans la conclusion est la condition de commutativité de la partie (5) de l’énoncé du lemme. Diagramme : \[\xymatrix{ & & B' \ar[r] & (B')^\wedge \ar@{=}[d] \\ A \ar[rru] & B \ar[r] & B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge \ar[r] \ar[u] & (B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge)^\wedge \\ R \ar[r] \ar[u] & C \ar[r]^\sigma \ar[u] & R^\wedge \ar[u] \ar[ru] }\] Ensuite, on utilise le fait que \(R^\wedge\) est une colimite filtrante de \(R\)-algèbres lisses (Lissage des morphismes d’anneaux, théorème 07GC), car \(R_{\mathfrak p_R}\) est un G-anneau par hypothèse. Comme \(C\) est de présentation finie sur \(R\), on obtient une factorisation \[C \to R' \to R^\wedge\] pour un certain homomorphisme lisse \(R \to R'\) ; voir Algèbre, lemme 00QO. Quitte à remplacer \(R'\) par un terme ultérieur, on peut supposer qu’il existe une algèbre étale sur \(B \otimes_C R'\), notée \(B''\), dont le changement de base à \(B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge\) est \(B'\) ; voir Algèbre, lemme 00U2. Alors \(B'\) est la colimite filtrante de ces \(B''\), et l’on conclut que, quitte à remplacer \(R'\) par un terme ultérieur, on peut supposer qu’il existe un homomorphisme de \(R\)-algèbres \(A \to B''\) tel que \(A \to B'' \to B'\) soit l’homomorphisme construit précédemment (même référence que ci-dessus). Diagramme : \[\xymatrix{ & & B'' \ar[r] & B' \ar[r] & (B')^\wedge \ar@{=}[d] \\ A \ar[rru] & B \ar[r] & B \otimes_C R' \ar[r] \ar[u] & B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge \ar[r] \ar[u] & (B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge)^\wedge \\ R \ar[r] \ar[u] & C \ar[r] \ar[u] & R' \ar[r] \ar[u] & R^\wedge \ar[u] \ar[ru] }\] et \[B' = B'' \otimes_{(B \otimes_C R')} (B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge)\] Ceci signifie que l’on peut remplacer \(C\) par \(R'\), \(\sigma : C \to R^\wedge\) par \(R' \to R^\wedge\) et \(B\) par \(B''\), de sorte que l’on se ramène au diagramme \[\xymatrix{ A \ar[r] & B \ar[r] & B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge \\ R \ar[r] \ar[u] & C \ar[r]^\sigma \ar[u] & R^\wedge \ar[u] }\] où \(\varphi\) est égal à la composée des flèches horizontales suivie de l’homomorphisme canonique de \(B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge\) vers son complété. La dernière étape de la démonstration consiste à appliquer le lemme 0CAU (ou sa démonstration) une fois de plus à \(\Spec(C)\) et \(\Spec(R)\) au-dessus de \(\Spec(R)\) et à l’homomorphisme \(C \to R^\wedge\). Le lemme fournit un homomorphisme d’anneaux \(C \to D\) tel que \(R \to D\) soit étale, que \(\kappa(\mathfrak p_R) = \kappa(\mathfrak p_D)\), et que \[C \to D \to D^\wedge = R^\wedge\] coïncide avec \(\sigma : C \to R^\wedge\) modulo \((\mathfrak p_{R^\wedge})^N\). Nous pouvons alors prendre \[V = \Spec(D) \quad\text{et}\quad W = \Spec(B \otimes_C D)\] comme solution au problème posé par le lemme. En effet, le diagramme \[\xymatrix{ A \ar[r] & B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge \ar[r] & B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge/(\mathfrak p_{R^\wedge})^N \ar@{=}[r] & B \otimes_C D/(\mathfrak p_D)^N \\ A \ar@{=}[u] \ar[r] & A \otimes_R D \ar[r] & B \otimes_R D \ar[r] & B \otimes_C D/(\mathfrak p_D)^N \ar@{=}[u] }\] est commutatif parce que la composée \(C \to D \to D^\wedge = R^\wedge\) coïncide avec \(\sigma\) modulo \((\mathfrak p_{R^\wedge})^N\). Ceci démontre la partie (5), et les autres propriétés résultent immédiatement de la construction.

Lemme

Soit \(T \to S\) un morphisme de type fini entre schémas noethériens. Soit \(t \in T\) d’image \(s \in S\), et soit \(\sigma : \mathcal{O}_{T, t} \to \mathcal{O}_{S, s}^\wedge\) un morphisme local de \(\mathcal{O}_{S, s}\)-algèbres. Pour tout \(N \geq 1\), il existe un morphisme de type fini \((T', t') \to (T, t)\) tel que \(\sigma\) se factorise par \(\mathcal{O}_{T, t} \to \mathcal{O}_{T', t'}\) et tel que, pour tout morphisme local de \(\mathcal{O}_{S, s}\)-algèbres \(\sigma' : \mathcal{O}_{T, t} \to \mathcal{O}_{S, s}^\wedge\) qui se factorise par \(\mathcal{O}_{T, t} \to \mathcal{O}_{T', t'}\), les morphismes \(\sigma\) et \(\sigma'\) coïncident modulo \(\mathfrak m_s^N\).

Démonstration

Nous pouvons supposer \(S\) et \(T\) affines. Écrivons \(S = \Spec(R)\) et \(T = \Spec(C)\). Soient \(c_1, \ldots, c_n \in C\) des générateurs de \(C\) comme \(R\)-algèbre. Soit \(\mathfrak p \subset R\) l’idéal premier correspondant à \(s\). Écrivons \(\mathfrak p = (f_1, \ldots, f_m)\). Après avoir remplacé \(R\) par un localisé principal (afin de chasser les dénominateurs dans \(R_\mathfrak p\)), nous pouvons supposer qu’il existe \(r_1, \ldots, r_n \in R\) et \(a_{i, I} \in \mathcal{O}_{S, s}^\wedge\), où \(I = (i_1, \ldots, i_m)\) avec \(\sum i_j = N\), tels que \[\sigma(c_i) = r_i + \sum\nolimits_I a_{i, I} f_1^{i_1} \ldots f_m^{i_m}\] dans \(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge\). Considérons alors \[C' = C[t_{i, I}]/ \left(c_i - r_i - \sum\nolimits_I t_{i, I} f_1^{i_1} \ldots f_m^{i_m}\right)\] avec \(\mathfrak p' = \mathfrak pC' + (t_{i, I})\), et la factorisation de \(\sigma : C \to \mathcal{O}_{S, s}^\wedge\) par \(C'\) obtenue en envoyant \(t_{i, I}\) sur \(a_{i, I}\). Le choix \(T' = \Spec(C')\) convient, car tout \(\sigma'\) comme dans l’énoncé du lemme envoie \(c_i\) sur \(r_i\) modulo la puissance \(N\)-ième de l’idéal maximal.

Lemme

Soient \(Y \to T \to S\) des morphismes de type fini entre schémas noethériens. Soit \(t \in T\) d’image \(s \in S\), et soit \(\sigma : \mathcal{O}_{T, t} \to \mathcal{O}_{S, s}^\wedge\) un morphisme local de \(\mathcal{O}_{S, s}\)-algèbres. Il existe un morphisme de type fini \((T', t') \to (T, t)\) tel que \(\sigma\) se factorise par \(\mathcal{O}_{T, t} \to \mathcal{O}_{T', t'}\) et tel que, pour tout morphisme local de \(\mathcal{O}_{S, s}\)-algèbres \(\sigma' : \mathcal{O}_{T, t} \to \mathcal{O}_{S, s}^\wedge\) qui se factorise par \(\mathcal{O}_{T, t} \to \mathcal{O}_{T', t'}\), les immersions fermées \[Y \times_{T, \sigma} \Spec(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge) = Y_\sigma \longleftarrow Y_t \longrightarrow Y_{\sigma'} = Y \times_{T, \sigma'} \Spec(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge)\] ont des algèbres conormales isomorphes.

Démonstration

Une observation utile est que \(\kappa(s) = \kappa(t)\) par l’existence de \(\sigma\). Remarquons que l’énoncé a un sens, puisque les fibres de \(Y_\sigma\) et de \(Y_{\sigma'}\) au-dessus de \(s \in \Spec(\mathcal{O}_{S, s}^\wedge)\) sont toutes deux canoniquement isomorphes à \(Y_t\). Nous considérerons la propriété « \(\sigma'\) se factorise par \(\mathcal{O}_{T, t} \to \mathcal{O}_{T', t'}\) » comme une contrainte sur \(\sigma'\). Si nous avons plusieurs telles contraintes, disons données par \((T'_i, t'_i) \to (T, t)\), \(i = 1, \ldots, n\), nous pouvons les combiner en considérant \((T'_1 \times_T \ldots \times_T T'_n, (t'_1, \ldots, t'_n)) \to (T, t)\). Nous utiliserons ceci sans autre mention dans la suite.

D’après le lemme 0CAX, nous pouvons supposer que tout \(\sigma'\) comme dans l’énoncé du lemme est égal à \(\sigma\) modulo \(\mathfrak m_s^2\). Remarquons que l’algèbre conormale de \(Y_t\) dans \(Y_\sigma\) n’est autre que la \(\mathcal{O}_{Y_t}\)-algèbre graduée quasi-cohérente \[\bigoplus\nolimits_{n \geq 0} \mathfrak m_s^n\mathcal{O}_{Y_\sigma}/ \mathfrak m_s^{n + 1}\mathcal{O}_{Y_\sigma}\] et de même pour \(Y_{\sigma'}\). Puisque \(\sigma\) et \(\sigma'\) coïncident modulo \(\mathfrak m_s^2\), nous voyons que ces deux algèbres sont les mêmes en degrés \(0\) et \(1\). D’autre part, ces algèbres conormales sont engendrées en degré \(1\) sur leur partie de degré \(0\). Par conséquent, s’il existe un isomorphisme prolongeant l’isomorphisme qui vient d’être construit en degrés \(0\) et \(1\), alors il est unique.

Nous pouvons supposer \(S\) et \(T\) affines. Soit \(Y = Y_1 \cup \ldots \cup Y_n\) un recouvrement ouvert affine. Si nous pouvons construire \((T_i', t'_i) \to (T, t)\) comme dans le lemme de telle sorte que l’isomorphisme souhaité (voir le paragraphe précédent) existe pour \(Y_i \to T \to S\) et \(\sigma\), alors ces isomorphismes se recollent par unicité et donnent le résultat pour \(Y \to T\). Nous pouvons donc supposer \(Y\) affine.

Écrivons \(S = \Spec(R)\), \(T = \Spec(C)\) et \(Y = \Spec(B)\). Choisissons une présentation \(B = C[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m)\). Notons \(R^\wedge = \mathcal{O}_{S, s}^\wedge\). Soient \(a_{kj} \in R^\wedge[x_1, \ldots, x_n]\) des polynômes tels que \[\sum\nolimits_{j = 1, \ldots, m} a_{kj}\sigma(f_j) = 0,\quad \text{pour }k = 1, \ldots, K\] forment un système de générateurs du module des relations entre les \(\sigma(f_j) \in R^\wedge[x_1, \ldots, x_n]\). Nous avons donc une suite exacte [0CAZ]\[\begin{equation} R^\wedge[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus K} \to R^\wedge[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus m} \to R^\wedge[x_1, \ldots, x_n] \to B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge \to 0 \end{equation}\] Soit \(c\) un entier pour lequel le lemme d’Artin–Rees s’applique à la fois au premier et au second morphisme de cette suite, ainsi qu’à l’idéal \(\mathfrak m_{R^\wedge}R^\wedge[x_1, \ldots, x_n]\), comme dans Compléments d’algèbre, section 07VD. Écrivons \[a_{kj} = \sum\nolimits_{I \in \Omega} a_{kj, I} x^I \quad\text{et}\quad f_j = \sum\nolimits_{I \in \Omega} f_{j, I} x^I\] en notation multi-indicielle, où \(a_{kj, I} \in R^\wedge\), \(f_{j, I} \in C\), et \(\Omega\) est un ensemble fini de multi-indices. Nous voyons alors que \[\sum\nolimits_{j = 1, \ldots, m,\ I, I' \in \Omega,\ I + I' = I''} a_{kj, I} \sigma(f_{j, I'}) = 0,\quad I''\text{ un multi-indice}\] dans \(R^\wedge\). Prenons donc \[C' = C[t_{jk, I}]/ \left( \sum\nolimits_{j = 1, \ldots, m,\ I, I' \in \Omega,\ I + I' = I''} t_{kj, I} f_{j, I'},\ I''\text{ un multi-indice}\right)\] Alors \(\sigma\) se factorise par un morphisme \(\tilde\sigma : C' \to R^\wedge\) envoyant \(t_{kj, I}\) sur \(a_{jk, I}\). Ainsi, \(T' = \Spec(C')\) possède un point \(t' \in T'\) tel que \(\sigma\) se factorise par \(\mathcal{O}_{T, t} \to \mathcal{O}_{T', t'}\). Soit \(t_{kj} = \sum t_{kj, I} x^I\) dans \(C'[x_1, \ldots, x_n]\). Nous voyons alors que nous avons un complexe [0CB0]\[\begin{equation} C'[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus K} \to C'[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus m} \to C'[x_1, \ldots, x_n] \to B \otimes_C C' \to 0 \end{equation}\] qui est exact en \(C'[x_1, \ldots, x_n]\) et dont le changement de base par \(\tilde\sigma\) donne (0CAZ).

D’après le lemme 0CAX, nous pouvons trouver un morphisme supplémentaire \((T'', t'') \to (T', t')\) tel que \(\tilde\sigma\) se factorise par \(\mathcal{O}_{T', t'} \to \mathcal{O}_{T'', t''}\) et tel que, si \(\sigma' : C \to R^\wedge\) se factorise par \(\mathcal{O}_{T'', t''}\), alors le morphisme induit \(\tilde \sigma' : C' \to R^\wedge\) coïncide modulo \(\mathfrak m_s^{c + 1}\) avec \(\tilde \sigma\). Ainsi, si \(\sigma'\) est un tel morphisme, nous obtenons un complexe \[R^\wedge[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus K} \to R^\wedge[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus m} \to R^\wedge[x_1, \ldots, x_n] \to B \otimes_{C, \sigma'} R^\wedge \to 0\] sur \(R^\wedge[x_1, \ldots, x_n]\) en appliquant \(\tilde\sigma'\) aux polynômes \(t_{kj}\) et \(f_j\). Autrement dit, il s’agit du changement de base du complexe (0CB0) par \(\tilde\sigma'\). Les matrices définissant ce complexe sont congruentes modulo \(\mathfrak m_s^{c + 1}\) aux matrices définissant le complexe (0CAZ), car \(\tilde \sigma\) et \(\tilde \sigma'\) sont congrus modulo \(\mathfrak m_s^{c + 1}\). Puisque (0CAZ) est exacte, nous pouvons appliquer Compléments d’algèbre, lemme 07VF pour conclure que \[\text{Gr}_{\mathfrak m_s}(B \otimes_{C, \sigma'} R^\wedge) \cong \text{Gr}_{\mathfrak m_s}(B \otimes_{C, \sigma} R^\wedge)\] comme souhaité.

Lemme

Avec les notations et les hypothèses du lemme 0CAW, supposons que \(\varphi\) induise un isomorphisme sur les complétés. Nous pouvons alors choisir notre diagramme de telle sorte que \(f\) soit étale.

Démonstration

Nous pouvons supposer \(N \geq 2\) et remplacer \((T, t)\) par \((T', t')\) comme dans le lemme 0CAY. Puisque \((V, v) \to (S, s)\) est un voisinage étale élémentaire, il en va de même de \((X \times_S V, (x, v)) \to (X, x)\). Ainsi, \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{X \times_S V, (x, v)}\) induit un isomorphisme sur les complétés d’après Compléments d’algèbre, lemme 0AGX. Nous affirmons que \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{W, w}\) induit un isomorphisme sur les complétés. Une fois ceci démontré, le lemme 02HX montrera que \(f\) est lisse en \(w\) et, bien entendu, \(f\) est aussi non ramifié en \(u\); par conséquent, Morphismes, lemme 02GK nous dit que \(f\) est étale en \(w\).

Nous utilisons d’abord la commutativité de la partie (5) du lemme 0CAW pour voir que, pour \(i \leq N\), il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \text{Gr}^i_{\mathfrak m_x}(\mathcal{O}_{X, x}) \ar[r]_-\varphi & \text{Gr}^i_{\mathfrak m_{y_\sigma}}(\mathcal{O}_{Y_\sigma, y_\sigma}^\wedge) \ar@{=}[r] & \text{Gr}^i_{\mathfrak m_{(y, v)}}(\mathcal{O}_{Y \times_{T, \tau} V, (y, v)}) \ar[d]_{\cong} \\ \text{Gr}^i_{\mathfrak m_x}(\mathcal{O}_{X, x}) \ar[r]^-{\cong} \ar@{=}[u] & \text{Gr}^i_{\mathfrak m_{(x, v)}}(\mathcal{O}_{X \times_S V, (x, v)}) \ar[r]^{f^\sharp_w} & \text{Gr}^i_{\mathfrak m_w}(\mathcal{O}_{W, w}) }\] Ceci implique que \(f^\sharp_w\) définit un isomorphisme \(\kappa(x) \to \kappa(w)\) sur les corps résiduels et un isomorphisme \(\mathfrak m_x/\mathfrak m_x^2 \to \mathfrak m_w/\mathfrak m_w^2\) sur les espaces cotangents. Par conséquent, \(f^\sharp_w\) définit une surjection \(\mathcal{O}_{X, x}^\wedge \to \mathcal{O}_{W, w}^\wedge\) entre les anneaux locaux complets.

D’après le lemme 0CAY, il existe un isomorphisme de \(\text{Gr}_{\mathfrak m_s}(\mathcal{O}_{(Y \times_{T, \tau} V, (y, v)})\) sur \(\text{Gr}_{\mathfrak m_s}(\mathcal{O}_{Y_\sigma, y_\sigma})\). Ceci s’obtient en prenant les germes de l’isomorphisme des faisceaux conormaux au point \(y\). Puisque nos anneaux locaux sont noethériens, la formation du gradué associé relativement à \(\mathfrak m_s\) commute à la complétion, car la complétion relativement à un idéal est un foncteur exact sur les modules finis sur les anneaux noethériens. Ceci fournit l’isomorphisme vertical de droite dans le diagramme d’anneaux gradués \[\xymatrix{ \text{Gr}_{\mathfrak m_s}(\mathcal{O}_{W, w}^\wedge) & \text{Gr}_{\mathfrak m_s} (\mathcal{O}_{(Y \times_{T, \tau} V, (y, v)}^\wedge) \ar[l] \\ \text{Gr}_{\mathfrak m_s}(\mathcal{O}_{X, x}^\wedge) \ar[r]^\varphi \ar[u] & \text{Gr}_{\mathfrak m_s}(\mathcal{O}_{Y_\sigma, y_\sigma}^\wedge) \ar[u]_{\cong} }\] Nous n’affirmons pas que le diagramme soit commutatif. D’après le résultat du paragraphe précédent, la flèche de gauche est surjective. Les trois autres flèches sont des isomorphismes. Il s’ensuit que la flèche de gauche est un morphisme surjectif entre des anneaux noethériens isomorphes. C’est donc un isomorphisme d’après Algèbre, lemme 06RN (on peut également le démontrer directement au moyen des fonctions de Hilbert). En particulier, \(\mathcal{O}_{X, x}^\wedge \to \mathcal{O}_{W, w}^\wedge\) doit être injectif aussi bien que surjectif, ce qui achève la démonstration.

Les morphismes finis localement libres dominent localement les morphismes étales

Dans cette section, nous expliquons un résultat qui énonce, en substance, que les recouvrements étales d’un schéma \(S\) peuvent être raffinés par des recouvrements de Zariski de schémas finis localement libres sur \(S\).

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(s \in S\). Soit \(f : (U, u) \to (S, s)\) un voisinage étale. Il existe un voisinage ouvert affine \(s \in V \subset S\) et un morphisme fini localement libre et surjectif \(\pi : T \to V\) tels que, pour tout \(t \in \pi^{-1}(s)\), il existe un voisinage ouvert \(t \in W_t \subset T\) et un diagramme commutatif \[\xymatrix{ T \ar[d]^\pi & W_t \ar[l] \ar[rr]_{h_t} \ar[rd] & & U \ar[dl] \\ V \ar[rr] & & S }\] avec \(h_t(t) = u\).

Démonstration

Le problème est local sur \(S\); nous pouvons donc remplacer \(S\) par un voisinage ouvert quelconque de \(s\). Nous pouvons aussi remplacer \(U\) par un voisinage ouvert de \(u\). Ainsi, d’après Morphismes, lemme 02GT, nous pouvons supposer que \(U \to S\) est un morphisme étale standard de schémas affines. Dans ce cas, le lemme (avec \(V = S\)) résulte de Algèbre, lemme 00UF.

Lemme

Soit \(f : U \to S\) un morphisme étale surjectif de schémas affines. Il existe un morphisme fini localement libre et surjectif \(\pi : T \to S\) et un recouvrement ouvert fini \(T = T_1 \cup \ldots \cup T_n\) tels que chacun des morphismes \(T_i \to S\) se factorise par \(U \to S\). Diagramme : \[\xymatrix{ & \coprod T_i \ar[rd] \ar[ld] & \\ T \ar[rd]^\pi & & U \ar[ld]_f \\ & S & }\] où la flèche sud-ouest est un recouvrement de Zariski.

Démonstration

C’est une reformulation de Algèbre, lemme 00UG.

Remarque

En termes de topologies, les lemmes 02LG et 02LH signifient ce qui suit. Soit \(S\) un schéma quelconque. Soit \(\{f_i : U_i \to S\}\) un recouvrement étale de \(S\). Il existe un recouvrement ouvert de Zariski \(S = \bigcup V_j\), pour tout \(j\) un morphisme fini localement libre et surjectif \(W_j \to V_j\), et pour tout \(j\) un recouvrement ouvert de Zariski \(\{W_{j, k} \to W_j\}\) tel que la famille \(\{W_{j, k} \to S\}\) raffine le recouvrement étale donné \(\{f_i : U_i \to S\}\). Que signifie ceci en pratique ? Par exemple, supposons que nous ayons un problème de descente que nous sachions résoudre pour les recouvrements de Zariski et pour les recouvrements fppf de la forme \(\{\pi : T \to S\}\), où \(\pi\) est fini localement libre et surjectif. Alors ce problème de descente admet également une réponse affirmative pour les recouvrements étales. Cette astuce a été utilisée par Gabber dans sa démonstration de \(\text{Br}(X) = \text{Br}'(X)\) pour un schéma affine \(X\); voir [Hoobler].

Localisation étale des morphismes quasi-finis

Nous abordons maintenant une série de lemmes autour du thème « les morphismes quasi-finis deviennent finis après localisation étale ». L’idée générale est la suivante. Soient un morphisme de schémas \(f : X \to S\) et un point \(s \in S\). Soit \(\varphi : (U, u) \to (S, s)\) un voisinage étale de \(s\) dans \(S\). Considérons le produit fibré \(X_U = U \times_S X\) et le diagramme fondamental [02LJ]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ V \ar[r] \ar[dr] & X_U \ar[d] \ar[r] & X \ar[d]^f \\ & U \ar[r]^\varphi & S } } \end{equation}\] où \(V \subset X_U\) est ouvert. Existe-t-il un modèle standard pour le morphisme \(f_U : X_U \to U\), ou pour le morphisme \(V \to U\) lorsque \(V\) est un ouvert convenable ? Bien entendu, la réponse est non en général. Mais, pour les morphismes quasi-finis, nous pouvons dire quelque chose.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\). Posons \(s = f(x)\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de type fini, et

  2. \(x \in X_s\) soit isolé7.

Alors il existe

  1. un voisinage étale élémentaire \((U, u) \to (S, s)\),

  2. un sous-schéma ouvert \(V \subset X_U\) (voir 02LJ)

tels que

  1. \(V \to U\) soit un morphisme fini,

  2. il existe un unique point \(v\) de \(V\) d’image \(u\) dans \(U\), et

  3. le point \(v\) s’envoie sur \(x\) par le morphisme \(X_U \to X\), qui induit \(\kappa(x) = \kappa(v)\).

De plus, pour tout voisinage étale élémentaire \((U', u') \to (U, u)\), si l’on pose \(V' = U' \times_U V \subset X_{U'}\), le triplet \((U', u', V')\) satisfait encore les propriétés (i), (ii) et (iii).

Démonstration

Soient \(Y \subset X\), \(W \subset S\) des ouverts affines tels que \(f(Y) \subset W\) et \(x \in Y\). Remarquons que \(x\) est aussi un point isolé de la fibre du morphisme \(f|_Y : Y \to W\). Si nous pouvons démontrer le résultat pour \(f|_Y : Y \to W\), alors le résultat en découle pour \(f\). Nous nous ramenons donc au cas où \(f\) est un morphisme de schémas affines. Ce cas est traité dans Algèbre, lemme 00UJ.

Dans le lemme précédent et dans le suivant, nous ne supposons pas que le morphisme \(f\) soit séparé. Cela signifie que les ouverts \(V\), \(V_i\) qui y sont construits ne sont pas nécessairement fermés dans \(X_U\). De plus, si nous choisissons le voisinage \(U\) affine, alors chaque \(V_i\) est affine, mais les intersections \(V_i \cap V_j\) ne sont pas nécessairement affines (dans le cas non séparé).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soient \(x_1, \ldots, x_n \in X\) des points de même image \(s\) dans \(S\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de type fini, et

  2. \(x_i \in X_s\) soit isolé pour \(i = 1, \ldots, n\).

Alors il existe

  1. un voisinage étale élémentaire \((U, u) \to (S, s)\),

  2. pour chaque \(i\), un sous-schéma ouvert \(V_i \subset X_U\),

tels que, pour chaque \(i\), les propriétés suivantes soient vérifiées :

  1. \(V_i \to U\) est un morphisme fini,

  2. il existe un unique point \(v_i\) de \(V_i\) d’image \(u\) dans \(U\), et

  3. le point \(v_i\) s’envoie sur \(x_i\) dans \(X\) et \(\kappa(x_i) = \kappa(v_i)\).

Démonstration

Nous raisonnons par récurrence sur \(n\). Supposons en effet que \((U, u) \to (S, s)\) et \(V_i \subset X_U\), \(i = 1, \ldots, n - 1\), conviennent pour \(x_1, \ldots, x_{n - 1}\). Puisque \(\kappa(s) = \kappa(u)\), la fibre \((X_U)_u = X_s\). Il existe donc un unique point \(x'_n \in X_u \subset X_U\) correspondant à \(x_n \in X_s\). De plus, \(x'_n\) est isolé dans \(X_u\). Ainsi, d’après le lemme 02LK, il existe un voisinage étale élémentaire \((U', u') \to (U, u)\) et un ouvert \(V_n \subset X_{U'}\) qui convient pour \(x'_n\), et donc pour \(x_n\). D’après la dernière assertion du lemme 02LK, les sous-schémas ouverts \(V'_i = U'\times_U V_i\), pour \(i = 1, \ldots, n - 1\), conviennent encore relativement à \(x_1, \ldots, x_{n - 1}\). D’où le résultat.

Si nous autorisons une extension de corps non triviale \(\kappa(u)/\kappa(s)\), c’est-à-dire des voisinages étales généraux, nous pouvons scinder les points comme suit.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soient \(x_1, \ldots, x_n \in X\) des points de même image \(s\) dans \(S\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de type fini, et

  2. \(x_i \in X_s\) soit isolé pour \(i = 1, \ldots, n\).

Alors il existe

  1. un voisinage étale \((U, u) \to (S, s)\),

  2. pour chaque \(i\), un entier \(m_i\) et des sous-schémas ouverts \(V_{i, j} \subset X_U\), \(j = 1, \ldots, m_i\),

tels que l’on ait

  1. chaque \(V_{i, j} \to U\) soit un morphisme fini,

  2. il existe un unique point \(v_{i, j}\) de \(V_{i, j}\) d’image \(u\) dans \(U\), tel que \(\kappa(u) \subset \kappa(v_{i, j})\) soit une extension finie purement inséparable,

  3. si \(v_{i, j} = v_{i', j'}\), alors \(i = i'\) et \(j = j'\), et

  4. les points \(v_{i, j}\) s’envoient sur \(x_i\) dans \(X\) et aucun autre point de \((X_U)_u\) ne s’envoie sur \(x_i\).

Démonstration

Cette démonstration est une variante de la démonstration de Algèbre, lemme 00UL, formulée dans le langage des schémas. D’après Morphismes, lemme 01TH, le morphisme \(f\) est quasi-fini en chacun des points \(x_i\). Ainsi, l’extension \(\kappa(s) \subset \kappa(x_i)\) est finie pour tout \(i\) (Morphismes, lemme 01TG). Pour chaque \(i\), soit \(\kappa(s) \subset L_i \subset \kappa(x_i)\) le sous-corps tel que \(L_i/\kappa(s)\) soit séparable et que \(\kappa(x_i)/L_i\) soit purement inséparable. Choisissons une extension finie galoisienne \(L/\kappa(s)\) telle qu’il existe des \(\kappa(s)\)-plongements \(L_i \to L\) pour \(i = 1, \ldots, n\). Choisissons un voisinage étale \((U, u) \to (S, s)\) tel que \(L \cong \kappa(u)\) comme extensions de \(\kappa(s)\) (lemme 02LF).

Soient \(y_{i, j}\), \(j = 1, \ldots, m_i\), les points de \(X_U\) au-dessus de \(x_i \in X\) et de \(u \in U\). D’après Schémas, lemme 01JT, ces points \(y_{i, j}\) correspondent exactement aux idéaux premiers des anneaux \(\kappa(u) \otimes_{\kappa(s)} \kappa(x_i)\). Ceci explique également pourquoi ils sont en nombre fini; en fait, \(m_i = [L_i : \kappa(s)]\), mais nous n’en avons pas besoin. Par notre choix de \(L\) (et par la théorie élémentaire des corps), nous voyons que l’extension \(\kappa(u) \subset \kappa(y_{i, j})\) est finie purement inséparable pour chaque paire \(i, j\). De plus, d’après Morphismes, lemme 01TM, par exemple, le morphisme \(X_U \to U\) est quasi-fini aux points \(y_{i, j}\) pour tous \(i, j\).

Appliquons le lemme 02LL au morphisme \(X_U \to U\), au point \(u \in U\) et aux points \(y_{i, j} \in (X_U)_u\). Nous obtenons un voisinage étale \((U', u') \to (U, u)\) avec \(\kappa(u) = \kappa(u')\) et des ouverts \(V_{i, j} \subset X_{U'}\) possédant les propriétés (i), (ii) et (iii) de ce lemme. Nous affirmons que le voisinage étale \((U', u') \to (S, s)\) et les ouverts \(V_{i, j} \subset X_{U'}\) constituent une solution au problème posé par le lemme. Nous omettons les vérifications.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(s \in S\). Soient \(x_1, \ldots, x_n \in X_s\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de type fini,

  2. \(f\) soit séparé, et

  3. \(x_1, \ldots, x_n\) soient des points de \(X_s\), isolés et deux à deux distincts.

Il existe alors un voisinage étale élémentaire \((U, u) \to (S, s)\) et une décomposition \[U \times_S X = W \amalg V_1 \amalg \ldots \amalg V_n\] en sous-schémas ouverts et fermés telle que les morphismes \(V_i \to U\) soient finis, que les fibres de \(V_i \to U\) au-dessus de \(u\) soient les singletons \(\{v_i\}\), que chaque \(v_i\) s’envoie sur \(x_i\) avec \(\kappa(x_i) = \kappa(v_i)\), et que la fibre de \(W \to U\) au-dessus de \(u\) ne contienne aucun point s’envoyant sur l’un des \(x_i\).

Démonstration

Choisissons \((U, u) \to (S, s)\) et \(V_i \subset X_U\) comme dans le lemme 02LL. Puisque \(X_U \to U\) est séparé (Schémas, lemme 01KU) et que \(V_i \to U\) est fini, donc propre (Morphismes, lemme 01WN), on voit que \(V_i \subset X_U\) est fermé d’après Morphismes, lemme 01W6. Ainsi, \(V_i \cap V_j\) est un sous-ensemble fermé de \(V_i\) qui ne contient pas \(v_i\). Par conséquent, l’image de \(V_i \cap V_j\) dans \(U\) est un fermé (car \(V_i \to U\) est propre) qui ne contient pas \(u\). Après avoir rétréci \(U\), on peut donc supposer que \(V_i \cap V_j = \emptyset\) pour tous \(i, j\). Cela donne la décomposition de l’énoncé.

Voici la variante où l’on se ramène à des extensions de corps purement inséparables.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soient \(s \in S\) et \(x_1, \ldots, x_n \in X_s\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de type fini,

  2. \(f\) soit séparé, et

  3. \(x_1, \ldots, x_n\) soient des points isolés deux à deux distincts de \(X_s\).

Il existe alors un voisinage étale \((U, u) \to (S, s)\) et une décomposition \[U \times_S X = W \amalg \ \coprod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} \ \coprod\nolimits_{j = 1, \ldots, m_i} V_{i, j}\] en sous-schémas ouverts et fermés telle que les morphismes \(V_{i, j} \to U\) soient finis, que les fibres de \(V_{i, j} \to U\) au-dessus de \(u\) soient les singletons \(\{v_{i, j}\}\), que chaque \(v_{i, j}\) s’envoie sur \(x_i\), que \(\kappa(u) \subset \kappa(v_{i, j})\) soit purement inséparable, et que la fibre de \(W \to U\) au-dessus de \(u\) ne contienne aucun point s’envoyant sur l’un des \(x_i\).

Démonstration

On procède exactement comme dans la démonstration du lemme 02LN, si ce n’est qu’on utilise le lemme 02LM au lieu du lemme 02LL.

La version suivante est peut-être un peu plus facile à lire.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de type fini,

  2. \(f\) soit séparé, et

  3. \(X_s\) ait au plus un nombre fini de points isolés.

Il existe alors un voisinage étale élémentaire \((U, u) \to (S, s)\) et une décomposition \[U \times_S X = W \amalg V\] en sous-schémas ouverts et fermés telle que le morphisme \(V \to U\) soit fini et que la fibre \(W_u\) du morphisme \(W \to U\) ne contienne aucun point isolé. En particulier, si \(f^{-1}(s)\) est un ensemble fini, alors \(W_u = \emptyset\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement du lemme 02LN, en choisissant pour \(x_1, \ldots, x_n\) l’ensemble de tous les points isolés de \(X_s\) et en posant \(V = \bigcup V_i\).

Localisation étale des morphismes entiers

Voici quelques variantes des résultats de la section 04HF dans le cas des morphismes entiers.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux entier. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Supposons

  1. qu’il n’y ait qu’un nombre fini d’idéaux premiers \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_n\) au-dessus de \(\mathfrak p\), et

  2. que, pour tout \(i\), la sous-extension séparable maximale \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak q_i)_{sep}/\kappa(\mathfrak p)\) (Corps, lemme 030K) soit finie sur \(\kappa(\mathfrak p)\).

Il existe alors un homomorphisme d’anneaux étale \(R \to R'\) et un idéal premier \(\mathfrak p'\) au-dessus de \(\mathfrak p\) tels que \[S \otimes_R R' = A_1 \times \ldots \times A_m\] où \(R' \to A_j\) est entier et possède un unique idéal premier \(\mathfrak r_j\) au-dessus de \(\mathfrak p'\) tel que \(\kappa(\mathfrak r_j)/\kappa(\mathfrak p')\) soit purement inséparable.

Démonstration

Cette démonstration utilise Algèbre, lemme 00UL. Choisissons en effet un générateur \(\theta_i \in \kappa(\mathfrak q_i)_{sep}\) de ce corps sur \(\kappa(\mathfrak p)\) (Corps, lemme 030N). Le spectre de l’anneau fibre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est fini et discret, ses points correspondant à \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_n\). D’après le théorème chinois des restes (Algèbre, lemme 00DT), on voit que \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \to \prod \kappa(\mathfrak q_i)\) est surjectif. Par conséquent, après avoir remplacé \(R\) par \(R_g\) pour un certain \(g \in R\), \(g \not \in \mathfrak p\), on peut supposer que \((0, \ldots, 0, \theta_i, 0, \ldots, 0) \in \prod \kappa(\mathfrak q_i)\) est l’image d’un élément \(x_i \in S\). Soit \(S' \subset S\) la \(R\)-sous-algèbre engendrée par les éléments \(x_i\). Puisque \(\Spec(S) \to \Spec(S')\) est surjectif (Algèbre, lemme 00GQ), on conclut que \(\mathfrak q_i' = S' \cap \mathfrak q_i\) sont les idéaux premiers de \(S'\) au-dessus de \(\mathfrak p\). Le choix des \(x_i\) montre que ces idéaux premiers sont distincts et que \(\kappa(\mathfrak q'_i)_{sep} = \kappa(\mathfrak q_i)_{sep}\). En particulier, les extensions de corps \(\kappa(\mathfrak q_i)/\kappa(\mathfrak q'_i)\) sont purement inséparables. Puisque \(R \to S'\) est fini, on peut appliquer Algèbre, lemme 00UL, et l’on obtient \(R \to R'\) et \(\mathfrak p'\), ainsi qu’une décomposition \[S' \otimes_R R' = A'_1 \times \ldots \times A'_m \times B'\] où \(R' \to A'_j\) est entier et possède un unique idéal premier \(\mathfrak r'_j\) au-dessus de \(\mathfrak p'\) tel que \(\kappa(\mathfrak r'_j)/\kappa(\mathfrak p')\) soit purement inséparable, et où \(B'\) ne possède aucun idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p'\). Comme \(R' \to B'\) est fini (car \(R \to S'\) est fini), on peut, après avoir localisé \(R'\) en un certain \(g' \in R'\), \(g' \not \in \mathfrak p'\), supposer que \(B' = 0\). Le morphisme \(S' \otimes_R R' \to S \otimes_R R'\) nous fournit la décomposition correspondante pour \(S\).

Démonstration

Cette démonstration utilise l’hensélisation stricte. Supposons d’abord que \(R\) soit strictement hensélien, d’idéal maximal \(\mathfrak p\). Alors \(S/\mathfrak p S\) possède un nombre fini d’idéaux premiers correspondant à \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_n\), tous maximaux, et dont les corps résiduels sont purement inséparables sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Ainsi, \(S/\mathfrak p S\) est égal à \(\prod (S/\mathfrak p S)_{\mathfrak p_i}\). D’après Plus sur l’algèbre, lemme 09XI, on peut relever cette décomposition en produit en une décomposition en produit de \(S\) comme dans l’énoncé.

Dans le cas général, soit \(R^{sh}\) l’hensélisé strict de \(R_\mathfrak p\). On peut alors appliquer le résultat du premier paragraphe à \(R^{sh} \to S \otimes_R R^{sh}\). Considérons les \(m\) idempotents deux à deux orthogonaux de \(S \otimes_R R^{sh}\) correspondant à la décomposition en produit. Puisque \(R^{sh}\) est une colimite filtrante de morphismes d’anneaux étales \((R, \mathfrak p) \to (R', \mathfrak p')\) d’après Algèbre, lemme 04GW, on voit que ces idempotents sont définis sur un certain \(R'\), comme voulu.

Théorème principal de Zariski

Dans cette section, on démontre le théorème principal de Zariski sous la forme donnée par Grothendieck. Souvent, lorsque l’on dit « théorème principal de Zariski » dans ce contexte, on entend l’un des lemmes 03GW, 02LR ou 05K0. Dans la plupart des textes, c’est au dernier de ces énoncés que l’on donne le nom de théorème principal de Zariski.

On a déjà démontré la version algébrique dans Algèbre, théorème 00Q9, et on a déjà reformulé cette version algébrique dans le langage des schémas ; voir Morphismes, théorème 03GT. La version de cette section est plus subtile ; pour obtenir le résultat complet, on utilise les techniques de localisation étale de la section 04HF afin de se ramener au cas algébrique.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Supposons que \(f\) soit de type fini et séparé. Soit \(S'\) la normalisation de \(S\) dans \(X\) ; voir Morphismes, définition 035H. Diagramme : \[\xymatrix{ X \ar[rd]_f \ar[rr]_{f'} & & S' \ar[ld]^\nu \\ & S & }\] Il existe alors un sous-schéma ouvert \(U' \subset S'\) tel que

  1. \((f')^{-1}(U') \to U'\) soit un isomorphisme, et

  2. \((f')^{-1}(U') \subset X\) soit l’ensemble des points où \(f\) est quasi-fini.

Démonstration

D’après Morphismes, lemme 01TI, le sous-ensemble \(U \subset X\) des points où \(f\) est quasi-fini est ouvert. Le lemme équivaut aux trois assertions suivantes :

  1. \(U' = f'(U) \subset S'\) est ouvert,

  2. \(U = (f')^{-1}(U')\), et

  3. \(U \to U'\) est un isomorphisme.

Soit \(x \in U\) arbitraire. On affirme qu’il existe un voisinage ouvert \(f'(x) \in V \subset S'\) tel que \((f')^{-1}V \to V\) soit un isomorphisme. Montrons d’abord que cette assertion implique le lemme. En effet, \((f')^{-1}V \cong V\) est alors à la fois localement de type fini sur \(S\) (comme sous-schéma ouvert de \(X\)), et, pour \(v \in V\), l’extension de corps résiduels \(\kappa(v)/\kappa(\nu(v))\) est algébrique (car \(V \subset S'\) et \(S'\) est entier sur \(S\)). Les fibres de \(V \to S\) sont donc discrètes (Morphismes, lemme 01TE) et \((f')^{-1}V \to S\) est localement quasi-fini (Morphismes, lemme 06RT). Il s’ensuit que \((f')^{-1}V \subset U\) et \(V \subset U'\). Puisque \(x\) était arbitraire, les assertions (a), (b) et (c) sont vraies.

Posons \(s = f(x)\). Soit \((T, t) \to (S, s)\) un voisinage étale élémentaire. On note par un indice \({}_T\) le changement de base à \(T\). Soit \(y = (x, t) \in X_T\) l’unique point de la fibre \(X_t\) situé au-dessus de \(x\). Remarquons que \(U_T \subset X_T\) est l’ensemble des points où \(f_T\) est quasi-fini ; voir Morphismes, lemme 01TM. Remarquons que \[X_T \xrightarrow{f'_T} S'_T \xrightarrow{\nu_T} T\] est la normalisation de \(T\) dans \(X_T\) ; voir lemme 03GV. Supposons que l’assertion soit vraie pour \(y \in U_T \subset X_T \to S'_T \to T\), c’est-à-dire que l’on puisse trouver un voisinage ouvert \(f'_T(y) \in V' \subset S'_T\) tel que \((f'_T)^{-1}V' \to V'\) soit un isomorphisme. Le morphisme \(S'_T \to S'\) est étale ; l’image \(V \subset S'\) de \(V'\) est donc ouverte. On a \(f'(x) \in V\) puisque \(f'_T(y) \in V'\). Observons que \[\xymatrix{ (f'_T)^{-1}V' \ar[r] \ar[d] & (f')^{-1}(V) \ar[d] \\ V' \ar[r] & V }\] est un carré cartésien (car \(S'_T \times_{S'} X = X_T\)). Puisque la flèche verticale de gauche est un isomorphisme et que \(\{V' \to V\}\) est un recouvrement étale, on conclut que la flèche verticale de droite est un isomorphisme d’après Descente, lemme 02L4. Autrement dit, l’assertion est vraie pour \(x \in U \subset X \to S' \to S\).

D’après le paragraphe précédent, on peut remplacer \(S\) par un voisinage étale élémentaire de \(s = f(x)\) pour démontrer l’assertion. On peut donc supposer qu’il existe une décomposition \[X = V \amalg W\] en sous-schémas ouverts et fermés, où \(V \to S\) est fini et \(x \in V\) ; voir le lemme 02LN. Puisque \(X\) est la réunion disjointe de \(V\) et \(W\) au-dessus de \(S\) et que \(V \to S\) est fini, on voit que la normalisation de \(S\) dans \(X\) est le morphisme \[X = V \amalg W \longrightarrow V \amalg W' \longrightarrow S\] où \(W'\) est la normalisation de \(S\) dans \(W\) ; voir Morphismes, lemmes 03GO, 01WJ et 03GP. L’assertion s’ensuit, ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Supposons que \(f\) soit quasi-fini et séparé. Soit \(S'\) la normalisation de \(S\) dans \(X\) ; voir Morphismes, définition 035H. Diagramme : \[\xymatrix{ X \ar[rd]_f \ar[rr]_{f'} & & S' \ar[ld]^\nu \\ & S & }\] Alors \(f'\) est une immersion ouverte quasi-compacte et \(\nu\) est entier. En particulier, \(f\) est quasi-affine.

Démonstration

Cela résulte du lemme 03GW. En effet, d’après ce lemme, il existe un sous-schéma ouvert \(U' \subset S'\) tel que \((f')^{-1}(U') = X\) et que \(X \to U'\) soit un isomorphisme. Autrement dit, \(f'\) est une immersion ouverte. Remarquons que \(f'\) est quasi-compact puisque \(f\) est quasi-compact et que \(\nu : S' \to S\) est séparé (Schémas, lemme 03GI). Il s’ensuit que \(f\) est quasi-affine d’après Morphismes, lemme 01SM.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Supposons que \(f\) soit quasi-fini et séparé, et que \(S\) soit quasi-compact et quasi-séparé. Il existe alors une factorisation \[\xymatrix{ X \ar[rd]_f \ar[rr]_j & & T \ar[ld]^\pi \\ & S & }\] où \(j\) est une immersion ouverte quasi-compacte et \(\pi\) est fini.

Démonstration

Soit \(X \to S' \to S\) la factorisation fournie par le lemme 02LR. D’après Propriétés, lemme 0817, on peut écrire \(\nu_*\mathcal{O}_{S'} = \colim_{i \in I} \mathcal{A}_i\) comme une colimite filtrante de \(\mathcal{O}_S\)-algèbres quasi-cohérentes finies \(\mathcal{A}_i \subset \nu_*\mathcal{O}_{S'}\). Alors \(\pi_i : T_i = \underline{\Spec}_S(\mathcal{A}_i) \to S\) est un morphisme fini pour tout \(i\). Remarquons que les morphismes de transition \(T_{i'} \to T_i\) sont affines et que \(S' = \lim T_i\).

D’après Limites, lemme 01Z4, il existe un \(i\) et un ouvert quasi-compact \(U_i \subset T_i\) dont l’image réciproque dans \(S'\) est égale à \(f'(X)\). Pour \(i' \geq i\), soit \(U_{i'}\) l’image réciproque de \(U_i\) dans \(T_{i'}\). Alors \(X \cong f'(X) = \lim_{i' \geq i} U_{i'}\) ; voir Limites, lemme 01YX. D’après Limites, lemme 081B, on voit que \(X \to U_{i'}\) est une immersion fermée pour un certain \(i' \geq i\). (En fait, \(X \cong U_{i'}\) pour tout indice suffisamment grand \(i'\), mais on n’en a pas besoin.) Ainsi, \(X \to T_{i'}\) est une immersion. D’après Morphismes, lemme 01QV, on peut la factoriser en \(X \to T \to T_{i'}\), où la première flèche est une immersion ouverte et la seconde une immersion fermée. Cela achève la démonstration.

Lemme

Avec les notations et sous les hypothèses du lemme 05K0, supposons de plus que \(f\) soit localement de présentation finie. On peut alors choisir la factorisation de sorte que \(T\) soit fini et de présentation finie sur \(S\).

Démonstration

D’après Limites, lemme 09YY, on peut écrire \(T = \lim T_i\), où tous les \(T_i\) sont finis et de présentation finie sur \(S\) et où les morphismes de transition \(T_{i'} \to T_i\) sont des immersions fermées. D’après Limites, lemme 01Z4, il existe un \(i\) et un sous-schéma ouvert \(U_i \subset T_i\) dont l’image réciproque dans \(T\) est \(X\). D’après Limites, lemme 081B, on voit que \(X \cong U_i\) pour \(i\) suffisamment grand. Remplacer \(T\) par \(T_i\) achève la démonstration.

Applications du théorème principal de Zariski, I

Une première application est la caractérisation des morphismes finis comme les morphismes propres à fibres finies.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est fini,

  2. \(f\) est propre à fibres finies,

  3. \(f\) est propre et localement quasi-fini,

  4. \(f\) est universellement fermé, séparé, localement de type fini et à fibres finies.

Démonstration

(1) implique (2) d’après Morphismes, lemmes 01WN, 02NH et 02NU. (2) implique (3) d’après Morphismes, lemme 02NG. (3) implique (4) d’après la définition des morphismes propres et Morphismes, lemmes 01TJ et 02NH.

Supposons (4). Choisissons \(s \in S\). D’après Morphismes, lemme 02NG, on voit que les points, en nombre fini, de \(X_s\) sont tous isolés dans \(X_s\). Choisissons un voisinage étale élémentaire \((U, u) \to (S, s)\) et une décomposition \(X_U = V \amalg W\) comme dans le lemme 02LP. Remarquons que \(W_u = \emptyset\) car tous les points de \(X_s\) sont isolés. Puisque \(f\) est universellement fermé, on voit que l’image de \(W\) dans \(U\) est un fermé qui ne contient pas \(u\). Après avoir rétréci \(U\), on peut supposer que \(W = \emptyset\). Autrement dit, on voit que \(X_U = V\) est fini sur \(U\). Comme \(s \in S\) était arbitraire, il existe une famille \(\{U_i \to S\}\) de morphismes étales dont les images recouvrent \(S\) et telle que les changements de base \(X_{U_i} \to U_i\) soient finis. Remarquons que \(\{U_i \to S\}\) est un recouvrement étale ; voir Topologies, définition 0215. C’est donc un recouvrement fpqc ; voir Topologies, lemme 022C. On conclut alors que \(f\) est fini d’après Descente, lemme 02LA.

On en déduit les résultats utiles suivants.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(s \in S\). Supposons que \(f\) soit propre et que \(f^{-1}(\{s\})\) soit un ensemble fini. Il existe alors un voisinage ouvert \(V \subset S\) de \(s\) tel que \(f|_{f^{-1}(V)} : f^{-1}(V) \to V\) soit fini.

Démonstration

Le morphisme \(f\) est quasi-fini en tous les points de \(f^{-1}(\{s\})\) d’après Morphismes, lemme 02NG. D’après Morphismes, lemme 01TI, l’ensemble des points où \(f\) est quasi-fini est un ouvert \(U \subset X\). Posons \(Z = X \setminus U\). Alors \(s \not \in f(Z)\). Puisque \(f\) est propre, l’ensemble \(f(Z) \subset S\) est fermé. Choisissons un voisinage ouvert quelconque \(V \subset S\) de \(s\) tel que \(f(Z) \cap V = \emptyset\). Alors \(f^{-1}(V) \to V\) est localement quasi-fini et propre. Il est donc quasi-fini (Morphismes, lemme 01TJ), donc à fibres finies (Morphismes, lemme 02NH), et il est ainsi fini d’après le lemme 02LS.

Lemme

Considérons un diagramme commutatif de schémas \[\xymatrix{ X \ar[rr]_h \ar[rd]_f & & Y \ar[ld]^g \\ & S }\] Soit \(s \in S\). Supposons

  1. que \(X \to S\) soit un morphisme propre,

  2. que \(Y \to S\) soit séparé et localement de type fini, et

  3. que l’image de \(X_s \to Y_s\) soit finie.

Il existe alors un ouvert \(U \subset S\) contenant \(s\) tel que \(X_U \to Y_U\) se factorise par un sous-schéma fermé \(Z \subset Y_U\) fini sur \(U\).

Démonstration

Soit \(Z \subset Y\) l’image schématique de \(h\) ; voir Morphismes, section 01R5. D’après Morphismes, lemme 0AH6, le morphisme \(X \to Z\) est surjectif et \(Z \to S\) est propre. Ainsi, \(X_s \to Z_s\) est surjectif. On voit alors que (3) implique que \(Z_s\) est fini. Par conséquent, \(Z \to S\) est fini dans un voisinage ouvert de \(s\) d’après le lemme 02UP.

Applications du théorème principal de Zariski, II

Dans cette section, on donne quelques conséquences supplémentaires du théorème principal de Zariski concernant la structure des morphismes quasi-finis.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme séparé et localement quasi-fini, où \(Y\) est affine. Alors tout ensemble fini de points de \(X\) est contenu dans un ouvert affine de \(X\).

Démonstration

Soient \(x_1, \ldots, x_n \in X\). Choisissons un ouvert quasi-compact \(U \subset X\) tel que \(x_i \in U\). Alors \(U \to Y\) est quasi-affine d’après le lemme 02LR. Il existe donc un ouvert affine \(V \subset U\) contenant \(x_1, \ldots, x_n\) d’après Propriétés, lemme 01ZY.

Lemme

Soit \(f : Y \to X\) un morphisme quasi-fini. Il existe un ouvert dense \(U \subset X\) tel que \(f|_{f^{-1}(U)} : f^{-1}(U) \to U\) soit fini.

Démonstration

Si \(U_i \subset X\), \(i \in I\), est une famille d’ouverts telle que les restrictions \(f|_{f^{-1}(U_i)} : f^{-1}(U_i) \to U_i\) soient finies, alors, pour \(U = \bigcup U_i\), la restriction \(f|_{f^{-1}(U)} : f^{-1}(U) \to U\) est finie ; voir Morphismes, lemme 01WI. Le problème est donc local sur \(X\), et l’on peut supposer que \(X\) est affine.

Supposons \(X\) affine. Écrivons \(Y = \bigcup_{j = 1, \ldots, m} V_j\), avec \(V_j\) affine. C’est possible puisque \(f\) est quasi-fini et donc, en particulier, quasi-compact. Chaque \(V_j \to X\) est quasi-fini et séparé. Soit \(\eta \in X\) un point générique d’une composante irréductible de \(X\). On déduit de Morphismes, lemmes 02NH et 02NW qu’il existe un voisinage ouvert \(\eta \in U_\eta\) tel que \(f^{-1}(U_\eta) \cap V_j \to U_\eta\) soit fini. On peut choisir \(U_\eta\) de sorte qu’il convienne pour chaque \(j = 1, \ldots, m\). Remarquons que l’ensemble des points génériques de \(X\) est dense dans \(X\). On voit donc qu’il existe un ouvert dense \(W = \bigcup_\eta U_\eta\) tel que chaque morphisme \(f^{-1}(W) \cap V_j \to W\) soit fini. Il suffit de montrer qu’il existe un ouvert dense \(U \subset W\) tel que \(f|_{f^{-1}(U)} : f^{-1}(U) \to U\) soit fini. Ainsi, on peut remplacer \(X\) par un sous-schéma ouvert affine de \(W\) et supposer que chaque \(V_j \to X\) est fini.

Supposons \(X\) affine, \(Y = \bigcup_{j = 1, \ldots, m} V_j\) avec les \(V_j\) affines, et les restrictions \(f|_{V_j} : V_j \to X\) finies. Posons \[\Delta_{ij} = \Big(\overline{V_i \cap V_j} \setminus V_i \cap V_j\Big) \cap V_j.\] C’est un fermé nulle part dense de \(V_j\), car c’est la frontière du sous-ensemble ouvert \(V_i \cap V_j\) dans \(V_j\). D’après Morphismes, lemme 03HX, l’image \(f(\Delta_{ij})\) est un fermé nulle part dense de \(X\). D’après Topologie, lemme 03HO, la réunion \(T = \bigcup f(\Delta_{ij})\) est un fermé nulle part dense de \(X\). Ainsi, \(U = X \setminus T\) est un ouvert dense de \(X\). Nous affirmons que \(f|_{f^{-1}(U)} : f^{-1}(U) \to U\) est fini. Pour le voir, soit \(U' \subset U\) un ouvert affine. Posons \(Y' = f^{-1}(U') = U' \times_X Y\), \(V_j' = Y' \cap V_j = U' \times_X V_j\). Considérons la restriction \[f' = f|_{Y'} : Y' \longrightarrow U'\] de \(f\). Ce morphisme possède alors la propriété suivante : \(Y' = \bigcup_{j = 1, \ldots, m} V'_j\) est un recouvrement ouvert affine, chaque \(V'_j \to U'\) est fini, et \(V_i' \cap V_j'\) est (ouvert et) fermé à la fois dans \(V'_i\) et dans \(V'_j\). Ainsi, \(V_i' \cap V_j'\) est affine, et l’application \[\mathcal{O}(V'_i) \otimes_{\mathbf{Z}} \mathcal{O}(V'_j) \longrightarrow \mathcal{O}(V'_i \cap V'_j)\] est surjective. Cela entraîne que \(Y'\) est séparé, voir Schémas, lemme 01KP. Enfin, considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ \coprod_{j = 1, \ldots, m} V'_j \ar[rd] \ar[rr] & & Y' \ar[ld] \\ & U' & }\] La flèche sud-est est finie, donc propre, la flèche horizontale est surjective, et la flèche sud-ouest est séparée. Par conséquent, d’après Morphismes, lemme 03GN, on conclut que \(Y' \to U'\) est propre. Comme il est aussi quasi-fini, on voit qu’il est fini d’après le lemme 02LS, ce qui conclut.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme plat, localement de présentation finie, séparé, localement quasi-fini, à fibres universellement bornées. Il existe alors des sous-ensembles fermés \[\emptyset = Z_{-1} \subset Z_0 \subset Z_1 \subset Z_2 \subset \ldots \subset Z_n = S\] tels que, si \(S_r = Z_r \setminus Z_{r - 1}\), la stratification \(S = \coprod_{r = 0, \ldots, n} S_r\) soit caractérisée par la propriété universelle suivante : étant donné \(g : T \to S\), la projection \(X \times_S T \to T\) est finie localement libre de degré \(r\) si et seulement si \(g(T) \subset S_r\) (ensemblistement).

Démonstration

Soit \(n\) un entier qui majore le degré des fibres de \(X \to S\). D’après Morphismes, lemme 03J7, on voit que les degrés des fibres de tout changement de base sont encore majorés par \(n\). En particulier, tous les entiers \(r\) qui interviennent dans l’énoncé du lemme seront \(\leq n\). Nous allons démontrer le lemme par récurrence sur \(n\). Le cas initial \(n = 0\) est évident.

Nous affirmons que l’ensemble des points \(s \in S\) tels que \(\deg_{\kappa(s)}(X_s) = n\) est un sous-ensemble ouvert \(S_n \subset S\) et que \(X \times_S S_n \to S_n\) est fini localement libre de degré \(n\). En effet, soit \(s \in S\) un tel point. Choisissons un morphisme étale élementaire \((U, u) \to (S, s)\) et une décomposition \(U \times_S X = W \amalg V\) comme dans le lemme 02LP. Puisque \(V \to U\) est fini, plat et localement de présentation finie, on voit que \(V \to U\) est fini localement libre, voir Morphismes, lemme 02KB. Après avoir rétréci \(U\) à un voisinage plus petit de \(u\), on peut supposer que \(V \to U\) est fini localement libre d’un certain degré \(d\), voir Morphismes, lemme 04MH. Comme \(u \mapsto s\) et \(W_u = \emptyset\), on voit que \(d = n\). Puisque \(n\) est le degré maximal d’une fibre, on voit que \(W = \emptyset\) ! Ainsi, \(U \times_S X \to U\) est fini localement libre de degré \(n\). D’après Descente, lemme 02VO, on conclut que \(X \to S\) est fini localement libre de degré \(n\) au-dessus de \(\Im(U \to S)\), qui est un voisinage ouvert de \(s\) (Morphismes, lemme 03WT). Ceci démontre l’affirmation.

Soit \(S' = S \setminus S_n\), muni de la structure de schéma réduit induite, et posons \(X' = X \times_S S'\). Remarquons que les degrés des fibres de \(X' \to S'\) sont universellement majorés par \(n - 1\). Par récurrence, on trouve une stratification \(S' = S_0 \amalg \ldots \amalg S_{n - 1}\) adaptée au morphisme \(X' \to S'\). Nous affirmons que \(S = \coprod_{r = 0, \ldots, n} S_r\) convient au morphisme \(X \to S\). Soit \(g : T \to S\) un morphisme de schémas et supposons que \(X \times_S T \to T\) soit fini localement libre de degré \(r\). Comme on l’a remarqué plus haut, cela implique que \(r \leq n\). Si \(r = n\), il est clair que \(T \to S\) se factorise par \(S_n\). Si \(r < n\), alors \(g(T) \subset S' = S \setminus S_d\) (ensemblistement), donc \(T_{red} \to S\) se factorise par \(S'\), voir Schémas, lemme 0356. Remarquons que \(X \times_S T_{red} \to T_{red}\) est lui aussi fini localement libre de degré \(r\), comme changement de base. Par la propriété universelle de la stratification \(S' = \coprod_{r = 0, \ldots, n - 1} S_r\), on voit que \(g(T) = g(T_{red})\) est contenu dans \(S_r\). Réciproquement, supposons donné \(g : T \to S\) tel que \(g(T) \subset S_r\) (ensemblistement). Si \(r = n\), alors \(g\) se factorise par \(S_n\) et il est clair que \(X \times_S T \to T\) est fini localement libre de degré \(n\), comme changement de base. Si \(r < n\), alors \(X \times_S T \to T\) est un morphisme séparé, plat et localement de présentation finie, tel que sa restriction à \(T_{red}\) soit finie localement libre de degré \(r\). Puisque \(T_{red} \to T\) est un homéomorphisme universel, on conclut que \(X \times_S T_{red} \to X \times_S T\) est aussi un homéomorphisme universel et donc que \(X \times_S T \to T\) est universellement fermé (puisque ceci est vrai pour le morphisme fini \(X \times_S T_{red} \to T_{red}\)). Il s’ensuit que \(X \times_S T \to T\) est fini, par exemple d’après le lemme 02LS. On peut alors utiliser Morphismes, lemme 02KB, pour voir que \(X \times_S T \to T\) est fini localement libre. Enfin, son degré est \(r\), puisque toutes ses fibres sont de degré \(r\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas plat, localement de présentation finie, séparé et quasi-fini. Il existe alors des sous-ensembles fermés \[\emptyset = Z_{-1} \subset Z_0 \subset Z_1 \subset Z_2 \subset \ldots \subset S\] tels que, si \(S_r = Z_r \setminus Z_{r - 1}\), la stratification \(S = \coprod S_r\) soit caractérisée par la propriété universelle suivante : pour tout morphisme \(g : T \to S\), la projection \(X \times_S T \to T\) est finie localement libre de degré \(r\) si et seulement si \(g(T) \subset S_r\) (ensemblistement). De plus, les morphismes d’inclusion \(S_r \to S\) sont quasi-compacts.

Démonstration

La question est locale sur \(S\) ; on peut donc supposer \(S\) affine. D’après Morphismes, lemme 03JA, les fibres de \(f\) sont alors universellement bornées. L’existence de la stratification résulte donc du lemme 07RY.

Nous allons montrer que \(U_r = S \setminus Z_r \to S\) est quasi-compact pour chaque \(r \geq 0\). Cela démontrera la dernière assertion par topologie élémentaire. Comme une composée d’applications quasi-compactes est quasi-compacte, il suffit de démontrer que \(U_r \to U_{r - 1}\) est quasi-compact. Choisissons un ouvert affine \(W \subset U_{r - 1}\). Écrivons \(W = \Spec(A)\). Alors \(Z_r \cap W = V(I)\) pour un certain idéal \(I \subset A\), et \(X \times_S \Spec(A/I) \to \Spec(A/I)\) est fini localement libre de degré \(r\). Remarquons que \(A/I = \colim A/I_i\), où \(I_i \subset I\) parcourt les idéaux de type fini. D’après Limites, lemme 06AC, on voit que \(X \times_S \Spec(A/I_i) \to \Spec(A/I_i)\) est fini localement libre de degré \(r\) pour un certain \(i\). (On utilise ici que \(X \to S\) est de présentation finie, puisqu’il est localement de présentation finie, séparé et quasi-compact.) Ainsi, \(\Spec(A/I_i) \to \Spec(A) = W\) se factorise (ensemblistement) par \(Z_r \cap W\). Il s’ensuit que \(Z_r \cap W = V(I_i)\) est l’ensemble des zéros d’une famille finie d’éléments de \(A\). Cela signifie que \(W \setminus Z_r\) est une réunion finie d’ouverts principaux, donc est quasi-compact, comme souhaité.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas plat, localement de présentation finie, séparé et localement quasi-fini. Il existe alors des sous-schémas ouverts \[S = U_0 \supset U_1 \supset U_2 \supset \ldots\] tels qu’un morphisme \(\Spec(k) \to S\), où \(k\) est un corps, se factorise par \(U_d\) si et seulement si \(X \times_S \Spec(k)\) est de degré \(\geq d\) sur \(k\).

Démonstration

L’énoncé signifie simplement que l’ensemble des points où le degré de la fibre est \(\geq d\) est ouvert. On peut donc travailler localement sur \(S\) et supposer \(S\) affine. Dans ce cas, pour tout ouvert quasi-compact \(W \subset X\), l’ensemble \(U_d(W)\) des points où les fibres de \(W \to S\) sont de degré \(\geq d\) est ouvert d’après le lemme 07RZ. Puisque \(U_d = \bigcup_W U_d(W)\), le résultat s’ensuit.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas plat, localement de présentation finie et localement quasi-fini. Soit \(g \in \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) non nul. Il existe alors un ouvert \(V \subset X\) tel que \(g|_V \not = 0\), un ouvert \(U \subset S\) s’insérant dans un diagramme commutatif \[\xymatrix{ V \ar[r] \ar[d]_\pi & X \ar[d]^f \\ U \ar[r] & S, }\] un sous-faisceau quasi-cohérent \(\mathcal{F} \subset \mathcal{O}_U\), un entier \(r > 0\), et un homomorphisme injectif de \(\mathcal{O}_U\)-modules \(\mathcal{F}^{\oplus r} \to \pi_*\mathcal{O}_V\) dont l’image contient \(g|_V\).

Démonstration

On peut supposer \(X\) et \(S\) affines. On obtient une filtration \(\emptyset = Z_{-1} \subset Z_0 \subset Z_1 \subset Z_2 \subset \ldots \subset Z_n = S\) comme dans les lemmes 07RY et 07RZ. Soit \(T \subset X\) le support schématique du module fini sur \(\mathcal{O}_X\) donné par \(\Im(g : \mathcal{O}_X \to \mathcal{O}_X)\). Remarquons que \(T\) est le support de \(g\) comme section de \(\mathcal{O}_X\) (Modules, définition 01AT) et que, pour tout ouvert \(V \subset X\), on a \(g|_V \not = 0\) si et seulement si \(V \cap T \not = \emptyset\). Soit \(r\) le plus petit entier tel que \(f(T) \subset Z_r\) ensemblistement. Soit \(\xi \in T\) un point générique d’une composante irréductible de \(T\) tel que \(f(\xi) \not \in Z_{r - 1}\) (et donc \(f(\xi) \in Z_r\)). On peut remplacer \(S\) par un voisinage affine de \(f(\xi)\) contenu dans \(S \setminus Z_{r - 1}\). Écrivons \(S = \Spec(A)\) et soit \(I = (a_1, \ldots, a_m) \subset A\) un idéal de type fini tel que \(V(I) = Z_r\) (ensemblistement, voir Algèbre, lemme 00F6). Puisque le support de \(g\) est contenu dans \(f^{-1}V(I)\) par notre choix de \(r\), on voit qu’il existe un entier \(N\) tel que \(a_j^N g = 0\) pour \(j = 1, \ldots, m\). En remplaçant \(a_j\) par \(a_j^r\), on peut supposer que \(Ig = 0\). Pour tout \(A\)-module \(M\), notons \(M[I]\) le sous-module des éléments annulés par \(I\) dans \(M\), c’est-à-dire \(M[I] = \{m \in M \mid Im = 0\}\). Écrivons \(X = \Spec(B)\), de sorte que \(g \in B[I]\). Comme \(A \to B\) est plat, on voit que \[B[I] = A[I] \otimes_A B \cong A[I] \otimes_{A/I} B/IB\] Par notre choix de \(Z_r\), le \(A/I\)-module \(B/IB\) est fini localement libre de rang \(r\). Ainsi, après avoir remplacé \(S\) par un voisinage ouvert affine plus petit de \(f(\xi)\), on peut supposer que \(B/IB \cong (A/IA)^{\oplus r}\) comme \(A/I\)-modules. Choisissons une application \(\psi : A^{\oplus r} \to B\) dont la réduction modulo \(I\) est l’isomorphisme de la phrase précédente. On voit alors que l’application induite \[A[I]^{\oplus r} \longrightarrow B[I]\] est un isomorphisme. Le lemme s’ensuit en prenant pour \(\mathcal{F}\) le faisceau quasi-cohérent associé au \(A\)-module \(A[I]\), et pour l’application \(\mathcal{F}^{\oplus r} \to \pi_*\mathcal{O}_V\) celle qui correspond à \(A[I]^{\oplus r} \subset A^{\oplus r} \to B\).

Lemme

Soit \(U \to X\) un morphisme étale surjectif de schémas. Supposons \(X\) quasi-compact et quasi-séparé. Il existe alors un morphisme entier surjectif \(Y \to X\) tel que, pour tout \(y \in Y\), il existe un voisinage ouvert \(V \subset Y\) tel que \(V \to X\) se factorise par \(U\). En fait, on peut supposer \(Y \to X\) fini et de présentation finie.

Démonstration

Puisque \(X\) est quasi-compact, il existe un nombre fini d’ouverts affines \(U_i \subset U\) tels que \(U' = \coprod U_i \to X\) soit surjectif. Après avoir remplacé \(U\) par \(U'\), on voit que l’on peut supposer \(U\) affine. En particulier, \(U \to X\) est séparé (Schémas, lemme 01KN). Il existe alors un entier \(d\) majorant le degré des fibres géométriques de \(U \to X\) (voir Morphismes, lemme 03JA). Nous allons démontrer le lemme par récurrence sur \(d\) pour tous les schémas quasi-compacts et séparés \(U\) se projetant de manière étale et surjective sur \(X\). Si \(d = 1\), alors \(U = X\) et le résultat vaut avec \(Y = U\). Supposons \(d > 1\).

On applique le lemme 02LR et on obtient une factorisation \[\xymatrix{ U \ar[rr]_j \ar[rd] & & Y \ar[ld]^\pi \\ & X }\] où \(\pi\) est entier et \(j\) une immersion ouverte quasi-compacte. On peut, et l’on va, supposer que \(j(U)\) est schématiquement dense dans \(Y\). Remarquons que \[U \times_X Y = U \amalg W\] où le premier terme est l’image de \(U \to U \times_X Y\) (qui est fermée d’après Schémas, lemme 01KS, et ouverte parce qu’elle est étale comme morphisme entre schémas étales sur \(Y\)), et le second facteur est le complémentaire (ouvert et fermé). L’image \(V \subset Y\) de \(W\) est un sous-schéma ouvert contenant \(Y \setminus U\).

Le morphisme étale \(W \to Y\) a des fibres géométriques de cardinal \(< d\). En effet, cela est clair par inspection pour les points géométriques de \(U \subset Y\). Puisque \(U \subset Y\) est dense, cela vaut pour tous les points géométriques de \(Y\), par exemple d’après le lemme 07RY (le degré des fibres d’un morphisme étale séparé quasi-compact ne croît pas par spécialisation). On peut donc appliquer l’hypothèse de récurrence à \(W \to V\) et trouver un morphisme entier surjectif \(Z \to V\), avec \(Z\) un schéma, qui se factorise localement pour la topologie de Zariski par \(W\). Choisissons une factorisation \(Z \to Z' \to Y\) où \(Z' \to Y\) est entier et \(Z \to Z'\) une immersion ouverte (lemme 02LR). Après avoir remplacé \(Z'\) par l’adhérence schématique de \(Z\) dans \(Z'\), on peut supposer \(Z\) schématiquement dense dans \(Z'\). Après cette opération, on a \(Z' \times_Y V = Z\). Enfin, soit \(T \subset Y\) le sous-schéma fermé réduit induit sur \(Y \setminus V\). Considérons le morphisme \[Z' \amalg T \longrightarrow X\] C’est, par construction, un morphisme entier surjectif. Puisque \(T \subset U\), il est clair que le morphisme \(T \to X\) se factorise par \(U\). D’autre part, soit \(z \in Z'\) un point. Si \(z \not \in Z\), alors \(z\) s’envoie sur un point de \(Y \setminus V \subset U\), et l’on trouve un voisinage de \(z\) sur lequel le morphisme se factorise par \(U\). Si \(z \in Z\), alors il existe un voisinage \(\Omega \subset Z\) qui se factorise par \(W \subset U \times_X Y\), et donc par \(U\). Ceci démontre l’existence.

Supposons avoir trouvé un morphisme entier surjectif \(Y \to X\) qui se factorise localement pour la topologie de Zariski par \(U\). Choisissons un recouvrement ouvert affine fini \(Y = \bigcup V_j\) tel que \(V_j \to X\) se factorise par \(U\). On peut écrire \(Y = \lim Y_i\), où \(Y_i \to X\) est fini et de présentation finie, voir Limites, lemme 09YZ. Pour \(i\) assez grand, on peut trouver des ouverts affines \(V_{i, j} \subset Y_i\) dont les images réciproques dans \(Y\) redonnent les \(V_j\), voir Limites, lemme 01Z4. Pour \(i\) encore plus grand, les morphismes \(V_j \to U\) au-dessus de \(X\) proviennent de morphismes \(V_{i, j} \to U\) au-dessus de \(X\), voir Limites, proposition 01ZC. Ceci achève la démonstration.

Application aux morphismes à fibres connexes

Dans cette section, nous démontrons quelques lemmes qui produisent des morphismes dont toutes les fibres sont géométriquement connexes ou géométriquement intègres. Ils nous seront utiles plus loin dans notre étude de la structure locale des morphismes de type fini.

Lemme

Considérons un diagramme de morphismes de schémas \[\xymatrix{ Z \ar[r]_{\sigma} \ar[rd] & X \ar[d] \\ & Y }\] et un point \(y \in Y\). Supposons que

  1. \(X \to Y\) soit de présentation finie et plat,

  2. \(Z \to Y\) soit fini localement libre,

  3. \(Z_y \not = \emptyset\),

  4. toutes les fibres de \(X \to Y\) soient géométriquement réduites, et

  5. \(X_y\) soit géométriquement connexe sur \(\kappa(y)\).

Il existe alors un ouvert quasi-compact \(X^0 \subset X\) tel que \(X^0_y = X_y\) et tel que toutes les fibres non vides de \(X^0 \to Y\) soient géométriquement connexes.

Démonstration

Dans cette démonstration, nous utiliserons que les propriétés d’être plat, d’être de présentation finie et d’être fini localement libre sont préservées par changement de base et par composition. Nous utiliserons aussi qu’un morphisme fini localement libre est à la fois ouvert et fermé. On trouvera ces faits dans Morphismes, lemmes 01U9, 01TS, 02KD, 01U7, 01TR, 02KC, 01UA, et 01WN.

Remarquons que \(X_Z \to Z\) est un morphisme plat de présentation finie qui possède une section \(s\) provenant de \(\sigma\). Notons \(X_Z^0\) le sous-ensemble de \(X_Z\) défini dans la situation 055L. D’après le lemme 055R, c’est un sous-ensemble ouvert de \(X_Z\).

L’image réciproque \(X_{Z \times_Y Z}\) de \(X\) sur \(Z \times_Y Z\) est munie de deux sections \(s_0, s_1\), à savoir les changements de base de \(s\) par \(\text{pr}_0, \text{pr}_1 : Z \times_Y Z \to Z\). La construction de la situation 055L donne deux sous-ensembles \((X_{Z \times_Y Z})_{s_0}^0\) et \((X_{Z \times_Y Z})_{s_1}^0\). D’après le lemme 055M, ce sont les images réciproques de \(X_Z^0\) par les morphismes \(1_X \times \text{pr}_0, 1_X \times \text{pr}_1 : X_{Z \times_Y Z} \to X_Z\). En particulier, ces sous-ensembles sont ouverts.

Soit \((Z \times_Y Z)_y = \{z_1, \ldots, z_n\}\). Comme \(X_y\) est géométriquement connexe, on voit que les fibres de \((X_{Z \times_Y Z})_{s_0}^0\) et de \((X_{Z \times_Y Z})_{s_1}^0\) au-dessus de chaque \(z_i\) coïncident (elles sont égales à la fibre entière). Une autre manière d’exprimer ceci est \[s_0(z_i) \in (X_{Z \times_Y Z})_{s_1}^0 \quad\text{et}\quad s_1(z_i) \in (X_{Z \times_Y Z})_{s_0}^0.\] Puisque les ensembles \((X_{Z \times_Y Z})_{s_0}^0\) et \((X_{Z \times_Y Z})_{s_1}^0\) sont ouverts dans \(X_{Z \times_Y Z}\), il existe un voisinage ouvert \(W \subset Z \times_Y Z\) de \((Z \times_Y Z)_y\) tel que \[s_0(W) \subset (X_{Z \times_Y Z})_{s_1}^0 \quad\text{et}\quad s_1(W) \subset (X_{Z \times_Y Z})_{s_0}^0.\] Il résulte alors directement de la construction de la situation 055L que \[p^{-1}(W) \cap (X_{Z \times_Y Z})_{s_0}^0 = p^{-1}(W) \cap (X_{Z \times_Y Z})_{s_1}^0\] où \(p : X_{Z \times_Y Z} \to Z \times_W Z\) est la projection. Puisque \(Z \times_Y Z \to Y\) est fini localement libre, donc ouvert et fermé, il existe un voisinage ouvert affine \(V \subset Y\) de \(y\) tel que \(q^{-1}(V) \subset W\), où \(q : Z \times_Y Z \to Y\) est le morphisme structural. Pour démontrer le lemme, on peut remplacer \(Y\) par \(V\). Après ce remplacement, on voit que \(X_Z^0 \subset Y_Z\) est un ouvert tel que \[(1_X \times \text{pr}_0)^{-1}(X_Z^0) = (1_X \times \text{pr}_1)^{-1}(X_Z^0).\] Cela signifie que l’image \(X^0 \subset X\) de \(X_Z^0\) est un ouvert tel que \((X_Z \to X)^{-1}(X^0) = X_Z^0\), voir Descente, lemme 03N0. Enfin, \(X^0\) est quasi-compact parce que \(X_Z^0\) est quasi-compact d’après le lemme 055P (on utilise qu’à ce stade \(Y\) est affine, donc \(X\) est quasi-compact et quasi-séparé, de sorte que localement constructible équivaut à constructible et entraîne en particulier quasi-compact ; détails omis). On voit ainsi que \(X^0\) possède toutes les propriétés voulues.

Lemme

Soit \(h : Y \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(s \in S\) un point. Soit \(T \subset Y_s\) un sous-schéma ouvert. Supposons que

  1. \(h\) soit plat et de présentation finie,

  2. toutes les fibres de \(h\) soient géométriquement réduites, et

  3. \(T\) soit géométriquement connexe sur \(\kappa(s)\).

On peut alors trouver un voisinage étale élémentaire affine \((S', s') \to (S, s)\) et un ouvert quasi-compact \(V \subset Y_{S'}\) tels que

  1. toutes les fibres de \(V \to S'\) soient géométriquement connexes,

  2. \(V_{s'} = T \times_s s'\).

Démonstration

Le problème est manifestement local sur \(S\) ; on peut donc remplacer \(S\) par un voisinage ouvert affine de \(s\). La topologie de \(Y_s\) est induite par celle de \(Y\), voir Schémas, lemme 01K1. On peut donc trouver un ouvert quasi-compact \(V \subset Y\) tel que \(V_s = T\). La restriction de \(h\) à \(V\) est quasi-compacte (car \(S\) est affine et \(V\) quasi-compact), quasi-séparée, localement de présentation finie et plate, donc plate de présentation finie. Ainsi, après avoir remplacé \(Y\) par \(V\), on peut supposer, en plus de (1) et (2), que \(Y_s = T\) et que \(S\) est affine.

Choisissons un point fermé \(y \in Y_s\) tel que \(h\) soit de Cohen–Macaulay en \(y\), voir le lemme 045U. D’après le lemme 0570, il existe un diagramme \[\xymatrix{ Z \ar[r] \ar[rd] & Y \ar[d] \\ & S }\] tel que \(Z \to S\) soit plat, localement de présentation finie, localement quasi-fini, avec \(Z_s = \{y\}\). Appliquons le lemme 02LK pour trouver un voisinage élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un ouvert \(Z' \subset Z_{S'} = S' \times_S Z\) tel que \(Z' \to S'\) soit fini et possède un unique point \(z' \in Z'\) au-dessus de \(s\). Remarquons que \(Z' \to S'\) est aussi localement de présentation finie et plat (comme ouvert du changement de base de \(Z \to S\)), donc \(Z' \to S'\) est fini localement libre, voir Morphismes, lemme 02KB. Remarquons que \(Y_{S'} \to S'\) est plat et de présentation finie, à fibres géométriquement réduites, comme changement de base de \(h\). De plus, \(Y_{s'} = Y_s\) est géométriquement connexe. Appliquons le lemme 057I à \(Z' \to Y_{S'}\) au-dessus de \(S'\) pour obtenir un ouvert quasi-compact \(V \subset Y_{S'}\) satisfaisant (2), dont les fibres sur \(S'\) sont soit vides, soit géométriquement connexes. Comme \(V \to S'\) est ouvert (Morphismes, lemme 01UA), après avoir remplacé \(S'\) par un voisinage ouvert affine de \(s'\), on peut supposer \(V \to S'\) surjectif, d’où (1).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de présentation finie et plat, à fibres géométriquement réduites. Il existe alors un recouvrement étale \(\{X_i \to X\}_{i \in I}\) tel que \(X_i \to S\) se factorise en \(X_i \to S_i \to S\), où \(S_i \to S\) est étale et \(X_i \to S_i\) est plat de présentation finie, à fibres géométriquement connexes et géométriquement réduites.

Démonstration

Choisissons un point \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Nous allons construire un diagramme \[\xymatrix{ X' \ar[r] \ar[rd] & S' \times_S X \ar[r] \ar[d] & X \ar[d] \\ & S' \ar[r] & S }\] et des points \(s' \in S'\), \(x' \in X'\), \(y \in S' \times_S X\) tels que \(x'\) s’envoie sur \(x\), que \((S', s') \to (S, s)\) soit un voisinage étale, que \((X', x') \to (S' \times_S X, y)\) soit un voisinage étale8, et que \(X' \to S'\) ait des fibres géométriquement connexes. Si l’on peut faire cela pour tout \(x \in X\), alors le lemme s’ensuit (les membres du recouvrement étant donnés par la famille des morphismes étales \(X' \to X\) ainsi obtenus). La première étape consiste à remplacer \(X\) et \(S\) par des voisinages ouverts affines de \(x\) et de \(s\), ce qui nous ramène au cas où \(X\) et \(S\) sont affines (et donc où \(f\) est de présentation finie).

Choisissons une extension algébrique séparable \(\overline{k}\) de \(\kappa(s)\). Notons \(X_{\overline{k}}\) le changement de base de \(X_s\). Choisissons un point \(\overline{x}\) de \(X_{\overline{k}}\) s’envoyant sur \(x \in X_s\). Choisissons un voisinage ouvert connexe quasi-compact \(\overline{V} \subset X_{\overline{k}}\) de \(\overline{x}\). (Cela est possible parce que tout schéma localement de type fini sur un corps est localement connexe comme espace topologique localement noethérien.) D’après Variétés, lemme 04KU, on peut trouver une extension finie séparable \(k'/\kappa(s)\) et un ouvert quasi-compact \(V' \subset X_{k'}\) dont le changement de base est \(\overline{V}\). En particulier, \(V'\) est géométriquement connexe sur \(k'\), voir Variétés, lemme 0387. D’après le lemme 02LF, on peut trouver un voisinage étale \((S', s') \to (S, s)\) tel que \(\kappa(s')\) soit isomorphe à \(k'\) comme extension de \(\kappa(s)\). Notons \(x' \in (S' \times_S X)_{s'} = X_{k'}\) l’image de \(\overline{x}\). Ainsi, après avoir remplacé \((S, s)\) par \((S', s')\) et \((X, x)\) par \((S' \times_S X, x')\), on se ramène au cas traité au paragraphe suivant.

Supposons qu’il existe un ouvert quasi-compact \(V \subset X_s\) qui contienne \(x\) et soit géométriquement connexe. On peut alors appliquer le lemme 055W pour trouver un voisinage étale affine \((S', s') \to (S, s)\) et un ouvert quasi-compact \(X' \subset S' \times_S X\) tels que \(X' \to S'\) ait des fibres géométriquement connexes et que \(X'\) contienne un point au-dessus de \(x\). Ceci achève la démonstration.

Lemme

Soit \(h : Y \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(s \in S\) un point. Soit \(T \subset Y_s\) un sous-schéma ouvert. Supposons que

  1. \(h\) soit de présentation finie,

  2. \(h\) soit normal, et

  3. \(T\) soit géométriquement irréductible sur \(\kappa(s)\).

Alors on peut trouver un voisinage étale élémentaire affine \((S', s') \to (S, s)\) et un ouvert quasi-compact \(V \subset Y_{S'}\) tels que

  1. toutes les fibres de \(V \to S'\) soient géométriquement intègres,

  2. \(V_{s'} = T \times_s s'\).

Démonstration

Appliquons le lemme 055W pour trouver un voisinage étale élémentaire affine \((S', s') \to (S, s)\) et un ouvert quasi-compact \(V \subset Y_{S'}\) tels que toutes les fibres de \(V \to S'\) soient géométriquement connexes et \(V_{s'} = T \times_s s'\). Comme \(V\) est un ouvert du changement de base de \(h\), toutes les fibres de \(V \to S'\) sont géométriquement normales, voir le lemme 0391. En particulier, elles sont géométriquement réduites. Pour achever la démonstration, il reste à montrer qu’elles sont géométriquement irréductibles. Or, si \(t \in S'\), alors \(V_t\) est de type fini sur \(\kappa(t)\) et donc \(V_t \times_{\kappa(t)} \overline{\kappa(t)}\) est de type fini sur \(\overline{\kappa(t)}\), donc noethérien. Par le choix de \(S' \to S\), le schéma \(V_t \times_{\kappa(t)} \overline{\kappa(t)}\) est connexe. Ainsi \(V_t \times_{\kappa(t)} \overline{\kappa(t)}\) est irréductible d’après Propriétés, lemme 033M, ce qui achève la démonstration.

Application à la structure des morphismes de type fini

Le résultat de cette section se trouve dans [GruRay]. En termes informels, il affirme qu’un morphisme de type fini est, localement pour la topologie étale sur la source et le but, la composée d’un morphisme fini suivi d’un morphisme lisse à fibres géométriquement connexes de dimension relative égale à la dimension de la fibre du morphisme initial.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme. Soit \(x \in X\) et posons \(s = f(x)\). Supposons que \(f\) soit localement de type fini et que \(n = \dim_x(X_s)\). Alors il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[dd] & X' \ar[l]^g \ar[d]^\pi & x \ar@{|->}[dd] & x' \ar@{|->}[l] \ar@{|->}[d] \\ & Y \ar[d]^h & & y \ar@{|->}[d] \\ S \ar@{=}[r] & S & s & s \ar@{=}[l] }\] et un point \(x' \in X'\) avec \(g(x') = x\) tels que, si \(y = \pi(x')\), on ait

  1. \(h : Y \to S\) soit lisse de dimension relative \(n\),

  2. \(g : (X', x') \to (X, x)\) soit un voisinage étale élémentaire,

  3. \(\pi\) soit fini, et \(\pi^{-1}(\{y\}) = \{x'\}\), et

  4. \(\kappa(y)\) soit une extension purement transcendante de \(\kappa(s)\).

De plus, si \(f\) est localement de présentation finie, alors \(\pi\) est de présentation finie.

Démonstration

Le problème est local sur \(X\) et \(S\) ; on peut donc supposer \(X\) et \(S\) affines. D’après Algèbre, lemme 0520, après avoir remplacé \(X\) par un voisinage ouvert standard de \(x\) dans \(X\), on peut supposer qu’il existe une factorisation \[\xymatrix{ X \ar[r]^\pi & \mathbf{A}^n_S \ar[r] & S }\] telle que \(\pi\) soit quasi-fini et que \(\kappa(\pi(x))\) soit une extension purement transcendante de \(\kappa(s)\). D’après le lemme 02LK, il existe un voisinage étale élémentaire \[(Y, y) \to (\mathbf{A}^n_S, \pi(x))\] et un ouvert \(X' \subset X \times_{\mathbf{A}^n_S} Y\) qui contient un unique point \(x'\) au-dessus de \(y\), tel que \(X' \to Y\) soit fini. Ceci démontre les assertions (1) – (4). Pour la dernière assertion, utiliser Morphismes, lemme 02FV.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme. Soit \(x \in X\) et posons \(s = f(x)\). Supposons que \(f\) soit localement de type fini et que \(n = \dim_x(X_s)\). Alors il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[dd] & X' \ar[l]^g \ar[d]^\pi & x \ar@{|->}[dd] & x' \ar@{|->}[l] \ar@{|->}[d] \\ & Y' \ar[d]^h & & y' \ar@{|->}[d] \\ S & S' \ar[l]_e & s & s' \ar@{|->}[l] }\] et un point \(x' \in X'\) avec \(g(x') = x\) tels que, si \(y' = \pi(x')\), \(s' = h(y')\), on ait

  1. \(h : Y' \to S'\) soit lisse de dimension relative \(n\),

  2. toutes les fibres de \(Y' \to S'\) soient géométriquement intègres,

  3. \(g : (X', x') \to (X, x)\) soit un voisinage étale élémentaire,

  4. \(\pi\) soit fini, et \(\pi^{-1}(\{y'\}) = \{x'\}\),

  5. \(\kappa(y')\) soit une extension purement transcendante de \(\kappa(s')\), et

  6. \(e : (S', s') \to (S, s)\) soit un voisinage étale élémentaire.

De plus, si \(f\) est localement de présentation finie, alors \(\pi\) est de présentation finie.

Démonstration

La question est locale sur \(S\) ; on peut donc remplacer \(S\) par un voisinage ouvert affine de \(s\). Appliquons ensuite le lemme 052E pour obtenir un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[dd] & X' \ar[l]^g \ar[d]^\pi & x \ar@{|->}[dd] & x' \ar@{|->}[l] \ar@{|->}[d] \\ & Y \ar[d]^h & & y \ar@{|->}[d] \\ S \ar@{=}[r] & S & s & s \ar@{=}[l] }\] où \(h\) est lisse de dimension relative \(n\) et \(\kappa(y)\) est une extension purement transcendante de \(\kappa(s)\). Puisque la question est aussi locale sur \(X\), on peut remplacer \(Y\) par un voisinage affine de \(y\) (et \(X'\) par son image réciproque par \(\pi\)). Comme \(S\) est affine, ceci assure que \(Y \to S\) est quasi-compact, séparé et lisse, en particulier de présentation finie. Soit \(T\) la composante connexe de \(Y_s\) contenant \(y\). Comme \(Y_s\) est noethérien, on voit que \(T\) est ouvert. On voit également que \(T\) est géométriquement connexe sur \(\kappa(s)\) d’après Variétés, lemme 04KV. Puisque \(T\) est aussi lisse sur \(\kappa(s)\), il est géométriquement normal, voir Variétés, lemme 056T. On en conclut que \(T\) est géométriquement irréductible sur \(\kappa(s)\) (car un schéma noethérien normal connexe est irréductible, voir Propriétés, lemme 033M). Enfin, observons que le morphisme lisse \(h\) est normal d’après le lemme 056W. Nous avons alors vérifié que toutes les hypothèses du lemme 057J sont satisfaites pour le morphisme \(h : Y \to S\) et l’ouvert \(T \subset Y_s\). En appliquant le lemme 057J, on obtient \(e : S' \to S\), \(s' \in S'\) et \(Y'\) comme dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[dd] & X' \ar[l]^g \ar[d]^\pi & X' \times_Y Y' \ar[l] \ar[d] & x \ar@{|->}[dd] & x' \ar@{|->}[l] \ar@{|->}[d] & (x', s') \ar@{|->}[l] \ar@{|->}[d] \\ & Y \ar[d]^h & Y' \ar[d] \ar[l] & & y \ar@{|->}[d] & (y, s') \ar@{|->}[l] \ar@{|->}[d] \\ S \ar@{=}[r] & S & S' \ar[l]_e & s & s \ar@{=}[l] & s' \ar@{|->}[l] }\] où \(e : (S', s') \to (S, s)\) est un voisinage étale élémentaire, et où \(Y' \subset Y_{S'}\) est un voisinage ouvert dont toutes les fibres sur \(S'\) sont géométriquement irréductibles, tel que \(Y'_{s'} = T\) via l’identification \(Y_s = Y_{S', s'}\). Soit \((y, s') \in Y'\) le point correspondant à \(y \in T\) ; c’est aussi l’unique point de \(Y \times_S S'\) au-dessus de \(y\), de corps résiduel égal à \(\kappa(y)\) et dont l’image est \(s'\) dans \(S'\). De même, soit \((x', s') \in X' \times_Y Y' \subset X' \times_S S'\) l’unique point au-dessus de \(x'\), de corps résiduel égal à \(\kappa(x')\) et situé au-dessus de \(s'\). La partie extérieure de ce diagramme fournit alors une solution au problème posé dans le lemme. Quelques détails mineurs sont omis.

Lemme

Hypothèses et notations comme dans le lemme 057K. Outre les propriétés (1) – (6), on peut imposer en plus que

  1. \(S'\), \(Y'\), \(X'\) soient affines.

Démonstration

Observons que si \(Y'\) est affine, alors \(X'\) est affine puisque \(\pi\) est fini. Choisissons un voisinage ouvert affine \(U' \subset S'\) de \(s'\). Choisissons un voisinage ouvert affine \(V' \subset h^{-1}(U')\) de \(y'\). Posons \(W' = h(V')\). C’est un voisinage ouvert de \(s'\) dans \(S'\), voir Morphismes, lemme 056G, contenu dans \(U'\). Choisissons un voisinage ouvert affine \(U'' \subset W'\) de \(s'\). Alors \(h^{-1}(U'') \cap V'\) est affine, car il est égal à \(U'' \times_{U'} V'\). Par construction, \(h^{-1}(U'') \cap V' \to U''\) est un morphisme lisse et surjectif dont les fibres sont des sous-schémas ouverts non vides de fibres géométriquement intègres de \(Y' \to S'\), et sont donc géométriquement intègres. On peut ainsi remplacer \(S'\) par \(U''\) et \(Y'\) par \(h^{-1}(U'') \cap V'\).

La portée de la propriété \(\pi^{-1}(\{y'\}) = \{x'\}\) est en partie expliquée par le lemme suivant.

Lemme

Soit \(\pi : X \to Y\) un morphisme fini. Soit \(x \in X\), avec \(y = \pi(x)\), tel que \(\pi^{-1}(\{y\}) = \{x\}\). Alors

  1. Pour tout voisinage \(U \subset X\) de \(x\) dans \(X\), il existe un voisinage \(V \subset Y\) de \(y\) tel que \(\pi^{-1}(V) \subset U\).

  2. Le morphisme d’anneaux \(\mathcal{O}_{Y, y} \to \mathcal{O}_{X, x}\) est fini.

  3. Si \(\pi\) est de présentation finie, alors \(\mathcal{O}_{Y, y} \to \mathcal{O}_{X, x}\) est de présentation finie.

  4. Pour tout \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{F}\), on a \(\mathcal{F}_x = \pi_*\mathcal{F}_y\) comme \(\mathcal{O}_{Y, y}\)-modules.

Démonstration

La première assertion est purement topologique ; utiliser le fait que \(\pi\) est une application continue et fermée telle que \(\pi^{-1}(\{y\}) = \{x\}\). Pour démontrer les deuxième et troisième assertions, on peut supposer que \(X = \Spec(B)\) et \(Y = \Spec(A)\). Alors \(A \to B\) est un morphisme fini d’anneaux et \(y\) correspond à un idéal premier \(\mathfrak p\) de \(A\) tel qu’il existe un unique idéal premier \(\mathfrak q\) de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak p\). Alors \(B_{\mathfrak q} = B_{\mathfrak p}\), voir Algèbre, lemme 00EA. Autrement dit, le morphisme \(A_{\mathfrak p} \to B_{\mathfrak q}\) est égal au morphisme \(A_{\mathfrak p} \to B_{\mathfrak p}\) que l’on obtient en localisant \(A \to B\) en \(\mathfrak p\). Ainsi, (2) et (3) résultent de propriétés élémentaires de la localisation (certains détails sont omis). Pour la dernière assertion, supposons que \(\mathcal{F} = \widetilde M\) pour un \(B\)-module \(M\). Alors \(\mathcal{F} = M_{\mathfrak q}\) et \(\pi_*\mathcal{F}_y = M_{\mathfrak p}\). D’après ce qui précède, ces localisations coïncident. On peut aussi utiliser la partie (1) et la définition des germes pour voir que \(\mathcal{F}_x = \pi_*\mathcal{F}_y\) directement.

Application à la topologie fppf

On peut utiliser les techniques de localisation étale ci-dessus pour démontrer le résultat suivant, qui décrit la topologie fppf comme la topologie « engendrée par » les recouvrements de Zariski et les recouvrements de la forme \(\{f : T \to S\}\), où \(f\) est fini localement libre et surjectif.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(\{S_i \to S\}_{i \in I}\) un recouvrement fppf. Alors il existe

  1. un recouvrement étale \(\{S'_a \to S\}\),

  2. des morphismes finis localement libres et surjectifs \(V_a \to S'_a\),

tels que le recouvrement fppf \(\{V_a \to S\}\) raffine le recouvrement donné \(\{S_i \to S\}\).

Démonstration

On peut supposer que chaque \(S_i \to S\) est localement quasi-fini, voir le lemme 0572.

Fixons un point \(s \in S\). Choisissons \(i \in I\) et un point \(s_i \in S_i\) au-dessus de \(s\). Choisissons un voisinage étale élémentaire \((S', s) \to (S, s)\) tel qu’il existe un ouvert \[S_i \times_S S' \supset V\] qui contienne un unique point \(v \in V\) au-dessus de \(s \in S'\) et tel que \(V \to S'\) soit fini, voir le lemme 02LK. Alors \(V \to S'\) est fini localement libre, puisqu’il est fini et que \(S_i \times_S S' \to S'\) est plat et localement de présentation finie comme changement de base du morphisme \(S_i \to S\), voir Morphismes, lemmes 01TS, 01U9 et 02KB. Ainsi \(V \to S'\) est ouvert et, après avoir rétréci \(S'\), on peut supposer que \(V \to S'\) est fini localement libre et surjectif. Comme on peut procéder ainsi pour tout point de \(S\), on conclut que \(\{S_i \to S\}\) peut être raffiné par un recouvrement de la forme \(\{V_a \to S\}_{a \in A}\) où chaque \(V_a \to S\) se factorise en \(V_a \to S'_a \to S\), avec \(S'_a \to S\) étale et \(V_a \to S'_a\) fini localement libre et surjectif.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(\{S_i \to S\}_{i \in I}\) un recouvrement fppf. Alors il existe

  1. un recouvrement ouvert de Zariski \(S = \bigcup U_j\),

  2. des morphismes finis localement libres et surjectifs \(W_j \to U_j\),

  3. des recouvrements ouverts de Zariski \(W_j = \bigcup_k W_{j, k}\),

  4. des morphismes finis localement libres et surjectifs \(T_{j, k} \to W_{j, k}\)

tels que le recouvrement fppf \(\{T_{j, k} \to S\}\) raffine le recouvrement donné \(\{S_i \to S\}\).

Démonstration

Soit \(\{V_a \to S\}_{a \in A}\) le recouvrement fppf obtenu dans le lemme 0DET. Autrement dit, ce recouvrement raffine \(\{S_i \to S\}\) et chaque \(V_a \to S\) se factorise en \(V_a \to S'_a \to S\), avec \(S'_a \to S\) étale et \(V_a \to S'_a\) fini localement libre et surjectif.

D’après la remarque 02LI, il existe un recouvrement ouvert de Zariski \(S = \bigcup U_j\), pour chaque \(j\) un morphisme fini localement libre et surjectif \(W_j \to U_j\), et pour chaque \(j\) un recouvrement ouvert de Zariski \(\{W_{j, k} \to W_j\}\) tel que la famille \(\{W_{j, k} \to S\}\) raffine le recouvrement étale \(\{S'_a \to S\}\), c’est-à-dire que, pour chaque paire \(j, k\), il existe un \(a(j, k)\) et une factorisation \(W_{j, k} \to S'_a \to S\) du morphisme \(W_{j, k} \to S\). Posons \(T_{j, k} = W_{j, k} \times_{S'_a} V_a\) ; tout est alors clair.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Si \(U \subset S\) est ouvert et \(V \to U\) est un morphisme intégral surjectif, alors il existe un morphisme intégral surjectif \(\overline{V} \to S\) tel que \(\overline{V} \times_S U\) soit isomorphe à \(V\) comme schéma sur \(U\).

Démonstration

Soit \(V' \to S\) la normalisation de \(S\) dans \(U\), voir Morphismes, section 0BAK. Par construction, \(V' \to S\) est intégral. D’après Morphismes, lemmes 035K et 03GP, on voit que l’image réciproque de \(U\) dans \(V'\) est \(V\). Soit \(Z\) la structure de sous-schéma réduit induite sur \(S \setminus U\). Alors \(\overline{V} = V' \amalg Z\) convient.

Lemme

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Si \(U \subset S\) est un ouvert quasi-compact et \(V \to U\) un morphisme fini surjectif, alors il existe un morphisme fini surjectif \(\overline{V} \to S\) tel que \(\overline{V} \times_S U\) soit isomorphe à \(V\) comme schéma sur \(U\).

Démonstration

D’après le théorème principal de Zariski (lemme 05K0), on peut supposer que \(V\) est un ouvert quasi-compact d’un schéma \(V'\) fini sur \(S\). Après avoir remplacé \(V'\) par l’image schématique de \(V\), on peut supposer que \(V\) est dense dans \(V'\). Il s’ensuit que \(V' \times_S U = V\), car \(V \to V' \times_S U\) est fermé puisque \(V\) est fini sur \(U\). Soit \(Z\) la structure de sous-schéma réduit induite sur \(S \setminus U\). Alors \(\overline{V} = V' \amalg Z\) convient.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(\{S_i \to S\}_{i \in I}\) un recouvrement fppf. Alors il existe un morphisme intégral surjectif \(S' \to S\) et un recouvrement ouvert \(S' = \bigcup U'_\alpha\) tels que, pour tout \(\alpha\), le morphisme \(U'_\alpha \to S\) se factorise par \(S_i \to S\) pour un certain \(i\).

Démonstration

Choisissons \(S = \bigcup U_j\), \(W_j \to U_j\), \(W_j = \bigcup W_{j, k}\) et \(T_{j, k} \to W_{j, k}\) comme dans le lemme 05WN. D’après le lemme 0CNX, on peut prolonger \(W_j \to U_j\) en un morphisme intégral surjectif \(\overline{W}_j \to S\). On peut ensuite prolonger \(T_{j, k} \to W_{j, k}\) en un morphisme intégral surjectif \(\overline{T}_{j, k} \to \overline{W}_j\). On définit \(\overline{T}_j\) comme le produit de tous les schémas \(\overline{T}_{j, k}\) sur \(\overline{W}_j\) (Limites, lemme 0CNI). Puis on définit \(S'\) comme le produit de tous les schémas \(\overline{T}_j\) sur \(S\). Si \(x \in S'\), il existe un \(j\) tel que l’image de \(x\) dans \(S\) appartienne à \(U_j\). Il existe donc un \(k\) tel que l’image de \(x\) par la projection \(S' \to \overline{W}_j\) appartienne à \(W_{j, k}\). Ainsi, par la projection \(S' \to \overline{T}_j \to \overline{T}_{j, k}\), l’image du point \(x\) appartient à \(T_{j, k}\). Or \(T_{j, k} \to S\) se factorise par \(S_i\) pour un certain \(i\). Enfin, le morphisme \(S' \to S\) est intégral et surjectif d’après Limites, lemmes 0CNK et 0CNJ.

Lemme

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(\{S_i \to S\}_{i \in I}\) un recouvrement fppf. Alors il existe un morphisme fini surjectif \(S' \to S\) de présentation finie et un recouvrement ouvert \(S' = \bigcup U'_\alpha\) tel que, pour tout \(\alpha\), le morphisme \(U'_\alpha \to S\) se factorise par \(S_i \to S\) pour un certain \(i\).

Démonstration

Soit \(Y \to X\) le morphisme intégral surjectif obtenu dans le lemme 0CNZ. Choisissons un recouvrement ouvert affine fini \(Y = \bigcup V_j\) tel que \(V_j \to X\) se factorise par \(S_{i(j)}\). On peut écrire \(Y = \lim Y_\lambda\), avec \(Y_\lambda \to X\) fini et de présentation finie, voir Limites, lemme 09YZ. Pour \(\lambda\) assez grand, on peut trouver des ouverts affines \(V_{\lambda, j} \subset Y_\lambda\) dont les images réciproques dans \(Y\) redonnent les \(V_j\), voir Limites, lemme 01Z4. Pour \(\lambda\) encore plus grand, les morphismes \(V_j \to S_{i(j)}\) sur \(X\) proviennent de morphismes \(V_{\lambda, j} \to S_{i(j)}\) sur \(X\), voir Limites, proposition 01ZC. Poser \(S' = Y_\lambda\) pour ce \(\lambda\) achève la démonstration.

Lemme

Un recouvrement fppf de schémas est un recouvrement ph.

Démonstration

Soit \(\{T_i \to T\}\) un recouvrement fppf de schémas, voir Topologies, définition 021M. Observons que \(T_i \to T\) est localement de type fini. Soit \(U \subset T\) un ouvert affine. Il suffit de montrer que \(\{T_i \times_T U \to U\}\) peut être raffiné par un recouvrement ph standard, voir Topologies, définition 0DBG. Ceci résulte immédiatement du lemme 0CP0 et du fait qu’un morphisme fini est propre (Morphismes, lemme 01WN).

Remarque

Comme conséquence du lemme 0DBT, on obtient un morphisme de comparaison \[\epsilon : (\Sch/S)_{ph} \longrightarrow (\Sch/S)_{fppf}\] C’est le morphisme de sites donné par le foncteur identité sur les catégories sous-jacentes (avec des choix convenables de sites comme dans Topologies, remarque 03FF). Le foncteur \(\epsilon_*\) est l’identité sur les préfaisceaux sous-jacents et le foncteur \(\epsilon^{-1}\) associe à un faisceau fppf son faisceau ph associé. Par composition, on peut en outre comparer la topologie ph aux topologies syntomique, lisse, étale et de Zariski.

Schémas quasi-projectifs

Le terme « schéma quasi-projectif » n’a pas encore été défini. Une définition possible serait : un schéma qui possède un faisceau inversible ample. Toutefois, si \(X\) est un schéma sur un schéma de base \(S\), alors on dit que \(X\) est quasi-projectif sur \(S\) si le morphisme \(X \to S\) est quasi-projectif (Morphismes, définition 01VW). Comme le morphisme identité de tout schéma est quasi-projectif, on voit qu’un schéma quasi-projectif sur \(S\) ne possède pas nécessairement un faisceau inversible ample. Pour cette raison, il semble préférable de ne pas définir le terme « schéma quasi-projectif ».

Lemme

Soit \(S\) un schéma qui possède un faisceau inversible ample. Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(X \to S\) est quasi-projectif,

  2. \(X \to S\) est H-quasi-projectif,

  3. il existe une immersion ouverte quasi-compacte \(X \to X'\) de schémas sur \(S\) telle que \(X' \to S\) soit projectif,

  4. \(X \to S\) est de type fini et \(X\) possède un faisceau inversible ample, et

  5. \(X \to S\) est de type fini et il existe un faisceau inversible \(f\)-très ample.

Démonstration

L’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) est donnée par Morphismes, lemme 01VY. L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) est donnée par Morphismes, lemme 087S. L’implication (2) \(\Rightarrow\) (3) est donnée par Morphismes, lemme 01WA.

Supposons que \(X \subset X'\) soit comme en (3). En particulier, \(X \to S\) est de type fini. D’après Morphismes, lemme 01WA, le morphisme \(X \to S\) est H-projectif. Il existe donc une immersion quasi-compacte \(i : X \to \mathbf{P}^n_S\). Ainsi \(\mathcal{L} = i^*\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_S}(1)\) est \(f\)-très ample. Comme \(X \to S\) est quasi-compact, on déduit de Morphismes, lemme 01VN, que \(\mathcal{L}\) est \(f\)-ample. Ainsi \(X \to S\) est quasi-projectif par définition.

L’implication (4) \(\Rightarrow\) (2) est donnée par Morphismes, lemme 01VS.

L’implication (5) \(\Rightarrow\) (4) résulte de Morphismes, lemme 0892.

L’équivalence de (1) et (5) résulte de Morphismes, lemmes 01VN et 01VU.

Lemme

Soit \(S\) un schéma qui possède un faisceau inversible ample. Soit \(\text{QP}_S\) la sous-catégorie pleine de la catégorie des schémas sur \(S\) qui satisfont aux conditions équivalentes du lemme 0B42.

  1. si \(S' \to S\) est un morphisme de schémas et que \(S'\) possède un faisceau inversible ample, alors le changement de base définit un foncteur \(\text{QP}_S \to \text{QP}_{S'}\),

  2. si \(X \in \text{QP}_S\) et \(Y \in \text{QP}_X\), alors \(Y \in \text{QP}_S\),

  3. la catégorie \(\text{QP}_S\) est stable par produits fibrés,

  4. la catégorie \(\text{QP}_S\) est stable par réunions disjointes finies,

  5. si \(X \to S\) est projectif, alors \(X \in \text{QP}_S\),

  6. si \(X \to S\) est quasi-affine de type fini, alors \(X\) appartient à \(\text{QP}_S\),

  7. si \(X \to S\) est quasi-fini et séparé, alors \(X \in \text{QP}_S\),

  8. si \(X \to S\) est une immersion quasi-compacte, alors \(X \in \text{QP}_S\),

  9. ajouter d’autres assertions ici.

Démonstration

L’assertion (1) résulte de Morphismes, lemme 0B3G.

L’assertion (2) résulte de la quatrième caractérisation du lemme 0B42.

Si \(X \to S\) et \(Y \to S\) sont quasi-projectifs, alors \(X \times_S Y \to Y\) est quasi-projectif d’après Morphismes, lemme 0B3G. Ainsi, (3) résulte de (2).

Si \(X = Y \amalg Z\) est une réunion disjointe de schémas et si \(\mathcal{L}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible tel que \(\mathcal{L}|_Y\) et \(\mathcal{L}|_Z\) soient amples, alors \(\mathcal{L}\) est ample (détails omis). Ainsi, l’assertion (4) résulte de la quatrième caractérisation du lemme 0B42.

L’assertion (5) résulte de Morphismes, lemme 07RL.

L’assertion (6) résulte de Morphismes, lemme 0B3H.

L’assertion (7) résulte de l’assertion (6) et du lemme 02LR.

L’assertion (8) résulte de l’assertion (7) et de Morphismes, lemme 01TN.

Le lemme suivant n’a pas vraiment sa place dans cette section, mais il ne semble exister aucun meilleur endroit où le placer.

Lemme

Soit \(X\) un schéma quasi-affine. Soit \(f : U \to X\) un morphisme entier. Alors \(U\) est quasi-affine et le diagramme \[\xymatrix{ U \ar[r] \ar[d] & \Spec(\Gamma(U, \mathcal{O}_U)) \ar[d] \\ X \ar[r] & \Spec(\Gamma(X, \mathcal{O}_X)) }\] est cartésien.

Démonstration

Le schéma \(U\) est quasi-affine parce que les morphismes entiers sont affines, les morphismes affines sont quasi-affines, un schéma est quasi-affine si et seulement si le morphisme structural vers \(\Spec(\mathbf{Z})\) est quasi-affine, et que les composés de morphismes quasi-affines sont quasi-affines. Les deux premières assertions résultent immédiatement de la définition, et la troisième résulte de Morphismes, lemme 01SN. Posons \(U' = X \times_{\Spec(\Gamma(X, \mathcal{O}_X))} \Spec(\Gamma(U, \mathcal{O}_U))\) et considérons le diagramme prolongé \[\xymatrix{ U \ar[r]_j \ar[rd] & U' \ar[d] \ar[r] & \Spec(\Gamma(U, \mathcal{O}_U)) \ar[d] \\ & X \ar[r] & \Spec(\Gamma(X, \mathcal{O}_X)) }\] Le morphisme \(j\) est fermé en vertu de Morphismes, lemme 01W6, ainsi que du fait qu’un morphisme entier est universellement fermé (Morphismes, lemme 01WM), et du fait que les flèches verticales du diagramme sont séparées. D’autre part, \(j\) est ouvert parce que les flèches horizontales du diagramme du lemme sont ouvertes d’après Propriétés, lemme 01P9. Ainsi, \(j\) identifie \(U\) à un sous-schéma ouvert et fermé de \(U'\). Si \(U \not = U'\), alors \(U\) n’est pas dense dans \(U'\) et, a fortiori, n’est pas dense dans le spectre de \(\Gamma(U, \mathcal{O}_U)\). Cependant, l’image schématique de \(U\) dans \(\Spec(\Gamma(U, \mathcal{O}_U))\) est \(\Spec(\Gamma(U, \mathcal{O}_U))\), car tout idéal de \(\Gamma(U, \mathcal{O}_U)\) définissant un sous-schéma fermé par lequel \(U\) se factoriserait devrait être nul. Par conséquent, \(U\) est dense dans \(\Spec(\Gamma(U, \mathcal{O}_U))\), par exemple d’après Morphismes, lemme 01R8. Ainsi, \(U = U'\), ce qui conclut.

Schémas projectifs

Cette section est l’analogue de la section 0B41 pour les morphismes projectifs.

Lemme

Soit \(S\) un schéma qui possède un faisceau inversible ample. Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(X \to S\) est projectif,

  2. \(X \to S\) est H-projectif,

  3. \(X \to S\) est quasi-projectif et propre,

  4. \(X \to S\) est H-quasi-projectif et propre,

  5. \(X \to S\) est propre et \(X\) possède un faisceau inversible ample,

  6. \(X \to S\) est propre et il existe un faisceau inversible \(f\)-ample,

  7. \(X \to S\) est propre et il existe un faisceau inversible \(f\)-très ample,

  8. il existe une \(\mathcal{O}_S\)-algèbre graduée quasi-cohérente \(\mathcal{A}\) engendrée par \(\mathcal{A}_1\) sur \(\mathcal{A}_0\), où \(\mathcal{A}_1\) est un \(\mathcal{O}_S\)-module de type fini, telle que \(X = \underline{\text{Proj}}_S(\mathcal{A})\).

Démonstration

Observons d’abord que, dans chacun des cas, le morphisme \(f\) est propre, voir Morphismes, lemmes 01W9 et 01WC. Il suffit donc de démontrer l’équivalence des notions dans le cas où \(f\) est un morphisme propre. Nous l’utiliserons dans la suite sans autre mention.

Les équivalences (1) \(\Leftrightarrow\) (3) et (2) \(\Leftrightarrow\) (4) sont données par Morphismes, lemme 0BCL.

L’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) est donnée par Morphismes, lemme 01W9.

Les implications (1) \(\Rightarrow\) (2) et (3) \(\Rightarrow\) (4) sont données par Morphismes, lemme 087S.

L’implication (1) \(\Rightarrow\) (7) résulte immédiatement de Morphismes, définitions 01W8 et 01VM.

Les conditions (3) et (6) sont équivalentes d’après Morphismes, définition 01VW.

Ainsi, (1) – (4) et (6) sont équivalentes et entraînent (7). D’après le lemme 0B42, les conditions (3), (5) et (7) sont équivalentes. On voit donc que (1) – (7) sont équivalentes.

D’après Diviseurs, lemme 0B3U, on voit que (8) entraîne (1). Réciproquement, si (2) est satisfaite, alors on peut choisir une immersion fermée \[i : X \longrightarrow \mathbf{P}^n_S = \underline{\text{Proj}}_S(\mathcal{O}_S[T_0, \ldots, T_n]).\] Voir Constructions, lemme 01OE pour cette égalité. D’après Diviseurs, lemme 0801, on voit que \(X\) est le Proj relatif d’une algèbre quotient graduée quasi-cohérente \(\mathcal{A}\) de \(\mathcal{O}_S[T_0, \ldots, T_n]\). Alors \(\mathcal{A}\) satisfait aux conditions de (8).

Lemme

Soit \(S\) un schéma qui possède un faisceau inversible ample. Soit \(\text{P}_S\) la sous-catégorie pleine de la catégorie des schémas sur \(S\) qui satisfont aux conditions équivalentes du lemme 0B45.

  1. si \(S' \to S\) est un morphisme de schémas et que \(S'\) possède un faisceau inversible ample, alors le changement de base définit un foncteur \(\text{P}_S \to \text{P}_{S'}\),

  2. si \(X \in \text{P}_S\) et \(Y \in \text{P}_X\), alors \(Y \in \text{P}_S\),

  3. la catégorie \(\text{P}_S\) est stable par produits fibrés,

  4. la catégorie \(\text{P}_S\) est stable par réunions disjointes finies,

  5. si \(X \to S\) est fini, alors \(X\) appartient à \(\text{P}_S\),

  6. ajouter d’autres assertions ici.

Démonstration

L’assertion (1) résulte de Morphismes, lemme 02V6.

L’assertion (2) résulte de la cinquième caractérisation du lemme 0B45 et du fait que les composés de morphismes propres sont propres (Morphismes, lemme 01W3).

Si \(X \to S\) et \(Y \to S\) sont projectifs, alors \(X \times_S Y \to Y\) est projectif d’après Morphismes, lemme 02V6. Ainsi, (3) résulte de (2).

Si \(X = Y \amalg Z\) est une réunion disjointe de schémas et si \(\mathcal{L}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible tel que \(\mathcal{L}|_Y\) et \(\mathcal{L}|_Z\) soient amples, alors \(\mathcal{L}\) est ample (détails omis). Ainsi, l’assertion (4) résulte de la cinquième caractérisation du lemme 0B45.

L’assertion (5) résulte de Morphismes, lemme 0B3I.

Voici un résultat d’un type légèrement différent.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Soit \(y \in Y\) un point tel que \(\mathcal{L}_y\) soit ample sur \(X_y\). Alors il existe un voisinage ouvert \(V \subset Y\) de \(y\) tel que \(\mathcal{L}|_{f^{-1}(V)}\) soit ample sur \(f^{-1}(V)/V\).

Démonstration

On peut supposer \(Y\) affine. On trouve alors un ensemble ordonné filtrant \(I\) et un système projectif de morphismes \(X_i \to Y_i\) de schémas, où \(Y_i\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\), dont les morphismes de transition \(X_i \to X_{i'}\) et \(Y_i \to Y_{i'}\) sont affines, où \(X_i \to Y_i\) est propre, tels que \(X \to Y = \lim (X_i \to Y_i)\). Voir Limites, lemme 0A0P. Après avoir restreint \(I\), on peut supposer disposer d’un système compatible de \(\mathcal{O}_{X_i}\)-modules inversibles \(\mathcal{L}_i\) dont les images réciproques donnent \(\mathcal{L}\), voir Limites, lemme 0B8W. Soit \(y_i \in Y_i\) l’image de \(y\). Alors \(\kappa(y) = \colim \kappa(y_i)\). Par conséquent, pour un certain \(i\), \(\mathcal{L}_{i, y_i}\) est ample sur \(X_{i, y_i}\) d’après Limites, lemme 09MT. D’après Cohomologie des schémas, lemme 0D2N, on trouve un voisinage ouvert \(V_i \subset Y_i\) de \(y_i\) tel que la restriction de \(\mathcal{L}_i\) à \(f_i^{-1}(V_i)\) soit ample relativement à \(V_i\). En prenant pour \(V \subset Y\) l’image réciproque de \(V_i\), on achève la démonstration (indications : utiliser Morphismes, lemme 0893, le fait que \(X \to Y \times_{Y_i} X_i\) est affine, et le fait que l’image réciproque d’un faisceau inversible ample par un morphisme affine est ample d’après Morphismes, lemme 0892).

Proj et Spec

Dans cette section, nous précisons la relation entre le Proj et le spectre d’un anneau gradué.

Soit \(R\) un anneau. Soit \(A\) une \(R\)-algèbre graduée, voir Algèbre, section 00JL. Pour \(m \geq 0\), nous notons \(A_{\geq m} = \bigoplus_{d \geq m} A_d\). Considérons l’anneau gradué \[B = \bigoplus\nolimits_{d \geq 0} A_{\geq d}\] Pour \(d' \geq d\) et \(a \in A_{d'}\), notons \(a^{(d)} \in B\) l’élément de \(B_d\) correspondant à \(a\). Notons \(\sigma : A \to B\) et \(\psi : A \to B\) les deux homomorphismes évidents d’anneaux : si \(a \in A_d\), alors \(\sigma(a) = a^{(0)}\) et \(\psi(a) = a^{(d)}\). Alors \(\psi\) est un homomorphisme d’anneaux gradués et \(\sigma\) munit \(B\) d’une structure d’algèbre graduée sur \(A\). Il existe aussi un homomorphisme surjectif d’anneaux gradués \(\tau : B \to A\) qui, pour \(d' \geq d\) et \(a \in A_{d'}\), envoie \(a^{(d)}\) sur \(0\) si \(d' > d\), et sur \(a\) si \(d' = d\).

Schémas affines et spectres. Posons \(X = \Spec(A)\). L’idéal non pertinent \(A_+\) définit un sous-schéma fermé \(Z = V(A_+) = \Spec(A/A_+) = \Spec(A_0)\). Posons \(U = X \setminus Z\). \[U \longrightarrow X \longrightarrow Z\] Schémas projectifs et Proj. Posons \(P = \text{Proj}(A)\). Nous pouvons et allons considérer \(P\) comme un schéma sur \(\Spec(A_0) = Z\). Posons \(L = \text{Proj}(B)\). Nous pouvons et allons considérer \(L\) comme un schéma sur \(\Spec(B_0) = \Spec(A) = X\) ; observons que l’identification de \(B_0\) avec \(A\) est donnée par \(\sigma\). La surjection \(\tau\) définit une immersion fermée \(0 : P \to L\). Comme \(A \xrightarrow{\sigma} B \to A\) est égal à l’homomorphisme \(A \to A_0 \to A\), on conclut que \[\xymatrix{ P \ar[d] \ar[r]_0 & L \ar[d] \\ Z \ar[r] & X }\] est commutatif.

Nous affirmons que \(\psi\) définit un morphisme \(L \to P\). Pour le voir, d’après Constructions, lemme 01MY, il suffit de vérifier que \(\psi(A_+) \not \subset \mathfrak p\) pour tout idéal premier homogène \(\mathfrak p \subset B\) tel que \(B_+ \not \subset \mathfrak p\). Choisissons d’abord \(g \in B_+\) homogène tel que \(g \not \in \mathfrak p\). On peut alors écrire \(g\) comme une somme finie \(g = \sum a_i^{(d)}\) avec \(a_i \in A_{d_i}\) pour certains \(d_i \geq d\). On conclut qu’il existe \(d' \geq d\) et \(a \in A_{d'}\) tels que \(a^{(d)} \not \in \mathfrak p\). Alors \[(a^{(d)})^{d'} = (a^{d'})^{(d'd)} = a^{(d)} (a^{d' - 1})^{(d(d' - 1))} = \psi(a) (a^{d' - 1})^{(d(d' - 1))}\] (la notation laisse quelque peu à désirer) n’appartient pas à \(\mathfrak p\). Ainsi \(\psi(a) \not \in \mathfrak p\), ce qui démontre l’assertion. On peut donc prolonger notre diagramme ci-dessus en un diagramme commutatif \[\xymatrix{ P \ar[d] \ar[r]_0 & L \ar[d] \ar[r]_\pi & P \ar[d] \\ Z \ar[r] & X \ar[r] & Z }\] où \(X \to Z\) est donné par \(A_0 \to A\). Comme \(\tau \circ \psi = \text{id}_A\), on voit que \(\pi \circ 0 = \text{id}_P\).

Observons que \(\pi\) est un morphisme affine. Cela ressort clairement de la construction donnée dans Constructions, lemme 01MY. En effet, si \(f \in A_d\) pour un certain \(d > 0\), alors, en posant \(g = \psi(f)\), on a \(\pi^{-1}(D_+(f)) = D_+(g)\). Dans ce cas, on a l’égalité suivante entre composantes homogènes : \[(B[1/g])_{m'} = \bigoplus\nolimits_{m \geq m'} (A[1/f])_m\] Cet isomorphisme est compatible avec les localisations ultérieures. En prenant \(m' = 0\), on voit que \(\pi_*\mathcal{O}_L\) est la somme directe des \(\mathcal{O}_P(m)\) pour \(m \geq 0\)9. On en conclut que \(L\) s’identifie au spectre relatif : \[L = \underline{\Spec}_P \left( \bigoplus\nolimits_{m \geq 0} \mathcal{O}_P(m) \right)\] En particulier, \(L \to P\) est un cône10, voir Constructions, section 062P. De plus, il est clair que \(0 : P \to L\) est le sommet du cône.

Soient \(f \in A_d\) pour un certain \(d > 0\) et \(g = \psi(f) \in B_d\), comme au paragraphe précédent. En examinant la structure des homomorphismes d’anneaux \[\xymatrix{ A_0 \ar[r] \ar[d] & A \ar[d]^\sigma \ar[r] & A_0 \ar[d] \\ (A[1/f])_0 \ar[r]^-\psi & (B[1/g])_0 = \bigoplus\nolimits_{m \geq 0} (A[1/f])_m \ar[r]^-\tau & (A[1/f])_0 }\] quelques calculs11 dans les anneaux gradués montrent que

  1. \(\sigma(A_+)(B[1/g])_0 \subset \Ker(\tau : (B[1/g])_0 \to (A[1/f])_0)\),

  2. \(\sigma(f) \in (B[1/g])_0\) est un élément non diviseur de zéro,

  3. \(\sigma(f) (B[1/g])_0 = \sigma(A_d) (B[1/g])_0\) en tant qu’idéaux,

  4. \(\sigma(f) (B[1/g])_0\) et \(\Ker(\tau : (B[1/g])_0 \to (A[1/f])_0)\) ont le même radical,

  5. si \(d = 1\), alors \(\sigma(f) (B[1/g])_0 = \Ker(\tau : (B[1/g])_0 \to (A[1/f])_0)\).

On voit en particulier que \[0(D_+(f)) = V(\sigma(f)) \subset D_+(g) = \Spec((B[1/g])_0)\] ensemblistement. En d’autres termes, l’idéal engendré par \(\sigma(A_d)\) définit un diviseur de Cartier effectif sur \(D_+(g)\), dont l’ensemble sous-jacent est égal à l’image de l’immersion fermée \(0 : P \to L\).

Nous affirmons que \(L \to X\) est un isomorphisme au-dessus de \(U\). En effet, si \(f \in A_d\) pour un certain \(d > 0\), alors \[\Spec(A_f) \times_X L = \text{Proj}(A_f \otimes_A B) = \text{Proj}(B_{\sigma(f)})\] Pour tout \(e\), on a \((B_{\sigma(f)})_e = A_f \otimes_B B_e = A_f \otimes_A A_{\geq e} = A_f\), la dernière égalité étant induite par l’injection \(A_{\geq e} \subset A\). Par conséquent, \(B_{\sigma(f)} \cong A_f[T]\), où \(T\) est de degré \(1\). Cela démontre l’assertion, puisque \(\text{Proj}(A_f[T]) \to \Spec(A_f)\) est un isomorphisme. Dorénavant, nous identifions \(U\) à l’ouvert correspondant de \(L\).

L’identification effectuée au paragraphe précédent nous permet de considérer la restriction \(\pi|_U : U \to P\). Choisissons \(f \in A_d\) pour un certain \(d > 0\) et \(g = \psi(f) \in B_d\), comme nous l’avons fait plusieurs fois ci-dessus. Alors \[U \cap \pi^{-1}(D_+(f)) = U \cap D_+(g)\] est le complémentaire du lieu des zéros de \(\sigma(f) \in (B[1/g])_0\) via l’identification de \(D_+(g)\) avec le spectre de \((B[1/g])_0\). C’est l’assertion (4) ci-dessus. Par conséquent, \(U \cap D_+(g)\) est affine et \[\mathcal{O}_L(U \cap D_+(g)) = (B[1/g])_0[1/\sigma(f)] = \bigoplus\nolimits_{m \in \mathbf{Z}} (A[1/f])_m\] où le dernier signe d’égalité est le prolongement naturel de l’identification \((B[1/g])_0 = \bigoplus_{m \geq 0} (A[1/f])_m\) effectuée ci-dessus. Exactement comme précédemment pour \(\pi : L \to P\), on conclut que \(\pi|_U : U \to P\) est affine et que \[U = \underline{\Spec}_P \left( \bigoplus\nolimits_{m \in \mathbf{Z}} \mathcal{O}_P(m) \right)\] comme schémas sur \(P\).

En résumé, nos constructions donnent un diagramme commutatif [0EKG]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ \underline{\Spec}_P \left( \bigoplus\nolimits_{m \in \mathbf{Z}} \mathcal{O}_P(m) \right) \ar[r] \ar@{=}[d] & L = \underline{\Spec}_P \left( \bigoplus\nolimits_{m \geq 0} \mathcal{O}_P(m) \right) \ar[d]^\sigma \ar[r]_-\pi & P \ar[d] \\ U \ar[r] & X \ar[r] & Z } } \end{equation}\] de schémas, où \(\pi\) est un cône dont la section nulle \(0 : P \to L\) a pour image ensembliste l’image réciproque de \(Z\) dans \(L\).

Soit \(W \subset P\) le plus grand ouvert tel que \(\mathcal{O}_P(1)|_W\) soit inversible et que les morphismes naturels induisent des isomorphismes \(\mathcal{O}_P(m)|_W \cong \mathcal{O}_P(1)^{\otimes m}|_W\) pour tout \(m \in \mathbf{Z}\), c’est-à-dire l’ouvert de Constructions, lemme 01MU pour \(d = 1\). On voit alors que \(L|_W = \pi^{-1}(W) \to W\) est un fibré vectoriel (Constructions, section 01M1) de rang \(1\), à savoir \[L|_W = \mathbf{V}(\mathcal{O}_P(1)|_W)\] selon la notation grothendieckienne. Cela résulte immédiatement de ce qui précède, qui montre que \(L|_W\) est égal au spectre relatif de l’algèbre symétrique du \(\mathcal{O}_W\)-module \(\mathcal{O}_P(1)|_W\). Il est alors clair que le morphisme \(0|_W : W \to L|_W\) est la section nulle de ce fibré vectoriel. En particulier, \(0(W)\) est un diviseur de Cartier effectif sur \(L|_W\). De plus, l’ouvert \(U|_W = (\pi|_U)^{-1}(W)\) est le complémentaire de la section nulle.

Si \(A\) est engendrée par \(f_1, \ldots, f_r \in A_1\) sur \(A_0\), alors \((f_1, \ldots, f_r)^m = A_{\geq m}\) pour tout \(m \geq 0\) et, par conséquent, notre \(B\) ci-dessus est l’algèbre de Rees de \(A_+ = (f_1, \ldots, f_r)\). Ainsi, dans ce cas, \(L \to X\) est le morphisme d’éclatement de centre \(Z\) et \(W = P\), où \(W\) désigne l’ouvert défini au paragraphe précédent.

Si \(P\) est quasi-compact, alors, pour \(d\) suffisamment divisible, le sous-schéma fermé \(D \subset L\) défini par \(\sigma(A_d)\mathcal{O}_L\) est un diviseur de Cartier effectif, \(0 : P \to L\) se factorise par \(D\), et \(0(P) = D\) ensemblistement. Cela résulte de Constructions, lemme 01MD, et des assertions (1), (2), (3) et (4) démontrées ci-dessus. (On peut prendre pour \(d\) tout multiple du ppcm des degrés des éléments trouvés dans le lemme.)

Nous continuons de supposer \(P\) quasi-compact. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_P\)-module quasi-cohérent. Posons \(\mathcal{F}_U = \pi^*\mathcal{F}|_U\). On a alors [0EKH]\[\begin{equation} R\Gamma(U, \mathcal{F}_U) = \bigoplus\nolimits_{m \in \mathbf{Z}} R\Gamma(P, \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_P} \mathcal{O}_P(m)) \end{equation}\] De plus, cette décomposition en somme directe est fonctorielle en \(\mathcal{F}\) et la structure de \(A\)-module induite sur le membre de droite est la même que la structure de \(A\)-module du membre de gauche provenant de \(U \subset X\). Pour démontrer la formule, puisque \(\pi|_U\) est affine et que \((\pi|_U)_*\mathcal{O}_U = \bigoplus_{m \in \mathbf{Z}} \mathcal{O}_P(m)\), on obtient \[\begin{align*} R(\pi|_U)_*\mathcal{F}_U & = (\pi|_U)_*\mathcal{F}_U \\ & = (\pi|_U)_*(\pi|_U)^*\mathcal{F} \\ & = \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_P} \bigoplus\nolimits_{m \in \mathbf{Z}} \mathcal{O}_P(m) \\ & = \bigoplus\nolimits_{m \in \mathbf{Z}} \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_P} \mathcal{O}_P(m) \end{align*}\] Par Leray, on trouve que \(R\Gamma(U, \mathcal{F}_U) = R\Gamma(P, R(\pi|_U)_*\mathcal{F}_U)\), voir Cohomologie, lemme 01F4. La démonstration est achevée, car la prise de cohomologie commute aux sommes directes dans ce cas, voir Catégories dérivées des schémas, lemme 08DZ. C’est ici que l’on utilise que \(P\) est quasi-compact ; \(P\) est séparé d’après Constructions, lemme 01MC.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(P\) un schéma propre sur \(R\) et soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_P\)-module inversible ample. Posons \(A = \bigoplus_{m \geq 0} \Gamma(P, \mathcal{L}^{\otimes m})\). Alors \(P = \text{Proj}(A)\) et le diagramme (0EKG) devient le diagramme \[\xymatrix{ \underline{\Spec}_P \left( \bigoplus\nolimits_{m \in \mathbf{Z}} \mathcal{L}^{\otimes m} \right) \ar[r] \ar@{=}[d] & L = \underline{\Spec}_P \left( \bigoplus\nolimits_{m \geq 0} \mathcal{L}^{\otimes m} \right) \ar[d]^\sigma \ar[r]_-\pi & P \ar[d] \\ U \ar[r] & X \ar[r] & Z }\] ayant les propriétés expliquées ci-dessus.

Démonstration

On a \(P = \text{Proj}(A)\) d’après Morphismes, lemme 0C6J. De plus, d’après Propriétés, lemme 01QI, via cette identification, on a \(\mathcal{O}_P(m) = \mathcal{L}^{\otimes m}\) pour tout \(m \in \mathbf{Z}\).

Points fermés dans les fibres

Une partie du contenu de cette section est tirée de la prépublication [Osserman-Payne].

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé. Soit \(s \in S\). Supposons que

  1. \(S\) est irréductible, de point générique \(\eta\),

  2. \(X\) est irréductible,

  3. \(f\) est dominant,

  4. \(f\) est localement de type fini,

  5. \(\dim(X_s) \leq \dim(X_\eta)\),

  6. \(Z\) est localement principal dans \(X\), et

  7. \(Z_\eta = \emptyset\).

Alors la fibre \(Z_s\) est (ensemblistement) une réunion de composantes irréductibles de \(X_s\).

Démonstration

Notons \(X_{red}\) la réduction de \(X\). Alors \(Z \cap X_{red}\) est un sous-schéma fermé localement principal de \(X_{red}\), voir Diviseurs, lemme 053P. On peut donc supposer que \(X\) est réduit. Autrement dit, \(X\) est intègre, voir Propriétés, lemme 01ON. Dans ce cas, le morphisme \(X \to S\) se factorise par \(S_{red}\), voir Schémas, lemme 0356. Ainsi, on peut remplacer \(S\) par \(S_{red}\) et supposer que \(S\) est également intègre.

Dire que \(f\) est dominant signifie que le point générique de \(X\) s’envoie sur \(\eta\), voir Morphismes, lemme 01RM. De plus, le schéma \(X_\eta\) est un schéma intègre qui est localement de type fini sur le corps \(\kappa(\eta)\). Ainsi, \(d = \dim(X_\eta) \geq 0\) est égal à \(\dim_\xi(X_\eta)\) pour tout point \(\xi\) de \(X_\eta\), voir Algèbre, lemmes 00OS et 00OT. Au vu de Morphismes, lemme 02FZ et de la condition (5), on conclut que \(\dim_x(X_s) = d\) pour tout \(x \in X_s\).

Dans le cas noethérien, l’assertion se démontre comme suit. Si le lemme est faux, il existe \(x \in Z_s\) qui est un point générique d’une composante irréductible de \(Z_s\), mais pas un point générique d’une composante irréductible de \(X_s\). On voit alors que \(\dim_x(Z_s) \leq d - 1\), car \(\dim_x(X_s) = d\) et, dans un voisinage de \(x\) dans \(X_s\), le sous-schéma fermé \(Z_s\) ne contient aucune des composantes irréductibles de \(X_s\). Ainsi, après avoir remplacé \(X\) par un voisinage ouvert de \(x\), on peut supposer que \(\dim_z(Z_{f(z)}) \leq d - 1\) pour tout \(z \in Z\), voir Morphismes, lemme 02FZ. Soit \(\xi' \in Z\) un point générique d’une composante irréductible de \(Z\) et posons \(s' = f(\xi)\). Comme \(Z \not = X\) et que ce sous-schéma est localement principal, on voit que \(\dim(\mathcal{O}_{X, \xi}) = 1\), voir Algèbre, lemme 00KV (c’est ici que l’on utilise que \(X\) est noethérien). Soit \(\xi \in X\) le point générique de \(X\) et soit \(\xi_1\) un point générique d’une composante irréductible quelconque de \(X_{s'}\) qui contient \(\xi'\). On voit alors qu’on a les spécialisations \[\xi \leadsto \xi_1 \leadsto \xi'.\] Comme \(\dim(\mathcal{O}_{X, \xi}) = 1\), l’une des deux spécialisations doit être une égalité. Par hypothèse, \(s' \not = \eta\) ; la première spécialisation n’est donc pas une égalité. Ainsi, \(\xi' = \xi_1\) est un point générique d’une composante irréductible de \(X_{s'}\). En appliquant Morphismes, lemme 02FZ une fois encore, ceci entraîne \(\dim_{\xi'}(Z_{s'}) = \dim_{\xi'}(X_{s'}) \geq \dim(X_\eta) = d\) ce qui donne la contradiction recherchée.

Dans le cas général, on se ramène au cas noethérien comme suit. Si le lemme est faux, alors il existe un point \(x \in X\) au-dessus de \(s\) tel que \(x\) soit un point générique d’une composante irréductible de \(Z_s\), mais ne soit le point générique d’aucune des composantes irréductibles de \(X_s\). Soit \(U \subset S\) un voisinage affine de \(s\) et soit \(V \subset X\) un voisinage affine de \(x\) tel que \(f(V) \subset U\). Écrivons \(U = \Spec(A)\) et \(V = \Spec(B)\), de sorte que \(f|_V\) est donné par un homomorphisme d’anneaux \(A \to B\). Soient \(\mathfrak q \subset B\), resp. \(\mathfrak p \subset A\), les idéaux premiers correspondant à \(x\), resp. \(s\). Quitte à rétrécir \(V\), on peut supposer que \(Z \cap V\) est défini par un élément \(g \in B\). Notons \(K\) le corps des fractions de \(A\). Ce que nous savons à ce stade est ce qui suit :

  1. \(A \subset B\) est une extension de type fini d’anneaux intègres,

  2. l’élément \(g \otimes 1\) est inversible dans \(B \otimes_A K\),

  3. \(d = \dim(B \otimes_A K) = \dim(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p))\),

  4. \(g \otimes 1\) n’est pas une unité de \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\), et

  5. \(g \otimes 1\) n’appartient à aucun des idéaux premiers minimaux de \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\).

Nous cherchons une contradiction.

Choisissons des éléments \(x_1, \ldots, x_n \in B\) qui engendrent \(B\) sur \(A\). Pour une \(\mathbf{Z}\)-algèbre de type fini \(A_0 \subset A\), soit \(B_0 \subset B\) la sous-\(A_0\)-algèbre engendrée par \(x_1, \ldots, x_n\), notons \(K_0\) le corps des fractions de \(A_0\), et posons \(\mathfrak p_0 = A_0 \cap \mathfrak p\). Nous affirmons que, lorsque \(A_0\) est assez grande, (1) – (5) sont encore satisfaites pour le système \((A_0 \subset B_0, g, \mathfrak p_0)\).

Démontrons successivement chacune des conditions. La condition (1) est satisfaite par construction. Pour la partie (2), écrivons \((g \otimes 1) h = 1\) pour un certain \(h \otimes 1/a \in B \otimes_A K\). Écrivons \(g = \sum a_I x^I\), \(h = \sum a'_I x^I\) (notation multi-indicielle) pour certains coefficients \(a_I, a'_I \in A\). Dès que \(A_0\) contient \(a\) et les \(a_I, a'_I\), alors (2) est vraie parce que \(B_0 \otimes_{A_0} K_0 \subset B \otimes_A K\) (comme localisations de l’homomorphisme injectif \(B_0 \to B\)). Pour obtenir (3), considérons la suite exacte \[0 \to I \to A[X_1, \ldots, X_n] \to B \to 0\] qui définit \(I\), où le second homomorphisme envoie \(X_i\) sur \(x_i\). Comme \(\otimes\) est exact à droite, on voit que \(I \otimes_A K\) et, respectivement, \(I \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) sont les noyaux des surjections \(K[X_1, \ldots, X_n] \to B \otimes_A K\) et, respectivement, \(\kappa(\mathfrak p)[X_1, \ldots, X_n] \to B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\). Comme un anneau de polynômes sur un corps est noethérien, il existe un nombre fini d’éléments \(h_j \in I\), \(j = 1, \ldots, m\), qui engendrent \(I \otimes_A K\) et \(I \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\). Écrivons \(h_j = \sum a_{j, I}X^I\). Dès que \(A_0\) contient tous les \(a_{j, I}\), on se trouve dans la situation où \[B_0 \otimes_{A_0} K_0 \otimes_{K_0} K = B \otimes_A K \quad\text{et}\quad B_0 \otimes_{A_0} \kappa(\mathfrak p_0) \otimes_{\kappa(\mathfrak p_0)} \kappa(\mathfrak p) = B \otimes_A \kappa(\mathfrak p).\] En appliquant au choix Morphismes, lemme 02FY ou Algèbre, lemme 00P3, on voit que les égalités de dimension de (3) sont satisfaites. La partie (4) est immédiate. Comme \(B_0 \otimes_{A_0} \kappa(\mathfrak p_0) \subset B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\), tout idéal premier minimal de \(B_0 \otimes_{A_0} \kappa(\mathfrak p_0)\) est la contraction d’un idéal premier minimal de \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) d’après Algèbre, lemme 00FL. Cela montre que (5) est satisfaite. On réduit ainsi le problème au cas noethérien, qui a été traité ci-dessus.

Voici une application algébrique du lemme précédent. La quatrième hypothèse du lemme est satisfaite si \(A \to B\) est plat, voir le lemme 053T.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux, et soit \(g \in \mathfrak m_B\). Supposons que

  1. \(A\) et \(B\) sont des anneaux intègres et \(A \subset B\),

  2. \(B\) est essentiellement de type fini sur \(A\),

  3. \(g\) n’appartient à aucun idéal premier minimal contenant \(\mathfrak m_AB\), et

  4. \(\dim(B/\mathfrak m_AB) + \text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak m_A)}(\kappa(\mathfrak m_B)) = \text{trdeg}_A(B)\).

Alors \(A \subset B/gB\), c’est-à-dire que le point générique de \(\Spec(A)\) appartient à l’image du morphisme \(\Spec(B/gB) \to \Spec(A)\).

Démonstration

Notons que les deux assertions sont équivalentes d’après Algèbre, lemme 00FL. Pour commencer la démonstration, soit \(C\) une \(A\)-algèbre de type fini et soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(C\) tel que \(B = C_{\mathfrak q}\). On peut bien sûr supposer que \(C\) est un anneau intègre et que \(g \in C\). Après avoir remplacé \(C\) par un localisé, on voit que \(\dim(C/\mathfrak m_AC) = \dim(B/\mathfrak m_AB) + \text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak m_A)}(\kappa(\mathfrak m_B))\), voir Morphismes, lemme 02FX. En posant \(K\) égal au corps des fractions de \(A\), on voit par la même référence que \(\dim(C \otimes_A K) = \text{trdeg}_A(B)\). Ainsi, l’hypothèse (4) signifie que les fibres générique et fermée du morphisme \(\Spec(C) \to \Spec(A)\) ont même dimension.

Supposons le lemme faux. Alors \((B/gB) \otimes_A K = 0\). Cela signifie que \(g \otimes 1\) est inversible dans \(B \otimes_A K = C_{\mathfrak q} \otimes_A K\). Comme \(C_{\mathfrak q}\) est une limite de localisés principaux, on conclut que \(g \otimes 1\) est inversible dans \(C_h \otimes_A K\) pour un certain \(h \in C\), \(h \not \in \mathfrak q\). Ainsi, après avoir remplacé \(C\) par \(C_h\), on peut supposer que \((C/gC) \otimes_A K = 0\). On remplace encore une fois \(C\) afin que les idéaux premiers minimaux de \(C/\mathfrak m_AC\) correspondent bijectivement aux idéaux premiers minimaux de \(B/\mathfrak m_AB\). À ce stade, on applique le lemme 053R à \(X = \Spec(C) \to \Spec(A) = S\) et au sous-schéma localement fermé \(Z = \Spec(C/gC)\). Comme \(Z_K = \emptyset\), on voit que \(Z \otimes \kappa(\mathfrak m_A)\) doit contenir une composante irréductible de \(X \otimes \kappa(\mathfrak m_A) = \Spec(C/\mathfrak m_AC)\). Mais ceci contredit l’hypothèse que \(g\) n’appartient à aucun idéal premier minimal contenant \(\mathfrak m_AB\). Le lemme en résulte.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux. Supposons que

  1. \(A\) et \(B\) sont des anneaux intègres et \(A \subset B\),

  2. \(B\) est essentiellement de type fini sur \(A\), et

  3. \(B\) est plat sur \(A\).

Alors on a \[\dim(B/\mathfrak m_AB) + \text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak m_A)}(\kappa(\mathfrak m_B)) = \text{trdeg}_A(B).\]

Démonstration

Soit \(C\) une \(A\)-algèbre de type fini et soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(C\) tel que \(B = C_{\mathfrak q}\). On peut supposer que \(C\) est un anneau intègre. On a \(\dim_{\mathfrak q}(C/\mathfrak m_AC) = \dim(B/\mathfrak m_AB) + \text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak m_A)}(\kappa(\mathfrak m_B))\), voir Morphismes, lemme 02FX. En posant \(K\) égal au corps des fractions de \(A\), on voit par la même référence que \(\dim(C \otimes_A K) = \text{trdeg}_A(B)\). Ainsi, il s’agit en fait de démontrer que \(\dim_{\mathfrak q}(C/\mathfrak m_AC) = \dim(C \otimes_A K)\). Choisissons un anneau de valuation \(A'\) de \(K\) dominant \(A\), voir Algèbre, lemme 00IA. Posons \(C' = C \otimes_A A'\). Choisissons un idéal premier \(\mathfrak q'\) de \(C'\) au-dessus de \(\mathfrak q\) ; un tel idéal premier existe car \[C'/\mathfrak m_{A'}C' = C/\mathfrak m_AC \otimes_{\kappa(\mathfrak m_A)} \kappa(\mathfrak m_{A'})\] ce qui démontre que \(C/\mathfrak m_AC \to C'/\mathfrak m_{A'}C'\) est fidèlement plat. Ceci démontre également que \(\dim_{\mathfrak q}(C/\mathfrak m_AC) = \dim_{\mathfrak q'}(C'/\mathfrak m_{A'}C')\), voir Algèbre, lemme 00P4. Notons que \(B' = C'_{\mathfrak q'}\) est un localisé de \(B \otimes_A A'\). Ainsi, \(B'\) est plat sur \(A'\). La fibre générique \(B' \otimes_{A'} K\) est un localisé de \(B \otimes_A K\). Ainsi, \(B'\) est un anneau intègre. Si l’on démontre le lemme pour \(A' \subset B'\), on obtient alors l’égalité \(\dim_{\mathfrak q'}(C'/\mathfrak m_{A'}C') = \dim(C' \otimes_{A'} K)\) ce qui implique l’égalité recherchée \(\dim_{\mathfrak q}(C/\mathfrak m_AC) = \dim(C \otimes_A K)\) d’après ce qui précède. Cela ramène le lemme au cas où \(A\) est un anneau de valuation.

Soit \(A \subset B\) comme dans le lemme, avec \(A\) un anneau de valuation. Comme précédemment, écrivons \(B = C_{\mathfrak q}\) pour un anneau intègre \(C\) de type fini sur \(A\). D’après Algèbre, lemme 00QK, on obtient \(\dim(C/\mathfrak m_AC) = \dim(C \otimes_A K)\), ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \leadsto x'\) une spécialisation de points de \(X\). Posons \(s = f(x)\) et \(s' = f(x')\). Supposons que

  1. \(x'\) est un point fermé de \(X_{s'}\), et

  2. \(f\) est localement de type fini.

Alors l’ensemble \[\{x_1 \in X \text{ tel que } f(x_1) = s \text{ et } x_1\text{ est fermé dans }X_s \text{ et } x \leadsto x_1 \leadsto x' \}\] est dense dans l’adhérence de \(x\) dans \(X_s\).

Démonstration

Appliquons Schémas, lemme 01J8, à la spécialisation \(x \leadsto x'\). Cela fournit un morphisme \(\varphi : \Spec(B) \to X\), où \(B\) est un anneau de valuation tel que \(\varphi\) envoie le point générique sur \(x\) et le point fermé sur \(x'\). On peut aussi supposer que \(\kappa(x)\) est le corps des fractions de \(B\). Soit \(A = B \cap \kappa(s)\). Notons que c’est un anneau de valuation (voir Algèbre, lemme 052L) qui domine l’image de \(\mathcal{O}_{S, s'} \to \kappa(s)\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ \Spec(B) \ar[rd] \ar[r] & X_A \ar[d] \ar[r] & X \ar[d] \\ & \Spec(A) \ar[r] & S }\] Le point générique (resp. fermé) de \(B\) s’envoie sur un point \(x_A\) (resp. \(x'_A\)) de \(X_A\) situé au-dessus du point générique (resp. fermé) de \(\Spec(A)\). Notons que \(x'_A\) est un point fermé de la fibre spéciale de \(X_A\) d’après Morphismes, lemme 053M. Notons que la fibre générique de \(X_A \to \Spec(A)\) est isomorphe à \(X_s\). Ainsi, nous sommes ramenés au cas où \(S\) est le spectre d’un anneau de valuation, \(s = \eta \in S\) est le point générique, et \(s' \in S\) est le point fermé.

Nous allons démontrer le lemme par récurrence sur \(\dim_x(X_\eta)\). Si \(\dim_x(X_\eta) = 0\), alors il n’existe aucun autre point de \(X_\eta\) se spécialisant en \(x\), et \(x\) est fermé dans sa fibre, voir Morphismes, lemme 01TH, et le résultat en découle. Supposons que \(\dim_x(X_\eta) > 0\).

Soit \(X' \subset X\) le sous-schéma fermé irréductible \(\overline{\{x\}}\) de \(X\), muni de sa structure de schéma induite réduite, voir Schémas, définition 01J4. Pour démontrer le lemme, on peut remplacer \(X\) par \(X'\), puisque ceci ne fait que diminuer \(\dim_x(X_\eta)\). On peut donc aussi supposer que \(X\) est un schéma intègre et que \(x\) est son point générique. En outre, on peut remplacer \(X\) par un voisinage affine de \(x'\). Ainsi, on a \(X = \Spec(B)\), où \(A \subset B\) est une extension de type fini d’anneaux intègres. Notons que, dans ce cas, \(\dim_x(X_\eta) = \dim(X_\eta) = \dim(X_{s'})\), et qu’en fait \(X_{s'}\) est équidimensionnel, voir Algèbre, lemme 00QK.

Soit \(W \subset X_\eta\) un fermé propre (c’est le sous-ensemble que l’on veut « éviter »). Comme \(X_s\) est de type fini sur un corps, on voit que \(W\) possède un nombre fini de composantes irréductibles \(W = W_1 \cup \ldots \cup W_n\). Soient \(\mathfrak q_j \subset B\), \(j = 1, \ldots, r\) les idéaux premiers correspondants. Soit \(\mathfrak q \subset B\) l’idéal maximal correspondant au point \(x'\). Soient \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_s \subset B\) les idéaux premiers minimaux contenant \(\mathfrak m_AB\). Il y en a un nombre fini, puisqu’ils correspondent aux composantes irréductibles du schéma noethérien \(X_{s'}\). De plus, chacune de ces composantes irréductibles est de dimension \(> 0\) (voir ci-dessus) ; on voit donc que \(\mathfrak p_i \not = \mathfrak q\) pour tout \(i\). Choisissons maintenant un élément \(g \in \mathfrak q\) tel que \(g \not \in \mathfrak q_j\) pour tout \(j\) et \(g \not \in \mathfrak p_i\) pour tout \(i\), voir Algèbre, lemme 00DS. Notons \(Z \subset X\) le sous-schéma fermé localement principal défini par \(g\). Écrivons \(Z_\eta = Z_{1, \eta} \cup \ldots \cup Z_{n, \eta}\), \(n \geq 0\), pour la décomposition de la fibre générique de \(Z\) en composantes irréductibles (en nombre fini puisque la fibre générique est noethérienne). Notons \(Z_i \subset X\) l’adhérence de \(Z_{i, \eta}\). Après avoir remplacé \(X\) par un voisinage affine plus petit, on peut supposer que \(x' \in Z_i\) pour tout \(i = 1, \ldots, n\). Par construction, \(Z \cap X_{s'}\) ne contient aucune composante irréductible de \(X_{s'}\). Ainsi, d’après le lemme 053R, on conclut que \(Z_\eta \not = \emptyset\) ! Autrement dit, \(n \geq 1\). Soit \(x_1 \in Z_1\) le point générique ; on voit que \(x_1 \leadsto x'\) et \(f(x_1) = \eta\). De plus, par construction, \(Z_{1, \eta} \cap W_j \subset W_j\) est un fermé propre. Ainsi, toute composante irréductible de \(Z_{1, \eta} \cap W_j\) est de codimension \(\geq 2\) dans \(X_\eta\), tandis que \(\text{codim}(Z_{1, \eta}, X_\eta) = 1\) d’après Algèbre, lemme 00KV. Ainsi, \(W \cap Z_{1, \eta}\) est un fermé propre. À ce stade, on voit que l’hypothèse de récurrence s’applique à \(Z_1 \to S\) et à la spécialisation \(x_1 \leadsto x'\). Ceci fournit un point fermé \(x_2\) de \(Z_{1, \eta}\) qui n’appartient pas à \(W\) et qui se spécialise en \(x'\). Ainsi, on obtient \(x \leadsto x_2 \leadsto x'\) ; le point \(x_2\) est fermé dans \(X_\eta\), et \(x_2 \not \in W\), comme souhaité.

Remarque

La démonstration du lemme 053U montre en fait qu’il existe une suite de spécialisations \[x \leadsto x_1 \leadsto x_2 \leadsto \ldots \leadsto x_d \leadsto x'\] où tous les \(x_i\) appartiennent à la fibre \(X_s\), chaque spécialisation est immédiate, et \(x_d\) est un point fermé de \(X_s\). L’entier \(d = \text{trdeg}_{\kappa(s)}(\kappa(x)) = \dim(\overline{\{x\}})\) où l’adhérence est prise dans \(X_s\). De plus, les points \(x_i\) peuvent être choisis de manière à éviter tout fermé de \(X_s\) qui ne contient pas le point \(x\).

Exemples, section 05JH, montre que le lemme suivant est faux si \(A\) n’est pas supposé noethérien.

Lemme

Soit \(\varphi : A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux. Soit \(V \subset \Spec(B)\) un sous-schéma ouvert qui contient au moins un idéal premier ne se trouvant pas au-dessus de \(\mathfrak m_A\). Supposons que \(A\) soit noethérien, que \(\varphi\) soit essentiellement de type fini, et que l’extension \(A/\mathfrak m_A \subset B/\mathfrak m_B\) soit finie. Alors il existe un \(\mathfrak q \in V\), \(\mathfrak m_A \not = \mathfrak q \cap A\), tel que \(A \to B/\mathfrak q\) soit le localisé d’un homomorphisme d’anneaux quasi-fini.

Démonstration

Comme \(A\) est noethérien et que \(A \to B\) est essentiellement de type fini, on sait que \(B\) est également noethérien. D’après Propriétés, lemme 02IM, l’espace topologique \(\Spec(B) \setminus \{\mathfrak m_B\}\) est jacobsonien. On peut donc choisir un point fermé \(\mathfrak q\) qui appartient à l’ouvert non vide \[V \setminus \{\mathfrak q \subset B \mid \mathfrak m_A = \mathfrak q \cap A\}.\] (Non vide par hypothèse, ouvert parce que \(\{\mathfrak m_A\}\) est un fermé de \(\Spec(A)\).) Alors \(\Spec(B/\mathfrak q)\) possède deux points, à savoir \(\mathfrak m_B\) et \(\mathfrak q\), et \(\mathfrak q\) ne se trouve pas au-dessus de \(\mathfrak m_A\). Écrivons \(B/\mathfrak q = C_{\mathfrak m}\) pour une \(A\)-algèbre de type fini \(C\) et un idéal premier \(\mathfrak m\). Alors \(A \to C\) est quasi-fini en \(\mathfrak m\) d’après Algèbre, lemme 00PK (2). Par conséquent, d’après Algèbre, lemme 00QA, on voit qu’après avoir remplacé \(C\) par un localisé principal, l’homomorphisme \(A \to C\) est quasi-fini.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Soit \(U \subset X\) un sous-schéma ouvert. Supposons que \(f\) soit localement de type fini, que \(S\) soit localement noethérien, et que \(x\) soit un point fermé de \(X_s\), et qu’il existe un point \(x' \in U\) tel que \(x' \leadsto x\) et \(f(x') \not = s\). Alors il existe un sous-schéma fermé \(Z \subset X\) tel que (a) \(x \in Z\), (b) \(f|_Z : Z \to S\) soit quasi-fini en \(x\), et (c) il existe un \(z \in Z\), \(z \in U\), tel que \(z \leadsto x\) et \(f(z) \not = s\).

Démonstration

C’est une reformulation du lemme 05GT. En effet, posons \(A = \mathcal{O}_{S, s}\) et \(B = \mathcal{O}_{X, x}\). Notons \(V \subset \Spec(B)\) l’image réciproque de \(U\). L’homomorphisme d’anneaux \(f^\sharp : A \to B\) est essentiellement de type fini. Par hypothèse, il existe au moins un point de \(V\) qui ne s’envoie pas sur le point fermé de \(\Spec(A)\). Toutes les hypothèses du lemme 05GT sont donc satisfaites, et l’on obtient un idéal premier \(\mathfrak q \subset B\) qui ne se trouve pas au-dessus de \(\mathfrak m_A\) et tel que \(A \to B/\mathfrak q\) soit le localisé d’un homomorphisme d’anneaux quasi-fini. Soit \(z \in X\) l’image du point \(\mathfrak q\) par le morphisme canonique \(\Spec(B) \to X\). Posons \(Z = \overline{\{z\}}\) muni de la structure de schéma induite réduite. Comme \(z \leadsto x\), on voit que \(x \in Z\) et \(\mathcal{O}_{Z, x} = B/\mathfrak q\). Par construction, \(Z \to S\) est quasi-fini en \(x\).

Remarque

On peut utiliser le lemme 05GT ou sa variante, le lemme 05GU, pour donner une autre démonstration du lemme 053U lorsque \(S\) est localement noethérien. En voici une esquisse. On remplace d’abord \(S\) par le spectre de l’anneau local en \(s'\). Puis on peut raisonner par récurrence sur \(\dim(S)\). Le cas \(\dim(S) = 0\) est trivial, car alors \(s' = s\). Remplaçons \(X\) par \(\overline{\{x\}}\), muni de sa structure de schéma induite réduite. Appliquons le lemme 05GU à \(X \to S\) et à \(x' \mapsto s'\), ainsi qu’à tout ouvert non vide \(U \subset X\) contenant \(x\). On obtient un sous-schéma fermé \(x' \in Z \subset X\) et un point \(z \in Z\) tels que \(Z \to S\) soit quasi-fini en \(x'\) et que \(f(z) \not = s'\). Alors \(z\) est un point fermé de \(X_{f(z)}\), et \(z \leadsto x'\). Comme \(f(z) \not = s'\), on a \(\dim(\mathcal{O}_{S, f(z)}) < \dim(S)\). Puisque \(x\) est le point générique de \(X\), on a \(x \leadsto z\), donc \(s = f(x) \leadsto f(z)\). Appliquons l’hypothèse de récurrence à \(s \leadsto f(z)\) et à \(z \mapsto f(z)\) pour conclure.

Lemme

Supposons que \(f : X \to S\) soit localement de type fini et que \(S\) soit localement noethérien, que \(x \in X\) soit un point fermé de sa fibre \(X_s\) et que \(U \subset X\) soit un sous-schéma ouvert tel que \(U \cap X_s = \emptyset\) et \(x \in \overline{U}\) ; alors les conclusions du lemme 05GU sont valables.

Démonstration

En effet, on peut se ramener au lemme cité comme suit : d’abord, on remplace \(X\) et \(S\) par des voisinages affines de \(x\) et \(s\). Alors \(X\) est noethérien ; en particulier, \(U\) est quasi-compact (voir Morphismes, lemme 01T6 et Topologie, lemmes 0052 et 04ZA). Il existe donc une spécialisation \(x' \leadsto x\) avec \(x' \in U\) (voir Morphismes, lemme 02JQ). Notons que \(f(x') \not = s\). Ainsi, toutes les hypothèses du lemme sont satisfaites, ce qui conclut.

Factorisation de Stein

La factorisation de Stein affirme qu’un morphisme propre \(f : X \to S\) tel que \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_S\) a des fibres connexes.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to S\) un morphisme universellement fermé et quasi-séparé. Il existe une factorisation \[\xymatrix{ X \ar[rr]_{f'} \ar[rd]_f & & S' \ar[dl]^\pi \\ & S & }\] ayant les propriétés suivantes :

  1. le morphisme \(f'\) est universellement fermé, quasi-compact, quasi-séparé, et surjectif,

  2. le morphisme \(\pi : S' \to S\) est intégral,

  3. on a \(f'_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_{S'}\),

  4. on a \(S' = \underline{\Spec}_S(f_*\mathcal{O}_X)\), et

  5. \(S'\) est la normalisation de \(S\) dans \(X\), voir Morphismes, définition 035H.

La formation de la factorisation \(f = \pi \circ f'\) commute au changement de base plat.

Démonstration

D’après Morphismes, lemme 04XU, le morphisme \(f\) est quasi-compact. Par conséquent, la normalisation \(S'\) de \(S\) dans \(X\) est définie (Morphismes, définition 035H) et l’on a la factorisation \(X \to S' \to S\). D’après Morphismes, lemme 03GQ, on a (2), (4) et (5). Le morphisme \(f'\) est universellement fermé d’après Morphismes, lemme 01W6. Il est quasi-compact d’après Schémas, lemme 03GI, et quasi-séparé d’après Schémas, lemme 01KV.

Pour démontrer les assertions restantes, on peut supposer que le schéma de base \(S\) est affine, disons \(S = \Spec(R)\). Alors \(S' = \Spec(A)\) avec \(A = \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) une \(R\)-algèbre entière. Il est donc clair que \(f'_*\mathcal{O}_X\) est \(\mathcal{O}_{S'}\) (car \(f'_*\mathcal{O}_X\) est quasi-cohérent, d’après Schémas, lemme 01LC, et donc égal à \(\widetilde{A}\)). Cela démontre (3).

Montrons que \(f'\) est surjectif. Comme \(f'\) est universellement fermé (voir ci-dessus), l’image de \(f'\) est un sous-ensemble fermé \(V(I) \subset S' = \Spec(A)\). Prenons \(h \in I\). Alors \(h|_X = f^\sharp(h)\) est une section globale du faisceau structural de \(X\) qui s’annule en tout point. Comme \(X\) est quasi-compact, cela signifie que \(h|_X\) est une section nilpotente, c’est-à-dire que \(h^n|X = 0\) pour un certain \(n > 0\). Mais \(A = \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\), donc \(h^n = 0\). Tout élément de \(I\) étant nilpotent, on conclut que \(V(I) = S'\), comme voulu.

D’après Cohomologie des schémas, lemme 02KH, on voit que la formation de \(f_*\mathcal{O}_X\) commute au changement de base plat. La formation du spectre relatif commute à tout changement de base d’après Constructions, lemme 01LX. Ainsi, la formation de la factorisation commute au changement de base plat.

Lemme

Dans le lemme 03GY, supposons en outre que \(f\) soit localement de type fini. Alors, pour \(s \in S\), la fibre \(\pi^{-1}(\{s\}) = \{s_1, \ldots, s_n\}\) est finie et les extensions de corps \(\kappa(s_i)/\kappa(s)\) sont finies.

Démonstration

Rappelons qu’il n’y a pas de spécialisations entre les points de \(\pi^{-1}(\{s\})\) ; voir Algèbre, lemme 00GT. Comme \(f'\) est surjectif, on obtient que \(|X_s| \to \pi^{-1}(\{s\})\) est surjectif. Observons que \(X_s\) est un schéma quasi-séparé de type fini sur un corps (la quasi-compacité a été démontrée dans la preuve du lemme cité). Ainsi, \(X_s\) est noethérien (Morphismes, lemme 01T6). Un argument topologique (omis) montre alors que \(\pi^{-1}(\{s\})\) est fini. Pour chaque \(i\), on peut choisir un point de type fini \(x_i \in X_s\) s’envoyant sur \(s_i\) (Morphismes, lemme 02J4). On conclut que \(\kappa(s_i)/\kappa(s)\) est finie : \(x_i\) peut être représenté par un morphisme \(\Spec(k_i) \to X_s\) de type fini (d’après notre définition des points de type fini) et, par conséquent, \(\Spec(k_i) \to s = \Spec(\kappa(s))\) est de type fini (comme composé de morphismes de type fini) ; ainsi, \(k_i/\kappa(s)\) est finie (Morphismes, lemme 01TA).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(s \in S\). Alors \(X_s\) est géométriquement connexe si et seulement si, pour tout voisinage étale \((U, u) \to (S, s)\), le changement de base \(X_U \to U\) a une fibre connexe \(X_u\).

Démonstration

Si \(X_s\) est géométriquement connexe, tout changement de base de celui-ci est connexe. Réciproquement, supposons que \(X_s\) ne soit pas géométriquement connexe. Alors, d’après Variétés, lemme 0389, on voit que \(X_s \times_{\Spec(\kappa(s))} \Spec(k)\) est non connexe pour une certaine extension de corps séparable finie \(k/\kappa(s)\). D’après le lemme 02LF, il existe un voisinage étale affine \((U, u) \to (S, s)\) tel que \(\kappa(u)/\kappa(s)\) soit identifié à \(k/\kappa(s)\). Dans ce cas, \(X_u\) est non connexe.

Théorème

Soit \(S\) un schéma localement noethérien. Soit \(f : X \to S\) un morphisme propre. Il existe une factorisation \[\xymatrix{ X \ar[rr]_{f'} \ar[rd]_f & & S' \ar[dl]^\pi \\ & S & }\] ayant les propriétés suivantes :

  1. le morphisme \(f'\) est propre à fibres géométriquement connexes,

  2. le morphisme \(\pi : S' \to S\) est fini,

  3. on a \(f'_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_{S'}\),

  4. on a \(S' = \underline{\Spec}_S(f_*\mathcal{O}_X)\), et

  5. \(S'\) est la normalisation de \(S\) dans \(X\), voir Morphismes, définition 035H.

Démonstration

Soit \(f = \pi \circ f'\) la factorisation du lemme 03GY. Notons qu’outre les conclusions du lemme 03GY, on a aussi que \(f'\) est séparé (Schémas, lemme 01KV) et de type fini (Morphismes, lemme 01T8). Ainsi, \(f'\) est propre. D’après Cohomologie des schémas, proposition 02O5, on voit que \(f_*\mathcal{O}_X\) est un \(\mathcal{O}_S\)-module cohérent. On voit donc que \(\pi\) est fini, c’est-à-dire que (2) est satisfaite.

Cela démontre toutes les assertions sauf la plus intéressante, à savoir que toutes les fibres de \(f'\) sont géométriquement connexes. Il résulte clairement de la discussion précédente que l’on peut remplacer \(S\) par \(S'\) ; on peut donc supposer que \(S\) est noethérien, affine, que \(f : X \to S\) est propre et que \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_S\). Soit \(s \in S\) un point de \(S\). Il faut montrer que \(X_s\) est géométriquement connexe. D’après le lemme 03GZ, on voit qu’il suffit de montrer que \(X_u\) est connexe pour tout voisinage étale \((U, u) \to (S, s)\). On peut supposer que \(U\) est affine. Alors \(U\) est noethérien (Morphismes, lemme 01T6), le changement de base \(f_U : X_U \to U\) est propre (Morphismes, lemme 01W4), et l’on a aussi \((f_U)_*\mathcal{O}_{X_U} = \mathcal{O}_U\) (Cohomologie des schémas, lemme 02KH). Ainsi, après avoir remplacé \((f : X \to S, s)\) par le changement de base \((f_U : X_U \to U, u)\), il suffit de démontrer que la fibre \(X_s\) est connexe lorsque \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_S\). On peut le déduire de Catégories dérivées de schémas, lemme 0G7X (en considérant les idempotents du faisceau structural de \(X_s\)), mais nous donnerons aussi ci-dessous un argument direct.

Plus précisément, appliquons le théorème des fonctions formelles, sous la forme de Cohomologie des schémas, lemme 02OD. Il nous dit que \[\mathcal{O}^\wedge_{S, s} = (f_*\mathcal{O}_X)_s^\wedge = \lim_n H^0(X_n, \mathcal{O}_{X_n})\] où \(X_n\) est le \(n\)-ième voisinage infinitésimal de \(X_s\). Puisque l’espace topologique sous-jacent à \(X_n\) est égal à celui de \(X_s\), on voit que, si \(X_s = T_1 \amalg T_2\) est une réunion disjointe de sous-schémas ouverts et fermés non vides, alors, de même, \(X_n = T_{1, n} \amalg T_{2, n}\) pour tout \(n\). Cela signifie à son tour que \(H^0(X_n, \mathcal{O}_{X_n})\) contient un idempotent non trivial \(e_{1, n}\), à savoir la fonction identiquement égale à \(1\) sur \(T_{1, n}\) et identiquement égale à \(0\) sur \(T_{2, n}\). Il est clair que \(e_{1, n + 1}\) se restreint à \(e_{1, n}\) sur \(X_n\). Ainsi, \(e_1 = \lim e_{1, n}\) est un idempotent non trivial de la limite. Cela contredit le fait que \(\mathcal{O}^\wedge_{S, s}\) soit un anneau local. Ainsi, l’hypothèse était fausse, c’est-à-dire que \(X_s\) est connexe, ce qui conclut.

Théorème

Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to S\) un morphisme propre. Il existe une factorisation \[\xymatrix{ X \ar[rr]_{f'} \ar[rd]_f & & S' \ar[dl]^\pi \\ & S & }\] ayant les propriétés suivantes :

  1. le morphisme \(f'\) est propre à fibres géométriquement connexes,

  2. le morphisme \(\pi : S' \to S\) est entier,

  3. on a \(f'_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_{S'}\),

  4. on a \(S' = \underline{\Spec}_S(f_*\mathcal{O}_X)\), et

  5. \(S'\) est la normalisation de \(S\) dans \(X\), voir Morphismes, définition 035H.

Démonstration

On peut appliquer le lemme 03GY pour obtenir le morphisme \(f' : X \to S'\). Notons qu’outre les conclusions du lemme 03GY, on a aussi que \(f'\) est séparé (Schémas, lemme 01KV) et de type fini (Morphismes, lemme 01T8). Ainsi, \(f'\) est propre. À ce stade, on a démontré toutes les assertions, sauf celle selon laquelle \(f'\) a des fibres géométriquement connexes.

On peut supposer que \(S = \Spec(R)\) est affine. Posons \(R' = \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\). Alors \(S' = \Spec(R')\). On peut donc remplacer \(S\) par \(S'\) et supposer que \(S = \Spec(R)\) est affine et que \(R = \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\). Ensuite, soit \(s \in S\) un point. Soit \(U \to S\) un morphisme étale de schémas affines et soit \(u \in U\) un point s’envoyant sur \(s\). Soit \(X_U \to U\) le changement de base de \(X\). D’après le lemme 03GZ, il suffit de montrer que la fibre de \(X_U \to U\) au-dessus de \(u\) est connexe. D’après Cohomologie des schémas, lemme 02KH, on voit que \(\Gamma(X_U, \mathcal{O}_{X_U}) = \Gamma(U, \mathcal{O}_U)\). Il faut donc montrer ceci : étant donnés \(S = \Spec(R)\) affine, \(X \to S\) propre avec \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X) = R\) et \(s \in S\) un point, la fibre \(X_s\) est connexe.

Pour cela, il suffit de montrer que les seuls idempotents \(e \in H^0(X_s, \mathcal{O}_{X_s})\) sont \(0\) et \(1\) (on sait déjà que \(X_s\) est non vide d’après le lemme 03GY). D’après Catégories dérivées de schémas, lemme 0G7X, après avoir remplacé \(R\) par une localisation principale, on peut supposer que \(e\) est l’image d’un élément de \(R\). Puisque \(R \to H^0(X_s, \mathcal{O}_{X_s})\) se factorise par \(\kappa(s)\), on conclut.

Voici une application.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Supposons que

  1. \(f\) soit propre,

  2. \(S\) soit intègre de point générique \(\xi\),

  3. \(S\) soit normal,

  4. \(X\) soit réduit,

  5. tout point générique d’une composante irréductible de \(X\) s’envoie sur \(\xi\),

  6. on ait \(H^0(X_\xi, \mathcal{O}) = \kappa(\xi)\).

Alors \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_S\) et \(f\) a des fibres géométriquement connexes.

Démonstration

Appliquons le théorème 03H2 pour obtenir une factorisation \(X \to S' \to S\). Il suffit de montrer que \(S' = S\). Cela résultera de Morphismes, lemme 0AB1. En effet, \(S'\) est réduit parce que \(X\) est réduit (Morphismes, lemme 0AXN). Le morphisme \(S' \to S\) est entier d’après le théorème cité ci-dessus. Tout point générique de \(S'\) est au-dessus de \(\xi\) d’après Morphismes, lemme 0AXP, et l’hypothèse (5). D’autre part, puisque \(S'\) est le spectre relatif de \(f_*\mathcal{O}_X\), on voit que la fibre schématique \(S'_\xi\) est le spectre de \(H^0(X_\xi, \mathcal{O})\), qui est égal à \(\kappa(\xi)\) par hypothèse. Ainsi, \(S'\) est un schéma intègre dont le corps des fonctions est égal à celui de \(S\). Cela conclut la preuve.

Voici une autre application.

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme plat propre de présentation finie. Soit \(n_{X/S}\) la fonction sur \(S\) qui compte le nombre de composantes connexes géométriques des fibres de \(f\) introduite dans le lemme 055F. Alors \(n_{X/S}\) est semi-continue inférieurement.

Démonstration

Soit \(s \in S\). Posons \(n = n_{X/S}(s)\). Notons que \(n < \infty\), car la fibre géométrique de \(X \to S\) en \(s\) est un schéma propre sur un corps, donc noethérien, et possède donc un nombre fini de composantes connexes. Il faut trouver un voisinage ouvert \(V\) de \(s\) tel que \(n_{X/S}|_V \geq n\). Soit \(X \to S' \to S\) la factorisation de Stein du théorème 03H2. D’après le lemme 0E0M, il y a un nombre fini de points \(s'_1, \ldots, s'_m \in S'\) au-dessus de \(s\), et les extensions \(\kappa(s'_i)/\kappa(s)\) sont finies. Le lemme 0BSR nous dit alors qu’après avoir remplacé \(S\) par un voisinage étale de \(s\), on peut supposer que \(S' = V_1 \amalg \ldots \amalg V_m\) comme schéma, avec \(s'_i \in V_i\) et \(\kappa(s'_i)/\kappa(s)\) purement inséparable. Alors les schémas \(X_{s_i'}\) sont géométriquement connexes sur \(\kappa(s)\), donc \(m = n\). Les schémas \(X_i = (f')^{-1}(V_i)\), \(i = 1, \ldots, n\), sont plats et de présentation finie sur \(S\). Par conséquent, l’image de \(X_i \to S\) est ouverte (Morphismes, lemme 01UA). Ainsi, dans un voisinage de \(s\), on voit que \(n_{X/S}\) est au moins égal à \(n\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Supposons que

  1. \(f\) soit propre, plat et de présentation finie, et

  2. les fibres géométriques de \(f\) soient réduites.

Alors la fonction \(n_{X/S} : S \to \mathbf{Z}\), qui compte le nombre de composantes connexes géométriques des fibres de \(f\), est localement constante.

Démonstration

D’après le lemme 0BUI, la fonction \(n_{X/S}\) est semi-continue inférieurement. Pour \(s \in S\), considérons la \(\kappa(s)\)-algèbre \[A_s = H^0(X_s, \mathcal{O}_{X_s})\] Définissons une fonction \(\beta_0 : X \to \mathbf{Z}\) qui envoie \(s\) sur \(\dim_{\kappa(s)} A_s\). D’après Variétés, lemme 0BUG, et le fait que \(X_s\) est géométriquement réduit, \(A_s\) est un produit fini d’extensions séparables finies de \(\kappa(s)\). Ainsi, \(A_s \otimes_{\kappa(s)} \kappa(\overline{s})\) est un produit de \(\beta_0(s)\) copies de \(\kappa(\overline{s})\). Par conséquent, \(X_{\overline{s}}\) a \(\beta_0(s)\) composantes connexes. Autrement dit, on a \(n_{X/S} = \beta_0\) comme fonctions sur \(S\). Ainsi, \(n_{X/S}\) est semi-continue supérieurement d’après Catégories dérivées de schémas, lemme 0BDN. Cela conclut la preuve.

Une dernière application.

Lemme

Soit \((A, I)\) un couple hensélien. Soit \(X \to \Spec(A)\) séparé et de type fini. Posons \(X_0 = X \times_{\Spec(A)} \Spec(A/I)\). Soit \(Y \subset X_0\) un sous-schéma ouvert et fermé tel que \(Y \to \Spec(A/I)\) soit propre. Alors il existe un sous-schéma ouvert et fermé \(W \subset X\), propre sur \(A\), tel que \(W \times_{\Spec(A)} \Spec(A/I) = Y\).

Démonstration

Nous noterons \(T \mapsto T_0\) le changement de base par \(\Spec(A/I) \to \Spec(A)\). D’après le lemme de Chow (sous la forme du lemme de Limites 0202), il existe un morphisme propre surjectif \(\varphi : X' \to X\) tel que \(X'\) admette une immersion dans \(\mathbf{P}^n_A\). Posons \(Y' = \varphi^{-1}(Y)\). C’est un sous-schéma ouvert et fermé de \(X'_0\). Supposons le lemme vrai pour \((X', Y')\). Soit \(W' \subset X'\) le sous-schéma ouvert et fermé propre sur \(A\) tel que \(Y' = W'_0\). D’après Morphismes, lemme 01W6, \(W = \varphi(W') \subset X\) et \(Q = \varphi(X' \setminus W') \subset X\) sont des sous-ensembles fermés et, d’après Morphismes, lemme 03GN, \(W\) est propre sur \(A\). L’image de \(W \cap Q\) dans \(\Spec(A)\) est fermée. Puisque \((A, I)\) est hensélien, si \(W \cap Q\) est non vide, alors il existe dans \(W \cap Q\) un point au-dessus de \(\Spec(A/I)\). C’est impossible puisque \(W'_0 = Y' = \varphi^{-1}(Y)\). On conclut que \(W\) est un sous-schéma ouvert et fermé de \(X\), propre sur \(A\), avec \(W_0 = Y\). On se ramène ainsi au cas décrit au paragraphe suivant.

Supposons qu’il existe une immersion \(j : X \to \mathbf{P}^n_A\) sur \(A\). Soit \(\overline{X}\) l’image schématique de \(j\). Puisque \(j\) est un morphisme quasi-compact (Schémas, lemme 03GI), on voit que \(j : X \to \overline{X}\) est une immersion ouverte (Morphismes, lemme 01RG). Ainsi, le changement de base \(j_0 : X_0 \to \overline{X}_0\) est également une immersion ouverte. Par conséquent, \(j_0(Y) \subset \overline{X}_0\) est ouvert. Il est aussi fermé d’après Morphismes, lemme 01W6. Supposons le lemme vrai pour \((\overline{X}, j_0(Y))\). Soit \(\overline{W} \subset \overline{X}\) le sous-schéma ouvert et fermé correspondant, propre sur \(A\), tel que \(j_0(Y) = \overline{W}_0\). Alors \(T = \overline{W} \setminus j(X)\) est fermé dans \(\overline{W}\), et a donc une image fermée dans \(\Spec(A)\), par propreté de \(\overline{W}\) sur \(A\). Puisque \((A, I)\) est hensélien, on voit que si \(T\) est non vide, il existe un point de \(T\) s’envoyant dans \(\Spec(A/I)\). C’est impossible parce que \(j_0(Y) = \overline{W}_0\) est contenu dans \(j(X)\). Ainsi, \(\overline{W}\) est contenu dans \(j(X)\) et l’on peut prendre pour \(W \subset X\) l’unique sous-schéma ouvert et fermé s’envoyant isomorphiquement sur \(\overline{W}\) par \(j\). On se ramène ainsi au cas décrit au paragraphe suivant.

Supposons que \(X \subset \mathbf{P}^n_A\) soit un sous-schéma fermé. Alors \(X \to \Spec(A)\) est un morphisme propre. Soit \(Z = X_0 \setminus Y\). C’est un sous-schéma ouvert et fermé de \(X_0\), et \(X_0 = Y \amalg Z\). Soit \(X \to X' \to \Spec(A)\) la factorisation de Stein du théorème 03H2. Soient \(Y' \subset X'_0\) et \(Z' \subset X'_0\) les images de \(Y\) et de \(Z\). Puisque les fibres de \(X \to Z\) sont géométriquement connexes, on voit que \(Y' \cap Z' = \emptyset\). Ainsi, \(X'_0 = Y' \amalg Z'\), car \(X \to X'\) est surjectif. Puisque \(X' \to \Spec(A)\) est entier, on voit que \(X'\) est le spectre d’une \(A\)-algèbre entière sur \(A\). Rappelons que les sous-ensembles ouverts et fermés des spectres correspondent \(1\) à \(1\) aux idempotents de l’anneau correspondant, voir Algèbre, lemme 00EE. Par conséquent, d’après Compléments d’algèbre, lemme 09XI, on voit que l’on peut écrire \(X' = W' \amalg V'\) avec \(W'\) et \(V'\) ouverts et fermés, et avec \(Y' = W'_0\) et \(Z' = V'_0\). Soit \(W\) l’image réciproque du premier de ces sous-schémas dans \(X\), ce qui conclut la preuve.

Stratification par platitude générique

On peut utiliser la platitude générique pour construire une stratification de la base telle qu’un module donné devienne plat sur les strates.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de présentation finie entre des schémas quasi-compacts et quasi-séparés. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie. Alors il existe un \(t \geq 0\) et des sous-schémas fermés \[S \supset S_0 \supset S_1 \supset \ldots \supset S_t = \emptyset\] tels que \(S_i \to S\) soit défini par un faisceau d’idéaux de type fini, que \(S_0 \subset S\) soit un épaississement et que le tiré en arrière de \(\mathcal{F}\) sur \(X \times_S (S_i \setminus S_{i + 1})\) soit plat sur \(S_i \setminus S_{i + 1}\).

Démonstration

On peut trouver un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X \ar[d] \ar[r] & X_0 \ar[d] \\ S \ar[r] & S_0 }\] et un \(\mathcal{O}_{X_0}\)-module de présentation finie \(\mathcal{F}_0\) dont le tiré en arrière est \(\mathcal{F}\), où \(X_0\) et \(S_0\) sont de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Voir Limites, proposition 01ZA, et les lemmes 01ZM et 01ZR. Ainsi, on peut supposer que \(X\) et \(S\) sont de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et que \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent.

Supposons que \(X\) et \(S\) soient de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et que \(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent. Dans ce cas, tout idéal quasi-cohérent est de type fini ; ainsi, on n’a pas à vérifier que \(S_i\) est défini par un idéal de type fini. Posons \(S_0 = S_{red}\), le réduit de \(S\). D’après la platitude générique telle qu’énoncée dans Morphismes, proposition 052B, il existe un ouvert dense \(U_0 \subset S_0\) tel que le tiré en arrière de \(\mathcal{F}\) sur \(X \times_S U_0\) soit plat sur \(U_0\). Soit \(S_1 \subset S_0\) le sous-schéma fermé réduit dont le sous-ensemble fermé sous-jacent est \(S \setminus U_0\). On continue de cette manière, pourvu que \(S_1 \not = \emptyset\), afin d’obtenir \(S_0 \supset S_1 \supset \ldots\). Comme \(S\) est noethérien, toute chaîne descendante de sous-ensembles fermés se stabilise ; on voit donc que \(S_t = \emptyset\) pour un certain \(t \geq 0\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de présentation finie entre des schémas quasi-compacts et quasi-séparés. Alors il existe un \(t \geq 0\) et des sous-schémas fermés \[S \supset S_0 \supset S_1 \supset \ldots \supset S_t = \emptyset\] tels que \(S_i \to S\) soit défini par un faisceau d’idéaux de type fini, que \(S_0 \subset S\) soit un épaississement et que \(X \times_S (S_i \setminus S_{i + 1})\) soit plat sur \(S_i \setminus S_{i + 1}\).

Démonstration

Appliquons le lemme 0ASY avec \(\mathcal{F} = \mathcal{O}_X\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme surjectif de présentation finie. Soit \(M\) un objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_S)\) tel que \(H^i(M) = 0\) pour \(i > 0\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M\) est isomorphe à un \(\mathcal{O}_S\)-module plat placé en degré \(0\),

  2. \(Lf^*M\) est isomorphe à un \(\mathcal{O}_X\)-module plat placé en degré \(0\).

Démonstration

On omet la preuve que (1) implique (2). Supposons (2). Démontrer (1) est une question locale ; on peut donc supposer que \(S\) est affine. Choisissons une stratification \(S \supset S_0 \supset S_1 \supset \ldots \supset S_t = \emptyset\) comme dans le lemme 0H3Z. Posons \(T_i = S_i \setminus S_{i - 1}\) et \(Y_i = X \times_S T_i\). Notons \(g_i : T_i \to S\) et \(h_i : Y_i \to X\) les morphismes d’inclusion. Comme \(f\) est surjectif, les morphismes \(f_i : X_i \to T_i\) sont surjectifs et plats. Puisque \(Lh_i^* \circ Lf^* = Lf_i^* \circ Lg_i^*\), on déduit de (2) que \(Lf_i^* Lg_i^*M\) est isomorphe à un \(\mathcal{O}_{Y_i}\)-module plat placé en degré \(0\). Comme \(f_i\) est plat et surjectif, on voit que \(Lg_i^*M\) est isomorphe à un \(\mathcal{O}_{T_i}\)-module plat placé en degré \(0\).

On démontrera que cela implique le résultat par récurrence sur \(t\). On utilisera les notations suivantes : \(S = \Spec(A)\) et \(M\) est l’objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_S)\) correspondant à \(N\) dans \(D(A)\), voir Catégories dérivées de schémas, lemme 06Z0.

Cas de base : \(t = 1\). Écrivons \(S_0 = \Spec(A/I)\), où \(I\) est un idéal de type fini. Alors \(I\) est nilpotent, puisque \(S_0 = S\) ensemblistement. L’hypothèse est que \(N \otimes_A^\mathbf{L} A/I\) a une amplitude de Tor dans \([0, 0]\). D’après Compléments d’algèbre, lemme 0H75, il en va de même pour \(N\).

Étape de récurrence. Supposons que \(t > 1\). Écrivons \(S_{t - 1} = \Spec(A/I)\), où \(I = (f_1, \ldots, f_r)\) est un idéal de type fini. On raisonne par récurrence sur \(r\). Observons que \(N_{f_r} = N \otimes_A^\mathbf{L} A_{f_r}\) dans \(D(A_{f_r})\) a une amplitude de Tor dans \([0, 0]\) par l’hypothèse de récurrence (car la stratification sur l’ouvert principal \(D(f_r)\) est de longueur au plus \(t - 1\)). D’autre part, considérons \(N' = N \otimes_A^\mathbf{L} A/f_rA\) dans \(D(A/f_rA)\). En posant \(S' = \Spec(A/f_rA)\), on obtient une stratification \[S' \supset S' \cap S_0 \supset S' \cap S_1 \supset \ldots \supset S' \cap S_{t - 1} \supset S' \cap S_t = \emptyset\] où \(S' \cap S_{t - 1}\) est découpé par \(r - 1\) équations dans \(S'\). Comme précédemment, les tirés en arrière dérivés de \(M\) sur les parties \(S' \cap S_i \setminus S' \cap S_{i + 1}\) ont une amplitude de Tor dans \([0, 0]\). Par récurrence sur \(r\), on conclut donc que \(N'\) a une amplitude de Tor dans \([0, 0]\). On conclut finalement que \(N\) a une amplitude de Tor dans \([0, 0]\) d’après Compléments d’algèbre, lemme 0H85.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Soient \(R \to A \to B\) des morphismes d’anneaux de type fini. Soit \(M\) un \(A\)-module de type fini et soit \(N\) un \(B\)-module de type fini. Soit \(M \to N\) un morphisme \(A\)-linéaire. Il existe un élément non nul \(f \in R\) tel que le conoyau de \(M_f \to N_f\) soit un \(R_f\)-module plat.

Démonstration

En remplaçant \(M\) par l’image de \(M \to N\), on peut supposer que \(M \subset N\). Choisissons une filtration \(0 = N_0 \subset N_1 \subset \ldots \subset N_t = N\) telle que \(N_i/N_{i - 1} = B/\mathfrak q_i\) pour un idéal premier \(\mathfrak q_i \subset B\), voir Algèbre, lemme 00L0. Posons \(M_i = M \cap N_i\). Alors \(Q = N/M\) possède une filtration par les sous-modules \(Q_i = N_i/M_i\). Il suffit de montrer que \(Q_i/Q_{i - 1}\) devient plat après localisation en un élément non nul \(f\) (puisque les extensions de modules plats sont plates d’après Algèbre, lemme 00HM). Puisque \(Q_i/Q_{i - 1}\) est isomorphe au conoyau du morphisme \(M_i/M_{i - 1} \to N_i/N_{i - 1}\), on se ramène au cas traité au paragraphe suivant.

Supposons que \(B\) soit un anneau intègre et que \(M \subset N = B\). Après avoir remplacé \(A\) par l’image de \(A\) dans \(B\), on peut supposer que \(A \subset B\). Par platitude générique, on peut supposer que \(A\) et \(B\) sont plats sur \(R\) (Algèbre, lemme 051R). Il suffit maintenant de montrer que \(M \to B\) devient \(R\)-universellement injectif après remplacement de \(R\) par une localisation principale (Algèbre, lemme 058P). Par liberté générique, on peut trouver un élément non nul \(g \in A\) tel que \(B_g\) soit un \(A_g\)-module libre (Algèbre, lemme 051R). On peut donc choisir un facteur direct \(M' \subset B_g\) comme \(A_g\)-module, qui soit un \(A_g\)-module libre de type fini, et tel que \(M \to B \to B_g\) se factorise par \(M'\). Il suffit manifestement de montrer que \(M \to M'\) devient \(R\)-universellement injectif après remplacement de \(R\) par une localisation principale.

Écrivons \(M' = A_g^{\oplus n}\). Puisque \(M \subset M'\) est un \(A\)-module de type fini, on voit que \(M\) est contenu dans \((1/g^m)A^{\oplus n}\) pour un certain \(m \geq 0\). Après changement de la base choisie de \(M'\), on peut supposer que \(M \subset A^{\oplus n}\). Il suffit alors de montrer que \(A^{\oplus n}/M\) et \(A_g/A\) deviennent \(R\)-plats après remplacement de \(R\) par une localisation principale. En effet, alors \(M \to A^{\oplus n}\) et \(A^{\oplus n} \to A_g^{\oplus n}\) sont universellement injectifs d’après Algèbre, lemme 00HL, et il en va donc de même du composé \(M \to M' = A_g^{\oplus n}\).

Par platitude générique (voir la référence ci-dessus), on peut supposer que le module \(A^{\oplus n}/M\) est \(R\)-plat. Pour le quotient \(A_g/A\), on utilise le fait que \[A_g/A = \colim (1/g^m)A/A \cong \colim A/g^mA\] et que le module \(A/g^mA\) possède une filtration de longueur \(m\) dont les quotients successifs sont isomorphes à \(A/gA\). De nouveau par platitude générique, on peut supposer que \(A/gA\) est \(R\)-plat, donc chaque \(A/g^mA\) est \(R\)-plat, et par suite \(A_g/A\) l’est aussi.

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas sur un schéma de base \(S\). Soit \(Z \subset Y\) l’image schématique de \(f\), voir Morphismes, section 01R5. Soit \(g : S' \to S\) un morphisme de schémas et soit \(f' : X \times_S S' \to Y \times_S S'\) le changement de base de \(f\) par \(g\). Il n’est pas toujours vrai que \(Z \times_S S' \subset Y \times_S S'\) soit l’image schématique de \(f'\). Disons que la formation de l’image schématique de \(f/S\) commute à tout changement de base si, pour tout \(g\) comme ci-dessus, l’image schématique de \(f'\) est égale à \(Z \times_S S'\).

Lemme

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas sur \(S\), les schémas \(X\) et \(Y\) étant tous deux de présentation finie sur \(S\). Il existe alors un entier \(t \geq 0\) et des sous-schémas fermés \[S \supset S_0 \supset S_1 \supset \ldots \supset S_t = \emptyset\] possédant les propriétés suivantes :

  1. \(S_i \to S\) est défini par un faisceau d’idéaux de type fini,

  2. \(S_0 \subset S\) est un épaississement, et

  3. si \(T_i = S_i \setminus S_{i + 1}\) et si \(f_i\) est le changement de base de \(f\) à \(T_i\), alors : la formation de l’image schématique de \(f_i/T_i\) commute à tout changement de base (voir la discussion précédant le lemme).

Démonstration

On peut trouver un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d] \ar[r] & Y \ar[d] \ar[r] & S \ar[d] \\ U \ar[r] & V \ar[r] & W }\] à carrés cartésiens tel que \(U\), \(V\), \(W\) soient de type fini sur \(\mathbf{Z}\). En effet, on écrit d’abord \(S\) comme limite cofiltrée de schémas de type fini sur \(\mathbf{Z}\) dont les morphismes de transition sont affines, en utilisant Limites, proposition 01ZA, puis on fait descendre le morphisme \(X \to Y\) à l’aide de Limites, lemme 01ZM. On se ramène ainsi au cas traité au paragraphe suivant.

Supposons que \(S\) soit noethérien. Dans ce cas, tout idéal quasi-cohérent est de type fini ; il n’est donc pas nécessaire de vérifier que \(S_i\) est défini par un idéal de type fini. Posons \(S_0 = S_{red}\), le réduit de \(S\). Soit \(\eta \in S_0\) un point générique d’une composante irréductible de \(S_0\). Par récurrence noethérienne sur l’espace topologique sous-jacent de \(S_0\), on peut supposer que le résultat vaut pour tout sous-schéma fermé de \(S_0\) ne contenant pas \(\eta\). Il suffit donc de montrer qu’il existe un voisinage ouvert \(U_0 \subset S_0\) tel que le changement de base \(f_0\) de \(f\) à \(U_0\) possède la propriété (3).

Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas de type fini sur \(R\). D’après la discussion du paragraphe précédent, il suffit de montrer qu’après remplacement de \(R\) par \(R_g\) pour un certain \(g \in R\) non nul, et de \(X\), \(Y\) par leurs changements de base à \(R_g\), la formation de l’image schématique de \(f/R\) commute à tout changement de base.

Soit \(Y = V_1 \cup \ldots V_n\) un recouvrement ouvert affine. Posons \(U_i = f^{-1}(V_i)\). Si l’assertion est vraie pour chacun des morphismes \(U_i \to V_i\) sur \(R\), alors elle est vraie pour \(f\). En effet, l’image schématique de \(U_i \to V_i\) est l’intersection de \(V_i\) avec l’image schématique de \(f : X \to Y\), d’après Morphismes, lemme 01R8. On peut donc supposer que \(Y\) est affine.

Soit \(X = U_1 \cup \ldots U_n\) un recouvrement ouvert affine. Alors l’image schématique de \(X \to Y\) est la même que l’image schématique de \(\coprod U_i \to Y\). On peut donc supposer que \(X\) est affine.

Écrivons \(X = \Spec(A)\) et \(Y = \Spec(B)\), et supposons que \(f\) corresponde au morphisme de \(R\)-algèbres \(\varphi : A \to B\). Alors l’image schématique de \(f\) est \(\Spec(A/\Ker(\varphi))\), et il en va de même après changement de base (par un morphisme affine, mais il suffit de le vérifier pour ceux-ci). Ainsi, la formation de l’image schématique commute au changement de base si \(\Ker(\varphi \otimes_R R') = \Ker(\varphi) \otimes_R R'\) pour tout morphisme d’anneaux \(R \to R'\).

Après remplacement de \(R\), \(A\), \(B\) par \(R_g\), \(A_g\), \(B_g\) pour un élément non nul convenable \(g\) de \(R\), on peut supposer que \(A\) et \(B\) sont plats sur \(R\). D’après le lemme 0H40, on peut également supposer que \(B/A\) est un \(R\)-module plat. Alors \(0 \to \Ker(\varphi) \to A \to B \to B/A \to 0\) est une suite exacte de \(R\)-modules plats, ce qui implique l’assertion voulue sur le changement de base.

Stratification d’un morphisme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de présentation finie entre schémas quasi-compacts et quasi-séparés. Dans la section 0H3Y, nous avons vu que l’on peut stratifier \(S\) de façon que \(X\) soit plat sur les strates. Dans cette section, nous cherchons des stratifications de \(S\) et de \(X\) telles que les strates obtenues soient lisses ; cela ne fonctionne pas tout à fait, et nous aurons également besoin d’un changement de base par des morphismes finis localement libres.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas de présentation finie. Soit \(\eta \in S\) un point générique d’une composante irréductible de \(S\). Supposons que \(S\) soit réduit. Il existe alors

  1. un sous-schéma ouvert \(U \subset S\) contenant \(\eta\),

  2. un morphisme fini localement libre, surjectif et universellement injectif \(V \to U\),

  3. un entier \(t \geq 0\) et des sous-schémas fermés \[X \times_S V \supset Z_0 \supset Z_1 \supset \ldots \supset Z_t = \emptyset\] tels que \(Z_i \to X \times_S V\) soit défini par un faisceau d’idéaux de type fini, que \(Z_0 \subset X \times_S V\) soit un épaississement et que le morphisme \(Z_i \setminus Z_{i + 1} \to V\) soit lisse.

Démonstration

Il est clair que l’on peut remplacer \(S\) par un voisinage ouvert de \(\eta\) et \(X\) par sa restriction à cet ouvert. On peut donc supposer que \(S = \Spec(A)\), où \(A\) est un anneau réduit, et que \(\eta\) correspond à un idéal premier minimal \(\mathfrak p\). Rappelons que, dans ce cas, l’anneau local \(\mathcal{O}_{S, \eta} = A_\mathfrak p\) est égal à \(\kappa(\mathfrak p)\), voir Algèbre, lemme 00EU.

Appliquons Variétés, lemme 0H3W, au schéma \(X_\eta\) sur \(k = \kappa(\eta)\). Notons \(k'/k\) l’extension de corps purement inséparable ainsi obtenue. Au paragraphe suivant, on se ramène au cas \(k' = k\). (Cette étape correspond à la construction du morphisme \(V \to U\) de l’énoncé du lemme ; en particulier, on peut prendre \(V = U\) si le corps \(\kappa(\mathfrak p)\) est de caractéristique zéro.)

Si le corps \(k = \kappa(\mathfrak p)\) est de caractéristique zéro, alors \(k' = k\). Si le corps \(k = \kappa(\mathfrak p)\) est de caractéristique \(p > 0\), alors \(p\) s’envoie sur zéro dans \(A_\mathfrak p = \kappa(\mathfrak p)\). Ainsi, après remplacement de \(A\) par une localisation principale (c’est-à-dire après restriction de \(S\)), on peut supposer que \(p = 0\) dans \(A\). Si \(k' \not = k\), alors il existe un élément \(\beta \in k'\), \(\beta \not \in k\), tel que \(\beta^p \in k\). Après remplacement de \(A\) par une localisation principale, on peut supposer qu’il existe un élément \(a \in A\) tel que \(\beta^p = a\). Posons \(A' = A[x]/(x^p - a)\). Alors \(S' = \Spec(A') \to \Spec(A) = S\) est fini localement libre, surjectif et universellement injectif. De plus, si \(\mathfrak p' \subset A'\) désigne l’unique idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p\), alors \(A'_{\mathfrak p'} = k(\beta)\) et \(k'/k(\beta)\) est de degré plus petit. Ainsi, après remplacement de \(S\) par \(S'\) et de \(\eta\) par le point \(\eta'\) correspondant à \(\mathfrak p'\), on voit que le degré de \(k'\) sur le corps résiduel de \(\eta\) a diminué. En poursuivant ainsi, une récurrence nous ramène au cas \(k' = \kappa(\mathfrak p) = \kappa(\eta)\).

On peut donc supposer que \(S\) est affine et réduit, et qu’il existe un entier \(t \geq 0\) et des sous-schémas fermés \[X_\eta \supset Z_{\eta, 0} \supset Z_{\eta, 1} \supset \ldots \supset Z_{\eta, t} = \emptyset\] tels que \(Z_{\eta, 0} = (X_\eta)_{red}\) et que \(Z_{\eta, i} \setminus Z_{\eta, i + 1}\) soit lisse sur \(\eta\) pour tout \(i\). Rappelons que \(\kappa(\eta) = \kappa(\mathfrak p) = A_\mathfrak p\) est la limite inductive filtrante des \(A_a\) pour \(a \in A\), \(a \not \in \mathfrak p\). Voir Algèbre, lemme 00CR. On peut donc faire descendre le diagramme ci-dessus en un diagramme correspondant sur \(\Spec(A_a)\) pour un certain \(a \in A\), \(a \not \in \mathfrak p\). Plus précisément, après remplacement de \(S\) par \(\Spec(A_a)\), on peut supposer qu’il existe un entier \(t \geq 0\) et des sous-schémas fermés \[X \supset Z_0 \supset Z_1 \supset \ldots \supset Z_t = \emptyset\] tels que \(Z_i \to X\) soit une immersion fermée de présentation finie, que \(Z_0 \to X\) soit un épaississement et que \(Z_i \setminus Z_{i + 1}\) soit lisse sur \(S\). Autrement dit, le lemme est démontré. Plus précisément, on utilise d’abord Limites, lemme 01ZM, pour obtenir des morphismes \[Z_t \to Z_{t - 1} \to \ldots \to Z_0 \to X\] sur \(S\), chacun de présentation finie, et dont le changement de base à \(\eta\) redonne les inclusions entre les sous-schémas fermés donnés ci-dessus. Quitte à rétrécir encore \(S\), on peut supposer que chacun de ces morphismes est une immersion fermée, voir Limites, lemme 01ZP. Quitte à rétrécir \(S\), on peut supposer que \(Z_0 \to X\) est surjectif, donc est un épaississement, voir Limites, lemme 07RR. Quitte à rétrécir encore une fois \(S\), on peut supposer que \(Z_i \setminus Z_{i + 1} \to S\) est lisse, voir Limites, lemme 0C0C. Cela achève la démonstration.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de présentation finie entre schémas quasi-compacts et quasi-séparés. Il existe alors un entier \(t \geq 0\) et des sous-schémas fermés \[S \supset S_0 \supset S_1 \supset \ldots \supset S_t = \emptyset\] tels que

  1. \(S_i \to S\) soit défini par un faisceau d’idéaux de type fini,

  2. \(S_0 \subset S\) soit un épaississement,

  3. pour chaque \(i\), il existe un morphisme fini localement libre et surjectif \(T_i \to S_i \setminus S_{i + 1}\),

  4. pour chaque \(i\), il existe un entier \(t_i \geq 0\) et des sous-schémas fermés \[X_i = X \times_S T_i \supset Z_{i, 0} \supset Z_{i, 1} \supset \ldots \supset Z_{i, t_i} = \emptyset\] tels que \(Z_{i, j} \to X_i\) soit défini par un faisceau d’idéaux de type fini, que \(Z_{i, 0} \subset X_i\) soit un épaississement et que le morphisme \(Z_{i, j} \setminus Z_{i, j + 1} \to T_i\) soit lisse.

Démonstration

On peut trouver un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X \ar[d] \ar[r] & X_0 \ar[d] \\ S \ar[r] & S_0 }\] tel que \(X_0\) et \(S_0\) soient de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Voir Limites, proposition 01ZA et lemme 01ZM. On peut donc supposer que \(X\) et \(S\) sont de type fini sur \(\mathbf{Z}\). En effet, une solution du problème posé par le lemme pour \(X_0 \to S_0\) donnera par changement de base une solution sur \(S\) ; détails omis.

Supposons que \(X\) et \(S\) soient de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Dans ce cas, tout idéal quasi-cohérent est de type fini ; il n’est donc pas nécessaire de vérifier que \(S_i\) est défini par un idéal de type fini. Posons \(S_0 = S_{red}\), le réduit de \(S\). Soit \(\eta \in S_0\) un point générique d’une composante irréductible. D’après le lemme 0H43, on peut trouver un sous-schéma ouvert \(U \subset S_0\), un morphisme fini localement libre, surjectif et universellement injectif \(V \to U\), un entier \(t_0 \geq 0\) et des sous-schémas fermés \[X \times_S V \supset Z_{0, 0} \supset Z_{0, 1} \supset \ldots \supset Z_{0, t_0} = \emptyset\] tels que \(Z_{0, i} \to X \times_S V\) soit défini par un faisceau d’idéaux de type fini, que \(Z_{0, 0} \subset X \times_S V\) soit un épaississement et que le morphisme \(Z_{0, i} \setminus Z_{0, i + 1} \to V\) soit lisse. On munit alors \(S_1 \subset S_0\) de la structure de sous-schéma réduit induit sur \(S_0 \setminus U\). Par récurrence noethérienne sur l’espace topologique sous-jacent de \(S\), on peut supposer que le lemme vaut pour \(X \times_S S_1 \to S_1\). Cela fournit un entier \(t \geq 1\) et \[S_1 = S_1 \supset S_2 \supset \ldots \supset S_t = \emptyset\] ainsi que des \(t_i\) et des \(Z_{i, j}\) comme dans l’énoncé du lemme. Cela démontre le lemme.

Amélioration des morphismes de dimension relative égale à un

On peut rendre toute courbe lisse et projective après extension du corps de base, compactification et normalisation. Cela implique aussi des résultats sur les morphismes de type fini dont les fibres génériques sont de dimension \(1\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\eta \in S\) un point générique d’une composante irréductible de \(S\). Supposons que \(f\) soit séparé, de présentation finie, et que \(\dim(X_\eta) \leq 1\). Il existe alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \overline{Y}_1 \amalg \ldots \amalg \overline{Y}_n \ar[rd] & Y_1 \amalg \ldots \amalg Y_n \ar[r]_-\nu \ar[d] \ar[l]^j & X_V \ar[r] \ar[d] & X_U \ar[r] \ar[d] & X \ar[d]^f \\ & T_1 \amalg \ldots \amalg T_n \ar[r] & V \ar[r] & U \ar[r] & S }\] de schémas possédant les propriétés suivantes :

  1. \(U \subset S\) est un voisinage ouvert de \(\eta\),

  2. \(V \to U\) est un morphisme fini, surjectif et universellement injectif,

  3. \(X_U = U \times_S X\) et \(X_V = V \times_S X\) sont les changements de base,

  4. \(\nu\) est fini, surjectif, et il existe un ouvert \(W \subset X_V\) tel que

    1. \(W\) soit dense dans toutes les fibres de \(X_V \to V\),

    2. \(\nu^{-1}(W) \cap Y_i\) soit dense dans toutes les fibres de \(Y_i \to T_i\), et

    3. \(\nu^{-1}(W) \to W\) soit un épaississement,

  5. \(j\) est une immersion ouverte,

  6. \(T_i \to V\) est fini étale,

  7. \(Y_i \to T_i\) est surjectif et lisse,

  8. \(\overline{Y}_i \to T_i\) est lisse, propre, à fibres géométriquement connexes de dimension \(\leq 1\).

Démonstration

Il est clair que l’on peut remplacer \(S\) par un voisinage ouvert de \(\eta\) et \(X\) par sa restriction à cet ouvert. On peut de plus remplacer \(S\) par son réduit et \(X\) par le changement de base à ce réduit. On peut donc supposer que \(S = \Spec(A)\), où \(A\) est un anneau réduit, et que \(\eta\) correspond à un idéal premier minimal \(\mathfrak p\). Rappelons que, dans ce cas, l’anneau local \(\mathcal{O}_{S, \eta} = A_\mathfrak p\) est égal à \(\kappa(\mathfrak p)\), voir Algèbre, lemme 00EU.

Appliquons Variétés, lemme 0GK5, au schéma \(X_\eta\) sur \(k = \kappa(\eta)\). Notons \(k'/k\) l’extension de corps purement inséparable ainsi obtenue. Au paragraphe suivant, on se ramène au cas \(k' = k\). (Cette étape correspond à la construction du morphisme \(V \to U\) de l’énoncé du lemme ; en particulier, on peut prendre \(V = U\) si le corps \(\kappa(\mathfrak p)\) est de caractéristique zéro.)

Si le corps \(k = \kappa(\mathfrak p)\) est de caractéristique zéro, alors \(k' = k\). Si le corps \(k = \kappa(\mathfrak p)\) est de caractéristique \(p > 0\), alors \(p\) s’envoie sur zéro dans \(A_\mathfrak p = \kappa(\mathfrak p)\). Ainsi, après remplacement de \(A\) par une localisation principale (c’est-à-dire après restriction de \(S\)), on peut supposer que \(p = 0\) dans \(A\). Si \(k' \not = k\), alors il existe un élément \(\beta \in k'\), \(\beta \not \in k\), tel que \(\beta^p \in k\). Après remplacement de \(A\) par une localisation principale, on peut supposer qu’il existe un élément \(a \in A\) tel que \(\beta^p = a\). Posons \(A' = A[x]/(x^p - a)\). Alors \(S' = \Spec(A') \to \Spec(A) = S\) est fini, surjectif et universellement injectif. De plus, si \(\mathfrak p' \subset A'\) désigne l’unique idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p\), alors \(A'_{\mathfrak p'} = k(\beta)\) et \(k'/k(\beta)\) est de degré plus petit. Ainsi, après remplacement de \(S\) par \(S'\) et de \(\eta\) par le point \(\eta'\) correspondant à \(\mathfrak p'\), on voit que le degré de \(k'\) sur le corps résiduel de \(\eta\) a diminué. En poursuivant ainsi, une récurrence nous ramène au cas \(k' = \kappa(\mathfrak p) = \kappa(\eta)\).

On peut donc supposer que \(S\) est affine et réduit, et que l’on dispose d’un diagramme \[\xymatrix{ \overline{Y}_{1, \eta} \amalg \ldots \amalg \overline{Y}_{n, \eta} \ar[rd] & Y_{1, \eta} \amalg \ldots \amalg Y_{n, \eta} \ar[r]_-\nu \ar[d] \ar[l]^j & X_\eta \ar[d] \\ & \Spec(k_1) \amalg \ldots \amalg \Spec(k_n) \ar[r] & \eta }\] de schémas possédant les propriétés suivantes :

  1. \(\nu\) est la normalisation de \(X_\eta\),

  2. \(j\) est une immersion ouverte d’image dense,

  3. \(k_i/\kappa(\eta)\) est une extension finie séparable pour \(i = 1, \ldots, n\),

  4. \(\overline{Y}_{i, \eta}\) est lisse, projectif et géométriquement irréductible de dimension \(\leq 1\) sur \(k_i\).

Rappelons que \(\kappa(\eta) = \kappa(\mathfrak p) = A_\mathfrak p\) est la limite inductive filtrante des \(A_a\) pour \(a \in A\), \(a \not \in \mathfrak p\). Voir Algèbre, lemme 00CR. On peut donc faire descendre le diagramme ci-dessus en un diagramme correspondant sur \(\Spec(A_a)\) pour un certain \(a \in A\), \(a \not \in \mathfrak p\). Plus précisément, après remplacement de \(S\) par \(\Spec(A_a)\), on peut supposer que l’on dispose d’un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \overline{Y}_1 \amalg \ldots \amalg \overline{Y}_n \ar[rd] & Y_1 \amalg \ldots \amalg Y_n \ar[r]_-\nu \ar[d] \ar[l]^j & X \ar[d] \\ & T_1 \amalg \ldots \amalg T_n \ar[r] & S }\] de schémas dont le changement de base à \(\eta\) est le diagramme ci-dessus et qui possèdent les propriétés suivantes :

  1. \(\nu\) est un morphisme fini et surjectif,

  2. \(j\) est une immersion ouverte,

  3. \(T_i \to S\) est fini étale pour \(i = 1, \ldots, n\),

  4. \(Y_i \to T_i\) est lisse et surjectif,

  5. \(\overline{Y}_i \to T_i\) est lisse et propre, à fibres géométriquement connexes de dimension \(\leq 1\).

Pour cela, on utilise d’abord Limites, lemme 01ZM, afin d’obtenir un diagramme dont le changement de base redonne le diagramme précédent. On utilise ensuite Limites, lemmes 07RP, 0C0C, 01ZO, 01Z6, 0EUU, 081F, et 07RR, pour obtenir que \(\nu\) est fini et surjectif, que \(j\) est une immersion ouverte, que \(T_i \to S\) est fini étale, que \(Y_i \to T\) est lisse, et que \(\overline{Y}_i \to T_i\) est propre et lisse. Puisque \(Y_i\) ne peut être vide, puisque les morphismes lisses sont ouverts, et puisque \(T_i \to S\) est fini étale, quitte à rétrécir \(S\), on peut supposer que \(Y_i \to T_i\) est surjectif. Enfin, la fibre de \(\overline{Y}_i \to T_i\) au-dessus de l’unique point \(\eta_i = \Spec(k_i)\) de \(T_i\) au-dessus de \(\eta\) est géométriquement connexe. Par un nouveau rétrécissement, on peut donc supposer qu’il en va de même pour toutes les fibres, voir lemme 0E0N.

Il reste à démontrer l’existence d’un ouvert \(W \subset X\) satisfaisant (a), (b) et (c). Puisque \(\nu_\eta : \coprod Y_{i, \eta} \to X_\eta\) est le morphisme de normalisation, on sait d’après Variétés, lemme 0BXR, qu’il existe un ouvert dense \(W_\eta \subset X_\eta\) tel que \(\nu^{-1}(W_\eta) \to W_\eta\) soit égal à l’inclusion du réduit de \(W_\eta\) dans \(W_\eta\). Soit \(W \subset X\) un ouvert quasi-compact dont la fibre au-dessus de \(\eta\) est l’ouvert \(W_\eta\) que l’on vient de trouver. Après remplacement de \(A = \Gamma(S, \mathcal{O}_S)\) par une autre localisation, on peut supposer que \(\nu^{-1}(W) \to W\) est une immersion fermée, voir Limites, lemme 01ZP. Comme \(\nu\) est aussi surjectif, on en conclut que \(\nu^{-1}(W) \to W\) est un épaississement. Posons \(W_i = \nu^{-1}(W) \cap Y_i\). Quitte à rétrécir encore \(S\), on peut supposer que \(W_i \to T_i\) est surjectif pour tout \(i\) (par le même argument que ci-dessus). On en déduit que \(W_i \subset Y_i\) est dense dans toutes les fibres de \(Y_i \to T_i\), puisque \(Y_i \to T_i\) a des fibres géométriquement irréductibles. Comme \(\nu\) est fini et surjectif, il en résulte alors que \(W = \nu(\nu^{-1}(W))\) est également dense dans toutes les fibres de \(X \to S\).

Descente des morphismes séparés localement quasi-finis

Dans cette section, nous montrons que « les morphismes séparés localement quasi-finis satisfont à la descente pour les recouvrements fppf ». Voir Descente, définition 02W2 pour la terminologie. Ce résultat se trouve dans le remarquable article de Raynaud et Gruson (à bien des égards), dissimulé dans la démonstration de [GruRay, Lemme 5.7.1]. On le trouve également dans [Murre-representation], et dans [SGA3, Exposé X, Lemme 5.4], sous l’hypothèse supplémentaire que le morphisme est localement de présentation finie. Voici l’énoncé formel.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(\{X_i \to S\}_{i\in I}\) un recouvrement fppf, voir Topologies, définition 021M. Soit \((V_i/X_i, \varphi_{ij})\) une donnée de descente relative à \(\{X_i \to S\}\). Si chaque morphisme \(V_i \to X_i\) est séparé et localement quasi-fini, alors la donnée de descente est effective.

Démonstration

Être séparé et être localement quasi-fini sont des propriétés des morphismes de schémas qui sont préservées par tout changement de base, voir Schémas, lemme 01KU et Morphismes, lemme 01TM. Par conséquent, Descente, lemme 02W3, s’applique, et il suffit de démontrer l’assertion du lemme lorsque le recouvrement fppf est donné par un unique morphisme \(\{X \to S\}\) plat, surjectif et de présentation finie entre schémas affines. Écrivons \(X = \Spec(A)\) et \(S = \Spec(R)\), de sorte que \(R \to A\) soit un morphisme d’anneaux fidèlement plat. Soit \((V, \varphi)\) une donnée de descente relativement à \(X\) sur \(S\) et supposons que \(\pi : V \to X\) soit séparé et localement quasi-fini.

Soit \(W^1 \subset V\) un ouvert affine quelconque. Considérons \(W = \text{pr}_1(\varphi(W^1 \times_S X)) \subset V\). Voici un diagramme \[\xymatrix{ W^1 \times_S X \ar[rrrrr] \ar[ddd] \ar[rd] & & & & & \varphi(W^1 \times_S X) \ar[ddd] \ar[ld] \\ & V \times_S X \ar[rrr]^\varphi \ar[rd] \ar[dd] & & & X \times_S V \ar[ld] \ar[dd] & \\ & & X \times_S X \ar[r]^1 \ar[d]_{\text{pr}_0} & X \times_S X \ar[d]^{\text{pr}_1} & & \\ W^1 \ar[r] & V \ar[r] & X & X & V \ar[l] & W \ar[l] }\] Or, puisque \(X \to S\) est plat et de présentation finie, il est universellement ouvert (Morphismes, lemme 01UA). Nous en déduisons que \(W\) est ouvert. De plus, il est également clair que \(W\) est quasi-compact, et que \(W^1 \subset W\). En outre, nous remarquons que \(\varphi(W \times_S X) = X \times_S W\) par la condition de cocycle pour \(\varphi\). Nous obtenons donc une nouvelle donnée de descente \((W, \varphi')\) en restreignant \(\varphi\) à \(W \times_S X\). Remarquons que le morphisme \(W \to X\) est quasi-compact, séparé et localement quasi-fini. Cela implique qu’il est séparé et quasi-fini par définition. Il est donc quasi-affine d’après le lemme 02LR. Ainsi, d’après Descente, lemme 0247, la donnée de descente \((W, \varphi')\) est effective.

Autrement dit, on trouve un recouvrement ouvert \(V = \bigcup W_i\) par des ouverts quasi-compacts \(W_i\) qui sont stables par le morphisme de descente \(\varphi\). De plus, pour chacun de ces ouverts quasi-compacts \(W \subset V\), la donnée de descente correspondante \((W, \varphi')\) est effective. Cela signifie que la donnée de descente initiale est effective, par recollement des schémas obtenus en descendant les ouverts \(W_i\) ; voir Descente, lemme 0AP4.

Présentation finie relative

Soit \(R \to A\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(M\) un \(A\)-module. Dans Compléments d’algèbre, section 0659, nous avons défini ce que signifie pour \(M\) d’être de présentation finie relativement à \(R\). Nous avons aussi démontré que cette notion se localise bien et se recolle. Nous pouvons donc définir la notion globale correspondante comme suit.

Définition

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. On dit que \(\mathcal{F}\) est finiment présenté relativement à \(S\) ou de présentation finie relativement à \(S\) s’il existe un recouvrement par des ouverts affines \(S = \bigcup V_i\) et, pour tout \(i\), un recouvrement par des ouverts affines \(f^{-1}(V_i) = \bigcup_j U_{ij}\) tels que \(\mathcal{F}(U_{ij})\) soit un \(\mathcal{O}_X(U_{ij})\)-module de présentation finie relativement à \(\mathcal{O}_S(V_i)\).

Remarquons que cela implique que \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module de type fini. Si \(X \to S\) est seulement localement de type fini, alors \(\mathcal{F}\) peut être de présentation finie relativement à \(S\), sans que \(X \to S\) soit localement de présentation finie. Nous verrons que \(X \to S\) est localement de présentation finie si et seulement si \(\mathcal{O}_X\) est de présentation finie relativement à \(S\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\mathcal{F}\) est de présentation finie relativement à \(S\),

  2. pour tous ouverts affines \(U \subset X\), \(V \subset S\) tels que \(f(U) \subset V\), le \(\mathcal{O}_X(U)\)-module \(\mathcal{F}(U)\) est de présentation finie relativement à \(\mathcal{O}_S(V)\).

De plus, si ces conditions sont satisfaites, alors, pour tous sous-schémas ouverts \(U \subset X\) et \(V \subset S\) tels que \(f(U) \subset V\), la restriction \(\mathcal{F}|_U\) est de présentation finie relativement à \(V\).

Démonstration

La dernière assertion résulte clairement de l’équivalence de (1) et (2). Il est également clair que (2) implique (1). Supposons (1) satisfaite. Soient \(S = \bigcup V_i\) et \(f^{-1}(V_i) = \bigcup U_{ij}\) des recouvrements par des ouverts affines comme dans la définition 05H1. Soient \(U \subset X\) et \(V \subset S\) comme dans (2). D’après Compléments d’algèbre, lemme 065D, il suffit de trouver un recouvrement \(U = \bigcup U_k\) de \(U\) par des ouverts principaux tel que \(\mathcal{F}(U_k)\) soit de présentation finie relativement à \(\mathcal{O}_S(V)\). Autrement dit, pour tout \(u \in U\), il suffit de trouver un ouvert affine principal \(u \in U' \subset U\) tel que \(\mathcal{F}(U')\) soit de présentation finie relativement à \(\mathcal{O}_S(V)\). Choisissons \(i\) tel que \(f(u) \in V_i\), puis \(j\) tel que \(u \in U_{ij}\). D’après Schémas, lemme 01IW, on peut trouver \(v \in V' \subset V \cap V_i\) qui est un ouvert affine principal dans \(V'\) et dans \(V_i\). Alors \(f^{-1}V' \cap U\) et, respectivement, \(f^{-1}V' \cap U_{ij}\) sont des ouverts affines principaux de \(U\) et, respectivement, de \(U_{ij}\). En appliquant de nouveau le lemme, on peut trouver \(u \in U' \subset f^{-1}V' \cap U \cap U_{ij}\) qui est un ouvert affine principal à la fois dans \(f^{-1}V' \cap U\) et dans \(f^{-1}V' \cap U_{ij}\). Ainsi, \(U'\) est aussi un ouvert affine principal de \(U\) et de \(U_{ij}\). D’après Compléments d’algèbre, lemme 065A, l’hypothèse selon laquelle \(\mathcal{F}(U_{ij})\) est de présentation finie relativement à \(\mathcal{O}_S(V_i)\) implique que \(\mathcal{F}(U')\) est de présentation finie relativement à \(\mathcal{O}_S(V_i)\). Puisque \(\mathcal{O}_X(U') = \mathcal{O}_X(U') \otimes_{\mathcal{O}_S(V_i)} \mathcal{O}_S(V')\), Compléments d’algèbre, lemme 065B, montre que \(\mathcal{F}(U')\) est de présentation finie relativement à \(\mathcal{O}_S(V')\). En appliquant encore une fois Compléments d’algèbre, lemme 065A, nous concluons que \(\mathcal{F}(U')\) est de présentation finie relativement à \(\mathcal{O}_S(V)\). Ceci achève la démonstration.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent.

  1. Si \(f\) est localement de présentation finie, alors \(\mathcal{F}\) est de présentation finie relativement à \(S\) si et seulement si \(\mathcal{F}\) est de présentation finie.

  2. Le morphisme \(f\) est localement de présentation finie si et seulement si \(\mathcal{O}_X\) est de présentation finie relativement à \(S\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement des définitions ; voir la discussion qui suit la définition dans Compléments d’algèbre, définition 05GZ.

Lemme

Soit \(\pi : X \to Y\) un morphisme fini entre des schémas localement de type fini sur un schéma de base \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Alors \(\mathcal{F}\) est de présentation finie relativement à \(S\) si et seulement si \(\pi_*\mathcal{F}\) est de présentation finie relativement à \(S\).

Démonstration

C’est la traduction du résultat de Compléments d’algèbre, lemme 05H0, dans le langage des schémas.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Soit \(S' \to S\) un morphisme de schémas, posons \(X' = X \times_S S'\) et notons \(\mathcal{F}'\) l’image inverse de \(\mathcal{F}\) sur \(X'\). Si \(\mathcal{F}\) est de présentation finie relativement à \(S\), alors \(\mathcal{F}'\) est de présentation finie relativement à \(S'\).

Démonstration

C’est la traduction du résultat de Compléments d’algèbre, lemme 065B, dans le langage des schémas.

Lemme

Soient \(X \to Y \to S\) des morphismes de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{G}\) un \(\mathcal{O}_Y\)-module quasi-cohérent. Si \(f : X \to Y\) est localement de présentation finie et si \(\mathcal{G}\) est de présentation finie relativement à \(S\), alors \(f^*\mathcal{G}\) est de présentation finie relativement à \(S\).

Démonstration

C’est la traduction du résultat de Compléments d’algèbre, lemme 0670, dans le langage des schémas.

Lemme

Soient \(X \to Y \to S\) des morphismes de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Si \(Y \to S\) est localement de présentation finie et si \(\mathcal{F}\) est de présentation finie relativement à \(Y\), alors \(\mathcal{F}\) est de présentation finie relativement à \(S\).

Démonstration

C’est la traduction du résultat de Compléments d’algèbre, lemme 065C, dans le langage des schémas.

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(0 \to \mathcal{F}' \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}'' \to 0\) une suite exacte courte de \(\mathcal{O}_X\)-modules quasi-cohérents.

  1. Si \(\mathcal{F}', \mathcal{F}''\) sont de présentation finie relativement à \(S\), alors il en est de même de \(\mathcal{F}\).

  2. Si \(\mathcal{F}'\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module de type fini et si \(\mathcal{F}\) est de présentation finie relativement à \(S\), alors \(\mathcal{F}''\) est de présentation finie relativement à \(S\).

Démonstration

C’est la traduction du résultat de Compléments d’algèbre, lemme 0671, dans le langage des schémas.

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soient \(\mathcal{F}, \mathcal{F}'\) des \(\mathcal{O}_X\)-modules quasi-cohérents. Si \(\mathcal{F} \oplus \mathcal{F}'\) est de présentation finie relativement à \(S\), alors il en est de même de \(\mathcal{F}\) et de \(\mathcal{F}'\).

Démonstration

C’est la traduction du résultat de Compléments d’algèbre, lemme 0672, dans le langage des schémas.

Pseudo-cohérence relative

Cette section est, pour les schémas, l’analogue de Compléments d’algèbre, section 065E. Nous recommandons vivement au lecteur de consulter d’abord cette section. Bien que nous ayons développé les résultats de cette section ainsi que ceux sur les complexes pseudo-cohérents dans Cohomologie, sections 08C3, 08CA, 08CF et 08CL, pour des complexes arbitraires de \(\mathcal{O}_X\)-modules, si \(X\) est un schéma, travailler exclusivement avec des objets de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\) simplifie considérablement de nombreux lemmes et arguments, en ramenant souvent d’emblée le problème à son analogue algébrique. De plus, l’une des premières choses que nous faisons est de montrer que la pseudo-cohérence relative implique que les faisceaux de cohomologie sont quasi-cohérents ; voir le lemme 0CSU. Pour une première lecture, nous suggérons donc au lecteur de travailler exclusivement avec des objets de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\).

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme de type fini de schémas affines. Soit \(E\) un objet de \(D(\mathcal{O}_X)\). Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. pour une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{A}^n_S\), l’objet \(Ri_*E\) de \(D(\mathcal{O}_{\mathbf{A}^n_S})\) est \(m\)-pseudo-cohérent, et

  2. pour toute immersion fermée \(i : X \to \mathbf{A}^n_S\), l’objet \(Ri_*E\) de \(D(\mathcal{O}_{\mathbf{A}^n_S})\) est \(m\)-pseudo-cohérent.

Démonstration

Écrivons \(S = \Spec(R)\) et \(X = \Spec(A)\). Soit \(i\) l’immersion correspondant à la surjection \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to A\) et soit \(X \to \mathbf{A}^m_S\) correspondant à \(\beta : R[y_1, \ldots, y_m] \to A\). Choisissons \(f_j \in R[x_1, \ldots, x_n]\) tels que \(\alpha(f_j) = \beta(y_j)\) et \(g_i \in R[y_1, \ldots, y_m]\) tels que \(\beta(g_i) = \alpha(x_i)\). On obtient alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m] \ar[d]^{x_i \mapsto g_i} \ar[rr]_-{y_j \mapsto f_j} & & R[x_1, \ldots, x_n] \ar[d] \\ R[y_1, \ldots, y_m] \ar[rr] & & A }\] qui correspond au diagramme commutatif d’immersions fermées \[\xymatrix{ \mathbf{A}^{n + m}_S & \mathbf{A}^n_S \ar[l] \\ \mathbf{A}^m_S \ar[u] & X \ar[u] \ar[l] }\] Il suffit donc de montrer que, pour une immersion fermée \[f : \mathbf{A}^m_S \to \mathbf{A}^{n + m}_S\] un objet \(E\) de \(D(\mathcal{O}_{\mathbf{A}^m_S})\) est \(m\)-pseudo-cohérent si et seulement si \(Rf_*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent. Cela résulte de Catégories dérivées de schémas, lemme 09VA, et du fait que \(f_*\mathcal{O}_{\mathbf{A}^m_S}\) est un \(\mathcal{O}_{\mathbf{A}^{n + m}_S}\)-module pseudo-cohérent. La pseudo-cohérence de \(f_*\mathcal{O}_{\mathbf{A}^m_S}\) se démontre directement sans difficulté, mais résulte aussi de Catégories dérivées de schémas, lemme 08E7, et de Compléments d’algèbre, lemme 065H.

Rappelons que, si \(f : X \to S\) est un morphisme de schémas localement de type fini, alors, pour toute paire d’ouverts affines \(U \subset X\) et \(V \subset S\) tels que \(f(U) \subset V\), l’homomorphisme d’anneaux \(\mathcal{O}_S(V) \to \mathcal{O}_X(U)\) est de type fini (Morphismes, lemme 01T2). Il existe donc toujours des immersions fermées \(U \to \mathbf{A}^n_V\), et la définition suivante a un sens.

Définition

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(E\) un objet de \(D(\mathcal{O}_X)\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module. Fixons \(m \in \mathbf{Z}\).

  1. On dit que \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) s’il existe un recouvrement par des ouverts affines \(S = \bigcup V_i\) et, pour tout \(i\), un recouvrement par des ouverts affines \(f^{-1}(V_i) = \bigcup U_{ij}\) tel que les conditions équivalentes du lemme 09VC soient satisfaites pour chacune des paires \((U_{ij} \to V_i, E|_{U_{ij}})\).

  2. On dit que \(E\) est pseudo-cohérent relativement à \(S\) si \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) pour tout \(m \in \mathbf{Z}\).

  3. On dit que \(\mathcal{F}\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) si \(\mathcal{F}\), considéré comme un objet de \(D(\mathcal{O}_X)\), est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\).

  4. On dit que \(\mathcal{F}\) est pseudo-cohérent relativement à \(S\) si \(\mathcal{F}\), considéré comme un objet de \(D(\mathcal{O}_X)\), est pseudo-cohérent relativement à \(S\).

Si \(X\) est quasi-compact et si \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) pour un certain \(m\), alors \(E\) est borné supérieurement. Si \(E\) est pseudo-cohérent relativement à \(S\), alors \(E\) a des faisceaux de cohomologie quasi-cohérents.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Si \(E\) dans \(D(\mathcal{O}_X)\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\), alors \(H^i(E)\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent pour \(i > m\). Si \(E\) est pseudo-cohérent relativement à \(S\), alors \(E\) est un objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\).

Démonstration

Choisissons un recouvrement par des ouverts affines \(S = \bigcup V_i\) et, pour tout \(i\), un recouvrement par des ouverts affines \(f^{-1}(V_i) = \bigcup U_{ij}\) tel que les conditions équivalentes du lemme 09VC soient satisfaites pour chacune des paires \((U_{ij} \to V_i, E|_{U_{ij}})\). La quasi-cohérence étant une propriété locale sur \(X\), nous pouvons supposer qu’il existe une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{A}^n_S\) telle que \(Ri_*E\) soit \(m\)-pseudo-cohérent sur \(\mathbf{A}^n_S\). D’après Catégories dérivées de schémas, lemme 08E5, cela signifie que \(H^q(Ri_*E)\) est quasi-cohérent pour \(q > m\). Puisque \(i_*\) est un foncteur exact, on a \(i_*H^q(E) = H^q(Ri_*E)\), qui est quasi-cohérent sur \(\mathbf{A}^n_S\). D’après Morphismes, lemme 01QY, cela implique que \(H^q(E)\) est quasi-cohérent, comme voulu (strictement parlant, cela implique qu’il existe un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{F}\) tel que \(i_*\mathcal{F} = i_*H^q(E)\), puis, d’après Modules, lemme 08KS, on a \(\mathcal{F} \cong H^q(E)\), d’où le résultat).

Montrons maintenant que la condition de pseudo-cohérence relative se localise bien.

Lemme

Soit \(S\) un schéma affine. Soit \(V \subset S\) un ouvert principal. Soit \(X \to V\) un morphisme de type fini de schémas affines. Soit \(U \subset X\) un ouvert affine. Soit \(E\) un objet de \(D(\mathcal{O}_X)\). Si les conditions équivalentes du lemme 09VC sont satisfaites pour la paire \((X \to V, E)\), alors les conditions équivalentes du lemme 09VC sont satisfaites pour la paire \((U \to S, E|_U)\).

Démonstration

Écrivons \(S = \Spec(R)\), \(V = D(f)\), \(X = \Spec(A)\) et \(U = D(g)\). Supposons que les conditions équivalentes du lemme 09VC soient satisfaites pour la paire \((X \to V, E)\).

Choisissons une surjection \(R_f[x_1, \ldots, x_n] \to A\). Écrivons \(R_f = R[x_0]/(fx_0 - 1)\). Alors \(R[x_0, x_1, \ldots, x_n] \to A\) est surjectif, et \(R_f[x_1, \ldots, x_n]\) est pseudo-cohérent comme \(R[x_0, \ldots, x_n]\)-module. Nous avons donc \[X \to \mathbf{A}^n_V \to \mathbf{A}^{n + 1}_S\] et nous pouvons appliquer Catégories dérivées de schémas, lemme 09VA, pour conclure que l’image directe \(E'\) de \(E\) sur \(\mathbf{A}^{n + 1}_S\) est \(m\)-pseudo-cohérente.

Choisissons un élément \(g' \in R[x_0, x_1, \ldots, x_n]\) dont l’image est \(g \in A\). Considérons la surjection \(R[x_0, \ldots, x_{n + 1}] \to R[x_0, \ldots, x_n, 1/g']\). On obtient \[\xymatrix{ X \ar[d] & U \ar[d] \ar[l] \ar[dr] \\ \mathbf{A}^{n + 1}_S & D(g')\ar[l] \ar[r] & \mathbf{A}^{n + 2}_S }\] où la flèche inférieure gauche est une immersion ouverte et la flèche inférieure droite une immersion fermée. On conclut comme précédemment que l’image directe de \(E'|_{D(g')}\) sur \(\mathbf{A}^{n + 2}_S\) est \(m\)-pseudo-cohérente. Comme c’est également l’image directe de \(E|_U\) sur \(\mathbf{A}^{n + 2}_S\), ce qui démontre le lemme.

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme de type fini de schémas affines. Soit \(E\) un objet de \(D(\mathcal{O}_X)\). Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \(X = \bigcup U_i\) un recouvrement par des ouverts affines principaux. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. les conditions équivalentes du lemme 09VC sont satisfaites pour les paires \((U_i \to S, E|_{U_i})\),

  2. les conditions équivalentes du lemme 09VC sont satisfaites pour la paire \((X \to S, E)\).

Démonstration

L’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) est le lemme 09VD. Supposons (1). Écrivons \(S = \Spec(R)\) et \(X = \Spec(A)\), et \(U_i = D(f_i)\). Écrivons \(1 = \sum f_ig_i\) dans \(A\). Considérons les surjections \[R[x_i, y_i, z_i] \to R[x_i, y_i, z_i]/(\sum y_iz_i - 1) \to A.\] La composée envoie \(y_i\) sur \(f_i\) et \(z_i\) sur \(g_i\). Remarquons que \(R[x_i, y_i, z_i]/(\sum y_iz_i - 1)\) est pseudo-cohérent comme \(R[x_i, y_i, z_i]\)-module. Il suffit donc de démontrer que l’image directe de \(E\) sur \(T = \Spec(R[x_i, y_i, z_i]/(\sum y_iz_i - 1))\) est \(m\)-pseudo-cohérente ; voir Catégories dérivées de schémas, lemme 09VA. Pour chaque \(i_0\), il suffit de démontrer que la restriction de cette image directe à \(W_{i_0} = \Spec(R[x_i, y_i, z_i, 1/y_{i_0}]/(\sum y_iz_i - 1))\) est \(m\)-pseudo-cohérente. Remarquons qu’il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d] & U_{i_0} \ar[l] \ar[d] \\ T & W_{i_0} \ar[l] }\] qui implique que l’image directe de \(E\) sur \(T\), restreinte à \(W_{i_0}\), est l’image directe de \(E|_{U_{i_0}}\) sur \(W_{i_0}\). Puisque \(R[x_i, y_i, z_i, 1/y_{i_0}]/(\sum y_iz_i - 1)\) est isomorphe à un anneau de polynômes sur \(R\), cela démontre ce que nous voulons.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(E\) un objet de \(D(\mathcal{O}_X)\). Fixons \(m \in \mathbf{Z}\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\),

  2. pour tous ouverts affines \(U \subset X\) et \(V \subset S\) tels que \(f(U) \subset V\), les conditions équivalentes du lemme 09VC sont satisfaites pour la paire \((U \to V, E|_U)\).

De plus, si ces conditions sont satisfaites, alors, pour tous sous-schémas ouverts \(U \subset X\) et \(V \subset S\) tels que \(f(U) \subset V\), la restriction \(E|_U\) est \(m\)-pseudo-cohérente relativement à \(V\).

Démonstration

La dernière assertion résulte clairement de l’équivalence de (1) et (2). Il est également clair que (2) implique (1). Supposons (1) satisfaite. Soient \(S = \bigcup V_i\) et \(f^{-1}(V_i) = \bigcup U_{ij}\) des recouvrements par des ouverts affines comme dans la définition 09UI. Soient \(U \subset X\) et \(V \subset S\) comme dans (2). D’après le lemme 09VE, il suffit de trouver un recouvrement \(U = \bigcup U_k\) de \(U\) par des ouverts principaux tel que les conditions équivalentes du lemme 09VC soient satisfaites pour les paires \((U_k \to V, E|_{U_k})\). Autrement dit, pour tout \(u \in U\), il suffit de trouver un ouvert affine principal \(u \in U' \subset U\) tel que les conditions équivalentes du lemme 09VC soient satisfaites pour la paire \((U' \to V, E|_{U'})\). Choisissons \(i\) tel que \(f(u) \in V_i\), puis \(j\) tel que \(u \in U_{ij}\). D’après Schémas, lemme 01IW, on peut trouver \(v \in V' \subset V \cap V_i\) qui est un ouvert affine principal dans \(V'\) et dans \(V_i\). Alors \(f^{-1}V' \cap U\) et, respectivement, \(f^{-1}V' \cap U_{ij}\) sont des ouverts affines principaux de \(U\) et, respectivement, de \(U_{ij}\). En appliquant de nouveau le lemme, on peut trouver \(u \in U' \subset f^{-1}V' \cap U \cap U_{ij}\) qui est un ouvert affine principal à la fois dans \(f^{-1}V' \cap U\) et dans \(f^{-1}V' \cap U_{ij}\). Ainsi, \(U'\) est aussi un ouvert affine principal de \(U\) et de \(U_{ij}\). D’après le lemme 09VD, l’hypothèse selon laquelle les conditions équivalentes du lemme 09VC sont satisfaites pour la paire \((U_{ij} \to V_i, E|_{U_{ij}})\) implique que les conditions équivalentes du lemme 09VC sont satisfaites pour la paire \((U' \to V, E|_{U'})\).

Pour les objets de la catégorie dérivée dont les faisceaux de cohomologie sont quasi-cohérents, on peut relier la \(m\)-pseudo-cohérence relative à la notion définie dans Compléments d’algèbre, définition 065I. Nous utiliserons le fait que, pour un schéma affine \(U = \Spec(A)\), le foncteur \(R\Gamma(U, -)\) induit une équivalence entre \(D_\QCoh(\mathcal{O}_U)\) et \(D(A)\) ; voir Catégories dérivées de schémas, lemme 06Z0. Ce foncteur commute aux images inverses : si \(E\) est un objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_U)\) et \(A \to B\) est un homomorphisme d’anneaux correspondant à un morphisme de schémas affines \(g : V = \Spec(B) \to \Spec(A) = U\), alors \(R\Gamma(V, Lg^*E) = R\Gamma(U, E) \otimes_A^\mathbf{L} B\). Voir Catégories dérivées de schémas, lemme 08DW.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(E\) un objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\). Fixons \(m \in \mathbf{Z}\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) ;

  2. il existe un recouvrement ouvert affine \(S = \bigcup V_i\) et, pour tout \(i\), un recouvrement ouvert affine \(f^{-1}(V_i) = \bigcup U_{ij}\) tels que le complexe de \(\mathcal{O}_X(U_{ij})\)-modules \(R\Gamma(U_{ij}, E)\) soit \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(\mathcal{O}_S(V_i)\) ;

  3. pour tous ouverts affines \(U \subset X\) et \(V \subset S\) tels que \(f(U) \subset V\), le complexe de \(\mathcal{O}_X(U)\)-modules \(R\Gamma(U, E)\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(\mathcal{O}_S(V)\).

Démonstration

Soient \(U\) et \(V\) comme dans (2), et choisissons une immersion fermée \(i : U \to \mathbf{A}^n_V\). Un argument formel, utilisant le lemme 09UJ, montre qu’il suffit de prouver que \(Ri_*(E|_U)\) est \(m\)-pseudo-cohérent si et seulement si \(R\Gamma(U, E)\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(\mathcal{O}_S(V)\). Écrivons \(U = \Spec(A)\), \(V = \Spec(R)\) et \(\mathbf{A}^n_V = \Spec(R[x_1, \ldots, x_n]\). D’après les remarques précédant le lemme, \(E|_U\) est quasi-isomorphe au complexe de faisceaux quasi-cohérents sur \(U\) associé à l’objet \(R\Gamma(U, E)\) de \(D(A)\). Remarquons que \(R\Gamma(U, E) = R\Gamma(\mathbf{A}^n_V, Ri_*(E|_U))\), car \(i\) est une immersion fermée (et donc \(i_*\) est exact). Ainsi, \(Ri_*E\) est associé à \(R\Gamma(U, E)\) considéré comme un objet de \(D(R[x_1, \ldots, x_n])\). On conclut, puisque la \(m\)-pseudo-cohérence de \(Ri_*(E|_U)\) équivaut à la \(m\)-pseudo-cohérence de \(R\Gamma(U, E)\) dans \(D(R[x_1, \ldots, x_n])\) d’après Catégories dérivées de schémas, lemme 08E7, ce qui équivaut à dire que \(R\Gamma(U, E)\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R = \mathcal{O}_S(V)\) par définition.

Lemme

Soit \(i : X \to Y\) un morphisme de schémas localement de type fini sur un schéma de base \(S\). Supposons que \(i\) induise un homéomorphisme de \(X\) sur une partie fermée de \(Y\). Soit \(E\) un objet de \(D(\mathcal{O}_X)\). Alors \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) si et seulement si \(Ri_*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\).

Démonstration

D’après Morphismes, lemme 04DE, le morphisme \(i\) est affine. On peut donc supposer \(S\), \(Y\) et \(X\) affines. Écrivons \(S = \Spec(R)\), \(Y = \Spec(A)\) et \(X = \Spec(B)\). La condition signifie que \(A/\text{rad}(A) \to B/\text{rad}(B)\) est surjectif ; ici \(\text{rad}(A)\) et \(\text{rad}(B)\) désignent les radicaux de Jacobson de \(A\) et de \(B\). Comme \(B\) est de type fini sur \(A\), on peut trouver \(b_1, \ldots, b_m \in \text{rad}(B)\) qui engendrent \(B\) comme \(A\)-algèbre. Écrivons \(b_j^N = 0\) pour tout \(j\). Considérons le diagramme d’anneaux \[\xymatrix{ B & R[x_i, y_j]/(y_j^N) \ar[l] & R[x_i, y_j] \ar[l] \\ A \ar[u] & R[x_i] \ar[l] \ar[u] \ar[ru] }\] qui se traduit par un diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d] \ar[r] & T \ar[d] \ar[r] & \mathbf{A}^{n + m}_S \ar[ld] \\ Y \ar[r] & \mathbf{A}^n_S }\] de schémas affines. D’après le lemme 09UJ, on voit que \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) si et seulement si son image directe dans \(\mathbf{A}^{n + m}_S\) est \(m\)-pseudo-cohérente. D’après Catégories dérivées de schémas, lemme 09VA, on voit que cela a lieu si et seulement si son image directe dans \(T\) est \(m\)-pseudo-cohérente. Le même lemme montre que cela a lieu si et seulement si l’image directe dans \(\mathbf{A}^n_S\) est \(m\)-pseudo-cohérente. De nouveau, d’après le lemme 09UJ, cela a lieu si et seulement si \(Ri_*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\).

Lemme

Soit \(\pi : X \to Y\) un morphisme fini de schémas localement de type fini sur un schéma de base \(S\). Soit \(E\) un objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\). Alors \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) si et seulement si \(R\pi_*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\).

Démonstration

C’est la traduction du résultat de Plus sur l’algèbre, lemme 0673 dans le langage des schémas. Observons que \(R\pi_*\) envoie bien \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\) dans \(D_\QCoh(\mathcal{O}_Y)\) d’après Catégories dérivées de schémas, lemme 08D5. Pour effectuer la traduction, utiliser le lemme 09UJ.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \((E, E', E'')\) un triangle distingué de \(D(\mathcal{O}_X)\). Soit \(m \in \mathbf{Z}\).

  1. Si \(E\) est \((m + 1)\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) et \(E'\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\), alors \(E''\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\).

  2. Si \(E, E''\) sont \(m\)-pseudo-cohérents relativement à \(S\), alors \(E'\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\).

  3. Si \(E'\) est \((m + 1)\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) et \(E''\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\), alors \(E\) est \((m + 1)\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\).

De plus, si deux des trois objets \(E, E', E''\) sont pseudo-cohérents relativement à \(S\), alors le troisième l’est aussi.

Démonstration

Cela résulte immédiatement du lemme 09UJ et de Cohomologie, lemme 08CD.

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module. Alors

  1. \(\mathcal{F}\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) pour tout \(m > 0\) ;

  2. \(\mathcal{F}\) est \(0\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) si et seulement si \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module de type fini ;

  3. \(\mathcal{F}\) est \((-1)\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) si et seulement si \(\mathcal{F}\) est quasi-cohérent et de présentation finie relativement à \(S\).

Démonstration

L’assertion (1) résulte immédiatement de la définition. Pour voir l’assertion (3), on peut travailler localement sur \(X\) (les deux propriétés sont locales). Ainsi, on peut supposer \(X\) et \(S\) affines. Choisissons une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{A}^n_S\). On voit alors que \(\mathcal{F}\) est \((-1)\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) si et seulement si \(i_*\mathcal{F}\) est \((-1)\)-pseudo-cohérent, ce qui a lieu si et seulement si \(i_*\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_{\mathbf{A}^n_S}\)-module de présentation finie, voir Cohomologie, lemme 08DN. Un module de présentation finie est quasi-cohérent, voir Modules, lemme 01BO. D’après Morphismes, lemme 01QY, on voit que \(\mathcal{F}\) est quasi-cohérent si et seulement si \(i_*\mathcal{F}\) est quasi-cohérent. Cela étant dit, l’assertion (3) en découle. La démonstration de (2) est analogue, mais plus simple.

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soient \(E, K\) des objets de \(D(\mathcal{O}_X)\). Si \(E \oplus K\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\), alors \(E\) et \(K\) le sont aussi.

Démonstration

Cela résulte de Cohomologie, lemme 08CE, et des définitions.

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \(\mathcal{F}^\bullet\) un complexe (localement) borné supérieurement de \(\mathcal{O}_X\)-modules tel que \(\mathcal{F}^i\) soit \((m - i)\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) pour tout \(i\). Alors \(\mathcal{F}^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\).

Démonstration

Cela résulte de Cohomologie, lemme 09V7, et des définitions.

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \(E\) un objet de \(D(\mathcal{O}_X)\). Si \(E\) est (localement) borné supérieurement et si \(H^i(E)\) est \((m - i)\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) pour tout \(i\), alors \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\).

Démonstration

Cela résulte de Cohomologie, lemme 09V8, et des définitions.

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \(E\) un objet de \(D(\mathcal{O}_X)\) qui est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\). Soit \(S' \to S\) un morphisme de schémas. Posons \(X' = X \times_S S'\) et notons \(E'\) l’image inverse dérivée de \(E\) sur \(X'\). Si \(S'\) et \(X\) sont Tor-indépendants sur \(S\), alors \(E'\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S'\).

Démonstration

Le problème est local sur \(X\) et \(X'\) ; on peut donc supposer \(X\), \(S\), \(S'\) et \(X'\) affines. Choisissons une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{A}^n_S\) et notons \(i' : X' \to \mathbf{A}^n_{S'}\) son changement de base à \(S'\). Notons \(g : X' \to X\) et \(g' : \mathbf{A}^n_{S'} \to \mathbf{A}^n_S\) les projections, de sorte que \(E' = Lg^*E\). Puisque \(X\) et \(S'\) sont tor-indépendants sur \(S\), le morphisme de changement de base (Cohomologie, remarque 08HY) induit un isomorphisme \[Ri'_*(Lg^*E) = L(g')^*Ri_*E\] En effet, pour un point \(x' \in X'\) au-dessus de \(x \in X\), le morphisme de changement de base sur les fibres en \(x'\) est le morphisme \[E_x \otimes_{\mathcal{O}_{\mathbf{A}^n_S, x}}^\mathbf{L} \mathcal{O}_{\mathbf{A}^n_{S'}, x'} \longrightarrow E_x \otimes_{\mathcal{O}_{X, x}}^\mathbf{L} \mathcal{O}_{X', x'}\] provenant des immersions fermées \(i\) et \(i'\). Remarquons que la source est quasi-isomorphe à une localisation de \(E_x \otimes_{\mathcal{O}_{S, s}}^\mathbf{L} \mathcal{O}_{S', s'}\), qui est isomorphe au but, puisque \(\mathcal{O}_{X', x'}\) est isomorphe à la (même) localisation de \(\mathcal{O}_{X, x} \otimes_{\mathcal{O}_{S, s}}^\mathbf{L} \mathcal{O}_{S', s'}\) par hypothèse. On conclut le lemme en appliquant Cohomologie, lemme 09U7.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas localement de type fini sur une base \(S\). Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \(E\) un objet de \(D(\mathcal{O}_Y)\). Supposons que

  1. \(\mathcal{O}_X\) soit pseudo-cohérent relativement à \(Y\)12 ;

  2. \(E\) soit \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\).

Alors \(Lf^*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\).

Démonstration

Le problème est local sur \(X\). On peut donc supposer \(X\), \(Y\) et \(S\) affines. En raisonnant comme dans la démonstration de Plus sur l’algèbre, lemme 067B, on peut trouver un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[r]_i \ar[d]_f & \mathbf{A}^d_Y \ar[r]_j \ar[ld]^p & \mathbf{A}^{n + d}_S \ar[ld] \\ Y \ar[r] & \mathbf{A}^n_S }\] Observons que \[Ri_* Lf^*E = Ri_* Li^* Lp^*E = Lp^*E \otimes_{\mathcal{O}_{\mathbf{A}_Y^n}}^\mathbf{L} Ri_*\mathcal{O}_X\] d’après Cohomologie, lemme 0B55. Par hypothèse et puisque \(Y\) est affine, on peut représenter \(Ri_*\mathcal{O}_X = i_*\mathcal{O}_X\) par un complexe de modules libres de type fini sur \(\mathcal{O}_{\mathbf{A}_Y^n}\), noté \(\mathcal{F}^\bullet\), avec \(\mathcal{F}^q = 0\) pour \(q > 0\) (détails omis ; utiliser Catégories dérivées de schémas, lemme 08E7 et Plus sur l’algèbre, lemme 0675). Par hypothèse, \(E\) est borné supérieurement ; écrivons \(H^q(E) = 0\) pour \(q > a\). Représentons \(E\) par un complexe \(\mathcal{E}^\bullet\) de \(\mathcal{O}_Y\)-modules tel que \(\mathcal{E}^q = 0\) pour \(q > a\). Alors le produit tensoriel dérivé ci-dessus est représenté par \(\text{Tot}(p^*\mathcal{E}^\bullet \otimes_{\mathcal{O}_{\mathbf{A}_Y^n}} \mathcal{F}^\bullet)\).

Puisque \(j\) est une immersion fermée, le foncteur \(j_*\) est exact et \(Rj_*\) se calcule en appliquant \(j_*\) à n’importe quel complexe représentatif de faisceaux. Il faut donc montrer que \(j_*\text{Tot}(p^*\mathcal{E}^\bullet \otimes_{\mathcal{O}_{\mathbf{A}_Y^n}} \mathcal{F}^\bullet)\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(\mathcal{O}_{\mathbf{A}^{n + m}_S}\)-modules. Remarquons que \(\text{Tot}(p^*\mathcal{E}^\bullet \otimes_{\mathcal{O}_{\mathbf{A}_Y^n}} \mathcal{F}^\bullet)\) possède une filtration par sous-complexes dont les quotients successifs sont les complexes \(p^*\mathcal{E}^\bullet \otimes_{\mathcal{O}_{\mathbf{A}_Y^n}} \mathcal{F}^q[-q]\). Remarquons que, pour \(q \ll 0\), les complexes \(p^*\mathcal{E}^\bullet \otimes_{\mathcal{O}_{\mathbf{A}_Y^n}} \mathcal{F}^q[-q]\) ont une cohomologie nulle en degrés \(\leq m\) et sont donc \(m\)-pseudo-cohérents. Ainsi, en appliquant le lemme 09UL et en raisonnant par récurrence, il suffit de montrer que \(p^*\mathcal{E}^\bullet \otimes_{\mathcal{O}_{\mathbf{A}_Y^n}} \mathcal{F}^q[-q]\) est pseudo-cohérent relativement à \(S\) pour tout \(q\). Remarquons que \(\mathcal{F}^q = 0\) pour \(q > 0\). Puisque \(\mathcal{F}^q\) est aussi libre de type fini, cela se ramène à prouver que \(p^*\mathcal{E}^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\), ce qui résulte du lemme 09UR par exemple.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas localement de type fini sur une base \(S\). Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \(E\) un objet de \(D(\mathcal{O}_X)\). Supposons que \(\mathcal{O}_Y\) soit pseudo-cohérent relativement à \(S\)13. Alors les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(Y\) ;

  2. \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\).

Démonstration

La question est locale sur \(X\) ; on peut donc supposer \(X\), \(Y\) et \(S\) affines. En raisonnant comme dans la démonstration de Plus sur l’algèbre, lemme 067B, on peut trouver un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[r]_i \ar[d]_f & \mathbf{A}^m_Y \ar[r]_j \ar[ld]^p & \mathbf{A}^{n + m}_S \ar[ld] \\ Y \ar[r] & \mathbf{A}^n_S }\] L’hypothèse que \(\mathcal{O}_Y\) est pseudo-cohérent relativement à \(S\) entraîne que \(\mathcal{O}_{\mathbf{A}^m_Y}\) est pseudo-cohérent relativement à \(\mathbf{A}^m_S\) (par changement de base plat ; on peut le voir en utilisant, par exemple, le lemme 09UR). Cela entraîne à son tour que \(j_*\mathcal{O}_{\mathbf{A}^n_Y}\) est pseudo-cohérent comme \(\mathcal{O}_{\mathbf{A}^{n + m}_S}\)-module. L’équivalence du lemme résulte alors de Catégories dérivées de schémas, lemme 09VA.

Lemme

Soit \[\xymatrix{ X \ar[rd] \ar[rr]_i & & P \ar[ld] \\ & S }\] un diagramme commutatif de schémas. Supposons que \(i\) soit une immersion fermée et que \(P \to S\) soit plat et localement de présentation finie. Soit \(E\) un objet de \(D(\mathcal{O}_X)\). Alors les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) ;

  2. \(Ri_*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) ;

  3. \(Ri_*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent sur \(P\).

Démonstration

L’équivalence de (1) et (2) est le lemme 09UK. L’équivalence de (2) et (3) résulte du lemme 09UT appliqué à \(\text{id} : P \to P\), pourvu que l’on montre que \(\mathcal{O}_P\) est pseudo-cohérent relativement à \(S\). Cela résulte de Plus sur l’algèbre, lemme 067J, et des définitions.

Morphismes pseudo-cohérents

Évitez à tout prix de lire cette section. Si vous avez besoin d’une partie de ce matériau, consultez d’abord les sections algébriques correspondantes, voir Plus sur l’algèbre, sections 064N, 065E et 067G. Pour l’instant, la seule chose à savoir est qu’un homomorphisme d’anneaux \(A \to B\) est pseudo-cohérent si et seulement si \(B = A[x_1, \ldots, x_n]/I\) et si \(B\), comme \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-module, possède une résolution par des \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-modules libres de type fini.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. il existe un recouvrement ouvert affine \(S = \bigcup V_j\) et, pour chaque \(j\), un recouvrement ouvert affine \(f^{-1}(V_j) = \bigcup U_{ji}\) tel que \(\mathcal{O}_S(V_j) \to \mathcal{O}_X(U_{ij})\) soit un homomorphisme d’anneaux pseudo-cohérent ;

  2. pour toute paire d’ouverts affines \(U \subset X\), \(V \subset S\) telle que \(f(U) \subset V\), l’homomorphisme d’anneaux \(\mathcal{O}_S(V) \to \mathcal{O}_X(U)\) est pseudo-cohérent ;

  3. \(f\) est localement de type fini et \(\mathcal{O}_X\) est pseudo-cohérent relativement à \(S\).

Démonstration

Pour voir l’équivalence de (1) et (2), il suffit de vérifier les conditions (1)(a), (b), (c) de Morphismes, définition 01SR, pour la propriété d’être un homomorphisme d’anneaux pseudo-cohérent. Ces propriétés résultent (en utilisant que la localisation est plate) de Plus sur l’algèbre, lemmes 067A, 0679 et 067E.

Si (1) est vérifiée, alors \(f\) est localement de type fini, car un homomorphisme d’anneaux pseudo-cohérent est de type fini par définition. De plus, (1) entraîne, via le lemme 09VF et les définitions, que \(\mathcal{O}_X\) est pseudo-cohérent relativement à \(S\). Réciproquement, si (3) est vérifiée, on voit que, pour tous \(U\) et \(V\) comme dans (2), l’anneau \(\mathcal{O}_X(U)\) est de type fini sur \(\mathcal{O}_S(V)\) et que \(\mathcal{O}_X(U)\) est, comme module, pseudo-cohérent relativement à \(\mathcal{O}_S(V)\), voir les lemmes 09UJ et 09VF. C’est la définition d’un homomorphisme d’anneaux pseudo-cohérent ; ainsi, (2) et (1) sont vérifiées.

Définition

Un morphisme de schémas \(f : X \to S\) est dit pseudo-cohérent si les conditions équivalentes du lemme 067Y sont satisfaites. Dans ce cas, on dit aussi que \(X\) est pseudo-cohérent sur \(S\).

Attention : un changement de base d’un morphisme pseudo-cohérent n’est pas pseudo-cohérent en général.

Lemme

Un changement de base plat d’un morphisme pseudo-cohérent est pseudo-cohérent.

Démonstration

Cela se traduit par le résultat algébrique suivant : soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux pseudo-cohérent. Soit \(A \to A'\) plat. Alors \(A' \to B \otimes_A A'\) est pseudo-cohérent. Cela résulte du résultat plus général Plus sur l’algèbre, lemme 067A.

Lemme

Un composé de morphismes de schémas pseudo-cohérents est pseudo-cohérent.

Démonstration

Cela se traduit par le résultat algébrique suivant : si \(A \to B \to C\) sont des homomorphismes d’anneaux pseudo-cohérents composables, alors \(A \to C\) est pseudo-cohérent. Cela résulte soit de Plus sur l’algèbre, lemme 067B, soit de Plus sur l’algèbre, lemme 067D.

Lemme

Un morphisme pseudo-cohérent est localement de présentation finie.

Démonstration

Cela résulte immédiatement des définitions.

Lemme

Un morphisme plat et localement de présentation finie est pseudo-cohérent.

Démonstration

Cela résulte du fait qu’un homomorphisme d’anneaux plat de présentation finie est pseudo-cohérent (et même parfait), voir Plus sur l’algèbre, lemme 067J.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas pseudo-cohérents sur un schéma de base \(S\). Alors \(f\) est pseudo-cohérent.

Démonstration

Cela se traduit par le résultat algébrique suivant : si \(R \to A \to B\) sont des homomorphismes d’anneaux composables et si \(R \to A\), \(R \to B\) sont pseudo-cohérents, alors \(R \to B\) est pseudo-cohérent. Cela résulte de Plus sur l’algèbre, lemme 067D.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme fini de schémas. Alors \(f\) est pseudo-cohérent si et seulement si \(f_*\mathcal{O}_X\) est pseudo-cohérent comme \(\mathcal{O}_S\)-module.

Démonstration

Traduit en algèbre, ce lemme affirme ceci : si \(R \to A\) est un homomorphisme d’anneaux fini, alors \(R \to A\) est pseudo-cohérent comme homomorphisme d’anneaux (ce qui signifie par définition que \(A\), comme \(A\)-module, est pseudo-cohérent relativement à \(R\)) si et seulement si \(A\) est pseudo-cohérent comme \(R\)-module. Cela résulte du résultat plus général de Plus sur l’algèbre, lemme 0673.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Si \(S\) est localement noethérien, alors \(f\) est pseudo-cohérent si et seulement si \(f\) est localement de type fini.

Démonstration

Cela se traduit par le résultat algébrique suivant : si \(R \to A\) est un homomorphisme d’anneaux de type fini avec \(R\) noethérien, alors \(R \to A\) est pseudo-cohérent si et seulement si \(R \to A\) est de type fini. Pour le voir, remarquons qu’un homomorphisme d’anneaux pseudo-cohérent est de type fini par définition. Réciproquement, si \(R \to A\) est de type fini, alors on peut écrire \(A = R[x_1, \ldots, x_n]/I\) et il résulte de Plus sur l’algèbre, lemme 066E, que \(A\) est pseudo-cohérent comme \(R[x_1, \ldots, x_n]\)-module, c’est-à-dire que \(R \to A\) est un homomorphisme d’anneaux pseudo-cohérent.

Lemme

La propriété \(\mathcal{P}(f) =\)“\(f\) est pseudo-cohérent” est fpqc locale sur la base.

Démonstration

Nous allons utiliser le critère de Descente, lemme 02KP pour le démontrer. Par la définition 067Z, la propriété d’être pseudo-cohérent est locale pour la topologie de Zariski sur la base. Par le lemme 0680, la propriété d’être pseudo-cohérent est préservée par changement de base plat. La dernière hypothèse (3) du lemme 02KP de Descente se traduit par l’énoncé algébrique suivant : Soit \(A \to B\) un homomorphisme fidèlement plat d’anneaux. Soit \(C = A[x_1, \ldots, x_n]/I\) une \(A\)-algèbre. Si \(C \otimes_A B\) est pseudo-cohérent comme \(B[x_1, \ldots, x_n]\)-module, alors \(C\) est pseudo-cohérent comme \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-module. C’est le lemme 068R de Compléments d’algèbre.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme plat d’anneaux de présentation finie. Soit \(I \subset B\) un idéal. Alors \(A \to B/I\) est pseudo-cohérent si et seulement si \(I\) est pseudo-cohérent comme \(B\)-module.

Démonstration

Choisissons une présentation \(B = A[x_1, \ldots, x_n]/J\). Remarquons que \(B\) est pseudo-cohérent comme \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-module car \(A \to B\) est un homomorphisme pseudo-cohérent d’anneaux d’après le lemme 0695. Remarquons que \(A \to B/I\) est pseudo-cohérent si et seulement si \(B/I\) est pseudo-cohérent comme \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-module. D’après le lemme 064Z de Compléments d’algèbre, nous voyons que cela équivaut à demander que \(B/I\) soit pseudo-cohérent comme \(B\)-module. Cela démontre le lemme, car la suite exacte courte \(0 \to I \to B \to B/I \to 0\) montre que \(I\) est pseudo-cohérent si et seulement si \(B/I\) l’est (voir Compléments d’algèbre, lemme 064V).

Le lemme suivant sera supplanté par le lemme 0699, plus fort.

Lemme

La propriété \(\mathcal{P}(f) =\)“\(f\) est pseudo-cohérent” est locale pour la topologie syntomique sur la source.

Démonstration

Nous allons utiliser le critère du lemme 036H de Descente pour le démontrer. Il résulte des lemmes 0695 et 0681 que la propriété d’être pseudo-cohérent est préservée par précomposition avec des morphismes plats localement de présentation finie, en particulier par précomposition avec des morphismes syntomiques (voir Morphismes, lemmes 01UL et 01UK). Il ressort clairement de la définition 067Z que la propriété d’être pseudo-cohérent est locale pour la topologie de Zariski sur la source et le but. Ainsi, d’après le lemme 036H de Descente déjà cité, il suffit de démontrer ce qui suit : supposons que \(X' \to X \to Y\) soient des morphismes de schémas affines, avec \(X' \to X\) syntomique et \(X' \to Y\) pseudo-cohérent. Alors \(X \to Y\) est pseudo-cohérent. Pour le voir, remarquons que, dans tous les cas, \(X \to Y\) est de présentation finie d’après Descente, lemme 02KK. Choisissons une immersion fermée \(X \to \mathbf{A}^n_Y\). D’après Algèbre, lemme 00T0, nous pouvons trouver un recouvrement d’ouverts affines \(X' = \bigcup_{i = 1, \ldots, n} X'_i\) et des morphismes syntomiques \(W_i \to \mathbf{A}^n_Y\) relevant les morphismes \(X'_i \to X\), c’est-à-dire tels qu’il existe des diagrammes cartésiens \[\xymatrix{ X'_i \ar[d] \ar[r] & W_i \ar[d] \\ X \ar[r] & \mathbf{A}^n_Y }\] Après avoir remplacé \(X'\) par \(\coprod X'_i\) et posé \(W = \coprod W_i\), nous obtenons un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X' \ar[d] \ar[r] & W \ar[d]^h \\ X \ar[r] & \mathbf{A}^n_Y }\] où \(W \to \mathbf{A}^n_Y\) est plat et de présentation finie, et \(X' \to Y\) est encore pseudo-cohérent. Puisque \(W \to \mathbf{A}^n_Y\) est ouvert (voir Morphismes, lemme 01UA) et que \(X' \to X\) est surjectif, nous pouvons trouver \(f \in \Gamma(\mathbf{A}^n_Y, \mathcal{O})\) tel que \(X \subset D(f) \subset \Im(h)\). Écrivons \(Y = \Spec(R)\), \(X = \Spec(A)\), \(X' = \Spec(A')\) et \(W = \Spec(B)\), \(A = R[x_1, \ldots, x_n]/I\) et \(A' = B/IB\). Alors \(R \to A'\) est pseudo-cohérent. Considérons le diagramme \[\xymatrix{ A' = B/IB & B \ar[l] \\ A = R[x_1, \ldots, x_n]/I \ar[u] & R[x_1, \ldots, x_n] \ar[l] \ar[u] }\] D’après le lemme 0697, nous voyons que \(IB\) est pseudo-cohérent comme \(B\)-module. L’homomorphisme d’anneaux \(R[x_1, \ldots, x_n]_f \to B_f\) est fidèlement plat par notre choix de \(f\) ci-dessus. Cela entraîne que \(I_f \subset R[x_1, \ldots, x_n]_f\) est pseudo-cohérent, voir Compléments d’algèbre, lemme 068R. En appliquant encore une fois le lemme 0697, nous voyons que \(R \to A\) est pseudo-cohérent.

Lemme

La propriété \(\mathcal{P}(f) =\)“\(f\) est pseudo-cohérent” est locale pour la topologie fppf sur la source.

Démonstration

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\{g_i : X_i \to X\}\) un recouvrement fppf tel que chaque composée \(f \circ g_i\) soit pseudo-cohérente. D’après le lemme 05WN, il existe

  1. un recouvrement d’ouverts de Zariski \(X = \bigcup U_j\),

  2. des morphismes surjectifs finis localement libres \(W_j \to U_j\),

  3. des recouvrements d’ouverts de Zariski \(W_j = \bigcup_k W_{j, k}\),

  4. des morphismes surjectifs finis localement libres \(T_{j, k} \to W_{j, k}\)

tels que le recouvrement fppf \(\{h_{j, k} : T_{j, k} \to X\}\) raffine le recouvrement donné \(\{X_i \to X\}\). Notons \(\psi_{j, k} : T_{j, k} \to X_{\alpha(j, k)}\) les morphismes qui témoignent du fait que \(\{T_{j, k} \to X\}\) raffine le recouvrement donné \(\{X_i \to X\}\). Remarquons que \(T_{j, k} \to X\) est un morphisme plat localement de présentation finie ; ainsi, aussi bien \(X_i\) que \(T_{j, k}\) sont pseudo-cohérents sur \(X\) d’après le lemme 0695. Ainsi, \(\psi_{j, k} : T_{j, k} \to X_i\) est pseudo-cohérent, voir le lemme 0683. Ainsi, \(T_{j, k} \to S\) est pseudo-cohérent comme composée de \(\psi_{j, k}\) et de \(f \circ g_{\alpha(j, k)}\), voir le lemme 0681. Nous voyons donc que le lemme est ramené au cas d’un recouvrement d’ouverts de Zariski (qui convient) et au cas d’un recouvrement donné par un seul morphisme fini localement libre et surjectif, que nous traitons dans le paragraphe suivant.

Supposons que \(X' \to X \to S\) soit une suite de morphismes de schémas, où \(X' \to X\) est fini localement libre et surjectif et \(X' \to Y\) pseudo-cohérent. Notre but est de montrer que \(X \to S\) est pseudo-cohérent. Remarquons que, d’après Descente, lemme 02KL, le morphisme \(X \to S\) est localement de présentation finie. Il est clair que le problème se ramène au cas où \(X'\), \(X\) et \(S\) sont affines et où \(X' \to X\) est libre de rang \(r > 0\). Le problème algébrique correspondant est le suivant : supposons que \(R \to A \to A'\) soient des homomorphismes d’anneaux tels que \(R \to A'\) soit pseudo-cohérent, que \(R \to A\) soit de présentation finie, et que \(A' \cong A^{\oplus r}\) comme \(A\)-module. But : montrer que \(R \to A\) est pseudo-cohérent. L’hypothèse que \(R \to A'\) est pseudo-cohérent signifie que \(A'\), comme \(A'\)-module, est pseudo-cohérent relativement à \(R\). D’après Compléments d’algèbre, lemme 0673, cela entraîne que \(A'\), comme \(A\)-module, est pseudo-cohérent relativement à \(R\). Puisque \(A' \cong A^{\oplus r}\) comme \(A\)-module, nous voyons que \(A\), comme \(A\)-module, est pseudo-cohérent relativement à \(R\), voir Compléments d’algèbre, lemme 0676. Cela signifie, par définition, que \(R \to A\) est pseudo-cohérent, ce qui conclut.

Morphismes parfaits

Pour comprendre les résultats de cette section, il suffit de connaître un peu ceux de la section sur les morphismes pseudo-cohérents. Pour le moment, la seule chose à savoir est qu’un homomorphisme d’anneaux \(A \to B\) est parfait si et seulement s’il est pseudo-cohérent et si \(B\) est de dimension de Tor finie comme \(A\)-module.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. il existe un recouvrement d’ouverts affines \(S = \bigcup V_j\) et, pour chaque \(j\), un recouvrement d’ouverts affines \(f^{-1}(V_j) = \bigcup U_{ji}\) tel que \(\mathcal{O}_S(V_j) \to \mathcal{O}_X(U_{ij})\) soit un homomorphisme d’anneaux parfait, et

  2. pour toute paire d’ouverts affines \(U \subset X\), \(V \subset S\) tels que \(f(U) \subset V\), l’homomorphisme d’anneaux \(\mathcal{O}_S(V) \to \mathcal{O}_X(U)\) est parfait.

Démonstration

Supposons (1) et soient \(U, V\) comme dans (2). Il résulte du lemme 067Y que \(\mathcal{O}_S(V) \to \mathcal{O}_X(U)\) est pseudo-cohérent. Il suffit donc de démontrer que la propriété, pour un homomorphisme d’anneaux, d’être « de dimension de Tor finie » satisfait aux conditions (1)(a), (b), (c) de Morphismes, définition 01SR. Ces propriétés résultent de Compléments d’algèbre, lemmes 066J, 066M et 066N. Certains détails sont omis.

Définition

Un morphisme de schémas \(f : X \to S\) est dit parfait si les conditions équivalentes du lemme 0686 sont satisfaites. Dans ce cas, nous disons aussi que \(X\) est parfait sur \(S\).

Remarquons qu’un morphisme parfait est en particulier pseudo-cohérent, donc localement de présentation finie. Attention : un changement de base d’un morphisme parfait n’est pas parfait en général.

Lemme

Un changement de base plat d’un morphisme parfait est parfait.

Démonstration

Cela se traduit par le résultat algébrique suivant : soit \(A \to B\) un homomorphisme parfait d’anneaux. Soit \(A \to A'\) plat. Alors \(A' \to B \otimes_A A'\) est parfait. Nous avons vu ce résultat pour les homomorphismes pseudo-cohérents d’anneaux dans le lemme 0680. Le fait correspondant pour la dimension de Tor finie résulte de Compléments d’algèbre, lemme 066M.

Lemme

Une composée de morphismes parfaits de schémas est parfaite.

Démonstration

Cela se traduit par le résultat algébrique suivant : si \(A \to B \to C\) sont des homomorphismes parfaits d’anneaux composables, alors \(A \to C\) est parfait. Nous avons vu que c’est le cas pour la pseudo-cohérence dans le lemme 0681 et sa démonstration. Par hypothèse, il existe des entiers \(n\), \(m\) tels que \(B\) soit de dimension de Tor \(\leq n\) sur \(A\) et \(C\) de dimension de Tor \(\leq m\) sur \(B\). Alors, pour tout \(A\)-module \(M\), nous avons \[M \otimes_A^{\mathbf{L}} C = (M \otimes_A^{\mathbf{L}} B) \otimes_B^{\mathbf{L}} C\] et la suite spectrale de Compléments d’algèbre, exemple 0662, montre que \(\text{Tor}^A_p(M, C) = 0\) pour \(p > n + m\), comme souhaité.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est plat et parfait, et

  2. \(f\) est plat et localement de présentation finie.

Démonstration

L’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) est donnée par Compléments d’algèbre, lemme 067J. La réciproque résulte du fait qu’un morphisme pseudo-cohérent est localement de présentation finie, voir le lemme 0682.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Supposons que \(S\) soit régulier et que \(f\) soit localement de type fini. Alors \(f\) est parfait.

Démonstration

Voir Compléments d’algèbre, lemme 067K.

Lemme

Une immersion régulière de schémas est parfaite. Une immersion Koszul-régulière de schémas est parfaite.

Démonstration

Puisqu’une immersion régulière est une immersion Koszul-régulière, voir Diviseurs, lemme 063K, il suffit de démontrer la seconde assertion. Cela se traduit par l’énoncé algébrique suivant : supposons que \(I \subset A\) soit un idéal engendré par une suite Koszul-régulière \(f_1, \ldots, f_r\) de \(A\). Alors \(A \to A/I\) est un homomorphisme parfait d’anneaux. Puisque \(A \to A/I\) est surjectif, ceci est une présentation de \(A/I\) par une algèbre polynomiale sur \(A\). Il suffit donc de voir que \(A/I\) est pseudo-cohérent comme \(A\)-module et est de dimension de Tor finie. Par définition d’une suite de Koszul, le complexe de Koszul \(K(A, f_1, \ldots, f_r)\) est une résolution libre finie de \(A/I\). Ainsi, \(A/I\) est un complexe parfait de \(A\)-modules, ce qui conclut.

Lemme

Soit \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd] & & Y \ar[ld] \\ & S }\] un diagramme commutatif de morphismes de schémas. Supposons que \(Y \to S\) soit lisse et que \(X \to S\) soit parfait. Alors \(f : X \to Y\) est parfait.

Démonstration

Nous pouvons factoriser \(f\) comme la composée \[X \longrightarrow X \times_S Y \longrightarrow Y\] où le premier morphisme est l’application \(i = (1, f)\) et le second morphisme est la projection. Puisque \(Y \to S\) est plat, voir Morphismes, lemme 01VF, nous voyons que \(X \times_S Y \to Y\) est parfait d’après le lemme 0688. Puisque \(Y \to S\) est lisse, \(X \times_S Y \to X\) est également lisse, voir Morphismes, lemme 01VB. Ainsi, \(i\) est une section d’un morphisme lisse ; par conséquent, \(i\) est une immersion régulière, voir Diviseurs, lemme 067R. Cela entraîne que \(i\) est parfait, voir le lemme 068C. Nous concluons que \(f\) est parfait, car la composée de morphismes parfaits est parfaite, voir le lemme 0689.

Remarque

Il n’est pas vrai qu’un morphisme entre des schémas \(X, Y\) parfaits sur une base \(S\) soit parfait. Un exemple est \(S = \Spec(k)\), \(X = \Spec(k)\), \(Y = \Spec(k[x]/(x^2)\) et \(X \to Y\) l’unique \(S\)-morphisme.

Lemme

La propriété \(\mathcal{P}(f) =\)“\(f\) est parfait” est locale pour la topologie fpqc sur la base.

Démonstration

Nous allons utiliser le critère du lemme 02KP de Descente pour le démontrer. D’après la définition 0687, la propriété d’être parfait est locale pour la topologie de Zariski sur la base. D’après le lemme 0688, la propriété d’être parfait est préservée par changement de base plat. La dernière hypothèse (3) du lemme 02KP de Descente se traduit par l’énoncé algébrique suivant : soit \(A \to B\) un homomorphisme fidèlement plat d’anneaux. Soit \(C = A[x_1, \ldots, x_n]/I\) une \(A\)-algèbre. Si \(C \otimes_A B\) est parfait comme \(B[x_1, \ldots, x_n]\)-module, alors \(C\) est parfait comme \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-module. C’est le lemme 068T de Compléments d’algèbre.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme pseudo-cohérent de schémas. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est parfait,

  2. \(\mathcal{O}_X\) est localement de dimension de Tor finie comme faisceau de \(f^{-1}\mathcal{O}_S\)-modules, et

  3. pour tout \(x \in X\), l’anneau \(\mathcal{O}_{X, x}\) est de dimension de Tor finie comme \(\mathcal{O}_{S, f(x)}\)-module.

Démonstration

Le problème est local sur \(X\) et \(S\). Nous pouvons donc supposer que \(X = \Spec(B)\), \(S = \Spec(A)\) et que \(f\) correspond à un homomorphisme pseudo-cohérent d’anneaux \(A \to B\).

Si (1) est satisfaite, alors \(B\) est de dimension de Tor finie, égale à \(d\), comme \(A\)-module. Alors \(B_\mathfrak q\) est de dimension de Tor \(d\) comme \(A_\mathfrak p\)-module pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset B\) avec \(\mathfrak p = A \cap \mathfrak q\), voir Compléments d’algèbre, lemme 0B67. Alors \(\mathcal{O}_X\) est de dimension de Tor \(d\) comme faisceau de \(f^{-1}\mathcal{O}_S\)-modules d’après Cohomologie, lemme 09U9. Ainsi, (1) implique (2).

D’après Cohomologie, lemme 09U9, (2) implique (3).

Supposons (3). Nous ne pouvons pas utiliser Compléments d’algèbre, lemme 0B67, pour conclure, car nous ne savons pas que la dimension de Tor de \(B_\mathfrak q\) sur \(A_\mathfrak p\) est bornée indépendamment de \(\mathfrak q\). Choisissons une présentation \(A[x_1, \ldots, x_n] \to B\). Alors \(B\) est pseudo-cohérent comme \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-module. Soit \(\mathfrak q \subset A[x_1, \ldots, x_n]\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset A\). Alors, soit \(B_\mathfrak q\) est nul, soit, par hypothèse, il est de dimension de Tor finie comme \(A_\mathfrak p\)-module. Puisque les fibres de \(A \to A[x_1, \ldots, x_n]\) sont de dimension globale finie, nous pouvons appliquer le lemme 068X de Compléments d’algèbre à \(A_\mathfrak p \to A[x_1, \ldots, x_n]_\mathfrak q\) pour voir que \(B_\mathfrak q\) est un \(A[x_1, \ldots, x_n]_\mathfrak q\)-module parfait. Par conséquent, \(B\) est un \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-module parfait d’après Compléments d’algèbre, lemme 068W. Ainsi, \(A \to B\) est un homomorphisme parfait d’anneaux par définition.

Lemme

Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée parfaite de schémas. Alors \(i_*\mathcal{O}_Z\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module parfait, c’est-à-dire un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_X)\).

Démonstration

Cela résulte presque immédiatement de la définition. En effet, soit \(U = \Spec(A)\) un ouvert affine de \(X\). Alors \(i^{-1}(U) = \Spec(A/I)\) pour un idéal \(I \subset A\), et \(A/I\) admet une résolution finie par des \(A\)-modules projectifs de type fini d’après Compléments d’algèbre, lemme 068Y. Ainsi, \(i_*\mathcal{O}_Z|_U\) peut être représenté par un complexe de longueur finie de \(\mathcal{O}_U\)-modules localement libres de type fini. C’est ce qu’il fallait montrer, voir Cohomologie, section 08CL.

Lemme

Soit \(S\) un schéma noethérien. Soit \(f : X \to S\) un morphisme parfait et propre de schémas. Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) parfait. Alors \(Rf_*E\) est un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_S)\).

Démonstration

Nous affirmons que le lemme 08EV de Catégories dérivées de schémas s’applique. Les conditions (1) et (2) sont immédiates. La condition (3) est locale sur \(X\). Nous pouvons donc supposer \(X\) et \(S\) affines et \(E\) représenté par un complexe strictement parfait de \(\mathcal{O}_X\)-modules. Il suffit donc de montrer que \(\mathcal{O}_X\) est de dimension de Tor finie comme faisceau de \(f^{-1}\mathcal{O}_S\)-modules. Cela équivaut à être parfait d’après le lemme 069C.

Lemme

La propriété \(\mathcal{P}(f) =\)“\(f\) est parfait” est locale pour la topologie fppf sur la source.

Démonstration

Soit \(\{g_i : X_i \to X\}_{i \in I}\) un recouvrement fppf de schémas et soit \(f : X \to S\) un morphisme tel que chaque \(f \circ g_i\) soit parfait. D’après le lemme 0699, nous concluons que \(f\) est pseudo-cohérent. Ainsi, d’après le lemme 069C, il suffit de vérifier que \(\mathcal{O}_{X, x}\) est un \(\mathcal{O}_{S, f(x)}\)-module de dimension de Tor finie pour tout \(x \in X\). Choisissons \(i \in I\) et \(x_i \in X_i\) s’envoyant sur \(x\). Nous voyons alors que \(\mathcal{O}_{X_i, x_i}\) est de dimension de Tor finie sur \(\mathcal{O}_{S, f(x)}\) et que \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{X_i, x_i}\) est fidèlement plat. La conclusion voulue résulte du lemme 068S de Compléments d’algèbre.

Lemme

Soient \(i : Z \to Y\) et \(j : Y \to X\) des immersions de schémas. Supposons que

  1. \(X\) soit localement noethérien,

  2. \(j \circ i\) soit une immersion régulière, et

  3. \(i\) soit parfait.

Alors \(i\) et \(j\) sont des immersions régulières.

Démonstration

Puisque \(X\) (et donc \(Y\)) est localement noethérien, les quatre notions d’immersion régulière coïncident ; de plus, nous pouvons vérifier si un morphisme est une immersion régulière au niveau des anneaux locaux, voir Diviseurs, lemme 063I. Le résultat découle donc de Algèbre à puissances divisées, lemme 09PW.

Morphismes d’intersection complète locale

Dans Diviseurs, section 0638, nous avons défini quatre types différents d’immersions régulières : régulières, Koszul-régulières, \(H_1\)-régulières et quasi-régulières. Dans cette section, nous considérons les morphismes \(f : X \to S\) qui, localement sur \(X\), se factorisent comme \[\xymatrix{ X \ar[rr]_i \ar[rd] & & \mathbf{A}^n_S \ar[ld] \\ & S }\] où \(i\) est une immersion \(*\)-régulière pour \(* \in \{\emptyset, Koszul, H_1, quasi\}\). Cependant, nous ne savons pas démontrer que cette condition ne dépend pas de la factorisation si \(* = \emptyset\), c’est-à-dire lorsque nous demandons que \(i\) soit une immersion régulière. D’autre part, nous voulons qu’un morphisme d’intersection complète locale soit parfait, ce qui ne sera vrai que si \(* = Koszul\) ou \(* = \emptyset\). Nous définirons donc un morphisme d’intersection complète locale ou un morphisme de Koszul comme un morphisme de schémas \(f : X \to S\) qui, localement sur \(X\), admet une factorisation comme ci-dessus où \(i\) est une immersion Koszul-régulière. Pour voir que cette définition convient, nous démontrons d’abord qu’elle ne dépend pas des factorisations choisies.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soient \(U\), \(P\), \(P'\) des schémas sur \(S\). Soit \(u \in U\). Soient \(i : U \to P\), \(i' : U \to P'\) des immersions sur \(S\). Supposons \(P\) et \(P'\) lisses sur \(S\). Les assertions suivantes sont alors équivalentes :

  1. \(i\) est une immersion Koszul-régulière dans un voisinage de \(u\), et

  2. \(i'\) est une immersion Koszul-régulière dans un voisinage de \(u\).

Démonstration

Supposons que \(i\) soit une immersion Koszul-régulière dans un voisinage de \(u\). Considérons le morphisme \(j = (i, i') : U \to P \times_S P' = P''\). Puisque \(P'' = P \times_S P' \to P\) est lisse, il résulte de Diviseurs, lemme 067S, que \(j\) est une immersion Koszul-régulière ; il résulte alors de Diviseurs, lemme 0693, que \(i'\) est une immersion Koszul-régulière.

Avant d’énoncer la définition, faisons la remarque élémentaire suivante. Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(x \in X\). Il existe alors un voisinage ouvert \(U \subset X\) et une factorisation de \(f|_U\) comme composée d’une immersion \(i : U \to \mathbf{A}^n_S\) et de la projection \(\mathbf{A}^n_S \to S\), qui est lisse. Considérons le diagramme \[\xymatrix{ X \ar[rd] & U \ar[l] \ar[d] \ar[r]_-i & \mathbf{A}^n_S = P \ar[ld]^\pi \\ & S }\] En fait, on peut procéder ainsi avec tout voisinage ouvert affine \(U\) de \(x\) dans \(X\) ; voir Morphismes, lemme 04II.

Définition

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas.

  1. Soit \(x \in X\). On dit que \(f\) est de Koszul en \(x\) si \(f\) est de type fini en \(x\) et s’il existe un voisinage ouvert et une factorisation de \(f|_U\) sous la forme \(\pi \circ i\), où \(i : U \to P\) est une immersion Koszul-régulière et \(\pi : P \to S\) est lisse.

  2. On dit que \(f\) est un morphisme de Koszul, ou que \(f\) est un morphisme d’intersection complète locale, si \(f\) est de Koszul en tout point.

Nous avons vu plus haut que le choix de la factorisation \(f|_U = \pi \circ i\) est sans importance : étant donnée une factorisation de \(f|_U\) comme une immersion \(i\) suivie d’un morphisme lisse \(\pi\), le fait que \(i\) soit ou non Koszul-régulière dans un voisinage de \(x\) est une propriété intrinsèque de \(f\) en \(x\). Consignons-le ici explicitement sous forme de lemme afin de pouvoir nous y référer.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme d’intersection complète locale. Soit \(P\) un schéma lisse sur \(S\). Soit \(U \subset X\) un sous-schéma ouvert et soit \(i : U \to P\) une immersion de schémas sur \(S\). Alors \(i\) est une immersion Koszul-régulière.

Démonstration

C’est la propriété définissant un morphisme d’intersection complète locale. Voir la discussion ci-dessus.

Il paraît opportun de rassembler ici quelques propriétés communes à tous les morphismes de Koszul.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme d’intersection complète locale. Alors

  1. \(f\) est localement de présentation finie,

  2. \(f\) est pseudo-cohérent, et

  3. \(f\) est parfait.

Démonstration

Puisqu’un morphisme parfait est pseudo-cohérent (car un homomorphisme d’anneaux parfait est pseudo-cohérent) et qu’un morphisme pseudo-cohérent est localement de présentation finie (car un homomorphisme d’anneaux pseudo-cohérent est de présentation finie), il suffit de démontrer la dernière assertion. La perfection étant une propriété locale, on peut supposer que \(f\) se factorise sous la forme \(\pi \circ i\), où \(\pi\) est lisse et \(i\) est une immersion Koszul-régulière. Une immersion Koszul-régulière est parfaite ; voir le lemme 068C. Un morphisme lisse est parfait puisqu’il est plat et localement de présentation finie ; voir le lemme 068A. Enfin, une composée de morphismes parfaits est parfaite ; voir le lemme 0689.

Lemme

Soit \(f : X = \Spec(B) \to S = \Spec(A)\) un morphisme de schémas affines. Alors \(f\) est un morphisme d’intersection complète locale si et seulement si \(A \to B\) est un homomorphisme d’intersection complète locale ; voir Compléments d’algèbre, définition 07D0.

Démonstration

Cela résulte immédiatement des définitions.

Attention : un changement de base d’un morphisme de Koszul n’est pas en général de Koszul.

Lemme

Un changement de base plat d’un morphisme d’intersection complète locale est un morphisme d’intersection complète locale.

Démonstration

Omis. Indication : cela est vrai parce qu’un changement de base d’un morphisme lisse est lisse et qu’un changement de base plat d’une immersion Koszul-régulière est une immersion Koszul-régulière ; voir Diviseurs, lemme 063L.

Lemme

Une composée de morphismes d’intersection complète locale est un morphisme d’intersection complète locale.

Démonstration

Soient \(g : Y \to S\) et \(f : X \to Y\) des morphismes d’intersection complète locale. Soit \(x \in X\) et posons \(y = f(x)\). Choisissons un voisinage ouvert \(V \subset Y\) de \(y\) et une factorisation \(g|_V = \pi \circ i\), où \(i : V \to P\) est une immersion Koszul-régulière et \(\pi : P \to S\) un morphisme lisse. Choisissons ensuite un voisinage ouvert \(U\) de \(x \in X\) et une factorisation \(f|_U = \pi' \circ i'\), où \(i' : U \to P'\) est une immersion Koszul-régulière et \(\pi' : P' \to Y\) un morphisme lisse. On peut en fait supposer que \(P' = \mathbf{A}^n_V\) ; voir les discussions qui précèdent et qui suivent la définition 069F. Diagramme : \[\xymatrix{ X \ar[d] & U \ar[l] \ar[r]_-{i'} & P' = \mathbf{A}^n_V \ar[d] \\ Y \ar[d] & & V \ar[ll] \ar[r]_i & P \ar[d] \\ S & & & S \ar[lll] }\] Posons \(P'' = \mathbf{A}^n_P\). Alors \(U \to P' \to P''\) est une immersion Koszul-régulière en tant que composée d’immersions Koszul-régulières, à savoir \(i'\) et le changement de base plat de \(i\) par \(P'' \to P\) ; voir Diviseurs, lemme 063L et Diviseurs, lemme 067Q. De plus, \(P'' \to P \to S\) est lisse en tant que composée de morphismes lisses ; voir Morphismes, lemme 01VA. On en conclut que \(X \to S\) est de Koszul en \(x\), comme voulu.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est plat et est un morphisme d’intersection complète locale, et

  2. \(f\) est syntomique.

Démonstration

En travaillant localement dans le cas affine, c’est le contenu de Compléments d’algèbre, lemme 07D3. Donnons aussi une démonstration plus géométrique.

Supposons (2). D’après Morphismes, lemme 01UE, pour tout point \(x\) de \(X\), il existe des voisinages ouverts affines \(U\) de \(x\) et \(V\) de \(f(x)\) tels que \(f|_U : U \to V\) soit syntomique standard. Cela signifie que \(U = \Spec(R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)) \to V = \Spec(R)\), où \(R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) est une intersection complète globale relative sur \(R\). D’après Algèbre, lemme 00SV, la suite \(f_1, \ldots, f_c\) est régulière dans tout anneau local \(R[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q}\), pour tout idéal premier \(\mathfrak q \supset (f_1, \ldots, f_c)\). Considérons le complexe de Koszul \(K_\bullet = K_\bullet(R[x_1, \ldots, x_n], f_1, \ldots, f_c)\) dont les groupes d’homologie sont \(H_i = H_i(K_\bullet)\). D’après Compléments d’algèbre, lemme 062F, on voit que \((H_i)_{\mathfrak q} = 0\), \(i > 0\), pour tout \(\mathfrak q\) comme ci-dessus. D’autre part, d’après Compléments d’algèbre, lemme 0663, on voit que \(H_i\) est annulé par \((f_1, \ldots, f_c)\). Par conséquent, \(H_i = 0\), \(i > 0\), et \(f_1, \ldots, f_c\) est une suite Koszul-régulière. Cela prouve que \(U \to V\) se factorise en une immersion Koszul-régulière \(U \to \mathbf{A}^n_V\) suivie d’un morphisme lisse, comme voulu.

Supposons (1). Alors \(f\) est plat et localement de présentation finie (lemme 069H). Ainsi, d’après Morphismes, lemme 01UE, il suffit de montrer que les anneaux locaux \(\mathcal{O}_{X_s, x}\) sont des anneaux d’intersection complète locale. Choisissons, localement sur \(X\), une factorisation \(f = \pi \circ i\), où \(i : X \to P\) est une immersion Koszul-régulière et \(\pi : P \to S\) un morphisme lisse. Remarquons que \(X \to P\) est une immersion quasi-régulière relative sur \(S\) ; voir Diviseurs, définition 063S. Ainsi, d’après Diviseurs, lemme 063U, on voit que \(X \to P\) est une immersion régulière et qu’il en reste de même après tout changement de base. Chaque fibre est donc une immersion régulière, si bien que tous les anneaux locaux de toutes les fibres de \(X\) sont des intersections complètes locales.

Lemme

Une immersion régulière de schémas est un morphisme d’intersection complète locale. Une immersion Koszul-régulière de schémas est un morphisme d’intersection complète locale.

Démonstration

Puisqu’une immersion régulière est une immersion Koszul-régulière ; voir Diviseurs, lemme 063K, il suffit de démontrer la seconde assertion. Celle-ci résulte immédiatement de la définition.

Lemme

Soit \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd] & & Y \ar[ld] \\ & S }\] un diagramme commutatif de morphismes de schémas. Supposons que \(Y \to S\) soit lisse et que \(X \to S\) soit un morphisme d’intersection complète locale. Alors \(f : X \to Y\) est un morphisme d’intersection complète locale.

Démonstration

Cela résulte immédiatement des définitions.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Si \(f\) est localement de type fini et si \(X\) et \(Y\) sont réguliers, alors \(f\) est un morphisme d’intersection complète locale.

Démonstration

On peut supposer qu’il existe une factorisation \(X \to \mathbf{A}^n_Y \to Y\) où la première flèche est une immersion. Puisque \(Y\) est régulier, \(\mathbf{A}^n_Y\) l’est aussi d’après Algèbre, lemme 07NF. Ainsi, \(X \to \mathbf{A}^n_Y\) est une immersion régulière d’après Diviseurs, lemme 0E9J.

Le lemme suivant est d’une autre nature.

Lemme

Soit \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd] & & Y \ar[ld] \\ & S }\] un diagramme commutatif de morphismes de schémas. Supposons que

  1. \(S\) soit localement noethérien,

  2. \(Y \to S\) soit localement de type fini,

  3. \(f : X \to Y\) soit parfait,

  4. \(X \to S\) soit un morphisme d’intersection complète locale.

Alors \(X \to Y\) est un morphisme d’intersection complète locale et \(Y \to S\) est de Koszul en \(f(x)\) pour tout \(x \in X\).

Démonstration

Au cours de cette démonstration, tous les schémas seront localement noethériens et tous les anneaux seront noethériens. Nous utiliserons sans autre mention le fait que les suites régulières et les suites Koszul-régulières coïncident dans ce cadre ; voir Compléments d’algèbre, lemme 09CC. De plus, la régularité d’un idéal (resp. d’un faisceau d’idéaux) peut se vérifier sur les anneaux locaux (resp. sur les germes) ; voir Algèbre, lemme 061L (resp. Diviseurs, lemme 063I).

La question est locale. On peut donc supposer que \(S\), \(X\) et \(Y\) sont affines. Dans cette situation, on peut choisir un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \mathbf{A}^{n + m}_S \ar[d] & X \ar[l] \ar[d] \\ \mathbf{A}^n_S \ar[d] & Y \ar[l] \ar[ld] \\ S }\] dont les flèches horizontales sont des immersions fermées. Soit \(x \in X\) un point, et considérons le diagramme commutatif correspondant d’anneaux locaux \[\xymatrix{ J \ar[r] & \mathcal{O}_{\mathbf{A}^{n + m}_S, x} \ar[r] & \mathcal{O}_{X, x} \\ I \ar[r] \ar[u] & \mathcal{O}_{\mathbf{A}^n_S, f(x)} \ar[r] \ar[u] & \mathcal{O}_{Y, f(x)} \ar[u] }\] où \(J\) et \(I\) sont les noyaux des flèches horizontales. Puisque \(X \to S\) est un morphisme d’intersection complète locale, l’idéal \(J\) est engendré par une suite régulière. Puisque \(X \to Y\) est parfait, l’anneau \(\mathcal{O}_{X, x}\) est de dimension de Tor finie sur \(\mathcal{O}_{Y, f(x)}\). On peut donc appliquer Algèbre à puissances divisées, lemme 09PX, pour conclure que \(I\) et \(J/I\) sont engendrés par des suites régulières. D’après nos remarques initiales, cela achève la démonstration.

Lemme

Soit \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd] & & Y \ar[ld] \\ & S }\] un diagramme commutatif de morphismes de schémas. Supposons que \(S\) soit localement noethérien, que \(Y \to S\) soit localement de type fini, que \(Y\) soit régulier et que \(X \to S\) soit un morphisme d’intersection complète locale. Alors \(f : X \to Y\) est un morphisme d’intersection complète locale et \(Y \to S\) est de Koszul en \(f(x)\) pour tout \(x \in X\).

Démonstration

C’est un cas particulier du lemme 09RL compte tenu du lemme 068B (et de Morphismes, lemme 01T8).

Lemme

Soit \(i : X \to Y\) une immersion. Si

  1. \(i\) est parfait,

  2. \(Y\) est localement noethérien, et

  3. le faisceau conormal \(\mathcal{C}_{X/Y}\) est localement libre de rang fini,

alors \(i\) est une immersion régulière.

Démonstration

Traduit en algèbre, c’est Algèbre à puissances divisées, proposition 0FJS.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’intersection complète locale. Alors le complexe cotangent naïf \(\NL_{X/Y}\) est un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_X)\) d’amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\).

Démonstration

Traduit en algèbre, c’est Compléments d’algèbre, lemme 0FV0. Pour effectuer la traduction, utiliser les lemmes 07DB et 0D0I, ainsi que Catégories dérivées des schémas, lemmes 06Z0, 08E9 et 08EB.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme parfait de schémas localement noethériens. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est un morphisme d’intersection complète locale,

  2. \(\NL_{X/Y}\) a une amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\), et

  3. \(\NL_{X/Y}\) est parfait d’amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\).

Démonstration

Traduit en algèbre, c’est Algèbre à puissances divisées, lemme 0FJT. Pour effectuer la traduction, utiliser les lemmes 07DB et 0D0I, ainsi que Catégories dérivées des schémas, lemmes 06Z0, 08E9 et 08EB.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat de présentation finie. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est un morphisme d’intersection complète locale,

  2. \(f\) est syntomique,

  3. \(\NL_{X/Y}\) a une amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\), et

  4. \(\NL_{X/Y}\) est parfait d’amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\).

Démonstration

Traduit en algèbre, c’est Algèbre à puissances divisées, lemme 0FJV. Pour effectuer la traduction, utiliser les lemmes 07DB et 0D0I, ainsi que Catégories dérivées des schémas, lemmes 06Z0, 08E9 et 08EB.

Le lemme suivant donne une caractérisation des morphismes lisses comme morphismes plats dont la diagonale est parfaite.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de type fini entre schémas localement noethériens. Notons \(\Delta : X \to X \times_Y X\) le morphisme diagonal. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est lisse,

  2. \(f\) est plat et \(\Delta : X \to X \times_Y X\) est une immersion régulière,

  3. \(f\) est plat et \(\Delta : X \to X \times_Y X\) est un morphisme d’intersection complète locale,

  4. \(f\) est plat et \(\Delta : X \to X \times_Y X\) est parfait.

Démonstration

Supposons (1). Alors \(f\) est plat d’après Morphismes, lemme 01VF. Les projections \(X \times_Y X \to X\) sont lisses d’après Morphismes, lemme 01VB. La diagonale est donc une section d’un morphisme lisse, donc une immersion régulière ; voir Diviseurs, lemme 067R. Ainsi, (1) \(\Rightarrow\) (2). L’implication (2) \(\Rightarrow\) (3) est le lemme 069L. L’implication (3) \(\Rightarrow\) (4) est le lemme 069H. L’implication intéressante (4) \(\Rightarrow\) (1) résulte immédiatement d’Algèbre à puissances divisées, lemme 0FCX.

Lemme

La propriété \(\mathcal{P}(f) =\)“\(f\) est un morphisme d’intersection complète locale” est locale pour la topologie fpqc sur la base.

Démonstration

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\{S_i \to S\}\) un recouvrement fpqc de \(S\). Supposons que chaque changement de base \(f_i : X_i \to S_i\) de \(f\) soit un morphisme d’intersection complète locale. Remarquons que cela implique notamment que \(f\) est localement de type fini ; voir le lemme 069H et Descente, lemme 02KX. Soit \(x \in X\). Choisissons un voisinage ouvert \(U\) de \(x\) et une immersion \(j : U \to \mathbf{A}^n_S\) sur \(S\) (voir la discussion qui précède la définition 069F). Il faut montrer que \(j\) est une immersion Koszul-régulière. Puisque \(f_i\) est un morphisme d’intersection complète locale, on voit que le changement de base \(j_i : U \times_S S_i \to \mathbf{A}^n_{S_i}\) est une immersion Koszul-régulière ; voir le lemme 069G. Comme \(\{\mathbf{A}^n_{S_i} \to \mathbf{A}^n_S\}\) est un recouvrement fpqc, il résulte de Descente, lemme 0694, que \(j\) est une immersion Koszul-régulière, comme voulu.

Lemme

La propriété \(\mathcal{P}(f) =\)“\(f\) est un morphisme d’intersection complète locale” est locale pour la topologie syntomique sur la source.

Démonstration

Nous utiliserons le critère de Descente, lemme 036H, pour le démontrer. Il résulte des lemmes 069K et 069J que la propriété d’être un morphisme d’intersection complète locale est préservée par précomposition par des morphismes syntomiques. Il résulte clairement de la définition 069F que la propriété d’être un morphisme d’intersection complète locale est locale pour la topologie de Zariski sur la source et le but. Ainsi, d’après le lemme susmentionné de Descente, lemme 036H, il suffit de prouver ce qui suit : supposons que \(X' \to X \to Y\) soient des morphismes de schémas affines, avec \(X' \to X\) syntomique et \(X' \to Y\) un morphisme d’intersection complète locale. Alors \(X \to Y\) est un morphisme d’intersection complète locale. Pour le voir, remarquons que, dans tous les cas, \(X \to Y\) est de présentation finie d’après Descente, lemme 02KK. Choisissons une immersion fermée \(X \to \mathbf{A}^n_Y\). D’après Algèbre, lemme 00T0, on peut trouver un recouvrement ouvert affine \(X' = \bigcup_{i = 1, \ldots, n} X'_i\) et des morphismes syntomiques \(W_i \to \mathbf{A}^n_Y\) relevant les morphismes \(X'_i \to X\), c’est-à-dire tels que l’on ait des diagrammes cartésiens \[\xymatrix{ X'_i \ar[d] \ar[r] & W_i \ar[d] \\ X \ar[r] & \mathbf{A}^n_Y }\] Après avoir remplacé \(X'\) par \(\coprod X'_i\) et posé \(W = \coprod W_i\), on obtient un diagramme cartésien de schémas affines \[\xymatrix{ X' \ar[d] \ar[r] & W \ar[d]^h \\ X \ar[r] & \mathbf{A}^n_Y }\] où \(h : W \to \mathbf{A}^n_Y\) est syntomique et où \(X' \to Y\) reste un morphisme d’intersection complète locale. Puisque \(W \to \mathbf{A}^n_Y\) est ouvert (voir Morphismes, lemme 01UA) et que \(X' \to X\) est surjectif, on voit que \(X\) est contenu dans l’image de \(W \to \mathbf{A}^n_Y\). Choisissons une immersion fermée \(W \to \mathbf{A}^{n + m}_Y\) au-dessus de \(\mathbf{A}^n_Y\). Le diagramme prend alors la forme \[\xymatrix{ X' \ar[d] \ar[r] & W \ar[d]^h \ar[r] & \mathbf{A}^{n + m}_Y \ar[ld] \\ X \ar[r] & \mathbf{A}^n_Y }\] Comme \(h\) est syntomique, et donc un morphisme d’intersection complète locale (voir ci-dessus), le morphisme \(W \to \mathbf{A}^{n + m}_Y\) est une immersion Koszul-régulière. Comme \(X' \to Y\) est un morphisme d’intersection complète locale, le morphisme \(X' \to \mathbf{A}^{n + m}_Y\) est une immersion Koszul-régulière. On déduit de Diviseurs, lemme 068Z, que \(X' \to W\) est une immersion Koszul-régulière. Ainsi, puisque la propriété d’être une immersion Koszul-régulière est locale pour la topologie fpqc sur le but (voir Descente, lemme 0694), on conclut que \(X \to \mathbf{A}^n_Y\) est une immersion Koszul-régulière, ce qu’il fallait démontrer.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas sur \(S\). Supposons que \(X\) et \(Y\) soient tous deux plats et localement de présentation finie sur \(S\). Alors l’ensemble \[\{x \in X \mid f\text{ est de Koszul en }x\}.\] est ouvert dans \(X\), et sa formation commute à tout changement de base \(S' \to S\).

Démonstration

L’ensemble est ouvert par définition (voir la définition 069F). Soit \(S' \to S\) un morphisme de schémas. Posons \(X' = S' \times_S X\), \(Y' = S' \times_S Y\), et notons \(f' : X' \to Y'\) le changement de base de \(f\). Soit \(x' \in X'\) un point tel que \(f'\) soit de Koszul en \(x'\). Notons \(s' \in S'\), \(x \in X\), \(y' \in Y'\), \(y \in Y\), \(s \in S\) les images de \(x'\). Remarquons que \(f\) est localement de présentation finie ; voir Morphismes, lemme 02FV. On peut donc choisir un voisinage affine \(U \subset X\) de \(x\) et une immersion \(i : U \to \mathbf{A}^n_Y\). Notons \(U' = S' \times_S U\) et \(i' : U' \to \mathbf{A}^n_{Y'}\) le changement de base de \(i\). L’hypothèse que \(f'\) est de Koszul en \(x'\) implique que \(i'\) est une immersion Koszul-régulière dans un voisinage de \(x'\) ; voir le lemme 069G. Le schéma \(X'\) est plat et localement de présentation finie sur \(S'\) en tant que changement de base de \(X\) (voir Morphismes, lemmes 01U9 et 01TS). Ainsi, \(i'\) est une immersion \(H_1\)-régulière relative sur \(S'\) dans un voisinage de \(x'\) (voir Diviseurs, définition 063S). Le changement de base \(i'_{s'} : U'_{s'} \to \mathbf{A}^n_{Y'_{s'}}\) est donc une immersion \(H_1\)-régulière dans un voisinage ouvert de \(x'\) ; voir Diviseurs, lemme 063R et la discussion qui suit Diviseurs, définition 063S. Puisque \(s' = \Spec(\kappa(s')) \to \Spec(\kappa(s)) = s\) est un morphisme surjectif, plat et universellement ouvert (voir Morphismes, lemme 0383), on conclut que le changement de base \(i_s : U_s \to \mathbf{A}^n_{Y_s}\) est une immersion \(H_1\)-régulière dans un voisinage de \(x\) ; voir Descente, lemme 0694. Enfin, remarquons que \(\mathbf{A}^n_Y\) est plat et localement de présentation finie sur \(S\) ; par conséquent, Diviseurs, lemme 063W implique que \(i\) est une immersion (Koszul-)régulière dans un voisinage de \(x\) comme souhaité.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’intersection complète locale de schémas. Alors \(f\) est non ramifié si et seulement si \(f\) est formellement non ramifié et, dans ce cas, le faisceau conormal \(\mathcal{C}_{X/Y}\) est localement libre de rang fini sur \(X\).

Démonstration

La première assertion résulte immédiatement du lemme 02HE et du fait qu’un morphisme d’intersection complète locale est localement de type fini. Pour calculer le faisceau conormal de \(f\), choisissons, localement sur \(X\), une factorisation de \(f\) sous la forme \(f = p \circ i\), où \(i : X \to V\) est une immersion Koszul-régulière et \(V \to Y\) est lisse. D’après le lemme 067W, on voit que \(\mathcal{C}_{X/Y}\) est localement un facteur direct de \(\mathcal{C}_{X/V}\), qui est localement libre de rang fini puisque \(i\) est une immersion Koszul-régulière (donc quasi-régulière) ; voir Diviseurs, lemme 063M.

Lemme

Soient \(Z \to Y \to X\) des morphismes de schémas formellement non ramifiés. Supposons que \(Z \to Y\) soit un morphisme d’intersection complète locale. La suite exacte \[0 \to i^*\mathcal{C}_{Y/X} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to 0\] du lemme 06AE est une suite exacte courte.

Démonstration

La question est locale sur \(Z\) ; on peut donc supposer qu’il existe une factorisation \(Z \to \mathbf{A}^n_Y \to Y\) du morphisme \(Z \to Y\). On obtient alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ Z \ar[r]_{i'} \ar@{=}[d] & \mathbf{A}^n_Y \ar[r] \ar[d] & \mathbf{A}^n_X \ar[d] \\ Z \ar[r]^i & Y \ar[r] & X }\] Comme \(Z \to Y\) est un morphisme d’intersection complète locale, on voit que \(Z \to \mathbf{A}^n_Y\) est une immersion Koszul-régulière. Par conséquent, d’après Diviseurs, lemme 063N, la suite \[0 \to (i')^*\mathcal{C}_{\mathbf{A}^n_Y/\mathbf{A}^n_X} \to \mathcal{C}_{Z/\mathbf{A}^n_X} \to \mathcal{C}_{Z/\mathbf{A}^n_Y} \to 0\] est exacte et localement scindée. Remarquons que \(i^*\mathcal{C}_{Y/X} = (i')^*\mathcal{C}_{\mathbf{A}^n_Y/\mathbf{A}^n_X}\) d’après le lemme 04F9, et remarquons que le diagramme \[\xymatrix{ (i')^*\mathcal{C}_{\mathbf{A}^n_Y/\mathbf{A}^n_X} \ar[r] & \mathcal{C}_{Z/\mathbf{A}^n_X} \\ i^*\mathcal{C}_{Y/X} \ar[u]^{\cong} \ar[r] & \mathcal{C}_{Z/X} \ar[u] }\] est commutatif. La flèche horizontale inférieure est donc une injection localement scindée. Ceci démontre le lemme.

Suites exactes de différentielles et de faisceaux conormaux

Dans cette section, nous rassemblons quelques résultats sur les suites exactes de faisceaux conormaux et de faisceaux de différentielles. En un certain sens, ce sont toutes des réalisations du triangle des complexes cotangents associé à une paire de morphismes de schémas composables.

Soient \(g : Z \to Y\) et \(f : Y \to X\) des morphismes de schémas.

  1. Il existe une suite exacte canonique \[g^*\Omega_{Y/X} \to \Omega_{Z/X} \to \Omega_{Z/Y} \to 0,\] voir Morphismes, lemme 01UX. Si \(g : Z \to Y\) est lisse ou, plus généralement, formellement lisse, alors cette suite est une suite exacte courte ; voir Morphismes, lemme 02K4, ou le lemme 06B6.

  2. Si \(g\) est une immersion ou, plus généralement, est formellement non ramifié, alors il existe une suite exacte canonique \[\mathcal{C}_{Z/Y} \to g^*\Omega_{Y/X} \to \Omega_{Z/X} \to 0,\] voir Morphismes, lemme 01UZ, ou le lemme 04FC. Si \(f \circ g : Z \to X\) est lisse ou, plus généralement, formellement lisse, alors cette suite est une suite exacte courte ; voir Morphismes, lemme 06AA, ou le lemme 06B7.

  3. Si \(g\) et \(f \circ g\) sont des immersions ou, plus généralement, sont formellement non ramifiés, alors il existe une suite exacte canonique \[\mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to g^*\Omega_{Y/X} \to 0,\] voir Morphismes, lemme 067L, ou le lemme 067V. Si \(f : Y \to X\) est lisse ou, plus généralement, formellement lisse, alors cette suite est une suite exacte courte ; voir Morphismes, lemme 06AB, ou le lemme 067W.

  4. Si \(g\) et \(f\) sont des immersions ou, plus généralement, sont formellement non ramifiés, alors il existe une suite exacte canonique \[g^*\mathcal{C}_{Y/X} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to 0.\] Voir Morphismes, lemme 062S, ou le lemme 06AE. Si \(g : Z \to Y\) est une immersion régulière14, ou plus généralement un morphisme d’intersection complète locale, alors cette suite est une suite exacte courte ; voir Diviseurs, lemme 063N, ou le lemme 06BA.

Morphismes faiblement étales

Un homomorphisme d’anneaux \(A \to B\) est faiblement étale si \(A \to B\) et \(B \otimes_A B \to B\) sont tous deux plats ; voir Compléments d’algèbre, définition 092B. La notion analogue pour les morphismes de schémas est la suivante.

Définition

Un morphisme de schémas \(X \to Y\) est dit faiblement étale ou absolument plat si \(X \to Y\) ainsi que le morphisme diagonal \(X \to X \times_Y X\) sont plats.

Un morphisme étale est faiblement étale et, réciproquement, il se trouve qu’un morphisme faiblement étale ressemble effectivement, dans une certaine mesure, à un morphisme étale. Par exemple, si \(X \to Y\) est faiblement étale, alors \(L_{X/Y} = 0\), comme il résulte de Complexe cotangent, lemme 08R2. Nous démontrerons plus loin un résultat très précis reliant les morphismes faiblement étales aux morphismes étales (voir Cohomologie pro-étale, section 097Y). Dans cette section, nous nous en tenons aux faits élémentaires.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(X \to Y\) est faiblement étale, et

  2. pour tout \(x \in X\), l’homomorphisme d’anneaux \(\mathcal{O}_{Y, f(x)} \to \mathcal{O}_{X, x}\) est faiblement étale.

Démonstration

Remarquons que, sous chacune des hypothèses (1) et (2), le morphisme \(f\) est plat. On peut donc supposer que \(f\) est plat. Soit \(x \in X\), d’image \(y = f(x)\) dans \(Y\). Il existe des homomorphismes canoniques d’anneaux \[\mathcal{O}_{X, x} \otimes_{\mathcal{O}_{Y, y}} \mathcal{O}_{X, x} \longrightarrow \mathcal{O}_{X \times_Y X, \Delta_{X/Y}(x)} \longrightarrow \mathcal{O}_{X, x}\] où le premier homomorphisme est une localisation (donc plat) et le second est une surjection. La condition (1) signifie que la seconde flèche est plate pour tout \(x\). La condition (2) signifie que la composée est plate pour tout \(x\). L’équivalence résulte donc d’Algèbre, lemme 00HT, partie (2).

Lemme

Soit \(X \to Y\) un morphisme de schémas tel que \(X \to X \times_Y X\) soit plat. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module. Si \(\mathcal{F}\) est plat sur \(Y\), alors \(\mathcal{F}\) est plat sur \(X\).

Démonstration

Soit \(x \in X\), d’image \(y = f(x)\) dans \(Y\). Puisque \(X \to X \times_Y X\) est plat, on voit que \(\mathcal{O}_{X, x} \otimes_{\mathcal{O}_{Y, y}} \mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{X, x}\) est plat. Le résultat découle donc du lemme 092C de Compléments d’algèbre et des définitions.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. Le morphisme \(f\) est faiblement étale.

  2. Pour tous ouverts affines \(U \subset X\), \(V \subset S\) tels que \(f(U) \subset V\), l’homomorphisme d’anneaux \(\mathcal{O}_S(V) \to \mathcal{O}_X(U)\) est faiblement étale.

  3. Il existe un recouvrement ouvert \(S = \bigcup_{j \in J} V_j\) et des recouvrements ouverts \(f^{-1}(V_j) = \bigcup_{i \in I_j} U_i\) tels que chacun des morphismes \(U_i \to V_j\), \(j\in J, i\in I_j\), soit faiblement étale.

  4. Il existe un recouvrement ouvert affine \(S = \bigcup_{j \in J} V_j\) et des recouvrements ouverts affines \(f^{-1}(V_j) = \bigcup_{i \in I_j} U_i\) tels que l’homomorphisme d’anneaux \(\mathcal{O}_S(V_j) \to \mathcal{O}_X(U_i)\) soit faiblement étale, pour tous \(j\in J, i\in I_j\).

De plus, si \(f\) est faiblement étale, alors, pour tous sous-schémas ouverts \(U \subset X\), \(V \subset S\) tels que \(f(U) \subset V\), la restriction \(f|_U : U \to V\) est faiblement étale.

Démonstration

Supposons donnés des sous-schémas ouverts \(U \subset X\), \(V \subset S\) tels que \(f(U) \subset V\). Alors \(U \times_V U \subset X \times_Y X\) est ouvert (Schémas, lemme 01JR) et la diagonale \(\Delta_{U/V}\) de \(f|_U : U \to V\) est la restriction \(\Delta_{X/Y}|_U : U \to U \times_V U\). Puisque la platitude est une propriété locale des morphismes de schémas (Morphismes, lemme 01U5), l’assertion finale du lemme en résulte, ainsi que l’équivalence de (1) et (3). Si \(X\) et \(Y\) sont affines, alors \(X \to Y\) est faiblement étale si et seulement si \(\mathcal{O}_Y(Y) \to \mathcal{O}_X(X)\) est faiblement étale (utiliser de nouveau Morphismes, lemme 01U5). Ainsi, (1) et (3) sont également équivalentes à (2) et (4).

Lemme

Soient \(X \to Y \to Z\) des morphismes de schémas.

  1. Si \(X \to X \times_Y X\) et \(Y \to Y \times_Z Y\) sont plats, alors \(X \to X \times_Z X\) est plat.

  2. Si \(X \to Y\) et \(Y \to Z\) sont faiblement étales, alors \(X \to Z\) est faiblement étale.

Démonstration

La partie (1) résulte de la factorisation \[X \to X \times_Y X \to X \times_Z X\] de la diagonale de \(X\) sur \(Z\), de l’égalité \[X \times_Y X = (X \times_Z X) \times_{(Y \times_Z Y)} Y,\] du fait qu’un changement de base d’un morphisme plat est plat, et du fait que la composée de morphismes plats est plate (Morphismes, lemmes 01U9 et 01U7). La partie (2) résulte de la partie (1) et du fait (que l’on vient d’utiliser) que la composée de morphismes plats est plate.

Lemme

Soient \(X \to Y\) et \(Y' \to Y\) des morphismes de schémas, et soit \(X' = Y' \times_Y X\) le changement de base de \(X\).

  1. Si \(X \to X \times_Y X\) est plat, alors \(X' \to X' \times_{Y'} X'\) est plat.

  2. Si \(X \to Y\) est faiblement étale, alors \(X' \to Y'\) est faiblement étale.

Démonstration

Supposons que \(X \to X \times_Y X\) soit plat. Le morphisme \(X' \to X' \times_{Y'} X'\) est le changement de base de \(X \to X \times_Y X\) par \(Y' \to Y\). Il est donc plat d’après Morphismes, lemme 01U9. Ceci démontre (1). La partie (2) résulte de (1) et du fait (que l’on vient d’utiliser) qu’un changement de base d’un morphisme plat est plat.

Lemme

Soient \(X \to Y \to Z\) des morphismes de schémas. Supposons que \(X \to Y\) soit plat et surjectif, et que \(X \to X \times_Z X\) soit plat. Alors \(Y \to Y \times_Z Y\) est plat.

Démonstration

Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[r] \ar[d] & X \times_Z X \ar[d] \\ Y \ar[r] & Y \times_Z Y }\] La flèche horizontale supérieure est plate et les flèches verticales sont plates. Ainsi, \(X\) est plat sur \(Y \times_Z Y\). D’après Morphismes, lemme 02JZ, on voit que \(Y\) est plat sur \(Y \times_Z Y\).

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas faiblement étale. Alors \(f\) est formellement non ramifié, c’est-à-dire que \(\Omega_{X/Y} = 0\).

Démonstration

Rappelons que \(f\) est formellement non ramifié si et seulement si \(\Omega_{X/Y} = 0\), d’après le lemme 02H9. Grâce au lemme 094S et à Morphismes, lemme 01UT, ceci résulte du cas des anneaux, qui est le lemme 092M de Compléments d’algèbre.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Alors \(X \to Y\) est faiblement étale dans chacun des cas suivants :

  1. \(X \to Y\) est un monomorphisme plat,

  2. \(X \to Y\) est une immersion ouverte,

  3. \(X \to Y\) est plat et non ramifié,

  4. \(X \to Y\) est étale.

Démonstration

Si (1) est satisfaite, alors \(\Delta_{X/Y}\) est un isomorphisme (Schémas, lemme 01L3), donc, assurément, \(f\) est faiblement étale. Le cas (2) est un cas particulier de (1). La diagonale d’un morphisme non ramifié est une immersion ouverte (Morphismes, lemme 02GE), donc elle est plate. Ainsi, un morphisme plat et non ramifié est faiblement étale. Un morphisme étale est plat et non ramifié (Morphismes, lemme 02GK) ; ainsi, (4) résulte de (3).

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Si \(Y\) est réduit et si \(f\) est faiblement étale, alors \(X\) est réduit.

Démonstration

Grâce au lemme 094S, ceci résulte du cas des anneaux, qui est le lemme de Compléments d’algèbre 092I.

Le lemme suivant utilise un résultat non trivial sur les homomorphismes d’anneaux faiblement étales.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est faiblement étale, et

  2. pour \(x \in X\), l’homomorphisme d’anneaux locaux \(\mathcal{O}_{Y, f(x)} \to \mathcal{O}_{X, x}\) induit un isomorphisme sur les hensélisés stricts.

Démonstration

Soit \(x \in X\) un point d’image \(y = f(x)\) dans \(Y\). Choisissons une clôture algébrique séparable \(\kappa^{sep}\) de \(\kappa(x)\). Soit \(\mathcal{O}_{X, x}^{sh}\) le hensélisé strict correspondant à \(\kappa^{sep}\), et \(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}\) le hensélisé strict relatif à la clôture algébrique séparable de \(\kappa(y)\) dans \(\kappa^{sep}\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ \mathcal{O}_{X, x} \ar[r] & \mathcal{O}_{X, x}^{sh} \\ \mathcal{O}_{Y, y} \ar[u] \ar[r] & \mathcal{O}_{Y, y}^{sh} \ar[u] }\] d’homomorphismes locaux d’anneaux locaux ; voir Algèbre, lemme 04GU. Puisque le hensélisé strict est une colimite filtrante d’homomorphismes d’anneaux étales, Compléments d’algèbre, lemme 092N, montre que les homomorphismes horizontaux sont faiblement étales. De plus, les homomorphismes horizontaux sont fidèlement plats d’après Compléments d’algèbre, lemme 07QM.

Supposons \(f\) faiblement étale. D’après le lemme 094Q, la flèche verticale de gauche est faiblement étale. D’après Compléments d’algèbre, lemmes 092J et 092L, la flèche verticale de droite est faiblement étale. D’après Compléments d’algèbre, théorème 092Z, on conclut que la flèche verticale de droite est un isomorphisme.

Supposons que \(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh} \to \mathcal{O}_{X, x}^{sh}\) soit un isomorphisme. Alors \(\mathcal{O}_{Y, y} \to \mathcal{O}_{X, x}^{sh}\) est faiblement étale. Comme \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{X, x}^{sh}\) est fidèlement plat, on conclut que \(\mathcal{O}_{Y, y} \to \mathcal{O}_{X, x}\) est faiblement étale d’après Compléments d’algèbre, lemme 092K. Ainsi, (2) implique (1) d’après le lemme 094Q.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Si \(Y\) est un schéma normal et si \(f\) est faiblement étale, alors \(X\) est un schéma normal.

Démonstration

D’après Compléments d’algèbre, lemme 06DI, un schéma \(S\) est normal si et seulement si, pour tout \(s \in S\), le hensélisé strict de \(\mathcal{O}_{S, s}\) est un domaine normal. Le lemme résulte donc du lemme 094Z.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas sur \(S\). Si \(X\) et \(Y\) sont faiblement étales sur \(S\), alors \(f\) est faiblement étale.

Démonstration

Nous utiliserons sans autre mention Morphismes, lemmes 01U9 et 01U7. Écrivons \(X \to Y\) comme la composée \(X \to X \times_S Y \to Y\). Le second morphisme est plat, car c’est le changement de base du morphisme plat \(X \to S\). Le premier est le changement de base du morphisme plat \(Y \to Y \times_S Y\) par le morphisme \(X \times_S Y \to Y \times_S Y\) ; il est donc plat. Ainsi, \(X \to Y\) est plat. Le morphisme \(X \times_Y X \to X \times_S X\) est une immersion. Ainsi, le lemme 094R implique que, puisque \(X\) est plat sur \(X \times_S X\), il s’ensuit que \(X\) est plat sur \(X \times_Y X\).

Le lemme suivant est une généralisation schématique de l’observation selon laquelle une extension de corps à la fois séparable et purement inséparable est nécessairement un isomorphisme.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Si \(f\) est faiblement étale et est un homéomorphisme universel, alors c’est un isomorphisme.

Démonstration

Puisque \(f\) est un homéomorphisme universel, la diagonale \(\Delta : X \to X \times_Y X\) est une immersion fermée surjective d’après Morphismes, lemmes 04DE et 01S4. Comme \(\Delta\) est aussi plate, on voit que \(\Delta\) est nécessairement un isomorphisme d’après Morphismes, lemme 04PW. Autrement dit, \(f\) est un monomorphisme (Schémas, lemme 01L3). Puisque \(f\) est un homéomorphisme universel, il est certainement quasi-compact. Ainsi, d’après Descente, lemme 06NC, on trouve que \(f\) est un isomorphisme.

Le résultat suivant est une généralisation faiblement étale de Morphismes étales, lemme 0EBS.

Lemme

Soit \(U \to X\) un morphisme de schémas faiblement étale, où \(X\) est un schéma de caractéristique \(p\). Alors le Frobenius relatif \(F_{U/X} : U \to U \times_{X, F_X} X\) est un isomorphisme.

Démonstration

Le morphisme \(F_{U/X}\) est un homéomorphisme universel d’après Variétés, lemme 0CCB. Le morphisme \(F_{U/X}\) est faiblement étale en tant que morphisme entre des schémas faiblement étales sur \(X\), d’après le lemme 0951. Ainsi, \(F_{U/X}\) est un isomorphisme d’après le lemme 0F6V.

Théorème de la fibre réduite

Dans cette section, nous examinons le type le plus simple de théorème parmi ceux annoncés par le titre. Bien que la démonstration du résultat soit quelque peu laborieuse, elle découle essentiellement de manière directe du résultat d’Epp sur l’élimination de la ramification ; voir Compléments d’algèbre, théorème 09F9.

Soit \(A\) un anneau de Dedekind de corps des fractions \(K\). Soit \(X\) un schéma plat et de type fini sur \(A\). Soit \(L\) une extension finie de \(K\). Soit \(B\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\). Alors \(B\) est un anneau de Dedekind (Algèbre, lemme 09IG). Soit \(X_B = X \times_{\Spec(A)} \Spec(B)\) le changement de base. Alors \(X_B \to \Spec(B)\) est de type fini (Morphismes, lemme 01T4). Par conséquent, \(X_B\) est noethérien (Morphismes, lemme 01T6). La normalisation \(\nu : Y \to X_B\) existe donc (voir Morphismes, définition 035N, ainsi que la discussion qui suit). On a le diagramme [09IK]\[\begin{equation} \xymatrix{ Y \ar[rd] \ar[r]_\nu & X_B \ar[r] \ar[d] & X \ar[d] \\ & \Spec(B) \ar[r] & \Spec(A) } \end{equation}\] On appelle parfois \(Y\) le changement de base normalisé de \(X\). En général, le morphisme \(\nu\) n’est pas nécessairement fini. Mais si \(A\) est un anneau de Nagata (condition presque toujours satisfaite en pratique), alors \(\nu\) est fini et \(Y\) est de type fini sur \(B\) ; voir Morphismes, lemmes 035S et 035A.

La formation du changement de base normalisé commute à la composition. Plus précisément, si \(M/L/K\) sont des extensions finies de corps, de clôtures intégrales \(A \subset B \subset C\), alors le changement de base normalisé \(Z\) de \(Y \to \Spec(B)\) relativement à \(M/L\) est égal au changement de base normalisé de \(X \to \Spec(A)\) relativement à \(M/K\).

Théorème

Soit \(A\) un anneau de Dedekind de corps des fractions \(K\). Soit \(X\) un schéma plat et de type fini sur \(A\). Supposons que \(A\) soit un anneau de Nagata. Il existe une extension finie \(L/K\) telle que le changement de base normalisé \(Y\) soit lisse sur \(\Spec(B)\) en tous les points génériques de toutes les fibres.

Démonstration

Au cours de la démonstration, nous utiliserons à plusieurs reprises que la formation de l’ensemble des points où un morphisme (plat et de présentation finie), tel que \(X \to \Spec(A)\), est lisse commute au changement de base ; voir Morphismes, lemme 02V4.

Choisissons d’abord une extension finie \(L/K\) telle que \((X_L)_{red}\) soit géométriquement réduit sur \(L\) ; voir Variétés, lemme 04KT. Puisque \(Y \to (X_B)_{red}\) est birationnel, on voit, en appliquant Variétés, lemme 04KS, que \(Y_L\) est lui aussi géométriquement réduit sur \(L\). Par conséquent, \(Y_L \to \Spec(L)\) est lisse sur un ouvert dense \(V \subset Y_L\) d’après Variétés, lemme 056V. Ainsi, le lieu de lissité \(U \subset Y\) du morphisme \(Y \to \Spec(B)\) est ouvert (d’après Morphismes, définition 01V5) et est dense dans la fibre générique. En remplaçant \(A\) par \(B\) et \(X\) par \(Y\), on se ramène au cas traité dans le paragraphe suivant.

Supposons que \(X\) soit normal et que le lieu de lissité \(U \subset X\) de \(X \to \Spec(A)\) soit dense dans la fibre générique. Cela implique que \(U\) est dense dans toutes les fibres sauf un nombre fini ; voir le lemme 054X. Soient \(x_1, \ldots, x_r \in X \setminus U\) les points génériques, en nombre fini, des composantes irréductibles de \(X \setminus U\) qui sont en outre des points génériques de composantes irréductibles de fibres de \(X \to \Spec(A)\). Posons \(\mathcal{O}_i = \mathcal{O}_{X, x_i}\). Soit \(A_i\) la localisation de \(A\) en l’idéal maximal correspondant à l’image de \(x_i\) dans \(\Spec(A)\). D’après Compléments d’algèbre, proposition 09II, il existe des extensions finies \(K_i/K\) qui sont des solutions pour l’extension d’anneaux de valuation discrète \(A_i \to \mathcal{O}_i\). Soit \(L/K\) une extension finie dominant toutes les extensions \(K_i/K\). Alors \(L/K\) est encore une solution pour \(A_i \to \mathcal{O}_i\) d’après Compléments d’algèbre, lemme 0GLR.

Considérons le diagramme (09IK) avec l’extension \(L/K\) que nous venons de construire. Notons que \(U_B \subset X_B\) est lisse sur \(B\), donc normal (on peut par exemple utiliser Algèbre, lemme 033C). Ainsi, \(Y \to X_B\) est un isomorphisme au-dessus de \(U_B\). Soit \(y \in Y\) un point générique d’une composante irréductible d’une fibre de \(Y \to \Spec(B)\) située au-dessus de l’idéal maximal \(\mathfrak m \subset B\). Supposons que \(y \not \in U_B\). Alors \(y\) s’envoie sur l’un des points \(x_i\). Il s’ensuit que \(\mathcal{O}_{Y, y}\) est un anneau local de la clôture intégrale de \(\mathcal{O}_i\) dans \(R(X) \otimes_K L\) (détails omis). Par conséquent, puisque \(L/K\) est une solution pour \(A_i \to \mathcal{O}_i\), on voit que \(B_\mathfrak m \to \mathcal{O}_{Y, y}\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_y\)-adique (c’est la définition du fait d’être une « solution »). Autrement dit, \(\mathfrak m\mathcal{O}_{Y, y} = \mathfrak m_y\) et l’extension des corps résiduels est séparable ; voir Compléments d’algèbre, lemme 09E7. L’anneau local de la fibre en \(y\) est donc \(\kappa(y)\). Cela implique que la fibre est lisse sur \(\kappa(\mathfrak m)\) en \(y\), par exemple d’après Algèbre, lemme 00TV. Ceci achève la démonstration.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas plat et de type fini. Supposons que \(S\) soit un schéma de Nagata, intègre, de corps des fonctions \(K\), et régulier de dimension \(1\). Il existe alors une extension finie \(L/K\) telle que, dans le diagramme \[\xymatrix{ Y \ar[rd]_g \ar[r]_-\nu & X \times_S T \ar[d] \ar[r] & X \ar[d]_f \\ & T \ar[r] & S }\] le morphisme \(g\) soit lisse en tous les points génériques des fibres. Ici, \(T\) est la normalisation de \(S\) dans \(\Spec(L)\) et \(\nu : Y \to X \times_S T\) est la normalisation.

Démonstration

Choisissons un recouvrement ouvert affine fini \(S = \bigcup \Spec(A_i)\). Alors \(K\) est égal au corps des fractions de \(A_i\) pour tout \(i\). Posons \(X_i = X \times_S \Spec(A_i)\). Choisissons \(L_i/K\) comme dans le théorème 09IL pour le morphisme \(X_i \to \Spec(A_i)\). Soit \(B_i \subset L_i\) la clôture intégrale de \(A_i\) et soit \(Y_i\) le changement de base normalisé de \(X\) par \(B_i\). Soit \(L/K\) une extension finie dominant chacun des \(L_i\). Soit \(T_i \subset T\) l’image réciproque de \(\Spec(A_i)\). Pour tout \(i\), on obtient un diagramme commutatif \[\xymatrix{ g^{-1}(T_i) \ar[r] \ar[d] & Y_i \ar[r] \ar[d] & X \times_S \Spec(A_i) \ar[d] \\ T_i \ar[r] & \Spec(B_i) \ar[r] & \Spec(A_i) }\] et, en fait, le carré de gauche est un changement de base normalisé, comme on l’a expliqué au début de la section. Dans la démonstration du théorème 09IL, nous avons vu que le lieu de lissité de \(Y \to T\) contient l’image réciproque dans \(g^{-1}(T_i)\) de l’ensemble des points où \(Y_i\) est lisse sur \(B_i\). Cela démontre le lemme.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de Dedekind de corps des fractions \(K\). Soit \(X\) un schéma plat et de type fini sur \(A\). Supposons que \(A\) soit un anneau de Nagata et que, pour tout point générique \(\eta\) d’une composante irréductible de \(X\), l’extension de corps \(\kappa(\eta)/K\) soit séparable. Il existe alors une extension finie séparable \(L/K\) telle que le changement de base normalisé \(Y\) soit lisse sur \(\Spec(B)\) en tous les points génériques de toutes les fibres.

Démonstration

La démonstration est exactement la même que celle du théorème 09IL, à quelques modifications mineures près. Le changement le plus important consiste à utiliser Compléments d’algèbre, lemme 0BRP, au lieu de Compléments d’algèbre, proposition 09II. Au cours de la démonstration, nous utiliserons à plusieurs reprises que la formation de l’ensemble des points où un morphisme (plat et de présentation finie), tel que \(X \to \Spec(A)\), est lisse commute au changement de base ; voir Morphismes, lemme 02V4.

Puisque \(X\) est plat sur \(A\), tout point générique \(\eta\) de \(X\) s’envoie sur le point générique de \(\Spec(A)\). Après avoir remplacé \(X\) par sa réduction, on peut supposer que \(X\) est réduit. Dans ce cas, \(X_K\) est géométriquement réduit sur \(K\) d’après Variétés, lemme 04KS. Par conséquent, \(X_K \to \Spec(K)\) est lisse sur un ouvert dense d’après Variétés, lemme 056V. Ainsi, le lieu de lissité \(U \subset X\) du morphisme \(X \to \Spec(A)\) est ouvert (d’après Morphismes, définition 01V5) et est dense dans la fibre générique. On est ainsi ramené à la situation du paragraphe suivant.

Supposons que \(X\) soit normal et que le lieu de lissité \(U \subset X\) de \(X \to \Spec(A)\) soit dense dans la fibre générique. Cela implique que \(U\) est dense dans toutes les fibres sauf un nombre fini ; voir le lemme 054X. Soient \(x_1, \ldots, x_r \in X \setminus U\) les points génériques, en nombre fini, des composantes irréductibles de \(X \setminus U\) qui sont en outre des points génériques de composantes irréductibles de fibres de \(X \to \Spec(A)\). Posons \(\mathcal{O}_i = \mathcal{O}_{X, x_i}\). Observons que le corps des fractions de \(\mathcal{O}_i\) est le corps résiduel d’un point générique de \(X\). Soit \(A_i\) la localisation de \(A\) en l’idéal maximal correspondant à l’image de \(x_i\) dans \(\Spec(A)\). On peut appliquer Compléments d’algèbre, lemme 0BRP, et l’on trouve des extensions finies séparables \(K_i/K\) qui sont des solutions pour \(A_i \to \mathcal{O}_i\). Soit \(L/K\) une extension finie séparable dominant toutes les extensions \(K_i/K\). Alors \(L/K\) est encore une solution pour \(A_i \to \mathcal{O}_i\) d’après Compléments d’algèbre, lemme 0GLR.

Considérons le diagramme (09IK) avec l’extension \(L/K\) que nous venons de construire. Notons que \(U_B \subset X_B\) est lisse sur \(B\), donc normal (on peut par exemple utiliser Algèbre, lemme 033C). Ainsi, \(Y \to X_B\) est un isomorphisme au-dessus de \(U_B\). Soit \(y \in Y\) un point générique d’une composante irréductible d’une fibre de \(Y \to \Spec(B)\) située au-dessus de l’idéal maximal \(\mathfrak m \subset B\). Supposons que \(y \not \in U_B\). Alors \(y\) s’envoie sur l’un des points \(x_i\). Il s’ensuit que \(\mathcal{O}_{Y, y}\) est un anneau local de la clôture intégrale de \(\mathcal{O}_i\) dans \(R(X) \otimes_K L\) (détails omis). Par conséquent, puisque \(L/K\) est une solution pour \(A_i \to \mathcal{O}_i\), on voit que \(B_\mathfrak m \to \mathcal{O}_{Y, y}\) est formellement lisse (c’est la définition du fait d’être une « solution »). Autrement dit, \(\mathfrak m\mathcal{O}_{Y, y} = \mathfrak m_y\) et l’extension des corps résiduels est séparable. L’anneau local de la fibre en \(y\) est donc \(\kappa(y)\). Cela implique que la fibre est lisse sur \(\kappa(\mathfrak m)\) en \(y\), par exemple d’après Algèbre, lemme 00TV. Ceci achève la démonstration.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas plat et de type fini. Supposons que \(S\) soit un schéma de Nagata, intègre, de corps des fonctions \(K\), et régulier de dimension \(1\). Supposons que les extensions de corps \(\kappa(\eta)/K\) soient séparables pour tout point générique \(\eta\) d’une composante irréductible de \(X\). Il existe alors une extension finie séparable \(L/K\) telle que, dans le diagramme \[\xymatrix{ Y \ar[rd]_g \ar[r]_-\nu & X \times_S T \ar[d] \ar[r] & X \ar[d]_f \\ & T \ar[r] & S }\] le morphisme \(g\) soit lisse en tous les points génériques des fibres. Ici, \(T\) est la normalisation de \(S\) dans \(\Spec(L)\) et \(\nu : Y \to X \times_S T\) est la normalisation.

Démonstration

Cela résulte du lemme 0BRR exactement de la même manière que le lemme 0BRQ résulte du théorème 09IL.

Morphismes ind-quasi-affines

Un peu de théorie qui sera utilisée plus loin.

Définition

Un schéma \(X\) est dit ind-quasi-affine si tout ouvert quasi-compact de \(X\) est quasi-affine. De même, un morphisme de schémas \(X \to Y\) est dit ind-quasi-affine si \(f^{-1}(V)\) est ind-quasi-affine pour tout ouvert affine \(V\) de \(Y\).

Un ouvert d’un schéma affine est un exemple de schéma ind-quasi-affine. Si \(X = \bigcup_{i \in I} U_i\) est une réunion d’ouverts quasi-affines telle que deux quelconques des \(U_i\) soient contenus dans un troisième, alors \(X\) est ind-quasi-affine. Un schéma ind-quasi-affine \(X\) est séparé, car deux ouverts affines \(U, V\) quelconques sont contenus dans un sous-schéma ouvert séparé de \(X\), à savoir \(U \cup V\). De même, un morphisme ind-quasi-affine est séparé.

Lemme

Pour un morphisme de schémas \(f : X \to Y\), les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est ind-quasi-affine,

  2. pour tout sous-schéma ouvert affine \(V \subset Y\) et tout sous-schéma ouvert quasi-compact \(U \subset f^{-1}(V)\), le morphisme induit \(U \to V\) est quasi-affine.

  3. pour un recouvrement \(\{ V_j \}_{j \in J}\) de \(Y\) par des sous-schémas ouverts quasi-compacts et quasi-séparés \(V_j \subset Y\), pour tout \(j \in J\) et tout sous-schéma ouvert quasi-compact \(U \subset f^{-1}(V_j)\), le morphisme induit \(U \to V_j\) est quasi-affine.

  4. pour tout sous-schéma ouvert quasi-compact et quasi-séparé \(V \subset Y\) et tout sous-schéma ouvert quasi-compact \(U \subset f^{-1}(V)\), le morphisme induit \(U \to V\) est quasi-affine.

En particulier, la propriété d’être un morphisme ind-quasi-affine est locale pour la topologie de Zariski sur la base.

Démonstration

L’équivalence (1) \(\Leftrightarrow\) (2) résulte des définitions et de Morphismes, lemme 01SM. Pour (2) \(\Rightarrow\) (4), soient \(U\) et \(V\) comme dans (4). D’après Schémas, lemme 03GI, le morphisme induit \(U \to V\) est quasi-compact. Ainsi, pour tout ouvert affine \(V' \subset V\), le produit fibré \(V' \times_V U\) est quasi-compact, donc, d’après (2), le morphisme induit \(V' \times_V U \to V'\) est quasi-affine. Ainsi, \(U \to V\) est lui aussi quasi-affine d’après Morphismes, lemme 01SM. Cet argument donne également (3) \(\Rightarrow\) (4) : en effet, en conservant les mêmes notations, les ouverts affines \(V' \subset V\) qui sont contenus dans l’un des \(V_j\) recouvrent \(V\) ; il faut donc montrer que le morphisme quasi-compact \(V' \times_V U \to V'\) est quasi-affine. Or, d’après (3), le composé \(V' \times_V U \to V' \to V_j\) est quasi-affine et, d’après Schémas, lemme 01KV, le morphisme \(V' \to V_j\) est quasi-séparé. Ainsi, \(V' \times_V U \to V'\) est quasi-affine d’après Morphismes, lemme 054G. Les dernières implications (4) \(\Rightarrow\) (2) et (4) \(\Rightarrow\) (3) sont évidentes.

Lemme

La propriété d’être un morphisme ind-quasi-affine est stable par composition.

Démonstration

Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes ind-quasi-affines. Soient \(V \subset Z\) et \(U \subset f^{-1}(g^{-1}(V))\) des ouverts quasi-compacts, avec \(V\) de plus quasi-séparé. L’image \(f(U)\) est une partie quasi-compacte de \(g^{-1}(V)\) ; elle est donc contenue dans un ouvert quasi-compact \(W \subset g^{-1}(V)\) (réunion d’un nombre fini d’ouverts affines). On obtient une factorisation \(U \to W \to V\). Le morphisme \(W \to V\) est quasi-affine d’après le lemme 0F1U ; en particulier, \(W\) est quasi-séparé. Alors, encore d’après le lemme 0F1U, \(U \to W\) est lui aussi quasi-affine. Par conséquent, d’après Morphismes, lemme 01SN, le composé \(U \to V\) est lui aussi quasi-affine, et il reste à appliquer une fois de plus le lemme 0F1U.

Lemme

Tout morphisme quasi-affine est ind-quasi-affine. Toute immersion est ind-quasi-affine.

Démonstration

La première assertion résulte immédiatement des définitions. En particulier, les morphismes affines, comme les immersions fermées, sont ind-quasi-affines. Ainsi, d’après le lemme 0F1V, il reste à montrer qu’une immersion ouverte est ind-quasi-affine. Mais cela résulte immédiatement des définitions.

Lemme

Si \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) sont des morphismes de schémas tels que \(g \circ f\) soit ind-quasi-affine, alors \(f\) est ind-quasi-affine.

Démonstration

D’après le lemme 0F1U, on peut travailler localement pour la topologie de Zariski sur \(Z\), puis sur \(Y\) ; on ne perd donc rien à supposer que \(Z\), puis également \(Y\), est affine. Tout ouvert quasi-compact de \(X\) est alors quasi-affine, et le lemme 0F1U donne l’assertion.

Lemme

La propriété d’être ind-quasi-affine est stable par changement de base.

Démonstration

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme ind-quasi-affine. Pour vérifier que tout changement de base de \(f\) est ind-quasi-affine, d’après le lemme 0F1U, on peut travailler localement pour la topologie de Zariski sur \(Y\) ; on suppose donc que \(Y\) est affine. En outre, on peut aussi supposer que, dans le morphisme de changement de base \(Z \to Y\), le schéma \(Z\) est affine. Le changement de base \(X \times_Y Z \to X\) est un morphisme affine ; d’après les lemmes 0F1V et 0F1W, le morphisme \(X \times_Y Z \to Y\) est donc ind-quasi-affine. Alors, d’après le lemme 0F1X, le changement de base \(X \times_Y Z \to Z\) est ind-quasi-affine, comme souhaité.

Lemme

La propriété d’être ind-quasi-affine est locale pour la topologie fpqc sur la base.

Démonstration

La stabilité de l’ind-quasi-affinité par changement de base, fournie par le lemme 0AP7, donne une implication. Pour l’autre, soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas et soit \(\{g_i : Y_i \to Y\}\) un recouvrement fpqc tel que le changement de base \(f_i : X_i \to Y_i\) soit ind-quasi-affine pour tout \(i\). Il faut montrer que \(f\) est ind-quasi-affine.

D’après le lemme 0F1U, on peut travailler localement pour la topologie de Zariski sur \(Y\) ; on suppose donc que \(Y\) est affine. On utilise alors la stabilité par changement de base assurée par le lemme 0AP7 pour raffiner le recouvrement et supposer qu’il est donné par un unique morphisme affine et fidèlement plat \(g : Y' \to Y\). Pour tout ouvert quasi-compact \(U \subset X\), son changement de base par \(Y'\), \(U \times_Y Y' \subset X \times_Y Y'\), est lui aussi quasi-compact. Il reste à observer que, d’après Descente, lemme 02L7, le morphisme \(U \to Y\) est quasi-affine si et seulement si \(U \times_Y Y' \to Y'\) l’est.

Lemme

Un morphisme de schémas séparé et localement quasi-fini est ind-quasi-affine.

Démonstration

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas séparé et localement quasi-fini. Soient \(V \subset Y\) un ouvert affine et \(U \subset f^{-1}(V)\) un ouvert quasi-compact. Il faut montrer que \(U\) est quasi-affine. Comme \(U \to V\) est un morphisme de schémas séparé et quasi-fini, cela résulte du théorème principal de Zariski. Voir le lemme 02LR.

Sommes amalgamées dans la catégorie des schémas, II

Cette section prolonge la section 07RS. Dans cette section, nous construisons des sommes amalgamées de \(Y \leftarrow Z \rightarrow X\) lorsque \(Z \to X\) est une immersion fermée, que \(Z \to Y\) est entier et qu’une condition supplémentaire est satisfaite. On trouvera une discussion détaillée dans [Ferrand-Conducteur].

Situation

Ici, \(S\) est un schéma, et \(i : Z \to X\) et \(j : Z \to Y\) sont des morphismes de schémas sur \(S\). On suppose que

  1. \(i\) est une immersion fermée,

  2. \(j\) est un morphisme entier de schémas,

  3. pour tout \(y \in Y\), il existe un ouvert affine \(U \subset X\) tel que \(j^{-1}(\{y\}) \subset i^{-1}(U)\).

Lemme

Dans la situation 0ECI, pour tout \(y \in Y\), il existe des ouverts affines \(U \subset X\) et \(V \subset Y\) tels que \(i^{-1}(U) = j^{-1}(V)\) et \(y \in V\).

Démonstration

Soit \(y \in Y\). Choisissons un ouvert affine \(U \subset X\) tel que \(j^{-1}(\{y\}) \subset i^{-1}(U)\) (ce qui est possible par hypothèse). Choisissons un voisinage ouvert affine \(V \subset Y\) de \(y\) tel que \(j^{-1}(V) \subset i^{-1}(U)\). C’est possible parce que \(j : Z \to Y\) est un morphisme fermé (Morphismes, lemme 01WM) et que \(i^{-1}(U)\) contient la fibre au-dessus de \(y\). Comme \(j\) est entier, la fibre schématique \(Z_y\) est le spectre d’une algèbre entière sur un corps. D’après Limites, lemme 0E21, on peut trouver un \(\overline{f} \in \Gamma(i^{-1}(U), \mathcal{O}_{i^{-1}(U)})\) tel que \(Z_y \subset D(\overline{f}) \subset j^{-1}(V)\). Puisque \(i|_{i^{-1}(U)} : i^{-1}(U) \to U\) est une immersion fermée de schémas affines, on peut choisir un \(f \in \Gamma(U, \mathcal{O}_U)\) dont la restriction à \(i^{-1}(U)\) est \(\overline{f}\). Après avoir remplacé \(U\) par l’ouvert principal \(D(f) \subset U\), on trouve des ouverts affines \(y \in V \subset Y\) et \(U \subset X\) tels que \[j^{-1}(\{y\}) \subset i^{-1}(U) \subset j^{-1}(V)\] Nous répétons maintenant (en un certain sens) l’argument. Plus précisément, nous choisissons \(g \in \Gamma(V, \mathcal{O}_V)\) tel que \(y \in D(g)\) et \(j^{-1}(D(g)) \subset i^{-1}(U)\) (ce qui est possible par le même argument que ci-dessus). On peut alors prendre \(f \in \Gamma(U, \mathcal{O}_U)\) dont la restriction à \(i^{-1}(U)\) est l’image réciproque de \(g\) par \(i^{-1}(U) \to V\) (à nouveau pour la même raison que ci-dessus). On dispose finalement d’ouverts affines \(y \in V' = D(g) \subset V \subset Y\) et \(U' = D(f) \subset U \subset X\) tels que \(j^{-1}(V') = i^{-1}(V')\).

Proposition

Dans la situation 0ECI, la somme amalgamée \(Y \amalg_Z X\) existe dans la catégorie des schémas. On a le diagramme \[\xymatrix{ Z \ar[r]_i \ar[d]_j & X \ar[d]^a \\ Y \ar[r]^-b & Y \amalg_Z X }\] Le diagramme est un carré cartésien, le morphisme \(a\) est entier, le morphisme \(b\) est une immersion fermée, et \[\mathcal{O}_{Y \amalg_Z X} = b_*\mathcal{O}_Y \times_{c_*\mathcal{O}_Z} a_*\mathcal{O}_X\] comme faisceaux d’anneaux, où \(c = a \circ i = b \circ j\).

Démonstration

Comme espace topologique, on définit \(Y \amalg_Z X\) comme la somme amalgamée du diagramme dans la catégorie des espaces topologiques (Topologie, section 0B1W). Il s’agit simplement de la somme amalgamée des ensembles sous-jacents (Topologie, lemme 0B1X), munie de la topologie quotient. Sur \(Y \amalg_Z X\), on dispose des morphismes de faisceaux d’anneaux \[b_*\mathcal{O}_Y \longrightarrow c_*\mathcal{O}_Z \longleftarrow a_*\mathcal{O}_X\] et l’on peut définir \[\mathcal{O}_{Y \amalg_Z X} = b_*\mathcal{O}_Y \times_{c_*\mathcal{O}_Z} a_*\mathcal{O}_X\] comme le produit fibré dans la catégorie des faisceaux d’anneaux. Pour montrer que l’on obtient un schéma, il faut montrer que tout point possède un voisinage ouvert affine. C’est clair pour les points qui ne sont pas dans l’image de \(c\), car l’image de \(c\) est une partie fermée dont le complément est isomorphe, comme espace annelé, à \((Y \setminus j(Z)) \amalg (X \setminus i(Z))\).

Un point de l’image de \(c\) correspond à un unique \(y \in Y\) dans l’image de \(j\). D’après le lemme 0ECJ, on trouve des ouverts affines \(U \subset X\) et \(V \subset Y\) tels que \(y \in V\) et \(i^{-1}(U) = j^{-1}(V)\). Comme la construction du premier paragraphe est manifestement compatible avec la restriction à des sous-schémas ouverts compatibles, pour montrer qu’elle produit un schéma, on peut supposer que \(X\), \(Y\) et \(Z\) sont affines.

Si \(X = \Spec(A)\), \(Y = \Spec(B)\) et \(Z = \Spec(C)\) sont affines, alors Compléments d’algèbre, lemme 0B7J, montre que \(Y \amalg_Z X = \Spec(B \times_C A)\) comme espaces topologiques. Pour achever la démonstration du fait que \(Y \times_Z X\) est un schéma, il suffit de montrer que, sur \(\Spec(B \times_C A)\), le faisceau structural est le produit fibré des images directes. Cela résulte de l’application de Compléments d’algèbre, lemme 01Z8, aux ouverts affines principaux de \(\Spec(B \times_C A)\).

La discussion ci-dessus montre que le schéma \(Y \amalg_Z X\) possède un recouvrement ouvert affine \(Y \amalg_Z X = \bigcup W_i\) tel que \(U_i = a^{-1}(W_i)\), \(V_i = b^{-1}(W_i)\) et \(\Omega_i = c^{-1}(W_i)\) soient des ouverts affines de \(X\), \(Y\) et \(Z\). Ainsi, \(a\) et \(b\) sont affines. De plus, si \(A_i\), \(B_i\), \(C_i\) sont les anneaux correspondant à \(U_i\), \(V_i\), \(\Omega_i\), alors \(A_i \to C_i\) est surjectif et \(W_i\) correspond à \(A_i \times_{C_i} B_i\), qui s’envoie surjectivement sur \(B_i\). Ainsi, \(b\) est une immersion fermée. Le morphisme d’anneaux \(A_i \times_{C_i} B_i \to A_i\) est entier d’après Compléments d’algèbre, lemme 0E1S ; donc \(a\) est entier. Le diagramme est cartésien parce que \[C_i \cong B_i \otimes_{B_i \times_{C_i} A_i} A_i\] Cela résulte du fait que \(B_i \times_{C_i} A_i \to B_i\) et \(A_i \to C_i\) sont des morphismes surjectifs de même noyau.

Enfin, on peut appliquer les lemmes 0ET0 et 0BMP pour conclure que notre construction est une somme amalgamée dans la catégorie des schémas.

Lemme

Dans la situation 0ECI, si \(X\) et \(Y\) sont séparés, alors la somme amalgamée \(Y \amalg_Z X\) (proposition 0E25) est séparée. Il en va de même pour « séparé sur \(S\) », « quasi-séparé » et « quasi-séparé sur \(S\) ».

Démonstration

Le morphisme \(Y \amalg X \to Y \amalg_Z X\) est surjectif et universellement fermé. On peut donc appliquer Morphismes, lemme 09MQ.

Lemme

Dans la situation 0ECI, supposons que \(S\) soit un schéma localement noethérien et que \(X\), \(Y\) et \(Z\) soient localement de type fini sur \(S\). Alors la somme amalgamée \(Y \amalg_Z X\) (proposition 0E25) est localement de type fini sur \(S\).

Démonstration

En se plaçant sur des ouverts affines, on retrouve le résultat de Compléments d’algèbre, lemme 00IT.

Lemme

Dans la situation 0ECI, supposons donné un diagramme commutatif \[\xymatrix{ Y' \ar[d]^g & Z' \ar[l]^{j'} \ar[r]_{i'} \ar[d]^h & X' \ar[d]^f \\ Y & Z \ar[l] \ar[r] & X }\] dont les carrés sont cartésiens et où \(f, g, h\) sont séparés et localement quasi-finis. Alors

  1. les sommes amalgamées \(Y \amalg_Z X\) et \(Y' \amalg_{Z'} X'\) existent,

  2. \(Y' \amalg_{Z'} X' \to Y \amalg_Z X\) est séparé et localement quasi-fini, et

  3. les carrés \[\xymatrix{ Y' \ar[r] \ar[d] & Y' \amalg_{Z'} X' \ar[d] & X' \ar[l] \ar[d] \\ Y \ar[r] & Y \amalg_Z X & X \ar[l] }\] sont cartésiens.

Démonstration

La somme amalgamée \(Y \amalg_Z X\) existe d’après la proposition 0E25. Pour voir que la somme amalgamée \(Y' \amalg_{Z'} X'\) existe, vérifions que la condition (3) de la situation 0ECI est satisfaite pour \((X', Y', Z', i', j')\). En effet, soit \(y' \in Y'\) et notons \(y \in Y\) son image. Choisissons un ouvert affine \(U \subset X\) tel que \(i(j^{-1}(y)) \subset U\). Choisissons un ouvert quasi-compact \(U' \subset X'\) contenu dans \(f^{-1}(U)\) et contenant le sous-ensemble quasi-compact \(i'((j')^{-1}(\{y'\}))\). D’après le lemme 0AP9, on voit que \(U'\) est quasi-affine. Puisque \(Z'_{y'}\) est le spectre d’une algèbre entière sur un corps, on peut appliquer Limites, lemme 0E21, et l’on trouve qu’il existe un sous-schéma ouvert affine de \(U'\) contenant \(i'((j')^{-1}(\{y'\}))\), comme souhaité.

L’existence étant vérifiée, établissons les autres assertions. Localement pour la topologie affine, nous sommes exactement dans la situation de Compléments d’algèbre, lemme 08KQ, avec \(B \to D\) et \(A' \to C'\) localement quasi-finis15. En particulier, le morphisme \(Y' \amalg_{Z'} X' \to Y \amalg_Z X\) est localement de type fini. Les carrés du diagramme sont cartésiens d’après Compléments d’algèbre, lemme 07RU. Puisque la propriété d’être localement quasi-fini se vérifie sur les fibres (Morphismes, lemme 01TH), on conclut que \(Y' \amalg_{Z'} X' \to Y \amalg_Z X\) est localement quasi-fini.

Il reste à vérifier que \(Y' \amalg_{Z'} X' \to Y \amalg_Z X\) est séparé. Remarquons que \(Y' \amalg X' \to Y' \amalg_{Z'} X'\) est universellement fermé et surjectif d’après la proposition 0E25. Comme le morphisme \(Y' \amalg X' \to Y \amalg_Z X\) est aussi séparé (puisqu’il se factorise sous la forme \(Y' \amalg X' \to Y \amalg X \to Y \amalg_Z X\)), on conclut par Morphismes, lemme 09MQ.

Lemme

Dans la situation 0ECI, la catégorie des schémas plats, séparés et localement quasi-finis sur la somme amalgamée \(Y \amalg_Z X\) est équivalente à la catégorie des \((X', Y', Z', i', j', f, g, h)\) comme dans le lemme 0ECK, où \(f, g, h\) sont plats. Même énoncé en remplaçant « plat » par « étale ».

Démonstration

Si l’on part de \((X', Y', Z', i', j', f, g, h)\) comme dans le lemme 0ECK, avec \(f, g, h\) plats ou étales, alors \(Y' \amalg_{Z'} X' \to Y \amalg_Z X\) est plat ou étale d’après Compléments d’algèbre, lemme 08KQ.

Réciproquement, soit \(W \to Y \amalg_Z X\) un morphisme séparé et localement quasi-fini. Posons \(X' = W \times_{Y \amalg_Z X} X\), \(Y' = W \times_{Y \amalg_Z X} Y\) et \(Z' = W \times_{Y \amalg_Z X} Z\), avec les morphismes évidents \(i', j', f, g, h\). Formons la somme amalgamée \(Y' \amalg_{Z'} X'\). On obtient un morphisme \[Y' \amalg_{Z'} X' \longrightarrow W\] de schémas au-dessus de \(Y \amalg_X Z\) par la propriété universelle de la somme amalgamée. Si l’on ne suppose pas que \(W \to Y \amalg_Z X\) est plat, alors ce morphisme n’est en général pas un isomorphisme. (En fait, Compléments d’algèbre, lemme 08IG montre que la flèche affichée est une immersion fermée, mais pas un isomorphisme en général.) Cependant, si \(W \to Y \times_Z X\) est plat, alors c’est un isomorphisme d’après Compléments d’algèbre, lemme 08KQ.

Nous examinons ensuite l’existence dans le cas où les deux morphismes sont des immersions fermées.

Lemme

Soient \(i : Z \to X\) et \(j : Z \to Y\) des immersions fermées de schémas. Alors la somme amalgamée \(Y \amalg_Z X\) existe dans la catégorie des schémas. Diagramme : \[\xymatrix{ Z \ar[r]_i \ar[d]_j & X \ar[d]^a \\ Y \ar[r]^-b & Y \amalg_Z X }\] Le diagramme est un carré cartésien, les morphismes \(a\) et \(b\) sont des immersions fermées, et l’on a une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{O}_{Y \amalg_Z X} \to a_*\mathcal{O}_X \oplus b_*\mathcal{O}_Y \to c_*\mathcal{O}_Z \to 0\] où \(c = a \circ i = b \circ j\).

Démonstration

C’est un cas particulier de la proposition 0E25. Remarquons que l’hypothèse (3) de la situation 0ECI est immédiate, car les fibres de \(j\) ont au plus un point. Enfin, inversons les rôles des flèches pour conclure que \(a\) et \(b\) sont tous deux des immersions fermées.

Lemme

Soient \(i : Z \to X\) et \(j : Z \to Y\) des immersions fermées de schémas. Soient \(f : X' \to X\) et \(g : Y' \to Y\) des morphismes de schémas, et soit \(\varphi : X' \times_{X, i} Z \to Y' \times_{Y, j} Z\) un isomorphisme de schémas au-dessus de \(Z\). Considérons le morphisme \[h : X' \amalg_{X' \times_{X, i} Z, \varphi} Y' \longrightarrow X \amalg_Z Y\] Alors :

  1. \(h\) est localement de type fini si et seulement si \(f\) et \(g\) sont localement de type fini ;

  2. \(h\) est plat si et seulement si \(f\) et \(g\) sont plats ;

  3. \(h\) est plat et localement de présentation finie si et seulement si \(f\) et \(g\) sont plats et localement de présentation finie ;

  4. \(h\) est lisse si et seulement si \(f\) et \(g\) sont lisses ;

  5. \(h\) est étale si et seulement si \(f\) et \(g\) sont étales ; et

  6. ajouter d’autres propriétés ici si nécessaire.

Démonstration

On sait que les sommes amalgamées existent d’après le lemme 0B7M. En particulier, on obtient le morphisme \(h\). On peut donc remplacer tous les schémas considérés par des schémas affines. Dans ce cas, les assertions du lemme sont équivalentes aux assertions correspondantes de Compléments d’algèbre, lemme 08KQ.

Morphismes relatifs

Dans cette section, nous démontrons un résultat de représentabilité que nous utiliserons dans Groupes fondamentaux, section 0BL6, pour démontrer un résultat sur la catégorie des revêtements étales finis d’un schéma. Le contenu de cette section est traité dans la généralité appropriée dans Critères de représentabilité, section 05Y0.

Soit \(S\) un schéma. Soient \(Z\) et \(X\) des schémas sur \(S\). Étant donné un schéma \(T\) sur \(S\), on peut considérer les morphismes \(b : T \times_S Z \to T \times_S X\) au-dessus de \(S\). Diagramme : [0BL1]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ T \times_S Z \ar[rd] \ar[rr]_b & & T \times_S X \ar[ld] & Z \ar[rd] & & X \ar[ld] \\ & T \ar[rrr] & & & S } } \end{equation}\] Bien entendu, on peut aussi voir \(b\) comme un morphisme \(b : T \times_S Z \to X\) tel que le diagramme \[\xymatrix{ T \times_S Z \ar[r] \ar[d] \ar@/^1pc/[rrr]_-b & Z \ar[rd] & & X \ar[ld] \\ T \ar[rr] & & S }\] soit commutatif. Dans cette situation, on peut définir un foncteur [0BL2]\[\begin{equation} \mathit{Mor}_S(Z, X) : (\Sch/S)^{opp} \longrightarrow \textit{Ensembles}, \quad T \longmapsto \{b\text{ comme ci-dessus}\} \end{equation}\] Voici un résultat élémentaire de représentabilité.

Lemme

Soient \(Z \to S\) et \(X \to S\) des morphismes de schémas affines. Supposons que \(\Gamma(Z, \mathcal{O}_Z)\) soit un \(\Gamma(S, \mathcal{O}_S)\)-module libre de rang fini. Alors \(\mathit{Mor}_S(Z, X)\) est représentable par un schéma affine sur \(S\).

Démonstration

Écrivons \(S = \Spec(R)\). Choisissons une base \(\{e_1, \ldots, e_m\}\) de \(\Gamma(Z, \mathcal{O}_Z)\) sur \(R\). Choisissons une présentation \[\Gamma(X, \mathcal{O}_X) = R[\{x_i\}_{i \in I}]/(\{f_k\}_{k \in K}).\] Nous noterons \(\overline{x}_i\) l’image de \(x_i\) dans ce quotient. Écrivons \[P = R[\{a_{ij}\}_{i \in I, 1 \leq j \leq m}].\] Considérons l’homomorphisme de \(R\)-algèbres \[\Psi : R[\{x_i\}_{i \in I}] \longrightarrow P \otimes_R \Gamma(Z, \mathcal{O}_Z), \quad x_i \longmapsto \sum\nolimits_j a_{ij} \otimes e_j.\] Écrivons \(\Psi(f_k) = \sum c_{kj} \otimes e_j\) avec \(c_{kj} \in P\). Enfin, notons \(J \subset P\) l’idéal engendré par les éléments \(c_{kj}\), \(k \in K\), \(1 \leq j \leq m\). Nous affirmons que \(W = \Spec(P/J)\) représente le foncteur \(\mathit{Mor}_S(Z, X)\).

Remarquons d’abord que, par construction, \(P/J\) est une \(R\)-algèbre, donc définit un morphisme \(W \to S\). Ensuite, par construction, l’homomorphisme \(\Psi\) se factorise par \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) ; on obtient donc un homomorphisme de \(P/J\)-algèbres \[P/J \otimes_R \Gamma(X, \mathcal{O}_X) \longrightarrow P/J \otimes_R \Gamma(Z, \mathcal{O}_Z)\] qui détermine un morphisme \(b_{univ} : W \times_S Z \to W \times_S X\). Par le lemme de Yoneda, \(b_{univ}\) détermine une transformation de foncteurs \(W \to \mathit{Mor}_S(Z, X)\) dont nous affirmons que c’est un isomorphisme. Pour le montrer, il suffit de montrer qu’elle induit une bijection d’ensembles \(W(T) \to \mathit{Mor}_S(Z, X)(T)\) pour tout schéma affine \(T\).

Supposons que \(T = \Spec(R')\) soit un schéma affine sur \(S\) et que \(b \in \mathit{Mor}_S(Z, X)(T)\). Le morphisme structural \(T \to S\) définit une structure de \(R\)-algèbre sur \(R'\), et \(b\) définit un homomorphisme de \(R'\)-algèbres \[b^\sharp : R' \otimes_R \Gamma(X, \mathcal{O}_X) \longrightarrow R' \otimes_R \Gamma(Z, \mathcal{O}_Z).\] En particulier, on peut écrire \(b^\sharp(1 \otimes \overline{x}_i) = \sum \alpha_{ij} \otimes e_j\) pour certains \(\alpha_{ij} \in R'\). Cela correspond à un homomorphisme de \(R\)-algèbres \(P \to R'\) déterminé par la règle \(a_{ij} \mapsto \alpha_{ij}\). Cet homomorphisme se factorise par le quotient \(P/J\) par construction de l’idéal \(J\), ce qui donne un homomorphisme \(P/J \to R'\). Celui-ci correspond à son tour à un morphisme \(T \to W\) tel que \(b\) soit le changement de base de \(b_{univ}\). Certains détails sont omis.

Lemme

Soient \(Z \to S\) et \(X \to S\) des morphismes de schémas. Si \(Z \to S\) est fini localement libre et \(X \to S\) est affine, alors \(\mathit{Mor}_S(Z, X)\) est représentable par un schéma affine sur \(S\).

Démonstration

Choisissons un recouvrement ouvert affine \(S = \bigcup U_i\) tel que \(\Gamma(Z \times_S U_i, \mathcal{O}_{Z \times_S U_i})\) soit libre de rang fini sur \(\mathcal{O}_S(U_i)\). Soit \(F_i \subset \mathit{Mor}_S(Z, X)\) le sous-foncteur qui associe à \(T/S\) l’ensemble vide si \(T \to S\) ne se factorise pas par \(U_i\), et \(\mathit{Mor}_S(Z, X)(T)\) sinon. Alors la famille de ces sous-foncteurs satisfait les conditions (2)(a), (2)(b), (2)(c) de Schémas, lemme 01JJ, ce qui démontre le lemme. La condition (2)(a) résulte du lemme 05Y6, et les deux autres résultent d’arguments immédiats.

La condition imposée au morphisme \(f : X \to S\) dans le lemme ci-dessous est très utile pour démontrer des énoncés de ce type. Elle est satisfaite si l’une des conditions suivantes l’est : \(X\) est quasi-affine, \(f\) est quasi-affine, \(f\) est quasi-projectif, \(f\) est localement projectif, il existe un faisceau inversible ample sur \(X\), il existe un faisceau inversible \(f\)-ample sur \(X\), ou il existe un faisceau inversible \(f\)-très ample sur \(X\).

Lemme

Soient \(Z \to S\) et \(X \to S\) des morphismes de schémas. Supposons que

  1. \(Z \to S\) soit fini localement libre ; et

  2. pour tout \((s, x_1, \ldots, x_d)\) où \(s \in S\) et \(x_1, \ldots, x_d \in X_s\), il existe un ouvert affine \(U \subset X\) tel que \(x_1, \ldots, x_d \in U\).

Alors \(\mathit{Mor}_S(Z, X)\) est représentable par un schéma.

Démonstration

Considérons l’ensemble \(I\) des couples \((U, V)\) où \(U \subset X\) et \(V \subset S\) sont des ouverts affines et où \(U \to S\) se factorise par \(V\). Pour \(i \in I\), notons \((U_i, V_i)\) le couple correspondant. Posons \(F_i = \mathit{Mor}_{V_i}(Z_{V_i}, U_i)\). Il est immédiat que \(F_i\) est un sous-foncteur de \(\mathit{Mor}_S(Z, X)\). Nous affirmons alors que les conditions (2)(a), (2)(b), (2)(c) de Schémas, lemme 01JJ, sont satisfaites, ce qui démontre le lemme.

La condition (2)(a) résulte du lemme 0BL3.

Pour vérifier la condition (2)(b), considérons \(T/S\) et \(b \in \mathit{Mor}_S(Z, X)(T)\). En considérant \(b\) comme un morphisme \(T \times_S Z \to X\), on obtient un ouvert \(b^{-1}(U_i) \subset T \times_S Z\). Il est clair que \(b \in F_i(T)\) si et seulement si \(b^{-1}(U_i) = T \times_S Z\). Puisque la projection \(p : T \times_S Z \to T\) est finie, donc fermée, l’ensemble \(U_{i, b} \subset T\) des points \(t \in T\) tels que \(p^{-1}(\{t\}) \subset b^{-1}(U_i)\) est ouvert. Alors \(f : T' \to T\) se factorise par \(U_{i, b}\) si et seulement si \(b \circ f \in F_i(T')\), et la vérification de (2)(b) est achevée.

Enfin, vérifions la condition (2)(c) ; c’est ici qu’intervient notre condition sur \(X \to S\). En effet, considérons \(T/S\) et \(b \in \mathit{Mor}_S(Z, X)(T)\). Il suffit de démontrer que tout \(t \in T\) appartient à l’un des ouverts \(U_{i, b}\) définis au paragraphe précédent. Ceci équivaut à la condition que \(b(p^{-1}(\{t\})) \subset U_i\) pour un certain \(i\) où \(p : T \times_S Z \to T\) est la projection et \(b : T \times_S Z \to X\) est le morphisme donné. Puisque \(p\) est fini, l’ensemble \(b(p^{-1}(\{t\})) \subset X\) est fini et contenu dans la fibre de \(X \to S\) au-dessus de l’image \(s\) de \(t\) dans \(S\). Ainsi, notre condition sur \(X \to S\) montre exactement qu’un couple convenable existe.

Lemme

Soient \(Z \to S\) et \(X \to S\) des morphismes de schémas. Supposons que \(Z \to S\) soit fini localement libre et que \(X \to S\) soit séparé et localement quasi-fini. Alors \(\mathit{Mor}_S(Z, X)\) est représentable par un schéma.

Démonstration

Ceci résulte des lemmes 0BL4 et 07S0.

Caractérisation des complexes pseudo-cohérents, III

Dans cette section, nous étudions des caractérisations des complexes pseudo-cohérents en termes de cohomologie. Ceci fait suite à Catégories dérivées de schémas, section 0CSE. Un outil fondamental consistera à nous ramener au cas de l’espace projectif au moyen d’une version dérivée du lemme de Chow ; voir le lemme 0CSJ.

Lemme

Considérons un diagramme commutatif de schémas \[\xymatrix{ Z' \ar[d] \ar[r] & Y' \ar[d] \\ X' \ar[r] & S' }\] Soit \(S \to S'\) un morphisme. Notons \(X\) et \(Y\) les changements de base de \(X'\) et \(Y'\) à \(S\). Supposons que \(Y' \to S'\) et \(Z' \to X'\) soient plats. Alors \(X \times_S Y\) et \(Z'\) sont Tor-indépendants sur \(X' \times_{S'} Y'\).

Démonstration

La question est locale ; on peut donc supposer tous les schémas affines (certains détails sont omis). Remarquons que \[\xymatrix{ X \times_S Y \ar[r] \ar[d] & X' \times_{S'} Y' \ar[d] \\ X \ar[r] & X' }\] est cartésien, avec des flèches verticales plates. Écrivons \(X = \Spec(A)\), \(X' = \Spec(A')\) et \(X' \times_{S'} Y' = \Spec(B')\). Alors \(X \times_S Y = \Spec(A \otimes_{A'} B')\). Écrivons \(Z' = \Spec(C')\). Il faut montrer que \[\text{Tor}_p^{B'}(A \otimes_{A'} B', C') = 0, \quad\text{pour } p > 0\] Puisque \(A' \to B'\) est plat, on a \(A \otimes_{A'} B' = A \otimes_{A'}^\mathbf{L} B'\). Par conséquent, \[(A \otimes_{A'} B') \otimes_{B'}^\mathbf{L} C' = (A \otimes_{A'}^\mathbf{L} B') \otimes_{B'}^\mathbf{L} C' = A \otimes_{A'}^\mathbf{L} C' = A \otimes_{A'} C'\] La deuxième égalité résulte de Compléments d’algèbre, lemme 08YU. La dernière égalité vient de ce que \(A' \to C'\) est plat. Ceci démontre le lemme.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(X\) un schéma séparé de présentation finie sur \(A\). Soit \(x \in X\). Alors il existe un voisinage ouvert \(U \subset X\) de \(x\), un entier \(n \geq 0\), un ouvert \(V \subset \mathbf{P}^n_A\), un sous-schéma fermé \(Z \subset X \times_A \mathbf{P}^n_A\), un point \(z \in Z\), et un objet \(E\) de \(D(\mathcal{O}_{X \times_A \mathbf{P}^n_A})\) tels que

  1. \(Z \to X \times_A \mathbf{P}^n_A\) est de présentation finie ;

  2. \(b : Z \to X\) est un isomorphisme au-dessus de \(U\) et \(b(z) = x\) ;

  3. \(c : Z \to \mathbf{P}^n_A\) est une immersion fermée au-dessus de \(V\) ;

  4. \(b^{-1}(U) = c^{-1}(V)\), en particulier \(c(z) \in V\) ;

  5. \(E|_{X \times_A V} \cong (b, c)_*\mathcal{O}_Z|_{X \times_A V}\) ;

  6. \(E\) est pseudo-cohérent et à support dans \(Z\).

Démonstration

On peut trouver une sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre de type fini \(A' \subset A\) et un schéma \(X'\) séparé et de présentation finie sur \(A'\) dont le changement de base à \(A\) est \(X\). Voir Limites, lemmes 01ZM et 01ZQ. Soit \(x' \in X'\) l’image de \(x\). Si l’on peut démontrer le lemme pour \(x' \in X'/A'\), alors le lemme en résulte pour \(x \in X/A\). En effet, si \(U', n', V', Z', z', E'\) fournissent la solution pour \(x' \in X'/A'\), alors on peut prendre pour \(U \subset X\) l’image réciproque de \(U'\), prendre \(n = n'\), prendre pour \(V \subset \mathbf{P}^n_A\) l’image réciproque de \(V'\), prendre pour \(Z \subset X \times \mathbf{P}^n\) l’image réciproque schématique de \(Z'\), prendre pour \(z \in Z\) l’unique point ayant pour image \(x\), et prendre pour \(E\) l’image réciproque dérivée de \(E'\). Remarquons que \(E\) est pseudo-cohérent d’après Cohomologie, lemme 09U7. Il reste seulement à vérifier (5). Pour cela, posons \(W = b^{-1}(U) = c^{-1}(V)\) et \(W' = (b')^{-1}(U) = (c')^{-1}(V')\) et considérons le carré cartésien \[\xymatrix{ W \ar[d]_{(b, c)} \ar[r] & W' \ar[d]^{(b', c')} \\ X \times_A V \ar[r] & X' \times_{A'} V' }\] D’après le lemme 0CTA, les schémas \(X \times_A V\) et \(W'\) sont Tor-indépendants sur \(X' \times_{A'} V'\). Par conséquent, l’image réciproque dérivée de \((b', c')_*\mathcal{O}_{W'}\) sur \(X \times_A V\) est \((b, c)_*\mathcal{O}_W\) d’après Catégories dérivées de schémas, lemme 08IB. On utilise aussi le fait que \(R(b', c')_*\mathcal{O}_{Z'} = (b', c')_*\mathcal{O}_{Z'}\) car \((b', c')\) est une immersion fermée, et de même pour \((b, c)_*\mathcal{O}_Z\). Puisque \(E'|_{U' \times_{A'} V'} = (b', c')_*\mathcal{O}_{W'}\), on obtient \(E|_{U \times_A V} = (b, c)_*\mathcal{O}_W\), et (5) est vérifiée. Ceci nous ramène à la situation décrite au paragraphe suivant.

Supposons que \(A\) soit de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Choisissons un voisinage ouvert affine \(U \subset X\) de \(x\). Alors \(U\) est de type fini sur \(A\). Choisissons une immersion fermée \(U \to \mathbf{A}^n_A\) et notons \(j : U \to \mathbf{P}^n_A\) l’immersion obtenue en la composant avec l’immersion ouverte \(\mathbf{A}^n_A \to \mathbf{P}^n_A\). Soit \(Z\) l’adhérence schématique de \[(\text{id}_U, j) : U \longrightarrow X \times_A \mathbf{P}^n_A\] Puisque la projection \(X \times \mathbf{P}^n \to X\) est séparée, on conclut de Morphismes, lemme 0CNG, que \(b : Z \to X\) est un isomorphisme au-dessus de \(U\). Soit \(z \in Z\) l’unique point situé au-dessus de \(x\).

Soit \(Y \subset \mathbf{P}^n_A\) l’adhérence schématique de l’image de \(j\). Il est alors clair que \(Z \subset X \times_A Y\) est l’adhérence schématique de \((\text{id}_U, j) : U \to X \times_A Y\). Comme \(X\) est séparé, le morphisme \(X \times_A Y \to Y\) est également séparé. On voit donc que \(Z \to Y\) est un isomorphisme au-dessus du sous-schéma ouvert \(j(U) \subset Y\), d’après le même lemme que ci-dessus. Choisissons un ouvert \(V \subset \mathbf{P}^n_A\) tel que \(V \cap Y = j(U)\). On voit alors que (3) et (4) sont satisfaites.

Puisque \(A\) est noethérien, on voit que \(X\) et \(X \times_A \mathbf{P}^n_A\) sont des schémas noethériens. On peut donc prendre \(E = (b, c)_*\mathcal{O}_Z\) dans ce cas ; voir Catégories dérivées de schémas, lemme 08E8. Ceci achève la démonstration.

Lemme

Soient \(A\), \(x \in X\), ainsi que \(U, n, V, Z, z, E\) comme dans le lemme 0CSJ. Pour tout \(K \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\), on a \[Rq_*(Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E)|_V = R(U \to V)_*K|_U\] où \(p : X \times_A \mathbf{P}^n_A \to X\) et \(q : X \times_A \mathbf{P}^n_A \to \mathbf{P}^n_A\) sont les projections et où le morphisme \(U \to V\) est l’immersion fermée de présentation finie \(c \circ (b|_U)^{-1}\).

Démonstration

Puisque \(b^{-1}(U) = c^{-1}(V)\) et que \(c\) est une immersion fermée au-dessus de \(V\), on voit que \(c \circ (b|_U)^{-1}\) est une immersion fermée. Elle est de présentation finie parce que \(U\) et \(V\) sont de présentation finie sur \(A\) ; voir Morphismes, lemme 02FV. On a d’abord \[Rq_*(Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E)|_V = Rq'_*\left((Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E)|_{X \times_A V}\right)\] où \(q' : X \times_A V \to V\) est la projection, car la formation de l’image directe totale commute à la localisation. Posons \(W = b^{-1}(U) = c^{-1}(V)\) et notons \(i : W \to X \times_A V\) l’immersion fermée \(i = (b, c)|_W\). Alors \[Rq'_*\left((Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E)|_{X \times_A V}\right) = Rq'_*(Lp^*K|_{X \times_A V} \otimes^\mathbf{L} i_*\mathcal{O}_W)\] d’après la propriété (5). Puisque \(i\) est une immersion fermée, on a \(i_*\mathcal{O}_W = Ri_*\mathcal{O}_W\). En utilisant Catégories dérivées de schémas, lemme 08EU, on peut réécrire ceci sous la forme \[Rq'_* Ri_* Li^* Lp^*K|_{X \times_A V} = R(q' \circ i)_* Lb^*K|_W = R(U \to V)_* K|_U\] ce qui est le résultat voulu.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(X\) un schéma séparé et de présentation finie sur \(A\). Soit \(K \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\). Si \(R\Gamma(X, E \otimes^\mathbf{L} K)\) est pseudo-cohérent dans \(D(A)\) pour tout objet pseudo-cohérent \(E\) de \(D(\mathcal{O}_X)\), alors \(K\) est pseudo-cohérent relativement à \(A\).

Démonstration

Supposons que \(K \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\) et que \(R\Gamma(X, E \otimes^\mathbf{L} K)\) soit pseudo-cohérent dans \(D(A)\) pour tout objet pseudo-cohérent \(E\) de \(D(\mathcal{O}_X)\). Soit \(x \in X\). Nous allons montrer que \(K\) est pseudo-cohérent relativement à \(A\) dans un voisinage de \(x\), ce qui démontrera le lemme.

Choisissons \(U, n, V, Z, z, E\) comme dans le lemme 0CSJ. Notons \(p : X \times \mathbf{P}^n \to X\) et \(q : X \times \mathbf{P}^n \to \mathbf{P}^n_A\) les projections. Alors, pour tout \(i \in \mathbf{Z}\), on a \[\begin{align*} & R\Gamma(\mathbf{P}^n_A, Rq_*(Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E) \otimes^\mathbf{L} \mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_A}(i)) \\ & = R\Gamma(X \times \mathbf{P}^n, Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E \otimes^\mathbf{L} Lq^*\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_A}(i)) \\ & = R\Gamma(X, K \otimes^\mathbf{L} Rp_*(E \otimes^\mathbf{L} Lq^*\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_A}(i))) \end{align*}\] d’après Catégories dérivées de schémas, lemme 08EU. D’après Catégories dérivées de schémas, lemme 0CSD, le complexe \(Rp_*(E \otimes^\mathbf{L} Lq^*\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_A}(i))\) est pseudo-cohérent sur \(X\). L’hypothèse nous dit donc que l’expression de la formule affichée est un objet pseudo-cohérent de \(D(A)\). D’après Catégories dérivées de schémas, lemme 0CSG, on conclut que \(Rq_*(Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E)\) est pseudo-cohérent sur \(\mathbf{P}^n_A\). D’après le lemme 0CSK, on a \[Rq_*(Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E)|_{X \times_A V} = R(U \to V)_*K|_U\] Comme \(U \to V\) est une immersion fermée dans un sous-schéma ouvert de \(\mathbf{P}^n_A\), cela signifie que \(K|_U\) est pseudo-cohérent relativement à \(A\) d’après le lemme 09UU.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(X\) un schéma séparé et de présentation finie sur \(A\). Soit \(K \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X).\) Si \(R \Gamma (X, E \otimes ^{\mathbf{L}} K)\) est pseudo-cohérent dans \(D(A)\) pour tout objet parfait \(E \in D(\mathcal{O}_X)\), alors \(K\) est pseudo-cohérent relativement à \(A\).

Démonstration

Compte tenu du lemme 0CSL, il suffit de montrer que \(R \Gamma (X, E \otimes ^{\mathbf{L}} K)\) est pseudo-cohérent dans \(D(A)\) pour tout objet pseudo-cohérent \(E \in D(\mathcal{O}_X)\). D’après Catégories dérivées de schémas, proposition 0GEN, il s’ensuit que \(K \in D^-_\QCoh (\mathcal{O}_X)\). Le résultat résulte alors de Catégories dérivées de schémas, lemme 0CSH.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(X\) un schéma séparé, de présentation finie et plat sur \(A\). Soit \(K \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X).\) Si \(R \Gamma (X, E \otimes^\mathbf{L} K)\) est parfait dans \(D(A)\) pour tout objet parfait \(E \in D(\mathcal{O}_X)\), alors \(K\) est parfait relativement à \(\Spec(A)\).

Démonstration

D’après le lemme 0GES, \(K\) est pseudo-cohérent relativement à \(A\). D’après le lemme 09UU, \(K\) est pseudo-cohérent dans \(D( \mathcal{O}_X)\). D’après Catégories dérivées de schémas, proposition 0GEQ, on voit que \(K\) appartient à \(D^-(\mathcal{O}_X)\). Soit \(\mathfrak{p}\) un idéal premier de \(A\) et notons \(i : Y \to X\) l’inclusion de la fibre schématique au-dessus de \(\mathfrak{p}\), c’est-à-dire que \(Y\) est un schéma sur \(\kappa(\mathfrak p)\). D’après Catégories dérivées de schémas, lemme 0GEH, il suffira de montrer que \(Li^*(K)\) est borné inférieurement. Soit \(G \in D_{perf} (\mathcal{O}_X)\) un complexe parfait qui engendre \(D_\QCoh (\mathcal{O}_X)\) ; voir Catégories dérivées de schémas, théorème 09IS. On a \[\begin{align*} R\Hom _{\mathcal{O}_Y}(Li^*(G), Li^*(K)) & = R\Gamma(Y, Li^*(G ^\vee \otimes ^\mathbf{L} K)) \\ & = R\Gamma(X, G^\vee \otimes ^{\mathbf{L}} K) \otimes^\mathbf{L}_A \kappa(\mathfrak{p}) \end{align*}\] La première égalité utilise le fait que \(Li^*\) préserve les objets parfaits et les duaux, ainsi que Cohomologie, lemme 08DQ ; nous omettons quelques détails. La seconde égalité résulte de Catégories dérivées de schémas, lemme 08IB, car \(X\) est plat sur \(A\). Il résulte de notre hypothèse que ceci est un objet parfait de \(D(\kappa(\mathfrak{p}))\). L’objet \(Li^*(G) \in D_{perf}(\mathcal{O}_Y)\) engendre \(D_\QCoh(\mathcal{O}_Y)\) d’après Catégories dérivées de schémas, remarque 0BQT. Par conséquent, Catégories dérivées de schémas, proposition 0GEQ, implique maintenant que \(Li^*(K)\) est borné inférieurement, ce qui conclut.

Descente des propriétés de finitude des complexes

Cette section fait suite à Catégories dérivées de schémas, section 09UC.

Lemme

Soit \(X \to S\) localement de type fini. Soit \(\{f_i : X_i \to X\}\) un recouvrement fppf de schémas. Soient \(E \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\) et \(m \in \mathbf{Z}\). Alors \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) si et seulement si chaque \(Lf_i^*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\).

Démonstration

Supposons que \(E\) soit \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\). Les morphismes \(f_i\) sont pseudo-cohérents d’après le lemme 0695. Ainsi, \(Lf_i^*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) d’après le lemme 09US.

Réciproquement, supposons que \(Lf_i^*E\) soit \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) pour tout \(i\). Choisissons \(S = \bigcup U_j\), \(W_j \to U_j\), \(W_j = \bigcup W_{j, k}\), \(T_{j, k} \to W_{j, k}\), et des morphismes \(\alpha_{j, k} : T_{j, k} \to X_{i(j, k)}\) au-dessus de \(S\) comme dans le lemme 05WN. Comme le morphisme \(T_{j, K} \to S\) est plat et de présentation finie, on voit que \(\alpha_{j, k}\) est pseudo-cohérent d’après le lemme 0683. Ainsi, \[L\alpha_{j, k}^*Lf_{i(j, k)}^*E = L(T_{i, k} \to S)^*E\] est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) d’après le lemme 09US. Nous voulons maintenant faire descendre cette propriété le long des recouvrements \(\{T_{j, k} \to W_{j, k}\}\), \(W_j = \bigcup W_{j, k}\), \(\{W_j \to U_j\}\) et \(S = \bigcup U_j\). Comme le résultat est vrai pour les recouvrements de Zariski (par définition de la \(m\)-pseudo-cohérence relativement à \(S\)), cela signifie que nous pouvons supposer qu’il existe un morphisme fini localement libre et surjectif \(\pi : Y \to X\) tel que \(L\pi^*E\) soit pseudo-cohérent relativement à \(S\). Dans ce cas, \(R\pi_*L\pi^*E\) est pseudo-cohérent relativement à \(S\) d’après le lemme 09UK (c’est la première fois que nous utilisons le fait que les faisceaux de cohomologie de \(E\) sont quasi-cohérents). On a \(R\pi_*L\pi^*E = E \otimes^\mathbf{L}_{\mathcal{O}_X} \pi_*\mathcal{O}_Y\), par exemple d’après Catégories dérivées de schémas, lemme 08EU, et, localement sur \(X\), l’application \(\mathcal{O}_X \to \pi_*\mathcal{O}_Y\) est l’inclusion d’un facteur direct. On conclut donc d’après le lemme 09UN.

Lemme

Soient \(X \to T \to S\) des morphismes de schémas. Supposons que \(T \to S\) soit plat et localement de présentation finie et que \(X \to T\) soit localement de type fini. Soient \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) et \(m \in \mathbf{Z}\). Alors \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) si et seulement si \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(T\).

Démonstration

Localement sur \(X\), on peut choisir une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{A}^n_T\). Alors \(\mathbf{A}^n_T \to S\) est plat et localement de présentation finie. Nous pouvons donc appliquer le lemme 09UT pour obtenir l’équivalence.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) localement de type fini. Soit \(\{S_i \to S\}\) un recouvrement fppf de schémas. Notons \(f_i : X_i \to S_i\) le changement de base de \(f\) et \(g_i : X_i \to X\) la projection. Soient \(E \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\) et \(m \in \mathbf{Z}\). Alors \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) si et seulement si chaque \(Lg_i^*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S_i\).

Démonstration

Ceci résulte formellement des lemmes 0CSN et 0CSP. En effet, si \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\), alors \(Lg_i^*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) (d’après le premier lemme), donc \(Lg_i^*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S_i\) (d’après le second). Réciproquement, si \(Lg_i^*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S_i\), alors \(Lg_i^*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) (d’après le second lemme), donc \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(S\) (d’après le premier lemme).

Objets relativement parfaits

Cette section fait suite à la discussion de Catégories dérivées de schémas, section 0DHZ.

Lemme

Soit \(i : X \to X'\) un épaississement d’ordre fini de schémas. Soit \(K' \in D(\mathcal{O}_{X'})\) un objet tel que \(K = Li^*K'\) soit pseudo-cohérent. Alors \(K'\) est pseudo-cohérent.

Démonstration

Montrons d’abord que les faisceaux de cohomologie de \(K'\) sont quasi-cohérents. Pour ce faire, on peut se ramener au cas d’un épaississement du premier ordre, voir section 04EW. Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{X'}\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux définissant \(X\). En tensorisant la suite exacte courte \[0 \to \mathcal{I} \to \mathcal{O}_{X'} \to i_*\mathcal{O}_X \to 0\] par \(K'\), on obtient un triangle distingué \[K' \otimes_{\mathcal{O}_{X'}}^\mathbf{L} \mathcal{I} \to K' \to K' \otimes_{\mathcal{O}_{X'}}^\mathbf{L} i_*\mathcal{O}_X \to (K' \otimes_{\mathcal{O}_{X'}}^\mathbf{L} \mathcal{I})[1]\] Comme \(i_* = Ri_*\) et que l’on peut considérer \(\mathcal{I}\) comme un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent (puisqu’il s’agit d’un épaississement du premier ordre), on peut réécrire ceci sous la forme \[i_*(K \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} \mathcal{I}) \to K' \to i_*K \to i_*(K \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} \mathcal{I})[1]\] On utilise Cohomologie, lemme 0B55, pour identifier les termes. Comme \(K\) appartient à \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\), on conclut que \(K'\) appartient à \(D_\QCoh(\mathcal{O}_{X'})\) ; ceci utilise Catégories dérivées de schémas, lemmes 08E5, 08DX et 08D5.

Supposons que \(K'\) appartienne à \(D_\QCoh(\mathcal{O}_{X'})\). La question est locale sur \(X'\) ; on peut donc supposer que \(X'\) est affine. Écrivons \(X' = \Spec(A')\) et \(X = \Spec(A)\) avec \(A = A'/I\) et \(I\) nilpotent. Alors \(K'\) provient d’un objet \(M' \in D(A')\), voir Catégories dérivées de schémas, lemme 06Z0. Ainsi, \(M = M' \otimes_{A'}^\mathbf{L} A\) est un objet pseudo-cohérent de \(D(A)\) d’après Catégories dérivées de schémas, lemme 08E7, et notre hypothèse sur \(K\). Il s’ensuit que \(M'\) est pseudo-cohérent d’après Compléments d’algèbre, lemme 0H76. Ceci achève la démonstration.

Lemme

Considérons un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X \ar[r]_i \ar[d]_f & X' \ar[d]^{f'} \\ Y \ar[r]^j & Y' }\] de schémas. Supposons que \(X' \to Y'\) soit plat et localement de présentation finie et que \(Y \to Y'\) soit un épaississement d’ordre fini. Soit \(E' \in D(\mathcal{O}_{X'})\). Si \(E = Li^*(E')\) est parfait relativement à \(Y\), alors \(E'\) est parfait relativement à \(Y'\).

Démonstration

Rappelons que la perfection relative à \(Y\) de \(E\) signifie que \(E\) est pseudo-cohérent et possède localement une dimension de Tor finie comme complexe de \(f^{-1}\mathcal{O}_Y\)-modules (Catégories dérivées de schémas, définition 0DI0). D’après le lemme 0DJX, on trouve que \(E'\) est pseudo-cohérent. En particulier, \(E'\) appartient à \(D_\QCoh(\mathcal{O}_{X'})\), voir Catégories dérivées de schémas, lemme 08E5. Pour montrer que \(E'\) possède localement une dimension de Tor finie, on peut travailler localement sur \(X'\). On peut donc supposer que \(X'\), \(S'\), \(X\), \(S\) sont affines, disons associés aux anneaux \(A'\), \(R'\), \(A\), \(R\). On se ramène alors à la version d’algèbre commutative grâce à Catégories dérivées de schémas, lemme 0DI2. La version d’algèbre commutative est donnée dans Compléments d’algèbre, lemme 0DJG.

Lemme

Soit \((R, I)\) une paire formée d’un anneau et d’un idéal \(I\) contenu dans le radical de Jacobson. Posons \(S = \Spec(R)\) et \(S_0 = \Spec(R/I)\). Soit \(f : X \to S\) propre, plat et de présentation finie. Notons \(X_0 = S_0 \times_S X\). Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) pseudo-cohérent. Si la restriction dérivée \(E_0\) de \(E\) à \(X_0\) est parfaite relativement à \(S_0\), alors \(E\) est parfait relativement à \(S\).

Démonstration

Choisissons un recouvrement fini par des ouverts affines \(X = U_1 \cup \ldots \cup U_n\). Pour tout \(i\), on peut choisir une immersion fermée \(U_i \to \mathbf{A}^{d_i}_S\). Posons \(U_{i, 0} = S_0 \times_S U_i\). Pour tout \(i\), le complexe \(E_0|_{U_{i, 0}}\) a une amplitude de Tor contenue dans \([a_i, b_i]\) pour certains \(a_i, b_i \in \mathbf{Z}\). Soit \(x \in X\) un point. Nous allons montrer que l’amplitude de Tor de \(E_x\) sur \(R\) est contenue dans \([a_i - d_i, b_i]\) pour un certain \(i\). Ceci achèvera la démonstration, car l’amplitude de Tor peut être lue sur les germes d’après Cohomologie, lemme 09U9.

Comme \(f\) est propre, \(f(\overline{\{x\}})\) est un sous-ensemble fermé de \(S\). Comme \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson, on voit que \(f(\overline{\{x\}})\) rencontre le sous-ensemble fermé \(S_0 \subset S\). Il existe donc une spécialisation \(x \leadsto x_0\) avec \(x_0 \in X_0\). Choisissons \(i\) tel que \(x_0 \in U_i\) ; ainsi \(x_0 \in U_{i, 0}\). Nous fixerons \(i\) pour le reste de la démonstration. Écrivons \(U_i = \Spec(A)\). Alors \(A\) est une algèbre plate de présentation finie sur \(R\), qui est un quotient d’une \(R\)-algèbre polynomiale en \(d_i\) variables. La restriction \(E|_{U_i}\) correspond (d’après Catégories dérivées de schémas, lemmes 06Z0 et 08E7) à un objet pseudo-cohérent \(K\) de \(D(A)\). Remarquons que \(E_0\) correspond à \(K \otimes_A^\mathbf{L} A/IA\). Soient \(\mathfrak q \subset \mathfrak q_0 \subset A\) les idéaux premiers correspondant à \(x \leadsto x_0\). Alors \(E_x = K_{\mathfrak q}\) et \(K_{\mathfrak q}\) est une localisation de \(K_{\mathfrak q_0}\). Il suffit donc de montrer que \(K_{\mathfrak q_0}\) a une amplitude de Tor contenue dans \([a_i - d_i, b_i]\) comme complexe de \(R\)-modules. Soit \(I \subset \mathfrak p_0 \subset R\) l’idéal premier correspondant à \(f(x_0)\). Alors on a \[\begin{align*} K \otimes_R^\mathbf{L} \kappa(\mathfrak p_0) & = (K \otimes_R^\mathbf{L} R/I) \otimes_{R/I}^\mathbf{L} \kappa(\mathfrak p_0) \\ & = (K \otimes_A^\mathbf{L} A/IA) \otimes_{R/I}^\mathbf{L} \kappa(\mathfrak p_0) \end{align*}\] la seconde égalité valant parce que \(R \to A\) est plat. Par notre choix de \(a_i, b_i\), ce complexe n’a de cohomologie qu’aux degrés de l’intervalle \([a_i, b_i]\). On peut donc finalement appliquer Compléments d’algèbre, lemme 0DJH, à \(R \to A\), \(\mathfrak q_0\), \(\mathfrak p_0\) et \(K\) pour conclure.

Contraction de courbes rationnelles

Dans cette section, nous étudions les morphismes propres \(f : X \to Y\) dont les fibres sont de dimension \(\leq 1\) et qui vérifient \(R^1f_*\mathcal{O}_X = 0\). Pour comprendre le titre de cette section, voir Courbes algébriques, sections 0E3G, 0E7M et 0E7N.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Soit \(y \in Y\) un point tel que \(\dim(X_y) \leq 1\). Si

  1. \(R^1f_*\mathcal{O}_X = 0\), ou, plus généralement,

  2. il existe un morphisme \(g : Y' \to Y\) tel que \(y\) appartienne à l’image de \(g\) et tel que \(R^1f'_*\mathcal{O}_{X'} = 0\), où \(f' : X' \to Y'\) est le changement de base de \(f\) par \(g\),

alors \(H^1(X_y, \mathcal{O}_{X_y}) = 0\).

Démonstration

Pour démontrer le lemme, on peut remplacer \(Y\) par un voisinage ouvert de \(y\). On peut donc supposer que \(Y\) est affine et que toutes les fibres de \(f\) sont de dimension \(\leq 1\), voir Morphismes, lemme 02FZ. Dans ce cas, \(R^1f_*\mathcal{O}_X\) est un \(\mathcal{O}_Y\)-module quasi-cohérent de type fini et sa formation commute à tout changement de base, voir Limites, lemmes 0EX4 et 0E7D. Le lemme en résulte immédiatement.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Soit \(y \in Y\) un point tel que \(\dim(X_y) \leq 1\) et \(H^1(X_y, \mathcal{O}_{X_y}) = 0\). Alors il existe un voisinage ouvert \(V \subset Y\) de \(y\) tel que \(R^1f_*\mathcal{O}_X|_V = 0\) et que la même propriété soit vraie après tout changement de base \(Y' \to V\).

Démonstration

Pour démontrer le lemme, on peut remplacer \(Y\) par un voisinage ouvert de \(y\). On peut donc supposer que \(Y\) est affine et que toutes les fibres de \(f\) sont de dimension \(\leq 1\), voir Morphismes, lemme 02FZ. Dans ce cas, \(R^1f_*\mathcal{O}_X\) est un \(\mathcal{O}_Y\)-module quasi-cohérent de type fini et sa formation commute à tout changement de base, voir Limites, lemmes 0EX4 et 0E7D. Écrivons \(Y = \Spec(A)\) ; supposons que \(y\) corresponde à l’idéal premier \(\mathfrak p \subset A\) et que \(R^1f_*\mathcal{O}_X\) corresponde au \(A\)-module fini \(M\). Alors \(H^1(X_y, \mathcal{O}_{X_y}) = 0\) signifie que \(\mathfrak pM_\mathfrak p = M_\mathfrak p\) d’après l’énoncé sur le changement de base. Par le lemme de Nakayama, on conclut que \(M_\mathfrak p = 0\). Comme \(M\) est fini, on trouve un \(f \in A\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que \(M_f = 0\). En prenant pour \(V\) l’ouvert principal \(D(f)\), on obtient donc le résultat voulu.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas tel que \(\dim(X_y) \leq 1\) et \(H^1(X_y, \mathcal{O}_{X_y}) = 0\) pour tout \(y \in Y\). Soit \(\mathcal{F}\) quasi-cohérent sur \(X\). Alors

  1. \(R^pf_*\mathcal{F} = 0\) pour \(p > 1\), et

  2. \(R^1f_*\mathcal{F} = 0\) s’il existe une surjection \(f^*\mathcal{G} \to \mathcal{F}\) avec \(\mathcal{G}\) quasi-cohérent sur \(Y\).

Si \(Y\) est affine, on a aussi

  1. \(H^p(X, \mathcal{F}) = 0\) pour \(p \not \in \{0, 1\}\), et

  2. \(H^1(X, \mathcal{F}) = 0\) si \(\mathcal{F}\) est engendré par ses sections globales.

Démonstration

L’annulation de (1) est donnée par Limites, lemme 0E7D. Pour démontrer (2), on peut travailler localement sur \(Y\) et supposer que \(Y\) est affine. Alors \(R^1f_*\mathcal{F}\) est le module quasi-cohérent sur \(Y\) associé au module \(H^1(X, \mathcal{F})\). On utilise ici le fait que \(Y\) est affine, la quasi-cohérence des images directes supérieures (Cohomologie des schémas, lemme 01XJ) et Cohomologie des schémas, lemme 01XK. Comme \(Y\) est affine, le module quasi-cohérent \(\mathcal{G}\) est engendré par ses sections globales ; il en est donc de même de \(f^*\mathcal{G}\) et de \(\mathcal{F}\). On voit ainsi que (4) implique (2). L’assertion (3) résulte de (1), ainsi que des remarques qui viennent d’être faites sur la quasi-cohérence des images directes. Ainsi, il ne reste qu’à démontrer (4). Si \(\mathcal{F}\) est engendré par ses sections globales, il existe une surjection \(\bigoplus_{i \in I} \mathcal{O}_X \to \mathcal{F}\). D’après l’assertion (1) et la suite exacte longue de cohomologie, celle-ci induit une surjection sur \(H^1\). Comme \(H^1(X, \mathcal{O}_X) = 0\) parce que \(R^1f_*\mathcal{O}_X = 0\) d’après le lemme 0E7G, et comme \(H^1(X, -)\) commute aux sommes directes (Cohomologie, lemme 01FF), on conclut.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Supposons que

  1. pour tout \(y \in Y\), on ait \(\dim(X_y) \leq 1\) et \(H^1(X_y, \mathcal{O}_{X_y}) = 0\), et

  2. \(\mathcal{O}_Y \to f_*\mathcal{O}_X\) soit surjective.

Alors \(\mathcal{O}_{Y'} \to f'_*\mathcal{O}_{X'}\) est surjective pour tout changement de base \(f' : X' \to Y'\) de \(f\).

Démonstration

On peut supposer que \(Y\) et \(Y'\) sont affines. On peut alors choisir une immersion fermée \(Y' \to Y''\) avec \(Y'' \to Y\) un morphisme plat de schémas affines. Par changement de base plat (Cohomologie des schémas, lemme 02KH), on voit que le résultat vaut pour \(X'' \to Y''\). On peut donc supposer que \(Y'\) est un sous-schéma fermé de \(Y\). Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_Y\) l’idéal définissant \(Y'\). Il existe alors une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{I}\mathcal{O}_X \to \mathcal{O}_X \to \mathcal{O}_{X'} \to 0\] où l’on considère \(\mathcal{O}_{X'}\) comme un module quasi-cohérent sur \(X\). D’après le lemme 0E7H, on a \(H^1(X, \mathcal{I}\mathcal{O}_X) = 0\). Il s’ensuit que \[H^0(Y, \mathcal{O}_Y) \to H^0(Y, f_*\mathcal{O}_X) = H^0(X, \mathcal{O}_X) \to H^0(X, \mathcal{O}_{X'})\] est surjective, comme voulu. La première flèche est surjective puisque \(Y\) est affine et que nous avons supposé \(\mathcal{O}_Y \to f_*\mathcal{O}_X\) surjective, et la seconde l’est par la suite exacte longue de cohomologie associée à la suite exacte courte ci-dessus et par l’annulation qui vient d’être démontrée.

Lemme

Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd] & & Y \ar[ld] \\ & S }\] de morphismes de schémas. Soit \(s \in S\) un point. Supposons que

  1. \(X \to S\) soit localement de présentation finie et plat aux points de \(X_s\),

  2. \(f\) soit propre,

  3. les fibres de \(f_s : X_s \to Y_s\) soient de dimension \(\leq 1\) et que \(R^1f_{s, *}\mathcal{O}_{X_s} = 0\),

  4. \(\mathcal{O}_{Y_s} \to f_{s, *}\mathcal{O}_{X_s}\) soit surjective.

Alors il existe un ouvert \(Y_s \subset V \subset Y\) tel que (a) \(f^{-1}(V)\) soit plat sur \(S\), (b) \(\dim(X_y) \leq 1\) pour \(y \in V\), (c) \(R^1f_*\mathcal{O}_X|_V = 0\), (d) \(\mathcal{O}_V \to f_*\mathcal{O}_X|_V\) soit surjective, et tel que (b), (c) et (d) restent vrais après tout changement de base \(Y' \to V\).

Démonstration

Soit \(y \in Y\) un point au-dessus de \(s\). Il suffit de trouver un voisinage ouvert de \(y\) possédant les propriétés voulues. Dans un premier temps, on remplace \(Y\) par l’ouvert \(V\) trouvé dans le lemme 0E7G, de sorte que \(R^1f_*\mathcal{O}_X\) soit universellement nul (l’hypothèse du lemme est satisfaite d’après le lemme 0E7F). On rétrécit aussi \(Y\) afin que toutes les fibres de \(f\) soient de dimension \(\leq 1\) (on utilise Morphismes, lemme 02FZ, et la propreté de \(f\)). On peut donc supposer que (b) et (c) sont satisfaites avec \(V = Y\) et après tout changement de base \(Y' \to Y\). Ainsi, d’après le lemme 0E7I, il suffit maintenant de montrer (d) sur \(Y\). On peut encore rétrécir \(Y\) ; par exemple, on peut supposer, et on suppose, que \(Y\) et \(S\) sont affines.

D’après le théorème 0399, il existe un ouvert \(U \subset X\) sur lequel \(X \to S\) est plat et qui contient \(X_s\) par hypothèse. Alors \(f(X \setminus U)\) est un fermé qui ne contient pas \(y\). Ainsi, après avoir rétréci \(Y\), on peut supposer que \(X\) est plat sur \(S\).

Écrivons \(S = \Spec(R)\). Choisissons une immersion fermée \(Y \to Y'\), où \(Y'\) est le spectre d’un anneau de polynômes \(R[x_e; e \in E]\) sur un ensemble \(E\). Notons \(f' : X \to Y'\) la composée de \(f\) et de \(Y \to Y'\). Alors les hypothèses (1) – (4), ainsi que (b) et (c), sont satisfaites pour \(f'\) et \(s\). Si nous montrons que \(\mathcal{O}_{Y'} \to f'_*\mathcal{O}_X\) est surjectif dans un voisinage ouvert de \(y\), il en va de même pour \(\mathcal{O}_Y \to f_*\mathcal{O}_X\). Ainsi, on peut supposer que \(Y\) est le spectre de \(R[x_e; e \in E]\).

À ce stade, \(X\) et \(Y\) sont plats sur \(S\). Alors \(Y_s\) et \(X\) sont Tor-indépendants au-dessus de \(Y\). Nous invitons le lecteur à en trouver sa propre démonstration, mais cela résulte aussi du lemme 0CTA appliqué au carré de sommets \(X, Y, S, S\) et à son changement de base par \(s \to S\). Par conséquent, \[Rf_{s, *}\mathcal{O}_{X_s} = L(Y_s \to Y)^*Rf_*\mathcal{O}_X\] d’après le lemme 08IB de Catégories dérivées de schémas. Compte tenu de l’annulation déjà établie, ceci implique \(f_{s, *}\mathcal{O}_{X_s} = (Y_s \to Y)^*f_*\mathcal{O}_X\). On en conclut que \(\mathcal{O}_Y \to f_*\mathcal{O}_X\) est un morphisme de \(\mathcal{O}_Y\)-modules quasi-cohérents dont l’image inverse sur \(Y_s\) est surjective. Nous affirmons que \(f_*\mathcal{O}_X\) est un \(\mathcal{O}_Y\)-module de type fini. Si cela est vrai, alors le conoyau \(\mathcal{F}\) de \(\mathcal{O}_Y \to f_*\mathcal{O}_X\) est un \(\mathcal{O}_Y\)-module quasi-cohérent de type fini tel que \(\mathcal{F}_y \otimes \kappa(y) = 0\). D’après le lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV), on a \(\mathcal{F}_y = 0\). Ainsi, \(\mathcal{F}\) est nul dans un voisinage ouvert de \(y\) (Modules, lemme 01B9), ce qui achève la démonstration.

Démonstration de l’affirmation. Pour une partie finie \(E' \subset E\), posons \(Y' = \Spec(R[x_e; e \in E'])\). Pour \(E'\) assez grand, le morphisme \(f' : X \to Y \to Y'\) est propre, voir Limites, lemme 0EX1. Dans la suite, on fixe \(E'\) et \(Y'\). Écrivons \(R = \colim R_i\) comme la colimite de ses sous-algèbres de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Posons \(S_i = \Spec(R_i)\) et \(Y'_i = \Spec(R_i[x_e; e \in E'])\). Pour \(i\) assez grand, on peut trouver un diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d] \ar[r]_{f'} & Y' \ar[d] \ar[r] & S \ar[d] \\ X_i \ar[r]^{f'_i} & Y'_i \ar[r] & S_i }\] à carrés cartésiens, tel que \(X_i\) soit plat sur \(S_i\) et que \(X_i \to Y'_i\) soit propre. Voir Limites, lemmes 01ZM, 04AI et 081F. Le même argument que ci-dessus montre que \(Y'\) et \(X_i\) sont Tor-indépendants au-dessus de \(Y'_i\) et donc que \[R\Gamma(X, \mathcal{O}_X) = R\Gamma(X_i, \mathcal{O}_{X_i}) \otimes^\mathbf{L}_{R_i[x_e; e \in E']} R[x_e; e \in E']\] d’après la même référence que ci-dessus. D’après Cohomologie des schémas, lemme 02O6, le complexe \(R\Gamma(X_i, \mathcal{O}_{X_i})\) est pseudo-cohérent dans la catégorie dérivée de l’anneau noethérien \(R_i[x_e; e \in E']\) (voir Compléments d’algèbre, lemme 066E). Ainsi, \(R\Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) est pseudo-cohérent dans la catégorie dérivée de \(R[x_e; e \in E']\), voir Compléments d’algèbre, lemme 0650. Puisque son seul module de cohomologie non nul est \(H^0(X, \mathcal{O}_X)\), on en conclut qu’il s’agit d’un \(R[x_e; e \in E']\)-module de type fini, voir Compléments d’algèbre, lemme 064T. Ceci achève la démonstration.

Lemme

Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd] & & Y \ar[ld] \\ & S }\] de morphismes de schémas. Supposons que \(X \to S\) soit plat, que \(f\) soit propre, que \(\dim(X_y) \leq 1\) pour \(y \in Y\), et que \(R^1f_*\mathcal{O}_X = 0\). Alors \(f_*\mathcal{O}_X\) est \(S\)-plat et la formation de \(f_*\mathcal{O}_X\) commute à tout changement de base \(S' \to S\).

Démonstration

On peut supposer que \(Y\) et \(S\) sont affines, disons \(S = \Spec(A)\). Pour montrer que le \(\mathcal{O}_Y\)-module quasi-cohérent \(f_*\mathcal{O}_X\) est plat relativement à \(S\), il suffit de montrer que \(H^0(X, \mathcal{O}_X)\) est plat sur \(A\) (certains détails sont omis). D’après le lemme 0E7H, on a \(H^1(X, \mathcal{O}_X \otimes_A M) = 0\) pour tout \(A\)-module \(M\). Puisque \(\mathcal{O}_X\) est aussi plat sur \(A\), on en déduit que le foncteur \(M \mapsto H^0(X, \mathcal{O}_X \otimes_A M)\) est exact. De plus, ce foncteur commute aux sommes directes d’après Cohomologie, lemme 01FF. Il est alors facile de vérifier que \(H^0(X, \mathcal{O}_X \otimes_A M) = M \otimes_A H^0(X, \mathcal{O}_X)\) fonctoriellement en \(M\), ce qui donne la platitude voulue. Enfin, si \(S' \to S\) est un morphisme de schémas affines donné par l’homomorphisme d’anneaux \(A \to A'\), alors, dans le cas affine qui vient d’être traité, on voit que \[H^0(X \times_S S', \mathcal{O}_{X \times_S S'}) = H^0(X, \mathcal{O}_X \otimes_A A') = H^0(X, \mathcal{O}_X) \otimes_A A'\] Cela montre que la formation de \(f_*\mathcal{O}_X\) commute à tout changement de base \(S' \to S\). Certains détails sont omis.

Lemme

Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd] & & Y \ar[ld] \\ & S }\] de morphismes de schémas. Soit \(s \in S\) un point. Supposons que

  1. \(X \to S\) soit localement de présentation finie et plat aux points de \(X_s\),

  2. \(Y \to S\) soit localement de présentation finie,

  3. \(f\) soit propre,

  4. les fibres de \(f_s : X_s \to Y_s\) soient de dimension \(\leq 1\) et que \(R^1f_{s, *}\mathcal{O}_{X_s} = 0\),

  5. \(\mathcal{O}_{Y_s} \to f_{s, *}\mathcal{O}_{X_s}\) soit un isomorphisme.

Alors il existe un ouvert \(Y_s \subset V \subset Y\) tel que (a) \(V\) soit plat sur \(S\), (b) \(f^{-1}(V)\) soit plat sur \(S\), (c) \(\dim(X_y) \leq 1\) pour \(y \in V\), (d) \(R^1f_*\mathcal{O}_X|_V = 0\), (e) \(\mathcal{O}_V \to f_*\mathcal{O}_X|_V\) soit un isomorphisme, et tel que (a) – (e) restent vraies après le changement de base de \(f^{-1}(V) \to V\) par tout \(S' \to S\).

Démonstration

Soit \(y \in Y_s\). On peut toujours remplacer \(Y\) par un voisinage ouvert de \(y\). On peut donc supposer que \(Y\) et \(S\) sont affines. On peut également supposer que \(X\) est plat sur \(S\), que \(\dim(X_y) \leq 1\) pour \(y \in Y\), que \(R^1f_*\mathcal{O}_X = 0\) universellement et que \(\mathcal{O}_Y \to f_*\mathcal{O}_X\) est surjectif, voir le lemme 0E7J. (Nous n’utiliserons pas tout ceci.)

Supposons \(S\) et \(Y\) affines. Écrivons \(S = \lim S_i\) comme limite cofiltrante de schémas affines noethériens \(S_i\). D’après Limites, lemme 01ZM, il existe un élément \(0 \in I\) et un diagramme \[\xymatrix{ X_0 \ar[rr]_{f_0} \ar[rd] & & Y_0 \ar[ld] \\ & S_0 }\] de morphismes de type fini entre schémas dont le changement de base à \(S\) est le diagramme du lemme. Après avoir augmenté \(0\), on peut supposer que \(Y_0\) est affine et que \(X_0 \to S_0\) est propre, voir Limites, lemmes 081F et 01Z6. Soit \(s_0 \in S_0\) l’image de \(s\). Puisque \(Y_s\) est affine, on voit que \(R^1f_{s, *}\mathcal{O}_{X_s} = 0\) équivaut à \(H^1(X_s, \mathcal{O}_{X_s}) = 0\). Puisque \(X_s\) est le changement de base de \(X_{0, s_0}\) par l’homomorphisme fidèlement plat \(\kappa(s_0) \to \kappa(s)\), on voit que \(H^1(X_{0, s_0}, \mathcal{O}_{X_{0, s_0}}) = 0\) et donc que \(R^1f_{0, *}\mathcal{O}_{X_{0, s_0}} = 0\). De même, puisque \(\mathcal{O}_{Y_s} \to f_{s, *}\mathcal{O}_{X_s}\) est un isomorphisme, il en va de même de \(\mathcal{O}_{Y_{0, s_0}} \to f_{0, *}\mathcal{O}_{X_{0, s_0}}\). Puisque les dimensions des fibres de \(X_s \to Y_s\) sont au plus \(1\), il en va de même pour le morphisme \(X_{0, s_0} \to Y_{0, s_0}\). Enfin, puisque \(X \to S\) est plat, après avoir augmenté \(0\), on peut supposer que \(X_0\) est plat sur \(S_0\), voir Limites, lemme 04AI. Il suffit donc de démontrer le lemme pour \(X_0 \to Y_0 \to S_0\) et le point \(s_0\).

En combinant les réductions ci-dessus, on se ramène au cas où \(S\) et \(Y\) sont affines, \(S\) est noethérien, les fibres de \(f\) sont de dimension \(\leq 1\), et \(R^1f_*\mathcal{O}_X = 0\) universellement. Soit \(y \in Y_s\) un point. Affirmation : \[\mathcal{O}_{Y, y} \longrightarrow (f_*\mathcal{O}_X)_y\] est un isomorphisme. L’affirmation implique le lemme. En effet, puisque \(f_*\mathcal{O}_X\) est cohérent (Cohomologie des schémas, proposition 02O5), l’affirmation signifie que l’on peut remplacer \(Y\) par un voisinage ouvert de \(y\) et obtenir un isomorphisme \(\mathcal{O}_Y \to f_*\mathcal{O}_X\). On en conclut alors que \(Y\) est plat sur \(S\) d’après le lemme 0E7K. Enfin, l’isomorphisme \(\mathcal{O}_Y \to f_*\mathcal{O}_X\) reste un isomorphisme après tout changement de base \(S' \to S\) d’après la dernière assertion du lemme 0E7K.

Démonstration de l’affirmation. On sait déjà que \(\mathcal{O}_{Y, y} \longrightarrow (f_*\mathcal{O}_X)_y\) est surjectif (lemme 0E7J), que \((f_*\mathcal{O}_X)_y\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S, s}\) (lemme 0E7K) et que le morphisme induit \[\mathcal{O}_{Y_s, y} = \mathcal{O}_{Y, y}/\mathfrak m_s\mathcal{O}_{Y, y} \longrightarrow (f_*\mathcal{O}_X)_y/\mathfrak m_s (f_*\mathcal{O}_X)_y \to (f_{s, *}\mathcal{O}_{X_s})_y\] est injectif d’après l’hypothèse du lemme. Il résulte alors du lemme 00ME d’Algèbre que \(\mathcal{O}_{Y, y} \longrightarrow (f_*\mathcal{O}_X)_y\) est injectif, comme souhaité.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas noethériens tel que \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_Y\), dont les fibres de \(f\) sont de dimension \(\leq 1\), et tel que \(H^1(X_y, \mathcal{O}_{X_y}) = 0\) pour \(y \in Y\). Alors \(f^* : \Pic(Y) \to \Pic(X)\) est une bijection sur le sous-groupe des \(\mathcal{L} \in \Pic(X)\) tels que \(\mathcal{L}|_{X_y} \cong \mathcal{O}_{X_y}\) pour tout \(y \in Y\).

Démonstration

D’après la formule de projection (Cohomologie, lemme 01E8), on voit que \(f_*f^*\mathcal{N} \cong \mathcal{N}\) pour \(\mathcal{N} \in \Pic(Y)\). Nous affirmons que, pour \(\mathcal{L} \in \Pic(X)\) tel que \(\mathcal{L}|_{X_y} \cong \mathcal{O}_{X_y}\) pour tout \(y \in Y\), le module \(\mathcal{N} = f_*\mathcal{L}\) est inversible et que \(\mathcal{L} \cong f^*\mathcal{N}\). Cela achèvera la démonstration.

Le \(\mathcal{O}_Y\)-module \(\mathcal{N} = f_*\mathcal{L}\) est cohérent d’après Cohomologie des schémas, proposition 02O5. Ainsi, pour voir qu’il s’agit d’un \(\mathcal{O}_Y\)-module inversible, il suffit de le vérifier sur les tiges (Algèbre, lemme 00NX). Puisque l’homomorphisme d’un anneau local noethérien vers son complété est fidèlement plat, il suffit de vérifier que le complété \((f_*\mathcal{L})_y^\wedge\) est libre (voir Algèbre, section 0BNH et lemme 00O1). Pour cela, nous utiliserons le théorème des fonctions formelles sous la forme donnée dans Cohomologie des schémas, lemme 02OD. Puisque \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_Y\) et donc \((f_*\mathcal{O}_X)_y^\wedge \cong \mathcal{O}_{Y, y}^\wedge\), il suffit de montrer que \(\mathcal{L}|_{X_n} \cong \mathcal{O}_{X_n}\) pour tout \(n\) (de manière compatible lorsque \(n\) varie. D’après le lemme 0C6R, on a une suite exacte \[H^1(X_y, \mathfrak m_y^n\mathcal{O}_X/\mathfrak m_y^{n + 1}\mathcal{O}_X) \to \Pic(X_{n + 1}) \to \Pic(X_n)\] avec les notations du théorème des fonctions formelles. Observons que l’on a une surjection \[\mathcal{O}_{X_y}^{\oplus r_n} \cong \mathfrak m_y^n/\mathfrak m_y^{n + 1} \otimes_{\kappa(y)} \mathcal{O}_{X_y} \longrightarrow \mathfrak m_y^n\mathcal{O}_X/\mathfrak m_y^{n + 1}\mathcal{O}_X\] pour certains entiers \(r_n \geq 0\). Puisque \(\dim(X_y) \leq 1\), cette surjection induit une surjection sur les groupes de cohomologie de degré un (par l’annulation de la cohomologie en degrés \(\geq 2\) qui résulte de Cohomologie, proposition 02UZ). Le \(H^1\) de la suite est donc nul et les morphismes de transition \(\Pic(X_{n + 1}) \to \Pic(X_n)\) sont injectifs, comme souhaité.

Il reste à montrer que \(f^*\mathcal{N} \cong \mathcal{L}\). Cela se démontre par la même méthode et nous omettons les détails.

Stratifications affines

Ce contenu est tiré de [RV]. Nous invitons le lecteur à se familiariser quelque peu avec les stratifications dans Topologie, section 09XY, avant de lire cette section.

Si \(X\) est un schéma, une stratification de \(X\) désigne en général une stratification de l’espace topologique sous-jacent à \(X\). Les strates sont des parties localement fermées. Nous considérerons ces strates comme des sous-schémas localement fermés réduits de \(X\) au moyen de Schémas, remarque 0F2L.

Définition

Soit \(X\) un schéma. Une stratification affine est une stratification localement finie \(X = \coprod_{i \in I} X_i\) dont les strates \(X_i\) sont affines et telle que les morphismes d’inclusion \(X_i \to X\) soient affines.

La condition qu’une stratification \(X = \coprod X_i\) soit localement finie est, en présence de la condition que les morphismes d’inclusion \(X_i \to X\) soient quasi-compacts, équivalente à la condition que les strates soient des parties localement constructibles de \(X\), voir Propriétés, lemme 0F2M.

La condition que \(X_i \to X\) soit un morphisme affine ne dépend pas de la structure de schéma que l’on met sur la partie localement fermée \(X_i\), voir le lemme 09ZV. De plus, si \(X\) est séparé (ou, plus généralement, est à diagonale affine) et si \(X = \coprod X_i\) est une stratification localement finie à strates affines, alors les morphismes \(X_i \to X\) sont affines. Voir Morphismes, lemme 01SG. Cela permet, dans la plupart des cas qui nous intéressent, de faire abstraction de la condition d’affinité des morphismes d’inclusion \(X_i \to X\).

Nous nous intéressons souvent au cas où l’ensemble partiellement ordonné d’indices \(I\) de la stratification est fini. Rappelons que la longueur d’un ensemble partiellement ordonné \(I\) est le supremum des longueurs \(p\) des chaînes \(i_0 < i_1 < \ldots < i_p\) d’éléments de \(I\).

Lemme

Soit \(X\) un schéma. Soit \(X = \coprod_{i \in I} X_i\) une stratification affine finie. Il existe une stratification affine dont l’ensemble d’indices est \(\{0, \ldots, n\}\), où \(n\) est la longueur de \(I\).

Démonstration

Rappelons que \(I\) est muni d’un ordre partiel tel que l’adhérence de \(X_i\) soit contenue dans \(\bigcup_{j \leq i} X_j\) pour tout \(i \in I\). Soit \(I' \subset I\) l’ensemble des indices maximaux de \(I\). Si \(i \in I'\), alors \(X_i\) est ouvert dans \(X\), car la réunion des adhérences des autres strates est le complémentaire de \(X_i\). Soit \(U = \bigcup_{i \in I'} X_i\), considéré comme un sous-schéma ouvert de \(X\), de sorte que \(U_{red} = \coprod_{i \in I'} X_i\) en tant que schémas. Alors \(U\) est un schéma affine d’après Schémas, lemme 01I5, et le lemme 06AD. Le morphisme \(U \to X\) est affine, puisque chacun des \(X_i \to X\), \(i \in I'\), est affine, par le même raisonnement utilisant le lemme 09ZV. Le complémentaire \(Z = X \setminus U\), muni de la structure de schéma réduite induite, possède la stratification affine \(Z = \bigcup_{i \in I \setminus I'} X_i\). On utilise ici le fait qu’un morphisme de schémas \(T \to Z\) est affine si et seulement si la composée \(T \to X\) est affine ; cela résulte de Morphismes, lemmes 01SE, 01SC et 01SG. Observons que l’ensemble partiellement ordonné \(I \setminus I'\) a une longueur exactement égale à celle de \(I\) moins un. Par récurrence, on trouve donc que \(Z\) possède une stratification affine \(Z = Z_0 \amalg \ldots \amalg Z_{n - 1}\) dont l’ensemble d’indices est \(\{1, \ldots, n\}\). En posant \(Z_n = U\), on obtient la stratification voulue de \(X\).

Si un schéma \(X\) possède une stratification affine finie, alors \(X\) est bien entendu quasi-compact. Il est un peu moins évident que cela force également \(X\) à être quasi-séparé.

Lemme

Soit \(X\) un schéma. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(X\) possède une stratification affine finie, et

  2. \(X\) est quasi-compact et quasi-séparé.

Démonstration

Soit \(X = \bigcup X_i\) une stratification affine finie. Puisque chaque \(X_i\) est affine, donc quasi-compact, on en conclut que \(X\) est quasi-compact. Soient \(U, V \subset X\) des ouverts affines. Alors \(U \cap X_i\) et \(V \cap X_i\) sont des ouverts affines de \(X_i\), puisque \(X_i \to X\) est un morphisme affine. Ainsi, \(U \cap V \cap X_i\) est un ouvert affine du schéma affine \(X_i\) (voir, par exemple, Schémas, lemme 01KP). Par conséquent, \(U \cap V = \coprod U \cap V \cap X_i\) est quasi-compact, étant une réunion finie de strates affines. On en conclut que \(X\) est quasi-séparé d’après Schémas, lemme 01KO.

Supposons que \(X\) soit quasi-compact et quasi-séparé. On peut utiliser le principe de récurrence de Cohomologie des schémas, lemme 08DR, pour démontrer que \(X\) possède une stratification affine finie. Si \(X\) est vide, il possède une stratification affine vide. Si \(X\) est affine non vide, il possède une stratification affine à une strate. Supposons ensuite que \(X = U \cup V\), où \(U\) est un ouvert quasi-compact, \(V\) est un ouvert affine, et que l’on dispose de stratifications affines finies \(U = \bigcup_{i \in I} U_i\) et \(U \cap V = \coprod_{j \in J} W_j\). Notons \(Z = X \setminus V\) et \(Z' = X \setminus U\). Remarquons que \(Z\) est fermé dans \(U\) et que \(Z'\) est fermé dans \(V\). Observons que \(U_i \cap Z\) et \(U_i \cap W_j = U_i \times_U W_j\) sont des schémas affines et affines au-dessus de \(U\). (Indications : utiliser le fait que \(U_i \times_U W_j \to W_j\) est affine comme changement de base de \(U_i \to U\), donc que \(U_i \cap W_j\) est affine, donc que \(U_i \cap W_j \to U_i\) est affine, et donc que \(U_i \cap W_j \to U\) est affine.) Il s’ensuit que \[U = \coprod\nolimits_{i \in I} (U_i \cap Z) \amalg \coprod\nolimits_{(i, j) \in I \times J} (U_i \cap W_j)\] est une stratification affine finie munie de l’ordre partiel sur \(I \amalg I \times J\) donné par \(i' \leq (i, j) \Leftrightarrow i' \leq i\) et \((i', j') \leq (i, j) \Leftrightarrow i' \leq i\) et \(j' \leq j\). Observons que \((U_i \cap Z) \times_X V = \emptyset\) et que \((U_i \cap W_j) \times_X V = U_i \cap W_j\) sont affines. Ainsi, les morphismes \(U_i \cap Z \to X\) et \(U_i \cap W_j \to X\) sont affines, car on peut vérifier l’affinité d’un morphisme localement sur le but (Morphismes, lemme 01S8) et l’on a l’affinité au-dessus de \(U\) et de \(V\). Pour achever la démonstration, on prend la stratification ci-dessus et on ajoute une strate supplémentaire, à savoir \(Z'\), dont on ajoute l’indice comme élément minimal de l’ensemble partiellement ordonné.

Définition

Soit \(X\) un schéma non vide, quasi-compact et quasi-séparé. Le nombre de stratification affine est le plus petit entier \(n \geq 0\) tel que les conditions équivalentes suivantes soient satisfaites :

  1. il existe une stratification affine finie \(X = \coprod_{i \in I} X_i\) où \(I\) est de longueur \(n\),

  2. il existe une stratification affine \(X = X_0 \amalg X_1 \amalg \ldots \amalg X_n\) dont l’ensemble d’indices est \(\{0, \ldots, n\}\).

L’équivalence des conditions résulte du lemme 0F2T. L’existence d’une stratification affine finie est démontrée dans le lemme 0F2U.

Lemme

Soit \(X\) un schéma séparé qui possède un recouvrement ouvert par \(n + 1\) schémas affines. Alors le nombre de stratification affine de \(X\) est au plus \(n\).

Démonstration

Soit \(X = U_0 \cup \ldots \cup U_n\) un recouvrement ouvert affine. Posons \[X_i = (U_i \cup \ldots \cup U_n) \setminus (U_{i + 1} \cup \ldots \cup U_n)\] Alors \(X_i\) est affine en tant que sous-schéma fermé de \(U_i\). Le morphisme \(X_i \to X\) est affine d’après Morphismes, lemme 01SG. Enfin, on a \(\overline{X_i} \subset X_i \cup X_{i - 1} \cup \ldots X_0\).

Lemme

Soit \(X\) un schéma noethérien de dimension \(\infty > d \geq 0\). Alors le nombre de stratification affine de \(X\) est au plus \(d\).

Démonstration

On raisonne par récurrence sur \(d\). Si \(d = 0\), alors \(X\) est affine, voir Propriétés, lemme 0AAX. Supposons \(d > 0\). Soient \(\eta_1, \ldots, \eta_n\) les points génériques des composantes irréductibles de \(X\) (Propriétés, lemme 0BA8). On peut recouvrir \(X\) par des ouverts affines contenant \(\eta_1, \ldots, \eta_n\), voir Propriétés, lemme 01ZX. Puisque \(X\) est quasi-compact, on peut trouver un recouvrement ouvert affine fini \(X = \bigcup_{j = 1, \ldots, m} U_j\) tel que \(\eta_1, \ldots, \eta_n \in U_j\) pour tout \(j = 1, \ldots, m\). Choisissons un ouvert affine \(U \subset U_1 \cap \ldots \cap U_m\) contenant \(\eta_1, \ldots, \eta_n\) (ce qui est possible d’après le lemme déjà cité). Alors le morphisme \(U \to X\) est affine, car \(U \to U_j\) est affine pour tout \(j\), voir Morphismes, lemme 01S8. Soit \(Z = X \setminus U\). Par construction, \(\dim(Z) < \dim(X)\). Par hypothèse de récurrence, on peut trouver une stratification affine \(Z = \bigcup_{i \in \{0, \ldots, n\}} Z_i\) de \(Z\) avec \(n \leq \dim(Z)\). En posant \(U = X_{n + 1}\) et \(X_i = Z_i\) pour \(i \leq n\), on conclut.

Proposition

Soit \(X\) un schéma non vide, quasi-compact et quasi-séparé, de nombre de stratification affine \(n\). Alors \(H^p(X, \mathcal{F}) = 0\), \(p > n\), pour tout \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{F}\).

Démonstration

Nous allons le démontrer par récurrence sur le nombre de stratification affine \(n\). Si \(n = 0\), alors \(X\) est affine et le résultat est le lemme 01XB de Cohomologie des schémas. Supposons \(n > 0\). D’après la définition 0F2V, il existe un schéma affine \(U\) et une immersion ouverte affine \(j : U \to X\) tels que le complémentaire \(Z\) ait pour nombre de stratification affine \(n - 1\). Puisque \(U\) et \(j\) sont affines, on a \(H^p(X, j_*(\mathcal{F}|_U)) = 0\) pour \(p > 0\), voir Cohomologie des schémas, lemmes 089W et 01XC. Notons \(\mathcal{K}\) et \(\mathcal{Q}\) le noyau et le conoyau du morphisme \(\mathcal{F} \to j_*(\mathcal{F}|_U)\). On obtient ainsi une suite exacte \[0 \to \mathcal{K} \to \mathcal{F} \to j_*(\mathcal{F}|_U) \to \mathcal{Q} \to 0\] de \(\mathcal{O}_X\)-modules quasi-cohérents (voir Schémas, section 01LA). Un argument standard, consistant à décomposer notre suite exacte en suites exactes courtes et à utiliser la suite exacte longue de cohomologie, montre qu’il suffit de démontrer \(H^p(X, \mathcal{K}) = 0\) et \(H^p(X, \mathcal{Q}) = 0\) pour \(p \geq n\). Puisque \(\mathcal{F} \to j_*(\mathcal{F}|_U)\) se restreint à un isomorphisme sur \(U\), on voit que \(\mathcal{K}\) et \(\mathcal{Q}\) sont supportés sur \(Z\). D’après Propriétés, lemme 01PG, on peut écrire ces modules comme les colimites filtrantes de leurs sous-modules quasi-cohérents de type fini. En utilisant le fait que la cohomologie des faisceaux sur \(X\) commute aux colimites filtrantes, voir Cohomologie, lemme 01FF, on conclut qu’il suffit de montrer que, si \(\mathcal{G}\) est un module quasi-cohérent de type fini dont le support est contenu dans \(Z\), alors \(H^p(X, \mathcal{G}) = 0\) pour \(p \geq n\). Soit \(Z' \subset X\) le support schématique de \(\mathcal{G} \oplus \mathcal{O}_Z\) ; on peut considérer, et l’on considère, \(\mathcal{G}\) comme un module quasi-cohérent sur \(Z'\), voir Morphismes, section 056H. Alors \(Z'\) et \(Z\) ont le même espace topologique sous-jacent et donc le même nombre de stratification affine, à savoir \(n - 1\). Ainsi, \(H^p(X, \mathcal{G}) = H^p(Z', \mathcal{G})\) (égalité d’après Cohomologie des schémas, lemme 089W) s’annule pour \(p \geq n\) par hypothèse de récurrence.

Exemple

Soit \(k\) un corps et soit \(X = \mathbf{P}^n_k\) l’espace projectif de dimension \(n\) sur \(k\). Le lemme 0F2W s’y applique d’après Constructions, lemme 01NG. Par conséquent, le nombre de stratification affine de \(\mathbf{P}^n_k\) est au plus \(n\). D’autre part, on a une cohomologie non nulle en degré \(n\) pour certains modules quasi-cohérents sur \(\mathbf{P}^n_k\), voir Cohomologie des schémas, lemme 01XT. En appliquant la proposition 0F2Y, on conclut que le nombre de stratification affine de \(\mathbf{P}^n_k\) est égal à \(n\).

Morphismes universellement ouverts

Quelques résultats sur les morphismes universellement ouverts.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est universellement ouvert,

  2. pour tout morphisme \(S' \to S\) localement de présentation finie, le changement de base \(X_{S'} \to S'\) est ouvert, et

  3. pour tout \(n\), le morphisme \(\mathbf{A}^n \times X \to \mathbf{A}^n \times S\) est ouvert.

Démonstration

Il est clair que (1) implique (2) et que (2) implique (3). Montrons que (3) implique (1). Supposons que le changement de base \(X_T \to T\) ne soit pas ouvert pour un certain morphisme de schémas \(g : T \to S\). On peut alors trouver des ouverts affines \(V \subset S\), \(U \subset X\), \(W \subset T\) tels que \(f(U) \subset V\) et \(g(W) \subset V\) et que \(U \times_V W \to W\) ne soit pas ouvert. Si l’on peut montrer que cela implique que \(\mathbf{A}^n \times U \to \mathbf{A}^n \times V\) n’est pas ouvert, alors \(\mathbf{A}^n \times X \to \mathbf{A}^n \times S\) n’est pas ouvert et la démonstration est achevée. On est ainsi ramené au résultat démontré dans le paragraphe suivant.

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux tel que \(A' \to B' = A' \otimes_A B\) n’induise pas une application ouverte entre spectres pour une certaine \(A\)-algèbre \(A'\). Comme les ouverts principaux forment une base de la topologie de \(\Spec(B')\), on conclut que l’image de \(D(g)\) dans \(\Spec(A')\) n’est pas ouverte pour un certain \(g \in B'\). Écrivons \(g = \sum_{i = 1, \ldots, n} a'_i \otimes b_i\) pour un certain \(n\), avec \(a'_i \in A'\) et \(b_i \in B\). Considérons l’élément \(h = \sum_{i = 1, \ldots, n} x_i b_i\) de \(B[x_1, \ldots, x_n]\). Supposons, afin d’obtenir une contradiction, que \(D(h)\) ait une image ouverte par le morphisme \[\Spec(B[x_1, \ldots, x_n]) \longrightarrow \Spec(A[x_1, \ldots, x_n])\] Alors \(D(h)\) s’enverrait surjectivement sur un ouvert quasi-compact \(U \subset \Spec(A[x_1, \ldots, x_n])\). Soit \(A[x_1, \ldots, x_n] \to A'\) l’homomorphisme de \(A\)-algèbres qui envoie \(x_i\) sur \(a'_i\). Il induit également un homomorphisme de \(B\)-algèbres \(B[x_1, \ldots, x_n] \to B'\) qui envoie \(h\) sur \(g\). Puisque \[\xymatrix{ \Spec(B[x_1, \ldots, x_n]) \ar[d] & \Spec(B') \ar[l] \ar[d] \\ \Spec(A[x_1, \ldots, x_n]) & \Spec(A') \ar[l] }\] est cartésien, l’image de \(D(g)\) dans \(\Spec(A')\) est égale à l’image réciproque de \(U\) dans \(\Spec(A')\), et est donc ouverte, ce qui est la contradiction recherchée.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Si

  1. \(f\) est localement quasi-fini,

  2. \(Y\) est géométriquement unibranche et localement noethérien, et

  3. toute composante irréductible de \(X\) domine une composante irréductible de \(Y\),

alors \(f\) est universellement ouvert.

Démonstration

Pour tout \(n\), le schéma \(\mathbf{A}^n \times Y\) est géométriquement unibranche d’après le lemme 0DQ2 et Propriétés, lemme 0C39. Par conséquent, les hypothèses du lemme sont satisfaites par les morphismes \(\mathbf{A}^n \times X \to \mathbf{A}^n \times Y\) pour tout \(n\). D’après le lemme 0F31, il suffit de montrer que \(f\) est ouvert. D’après Morphismes, lemme 01U1, il suffit de montrer que les générisations se relèvent le long de \(f\). Supposons que \(y' \leadsto y\) soit une spécialisation de points de \(Y\) et que \(x \in X\) soit un point s’envoyant sur \(y\). Comme dans le lemme 02LK, choisissons un diagramme \[\xymatrix{ u \ar[d] & U \ar[d] \ar[r] & X \ar[d] \\ v & V \ar[r] & Y }\] où \((V, v) \to (Y, y)\) est un voisinage étale élémentaire, \(U \to V\) est fini, \(u\) est l’unique point de \(U\) s’envoyant sur \(v\), \(U \subset V \times_Y X\) est ouvert, et \(v \mapsto y\) et \(u \mapsto x\). Soit \(E\) une composante irréductible de \(U\) passant par \(u\) (il en existe au moins une). Comme \(U \to X\) est étale, \(E\) s’envoie dans une composante irréductible de \(X\), qui à son tour domine une composante irréductible de \(Y\) (par hypothèse). Comme \(U \to V\) est fini, donc fermé, on conclut que l’image \(E' \subset V\) de \(E\) est une partie fermée irréductible passant par \(v\) et dominant une composante irréductible de \(Y\). Comme \(V \to Y\) est étale, \(E'\) est nécessairement une composante irréductible de \(V\) passant par \(v\). Puisque \(Y\) est géométriquement unibranche, on voit que \(E'\) est l’unique composante irréductible de \(V\) passant par \(v\) (lemme 0CB4). Comme \(V\) est localement noethérien, on peut, après avoir rétréci \(V\), supposer que \(E' = V\) (égalité d’ensembles).

Comme \(V \to Y\) est étale, on peut trouver une spécialisation \(v' \leadsto v\) dont l’image est \(y' \leadsto y\). D’après ce qui précède, on peut trouver \(u' \in U\) s’envoyant sur \(v'\). Alors \(u' \leadsto u\), car \(u\) est l’unique point de \(U\) s’envoyant sur \(v\) et \(U \to V\) est fermé. Enfin, l’image \(x' \in X\) de \(u'\) est un point qui se spécialise en \(x\) et s’envoie sur \(y'\), ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que \(B\) soit engendré comme \(A\)-module par \(b_1, \ldots, b_d \in B\). Posons \(h = \sum x_ib_i \in B[x_1, \ldots, x_d]\). Alors \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) est universellement ouvert si et seulement si l’image de \(D(h)\) dans \(\Spec(A[x_1, \ldots, x_d])\) est ouverte.

Démonstration

Si \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) est universellement ouvert, alors, bien entendu, l’image de \(D(h)\) est ouverte. Réciproquement, supposons que l’image \(U\) de \(D(h)\) soit ouverte. Soit \(A \to A'\) un homomorphisme d’anneaux. Il suffit de montrer que l’image de tout ouvert principal \(D(g) \subset \Spec(A' \otimes_A B)\) dans \(\Spec(A')\) est ouverte. On peut écrire \(g = \sum_{i = 1, \ldots, d} a'_i \otimes b_i\) avec certains \(a'_i \in A'\). Soit \(A[x_1, \ldots, x_n] \to A'\) l’homomorphisme de \(A\)-algèbres qui envoie \(x_i\) sur \(a'_i\). Il induit également un homomorphisme de \(B\)-algèbres \(B[x_1, \ldots, x_n] \to A' \otimes_A B\) qui envoie \(h\) sur \(g\). Puisque \[\xymatrix{ \Spec(B[x_1, \ldots, x_n]) \ar[d] & \Spec(B') \ar[l] \ar[d] \\ \Spec(A[x_1, \ldots, x_n]) & \Spec(A') \ar[l] }\] est cartésien, l’image de \(D(g)\) dans \(\Spec(A')\) est égale à l’image réciproque de \(U\) dans \(\Spec(A')\), et est donc ouverte.

Lemme

Soit \(S = \lim S_i\) la limite d’un système cofiltrant de schémas dont les morphismes de transition sont affines. Soit \(0 \in I\) et soit \(f_0 : X_0 \to Y_0\) un morphisme de schémas sur \(S_0\). Supposons \(S_0\), \(X_0\), \(Y_0\) quasi-compacts et quasi-séparés. Soit \(f_i : X_i \to Y_i\) le changement de base de \(f_0\) à \(S_i\) et soit \(f : X \to Y\) le changement de base de \(f_0\) à \(S\). Si

  1. \(f\) est localement quasi-fini et universellement ouvert, et

  2. \(f_0\) est localement de présentation finie,

alors il existe \(i \geq 0\) tel que \(f_i\) soit localement quasi-fini et universellement ouvert.

Démonstration

D’après Limites, lemme 094M, après avoir augmenté \(0\), on peut supposer que \(f_0\) est localement quasi-fini. Soit \(x \in X\). Par localisation étale des morphismes quasi-finis, on peut trouver un diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d] & U \ar[l] \ar[d] \\ Y & V \ar[l] }\] où \(V \to Y\) est étale, \(U \subset X_V\) est ouvert, \(U \to V\) est fini, et \(x\) appartient à l’image de \(U \to X\), voir le lemme 02LK. Après avoir rétréci \(V\), on peut supposer que \(V\) et \(U\) sont affines. Comme \(X\) est quasi-compact, il s’ensuit, en prenant une somme disjointe finie de tels \(V\) et \(U\), que l’on peut construire un diagramme comme ci-dessus tel que \(U \to X\) soit surjectif. D’après Limites, lemmes 01ZM, 01Z4, 07RR, 01ZO, 07RP, et 01Z6, après avoir éventuellement augmenté \(0\), on peut supposer que l’on dispose d’un diagramme \[\xymatrix{ X_0 \ar[d] & U_0 \ar[l] \ar[d] \\ Y_0 & V_0 \ar[l] }\] où \(V_0\) est affine, \(V_0 \to Y_0\) est étale, \(U_0 \subset (X_0)_{V_0}\) est ouvert, \(U_0 \to V_0\) est fini, et \(U_0 \to X_0\) est surjectif. Comme \(V_i \to Y_i\) est étale et donc universellement ouvert, il s’ensuit qu’il suffit de démontrer que \(U_i \to V_i\) est universellement ouvert pour \(i\) assez grand. On est ainsi ramené au cas traité dans le paragraphe suivant.

Soit \(A = \colim A_i\) une colimite filtrante d’anneaux. Soit \(A_0 \to B_0\) un homomorphisme d’anneaux. Posons \(B = A \otimes_{A_0} B_0\) et \(B_i = A_i \otimes_{A_0} B_0\). Supposons que \(A_0 \to B_0\) soit fini, de présentation finie, et que \(A \to B\) soit universellement ouvert. Il faut montrer que \(A_i \to B_i\) est universellement ouvert pour \(i\) assez grand. Choisissons \(b_{0, 1}, \ldots, b_{0, d} \in B_0\) qui engendrent \(B_0\) comme \(A_0\)-module. Posons \(h_0 = \sum_{j = 1, \ldots, d} x_jb_{0, j}\) dans \(B_0[x_1, \ldots, x_d]\). Notons \(h\), resp. \(h_i\), l’image de \(h_0\) dans \(B[x_1, \ldots, x_d]\), resp. \(B_i[x_1, \ldots, x_d]\). L’image \(U\) de \(D(h)\) dans \(\Spec(A[x_1, \ldots, x_d])\) est ouverte, car \(A \to B\) est universellement ouvert. Bien entendu, \(U\) est quasi-compact puisqu’il est l’image d’un schéma affine. Pour \(i\) assez grand, il existe un ouvert quasi-compact \(U_i \subset \Spec(A_i[x_1, \ldots, x_d])\) dont l’image réciproque dans \(\Spec(A[x_1, \ldots, x_d])\) est \(U\), voir Limites, lemme 01Z4. Après avoir augmenté \(i\), on peut supposer que \(D(h_i)\) s’envoie dans \(U_i\) ; cela résulte du même lemme appliqué à l’image réciproque de \(U_i\) dans \(D(h_i)\). Enfin, pour \(i\) encore plus grand, le morphisme de schémas \(D(h_i) \to U_i\) sera surjectif par application du lemme déjà utilisé, Limites, lemme 07RR. On conclut que \(A_i \to B_i\) est universellement ouvert d’après le lemme 0F33.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement quasi-fini. Alors

  1. les fonctions \(n_{X/Y}\) des lemmes 0556 et 055F coïncident,

  2. si \(X\) est quasi-compact, alors \(n_{X/Y}\) atteint un maximum \(d < \infty\).

Démonstration

L’égalité des fonctions résulte immédiatement du fait que les fibres (géométriques) d’un morphisme localement quasi-fini sont discrètes, voir Morphismes, lemme 06RT. Le caractère borné résulte de Morphismes, lemmes 03J5 et 03JA.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas séparé, localement quasi-fini et universellement ouvert. Soit \(n_{X/Y}\) comme dans le lemme 0F35. Si \(n_{X/Y}(y) \geq d\) pour un certain \(y \in Y\) et \(d \geq 0\), alors \(n_{X/Y} \geq d\) dans un voisinage ouvert de \(y\).

Démonstration

La question est locale sur \(Y\) ; on peut donc supposer \(Y\) affine. Soit \(K\) une clôture algébrique du corps résiduel \(\kappa(y)\). Notre hypothèse est que \((X_y)_K\) possède \(\geq d\) composantes connexes. Alors, pour un ouvert quasi-compact convenable \(X' \subset X\), le schéma \((X'_y)_K\) possède \(\geq d\) composantes connexes ; détails omis. Après avoir remplacé \(X\) par \(X'\), on peut supposer \(X\) quasi-compact. Alors \(f\) est quasi-fini. Soient \(x_1, \ldots, x_n\) les points de \(X\) au-dessus de \(y\). Appliquons le lemme 02LO pour obtenir un voisinage étale \((U, u) \to (Y, y)\) et une décomposition \[U \times_Y X = W \amalg \ \coprod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} \ \coprod\nolimits_{j = 1, \ldots, m_i} V_{i, j}\] comme au lemme cité. Observons que \(n_{X/Y}(y) = \sum_i m_i\) dans cette situation ; certains détails sont omis. Comme \(f\) est universellement ouvert, on voit que \(V_{i, j} \to U\) est ouvert pour tous \(i, j\). Après avoir rétréci \(U\), on peut donc supposer \(V_{i, j} \to U\) surjectif pour tous \(i, j\). Cela démontre que \(n_{U \times_Y X/U} \geq \sum_i m_i = n_{X/Y}(y) \geq d\). Comme la construction de \(n_{X/Y}\) est compatible avec le changement de base, la démonstration est achevée.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas séparé, localement quasi-fini et universellement ouvert. Soit \(n_{X/Y}\) comme dans le lemme 0F35. Si \(n_{X/Y}\) atteint un maximum \(d < \infty\), alors l’ensemble \[Y_d = \{y \in Y \mid n_{X/Y}(y) = d\}\] est ouvert dans \(Y\) et le morphisme \(f^{-1}(Y_d) \to Y_d\) est fini.

Démonstration

L’ouverture de \(Y_d\) résulte immédiatement du lemme 0F36. Pour démontrer la finitude au-dessus de \(Y_d\), reprenons l’argument de la démonstration de ce lemme. Soit donc \(y \in Y_d\). Il y a alors au plus \(d\) points de \(X\) au-dessus de \(y\). Notons \(x_1, \ldots, x_n\) les points de \(X\) au-dessus de \(y\). Appliquons le lemme 02LO pour obtenir un voisinage étale \((U, u) \to (Y, y)\) et une décomposition \[U \times_Y X = W \amalg \ \coprod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} \ \coprod\nolimits_{j = 1, \ldots, m_i} V_{i, j}\] comme au lemme cité. Observons que \(d = n_{X/Y}(y) = \sum_i m_i\) dans cette situation ; certains détails sont omis. Comme \(f\) est universellement ouvert, on voit que \(V_{i, j} \to U\) est ouvert pour tous \(i, j\). Après avoir rétréci \(U\), on peut donc supposer \(V_{i, j} \to U\) surjectif pour tous \(i, j\), et l’on peut supposer que \(U\) s’envoie dans \(W\). Cela démontre que \(n_{U \times_Y X/U} \geq \sum_i m_i = d\). Comme la construction de \(n_{X/Y}\) est compatible avec le changement de base, on sait que \(n_{U \times_Y X/U} = d\). Cela signifie que \(W\) doit être vide, et on conclut que \(U \times_Y X \to U\) est fini. D’après Descente, lemme 02LA, cela implique que \(X \to Y\) est fini au-dessus de l’image du morphisme ouvert \(U \to Y\). Autrement dit, on voit que \(f\) est fini au-dessus d’un voisinage ouvert de \(y\), comme souhaité.

Pondérations

Le contenu de cette section est tiré de [SGA4, Exposé XVII, 6.2.4].

Soit \(\pi : U \to V\) un morphisme de schémas localement quasi-fini à fibres finies. Étant donnée une fonction \(w : U \to \mathbf{Z}\), on définit une fonction \[\textstyle{\int}_\pi w : V \longrightarrow \mathbf{Z},\quad v \longmapsto \sum\nolimits_{u \in U,\ \pi(u) = v} w(u) [\kappa(u) : \kappa(v)]_s\] Remarquons que les extensions de corps sont finies (Morphismes, lemme 01TG), que \([\kappa' : \kappa]_s\) est le degré séparable (Corps, définition 030L), et que la somme est finie puisque les fibres de \(\pi\) sont supposées finies. Une autre manière de calculer la valeur de \(\int_\pi w\) en un point \(v \in V\) est la suivante. Choisissons un corps algébriquement clos \(k\) et un morphisme \(\overline{v} : \Spec(k) \to V\) dont l’image est \(v\). On a alors \[(\textstyle{\int}_\pi w)(v) = \sum\nolimits_{\overline{u} \in U_{\overline{v}}} w(\overline{u})\] où, bien entendu, \(w(\overline{u})\) désigne la valeur de \(w\) en l’image \(u\) du point \(\overline{u}\) par le morphisme \(U_{\overline{v}} \to U\). Remarquons que l’on peut considérer tout \(\overline{u} \in U_{\overline{v}}\) comme un morphisme \(\overline{u} : \Spec(k) \to U\) tel que \(\pi \circ \overline{u} = \overline{v}\). En effet, puisque \(U \to V\) est localement quasi-fini à fibres finies, le schéma \(U_{\overline{v}}\) est le spectre d’une algèbre de dimension finie sur \(k\) dont tous les idéaux premiers sont des idéaux maximaux de corps résiduel \(k\). Pour voir que l’égalité est satisfaite, remarquons que le nombre de morphismes \(\overline{u}\) au-dessus d’un \(u\) donné est égal à \([\kappa(u) : \kappa(v)]_s\) d’après Corps, lemme 09HJ.

Lemme

Étant donnés un carré cartésien \[\xymatrix{ U \ar[d]_\pi & U' \ar[l]^h \ar[d]^{\pi'} \\ V & V' \ar[l]_g }\] où \(\pi\) est localement quasi-fini à fibres finies, et une fonction \(w : U \to \mathbf{Z}\), on a \((\int_\pi w) \circ g = \int_{\pi'} (w \circ h)\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement de la seconde description de \(\int_\pi w\) donnée ci-dessus. Pour le démontrer à partir de la définition, on utilise le fait que, si \(E/F\) est une extension finie de corps et \(F'/F\) une autre extension de corps, alors, en écrivant \((E \otimes_F F')_{red} = \prod E'_i\) comme un produit de corps finis sur \(F'\), on a \[[E : F]_s = \sum [E'_i : F']_s\] Pour démontrer cette égalité, choisissons une extension algébriquement close \(\Omega/F'\) et observons que \[\begin{align*} [E : F]_s & = |\Mor_F(E, \Omega)| \\ & = |\Mor_{F'}(E \otimes_F F', \Omega)| \\ & = |\Mor_{F'}((E \otimes_F F')_{red}, \Omega)| \\ & = \sum |\Mor_{F'}(E'_i, \Omega)| \\ & = \sum [E'_i : F']_s \end{align*}\] où l’on a utilisé Corps, lemme 09HJ.

Définition

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement quasi-fini. Une fonction de poids ou une pondération de \(f\) est une application \(w : X \to \mathbf{Z}\) telle que, pour tout diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & U \ar[l]^h \ar[d]^\pi \\ Y & V \ar[l]_g }\] où \(V \to Y\) est étale, \(U \subset X_V\) est ouvert et \(U \to V\) fini, la fonction \(\int_\pi (w \circ h)\) soit localement constante.

Bien entendu, en prenant \(w = 0\), on obtient une pondération de tout morphisme \(f\) localement quasi-fini, bien qu’elle ne soit guère intéressante. Il s’avérera que les pondérations positives, c’est-à-dire \(w : X \to \mathbf{Z}_{> 0}\), sont les plus intéressantes à diverses fins.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement quasi-fini. Soit \(w : X \to \mathbf{Z}\) une pondération. Soit \(f' : X' \to Y'\) le changement de base de \(f\) par un morphisme \(Y' \to Y\). Alors la composée \(w' : X' \to \mathbf{Z}\) de \(w\) et de la projection \(X' \to X\) est une pondération de \(f'\).

Démonstration

Considérons un diagramme \[\xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} & U' \ar[l]^{h'} \ar[d]^{\pi'} \\ Y' & V' \ar[l]_{g'} }\] comme dans la définition 0F3A pour le morphisme \(f'\). Pour tout \(v' \in V'\), il faut montrer que \(\int_{\pi'} (w' \circ h')\) est constante dans un voisinage ouvert de \(v'\). D’après le lemme 0F39 (et le fait que les morphismes étales sont ouverts), on peut remplacer \(V'\) par n’importe quel voisinage étale de \(v'\). Après avoir remplacé \(V'\) par un voisinage étale de \(v'\), on peut supposer que \(U' = U'_1 \amalg \ldots \amalg U'_n\), où chaque \(U'_i\) possède un unique point \(u'_i\) au-dessus de \(v'\), tel que \(\kappa(u'_i)/\kappa(v')\) soit purement inséparable, voir le lemme 02LO. Il suffit clairement de démontrer que \(\int_{U'_i \to V'} w'|_{U'_i}\) est constante dans un voisinage de \(v'\). On est ainsi ramené au cas traité dans le paragraphe suivant.

On a \(v' \in V'\) et il existe un unique point \(u'\) de \(U'\) au-dessus de \(v'\) tel que \(\kappa(u')/\kappa(v')\) soit purement inséparable. Notons \(x \in X\) et \(y \in Y\) les images de \(u'\) et de \(v'\). On peut trouver un voisinage étale \((V, v) \to (Y, y)\) et un ouvert \(U \subset X_V\) tels que \(\pi : U \to V\) soit fini et qu’il existe un unique point \(u \in U\) au-dessus de \(v\) qui s’envoie sur \(x \in X\) par la projection \(h : U \to X\), et tel que, de plus, \(\kappa(u)/\kappa(v)\) soit purement inséparable. Cela est possible d’après le lemme utilisé ci-dessus. Considérons le morphisme \[U'' = U \times_X U' \longrightarrow V \times_Y V' = V''\] Comme \(u\) et \(u'\) s’envoient tous deux sur \(x \in X\), il existe un point \(u'' \in U''\) s’envoyant sur \((u, u')\). Notons \(v'' \in V''\) l’image de \(u''\). Après avoir remplacé \(V', v'\) par \(V'', v''\), on peut supposer que la composée \(V' \to Y' \to Y\) se factorise par un morphisme de voisinages étales \((V', v') \to (V, v)\) tel que le morphisme induit \(X'_{V'} = X_{V'} \to X_V\) envoie \(u'\) sur \(u\). Dans le changement de base \(X'_{V'} = X_{V'}\), on a deux sous-schémas ouverts, à savoir \(U'\) et l’image réciproque \(U_{V'}\) de \(U \subset X_V\). Par construction, tous deux contiennent un unique point au-dessus de \(v'\), à savoir \(u'\) dans les deux cas. Ainsi, après avoir rétréci \(V'\), on peut supposer que ces ouverts sont égaux ; en effet, \(U' \setminus (U' \cap U_{V'})\) et \(U_{V'} \setminus (U' \cap U_{V'})\) ont une image fermée dans \(V'\), et ces images ne contiennent pas \(v'\). Ainsi \(U' = U_{V'}\), et l’on obtient un diagramme cartésien comme dans le lemme 0F39. Comme \(\int_\pi (w \circ h)\) est localement constante par hypothèse, on conclut.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement quasi-fini. Soit \(w : X \to \mathbf{Z}\) une pondération de \(f\). Si \(X' \subset X\) est ouvert, alors \(w|_{X'}\) est une pondération de \(f|_{X'} : X' \to Y\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement de la définition.

Lemme

Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes localement quasi-finis. Soit \(w_f : X \to \mathbf{Z}\) une pondération de \(f\) et soit \(w_g : Y \to \mathbf{Z}\) une pondération de \(g\). Alors la fonction \[X \longrightarrow \mathbf{Z},\quad x \longmapsto w_f(x) w_g(f(x))\] est une pondération de \(g \circ f\).

Démonstration

Posons \(w_{g \circ f}(x) = w_f(x) w_g(f(x))\) pour \(x \in X\). Considérons un diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d]_{g \circ f} & U \ar[l] \ar[d]^\pi \\ Z & W \ar[l] }\] où \(W \to Z\) est étale, \(U \subset X_W\) est ouvert et \(U \to W\) fini. Il faut montrer que \(\int_\pi w_{g \circ f}|_U\) est localement constante. Choisissons un point \(w \in W\). D’après le lemme 0F39 (et le fait que les morphismes étales sont ouverts), il suffit de montrer que \(\int_\pi w_{g \circ f}|_U\) est constante après avoir remplacé \((W, w)\) par un voisinage étale. Après avoir remplacé \((W, w)\) par un voisinage étale, on peut supposer \(U = U_1 \amalg \ldots \amalg U_n\), où chaque \(U_i\) possède un unique point \(u_i\) au-dessus de \(w\), tel que \(\kappa(u_i)/\kappa(w)\) soit purement inséparable, voir le lemme 02LO. Il suffit clairement de montrer que \(\int_{U_i \to W} w_{g \circ f}|_{U_i}\) est constante dans un voisinage étale de \(w\). On est ainsi ramené au cas traité dans le paragraphe suivant.

On a \(w \in W\) et il existe un unique point \(u \in U\) au-dessus de \(w\) tel que \(\kappa(u)/\kappa(w)\) soit purement inséparable. Considérons le point \(v = f(u) \in Y\). Après avoir remplacé \((W, w)\) par un voisinage étale élémentaire, on peut supposer qu’il existe un voisinage ouvert \(V \subset Y_W\) de \(v\) tel que \(V \to W\) soit fini, voir le lemme 02LK. Alors \(f_W^{-1}(V) \cap U\) est un voisinage ouvert de \(u\), où \(f_W : X_W \to Y_W\) est le changement de base de \(f\) à \(W\). Après avoir rétréci \(W\) au sens de Zariski, on peut donc supposer \(f_W(U) \subset V\). On obtient ainsi des morphismes \[U \xrightarrow{a} V \xrightarrow{b} W\] et \(U \to V\) est fini puisque \(V \to W\) est séparé (car fini). Puisque \(w_f\) et \(w_g\) sont des pondérations de \(f\) et \(g\), nous voyons que \(\int_a w_f|_U\) est localement constante sur \(V\) et que \(\int_b w_g|_V\) est localement constante sur \(W\). Ainsi, quitte à rétrécir \(W\) une fois encore, nous pouvons supposer que ces fonctions sont constantes, disons de valeurs \(n\) et \(m\). Il s’ensuit immédiatement que \(\int_\pi w_{g \circ f}|_U = \int_{b \circ a} w_{g \circ f}|_U\) est constante de valeur \(nm\), comme souhaité.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement quasi-fini. Soit \(w : X \to \mathbf{Z}\) une pondération. Si \(w(x) > 0\) pour tout \(x \in X\), alors \(f\) est universellement ouvert.

Démonstration

Puisque la propriété est préservée par changement de base, voir le lemme 0F3B, il suffit de montrer que \(f\) est ouvert. Puisque nous pouvons aussi remplacer \(X\) par n’importe quel ouvert de \(X\), il suffit de montrer que \(f(X)\) est ouvert. Soit \(y \in f(X)\). Choisissons \(x \in X\) tel que \(f(x) = y\). Il suffit de montrer que \(f(X)\) contient un voisinage ouvert de \(y\), et il suffit de le faire après avoir remplacé \(Y\) par un voisinage étale de \(y\). Par localisation étale des morphismes quasi-finis, voir la section 04HF, nous pouvons supposer qu’il existe un voisinage ouvert \(U \subset X\) de \(x\) tel que \(\pi = f|_U : U \to Y\) soit fini. Alors \(\int_\pi w|_U\) est localement constante et prend une valeur positive en \(y\). Par conséquent, \(\pi(U)\) contient un voisinage ouvert de \(y\), ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons \(f\) localement quasi-fini, localement de présentation finie et plat. Alors il existe une pondération positive \(w : X \to \mathbf{Z}_{> 0}\) de \(f\) donnée par la règle qui associe à \(x \in X\), situé au-dessus de \(y \in Y\), \[w(x) = \text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, x}} (\mathcal{O}_{X, x}/\mathfrak m_y \mathcal{O}_{X, x}) [\kappa(x) : \kappa(y)]_i\] où \([\kappa' : \kappa]_i\) est le degré d’inséparabilité (Corps, définition 030L).

Démonstration

Considérons un diagramme comme dans la définition 0F3A. Soit \(u \in U\), d’images \(x, y, v\) dans \(X, Y, V\). Nous affirmons alors que \[\text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, x}} (\mathcal{O}_{X, x}/\mathfrak m_y \mathcal{O}_{X, x}) = \text{longueur}_{\mathcal{O}_{U, u}} (\mathcal{O}_{U, u}/\mathfrak m_v \mathcal{O}_{U, u})\] et \[[\kappa(x) : \kappa(y)]_i = [\kappa(u) : \kappa(v)]_i\] La première égalité découle du fait que \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{U, u}\) est un homomorphisme local plat tel que \(\mathfrak m_y \mathcal{O}_{U, u} = \mathfrak m_v \mathcal{O}_{U, u}\) et \(\mathfrak m_x \mathcal{O}_{U, u} = \mathfrak m_u\) (car \(\mathcal{O}_{Y, y} \to \mathcal{O}_{V, v}\) et \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{U, u}\) sont non ramifiés), d’où l’égalité par Algèbre, lemme 02M1. La seconde égalité découle du fait que \(\kappa(v)/\kappa(y)\) est une extension séparable finie et que \(\kappa(u)\) est un facteur de \(\kappa(x) \otimes_{\kappa(y)} \kappa(v)\), si bien que le degré d’inséparabilité est inchangé. Cela étant dit, nous voyons que la formation de la fonction du lemme commute aux changements de base étales. Ceci ramène le problème à la discussion du paragraphe suivant.

Supposons que \(f\) soit un morphisme fini, plat et de présentation finie. Nous devons montrer que \(\int_f w\) est localement constante sur \(Y\). En fait, \(f\) est fini localement libre (Morphismes, lemme 02KB), et nous allons montrer que \(\int_f w\) est égale au degré de \(f\) (qui est une fonction localement constante sur \(Y\)). En effet, pour \(y \in Y\), nous voyons que \[\begin{align*} (\textstyle{\int}_f w)(y) & = \sum\nolimits_{f(x) = y} \text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, x}} (\mathcal{O}_{X, x}/\mathfrak m_y \mathcal{O}_{X, x}) [\kappa(x) : \kappa(y)]_i [\kappa(x) : \kappa(y)]_s \\ & = \sum\nolimits_{f(x) = y} \text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, x}} (\mathcal{O}_{X, x}/\mathfrak m_y \mathcal{O}_{X, x}) [\kappa(x) : \kappa(y)] \\ & = \text{longueur}_{\mathcal{O}_{Y, y}}((f_*\mathcal{O}_X)_y/ \mathfrak m_y (f_*\mathcal{O}_X)_y) \end{align*}\] La dernière égalité résulte d’Algèbre, lemme 02M0. Le dernier nombre est le rang de \(f_*\mathcal{O}_X\) en \(y\), comme souhaité.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que

  1. \(f\) soit localement quasi-fini, et

  2. \(Y\) soit géométriquement unibranche et localement noethérien.

Alors il existe une pondération \(w : X \to \mathbf{Z}_{\geq 0}\) donnée par la règle qui associe à \(x \in X\), situé au-dessus de \(y \in Y\), le “degré séparable générique” de \(\mathcal{O}_{X, x}^{sh}\) sur \(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}\).

Démonstration

Il résulte d’Algèbre, lemme 05WR que \(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh} \to \mathcal{O}_{X, x}^{sh}\) est fini. Puisque \(Y\) est géométriquement unibranche, il existe un unique idéal premier minimal \(\mathfrak p\) de \(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}\), voir Compléments d’algèbre, lemme 06DM. Écrivons \[(\kappa(\mathfrak p) \otimes_{\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}} \mathcal{O}_{X, x}^{sh})_{red} = \prod K_i\] comme un produit fini de corps. Nous posons \(w(x) = \sum [K_i : \kappa(\mathfrak p)]_s\).

Puisque cette définition est manifestement insensible à la localisation étale, pour montrer que \(w\) est une pondération, nous nous ramenons à montrer que, si \(f\) est un morphisme fini, alors \(\int_f w\) est localement constante. Observons que la valeur de \(\int_f w\) en un point générique \(\eta\) de \(Y\) est simplement le nombre de points de la fibre géométrique \(X_{\overline{\eta}}\) de \(X \to Y\) au-dessus de \(\eta\). De plus, puisque \(Y\) est unibranche, un point \(y\) de \(Y\) est la spécialisation d’un unique point générique \(\eta\). Il suffit donc de montrer que \((\int_f w)(y)\) est égal au nombre de points de \(X_{\overline{\eta}}\). Après passage à un voisinage affine de \(y\), nous pouvons supposer que \(X \to Y\) est donné par un homomorphisme fini d’anneaux \(A \to B\). Supposons que \(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}\) soit construit au moyen d’un homomorphisme \(\kappa(y) \to k\) vers un corps algébriquement clos \(k\). Alors \[\mathcal{O}_{Y, y}^{sh} \otimes_A B = \prod\nolimits_{f(x) = y} \prod\nolimits_{\varphi \in \Mor_{\kappa(y)}(\kappa(x), k)} \mathcal{O}_{X, x}^{sh}\] par Algèbre, lemme 04GH et le lemme utilisé ci-dessus. Observons que l’idéal premier minimal \(\mathfrak p\) de \(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}\) s’envoie sur l’idéal premier de \(A\) correspondant à \(\eta\). Nous voyons donc que l’égalité voulue est satisfaite, car le nombre de points d’une fibre géométrique est inchangé par extension du corps de base.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement quasi-fini de schémas. Soit \(w : X \to \mathbf{Z}\) une pondération de \(f\). Soit \(y \leadsto y'\) une spécialisation de points de \(Y\). Supposons \(w(x) = 0\) pour tout \(x \in X\) tel que \(f(x) = y\). Alors \(w(x') = 0\) pour tout \(x' \in X\) tel que \(f(x') = y'\).

Démonstration

Soit \(x' \in X\) un point s’envoyant sur \(y'\). D’après le lemme 02LK, nous pouvons choisir un diagramme \[\xymatrix{ U \ar[r] \ar[dr]_\pi & X_V \ar[d] \ar[r] & X \ar[d]^f \\ & V \ar[r]^\varphi & Y }\] où \(V \to Y\) est étale, avec un point \(v' \in V\) s’envoyant sur \(y'\), avec \(U \subset Y_V\) ouvert, tel que \(U \to V\) soit fini, et tel qu’il existe un unique point \(u' \in U\) s’envoyant sur \(v'\), qui s’envoie en outre sur \(x'\) dans \(X\). Notons que, puisque \(V \to Y\) est ouvert, il existe un point \(v \in V\) se spécialisant en \(v'\) et s’envoyant sur \(y\). Par la définition 0F3A, la fonction \(\int_\pi (w \circ h)\) est localement constante, où \(h : U \to X\) est la composée des flèches horizontales supérieures. Puisque \(\int_\pi (w \circ h)\) est nulle en \(v\) d’après notre hypothèse sur \(w\), nous en concluons qu’elle est nulle en \(v'\). Cependant, sa valeur en \(v'\) est \(w(x')[\kappa(u'):\kappa(v')]_s\), et nous concluons.

Compléments sur les pondérations

Nous démontrons quelques propriétés élémentaires supplémentaires des pondérations. Bien qu’il semble à première vue que les pondérations puissent être très irrégulières, il s’avère en fait que la condition imposée dans la définition 0F3A est assez forte.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement quasi-fini. Soit \(w : X \to \mathbf{Z}\) une pondération de \(f\). Alors les ensembles de niveau de la fonction \(w\) sont localement constructibles dans \(X\).

Démonstration

Dans la démonstration ci-dessous, nous utiliserons les lemmes 0GK8 et 0F3B sans autre mention. Nous utiliserons également les propriétés élémentaires des parties constructibles des schémas et des espaces topologiques, voir Topologie, section 04ZC et Propriétés, section 054B. À l’aide de celles-ci, le lecteur voit que la question est locale sur \(X\) et \(Y\) ; les détails sont omis. Nous pouvons donc supposer \(X\) et \(Y\) affines. Si nous pouvons trouver un morphisme surjectif \(Y' \to Y\) de présentation finie tel que les ensembles de niveau de \(w\) aient pour images réciproques des parties localement constructibles de \(X' = Y' \times_Y X\), alors nous concluons par Morphismes, théorème 054K.

Supposons \(X\) et \(Y\) affines. Nous pouvons choisir une immersion \(X \to T\) où \(T \to Y\) est fini, voir le lemme 05K0. Par Morphismes, lemme 03HW, après avoir remplacé \(Y\) par \(Y'\), fini localement libre et surjectif sur \(Y\), remplacé \(X\) par \(Y' \times_Y X\) et \(T\) par un schéma fini localement libre sur \(Y'\) contenant \(Y' \times_Y T\) comme sous-schéma fermé, nous pouvons supposer que \(T\) est fini localement libre sur \(Y\), et qu’il contient des sous-schémas fermés \(T_i\) s’envoyant isomorphiquement sur \(Y\) tels que \(T = \bigcup_{i = 1, \ldots, n} T_i\) (ensemblistement). Puisque \(T_i \subset T\) est une partie fermée constructible (étant l’image d’un morphisme de présentation finie \(Y \to T\)), nous voyons que, pour \(I \subset \{1, \ldots, n\}\), l’intersection \(\bigcap_{i \in I} T_i\) est une partie fermée constructible de \(T\) et son image est donc une partie fermée constructible de \(Y\).

Pour une décomposition en union disjointe \(\{1, \ldots, n\} = I_1 \amalg \ldots \amalg I_r\) à parties non vides, considérons la partie \(Y_{I_1, \ldots, I_r} \subset Y\) formée des points \(y \in Y\) tels que \(T_y = \{x_1, \ldots, x_r\}\) soit formé d’exactement \(r\) points, avec \(x_j \in T_i \Leftrightarrow i \in I_j\). D’après les remarques précédentes, ceci donne une partition constructible de \(Y\). Il existe un schéma affine \(Y'\) de présentation finie sur \(Y\) tel que l’image de \(Y' \to Y\) soit exactement \(Y_{I_1, \ldots, I_r}\), voir Algèbre, lemme 00F8. Nous pouvons donc supposer que \(Y = Y_{I_1, \ldots, I_r}\) pour une décomposition en union disjointe \(\{1, \ldots, n\} = I_1 \amalg \ldots \amalg I_r\). Dans ce cas, l’égalité \(T = T(1) \amalg \ldots \amalg T(r)\), où \(T(j) = \bigcap_{i \in I_j} T_i\), donne une décomposition de \(T\) en parties fermées disjointes (et donc ouvertes). En intersectant avec le sous-schéma localement fermé \(X\), nous obtenons une décomposition analogue \(X = X(1) \amalg \ldots \amalg X(r)\) en parties ouvertes et fermées. Le morphisme \(X(j) \to Y\) est une immersion. Puisque \(w\) est une pondération, il s’ensuit que \(w|_{X(j)}\) est localement constante16, et nous concluons.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement quasi-fini de schémas. Soit \(w : X \to \mathbf{Z}\) une pondération de \(f\). Soit \(E \subset X\) une partie dense. Supposons \(w(x) = 0\) pour tout \(x \in E\). Alors \(w = 0\).

Démonstration

Nous conseillons de lire d’abord le lemme more-morphisms-lemma-weighting-specialization. Soit \(x \in X\), d’image \(y \in Y\). Nous allons montrer que \(w(x) = 0\). D’après le lemme 02LK, nous pouvons choisir un diagramme \[\xymatrix{ U \ar[r] \ar[dr]_\pi & X_V \ar[d] \ar[r] & X \ar[d]^f \\ & V \ar[r]^\varphi & Y }\] où \(V \to Y\) est étale, avec un point \(v \in V\) s’envoyant sur \(y\), avec \(U \subset Y_V\) ouvert, tel que \(U \to V\) soit fini, et tel qu’il existe un unique point \(u \in U\) s’envoyant sur \(v\), qui s’envoie en outre sur \(x\) dans \(X\). Nous pouvons supposer que \(V\) (et donc \(U\)) est affine. Par la définition 0F3A, la fonction \(\int_\pi (w \circ h)\) est localement constante, où \(h : U \to X\) est la composée des flèches horizontales supérieures. L’ensemble \(U_0\) des points où \(w \circ h\) vaut \(0\) est une partie constructible de \(U\) par le lemme 0F3G, et elle est dense dans \(U\) puisqu’elle contient \(h^{-1}(E)\) (utiliser le fait que \(h\) est ouvert). Par Topologie, lemme topology-lemma-dense-in-constructible, nous voyons que \(U_0\) contient un ouvert dense, c’est-à-dire que l’ensemble des points où \(w \circ h\) est non nul est contenu dans une partie fermée nulle part dense \(Z \subset U\). Alors \(\pi(Z)\) est une partie fermée nulle part dense de \(V\) par Morphismes, lemme 03HX. Ainsi, \(\int_\pi (w \circ h)\) est nulle sur un ouvert dense, donc s’annule partout. Cependant, sa valeur en \(v\) est \(w(x)[\kappa(u):\kappa(v)]_s\), et nous concluons.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement quasi-fini de présentation finie. Soit \(w : X \to \mathbf{Z}\) une pondération de \(f\). Alors les ensembles de niveau de la fonction \(\int_f w\) sont localement constructibles dans \(Y\).

Démonstration

Par le lemme 0F39, la formation de la fonction \(\int_f w\) commute à tout changement de base et, par le lemme 0F3B, après changement de base, nous avons encore une pondération. Cela signifie que, si nous pouvons trouver \(Y' \to Y\) surjectif et de présentation finie, alors il suffit de démontrer le résultat après changement de base à \(Y'\), voir Morphismes, théorème 054K.

La question est locale sur \(Y\) ; nous pouvons donc supposer \(Y\) affine. Alors \(X\) est quasi-compact et quasi-séparé (puisque \(f\) est de présentation finie). Supposons que \(X = U \cup V\) soit une réunion d’ouverts quasi-compacts. Alors nous avons \[\textstyle{\int}_f w = \textstyle{\int}_{f|_U} w|_U + \textstyle{\int}_{f|_V} w|_V - \textstyle{\int}_{f|_{U \cap V}} w|_{U \cap V}\] Ainsi, si nous connaissons le résultat pour \(w|_U\), \(w|_V\), \(w|_{U \cap V}\), alors nous le connaissons pour \(w\). Par le principe d’induction (Cohomologie des schémas, lemme 08DR), il suffit de démontrer le lemme lorsque \(X\) est affine.

Supposons \(X\) et \(Y\) affines. Nous pouvons choisir une immersion ouverte \(X \to T\) où \(T \to Y\) est fini, voir le lemme 05K0. Puisque nous pouvons encore effectuer un changement de base par un \(Y' \to Y\) convenable, nous pouvons utiliser Morphismes, lemme 03HW, pour nous ramener au cas où toutes les extensions de corps résiduels induites par le morphisme \(T \to Y\) (et a fortiori par \(X \to Y\)) sont triviales. Dans cette situation, \(\int_f w\) consiste simplement à prendre les sommes des valeurs de \(w\) dans les fibres. Les ensembles de niveau de \(w\) sont localement constructibles dans \(X\) (lemme 0F3G). La fonction \(w\) ne prend qu’un nombre fini de valeurs d’après Propriétés, lemme 0F2M. Nous concluons donc par Morphismes, théorème 054K, et quelques arguments élémentaires sur les sommes d’entiers.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement quasi-fini. Soit \(w : X \to \mathbf{Z}_{> 0}\) une pondération positive de \(f\). Alors \(w\) est semi-continue supérieurement.

Démonstration

Soit \(x \in X\), d’image \(y \in Y\). Choisissons un voisinage étale \((V, v) \to (Y, y)\) et un ouvert \(U \subset X_V\) tels que \(\pi : U \to V\) soit fini et qu’il existe un unique point \(u \in U\) s’envoyant sur \(v\), avec \(\kappa(u)/\kappa(v)\) purement inséparable. Voir le lemme 02LM. Alors \((\int_\pi w|_U)(v) = w(u)\). Il résulte de la définition 0F3A que, quitte à remplacer \(V\) par un voisinage de \(v\), nous avons \(w|_U(u') \leq w|_U(u) = w(x)\) pour tout \(u' \in U\). En effet, \(w|_U(u')\) intervient comme un terme de la somme dans l’expression de \((\int_\pi w|_U)(\pi(u'))\). Ceci démontre le lemme, car le morphisme étale \(U \to X\) est ouvert.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme séparé et localement quasi-fini à fibres finies. Soit \(w : X \to \mathbf{Z}_{> 0}\) une pondération positive de \(f\). Alors \(\int_f w\) est semi-continue inférieurement.

Démonstration

Soit \(y \in Y\). Soient \(x_1, \ldots, x_r \in X\) les points situés au-dessus de \(y\). Appliquons le lemme 02LO pour obtenir un voisinage étale \((U, u) \to (Y, y)\) et une décomposition \[U \times_Y X = W \amalg \ \coprod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} \ \coprod\nolimits_{j = 1, \ldots, m_i} V_{i, j}\] comme dans le passage cité. Observons que \((\int_f w)(y) = \sum w(v_{i, j})\), où \(w(v_{i, j}) = w(x_i)\). Puisque \(\int_{V_{i, j} \to U} w|_{V_{i, j}}\) est localement constante par définition, nous pouvons, quitte à rétrécir \(U\), supposer que ces fonctions sont constantes de valeur \(w(v_{i, j})\). Nous en concluons que \[\textstyle{\int}_{U \times_Y X \to U} w|_{U \times_Y X} = \textstyle{\int}_{W \to U} w|_W + \sum \textstyle{\int}_{V_{i, j} \to U} w|_{V_{i, j}} = \textstyle{\int}_{W \to U} w|_W + (\int_f w)(y)\] Ceci est \(\geq (\int_f w)(y)\), et nous concluons puisque \(U \to Y\) est ouvert et que la formation de l’intégrale commute aux changements de base (lemme 0F39).

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement quasi-fini, avec \(X\) quasi-compact. Soit \(w : X \to \mathbf{Z}\) une pondération de \(f\). Alors \(\int_f w\) atteint son maximum.

Démonstration

Il résulte du lemme 0F3G et de Propriétés, lemme 0F2M que \(w\) ne prend qu’un nombre fini de valeurs sur \(X\). Il résulte de Morphismes, lemme 03JA que \(X \to Y\) a des fibres géométriques de cardinal borné. Ceci montre que \(\int_f w\) est bornée.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme séparé et localement quasi-fini. Soit \(w : X \to \mathbf{Z}_{> 0}\) une pondération positive de \(f\). Supposons que \(\int_w f\) atteigne son maximum \(d\), et soit \(Y_d \subset Y\) l’ouvert des points \(y\) tels que \((\int_f w)(y) = d\). Alors le morphisme \(f^{-1}(Y_d) \to Y_d\) est fini.

Démonstration

Observons que \(Y_d\) est ouvert par le lemme 0F3J. Soit \(y \in Y_d\). Soient \(x_1, \ldots, x_n\) les points de \(X\) situés au-dessus de \(y\). Appliquons le lemme 02LO pour obtenir un voisinage étale \((U, u) \to (Y, y)\) et une décomposition \[U \times_Y X = W \amalg \ \coprod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} \ \coprod\nolimits_{j = 1, \ldots, m_i} V_{i, j}\] comme dans le passage cité. Observons que \(d = \sum w(v_{i, j})\), où \(w(v_{i, j}) = w(x_i)\). Puisque \(\int_{V_{i, j} \to U} w|_{V_{i, j}}\) est localement constante par définition, nous pouvons, quitte à rétrécir \(U\), supposer que ces fonctions sont constantes de valeur \(w(v_{i, j})\). Nous en concluons que \[\textstyle{\int}_{U \times_Y X \to U} w|_{U \times_Y X} = \textstyle{\int}_{W \to U} w|_W + \sum \textstyle{\int}_{V_{i, j} \to U} w|_{V_{i, j}} = \textstyle{\int}_{W \to U} w|_W + (\int_f w)(y)\] Ceci est \(\geq (\int_f w)(y) = d\), et nous concluons que \(W\) doit être vide. Ainsi, \(U \times_Y X \to U\) est fini. Par Descente, lemme 02LA, ceci implique que \(X \to Y\) est fini au-dessus de l’image du morphisme ouvert \(U \to Y\). Autrement dit, nous voyons que \(f\) est fini au-dessus d’un voisinage ouvert de \(y\), comme souhaité.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux fini et de présentation finie. Il existe un homomorphisme d’anneaux de présentation finie \(A \to A_{univ}\) et un idempotent \(e_{univ} \in B \otimes_A A_{univ}\) tels que, pour tout homomorphisme d’anneaux \(A \to A'\) et tout idempotent \(e \in B \otimes_A A'\), il existe un homomorphisme d’anneaux \(A_{univ} \to A'\) envoyant \(e_{univ}\) sur \(e\).

Démonstration

Choisissons \(b_1, \ldots, b_n \in B\) engendrant \(B\) comme \(A\)-module. Pour chaque \(i\), choisissons un polynôme unitaire \(P_i \in A[x]\) tel que \(P_i(b_i) = 0\) dans \(B\), voir Algèbre, lemme 00GK. Ainsi, \(B\) est un quotient de la \(A\)-algèbre libre de rang fini \(B' = A[x_1, \ldots, x_n]/(P_1(x_1), \ldots, P_n(x_n))\). Soit \(J \subset B'\) le noyau de la surjection \(B' \to B\). Alors \(J =(f_1, \ldots, f_m)\) est engendré par un nombre fini d’éléments, puisque \(B\) est une \(A\)-algèbre de type fini, voir Algèbre, lemme 00F4. Choisissons, sur \(A\), une base \(b'_1, \ldots, b'_N\) de \(B'\). Considérons l’algèbre \[A_{univ} = A[z_1, \ldots, z_N, y_1, \ldots, y_m]/I\] où \(I\) est l’idéal engendré par les coefficients dans \(A[z_1, \ldots, z_n, y_1, \ldots, y_m]\) de l’expression suivante relativement à la base \(b'_1, \ldots, b'_N\) : \[(\sum z_j b'_j)^2 - \sum z_j b'_j + \sum y_k f_k\] dans \(B'[z_1, \ldots, z_N, y_1, \ldots, y_m]\). Par construction, l’élément \(\sum z_j b'_j\) s’envoie sur un idempotent \(e_{univ}\) de l’algèbre \(B \otimes_A A_{univ}\). De plus, si \(e \in B \otimes_A A'\) est un idempotent, nous pouvons relever \(e\) en un élément de la forme \(\sum b'_j \otimes a'_j\) dans \(B' \otimes_A A'\), et nous pouvons trouver des \(a''_k \in A'\) tels que \[(\sum b'_j \otimes a'_j)^2 - \sum b'_j \otimes a'_j + \sum f_k \otimes a''_k\] soit nul dans \(B' \otimes_A A'\). Nous obtenons donc un homomorphisme de \(A\)-algèbres \(A_{univ} \to A\) envoyant \(z_j\) sur \(a'_j\) et \(y_k\) sur \(a''_k\), et \(e_{univ}\) sur \(e\). Ceci achève la démonstration.

Lemme

Soit \(X \to Y\) un morphisme de schémas affines quasi-fini et de présentation finie. Il existe un morphisme \(Y_{univ} \to Y\) de présentation finie et un sous-schéma ouvert \(U_{univ} \subset Y_{univ} \times_Y X\) tel que \(U_{univ} \to Y_{univ}\) soit fini et vérifie la propriété suivante : pour tout morphisme \(Y' \to Y\) de schémas affines et tout sous-schéma ouvert \(U' \subset Y' \times_Y X\) tel que \(U' \to Y'\) soit fini, il existe un morphisme \(Y' \to Y_{univ}\) tel que l’image réciproque de \(U_{univ}\) soit \(U'\).

Démonstration

Rappelons qu’un morphisme de type fini est quasi-fini si et seulement s’il est de dimension relative \(0\), voir Morphismes, lemme 0397. Par le lemme 05FJ, appliqué avec \(d = 0\), nous nous ramenons au cas où \(X\) et \(Y\) sont noethériens. Nous pouvons choisir une immersion ouverte \(X \to X'\) telle que \(X' \to Y\) soit fini, voir Algèbre, lemme 00QB. Notons que, si nous avons \(Y' \to Y\) et \(U'\) comme en (2), alors \[U' \to Y' \times_Y X \to Y' \times_Y X'\] est une immersion ouverte entre des schémas finis sur \(Y'\), et est donc aussi fermée. Nous en concluons que \(U'\) correspond à un idempotent dans \[\Gamma(Y', \mathcal{O}_{Y'}) \otimes_{\Gamma(Y, \mathcal{O}_Y)} \Gamma(X', \mathcal{O}_{X'})\] dont la partie ouverte et fermée correspondante est contenue dans l’ouvert \(Y' \times_Y X\). Soient \(Y'_{univ} \to Y\) et l’idempotent \[e'_{univ} \in \Gamma(Y_{univ}, \mathcal{O}_{Y_{univ}}) \otimes_{\Gamma(Y, \mathcal{O}_Y)} \Gamma(X', \mathcal{O}_{X'})\] le couple construit dans le lemme 0F3M pour l’homomorphisme d’anneaux \(\Gamma(Y, \mathcal{O}_Y) \to \Gamma(X', \mathcal{O}_{X'})\) (ici, nous utilisons le fait que \(Y\) est noethérien pour voir que \(X'\) est de présentation finie sur \(Y\)). Soit \(U'_{univ} \subset Y'_{univ} \times_Y X'\) le sous-schéma ouvert et fermé correspondant. Nous voyons alors que \[U'_{univ} \setminus Y'_{univ} \times_Y X\] est une partie fermée de \(U'_{univ}\), et a donc une image fermée \(T \subset Y'_{univ}\). Si nous posons \(Y_{univ} = Y'_{univ} \setminus T\) et si \(U_{univ}\) est la restriction de \(U'_{univ}\) à \(Y_{univ} \times_Y X\), alors nous voyons que le lemme est vrai.

Lemme

Soit \(Y = \lim Y_i\) une limite cofiltrante de schémas affines. Soit \(0 \in I\), et soit \(f_0 : X_0 \to Y_0\) un morphisme de schémas affines quasi-fini et de présentation finie. Soient \(f : X \to Y\) et \(f_i : X_i \to Y_i\), pour \(i \geq 0\), les changements de base de \(f_0\). Si \(w : X \to \mathbf{Z}\) est une pondération de \(f\), alors, pour tout indice \(i\) assez grand, il existe une pondération \(w_i : X_i \to \mathbf{Z}\) de \(f_i\) dont le tiré en arrière sur \(X\) est \(w\).

Démonstration

D’après le lemme 0F3G, les ensembles de niveau de \(w\) sont les sous-ensembles constructibles \(E_k\) de \(X\). Il en résulte que la fonction \(w\) ne prend qu’un nombre fini de valeurs, d’après Propriétés, lemme 0F2M. Il existe donc un \(i\) tel que \(E_k\) descende en un sous-ensemble constructible \(E_{i, k}\) de \(X_i\) pour tout \(k\) ; de plus, nous pouvons supposer que \(X_i = \coprod E_{i, k}\). Cela résulte du fait que l’espace topologique de \(X\) est la limite, dans la catégorie des espaces topologiques, des espaces spectraux \(X_i\) le long d’un système dirigé dont les applications de transition sont spectrales. Voir Limites, section 081A et Topologie, section 0A2U. Nous définissons \(w_i : X_i \to \mathbf{Z}\) en demandant que ses ensembles de niveau soient les ensembles constructibles \(E_{i, k}\).

Choisissons \(Y_{i, univ} \to Y_i\) et \(U_{i, univ} \subset Y_{i, univ} \times_{Y_i} X_i\) comme dans le lemme 0F3N. D’après la propriété universelle de la construction, pour montrer que \(w_i\) est une pondération, il suffirait de montrer que \[\tau_i = \textstyle{\int}_{U_{i, univ} \to Y_{i, univ}} w_i|_{U_{i, univ}}\] est localement constante sur \(Y_{i, univ}\). D’après le lemme 0F3H, cette fonction a des ensembles de niveau constructibles, mais elle peut ne pas être (encore) localement constante. Posons \(Y_{univ} = Y_{i, univ} \times_{Y_i} Y\) et soit \(U_{univ} \subset Y_{univ} \times_Y X\) l’image réciproque de \(U_{i, univ}\). Alors, puisque le tiré en arrière de \(w\) sur \(Y_{univ} \times_Y X\) est une pondération de \(Y_{univ} \times_Y X \to Y_{univ}\) (lemme 0F3B), nous avons bien que \[\tau = \textstyle{\int}_{U_{univ} \to Y_{univ}} w_i|_{U_{univ}}\] est localement constante sur \(Y_{univ}\). Les ensembles de niveau de \(\tau\) sont donc ouverts et fermés. Enfin, nous avons \(Y_{univ} = \lim_{i' \geq i} Y_{i', univ}\), et les ensembles de niveau de \(\tau\) sont les limites projectives des ensembles de niveau de \(\tau_{i'}\) (définis de manière analogue). Les références ci-dessus impliquent donc que, pour un indice \(i'\) assez grand, les ensembles de niveau de \(\tau_{i'}\) sont eux aussi ouverts. Pour un tel indice \(i'\), nous concluons que \(w_{i'}\) est une pondération de \(f_{i'}\), comme voulu.

Pondérations et nombres de stratification affine

Dans cette section, nous donnons une borne du nombre de stratification affine d’un schéma qui possède un certain type de revêtement par un schéma affine.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas affines qui est quasi-fini et de présentation finie. Soit \(w : X \to \mathbf{Z}_{> 0}\) une pondération positive de \(f\). Soit \(d < \infty\) la valeur maximale de \(\int_f w\). L’ouvert \[Y_d = \{y \in Y \mid (\textstyle{\int}_f w)(y) = d \}\] de \(Y\) est affine.

Démonstration

Observons que \(\int_f w\) atteint son maximum d’après le lemme 0F3K. L’ensemble \(Y_d\) est ouvert d’après le lemme 0F3J. L’énoncé du lemme a donc bien un sens.

Réduction au cas noethérien ; veuillez omettre ce paragraphe. Rappelons qu’un morphisme de type fini est quasi-fini si et seulement s’il est de dimension relative \(0\), voir Morphismes, lemme 0397. En appliquant le lemme 05FJ avec \(d = 0\), nous pouvons trouver un morphisme quasi-fini \(f_0 : X_0 \to Y_0\) de schémas affines noethériens et un morphisme \(Y \to Y_0\) tels que \(f\) soit le changement de base de \(f_0\). Nous pouvons alors écrire \(Y = \lim Y_i\) comme limite d’un système dirigé de schémas affines de type fini sur \(Y_0\), voir Algèbre, lemme 00QN. D’après le lemme 0F3P, nous pouvons trouver un \(i\) tel que notre pondération \(w\) descende en une pondération \(w_i\) du changement de base \(f_i : X_i \to Y_i\) de \(f_0\). Si le lemme vaut maintenant pour \(f_i, w_i\), il implique alors le lemme pour \(f\), puisque la formation de \(\int_f w\) commute au changement de base, voir le lemme 0F39.

Supposons \(X\) et \(Y\) noethériens. Soit \(X' \to Y'\) le changement de base de \(f\) par un morphisme \(g : Y' \to Y\). La formation de \(\int_f w\), et par suite celle de l’ouvert \(Y_d\), commute au changement de base. Si \(g\) est fini et surjectif, alors \(Y'_d \to Y_d\) est fini et surjectif. Dans ce cas, montrer que \(Y_d\) est affine équivaut à montrer que \(Y'_d\) est affine, voir Cohomologie des schémas, lemme 01YQ.

Nous pouvons choisir une immersion \(X \to T\) avec \(T\) fini sur \(Y\), voir le lemme 05K0. Nous allons appliquer Morphismes, lemme 03HW au morphisme fini \(T \to Y\). Ce lemme nous dit qu’il existe un morphisme fini surjectif \(Y' \to Y\) tel que \(Y' \times_Y T\) soit un sous-schéma fermé d’un schéma \(T'\) fini sur \(Y'\) qui possède une forme particulière. D’après la discussion du premier paragraphe, nous pouvons remplacer \(Y\) par \(Y'\), \(T\) par \(T'\), et \(X\) par \(Y' \times_Y X\). Nous pouvons donc supposer qu’il existe une immersion \(X \to T\) (qui n’est pas nécessairement ouverte ou fermée) et des sous-schémas fermés \(T_i \subset T\), \(i = 1, \ldots, n\) tels que

  1. \(T \to Y\) est fini (et localement libre),

  2. \(T_i \to Y\) est un isomorphisme, et

  3. \(T = \bigcup_{i = 1, \ldots, n} T_i\) ensemblistement.

Soit \(Y' = \coprod Y_k\) la réunion disjointe des composantes irréductibles de \(Y\) (considérées comme des sous-schémas fermés intègres de \(Y\)). Nous pouvons alors effectuer encore une fois le changement de base par \(Y' \to Y\) ; nous utilisons ici le fait que \(Y\) est noethérien. Nous pouvons ainsi supposer en outre que \(Y\) est intègre et noethérien.

Nous pouvons et voulons aussi supposer que \(T_i \not = T_j\) si \(i \not = j\), en supprimant les répétitions. Puisque \(Y\), et donc tous les \(T_i\), sont intègres, cela signifie que, si \(T_i\) et \(T_j\) se rencontrent, leur intersection est un sous-ensemble fermé dont l’image est un sous-ensemble fermé propre de \(Y\).

Observons que \(V_i = X \cap T_i\) est un sous-ensemble localement fermé qui est en outre un sous-schéma fermé de \(X\), donc affine. Soient \(\eta \in Y\) et \(\eta_i \in T_i\) les points génériques. Si \(\eta \not \in Y_d\), alors \(Y_d = \emptyset\) et nous avons terminé. Supposons \(\eta \in Y_d\). Notons \(I \in \{1, \ldots, n\}\) le sous-ensemble des indices \(i\) tels que \(\eta_i \in V_i\). Pour \(i \in I\), le sous-ensemble localement fermé \(V_i \subset T_i\) contient le point générique de l’espace irréductible \(T_i\) et est donc ouvert. D’autre part, puisque \(f\) est ouvert (lemme 0F3C), pour tout \(x \in X\), nous pouvons trouver un \(i \in I\) et une spécialisation \(\eta_i \leadsto x\). Il s’ensuit que \(x \in T_i\), et donc \(x \in V_i\). Autrement dit, nous voyons que \(X = \bigcup_{i \in I} V_i\) ensemblistement. Nous affirmons que \(Y_d = \bigcap_{i \in I} \Im(V_i \to Y)\) ; cela achèvera la preuve, puisque l’intersection des ouverts affines \(\Im(V_i \to Y)\) de \(Y\) est affine.

Pour \(y \in Y\), écrivons \(f^{-1}(\{y\}) = \{x_1, \ldots, x_r\}\) dans \(X\). Pour chaque \(i \in I\), il existe au plus un \(j(i) \in \{1, \ldots, x_r\}\) tel que \(\eta_i \leadsto x_{j(i)}\). En fait, \(j(i)\) existe et est égal à \(j\) si et seulement si \(x_j \in V_i\). Si \(i \in I\) est tel que \(j = j(i)\) soit défini, alors \(V_i \to Y\) est un isomorphisme au voisinage de \(x_j \mapsto y\). Par suite, \(\bigcup_{i \in I,\ j(i) = j} V_i \to Y\) est fini après remplacement de la source et du but par des voisinages respectifs de \(x_j \mapsto y\). La définition d’une pondération nous donne donc \(w(x_j) = \sum_{i \in I,\ j(i) = j} w(\eta_i)\). Nous voyons ainsi que \[(\textstyle{\int}_f w)(\eta) = \sum\nolimits_{i \in I} w(\eta_i) \geq \sum\nolimits_{j(i)\text{ existe}} w(\eta_i) = \sum\nolimits_j w(x_j) = (\textstyle{\int}_f w)(y)\] Il y a donc égalité si et seulement si \(y\) appartient à \(\bigcap_{i \in I} \Im(V_i \to Y)\), ce qu’il fallait montrer.

Proposition

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme surjectif quasi-fini de schémas. Soit \(w : X \to \mathbf{Z}_{> 0}\) une pondération positive de \(f\). Supposons \(X\) affine et \(Y\) séparé17 et non vide. Alors le nombre de stratification affine de \(Y\) est au plus égal au nombre de valeurs distinctes de \(\int_f w\) moins \(1\).

Démonstration

Notons que, puisque \(Y\) est séparé, le morphisme \(X \to Y\) est affine (Morphismes, lemme 01SG). La fonction \(\int_f w\) atteint sa valeur maximale \(d\) d’après le lemme 0F3K. Nous allons raisonner par récurrence sur \(d\). Considérons le sous-schéma ouvert \(Y_d = \{y \in Y \mid (\int_f w)(y) = d\}\) de \(Y\) et rappelons que \(f^{-1}(Y_d) \to Y_d\) est fini, voir le lemme 0F3L. D’après le lemme 0F3R, pour tout ouvert affine \(W \subset Y\), l’intersection \(Y_d \cap W\) est affine (on utilise ici que \(W \times_Y X\) est affine, puisqu’il est affine sur \(X\)). Ainsi \(Y_d \to Y\) est un morphisme affine de schémas. Nous en concluons que \(f^{-1}(Y_d) = Y_d \times_Y X\) est un schéma affine, puisqu’il est affine sur \(X\). Alors \(f^{-1}(Y_d) \to Y_d\) est surjectif, et \(Y_d\) est donc affine d’après Limites, lemme 01ZT. Si \(Y_d = Y\), alors le nombre de stratification affine de \(Y\) vaut \(0\) et nous concluons que le lemme est vrai. Sinon, posons \(Y' = Y \setminus Y_d\), considéré comme un sous-schéma fermé réduit de \(Y\). Posons \(X' = Y' \times_Y X\). Puisque \(X'\) est fermé dans \(X\), il est affine. Puisque \(Y'\) est fermé dans \(Y\), il est séparé. Le morphisme \(f' : X' \to Y'\) est surjectif, et \(w\) induit une pondération \(w'\) de \(f'\) (voir le lemme 0F3B) tandis que \(\int_{f'} w'\) est la restriction de \(\int_f w\) à \(Y'\). Par récurrence, \(Y'\) possède une stratification affine dont la longueur est au plus le nombre (\(\leq\)) de valeurs distinctes de \(\int_{f'} w'\) moins \(1\), ce qui achève la preuve.

Morphismes complètement décomposés

Nishnevich a étudié la notion de famille complètement décomposée de morphismes étales, afin de définir ce que l’on appelle aujourd’hui la topologie de Nisnevich ; voir par exemple [Nishnevich].

Définition

Un morphisme \(f : X \to Y\) de schémas est dit complètement décomposé18 si, pour tout point \(y \in Y\), il existe un point \(x \in X\) tel que \(f(x) = y\) et que l’extension de corps \(\kappa(x)/\kappa(y)\) soit triviale. Une famille de morphismes \(\{f_i : X_i \to Y\}_{i \in I}\) de schémas à but fixé est dite complètement décomposée si \(\coprod f_i : \coprod Y_i \to X\) est complètement décomposé.

Nous commençons par quelques lemmes élémentaires.

Lemme

Le composé de deux morphismes complètement décomposés de schémas est complètement décomposé. Si \(\{f_i : X_i \to Y\}_{i \in I}\) est complètement décomposée et si, pour chaque \(i\), nous avons une famille \(\{X_{ij} \to X_i\}_{j \in J_i}\) qui est complètement décomposée, alors la famille \(\{X_{ij} \to Y\}_{i \in I, j \in J_i}\) est complètement décomposée.

Démonstration

Omis.

Lemme

Tout changement de base d’un morphisme complètement décomposé de schémas est complètement décomposé. Si \(\{f_i : X_i \to Y\}_{i \in I}\) est complètement décomposée et si \(Y' \to Y\) est un morphisme de schémas, alors \(\{X_i \times_Y Y' \to Y'\}_{i \in I}\) est complètement décomposée.

Démonstration

Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y' \to Y\) des morphismes de schémas. Soit \(y' \in Y'\) un point d’image \(y = g(y')\) dans \(Y\). Si \(x \in X\) est un point tel que \(f(x) = y\) et \(\kappa(x) = \kappa(y)\), alors il existe un unique point \(x' \in X' = X \times_Y Y'\) qui s’envoie sur \(y'\) dans \(Y'\) et sur \(x\) dans \(X\), et de plus \(\kappa(x') = \kappa(y')\), voir Schémas, lemme 01JT. Le lemme découle aisément de ce fait ; nous omettons les détails.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que \(f\) soit complètement décomposé, \(f\) soit localement de présentation finie, et que \(Y\) soit quasi-compact et quasi-séparé. Alors il existe \(n \geq 0\) et des morphismes \(Z_i \to Y\), \(i = 1, \ldots, n\), ayant les propriétés suivantes :

  1. \(\coprod Z_i \to Y\) est surjectif,

  2. \(Z_i \to Y\) est une immersion pour tout \(i\),

  3. \(Z_i \to Y\) est de présentation finie pour tout \(i\), et

  4. le changement de base \(X \times_Y Z_i \to Z_i\) possède une section pour tout \(i\).

Démonstration

Soit \(y \in Y\). Par hypothèse, il existe un morphisme \(\sigma : \Spec(\kappa(y)) \to X\) au-dessus de \(Y\). Nous pouvons écrire \(\Spec(\kappa(y))\) comme la limite d’un système dirigé de schémas affines \(Z\) au-dessus de \(Y\) tels que \(Z \to Y\) soit une immersion de présentation finie. En effet, choisissons un ouvert affine \(y \in \Spec(A) \subset Y\) et disons que \(y\) correspond à l’idéal premier \(\mathfrak p\) de \(A\). Alors \(\kappa(\mathfrak p)\) est la colimite filtrante des anneaux \((A/I)_f\), où \(I \subset \mathfrak p\) est un idéal de type fini et \(f \in A\), \(f \not \in \mathfrak p\). Les morphismes \(Z = \Spec((A/I)_f) \to Y\) sont des immersions de présentation finie ; la quasi-compacité de \(Z \to Y\) résulte du fait que \(Y\) est quasi-séparé, voir Schémas, lemme 03GI. D’après Limites, proposition 01ZC, pour l’un de ces \(Z\), il existe un morphisme \(\sigma' : Z \to X\) au-dessus de \(Y\) qui coïncide avec \(\sigma\) sur le spectre de \(\kappa(\mathfrak p)\). Comme \(\sigma'\) est un morphisme au-dessus de \(Y\), nous obtenons une section de la projection \(X \times_Y Z \to Z\).

Nous concluons que \(Y\) est la réunion des images d’immersions \(Z \to Y\) de présentation finie telles que \(X \times_Y Z \to Z\) possède une section. Puisque l’image de \(Z \to Y\) est constructible (Morphismes, lemme 054J) et puisque \(Y\) est compact pour la topologie constructible (Propriétés, lemme 094L et Topologie, lemme 0901), nous voyons qu’un nombre fini de ces immersions suffit.

Lemme

Soit \(S = \lim_{\lambda \in \Lambda} S_\lambda\) la limite d’un système dirigé de schémas dont les morphismes de transition sont affines. Soit \(0 \in \Lambda\) et soit \(f_0 : X_0 \to Y_0\) un morphisme de schémas au-dessus de \(S_0\). Pour \(\lambda \geq 0\), soit \(f_\lambda : X_\lambda \to Y_\lambda\) le changement de base de \(f_0\) à \(S_\lambda\), et soit \(f : X \to Y\) le changement de base de \(f_0\) à \(S\). Si

  1. \(f\) est complètement décomposé,

  2. \(Y_0\) est quasi-compact et quasi-séparé, et

  3. \(f_0\) est localement de présentation finie,

alors il existe un \(\lambda \geq 0\) tel que \(f_\lambda\) soit complètement décomposé.

Démonstration

Puisque \(Y_0\) est quasi-compact et quasi-séparé, le schéma \(Y\), qui est affine sur \(Y_0\), est quasi-compact et quasi-séparé. Choisissons \(n \geq 0\) et \(Z_i \to Y\), \(i = 1, \ldots, n\), comme dans le lemme 0GTL. Notons \(\sigma_i : Z_i \to X\) des morphismes au-dessus de \(Y\) qui existent par notre choix des \(Z_i\). Quitte à remplacer \(0 \in \Lambda\) par un indice plus grand, nous pouvons supposer qu’il existe des morphismes \(Z_{i, 0} \to Y_0\) de présentation finie dont les changements de base à \(S\) sont les morphismes \(Z_i \to Y\), voir Limites, lemme 01ZM. D’après Limites, lemme 0GTB, nous pouvons supposer, quitte à remplacer \(0\) par un indice plus grand, que \(Z_{i, 0} \to Y_0\) est une immersion. Puisque \(\coprod Z_i \to Y\) est surjectif, nous pouvons supposer, quitte à remplacer \(0\) par un indice plus grand, que \(\coprod Z_{i, 0} \to Y_0\) est surjectif, voir Limites, lemme 07RR. Observons que \(Z_i = \lim_{\lambda \geq 0} Z_{i, \lambda}\), où \(Z_{i, \lambda} = Y_\lambda \times_{Y_0} Z_{i, 0}\). Considérons les composés \[Z_i \xrightarrow{\sigma_i} X \to X_0\] comme des morphismes au-dessus de \(Y_0\). Puisque \(f_0\) est localement de présentation finie, Limites, proposition 01ZC nous permet de trouver un \(\lambda \geq 0\) tel qu’il existe des morphismes \(\sigma'_{i, \lambda} : Z_{i, \lambda} \to X_0\) au-dessus de \(Y_0\) dont les précomposés avec \(Z_i \to Z_{i, \lambda}\) sont les flèches affichées. Bien entendu, \(\sigma'_{i, \lambda}\) détermine alors un morphisme \(\sigma_{i, \lambda} : Z_{i, \lambda} \to X_\lambda = X_0 \times_{Y_0} Y_\lambda\) au-dessus de \(Y_\lambda\). Puisque \(\coprod Z_{i, \lambda} \to Y_\lambda\) est surjectif, nous concluons que \(X_\lambda \to Y_\lambda\) est complètement décomposé.

Familles de modules inversibles amples

Nous poursuivons la discussion de Morphismes, section 0FXQ.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que

  1. \(Y\) possède une famille ample de modules inversibles,

  2. il existe un module inversible \(f\)-ample sur \(X\).

Alors \(X\) possède une famille ample de modules inversibles.

Démonstration

Soit \(\mathcal{L}\) un module inversible \(f\)-ample sur \(X\). Cela implique en particulier que \(f\) est quasi-compact, voir Morphismes, définition 01VH. Puisque \(Y\) est quasi-compact d’après Morphismes, définition 0FXR, nous voyons que \(X\) est quasi-compact (et que \(X\) lui-même satisfait donc la première condition de Morphismes, définition 0FXR). Soit \(x \in X\) d’image \(y \in Y\). Par l’hypothèse (2), nous pouvons trouver un \(\mathcal{O}_Y\)-module inversible \(\mathcal{N}\) et une section \(t \in \Gamma(Y, \mathcal{N})\) tels que le lieu \(Y_t\) où \(t\) ne s’annule pas soit affine. Alors \(\mathcal{L}\) est ample sur \(f^{-1}(Y_t) = X_{f^*t}\), et nous pouvons donc trouver une section \(s \in \Gamma(X_{f^*t}, \mathcal{L})\) telle que \((X_{f^*t})_s\) soit affine et contienne \(x\). D’après Propriétés, lemme 01PW, pour un certain \(n \geq 0\), le produit \((f^*t)^n s\) se prolonge en une section \(s' \in \Gamma(X, f^*\mathcal{N}^{\otimes n} \otimes \mathcal{L})\). Enfin, la section \(s'' = f^* ts'\) de \(f^*\mathcal{N}^{\otimes n + 1} \otimes \mathcal{L}\) s’annule en tout point de \(X \setminus X_{f^*t}\) ; ainsi, nous voyons que \(X_{s''} = (X_{f^*t})_s\) est affine, comme voulu.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme affine ou quasi-affine de schémas. Si \(Y\) possède une famille ample de modules inversibles, il en va de même pour \(X\).

Démonstration

D’après Morphismes, lemme 0891, c’est un cas particulier du lemme 0GTP.

Éclatements et familles amples de modules inversibles

Nous démontrons un résultat de [Gross-thesis].

Lemme

Soit \(X\) un schéma. Supposons donnés des diviseurs de Cartier effectifs \(D_1, \ldots, D_m\) sur \(X\) et des modules inversibles \(\mathcal{L}_1, \ldots, \mathcal{L}_m\) tels que \(\bigcap D_i = \emptyset\) et que \(\mathcal{L}_i|_{X \setminus D_i}\) soit ample. Alors \(X\) possède une famille ample de modules inversibles.

Démonstration

Soit \(x \in X\). Choisissons un indice \(i \in \{1, \ldots, m\}\) tel que \(x \not \in D_i\). Posons \(U_i = X \setminus D_i\). Puisque \(\mathcal{L}_i|_{U_i}\) est ample, nous pouvons trouver un \(n \geq 1\) et une section \(s \in \Gamma(U_i, \mathcal{L}_i^{\otimes n})\) telle que le lieu \((U_i)_s\) où \(s\) ne s’annule pas soit affine (Propriétés, définition 01PS). Puisque \(U_i\) est le lieu où la section canonique \(1 \in \mathcal{O}_X(D_i)\) ne s’annule pas, nous déduisons de Propriétés, lemme 01PW qu’il existe un \(N \geq 0\) tel que \(s\) se prolonge en une section \[s' \in \Gamma(X, \mathcal{L}_i^{\otimes n} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{O}_X(N D_i))\] Après avoir remplacé \(N\) par \(N + 1\), nous voyons que \(s'\) s’annule en tout point de \(D_i\), et donc que \(X_{s'} = (U_i)_s\) est affine. Cela prouve que \(X\) possède une famille ample de modules inversibles, voir Morphismes, définition 0FXR.

Lemme

Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé n’ayant qu’un nombre fini de composantes irréductibles. Il existe un ouvert dense quasi-compact \(U \subset X\) et un éclatement \(U\)-admissible \(X' \to X\) tels que le schéma \(X'\) possède une famille ample de modules inversibles.

Démonstration

Soient \(\eta_1, \ldots, \eta_n \in X\) les points génériques des composantes irréductibles de \(X\). D’après Propriétés, lemme 01ZX et la quasi-compacité de \(X\), nous pouvons trouver un recouvrement ouvert affine fini \(X = U_1 \cup \ldots \cup U_m\) tel que chaque \(U_i\) contienne \(\eta_1, \ldots, \eta_n\). En particulier, le sous-ensemble ouvert quasi-compact \(U = U_1 \cap \ldots \cap U_m\) est dense dans \(X\). Soit \(\mathcal{I}_i \subset \mathcal{O}_X\) un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini tel que \(U_i = X \setminus Z_i\), où \(Z_i = V(\mathcal{I}_i)\), voir Propriétés, lemme 01PH. Soit \[f : X' \longrightarrow X\] l’éclatement de \(X\) le long du faisceau d’idéaux \(\mathcal{I} = \mathcal{I}_1 \cdots \mathcal{I}_m\). Notons que \(f\) est un éclatement \(U\)-admissible, puisque \(V(\mathcal{I})\) est (ensemblistement) la réunion des \(Z_i\), qui sont disjoints de \(U\). De plus, \(f\) est un morphisme projectif et \(\mathcal{O}_{X'}(1)\) est relativement ample pour \(f\), voir Diviseurs, lemme 02NS. D’après Diviseurs, lemme 080A, pour chaque \(i\), le morphisme \(f'\) se factorise en \(X' \to X'_i \to X\), où \(X'_i \to X\) est l’éclatement le long de \(\mathcal{I}_i\) et \(X' \to X'_i\) est un autre éclatement (à savoir, le long du tiré en arrière du produit des idéaux \(\mathcal{I}_j\), en omettant \(\mathcal{I}_i\)). Il en résulte que \(D_i = f^{-1}(Z_i) \subset X'\) est un diviseur de Cartier effectif, voir Diviseurs, lemmes 0809 et 02OS. Nous avons \(X' \setminus D_i = f^{-1}(U_i)\). Comme \(\mathcal{O}_{X'}(1)\) est \(f\)-ample, la restriction de \(\mathcal{O}_{X'}(1)\) à \(X' \setminus D_i\) est ample. Il résulte du lemme 0GTS que \(X'\) possède une famille ample de modules inversibles.

Proposition

Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Il existe un morphisme \(f : Y \to X\) qui est de présentation finie, propre et complètement décomposé (définition 0GTI), tel que le schéma \(Y\) possède une famille ample de modules inversibles.

Démonstration

D’après Limites, proposition 01ZA, il existe un morphisme affine \(X \to X_0\), où \(X_0\) est un schéma de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Nous construisons ci-dessous un morphisme \(Y_0 \to X_0\) ayant toutes les propriétés voulues. En posant alors \(Y = X \times_{X_0} Y_0\) et en prenant pour \(f\) la projection \(f : Y \to X\), nous concluons. En effet, \(f\) est de présentation finie (Morphismes, lemme 01TS), \(f\) est propre (Morphismes, lemme 01W4), \(f\) est complètement décomposé (lemme 0GTK). Enfin, puisque \(Y \to Y_0\) est affine (étant le changement de base de \(X \to X_0\)), nous voyons que \(Y\) possède une famille ample de modules inversibles d’après le lemme 0GTQ. Nous sommes ainsi ramenés au cas traité dans le paragraphe suivant.

Supposons \(X\) de type fini sur \(\mathbf{Z}\). En particulier, \(\dim(X) < \infty\). Nous allons raisonner par récurrence sur \(\dim(X)\). Si \(\dim(X) = 0\), alors \(X\) est affine et possède la propriété de résolution. En général, il existe un ouvert dense \(U \subset X\) et un éclatement \(U\)-admissible \(X' \to X\) tel que \(X'\) possède une famille ample de modules inversibles, voir le lemme 0GTT. Puisque \(f : X' \to X\) est un isomorphisme au-dessus de \(U\), nous voyons que tout point de \(U\) se relève en un point de \(X'\) ayant le même corps résiduel. Soit \(Z = X \setminus U\), muni de la structure de sous-schéma réduit induite. Alors \(\dim(Z) < \dim(X)\), puisque \(U\) est dense dans \(X\) (voir ci-dessus). Par récurrence, nous trouvons un morphisme propre, complètement décomposé \(W \to Z\) tel que \(W\) possède une famille ample de modules inversibles. Il s’ensuit alors que \(Y = X' \amalg W \to X\) est le morphisme voulu.

Le critère extensif pour les immersions fermées

Dans cette section, nous donnons un critère pour qu’un morphisme de schémas soit une immersion fermée.

Lemme

Un morphisme \(f : X \to Y\) de schémas affines est une immersion fermée si et seulement si, pour tout homomorphisme injectif d’anneaux \(A \to B\) et tout carré commutatif \[\xymatrix{ \Spec(B) \ar[d] \ar[r] & X \ar[d]^f \\ \Spec(A) \ar[r] \ar@{..>}[ur] & Y }\] il existe un relèvement \(\Spec(A) \to X\) rendant les deux triangles commutatifs.

Démonstration

Soit le morphisme \(f\) donné par l’homomorphisme d’anneaux \(\phi : R \to S\). Alors \(f\) est une immersion fermée si et seulement si \(\phi\) est surjectif.

Supposons tout d’abord que \(\phi\) soit surjectif. Soit \(\psi : A \to B\) un homomorphisme injectif d’anneaux, et supposons donné un diagramme commutatif \[\xymatrix{ R \ar[r]^\alpha \ar[d]^\phi & A \ar[d]^\psi \\ S \ar[r]^\beta \ar@{..>}[ur] & B }\] Nous définissons alors un relèvement \(S \to A\) par \(s \mapsto \alpha(r)\), où \(r \in R\) est tel que \(\phi(r) = s\). Cette définition est bien posée, car \(\psi\) est injectif et le carré est commutatif. Comme le passage au spectre établit une anti-équivalence entre les anneaux commutatifs et les schémas affines, la propriété de relèvement voulue pour \(f\) est vérifiée.

Supposons ensuite que \(\phi\) admette des relèvements par rapport à tous les homomorphismes injectifs d’anneaux \(\psi: A \to B\). Remarquons que \(\phi(R)\) est un sous-anneau de \(S\) ; on obtient donc un carré commutatif \[\xymatrix{ R \ar[r] \ar[d]^\phi & \phi(R) \ar[d] \\ S \ar@{=}[r] \ar@{..>}[ur] & S }\] dans lequel il existe un relèvement \(S \to \phi(R)\). Par suite, l’inclusion \(\phi(R) \to S\) est nécessairement un isomorphisme, ce qui montre que \(\phi\) est surjectif, et le résultat s’ensuit.

Lemme

Soit \(X\) un schéma. Si le morphisme canonique \(X \to \Spec(\Gamma(X, \mathcal{O}_X))\) considéré dans Schémas, lemme 01I1, admet une rétraction, alors \(X\) est un schéma affine.

Démonstration

Posons \(S = \Spec(\Gamma(X, \mathcal{O}_X))\) et notons \(f : X \to S\) le morphisme donné dans le lemme. Soit \(s : S \to X\) une rétraction ; ainsi \(\text{id}_X = sf\). Alors \(f s f = \text{id}_S f\). Comme \(f\) induit un isomorphisme \(\Gamma(S, \mathcal{O}_S) \to \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\), cela signifie que \(fs\) et \(\text{id}_S\) induisent la même application sur \(\Gamma(S, \mathcal{O}_S)\). D’où \(f s = \text{id}_S\), puisque \(S\) est affine. Par suite, \(f\) est un isomorphisme et \(X\) est un schéma affine, comme il fallait le démontrer.

Lemme

Soit \(X\) un schéma. Soit \(f : X \to S = \Spec(\Gamma(X, \mathcal{O}_X))\) le morphisme canonique considéré dans Schémas, lemme 01I1. Le plus grand \(\mathcal{O}_S\)-module quasi-cohérent contenu dans le noyau de \(f^\sharp : \mathcal{O}_S \to f_*\mathcal{O}_X\) est nul. Si \(X\) est quasi-compact, alors \(f^\sharp\) est injectif. En particulier, si \(X\) est quasi-compact, alors \(f\) est un morphisme dominant.

Démonstration

Soit \(M \subset \Gamma(S, \mathcal{O}_S)\) le sous-module correspondant au plus grand \(\mathcal{O}_S\)-module quasi-cohérent contenu dans le noyau de \(f^\sharp\). Alors tout élément \(a \in M\) est envoyé sur zéro par \(f^\sharp\). Or \(f^\sharp(a)\) est l’élément de \[\Gamma(S, f_*\mathcal{O}_X) = \Gamma(X, \mathcal{O}_X) = \Gamma(S, \mathcal{O}_S)\] qui correspond à \(a\) lui-même ! Ainsi \(a = 0\). Par conséquent \(M = 0\), ce qui prouve la première assertion. Remarquons que cela équivaut à dire que le morphisme \(f : X \to S\) est schématiquement surjectif.

Si \(X\) est quasi-compact, alors \(\Ker(f^\sharp)\) est quasi-cohérent d’après Morphismes, lemme 01R8. Ainsi \(\Ker(f^\sharp) = 0\) et \(f^\sharp\) est injectif. Dans ce cas, \(f\) est un morphisme dominant en vertu de la partie (4) de Morphismes, lemme 01R8.

Lemme

Soit \(f: X \to Y\) un morphisme quasi-compact de schémas. Alors \(f\) est une immersion fermée si et seulement si, pour tout homomorphisme injectif d’anneaux \(A \to B\) et tout carré commutatif \[\xymatrix{ \Spec(B) \ar[d] \ar[r] & X \ar[d]^f \\ \Spec(A) \ar[r] \ar@{..>}[ur] & Y }\] il existe un relèvement \(\Spec A \to X\) rendant le diagramme commutatif.

Démonstration

Supposons que \(f\) soit une immersion fermée. Soit \(A \to B\) un homomorphisme injectif d’anneaux et considérons un carré commutatif \[\xymatrix{ \Spec(B) \ar[d] \ar[r] & X \ar[d]^f \\ \Spec(A) \ar[r] \ar@{..>}[ur] & Y }\] Alors \(\Spec(A) \times_Y X \to \Spec(A)\) est une immersion fermée et il existe donc un idéal \(I \subset A\) et un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \Spec(B) \ar[d] \ar[r] & \Spec(A/I) \ar[r] \ar[d] & X \ar[d]^f \\ \Spec(A) \ar[r] \ar@{..>}[ur] & \Spec(A) \ar[r] & Y }\] Le lemme 0H2P fournit un relèvement.

Supposons que \(f\) satisfasse à la propriété de relèvement énoncée dans le lemme. La propriété pour \(f\) d’être une immersion fermée est locale sur \(Y\) ; nous pouvons donc supposer, ce que nous ferons, que \(Y\) est affine. En particulier, \(Y\) est quasi-compact, et \(X\) est donc quasi-compact. Il existe donc un recouvrement fini par des ouverts affines \(X = U_1 \cup \ldots \cup U_n\). La source du morphisme \[\pi : U = \coprod U_i \longrightarrow X\] est affine et l’homomorphisme d’anneaux induit \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X) \to \Gamma(U, \mathcal{O}_U)\) est injectif. Par hypothèse, il existe un relèvement dans le diagramme \[\xymatrix{ U \ar[r]^\pi \ar[d] & X \ar[d]^f \\ \Spec(\Gamma(X, \mathcal{O}_X)) \ar[r]^-{f'} \ar@{..>}[ur]^h & Y }\] où \(f'\) est le morphisme de schémas affines correspondant à l’homomorphisme d’anneaux \(\Gamma(Y, \mathcal{O}_Y) \to \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\). Il résulte du fait que \(\pi\) est un épimorphisme que le morphisme \(h\) est une rétraction du morphisme canonique \(X \to \Spec(\Gamma(X, \mathcal{O}_X))\) ; nous omettons les détails. Ainsi \(X\) est affine d’après le lemme 0H2Q. Le lemme 0H2P permet alors de conclure que \(f\) est une immersion fermée.


  1. Possédant les mêmes propriétés que \(X' \to S'\) et \(\mathcal{L}'\), c’est-à-dire que \(X'_0 \to \Spec(R'_0)\) est plat et propre et que \(\mathcal{L}'_0\) est ample.↩︎

  2. En fait, on peut se ramener à ce cas en utilisant davantage d’arguments de passage à la limite.↩︎

  3. Les autres types sont coprof \(\leq k\), Cohen-Macaulay, \((S_k)\), régulier, \((R_k)\) et réduit. Voir [EGA, IV, définition 6.8.1.]. Les morphismes de Gorenstein seront définis dans Dualité pour les schémas, section 0AWV.↩︎

  4. Si \(S\) est quasi-séparé, alors \(g\) sera quasi-fini.↩︎

  5. Nous traiterons le cas d’un corps fini dans le dernier paragraphe de la démonstration.↩︎

  6. En fait, il suffirait que \(\kappa(x)\) soit géométriquement irréductible sur \(\kappa(s)\). Si nous en avons un jour besoin, nous ajouterons une démonstration détaillée.↩︎

  7. En présence de (1), cela signifie que \(f\) est quasi-fini en \(x\); voir Morphismes, lemme 01TH.↩︎

  8. La démonstration donne en fait un ouvert \(X' \subset S' \times_S X\).↩︎

  9. On obtient de même que \(\pi_*\mathcal{O}_L(i) = \bigoplus_{m \geq -i} \mathcal{O}_P(m)\).↩︎

  10. Souvent, \(L\) est un fibré en droites sur \(P\), voir ci-dessous.↩︎

  11. Les assertions (1) et (2) sont claires. Pour voir (3), notons que si \(a \in A_d\), alors \(\sigma(a) = \sigma(f) \psi(a/f)\). Pour (4), notons que \(b/g^m\) appartient au noyau de \(\tau\) si et seulement si \(b \in A_{\geq md}\) s’envoie sur zéro dans \(A_{md}\). Il suffit donc de montrer que, si \(m' > md\) et \(a \in A_{m'}\), alors une certaine puissance de \(a^{(md)}/g^m\) appartient à l’idéal engendré par \(\sigma(f)\). Prenons \(e\) tel que \(em' - emd \geq d\). Alors \[(a^{(md)}/g^m)^e = (a^e)^{(emd)}/g^{em} = (fa^e)^{(emd + d)}/g^{em + 1} = \sigma(f) \cdot (a^e)^{(emd + d)}/g^{em + 1}\] comme voulu (toutes nos excuses pour cette notation épouvantable). Pour voir (5), raisonnons comme précédemment et notons que \(a^{(md)}/g^m = \sigma(f) \cdot a^{(md + 1)}/g^{m + 1}\) si \(d = 1\).↩︎

  12. Cela signifie que \(f\) est pseudo-cohérent, voir la définition 067Z.↩︎

  13. Cela signifie que \(Y \to S\) est pseudo-cohérent, voir la définition 067Z.↩︎

  14. Il suffit que \(g\) soit une immersion \(H_1\)-régulière. Remarquons qu’une immersion qui est un morphisme d’intersection complète locale est Koszul-régulière.↩︎

  15. Plus précisément, \(X, Y, Z, Y \amalg_Z X, X', Y', Z', Y' \amalg_{Z'} X'\) correspondent à \(A', B, A, B', C', D, C, D'\).↩︎

  16. En fait, si \(f : X \to Y\) est une immersion et si \(w\) est une pondération de \(f\), alors la restriction de \(f\) est une application ouverte sur le lieu où \(w\) est non nulle.↩︎

  17. Il suffit que la diagonale de \(Y\) soit affine.↩︎

  18. Cette terminologie n’est peut-être pas standard.↩︎