Introduction
Ce chapitre est le premier d’une série de chapitres sur la cohomologie étale des schémas. Nous y présentons les rudiments de la topologie étale et de la cohomologie des faisceaux abéliens pour cette topologie. Une grande partie des sujets abordés peut sans inconvénient être omise lors d’une première lecture; on consultera la section suivante pour décider des passages à laisser de côté.
La version initiale de ce chapitre a à l’origine été constituée par les notes de la première partie d’un cours de cohomologie étale donné par Johan de Jong à l’Université Columbia à l’automne 2009. Les premiers auteurs des notes étaient Thibaut Pugin, Zachary Maddock et Min Lee. La seconde partie du cours se trouve dans le chapitre sur la formule des traces; voir La formule des traces, section 0F5Q.
Quelles sections omettre lors d’une première lecture?
Nous voulons utiliser le contenu de ce chapitre pour développer la théorie des espaces algébriques, des champs de Deligne–Mumford, des champs algébriques, etc. Nous avons donc ajouté à l’exposé initial de la cohomologie étale des schémas certains développements assez techniques. Le lecteur les reconnaîtra à la fréquence du mot “topos”, aux discussions relevant de la théorie des ensembles ou encore aux démonstrations portant sur des propriétés très générales des morphismes de schémas. Certaines de ces discussions peuvent être omises lors d’une première lecture.
En particulier, nous suggérons au lecteur d’omettre les sections suivantes:
Comparaison des grands et petits topos, section 0757.
Reconstruction des morphismes, section 04JH.
Image directe et image inverse, section 04C6.
Propriété (A), section 04DJ.
Propriété (B), section 04DN.
Propriété (C), section 04DS.
Invariance topologique du petit site étale, section 04DY.
Morphismes entiers universellement injectifs, section 04FY.
Grands sites et image directe, section 04E2.
Exactitude du grand foncteur image directe à support propre, section 04CB.
Outre ces sections, quelques résultats isolés peuvent être omis; le lecteur les reconnaîtra aux mots-clés indiqués ci-dessus.
Prologue
Ces leçons portent sur une autre théorie cohomologique. Il faut tout d’abord observer que la topologie de Zariski n’est pas entièrement satisfaisante. L’une des principales raisons pour lesquelles elle ne donne pas les résultats souhaités est que, si \(X\) est une variété complexe et \(\mathcal{F}\) un faisceau constant, alors \[H^i(X, \mathcal{F}) = 0, \quad \text{ pour tout } i > 0.\] En voici la raison. Dans un schéma irréductible (en particulier dans une variété), deux ouverts non vides quelconques se rencontrent, de sorte que les applications de restriction d’un faisceau constant sont surjectives. On dit que le faisceau est flasque. Dans ce cas, tous les groupes de cohomologie de Čech supérieurs sont nuls, de même que tous les groupes de cohomologie de Zariski supérieurs. Autrement dit, la topologie de Zariski ne possède “pas assez” d’ouverts pour détecter cette cohomologie supérieure.
En revanche, si \(X\) est une variété complexe projective lisse, alors \[H_{Betti}^{2 \dim X}(X (\mathbf{C}), \Lambda) = \Lambda \quad \text{ pour } \Lambda = \mathbf{Z}, \ \mathbf{Z}/n\mathbf{Z},\] où \(X(\mathbf{C})\) désigne l’ensemble des points complexes de \(X\). Il serait souhaitable de retrouver cette propriété en géométrie algébrique, tout particulièrement en caractéristique positive.
La topologie étale
Il est très difficile de simplement “ajouter” des ouverts supplémentaires pour raffiner la topologie de Zariski. Une manière efficace de définir une topologie consiste à considérer non seulement des ouverts, mais aussi certains schémas au-dessus de ceux-ci. Pour définir la topologie étale, on considère tous les morphismes étales \(\varphi : U \to X\). Si \(X\) est une variété projective lisse sur \(\mathbf{C}\), cela signifie que
\(U\) est une réunion disjointe de variétés lisses, et
\(\varphi\) est localement un isomorphisme (analytiquement).
Le mot “analytiquement” renvoie à la topologie usuelle (transcendante) sur \(\mathbf{C}\). La seconde condition signifie donc que la différentielle de \(\varphi\) est partout de rang maximal (et, en particulier, que toutes les composantes de \(U\) ont la même dimension que \(X\)).
Un revêtement double — défini de manière informelle comme une application finie de degré \(2\) entre variétés — par exemple \[\Spec(\mathbf{C}[t]) \longrightarrow \Spec(\mathbf{C}[t]), \quad t \longmapsto t^2\] n’est pas un morphisme étale s’il possède une fibre réduite à un seul point. Dans cet exemple, cela se produit pour \(t = 0\). Pour qu’une application finie entre variétés sur \(\mathbf{C}\) soit étale, toutes ses fibres doivent avoir le même nombre de points. En retirant le point \(t = 0\) de la source de l’application dans l’exemple, on rend le morphisme étale. Mais on peut aussi retirer d’autres points de la source et le morphisme demeure étale. Pour considérer la topologie étale, il faut examiner tous ces morphismes. À la différence de la topologie de Zariski, ils ne sont pas nécessairement de simples ouverts de \(X\), bien que leurs images le soient toujours.
Définition
Une famille de morphismes \(\{ \varphi_i : U_i \to X\}_{i \in I}\) est appelée un recouvrement étale si chaque \(\varphi_i\) est un morphisme étale et si leurs images recouvrent \(X\), c’est-à-dire si \(X = \bigcup_{i \in I} \varphi_i(U_i)\).
Ceci “définit” la topologie étale. Autrement dit, nous pouvons maintenant préciser ce que sont les faisceaux. Un faisceau étale \(\mathcal{F}\) d’ensembles (resp. de groupes abéliens, d’espaces vectoriels, etc.) sur \(X\) est la donnée de:
pour chaque morphisme étale \(\varphi : U \to X\), un ensemble (resp. un groupe abélien, un espace vectoriel, etc.) \(\mathcal{F}(U)\);
pour chaque paire \(U, \ U'\) de schémas étales sur \(X\), et chaque morphisme \(U \to U'\) au-dessus de \(X\) (qui est automatiquement étale), une application de restriction \(\rho^{U'}_U : \mathcal{F}(U') \to \mathcal{F}(U)\)
Ces données doivent satisfaire les conditions \(\rho^U_U = \text{id}\) pour le morphisme identique \(U \to U\) et \(\rho^{U'}_U \circ \rho^{U''}_{U'} = \rho^{U''}_U\) pour des morphismes \(U \to U' \to U''\) de schémas étales sur \(X\), ainsi que l’axiome de faisceau suivant:
pour tout recouvrement étale \(\{ \varphi_i : U_i \to U\}_{i \in I}\), le diagramme \[\xymatrix{ \mathcal{F} (U) \ar[r] & \Pi_{i \in I} \mathcal{F} (U_i) \ar@<1ex>[r] \ar@<-1ex>[r] & \Pi_{i, j \in I} \mathcal{F} (U_i \times_U U_j) }\] est un diagramme d’égalisateur dans la catégorie des ensembles (resp. des groupes abéliens, des espaces vectoriels, etc.).
Remarque
Dans le dernier énoncé, il est essentiel de ne pas oublier le cas \(i = j\), qui constitue en général une condition loin d’être triviale (contrairement à ce qui se passe pour la topologie de Zariski). De fait, des recouvrements importants ne comportent souvent qu’un seul èlément.
Puisque l’identité est un morphisme étale, nous pouvons calculer les sections globales d’un faisceau étale, et la cohomologie sera simplement donnée par les foncteurs dérivés à droite correspondants. Autrement dit, une fois la théorie davantage développée et les énoncés rendus précis, rien ne s’opposera à la définition de la cohomologie.
Prouesses de la topologie étale
Pour tout entier naturel \(n \in \mathbf{N} = \{1, 2, 3, 4, \ldots\}\), on a \[H_\etale^2 (\mathbf{P}^1_\mathbf{C}, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) = \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}.\] Plus généralement, si \(X\) est une variété complexe, ses nombres de Betti étales à coefficients dans un corps fini coïncident avec les nombres de Betti usuels de \(X(\mathbf{C})\), c’est-à-dire que \[\dim_{\mathbf{F}_q} H_\etale^{2i} (X, \mathbf{F}_q) = \dim_{\mathbf{F}_q} H_{Betti}^{2i} (X(\mathbf{C}), \mathbf{F}_q).\] C’est tout à fait satisfaisant. Toutefois, ces égalités ne valent que pour des coefficients de torsion, et non en général. À coefficients entiers, on a \[H_\etale^2 (\mathbf{P}^1_\mathbf{C}, \mathbf{Z}) = 0.\] En revanche, \(H_{Betti}^2(\mathbf{P}^1(\mathbf{C}), \mathbf{Z}) = \mathbf{Z}\), car l’espace topologique \(\mathbf{P}^1(\mathbf{C})\) est homéomorphe à une sphère de dimension \(2\). Il existe des moyens de retrouver des coefficients non de torsion à partir de coefficients de torsion par un procédé de passage à la limite, que nous aborderons bientôt.
Un calcul
Comment calculer la cohomologie de \(\mathbf{P}^1_\mathbf{C}\) à coefficients dans \(\Lambda = \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)? Nous utilisons la cohomologie de Čech. Un recouvrement de \(\mathbf{P}^1_\mathbf{C}\) est donné par les deux ouverts standards \(U_0, U_1\), tous deux isomorphes à \(\mathbf{A}^1_\mathbf{C}\), et dont l’intersection est isomorphe à \(\mathbf{A}^1_\mathbf{C} \setminus \{0\} = \mathbf{G}_{m, \mathbf{C}}\). Il se trouve que la suite de Mayer–Vietoris vaut en cohomologie étale. On en déduit une suite exacte \[H_\etale^{i-1}(U_0\cap U_1, \Lambda) \to H_\etale^i(\mathbf{P}^1_\mathbf{C}, \Lambda) \to H_\etale^i(U_0, \Lambda) \oplus H_\etale^i(U_1, \Lambda) \to H_\etale^i(U_0\cap U_1, \Lambda).\] Pour obtenir la réponse attendue, il faudrait montrer que la somme directe figurant dans le troisième terme est nulle. En fait, comme pour la topologie usuelle, on a bien \[H_\etale^q (\mathbf{A}^1_\mathbf{C}, \Lambda) = 0 \quad \text{ pour } q \geq 1,\] et \[H_\etale^q (\mathbf{A}^1_\mathbf{C} \setminus \{0\}, \Lambda) = \left\{ \begin{matrix} \Lambda & \text{ si }q = 1\text{, et} \\ 0 & \text{ pour }q \geq 2. \end{matrix} \right.\] Ces résultats sont déjà assez difficiles (quelle en serait une preuve élémentaire?). Expliquons comment effectuer ce calcul une fois que nous disposerons du formalisme de la cohomologie étale.
Cohomologie supérieure. Elle est traitée par le fait général suivant: si \(X\) est une courbe affine sur \(\mathbf{C}\), alors \[H_\etale^q (X, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) = 0 \quad \text{ pour } q \geq 2.\] On le démontre en considérant le point générique de la courbe et en faisant un peu de cohomologie galoisienne. Il ne reste donc à examiner que la cohomologie en degré 1.
Cohomologie en degré 1. Nous utilisons les identifications suivantes: \[\begin{eqnarray*} H_\etale^1 (X, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) = \left\{ \begin{matrix} \text{faisceaux d'ensembles }\mathcal{F}\text{ sur le site \'etale }X_\etale \text{ munis d'une} \\ \text{action }\mathbf{Z}/n\mathbf{Z} \times \mathcal{F} \to \mathcal{F} \text{ telle que }\mathcal{F}\text{ soit un }\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\text{-torseur.} \end{matrix} \right\} \Big/ \cong \\ = \left\{ \begin{matrix} \text{morphismes }Y \to X\text{ finis \'etales, munis} \\ \text{ d'une action libre de }\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\text{ tels que } X = Y/(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}). \end{matrix} \right\} \Big/ \cong. \end{eqnarray*}\] La première identification est très générale (elle vaut pour toute théorie cohomologique sur un site) et n’a rien à voir avec la topologie étale. La seconde identification est une conséquence de la théorie de la descente. Le dernier ensemble décrit une collection d’objets géométriques que nous pouvons manipuler concrètement.
La courbe \(\mathbf{A}^1_\mathbf{C}\) n’a aucun revêtement étale fini non trivial; par conséquent, \(H_\etale^1 (\mathbf{A}^1_\mathbf{C}, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) = 0\). On peut le voir soit topologiquement, soit au moyen de l’argument du paragraphe suivant.
Décrivons les revêtements étales finis \(\varphi : Y \to \mathbf{A}^1_\mathbf{C} \setminus \{0\}\). Il suffit de considérer le cas où \(Y\) est connexe, ce que nous supposons. Nous allons déterminer les possibilités pour \(Y\) en appliquant la formule de Riemann–Hurwitz (c’est bien sûr un peu superflu, et le lecteur peut passer la section suivante s’il le souhaite). Supposons que ce morphisme soit de degré \(n\) et considérons une compactification projective \[\xymatrix{ {Y\ } \ar@{^{(}->}[r] \ar[d]^\varphi & {\bar Y} \ar[d]^{\bar\varphi} \\ {\mathbf{A}^1_\mathbf{C} \setminus \{0\}} \ar@{^{(}->}[r] & {\mathbf{P}^1_\mathbf{C}} }\] Bien que \(\varphi\) soit étale et non ramifié, \(\bar{\varphi}\) peut être ramifié en 0 et en \(\infty\). Supposons que les antécédents de 0 soient les points \(y_1, \ldots, y_r\), d’indices de ramification \(e_1, \ldots e_r\), et que les antécédents de \(\infty\) soient les points \(y_1', \ldots, y_s'\), d’indices de ramification \(d_1, \ldots d_s\). En particulier, \(\sum e_i = n = \sum d_j\). La formule de Riemann–Hurwitz donne \[2 g_Y - 2 = -2n + \sum (e_i - 1) + \sum (d_j - 1)\] et donc \(g_Y = 0\), \(r = s = 1\) et \(e_1 = d_1 = n\). Ainsi \(Y \cong {\mathbf{A}^1_\mathbf{C} \setminus \{0\}}\), et l’on voit facilement que \(\varphi(z) = \lambda z^n\) pour un certain \(\lambda \in \mathbf{C}^*\). Après avoir reparamétré \(Y\), nous pouvons supposer \(\lambda = 1\). Notre revêtement s’obtient donc en extrayant une racine \(n\)-ième de la coordonnée sur \(\mathbf{A}^1_{\mathbf{C}} \setminus \{0\}\).
Rappelons qu’il nous faut classifier les revêtements de \({\mathbf{A}^1_\mathbf{C} \setminus \{0\}}\) munis d’une action libre de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\). Dans notre cas, toute action de ce type correspond à un automorphisme de \(Y\) envoyant \(z\) sur \(\zeta_n z\), où \(\zeta_n\) est une racine primitive \(n\)-ième de l’unité. Il existe \(\phi(n)\) telles actions (ici, \(\phi(n)\) désigne l’indicatrice d’Euler). Il existe donc exactement \(\phi(n)\) revêtements étales finis connexes munis d’une action libre donnée de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\), chacun correspondant à une racine primitive \(n\)-ième de l’unité. Nous laissons au lecteur le soin de vérifier que les revêtements étales finis non connexes de degré \(n\) de \(\mathbf{A}^1_{\mathbf{C}} \setminus \{0\}\), munis d’une action libre donnée de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\), correspondent bijectivement aux racines \(n\)-ièmes non primitives de \(1\). Autrement dit, ce calcul montre que \[H_\etale^1 (\mathbf{A}^1_\mathbf{C} \setminus \{0\}, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) = \Hom(\mu_n(\mathbf{C}), \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) \cong \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}.\] La première identification est canonique, la seconde ne l’est pas; voir la remarque 0A44. Puisque la preuve de la formule de Riemann–Hurwitz ne fait pas appel au calcul de la cohomologie, ce qui précède constitue effectivement une preuve (à condition de compléter les détails concernant l’annulation, etc.).
Coefficients non de torsion
Pour étudier les coefficients non de torsion, on pose la définition suivante: \[H_\etale^i (X, \mathbf{Q}_\ell) := \left( \lim_n H_\etale^i(X, \mathbf{Z}/\ell^n\mathbf{Z}) \right) \otimes_{\mathbf{Z}_\ell} \mathbf{Q}_\ell.\] Le symbole \(\lim_n\) désigne la limite du système de groupes de cohomologie \(H_\etale^i(X, \mathbf{Z}/\ell^n\mathbf{Z})\) indexé par \(n\); voir Catégories, section 002Z. Nous devrons donc étudier des systèmes de faisceaux satisfaisant certaines conditions de compatibilité.
Théorie des faisceaux
Nous abordons maintenant véritablement les sites et les faisceaux. Une quantité impressionnante de résultats abstraits utiles pourrait trouver place dans les quelques sections qui suivent. Une partie de ces résultats est développée dans des chapitres antérieurs, tels que ceux sur les sites, les modules sur les sites et la cohomologie sur les sites. Nous nous efforçons de ne pas ajouter trop de matière ici, mais seulement ce qu’il faut pour que la suite de ce chapitre soit compréhensible.
Préfaisceaux
Une référence pour cette section est Sites, section 00V1.
Définition
Soit \(\mathcal{C}\) une catégorie. Un préfaisceau d’ensembles (respectivement, un préfaisceau abélien) sur \(\mathcal{C}\) est un foncteur \(\mathcal{C}^{opp} \to \textit{Ensembles}\) (resp. \(\textit{Ab}\)).
Terminologie. Si \(U \in \Ob(\mathcal{C})\), les éléments de \(\mathcal{F}(U)\) sont appelés les sections de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(U\). Pour \(\varphi : V \to U\) dans \(\mathcal{C}\), l’application \(\mathcal{F}(\varphi) : \mathcal{F}(U) \to \mathcal{F}(V)\) est appelée l’application de restriction et est souvent notée \(s \mapsto s|_V\) ou parfois \(s \mapsto \varphi^*s\). La notation \(s|_V\) est ambiguë car l’application de restriction dépend de \(\varphi\), mais il s’agit d’un abus de notation usuel. Nous employons aussi la notation \(\Gamma(U, \mathcal{F}) = \mathcal{F}(U)\).
Dire que \(\mathcal{F}\) est un foncteur signifie que, si \(W \to V \to U\) sont des morphismes de \(\mathcal{C}\) et si \(s \in \Gamma(U, \mathcal{F})\), alors \((s|_V)|_W = s |_W\), avec l’abus de notation que nous venons de voir. De plus, les applications de restriction correspondant aux morphismes identité \(\text{id}_U : U \to U\) sont l’identité.
La catégorie des préfaisceaux d’ensembles (respectivement, des préfaisceaux abéliens) sur \(\mathcal{C}\) est notée \(\textit{PSh} (\mathcal{C})\) (resp. \(\textit{PAb} (\mathcal{C})\)). C’est la catégorie des foncteurs de \(\mathcal{C}^{opp}\) vers \(\textit{Ensembles}\) (resp. \(\textit{Ab}\)), c’est-à-dire que les morphismes de préfaisceaux sont les transformations naturelles de foncteurs. Nous ne considérons les catégories \(\textit{PSh}(\mathcal{C})\) et \(\textit{PAb}(\mathcal{C})\) que lorsque la catégorie \(\mathcal{C}\) est petite. (Notre convention est qu’une catégorie est petite sauf mention contraire et, si elle ne l’est pas, elle doit être répertoriée dans Catégories, remarque 0015.)
Exemple
Étant donné un objet \(X \in \Ob(\mathcal{C})\), considérons la règle \[\begin{matrix} U & \longmapsto & h_X(U) = \Mor_\mathcal{C}(U, X) \\ V \xrightarrow{\varphi} U & \longmapsto & (\psi \mapsto \psi \circ \varphi) : h_X(U) \to h_X(V). \end{matrix}\] Elle définit un foncteur \(h_X : \mathcal{C}^{opp} \to \textit{Ensembles}\) et donc un préfaisceau. On l’appelle le préfaisceau représentable associé à \(X\). Il n’est pas vrai que les préfaisceaux représentables soient des faisceaux pour toute topologie sur tout site.
Lemme
Soit \(\mathcal{C}\) une catégorie, et soient \(X, Y \in \Ob(\mathcal{C})\). Il existe une bijection naturelle \[\begin{matrix} \Mor_\mathcal{C}(X, Y) & \longrightarrow & \Mor_{\textit{PSh}(\mathcal{C})} (h_X, h_Y) \\ \psi & \longmapsto & h_\psi = \psi \circ - : h_X \to h_Y. \end{matrix}\]
Démonstration
Voir Catégories, lemme 001P.
Sites
Définition
Soit \(\mathcal{C}\) une catégorie. Une famille de morphismes à cible fixée \(\mathcal{U} = \{\varphi_i : U_i \to U\}_{i\in I}\) est la donnée de
un objet \(U \in \mathcal{C}\),
un ensemble \(I\) (éventuellement vide), et
pour tout \(i\in I\), un morphisme \(\varphi_i : U_i \to U\) de \(\mathcal{C}\) de cible \(U\).
Il existe une notion de morphisme de familles de morphismes à cible fixée. Un cas particulier est la notion de raffinement. On pourra consulter à ce sujet Sites, section 00VS.
Définition
Un site1 est la donnée d’une catégorie \(\mathcal{C}\) et d’un ensemble \(\text{Cov}(\mathcal{C})\) formé de familles de morphismes à cible fixée appelées recouvrements, qui satisfont aux axiomes suivants :
(isomorphisme) si \(\varphi : V \to U\) est un isomorphisme dans \(\mathcal{C}\), alors \(\{\varphi : V \to U\}\) est un recouvrement,
(localité) si \(\{\varphi_i : U_i \to U\}_{i\in I}\) est un recouvrement et si pour tout \(i \in I\) on se donne un recouvrement \(\{\psi_{ij} : U_{ij} \to U_i \}_{j\in I_i}\), alors \[\{ \varphi_i \circ \psi_{ij} : U_{ij} \to U \}_{(i, j)\in \prod_{i\in I} \{i\} \times I_i}\] est aussi un recouvrement, et
(changement de base) si \(\{U_i \to U\}_{i\in I}\) est un recouvrement et si \(V \to U\) est un morphisme dans \(\mathcal{C}\), alors
pour tout \(i \in I\), le produit fibré \(U_i \times_U V\) existe dans \(\mathcal{C}\), et
\(\{U_i \times_U V \to V\}_{i\in I}\) est un recouvrement.
Pour nous, la catégorie sous-jacente à un site est toujours “petite”, c.-à-d. que sa collection d’objets forme un ensemble et que la collection des recouvrements d’un site est aussi un ensemble (comme dans la définition ci-dessus). Dans ce chapitre, nous omettrons le plus souvent les arguments qui ramènent à un ensemble la collection des objets et des recouvrements. Pour une discussion plus approfondie, voir Sites, remarque 00VI.
Exemple
Si \(X\) est un espace topologique, il possède un site associé \(X_{Zar}\) défini comme suit : les objets de \(X_{Zar}\) sont les ouverts de \(X\), les morphismes entre eux sont les applications d’inclusion, et les recouvrements sont les recouvrements topologiques usuels (surjectifs). Observons que si \(U, V \subset W \subset X\) sont des ouverts, alors \(U \times_W V = U \cap V\) existe : cette catégorie admet les produits fibrés. Toutes les vérifications sont immédiates et tout fonctionne comme prévu.
Faisceaux
Définition
Un préfaisceau \(\mathcal{F}\) d’ensembles (resp. un préfaisceau abélien) sur un site \(\mathcal{C}\) est dit séparé si, pour tout recouvrement \(\{\varphi_i : U_i \to U\}_{i\in I} \in \text{Cov} (\mathcal{C})\), l’application \[\mathcal{F}(U) \longrightarrow \prod\nolimits_{i\in I} \mathcal{F}(U_i)\] est injective. Ici, l’application est \(s \mapsto (s|_{U_i})_{i\in I}\). Le préfaisceau \(\mathcal{F}\) est un faisceau si, pour tout recouvrement \(\{\varphi_i : U_i \to U\}_{i\in I} \in \text{Cov} (\mathcal{C})\), le diagramme [03NL]\[\begin{equation} \xymatrix{ \mathcal{F}(U) \ar[r] & \prod_{i\in I} \mathcal{F}(U_i) \ar@<1ex>[r] \ar@<-1ex>[r] & \prod_{i, j \in I} \mathcal{F}(U_i \times_U U_j), } \end{equation}\] où la première application est \(s \mapsto (s|_{U_i})_{i\in I}\) et les deux applications de droite sont \((s_i)_{i\in I} \mapsto (s_i |_{U_i \times_U U_j})\) et \((s_i)_{i\in I} \mapsto (s_j |_{U_i \times_U U_j})\), est un diagramme égalisateur dans la catégorie des ensembles (resp. des groupes abéliens).
Remarque
Pour le recouvrement vide (où \(I = \emptyset\)), ceci implique que \(\mathcal{F}(\emptyset)\) est un produit vide, qui est un objet final de la catégorie correspondante (un singleton, tant pour \(\textit{Ensembles}\) que pour \(\textit{Ab}\)).
Exemple
En explicitant cette définition pour le site \(X_{Zar}\) associé à un espace topologique, voir l’exemple 03NI, on retrouve la notion usuelle de faisceau.
Définition
Nous notons \(\Sh(\mathcal{C})\) (resp. \(\textit{Ab}(\mathcal{C})\)) la sous-catégorie pleine de \(\textit{PSh}(\mathcal{C})\) (resp. \(\textit{PAb}(\mathcal{C})\)) dont les objets sont les faisceaux. C’est la catégorie des faisceaux d’ensembles (resp. celle des faisceaux abéliens) sur \(\mathcal{C}\).
L’exemple des G-ensembles
Soit \(G\) un groupe et définissons un site \(\mathcal{T}_G\) comme suit : la catégorie sous-jacente est la catégorie des \(G\)-ensembles, c’est-à-dire que ses objets sont des ensembles munis d’une action à gauche de \(G\) et que les morphismes sont les applications équivariantes ; les recouvrements de \(\mathcal{T}_G\) sont les familles \(\{\varphi_i : U_i \to U\}_{i\in I}\) satisfaisant \(U = \bigcup_{i\in I} \varphi_i(U_i)\).
Il existe un objet particulier du site \(\mathcal{T}_G\), à savoir le \(G\)-ensemble \(G\) muni de son action naturelle par translations à gauche. Nous le notons \({}_G G\). Observons qu’il existe un isomorphisme naturel de groupes \[\begin{matrix} \rho : & G^{opp} & \longrightarrow & \text{Aut}_{G\textit{-Ensembles}}({}_G G) \\ & g & \longmapsto & (h \mapsto hg). \end{matrix}\] En particulier, pour tout préfaisceau \(\mathcal{F}\), l’ensemble \(\mathcal{F}({}_G G)\) hérite d’une action de \(G\) au moyen de \(\rho\). (Notons que, par contravariance de \(\mathcal{F}\), l’ensemble \(\mathcal{F}({}_G G)\) est encore un \(G\)-ensemble à gauche.) En fait, le foncteur \[\begin{matrix} \Sh(\mathcal{T}_G) & \longrightarrow & G\textit{-Ensembles} \\ \mathcal{F} & \longmapsto & \mathcal{F}({}_G G) \end{matrix}\] est une équivalence de catégories. Son quasi-inverse est le foncteur \(X \mapsto h_X\). Sans donner la démonstration complète (que l’on trouvera dans Sites, section 00VZ), essayons d’expliquer pourquoi il en est ainsi.
Si \(S\) est un \(G\)-ensemble, nous pouvons le décomposer en orbites \(S = \coprod_{i\in I} O_i\). L’axiome des faisceaux appliqué au recouvrement \(\{O_i \to S\}_{i\in I}\) affirme que \[\xymatrix{ \mathcal{F}(S) \ar[r] & \prod_{i\in I} \mathcal{F}(O_i) \ar@<1ex>[r] \ar@<-1ex>[r] & \prod_{i, j \in I} \mathcal{F}(O_i \times_S O_j) }\] est un diagramme égalisateur. Comme les produits fibrés dans \(G\textit{-Ensembles}\) sont induits par les produits fibrés dans \(\textit{Ensembles}\), et comme \(\mathcal{F}(\emptyset)\) est un \(G\)-ensemble réduit à un point, nous obtenons \[\prod_{i, j \in I} \mathcal{F}(O_i \times_S O_j) = \prod_{i \in I} \mathcal{F}(O_i)\] et les deux applications ci-dessus sont en fait identiques. Ainsi, l’axiome des faisceaux affirme simplement que \(\mathcal{F}(S) = \prod_{i\in I} \mathcal{F}(O_i)\).
Si \(S\) est le \(G\)-ensemble \(S= G/H\) et si \(\mathcal{F}\) est un faisceau sur \(\mathcal{T}_G\), nous affirmons que \[\mathcal{F}(G/H) = \mathcal{F}({}_G G)^H\] et en particulier que \(\mathcal{F}(\{*\}) = \mathcal{F}({}_G G)^G\). Pour le voir, appliquons l’axiome des faisceaux au recouvrement \(\{ {}_G G \to G/H \}\) de \(S\). Nous avons \[\begin{eqnarray*} {}_G G \times_{G/H} {}_G G & \cong & G \times H \\ (g_1, g_2) & \longmapsto & (g_1, g_1^{-1} g_2) \end{eqnarray*}\] Le membre de gauche est une réunion disjointe de copies de \({}_G G\) (comme \(G\)-ensemble). L’axiome des faisceaux s’écrit donc \[\xymatrix{ \mathcal{F} (G/H) \ar[r] & \mathcal{F}({}_G G) \ar@<1ex>[r] \ar@<-1ex>[r] & \prod_{h\in H} \mathcal{F}({}_G G) }\] où les deux applications de droite sont \(s \mapsto (s)_{h \in H}\) et \(s \mapsto (hs)_{h \in H}\). Par conséquent, \(\mathcal{F}(G/H) = \mathcal{F}({}_G G)^H\), comme annoncé.
Ceci ne démontre pas tout à fait l’équivalence de catégories annoncée, mais montre au moins qu’un faisceau \(\mathcal{F}\) est entièrement déterminé par ses sections au-dessus de \({}_G G\). On trouvera les détails (ainsi que des remarques ensemblistes) dans Sites, section 00VZ.
Passage au faisceau associé
Définition
Soit \(\mathcal{F}\) un préfaisceau sur le site \(\mathcal{C}\) et soit \(\mathcal{U} = \{U_i \to U\} \in \text{Cov} (\mathcal{C})\). Nous définissons le groupe de cohomologie de Čech de degré zéro de \(\mathcal{F}\) relativement à \(\mathcal{U}\) par \[\check H^0 (\mathcal{U}, \mathcal{F}) = \left\{ (s_i)_{i\in I} \in \prod\nolimits_{i\in I }\mathcal{F}(U_i) \text{ tels que } s_i|_{U_i \times_U U_j} = s_j |_{U_i \times_U U_j} \right\}.\]
Il existe une application canonique \(\mathcal{F}(U) \to \check H^0 (\mathcal{U}, \mathcal{F})\), \(s \mapsto (s |_{U_i})_{i\in I}\). Nous appelons morphisme de recouvrements d’un recouvrement \(\mathcal{V} = \{V_j \to V\}_{j \in J}\) vers \(\mathcal{U}\) un triplet \((\chi, \alpha, \chi_j)\), où \(\chi : V \to U\) est un morphisme, \(\alpha : J \to I\) est une application d’ensembles, et, pour tout \(j \in J\), le morphisme \(\chi_j\) s’insère dans un diagramme commutatif \[\xymatrix{ V_j \ar[rr]_{\chi_j} \ar[d] & & U_{\alpha(j)} \ar[d] \\ V \ar[rr]^\chi & & U. }\] À partir des données \(\chi, \alpha, \{\chi_j\}_{j \in J}\), nous définissons \[\begin{eqnarray*} \check H^0(\mathcal{U}, \mathcal{F}) & \longrightarrow & \check H^0(\mathcal{V}, \mathcal{F}) \\ (s_i)_{i\in I} & \longmapsto & \left(\chi_j^*\left(s_{\alpha(j)}\right)\right)_{j\in J}. \end{eqnarray*}\] Nous affirmons alors que
l’application est bien définie, et
elle ne dépend que de \(\chi\) et est indépendante du choix de \(\alpha, \{\chi_j\}_{j \in J}\).
Nous omettons la démonstration du premier point. Pour voir (2), considérons un autre triplet \((\psi, \beta, \psi_j)\) tel que \(\chi = \psi\). On a alors le diagramme commutatif \[\xymatrix{ V_j \ar[rrr]_{(\chi_j, \psi_j)} \ar[dd] & & & U_{\alpha(j)} \times_U U_{\beta(j)} \ar[dl] \ar[dr] \\ & & U_{\alpha(j)} \ar[dr] & & U_{\beta(j)} \ar[dl] \\ V \ar[rrr]^{\chi = \psi} & & & U. }\] Étant donnée une section \(s \in \mathcal{F}(\mathcal{U})\), son image dans \(\mathcal{F}(V_j)\) par l’application définie par \((\chi, \alpha, \{\chi_j\}_{j \in J})\) est \(\chi_j^*s_{\alpha(j)}\), et son image par l’application définie par \((\psi, \beta, \{\psi_j\}_{j \in J})\) est \(\psi_j^*s_{\beta(j)}\). Ces deux éléments sont égaux car, par hypothèse, \(s \in \check H^0(\mathcal{U}, \mathcal{F})\) ; ils sont donc tous deux égaux au tiré en arrière de la valeur commune \[s_{\alpha(j)}|_{U_{\alpha(j)} \times_U U_{\beta(j)}} = s_{\beta(j)}|_{U_{\alpha(j)} \times_U U_{\beta(j)}}\] par l’application \((\chi_j, \psi_j)\) du diagramme.
Théorème
Soient \(\mathcal{C}\) un site et \(\mathcal{F}\) un préfaisceau sur \(\mathcal{C}\).
La règle \[U \mapsto \mathcal{F}^+(U) := \colim_{\mathcal{U} \text{ recouvrement de }U} \check H^0(\mathcal{U}, \mathcal{F})\] est un préfaisceau. De plus, la limite inductive est filtrante.
Il existe un morphisme canonique de préfaisceaux \(\mathcal{F} \to \mathcal{F}^+\).
Si \(\mathcal{F}\) est un préfaisceau séparé, alors \(\mathcal{F}^+\) est un faisceau et le morphisme de (2) est injectif.
\(\mathcal{F}^+\) est un préfaisceau séparé.
\(\mathcal{F}^\# = (\mathcal{F}^+)^+\) est un faisceau, et le morphisme canonique induit un isomorphisme fonctoriel \[\Hom_{\textit{PSh}(\mathcal{C})}(\mathcal{F}, \mathcal{G}) = \Hom_{\Sh(\mathcal{C})}(\mathcal{F}^\#, \mathcal{G})\] pour tout \(\mathcal{G} \in \Sh(\mathcal{C})\).
Démonstration
Voir Sites, théorème 00WB.
Autrement dit, le passage au faisceau associé, donné par le morphisme naturel \(\mathcal{F} \to \mathcal{F}^\#\), est adjoint à gauche au foncteur d’oubli \(\Sh(\mathcal{C}) \to \textit{PSh}(\mathcal{C})\).
Cohomologie
Le résultat fondamental suivant permet de définir la cohomologie des faisceaux abéliens sur les sites.
Théorème
La catégorie des faisceaux abéliens sur un site est une catégorie abélienne qui possède assez d’injectifs.
Démonstration
Voir Modules sur les sites, lemme 03CN et Injectifs, théorème 01DP.
On peut donc définir la cohomologie au moyen des foncteurs dérivés à droite du foncteur des sections : si \(U \in \Ob(\mathcal{C})\) et \(\mathcal{F} \in \textit{Ab}(\mathcal{C})\), \[H^p(U, \mathcal{F}) := R^p\Gamma(U, \mathcal{F}) = H^p(\Gamma(U, \mathcal{I}^\bullet))\] où \(\mathcal{F} \to \mathcal{I}^\bullet\) est une résolution injective. Pour ce faire, il faut vérifier que le foncteur \(\Gamma(U, -)\) est exact à gauche. C’est le cas, et c’est en partie pourquoi la catégorie \(\textit{Ab}(\mathcal{C})\) est abélienne ; voir Modules sur les sites, lemme 03CN. Pour une étude plus générale de la cohomologie sur les sites (y compris le foncteur des sections globales et ses foncteurs dérivés à droite), voir Cohomologie sur les sites, section 01FT.
La topologie fpqc
Avant d’aborder la cohomologie étale, nous étudions quelque peu la topologie fpqc, car elle se comporte bien avec les faisceaux quasi-cohérents.
Définition
Soit \(T\) un schéma. Un recouvrement fpqc de \(T\) est une famille \(\{ \varphi_i : T_i \to T\}_{i \in I}\) telle que
chaque \(\varphi_i\) est un morphisme plat et \(\bigcup_{i\in I} \varphi_i(T_i) = T\), et
pour tout ouvert affine \(U \subset T\), il existe un ensemble fini \(K\), une application \(\mathbf{i} : K \to I\) et des ouverts affines \(U_{\mathbf{i}(k)} \subset T_{\mathbf{i}(k)}\) tels que \(U = \bigcup_{k \in K} \varphi_{\mathbf{i}(k)}(U_{\mathbf{i}(k)})\).
Remarque
La première condition correspond à fp, sigle français de fidèlement plat, qui signifie “faithfully flat” en anglais, et la seconde à qc, quasi-compact. La seconde partie de la première condition est superflue lorsque la seconde est satisfaite.
Exemple
Voici des exemples de recouvrements fpqc.
Tout recouvrement ouvert de Zariski de \(T\) est un recouvrement fpqc.
La famille \(\{\Spec(B) \to \Spec(A)\}\) est un recouvrement fpqc si et seulement si \(A \to B\) est un morphisme d’anneaux fidèlement plat.
Si \(f: X \to Y\) est plat, surjectif et quasi-compact, alors \(\{ f: X\to Y\}\) est un recouvrement fpqc.
Le morphisme \(\varphi : \coprod_{x \in \mathbf{A}^1_k} \Spec(\mathcal{O}_{\mathbf{A}^1_k, x}) \to \mathbf{A}^1_k\), où \(k\) est un corps, est plat et surjectif. Il n’est pas quasi-compact, et en fait la famille \(\{\varphi\}\) n’est pas un recouvrement fpqc.
Écrivons \(\mathbf{A}^2_k = \Spec(k[x, y])\). Notons \(i_x : D(x) \to \mathbf{A}^2_k\) et \(i_y : D(y) \to \mathbf{A}^2_k\) les immersions ouvertes standard. Alors les familles \(\{i_x, i_y, \Spec(k[[x, y]]) \to \mathbf{A}^2_k\}\) et \(\{i_x, i_y, \Spec(\mathcal{O}_{\mathbf{A}^2_k, 0}) \to \mathbf{A}^2_k\}\) sont des recouvrements fpqc.
Lemme
La collection des recouvrements fpqc de la catégorie des schémas satisfait les axiomes d’un site.
Démonstration
Voir Topologies, lemme 022D.
Il semble que ce lemme permette de définir le site fpqc de la catégorie des schémas. Cependant, un problème ensembliste surgit lorsqu’on considère la topologie fpqc ; voir Topologies, section 022A. Il provient de ce que nous exigeons que les sites soient “petits”, alors qu’aucune petite catégorie de schémas ne peut contenir un système cofinal de recouvrements fpqc d’un schéma non vide donné. Bien que cela ne nous empêche pas, à proprement parler, de définir des sites fpqc “partiels”, il ne semble pas prudent de le faire. La solution consiste à autoriser la notion de faisceau pour la topologie fpqc (voir ci-dessous), mais à interdire de considérer la catégorie de tous les faisceaux fpqc.
Définition
Soit \(S\) un schéma. La catégorie des schémas sur \(S\) est notée \(\Sch/S\). Considérons un foncteur \(\mathcal{F} : (\Sch/S)^{opp} \to \textit{Ensembles}\), autrement dit un préfaisceau d’ensembles. Nous dirons que \(\mathcal{F}\) vérifie la propriété de faisceau pour la topologie fpqc si, pour tout recouvrement fpqc \(\{U_i \to U\}_{i \in I}\) de schémas sur \(S\), le diagramme (03NL) est un diagramme égalisateur.
Nous dirons de même que \(\mathcal{F}\) vérifie la propriété de faisceau pour la topologie de Zariski si, pour tout recouvrement ouvert \(U = \bigcup_{i \in I} U_i\), le diagramme (03NL) est un diagramme égalisateur. Voir Schémas, définition 01JI. Il est clair que cela revient à dire que, pour tout schéma \(T\) sur \(S\), la restriction de \(\mathcal{F}\) aux ouverts de \(T\) est un faisceau (au sens usuel).
Lemme
Soit \(\mathcal{F}\) un préfaisceau sur \(\Sch/S\). Alors \(\mathcal{F}\) vérifie la propriété de faisceau pour la topologie fpqc si et seulement si
\(\mathcal{F}\) vérifie la propriété de faisceau relativement à la topologie de Zariski, et
pour tout morphisme fidèlement plat \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) de schémas affines sur \(S\), l’axiome de faisceau est vérifié pour le recouvrement \(\{\Spec(B) \to \Spec(A)\}\). Plus précisément, cela signifie que \[\xymatrix{ \mathcal{F}(\Spec(A)) \ar[r] & \mathcal{F}(\Spec(B)) \ar@<1ex>[r] \ar@<-1ex>[r] & \mathcal{F}(\Spec(B \otimes_A B)) }\] est un diagramme égalisateur.
Démonstration
Voir Topologies, lemme 022H.
Une autre manière de considérer un préfaisceau \(\mathcal{F}\) sur \(\Sch/S\) satisfaisant la condition de faisceau pour la topologie fpqc consiste à se donner les données suivantes :
pour tout \(T/S\), un faisceau usuel (c’est-à-dire pour la topologie de Zariski) \(\mathcal{F}_T\) sur \(T_{Zar}\),
pour tout morphisme \(f : T' \to T\) sur \(S\), un morphisme de restriction \(f^{-1}\mathcal{F}_T \to \mathcal{F}_{T'}\)
satisfaisant
les morphismes de restriction sont fonctoriels,
si \(f : T' \to T\) est une immersion ouverte, alors le morphisme de restriction \(f^{-1}\mathcal{F}_T \to \mathcal{F}_{T'}\) est un isomorphisme, et
pour tout morphisme fidèlement plat \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) sur \(S\), le diagramme \[\xymatrix{ \mathcal{F}_{\Spec(A)}(\Spec(A)) \ar[r] & \mathcal{F}_{\Spec(B)}(\Spec(B)) \ar@<1ex>[r] \ar@<-1ex>[r] & \mathcal{F}_{\Spec(B \otimes_A B)}(\Spec(B \otimes_A B)) }\] est un diagramme égalisateur.
Les données (1) et (2), avec les conditions (a), (b), définissent un préfaisceau sur \(\Sch/S\) satisfaisant la condition de faisceau pour la topologie de Zariski. D’après le lemme 03O1, la condition (c) suffit alors pour obtenir la condition de faisceau pour la topologie fpqc.
Exemple
Considérons le préfaisceau \[\begin{matrix} \mathcal{F} : & (\Sch/S)^{opp} & \longrightarrow & \textit{Ab} \\ & T/S & \longmapsto & \Gamma(T, \Omega_{T/S}). \end{matrix}\] La compatibilité des différentielles avec la localisation entraîne que \(\mathcal{F}\) est un faisceau sur le site de Zariski. Il ne vérifie toutefois pas la condition de faisceau pour la topologie fpqc. Considérons en effet le cas \(S = \Spec(\mathbf{F}_p)\) et le morphisme \[\varphi : V = \Spec(\mathbf{F}_p[v]) \to U = \Spec(\mathbf{F}_p[u])\] défini par l’envoi de \(u\) sur \(v^p\). La famille \(\{\varphi\}\) est un recouvrement fpqc, mais le morphisme de restriction \(\mathcal{F}(U) \to \mathcal{F}(V)\) envoie le générateur \(\text{d}u\) sur \(\text{d}(v^p) = 0\), donc c’est le morphisme nul, et le diagramme \[\xymatrix{ \mathcal{F}(U) \ar[r]^{0} & \mathcal{F}(V) \ar@<1ex>[r] \ar@<-1ex>[r] & \mathcal{F}(V \times_U V) }\] n’est pas un diagramme égalisateur. Nous verrons plus loin que \(\mathcal{F}\) donne en fait lieu à un faisceau sur les sites étale et lisse.
Lemme
Tout préfaisceau représentable sur \(\Sch/S\) satisfait à la condition de faisceau pour la topologie fpqc.
Démonstration
Voir Descente, lemme 023Q.
Nous y reviendrons plus loin, car la démonstration de ce fait utilise la descente des faisceaux quasi-cohérents, que nous étudierons dans la section suivante. Une manière élégante d’exprimer le lemme consiste à dire que la topologie fpqc est moins fine que la topologie canonique, ou que la topologie fpqc est sous-canonique. Dans le cadre des sites, ceci est étudié dans Sites, section 00WO.
Remarque
La topologie fpqc est plus fine que les topologies de Zariski, étale, lisse, syntomique et fppf. Par conséquent, tout préfaisceau satisfaisant à la condition de faisceau pour la topologie fpqc est un faisceau sur les sites de Zariski, étale, lisse, syntomique et fppf. En particulier, les préfaisceaux représentables sont des faisceaux sur le site étale d’un schéma, par exemple.
Exemple
Soit \(S\) un schéma. Considérons le schéma en groupes additif \(\mathbf{G}_{a, S} = \mathbf{A}^1_S\) sur \(S\), voir Groupoïdes, exemple 022V. Le préfaisceau représentable associé est donné par \[h_{\mathbf{G}_{a, S}}(T) = \Mor_S(T, \mathbf{G}_{a, S}) = \Gamma(T, \mathcal{O}_T).\] D’après ce qui précède, nous savons qu’il s’agit d’un préfaisceau d’ensembles satisfaisant à la condition de faisceau pour la topologie fpqc. Il s’agit manifestement aussi d’un préfaisceau d’anneaux. Nous pouvons donc le considérer comme le foncteur \[\begin{matrix} \mathcal{O} : & (\Sch/S)^{opp} & \longrightarrow & \textit{Rings} \\ & T/S & \longmapsto & \Gamma(T, \mathcal{O}_T) \end{matrix}\] qui satisfait à la condition de faisceau pour la topologie fpqc. On dispose de même d’une notion de \(\mathcal{O}\)-module, et ainsi de suite.
Descente fidèlement plate
Dans cette section, nous étudions la descente fidèlement plate des modules quasi-cohérents. Plus précisément, nous démontrerons que les modules quasi-cohérents satisfont à la descente effective relativement aux recouvrements fpqc.
Définition
Soit \(\mathcal{U} = \{ t_i : T_i \to T\}_{i \in I}\) une famille de morphismes de schémas à cible fixée. Une donnée de descente pour les faisceaux quasi-cohérents relativement à \(\mathcal{U}\) est une famille \(((\mathcal{F}_i)_{i \in I}, (\varphi_{ij})_{i, j \in I})\) telle que
\(\mathcal{F}_i\) est un faisceau quasi-cohérent sur \(T_i\), et
\(\varphi_{ij} : \text{pr}_0^* \mathcal{F}_i \to \text{pr}_1^* \mathcal{F}_j\) est un isomorphisme de modules sur \(T_i \times_T T_j\),
et que la condition de cocycle soit satisfaite : les diagrammes \[\xymatrix{ \text{pr}_0^*\mathcal{F}_i \ar[dr]_{\text{pr}_{02}^*\varphi_{ik}} \ar[rr]^{\text{pr}_{01}^*\varphi_{ij}} & & \text{pr}_1^*\mathcal{F}_j \ar[dl]^{\text{pr}_{12}^*\varphi_{jk}} \\ & \text{pr}_2^*\mathcal{F}_k }\] commutent sur \(T_i \times_T T_j \times_T T_k\). Cette donnée de descente est dite effective s’il existe un faisceau quasi-cohérent \(\mathcal{F}\) sur \(T\) et des isomorphismes de \(\mathcal{O}_{T_i}\)-modules \(\varphi_i : t_i^* \mathcal{F} \cong \mathcal{F}_i\) compatibles avec les applications \(\varphi_{ij}\), à savoir \[\varphi_{ij} = \text{pr}_1^* (\varphi_j) \circ \text{pr}_0^* (\varphi_i)^{-1}.\]
Dans cette section et la suivante, nous étudions quelques ingrédients de la démonstration du théorème ci-dessous, ainsi que des résultats connexes.
Théorème
Si \(\mathcal{V} = \{T_i \to T\}_{i\in I}\) est un recouvrement fpqc, alors toutes les données de descente pour les faisceaux quasi-cohérents relativement à \(\mathcal{V}\) sont effectives.
Démonstration
Voir Descente, proposition 023T.
Autrement dit, la catégorie fibrée des faisceaux quasi-cohérents est un champ sur le site fpqc. La démonstration du théorème comporte deux étapes. La première consiste à observer que, pour les recouvrements de Zariski, le résultat est facile (ou bien connu), par le recollement usuel des faisceaux (voir Faisceaux, section 00AK) et le caractère local de la quasi-cohérence. La seconde étape traite le cas d’un recouvrement fpqc de la forme \(\{\Spec(B) \to \Spec(A)\}\), où \(A \to B\) est un homomorphisme d’anneaux fidèlement plat. Il s’agit d’un lemme d’algèbre, que nous énonçons maintenant.
Descente des modules. Si \(A \to B\) est un homomorphisme d’anneaux, considérons le complexe \[(B/A)_\bullet : B \to B \otimes_A B \to B \otimes_A B \otimes_A B \to \ldots\] où \(B\) est en degré 0, \(B \otimes_A B\) en degré 1, etc., les applications étant données par \[\begin{eqnarray*} b & \mapsto & 1 \otimes b - b \otimes 1, \\ b_0 \otimes b_1 & \mapsto & 1 \otimes b_0 \otimes b_1 - b_0 \otimes 1 \otimes b_1 + b_0 \otimes b_1 \otimes 1, \\ & \text{etc.} \end{eqnarray*}\]
Lemme
Si \(A \to B\) est fidèlement plat, alors le complexe \((B/A)_\bullet\) est exact en degrés strictement positifs, et \(H^0((B/A)_\bullet) = A\).
Démonstration
Voir Descente, lemme 023M.
Grothendieck démontre ceci en trois étapes. Premièrement, il suppose que l’application \(A \to B\) admet une section, et construit une homotopie explicite avec le complexe dont \(A\) est l’unique terme non nul, en degré 0. Deuxièmement, il observe que, pour démontrer le résultat, il suffit de le faire après un changement de base fidèlement plat \(A \to A'\), en remplaçant \(B\) par \(B' = B \otimes_A A'\). Troisièmement, il effectue le changement de base fidèlement plat \(A \to A' = B\) et remarque que l’application \(A' = B \to B' = B \otimes_A B\) possède une section naturelle.
La même stratégie démontre le lemme suivant.
Lemme
Si \(A \to B\) est fidèlement plat et si \(M\) est un \(A\)-module, alors le complexe \((B/A)_\bullet \otimes_A M\) est exact en degrés strictement positifs, et \(H^0((B/A)_\bullet \otimes_A M) = M\).
Démonstration
Voir Descente, lemme 023M.
Définition
Soient \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux et \(N\) un \(B\)-module. Une donnée de descente pour \(N\) relativement à \(A \to B\) est un isomorphisme \(\varphi : N \otimes_A B \cong B \otimes_A N\) de \(B \otimes_A B\)-modules tel que le diagramme de \(B \otimes_A B \otimes_A B\)-modules \[\xymatrix{ {N \otimes_A B \otimes_A B} \ar[dr]_{\varphi_{02}} \ar[rr]^{\varphi_{01}} & & {B \otimes_A N \otimes_A B} \ar[dl]^{\varphi_{12}} \\ & {B \otimes_A B \otimes_A N} }\] commute, où \(\varphi_{01} = \varphi \otimes \text{id}_B\), et de même pour \(\varphi_{12}\) et \(\varphi_{02}\).
Si \(N' = B \otimes_A M\) pour un certain \(A\)-module M, alors il est muni d’une donnée de descente canonique donnée par l’application \[\begin{matrix} \varphi_\text{can}: & N' \otimes_A B & \to & B \otimes_A N' \\ & b_0 \otimes m \otimes b_1 & \mapsto & b_0 \otimes b_1 \otimes m. \end{matrix}\]
Définition
Une donnée de descente \((N, \varphi)\) est dite effective s’il existe un \(A\)-module \(M\) tel que \((N, \varphi) \cong (B \otimes_A M, \varphi_\text{can})\), avec la notion évidente d’isomorphisme de données de descente.
Le théorème 03O8 est une conséquence du résultat suivant.
Théorème
Si \(A \to B\) est fidèlement plat, alors les données de descente relativement à \(A\to B\) sont effectives.
Démonstration
Voir Descente, proposition 023N. Voir aussi Descente, remarque 039Y, pour un autre point de vue sur la démonstration.
Remarques
Les résultats sur la descente des modules ont plusieurs applications :
L’exactitude du complexe de Čech en degrés strictement positifs pour le recouvrement \(\{\Spec(B) \to \Spec(A)\}\), où \(A \to B\) est fidèlement plat. Ceci donnera des résultats d’annulation en cohomologie.
Si \((N, \varphi)\) est une donnée de descente relativement à un homomorphisme fidèlement plat \(A \to B\), alors l’\(A\)-module correspondant est donné par \[M = \Ker \left( \begin{matrix} N & \longrightarrow & B \otimes_A N \\ n & \longmapsto & 1 \otimes n - \varphi(n \otimes 1) \end{matrix} \right).\] Voir Descente, proposition 023N.
Faisceaux quasi-cohérents
Nous pouvons appliquer la descente des modules à l’étude des faisceaux quasi-cohérents.
Proposition
Pour tout faisceau quasi-cohérent \(\mathcal{F}\) sur \(S\), le préfaisceau \[\begin{matrix} \mathcal{F}^a : & \Sch/S & \to & \textit{Ab}\\ & (f: T \to S) & \mapsto & \Gamma(T, f^*\mathcal{F}) \end{matrix}\] est un \(\mathcal{O}\)-module qui satisfait à la condition de faisceau pour la topologie fpqc.
Démonstration
Ceci est démontré dans Descente, lemme 03DT. Indiquons ici la démonstration. Comme établi dans le lemme 03O1, il suffit de vérifier la propriété de faisceau sur les recouvrements de Zariski et les morphismes fidèlement plats de schémas affines. La propriété de faisceau pour les recouvrements de Zariski relève de la théorie usuelle des schémas, puisque \(\Gamma(U, i^\ast \mathcal{F}) = \mathcal{F}(U)\) lorsque \(i : U \hookrightarrow S\) est une immersion ouverte.
Pour \(\left\{\Spec(B)\to \Spec(A)\right\}\), où \(A\to B\) est fidèlement plat et où \(\mathcal{F}|_{\Spec(A)} = \widetilde{M}\), cela correspond au fait que \(M = H^0\left((B/A)_\bullet \otimes_A M \right)\), c’est-à-dire que \[\begin{align*} 0 \to M \to B \otimes_A M \to B \otimes_A B \otimes_A M \end{align*}\] est exacte d’après le lemme 03OA.
Il existe une notion abstraite de faisceau quasi-cohérent sur un site annelé. Nous l’introduisons brièvement ici. Pour plus d’informations, consulter Modules sur les sites, section 03DK. Soient \(\mathcal{C}\) une catégorie et \(U\) un objet de \(\mathcal{C}\). Alors \(\mathcal{C}/U\) désigne la catégorie des objets au-dessus de \(U\), voir Catégories, exemple 001G. Si \(\mathcal{C}\) est un site, alors \(\mathcal{C}/U\) est également un site : les recouvrements de \(V/U\) sont les familles \(\{V_i/U \to V/U\}\) de morphismes de \(\mathcal{C}/U\) à cible fixée telles que \(\{V_i \to V\}\) soit un recouvrement de \(\mathcal{C}\). De plus, pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(\mathcal{C}\), la restriction \(\mathcal{F}|_{\mathcal{C}/U}\) (définie de manière évidente) est encore un faisceau. Voir Sites, section 00XZ, pour plus de détails.
Définition
Soit \(\mathcal{C}\) un site annelé, c’est-à-dire un site muni d’un faisceau d’anneaux \(\mathcal{O}\). Un faisceau de \(\mathcal{O}\)-modules \(\mathcal{F}\) sur \(\mathcal{C}\) est dit quasi-cohérent si, pour tout \(U \in \Ob(\mathcal{C})\), il existe un recouvrement \(\{U_i \to U\}_{i\in I}\) de \(\mathcal{C}\) tel que la restriction \(\mathcal{F}|_{\mathcal{C}/U_i}\) soit isomorphe au conoyau d’une application \(\mathcal{O}\)-linéaire entre \(\mathcal{O}\)-modules libres \[\bigoplus\nolimits_{k \in K} \mathcal{O}|_{\mathcal{C}/U_i} \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{l \in L} \mathcal{O}|_{\mathcal{C}/U_i}.\] La somme directe indexée par \(K\) est le faisceau associé au préfaisceau \(V \mapsto \bigoplus_{k \in K} \mathcal{O}(V)\), et de même pour l’autre.
Bien qu’il soit utile de pouvoir donner une définition générale comme ci-dessus, cette notion ne se comporte pas bien en général.
Remarque
Dans le cas où \(\mathcal{C}\) possède un objet final, par exemple \(S\), il suffit de vérifier la condition de la définition pour \(U = S\) dans l’énoncé ci-dessus. Voir Modules sur les sites, lemme 03DN.
Théorème
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\mathcal{C}\) un site. Supposons que
la catégorie sous-jacente \(\mathcal{C}\) soit une sous-catégorie pleine de \(\Sch/S\),
tout recouvrement de Zariski de \(T \in \Ob(\mathcal{C})\) puisse être raffiné par un recouvrement de \(\mathcal{C}\),
\(S/S\) soit un objet de \(\mathcal{C}\),
tout recouvrement de \(\mathcal{C}\) soit un recouvrement fpqc de schémas.
Alors le préfaisceau \(\mathcal{O}\) est un faisceau sur \(\mathcal{C}\) et tout \(\mathcal{O}\)-module quasi-cohérent sur \((\mathcal{C}, \mathcal{O})\) est de la forme \(\mathcal{F}^a\) pour un certain faisceau quasi-cohérent \(\mathcal{F}\) sur \(S\).
Démonstration
Après quelques arguments formels, c’est exactement le théorème 03O8. Nous omettons les détails. Dans Descente, Proposition 03DX, nous démontrons une version plus précise du théorème pour les grands sites de Zariski, fppf, étale, lisse et syntomique de \(S\), ainsi que pour les petits sites de Zariski et étale de \(S\).
Autrement dit, il n’y a aucune différence entre les modules quasi-cohérents sur le schéma \(S\) et les \(\mathcal{O}\)-modules quasi-cohérents sur les sites \(\mathcal{C}\) comme dans le théorème. On trouvera des énoncés plus précis pour les grands et petits sites \((\Sch/S)_{fppf}\), \(S_\etale\), etc., dans Descente, sections 03DR, 0GN8, et 0GN9. Dans ce chapitre, nous parlerons parfois d’un “site comme dans le théorème 03OJ” afin d’énoncer commodément des résultats valables dans chacune de ces situations.
Cohomologie de Čech
Notre prochain objectif est d’utiliser la théorie de la descente pour montrer que \(H^i(\mathcal{C}, \mathcal{F}^a) = H_{Zar}^i(S, \mathcal{F})\) pour tout faisceau quasi-cohérent \(\mathcal{F}\) sur \(S\), et tout site \(\mathcal{C}\) comme dans le théorème 03OJ. À cette fin, nous introduisons la cohomologie de Čech sur les sites. Voir [ArtinTopologies] et Cohomologie sur les sites, sections 03AK, 03AO et 03AV pour plus de détails.
Définition
Soit \(\mathcal{C}\) une catégorie. Soit \(\mathcal{U} = \{U_i \to U\}_{i \in I}\) une famille de morphismes de \(\mathcal{C}\) à cible fixée. Supposons que tous les produits fibrés \(U_{i_0} \times_U \ldots \times_U U_{i_p}\) existent dans \(\mathcal{C}\). Soit \(\mathcal{F} \in \textit{PAb}(\mathcal{C})\) un préfaisceau abélien. Nous définissons le complexe de Čech \(\check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{F})\) par \[\prod_{i_0 \in I} \mathcal{F}(U_{i_0}) \to \prod_{i_0, i_1 \in I} \mathcal{F}(U_{i_0} \times_U U_{i_1}) \to \prod_{i_0, i_1, i_2 \in I} \mathcal{F}(U_{i_0} \times_U U_{i_1} \times_U U_{i_2}) \to \ldots\] où le premier terme est en degré 0 et les applications sont usuelles. Les groupes de cohomologie de Čech sont définis par \[\check{H}^p(\mathcal{U}, \mathcal{F}) = H^p(\check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{F})).\]
Dans la définition ci-dessus, il est essentiel d’autoriser les indices \((i_0, \ldots, i_p)\) à se répéter.
Lemme
Notations et hypothèses comme dans la définition 03OL. Le foncteur \(\check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, -)\) est exact sur la catégorie \(\textit{PAb}(\mathcal{C})\).
Autrement dit, si \(0\to \mathcal{F}_1\to \mathcal{F}_2\to \mathcal{F}_3\to 0\) est une suite exacte courte de préfaisceaux de groupes abéliens, alors \[0 \to \check{\mathcal{C}}^\bullet\left(\mathcal{U}, \mathcal{F}_1\right) \to\check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{F}_2) \to \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{F}_3)\to 0\] est une suite exacte courte de complexes.
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la définition d’une suite exacte courte de préfaisceaux. En effet, puisque la catégorie des préfaisceaux abéliens est la catégorie des foncteurs d’une certaine catégorie à valeurs dans \(\textit{Ab}\), c’est automatiquement une catégorie abélienne : une suite \(\mathcal{F}_1\to \mathcal{F}_2\to \mathcal{F}_3\) est exacte dans \(\textit{PAb}\) si et seulement si, pour tout \(U \in \Ob(\mathcal{C})\), la suite \(\mathcal{F}_1(U) \to \mathcal{F}_2(U) \to \mathcal{F}_3(U)\) est exacte dans \(\textit{Ab}\). Ainsi, le complexe ci-dessus est simplement un produit de suites exactes courtes en chaque degré. Voir aussi Cohomologie sur les sites, lemme 03AQ.
Cela montre que \(\check{H}^\bullet(\mathcal{U}, -)\) est un \(\delta\)-foncteur. Nous allons maintenant montrer qu’il s’agit d’un \(\delta\)-foncteur universel. Il nous faut donc montrer que c’est un foncteur effaçable. Commençons par rappeler le lemme de Yoneda.
Lemme
Pour tout préfaisceau \(\mathcal{F}\) sur une catégorie \(\mathcal{C}\) et tout \(U \in \Ob(\mathcal{C})\), il existe un isomorphisme fonctoriel \[\Hom_{\textit{PSh}(\mathcal{C})}(h_U, \mathcal{F}) = \mathcal{F}(U).\]
Démonstration
Voir Catégories, lemme 001P.
Pour un ensemble \(E\), nous notons (dans cette section) \(\mathbf{Z}[E]\) le groupe abélien libre engendré par \(E\). Sous forme de formule, \(\mathbf{Z}[E] = \bigoplus_{e \in E} \mathbf{Z}\), c’est-à-dire que \(\mathbf{Z}[E]\) est un \(\mathbf{Z}\)-module libre dont une base est formée des éléments de \(E\). Avec cette notation, nous introduisons le préfaisceau abélien libre engendré par un préfaisceau d’ensembles.
Définition
Soit \(\mathcal{C}\) une catégorie. Étant donné un préfaisceau d’ensembles \(\mathcal{G}\), nous définissons le préfaisceau abélien libre engendré par \(\mathcal{G}\), noté \(\mathbf{Z}_\mathcal{G}\), par la règle \[\mathbf{Z}_\mathcal{G}(U) = \mathbf{Z}[\mathcal{G}(U)]\] pour \(U \in \Ob(\mathcal{C})\), les applications de restriction étant induites par celles de \(\mathcal{G}\). Dans le cas particulier où \(\mathcal{G} = h_U\), nous écrivons simplement \(\mathbf{Z}_U = \mathbf{Z}_{h_U}\).
Le foncteur \(\mathcal{G} \mapsto \mathbf{Z}_\mathcal{G}\) est adjoint à gauche du foncteur d’oubli \(\textit{PAb}(\mathcal{C}) \to \textit{PSh}(\mathcal{C})\). Ainsi, pour tout préfaisceau \(\mathcal{F}\), il existe un isomorphisme canonique \[\Hom_{\textit{PAb}(\mathcal{C})}(\mathbf{Z}_U, \mathcal{F}) = \Hom_{\textit{PSh}(\mathcal{C})}(h_U, \mathcal{F}) = \mathcal{F}(U)\] où la dernière égalité résulte du lemme de Yoneda. En particulier, nous obtenons le résultat suivant.
Lemme
Notations et hypothèses comme dans la définition 03OL. Le complexe de Čech \(\check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{F})\) peut se décrire explicitement comme suit : \[\begin{eqnarray*} \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{F}) & = & \left( \prod_{i_0 \in I} \Hom_{\textit{PAb}(\mathcal{C})}(\mathbf{Z}_{U_{i_0}}, \mathcal{F}) \to \prod_{i_0, i_1 \in I} \Hom_{\textit{PAb}(\mathcal{C})}( \mathbf{Z}_{U_{i_0} \times_U U_{i_1}}, \mathcal{F}) \to \ldots \right) \\ & = & \Hom_{\textit{PAb}(\mathcal{C})}\left( \left( \bigoplus_{i_0 \in I} \mathbf{Z}_{U_{i_0}} \leftarrow \bigoplus_{i_0, i_1 \in I} \mathbf{Z}_{U_{i_0} \times_U U_{i_1}} \leftarrow \ldots \right), \mathcal{F}\right) \end{eqnarray*}\]
Démonstration
Cela résulte de la formule ci-dessus. Voir Cohomologie sur les sites, lemme 03AS.
Nous sommes ainsi ramenés à l’étude du seul complexe situé dans le premier argument du dernier \(\Hom\).
Lemme
Notations et hypothèses comme dans la définition 03OL. Le complexe de préfaisceaux abéliens \[\begin{align*} \mathbf{Z}_\mathcal{U}^\bullet \quad : \quad \bigoplus_{i_0 \in I} \mathbf{Z}_{U_{i_0}} \leftarrow \bigoplus_{i_0, i_1 \in I} \mathbf{Z}_{U_{i_0} \times_U U_{i_1}} \leftarrow \bigoplus_{i_0, i_1, i_2 \in I} \mathbf{Z}_{U_{i_0} \times_U U_{i_1} \times_U U_{i_2}} \leftarrow \ldots \end{align*}\] est exact en tout degré sauf en degré \(0\) dans \(\textit{PAb}(\mathcal{C})\).
Démonstration
Pour tout \(V\in \Ob(\mathcal{C})\), le complexe de groupes abéliens \(\mathbf{Z}_\mathcal{U}^\bullet(V)\) est \[\begin{matrix} \mathbf{Z}\left[ \coprod_{i_0\in I} \Mor_\mathcal{C}(V, U_{i_0})\right] \leftarrow \mathbf{Z}\left[ \coprod_{i_0, i_1 \in I} \Mor_\mathcal{C}(V, U_{i_0} \times_U U_{i_1})\right] \leftarrow \ldots = \\ \bigoplus_{\varphi : V \to U} \left( \mathbf{Z}\left[\coprod_{i_0 \in I} \Mor_\varphi(V, U_{i_0})\right] \leftarrow \mathbf{Z}\left[\coprod_{i_0, i_1\in I} \Mor_\varphi(V, U_{i_0}) \times \Mor_\varphi(V, U_{i_1})\right] \leftarrow \ldots \right) \end{matrix}\] où \[\Mor_{\varphi}(V, U_i) = \{ V \to U_i \text{ tels que } V \to U_i \to U \text{ est \'egal \`a } \varphi \}.\] Posons \(S_\varphi = \coprod_{i\in I} \Mor_\varphi(V, U_i)\), de sorte que \[\mathbf{Z}_\mathcal{U}^\bullet(V) = \bigoplus_{\varphi : V \to U} \left( \mathbf{Z}[S_\varphi] \leftarrow \mathbf{Z}[S_\varphi \times S_\varphi] \leftarrow \mathbf{Z}[S_\varphi \times S_\varphi \times S_\varphi] \leftarrow \ldots \right).\] Il suffit donc de montrer que, pour chaque \(S = S_\varphi\), le complexe \[\begin{align*} \mathbf{Z}[S] \leftarrow \mathbf{Z}[S \times S] \leftarrow \mathbf{Z}[S \times S \times S] \leftarrow \ldots \end{align*}\] est exact en degrés négatifs. Pour le voir, nous pouvons donner une homotopie explicite. Fixons \(s\in S\) et définissons \(K: n_{(s_0, \ldots, s_p)} \mapsto n_{(s, s_0, \ldots, s_p)}.\) On vérifie aisément que \(K\) est une homotopie à zéro pour l’opérateur \[\delta : \eta_{(s_0, \ldots, s_p)} \mapsto \sum\nolimits_{i = 0}^p (-1)^p \eta_{(s_0, \ldots, \hat s_i, \ldots, s_p)}.\] Voir Cohomologie sur les sites, lemme 03AT, pour plus de détails.
Lemme
Notations et hypothèses comme dans la définition 03OL. Si \(\mathcal{I}\) est un objet injectif de \(\textit{PAb}(\mathcal{C})\), alors \(\check H^p(\mathcal{U}, \mathcal{I}) = 0\) pour tout \(p > 0\).
Démonstration
Le complexe de Čech s’obtient en appliquant le foncteur \(\Hom_{\textit{PAb}(\mathcal{C})}(-, \mathcal{I})\) au complexe \(\mathbf{Z}^\bullet_\mathcal{U}\), c’est-à-dire \[\check H^p(\mathcal{U}, \mathcal{I}) = H^p (\Hom_{\textit{PAb}(\mathcal{C})} (\mathbf{Z}^\bullet_\mathcal{U}, \mathcal{I})).\] Mais nous venons de voir que \(\mathbf{Z}^\bullet_\mathcal{U}\) est exact en degrés négatifs, et le foncteur \(\Hom_{\textit{PAb}(\mathcal{C})}(-, \mathcal{I})\) est exact ; par conséquent, \(\Hom_{\textit{PAb}(\mathcal{C})} (\mathbf{Z}^\bullet_\mathcal{U}, \mathcal{I})\) est exact en degrés positifs.
Théorème
Notations et hypothèses comme dans la définition 03OL. Sur \(\textit{PAb}(\mathcal{C})\), les foncteurs \(\check{H}^p(\mathcal{U}, -)\) sont les foncteurs dérivés à droite de \(\check{H}^0(\mathcal{U}, -)\).
Démonstration
D’après le lemme 03OR, les foncteurs \(\check H^p(\mathcal{U}, -)\) sont des \(\delta\)-foncteurs universels, puisqu’ils sont effaçables. Il en va de même des foncteurs dérivés à droite de \(\check H^0(\mathcal{U}, -)\). Puisqu’ils coïncident en degré \(0\), ils coïncident par la propriété universelle des \(\delta\)-foncteurs universels. Pour plus de détails, voir Cohomologie sur les sites, lemme 03AU.
Remarque
Notons que tous les énoncés précédents portent sur les préfaisceaux ; nous n’avons donc pas encore utilisé la topologie.
La suite spectrale de Čech à la cohomologie
Cette suite spectrale est essentielle pour ètablir les résultats fondamentaux sur la cohomologie des faisceaux.
Lemme
Le foncteur d’oubli \(\textit{Ab}(\mathcal{C})\to \textit{PAb}(\mathcal{C})\) transforme les objets injectifs en objets injectifs.
Démonstration
C’est formel, puisque le foncteur d’oubli admet un adjoint à gauche, à savoir le passage au faisceau associé, qui est un foncteur exact. Pour plus de détails, voir Cohomologie sur les sites, lemme 03F6.
Théorème
Soit \(\mathcal{C}\) un site. Pour tout recouvrement \(\mathcal{U} = \{U_i \to U\}_{i \in I}\) de \(U \in \Ob(\mathcal{C})\) et tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(\mathcal{C}\), il existe une suite spectrale \[E_2^{p, q} = \check H^p(\mathcal{U}, \underline{H}^q(\mathcal{F})) \Rightarrow H^{p+q}(U, \mathcal{F}),\] où \(\underline{H}^q(\mathcal{F})\) est le préfaisceau abélien \(V \mapsto H^q(V, \mathcal{F})\).
Démonstration
Choisissons une résolution injective \(\mathcal{F}\to \mathcal{I}^\bullet\) dans \(\textit{Ab}(\mathcal{C})\) et considérons le bicomplexe \(\check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{I}^\bullet)\) et les applications \[\xymatrix{ \Gamma(U, I^\bullet) \ar[r] & \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{I}^\bullet) \\ & \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{F}) \ar[u] }\] Ici, l’application horizontale est l’application naturelle \(\Gamma(U, I^\bullet) \to \check{\mathcal{C}}^0(\mathcal{U}, \mathcal{I}^\bullet)\) vers la colonne de gauche, et l’application verticale est induite par \(\mathcal{F}\to \mathcal{I}^0\) et aboutit à la ligne inférieure. Par hypothèse, \(\mathcal{I}^\bullet\) est un complexe d’injectifs dans \(\textit{Ab}(\mathcal{C})\) ; par le lemme 03OV, c’est donc un complexe d’injectifs dans \(\textit{PAb}(\mathcal{C})\). Ainsi, les lignes du bicomplexe sont exactes en degrés positifs (lemme 03OR), et le noyau de \(\check{\mathcal{C}}^0(\mathcal{U}, \mathcal{I}^\bullet) \to \check{\mathcal{C}}^1(\mathcal{U}, \mathcal{I}^\bullet)\) est égal à \(\Gamma(U, \mathcal{I}^\bullet)\), puisque \(\mathcal{I}^\bullet\) est un complexe de faisceaux. En particulier, la cohomologie du complexe total est la cohomologie usuelle du foncteur des sections globales \(H^0(U, \mathcal{F})\).
Dans la direction verticale, le \(q\)-ième groupe de cohomologie de la \(p\)-ième colonne est \[\prod_{i_0, \ldots, i_p} H^q(U_{i_0} \times_U \ldots \times_U U_{i_p}, \mathcal{F}) = \prod_{i_0, \ldots, i_p} \underline{H}^q(\mathcal{F})(U_{i_0} \times_U \ldots \times_U U_{i_p})\] dans le terme \(E_1^{p, q}\). Il s’agit donc d’une suite spectrale standard de bicomplexe, et sa page \(E_2\) est celle indiquée. Pour plus de détails, voir Cohomologie sur les sites, lemme 03AZ.
Remarque
C’est une suite spectrale de Grothendieck pour la composée des foncteurs \[\textit{Ab}(\mathcal{C}) \longrightarrow \textit{PAb}(\mathcal{C}) \xrightarrow{\check H^0} \textit{Ab}.\]
Grands et petits sites des schémas
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\tau\) l’une des topologies dont nous allons parler. Ainsi, \(\tau \in \{fppf, syntomic, smooth, \etale, Zariski\}\). Bien entendu, si seule la topologie étale vous intéresse, vous pouvez simplement supposer \(\tau = \etale\) partout. En outre, nous traiterons plus en détail des morphismes étales, des recouvrements étales et des sites étales à partir de la section 03P9. Pour poursuivre l’étude de la cohomologie des faisceaux quasi-cohérents, il est commode d’introduire le grand \(\tau\)-site et, lorsque \(\tau \in \{\etale, Zariski\}\), le petit \(\tau\)-site de \(S\). Pour ce faire, nous introduisons d’abord la notion de \(\tau\)-recouvrement.
Définition
(Voir Topologies, définitions 021M, 0225, 021Z, 0215, et 020O.) Soit \(\tau \in \{fppf, syntomic, smooth, \etale, Zariski\}\). Une famille de morphismes de schémas \(\{f_i : T_i \to T\}_{i \in I}\) à cible fixée est appelée un \(\tau\)-recouvrement si et seulement si chaque \(f_i\) est plat et de présentation finie, syntomique, lisse, étale, respectivement une immersion ouverte, et si \(\bigcup f_i(T_i) = T\).
La classe de tous les \(\tau\)-recouvrements satisfait aux axiomes (1), (2) et (3) de la définition 03NH (notre définition d’un site), voir Topologies, lemmes 021O, 0227, 0221, 0217, et 020P.
Introduisons les sites avec lesquels nous travaillerons. Contrairement à ce qui se passe dans [SGA4], nous ne voulons pas choisir un univers. Nous choisissons plutôt un “univers partiel” (qui est un ensemble suffisamment grand comme dans Ensembles, section 000B) et considérons tous les schémas contenus dans cet ensemble. Bien entendu, nous veillons à ce que notre schéma de base privilégié \(S\) appartienne à l’univers partiel. Après avoir choisi la catégorie sous-jacente, nous choisissons un ensemble suffisamment grand de \(\tau\)-recouvrements qui en fait un site. Les détails se trouvent dans le chapitre sur les topologies des schémas ; les choix laissent une grande liberté, mais, en fin de compte, les choix effectivement faits n’auront aucune incidence sur la cohomologie étale (ou autre) de \(S\) (tout comme, dans [SGA4], le choix effectif de l’univers n’a finalement aucune importance). En outre, la manière dont le texte est rédigé permet au lecteur qui accepte les cardinaux fortement inaccessibles (c’est-à-dire les univers) de les utiliser en remplacement.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\tau \in \{fppf, syntomic, smooth, \etale, \linebreak[0] Zariski\}\).
Un grand \(\tau\)-site de \(S\) est l’un quelconque des sites \((\Sch/S)_\tau\) construits comme expliqué ci-dessus et, plus en détail, dans Topologies, définitions 021S, 03X3, 03X0, 021B, et 020T.
Si \(\tau \in \{\etale, Zariski\}\), alors le petit \(\tau\)-site de \(S\) est la sous-catégorie pleine \(S_\tau\) de \((\Sch/S)_\tau\) dont les objets sont les schémas \(T\) sur \(S\) dont le morphisme structural \(T \to S\) est étale, respectivement une immersion ouverte. Un recouvrement dans \(S_\tau\) est un recouvrement \(\{U_i \to U\}\) dans \((\Sch/S)_\tau\) tel que \(U\) soit un objet de \(S_\tau\).
La catégorie sous-jacente au site \((\Sch/S)_\tau\) possède des propriétés raisonnables de “stabilité” : étant donné un schéma \(T\) qui lui appartient, tout sous-schéma localement fermé de \(T\) est isomorphe à un objet de \((\Sch/S)_\tau\). Parmi les autres propriétés de ce type : stabilité par produits fibrés de schémas, par sommes disjointes dénombrables, par passage aux schémas de type fini sur un schéma donné ; étant donné un schéma affine \(\Spec(R)\), on peut compléter ou localiser \(R\), ou en prendre le quotient par un idéal, tout en restant dans la catégorie, etc. En revanche, par exemple, des sommes disjointes arbitraires de schémas de \((\Sch/S)_\tau\) feront sortir de cette catégorie. Notons aussi que, pour un objet \(T\) de \((\Sch/S)_\tau\), il existe des \(\tau\)-recouvrements \(\{T_i \to T\}_{i \in I}\) (comme dans la définition 03X8) qui ne sont pas des recouvrements dans \((\Sch/S)_\tau\), par exemple parce que les schémas \(T_i\) ne sont pas des objets de la catégorie \((\Sch/S)_\tau\). Mais notre choix des sites \((\Sch/S)_\tau\) est tel qu’il existe toujours un recouvrement \(\{U_j \to T\}_{j \in J}\) de \((\Sch/S)_\tau\) qui raffine le recouvrement \(\{T_i \to T\}_{i \in I}\), voir Topologies, lemmes 03WX, 03X2, 03WZ, 03WW, et 03WV. Dans ce chapitre, nous ignorerons pour l’essentiel ces questions.
Si \(\mathcal{F}\) est un faisceau sur \((\Sch/S)_\tau\) ou \(S_\tau\), alors nous notons \[H^p_\tau(U, \mathcal{F}), \text{ en particulier } H^p_\tau(S, \mathcal{F})\] les groupes de cohomologie de \(\mathcal{F}\) sur l’objet \(U\) du site, voir la section 03NT. Nous avons ainsi \(H^p_{fppf}(S, \mathcal{F})\), \(H^p_{syntomic}(S, \mathcal{F})\), \(H^p_{smooth}(S, \mathcal{F})\), \(H^p_\etale(S, \mathcal{F})\), et \(H^p_{Zar}(S, \mathcal{F})\). Les deux derniers sont potentiellement ambigus, puisqu’ils peuvent renvoyer soit au grand, soit au petit site étale ou de Zariski. Cependant, cette ambiguïté est sans conséquence grâce au lemme suivant.
Lemme
Soit \(\tau \in \{\etale, Zariski\}\). Si \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien défini sur \((\Sch/S)_\tau\), alors les groupes de cohomologie de \(\mathcal{F}\) sur \(S\) coïncident avec les groupes de cohomologie de \(\mathcal{F}|_{S_\tau}\) sur \(S\).
Démonstration
D’après Topologies, lemmes 020Z et 021G, les foncteurs \(S_\tau \to (\Sch/S)_\tau\) satisfont aux hypothèses de Sites, lemme 00XU. Notre lemme résulte donc de Cohomologie sur les sites, lemme 03YU.
La catégorie des faisceaux sur le grand ou le petit site étale de \(S\) ne dépend que de la sous-catégorie pleine de \((\Sch/S)_\etale\) ou de \(S_\etale\) formée des schémas affines, et il suffit de considérer entre eux les recouvrements étales standards (définis ci-dessous). Cela donne les sites \((\textit{Aff}/S)_\etale\) et \(S_{affine, \etale}\), voir Topologies, définition 021B. Les résultats de comparaison sont démontrés dans Topologies, lemmes 021E et 04HR. Voici notre définition des recouvrements standards pour certaines des topologies considérées dans ce chapitre.
Définition
(Voir Topologies, définitions 021Q, 0229, 0223, 0219, et 020R.) Soit \(\tau \in \{fppf, syntomic, smooth, \etale, Zariski\}\). Soit \(T\) un schéma affine. Un \(\tau\)-recouvrement standard de \(T\) est une famille \(\{f_j : U_j \to T\}_{j = 1, \ldots, m}\) où chaque \(U_j\) est affine, et chaque \(f_j\) est plat et de présentation finie, syntomique standard, lisse standard, étale, respectivement l’immersion d’un ouvert principal standard dans \(T\), et \(T = \bigcup f_j(U_j)\).
Lemme
Soit \(\tau \in \{fppf, syntomic, smooth, \etale, Zariski\}\). Tout \(\tau\)-recouvrement d’un schéma affine peut être raffiné par un \(\tau\)-recouvrement standard.
Démonstration
Par souci d’exhaustivité, nous énonçons et démontrons l’invariance, par rapport au choix de l’univers partiel, des groupes de cohomologie que nous considérons. Nous démontrerons l’invariance du petit topos étale dans le lemme 0958 ci-dessous. Pour les notations et la terminologie employées dans ce lemme, nous renvoyons à Topologies, section 022I.
Lemme
Soit \(\tau \in \{fppf, syntomic, smooth, \etale, Zariski\}\). Soit \(S\) un schéma. Soient \((\Sch/S)_\tau\) et \((\Sch'/S)_\tau\) deux grands \(\tau\)-sites de \(S\), et supposons que le premier soit contenu dans le second. Dans ce cas,
pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}'\) défini sur \((\Sch'/S)_\tau\) et tout objet \(U\) de \((\Sch/S)_\tau\), nous avons \[H^p_\tau(U, \mathcal{F}'|_{(\Sch/S)_\tau}) = H^p_\tau(U, \mathcal{F}')\] Autrement dit : la cohomologie de \(\mathcal{F}'\) sur \(U\), calculée dans le site le plus grand, coïncide avec celle de la restriction de \(\mathcal{F}'\) au site le plus petit, sur \(U\).
pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \((\Sch/S)_\tau\), il existe un faisceau abélien \(\mathcal{F}'\) sur \((\Sch/S)_\tau'\) dont la restriction à \((\Sch/S)_\tau\) est isomorphe à \(\mathcal{F}\).
Démonstration
D’après Topologies, lemme 022K, le foncteur d’inclusion \((\Sch/S)_\tau \to (\Sch'/S)_\tau\) satisfait aux hypothèses de Sites, lemme 00XU. Cela implique (2), et (1) résulte de Cohomologie sur les sites, lemme 03YU.
Le topos étale
Un topos est la catégorie des faisceaux d’ensembles sur un site, voir Sites, définition 00XA. Il est donc d’usage d’employer l’expression “topos étale d’un schéma” pour désigner la catégorie des faisceaux sur le petit site étale d’un schéma. En voici la définition formelle.
Définition
Soit \(S\) un schéma.
Le topos étale, ou le petit topos étale de \(S\), est la catégorie \(\Sh(S_\etale)\) des faisceaux d’ensembles sur le petit site étale de \(S\).
Le topos de Zariski, ou le petit topos de Zariski de \(S\), est la catégorie \(\Sh(S_{Zar})\) des faisceaux d’ensembles sur le petit site de Zariski de \(S\).
Pour \(\tau \in \{fppf, syntomic, smooth, \etale, Zariski\}\), un grand \(\tau\)-topos est la catégorie des faisceaux d’ensembles sur un grand \(\tau\)-topos de \(S\).
Notons que le petit topos de Zariski de \(S\) est simplement la catégorie des faisceaux d’ensembles sur l’espace topologique sous-jacent à \(S\), voir Topologies, lemme 020X. Alors que le petit topos étale ne dépend pas des choix faits lors de la construction du petit site étale, les grands topos dépendent en général de ces choix.
Il se trouve que le grand ou le petit topos étale ne dépend que de la sous-catégorie pleine de \((\Sch/S)_\etale\) ou de \(S_\etale\) formée des schémas affines, voir Topologies, lemmes 021E et 04HR. Nous l’utiliserons par exemple dans la démonstration du lemme suivant.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Le topos étale de \(S\) est indépendant (à équivalence canonique près) de la construction du petit site étale de la définition 03XB.
Démonstration
Nous devons montrer qu’étant donnés deux grands sites étales \(\Sch_\etale\) et \(\Sch_\etale'\) contenant \(S\), on a \(\Sh(S_\etale) \cong \Sh(S_\etale')\) avec les notations évidentes. D’après Topologies, lemme 022J, nous pouvons supposer \(\Sch_\etale \subset \Sch_\etale'\). D’après Ensembles, lemme 000R, tout schéma affine étale sur \(S\) est isomorphe à un objet à la fois de \(\Sch_\etale\) et de \(\Sch_\etale'\). Ainsi, le foncteur induit \(S_{affine, \etale} \to S_{affine, \etale}'\) est une équivalence. En outre, il est clair que ce foncteur et un quasi-inverse transforment les recouvrements étales standards en recouvrements étales standards. Le résultat découle donc de Topologies, lemme 04HR.
Cohomologie des faisceaux quasi-cohérents
Commençons par un lemme simple (qui reste vrai dans une généralité plus grande que celle de l’énoncé). Il affirme que le complexe de Čech d’un recouvrement standard est égal au complexe de Čech d’un recouvrement fpqc de la forme \(\{\Spec(B) \to \Spec(A)\}\) où \(A \to B\) est fidèlement plat.
Lemme
Soit \(\tau \in \{fppf, syntomic, smooth, \etale, Zariski\}\). Soit \(S\) un schéma. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \((\Sch/S)_\tau\), ou sur \(S_\tau\) dans le cas où \(\tau = \etale\), et soit \(\mathcal{U} = \{U_i \to U\}_{i \in I}\) un \(\tau\)-recouvrement standard de ce site. Soit \(V = \coprod_{i \in I} U_i\). Alors
\(V\) est un schéma affine,
\(\mathcal{V} = \{V \to U\}\) est un recouvrement fpqc et aussi un \(\tau\)-recouvrement, sauf si \(\tau = Zariski\),
les complexes de Čech \(\check{\mathcal{C}}^\bullet (\mathcal{U}, \mathcal{F})\) et \(\check{\mathcal{C}}^\bullet (\mathcal{V}, \mathcal{F})\) coïncident.
Démonstration
La définition d’un \(\tau\)-recouvrement standard est donnée dans Topologies, définition 020R, 0219, 0223, 0229, et 021Q. Par définition, chacun des schémas \(U_i\) est affine et \(I\) est un ensemble fini. Ainsi, \(V\) est un schéma affine. Il est clair que \(V \to U\) est plat et surjectif ; par conséquent, \(\mathcal{V}\) est un recouvrement fpqc, voir l’exemple 03NY. Sauf dans le cas de Zariski, le recouvrement \(\mathcal{V}\) est aussi un \(\tau\)-recouvrement, voir Topologies, définition 0215, 021Z, 0225, et 021M.
Notons que \(\mathcal{U}\) est un raffinement de \(\mathcal{V}\) ; il existe donc un morphisme de complexes de Čech \(\check{\mathcal{C}}^\bullet (\mathcal{V}, \mathcal{F}) \to \check{\mathcal{C}}^\bullet (\mathcal{U}, \mathcal{F})\), voir Cohomologie sur les sites, Equation (03F4). Ensuite, observons que si \(T = \coprod_{j \in J} T_j\) est une somme disjointe de schémas du site sur lequel \(\mathcal{F}\) est défini, alors la famille de morphismes à cible fixée \(\{T_j \to T\}_{j \in J}\) est un recouvrement de Zariski, et donc [03XC]\[\begin{equation} \mathcal{F}(T) = \mathcal{F}(\coprod\nolimits_{j \in J} T_j) = \prod\nolimits_{j \in J} \mathcal{F}(T_j) \end{equation}\] d’après la condition de faisceau pour \(\mathcal{F}\). Cela implique que le morphisme de complexes de Čech ci-dessus est un isomorphisme en chaque degré, car \[V \times_U \ldots \times_U V = \coprod\nolimits_{i_0, \ldots i_p} U_{i_0} \times_U \ldots \times_U U_{i_p}\] en tant que schémas.
Notons que l’égalité (03XC) est fausse pour un préfaisceau général. Même pour les faisceaux, elle n’est pas vraie sur tout site, car les coproduits peuvent ne pas donner des recouvrements et ne pas être disjoints. Mais elle est vraie pour tous les sites usuels (du moins pour tous ceux que nous étudierons).
Remarque
Dans l’énoncé du lemme 03OZ, le recouvrement \(\mathcal{U}\) est un raffinement de \(\mathcal{V}\), mais non l’inverse. Les recouvrements de la forme \(\{V \to U\}\) ne forment pas une sous-catégorie initiale de la catégorie de tous les recouvrements de \(U\). Il reste pourtant vrai que nous pouvons calculer la cohomologie de Čech \(\check H^n(U, \mathcal{F})\) (qui est définie comme la limite inductive indexée par la catégorie opposée à celle des recouvrements \(\mathcal{U}\) de \(U\) des groupes de cohomologie de Čech de \(\mathcal{F}\) relativement à \(\mathcal{U}\)) au moyen des recouvrements \(\{V \to U\}\). Nous formulerons un lemme précis (il ne vaut que pour les faisceaux) et l’ajouterons ici si nous en avons un jour besoin.
Lemme
Soient \(\mathcal{C}\) un site, \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(\mathcal{C}\), \(U\) un objet de \(\mathcal{C}\), \(p > 0\) un entier et \(\xi \in H^p(U, \mathcal{F})\). Alors il existe un recouvrement \(\mathcal{U} = \{U_i \to U\}_{i \in I}\) de \(U\) dans \(\mathcal{C}\) tel que \(\xi |_{U_i} = 0\) pour tout \(i \in I\).
Démonstration
Choisissons une résolution injective \(\mathcal{F} \to \mathcal{I}^\bullet\). Alors \(\xi\) est représentée par un cocycle \(\tilde{\xi} \in \mathcal{I}^p(U)\) tel que \(d^p(\tilde{\xi}) = 0\). Par hypothèse, la suite \(\mathcal{I}^{p - 1} \to \mathcal{I}^p \to \mathcal{I}^{p + 1}\) est exacte dans \(\textit{Ab}(\mathcal{C})\), ce qui signifie qu’il existe un recouvrement \(\mathcal{U} = \{U_i \to U\}_{i \in I}\) tel que \(\tilde{\xi}|_{U_i} = d^{p - 1}(\xi_i)\) pour un certain \(\xi_i \in \mathcal{I}^{p-1}(U_i)\). Puisque la classe de cohomologie \(\xi|_{U_i}\) est représentée par le cocycle \(\tilde{\xi}|_{U_i}\), qui est un cobord, elle s’annule. Pour plus de détails, voir Cohomologie sur les sites, lemme 01FW.
Théorème
Soit \(S\) un schéma et soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_S\)-module quasi-cohérent. Soit \(\mathcal{C}\) l’un des sites \((\Sch/S)_\tau\) pour \(\tau \in \{fppf, syntomic, smooth, \etale, Zariski\}\), ou \(S_\etale\). Alors \[H^p(S, \mathcal{F}) = H^p_\tau(S, \mathcal{F}^a)\] pour tout \(p \geq 0\), où
le membre de gauche désigne la cohomologie usuelle du faisceau \(\mathcal{F}\) sur l’espace topologique sous-jacent au schéma \(S\), et
le membre de droite désigne la cohomologie du faisceau abélien \(\mathcal{F}^a\) (voir la proposition 03OG) sur le site \(\mathcal{C}\).
Démonstration
Nous allons montrer que \(H^p(U, f^*\mathcal{F}) = H^p_\tau(U, \mathcal{F}^a)\) pour tout objet \(f : U \to S\) du site \(\mathcal{C}\). Le résultat est vrai pour \(p = 0\) par la propriété de faisceau.
Supposons que \(U\) soit affine. Nous voulons alors prouver que \(H^p_\tau(U, \mathcal{F}^a) = 0\) pour tout \(p > 0\). Nous raisonnons par récurrence sur \(p\).
Prenons \(\xi \in H^1_\tau(U, \mathcal{F}^a)\). D’après le lemme 03P1, il existe un recouvrement fpqc \(\mathcal{U} = \{U_i \to U\}_{i \in I}\) tel que \(\xi|_{U_i} = 0\) pour tout \(i \in I\). Quitte à raffiner \(\mathcal{U}\), nous pouvons supposer que \(\mathcal{U}\) est un \(\tau\)-recouvrement standard. En appliquant la suite spectrale du théorème 03OW, nous voyons que \(\xi\) provient d’une classe de cohomologie \(\check \xi \in \check H^1(\mathcal{U}, \mathcal{F}^a)\). Considérons le recouvrement \(\mathcal{V} = \{\coprod_{i\in I} U_i \to U\}\). D’après le lemme 03OZ, \(\check H^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{F}^a) = \check H^\bullet(\mathcal{V}, \mathcal{F}^a)\). D’autre part, puisque \(\mathcal{V}\) est un recouvrement de la forme \(\{\Spec(B) \to \Spec(A)\}\) et \(f^*\mathcal{F} = \widetilde{M}\) pour un certain \(A\)-module \(M\), nous voyons que le complexe de Čech \(\check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{V}, \mathcal{F})\) n’est autre que le complexe \((B/A)_\bullet \otimes_A M\). D’après le lemme 03OA, \(H^p((B/A)_\bullet \otimes_A M) = 0\) pour \(p > 0\) ; ainsi, \(\check \xi = 0\) et donc \(\xi = 0\).
Prenons \(\xi \in H^p_\tau(U, \mathcal{F}^a)\). D’après le lemme 03P1, il existe un recouvrement fpqc \(\mathcal{U} = \{U_i \to U\}_{i \in I}\) tel que \(\xi|_{U_i} = 0\) pour tout \(i \in I\). Quitte à raffiner \(\mathcal{U}\), nous pouvons supposer que \(\mathcal{U}\) est un \(\tau\)-recouvrement standard. Nous appliquons la suite spectrale du théorème 03OW. Observons que les intersections \(U_{i_0} \times_U \ldots \times_U U_{i_p}\) sont affines ; par l’hypothèse de récurrence, les groupes de cohomologie \[E_2^{p, q} = \check H^p(\mathcal{U}, \underline{H}^q(\mathcal{F}^a))\] s’annulent donc pour tout \(0 < q < p\). Nous voyons que \(\xi\) doit provenir d’un \(\check \xi \in \check H^p(\mathcal{U}, \mathcal{F}^a)\). En remplaçant \(\mathcal{U}\) par le recouvrement \(\mathcal{V}\) qui ne contient qu’un seul morphisme et en utilisant de nouveau le lemme 03OA, nous voyons que la classe de cohomologie de Čech \(\check \xi\) doit être nulle, donc \(\xi = 0\).
Supposons ensuite que \(U\) soit séparé. Choisissons des ouverts affines \(U = \bigcup_{i \in I} U_i\) formant un recouvrement de \(U\). La famille \(\mathcal{U} = \{U_i \to U\}_{i \in I}\) est alors un recouvrement fpqc, et toutes les intersections \(U_{i_0} \times_U \ldots \times_U U_{i_p}\) sont affines, puisque \(U\) est séparé. Toutes les lignes de la suite spectrale du théorème 03OW sont donc nulles, sauf la ligne de degré zéro. Par conséquent, \[H^p_\tau(U, \mathcal{F}^a) = \check H^p(\mathcal{U}, \mathcal{F}^a) = \check H^p(\mathcal{U}, \mathcal{F}) = H^p(U, \mathcal{F})\] où la dernière égalité résulte de la théorie usuelle des schémas, voir Cohomologie des schémas, lemme 01XD.
Le cas général est technique et (pour prolonger la démonstration donnée ici) nécessite une discussion sur les morphismes de suites spectrales ; nous ne le traiterons donc pas. Il résulte de Descente, Proposition 03DW, (dont la démonstration adopte une approche légèrement différente), combinée avec Cohomologie sur les sites, lemme 03F3.
Remarque
Commentaire sur le théorème 03P2. Puisque \(S\) est un objet final de la catégorie \(\mathcal{C}\), les groupes de cohomologie du membre de droite sont simplement les foncteurs dérivés à droite du foncteur des sections globales. En fait, la démonstration montre que \(H^p(U, f^*\mathcal{F}) = H^p_\tau(U, \mathcal{F}^a)\) pour tout objet \(f : U \to S\) du site \(\mathcal{C}\).
Exemples de faisceaux
Soient \(S\) et \(\tau\) comme dans la section 03X7. Nous avons déjà vu que tout préfaisceau représentable est un faisceau sur \((\Sch/S)_\tau\) ou \(S_\tau\), voir le lemme 03O3 et la remarque 03O4. Voici quelques cas particuliers.
Définition
Sur l’un quelconque des sites \((\Sch/S)_\tau\) ou \(S_\tau\) de la section 03X7 :
Le faisceau \(T \mapsto \Gamma(T, \mathcal{O}_T)\) est noté \(\mathcal{O}_S\), ou \(\mathbf{G}_a\), ou \(\mathbf{G}_{a, S}\) si nous voulons indiquer le schéma de base.
De même, le faisceau \(T \mapsto \Gamma(T, \mathcal{O}^*_T)\) est noté \(\mathcal{O}_S^*\), ou \(\mathbf{G}_m\), ou \(\mathbf{G}_{m, S}\) si nous voulons indiquer le schéma de base.
Le faisceau constant \(\underline{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}\) sur un site quelconque est le faisceau associé au préfaisceau constant \(U \mapsto \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\).
Le premier est un faisceau, par exemple d’après le théorème 03OJ. Le deuxième est un sous-préfaisceau du premier, dont on vérifie facilement qu’il est lui-même un faisceau. Le troisième est un faisceau par définition. Notons que chacun de ces faisceaux est représentable. Le premier et le deuxième le sont par les schémas \(\mathbf{G}_{a, S}\) et \(\mathbf{G}_{m, S}\), voir Groupoïdes, section 022R. Le troisième l’est par le schéma en groupes fini étale \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}_S\), parfois noté \((\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})_S\), qui consiste simplement en \(n\) copies de \(S\) munies de l’évidente structure de schéma en groupes sur \(S\), voir Groupoïdes, exemple 03YW et la remarque suivante.
Remarque
Soit \(G\) un groupe abstrait. Sur l’un quelconque des sites \((\Sch/S)_\tau\) ou \(S_\tau\) de la section 03X7, le faisceau associé \(\underline{G}\) au préfaisceau constant associé à \(G\) pour la topologie de Zariski du site donne déjà \[\Gamma(U, \underline{G}) = \{\text{applications localement constantes pour la topologie de Zariski }U \to G\}\] Ce faisceau de Zariski est représentable par le schéma en groupes \(G_S\) d’après Groupoïdes, exemple 03YW. D’après le lemme 03O3, tout préfaisceau représentable satisfait aussi la condition de faisceau pour la topologie \(\tau\) ; nous concluons donc que le faisceau associé de Zariski \(\underline{G}\) ci-dessus est aussi le faisceau associé pour la topologie \(\tau\).
Définition
Soit \(S\) un schéma. Le faisceau structural de \(S\) est le faisceau d’anneaux \(\mathcal{O}_S\) sur l’un quelconque des sites \(S_{Zar}\), \(S_\etale\) ou \((\Sch/S)_\tau\) considérés ci-dessus.
S’il peut y avoir une ambiguïté quant au site sur lequel nous travaillons, nous l’indiquerons au moyen d’indices. Par exemple, nous pouvons utiliser \(\mathcal{O}_{S_\etale}\) pour souligner que nous travaillons sur le petit site étale de \(S\).
Remarque
Dans la terminologie introduite ci-dessus, un cas particulier du théorème 03P2 est \[H_{fppf}^p(X, \mathbf{G}_a) = H_\etale^p(X, \mathbf{G}_a) = H_{Zar}^p(X, \mathbf{G}_a) = H^p(X, \mathcal{O}_X)\] pour tout \(p \geq 0\). De plus, nous pourrions utiliser la notation \(H^p_{fppf}(X, \mathcal{O}_X)\) pour désigner la cohomologie du faisceau structural sur le grand site fppf de \(X\).
Groupes de Picard
Le théorème suivant est parfois appelé “théorème 90 de Hilbert”.
Théorème
Pour tout schéma \(X\), nous avons des identifications canoniques \[\begin{align*} H_{fppf}^1(X, \mathbf{G}_m) & = H^1_{syntomic}(X, \mathbf{G}_m) \\ & = H^1_{smooth}(X, \mathbf{G}_m) \\ & = H_\etale^1(X, \mathbf{G}_m) \\ & = H^1_{Zar}(X, \mathbf{G}_m) \\ & = \Pic(X) \\ & = H^1(X, \mathcal{O}_X^*) \end{align*}\]
Démonstration
Soit \(\tau\) l’une des topologies considérées dans la section 03X7. D’après Cohomologie sur les sites, lemme 040E, nous voyons que \(H^1_\tau(X, \mathbf{G}_m) = H^1_\tau(X, \mathcal{O}_\tau^*) = \Pic(\mathcal{O}_\tau)\), où \(\mathcal{O}_\tau\) est le faisceau structural du site \((\Sch/X)_\tau\). Or un \(\mathcal{O}_\tau\)-module inversible est un \(\mathcal{O}_\tau\)-module quasi-cohérent. D’après le théorème 03OJ, ou plus précisément Descente, Proposition 03DX, nous voyons que \(\Pic(\mathcal{O}_\tau) = \Pic(X)\). La dernière égalité se démontre de la même manière.
Le site étale
Nous commençons maintenant à examiner plus en détail le site étale d’un schéma. Dans un premier temps, nous examinons brièvement la notion de morphisme étale.
Morphismes étales
Pour plus de détails, voir Morphismes, section 02GH pour la définition formelle, et Morphismes étales, sections 0257, 025A, 039P, 025F, 025J, et 025L pour un aperçu de propriétés intéressantes des morphismes étales.
Rappelons qu’une algèbre \(A\) sur un corps algébriquement clos \(k\) est lisse si elle est de type fini et si le module des différentielles \(\Omega_{A/k}\) est localement libre de type fini, de rang ègal à la dimension. Un schéma \(X\) sur \(k\) est lisse sur \(k\) s’il est localement de type fini et si chaque ouvert affine est le spectre d’une \(k\)-algèbre lisse. Si \(k\) n’est pas algébriquement clos, alors une \(k\)-algèbre \(A\) est une \(k\)-algèbre lisse si \(A \otimes_k \overline{k}\) est une \(\overline{k}\)-algèbre lisse. Un morphisme d’anneaux \(A \to B\) est lisse s’il est plat, de présentation finie et si, pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset A\), l’anneau de la fibre \(\kappa(\mathfrak p) \otimes_A B\) est lisse sur le corps résiduel \(\kappa(\mathfrak p)\). Plus généralement, un morphisme de schémas est lisse s’il est plat, localement de présentation finie et si ses fibres géométriques sont lisses.
Pour ces faits, voir Morphismes, section 01V4. Cela nous permet de définir un morphisme étale comme suit.
Définition
Un morphisme de schémas est étale s’il est lisse de dimension relative 0.
En particulier, un morphisme de schémas \(X \to S\) est étale s’il est lisse et si \(\Omega_{X/S} = 0\).
Proposition
Propriétés des morphismes étales.
Soit \(k\) un corps. Un morphisme de schémas \(U \to \Spec(k)\) est étale si et seulement si \(U \cong \coprod_{i \in I} \Spec(k_i)\), où, pour chaque \(i \in I\), le corps \(k_i\) est une extension finie séparable de \(k\).
Soit \(\varphi : U \to S\) un morphisme de schémas. Les conditions suivantes sont èquivalentes :
\(\varphi\) est étale,
\(\varphi\) est localement de présentation finie, plat, et toutes ses fibres sont étales,
\(\varphi\) est plat, non ramifié et localement de présentation finie.
Un morphisme d’anneaux \(A \to B\) est étale si et seulement si \(B \cong A[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_n)\) tel que \(\Delta = \det \left( \frac{\partial f_i}{\partial x_j} \right)\) soit inversible dans \(B\).
Le changement de base d’un morphisme étale est étale.
Les composées de morphismes étales sont étales.
Les produits fibrés et les produits de morphismes étales sont étales.
Un morphisme étale a pour dimension relative 0.
Soit \(Y \to X\) un morphisme étale. Si \(X\) est réduit (respectivement régulier), alors \(Y\) l’est aussi.
Les morphismes étales sont ouverts.
Si \(X \to S\) et \(Y \to S\) sont étales, alors tout \(S\)-morphisme \(X \to Y\) est lui aussi étale.
Démonstration
Nous avons démontré ces faits (et davantage) dans les chapitres précédents. Voici une liste de références : (1) Morphismes, lemme 02GL. (2) Morphismes, lemmes 02GM et 02GV. (3) Algèbre, lemme 00U9. (4) Morphismes, lemme 02GO. (5) Morphismes, lemme 02GN. (6) Découle formellement de (4) et (5). (7) Morphismes, lemmes 03WS et 0397. (8) Voir Algèbre, lemmes 033B et 033A ; voir aussi d’autres résultats de ce type dans Morphismes étales, section 025L. (9) Voir Morphismes, lemme 01UA et 02GS. (10) Voir Morphismes, lemme 02GW.
Définition
Un morphisme d’anneaux \(A \to B\) est dit étale standard si \(B \cong \left(A[t]/(f)\right)_g\) avec \(f, g \in A[t]\), où \(f\) est unitaire, et si \(\text{d}f/\text{d}t\) est inversible dans \(B\).
Il est vrai qu’un morphisme d’anneaux étale standard est étale. En effet, supposons que \(B = \left(A[t]/(f)\right)_g\) avec \(f, g \in A[t]\), où \(f\) est unitaire, et que \(\text{d}f/\text{d}t\) soit inversible dans \(B\). Alors \(A[t]/(f)\) est un \(A\)-module libre de rang égal au degré du polynôme unitaire \(f\). Par conséquent, \(B\), en tant que localisation de cette algèbre qui est libre comme module, est de présentation finie et plat sur \(A\). Pour achever la preuve que \(B\) est étale, il suffit de montrer que les anneaux des fibres \[\kappa(\mathfrak p) \otimes_A B \cong \kappa(\mathfrak p) \otimes_A (A[t]/(f))_g \cong \kappa(\mathfrak p)[t, 1/\overline{g}]/(\overline{f})\] sont des produits finis d’extensions de corps finies séparables. Ici, \(\overline{f}, \overline{g} \in \kappa(\mathfrak p)[t]\) sont les images de \(f\) et \(g\). Soit \[\overline{f} = \overline{f}_1 \ldots \overline{f}_a \overline{f}_{a + 1}^{e_1} \ldots \overline{f}_{a + b}^{e_b}\] la factorisation de \(\overline{f}\) en puissances de facteurs unitaires irréductibles deux à deux distincts \(\overline{f}_i\), avec \(e_1, \ldots, e_b > 1\). Par hypothèse, \(\text{d}\overline{f}/\text{d}t\) est inversible dans \(\kappa(\mathfrak p)[t, 1/\overline{g}]\). Nous voyons donc que au moins les \(\overline{f}_i\), \(i > a\), sont inversibles. Nous concluons que \[\kappa(\mathfrak p)[t, 1/\overline{g}]/(\overline{f}) \cong \prod\nolimits_{i \in I} \kappa(\mathfrak p)[t]/(\overline{f}_i)\] où \(I \subset \{1, \ldots, a\}\) est le sous-ensemble des indices \(i\) tels que \(\overline{f}_i\) ne divise pas \(\overline{g}\). De plus, l’image de \(\text{d}\overline{f}/\text{d}t\) dans le facteur \(\kappa(\mathfrak p)[t]/(\overline{f}_i)\) est clairement égale au produit d’une unité par \(\text{d}\overline{f}_i/\text{d}t\). Nous en concluons que \(\kappa_i = \kappa(\mathfrak p)[t]/(\overline{f}_i)\) est une extension de corps finie de \(\kappa(\mathfrak p)\), engendrée par un élément dont le polynôme minimal est séparable, c’est-à-dire que l’extension de corps \(\kappa_i/\kappa(\mathfrak p)\) est finie séparable, comme souhaité.
Il se trouve que tout morphisme d’anneaux étale est localement étale standard. Pour formuler cela, introduisons la notation suivante. Un morphisme d’anneaux \(A \to B\) est étale en un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(B\) s’il existe \(h \in B\), \(h \not \in \mathfrak q\), tel que \(A \to B_h\) soit étale. Voici le résultat.
Théorème
Un morphisme d’anneaux \(A \to B\) est étale en un idéal premier \(\mathfrak q\) si et seulement s’il existe \(g \in B\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(B_g\) soit étale standard sur \(A\).
Démonstration
Voir Algèbre, Proposition 00UE.
Recouvrements étales
Rappelons la définition.
Définition
Un recouvrement étale d’un schéma \(U\) est une famille de morphismes de schémas \(\{\varphi_i : U_i \to U\}_{i \in I}\) telle que
chaque \(\varphi_i\) est un morphisme étale,
les \(U_i\) recouvrent \(U\), c’est-à-dire \(U = \bigcup_{i\in I}\varphi_i(U_i)\).
Lemme
Tout recouvrement étale est un recouvrement fpqc.
Démonstration
(Voir aussi Topologies, lemme 022C.) Soit \(\{\varphi_i : U_i \to U\}_{i \in I}\) un recouvrement étale. Puisqu’un morphisme étale est plat et que les éléments du recouvrement doivent recouvrir sa cible, la propriété fp (fidèlement plat) est satisfaite. Pour vérifier la propriété qc (quasi-compacité), soit \(V \subset U\) un ouvert affine, et écrivons \(\varphi_i^{-1}(V) = \bigcup_{j \in J_i} V_{ij}\) pour certains ouverts affines \(V_{ij} \subset U_i\). Puisque \(\varphi_i\) est ouvert (car les morphismes étales sont ouverts), nous voyons que \(V = \bigcup_{i\in I} \bigcup_{j \in J_i} \varphi_i(V_{ij})\) est un recouvrement ouvert de \(V\). De plus, puisque \(V\) est quasi-compact, ce recouvrement admet un raffinement fini.
Ainsi, tout énoncé vrai pour les recouvrements fpqc reste vrai a fortiori pour les recouvrements étales. Par exemple, le site étale est sous-canonique.
Définition
(Pour plus de détails, voir la section 03X7, ou Topologies, section 0214.) Soit \(S\) un schéma. Le grand site étale de \(S\) est le site \((\Sch/S)_\etale\), voir la définition 03XB. Le petit site étale de \(S\) est le site \(S_\etale\), voir la définition 03XB. Nous définissons de même le grand et le petit site de Zariski de \(S\), notés \((\Sch/S)_{Zar}\) et \(S_{Zar}\).
Grosso modo, le grand site étale de \(S\) est constitué des schémas sur \(S\) et ses recouvrements sont les recouvrements étales. Le petit site étale de \(S\) est constitué des schémas étales sur \(S\), avec pour recouvrements les recouvrements étales. En fait, tout morphisme entre objets de \(S_\etale\) est étale, en vertu de la proposition 03PC ; par conséquent, pour vérifier que \(\{U_i \to U\}_{i \in I}\) dans \(S_\etale\) est un recouvrement, il suffit de vérifier que \(\coprod U_i \to U\) est surjectif.
Le petit site étale a moins d’objets que le grand site étale ; il ne contient que les “ouverts” de la topologie étale sur \(S\). C’est une sous-catégorie pleine du grand site étale, et sa topologie est induite par la topologie du grand site. Ainsi, le foncteur de restriction du grand site étale au petit est exact et transforme les objets injectifs en objets injectifs. Cela a la conséquence suivante.
Proposition
Soit \(S\) un schéma et soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \((\Sch/S)_\etale\). Alors \(\mathcal{F}|_{S_\etale}\) est un faisceau sur \(S_\etale\) et \[H^p_\etale(S, \mathcal{F}|_{S_\etale}) = H^p_\etale(S, \mathcal{F})\] pour tout \(p \geq 0\).
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 03YX.
Conformément à la notation générale introduite dans la section 03X7, nous notons \(H_\etale^p(S, \mathcal{F})\) le groupe de cohomologie ci-dessus.
Théorie de Kummer
Soit \(n \in \mathbf{N}\) et considérons le foncteur \(\mu_n\) défini par \[\begin{matrix} \Sch^{opp} & \longrightarrow & \textit{Ab} \\ S & \longmapsto & \mu_n(S) = \{t \in \Gamma(S, \mathcal{O}_S^*) \mid t^n = 1 \}. \end{matrix}\] D’après Groupoïdes, exemple 040M, ce foncteur est représentable, et le schéma qui le représente est lui aussi noté \(\mu_n\). D’après le lemme 03O3, ce foncteur satisfait à la condition de faisceau pour la topologie fpqc (en particulier, il satisfait aussi à la condition de faisceau pour les topologies étale, de Zariski, etc.).
Lemme
Si \(n\in \mathcal{O}_S^*\), alors \[0 \to \mu_{n, S} \to \mathbf{G}_{m, S} \xrightarrow{(\cdot)^n} \mathbf{G}_{m, S} \to 0\] est une suite exacte courte de faisceaux aussi bien sur le petit que sur le grand site étale de \(S\).
Démonstration
Par définition, le faisceau \(\mu_{n, S}\) est le noyau de l’application \((\cdot)^n\). Il suffit donc de montrer que la dernière application est surjective. Soit \(U\) un schéma sur \(S\). Soit \(f \in \mathbf{G}_m(U) = \Gamma(U, \mathcal{O}_U^*)\). Nous devons montrer que nous pouvons trouver un recouvrement étale de \(U\) tel que la restriction de \(f\) à chacun de ses membres soit une puissance \(n\)-ième. Posons \[U' = \underline{\Spec}_U(\mathcal{O}_U[T]/(T^n-f)) \xrightarrow{\pi} U.\] (Voir Constructions, section 01LL ou 01LQ pour une présentation du spectre relatif.) Soit \(\Spec(A) \subset U\) un ouvert affine, et supposons que \(f|_{\Spec(A)}\) corresponde à l’unité \(a \in A^*\). Alors \(\pi^{-1}(\Spec(A)) = \Spec(B)\) avec \(B = A[T]/(T^n - a)\). Le morphisme d’anneaux \(A \to B\) est fini libre de rang \(n\), donc fidèlement plat, et nous en concluons que \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) est surjectif. Comme cela vaut pour tout ouvert affine de \(U\), nous concluons que \(\pi\) est surjectif. De plus, \(n\) et \(T^{n - 1}\) sont inversibles dans \(B\), donc \(nT^{n-1} \in B^*\) et le morphisme d’anneaux \(A \to B\) est étale standard, en particulier étale. Comme cela vaut pour tout ouvert affine de \(U\), nous concluons que \(\pi\) est étale. Par conséquent, \(\mathcal{U} = \{\pi : U' \to U\}\) est un recouvrement étale. De plus, \(f|_{U'} = (f')^n\), où \(f'\) est la classe de \(T\) dans \(\Gamma(U', \mathcal{O}_{U'}^*)\) ; ainsi, \(\mathcal{U}\) possède la propriété voulue.
Remarque
Le lemme 03PL est faux lorsque “étale” est remplacé par “Zariski”. Comme la topologie étale est moins fine que la topologie lisse, voir Topologies, lemme 0220, il s’ensuit que la suite est aussi exacte pour la topologie lisse.
D’après le théorème 03P8, le lemme 03PL et les propriétés générales de la cohomologie, nous obtenons la suite exacte longue de cohomologie \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & H_\etale^0(S, \mu_{n, S}) \ar[r] & \Gamma(S, \mathcal{O}_S^*) \ar[r]^{(\cdot)^n} & \Gamma(S, \mathcal{O}_S^*) \ar@(rd, ul)[rdllllr] \\ & H_\etale^1(S, \mu_{n, S}) \ar[r] & \Pic(S) \ar[r]^{(\cdot)^n} & \Pic(S) \ar@(rd, ul)[rdllllr] \\ & H_\etale^2(S, \mu_{n, S}) \ar[r] & \ldots }\] du moins si \(n\) est inversible sur \(S\). Lorsque \(n\) n’est pas inversible sur \(S\), nous pouvons appliquer le lemme suivant.
Lemme
Pour tout \(n \in \mathbf{N}\), la suite \[0 \to \mu_{n, S} \to \mathbf{G}_{m, S} \xrightarrow{(\cdot)^n} \mathbf{G}_{m, S} \to 0\] est une suite exacte courte de faisceaux sur les sites \((\Sch/S)_{fppf}\) et \((\Sch/S)_{syntomic}\).
Démonstration
Par définition, le faisceau \(\mu_{n, S}\) est le noyau de l’application \((\cdot)^n\). Il suffit donc de montrer que la dernière application est surjective. Comme la topologie syntomique est moins fine que la topologie fppf, voir Topologies, lemme 021N, il suffit de le démontrer pour la topologie syntomique. Soit \(U\) un schéma sur \(S\). Soit \(f \in \mathbf{G}_m(U) = \Gamma(U, \mathcal{O}_U^*)\). Nous devons montrer que nous pouvons trouver un recouvrement syntomique de \(U\) tel que la restriction de \(f\) à chacun de ses membres soit une puissance \(n\)-ième. Posons \[U' = \underline{\Spec}_U(\mathcal{O}_U[T]/(T^n-f)) \xrightarrow{\pi} U.\] (Voir Constructions, section 01LL ou 01LQ pour une présentation du spectre relatif.) Soit \(\Spec(A) \subset U\) un ouvert affine, et supposons que \(f|_{\Spec(A)}\) corresponde à l’unité \(a \in A^*\). Alors \(\pi^{-1}(\Spec(A)) = \Spec(B)\) avec \(B = A[T]/(T^n - a)\). Le morphisme d’anneaux \(A \to B\) est fini libre de rang \(n\), donc fidèlement plat, et nous en concluons que \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) est surjectif. Comme cela vaut pour tout ouvert affine de \(U\), nous concluons que \(\pi\) est surjectif. De plus, \(B\) est une intersection complète globale relative sur \(A\), donc le morphisme d’anneaux \(A \to B\) est syntomique standard, en particulier syntomique. Comme cela vaut pour tout ouvert affine de \(U\), nous concluons que \(\pi\) est syntomique. Par conséquent, \(\mathcal{U} = \{\pi : U' \to U\}\) est un recouvrement syntomique. De plus, \(f|_{U'} = (f')^n\), où \(f'\) est la classe de \(T\) dans \(\Gamma(U', \mathcal{O}_{U'}^*)\) ; ainsi, \(\mathcal{U}\) possède la propriété voulue.
Remarque
Le lemme 040N est faux pour les topologies lisse, étale ou de Zariski.
D’après le théorème 03P8, le lemme 040N et les propriétés générales de la cohomologie, nous obtenons la suite exacte longue de cohomologie \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & H_{fppf}^0(S, \mu_{n, S}) \ar[r] & \Gamma(S, \mathcal{O}_S^*) \ar[r]^{(\cdot)^n} & \Gamma(S, \mathcal{O}_S^*) \ar@(rd, ul)[rdllllr] \\ & H_{fppf}^1(S, \mu_{n, S}) \ar[r] & \Pic(S) \ar[r]^{(\cdot)^n} & \Pic(S) \ar@(rd, ul)[rdllllr] \\ & H_{fppf}^2(S, \mu_{n, S}) \ar[r] & \ldots }\] pour tout schéma \(S\) et tout entier \(n\). Bien entendu, il existe une suite analogue en cohomologie syntomique.
Soit \(n \in \mathbf{N}\) et soit \(S\) un schéma quelconque. Il existe une autre façon, plus directe, de décrire le premier groupe de cohomologie à valeurs dans \(\mu_n\). Considérons les paires \((\mathcal{L}, \alpha)\) où \(\mathcal{L}\) est un faisceau inversible sur \(S\) et \(\alpha : \mathcal{L}^{\otimes n} \to \mathcal{O}_S\) est une trivialisation de la \(n\)-ième puissance tensorielle de \(\mathcal{L}\). Soit \((\mathcal{L}', \alpha')\) une seconde paire de ce type. Un isomorphisme \(\varphi : (\mathcal{L}, \alpha) \to (\mathcal{L}', \alpha')\) est un isomorphisme \(\varphi : \mathcal{L} \to \mathcal{L}'\) de faisceaux inversibles tel que le diagramme \[\xymatrix{ \mathcal{L}^{\otimes n} \ar[d]_{\varphi^{\otimes n}} \ar[r]_\alpha & \mathcal{O}_S \ar[d]^1 \\ (\mathcal{L}')^{\otimes n} \ar[r]^{\alpha'} & \mathcal{O}_S \\ }\] soit commutatif. Nous avons donc [040P]\[\begin{equation} \mathit{Isom}_S((\mathcal{L}, \alpha), (\mathcal{L}', \alpha')) = \left\{ \begin{matrix} \emptyset & \text{si} & \text{elles ne sont pas isomorphes} \\ H^0(S, \mu_{n, S})\cdot \varphi & \text{si} & \varphi \text{ est un isomorphisme de paires} \end{matrix} \right. \end{equation}\] De plus, étant données deux paires \((\mathcal{L}, \alpha)\), \((\mathcal{L}', \alpha')\), le produit tensoriel \[(\mathcal{L}, \alpha) \otimes (\mathcal{L}', \alpha') = (\mathcal{L} \otimes \mathcal{L}', \alpha \otimes \alpha')\] est encore une paire. La paire \((\mathcal{O}_S, 1)\) est un élément neutre pour cette opération de produit tensoriel, et un inverse est donné par \[(\mathcal{L}, \alpha)^{-1} = (\mathcal{L}^{\otimes -1}, \alpha^{\otimes -1}).\] Ainsi, l’ensemble des classes d’isomorphisme de paires forme un groupe abélien. Notons que \[(\mathcal{L}, \alpha)^{\otimes n} = (\mathcal{L}^{\otimes n}, \alpha^{\otimes n}) \xrightarrow{\alpha} (\mathcal{O}_S, 1)\] est un isomorphisme ; par conséquent, tout élément de ce groupe est d’ordre divisant \(n\). Nous avertissons le lecteur que ce groupe n’est en général pas la \(n\)-torsion de \(\Pic(S)\).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Il existe une identification canonique \[H_\etale^1(S, \mu_n) = \text{groupe des paires }(\mathcal{L}, \alpha)\text{ \`a isomorphisme pr\`es comme ci-dessus}\] si \(n\) est inversible sur \(S\). En général, nous avons \[H_{fppf}^1(S, \mu_n) = \text{groupe des paires }(\mathcal{L}, \alpha)\text{ \`a isomorphisme pr\`es comme ci-dessus}.\] Le même résultat vaut en remplaçant fppf par syntomique.
Démonstration
Nous démontrons d’abord le second isomorphisme. Soit \((\mathcal{L}, \alpha)\) une paire comme ci-dessus. Choisissons un recouvrement de \(S = \bigcup U_i\) par des ouverts affines tel que \(\mathcal{L}|_{U_i} \cong \mathcal{O}_{U_i}\). Choisissons un générateur \(s_i \in \mathcal{L}(U_i)\). Alors \(\alpha(s_i^{\otimes n}) = f_i \in \mathcal{O}_S^*(U_i)\). En écrivant \(U_i = \Spec(A_i)\), nous voyons qu’il existe une intersection complète globale relative \(A_i \to B_i = A_i[T]/(T^n - f_i)\) telle que \(f_i\) devienne une puissance \(n\)-ième dans \(B_i\). Autrement dit, en posant \(V_i = \Spec(B_i)\), nous obtenons un recouvrement syntomique \(\mathcal{V} = \{V_i \to S\}_{i \in I}\) et des trivialisations \(\varphi_i : (\mathcal{L}, \alpha)|_{V_i} \to (\mathcal{O}_{V_i}, 1)\).
Nous utiliserons ce résultat (l’existence du recouvrement \(\mathcal{V}\)) pour associer à cette paire une classe de cohomologie dans \(H^1_{syntomic}(S, \mu_{n, S})\). Nous donnons deux constructions (équivalentes).
Première construction : au moyen de la cohomologie de Čech. Sur les intersections doubles \(V_i \times_S V_j\), nous avons l’isomorphisme \[(\mathcal{O}_{V_i \times_S V_j}, 1) \xrightarrow{\text{pr}_0^*\varphi_i^{-1}} (\mathcal{L}|_{V_i \times_S V_j}, \alpha|_{V_i \times_S V_j}) \xrightarrow{\text{pr}_1^*\varphi_j} (\mathcal{O}_{V_i \times_S V_j}, 1)\] de paires. D’après (040P), il est donné par un élément \(\zeta_{ij} \in \mu_n(V_i \times_S V_j)\). Nous omettons la vérification que ces \(\zeta_{ij}\) forment un \(1\)-cocycle, c’est-à-dire qu’ils donnent un élément \((\zeta_{i_0i_1}) \in \check C(\mathcal{V}, \mu_n)\) tel que \(d(\zeta_{i_0i_1}) = 0\). Sa classe est donc un élément de \(\check H^1(\mathcal{V}, \mu_n)\) et, d’après le théorème 03OW, elle a pour image une classe de cohomologie dans \(H^1_{syntomic}(S, \mu_{n, S})\).
Seconde construction : au moyen des torseurs. Considérons le préfaisceau \[\mu_n(\mathcal{L}, \alpha) : U \longmapsto \mathit{Isom}_U((\mathcal{O}_U, 1), (\mathcal{L}, \alpha)|_U)\] sur \((\Sch/S)_{syntomic}\). Nous pouvons le voir comme un sous-préfaisceau de \(\SheafHom_\mathcal{O}(\mathcal{O}, \mathcal{L})\) (faisceau Hom interne, voir Modules sur les sites, section 04TT). Comme les conditions qui définissent ce sous-préfaisceau sont locales, nous voyons que c’est un faisceau. D’après (040P), ce faisceau est muni d’une action libre du faisceau \(\mu_{n, S}\). Il reste donc seulement à vérifier qu’il admet localement des sections. C’est vrai grâce à l’existence du recouvrement trivialisant \(\mathcal{V}\). Ainsi, \(\mu_n(\mathcal{L}, \alpha)\) est un \(\mu_{n, S}\)-torseur et, d’après Cohomologie sur les sites, lemme 03AJ, nous obtenons un élément correspondant de \(H^1_{syntomic}(S, \mu_{n, S})\).
Il nous reste maintenant à montrer les points suivants :
Les deux constructions donnent la même classe de cohomologie.
Des paires isomorphes donnent la même classe de cohomologie.
La classe de cohomologie de \((\mathcal{L}, \alpha) \otimes (\mathcal{L}', \alpha')\) est la somme des classes de cohomologie de \((\mathcal{L}, \alpha)\) et \((\mathcal{L}', \alpha')\).
Si la classe de cohomologie est triviale, alors la paire est triviale.
Tout élément de \(H^1_{syntomic}(S, \mu_{n, S})\) est la classe de cohomologie d’une paire.
Nous omettons la preuve de (1). Le point (2) ressort clairement de la seconde construction, puisque des torseurs isomorphes donnent la même classe de cohomologie. Le point (3) ressort clairement de la première construction, puisque les classes de Čech obtenues s’additionnent. Le point (4) ressort clairement de la seconde construction, puisqu’un torseur est trivial si et seulement s’il possède une section globale, voir Cohomologie sur les sites, lemme 03AI.
Le point (5) se voit comme suit (bien qu’une preuve directe soit préférable). Supposons que \(\xi \in H^1_{syntomic}(S, \mu_{n, S})\). Alors \(\xi\) s’envoie sur un élément \(\overline{\xi} \in H^1_{syntomic}(S, \mathbf{G}_{m, S})\) tel que \(n \overline{\xi} = 0\). D’après le théorème 03P8, nous voyons que \(\overline{\xi}\) correspond à un faisceau inversible \(\mathcal{L}\) dont la \(n\)-ième puissance tensorielle est isomorphe à \(\mathcal{O}_S\). Il existe donc une paire \((\mathcal{L}, \alpha')\) dont la classe de cohomologie \(\xi'\) a la même image \(\overline{\xi'}\) dans \(H^1_{syntomic}(S, \mathbf{G}_{m, S})\). Il suffit donc de montrer que \(\xi - \xi'\) est la classe d’une paire. Par construction et d’après la suite exacte longue de cohomologie ci-dessus, nous voyons que \(\xi - \xi' = \partial(f)\) pour un certain \(f \in H^0(S, \mathcal{O}_S^*)\). Considérons la paire \((\mathcal{O}_S, f)\). Nous omettons la vérification que la classe de cohomologie de cette paire est \(\partial(f)\), ce qui achève la preuve de la première identification (avec fppf remplacée par syntomique).
Pour voir la première identification, notons que si \(n\) est inversible sur \(S\), alors le recouvrement \(\mathcal{V}\) construit dans la première partie de la preuve est en fait un recouvrement étale (comparer avec la preuve du lemme 03PL). Le reste de la preuve est indépendant de la topologie, à l’exception du tout dernier argument, qui utilise l’exactitude de la suite de Kummer, c’est-à-dire le lemme 03PL.
Voisinages, fibres et points
Nous pouvons associer à tout point géométrique de \(S\) un foncteur fibre qui est exact. Un morphisme de faisceaux sur \(S_\etale\) est un isomorphisme si et seulement s’il induit un isomorphisme sur toutes ces fibres. Un complexe de faisceaux abéliens est exact si et seulement si le complexe des fibres est exact en tout point géométrique. Ces faits, pris ensemble, signifient que le petit site étale d’un schéma \(S\) possède assez de points. Il se trouve aussi que tout point du petit topos étale de \(S\) (notion abstraite) est donné par un point géométrique. Ainsi, en un certain sens, le petit topos étale de \(S\) peut se comprendre en termes de points géométriques et de voisinages.
Définition
Soit \(S\) un schéma.
Un point géométrique de \(S\) est un morphisme \(\Spec(k) \to S\) où \(k\) est algébriquement clos. Un tel point se note habituellement \(\overline{s}\), autrement dit au moyen d’une lettre minuscule surmontée d’une barre. Nous employons souvent \(\overline{s}\) pour désigner aussi bien le schéma \(\Spec(k)\) que le morphisme, et nous employons \(\kappa(\overline{s})\) pour désigner \(k\).
Nous disons que \(\overline{s}\) est au-dessus de \(s\) pour indiquer que \(s \in S\) est l’image de \(\overline{s}\).
Un voisinage étale d’un point géométrique \(\overline{s}\) de \(S\) est un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & U \ar[d]^\varphi \\ {\overline{s}} \ar[r]^{\overline{s}} \ar[ur]^{\bar u} & S }\] où \(\varphi\) est un morphisme étale de schémas. Nous écrivons \((U, \overline{u}) \to (S, \overline{s})\).
Un morphisme de voisinages étales \((U, \overline{u}) \to (U', \overline{u}')\) est un \(S\)-morphisme \(h: U \to U'\) tel que \(\overline{u}' = h \circ \overline{u}\).
Remarque
Puisque \(U\) et \(U'\) sont étales sur \(S\), tout \(S\)-morphisme entre eux est lui aussi étale, voir la proposition 03PC. En particulier, tous les morphismes de voisinages étales sont étales.
Remarque
Soient \(S\) un schéma et \(s \in S\) un point. Dans Compléments sur les morphismes, définition 02LE, nous avons défini la notion de voisinage étale \((U, u) \to (S, s)\) de \((S, s)\). Si \(\overline{s}\) est un point géométrique de \(S\) au-dessus de \(s\), alors tout voisinage étale \((U, \overline{u}) \to (S, \overline{s})\) donne lieu à un voisinage étale \((U, u)\) de \((S, s)\) en prenant pour \(u \in U\) l’unique point de \(U\) tel que \(\overline{u}\) soit au-dessus de \(u\). Réciproquement, étant donné un voisinage étale \((U, u)\) de \((S, s)\), l’extension de corps résiduels \(\kappa(u)/\kappa(s)\) est finie séparable (voir la proposition 03PC) ; nous pouvons donc trouver un plongement \(\kappa(u) \subset \kappa(\overline{s})\) qui induit l’identité sur \(\kappa(s)\). Autrement dit, nous pouvons trouver un point géométrique \(\overline{u}\) de \(U\) au-dessus de \(u\) tel que \((U, \overline{u})\) soit un voisinage étale de \((S, \overline{s})\). Nous utiliserons ces observations pour passer d’un type de voisinage étale à l’autre.
Lemme
Soit \(S\) un schéma, et soit \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\). La catégorie des voisinages étales est cofiltrante. Plus précisément :
Soient \((U_i, \overline{u}_i)_{i = 1, 2}\) deux voisinages étales de \(\overline{s}\) dans \(S\). Alors il existe un troisième voisinage étale \((U, \overline{u})\) et des morphismes \((U, \overline{u}) \to (U_i, \overline{u}_i)\), \(i = 1, 2\).
Soient \(h_1, h_2: (U, \overline{u}) \to (U', \overline{u}')\) deux morphismes entre voisinages étales de \(\overline{s}\). Alors il existe un voisinage étale \((U'', \overline{u}'')\) et un morphisme \(h : (U'', \overline{u}'') \to (U, \overline{u})\) qui égalise \(h_1\) et \(h_2\), c’est-à-dire tel que \(h_1 \circ h = h_2 \circ h\).
Démonstration
Pour le point (1), considérons le produit fibré \(U = U_1 \times_S U_2\). Il est étale sur \(U_1\) et sur \(U_2\), puisque les morphismes étales sont préservés par changement de base, voir la proposition 03PC. Le morphisme \(\overline{s} \to U\) défini par \((\overline{u}_1, \overline{u}_2)\) lui confère la structure d’un voisinage étale muni de morphismes vers \(U_1\) et \(U_2\). Pour le point (2), définissons \(U''\) comme le produit fibré \[\xymatrix{ U'' \ar[r] \ar[d] & U \ar[d]^{(h_1, h_2)} \\ U' \ar[r]^-\Delta & U' \times_S U'. }\] Puisque les composées de \(\overline{u}\) et \(\overline{u}'\) vers \(S\) sont toutes deux égales à \(\overline{s}\), nous voyons que \(\overline{u}'' = (\overline{u}, \overline{u}')\) est un point géométrique de \(U''\). En particulier, \(U'' \not = \emptyset\). De plus, puisque \(U'\) est étale sur \(S\), le produit fibré \(U'\times_S U'\) l’est aussi (voir la proposition 03PC). Ainsi, la flèche verticale \((h_1, h_2)\) est étale d’après la remarque 03PP ci-dessus. Par conséquent, \(U''\) est étale sur \(U'\) par changement de base, et donc aussi étale sur \(S\) (car les composées de morphismes étales sont étales). Ainsi, \((U'', \overline{u}'')\) est une solution au problème.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\). Soit \((U, \overline{u})\) un voisinage étale de \(\overline{s}\). Soit \(\mathcal{U} = \{\varphi_i : U_i \to U \}_{i\in I}\) un recouvrement étale. Alors il existe \(i \in I\) et \(\overline{u}_i : \overline{s} \to U_i\) tels que \(\varphi_i : (U_i, \overline{u}_i) \to (U, \overline{u})\) soit un morphisme de voisinages étales.
Démonstration
Comme \(U = \bigcup_{i\in I} \varphi_i(U_i)\), le produit fibré \(\overline{s} \times_{\overline{u}, U, \varphi_i} U_i\) n’est pas vide pour un certain \(i\). Considérons alors le diagramme cartésien \[\xymatrix{ \overline{s} \times_{\overline{u}, U, \varphi_i} U_i \ar[d]^{\text{pr}_1} \ar[r]_-{\text{pr}_2} & U_i \ar[d]^{\varphi_i} \\ \Spec(k) = \overline{s} \ar@/^1pc/[u]^\sigma \ar[r]^-{\overline{u}} & U }\] La projection \(\text{pr}_1\) est le changement de base d’un morphisme étale ; elle est donc étale, voir la proposition 03PC. Par conséquent, \(\overline{s} \times_{\overline{u}, U, \varphi_i} U_i\) est une somme disjointe d’extensions finies séparables de \(k\), d’après la proposition 03PC. Ici, \(\overline{s} = \Spec(k)\). Mais \(k\) est algébriquement clos, donc toutes ces extensions sont triviales, et il existe une section \(\sigma\) de \(\text{pr}_1\). La composée \(\text{pr}_2 \circ \sigma\) donne un morphisme compatible avec \(\overline{u}\).
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\mathcal{F}\) un préfaisceau sur \(S_\etale\). Soit \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\). La fibre de \(\mathcal{F}\) en \(\overline{s}\) est \[\mathcal{F}_{\overline{s}} = \colim_{(U, \overline{u})} \mathcal{F}(U)\] où \((U, \overline{u})\) parcourt tous les voisinages étales de \(\overline{s}\) dans \(S\).
D’après le lemme 03PQ, cette limite inductive est indexée par une catégorie filtrante, à savoir l’opposée de la catégorie des voisinages étales. Autrement dit, un élément de \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\) peut étre considéré comme un triplet \((U, \overline{u}, \sigma)\) où \(\sigma \in \mathcal{F}(U)\). Deux triplets \((U, \overline{u}, \sigma)\), \((U', \overline{u}', \sigma')\) définissent le même élément de la fibre s’il existe un troisième voisinage étale \((U'', \overline{u}'')\) et des morphismes de voisinages étales \(h : (U'', \overline{u}'') \to (U, \overline{u})\), \(h' : (U'', \overline{u}'') \to (U', \overline{u}')\) tels que \(h^*\sigma = (h')^*\sigma'\) dans \(\mathcal{F}(U'')\). Voir Catégories, section 04AX.
Lemme
Soient \(S\) un schéma et \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\). Considérons le foncteur \[\begin{align*} u : S_\etale & \longrightarrow \textit{Ensembles}, \\ U & \longmapsto |U_{\overline{s}}| = \{\overline{u} \text{ tel que }(U, \overline{u}) \text{ soit un voisinage \'etale de }\overline{s}\}. \end{align*}\] Ici, \(|U_{\overline{s}}|\) désigne l’ensemble sous-jacent à la fibre géométrique. Alors \(u\) définit un point \(p\) du site \(S_\etale\) (Sites, définition 00Y5) et le foncteur fibre associé \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}_p\) (Sites, Equation 04EH) est le foncteur \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}_{\overline{s}}\) défini ci-dessus.
Démonstration
Dans la preuve du lemme 03PR, nous avons vu que le schéma \(U_{\overline{s}}\) est une somme disjointe de schémas isomorphes à \(\overline{s}\). Nous pouvons donc aussi considérer \(|U_{\overline{s}}|\) comme l’ensemble des points géométriques de \(U\) situés au-dessus de \(\overline{s}\), c’est-à-dire comme l’ensemble des morphismes \(\overline{u} : \overline{s} \to U\) qui s’inscrivent dans le diagramme de la définition 03PO. Il s’ensuit que \(u(S)\) est un singleton, et que \(u(U \times_V W) = u(U) \times_{u(V)} u(W)\) chaque fois que \(U \to V\) et \(W \to V\) sont des morphismes dans \(S_\etale\). Et, étant donné un recouvrement \(\{U_i \to U\}_{i \in I}\) dans \(S_\etale\), nous voyons que \(\coprod u(U_i) \to u(U)\) est surjectif par le lemme 03PR. Par conséquent, Sites, Proposition 00YC s’applique, de sorte que \(p\) est un point du site \(S_\etale\). Enfin, notre foncteur \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}_{\overline{s}}\) est donné par exactement la même limite inductive que le foncteur \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}_p\) associé à \(p\) dans Sites, Equation 04EH, ce qui démontre la dernière assertion.
Remarque
Soit \(S\) un schéma et soient \(\overline{s} : \Spec(k) \to S\) et \(\overline{s}' : \Spec(k') \to S\) deux points géométriques de \(S\). Un morphisme \(a : \overline{s} \to \overline{s}'\) de points géométriques est simplement un morphisme \(a : \Spec(k) \to \Spec(k')\) tel que \(\overline{s}' \circ a = \overline{s}\). Étant donné un tel morphisme, nous obtenons un foncteur de la catégorie des voisinages étales de \(\overline{s}'\) vers la catégorie des voisinages étales de \(\overline{s}\) par la règle \((U, \overline{u}') \mapsto (U, \overline{u}' \circ a)\). Nous obtenons donc une application canonique \[\mathcal{F}_{\overline{s}'} = \colim_{(U, \overline{u}')} \mathcal{F}(U) \longrightarrow \colim_{(U, \overline{u})} \mathcal{F}(U) = \mathcal{F}_{\overline{s}}\] donnée par Catégories, lemme 002K. En utilisant la description des éléments des fibres par des triplets, elle envoie l’élément de \(\mathcal{F}_{\overline{s}'}\) représenté par le triplet \((U, \overline{u}', \sigma)\) sur l’élément de \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\) représenté par le triplet \((U, \overline{u}' \circ a, \sigma)\). Comme le foncteur ci-dessus est manifestement une équivalence, nous concluons que cette application canonique est un isomorphisme de foncteurs fibres.
Assurons-nous que l’application de fibres correspondant à \(a\) est orientée dans le bon sens. Notons que ce qui précède signifie, d’après Sites, définition 00YI, que \(a\) définit un morphisme \(a : p \to p'\) entre les points \(p, p'\) du site \(S_\etale\) associés à \(\overline{s}, \overline{s}'\) par le lemme 04FM. Il existe des morphismes plus généraux de points (correspondant à des spécialisations de points de \(S\)), que nous décrirons plus loin et qui ne seront pas des isomorphismes, voir la section 0GJ2.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\).
Le foncteur fibre \(\textit{PAb}(S_\etale) \to \textit{Ab}\), \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}_{\overline{s}}\) est exact.
On a \((\mathcal{F}^\#)_{\overline{s}} = \mathcal{F}_{\overline{s}}\) pour tout préfaisceau d’ensembles \(\mathcal{F}\) sur \(S_\etale\).
Le foncteur \(\textit{Ab}(S_\etale) \to \textit{Ab}\), \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}_{\overline{s}}\) est exact.
De même, les foncteurs \(\textit{PSh}(S_\etale) \to \textit{Ensembles}\) et \(\Sh(S_\etale) \to \textit{Ensembles}\) donnés par le foncteur fibre \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}_{\overline{s}}\) sont exacts (voir Catégories, définition 0034) et commutent aux limites inductives arbitraires.
Démonstration
Avant d’indiquer comment le démontrer par des arguments directs, notons que le résultat découle de la théorie générale de Modules sur les sites, section 04EM. Cela est vrai parce que \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}_{\overline{s}}\) provient d’un point du petit site étale de \(S\), voir le lemme 04FM. Nous ne donnerons une preuve directe que de (1), (2) et (3), et omettrons une preuve directe de (4).
L’exactitude comme foncteur sur \(\textit{PAb}(S_\etale)\) découle formellement du fait que les limites inductives filtrantes commutent à toutes les limites inductives et aux limites finies. L’identification des fibres dans (2) se fait au moyen de l’application \[\kappa : \mathcal{F}_{\overline{s}} \longrightarrow (\mathcal{F}^\#)_{\overline{s}}\] induite par le morphisme naturel \(\mathcal{F}\to \mathcal{F}^\#\), voir le théorème 03NS. Nous affirmons que cette application est un isomorphisme de groupes abéliens. Nous montrerons l’injectivité et omettrons la preuve de la surjectivité.
Soit \(\sigma\in \mathcal{F}_{\overline{s}}\). Il existe un voisinage étale \((U, \overline{u})\to (S, \overline{s})\) tel que \(\sigma\) soit l’image d’une section \(s \in \mathcal{F}(U)\). Si \(\kappa(\sigma) = 0\) dans \((\mathcal{F}^\#)_{\overline{s}}\), alors il existe un morphisme de voisinages étales \((U', \overline{u}')\to (U, \overline{u})\) tel que \(s|_{U'}\) soit nul dans \(\mathcal{F}^\#(U')\). Il s’ensuit qu’il existe un recouvrement étale \(\{U_i'\to U'\}_{i\in I}\) tel que \(s|_{U_i'}=0\) dans \(\mathcal{F}(U_i')\) pour tout \(i\). Par le lemme 03PR, il existe \(i \in I\) et un morphisme \(\overline{u}_i': \overline{s} \to U_i'\) tels que \((U_i', \overline{u}_i') \to (U', \overline{u}')\to (U, \overline{u})\) soient des morphismes de voisinages étales. Ainsi \(\sigma = 0\) puisque \((U_i', \overline{u}_i') \to (U, \overline{u})\) est un morphisme de voisinages étales tel que l’on ait \(s|_{U'_i}=0\). Cela démontre que \(\kappa\) est injectif.
Pour montrer que le foncteur \(\textit{Ab}(S_\etale) \to \textit{Ab}\) est exact, considérons une suite exacte courte quelconque dans \(\textit{Ab}(S_\etale)\) : \(0\to \mathcal{F}\to \mathcal{G}\to \mathcal H \to 0.\) Elle nous donne la suite exacte de préfaisceaux \[0 \to \mathcal{F} \to \mathcal{G} \to \mathcal H \to \mathcal H/^p\mathcal{G} \to 0,\] où \(/^p\) désigne le quotient dans \(\textit{PAb}(S_\etale)\). En prenant les fibres en \(\overline{s}\), nous voyons que \((\mathcal H /^p\mathcal{G})_{\bar{s}} = (\mathcal H /\mathcal{G})_{\bar{s}} = 0\), puisque le faisceau associé à \(\mathcal H/^p\mathcal{G}\) est \(0\). Par conséquent, \[0\to \mathcal{F}_{\overline{s}} \to \mathcal{G}_{\overline{s}} \to \mathcal{H}_{\overline{s}} \to 0 = (\mathcal H/^p\mathcal{G})_{\overline{s}}\] est exacte, puisque prendre les fibres est exact comme foncteur sur les préfaisceaux.
Théorème
Soit \(S\) un schéma. Un morphisme \(a : \mathcal{F} \to \mathcal{G}\) de faisceaux d’ensembles est injectif (resp. surjectif) si et seulement si le morphisme sur les fibres \(a_{\overline{s}} : \mathcal{F}_{\overline{s}} \to \mathcal{G}_{\overline{s}}\) est injectif (resp. surjectif) pour tout point géométrique de \(S\). Une suite de faisceaux abéliens sur \(S_\etale\) est exacte si et seulement si elle est exacte sur toutes les fibres aux points géométriques de \(S\).
Démonstration
La nécessité de l’exactitude sur les fibres découle du lemme 03PT. Réciproquement, il suffit de montrer qu’un morphisme de faisceaux est surjectif (respectivement injectif) si et seulement s’il est surjectif (respectivement injectif) sur toutes les fibres. Nous le démontrons dans le cas de la surjectivité et omettons la preuve dans le cas de l’injectivité.
Soit \(\alpha : \mathcal{F} \to \mathcal{G}\) un morphisme de faisceaux tel que \(\mathcal{F}_{\overline{s}} \to \mathcal{G}_{\overline{s}}\) soit surjectif pour tout point géométrique. Fixons \(U \in \Ob(S_\etale)\) et \(s \in \mathcal{G}(U)\). Pour tout \(u \in U\), choisissons un \(\overline{u} \to U\) situé au-dessus de \(u\) et un voisinage étale \((V_u , \overline{v}_u) \to (U, \overline{u})\) tel que \(s|_{V_u} = \alpha(s_{V_u})\) pour un certain \(s_{V_u} \in \mathcal{F}(V_u)\). C’est possible puisque \(\alpha\) est surjectif sur les fibres. Alors \(\{V_u \to U\}_{u \in U}\) est un recouvrement étale sur lequel les restrictions de \(s\) appartiennent à l’image du morphisme \(\alpha\). Ainsi, \(\alpha\) est surjectif, voir Sites, section 00WL.
Remarques
Quelques remarques sur les points des sites géométriques.
Le théorème 03PU dit que la famille de points de \(S_\etale\) donnée par les points géométriques de \(S\) (lemme 04FM) est conservative, voir Sites, définition 00YK. En particulier, \(S_\etale\) a assez de points.
Supposons que \(\mathcal{F}\) soit un faisceau sur le grand site étale [04FP] de \(S\). Soit \(T \to S\) un objet du grand site étale de \(S\), et soit \(\overline{t}\) un point géométrique de \(T\). Nous définissons alors \(\mathcal{F}_{\overline{t}}\) comme la fibre de la restriction \(\mathcal{F}|_{T_\etale}\) de \(\mathcal{F}\) au petit site étale de \(T\). Autrement dit, nous pouvons définir la fibre de \(\mathcal{F}\) en tout point géométrique de tout schéma \(T/S \in \Ob((\Sch/S)_\etale)\).
Le grand site étale de \(S\) a lui aussi assez de points, en considérant tous les points géométriques de tous les objets de ce site, voir (04FP).
Le lemme suivant devrait être omis en première lecture.
Lemme
Soit \(S\) un schéma.
Soit \(p\) un point du petit site étale \(S_\etale\) de \(S\) donné par un foncteur \(u : S_\etale \to \textit{Ensembles}\). Alors il existe un point géométrique \(\overline{s}\) de \(S\) tel que \(p\) soit isomorphe au point de \(S_\etale\) associé à \(\overline{s}\) dans le lemme 04FM.
Soit \(p : \Sh(pt) \to \Sh(S_\etale)\) un point du petit topos étale de \(S\). Alors \(p\) provient d’un point géométrique de \(S\), c’est-à-dire que le foncteur fibre \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}_p\) est isomorphe à un foncteur fibre tel que défini dans la définition 040R.
Démonstration
D’après Sites, lemme 00YA, il existe une correspondance bijective entre les points du site et les points du topos associé ; il suffit donc de démontrer (1). D’après Sites, Proposition 00YC, le foncteur \(u\) a les propriétés suivantes : (a) \(u(S) = \{*\}\), (b) \(u(U \times_V W) = u(U) \times_{u(V)} u(W)\), et (c) si \(\{U_i \to U\}\) est un recouvrement étale, alors \(\coprod u(U_i) \to u(U)\) est surjectif. En particulier, si \(U' \subset U\) est un sous-schéma ouvert, alors \(u(U') \subset u(U)\). De plus, d’après Sites, lemme 00YA, nous pouvons écrire \(u(U) = p^{-1}(h_U^\#)\) ; autrement dit, \(u(U)\) est la fibre du faisceau représentable \(h_U\). Si \(U = V \amalg W\), alors nous voyons que \(h_U = (h_V \amalg h_W)^\#\) et obtenons \(u(U) = u(V) \amalg u(W)\) puisque \(p^{-1}\) est exact.
Considérons la restriction de \(u\) à \(S_{Zar}\). D’après Sites, Exemples 00YE et 04EJ, il existe un unique point \(s \in S\) tel que, pour \(S' \subset S\) ouvert, nous ayons \(u(S') = \{*\}\) si \(s \in S'\) et \(u(S') = \emptyset\) si \(s \not \in S'\). Notons que si \(\varphi : U \to S\) est un objet de \(S_\etale\), alors \(\varphi(U) \subset S\) est ouvert (voir la proposition 03PC) et \(\{U \to \varphi(U)\}\) est un recouvrement étale. Nous concluons donc que \(u(U) = \emptyset \Leftrightarrow s \not \in \varphi(U)\).
Choisissons un point géométrique \(\overline{s} : \overline{s} \to S\) au-dessus de \(s\), voir la définition 03PO pour l’abus de notation usuel. Supposons que \(\varphi : U \to S\) soit un objet de \(S_\etale\) avec \(U\) affine. Notons que \(\varphi\) est séparé et que la fibre \(U_s\) de \(\varphi\) au-dessus de \(s\) est un schéma affine sur \(\Spec(\kappa(s))\) et qu’elle est le spectre d’un produit fini d’extensions finies séparables \(k_i\) de \(\kappa(s)\). Nous pouvons donc appliquer Morphismes étales, lemme 04HM pour obtenir un voisinage étale \((V, \overline{v})\) de \((S, \overline{s})\) tel que \[U \times_S V = U_1 \amalg \ldots \amalg U_n \amalg W\] où \(U_i \to V\) est un isomorphisme et \(W\) n’a aucun point au-dessus de \(\overline{v}\). Nous concluons donc que \[u(U) \times u(V) = u(U \times_S V) = u(U_1) \amalg \ldots \amalg u(U_n) \amalg u(W)\] et, bien sûr, aussi \(u(U_i) = u(V)\). Après avoir un peu rétréci \(V\), nous pouvons supposer que \(V\) a exactement un point au-dessus de \(s\) et que, par conséquent, \(W\) n’a aucun point au-dessus de \(s\). D’après ce qui précède, cela donne alors \(u(W) = \emptyset\). Nous obtenons donc \[u(U) \times u(V) = u(U_1) \amalg \ldots \amalg u(U_n) = \coprod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} u(V)\] où les signes d’égalité sont compatibles avec les applications vers l’ensemble \(u(V)\). Notons que \(u(V) \not = \emptyset\) puisque \(s\) est dans l’image de \(V \to S\). En particulier, nous voyons que, dans cette situation, \(u(U)\) est un ensemble fini à \(n\) éléments : en effet, le membre de gauche a pour fibre \(u(U)\) au-dessus de tout élément de \(u(V)\) et le membre de droite a une fibre de cardinal \(n\).
Considérons la limite \[\lim_{(V, \overline{v})} u(V)\] sur la catégorie des voisinages étales \((V, \overline{v})\) de \(\overline{s}\). Il est clair que nous obtenons la même valeur en prenant la limite sur la sous-catégorie des \((V, \overline{v})\) tels que \(V\) soit affine. D’après le paragraphe précédent (appliqué en échangeant les rôles de \(V\) et \(U\)), nous voyons que, dans ce cas, \(u(V)\) est toujours un ensemble fini non vide. De plus, la catégorie d’indexation est cofiltrante, voir le lemme 03PQ. Par conséquent, d’après Catégories, section 04AY, la limite est non vide. Choisissons un élément \(x\) de cette limite. Cela signifie que nous obtenons un \(x_{V, \overline{v}} \in u(V)\) pour chaque voisinage étale \((V, \overline{v})\) de \((S, \overline{s})\) tel que, pour tout morphisme de voisinages étales \(\varphi : (V', \overline{v}') \to (V, \overline{v})\), on ait \(u(\varphi)(x_{V', \overline{v}'}) = x_{V, \overline{v}}\).
Nous utiliserons le choix de \(x\) pour construire une application bijective fonctorielle \[c : |U_{\overline{s}}| \longrightarrow u(U)\] pour \(U \in \Ob(S_\etale)\), ce qui conclura la preuve. Voir le lemme 04FM et sa preuve pour une description de \(|U_{\overline{s}}|\). Nous affirmons d’abord qu’il suffit de construire l’application pour \(U\) affine. Nous omettons la preuve de cette affirmation. Supposons que \(U \to S\) soit un objet de \(S_\etale\), avec \(U\) affine, et soit \(\overline{u} : \overline{s} \to U\) un élément de \(|U_{\overline{s}}|\). Choisissons \((V, \overline{v})\) tel que \(U \times_S V\) se décompose comme dans le troisième paragraphe de la preuve. Alors le couple \((\overline{u}, \overline{v})\) donne un point géométrique de \(U \times_S V\) au-dessus de \(\overline{v}\) et détermine l’une des composantes \(U_i\) de \(U \times_S V\). Plus précisément, il existe une section \(\sigma : V \to U \times_S V\) de la projection \(\text{pr}_U\) telle que \((\overline{u}, \overline{v}) = \sigma \circ \overline{v}\). Posons \(c(\overline{u}) = u(\text{pr}_U)(u(\sigma)(x_{V, \overline{v}})) \in u(U)\). Nous devons vérifier que cela est indépendant du choix de \((V, \overline{v})\). D’après le lemme 03PQ, la catégorie des voisinages étales est cofiltrante. Il suffit donc de montrer que, étant donnés un morphisme de voisinages étales \(\varphi : (V', \overline{v}') \to (V, \overline{v})\) et le choix d’une section \(\sigma' : V' \to U \times_S V'\) de la projection telle que \((\overline{u}, \overline{v'}) = \sigma' \circ \overline{v}'\), on a \(u(\sigma')(x_{V', \overline{v}'}) = u(\sigma)(x_{V, \overline{v}})\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ V' \ar[d]^{\sigma'} \ar[r]_\varphi & V \ar[d]^\sigma \\ U \times_S V' \ar[r]^{1 \times \varphi} & U \times_S V }\] Il se peut que ce diagramme ne soit pas commutatif. La raison en est que les schémas \(V'\) et \(V\) ne sont peut-être pas connexes, et donc que les décompositions utilisées ci-dessus pour construire \(\sigma'\) et \(\sigma\) ne sont peut-être pas uniques. Mais nous savons que \(\sigma \circ \varphi \circ \overline{v}' = (1 \times \varphi) \circ \sigma' \circ \overline{v}'\) par construction. Par conséquent, puisque \(U \times_S V\) est étale sur \(S\), il existe un voisinage ouvert \(V'' \subset V'\) de \(\overline{v'}\) tel que le diagramme soit commutatif après restriction à \(V''\), voir Morphismes, lemme 04HB. Cela signifie que nous pouvons compléter le diagramme ci-dessus en \[\xymatrix{ V'' \ar[r] \ar[d]^{\sigma'|_{V''}} & V' \ar[d]^{\sigma'} \ar[r]_\varphi & V \ar[d]^\sigma \\ U \times_S V'' \ar[r] & U \times_S V' \ar[r]^{1 \times \varphi} & U \times_S V }\] de sorte que le carré de gauche et le rectangle extérieur soient commutatifs. Comme \(u\) est un foncteur, cela implique que \(x_{V'', \overline{v}'}\) s’envoie sur le même élément de \(u(U \times_S V)\) quel que soit le chemin suivi dans le diagramme. D’autre part, il s’envoie sur les éléments \(x_{V', \overline{v}'}\) et \(x_{V, \overline{v}}\) dans \(u(V')\) et \(u(V)\). Cela implique l’égalité voulue \(u(\sigma')(x_{V', \overline{v}'}) = u(\sigma)(x_{V, \overline{v}})\).
De manière analogue, on démontre que la construction \(c : |U_{\overline{s}}| \to u(U)\) est fonctorielle en \(U\) ; nous omettons les détails. Enfin, d’après les résultats du troisième paragraphe, il est clair que l’application \(c\) est bijective, ce qui termine la preuve du lemme.
Points dans d’autres topologies
Dans cette section, nous discutons brièvement de l’existence de points pour certains sites autres que le site étale d’un schéma. Nous renvoyons à Sites, section 00YJ et à Topologies, section 020M et suivantes pour la terminologie employée dans cette section. Tous les sites géométriques ont assez de points.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Tous les sites suivants ont assez de points : \(S_{affine, Zar}\), \(S_{Zar}\), \(S_{affine, \etale}\), \(S_\etale\), \((\Sch/S)_{Zar}\), \((\textit{Aff}/S)_{Zar}\), \((\Sch/S)_\etale\), \((\textit{Aff}/S)_\etale\), \((\Sch/S)_{smooth}\), \((\textit{Aff}/S)_{smooth}\), \((\Sch/S)_{syntomic}\), \((\textit{Aff}/S)_{syntomic}\), \((\Sch/S)_{fppf}\) et \((\textit{Aff}/S)_{fppf}\).
Démonstration
Pour chacun des grands sites, le topos associé est équivalent au topos défini par le site \((\textit{Aff}/S)_\tau\), voir Topologies, lemmes 020W, 021E, 06VC, 06VD et 021V. Le résultat pour les sites \((\textit{Aff}/S)_\tau\) découle immédiatement du résultat de Deligne, Sites, lemme 0DW0.
Le résultat pour \(S_{Zar}\) est clair. Celui pour \(S_{affine, Zar}\) découle du résultat de Deligne. Le résultat pour \(S_\etale\) découle soit (de la preuve) du théorème 03PU, soit de Topologies, lemme 04HR et du résultat de Deligne appliqué à \(S_{affine, \etale}\).
Le lemme ci-dessus garantit l’existence de points, mais ne nous dit pas à quoi ils ressemblent. Nous pouvons construire explicitement certains points comme suit. Supposons que \(\overline{s} : \Spec(k) \to S\) soit un point géométrique, avec \(k\) algébriquement clos. Considérons le foncteur \[u : (\Sch/S)_{fppf} \longrightarrow \textit{Ensembles}, \quad u(U) = U(k) = \Mor_S(\Spec(k), U).\] Notons que \(U \mapsto U(k)\) commute aux limites finies puisque \(S(k) = \{\overline{s}\}\) et \((U_1 \times_U U_2)(k) = U_1(k) \times_{U(k)} U_2(k)\). De plus, si \(\{U_i \to U\}\) est un recouvrement fppf, alors \(\coprod U_i(k) \to U(k)\) est surjectif. D’après Sites, Proposition 00YC, nous voyons que \(u\) définit un point \(p\) de \((\Sch/S)_{fppf}\) dont les fibres sont \[\mathcal{F}_p = \colim_{(U, x)} \mathcal{F}(U)\] où la limite inductive porte, comme d’habitude, sur les couples \(U \to S\), \(x \in U(k)\). Mais... cette catégorie a un objet initial, à savoir \((\Spec(k), \text{id})\) ; nous voyons donc que \[\mathcal{F}_p = \mathcal{F}(\Spec(k))\] ce qui n’est guère intéressant ! En fait, en général, ces points ne forment pas une famille conservative de points. Un type de point plus intéressant est décrit dans la remarque suivante.
Remarque
Soit \(S = \Spec(A)\) un schéma affine. Soit \((p, u)\) un point du site \((\textit{Aff}/S)_{fppf}\), voir Sites, sections 00Y3 et 05UZ. Soit \(B = \mathcal{O}_p\) la fibre du faisceau structural au point \(p\). Rappelons que \[B = \colim_{(U, x)} \mathcal{O}(U) = \colim_{(\Spec(C), x_C)} C\] où \(x_C \in u(\Spec(C))\). Il peut arriver que \(\Spec(B)\) soit un objet de \((\textit{Aff}/S)_{fppf}\) et qu’il existe un élément \(x_B \in u(\Spec(B))\) qui s’envoie sur le système compatible \(x_C\). Dans ce cas, le système de voisinages a un objet initial et il s’ensuit que \(\mathcal{F}_p = \mathcal{F}(\Spec(B))\) pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \((\textit{Aff}/S)_{fppf}\). Il est immédiat de voir que, si \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}(\Spec(B))\) définit un point de \(\Sh((\textit{Aff}/S)_{fppf})\), alors \(B\) doit être une \(A\)-algèbre locale telle que, pour tout morphisme d’anneaux fidèlement plat et de présentation finie \(B \to B'\), il existe une section \(B' \to B\). Réciproquement, pour toute \(A\)-algèbre \(B\) de ce type, le foncteur \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}(\Spec(B))\) est le foncteur fibre d’un point. Nous omettons les détails. On ne sait pas clairement à quoi ressemble un point quelconque du site \((\textit{Aff}/S)_{fppf}\).
Supports des faisceaux abéliens
Nous commençons par les supports des sections locales.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\mathcal{F}\) un sous-faisceau de l’objet final du topos étale de \(S\) (voir Sites, exemple 00W3). Alors il existe un unique ouvert \(W \subset S\) tel que \(\mathcal{F} = h_W\).
Démonstration
La condition signifie que \(\mathcal{F}(U)\) est un singleton ou est vide pour tout \(\varphi : U \to S\) dans \(\Ob(S_\etale)\). En particulier, les sections locales se recollent toujours. Si \(\mathcal{F}(U) \not = \emptyset\), alors \(\mathcal{F}(\varphi(U)) \not = \emptyset\) parce que \(\{\varphi : U \to \varphi(U)\}\) est un recouvrement. Nous pouvons donc prendre \(W = \bigcup_{\varphi : U \to S, \mathcal{F}(U) \not = \emptyset} \varphi(U)\).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(S_\etale\). Soit \(\sigma \in \mathcal{F}(U)\) une section locale. Il existe un ouvert \(W \subset U\) tel que
\(W \subset U\) soit le plus grand ouvert de Zariski de \(U\) tel que \(\sigma|_W = 0\),
pour tout \(\varphi : V \to U\) dans \(S_\etale\), on ait \[\sigma|_V = 0 \Leftrightarrow \varphi(V) \subset W,\]
pour tout point géométrique \(\overline{u}\) de \(U\), on ait \[(U, \overline{u}, \sigma) = 0\text{ dans }\mathcal{F}_{\overline{s}} \Leftrightarrow \overline{u} \in W\] où \(\overline{s} = (U \to S) \circ \overline{u}\).
Démonstration
Comme \(\mathcal{F}\) est un faisceau pour la topologie étale, la restriction de \(\mathcal{F}\) à \(U_{Zar}\) est un faisceau sur \(U\) pour la topologie de Zariski. Il existe donc un ouvert de Zariski \(W\) ayant la propriété (1), voir Modules, lemme 01AU. Soit \(\varphi : V \to U\) un morphisme de \(S_\etale\). Notons que \(\varphi(V) \subset U\) est un ouvert et que \(\{V \to \varphi(V)\}\) est un recouvrement étale. Ainsi, si \(\sigma|_V = 0\), alors la condition de faisceau pour \(\mathcal{F}\) montre que \(\sigma|_{\varphi(V)} = 0\). Cela démontre (2). Pour démontrer (3), nous devons montrer que si \((U, \overline{u}, \sigma)\) définit l’élément nul de \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\), alors \(\overline{u} \in W\). Cela est vrai parce que l’hypothèse signifie qu’il existe un morphisme de voisinages étales \((V, \overline{v}) \to (U, \overline{u})\) tel que \(\sigma|_V = 0\). D’après (2), nous voyons donc que \(V \to U\) est à valeurs dans \(W\), et par conséquent que \(\overline{u} \in W\).
Soit \(S\) un schéma. Soit \(s \in S\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(S_\etale\). D’après la remarque 04FN, la classe d’isomorphisme de la fibre du faisceau \(\mathcal{F}\) en un point géométrique au-dessus de \(s\) est bien définie.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(S_\etale\).
Le support de \(\mathcal{F}\) est l’ensemble des points \(s \in S\) tels que \(\mathcal{F}_{\overline{s}} \not = 0\) pour tout (ou un) point géométrique \(\overline{s}\) au-dessus de \(s\).
Soit \(\sigma \in \mathcal{F}(U)\) une section. Le support de \(\sigma\) est le fermé \(U \setminus W\), où \(W \subset U\) est le plus grand ouvert de \(U\) sur lequel \(\sigma\) est nulle (voir le lemme 04FR).
En général, le support d’un faisceau abélien n’est pas fermé. Par exemple, supposons que \(S = \mathbf{A}^1_{\mathbf{C}}\). Soit \(i_t : \Spec(\mathbf{C}) \to S\) l’inclusion du point \(t \in \mathbf{C}\). Nous verrons plus loin que \(\mathcal{F}_t = i_{t, *}(\mathbf{Z}/2\mathbf{Z})\) est un faisceau abélien dont le support est exactement \(\{t\}\), voir la section 04E1. Alors \[\bigoplus\nolimits_{n \in \mathbf{N}} \mathcal{F}_n\] est un faisceau abélien de support \(\{1, 2, 3, \ldots\} \subset S\). Cela est vrai parce que prendre les fibres commute aux limites inductives, voir le lemme 03PT. Nous avons ainsi un exemple de faisceau abélien dont le support n’est pas fermé. Voici quelques faits fondamentaux sur les supports des faisceaux et des sections.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(S_\etale\). Soient \(U \in \Ob(S_\etale)\) et \(\sigma \in \mathcal{F}(U)\).
Le support de \(\sigma\) est fermé dans \(U\).
Le support de \(\sigma + \sigma'\) est contenu dans la réunion des supports de \(\sigma, \sigma' \in \mathcal{F}(U)\).
Si \(\varphi : \mathcal{F} \to \mathcal{G}\) est un morphisme de faisceaux abéliens sur \(S_\etale\), alors le support de \(\varphi(\sigma)\) est contenu dans le support de \(\sigma \in \mathcal{F}(U)\).
Le support de \(\mathcal{F}\) est la réunion des images des supports de toutes les sections locales de \(\mathcal{F}\).
Si \(\mathcal{F} \to \mathcal{G}\) est surjectif, alors le support de \(\mathcal{G}\) est un sous-ensemble du support de \(\mathcal{F}\).
Si \(\mathcal{F} \to \mathcal{G}\) est injectif, alors le support de \(\mathcal{F}\) est un sous-ensemble du support de \(\mathcal{G}\).
Démonstration
L’assertion (1) est vraie par définition. Les assertions (2) et (3) sont vraies parce qu’elles le sont pour les restrictions de \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) à \(U_{Zar}\), voir Modules, lemme 01AU. L’assertion (4) est une conséquence directe de la partie (3) du lemme 04FR. Les assertions (5) et (6) découlent des autres.
Lemme
Le support d’un faisceau d’anneaux sur \(S_\etale\) est fermé.
Démonstration
Cela est vrai parce que (selon nos conventions) un anneau est \(0\) si et seulement si \(1 = 0\) ; par conséquent, le support d’un faisceau d’anneaux est le support de la section unité.
Anneaux henséliens
Nous commençons par énoncer un théorème qui a déjà été utilisé de nombreuses fois dans le projet Champs. Il existe de nombreuses versions de ce résultat ; ici, nous n’énonçons que la version algébrique.
Théorème
Soient \(A\to B\) un morphisme d’anneaux de type fini et \(\mathfrak p \subset A\) un idéal premier. Alors il existe un morphisme d’anneaux étale \(A \to A'\) et un idéal premier \(\mathfrak p' \subset A'\) au-dessus de \(\mathfrak p\) tels que
\(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak p')\),
\(B \otimes_A A' = B_1\times \ldots \times B_r \times C\),
\(A'\to B_i\) est fini et il existe un unique idéal premier \(q_i\subset B_i\) au-dessus de \(\mathfrak p'\), et
toutes les composantes irréductibles de la fibre \(\Spec(C \otimes_{A'} \kappa(\mathfrak p'))\) de \(C\) au-dessus de \(\mathfrak p'\) sont de dimension au moins 1.
Démonstration
Voir Algèbre, lemme 00UK, ou voir [EGA4, Théorème 18.12.1]. Pour de nombreuses versions en termes de morphismes de schémas, voir Compléments sur les morphismes, section 04HF.
Rappelons le lemme de Hensel. Il existe de nombreuses versions de ce lemme. En voici deux :
si \(f\in \mathbf{Z}_p[T]\) est unitaire et \(f \bmod p = g_0 h_0\) avec \(gcd(g_0, h_0) = 1\), alors \(f\) se factorise sous la forme \(f = gh\) avec \(\bar g = g_0\) et \(\bar h = h_0\),
si \(f \in \mathbf{Z}_p[T]\) est unitaire, \(a_0 \in \mathbf{F}_p\), \(\bar f(a_0) =0\) mais \(\bar f'(a_0) \neq 0\), alors il existe \(a \in \mathbf{Z}_p\) tel que \(f(a) = 0\) et \(\bar a = a_0\).
Les deux versions sont vraies (nous le verrons plus loin). La première version demande des relèvements de factorisations en facteurs premiers entre eux, et la seconde demande des relèvements de racines simples modulo l’idéal maximal. Il se trouve que, pour un anneau local général, ces deux conditions sont équivalentes, et qu’elles sont équivalentes à beaucoup d’autres conditions. Nous utilisons la propriété de relèvement des racines comme définition d’un anneau local hensélien, car c’est souvent la plus facile à vérifier.
Définition
(Voir Algèbre, définition 04GF.) Un anneau local \((R, \mathfrak m, \kappa)\) est dit hensélien si, pour tout \(f \in R[T]\) unitaire et tout \(a_0 \in \kappa\) tel que \(\bar f(a_0) = 0\) et \(\bar f'(a_0) \neq 0\), il existe un \(a \in R\) tel que \(f(a) = 0\) et \(a \bmod \mathfrak m = a_0\).
Les anneaux locaux complets constituent un bon exemple d’anneaux locaux henséliens à garder à l’esprit. Rappelons (Algèbre, définition 0324) qu’un anneau local complet est un anneau local \((R, \mathfrak m)\) tel que \(R \cong \lim_n R/\mathfrak m^n\), c’est-à-dire complet et séparé pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique.
Théorème
Les anneaux locaux complets sont henséliens.
Démonstration
Méthode de Newton. Voir Algèbre, lemme 04GM.
Théorème
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
\(R\) est hensélien,
pour tout \(f\in R[T]\) et toute factorisation \(\bar f = g_0 h_0\) dans \(\kappa[T]\) avec \(\gcd(g_0, h_0)=1\), il existe une factorisation \(f = gh\) dans \(R[T]\) avec \(\bar g = g_0\) et \(\bar h = h_0\),
toute \(R\)-algèbre finie \(S\) est isomorphe à un produit fini d’anneaux locaux finis sur \(R\),
toute \(R\)-algèbre de type fini \(A\) est isomorphe à un produit \(A \cong A' \times C\) où \(A' \cong A_1 \times \ldots \times A_r\) est un produit de \(R\)-algèbres locales finies et toutes les composantes irréductibles de \(C \otimes_R \kappa\) sont de dimension au moins 1,
si \(A\) est une \(R\)-algèbre étale et \(\mathfrak n\) un idéal maximal de \(A\) au-dessus de \(\mathfrak m\) tel que \(\kappa \cong A/\mathfrak n\), alors il existe un isomorphisme \(\varphi : A \cong R \times A'\) tel que \(\varphi(\mathfrak n) = \mathfrak m \times A' \subset R \times A'\).
Démonstration
Il s’agit simplement d’une partie des résultats de Algèbre, lemme 04GG. Notons que la partie (5) ci-dessus correspond à la partie (8) de Algèbre, lemme 04GG, mais qu’elle est formulée légèrement différemment.
Lemme
Si \(R\) est hensélien et \(A\) est une \(R\)-algèbre finie, alors \(A\) est un produit fini d’anneaux locaux henséliens.
Démonstration
Voir Algèbre, lemme 04GH.
Définition
Un anneau local \(R\) est dit strictement hensélien s’il est hensélien et si son corps résiduel est séparablement clos.
Exemple
Dans le cas \(R = \mathbf{C}[[t]]\), les \(R\)-algèbres étales sont des produits finis de l’extension triviale \(R \to R\) et des extensions \(R \to R[X, X^{-1}]/(X^n-t)\). Ces dernières se factorisent par l’ouvert \(D(t) \subset \Spec(R)\), de sorte que tout recouvrement étale peut être raffiné par le recouvrement \(\{\text{id} : \Spec(R) \to \Spec(R)\}\). Nous verrons ci-dessous que c’est un fait assez général sur les recouvrements étales des spectres d’anneaux henséliens. Cela montrera que la cohomologie étale supérieure du spectre d’un anneau strictement hensélien est nulle.
Théorème
Soient \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local et \(\kappa\subset\kappa^{sep}\) une clôture algébrique séparable. Il existe des morphismes locaux plats canoniques d’anneaux \(R \to R^h \to R^{sh}\) tels que
\(R^h\), \(R^{sh}\) soient des limites inductives filtrantes de \(R\)-algèbres étales,
\(R^h\) soit hensélien, \(R^{sh}\) soit strictement hensélien,
\(\mathfrak m R^h\) (resp. \(\mathfrak m R^{sh}\)) soit l’idéal maximal de \(R^h\) (resp. de \(R^{sh}\)), et
\(\kappa = R^h/\mathfrak m R^h\), et \(\kappa^{sep} = R^{sh}/\mathfrak m R^{sh}\) comme extensions de \(\kappa\).
Démonstration
La structure de \(R^h\) et de \(R^{sh}\) est décrite dans Algèbre, lemmes 04GN et 04GP.
Les anneaux construits dans le théorème 03QL sont appelés respectivement l’hensélisation et l’hensélisation stricte de l’anneau local \(R\), voir Algèbre, définition 04GQ. De nombreuses propriétés de \(R\) se reflètent dans son hensélisation (stricte), voir Compléments d’algèbre, section 07QL.
Fibres du faisceau structural
Dans cette section, nous identifions la fibre du faisceau structural en un point géométrique à l’hensélisation stricte de l’anneau local au point “usuel” correspondant.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\) au-dessus de \(s \in S\). Posons \(\kappa = \kappa(s)\) et notons \(\kappa \subset \kappa^{sep} \subset \kappa(\overline{s})\) la clôture algébrique séparable de \(\kappa\) dans \(\kappa(\overline{s})\). Alors il existe une identification canonique \[(\mathcal{O}_{S, s})^{sh} \cong (\mathcal{O}_S)_{\overline{s}}\] où le membre de gauche est l’hensélisation stricte de l’anneau local \(\mathcal{O}_{S, s}\) telle qu’elle est décrite dans le théorème 03QL, et le membre de droite est la fibre du faisceau structural \(\mathcal{O}_S\) sur \(S_\etale\) au point géométrique \(\overline{s}\).
Démonstration
Soit \(\Spec(A) \subset S\) un voisinage affine de \(s\). Soit \(\mathfrak p \subset A\) l’idéal premier correspondant à \(s\). Avec ces choix, nous avons des isomorphismes canoniques \(\mathcal{O}_{S, s} = A_{\mathfrak p}\) et \(\kappa(s) = \kappa(\mathfrak p)\). Nous avons donc \(\kappa(\mathfrak p) \subset \kappa^{sep} \subset \kappa(\overline{s})\). Rappelons que \[(\mathcal{O}_S)_{\overline{s}} = \colim_{(U, \overline{u})} \mathcal{O}(U)\] où la limite inductive porte sur les voisinages étales de \((S, \overline{s})\). Un système cofinal est donné par les voisinages étales \((U, \overline{u})\) tels que \(U\) soit affine et que \(U \to S\) se factorise par \(\Spec(A)\). Autrement dit, nous voyons que \[(\mathcal{O}_S)_{\overline{s}} = \colim_{(B, \mathfrak q, \phi)} B\] où la limite inductive porte sur les \(A\)-algèbres étales \(B\) munies d’un idéal premier \(\mathfrak q\) au-dessus de \(\mathfrak p\) et d’un morphisme de \(\kappa(\mathfrak p)\)-algèbres \(\phi : \kappa(\mathfrak q) \to \kappa(\overline{s})\). Notons que, puisque \(\kappa(\mathfrak q)\) est une extension finie séparable de \(\kappa(\mathfrak p)\), l’image de \(\phi\) est contenue dans \(\kappa^{sep}\). Moyennant ces identifications, le résultat du lemme est équivalent au résultat de Algèbre, lemme 04GW.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\) au-dessus du point \(s \in S\).
L’anneau local étale de \(S\) en \(\overline{s}\) est la fibre du faisceau structural \(\mathcal{O}_S\) sur \(S_\etale\) en \(\overline{s}\). Nous appelons parfois cet anneau l’hensélisation stricte de \(\mathcal{O}_{S, s}\) relative au point géométrique \(\overline{s}\). Notation utilisée : \(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}\).
L’hensélisation de \(\mathcal{O}_{S, s}\) désigne l’hensélisation de l’anneau local de \(S\) en \(s\). Voir Algèbre, définition 04GQ, et le théorème 03QL. Notation : \(\mathcal{O}_{S, s}^h\).
L’hensélisation stricte de \(S\) en \(\overline{s}\) est le schéma \(\Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh})\).
L’hensélisation de \(S\) en \(s\) est le schéma \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s}^h)\).
Soit \(f : T \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\overline{t}\) un point géométrique de \(T\) d’image \(\overline{s}\) dans \(S\). Soient \(t \in T\) et \(s \in S\) leurs images. Nous obtenons alors un diagramme commutatif canonique \[\xymatrix{ \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{T, \overline{t}}) \ar[r] \ar[d] & \Spec(\mathcal{O}^h_{T, t}) \ar[r] \ar[d] & T \ar[d]^f \\ \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}) \ar[r] & \Spec(\mathcal{O}^h_{S, s}) \ar[r] & S }\] des hensélisations et hensélisations strictes de \(T\) et de \(S\). On peut le démontrer en choisissant des voisinages affines de \(t\) et de \(s\) et en utilisant la fonctorialité des hensélisations (strictes) donnée par Algèbre, lemmes 08HU et 08HV.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(s \in S\). Alors \[\mathcal{O}_{S, s}^h = \colim_{(U, u)} \mathcal{O}(U)\] où la limite inductive porte sur la catégorie filtrante des voisinages étales \((U, u)\) de \((S, s)\) tels que \(\kappa(s) = \kappa(u)\).
Démonstration
Ce lemme est une copie de Compléments sur les morphismes, lemme 05KS.
Remarque
Soit \(S\) un schéma. Soit \(s \in S\). Si \(S\) est localement noethérien, alors \(\mathcal{O}_{S, s}^h\) est lui aussi noethérien et il a le même complété : \[\widehat{\mathcal{O}_{S, s}} \cong \widehat{\mathcal{O}_{S, s}^h}.\] En particulier, \(\mathcal{O}_{S, s} \subset \mathcal{O}_{S, s}^h \subset \widehat{\mathcal{O}_{S, s}}\). L’hensélisation de \(\mathcal{O}_{S, s}\) est en général beaucoup plus petite que son complété et hérite de nombre de ses propriétés. Par exemple, si \(\mathcal{O}_{S, s}\) est réduit, alors \(\mathcal{O}_{S, s}^h\) l’est aussi, mais ce n’est en général pas vrai du complété. Insérer ici des références futures.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Le petit site étale \(S_\etale\), muni de son faisceau structural \(\mathcal{O}_S\), est un site localement annelé, voir Modules sur les sites, définition 04EU.
Démonstration
Cela résulte du fait que les fibres \((\mathcal{O}_S)_{\overline{s}} = \mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}\) sont des anneaux locaux, et du fait que \(S_\etale\) a assez de points, voir le lemme 04HX, le théorème 03PU, et les remarques 040S. Voir Modules sur les sites, lemmes 04ET et 05D8 pour le fait que cela implique que le petit site étale est localement annelé.
Fonctorialité du petit topos étale
Jusqu’ici, nous n’avons pas abordé la fonctorialité du site étale, autrement dit ce qui se passe lorsque l’on se donne un morphisme de schémas. Une discussion formelle précise se trouve dans Topologies, section 0214. Dans cette section et les suivantes, nous examinons brièvement ces questions, plus précisément dans le cadre des petits sites étales.
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Nous obtenons un foncteur [04I1]\[\begin{equation} u : Y_\etale \longrightarrow X_\etale, \quad V/Y \longmapsto X \times_Y V/X. \end{equation}\] Ce foncteur possède les propriétés importantes suivantes :
\(u(\text{objet final}) = \text{objet final}\),
\(u\) préserve les produits fibrés,
si \(\{V_j \to V\}\) est un recouvrement dans \(Y_\etale\), alors \(\{u(V_j) \to u(V)\}\) est un recouvrement dans \(X_\etale\).
Chacune d’elles se vérifie facilement (nous omettons la vérification). Par conséquent, nous obtenons ce que l’on appelle un morphisme de sites \[f_{small} : X_\etale \longrightarrow Y_\etale,\] voir Sites, définition 00X1 et Sites, Proposition 00X6. Il n’est pas nécessaire de connaître en détail la notion abstraite pour travailler avec les faisceaux étales et la cohomologie étale. Il suffit habituellement de savoir qu’il existe des foncteurs \(f_{small, *}\) (image directe) et \(f_{small}^{-1}\) (image inverse) sur les faisceaux étales, et de connaître quelques-unes de leurs propriétés simples. Nous examinerons ces propriétés dans les sections suivantes, mais nous nous référerons parfois au cadre plus abstrait pour les démonstrations, car c’est souvent le cadre naturel pour les ètablir.
Images directes
Définissons l’image directe d’un préfaisceau.
Définition
Soit \(f: X\to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un préfaisceau d’ensembles sur \(X_\etale\). L’image directe, ou poussée en avant, de \(\mathcal{F}\) (par \(f\)) est \[f_*\mathcal{F} : Y_\etale^{opp} \longrightarrow \textit{Ensembles}, \quad (V/Y) \longmapsto \mathcal{F}(X \times_Y V/X).\] Nous ècrivons parfois \(f_* = f_{small, *}\) pour distinguer ce foncteur des autres foncteurs d’image directe (comme l’image directe usuelle pour la topologie de Zariski ou \(f_{big, *}\)).
C’est bien un préfaisceau étale, puisque le changement de base d’un morphisme étale est encore étale. Une façon plus catégorique de l’exprimer consiste à dire que \(f_*\mathcal{F}\) est le foncteur composé \(\mathcal{F} \circ u\) où \(u\) est défini par l’équation (04I1). Cela montre clairement que la construction dépend fonctoriellement du préfaisceau \(\mathcal{F}\) et nous obtenons donc un foncteur \[f_* = f_{small, *} : \textit{PSh}(X_\etale) \longrightarrow \textit{PSh}(Y_\etale)\] Notons que si \(\mathcal{F}\) est un préfaisceau de groupes abéliens, alors \(f_*\mathcal{F}\) est aussi un préfaisceau de groupes abéliens et nous obtenons \[f_* = f_{small, *} : \textit{PAb}(X_\etale) \longrightarrow \textit{PAb}(Y_\etale)\] comme précédemment (c’est-à-dire défini par exactement la même règle).
Remarque
Nous affirmons que l’image directe d’un faisceau est un faisceau. En effet, si \(\{V_j \to V\}\) est un recouvrement étale dans \(Y_\etale\), alors \(\{X \times_Y V_j \to X \times_Y V\}\) est un recouvrement étale dans \(X_\etale\). Par conséquent, la condition de faisceau pour \(\mathcal{F}\) relativement à \(\{X \times_Y V_i \to X \times_Y V\}\) est èquivalente à la condition de faisceau pour \(f_*\mathcal{F}\) relativement à \(\{V_i \to V\}\). Ainsi, si \(\mathcal{F}\) est un faisceau, \(f_*\mathcal{F}\) l’est aussi.
Définition
Soit \(f: X\to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau d’ensembles sur \(X_\etale\). L’image directe, ou poussée en avant, de \(\mathcal{F}\) (par \(f\)) est \[f_*\mathcal{F} : Y_\etale^{opp} \longrightarrow \textit{Ensembles}, \quad (V/Y) \longmapsto \mathcal{F}(X \times_Y V/X)\] qui est un faisceau d’après la remarque 03PX. Nous ècrivons parfois \(f_* = f_{small, *}\) pour distinguer ce foncteur des autres foncteurs d’image directe (comme l’image directe usuelle pour la topologie de Zariski ou \(f_{big, *}\)).
La discussion précédente s’applique mot pour mot et nous obtenons des foncteurs \[f_* = f_{small, *} : \Sh(X_\etale) \longrightarrow \Sh(Y_\etale)\] et \[f_* = f_{small, *} : \textit{Ab}(X_\etale) \longrightarrow \textit{Ab}(Y_\etale)\] à nouveau appelés foncteurs d’image directe.
Le foncteur \(f_*\) sur les faisceaux abéliens est exact à gauche. (Voir Homology, section 010M pour savoir ce que signifie qu’un foncteur entre catégories abéliennes est exact à gauche.) En effet, si \(0 \to \mathcal{F}_1 \to \mathcal{F}_2 \to \mathcal{F}_3\) est exacte sur \(X_\etale\), alors, pour tout \(U/X \in \Ob(X_\etale)\), la suite de groupes abéliens \(0 \to \mathcal{F}_1(U) \to \mathcal{F}_2(U) \to \mathcal{F}_3(U)\) est exacte. Par conséquent, pour tout \(V/Y \in \Ob(Y_\etale)\), la suite de groupes abéliens \(0 \to f_*\mathcal{F}_1(V) \to f_*\mathcal{F}_2(V) \to f_*\mathcal{F}_3(V)\) est exacte, car c’est la suite précédente avec \(U = X \times_Y V\).
Définition
Soit \(f: X \to Y\) un morphisme de schémas. Les foncteurs dérivés droits \(\{R^pf_*\}_{p \geq 1}\) de \(f_* : \textit{Ab}(X_\etale) \to \textit{Ab}(Y_\etale)\) sont appelés images directes supérieures.
Les images directes supérieures et leurs variantes dans la catégorie dérivée sont examinées plus en détail dans (insérer ici une référence future).
Image inverse
Dans cette section, nous examinons brièvement l’image inverse des faisceaux sur les petits sites étales. Sa construction précise se trouve dans Topologies, section 0214.
Définition
Soit \(f: X\to Y\) un morphisme de schémas. Les foncteurs d’image inverse, ou de tiré en arrière2 sont les foncteurs \[f^{-1} = f_{small}^{-1} : \Sh(Y_\etale) \longrightarrow \Sh(X_\etale)\] et \[f^{-1} = f_{small}^{-1} : \textit{Ab}(Y_\etale) \longrightarrow \textit{Ab}(X_\etale)\] qui sont adjoints à gauche de \(f_* = f_{small, *}\). Ainsi, \(f^{-1}\) est caractérisé par le fait que \[\Hom_{{\Sh(X_\etale)}} (f^{-1}\mathcal{G}, \mathcal{F}) = \Hom_{\Sh(Y_\etale)} (\mathcal{G}, f_*\mathcal{F})\] fonctoriellement, pour tout \(\mathcal{F} \in \Sh(X_\etale)\) et tout \(\mathcal{G} \in \Sh(Y_\etale)\). De même, nous avons \[\Hom_{{\textit{Ab}(X_\etale)}} (f^{-1}\mathcal{G}, \mathcal{F}) = \Hom_{\textit{Ab}(Y_\etale)} (\mathcal{G}, f_*\mathcal{F})\] pour \(\mathcal{F} \in \textit{Ab}(X_\etale)\) et \(\mathcal{G} \in \textit{Ab}(Y_\etale)\).
L’existence d’un tel adjoint n’est pas triviale. En revanche, il existe dans un cadre assez général, voir la remarque 03Q2 ci-dessous. Le formalisme général montre que \(f^{-1}\mathcal{G}\) est le faisceau associé au préfaisceau [04I3]\[\begin{equation} U/X \longmapsto \colim_{U \to X \times_Y V} \mathcal{G}(V/Y) \end{equation}\] où la limite inductive est prise sur la catégorie des couples \((V/Y, \varphi : U/X \to X \times_Y V/X)\). Pour le voir, appliquons Sites, Proposition 00X6 au foncteur \(u\) de l’équation (04I1) et utilisons la description de \(u_s = (u_p\ )^\#\) dans Sites, sections 00WU et 00VC. Nous utiliserons occasionnellement cette formule pour l’image inverse afin de démontrer certaines de ses propriétés fondamentales.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas.
Le foncteur \(f^{-1} : \textit{Ab}(Y_\etale) \to \textit{Ab}(X_\etale)\) est exact.
Le foncteur \(f^{-1} : \Sh(Y_\etale) \to \Sh(X_\etale)\) est exact, c’est-à-dire qu’il commute aux limites et colimites finies, voir Catégories, définition 0034.
Soit \(\overline{x} \to X\) un point géométrique. Soit \(\mathcal{G}\) un faisceau sur \(Y_\etale\). Il existe alors une identification canonique \[(f^{-1}\mathcal{G})_{\overline{x}} = \mathcal{G}_{\overline{y}}.\] où \(\overline{y} = f \circ \overline{x}\).
Pour tout \(V \to Y\) étale, nous avons \(f^{-1}h_V = h_{X \times_Y V}\).
Démonstration
L’exactitude de \(f^{-1}\) sur les faisceaux d’ensembles résulte de Sites, Proposition 00X6 appliquée à notre foncteur \(u\) de l’équation (04I1). En fait, l’exactitude de l’image inverse fait partie de la définition d’un morphisme de topos (ou de sites, si l’on préfère). Ainsi, (2) est vérifié. Cela implique (1), car, pour tout faisceau abélien \(\mathcal{G}\) sur \(Y_\etale\), le faisceau d’ensembles sous-jacent à \(f^{-1}\mathcal{F}\) est le même que l’image par \(f^{-1}\) du faisceau d’ensembles sous-jacent à \(\mathcal{F}\), voir Sites, section 00YR. Voir aussi Modules sur les sites, lemme 04JC. Dans la littérature, (1) et (2) sont parfois déduits de (3) au moyen du théorème 03PU.
L’assertion (3) est un fait général sur les fibres des images inverses, voir Sites, lemme 05V1. Nous allons aussi démontrer directement (3) comme suit. Notons, d’après le lemme 03PT, que la prise des fibres commute à la faisceautisation. Rappelons maintenant que \(f^{-1}\mathcal{G}\) est le faisceau associé au préfaisceau \[U \longrightarrow \colim_{U \to X \times_Y V} \mathcal{G}(V),\] voir l’équation (04I3). Ainsi, nous avons \[\begin{align*} (f^{-1}\mathcal{G})_{\overline{x}} & = \colim_{(U, \overline{u})} f^{-1}\mathcal{G}(U) \\ & = \colim_{(U, \overline{u})} \colim_{a : U \to X \times_Y V} \mathcal{G}(V) \\ & = \colim_{(V, \overline{v})} \mathcal{G}(V) \\ & = \mathcal{G}_{\overline{y}} \end{align*}\] Dans la troisième ègalité, le couple \((U, \overline{u})\) et le morphisme \(a : U \to X \times_Y V\) correspondent au couple \((V, a \circ \overline{u})\).
L’assertion (4) se démontre de manière analogue en identifiant les limites inductives qui définissent \(f^{-1}h_V\). On peut aussi utiliser le lemme de Yoneda (Catégories, lemme 001P) et les ègalités fonctorielles \[\Mor_{\Sh(X_\etale)}(f^{-1}h_V, \mathcal{F}) = \Mor_{\Sh(Y_\etale)}(h_V, f_*\mathcal{F}) = f_*\mathcal{F}(V) = \mathcal{F}(X \times_Y V)\] ainsi que le fait que les préfaisceaux représentables sont des faisceaux. Voir aussi Sites, lemme 04D3 pour un résultat entièrement général.
Le couple de foncteurs \((f_*, f^{-1})\) définit un morphisme de petits topos étales \[f_{small} : \Sh(X_\etale) \longrightarrow \Sh(Y_\etale)\] De nombreux résultats généraux sur la cohomologie des faisceaux valent pour les topos et les morphismes de topos. Nous nous efforcerons de signaler ceux qui sont généraux et ceux qui sont propres au topos étale.
Remarque
Plus généralement, soient \(\mathcal{C}_1, \mathcal{C}_2\) des sites, et supposons qu’ils possèdent des objets finals et des produits fibrés. Soit \(u: \mathcal{C}_2 \to \mathcal{C}_1\) un foncteur satisfaisant aux conditions suivantes :
si \(\{V_i \to V\}\) est un recouvrement dans \(\mathcal{C}_2\), alors \(\{u(V_i) \to u(V)\}\) est un recouvrement dans \(\mathcal{C}_1\) (nous disons que \(u\) est continu), et
\(u\) commute aux limites finies (c’est-à-dire que \(u\) est exact à gauche, ou encore que \(u\) préserve les produits fibrés et les objets finals).
On peut alors définir \(f_*: \Sh(\mathcal{C}_1) \to \Sh(\mathcal{C}_2)\) par \(f_* \mathcal{F}(V) = \mathcal{F}(u(V))\). De plus, il existe un foncteur exact \(f^{-1}\) qui est adjoint à gauche de \(f_*\), voir Sites, définition 00X1 et Proposition 00X6. Attention : demander simplement que \(u\) soit continu et commute aux produits fibrés ne suffit pas pour obtenir un morphisme de topos.
Fonctorialité des grands topos
Pour tout morphisme de schémas \(f : X \to Y\), on dispose de toute une famille de morphismes de topos associés à \(f\), voir Topologies, section 03FE pour une liste. Les plus utilisés sont peut-être les morphismes de topos \[f_{big} = f_{big, \tau} : \Sh((\Sch/X)_\tau) \longrightarrow \Sh((\Sch/Y)_\tau)\] où \(\tau \in \{Zariski, \etale, smooth, syntomic, fppf\}\). Chacun d’eux correspond à un foncteur continu \[(\Sch/Y)_\tau \longrightarrow (\Sch/X)_\tau, \quad V/Y \longmapsto X \times_Y V/X\] qui préserve les objets finals, les produits fibrés et les recouvrements, et définit donc un morphisme de sites \[f_{big} : (\Sch/X)_\tau \longrightarrow (\Sch/Y)_\tau.\] Voir Topologies, sections 020N, 0214, 021Y, 0224, et 021L. En particulier, l’image directe par \(f_{big}\) est donnée par la règle \[(f_{big, *}\mathcal{F})(V/Y) = \mathcal{F}(X \times_Y V/X)\] Il se trouve que ces morphismes de topos possèdent un foncteur image inverse \(f_{big}^{-1}\) très facile à décrire. Plus précisément, nous avons \[(f_{big}^{-1}\mathcal{G})(U/X) = \mathcal{G}(U/Y)\] où le morphisme structural de \(U/Y\) est la composée du morphisme structural \(U \to X\) et de \(f\), voir Topologies, lemmes 0210, 021H, 04HC, 04HD, et 021W.
Fonctorialité et faisceaux de modules
Dans cette section, nous allons reformuler une partie des résultats expliqués dans Descente, sections 03DR, 0GN8, et 0GN9 dans le cadre des topologies étales. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Nous avons vu plus haut, voir les sections 04I0, 03PV et 03PZ, qu’il induit un morphisme \(f_{small}\) de petits sites étales. Dans Descente, remarque 070R, nous avons vu que \(f\) induit aussi un morphisme naturel \[f_{small}^\sharp : \mathcal{O}_{Y_\etale} \longrightarrow f_{small, *}\mathcal{O}_{X_\etale}\] de faisceaux d’anneaux sur \(Y_\etale\) tel que \((f_{small}, f_{small}^\sharp)\) soit un morphisme de sites annelés. Voir Modules sur les sites, définition 03AD pour la définition d’un morphisme de sites annelés. Rappelons simplement ici que \(f_{small}^\sharp\) est défini par le système compatible de morphismes \[\text{pr}_V^\sharp : \mathcal{O}(V) \longrightarrow \mathcal{O}(X \times_Y V)\] lorsque \(V\) parcourt les objets de \(Y_\etale\).
Il est clair que cette construction est compatible avec les compositions de morphismes de schémas. Plus précisément, si \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) sont des morphismes de schémas, alors nous avons \[(g_{small}, g_{small}^\sharp) \circ (f_{small}, f_{small}^\sharp) = ((g \circ f)_{small}, (g \circ f)_{small}^\sharp)\] comme morphismes de topos annelés. De plus, d’après Modules sur les sites, définition 03D6, nous voyons que tout morphisme de schémas \(f : X \to Y\) donne des foncteurs bien définis d’image inverse et d’image directe \[\begin{align*} f_{small}^* : \textit{Mod}(\mathcal{O}_{Y_\etale}) \longrightarrow \textit{Mod}(\mathcal{O}_{X_\etale}), \\ f_{small, *} : \textit{Mod}(\mathcal{O}_{X_\etale}) \longrightarrow \textit{Mod}(\mathcal{O}_{Y_\etale}) \end{align*}\] qui sont adjoints de la manière habituelle. Si \(g : Y \to Z\) est un autre morphisme de schémas, alors nous avons \((g \circ f)_{small}^* = f_{small}^* \circ g_{small}^*\) et \((g \circ f)_{small, *} = g_{small, *} \circ f_{small, *}\) en vertu de ce que nous avons dit sur les compositions.
Il y a une différence assez importante entre la catégorie de tous les \(\mathcal{O}_X\)-modules sur \(X\) et la catégorie de tous les \(\mathcal{O}_{X_\etale}\)-modules sur \(X_\etale\). Mais les résultats de Descente, sections 03DR, 0GN8, et 0GN9 nous disent qu’il y a peu de différence entre considérer les modules quasi-cohérents sur \(S\) et les modules quasi-cohérents sur \(S_\etale\). (Nous l’avons déjà vu dans le théorème 03OJ, par exemple.) En particulier, si \(f : X \to Y\) est un morphisme quelconque de schémas, alors les foncteurs d’image inverse \(f_{small}^*\) et \(f^*\) s’identifient pour les faisceaux quasi-cohérents, voir Descente, Proposition 03LC. De plus, il en va de même pour l’image directe pourvu que \(f\) soit quasi-compact et quasi-séparé, voir Descente, lemme 071N.
Disons quelques mots de la fonctorialité du faisceau structural sur les grands sites. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Choisissons l’une des topologies \(\tau \in \{Zariski,\linebreak[0] \etale,\linebreak[0] smooth,\linebreak[0] syntomic,\linebreak[0] fppf\}\). Alors le morphisme \(f_{big} : (\Sch/X)_\tau \to (\Sch/Y)_\tau\) devient un morphisme de sites annelés au moyen d’un morphisme \[f_{big}^\sharp : \mathcal{O}_Y \longrightarrow f_{big, *}\mathcal{O}_X\] voir Descente, remarque 070R. En fait, il est donné par la même construction que celle exposée pour les petits sites plus haut.
Comparaison de topologies
Dans cette section, nous commençons à ètudier ce qui se produit lorsque l’on compare les faisceaux relativement à différentes topologies.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau d’ensembles sur \(S_\etale\). Soient \(s, t \in \mathcal{F}(S)\). Il existe alors un ouvert \(W \subset S\) caractérisé par la propriété suivante : un morphisme \(f : T \to S\) se factorise par \(W\) si et seulement si \(s|_T = t|_T\) (la restriction est l’image inverse par \(f_{small}\)).
Démonstration
Considérons le préfaisceau qui associe à \(U \in \Ob(S_\etale)\) l’ensemble vide si \(s|_U \not = t|_U\), et un singleton sinon. Il est clair qu’il s’agit d’un sous-faisceau de l’objet final de \(\Sh(S_\etale)\). D’après le lemme 04HV, nous trouvons un ouvert \(W \subset S\) qui représente ce préfaisceau. Pour un point géométrique \(\overline{x}\) de \(S\), nous voyons que \(\overline{x} \in W\) si et seulement si les germes de \(s\) et de \(t\) en \(\overline{x}\) sont identiques. D’après la description des fibres des images inverses donnée dans le lemme 03Q1, nous voyons que \(W\) possède la propriété voulue.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\tau \in \{Zariski, \etale\}\). Considérons le morphisme \[\pi_S : (\Sch/S)_\tau \longrightarrow S_\tau\] de Topologies, lemme 020Z ou 021G. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(S_\tau\). Alors \(\pi_S^{-1}\mathcal{F}\) est donné par la règle \[(\pi_S^{-1}\mathcal{F})(T) = \Gamma(T_\tau, f_{small}^{-1}\mathcal{F})\] où \(f : T \to S\). De plus, \(\pi_S^{-1}\mathcal{F}\) satisfait à la condition de faisceau relativement aux recouvrements fpqc.
Démonstration
Observons que nous avons un morphisme \(i_f : \Sh(T_\tau) \to \Sh(\Sch/S)_\tau)\) tel que \(\pi_S \circ i_f = f_{small}\) comme morphismes \(T_\tau \to S_\tau\), voir Topologies, lemmes 020Y, 0211, 021F, et 021I. Comme l’image inverse est transitive, nous voyons que \(i_f^{-1} \pi_S^{-1}\mathcal{F} = f_{small}^{-1}\mathcal{F}\) comme voulu.
Soit \(\{g_i : T_i \to T\}_{i \in I}\) un recouvrement fpqc. La dernière assertion signifie ce qui suit : ètant donné un faisceau \(\mathcal{G}\) sur \(T_\tau\) et des sections \(s_i \in \Gamma(T_i, g_{i, small}^{-1}\mathcal{G})\) dont les images inverses sur \(T_i \times_T T_j\) concordent, il existe une unique section \(s\) de \(\mathcal{G}\) sur \(T\) dont l’image inverse sur \(T_i\) concorde avec \(s_i\).
Soit \(V \to T\) un objet de \(T_\tau\) et soit \(t \in \mathcal{G}(V)\). Pour tout \(i\), il existe un plus grand ouvert \(W_i \subset T_i \times_T V\) tel que les images inverses de \(s_i\) et de \(t\) concordent comme sections de l’image inverse de \(\mathcal{G}\) sur \(W_i \subset T_i \times_T V\), voir le lemme 09XM. Comme \(s_i\) et \(s_j\) concordent sur \(T_i \times_T T_j\), nous constatons que les images inverses de \(W_i\) et de \(W_j\) sont le même ouvert au-dessus de \(T_i \times_T T_j \times_T V\). D’après Descente, lemme 03N0, nous trouvons un ouvert \(W \subset V\) dont l’image inverse sur \(T_i \times_T V\) redonne \(W_i\).
Par construction de \(g_{i, small}^{-1}\mathcal{G}\), il existe un recouvrement pour \(\tau\) \(\{T_{ij} \to T_i\}_{j \in J_i}\), pour chaque \(j\) une immersion ouverte ou un morphisme étale \(V_{ij} \to T\), une section \(t_{ij} \in \mathcal{G}(V_{ij})\), et des diagrammes commutatifs \[\xymatrix{ T_{ij} \ar[r] \ar[d] & V_{ij} \ar[d] \\ T_i \ar[r] & T }\] tels que \(s_i|_{T_{ij}}\) soit l’image inverse de \(t_{ij}\). Autrement dit, après avoir remplacé le recouvrement \(\{T_i \to T\}\) par \(\{T_{ij} \to T\}\), nous pouvons supposer qu’il existe des factorisations \(T_i \to V_i \to T\) avec \(V_i \in \Ob(T_\tau)\) et des sections \(t_i \in \mathcal{G}(V_i)\) dont les images inverses sont \(s_i\) sur \(T_i\). D’après le résultat du paragraphe précédent, nous trouvons des ouverts \(W_i \subset V_i\) tels que \(t_i|_{W_i}\) “concorde avec” chaque \(s_j\) sur \(T_j \times_T W_i\). Notons que \(T_i \to V_i\) se factorise par \(W_i\). Ainsi, \(\{W_i \to T\}\) est un recouvrement pour \(\tau\) et le lemme est démontré.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : T \to S\) un morphisme tel que
\(f\) est plat et quasi-compact, et
les fibres géométriques de \(f\) sont connexes.
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(S_\etale\). Alors \(\Gamma(S, \mathcal{F}) = \Gamma(T, f^{-1}_{small}\mathcal{F})\).
Démonstration
Il existe un morphisme canonique \(\Gamma(S, \mathcal{F}) \to \Gamma(T, f_{small}^{-1}\mathcal{F})\). Comme \(f\) est surjectif (puisque ses fibres sont connexes), nous voyons que ce morphisme est injectif.
Pour montrer que le morphisme est surjectif, soit \(\alpha \in \Gamma(T, f_{small}^{-1}\mathcal{F})\). Comme \(\{T \to S\}\) est un recouvrement fpqc, nous pouvons utiliser le lemme 09XN pour voir qu’il suffit de montrer que les deux images inverses de \(\alpha\) sur \(T \times_S T\) sont la même section par les deux projections. Soit \(\overline{s} \to S\) un point géométrique. Il suffit de montrer l’égalité sur \((T \times_S T)_{\overline{s}}\), car tout point géométrique de \(T \times_S T\) est contenu dans l’une de ces fibres géométriques. Autrement dit, nous voulons montrer que \(\alpha|_{T_{\overline{s}}}\) donne la même section par les deux projections sur \[(T \times_S T)_{\overline{s}} = T_{\overline{s}} \times_{\overline{s}} T_{\overline{s}}\] vers \(T_{\overline{s}}\). Cependant, comme \(\mathcal{F}|_{T_{\overline{s}}}\) est l’image inverse de \(\mathcal{F}|_{\overline{s}}\), c’est un faisceau constant de valeur \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\). Comme \(T_{\overline{s}}\) est connexe par hypothèse, toute section d’un faisceau constant est constante. Ainsi, \(\alpha|_{T_{\overline{s}}}\) correspond à un èlément de \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\). Les deux images inverses sur \((T \times_S T)_{\overline{s}}\) correspondent donc toutes deux à ce même èlément, d’où la conclusion.
Voici une variante du lemme 0A3H où nous ne supposons pas que le morphisme est plat.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to S\) un morphisme tel que
\(f\) est submersif, et
les fibres géométriques de \(f\) sont connexes.
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(S_\etale\). Alors \(\Gamma(S, \mathcal{F}) = \Gamma(X, f^{-1}_{small}\mathcal{F})\).
Démonstration
Il existe un morphisme canonique \(\Gamma(S, \mathcal{F}) \to \Gamma(X, f_{small}^{-1}\mathcal{F})\). Comme \(f\) est surjectif (puisque ses fibres sont connexes), nous voyons que ce morphisme est injectif.
Pour montrer que le morphisme est surjectif, soit \(\tau \in \Gamma(X, f_{small}^{-1}\mathcal{F})\). Il suffit de trouver un recouvrement étale \(\{U_i \to S\}\) et des sections \(\sigma_i \in \mathcal{F}(U_i)\) telles que l’image inverse de \(\sigma_i\) soit \(\tau|_{X \times_S U_i}\). En effet, l’injectivité montrée ci-dessus garantit que \(\sigma_i\) et \(\sigma_j\) induisent la même section de \(\mathcal{F}\) sur \(U_i \times_S U_j\). Nous obtenons donc une unique section \(\sigma \in \mathcal{F}(S)\) qui se restreint à \(\sigma_i\) sur \(U_i\). L’image inverse de \(\sigma\) sur \(X\) est alors \(\tau\), car c’est vrai localement.
Soit \(\overline{x}\) un point géométrique de \(X\) d’image \(\overline{s}\) dans \(S\). Considérons l’image de \(\tau\) dans la fibre \[(f_{small}^{-1}\mathcal{F})_{\overline{x}} = \mathcal{F}_{\overline{s}}\] Voir le lemme 03Q1. Nous pouvons trouver un voisinage étale \(U \to S\) de \(\overline{s}\) et une section \(\sigma \in \mathcal{F}(U)\) qui s’envoie sur cette image dans la fibre. Ainsi, après avoir remplacé \(S\) par \(U\) et \(X\) par \(X \times_S U\), nous pouvons supposer qu’il existe une section \(\sigma\) de \(\mathcal{F}\) sur \(S\) dont l’image dans \((f_{small}^{-1}\mathcal{F})_{\overline{x}}\) est la même que celle de \(\tau\).
D’après le lemme 09XM, il existe un ouvert maximal \(W \subset X\) sur lequel \(f_{small}^{-1}\sigma\) et \(\tau\) concordent sur \(W\), et la formation de \(W\) commute aux changements de base ultérieurs. Observons que l’image inverse de \(\mathcal{F}\) sur la fibre géométrique \(X_{\overline{s}}\) est l’image inverse de \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\), considéré comme faisceau sur \(\overline{s}\), par \(X_{\overline{s}} \to \overline{s}\). Nous voyons donc que \(\tau\) et \(\sigma\) donnent des sections du faisceau constant de valeur \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\) sur \(X_{\overline{s}}\) qui concordent en un point. Comme \(X_{\overline{s}}\) est connexe par hypothèse, nous concluons que \(W\) contient \(X_s\). Le même argument appliqué aux autres fibres géométriques montre que \(W\) contient toute fibre qu’il rencontre. Comme \(f\) est submersif, nous concluons que \(W\) est l’image inverse d’un voisinage ouvert de \(s\) dans \(S\). Cela achève la démonstration.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps où \(k\) est séparablement clos. Soit \(S\) un schéma sur \(k\). Notons \(p : S_K = S \times_{\Spec(k)} \Spec(K) \to S\) la projection. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(S_\etale\). Alors \(\Gamma(S, \mathcal{F}) = \Gamma(S_K, p^{-1}_{small}\mathcal{F})\).
Démonstration
Cela résulte du lemme 0A3H. En effet, il est clair que \(p\) est plat et quasi-compact comme changement de base de \(\Spec(K) \to \Spec(k)\). D’autre part, si \(\overline{s} : \Spec(L) \to S\) est un point géométrique, alors la fibre de \(p\) en \(\overline{s}\) est le spectre de \(K \otimes_k L\), qui est irréductible, donc connexe, d’après Algèbre, lemme 00I7.
Reconstruction des morphismes
Dans cette section, nous démontrons que la règle qui associe à un schéma son petit topos étale localement annelé est pleinement fidèle en un sens convenable, voir le théorème 04I7.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Le morphisme de sites annelés \((f_{small}, f_{small}^\sharp)\) associé à \(f\) est un morphisme de sites localement annelés, voir Modules sur les sites, définition 04HA.
Démonstration
Notons que l’assertion a un sens, puisque nous avons vu que \((X_\etale, \mathcal{O}_{X_\etale})\) et \((Y_\etale, \mathcal{O}_{Y_\etale})\) sont des sites localement annelés, voir le lemme 04HZ. De plus, nous savons que \(X_\etale\) a assez de points, voir le théorème 03PU et les remarques 040S. Il suffit donc de démontrer que \((f_{small}, f_{small}^\sharp)\) satisfait à la condition (3) de Modules sur les sites, lemme 04H9. Pour le voir, prenons un point \(p\) de \(X_\etale\). D’après le lemme 04HU, \(p\) correspond à un point géométrique \(\overline{x}\) de \(X\). D’après le lemme 03Q1, le point \(q = f_{small} \circ p\) correspond au point géométrique \(\overline{y} = f \circ \overline{x}\) de \(Y\). L’assertion à démontrer est donc que le morphisme induit sur les fibres \[(\mathcal{O}_Y)_{\overline{y}} \longrightarrow (\mathcal{O}_X)_{\overline{x}}\] est un morphisme local d’anneaux. Supposons que \(a \in (\mathcal{O}_Y)_{\overline{y}}\) soit un èlément du membre de gauche qui s’envoie sur un èlément de l’idéal maximal du membre de droite. Supposons que \(a\) soit la classe d’équivalence d’un triplet \((V, \overline{v}, a)\) où \(V \to Y\) est étale, \(\overline{v} : \overline{x} \to V\) au-dessus de \(Y\), et \(a \in \mathcal{O}(V)\). Il s’envoie sur la classe d’équivalence de \((X \times_Y V, \overline{x} \times \overline{v}, \text{pr}_V^\sharp(a))\) dans l’anneau local \((\mathcal{O}_X)_{\overline{x}}\). Mais il est clair que le fait d’appartenir à l’idéal maximal signifie que l’image de \(\text{pr}_V^\sharp(a)\) dans \(\kappa(\overline{x})\) est nulle. Par conséquent, l’image de \(a\) dans \(\kappa(\overline{x})\) est elle aussi nulle. Cela signifie que \(a\) appartient à l’idéal maximal de \((\mathcal{O}_Y)_{\overline{y}}\).
Lemme
Soient \(X\), \(Y\) des schémas. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(t\) un \(2\)-morphisme de \((f_{small}, f_{small}^\sharp)\) vers lui-même, voir Modules sur les sites, définition 04IC. Alors \(t = \text{id}\).
Démonstration
Cela signifie que \(t : f^{-1}_{small} \to f^{-1}_{small}\) est une transformation naturelle telle que le diagramme \[\xymatrix{ f_{small}^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[rd]_{f_{small}^\sharp} & & f_{small}^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[ll]^t \ar[ld]^{f_{small}^\sharp} \\ & \mathcal{O}_X }\] soit commutatif. Supposons que \(V \to Y\) soit étale avec \(V\) affine. D’après Morphismes, lemme 04II, nous pouvons choisir une immersion \(i : V \to \mathbf{A}^n_Y\) au-dessus de \(Y\). En termes de faisceaux, cela signifie que \(i\) induit une injection \(h_i : h_V \to \prod_{j = 1, \ldots, n} \mathcal{O}_Y\) de faisceaux. Le changement de base \(i'\) de \(i\) à \(X\) est une immersion (Schémas, lemme 01JY). Ainsi, \(i' : X \times_Y V \to \mathbf{A}^n_X\) est une immersion, ce qui signifie à son tour que \(h_{i'} : h_{X \times_Y V} \to \prod_{j = 1, \ldots, n} \mathcal{O}_X\) est une injection de faisceaux. Via l’identification \(f_{small}^{-1}h_V = h_{X \times_Y V}\) du lemme 03Q1, le morphisme \(h_{i'}\) est ègal à \[\xymatrix{ f_{small}^{-1}h_V \ar[r]^-{f^{-1}h_i} & \prod_{j = 1, \ldots, n} f_{small}^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[r]^{\prod f^\sharp} & \prod_{j = 1, \ldots, n} \mathcal{O}_X }\] (nous omettons la vérification). Cela signifie que le morphisme \(t : f_{small}^{-1}h_V \to f_{small}^{-1}h_V\) s’insère dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ f_{small}^{-1}h_V \ar[r]^-{f^{-1}h_i} \ar[d]^t & \prod_{j = 1, \ldots, n} f_{small}^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[r]^-{\prod f^\sharp} \ar[d]^{\prod t} & \prod_{j = 1, \ldots, n} \mathcal{O}_X \ar[d]^{\text{id}}\\ f_{small}^{-1}h_V \ar[r]^-{f^{-1}h_i} & \prod_{j = 1, \ldots, n} f_{small}^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[r]^-{\prod f^\sharp} & \prod_{j = 1, \ldots, n} \mathcal{O}_X }\] Le carré de droite est commutatif par notre hypothèse sur \(t\) expliquée ci-dessus. Comme la composée des flèches horizontales est injective d’après la discussion précédente, nous concluons que la flèche verticale de gauche est elle aussi l’identité. Tout faisceau d’ensembles sur \(Y_\etale\) est quotient d’un coproduit (énorme) de faisceaux de la forme \(h_V\) avec \(V\) affine (combiner Topologies, lemme 04HR avec Sites, lemme 00WS). Nous concluons donc que \(t : f_{small}^{-1} \to f_{small}^{-1}\) est la transformation identité, comme voulu.
Lemme
Soient \(X\), \(Y\) des schémas. Deux morphismes de schémas \(a, b : X \to Y\) pour lesquels il existe un \(2\)-isomorphisme \((a_{small}, a_{small}^\sharp) \cong (b_{small}, b_{small}^\sharp)\) dans la \(2\)-catégorie des topos annelés sont ègaux.
Démonstration
Donnons l’argument avec soin, car il est quelque peu déroutant. Soit \(t : a_{small}^{-1} \to b_{small}^{-1}\) le \(2\)-isomorphisme. Considérons un ouvert quelconque \(V \subset Y\). Notons que \(h_V\) est un sous-faisceau du faisceau final \(*\). Ainsi, \(a_{small}^{-1}h_V = h_{a^{-1}(V)}\) et \(b_{small}^{-1}h_V = h_{b^{-1}(V)}\) sont tous deux des sous-faisceaux du faisceau final. L’isomorphisme \[t : a_{small}^{-1}h_V = h_{a^{-1}(V)} \to b_{small}^{-1}h_V = h_{b^{-1}(V)}\] est donc nécessairement l’identité, et \(a^{-1}(V) = b^{-1}(V)\). Il s’ensuit que \(a\) et \(b\) sont ègaux sur les espaces topologiques sous-jacents. Prenons ensuite une section \(f \in \mathcal{O}_Y(V)\). Elle détermine, et est déterminée par, un morphisme de faisceaux d’ensembles \(f : h_V \to \mathcal{O}_Y\). Prenons son image inverse et appliquons \(t\) pour obtenir un diagramme commutatif \[\xymatrix{ h_{b^{-1}(V)} \ar@{=}[r] & b_{small}^{-1}h_V \ar[d]^{b_{small}^{-1}(f)} & & a_{small}^{-1}h_V \ar[d]^{a_{small}^{-1}(f)} \ar[ll]^t & h_{a^{-1}(V)} \ar@{=}[l] \\ & b_{small}^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[rd]_{b^\sharp} & & a_{small}^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[ll]^t \ar[ld]^{a^\sharp} \\ & & \mathcal{O}_X }\] où le triangle est commutatif par définition d’un \(2\)-isomorphisme dans Modules sur les sites, section 04IB. Nous avons vu plus haut que la composée des flèches horizontales supérieures provient de l’identité \(a^{-1}(V) = b^{-1}(V)\). La commutativité du diagramme nous dit donc que \(a_{small}^\sharp(f) = b_{small}^\sharp(f)\) dans \(\mathcal{O}_X(a^{-1}(V)) = \mathcal{O}_X(b^{-1}(V))\). Comme cela vaut pour tout ouvert \(V\) et tout \(f \in \mathcal{O}_Y(V)\), nous concluons que \(a = b\) comme morphismes de schémas.
Lemme
Soient \(X\), \(Y\) des schémas affines. Soit \[(g, g^\#) : (\Sh(X_\etale), \mathcal{O}_X) \longrightarrow (\Sh(Y_\etale), \mathcal{O}_Y)\] un morphisme de topos localement annelés. Il existe alors un unique morphisme de schémas \(f : X \to Y\) tel que \((g, g^\#)\) soit \(2\)-isomorphe à \((f_{small}, f_{small}^\sharp)\), voir Modules sur les sites, définition 04IC.
Démonstration
Dans cette démonstration, nous notons \(\mathcal{O}_X\) le faisceau structural du petit site étale \(X_\etale\), et de même pour \(\mathcal{O}_Y\). Posons \(Y = \Spec(B)\) et \(X = \Spec(A)\). Comme \(B = \Gamma(Y_\etale, \mathcal{O}_Y)\), \(A = \Gamma(X_\etale, \mathcal{O}_X)\), nous voyons que \(g^\sharp\) induit un morphisme d’anneaux \(\varphi : B \to A\). Soit \(f = \Spec(\varphi) : X \to Y\) le morphisme correspondant de schémas affines. Nous allons montrer que ce \(f\) convient.
Soit \(V \to Y\) un schéma affine étale sur \(Y\). Nous pouvons donc ècrire \(V = \Spec(C)\), où \(C\) est une \(B\)-algèbre étale. Nous pouvons ècrire \[C = B[x_1, \ldots, x_n]/(P_1, \ldots, P_n)\] avec des polynômes \(P_i\) tels que \(\Delta = \det(\partial P_i/ \partial x_j)\) soit inversible dans \(C\), voir par exemple Algèbre, lemme 00U9. Si \(T\) est un schéma sur \(Y\), alors un \(T\)-point de \(V\) est donné par \(n\) sections de \(\Gamma(T, \mathcal{O}_T)\) qui satisfont aux èquations polynomiales \(P_1 = 0, \ldots, P_n = 0\). Autrement dit, le faisceau \(h_V\) sur \(Y_\etale\) est l’égalisateur des deux morphismes \[\xymatrix{ \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} \mathcal{O}_Y \ar@<1ex>[r]^a \ar@<-1ex>[r]_b & \prod\nolimits_{j = 1, \ldots, n} \mathcal{O}_Y }\] où \(b(h_1, \ldots, h_n) = 0\) et \(a(h_1, \ldots, h_n) = (P_1(h_1, \ldots, h_n), \ldots, P_n(h_1, \ldots, h_n))\). Comme \(g^{-1}\) est exact, nous concluons que la ligne supérieure de la partie du diagramme commutatif suivant formée par les flèches pleines est elle aussi un diagramme d’égalisateur : \[\xymatrix{ g^{-1}h_V \ar[r] \ar@{..>}[d] & \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} g^{-1}\mathcal{O}_Y \ar@<1ex>[r]^{g^{-1}a} \ar@<-1ex>[r]_{g^{-1}b} \ar[d]^{\prod g^\sharp} & \prod\nolimits_{j = 1, \ldots, n} g^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[d]^{\prod g^\sharp}\\ h_{X \times_Y V} \ar[r] & \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} \mathcal{O}_X \ar@<1ex>[r]^{a'} \ar@<-1ex>[r]_{b'} & \prod\nolimits_{j = 1, \ldots, n} \mathcal{O}_X \\ }\] Ici, \(b'\) est l’application nulle et \(a'\) est l’application définie par les images \(P'_i = \varphi(P_i) \in A[x_1, \ldots, x_n]\) suivant la même règle \(a'(h_1, \ldots, h_n) = (P'_1(h_1, \ldots, h_n), \ldots, P'_n(h_1, \ldots, h_n))\). que celle qui définit \(a\). La commutativité du diagramme résulte de l’égalité \(\varphi = g^\sharp\) sur les sections globales. La ligne inférieure est également un diagramme égalisateur, exactement par les mêmes arguments que précédemment, puisque \(X \times_Y V\) est le schéma affine \(\Spec(A \otimes_B C)\) et \(A \otimes_B C = A[x_1, \ldots, x_n]/(P'_1, \ldots, P'_n)\). Nous obtenons donc une unique flèche pointillée \(g^{-1}h_V \to h_{X \times_Y V}\) qui s’insère dans le diagramme.
Nous affirmons que le morphisme de faisceaux \(g^{-1}h_V \to h_{X \times_Y V}\) est un isomorphisme. Comme le petit site étale de \(X\) possède suffisamment de points (Théorème 03PU), il suffit de le démontrer sur les germes. Soit donc \(\overline{x}\) un point géométrique de \(X\), et notons \(p\) le point associé du petit topos étale de \(X\). Posons \(q = g \circ p\). C’est un point du petit topos étale de \(Y\). D’après le Lemme 04HU, nous voyons que \(q\) correspond à un point géométrique \(\overline{y}\) de \(Y\). Considérons le morphisme de germes \[(g^\sharp)_p : (\mathcal{O}_Y)_{\overline{y}} = \mathcal{O}_{Y, q} = (g^{-1}\mathcal{O}_Y)_p \longrightarrow \mathcal{O}_{X, p} = (\mathcal{O}_X)_{\overline{x}}\] Comme \((g, g^\sharp)\) est un morphisme de topos localement annelés, \((g^\sharp)_p\) est un homomorphisme local entre anneaux locaux strictement henséliens. En localisant le grand diagramme commutatif ci-dessus et en appliquant Algèbre, Lemme 04GX, nous concluons que \((g^{-1}h_V)_p \to (h_{X \times_Y V})_p\) est un isomorphisme, comme voulu.
Nous affirmons que les isomorphismes \(g^{-1}h_V \to h_{X \times_Y V}\) sont fonctoriels. Plus précisément, supposons que \(V_1 \to V_2\) soit un morphisme de schémas affines étales sur \(Y\). Écrivons \(V_i = \Spec(C_i)\) avec \[C_i = B[x_{i, 1}, \ldots, x_{i, n_i}]/(P_{i, 1}, \ldots, P_{i, n_i})\] Le morphisme \(V_1 \to V_2\) est donné par un homomorphisme de \(B\)-algèbres \(C_2 \to C_1\) qui, à son tour, est donné par des polynômes \(Q_j \in B[x_{1, 1}, \ldots, x_{1, n_1}]\), pour \(j = 1, \ldots, n_2\). Il est alors aisé de montrer que le diagramme de faisceaux \[\xymatrix{ h_{V_1} \ar[d] \ar[r] & \prod_{i = 1, \ldots, n_1} \mathcal{O}_Y \ar[d]^{Q_1, \ldots, Q_{n_2}}\\ h_{V_2} \ar[r] & \prod_{i = 1, \ldots, n_2} \mathcal{O}_Y }\] est commutatif et que, par image inverse sur \(X_\etale\), nous obtenons le diagramme commutatif à flèches pleines \[\xymatrix{ g^{-1}h_{V_1} \ar@{..>}[dd] \ar[rrd] \ar[r] & \prod_{i = 1, \ldots, n_1} g^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[dd]^{g^\sharp} \ar[rrd]^{Q_1, \ldots, Q_{n_2}} \\ & & g^{-1}h_{V_2} \ar@{..>}[dd] \ar[r] & \prod_{i = 1, \ldots, n_2} g^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[dd]^{g^\sharp} \\ h_{X \times_Y V_1} \ar[r] \ar[rrd] & \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, n_1} \mathcal{O}_X \ar[rrd]^{Q'_1, \ldots, Q'_{n_2}} \\ & & h_{X \times_Y V_2} \ar[r] & \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, n_2} \mathcal{O}_X }\] où \(Q'_j \in A[x_{1, 1}, \ldots, x_{1, n_1}]\) est l’image de \(Q_j\) par \(\varphi\). Puisque les flèches pointillées existent, rendent les deux carrés commutatifs, et que les flèches horizontales sont injectives, nous voyons que le diagramme entier est commutatif. Cela prouve la fonctorialité (ainsi que l’indépendance de la construction de \(g^{-1}h_V \to h_{X \times_Y V}\) à l’égard du choix de la présentation, bien qu’à strictement parler nous n’ayons pas besoin de le montrer).
À ce stade, nous pouvons montrer que \(f_{small, *} \cong g_*\). En effet, soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(X_\etale\). Pour tout objet affine \(V \in \Ob(X_\etale)\), nous avons \[\begin{align*} (g_*\mathcal{F})(V) & = \Mor_{\Sh(Y_\etale)}(h_V, g_*\mathcal{F}) \\ & = \Mor_{\Sh(X_\etale)}(g^{-1}h_V, \mathcal{F}) \\ & = \Mor_{\Sh(X_\etale)}(h_{X \times_Y V}, \mathcal{F}) \\ & = \mathcal{F}(X \times_Y V) \\ & = f_{small, *}\mathcal{F}(V) \end{align*}\] où, dans la troisième égalité, nous utilisons l’isomorphisme \(g^{-1}h_V \cong h_{X \times_Y V}\) construit ci-dessus. Ces isomorphismes sont manifestement fonctoriels en \(\mathcal{F}\) et en \(V\), car les isomorphismes \(g^{-1}h_V \cong h_{X \times_Y V}\) sont fonctoriels. Or tout faisceau sur \(Y_\etale\) est déterminé par sa restriction à la sous-catégorie des schémas affines (Topologies, Lemme 04HR) ; nous obtenons donc un isomorphisme de foncteurs \(f_{small, *} \cong g_*\), comme voulu.
Enfin, nous devons vérifier que, par l’isomorphisme \(f_{small, *} \cong g_*\) ci-dessus, les morphismes \(f_{small}^\sharp\) et \(g^\sharp\) coïncident. Par construction, c’est déjà le cas sur les sections globales de \(\mathcal{O}_Y\), c’est-à-dire sur les éléments de \(B\). Il suffit de vérifier le résultat sur les sections au-dessus d’un ouvert affine \(V\) étale sur \(Y\) (encore d’après Topologies, Lemme 04HR). En écrivant \(V = \Spec(C)\), \(C = B[x_i]/(P_j)\) comme précédemment, il suffit de vérifier que les fonctions coordonnées \(x_i\) sont envoyées sur les mêmes sections de \(\mathcal{O}_X\) au-dessus de \(X \times_Y V\). Et c’est exactement ce que signifie la commutativité du diagramme \[\xymatrix{ g^{-1}h_V \ar[r] \ar@{..>}[d] & \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} g^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[d]^{\prod g^\sharp} \\ h_{X \times_Y V} \ar[r] & \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} \mathcal{O}_X }\] Le lemme est donc démontré.
Voici une version pour des schémas quelconques.
Théorème
Soient \(X\), \(Y\) des schémas. Soit \[(g, g^\#) : (\Sh(X_\etale), \mathcal{O}_X) \longrightarrow (\Sh(Y_\etale), \mathcal{O}_Y)\] un morphisme de topos localement annelés. Alors il existe un unique morphisme de schémas \(f : X \to Y\) tel que \((g, g^\#)\) soit isomorphe à \((f_{small}, f_{small}^\sharp)\). Autrement dit, la construction \[\Sch \longrightarrow \textit{Topos localement annel\'es}, \quad X \longrightarrow (X_\etale, \mathcal{O}_X)\] est pleinement fidèle (les morphismes du membre de droite sont considérés à \(2\)-isomorphisme près).
Démonstration
On peut démontrer ce théorème en adaptant soigneusement les arguments de la démonstration du Lemme 04I6 au cadre global. Nous voulons toutefois indiquer comment recoller le résultat de ce lemme pour obtenir un morphisme global, grâce à la rigidité fournie par le résultat du Lemme 04IJ. Malheureusement, les détails sont quelque peu laborieux.
Montrons l’existence lorsque \(Y\) est affine. Choisissons alors un recouvrement ouvert affine \(X = \bigcup U_i\). Pour chaque \(i\), le morphisme d’inclusion \(j_i : U_i \to X\) induit un morphisme de topos localement annelés \((j_{i, small}, j_{i, small}^\sharp) : (\Sh(U_{i, \etale}), \mathcal{O}_{U_i}) \to (\Sh(X_\etale), \mathcal{O}_X)\) d’après le Lemme 04I5. Nous pouvons le composer avec \((g, g^\sharp)\) pour obtenir un morphisme de topos localement annelés \[(g, g^\sharp) \circ (j_{i, small}, j_{i, small}^\sharp) : (\Sh(U_{i, \etale}), \mathcal{O}_{U_i}) \to (\Sh(Y_\etale), \mathcal{O}_Y)\] voir Modules sur les sites, Lemme 04IG. D’après le Lemme 04I6, il existe un unique morphisme de schémas \(f_i : U_i \to Y\) et un \(2\)-isomorphisme \[t_i : (f_{i, small}, f_{i, small}^\sharp) \longrightarrow (g, g^\sharp) \circ (j_{i, small}, j_{i, small}^\sharp).\] Posons \(U_{i, i'} = U_i \cap U_{i'}\), et notons \(j_{i, i'} : U_{i, i'} \to U_i\) le morphisme d’inclusion. Puisque \(j_i \circ j_{i, i'} = j_{i'} \circ j_{i', i}\) nous avons \[\begin{align*} (g, g^\sharp) \circ (j_{i, small}, j_{i, small}^\sharp) \circ (j_{i, i', small}, j_{i, i', small}^\sharp) = \\ (g, g^\sharp) \circ (j_{i', small}, j_{i', small}^\sharp) \circ (j_{i', i, small}, j_{i', i, small}^\sharp) \end{align*}\] Par unicité (voir le Lemme 04LW), nous en concluons que \(f_i \circ j_{i, i'} = f_{i'} \circ j_{i', i}\) ; autrement dit, les morphismes de schémas \(f_i = f \circ j_i\) sont les restrictions d’un morphisme de schémas global \(f : X \to Y\). Considérons le diagramme de \(2\)-isomorphismes (dans lequel nous omettons les composantes \({}^\sharp\) pour alléger la notation) \[\xymatrix{ g \circ j_{i, small} \circ j_{i, i', small} \ar[rr]^{t_i \star \text{id}_{j_{i, i', small}}} \ar@{=}[d] & & f_{small} \circ j_{i, small} \circ j_{i, i', small} \ar@{=}[d] \\ g \circ j_{i', small} \circ j_{i', i, small} \ar[rr]^{t_{i'} \star \text{id}_{j_{i', i, small}}} & & f_{small} \circ j_{i', small} \circ j_{i', i, small} }\] La notation \(\star\) désigne la composition horizontale ; voir Catégories, Définition 003H dans le cas général et Sites, section 04I9 dans notre cas particulier. D’après le résultat du Lemme 04IJ, ce diagramme est commutatif. Ainsi, pour tout faisceau \(\mathcal{G}\) sur \(Y_\etale\), les isomorphismes \(t_i : f_{small}^{-1}\mathcal{G}|_{U_i} \to g^{-1}\mathcal{G}|_{U_i}\) coïncident au-dessus de \(U_{i, i'}\) et nous obtenons un isomorphisme global \(t : f_{small}^{-1}\mathcal{G} \to g^{-1}\mathcal{G}\). Il est clair que cet isomorphisme est fonctoriel en \(\mathcal{G}\) et compatible avec les morphismes \(f_{small}^\sharp\) et \(g^\sharp\) (puisqu’il est localement compatible avec ces morphismes). Cela démontre le théorème lorsque \(Y\) est affine.
Dans le cas général, soit \(V \subset Y\) un ouvert affine. Alors \(h_V\) est un sous-faisceau du faisceau final \(*\) sur \(Y_\etale\). Comme \(g\) est exact, nous voyons que \(g^{-1}h_V\) est un sous-faisceau du faisceau final sur \(X_\etale\). Ainsi, d’après le Lemme 04HV, il existe un sous-schéma ouvert \(W \subset X\) tel que \(g^{-1}h_V = h_W\). D’après Modules sur les sites, Lemme 04IH, il existe un diagramme commutatif de morphismes de topos localement annelés \[\xymatrix{ (\Sh(W_\etale), \mathcal{O}_W) \ar[r] \ar[d]_{g'} & (\Sh(X_\etale), \mathcal{O}_X) \ar[d]^g \\ (\Sh(V_\etale), \mathcal{O}_V) \ar[r] & (\Sh(Y_\etale), \mathcal{O}_Y) }\] où les flèches horizontales sont les morphismes de localisation (induits par les morphismes d’inclusion \(V \to Y\) et \(W \to X\)) et où \(g'\) est induit par \(g\). Le paragraphe précédent nous fournit un morphisme de schémas \(f' : W \to V\) et un \(2\)-isomorphisme \(t : (f'_{small}, (f'_{small})^\sharp) \to (g', (g')^\sharp)\). Exactement comme précédemment, ces morphismes \(f'\) (pour les divers ouverts affines \(V \subset Y\)) coïncident sur les intersections par unicité, et donnent donc un morphisme \(f : X \to Y\). De plus, les \(2\)-isomorphismes \(t\) sont compatibles sur les intersections, encore d’après le Lemme 04IJ, et nous obtenons un \(2\)-isomorphisme global \((f_{small}, (f_{small})^\sharp) \to (g, (g)^\sharp)\). comme voulu. Nous omettons certains détails.
Image directe et image inverse
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Voici une liste de conditions que nous considérerons dans la suite :
Pour tout morphisme étale \(U \to X\) et tout \(u \in U\), il existe un morphisme étale \(V \to Y\), une décomposition en union disjointe \(X \times_Y V = W \amalg W'\) et un morphisme \(h : W \to U\) au-dessus de \(X\) tel que \(u\) appartienne à l’image de \(h\).
Pour tout morphisme étale \(V \to Y\) et tout recouvrement étale \(\{U_i \to X \times_Y V\}\), il existe un recouvrement étale \(\{V_j \to V\}\) tel que, pour chaque \(j\), on ait \(X \times_Y V_j = \coprod W_{ij}\), où \(W_{ij} \to X \times_Y V\) se factorise par \(U_i \to X \times_Y V\) pour un certain \(i\).
Pour tout morphisme étale \(U \to X\), il existe un morphisme étale \(V \to Y\) et un morphisme surjectif \(X \times_Y V \to U\) au-dessus de \(X\).
Il s’avère que chacune de ces propriétés s’interprète en termes du comportement du foncteur \(f_{small, *}\). Nous expliciterons cela dans les quelques sections suivantes.
Propriété (A)
Voir la section 04C6 pour la définition de la propriété (A).
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons (A).
\(f_{small, *} : \textit{Ab}(X_\etale) \to \textit{Ab}(Y_\etale)\) reflète les injections et les surjections,
\(f_{small}^{-1}f_{small, *}\mathcal{F} \to \mathcal{F}\) est surjectif pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\),
\(f_{small, *} : \textit{Ab}(X_\etale) \to \textit{Ab}(Y_\etale)\) est fidèle.
Démonstration
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(X_\etale\). Soit \(U\) un objet de \(X_\etale\). Par hypothèse, nous pouvons trouver un recouvrement \(\{W_i \to U\}\) dans \(X_\etale\) tel que chaque \(W_i\) soit un sous-schéma ouvert et fermé de \(X \times_Y V_i\) pour un certain objet \(V_i\) de \(Y_\etale\). La condition de faisceau montre que \[\mathcal{F}(U) \subset \prod \mathcal{F}(W_i)\] et que \(\mathcal{F}(W_i)\) est un facteur direct de \(\mathcal{F}(X \times_Y V_i) = f_{small, *}\mathcal{F}(V_i)\). Il est donc clair que \(f_{small, *}\) reflète les injections.
Supposons ensuite que \(a : \mathcal{G} \to \mathcal{F}\) soit un morphisme de faisceaux abéliens tel que \(f_{small, *}a\) soit surjectif. Soit \(s \in \mathcal{F}(U)\), avec \(U\) comme ci-dessus. Avec les \(W_i\), \(V_i\) ci-dessus, nous voyons qu’il suffit de montrer que \(s|_{W_i}\) est, localement pour la topologie étale, l’image d’une section de \(\mathcal{G}\) par \(a\). Comme \(\mathcal{F}(W_i)\) est un facteur direct de \(\mathcal{F}(X \times_Y V_i)\), il suffit de montrer que, pour tout \(V \in \Ob(Y_\etale)\), tout élément \(s \in \mathcal{F}(X \times_Y V)\) est, localement pour la topologie étale sur \(X \times_Y V\), l’image d’une section de \(\mathcal{G}\) par \(a\). Puisque \(\mathcal{F}(X \times_Y V) = f_{small, *}\mathcal{F}(V)\) nous voyons par hypothèse qu’il existe un recouvrement \(\{V_j \to V\}\) tel que \(s\) soit l’image de \(s_j \in f_{small, *}\mathcal{G}(V_j) = \mathcal{G}(X \times_Y V_j)\). Cela prouve que \(f_{small, *}\) reflète les surjections.
Les assertions (2) et (3) découlent formellement de l’assertion (1) ; voir Modules sur les sites, Lemme 04DA.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas séparé et localement quasi-fini. Alors la propriété (A) ci-dessus est satisfaite.
Démonstration
Soient \(U \to X\) un morphisme étale et \(u \in U\). L’énoncé géométrique (A) se réduit directement au cas où \(U\) et \(Y\) sont des schémas affines. Notons \(x \in X\) et \(y \in Y\) les images de \(u\). Comme \(X \to Y\) est localement quasi-fini et que \(U \to X\) est localement quasi-fini (voir Morphismes, Lemme 03WS), nous voyons que \(U \to Y\) est localement quasi-fini (voir Morphismes, Lemme 01TL). De plus, \(X \to Y\) et \(U \to Y\) sont tous deux séparés. Ainsi, le Compléments sur les morphismes, Lemme 02LO s’applique aux deux morphismes. Nous pouvons donc choisir un voisinage étale \((V, v) \to (Y, y)\) tel que \[X \times_Y V = W \amalg R, \quad U \times_Y V = W' \amalg R'\] et des points \(w \in W\), \(w' \in W'\) tels que
\(W\), \(R\) sont ouverts et fermés dans \(X \times_Y V\),
\(W'\), \(R'\) sont ouverts et fermés dans \(U \times_Y V\),
\(W \to V\) et \(W' \to V\) sont finis,
\(w\), \(w'\) s’envoient sur \(v\),
\(\kappa(v) \subset \kappa(w)\) et \(\kappa(v) \subset \kappa(w')\) sont purement inséparables, et
aucun autre point de \(W\) ou de \(W'\) ne s’envoie sur \(v\).
Voici un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] & U \times_Y V \ar[l] \ar[d] & W' \amalg R' \ar[d] \ar[l] \\ X \ar[d] & X \times_Y V \ar[l] \ar[d] & W \amalg R \ar[l] \\ Y & V \ar[l] }\] Après avoir rétréci \(V\), nous pouvons supposer que \(W'\) s’envoie dans \(W\) : il suffit d’enlever l’image de l’image inverse de \(R\) dans \(W'\) ; c’est un fermé (puisque \(W' \to V\) est fini) qui ne contient pas \(v\). Alors \(W' \to W\) est fini, puisque \(W \to V\) et \(W' \to V\) sont finis. Ainsi \(W' \to W\) est fini étale, et la fibre au-dessus de \(w\) contient exactement un point, avec \(\kappa(w) = \kappa(w')\). Par conséquent, \(W' \to W\) est un isomorphisme sur un voisinage ouvert \(W^\circ\) de \(w\) ; voir Morphismes étales, Lemme 04DH. Comme \(W \to V\) est fini, l’image de \(W \setminus W^\circ\) est un sous-ensemble fermé \(T\) de \(V\) qui ne contient pas \(v\). Après avoir remplacé \(V\) par \(V \setminus T\), nous pouvons donc supposer que \(W' \to W\) est un isomorphisme. La décomposition \(X \times_Y V = W \amalg R\) et le morphisme \(W \to U\) sont alors ceux recherchés, ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme entier de schémas. Alors la propriété (A) est satisfaite.
Démonstration
Soient \(U \to X\) étale et \(u \in U\) un point. Nous devons trouver un morphisme étale \(V \to Y\), une décomposition en union disjointe \(X \times_Y V = W \amalg W'\) et un \(X\)-morphisme \(W \to U\) tel que \(u\) appartienne à son image. Nous pouvons rétrécir \(U\) et \(Y\) et supposer que \(U\) et \(Y\) sont affines. Alors \(X\) est également affine, puisqu’un morphisme entier est affine par définition. Écrivons \(Y = \Spec(A)\), \(X = \Spec(B)\) et \(U = \Spec(C)\). Alors \(A \to B\) est un homomorphisme d’anneaux entier, et \(B \to C\) un homomorphisme d’anneaux étale. D’après Algèbre, Lemme 00U2, nous pouvons trouver une sous-\(A\)-algèbre finie \(B' \subset B\) et un homomorphisme d’anneaux étale \(B' \to C'\) tels que \(C = B \otimes_{B'} C'\). La question se ramène donc au morphisme étale \(U' = \Spec(C') \to X' = \Spec(B')\) au-dessus du morphisme fini \(X' \to Y\). Dans ce cas, le résultat découle du Lemme 04DL.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Notons \(f_{small} : \Sh(X_\etale) \to \Sh(Y_\etale)\) le morphisme associé de petits topos étales. Supposons qu’au moins l’une des hypothèses suivantes soit satisfaite :
\(f\) est entier, ou
\(f\) est séparé et localement quasi-fini.
Alors le foncteur \(f_{small, *} : \textit{Ab}(X_\etale) \to \textit{Ab}(Y_\etale)\) possède les propriétés suivantes :
le morphisme \(f_{small}^{-1}f_{small, *}\mathcal{F} \to \mathcal{F}\) est toujours surjectif,
\(f_{small, *}\) est fidèle, et
\(f_{small, *}\) reflète les injections et les surjections.
Démonstration
Propriété (B)
Voir la section 04C6 pour la définition de la propriété (B).
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons la propriété (B) satisfaite. Alors le foncteur \(f_{small, *} : \Sh(X_\etale) \to \Sh(Y_\etale)\) envoie les morphismes surjectifs sur des morphismes surjectifs.
Démonstration
Cela découle de Sites, Lemme 04D7.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que
\(V \to Y\) soit un morphisme étale de schémas,
\(\{U_i \to X \times_Y V\}\) soit un recouvrement étale, et
\(v \in V\) soit un point.
Supposons que, pour toute donnée de ce type, il existe un voisinage étale \((V', v') \to (V, v)\), une décomposition en union disjointe \(X \times_Y V' = \coprod W'_i\) et des morphismes \(W'_i \to U_i\) au-dessus de \(X \times_Y V\). Alors la propriété (B) est satisfaite.
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme fini de schémas. Alors la propriété (B) est satisfaite.
Démonstration
Considérons un morphisme étale \(V \to Y\), un recouvrement étale \(\{U_i \to X \times_Y V\}\) et un point \(v \in V\). Nous devons trouver \(V' \to V\), une décomposition et des morphismes comme dans le Lemme 04DP. Nous pouvons rétrécir \(V\) et \(Y\), donc supposer que \(V\) et \(Y\) sont affines. Comme \(X\) est fini sur \(Y\), il en résulte aussi que \(X\) est affine. Au cours de la démonstration, nous pouvons remplacer (un nombre fini de fois) \((V, v)\) par un voisinage étale \((V', v')\) et, de manière correspondante, le recouvrement \(\{U_i \to X \times_Y V\}\) par \(\{V' \times_V U_i \to X \times_Y V'\}\).
Comme \(X \times_Y V \to V\) est fini, il existe un nombre fini de points deux à deux distincts \(x_1, \ldots, x_n \in X \times_Y V\) qui s’envoient sur \(v\). Nous pouvons appliquer Compléments sur les morphismes, Lemme 02LO à \(X \times_Y V \to V\) et aux points \(x_1, \ldots, x_n\) situés au-dessus de \(v\), et trouver un voisinage étale \((V', v') \to (V, v)\) tel que \[X \times_Y V' = R \amalg \coprod T_a\] où \(T_a \to V'\) est fini, avec exactement un point \(p_a\) au-dessus de \(v'\), où de plus \(\kappa(v') \subset \kappa(p_a)\) est purement inséparable, et tel que la fibre de \(R \to V'\) au-dessus de \(v'\) soit vide. Puisque \(X \to Y\) est fini, \(R \to V'\) l’est aussi. Après avoir rétréci \(V'\), nous pouvons donc supposer que \(R = \emptyset\). Ainsi, nous pouvons supposer que \(X \times_Y V = X_1 \amalg \ldots \amalg X_n\), avec exactement un point \(x_l \in X_l\) au-dessus de \(v\), et tel que, de plus, \(\kappa(v) \subset \kappa(x_l)\) soit purement inséparable. Remarquons que cette propriété est préservée par tout raffinement du voisinage étale \((V, v)\).
Pour chaque \(l\), choisissons un \(i_l\) et un point \(u_l \in U_{i_l}\) qui s’envoie sur \(x_l\). Appliquons maintenant la propriété (A) au morphisme fini \(X \times_Y V \to V\), aux morphismes étales \(U_{i_l} \to X \times_Y V\) et aux points \(u_l\). Cela est permis par le Lemme 04DM. Nous obtenons ainsi un voisinage étale \((V', v') \to (V, v)\) et des décompositions \[X \times_Y V' = W_l \amalg R_l\] et des \(X\)-morphismes \(a_l : W_l \to U_{i_l}\) dont l’image contient \(u_{i_l}\). Voici une figure : \[\xymatrix{ & & & U_{i_l} \ar[d] & \\ W_l \ar[rrru] \ar[r] & W_l \amalg R_l \ar@{=}[r] & X \times_Y V' \ar[r] \ar[d] & X \times_Y V \ar[r] \ar[d] & X \ar[d] \\ & & V' \ar[r] & V \ar[r] & Y }\] Après avoir remplacé \((V, v)\) par \((V', v')\), nous concluons que chaque \(x_l\) appartient à un voisinage ouvert et fermé \(W_l\) tel que le morphisme d’inclusion \(W_l \to X \times_Y V\) se factorise par \(U_i \to X \times_Y V\) pour un certain \(i\). En remplaçant \(W_l\) par \(W_l \cap X_l\), nous voyons que ces ouverts et fermés sont disjoints et, de plus, que \(\{x_1, \ldots, x_n\} \subset W_1 \cup \ldots \cup W_n\). Comme \(X \times_Y V \to V\) est fini, nous pouvons rétrécir \(V\) et supposer que \(X \times_Y V = W_1 \amalg \ldots \amalg W_n\), comme voulu.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme entier de schémas. Alors la propriété (B) est satisfaite.
Démonstration
Considérons un morphisme étale \(V \to Y\), un recouvrement étale \(\{U_i \to X \times_Y V\}\) et un point \(v \in V\). Nous devons trouver \(V' \to V\), une décomposition et des morphismes comme dans le Lemme 04DP. Nous pouvons rétrécir \(V\) et \(Y\), donc supposer que \(V\) et \(Y\) sont affines. Comme \(X\) est entier sur \(Y\), il en résulte aussi que \(X\) et \(X \times_Y V\) sont affines. Nous pouvons raffiner le recouvrement \(\{U_i \to X \times_Y V\}\) et donc supposer que \(\{U_i \to X \times_Y V\}_{i = 1, \ldots, n}\) est un recouvrement étale standard. Écrivons \(Y = \Spec(A)\), \(X = \Spec(B)\), \(V = \Spec(C)\) et \(U_i = \Spec(B_i)\). Alors \(A \to B\) est un homomorphisme d’anneaux entier, et les \(B \otimes_A C \to B_i\) sont des homomorphismes d’anneaux étales. D’après Algèbre, Lemme 00U2, nous pouvons trouver une sous-\(A\)-algèbre finie \(B' \subset B\) et un homomorphisme d’anneaux étale \(B' \otimes_A C \to B'_i\), pour \(i = 1, \ldots, n\), tels que \(B_i = B \otimes_{B'} B'_i\). La question se ramène donc au recouvrement étale \(\{\Spec(B'_i) \to X' \times_Y V\}_{i = 1, \ldots, n}\) où \(X' = \Spec(B')\) est fini sur \(Y\). Dans ce cas, le résultat découle du Lemme 04DQ.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons \(f\) entier (par exemple fini). Alors
\(f_{small, *}\) envoie les morphismes surjectifs sur des morphismes surjectifs (pour les faisceaux d’ensembles et pour les faisceaux abéliens),
\(f_{small}^{-1}f_{small, *}\mathcal{F} \to \mathcal{F}\) est surjectif pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\),
\(f_{small, *} : \textit{Ab}(X_\etale) \to \textit{Ab}(Y_\etale)\) est fidèle et reflète les injections et les surjections, et
\(f_{small, *} : \textit{Ab}(X_\etale) \to \textit{Ab}(Y_\etale)\) est exact.
Démonstration
Nous avons vu les assertions (2) et (3) dans le Lemme 04C9. L’assertion (1) découle des Lemmes 04DR et 04DO. L’assertion (4) est une conséquence de l’assertion (1) ; voir Modules sur les sites, Lemme 04DB.
Propriété (C)
Voir la section 04C6 pour la définition de la propriété (C).
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons (C) satisfaite. Alors le foncteur \(f_{small, *} : \Sh(X_\etale) \to \Sh(Y_\etale)\) reflète les injections et les surjections.
Démonstration
Cela découle de Sites, Lemme 04D9. Nous omettons la vérification du fait que la propriété (C) implique que le foncteur \(Y_\etale \to X_\etale\), \(V \mapsto X \times_Y V\) satisfait l’hypothèse de Sites, Lemme 04D9.
Remarque
La propriété (C) est satisfaite si \(f : X \to Y\) est une immersion ouverte. En effet, si \(U \in \Ob(X_\etale)\), nous pouvons aussi considérer \(U\) comme un objet de \(Y_\etale\) et \(U \times_Y X = U\). Ainsi, la propriété (C) n’implique pas que \(f_{small, *}\) soit exact, car ce n’est pas le cas pour les immersions ouvertes (en général).
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que, pour tout morphisme étale \(V \to Y\), on ait
\(X \times_Y V \to V\) possède la propriété (C), et
\(X \times_Y V \to V\) est fermé.
Alors le foncteur \(Y_\etale \to X_\etale\), \(V \mapsto X \times_Y V\) est presque cocontinu ; voir Sites, Définition 04B7.
Démonstration
Soit \(V \to Y\) un objet de \(Y_\etale\) et soit \(\{U_i \to X \times_Y V\}_{i \in I}\) un recouvrement de \(X_\etale\). Par l’hypothèse (1), pour chaque \(i\), nous pouvons trouver un morphisme étale \(h_i : V_i \to V\) et un morphisme surjectif \(X \times_Y V_i \to U_i\) au-dessus de \(X \times_Y V\). Remarquons que \(\bigcup h_i(V_i) \subset V\) est un ouvert qui contient le fermé \(Z = \Im(X \times_Y V \to V)\). Soit \(h_0 : V_0 = V \setminus Z \to V\) l’immersion ouverte. Il est clair que \(\{V_i \to V\}_{i \in I \cup \{0\}}\) est un recouvrement étale tel que, pour tout \(i \in I \cup \{0\}\), on ait soit \(V_i \times_Y X = \emptyset\) (si \(i = 0\)), soit que \(V_i \times_Y X \to V \times_Y X\) se factorise par \(U_i \to X \times_Y V\) (si \(i \not = 0\)). Le foncteur \(Y_\etale \to X_\etale\) est donc presque cocontinu.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme entier de schémas qui définit un homéomorphisme de \(X\) sur un sous-ensemble fermé de \(Y\). Alors la propriété (C) est satisfaite.
Démonstration
Soit \(g : U \to X\) un morphisme étale. Nous devons trouver un objet \(V \to Y\) de \(Y_\etale\) et un morphisme surjectif \(X \times_Y V \to U\) au-dessus de \(X\). Supposons que, pour tout \(u \in U\), nous puissions trouver un objet \(V_u \to Y\) de \(Y_\etale\) et un morphisme \(h_u : X \times_Y V_u \to U\) au-dessus de \(X\) avec \(u \in \Im(h_u)\). Nous pouvons alors prendre \(V = \coprod V_u\) et \(h = \coprod h_u\), ce qui donne le résultat. Ainsi, étant donné un point \(u \in U\), construisons une paire \((V_u, h_u)\) comme ci-dessus. Pour ce faire, nous pouvons rétrécir \(U\) et supposer que \(U\) est affine. Dans ce cas, \(g : U \to X\) est localement quasi-fini. Posons \(g^{-1}(g(\{u\})) = \{u, u_2, \ldots, u_n\}\). Puisqu’il n’existe aucune spécialisations \(u_i \leadsto u\), nous pouvons remplacer \(U\) par un voisinage affine de sorte que \(g^{-1}(g(\{u\})) = \{u\}\).
L’image \(g(U) \subset X\) est ouverte ; par conséquent, \(f(g(U))\) est localement fermé dans \(Y\). Choisissons un ouvert \(V \subset Y\) tel que \(f(g(U)) = f(X) \cap V\). Il en résulte que \(g\) se factorise par \(X \times_Y V\) et que le morphisme \(\{U \to X \times_Y V\}\) ainsi obtenu est un recouvrement étale. Comme \(f\) possède la propriété (B), voir le Lemme 04DR, nous voyons qu’il existe un recouvrement étale \(\{V_j \to V\}\) tel que \(X \times_Y V_j \to X \times_Y V\) se factorise par \(U\). Il en résulte que \(V' = \coprod V_j\) est étale sur \(Y\) et qu’il existe un morphisme \(h : X \times_Y V' \to U\) dont l’image se projette surjectivement sur \(g(U)\). Comme \(u\) est le seul point de sa fibre, il doit appartenir à l’image de \(h\), ce qui donne le résultat.
Nous invitons le lecteur à considérer le lemme suivant comme une étape3 sur le chemin qui mène au résultat ultime concernant \(f_{small, *}\) pour les morphismes entiers et universellement injectifs.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que \(f\) soit universellement injectif et entier (par exemple une immersion fermée). Alors
\(f_{small, *} : \Sh(X_\etale) \to \Sh(Y_\etale)\) reflète les injections et les surjections,
\(f_{small, *} : \Sh(X_\etale) \to \Sh(Y_\etale)\) commute aux sommes amalgamées et aux coégalisateurs (et, plus généralement, aux colimites connexes finies),
\(f_{small, *}\) envoie les morphismes surjectifs sur des morphismes surjectifs (pour les faisceaux d’ensembles et pour les faisceaux abéliens),
le morphisme \(f_{small}^{-1}f_{small, *}\mathcal{F} \to \mathcal{F}\) est surjectif pour tout faisceau (d’ensembles ou de groupes abéliens) \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\),
le foncteur \(f_{small, *}\) est fidèle (sur les faisceaux d’ensembles et sur les faisceaux abéliens),
\(f_{small, *} : \textit{Ab}(X_\etale) \to \textit{Ab}(Y_\etale)\) est exact, et
le foncteur \(Y_\etale \to X_\etale\), \(V \mapsto X \times_Y V\) est presque cocontinu.
Démonstration
D’après les Lemmes 04DM, 04DR et 04DW, nous savons que le morphisme \(f\) possède les propriétés (A), (B) et (C). De plus, d’après le Lemme 04DV, nous savons que le foncteur \(Y_\etale \to X_\etale\) est presque cocontinu. Nous avons maintenant :
la propriété (C) implique (1) d’après le Lemme 04DT,
la presque cocontinuité implique (2) d’après Sites, Lemme 04BA,
la propriété (B) implique (3) d’après le Lemme 04DO.
Les propriétés (4), (5) et (6) découlent formellement des trois premières ; voir Sites, Lemme 04D6 et Modules sur les sites, Lemme 04DB. Nous avons vu la propriété (7) ci-dessus.
Invariance topologique du petit site étale
Dans le théorème suivant, nous montrons que le petit site étale est un invariant topologique au sens suivant : si \(f : X \to Y\) est un morphisme de schémas qui est un homéomorphisme universel, alors \(X_\etale \cong Y_\etale\) en tant que sites. Cela améliore le résultat de Morphismes étales, Théorème 039R. Nous démontrons d’abord le résultat pour les morphismes, puis nous énonçons celui pour les catégories.
Théorème
Soient \(X\) et \(Y\) deux schémas sur un schéma de base \(S\). Soit \(S' \to S\) un homéomorphisme universel. Notons \(X'\) (resp. \(Y'\)) le changement de base à \(S'\). Si \(X\) est étale sur \(S\), alors l’application \[\Mor_S(Y, X) \longrightarrow \Mor_{S'}(Y', X')\] est bijective.
Démonstration
Après changement de base par \(Y \to S\), nous pouvons supposer que \(Y = S\). Ainsi, nous pouvons et allons supposer que \(X\) et \(Y\) sont tous deux étales sur \(S\). Autrement dit, le théorème affirme que le foncteur de changement de base est un foncteur pleinement fidèle de la catégorie des schémas étales sur \(S\) vers la catégorie des schémas étales sur \(S'\).
Considérons le foncteur d’oubli [0BTZ]\[\begin{equation} \begin{matrix} \text{donn\'ees de descente }(X', \varphi')\text{ relativement \`a }S'/S \\ \text{ avec }X'\text{ \'etale sur }S' \end{matrix} \longrightarrow \text{sch\'emas }X'\text{ \'etales sur }S' \end{equation}\] Nous affirmons que ce foncteur est une équivalence. D’autre part, le foncteur [0BU0]\[\begin{equation} \text{sch\'emas }X\text{ \'etales sur }S \longrightarrow \begin{matrix} \text{donn\'ees de descente }(X', \varphi')\text{ relativement \`a }S'/S \\ \text{ avec }X'\text{ \'etale sur }S' \end{matrix} \end{equation}\] est pleinement fidèle d’après Morphismes étales, Lemme 0BTL. L’affirmation entraîne donc le théorème.
Démonstration de l’affirmation. Rappelons qu’un homéomorphisme universel est la même chose qu’un morphisme entier, universellement injectif et surjectif ; voir Morphismes, Lemme 04DF. En particulier, la diagonale \(\Delta : S' \to S' \times_S S'\) est un épaississement d’après Morphismes, Lemme 01S4. Ainsi, d’après Morphismes étales, Théorème 025H, nous voyons que, pour tout \(X' \to S'\) étale, il existe un unique isomorphisme \[\varphi' : X' \times_S S' \to S' \times_S X'\] de schémas étales sur \(S' \times_S S'\) dont l’image inverse par \(\Delta\) est \(\text{id} : X' \to X'\) sur \(S'\). Comme \(S' \to S' \times_S S' \times_S S'\) est aussi un épaississement (c’est une immersion fermée bijective), nous concluons que \((X', \varphi')\) est une donnée de descente relativement à \(S'/S\). Le caractère canonique de la construction de \(\varphi'\) montre qu’elle est compatible aux morphismes entre schémas étales sur \(S'\). Autrement dit, nous obtenons un quasi-inverse \(X' \mapsto (X', \varphi')\) du foncteur (0BTZ). Cela démontre l’affirmation et achève la démonstration du théorème.
Théorème
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons \(f\) entier, universellement injectif et surjectif (c’est-à-dire que \(f\) est un homéomorphisme universel ; voir Morphismes, Lemme 04DF). Le foncteur \[V \longmapsto V_X = X \times_Y V\] définit une équivalence de catégories \[\{ \text{sch\'emas }V\text{ \'etales sur }Y \} \leftrightarrow \{ \text{sch\'emas }U\text{ \'etales sur }X \}\]
Nous donnons deux démonstrations. La première utilise l’effectivité de la descente des morphismes quasi-compacts, séparés et étales relativement aux morphismes entiers surjectifs. La seconde utilise les résultats sur les propriétés (A), (B) et (C) discutés plus haut dans le chapitre.
Démonstration
D’après le Théorème 0BTY, nous voyons que le foncteur est pleinement fidèle. Il reste à montrer que le foncteur est essentiellement surjectif. Soit \(U \to X\) un morphisme étale de schémas.
Supposons le résultat vrai lorsque \(U\) et \(Y\) sont affines. Dans ce cas, choisissons un recouvrement ouvert affine \(U = \bigcup U_i\) tel que chaque \(U_i\) s’envoie dans un ouvert affine de \(Y\). Par hypothèse (cas affine), nous pouvons trouver des morphismes étales \(V_i \to Y\) tels que \(X \times_Y V_i \cong U_i\) comme schémas sur \(X\). Soit \(V_{i, i'} \subset V_i\) le sous-schéma ouvert dont l’espace topologique sous-jacent correspond à \(U_i \cap U_{i'}\). Puisque nous avons des isomorphismes \[X \times_Y V_{i, i'} \cong U_i \cap U_{i'} \cong X \times_Y V_{i', i}\] comme schémas sur \(X\), la pleine fidélité montre que nous obtenons des isomorphismes \(\theta_{i, i'} : V_{i, i'} \to V_{i', i}\) de schémas sur \(Y\). Nous omettons de vérifier que ces isomorphismes satisfont à la condition de cocycle de Schémas, section 01JA. En appliquant Schémas, Lemme 01JC nous obtenons un schéma \(V \to Y\) par recollement des schémas \(V_i\) suivant les identifications \(\theta_{i, i'}\). Il est clair que \(V \to Y\) est étale et que \(X \times_Y V \cong U\) par construction.
Ainsi, il suffit de démontrer le lemme dans le cas où \(U\) et \(Y\) sont affines. Rappelons que, dans la démonstration du Théorème 0BTY, nous avons montré que \(U\) est muni d’une unique donnée de descente \((U, \varphi)\) relativement à \(X/Y\). D’après Morphismes étales, Proposition 0BTP (qui s’applique car \(U \to X\) est quasi-compact et séparé ainsi qu’étale, d’après notre réduction au cas affine), il existe un morphisme étale \(V \to Y\) tel que \(X \times_Y V \cong U\), ce qui achève la démonstration.
Démonstration
D’après le Théorème 0BTY, nous voyons que le foncteur est pleinement fidèle. Il reste à montrer que le foncteur est essentiellement surjectif. Soit \(U \to X\) un morphisme étale de schémas.
Supposons le résultat vrai lorsque \(U\) et \(Y\) sont affines. Dans ce cas, choisissons un recouvrement ouvert affine \(U = \bigcup U_i\) tel que chaque \(U_i\) s’envoie dans un ouvert affine de \(Y\). Par hypothèse (cas affine), nous pouvons trouver des morphismes étales \(V_i \to Y\) tels que \(X \times_Y V_i \cong U_i\) comme schémas sur \(X\). Soit \(V_{i, i'} \subset V_i\) le sous-schéma ouvert dont l’espace topologique sous-jacent correspond à \(U_i \cap U_{i'}\). Puisque nous avons des isomorphismes \[X \times_Y V_{i, i'} \cong U_i \cap U_{i'} \cong X \times_Y V_{i', i}\] comme schémas sur \(X\), la pleine fidélité montre que nous obtenons des isomorphismes \(\theta_{i, i'} : V_{i, i'} \to V_{i', i}\) de schémas sur \(Y\). Nous omettons de vérifier que ces isomorphismes satisfont à la condition de cocycle de Schémas, section 01JA. En appliquant Schémas, Lemme 01JC nous obtenons un schéma \(V \to Y\) par recollement des schémas \(V_i\) suivant les identifications \(\theta_{i, i'}\). Il est clair que \(V \to Y\) est étale et que \(X \times_Y V \cong U\) par construction.
Ainsi, il suffit de démontrer que le foncteur [04E0]\[\begin{equation} \{ \text{sch\'emas affines }V\text{ \'etales sur }Y \} \leftrightarrow \{ \text{sch\'emas affines }U\text{ \'etales sur }X \} \end{equation}\] est essentiellement surjectif lorsque \(X\) et \(Y\) sont affines.
Soit \(U \to X\) un schéma affine étale sur \(X\). Nous devons trouver \(V \to Y\) étale (et affine) tel que \(X \times_Y V\) soit isomorphe à \(U\) sur \(X\). Remarquons qu’un morphisme étale de schémas affines a des fibres universellement bornées, voir Morphismes, Lemmes 03WS et 03JA. Nous pouvons donc raisonner par récurrence sur l’entier \(n\) qui borne le degré des fibres de \(U \to X\). Voir Morphismes, Lemme 03WU pour une description de cet entier dans le cas d’un morphisme étale. Si \(n = 1\), alors \(U \to X\) est une immersion ouverte (voir Morphismes étales, Théorème 025G), et le résultat est clair. Supposons \(n > 1\).
D’après le Lemme 04DW, il existe un morphisme étale de schémas \(W \to Y\) et un morphisme surjectif \(W_X \to U\) sur \(X\). Comme \(U\) est quasi-compact, nous pouvons remplacer \(W\) par une somme disjointe d’un nombre fini d’ouverts affines de \(W\) ; nous pouvons donc supposer que \(W\) est lui aussi affine. Voici un diagramme \[\xymatrix{ U \ar[d] & U \times_Y W \ar[l] \ar[d] & W_X \amalg R \ar@{=}[l]\\ X \ar[d] & W_X \ar[l] \ar[d] \\ Y & W \ar[l] }\] La décomposition en somme disjointe provient du fait que, par construction, le morphisme étale de schémas affines \(U \times_Y W \to W_X\) admet une section. Nous voyons alors que le morphisme \(R \to X \times_Y W\) est un morphisme étale de schémas affines dont les fibres ont un degré universellement borné par \(n - 1\). Par l’hypothèse de récurrence, il existe donc un schéma \(V' \to W\) étale tel que \(R \cong W_X \times_W V'\). En posant \(V'' = W \amalg V'\), nous obtenons un schéma \(V''\) étale sur \(W\) dont le changement de base à \(W_X\) est isomorphe à \(U \times_Y W\) sur \(X \times_Y W\).
À ce stade, nous pouvons utiliser la descente pour trouver \(V\) sur \(Y\) dont le changement de base à \(X\) est isomorphe à \(U\) sur \(X\). En effet, par la pleine fidélité du foncteur (04E0) correspondant à l’homéomorphisme universel \(X \times_Y (W \times_Y W) \to (W \times_Y W)\) il existe un unique isomorphisme \(\varphi : V'' \times_Y W \to W \times_Y V''\) dont le changement de base à \(X \times_Y (W \times_Y W)\) est la donnée de descente canonique de \(U \times_Y W\) sur \(X \times_Y W\). En particulier, \(\varphi\) satisfait à la condition de cocycle. Ainsi, d’après Descente, Lemme 0245, nous voyons que \(\varphi\) est effective (rappelons que tous les schémas ci-dessus sont affines). Nous obtenons donc \(V \to Y\) et un isomorphisme \(V'' \cong W \times_Y V\) tel que la donnée de descente canonique sur \(W \times_Y V/W/Y\) coïncide avec \(\varphi\). Remarquons que \(V \to Y\) est étale, d’après Descente, Lemme 02VN. De plus, il existe un isomorphisme \(V_X \cong U\) obtenu par descente de l’isomorphisme \[V_X \times_X W_X = X \times_Y V \times_Y W = (X \times_Y W) \times_W (W \times_Y V) \cong W_X \times_W V'' \cong U \times_Y W\] dont nous disposons par construction. Nous omettons certains détails.
Remarque
Dans la situation du Théorème 04DZ, il est ègalement vrai que \(V \mapsto V_X\) induit une équivalence entre les morphismes étales \(V \to Y\) pour lesquels \(V\) est affine et les morphismes étales \(U \to X\) pour lesquels \(U\) est affine. Cela résulte par exemple de Limits, Proposition 05YU.
Proposition
Soit \(X_0 \to X\) un homéomorphisme universel de schémas (par exemple l’immersion fermée définie par un faisceau d’idéaux nilpotent). Alors
les sites étales \(X_\etale\) et \((X_0)_\etale\) sont isomorphes,
les topos étales \(\Sh(X_\etale)\) et \(\Sh((X_0)_\etale)\) sont équivalents, et
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) = H^q_\etale(X_0, \mathcal{F}|_{X_0})\) pour tout \(q\) et pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\).
Démonstration
L’équivalence de catégories \(X_\etale \to (X_0)_\etale\) est donnée par le Théorème 04DZ. Nous omettons de démontrer que, sous cette équivalence, les recouvrements étales se correspondent. Ainsi, (1) est démontré. Les assertions (2) et (3) découlent formellement de (1).
Immersions fermées et image directe
Avant d’énoncer et de démontrer Proposition 04CA dans toute sa généralité, nous l’énonçons et la démontrons brièvement pour les immersions fermées. En effet, certains des arguments précédents sont beaucoup plus faciles à suivre dans le cas d’une immersion fermée et nous les répétons donc ici sous leur forme simplifiée.
Dans la suite de cette section, \(i : Z \to X\) est une immersion fermée. Le foncteur \[\Sch/X \longrightarrow \Sch/Z, \quad U \longmapsto U_Z = Z \times_X U\] sera noté \(U \mapsto U_Z\), comme indiqué. Comme la propriété d’être une immersion fermée se conserve par tout changement de base, le schéma \(U_Z\) est un sous-schéma fermé de \(U\).
Lemme
Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée de schémas. Soient \(U, U'\) des schémas étales sur \(X\). Soit \(h : U_Z \to U'_Z\) un morphisme sur \(Z\). Alors il existe un diagramme \[\xymatrix{ U & W \ar[l]_a \ar[r]^b & U' }\] dans \(X_\etale\) tel que \(a_Z : W_Z \to U_Z\) soit un isomorphisme et \(h = b_Z \circ (a_Z)^{-1}\).
Démonstration
Considérons le schéma \(M = U \times_X U'\). Le graphe \(\Gamma_h \subset M_Z\) de \(h\) est ouvert. Cela résulte, par exemple, de ce que \(\Gamma_h\) est l’image d’une section du morphisme étale \(\text{pr}_{1, Z} : M_Z \to U_Z\), voir Morphismes étales, Proposition 024T. Il existe donc un sous-schéma ouvert \(W \subset M\) dont l’intersection avec la partie fermée \(M_Z\) est \(\Gamma_h\). Posons \(a = \text{pr}_1|_W\) et \(b = \text{pr}_2|_W\).
Lemme
Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée de schémas. Soit \(V \to Z\) un morphisme étale de schémas. Il existe des morphismes étales \(U_i \to X\) et des morphismes \(U_{i, Z} \to V\) tels que \(\{U_{i, Z} \to V\}\) soit un recouvrement de Zariski de \(V\).
Démonstration
Puisqu’il nous suffit de trouver un recouvrement de Zariski de \(V\) formé de schémas de la forme \(U_Z\), avec \(U\) étale sur \(X\), nous pouvons raisonner localement pour la topologie de Zariski sur \(X\) et sur \(V\). Nous pouvons donc supposer \(X\) et \(V\) affines. Dans le cas affine, cela résulte de Algèbre, Lemme 04D1.
Si \(\overline{x} : \Spec(k) \to X\) est un point géométrique de \(X\), alors ou bien \(\overline{x}\) se factorise (de façon unique) par le sous-schéma fermé \(Z\), ou bien \(Z_{\overline{x}} = \emptyset\). Si \(\overline{x}\) se factorise par \(Z\), nous disons que \(\overline{x}\) est un point géométrique de \(Z\) (ce qu’il est) et nous employons la notation “\(\overline{x} \in Z\)” pour l’indiquer.
Lemme
Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée de schémas. Soit \(\mathcal{G}\) un faisceau d’ensembles sur \(Z_\etale\). Soit \(\overline{x}\) un point géométrique de \(X\). Alors \[(i_{small, *}\mathcal{G})_{\overline{x}} = \left\{ \begin{matrix} * & \text{si} & \overline{x} \not \in Z \\ \mathcal{G}_{\overline{x}} & \text{si} & \overline{x} \in Z \end{matrix} \right.\] où \(*\) désigne un ensemble réduit à un élément.
Démonstration
Posons \(U = X \setminus Z\). Notons que \(i_{small, *}\mathcal{G}|_{U_\etale} = *\) est l’objet final de la catégorie des faisceaux étales sur \(U\), c’est-à-dire le faisceau qui associe un ensemble réduit à un élément à chaque schéma étale sur \(U\). Cela explique la valeur de \((i_{small, *}\mathcal{G})_{\overline{x}}\) lorsque \(\overline{x} \not \in Z\).
Supposons maintenant que \(\overline{x} \in Z\). Notons que \[(i_{small, *}\mathcal{G})_{\overline{x}} = \colim_{(U, \overline{u})} \mathcal{G}(U_Z)\] et, d’autre part, \[\mathcal{G}_{\overline{x}} = \colim_{(V, \overline{v})} \mathcal{G}(V).\] Soit \(\mathcal{C}_1 = \{(U, \overline{u})\}^{opp}\) la catégorie opposée à la catégorie des voisinages étales de \(\overline{x}\) dans \(X\), et soit \(\mathcal{C}_2 = \{(V, \overline{v})\}^{opp}\) la catégorie opposée à la catégorie des voisinages étales de \(\overline{x}\) dans \(Z\). L’application canonique \[\mathcal{G}_{\overline{x}} \longrightarrow (i_{small, *}\mathcal{G})_{\overline{x}}\] correspond au foncteur \(F : \mathcal{C}_1 \to \mathcal{C}_2\), \(F(U, \overline{u}) = (U_Z, \overline{x})\). Or les lemmes 04FW et 04FV impliquent que \(\mathcal{C}_1\) est cofinale dans \(\mathcal{C}_2\), voir Catégories, définition 04E6. Il en résulte que la flèche ci-dessus est un isomorphisme, voir Catégories, lemme 04E7.
Proposition
Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée de schémas.
Le foncteur \[i_{small, *} : \Sh(Z_\etale) \longrightarrow \Sh(X_\etale)\] est pleinement fidèle et son image essentielle est formée des faisceaux d’ensembles \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\) dont la restriction à \(X \setminus Z\) est isomorphe à \(*\), et
le foncteur \[i_{small, *} : \textit{Ab}(Z_\etale) \longrightarrow \textit{Ab}(X_\etale)\] est pleinement fidèle et son image essentielle est formée des faisceaux abéliens sur \(X_\etale\) dont le support est contenu dans \(Z\).
Dans les deux cas, \(i_{small}^{-1}\) est un inverse à gauche du foncteur \(i_{small, *}\).
Démonstration
Traitons le cas des faisceaux d’ensembles. Pour tout faisceau \(\mathcal{G}\) sur \(Z\), le morphisme \(i_{small}^{-1}i_{small, *}\mathcal{G} \to \mathcal{G}\) est un isomorphisme d’après le lemme 04FX (et le théorème 03PU). Il en résulte formellement que \(i_{small, *}\) est pleinement fidèle, voir Sites, lemme 04D6. Il est clair que \(i_{small, *}\mathcal{G}|_{U_\etale} \cong *\) où \(U = X \setminus Z\). Réciproquement, supposons que \(\mathcal{F}\) soit un faisceau d’ensembles sur \(X\) tel que \(\mathcal{F}|_{U_\etale} \cong *\). Considérons le morphisme d’adjonction \[\mathcal{F} \longrightarrow i_{small, *}i_{small}^{-1}\mathcal{F}\] En combinant les lemmes 04FX et 03Q1, nous voyons que c’est un isomorphisme. Cela achève la démonstration de (1). La démonstration de (2) est identique.
Morphismes entiers universellement injectifs
Voici la version générale de la proposition 04CA.
Proposition
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme entier de schémas et universellement injectif.
Le foncteur \[f_{small, *} : \Sh(X_\etale) \longrightarrow \Sh(Y_\etale)\] est pleinement fidèle et son image essentielle est formée des faisceaux d’ensembles \(\mathcal{F}\) sur \(Y_\etale\) dont la restriction à \(Y \setminus f(X)\) est isomorphe à \(*\), et
le foncteur \[f_{small, *} : \textit{Ab}(X_\etale) \longrightarrow \textit{Ab}(Y_\etale)\] est pleinement fidèle et son image essentielle est formée des faisceaux abéliens sur \(Y_\etale\) dont le support est contenu dans \(f(X)\).
Dans les deux cas, \(f_{small}^{-1}\) est un inverse à gauche du foncteur \(f_{small, *}\).
Démonstration
Nous pouvons factoriser \(f\) sous la forme \[\xymatrix{ X \ar[r]^h & Z \ar[r]^i & Y }\] où \(h\) est entier, universellement injectif et surjectif et \(i : Z \to Y\) est une immersion fermée. Appliquons la proposition 04CA à \(i\) et le théorème 04DZ à \(h\).
Grands sites et image directe
Dans cette section, nous démontrons quelques résultats techniques sur \(f_{big, *}\) pour certains types de morphismes de schémas.
Lemme
Soit \(\tau \in \{Zariski, \etale, smooth, syntomic, fppf\}\). Soit \(f : X \to Y\) un monomorphisme de schémas. Alors le morphisme canonique \(f_{big}^{-1}f_{big, *}\mathcal{F} \to \mathcal{F}\) est un isomorphisme pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \((\Sch/X)_\tau\).
Démonstration
Dans ce cas, le foncteur \((\Sch/X)_\tau \to (\Sch/Y)_\tau\) est continu, cocontinu et pleinement fidèle. Le résultat découle donc de Sites, lemme 00XT.
Remarque
Dans la situation du lemme 04C7, le morphisme canonique \(\mathcal{F} \to f_{big}^{-1}f_{big!}\mathcal{F}\) est un isomorphisme pour tout faisceau d’ensembles \(\mathcal{F}\) sur \((\Sch/X)_\tau\). La démonstration est la même. Cela vaut aussi pour les faisceaux abéliens. Cependant, notons que le foncteur \(f_{big!}\) pour les faisceaux abéliens est défini dans Modules sur les sites, section 04BE et est en général différent de \(f_{big!}\) sur les faisceaux d’ensembles. Le résultat pour les faisceaux abéliens découle de Modules sur les sites, lemme 077I.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) une immersion fermée de schémas. Soit \(U \to X\) un morphisme syntomique (resp. lisse, resp. étale). Il existe alors des morphismes syntomiques (resp. lisses, resp. étales) \(V_i \to Y\) et des morphismes \(V_i \times_Y X \to U\) tels que \(\{V_i \times_Y X \to U\}\) forme un recouvrement de Zariski de \(U\).
Démonstration
Démontrons le lemme dans le cas où \(\tau = syntomic\). La question est locale sur \(U\). Nous pouvons donc supposer que \(U\) est un schéma affine dont l’image est contenue dans un ouvert affine de \(Y\). Nous sommes donc ramenés à démontrer le cas suivant : \(Y = \Spec(A)\), \(X = \Spec(A/I)\), et \(U = \Spec(\overline{B})\), où \(A/I \to \overline{B}\) est un morphisme d’anneaux syntomique. D’après Algèbre, lemme 00T0 nous pouvons trouver des éléments \(\overline{g}_i \in \overline{B}\) tels que \(\overline{B}_{\overline{g}_i} = A_i/IA_i\) pour certains morphismes d’anneaux syntomiques \(A \to A_i\). Cela démontre le lemme dans le cas syntomique. La démonstration du cas lisse est identique, à ceci près qu’elle utilise Algèbre, lemme 04B1. Dans le cas étale, on utilise Algèbre, lemme 04D1.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) une immersion fermée de schémas. Soit \(\{U_i \to X\}\) un recouvrement syntomique (resp. lisse, resp. étale). Il existe un recouvrement syntomique (resp. lisse, resp. étale) \(\{V_j \to Y\}\) tel que, pour chaque \(j\), soit \(V_j \times_Y X = \emptyset\), soit le morphisme \(V_j \times_Y X \to X\) se factorise par \(U_i\) pour un certain \(i\).
Démonstration
Pour chaque \(i\), nous pouvons choisir des morphismes syntomiques (resp. lisses, resp. étales) \(g_{ij} : V_{ij} \to Y\) et des morphismes \(V_{ij} \times_Y X \to U_i\) au-dessus de \(X\), de sorte que \(\{V_{ij} \times_Y X \to U_i\}\) forme un recouvrement de Zariski, voir le lemme 04E3. Cela implique en particulier que \(\bigcup_{ij} g_{ij}(V_{ij})\) contient le sous-ensemble fermé \(f(X)\). Par conséquent, la famille de morphismes syntomiques (resp. lisses, resp. étales) \(g_{ij}\) ainsi que l’immersion ouverte \(Y \setminus f(X) \to Y\) forment le recouvrement syntomique (resp. lisse, resp. étale) voulu de \(Y\).
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) une immersion fermée de schémas. Soit \(\tau \in \{syntomic, smooth, \etale\}\). Le foncteur \(V \mapsto X \times_Y V\) définit un foncteur presque cocontinu (voir Sites, Définition 04B7) \((\Sch/Y)_\tau \to (\Sch/X)_\tau\) entre les grands \(\tau\)-sites.
Démonstration
Il faut montrer ce qui suit : étant donné un morphisme \(V \to Y\) et un recouvrement syntomique quelconque (resp. lisse, resp. étale) \(\{U_i \to X \times_Y V\}\), il existe un recouvrement lisse (resp. lisse, resp. étale) \(\{V_j \to V\}\) tel que, pour tout \(j\), soit \(X \times_Y V_j\) est vide, soit \(X \times_Y V_j \to Z \times_Y V\) se factorise par l’un des \(U_i\). Cela résulte de l’application du Lemme 04E4 ci-dessus à l’immersion fermée \(X \times_Y V \to V\).
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) une immersion fermée de schémas. Soit \(\tau \in \{syntomic, smooth, \etale\}\).
Le foncteur d’image directe \(f_{big, *} : \Sh((\Sch/X)_\tau) \to \Sh((\Sch/Y)_\tau)\) commute aux coégalisateurs et aux sommes amalgamées.
Le foncteur d’image directe \(f_{big, *} : \textit{Ab}((\Sch/X)_\tau) \to \textit{Ab}((\Sch/Y)_\tau)\) est exact.
Démonstration
Cela résulte de Sites, Lemme 04BA, Modules sur les sites, Lemme 04BD, et du Lemme 04C3 ci-dessus.
Remarque
Dans le Lemme 04C4, le cas \(\tau = fppf\) n’est pas traité. La raison en est qu’étant donnés un anneau \(A\), un idéal \(I\) et un homomorphisme d’anneaux \(A/I \to \overline{B}\) fidèlement plat et de présentation finie, il n’y a aucune raison de penser que l’on puisse trouver un quelconque homomorphisme d’anneaux \(A \to B\), plat et de présentation finie, avec \(B/IB \not = 0\), tel que \(A/I \to B/IB\) se factorise par \(\overline{B}\). Ainsi, la preuve du Lemme 04C3 ne fonctionne pas pour la topologie fppf. En fait, il est probablement faux que \(f_{big, *} : \textit{Ab}((\Sch/X)_{fppf}) \to \textit{Ab}((\Sch/Y)_{fppf})\) soit exact lorsque \(f\) est une immersion fermée. Si vous connaissez un exemple, veuillez envoyer un courriel à stacks.project@gmail.com.
Exactitude du grand foncteur image directe à support propre
Il s’agit simplement du résultat technique suivant. Notons que le foncteur \(f_{big!}\) n’a absolument rien à voir avec la cohomologie à support compact en général.
Lemme
Soit \(\tau \in \{Zariski, \etale, smooth, syntomic, fppf\}\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \[f_{big} : \Sh((\Sch/X)_\tau) \longrightarrow \Sh((\Sch/Y)_\tau)\] le morphisme de topos correspondant comme dans Topologies, Lemme 0210, 021H, 04HC, 04HD, ou 021W.
Le foncteur \(f_{big}^{-1} : \textit{Ab}((\Sch/Y)_\tau) \to \textit{Ab}((\Sch/X)_\tau)\) admet un adjoint à gauche \[f_{big!} : \textit{Ab}((\Sch/X)_\tau) \to \textit{Ab}((\Sch/Y)_\tau)\] qui est exact.
Le foncteur \(f_{big}^* : \textit{Mod}((\Sch/Y)_\tau, \mathcal{O}) \to \textit{Mod}((\Sch/X)_\tau, \mathcal{O})\) admet un adjoint à gauche \[f_{big!} : \textit{Mod}((\Sch/X)_\tau, \mathcal{O}) \to \textit{Mod}((\Sch/Y)_\tau, \mathcal{O})\] qui est exact.
De plus, les deux foncteurs \(f_{big!}\) coïncident sur les faisceaux sous-jacents de groupes abéliens.
Démonstration
Rappelons que \(f_{big}\) est le morphisme de topos associé au foncteur continu et cocontinu \(u : (\Sch/X)_\tau \to (\Sch/Y)_\tau\), \(U/X \mapsto U/Y\). De plus, on a \(f_{big}^{-1}\mathcal{O} = \mathcal{O}\). Ainsi, l’existence de \(f_{big!}\) résulte de Modules sur les sites, Lemme 04BG, et, respectivement, de Modules sur les sites, Lemme 0797. Notons que, si \(U\) est un objet de \((\Sch/X)_\tau\), alors le foncteur \(u\) induit une équivalence de catégories \[u' : (\Sch/X)_\tau/U \longrightarrow (\Sch/Y)_\tau/U\] car les deux membres de la flèche sont égaux à \((\Sch/U)_\tau\). Ainsi, la coïncidence de \(f_{big!}\) sur les faisceaux abéliens sous-jacents résulte de la discussion dans Modules sur les sites, Remarque 0798. L’exactitude de \(f_{big!}\) résulte de Modules sur les sites, Lemme 04BH puisque le foncteur \(u\) ci-dessus commute aux produits fibrés et aux égalisateurs.
Démontrons ensuite un lemme technique qui sera utile plus loin pour comparer les faisceaux de modules sur les différents sites associés aux champs algébriques.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Soit \(\tau \in \{Zariski, \etale, smooth, syntomic, fppf\}\). Soient \(\mathcal{C}_1 \subset \mathcal{C}_2 \subset (\Sch/X)_\tau\) des sous-catégories pleines ayant les propriétés suivantes :
Pour tout objet \(U/X\) de \(\mathcal{C}_t\),
si \(\{U_i \to U\}\) est un recouvrement de \((\Sch/X)_\tau\), alors \(U_i/X\) est un objet de \(\mathcal{C}_t\),
\(U \times \mathbf{A}^1/X\) est un objet de \(\mathcal{C}_t\).
\(X/X\) est un objet de \(\mathcal{C}_t\).
Munissons \(\mathcal{C}_t\) de la structure de site dont les recouvrements sont exactement les recouvrements \(\{U_i \to U\}\) de \((\Sch/X)_\tau\) tels que \(U \in \Ob(\mathcal{C}_t)\). Alors
Le foncteur \(\mathcal{C}_1 \to \mathcal{C}_2\) est pleinement fidèle, continu et cocontinu.
Notons \(g : \Sh(\mathcal{C}_1) \to \Sh(\mathcal{C}_2)\) le morphisme de topos correspondant. Notons \(\mathcal{O}_t\) la restriction de \(\mathcal{O}\) à \(\mathcal{C}_t\). Notons \(g_!\) le foncteur de Modules sur les sites, Définition 04BF.
Le morphisme canonique \(g_!\mathcal{O}_1 \to \mathcal{O}_2\) est un isomorphisme.
Démonstration
L’assertion (a) est immédiate d’après les définitions. Dans cette preuve, tous les schémas sont des schémas sur \(X\) et tous les morphismes de schémas sont des morphismes de schémas sur \(X\). Notons que \(g^{-1}\) est donné par restriction, de sorte que, pour tout objet \(U\) de \(\mathcal{C}_1\) on a \(\mathcal{O}_1(U) = \mathcal{O}_2(U) = \mathcal{O}(U)\). Rappelons que \(g_!\mathcal{O}_1\) est le faisceau associé au préfaisceau \(g_{p!}\mathcal{O}_1\) qui associe à \(V\) dans \(\mathcal{C}_2\) le groupe \[\colim_{V \to U} \mathcal{O}(U)\] où \(U\) parcourt les objets de \(\mathcal{C}_1\) et où la colimite est prise dans la catégorie des groupes abéliens. Nous utiliserons souvent ci-dessous le fait que, si \[V \to U \to U'\] sont des morphismes avec \(U, U' \in \Ob(\mathcal{C}_1)\) et si \(f' \in \mathcal{O}(U')\) se restreint en \(f \in \mathcal{O}(U)\), alors \((V \to U, f)\) et \((V \to U', f')\) définissent le même élément de la colimite. De plus, \(g_!\mathcal{O}_1 \to \mathcal{O}_2\) envoie l’élément \((V \to U, f)\) simplement sur la restriction de \(f\) à \(V\).
Surjectivité. Soit \(V\) un schéma et soit \(h \in \mathcal{O}(V)\). On obtient alors un morphisme \(V \to X \times \mathbf{A}^1\) induit par \(h\) et le morphisme structural \(V \to X\). En écrivant \(\mathbf{A}^1 = \Spec(\mathbf{Z}[x])\), on voit que l’élément \(x \in \mathcal{O}(X \times \mathbf{A}^1)\) a pour image inverse \(h\). Puisque \(X \times \mathbf{A}^1\) est un objet de \(\mathcal{C}_1\) d’après les hypothèses (1)(b) et (2), on obtient la surjectivité voulue.
Injectivité. Soit \(V\) un schéma. Soit \(s = \sum_{i = 1, \ldots, n} (V \to U_i, f_i)\) un élément de la colimite affichée ci-dessus. Pour tout \(i\), on peut utiliser le morphisme \(f_i : U_i \to X \times \mathbf{A}^1\) pour voir que \((V \to U_i, f_i)\) définit le même élément de la colimite que \((f_i : V \to X \times \mathbf{A}^1, x)\). Nous pouvons alors considérer \[f_1 \times \ldots \times f_n : V \to X \times \mathbf{A}^n\] et l’on voit que \(s\) est équivalent dans la colimite à \[\sum\nolimits_{i = 1, \ldots, n} (f_1 \times \ldots \times f_n : V \to X \times \mathbf{A}^n, x_i) = (f_1 \times \ldots \times f_n : V \to X \times \mathbf{A}^n, x_1 + \ldots + x_n)\] Maintenant, si \(x_1 + \ldots + x_n\) se restreint à zéro sur \(V\), alors on voit que \(f_1 \times \ldots \times f_n\) se factorise par \(X \times \mathbf{A}^{n - 1} = V(x_1 + \ldots + x_n)\). Ainsi, nous voyons que \(s\) est équivalent à zéro dans la limite inductive.
Cohomologie étale
Dans les sections suivantes, nous démontrons quelques résultats èlémentaires sur la cohomologie étale. Voici une propriété connue de la cohomologie des espaces topologiques et qui vaut ègalement pour la cohomologie étale.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Supposons que \(X = U \cup V\) soit la réunion de deux ouverts. Pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\) il existe une suite exacte longue de cohomologie \[\begin{matrix} 0 \to H^0_\etale(X, \mathcal{F}) \to H^0_\etale(U, \mathcal{F}) \oplus H^0_\etale(V, \mathcal{F}) \to H^0_\etale(U \cap V, \mathcal{F}) \phantom{\to \ldots} \\ \phantom{0} \to H^1_\etale(X, \mathcal{F}) \to H^1_\etale(U, \mathcal{F}) \oplus H^1_\etale(V, \mathcal{F}) \to H^1_\etale(U \cap V, \mathcal{F}) \to \ldots \end{matrix}\] Cette suite exacte longue est fonctorielle en \(\mathcal{F}\).
Démonstration
Observons que si \(\mathcal{I}\) est un faisceau abélien injectif, alors \[0 \to \mathcal{I}(X) \to \mathcal{I}(U) \oplus \mathcal{I}(V) \to \mathcal{I}(U \cap V) \to 0\] est exacte. L’exactitude aux premier et second termes vient de ce que \(\mathcal{I}\) est un faisceau. L’exactitude à droite vient de ce que \(\mathcal{I}(U) \to \mathcal{I}(U \cap V)\) est surjective d’après Cohomologie sur les sites, Lemme 093X. Une autre manière de le démontrer serait de montrer que le conoyau de l’application \(\mathcal{I}(U) \oplus \mathcal{I}(V) \to \mathcal{I}(U \cap V)\) est le premier groupe de cohomologie de Čech de \(\mathcal{I}\) relativement au recouvrement \(X = U \cup V\), lequel s’annule d’après les lemmes 03OR et 03OV. Ainsi, si \(\mathcal{F} \to \mathcal{I}^\bullet\) est une résolution injective, alors \[0 \to \mathcal{I}^\bullet(X) \to \mathcal{I}^\bullet(U) \oplus \mathcal{I}^\bullet(V) \to \mathcal{I}^\bullet(U \cap V) \to 0\] est une suite exacte courte de complexes et la suite exacte longue de cohomologie associée est celle de l’énoncé du lemme.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que \(X = U \cup V\) soit une réunion de deux sous-schémas ouverts. Notons \(a = f|_U : U \to Y\), \(b = f|_V : V \to Y\), et \(c = f|_{U \cap V} : U \cap V \to Y\). Pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\) il existe une suite exacte longue \[0 \to f_*\mathcal{F} \to a_*(\mathcal{F}|_U) \oplus b_*(\mathcal{F}|_V) \to c_*(\mathcal{F}|_{U \cap V}) \to R^1f_*\mathcal{F} \to \ldots\] sur \(Y_\etale\). Cette suite exacte longue est fonctorielle en \(\mathcal{F}\).
Démonstration
Soit \(\mathcal{F} \to \mathcal{I}^\bullet\) une résolution injective de \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\). Nous affirmons qu’il existe une suite exacte courte de complexes \[0 \to f_*\mathcal{I}^\bullet \to a_*\mathcal{I}^\bullet|_U \oplus b_*\mathcal{I}^\bullet|_V \to c_*\mathcal{I}^\bullet|_{U \cap V} \to 0.\] En effet, pour tout \(W\) de \(Y_\etale\) et tout \(n \geq 0\), la suite correspondante des groupes de sections sur \(W\) \[0 \to \mathcal{I}^n(W \times_Y X) \to \mathcal{I}^n(W \times_Y U) \oplus \mathcal{I}^n(W \times_Y V) \to \mathcal{I}^n(W \times_Y (U \cap V)) \to 0\] est une suite exacte courte, comme on l’a montré dans la démonstration du lemme 0A50. Le lemme résulte alors du passage aux faisceaux de cohomologie et du fait que \(\mathcal{I}^\bullet|_U\) est une résolution injective de \(\mathcal{F}|_U\) et de même pour \(\mathcal{I}^\bullet|_V\), \(\mathcal{I}^\bullet|_{U \cap V}\).
Limites inductives
Rappelons que si \((\mathcal{F}_i, \varphi_{ii'})\) est un diagramme de faisceaux sur un site \(\mathcal{C}\), sa limite inductive (dans la catégorie des faisceaux) est le faisceau associé au préfaisceau \(U \mapsto \colim_i \mathcal{F}_i(U)\). Voir Sites, Lemme 00WI. Si le système est filtrant, si \(U\) est un objet quasi-compact de \(\mathcal{C}\) qui possède un système cofinal de recouvrements par des objets quasi-compacts, alors \(\mathcal{F}(U) = \colim \mathcal{F}_i(U)\), voir Sites, Lemme 0738. Voir Cohomologie sur les sites, Lemme 0739 pour un résultat concernant les groupes de cohomologie supérieure des limites inductives de faisceaux abéliens.
Dans Cohomologie sur les sites, Lemme 09YP, nous généralisons ce résultat à un système de faisceaux sur un système projectif de sites. Voici la notion correspondante dans le cas d’un système de faisceaux étales définis sur un système projectif de schémas.
Définition
Soit \(I\) un ensemble préordonné. Soit \((X_i, f_{i'i})\) un système projectif de schémas indexé par \(I\). Un système \((\mathcal{F}_i, \varphi_{i'i})\) de faisceaux sur \((X_i, f_{i'i})\) est la donnée de
un faisceau \(\mathcal{F}_i\) sur \((X_i)_\etale\) pour tout \(i \in I\),
pour \(i' \geq i\), un morphisme \(\varphi_{i'i} : f_{i'i}^{-1}\mathcal{F}_i \to \mathcal{F}_{i'}\) de faisceaux sur \((X_{i'})_\etale\)
de telle sorte que \(\varphi_{i''i} = \varphi_{i''i'} \circ f_{i'' i'}^{-1}\varphi_{i'i}\) lorsque \(i'' \geq i' \geq i\).
Dans la situation de la définition 0EZL, supposons que \(I\) soit filtrant et que les morphismes de transition \(f_{i'i}\) soient affines. Soit \(X = \lim X_i\) la limite dans la catégorie des schémas, voir Limites, section 01YV. Notons \(f_i : X \to X_i\) les morphismes de projection et considérons les morphismes \[f_i^{-1}\mathcal{F}_i = f_{i'}^{-1}f_{i'i}^{-1}\mathcal{F}_i \xrightarrow{f_{i'}^{-1}\varphi_{i'i}} f_{i'}^{-1}\mathcal{F}_{i'}\] Cela fait des \(f_i^{-1}\mathcal{F}_i\) un système de faisceaux sur \(X_\etale\) indexé par \(I\) (c’est un bon exercice de le vérifier). Nous voulons souvent savoir si l’on a un isomorphisme \[H^q_\etale(X, \colim f_i^{-1}\mathcal{F}_i) = \colim H^q_\etale(X_i, \mathcal{F}_i)\] Il s’avérera que cela est vrai si \(X_i\) est quasi-compact et quasi-séparé pour tout \(i\), voir le théorème 09YQ.
Lemme
Soit \(I\) un ensemble préordonné filtrant. Soit \((X_i, f_{i'i})\) un système projectif de schémas indexé par \(I\) dont les morphismes de transition sont affines. Soit \(X = \lim_{i \in I} X_i\). Avec les notations de Topologies, Lemme 04HR, on a \[X_{affine, \etale} = \colim (X_i)_{affine, \etale}\] comme sites au sens de Sites, Lemme 09YL.
Démonstration
Démontrons d’abord ceci lorsque \(X\) et les \(X_i\) sont quasi-compacts et quasi-séparés pour tout \(i\) (c’est le cas dans toutes les situations qui nous intéressent). Dans ce cas, tout objet de \(X_{affine, \etale}\), resp. de \((X_i)_{affine, \etale}\), est de présentation finie sur \(X\). De plus, la catégorie des schémas de présentation finie sur \(X\) est la limite inductive des catégories de schémas de présentation finie sur les \(X_i\), voir Limites, Lemme 01ZM. Il en va de même des sous-catégories d’objets affines et étales sur \(X\), d’après les lemmes de Limites 01Z6 et 07RP. Enfin, si \(\{U^j \to U\}\) est un recouvrement de \(X_{affine, \etale}\) et si \(U_i^j \to U_i\) est un morphisme de schémas affines étales sur \(X_i\) dont le changement de base à \(X\) est \(U^j \to U\), alors nous voyons que le changement de base de \(\{U^j_i \to U_i\}\) à un certain \(X_{i'}\) est un recouvrement pour \(i'\) assez grand, voir Limites, Lemme 07RR.
Dans le cas général, soit \(U\) un objet de \(X_{affine, \etale}\). Alors \(U \to X\) est étale et séparé (puisque \(U\) est séparé), mais n’est en général pas quasi-compact. Toutefois, \(U \to X\) est localement de présentation finie et donc, d’après le lemme 0EY1 de Limites, il existe un \(i\), un schéma \(U_i\) quasi-compact et quasi-séparé, et un morphisme \(U_i \to X_i\) qui est localement de présentation finie dont le changement de base à \(X\) est \(U \to X\). Alors \(U = \lim_{i' \geq i} U_{i'}\) où \(U_{i'} = U_i \times_{X_i} X_{i'}\). Quitte à augmenter \(i\), nous pouvons supposer \(U_i\) affine, voir Limites, Lemme 01Z6. Pour vérifier que \(U_i \to X_i\) est étale pour \(i\) assez grand, choisissons un recouvrement ouvert affine fini \(U_i = U_{i, 1} \cup \ldots \cup U_{i, m}\) tel que \(U_{i, j} \to U_i \to X_i\) se factorise par un ouvert affine \(W_{i, j} \subset X_i\). On peut alors appliquer Limites, Lemme 07RP, pour voir que \(U_{i, j} \to W_{i, j}\) est étale après avoir, si nécessaire, augmenté \(i\). Nous voyons ainsi que le foncteur \(\colim (X_i)_{affine, \etale} \to X_{affine, \etale}\) est essentiellement surjectif. Sa pleine fidélité résulte directement du résultat déjà utilisé : Limites, Lemme 0EY1. L’assertion concernant les recouvrements se démontre exactement de la même manière que dans le premier paragraphe de la démonstration.
Ce qui précède donne le résultat général suivant sur les limites inductives et la cohomologie.
Théorème
Soit \(X = \lim_{i \in I} X_i\) la limite d’un système projectif de schémas dont les morphismes de transition \(f_{i'i} : X_{i'} \to X_i\) sont affines. Nous supposons que \(X_i\) est quasi-compact et quasi-séparé pour tout \(i \in I\). Soit \((\mathcal{F}_i, \varphi_{i'i})\) un système de faisceaux abéliens sur \((X_i, f_{i'i})\). Notons \(f_i : X \to X_i\) la projection et posons \(\mathcal{F} = \colim f_i^{-1}\mathcal{F}_i\). Alors \[\colim_{i\in I} H_\etale^p(X_i, \mathcal{F}_i) = H_\etale^p(X, \mathcal{F}).\] pour tout \(p \geq 0\).
Démonstration
D’après Topologies, lemme 04HR, nous pouvons calculer la cohomologie de \(\mathcal{F}\) sur \(X_{affine, \etale}\). Le résultat découle donc de la combinaison du lemme 0EYL et du lemme 09YP de Cohomologie sur les sites.
Les deux résultats suivants sont des cas particuliers du théorème ci-dessus.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(I\) un ensemble ordonné filtrant. Soit \((\mathcal{F}_i, \varphi_{ij})\) un système de faisceaux abéliens sur \(X_\etale\) indexé par \(I\). Alors \[\colim_{i\in I} H_\etale^p(X, \mathcal{F}_i) = H_\etale^p(X, \colim_{i\in I} \mathcal{F}_i).\]
Démonstration
C’est un cas particulier du théorème 09YQ. Nous esquissons également une démonstration directe. Nous le démontrons simultanément pour tout \(X\), par récurrence sur \(p\).
Pour tout schéma quasi-compact et quasi-séparé \(X\) et tout recouvrement étale \(\mathcal{U}\) de \(X\), montrer qu’il existe un raffinement \(\mathcal{V} = \{V_j \to X\}_{j\in J}\) avec \(J\) fini et chaque \(V_j\) quasi-compact et quasi-séparé, de telle sorte que tous les \(V_{j_0} \times_X \ldots \times_X V_{j_p}\) soient eux aussi quasi-compacts et quasi-séparés.
En utilisant l’étape précédente et la définition des limites inductives dans la catégorie des faisceaux, montrer que le théorème vaut pour \(p = 0\) et tout \(X\).
En utilisant la localité de la cohomologie (lemme 03P1), la suite spectrale de Čech vers la cohomologie (théorème 03OW) et le fait que l’hypothèse de récurrence s’applique à tous les \(V_{j_0} \times_X \ldots \times_X V_{j_p}\) dans la situation ci-dessus, démontrer l’étape de récurrence \(p \to p + 1\).
Lemme
Soient \(A\) un anneau, \((I, \leq)\) un ensemble ordonné filtrant et \((B_i, \varphi_{ij})\) un système de \(A\)-algèbres. Posons \(B = \colim_{i\in I} B_i\). Soit \(X \to \Spec(A)\) un morphisme de schémas quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(X_\etale\). Notons \(Y_i = X \times_{\Spec(A)} \Spec(B_i)\), \(Y = X \times_{\Spec(A)} \Spec(B)\), \(\mathcal{G}_i = (Y_i \to X)^{-1}\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G} = (Y \to X)^{-1}\mathcal{F}\). Alors \[H_\etale^p(Y, \mathcal{G}) = \colim_{i\in I} H_\etale^p (Y_i, \mathcal{G}_i).\]
Démonstration
C’est un cas particulier du théorème 09YQ. Nous indiquons également une démonstration directe comme suit.
Étant donné \(V \to Y\) étale, avec \(V\) quasi-compact et quasi-séparé, il existe \(i\in I\) et \(V_i \to Y_i\) tels que \(V = V_i \times_{Y_i} Y\). Si tous les schémas considérés étaient affines, cela correspondrait à l’énoncé algébrique suivant : si \(B = \colim B_i\) et si \(B \to C\) est étale, alors il existe \(i \in I\) et \(B_i \to C_i\) étale tels que \(C \cong B \otimes_{B_i} C_i\). Ceci est démontré dans Algèbre, lemme 00U2.
Dans la situation de (1), montrer que \(\mathcal{G}(V) = \colim_{i' \geq i} \mathcal{G}_{i'}(V_{i'})\) où \(V_{i'}\) est le changement de base de \(V_i\) sur \(Y_{i'}\).
D’après (1), on voit que pour tout recouvrement étale \(\mathcal{V} = \{V_j \to Y\}_{j\in J}\) avec \(J\) fini et les \(V_j\) quasi-compacts et quasi-séparés, il existe \(i \in I\) et un recouvrement étale \(\mathcal{V}_i = \{V_{ij} \to Y_i\}_{j \in J}\) tel que \(\mathcal{V} \cong \mathcal{V}_i \times_{Y_i} Y\).
Montrer que (2) et (3) impliquent \[\check H^*(\mathcal{V}, \mathcal{G})= \colim_{i\in I} \check H^*(\mathcal{V}_i, \mathcal{G}_i).\]
Utiliser judicieusement la suite spectrale de Čech vers la cohomologie (théorème 03OW).
Lemme
Soit \(f: X\to Y\) un morphisme de schémas et soit \(\mathcal{F}\in \textit{Ab}(X_\etale)\). Alors \(R^pf_*\mathcal{F}\) est le faisceau associé au préfaisceau \[(V \to Y) \longmapsto H_\etale^p(X \times_Y V, \mathcal{F}|_{X \times_Y V}).\] Plus généralement, pour \(K \in D(X_\etale)\), \(R^pf_*K\) est le faisceau associé au préfaisceau \[(V \to Y) \longmapsto H_\etale^p(X \times_Y V, K|_{X \times_Y V}).\]
Démonstration
Ce lemme est valable pour les espaces topologiques, et la démonstration dans ce cas est la même. Voir Cohomologie sur les sites, lemme 072W pour le cas d’un faisceau, et voir Cohomologie sur les sites, lemme 0BKV pour le cas d’un complexe de faisceaux abéliens.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X = \lim_{i \in I} X_i\) une limite d’un système projectif de schémas sur \(S\) avec morphismes de transition affines \(f_{i'i} : X_{i'} \to X_i\). Nous supposons que les morphismes structuraux \(g_i : X_i \to S\) et \(g : X \to S\) sont quasi-compacts et quasi-séparés. Soit \((\mathcal{F}_i, \varphi_{i'i})\) un système de faisceaux abéliens sur \((X_i, f_{i'i})\). Notons \(f_i : X \to X_i\) la projection et posons \(\mathcal{F} = \colim f_i^{-1}\mathcal{F}_i\). Alors \[\colim_{i\in I} R^p g_{i, *} \mathcal{F}_i = R^p g_* \mathcal{F}\] pour tout \(p \geq 0\).
Démonstration
Rappelons (lemme 03Q8) que \(R^p g_{i, *} \mathcal{F}_i\) est le faisceau associé au préfaisceau \(U \mapsto H^p_\etale(U \times_S X_i, \mathcal{F}_i)\) et de même pour \(R^pg_*\mathcal{F}\). De plus, la limite inductive d’un système de faisceaux est le faisceau associé à la limite inductive calculée dans la catégorie des préfaisceaux. Remarquons que tout objet de \(S_\etale\) admet un recouvrement par des objets quasi-compacts et quasi-séparés (par exemple, des schémas affines). De plus, si \(U\) est un objet quasi-compact et quasi-séparé, alors on a \[\colim H^p_\etale(U \times_S X_i, \mathcal{F}_i) = H^p_\etale(U \times_S X, \mathcal{F})\] d’après le théorème 09YQ. Le lemme en résulte.
Lemme
Soit \(I\) un ensemble ordonné filtrant. Soit \(g_i : X_i \to S_i\) un système projectif de morphismes de schémas indexé par \(I\). Supposons que \(g_i\) soit quasi-compact et quasi-séparé et que, pour \(i' \geq i\), les morphismes de transition \(f_{i'i} : X_{i'} \to X_i\) et \(h_{i'i} : S_{i'} \to S_i\) soient affines. Soit \(g : X \to S\) la limite des morphismes \(g_i\), voir Limites, section 01YV. Notons \(f_i : X \to X_i\) et \(h_i : S \to S_i\) les projections. Soit \((\mathcal{F}_i, \varphi_{i'i})\) un système de faisceaux sur \((X_i, f_{i'i})\). Posons \(\mathcal{F} = \colim f_i^{-1}\mathcal{F}_i\). Alors \[R^p g_* \mathcal{F} = \colim_{i \in I} h_i^{-1}R^p g_{i, *} \mathcal{F}_i\] pour tout \(p \geq 0\).
Démonstration
Comment construit-on l’application du lemme ? Pour \(i' \geq i\), nous avons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[r]_{f_{i'}} \ar[d]_g & X_{i'} \ar[r]_{f_{i'i}} \ar[d]_{g_{i'}} & X_i \ar[d]^{g_i} \\ S \ar[r]^{h_{i'}} & S_{i'} \ar[r]^{h_{i'i}} & S_i }\] Si nous composons l’application de changement de base \(h_{i'i}^{-1}Rg_{i, *}\mathcal{F}_i \to Rg_{i', *}f_{i'i}^{-1}\mathcal{F}_i\) (Cohomologie sur les sites, lemme 0736 ou Remarque 07A7) avec l’application \(Rg_{i', *}\varphi_{i'i}\), nous obtenons alors \(\psi_{i'i} : h_{i' i}^{-1} R^p g_{i, *} \mathcal{F}_i \to R^pg_{i', *} \mathcal{F}_{i'}\). De même, en utilisant le carré de gauche du diagramme, nous obtenons les applications \(\psi_i : h_i^{-1}R^pg_{i, *}\mathcal{F}_i \to R^pg_*\mathcal{F}\). Les applications \(h_{i'}^{-1}\psi_{i'i}\) et \(\psi_i\) sont celles utilisées dans l’énoncé du lemme. Pour que cela ait un sens, nous devons vérifier que \(\psi_{i''i} = \psi_{i''i'} \circ h_{i''i'}^{-1}\psi_{i'i}\) et \(\psi_{i'} \circ h_{i'}^{-1}\psi_{i'i} = \psi_i\) ; cela résulte de Cohomologie sur les sites, remarque 0E47.
Démonstration de l’égalité. Première démonstration par décalage de dimension4. Pour tout \(U\) affine et étale sur \(X\), d’après le Théorème 09YQ, nous avons \[g_*\mathcal{F}(U) = H^0(U \times_S X, \mathcal{F}) = \colim H^0(U_i \times_{S_i} X_i, \mathcal{F}_i) = \colim g_{i, *}\mathcal{F}_i(U_i)\] où la limite inductive porte sur les \(i\) assez grands tels qu’ il existe un \(i\) et un \(U_i\) affine et étale sur \(S_i\) dont le changement de base est \(U\) sur \(S\) (voir Lemme 0EYL). Le membre de droite est égal à \((\colim h_i^{-1}g_{i, *}\mathcal{F}_i)(U)\) d’après Sites, Lemme 09YN. Cela démontre le lemme pour \(p = 0\). Si \((\mathcal{G}_i, \varphi_{i'i})\) est un système tel que \(\mathcal{G} = \colim f_i^{-1}\mathcal{G}_i\) et tel que \(\mathcal{G}_i\) soit un faisceau abélien injectif sur \(X_i\) pour tout \(i\), alors, pour tout \(U\) affine et étale sur \(X\), d’après le Théorème 09YQ, nous avons \[H^p(U \times_S X, \mathcal{G}) = \colim H^p(U_i \times_{S_i} X_i, \mathcal{G}_i) = 0\] pour \(p > 0\) (la même limite inductive que précédemment). Ainsi \(R^pg_*\mathcal{G} = 0\) et nous obtenons le résultat pour \(p > 0\) pour un tel système. En général, nous pouvons choisir une suite exacte courte de systèmes \[0 \to (\mathcal{F}_i, \varphi_{i'i}) \to (\mathcal{G}_i, \varphi_{i'i}) \to (\mathcal{Q}_i, \varphi_{i'i}) \to 0\] où \((\mathcal{G}_i, \varphi_{i'i})\) est comme ci-dessus, voir Cohomologie sur les sites, Lemme 0EXZ. Par récurrence, le lemme vaut pour \(p - 1\) et, d’après ce qui précède, on a l’annulation en degré \(p\) pour \((\mathcal{G}_i, \varphi_{i'i})\). On en déduit le résultat pour \(p\) et \((\mathcal{F}_i, \varphi_{i'i})\) par la suite exacte longue de cohomologie.
Seconde démonstration. Rappelons que \(S_{affine, \etale} = \colim (S_i)_{affine, \etale}\), voir le lemme 0EYL. Ainsi, si \(U\) est un objet de \(S_{affine, \etale}\), alors on peut écrire \(U = U_i \times_{S_i} S\) pour un certain \(i\) et un certain \(U_i\) de \((S_i)_{affine, \etale}\), et \[(\colim_{i \in I} h_i^{-1}R^p g_{i, *} \mathcal{F}_i)(U) = \colim_{i' \geq i} (R^p g_{i', *}\mathcal{F}_{i'})(U_i \times_{S_i} S_{i'})\] d’après Sites, Lemme 09YN, et la construction des morphismes de transition du système décrit ci-dessus. Puisque \(R^pg_{i', *}\mathcal{F}_{i'}\) est le faisceau associé au préfaisceau \(U_{i'} \mapsto H^p(U_{i'} \times_{S_{i'}} X_{i'}, \mathcal{F}_{i'})\) et puisque \(R^pg_*\mathcal{F}\) est le faisceau associé au préfaisceau \(U \mapsto H^p(U \times_S X, \mathcal{F})\) (Lemme 03Q8) on obtient un diagramme commutatif canonique \[\xymatrix{ \colim_{i' \geq i} H^p(U_i \times_{S_i} X_{i'}, \mathcal{F}_{i'}) \ar[r] \ar[d] & \colim_{i' \geq i} (R^p g_{i', *}\mathcal{F}_{i'})(U_i \times_{S_i} S_{i'}) \ar[d] \\ H^p(U \times_S X, \mathcal{F}) \ar[r] & R^pg_*\mathcal{F}(U) }\] Remarquons que la flèche verticale de gauche est un isomorphisme d’après le théorème 09YQ. Nous cherchons à montrer que la flèche verticale de droite est un isomorphisme. Cependant, nous savons déjà que la source et le but de cette flèche sont des faisceaux sur \(S_{affine, \etale}\). Il suffit donc de montrer : (1) tout élément du but provient localement d’un élément de la source, et (2) tout élément de la source qui s’envoie sur zéro dans le but s’annule localement. L’assertion (1) découle immédiatement de ce qui précède et du fait que la flèche horizontale inférieure provient d’un morphisme de préfaisceaux qui devient un isomorphisme après faisceautisation. Pour (2), soit \(\xi \in \colim_{i' \geq i} (R^p g_{i', *}\mathcal{F}_{i'})(U_i \times_{S_i} S_{i'})\) dans le noyau. Choisissons \(i' \geq i\) et \(\xi_{i'} \in (R^p g_{i', *}\mathcal{F}_{i'})(U_i \times_{S_i} S_{i'})\) représentant \(\xi\). Choisissons un recouvrement étale standard \(\{U_{i', k} \to U_i \times_{S_i} S_{i'}\}_{k = 1, \ldots, m}\) tel que \(\xi_{i'}|_{U_{i', k}}\) provienne de \(\xi_{i', k} \in H^p(U_{i', k} \times_{S_{i'}} X_{i'}, \mathcal{F}_{i'})\). Puisqu’il suffit de prouver que \(\xi\) s’annule localement, nous pouvons remplacer \(U\) par les membres du recouvrement étale \(\{U_{i', k} \times_{S_{i'}} S \to U = U_i \times_{S_i} S\}\). Après ce remplacement, on voit que \(\xi\) est l’image d’un élément \(\xi'\) du groupe \(\colim_{i' \geq i} H^p(U_i \times_{S_i} X_{i'}, \mathcal{F}_{i'})\) dans le diagramme ci-dessus. Puisque \(\xi'\) s’envoie sur zéro dans \(R^pg_*\mathcal{F}(U)\) nous pouvons effectuer un autre remplacement et supposer que \(\xi'\) s’envoie sur zéro dans \(H^p(U \times_S X, \mathcal{F})\). Toutefois, puisque la flèche verticale de gauche est un isomorphisme, on conclut alors que \(\xi' = 0\), d’où \(\xi = 0\), comme voulu.
Lemme
Soit \(X = \lim_{i \in I} X_i\) la limite d’un système projectif de schémas dont les morphismes de transition \(f_{i'i}\) sont affines et dont les morphismes de projection sont \(f_i : X \to X_i\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(X_\etale\). Alors
il existe des morphismes canoniques \(\varphi_{i'i} : f_{i'i}^{-1}f_{i, *}\mathcal{F} \to f_{i', *}\mathcal{F}\) tels que \((f_{i, *}\mathcal{F}, \varphi_{i'i})\) soit un système de faisceaux sur \((X_i, f_{i'i})\) au sens de la définition 0EZL, et
\(\mathcal{F} = \colim f_i^{-1}f_{i, *}\mathcal{F}\).
Démonstration
Par Topologies, Lemme 04HR, et le lemme 0EYL, ceci est un cas particulier de Sites, Lemme 0EXJ.
Lemme
Soit \(I\) un ensemble ordonné filtrant. Soit \(g_i : X_i \to S_i\) un système projectif de morphismes de schémas indexé par \(I\). Supposons que \(g_i\) soit quasi-compact et quasi-séparé et que, pour \(i' \geq i\), les morphismes de transition \(X_{i'} \to X_i\) et \(S_{i'} \to S_i\) soient affines. Soit \(g : X \to S\) la limite des morphismes \(g_i\), voir Limites, section 01YV. Notons \(f_i : X \to X_i\) et \(h_i : S \to S_i\) les projections. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(X\). Alors on a \[R^pg_*\mathcal{F} = \colim_{i \in I} h_i^{-1}R^pg_{i, *}(f_{i, *}\mathcal{F})\]
Démonstration
Limites inductives et complexes
Dans cette section, nous étudions la cohomologie des systèmes de complexes dans divers contextes, en poursuivant l’étude des faisceaux commencée à la section 03Q4. Nous conseillons vivement au lecteur de ne pas lire cette section, sauf si cela est absolument nécessaire.
Lemme
Soit \(X = \lim_{i \in I} X_i\) la limite d’un système projectif de schémas dont les morphismes de transition \(f_{i'i} : X_{i'} \to X_i\) sont affines. Supposons que \(X_i\) soit quasi-compact et quasi-séparé pour tout \(i \in I\). Soit \(\mathcal{F}_i^\bullet\) un complexe de faisceaux abéliens sur \(X_{i, \etale}\). Soit \(\varphi_{i'i} : f_{i'i}^{-1}\mathcal{F}_i^\bullet \to \mathcal{F}_{i'}^\bullet\) un morphisme de complexes sur \(X_{i, \etale}\) tel que \(\varphi_{i''i} = \varphi_{i''i'} \circ f_{i'' i'}^{-1}\varphi_{i'i}\) lorsque \(i'' \geq i' \geq i\). Supposons qu’il existe un entier \(a\) tel que \(\mathcal{F}_i^n = 0\) pour \(n < a\) et tout \(i \in I\). Alors on a \[H^p_\etale(X, \colim f_i^{-1}\mathcal{F}_i^\bullet) = \colim H^p_\etale(X_i, \mathcal{F}^\bullet_i)\] où \(f_i : X \to X_i\) est la projection.
Démonstration
Cela résulte du théorème 09YQ. Posons \(\mathcal{F}^\bullet = \colim f_i^{-1}\mathcal{F}_i^\bullet\). Le théorème affirme que \[\colim_{i \in I} H_\etale^p(X_i, \mathcal{F}_i^n) = H_\etale^p(X, \mathcal{F}^n)\] pour tous \(n, p \in \mathbf{Z}\). Utilisons les suites spectrales \[E_{1, i}^{s, t} = H_\etale^t(X_i, \mathcal{F}_i^s) \Rightarrow H_\etale^{s + t}(X_i, \mathcal{F}_i^\bullet)\] et \[E_1^{s, t} = H_\etale^t(X, \mathcal{F}^s) \Rightarrow H_\etale^{s + t}(X, \mathcal{F}^\bullet)\] de Catégories dérivées, Lemme 015J. Puisque \(\mathcal{F}_i^n = 0\) pour \(n < a\) (avec \(a\) indépendant de \(i\)), on voit que seul un nombre fini de termes \(E_{1, i}^{s, t}\) (indépendant de \(i\)) et \(E_1^{s, t}\) contribuent à \(H^q_\etale(X_i, \mathcal{F}_i^\bullet)\) et \(H^q_\etale(X, \mathcal{F}^\bullet)\) et \(E_1^{s, t} = \colim E_{i, i}^{s, t}\). Cela démontre l’assertion. Certains détails sont omis. (Il existe un autre argument utilisant les troncatures “bêtes” des complexes, qui évite d’utiliser les suites spectrales.)
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(K_i \in D(X_\etale)\), \(i \in I\), une famille d’objets. Supposons donné \(a \in \mathbf{Z}\) tel que \(H^n(K_i) = 0\) pour \(n < a\) et \(i \in I\). Alors \(R\Gamma(X, \bigoplus_i K_i) = \bigoplus_i R\Gamma(X, K_i)\).
Démonstration
Il faut montrer que \(H^p(X, \bigoplus_i K_i) = \bigoplus_i H^p(X, K_i)\) pour tout \(p \in \mathbf{Z}\). Choisissons des complexes \(\mathcal{F}_i^\bullet\) représentant \(K_i\) tels que \(\mathcal{F}_i^n = 0\) pour \(n < a\). La somme directe des complexes \(\mathcal{F}_i^\bullet\) représente l’objet \(\bigoplus K_i\) d’après Injectifs, Lemme 07D9. Puisque \(\bigoplus \mathcal{F}^\bullet\) est la limite inductive filtrante des sommes directes finies, le résultat découle du lemme 0EZM.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X = \lim_{i \in I} X_i\) la limite d’un système projectif de schémas sur \(S\) avec pour morphismes de transition affines \(f_{i'i} : X_{i'} \to X_i\). Supposons que \(X_i\) soit quasi-compact et quasi-séparé pour tout \(i \in I\). Soit \(K \in D^+(S_\etale)\). Alors \[\colim_{i \in I} H_\etale^p(X_i, K|_{X_i}) = H_\etale^p(X, K|_X).\] pour tout \(p \in \mathbf{Z}\), où \(K|_{X_i}\) et \(K|_X\) sont les images inverses de \(K\) sur \(X_i\) et \(X\).
Démonstration
On peut représenter \(K\) par un complexe borné inférieurement \(\mathcal{G}^\bullet\) de faisceaux abéliens sur \(S_\etale\). Disons que \(\mathcal{G}^n = 0\) pour \(n < a\). Notons \(\mathcal{F}^\bullet_i\) et \(\mathcal{F}^\bullet\) les images inverses de ce complexe sur \(X_i\) et \(X\). Ces complexes représentent les objets \(K|_{X_i}\) et \(K|_X\), et l’on a \(\mathcal{F}^\bullet = \colim f_i^{-1}\mathcal{F}_i^\bullet\) terme à terme. Le lemme découle donc du lemme 0EZM.
Lemme
Soient \(I\), \(g_i : X_i \to S_i\), \(g : X \to S\), \(f_i\), \(g_i\), \(h_i\) comme dans le lemme 0EYM. Soient \(0 \in I\) et \(K_0 \in D^+(X_{0, \etale})\). Pour \(i \geq 0\), notons \(K_i\) l’image inverse de \(K_0\) sur \(X_i\). Notons \(K\) l’image inverse de \(K_0\) sur \(X\). Alors \[R^pg_*K = \colim_{i \geq 0} h_i^{-1}R^pg_{i, *}K_i\] pour tout \(p \in \mathbf{Z}\).
Démonstration
Fixons un entier \(p_0 \in \mathbf{Z}\). Soit \(a\) un entier tel que \(H^j(K_0) = 0\) pour \(j < a\). Nous allons démontrer que la formule vaut pour tout \(p \leq p_0\) par récurrence descendante sur \(a\). Si \(a > p_0\), alors on voit que les membres de gauche et de droite de la formule sont nuls pour \(p \leq p_0\) par annulation triviale, voir Catégories dérivées, Lemme 05TC. Supposons \(a \leq p_0\). Considérons le triangle distingué \[H^a(K_0)[-a] \to K_0 \to \tau_{\geq a + 1}K_0\] Le tiré en arrière de ce triangle distingué sur \(X_i\) et \(X\) donne des triangles distingués compatibles pour \(K_i\) et \(K\). Pour \(p \leq p_0\), considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ \colim_{i \geq 0} h_i^{-1}R^{p - 1}g_{i, *}(\tau_{\geq a + 1}K_i) \ar[r]_-\alpha \ar[d] & R^{p - 1}g_*(\tau_{\geq a + 1}K) \ar[d] \\ \colim_{i \geq 0} h_i^{-1}R^pg_{i, *}(H^a(K_i)[-a]) \ar[r]_-\beta \ar[d] & R^pg_*(H^a(K)[-a]) \ar[d] \\ \colim_{i \geq 0} h_i^{-1}R^pg_{i, *}K_i \ar[r]_-\gamma \ar[d] & R^pg_*K \ar[d] \\ \colim_{i \geq 0} R^pg_{i, *}\tau_{\geq a + 1}K_i \ar[r]_-\delta \ar[d] & R^pg_*\tau_{\geq a + 1}K \ar[d] \\ \colim_{i \geq 0} R^{p + 1}g_{i, *}(H^a(K_i)[-a]) \ar[r]^-\epsilon & R^{p + 1}g_*(H^a(K)[-a]) }\] à colonnes exactes. Les flèches \(\beta\) et \(\epsilon\) sont des isomorphismes d’après le lemme 0EYM. Les flèches \(\alpha\) et \(\delta\) sont des isomorphismes par l’hypothèse de récurrence. Ainsi, \(\gamma\) est un isomorphisme, comme voulu.
Lemme
Soient \(I\), \(g_i : X_i \to S_i\), \(g : X \to S\), \(f_{ii'}\), \(f_i\), \(g_i\), \(h_i\) comme dans le lemme 0EYM. Soit \(\mathcal{F}_i^\bullet\) un complexe de faisceaux abéliens sur \(X_{i, \etale}\). Soit \(\varphi_{i'i} : f_{i'i}^{-1}\mathcal{F}_i^\bullet \to \mathcal{F}_{i'}^\bullet\) un morphisme de complexes sur \(X_{i, \etale}\) tel que \(\varphi_{i''i} = \varphi_{i''i'} \circ f_{i'' i'}^{-1}\varphi_{i'i}\) lorsque \(i'' \geq i' \geq i\). Supposons qu’il existe un entier \(a\) tel que \(\mathcal{F}_i^n = 0\) pour \(n < a\) et tout \(i \in I\). Alors \[R^pg_*(\colim f_i^{-1}\mathcal{F}_i^\bullet) = \colim_{i \geq 0} h_i^{-1}R^pg_{i, *}\mathcal{F}_i^\bullet\] pour tout \(p \in \mathbf{Z}\).
Démonstration
Ceci résulte du lemme 0EYM. Posons \(\mathcal{F}^\bullet = \colim f_i^{-1}\mathcal{F}_i^\bullet\). Le lemme affirme que \[\colim_{i \in I} h_i^{-1}R^pg_{i, *}\mathcal{F}_i^n = R^pg_*\mathcal{F}^n\] pour tous \(n, p \in \mathbf{Z}\). Utilisons les suites spectrales \[E_{1, i}^{s, t} = R^tg_{i, *}\mathcal{F}_i^s \Rightarrow R^{s + t}g_{i, *}\mathcal{F}_i^\bullet\] et \[E_1^{s, t} = R^tg_*\mathcal{F}^s \Rightarrow R^{s + t}g_*\mathcal{F}^\bullet\] de Catégories dérivées, Lemme 015J. Puisque \(\mathcal{F}_i^n = 0\) pour \(n < a\) (avec \(a\) indépendant de \(i\)), on voit que seul un nombre fini fixé de termes \(E_{1, i}^{s, t}\) (indépendant de \(i\)) et \(E_1^{s, t}\) contribuent et que \(E_1^{s, t} = \colim E_{i, i}^{s, t}\). Cela démontre l’assertion. Certains détails sont omis. (Il existe un autre argument utilisant les troncatures “bêtes” des complexes, qui évite d’utiliser les suites spectrales.)
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(K_i \in D(X_\etale)\), \(i \in I\), une famille d’objets. Supposons donné \(a \in \mathbf{Z}\) tel que \(H^n(K_i) = 0\) pour \(n < a\) et \(i \in I\). Alors \(Rf_*(\bigoplus_i K_i) = \bigoplus_i Rf_*K_i\).
Démonstration
Il faut montrer que \(R^pf_*(\bigoplus_i K_i) = \bigoplus_i R^pf_*K_i\) pour tout \(p \in \mathbf{Z}\). Choisissons des complexes \(\mathcal{F}_i^\bullet\) représentant \(K_i\) tels que \(\mathcal{F}_i^n = 0\) pour \(n < a\). La somme directe des complexes \(\mathcal{F}_i^\bullet\) représente l’objet \(\bigoplus K_i\) d’après Injectifs, Lemme 07D9. Puisque \(\bigoplus \mathcal{F}^\bullet\) est la limite inductive filtrante des sommes directes finies, le résultat découle du lemme 0GIV.
Fibres des images directes supérieures
Les fibres des images directes supérieures se calculent souvent comme suit.
Théorème
Soit \(f: X \to S\) un morphisme de schémas quasi-compact et quasi-séparé, \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(X_\etale\), et \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\) au-dessus de \(s \in S\). Alors \[\left(R^nf_* \mathcal{F}\right)_{\overline{s}} = H_\etale^n( X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}), p^{-1}\mathcal{F})\] où \(p : X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}) \to X\) est la projection. Pour \(K \in D^+(X_\etale)\) et \(n \in \mathbf{Z}\), on a \[\left(R^nf_*K\right)_{\overline{s}} = H_\etale^n(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}), p^{-1}K)\] En fait, on a \[\left(Rf_*K\right)_{\overline{s}} = R\Gamma_\etale(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}), p^{-1}K)\] dans \(D^+(\textit{Ab})\).
Démonstration
Soit \(\mathcal{I}\) la catégorie des voisinages étales de \(\overline{s}\) sur \(S\). D’après le lemme 03Q8, on a \[(R^nf_*\mathcal{F})_{\overline{s}} = \colim_{(V, \overline{v}) \in \mathcal{I}^{opp}} H_\etale^n(X \times_S V, \mathcal{F}|_{X \times_S V}).\] Nous pouvons remplacer \(\mathcal{I}\) par la sous-catégorie initiale formée des voisinages étales affines de \(\overline{s}\). Remarquons que \[\Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}) = \lim_{(V, \overline{v}) \in \mathcal{I}} V\] d’après le lemme 04HX et Limites, Lemme 01YW. Puisque les produits fibrés commutent aux limites, on obtient aussi \[X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}) = \lim_{(V, \overline{v}) \in \mathcal{I}} X \times_S V\] On conclut par le lemme 03Q6. Pour la seconde variante, on emploie le même argument avec le lemme 0GIT au lieu du lemme 03Q6.
Pour voir que la dernière assertion est vraie, il suffit de construire un morphisme \(\left(Rf_*K\right)_{\overline{s}} \to R\Gamma_\etale(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}), p^{-1}K)\) dans \(D^+(\textit{Ab})\) qui réalise les isomorphismes ci-dessus sur les groupes de cohomologie en degré \(n\) pour tout \(n\). Pour cela, choisissons un complexe borné inférieurement \(\mathcal{J}^\bullet\) de faisceaux abéliens injectifs sur \(X_\etale\) représentant \(K\). Le complexe \(f_*\mathcal{J}^\bullet\) représente \(Rf_*K\). Ainsi, le complexe \[(f_*\mathcal{J}^\bullet)_{\overline{s}} = \colim_{(V, \overline{v}) \in \mathcal{I}^{opp}} (f_*\mathcal{J}^\bullet)(V)\] représente \((Rf_*K)_{\overline{s}}\). Pour chaque \(V\), on a des morphismes \[(f_*\mathcal{J}^\bullet)(V) = \Gamma(X \times_S V, \mathcal{J}^\bullet) \longrightarrow \Gamma(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}), p^{-1}\mathcal{J}^\bullet)\] et le complexe cible représente \(R\Gamma_\etale(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}), p^{-1}K)\) dans \(D^+(\textit{Ab})\). En prenant la limite inductive de ces morphismes, on obtient le résultat.
Remarque
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(K \in D(X_\etale)\). Soit \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\). Il existe toujours des morphismes canoniques \[(Rf_*K)_{\overline{s}} \longrightarrow R\Gamma(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}), p^{-1}K) \longrightarrow R\Gamma(X_{\overline{s}}, K|_{X_{\overline{s}}})\] où \(p : X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}) \to X\) est la projection. Considérons en effet le diagramme commutatif \[\xymatrix{ X_{\overline{s}} \ar[r] \ar[d]^{f_{\overline{s}}} & X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}) \ar[r]_-p \ar[d]^{f'} & X \ar[d]^f \\ \overline{s} \ar[r]^-i & \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}) \ar[r]^-j & S }\] On dispose des morphismes de changement de base \[i^{-1}Rf'_*(p^{-1}K) \to Rf_{\overline{s}, *}(K|_{X_{\overline{s}}}) \quad\text{et}\quad j^{-1}Rf_*K \to Rf'_*(p^{-1}K)\] (Cohomologie sur les sites, Remarque 07A7) associés aux deux carrés de ce diagramme. En prenant les sections globales, on obtient les morphismes voulus. D’après Cohomologie sur les sites, Remarque 0E47 la composée de ces deux morphismes est le morphisme usuel de changement de base \((Rf_*K)_{\overline{s}} \to R\Gamma(X_{\overline{s}}, K|_{X_{\overline{s}}})\).
La suite spectrale de Leray
Lemme
Soient \(f: X \to Y\) un morphisme et \(\mathcal{I}\) un objet injectif de \(\textit{Ab}(X_\etale)\). Soit \(V \in \Ob(Y_\etale)\). Alors
pour tout recouvrement \(\mathcal{V} = \{V_j\to V\}_{j \in J}\), on a \(\check H^p(\mathcal{V}, f_*\mathcal{I}) = 0\) pour tout \(p > 0\) ;
\(f_*\mathcal{I}\) est acyclique pour le foncteur \(\Gamma(V, -)\) ; et
si \(g : Y \to Z\), alors \(f_*\mathcal{I}\) est acyclique pour \(g_*\).
Démonstration
Remarquons que \(\check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{V}, f_*\mathcal{I}) = \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{V} \times_Y X, \mathcal{I})\) dont les groupes de cohomologie supérieure sont nuls d’après le lemme 03OR. Cela démontre (1). La deuxième assertion découle du fait qu’un faisceau dont la cohomologie supérieure de Čech s’annule pour tout recouvrement a des groupes de cohomologie supérieure nuls. C’est un excellent exercice d’utilisation de la suite spectrale de Čech vers la cohomologie, mais voir Cohomologie sur les sites, Lemme 03F9 pour les détails et pour un énoncé plus précis et plus général. L’assertion (3) résulte de (2) et de la description de \(R^pg_*\) dans le lemme 03Q8.
Le formalisme des suites spectrales de Grothendieck donne alors le résultat suivant.
Proposition
Soit \(f: X \to Y\) un morphisme de schémas et soit \(\mathcal{F}\) un faisceau étale sur \(X\). Il existe alors une suite spectrale \[E_2^{p, q} = H_\etale^p(Y, R^qf_*\mathcal{F}) \Rightarrow H_\etale^{p+q}(X, \mathcal{F}).\]
Démonstration
Annulation des images directes supérieures finies
Le but suivant est de démontrer que les images directes supérieures d’un morphisme fini de schémas s’annulent.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local strictement hensélien. Posons \(S = \Spec(R)\) et soit \(\overline{s}\) son point fermé. Alors le foncteur des sections globales \(\Gamma(S, -) : \textit{Ab}(S_\etale) \to \textit{Ab}\) est exact. En fait, \(\Gamma(S, \mathcal{F}) = \mathcal{F}_{\overline{s}}\) pour tout faisceau d’ensembles \(\mathcal{F}\). En particulier, \[\forall p\geq 1, \quad H_\etale^p(S, \mathcal{F})=0\] pour tout \(\mathcal{F}\in \textit{Ab}(S_\etale)\).
Démonstration
Si l’on montre que \(\Gamma(S, \mathcal{F}) = \mathcal{F}_{\overline{s}}\), alors \(\Gamma(S, -)\) est exact, puisque le foncteur fibre est exact. Soit \((U, \overline{u})\) un voisinage étale de \(\overline{s}\). Choisissons un voisinage ouvert affine \(\Spec(A)\) de \(\overline{u}\) dans \(U\). Alors \(R \to A\) est étale et \(\kappa(\overline{s}) = \kappa(\overline{u})\). D’après le théorème 03QH, on voit que \(A \cong R \times A'\) comme \(R\)-algèbre, de manière compatible avec les morphismes vers \(\kappa(\overline{s}) = \kappa(\overline{u})\). On obtient donc une section \[\xymatrix{ \Spec(A) \ar[r] & U \ar[d]\\ & S \ar[ul] }\] Il s’ensuit que, dans le système des voisinages étales de \(\overline{s}\), le morphisme identité \((S, \overline{s}) \to (S, \overline{s})\) est cofinal. Ainsi \(\Gamma(S, \mathcal{F}) = \mathcal{F}_{\overline{s}}\). La dernière assertion du lemme résulte du fait que les foncteurs dérivés supérieurs d’un foncteur exact sont nuls, voir Catégories dérivées, Lemme 015F.
Proposition
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme fini de schémas.
Pour tout point géométrique \(\overline{y} : \Spec(k) \to Y\), on a \[(f_*\mathcal{F})_{\overline{y}} = \prod\nolimits_{\overline{x} : \Spec(k) \to X,\ f(\overline{x}) = \overline{y}} \mathcal{F}_{\overline{x}}.\] pour \(\mathcal{F}\) dans \(\Sh(X_\etale)\) et \[(f_*\mathcal{F})_{\overline{y}} = \bigoplus\nolimits_{\overline{x} : \Spec(k) \to X,\ f(\overline{x}) = \overline{y}} \mathcal{F}_{\overline{x}}.\] pour \(\mathcal{F}\) dans \(\textit{Ab}(X_\etale)\).
Pour tout \(q \geq 1\), on a \(R^q f_*\mathcal{F} = 0\) pour \(\mathcal{F}\) dans \(\textit{Ab}(X_\etale)\).
Démonstration
Notons \(X_{\overline{y}}^{sh}\) le produit fibré \(X \times_Y \Spec(\mathcal{O}_{Y, \overline{y}}^{sh})\). D’après le théorème 03Q9, la fibre de \(R^qf_*\mathcal{F}\) en \(\overline{y}\) se calcule par \(H_\etale^q(X_{\overline{y}}^{sh}, \mathcal{F})\). Puisque \(f\) est fini, \(X_{\bar y}^{sh}\) est fini sur \(\Spec(\mathcal{O}_{Y, \overline{y}}^{sh})\) ; ainsi, \(X_{\bar y}^{sh} = \Spec(A)\) pour un anneau \(A\) fini sur \(\mathcal{O}_{Y, \bar y}^{sh}\). Comme ce dernier est strictement hensélien, le lemme 03QJ implique que \(A\) est un produit fini d’anneaux locaux henséliens \(A = A_1 \times \ldots \times A_r\). Puisque le corps résiduel de \(\mathcal{O}_{Y, \overline{y}}^{sh}\) est séparablement clos, il en va de même pour chaque \(A_i\). Ainsi \(A_i\) est strictement hensélien. Il s’ensuit que \(X_{\overline{y}}^{sh} = \coprod_{i = 1}^r \Spec(A_i)\). L’annulation du lemme 03QO implique que \((R^qf_*\mathcal{F})_{\overline{y}} = 0\) pour \(q > 0\) ; cela implique (2) d’après le théorème 03PU. L’assertion (1) résulte de l’assertion correspondante du lemme 03QO.
Lemme
Considérons un carré cartésien \[\xymatrix{ X' \ar[r]_{g'} \ar[d]_{f'} & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r]^g & Y }\] de schémas, avec \(f\) un morphisme fini. Pour tout faisceau d’ensembles \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), on a \(f'_*(g')^{-1}\mathcal{F} = g^{-1}f_*\mathcal{F}\).
Démonstration
Dans une grande généralité, il existe un morphisme de changement de base \(g^{-1}f_*\mathcal{F} \to f'_*(g')^{-1}\mathcal{F}\), voir Sites, section 06UM. Il suffit de vérifier l’assertion sur les fibres (théorème 03PU). Soit \(\overline{y}' : \Spec(k) \to Y'\) un point géométrique. On a \[\begin{align*} (f'_*(g')^{-1}\mathcal{F})_{\overline{y}'} & = \prod\nolimits_{\overline{x}' : \Spec(k) \to X',\ f' \circ \overline{x}' = \overline{y}'} ((g')^{-1}\mathcal{F})_{\overline{x}'} \\ & = \prod\nolimits_{\overline{x}' : \Spec(k) \to X',\ f' \circ \overline{x}' = \overline{y}'} \mathcal{F}_{g' \circ \overline{x}'} \\ & = \prod\nolimits_{\overline{x} : \Spec(k) \to X,\ f \circ \overline{x} = g \circ \overline{y}'} \mathcal{F}_{\overline{x}} \\ & = (f_*\mathcal{F})_{g \circ \overline{y}'} \\ & = (g^{-1}f_*\mathcal{F})_{\overline{y}'} \end{align*}\] La première égalité résulte de la proposition 03QP. La deuxième égalité résulte du lemme 03Q1. La troisième égalité vaut parce que le diagramme est un carré cartésien et que, par conséquent, l’application \[\{\overline{x}' : \Spec(k) \to X',\ f' \circ \overline{x}' = \overline{y}'\} \longrightarrow \{\overline{x} : \Spec(k) \to X,\ f \circ \overline{x} = g \circ \overline{y}'\}\] qui envoie \(\overline{x}'\) sur \(g' \circ \overline{x}'\) est bijective. La quatrième égalité résulte de la proposition 03QP. La cinquième égalité résulte du lemme 03Q1.
Lemme
Considérons un carré cartésien \[\xymatrix{ X' \ar[r]_{g'} \ar[d]_{f'} & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r]^g & Y }\] de schémas, avec \(f\) un morphisme entier. Pour tout faisceau d’ensembles \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), on a \(f'_*(g')^{-1}\mathcal{F} = g^{-1}f_*\mathcal{F}\).
Démonstration
La question est locale sur \(Y\) ; nous pouvons donc supposer \(Y\) affine. On peut alors écrire \(X = \lim X_i\), où \(f_i : X_i \to Y\) est fini (c’est immédiat dans le cas affine, mais voir Limites, Lemme 09YZ pour une référence). Notons \(p_{i'i} : X_{i'} \to X_i\) les morphismes de transition et \(p_i : X \to X_i\) les projections. En posant \(\mathcal{F}_i = p_{i, *}\mathcal{F}\), on obtient du lemme 0EYN un système \((\mathcal{F}_i, \varphi_{i'i})\) tel que \(\mathcal{F} = \colim p_i^{-1}\mathcal{F}_i\). On obtient \(f_*\mathcal{F} = \colim f_{i, *}\mathcal{F}_i\) par le lemme 09Z1. Posons \(X'_i = Y' \times_Y X_i\), de projections \(f'_i\) et \(g'_i\). Alors \(X' = \lim X'_i\), puisque les limites commutent aux limites. Notons \(p'_i : X' \to X'_i\) les projections. On a \[\begin{align*} g^{-1}f_*\mathcal{F} & = g^{-1} \colim f_{i, *}\mathcal{F}_i \\ & = \colim g^{-1}f_{i, *}\mathcal{F}_i \\ & = \colim f'_{i, *}(g'_i)^{-1}\mathcal{F}_i \\ & = f'_*(\colim (p'_i)^{-1}(g'_i)^{-1}\mathcal{F}_i) \\ & = f'_*(\colim (g')^{-1}p_i^{-1}\mathcal{F}_i) \\ & = f'_*(g')^{-1} \colim p_i^{-1}\mathcal{F}_i \\ & = f'_*(g')^{-1}\mathcal{F} \end{align*}\] comme voulu. Pour la première égalité, voir ci-dessus. Pour la deuxième, on utilise le fait que l’image inverse commute aux limites inductives. Pour la troisième, on utilise le cas fini, voir le lemme 0959. Pour la quatrième, on utilise le lemme 09Z1. Pour la cinquième, on utilise \(g'_i \circ p'_i = p_i \circ g'\). Pour la sixième, on utilise le fait que l’image inverse commute aux limites inductives. Pour la septième, on utilise \(\mathcal{F} = \colim p_i^{-1}\mathcal{F}_i\).
Le lemme suivant est un cas de descente cohomologique portant sur les faisceaux étales et les morphismes finis surjectifs. Nous généraliserons considérablement ce résultat une fois démontré le théorème de changement de base propre.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme fini surjectif de schémas. Posons \(f_n : X_n \to Y\) égal au produit fibré itéré \((n + 1)\) fois de \(X\) au-dessus de \(Y\). Pour \(\mathcal{F} \in \textit{Ab}(Y_\etale)\), posons \(\mathcal{F}_n = f_{n, *}f_n^{-1}\mathcal{F}\). Il existe une suite exacte \[0 \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}_0 \to \mathcal{F}_1 \to \mathcal{F}_2 \to \ldots\] sur \(Y_\etale\). De plus, il existe une suite spectrale \[E_1^{p, q} = H^q_\etale(X_p, f_p^{-1}\mathcal{F})\] convergeant vers \(H^{p + q}(Y_\etale, \mathcal{F})\). Cette suite spectrale est fonctorielle en \(\mathcal{F}\).
Démonstration
Si nous démontrons la première assertion du lemme, nous obtenons une suite spectrale de terme \(E_1^{p, q} = H^q_\etale(Y, \mathcal{F}_p)\) convergeant vers \(H^{p + q}(Y_\etale, \mathcal{F})\), voir Catégories dérivées, lemme 015J. D’autre part, puisque \(R^if_{p, *}f_p^{-1}\mathcal{F} = 0\) pour \(i > 0\) (proposition 03QP) on obtient \[H^q_\etale(X_p, f_p^{-1}\mathcal{F}) = H^q_\etale(Y, f_{p, *}f_p^{-1} \mathcal{F}) = H^q_\etale(Y, \mathcal{F}_p)\] d’après la proposition 03QC, ce qui donne la suite spectrale du lemme.
Pour démontrer la première assertion du lemme, observons que les \(X_n\) forment un schéma simplicial au-dessus de \(Y\), voir Simplicial, exemple 016E. Observons de plus que, pour chacune des projections \(d_j : X_{n + 1} \to X_n\), il existe un morphisme \(d_j^{-1} f_n^{-1}\mathcal{F} \to f_{n + 1}^{-1}\mathcal{F}\). Ces morphismes induisent des morphismes \[\delta_j : \mathcal{F}_n \to \mathcal{F}_{n + 1}\] pour \(j = 0, \ldots, n + 1\). Nous utilisons la somme alternée de ces morphismes pour définir les différentielles \(\mathcal{F}_n \to \mathcal{F}_{n + 1}\). De même, il existe une augmentation canonique \(\mathcal{F} \to \mathcal{F}_0\), qui est simplement le morphisme canonique \(\mathcal{F} \to f_*f^{-1}\mathcal{F}\). Pour vérifier que cette suite de faisceaux est un complexe exact, il suffit de le vérifier sur les fibres aux points géométriques (théorème 03PU). Soit donc \(\overline{y} : \Spec(k) \to Y\) un point géométrique. Posons \(E = \{\overline{x} : \Spec(k) \to X \mid f(\overline{x}) = \overline{y}\}\). Alors \(E\) est un ensemble fini non vide et l’on voit que \[(\mathcal{F}_n)_{\overline{y}} = \bigoplus\nolimits_{e \in E^{n + 1}} \mathcal{F}_{\overline{y}}\] d’après la proposition 03QP et le lemme 03Q1. Il reste donc à voir que, pour tout groupe abélien \(M\), la suite \[0 \to M \to \bigoplus\nolimits_{e \in E} M \to \bigoplus\nolimits_{e \in E^2} M \to \ldots\] est exacte. Ici, le premier morphisme est le morphisme diagonal et le morphisme \(\bigoplus_{e \in E^{n + 1}} M \to \bigoplus_{e \in E^{n + 2}} M\) est la somme alternée des morphismes induits par les \((n + 2)\) projections \(E^{n + 2} \to E^{n + 1}\). Cela se démontre directement ou se déduit en appliquant Simplicial, lemme 019P au morphisme \(E \to \{*\}\).
Remarque
Dans la situation du lemme 09Z2, si \(\mathcal{G}\) est un faisceau d’ensembles sur \(Y_\etale\), alors on a \[\Gamma(Y, \mathcal{G}) = \text{\'Egaliseur}( \xymatrix{ \Gamma(X_0, f_0^{-1}\mathcal{G}) \ar@<1ex>[r] \ar@<-1ex>[r] & \Gamma(X_1, f_1^{-1}\mathcal{G}) } )\] Cela se démontre exactement de la même manière, en montrant que le faisceau \(\mathcal{G}\) est l’égalisateur des deux morphismes \(f_{0, *}f_0^{-1}\mathcal{G} \to f_{1, *}f_1^{-1}\mathcal{G}\).
Action galoisienne sur les fibres
Dans cette section, nous définissons une action du groupe de Galois absolu du corps résiduel d’un point \(s\) de \(S\) sur le foncteur fibre en tout point géométrique situé au-dessus de \(s\).
Action galoisienne sur les fibres. Soit \(S\) un schéma. Soit \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\). Soit \(\sigma \in \text{Aut}(\kappa(\overline{s})/\kappa(s))\). Définissons comme suit une action de \(\sigma\) sur la fibre \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\) d’un faisceau \(\mathcal{F}\) [04JK]\[\begin{equation} \begin{matrix} \mathcal{F}_{\overline{s}} & \longrightarrow & \mathcal{F}_{\overline{s}} \\ (U, \overline{u}, t) & \longmapsto & (U, \overline{u} \circ \Spec(\sigma), t). \end{matrix} \end{equation}\] où nous utilisons la description des éléments de la fibre au moyen de triplets, comme dans la discussion qui suit la définition 040R. Il s’agit d’une action à gauche, car si \(\sigma_i \in \text{Aut}(\kappa(\overline{s})/\kappa(s))\) alors \[\begin{align*} \sigma_1 \cdot (\sigma_2 \cdot (U, \overline{u}, t)) & = \sigma_1 \cdot (U, \overline{u} \circ \Spec(\sigma_2), t) \\ & = (U, \overline{u} \circ \Spec(\sigma_2) \circ \Spec(\sigma_1), t) \\ & = (U, \overline{u} \circ \Spec(\sigma_1 \circ \sigma_2), t) \\ & = (\sigma_1 \circ \sigma_2) \cdot (U, \overline{u}, t) \end{align*}\] Il est clair que cette action est fonctorielle par rapport au faisceau \(\mathcal{F}\). Notons que nous aurions pu définir cette action en renvoyant directement à la remarque 04FN.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\overline{s}\) un point géométrique situé au-dessus du point \(s\) de \(S\). Notons \(\kappa(s) \subset \kappa(s)^{sep} \subset \kappa(\overline{s})\) la clôture séparable de \(\kappa(s)\) dans le corps algébriquement clos \(\kappa(\overline{s})\).
Dans cette situation, le groupe de Galois absolu de \(\kappa(s)\) est \(\text{Gal}(\kappa(s)^{sep}/\kappa(s))\). On le note parfois \(\text{Gal}_{\kappa(s)}\).
Le point géométrique \(\overline{s}\) est dit algébrique si \(\kappa(s) \subset \kappa(\overline{s})\) est une clôture algébrique de \(\kappa(s)\).
Exemple
Le point géométrique \(\Spec(\mathbf{C}) \to \Spec(\mathbf{Q})\) n’est pas algébrique.
Soit \(\kappa(s) \subset \kappa(s)^{sep} \subset \kappa(\overline{s})\) comme dans la définition. Puisque \(\kappa(\overline{s})\) est algébriquement clos, le morphisme \[\text{Aut}(\kappa(\overline{s})/\kappa(s)) \longrightarrow \text{Gal}(\kappa(s)^{sep}/\kappa(s)) = \text{Gal}_{\kappa(s)}\] est surjectif. Supposons que \((U, \overline{u})\) soit un voisinage étale de \(\overline{s}\) et que \(\overline{u}\) soit situé au-dessus du point \(u\) de \(U\). Puisque \(U \to S\) est étale, l’extension de corps résiduels \(\kappa(u)/\kappa(s)\) est finie séparable. Il s’ensuit ce qui suit
Si \(\sigma \in \text{Aut}(\kappa(\overline{s})/\kappa(s)^{sep})\), alors \(\sigma\) agit trivialement sur \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\).
Plus précisément, l’action de \(\text{Aut}(\kappa(\overline{s})/\kappa(s))\) détermine une action du groupe de Galois absolu \(\text{Gal}_{\kappa(s)}\) sur \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\), et est déterminée par elle.
Si \((U, \overline{u}, t)\) représente un élément \(\xi\) de \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\), tout élément de \(\text{Gal}(\kappa(s)^{sep}/K)\) agit trivialement, où \(\kappa(s) \subset K \subset \kappa(s)^{sep}\) est l’image de \(\overline{u}^\sharp : \kappa(u) \to \kappa(\overline{s})\).
Au total, nous voyons que \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\) devient un \(\text{Gal}_{\kappa(s)}\)-ensemble (voir Groupes fondamentaux, définition 04JJ). Nous pouvons donc considérer le foncteur fibre comme un foncteur \[\Sh(S_\etale) \longrightarrow \text{Gal}_{\kappa(s)}\textit{-Ensembles}, \quad \mathcal{F} \longmapsto \mathcal{F}_{\overline{s}}\] et, dorénavant, c’est généralement ainsi que nous considérerons le foncteur fibre.
Théorème
Soit \(S = \Spec(K)\), où \(K\) est un corps. Soit \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\). Notons \(G = \text{Gal}_{\kappa(s)}\) le groupe de Galois absolu. Le passage aux fibres induit une équivalence de catégories \[\Sh(S_\etale) \longrightarrow G\textit{-Ensembles}, \quad \mathcal{F} \longmapsto \mathcal{F}_{\overline{s}}.\]
Démonstration
Construisons un quasi-inverse de ce foncteur. Dans Groupes fondamentaux, lemme 03QR, nous avons vu que, pour tout \(G\)-ensemble \(M\), il existe un morphisme étale \(X \to \Spec(K)\) tel que \(\Mor_K(\Spec(K^{sep}), X)\) soit isomorphe à \(M\) comme \(G\)-ensemble. Considérons le faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(\Spec(K)_\etale\) défini par la règle \(U \mapsto \Mor_K(U, X)\). C’est un faisceau, car la topologie étale est sous-canonique. On voit alors que \(\mathcal{F}_{\overline{s}} = \Mor_K(\Spec(K^{sep}), X) = M\) comme \(G\)-ensembles (détails omis). Cela fournit un quasi-inverse du foncteur et achève la démonstration.
Remarque
Une autre manière d’énoncer la conclusion du théorème 03QT et de Groupes fondamentaux, lemme 03QR, consiste à dire que tout faisceau sur \(\Spec(K)_\etale\) est représentable par un schéma \(X\) étale sur \(\Spec(K)\). Cela ne signifie pas que tout faisceau soit représentable au sens de Sites, définition 00WR. La raison est que, dans notre construction de \(\Spec(K)_\etale\), nous avons choisi un ensemble suffisamment grand de schémas étales sur \(\Spec(K)\), tandis que les faisceaux sur \(\Spec(K)_\etale\) forment une classe propre.
Lemme
Hypothèses et notations comme dans le théorème 03QT. Il existe une bijection fonctorielle \[\Gamma(S, \mathcal{F}) = (\mathcal{F}_{\overline{s}})^G\]
Démonstration
Nous pouvons le démontrer par des arguments formels et à l’aide du théorème 03QT, comme suit. Pour un faisceau \(\mathcal{F}\) correspondant au \(G\)-ensemble \(M = \mathcal{F}_{\overline{s}}\), on a \[\begin{eqnarray*} \Gamma(S, \mathcal{F}) & = & \Mor_{\Sh(S_\etale)}(h_{\Spec(K)}, \mathcal{F}) \\ & = & \Mor_{G\textit{-Ensembles}}(\{*\}, M) \\ & = & M^G \end{eqnarray*}\] Ici, la première identification est expliquée dans Sites, sections 00V1 et 00WO, la deuxième résulte du théorème 03QT et la troisième est claire. Nous donnerons aussi une preuve directe5.
Supposons que \(t \in \Gamma(S, \mathcal{F})\) soit une section globale. Alors le triplet \((S, \overline{s}, t)\) définit un élément de \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\) qui est clairement invariant sous l’action de \(G\). Réciproquement, supposons que \((U, \overline{u}, t)\) définisse un élément invariant de \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\). Nous pouvons alors rétrécir \(U\) et supposer que \(U = \Spec(L)\) pour une extension de corps finie séparable \(L\) de \(K\), voir la proposition 03PC. Dans ce cas, le morphisme \(\mathcal{F}(U) \to \mathcal{F}_{\overline{s}}\) est injectif, car pour tout morphisme de voisinages étales \((U', \overline{u}') \to (U, \overline{u})\), le morphisme de restriction \(\mathcal{F}(U) \to \mathcal{F}(U')\) est injectif puisque \(U' \to U\) est un recouvrement de \(S_\etale\). Après avoir un peu agrandi \(L\), nous pouvons supposer que \(K \subset L\) est une extension galoisienne finie. Nous utilisons alors l’égalité \[\Spec(L) \times_{\Spec(K)} \Spec(L) = \coprod\nolimits_{\sigma \in \text{Gal}(L/K)} \Spec(L)\] où les morphismes \(\Spec(L) \to \Spec(L \otimes_K L)\) proviennent des morphismes d’anneaux \(a \otimes b \mapsto a\sigma(b)\). Nous voyons donc que l’invariance de \((U, \overline{u}, t)\) sous tout \(G\) implique que \(t \in \mathcal{F}(\Spec(L))\) a la même image dans \(\mathcal{F}(\Spec(L) \times_{\Spec(K)} \Spec(L))\) par restriction suivant chacune des deux projections (on utilise ici l’injectivité mentionnée ci-dessus; détails omis). La condition de faisceau pour \(\mathcal{F}\) et le recouvrement étale \(\{\Spec(L) \to \Spec(K)\}\) s’applique donc, et nous concluons que \(t\) provient d’une unique section de \(\mathcal{F}\) sur \(\Spec(K)\).
Remarque
Soit \(S\) un schéma et soit \(\overline{s} : \Spec(k) \to S\) un point géométrique de \(S\). Par définition, cela signifie que \(k\) est algébriquement clos. En particulier, le groupe de Galois absolu de \(k\) est trivial. Par conséquent, d’après le théorème 03QT, la catégorie des faisceaux sur \(\Spec(k)_\etale\) est équivalente à la catégorie des ensembles. L’équivalence est donnée par la prise des sections sur \(\Spec(k)\). Cela nous fournit enfin une autre définition du foncteur fibre. Plus précisément, le foncteur \[\Sh(S_\etale) \longrightarrow \textit{Ensembles}, \quad \mathcal{F} \longmapsto \mathcal{F}_{\overline{s}}\] est isomorphe au foncteur \[\Sh(S_\etale) \longrightarrow \Sh(\Spec(k)_\etale) = \textit{Ensembles}, \quad \mathcal{F} \longmapsto \overline{s}^*\mathcal{F}\] Pour le démontrer rigoureusement, on peut utiliser la partie (3) du lemme 03Q1 avec \(f = \overline{s}\). De plus, ceci étant dit, le cas général de la partie (3) du lemme 03Q1 résulte de la fonctorialité des images inverses.
Cohomologie des groupes
Dans la suite, lorsque nous écrivons \(H^i(G, M)\), nous entendons que \(G\) est un groupe topologique, que \(M\) est un \(G\)-module discret muni d’une action continue de \(G\), et que \(H^i(G, -)\) est le \(i\)-ième foncteur dérivé droit sur la catégorie \(\text{Mod}_G\) de ces \(G\)-modules, voir les définitions 04JP et 04JR. Cela comprend le cas d’un groupe abstrait \(G\), ce qui signifie simplement que l’on considère \(G\) comme un groupe topologique muni de la topologie discrète.
Lorsque le module est muni d’une topologie non discrète, nous emploierons la notation \(H^i_{cont}(G, M)\) pour désigner les groupes de cohomologie continue introduits dans [Tate], voir la section 0DVG.
Définition
Soit \(G\) un groupe topologique.
Un \(G\)-module, parfois appelé \(G\)-module discret, est un groupe abélien \(M\) muni d’une action à gauche \(a : G \times M \to M\) par homomorphismes de groupes, telle que \(a\) soit continue lorsque \(M\) est muni de la topologie discrète.
Un morphisme de \(G\)-modules \(f : M \to N\) est un homomorphisme \(G\)-équivariant de \(M\) dans \(N\).
La catégorie des \(G\)-modules est notée \(\text{Mod}_G\).
Soit \(R\) un anneau.
Un \(R\text{-}G\)-module est un \(R\)-module \(M\) muni d’une action à gauche \(a : G \times M \to M\) par applications \(R\)-linéaires, telle que \(a\) soit continue lorsque \(M\) est muni de la topologie discrète.
Un morphisme de \(R\text{-}G\)-modules \(f : M \to N\) est une application \(R\)-linéaire \(G\)-équivariante de \(M\) dans \(N\).
La catégorie des \(R\text{-}G\)-modules est notée \(\text{Mod}_{R, G}\).
La continuité de \(a : G \times M \to M\) équivaut à demander que le stabilisateur de tout \(x \in M\) soit ouvert dans \(G\). Si \(G\) est un groupe abstrait, cela correspond à la notion d’un groupe abélien muni d’une action de \(G\), pourvu que l’on munisse \(G\) de la topologie discrète. Observons que \(\text{Mod}_{\mathbf{Z}, G} = \text{Mod}_G\).
La catégorie \(\text{Mod}_G\) a assez d’injectifs, voir Injectifs, lemme 04JF. Considérons le foncteur exact à gauche \[\text{Mod}_G \longrightarrow \textit{Ab}, \quad M \longmapsto M^G = \{x \in M \mid g \cdot x = x\ \forall g \in G\}\] Nous notons parfois \(M^G = H^0(G, M)\) et parfois \(M^G = \Gamma_G(M)\). Ce foncteur admet un foncteur dérivé droit total \(R\Gamma_G(M)\) et, pour tout \(i \geq 0\), un \(i\)-ième foncteur dérivé droit \(R^i\Gamma_G(M) = H^i(G, M)\).
La même construction s’applique à \(H^0(G, -) : \text{Mod}_{R, G} \to \text{Mod}_R\). Nous verrons au lemme 0DVD qu’elle coı̈ncide avec la cohomologie du \(G\)-module sous-jacent.
Définition
Soit \(G\) un groupe topologique. Soit \(M\) un \(G\)-module discret muni d’une action continue de \(G\). Autrement dit, \(M\) est un objet de la catégorie \(\text{Mod}_G\) introduite dans la définition 04JP.
Les foncteurs dérivés droits \(H^i(G, M)\) de \(H^0(G, M)\) sur la catégorie \(\text{Mod}_G\) sont appelés les groupes de cohomologie continue de \(G\) à coefficients dans \(M\).
Si \(G\) est un groupe abstrait muni de la topologie discrète, les \(H^i(G, M)\) sont appelés les groupes de cohomologie de \(G\) à coefficients dans \(M\).
Si \(G\) est un groupe de Galois, les groupes \(H^i(G, M)\) sont appelés les groupes de cohomologie galoisienne à coefficients dans \(M\).
Si \(G\) est le groupe de Galois absolu d’un corps \(K\), les groupes \(H^i(G, M)\) sont parfois appelés les groupes de cohomologie galoisienne de \(K\) à coefficients dans \(M\). Dans ce cas, nous écrivons parfois \(H^i(K, M)\) au lieu de \(H^i(G, M)\).
Lemme
Soit \(G\) un groupe topologique. Soit \(R\) un anneau. Pour tout \(i \geq 0\), le diagramme \[\xymatrix{ \text{Mod}_{R, G} \ar[rr]_{H^i(G, -)} \ar[d] & & \text{Mod}_R \ar[d] \\ \text{Mod}_G \ar[rr]^{H^i(G, -)} & & \textit{Ab} }\] dont les flèches verticales sont les foncteurs d’oubli est commutatif.
Démonstration
Notons \(F : \text{Mod}_{R, G} \to \text{Mod}_G\) le foncteur d’oubli. Alors \(F\) admet un adjoint à gauche \(H : \text{Mod}_G \to \text{Mod}_{R, G}\) donné par \(H(M) = M \otimes_\mathbf{Z} R\). Observons que tout objet de \(\text{Mod}_G\) est un quotient d’une somme directe de modules de la forme \(\mathbf{Z}[G/U]\), où \(U \subset G\) est un sous-groupe ouvert. Ici, \(\mathbf{Z}[G/U]\) désigne le \(G\)-module formé des combinaisons \(\mathbf{Z}\)-linéaires finies des classes à droite modulo \(U\) dans \(G\), muni de l’action à gauche de \(G\). Ainsi, tout complexe borné supérieurement dans \(\text{Mod}_G\) est quasi-isomorphe à un complexe borné supérieurement dans \(\text{Mod}_G\) dont les termes sous-jacents sont des \(\mathbf{Z}\)-modules plats (Catégories dérivées, lemme 05T7). Il est donc clair que \(LH\) existe sur \(D^-(\text{Mod}_G)\) et se calcule en appliquant \(H\) à tout complexe dont les termes sont des \(\mathbf{Z}\)-modules plats; cela résulte de Catégories dérivées, lemme 05T9 et proposition 05TA. Nous concluons de Catégories dérivées, lemme 0DVC que \[\text{Ext}^i(\mathbf{Z}, F(M)) = \text{Ext}^i(R, M)\] pour \(M\) dans \(\text{Mod}_{R, G}\). Observons que \(H^0(G, -) = \Hom(\mathbf{Z}, -)\) sur \(\text{Mod}_G\), où \(\mathbf{Z}\) désigne le \(G\)-module à action triviale. Par conséquent, \(H^i(G, -) = \text{Ext}^i(\mathbf{Z}, -)\) sur \(\text{Mod}_G\). De même, on a \(H^i(G, -) = \text{Ext}^i(R, -)\) sur \(\text{Mod}_{R, G}\). En combinant ces faits, on obtient le lemme.
Lemme
Soit \(G\) un groupe topologique. Soit \(R\) un anneau. Soient \(M\), \(N\) des \(R\text{-}G\)-modules. Si \(M\) est projectif de type fini comme \(R\)-module, alors \(\text{Ext}^i(M, N) = H^i(G, M^\vee \otimes_R N)\) (pour les notations, voir la preuve).
Démonstration
Munissons le module \(M^\vee = \Hom_R(M, R)\) de l’action contragrédiente de \(G\). Ainsi, \((g \cdot \lambda)(m) = \lambda(g^{-1} \cdot m)\) pour \(g \in G\), \(\lambda \in M^\vee\), \(m \in M\). L’action de \(G\) sur \(M^\vee \otimes_R N\) est l’action diagonale, c’est-à-dire qu’elle est donnée par \(g \cdot (\lambda \otimes n) = g \cdot \lambda \otimes g \cdot n\). Notons que, pour un troisième \(R\text{-}G\)-module \(E\), on a \(\Hom(E, M^\vee \otimes_R N) = \Hom(M \otimes_R E, N)\). En effet, cela est vrai au niveau des \(R\)-modules d’après Algèbre, lemmes 00DE et 0DVB et les définitions des actions de \(G\) sont choisies de sorte que cela reste vrai pour les \(R\text{-}G\)-modules. Il en résulte que \(M^\vee \otimes_R N\) est un \(R\text{-}G\)-module injectif si \(N\) est un \(R\text{-}G\)-module injectif. Ainsi, si \(N \to N^\bullet\) est une résolution injective, alors \(M^\vee \otimes_R N \to M^\vee \otimes_R N^\bullet\) est une résolution injective. On a alors \[\Hom(M, N^\bullet) = \Hom(R, M^\vee \otimes_R N^\bullet) = (M^\vee \otimes_R N^\bullet)^G\] Puisque le membre de gauche calcule \(\text{Ext}^i(M, N)\) et celui de droite calcule \(H^i(G, M^\vee \otimes_R N)\), la preuve est terminée.
Lemme
Soit \(G\) un groupe topologique. Soit \(k\) un corps. Soit \(V\) un \(k\text{-}G\)-module. Si \(G\) est topologiquement engendré par un nombre fini d’éléments et si \(\dim_k(V) < \infty\), alors \(\dim_k H^1(G, V) < \infty\).
Démonstration
Soient \(g_1, \ldots, g_r \in G\) des éléments qui engendrent topologiquement \(G\), c’est-à-dire que le sous-groupe engendré par \(g_1, \ldots, g_r\) est dense. D’après le lemme 0DVE, on voit que \(H^1(G, V)\) est l’espace vectoriel sur \(k\) des extensions \[0 \to V \to E \to k \to 0\] de \(k\text{-}G\)-modules. Choisissons \(e \in E\) d’image \(1 \in k\). Écrivons \[g_i \cdot e = v_i + e\] pour un \(v_i \in V\). Cela est possible puisque \(g_i \cdot 1 = 1\). Nous affirmons que la liste des éléments \(v_1, \ldots, v_r \in V\) détermine la classe d’isomorphisme de l’extension \(E\). Une fois ceci démontré, le lemme en résulte, car notre espace vectoriel Ext est alors isomorphe à un sous-quotient de l’espace vectoriel sur \(k\) \(V^{\oplus r}\); quelques détails sont omis. Puisque \(E\) est un objet de la catégorie définie dans la définition 04JP, il existe un sous-groupe ouvert \(U\) tel que \(u \cdot e = e\) pour tout \(u \in U\). Prenons maintenant un \(g \in G\). Alors \(gU\) contient un mot \(w\) en les éléments \(g_1, \ldots, g_r\). Écrivons \(gu = w\). Puisque l’élément \(w \cdot e\) est déterminé par \(v_1, \ldots, v_r\), on voit que \(g \cdot e = (gu) \cdot e = w \cdot e\) l’est lui aussi.
Lemme
Soit \(G\) un groupe topologique profini. Alors
\(H^i(G, M)\) est de torsion pour \(i > 0\) et tout \(G\)-module \(M\), et
\(H^i(G, M) = 0\) si \(M\) est un \(\mathbf{Q}\)-espace vectoriel.
Démonstration
Preuve de (1). Par décalage de dimension, il suffit de montrer que \(H^1(G, M)\) est de torsion pour tout \(G\)-module \(M\). Choisissons une suite exacte \(0 \to M \to I \to N \to 0\), où \(I\) est un objet injectif de la catégorie des \(G\)-modules. Tout élément de \(H^1(G, M)\) est alors l’image d’un élément \(y \in N^G\). Choisissons \(x \in I\) d’image \(y\). Le stabilisateur \(U \subset G\) de \(x\) est ouvert, donc d’indice fini \(r\). Soit \(g_1, \ldots, g_r \in G\) un système de représentants de \(G/U\). Alors \(\sum g_i(x)\) est un élément invariant de \(I\) dont l’image est \(ry\). Ainsi, \(r\) annule l’élément de \(H^1(G, M)\) dont nous étions partis. La partie (2) en résulte, puisque \(H^i(G, M)\) est alors à la fois un \(\mathbf{Q}\)-espace vectoriel et de torsion.
Cohomologie continue de Tate
La cohomologie continue de Tate ([Tate]) est définie par le complexe des cochaînes inhomogènes continues. On peut la définir lorsque \(M\) est un groupe abélien topologique quelconque muni d’une action continue de \(G\). Plus précisément, considérons le complexe \[C^\bullet_{cont}(G, M) : M \to \text{Maps}_{cont}(G, M) \to \text{Maps}_{cont}(G \times G, M) \to \ldots\] où l’application de bord est définie, pour \(n \geq 1\), par la formule \[\begin{align*} \text{d}(f)(g_1, \ldots, g_{n + 1}) & = g_1(f(g_2, \ldots, g_{n + 1})) \\ & + \sum\nolimits_{j = 1, \ldots, n} (-1)^jf(g_1, \ldots, g_jg_{j + 1}, \ldots, g_{n + 1}) \\ & + (-1)^{n + 1}f(g_1, \ldots, g_n) \end{align*}\] et, pour \(n = 0\), envoie \(m \in M\) sur l’application \(g \mapsto g(m) - m\). Posons \[H^i_{cont}(G, M) = H^i(C^\bullet_{cont}(G, M))\] Comme les termes du complexe font intervenir les applications continues de \(G\) et de ses puissances cartésiennes dans le module topologique \(M\), il n’est pas clair qu’une suite exacte courte de modules topologiques soit ainsi transformée en une suite exacte longue de cohomologie. Une autre difficulté tient à ce que la catégorie des groupes abéliens topologiques n’est pas une catégorie abélienne !
Cependant, une suite exacte courte de \(G\)-modules discrets fournit bien une suite exacte courte de complexes de cochaînes continues et donc une suite exacte longue de groupes de cohomologie continue \(H^i_{cont}(G, -)\). Par conséquent, dans la catégorie \(\text{Mod}_G\) de la définition 04JP, les foncteurs \(H^i_{cont}(G, M)\) forment un \(\delta\)-foncteur cohomologique au sens de Homologie, section 010P. Puisque la cohomologie \(H^i(G, M)\) de la définition 04JR est un \(\delta\)-foncteur universel (Catégories dérivées, lemme 05TE), on obtient des morphismes canoniques \[H^i(G, M) \longrightarrow H^i_{cont}(G, M)\] pour \(M \in \text{Mod}_G\). On sait que ces morphismes sont des isomorphismes lorsque \(G\) est un groupe abstrait (c’est-à-dire muni de la topologie discrète) ou lorsque \(G\) est un groupe profini (insérer ici une référence ultérieure). Si vous connaissez un exemple où ce morphisme n’est pas un isomorphisme pour un groupe topologique \(G\) et \(M \in \Ob(\text{Mod}_G)\), veuillez l’envoyer par courriel à stacks.project@gmail.com.
Cohomologie d’un point
Comme conséquence de la discussion des sections précédentes, nous obtenons l’équivalence entre la cohomologie étale du spectre d’un corps et la cohomologie galoisienne.
Lemme
Soit \(S = \Spec(K)\), où \(K\) est un corps. Soit \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\). Notons \(G = \text{Gal}_{\kappa(s)}\) le groupe de Galois absolu. Le foncteur fibre induit une équivalence de catégories \[\textit{Ab}(S_\etale) \longrightarrow \text{Mod}_G, \quad \mathcal{F} \longmapsto \mathcal{F}_{\overline{s}}.\]
Démonstration
Dans le théorème 03QT, nous avons vu l’équivalence entre les faisceaux d’ensembles et les \(G\)-ensembles. Le présent lemme s’en déduit formellement, car un faisceau abélien n’est autre qu’un faisceau d’ensembles muni d’une loi de groupe commutative, et un \(G\)-module n’est autre qu’un \(G\)-ensemble muni d’une loi de groupe commutative.
Lemme
Les notations et hypothèses sont celles du lemme 04JQ. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(\Spec(K)_\etale\) qui correspond au \(G\)-module \(M\). Alors
dans \(D(\textit{Ab})\), on a un isomorphisme canonique \(R\Gamma(S, \mathcal{F}) = R\Gamma_G(M)\),
\(H_\etale^0(S, \mathcal{F}) = M^G\), et
\(H_\etale^q(S, \mathcal{F}) = H^q(G, M)\).
Démonstration
Exemple
Faisceaux sur \(\Spec(K)_\etale\). Soit \(G = \text{Gal}(K^{sep}/K)\) le groupe de Galois absolu de \(K\).
Le faisceau constant \(\underline{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}\) correspond au module \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\) muni de l’action triviale de \(G\),
le faisceau \(\mathbf{G}_m|_{\Spec(K)_\etale}\) correspond à \((K^{sep})^*\) muni de son action de \(G\),
le faisceau \(\mathbf{G}_a|_{\Spec(K^{sep})}\) correspond à \((K^{sep}, +)\) muni de son action de \(G\), et
le faisceau \(\mu_n|_{\Spec(K^{sep})}\) correspond à \(\mu_n(K^{sep})\) muni de son action de \(G\).
D’après la remarque 03P6 et le théorème 03P8, on a les identifications suivantes pour les groupes de cohomologie : \[\begin{align*} H_\etale^0(S_\etale, \mathbf{G}_m) & = \Gamma(S, \mathcal{O}_S^*) \\ H_\etale^1(S_\etale, \mathbf{G}_m) & = H_{Zar}^1(S, \mathcal{O}_S^*) = \Pic(S) \\ H_\etale^i(S_\etale, \mathbf{G}_a) & = H_{Zar}^i(S, \mathcal{O}_S) \end{align*}\] De plus, pour tout faisceau quasi-cohérent \(\mathcal{F}\) sur \(S_\etale\), on a \[H^i(S_\etale, \mathcal{F}) = H_{Zar}^i(S, \mathcal{F}),\] voir le théorème 03P2. En particulier, on obtient la suite d’égalités suivante \[0 = \Pic(\Spec(K)) = H_\etale^1(\Spec(K)_\etale, \mathbf{G}_m) = H^1(G, (K^{sep})^*)\] qui n’est autre que le théorème 90 de Hilbert. De même, pour \(i \geq 1\), \[0 = H^i(\Spec(K), \mathcal{O}) = H_\etale^i(\Spec(K)_\etale, \mathbf{G}_a) = H^i(G, K^{sep})\] où \(K^{sep}\) est ici considéré comme module galoisien, l’addition étant sa loi de groupe. De la sorte, nous pouvons considérer le travail accompli jusqu’ici comme une manière compliquée de calculer des groupes de cohomologie galoisienne.
Le résultat suivant est une curiosité et devrait être omis lors d’une première lecture.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local de dimension \(0\). Soit \(S = \Spec(R)\). Alors tout \(\mathcal{O}_S\)-module sur \(S_\etale\) est quasi-cohérent.
Démonstration
Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_S\)-module sur \(S_\etale\). Nous devons montrer que \(\mathcal{F}\) est déterminé par le \(R\)-module \(M = \Gamma(S, \mathcal{F})\). Plus précisément, si \(\pi : X \to S\) est étale, nous devons montrer que \(\Gamma(X, \mathcal{F}) = \Gamma(X, \pi^*\widetilde{M})\).
Soit \(\mathfrak m \subset R\) l’idéal maximal et soit \(\kappa\) le corps résiduel. D’après Algèbre, lemme 06RS, l’anneau local \(R\) est hensélien. Si \(X \to S\) est étale, alors l’espace topologique sous-jacent à \(X\) est discret d’après Morphismes, lemme 02GL, et \(X\) est donc une réunion disjointe de schémas affines ayant chacun un seul point. De plus, si \(X = \Spec(A)\) est affine et n’a qu’un point, alors \(A\) est une \(R\)-algèbre finie étale d’après Algèbre, lemme 04GJ. Nous devons montrer que \(\Gamma(X, \mathcal{F}) = M \otimes_R A\) dans ce cas.
Le foncteur \(A \mapsto A/\mathfrak m A\) définit une équivalence entre la catégorie des \(R\)-algèbres finies étales et celle des \(\kappa\)-algèbres finies séparables, d’après Algèbre, lemme 04GK. Considérons d’abord le cas où \(A/\mathfrak m A\) est une extension galoisienne de \(\kappa\), de groupe de Galois \(G\). Pour chaque \(\sigma \in G\), notons \(\sigma : A \to A\) l’automorphisme correspondant de \(A\) au-dessus de \(R\). Posons \(N = \Gamma(X, \mathcal{F})\). Alors \(\Spec(\sigma) : X \to X\) est un automorphisme au-dessus de \(S\) et l’image inverse par celui-ci définit donc une application \(\sigma : N \to N\) qui est \(\sigma\)-linéaire : \(\sigma(an) = \sigma(a) \sigma(n)\) pour \(a \in A\) et \(n \in N\). Nous allons appliquer la descente galoisienne au module quasi-cohérent \(\widetilde{N}\) sur \(X\), muni des isomorphismes provenant de l’action de \(\sigma\) sur \(N\). Voir Descente, lemme 0D1V. Ce lemme fournit un isomorphisme \(N = N^G \otimes_R A\). D’autre part, il est clair que \(N^G = M\) par la propriété de faisceau de \(\mathcal{F}\). L’isomorphisme voulu est donc établi.
Le cas général (où \(A\) est une \(R\)-algèbre locale finie étale) se déduit du cas galoisien comme suit. Choisissons \(A \to B\) finie étale, avec \(B\) local et son corps résiduel galoisien sur \(\kappa\). Posons \(G = \text{Aut}(B/R) = \text{Gal}(\kappa_B/\kappa)\). Soit \(H \subset G\) le groupe de Galois correspondant à l’extension galoisienne \(\kappa_B/\kappa_A\). Alors, comme ci-dessus, on montre que \(\Gamma(X, \mathcal{F}) = \Gamma(\Spec(B), \mathcal{F})^H\). En appliquant deux fois le résultat relatif aux extensions galoisiennes, on obtient \[\Gamma(X, \mathcal{F}) = (M \otimes_R B)^H = M \otimes_R A\] comme voulu.
Cohomologie des courbes
La tâche suivante consiste à calculer la cohomologie étale d’une courbe lisse sur un corps algébriquement clos, à coefficients de torsion, et en particulier à montrer qu’elle s’annule en degré au moins \(3\). Pour cela, nous calculerons la cohomologie au point générique, ce qui revient à calculer de la cohomologie galoisienne.
Groupes de Brauer
Les groupes de Brauer des corps sont définis au moyen d’algèbres centrales simples de dimension finie. Dans cette section, nous rappelons les faits pertinents sur les groupes de Brauer, dont la plupart sont exposés dans le chapitre Groupes de Brauer, section 073X. Pour d’autres références, voir [SerreCorpsLocaux], [SerreGaloisCohomology] ou [Weil].
Théorème
Soit \(K\) un corps. Pour une \(K\)-algèbre \(A\) unitaire et associative (non nécessairement commutative), les conditions suivantes sont équivalentes
\(A\) est une \(K\)-algèbre centrale simple de dimension finie,
\(A\) est un \(K\)-espace vectoriel de dimension finie, \(K\) est le centre de \(A\), et \(A\) n’a pas d’idéal bilatère non trivial,
il existe \(d \geq 1\) tel que \(A \otimes_K \bar K \cong \text{Mat}(d \times d, \bar K)\),
il existe \(d \geq 1\) tel que \(A \otimes_K K^{sep} \cong \text{Mat}(d \times d, K^{sep})\),
il existe \(d \geq 1\) et une extension galoisienne finie \(K'/K\) tels que \(A \otimes_K K' \cong \text{Mat}(d \times d, K')\),
il existe \(n \geq 1\) et un corps gauche central \(D\) de dimension finie sur \(K\) tel que \(A \cong \text{Mat}(n \times n, D)\).
L’entier \(d\) est appelé le degré de \(A\).
Démonstration
Il s’agit d’une copie de Groupes de Brauer, lemme 0753.
Lemme
Soit \(A\) une algèbre centrale simple de dimension finie sur \(K\). Alors \[\begin{matrix} A \otimes_K A^{opp} & \longrightarrow & \text{End}_K(A) \\ \ a \otimes a' & \longmapsto & (x \mapsto a x a') \end{matrix}\] est un isomorphisme de \(K\)-algèbres.
Démonstration
Voir Groupes de Brauer, lemme 074I.
Définition
Deux algèbres centrales simples de dimension finie \(A_1\) et \(A_2\) sur \(K\) sont dites semblables, ou équivalentes, s’il existe \(m, n \geq 1\) tels que \(\text{Mat}(n \times n, A_1) \cong \text{Mat}(m \times m, A_2)\). On écrit \(A_1 \sim A_2\).
D’après Groupes de Brauer, lemme 074K, c’est une relation d’équivalence.
Définition
Soit \(K\) un corps. Le groupe de Brauer de \(K\) est l’ensemble \(\text{Br} (K)\) des classes de similitude d’algèbres centrales simples de dimension finie sur \(K\), muni de la loi de groupe induite par le produit tensoriel (sur \(K\)). La classe de \(A\) dans \(\text{Br}(K)\) est notée \([A]\). L’élément neutre est \([K] = [\text{Mat}(d \times d, K)]\) pour tout \(d \geq 1\).
Le lemme précédent entraîne l’existence des inverses et l’égalité \(-[A] = [A^{opp}]\). Le groupe de Brauer d’un corps est toujours de torsion. En fait, nous verrons que \([A]\) est d’ordre divisant \(\deg(A)\) pour toute algèbre centrale simple de dimension finie \(A\) (voir le lemme 0A2L). En général, le groupe de Brauer n’est pas de type fini; par exemple, le groupe de Brauer d’un corps local non archimédien est \(\mathbf{Q}/\mathbf{Z}\). Le groupe de Brauer de \(\mathbf{C}(x, y)\) n’est pas dénombrable.
Lemme
Soient \(K\) un corps et \(K^{sep}\) une clôture séparable. Alors l’ensemble des classes d’isomorphisme d’algèbres centrales simples de degré \(d\) sur \(K\) est en bijection avec la cohomologie non abélienne \(H^1(\text{Gal}(K^{sep}/K), \text{PGL}_d(K^{sep}))\).
Démonstration
Le théorème de Skolem-Noether (voir Groupes de Brauer, théorème 074Q) entraîne que, pour tout corps \(L\), le groupe \(\text{Aut}_{L\text{-Algebras}}(\text{Mat}_d(L))\) est ègal à \(\text{PGL}_d(L)\). D’après le théorème 03R2, on voit que les algèbres centrales simples de degré \(d\) correspondent aux formes de la \(K\)-algèbre \(\text{Mat}_d(K)\). En combinant ces faits, on voit que les classes d’isomorphisme d’algèbres centrales simples de degré \(d\) correspondent aux éléments de \(H^1(\text{Gal}(K^{sep}/K), \text{PGL}_d(K^{sep}))\). Pour plus de détails sur les formes tordues, voir par exemple [SilvermanEllipticCurves].
Si \(A\) est une algèbre centrale simple de dimension finie et de degré \(d\) sur un corps \(K\), nous notons \(\xi_A\) la classe de cohomologie correspondante dans \(H^1(\text{Gal}(K^{sep}/K), \text{PGL}_d(K^{sep}))\). Considérons la suite exacte courte \[1 \to (K^{sep})^* \to \text{GL}_d(K^{sep}) \to \text{PGL}_d(K^{sep}) \to 1,\] qui donne naissance à une suite exacte longue de cohomologie (jusqu’au degré \(2\)), avec pour homomorphisme bord \[\delta_d : H ^1(\text{Gal}(K^{sep}/K), \text{PGL}_d(K^{sep})) \longrightarrow H^2(\text{Gal}(K^{sep}/K), (K^{sep})^*).\] Plus précisément, il est défini comme suit : si \(\xi\) est une classe de cohomologie représentée par le \(1\)-cocycle \((g_\sigma)\), alors \(\delta_d(\xi)\) est la classe du \(2\)-cocycle [0A2I]\[\begin{equation} (\sigma, \tau) \longmapsto \tilde g_\sigma^{-1} \tilde g_{\sigma \tau} \sigma(\tilde g_\tau^{-1}) \in (K^{sep})^* \end{equation}\] où \(\tilde g_\sigma \in \text{GL}_d(K^{sep})\) est un relèvement de \(g_\sigma\). Cela permet d’expliciter l’application \[\delta : \text{Br}(K) \longrightarrow H^2(\text{Gal}(K^{sep}/K), (K^{sep})^*), \quad [A] \longmapsto \delta_{\deg A} (\xi_A)\] comme suit. Supposons que \(A\) soit de degré \(d\) sur \(K\). Choisissons un isomorphisme \(\varphi : \text{Mat}_d(K^{sep}) \to A \otimes_K K^{sep}\). Pour \(\sigma \in \text{Gal}(K^{sep}/K)\), choisissons un élément \(\tilde g_\sigma \in \text{GL}_d(K^{sep})\) tel que \(\varphi^{-1} \circ \sigma(\varphi)\) soit égal à l’application \(x \mapsto \tilde g_\sigma x \tilde g_\sigma^{-1}\). La classe dans \(H^2\) est définie par le \(2\)-cocycle (0A2I).
Théorème
Soit \(K\) un corps de clôture séparable \(K^{sep}\). L’application \(\delta : \text{Br}(K) \to H^2(\text{Gal}(K^{sep}/K), (K^{sep})^*)\) définie ci-dessus est un isomorphisme de groupes.
Démonstration
Pour montrer que \(\delta\) définit un homomorphisme de groupes, c’est-à-dire que \(\delta(A \otimes_K B) = \delta(A) + \delta(B)\), on calcule directement sur les cocycles.
Injectivité de \(\delta\). Dans le cas abélien (\(d = 1\)), on a l’identification \[H^1(\text{Gal}(K^{sep}/K), \text{GL}_d(K^{sep})) = H_\etale^1(\Spec(K), \text{GL}_d(\mathcal{O}))\] dont le second membre est trivial par descente fpqc. Si cela était vrai dans le cas non abélien, l’injectivité de \(\delta\) en résulterait aussitôt. (Voir [SGA4.5].) En fait, pour la démontrer, on peut réinterpréter \(\delta([A])\) comme l’obstruction à l’existence d’un \(K\)-espace vectoriel \(V\) muni d’une structure de \(A\)-module à gauche et tel que \(\dim_K V = \deg A\). Lorsque \(V\) existe, on a \(A \cong \text{End}_K(V)\).
Pour la surjectivité, choisissons une classe de cohomologie \(\xi \in H^2(\text{Gal}(K^{sep}/K), (K^{sep})^*)\) ; il existe alors une extension galoisienne finie \(K^{sep}/K'/K\) telle que \(\xi\) soit l’image d’une classe \(\xi' \in H^2(\text{Gal}(K'|K), (K')^*)\). On construit alors explicitement une algèbre centrale simple sur \(K\) à partir des données \(K', \xi'\).
Le groupe de Brauer d’un schéma
Soit \(S\) un schéma. Une \(\mathcal{O}_S\)-algèbre \(\mathcal{A}\) est dite d’Azumaya si elle est, localement pour la topologie étale, une algèbre de matrices, c’est-à-dire s’il existe un recouvrement étale \(\mathcal{U} = \{ \varphi_i : U_i \to S\}_{i \in I}\) tel que \(\varphi_i^*\mathcal{A} \cong \text{Mat}_{d_i}(\mathcal{O}_{U_i})\) pour un \(d_i \geq 1\). Deux telles algèbres \(\mathcal{A}\) et \(\mathcal{B}\) sont dites équivalentes s’il existe des \(\mathcal{O}_S\)-modules localement libres de type fini \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) de rang strictement positif en tout \(s \in S\), tels que \[\mathcal{A} \otimes_{\mathcal{O}_S} \SheafHom_{\mathcal{O}_S}(\mathcal{F}, \mathcal{F}) \cong \mathcal{B} \otimes_{\mathcal{O}_S} \SheafHom_{\mathcal{O}_S}(\mathcal{G}, \mathcal{G})\] comme \(\mathcal{O}_S\)-algèbres. Le groupe de Brauer de \(S\) est l’ensemble \(\text{Br}(S)\) des classes d’équivalence d’algèbres d’Azumaya sur \(\mathcal{O}_S\), muni de l’opération induite par le produit tensoriel (sur \(\mathcal{O}_S\)).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) des faisceaux de \(\mathcal{O}_S\)-modules localement libres de type fini et de rang strictement positif. S’il existe un isomorphisme \(\SheafHom_{\mathcal{O}_S}(\mathcal{F}, \mathcal{F}) \cong \SheafHom_{\mathcal{O}_S}(\mathcal{G}, \mathcal{G})\) de \(\mathcal{O}_S\)-algèbres, alors il existe un faisceau inversible \(\mathcal{L}\) sur \(S\) tel que \(\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_S} \mathcal{L} \cong \mathcal{G}\) et tel que cet isomorphisme induise l’isomorphisme donné des algèbres d’endomorphismes.
Démonstration
Fixons un isomorphisme \(\SheafHom_{\mathcal{O}_S}(\mathcal{F}, \mathcal{F}) \to \SheafHom_{\mathcal{O}_S}(\mathcal{G}, \mathcal{G})\). Considérons le faisceau \(\mathcal{L} \subset \SheafHom(\mathcal{F}, \mathcal{G})\) engendré, comme \(\mathcal{O}_S\)-module, par les isomorphismes locaux \(\varphi : \mathcal{F} \to \mathcal{G}\) tels que la conjugaison par \(\varphi\) soit l’isomorphisme donné des algèbres d’endomorphismes. Un calcul local (qui se ramène au cas où \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) sont libres de type fini et \(S\) est affine) montre que \(\mathcal{L}\) est inversible. Un autre calcul local montre que le morphisme d’évaluation \[\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_S} \mathcal{L} \longrightarrow \mathcal{G}\] est un isomorphisme.
L’argument donné dans la preuve du lemme suivant se trouve dans [Saltman-torsion].
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\mathcal{A}\) une algèbre d’Azumaya qui est localement libre de rang \(d^2\) sur \(S\). Alors la classe de \(\mathcal{A}\) dans le groupe de Brauer de \(S\) est annulée par \(d\).
Démonstration
Choisissons un recouvrement étale \(\{U_i \to S\}\) et des isomorphismes \(\mathcal{A}|_{U_i} \to \SheafHom(\mathcal{F}_i, \mathcal{F}_i)\) pour des \(\mathcal{O}_{U_i}\)-modules localement libres \(\mathcal{F}_i\) de rang \(d\). (On peut supposer \(\mathcal{F}_i\) libre.) Considérons la composée \[p_i : \mathcal{F}_i^{\otimes d} \to \wedge^d(\mathcal{F}_i) \to \mathcal{F}_i^{\otimes d}\] La première flèche est la projection usuelle et la seconde est l’isomorphisme de la puissance extérieure maximale de \(\mathcal{F}_i\) sur le sous-module des sections de \(\mathcal{F}_i^{\otimes d}\) qui se transforment suivant le caractère signature sous l’action du groupe symétrique sur \(d\) lettres. Alors \(p_i^2 = d! p_i\) et le rang de \(p_i\) vaut \(1\). En utilisant l’isomorphisme donné \(\mathcal{A}|_{U_i} \to \SheafHom(\mathcal{F}_i, \mathcal{F}_i)\) et l’isomorphisme canonique \[\SheafHom(\mathcal{F}_i, \mathcal{F}_i)^{\otimes d} = \SheafHom(\mathcal{F}_i^{\otimes d}, \mathcal{F}_i^{\otimes d})\] nous pouvons considérer \(p_i\) comme une section de \(\mathcal{A}^{\otimes d}\) sur \(U_i\). Nous affirmons que \(p_i|_{U_i \times_S U_j} = p_j|_{U_i \times_S U_j}\) comme sections de \(\mathcal{A}^{\otimes d}\). En effet, en appliquant le lemme 0A2K, nous obtenons un faisceau inversible \(\mathcal{L}_{ij}\) et un isomorphisme canonique \[\mathcal{F}_i|_{U_i \times_S U_j} \otimes \mathcal{L}_{ij} \longrightarrow \mathcal{F}_j|_{U_i \times_S U_j}.\] Cet isomorphisme montre que \(p_i\) s’envoie sur \(p_j\). Comme \(\mathcal{A}^{\otimes d}\) est un faisceau sur \(S_\etale\) (proposition 03OG), on obtient une section globale canonique \(p \in \Gamma(S, \mathcal{A}^{\otimes d})\). Un calcul local montre que \[\mathcal{H} = \Im(\mathcal{A}^{\otimes d} \to \mathcal{A}^{\otimes d}, f \mapsto fp)\] est un module localement libre de rang \(d^d\) et que la multiplication (à gauche) par \(\mathcal{A}^{\otimes d}\) induit un isomorphisme \(\mathcal{A}^{\otimes d} \to \SheafHom(\mathcal{H}, \mathcal{H})\). Autrement dit, \(\mathcal{A}^{\otimes d}\) est l’élément neutre du groupe de Brauer de \(S\), comme voulu.
Dans ce cadre, l’analogue de l’isomorphisme \(\delta\) du théorème 03R7 est une application \[\delta_S: \text{Br}(S) \to H_\etale^2(S, \mathbf{G}_m).\] L’application \(\delta_S\) est injective. Si \(S\) est quasi-compact ou connexe, alors \(\text{Br}(S)\) est un groupe de torsion; dans ce cas, l’image de \(\delta_S\) est contenue dans le groupe de Brauer cohomologique de \(S\) \[\text{Br}'(S) := H_\etale^2(S, \mathbf{G}_m)_\text{torsion}.\] Ainsi, si \(S\) est quasi-compact ou connexe, on a une inclusion \(\text{Br}(S) \subset \text{Br}'(S)\). Ce n’est pas toujours une égalité : il existe une surface singulière non séparée \(S\) pour laquelle \(\text{Br}(S) \subset \text{Br}'(S)\) est une inclusion stricte. Si \(S\) est quasi-projectif, alors \(\text{Br}(S) = \text{Br}'(S)\). Cependant, on ignore si cela reste vrai pour une variété lisse propre sur \(\mathbf{C}\), par exemple.
La suite d’Artin-Schreier
Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(S\) un schéma de caractéristique \(p\). La suite d’Artin-Schreier est la suite exacte courte \[0 \longrightarrow \underline{\mathbf{Z}/p\mathbf{Z}}_S \longrightarrow \mathbf{G}_{a, S} \xrightarrow{F-1} \mathbf{G}_{a, S} \longrightarrow 0\] où \(F - 1\) est l’application \(x \mapsto x^p - x\).
Lemme
Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(S\) un schéma de caractéristique \(p\).
Si \(S\) est affine, alors \(H_\etale^q(S, \underline{\mathbf{Z}/p\mathbf{Z}}) = 0\) pour tout \(q \geq 2\).
Si \(S\) est un schéma quasi-compact et quasi-séparé de dimension \(d\), alors \(H_\etale^q(S, \underline{\mathbf{Z}/p\mathbf{Z}}) = 0\) pour tout \(q \geq 2 + d\).
Démonstration
Rappelons que la cohomologie étale du faisceau structural est égale à sa cohomologie sur l’espace topologique sous-jacent (théorème 03P2). La première assertion résulte de la suite exacte d’Artin-Schreier et de l’annulation de la cohomologie du faisceau structural sur un schéma affine (Cohomologie des schémas, lemme 01XB). La seconde assertion résulte par le même argument de l’annulation donnée par Cohomologie, Proposition 0A3G et du fait que \(S\) est un espace spectral (Properties, lemme 094L).
Lemme
Soit \(k\) un corps algébriquement clos de caractéristique \(p > 0\). Soit \(V\) un \(k\)-espace vectoriel de dimension finie. Soit \(F : V \to V\) une application semi-linéaire relativement au Frobenius, c’est-à-dire une application additive telle que \(F(\lambda v) = \lambda^p F(v)\) pour tous \(\lambda \in k\) et \(v \in V\). Alors \(F - 1 : V \to V\) est surjective, et son noyau est un \(\mathbf{F}_p\)-espace vectoriel de dimension finie, celle-ci étant \(\leq \dim_k(V)\).
Démonstration
Si \(F = 0\), l’énoncé est vrai. Si \(V\) est muni d’une filtration par des sous-espaces vectoriels stables par \(F\) telle que l’énoncé soit vrai pour chaque quotient gradué, alors il est vrai pour \((V, F)\). En combinant ces deux remarques, nous pouvons supposer que le noyau de \(F\) est nul.
Choisissons une base \(v_1, \ldots, v_n\) de \(V\) et écrivons \(F(v_i) = \sum a_{ij} v_j\). Remarquons que \(v = \sum \lambda_i v_i\) appartient au noyau si et seulement si \(\sum \lambda_i^p a_{ij} v_j = 0\). Comme \(k\) est algébriquement clos, cela implique que la matrice \((a_{ij})\) est inversible. Notons \((b_{ij})\) son inverse. Pour voir que \(F - 1\) est surjective, choisissons \(w = \sum \mu_i v_i \in V\) et cherchons à résoudre \[(F - 1)(\sum \lambda_iv_i) = \sum \lambda_i^p a_{ij} v_j - \sum \lambda_j v_j = \sum \mu_j v_j\] Cela équivaut à \[\sum \lambda_j^p v_j - \sum b_{ij} \lambda_i v_j = \sum b_{ij} \mu_i v_j\] autrement dit \[\lambda_j^p - \sum b_{ij} \lambda_i = \sum b_{ij} \mu_i, \quad j = 1, \ldots, \dim(V).\] L’algèbre \[A = k[x_1, \ldots, x_n]/ (x_j^p - \sum b_{ij} x_i - \sum b_{ij} \mu_i)\] est lisse standard sur \(k\) (Algèbre, définition 00T6) car la matrice \((b_{ij})\) est inversible et les dérivées partielles des \(x_j^p\) sont nulles. Une base de \(A\) sur \(k\) est l’ensemble des monômes \(x_1^{e_1} \ldots x_n^{e_n}\) avec \(e_i < p\), donc \(\dim_k(A) = p^n\). Comme \(k\) est algébriquement clos, on voit que \(\Spec(A)\) possède exactement \(p^n\) points. Il s’ensuit que \(F - 1\) est surjective et que chaque fibre possède \(p^n\) points, c’est-à-dire que le noyau de \(F - 1\) est un groupe d’ordre \(p^n\).
Lemme
Dans la situation du lemme 0A3L, soit \(k'/k\) une extension de corps algébriquement clos. Posons \(V' = V \otimes_k k'\) et soit \(F' : V' \to V'\) l’application semi-linéaire relativement au Frobenius induite par \(F\). Alors \(\Ker(F - 1)\) s’envoie isomorphiquement sur \(\Ker(F' - 1)\).
Démonstration
Soit \(v_1, \ldots, v_n\) une base de \(V\) et écrivons \(F(v_i) = \sum a_{ij}v_j\). Alors \(v = \sum \lambda_i v_i\) appartient à \(\Ker(F - 1)\) si et seulement si \(\sum \lambda_i^pa_{ij} = \lambda_j\) pour \(j = 1, \ldots, n\). D’après le lemme 0A3L, ces équations définissent un sous-schéma fermé \(Z\) de \(\mathbf{A}^n_k = \Spec(k[\lambda_1, \ldots, \lambda_n])\) fini sur \(\Spec(k)\). Alors \(Z(k) = Z(k')\), ce qui permet de conclure.
Lemme
Soit \(X\) un schéma séparé de type fini sur un corps \(k\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent de \(\mathcal{O}_X\)-modules. Alors \(\dim_k H^d(X, \mathcal{F}) < \infty\), où \(d = \dim(X)\).
Démonstration
Nous allons le démontrer par récurrence sur \(d\). Le cas \(d = 0\) est vrai car dans ce cas \(X\) est le spectre d’une \(k\)-algèbre \(A\) de dimension finie (Variétés, lemme 06LH) et tout faisceau cohérent \(\mathcal{F}\) correspond à un \(A\)-module de type fini \(M = H^0(X, \mathcal{F})\) qui vérifie \(\dim_k M < \infty\).
Supposons \(d > 0\) et le résultat démontré pour les schémas séparés de type fini de dimension \(< d\). Le schéma \(X\) est noethérien. Considérons la propriété \(\mathcal{P}\) des faisceaux cohérents sur \(X\) définie par la règle \[\mathcal{P}(\mathcal{F}) \Leftrightarrow \dim_k H^d(X, \mathcal{F}) < \infty\] Nous allons utiliser le résultat de Cohomologie des schémas, lemme 01YG pour montrer que \(\mathcal{P}\) est satisfaite par tout faisceau cohérent sur \(X\).
Soit \[0 \to \mathcal{F}_1 \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}_2 \to 0\] une suite exacte courte de faisceaux cohérents sur \(X\). Considérons la suite exacte longue de cohomologie \[H^d(X, \mathcal{F}_1) \to H^d(X, \mathcal{F}) \to H^d(X, \mathcal{F}_2)\] Ainsi, si \(\mathcal{P}\) est satisfaite par \(\mathcal{F}_1\) et \(\mathcal{F}_2\), elle l’est par \(\mathcal{F}\).
Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé intègre. Soit \(\mathcal{I}\) un faisceau cohérent d’idéaux sur \(Z\). Pour achever la démonstration, il faut montrer que \(H^d(X, i_*\mathcal{I}) = H^d(Z, \mathcal{I})\) est de dimension finie. Si \(\dim(Z) < d\), le résultat est vrai car ce groupe de cohomologie est nul (Cohomologie, Proposition 02UZ). Nous sommes ainsi ramenés à la situation examinée au paragraphe suivant.
Supposons que \(X\) soit une variété de dimension \(d\) et que \(\mathcal{F} = \mathcal{I}\) soit un faisceau cohérent d’idéaux. Dans ce cas, nous avons une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{I} \to \mathcal{O}_X \to i_*\mathcal{O}_Z \to 0\] où \(i : Z \to X\) est l’immersion fermée définie par \(\mathcal{I}\). L’hypothèse de récurrence montre que \(H^{d - 1}(Z, \mathcal{O}_Z) = H^{d - 1}(X, i_*\mathcal{O}_Z)\) est de dimension finie. Il suffit donc de démontrer le résultat pour le faisceau structural.
Nous pouvons appliquer le lemme de Chow (Cohomologie des schémas, lemme 0200) au morphisme \(X \to \Spec(k)\). Nous obtenons ainsi un diagramme \[\xymatrix{ X \ar[rd]_g & X' \ar[d]^-{g'} \ar[l]^\pi \ar[r]_i & \mathbf{P}^n_k \ar[dl] \\ & \Spec(k) & }\] comme dans l’énoncé du lemme de Chow. Soit en outre \(U \subset X\) le sous-schéma ouvert dense tel que \(\pi^{-1}(U) \to U\) soit un isomorphisme. Nous pouvons aussi supposer que \(X'\) est une variété, voir Cohomologie des schémas, remarque 0201. Le morphisme \(i' = (i, \pi) : X' \to \mathbf{P}^n_X\) est une immersion fermée (loc. cit.). Par conséquent \[\mathcal{L} = i^*\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_k}(1) \cong (i')^*\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_X}(1)\] est ample relativement à \(\pi\) (par exemple d’après Morphismes, lemme 02NR). Ainsi, d’après Cohomologie des schémas, lemme 02O1, il existe un \(n \geq 0\) tel que \(R^p\pi_*\mathcal{L}^{\otimes n} = 0\) pour tout \(p > 0\). Posons \(\mathcal{G} = \pi_*\mathcal{L}^{\otimes n}\). Choisissons une section globale non nulle \(s\) de \(\mathcal{L}^{\otimes n}\). Puisque \(\mathcal{G} = \pi_*\mathcal{L}^{\otimes n}\), la section \(s\) correspond à une section de \(\mathcal{G}\), c’est-à-dire à un morphisme \(\mathcal{O}_X \to \mathcal{G}\). Comme \(s|_U \not = 0\), puisque \(X'\) est une variété et \(\mathcal{L}\) est inversible, on voit que \(\mathcal{O}_X|_U \to \mathcal{G}|_U\) est non nul. Comme \(\mathcal{G}|_U = \mathcal{L}^{\otimes n}|_{\pi^{-1}(U)}\) est inversible, nous obtenons une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{O}_X \to \mathcal{G} \to \mathcal{Q} \to 0\] où \(\mathcal{Q}\) est cohérent et à support dans un sous-schéma fermé strict de \(X\). En raisonnant comme ci-dessus avec notre hypothèse de récurrence, on voit qu’il suffit de démontrer \(\dim H^d(X, \mathcal{G}) < \infty\).
La suite spectrale de Leray (Cohomologie, lemme 01F4) montre que \(H^d(X, \mathcal{G}) = H^d(X', \mathcal{L}^{\otimes n})\). Soit \(\overline{X}' \subset \mathbf{P}^n_k\) l’adhérence de \(X'\). Alors \(\overline{X}'\) est une variété projective de dimension \(d\) sur \(k\) et \(X' \subset \overline{X}'\) est un ouvert dense. Le faisceau inversible \(\mathcal{L}^{\otimes n}\) est la restriction de \(\mathcal{O}_{\overline{X}'}(n)\) à \(X'\). D’après Cohomologie, Proposition 0A3G l’application \[H^d(\overline{X}', \mathcal{O}_{\overline{X}'}(n)) \longrightarrow H^d(X', \mathcal{L}^{\otimes n})\] est surjective. Comme le groupe de cohomologie de gauche est de dimension finie d’après Cohomologie des schémas, lemme 01YS la démonstration est achevée.
Lemme
Soit \(X\) un schéma séparé de type fini sur un corps algébriquement clos \(k\) de caractéristique \(p > 0\). Alors \(H_\etale^q(X, \underline{\mathbf{Z}/p\mathbf{Z}}) = 0\) pour \(q \geq dim(X) + 1\).
Démonstration
Posons \(d = \dim(X)\). D’après l’annulation établie dans le lemme 0A3K, il suffit de montrer que \(H_\etale^{d + 1}(X, \underline{\mathbf{Z}/p\mathbf{Z}}) = 0\). D’après le lemme 0A3M, on voit que \(H^d(X, \mathcal{O}_X)\) est un espace vectoriel de dimension finie sur \(k\). Par conséquent, la suite exacte longue de cohomologie associée à la suite d’Artin-Schreier se termine par \[H^d(X, \mathcal{O}_X) \xrightarrow{F - 1} H^d(X, \mathcal{O}_X) \to H^{d + 1}_\etale(X, \mathbf{Z}/p\mathbf{Z}) \to 0\] D’après le lemme 0A3L, l’application \(F - 1\) de cette suite est surjective. Cela démontre le lemme.
Lemme
Soit \(X\) un schéma propre sur un corps algébriquement clos \(k\) de caractéristique \(p > 0\). Alors
\(H_\etale^q(X, \underline{\mathbf{Z}/p\mathbf{Z}})\) est un \(\mathbf{Z}/p\mathbf{Z}\)-module de type fini pour tout \(q\), et
\(H^q_\etale(X, \underline{\mathbf{Z}/p\mathbf{Z}}) \to H^q_\etale(X_{k'}, \underline{\mathbf{Z}/p\mathbf{Z}})\) est un isomorphisme si \(k'/k\) est une extension de corps algébriquement clos.
Démonstration
D’après Cohomologie des schémas, lemme 02O6 et la comparaison de la cohomologie donnée par le théorème 03P2, les groupes de cohomologie \(H^q_\etale(X, \mathbf{G}_a) = H^q(X, \mathcal{O}_X)\) sont des espaces vectoriels de dimension finie sur \(k\). Par conséquent, d’après le lemme 0A3L, la suite exacte longue de cohomologie associée à la suite d’Artin-Schreier se décompose en suites exactes courtes \[0 \to H_\etale^q(X, \underline{\mathbf{Z}/p\mathbf{Z}}) \to H^q(X, \mathcal{O}_X) \xrightarrow{F - 1} H^q(X, \mathcal{O}_X) \to 0\] et, de plus, la dimension sur \(\mathbf{F}_p\) des groupes de cohomologie \(H_\etale^q(X, \underline{\mathbf{Z}/p\mathbf{Z}})\) est inférieure ou égale à la dimension sur \(k\) de l’espace vectoriel \(H^q(X, \mathcal{O}_X)\). Cela démontre la première assertion. La seconde résulte du lemme 0HAN car \(H^q(X, \mathcal{O}_X) \otimes_k k' \to H^q(X_{k'}, \mathcal{O}_{X_{k'}})\) est un isomorphisme par changement de base plat (Cohomologie des schémas, lemme 02KH).
Faisceaux localement constants
Cette section est l’analogue de Modules sur les sites, section 093P pour le site étale.
Définition
Soit \(X\) un schéma. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau d’ensembles sur \(X_\etale\).
Soit \(E\) un ensemble. Nous disons que \(\mathcal{F}\) est le faisceau constant de valeur \(E\) si \(\mathcal{F}\) est le faisceau associé au préfaisceau \(U \mapsto E\). Notation : \(\underline{E}_X\) ou \(\underline{E}\).
Nous disons que \(\mathcal{F}\) est un faisceau constant s’il est isomorphe à un faisceau comme en (1).
Nous disons que \(\mathcal{F}\) est localement constant s’il existe un recouvrement \(\{U_i \to X\}\) tel que \(\mathcal{F}|_{U_i}\) soit un faisceau constant.
Nous disons que \(\mathcal{F}\) est localement constant fini s’il est localement constant et si ses valeurs locales sont des ensembles finis.
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau de groupes abéliens sur \(X_\etale\).
Soit \(A\) un groupe abélien. Nous disons que \(\mathcal{F}\) est le faisceau constant de valeur \(A\) si \(\mathcal{F}\) est le faisceau associé au préfaisceau \(U \mapsto A\). Notation : \(\underline{A}_X\) ou \(\underline{A}\).
Nous disons que \(\mathcal{F}\) est un faisceau constant s’il est isomorphe comme faisceau abélien à un faisceau comme en (1).
Nous disons que \(\mathcal{F}\) est localement constant s’il existe un recouvrement \(\{U_i \to X\}\) tel que \(\mathcal{F}|_{U_i}\) soit un faisceau constant.
Nous disons que \(\mathcal{F}\) est localement constant fini s’il est localement constant et si ses valeurs locales sont des groupes abéliens finis.
Soit \(\Lambda\) un anneau. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\).
Soit \(M\) un \(\Lambda\)-module. Nous disons que \(\mathcal{F}\) est le faisceau constant de valeur \(M\) si \(\mathcal{F}\) est le faisceau associé au préfaisceau \(U \mapsto M\). Notation : \(\underline{M}_X\) ou \(\underline{M}\).
Nous disons que \(\mathcal{F}\) est un faisceau constant s’il est isomorphe comme faisceau de \(\Lambda\)-modules à un faisceau comme en (1).
Nous disons que \(\mathcal{F}\) est localement constant s’il existe un recouvrement \(\{U_i \to X\}\) tel que \(\mathcal{F}|_{U_i}\) soit un faisceau constant.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Si \(\mathcal{G}\) est un faisceau localement constant d’ensembles, de groupes abéliens ou de \(\Lambda\)-modules sur \(Y_\etale\), alors \(f^{-1}\mathcal{G}\) l’est aussi sur \(X_\etale\).
Démonstration
Cela vaut pour tout morphisme de topos, voir Modules sur les sites, lemme 093R.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme fini étale de schémas. Si \(\mathcal{F}\) est un faisceau d’ensembles localement constant (fini), un faisceau de groupes abéliens localement constant (fini), ou un faisceau de \(\Lambda\)-modules localement constant (de type fini) sur \(X_\etale\), alors \(f_*\mathcal{F}\) l’est aussi sur \(Y_\etale\).
Démonstration
La construction de \(f_*\) commute à la localisation étale. Un morphisme fini étale est localement isomorphe à une somme disjointe d’isomorphismes, voir Morphismes étales, lemme 04HN. Ainsi le lemme affirme que, si \(\mathcal{F}_i\), \(i = 1, \ldots, n\) sont des faisceaux d’ensembles localement constants (finis), alors \(\prod_{i = 1, \ldots, n} \mathcal{F}_i\) l’est aussi. C’est clair. Il en va de même pour les faisceaux de groupes abéliens et de modules.
Lemme
Soient \(X\) un schéma et \(\mathcal{F}\) un faisceau d’ensembles sur \(X_\etale\). Alors les assertions suivantes sont èquivalentes
\(\mathcal{F}\) est localement constant fini, et
\(\mathcal{F} = h_U\) pour un morphisme fini étale \(U \to X\).
Démonstration
Un morphisme fini étale est localement isomorphe à une somme disjointe d’isomorphismes, voir Morphismes étales, lemme 04HN. Ainsi (2) implique (1). Réciproquement, si \(\mathcal{F}\) est localement constant fini, il existe un recouvrement étale \(\{X_i \to X\}\) tel que \(\mathcal{F}|_{X_i}\) soit représentable par un morphisme fini étale \(U_i \to X_i\). En raisonnant exactement comme dans la démonstration du Descente, lemme 02W5 nous obtenons une donnée de descente de schémas \((U_i, \varphi_{ij})\) relativement à \(\{X_i \to X\}\) (détails omis). Cette donnée de descente est effective, par exemple d’après Descente, lemme 0245, et le morphisme de schémas obtenu \(U \to X\) est fini étale d’après Descente, lemmes 02LA et 02VN.
Lemme
Soit \(X\) un schéma.
Soit \(\varphi : \mathcal{F} \to \mathcal{G}\) un morphisme de faisceaux d’ensembles localement constants sur \(X_\etale\). Si \(\mathcal{F}\) est localement constant fini, il existe un recouvrement étale \(\{U_i \to X\}\) tel que \(\varphi|_{U_i}\) soit le morphisme de faisceaux constants associé à une application d’ensembles.
Soit \(\varphi : \mathcal{F} \to \mathcal{G}\) un morphisme de faisceaux de groupes abéliens localement constants sur \(X_\etale\). Si \(\mathcal{F}\) est localement constant fini, il existe un recouvrement étale \(\{U_i \to X\}\) tel que \(\varphi|_{U_i}\) soit le morphisme de faisceaux abéliens constants associé à un homomorphisme de groupes abéliens.
Soit \(\Lambda\) un anneau. Soit \(\varphi : \mathcal{F} \to \mathcal{G}\) un morphisme de faisceaux de \(\Lambda\)-modules localement constants sur \(X_\etale\). Si \(\mathcal{F}\) est de type fini, alors il existe un recouvrement étale \(\{U_i \to X\}\) tel que \(\varphi|_{U_i}\) soit le morphisme de faisceaux constants de \(\Lambda\)-modules associé à un homomorphisme de \(\Lambda\)-modules.
Démonstration
Cela vaut sur tout site, voir Modules sur les sites, lemme 093S.
Lemme
Soit \(X\) un schéma.
La catégorie des faisceaux d’ensembles localement constants finis est stable par limites projectives et inductives finies dans \(\Sh(X_\etale)\).
La catégorie des faisceaux abéliens localement constants finis est une sous-catégorie de Serre faible de \(\textit{Ab}(X_\etale)\).
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. La catégorie des faisceaux de \(\Lambda\)-modules localement constants de type fini sur \(X_\etale\) est une sous-catégorie de Serre faible de \(\textit{Mod}(X_\etale, \Lambda)\).
Démonstration
Cela vaut sur tout site, voir Modules sur les sites, lemme 093U.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Soit \(\Lambda\) un anneau. Le produit tensoriel de deux faisceaux de \(\Lambda\)-modules localement constants sur \(X_\etale\) est un faisceau de \(\Lambda\)-modules localement constant.
Démonstration
Cela vaut sur tout site, voir Modules sur les sites, lemme 093V.
Lemme
Soit \(X\) un schéma connexe. Soit \(\Lambda\) un anneau et soit \(\mathcal{F}\) un faisceau de \(\Lambda\)-modules localement constant. Alors il existe un \(\Lambda\)-module \(M\) et un recouvrement étale \(\{U_i \to X\}\) tels que \(\mathcal{F}|_{U_i} \cong \underline{M}|_{U_i}\).
Démonstration
Choisissons un recouvrement étale \(\{U_i \to X\}\) tel que \(\mathcal{F}|_{U_i}\) soit constant, disons \(\mathcal{F}|_{U_i} \cong \underline{M_i}_{U_i}\). Remarquons que \(U_i \times_X U_j\) est vide si \(M_i\) n’est pas isomorphe à \(M_j\). Pour chaque classe d’isomorphisme de \(\Lambda\)-modules représentée par \(M\), posons \(I_M = \{i \in I \mid M_i \cong M\}\). Comme les morphismes étales sont ouverts, nous voyons que \(U_M = \bigcup_{i \in I_M} \Im(U_i \to X)\) est un ouvert de \(X\). Alors \(X = \coprod U_M\) est un recouvrement ouvert disjoint de \(X\). Comme \(X\) est connexe, un seul \(U_M\) est non vide et le lemme en résulte.
Faisceaux localement constants et groupe fondamental
Dans certains cas, nous pouvons relier les faisceaux localement constants au groupe fondamental d’un schéma.
Lemme
Soit \(X\) un schéma connexe. Soit \(\overline{x}\) un point géométrique de \(X\).
Il existe une èquivalence de catégories \[\left\{ \begin{matrix} \text{faisceaux d'ensembles localement constants finis}\\ \text{sur }X_\etale \end{matrix} \right\} \longleftrightarrow \left\{ \begin{matrix} \text{ensembles finis munis d'une action de }\pi_1(X, \overline{x}) \end{matrix} \right\}\]
Il existe une èquivalence de catégories \[\left\{ \begin{matrix} \text{faisceaux de groupes ab\'eliens localement constants finis}\\ \text{sur }X_\etale \end{matrix} \right\} \longleftrightarrow \left\{ \begin{matrix} \pi_1(X, \overline{x})\text{-modules finis} \end{matrix} \right\}\]
Soit \(\Lambda\) un anneau fini. Il existe une èquivalence de catégories \[\left\{ \begin{matrix} \text{faisceaux localement constants de type fini}\\ \text{de }\Lambda\text{-modules sur }X_\etale \end{matrix} \right\} \longleftrightarrow \left\{ \begin{matrix} \pi_1(X, \overline{x})\text{-modules finis munis}\\ \text{d'une structure commutante de }\Lambda\text{-module} \end{matrix} \right\}\]
Démonstration
Remarquons que \(\pi_1(X, \overline{x})\) est un groupe topologique profini, voir Fundamental Groups, définition 0BNC. Les catégories des membres de gauche sont définies dans la section 09Y8. La notation employée dans les membres de droite vient de Fundamental Groups, définition 04JJ pour les ensembles et de la définition 04JP pour les groupes abéliens. Cela explique la notation.
L’assertion (1) résulte du lemme 03RV et de Fundamental Groups, théorème 0BND. Les parties (2) et (3) s’en déduisent immédiatement en munissant les (faisceaux d’)ensembles sous-jacents d’une structure supplémentaire. Par exemple, un faisceau de groupes abéliens localement constant fini sur \(X_\etale\) revient à un faisceau d’ensembles localement constant fini \(\mathcal{F}\) muni d’un morphisme \(+ : \mathcal{F} \times \mathcal{F} \to \mathcal{F}\) satisfaisant aux axiomes usuels. L’équivalence de (1) préserve les produits et transforme donc \(+\) en une addition sur l’ensemble fini correspondant muni d’une action de \(\pi_1(X, \overline{x})\). Puisque les \(\pi_1(X, \overline{x})\)-modules reviennent aux ensembles munis d’une action de \(\pi_1(X, \overline{x})\) et d’une structure compatible de groupe abélien, nous obtenons (2). La partie (3) se démontre exactement de la même manière.
Lemme
Soit \(X\) un schéma irréductible et géométriquement unibranche. Soit \(\overline{x}\) un point géométrique de \(X\). Soit \(\Lambda\) un anneau. Il existe une èquivalence de catégories \[\left\{ \begin{matrix} \text{faisceaux localement constants de type fini}\\ \text{de }\Lambda\text{-modules sur }X_\etale \end{matrix} \right\} \longleftrightarrow \left\{ \begin{matrix} \Lambda\text{-modules de type fini }M\text{ munis}\\ \text{d'une action continue de }\pi_1(X, \overline{x}) \end{matrix} \right\}\]
Démonstration
La démonstration du lemme 0DV5 ne s’applique pas, car un \(\Lambda\)-module de type fini \(M\) peut ne pas avoir un ensemble sous-jacent fini.
Soit \(\nu : X^\nu \to X\) le morphisme de normalisation. D’après Morphismes, lemme 0GIQ il s’agit d’un homéomorphisme universel. D’après Fundamental Groups, Proposition 0BQN il induit un isomorphisme \(\pi_1(X^\nu, \overline{x}) \to \pi_1(X, \overline{x})\) et, d’après le théorème 04DZ, nous obtenons une èquivalence de catégories entre les faisceaux localement constants de type fini de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\) et sur \(X^\nu_\etale\). Nous sommes ainsi ramenés au cas où \(X\) est un schéma intègre normal.
Supposons que \(X\) soit un schéma intègre normal. Soit \(\eta \in X\) le point générique. Soit \(\overline{\eta}\) un point géométrique au-dessus de \(\eta\). D’après Fundamental Groups, Proposition 0BQM, nous avons une surjection continue \[\text{Gal}(\kappa(\eta)^{sep}/\kappa(\eta)) = \pi_1(\eta, \overline{\eta}) \longrightarrow \pi_1(X, \overline{\eta})\] dont le noyau est décrit dans Fundamental Groups, lemme 0BTD. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau localement constant de type fini de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\). Soit \(M = \mathcal{F}_{\overline{\eta}}\) la fibre de \(\mathcal{F}\) en \(\overline{\eta}\). La section 03QW nous donne une action continue de \(\text{Gal}(\kappa(\eta)^{sep}/\kappa(\eta))\) sur \(M\). Notre but est de montrer que cette action se factorise par la surjection affichée. Puisque \(\mathcal{F}\) est de type fini, \(M\) est un \(\Lambda\)-module de type fini. Puisque \(\mathcal{F}\) est localement constant, pour tout \(x \in X\), la restriction de \(\mathcal{F}\) à \(\Spec(\mathcal{O}_{X, x}^{sh})\) est constante. L’action de \(\text{Gal}(K^{sep}/K_x^{sh})\) (avec les notations de Fundamental Groups, lemme 0BTD) sur \(M\) est donc triviale. Nous obtenons la factorisation voulue.
Réciproquement, supposons donné un \(\Lambda\)-module de type fini \(M\) muni d’une action continue de \(\pi_1(X, \overline{\eta})\). Nous allons construire un \(\mathcal{F}\) tel que \(M \cong \mathcal{F}_{\overline{\eta}}\) comme \(\Lambda[\pi_1(X, \overline{\eta})]\)-modules. Choisissons des générateurs \(m_1, \ldots, m_r \in M\). Comme l’action de \(\pi_1(X, \overline{\eta})\) sur \(M\) est continue, il existe pour tout \(i\) un sous-groupe ouvert \(H_i\) du groupe profini \(\pi_1(X, \overline{\eta})\) tel que tout \(\gamma \in H_i\) fixe \(m_i\). Nous en déduisons que tout èlément du sous-groupe ouvert \(H = \bigcap_{i = 1, \ldots, r} H_i\) fixe tout èlément de \(M\). En remplaçant \(H\) par un sous-groupe plus petit, nous pouvons supposer que \(H\) est un sous-groupe ouvert normal de \(\pi_1(X, \overline{\eta})\). Posons \(G = \pi_1(X, \overline{\eta})/H\). Soit \(f : Y \to X\) le revêtement galoisien fini étale de groupe \(G\) correspondant. Nous pouvons voir \(f_*\underline{\mathbf{Z}}\) comme un faisceau de \(\mathbf{Z}[G]\)-modules sur \(X_\etale\). Il suffit alors de poser \[\mathcal{F} = f_*\underline{\mathbf{Z}} \otimes_{\underline{\mathbf{Z}[G]}} \underline{M}\] Nous laissons au lecteur le soin de calculer \(\mathcal{F}_{\overline{\eta}}\). Nous omettons aussi de vérifier que cette construction est inverse de celle du paragraphe précédent.
Remarque
Les èquivalences des lemmes 0DV5 et 0GIY sont compatibles aux images inverses. Par exemple, soit \(f : Y \to X\) un morphisme de schémas connexes. Soit \(\overline{y}\) un point géométrique de \(Y\) et posons \(\overline{x} = f(\overline{y})\). Alors le diagramme \[\xymatrix{ \substack{\text{faisceaux d'ensembles finis} \\ \text{localement constants sur }Y_\etale} \ar[r] & \substack{\text{ensembles finis} \\ \text{munis d'une action de }\pi_1(Y, \overline{y})} \\ \substack{\text{faisceaux d'ensembles finis} \\ \text{localement constants sur }X_\etale} \ar[r] \ar[u]_{f^{-1}} & \substack{\text{ensembles finis} \\ \text{munis d'une action de }\pi_1(X, \overline{x})} \ar[u] }\] est commutatif, où la flèche verticale de droite provient de l’homomorphisme continu \(\pi_1(Y, \overline{y}) \to \pi_1(X, \overline{x})\) induit par \(f\). Cela résulte immédiatement du diagramme commutatif de Fundamental Groups, théorème 0BND. Un résultat analogue vaut dans les autres cas.
Méthode de la trace
Une référence pour cette section est [SGA4, Exposé IX, §5]. Les résultats qui suivent seront utilisés dans la démonstration du lemme 03SD ci-dessous.
Soit \(f : Y \to X\) un morphisme étale de schémas. Il existe une suite \[f_!, f^{-1}, f_*\] de foncteurs adjoints entre \(\textit{Ab}(X_\etale)\) et \(\textit{Ab}(Y_\etale)\). Le foncteur \(f_!\) est étudié dans la section 03S2. Le morphisme d’adjonction \(\text{id} \to f_* f^{-1}\) est appelé restriction. Le morphisme d’adjonction \(f_! f^{-1} \to \text{id}\) est souvent appelé le morphisme trace. Si \(f\) est fini étale, alors \(f_* = f_!\) (lemme 03S7) et nous pouvons le voir comme un morphisme \(f_*f^{-1} \to \text{id}\).
Définition
Soit \(f : Y \to X\) un morphisme fini étale de schémas. Le morphisme \(f_* f^{-1} \to \text{id}\) décrit ci-dessus et explicité ci-dessous est appelé la trace.
Soit \(f : Y \to X\) un morphisme fini étale de schémas. Le morphisme trace est caractérisé par les deux propriétés suivantes :
il commute à la localisation étale sur \(X\), et
si \(Y = \coprod_{i = 1}^d X\), alors le morphisme trace est l’application somme \(f_*f^{-1} \mathcal{F} = \mathcal{F}^{\oplus d} \to \mathcal{F}\).
D’après Morphismes étales, lemme 04HN, tout morphisme fini étale \(f : Y \to X\) est, localement pour la topologie étale sur \(X\), de la forme donnée en (2) pour un entier \(d \geq 0\). Nous pouvons donc définir le morphisme trace par cette caractérisation; en particulier, nous n’avons besoin ni de l’existence de \(f_!\), ni de l’égalité de \(f_!\) et \(f_*\) pour construire le morphisme trace. Cette description montre que, si \(f\) est de degré constant \(d\), alors la composée \[\mathcal{F} \xrightarrow{res} f_* f^{-1} \mathcal{F} \xrightarrow{trace} \mathcal{F}\] est la multiplication par \(d\). La « méthode de la trace » est l’observation suivante : si \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien sur \(X_\etale\) tel que la multiplication par \(d\) sur \(\mathcal{F}\) soit un isomorphisme, alors l’application \[H^n_\etale(X, \mathcal{F}) \longrightarrow H^n_\etale(Y, f^{-1}\mathcal{F})\] est injective. En effet, nous avons \[H^n_\etale(Y, f^{-1}\mathcal{F}) = H^n_\etale(X, f_*f^{-1}\mathcal{F})\] par l’annulation des images directes supérieures (proposition 03QP) et la suite spectrale de Leray (proposition 03QC). Nous pouvons donc considérer les applications \[H^n_\etale(X, \mathcal{F}) \to H^n_\etale(Y, f^{-1}\mathcal{F})= H^n_\etale(X, f_*f^{-1}\mathcal{F}) \xrightarrow{trace} H^n_\etale(X, \mathcal{F})\] et leur composée est un isomorphisme (sous notre hypothèse sur \(\mathcal{F}\) et \(f\)). En particulier, si \(H_\etale^q(Y, f^{-1}\mathcal{F}) = 0\), alors \(H_\etale^q(X, \mathcal{F}) = 0\) aussi. En effet, la multiplication par \(d\) induit un isomorphisme de \(H_\etale^q(X, \mathcal{F})\) qui se factorise par \(H_\etale^q(Y, f^{-1}\mathcal{F})= 0\).
On combine souvent ceci avec le lemme suivant.
Lemme
Soit \(S\) un schéma connexe. Soit \(\ell\) un nombre premier. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau localement constant de type fini de \(\mathbf{F}_\ell\)-espaces vectoriels sur \(S_\etale\). Alors il existe un morphisme fini étale \(f : T \to S\) de degré premier à \(\ell\) tel que \(f^{-1}\mathcal{F}\) admette une filtration finie dont les quotients successifs sont \(\underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}}_T\).
Démonstration
Choisissons un point géométrique \(\overline{s}\) de \(S\). Par l’équivalence du lemme 0DV5, le faisceau \(\mathcal{F}\) correspond à un espace vectoriel \(V\) de dimension finie sur \(\mathbf{F}_\ell\), muni d’une action continue de \(\pi_1(S, \overline{s})\). Soit \(G \subset \text{Aut}(V)\) l’image de l’homomorphisme \(\rho : \pi_1(S, \overline{s}) \to \text{Aut}(V)\) qui donne l’action. Remarquons que \(G\) est fini. L’homomorphisme continu surjectif \(\overline{\rho} : \pi_1(S, \overline{s}) \to G\) correspond à un objet galoisien \(Y \to S\) de \(\textit{F\'Et}_S\), de groupe d’automorphismes \(G = \text{Aut}(Y/S)\), voir Fundamental Groups, section 03SF. Soit \(H \subset G\) un \(\ell\)-sous-groupe de Sylow. Nous affirmons que \(T = Y/H \to S\) convient. En effet, soit \(\overline{t} \in T\) un point géométrique au-dessus de \(\overline{s}\). L’image de \(\pi_1(T, \overline{t}) \to \pi_1(S, \overline{s})\) est \((\overline{\rho})^{-1}(H)\) par fonctorialité des groupes fondamentaux. Par conséquent, l’action de \(\pi_1(T, \overline{t})\) sur \(V\) correspondant à \(f^{-1}\mathcal{F}\) se fait par l’application \(\pi_1(T, \overline{t}) \to H\), voir la remarque 0DV6. Comme \(H\) est un \(\ell\)-groupe fini, les constituants irréductibles de la représentation \(\rho|_{\pi_1(T, \overline{t})}\) sont tous triviaux de rang \(1\) (c’est un lemme èlémentaire de théorie des représentations des groupes finis). Par l’équivalence du lemme 0DV5, cela signifie que \(f^{-1}\mathcal{F}\) est une extension successive de faisceaux constants \(\underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}}_T\). De plus, le degré de \(T = Y/H \to S\) est premier à \(\ell\), car il est égal à l’indice de \(H\) dans \(G\).
Lemme
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(\ell\) un nombre premier et \(n \geq 1\). Soit \(H\) un \(\ell\)-groupe fini. Soit \(M\) un \(\Lambda[H]\)-module de type fini annulé par \(\ell^n\). Alors il existe une filtration finie \(0 = M_0 \subset M_1 \subset \ldots \subset M_t = M\) par des sous-\(\Lambda[H]\)-modules telle que \(H\) agisse trivialement sur \(M_{i + 1}/M_i\) pour tout \(i = 0, \ldots, t - 1\).
Démonstration
Omis. Indication : montrer que l’idéal d’augmentation \(\mathfrak m\) de l’anneau non commutatif \(\mathbf{Z}/\ell^n\mathbf{Z}[H]\) est nilpotent.
Lemme
Soit \(S\) un schéma irréductible et géométriquement unibranche. Soit \(\ell\) un nombre premier et \(n \geq 1\). Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau localement constant de type fini de \(\Lambda\)-modules sur \(S_\etale\) qui est annulé par \(\ell^n\). Alors il existe un morphisme fini étale \(f : T \to S\) de degré premier à \(\ell\) tel que \(f^{-1}\mathcal{F}\) admette une filtration finie dont les quotients successifs sont de la forme \(\underline{M}_T\) pour des \(\Lambda\)-modules de type fini \(M\).
Démonstration
Choisissons un point géométrique \(\overline{s}\) de \(S\). Par l’équivalence du lemme 0GIY, le faisceau \(\mathcal{F}\) correspond à un \(\Lambda\)-module de type fini \(M\) muni d’une action continue de \(\pi_1(S, \overline{s})\). Soit \(G \subset \text{Aut}(M)\) l’image de l’homomorphisme \(\rho : \pi_1(S, \overline{s}) \to \text{Aut}(M)\) qui donne l’action. Remarquons que \(G\) est fini par continuité et parce que \(M\) est engendré par un nombre fini d’éléments comme \(\Lambda\)-module (voir la preuve du lemme 0GIY). L’homomorphisme continu surjectif \(\overline{\rho} : \pi_1(S, \overline{s}) \to G\) correspond à un objet galoisien \(Y \to S\) de \(\textit{F\'Et}_S\), de groupe d’automorphismes \(G = \text{Aut}(Y/S)\), voir Fundamental Groups, section 03SF. Soit \(H \subset G\) un \(\ell\)-sous-groupe de Sylow. Nous affirmons que \(T = Y/H \to S\) convient. En effet, soit \(\overline{t} \in T\) un point géométrique au-dessus de \(\overline{s}\). L’image de \(\pi_1(T, \overline{t}) \to \pi_1(S, \overline{s})\) est \((\overline{\rho})^{-1}(H)\) par fonctorialité des groupes fondamentaux. Par conséquent, l’action de \(\pi_1(T, \overline{t})\) sur \(M\) correspondant à \(f^{-1}\mathcal{F}\) se fait par l’application \(\pi_1(T, \overline{t}) \to H\), voir la remarque 0DV6. Soit \(0 = M_0 \subset M_1 \subset \ldots \subset M_t = M\) comme dans le lemme 0GIZ. Cela induit une filtration \(0 = \mathcal{F}_0 \subset \mathcal{F}_1 \subset \ldots \subset \mathcal{F}_t = f^{-1}\mathcal{F}\) telle que les quotients successifs soient constants de valeur \(M_{i + 1}/M_i\). Enfin, le degré de \(T = Y/H \to S\) est premier à \(\ell\), car il est égal à l’indice de \(H\) dans \(G\).
Cohomologie galoisienne
Dans cette section, nous démontrons un résultat de cohomologie galoisienne (proposition 03R8) au moyen de la cohomologie étale et de l’argument de la section 03SH. Cela nous permettra de démontrer l’annulation des groupes de cohomologie étale supérieure sur le spectre d’un corps.
Lemme
Soit \(\ell\) un nombre premier et \(n\) un entier \(> 0\). Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(X = \lim_{i \in I} X_i\) la limite projective d’un système projectif filtrant de \(S\)-schémas, chaque \(X_i \to S\) étant fini étale de degré constant premier à \(\ell\). Les assertions suivantes sont èquivalentes :
il existe un faisceau de torsion \(\ell\)-primaire \(\mathcal{G}\) sur \(S\) tel que \(H_\etale^n(S, \mathcal{G}) \neq 0\), et
il existe un faisceau de torsion \(\ell\)-primaire \(\mathcal{F}\) sur \(X\) tel que \(H_\etale^n(X, \mathcal{F}) \neq 0\).
En fait, à partir de \(\mathcal{G}\) nous pouvons prendre \(\mathcal{F} = g^{-1}\mathcal{G}\), et à partir de \(\mathcal{F}\) nous pouvons prendre \(\mathcal{G} = g_*\mathcal{F}\).
Démonstration
Notons \(g : X \to S\) et \(g_i : X_i \to S\) les morphismes structuraux. Fixons un faisceau de torsion \(\ell\)-primaire \(\mathcal{G}\) sur \(S\) tel que \(H^n_\etale(S, \mathcal{G}) \not = 0\). Le système formé par \(\mathcal{G}_i = g_i^{-1}\mathcal{G}\) satisfait aux conditions du théorème 09YQ et son faisceau limite inductive est \(g^{-1}\mathcal{G}\). Nous en déduisons que : \[\colim_{i\in I} H^n_\etale(X_i, g_i^{-1}\mathcal{G}) = H^n_\etale(X, g^{-1}\mathcal{G})\] Comme les \(g_i\) sont des morphismes finis étales de degré premier à \(\ell\), nous pouvons appliquer la « méthode de la trace » et obtenons que les applications \[H^n_\etale(S, \mathcal{G}) \to H^n_\etale(X_i, g_i^{-1}\mathcal{G})\] sont toutes injectives (et compatibles aux applications de transition). Voir la section 03SH. La limite inductive est donc non nulle, c’est-à-dire \(H^n(X,g^{-1}\mathcal{G}) \neq 0\), ce qui donne le résultat voulu avec \(\mathcal{F} = g^{-1}\mathcal{G}\).
Réciproquement, soit \(\mathcal{F}\) un faisceau de torsion \(\ell\)-primaire sur \(X\) tel que \(H^n_\etale(X, \mathcal{F}) \not = 0\). Comme les \(g_i\) sont des morphismes finis, leurs images directes supérieures sont nulles (proposition 03QP). En appliquant alors le lemme 09Z1, nous pouvons conclure qu’il en va de même pour \(g\). L’annulation des images directes supérieures donne \(H^n_\etale(X, \mathcal{F}) = H^n(S, g_*\mathcal{F}) \neq 0\) par Leray (proposition 03QC), ce qui donne le résultat voulu avec \(\mathcal{G} = g_*\mathcal{F}\).
Lemme
Soit \(\ell\) un nombre premier et \(n\) un entier \(> 0\). Soit \(K\) un corps, posons \(G = \text{Gal}(K^{sep}/K)\), et soit \(H \subset G\) un \(\ell\)-sous-groupe de Sylow, l’extension de corps correspondante étant notée \(L/K\). Alors \(H^n_\etale(\Spec(K), \mathcal{F}) = 0\) pour tout faisceau de torsion \(\ell\)-primaire \(\mathcal{F}\) si et seulement si \(H^n_\etale(\Spec(L), \underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}}) = 0\).
Démonstration
Écrivons \(L = \bigcup L_i\) comme réunion de ses sous-extensions finies sur \(K\). Le choix de \(H\) implique que \([L_i : K]\) est premier à \(\ell\). Ainsi \(\Spec(L) = \lim_{i \in I} \Spec(L_i)\) comme dans le lemme 0DV7. Nous pouvons donc remplacer \(K\) par \(L\) et supposer que le groupe de Galois absolu \(G\) de \(K\) est un pro-\(\ell\)-groupe profini.
Supposons \(H^n(\Spec(K), \underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}}) = 0\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau de torsion \(\ell\)-primaire sur \(\Spec(K)_\etale\). Nous allons montrer que \(H^n_\etale(\Spec(K), \mathcal{F}) = 0\). Par la correspondance du lemme 04JQ, notre faisceau \(\mathcal{F}\) correspond à un \(G\)-module de torsion \(\ell\)-primaire \(M\). Par continuité, tout ensemble fini d’éléments \(x_1, \ldots, x_m \in M\) est fixé par un sous-groupe ouvert \(U\). Soit \(M'\) le sous-module engendré par les orbites de \(x_1, \ldots, x_m\). C’est un \(\ell\)-groupe abélien fini, car chaque \(x_i\) est annulé par une puissance de \(\ell\) et les orbites sont finies. Comme \(M\) est la limite inductive filtrante de ces sous-modules \(M'\), nous voyons que \(\mathcal{F}\) est la limite inductive filtrante des sous-faisceaux correspondants \(\mathcal{F}' \subset \mathcal{F}\). En appliquant le théorème 09YQ à cette limite inductive, nous nous ramenons au cas où \(\mathcal{F}\) est un faisceau localement constant fini.
Soit \(M\) un \(\ell\)-groupe abélien fini muni d’une action continue du pro-\(\ell\)-groupe profini \(G\). Il existe alors une filtration stable par \(G\) \[0 = M_0 \subset M_1 \subset \ldots \subset M_r = M\] telle que \(M_{i + 1}/M_i \cong \mathbf{Z}/\ell \mathbf{Z}\), avec action triviale de \(G\) (c’est un lemme élémentaire de théorie des représentations des groupes finis). Le faisceau correspondant \(\mathcal{F}\) admet donc une filtration \[0 = \mathcal{F}_0 \subset \mathcal{F}_1 \subset \ldots \subset \mathcal{F}_r = \mathcal{F}\] dont les quotients successifs sont isomorphes à \(\underline{\mathbf{Z}/\ell \mathbf{Z}}\). Nous concluons alors par récurrence et par la suite exacte longue de cohomologie.
Lemme
Soit \(\ell\) un nombre premier et \(n\) un entier \(> 0\). Soit \(K\) un corps, posons \(G = \text{Gal}(K^{sep}/K)\), et soit \(H \subset G\) un \(\ell\)-sous-groupe de Sylow, l’extension de corps correspondante étant notée \(L/K\). Alors \(H^q_\etale(\Spec(K),\mathcal{F}) = 0\) pour \(q \geq n\) et tout faisceau de torsion \(\ell\)-primaire \(\mathcal{F}\) si et seulement si \(H^n_\etale(\Spec(L), \underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}}) = 0\).
Démonstration
L’implication directe est immédiate; il suffit donc de démontrer la réciproque. Nous raisonnons par récurrence sur \(q\). Le cas \(q = n\) est le lemme 0DV8. Soit maintenant \(\mathcal{F}\) un faisceau de torsion \(\ell\)-primaire sur \(\Spec(K)\). Soit \(f : \Spec(K^{sep}) \rightarrow \Spec(K)\) le morphisme d’inclusion d’un point géométrique. Considérons alors la suite exacte : \[0 \rightarrow \mathcal{F} \xrightarrow{res} f_* f^{-1} \mathcal{F} \rightarrow f_* f^{-1} \mathcal{F}/\mathcal{F} \rightarrow 0\] Remarquons que \(K^{sep}\) s’écrit comme limite inductive filtrante d’extensions séparables finies. Ainsi \(f\) est la limite projective d’un système projectif de morphismes finis étales. Comme nous l’avons vu dans la démonstration du lemme 0DV7, nous pouvons conclure que les images directes supérieures de \(f\) sont nulles. La cohomologie supérieure de \(f_* f^{-1} \mathcal{F}\) s’identifie donc à celle du point géométrique, qui est manifestement nulle. Comme tout reste de torsion \(\ell\)-primaire, nous pouvons appliquer l’hypothèse de récurrence conjointement avec la suite exacte longue de cohomologie pour conclure au rang \(q + 1\).
Proposition
Soit \(K\) un corps muni d’une clôture séparable \(K^{sep}\). Supposons que, pour toute extension finie \(K'\) de \(K\), on ait \(\text{Br}(K') = 0\). Alors
\(H^q(\text{Gal}(K^{sep}/K), (K^{sep})^*) = 0\) pour tout \(q \geq 1\), et
\(H^q(\text{Gal}(K^{sep}/K), M) = 0\) pour tout \(\text{Gal}(K^{sep}/K)\)-module de torsion \(M\) et tout \(q \geq 2\),
Démonstration
Posons \(p = \text{char}(K)\). D’après le lemme 03QU, le théorème 03R7 et l’exemple 03QV, la proposition revient à montrer que, si \(H^2(\Spec(K'),\mathbf{G}_m|_{\Spec(K')_\etale}) = 0\) pour toute extension finie \(K'/K\), alors :
\(H^q(\Spec(K),\mathbf{G}_m|_{\Spec(K)_\etale}) = 0\) pour tout \(q \geq 1\), et
\(H^q(\Spec(K),\mathcal{F}) = 0\) pour tout faisceau de torsion \(\mathcal{F}\) et tout \(q \geq 2\).
Commençons par démontrer le second point. Comme \(\mathcal{F}\) est un faisceau de torsion, la décomposition en composantes \(\ell\)-primaires et la compatibilité de la cohomologie aux limites inductives (ici, aux sommes directes; voir le théorème 09YQ) nous ramènent à établir \(H^q(\Spec(K),\mathcal{F}) = 0\), \(q \geq 2\), pour tout faisceau de torsion \(\ell\)-primaire et tout nombre premier \(\ell\). Nous pouvons ainsi étudier séparément chaque nombre premier.
Supposons que \(\ell \neq p\). Pour toute extension \(K'/K\), considérons la suite exacte de Kummer (lemme 03PL) \[0 \to \mu_{\ell, \Spec{K'}} \to \mathbf{G}_{m, \Spec{K'}} \xrightarrow{(\cdot)^{\ell}} \mathbf{G}_{m, \Spec{K'}} \to 0\] L’hypothèse donne \(H^q(\Spec{K'},\mathbf{G}_m|_{\Spec(K')_\etale}) = 0\) pour \(q = 2\); pour \(q = 1\), la même annulation résulte du théorème 03P8 conjointement à \(\Pic(K') = (0)\). La suite exacte longue de cohomologie permet donc de conclure que \(H^2(\Spec{K'}, \mu_\ell) = 0\) pour toute extension finie \(K'/K\). Soit maintenant \(H\) un \(\ell\)-sous-groupe de Sylow du groupe de Galois absolu de \(K\), et soit \(L\) l’extension correspondante. On peut écrire \(L\) comme limite inductive d’extensions finies; en appliquant le théorème 09YQ à cette limite, on voit que \(H^2(\Spec(L), \mu_\ell) = 0\). Le faisceau \(\mu_\ell\) est alors nécessairement constant. S’il ne l’était pas, il existerait une extension galoisienne de degré premier à \(\ell\) de \(L\), contrairement à la définition de \(L\) (à savoir l’extension obtenue en adjoignant les racines \(\ell\)-ièmes de l’unité à \(L\)). Le lemme 0DV9 donne donc le résultat pour \(\ell \neq p\).
Supposons maintenant que \(\ell = p\). Considérons la suite exacte d’Artin-Schreier (section 0A3J) \[0 \longrightarrow \underline{\mathbf{Z}/p\mathbf{Z}}_{\Spec{K}} \longrightarrow \mathbf{G}_{a, \Spec{K}} \xrightarrow{F-1} \mathbf{G}_{a, \Spec{K}} \longrightarrow 0\] où \(F - 1\) est le morphisme \(x \mapsto x^p - x\). La cohomologie supérieure de \(\mathbf{G}_{a, \Spec{K}}\) est nulle, d’après la remarque 03P6 et l’annulation de la cohomologie supérieure du faisceau structural d’un schéma affine (Cohomologie des schémas, lemme 01XB). Cette observation vaut sur tout corps de caractéristique \(p\). En particulier, elle s’applique à l’extension \(L\) correspondant à un \(p\)-sous-groupe de Sylow \(H\). On en déduit \(H^n(\Spec{L}, \underline{\mathbf{Z}/p\mathbf{Z}}_{\Spec{L}}) = 0\) pour \(n \geq 2\), d’où le résultat pour \(\ell = p\), par le lemme 0DV9.
Pour achever la démonstration, il reste à montrer que \(H^q(\text{Gal}(K^{sep}/K), (K^{sep})^*) = 0\) pour tout \(q \geq 1\). Posons \(G = \text{Gal}(K^{sep}/K)\) et \(M = (K^{sep})^*\), considéré comme un \(G\)-module. Nous avons déjà montré ci-dessus que \(H^1(G, M) = 0\) et \(H^2(G, M) = 0\). Considérons la suite exacte \[0 \to A \to M \to M \otimes \mathbf{Q} \to B \to 0\] de \(G\)-modules. Ce qui précède donne \(H^i(G, A) = 0\) et \(H^i(G, B) = 0\) pour \(i > 1\), car \(A\) et \(B\) sont des \(G\)-modules de torsion. D’après le lemme 0DV3, on a \(H^i(G, M \otimes \mathbf{Q}) = 0\) pour \(i > 0\). Il est facile de vérifier que cela entraîne également \(H^i(G, M) = 0\) pour \(i \geq 3\).
Définition
Un corps \(K\) est dit \(C_r\) si, pour tout \(0 < d^r < n\) et tout \(f \in K[T_1, \ldots, T_n]\) homogène de degré \(d\), il existe \(\alpha = (\alpha_1, \ldots, \alpha_n)\), les \(\alpha_i \in K\) n’étant pas tous nuls, tel que \(f(\alpha) = 0\). Un tel \(\alpha\) est appelé une solution non triviale de \(f\).
Exemple
Tout corps algébriquement clos est \(C_r\).
En fait, on a le lemme élémentaire suivant.
Lemme
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soient \(f_1, \ldots, f_s \in k[T_1, \ldots, T_n]\) des polynômes homogènes de degrés \(d_1, \ldots, d_s\), avec \(d_i > 0\). Si \(s < n\), les équations \(f_1 = \ldots = f_s = 0\) ont une solution commune non triviale.
Démonstration
Cela résulte de la théorie de la dimension, par exemple sous la forme du lemme 0B2Q de Variétés, appliqué \(s - 1\) fois.
Le résultat suivant calcule le groupe de Brauer des corps \(C_1\).
Théorème
Soit \(K\) un corps \(C_1\). Alors \(\text{Br}(K) = 0\).
Démonstration
Soit \(D\) un corps gauche de dimension finie sur \(K\), de centre \(K\). Nous avons vu que \[D \otimes_K K^{sep} \cong \text{Mat}_d(K^{sep})\] à automorphisme intérieur près. Le déterminant \(\det : \text{Mat}_d(K^{sep}) \to K^{sep}\) est donc invariant par Galois et se descend en une application homogène de degré \(d\) \[\det = N_\text{red} : D \longrightarrow K\] appelée la norme réduite. Comme \(K\) est \(C_1\), si \(d > 1\), il existe un élément non nul \(x \in D\) tel que \(N_\text{red}(x) = 0\). Cela implique clairement que \(x\) n’est pas inversible, contradiction. Par conséquent, \(\text{Br}(K) = 0\).
Définition
Soit \(k\) un corps. Une variété est un schéma intègre, séparé et de type fini sur \(k\). Une courbe est une variété de dimension \(1\).
Théorème
Le corps des fonctions d’une variété de dimension \(r\) sur un corps algébriquement clos \(k\) est \(C_r\).
Démonstration
Pour l’espace projectif, on peut montrer directement que le corps \(k(x_1, \ldots, x_r)\) est \(C_r\) (exercice).
Cas général. Sans perte de généralité, on peut supposer \(X\) projectif. Soit \(f \in k(X)[T_1, \ldots, T_n]_d\) tel que \(0 < d^r < n\). Supposons que les coefficients de \(f\) appartiennent à \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X(H))\) pour un diviseur ample \(H \subset X\). Posons \(\mathbf{\alpha} = (\alpha_1, \ldots, \alpha_n)\), où \(\alpha_i \in \Gamma(X, \mathcal{O}_X(eH))\). Alors \(f(\mathbf{\alpha}) \in \Gamma(X, \mathcal{O}_X((de + 1)H))\). Considérons le système d’équations \(f(\mathbf{\alpha}) =0\). D’après Riemann–Roch asymptotique (Variétés, proposition 0BJ8), il existe un \(c > 0\) tel que
le nombre de variables est \(n\dim_k \Gamma(X, \mathcal{O}_X(eH)) \sim n e^r c\), et
le nombre d’équations est \(\dim_k \Gamma(X, \mathcal{O}_X((de + 1)H)) \sim (de + 1)^r c\).
Comme \(n > d^r\), il y a plus de variables que d’équations. Celles-ci sont homogènes; il existe donc une solution d’après le lemme 03RB.
Lemme
Soit \(C\) une courbe sur un corps algébriquement clos \(k\). Alors le groupe de Brauer du corps des fonctions de \(C\) est nul : \(\text{Br}(k(C)) = 0\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement du théorème de Tsen 03RD et du théorème 03RC.
Lemme
Soient \(k\) un corps algébriquement clos et \(K/k\) une extension de corps de degré de transcendance 1. Alors, pour tout \(q \geq 1\), \(H_\etale^q(\Spec(K), \mathbf{G}_m) = 0\).
Démonstration
Rappelons que \(H_\etale^q(\Spec(K), \mathbf{G}_m) = H^q(\text{Gal}(K^{sep}/K), (K^{sep})^*)\) d’après le lemme 03QU. La proposition 03R8 montre donc qu’il suffit d’établir que, si \(K'/K\) est une extension finie de corps, alors \(\text{Br}(K') = 0\). Or \(K' = \colim K''\), où \(K''\) parcourt les extensions de type fini de \(k\) contenues comme sous-corps dans \(K'\) et de degré de transcendance \(1\). On a \(\text{Br}(K') = \colim \text{Br}(K'')\), ce qui nous ramène à une extension de corps de type fini \(K''/k\) de degré de transcendance \(1\). Un tel corps est le corps des fonctions d’une courbe sur \(k\), dont le groupe de Brauer est donc nul d’après le lemme 03RF.
Annulation en degrés supérieurs pour le groupe multiplicatif
Dans cette section, on fixe un corps algébriquement clos \(k\) et une courbe lisse \(X\) sur \(k\). On note \(i_x : x \hookrightarrow X\) l’inclusion d’un point fermé de \(X\) et \(j : \eta \hookrightarrow X\) l’inclusion du point générique. On note aussi \(X_0\) l’ensemble des points fermés de \(X\).
Théorème
Il existe une suite exacte courte de faisceaux étales sur \(X\) \[0 \longrightarrow \mathbf{G}_{m, X} \longrightarrow j_* \mathbf{G}_{m, \eta} \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{x \in X_0} {i_x}_* \underline{\mathbf{Z}} \longrightarrow 0.\]
Démonstration
Soit \(\varphi : U \to X\) un morphisme étale. D’après les propriétés des morphismes étales (proposition 03PC), \(U = \coprod_i U_i\), où chaque \(U_i\) est une courbe lisse munie d’un morphisme vers \(X\). La suite ci-dessus pour \(U\) est le produit des suites correspondantes pour les \(U_i\); il suffit donc de traiter le cas où \(U\) est connexe, donc irréductible. Dans ce cas, on a la suite exacte bien connue \[1 \longrightarrow \Gamma(U, \mathcal{O}_U^*) \longrightarrow k(U)^* \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{y \in U_0} \mathbf{Z}_y.\] Cela revient à une suite \[0 \longrightarrow \Gamma(U, \mathcal{O}_U^*) \longrightarrow \Gamma(\eta \times_X U, \mathcal{O}_{\eta \times_X U}^*) \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{x \in X_0} \Gamma(x \times_X U, \underline{\mathbf{Z}})\] qui, en développant les définitions, n’est autre que la suite \[0 \longrightarrow \mathbf{G}_m(U) \longrightarrow j_* \mathbf{G}_{m, \eta}(U) \longrightarrow \left(\bigoplus\nolimits_{x \in X_0} {i_x}_* \underline{\mathbf{Z}}\right)(U).\] Cette construction définit les applications de la suite exacte fondamentale et montre qu’elle est exacte, sauf peut-être au dernier terme. Pour voir la surjectivité, rappelons que si \(U\) est une courbe non singulière et \(D\) un diviseur sur \(U\), il existe un recouvrement ouvert de Zariski \(\{U_j \to U\}\) de \(U\) tel que \(D|_{U_j} = \text{div}(f_j)\) pour un \(f_j \in k(U)^*\).
Lemme
Pour tout \(q \geq 1\), \(R^q j_*\mathbf{G}_{m, \eta} = 0\).
Démonstration
Il faut montrer que \((R^q j_*\mathbf{G}_{m, \eta})_{\bar x} = 0\) pour tout point géométrique \(\bar x\) de \(X\).
Supposons que \(\bar x\) soit au-dessus d’un point fermé \(x\) de \(X\). Soit \(\Spec(A)\) un voisinage ouvert affine de \(x\) dans \(X\), et soit \(K\) le corps des fractions de \(A\). Alors \[\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \bar x}) \times_X \eta = \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \bar x} \otimes_A K).\] L’anneau \(\mathcal{O}^{sh}_{X, \bar x} \otimes_A K\) est un localisé de l’anneau de valuation discrète \(\mathcal{O}^{sh}_{X, \bar x}\); c’est donc soit encore \(\mathcal{O}^{sh}_{X, \bar x}\), soit son corps des fractions \(K^{sh}_{\bar x}\). Mais comme une uniformisante locale y devient inversible, c’est nécessairement le second. Par conséquent, \[(R^q j_*\mathbf{G}_{m, \eta})_{(X, \bar x)} = H_\etale^q(\Spec K^{sh}_{\bar x}, \mathbf{G}_m).\] Rappelons que \(\mathcal{O}^{sh}_{X, \bar x} = \colim_{(U, \bar u) \to \bar x} \mathcal{O}(U) = \colim_{A \subset B} B\) où \(A \to B\) est étale; ainsi \(K^{sh}_{\bar x}\) est une extension algébrique de \(K = k(X)\), et on peut appliquer le lemme 03RG pour obtenir l’annulation.
Supposons que \(\bar x = \bar \eta\) soit au-dessus du point générique \(\eta\) de \(X\) (en fait, ce cas est superflu). Alors \(\mathcal{O}^{sh}_{X, \bar \eta} = \kappa(\eta)^{sep}\) et donc \[\begin{eqnarray*} (R^q j_*\mathbf{G}_{m, \eta})_{\bar \eta} & = & H_\etale^q(\Spec(\kappa(\eta)^{sep}) \times_X \eta, \mathbf{G}_m) \\ & = & H_\etale^q (\Spec(\kappa(\eta)^{sep}), \mathbf{G}_m) \\ & = & 0 \ \ \text{ pour } q \geq 1 \end{eqnarray*}\] puisque le groupe de Galois correspondant est trivial.
Lemme
Pour tout \(p \geq 1\), \(H_\etale^p(X, j_*\mathbf{G}_{m, \eta}) = 0\).
Démonstration
La suite spectrale de Leray s’écrit \[E_2^{p, q} = H_\etale^p(X, R^qj_*\mathbf{G}_{m, \eta}) \Rightarrow H_\etale^{p+q}(\eta, \mathbf{G}_{m, \eta}),\] Le membre de droite est nul pour \(p + q \geq 1\) d’après le lemme 03RG. Le membre de gauche est nul pour \(q \geq 1\) d’après le lemme 03RJ. On obtient donc l’annulation voulue.
Lemme
Pour tout \(q \geq 1\), \(H_\etale^q(X, \bigoplus_{x \in X_0} {i_x}_* \underline{\mathbf{Z}}) = 0\).
Démonstration
Comme \(X\) est quasi-compact et quasi-séparé, la cohomologie commute aux limites inductives; il suffit donc de montrer l’annulation de \(H_\etale^q(X, {i_x}_* \underline{\mathbf{Z}})\). Mais l’inclusion \(i_x\) d’un point fermé est finie, donc \(R^p {i_x}_* \underline{\mathbf{Z}} = 0\) pour tout \(p \geq 1\) d’après la proposition 03QP. La suite spectrale de Leray donne alors \(H_\etale^q(X, {i_x}_* \underline{\mathbf{Z}}) = H_\etale^q(x, \underline{\mathbf{Z}})\). Enfin, comme \(x\) est le spectre d’un corps algébriquement clos, toute cohomologie supérieure de \(x\) est nulle.
Cette série de lemmes donne le résultat suivant.
Théorème
Soit \(X\) une courbe lisse sur un corps algébriquement clos. Alors \[H_\etale^q(X, \mathbf{G}_m) = 0 \ \ \text{ pour tout } q \geq 2.\]
Démonstration
Voir la discussion ci-dessus.
On obtient également la suite exacte longue de cohomologie \[0 \to H_\etale^0(X, \mathbf{G}_m) \to H_\etale^0(X, j_*\mathbf{G}_{m, \eta}) \to H_\etale^0(X, \bigoplus\nolimits_{x \in X_0} {i_x}_*\underline{\mathbf{Z}}) \to H_\etale^1(X, \mathbf{G}_m) \to 0\] bien qu’il s’agisse de la suite familière \[0 \to H_{Zar}^0(X, \mathcal{O}_X^*) \to k(X)^* \to \text{Div}(X) \to \Pic(X) \to 0.\]
Groupes de Picard des courbes
L’étape suivante consiste à utiliser la suite de Kummer pour déduire des renseignements sur le groupe de cohomologie d’une courbe à coefficients finis. Afin d’obtenir une annulation dans la suite exacte longue, rappelons quelques faits sur les groupes de Picard.
Soit \(X\) une courbe projective lisse sur un corps algébriquement clos \(k\). Soit \(g = \dim_k H^1(X, \mathcal{O}_X)\) le genre de \(X\). Il existe une suite exacte courte \[0 \to \Pic^0(X) \to \Pic(X) \xrightarrow{\deg} \mathbf{Z} \to 0.\] Le groupe abélien \(\Pic^0(X)\) s’identifie à \(\Pic^0(X) = \underline{\Picardfunctor}^0_{X/k}(k)\), c’est-à-dire au groupe des points rationnels sur \(k\) d’une variété abélienne \(\underline{\Picardfunctor}^0_{X/k}\) sur \(k\) de dimension \(g\). Par conséquent, si \(n \in k^*\), alors \(\Pic^0(X)[n] \cong (\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})^{2g}\) en tant que groupes abéliens. Voir Schémas de Picard des courbes, section 0B9R, et Groupoïdes, section 0BF9. Ce fait essentiel, à savoir la description de la torsion dans le groupe de Picard d’une courbe projective lisse sur un corps algébriquement clos, ne semble pas admettre de démonstration élémentaire.
Lemme
Soit \(X\) une courbe projective lisse de genre \(g\) sur un corps algébriquement clos \(k\), et soit \(n \geq 1\) inversible dans \(k\). Alors on a les identifications canoniques \[H_\etale^q(X, \mu_n) = \left\{ \begin{matrix} \mu_n(k) & \text{ si }q = 0, \\ \Pic^0(X)[n] & \text{ si }q = 1, \\ \mathbf{Z}/n\mathbf{Z} & \text{ si }q = 2, \\ 0 & \text{ si }q \geq 3. \end{matrix} \right.\] Comme \(\mu_n \cong \underline{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}\), on en déduit des identifications (non canoniques) \[H_\etale^q(X, \underline{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}) \cong \left\{ \begin{matrix} \mathbf{Z}/n\mathbf{Z} & \text{ si }q = 0, \\ (\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})^{2g} & \text{ si }q = 1, \\ \mathbf{Z}/n\mathbf{Z} & \text{ si }q = 2, \\ 0 & \text{ si }q \geq 3. \end{matrix} \right.\]
Démonstration
Les théorèmes 03P8 et 03RM déterminent la cohomologie étale de \(\mathbf{G}_m\) sur \(X\) en fonction du groupe de Picard de \(X\). La suite exacte de Kummer \(0\to \mu_{n, X} \to \mathbf{G}_{m, X} \to \mathbf{G}_{m, X}\to 0\) (lemme 03PL) donne alors la suite exacte longue de cohomologie \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \mu_n(k) \ar[r] & k^* \ar[r]^{(\cdot)^n} & k^* \ar@(rd, ul)[rdllllr] \\ & H_\etale^1(X, \mu_n) \ar[r] & \Pic(X) \ar[r]^{(\cdot)^n} & \Pic(X) \ar@(rd, ul)[rdllllr] \\ & H_\etale^2(X, \mu_n) \ar[r] & 0 \ar[r] & 0 \ldots }\] L’application d’élévation à la puissance \(n\), \(k^* \to k^*\), est surjective puisque \(k\) est algébriquement clos. Il reste donc à calculer le noyau et le conoyau de l’application \(n : \Pic(X) \to \Pic(X)\). Considérons le diagramme commutatif à lignes exactes \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \Pic^0(X) \ar[r] \ar@{>>}[d]^{(\cdot)^n} & \Pic(X) \ar[r]_-\deg \ar[d]^{(\cdot)^n} & \mathbf{Z} \ar[r] \ar@{^{(}->}[d]^n & 0 \\ 0 \ar[r] & \Pic^0(X) \ar[r] & \Pic(X) \ar[r]^-\deg & \mathbf{Z} \ar[r] & 0 }\] Le groupe \(\Pic^0(X)\) est le groupe des points rationnels sur \(k\) du schéma en groupes \(\underline{\Picardfunctor}^0_{X/k}\); voir Schémas de Picard des courbes, lemme 0BA0. Le même lemme affirme que \(\underline{\Picardfunctor}^0_{X/k}\) est une variété abélienne de dimension \(g\) sur \(k\) au sens de Groupoïdes, définition 03RO. L’application verticale de gauche est donc surjective d’après Groupoïdes, proposition 03RP. Le lemme du serpent donne alors les identifications canoniques énoncées dans le lemme.
Pour obtenir les identifications non canoniques du lemme, il faut montrer que le noyau de \(n : \Pic^0(X) \to \Pic^0(X)\) est isomorphe à \((\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})^{\oplus 2g}\). Cela fait aussi partie de Groupoïdes, proposition 03RP.
Lemme
Soit \(\pi : X \to Y\) un morphisme non constant de courbes projectives lisses sur un corps algébriquement clos \(k\), et soit \(n \geq 1\) inversible dans \(k\). L’application \[\pi^* : H^2_\etale(Y, \mu_n) \longrightarrow H^2_\etale(X, \mu_n)\] est la multiplication par le degré de \(\pi\).
Démonstration
L’énoncé a un sens puisque nous avons identifié les deux groupes de cohomologie \(H^2_\etale(Y, \mu_n)\) et \(H^2_\etale(X, \mu_n)\) à \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\) dans le lemme 03RQ. En effet, si \(\mathcal{L}\) est un faisceau inversible de degré \(1\) sur \(Y\), de classe \([\mathcal{L}] \in H^1_\etale(Y, \mathbf{G}_m)\), alors l’image de \([\mathcal{L}]\) par l’homomorphisme bord est un générateur de \(H^2_\etale(Y, \mu_n)\). Il s’agit ici de l’homomorphisme bord de la suite exacte longue de cohomologie associée à la suite exacte de Kummer. Le résultat du lemme découle donc du fait que le degré du faisceau inversible \(\pi^*\mathcal{L}\) sur \(X\) vaut \(\deg(\pi)\). Nous omettons quelques détails.
Lemme
Soit \(X\) une courbe affine lisse sur un corps algébriquement clos \(k\), et soit \(n \in k^*\). Soit \(X \subset \overline{X}\) une compactification projective lisse (Variétés, remarque 0H1F). Soit \(g\) le genre de \(\overline{X}\) et soit \(r\) le nombre de points de \(\overline{X} \setminus X\). Alors
\(H_\etale^0(X, \mu_n) = \mu_n(k)\);
\(H_\etale^1(X, \mu_n) \cong (\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})^{2g+r-1}\); et
\(H_\etale^q(X, \mu_n) = 0\) pour tout \(q \geq 2\).
Démonstration
Écrivons \(X = \overline{X} - \{ x_1, \ldots, x_r\}\). Alors \(\Pic(X) = \Pic(\overline{X})/ R\), où \(R\) est le sous-groupe engendré par \(\mathcal{O}_{\overline{X}}(x_i)\), \(1 \leq i \leq r\). Comme \(r \geq 1\), on voit que \(\Pic^0(\overline{X}) \to \Pic(X)\) est surjective; le groupe \(\Pic(X)\) est donc divisible (voir la discussion dans la preuve du lemme 03RQ). La suite exacte de Kummer donne (1) et (3). Pour (2), on utilise \[\begin{align*} H_\etale^1(X, \mu_n) & = \{(\mathcal L, \alpha)\}/\cong \\ & = (\{(\bar{\mathcal L}, D, \bar \alpha)\}/\cong)/\tilde{R} \end{align*}\] Pour le premier signe d’égalité et les notations, voir le lemme 040Q. Les triplets \((\bar{\mathcal L}, D, \bar \alpha)\) de la seconde ligne sont formés d’un module inversible \(\bar{\mathcal L}\) sur \(\overline{X}\) de degré \(0\), d’un diviseur \(D\) sur \(\overline{X}\) de degré \(0\) supporté par \(\left\{x_1, \ldots, x_r\right\}\) et d’un isomorphisme \(\bar{\alpha}: \bar{\mathcal L}^{\otimes n} \cong \mathcal{O}_{\bar{X}}(D)\). Les isomorphismes de triplets sont définis comme dans la discussion qui précède le lemme 040Q. De plus, \(\tilde{R}\) est le sous-groupe engendré par les triplets de la forme \((\mathcal{O}_{\overline{X}}(D'), n D', 1^{\otimes n})\) où \(D'\) est supporté par \(\left\{x_1, \ldots, x_r\right\}\) et de degré 0. La discussion ci-dessus montre que le second signe d’égalité est donné par l’application qui envoie le triplet \((\bar{\mathcal L},\ D,\ \bar \alpha)\) sur la paire \((\bar{\mathcal L}|_X, \bar \alpha|_X)\). On obtient donc une suite exacte \[0 \longrightarrow H_\etale^1(\overline{X}, \mu_n) \longrightarrow H_\etale^1(X, \mu_n) \longrightarrow \bigoplus_{i = 1}^r \mathbf{Z}/n\mathbf{Z} \xrightarrow{\ \sum\ } \mathbf{Z}/n\mathbf{Z} \longrightarrow 0\] où l’application du milieu envoie la classe d’un triplet \((\bar{ \mathcal L}, D, \bar \alpha)\) avec \(D = \sum_{i = 1}^r a_i (x_i)\) sur le \(r\)-uplet \((a_i)_{i = 1}^r\). Il suffit alors d’utiliser le lemme 03RQ pour compter les rangs.
Remarque
La manière “naturelle” de démontrer le lemme précédent consiste à appliquer l’excision à l’ouvert \(X\) dans \(\bar X\). Cela est possible, mais nous n’avons pas développé cette théorie.
Remarque
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soit \(n\) un entier premier à la caractéristique de \(k\). Rappelons que \[\mathbf{G}_{m, k} = \mathbf{A}^1_k \setminus \{0\} = \mathbf{P}^1_k \setminus \{0, \infty\}\] Nous affirmons qu’il existe un isomorphisme canonique \[H^1_\etale(\mathbf{G}_{m, k}, \mu_n) = \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\] Que signifie cette affirmation? Elle signifie qu’il existe un élément \(1_k\) de \(H^1_\etale(\mathbf{G}_{m, k}, \mu_n)\) tel que, pour tout morphisme \(\Spec(k') \to \Spec(k)\), l’application d’image inverse en cohomologie étale associée à \(\mathbf{G}_{m, k'} \to \mathbf{G}_{m, k}\) envoie \(1_k\) sur \(1_{k'}\). (En particulier, cet élément est fixé par tout automorphisme de \(k\).) Pour le voir, considérons le torseur sous \(\mu_{n, \mathbf{Z}}\) \(\mathbf{G}_{m, \mathbf{Z}} \to \mathbf{G}_{m, \mathbf{Z}}\), \(x \mapsto x^n\). Par l’identification des classes de torseurs avec la cohomologie de degré un, son image inverse fournit nos éléments canoniques \(1_k\). En revenant au faisceau constant, on obtient des identifications canoniques \[H^1_\etale(\mathbf{G}_{m, k}, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) = \Hom(\mu_n(k), \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}),\] c’est-à-dire que ces isomorphismes sont compatibles avec les morphismes de corps algébriquement clos, en particulier aux automorphismes de \(k\).
Prolongement par zéro
Les résultats généraux de Modules sur les sites, section 03DH, permettent de poser la définition suivante.
Définition
Soit \(j : U \to X\) un morphisme étale de schémas.
Le foncteur de restriction \(j^{-1} : \Sh(X_\etale) \to \Sh(U_\etale)\) admet un adjoint à gauche \(j_!^{Sh} : \Sh(U_\etale) \to \Sh(X_\etale)\).
Le foncteur de restriction \(j^{-1} : \textit{Ab}(X_\etale) \to \textit{Ab}(U_\etale)\) admet un adjoint à gauche, noté \(j_! : \textit{Ab}(U_\etale) \to \textit{Ab}(X_\etale)\) et appelé prolongement par zéro.
Soit \(\Lambda\) un anneau. Le foncteur de restriction \(j^{-1} : \textit{Mod}(X_\etale, \Lambda) \to \textit{Mod}(U_\etale, \Lambda)\) admet un adjoint à gauche, noté \(j_! : \textit{Mod}(U_\etale, \Lambda) \to \textit{Mod}(X_\etale, \Lambda)\) et appelé prolongement par zéro.
Si \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien sur \(U_\etale\), alors \(j_!\mathcal{F} \not = j_!^{Sh}\mathcal{F}\) en général. En revanche, le \(j_!\) des faisceaux de \(\Lambda\)-modules coïncide avec le \(j_!\) des faisceaux abéliens sous-jacents (Modules sur les sites, remarque 08P4). Le foncteur \(j_!\) est caractérisé par l’isomorphisme fonctoriel \[\Hom_X(j_!\mathcal{F}, \mathcal{G}) = \Hom_U(\mathcal{F}, j^{-1}\mathcal{G})\] pour tout \(\mathcal{F} \in \textit{Ab}(U_\etale)\) et \(\mathcal{G} \in \textit{Ab}(X_\etale)\). Il en va de même pour les faisceaux de \(\Lambda\)-modules.
Pour décrire plus explicitement les foncteurs de la définition 03S3, rappelons que \(j^{-1}\) n’est autre que la restriction le long du foncteur \(U_\etale \to X_\etale\). Autrement dit, \(j^{-1}\mathcal{G}(U') = \mathcal{G}(U')\) pour \(U'\) étale sur \(U\). Pour \(\mathcal{F} \in \textit{Ab}(U_\etale)\), considérons le préfaisceau [0F4K]\[\begin{equation} j_{p!}\mathcal{F} : X_\etale \longrightarrow \textit{Ab}, \quad V \longmapsto \bigoplus\nolimits_{V \to U} \mathcal{F}(V \to U) \end{equation}\] Alors \(j_!\mathcal{F}\) est le faisceau associé au préfaisceau \(j_{p!}\mathcal{F}\). C’est démontré dans Modules sur les sites, lemme 03DI; plus généralement, voir la discussion dans Modules sur les sites, sections 03DH et 04BE.
Exercice
Montrer directement que le foncteur \(j_!\), défini comme le faisceau associé au préfaisceau \(j_{p!}\) donné dans (0F4K), est adjoint à gauche de \(j^{-1}\).
Proposition
Soit \(j : U \to X\) un morphisme étale de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un objet de \(\textit{Ab}(U_\etale)\). Si \(\overline{x} : \Spec(k) \to X\) est un point géométrique de \(X\), alors \[(j_!\mathcal{F})_{\overline{x}} = \bigoplus\nolimits_{\overline{u} : \Spec(k) \to U,\ j(\overline{u}) = \overline{x}} \mathcal{F}_{\bar{u}}.\] En particulier, \(j_!\) est un foncteur exact.
Démonstration
L’exactitude de \(j_!\) est très générale; voir Modules sur les sites, lemme 03DJ. Elle résulte bien sûr aussi de la description des fibres. La formule de la fibre résulte de Modules sur les sites, lemme 0710, et de la description des points du petit site étale en termes de points géométriques; voir le lemme 04HU.
Pour un usage ultérieur, notons que l’isomorphisme \[\begin{align*} (j_!\mathcal{F})_{\overline{x}} & = (j_{p!}\mathcal{F})_{\overline{x}} \\ & = \colim_{(V, \overline{v})} j_{p!}\mathcal{F}(V) \\ & = \colim_{(V, \overline{v})} \bigoplus\nolimits_{\varphi : V \to U} \mathcal{F}(V \xrightarrow{\varphi} U) \\ & \to \bigoplus\nolimits_{\overline{u} : \Spec(k) \to U,\ j(\overline{u}) = \overline{x}} \mathcal{F}_{\bar{u}}. \end{align*}\] construit dans Modules sur les sites, lemme 0710, envoie \((V, \overline{v}, \varphi, s)\) sur la classe de \(s\) dans la fibre de \(\mathcal{F}\) en \(\overline{u} = \varphi(\overline{v})\).
Lemme
Soit \(j : U \to X\) une immersion ouverte de schémas. Pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(U_\etale\), les morphismes d’adjonction \(j^{-1}j_*\mathcal{F} \to \mathcal{F}\) et \(\mathcal{F} \to j^{-1}j_!\mathcal{F}\) sont des isomorphismes. En fait, \(j_!\mathcal{F}\) est l’unique faisceau abélien sur \(X_\etale\) dont la restriction à \(U\) est \(\mathcal{F}\) et dont les fibres aux points géométriques de \(X \setminus U\) sont nulles.
Démonstration
Nous invitons le lecteur à démontrer la première assertion directement à partir des définitions; nous utilisons ici seulement le fait qu’elle est un cas particulier du très général lemme 0F6Z de Modules sur les sites. Pour la seconde assertion, observons que si \(\mathcal{G}\) est un faisceau abélien sur \(X_\etale\) dont la restriction à \(U\) est \(\mathcal{F}\), l’adjonction fournit un morphisme \(j_!\mathcal{F} \to \mathcal{G}\). Ce morphisme induit alors un isomorphisme sur les fibres aux points géométriques de \(U\) d’après la proposition 03S5. Ainsi, si les fibres de \(\mathcal{G}\) aux points géométriques de \(X \setminus U\) sont nulles, alors \(j_!\mathcal{F} \to \mathcal{G}\) est un isomorphisme d’après le théorème 03PU.
Lemme
Soit \(f: Y \to X\) un morphisme de schémas. Soit \(j: V \to X\) un morphisme étale. Considérons le produit fibré \[\xymatrix{ V' = Y \times_X V \ar[d]_{f'} \ar[r]_-{j'} & Y \ar[d]^f \\ V \ar[r]^j & X }\] Alors on a \(j'_! f'^{-1} = f^{-1} j_!\) sur les faisceaux abéliens et les faisceaux de modules.
Démonstration
Cela résulte du fait que \(j'_! f'^{-1}\) est adjoint à gauche de \(f'_* (j')^{-1}\), tandis que \(f^{-1} j_!\) est adjoint à gauche de \(j^{-1}f_*\). De plus, \(f'_* (j')^{-1} = j^{-1}f_*\), car \(f_*\) commute à la localisation étale (par construction). En fait, le lemme vaut très généralement dans le cadre d’un morphisme de sites; voir Modules sur les sites, lemme 04J0.
Lemme
Soit \(j : U \to X\) séparé et étale. Il existe alors un morphisme injectif fonctoriel \(j_!\mathcal{F} \to j_*\mathcal{F}\) sur les faisceaux abéliens et les faisceaux de \(\Lambda\)-modules.
Démonstration
Démontrons-le dans le cas des faisceaux abéliens. Construisons un morphisme canonique \[j_{p!}\mathcal{F} \to j_*\mathcal{F}\] de préfaisceaux abéliens sur \(X_\etale\), pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(U_\etale\), où \(j_{p!}\) est celui de (0F4K). Le faisceau associé à ce morphisme sera le morphisme cherché \(j_!\mathcal{F} \to j_*\mathcal{F}\). En évaluant les deux membres sur \(V \to X\) étale, on obtient \[j_{p!}\mathcal{F}(V) = \bigoplus\nolimits_{\varphi : V \to U} \mathcal{F}(V \xrightarrow{\varphi} U) \quad\text{et}\quad j_*\mathcal{F}(V) = \mathcal{F}(V \times_X U)\] Pour chaque \(\varphi\), on a une immersion ouverte et fermée \[\Gamma_\varphi = (1, \varphi) : V \longrightarrow V \times_X U\] au-dessus de \(U\). Elle est ouverte, car c’est un morphisme entre schémas étales sur \(U\), et elle est fermée, car c’est une section d’un schéma séparé sur \(V\) (Schémas, lemme 01KT). Ainsi, pour une section \(s_\varphi \in \mathcal{F}(V \xrightarrow{\varphi} U)\), il existe une unique section \(s'_\varphi\) de \(\mathcal{F}(V \times_X U)\) dont l’image inverse est \(s_\varphi\) par \(\Gamma_\varphi\) et dont la restriction au complémentaire de l’image de \(\Gamma_\varphi\) est nulle.
Pour montrer que notre morphisme est injectif, supposons que \(\sum_{i = 1}^n s_{\varphi_i}\) soit un élément de \(j_{p!}\mathcal{F}(V)\) dont l’image par la formule ci-dessus est nulle dans \(j_*\mathcal{F}(V)\). Il s’agit de montrer que la restriction de \(\sum_{i = 1}^n s_{\varphi_i}\) est nulle sur les objets d’un recouvrement étale de \(V\). En considérant tous les égalisateurs deux à deux (qui sont ouverts et fermés dans \(V\)) des morphismes \(\varphi_i : V \to U\) et en raisonnant localement sur \(V\), on peut supposer que les images des morphismes \(\Gamma_{\varphi_1}, \ldots, \Gamma_{\varphi_n}\) sont deux à deux disjointes. Comme notre hypothèse est que \(\sum_{i = 1}^n s'_{\varphi_i} = 0\), on en déduit immédiatement que \(s'_{\varphi_i} = 0\) pour tout \(i\) (par disjonction des supports de ces sections), d’où \(s_{\varphi_i} = 0\) pour tout \(i\), comme voulu.
Lemme
Soit \(j : U \to X\) fini et étale. Alors le morphisme \(j_! \to j_*\) du lemme 0F4L est un isomorphisme sur les faisceaux abéliens et les faisceaux de \(\Lambda\)-modules.
Démonstration
Il suffit de vérifier que \(j_!\mathcal{F} \to j_*\mathcal{F}\) est un isomorphisme étale-localement sur \(X\). On peut donc supposer que \(U \to X\) est une union disjointe finie d’isomorphismes; voir Morphismes étales, lemme 04HN. Nous omettons la démonstration dans ce cas.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé, et soit \(U \subset X\) son complémentaire. Notons \(i : Z \to X\) et \(j : U \to X\) les morphismes d’inclusion. Pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), il existe une suite exacte courte canonique \[0 \to j_!j^{-1}\mathcal{F} \to \mathcal{F} \to i_*i^{-1}\mathcal{F} \to 0\] sur \(X_\etale\).
Démonstration
Les propriétés d’adjonction des foncteurs en jeu fournissent les morphismes. Pour un point géométrique \(\overline{x}\) de \(X\), on a soit \(\overline{x} \in U\), auquel cas le morphisme de gauche induit un isomorphisme sur les fibres et la fibre de \(i_*i^{-1}\mathcal{F}\) est nulle, soit \(\overline{x} \in Z\), auquel cas le morphisme de droite induit un isomorphisme sur les fibres et la fibre de \(j_!j^{-1}\mathcal{F}\) est nulle. Nous avons utilisé ici la description des fibres du lemme 04FX et de la proposition 03S5.
Lemme
Considérons un diagramme cartésien de schémas \[\xymatrix{ U \ar[d]_g \ar[r]_{j'} & X \ar[d]^f \\ V \ar[r]^j & Y }\] où \(f\) est fini et \(j\) est une immersion ouverte. Alors \(f_* \circ j'_! = j_! \circ g_*\) comme foncteurs \(\textit{Ab}(U_\etale) \to \textit{Ab}(Y_\etale)\).
Démonstration
Soit \(\mathcal{F}\) un objet de \(\textit{Ab}(U_\etale)\). Soit \(\overline{y}\) un point géométrique de \(Y\) qui n’appartient pas à l’ouvert \(V\). Alors \[(f_*j'_!\mathcal{F})_{\overline{y}} = \bigoplus\nolimits_{\overline{x},\ f(\overline{x}) = \overline{y}} (j'_!\mathcal{F})_{\overline{x}} = 0\] d’après la proposition 03QP, et parce que la fibre de \(j'_!\mathcal{F}\) en \(\overline{x} \not \in U\) est nulle d’après le lemme 0F70. D’autre part, on a \[j^{-1}f_*j'_!\mathcal{F} = g_*(j')^{-1}j'_!\mathcal{F} = g_*\mathcal{F}\] d’après les lemmes 0959 et 0F70. La caractérisation de \(j_!\) dans le lemme 0F70 montre donc que \(f_*j'_!\mathcal{F} = j_!g_*\mathcal{F}\). Nous omettons la vérification que cette identification est fonctorielle en \(\mathcal{F}\).
Faisceaux constructibles
Soit \(X\) un schéma. Un sous-schéma constructible localement fermé de \(X\) est un sous-schéma localement fermé \(T \subset X\) dont l’espace topologique sous-jacent à \(T\) est une partie constructible de \(X\). Si \(T, T' \subset X\) sont des sous-schémas localement fermés ayant le même espace topologique sous-jacent, alors \(T_\etale \cong T'_\etale\) par l’invariance topologique du site étale (théorème 04DZ). Ainsi, dans la définition suivante, nous pouvons supposer réduits nos sous-schémas localement fermés.
Définition
Soit \(X\) un schéma.
Un faisceau d’ensembles sur \(X_\etale\) est constructible si, pour tout ouvert affine \(U \subset X\), il existe une décomposition finie de \(U\) en sous-schémas constructibles localement fermés \(U = \coprod_i U_i\) telle que \(\mathcal{F}|_{U_i}\) soit localement constant, de valeur finie, pour tout \(i\).
Un faisceau de groupes abéliens sur \(X_\etale\) est constructible si, pour tout ouvert affine \(U \subset X\), il existe une décomposition finie de \(U\) en sous-schémas constructibles localement fermés \(U = \coprod_i U_i\) telle que \(\mathcal{F}|_{U_i}\) soit localement constant, de valeur finie, pour tout \(i\).
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Un faisceau de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\) est constructible si, pour tout ouvert affine \(U \subset X\), il existe une décomposition finie de \(U\) en sous-schémas constructibles localement fermés \(U = \coprod_i U_i\) telle que \(\mathcal{F}|_{U_i}\) soit de type fini et localement constant pour tout \(i\).
Il semble que ce soit la définition admise. Une autre définition, qui se prête plus aisément à des généralisations au-delà du site étale d’un schéma, aurait consisté à définir les faisceaux constructibles en partant de \(h_U\), \(j_{U!}\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\) et \(j_{U!}\underline{\Lambda}\) où \(U\) parcourt tous les objets quasi-compacts et quasi-séparés de \(X_\etale\), puis à prendre la plus petite sous-catégorie pleine de \(\Sh(X_\etale)\), \(\textit{Ab}(X_\etale)\) et \(\textit{Mod}(X_\etale, \underline{\Lambda})\) qui les contienne et soit stable par limites et colimites finies. Il résulte du lemme 03RZ et des lemmes 09Y9, 09YT et 095N que cette construction donne la même catégorie si \(X\) est quasi-compact et quasi-séparé. En général, elle ne donne cependant pas la même catégorie.
Une décomposition en union disjointe \(U = \coprod U_i\) d’un schéma en sous-schémas localement fermés sera appelée une partition de \(U\) (comparer à Topologie, section 09XY).
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau d’ensembles sur \(X_\etale\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(\mathcal{F}\) est constructible,
il existe un recouvrement ouvert \(X = \bigcup U_i\) tel que \(\mathcal{F}|_{U_i}\) soit constructible, et
il existe une partition \(X = \bigcup X_i\) en sous-schémas constructibles localement fermés telle que \(\mathcal{F}|_{X_i}\) soit localement constant, de valeur finie.
Un énoncé analogue vaut pour les faisceaux abéliens et les faisceaux de \(\Lambda\)-modules si \(\Lambda\) est noethérien.
Démonstration
Il est clair que (1) implique (2).
Supposons (2). Pour tout \(x \in X\), il existe un \(i\) et un voisinage ouvert affine \(V_x \subset U_i\) de \(x\). On peut donc trouver un recouvrement ouvert affine fini \(X = \bigcup V_j\) tel que, pour tout \(j\), il existe une décomposition finie \(V_j = \coprod V_{j, k}\) en parties localement fermées constructibles telle que \(\mathcal{F}|_{V_{j, k}}\) soit localement constant, de valeur finie. D’après Topologie, lemme 09YD chaque \(V_{j, k}\) est une partie constructible de \(X\). D’après Topologie, lemme 09Y4 il existe une stratification finie \(X = \coprod X_l\) en strates constructibles localement fermées telle que chacun des \(V_{j, k}\) soit une réunion de \(X_l\). Ainsi, (3) est satisfaite.
Supposons (3) satisfaite. Soit \(U \subset X\) un ouvert affine. Alors \(U \cap X_i\) est une partie constructible localement fermée de \(U\) (par exemple d’après Propriétés, lemme 054C) et \(U = \coprod U \cap X_i\) est une partition de \(U\) comme dans la définition 03RW. Ainsi, (1) est satisfaite.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau d’ensembles, de groupes abéliens ou de \(\Lambda\)-modules (avec \(\Lambda\) noethérien) sur \(X_\etale\). S’il existe des sous-schémas constructibles localement fermés \(T_i \subset X\) tels que (a) \(X = \bigcup T_j\) et que (b) \(\mathcal{F}|_{T_j}\) soit constructible, alors \(\mathcal{F}\) est constructible.
Démonstration
Tout d’abord, on peut supposer le recouvrement fini puisque \(X\) est quasi-compact pour la topologie spectrale (Topologie, lemme 0901 et Propriétés, lemme 094L). Remarquons que chaque \(T_i\) est lui-même un schéma quasi-compact et quasi-séparé (puisqu’il est constructible dans \(X\); détails omis). Il existe donc une partition finie \(T_i = \coprod T_{i, j}\) en parties localement fermées constructibles de \(T_i\) telle que \(\mathcal{F}|_{T_{i, j}}\) soit localement constant, de valeur finie (lemme 095E). D’après Topologie, lemme 09YJ, \(T_{i, j}\) est un sous-schéma constructible localement fermé de \(X\). On peut alors appliquer Topologie, lemme 09Y4 à \(X = \bigcup T_{i, j}\) pour obtenir la partition cherchée de \(X\).
Lemme
Soit \(X\) un schéma. La constructibilité d’un faisceau d’ensembles, de groupes abéliens ou de \(\Lambda\)-modules (avec \(\Lambda\) noethérien) se vérifie localement pour la topologie de Zariski sur \(X\).
Démonstration
L’énoncé signifie que, si \(X = \bigcup U_i\) est un recouvrement ouvert tel que \(\mathcal{F}|_{U_i}\) soit constructible, alors \(\mathcal{F}\) est constructible. Si \(U \subset X\) est un ouvert affine, alors \(U = \bigcup U \cap U_i\) et \(\mathcal{F}|_{U \cap U_i}\) est constructible (il est évident que la restriction d’un faisceau constructible à un ouvert est constructible). Il résulte du lemme 095E que \(\mathcal{F}|_U\) est constructible, c’est-à-dire qu’il existe une partition convenable de \(U\).
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Si \(\mathcal{F}\) est un faisceau constructible d’ensembles, de groupes abéliens ou de \(\Lambda\)-modules (avec \(\Lambda\) noethérien) sur \(Y_\etale\), il en est de même de \(f^{-1}\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\).
Démonstration
D’après le lemme 095F, on se ramène au cas où \(X\) et \(Y\) sont affines. D’après le lemme 095E, il suffit de trouver une partition finie de \(X\) en sous-schémas constructibles localement fermés sur chacun desquels \(f^{-1}\mathcal{F}\) soit localement constant, de valeur finie. Pour la trouver, il suffit de prendre l’image inverse de la partition de \(Y\) adaptée à \(\mathcal{F}\) et d’utiliser le lemme 095A.
Lemme
Soit \(X\) un schéma.
La catégorie des faisceaux constructibles d’ensembles est stable par limites et colimites finies dans \(\Sh(X_\etale)\).
La catégorie des faisceaux abéliens constructibles est une sous-catégorie de Serre faible de \(\textit{Ab}(X_\etale)\).
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. La catégorie des faisceaux constructibles de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\) est une sous-catégorie de Serre faible de \(\textit{Mod}(X_\etale, \Lambda)\).
Démonstration
Nous démontrons (3). Nous utiliserons le critère donné dans Homologie, lemme 0754. Supposons que \(\varphi : \mathcal{F} \to \mathcal{G}\) soit un morphisme de faisceaux constructibles de \(\Lambda\)-modules. Il faut montrer que \(\mathcal{K} = \Ker(\varphi)\) et \(\mathcal{Q} = \Coker(\varphi)\) sont constructibles. De même, supposons que \(0 \to \mathcal{F} \to \mathcal{E} \to \mathcal{G} \to 0\) soit une suite exacte courte de faisceaux de \(\Lambda\)-modules avec \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) constructibles. Il faut montrer que \(\mathcal{E}\) est constructible. Dans les deux cas, on peut remplacer \(X\) par les membres d’un recouvrement ouvert affine. On peut donc supposer \(X\) affine. On peut ensuite remplacer \(X\) par les membres d’une partition finie de \(X\) en sous-schémas constructibles localement fermés sur lesquels \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) sont de type fini et localement constants. On conclut alors par le lemme 03RX.
Les démonstrations de (1) et (2), très semblables, sont omises.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé.
Soit \(\mathcal{F} \to \mathcal{G}\) un morphisme de faisceaux constructibles d’ensembles sur \(X_\etale\). Alors l’ensemble des points \(x \in X\) où \(\mathcal{F}_{\overline{x}} \to \mathcal{G}_{\overline{x}}\) est surjectif, resp. injectif, resp. isomorphe à une application donnée d’ensembles, est constructible dans \(X\).
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien constructible sur \(X_\etale\). Le support de \(\mathcal{F}\) est constructible.
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau constructible de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\). Le support de \(\mathcal{F}\) est constructible.
Démonstration
Démontrons (1). Soit \(X = \coprod X_i\) une partition de \(X\) en sous-schémas localement fermés constructibles telle que \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) soient tous deux localement constants, de valeur finie, sur les parties (appliquer le lemme 095E à \(\mathcal{F}\) et à \(\mathcal{G}\), puis choisir un raffinement commun). On applique alors le lemme 095C à la restriction du morphisme à chaque partie.
Les démonstrations de (2) et (3) sont omises.
Le lemme suivant se révélera très utile par la suite. Il affirme en substance que la catégorie des faisceaux constructibles possède une forme faible de propriété “noethérienne”.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(\mathcal{F} = \colim_{i \in I} \mathcal{F}_i\) une limite inductive filtrante de faisceaux d’ensembles, de faisceaux abéliens ou de faisceaux de modules.
Si \(\mathcal{F}\) et les \(\mathcal{F}_i\) sont des faisceaux constructibles d’ensembles, alors l’ind-objet \(\mathcal{F}_i\) est essentiellement constant de valeur \(\mathcal{F}\).
Si \(\mathcal{F}\) et les \(\mathcal{F}_i\) sont des faisceaux constructibles de groupes abéliens, alors l’ind-objet \(\mathcal{F}_i\) est essentiellement constant de valeur \(\mathcal{F}\).
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Si \(\mathcal{F}\) et les \(\mathcal{F}_i\) sont des faisceaux constructibles de \(\Lambda\)-modules, alors l’ind-objet \(\mathcal{F}_i\) est essentiellement constant de valeur \(\mathcal{F}\).
Démonstration
Démontrons (1). Nous utiliserons sans plus le mentionner que les limites et colimites finies de faisceaux constructibles sont constructibles (lemme 03RZ). Pour tout \(i\), soit \(T_i \subset X\) l’ensemble des points \(x \in X\) où \(\mathcal{F}_{i, \overline{x}} \to \mathcal{F}_{\overline{x}}\) n’est pas surjectif. Puisque \(\mathcal{F}_i\) et \(\mathcal{F}\) sont constructibles, \(T_i\) est une partie constructible de \(X\) (lemme 09YS). Comme les fibres de \(\mathcal{F}\) sont finies et que \(\mathcal{F} = \colim_{i \in I} \mathcal{F}_i\), on voit que, pour tout \(x \in X\), on a \(x \not \in T_i\) pour \(i\) assez grand. Comme \(X\) est un espace spectral d’après Propriétés, lemme 094L la topologie constructible sur \(X\) est quasi-compact d’après Topologie, lemme 0901. Ainsi, \(T_i = \emptyset\) pour \(i\) assez grand. Par conséquent, \(\mathcal{F}_i \to \mathcal{F}\) est surjectif pour \(i\) assez grand. Supposons maintenant que \(\mathcal{F}_i \to \mathcal{F}\) soit surjectif pour tout \(i\). Fixons \(i \in I\). Pour \(i' \geq i\), notons \(S_{i'} \subset X\) l’ensemble des points \(x\) pour lesquels le nombre d’éléments de \(\Im(\mathcal{F}_{i, \overline{x}} \to \mathcal{F}_{\overline{x}})\) n’est pas égal au nombre d’éléments de \(\Im(\mathcal{F}_{i, \overline{x}} \to \mathcal{F}_{i', \overline{x}})\). Puisque \(\mathcal{F}_i\), \(\mathcal{F}_{i'}\) et \(\mathcal{F}\) sont constructibles, \(S_{i'}\) est une partie constructible de \(X\) (détails omis ; indication : utiliser le lemme 09YS). Comme les fibres de \(\mathcal{F}_i\) et de \(\mathcal{F}\) sont finies et que \(\mathcal{F} = \colim_{i' \geq i} \mathcal{F}_{i'}\), on voit que, pour tout \(x \in X\), on a \(x \not \in S_{i'}\) pour \(i'\) assez grand. Par le même argument que ci-dessus, il existe un \(i'\) assez grand tel que \(S_{i'} = \emptyset\). Ainsi, \(\mathcal{F}_i \to \mathcal{F}_{i'}\) se factorise par \(\mathcal{F}\), comme souhaité.
Démontrons (2). Remarquons qu’un faisceau abélien constructible est un faisceau d’ensembles constructible. Le cas (2) résulte donc de (1).
Démontrons (3). Nous utiliserons sans plus le mentionner que la catégorie des faisceaux constructibles de \(\Lambda\)-modules est abélienne (lemme 03RZ). Pour tout \(i\), soit \(\mathcal{Q}_i\) le conoyau du morphisme \(\mathcal{F}_i \to \mathcal{F}\). Le support \(T_i\) de \(\mathcal{Q}_i\) est une partie constructible de \(X\) puisque \(\mathcal{Q}_i\) est constructible (lemme 09YS). Comme les fibres de \(\mathcal{F}\) sont des \(\Lambda\)-modules de type fini et que \(\mathcal{F} = \colim_{i \in I} \mathcal{F}_i\), on voit que, pour tout \(x \in X\), on a \(x \not \in T_i\) pour \(i\) assez grand. Comme \(X\) est un espace spectral d’après Propriétés, lemme 094L la topologie constructible sur \(X\) est quasi-compact d’après Topologie, lemme 0901. Ainsi, \(T_i = \emptyset\) pour \(i\) assez grand. Cela démontre la première assertion. Pour la seconde, supposons maintenant que \(\mathcal{F}_i \to \mathcal{F}\) soit surjectif pour tout \(i\). Fixons \(i \in I\). Pour \(i' \geq i\), désignons par \(\mathcal{K}_{i'}\) l’image de \(\Ker(\mathcal{F}_i \to \mathcal{F})\) dans \(\mathcal{F}_{i'}\). Le support \(S_{i'}\) de \(\mathcal{K}_{i'}\) est une partie constructible de \(X\) puisque \(\mathcal{K}_{i'}\) est constructible. Comme les fibres de \(\Ker(\mathcal{F}_i \to \mathcal{F})\) sont des \(\Lambda\)-modules de type fini et que \(\mathcal{F} = \colim_{i' \geq i} \mathcal{F}_{i'}\), on voit que, pour tout \(x \in X\), on a \(x \not \in S_{i'}\) pour \(i'\) assez grand. Par le même argument que ci-dessus, il existe un \(i'\) assez grand tel que \(S_{i'} = \emptyset\). Ainsi, \(\mathcal{F}_i \to \mathcal{F}_{i'}\) se factorise par \(\mathcal{F}\), comme souhaité.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Le produit tensoriel de deux faisceaux constructibles de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\) est un faisceau constructible de \(\Lambda\)-modules.
Démonstration
L’assertion se ramène immédiatement au cas où \(X\) est affine. Comme deux partitions quelconques de \(X\) en strates constructibles localement fermées admettent un raffinement commun du même type et que les images inverses commutent au produit tensoriel, on se ramène au lemme 095D.
Lemme
Soit \(\Lambda \to \Lambda'\) un homomorphisme d’anneaux noethériens. Soit \(X\) un schéma. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau constructible de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\). Alors \(\mathcal{F} \otimes_{\underline{\Lambda}} \underline{\Lambda'}\) est un faisceau constructible de \(\Lambda'\)-modules.
Démonstration
Omis. Indication : localement sur un ouvert affine, on peut utiliser la même stratification.
Lemmes auxiliaires sur les morphismes
Voici quelques lemmes utiles pour démontrer des propriétés de fonctorialité des faisceaux constructibles.
Lemme
Soit \(U \to X\) un morphisme étale de schémas quasi-compacts et quasi-séparés (par exemple un morphisme étale de schémas noethériens). Alors il existe une partition \(X = \coprod_i X_i\) en sous-schémas constructibles localement fermés telle que \(X_i \times_X U \to X_i\) soit fini étale pour tout \(i\).
Démonstration
Si \(U \to X\) est séparé, cela résulte de Compléments sur les morphismes, lemme 07RZ. En général, on peut supposer \(X\) affine. Choisissons un recouvrement ouvert affine fini \(U = \bigcup U_j\). Appliquons le cas précédent à tous les morphismes \(U_j \to X\) et \(U_j \cap U_{j'} \to X\), puis choisissons un raffinement commun \(X = \coprod X_i\) des partitions obtenues. En raffinant encore la partition, on peut aussi supposer \(X_i\) affine. Fixons \(i\) et posons \(V = U \times_X X_i\). Les morphismes \(V_j = U_j \times_X X_i \to X_i\) et \(V_{jj'} = (U_j \cap U_{j'}) \times_X X_i \to X_i\) sont finis étales. Ainsi, \(V_j\) et \(V_{jj'}\) sont des schémas affines et \(V_{jj'} \subset V_j\) est à la fois fermé et ouvert (puisque \(V_{jj'} \to X_i\) est propre, si bien que Morphismes, lemme 01W6 s’applique). Alors \(V = \bigcup V_j\) est séparé car \(\mathcal{O}(V_j) \to \mathcal{O}(V_{jj'})\) est surjectif, voir Schémas, lemme 01KP. Le cas précédent s’applique donc à \(V \to X_i\), et l’on peut encore raffiner la partition si nécessaire (en fait, cela ne l’est pas, mais nous n’en avons pas besoin).
Dans le cas noethérien, on peut démontrer le lemme précédent par récurrence noethérienne à l’aide du petit lemme amusant suivant.
Lemme
Soit \(f: X \to Y\) un morphisme de schémas quasi-compact, quasi-séparé et localement de type fini. Si \(\eta\) est un point générique d’une composante irréductible de \(Y\) tel que \(f^{-1}(\eta)\) soit fini, alors il existe un ouvert \(V \subset Y\) contenant \(\eta\) tel que \(f^{-1}(V) \to V\) soit fini.
Démonstration
C’est Morphismes, lemme 02NW.
L’énoncé du lemme suivant peut être légèrement renforcé.
Lemme
Soit \(f : Y \to X\) un morphisme quasi-fini et de présentation finie de schémas affines.
Il existe un morphisme surjectif de schémas affines \(X' \to X\) et un sous-schéma fermé \(Z' \subset Y' = X' \times_X Y\) tels que
l’immersion \(Z' \subset Y'\) est un épaississement, et
\(Z' \to X'\) est un morphisme fini étale.
Il existe une partition finie \(X = \coprod X_i\) en strates affines, constructibles et localement fermées, et des morphismes surjectifs finis localement libres \(X'_i \to X_i\) tels que le morphisme réduit associé à \(Y'_i = X'_i \times_X Y \to X'_i\) soit isomorphe à \(\coprod_{j = 1}^{n_i} (X'_i)_{red} \to (X'_i)_{red}\) pour un certain \(n_i\).
Démonstration
En posant \(X' = \coprod X'_i\), on voit que (2) implique (1). Écrivons \(X = \Spec(A)\) et \(Y = \Spec(B)\). Exprimons \(A\) comme limite inductive filtrante de \(\mathbf{Z}\)-algèbres de type fini \(A_i\). Comme \(B\) est une \(A\)-algèbre de présentation finie, on voit qu’il existe \(0 \in I\) et un homomorphisme d’anneaux de type fini \(A_0 \to B_0\) tels que \(B = \colim B_i\), où \(B_i = A_i \otimes_{A_0} B_0\), voir Algèbre, lemme 05N9. Pour \(i\) suffisamment grand, on voit que \(A_i \to B_i\) est quasi-fini, voir Limits, lemme 094M. Nous sommes donc ramenés au cas des algèbres de type fini sur \(\mathbf{Z}\), et en particulier au cas noethérien. (Détails omis.)
Supposons \(X\) et \(Y\) noethériens. Dans ce cas, tout sous-ensemble localement fermé de \(X\) est constructible. Le lemme 03S1 et la récurrence noethérienne montrent qu’il existe une partition finie \(X = \coprod X_i\) de \(X\) en strates localement fermées telle que \(Y \times_X X_i \to X_i\) soit fini. On peut raffiner cette partition de sorte que les strates soient affines. Ainsi, après avoir remplacé \(X\) par \(X' = \coprod X_i\), on peut supposer que \(Y \to X\) est fini.
Supposons \(X\) et \(Y\) noethériens et \(Y \to X\) fini. Supposons pouvoir démontrer (2) après changement de base par un morphisme surjectif, plat et quasi-fini \(U \to X\). On dispose donc d’une partition \(U = \coprod U_i\) et de morphismes finis localement libres \(U'_i \to U_i\) tels que \(U'_i \times_X Y \to U'_i\) soit isomorphe à \(\coprod_{j = 1}^{n_i} (U'_i)_{red} \to (U'_i)_{red}\) pour un certain \(n_i\). Alors, par l’argument du paragraphe précédent, on peut trouver une partition \(X = \coprod X_j\) en strates affines localement fermées telle que \(X_j \times_X U_i \to X_j\) soit fini pour tous \(i, j\). D’après Morphismes, lemme 02KB, chaque \(X_j \times_X U_i \to X_j\) est fini localement libre. Par conséquent, \(X_j \times_X U'_i \to X_j\) est fini localement libre (Morphismes, lemme 02KC). Il s’ensuit que \(X = \coprod X_j\) et \(X_j' = \coprod_i X_j \times_X U'_i\) fournissent une solution pour \(Y \to X\). Il suffit donc de démontrer le résultat (dans le cas noethérien) après un changement de base surjectif, plat et quasi-fini.
En appliquant Morphismes, lemme 03HW, on voit qu’on peut supposer que \(Y\) est un sous-schéma fermé d’un schéma affine \(Z\) qui est, ensemblistement, une réunion finie \(Z = \bigcup_{i \in I} Z_i\) de sous-schémas fermés s’envoyant isomorphiquement sur \(X\). Dans ce cas, on trouvera une partition finie \(X = \coprod X_j\) en strates affines localement fermées qui convient (autrement dit \(X'_j = X_j\)). Posons \(T_i = Y \cap Z_i\). C’est un sous-schéma fermé de \(X\). Comme \(X\) est noethérien, on peut trouver une partition finie \(X = \coprod X_j\) en sous-schémas affines localement fermés, telle que chaque \(X_j \times_X T_i\) soit vide ou soit, ensemblistement, ègal à \(X_j \times_X Z_i\). En remplaçant \(X\) par \(X_j\), on voit qu’on peut supposer \(I = I_1 \amalg I_2\), avec \(Z_i \subset Y\) pour \(i \in I_1\) et \(Z_i \cap Y = \emptyset\) pour \(i \in I_2\). En remplaçant \(Z\) par \(\bigcup_{i \in I_1} Z_i\), on voit qu’on peut supposer \(Y = Z\). Enfin, on peut remplacer de nouveau \(X\) par les membres d’une partition comme ci-dessus telle que, pour tous \(i, i' \in I\), l’intersection \(Z_i \cap Z_{i'}\) soit vide ou soit, ensemblistement, ègale à \(Z_i\) et à \(Z_{i'}\). Cela signifie clairement que \(Y\) est, ensemblistement, égal à une réunion disjointe des \(Z_i\), ce qu’il fallait démontrer.
Compléments sur les faisceaux constructibles
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(X\) un schéma. Nous considérons souvent \(X_\etale\) comme un site annelé dont le faisceau d’anneaux est \(\underline{\Lambda}\). Pour les faisceaux abéliens, nous prenons souvent \(\Lambda = \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\) pour un entier \(n\) convenable.
Lemme
Soit \(j : U \to X\) un morphisme étale de schémas quasi-compacts et quasi-séparés.
Le faisceau \(h_U\) est un faisceau d’ensembles constructible.
Le faisceau \(j_!\underline{M}\) est un faisceau abélien constructible pour tout groupe abélien fini \(M\).
Si \(\Lambda\) est un anneau noethérien et \(M\) un \(\Lambda\)-module de type fini, alors \(j_!\underline{M}\) est un faisceau constructible de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\).
Démonstration
D’après le lemme 03S0, il existe une partition \(\coprod_i X_i\) telle que \(\pi_i : j^{-1}(X_i) \to X_i\) soit fini étale. La restriction de \(h_U\) à \(X_i\) est \(h_{j^{-1}(X_i)}\), qui est fini et localement constant d’après le lemme 03RV. Pour les cas (2) et (3), observons que \[j_!(\underline{M})|_{X_i} = \pi_{i!}(\underline{M}) = \pi_{i*}(\underline{M})\] par les lemmes 03S6 et 03S7. Il suffit donc de démontrer le lemme lorsque \(\pi : Y \to X\) est fini étale. C’est le lemme 095B.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé.
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau d’ensembles sur \(X_\etale\). Alors \(\mathcal{F}\) est une limite inductive filtrante de faisceaux d’ensembles constructibles.
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\). Alors \(\mathcal{F}\) est une limite inductive filtrante de faisceaux abéliens constructibles.
Soient \(\Lambda\) un anneau noethérien et \(\mathcal{F}\) un faisceau de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\). Alors \(\mathcal{F}\) est une limite inductive filtrante de faisceaux constructibles de \(\Lambda\)-modules.
Démonstration
Soit \(\mathcal{B}\) la collection des objets quasi-compacts et quasi-séparés de \(X_\etale\). D’après Modules sur les sites, lemme 093C, tout faisceau d’ensembles est une limite inductive filtrante de faisceaux de la forme \[\text{Conoyau de la double fl\`eche}\left( \xymatrix{ \coprod\nolimits_{j = 1}^m h_{V_j} \ar@<1ex>[r] \ar@<-1ex>[r] & \coprod\nolimits_{i = 1}^n h_{U_i} } \right)\] où \(V_j\) et \(U_i\) sont des objets quasi-compacts et quasi-séparés de \(X_\etale\). D’après les lemmes 03S8 et 03RZ, ces conoyaux de doubles flèches sont constructibles. Cela démontre (1).
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. D’après Modules sur les sites, lemme 093C, le faisceau de \(\Lambda\)-modules \(\mathcal{F}\) est une limite inductive filtrante de modules de la forme \[\Coker\left( \bigoplus\nolimits_{j = 1}^m j_{V_j!}\underline{\Lambda}_{V_j} \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1}^n j_{U_i!}\underline{\Lambda}_{U_i} \right)\] où \(V_j\) et \(U_i\) sont des objets quasi-compacts et quasi-séparés de \(X_\etale\). D’après les lemmes 03S8 et 03RZ, ces conoyaux sont constructibles. Cela démontre (3).
Démontrons (2). Écrivons d’abord \(\mathcal{F} = \bigcup \mathcal{F}[n]\), où \(\mathcal{F}[n]\) est le sous-faisceau de \(n\)-torsion. On peut alors considérer \(\mathcal{F}[n]\) comme un faisceau de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules et appliquer (3).
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme surjectif de schémas quasi-compacts et quasi-séparés.
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau d’ensembles sur \(Y_\etale\). Alors \(\mathcal{F}\) est constructible si et seulement si \(f^{-1}\mathcal{F}\) est constructible.
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(Y_\etale\). Alors \(\mathcal{F}\) est constructible si et seulement si \(f^{-1}\mathcal{F}\) est constructible.
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau de \(\Lambda\)-modules sur \(Y_\etale\). Alors \(\mathcal{F}\) est constructible si et seulement si \(f^{-1}\mathcal{F}\) est constructible.
Démonstration
Une implication résulte du lemme 095G. Pour la réciproque, supposons \(f^{-1}\mathcal{F}\) constructible. Dans le cas abélien, la surjectivité montre en outre que le faisceau initial est de torsion. Écrivons \(\mathcal{F} = \colim \mathcal{F}_i\) comme limite inductive filtrante de faisceaux constructibles (d’ensembles, de groupes abéliens ou de modules) à l’aide du lemme 03SA. Comme \(f^{-1}\) est un adjoint à gauche, il commute aux limites inductives (Catégories, lemme 0038), et l’on obtient \(f^{-1}\mathcal{F} = \colim f^{-1}\mathcal{F}_i\). D’après le lemme 095P, on voit que \(f^{-1}\mathcal{F}_i \to f^{-1}\mathcal{F}\) est surjectif pour tout \(i\) suffisamment grand. Comme \(f\) est surjectif, on conclut (en examinant les fibres à l’aide du lemme 03Q1 et du théorème 03PU) que \(\mathcal{F}_i \to \mathcal{F}\) est surjectif pour tout \(i\) suffisamment grand. Ainsi, \(\mathcal{F}\) est le quotient d’un faisceau constructible \(\mathcal{G}\). En appliquant encore une fois l’argument à \(\mathcal{G} \times_\mathcal{F} \mathcal{G}\) ou au noyau de \(\mathcal{G} \to \mathcal{F}\), on conclut en utilisant l’exactitude de \(f^{-1}\) et le fait que la catégorie des faisceaux constructibles (d’ensembles, de groupes abéliens ou de modules) est stable par limites et colimites finies, ou par noyaux et conoyaux dans \(\Sh(Y_\etale)\), \(\Sh(X_\etale)\), \(\textit{Ab}(Y_\etale)\), \(\textit{Ab}(X_\etale)\), \(\textit{Mod}(Y_\etale, \Lambda)\) et \(\textit{Mod}(X_\etale, \Lambda)\), voir le lemme 03RZ.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme fini étale de schémas. Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Si \(\mathcal{F}\) est un faisceau d’ensembles constructible, un faisceau de groupes abéliens constructible ou un faisceau constructible de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\), il en va de même de \(f_*\mathcal{F}\) sur \(Y_\etale\).
Démonstration
D’après le lemme 095F, il suffit de le vérifier localement pour la topologie de Zariski sur \(Y\) et, d’après le lemme 095Q, on peut remplacer \(Y\) par un recouvrement étale (la construction de \(f_*\) commute à la localisation étale). Un morphisme fini étale est étale-localement isomorphe à une union disjointe d’isomorphismes, voir Morphismes étales, lemme 04HN. Ainsi, dans le cas des faisceaux d’ensembles, le lemme affirme que si \(\mathcal{F}_i\), \(i = 1, \ldots, n\) sont des faisceaux d’ensembles constructibles, alors \(\prod_{i = 1}^n \mathcal{F}_i\) l’est aussi. C’est clair. Il en va de même pour les faisceaux de groupes abéliens et de modules.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. La catégorie des faisceaux d’ensembles constructibles est la sous-catégorie pleine de \(\Sh(X_\etale)\) formée des faisceaux \(\mathcal{F}\) qui sont les conoyaux de doubles flèches \[\xymatrix{ \mathcal{F}_1 \ar@<1ex>[r] \ar@<-1ex>[r] & \mathcal{F}_0 \ar[r] & \mathcal{F}}\] pour lesquelles \(\mathcal{F}_i\), pour \(i = 0, 1\), est un coproduit fini de faisceaux de la forme \(h_U\), où \(U\) est un objet quasi-compact et quasi-séparé de \(X_\etale\).
Démonstration
Dans la démonstration du lemme 03SA, nous avons vu que les faisceaux de cette forme sont constructibles. Réciproquement, supposons que, pour tout faisceau d’ensembles constructible \(\mathcal{F}\), on puisse trouver une surjection \(\mathcal{F}_0 \to \mathcal{F}\) avec \(\mathcal{F}_0\) comme dans le lemme. On trouve alors la surjection voulue \(\mathcal{F}_1 \to \mathcal{F}_0 \times_\mathcal{F} \mathcal{F}_0\), car le dernier faisceau est constructible d’après le lemme 03RZ.
D’après Topologie, lemme 09Y4 on peut choisir une stratification finie \(X = \coprod_{i \in I} X_i\) telle que \(\mathcal{F}\) soit finie et localement constante sur chaque strate. Démontrons le résultat par récurrence sur le cardinal de \(I\). Soit \(i \in I\) un élément minimal pour l’ordre partiel de \(I\). Alors \(X_i \subset X\) est fermé. Par récurrence, il existe un nombre fini d’objets quasi-compacts et quasi-séparés \(U_\alpha\) de \((X \setminus X_i)_\etale\) et un morphisme surjectif \(\coprod h_{U_\alpha} \to \mathcal{F}|_{X \setminus X_i}\). Ils déterminent un morphisme \[\coprod h_{U_\alpha} \to \mathcal{F}\] qui est surjectif après restriction à \(X \setminus X_i\). D’après le lemme 03RV, on a \(\mathcal{F}|_{X_i} = h_V\) pour un schéma \(V\) fini étale sur \(X_i\). Soit \(\overline{v}\) un point géométrique de \(V\) au-dessus de \(\overline{x} \in X_i\). On peut considérer \(\overline{v}\) comme un élément de la fibre \(\mathcal{F}_{\overline{x}} = V_{\overline{x}}\). On peut donc trouver un voisinage étale \((U, \overline{u})\) de \(\overline{x}\) et une section \(s \in \mathcal{F}(U)\) dont la fibre en \(\overline{x}\) donne \(\overline{v}\). En considérant \(s\) comme un morphisme \(s : h_U \to \mathcal{F}\) et en le restreignant à \(X_i\), on obtient un morphisme \(s|_{X_i} : U \times_X X_i \to V\) au-dessus de \(X_i\) qui envoie \(\overline{u}\) sur \(\overline{v}\). Comme \(V\) est quasi-compact (il est fini sur le sous-schéma fermé \(X_i\) du schéma quasi-compact \(X\)), un nombre fini \(s^{(1)}, \ldots, s^{(m)}\) de ces sections de \(\mathcal{F}\) sur \(U^{(1)}, \ldots, U^{(m)}\) déterminent conjointement le morphisme surjectif \[\coprod s^{(j)}|_{X_i} : \coprod U^{(j)} \times_X X_i \longrightarrow V\] On obtient alors la surjection \[\coprod h_{U_\alpha} \amalg \coprod h_{U^{(j)}} \to \mathcal{F}\] voulue.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. La catégorie des faisceaux constructibles de \(\Lambda\)-modules est exactement la catégorie des modules de la forme \[\Coker\left( \bigoplus\nolimits_{j = 1}^m j_{V_j!}\underline{\Lambda}_{V_j} \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1}^n j_{U_i!}\underline{\Lambda}_{U_i} \right)\] où \(V_j\) et \(U_i\) sont des objets quasi-compacts et quasi-séparés de \(X_\etale\). En fait, on peut même supposer \(U_i\) et \(V_j\) affines.
Démonstration
Dans la démonstration du lemme 03SA, nous avons vu que les modules de cette forme sont constructibles. Comme la catégorie des modules constructibles est abélienne (lemme 03RZ), il suffit de montrer que, pour tout module constructible \(\mathcal{F}\), il existe une surjection \[\bigoplus\nolimits_{i = 1}^n j_{U_i!}\underline{\Lambda}_{U_i} \longrightarrow \mathcal{F}\] pour certains objets affines \(U_i\) de \(X_\etale\). D’après Modules sur les sites, lemme 093C il existe une surjection \[\Psi : \bigoplus\nolimits_{i \in I} j_{U_i!}\underline{\Lambda}_{U_i} \longrightarrow \mathcal{F}\] où les \(U_i\) sont affines et où la somme directe est prise sur un ensemble d’indices \(I\) éventuellement infini. Pour toute partie finie \(I' \subset I\), posons \[T_{I'} = \text{Supp}(\Coker( \bigoplus\nolimits_{i \in I'} j_{U_i!}\underline{\Lambda}_{U_i} \longrightarrow \mathcal{F}))\] Par la définition même des faisceaux constructibles, l’ensemble \(T_{I'}\) est une partie constructible de \(X\). Nous voulons montrer que \(T_{I'} = \emptyset\) pour un certain \(I'\). Comme toute fibre \(\mathcal{F}_{\overline{x}}\) est un \(\Lambda\)-module de type fini et que \(\Psi\) est surjective, pour tout \(x \in X\) il existe un \(I'\) tel que \(x \not \in T_{I'}\). Autrement dit, on a \(\emptyset = \bigcap_{I' \subset I\text{ fini}} T_{I'}\). Comme \(X\) est un espace spectral d’après Properties, lemme 094L la topologie constructible sur \(X\) est quasi-compacte d’après Topologie, lemme 0901. Ainsi, \(T_{I'} = \emptyset\) pour une partie finie \(I' \subset I\), ce qu’il fallait démontrer.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. La catégorie des faisceaux abéliens constructibles est exactement la catégorie des faisceaux abéliens de la forme \[\Coker\left( \bigoplus\nolimits_{j = 1}^m j_{V_j!}\underline{\mathbf{Z}/m_j\mathbf{Z}}_{V_j} \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1}^n j_{U_i!}\underline{\mathbf{Z}/n_i\mathbf{Z}}_{U_i} \right)\] où \(V_j\) et \(U_i\) sont des objets quasi-compacts et quasi-séparés de \(X_\etale\) et où \(m_j\), \(n_i\) sont des entiers positifs. En fait, on peut même supposer \(U_i\) et \(V_j\) affines.
Démonstration
Cela résulte du lemme 095N appliqué avec \(\Lambda = \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\) et du fait que, puisque \(X\) est quasi-compact, tout faisceau abélien constructible est annulé par un entier positif \(n\) (détails omis).
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau constructible d’ensembles, de groupes abéliens ou de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\). Soit \(\mathcal{G} = \colim \mathcal{G}_i\) une limite inductive filtrante de faisceaux d’ensembles, de groupes abéliens ou de \(\Lambda\)-modules. Alors \[\Mor(\mathcal{F}, \mathcal{G}) = \colim \Mor(\mathcal{F}, \mathcal{G}_i)\] dans la catégorie des faisceaux d’ensembles, de groupes abéliens ou de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\).
Démonstration
Traitons le cas des faisceaux d’ensembles. D’après le lemme 09Y9, il suffit de démontrer le lemme pour \(h_U\), où \(U\) est un objet quasi-compact et quasi-séparé de \(X_\etale\). Rappelons que \(\Mor(h_U, \mathcal{G}) = \mathcal{G}(U)\). Le résultat découle donc de Sites, lemme 0738.
Dans le cas des faisceaux abéliens ou des faisceaux de modules, le résultat se démontre de la même manière à l’aide des lemmes 09YT et 095N. Pour les faisceaux abéliens, ajoutons que \(\Mor(j_{U!}\underline{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}, \mathcal{G})\) est égal à l’ensemble des éléments de \(n\)-torsion de \(\mathcal{G}(U)\).
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme fini et de présentation finie de schémas. Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Si \(\mathcal{F}\) est un faisceau constructible d’ensembles, de groupes abéliens ou de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\), alors \(f_*\mathcal{F}\) l’est aussi.
Démonstration
Il suffit de le démontrer lorsque \(X\) et \(Y\) sont affines, d’après le lemme 095F. D’après les lemmes 0959 et 095Q, on peut effectuer un changement de base par n’importe quel schéma affine surjectif sur \(Y\). Le lemme 095K nous ramène alors au cas d’un morphisme fini étale (car un épaississement induit une équivalence des topos étales et même des petits sites étales, voir le théorème 04DZ). Le cas fini étale est le lemme 095H.
Lemme
Soit \(X = \lim_{i \in I} X_i\) la limite projective d’un système projectif filtrant de schémas à morphismes de transition affines. Nous supposons que \(X_i\) est quasi-compact et quasi-séparé pour tout \(i \in I\).
La catégorie des faisceaux d’ensembles constructibles sur \(X_\etale\) est la limite inductive des catégories des faisceaux d’ensembles constructibles sur \((X_i)_\etale\).
La catégorie des faisceaux abéliens constructibles sur \(X_\etale\) est la limite inductive des catégories des faisceaux abéliens constructibles sur \((X_i)_\etale\).
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. La catégorie des faisceaux constructibles de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\) est la limite inductive des catégories des faisceaux constructibles de \(\Lambda\)-modules sur \((X_i)_\etale\).
Démonstration
Démontrons (1). Notons \(f_i : X \to X_i\) les morphismes de projection. La démonstration comporte trois parties, correspondant à “fidèle”, “pleinement fidèle” et “essentiellement surjectif”.
Fidélité. Choisissons \(0 \in I\) et soient \(\mathcal{F}_0\), \(\mathcal{G}_0\) des faisceaux constructibles sur \(X_0\). Supposons que \(a, b : \mathcal{F}_0 \to \mathcal{G}_0\) soient des morphismes tels que \(f_0^{-1}a = f_0^{-1}b\). Soit \(E \subset X_0\) l’ensemble des points \(x \in X_0\) tels que \(a_{\overline{x}} = b_{\overline{x}}\). D’après le lemme 09YS, la partie \(E \subset X_0\) est constructible. Par hypothèse, \(X \to X_0\) est à valeurs dans \(E\). D’après Limits, lemme 05F4, il existe \(i \geq 0\) tel que \(X_i \to X_0\) soit à valeurs dans \(E\). Par conséquent, \(f_{i0}^{-1}a = f_{i0}^{-1}b\).
Pleine fidélité. Choisissons \(0 \in I\) et soient \(\mathcal{F}_0\), \(\mathcal{G}_0\) des faisceaux constructibles sur \(X_0\). Supposons donné un morphisme \(a : f_0^{-1}\mathcal{F}_0 \to f_0^{-1}\mathcal{G}_0\). Nous affirmons qu’il existe un \(i\) et un morphisme \(a_i : f_{i0}^{-1}\mathcal{F}_0 \to f_{i0}^{-1}\mathcal{G}_0\) dont l’image inverse est \(a\) sur \(X\). D’après le lemme 09Y9, on peut remplacer \(\mathcal{F}_0\) par un coproduit fini de faisceaux représentés par des objets quasi-compacts et quasi-séparés de \((X_0)_\etale\). Il suffit donc d’établir ceci : si \(U_0 \to X_0\) est un tel objet de \((X_0)_\etale\), alors \[(f_0^{-1}\mathcal{G}_0)(U) = \colim_{i \geq 0} (f_{i0}^{-1}\mathcal{G}_0)(U_i)\] où \(U = X \times_{X_0} U_0\) et \(U_i = X_i \times_{X_0} U_0\). C’est un cas particulier du théorème 09YQ.
Surjectivité essentielle. Il faut montrer que tout faisceau constructible \(\mathcal{F}\) sur \(X\) est isomorphe à \(f_i^{-1}\mathcal{F}_i\) pour un faisceau constructible \(\mathcal{F}_i\) sur \(X_i\). En appliquant le lemme 09Y9 et en utilisant les résultats des deux paragraphes précédents, on voit ceci : il suffit de le démontrer pour \(h_U\), pour un certain objet quasi-compact et quasi-séparé \(U\) de \(X_\etale\). Dans ce cas, il faut montrer que \(U\) s’obtient par changement de base à partir d’un schéma quasi-compact et quasi-séparé étale sur \(X_i\) pour un certain \(i\). Cela résulte des lemmes 01ZM et 07RP.
Démontrons (3). L’argument est très semblable à celui du cas des faisceaux d’ensembles, mais on utilise le lemme 095N au lieu du lemme 09Y9. Les détails sont omis. L’assertion (2) résulte de (3), car tout faisceau abélien constructible sur un schéma quasi-compact est un faisceau constructible de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules pour un certain \(n\).
Lemme
Soit \(X = \lim_{i \in I} X_i\) la limite projective d’un système projectif filtrant de schémas à morphismes de transition affines. Nous supposons que \(X_i\) est quasi-compact et quasi-séparé pour tout \(i \in I\).
La catégorie des faisceaux localement constants finis sur \(X_\etale\) est la limite inductive des catégories des faisceaux localement constants finis sur \((X_i)_\etale\).
La catégorie des faisceaux abéliens localement constants finis sur \(X_\etale\) est la limite inductive des catégories des faisceaux abéliens localement constants finis sur \((X_i)_\etale\).
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. La catégorie des faisceaux localement constants de type fini de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\) est la limite inductive des catégories des faisceaux localement constants de type fini de \(\Lambda\)-modules sur \((X_i)_\etale\).
Démonstration
D’après le lemme 09YU, le foncteur est dans chaque cas pleinement fidèle. D’après le même lemme, il suffit, pour achever la démonstration dans le cas (1), d’établir ceci : étant donné un faisceau constructible \(\mathcal{F}_i\) sur \(X_i\) dont l’image inverse \(\mathcal{F}\) sur \(X\) est localement constant fini, il existe \(i' \geq i\) tel que l’image inverse \(\mathcal{F}_{i'}\) de \(\mathcal{F}_i\) sur \(X_{i'}\) soit localement constant fini. Par hypothèse, il existe un recouvrement étale \(\mathcal{U} = \{U_j \to X\}_{j \in J}\) tel que \(\mathcal{F}|_{U_j} \cong \underline{S_j}\) pour un ensemble fini \(S_j\). On peut supposer \(U_j\) affine pour tout \(j \in J\). Comme \(X\) est quasi-compact, on peut supposer \(J\) fini. D’après le lemme 0EYL, il existe \(i' \geq i\) et un recouvrement étale \(\mathcal{U}_{i'} = \{U_{i', j} \to X_{i'}\}_{j \in J}\) dont le changement de base à \(X\) est \(\mathcal{U}\). Alors \(\mathcal{F}_{i'}|_{U_{i', j}}\) et \(\underline{S_j}\) sont des faisceaux constructibles sur \((U_{i', j})_\etale\) dont les images inverses sur \(U_j\) sont isomorphes. Ainsi, quitte à augmenter \(i'\), on obtient que \(\mathcal{F}_{i'}|_{U_{i', j}}\) et \(\underline{S_j}\) sont isomorphes. Par conséquent, \(\mathcal{F}_{i'}\) est localement constant fini. La démonstration des cas (2) et (3) est exactement la même.
Lemme
Soit \(X\) un schéma irréductible de point générique \(\eta\).
Soit \(S' \subset S\) une inclusion d’ensembles. Si l’on a \(\underline{S'} \subset \mathcal{G} \subset \underline{S}\) dans \(\Sh(X_\etale)\) et si \(S' = \mathcal{G}_{\overline{\eta}}\), alors \(\mathcal{G} = \underline{S'}\).
Soit \(A' \subset A\) une inclusion de groupes abéliens. Si l’on a \(\underline{A'} \subset \mathcal{G} \subset \underline{A}\) dans \(\textit{Ab}(X_\etale)\) et si \(A' = \mathcal{G}_{\overline{\eta}}\), alors \(\mathcal{G} = \underline{A'}\).
Soit \(M' \subset M\) une inclusion de modules sur un anneau \(\Lambda\). Si l’on a \(\underline{M'} \subset \mathcal{G} \subset \underline{M}\) dans \(\textit{Mod}(X_\etale, \underline{\Lambda})\) et si \(M' = \mathcal{G}_{\overline{\eta}}\), alors \(\mathcal{G} = \underline{M'}\).
Démonstration
En effet, pour tout morphisme étale \(U \to X\) tel que \(U \not = \emptyset\), le point \(\eta\) appartient à l’image.
Lemme
Soit \(X\) un schéma intègre normal de corps des fonctions \(K\). Soit \(E\) un ensemble.
Soit \(g : \Spec(K) \to X\) l’inclusion du point générique. Alors \(g_*\underline{E} = \underline{E}\).
Soit \(j : U \to X\) l’inclusion d’un ouvert non vide. Alors \(j_*\underline{E} = \underline{E}\).
Démonstration
Démontrons (1). Soit \(x \in X\) un point. Soit \(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}\) un hensélisé strict de \(\mathcal{O}_{X, x}\). D’après Compléments d’algèbre, lemme 06DI, on voit que \(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}\) est un anneau intègre normal. Ainsi, \(\Spec(K) \times_X \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}})\) est irréductible. Il s’ensuit que la fibre \((g_*\underline{E})_{\overline{x}}\) est égale à \(E\), voir le théorème 03Q9.
Démontrons (2). Comme \(g\) se factorise par \(j\), il existe un morphisme \(j_*\underline{E} \to g_*\underline{E}\). Ce morphisme est injectif, car pour tout schéma \(V\) étale sur \(X\), l’ensemble \(\Spec(K) \times_X V\) est dense dans \(U \times_X V\). D’autre part, il existe un morphisme \(\underline{E} \to j_*\underline{E}\), et on conclut.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(\eta \in X\) un point générique d’une composante irréductible de \(X\).
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\) dont la fibre \(\mathcal{F}_{\overline{\eta}}\) est nulle. Alors \(\mathcal{F} = \colim \mathcal{F}_i\) est une limite inductive filtrante de faisceaux abéliens constructibles \(\mathcal{F}_i\) tels que, pour tout \(i\), le support de \(\mathcal{F}_i\) soit contenu dans un sous-schéma fermé ne contenant pas \(\eta\).
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien et \(\mathcal{F}\) un faisceau de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\) dont la fibre \(\mathcal{F}_{\overline{\eta}}\) est nulle. Alors \(\mathcal{F} = \colim \mathcal{F}_i\) est une limite inductive filtrante de faisceaux constructibles de \(\Lambda\)-modules \(\mathcal{F}_i\) tels que, pour tout \(i\), le support de \(\mathcal{F}_i\) soit contenu dans un sous-schéma fermé ne contenant pas \(\eta\).
Démonstration
Démontrons (1). On peut écrire \(\mathcal{F} = \colim_{i \in I} \mathcal{F}_i\), où \(\mathcal{F}_i\) est un faisceau abélien constructible, d’après le lemme 03SA. Choisissons \(i \in I\). Comme \(\mathcal{F}|_\eta\) est nul par hypothèse, on voit qu’il existe \(i'(i) \geq i\) tel que \(\mathcal{F}_i|_\eta \to \mathcal{F}_{i'(i)}|_\eta\) soit nul, voir le lemme 095P. Alors \(\mathcal{G}_i = \Im(\mathcal{F}_i \to \mathcal{F}_{i'(i)})\) est un faisceau abélien constructible (lemme 03RZ) dont la fibre en \(\eta\) est nulle. Par conséquent, le support \(E_i\) de \(\mathcal{G}_i\) est une partie constructible de \(X\) ne contenant pas \(\eta\). Comme \(\eta\) est un point générique d’une composante irréductible de \(X\), on voit que \(\eta \not \in Z_i = \overline{E_i}\) d’après Topologie, lemme 005K. Définissons un nouvel ensemble filtrant \(I'\) ayant pour ensemble sous-jacent \(I\) et pour relation d’ordre la règle suivante : \(i_1\) est supérieur ou égal à \(i_2\) si et seulement si \(i_1 = i_2\ \text{ou}\ i_1 \geq i'(i_2)\). Alors les faisceaux \(\mathcal{G}_i\) forment un système indexé par \(I'\) de limite inductive \(\mathcal{F}\), ce qui achève la démonstration.
La démonstration du cas (2) est exactement la même et nous l’omettons.
Faisceaux constructibles sur les schémas noethériens
Si \(X\) est un schéma noethérien, toute partie localement fermée est une partie localement fermée constructible (Topologie, lemme 005L). Par conséquent, un faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\) est constructible si et seulement s’il existe une partition finie \(X = \coprod X_i\) telle que \(\mathcal{F}|_{X_i}\) soit localement constant fini. (Par convention, les parties d’une partition d’un espace topologique sont localement fermées, voir Topologie, section 09XY.) Autrement dit, on peut omettre l’adjectif “constructible” dans la définition 03RW. En fait, la catégorie des faisceaux constructibles sur les schémas noethériens possède quelques propriétés supplémentaires que nous répertorions dans cette section.
Proposition
Soit \(X\) un schéma noethérien. Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien.
Tout sous-faisceau ou faisceau quotient d’un faisceau constructible d’ensembles est constructible.
La catégorie des faisceaux abéliens constructibles sur \(X_\etale\) est une sous-catégorie de Serre (forte) de \(\textit{Ab}(X_\etale)\). En particulier, tout sous-faisceau et tout faisceau quotient d’un faisceau abélien constructible sur \(X_\etale\) sont constructibles.
La catégorie des faisceaux constructibles de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\) est une sous-catégorie de Serre (forte) de \(\textit{Mod}(X_\etale, \Lambda)\). En particulier, tout sous-module et tout module quotient d’un faisceau constructible de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\) sont constructibles.
Démonstration
Démontrons (1). Soit \(\mathcal{G} \subset \mathcal{F}\), où \(\mathcal{F}\) est un faisceau constructible d’ensembles sur \(X_\etale\). Soit \(\eta \in X\) un point générique d’une composante irréductible de \(X\). Par récurrence noethérienne, il suffit de trouver un voisinage ouvert \(U\) de \(\eta\) tel que \(\mathcal{G}|_U\) soit localement constant. Pour cela, on peut remplacer \(X\) par un voisinage étale de \(\eta\). On peut donc supposer que \(\mathcal{F}\) est constant et que \(X\) est irréductible.
Écrivons \(\mathcal{F} = \underline{S}\) pour un ensemble fini \(S\). Alors \(S' = \mathcal{G}_{\overline{\eta}} \subset S\); écrivons \(S' = \{s_1, \ldots, s_t\}\). Choisissons un voisinage étale \((U, \overline{u})\) de \(\overline{\eta}\) et des sections \(\sigma_1, \ldots, \sigma_t \in \mathcal{G}(U)\) qui ont pour images les \(s_i\) dans \(\mathcal{G}_{\overline{\eta}} \subset S\). Comme \(\sigma_i\) a pour image l’élément \(s_i \in S' \subset S = \Gamma(X, \mathcal{F})\), on voit que les deux images inverses de \(\sigma_i\) sur \(U \times_X U\) sont égales en tant que sections de \(\mathcal{G}\). Par la condition de faisceau pour \(\mathcal{G}\), on en déduit que \(\sigma_i\) provient d’une section de \(\mathcal{G}\) sur l’ouvert \(\Im(U \to X)\) de \(X\). Quitte à rétrécir \(X\), on peut supposer que \(\underline{S'} \subset \mathcal{G} \subset \underline{S}\). Alors \(\underline{S'} = \mathcal{G}\) d’après le lemme 09BG.
Soit \(\mathcal{F} \to \mathcal{Q}\) un morphisme surjectif, où \(\mathcal{F}\) est un faisceau constructible d’ensembles sur \(X_\etale\). Posons \(\mathcal{G} = \mathcal{F} \times_\mathcal{Q} \mathcal{F}\). La première partie de la démonstration montre que \(\mathcal{G}\) est constructible comme sous-faisceau de \(\mathcal{F} \times \mathcal{F}\). Il en résulte que \(\mathcal{Q}\) est constructible, voir le lemme 03RZ.
Démontrons (3). Nous savons déjà que les faisceaux constructibles de modules forment une sous-catégorie de Serre faible, voir le lemme 03RZ. Il suffit donc d’établir l’assertion concernant les sous-modules.
Soit \(\mathcal{G} \subset \mathcal{F}\) un sous-module d’un faisceau constructible de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\). Soit \(\eta \in X\) un point générique d’une composante irréductible de \(X\). Par récurrence noethérienne, il suffit de trouver un voisinage ouvert \(U\) de \(\eta\) tel que \(\mathcal{G}|_U\) soit localement constant. Pour cela, on peut remplacer \(X\) par un voisinage étale de \(\eta\). On peut donc supposer que \(\mathcal{F}\) est constant et que \(X\) est irréductible.
Écrivons \(\mathcal{F} = \underline{M}\) pour un \(\Lambda\)-module de type fini \(M\). Alors \(M' = \mathcal{G}_{\overline{\eta}} \subset M\). Choisissons un nombre fini d’éléments \(s_1, \ldots, s_t\) qui engendrent \(M'\) comme \(\Lambda\)-module. (C’est possible puisque \(\Lambda\) est noethérien et que \(M\) est de type fini.) Choisissons un voisinage étale \((U, \overline{u})\) de \(\overline{\eta}\) et des sections \(\sigma_1, \ldots, \sigma_t \in \mathcal{G}(U)\) qui ont pour images les \(s_i\) dans \(\mathcal{G}_{\overline{\eta}} \subset M\). Comme \(\sigma_i\) a pour image l’élément \(s_i \in M' \subset M = \Gamma(X, \mathcal{F})\), on voit que les deux images inverses de \(\sigma_i\) sur \(U \times_X U\) sont égales en tant que sections de \(\mathcal{G}\). Par la condition de faisceau pour \(\mathcal{G}\), on en déduit que \(\sigma_i\) provient d’une section de \(\mathcal{G}\) sur l’ouvert \(\Im(U \to X)\) de \(X\). Quitte à rétrécir \(X\), on peut supposer que \(\underline{M'} \subset \mathcal{G} \subset \underline{M}\). Alors \(\underline{M'} = \mathcal{G}\) d’après le lemme 09BG.
Démontrons (2). Cela se déduit de (3) de la manière habituelle. Nous omettons les détails.
Le lemme suivant affirme que tout objet de la catégorie abélienne des faisceaux constructibles sur \(X\) est “noethérien”, c’est-à-dire satisfait à la condition de chaîne ascendante pour les sous-objets.
Lemme
Soit \(X\) un schéma noethérien. Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Considérons des inclusions \[\mathcal{F}_1 \subset \mathcal{F}_2 \subset \mathcal{F}_3 \subset \ldots \subset \mathcal{F}\] dans la catégorie des faisceaux d’ensembles, de groupes abéliens ou de \(\Lambda\)-modules. Si \(\mathcal{F}\) est constructible, alors il existe \(n\) tel que l’on ait \(\mathcal{F}_n = \mathcal{F}_{n + 1} = \mathcal{F}_{n + 2} = \ldots\).
Démonstration
D’après la proposition 09BH, les \(\mathcal{F}_i\) et \(\colim \mathcal{F}_i\) sont constructibles. Le lemme résulte alors du lemme 095P.
Lemme
Soit \(X\) un schéma noethérien.
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau constructible d’ensembles sur \(X_\etale\). Il existe un monomorphisme de faisceaux \[\mathcal{F} \longrightarrow \prod\nolimits_{i = 1}^n f_{i, *}\underline{E_i}\] où \(f_i : Y_i \to X\) est un morphisme fini et \(E_i\) un ensemble fini.
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien constructible sur \(X_\etale\). Il existe un monomorphisme de faisceaux abéliens \[\mathcal{F} \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1}^n f_{i, *}\underline{M_i}\] où \(f_i : Y_i \to X\) est un morphisme fini et où \(M_i\) est un groupe abélien fini.
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau constructible de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\). Il existe un monomorphisme de faisceaux de modules \[\mathcal{F} \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1}^n f_{i, *}\underline{M_i}\] où \(f_i : Y_i \to X\) est un morphisme fini et où \(M_i\) est un \(\Lambda\)-module de type fini.
De plus, on peut supposer que chaque \(Y_i\) est irréductible et réduit, et s’envoie surjectivement sur un sous-schéma fermé irréductible et réduit \(Z_i \subset X\) tel que \(Y_i \to Z_i\) soit fini étale au-dessus d’un ouvert non vide de \(Z_i\).
Démonstration
Démontrons (1). Comme on dispose de la condition de chaîne ascendante pour les sous-faisceaux de \(\mathcal{F}\) (lemme 09YV), il suffit de montrer que, pour tout point \(x \in X\), on peut trouver un morphisme \(\varphi : \mathcal{F} \to f_*\underline{E}\), où \(f : Y \to X\) est fini et \(E\) est un ensemble fini, tel que \(\varphi_{\overline{x}} : \mathcal{F}_{\overline{x}} \to (f_*\underline{E})_{\overline{x}}\) soit injectif. (On peut éviter cet argument en choisissant une partition de \(X\) comme dans le lemme 095E et en construisant un \(Y_i \to X\) pour chaque composante irréductible de chaque partie.) Soit \(Z \subset X\) le sous-schéma réduit induit (Schémas, définition 01J4) sur \(\overline{\{x\}}\). Comme \(\mathcal{F}\) est constructible, il existe une extension finie séparable \(K/\kappa(x)\) telle que \(\mathcal{F}|_{\Spec(K)}\) soit le faisceau constant de valeur \(E\) pour un ensemble fini \(E\). Soit \(h : Y \to Z\) la normalisation de \(Z\) dans \(\Spec(K)\), et notons \(f : Y \to X\) le composé de \(h\) avec \(Z \to X\). D’après Morphismes, lemme 035L, on voit que \(Y\) est un schéma intègre normal. Comme \(K/\kappa(x)\) est une extension finie, il est clair que \(K\) est le corps des fonctions de \(Y\). Notons \(g : \Spec(K) \to Y\) l’inclusion. Le morphisme \(\mathcal{F}|_{\Spec(K)} \to \underline{E}\) correspond par adjonction à un morphisme \(\mathcal{F}|_Y \to g_*\underline{E} = \underline{E}\) (lemme 09Z5). Celui-ci correspond à son tour par adjonction à un morphisme \(\varphi : \mathcal{F} \to f_*\underline{E}\). Observons que le morphisme induit par \(\varphi\) sur la fibre en un point géométrique \(\overline{x}\) est injectif : on peut choisir un relèvement \(\overline{y} \in Y\) de \(\overline{x}\), et le diagramme commutatif \[\xymatrix{ \mathcal{F}_{\overline{x}} \ar@{=}[r] \ar[d] & (\mathcal{F}|_Y)_{\overline{y}} \ar@{=}[d] \\ (f_*\underline{E})_{\overline{x}} \ar[r] & \underline{E}_{\overline{y}} }\] prouve l’injectivité. Cependant, la démonstration n’est pas encore achevée, car le morphisme \(h : Y \to Z\) est entier, mais n’est pas fini en général6.
Pour résoudre le problème signalé dans la dernière phrase du paragraphe précédent, écrivons \(Y = \lim_{i \in I} Y_i\), où \(Y_i\) est irréductible, intègre et fini sur \(Z\); notons \(f_i : Y_i \to X\) les morphismes composés. Appliquons Properties, lemme 0817, à \(h_*\mathcal{O}_Y\), considéré comme un faisceau de \(\mathcal{O}_Z\)-algèbres, puis appliquons le foncteur \(\underline{\Spec}_Z\). Alors \(f_*\underline{E} = \colim f_{i, *}\underline{E}\) d’après le lemme 09Z1. D’après le lemme 09Z4, le morphisme \(\mathcal{F} \to f_*\underline{E}\) se factorise par \(f_{i, *}\underline{E}\) pour un certain \(i\). Comme \(Y_i \to Z\) est un morphisme fini entre schémas intègres et que l’extension de corps de fonctions induite par ce morphisme est finie séparable, on voit que le morphisme est fini étale au-dessus d’un ouvert non vide de \(Z\) (utiliser Algèbre, lemme 07ND; détails omis). Ceci achève la démonstration de (1).
Les démonstrations de (2) et (3) sont identiques à celle de (1).
Dans le lemme suivant, nous employons un procédé standard pour ramener une assertion très générale au cas noethérien.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé.
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau constructible d’ensembles sur \(X_\etale\). Il existe un monomorphisme de faisceaux \[\mathcal{F} \longrightarrow \prod\nolimits_{i = 1}^n f_{i, *}\underline{E_i}\] où \(f_i : Y_i \to X\) est un morphisme fini et de présentation finie et où \(E_i\) est un ensemble fini.
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien constructible sur \(X_\etale\). Il existe un monomorphisme de faisceaux abéliens \[\mathcal{F} \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1}^n f_{i, *}\underline{M_i}\] où \(f_i : Y_i \to X\) est un morphisme fini et de présentation finie et où \(M_i\) est un groupe abélien fini.
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau constructible de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\). Il existe un monomorphisme de faisceaux de modules \[\mathcal{F} \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1}^n f_{i, *}\underline{M_i}\] où \(f_i : Y_i \to X\) est un morphisme fini et de présentation finie et où \(M_i\) est un \(\Lambda\)-module de type fini.
Démonstration
Nous allons ramener ce lemme au cas noethérien par approximation noethérienne absolue. Plus précisément, d’après la proposition 01ZA de Limits, on peut écrire \(X = \lim_{t \in T} X_t\), où chaque \(X_t\) est de type fini sur \(\Spec(\mathbf{Z})\) et les morphismes de transition sont affines. D’après le lemme 09YU, la catégorie des faisceaux constructibles (d’ensembles, de groupes abéliens ou de \(\Lambda\)-modules) sur \(X_\etale\) est la limite inductive des catégories correspondantes sur \(X_t\). Ainsi, notre faisceau constructible \(\mathcal{F}\) est l’image inverse d’un faisceau constructible du même type \(\mathcal{F}_t\) sur \(X_t\) pour un certain \(t\). Appliquons alors le cas noethérien (lemme 09Z6) pour trouver un monomorphisme \[\mathcal{F}_t \longrightarrow \prod\nolimits_{i = 1}^n f_{i, *}\underline{E_i} \quad\text{ou}\quad \mathcal{F}_t \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1}^n f_{i, *}\underline{M_i}\] sur \(X_t\), pour certains morphismes finis \(f_i : Y_i \to X_t\). Comme \(X_t\) est noethérien, les morphismes \(f_i\) sont de présentation finie. Comme l’image inverse est exacte et que la formation de \(f_{i, *}\) commute au changement de base (lemme 0959), on conclut.
Lemme
Soit \(X\) un schéma noethérien. Soit \(E \subset X\) une partie stable par spécialisation.
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\) dont le support est contenu dans \(E\). Alors \(\mathcal{F} = \colim \mathcal{F}_i\) est une limite inductive filtrante de faisceaux abéliens constructibles \(\mathcal{F}_i\) tels que, pour tout \(i\), le support de \(\mathcal{F}_i\) soit contenu dans une partie fermée elle-même contenue dans \(E\).
Soient \(\Lambda\) un anneau noethérien et \(\mathcal{F}\) un faisceau de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\) dont le support est contenu dans \(E\). Alors \(\mathcal{F} = \colim \mathcal{F}_i\) est une limite inductive filtrante de faisceaux constructibles de \(\Lambda\)-modules \(\mathcal{F}_i\) tels que, pour tout \(i\), le support de \(\mathcal{F}_i\) soit contenu dans une partie fermée elle-même contenue dans \(E\).
Démonstration
Démontrons (1). On peut écrire \(\mathcal{F} = \colim_{i \in I} \mathcal{F}_i\), où \(\mathcal{F}_i\) est un faisceau abélien constructible, d’après le lemme 03SA. D’après la proposition 09BH, l’image \(\mathcal{F}'_i \subset \mathcal{F}\) du morphisme \(\mathcal{F}_i \to \mathcal{F}\) est constructible. Ainsi, \(\mathcal{F} = \colim \mathcal{F}'_i\), et le support de \(\mathcal{F}'_i\) est contenu dans \(E\). Comme le support de \(\mathcal{F}'_i\) est constructible (par notre définition des faisceaux constructibles), on voit que son adhérence est aussi contenue dans \(E\), voir par exemple Topologie, lemme 0903.
La démonstration du cas (2) est exactement la même et nous l’omettons.
Spécialisations et faisceaux étales
Image topologique : soit \(X\) un espace topologique et soit \(x' \leadsto x\) une spécialisation de points de \(X\). Alors tout voisinage ouvert de \(x\) contient \(x'\). Par conséquent, pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(X\), il existe un homomorphisme de spécialisation \[sp : \mathcal{F}_x \longrightarrow \mathcal{F}_{x'}\] entre les fibres, qui envoie la classe d’équivalence du couple \((U, s)\) dans \(\mathcal{F}_x\) sur la classe d’équivalence du couple \((U, s)\) dans \(\mathcal{F}_{x'}\); voir Faisceaux, section 0078, pour la description des fibres en termes de classes d’équivalence de couples. Cette application est bien entendu fonctorielle en \(\mathcal{F}\), autrement dit \(sp\) est une transformation de foncteurs.
Pour les faisceaux de la topologie étale, on peut imiter cette construction; voir [SGA4, Exposé VIII, 7.7, page 397]. Supposons donnés un schéma \(S\), un point géométrique \(\overline{s}\) de \(S\) et un point géométrique \(\overline{t}\) de \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\). Pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(S_\etale\), nous allons construire l’homomorphisme de spécialisation \[sp : \mathcal{F}_{\overline{s}} \longrightarrow \mathcal{F}_{\overline{t}}\] Nous avons ici commis un abus de langage : au lieu d’écrire \(\mathcal{F}_{\overline{t}}\), il faudrait écrire \(\mathcal{F}_{p(\overline{t})}\), où \(p : \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}) \to S\) est le morphisme canonique. Rappelons que \[\mathcal{F}_{\overline{s}} = \colim_{(U, \overline{u})} \mathcal{F}(U)\] où la limite inductive porte sur tous les voisinages étales \((U, \overline{u})\) de \((S, \overline{s})\); voir section 03PN. Comme \(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}\) est la fibre du faisceau structural, tout voisinage étale \((U, \overline{u})\) de \((S, \overline{s})\) fournit un homomorphisme canonique \(\mathcal{O}_{U, u} \to \mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}\). On obtient donc une unique factorisation \[\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}) \to U \to S\] Si \(\overline{v}\) désigne l’image de \(\overline{t}\) dans \(U\), alors \((U, \overline{v})\) est un voisinage étale de \((S, \overline{t})\). Cette construction définit un foncteur de la catégorie des voisinages étales de \((S, \overline{s})\) vers la catégorie des voisinages étales de \((S, \overline{t})\). On peut donc définir l’application \(sp : \mathcal{F}_{\overline{s}} \to \mathcal{F}_{\overline{t}}\) en envoyant la classe d’équivalence de \((U, \overline{u}, \sigma)\), où \(\sigma \in \mathcal{F}(U)\), sur la classe d’équivalence de \((U, \overline{v}, \sigma)\).
Soit \(K \in D(S_\etale)\). Pour \(\overline{s}\) et \(\overline{t}\) comme ci-dessus, on dispose de l’homomorphisme de spécialisation \[sp : K_{\overline{s}} \longrightarrow K_{\overline{t}} \quad\text{dans}\quad D(\textit{Ab})\] En effet, si \(K\) est représenté par le complexe \(\mathcal{F}^\bullet\) de faisceaux abéliens, on prend simplement l’application \[K_{\overline{s}} = \mathcal{F}^\bullet_{\overline{s}} \longrightarrow \mathcal{F}^\bullet_{\overline{t}} = K_{\overline{t}}\] qui est donnée terme à terme par les homomorphismes de spécialisation des faisceaux construits ci-dessus. Elle ne dépend pas du choix du complexe représentant \(K\), par exactitude des foncteurs fibres (autrement dit, prendre les fibres d’un complexe est bien défini sur la catégorie dérivée).
La construction est manifestement fonctorielle en le faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(S_\etale\). Si l’on considère les foncteurs fibres comme des morphismes de topos \(\overline{s}, \overline{t} : \textit{Ensembles} \to \Sh(S_\etale)\), alors on peut considérer \(sp\) comme un \(2\)-morphisme \[\xymatrix{ \textit{Ensembles} \rrtwocell^{\overline{t}}_{\overline{s}}{\ sp} & & \Sh(S_\etale) }\] de topos.
Remarque
Soient \(S\), \(\overline{s}\) et \(\overline{t}\) comme ci-dessus. Une autre manière de décrire l’homomorphisme de spécialisation consiste à utiliser \[\mathcal{F}_{\overline{s}} = \Gamma(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}), p^{-1}\mathcal{F}) \quad\text{et}\quad \mathcal{F}_{\overline{t}} = \Gamma(\overline{t}, \overline{t}^{-1}p^{-1}\mathcal{F})\] La première égalité résulte du Théorème 03Q9 appliqué à \(\text{id}_S : S \to S\), et la seconde résulte du Lemme 03Q1. On peut alors considérer \(sp\) comme l’application \[sp : \mathcal{F}_{\overline{s}} = \Gamma(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}), p^{-1}\mathcal{F}) \xrightarrow{\text{image inverse par }\overline{t}} \Gamma(\overline{t}, \overline{t}^{-1}p^{-1}\mathcal{F}) = \mathcal{F}_{\overline{t}}\]
Remarque
Soient \(S\), \(\overline{s}\) et \(\overline{t}\) comme ci-dessus. Une autre possibilité consiste à utiliser l’unique morphisme \[c : \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{t}}) \longrightarrow \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\] au-dessus de \(S\) qui est compatible avec le morphisme donné \(\overline{t} \to \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\) et le morphisme \(\overline{t} \to \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{t}})\). L’existence et l’unicité de la flèche affichée résultent d’Algèbre, Lemme 08HR, appliqué à \(\mathcal{O}_{S, s}\), \(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{t}}\) et \(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}} \to \kappa(\overline{t})\). On obtient \[sp : \mathcal{F}_{\overline{s}} = \Gamma(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}), \mathcal{F}) \xrightarrow{\text{image inverse par }c} \Gamma(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{t}}), \mathcal{F}) = \mathcal{F}_{\overline{t}}\] (avec les conventions de notation évidentes). En fait, ce procédé fonctionne également pour les objets \(K\) de \(D(S_\etale)\) : l’homomorphisme de spécialisation de \(K\) est égal à l’application \[sp : K_{\overline{s}} = R\Gamma(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}), K) \xrightarrow{\text{image inverse par }c} R\Gamma(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{t}}), K) = K_{\overline{t}}\] Les signes d’égalité sont valables, car la prise des sections globales sur les schémas strictement henséliens \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\) et \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{t}})\) est exacte (et revient à prendre les fibres en \(\overline{s}\) et \(\overline{t}\)); aucune difficulté liée au fait que \(K\) puisse être non borné n’apparaît donc.
Remarque
Soit \(S\) un schéma et soit \(t \leadsto s\) une spécialisation de points de \(S\). Choisissons des points géométriques \(\overline{t}\) et \(\overline{s}\) au-dessus de \(t\) et de \(s\). Comme \(t\) correspond à un point de \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s})\) d’après Schémas, Lemme 01J7, et comme \(\mathcal{O}_{S, s} \to \mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}\) est fidèlement plat, on peut trouver un point \(t' \in \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\) qui s’envoie sur \(t\). Puisque \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\) est une limite de schémas étales sur \(S\), l’extension \(\kappa(t')/\kappa(t)\) est algébrique séparable (mais généralement pas finie, bien entendu). Comme \(\kappa(\overline{t})\) est algébriquement clos, on peut choisir un plongement \(\kappa(t') \to \kappa(\overline{t})\) d’extensions de \(\kappa(t)\). Ce choix fournit un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \overline{t} \ar[d] \ar[r] & \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}) \ar[d] & \overline{s} \ar[l] \ar[d] \\ t \ar[r] & S & s \ar[l] }\] de points et de points géométriques. Ainsi, si \(t \leadsto s\), on peut toujours « relever » \(\overline{t}\) en un point géométrique du hensélisé strict de \(S\) en \(\overline{s}\) et obtenir les homomorphismes de spécialisation ci-dessus.
Lemme
Soit \(g : S' \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(S_\etale\). Soit \(\overline{s}'\) un point géométrique de \(S'\), et soit \(\overline{t}'\) un point géométrique de \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S', \overline{s}'})\). Posons \(\overline{s} = g(\overline{s}')\) et \(\overline{t} = h(\overline{t}')\), où \(h : \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S', \overline{s}'}) \to \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\) est le morphisme canonique. Pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(S_\etale\), l’homomorphisme de spécialisation \[sp : (g^{-1}\mathcal{F})_{\overline{s}'} \longrightarrow (g^{-1}\mathcal{F})_{\overline{t}'}\] est égal à l’homomorphisme de spécialisation \(sp : \mathcal{F}_{\overline{s}} \to \mathcal{F}_{\overline{t}}\) au moyen des identifications \((g^{-1}\mathcal{F})_{\overline{s}'} = \mathcal{F}_{\overline{s}}\) et \((g^{-1}\mathcal{F})_{\overline{t}'} = \mathcal{F}_{\overline{t}}\) du Lemme 03Q1.
Démonstration
Omis.
Lemme
Soit \(S\) un schéma tel que tout ouvert quasi-compact de \(S\) possède un nombre fini de composantes irréductibles (par exemple, si \(S\) a un espace topologique sous-jacent noethérien ou si \(S\) est localement noethérien). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau d’ensembles sur \(S_\etale\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(\mathcal{F}\) est localement constant fini;
toutes les fibres de \(\mathcal{F}\) sont des ensembles finis et tous les homomorphismes de spécialisation \(sp : \mathcal{F}_{\overline{s}} \to \mathcal{F}_{\overline{t}}\) sont bijectifs.
Démonstration
Supposons (2). Soit \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\) au-dessus de \(s \in S\). Pour démontrer (1), il faut trouver un voisinage étale \((U, \overline{u})\) de \((S, \overline{s})\) tel que \(\mathcal{F}|_U\) soit constant. On peut et on va supposer \(S\) affine.
Comme \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\) est fini, on peut choisir \((U, \overline{u})\), un entier \(n \geq 0\) et des éléments deux à deux distincts \(\sigma_1, \ldots, \sigma_n \in \mathcal{F}(U)\) tels que \(\{\sigma_1, \ldots, \sigma_n\} \subset \mathcal{F}(U)\) s’envoie bijectivement sur \(\mathcal{F}_{\overline{s}}\) par l’application \(\mathcal{F}(U) \to \mathcal{F}_{\overline{s}}\). Considérons le morphisme \[\varphi : \underline{\{1, \ldots, n\}} \longrightarrow \mathcal{F}|_U\] sur \(U_\etale\) défini par \(\sigma_1, \ldots, \sigma_n\). Ce morphisme induit une bijection sur les fibres en \(\overline{u}\) par construction. Considérons la partie \[E = \{u' \in U \mid \varphi_{\overline{u}'}\text{ est bijectif}\} \subset U\] Ici \(\overline{u}'\) est un point géométrique quelconque de \(U\) au-dessus de \(u'\) (la condition ne dépend pas du choix, par Remarque 04FN). L’image \(u \in U\) de \(\overline{u}\) appartient à \(E\). Notre hypothèse sur les homomorphismes de spécialisation de \(\mathcal{F}\), la Remarque 0GJ5 et le Lemme 0GJ6 montrent que \(E\) est stable par spécialisation et par générisation dans l’espace topologique \(U\).
Après avoir rétréci \(U\), on peut supposer \(U\) affine lui aussi. Par Descente, Lemme 0BAL, \(U\) possède un nombre fini de composantes irréductibles. Après avoir retiré celles qui ne passent pas par \(u\), on peut supposer que toute composante irréductible de \(U\) passe par \(u\). Puisque \(U\) est un espace topologique sobre, il s’ensuit que \(E = U\) et que \(\varphi\) est un isomorphisme par le Théorème 03PU. Ainsi, (1) est vérifiée.
Nous omettons la démonstration du fait que (1) implique (2).
Lemme
Soit \(S\) un schéma tel que tout ouvert quasi-compact de \(S\) possède un nombre fini de composantes irréductibles (par exemple, si \(S\) a un espace topologique sous-jacent noethérien ou si \(S\) est localement noethérien). Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau de \(\Lambda\)-modules sur \(S_\etale\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(\mathcal{F}\) est un faisceau localement constant de type fini de \(\Lambda\)-modules;
toutes les fibres de \(\mathcal{F}\) sont des \(\Lambda\)-modules de type fini et tous les homomorphismes de spécialisation \(sp : \mathcal{F}_{\overline{s}} \to \mathcal{F}_{\overline{t}}\) sont bijectifs.
Démonstration
La démonstration est la même que celle du Lemme 0GJ7. Supposons (2). Soit \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\) au-dessus de \(s \in S\). Pour démontrer (1), il faut trouver un voisinage étale \((U, \overline{u})\) de \((S, \overline{s})\) tel que \(\mathcal{F}|_U\) soit constant. On peut et on va supposer \(S\) affine.
Comme \(M = \mathcal{F}_{\overline{s}}\) est un \(\Lambda\)-module de type fini et que \(\Lambda\) est noethérien, on peut choisir une présentation \[\Lambda^{\oplus m} \xrightarrow{A} \Lambda^{\oplus n} \to M \to 0\] pour une matrice \(A = (a_{ji})\) à coefficients dans \(\Lambda\). On peut choisir \((U, \overline{u})\) et des éléments \(\sigma_1, \ldots, \sigma_n \in \mathcal{F}(U)\) tels que \(\sum a_{ji}\sigma_i = 0\) dans \(\mathcal{F}(U)\) et que les images des \(\sigma_i\) dans \(\mathcal{F}_{\overline{s}} = M\) soient celles des éléments de la base canonique de \(\Lambda^n\) dans la présentation de \(M\) donnée ci-dessus. Considérons le morphisme \[\varphi : \underline{M} \longrightarrow \mathcal{F}|_U\] sur \(U_\etale\) défini par \(\sigma_1, \ldots, \sigma_n\). Ce morphisme induit une bijection sur les fibres en \(\overline{u}\) par construction. Considérons la partie \[E = \{u' \in U \mid \varphi_{\overline{u}'}\text{ est bijectif}\} \subset U\] Ici \(\overline{u}'\) est un point géométrique quelconque de \(U\) au-dessus de \(u'\) (la condition ne dépend pas du choix, par Remarque 04FN). L’image \(u \in U\) de \(\overline{u}\) appartient à \(E\). Notre hypothèse sur les homomorphismes de spécialisation de \(\mathcal{F}\), la Remarque 0GJ5 et le Lemme 0GJ6 montrent que \(E\) est stable par spécialisation et par générisation dans l’espace topologique \(U\).
Après avoir rétréci \(U\), on peut supposer \(U\) affine lui aussi. Par Descente, Lemme 0BAL, \(U\) possède un nombre fini de composantes irréductibles. Après avoir retiré celles qui ne passent pas par \(u\), on peut supposer que toute composante irréductible de \(U\) passe par \(u\). Puisque \(U\) est un espace topologique sobre, il s’ensuit que \(E = U\) et que \(\varphi\) est un isomorphisme par le Théorème 03PU. Ainsi, (1) est vérifiée.
Nous omettons la démonstration du fait que (1) implique (2).
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(K \in D^+(X_\etale)\). Soit \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\) et soit \(\overline{t}\) un point géométrique de \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\). On a un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (Rf_*K)_{\overline{s}} \ar[r]_{sp} \ar@{=}[d] & (Rf_*K)_{\overline{t}} \ar@{=}[d] \\ R\Gamma(X \times_S \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}), K) \ar[r] & R\Gamma(X \times_S \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{t}}), K) }\] où la flèche horizontale inférieure est l’image inverse par le morphisme \(\text{id}_X \times c\), où \(c : \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{t}}) \to \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\) est le morphisme introduit dans la Remarque 0GJ4. Les flèches verticales sont données par le Théorème 03Q9.
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la description de \(sp\) donnée dans la Remarque 0GJ4.
Remarque
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(K \in D(X_\etale)\). Soit \(\overline{s}\) un point géométrique de \(S\) et soit \(\overline{t}\) un point géométrique de \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\). Soit \(c\) comme dans la Remarque 0GJ4. On peut toujours former un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (Rf_*K)_{\overline{s}} \ar[r] \ar[d]_{sp} & R\Gamma(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}), K) \ar[r] \ar[d]_{(\text{id}_X \times c)^{-1}} & R\Gamma(X_{\overline{s}}, K) \\ (Rf_*K)_{\overline{t}} \ar[r] & R\Gamma(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{t}}^{sh}), K) \ar[r] & R\Gamma(X_{\overline{t}}, K) }\] où les flèches horizontales sont celles de la Remarque 0GIX. En général, il n’existe pas de flèche verticale à droite entre les cohomologies de \(K\) sur les fibres qui complète ce diagramme, même dans le cas du Lemme 0GJ8.
Complexes à cohomologie constructible
Soit \(\Lambda\) un anneau. Notons \(D(X_\etale, \Lambda)\) la catégorie dérivée des faisceaux de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\). On note \(D^b(X_\etale, \Lambda)\) (respectivement \(D^+\), \(D^-\)) la sous-catégorie pleine des complexes bornés (respectivement bornés inférieurement, supérieurement) de \(D(X_\etale, \Lambda)\).
Définition
Soit \(X\) un schéma. Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. On note \(D_c(X_\etale, \Lambda)\) la sous-catégorie pleine de \(D(X_\etale, \Lambda)\) formée des complexes dont les faisceaux de cohomologie sont des faisceaux constructibles de \(\Lambda\)-modules.
Cette définition a un sens par le Lemme 03RZ et Catégories dérivées, section 06UP. Ainsi, \(D_c(X_\etale, \Lambda)\) est une sous-catégorie triangulée strictement pleine et saturée de \(D(X_\etale, \Lambda)\).
Lemme
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Si \(j : U \to X\) est un morphisme étale de schémas, alors
\(K|_U \in D_c(U_\etale, \Lambda)\) si \(K \in D_c(X_\etale, \Lambda)\);
\(j_!M \in D_c(X_\etale, \Lambda)\) si \(M \in D_c(U_\etale, \Lambda)\) et si le morphisme \(j\) est quasi-compact et quasi-séparé.
Démonstration
La première assertion est claire. La seconde résulte de l’exactitude de \(j_!\) et du Lemme 03S8.
Lemme
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Si \(K \in D_c(Y_\etale, \Lambda)\), alors \(Lf^*K \in D_c(X_\etale, \Lambda)\).
Démonstration
Cela résulte de l’exactitude de \(f^{-1} = f^*\) et du Lemme 095G.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soient \(K \in D(X_\etale, \Lambda)\) et \(b \in \mathbf{Z}\) tels que \(H^b(K)\) soit constructible. Il existe alors un faisceau \(\mathcal{F}\) qui est une somme directe finie de faisceaux \(j_{U!}\underline{\Lambda}\), où \(U \in \Ob(X_\etale)\) est affine, et un morphisme \(\mathcal{F}[-b] \to K\) dans \(D(X_\etale, \Lambda)\) qui induit une surjection \(\mathcal{F} \to H^b(K)\).
Démonstration
Représentons \(K\) par un complexe \(\mathcal{K}^\bullet\) de faisceaux de \(\Lambda\)-modules. Considérons la surjection \[\Ker(\mathcal{K}^b \to \mathcal{K}^{b + 1}) \longrightarrow H^b(K)\] Par Modules sur les sites, Lemme 093B on peut choisir une surjection \(\bigoplus_{i \in I} j_{U_i!} \underline{\Lambda} \to \Ker(\mathcal{K}^b \to \mathcal{K}^{b + 1})\) avec \(U_i\) affine. Pour toute partie finie \(I' \subset I\), notons \(\mathcal{H}_{I'} \subset H^b(K)\) l’image de \(\bigoplus_{i \in I'} j_{U_i!} \underline{\Lambda}\). Par le Lemme 095P, on a \(\mathcal{H}_{I'} = H^b(K)\) pour une partie finie \(I' \subset I\). Le lemme s’ensuit en prenant \(\mathcal{F} = \bigoplus_{i \in I'} j_{U_i!} \underline{\Lambda}\).
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(K \in D^-(X_\etale, \Lambda)\). Alors les conditions suivantes sont équivalentes :
\(K\) appartient à \(D_c(X_\etale, \Lambda)\);
\(K\) peut être représenté par un complexe borné supérieurement dont les termes sont des sommes directes finies de \(j_{U!}\underline{\Lambda}\), où \(U \in \Ob(X_\etale)\) est affine;
\(K\) peut être représenté par un complexe borné supérieurement de faisceaux constructibles plats de \(\Lambda\)-modules.
Démonstration
Il est clair que (2) implique (3) et que (3) implique (1). Supposons que \(K\) appartienne à \(D_c^-(X_\etale, \Lambda)\). Supposons que \(H^i(K) = 0\) pour \(i > b\). Par récurrence sur \(a\), nous allons construire un complexe \(\mathcal{F}^a \to \ldots \to \mathcal{F}^b\) tel que chaque \(\mathcal{F}^i\) soit une somme directe finie de \(j_{U!}\underline{\Lambda}\), avec \(U \in \Ob(X_\etale)\) affine, et un morphisme \(\mathcal{F}^\bullet \to K\) qui induise un isomorphisme \(H^i(\mathcal{F}^\bullet) \to H^i(K)\) pour \(i > a\) et une surjection \(H^a(\mathcal{F}^\bullet) \to H^a(K)\). Pour \(a = b\), cela résulte du Lemme 095Z. Une telle donnée étant construite, choisissons un triangle distingué \[\mathcal{F}^\bullet \to K \to L \to \mathcal{F}^\bullet[1]\] On voit alors que \(H^i(L) = 0\) pour \(i \geq a\). Choisissons \(\mathcal{F}^{a - 1}[-a +1] \to L\) comme dans le Lemme 095Z. Le composé \(\mathcal{F}^{a - 1}[-a +1] \to L \to \mathcal{F}^\bullet\) correspond à un morphisme \(\mathcal{F}^{a - 1} \to \mathcal{F}^a\) dont le composé avec \(\mathcal{F}^a \to \mathcal{F}^{a + 1}\) est nul. Par TR4, on obtient un morphisme \[(\mathcal{F}^{a - 1} \to \ldots \to \mathcal{F}^b) \to K\] dans \(D(X_\etale, \Lambda)\). Cela achève l’étape de récurrence et la démonstration du lemme.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soient \(K, L \in D_c^-(X_\etale, \Lambda)\). Alors \(K \otimes_\Lambda^\mathbf{L} L\) appartient à \(D_c^-(X_\etale, \Lambda)\).
Démonstration
Tor-dimension finie et cohomologie constructible
Soit \(X\) un schéma et soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Une sous-catégorie fréquemment utilisée de la catégorie dérivée \(D_c(X_\etale, \Lambda)\) définie à la section 095V est la sous-catégorie pleine formée des objets de tor-dimension (localement) finie. En voici la définition formelle.
Définition
Soit \(X\) un schéma. Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. On note \(D_{ctf}(X_\etale, \Lambda)\) la sous-catégorie pleine de \(D_c(X_\etale, \Lambda)\) formée des objets de tor-dimension localement finie.
C’est une sous-catégorie triangulée strictement pleine et saturée de \(D_c(X_\etale, \Lambda)\) et de \(D(X_\etale, \Lambda)\). D’après nos conventions, voir Cohomologie sur les sites, Définition 08FZ, on a \[D_{ctf}(X_\etale, \Lambda) \subset D^b_c(X_\etale, \Lambda) \subset D^b(X_\etale, \Lambda)\] si \(X\) est quasi-compact. Le Lemme 03TT donne une bonne description des objets de \(D_{ctf}(X_\etale, \Lambda)\).
Remarque
Les objets de la catégorie dérivée \(D_{ctf}(X_\etale, \Lambda)\) possèdent, en un certain sens, de meilleures propriétés globales que les objets parfaits de \(D(\mathcal{O}_X)\). En effet, un complexe de \(\mathcal{O}_X\)-modules peut être localement quasi-isomorphe à un complexe fini dont les termes sont des \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de type fini, sans être globalement quasi-isomorphe à un complexe borné de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres. Le lemme suivant montre que cela ne se produit pas pour \(D_{ctf}\) sur un schéma noethérien.
Lemme
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(K \in D(X_\etale, \Lambda)\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(K \in D_{ctf}(X_\etale, \Lambda)\);
\(K\) peut être représenté par un complexe fini de faisceaux constructibles plats de \(\Lambda\)-modules.
En fait, si \(K\) est d’amplitude de Tor contenue dans \([a, b]\), on peut représenter \(K\) par un complexe \(\mathcal{F}^a \to \ldots \to \mathcal{F}^b\) où \(\mathcal{F}^p\) est un faisceau constructible plat de \(\Lambda\)-modules.
Démonstration
Il est clair qu’un complexe fini de faisceaux constructibles plats de \(\Lambda\)-modules est de tor-dimension finie. Il est également clair qu’il appartient à \(D_c(X_\etale, \Lambda)\). Ainsi, (2) implique (1).
Supposons (1). Choisissons \(a, b \in \mathbf{Z}\) tels que \(H^i(K \otimes_\Lambda^\mathbf{L} \mathcal{G}) = 0\) si \(i \not \in [a, b]\), pour tout faisceau de \(\Lambda\)-modules \(\mathcal{G}\). Nous démontrerons la dernière assertion par récurrence sur \(b - a\). Si \(a = b\), alors \(K = H^a(K)[-a]\) est un faisceau constructible plat et le résultat est acquis. Supposons maintenant \(b > a\). Représentons \(K\) par un complexe \(\mathcal{K}^\bullet\) de faisceaux de \(\Lambda\)-modules. Considérons la surjection \[\Ker(\mathcal{K}^b \to \mathcal{K}^{b + 1}) \longrightarrow H^b(K)\] Par le Lemme 095N, on peut trouver un nombre fini de schémas affines \(U_i\) étales sur \(X\) et une surjection \(\bigoplus j_{U_i!}\underline{\Lambda}_{U_i} \to H^b(K)\). Après avoir remplacé les \(U_i\) par des recouvrements étales standard \(\{U_{ij} \to U_i\}\), on peut supposer que cette surjection se relève en un morphisme \(\mathcal{F} = \bigoplus j_{U_i!}\underline{\Lambda}_{U_i} \to \Ker(\mathcal{K}^b \to \mathcal{K}^{b + 1})\). Ce morphisme détermine un triangle distingué \[\mathcal{F}[-b] \to K \to L \to \mathcal{F}[-b + 1]\] dans \(D(X_\etale, \Lambda)\). Comme \(D_{ctf}(X_\etale, \Lambda)\) est une sous-catégorie triangulée, \(L\) lui appartient également. En fait, \(L\) est d’amplitude de Tor contenue dans \([a, b - 1]\), puisque \(\mathcal{F}\) se surjecte sur \(H^b(K)\) (nous omettons les détails). Par l’hypothèse de récurrence, il existe un complexe fini \(\mathcal{F}^a \to \ldots \to \mathcal{F}^{b - 1}\) de faisceaux constructibles plats de \(\Lambda\)-modules qui représente \(L\). Le morphisme \(L \to \mathcal{F}[-b + 1]\) correspond à un morphisme \(\mathcal{F}^{b-1} \to \mathcal{F}\) qui annule l’image de \(\mathcal{F}^{b-2} \to \mathcal{F}^{b-1}\). Posons \(\mathcal{F}^b=\mathcal{F}\); il résulte alors de l’axiome TR3 que \(K\) est représenté par le complexe \[\mathcal{F}^a \to \ldots \to \mathcal{F}^{b - 1} \to \mathcal{F}^b\] ce qui achève la démonstration.
Remarque
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(X\) un schéma. Pour un complexe borné \(K^\bullet\) de faisceaux constructibles plats de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\), chaque fibre \(K^p_{\overline{x}}\) est un \(\Lambda\)-module projectif de type fini. Les fibres du complexe sont donc des complexes parfaits de \(\Lambda\)-modules.
Lemme
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Si \(j : U \to X\) est un morphisme étale de schémas, alors
\(K|_U \in D_{ctf}(U_\etale, \Lambda)\) si \(K \in D_{ctf}(X_\etale, \Lambda)\);
\(j_!M \in D_{ctf}(X_\etale, \Lambda)\) si \(M \in D_{ctf}(U_\etale, \Lambda)\) et si le morphisme \(j\) est quasi-compact et quasi-séparé.
Démonstration
Le moyen le plus simple de démontrer ce lemme est peut-être de se ramener au cas où \(X\) est affine, puis d’appliquer le Lemme 03TT pour le reformuler comme un énoncé sur les complexes finis de faisceaux constructibles plats de \(\Lambda\)-modules; le résultat découle alors du Lemme 03S8.
Lemme
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Si \(K \in D_{ctf}(Y_\etale, \Lambda)\), alors \(Lf^*K \in D_{ctf}(X_\etale, \Lambda)\).
Démonstration
Appliquons le Lemme 03TT pour nous ramener à une question sur les complexes finis de faisceaux constructibles plats de \(\Lambda\)-modules. L’énoncé résulte alors de l’exactitude de \(f^{-1} = f^*\) et du Lemme 095G.
Lemme
Soit \(X\) un schéma connexe. Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien. Soit \(K \in D_{ctf}(X_\etale, \Lambda)\) à faisceaux de cohomologie localement constants. Il existe alors un complexe fini de \(\Lambda\)-modules projectifs de type fini \(M^\bullet\) et un recouvrement étale \(\{U_i \to X\}\) tels que \(K|_{U_i} \cong \underline{M^\bullet}|_{U_i}\) dans \(D(U_{i, \etale}, \Lambda)\).
Démonstration
Choisissons un recouvrement étale \(\{U_i \to X\}\) tel que \(K|_{U_i}\) soit constant, disons \(K|_{U_i} \cong \underline{M_i^\bullet}_{U_i}\) pour un complexe fini de \(\Lambda\)-modules \(M_i^\bullet\) de type fini. Voir Cohomologie sur les sites, Lemme 094G. Remarquons que \(U_i \times_X U_j\) est vide si \(M_i^\bullet\) n’est pas isomorphe à \(M_j^\bullet\) dans \(D(\Lambda)\). Pour chaque complexe de \(\Lambda\)-modules \(M^\bullet\), posons \(I_{M^\bullet} = \{i \in I \mid M_i^\bullet \cong M^\bullet\text{ dans }D(\Lambda)\}\). Comme les morphismes étales sont ouverts, \(U_{M^\bullet} = \bigcup_{i \in I_{M^\bullet}} \Im(U_i \to X)\) est une partie ouverte de \(X\). Alors \(X = \coprod U_{M^\bullet}\) est un recouvrement ouvert disjoint de \(X\). Comme \(X\) est connexe, un seul \(U_{M^\bullet}\) est non vide. Puisque \(K\) appartient à \(D_{ctf}(X_\etale, \Lambda)\), \(M^\bullet\) est un complexe parfait de \(\Lambda\)-modules; voir Compléments d’algèbre, Lemme 0658. On peut donc supposer que \(M^\bullet\) est un complexe fini de \(\Lambda\)-modules projectifs de type fini.
Faisceaux de torsion
Voici une brève section sur les faisceaux abéliens de torsion et leur cohomologie étale. Soit \(\mathcal{C}\) un site. Nous avons montré dans Cohomologie sur les sites, Lemme 0DD7, que tout objet de \(D(\mathcal{C})\) dont les faisceaux de cohomologie sont de torsion peut être représenté par un complexe dont tous les termes sont de torsion.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé.
Si \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\), alors \(H^n_\etale(X, \mathcal{F})\) est un groupe abélien de torsion pour tout \(n\).
Si \(K\) dans \(D^+(X_\etale)\) a des faisceaux de cohomologie de torsion, alors \(H^n_\etale(X, K)\) est un groupe abélien de torsion pour tout \(n\).
Démonstration
Pour démontrer (1), écrivons \(\mathcal{F} = \bigcup_d \mathcal{F}[d]\), où \(\mathcal{F}[d]\) est le sous-faisceau de \(d\)-torsion. Par le Lemme 03Q5, on a \(H^n_\etale(X, \mathcal{F}) = \colim H^n_\etale(X, \mathcal{F}[d])\). Cela démontre (1), car \(H^n_\etale(X, \mathcal{F}[d])\) est annulé par \(d\).
Pour démontrer (2), on peut utiliser la suite spectrale \(E_2^{p, q} = H^p_\etale(X, H^q(K))\) qui aboutit à \(H^n_\etale(X, K)\) (Catégories dérivées, Lemme 015J) et le résultat pour les faisceaux.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas quasi-compact et quasi-séparé.
Si \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\), alors \(R^nf_*\mathcal{F}\) est un faisceau abélien de torsion sur \(Y_\etale\) pour tout \(n\).
Si \(K\) dans \(D^+(X_\etale)\) a des faisceaux de cohomologie de torsion, alors \(Rf_*K\) est un objet de \(D^+(Y_\etale)\) dont les faisceaux de cohomologie sont des faisceaux abéliens de torsion.
Démonstration
Démontrons (1). Rappelons que \(R^nf_*\mathcal{F}\) est le faisceau associé au préfaisceau \(V \mapsto H^n_\etale(X \times_Y V, \mathcal{F})\) sur \(Y_\etale\). Voir Cohomologie sur les sites, Lemme 072W. Si l’on choisit \(V\) affine, alors \(X \times_Y V\) est quasi-compact et quasi-séparé puisque \(f\) l’est; on peut donc appliquer le Lemme 0DDC pour voir que \(H^n_\etale(X \times_Y V, \mathcal{F})\) est de torsion.
Démontrons (2). Rappelons que \(R^nf_*K\) est le faisceau associé au préfaisceau \(V \mapsto H^n_\etale(X \times_Y V, K)\) sur \(Y_\etale\). Voir Cohomologie sur les sites, Lemme 0D6I. Si l’on choisit \(V\) affine, alors \(X \times_Y V\) est quasi-compact et quasi-séparé puisque \(f\) l’est; on peut donc appliquer le Lemme 0DDC pour voir que \(H^n_\etale(X \times_Y V, K)\) est de torsion.
Cohomologie à supports dans un sous-schéma fermé
Soit \(X\) un schéma et soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(X_\etale\). Posons \[\Gamma_Z(X, \mathcal{F}) = \{s \in \mathcal{F}(X) \mid \text{Supp}(s) \subset Z\}\] pour le groupe des sections à support dans \(Z\) (Définition 04FS). C’est un foncteur exact à gauche, qui n’est pas exact en général. On obtient donc un foncteur dérivé \[R\Gamma_Z(X, -) : D(X_\etale) \longrightarrow D(\textit{Ab})\] et les groupes de cohomologie à support dans \(Z\) définis par \(H^q_Z(X, \mathcal{F}) = R^q\Gamma_Z(X, \mathcal{F})\).
Soit \(\mathcal{I}\) un faisceau abélien injectif sur \(X_\etale\). Posons \(U = X \setminus Z\). Alors l’application de restriction \(\mathcal{I}(X) \to \mathcal{I}(U)\) est surjective (Cohomologie sur les sites, Lemme 093X) et son noyau est \(\Gamma_Z(X, \mathcal{I})\). Il s’ensuit immédiatement que, pour \(K \in D(X_\etale)\), il existe un triangle distingué \[R\Gamma_Z(X, K) \to R\Gamma(X, K) \to R\Gamma(U, K) \to R\Gamma_Z(X, K)[1]\] dans \(D(\textit{Ab})\). On en déduit une longue suite exacte de cohomologie \[\ldots \to H^i_Z(X, K) \to H^i(X, K) \to H^i(U, K) \to H^{i + 1}_Z(X, K) \to \ldots\] pour tout \(K\) de \(D(X_\etale)\).
Pour un faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), on peut considérer le sous-faisceau des sections à support dans \(Z\), noté \(\mathcal{H}_Z(\mathcal{F})\), défini par la règle \[\mathcal{H}_Z(\mathcal{F})(U) = \{s \in \mathcal{F}(U) \mid \text{Supp}(s) \subset U \times_X Z\}\] Nous utilisons ici le support d’une section défini dans la Définition 04FS. Grâce à l’équivalence de la Proposition 04CA, on peut considérer \(\mathcal{H}_Z(\mathcal{F})\) comme un faisceau abélien sur \(Z_\etale\). On obtient ainsi un foncteur \[\textit{Ab}(X_\etale) \longrightarrow \textit{Ab}(Z_\etale),\quad \mathcal{F} \longmapsto \mathcal{H}_Z(\mathcal{F})\] qui est exact à gauche, mais qui n’est pas exact en général.
Lemme
Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée de schémas. Soit \(\mathcal{I}\) un faisceau abélien injectif sur \(X_\etale\). Alors \(\mathcal{H}_Z(\mathcal{I})\) est un faisceau abélien injectif sur \(Z_\etale\).
Démonstration
Remarquons que, pour tout faisceau abélien \(\mathcal{G}\) sur \(Z_\etale\), on a \[\Hom_Z(\mathcal{G}, \mathcal{H}_Z(\mathcal{F})) = \Hom_X(i_*\mathcal{G}, \mathcal{F})\] car toute section de \(i_*\mathcal{G}\) a son support dans \(Z\). Comme \(i_*\) est exact (section 04E1) et que \(\mathcal{I}\) est injectif sur \(X_\etale\), on en conclut que \(\mathcal{H}_Z(\mathcal{I})\) est injectif sur \(Z_\etale\).
Notons \[R\mathcal{H}_Z : D(X_\etale) \longrightarrow D(Z_\etale)\] le foncteur dérivé. Posons \(\mathcal{H}^q_Z(\mathcal{F}) = R^q\mathcal{H}_Z(\mathcal{F})\), de sorte que \(\mathcal{H}^0_Z(\mathcal{F}) = \mathcal{H}_Z(\mathcal{F})\). Par le lemme précédent, on dispose d’une suite spectrale de Grothendieck \[E_2^{p, q} = H^p(Z, \mathcal{H}^q_Z(\mathcal{F})) \Rightarrow H^{p + q}_Z(X, \mathcal{F})\]
Lemme
Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée de schémas. Soit \(\mathcal{G}\) un faisceau abélien injectif sur \(Z_\etale\). Alors \(\mathcal{H}^p_Z(i_*\mathcal{G}) = 0\) pour \(p > 0\).
Démonstration
Cela est vrai parce que le foncteur \(i_*\) est exact et transforme les faisceaux abéliens injectifs en faisceaux abéliens injectifs (Cohomologie sur les sites, Lemme 0730).
Lemme
Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée de schémas. Soit \(j : U \to X\) l’inclusion du complémentaire de \(Z\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(X_\etale\). Il existe un triangle distingué \[i_*R\mathcal{H}_Z(\mathcal{F}) \to \mathcal{F} \to Rj_*(\mathcal{F}|_U) \to i_*R\mathcal{H}_Z(\mathcal{F})[1]\] dans \(D(X_\etale)\). Il donne une suite exacte \[0 \to i_*\mathcal{H}_Z(\mathcal{F}) \to \mathcal{F} \to j_*(\mathcal{F}|_U) \to i_*\mathcal{H}^1_Z(\mathcal{F}) \to 0\] et des isomorphismes \(R^pj_*(\mathcal{F}|_U) \cong i_*\mathcal{H}^{p + 1}_Z(\mathcal{F})\) pour \(p \geq 1\).
Démonstration
Pour obtenir le triangle distingué, choisissons une résolution injective \(\mathcal{F} \to \mathcal{I}^\bullet\). On obtient alors une suite exacte courte de complexes \[0 \to i_*\mathcal{H}_Z(\mathcal{I}^\bullet) \to \mathcal{I}^\bullet \to j_*(\mathcal{I}^\bullet|_U) \to 0\] d’après la discussion précédente. Cela fournit le triangle distingué, par Catégories dérivées, section 014Z.
Soit \(X\) un schéma et soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé. On note \(D_Z(X_\etale)\) la sous-catégorie triangulée strictement pleine et saturée de \(D(X_\etale)\) formée des complexes dont les faisceaux de cohomologie sont à support dans \(Z\). Remarquons que \(D_Z(X_\etale)\) ne dépend que de la partie fermée sous-jacente de \(X\).
Lemme
Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée de schémas. Le foncteur \(Ri_{small, *} = i_{small, *} : D(Z_\etale) \to D(X_\etale)\) induit une équivalence \(D(Z_\etale) \to D_Z(X_\etale)\) dont un quasi-inverse est \[i_{small}^{-1}|_{D_Z(X_\etale)} = R\mathcal{H}_Z|_{D_Z(X_\etale)}\]
Démonstration
Rappelons que \(i_{small}^{-1}\) et \(i_{small, *}\) forment une paire de foncteurs adjoints exacts telle que \(i_{small}^{-1}i_{small, *}\) soit isomorphe au foncteur identité sur les faisceaux abéliens. Voir la Proposition 04CA et le Lemme 03Q1. Ainsi, \(i_{small, *} : D(Z_\etale) \to D_Z(X_\etale)\) est pleinement fidèle et \(i_{small}^{-1}\) en fournit un inverse à gauche. D’autre part, supposons que \(K\) soit un objet de \(D_Z(X_\etale)\) et considérons le morphisme d’adjonction \(K \to i_{small, *}i_{small}^{-1}K\). Par exactitude de \(i_{small, *}\) et de \(i_{small}^{-1}\), il induit sur les faisceaux de cohomologie les morphismes d’adjonction \(H^n(K) \to i_{small, *}i_{small}^{-1}H^n(K)\). Comme ces faisceaux de cohomologie sont à support dans \(Z\), ces morphismes d’adjonction sont des isomorphismes; on en conclut que \(D(Z_\etale) \to D_Z(X_\etale)\) est une équivalence.
Pour achever la démonstration, il faut montrer que \(R\mathcal{H}_Z(K) = i_{small}^{-1}K\) si \(K\) est un objet de \(D_Z(X_\etale)\). Pour cela, on peut utiliser l’égalité \(K = i_{small, *}i_{small}^{-1}K\) que l’on vient de démontrer. On peut alors choisir un représentant K-injectif \(\mathcal{I}^\bullet\) de \(i_{small}^{-1}K\). Comme \(i_{small, *}\) est l’adjoint à droite du foncteur exact \(i_{small}^{-1}\), le complexe \(i_{small, *}\mathcal{I}^\bullet\) est K-injectif (Catégories dérivées, Lemme 08BJ). On voit que \(R\mathcal{H}_Z(K)\) est calculé par \(\mathcal{H}_Z(i_{small, *}\mathcal{I}^\bullet) = \mathcal{I}^\bullet\) comme voulu.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé, et soit \(i : Z \to X\) l’immersion canonique. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent et notons \(\mathcal{F}^a\) le faisceau quasi-cohérent associé sur le petit site étale de \(X\) (Proposition 03OG). Alors
\(H^q_Z(X, \mathcal{F})\) s’identifie à \(H^q_Z(X_\etale, \mathcal{F}^a)\);
si le complémentaire de \(Z\) est rétrocompact dans \(X\), alors \(i_*\mathcal{H}^q_Z(\mathcal{F}^a)\) est un faisceau quasi-cohérent de \(\mathcal{O}_X\)-modules égal à \((i_*\mathcal{H}^q_Z(\mathcal{F}))^a\).
Démonstration
Soit \(j : U \to X\) l’inclusion du complémentaire de \(Z\). L’assertion (1) sur les groupes de cohomologie résulte des longues suites exactes de cohomologie à supports et des identifications \(H^q(X_\etale, \mathcal{F}^a) = H^q(X, \mathcal{F})\) et \(H^q(U_\etale, \mathcal{F}^a) = H^q(U, \mathcal{F})\); voir le Théorème 03P2. Si \(j : U \to X\) est un morphisme quasi-compact, c’est-à-dire si \(U \subset X\) est rétrocompact, alors \(R^qj_*\) transforme les faisceaux quasi-cohérents en faisceaux quasi-cohérents (Cohomologie des schémas, Lemme 01XJ) et commute à la formation du faisceau associé sur les sites étales (Descente, Lemme 071N). On conclut en appliquant le Lemme 0A45.
Schémas dont les anneaux locaux sont strictement henséliens
Dans cette section, nous rassemblons quelques résultats sur la cohomologie étale des schémas dont les anneaux locaux sont strictement henséliens. Voici par exemple une généralisation utile du Lemme 03QO.
Lemme
Soit \(S\) un schéma dont tous les anneaux locaux sont strictement henséliens. Alors, pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(S_\etale\), on a \(H^i(S_\etale, \mathcal{F}) = H^i(S_{Zar}, \mathcal{F})\).
Démonstration
Soit \(\epsilon : S_\etale \to S_{Zar}\) le morphisme de sites défini par le foncteur d’inclusion. Le faisceau de Zariski \(R^p\epsilon_*\mathcal{F}\) est le faisceau associé au préfaisceau \(U \mapsto H^p_\etale(U, \mathcal{F})\). Sa fibre en \(x \in S\) est donc \(\colim H^p_\etale(U, \mathcal{F}) = H^p_\etale(\Spec(\mathcal{O}_{S, x}), \mathcal{G}_x)\), où \(\mathcal{G}_x\) désigne l’image inverse de \(\mathcal{F}\) sur \(\Spec(\mathcal{O}_{S, x})\); voir le Lemme 03Q6. Ainsi, les faisceaux d’images directes supérieures \(R^p\epsilon_*\mathcal{F}\) sont nuls d’après le Lemme 03QO, et l’on conclut par la suite spectrale de Leray.
Lemme
Soit \(R\) un anneau dont tous les anneaux locaux sont strictement henséliens. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(\Spec(R)_\etale\). Supposons que, pour tous \(f,g\in R\), le noyau de \[H^1_\etale(D(f + g), \mathcal{F}) \longrightarrow H^1_\etale(D(f(f + g)), \mathcal{F}) \oplus H^1_\etale(D(g(f + g)), \mathcal{F})\] soit nul. Alors \(H^q_\etale(\Spec(R), \mathcal{F}) = 0\) pour \(q > 0\).
Démonstration
D’après le Lemme 09AX, la cohomologie étale de \(\mathcal{F}\) coïncide avec sa cohomologie de Zariski sur tout ouvert de \(\Spec(R)\). Nous démontrerons par récurrence sur \(i\) l’assertion suivante : pour \(h \in R\), on a \(H^q_\etale(D(h), \mathcal{F}) = 0\) si \(1 \leq q \leq i\). Le cas initial \(i = 0\) est trivial. Supposons \(i \geq 1\).
Soient \(\xi \in H^q_\etale(D(h), \mathcal{F})\), avec \(1 \leq q \leq i\), et \(h \in R\). Si \(q < i\), la récurrence conclut; supposons donc \(q = i\). Après avoir remplacé \(R\) par \(R_h\), on peut supposer que \(\xi \in H^i_\etale(\Spec(R), \mathcal{F})\); nous omettons quelques détails. Soit \(I \subset R\) l’ensemble des éléments \(f \in R\) tels que \(\xi|_{D(f)} = 0\). Comme \(\xi\) est localement nulle pour la topologie de Zariski, pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\), il existe \(f \in I\) tel que \(f \not \in \mathfrak p\). Si l’on montre que \(I\) est un idéal, alors \(1 \in I\) et la preuve sera achevée. Il est clair que \(f \in I\) et \(r \in R\) impliquent \(rf \in I\). Supposons donc \(f,g \in I\) et montrons que \(f + g \in I\). Si \(q = i = 1\), c’est exactement l’hypothèse du lemme, d’où le résultat pour \(i = 1\). Si \(q = i > 1\), remarquons que \[D(f + g) = D(f(f + g)) \cup D(g(f + g))\] Par Mayer–Vietoris (Cohomologie, Lemme 01EB, qui s’applique puisque, sur les sous-schémas ouverts de \(\Spec(R)\), la cohomologie étale coïncide avec la cohomologie de Zariski), on dispose d’une suite exacte \[\xymatrix{ H^{i - 1}_\etale(D(fg(f + g)), \mathcal{F}) \ar[d] \\ H^i_\etale(D(f + g), \mathcal{F}) \ar[d] \\ H^i_\etale(D(f(f + g)), \mathcal{F}) \oplus H^i_\etale(D(g(f + g)), \mathcal{F}) }\] et le résultat s’ensuit, puisque le premier groupe est nul par récurrence.
Lemme
Soit \(S\) un schéma affine tel que (1) tous ses points soient fermés et (2) tous ses corps résiduels soient séparablement clos. Alors, pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(S_\etale\), on a \(H^i(S_\etale, \mathcal{F}) = 0\) pour \(i > 0\).
Démonstration
La condition (1) implique que l’espace topologique sous-jacent à \(S\) est profini; voir Algèbre, Lemme 04MG. Les groupes de cohomologie supérieure d’un faisceau abélien sur l’espace topologique \(S\) (c’est-à-dire la cohomologie de Zariski) sont donc nuls; voir Cohomologie, Lemme 0A3F. Les anneaux locaux sont strictement henséliens d’après Algèbre, Lemme 06RS. La cohomologie étale de \(S\) se calcule donc par la cohomologie de Zariski d’après le Lemme 09AX, ce qui achève la démonstration.
Le spectre d’un anneau absolument intégralement clos est un exemple de schéma dont tous les anneaux locaux sont strictement henséliens; voir Compléments d’algèbre, Lemme 0DCS. Les domaines normaux à corps des fractions séparablement clos possèdent même une propriété plus forte, comme l’explique le lemme suivant.
Lemme
Soit \(X\) un schéma intègre normal à corps des fonctions séparablement clos.
Tout morphisme étale séparé \(U \to X\) est une réunion disjointe d’immersions ouvertes.
Tous les anneaux locaux de \(X\) sont strictement henséliens.
Démonstration
Soit \(R\) un domaine normal dont le corps des fractions est séparablement clos. Soit \(R \to A\) un homomorphisme d’anneaux étale. Alors \(A \otimes_R K\) est, comme \(K\)-algèbre, un produit fini \(\prod_{i=1}^n K\) de copies de \(K\). Soient \(e_i\), \(i = 1, \ldots, n\), les idempotents correspondants de \(A \otimes_R K\). Comme \(A\) est normal (Algèbre, Lemme 033C), les idempotents \(e_i\) appartiennent à \(A\) (Algèbre, Lemme 034M). Ainsi \(A = \prod Ae_i\), et l’on peut supposer \(A \otimes_R K = K\). Puisque \(A \subset A \otimes_R K = K\) (par platitude de \(R \to A\) et parce que \(R \subset K\)), on conclut que \(A\) est un domaine. Le même argument donne \(A \otimes_R A \subset (A \otimes_R A) \otimes_R K = K\). L’application \(A \otimes_R A \to A\) est donc injective aussi bien que surjective. Ainsi, \(R \to A\) définit une immersion ouverte d’après Morphismes, Lemme 01S4, et Morphismes étales, Théorème 025G.
Soit \(f : U \to X\) un morphisme étale séparé. Soit \(\eta \in X\) le point générique, et posons \(f^{-1}(\{\eta\}) = \{\xi_i\}_{i \in I}\). Le résultat du paragraphe précédent montre ceci : pour tout ouvert affine \(U' \subset U\) dont l’image dans \(X\) est contenue dans un ouvert affine, on a \(U' = \coprod_{i \in I} U'_i\), où \(U'_i\) est l’ensemble des points de \(U'\) qui sont des spécialisations de \(\xi_i\). De plus, le morphisme \(U'_i \to X\) est une immersion ouverte. Il s’ensuit que \(U_i = \overline{\{\xi_i\}}\) est un sous-schéma ouvert et fermé de \(U\), et que \(U_i \to X\) est localement, sur la source, un isomorphisme. D’après Morphismes, Lemme 02NF, le fait que \(U_i \to X\) soit séparé implique que \(U_i \to X\) est injectif; on conclut que \(U_i \to X\) est une immersion ouverte, ce qui prouve (1).
La partie (2) résulte de la partie (1) et de la description de l’hensélisé strict de \(\mathcal{O}_{X, x}\) comme anneau local en \(\overline{x}\) sur le site étale de \(X\) (Lemme 04HX). On peut aussi la démontrer directement; voir Groupes fondamentaux, Lemme 0BSQ.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas, où \(X\) est un schéma intègre normal à corps des fonctions séparablement clos. Alors \(R^qf_*\underline{M} = 0\) pour \(q > 0\) et tout groupe abélien \(M\).
Démonstration
Rappelons que \(R^qf_*\underline{M}\) est le faisceau associé au préfaisceau \(V \mapsto H^q_\etale(V \times_Y X, M)\) sur \(Y_\etale\); voir le Lemme 03Q8. Si \(V\) est affine, alors \(V \times_Y X \to X\) est séparé et étale. Par conséquent, \(V \times_Y X = \coprod U_i\) est une réunion disjointe de sous-schémas ouverts \(U_i\) de \(X\); voir le Lemme 09Z9. D’après le Lemme 09AX, \(H^q_\etale(U_i, M)\) est égal à \(H^q_{Zar}(U_i, M)\). Ce dernier est nul d’après Cohomologie, Lemme 02UW.
Lemme
Soit \(X\) un schéma affine intègre normal à corps des fonctions séparablement clos. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé. Soit \(V \to Z\) un morphisme étale, avec \(V\) affine. Alors \(V\) est une réunion disjointe finie de sous-schémas ouverts de \(Z\). Si \(V \to Z\) est surjectif et fini étale, alors \(V \to Z\) admet une section.
Démonstration
D’après Algèbre, Lemme 04D1, on peut relever \(V\) en un schéma affine \(U\) étale sur \(X\). Appliquons le Lemme 09Z9 à \(U \to X\) pour obtenir la première assertion.
La dernière assertion est une conséquence de la première. Soit \(V = \coprod_{i=1}^n V_i\) une décomposition finie en sous-schémas ouverts et fermés telle que \(V_i \to Z\) soit une immersion ouverte. Comme \(V \to Z\) est fini, \(V_i \to Z\) est aussi fermé. Soit \(U_i \subset Z\) son image. On a alors une décomposition en sous-schémas ouverts et fermés \[Z = \coprod\nolimits_{(A, B)} \bigcap\nolimits_{i \in A} U_i \cap \bigcap\nolimits_{i \in B} U_i^c\] où la réunion disjointe porte sur les partitions \(\{1, \ldots, n\} = A \amalg B\) pour lesquelles \(A\) est non vide. Chacune des strates est contenue dans l’un des \(U_i\), ce qui fournit la section cherchée.
Lemme
Soit \(X\) un schéma affine intègre normal à corps des fonctions séparablement clos. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé. Pour tout groupe abélien fini \(M\), on a \(H^1_\etale(Z, \underline{M}) = 0\).
Démonstration
D’après Cohomologie sur les sites, Lemme 03AJ, un élément de \(H^1_\etale(Z, \underline{M})\) correspond à un \(\underline{M}\)-torseur \(\mathcal{F}\) sur \(Z_\etale\). Un tel torseur est manifestement un faisceau localement constant fini. Ainsi, \(\mathcal{F}\) est représentable par un schéma \(V\) fini étale sur \(Z\); voir le Lemme 03RV. Le morphisme \(V \to Z\) est surjectif, puisque tout torseur est localement trivial. Comme \(V \to Z\) admet une section d’après le Lemme 09ZA, la preuve est achevée.
Lemme
Soit \(X\) un schéma affine intègre normal à corps des fonctions séparablement clos. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé. Pour tout groupe abélien fini \(M\), on a \(H^q_\etale(Z, \underline{M}) = 0\) pour \(q \geq 1\).
Démonstration
Écrivons \(X = \Spec(R)\) et \(Z = \Spec(R')\), de sorte que l’on dispose d’une surjection d’anneaux \(R \to R'\). Tous les anneaux locaux de \(R'\) sont strictement henséliens d’après le Lemme 09Z9 et Algèbre, Lemme 05WS. De plus, pour tout \(f' \in R'\), il existe une surjection \(R_f \to R'_{f'}\), où \(f \in R\) est un relèvement de \(f'\). Comme \(R_f\) est un domaine normal à corps des fractions séparablement clos, on a \(H^1_\etale(D(f'), \underline{M}) = 0\) d’après le Lemme 09ZB. On peut donc appliquer le Lemme 0GY0 à \(Z = \Spec(R')\) pour conclure.
Lemme
Soit \(X\) un schéma affine.
Il existe un morphisme entier surjectif \(X' \to X\) tel que, pour tout sous-schéma fermé \(Z' \subset X'\), tout groupe abélien fini \(M\) et tout \(q \geq 1\), on ait \(H^q_\etale(Z', \underline{M}) = 0\).
Pour tout sous-schéma fermé \(Z \subset X\), tout groupe abélien fini \(M\), tout \(q \geq 1\) et tout \(\xi \in H^q_\etale(Z, \underline{M})\), il existe un morphisme fini surjectif \(X' \to X\) de présentation finie tel que l’image inverse de \(\xi\) soit nulle dans \(H^q_\etale(X' \times_X Z, \underline{M})\).
Démonstration
Écrivons \(X = \Spec(A)\). Écrivons \(A = \mathbf{Z}[x_i]/J\) pour un idéal \(J\). Soit \(R\) la clôture intégrale de \(\mathbf{Z}[x_i]\) dans une clôture algébrique du corps des fractions de \(\mathbf{Z}[x_i]\). Posons \(A' = R/JR\) et \(X' = \Spec(A')\). Le Lemme 09ZC montre que cet exemple satisfait (1).
Démontrons (2). Soit \(X' \to X\) le morphisme entier surjectif construit ci-dessus. L’image de \(\xi\) dans \(H^q_\etale(X' \times_X Z, \underline{M})\) est bien nulle. On peut écrire \(X'\) comme une limite projective \(X' = \lim X'_i\) de schémas finis et de présentation finie sur \(X\); cela se fait aisément dans le présent cas affine, mais c’est un cas particulier du lemme plus général Limites, Lemme 09YZ. D’après le Lemme 03Q6, l’image de \(\xi\) dans \(H^q_\etale(X'_i \times_X Z, \underline{M})\) est nulle pour un indice \(i\) assez grand.
Annulation pour les anneaux absolument intégralement clos
Rappelons qu’un anneau \(R\) est dit absolument intégralement clos si tout polynôme unitaire à coefficients dans \(R\) a une racine dans \(R\) (Compléments d’algèbre, définition 0DCL). Dans cette section, nous démontrons que la cohomologie étale de \(\Spec(R)\) à coefficients dans un groupe de torsion fini est nulle en degrés strictement positifs (proposition 0GY7), ce qui améliore légèrement le lemme antérieur 09ZC. Nous suggérons au lecteur de sauter cette section.
Lemme
Soit \(A\) un anneau. Soient \(a, b \in A\) tels que \(aA + bA = A\) et que \(a \bmod bA\) soit une racine de l’unité. Il existe alors une extension monogène \(A \subset B\) et un élément \(y \in B\) tels que \(u = a - by\) soit inversible.
Démonstration
Écrivons \(a^n \equiv 1 \bmod bA\). En particulier, \(a^i\) est inversible modulo \(b^mA\) pour tous \(i, m \geq 1\). Nous affirmons qu’il existe des éléments \(a_1, \ldots, a_n \in A\) tels que \[1 = a^n + a_1 a^{n - 1}b + a_2 a^{n - 2}b^2 + \ldots + a_n b^n\] En effet, puisque \(1 - a^n \in bA\), nous pouvons trouver un élément \(a_1 \in A\) tel que \(1 - a^n - a_1 a^{n - 1} b \in b^2A\), grâce à l’inversibilité de \(a^{n - 1}\) modulo \(bA\). Ensuite, nous pouvons trouver \(a_2 \in A\) tel que \(1 - a^n - a_1 a^{n - 1} b - a_2 a^{n - 2} b^2 \in b^3A\). Et ainsi de suite. Nous finissons par trouver \(a_1, \ldots, a_{n - 1} \in A\) tels que \(1 - (a^n + a_1 a^{n - 1}b + a_2 a^{n - 2}b^2 + \ldots + a_{n - 1} ab^{n - 1}) \in b^nA\). Nous pouvons alors trouver \(a_n \in A\) de sorte que l’égalité affichée soit satisfaite.
Pour \(a_1, \ldots, a_n\) comme ci-dessus, nous affirmons que le choix suivant convient : \[B = A[y]/(y^n + a_1 y^{n - 1} + a_2 y^{n - 2} + \ldots + a_n)\] En effet, supposons que \(\mathfrak q \subset B\) soit un idéal premier situé au-dessus de \(\mathfrak p \subset A\). Pour obtenir une contradiction, supposons que \(u = a - by\) appartienne à \(\mathfrak q\). Si \(b \in \mathfrak p\), alors \(a \not \in \mathfrak p\) puisque \(aA + bA = A\), et donc \(u\) n’appartient pas à \(\mathfrak q\). Nous pouvons ainsi supposer que \(b \not \in \mathfrak p\), c’est-à-dire que \(b \not \in \mathfrak q\). Il s’ensuit que \(y \bmod \mathfrak q\) est égal à \(a/b \bmod \mathfrak q\). Mais nous obtenons alors \[0 = y^n + a_1 y^{n - 1} + a_2 y^{n - 2} + \ldots + a_n = b^{-n}(a^n + a_1 a^{n - 1}b + a_2 a^{n - 2}b^2 + \ldots + a_nb^n) = b^{-n}\] une contradiction. Cela achève la preuve.
Pour expliquer la preuve, nous devons introduire quelques schémas en groupes. Fixons un nombre premier \(\ell\). Posons \[A = \mathbf{Z}[\zeta] = \mathbf{Z}[x]/(x^{\ell - 1} + x^{\ell - 2} + \ldots + 1)\] Autrement dit, \(A\) est l’extension monogène de \(\mathbf{Z}\) engendrée par une racine primitive \(\ell\)-ième de l’unité \(\zeta\). Posons \[\pi = \zeta - 1\] Un calcul (omis) montre que \(\ell\) est divisible par \(\pi^{\ell - 1}\) dans \(A\). Notre premier schéma en groupes sur \(A\) est \[G = \Spec(A[s, \frac{1}{\pi s + 1}])\] dont la loi de groupe est donnée par la comultiplication \[\mu : A[s, \frac{1}{\pi s + 1}] \longrightarrow A[s, \frac{1}{\pi s + 1}] \otimes_A A[s, \frac{1}{\pi s + 1}],\quad s \longmapsto \pi s \otimes s + s \otimes 1 + 1 \otimes s\] Avec ce choix, nous avons \[\mu(\pi s + 1) = (\pi s + 1) \otimes (\pi s + 1)\] et nous avons donc bien le morphisme de \(A\)-algèbres indiqué. Nous omettons la vérification que cela définit bien une loi de groupe. Notre second schéma en groupes sur \(A\) est \[H = \Spec(A[t, \frac{1}{\pi^\ell t + 1}])\] dont la loi de groupe est donnée par la comultiplication \[\mu : A[t, \frac{1}{\pi^\ell t + 1}] \longrightarrow A[t, \frac{1}{\pi^\ell t + 1}] \otimes_A A[t, \frac{1}{\pi^\ell t + 1}],\quad t \longmapsto \pi^\ell t \otimes t + t \otimes 1 + 1 \otimes t\] La même vérification que précédemment montre que cela définit une loi de groupe. Observons ensuite que le polynôme \[\Phi(s) = \frac{(\pi s + 1)^\ell - 1}{\pi^\ell}\] appartient à \(A[s]\), est de degré \(\ell\) et est unitaire en \(s\). En effet, le coefficient de \(s^i\), pour \(0 < i < \ell\), est égal à \({\ell \choose i}\pi^{i - \ell}\); comme \(\pi^{\ell - 1}\) divise \(\ell\) dans \(A\), c’est un élément de \(A\). Nous obtenons un morphisme d’anneaux \[A[t, \frac{1}{\pi^\ell t + 1}] \longrightarrow A[s, \frac{1}{\pi s + 1}],\quad t \longmapsto \Phi(s)\] dont le lecteur vérifiera facilement la compatibilité avec les comultiplications. Nous obtenons ainsi un morphisme de schémas en groupes \[f : G \to H\] Le lemme suivant montre en particulier que ce morphisme est fidèlement plat (nous verrons en fait qu’il est fini étale surjectif).
Lemme
Nous avons \[A[s, \frac{1}{\pi s + 1}] = \left(A[t, \frac{1}{\pi^\ell t + 1}]\right)[s]/(\Phi(s) - t)\] En particulier, l’algèbre de Hopf de \(G\) est une extension monogène de l’algèbre de Hopf de \(H\).
Démonstration
Cela résulte de la discussion ci-dessus et de la forme de \(\Phi(s)\). Notons en particulier que, par la relation \(\Phi(s) = t\), l’élément \(\frac{1}{\pi^\ell t + 1}\) devient l’élément \(\frac{1}{(\pi s + 1)^\ell}\).
Calculons maintenant le noyau de \(f\). Comme l’origine de \(H\) est donnée par \(t = 0\) dans \(H\), nous voyons que le noyau de \(f\) est défini par \(\Phi(s) = 0\). Observons que les points à valeurs dans \(A\) \(\sigma_0, \ldots, \sigma_{\ell - 1}\) de \(G\) donnés par \[\sigma_i : s = \frac{\zeta^i - 1}{\pi} = \frac{\zeta^i - 1}{\zeta - 1} = \zeta^{i - 1} + \zeta^{i - 2} + \ldots + 1,\quad i = 0, 1, \ldots, \ell - 1\] appartiennent certainement à \(\Ker(f)\). De plus, ils sont deux à deux distincts dans toutes les fibres de \(G \to \Spec(A)\). Le lecteur calculera aussi que \(\sigma_i +_G \sigma_j = \sigma_{i + j \bmod \ell}\). Nous obtenons donc une immersion fermée de schémas en groupes \[\underline{\mathbf{Z}/\ell \mathbf{Z}}_A \longrightarrow \Ker(f)\] qui envoie \(i\) sur \(\sigma_i\). Or, par construction, \(\Ker(f)\) est fini et plat sur \(\Spec(A)\), de degré \(\ell\). Nous en concluons que ce morphisme est un isomorphisme. En définitive, nous obtenons une suite exacte courte [0GY4]\[\begin{equation} 0 \to \underline{\mathbf{Z}/\ell \mathbf{Z}}_A \to G \to H \to 0 \end{equation}\] de schémas en groupes sur \(A\).
Lemme
Soit \(R\) une \(A\)-algèbre absolument intégralement close. Alors \(G(R) \to H(R)\) est surjectif.
Démonstration
Soit \(h \in H(R)\) correspondant au morphisme de \(A\)-algèbres \(A[t, \frac{1}{\pi^\ell t + 1}] \to R\) qui envoie \(t\) sur \(a \in R\). Comme \(\Phi(s)\) est unitaire, nous pouvons trouver \(b \in R\) tel que \(\Phi(b) = a\). Par le lemme 0GY3, en envoyant \(s\) sur \(b\), nous obtenons un unique morphisme de \(A\)-algèbres \(A[s, \frac{1}{\pi s + 1}] \to R\) compatible avec le morphisme \(A[t, \frac{1}{\pi^\ell t + 1}] \to R\) ci-dessus. Celui-ci correspond à son tour à un élément \(g \in G(R)\) qui s’envoie sur \(h \in H(R)\).
Lemme
Soit \(R\) une \(A\)-algèbre absolument intégralement close. Soient \(I, J \subset R\) des idéaux tels que \(I + J = R\). Il existe un élément \(g \in G(R)\) tel que \(g \bmod I = \sigma_0\) et \(g \bmod J = \sigma_1\).
Démonstration
Choisissons \(x \in I\) tel que \(x \equiv 1 \bmod J\). Nous pouvons remplacer, et remplaçons, \(I\) par \(xR\) et \(J\) par \((x - 1)R\). Nous cherchons alors un élément \(s \in R\) tel que
\(1 + \pi s\) soit inversible,
\(s \equiv 0 \bmod xR\), et
\(s \equiv 1 \bmod (x - 1)R\).
Les deux dernières conditions signifient que \(s = x + x(x - 1)y\) pour un \(y \in R\). La première exige que \(1 + \pi s = 1 + \pi x + \pi x (x - 1) y\) soit inversible dans \(R\). Or \(1 + \pi x\) et \(\pi x (x - 1)\) engendrent l’idéal unité de \(R\), et \(1 + \pi x\) est une racine \(\ell\)-ième de \(1\) modulo \(\pi x (x - 1)\)7. Le lemme 0GY2 et le fait que \(R\) soit absolument intégralement clos donnent donc le résultat.
Proposition
Soit \(R\) un anneau absolument intégralement clos. Soit \(M\) un groupe abélien fini. Alors \(H^i_\etale(\Spec(R), \underline{M}) = 0\) pour \(i > 0\).
Démonstration
Comme tout groupe abélien fini admet une filtration finie dont les sous-quotients sont cycliques d’ordre premier, nous pouvons supposer que \(M = \mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\), où \(\ell\) est un nombre premier.
Observons que tous les anneaux locaux de \(R\) sont strictement henséliens; voir Compléments d’algèbre, lemme 0DCS. De plus, tout localisé de \(R\) est encore absolument intégralement clos par Compléments d’algèbre, lemme 0DCN. Ainsi, le lemme 0GY0 nous dit qu’il suffit de montrer que le noyau de \[H^1_\etale(D(f + g), \mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}) \longrightarrow H^1_\etale(D(f(f + g)), \mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}) \oplus H^1_\etale(D(g(f + g)), \mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z})\] est nul pour tous \(f, g \in R\). Après avoir remplacé \(R\) par \(R_{f + g}\), nous nous ramenons à l’affirmation suivante : si \(\xi \in H^1_\etale(\Spec(R), \mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z})\) et si \(\Spec(R) = U \cup V\) est un recouvrement par deux ouverts affines tel que \(\xi|_U\) et \(\xi|_V\) soient triviaux, alors \(\xi = 0\).
Soit \(A = \mathbf{Z}[\zeta]\) comme ci-dessus. Puisque \(\mathbf{Z} \subset A\) est monogène, nous pouvons trouver un morphisme d’anneaux \(A \to R\). Dorénavant, nous considérons \(R\) comme une \(A\)-algèbre et \(\Spec(R)\) comme un schéma sur \(\Spec(A)\). Après changement de base de la suite exacte courte (0GY4) à \(\Spec(R)\) et passage à la cohomologie étale, nous obtenons \[G(R) \to H(R) \to H^1_\etale(\Spec(R), \mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}) \to H^1_\etale(\Spec(R), G)\] Nous utiliserons cela dans la suite de la preuve.
Soit \(\tau \in \Gamma(U \cap V, \mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z})\) une section dont l’image par l’homomorphisme bord de la suite de Mayer–Vietoris (lemme 0A50) est \(\xi\). Pour \(i = 0, 1, \ldots, \ell - 1\), soit \(A_i \subset U \cap V\) la partie ouverte et fermée où \(\tau\) prend la valeur \(i \bmod \ell\). Nous avons donc une décomposition en union disjointe finie \[U \cap V = A_0 \amalg \ldots \amalg A_{\ell - 1}\] telle que \(\tau\) soit constante sur chaque \(A_i\). Pour \(i = 0, 1, \ldots, \ell - 1\), notons \(\tau_i \in H^0(U \cap V, \mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z})\) l’élément égal à \(1\) sur \(A_i\) et à \(0\) sur \(A_j\) pour \(j \not = i\). Alors \(\tau\) est une somme de multiples des \(\tau_i\)8. Il suffit donc de montrer que la classe de cohomologie correspondant à \(\tau_i\) est triviale. Nous sommes ainsi ramenés au cas où \(\tau\) ne prend que deux valeurs distinctes, à savoir \(1\) et \(0\).
Supposons que \(\tau\) ne prenne que les valeurs \(1\) et \(0\). Écrivons \[U \cap V = A \amalg B\] où \(A\) est le lieu où \(\tau = 0\) et \(B\) le lieu où \(\tau = 1\). Alors \(A\) et \(B\) sont des parties fermées disjointes. Notons \(\overline{A}\) et \(\overline{B}\) les adhérences de \(A\) et \(B\) dans \(\Spec(R)\). Nous avons alors une “banane”, c’est-à-dire que nous avons \[\overline{A} \cap \overline{B} = Z_1 \amalg Z_2\] où \(Z_1 \subset U\) et \(Z_2 \subset V\) sont des parties fermées disjointes. Posons \(T_1 = \Spec(R) \setminus V\) et \(T_2 = \Spec(R) \setminus U\). Observons que \(Z_1 \subset T_1 \subset U\), que \(Z_2 \subset T_2 \subset V\) et que \(T_1 \cap T_2 = \emptyset\). Au niveau des espaces topologiques, nous pouvons écrire \[\Spec(R) = \overline{A} \cup \overline{B} \cup T_1 \cup T_2\] Nous suggérons de faire un dessin pour visualiser cette situation. Pour prouver que \(\xi\) est nul, nous pouvons remplacer, et remplaçons, \(R\) par son réduit (proposition 03SI). Dans la suite, nous considérons \(A\), \(\overline{A}\), \(B\), \(\overline{B}\), \(T_1\), \(T_2\) comme des sous-schémas fermés réduits de \(\Spec(R)\). Munissons ensuite \(Z_1\) et \(Z_2\) des structures de schémas \[Z_1 = \overline{A} \cap (\overline{B} \cup T_1) \quad\text{et}\quad Z_2 = \overline{A} \cap (\overline{B} \cup T_2)\] (réunions et intersections schématiques comme dans Morphismes, définition 0C4H).
Notons \(X\) le torseur sous \(G\) sur \(\Spec(R)\) correspondant à l’image de \(\xi\) dans \(H^1(\Spec(R), G)\). Si \(X\) est trivial, alors \(\xi\) provient d’un élément \(h \in H(R)\) (voir la suite exacte de cohomologie ci-dessus). Mais le lemme 0GY5 permet alors de relever \(h\) en un élément de \(G(R)\), et nous concluons que \(\xi = 0\), comme souhaité. Notre but est donc de prouver que \(X\) est trivial.
Rappelons que le plongement \(\mathbf{Z}/\ell \mathbf{Z} \to G(R)\) envoie \(i \bmod \ell\) sur \(\sigma_i \in G(R)\). Observons que \(\overline{A}\) est le spectre d’un anneau absolument intégralement clos (à savoir un quotient de \(R\)). Par le lemme 0GY6, nous pouvons trouver \(g \in G(\overline{A})\) tel que \(g|_{\overline{A} \cap Z_1} = \sigma_0\) et \(g|_{\overline{A} \cap Z_2} = \sigma_1\) (schématiquement). Nous pouvons alors définir
\(g_1 \in G(U)\) qui vaut \(g\) sur \(\overline{A} \cap U\), \(\sigma_0\) sur \(\overline{B} \cap U\) et \(\sigma_0\) sur \(T_1\), et
\(g_2 \in G(V)\) qui vaut \(g\) sur \(\overline{A} \cap V\), \(\sigma_1\) sur \(\overline{B} \cap V\) et \(\sigma_1\) sur \(T_2\).
En effet, pour trouver \(g_1\) comme dans (1), nous recollons la section \(\sigma_0\) sur \(\Omega = (\overline{B} \cup T_1) \cap U\) avec la restriction de la section \(g\) à \(\Omega' = \overline{A} \cap U\). Notons que \(U = \Omega \cup \Omega'\) (schématiquement), car \(U\) est réduit et \(\Omega \cap \Omega' = Z_1\) (schématiquement) par notre choix de \(Z_1\). Ainsi, d’après Morphismes, lemme 0C4J, \(U\) est la somme amalgamée de \(\Omega\) et \(\Omega'\) au-dessus de \(Z_1\). Nous pouvons donc trouver \(g_1\). L’existence de \(g_2\) dans (2) se démontre de même. Nous avons alors \[\tau = g_2|_{A \cup B} - g_1|_{A \cup B} \quad(\text{addition selon la loi de groupe})\] et nous voyons que \(X\) est trivial, ce qui achève la preuve.
Analogue affine du changement de base propre
Dans cette section, nous étudions un résultat d’Ofer Gabber, voir [gabber-affine-proper]. Il a aussi été démontré par Roland Huber, voir [Huber-henselian]. Nous avons déjà effectué une partie du travail nécessaire à la démonstration de Gabber dans la section 0EZN.
Lemme
Soit \(X\) un schéma affine. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\). Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé. Soit \(\xi \in H^q_\etale(Z, \mathcal{F}|_Z)\) pour un \(q > 0\). Il existe alors un morphisme injectif \(\mathcal{F} \to \mathcal{F}'\) de faisceaux abéliens de torsion sur \(X_\etale\) tel que l’image de \(\xi\) dans \(H^q_\etale(Z, \mathcal{F}'|_Z)\) soit nulle.
Démonstration
D’après les lemmes 03SA et 03Q5, on peut trouver un morphisme \(\mathcal{G} \to \mathcal{F}\) où \(\mathcal{G}\) est un faisceau abélien constructible et où \(\xi\) provient d’un élément \(\zeta\) de \(H^q_\etale(Z, \mathcal{G}|_Z)\). Supposons qu’on puisse trouver un morphisme injectif \(\mathcal{G} \to \mathcal{G}'\) de faisceaux abéliens de torsion sur \(X_\etale\) tel que l’image de \(\zeta\) dans \(H^q_\etale(Z, \mathcal{G}'|_Z)\) soit nulle. On peut alors prendre pour \(\mathcal{F}'\) la somme amalgamée \[\mathcal{F}' = \mathcal{G}' \amalg_{\mathcal{G}} \mathcal{F}\] et l’on obtient la conclusion du lemme. (Observons que la restriction à \(Z\) est exacte, donc commute aux limites et colimites finies, et qu’en outre elle commute aux colimites quelconques comme adjoint à gauche de l’image directe.) On peut donc supposer \(\mathcal{F}\) constructible.
Supposons \(\mathcal{F}\) constructible. D’après le lemme 09Z7, il suffit de démontrer le résultat lorsque \(\mathcal{F}\) est de la forme \(f_*\underline{M}\), où \(M\) est un groupe abélien fini et \(f : Y \to X\) un morphisme fini de présentation finie (de tels faisceaux sont encore constructibles d’après le lemme 095R, mais nous n’en aurons pas besoin). Comme la formation de \(f_*\) commute à tout changement de base (lemme 0959), la restriction de \(f_*\underline{M}\) à \(Z\) est égale à l’image directe de \(\underline{M}\) par \(Y \times_X Z \to Z\). Par la suite spectrale de Leray (proposition 03QC) et l’annulation des images directes supérieures (proposition 03QP), on obtient \[H^q_\etale(Z, f_*\underline{M}|_Z) = H^q_\etale(Y \times_X Z, \underline{M}).\] D’après le lemme 09ZD, on peut trouver un morphisme fini surjectif \(Y' \to Y\) de présentation finie tel que l’image de \(\xi\) dans \(H^q(Y' \times_X Z, \underline{M})\) soit nulle. Notons \(f' : Y' \to X\) le composé \(Y' \to Y \to X\). Nous affirmons que le morphisme \[f_*\underline{M} \longrightarrow f'_*\underline{M}\] est injectif, ce qui achève la démonstration d’après ce qui précède. Pour établir cette injectivité, il suffit de regarder les fibres. En effet, si \(\overline{x} : \Spec(k) \to X\) est un point géométrique, alors \[(f_*\underline{M})_{\overline{x}} = \bigoplus\nolimits_{f(\overline{y}) = \overline{x}} M\] d’après la proposition 03QP, et de même pour l’autre faisceau. Comme \(Y' \to Y\) est surjectif et fini, l’application induite entre les points géométriques relevant \(\overline{x}\) est elle aussi surjective, d’où la conclusion.
Le lemme précédent traitera les groupes de cohomologie supérieure dans le résultat de Gabber. Le lemme suivant servira à traiter les sections globales.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée. Supposons que
pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(X_{Zar}\), l’application \(\Gamma(X, \mathcal{F}) \to \Gamma(Z, i^{-1}\mathcal{F})\) soit bijective, et
pour tout morphisme fini \(X' \to X\), l’hypothèse (1) soit satisfaite pour \(Z \times_X X' \to X'\).
Alors, pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), on a \(\Gamma(X, \mathcal{F}) = \Gamma(Z, i^{-1}_{small}\mathcal{F})\).
Démonstration
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(X_\etale\). Il existe un morphisme canonique (de changement de base) \[i^{-1}(\mathcal{F}|_{X_{Zar}}) \longrightarrow (i_{small}^{-1}\mathcal{F})|_{Z_{Zar}}\] de faisceaux sur \(Z_{Zar}\). Nous montrerons son injectivité en regardant les fibres. La fibre du membre de gauche en \(z \in Z\) est celle de \(\mathcal{F}|_{X_{Zar}}\) en \(z\). La fibre du membre de droite est la limite inductive portant sur tous les voisinages étales élémentaires \((U, u) \to (X, z)\) tels que \(U \times_X Z \to Z\) admette une section sur un voisinage de \(z\). Comme les morphismes étales sont ouverts, l’image de \(U \to X\) est un voisinage ouvert \(U_0\) de \(z\) dans \(X\). L’application \(\mathcal{F}(U_0) \to \mathcal{F}(U)\) est injective par la condition de faisceau pour \(\mathcal{F}\) relativement au recouvrement étale \(U \to U_0\). En passant à la limite inductive sur tous les \(U\) et \(U_0\), on obtient l’injectivité sur les fibres.
Il en résulte, avec l’hypothèse (1), que l’application \(\Gamma(X, \mathcal{F}) \to \Gamma(Z, i^{-1}_{small}\mathcal{F})\) est injective. Par (2), il en va de même sur tout \(X'\) fini sur \(X\).
Avant de démontrer la surjectivité, introduisons une notation. Pour tout objet \(U\) de \(X_\etale\) et tout \(s \in \mathcal{F}(U)\), nous notons \(i^{-1}s \in (i_{small}^{-1}\mathcal{F})(U \times_X Z)\) l’image inverse (plus précisément, c’est l’image de \(s\) par le morphisme de sites du lemme 00VD, composé avec le morphisme du préfaisceau image inverse vers le faisceau image inverse). Cette construction est compatible avec les images inverses par les morphismes de \(X_\etale\) et par les morphismes (finis) \(X' \to X\), d’une manière dont nous laissons au lecteur le soin de préciser les détails.
Soit \(t \in \Gamma(Z, i^{-1}_{small}\mathcal{F})\). Par construction de \(i^{-1}_{small}\mathcal{F}\), il existe un recouvrement étale \(\{V_j \to Z\}_{j \in J}\), des morphismes étales \(U_j \to X\), des sections \(s_j \in \mathcal{F}(U_j)\) et des morphismes \(V_j \to U_j\) au-dessus de \(X\) tels que \(t|_{V_j}\) soit l’image inverse de \(i^{-1}s_j\) par \(V_j \to U_j \times_X Z\). Comme \(V_j \to U_j \times_X Z\) est étale, son image est un sous-schéma ouvert. Comme \(U_j \times_X Z \subset U_j\) est fermé, on peut, après avoir remplacé \(U_j\) par un sous-schéma ouvert, supposer que \(V_j \to U_j \times_X Z\) est surjectif. Alors \(\{V_j \to U_j \times_X Z\}\) est un recouvrement étale, d’où \(t|_{U_j \times_X Z} = i^{-1}s_j\). Observons que tout sous-schéma fermé non vide \(T \subset X\) rencontre \(Z\) par l’hypothèse (1), appliquée par exemple au faisceau \((T \to X)_*\underline{\mathbf{Z}}\). On voit donc que \(\coprod_{j \in J} U_j \to X\) est surjectif. D’après le lemme 09Z0 de Compléments sur les morphismes, on peut trouver un morphisme fini surjectif \(X' \to X\) tel que le morphisme \(X' \to X\) se factorise, localement pour la topologie de Zariski, par \(\coprod_{j \in J} U_j \to X\). Écrivons \(X' = \bigcup_{\alpha \in A} W_\alpha\), où cette réunion est un recouvrement ouvert, et soit \(j : A \to J\) une application telle qu’il existe des morphismes \(g_\alpha : W_\alpha \to U_{j(\alpha)}\) au-dessus de \(X\). Notons \(\mathcal{F}'\) l’image inverse de \(\mathcal{F}\) sur \(X'_\etale\). Notons \(s'_\alpha \in \mathcal{F}'(W_\alpha)\) l’image inverse de \(s_{j(\alpha)}\) par \(g_\alpha\). Posons \(Z' = X' \times_X Z\). Notons \(i' : Z' \to X'\) le changement de base de \(i\). Alors \((i'_{small})^{-1}\mathcal{F}' = (Z' \to Z)_{small}^{-1}i_{small}^{-1}\mathcal{F}\). Par cette identification, on peut noter \(t' \in \Gamma(Z', (i')^{-1}_{small}\mathcal{F}')\) l’image inverse de \(t\) sur \(Z'\). Par construction, \(t'|_{W_\alpha \times_X Z}\) est égal à \((i')^{-1}s'_\alpha\). On en déduit que \(t'\) est une section du sous-faisceau \[(i')^{-1}(\mathcal{F}'|_{X'_{Zar}}) \subset (i'_{small})^{-1}\mathcal{F}')|_{Z'_{Zar}}\] Par l’hypothèse (2), la section \(t'\) provient d’une section \(s' \in \Gamma(X', \mathcal{F}'|_{X'_{Zar}}) = \Gamma(X', \mathcal{F}')\). Par l’injectivité démontrée au deuxième alinéa, on en déduit que les deux images inverses de \(s'\) sur \(X' \times_X X'\) sont égales (car cela est vrai pour les images inverses de \(t'\) sur \(Z' \times_Z Z'\)). On en conclut que \(s'\) provient d’une section de \(\mathcal{F}\) sur \(X\) grâce à la remarque 09Z3.
Lemme
Soit \(Z \subset X\) une partie fermée d’un espace topologique \(X\). Supposons que
\(X\) soit un espace spectral (Topologie, définition 08YG), et
pour \(x \in X\), l’intersection \(Z \cap \overline{\{x\}}\) soit connexe (en particulier non vide).
Si \(Z = Z_1 \amalg Z_2\), où les \(Z_i\) sont fermés dans \(Z\), il existe alors une décomposition \(X = X_1 \amalg X_2\) où les \(X_i\) sont fermés dans \(X\) et \(Z_i = Z \cap X_i\).
Démonstration
Observons que \(Z_i\) est quasi-compact. L’ensemble \(W_i\) des points qui se spécialisent en un point de \(Z_i\) est donc fermé dans la topologie constructible d’après le lemme 0A31 de Topologie. L’hypothèse (2) implique que \(X = W_1 \amalg W_2\). Soit \(x \in \overline{W_1}\). D’après la partie (1) du lemme 0903 de Topologie, il existe une spécialisation \(x_1 \leadsto x\) avec \(x_1 \in W_1\). Ainsi \(\overline{\{x\}} \subset \overline{\{x_1\}}\), et l’on voit que \(x \in W_1\). Autrement dit, le choix \(X_i = W_i\) convient.
Lemme
Soit \(Z \subset X\) une partie fermée d’un espace topologique \(X\). Supposons que
\(X\) soit un espace spectral (Topologie, définition 08YG), et
pour \(x \in X\), l’intersection \(Z \cap \overline{\{x\}}\) soit connexe (en particulier non vide).
Alors, pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(X\), on a \(\Gamma(X, \mathcal{F}) = \Gamma(Z, \mathcal{F}|_Z)\).
Démonstration
Si \(x \leadsto x'\) est une spécialisation de points, il existe un morphisme canonique \(\mathcal{F}_{x'} \to \mathcal{F}_x\), compatible avec les sections sur les ouverts et fonctoriel en \(\mathcal{F}\). Comme tout point de \(X\) se spécialise en un point de \(Z\), il s’ensuit que \(\Gamma(X, \mathcal{F}) \to \Gamma(Z, \mathcal{F}|_Z)\) est injective. La difficulté est d’en démontrer la surjectivité.
Notons \(\mathcal{B}\) l’ensemble de tous les ouverts quasi-compacts de \(X\). Écrivons \(\mathcal{F}\) comme une limite inductive filtrante \(\mathcal{F} = \colim \mathcal{F}_i\), où chaque \(\mathcal{F}_i\) est comme dans Modules, équation (0CAJ). Voir Modules, lemme 0CAI. Alors \(\mathcal{F}|_Z = \colim \mathcal{F}_i|_Z\), car la restriction à \(Z\) est un adjoint à gauche (Catégories, lemme 0038, et Faisceaux, lemme 008K). D’après le lemme 009F de Faisceaux, les foncteurs \(\Gamma(X, -)\) et \(\Gamma(Z, -)\) commutent aux limites inductives filtrantes. On peut donc supposer que notre faisceau \(\mathcal{F}\) est comme dans Modules, équation (0CAJ).
Supposons disposer d’une injection \(\mathcal{F} \subset \mathcal{G}\). On a alors \[\Gamma(X, \mathcal{F}) = \Gamma(Z, \mathcal{F}|_Z) \cap \Gamma(X, \mathcal{G})\] l’intersection étant prise dans \(\Gamma(Z, \mathcal{G}|_Z)\). Cela résulte de la première remarque de la démonstration, car on peut vérifier si une section globale de \(\mathcal{G}\) appartient à \(\mathcal{F}\) en regardant les fibres, et tout point de \(X\) se spécialise en un point de \(Z\).
D’après le lemme 0CAL de Modules, il existe une injection \(\mathcal{F} \to \prod (Z_i \to X)_*\underline{S_i}\), où le produit est fini, \(Z_i \subset X\) est fermé et \(S_i\) est fini. Il suffit donc de démontrer la surjectivité pour les faisceaux \((Z_i \to X)_*\underline{S_i}\). Observons que \[\Gamma(X, (Z_i \to X)_*\underline{S_i}) = \Gamma(Z_i, \underline{S_i}) \quad\text{et}\quad \Gamma(Z, (Z_i \to X)_*\underline{S_i}|_Z) = \Gamma(Z \cap Z_i, \underline{S_i})\] De plus, les conditions (1) et (2) sont héritées par \(Z_i\); c’est clair pour (2), et cela résulte du lemme 0902 de Topologie pour (1). Il suffit donc de démontrer le lemme dans le cas d’un faisceau constant de valeur finie. Ce cas est une reformulation du lemme 0CAM, ce qui achève la démonstration.
Exemple
Le lemme 09ZG est faux si \(X\) n’est pas spectral. Voici un exemple : soit \(Y\) un espace topologique \(T_1\), et soit \(y \in Y\) un point non ouvert. Soit \(X = Y \amalg \{ x \}\), muni de la topologie dont les fermés sont \(\emptyset\), \(\{y\}\) et tous les \(F \amalg \{ x \}\), où \(F\) est une partie fermée de \(Y\). Alors \(Z = \{x, y\}\) est une partie fermée de \(X\) qui satisfait à l’hypothèse (2) du lemme 09ZG. Mais \(X\) est connexe, tandis que \(Z\) ne l’est pas. La conclusion du lemme échoue donc pour le faisceau constant de valeur \(\{0, 1\}\) sur \(X\).
Lemme
Soit \((A, I)\) un couple hensélien. Posons \(X = \Spec(A)\) et \(Z = \Spec(A/I)\). Pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), on a \(\Gamma(X, \mathcal{F}) = \Gamma(Z, \mathcal{F}|_Z)\).
Démonstration
Rappelons que le spectre de tout anneau est un espace spectral, voir Algèbre, lemme 090M. D’après le lemme 09Y6 de Compléments d’algèbre, on voit que \(\overline{\{x\}} \cap Z\) est connexe pour tout \(x \in X\). Le lemme 09ZG montre que l’énoncé est vrai pour les faisceaux sur \(X_{Zar}\). Pour tout morphisme fini \(X' \to X\), on a \(X' = \Spec(A')\) et \(Z \times_X X' = \Spec(A'/IA')\), où \((A', IA')\) est un couple hensélien, voir le lemme 09XK de Compléments d’algèbre, et l’on obtient le même énoncé pour les faisceaux sur \((X')_{Zar}\). On peut donc conclure en appliquant le lemme 09ZF.
Enfin, nous pouvons énoncer et démontrer le théorème de Gabber.
Théorème
Soit \((A, I)\) un couple hensélien. Posons \(X = \Spec(A)\) et \(Z = \Spec(A/I)\). Pour tout faisceau abélien de torsion \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), on a \(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) = H^q_\etale(Z, \mathcal{F}|_Z)\).
Démonstration
Le résultat vaut pour \(q = 0\) par le lemme 09ZH. Soit \(q \geq 1\). Supposons le résultat démontré en tout degré \(< q\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion. Soit \(\mathcal{F} \to \mathcal{F}'\) un morphisme injectif de faisceaux abéliens de torsion (qui sera choisi plus tard), de conoyau \(\mathcal{Q}\), de sorte que l’on ait la suite exacte courte \[0 \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}' \to \mathcal{Q} \to 0\] de faisceaux abéliens de torsion sur \(X_\etale\). Cela donne un morphisme de suites exactes longues de cohomologie sur \(X\) et \(Z\), dont une partie est de la forme \[\xymatrix{ H^{q - 1}_\etale(X, \mathcal{F}') \ar[d] \ar[r] & H^{q - 1}_\etale(X, \mathcal{Q}) \ar[d] \ar[r] & H^q_\etale(X, \mathcal{F}) \ar[d] \ar[r] & H^q_\etale(X, \mathcal{F}') \ar[d] \\ H^{q - 1}_\etale(Z, \mathcal{F}'|_Z) \ar[r] & H^{q - 1}_\etale(Z, \mathcal{Q}|_Z) \ar[r] & H^q_\etale(Z, \mathcal{F}|_Z) \ar[r] & H^q_\etale(Z, \mathcal{F}'|_Z) }\] Nous allons terminer la démonstration à l’aide de ce diagramme commutatif de groupes abéliens à lignes exactes.
Injectivité pour \(\mathcal{F}\). Soit \(\xi\) un élément non nul de \(H^q_\etale(X, \mathcal{F})\). D’après le lemme 09ZE, appliqué avec \(Z = X\) (!), on peut trouver \(\mathcal{F} \subset \mathcal{F}'\) de sorte que l’image de \(\xi\) dans le groupe de droite soit nulle. Alors \(\xi\) est l’image d’un élément de \(H^{q - 1}_\etale(X, \mathcal{Q})\), et la bijectivité en degré \(q - 1\) implique que l’image de \(\xi\) n’est pas nulle dans \(H^q_\etale(Z, \mathcal{F}|_Z)\).
Surjectivité pour \(\mathcal{F}\). Soit \(\xi\) un élément de \(H^q_\etale(Z, \mathcal{F}|_Z)\). D’après le lemme 09ZE, appliqué avec \(Z = Z\), on peut trouver \(\mathcal{F} \subset \mathcal{F}'\) de sorte que l’image de \(\xi\) dans le groupe de droite soit nulle. Alors \(\xi\) est l’image d’un élément de \(H^{q - 1}_\etale(Z, \mathcal{Q}|_Z)\), et la bijectivité en degré \(q - 1\) implique que \(\xi\) appartient à l’image du morphisme vertical.
Lemme
Soit \(X\) un schéma à diagonale affine pouvant être recouvert par \(n + 1\) ouverts affines. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé. Soit \(\mathcal{A}\) un faisceau d’anneaux de torsion sur \(X_\etale\) et soit \(\mathcal{I}\) un faisceau injectif de \(\mathcal{A}\)-modules sur \(X_\etale\). Alors \(H^q_\etale(Z, \mathcal{I}|_Z) = 0\) pour \(q > n\).
Démonstration
Nous procédons par récurrence sur \(n\). Si \(n = 0\), alors \(X\) est affine. Écrivons \(X = \Spec(A)\) et \(Z = \Spec(A/I)\). Soit \(A^h\) la limite inductive filtrante des \(A\)-algèbres étales \(B\) telles que \(A/I \to B/IB\) soit un isomorphisme. Alors \((A^h, IA^h)\) est un couple hensélien et \(A/I = A^h/IA^h\), voir le lemme 0A02 de Compléments d’algèbre et sa démonstration. Posons \(X^h = \Spec(A^h)\). D’après le théorème 09ZI, on a \[H^q_\etale(Z, \mathcal{I}|_Z) = H^q_\etale(X^h, \mathcal{I}|_{X^h})\] D’après le théorème 09YQ, on a \[H^q_\etale(X^h, \mathcal{I}|_{X^h}) = \colim_{A \to B} H^q_\etale(\Spec(B), \mathcal{I}|_{\Spec(B)})\] où la limite inductive porte sur les \(A\)-algèbres \(B\) ci-dessus. Comme les morphismes \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) sont étales, la restriction \(\mathcal{I}|_{\Spec(B)}\) est un faisceau injectif de \(\mathcal{A}|_{\Spec(B)}\)-modules (Cohomologie sur les sites, lemme 03F3). Les groupes de cohomologie du membre de droite sont donc nuls, ce qui donne le résultat dans ce cas.
Étape de récurrence. On peut utiliser Mayer–Vietoris. Supposons en effet que \(X = U \cup V\), où \(U\) est une réunion de \(n\) ouverts affines et où \(V\) est affine. Puisque la diagonale de \(X\) est affine, on voit que \(U \cap V\) est la réunion de \(n\) ouverts affines. Mayer–Vietoris fournit une suite exacte \[H^{q - 1}_\etale(U \cap V \cap Z, \mathcal{I}|_Z) \to H^q_\etale(Z, \mathcal{I}|_Z) \to H^q_\etale(U \cap Z, \mathcal{I}|_Z) \oplus H^q_\etale(V \cap Z, \mathcal{I}|_Z)\] et l’hypothèse de récurrence donne l’annulation pour \(q > n\), comme voulu.
Cohomologie des faisceaux de torsion sur les courbes
Le but de cette section est d’établir les résultats fondamentaux de finitude et d’annulation pour la cohomologie des faisceaux de torsion sur les courbes, voir le théorème 03SC. Dans la section 0GJB, nous étudierons les faisceaux constructibles de modules de torsion sur un anneau noethérien.
Situation
Ici, \(k\) est un corps algébriquement clos, \(X\) est un schéma séparé de type fini de dimension \(\leq 1\) sur \(k\), et \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\).
Dans la situation 0A52, nous voulons démontrer les assertions suivantes :
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) = 0\) pour \(q > 2\),
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) = 0\) pour \(q > 1\) si \(X\) est affine,
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) = 0\) pour \(q > 1\) si \(p = \text{char}(k) > 0\) et si \(\mathcal{F}\) est de torsion \(p\)-primaire,
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F})\) est fini si \(\mathcal{F}\) est constructible et de torsion première à \(\text{char}(k)\),
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F})\) est fini si \(X\) est propre et si \(\mathcal{F}\) est constructible,
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) \to H^q_\etale(X_{k'}, \mathcal{F}|_{X_{k'}})\) est un isomorphisme pour toute extension \(k'/k\) de corps algébriquement clos si \(\mathcal{F}\) est de torsion première à \(\text{char}(k)\),
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) \to H^q_\etale(X_{k'}, \mathcal{F}|_{X_{k'}})\) est un isomorphisme pour toute extension \(k'/k\) de corps algébriquement clos si \(X\) est propre,
\(H^2_\etale(X, \mathcal{F}) \to H^2_\etale(U, \mathcal{F})\) est surjectif pour tout ouvert \(U \subset X\).
Étant donnée une situation 0A52, nous dirons que « les assertions (0A53) – (0A5A) sont vérifiées » si celles qui s’appliquent à la situation considérée sont vraies. Nous commençons la démonstration par la conséquence suivante de notre calcul de la cohomologie à coefficients constants.
Lemme
Dans la situation 0A52, supposons que \(X\) soit lisse et que \(\mathcal{F} = \underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}}\) pour un nombre premier \(\ell\). Alors les assertions (0A53) – (0A5A) sont vérifiées pour \(\mathcal{F}\).
Démonstration
Puisque \(X\) est lisse, nous voyons que \(X\) est une réunion disjointe finie de courbes lisses et de points. La cohomologie étale supérieure de tout faisceau sur un point (le spectre de \(k\)) est nulle, par exemple d’après le lemme 03QU ou le lemme 09AY. Nous pouvons donc supposer que \(X\) est une courbe lisse.
Cas I : \(\ell\) est distinct de la caractéristique de \(k\). Ce cas résulte du lemme 03RQ (cas projectif) et du lemme 03RR (cas affine). L’assertion (0A58) sur la cohomologie et l’extension du corps de base algébriquement clos résulte de ce que le genre \(g\) et le nombre \(r\) de « points manquants » ne changent pas quand on passe de \(k\) à \(k'\). L’assertion (0A5A) résulte de ce que \(H^2_\etale(U, \mathcal{F})\) est nul dès que \(U \not = X\), car \(U\) est alors affine (Variétés, lemmes 0A24 et 0A27).
Cas II : \(\ell\) est égal à la caractéristique de \(k\). L’annulation résulte du lemme 0A3N. Les assertions (0A57) et (0A59) résultent du lemme 0A3P.
Remarque
Soit \(k\) un corps algébriquement clos de caractéristique \(p > 0\). Dans la section 0A3J, nous avons vu qu’il existe une suite exacte \[k[x] \to k[x] \to H^1_\etale(\mathbf{A}^1_k, \mathbf{Z}/p\mathbf{Z}) \to 0\] où la première flèche envoie \(f(x)\) sur \(f^p - f\). Un système de représentants du conoyau est formé des polynômes \[\sum\nolimits_{p \not | n} \lambda_n x^n\] avec \(\lambda_n \in k\). (Si \(k\) n’est pas algébriquement clos, il faut aussi y ajouter certaines constantes.) En particulier, lorsque \(k'/k\) est une extension de corps algébriquement clos, l’application \[H^1_\etale(\mathbf{A}^1_k, \mathbf{Z}/p\mathbf{Z}) \to H^1_\etale(\mathbf{A}^1_{k'}, \mathbf{Z}/p\mathbf{Z})\] n’est pas un isomorphisme en général. En particulier, l’application \(\pi_1(\mathbf{A}^1_{k'}) \to \pi_1(\mathbf{A}^1_k)\) entre groupes fondamentaux étales (référence à ajouter ultérieurement) n’est pas non plus un isomorphisme. Ainsi, le type d’homotopie étale de la droite affine dépend du corps de base algébriquement clos. Le lemme 0A5B ci-dessus montre que ce phénomène ne se produit qu’en caractéristique \(p\) avec des coefficients de torsion \(p\)-primaire.
Lemme
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soit \(X\) un schéma séparé de type fini sur \(k\) et de dimension \(\leq 1\). Soit \(0 \to \mathcal{F}_1 \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}_2 \to 0\) une suite exacte courte de faisceaux abéliens de torsion sur \(X\). Si les assertions (0A53) – (0A5A) sont vérifiées pour \(\mathcal{F}_1\) et \(\mathcal{F}_2\), elles le sont aussi pour \(\mathcal{F}\).
Démonstration
Cela résulte pour l’essentiel immédiatement des définitions et de la suite exacte longue de cohomologie. Observons aussi que \(\mathcal{F}\) est constructible (resp. de torsion première à la caractéristique de \(k\)) si et seulement si \(\mathcal{F}_1\) et \(\mathcal{F}_2\) sont tous deux constructibles (resp. de torsion première à la caractéristique de \(k\)). Voir la proposition 09BH. Nous omettons quelques détails.
Lemme
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme fini de schémas séparés de type fini sur \(k\) et de dimension \(\leq 1\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X\). Si les assertions (0A53) – (0A5A) sont vérifiées pour \(\mathcal{F}\), elles le sont aussi pour \(f_*\mathcal{F}\).
Démonstration
En effet, nous avons \(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) = H^q_\etale(Y, f_*\mathcal{F})\) par l’annulation de \(R^qf_*\) pour \(q > 0\) (proposition 03QP) et par la suite spectrale de Leray (Cohomologie sur les sites, lemme 0733). Pour (0A5A), on utilise que la formation de \(f_*\) commute à tout changement de base (lemme 0959).
Lemme
Dans la situation 0A52, supposons \(\mathcal{F}\) constructible. Soit \(j : X' \to X\) l’inclusion d’un sous-schéma ouvert dense. Alors les assertions (0A53) – (0A5A) sont vérifiées pour \(\mathcal{F}\) si et seulement si elles le sont pour \(j_!j^{-1}\mathcal{F}\).
Démonstration
Puisque \(X'\) est dense, nous voyons que \(Z = X \setminus X'\) est de dimension \(0\) et est donc un ensemble fini \(Z = \{x_1, \ldots, x_n\}\) de points \(k\)-rationnels. Considérons la suite exacte courte \[0 \to j_!j^{-1}\mathcal{F} \to \mathcal{F} \to i_*i^{-1}\mathcal{F} \to 0\] du lemme 095L. Observons que \(H^q_\etale(X, i_*i^{-1}\mathcal{F}) = H^q_\etale(Z, i^{-1}\mathcal{F})\). En effet, \(i : Z \to X\) est une immersion fermée, donc finie, et nous avons donc l’annulation de \(R^qi_*\) pour \(q > 0\) d’après la proposition 03QP; l’égalité résulte alors de la suite spectrale de Leray (Cohomologie sur les sites, lemme 0733). Puisque \(Z\) est une réunion disjointe de spectres de corps algébriquement clos, nous en déduisons que \(H^q_\etale(Z, i^*\mathcal{F}) = 0\) pour \(q > 0\) et que \[H^0_\etale(Z, i^{-1}\mathcal{F}) = \bigoplus\nolimits_{i=1}^n \mathcal{F}_{x_i}\] est fini, car \(\mathcal{F}_{x_i}\) est fini en raison de l’hypothèse de constructibilité de \(\mathcal{F}\). La suite exacte longue de cohomologie donne une suite exacte \[0 \to H^0_\etale(X, j_!j^{-1}\mathcal{F}) \to H^0_\etale(X, \mathcal{F}) \to H^0_\etale(Z, i^{-1}\mathcal{F}) \to H^1_\etale(X, j_!j^{-1}\mathcal{F}) \to H^1_\etale(X, \mathcal{F}) \to 0\] et des isomorphismes \(H^q_\etale(X, j_!j^{-1}\mathcal{F}) \to H^q_\etale(X, \mathcal{F})\) pour \(q > 1\).
Il est maintenant facile de déduire que chacune des assertions (0A53) – (0A5A) est vérifiée pour \(\mathcal{F}\) si et seulement si elle l’est pour \(j_!j^{-1}\mathcal{F}\). Faisons quelques remarques pour aider le lecteur : (a) si \(\mathcal{F}\) est de torsion première à la caractéristique de \(k\), alors \(j_!j^{-1}\mathcal{F}\) l’est aussi, (b) le faisceau \(j_!j^{-1}\mathcal{F}\) est constructible, (c) nous avons \(H^0_\etale(Z, i^{-1}\mathcal{F}) = H^0_\etale(Z_{k'}, i^{-1}\mathcal{F}|_{Z_{k'}})\), et (d) si \(U \subset X\) est un ouvert, alors \(U' = U \cap X'\) est dense dans \(U\).
Lemme
Dans la situation 0A52, supposons \(X\) lisse. Soit \(j : U \to X\) une immersion ouverte. Soit \(\ell\) un nombre premier. Posons \(\mathcal{F} = j_!\underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}}\). Alors les assertions (0A53) – (0A5A) sont vérifiées pour \(\mathcal{F}\).
Démonstration
Puisque \(X\) est lisse, il est une réunion disjointe de courbes lisses; nous pouvons donc supposer que \(X\) est une courbe (c’est-à-dire irréductible). Alors soit \(U = \emptyset\), auquel cas il n’y a rien à démontrer, soit \(U \subset X\) est dense. Dans ce cas, le lemme résulte des lemmes 0A5B et 0GJA.
Lemme
Dans la situation 0A52, supposons \(X\) réduit. Soit \(j : U \to X\) une immersion ouverte. Soit \(\ell\) un nombre premier et posons \(\mathcal{F} = j_!\underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}}\). Alors les assertions (0A53) – (0A5A) sont vérifiées pour \(\mathcal{F}\).
Démonstration
La différence avec le lemme 03SG est qu’ici nous ne supposons pas \(X\) lisse. Soit \(\nu : X^\nu \to X\) le morphisme de normalisation. Alors \(\nu\) est fini (Variétés, lemme 0BXR) et \(X^\nu\) est lisse (Variétés, lemme 0B8Y). Soit \(j^\nu : U^\nu \to X^\nu\) l’image inverse de \(U\). D’après le lemme 03SG, le résultat vaut pour \(j^\nu_!\underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}}\). D’après le lemme 0A5D, le résultat vaut pour \(\nu_*j^\nu_!\underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}}\). En général, il n’est pas vrai que \(\nu_*j^\nu_!\underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}}\) soit égal à \(j_!\underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}}\) mais nous pouvons contourner cette difficulté comme suit. Puisque \(X\) est réduit, le morphisme \(\nu : X^\nu \to X\) est un isomorphisme au-dessus d’un ouvert dense \(j' : X' \to X\) (Variétés, lemme 0BXR). Au-dessus de cet ouvert, les deux faisceaux coïncident : \[(j')^{-1}(\nu_*j^\nu_!\underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}}) = (j')^{-1}(j_!\underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}})\] En appliquant deux fois le lemme 0GJA à \(j' : X' \to X\) et aux faisceaux ci-dessus, nous concluons.
Lemme
Dans la situation 0A52, supposons \(X\) réduit. Soit \(j : U \to X\) une immersion ouverte avec \(U\) connexe. Soit \(\ell\) un nombre premier. Soit \(\mathcal{G}\) un faisceau localement constant fini de \(\mathbf{F}_\ell\)-espaces vectoriels sur \(U\). Posons \(\mathcal{F} = j_!\mathcal{G}\). Alors les assertions (0A53) – (0A5A) sont vérifiées pour \(\mathcal{F}\).
Démonstration
Soit \(f : V \to U\) un morphisme fini étale de degré premier à \(\ell\) comme dans le lemme 0A3R. La discussion de la section 03SH donne des applications \[\mathcal{G} \to f_*f^{-1}\mathcal{G} \to \mathcal{G}\] dont le composé est un isomorphisme. Il suffit donc de démontrer le lemme avec \(\mathcal{F} = j_!f_*f^{-1}\mathcal{G}\). En vertu du théorème principal de Zariski (Compléments sur les morphismes, lemme 05K0) nous pouvons choisir un diagramme \[\xymatrix{ V \ar[r]_{j'} \ar[d]_f & Y \ar[d]^{\overline{f}} \\ U \ar[r]^j & X }\] où \(\overline{f} : Y \to X\) est fini et \(j'\) une immersion ouverte d’image dense. Nous pouvons remplacer \(Y\) par son réduit (cela ne change pas \(V\), puisque \(V\) est réduit car étale sur \(U\)). Comme \(f\) est fini et \(V\) dense dans \(Y\), nous avons \(V = U \times_X Y\). D’après le lemme 0GJ1, nous avons \[j_!f_*f^{-1}\mathcal{G} = \overline{f}_*j'_!f^{-1}\mathcal{G}\] D’après le lemme 0A5D, il suffit de considérer \(j'_!f^{-1}\mathcal{G}\). L’existence de la filtration donnée par le lemme 0A3R, le fait que \(j'_!\) est exact et le lemme 0A5C nous ramènent au cas \(\mathcal{F} = j'_!\underline{\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}}\) qui est le lemme 0A3Q.
Théorème
Si \(k\) est un corps algébriquement clos, \(X\) un schéma séparé de type fini et de dimension \(\leq 1\) sur \(k\), et \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\), alors
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) = 0\) pour \(q > 2\),
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) = 0\) pour \(q > 1\) si \(X\) est affine,
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) = 0\) pour \(q > 1\) si \(p = \text{char}(k) > 0\) et si \(\mathcal{F}\) est de torsion \(p\)-primaire,
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F})\) est fini si \(\mathcal{F}\) est constructible et de torsion première à \(\text{char}(k)\),
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F})\) est fini si \(X\) est propre et si \(\mathcal{F}\) est constructible,
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) \to H^q_\etale(X_{k'}, \mathcal{F}|_{X_{k'}})\) est un isomorphisme pour toute extension \(k'/k\) de corps algébriquement clos si \(\mathcal{F}\) est de torsion première à \(\text{char}(k)\),
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) \to H^q_\etale(X_{k'}, \mathcal{F}|_{X_{k'}})\) est un isomorphisme pour toute extension \(k'/k\) de corps algébriquement clos si \(X\) est propre,
\(H^2_\etale(X, \mathcal{F}) \to H^2_\etale(U, \mathcal{F})\) est surjectif pour tout ouvert \(U \subset X\).
Démonstration
Le théorème affirme que, dans la situation 0A52, les assertions (0A53) – (0A5A) sont vérifiées. Nous commençons par remplacer \(X\) par son réduit, ce qui est permis par la proposition 03SI. D’après le lemme 03SA, nous pouvons écrire \(\mathcal{F}\) comme limite inductive filtrante de faisceaux abéliens constructibles. La cohomologie commute aux limites inductives, voir le lemme 03Q5. De plus, l’image inverse par \(X_{k'} \to X\) commute aux limites inductives en tant qu’adjoint à gauche. Il suffit donc de démontrer les assertions pour un faisceau constructible.
Dans ce paragraphe, nous utilisons le lemme 0A5C sans le mentionner davantage. Écrivons \(\mathcal{F} = \mathcal{F}_1 \oplus \ldots \oplus \mathcal{F}_r\) où \(\mathcal{F}_i\) est \(\ell_i\)-primaire pour un nombre premier \(\ell_i\); nous pouvons supposer que \(\ell^n\) annule \(\mathcal{F}\) pour un nombre premier \(\ell\). Considérons la suite exacte \[0 \to \mathcal{F}[\ell] \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}/\mathcal{F}[\ell] \to 0.\] Nous voyons ainsi qu’il suffit de supposer \(\mathcal{F}\) de \(\ell\)-torsion. Cela signifie que \(\mathcal{F}\) est un faisceau constructible de \(\mathbf{F}_\ell\)-espaces vectoriels pour un nombre premier \(\ell\).
Par définition, cela signifie qu’il existe un ouvert dense \(U \subset X\) tel que \(\mathcal{F}|_U\) soit un faisceau localement constant fini de \(\mathbf{F}_\ell\)-espaces vectoriels. Comme \(\dim(X) \leq 1\), nous pouvons supposer, après avoir rétréci \(U\), que \(U = U_1 \amalg \ldots \amalg U_n\) est une réunion disjointe de schémas irréductibles (il suffit de supprimer les points fermés appartenant aux intersections d’au moins \(2\) composantes de \(U\)). D’après le lemme 0GJA, nous nous ramenons au cas \(\mathcal{F} = j_!\mathcal{G}\) où \(\mathcal{G}\) est un faisceau localement constant fini de \(\mathbf{F}_\ell\)-espaces vectoriels sur \(U\).
Comme nous avons choisi \(U = U_1 \amalg \ldots \amalg U_n\) avec les \(U_i\) irréductibles, nous avons \[j_!\mathcal{G} = j_{1!}(\mathcal{G}|_{U_1}) \oplus \ldots \oplus j_{n!}(\mathcal{G}|_{U_n})\] où \(j_i : U_i \to X\) est le morphisme d’inclusion. Le cas de \(j_{i!}(\mathcal{G}|_{U_i})\) est traité dans le lemme 03SD.
Théorème
Soit \(X\) un schéma de type fini et de dimension \(1\) sur un corps algébriquement clos \(k\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau de torsion sur \(X_\etale\). Alors \[H_\etale^q(X, \mathcal{F}) = 0, \quad \forall q \geq 3.\] Si \(X\) est affine, alors \(H_\etale^2(X, \mathcal{F}) = 0\) également.
Démonstration
Si \(X\) est séparé, cela résulte immédiatement du théorème plus précis 03SC. Si \(X\) n’est pas séparé, choisissons un recouvrement ouvert affine \(X = X_1 \cup \ldots \cup X_n\). Par récurrence sur \(n\), nous pouvons supposer l’annulation vérifiée sur \(U = X_1 \cup \ldots \cup X_{n - 1}\). Alors Mayer–Vietoris (lemme 0A50) donne \[H^2_\etale(U, \mathcal{F}) \oplus H^2_\etale(X_n, \mathcal{F}) \to H^2_\etale(U \cap X_n, \mathcal{F}) \to H^3_\etale(X, \mathcal{F}) \to 0\] Cependant, puisque \(U \cap X_n\) est un ouvert d’un schéma affine, il est affine en vertu de notre hypothèse de dimension. Le groupe \(H^2_\etale(U \cap X_n, \mathcal{F})\) s’annule donc d’après le théorème 03SC.
Lemme
Soit \(k'/k\) une extension de corps séparablement clos. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\) de dimension \(\leq 1\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X\). Alors l’application \(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) \to H^q_\etale(X_{k'}, \mathcal{F}|_{X_{k'}})\) est un isomorphisme pour \(q \geq 0\).
Démonstration
Nous l’avons vu pour les corps algébriquement clos dans le théorème 03SC. Étant donnés \(k \subset k'\) comme dans l’énoncé du lemme, nous pouvons choisir un diagramme \[\xymatrix{ k' \ar[r] & \overline{k}' \\ k \ar[u] \ar[r] & \overline{k} \ar[u] }\] où \(k \subset \overline{k}\) et \(k' \subset \overline{k}'\) sont les clôtures algébriques. Puisque \(k\) et \(k'\) sont séparablement clos, les extensions de corps \(\overline{k}/k\) et \(\overline{k}'/k'\) sont algébriques et purement inséparables. Dans ce cas, les morphismes \(X_{\overline{k}} \to X\) et \(X_{\overline{k}'} \to X_{k'}\) sont des homéomorphismes universels. Ainsi, la cohomologie de \(\mathcal{F}\) peut se calculer sur \(X_{\overline{k}}\) et la cohomologie de \(\mathcal{F}|_{X_{k'}}\) peut se calculer sur \(X_{\overline{k}'}\), voir la proposition 03SI. Nous déduisons donc le cas général du cas des corps algébriquement clos.
Cohomologie des modules de torsion sur les courbes
Dans cette section, nous reprenons les arguments de la section 03SB pour les faisceaux constructibles de modules de torsion sur un anneau noethérien. Nous commençons par l’étape la plus intéressante.
Lemme
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien, soit \(M\) un \(\Lambda\)-module de type fini annulé par un entier \(n > 0\), soit \(k\) un corps algébriquement clos et soit \(X\) un schéma séparé de type fini et de dimension \(\leq 1\) sur \(k\). Alors
\(H^q_\etale(X, \underline{M})\) est un \(\Lambda\)-module de type fini si \(n\) est premier à \(\text{char}(k)\),
\(H^q_\etale(X, \underline{M})\) est un \(\Lambda\)-module de type fini si \(X\) est propre.
Démonstration
Si \(n = \ell n'\) pour un nombre premier \(\ell\), nous obtenons une suite exacte courte \(0 \to M[\ell] \to M \to M' \to 0\) de \(\Lambda\)-modules finis, et \(M'\) est annulé par \(n'\). Cela fournit une suite exacte courte correspondante de faisceaux constants, laquelle donne à son tour une suite exacte de modules de cohomologie \[H^q_\etale(X, \underline{M[\ell]}) \to H^q_\etale(X, \underline{M}) \to H^q_\etale(X, \underline{M'})\] Ainsi, si nous pouvons démontrer le résultat lorsque \(M\) est annulé par un nombre premier, une récurrence sur \(n\) permet de conclure.
Soit \(\ell\) un nombre premier qui annule \(M\). Nous pouvons alors remplacer \(\Lambda\) par la \(\mathbf{F}_\ell\)-algèbre \(\Lambda/\ell \Lambda\). En effet, la cohomologie de \(\underline{M}\) considéré comme faisceau de \(\Lambda\)-modules est la même que sa cohomologie comme faisceau de \(\Lambda/\ell \Lambda\)-modules, par exemple d’après Cohomologie sur les sites, lemme 03FD.
Supposons que \(\ell\) soit un nombre premier qui annule \(M\) et \(\Lambda\). Ramenons-nous au cas où \(M\) est un \(\Lambda\)-module libre de type fini. Choisissons pour cela une suite exacte courte \[0 \to N \to \Lambda^{\oplus m} \to M \to 0\] Elle détermine une suite exacte \[H^q_\etale(X, \underline{\Lambda^{\oplus m}}) \to H^q_\etale(X, \underline{M}) \to H^{q + 1}_\etale(X, \underline{N})\] Une récurrence descendante sur \(q\) donne le résultat pour \(M\) si nous le connaissons pour \(\Lambda^{\oplus m}\). Nous utilisons ici le fait que nos groupes de cohomologie s’annulent en degrés \(> 2\) d’après le théorème 03SC.
Soit \(\ell\) un nombre premier et supposons que \(\ell\) annule \(\Lambda\). Il reste à montrer que les groupes de cohomologie \(H^q_\etale(X, \underline{\Lambda})\) sont des \(\Lambda\)-modules de type fini. Nous allons employer une astuce; l’argument « correct » utilise un théorème sur les coefficients que nous démontrerons plus loin. Choisissons une base \(\Lambda = \bigoplus_{i \in I} \mathbf{F}_\ell e_i\) telle que \(e_0 = 1\) pour un certain \(0 \in I\). Le choix de cette base détermine un isomorphisme \[\underline{\Lambda} = \bigoplus_{i \in I} \underline{\mathbf{F}_\ell} e_i\] de faisceaux sur \(X_\etale\). Nous voyons donc que \[H^q_\etale(X, \underline{\Lambda}) = H^q_\etale(X, \bigoplus_{i \in I} \underline{\mathbf{F}_\ell} e_i) = \bigoplus_{i \in I} H^q_\etale(X, \underline{\mathbf{F}_\ell})e_i\] car la cohomologie sur \(X\) commute aux sommes directes d’après le théorème 09YQ (ou le lemme 03Q5, ou le lemme 0GIS). Comme nous savons déjà que \(H^q_\etale(X, \underline{\mathbf{F}_\ell})\) est un \(\mathbf{F}_\ell\)-espace vectoriel de dimension finie (théorème 03SC), nous voyons que \(H^q_\etale(X, \underline{\Lambda})\) est libre sur \(\Lambda\) et de même rang. En effet, si \(\xi_1, \ldots, \xi_m\) est une base de \(H^q_\etale(X, \underline{\mathbf{F}_\ell})\), alors \(\xi_1 e_0, \ldots, \xi_m e_0\) forment une \(\Lambda\)-base de \(H^q_\etale(X, \underline{\Lambda})\).
Lemme
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien, soit \(k\) un corps algébriquement clos, soit \(f : X \to Y\) un morphisme fini de schémas séparés de type fini sur \(k\) et de dimension \(\leq 1\), et soit \(\mathcal{F}\) un faisceau de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\). Si \(H^q_\etale(X, \mathcal{F})\) est un \(\Lambda\)-module de type fini, alors \(H^q_\etale(Y, f_*\mathcal{F})\) l’est aussi.
Démonstration
En effet, nous avons \(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) = H^q_\etale(Y, f_*\mathcal{F})\) par l’annulation de \(R^qf_*\) pour \(q > 0\) (proposition 03QP) et par la suite spectrale de Leray (Cohomologie sur les sites, lemme 0733).
Lemme
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien, soit \(k\) un corps algébriquement clos, soit \(X\) un schéma séparé de type fini sur \(k\) et de dimension \(\leq 1\), soit \(\mathcal{F}\) un faisceau constructible de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\), et soit \(j : X' \to X\) l’inclusion d’un sous-schéma ouvert dense. Alors \(H^q_\etale(X, \mathcal{F})\) est un \(\Lambda\)-module de type fini si et seulement si \(H^q_\etale(X, j_!j^{-1}\mathcal{F})\) est un \(\Lambda\)-module de type fini.
Démonstration
Puisque \(X'\) est dense, nous voyons que \(Z = X \setminus X'\) est de dimension \(0\) et est donc un ensemble fini \(Z = \{x_1, \ldots, x_n\}\) de points \(k\)-rationnels. Considérons la suite exacte courte \[0 \to j_!j^{-1}\mathcal{F} \to \mathcal{F} \to i_*i^{-1}\mathcal{F} \to 0\] du lemme 095L. Observons que \(H^q_\etale(X, i_*i^{-1}\mathcal{F}) = H^q_\etale(Z, i^{-1}\mathcal{F})\). En effet, \(i : Z \to X\) est une immersion fermée, donc finie, et nous avons donc l’annulation de \(R^qi_*\) pour \(q > 0\) d’après la proposition 03QP; l’égalité résulte alors de la suite spectrale de Leray (Cohomologie sur les sites, lemme 0733). Puisque \(Z\) est une réunion disjointe de spectres de corps algébriquement clos, nous en déduisons que \(H^q_\etale(Z, i^{-1}\mathcal{F}) = 0\) pour \(q > 0\) et que \[H^0_\etale(Z, i^{-1}\mathcal{F}) = \bigoplus\nolimits_{i=1}^n \mathcal{F}_{x_i}\] qui est un \(\Lambda\)-module de type fini, car \(\mathcal{F}_{x_i}\) est de type fini en vertu de l’hypothèse que \(\mathcal{F}\) est un faisceau constructible de \(\Lambda\)-modules. La suite exacte longue de cohomologie donne une suite exacte \[0 \to H^0_\etale(X, j_!j^{-1}\mathcal{F}) \to H^0_\etale(X, \mathcal{F}) \to H^0_\etale(Z, i^{-1}\mathcal{F}) \to H^1_\etale(X, j_!j^{-1}\mathcal{F}) \to H^1_\etale(X, \mathcal{F}) \to 0\] et des isomorphismes \(H^q_\etale(X, j_!j^{-1}\mathcal{F}) \to H^q_\etale(X, \mathcal{F})\) pour \(q > 1\). Le lemme en résulte aisément.
Lemme
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien, soit \(M\) un \(\Lambda\)-module de type fini annulé par un entier \(n > 0\), soit \(k\) un corps algébriquement clos, soit \(X\) un schéma séparé de type fini et de dimension \(\leq 1\) sur \(k\), et soit \(j : U \to X\) une immersion ouverte. Alors
\(H^q_\etale(X, j_!\underline{M})\) est un \(\Lambda\)-module de type fini si \(n\) est premier à \(\text{char}(k)\),
\(H^q_\etale(X, j_!\underline{M})\) est un \(\Lambda\)-module de type fini si \(X\) est propre.
Démonstration
Comme \(\dim(X) \leq 1\), il existe un ouvert \(V \subset X\) disjoint de \(U\) tel que \(X' = U \cup V\) soit ouvert dense dans \(X\) (détails omis). Si \(j' : X' \to X\) désigne le morphisme d’inclusion, nous voyons que \(j_!\underline{M}\) est un facteur direct de \(j'_!\underline{M}\). Il suffit donc de démontrer le lemme lorsque \(U\) est ouvert et dense dans \(X\). Ce cas résulte des lemmes 0GJE et 0GJC.
Lemme
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien, soit \(k\) un corps algébriquement clos, soit \(X\) un schéma séparé de type fini sur \(k\) et de dimension \(\leq 1\), et soit \(0 \to \mathcal{F}_1 \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}_2 \to 0\) une suite exacte courte de faisceaux de \(\Lambda\)-modules sur \(X_\etale\). Si les \(H^q_\etale(X, \mathcal{F}_i)\), \(i = 1, 2\), sont des \(\Lambda\)-modules de type fini, alors \(H^q_\etale(X, \mathcal{F})\) est un \(\Lambda\)-module de type fini.
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la suite exacte longue de cohomologie.
Lemme
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien, soit \(k\) un corps algébriquement clos, soit \(X\) un schéma séparé de type fini et de dimension \(\leq 1\) sur \(k\), soit \(j : U \to X\) une immersion ouverte avec \(U\) connexe, soit \(\ell\) un nombre premier, soit \(n > 0\), et soit \(\mathcal{G}\) un faisceau localement constant de type fini de \(\Lambda\)-modules sur \(U_\etale\), annulé par \(\ell^n\). Alors
\(H^q_\etale(X, j_!\mathcal{G})\) est un \(\Lambda\)-module de type fini si \(\ell\) est premier à \(\text{char}(k)\),
\(H^q_\etale(X, j_!\mathcal{G})\) est un \(\Lambda\)-module de type fini si \(X\) est propre.
Démonstration
Soit \(f : V \to U\) un morphisme fini étale de degré premier à \(\ell\) comme dans le lemme 0GJ0. La discussion de la section 03SH donne des applications \[\mathcal{G} \to f_*f^{-1}\mathcal{G} \to \mathcal{G}\] dont le composé est un isomorphisme. Il suffit donc de démontrer la finitude de \(H^q_\etale(X, j_!f_*f^{-1}\mathcal{G})\). En vertu du théorème principal de Zariski (Compléments sur les morphismes, lemme 05K0) nous pouvons choisir un diagramme \[\xymatrix{ V \ar[r]_{j'} \ar[d]_f & Y \ar[d]^{\overline{f}} \\ U \ar[r]^j & X }\] où \(\overline{f} : Y \to X\) est fini et \(j'\) une immersion ouverte d’image dense. Comme \(f\) est fini et \(V\) dense dans \(Y\), nous avons \(V = U \times_X Y\). D’après le lemme 0GJ1, nous avons \[j_!f_*f^{-1}\mathcal{G} = \overline{f}_*j'_!f^{-1}\mathcal{G}\] D’après le lemme 0GJD, il suffit de considérer \(j'_!f^{-1}\mathcal{G}\). L’existence de la filtration donnée par le lemme 0GJ0, le fait que \(j'_!\) est exact et le lemme 0GJG nous ramènent au cas \(\mathcal{F} = j'_!\underline{M}\) pour un \(\Lambda\)-module de type fini \(M\), qui est le lemme 0GJF.
Théorème
Soit \(\Lambda\) un anneau noethérien, soit \(k\) un corps algébriquement clos, soit \(X\) un schéma séparé de type fini et de dimension \(\leq 1\) sur \(k\), et soit \(\mathcal{F}\) un faisceau constructible de \(\Lambda\)-modules de torsion sur \(X_\etale\). Alors
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F})\) est un \(\Lambda\)-module de type fini si \(\mathcal{F}\) est de torsion première à \(\text{char}(k)\),
\(H^q_\etale(X, \mathcal{F})\) est un \(\Lambda\)-module de type fini si \(X\) est propre.
Démonstration
Nous appliquerons le dévissage par suites exactes sans autre mention. Écrivons \(\mathcal{F} = \mathcal{F}_1 \oplus \ldots \oplus \mathcal{F}_r\) où \(\mathcal{F}_i\) est annulé par \(\ell_i^{n_i}\) pour un nombre premier \(\ell_i\) et un entier \(n_i > 0\). D’après le lemme 0GJG, il suffit de démontrer le théorème pour \(\mathcal{F}_i\). Nous pouvons donc supposer, et supposons, que \(\ell^n\) annule \(\mathcal{F}\) pour un nombre premier \(\ell\) et un entier \(n > 0\).
Puisque \(\mathcal{F}\) est constructible comme faisceau de \(\Lambda\)-modules, il existe un ouvert dense \(U \subset X\) tel que \(\mathcal{F}|_U\) soit un faisceau localement constant de type fini de \(\Lambda\)-modules. Comme \(\dim(X) \leq 1\), nous pouvons supposer, après avoir rétréci \(U\), que \(U = U_1 \amalg \ldots \amalg U_n\) est une réunion disjointe de schémas irréductibles (il suffit de supprimer les points fermés qui appartiennent aux intersections d’au moins \(2\) composantes de \(U\)). D’après le lemme 0GJE, nous nous ramenons au cas \(\mathcal{F} = j_!\mathcal{G}\) où \(\mathcal{G}\) est un faisceau localement constant de type fini de \(\Lambda\)-modules sur \(U\) (et annulé par \(\ell^n\)).
Comme nous avons choisi \(U = U_1 \amalg \ldots \amalg U_n\) avec les \(U_i\) irréductibles, nous avons \[j_!\mathcal{G} = j_{1!}(\mathcal{G}|_{U_1}) \oplus \ldots \oplus j_{n!}(\mathcal{G}|_{U_n})\] où \(j_i : U_i \to X\) est le morphisme d’inclusion. Le cas de \(j_{i!}(\mathcal{G}|_{U_i})\) est traité dans le lemme 0GJH.
Première cohomologie des schémas propres
Dans Fundamental Groups, section 0BQC, nous avons vu, en un certain sens, que la formation de \(R^1f_*\underline{G}\) commute au changement de base si \(f : X \to Y\) est un morphisme propre et si \(G\) est un groupe fini (non nécessairement commutatif). Dans cette section, nous déduisons une conséquence utile de ces résultats.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local hensélien. Soit \(X\) un schéma propre sur \(A\) de fibre fermée \(X_0\). Soit \(M\) un groupe abélien fini. Alors \(H^1_\etale(X, \underline{M}) = H^1_\etale(X_0, \underline{M})\).
Démonstration
D’après Cohomologie sur les sites, lemme 03AJ, un élément de \(H^1_\etale(X, \underline{M})\) correspond à un \(\underline{M}\)-torseur \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\). Un tel torseur est manifestement un faisceau localement constant fini. Ainsi, \(\mathcal{F}\) est représentable par un schéma \(V\) fini étale sur \(X\), lemme 03RV. Réciproquement, un schéma \(V\) fini étale sur \(X\), muni d’une action de \(M\) qui en fait un \(M\)-torseur sur \(X\), donne une classe de cohomologie. La même correspondance entre les classes de cohomologie sur \(X_0\) et les torseurs finis étales sur \(X_0\) vaut. Le lemme résulte donc de l’équivalence de catégories de Fundamental Groups, lemme 0A48.
Le lemme technique suivant est un ingrédient essentiel de la démonstration du théorème de changement de base propre. L’argument vaut mot pour mot pour tout schéma propre sur \(A\) dont la fibre spéciale est de dimension \(\leq 1\), mais la conclusion sera en fait une conséquence du théorème de changement de base propre, et nous n’avons besoin que de cette version particulière pour le démontrer.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local hensélien. Soit \(X = \mathbf{P}^1_A\). Soit \(X_0 \subset X\) la fibre fermée. Soit \(\ell\) un nombre premier. Soit \(\mathcal{I}\) un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\)-modules sur \(X_\etale\). Alors \(H^q_\etale(X_0, \mathcal{I}|_{X_0}) = 0\) pour \(q > 0\).
Démonstration
Observons que \(X\) est un schéma séparé que l’on peut recouvrir par \(2\) ouverts affines. Pour \(q > 1\), le résultat découle donc de la variante affine du théorème de changement de base propre due à Gabber, voir le lemme 0A51. Nous pouvons donc supposer \(q = 1\). Soit \(\xi \in H^1_\etale(X_0, \mathcal{I}|_{X_0})\). Il s’agit de montrer que \(\xi\) est nul. D’après les lemmes 03SA et 03Q5, nous pouvons trouver un morphisme \(\mathcal{F} \to \mathcal{I}\) où \(\mathcal{F}\) est un faisceau constructible de \(\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\)-modules et où \(\xi\) provient d’un élément \(\zeta\) de \(H^1_\etale(X_0, \mathcal{F}|_{X_0})\). Supposons donné un morphisme injectif \(\mathcal{F} \to \mathcal{F}'\) de faisceaux de \(\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\)-modules sur \(X_\etale\). Comme \(\mathcal{I}\) est injectif, nous pouvons prolonger le morphisme donné \(\mathcal{F} \to \mathcal{I}\) en un morphisme \(\mathcal{F}' \to \mathcal{I}\). Dans cette situation, nous pouvons remplacer \(\mathcal{F}\) par \(\mathcal{F}'\) et \(\zeta\) par son image dans \(H^1_\etale(X_0, \mathcal{F}'|_{X_0})\). De même, si \(\mathcal{F} = \mathcal{F}_1 \oplus \mathcal{F}_2\) est une somme directe, nous pouvons remplacer \(\mathcal{F}\) par \(\mathcal{F}_i\) et \(\zeta\) par son image dans \(H^1_\etale(X_0, \mathcal{F}_i|_{X_0})\).
D’après le lemme 09Z7 et les remarques ci-dessus, nous pouvons supposer que \(\mathcal{F}\) est de la forme \(f_*\underline{M}\), où \(M\) est un \(\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\)-module de type fini et \(f : Y \to X\) est un morphisme fini de présentation finie (de tels faisceaux restent constructibles d’après le lemme 095R, mais nous n’en aurons pas besoin). Puisque la formation de \(f_*\) commute à tout changement de base (lemme 0959), nous voyons que la restriction de \(f_*\underline{M}\) à \(X_0\) est égale à l’image directe de \(\underline{M}\) par le morphisme induit \(Y_0 \to X_0\) entre les fibres spéciales. La suite spectrale de Leray (proposition 03QC) et l’annulation des images directes supérieures (proposition 03QP) donnent \[H^1_\etale(X_0, f_*\underline{M}|_{X_0}) = H^1_\etale(Y_0, \underline{M}).\] Puisque \(Y \to \Spec(A)\) est propre, le lemme 0A5G montre que \(H^1_\etale(Y_0, \underline{M})\) est égal à \(H^1_\etale(Y, \underline{M})\). Ainsi, notre classe de cohomologie \(\zeta\) se relève en une classe de cohomologie \[\tilde\zeta \in H^1_\etale(Y, \underline{M}) = H^1_\etale(X, f_*\underline{M})\] Cependant, \(\tilde \zeta\) a une image nulle dans \(H^1_\etale(X, \mathcal{I})\) puisque \(\mathcal{I}\) est injectif; par commutativité de \[\xymatrix{ H^1_\etale(X, f_*\underline{M}) \ar[r] \ar[d] & H^1_\etale(X, \mathcal{I}) \ar[d] \\ H^1_\etale(X_0, (f_*\underline{M})|_{X_0}) \ar[r] & H^1_\etale(X_0, \mathcal{I}|_{X_0}) }\] nous en concluons que l’image \(\xi\) de \(\zeta\) est nulle elle aussi.
Préliminaires sur le changement de base
Si seul le théorème de changement de base lisse ou le théorème de changement de base propre vous intéresse, vous pouvez passer directement aux sections correspondantes. Dans cette section et les quelques suivantes, nous considérons des diagrammes commutatifs \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & T \ar[l]_g }\] de schémas; nous supposons généralement ce diagramme cartésien, c’est-à-dire \(Y = X \times_S T\). Un diagramme commutatif comme ci-dessus donne lieu à un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X_\etale \ar[d]_{f_{small}} & Y_\etale \ar[d]^{e_{small}} \ar[l]^{h_{small}} \\ S_\etale & T_\etale \ar[l]_{g_{small}} }\] de petits sites étales. Employons les notations \[f^{-1} = f_{small}^{-1}, \quad g_* = g_{small, *}, \quad e^{-1} = e_{small}^{-1}, \text{ et}\quad h_* = h_{small, *}.\] D’après Sites, section 06UM, nous obtenons un morphisme de changement de base ou d’image inverse \[f^{-1}g_*\mathcal{F} \longrightarrow h_*e^{-1}\mathcal{F}\] pour un faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(T_\etale\). Si \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien sur \(T_\etale\), nous obtenons alors un morphisme de changement de base dérivé \[f^{-1}Rg_*\mathcal{F} \longrightarrow Rh_*e^{-1}\mathcal{F}\] voir Cohomologie sur les sites, lemme 0736. Enfin, si \(K\) est un objet arbitraire de \(D(T_\etale)\), il existe un morphisme de changement de base \[f^{-1}Rg_*K \longrightarrow Rh_*e^{-1}K\] voir Cohomologie sur les sites, remarque 07A7.
Lemme
Considérons un diagramme cartésien de schémas \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & T \ar[l]_g }\] Soit \(\{U_i \to X\}\) un recouvrement étale tel que \(U_i \to S\) se factorise en \(U_i \to V_i \to S\), avec \(V_i \to S\) étale, et considérons les diagrammes cartésiens \[\xymatrix{ U_i \ar[d]_{f_i} & U_i \times_X Y \ar[l]^{h_i} \ar[d]^{e_i} \\ V_i & V_i \times_S T \ar[l]_{g_i} }\] Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(T_\etale\). Soit \(K \in D(T_\etale)\). Posons \(K_i = K|_{V_i \times_S T}\) et \(\mathcal{F}_i = \mathcal{F}|_{V_i \times_S T}\).
Si \(f_i^{-1}g_{i, *}\mathcal{F}_i = h_{i, *}e_i^{-1}\mathcal{F}_i\) pour tout \(i\), alors \(f^{-1}g_*\mathcal{F} = h_*e^{-1}\mathcal{F}\).
Si \(f_i^{-1}Rg_{i, *}K_i = Rh_{i, *}e_i^{-1}K_i\) pour tout \(i\), alors \(f^{-1}Rg_*K = Rh_*e^{-1}K\).
Si \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien et si \(f_i^{-1}R^qg_{i, *}\mathcal{F}_i = R^qh_{i, *}e_i^{-1}\mathcal{F}_i\) pour tout \(i\), alors \(f^{-1}R^qg_*\mathcal{F} = R^qh_*e^{-1}\mathcal{F}\).
Démonstration
Démonstration de (1). Observons d’abord que \[(f^{-1}g_*\mathcal{F})|_{U_i} = f_i^{-1}(g_*\mathcal{F}|_{V_i}) = f_i^{-1}g_{i, *}\mathcal{F}_i\] La première égalité vient de ce que \(U_i \to X \to S\) est égal à \(U_i \to V_i \to S\), et la seconde de ce que \(g_*\mathcal{F}|_{V_i} = g_{i, *}\mathcal{F}_i\) par le lemme 03EF de Sites. De même, nous avons \[(h_*e^{-1}\mathcal{F})|_{U_i} = h_{i, *}(e^{-1}\mathcal{F}|_{U_i \times_X Y}) = h_{i, *}e_i^{-1}\mathcal{F}_i\] Ainsi, si les morphismes de changement de base \(f_i^{-1}g_{i, *}\mathcal{F}_i \to h_{i, *}e_i^{-1}\mathcal{F}_i\) sont des isomorphismes pour tout \(i\), alors le morphisme de changement de base \(f^{-1}g_*\mathcal{F} \to h_*e^{-1}\mathcal{F}\) se restreint en un isomorphisme sur \(U_i\) pour tout \(i\), et nous concluons qu’il est un isomorphisme puisque \(\{U_i \to X\}\) est un recouvrement étale.
Pour les deux autres assertions, nous remplaçons l’appel au lemme 03EF de Sites par un appel au lemme de Cohomologie sur les sites 0D6G.
Lemme
Considérons une tour de diagrammes cartésiens de schémas \[\xymatrix{ W \ar[d]_i & Z \ar[l]^j \ar[d]^k \\ X \ar[d]_f & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & T \ar[l]_g }\] Soit \(K \in D(T_\etale)\). Si \[f^{-1}Rg_*K \to Rh_*e^{-1}K \quad\text{et}\quad i^{-1}Rh_*e^{-1}K \to Rj_*k^{-1}e^{-1}K\] sont des isomorphismes, alors \((f \circ i)^{-1}Rg_*K \to Rj_*(e \circ k)^{-1}K\) est un isomorphisme. De même, si \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien sur \(T_\etale\) et si \[f^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \to R^qh_*e^{-1}\mathcal{F} \quad\text{et}\quad i^{-1}R^qh_*e^{-1}\mathcal{F} \to R^qj_*k^{-1}e^{-1}\mathcal{F}\] sont des isomorphismes, alors \((f \circ i)^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \to R^qj_*(e \circ k)^{-1}\mathcal{F}\) est un isomorphisme.
Démonstration
Cela est formel, pourvu que l’on vérifie que la composée de ces morphismes de changement de base est le morphisme de changement de base du rectangle extérieur; voir la remarque de Cohomologie sur les sites 0E47.
Lemme
Soit \(I\) un ensemble ordonné filtrant. Considérons un système inverse de diagrammes cartésiens de schémas \[\xymatrix{ X_i \ar[d]_{f_i} & Y_i \ar[l]^{h_i} \ar[d]^{e_i} \\ S_i & T_i \ar[l]_{g_i} }\] dont les morphismes de transition sont affines et où \(g_i\) est quasi-compact et quasi-séparé. Posons \(X = \lim X_i\), \(S = \lim S_i\), \(T = \lim T_i\) et \(Y = \lim Y_i\) afin d’obtenir le diagramme cartésien \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & T \ar[l]_g }\] Soit \((\mathcal{F}_i, \varphi_{i'i})\) un système de faisceaux sur \((T_i)\) comme dans la définition 0EZL. Posons \(\mathcal{F} = \colim p_i^{-1}\mathcal{F}_i\) sur \(T\), où \(p_i : T \to T_i\) est la projection. Alors les assertions suivantes sont vraies.
Si \(f_i^{-1}g_{i, *}\mathcal{F}_i = h_{i, *}e_i^{-1}\mathcal{F}_i\) pour tout \(i\), alors \(f^{-1}g_*\mathcal{F} = h_*e^{-1}\mathcal{F}\).
Si \(\mathcal{F}_i\) est un faisceau abélien pour tout \(i\) et si \(f_i^{-1}R^qg_{i, *}\mathcal{F}_i = R^qh_{i, *}e_i^{-1}\mathcal{F}_i\) pour tout \(i\), alors \(f^{-1}R^qg_*\mathcal{F} = R^qh_*e^{-1}\mathcal{F}\).
Démonstration
Nous démontrons (2) et omettons la démonstration de (1). Nous utiliserons sans autre mention le fait que l’image inverse des faisceaux commute aux limites inductives, car c’est un adjoint à gauche. Remarquons que \(h_i\) est quasi-compact et quasi-séparé en tant que changement de base de \(g_i\). En notant \(q_i : Y \to Y_i\) les projections, remarquons que \(e^{-1}\mathcal{F} = \colim e^{-1}p_i^{-1}\mathcal{F}_i = \colim q_i^{-1}e_i^{-1}\mathcal{F}_i\). Par le lemme 0EYM, cela donne \[R^qh_*e^{-1}\mathcal{F} = \colim r_i^{-1}R^qh_{i, *}e_i^{-1}\mathcal{F}_i\] où \(r_i : X \to X_i\) est la projection. De même, nous avons \[f^{-1}R^qg_*\mathcal{F} = f^{-1}\colim s_i^{-1}R^qg_{i, *}\mathcal{F}_i = \colim r_i^{-1}f_i^{-1}R^qg_{i, *}\mathcal{F}_i\] où \(s_i : S \to S_i\) est la projection. Le lemme en résulte.
Lemme
Soient \(I\), \(X_i\), \(Y_i\), \(S_i\), \(T_i\), \(f_i\), \(h_i\), \(e_i\), \(g_i\), \(X\), \(Y\), \(S\), \(T\), \(f\), \(h\), \(e\), \(g\) comme dans l’énoncé du lemme 0EZT. Soient \(0 \in I\) et \(K_0 \in D^+(T_{0, \etale})\). Pour \(i \in I\), \(i \geq 0\), notons \(K_i\) l’image inverse de \(K_0\) sur \(T_i\). Notons \(K\) l’image inverse de \(K_0\) sur \(T\). Si \(f_i^{-1}Rg_{i, *}K_i = Rh_{i, *}e_i^{-1}K_i\) pour tout \(i \geq 0\), alors \(f^{-1}Rg_*K = Rh_*e^{-1}K\).
Démonstration
Il suffit de montrer que le morphisme de changement de base \(f^{-1}Rg_*K \to Rh_*e^{-1}K\) induit un isomorphisme sur les faisceaux de cohomologie. Autrement dit, nous devons montrer que \(f^{-1}R^pg_*K \to R^ph_*e^{-1}K\) est un isomorphisme pour tout \(p \in \mathbf{Z}\), sachant que \(f_i^{-1}R^pg_{i, *}K_i \to R^ph_{i, *}e_i^{-1}K_i\) est un isomorphisme pour tous \(i \geq 0\) et \(p \in \mathbf{Z}\). À ce point, nous pouvons raisonner exactement comme dans la démonstration du lemme 0EZT, en remplaçant le renvoi au lemme 0EYM par un renvoi au lemme 0GIU.
Lemme
Considérons un diagramme cartésien de schémas \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & T \ar[l]_g }\] où \(g : T \to S\) est quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(T_\etale\). Soit \(q \geq 0\). Les assertions suivantes sont équivalentes.
Pour tout point géométrique \(\overline{x}\) de \(X\), d’image \(\overline{s} = f(\overline{x})\), nous avons \[H^q(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}) \times_S T, \mathcal{F}) = H^q(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}) \times_S T, \mathcal{F})\]
\(f^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \to R^qh_*e^{-1}\mathcal{F}\) est un isomorphisme.
Démonstration
Puisque \(Y = X \times_S T\), nous avons \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}) \times_X Y = \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}) \times_S T\). Ainsi, le morphisme de (1) est le morphisme sur les fibres en \(\overline{x}\) associé au morphisme de (2), par le théorème 03Q9 (et le lemme 03Q1). Le résultat découle donc du théorème 03PU.
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\overline{x}\) un point géométrique de \(X\), d’image \(\overline{s}\) dans \(S\). Soit \(\Spec(K) \to \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\) un morphisme, où \(K\) est un corps séparablement clos. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(\Spec(K)_\etale\). Soit \(q \geq 0\). Les assertions suivantes sont équivalentes.
\(H^q(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}) \times_S \Spec(K), \mathcal{F}) = H^q(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}) \times_S \Spec(K), \mathcal{F})\)
\(H^q(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}) \times_{\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})} \Spec(K), \mathcal{F}) = H^q(\Spec(K), \mathcal{F})\)
Démonstration
Remarquons que \(\Spec(K) \times_S \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\) est le spectre d’une limite inductive filtrante d’algèbres étales sur \(K\). Puisque \(K\) est séparablement clos, toute \(K\)-algèbre étale est un produit fini de copies de \(K\). Nous pouvons donc écrire \[\Spec(K) \times_S \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}) = \lim_{i \in I} \coprod\nolimits_{a \in A_i} \Spec(K)\] comme une limite cofiltrante dont chaque terme est une réunion disjointe de copies de \(\Spec(K)\) indexées par un ensemble fini \(A_i\). Remarquons que \(A_i\) est non vide, puisque nous disposons de \(\Spec(K) \to \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\). Il s’ensuit que \[\begin{align*} \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}) \times_S \Spec(K) & = \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}) \times_{\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})} \left( \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}) \times_S \Spec(K)\right) \\ & = \lim_{i \in I} \coprod\nolimits_{a \in A_i} \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}) \times_{\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})} \Spec(K) \end{align*}\] Comme, dans notre situation, la cohomologie commute aux limites de schémas (théorème 09YQ), nous concluons.
Changement de base pour l’image directe
Cette section est préliminaire et devrait être omise en première lecture. Nous y étudions pour quels morphismes \(f : X \to S\) on a \(f^{-1}g_* = h_*e^{-1}\) sur tous les faisceaux (d’ensembles), pour tout diagramme cartésien \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & T \ar[l]_g }\] où \(g\) est quasi-compact et quasi-séparé.
Lemme
Considérons le diagramme cartésien de schémas \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & T \ar[l]_g }\] Supposons que \(f\) soit plat et que tout objet \(U\) de \(X_\etale\) possède un recouvrement \(\{U_i \to U\}\) tel que \(U_i \to S\) se factorise en \(U_i \to V_i \to S\), avec \(V_i \to S\) étale et \(U_i \to V_i\) quasi-compact à fibres géométriquement connexes. Alors, pour tout faisceau d’ensembles \(\mathcal{F}\) sur \(T_\etale\), nous avons \(f^{-1}g_*\mathcal{F} = h_*e^{-1}\mathcal{F}\).
Démonstration
Soit \(U \to X\) un morphisme étale tel que \(U \to S\) se factorise en \(U \to V \to S\), avec \(V \to S\) étale et \(U \to V\) quasi-compact à fibres géométriquement connexes. Remarquons que \(U \to V\) est plat (lemme 05B9 de Compléments sur la platitude). Nous affirmons que \[\begin{align*} f^{-1}g_*\mathcal{F}(U) & = g_*\mathcal{F}(V) \\ & = \mathcal{F}(V \times_S T) \\ & = e^{-1}\mathcal{F}(U \times_X Y) \\ & = h_*e^{-1}\mathcal{F}(U) \end{align*}\] En effet, en considérant \(U\) comme un objet de \(X_\etale\) et \(V\) comme un objet de \(S_\etale\), nous voyons que la première égalité découle du lemme 0A3H9. En considérant \(V \times_S T\) comme un objet de \(T_\etale\), la seconde égalité découle de la définition de \(g_*\). Remarquons que \(U \times_X Y = U \times_S T\) (car \(Y = X \times_S T\)) et que, par conséquent, \(U \times_X Y \to V \times_S T\) est à fibres géométriquement connexes comme changement de base de \(U \to V\). En considérant \(U \times_X Y\) comme un objet de \(Y_\etale\), nous voyons que la troisième égalité découle du lemme 0A3H, comme précédemment. Enfin, la quatrième égalité découle de la définition de \(h_*\).
Puisque, par hypothèse, tout objet de \(X_\etale\) possède un recouvrement étale auquel s’applique l’argument du paragraphe précédent, nous voyons que le lemme est vrai.
Lemme
Considérons un diagramme cartésien de schémas \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & T \ar[l]_g }\] où \(f\) est plat et localement de présentation finie, à fibres géométriquement réduites. Alors \(f^{-1}g_*\mathcal{F} = h_*e^{-1}\mathcal{F}\) pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(T_\etale\).
Démonstration
Combiner le lemme 0EZX avec le lemme de Compléments sur les morphismes 0EY5.
Lemme
Considérons le diagramme cartésien de schémas \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & T \ar[l]_g }\] Supposons que \(S\) soit le spectre d’un corps séparablement clos. Alors \(f^{-1}g_*\mathcal{F} = h_*e^{-1}\mathcal{F}\) pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(T_\etale\).
Démonstration
Nous pouvons travailler localement sur \(X\). Nous pouvons donc supposer \(X\) affine. Nous pouvons alors écrire \(X\) comme une limite cofiltrante de schémas affines de type fini sur \(S\). Par le lemme 0EZT, nous pouvons supposer que \(X\) est de type fini sur \(S\). Le lemme 0EZX s’applique alors, car tout schéma de type fini sur un corps séparablement clos est une réunion disjointe finie de schémas connexes et géométriquement connexes (voir le lemme de Variétés 0363).
Lemme
Considérons un diagramme cartésien de schémas \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & T \ar[l]_g }\] Supposons que
\(f\) soit plat et ouvert,
les corps résiduels de \(S\) soient séparablement algébriquement clos,
étant donné un morphisme étale \(U \to X\) avec \(U\) affine, nous puissions écrire \(U\) comme une réunion disjointe finie de sous-schémas ouverts de \(X\) (par exemple si \(X\) est un schéma intègre normal dont le corps des fonctions est séparablement clos),
tout ouvert non vide d’une fibre \(X_s\) de \(f\) soit connexe (par exemple si \(X_s\) est irréductible ou vide).
Alors, pour tout faisceau d’ensembles \(\mathcal{F}\) sur \(T_\etale\), nous avons \(f^{-1}g_*\mathcal{F} = h_*e^{-1}\mathcal{F}\).
Démonstration
Omis. Indication : les hypothèses impliquent presque trivialement la condition du lemme 0EZX. L’exemple de la partie (3) découle du lemme 09Z9.
Le lemme suivant n’a pas vraiment sa place ici, mais il ne semble pas y avoir ailleurs de meilleur endroit où le placer.
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas plat et localement de présentation finie, à fibres géométriquement réduites. Alors \(f^{-1} : \Sh(S_\etale) \to \Sh(X_\etale)\) commute aux produits.
Démonstration
Soit \(I\) un ensemble et soit \(\mathcal{G}_i\) un faisceau sur \(S_\etale\) pour \(i \in I\). Soit \(U \to X\) un morphisme étale tel que \(U \to S\) se factorise en \(U \to V \to S\), avec \(V \to S\) étale et \(U \to V\) plat de présentation finie à fibres géométriquement connexes. Nous avons alors \[\begin{align*} f^{-1}(\prod \mathcal{G}_i)(U) & = (\prod \mathcal{G}_i)(V) \\ & = \prod \mathcal{G}_i(V) \\ & = \prod f^{-1}\mathcal{G}_i(U) \\ & = (\prod f^{-1}\mathcal{G}_i)(U) \end{align*}\] où nous avons utilisé le lemme 0A3H dans les première et troisième égalités (nous utilisons aussi le fait que la restriction de \(f^{-1}\mathcal{G}\) à \(U_\etale\) est l’image inverse par \(U \to V\) de la restriction de \(\mathcal{G}\) à \(V_\etale\); voir le lemme 03EF de Sites). Par le lemme de Compléments sur les morphismes 0EY5 tout objet \(U\) de \(X_\etale\) possède un recouvrement étale \(\{U_i \to U\}\) tel que la discussion du paragraphe précédent s’applique à \(U_i\). Le lemme en résulte.
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme plat de schémas tel que, pour tout point géométrique \(\overline{x}\) de \(X\), le morphisme \[\mathcal{O}_{S, f(\overline{x})}^{sh} \longrightarrow \mathcal{O}_{X, \overline{x}}^{sh}\] soit à fibres géométriquement connexes. Alors, pour tout diagramme cartésien de schémas \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & T \ar[l]_g }\] où \(g\) est quasi-compact et quasi-séparé, nous avons \(f^{-1}g_*\mathcal{F} = h_*e^{-1}\mathcal{F}\) pour tout faisceau d’ensembles \(\mathcal{F}\) sur \(T_\etale\).
Démonstration
Il suffit de vérifier l’égalité sur les fibres; voir le théorème 03PU. Par le théorème 03Q9, nous avons \[(h_*e^{-1}\mathcal{F})_{\overline{x}} = \Gamma(\Spec(\mathcal{O}_{X, \overline{x}}^{sh}) \times_X Y, e^{-1}\mathcal{F})\] et, de même, nous avons \[(f^{-1}g_*\mathcal{F})_{\overline{x}} = (g_*\mathcal{F})_{f(\overline{x})} = \Gamma(\Spec(\mathcal{O}_{S, f(\overline{x})}^{sh}) \times_S T, \mathcal{F})\] Ces ensembles sont égaux par application du lemme 0A3H au morphisme \[\Spec(\mathcal{O}_{X, \overline{x}}^{sh}) \times_X Y \longrightarrow \Spec(\mathcal{O}_{S, f(\overline{x})}^{sh}) \times_S T\] qui est un changement de base de \(\Spec(\mathcal{O}_{X, \overline{x}}^{sh}) \to \Spec(\mathcal{O}_{S, f(\overline{x})}^{sh})\) car \(Y = X \times_S T\).
Changement de base pour les images directes supérieures
Cette section est l’analogue de la section 0EZW pour les images directes supérieures. Elle est préliminaire et devrait être omise en première lecture.
Remarque
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(n\) un entier. Nous dirons que \(BC(f, n, q_0)\) est vraie si, pour tout diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & X' \ar[l] \ar[d]_{f'} & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & S' \ar[l] & T \ar[l]_g }\] où \(X' = X \times_S S'\) et \(Y = X' \times_{S'} T\), où \(g\) est quasi-compact et quasi-séparé, et pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(T_\etale\) annulé par \(n\), le morphisme de changement de base \[(f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \longrightarrow R^qh_*e^{-1}\mathcal{F}\] est un isomorphisme pour \(q \leq q_0\).
Lemme
Avec \(f : X \to S\) et \(n\) comme dans la remarque 0F02, supposons que, pour un certain \(q \geq 1\), on ait \(BC(f, n, q - 1)\). Alors, pour tout diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & X' \ar[l] \ar[d]_{f'} & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & S' \ar[l] & T \ar[l]_g }\] où \(X' = X \times_S S'\) et \(Y = X' \times_{S'} T\), où \(g\) est quasi-compact et quasi-séparé, et pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(T_\etale\) annulé par \(n\), on a :
le morphisme de changement de base \((f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F}\to R^qh_*e^{-1}\mathcal{F}\) est injectif;
si \(\mathcal{F} \subset \mathcal{G}\), où \(\mathcal{G}\) sur \(T_\etale\) est annulé par \(n\), alors \[\Coker\left( (f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F}\to R^qh_*e^{-1}\mathcal{F} \right) \subset \Coker\left( (f')^{-1}R^qg_*\mathcal{G}\to R^qh_*e^{-1}\mathcal{G} \right)\]
si, dans (2), le faisceau \(\mathcal{G}\) est un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules, alors \[\Coker\left((f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F}\to R^qh_*e^{-1}\mathcal{F} \right) \subset R^qh_*e^{-1}\mathcal{G}\]
Démonstration
Choisissons une suite exacte courte \(0 \to \mathcal{F} \to \mathcal{I} \to \mathcal{Q} \to 0\) où \(\mathcal{I}\) est un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules. Considérons le diagramme induit \[\xymatrix{ (f')^{-1}R^{q - 1}g_*\mathcal{I} \ar[d]_{\cong} \ar[r] & (f')^{-1}R^{q - 1}g_*\mathcal{Q} \ar[d]_{\cong} \ar[r] & (f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \ar[d] \ar[r] & 0 \ar[d] \\ R^{q - 1}h_*e^{-1}\mathcal{I} \ar[r] & R^{q - 1}h_*e^{-1}\mathcal{Q} \ar[r] & R^qh_*e^{-1}\mathcal{F} \ar[r] & R^qh_*e^{-1}\mathcal{I} }\] à lignes exactes. Le zéro figure dans le coin supérieur droit car \(\mathcal{I}\) est injectif. Les deux flèches verticales de gauche sont des isomorphismes par \(BC(f, n, q - 1)\). Nous concluons que (1) est vraie. Ce qui précède montre aussi que \[\Coker\left( (f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F}\to R^qh_*e^{-1}\mathcal{F} \right) \subset R^qh_*e^{-1}\mathcal{I}\] donc (3) est vraie. Pour démontrer (2), choisissons \(\mathcal{F} \subset \mathcal{G} \subset \mathcal{I}\).
Lemme
Avec \(f : X \to S\) et \(n\) comme dans la remarque 0F02, supposons que, pour un certain \(q \geq 1\), on ait \(BC(f, n, q - 1)\). Considérons les diagrammes commutatifs \[\vcenter{ \xymatrix{ X \ar[d]_f & X' \ar[d]_{f'} \ar[l] & Y \ar[l]^h \ar[d]^e & Y' \ar[l]^{\pi'} \ar[d]^{e'} \\ S & S' \ar[l] & T \ar[l]_g & T' \ar[l]_\pi } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} & & Y' \ar[ll]^{h' = h \circ \pi'} \ar[d]^{e'} \\ S' & & T' \ar[ll]_{g' = g \circ \pi} } }\] où tous les carrés sont cartésiens, \(g\) est quasi-compact et quasi-séparé, et \(\pi\) est entier surjectif. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(T_\etale\) annulé par \(n\), et posons \(\mathcal{F}' = \pi^{-1}\mathcal{F}\). Si le morphisme de changement de base \[(f')^{-1}R^qg'_*\mathcal{F}' \longrightarrow R^qh'_*(e')^{-1}\mathcal{F}'\] est un isomorphisme, alors le morphisme de changement de base \((f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \to R^qh_*e^{-1}\mathcal{F}\) est un isomorphisme.
Démonstration
Remarquons que \(\mathcal{F} \to \pi_*\mathcal{F}'\) est injectif car \(\pi\) est surjectif (cela se vérifie sur les fibres). Ainsi, par le lemme 0F03, nous voyons qu’il suffit de montrer que le morphisme de changement de base \[(f')^{-1}R^qg_*\pi_*\mathcal{F}' \longrightarrow R^qh_*e^{-1}\pi_*\mathcal{F}'\] est un isomorphisme. Cela découle de l’hypothèse, car nous avons \(R^qg_*\pi_*\mathcal{F}' = R^qg'_*\mathcal{F}'\), nous avons \(e^{-1}\pi_*\mathcal{F}' =\pi'_*(e')^{-1}\mathcal{F}'\), et nous avons \(R^qh_*\pi'_*(e')^{-1}\mathcal{F}' = R^qh'_*(e')^{-1}\mathcal{F}'\). Ces égalités découlent des lemmes 0EYP et 04C2 et de la suite spectrale de Leray relative (lemme 0734 de Cohomologie sur les sites).
Lemme
Avec \(f : X \to S\) et \(n\) comme dans la remarque 0F02, supposons que, pour un certain \(q \geq 1\), on ait \(BC(f, n, q - 1)\). Considérons les diagrammes commutatifs \[\vcenter{ \xymatrix{ X \ar[d]_f & X' \ar[d]_{f'} \ar[l] & X'' \ar[l]^{\pi'} \ar[d]_{f''} & Y \ar[l]^{h'} \ar[d]^e \\ S & S' \ar[l] & S'' \ar[l]_\pi & T \ar[l]_{g'} } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} & & Y \ar[ll]^{h = h' \circ \pi'} \ar[d]^e \\ S' & & T \ar[ll]_{g = g' \circ \pi} } }\] où tous les carrés sont cartésiens, \(g'\) est quasi-compact et quasi-séparé, et \(\pi\) est entier. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(T_\etale\) annulé par \(n\). Si le morphisme de changement de base \[(f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \longrightarrow R^qh_*e^{-1}\mathcal{F}\] est un isomorphisme, alors le morphisme de changement de base \((f'')^{-1}R^qg'_*\mathcal{F} \to R^qh'_*e^{-1}\mathcal{F}\) est un isomorphisme.
Démonstration
Puisque \(\pi\) et \(\pi'\) sont entiers, nous avons \(R\pi_* = \pi_*\) et \(R\pi'_* = \pi'_*\); voir le lemme 04C2. Nous avons aussi \((f')^{-1}\pi_* = \pi'_*(f'')^{-1}\). Nous voyons donc que \(\pi'_*(f'')^{-1}R^qg'_*\mathcal{F} = (f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F}\) et \(\pi'_*R^qh'_*e^{-1}\mathcal{F} = R^qh_*e^{-1}\mathcal{F}\). Ainsi, l’hypothèse signifie que notre morphisme devient un isomorphisme après application du foncteur \(\pi'_*\). Nous voyons donc que c’est un isomorphisme par le lemme 04C2.
Lemme
Soit \(T\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(P\) une propriété des schémas quasi-compacts et quasi-séparés sur \(T\). Supposons que :
si \(T'' \to T'\) est un épaississement de schémas quasi-compacts et quasi-séparés sur \(T\), alors \(P(T'')\) si et seulement si \(P(T')\);
si \(T' = \lim T_i\) est la limite d’un système inverse de schémas quasi-compacts et quasi-séparés sur \(T\), à morphismes de transition affines, et si \(P(T_i)\) est vraie pour tout \(i\), alors \(P(T')\) est vraie;
si \(Z \subset T'\) est un sous-schéma fermé de complément quasi-compact \(V \subset T'\) et si \(P(T')\) est vraie, alors \(P(V)\) ou \(P(Z)\) est vraie.
Alors \(P(T)\) implique \(P(\Spec(K))\) pour un certain morphisme \(\Spec(K) \to T\), où \(K\) est un corps.
Démonstration
Considérons l’ensemble \(\mathfrak T\) des sous-schémas fermés \(T' \subset T\) tels que \(P(T')\) soit vraie. Par l’hypothèse (2), cet ensemble possède un élément minimal, noté \(T'\). Par l’hypothèse (1), nous voyons que \(T'\) est réduit. Soit \(\eta \in T'\) le point générique d’une composante irréductible de \(T'\). Alors \(\eta = \Spec(K)\) pour un certain corps \(K\), et \(\eta = \lim V\), où la limite porte sur les sous-schémas ouverts affines \(V \subset T'\) contenant \(\eta\). Par l’hypothèse (3) et la minimalité de \(T'\), nous voyons que \(P(V)\) est vraie pour tous ces \(V\). Ainsi \(P(\eta)\) est vraie par (2), ce qui achève la démonstration.
Lemme
Avec \(f : X \to S\) et \(n\) comme dans la remarque 0F02, supposons que, pour un certain \(q \geq 1\), \(BC(f, n, q - 1)\) soit vraie, mais que \(BC(f, n, q)\) ne le soit pas. Il existe alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & X' \ar[d]_{f'} \ar[l] & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & S' \ar[l] & \Spec(K) \ar[l]_g }\] où \(X' = X \times_S S'\), \(Y = X' \times_{S'} \Spec(K)\), \(K\) est un corps et \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien sur \(\Spec(K)\) annulé par \(n\), tel que \((f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \to R^qh_*e^{-1}\mathcal{F}\) n’est pas un isomorphisme.
Démonstration
Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & X' \ar[l] \ar[d]_{f'} & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & S' \ar[l] & T \ar[l]_g }\] où \(X' = X \times_S S'\) et \(Y = X' \times_{S'} T\), où \(g\) est quasi-compact et quasi-séparé, ainsi qu’un faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(T_\etale\) annulé par \(n\), tels que le morphisme de changement de base \((f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \to R^qh_*e^{-1}\mathcal{F}\) n’est pas un isomorphisme. Nous pouvons bien entendu remplacer \(S'\) par un ouvert affine de \(S'\), et nous le faisons; cela implique que \(T\) est quasi-compact et quasi-séparé. Par le lemme 0F03, nous voyons que \((f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \to R^qh_*e^{-1}\mathcal{F}\) est injectif. Choisissons un point géométrique \(\overline{x}\) de \(X'\) et un élément \(\xi\) de \((R^qh_*e^{-1}\mathcal{F})_{\overline{x}}\) qui n’appartient pas à l’image du morphisme \(((f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F})_{\overline{x}} \to (R^qh_*e^{-1}\mathcal{F})_{\overline{x}}\).
Considérons un morphisme \(\pi : T' \to T\), avec \(T'\) quasi-compact et quasi-séparé, et notons \(\mathcal{F}' = \pi^{-1}\mathcal{F}\). Notons \(\pi' : Y' = Y \times_T T' \to Y\) le changement de base de \(\pi\) et \(e' : Y' \to T'\) le changement de base de \(e\). Nous avons les diagrammes \[\vcenter{ \xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} & Y \ar[l]^h \ar[d]^e & Y' \ar[l]^{\pi'} \ar[d]^{e'} \\ S' & T \ar[l]_g & T' \ar[l]_\pi } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} & & Y' \ar[ll]^{h' = h \circ \pi'} \ar[d]^{e'} \\ S' & & T' \ar[ll]_{g' = g \circ \pi} } }\] À l’aide des morphismes d’image inverse, nous obtenons un diagramme commutatif canonique \[\xymatrix{ (f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \ar[r] \ar[d] & (f')^{-1}R^qg'_*\mathcal{F}' \ar[d] \\ R^qh_*e^{-1}\mathcal{F} \ar[r] & R^qh'_*(e')^{-1}\mathcal{F}' }\] de faisceaux abéliens sur \(X'\). Soit \(P(T')\) la propriété suivante :
L’image \(\xi'\) de \(\xi\) dans \((R^qh'_*(e')^{-1}\mathcal{F}')_{\overline{x}}\) n’appartient pas à l’image du morphisme \(((f')^{-1}R^qg'_*\mathcal{F}')_{\overline{x}} \to (R^qh'_*(e')^{-1}\mathcal{F}')_{\overline{x}}\).
Nous affirmons que les hypothèses (1), (2) et (3) du lemme 0F06 sont satisfaites par \(P\), ce qui démontre notre lemme.
La condition (1) du lemme 0F06 est satisfaite par \(P\), car la topologie étale d’un schéma et celle d’un épaississement de ce schéma sont les mêmes. Voir la proposition 03SI.
Supposons que \(I\) soit un ensemble ordonné filtrant et que \((T_i)\) soit un système inverse indexé par \(I\) de schémas quasi-compacts et quasi-séparés sur \(T\), à morphismes de transition affines. Posons \(T' = \lim T_i\). Notons \(\mathcal{F}'\) et \(\mathcal{F}_i\) les images inverses de \(\mathcal{F}\) sur \(T'\) et sur \(T_i\), respectivement. Considérons les diagrammes \[\vcenter{ \xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} & Y \ar[l]^h \ar[d]^e & Y_i \ar[l]^{\pi_i'} \ar[d]^{e_i} \\ S' & T \ar[l]_g & T_i \ar[l]_{\pi_i} } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} & & Y_i \ar[ll]^{h_i = h \circ \pi_i'} \ar[d]^{e_i} \\ S' & & T_i \ar[ll]_{g_i = g \circ \pi_i} } }\] comme au paragraphe précédent. Il est clair que \(\mathcal{F}'\) sur \(T'\) est la limite inductive des images inverses des \(\mathcal{F}_i\) sur \(T'\) et que \((e')^{-1}\mathcal{F}'\) est la limite inductive des images inverses des \(e_i^{-1}\mathcal{F}_i\) sur \(Y'\). Par le lemme 0EYM, nous avons \[R^qh'_*(e')^{-1}\mathcal{F}' = \colim R^qh_{i, *}e_i^{-1}\mathcal{F}_i \quad\text{et}\quad (f')^{-1}R^qg'_*\mathcal{F}' = \colim (f')^{-1}R^qg_{i, *}\mathcal{F}_i\] Il s’ensuit que, si \(P(T_i)\) est vraie pour tout \(i\), alors \(P(T')\) est vraie. Ainsi, la condition (2) du lemme 0F06 est satisfaite par \(P\).
La plus intéressante est la condition (3) du lemme 0F06. Supposons que \(T'\) soit un schéma quasi-compact et quasi-séparé sur \(T\) tel que \(P(T')\) soit vraie. Soit \(Z \subset T'\) un sous-schéma fermé de complément quasi-compact \(V \subset T'\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ Y' \times_{T'} Z \ar[d]_{e_Z} \ar[r]_{i'} & Y' \ar[d]_{e'} & Y' \times_{T'} V \ar[l]^{j'} \ar[d]^{e_V} \\ Z \ar[r]^i & T' & V \ar[l]_j }\] Choisissons un morphisme injectif \(j^{-1}\mathcal{F}' \to \mathcal{J}\), où \(\mathcal{J}\) est un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules sur \(V\). En regardant les fibres, nous voyons que le morphisme \[\mathcal{F}' \to \mathcal{G} = j_*\mathcal{J} \oplus i_*i^{-1}\mathcal{F}'\] est injectif. Ainsi, \(\xi'\) a pour image un élément non nul de \[\begin{align*} & \Coker\left( ((f')^{-1}R^qg'_*\mathcal{G})_{\overline{x}} \to (R^qh'_*(e')^{-1}\mathcal{G})_{\overline{x}} \right) = \\ & \Coker\left( ((f')^{-1}R^qg'_*j_*\mathcal{J})_{\overline{x}} \to (R^qh'_*(e')^{-1}j_*\mathcal{J})_{\overline{x}} \right) \oplus \\ & \Coker\left( ((f')^{-1}R^qg'_*i_*i^{-1}\mathcal{F}')_{\overline{x}} \to (R^qh'_*(e')^{-1}i_*i^{-1}\mathcal{F}')_{\overline{x}} \right) \end{align*}\] par la partie (2) du lemme 0F03. Si \(\xi'\) ne s’envoie pas sur zéro dans le second facteur, nous utilisons \[(f')^{-1}R^qg'_*i_*i^{-1}\mathcal{F}' = (f')^{-1}R^q(g' \circ i)_*i^{-1}\mathcal{F}'\] (car \(Ri_* = i_*\) par la proposition 03QP) et \[R^qh'_*(e')^{-1}i_*i^{-1}\mathcal{F}' = R^qh'_*i'_*e_Z^{-1}i^{-1}\mathcal{F}' = R^q(h' \circ i')_*e_Z^{-1}i^{-1}\mathcal{F}'\] (la première égalité par le lemme 0959 et la seconde parce que \(Ri'_* = i'_*\) par la proposition 03QP), pour voir que \(P(Z)\) est vraie. Enfin, supposons que \(\xi'\) ne s’envoie pas sur zéro dans le premier facteur. Nous avons \[(e')^{-1}j_*\mathcal{J} = j'_*e_V^{-1}\mathcal{J} \quad\text{et}\quad R^aj'_*e_V^{-1}\mathcal{J} = 0, \quad a = 1, \ldots, q - 1\] par \(BC(f, n, q - 1)\) appliquée au diagramme \[\xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} & Y' \ar[l]^{h'} \ar[d]_{e'} & Y' \times_{T'} V \ar[l]^{j'} \ar[d]^{e_V} \\ S' & T' \ar[l]_{g'} & V \ar[l]_j }\] et au fait que \(\mathcal{J}\) est injectif. Par la suite spectrale de Leray relative pour \(h' \circ j'\) (lemme 0734 de Cohomologie sur les sites), nous en déduisons que \[R^qh'_*(e')^{-1}j_*\mathcal{J} = R^qh'_*j'_*e_V^{-1}\mathcal{J} \longrightarrow R^q(h' \circ j')_* e_V^{-1}\mathcal{J}\] est injectif. Ainsi, \(\xi'\) a pour image un élément non nul de \((R^q(h' \circ j')_* e_V^{-1}\mathcal{J})_{\overline{x}}\). En appliquant la partie (3) du lemme 0F03 à l’injection \(j^{-1}\mathcal{F}' \to \mathcal{J}\), nous concluons que \(P(V)\) est vraie.
Lemme
Avec \(f : X \to S\) et \(n\) comme dans la remarque 0F02, supposons que, pour un certain \(q \geq 1\), \(BC(f, n, q - 1)\) soit vraie, mais que \(BC(f, n, q)\) ne le soit pas. Il existe alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & X' \ar[d] \ar[l] & Y \ar[l]^h \ar[d] \\ S & S' \ar[l] & \Spec(K) \ar[l] }\] dont les deux carrés sont cartésiens, où :
\(S'\) est affine, intègre et normal, à corps des fonctions algébriquement clos;
\(K\) est algébriquement clos et \(\Spec(K) \to S'\) est dominant (autrement dit, \(K\) est une extension du corps des fonctions de \(S'\)).
De plus, il existe un entier \(d | n\) tel que \(R^qh_*(\mathbf{Z}/d\mathbf{Z})\) soit non nul.
Réciproquement, la non-annulation de \(R^qh_*(\mathbf{Z}/d\mathbf{Z})\) dans le lemme implique que \(BC(f, n, q)\) n’est pas vraie, puisque le lemme 0EZP montre que \(R^q(\Spec(K) \to S')_*\mathbf{Z}/d\mathbf{Z} = 0\).
Démonstration
Choisissons d’abord un diagramme et \(\mathcal{F}\) comme dans le lemme 0F07. Nous pouvons supposer \(S'\) affine, et nous le faisons (c’est évident, mais voir la démonstration du lemme en cas de doute). Par le lemme 0F04, nous pouvons supposer \(K\) algébriquement clos. Alors \(\mathcal{F}\) correspond à un \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-module. Un tel module est une somme directe de copies de \(\mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\) pour divers \(d | n\); nous pouvons donc supposer \(\mathcal{F}\) constant, de valeur \(\mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\). Par le lemme 0F05, nous pouvons remplacer \(S'\) par sa normalisation dans \(\Spec(K)\), ce qui achève la démonstration.
Changement de base lisse
Dans cette section, nous démontrons le théorème de changement de base lisse.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Soit \(X\) une courbe affine lisse sur \(k\), munie d’un point rationnel \(x \in X(k)\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(\Spec(K)\) annulé par un entier \(n\) inversible dans \(k\). Soit \(q > 0\) et soit \[\xi \in H^q(X_K, (X_K \to \Spec(K))^{-1}\mathcal{F})\] Il existe :
des extensions finies \(K'/K\) et \(k'/k\), avec \(k' \subset K'\);
un revêtement galoisien fini étale \(Z \to X_{k'}\), de groupe \(G\).
L’ordre de \(G\) divise une puissance de \(n\), le morphisme \(Z \to X_{k'}\) est scindé au-dessus de \(x_{k'}\), et \(\xi\) s’annule dans \(H^q(Z_{K'}, (Z_{K'} \to \Spec(K))^{-1}\mathcal{F})\).
Démonstration
Pour \(q > 1\), nous savons que \(\xi\) s’annule dans \(H^q(X_{\overline{K}}, (X_{\overline{K}} \to \Spec(K))^{-1}\mathcal{F})\) (théorème 03SC). Par le lemme 03Q6, nous voyons que cela signifie qu’il existe une extension finie \(K'/K\) telle que \(\xi\) s’annule dans \(H^q(X_{K'}, (X_{K'} \to \Spec(K))^{-1}\mathcal{F})\). Dans ce cas, nous pouvons donc prendre \(k' = k\) et \(Z = X\).
Supposons \(q = 1\). Rappelons que \(\mathcal{F}\) correspond à un module discret \(M\) muni d’une action continue de \(\text{Gal}_K\); voir le lemme 04JQ. Puisque \(M\) est de \(n\)-torsion, il est la réunion de ses sous-groupes finis stables par \(\text{Gal}_K\). Nous nous ramenons donc au cas où \(M\) est un groupe abélien fini annulé par \(n\); voir le lemme 03Q5. Après avoir remplacé \(K\) par une extension finie, nous pouvons supposer que l’action de \(\text{Gal}_K\) sur \(M\) est triviale. Nous pouvons donc supposer que \(\mathcal{F} = \underline{M}\) est le faisceau constant de valeur le groupe abélien fini \(M\), annulé par \(n\).
Nous pouvons écrire \(M\) comme une somme directe de groupes cycliques. Deux revêtements galoisiens finis étales quelconques, dont les groupes de Galois sont d’ordre inversible dans \(k\), sont dominés par un troisième dont le groupe de Galois est d’ordre inversible dans \(k\) (section 03SF de Fundamental Groups). Il suffit donc de démontrer le lemme lorsque \(M = \mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\), où \(d | n\).
Supposons \(M = \mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\), où \(d | n\). Dans ce cas, \(\overline{\xi} = \xi|_{X_{\overline{K}}}\) est un élément de \[H^1(X_{\overline{k}}, \mathbf{Z}/d\mathbf{Z}) = H^1(X_{\overline{K}}, \mathbf{Z}/d\mathbf{Z})\] Voir le théorème 03SC. Ce groupe classifie les \(\mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\)-torseurs; voir le lemme 03AJ de Cohomologie sur les sites. Le torseur correspondant à \(\overline{\xi}\) (considéré comme un faisceau sur \(X_{\overline{k}, \etale}\)) donne à son tour un morphisme fini étale \(T \to X_{\overline{k}}\) muni d’une action de \(\mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\), transitive sur la fibre de \(T\) au-dessus de \(x_{\overline{k}}\); voir le lemme 03RV. Choisissons une composante connexe \(T' \subset T\) (si \(\overline{\xi}\) est d’ordre \(d\), alors \(T\) est déjà connexe). Alors \(T' \to X_{\overline{k}}\) est un revêtement galoisien fini étale dont le groupe de Galois est un sous-groupe \(G \subset \mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\) (un petit détail est omis). En outre, l’élément \(\overline{\xi}\) s’envoie sur zéro par le morphisme \(H^1(X_{\overline{k}}, \mathbf{Z}/d\mathbf{Z}) \to H^1(T', \mathbf{Z}/d\mathbf{Z})\), car c’est l’une des propriétés qui définissent \(T\).
Nous utilisons ensuite un argument de limite pour choisir une extension finie \(k'/k\) contenue dans \(\overline{k}\) telle que \(T' \to X_{\overline{k}}\) descende en un revêtement galoisien fini étale \(Z \to X_{k'}\), de groupe \(G\). Voir les lemmes de Limits 01ZM, 01ZO et 07RP. Après avoir agrandi \(k'\), nous pouvons supposer que \(Z\) est scindé au-dessus de \(x_{k'}\). Par construction, l’image de \(\xi\) dans \(H^1(Z_{\overline{K}}, \mathbf{Z}/d\mathbf{Z})\) est nulle. Ainsi, par le lemme 03Q6, nous pouvons trouver une sous-extension finie \(\overline{K}/K'/K\) contenant \(k'\) telle que \(\xi\) s’annule dans \(H^1(Z_{K'}, \mathbf{Z}/d\mathbf{Z})\), ce qui achève la démonstration.
Théorème
Considérons un diagramme cartésien de schémas \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & T \ar[l]_g }\] où \(f\) est lisse et \(g\) quasi-compact et quasi-séparé. Alors \[f^{-1}R^qg_*\mathcal{F} = R^qh_*e^{-1}\mathcal{F}\] pour tout \(q\) et tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(T_\etale\) dont toutes les fibres aux points géométriques sont de torsion d’ordres inversibles sur \(S\).
Démonstration
Cette démonstration est très longue, mais plus directe (elle utilise moins de théorie générale) que la seconde démonstration donnée ci-dessous.
Le théorème est local sur \(X_\etale\). Plus précisément, supposons donné \(U \to X\) étale tel que \(U \to S\) se factorise en \(U \to V \to S\), avec \(V \to S\) étale. Nous pouvons alors considérer le carré cartésien \[\xymatrix{ U \ar[d]_{f'} & U \times_X Y \ar[l]^{h'} \ar[d]^{e'} \\ V & V \times_S T \ar[l]_{g'} }\] et, en posant \(\mathcal{F}' = \mathcal{F}|_{V \times_S T}\), nous avons \(f^{-1}R^qg_*\mathcal{F}|_U = (f')^{-1}R^qg'_*\mathcal{F}'\) et \(R^qh_*e^{-1}\mathcal{F}|_U = R^qh'_*(e')^{-1}\mathcal{F}'\) (cela découle de la compatibilité de la localisation avec les morphismes de sites; voir le lemme 03EF de Sites, ainsi que le lemme de Cohomologie sur les sites 0D6G). Il suffit donc de produire un recouvrement étale de \(X\) par des \(U \to X\) et des factorisations \(U \to V \to S\) comme ci-dessus, tels que le théorème vaille pour le diagramme formé de \(f'\), \(h'\), \(g'\) et \(e'\).
Par la structure locale des morphismes lisses, voir le lemme 054L de Morphismes, nous pouvons supposer \(X\) et \(S\) affines et que \(X \to S\) se factorise par un morphisme étale \(X \to \mathbf{A}^d_S\). Si nous avons une tour de diagrammes cartésiens \[\xymatrix{ W \ar[d]_i & Z \ar[l]^j \ar[d]^k \\ X \ar[d]_f & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & T \ar[l]_g }\] et si le théorème vaut pour les carrés inférieur et supérieur, alors il vaut pour le rectangle extérieur; cela est formel. En écrivant \(X \to S\) comme la composée \[X \to \mathbf{A}^{d - 1}_S \to \mathbf{A}^{d - 2}_S \to \ldots \to \mathbf{A}^1_S \to S\] nous concluons qu’il suffit de démontrer le théorème lorsque \(X\) et \(S\) sont affines et que \(X \to S\) est de dimension relative \(1\).
Pour tout \(n \geq 1\) inversible sur \(S\), soit \(\mathcal{F}[n]\) le sous-faisceau des sections de \(\mathcal{F}\) annulées par \(n\). Alors \(\mathcal{F} = \colim \mathcal{F}[n]\) par notre hypothèse sur les fibres de \(\mathcal{F}\). Les foncteurs \(e^{-1}\) et \(f^{-1}\) commutent aux limites inductives car ce sont des adjoints à gauche. Les foncteurs \(R^qh_*\) et \(R^qg_*\) commutent aux limites inductives filtrantes par le lemme 09Z1. Il suffit donc de démontrer le théorème pour \(\mathcal{F}[n]\). Désormais, nous fixons un entier \(n\), travaillons avec des faisceaux de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules et supposons que \(S\) est un schéma sur \(\Spec(\mathbf{Z}[1/n])\).
Nous nous ramenons ensuite au cas où \(T\) est affine. Puisque \(g\) est quasi-compact et quasi-séparé et que \(S\) est affine, le schéma \(T\) est quasi-compact et quasi-séparé. Nous pouvons donc utiliser le principe de récurrence du lemme 08DR de Cohomologie des schémas. Par conséquent, il suffit de montrer que, si \(T = W \cup W'\) est un recouvrement ouvert et si le théorème vaut pour les carrés \[\xymatrix{ X \ar[d] & e^{-1}(W) \ar[l]^i \ar[d] \\ S & W \ar[l]_a } \quad \xymatrix{ X \ar[d] & e^{-1}(W') \ar[l]^j \ar[d] \\ S & W' \ar[l]_b } \quad \xymatrix{ X \ar[d] & e^{-1}(W \cap W') \ar[l]^-k \ar[d] \\ S & W \cap W' \ar[l]_c }\] alors le théorème vaut pour le diagramme initial. Pour le voir, considérons le diagramme \[\xymatrix{ f^{-1}R^{q - 1}c_*\mathcal{F}|_{W \cap W'} \ar[d]^{\cong} \ar[r] & f^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \ar[d] \ar[r] & f^{-1}R^qa_*\mathcal{F}|_W \oplus f^{-1}R^qb_*\mathcal{F}|_{W'} \ar[d]_{\cong} \\ R^{q - 1}k_*e^{-1}\mathcal{F}|_{e^{-1}(W \cap W')} \ar[r] & R^qh_*e^{-1}\mathcal{F} \ar[r] & R^qi_*e^{-1}\mathcal{F}|_{e^{-1}(W)} \oplus R^qj_*e^{-1}\mathcal{F}|_{e^{-1}(W')} }\] dont les lignes sont les suites exactes longues du lemme 0EYK. Le lemme des cinq donne donc la conclusion voulue.
En résumé, nous pouvons supposer \(S\), \(X\), \(T\) et \(Y\) affines, \(\mathcal{F}\) de \(n\)-torsion, \(X \to S\) lisse de dimension relative \(1\), et \(S\) schéma sur \(\mathbf{Z}[1/n]\). Nous allons démontrer le théorème par récurrence sur \(q\). Le cas initial \(q = 0\) est traité par le lemme 0EYS. Supposons \(q > 0\) et le théorème vrai en tout degré inférieur. Choisissons une suite exacte courte \(0 \to \mathcal{F} \to \mathcal{I} \to \mathcal{Q} \to 0\) où \(\mathcal{I}\) est un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules. Considérons le diagramme induit \[\xymatrix{ f^{-1}R^{q - 1}g_*\mathcal{I} \ar[d]_{\cong} \ar[r] & f^{-1}R^{q - 1}g_*\mathcal{Q} \ar[d]_{\cong} \ar[r] & f^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \ar[d] \ar[r] & 0 \ar[d] \\ R^{q - 1}h_*e^{-1}\mathcal{I} \ar[r] & R^{q - 1}h_*e^{-1}\mathcal{Q} \ar[r] & R^qh_*e^{-1}\mathcal{F} \ar[r] & R^qh_*e^{-1}\mathcal{I} }\] à lignes exactes. Le zéro figure dans le coin supérieur droit car \(\mathcal{I}\) est injectif. Les deux flèches verticales de gauche sont des isomorphismes par l’hypothèse de récurrence. Il suffit donc de démontrer que \(R^qh_*e^{-1}\mathcal{I} = 0\).
Écrivons \(S = \Spec(A)\) et \(T = \Spec(B)\), et supposons que le morphisme \(T \to S\) soit donné par le morphisme d’anneaux \(A \to B\). Nous pouvons écrire \(A \to B = \colim_{i \in I} (A_i \to B_i)\) comme une limite inductive filtrante de morphismes d’anneaux de type fini sur \(\mathbf{Z}[1/n]\) (voir le lemme 00QY d’Algèbre). Pour \(i \in I\), posons \(S_i = \Spec(A_i)\) et \(T_i = \Spec(B_i)\). Pour \(i\) assez grand, nous pouvons trouver un morphisme lisse \(X_i \to S_i\) de dimension relative \(1\) tel que \(X = X_i \times_{S_i} S\); voir les lemmes de Limits 01ZM, 0C0C et 0EY2. Posons \(Y_i = X_i \times_{S_i} T_i\) pour obtenir les carrés \[\xymatrix{ X_i \ar[d]_{f_i} & Y_i \ar[l]^{h_i} \ar[d]^{e_i} \\ S_i & T_i \ar[l]_{g_i} }\] Remarquons que \(\mathcal{I}_i = (T \to T_i)_*\mathcal{I}\) est un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules sur \(T_i\); voir le lemme de Cohomologie sur les sites 0730. Nous avons \(\mathcal{I} = \colim (T \to T_i)^{-1}\mathcal{I}_i\) par le lemme 0EYN. En prenant l’image inverse par \(e\), nous obtenons \(e^{-1}\mathcal{I} = \colim (Y \to Y_i)^{-1}e_i^{-1}\mathcal{I}_i\). Par le lemme 0EYM, appliqué au système de morphismes \(Y_i \to X_i\) de limite \(Y \to X\), nous avons \[R^qh_*e^{-1}\mathcal{I} = \colim (X \to X_i)^{-1} R^qh_{i, *} e_i^{-1}\mathcal{I}_i\] Cela nous ramène au cas où \(T\) et \(S\) sont affines de type fini sur \(\mathbf{Z}[1/n]\).
En résumé, nous avons un entier \(q \geq 1\) tel que le théorème vaille en degrés \(< q\), les schémas \(S\) et \(T\) sont affines de type fini sur \(\mathbf{Z}[1/n]\), le morphisme \(X \to S\) est lisse de dimension relative \(1\), avec \(X\) affine, et \(\mathcal{I}\) est un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules; nous devons montrer que \(R^qh_*e^{-1}\mathcal{I} = 0\). Nous allons le faire par récurrence sur \(\dim(T)\).
Le cas initial est \(T = \emptyset\), c’est-à-dire \(\dim(T) < 0\). Si l’on préfère, on peut prendre comme cas initial le cas \(\dim(T) = 0\). Dans ce cas, \(T \to S\) est fini (en fait, même \(T \to \Spec(\mathbf{Z}[1/n])\) est fini puisque la cible est jacobsonienne; les détails sont omis), donc \(h\) est lui aussi fini et ses images directes supérieures sont nulles (voir les références ci-dessous).
Supposons \(\dim(T) = d \geq 0\) et le résultat connu dans toutes les situations où \(T\) est de dimension inférieure. Choisissons \(U\) affine et étale sur \(X\), ainsi qu’une section \(\xi\) de \(R^qh_*e^{-1}\mathcal{I}\) sur \(U\). Nous devons montrer que \(\xi\) est nulle. Nous pouvons bien entendu remplacer \(X\) par \(U\) (et, en conséquence, \(Y\) par \(U \times_X Y\)) et supposer \(\xi \in H^0(X, R^qh_*e^{-1}\mathcal{I})\). De plus, puisque \(R^qh_*e^{-1}\mathcal{I}\) est un faisceau, il suffit de démontrer que \(\xi\) est nulle localement sur \(X\). Nous pouvons donc remplacer \(X\) par les membres d’un recouvrement étale. En particulier, à l’aide du lemme 03Q8, nous pouvons supposer que \(\xi\) est l’image d’un élément \(\tilde \xi \in H^q(Y, e^{-1}\mathcal{I})\). En termes de \(\tilde \xi\), notre tâche est de montrer que \(\tilde \xi\) s’annule dans \(H^q(U_i \times_X Y, e^{-1}\mathcal{I})\) pour un certain recouvrement étale \(\{U_i \to X\}\).
Par le lemme 0EY4 de Compléments sur les morphismes, nous pouvons supposer que \(X \to S\) se factorise en \(X \to V \to S\), où \(V \to S\) est étale et \(X \to V\) est un morphisme lisse de schémas affines, de dimension relative \(1\), muni d’une section et à fibres géométriquement connexes. Remarquons que \(\dim(V \times_S T) \leq \dim(T) = d\) par exemple par le lemme de Compléments d’algèbre 07QP. Nous pouvons donc remplacer \(S\) par \(V\) et \(T\) par \(V \times_S T\) (exactement comme dans la discussion du premier paragraphe de la démonstration). Ainsi, nous pouvons supposer \(X \to S\) lisse de dimension relative \(1\), à fibres géométriquement connexes et muni d’une section \(\sigma : S \to X\).
Soit \(\pi : T' \to T\) un morphisme fini surjectif. Nous utiliserons ci-dessous que \(\dim(T') \leq \dim(T) = d\); voir le lemme 00OJ d’Algèbre. Choisissons un morphisme injectif \(\pi^{-1}\mathcal{I} \to \mathcal{I}'\) vers un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules. Alors \(\mathcal{I} \to \pi_*\mathcal{I}'\) est injectif et possède donc une rétraction (car \(\mathcal{I}\) est un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules). Notons \(\pi' : Y' = Y \times_T T' \to Y\) le changement de base de \(\pi\) et \(e' : Y' \to T'\) le changement de base de \(e\). Nous avons le diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & Y \ar[l]^h \ar[d]^e & Y' \ar[l]^{\pi'} \ar[d]^{e'} \\ S & T \ar[l]_g & T' \ar[l]_\pi }\] Par la proposition 03QP et le lemme 0959, nous avons \(R\pi'_*(e')^{-1}\mathcal{I}' = e^{-1}\pi_*\mathcal{I}'\). Ainsi, par la suite spectrale de Leray (lemme 0732 de Cohomologie sur les sites), nous avons \[H^q(Y', (e')^{-1}\mathcal{I}') = H^q(Y, e^{-1}\pi_*\mathcal{I}') \supset H^q(Y, e^{-1}\mathcal{I})\] et cela reste vrai après changement de base par tout \(U \to X\) étale. Nous pouvons donc remplacer \(T\) par \(T'\), \(\mathcal{I}\) par \(\mathcal{I}'\) et \(\tilde \xi\) par son image dans \(H^q(Y', (e')^{-1}\mathcal{I}')\).
Supposons donnée une factorisation \(T \to S' \to S\), où \(\pi : S' \to S\) est fini. En posant \(X' = S' \times_S X\), nous pouvons considérer le diagramme induit \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & X' \ar[l]^{\pi'} \ar[d]^{f'} & Y \ar[l]^{h'} \ar[d]^e \\ S & S' \ar[l]_\pi & T \ar[l]_g }\] Puisque les images directes supérieures de \(\pi'\) sont nulles, nous voyons que \(R^qh_*e^{-1}\mathcal{I} = \pi'_*R^qh'_*e^{-1}\mathcal{I}\) par la suite spectrale de Leray. Par conséquent, \(H^0(X, R^qh_*e^{-1}\mathcal{I}) = H^0(X', R^qh'_*e^{-1}\mathcal{I})\). Ainsi, \(\xi\) est nulle si et seulement si la section correspondante de \(R^qh'_*e^{-1}\mathcal{I}\) est nulle10. Nous pouvons donc remplacer \(S\) par \(S'\) et \(X\) par \(X'\). Remarquons que le changement de base de \(\sigma : S \to X\) est \(\sigma' : S' \to X'\); ainsi, après ce remplacement, il reste vrai que \(X \to S\) possède une section \(\sigma\) et des fibres géométriquement connexes.
Nous utiliserons le fait que \(S\) et \(T\) sont des schémas de Nagata; voir la proposition 0335 d’Algèbre. Cela garantira que diverses normalisations sont finies; voir les lemmes de Morphismes 03GR et 035S. En particulier, nous pouvons d’abord remplacer \(T\) par sa normalisation, puis remplacer \(S\) par la normalisation de \(S\) dans \(T\). Alors \(T \to S\) est une réunion disjointe de morphismes dominants de schémas intègres normaux; voir le lemme 035L de Morphismes. Nous pouvons clairement raisonner composante connexe par composante connexe; nous pouvons donc supposer que \(T \to S\) est un morphisme dominant de schémas intègres normaux.
Soient \(s \in S\) et \(t \in T\) les points génériques. Par le lemme 0EYT, il existe des extensions finies de corps \(K/\kappa(t)\) et \(k/\kappa(s)\) telles que \(k\) soit contenu dans \(K\), ainsi qu’un revêtement galoisien fini étale \(Z \to X_k\) de groupe de Galois \(G\), d’ordre divisant une puissance de \(n\), scindé au-dessus de \(\sigma(\Spec(k))\), tel que \(\tilde \xi\) s’envoie sur zéro dans \(H^q(Z_K, e^{-1}\mathcal{I}|_{Z_K})\). Soit \(T' \to T\) la normalisation de \(T\) dans \(\Spec(K)\), et soit \(S' \to S\) la normalisation de \(S\) dans \(\Spec(k)\). Nous obtenons alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ S' \ar[d] & T' \ar[l] \ar[d] \\ S & T \ar[l] }\] dont les flèches verticales sont finies. Par les arguments donnés ci-dessus, nous pouvons remplacer \(S\) et \(T\) par \(S'\) et \(T'\), et nous le faisons (et, en conséquence, \(X\) par \(X \times_S S'\) et \(Y\) par \(Y \times_T T'\)). Après ce remplacement, nous concluons que nous avons un revêtement galoisien fini étale \(Z \to X_s\) de la fibre générique de \(X \to S\), de groupe de Galois \(G\) d’ordre divisant une puissance de \(n\), scindé au-dessus de \(\sigma(s)\), tel que \(\tilde \xi\) s’envoie sur zéro dans \(H^q(Z_t, (Z_t \to Y)^{-1}e^{-1}\mathcal{I})\). Ici, \(Z_t = Z \times_S t = Z \times_s t = Z \times_{X_s} Y_t\). Comme \(n\) est inversible sur \(S\), le lemme 0EYJ de Fundamental Groups permet de trouver un morphisme fini étale \(U \to X\) dont la restriction à \(X_s\) est \(Z\).
À ce point, nous remplaçons \(X\) par \(U\) et \(Y\) par \(U \times_X Y\). Après ce remplacement, il peut arriver que les fibres de \(X \to S\) ne soient plus géométriquement connexes (il subsiste une section, mais nous ne l’utiliserons pas); en revanche, ce remplacement assure que \(\tilde \xi\) s’envoie sur zéro dans \(H^q(Y_t, e^{-1}\mathcal{I})\), c’est-à-dire que \(\tilde \xi\) se restreint à zéro sur la fibre générique de \(Y \to T\).
Rappelons que \(t\) est le spectre du corps des fonctions de \(T\), c’est-à-dire que, comme schéma, \(t\) est la limite des sous-schémas ouverts affines non vides de \(T\). Par le lemme 03Q6, nous concluons qu’il existe un sous-schéma ouvert non vide \(V \subset T\) tel que \(\tilde \xi\) s’envoie sur zéro dans \(H^q(Y \times_T V, e^{-1}\mathcal{I}|_{Y \times_T V})\).
Notons \(Z = T \setminus V\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ Y \times_T Z \ar[d]_{e_Z} \ar[r]_{i'} & Y \ar[d]_e & Y \times_T V \ar[l]^{j'} \ar[d]^{e_V} \\ Z \ar[r]^i & T & V \ar[l]_j }\] Choisissons une injection \(i^{-1}\mathcal{I} \to \mathcal{I}'\) dans un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules sur \(Z\). En regardant les fibres, nous voyons que le morphisme \[\mathcal{I} \to j_*\mathcal{I}|_V \oplus i_*\mathcal{I}'\] est injectif et possède donc une rétraction, puisque \(\mathcal{I}\) est un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules. Il suffit donc de montrer que \(\tilde \xi\) s’envoie sur zéro dans \[H^q(Y, e^{-1}j_*\mathcal{I}|_V) \oplus H^q(Y, e^{-1}i_*\mathcal{I}')\] au moins après avoir remplacé \(X\) par les membres d’un recouvrement étale. Remarquons que \[e^{-1}j_*\mathcal{I}|_V = j'_*e_V^{-1}\mathcal{I}|_V,\quad e^{-1}i_*\mathcal{I}' = i'_*e_Z^{-1}\mathcal{I}'\] Par l’hypothèse de récurrence sur \(q\), nous voyons que \[R^aj'_*e_V^{-1}\mathcal{I}|_V = 0, \quad a = 1, \ldots, q - 1\] Par la suite spectrale de Leray pour \(j'\) et l’annulation ci-dessus, il s’ensuit que \[H^q(Y, j'_*(e_V^{-1}\mathcal{I}|_V)) \longrightarrow H^q(Y \times_T V, e_V^{-1}(\mathcal{I}|_V)) = H^q(Y \times_T V, e^{-1}\mathcal{I}|_{Y \times_T V})\] est injectif. Ainsi, l’image de \(\tilde \xi\) dans le premier facteur ci-dessus s’annule, car nous savons que \(\tilde \xi\) s’annule dans \(H^q(Y \times_T V, e^{-1}\mathcal{I}|_{Y \times_T V})\). Puisque \(\dim(Z) < \dim(T) = d\), l’hypothèse de récurrence montre que l’image de \(\tilde \xi\) dans le second facteur \[H^q(Y, e^{-1}i_*\mathcal{I}') = H^q(Y, i'_*e_Z^{-1}\mathcal{I}') = H^q(Y \times_T Z, e_Z^{-1}\mathcal{I}')\] s’annule après avoir remplacé \(X\) par les membres d’un recouvrement étale convenable. Cela achève la démonstration du théorème de changement de base lisse.
Démonstration
Cette démonstration est la même que la première, plus longue; elle n’est plus courte que parce que nous avons isolé dans plusieurs lemmes les arguments utilisés.
Le cas \(q = 0\) est le lemme 0EYS. Nous pouvons donc supposer \(q > 0\) et le résultat vrai en tout degré inférieur.
Pour tout \(n \geq 1\) inversible sur \(S\), soit \(\mathcal{F}[n]\) le sous-faisceau des sections de \(\mathcal{F}\) annulées par \(n\). Alors \(\mathcal{F} = \colim \mathcal{F}[n]\) par notre hypothèse sur les fibres de \(\mathcal{F}\). Les foncteurs \(e^{-1}\) et \(f^{-1}\) commutent aux limites inductives car ce sont des adjoints à gauche. Les foncteurs \(R^qh_*\) et \(R^qg_*\) commutent aux limites inductives filtrantes par le lemme 09Z1. Il suffit donc de démontrer le théorème pour \(\mathcal{F}[n]\). Désormais, nous fixons un entier \(n\) inversible sur \(S\) et travaillons avec des faisceaux de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules.
Par le lemme 0EZR, la question est locale pour la topologie étale sur \(X\) et \(S\). Par la structure locale des morphismes lisses, voir le lemme 054L de Morphismes, nous pouvons supposer \(X\) et \(S\) affines et que \(X \to S\) se factorise par un morphisme étale \(X \to \mathbf{A}^d_S\). En écrivant \(X \to S\) comme la composée \[X \to \mathbf{A}^{d - 1}_S \to \mathbf{A}^{d - 2}_S \to \ldots \to \mathbf{A}^1_S \to S\] nous concluons du lemme 0EZS qu’il suffit de démontrer le théorème lorsque \(X\) et \(S\) sont affines et que \(X \to S\) est de dimension relative \(1\).
Par le lemme 0F08, il suffit de montrer que \(R^qh_*\mathbf{Z}/d\mathbf{Z} = 0\) pour tout \(d | n\), chaque fois que nous avons un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X \ar[d] & Y \ar[d] \ar[l]^h \\ S & \Spec(K) \ar[l] }\] où \(X \to S\) est affine et lisse de dimension relative \(1\), \(S\) est le spectre d’un anneau intègre normal \(A\), de corps des fractions algébriquement clos \(L\), et \(K/L\) est une extension de corps algébriquement clos.
Rappelons que \(R^qh_*\mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\) est le faisceau associé au préfaisceau \[U \longmapsto H^q(U \times_X Y, \mathbf{Z}/d\mathbf{Z}) = H^q(U \times_S \Spec(K), \mathbf{Z}/d\mathbf{Z})\] sur \(X_\etale\) (lemme 03Q8). Il suffit donc de montrer ceci : étant donnés \(U\) et \(\xi \in H^q(U \times_S \Spec(K), \mathbf{Z}/d\mathbf{Z})\), il existe un recouvrement étale \(\{U_i \to U\}\) tel que \(\xi\) s’annule dans \(H^q(U_i \times_S \Spec(K), \mathbf{Z}/d\mathbf{Z})\).
Nous pouvons bien entendu prendre \(U\) affine. Alors \(U \times_S \Spec(K)\) est une courbe affine (lisse) sur \(K\), et nous avons donc l’annulation pour \(q > 1\) par le théorème 03SC.
Dernier cas : \(q = 1\). Nous pouvons remplacer \(U\) par les membres d’un recouvrement étale comme dans le lemme de Compléments sur les morphismes 0EY4. Alors \(U \to S\) se factorise en \(U \to V \to S\), où \(U \to V\) est à fibres géométriquement connexes, \(U\) et \(V\) sont affines, \(V \to S\) est étale et il existe une section \(\sigma : V \to U\). Par le lemme 09Z9, nous voyons que \(V\) est isomorphe à une réunion disjointe (finie) de sous-schémas ouverts (affines) de \(S\). Nous pouvons clairement remplacer \(S\) par l’un d’eux et \(X\) par la composante correspondante de \(U\). Nous pouvons donc supposer \(X \to S\) à fibres géométriquement connexes, muni d’une section \(\sigma\), et \(\xi \in H^1(Y, \mathbf{Z}/d\mathbf{Z})\). Puisque \(K\) et \(L\) sont algébriquement clos, nous avons \[H^1(X_L, \mathbf{Z}/d\mathbf{Z}) = H^1(Y, \mathbf{Z}/d\mathbf{Z})\] Voir le lemme 0A5E. Il existe donc un revêtement galoisien fini étale \(Z \to X_L\), de groupe de Galois \(G \subset \mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\), qui annule \(\xi\). On peut le voir soit dans l’énoncé, soit dans la démonstration du lemme 0EYT, soit en utilisant directement que \(\xi\) correspond à un \(\mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\)-torseur sur \(X_L\). Enfin, par le lemme 0EZJ de Fundamental Groups, nous trouvons un morphisme fini étale \(X' \to X\) (nécessairement surjectif) dont la restriction à \(X_L\) est \(Z \to X_L\). Puisque \(\xi\) s’annule sur \(X'_K\), cela achève la démonstration.
La conséquence immédiate suivante du théorème de changement de base lisse est celle que l’on utilise souvent en pratique.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(S' = \lim S_i\) une limite inverse filtrante de schémas \(S_i\) lisses sur \(S\), à morphismes de transition affines. Soit \(f : X \to S\) quasi-compact et quasi-séparé, et formons le carré cartésien \[\xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} \ar[r]_{g'} & X \ar[d]^f \\ S' \ar[r]^g & S }\] Alors \[g^{-1}Rf_*E = R(f')_*(g')^{-1}E\] pour tout \(E \in D^+(X_\etale)\) dont les faisceaux de cohomologie \(H^q(E)\) ont des fibres de torsion, d’ordres inversibles sur \(S\).
Démonstration
Considérons les suites spectrales \[E_2^{p, q} = R^pf_*H^q(E) \quad\text{et}\quad {E'}_2^{p, q} = R^pf'_*H^q((g')^{-1}E) = R^pf'_*(g')^{-1}H^q(E)\] convergeant vers \(R^nf_*E\) et \(R^nf'_*(g')^{-1}E\). Ces suites spectrales sont construites dans le lemme 015J de Catégories dérivées. En combinant le théorème de changement de base lisse (théorème 0EYU) avec le lemme 0EZT, nous voyons que \[g^{-1}R^pf_*H^q(E) = R^p(f')_*(g')^{-1}H^q(E)\] En combinant tout ce qui précède, nous obtenons le lemme.
Applications du changement de base lisse
Dans cette section, nous étudions quelques conséquences plus ou moins immédiates du théorème de changement de base lisse.
Lemme
Soit \(L/K\) une extension de corps. Soit \(g : T \to S\) un morphisme quasi-compact et quasi-séparé de schémas sur \(K\). Notons \(g_L : T_L \to S_L\) le changement de base de \(g\) à \(\Spec(L)\). Soit \(E \in D^+(T_\etale)\) dont les faisceaux de cohomologie ont des fibres de torsion, d’ordres inversibles dans \(K\). Soit \(E_L\) l’image inverse de \(E\) sur \((T_L)_\etale\). Alors \(Rg_{L, *}E_L\) est l’image inverse de \(Rg_*E\) sur \(S_L\).
Démonstration
Si \(L/K\) est séparable, alors \(L\) est une limite inductive filtrante de \(K\)-algèbres lisses; voir le lemme 07BV d’Algèbre. Dans ce cas, le lemme découle donc immédiatement du lemme 0F09. Dans le cas général, soient \(K'\) et \(L'\) les clôtures parfaites (définition 046X d’Algèbre) de \(K\) et \(L\). Alors \(\Spec(K') \to \Spec(K)\) et \(\Spec(L') \to \Spec(L)\) sont des homéomorphismes universels, car \(K'/K\) et \(L'/L\) sont purement inséparables (voir le lemme 0BRA d’Algèbre). Nous avons donc \((T_{K'})_\etale = T_\etale\), \((S_{K'})_\etale = S_\etale\), \((T_{L'})_\etale = (T_L)_\etale\) et \((S_{L'})_\etale = (S_L)_\etale\), par l’invariance topologique de la cohomologie étale; voir la proposition 03SI. Cela ramène le lemme au cas de l’extension de corps \(L'/K'\), qui est séparable (par définition des corps parfaits; voir la définition 030Y d’Algèbre).
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps séparablement clos. Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé sur \(k\). Soit \(E \in D^+(X_\etale)\) dont les faisceaux de cohomologie ont des fibres de torsion, d’ordres inversibles dans \(k\). Alors
les morphismes \(H^q_\etale(X, E) \to H^q_\etale(X_K, E|_{X_K})\) sont des isomorphismes;
\(E \to R(X_K \to X)_*E|_{X_K}\) est un isomorphisme.
Démonstration
Démonstration de (1). Soient d’abord \(\overline{k}\) et \(\overline{K}\) les clôtures algébriques de \(k\) et \(K\). Les morphismes \(\Spec(\overline{k}) \to \Spec(k)\) et \(\Spec(\overline{K}) \to \Spec(K)\) sont des homéomorphismes universels, car \(\overline{k}/k\) et \(\overline{K}/K\) sont purement inséparables (voir le lemme 0BRA d’Algèbre). Ainsi \(H^q_\etale(X, E) = H^q_\etale(X_{\overline{k}}, E|_{X_{\overline{k}}})\) par l’invariance topologique de la cohomologie étale; voir la proposition 03SI. De même pour \(X_K\) et \(X_{\overline{K}}\). Nous pouvons donc supposer \(k\) et \(K\) algébriquement clos. Dans ce cas, \(K\) est une limite de \(k\)-algèbres lisses; voir le lemme 07BV d’Algèbre. Nous concluons que notre lemme est un cas particulier du théorème 0EYU, sous la forme reformulée dans le lemme 0F09.
Démonstration de (2). Pour tout \(U\) quasi-compact et quasi-séparé dans \(X_\etale\), ce qui précède montre que la restriction du morphisme \(E \to R(X_K \to X)_*E|_{X_K}\) détermine un isomorphisme en cohomologie. Puisque tout objet de \(X_\etale\) possède un recouvrement étale par de tels \(U\), cela démontre l’assertion voulue.
Lemme
Avec \(f : X \to S\) et \(n\) comme dans la remarque 0F02, supposons \(n\) inversible sur \(S\) et, pour un certain \(q \geq 1\), \(BC(f, n, q - 1)\) vraie, mais \(BC(f, n, q)\) fausse. Il existe alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & X' \ar[d] \ar[l] & Y \ar[l]^h \ar[d] \\ S & S' \ar[l] & \Spec(K) \ar[l] }\] dont les deux carrés sont cartésiens, où \(S'\) est affine, intègre et normal, de corps des fonctions algébriquement clos \(K\), ainsi qu’un entier \(d | n\) tel que \(R^qh_*(\mathbf{Z}/d\mathbf{Z})\) soit non nul.
Démonstration
Choisissons d’abord un diagramme et \(\mathcal{F}\) comme dans le lemme 0F08. Nous pouvons supposer \(S'\) affine, et nous le faisons (c’est évident, mais voir la démonstration du lemme en cas de doute). Soit \(K'\) le corps des fonctions de \(S'\), et soit \(Y' = X' \times_{S'} \Spec(K')\); nous obtenons le diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & X' \ar[d] \ar[l] & Y' \ar[l]^{h'} \ar[d] & Y \ar[l] \ar[d] \\ S & S' \ar[l] & \Spec(K') \ar[l] & \Spec(K) \ar[l] }\] Par le lemme 0F0B, l’image directe totale \(R(Y \to Y')_*\mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\) est isomorphe à \(\mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\) dans \(D(Y'_\etale)\); nous utilisons ici que \(n\) est inversible sur \(S\). Ainsi \(Rh'_*\mathbf{Z}/d\mathbf{Z} = Rh_*\mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\) par la suite spectrale de Leray relative. Cela achève la démonstration.
Le théorème de changement de base propre
Le théorème de changement de base propre est énoncé et démontré dans cette section. Notre approche suit approximativement la démonstration de [SGA4, XII, théorème 5.1], en utilisant les idées de Gabber (issues du cas affine) pour simplifier légèrement les arguments.
Lemme
Soit \((A, I)\) un couple hensélien. Soit \(f : X \to \Spec(A)\) un morphisme propre de schémas. Soit \(Z = X \times_{\Spec(A)} \Spec(A/I)\). Pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur l’espace topologique associé à \(X\), nous avons \(\Gamma(X, \mathcal{F}) = \Gamma(Z, \mathcal{F}|_Z)\).
Démonstration
Nous utiliserons le lemme 09ZG pour le démontrer. Remarquons d’abord que l’espace topologique sous-jacent à \(X\) est spectral par le lemme de Properties 094L. Soit \(Y \subset X\) un sous-schéma fermé irréductible. Pour achever la démonstration, montrons que \(Y \cap Z = Y \times_{\Spec(A)} \Spec(A/I)\) est connexe. En remplaçant \(X\) par \(Y\), nous pouvons supposer \(X\) irréductible, et nous devons montrer que \(Z\) est connexe. Soit \(X \to \Spec(B) \to \Spec(A)\) la factorisation de Stein de \(f\) (théorème de Compléments sur les morphismes 03H2). Alors \(A \to B\) est entier et \((B, IB)\) est un couple hensélien (lemme 09XK de Compléments d’algèbre). Nous pouvons donc supposer que les fibres de \(X \to \Spec(A)\) sont géométriquement connexes. D’autre part, l’image \(T \subset \Spec(A)\) de \(f\) est irréductible et fermée puisque \(X\) est propre sur \(A\). Ainsi \(T \cap V(I)\) est connexe par le lemme de Compléments d’algèbre 09Y6. Or \(Y \times_{\Spec(A)} \Spec(A/I) \to T \cap V(I)\) est une application fermée surjective à fibres connexes. Le résultat découle alors du lemme de Topologie 0377.
Lemme
Soit \((A, I)\) un couple hensélien. Soit \(f : X \to \Spec(A)\) un morphisme propre de schémas. Soit \(i : Z \to X\) l’immersion fermée de \(X \times_{\Spec(A)} \Spec(A/I)\) dans \(X\). Pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), nous avons \(\Gamma(X, \mathcal{F}) = \Gamma(Z, i_{small}^{-1}\mathcal{F})\).
Démonstration
Cela découle des lemmes 09ZF et 0A0B ainsi que du fait que tout schéma fini sur \(X\) est propre sur \(\Spec(A)\).
Lemme
Soit \(A\) un anneau local hensélien. Soit \(f : X \to \Spec(A)\) un morphisme propre de schémas. Soit \(X_0 \subset X\) la fibre de \(f\) au-dessus du point fermé. Pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), nous avons \(\Gamma(X, \mathcal{F}) = \Gamma(X_0, \mathcal{F}|_{X_0})\).
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 0A0C.
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\overline{s} : \Spec(k) \to S\) un point géométrique. La fibre de \(f\) en \(\overline{s}\) est le schéma \(X_{\overline{s}} = \Spec(k) \times_{\overline{s}, S} X\), considéré comme un schéma sur \(\Spec(k)\). Si \(\mathcal{F}\) est un faisceau sur \(X_\etale\), notons \(\mathcal{F}_{\overline{s}} = p_{small}^{-1}\mathcal{F}\) l’image inverse de \(\mathcal{F}\) sur \((X_{\overline{s}})_\etale\). Dans la suite, nous considérerons l’ensemble \[\Gamma(X_{\overline{s}}, \mathcal{F}_{\overline{s}})\] Soit \(s \in S\) le point image de \(\overline{s}\). Soit \(\kappa(s)^{sep}\) la clôture séparable de \(\kappa(s)\) dans \(k\), comme dans la définition 03QX. Par le lemme 0A3I, l’image inverse définit une bijection \[\Gamma(X_{\kappa(s)^{sep}}, p_{sep}^{-1} \mathcal{F}) \longrightarrow \Gamma(X_{\overline{s}}, \mathcal{F}_{\overline{s}})\] où \(p_{sep} : X_{\kappa(s)^{sep}} = \Spec(\kappa(s)^{sep}) \times_S X \to X\) est la projection.
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme propre de schémas. Soit \(\overline{s} \to S\) un point géométrique. Pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), le morphisme canonique \[(f_*\mathcal{F})_{\overline{s}} \longrightarrow \Gamma(X_{\overline{s}}, \mathcal{F}_{\overline{s}})\] est bijectif.
Démonstration
Par le théorème 03Q9 (pour les faisceaux d’ensembles), nous avons \[(f_*\mathcal{F})_{\overline{s}} = \Gamma(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}), p_{small}^{-1}\mathcal{F})\] où \(p : X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}) \to X\) est la projection. Puisque le corps résiduel de l’anneau local strictement hensélien \(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}\) est \(\kappa(s)^{sep}\), le lemme résulte de la discussion précédente et du lemme 0A3S.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Soit \(g : Y' \to Y\) un morphisme de schémas. Posons \(X' = Y' \times_Y X\), de projections \(f' : X' \to Y'\) et \(g' : X' \to X\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quelconque sur \(X_\etale\). Alors \(g^{-1}f_*\mathcal{F} = f'_*(g')^{-1}\mathcal{F}\).
Démonstration
Il existe un morphisme canonique \(g^{-1}f_*\mathcal{F} \to f'_*(g')^{-1}\mathcal{F}\). En effet, il est adjoint au morphisme \[f_*\mathcal{F} \longrightarrow g_*f'_*(g')^{-1}\mathcal{F} = f_*g'_*(g')^{-1}\mathcal{F}\] qui est obtenu en appliquant \(f_*\) au morphisme canonique \(\mathcal{F} \to g'_*(g')^{-1}\mathcal{F}\). Pour vérifier que ce morphisme est un isomorphisme, nous pouvons calculer ce qui se passe sur les fibres. Soit \(y' : \Spec(k) \to Y'\) un point géométrique d’image \(y\) dans \(Y\). Par le lemme 0A3T, les fibres sont respectivement \(\Gamma(X'_{y'}, \mathcal{F}_{y'})\) et \(\Gamma(X_y, \mathcal{F}_y)\). Ici, les faisceaux \(\mathcal{F}_y\) et \(\mathcal{F}_{y'}\) sont les images inverses de \(\mathcal{F}\) par les projections \(X_y \to X\) et \(X'_{y'} \to X\). Puisque \(X_y = X'_{y'}\) comme schémas, nous voyons que les fibres coïncident. Nous omettons la vérification de la compatibilité de cet isomorphisme avec notre morphisme.
Nous commençons maintenant l’étude du théorème de changement de base propre. Pour cela, introduisons quelques notations. Considérons un diagramme commutatif [0A29]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ X' \ar[r]_{g'} \ar[d]_{f'} & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r]^g & Y } } \end{equation}\] de morphismes de schémas. Nous obtenons alors un diagramme commutatif de sites \[\xymatrix{ X'_\etale \ar[r]_{g'_{small}} \ar[d]_{f'_{small}} & X_\etale \ar[d]^{f_{small}} \\ Y'_\etale \ar[r]^{g_{small}} & Y_\etale }\] Pour tout objet \(E\) de \(D(X_\etale)\), nous obtenons un morphisme canonique de changement de base [0A2A]\[\begin{equation} g_{small}^{-1}Rf_{small, *}E \longrightarrow Rf'_{small, *}(g'_{small})^{-1}E \end{equation}\] dans \(D(Y'_\etale)\). Voir la remarque de Cohomologie sur les sites 07A7, où nous employons le faisceau constant \(\mathbf{Z}\) comme faisceau d’anneaux. Nous omettrons généralement les indices \({}_{small}\) dans cette formule. Par exemple, si \(E = \mathcal{F}[0]\), où \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien sur \(X_\etale\), le morphisme de changement de base est un morphisme [0A4A]\[\begin{equation} g^{-1}Rf_*\mathcal{F} \longrightarrow Rf'_*(g')^{-1}\mathcal{F} \end{equation}\] dans \(D(Y'_\etale)\).
Le morphisme (0A2A) n’a aucune chance d’être un isomorphisme dans la généralité ci-dessus. Le but est de montrer qu’il est un isomorphisme si le diagramme (0A29) est cartésien, si \(f : X \to Y\) est propre, si les faisceaux de cohomologie de \(E\) sont de torsion et si \(E\) est borné inférieurement. Pour étudier cette question, introduisons la terminologie suivante. Nous dirons que la cohomologie commute au changement de base pour \(f : X \to Y\) si (0A4A) est un isomorphisme pour tout diagramme (0A29) où \(X' = Y' \times_Y X\), et pour tout faisceau abélien de torsion \(\mathcal{F}\).
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Les assertions suivantes sont équivalentes :
la cohomologie commute au changement de base pour \(f\) (voir ci-dessus);
pour tout nombre premier \(\ell\), tout faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\)-modules \(\mathcal{I}\) sur \(X_\etale\) et tout diagramme (0A29) où \(X' = Y' \times_Y X\), les faisceaux \(R^qf'_*(g')^{-1}\mathcal{I}\) sont nuls pour \(q > 0\).
Démonstration
Il est clair que (1) implique (2). Réciproquement, supposons (2) et soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\). Soit \(Y' \to Y\) un morphisme de schémas et soit \(X' = Y' \times_Y X\), de projections \(g' : X' \to X\) et \(f' : X' \to Y'\), comme dans le diagramme (0A29). Nous voulons montrer que les morphismes de faisceaux \[g^{-1}R^qf_*\mathcal{F} \longrightarrow R^qf'_*(g')^{-1}\mathcal{F}\] sont des isomorphismes pour tout \(q \geq 0\).
Pour tout \(n \geq 1\), soit \(\mathcal{F}[n]\) le sous-faisceau des sections de \(\mathcal{F}\) annulées par \(n\). Alors \(\mathcal{F} = \colim \mathcal{F}[n]\). Les foncteurs \(g^{-1}\) et \((g')^{-1}\) commutent aux limites inductives quelconques (en tant qu’adjoints à gauche). La prise des images directes supérieures par \(f\) ou \(f'\) commute aux limites inductives filtrantes par le lemme 09Z1. Nous voyons donc que \[g^{-1}R^qf_*\mathcal{F} = \colim g^{-1}R^qf_*\mathcal{F}[n] \quad\text{et}\quad R^qf'_*(g')^{-1}\mathcal{F} = \colim R^qf'_*(g')^{-1}\mathcal{F}[n]\] Il suffit donc de démontrer le résultat lorsque \(\mathcal{F}\) est annulé par un entier positif \(n\).
Si \(n = \ell n'\) pour un certain nombre premier \(\ell\), nous obtenons une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{F}[\ell] \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}/\mathcal{F}[\ell] \to 0\] Remarquons que \(\mathcal{F}/\mathcal{F}[\ell]\) est annulé par \(n'\). De plus, si le résultat vaut à la fois pour \(\mathcal{F}[\ell]\) et \(\mathcal{F}/\mathcal{F}[\ell]\), alors le résultat découle de la suite exacte longue des images directes supérieures (et du lemme des \(5\)). Nous nous ramenons ainsi au cas où \(\mathcal{F}\) est annulé par un nombre premier \(\ell\).
Supposons que \(\mathcal{F}\) soit annulé par un nombre premier \(\ell\). Choisissons une résolution injective \(\mathcal{F} \to \mathcal{I}^\bullet\) dans \(D(X_\etale, \mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z})\). En appliquant l’hypothèse (2) et le lemme d’acyclicité de Leray (lemme 015E de Catégories dérivées), nous voyons que \[f'_*(g')^{-1}\mathcal{I}^\bullet\] calcule \(Rf'_*(g')^{-1}\mathcal{F}\). Nous concluons en appliquant le lemme 0A3U.
Lemme
Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes propres de schémas. Supposons que :
la cohomologie commute au changement de base pour \(f\);
la cohomologie commute au changement de base pour \(g \circ f\);
\(f\) est surjectif.
Alors la cohomologie commute au changement de base pour \(g\).
Démonstration
Nous utiliserons sans autre mention l’équivalence du lemme 0A4B. Soit \(\ell\) un nombre premier. Soit \(\mathcal{I}\) un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\)-modules sur \(Y_\etale\). Choisissons un morphisme injectif de faisceaux \(f^{-1}\mathcal{I} \to \mathcal{J}\), où \(\mathcal{J}\) est un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\)-modules sur \(X_\etale\). Puisque \(f\) est surjectif, le morphisme \(\mathcal{I} \to f_*\mathcal{J}\) est injectif (il suffit de le vérifier sur les fibres aux points géométriques). Puisque \(\mathcal{I}\) est injectif, nous voyons que \(\mathcal{I}\) est un facteur direct de \(f_*\mathcal{J}\). Il suffit donc de démontrer l’annulation voulue pour \(f_*\mathcal{J}\).
Soit \(Z' \to Z\) un morphisme de schémas et posons \(Y' = Z' \times_Z Y\) et \(X' = Z' \times_Z X = Y' \times_ Y X\). Notons \(a : X' \to X\), \(b : Y' \to Y\) et \(c : Z' \to Z\) les projections. De même pour \(f' : X' \to Y'\) et \(g' : Y' \to Z'\). Par le lemme 0A3U, nous avons \(b^{-1}f_*\mathcal{J} = f'_*a^{-1}\mathcal{J}\). D’autre part, nous savons que \(R^qf'_*a^{-1}\mathcal{J}\) et \(R^q(g' \circ f')_*a^{-1}\mathcal{J}\) sont nuls pour \(q > 0\). En utilisant la suite spectrale (lemme 0734 de Cohomologie sur les sites) \[R^pg'_* R^qf'_* a^{-1}\mathcal{J} \Rightarrow R^{p + q}(g' \circ f')_* a^{-1}\mathcal{J}\] nous concluons que \(R^pg'_*(b^{-1}f_*\mathcal{J}) = R^pg'_*(f'_*a^{-1}\mathcal{J}) = 0\) pour \(p > 0\), comme voulu.
Lemme
Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes propres de schémas. Supposons que :
la cohomologie commute au changement de base pour \(f\);
la cohomologie commute au changement de base pour \(g\).
Alors la cohomologie commute au changement de base pour \(g \circ f\).
Démonstration
Nous utiliserons sans autre mention l’équivalence du lemme 0A4B. Soit \(\ell\) un nombre premier. Soit \(\mathcal{I}\) un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\)-modules sur \(X_\etale\). Alors \(f_*\mathcal{I}\) est un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\)-modules sur \(Y_\etale\) (lemme de Cohomologie sur les sites 0730). Le résultat en découle formellement, mais nous allons aussi l’expliciter.
Soit \(Z' \to Z\) un morphisme de schémas et posons \(Y' = Z' \times_Z Y\) et \(X' = Z' \times_Z X = Y' \times_ Y X\). Notons \(a : X' \to X\), \(b : Y' \to Y\) et \(c : Z' \to Z\) les projections. De même pour \(f' : X' \to Y'\) et \(g' : Y' \to Z'\). Par le lemme 0A3U, nous avons \(b^{-1}f_*\mathcal{I} = f'_*a^{-1}\mathcal{I}\). D’autre part, nous savons que \(R^qf'_*a^{-1}\mathcal{I}\) et \(R^q(g')_*b^{-1}f_*\mathcal{I}\) sont nuls pour \(q > 0\). En utilisant la suite spectrale (lemme 0734 de Cohomologie sur les sites) \[R^pg'_* R^qf'_* a^{-1}\mathcal{I} \Rightarrow R^{p + q}(g' \circ f')_* a^{-1}\mathcal{I}\] nous concluons que \(R^p(g' \circ f')_*a^{-1}\mathcal{I} = 0\) pour \(p > 0\), comme voulu.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme fini de schémas. Alors la cohomologie commute au changement de base pour \(f\).
Démonstration
Remarquons qu’un morphisme fini est propre; voir le lemme 01WN de Morphismes. De plus, le changement de base d’un morphisme fini est fini; voir le lemme 01WL de Morphismes. Le résultat découle donc du lemme 0A4B, combiné à la proposition 03QP.
Lemme
Pour démontrer que la cohomologie commute au changement de base pour tout morphisme propre de schémas, il suffit de démontrer qu’elle commute pour le morphisme \(\mathbf{P}^1_S \to S\), pour tout schéma \(S\).
Démonstration
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Soit \(Y = \bigcup Y_i\) un recouvrement ouvert affine, et posons \(X_i = f^{-1}(Y_i)\). Si nous pouvons démontrer que la cohomologie commute au changement de base pour \(X_i \to Y_i\), alors elle commute au changement de base pour \(f\). En effet, la formation des images directes supérieures commute à la localisation de Zariski (et même étale) sur la base; voir le lemme 03Q8. Nous pouvons donc supposer \(Y\) affine.
Soit \(Y\) un schéma affine et soit \(X \to Y\) un morphisme propre. Par le lemme de Chow, il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rd] & X' \ar[d] \ar[l]^\pi \ar[r] & \mathbf{P}^n_Y \ar[dl] \\ & Y & }\] où \(X' \to \mathbf{P}^n_Y\) est une immersion et \(\pi : X' \to X\) est propre et surjectif; voir le lemme 0202 de Limits. Puisque \(X \to Y\) est propre, on voit que \(X' \to Y\) est propre (lemme 01W3 de Morphismes). Par conséquent, \(X' \to \mathbf{P}^n_Y\) est une immersion fermée (lemme 01W6 de Morphismes). Il s’ensuit que \(X' \to X \times_Y \mathbf{P}^n_Y = \mathbf{P}^n_X\) est une immersion fermée (en tant qu’immersion d’image fermée).
Par le lemme 0A4C, il suffit de démontrer que la cohomologie commute au changement de base pour \(\pi\) et \(X' \to Y\). Ces deux morphismes se factorisent en une immersion fermée suivie d’une projection \(\mathbf{P}^n_S \to S\) (pour un certain \(S\)). Par le lemme 0A4E, le résultat vaut pour les immersions fermées (car les immersions fermées sont finies). Par le lemme 0A4D, il suffit de démontrer le résultat pour les projections \(\mathbf{P}^n_S \to S\).
Pour tout \(n \geq 1\), il existe un morphisme fini surjectif \[\mathbf{P}^1_S \times_S \ldots \times_S \mathbf{P}^1_S \longrightarrow \mathbf{P}^n_S\] donné en coordonnées par \[((x_1 : y_1), (x_2 : y_2), \ldots, (x_n : y_n)) \longmapsto (F_0 : \ldots : F_n)\] où \(F_0, \ldots, F_n\) sont les polynômes en \(x_1, \ldots, y_n\) à coefficients entiers tels que \[\prod (x_i t + y_i) = F_0 t^n + F_1 t^{n - 1} + \ldots + F_n\] En appliquant encore une fois les lemmes 0A4C, 0A4E et 0A4D, nous concluons que le lemme est vrai.
Théorème
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Soit \(g : Y' \to Y\) un morphisme de schémas. Posons \(X' = Y' \times_Y X\) et considérons le diagramme cartésien \[\xymatrix{ X' \ar[r]_{g'} \ar[d]_{f'} & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r]^g & Y }\] Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\). Alors le morphisme de changement de base \[g^{-1}Rf_*\mathcal{F} \longrightarrow Rf'_*(g')^{-1}\mathcal{F}\] est un isomorphisme.
Démonstration
Dans la terminologie introduite ci-dessus, cela signifie que la cohomologie commute au changement de base pour tout morphisme propre de schémas. Par le lemme 0A4F, il suffit de démontrer que la cohomologie commute au changement de base pour le morphisme \(\mathbf{P}^1_S \to S\), pour tout schéma \(S\).
Soit \(S\) le spectre d’un anneau local strictement hensélien, de point fermé \(s\). Posons \(X = \mathbf{P}^1_S\) et \(X_0 = X_s = \mathbf{P}^1_s\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau de \(\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\)-modules sur \(X_\etale\). Le point clef de notre démonstration est l’égalité \[H^q_\etale(X, \mathcal{F}) = H^q_\etale(X_0, \mathcal{F}|_{X_0}).\] En effet, choisissons une résolution \(\mathcal{F} \to \mathcal{I}^\bullet\) par des faisceaux injectifs de \(\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\)-modules. Alors \(\mathcal{I}^\bullet|_{X_0}\) est une résolution de \(\mathcal{F}|_{X_0}\) par des objets acycliques à droite pour \(H^0_\etale(X_0, -)\); voir le lemme 0A5H. D’après le lemme d’acyclicité de Leray, le membre de droite est calculé par le complexe \(H^0_\etale(X_0, \mathcal{I}^\bullet|_{X_0})\), qui est égal à \(H^0_\etale(X, \mathcal{I}^\bullet)\) par le lemme 0A3S. Ce complexe calcule le membre de gauche.
Supposons maintenant \(S\) quelconque et \(\mathcal{F}\) un faisceau de \(\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\)-modules sur \(X_\etale\). Soit \(\overline{s} : \Spec(k) \to S\) un point géométrique de \(S\) au-dessus de \(s \in S\). Nous avons \[(R^qf_*\mathcal{F})_{\overline{s}} = H^q_\etale(\mathbf{P}^1_{\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}}, \mathcal{F}|_{\mathbf{P}^1_{\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}}}) = H^q_\etale(\mathbf{P}^1_{\kappa(s)^{sep}}, \mathcal{F}|_{\mathbf{P}^1_{\kappa(s)^{sep}}})\] où \(\kappa(s)^{sep}\) est le corps résiduel de \(\mathcal{O}_{S, \overline{s}}^{sh}\), c’est-à-dire la clôture algébrique séparable de \(\kappa(s)\) dans \(k\). La première égalité découle du théorème 03Q9, et la seconde de la formule affichée au paragraphe précédent.
Enfin, considérons un morphisme quelconque de schémas \(g : T \to S\), où \(S\) et \(\mathcal{F}\) sont comme ci-dessus. Soit \(f' : \mathbf{P}^1_T \to T\) la projection et soit \(g' : \mathbf{P}^1_T \to \mathbf{P}^1_S\) le morphisme induit par \(g\). Considérons le morphisme de changement de base \[g^{-1}R^qf_*\mathcal{F} \longrightarrow R^qf'_*(g')^{-1}\mathcal{F}\] Soit \(\overline{t}\) un point géométrique de \(T\), d’image \(\overline{s} = g(\overline{t})\). D’après la discussion ci-dessus, le morphisme induit sur les fibres en \(\overline{t}\) est le morphisme \[H^q_\etale(\mathbf{P}^1_{\kappa(s)^{sep}}, \mathcal{F}|_{\mathbf{P}^1_{\kappa(s)^{sep}}}) \longrightarrow H^q_\etale(\mathbf{P}^1_{\kappa(t)^{sep}}, \mathcal{F}|_{\mathbf{P}^1_{\kappa(t)^{sep}}})\] Puisque \(\kappa(s)^{sep} \subset \kappa(t)^{sep}\), ce morphisme est un isomorphisme par le lemme 0A5E.
Cela démontre que la cohomologie commute au changement de base pour \(\mathbf{P}^1_S \to S\), avec des faisceaux de \(\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\)-modules. En particulier, pour un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/\ell\mathbf{Z}\)-modules, les images directes supérieures de tout changement de base sont nulles. Autrement dit, la condition (2) du lemme 0A4B est satisfaite, ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Soit \(g : Y' \to Y\) un morphisme de schémas. Posons \(X' = Y' \times_Y X\) et notons \(f' : X' \to Y'\) et \(g' : X' \to X\) les projections. Soit \(E \in D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion. Alors le morphisme de changement de base (0A2A) \(g^{-1}Rf_*E \to Rf'_*(g')^{-1}E\) est un isomorphisme.
Démonstration
C’est une conséquence simple du théorème de changement de base propre (théorème 095T), en utilisant les suites spectrales \[E_2^{p, q} = R^pf_*H^q(E) \quad\text{et}\quad {E'}_2^{p, q} = R^pf'_*(g')^{-1}H^q(E)\] convergeant vers \(R^nf_*E\) et \(R^nf'_*(g')^{-1}E\). Les suites spectrales sont construites dans le lemme 015J de Catégories dérivées. Certains détails sont omis.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Soit \(\overline{y} \to Y\) un point géométrique.
Pour un faisceau abélien de torsion \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), nous avons \((R^nf_*\mathcal{F})_{\overline{y}} = H^n_\etale(X_{\overline{y}}, \mathcal{F}_{\overline{y}})\).
Pour \(E \in D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion, nous avons \((R^nf_*E)_{\overline{y}} = H^n_\etale(X_{\overline{y}}, E|_{X_{\overline{y}}})\).
Démonstration
Dans l’énoncé, \(\mathcal{F}_{\overline{y}}\) désigne l’image inverse de \(\mathcal{F}\) sur la fibre schématique \(X_{\overline{y}} = \overline{y} \times_Y X\). Puisque l’image inverse par \(\overline{y} \to Y\) fournit la fibre de \(\mathcal{F}\), la première assertion du lemme est un cas particulier du théorème 095T. La seconde est un cas particulier du lemme 0DDE.
Applications du changement de base propre
Dans cette section, nous étudions quelques conséquences plus ou moins immédiates du théorème de changement de base propre.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps séparablement clos. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\). Alors le morphisme \(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) \to H^q_\etale(X_K, \mathcal{F}|_{X_K})\) est un isomorphisme pour \(q \geq 0\).
Démonstration
L’examen des fibres montre qu’il s’agit d’un cas particulier du théorème 095T.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas dont toutes les fibres sont de dimension \(\leq n\). Alors, pour tout faisceau abélien de torsion \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), nous avons \(R^qf_*\mathcal{F} = 0\) pour \(q > 2n\).
Démonstration
Nous le démontrons par récurrence sur \(n\), pour tous les morphismes propres.
Si \(n = 0\), alors \(f\) est un morphisme fini (lemme 02LS de Compléments sur les morphismes), et le résultat est vrai par la proposition 03QP.
Si \(n > 0\), le lemme 0DDF montre qu’il suffit de démontrer \(H^i_\etale(X, \mathcal{F}) = 0\) pour \(i > 2n\), lorsque \(X\) est un schéma propre, \(\dim(X) \leq n\), sur un corps algébriquement clos \(k\), et que \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien de torsion sur \(X\).
Si \(n = 1\), cela découle du théorème 03RT. Supposons \(n > 1\). Par la proposition 03SI, nous pouvons remplacer \(X\) par sa réduction. Soit \(\nu : X^\nu \to X\) la normalisation. C’est un morphisme fini birationnel surjectif (voir le lemme 0BXR de Variétés), donc un isomorphisme au-dessus d’un ouvert dense \(U \subset X\) (lemme 0BAC de Morphismes). Nous voyons alors que \(c : \mathcal{F} \to \nu_*\nu^{-1}\mathcal{F}\) est injectif (car \(\nu\) est surjectif) et est un isomorphisme au-dessus de \(U\). Notons \(i : Z \to X\) l’inclusion du complémentaire de \(U\). Puisque \(U\) est dense dans \(X\), nous avons \(\dim(Z) < \dim(X) = n\). Par la proposition 04CA, nous avons \(\Coker(c) = i_*\mathcal{G}\) pour un certain faisceau abélien de torsion \(\mathcal{G}\) sur \(Z_\etale\). Alors \(H^q_\etale(X, \Coker(c)) = H^q_\etale(Z, \mathcal{G})\) (par la proposition 03QP et la suite spectrale de Leray), et l’hypothèse de récurrence montre que le conoyau de \(c\) a sa cohomologie en degrés \(\leq 2(n - 1)\). Il suffit donc de démontrer le résultat pour \(\nu_*\nu^{-1}\mathcal{F}\). Comme \(\nu\) est fini, cela nous ramène à montrer que \(H^i_\etale(X^\nu, \nu^{-1}\mathcal{F})\) est nul pour \(i > 2n\). Ce cas est traité au paragraphe suivant.
Supposons que \(X\) soit un schéma propre, intègre et normal sur \(k\), de dimension \(n\). Choisissons une fonction rationnelle non constante \(f\) sur \(X\). Le graphe \(X' \subset X \times \mathbf{P}^1_k\) de \(f\) s’insère dans un diagramme \[X \xleftarrow{b} X' \xrightarrow{f} \mathbf{P}^1_k\] Remarquons que \(b\) est un isomorphisme au-dessus d’un sous-schéma ouvert \(U \subset X\) dont le complémentaire est un sous-schéma fermé \(Z \subset X\) de codimension \(\geq 2\). En effet, \(U\) est le domaine de définition de \(f\), qui contient tous les points de codimension \(1\) de \(X\); voir les lemmes de Morphismes 0A1Y et 0BX7 (combinés au critère de normalité de Serre; voir le lemme 0345 de Properties). De plus, les fibres de \(b\) sont de dimension \(\leq 1\) (comme sous-schémas fermés de \(\mathbf{P}^1\)). Ainsi, par récurrence, \(R^ib_*b^{-1}\mathcal{F}\) n’est non nul que si \(i \in \{0, 1, 2\}\). Choisissons un triangle distingué \[\mathcal{F} \to Rb_*b^{-1}\mathcal{F} \to Q \to \mathcal{F}[1]\] Comme précédemment, l’injectivité de \(\mathcal{F} \to b_*b^{-1}\mathcal{F}\) et ce que nous venons de montrer impliquent que \(Q\) a des faisceaux de cohomologie non nuls seulement en degrés \(0, 1, 2\), portés par \(Z\). De plus, ces faisceaux de cohomologie sont de torsion par le lemme 0DDD. Par récurrence et par la suite spectrale du lemme 015J de Catégories dérivées, nous voyons que \(H^i(X, Q)\) est nul pour \(i > 2 + 2\dim(Z) \leq 2 + 2(n - 2) = 2n - 2\). Il suffit donc de démontrer que \(H^i(X', b^{-1}\mathcal{F}) = 0\) pour \(i > 2n\). Nous utilisons alors le morphisme \[f : X' \to \mathbf{P}^1_k\] dont les fibres sont de dimension \(< n\). Ainsi, par récurrence, nous voyons que \(R^if_*b^{-1}\mathcal{F} = 0\) pour \(i > 2(n - 1)\). Nous concluons par la suite spectrale de Leray \[H^i(\mathbf{P}^1_k, R^jf_*b^{-1}\mathcal{F}) \Rightarrow H^{i + j}(X', b^{-1}\mathcal{F})\] et le fait que \(\dim(\mathbf{P}^1_k) = 1\).
Avec des coefficients modulo \(n\), nous pouvons appliquer le changement de base propre aux complexes non bornés.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Soit \(g : Y' \to Y\) un morphisme de schémas. Posons \(X' = Y' \times_Y X\) et notons \(f' : X' \to Y'\) et \(g' : X' \to X\) les projections. Soit \(n \geq 1\) un entier. Soit \(E \in D(X_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\). Alors le morphisme de changement de base (0A2A) \(g^{-1}Rf_*E \to Rf'_*(g')^{-1}E\) est un isomorphisme.
Démonstration
Il suffit de le démontrer lorsque \(Y\) et \(Y'\) sont quasi-compacts. Par le lemme de Morphismes 0A3V nous voyons que les dimensions des fibres de \(f : X \to Y\) et de \(f' : X' \to Y'\) sont bornées. Ainsi, le lemme 095U implique que \[f_* : \textit{Mod}(X_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) \longrightarrow \textit{Mod}(Y_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\] et \[f'_* : \textit{Mod}(X'_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) \longrightarrow \textit{Mod}(Y'_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\] ont une dimension cohomologique finie au sens du lemme 07K7 de Catégories dérivées. Choisissons un complexe K-injectif \(\mathcal{I}^\bullet\) de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules dont chacun des termes \(\mathcal{I}^n\) est un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules; ce complexe représente \(E\). Voir le théorème d’Injectifs 079P. Par le théorème usuel de changement de base propre, on obtient que \(R^qf'_*(g')^{-1}\mathcal{I}^n = 0\) pour \(q > 0\); voir le théorème 095T. Nous concluons donc, par le lemme 07K7 de Catégories dérivées, que nous pouvons calculer \(Rf'_*(g')^{-1}E\) par le complexe \(f'_*(g')^{-1}\mathcal{I}^\bullet\). Une autre application du théorème usuel de changement de base propre montre que ce complexe est égal à \(g^{-1}f_*\mathcal{I}^\bullet\), comme souhaité.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soient \(E \in D^+(X_\etale)\) et \(K \in D^+(\mathbf{Z})\). Alors \[R\Gamma(X, E \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} \underline{K}) = R\Gamma(X, E) \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} K\]
Démonstration
Supposons \(H^i(E) = 0\) pour \(i \geq a\) et \(H^j(K) = 0\) pour \(j \geq b\). Nous pouvons représenter \(K\) par un complexe borné inférieurement \(K^\bullet\) de \(\mathbf{Z}\)-modules sans torsion. (Choisissons un complexe K-plat \(L^\bullet\) représentant \(K\), puis prenons \(K^\bullet = \tau_{\geq b - 1}L^\bullet\). Cela fonctionne parce que \(\mathbf{Z}\) est de dimension globale \(1\). Voir le lemme 0653 de Compléments d’algèbre.) Nous pouvons représenter \(E\) par un complexe borné inférieurement \(\mathcal{E}^\bullet\). Alors \(E \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} \underline{K}\) est représenté par \[\text{Tot}(\mathcal{E}^\bullet \otimes_\mathbf{Z} \underline{K}^\bullet)\] En utilisant les triangles distingués \[\sigma_{\geq -b + n + 1}K^\bullet \to K^\bullet \to \sigma_{\leq -b + n}K^\bullet\] et l’annulation évidente \[H^n(X, \text{Tot}(\mathcal{E}^\bullet \otimes_\mathbf{Z} \sigma_{\geq -a + n + 1}\underline{K}^\bullet) = 0\] et \[H^n(R\Gamma(X, E) \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} \sigma_{\geq -a + n + 1}K^\bullet) = 0\] nous nous ramenons au cas où \(K^\bullet\) est un complexe borné de \(\mathbf{Z}\)-modules plats. En répétant l’argument, nous nous ramenons au cas où \(K^\bullet\) est réduit à un unique \(\mathbf{Z}\)-module plat placé en un certain degré. Ensuite, en utilisant les troncations bêtes de \(\mathcal{E}^\bullet\), nous nous ramenons exactement de la même manière au cas où \(\mathcal{E}^\bullet\) est réduit à un unique faisceau abélien placé en un certain degré. Il suffit donc de montrer que \[H^n(X, \mathcal{E} \otimes_\mathbf{Z} \underline{M}) = H^n(X, \mathcal{E}) \otimes_\mathbf{Z} M\] Lorsque \(M\) est un \(\mathbf{Z}\)-module plat et que \(\mathcal{E}\) est un faisceau abélien sur \(X\), on écrit \(M\) comme une limite inductive filtrante de \(\mathbf{Z}\)-modules libres finis (théorème de Lazard; voir le théorème 058G d’Algèbre). Par le théorème 09YQ, cela nous ramène au cas d’un module libre fini sur \(\mathbf{Z}\), noté \(M\), auquel cas le résultat est trivialement vrai.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Soit \(E \in D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion. Soit \(K \in D^+(Y_\etale)\). Alors \[Rf_*E \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} K = Rf_*(E \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} f^{-1}K)\] dans \(D^+(Y_\etale)\).
Démonstration
Un morphisme canonique du membre de gauche vers celui de droite est fourni par la section 0943 de Cohomologie sur les sites. Nous allons vérifier l’égalité sur les fibres. Rappelons que le calcul des produits tensoriels dérivés commute aux images inverses. Voir le lemme de Cohomologie sur les sites 07A4. Nous avons donc \[(E \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} f^{-1}K)_{\overline{x}} = E_{\overline{x}} \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} K_{\overline{y}}\] où \(\overline{y}\) est l’image de \(\overline{x}\) dans \(Y\). Puisque \(\mathbf{Z}\) est de dimension globale \(1\), nous voyons que la cohomologie de ce complexe est nulle en degrés \(< - 1 + a + b\) si \(H^i(E) = 0\) pour \(i \geq a\) et \(H^j(K) = 0\) pour \(j \geq b\). De plus, puisque \(H^i(E)\) est un faisceau abélien de torsion pour tout \(i\), il en va de même des faisceaux de cohomologie du complexe \(E \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} K\). En effet, nous avons \[(E \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} f^{-1}K) \otimes_{\mathbf{Z}}^\mathbf{L} \mathbf{Q} = (E \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} \mathbf{Q}) \otimes_{\mathbf{Q}}^\mathbf{L} (f^{-1}K \otimes_{\mathbf{Z}}^\mathbf{L} \mathbf{Q})\] qui est nul dans la catégorie dérivée. Le lemme 0DDF s’applique donc aux deux membres, et il suffit de montrer \[R\Gamma(X_{\overline{y}}, E|_{X_{\overline{y}}} \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} (X_{\overline{y}} \to \overline{y})^{-1}K_{\overline{y}}) = R\Gamma(X_{\overline{y}}, E|_{X_{\overline{y}}}) \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} K_{\overline{y}}\] Cela résulte du lemme 0F0E.
Acyclicité locale
Dans cette section, nous déduisons l’acyclicité locale des morphismes lisses du théorème de changement de base lisse. Dans SGA 4 ou SGA 4.5, les auteurs démontrent d’abord une version de l’acyclicité locale pour les morphismes lisses, puis en déduisent le théorème de changement de base lisse.
Nous utiliserons la formulation de l’acyclicité locale donnée par Deligne [SGA4.5, définition 2.12, page 242]. Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\overline{x}\) un point géométrique de \(X\), d’image \(\overline{s} = f(\overline{x})\) dans \(S\). Soit \(\overline{t}\) un point géométrique de \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\). Nous obtenons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ F_{\overline{x}, \overline{t}} = \overline{t} \times_{\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})} \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}) \ar[r] \ar[d] & \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}) \ar[r] \ar[d] & X \ar[d] \\ \overline{t} \ar[r] & \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}) \ar[r] & S }\] Le schéma \(F_{\overline{x}, \overline{t}}\) est appelé une variété de cycles évanescents de \(f\) en \(\overline{x}\). Soit \(K\) un objet de \(D(X_\etale)\). Pour tout morphisme de schémas \(g : Y\to X\), nous écrivons \(R\Gamma(Y, K)\) au lieu de \(R\Gamma(Y_\etale, g_{small}^{-1}K)\). Puisque \(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}\) est strictement hensélien, nous avons \(K_{\overline{x}} = R\Gamma(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}), K)\). Nous obtenons donc un morphisme canonique [0GJN]\[\begin{equation} \alpha_{K, \overline{x}, \overline{t}} : K_{\overline{x}} \longrightarrow R\Gamma(F_{\overline{x}, \overline{t}}, K) \end{equation}\] en prenant l’image inverse en cohomologie le long de \(F_{\overline{x}, \overline{t}} \to \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}})\).
Définition
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(K\) un objet de \(D(X_\etale)\).
Soit \(\overline{x}\) un point géométrique de \(X\), d’image \(\overline{s} = f(\overline{x})\). Nous dirons que \(f\) est localement acyclique en \(\overline{x}\) relativement à \(K\) si, pour tout point géométrique \(\overline{t}\) de \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\), le morphisme (0GJN) est un isomorphisme11.
Nous dirons que \(f\) est localement acyclique relativement à \(K\) si \(f\) est localement acyclique en \(\overline{x}\) relativement à \(K\) pour tout point géométrique \(\overline{x}\) de \(X\).
Nous dirons que \(f\) est universellement localement acyclique relativement à \(K\) si, pour tout morphisme de schémas \(S' \to S\), le changement de base \(f' : X' \to S'\) est localement acyclique relativement à l’image inverse de \(K\) sur \(X'\).
Nous dirons que \(f\) est localement acyclique si, pour tout point géométrique \(\overline{x}\) de \(X\) et tout entier \(n\) premier à la caractéristique de \(\kappa(\overline{x})\), le morphisme \(f\) est localement acyclique en \(\overline{x}\) relativement au faisceau constant de valeur \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\).
Nous dirons que \(f\) est universellement localement acyclique si, pour tout morphisme de schémas \(S' \to S\), le changement de base \(f' : X' \to S'\) est localement acyclique.
Soit \(M\) un groupe abélien. Alors l’acyclicité locale de \(f : X \to S\) relativement au faisceau constant \(\underline{M}\) se ramène à la condition \[H^q(F_{\overline{x}, \overline{t}}, \underline{M}) = \left\{ \begin{matrix} M & \text{si} & q = 0 \\ 0 & \text{si} & q \not = 0 \end{matrix} \right.\] pour tout point géométrique \(\overline{x}\) de \(X\) et tout point géométrique \(\overline{t}\) de \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, f(\overline{x})})\). Nous voyons ainsi qu’être localement acyclique correspond à l’annulation des groupes de cohomologie supérieure des fibres géométriques \(F_{\overline{x}, \overline{t}}\) des morphismes entre les hensélisés stricts en \(\overline{x}\) et \(\overline{s}\).
Proposition
Soit \(f : X \to S\) un morphisme lisse de schémas. Alors \(f\) est universellement localement acyclique.
Démonstration
Puisque le changement de base d’un morphisme lisse est lisse, il suffit de montrer que les morphismes lisses sont localement acycliques. Soit \(\overline{x}\) un point géométrique de \(X\), d’image \(\overline{s} = f(\overline{x})\). Soit \(\overline{t}\) un point géométrique de \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, f(\overline{x})})\). Puisque nous cherchons à démontrer une propriété du morphisme d’anneaux \(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}} \to \mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}\) (voir la discussion qui suit la définition 0GJP), nous pouvons remplacer \(f : X \to S\) par le changement de base \(X \times_S \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}) \to \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\). Nous pouvons donc supposer que \(S\) est le spectre d’un anneau local strictement hensélien et que \(\overline{s}\) est au-dessus du point fermé de \(S\).
Nous allons appliquer le lemme 0EZU au diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & X_{\overline{t}} \ar[l]^h \ar[d]^e \\ S & \overline{t} \ar[l]_g }\] et au faisceau \(\mathcal{F} = \underline{M}\), où \(M = \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\) pour un certain entier \(n\) premier à la caractéristique du corps résiduel de \(\overline{x}\). Nous savons que le morphisme \(f^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \to R^qh_*e^{-1}\mathcal{F}\) est un isomorphisme par changement de base lisse; voir le théorème 0EYU (l’hypothèse sur la torsion est satisfaite par notre choix de \(n\)). Le lemme 0EZU nous donne donc l’égalité médiane dans \[H^q(F_{\overline{x}, \overline{t}}, \underline{M}) = H^q(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}) \times_S \overline{t}, \underline{M}) = H^q(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}) \times_S \overline{t}, \underline{M}) = H^q(\overline{t}, \underline{M})\] Pour les deux égalités extérieures, nous utilisons le fait que \(S = \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\). Puisque \(\overline{t}\) est le spectre d’un corps séparablement clos, nous concluons que \[H^q(F_{\overline{x}, \overline{t}}, \underline{M}) = \left\{ \begin{matrix} M & \text{si} & q = 0 \\ 0 & \text{si} & q \not = 0 \end{matrix} \right.\] ce qu’il fallait montrer (voir la discussion qui suit la définition 0GJP).
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien localement constant sur \(X_\etale\) tel que, pour tout point géométrique \(\overline{x}\) de \(X\), le groupe abélien \(\mathcal{F}_{\overline{x}}\) soit de torsion et que chacun de ses éléments soit d’ordre premier à la caractéristique du corps résiduel de \(\overline{x}\). Si \(f\) est localement acyclique, alors \(f\) est localement acyclique relativement à \(\mathcal{F}\).
Démonstration
En effet, soit \(\overline{x}\) un point géométrique de \(X\). Puisque \(\mathcal{F}\) est localement constant, nous voyons que la restriction de \(\mathcal{F}\) à \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}})\) est isomorphe au faisceau constant \(\underline{M}\), où \(M = \mathcal{F}_{\overline{x}}\). Par hypothèse, nous pouvons écrire \(M = \colim M_i\) comme une limite inductive filtrante de groupes abéliens finis \(M_i\) d’ordre premier à la caractéristique du corps résiduel de \(\overline{x}\). Considérons un point géométrique \(\overline{t}\) de \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, f(\overline{x})})\). Puisque \(F_{\overline{x}, \overline{t}}\) est affine, nous avons \[H^q(F_{\overline{x}, \overline{t}}, \underline{M}) = \colim H^q(F_{\overline{x}, \overline{t}}, \underline{M_i})\] par le lemme 03Q5. Pour tout \(i\), nous pouvons écrire \(M_i = \bigoplus \mathbf{Z}/n_{i, j}\mathbf{Z}\) comme une somme directe finie, pour certains entiers \(n_{i, j}\) premiers à la caractéristique du corps résiduel de \(\overline{x}\). Puisque \(f\) est localement acyclique, nous voyons que \[H^q(F_{\overline{x}, \overline{t}}, \underline{\mathbf{Z}/n_{i, j}\mathbf{Z}}) = \left\{ \begin{matrix} \mathbf{Z}/n_{i, j}\mathbf{Z} & \text{si} & q = 0 \\ 0 & \text{si} & q \not = 0 \end{matrix} \right.\] Voir la discussion qui suit la définition 0GJP. En prenant les sommes directes puis la limite inductive, nous concluons que \[H^q(F_{\overline{x}, \overline{t}}, \underline{M}) = \left\{ \begin{matrix} M & \text{si} & q = 0 \\ 0 & \text{si} & q \not = 0 \end{matrix} \right.\] ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \[\xymatrix{ X' \ar[r]_{g'} \ar[d]_{f'} & X \ar[d]^f \\ S' \ar[r]^g & S }\] un diagramme cartésien de schémas. Soit \(K\) un objet de \(D(X_\etale)\). Soit \(\overline{x}'\) un point géométrique de \(X'\), d’image \(\overline{x}\) dans \(X\). Si :
\(f\) est localement acyclique en \(\overline{x}\) relativement à \(K\);
\(g\) est localement quasi-fini, ou bien \(S' = \lim S_i\) est une limite projective filtrante de schémas localement quasi-finis sur \(S\) à morphismes de transition affines, ou bien \(g : S' \to S\) est entier,
alors \(f'\) est localement acyclique en \(\overline{x}'\) relativement à \((g')^{-1}K\).
Démonstration
Notons \(\overline{s}'\) et \(\overline{s}\) les images de \(\overline{x}'\) et \(\overline{x}\) dans \(S'\) et \(S\). Soit \(\overline{t}'\) un point géométrique de \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S', \overline{s}'})\), et notons \(\overline{t}\) son image dans \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\). Par le lemme d’Algèbre 0GIP et nos hypothèses sur \(g\), nous avons un isomorphisme \[\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}} \otimes_{\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}} \mathcal{O}^{sh}_{S', \overline{s}'} \longrightarrow \mathcal{O}^{sh}_{X', \overline{x}'}\] Puisque, d’après nos conventions, \(\kappa(\overline{t}) = \kappa(\overline{t}')\), nous concluons que \[F_{\overline{x}', \overline{t}'} = \Spec\left( \mathcal{O}^{sh}_{X', \overline{x}'} \otimes_{\mathcal{O}^{sh}_{S', \overline{s}'}} \kappa(\overline{t}')\right) = \Spec\left( \mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}} \otimes_{\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}} \kappa(\overline{t})\right) = F_{\overline{x}, \overline{t}}\] Autrement dit, les variétés des cycles évanescents de \(f'\) en \(\overline{x}'\) sont des exemples de variétés des cycles évanescents de \(f\) en \(\overline{x}\). Le lemme découle immédiatement de cela et des définitions.
Le morphisme de cospécialisation
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\overline{x}\) un point géométrique de \(X\), d’image \(\overline{s} = f(\overline{x})\) dans \(S\). Soit \(\overline{t}\) un point géométrique de \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\). Soit \(K \in D(X_\etale)\). Pour tout morphisme de schémas \(g : Y \to X\), nous écrivons \(K|_Y\) au lieu de \(g_{small}^{-1}K\) et \(R\Gamma(Y, K)\) au lieu de \(R\Gamma(Y_\etale, g_{small}^{-1}K)\). Nous affirmons que si :
\(K\) est borné inférieurement, c’est-à-dire \(K \in D^+(X_\etale)\);
\(f\) est localement acyclique relativement à \(K\),
alors il existe un morphisme de cospécialisation \[cosp : R\Gamma(X_{\overline{t}}, K) \longrightarrow R\Gamma(X_{\overline{s}}, K)\] qui sera étroitement lié au morphisme de spécialisation considéré dans la section 0GJ2, et en particulier dans la remarque 0GJ9.
Pour construire ce morphisme, considérons les morphismes \[X_{\overline{t}} \xrightarrow{h} X \times_S \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}) \xleftarrow{i} X_{\overline{s}}\] L’unité de l’adjonction entre \(h^{-1}\) et \(Rh_*\) donne un morphisme \[\beta_{K, \overline{s}, \overline{t}} : K|_{X \times_S \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})} \longrightarrow Rh_*(K|_{X_{\overline{t}}})\] dans \(D((X \times_S \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}))_\etale)\). Le lemme 0GJU ci-dessous montre que l’image inverse \(i^{-1}\beta_{K, \overline{s}, \overline{t}}\) est un isomorphisme sous les hypothèses ci-dessus. Nous pouvons donc définir le morphisme de cospécialisation comme la composée \[\begin{align*} R\Gamma(X_{\overline{t}}, K) & = R\Gamma(X \times_S \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}), Rh_*(K|_{X_{\overline{t}}})) \\ & \xrightarrow{i^{-1}} R\Gamma(X_{\overline{s}}, i^{-1}Rh_*(K|_{X_{\overline{t}}})) \\ & \xrightarrow{(i^{-1}\beta_{K, \overline{s}, \overline{t}})^{-1}} R\Gamma(X_{\overline{s}}, i^{-1}(K|_{X \times_S \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})})) \\ & = R\Gamma(X_{\overline{s}}, K) \end{align*}\]
Lemme
Le morphisme \(i^{-1}\beta_{K, \overline{s}, \overline{t}}\) est un isomorphisme.
Démonstration
La construction des morphismes \(h\), \(i\) et \(\beta_{K, \overline{s}, \overline{t}}\) ne dépend que du changement de base de \(X\) et \(K\) à \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\). Nous pouvons donc supposer que \(S\) est un schéma strictement hensélien de point fermé \(\overline{s}\). Remarquons que l’acyclicité locale de \(f\) relativement à \(K\) est préservée par ce changement de base (par exemple par le lemme 0GJS, ou simplement en comparant directement les anneaux strictement henséliens dans ce cas très particulier).
Soit \(\overline{x}\) un point géométrique de \(X_{\overline{s}}\). De manière équivalente, soit \(\overline{x}\) un point géométrique dont l’image par \(f\) est \(\overline{s}\). Calculons la fibre de \(i^{-1}\beta_{K, \overline{s}, \overline{t}}\) en \(\overline{x}\). Tout d’abord, nous avons \[(i^{-1}\beta_{K, \overline{s}, \overline{t}})_{\overline{x}} = (\beta_{K, \overline{s}, \overline{t}})_{\overline{x}}\] car l’image inverse préserve les fibres; voir le lemme 03Q1. Puisque nous sommes dans la situation \(S = \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\), nous voyons que \(h : X_{\overline{t}} \to X\) possède la propriété \(X_{\overline{t}} \times_X \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{X, \overline{x}}) = F_{\overline{x}, \overline{t}}\). Nous voyons donc que \[(\beta_{K, \overline{s}, \overline{t}})_{\overline{x}} : K_{\overline{x}} \longrightarrow Rh_*(K|_{X_{\overline{t}}})_{\overline{x}} = R\Gamma(F_{\overline{x}, \overline{t}}, K)\] où l’égalité est donnée par le théorème 03Q9. Il s’ensuit que le morphisme \((\beta_{K, \overline{s}, \overline{t}})_{\overline{x}}\) n’est autre que le morphisme \(\alpha_{K, \overline{x}, \overline{t}}\) employé dans la définition 0GJP. Le résultat en découle, car nous pouvons vérifier sur les fibres qu’un morphisme est un isomorphisme, par le théorème 03PU.
Le morphisme de cospécialisation, lorsqu’il existe, est destiné à être l’inverse du morphisme de spécialisation.
Lemme
Dans la situation ci-dessus, si de plus \(f\) est quasi-compact et quasi-séparé, alors le diagramme \[\xymatrix{ (Rf_*K)_{\overline{s}} \ar[r] \ar[d]_{sp} & R\Gamma(X_{\overline{s}}, K) \\ (Rf_*K)_{\overline{t}} \ar[r] & R\Gamma(X_{\overline{t}}, K) \ar[u]_{cosp} }\] est commutatif.
Démonstration
Comme dans la démonstration du lemme 0GJU, nous pouvons remplacer \(S\) par \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\). Nos morphismes se simplifient alors en \(h : X_{\overline{t}} \to X\), \(i : X_{\overline{s}} \to X\) et \(\beta_{K, \overline{s}, \overline{t}} : K \to Rh_*(K|_{X_{\overline{t}}})\). En utilisant l’égalité \((Rf_*K)_{\overline{s}} = R\Gamma(X, K)\) donnée par le théorème 03Q9, la composée de \(sp\) avec le morphisme de changement de base \((Rf_*K)_{\overline{t}} \to R\Gamma(X_{\overline{t}}, K)\) n’est autre que l’image inverse en cohomologie le long de \(h\). C’est le même morphisme que \[R\Gamma(X, K) \xrightarrow{\beta_{K, \overline{s}, \overline{t}}} R\Gamma(X, Rh_*(K|_{X_{\overline{t}}})) = R\Gamma(X_{\overline{t}}, K)\] Or le morphisme \(cosp\) inverse d’abord le signe \(=\) dans cette formule, puis prend l’image inverse le long de \(i\), et enfin applique l’inverse de \(i^{-1}\beta_{K, \overline{s}, \overline{t}}\). Nous obtenons donc la commutativité voulue.
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(K \in D(X_\etale)\). Supposons que :
\(K\) est borné inférieurement, c’est-à-dire \(K \in D^+(X_\etale)\);
\(f\) est localement acyclique relativement à \(K\);
\(f\) est propre;
\(K\) a des faisceaux de cohomologie de torsion.
Alors, pour tout point géométrique \(\overline{s}\) de \(S\) et tout point géométrique \(\overline{t}\) de \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\), le morphisme de spécialisation \(sp : (Rf_*K)_{\overline{s}} \to (Rf_*K)_{\overline{t}}\) et le morphisme de cospécialisation \(cosp : R\Gamma(X_{\overline{t}}, K) \to R\Gamma(X_{\overline{s}}, K)\) sont des isomorphismes.
Démonstration
Par le théorème de changement de base propre (sous la forme du lemme 0DDF), nous avons \((Rf_*K)_{\overline{s}} = R\Gamma(X_{\overline{s}}, K)\) et de même pour \(\overline{t}\). La démonstration « correcte » consisterait à montrer que l’argument du lemme 0GJV établit que \(sp\) et \(cosp\) sont des isomorphismes inverses dans ce cas. Nous montrerons plutôt directement que \(cosp\) est un isomorphisme. D’après la discussion ci-dessus, nous voyons que \(cosp\) est un isomorphisme si et seulement si l’image inverse par \(i\) \[R\Gamma(X \times_S \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}), Rh_*(K|_{X_{\overline{t}}})) \longrightarrow R\Gamma(X_{\overline{s}}, i^{-1}Rh_*(K|_{X_{\overline{t}}}))\] est un isomorphisme dans \(D^+(\textit{Ab})\). Cela résulte du théorème de changement de base propre appliqué au morphisme propre \(f' : X \times_S \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}}) \to \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\) et au morphisme \(\overline{s} \to \Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\), avec le complexe \(K' = Rh_*(K|_{X_{\overline{t}}})\). Le complexe \(K'\) est borné inférieurement et a des faisceaux de cohomologie de torsion par le lemme 0DDD. Puisque \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\) est strictement hensélien, avec \(\overline{s}\) au-dessus du point fermé, nous voyons que la source de la flèche affichée est égale à \((Rf'_*K')_{\overline{s}}\), que la cible est égale à \(R\Gamma(X_{\overline{s}}, K')\) et que le morphisme affiché est un isomorphisme par le lemme déjà utilisé 0DDF. Nous voyons donc que trois des quatre flèches du diagramme du lemme 0GJV sont des isomorphismes, et nous concluons.
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(X_\etale\). Supposons que :
\(f\) est lisse et propre;
\(\mathcal{F}\) est localement constant;
\(\mathcal{F}_{\overline{x}}\) est un groupe de torsion dont tous les éléments sont d’ordre premier à la caractéristique résiduelle de \(\overline{x}\), pour tout point géométrique \(\overline{x}\) de \(X\).
Alors, pour tout point géométrique \(\overline{s}\) de \(S\) et tout point géométrique \(\overline{t}\) de \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\), le morphisme de spécialisation \(sp : (Rf_*\mathcal{F})_{\overline{s}} \to (Rf_*\mathcal{F})_{\overline{t}}\) est un isomorphisme.
Démonstration
Cela découle des lemmes 0GJW et 0GJR, ainsi que de la proposition 0GJQ.
Dimension cohomologique
Nous pouvons déduire certaines bornes sur la dimension cohomologique des schémas et sur la dimension cohomologique des corps en utilisant les résultats de la section 03SB et une application, apparemment anodine, du théorème de changement de base propre (dans la démonstration de la proposition 0F0V).
Définition
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. La dimension cohomologique de \(X\) est le plus petit élément \[\text{cd}(X) \in \{0, 1, 2, \ldots\} \cup \{\infty\}\] tel que, pour tout faisceau abélien de torsion \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), nous ayons \(H^i_\etale(X, \mathcal{F}) = 0\) pour \(i > \text{cd}(X)\). Si \(X = \Spec(A)\), nous l’appelons parfois la dimension cohomologique de \(A\).
Si le schéma est de caractéristique \(p\), nous pouvons souvent obtenir des bornes plus fines pour l’annulation de la cohomologie des faisceaux de \(p\)-torsion. Nous traiterons cela ailleurs (référence à ajouter ultérieurement).
Lemme
Soit \(X = \lim X_i\) la limite projective d’un système filtrant de schémas quasi-compacts et quasi-séparés dont les morphismes de transition sont affines. Alors \(\text{cd}(X) \leq \max \text{cd}(X_i)\).
Démonstration
Notons \(f_i : X \to X_i\) les projections. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\). Nous avons alors \(\mathcal{F} = \lim f_i^{-1}f_{i, *}\mathcal{F}\) par le lemme 0EYN. Ainsi, \(H^q_\etale(X, \mathcal{F}) = \colim H^q_\etale(X_i, f_{i, *}\mathcal{F})\) par le théorème 09YQ. Le lemme en découle.
Lemme
Soit \(K\) un corps. Soit \(X\) un schéma affine de dimension \(1\) et de type fini sur \(K\). Alors \(\text{cd}(X) \leq 1 + \text{cd}(K)\).
Démonstration
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\). Considérons la suite spectrale de Leray du morphisme \(f : X \to \Spec(K)\). Nous obtenons \[E_2^{p, q} = H^p(\Spec(K), R^qf_*\mathcal{F})\] qui converge vers \(H^{p + q}_\etale(X, \mathcal{F})\). La fibre de \(R^qf_*\mathcal{F}\) en un point géométrique \(\Spec(\overline{K}) \to \Spec(K)\) est la cohomologie de l’image inverse de \(\mathcal{F}\) sur \(X_{\overline{K}}\). Elle s’annule donc en degrés \(\geq 2\) par le théorème 03SC.
Lemme
Soit \(L/K\) une extension de corps. Nous avons alors \(\text{cd}(L) \leq \text{cd}(K) + \text{trdeg}_K(L)\).
Démonstration
Si \(\text{trdeg}_K(L) = \infty\), c’est clair. Sinon, nous pouvons trouver une suite d’extensions \(L= L_r/L_{r - 1}/ \ldots /L_1/L_0 = K\) telle que \(\text{trdeg}_{L_i}(L_{i + 1}) = 1\) et \(r = \text{trdeg}_K(L)\). Il suffit donc de démontrer le lemme dans le cas \(r = 1\). Dans ce cas, nous pouvons écrire \(L = \colim A_i\) comme limite inductive filtrante de ses sous-\(K\)-algèbres de type fini. Par le lemme 0F0R, il suffit de démontrer que \(\text{cd}(A_i) \leq 1 + \text{cd}(K)\). Cela découle du lemme 0F0S.
Lemme
Soit \(K\) un corps. Soit \(X\) un schéma de type fini sur \(K\). Soit \(x \in X\). Posons \(a = \text{trdeg}_K(\kappa(x))\) et \(d = \dim_x(X)\). Il existe alors un morphisme \[K(t_1, \ldots, t_a)^{sep} \longrightarrow \mathcal{O}_{X, x}^{sh}\] tel que
le corps résiduel de \(\mathcal{O}_{X, x}^{sh}\) soit une extension purement inséparable de \(K(t_1, \ldots, t_a)^{sep}\),
\(\mathcal{O}_{X, x}^{sh}\) soit une limite inductive filtrante de \(K(t_1, \ldots, t_a)^{sep}\)-algèbres de type fini et de dimension \(\leq d - a\).
Démonstration
Nous pouvons supposer \(X\) affine. Par normalisation de Noether, quitte à rétrécir encore \(X\), nous pouvons choisir un morphisme fini \(\pi : X \to \mathbf{A}^d_K\); voir le lemme 00OZ d’Algèbre. Puisque \(\kappa(x)\) est une extension finie du corps résiduel de \(\pi(x)\), ce corps résiduel est lui aussi de degré de transcendance \(a\) sur \(K\). Nous pouvons donc trouver un morphisme fini \(\pi' : \mathbf{A}^d_K \to \mathbf{A}^d_K\) tel que \(\pi'(\pi(x))\) corresponde au point générique du sous-espace linéaire \(\mathbf{A}^a_K \subset \mathbf{A}^d_K\) défini en annulant les \(d - a\) dernières coordonnées. Par conséquent, le composé \[X \xrightarrow{\pi' \circ \pi} \mathbf{A}^d_K \xrightarrow{p} \mathbf{A}^a_K\] de \(\pi' \circ \pi\) et de la projection \(p\) sur les \(a\) premières coordonnées envoie \(x\) sur le point générique \(\eta \in \mathbf{A}^a_K\). Le morphisme induit \[K(t_1, \ldots, t_a)^{sep} = \mathcal{O}_{\mathbf{A}^a_K, \eta}^{sh} \longrightarrow \mathcal{O}_{X, x}^{sh}\] sur les anneaux locaux étales satisfait (1), car le corps résiduel de \(\mathcal{O}_{X, x}^{sh}\) est manifestement une extension algébrique du corps séparablement clos \(K(t_1, \ldots, t_a)^{sep}\). D’autre part, si \(X = \Spec(B)\), alors \(\mathcal{O}_{X, x}^{sh} = \colim B_j\) est une limite inductive filtrante de \(B\)-algèbres étales \(B_j\). Remarquons que \(B_j\) est quasi-finie sur \(K[t_1, \ldots, t_d]\), puisque \(B\) est finie sur \(K[t_1, \ldots, t_d]\). Nous pouvons de même écrire \(K(t_1, \ldots, t_a)^{sep} = \colim A_i\) comme limite inductive filtrante de \(K[t_1, \ldots, t_a]\)-algèbres étales. Pour tout \(i\), nous pouvons trouver un \(j\) tel que \(A_i \to K(t_1, \ldots, t_a)^{sep} \to \mathcal{O}_{X, x}^{sh}\) se factorise par un morphisme \(\psi_{i, j} : A_i \to B_j\). Alors \(B_j\) est quasi-finie sur \(A_i[t_{a + 1}, \ldots, t_d]\). Par suite, \[B_{i, j} = B_j \otimes_{\psi_{i, j}, A_i} K(t_1, \ldots, t_a)^{sep}\] est de dimension \(\leq d - a\), puisqu’elle est quasi-finie sur \(K(t_1, \ldots, t_a)^{sep}[t_{a + 1}, \ldots, t_d]\). La démonstration de (2) est maintenant achevée, car \(\mathcal{O}_{X, x}^{sh}\) est une limite inductive filtrante12 des algèbres \(B_{i, j}\). Certains détails sont omis.
Proposition
Soit \(K\) un corps. Soit \(X\) un schéma affine de type fini sur \(K\). Nous avons alors \(\text{cd}(X) \leq \dim(X) + \text{cd}(K)\).
Démonstration
Nous allons le démontrer par récurrence sur \(\dim(X)\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\).
Le cas \(\dim(X) = 0\). Dans ce cas, le morphisme structural \(f : X \to \Spec(K)\) est fini. Nous voyons donc que \(R^if_*\mathcal{F} = 0\) pour \(i > 0\); voir la proposition 03QP. Ainsi, \(H^i_\etale(X, \mathcal{F}) = H^i_\etale(\Spec(K), f_*\mathcal{F})\) par la suite spectrale de Leray de \(f\) (lemme 0732 de Cohomologie sur les sites), et le résultat est clair.
Le cas \(\dim(X) = 1\). C’est le lemme 0F0S.
Supposons \(d = \dim(X) > 1\) et la proposition vraie pour les schémas affines de type fini et de dimension \(< d\) sur des corps. Par normalisation de Noether, voir par exemple le lemme 0CBI de Variétés, il existe un morphisme fini \(f : X \to \mathbf{A}^d_K\). Rappelons que \(R^if_*\mathcal{F} = 0\) pour \(i > 0\) par la proposition 03QP. Par la suite spectrale de Leray de \(f\) (lemme 0732 de Cohomologie sur les sites), nous concluons qu’il suffit de démontrer le résultat pour \(f_*\mathcal{F}\) sur \(\mathbf{A}^d_K\).
Interlude I. Soit \(j : X \to Y\) une immersion ouverte de variétés lisses de dimension \(d\) sur \(K\) (non nécessairement affines), dont le complément est le support d’un diviseur de Cartier effectif \(D\). Les faisceaux \(R^qj_*\mathcal{F}\) pour \(q > 0\) sont supportés par \(D\). Nous affirmons que \((R^qj_*\mathcal{F})_{\overline{y}} = 0\) pour \(a = \text{trdeg}_K(\kappa(y)) > d - q\). En effet, par le théorème 03Q9, nous avons \[(R^qj_*\mathcal{F})_{\overline{y}} = H^q(\Spec(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}) \times_Y X, \mathcal{F})\] Choisissons une équation locale \(f \in \mathfrak m_y \subset \mathcal{O}_{Y, y}\) de \(D\). Nous avons alors \[\Spec(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}) \times_Y X = \Spec(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}[1/f])\] À l’aide du lemme 0F0U, nous obtenons un plongement \[K(t_1, \ldots, t_a)^{sep}(x) = K(t_1, \ldots, t_a)^{sep}[x]_{(x)}[1/x] \longrightarrow \mathcal{O}_{Y, y}^{sh}[1/f]\] Puisque le degré de transcendance sur \(K\) du corps des fractions de \(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}\) est \(d\), nous voyons que \(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}[1/f]\) est une limite inductive filtrante d’algèbres de type fini de dimension \((d - a - 1)\) sur le corps \(K(t_1, \ldots, t_a)^{sep}(x)\), qui est lui-même de dimension cohomologique \(1\) par le lemme 0F0T. L’hypothèse de récurrence et le lemme 0F0R donnent donc l’annulation voulue.
Interlude II. Soit \(Z\) une variété lisse sur \(K\) de dimension \(d - 1\). Soit \(E_a \subset Z\) l’ensemble des points \(z \in Z\) tels que \(\text{trdeg}_K(\kappa(z)) \leq a\). Remarquons que \(E_a\) est stable par spécialisation; voir le lemme 0A21 de Variétés. Supposons que \(\mathcal{G}\) soit un faisceau abélien de torsion sur \(Z\) dont le support est contenu dans \(E_a\). Nous affirmons alors que \(H^b_\etale(Z, \mathcal{G}) = 0\) pour \(b > a + \text{cd}(K)\). En effet, nous pouvons écrire \(\mathcal{G} = \colim \mathcal{G}_i\) avec \(\mathcal{G}_i\) un faisceau abélien de torsion supporté par un sous-schéma fermé \(Z_i\) contenu dans \(E_a\); voir le lemme 0F0N. L’hypothèse de récurrence implique alors l’annulation voulue pour \(\mathcal{G}_i\)13. Enfin, nous concluons par le théorème 09YQ.
Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ \mathbf{A}^d_K \ar[rd]_f \ar[rr]_-j & & \mathbf{P}^1_K \times_K \mathbf{A}^{d - 1}_K \ar[ld]^g \\ & \mathbf{A}^{d - 1}_K }\] Remarquons que \(j\) est une immersion ouverte de variétés lisses de dimension \(d\) dont le complément est un diviseur de Cartier effectif \(D\). Nous pouvons donc employer les résultats obtenus dans l’interlude I. Nous allons étudier la suite spectrale de Leray relative \[E_2^{p, q} = R^pg_*R^qj_*\mathcal{F} \Rightarrow R^{p + q}f_*\mathcal{F}\] Comme \(R^qj_*\mathcal{F}\) pour \(q > 0\) est supporté par \(D\) et que \(g|_D : D \to \mathbf{A}^{d - 1}_K\) est un isomorphisme, nous trouvons \(R^pg_*R^qj_*\mathcal{F} = 0\) pour \(p > 0\) et \(q > 0\). De plus, nous avons \(R^qj_*\mathcal{F} = 0\) pour \(q > d\). D’autre part, \(g\) est un morphisme propre de dimension relative \(1\). Ainsi, par le lemme 095U, nous voyons que \(R^pg_*j_*\mathcal{F} = 0\) pour \(p > 2\). La page \(E_2\) de la suite spectrale a donc la forme suivante \[\begin{matrix} g_*R^dj_*\mathcal{F} & 0 & 0 \\ \ldots & \ldots & \ldots \\ g_*R^2j_*\mathcal{F} & 0 & 0 \\ g_*R^1j_*\mathcal{F} & 0 & 0 \\ g_*j_*\mathcal{F} & R^1g_*j_*\mathcal{F} & R^2g_*j_*\mathcal{F} \end{matrix}\] Nous concluons que \(R^qf_*\mathcal{F} = g_*R^qj_*\mathcal{F}\) pour \(q > 2\). Par l’interlude I, nous voyons que le support de \(R^qf_*\mathcal{F}\) pour \(q > 2\) est contenu dans l’ensemble des points de \(\mathbf{A}^{d - 1}_K\) dont le corps résiduel est de degré de transcendance \(\leq d - q\). Par l’interlude II, \[H^p(\mathbf{A}^{d - 1}_K, R^qf_*\mathcal{F}) = 0 \text{ pour }p > d - q + \text{cd}(K)\text{ et }q > 2\] D’autre part, par le théorème 03Q9, nous avons \(R^2f_*\mathcal{F}_{\overline{\eta}} = H^2(\mathbf{A}^1_{\overline{\eta}}, \mathcal{F}) = 0\) (annulation par le cas de dimension \(1\)), où \(\eta\) est le point générique de \(\mathbf{A}^{d - 1}_K\). Ainsi, de nouveau par l’interlude II, nous voyons que \[H^p(\mathbf{A}^{d - 1}_K, R^2f_*\mathcal{F}) = 0 \text{ pour }p > d - 2 + \text{cd}(K)\] Enfin, nous avons \[H^p(\mathbf{A}^{d - 1}_K, R^qf_*\mathcal{F}) = 0 \text{ pour }p > d - 1 + \text{cd}(K)\text{ et }q = 0, 1\] par l’hypothèse de récurrence. En combinant tout ce qui précède avec la suite spectrale de Leray \(H^p(\mathbf{A}^{d - 1}_K, R^qf_*\mathcal{F}) \Rightarrow H^{p + q}(\mathbf{A}^d_K, \mathcal{F})\), nous concluons.
Lemme
Soit \(K\) un corps. Soit \(X\) un schéma affine de type fini sur \(K\). Soit \(E_a \subset X\) l’ensemble des points \(x \in X\) tels que \(\text{trdeg}_K(\kappa(x)) \leq a\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\) dont le support est contenu dans \(E_a\). Alors \(H^b_\etale(X, \mathcal{F}) = 0\) pour \(b > a + \text{cd}(K)\).
Démonstration
Nous pouvons écrire \(\mathcal{F} = \colim \mathcal{F}_i\) avec \(\mathcal{F}_i\) un faisceau abélien de torsion supporté par un sous-schéma fermé \(Z_i\) contenu dans \(E_a\); voir le lemme 0F0N. La proposition 0F0V donne alors l’annulation voulue pour \(\mathcal{F}_i\). Nous omettons les détails; indications : utiliser d’abord la proposition 04CA pour écrire \(\mathcal{F}_i\) comme l’image directe d’un faisceau sur \(Z_i\), employer l’annulation de ce faisceau sur \(Z_i\), puis la suite spectrale de Leray de \(Z_i \to X\) pour obtenir l’annulation de \(\mathcal{F}_i\). Enfin, nous concluons par le théorème 09YQ.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme affine de schémas de type fini sur un corps \(K\). Soit \(E_a(X)\) l’ensemble des points \(x \in X\) tels que \(\text{trdeg}_K(\kappa(x)) \leq a\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\) dont le support est contenu dans \(E_a\). Alors le support de \(R^qf_*\mathcal{F}\) est contenu dans \(E_{a - q}(Y)\).
Démonstration
La question est locale sur \(Y\); nous pouvons donc supposer \(Y\) affine. Alors \(X\) est lui aussi affine, et nous pouvons choisir un diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d]_f \ar[r]_i & \mathbf{A}^{n + m}_K \ar[d]^{\text{pr}} \\ Y \ar[r]^j & \mathbf{A}^n_K }\] où les flèches horizontales sont des immersions fermées et la flèche verticale de droite est la projection (détails omis). Alors \(j_*R^qf_*\mathcal{F} = R^q\text{pr}_*i_*\mathcal{F}\) par l’annulation des images directes supérieures de \(i\) et \(j\); voir la proposition 03QP. De plus, la description des fibres de \(j_*\) dans cette proposition montre qu’il suffit d’établir l’annulation pour \(j_*R^qf_*\mathcal{F}\). Nous pouvons donc supposer que \(f\) est le morphisme de projection \(\text{pr} : \mathbf{A}^{n + m}_K \to \mathbf{A}^n_K\) et que \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien de torsion sur \(\mathbf{A}^{n + m}_K\) satisfaisant l’hypothèse de l’énoncé du lemme.
Soit \(y\) un point de \(\mathbf{A}^n_K\). Par le théorème 03Q9, nous avons \[(R^q\text{pr}_*\mathcal{F})_{\overline{y}} = H^q(\mathbf{A}^{n + m}_K \times_{\mathbf{A}^n_K} \Spec(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}), \mathcal{F}) = H^q(\mathbf{A}^m_{\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}}, \mathcal{F})\] Posons \(b = \text{trdeg}_K(\kappa(y))\). Le lemme 0F0U nous donne un plongement \[L = K(t_1, \ldots, t_b)^{sep} \longrightarrow \mathcal{O}_{Y, y}^{sh}\] Écrivons \(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh} = \colim B_i\) comme la limite inductive filtrante de sous-\(L\)-algèbres de type fini \(B_i \subset \mathcal{O}_{Y, y}^{sh}\) contenant l’anneau \(K[T_1, \ldots, T_n]\) des fonctions régulières sur \(\mathbf{A}^n_K\). Nous obtenons alors \[\mathbf{A}^m_{\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}} = \lim \mathbf{A}^m_{B_i}\] Si \(z \in \mathbf{A}^m_{B_i}\) est un point du support de \(\mathcal{F}\), alors l’image \(x\) de \(z\) dans \(\mathbf{A}^{m + n}_K\) satisfait \(\text{trdeg}_K(\kappa(x)) \leq a\) par l’hypothèse du lemme sur \(\mathcal{F}\). Puisque \(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh}\) est une limite inductive filtrante d’algèbres étales sur \(K[T_1, \ldots, T_n]\) et que \(B_i \subset \mathcal{O}_{Y, y}^{sh}\) nous voyons que \(\kappa(z)/\kappa(x)\) est algébrique (certains détails sont omis). Alors \(\text{trdeg}_K(\kappa(z)) \leq a\) et donc \(\text{trdeg}_L(\kappa(z)) \leq a - b\). Par le lemme 0F0W, nous voyons que \[H^q(\mathbf{A}^m_{B_i}, \mathcal{F}) = 0\text{ pour }q > a - b\] Ainsi, par le théorème 09YQ, nous obtenons \((R^qf_*\mathcal{F})_{\overline{y}} = 0\) pour \(q > a - b\), comme voulu.
Dimension cohomologique finie
Nous poursuivons la discussion commencée dans la section 0F0P.
Définition
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas quasi-compact et quasi-séparé. La dimension cohomologique de \(f\) est le plus petit élément \[\text{cd}(f) \in \{0, 1, 2, \ldots\} \cup \{\infty\}\] tel que, pour tout faisceau abélien de torsion \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), nous ayons \(R^if_*\mathcal{F} = 0\) pour \(i > \text{cd}(f)\).
Lemme
Soit \(K\) un corps.
Si \(f : X \to Y\) est un morphisme de schémas de type fini sur \(K\), alors \(\text{cd}(f) < \infty\).
Si \(\text{cd}(K) < \infty\), alors \(\text{cd}(X) < \infty\) pour tout schéma \(X\) de type fini sur \(K\).
Démonstration
Démonstration de (1). Nous pouvons supposer \(Y\) affine. Nous allons employer le principe de récurrence du lemme 08DR de Cohomologie des schémas pour le démontrer. Si \(X\) est lui aussi affine, le résultat vaut par le lemme 0F0X. Il suffit donc de montrer que, si \(X = U \cup V\) et si le résultat est vrai pour \(U \to Y\), \(V \to Y\) et \(U \cap V \to Y\), il est vrai pour \(f\). Cela découle de la suite de Mayer–Vietoris relative; voir le lemme 0EYK.
Démonstration de (2). Nous allons employer le principe de récurrence du lemme 08DR de Cohomologie des schémas pour le démontrer. Si \(X\) est affine, le résultat vaut par la proposition 0F0V. Il suffit donc de montrer que, si \(X = U \cup V\) et si le résultat est vrai pour \(U\), \(V\) et \(U \cap V\), il est vrai pour \(X\). Cela découle de la suite de Mayer–Vietoris; voir le lemme 0A50.
Lemme
Cohomologie et sommes directes. Soit \(n \geq 1\) un entier.
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas quasi-compact et quasi-séparé tel que \(\text{cd}(f) < \infty\). Alors le foncteur \[Rf_* : D(X_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) \longrightarrow D(Y_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\] commute aux sommes directes.
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé tel que \(\text{cd}(X) < \infty\). Alors le foncteur \[R\Gamma(X, -) : D(X_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) \longrightarrow D(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\] commute aux sommes directes.
Démonstration
Démonstration de (1). Puisque \(\text{cd}(f) < \infty\), nous voyons que \[f_* : \textit{Mod}(X_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) \longrightarrow \textit{Mod}(Y_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\] est de dimension cohomologique finie au sens du lemme 07K7 de Catégories dérivées. Soit \(I\) un ensemble et, pour \(i \in I\), soit \(E_i\) un objet de \(D(X_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\). Choisissons un complexe K-injectif \(\mathcal{I}_i^\bullet\) de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules dont chacun des termes \(\mathcal{I}_i^n\) est un faisceau injectif de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules et qui représente \(E_i\). Voir le théorème d’Injectifs 079P. Alors \(\bigoplus E_i\) est représenté par le complexe \(\bigoplus \mathcal{I}_i^\bullet\) (somme directe terme à terme); voir le lemme 07D9 d’Injectifs. Par le lemme 09Z1, nous avons \[R^qf_*(\bigoplus \mathcal{I}_i^n) = \bigoplus R^qf_*(\mathcal{I}_i^n) = 0\] pour \(q > 0\) et tout \(n\). Nous concluons donc par le lemme 07K7 de Catégories dérivées que nous pouvons calculer \(Rf_*(\bigoplus E_i)\) par le complexe \[f_*(\bigoplus \mathcal{I}_i^\bullet) = \bigoplus f_*(\mathcal{I}_i^\bullet)\] (égalité donnée de nouveau par le lemme 09Z1), qui représente \(\bigoplus Rf_*E_i\) par le lemme déjà employé 07D9 d’Injectifs.
Démonstration de (2). Elle est identique à celle de (1), et nous l’omettons.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Soit \(n \geq 1\) un entier. Alors le foncteur \[Rf_* : D(X_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) \longrightarrow D(Y_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\] commute aux sommes directes.
Démonstration
Il suffit de le démontrer lorsque \(Y\) est quasi-compact. Par le lemme 0A3V de Morphismes, nous voyons que la dimension des fibres de \(f : X \to Y\) est bornée. Le lemme 095U implique donc que \(\text{cd}(f) < \infty\). Le résultat découle alors du lemme 0F11.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé tel que \(\text{cd}(X) < \infty\). Soit \(\Lambda\) un anneau de torsion. Soient \(E \in D(X_\etale, \Lambda)\) et \(K \in D(\Lambda)\). Alors \[R\Gamma(X, E \otimes_\Lambda^\mathbf{L} \underline{K}) = R\Gamma(X, E) \otimes_\Lambda^\mathbf{L} K\]
Démonstration
Il existe un morphisme canonique de droite à gauche par la section 0943 de Cohomologie sur les sites. Soit \(T(K)\) la propriété selon laquelle l’énoncé du lemme vaut pour \(K \in D(\Lambda)\). Nous allons vérifier que les conditions (1), (2) et (3) de la remarque 09PB de Compléments d’algèbre valent pour \(T\), ce qui permettra de conclure. La propriété (1) vaut parce que les deux membres de l’égalité commutent aux sommes directes; voir le lemme 0F11. La propriété (2) vaut parce que nous comparons des foncteurs exacts entre catégories triangulées et que nous pouvons employer le lemme 014A de Catégories dérivées. La propriété (3) affirme que le lemme vaut lorsque \(K = \Lambda[k]\) pour tout décalage \(k \in \mathbf{Z}\), ce qui est évident.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas. Soit \(\Lambda\) un anneau de torsion. Soient \(E \in D(X_\etale, \Lambda)\) et \(K \in D(Y_\etale, \Lambda)\). Alors \[Rf_*E \otimes_\Lambda^\mathbf{L} K = Rf_*(E \otimes_\Lambda^\mathbf{L} f^{-1}K)\] dans \(D(Y_\etale, \Lambda)\).
Démonstration
Il existe un morphisme canonique de gauche à droite par la section 0943 de Cohomologie sur les sites. Nous allons vérifier l’égalité sur les fibres en \(\overline{y}\). Par le changement de base propre (sous la forme du lemme 0F0C, où \(Y' = \overline{y}\)), on se ramène au cas où \(Y\) est le spectre d’un corps algébriquement clos. C’est le lemme 0F12, où nous employons \(\text{cd}(X) < \infty\), donné par le lemme 095U.
Formule de Künneth en cohomologie étale
Nous démontrons d’abord une formule de Künneth lorsque l’un des facteurs est propre. Nous l’employons ensuite pour démontrer une propriété de changement de base pour les immersions ouvertes. Celle-ci donne alors un « changement de base par des morphismes vers des spectres de corps » (analogue au changement de base lisse). Enfin, nous l’utilisons pour obtenir une formule de Künneth plus générale.
Remarque
Considérons un diagramme cartésien dans la catégorie des schémas : \[\xymatrix{ X \times_S Y \ar[d]_p \ar[r]_q \ar[rd]_c & Y \ar[d]^g \\ X \ar[r]^f & S }\] Soit \(\Lambda\) un anneau, et soient \(E \in D(X_\etale, \Lambda)\) et \(K \in D(Y_\etale, \Lambda)\). Il existe alors un morphisme canonique \[Rf_*E \otimes_\Lambda^\mathbf{L} Rg_*K \longrightarrow Rc_*(p^{-1}E \otimes_\Lambda^\mathbf{L} q^{-1}K)\] Nous pouvons par exemple le définir au moyen des morphismes canoniques \(Rf_*E \to Rc_*p^{-1}E\) et \(Rg_*K \to Rc_*q^{-1}K\), ainsi que du cup-produit relatif défini dans la remarque de Cohomologie sur les sites 0B6C. On peut aussi employer l’adjoint du morphisme \[c^{-1}(Rf_*E \otimes_\Lambda^\mathbf{L} Rg_*K) = p^{-1}f^{-1}Rf_*E \otimes_\Lambda^\mathbf{L} q^{-1} g^{-1}Rg_*K \to p^{-1}E \otimes_\Lambda^\mathbf{L} q^{-1}K\] qui emploie les morphismes d’adjonction \(f^{-1}Rf_*E \to E\) et \(g^{-1}Rg_*K \to K\).
Lemme
Soit \(k\) un corps séparablement clos. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Soit \(Y\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé sur \(k\).
Si \(E \in D^+(X_\etale)\) a des faisceaux de cohomologie de torsion et \(K \in D^+(Y_\etale)\), alors \[R\Gamma(X \times_{\Spec(k)} Y, \text{pr}_1^{-1}E \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} \text{pr}_2^{-1}K ) = R\Gamma(X, E) \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} R\Gamma(Y, K)\]
Si \(n \geq 1\) est un entier, si \(Y\) est de type fini sur \(k\), si \(E \in D(X_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\) et \(K \in D(Y_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\), alors \[R\Gamma(X \times_{\Spec(k)} Y, \text{pr}_1^{-1}E \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} \text{pr}_2^{-1}K ) = R\Gamma(X, E) \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} R\Gamma(Y, K)\]
Démonstration
Démonstration de (1). Par le lemme 0F0F, nous avons \[R\text{pr}_{2, *}( \text{pr}_1^{-1}E \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} \text{pr}_2^{-1}K) = R\text{pr}_{2, *}(\text{pr}_1^{-1}E) \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} K\] Par changement de base propre (sous la forme du lemme 0DDE), cet objet est égal à \[\underline{R\Gamma(X, E)} \otimes_\mathbf{Z}^\mathbf{L} K\] de \(D(Y_\etale)\). L’application de \(R\Gamma(Y, -)\) à cet objet redonne le membre de gauche de l’égalité de (1) par la suite spectrale de Leray de \(\text{pr}_2\). Nous concluons donc par le lemme 0F0E.
Démonstration de (2). Elle est exactement la même que celle de (1), sauf que nous employons les lemmes 0F0G, 0F0C et 0F12, ainsi que \(\text{cd}(Y) < \infty\) par le lemme 0F10.
Lemme
Soit \(K\) un corps séparablement clos. Soit \(X\) un schéma de type fini sur \(K\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau abélien sur \(X_\etale\) dont le support est contenu dans l’ensemble des points fermés de \(X\). Alors \(H^q(X, \mathcal{F}) = 0\) pour \(q > 0\) et \(\mathcal{F}\) est engendré par ses sections globales.
Démonstration
(Si \(\mathcal{F}\) est de torsion, l’annulation découle immédiatement du lemme 0F0W.) Par le lemme 0F0N, nous pouvons écrire \(\mathcal{F}\) comme limite inductive filtrante de faisceaux constructibles \(\mathcal{F}_i\) de \(\mathbf{Z}\)-modules dont les supports \(Z_i \subset X\) sont des ensembles finis de points fermés. Par la proposition 04CA, un tel faisceau est de la forme \((Z_i \to X)_*\mathcal{G}_i\), où \(\mathcal{G}_i\) est un faisceau sur \(Z_i\). Comme \(K\) est séparablement clos, le schéma \(Z_i\) est une réunion disjointe finie de spectres de corps séparablement clos. Rappelons que \(H^q(Z_i, \mathcal{G}_i) = H^q(X, \mathcal{F}_i)\) par la suite spectrale de Leray de \(Z_i \to X\) et l’annulation des images directes supérieures de ce morphisme (proposition 03QP). Par les lemmes 04JQ et 03QU nous voyons que \(H^q(Z_i, \mathcal{G}_i)\) est nul pour \(q > 0\) et que \(H^0(Z_i, \mathcal{G}_i)\) engendre \(\mathcal{G}_i\). Nous en déduisons l’annulation de \(H^q(X, \mathcal{F}_i)\) pour \(q > 0\) et le fait que \(\mathcal{F}_i\) est engendré par ses sections globales. Par le théorème 09YQ, nous voyons que \(H^q(X, \mathcal{F}) = 0\) pour \(q > 0\). La démonstration est achevée, car une limite inductive filtrante de faisceaux de groupes abéliens engendrés par leurs sections globales est engendrée par ses sections globales (détails omis).
Lemme
Soit \(K\) un corps séparablement clos. Soit \(X\) un schéma de type fini sur \(K\). Soit \(Q \in D(X_\etale)\). Supposons que \(Q_{\overline{x}}\) ne soit non nul que si \(x\) est un point fermé de \(X\). Alors \[Q = 0 \Leftrightarrow H^i(X, Q) = 0 \text{ pour tout }i\]
Démonstration
L’implication de gauche à droite est triviale. Nous devons donc démontrer l’implication réciproque.
Supposons \(Q\) borné inférieurement; ce cas suffit pour presque toutes les applications. Si \(Q\) n’est pas nul, considérons le plus petit \(i\) tel que le faisceau de cohomologie \(H^i(Q)\) soit non nul. Par le lemme 0F1F, nous avons \(H^i(X, Q) = H^0(X, H^i(Q)) \not = 0\), et nous concluons.
Cas général. Soit \(\mathcal{B} \subset \Ob(X_\etale)\) la sous-catégorie des objets quasi-compacts. Par le lemme 0F1F, les hypothèses du lemme de Cohomologie sur les sites 0BKZ sont satisfaites. Nous concluons que \(H^q(U, Q) = H^0(U, H^q(Q))\) pour tout \(U \in \mathcal{B}\). En particulier, cela vaut pour \(U = X\). La conclusion découle donc du lemme 0F1F, puisque \(Q\) est nul dans \(D(X_\etale)\) si et seulement si \(H^q(Q)\) est nul pour tout \(q\).
Lemme
Soit \(K\) un corps. Soit \(j : U \to X\) une immersion ouverte de schémas de type fini sur \(K\). Soit \(Y\) un schéma de type fini sur \(K\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ Y \times_{\Spec(K)} X \ar[d]_q & Y \times_{\Spec(K)} U \ar[l]^h \ar[d]^p \\ X & U \ar[l]_j }\] Alors le morphisme de changement de base \(q^{-1}Rj_*\mathcal{F} \to Rh_*p^{-1}\mathcal{F}\) est un isomorphisme pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(U_\etale\) dont les fibres sont de torsion d’ordres inversibles dans \(K\).
Démonstration
Écrivons \(\mathcal{F} = \colim \mathcal{F}[n]\), où la limite porte sur le système multiplicatif des entiers inversibles dans \(K\). Comme la cohomologie commute aux limites inductives filtrantes dans notre situation (pour un renvoi précis, voir le lemme 0EZT), il suffit de démontrer le lemme pour \(\mathcal{F}[n]\). Nous pouvons donc supposer que \(\mathcal{F}\) est un faisceau de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules pour un entier \(n\) inversible dans \(K\) (nous ne l’emploierons qu’à la toute fin de la démonstration). Dans la démonstration, nous notons brièvement \(X \times_K Y\) le produit fibré au-dessus de \(\Spec(K)\). Nous allons démontrer le lemme par récurrence sur \(\dim(X) + \dim(Y)\). Le lemme est trivial si \(\dim(X) \leq 0\), car, dans ce cas, \(U\) est un sous-schéma ouvert et fermé de \(X\). Choisissons un point \(z \in X \times_K Y\). Nous allons montrer que le morphisme sur la fibre en \(\overline{z}\) est un isomorphisme.
Supposons que \(z \mapsto x \in X\) et que \(\text{trdeg}_K(\kappa(x)) > 0\). Posons \(X' = \Spec(\mathcal{O}_{X, x}^{sh})\) et notons \(U' \subset X'\) l’image inverse de \(U\). Considérons le changement de base \[\xymatrix{ Y \times_K X' \ar[d]_{q'} & Y \times_K U' \ar[l]^{h'} \ar[d]^{p'} \\ X' & U' \ar[l]_{j'} }\] de notre diagramme par \(X' \to X\). Remarquons que \(X' \to X\) est une limite inductive filtrante de morphismes étales. Par changement de base lisse, sous la forme du lemme 0F09, l’image inverse de \(q^{-1}Rj_*\mathcal{F} \to Rh_*p^{-1}\mathcal{F}\) sur \(X'\), puis sur \(Y \times_K X'\), est le morphisme \((q')^{-1}Rj'_*\mathcal{F}' \to Rh'_*(p')^{-1}\mathcal{F}'\), où \(\mathcal{F}'\) est l’image inverse de \(\mathcal{F}\) sur \(U'\). (Il suffirait ici d’employer le changement de base étale, qui est un résultat essentiellement trivial.) Il suffit donc de montrer que \((q')^{-1}Rj'_*\mathcal{F}' \to Rh'_*(p')^{-1}\mathcal{F}'\) est un isomorphisme pour prouver que notre morphisme initial est un isomorphisme sur les fibres en \(\overline{z}\). Par le lemme 0F0U, il existe un corps séparablement clos \(L/K\) tel que \(X' = \lim X_i\), où \(X_i\) est affine de type fini sur \(L\) et \(\dim(X_i) < \dim(X)\). Pour \(i\) assez grand, il existe un ouvert \(U_i \subset X_i\) dont l’image inverse dans \(X'\) est \(U'\). Nous pouvons appliquer l’hypothèse de récurrence au diagramme \[\vcenter{ \xymatrix{ Y \times_K X_i \ar[d]_{q_i} & Y \times_K U_i \ar[l]^{h_i} \ar[d]^{p_i} \\ X_i & U_i \ar[l]_{j_i} } } \quad\text{égal à}\quad \vcenter{ \xymatrix{ Y_L \times_L X_i \ar[d]_{q_i} & Y_L \times_L U_i \ar[l]^{h_i} \ar[d]^{p_i} \\ X_i & U_i \ar[l]_{j_i} } }\] sur le corps \(L\) et à l’image inverse de \(\mathcal{F}\) sur ces diagrammes. Par le lemme 0EZT, nous concluons que le morphisme \((q')^{-1}Rj'_*\mathcal{F}' \to Rh'_*(p')^{-1}\mathcal{F}'\) est un isomorphisme.
Supposons que \(z \mapsto y \in Y\) et que \(\text{trdeg}_K(\kappa(y)) > 0\). Soit \(Y' = \Spec(\mathcal{O}_{Y, y}^{sh})\). Par le lemme 0F0U, il existe un corps séparablement clos \(L/K\) tel que \(Y' = \lim Y_i\), où \(Y_i\) est affine de type fini sur \(L\) et \(\dim(Y_i) < \dim(Y)\). En particulier, \(Y'\) est un schéma sur \(L\). Notons par un indice \(L\) le changement de base des schémas sur \(K\) aux schémas sur \(L\). Considérons les diagrammes commutatifs \[\vcenter{ \xymatrix{ Y' \times_K X \ar[d]_f & Y' \times_K U \ar[l]^{h'} \ar[d]^{f'} \\ Y \times_K X \ar[d]_q & Y \times_K U \ar[l]^h \ar[d]^p \\ X & U \ar[l]_j } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ Y' \times_L X_L \ar[d]_{q'} & Y' \times_L U_L \ar[l]^{h'} \ar[d]^{p'} \\ X_L \ar[d] & U_L \ar[l]^{j_L} \ar[d] \\ X & U \ar[l]_j } }\] et remarquons que les lignes supérieure et inférieure sont les mêmes à gauche et à droite. Par changement de base lisse, nous voyons que \(f^{-1}Rh_*p^{-1}\mathcal{F} = Rh'_*(f')^{-1}p^{-1}\mathcal{F}\) (comme au paragraphe précédent). Par changement de base lisse pour \(\Spec(L) \to \Spec(K)\) (lemme 0F1C), nous voyons que \(Rj_{L, *}\mathcal{F}_L\) est l’image inverse de \(Rj_*\mathcal{F}\) sur \(X_L\). En combinant ces deux observations, nous concluons qu’il suffit de montrer que le morphisme de changement de base du carré supérieur du diagramme de droite est un isomorphisme pour prouver que notre morphisme initial est un isomorphisme sur les fibres en \(\overline{z}\)14. Puis, en employant \(Y' = \lim Y_i\) et en raisonnant exactement comme au paragraphe précédent, nous voyons que l’hypothèse de récurrence force notre morphisme sur \(Y' \times_K X\) à être un isomorphisme.
Ainsi, tout contre-exemple pour lequel \(\dim(X) + \dim(Y)\) est minimal ne pourrait avoir de défaut d’isomorphisme de \(q^{-1}Rj_*\mathcal{F} \to Rh_*p^{-1}\mathcal{F}\) que sur les fibres en des points fermés de \(X \times_K Y\) (car un point \(z\) de \(X \times_K Y\) est fermé si et seulement si ses images dans \(X\) et dans \(Y\) sont toutes deux fermées). Comme il suffit de démontrer l’isomorphisme localement, nous pouvons supposer \(X\) et \(Y\) affines. Nous pouvons alors choisir une immersion ouverte dense \(Y \to Y'\) avec \(Y'\) projectif. (Choisir une immersion fermée \(Y \to \mathbf{A}^n_K\) et prendre pour \(Y'\) l’adhérence schématique de \(Y\) dans \(\mathbf{P}^n_K\).) Alors \(\dim(Y') = \dim(Y)\), et nous obtenons donc un contre-exemple « minimal » avec \(Y\) projectif sur \(K\). Au paragraphe suivant, nous montrons que c’est impossible.
Considérons un diagramme comme dans l’énoncé du lemme, tel que \(q^{-1}Rj_*\mathcal{F} \to Rh_*p^{-1}\mathcal{F}\) soit un isomorphisme en tout point non fermé de \(X \times_K Y\) et que \(Y\) soit projectif. La restriction du morphisme à \((X \times_K Y)_{K^{sep}}\) est le morphisme correspondant pour le diagramme du lemme après changement de base à \(K^{sep}\). Nous pouvons donc supposer, et supposons, \(K\) séparablement clos. Choisissons un triangle distingué \[q^{-1}Rj_*\mathcal{F} \to Rh_*p^{-1}\mathcal{F} \to Q \to (q^{-1}Rj_*\mathcal{F})[1]\] dans \(D((X \times_K Y)_\etale)\). Comme \(Q\) est supporté par des points fermés, il suffit de démontrer \(H^i(X \times_K Y, Q) = 0\) pour tout \(i\); voir le lemme 0F1G. Il suffit donc de démontrer que \(q^{-1}Rj_*\mathcal{F} \to Rh_*p^{-1}\mathcal{F}\) induit un isomorphisme en cohomologie. Rappelons que \(\mathcal{F}\) est annulé par un entier \(n\) inversible dans \(K\). Par la formule de Künneth du lemme 0F14, nous avons \[\begin{align*} R\Gamma(X \times_K Y, q^{-1}Rj_*\mathcal{F}) &= R\Gamma(X, Rj_*\mathcal{F}) \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} R\Gamma(Y, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) \\ & = R\Gamma(U, \mathcal{F}) \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} R\Gamma(Y, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z}) \end{align*}\] et \[R\Gamma(X \times_K Y, Rh_*p^{-1}\mathcal{F}) = R\Gamma(U \times_K Y, p^{-1}\mathcal{F}) = R\Gamma(U, \mathcal{F}) \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} R\Gamma(Y, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\] Cela achève la démonstration.
Lemme
Soit \(K\) un corps. Pour tout diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d] & X' \ar[l] \ar[d]_{f'} & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ \Spec(K) & S' \ar[l] & T \ar[l]_g }\] de schémas sur \(K\) tel que \(X' = X \times_{\Spec(K)} S'\) et \(Y = X' \times_{S'} T\), avec \(g\) quasi-compact et quasi-séparé, et pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(T_\etale\) dont les fibres sont de torsion d’ordres inversibles dans \(K\), le morphisme de changement de base \[(f')^{-1}Rg_*\mathcal{F} \longrightarrow Rh_*e^{-1}\mathcal{F}\] est un isomorphisme.
Démonstration
La question est locale sur \(X\); nous pouvons donc supposer \(X\) affine. Par le lemme 09MV de Limits, nous pouvons écrire \(X = \lim X_i\) comme une limite projective filtrante, à morphismes de transition affines, de schémas \(X_i\) de type fini sur \(K\). Notons \(X'_i = X_i \times_{\Spec(K)} S'\) et \(Y_i = X'_i \times_{S'} T\). Par le lemme 0EZT, il suffit de démontrer l’énoncé pour les carrés de sommets \(X_i, Y_i, S', T\). Nous pouvons donc supposer \(X\) de type fini sur \(K\). De même, nous pouvons écrire \(\mathcal{F} = \colim \mathcal{F}[n]\), où la limite porte sur le système multiplicatif des entiers inversibles dans \(K\). Le même lemme employé ci-dessus nous ramène au cas où \(\mathcal{F}\) est un faisceau de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules pour un entier \(n\) inversible dans \(K\).
Nous pouvons remplacer \(K\) par sa clôture algébrique \(\overline{K}\). En effet, la formation de l’image directe commute au changement de base à \(\overline{K}\) d’après le lemme 0F1C (pour \(g\) comme pour \(h\)). Et il suffit de démontrer l’égalité après restriction à \(X'_{\overline{K}}\). Nous pouvons ensuite remplacer \(X\) par sa réduction, grâce à l’invariance topologique de la cohomologie étale; voir la proposition 03SI. Après ce remplacement, le morphisme \(X \to \Spec(K)\) est plat, de présentation finie et à fibres géométriquement réduites; il en va de même après tout changement de base, notamment pour \(X' \to S'\). Ainsi, \((f')^{-1}Rg_*\mathcal{F} \to Rh_*e^{-1}\mathcal{F}\) est un isomorphisme par le lemme 0EYS.
Nous pouvons alors appliquer le lemme 0F1D pour voir qu’il suffit de démontrer ceci : étant donné un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & X' \ar[d] \ar[l] & Y \ar[l]^h \ar[d] \\ \Spec(K) & S' \ar[l] & \Spec(L) \ar[l] }\] dont les deux carrés sont cartésiens, où \(S'\) est affine, intègre et normal, de corps des fonctions algébriquement clos \(K\), alors \(R^qh_*(\mathbf{Z}/d\mathbf{Z})\) est nul pour \(q > 0\) et tout \(d | n\). Remarquons que cette annulation équivaut à l’affirmation que \[(f')^{-1}R^q(\Spec(L) \to S')_*\mathbf{Z}/d\mathbf{Z} \longrightarrow R^qh_*\mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\] est un isomorphisme, car le membre de gauche est nul, par exemple par le lemme 0EZP.
Écrivons \(S' = \Spec(B)\), de sorte que \(L\) soit le corps des fractions de \(B\). Écrivons \(B = \bigcup_{i \in I} B_i\) comme la réunion de ses sous-\(K\)-algèbres de type fini \(B_i\). Soit \(J\) l’ensemble des couples \((i, g)\) où \(i \in I\) et \(g \in B_i\) est non nul, ordonné par \((i', g') \geq (i, g)\) si et seulement si \(i' \geq i\) et si l’image de \(g\) est inversible dans \((B_{i'})_{g'}\). Alors \(L = \colim_{(i, g) \in J} (B_i)_g\). Pour \(j = (i, g) \in J\), posons \(S_j = \Spec(B_i)\) et \(U_j = \Spec((B_i)_g)\). Alors \[\vcenter{ \xymatrix{ X' \ar[d] & Y \ar[l]^h \ar[d] \\ S' & \Spec(L) \ar[l] } } \quad\text{est la limite projective des}\quad \vcenter{ \xymatrix{ X \times_K S_j \ar[d] & X \times_K U_j \ar[l]^{h_j} \ar[d] \\ S_j & U_j \ar[l] } }\] Nous pouvons donc appliquer le lemme 0EZT pour voir qu’il suffit de démontrer le changement de base dans les diagrammes de droite, ce que nous avons démontré dans le lemme 0F1H.
Lemme
Soit \(K\) un corps. Soit \(n \geq 1\) inversible dans \(K\). Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d] & X' \ar[l]^p \ar[d]_{f'} & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ \Spec(K) & S' \ar[l] & T \ar[l]_g }\] de schémas tel que \(X' = X \times_{\Spec(K)} S'\) et \(Y = X' \times_{S'} T\), avec \(g\) quasi-compact et quasi-séparé. Le morphisme canonique \[p^{-1}E \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} (f')^{-1}Rg_*F \longrightarrow Rh_*(h^{-1}p^{-1}E \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} e^{-1}F)\] est un isomorphisme si \(E \in D^+(X_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\) est d’amplitude de Tor dans \([a, \infty]\) pour un \(a \in \mathbf{Z}\) et si \(F \in D^+(T_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\).
Démonstration
Ce lemme généralise le lemme 0F1I aux objets de la catégorie dérivée; son assertion est vraie parce que, dans le lemme 0F1I, le schéma \(X\) sur \(K\) est arbitraire. Nous recommandons vivement au lecteur d’omettre cette démonstration laborieuse (ou de n’en lire que le dernier paragraphe).
Nous pouvons représenter \(E\) par un complexe K-plat borné inférieurement \(\mathcal{E}^\bullet\) formé de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules plats. Voir le lemme de Cohomologie sur les sites 0F1M. Choisissons un entier \(b\) tel que \(H^i(F) = 0\) pour \(i < b\). Choisissons un entier \(N\) assez grand et considérons la suite exacte courte \[0 \to \sigma_{\geq N + 1}\mathcal{E}^\bullet \to \mathcal{E}^\bullet \to \sigma_{\leq N}\mathcal{E}^\bullet \to 0\] de troncatures bêtes. Elle produit un triangle distingué \(E'' \to E \to E' \to E''[1]\) dans \(D(X_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\). Pour \(F\) fixé, les deux membres de la flèche de l’énoncé du lemme sont des foncteurs exacts en \(E\). Remarquons que \[p^{-1}E'' \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} (f')^{-1}Rg_*F \quad\text{et}\quad Rh_*(h^{-1}p^{-1}E'' \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} e^{-1}F)\] sont concentrés en degrés \(\geq N + b\). Si nous pouvons donc démontrer le lemme pour l’objet \(E'\), nous voyons qu’il vaut en degrés \(\leq N + b\), ce qui permet de conclure. Certains détails sont omis. Nous pouvons ainsi supposer que \(E\) est représenté par un complexe borné de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules plats. Un autre argument de même nature permet de supposer que \(E\) est donné par un unique \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-module plat \(\mathcal{E}\).
Nous appliquons ensuite les mêmes arguments à la variable \(F\) pour nous ramener au cas où \(F\) est donné par un unique faisceau de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules \(\mathcal{F}\). Supposons \(\mathcal{F}\) annulé par un entier \(m | n\). Si \(\ell\) est un nombre premier divisant \(m\) et \(m > \ell\), nous pouvons considérer la suite exacte courte \(0 \to \mathcal{F}[\ell] \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}/\mathcal{F}[\ell] \to 0\) et nous ramener à un entier \(m\) plus petit. Nous sommes finalement ramenés au cas où \(\mathcal{F}\) est annulé par un nombre premier \(\ell\) divisant \(n\). Dans ce cas, remarquons que \[p^{-1}\mathcal{E} \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} (f')^{-1}Rg_*\mathcal{F} = p^{-1}(\mathcal{E}/\ell \mathcal{E}) \otimes_{\mathbf{F}_\ell}^\mathbf{L} (f')^{-1}Rg_*\mathcal{F}\] par platitude de \(\mathcal{E}\). Il en va de même pour l’autre terme. Cela nous ramène au cas où nous travaillons avec des faisceaux d’espaces vectoriels sur \(\mathbf{F}_\ell\), traité ci-dessous.
Supposons que \(\ell\) soit un nombre premier inversible dans \(K\). Supposons que \(\mathcal{E}\) et \(\mathcal{F}\) soient des faisceaux d’espaces vectoriels sur \(\mathbf{F}_\ell\) sur \(X_\etale\) et \(T_\etale\). Nous voulons montrer que \[p^{-1}\mathcal{E} \otimes_{\mathbf{F}_\ell} (f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \longrightarrow R^qh_*(h^{-1}p^{-1}\mathcal{E} \otimes_{\mathbf{F}_\ell} e^{-1}\mathcal{F})\] est un isomorphisme pour tout \(q \geq 0\). Cette question est locale sur \(X\); nous pouvons donc supposer \(X\) affine. Nous pouvons écrire \(\mathcal{E}\) comme limite inductive filtrante de faisceaux constructibles d’espaces vectoriels sur \(\mathbf{F}_\ell\) sur \(X_\etale\); voir le lemme 03SA. Comme les produits tensoriels commutent aux limites inductives filtrantes, et qu’il en va de même des images directes supérieures (lemme 09Z1), nous pouvons supposer que \(\mathcal{E}\) est un faisceau constructible d’espaces vectoriels sur \(\mathbf{F}_\ell\) sur \(X_\etale\). Nous pouvons alors choisir un entier \(m\) et des morphismes finis de présentation finie \(\pi_i : X_i \to X\), \(i = 1, \ldots, m\), tels qu’il existe un morphisme injectif \[\mathcal{E} \to \bigoplus\nolimits_{i = 1}^m \pi_{i, *}\mathbf{F}_\ell\] Voir le lemme 09Z7. Remarquons que la somme directe est également un faisceau constructible (lemme 095R). Son conoyau est donc lui aussi constructible (lemme 03RZ). Par décalage de dimension, c’est-à-dire par récurrence sur \(q\), dans la catégorie des faisceaux constructibles d’espaces vectoriels sur \(\mathbf{F}_\ell\) sur \(X_\etale\), il suffit de démontrer le résultat pour les faisceaux \(\pi_{i, *}\mathbf{F}_\ell\) (détails omis; indication : commencer par démontrer l’injectivité pour \(q = 0\) pour tout \(\mathcal{E}\) constructible). Pour traiter ce cas, complétons le diagramme du lemme en \[\xymatrix{ X_i \ar[d]^{\pi_i} & X'_i \ar[l]^{p_i} \ar[d]^{\pi'_i} & Y_i \ar[l]^{h_i} \ar[d]^{\rho_i} \\ X \ar[d] & X' \ar[l]^p \ar[d]_{f'} & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ \Spec(K) & S' \ar[l] & T \ar[l]_g }\] dont tous les carrés sont cartésiens. Dans les égalités ci-dessous, nous allons employer \(R\pi_{i, *} = \pi_{i, *}\), et les égalités analogues pour \(\pi'_i\) et \(\rho_i\); nous allons employer la suite spectrale de Leray, ainsi que le lemme 0959, et nous allons employer le lemme 0F0G (bien que ce dernier soit presque trivial pour les morphismes finis), appliqué à \(\pi_i\), \(\pi'_i\) et \(\rho_i\). Nous voyons ainsi que \[\begin{align*} p^{-1}\pi_{i, *}\mathbf{F}_\ell \otimes_{\mathbf{F}_\ell} (f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F} & = \pi'_{i, *}\mathbf{F}_\ell \otimes_{\mathbf{F}_\ell} (f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F} \\ & = \pi'_{i, *}((\pi'_i)^{-1} (f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F}) \end{align*}\] De même, nous avons \[\begin{align*} R^qh_*(h^{-1}p^{-1} \pi_{i, *}\mathbf{F}_\ell \otimes_{\mathbf{F}_\ell} e^{-1}\mathcal{F}) & = R^qh_*(\rho_{i, *}\mathbf{F}_\ell \otimes_{\mathbf{F}_\ell} e^{-1}\mathcal{F}) \\ & = R^qh_*\rho_{i, *}(\rho_i^{-1}e^{-1}\mathcal{F}) \\ & = \pi'_{i, *}R^qh_{i, *} \rho_i^{-1}e^{-1}\mathcal{F} \end{align*}\] Puisque \(R^qh_{i, *} \rho_i^{-1}e^{-1}\mathcal{F} = (\pi'_i)^{-1} (f')^{-1}R^qg_*\mathcal{F}\) par le lemme 0F1I, nous concluons.
Lemme
Soit \(K\) un corps. Soit \(n \geq 1\) inversible dans \(K\). Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d] & X' \ar[l]^p \ar[d]_{f'} & Y \ar[l]^h \ar[d]^e \\ \Spec(K) & S' \ar[l] & T \ar[l]_g }\] de schémas de type fini sur \(K\) tel que \(X' = X \times_{\Spec(K)} S'\) et \(Y = X' \times_{S'} T\). Le morphisme canonique \[p^{-1}E \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} (f')^{-1}Rg_*F \longrightarrow Rh_*(h^{-1}p^{-1}E \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} e^{-1}F)\] est un isomorphisme pour \(E \in D(X_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\) et \(F \in D(T_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\).
Démonstration
Nous allons nous ramener au lemme 0F1J en employant le fait que nos foncteurs commutent aux sommes directes. Nous suggérons au lecteur d’omettre cette démonstration. Rappelons que le produit tensoriel dérivé commute aux sommes directes. Rappelons aussi que l’image inverse (dérivée) commute aux sommes directes. Enfin, \(Rh_*\) et \(Rg_*\) commutent aux sommes directes; voir les lemmes 0F10 et 0F11 (c’est ici que nous employons le fait que nos schémas sont de type fini sur \(K\)).
Pour achever la démonstration, nous pouvons raisonner comme suit. Écrivons d’abord \(E = \text{hocolim} \tau_{\leq N} E\). Comme nos foncteurs commutent aux sommes directes, ils commutent aux colimites homotopiques. Il suffit donc de démontrer le lemme pour \(E\) borné supérieurement. De même, nous pouvons supposer \(F\) borné supérieurement. Nous pouvons alors représenter \(E\) par un complexe borné supérieurement \(\mathcal{E}^\bullet\) de faisceaux de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules. Alors \[\mathcal{E}^\bullet = \colim \sigma_{\geq -N}\mathcal{E}^\bullet\] (troncatures bêtes). Nous pouvons donc supposer que \(\mathcal{E}^\bullet\) est un complexe borné de faisceaux de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules. Pour \(F\), nous choisissons un complexe borné supérieurement de faisceaux plats (!) de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules. Nous nous ramenons alors au cas où \(F\) est représenté par un complexe borné de faisceaux plats de \(\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}\)-modules. Le lemme 0F1J s’applique, et nous concluons.
Lemme
Soit \(k\) un corps séparablement clos. Soient \(X\) et \(Y\) des schémas de type fini sur \(k\). Soit \(n \geq 1\) un entier inversible dans \(k\). Alors, pour \(E \in D(X_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\) et \(K \in D(Y_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\) nous avons \[R\Gamma(X \times_{\Spec(k)} Y, \text{pr}_1^{-1}E \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} \text{pr}_2^{-1}K ) = R\Gamma(X, E) \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} R\Gamma(Y, K)\]
Démonstration
Par le lemme 0F1N, nous avons \[R\text{pr}_{1, *}( \text{pr}_1^{-1}E \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} \text{pr}_2^{-1}K) = E \otimes_{\mathbf{Z}/n\mathbf{Z}}^\mathbf{L} \underline{R\Gamma(Y, K)}\] Nous concluons par le lemme 0F12, que nous pouvons employer parce que \(\text{cd}(X) < \infty\) par le lemme 0F10.
Comparaison des topologies chaotique et de Zariski
Lorsqu’on construit le faisceau structural d’un schéma affine, on en construit d’abord les valeurs sur les ouverts affines, puis on l’étend à tous les ouverts. Une construction analogue est souvent utile pour construire des complexes de groupes abéliens sur un schéma \(X\). Rappelons que \(X_{affine, Zar}\) désigne la catégorie des ouverts affines de \(X\), munie de la topologie définie par les recouvrements de Zariski standard; voir la définition 020T de Topologies. Rappelons au lecteur que le topos de \(X_{affine, Zar}\) est le petit topos de Zariski de \(X\); voir le lemme de Topologies 0F1B. Dans cette section, nous notons \(X_{affine}\) la même catégorie sous-jacente munie de la topologie chaotique, c’est-à-dire telle que les faisceaux coïncident avec les préfaisceaux. Nous obtenons un morphisme de sites \[\epsilon : X_{affine, Zar} \longrightarrow X_{affine}\] comme dans la section 0EWK de Cohomologie sur les sites.
Lemme
Dans la situation ci-dessus, soit \(K\) un objet de \(D^+(X_{affine})\). Alors \(K\) appartient à l’image essentielle du foncteur (pleinement fidèle) \(R\epsilon_* ; D(X_{affine, Zar}) \to D(X_{affine})\) si et seulement si les deux conditions suivantes sont satisfaites :
\(R\Gamma(\emptyset, K)\) est nul dans \(D(\textit{Ab})\), et
si \(U = V \cup W\), où \(U, V, W \subset X\) sont des ouverts affines et \(V, W \subset U\) des ouverts standard (définition 00E1 d’Algèbre), alors le morphisme \(c^K_{U, V, W, V \cap W}\) du lemme 0F16 de Cohomologie sur les sites est un quasi-isomorphisme.
Démonstration
(Le foncteur \(R\epsilon_*\) est pleinement fidèle d’après la discussion de la section 0EWK de Cohomologie sur les sites.) À un problème près concernant l’ensemble vide, cela découle du très général lemme de Cohomologie sur les sites 0F18, dont les hypothèses valent par le lemme 0F1A de Schémas et le lemme de Cohomologie sur les sites 0F19.
Pour contourner ce problème, notons \(X_{affine, almost-chaotic}\) le site où l’objet vide \(\emptyset\) possède deux recouvrements, à savoir \(\{\emptyset \to \emptyset\}\) et le recouvrement vide (voir l’exemple 00VJ de Sites pour une discussion). Nous avons alors des morphismes de sites \[X_{affine, Zar} \to X_{affine, almost-chaotic} \to X_{affine}\] L’argument ci-dessus vaut pour la première flèche. Nous laissons alors au lecteur le soin de vérifier qu’un objet \(K\) de \(D^+(X_{affine})\) appartient à l’image essentielle du foncteur (pleinement fidèle) \(D(X_{affine, almost-chaotic}) \to D(X_{affine})\) si et seulement si \(R\Gamma(\emptyset, K)\) est nul dans \(D(\textit{Ab})\).
Comparaison des grands et petits topos
Soit \(S\) un schéma. Dans le lemme 021G de Topologies, nous avons introduit les morphismes de comparaison \(\pi_S : (\Sch/S)_\etale \to S_\etale\) et \(i_S : \Sh(S_\etale) \to \Sh((\Sch/S)_\etale)\), avec \(\pi_S \circ i_S = \text{id}\) et \(\pi_{S, *} = i_S^{-1}\). Plus généralement, si \(f : T \to S\) est un objet de \((\Sch/S)_\etale\), il existe un morphisme \(i_f : \Sh(T_\etale) \to \Sh((\Sch/S)_\etale)\) tel que \(f_{small} = \pi_S \circ i_f\); voir les lemmes 021F et 021I de Topologies. Dans la remarque 070R de Descente, nous les avons étendus en un morphisme de sites annelés \[\pi_S : ((\Sch/S)_\etale, \mathcal{O}) \to (S_\etale, \mathcal{O}_S)\] et des morphismes de topos annelés \[i_S : (\Sh(S_\etale), \mathcal{O}_S) \to (\Sh((\Sch/S)_\etale), \mathcal{O})\] et \[i_f : (\Sh(T_\etale), \mathcal{O}_T) \to (\Sh((\Sch/S)_\etale, \mathcal{O}))\] Remarquons que la restriction \(i_S^{-1} = \pi_{S, *}\) (voir la définition 04BT de Topologies) transforme \(\mathcal{O}\) en \(\mathcal{O}_S\). De même, \(i_f^{-1}\) transforme \(\mathcal{O}\) en \(\mathcal{O}_T\). Voir la remarque 070R de Descente. Ainsi, \(i_S^*\mathcal{F} = i_S^{-1}\mathcal{F}\) et \(i_f^*\mathcal{F} = i_f^{-1}\mathcal{F}\) pour tout \(\mathcal{O}\)-module \(\mathcal{F}\) sur \((\Sch/S)_\etale\). En particulier, \(i_S^*\) et \(i_f^*\) sont des foncteurs exacts. Le foncteur \(i_S^*\) est souvent noté \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}|_{S_\etale}\) (ce qui n’entre pas en conflit avec la notation de la définition 04BT de Topologies).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(T\) un objet de \((\Sch/S)_\etale\).
Si \(\mathcal{I}\) est injectif dans \(\textit{Ab}((\Sch/S)_\etale)\), alors
\(i_f^{-1}\mathcal{I}\) est injectif dans \(\textit{Ab}(T_\etale)\),
\(\mathcal{I}|_{S_\etale}\) est injectif dans \(\textit{Ab}(S_\etale)\),
Si \(\mathcal{I}^\bullet\) est un complexe K-injectif dans \(\textit{Ab}((\Sch/S)_\etale)\), alors
\(i_f^{-1}\mathcal{I}^\bullet\) est un complexe K-injectif dans \(\textit{Ab}(T_\etale)\),
\(\mathcal{I}^\bullet|_{S_\etale}\) est un complexe K-injectif dans \(\textit{Ab}(S_\etale)\),
Les énoncés correspondants ne valent pas pour les modules.
Démonstration
Les parties (1)(b) et (2)(b) découlent formellement du fait que le foncteur de restriction \(\pi_{S, *} = i_S^{-1}\) est adjoint à droite du foncteur exact \(\pi_S^{-1}\); voir le lemme 015Z d’Homology et le lemme 08BJ de Catégories dérivées.
Les parties (1)(a) et (2)(a) se voient de deux manières. Première démonstration : on peut utiliser le fait que \(i_f^{-1}\) est adjoint à droite du foncteur exact \(i_{f, !}\). Ce foncteur est construit dans le lemme 021F de Topologies pour les faisceaux d’ensembles, et dans le lemme 04BG de Modules sur les sites pour les faisceaux abéliens. Le lemme de Modules sur les sites 04BH montre qu’il est exact. Seconde démonstration. Nous pouvons employer \(i_f = i_T \circ f_{big}\), comme le montre le lemme 021I de Topologies. Puisque \(f_{big}\) est une localisation, son image inverse conserve les injectifs et les K-injectifs; voir les lemmes 03F3 et 08FI. Nous appliquons alors les parties (1)(b) et (2)(b) déjà démontrées au foncteur \(i_T^{-1}\), et nous concluons.
Soit \(S = \Spec(\mathbf{Z})\) et considérons le morphisme \(2 : \mathcal{O}_S \to \mathcal{O}_S\). C’est un morphisme injectif de \(\mathcal{O}_S\)-modules sur \(S_\etale\). Cependant, l’image inverse \(\pi_S^*(2) : \mathcal{O} \to \mathcal{O}\) n’est pas injective, comme on le voit en l’évaluant sur \(\Spec(\mathbf{F}_2)\). Choisissons maintenant une injection \(\alpha : \mathcal{O} \to \mathcal{I}\) dans un \(\mathcal{O}\)-module injectif \(\mathcal{I}\) sur \((\Sch/S)_\etale\). Considérons alors le diagramme \[\xymatrix{ \mathcal{O}_S \ar[d]_2 \ar[rr]_{\alpha|_{S_\etale}} & & \mathcal{I}|_{S_\etale} \\ \mathcal{O}_S \ar@{..>}[rru] }\] La flèche pointillée ne peut exister dans la catégorie des \(\mathcal{O}_S\)-modules, car cela signifierait (par adjonction) que le morphisme injectif \(\alpha\) se factorise par le morphisme non injectif \(\pi_S^*(2)\), ce qui est impossible. Ainsi, \(\mathcal{I}|_{S_\etale}\) n’est pas un \(\mathcal{O}_S\)-module injectif.
Soit \(f : T \to S\) un morphisme de schémas. Le diagramme commutatif du lemme 021I (3) de Topologies donne un diagramme commutatif de sites annelés \[\xymatrix{ (T_\etale, \mathcal{O}_T) \ar[d]_{f_{small}} & ((\Sch/T)_\etale, \mathcal{O}) \ar[d]^{f_{big}} \ar[l]^{\pi_T} \\ (S_\etale, \mathcal{O}_S) & ((\Sch/S)_\etale, \mathcal{O}) \ar[l]_{\pi_S} }\] comme on le voit aisément en explicitant les définitions de \(f_{small}^\sharp\), \(f_{big}^\sharp\), \(\pi_S^\sharp\) et \(\pi_T^\sharp\). Cela signifie en particulier que [0759]\[\begin{equation} (f_{big, *}\mathcal{F})|_{S_\etale} = f_{small, *}(\mathcal{F}|_{T_\etale}) \end{equation}\] pour tout faisceau \(\mathcal{F}\) sur \((\Sch/T)_\etale\); si \(\mathcal{F}\) est un faisceau de \(\mathcal{O}\)-modules, alors (0759) est un isomorphisme de \(\mathcal{O}_S\)-modules sur \(S_\etale\).
Lemme
Soit \(f : T \to S\) un morphisme de schémas.
Pour \(K\) dans \(D((\Sch/T)_\etale)\), nous avons \((Rf_{big, *}K)|_{S_\etale} = Rf_{small, *}(K|_{T_\etale})\) dans \(D(S_\etale)\).
Pour \(K\) dans \(D((\Sch/T)_\etale, \mathcal{O})\), nous avons \((Rf_{big, *}K)|_{S_\etale} = Rf_{small, *}(K|_{T_\etale})\) dans \(D(\textit{Mod}(S_\etale, \mathcal{O}_S))\).
Plus généralement, soit \(g : S' \to S\) un objet de \((\Sch/S)_\etale\). Considérons le produit fibré \[\xymatrix{ T' \ar[r]_{g'} \ar[d]_{f'} & T \ar[d]^f \\ S' \ar[r]^g & S }\] Alors
Pour \(K\) dans \(D((\Sch/T)_\etale)\), nous avons \(i_g^{-1}(Rf_{big, *}K) = Rf'_{small, *}(i_{g'}^{-1}K)\) dans \(D(S'_\etale)\).
Pour \(K\) dans \(D((\Sch/T)_\etale, \mathcal{O})\), nous avons \(i_g^*(Rf_{big, *}K) = Rf'_{small, *}(i_{g'}^*K)\) dans \(D(\textit{Mod}(S'_\etale, \mathcal{O}_{S'}))\).
Pour \(K\) dans \(D((\Sch/T)_\etale)\), nous avons \(g_{big}^{-1}(Rf_{big, *}K) = Rf'_{big, *}((g'_{big})^{-1}K)\) dans \(D((\Sch/S')_\etale)\).
Pour \(K\) dans \(D((\Sch/T)_\etale, \mathcal{O})\), nous avons \(g_{big}^*(Rf_{big, *}K) = Rf'_{big, *}((g'_{big})^*K)\) dans \(D(\textit{Mod}(S'_\etale, \mathcal{O}_{S'}))\).
Démonstration
La partie (1) découle du lemme 0758 et de (0759), en choisissant un complexe K-injectif de faisceaux abéliens représentant \(K\).
La partie (3) découle du lemme 0758 et du lemme de Topologies 0DDA en choisissant un complexe K-injectif de faisceaux abéliens représentant \(K\).
La partie (5) est le lemme de Cohomologie sur les sites 0EZ0.
La partie (6) est le lemme de Cohomologie sur les sites 0FN5.
La partie (2) peut se démontrer comme suit. Nous avons vu ci-dessus que \(\pi_S \circ f_{big} = f_{small} \circ \pi_T\) comme morphismes de sites annelés. Nous obtenons donc \(R\pi_{S, *} \circ Rf_{big, *} = Rf_{small, *} \circ R\pi_{T, *}\) par le lemme de Cohomologie sur les sites 0D6E. Puisque les foncteurs de restriction \(\pi_{S, *}\) et \(\pi_{T, *}\) sont exacts, nous concluons.
La partie (4) découle de la partie (6) et de la partie (2) appliquée à \(f' : T' \to S'\).
Soit \(S\) un schéma et soit \(\mathcal{H}\) un faisceau abélien sur \((\Sch/S)_\etale\). Rappelons que \(H^n_\etale(U, \mathcal{H})\) désigne la cohomologie de \(\mathcal{H}\) sur un objet \(U\) de \((\Sch/S)_\etale\).
Lemme
Soit \(f : T \to S\) un morphisme de schémas. Alors
Pour \(K\) dans \(D(S_\etale)\), nous avons \(H^n_\etale(S, \pi_S^{-1}K) = H^n(S_\etale, K)\).
Pour \(K\) dans \(D(S_\etale, \mathcal{O}_S)\), nous avons \(H^n_\etale(S, L\pi_S^*K) = H^n(S_\etale, K)\).
Pour \(K\) dans \(D(S_\etale)\), nous avons \(H^n_\etale(T, \pi_S^{-1}K) = H^n(T_\etale, f_{small}^{-1}K)\).
Pour \(K\) dans \(D(S_\etale, \mathcal{O}_S)\), nous avons \(H^n_\etale(T, L\pi_S^*K) = H^n(T_\etale, Lf_{small}^*K)\).
Pour \(M\) dans \(D((\Sch/S)_\etale)\), nous avons \(H^n_\etale(T, M) = H^n(T_\etale, i_f^{-1}M)\).
Pour \(M\) dans \(D((\Sch/S)_\etale, \mathcal{O})\), nous avons \(H^n_\etale(T, M) = H^n(T_\etale, i_f^*M)\).
Démonstration
Pour démontrer (5), représentons \(M\) par un complexe K-injectif de faisceaux abéliens, appliquons le lemme 0758 et explicitons les définitions. La partie (3) en découle, car \(i_f^{-1}\pi_S^{-1} = f_{small}^{-1}\). La partie (1) est un cas particulier de (3).
La partie (6) découle du très général lemme de Cohomologie sur les sites 0DD8. La partie (4) en découle, car \(Lf_{small}^* = i_f^* \circ L\pi_S^*\). La partie (2) est un cas particulier de (4).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Pour \(K \in D(S_\etale)\), le morphisme \[K \longrightarrow R\pi_{S, *}\pi_S^{-1}K\] est un isomorphisme.
Démonstration
C’est vrai parce que \(\pi_S^{-1}\) et \(\pi_{S, *} = i_S^{-1}\) sont tous deux des foncteurs exacts, et que le composé \(\pi_{S, *} \circ \pi_S^{-1}\) est le foncteur identité.
Lemme
Soit \(f : T \to S\) un morphisme propre de schémas. Nous avons alors
\(\pi_S^{-1} \circ f_{small, *} = f_{big, *} \circ \pi_T^{-1}\) comme foncteurs \(\Sh(T_\etale) \to \Sh((\Sch/S)_\etale)\),
\(\pi_S^{-1}Rf_{small, *}K = Rf_{big, *}\pi_T^{-1}K\) pour \(K\) dans \(D^+(T_\etale)\) dont les faisceaux de cohomologie sont de torsion,
\(\pi_S^{-1}Rf_{small, *}K = Rf_{big, *}\pi_T^{-1}K\) pour \(K\) dans \(D(T_\etale, \mathbf{Z}/n\mathbf{Z})\), et
\(\pi_S^{-1}Rf_{small, *}K = Rf_{big, *}\pi_T^{-1}K\) pour tout \(K\) dans \(D(T_\etale)\) si \(f\) est fini.
Démonstration
Démonstration de (1). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(T_\etale\). Soit \(g : S' \to S\) un objet de \((\Sch/S)_\etale\). Considérons le produit fibré \[\xymatrix{ T' \ar[r]_{f'} \ar[d]_{g'} & S' \ar[d]^g \\ T \ar[r]^f & S }\] Nous avons alors \[(f_{big, *}\pi_T^{-1}\mathcal{F})(S') = (\pi_T^{-1}\mathcal{F})(T') = ((g'_{small})^{-1}\mathcal{F})(T') = (f'_{small, *}(g'_{small})^{-1}\mathcal{F})(S')\] où la deuxième égalité vient du lemme 09XN. D’autre part, \[(\pi_S^{-1}f_{small, *}\mathcal{F})(S') = (g_{small}^{-1}f_{small, *}\mathcal{F})(S')\] de nouveau par le lemme 09XN. Le changement de base propre pour les faisceaux d’ensembles (lemme 0A3U) montre donc que les deux ensembles sont canoniquement isomorphes. L’isomorphisme est compatible avec les morphismes de restriction et définit un isomorphisme \(\pi_S^{-1}f_{small, *}\mathcal{F} = f_{big, *}\pi_T^{-1}\mathcal{F}\). Il définit ainsi un isomorphisme de foncteurs \(\pi_S^{-1} \circ f_{small, *} = f_{big, *} \circ \pi_T^{-1}\).
Démonstration de (2). Il existe un morphisme canonique de changement de base \(\pi_S^{-1}Rf_{small, *}K \to Rf_{big, *}\pi_T^{-1}K\) pour tout \(K\) dans \(D(T_\etale)\); voir la remarque 07A7 de Cohomologie sur les sites. Pour montrer que c’est un isomorphisme, il suffit de montrer que l’image inverse du morphisme de changement de base par \(i_g : \Sh(S'_\etale) \to \Sh((\Sch/S)_\etale)\) est un isomorphisme pour tout objet \(g : S' \to S\) de \((\Sch/S)_\etale\). Soient \(T', g', f'\) comme au paragraphe précédent. L’image inverse du morphisme de changement de base est \[\begin{align*} g_{small}^{-1}Rf_{small, *}K & = i_g^{-1}\pi_S^{-1}Rf_{small, *}K \\ & \to i_g^{-1}Rf_{big, *}\pi_T^{-1}K \\ & = Rf'_{small, *}(i_{g'}^{-1}\pi_T^{-1}K) \\ & = Rf'_{small, *}((g'_{small})^{-1}K) \end{align*}\] où nous avons employé \(\pi_S \circ i_g = g_{small}\), \(\pi_T \circ i_{g'} = g'_{small}\) et le lemme 075A. Ce morphisme est un isomorphisme par le théorème de changement de base pour un morphisme propre (lemme 0DDE), pourvu que \(K\) soit borné inférieurement et que les faisceaux de cohomologie de \(K\) soient de torsion.
La démonstration de la partie (3) est la même que celle de la partie (2), sauf que nous employons le lemme 0F0C au lieu du lemme 0DDE.
Démonstration de (4). Si \(f\) est fini, les foncteurs \(f_{small, *}\) et \(f_{big, *}\) sont exacts. Cela découle de la proposition 03QP pour \(f_{small}\). Comme tout changement de base \(f'\) de \(f\) est également fini, la partie (3) du lemme 075A montre que \(f_{big, *}\) est lui aussi exact (ses foncteurs dérivés supérieurs étant nuls). Ce cas découle donc de la partie (1).
Comparaison des topologies fppf et étale
Un modèle pour cette section est la section consacrée à la comparaison de la topologie usuelle et de la topologie qc sur les espaces topologiques localement compacts, étudiée dans la section de Cohomologie sur les sites 09WY. Nous rappelons d’abord certains résultats des sections de Topologies 03FE et 0214.
Soit \(S\) un schéma et soit \((\Sch/S)_{fppf}\) un site fppf. Sur la même catégorie sous-jacente, nous avons une seconde topologie, à savoir la topologie étale, et donc un second site \((\Sch/S)_\etale\). Le foncteur identité \((\Sch/S)_\etale \to (\Sch/S)_{fppf}\) est continu et définit un morphisme de sites \[\epsilon_S : (\Sch/S)_{fppf} \longrightarrow (\Sch/S)_\etale\] Voir la section 0EWK de Cohomologie sur les sites. Remarquons que \(\epsilon_{S, *}\) est le foncteur identité sur les préfaisceaux sous-jacents et que \(\epsilon_S^{-1}\) associe à un faisceau étale son faisceau fppf associé. Soit \(S_\etale\) le petit site étale. Il existe un morphisme de sites \[\pi_S : (\Sch/S)_\etale \longrightarrow S_\etale\] induit par le foncteur continu \(S_\etale \to (\Sch/S)_\etale\), \(U \mapsto U\). En effet, \(S_\etale\) possède des produits fibrés et un objet final, le foncteur ci-dessus y commute, et la proposition 00X6 de Sites s’applique.
Lemme
Avec les notations ci-dessus. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(S_\etale\). La règle \[(\Sch/S)_{fppf} \longrightarrow \textit{Ensembles},\quad (f : X \to S) \longmapsto \Gamma(X, f_{small}^{-1}\mathcal{F})\] est un faisceau fppf, et a fortiori un faisceau sur \((\Sch/S)_\etale\). En fait, ce faisceau est égal à \(\pi_S^{-1}\mathcal{F}\) sur \((\Sch/S)_\etale\) et à \(\epsilon_S^{-1}\pi_S^{-1}\mathcal{F}\) sur \((\Sch/S)_{fppf}\).
Démonstration
L’énoncé relatif à la topologie étale est le contenu du lemme 09XN. Pour achever la démonstration, il suffit de montrer que \(\pi_S^{-1}\mathcal{F}\) est un faisceau pour la topologie fppf. Cela est démontré dans le lemme 09XN également.
Dans la situation du lemme 0DDL, la composée de \(\epsilon_S\) et \(\pi_S\), ainsi que l’égalité, déterminent un morphisme de sites \[a_S : (\Sch/S)_{fppf} \longrightarrow S_\etale\]
Lemme
Avec les notations ci-dessus. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de \((\Sch/S)_{fppf}\). Il existe alors des diagrammes commutatifs de topos \[\xymatrix{ \Sh((\Sch/X)_{fppf}) \ar[rr]_{f_{big, fppf}} \ar[d]_{\epsilon_X} & & \Sh((\Sch/Y)_{fppf}) \ar[d]^{\epsilon_Y} \\ \Sh((\Sch/X)_\etale) \ar[rr]^{f_{big, \etale}} & & \Sh((\Sch/Y)_\etale) }\] et \[\xymatrix{ \Sh((\Sch/X)_{fppf}) \ar[rr]_{f_{big, fppf}} \ar[d]_{a_X} & & \Sh((\Sch/Y)_{fppf}) \ar[d]^{a_Y} \\ \Sh(X_\etale) \ar[rr]^{f_{small}} & & \Sh(Y_\etale) }\] avec \(a_X = \pi_X \circ \epsilon_X\) et \(a_Y = \pi_X \circ \epsilon_X\).
Démonstration
La commutativité des diagrammes découle de la discussion de la section 03FE de Topologies.
Lemme
Dans le lemme 0DDM, si \(f\) est propre, alors nous avons \(a_Y^{-1} \circ f_{small, *} = f_{big, fppf, *} \circ a_X^{-1}\).
Démonstration
On peut le démontrer en répétant la démonstration de la partie (1) du lemme 0DDJ; nous allons plutôt l’en déduire. Comme \(\epsilon_{Y, *}\) est le foncteur identité sur les préfaisceaux sous-jacents, il reflète les isomorphismes. La description du lemme 0DDL montre que \(\epsilon_{Y, *} \circ a_Y^{-1} = \pi_Y^{-1}\), et de même pour \(X\). Pour montrer que le morphisme canonique \(a_Y^{-1}f_{small, *}\mathcal{F} \to f_{big, fppf, *}a_X^{-1}\mathcal{F}\) est un isomorphisme, il suffit de montrer que \[\begin{align*} \pi_Y^{-1}f_{small, *}\mathcal{F} & = \epsilon_{Y, *}a_Y^{-1}f_{small, *}\mathcal{F} \\ & \to \epsilon_{Y, *}f_{big, fppf, *}a_X^{-1}\mathcal{F} \\ & = f_{big, \etale, *} \epsilon_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} \\ & = f_{big, \etale, *}\pi_X^{-1}\mathcal{F} \end{align*}\] est un isomorphisme. C’est la partie (1) du lemme 0DDJ.
Lemme
Dans le lemme 0DDM, supposons \(f\) plat, localement de présentation finie et surjectif. Alors le foncteur \[\Sh(Y_\etale) \longrightarrow \left\{ (\mathcal{G}, \mathcal{H}, \alpha) \middle| \begin{matrix} \mathcal{G} \in \Sh(X_\etale),\ \mathcal{H} \in \Sh((\Sch/Y)_{fppf}), \\ \alpha : a_X^{-1}\mathcal{G} \to f_{big, fppf}^{-1}\mathcal{H} \text{ un isomorphisme} \end{matrix} \right\}\] qui associe à \(\mathcal{F}\) \((f_{small}^{-1}\mathcal{F}, a_Y^{-1}\mathcal{F}, can)\) est une équivalence.
Démonstration
Le foncteur \(a_X^{-1}\) est pleinement fidèle (car \(a_{X, *}a_X^{-1} = \text{id}\) par le lemme 0DDL). Le foncteur d’oubli \((\mathcal{G}, \mathcal{H}, \alpha) \mapsto \mathcal{H}\) identifie donc la catégorie des triplets à une sous-catégorie pleine de \(\Sh((\Sch/Y)_{fppf})\). De plus, le foncteur \(a_Y^{-1}\) est pleinement fidèle; le foncteur du lemme est donc lui aussi pleinement fidèle.
Supposons donné un recouvrement étale \(\{Y_i \to Y\}\). Soit \(f_i : X_i \to Y_i\) le changement de base de \(f\). Notons \(f_{ij} = f_i \times f_j : X_i \times_X X_j \to Y_i \times_Y Y_j\). Assertion : si le lemme est vrai pour \(f_i\) et \(f_{ij}\) pour tous \(i, j\), alors il est vrai pour \(f\). Pour le voir, remarquons que le recouvrement étale donné détermine un recouvrement étale de l’objet final dans chacun des quatre sites \(Y_\etale, X_\etale, (\Sch/Y)_{fppf}, (\Sch/X)_{fppf}\). La catégorie des faisceaux équivaut donc à la catégorie des données de recollement pour ce recouvrement (lemme 04TS de Sites) dans chacun des quatre cas. Un grand diagramme commutatif de catégories achève alors la démonstration de l’affirmation. Nous omettons les détails. L’assertion montre que nous pouvons travailler localement sur \(Y\) pour la topologie étale.
Remarquons que \(\{X \to Y\}\) est un recouvrement fppf. En travaillant localement sur \(Y\), nous pouvons supposer qu’il existe un morphisme \(s : X' \to X\) tel que le composé \(f' = f \circ s : X' \to Y\) soit fini localement libre et surjectif ; voir le lemme de Compléments sur les morphismes 0DET. Assertion : si le lemme est vrai pour \(f'\), alors il est vrai pour \(f\). En effet, étant donné un triplet \((\mathcal{G}, \mathcal{H}, \alpha)\) pour \(f\), son image inverse par \(s\) donne un triplet \((s_{small}^{-1}\mathcal{G}, \mathcal{H}, s_{big, fppf}^{-1}\alpha)\) pour \(f'\). Une solution de ce triplet donne un faisceau \(\mathcal{F}\) sur \(Y_\etale\) tel que \(a_Y^{-1}\mathcal{F} = \mathcal{H}\). D’après le premier paragraphe de la démonstration, cela signifie que le triplet appartient à l’image essentielle. Nous sommes ainsi ramenés au cas décrit au paragraphe suivant.
Supposons \(f\) fini localement libre et surjectif. Soit \((\mathcal{G}, \mathcal{H}, \alpha)\) un triplet. Considérons dans ce cas le triplet \[(\mathcal{G}_1, \mathcal{H}_1, \alpha_1) = (f_{small}^{-1}f_{small, *}\mathcal{G}, f_{big, fppf, *}f_{big, fppf}^{-1}\mathcal{H}, \alpha_1)\] où \(\alpha_1\) est défini à partir des identifications \[\begin{align*} a_X^{-1}f_{small}^{-1}f_{small, *}\mathcal{G} & = f_{big, fppf}^{-1}a_Y^{-1}f_{small, *}\mathcal{G} \\ & = f_{big, fppf}^{-1}f_{big, fppf, *}a_X^{-1}\mathcal{G} \\ & \to f_{big, fppf}^{-1}f_{big, fppf, *}f_{big, fppf}^{-1}\mathcal{H} \end{align*}\] où la troisième égalité vient du lemme 0DDN et la flèche est donnée par \(\alpha\). Ce triplet appartient à l’image de notre foncteur, car \(\mathcal{F}_1 = f_{small, *}\mathcal{F}\) constitue une solution (pour le voir, employer de nouveau le lemme 0DDN; détails omis). Il existe un morphisme canonique de triplets \[(\mathcal{G}, \mathcal{H}, \alpha) \to (\mathcal{G}_1, \mathcal{H}_1, \alpha_1)\] qui emploie l’unité \(\text{id} \to f_{big, fppf, *}f_{big, fppf}^{-1}\) sur la seconde composante (il suffit de prescrire les morphismes sur la seconde composante, d’après le premier paragraphe de la démonstration). Puisque \(\{f : X \to Y\}\) est un recouvrement fppf, le morphisme \(\mathcal{H} \to \mathcal{H}_1\) est injectif (détails omis). Posons \[\mathcal{G}_2 = \mathcal{G}_1 \amalg_\mathcal{G} \mathcal{G}_1\quad \mathcal{H}_2 = \mathcal{H}_1 \amalg_\mathcal{H} \mathcal{H}_1\] et soit \(\alpha_2\) l’isomorphisme induit (les foncteurs d’image inverse sont exacts, donc cette construction a un sens). Alors \(\mathcal{H}\) est l’égalisateur des deux morphismes \(\mathcal{H}_1 \to \mathcal{H}_2\). En répétant les arguments ci-dessus pour le triplet \((\mathcal{G}_2, \mathcal{H}_2, \alpha_2)\) nous trouvons un morphisme injectif de triplets \[(\mathcal{G}_2, \mathcal{H}_2, \alpha_2) \to (\mathcal{G}_3, \mathcal{H}_3, \alpha_3)\] tel que ce dernier triplet appartienne à l’image de notre foncteur. Disons qu’il correspond à \(\mathcal{F}_3\) dans \(\Sh(Y_\etale)\). Par pleine fidélité, nous obtenons deux morphismes \(\mathcal{F}_1 \to \mathcal{F}_3\), et nous pouvons prendre pour \(\mathcal{F}\) leur égalisateur. Par exactitude des foncteurs d’image inverse considérés, nous trouvons \(a_Y^{-1}\mathcal{F} = \mathcal{H}\), comme voulu.
Lemme
Considérons le morphisme de comparaison \(\epsilon : (\Sch/S)_{fppf} \to (\Sch/S)_\etale\). Soit \(\mathcal{P}\) la classe des morphismes finis de schémas. Pour \(X\) dans \((\Sch/S)_\etale\), notons \(\mathcal{A}'_X \subset \textit{Ab}((\Sch/X)_\etale)\) la sous-catégorie pleine formée des faisceaux de la forme \(\pi_X^{-1}\mathcal{F}\) avec \(\mathcal{F}\) dans \(\textit{Ab}(X_\etale)\). Alors les propriétés de Cohomologie sur les sites (0EZ4), (0EZ5), (0EZ6), (0EZ7) et (0EZ8) énumérées dans la situation de Cohomologie sur les sites 0EZ3 sont satisfaites.
Démonstration
Montrons d’abord que \(\mathcal{A}'_X \subset \textit{Ab}((\Sch/X)_\etale)\) est une sous-catégorie de Serre faible en vérifiant les conditions (1), (2), (3) et (4) du lemme 0754 d’Homology. Les parties (1), (2), (3) sont immédiates, car \(\pi_X^{-1}\) est exact et pleinement fidèle, par exemple par le lemme 0DDI. Si \(0 \to \pi_X^{-1}\mathcal{F} \to \mathcal{G} \to \pi_X^{-1}\mathcal{F}' \to 0\) est une suite exacte courte dans \(\textit{Ab}((\Sch/X)_\etale)\), alors \(0 \to \mathcal{F} \to \pi_{X, *}\mathcal{G} \to \mathcal{F}' \to 0\) est exacte par le lemme 0DDI. Ainsi, \(\mathcal{G} = \pi_X^{-1}\pi_{X, *}\mathcal{G}\) appartient à \(\mathcal{A}'_X\), ce qui vérifie la dernière condition.
La propriété (0EZ4) de Cohomologie sur les sites vaut par l’existence des produits fibrés de schémas et le fait que le changement de base d’un morphisme fini de schémas est un morphisme fini de schémas; voir le lemme 01WL de Morphismes.
La propriété (0EZ5) de Cohomologie sur les sites découle du diagramme commutatif (3) du lemme 021I de Topologies.
La propriété (0EZ6) de Cohomologie sur les sites est le lemme 0DDL.
La propriété (0EZ7) de Cohomologie sur les sites vaut par la partie (4) du lemme 0DDJ.
La propriété (0EZ8) de Cohomologie sur les sites est impliquée par le lemme de Compléments sur les morphismes 0DET.
Lemme
Avec les notations ci-dessus.
Pour \(X \in \Ob((\Sch/S)_{fppf})\) et un faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), nous avons \(\epsilon_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} = \pi_X^{-1}\mathcal{F}\) et \(R^i\epsilon_{X, *}(a_X^{-1}\mathcal{F}) = 0\) pour \(i > 0\).
Pour un morphisme fini \(f : X \to Y\) dans \((\Sch/S)_{fppf}\) et un faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(X\), nous avons \(a_Y^{-1}(R^if_{small, *}\mathcal{F}) = R^if_{big, fppf, *}(a_X^{-1}\mathcal{F})\) pour tout \(i\).
Pour un schéma \(X\) et \(K\) dans \(D^+(X_\etale)\), le morphisme \(\pi_X^{-1}K \to R\epsilon_{X, *}(a_X^{-1}K)\) est un isomorphisme.
Pour un morphisme fini \(f : X \to Y\) de schémas et \(K\) dans \(D^+(X_\etale)\), nous avons \(a_Y^{-1}(Rf_{small, *}K) = Rf_{big, fppf, *}(a_X^{-1}K)\).
Pour un morphisme propre \(f : X \to Y\) de schémas et \(K\) dans \(D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion, nous avons \(a_Y^{-1}(Rf_{small, *}K) = Rf_{big, fppf, *}(a_X^{-1}K)\).
Démonstration
Par le lemme 0F0H, tous les lemmes de la section 0EZ1 de Cohomologie sur les sites s’appliquent à notre situation. Pour traduire les résultats, remarquons que la catégorie \(\mathcal{A}_X\) du lemme 0EZ9 de Cohomologie sur les sites est l’image essentielle de \(a_X^{-1} : \textit{Ab}(X_\etale) \to \textit{Ab}((\Sch/X)_{fppf})\).
La partie (1) équivaut à \((V_n)\) pour tout \(n\), ce qui vaut par le lemme 0EZF de Cohomologie sur les sites.
La partie (2) découle de l’application de \(\epsilon_Y^{-1}\) à la conclusion du lemme 0EZA de Cohomologie sur les sites.
La partie (3) découle du lemme de Cohomologie sur les sites 0EZF, partie (1), car \(\pi_X^{-1}K\) appartient à \(D^+_{\mathcal{A}'_X}((\Sch/X)_\etale)\) et \(a_X^{-1} = \epsilon_X^{-1} \circ a_X^{-1}\).
La partie (4) découle du lemme de Cohomologie sur les sites 0EZF, partie (2), pour la même raison.
Partie (5). Nous employons \[\begin{align*} R\epsilon_{Y, *}Rf_{big, fppf, *}a_X^{-1}K & = Rf_{big, \etale, *}R\epsilon_{X, *}a_X^{-1}K \\ & = Rf_{big, \etale, *}\pi_X^{-1}K \\ & = \pi_Y^{-1}Rf_{small, *}K \\ & = R\epsilon_{Y, *} a_Y^{-1}Rf_{small, *}K \end{align*}\] La première égalité vient du diagramme commutatif du lemme 0DDM et du lemme de Cohomologie sur les sites 0D6E. La deuxième égalité est (3). La troisième est la partie (2) du lemme 0DDJ. La quatrième est de nouveau (3). Le morphisme de changement de base \(a_Y^{-1}(Rf_{small, *}K) \to Rf_{big, fppf, *}(a_X^{-1}K)\) induit donc un isomorphisme \[R\epsilon_{Y, *}a_Y^{-1}Rf_{small, *}K \to R\epsilon_{Y, *}Rf_{big, fppf, *}a_X^{-1}K\] La remarque suivante achève la démonstration : un morphisme \(\alpha : a_Y^{-1}L \to M\), avec \(L\) dans \(D^+(Y_\etale)\) et \(M\) dans \(D^+((\Sch/Y)_{fppf})\), tel que \(R\epsilon_{Y, *}\alpha\) soit un isomorphisme, est un isomorphisme. En effet, nous montrons par récurrence sur \(i\) que \(H^i(\alpha)\) est un isomorphisme. C’est vrai pour tout \(i\) assez petit. Si cela vaut pour \(i \leq i_0\), nous voyons que \(R^j\epsilon_{Y, *}H^i(M) = 0\) pour \(j > 0\) et \(i \leq i_0\) par (1), puisque \(H^i(M) = a_Y^{-1}H^i(L)\) dans cet intervalle. Ainsi, \(\epsilon_{Y, *}H^{i_0 + 1}(M) = H^{i_0 + 1}(R\epsilon_{Y, *}M)\) par un argument de suite spectrale. Ainsi, \(\epsilon_{Y, *}H^{i_0 + 1}(M) = \pi_Y^{-1}H^{i_0 + 1}(L) = \epsilon_{Y, *}a_Y^{-1}H^{i_0 + 1}(L)\). Cela implique que \(H^{i_0 + 1}(\alpha)\) est un isomorphisme (car \(\epsilon_{Y, *}\) reflète les isomorphismes, puisqu’il est le foncteur identité sur les préfaisceaux sous-jacents), comme voulu.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Pour \(K \in D^+(X_\etale)\), le morphisme \[K \longrightarrow Ra_{X, *}a_X^{-1}K\] est un isomorphisme, où \(a_X : \Sh((\Sch/X)_{fppf}) \to \Sh(X_\etale)\) est comme ci-dessus.
Démonstration
Nous nous ramenons d’abord au cas où \(K\) est donné par un unique faisceau abélien. Représentons en effet \(K\) par un complexe borné inférieurement \(\mathcal{F}^\bullet\). Le cas d’un faisceau montre que \(\mathcal{F}^n = a_{X, *} a_X^{-1} \mathcal{F}^n\) et que les faisceaux \(R^qa_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F}^n\) sont nuls pour \(q > 0\). Le lemme d’acyclicité de Leray (lemme 015E de Catégories dérivées), appliqué à \(a_X^{-1}\mathcal{F}^\bullet\) et au foncteur \(a_{X, *}\), permet de conclure. Supposons désormais \(K = \mathcal{F}\).
Par le lemme 0DDL, nous avons \(a_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} = \mathcal{F}\). Il suffit donc de montrer que \(R^qa_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} = 0\) pour \(q > 0\). Pour cela, nous pouvons employer \(a_X = \epsilon_X \circ \pi_X\) et la suite spectrale de Leray (lemme 0734 de Cohomologie sur les sites). Par le lemme 0DDS, nous avons \(R^i\epsilon_{X, *}(a_X^{-1}\mathcal{F}) = 0\) pour \(i > 0\) et \(\epsilon_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} = \pi_X^{-1}\mathcal{F}\). Par le lemme 0DDI, nous avons \(R^j\pi_{X, *}(\pi_X^{-1}\mathcal{F}) = 0\) pour \(j > 0\). Cela achève la démonstration.
Lemme
Pour un schéma \(X\) et \(a_X : \Sh((\Sch/X)_{fppf}) \to \Sh(X_\etale)\) comme ci-dessus :
\(H^q(X_\etale, \mathcal{F}) = H^q_{fppf}(X, a_X^{-1}\mathcal{F})\) pour un faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\),
\(H^q(X_\etale, K) = H^q_{fppf}(X, a_X^{-1}K)\) pour \(K \in D^+(X_\etale)\).
Exemple : si \(A\) est un groupe abélien, alors \(H^q_\etale(X, \underline{A}) = H^q_{fppf}(X, \underline{A})\).
Démonstration
Cela découle du lemme 0DDT par la remarque 08J6 de Cohomologie sur les sites.
Comparaison des topologies fppf et étale : modules
Nous poursuivons la discussion de la section 0DDK, mais nous examinons ici brièvement ce qui se passe pour les faisceaux de modules.
Soit \(S\) un schéma. Les morphismes de sites \(\epsilon_S\), \(\pi_S\) et leur composé \(a_S\), introduits dans la section 0DDK, s’étendent naturellement en morphismes de sites annelés. Le premier s’écrit \[\epsilon_S : ((\Sch/S)_{fppf}, \mathcal{O}) \longrightarrow ((\Sch/S)_\etale, \mathcal{O})\] Remarquons que nous pouvons employer le même symbole pour le faisceau structural, car ces faisceaux ont le même préfaisceau sous-jacent. Le deuxième est \[\pi_S : ((\Sch/S)_\etale, \mathcal{O}) \longrightarrow (S_\etale, \mathcal{O}_S)\] Le troisième est le morphisme \[a_S : ((\Sch/S)_{fppf}, \mathcal{O}) \longrightarrow (S_\etale, \mathcal{O}_S)\] Nous savons déjà que la catégorie des modules quasi-cohérents sur le schéma \(S\) est la même que celle des modules quasi-cohérents sur \((S_\etale, \mathcal{O}_S)\); voir la proposition 03DX de Descente. Comme nous voulons énoncer une comparaison entre les cohomologies étale et fppf, nous considérerons dans le reste de cette section les faisceaux quasi-cohérents du point de vue du petit site étale. Rappelons ce que nous savons déjà des modules quasi-cohérents sur ces sites.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_S\)-module quasi-cohérent sur \(S_\etale\).
La règle \[\mathcal{F}^a : (\Sch/S)_\etale \longrightarrow \textit{Ab},\quad (f : T \to S) \longmapsto \Gamma(T, f_{small}^*\mathcal{F})\] satisfait la condition de faisceau pour les recouvrements fppf, et a fortiori étales,
\(\mathcal{F}^a = \pi_S^*\mathcal{F}\) sur \((\Sch/S)_\etale\),
\(\mathcal{F}^a = a_S^*\mathcal{F}\) sur \((\Sch/S)_{fppf}\),
la règle \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}^a\) définit une équivalence entre les \(\mathcal{O}_S\)-modules quasi-cohérents et les modules quasi-cohérents sur \(((\Sch/S)_\etale, \mathcal{O})\),
la règle \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}^a\) définit une équivalence entre les \(\mathcal{O}_S\)-modules quasi-cohérents et les modules quasi-cohérents sur \(((\Sch/S)_{fppf}, \mathcal{O})\),
nous avons \(\epsilon_{S, *}a_S^*\mathcal{F} = \pi_S^*\mathcal{F}\) et \(a_{S, *}a_S^*\mathcal{F} = \mathcal{F}\),
nous avons \(R^i\epsilon_{S, *}(a_S^*\mathcal{F}) = 0\) et \(R^ia_{S, *}(a_S^*\mathcal{F}) = 0\) pour \(i > 0\).
Démonstration
Nous invitons vivement le lecteur à trouver sa propre démonstration de ces résultats à partir des matériaux des sections 03DR, 0GN8 et 0GN9.
Expliquons d’abord pourquoi la notation de ce lemme est compatible avec notre emploi antérieur de la notation \(\mathcal{F}^a\) dans les sections 03OF et 03OY, ainsi que dans la section 03DR de Descente. En effet, la proposition 03DX de Descente montre qu’il existe un module quasi-cohérent \(\mathcal{F}_0\) sur le schéma \(S\) (autrement dit sur le petit site de Zariski) tel que \(\mathcal{F}\) soit la restriction de la règle \[\mathcal{F}_0^a : (\Sch/S)_\etale \longrightarrow \textit{Ab},\quad (f : T \to S) \longmapsto \Gamma(T, f^*\mathcal{F})\] à la sous-catégorie \(S_\etale \subset (\Sch/S)_\etale\), où \(f^*\) désigne ici l’image inverse usuelle des faisceaux de modules sur les schémas. Puisque \(\mathcal{F}_0^a\) est l’image inverse par le morphisme de sites annelés \[((\Sch/S)_\etale, \mathcal{O}) \longrightarrow (S_{Zar}, \mathcal{O}_{S_{Zar}})\] par la remarque 03FH de Descente, il découle immédiatement (par composition des images inverses) que \(\mathcal{F}^a = \mathcal{F}_0^a\). Cela démontre la propriété de faisceau, même pour les recouvrements fpqc, par le lemme 03DT de Descente (voir aussi la proposition 03OG). Les assertions (2) et (3) découlent alors de nouveau de la remarque 03FH de Descente, et (4) et (5) de la proposition 03DX de Descente (voir aussi le méta-résultat du théorème 03OJ).
La partie (6) découle immédiatement de la description du faisceau \(\mathcal{F}^a = \pi_S^*\mathcal{F} = a_S^*\mathcal{F}\).
Pour tout faisceau abélien \(\mathcal{H}\) sur \((\Sch/S)_{fppf}\), l’ image directe supérieure \(R^p\epsilon_{S, *}\mathcal{H}\) est le faisceau associé au préfaisceau \(U \mapsto H^p_{fppf}(U, \mathcal{H})\) sur \((\Sch/S)_\etale\). Voir le lemme 072W de Cohomologie sur les sites. Ainsi, pour démontrer \(R^p\epsilon_{S, *}a_S^*\mathcal{F} = R^p\epsilon_{S, *}\mathcal{F}^a = 0\) pour \(p > 0\), il suffit de montrer que tout schéma \(U\) sur \(S\) possède un recouvrement étale \(\{U_i \to U\}_{i \in I}\) tel que \(H^p_{fppf}(U_i, \mathcal{F}^a) = 0\) pour \(p > 0\). En prenant un recouvrement ouvert par des affines, l’ annulation requise découle de la comparaison avec la cohomologie usuelle (proposition 03DW de Descente ou théorème 03P2), ainsi que de l’annulation de la cohomologie des faisceaux quasi-cohérents sur les schémas affines donnée par le lemme de Cohomologie des schémas 01XB.
Pour montrer que \(R^pa_{S, *}a_S^{-1}\mathcal{F} = R^pa_{S, *}\mathcal{F}^a = 0\) pour \(p > 0\), nous raisonnons exactement de la même manière. Cela achève la démonstration.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Étant donné \(\mathcal{F}\), faisceau quasi-cohérent de \(\mathcal{O}_S\)-modules sur \(S_\etale\), les morphismes \[\pi_S^*\mathcal{F} \longrightarrow R\epsilon_{S, *}(a_S^*\mathcal{F}) \quad\text{et}\quad \mathcal{F} \longrightarrow Ra_{S, *}(a_S^*\mathcal{F})\] sont des isomorphismes, où \(a_S : \Sh((\Sch/S)_{fppf}) \to \Sh(S_\etale)\) est comme ci-dessus.
Démonstration
C’est une conséquence immédiate des parties (6) et (7) du lemme 0DEW.
Lemme
Soit \(S = \Spec(A)\) un schéma affine. Soit \(M^\bullet\) un complexe de \(A\)-modules. Considérons le complexe \(\mathcal{F}^\bullet\) de préfaisceaux de \(\mathcal{O}\)-modules sur \((\textit{Aff}/S)_{fppf}\) donné par la règle \[(U/S) = (\Spec(B)/\Spec(A)) \longmapsto M^\bullet \otimes_A B\] C’est alors un complexe de modules, et le morphisme canonique \[M^\bullet \longrightarrow R\Gamma((\textit{Aff}/S)_{fppf}, \mathcal{F}^\bullet)\] est un quasi-isomorphisme.
Démonstration
Chaque \(\mathcal{F}^n\) est un faisceau de modules, car il coïncide avec la restriction du module \(\mathcal{G}^n = (\widetilde{M}^n)^a\) du lemme 0DEW à \((\textit{Aff}/S)_{fppf} \subset (\Sch/S)_{fppf}\). Puisque cette inclusion définit une équivalence de topos annelés (lemme 021V de Topologies), nous avons \[R\Gamma((\textit{Aff}/S)_{fppf}, \mathcal{F}^\bullet) = R\Gamma((\Sch/S)_{fppf}, \mathcal{G}^\bullet)\] Remarquons que \(M^\bullet = R\Gamma(S, \widetilde{M}^\bullet)\), par exemple par le lemme de Catégories dérivées des schémas 06Z0. Nous cherchons donc à montrer que le morphisme de comparaison \[R\Gamma(S, \widetilde{M}^\bullet) \longrightarrow R\Gamma((\Sch/S)_{fppf}, (\widetilde{M}^\bullet)^a)\] est un isomorphisme. Si \(M^\bullet\) est borné inférieurement, cela vaut par la proposition de Descente 03DW et la première suite spectrale du lemme de Catégories dérivées 015J. Dans le cas général, écrivons \(M^\bullet = \lim M_n^\bullet\) avec \(M_n^\bullet = \tau_{\geq -n}M^\bullet\). Le système \(M_n^p\) est alors stationnaire de valeur \(M^p\). Nous affirmons que \[(\widetilde{M}^\bullet)^a = R\lim (\widetilde{M}_n^\bullet)^a\] En effet, il suffit de montrer que le morphisme naturel de gauche à droite induit un isomorphisme en cohomologie sur tout objet affine \(U = \Spec(B)\) de \((\Sch/S)_{fppf}\). Pour \(i \in \mathbf{Z}\) et \(n > |i|\), nous avons \[H^i(U, (\widetilde{M}_n^\bullet)^a) = H^i(\tau_{\geq -n}M^\bullet \otimes_A B) = H^i(M^\bullet \otimes_A B)\] La première égalité vaut par le cas borné inférieurement traité ci-dessus. Le lemme de Cohomologie sur les sites 0D6K montre donc l’affirmation. Enfin, nous obtenons \[\begin{align*} R\Gamma((\Sch/S)_{fppf}, (\widetilde{M}^\bullet)^a) & = R\Gamma((\Sch/S)_{fppf}, R\lim (\widetilde{M}_n^\bullet)^a) \\ & = R\lim R\Gamma((\Sch/S)_{fppf}, (\widetilde{M}_n^\bullet)^a) \\ & = R\lim M_n^\bullet \\ & = M^\bullet \end{align*}\] comme voulu. La deuxième égalité vaut parce que \(R\lim\) commute à \(R\Gamma\); voir le lemme de Cohomologie sur les sites 0D6K.
Comparaison des topologies ph et étale
Un modèle pour cette section est la section consacrée à la comparaison de la topologie usuelle et de la topologie qc sur les espaces topologiques localement compacts, étudiée dans la section de Cohomologie sur les sites 09WY. Nous rappelons d’abord certains résultats des sections de Topologies 03FE et 0214.
Soit \(S\) un schéma et soit \((\Sch/S)_{ph}\) un site ph. Sur la même catégorie sous-jacente, nous avons une seconde topologie, à savoir la topologie étale, et donc un second site \((\Sch/S)_\etale\). Le foncteur identité \((\Sch/S)_\etale \to (\Sch/S)_{ph}\) est continu (par le lemme 0DBT de Compléments sur les morphismes et le lemme de Topologies 021N) et définit un morphisme de sites \[\epsilon_S : (\Sch/S)_{ph} \longrightarrow (\Sch/S)_\etale\] Voir la section 0EWK de Cohomologie sur les sites. Remarquons que \(\epsilon_{S, *}\) est le foncteur identité sur les préfaisceaux sous-jacents et que \(\epsilon_S^{-1}\) associe à un faisceau étale son faisceau ph associé. Soit \(S_\etale\) le petit site étale. Il existe un morphisme de sites \[\pi_S : (\Sch/S)_\etale \longrightarrow S_\etale\] induit par le foncteur continu \(S_\etale \to (\Sch/S)_\etale\), \(U \mapsto U\). En effet, \(S_\etale\) possède des produits fibrés et un objet final, le foncteur ci-dessus y commute, et la proposition 00X6 de Sites s’applique.
Lemme
Avec les notations ci-dessus. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(S_\etale\). La règle \[(\Sch/S)_{ph} \longrightarrow \textit{Ensembles},\quad (f : X \to S) \longmapsto \Gamma(X, f_{small}^{-1}\mathcal{F})\] est un faisceau ph, et a fortiori un faisceau sur \((\Sch/S)_\etale\). En fait, ce faisceau est égal à \(\pi_S^{-1}\mathcal{F}\) sur \((\Sch/S)_\etale\) et à \(\epsilon_S^{-1}\pi_S^{-1}\mathcal{F}\) sur \((\Sch/S)_{ph}\).
Démonstration
L’énoncé relatif à la topologie étale est le contenu du lemme 09XN. Pour achever la démonstration, il suffit de montrer que \(\pi_S^{-1}\mathcal{F}\) est un faisceau pour la topologie ph. Par le lemme 0DBQ de Topologies, il suffit de montrer que, pour tout morphisme propre surjectif \(V \to U\) de schémas sur \(S\), nous avons un diagramme égalisateur \[\xymatrix{ (\pi_S^{-1}\mathcal{F})(U) \ar[r] & (\pi_S^{-1}\mathcal{F})(V) \ar@<1ex>[r] \ar@<-1ex>[r] & (\pi_S^{-1}\mathcal{F})(V \times_U V) }\] Posons \(\mathcal{G} = \pi_S^{-1}\mathcal{F}|_{U_\etale}\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ V \times_U V \ar[r] \ar[rd]_g \ar[d] & V \ar[d]^f \\ V \ar[r]^f & U }\] Nous avons \[(\pi_S^{-1}\mathcal{F})(V) = \Gamma(V, f^{-1}\mathcal{G}) = \Gamma(U, f_*f^{-1}\mathcal{G})\] où nous employons \(f_*\) et \(f^{-1}\) pour désigner les fonctorialités entre petits sites étales. D’autre part, nous avons \[(\pi_S^{-1}\mathcal{F})(V \times_U V) = \Gamma(V \times_U V, g^{-1}\mathcal{G}) = \Gamma(U, g_*g^{-1}\mathcal{G})\] Les deux morphismes du diagramme égalisateur proviennent des deux morphismes \[f_*f^{-1}\mathcal{G} \longrightarrow g_*g^{-1}\mathcal{G}\] Il suffit donc de démontrer que \(\mathcal{G}\) est l’égalisateur de ces deux morphismes de faisceaux. Soit \(\overline{u}\) un point géométrique de \(U\). Posons \(\Omega = \mathcal{G}_{\overline{u}}\). En prenant les fibres en \(\overline{u}\) par le lemme 0A3T, nous obtenons les deux morphismes \[H^0(V_{\overline{u}}, \underline{\Omega}) \longrightarrow H^0((V \times_U V)_{\overline{u}}, \underline{\Omega}) = H^0(V_{\overline{u}} \times_{\overline{u}} V_{\overline{u}}, \underline{\Omega})\] où \(\underline{\Omega}\) désigne le faisceau constant de valeur \(\Omega\). Ces morphismes sont bien sûr les images inverses par les projections. Il est alors clair que les sections provenant de l’image inverse par la projection sur le premier facteur sont constantes sur les fibres de la première projection, tandis que celles provenant de l’image inverse par la projection sur le second facteur sont constantes sur les fibres de la seconde projection. Les sections dans l’intersection des images de ces morphismes d’image inverse sont constantes sur tout \(V_{\overline{u}} \times_{\overline{u}} V_{\overline{u}}\), c’est-à-dire qu’elles proviennent d’éléments de \(\Omega\), comme voulu.
Dans la situation du lemme 0DDW, la composée de \(\epsilon_S\) et \(\pi_S\), ainsi que l’égalité, déterminent un morphisme de sites \[a_S : (\Sch/S)_{ph} \longrightarrow S_\etale\]
Lemme
Avec les notations ci-dessus. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de \((\Sch/S)_{ph}\). Il existe alors des diagrammes commutatifs de topos \[\xymatrix{ \Sh((\Sch/X)_{ph}) \ar[rr]_{f_{big, ph}} \ar[d]_{\epsilon_X} & & \Sh((\Sch/Y)_{ph}) \ar[d]^{\epsilon_Y} \\ \Sh((\Sch/X)_\etale) \ar[rr]^{f_{big, \etale}} & & \Sh((\Sch/Y)_\etale) }\] et \[\xymatrix{ \Sh((\Sch/X)_{ph}) \ar[rr]_{f_{big, ph}} \ar[d]_{a_X} & & \Sh((\Sch/Y)_{ph}) \ar[d]^{a_Y} \\ \Sh(X_\etale) \ar[rr]^{f_{small}} & & \Sh(Y_\etale) }\] avec \(a_X = \pi_X \circ \epsilon_X\) et \(a_Y = \pi_X \circ \epsilon_X\).
Démonstration
La commutativité des diagrammes découle de la discussion de la section 03FE de Topologies.
Lemme
Dans le lemme 0DDX, si \(f\) est propre, alors nous avons \(a_Y^{-1} \circ f_{small, *} = f_{big, ph, *} \circ a_X^{-1}\).
Démonstration
On peut le démontrer en répétant la démonstration de la partie (1) du lemme 0DDJ; nous allons plutôt l’en déduire. Comme \(\epsilon_{Y, *}\) est le foncteur identité sur les préfaisceaux sous-jacents, il reflète les isomorphismes. La description du lemme 0DDW montre que \(\epsilon_{Y, *} \circ a_Y^{-1} = \pi_Y^{-1}\), et de même pour \(X\). Pour montrer que le morphisme canonique \(a_Y^{-1}f_{small, *}\mathcal{F} \to f_{big, ph, *}a_X^{-1}\mathcal{F}\) est un isomorphisme, il suffit de montrer que \[\begin{align*} \pi_Y^{-1}f_{small, *}\mathcal{F} & = \epsilon_{Y, *}a_Y^{-1}f_{small, *}\mathcal{F} \\ & \to \epsilon_{Y, *}f_{big, ph, *}a_X^{-1}\mathcal{F} \\ & = f_{big, \etale, *} \epsilon_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} \\ & = f_{big, \etale, *}\pi_X^{-1}\mathcal{F} \end{align*}\] est un isomorphisme. C’est la partie (1) du lemme 0DDJ.
Lemme
Considérons le morphisme de comparaison \(\epsilon : (\Sch/S)_{ph} \to (\Sch/S)_\etale\). Soit \(\mathcal{P}\) la classe des morphismes propres de schémas. Pour \(X \in (\Sch/S)_\etale\), notons \(\mathcal{A}'_X \subset \textit{Ab}((\Sch/X)_\etale)\) la sous-catégorie pleine formée des faisceaux de la forme \(\pi_X^{-1}\mathcal{F}\), où \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\). Alors les propriétés de Cohomologie sur les sites (0EZ4), (0EZ5), (0EZ6), (0EZ7) et (0EZ8) de la situation 0EZ3 de Cohomologie sur les sites sont satisfaites.
Démonstration
Montrons d’abord que \(\mathcal{A}'_X \subset \textit{Ab}((\Sch/X)_\etale)\) est une sous-catégorie de Serre faible en vérifiant les conditions (1), (2), (3) et (4) du lemme 0754 d’Homology. Les parties (1), (2), (3) sont immédiates, car \(\pi_X^{-1}\) est exact et pleinement fidèle, par exemple par le lemme 0DDI. Si \(0 \to \pi_X^{-1}\mathcal{F} \to \mathcal{G} \to \pi_X^{-1}\mathcal{F}' \to 0\) est une suite exacte courte dans \(\textit{Ab}((\Sch/X)_\etale)\), alors \(0 \to \mathcal{F} \to \pi_{X, *}\mathcal{G} \to \mathcal{F}' \to 0\) est exacte par le lemme 0DDI. Nous voyons en particulier que \(\pi_{X, *}\mathcal{G}\) est un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\). Ainsi, \(\mathcal{G} = \pi_X^{-1}\pi_{X, *}\mathcal{G}\) appartient à \(\mathcal{A}'_X\), ce qui vérifie la dernière condition.
La propriété (0EZ4) de Cohomologie sur les sites vaut par l’existence des produits fibrés de schémas et le fait que le changement de base d’un morphisme propre de schémas est un morphisme propre de schémas; voir le lemme 01W4 de Morphismes.
La propriété (0EZ5) de Cohomologie sur les sites découle du diagramme commutatif (3) du lemme 021I de Topologies.
La propriété (0EZ6) de Cohomologie sur les sites est le lemme 0DDW.
La propriété (0EZ7) de Cohomologie sur les sites vaut par la partie (2) du lemme 0DDJ et le fait que \(R^if_{small, *}\mathcal{F}\) est de torsion si \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\); voir le lemme 0DDD.
La propriété (0EZ8) de Cohomologie sur les sites découle du lemme de Compléments sur les morphismes 0DET combiné au fait qu’un morphisme fini est propre et qu’un morphisme propre surjectif définit un recouvrement ph; voir le lemme 0DES de Topologies.
Lemme
Avec les notations ci-dessus.
Pour \(X \in \Ob((\Sch/S)_{ph})\) et un faisceau abélien de torsion \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), nous avons \(\epsilon_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} = \pi_X^{-1}\mathcal{F}\) et \(R^i\epsilon_{X, *}(a_X^{-1}\mathcal{F}) = 0\) pour \(i > 0\).
Pour un morphisme propre \(f : X \to Y\) dans \((\Sch/S)_{ph}\) et un faisceau abélien de torsion \(\mathcal{F}\) sur \(X\), nous avons \(a_Y^{-1}(R^if_{small, *}\mathcal{F}) = R^if_{big, ph, *}(a_X^{-1}\mathcal{F})\) pour tout \(i\).
Pour un schéma \(X\) et \(K \in D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion, le morphisme \(\pi_X^{-1}K \to R\epsilon_{X, *}(a_X^{-1}K)\) est un isomorphisme.
Pour un morphisme propre \(f : X \to Y\) de schémas et \(K \in D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion, nous avons \(a_Y^{-1}(Rf_{small, *}K) = Rf_{big, ph, *}(a_X^{-1}K)\).
Démonstration
Par le lemme 0F0I, tous les lemmes de la section 0EZ1 de Cohomologie sur les sites s’appliquent à notre situation. Pour traduire les résultats, remarquons que la catégorie \(\mathcal{A}_X\) du lemme 0EZ9 de Cohomologie sur les sites est la sous-catégorie pleine de \(\textit{Ab}((\Sch/X)_{ph})\) formée des faisceaux de la forme \(a_X^{-1}\mathcal{F}\), où \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\).
La partie (1) équivaut à \((V_n)\) pour tout \(n\), ce qui vaut par le lemme 0EZF de Cohomologie sur les sites.
La partie (2) découle de l’application de \(\epsilon_Y^{-1}\) à la conclusion du lemme 0EZA de Cohomologie sur les sites.
La partie (3) découle de la partie (1) du lemme de Cohomologie sur les sites 0EZF, car \(\pi_X^{-1}K\) appartient à \(D^+_{\mathcal{A}'_X}((\Sch/X)_\etale)\) et \(a_X^{-1} = \epsilon_X^{-1} \circ \pi_X^{-1}\).
La partie (4) découle de la partie (2) du lemme de Cohomologie sur les sites 0EZF, pour la même raison.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Pour \(K \in D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion, le morphisme \[K \longrightarrow Ra_{X, *}a_X^{-1}K\] est un isomorphisme, où \(a_X : \Sh((\Sch/X)_{ph}) \to \Sh(X_\etale)\) est comme ci-dessus.
Démonstration
Nous nous ramenons d’abord au cas où \(K\) est donné par un unique faisceau abélien. Représentons en effet \(K\) par un complexe borné inférieurement \(\mathcal{F}^\bullet\) de faisceaux abéliens de torsion. C’est possible par le lemme de Cohomologie sur les sites 0DD7. Le cas d’un faisceau montre que \(\mathcal{F}^n = a_{X, *} a_X^{-1} \mathcal{F}^n\) et que les faisceaux \(R^qa_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F}^n\) sont nuls pour \(q > 0\). Le lemme d’acyclicité de Leray (lemme 015E de Catégories dérivées), appliqué à \(a_X^{-1}\mathcal{F}^\bullet\) et au foncteur \(a_{X, *}\), permet de conclure. Supposons désormais \(K = \mathcal{F}\), où \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien de torsion.
Par le lemme 0DDW, nous avons \(a_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} = \mathcal{F}\). Il suffit donc de montrer que \(R^qa_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} = 0\) pour \(q > 0\). Pour cela, nous pouvons employer \(a_X = \pi_X \circ \epsilon_X\) et la suite spectrale de Leray (lemme 0734 de Cohomologie sur les sites). Par le lemme 0DE4, nous avons \(R^i\epsilon_{X, *}(a_X^{-1}\mathcal{F}) = 0\) pour \(i > 0\) et \(\epsilon_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} = \pi_X^{-1}\mathcal{F}\). Par le lemme 0DDI, nous avons \(R^j\pi_{X, *}(\pi_X^{-1}\mathcal{F}) = 0\) pour \(j > 0\). Cela achève la démonstration.
Lemme
Pour un schéma \(X\) et \(a_X : \Sh((\Sch/X)_{ph}) \to \Sh(X_\etale)\) comme ci-dessus :
\(H^q(X_\etale, \mathcal{F}) = H^q_{ph}(X, a_X^{-1}\mathcal{F})\) pour un faisceau abélien de torsion \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\),
\(H^q(X_\etale, K) = H^q_{ph}(X, a_X^{-1}K)\) pour \(K \in D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion.
Exemple : si \(A\) est un groupe abélien de torsion, alors \(H^q_\etale(X, \underline{A}) = H^q_{ph}(X, \underline{A})\).
Démonstration
Cela découle du lemme 0DE5 par la remarque 08J6 de Cohomologie sur les sites.
Comparaison des topologies h et étale
Un modèle pour cette section est la section consacrée à la comparaison de la topologie usuelle et de la topologie qc sur les espaces topologiques localement compacts, étudiée dans la section de Cohomologie sur les sites 09WY. De plus, cette section est presque mot pour mot identique à la section comparant les topologies ph et étale. Nous rappelons d’abord certains résultats des sections de Topologies 03FE et 0214, ainsi que de la section 0ETQ de Compléments sur la platitude.
Soit \(S\) un schéma et soit \((\Sch/S)_h\) un site h. Sur la même catégorie sous-jacente, nous avons une seconde topologie, à savoir la topologie étale, et donc un second site \((\Sch/S)_\etale\). Le foncteur identité \((\Sch/S)_\etale \to (\Sch/S)_h\) est continu (par le lemme 0ETV de Compléments sur la platitude et le lemme de Topologies 021N) et définit un morphisme de sites \[\epsilon_S : (\Sch/S)_h \longrightarrow (\Sch/S)_\etale\] Voir la section 0EWK de Cohomologie sur les sites. Remarquons que \(\epsilon_{S, *}\) est le foncteur identité sur les préfaisceaux sous-jacents et que \(\epsilon_S^{-1}\) associe à un faisceau étale son faisceau h associé. Soit \(S_\etale\) le petit site étale. Il existe un morphisme de sites \[\pi_S : (\Sch/S)_\etale \longrightarrow S_\etale\] induit par le foncteur continu \(S_\etale \to (\Sch/S)_\etale\), \(U \mapsto U\). En effet, \(S_\etale\) possède des produits fibrés et un objet final, le foncteur ci-dessus y commute, et la proposition 00X6 de Sites s’applique.
Lemme
Avec les notations ci-dessus. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur \(S_\etale\). La règle \[(\Sch/S)_h \longrightarrow \textit{Ensembles},\quad (f : X \to S) \longmapsto \Gamma(X, f_{small}^{-1}\mathcal{F})\] est un faisceau h, et a fortiori un faisceau sur \((\Sch/S)_\etale\). En fait, ce faisceau est égal à \(\pi_S^{-1}\mathcal{F}\) sur \((\Sch/S)_\etale\) et à \(\epsilon_S^{-1}\pi_S^{-1}\mathcal{F}\) sur \((\Sch/S)_h\).
Démonstration
L’énoncé relatif à la topologie étale est le contenu du lemme 09XN. Pour achever la démonstration, il suffit de montrer que \(\pi_S^{-1}\mathcal{F}\) est un faisceau pour la topologie h. Or, dans le lemme 0DDW, nous avons montré que \(\pi_S^{-1}\mathcal{F}\) est même un faisceau pour la topologie ph, qui est plus fine.
Dans la situation du lemme 0EW8, la composée de \(\epsilon_S\) et \(\pi_S\), ainsi que l’égalité, déterminent un morphisme de sites \[a_S : (\Sch/S)_h \longrightarrow S_\etale\]
Lemme
Avec les notations ci-dessus. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de \((\Sch/S)_h\). Il existe alors des diagrammes commutatifs de topos \[\xymatrix{ \Sh((\Sch/X)_h) \ar[rr]_{f_{big, h}} \ar[d]_{\epsilon_X} & & \Sh((\Sch/Y)_h) \ar[d]^{\epsilon_Y} \\ \Sh((\Sch/X)_\etale) \ar[rr]^{f_{big, \etale}} & & \Sh((\Sch/Y)_\etale) }\] et \[\xymatrix{ \Sh((\Sch/X)_h) \ar[rr]_{f_{big, h}} \ar[d]_{a_X} & & \Sh((\Sch/Y)_h) \ar[d]^{a_Y} \\ \Sh(X_\etale) \ar[rr]^{f_{small}} & & \Sh(Y_\etale) }\] avec \(a_X = \pi_X \circ \epsilon_X\) et \(a_Y = \pi_Y \circ \epsilon_Y\).
Démonstration
La commutativité des diagrammes découle de la discussion de la section 03FE de Topologies.
Lemme
Dans le lemme 0EW9, si \(f\) est propre, alors nous avons \(a_Y^{-1} \circ f_{small, *} = f_{big, h, *} \circ a_X^{-1}\).
Démonstration
On peut le démontrer en répétant la démonstration de la partie (1) du lemme 0DDJ; nous allons plutôt l’en déduire. Comme \(\epsilon_{Y, *}\) est le foncteur identité sur les préfaisceaux sous-jacents, il reflète les isomorphismes. La description du lemme 0EW8 montre que \(\epsilon_{Y, *} \circ a_Y^{-1} = \pi_Y^{-1}\), et de même pour \(X\). Pour montrer que le morphisme canonique \(a_Y^{-1}f_{small, *}\mathcal{F} \to f_{big, h, *}a_X^{-1}\mathcal{F}\) est un isomorphisme, il suffit de montrer que \[\begin{align*} \pi_Y^{-1}f_{small, *}\mathcal{F} & = \epsilon_{Y, *}a_Y^{-1}f_{small, *}\mathcal{F} \\ & \to \epsilon_{Y, *}f_{big, h, *}a_X^{-1}\mathcal{F} \\ & = f_{big, \etale, *} \epsilon_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} \\ & = f_{big, \etale, *}\pi_X^{-1}\mathcal{F} \end{align*}\] est un isomorphisme. C’est la partie (1) du lemme 0DDJ.
Lemme
Considérons le morphisme de comparaison \(\epsilon : (\Sch/S)_h \to (\Sch/S)_\etale\). Soit \(\mathcal{P}\) la classe des morphismes propres. Pour \(X \in (\Sch/S)_\etale\), notons \(\mathcal{A}'_X \subset \textit{Ab}((\Sch/X)_\etale)\) la sous-catégorie pleine formée des faisceaux de la forme \(\pi_X^{-1}\mathcal{F}\), où \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\). Alors les propriétés de Cohomologie sur les sites (0EZ4), (0EZ5), (0EZ6), (0EZ7) et (0EZ8) de la situation de Cohomologie sur les sites 0EZ3 sont satisfaites.
Démonstration
Montrons d’abord que \(\mathcal{A}'_X \subset \textit{Ab}((\Sch/X)_\etale)\) est une sous-catégorie de Serre faible en vérifiant les conditions (1), (2), (3) et (4) du lemme 0754 d’Homology. Les parties (1), (2), (3) sont immédiates, car \(\pi_X^{-1}\) est exact et pleinement fidèle, par exemple par le lemme 0DDI. Si \(0 \to \pi_X^{-1}\mathcal{F} \to \mathcal{G} \to \pi_X^{-1}\mathcal{F}' \to 0\) est une suite exacte courte dans \(\textit{Ab}((\Sch/X)_\etale)\), alors \(0 \to \mathcal{F} \to \pi_{X, *}\mathcal{G} \to \mathcal{F}' \to 0\) est exacte par le lemme 0DDI. Nous voyons en particulier que \(\pi_{X, *}\mathcal{G}\) est un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\). Ainsi, \(\mathcal{G} = \pi_X^{-1}\pi_{X, *}\mathcal{G}\) appartient à \(\mathcal{A}'_X\), ce qui vérifie la dernière condition.
La propriété (0EZ4) de Cohomologie sur les sites vaut par l’existence des produits fibrés de schémas, le fait que le changement de base d’un morphisme propre de schémas est un morphisme propre de schémas; voir le lemme 01W4 de Morphismes; et le fait que le changement de base d’un morphisme de présentation finie est un morphisme de présentation finie; voir le lemme 01TS de Morphismes.
La propriété (0EZ5) de Cohomologie sur les sites découle du diagramme commutatif (3) du lemme 021I de Topologies.
La propriété (0EZ6) de Cohomologie sur les sites est le lemme 0EW8.
La propriété (0EZ7) de Cohomologie sur les sites vaut par la partie (2) du lemme 0DDJ et le fait que \(R^if_{small,*}\mathcal{F}\) est de torsion si \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\); voir le lemme 0DDD.
La propriété (0EZ8) de Cohomologie sur les sites découle du lemme de Compléments sur les morphismes 0DET combiné au fait qu’un morphisme fini localement libre surjectif est surjectif, propre et de présentation finie, et définit donc un recouvrement h par le lemme de Compléments sur la platitude 0ETW.
Lemme
Avec les notations ci-dessus.
Pour \(X \in \Ob((\Sch/S)_{h})\) et un faisceau abélien de torsion \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\), nous avons \(\epsilon_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} = \pi_X^{-1}\mathcal{F}\) et \(R^i\epsilon_{X, *}(a_X^{-1}\mathcal{F}) = 0\) pour \(i > 0\).
Pour un morphisme propre \(f : X \to Y\) dans \((\Sch/S)_h\) et un faisceau abélien de torsion \(\mathcal{F}\) sur \(X\), nous avons \(a_Y^{-1}(R^if_{small, *}\mathcal{F}) = R^if_{big, h, *}(a_X^{-1}\mathcal{F})\) pour tout \(i\).
Pour un schéma \(X\) et \(K \in D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion, le morphisme \(\pi_X^{-1}K \to R\epsilon_{X, *}(a_X^{-1}K)\) est un isomorphisme.
Pour un morphisme propre \(f : X \to Y\) de schémas et \(K \in D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion, nous avons \(a_Y^{-1}(Rf_{small, *}K) = Rf_{big, h, *}(a_X^{-1}K)\).
Démonstration
Par le lemme 0F0J, tous les lemmes de la section 0EZ1 de Cohomologie sur les sites s’appliquent à notre situation. Pour traduire les résultats, remarquons que la catégorie \(\mathcal{A}_X\) du lemme 0EZ9 de Cohomologie sur les sites est la sous-catégorie pleine de \(\textit{Ab}((\Sch/X)_h)\) formée des faisceaux de la forme \(a_X^{-1}\mathcal{F}\), où \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien de torsion sur \(X_\etale\).
La partie (1) équivaut à \((V_n)\) pour tout \(n\), ce qui vaut par le lemme 0EZF de Cohomologie sur les sites.
La partie (2) découle de l’application de \(\epsilon_Y^{-1}\) à la conclusion du lemme 0EZA de Cohomologie sur les sites.
La partie (3) découle de la partie (1) du lemme de Cohomologie sur les sites 0EZF, car \(\pi_X^{-1}K\) appartient à \(D^+_{\mathcal{A}'_X}((\Sch/X)_\etale)\) et \(a_X^{-1} = \epsilon_X^{-1} \circ \pi_X^{-1}\).
La partie (4) découle de la partie (2) du lemme de Cohomologie sur les sites 0EZF, pour la même raison.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Pour \(K \in D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion, le morphisme \[K \longrightarrow Ra_{X, *}a_X^{-1}K\] est un isomorphisme, où \(a_X : \Sh((\Sch/X)_h) \to \Sh(X_\etale)\) est comme ci-dessus.
Démonstration
Nous nous ramenons d’abord au cas où \(K\) est donné par un unique faisceau abélien. Représentons en effet \(K\) par un complexe borné inférieurement \(\mathcal{F}^\bullet\) de faisceaux abéliens de torsion. C’est possible par le lemme de Cohomologie sur les sites 0DD7. Le cas d’un faisceau montre que \(\mathcal{F}^n = a_{X, *} a_X^{-1} \mathcal{F}^n\) et que les faisceaux \(R^qa_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F}^n\) sont nuls pour \(q > 0\). Le lemme d’acyclicité de Leray (lemme 015E de Catégories dérivées), appliqué à \(a_X^{-1}\mathcal{F}^\bullet\) et au foncteur \(a_{X, *}\), permet de conclure. Supposons désormais \(K = \mathcal{F}\), où \(\mathcal{F}\) est un faisceau abélien de torsion.
Par le lemme 0EW8, nous avons \(a_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} = \mathcal{F}\). Il suffit donc de montrer que \(R^qa_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} = 0\) pour \(q > 0\). Pour cela, nous pouvons employer \(a_X = \pi_X \circ \epsilon_X\) et la suite spectrale de Leray (lemme 0734 de Cohomologie sur les sites). Par le lemme 0EWF, nous avons \(R^i\epsilon_{X, *}(a_X^{-1}\mathcal{F}) = 0\) pour \(i > 0\) et \(\epsilon_{X, *}a_X^{-1}\mathcal{F} = \pi_X^{-1}\mathcal{F}\). Par le lemme 0DDI, nous avons \(R^j\pi_{X, *}(\pi_X^{-1}\mathcal{F}) = 0\) pour \(j > 0\). Cela achève la démonstration.
Lemme
Pour un schéma \(X\) et \(a_X : \Sh((\Sch/X)_h) \to \Sh(X_\etale)\) comme ci-dessus :
\(H^q(X_\etale, \mathcal{F}) = H^q_h(X, a_X^{-1}\mathcal{F})\) pour un faisceau abélien de torsion \(\mathcal{F}\) sur \(X_\etale\),
\(H^q(X_\etale, K) = H^q_h(X, a_X^{-1}K)\) pour \(K \in D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion.
Exemple : si \(A\) est un groupe abélien de torsion, alors \(H^q_\etale(X, \underline{A}) = H^q_h(X, \underline{A})\).
Démonstration
Cela découle du lemme 0EWG par la remarque 08J6 de Cohomologie sur les sites.
Descente des faisceaux étales
Nous démontrons que les faisceaux étales se recollent pour les topologies fppf et h, ainsi que des résultats voisins. Nous avons déjà établi les résultats connexes suivants :
le lemme 09XN affirme qu’un faisceau sur le petit site étale d’un schéma \(S\) détermine un faisceau sur le grand site étale de \(S\) satisfaisant la condition de faisceau pour les recouvrements fpqc (et a fortiori pour les recouvrements de Zariski, étales, lisses, syntomiques et fppf);
le lemme 0DDL reformule le point précédent pour la topologie fppf;
le lemme 0DDW établit le même résultat pour la topologie ph;
le lemme 0EW8 établit le même résultat pour la topologie h;
le lemme 0DEU est une version de la descente fppf pour les faisceaux étales; et
la remarque 09Z3 affirme que les faisceaux étales descendent par les morphismes finis surjectifs (nous allons préciser et renforcer ce résultat ci-dessous).
Dans le chapitre sur les espaces simpliciaux, nous démontrerons d’autres résultats à ce sujet; voir par exemple les sections de Espaces simpliciaux 0DH4 et 0DHI.
Pour énoncer commodément nos résultats, introduisons quelques notations. Soit \(\mathcal{U} = \{f_i : X_i \to X\}\) une famille de morphismes de schémas de but fixé. Une donnée de descente pour les faisceaux étales relativement à \(\mathcal{U}\) est une famille \(((\mathcal{F}_i)_{i \in I}, (\varphi_{ij})_{i, j \in I})\), où
\(\mathcal{F}_i\) appartient à \(\Sh(X_{i, \etale})\); et
\(\varphi_{ij} : \text{pr}_{0, small}^{-1} \mathcal{F}_i \longrightarrow \text{pr}_{1, small}^{-1} \mathcal{F}_j\) est un isomorphisme dans \(\Sh((X_i \times_X X_j)_\etale)\).
On exige la condition de cocycle : les diagrammes \[\xymatrix{ \text{pr}_{0, small}^{-1}\mathcal{F}_i \ar[dr]_{\text{pr}_{02, small}^{-1}\varphi_{ik}} \ar[rr]^{\text{pr}_{01, small}^{-1}\varphi_{ij}} & & \text{pr}_{1, small}^{-1}\mathcal{F}_j \ar[dl]^{\text{pr}_{12, small}^{-1}\varphi_{jk}} \\ & \text{pr}_{2, small}^{-1}\mathcal{F}_k }\] commutent dans \(\Sh((X_i \times_X X_j \times_X X_k)_\etale)\). On dispose d’une notion évidente de morphisme de données de descente, et l’on obtient une catégorie de données de descente. Une donnée de descente \(((\mathcal{F}_i)_{i \in I}, (\varphi_{ij})_{i, j \in I})\) est dite effective s’il existe un objet \(\mathcal{F}\) de \(\Sh(X_\etale)\) et des isomorphismes \(\varphi_i : f_{i, small}^{-1} \mathcal{F} \to \mathcal{F}_i\) dans \(\Sh(X_{i, \etale})\), compatibles aux \(\varphi_{ij}\), c’est-à-dire tels que \[\varphi_{ij} = \text{pr}_{1, small}^{-1} (\varphi_j) \circ \text{pr}_{0, small}^{-1} (\varphi_i^{-1})\] On peut également formuler cela comme suit. Tout objet \(\mathcal{F}\) de \(\Sh(X_\etale)\) fournit la donnée de descente canonique \((f_{i, small}^{-1}\mathcal{F}, c_{ij})\), où \(c_{ij}\) est l’isomorphisme canonique \[c_{ij} : \text{pr}_{0, small}^{-1} f_{i, small}^{-1}\mathcal{F} \longrightarrow \text{pr}_{1, small}^{-1} f_{j, small}^{-1}\mathcal{F}\] La donnée de descente \(((\mathcal{F}_i)_{i \in I}, (\varphi_{ij})_{i, j \in I})\) est effective si et seulement si elle est isomorphe à la donnée de descente canonique associée à un certain \(\mathcal{F}\) de \(\Sh(X_\etale)\).
Si la famille est réduite à un seul morphisme \(\{X \to Y\}\), nous voyons une donnée de descente comme un couple \((\mathcal{F}, \varphi)\), où \(\mathcal{F}\) est un objet de \(\Sh(X_\etale)\) et \(\varphi\) un isomorphisme \[\text{pr}_{0, small}^{-1} \mathcal{F} \longrightarrow \text{pr}_{1, small}^{-1} \mathcal{F}\] dans \(\Sh((X \times_Y X)_\etale)\) satisfaisant la condition de cocycle : \[\xymatrix{ \text{pr}_{0, small}^{-1}\mathcal{F} \ar[dr]_{\text{pr}_{02, small}^{-1}\varphi} \ar[rr]^{\text{pr}_{01, small}^{-1}\varphi} & & \text{pr}_{1, small}^{-1}\mathcal{F} \ar[dl]^{\text{pr}_{12, small}^{-1}\varphi} \\ & \text{pr}_{2, small}^{-1}\mathcal{F} }\] commute dans \(\Sh((X \times_Y X \times_Y X)_\etale)\). Les notions de morphisme de données de descente et d’effectivité sont exactement celles données ci-dessus.
Nous démontrons d’abord la descente effective pour les morphismes entiers surjectifs.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas qui possède une section. Alors le foncteur \[\Sh(Y_\etale) \longrightarrow \text{données de descente pour les faisceaux étales relativement à }\{X \to Y\}\] qui associe à \(\mathcal{G}\) dans \(\Sh(Y_\etale)\) sa donnée de descente canonique est une équivalence de catégories.
Démonstration
C’est formel et ne dépend que de la fonctorialité des foncteurs d’image inverse. Nous omettons les détails. Indication : si \(s : Y \to X\) est une section, un quasi-inverse est le foncteur qui associe à \((\mathcal{F}, \varphi)\) l’objet \(s_{small}^{-1}\mathcal{F}\).
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme entier surjectif de schémas. Le foncteur \[\Sh(Y_\etale) \longrightarrow \text{données de descente pour les faisceaux étales relativement à }\{X \to Y\}\] est une équivalence de catégories.
Démonstration
Dans cette démonstration, nous omettons l’indice \({}_{small}\) de nos foncteurs d’image inverse et d’image directe. Notons \(X_1 = X \times_Y X\) et notons \(f_1 : X_1 \to Y\) le morphisme \(f \circ \text{pr}_0 = f \circ \text{pr}_1\). Soit \((\mathcal{F}, \varphi)\) une donnée de descente pour \(\{X \to Y\}\). Posons \(\mathcal{F}_1 = \text{pr}_0^{-1}\mathcal{F}\). Nous pouvons voir \(\varphi\) comme définissant un isomorphisme \(\mathcal{F}_1 \to \text{pr}_1^{-1}\mathcal{F}\). Nous affirmons que la règle qui associe à une donnée de descente \((\mathcal{F}, \varphi)\) le faisceau \[\mathcal{G} = \text{Égalisateur}\left( \xymatrix{ f_*\mathcal{F} \ar@<1ex>[r] \ar@<-1ex>[r] & f_{1, *}\mathcal{F}_1 } \right)\] est un quasi-inverse du foncteur de l’énoncé du lemme. Le premier des deux morphismes provient du morphisme \[f_*\mathcal{F} \to f_*\text{pr}_{0, *}\text{pr}_0^{-1}\mathcal{F} = f_{1, *}\mathcal{F}_1\] et le second provient du morphisme \[f_*\mathcal{F} \to f_* \text{pr}_{1, *}\text{pr}_1^{-1}\mathcal{F} \xleftarrow{\varphi} f_* \text{pr}_{0, *} \text{pr}_0^{-1}\mathcal{F} = f_{1, *}\mathcal{F}_1\] où le morphisme dirigé vers la gauche est inversible. Pour justifier cette construction, il faut montrer que le morphisme canonique \(f^{-1}\mathcal{G} \to \mathcal{F}\) est un isomorphisme; nous omettons les détails. Pour ce faire, il suffit de le vérifier après image inverse par une collection de morphismes \(\Spec(k) \to Y\), où \(k\) est un corps algébriquement clos. En effet, les changements de base correspondants \(X_k \to X\) sont conjointement surjectifs, et l’on peut vérifier qu’un morphisme de faisceaux sur \(X_\etale\) est un isomorphisme en examinant ses fibres aux points géométriques; voir le théorème 03PU. Par le lemme 0EYP, la construction de \(\mathcal{G}\) à partir de la donnée de descente \((\mathcal{F}, \varphi)\) commute à tout changement de base. Nous pouvons donc supposer que \(Y\) est le spectre d’un corps algébriquement clos (remarquons que le changement de base préserve les propriétés du morphisme \(f\); voir les lemmes de Morphismes 01S1 et 01WL). Dans ce cas, le morphisme \(X \to Y\) possède une section, et nous savons donc, par le lemme 0GEY, que le foncteur est une équivalence. Or le lecteur peut vérifier que le foncteur est une équivalence si et seulement si la construction ci-dessus est un quasi-inverse; nous omettons les détails. Cela achève la démonstration.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre surjectif de schémas. Le foncteur \[\Sh(Y_\etale) \longrightarrow \text{données de descente pour les faisceaux étales relativement à }\{X \to Y\}\] est une équivalence de catégories.
Démonstration
La démonstration du lemme 0GEZ s’applique mot pour mot, si ce n’est que l’emploi du lemme 0EYP doit être remplacé par celui du lemme 0A3U.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(Z \to Y\) un morphisme entier surjectif de schémas ou un morphisme propre surjectif de schémas. Si les foncteurs \[\Sh(Z_\etale) \longrightarrow \text{données de descente pour les faisceaux étales relativement à }\{X \times_Y Z \to Z\}\] et \[\Sh((Z \times_Y Z)_\etale) \longrightarrow \text{données de descente pour les faisceaux étales relativement à } \{X \times_Y (Z \times_Y Z) \to Z \times_Y Z\}\] sont des équivalences de catégories, alors \[\Sh(Y_\etale) \longrightarrow \text{données de descente pour les faisceaux étales relativement à }\{X \to Y\}\] est une équivalence.
Démonstration
C’est une conséquence formelle des définitions et des lemmes 0GEZ et 0GF0. Nous omettons les détails.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas surjectif, plat et localement de présentation finie. Le foncteur \[\Sh(Y_\etale) \longrightarrow \text{données de descente pour les faisceaux étales relativement à }\{X \to Y\}\] est une équivalence de catégories.
Démonstration
Exactement comme dans la démonstration du lemme 0GEZ, nous affirmons qu’un quasi-inverse est le foncteur qui associe à \((\mathcal{F}, \varphi)\) le faisceau \[\mathcal{G} = \text{Égalisateur}\left( \xymatrix{ f_*\mathcal{F} \ar@<1ex>[r] \ar@<-1ex>[r] & f_{1, *}\mathcal{F}_1 } \right)\] et, pour le démontrer, il suffit de montrer que \(f^{-1}\mathcal{G} \to \mathcal{F}\) est un isomorphisme. Cette propriété se vérifie localement; nous pouvons donc supposer, et supposons, \(Y\) affine. Il existe alors un morphisme fini surjectif \(Z \to Y\) et un recouvrement ouvert \(Z = \bigcup W_i\) tels que \(W_i \to Y\) se factorise par \(X\). Voir le lemme 0CP0 de Compléments sur les morphismes. En appliquant le lemme 0GF1 nous voyons qu’il suffit de démontrer le lemme après avoir remplacé \(Y\) par \(Z\) et \(Z \times_Y Z\), et \(f\) par son changement de base. Nous pouvons donc supposer que \(f\) possède localement des sections pour Zariski. Puisque le problème est local sur \(Y\), nous nous ramenons alors au cas où nous disposons d’une section, lequel est le lemme 0GEY.
Lemme
Soit \(\{f_i : X_i \to X\}\) un recouvrement fppf de schémas. Le foncteur \[\Sh(X_\etale) \longrightarrow \text{données de descente pour les faisceaux étales relativement à }\{f_i : X_i \to X\}\] est une équivalence de catégories.
Démonstration
Appliquons le lemme 0GF2 au morphisme \(f : \coprod X_i \to X\). Un argument formel montre alors que les données de descente pour \(f\) sont les mêmes que les données de descente pour le recouvrement; comparer avec le lemme 023X de Descente. Nous omettons les détails.
Lemme
Soit \(f : X' \to X\) un morphisme propre de schémas. Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée. Posons \(E = Z \times_X X'\). Voici le diagramme : \[\xymatrix{ E \ar[d]_g \ar[r]_j & X' \ar[d]^f \\ Z \ar[r]^i & X }\] Si \(f\) est un isomorphisme au-dessus de \(X \setminus Z\), alors le foncteur \[\Sh(X_\etale) \longrightarrow \Sh(X'_\etale) \times_{\Sh(E_\etale)} \Sh(Z_\etale)\] est une équivalence de catégories.
Démonstration
Nous travaillons avec le \(2\)-produit fibré de catégories construit dans l’exemple 003R de Catégories. Le foncteur associe à \(\mathcal{F}\) le triplet \((f^{-1}\mathcal{F}, i^{-1}\mathcal{F}, c)\), où \(c : j^{-1}f^{-1}\mathcal{F} \to g^{-1}i^{-1}\mathcal{F}\) est l’isomorphisme canonique. Construisons un foncteur quasi-inverse. Soit \((\mathcal{F}', \mathcal{G}, \alpha)\) un objet du membre de droite de la flèche. Nous obtenons un isomorphisme \[i^{-1}f_*\mathcal{F}' = g_*j^{-1}\mathcal{F}' \xrightarrow{g_*\alpha} g_*g^{-1}\mathcal{G}\] La première égalité est le lemme 0A3U. Nous en déduisons des morphismes \(i_*\mathcal{G} \to i_*g_*g^{-1}\mathcal{G}\) et \(f_*\mathcal{F}' \to i_*g_*g^{-1}\mathcal{G}\). Posons \[\mathcal{F} = f_*\mathcal{F}' \times_{i_*g_*g^{-1}\mathcal{G}} i_*\mathcal{G}\] Nous affirmons que \(\mathcal{F}\) est un objet du membre de gauche de la flèche, dont l’image dans le membre de droite est isomorphe au triplet initial. Calculons la fibre de \(\mathcal{F}\) en un point géométrique \(\overline{x}\) de \(X\).
Si \(\overline{x}\) n’appartient pas à \(Z\), alors, d’une part, \(\overline{x}\) provient d’un unique point géométrique \(\overline{x}'\) de \(X'\) et \(\mathcal{F}'_{\overline{x}'} = (f_*\mathcal{F}')_{\overline{x}}\) et, d’autre part, \((i_*\mathcal{G})_{\overline{x}}\) et \((i_*g_*g^{-1}\mathcal{G})_{\overline{x}}\) sont des singletons. Nous voyons donc que \(\mathcal{F}_{\overline{x}}\) est égal à \(\mathcal{F}'_{\overline{x}'}\).
Si \(\overline{x}\) appartient à \(Z\), c’est-à-dire si \(\overline{x}\) est l’image d’un point géométrique \(\overline{z}\) de \(Z\), alors nous obtenons \((i_*\mathcal{G})_{\overline{x}} = \mathcal{G}_{\overline{z}}\) et \[(i_*g_*g^{-1}\mathcal{G})_{\overline{x}} = (g_*g^{-1}\mathcal{G})_{\overline{z}} = \Gamma(E_{\overline{z}}, g^{-1}\mathcal{G}|_{E_{\overline{z}}})\] (par le changement de base propre pour l’image directe employé ci-dessus), et de même \[(f_*\mathcal{F}')_{\overline{x}} = \Gamma(X'_{\overline{x}}, \mathcal{F}'|_{X'_{\overline{x}}})\] Puisque nous avons l’identification \(E_{\overline{z}} = X'_{\overline{x}}\) et que \(\alpha\) définit un isomorphisme entre les faisceaux \(\mathcal{F}'|_{X'_{\overline{x}}}\) et \(g^{-1}\mathcal{G}|_{E_{\overline{z}}}\) nous en déduisons \[\mathcal{F}_{\overline{x}} = \mathcal{G}_{\overline{z}}\] dans ce cas.
Pour achever la démonstration, observons qu’il existe des morphismes canoniques \(i^{-1}\mathcal{F} \to \mathcal{G}\) et \(f^{-1}\mathcal{F} \to \mathcal{F}'\) compatibles avec \(\alpha\) et induisent sur les fibres les isomorphismes obtenus ci-dessus. Nous omettons la construction détaillée de ces morphismes.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Alors la catégorie fibrée \[p : \mathcal{S} \longrightarrow (\Sch/S)_h\] dont la catégorie fibre au-dessus de \(U\) est la catégorie \(\Sh(U_\etale)\) des faisceaux sur le petit site étale de \(U\) est un champ.
Démonstration
Pour démontrer le lemme, nous vérifions les conditions (1), (2) et (3) du lemme 0EX9 de Compléments sur la platitude.
La condition (1) vaut parce que les faisceaux se recollent (et que les recouvrements de Zariski sont des recouvrements étales). Voir le lemme 04TR de Sites.
Pour vérifier la condition (2), supposons que \(f : X \to Y\) soit un morphisme surjectif, plat, propre et de présentation finie sur \(S\), avec \(Y\) affine. Nous avons alors la descente pour \(\{X \to Y\}\), soit par le lemme 0GF2, soit par le lemme 0GF0.
La condition (3) découle immédiatement du résultat plus général qu’est le lemme 0GF4.
Carrés d’éclatement et cohomologie étale
Les carrés d’éclatement sont introduits dans la section 0EW0 de Compléments sur la platitude. Le théorème de changement de base propre permet d’obtenir un résultat de type Mayer–Vietoris pour les carrés d’éclatement.
Lemme
Soit \(X\) un schéma et soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé défini par un idéal quasi-cohérent de type fini. Considérons le carré d’éclatement correspondant \[\xymatrix{ E \ar[d]_\pi \ar[r]_j & X' \ar[d]^b \\ Z \ar[r]^i & X }\] Pour \(K \in D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion, nous avons un triangle distingué \[K \to Ri_*(K|_Z) \oplus Rb_*(K|_{X'}) \to Rc_*(K|_E) \to K[1]\] dans \(D(X_\etale)\), où \(c = i \circ \pi = b \circ j\).
Démonstration
La notation \(K|_{X'}\) désigne \(b_{small}^{-1}K\). Choisissons un complexe borné inférieurement \(\mathcal{F}^\bullet\) de faisceaux abéliens représentant \(K\). Remarquons que \(i_*(\mathcal{F}^\bullet|_Z)\) représente \(Ri_*(K|_Z)\), car \(i_*\) est exact (proposition 03QP). Choisissons un quasi-isomorphisme \(b_{small}^{-1}\mathcal{F}^\bullet \to \mathcal{I}^\bullet\) où \(\mathcal{I}^\bullet\) est un complexe borné inférieurement de faisceaux abéliens injectifs sur \(X'_\etale\). Ce morphisme est adjoint à un morphisme \(\mathcal{F}^\bullet \to b_*(\mathcal{I}^\bullet)\), et \(b_*(\mathcal{I}^\bullet)\) représente \(Rb_*(K|_{X'})\). Nous avons \(\pi_*(\mathcal{I}^\bullet|_E) = (b_*\mathcal{I}^\bullet)|_Z\) par le lemme 0A3U, et, par le lemme 0DDE, ce complexe représente \(R\pi_*(K|_E)\). Par conséquent, le morphisme \[Ri_*(K|_Z) \oplus Rb_*(K|_{X'}) \to Rc_*(K|_E)\] est représenté par le morphisme surjectif de complexes bornés inférieurement \[i_*(\mathcal{F}^\bullet|_Z) \oplus b_*(\mathcal{I}^\bullet) \to i_*\left(b_*(\mathcal{I}^\bullet)|_Z\right)\] Pour obtenir le triangle distingué cherché, il suffit de montrer que le morphisme canonique \(\mathcal{F}^\bullet \to i_*(\mathcal{F}^\bullet|_Z) \oplus b_*(\mathcal{I}^\bullet)\) induit un quasi-isomorphisme sur le noyau du morphisme de complexes affiché ci-dessus (en effet, une suite exacte courte de complexes détermine un triangle distingué dans la catégorie dérivée; voir la section 014Z de Catégories dérivées). On peut le vérifier sur les fibres en un point géométrique \(\overline{x}\) de \(X\). Si \(\overline{x}\) n’appartient pas à \(Z\), alors \(X' \to X\) est un isomorphisme au-dessus d’un voisinage ouvert de \(\overline{x}\). Si \(\overline{x}'\) désigne le point géométrique correspondant de \(X'\) dans ce cas, il faut donc montrer que \[\mathcal{F}^\bullet_{\overline{x}} \to \mathcal{I}^\bullet_{\overline{x}'}\] est un quasi-isomorphisme. Cela résulte du choix de \(\mathcal{I}^\bullet\). Si \(\overline{x}\) appartient à \(Z\), alors \(b_*(\mathcal{I}^\bullet)_{\overline{x}} \to i_*\left(b_*(\mathcal{I}^\bullet)|_Z\right)_{\overline{x}}\) est un isomorphisme de complexes de groupes abéliens. Le noyau est donc égal à \(i_*(\mathcal{F}^\bullet|_Z)_{\overline{x}} = \mathcal{F}^\bullet_{\overline{x}}\), comme voulu.
Lemme
Soit \(X\) un schéma et soit \(K \in D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé défini par un idéal quasi-cohérent de type fini. Considérons le carré d’éclatement correspondant \[\xymatrix{ E \ar[d] \ar[r] & X' \ar[d]^b \\ Z \ar[r] & X }\] Il existe alors une suite exacte longue canonique \[H^p_\etale(X, K) \to H^p_\etale(X', K|_{X'}) \oplus H^p_\etale(Z, K|_Z) \to H^p_\etale(E, K|_E) \to H^{p + 1}_\etale(X, K)\]
Démonstration
Cela découle immédiatement du lemme 0EW5 et de l’égalité \[R\Gamma(X, Rb_*(K|_{X'})) = R\Gamma(X', K|_{X'})\] (voir la section 072X de Cohomologie sur les sites), ainsi que des égalités analogues pour les autres termes.
Démonstration
Par le lemme 0DE6, ces groupes de cohomologie sont ceux de \(X, X', E, Z\) à valeurs dans un certain complexe de faisceaux abéliens sur le site \((\Sch/X)_{ph}\). (Il s’agit de l’objet \(a_X^{-1}K\) de la catégorie dérivée; voir le lemme 0DDW ci-dessus et rappelons que \(K|_{X'} = b_{small}^{-1}K\).) Par le lemme 0EW1 de Compléments sur la platitude, le faisceau ph associé au diagramme de préfaisceaux représentables est cocartésien. Le lemme découle donc du résultat très général qu’est le lemme 0EVY de Cohomologie sur les sites, appliqué au site \((\Sch/X)_{ph}\) et au diagramme commutatif du lemme.
Lemme
Soit \(X\) un schéma et soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé défini par un idéal quasi-cohérent de type fini. Considérons le carré d’éclatement correspondant \[\xymatrix{ E \ar[d]_\pi \ar[r]_j & X' \ar[d]^b \\ Z \ar[r]^i & X }\] Supposons donnés
un objet \(K'\) de \(D^+(X'_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion;
un objet \(L\) de \(D^+(Z_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion; et
un isomorphisme \(\gamma : K'|_E \to L|_E\).
Il existe alors un objet \(K\) de \(D^+(X_\etale)\) et des isomorphismes \(f : K|_{X'} \to K'\), \(g : K|_Z \to L\) tels que \(\gamma = g|_E \circ f^{-1}|_E\). De plus, supposons donnés
un objet \(M\) de \(D^+(X_\etale)\) à faisceaux de cohomologie de torsion;
un morphisme \(\alpha : K' \to M|_{X'}\) de \(D(X'_\etale)\);
un morphisme \(\beta : L \to M|_Z\) de \(D(Z_\etale)\);
tels que \[\alpha|_E = \beta|_E \circ \gamma.\] Alors il existe un morphisme \(K \to M\) dans \(D(X_\etale)\) dont la restriction à \(X'\) est \(\alpha \circ f\) et dont la restriction à \(Z\) est \(\beta \circ g\).
Démonstration
Si \(K\) existe, le lemme 0EW5 donne un triangle distingué dans lequel il s’insère. Choisissons donc simplement un triangle distingué \[K \to Ri_*(L) \oplus Rb_*(K') \to Rc_*(L|_E) \to K[1]\] où \(c = i \circ \pi = b \circ j\). Ici, le morphisme \(Ri_*(L) \to Rc_*(L|_E)\) est l’image par \(Ri_*\) du morphisme d’adjonction \(L \to R\pi_*(L|_E)\). Le morphisme \(Rb_*(K') \to Rc_*(L|_E)\) est la composée du morphisme canonique \(Rb_*(K') \to Rc_*(K'|_E)\) et de \(Rc_*(\gamma)\). Les morphismes \(g\) et \(f\) de l’énoncé du lemme sont les adjoints de ces morphismes. Si l’on restreint ce triangle distingué à \(Z\), alors le morphisme \(Rb_*(K') \to Rc_*(L|_E)\) devient un isomorphisme par le théorème de changement de base (lemme 0DDE), et donc le morphisme \(g : K|_Z \to L\) est un isomorphisme. L’examen du triangle distingué montre que \(f : K|_{X'} \to K'\) est un isomorphisme au-dessus de \(X' \setminus E = X \setminus Z\). De plus, nous avons \(\gamma \circ f|_E = g|_E\) par construction. Comme \(\gamma\) et \(g\) sont des isomorphismes, nous en déduisons que \(f\) induit également des isomorphismes sur les fibres aux points géométriques de \(E\). Ainsi, \(f\) est un isomorphisme.
Pour la dernière assertion, on peut remplacer \(K'\) par \(K|_{X'}\), \(L\) par \(K|_Z\) et \(\gamma\) par l’identification canonique. Observons que \(\alpha\) et \(\beta\) induisent un carré commutatif \[\xymatrix{ K \ar[r] \ar@{..>}[d] & Ri_*(K|_Z) \oplus Rb_*(K|_{X'}) \ar[r] \ar[d]_{\beta \oplus \alpha} & Rc_*(K|_E) \ar[r] \ar[d]_{\alpha|_E} & K[1] \ar@{..>}[d] \\ M \ar[r] & Ri_*(M|_Z) \oplus Rb_*(M|_{X'}) \ar[r] & Rc_*(M|_E) \ar[r] & M[1] }\] Les axiomes d’une catégorie dérivée fournissent donc une flèche pointillée qui définit un morphisme de triangles distingués.
Carrés presque d’éclatement et topologie h
Dans cette section, nous poursuivons la discussion de la section 0EV4 de Compléments sur la platitude. Pour la commodité du lecteur, rappelons qu’un carré presque d’éclatement est un diagramme commutatif [0EWM]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ E \ar[d] \ar[r] & X' \ar[d]^b \\ Z \ar[r] & X } } \end{equation}\] de schémas satisfaisant les conditions suivantes :
\(Z \to X\) est une immersion fermée de présentation finie;
\(E = b^{-1}(Z)\) est un sous-schéma fermé localement principal de \(X'\);
\(b\) est propre et de présentation finie;
le sous-schéma fermé \(X'' \subset X'\) défini par l’idéal quasi-cohérent des sections de \(\mathcal{O}_{X'}\) à support dans \(E\) (lemme 07ZP de Propriétés) est l’éclatement de \(X\) le long de \(Z\).
Il s’ensuit que le morphisme \(b\) induit un isomorphisme \(X' \setminus E \to X \setminus Z\).
Nous allons donner un critère caractérisant le « caractère de faisceau h » des objets de la catégorie dérivée du grand site fppf \((\Sch/S)_{fppf}\) d’un schéma \(S\). Sur la même catégorie sous-jacente, nous disposons d’une seconde topologie, à savoir la topologie h (section 0ETQ de Compléments sur la platitude). Rappelons que les recouvrements fppf sont des recouvrements h (lemme 0ETV de Compléments sur la platitude). Nous pouvons donc considérer le morphisme \[\epsilon : (\Sch/S)_h \longrightarrow (\Sch/S)_{fppf}\] Voir la section 0EWK de Cohomologie sur les sites. En particulier, nous avons un foncteur pleinement fidèle \[R\epsilon_* : D((\Sch/S)_h) \longrightarrow D((\Sch/S)_{fppf})\] et nous pouvons demander : quelle est l’image essentielle de ce foncteur?
Lemme
Avec les notations ci-dessus, si \(K\) appartient à l’image essentielle de \(R\epsilon_*\), alors les morphismes \(c^K_{X, Z, X', E}\) du lemme 0F16 de Cohomologie sur les sites sont des quasi-isomorphismes.
Démonstration
Notons \({}^\#\) le passage au faisceau associé pour la topologie h. Nous avons vu dans le lemme 0EVD de Compléments sur la platitude que \(h_X^\# = h_Z^\# \amalg_{h_E^\#} h_{X'}^\#\). D’autre part, le morphisme \(h_E^\# \to h_{X'}^\#\) est injectif, car \(E \to X'\) est un monomorphisme. Ce lemme est donc un cas particulier du lemme 0F19 de Cohomologie sur les sites (qui est lui-même une conséquence formelle du lemme 0EVY de Cohomologie sur les sites).
Proposition
Soit \(K\) un objet de \(D^+((\Sch/S)_{fppf})\). Alors \(K\) appartient à l’image essentielle de \(R\epsilon_* : D((\Sch/S)_h) \to D((\Sch/S)_{fppf})\) si et seulement si \(c^K_{X, X', Z, E}\) est un quasi-isomorphisme pour tout carré presque d’éclatement (0EWM) dans \((\Sch/S)_h\) tel que \(X\) soit affine.
Démonstration
Cela résulte de l’application du lemme 0F18 de Cohomologie sur les sites, dont les hypothèses sont satisfaites par le lemme 0EWN et la proposition 0EVF de Compléments sur la platitude.
Lemme
Soit \(K\) un objet de \(D^+((\Sch/S)_{fppf})\). Alors \(K\) appartient à l’image essentielle de \(R\epsilon_* : D((\Sch/S)_h) \to D((\Sch/S)_{fppf})\) si et seulement si \(c^K_{X, X', Z, E}\) est un quasi-isomorphisme pour tout carré presque d’éclatement comme dans les exemples 0EVG et 0EVH.
Démonstration
Cela résulte de l’application du lemme 0F18 de Cohomologie sur les sites, dont les hypothèses sont satisfaites par le lemme 0EWN et le lemme 0EVI de Compléments sur la platitude.
Cohomologie du faisceau structural pour la topologie h
Soit \(p\) un nombre premier. Soit \((\mathcal{C}, \mathcal{O})\) un site annelé tel que \(p\mathcal{O} = 0\). Nous notons alors \(\colim_F \mathcal{O}\) la limite inductive, dans la catégorie des faisceaux d’anneaux, du système \[\mathcal{O} \xrightarrow{F} \mathcal{O} \xrightarrow{F} \mathcal{O} \xrightarrow{F} \ldots\] où \(F : \mathcal{O} \to \mathcal{O}\), \(f \mapsto f^p\), est l’endomorphisme de Frobenius.
Lemme
Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(S\) un schéma sur \(\mathbf{F}_p\). Considérons le faisceau \(\mathcal{O}^{perf} = \colim_F \mathcal{O}\) sur \((\Sch/S)_{fppf}\). Alors \(\mathcal{O}^{perf}\) appartient à l’image essentielle de \(R\epsilon_* : D((\Sch/S)_h) \to D((\Sch/S)_{fppf})\).
Démonstration
Nous employons le critère du lemme 0EWR. Avant d’en vérifier les conditions, remarquons que, pour un objet quasi-compact et quasi-séparé \(X\) de \((\Sch/S)_{fppf}\), nous avons \[H^i_{fppf}(X, \mathcal{O}^{perf}) = \colim_F H^i_{fppf}(X, \mathcal{O})\] Voir le lemme de Cohomologie sur les sites 0739. Nous emploierons également \(H^i_{fppf}(X, \mathcal{O}) = H^i(X, \mathcal{O})\); voir la proposition 03DW de Descente.
Soient \(A, f, J\) comme dans l’exemple 0EVG de Compléments sur la platitude, et considérons le carré presque d’éclatement associé. Puisque \(X\), \(X'\), \(Z\), \(E\) sont affines, la cohomologie supérieure de \(\mathcal{O}\) est nulle. Il suffit donc de vérifier que \[0 \to \mathcal{O}^{perf}(X) \to \mathcal{O}^{perf}(X') \oplus \mathcal{O}^{perf}(Z) \to \mathcal{O}^{perf}(E) \to 0\] est une suite exacte courte. Cela a été démontré dans (la démonstration du) lemme 0EVK de Compléments sur la platitude.
Soient \(X, X', Z, E\) comme dans l’exemple 0EVH de Compléments sur la platitude. Comme \(X\) et \(Z\) sont affines, nous avons \(H^i(X, \mathcal{O}_X) = H^i(Z, \mathcal{O}_Z) = 0\) pour \(i > 0\). Par le lemme 0EVJ de Compléments sur la platitude, nous avons \(H^i(X', \mathcal{O}_{X'}) = 0\) pour \(i > 0\). Comme \(E = \mathbf{P}^1_Z\) et que \(Z\) est affine, nous avons aussi \(H^i(E, \mathcal{O}_E) = 0\) pour \(i > 0\). Comme au paragraphe précédent, nous nous ramenons à vérifier que \[0 \to \mathcal{O}^{perf}(X) \to \mathcal{O}^{perf}(X') \oplus \mathcal{O}^{perf}(Z) \to \mathcal{O}^{perf}(E) \to 0\] est une suite exacte courte. Cela a été démontré dans (la démonstration du) lemme 0EVK de Compléments sur la platitude.
Proposition
Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé sur \(\mathbf{F}_p\). Alors \[H^i((\Sch/S)_h, \mathcal{O}^h) = \colim_F H^i(S, \mathcal{O})\] Dans le membre de gauche, \(\mathcal{O}^h\) désigne le faisceau h associé au faisceau structural.
Démonstration
C’est une reformulation du lemme 0EWT. Rappelons que \(\mathcal{O}^h = \mathcal{O}^{perf} = \colim_F \mathcal{O}\); voir le lemme 0EVW de Compléments sur la platitude. Le lemme 0EWT montre que \(\mathcal{O}^{perf}\), vu comme objet de \(D((\Sch/S)_{fppf})\), est de la forme \(R\epsilon_*K\) pour un certain \(K \in D((\Sch/S)_h)\). Alors \(K = \epsilon^{-1}\mathcal{O}^{perf}\), qui est en fait égal à \(\mathcal{O}^{perf}\) puisque \(\mathcal{O}^{perf}\) est un faisceau h. Voir la section 0EWK de Cohomologie sur les sites. Ainsi, \(R\epsilon_*\mathcal{O}^{perf} = \mathcal{O}^{perf}\) (nous prions le lecteur d’excuser cette notation ambiguë). Le résultat découle alors de la suite spectrale de Leray \[R\Gamma_h(S, \mathcal{O}^{perf}) = R\Gamma_{fppf}(S, R\epsilon_*\mathcal{O}^{perf}) = R\Gamma_{fppf}(S, \mathcal{O}^{perf})\] et du fait que \[H^i_{fppf}(S, \mathcal{O}^{perf}) = H^i_{fppf}(S, \colim_F \mathcal{O}) = \colim_F H^i_{fppf}(S, \mathcal{O})\] puisque \(S\) est quasi-compact et quasi-séparé (voir la démonstration du lemme 0EWT).
Ce que nous appelons un site est appelé une catégorie munie d’une prétopologie dans [SGA4, Exposé II, Définition 1.3]. Dans [ArtinTopologies], on l’appelle une catégorie munie d’une topologie de Grothendieck.↩︎
Nous utilisons la notation \(f^{-1}\) pour les images inverses de faisceaux d’ensembles ou de groupes abéliens, et nous réservons \(f^*\) aux images inverses de faisceaux de modules par un morphisme de sites ou de topos annelés.↩︎
Une étape est un lieu où l’on s’arrête pour manger et se reposer au cours d’un long voyage.↩︎
On peut aussi utiliser cette méthode pour construire les applications du lemme.↩︎
Pour les saint Thomas parmi nous.↩︎
Si \(X\) est un schéma de Nagata, par exemple de type fini sur un corps, alors \(Y \to Z\) est fini.↩︎
En effet, \(1 + \pi x\) est congru à \(1\) modulo \(\pi\), à \(1\) modulo \(x\) et à \(1 + \pi = \zeta\) modulo \(x - 1\), et nous avons \((\pi) \cap (x) \cap (x - 1) = (\pi x (x - 1))\) dans \(A[x]\).↩︎
À d’éventuelles erreurs de calcul près, nous avons \(\tau = \sum i \tau_i\).↩︎
Plus précisément, nous utilisons aussi le fait que la restriction de \(f^{-1}g_*\mathcal{F}\) à \(U_\etale\) est l’image inverse par \(U \to V\) de la restriction de \(g_*\mathcal{F}\) à \(V_\etale\). Voir le lemme 03EF de Sites.↩︎
Cette étape peut aussi se voir autrement. En effet, nous devons montrer qu’il existe un recouvrement étale \(\{U_i \to X\}\) tel que \(\tilde \xi\) s’annule dans \(H^q(U_i \times_X Y, e^{-1}\mathcal{I})\). Cependant, si nous montrons qu’il existe un recouvrement étale \(\{U'_j \to X'\}\) tel que \(\tilde \xi\) s’annule dans \(H^q(U'_j \times_{X'} Y, e^{-1}\mathcal{I})\), alors, par la propriété (B) pour \(X' \to X\) (lemme 04DQ), il existe un recouvrement étale \(\{U_i \to X\}\) tel que \(U_i \times_X X'\) soit une réunion disjointe de schémas sur \(X'\), chacun se factorisant par un \(U'_j\). Nous voyons donc que \(\tilde \xi\) s’annule dans \(H^q(U_i \times_X Y, e^{-1}\mathcal{I})\), comme voulu.↩︎
Nous ne supposons pas que \(\overline{t}\) soit un point géométrique algébrique de \(\Spec(\mathcal{O}^{sh}_{S, \overline{s}})\). Le lemme 0F0B permet souvent de se ramener à ce cas.↩︎
Soit \(R\) un anneau. Soit \(A = \colim_{i \in I} A_i\) une limite inductive filtrante de \(R\)-algèbres de présentation finie. Soit \(B = \colim_{j \in J} B_j\) une limite inductive filtrante de \(R\)-algèbres. Soit \(A \to B\) un morphisme de \(R\)-algèbres. Supposons que, pour tout \(i \in I\), il existe \(j \in J\) et un morphisme de \(R\)-algèbres \(\psi_{i, j} : A_i \to B_j\). Posons \((i', j', \psi_{i', j'}) \geq (i, j, \psi_{i, j})\) si \(i' \geq i\), \(j' \geq j\), et si \(\psi_{i, j}\) et \(\psi_{i', j'}\) sont compatibles. La collection des triplets forme alors un ensemble filtrant et \(B = \colim B_j \otimes_{\psi_{i, j}, A_i} A\).↩︎
Nous employons ici d’abord la proposition 04CA pour écrire \(\mathcal{G}_i\) comme l’image directe d’un faisceau sur \(Z_i\); l’hypothèse de récurrence donne l’annulation de ce faisceau sur \(Z_i\), et la suite spectrale de Leray de \(Z_i \to Z\) donne l’annulation de \(\mathcal{G}_i\).↩︎
Nous employons ici le fait qu’une « composée verticale » de morphismes de changement de base est un morphisme de changement de base, comme l’explique la remarque de Cohomologie sur les sites 0E46.↩︎