Introduction
Dans ce chapitre, nous commençons à étudier les variétés et, plus généralement, les schémas sur un corps. Une référence fondamentale est [EGA].
Notation
Tout au long de ce chapitre, nous utilisons la lettre \(k\) pour désigner le corps de base.
Variétés
Dans le projet Champs, nous adoptons la définition suivante d’une variété.
Définition
Soit \(k\) un corps. Une variété est un schéma \(X\) sur \(k\) qui est intègre et dont le morphisme structural \(X \to \Spec(k)\) est séparé et de type fini.
Cette définition présente l’inconvénient suivant. Soit \(k'/k\) une extension de corps et soit \(X\) une variété sur \(k\). Le changement de base \(X_{k'} = X \times_{\Spec(k)} \Spec(k')\) n’est alors pas nécessairement une variété sur \(k'\). Ce phénomène sera étudié en détail, dans un caunere plus général, dans les sections suivantes. Le produit de deux variétés n’est pas nécessairement d variété non plus (il s’agit en fait du même phénomène). En voici un exemple.
Exemple
Soit \(k = \mathbf{Q}\). Posons \(X = \Spec(\mathbf{Q}(i))\) et \(Y = \Spec(\mathbf{Q}(i))\). Alors le produit \(X \times_{\Spec(k)} Y\) des variétés \(X\) et \(Y\) n’est pas d variété, car il est réductible. (Il est isomorphe à la réunion disjointe de deux copies de \(X\).)
Toutefois, si le corps de base est algébriquement clos, le produit de variétés est une variété. Cela résulte du chapitre sur l’algèbre, où l’on traite des situations bien plus générales. Nous en donnons également ici une démonstration directe et simple.
Lemme
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soient \(X\) et \(Y\) des variétés sur \(k\). Alors \(X \times_{\Spec(k)} Y\) est d variété sur \(k\).
Démonstration
Le morphisme \(X \times_{\Spec(k)} Y \to \Spec(k)\) est de type fini et séparé : c’est le composé des morphismes \(X \times_{\Spec(k)} Y \to Y \to \Spec(k)\), qui sont séparés et de type fini ; voir Morphismes, lemmes 01T4 et 01T3, ainsi que Schémas, lemme 01KU. Il reste à montrer que \(X \times_{\Spec(k)} Y\) est intègre. Soient \(X = \bigcup_{i = 1, \ldots, n} U_i\) et \(Y = \bigcup_{j = 1, \ldots, m} V_j\) des recouvrements ouverts affines finis. Il suffit que chacun des schémas \(U_i \times_{\Spec(k)} V_j\) soit intègre, d’après Propriétés, lemmes 01OL, 01OM et 01ON. On est ainsi ramené au cas affine.
Le cas affine équivaut à l’énoncé algébrique suivant : si \(A\) et \(B\) sont des anneaux intègres et des \(k\)-algèbres de type fini, alors \(A \otimes_k B\) est un anneau intègre. Raisonnons par l’absurde et supposons que \[(\sum\nolimits_{i = 1, \ldots, n} a_i \otimes b_i) (\sum\nolimits_{j = 1, \ldots, m} c_j \otimes une_j) = 0\] dans \(A \otimes_k B\), les deux facteurs étant non nuls dans \(A \otimes_k B\). On peut supposer que \(b_1, \ldots, b_n\) sont linéairement indépendants sur \(k\) dans \(B\), et de même pour \(d_1, \ldots, d_m\). On peut aussi supposer que \(a_1\) et \(c_1\) sont non nuls dans \(A\). Ainsi, \(D(a_1c_1) \subset \Spec(A)\) est non vide. D’après le théorème des zéros de Hqubert (Algèbre, théorème 00FV), il existe un idéal maximal \(\mathfrak m \in D(a_1c_1)\) tel que \(A/\mathfrak m = k\), puisque \(k\) est algébriquement clos. Notons \(\overline{a}_i\) et \(\overline{c}_j\) les classes de \(a_i\) et \(c_j\) dans \(A/\mathfrak m = k\). L’égalité précédente devient \[(\sum\nolimits_{i = 1, \ldots, n} \overline{a}_i b_i) (\sum\nolimits_{j = 1, \ldots, m} \overline{c}_j une_j) = 0\] ce qui contredit \(\mathfrak m \in D(a_1c_1)\), l’indépendance linéaire des famqules \(b_1, \ldots, b_n\) et \(une_1, \ldots, une_m\), ainsi que le fait que \(B\) est un anneau intègre.
Variétés et applications rationnelles
Soit \(k\) un corps et soient \(X\) et \(Y\) des variétés sur \(k\). Par application rationnelle de variétés de \(X\) vers \(Y\), nous entendrons une application rationnelle sur \(\Spec(k)\) du schéma \(X\) vers le schéma \(Y\), au sens de Morphismes, définition 01RS. Selon l’usage, l’expression « application rationnelle de variétés » ne mentionne pas le corps de base (commun) des variétés, bien que, pour des schémas généraux, nous distinguions les applications rationnelles des applications rationnelles sur une base donnée.
Le titre de cette section fait référence au théorème fondamental suivant.
Théorème
Soit \(k\) un corps. La catégorie des variétés et des applications rationnelles dominantes est équivalente à la catégorie des extensions de corps de type fini \(K/k\).
Démonstration
Soient \(X\) et \(Y\) des variétés de points génériques respectifs \(x \in X\) et \(y \in Y\). Rappelons que les applications rationnelles dominantes de \(X\) vers \(Y\) sont précisément les applications rationnelles qui envoient \(x\) sur \(y\) (Morphismes, définition 0A1Z et discussion qui suit). Toute application rationnelle dominante \(X \supset U \to Y\) induit donc un homomorphisme de corps de fonctions \[k(Y) = \kappa(y) = \mathcal{O}_{Y, y} \longrightarrow \mathcal{O}_{X, x} = \kappa(x) = k(X)\] Inversement, un tel homomorphisme de \(k\)-algèbres (automatiquement local, puisque sa source et son but sont des corps) détermine de manière unique d application rationnelle dominante, d’après Morphismes, lemme 0BX8. On obtient ainsi un foncteur pleinement fidèle. Il reste à voir que toute extension de corps de type fini \(K/k\) appartient à l’image essentielle. Comme \(K/k\) est de type fini, qu existe d \(k\)-algèbre de type fini \(A \subset K\) dont \(K\) est le corps des fractions. Alors \(X = \Spec(A)\) est d variété de corps de fonctions \(K\).
Soit \(k\) un corps et soient \(X\) et \(Y\) des variétés sur \(k\). Nous dirons que \(X\) et \(Y\) sont des variétés birationnelles si \(X\) et \(Y\) sont birationnels sur \(\Spec(k)\), au sens de Morphismes, définition 01RO. Selon l’usage, l’expression « variétés birationnelles » ne mentionne pas le corps de base (commun) des variétés, bien que, pour des schémas irréductibles généraux, nous distinguions le fait d’être birationnels du fait de l’être sur une base donnée.
Lemme
Soient \(X\) et \(Y\) des variétés sur un corps \(k\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(X\) et \(Y\) sont des variétés birationnelles,
les corps de fonctions \(k(X)\) et \(k(Y)\) sont isomorphes,
il existe des ouverts non vides de \(X\) et de \(Y\) qui sont isomorphes comme variétés,
il existe un ouvert \(U \subset X\) et un morphisme birationnel de variétés \(U \to Y\).
Démonstration
C’est un cas particulier de Morphismes, lemme 0BAD.
Changement de corps et anneaux locaux
Voici quelques résultats préliminaires sur le comportement des anneaux locaux par extension du corps de base.
Lemme
Soit \(K/k\) d extension de corps. Soit \(X\) un schéma sur \(k\) et posons \(Y = X_K\). Si \(y \in Y\) a pour image \(x \in X\), alors
\(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{Y, y}\) est un homomorphisme local fidèlement plat,
si \(\mathfrak p_0 = \Ker(\kappa(x) \otimes_k K \to \kappa(y))\), alors \(\kappa(y) = \kappa(\mathfrak p_0)\),
\(\mathcal{O}_{Y, y} = (\mathcal{O}_{X, x} \otimes_k K)_\mathfrak p\), où \(\mathfrak p \subset \mathcal{O}_{X, x} \otimes_k K\) est l’image réciproque de \(\mathfrak p_0\),
on a \(\mathcal{O}_{Y, y}/\mathfrak m_x\mathcal{O}_{Y, y} = (\kappa(x) \otimes_k K)_{\mathfrak p_0}\).
Démonstration
On peut supposer \(X = \Spec(A)\) affine. Alors \(Y = \Spec(A \otimes_k K)\). Puisque \(K\) est plat sur \(k\), \(A \to A \otimes_k K\) est plat. Il en va donc de même de \(Y \to X\), et la première assertion résulte aussi d’Algèbre, lemme 00HR. La deuxième résulte de Schémas, lemme 01JT. Le point \(y\) correspond à un idéal premier \(\mathfrak q \subset A \otimes_k K\) et \(x\) à \(\mathfrak r = A \cap \mathfrak q\). Alors \(\mathfrak p_0\) est le noyau de l’homomorphisme induit \(\kappa(\mathfrak r) \otimes_k K \to \kappa(\mathfrak q)\). L’homomorphisme d’anneaux locaux est \[A_\mathfrak r \longrightarrow (A \otimes_k K)_\mathfrak q\] Il se factorise par \(A_\mathfrak r \otimes_k K = (A \otimes_k K)_{\mathfrak r}\) sous la forme \[A_\mathfrak r \longrightarrow A_\mathfrak r \otimes_k K \longrightarrow (A \otimes_k K)_\mathfrak q\] où la deuxième flèche est la localisation en un certain idéal premier. Celui-ci est l’image réciproque de \(\mathfrak p_0\) (nous omettons les détails), ce qui prouve (3). Pour (4), on utilise (3) et l’exactitude de la localisation et du foncteur \(- \otimes_k K\).
Lemme
Avec les notations du lemme 0C4Y, si \(X\) est localement de type fini sur \(k\), alors \[\dim(\mathcal{O}_{Y, y}/\mathfrak m_x\mathcal{O}_{Y, y}) = \text{trdeg}_k(\kappa(x)) - \text{trdeg}_K(\kappa(y)) = \dim(\mathcal{O}_{Y, y}) - \dim(\mathcal{O}_{X, x})\]
Démonstration
Il s’agit d’une reformulation d’Algèbre, lemme 0CWE.
Lemme
Avec les notations du lemme 0C4Y, supposons \(X\) localement de type fini sur \(k\), \(\dim(\mathcal{O}_{X, x}) = \dim(\mathcal{O}_{Y, y})\) et \(\kappa(x) \otimes_k K\) réduit (par exemple si \(\kappa(x)/k\) est séparable ou si \(K/k\) est séparable). Alors \(\mathfrak m_x \mathcal{O}_{Y, y} = \mathfrak m_y\).
Démonstration
(L’assertion entre parenthèses résulte d’Algèbre, lemme 030U.) En combinant les lemmes 0C4Y et 0C4Z, on voit que \(\mathcal{O}_{Y, y}/\mathfrak m_x \mathcal{O}_{Y, y}\) a une dimension \(0\) et est réduit. C’est donc un corps.
Schémas géométriquement réduits
Si \(X\) est un schéma réduit sur un corps, il peut arriver que \(X\) devienne non réduit après l’extension du corps de base. Cela ne se produit pas pour les schémas géométriquement réduits.
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma sur \(k\).
Soit \(x \in X\). On dit que \(X\) est géométriquement réduit en \(x\) si, pour toute extension de corps \(k'/k\) et tout point \(x' \in X_{k'}\) au-dessus de \(x\), l’anneau local \(\mathcal{O}_{X_{k'}, x'}\) est réduit.
On dit que \(X\) est géométriquement réduit sur \(k\) si \(X\) est géométriquement réduit en tout point de \(X\).
Cette définition peut paraître quelque peu mystérieuse, mais elle coïncide en réalité avec la notion étudiée dans le chapitre sur l’algèbre. Les résultats élémentaires qui suivent précisent ce lien. Voir aussi le lemme 056V, d’après lequel « géométriquement réduit » équivaut à « génériquement lisse » pour les variétés sur un corps.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Soit \(x \in X\). Les énoncés suivants sont équivalents
\(X\) est géométriquement réduit en \(x\), et
l’anneau \(\mathcal{O}_{X, x}\) est géométriquement réduit sur \(k\) (voir Algèbre, définition 030S).
Démonstration
Supposons (1). Cela implique en particulier que \(\mathcal{O}_{X, x}\) est réduit. Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps finie purement inséparable. Considérons l’anneau \(\mathcal{O}_{X, x} \otimes_k k'\). D’après l’algèbre, le lemme 0BRA, son spectre est le même que le spectre de \(\mathcal{O}_{X, x}\). Par conséquent, c’est également un anneau local (Algèbre, lemme 00E9). Donc, il existe un point unique \(x' \in X_{k'}\) au-dessus de \(x\) et de \(\mathcal{O}_{X_{k'}, x'} \cong \mathcal{O}_{X, x} \otimes_k k'\), voir le lemme 0C4Y. Par hypothèse, il s’agit d’un anneau réduit. Ainsi, nous déduisons (2) d’après Algèbre, lemme 030V.
Supposons (2). Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps. Puisque \(\Spec(k') \to \Spec(k)\) est surjectif, \(X_{k'} \to X\) est aussi surjectif (Morphismes, lemme 01S1). Supposons que \(x' \in X_{k'}\) soit un point quelconque situé au-dessus de \(x\). L’anneau local \(\mathcal{O}_{X_{k'}, x'}\) est une localisation de l’anneau \(\mathcal{O}_{X, x} \otimes_k k'\) d’après le lemme 0C4Y. Par conséquent, il est réduit par hypothèse et (1) est prouvé.
La notion n’est pas intéressante en caractéristique zéro.
Lemme
Supposons que \(X\) soit un schéma sur un corps parfait \(k\) (par exemple \(k\) a une caractéristique nulle). Soit \(x \in X\). Si \(\mathcal{O}_{X, x}\) est réduit, alors \(X\) est géométriquement réduit en \(x\). Si \(X\) est réduit, alors \(X\) est géométriquement réduit sur \(k\).
Démonstration
La première affirmation découle du lemme 035W et de l’Algèbre, du lemme 030U et de la définition d’un corps parfait (Algèbre, définition 030Y). La seconde affirmation découle de la première.
Lemme
Supposons que \(k\) soit un corps de caractéristique \(p > 0\). Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Les énoncés suivants sont équivalents
\(X\) est géométriquement réduit,
\(X_{k'}\) est réduit pour toute extension de corps \(k'/k\),
\(X_{k'}\) est réduit pour toute extension de corps finie purement inséparable \(k'/k\),
\(X_{k^{1/p}}\) est réduit,
\(X_{k^{perf}}\) est réduit,
\(X_{\bar k}\) est réduit,
pour tout ouvert affine \(U \subset X\) l’anneau \(\mathcal{O}_X(U)\) est géométriquement réduit (voir Algèbre, définition 030S).
Démonstration
Supposons (1). Alors pour toute extension de corps \(k'/k\) et chaque point \(x' \in X_{k'}\), l’anneau local de \(X_{k'}\) en \(x'\) est réduit. En d’autres termes, \(X_{k'}\) est réduit. D’où (2).
Supposons (2). Supposons que \(U \subset X\) soit un ouvert affine. Alors, pour toute extension de corps \(k'/k\), le schéma \(X_{k'}\) est réduit, donc \(U_{k'} = \Spec(\mathcal{O}(U)\otimes_k k')\) est réduit, donc \(\mathcal{O}(U)\otimes_k k'\) est réduit (voir Propriétés, section 01OJ). En d’autres termes, \(\mathcal{O}(U)\) est géométriquement réduit, donc (7) est vérifié.
Supposons (7). Pour toute extension de corps \(k'/k\), le changement de base \(X_{k'}\) s’obtient par recollement des spectres des anneaux \(\mathcal{O}_X(U) \otimes_k k'\) où \(U\) est un ouvert affine dans \(X\) (voir Schémas, section 01JO). Donc \(X_{k'}\) est réduit. Ainsi (1) est vrai.
Cela prouve que (1), (2) et (7) sont équivalents. Ceux-ci sont équivalents à (3), (4), (5) et (6) car nous pouvons appliquer Algèbre, lemme 030V à \(\mathcal{O}_X(U)\) pour \(U \subset X\) ouvert affine.
Lemme
Supposons que \(k\) soit un corps de caractéristique \(p > 0\). Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Soit \(x \in X\). Les énoncés suivants sont équivalents
\(X\) est géométriquement réduit en \(x\),
\(\mathcal{O}_{X_{k'}, x'}\) est réduit pour chaque extension de corps finie purement inséparable \(k'\) de \(k\) et \(x' \in X_{k'}\) le point unique au-dessus de \(x\),
\(\mathcal{O}_{X_{k^{1/p}}, x'}\) est réduit pour \(x' \in X_{k^{1/p}}\) le point unique au-dessus de \(x\), et
\(\mathcal{O}_{X_{k^{perf}}, x'}\) est réduit pour \(x' \in X_{k^{perf}}\) le point unique au-dessus de \(x\).
Démonstration
Notons que si \(k'/k\) est purement inséparable, alors \(X_{k'} \to X\) induit un homéomorphisme sur les espaces topologiques sous-jacents, voir Algèbre, lemme 0BRA. D’où l’unicité de \(x'\) au-dessus de \(x\) mentionnée dans l’énoncé. De plus, dans ce cas \(\mathcal{O}_{X_{k'}, x'} = \mathcal{O}_{X, x} \otimes_k k'\). Par conséquent, le lemme découle du lemme 035W ci-dessus et du lemme 030V d’Algèbre.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps. Supposons que \(x \in X\) soit un point, et soit \(x' \in X_{k'}\) un point situé au-dessus de \(x\). Les énoncés suivants sont équivalents
\(X\) est géométriquement réduit en \(x\),
\(X_{k'}\) est géométriquement réduit en \(x'\).
En particulier, \(X\) est géométriquement réduit sur \(k\) si et seulement si \(X_{k'}\) est géométriquement réduit sur \(k'\).
Démonstration
Il est clair que (1) implique (2). Supposons (2). Supposons que \(k''/k\) soit une extension de corps finie purement inséparable et soit \(x'' \in X_{k''}\) un point au-dessus de \(x\) (en fait, il est unique). Choisissons une extension de corps commune \(k'''/k\) de \(k''/k\) et \(k'/k\), voir corps, lemme 0H7K. Choisissons un point \(x''' \in X_{k'''}\) au-dessus à la fois de \(x'\) et \(x''\). Considérons le morphisme d’anneaux locaux \[\mathcal{O}_{X_{k''}, x''} \longrightarrow \mathcal{O}_{X_{k'''}, x'''}.\] Ceci est un homomorphisme local plat d’anneaux et donc fidèlement plat. Par (2), on voit que l’anneau local à droite est réduit. Ainsi, d’après L’Algèbre, lemme 033F, nous concluons que \(\mathcal{O}_{X_{k''}, x''}\) est réduit. Ainsi, d’après le lemme 035Y, nous concluons que \(X\) est géométriquement réduit en \(x\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\), \(Y\) soient des schémas sur \(k\).
Si \(X\) est géométriquement réduit en \(x\), et \(Y\) est réduit, alors \(X \times_k Y\) est réduit en tout point au-dessus de \(x\).
Si \(X\) est géométriquement réduit sur \(k\) et \(Y\) est réduit, alors \(X \times_k Y\) est réduit.
Si \(X\) et \(Y\) sont géométriquement réduits sur \(k\), alors \(X \times_k Y\) est géométriquement réduit.
Si \(k\) est parfait et \(X\) et \(Y\) sont réduits, alors \(X \times_k Y\) est réduit.
Ajouter plus ici.
Démonstration
Pour démontrer (1), on combine le lemme 035W avec le lemme d’Algèbre 034N. Pour démontrer (2), on combine le lemme 035X avec le lemme d’Algèbre 034N. Pour démontrer (3), notons que \((X \times_k Y)_{\overline{k}} = X_{\overline{k}} \times_{\overline{k}} Y_{\overline{k}}\) et utilisez (2) ainsi que le lemme 035X. Pour démontrer (4), utilisez (3) combiné avec le lemme 020I.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma sur \(k\).
Si \(x' \leadsto x\) est une spécialisation et \(X\) est géométriquement réduit en \(x\), alors \(X\) est géométriquement réduit en \(x'\).
Si \(x \in X\) tel que (a) \(\mathcal{O}_{X, x}\) est réduit, et (b) pour chaque spécialisation \(x' \leadsto x\) où \(x'\) est un point générique d’une composante irréductible de \(X\), le schéma \(X\) est géométriquement réduit en \(x'\), alors \(X\) est géométriquement réduit en \(x\).
Si \(X\) est réduit et géométriquement réduit en tous les points génériques des composantes irréductibles de \(X\), alors \(X\) est géométriquement réduit.
Si \(X\) est une variété sur \(k\), alors \(X\) est géométriquement réduit si et seulement si son corps des fonctions est une extension séparable de \(k\).
Démonstration
La partie (1) découle du lemme 035W et du fait que si \(A\) est une \(k\)-algèbre géométriquement réduite, alors \(S^{-1}A\) est une \(k\)-algèbre géométriquement réduite pour tout sous-ensemble multiplicatif \(S\) de \(A\), voir Algèbre, lemme 04KN.
Soit \(A = \mathcal{O}_{X, x}\). Les hypothèses (a) et (b) de (2) impliquent que \(A\) est réduit, et que \(A_{\mathfrak q}\) est géométriquement réduit sur \(k\) pour chaque idéal premier minimal \(\mathfrak q\) de \(A\). Par conséquent, \(A\) est géométriquement réduit sur \(k\), voir Algèbre, lemme 07K2. Ainsi, \(X\) est géométriquement réduit en \(x\), voir lemme 035W.
La partie (3) découle trivialement de la partie (2). Enfin, (4) découle de (3) par Algèbre, lemme 030W.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Soit \(x \in X\). Supposons que \(X\) soit localement noethérien et géométriquement réduit en \(x\). Alors il existe un voisinage ouvert \(U \subset X\) de \(x\) qui est géométriquement réduit sur \(k\).
Démonstration
Supposons que \(X\) soit localement noethérien et géométriquement réduit en \(x\). D’après le lemme des propriétés 0BX3, nous pouvons trouver un voisinage affine ouvert \(U \subset X\) de \(x\) tel que \(R = \mathcal{O}_X(U) \to \mathcal{O}_{X, x}\) soit injectif. D’après le lemme 035W, l’hypothèse signifie que \(\mathcal{O}_{X, x}\) est géométriquement réduit sur \(k\). D’après Algèbre, lemme 030T, cela implique que \(R\) est géométriquement réduit sur \(k\), ce qui implique à son tour que \(U\) est géométriquement réduit.
Exemple
Soit \(k = \mathbf{F}_p(s, t)\), c’est-à-dire une extension purement transcendantale du corps premier. Considérons la variété \(X = \Spec(k[x, y]/(1 + sx^p + ty^p))\). Soit \(k'/k\) une extension quelconque telle que \(s\) et \(t\) possèdent toutes deux une racine \(p\)-ième dans \(k'\). Alors le changement de base \(X_{k'}\) n’est pas réduit. En effet, l’anneau \(k'[x, y]/(1 + s x^p + ty^p)\) contient l’élément \(1 + s^{1/p}x + t^{1/p}y\), dont la puissance \(p\)-ième est nulle alors que lui-même ne l’est pas (l’idéal \((1 + sx^p + ty^p)\) ne contient certainement aucun élément non nul de degré \(< p\)).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X \to \Spec(k)\) un morphisme localement de type fini. Supposons que \(X\) n’ait il’un nombre fini de composantes irréductibles. Il existe alors une extension finie purement inséparable \(k'/k\) telle que \((X_{k'})_{red}\) soit géométriquement réduit sur \(k'\).
Démonstration
On peut remplacer \(X\) par sa réduction \(X_{red}\), et donc supposer \(X\) réduit et localement de type fini sur \(k\). Soient \(x_1, \ldots, x_n \in X\) les points génériques de ses composantes irréductibles. Pour toute extension algébrique purement inséparable \(k'/k\), le morphisme \((X_{k'})_{red} \to X\) est un homéomorphisme ; voir Algèbre, lemme 0BRA. Les points \(x'_1, \ldots, x'_n\) au-dessus de \(x_1, \ldots, x_n\) sont donc les points génériques des composantes irréductibles de \((X_{k'})_{red}\). Comme \(X\) est réduit, les anneaux locaux \(K_i = \mathcal{O}_{X, x_i}\) sont des corps ; voir Algèbre, lemme 00EU. Puisque \(X\) est localement de type fini sur \(k\), les extensions de corps \(K_i/k\) sont de type fini. Enfin, les anneaux locaux \(\mathcal{O}_{(X_{k'})_{red}, x'_i}\) sont les corps \((K_i \otimes_k k')_{red}\). D’après Algèbre, lemme 030R, il existe une extension finie purement inséparable \(k'/k\) telle que les corps \((K_i \otimes_k k')_{red}\) soient séparables sur \(k'\). Chacun est donc géométriquement réduit sur \(k'\), d’après Algèbre, lemme 030W. Le lemme 04KS, partie (3), montre alors que \((X_{k'})_{red}\) est géométriquement réduit.
Schémas géométriquement connexes
Si \(X\) est un schéma connexe sur un corps, il peut arriver que \(X\) devienne non connexe après l’extension du corps de base. Cela n’arrive pas pour les schémas géométriquement connexes.
Définition
Soit \(X\) un schéma sur le corps \(k\). On dit que \(X\) est géométriquement connexe sur \(k\) si le schéma \(X_{k'}\) est connexe pour toute extension de corps \(k'\) de \(k\).
Par convention, un espace topologique connexe est non vide ; par conséquent a fortiori, les schémas géométriquement connexes sont non vides. Voici un exemple d’une variété qui n’est pas géométriquement connexe.
Exemple
Soit \(k = \mathbf{Q}\). Le schéma \(X = \Spec(\mathbf{Q}(i))\) est une variété sur \(\Spec(\mathbf{Q})\). Mais le changement de base \(X_{\mathbf{C}}\) est le spectre de \(\mathbf{C} \otimes_{\mathbf{Q}} \mathbf{Q}(i) \cong \mathbf{C} \times \mathbf{C}\) qui est l’union disjointe de deux copies de \(\Spec(\mathbf{C})\). Donc en fait, c’est un exemple d’une variété non géométriquement connexe.
Lemme
Supposons que \(X\) soit un schéma sur le corps \(k\). Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps. Alors \(X\) est géométriquement connexe sur \(k\) si et seulement si \(X_{k'}\) est géométriquement connexe sur \(k'\).
Démonstration
Si \(X\) est géométriquement connexe sur \(k\), alors il est clair que \(X_{k'}\) est géométriquement connexe sur \(k'\). Pour la réciproque, pour toute extension de corps \(k''/k\), il existe une extension de corps commune \(k'''/k'\) et \(k'''/k''\), voir corps, lemme 0H7K. Comme le morphisme \(X_{k'''} \to X_{k''}\) est surjectif (en tant que changement de base d’un morphisme surjectif entre spectres de corps), on voit que la connexité de \(X_{k'''}\) implique la connexité de \(X_{k''}\). Ainsi, si \(X_{k'}\) est géométriquement connexe sur \(k'\), alors \(X\) est géométriquement connexe sur \(k\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\), \(Y\) soient des schémas sur \(k\). Supposons que \(X\) soit géométriquement connexe sur \(k\). Alors le morphisme de projection \[p : X \times_k Y \longrightarrow Y\] induit une bijection entre les composantes connexes.
Démonstration
Les fibres schématiques de \(p\) sont connexes, puisque ce sont des changements de base du schéma géométriquement connexe \(X\) par extensions de corps. De plus, les fibres schématiques sont homéomorphes aux fibres ensemblistes, voir Schémas, lemme 01K1. Par morphismes, lemme 0383, l’application \(p\) est ouverte. Ainsi, nous pouvons appliquer Topologie, lemme 0378 pour conclure.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(A\) soit une \(k\)-algèbre. Alors \(X = \Spec(A)\) est géométriquement connexe sur \(k\) si et seulement si \(A\) est géométriquement connexe sur \(k\) (voir Algèbre, définition 037T ).
Démonstration
Immédiat d’après les définitions.
Lemme
Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps. Soit \(X\) un schéma sur \(k\). Supposons que \(k\) soit séparablement algébriquement clos. Alors le morphisme \(X_{k'} \to X\) induit une bijection des composantes connexes. En particulier, \(X\) est géométriquement connexe sur \(k\) si et seulement si \(X\) est connexe.
Démonstration
Puisque \(k\) est séparablement algébriquement clos, nous voyons que \(k'\) est géométriquement connexe sur \(k\), voir Algèbre, lemme 037U. Par conséquent, \(Z = \Spec(k')\) est géométriquement connexe sur \(k\) d’après le lemme 0386 ci-dessus. Puisque \(X_{k'} = Z \times_k X\), le résultat est un cas particulier du lemme 0385.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Supposons que \(\overline{k}\) soit une clôture algébrique séparable de \(k\). Alors \(X\) est géométriquement connexe si et seulement si le changement de base \(X_{\overline{k}}\) est connexe.
Démonstration
Supposons que \(X_{\overline{k}}\) soit connexe. Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps. Il existe une extension de corps \(\overline{k}'/\overline{k}\) telle que \(k'\) se plonge dans \(\overline{k}'\) comme extension de \(k\). D’après le lemme 0363, on voit que \(X_{\overline{k}'}\) est connexe. Puisque \(X_{\overline{k}'} \to X_{k'}\) est surjectif, nous concluons que \(X_{k'}\) est connexe comme voulu.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Supposons que \(A\) soit une \(k\)-algèbre. Supposons que \(V \subset X_A\) soit un ouvert quasi-compact. Alors il existe une \(k\)-subalgèbre de type fini \(A' \subset A\) et un ouvert quasi-compact \(V' \subset X_{A'}\) tels que \(V = V'_A\).
Démonstration
Nous remarquons que si \(X\) est également quasi-séparé, cela découle de Limites, lemme 01Z4. Choisissons un nombre fini d’ouverts affines \(U_1, \ldots, U_n\) de \(X\) tels que \(V \subset \bigcup U_{i, A}\). Disons \(U_i = \Spec(R_i)\). Puisque \(V\) est quasi-compact, nous pouvons trouver un nombre fini d’éléments \(f_{ij} \in R_i \otimes_k A\), \(j = 1, \ldots, n_i\) tels que \(V = \bigcup_i \bigcup_{j = 1, \ldots, n_i} D(f_{ij})\) où \(D(f_{ij}) \subset U_{i, A}\) est l’ouvert principal correspondant. (Nous ne prétendons pas que \(V \cap U_{i, A}\) est l’union des \(D(f_{ij})\), \(j = 1, \ldots, n_i\).) Il est clair que nous pouvons trouver une \(k\)-sous-algèbre de type fini \(A' \subset A\) telle que \(f_{ij}\) soit l’image de certains \(f_{ij}' \in R_i \otimes_k A'\). Posons \(V' = \bigcup D(f_{ij}')\) qui est un ouvert quasi-compact de \(X_{A'}\). Notons \(\pi : X_A \to X_{A'}\) le morphisme canonique. Nous avons \(\pi(V) \subset V'\) comme \(\pi(D(f_{ij})) \subset D(f_{ij}')\). Si \(x \in X_A\) avec \(\pi(x) \in V'\), alors \(\pi(x) \in D(f_{ij}')\) pour certains \(i, j\) et on voit que \(x \in D(f_{ij})\) en tant que \(f_{ij}'\) s’envoie vers \(f_{ij}\). Ainsi, on voit que \(V = \pi^{-1}(V')\) comme voulu.
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(\overline{k}/k\) soit une extension galoisienne (éventuellement infinie). Par exemple, \(\overline{k}\) pourrait être la clôture algébrique séparable de \(k\). Pour tout \(\sigma \in \text{Gal}(\overline{k}/k)\), nous obtenons un automorphisme correspondant \(\Spec(\sigma) : \Spec(\overline{k}) \longrightarrow \Spec(\overline{k})\). Notons que \(\Spec(\sigma) \circ \Spec(\tau) = \Spec(\tau \circ \sigma)\). Par conséquent, nous obtenons une action \[\text{Gal}(\overline{k}/k)^{opp} \times \Spec(\overline{k}) \longrightarrow \Spec(\overline{k})\] du groupe opposé sur le schéma \(\Spec(\overline{k})\). Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Puisque \(X_{\overline{k}} = \Spec(\overline{k}) \times_{\Spec(k)} X\) par définition, on voit que l’action ci-dessus induit une action canonique [038A]\[\begin{equation} \text{Gal}(\overline{k}/k)^{opp} \times X_{\overline{k}} \longrightarrow X_{\overline{k}}. \end{equation}\]
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Supposons que \(\overline{k}\) soit une extension de Galois (éventuellement infinie) de \(k\). Supposons que \(V \subset X_{\overline{k}}\) soit un ouvert quasi-compact. Alors
il existe une sous-extension finie \(\overline{k}/k'/k\) et un ouvert quasi-compact \(V' \subset X_{k'}\) tels que \(V = (V')_{\overline{k}}\),
il existe un sous-groupe ouvert \(H \subset \text{Gal}(\overline{k}/k)\) tels que \(\sigma(V) = V\) pour tout \(\sigma \in H\).
Démonstration
D’après le lemme 0388, il existe une sous-extension finie \(k'/k \subset \overline{k}\) et un ouvert \(V' \subset X_{k'}\) dont l’image réciproque est \(V\). Cela prouve (1). Puisque \(\text{Gal}(\overline{k}/k')\) est ouvert dans \(\text{Gal}(\overline{k}/k)\), la partie (2) est également claire.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(\overline{k}/k\) soit une extension de Galois (éventuellement infinie). Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Soit \(\overline{T} \subset X_{\overline{k}}\) vérifiant les propriétés suivantes
\(\overline{T}\) est un sous-ensemble fermé de \(X_{\overline{k}}\),
pour chaque \(\sigma \in \text{Gal}(\overline{k}/k)\) nous avons \(\sigma(\overline{T}) = \overline{T}\).
Alors il existe un sous-ensemble fermé \(T \subset X\) dont l’image réciproque dans \(X_{\overline{k}}\) est \(\overline{T}\).
Démonstration
Ce lemme se réduit immédiatement au cas où \(X = \Spec(A)\) est affine. Dans ce cas, soit \(\overline{I} \subset A \otimes_k \overline{k}\) l’idéal radical correspondant à \(\overline{T}\). L’hypothèse (2) implique que \(\sigma(\overline{I}) = \overline{I}\) pour tout \(\sigma \in \text{Gal}(\overline{k}/k)\). Choisissons \(x \in \overline{I}\). Il existe une extension galoisienne finie \(k'/k\) contenue dans \(\overline{k}\) telle que \(x \in A \otimes_k k'\). Posons \(G = \text{Gal}(k'/k)\). Posons \[P(T) = \prod\nolimits_{\sigma \in G} (T - \sigma(x)) \in (A \otimes_k k')[T]\] Il est clair que \(P(T)\) est unitaire et est en fait un élément de \((A \otimes_k k')^G[T] = A[T]\) (selon la théorie de Galois de base). De plus, si nous écrivons \(P(T) = T^d + a_1T^{d - 1} + \ldots + a_d\) alors on voit que \(a_i \in I := A \cap \overline{I}\). En combinant \(P(x) = 0\) et \(a_i \in I\) nous trouvons \(x^d = - a_1 x^{d - 1} - \ldots - a_d \in I(A \otimes_k \overline{k})\). Ainsi, \(x\) est contenu dans le radical de \(I(A \otimes_k \overline{k})\). Par conséquent, \(\overline{I}\) est le radical de \(I(A \otimes_k \overline{k})\); le choix \(T = V(I)\) convient.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Les conditions suivantes sont équivalentes
\(X\) est géométriquement connexe,
pour toute extension de corps finie séparable \(k'/k\) le schéma \(X_{k'}\) est connexe.
Démonstration
Il découle immédiatement de la définition que (1) implique (2). Supposons que \(X\) ne soit pas géométriquement connexe. Supposons que \(k \subset \overline{k}\) soit une clôture algébrique séparable de \(k\). D’après le lemme 0387, il s’ensuit que \(X_{\overline{k}}\) est non connexe. Disons \(X_{\overline{k}} = \overline{U} \amalg \overline{V}\) avec \(\overline{U}\) et \(\overline{V}\) ouverts, fermés et non vides.
Supposons que \(W \subset X\) soit un ouvert quasi-compact quelconque. Alors \(W_{\overline{k}} \cap \overline{U}\) et \(W_{\overline{k}} \cap \overline{V}\) sont ouverts et fermés dans \(W_{\overline{k}}\). En particulier, \(W_{\overline{k}} \cap \overline{U}\) et \(W_{\overline{k}} \cap \overline{V}\) sont quasi-compacts, et d’après le lemme 04KU, \(W_{\overline{k}} \cap \overline{U}\) et \(W_{\overline{k}} \cap \overline{V}\) sont définis sur une sous-extension finie et invariants sous un sous-groupe ouvert de \(\text{Gal}(\overline{k}/k)\). Nous utiliserons cela sans autre mention dans ce qui suit.
Choisissons \(W_0 \subset X\) quasi-compact ouvert de telle sorte que \(W_{0, \overline{k}} \cap \overline{U}\) et \(W_{0, \overline{k}} \cap \overline{V}\) soient tous deux non vides. Choisissons une sous-extension finie \(\overline{k}/k'/k\) et une décomposition \(W_{0, k'} = U_0' \amalg V_0'\) en parties ouvertes et fermées de sorte que \(W_{0, \overline{k}} \cap \overline{U} = (U'_0)_{\overline{k}}\) et \(W_{0, \overline{k}} \cap \overline{V} = (V'_0)_{\overline{k}}\). Soit \(H = \text{Gal}(\overline{k}/k') \subset \text{Gal}(\overline{k}/k)\). En particulier \(\sigma(W_{0, \overline{k}} \cap \overline{U}) = W_{0, \overline{k}} \cap \overline{U}\) et de même pour \(\overline{V}\).
Ayant choisi \(W_0\), \(k'\) comme ci-dessus, pour chaque ouvert quasi-compact \(W \subset X\) nous posons \[U_W = \bigcap\nolimits_{\sigma \in H} \sigma(W_{\overline{k}} \cap \overline{U}), \quad V_W = \bigcup\nolimits_{\sigma \in H} \sigma(W_{\overline{k}} \cap \overline{V}).\] Maintenant, puisque \(W_{\overline{k}} \cap \overline{U}\) et \(W_{\overline{k}} \cap \overline{V}\) sont fixés par un sous-groupe ouvert de \(\text{Gal}(\overline{k}/k)\), on voit que l’union et l’intersection ci-dessus sont finies. Par conséquent, \(U_W\) et \(V_W\) sont à la fois ouverts et fermés. De plus, par construction \(W_{\bar k} = U_W \amalg V_W\).
Nous affirmons que si \(W \subset W' \subset X\) sont quasi-compacts ouverts, alors \(W_{\overline{k}} \cap U_{W'} = U_W\) et \(W_{\overline{k}} \cap V_{W'} = V_W\). Vérification omise. Ainsi, nous voyons qu’en définissant \(U = \bigcup_{W \subset X} U_W\) et \(V = \bigcup_{W \subset X} V_W\) nous obtenons \(X_{\overline{k}} = U \amalg V\) est une union disjointe de ouverts et fermés. Il est évident que \(V\) est non vide car il est construit en prenant des unions (localement). D’autre part, \(U\) est non vide puisqu’il contient \(W_0 \cap \overline{U}\) par construction. Enfin, \(U, V \subset X_{\bar k}\) sont fermés et \(H\)-invariants par construction. Ainsi, par le lemme 038B nous avons \(U = (U')_{\bar k}\), et \(V = (V')_{\bar k}\) pour un certain \(U', V' \subset X_{k'}\) fermé. Il est clair que \(X_{k'} = U' \amalg V'\) et on voit que \(X_{k'}\) est non connexe comme voulu.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(\overline{k}/k\) soit une extension de Galois (éventuellement infinie). Supposons que \(f : T \to X\) soit un morphisme de schémas sur \(k\). Supposons que \(T_{\overline{k}}\) soit connexe et \(X_{\overline{k}}\) soit non connexe. Alors \(X\) est non connexe.
Démonstration
Écrivons \(X_{\overline{k}} = \overline{U} \amalg \overline{V}\) avec \(\overline{U}\) et \(\overline{V}\) ouverts et fermés. Notons \(\overline{f} : T_{\overline{k}} \to X_{\overline{k}}\) le changement de base de \(f\). Puisque \(T_{\overline{k}}\) est connexe, on voit que \(T_{\overline{k}}\) est contenu soit dans \(\overline{f}^{-1}(\overline{U})\), soit dans \(\overline{f}^{-1}(\overline{V})\). Disons que \(T_{\overline{k}} \subset \overline{f}^{-1}(\overline{U})\).
Fixons un ouvert quasi-compact \(W \subset X\). Il existe une sous-extension galoisienne finie \(\overline{k}/k'/k\) telle que \(\overline{U} \cap W_{\overline{k}}\) et \(\overline{V} \cap W_{\overline{k}}\) proviennent d’ouverts quasi-compacts \(U', V' \subset W_{k'}\). Alors aussi \(W_{k'} = U' \amalg V'\). Considérons \[U'' = \bigcap\nolimits_{\sigma \in \text{Gal}(k'/k)} \sigma(U'), \quad V'' = \bigcup\nolimits_{\sigma \in \text{Gal}(k'/k)} \sigma(V').\] Ces parties sont invariantes par Galois, ouvertes et fermés, et \(W_{k'} = U'' \amalg V''\). D’après le lemme 038B, nous obtenons des ouverts et fermés \(U_W, V_W \subset W\) tels que \(U'' = (U_W)_{k'}\), \(V'' = (V_W)_{k'}\) et \(W = U_W \amalg V_W\).
Nous affirmons que si \(W \subset W' \subset X\) sont quasi-compacts ouverts, alors \(W \cap U_{W'} = U_W\) et \(W \cap V_{W'} = V_W\). Nous omettons la vérification. Par conséquent, nous voyons qu’en définissant \(U = \bigcup_{W \subset X} U_W\) et \(V = \bigcup_{W \subset X} V_W\), nous obtenons \(X = U \amalg V\). Il est clair que \(V\) est non vide car il est construit en prenant des unions (localement). D’autre part, \(U\) est non vide puisqu’il contient \(f(T)\) par construction.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(T \to X\) un morphisme de schémas sur \(k\). Supposons \(T\) géométriquement connexe et \(X\) connexe. Alors \(X\) est géométriquement connexe.
Démonstration
Ceci est une reformulation du lemme 038C.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Supposons que \(X\) soit connexe et possède un point \(x\) tel que \(k\) soit algébriquement clos dans \(\kappa(x)\). Alors \(X\) est géométriquement connexe. En particulier, si \(X\) possède un point \(k\)-rationnel et que \(X\) est connexe, alors \(X\) est géométriquement connexe.
Démonstration
Posons \(T = \Spec(\kappa(x))\). Supposons que \(\overline{k}\) soit une clôture algébrique séparable de \(k\). L’hypothèse sur \(\kappa(x)/k\) implique que \(T_{\overline{k}}\) est irréductible, voir Algèbre, lemme 037P. Donc, d’après le lemme 056R, on voit que \(X_{\overline{k}}\) est connexe. D’après le lemme 0387, nous concluons que \(X\) est géométriquement connexe.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Soit \(X\) un schéma sur \(k\). Pour chaque composante connexe \(T\) de \(X\), l’image réciproque \(T_K \subset X_K\) est une union de composantes connexes de \(X_K\).
Démonstration
C’est un énoncé purement topologique. Notons \(p : X_K \to X\) le morphisme de projection. Soit \(T \subset X\) une composante connexe de \(X\). Soit \(t \in T_K = p^{-1}(T)\). Soit \(C \subset X_K\) une composante connexe contenant \(t\). Alors \(p(C)\) est un sous-ensemble connexe de \(X\) qui rencontre \(T\), donc \(p(C) \subset T\). Par conséquent \(C \subset T_K\).
Le lemme suivant sera supplanté par le lemme plus fort 04PZ ci-dessous.
Lemme
Supposons que \(K/k\) soit une extension finie de corps et soit \(X\) un schéma sur \(k\). Notons \(p : X_K \to X\) le morphisme de projection. Pour chaque composante connexe \(T\) de \(X_K\), l’image \(p(T)\) est une composante connexe de \(X\).
Démonstration
L’image \(p(T)\) est contenue dans une certaine composante connexe \(X'\) de \(X\). Considérons \(X'\) comme un sous-schéma fermé de \(X\) de quelque manière que ce soit. Alors \(T\) est également une composante connexe de \(X'_K = p^{-1}(X')\) et nous pouvons donc supposer que \(X\) est connexe. Le morphisme \(p\) est ouvert (Morphismes, lemme 0383), fermé (Morphismes, lemme 01WM) et les fibres de \(p\) sont des ensembles finis (Morphismes, lemme 02NU). Ainsi, nous pouvons appliquer Topologie, lemme 07VB pour conclure.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Notons \(p : X_K \to X\) le morphisme de projection. Supposons que \(\overline{T} \subset X_K\) soit une composante connexe. Alors \(p(\overline{T})\) est une composante connexe de \(X\).
Démonstration
Lorsque \(K/k\) est fini, c’est le lemme 07VM. En général, la preuve est plus difficile.
Soit \(T \subset X\) soit la composante connexe de \(X\) contenant l’image de \(\overline{T}\). Nous pouvons remplacer \(X\) par \(T\) (avec la structure de sous-schéma réduit induite). Ainsi, nous pouvons supposer que \(X\) est connexe. Supposons que \(A = H^0(X, \mathcal{O}_X)\). Soit \(L \subset A\) la \(k\)-algèbre maximale faiblement étale, voir Compléments d’algèbre, lemme 0CKS. Comme \(A\) n’a pas d’idempotents non triviaux, on voit que \(L\) est un corps et une extension algébrique séparable de \(k\) d’après Compléments d’algèbre, lemme 0CKR. Observons que \(L\) est également l’algèbre \(L\) maximale faiblement étale de \(A\) (car toute algèbre faiblement étale \(L\) est faiblement étale sur \(k\) d’après Compléments d’algèbre, lemme 092J). D’après Schémas, lemme 01I1, nous obtenons une factorisation \(X \to \Spec(L) \to \Spec(k)\) du morphisme de structure.
Supposons que \(L'/L\) soit une extension finie séparable. D’après Cohomologie des Schémas, lemme 0CKW nous avons \[A \otimes_L L' = H^0(X \times_{\Spec(L)} \Spec(L'), \mathcal{O}_{X \times_{\Spec(L)} \Spec(L')})\] La \(L'\)-sous-algèbre faiblement étale maximale de \(A \otimes_L L'\) est \(L \otimes_L L' = L'\), d’après Compléments d’algèbre, lemme 0CKU. En particulier, \(A \otimes_L L'\) n’a pas d’idempotents non triviaux (un tel idempotent engendrerait une sous-algèbre faiblement étale) et nous concluons que \(X \times_{\Spec(L)} \Spec(L')\) est connexe. Par le lemme 0389, nous concluons que \(X\) est géométriquement connexe sur \(L\).
Donnons à \(\overline{T}\) la structure de schéma induit réduite et considérons la composition \[\overline{T} \xrightarrow{i} X_K = X \times_{\Spec(k)} \Spec(K) \xrightarrow{\pi} \Spec(L \otimes_k K)\] L’image est contenue dans une composante connexe de \(\Spec(L \otimes_k K)\). Puisque \(K \to L \otimes_k K\) est intégral, on voit que les composantes connexes de \(\Spec(L \otimes_k K)\) sont des points et tous les points sont fermés, voir Algèbre, lemme 00GS. Ainsi, nous obtenons un corps quotient \(L \otimes_k K \to E\) tel que \(\overline{T}\) s’envoie dans \(\Spec(E) \subset \Spec(L \otimes_k K)\). Par conséquent \(i(\overline{T}) \subset \pi^{-1}(\Spec(E))\). Mais \[\pi^{-1}(\Spec(E)) = (X \times_{\Spec(k)} \Spec(K)) \times_{\Spec(L \otimes_k K)} \Spec(E) = X \times_{\Spec(L)} \Spec(E)\] qui est connexe parce que \(X\) est géométriquement connexe sur \(L\). Ensuite, nous obtenons l’égalité \(\overline{T} = X \times_{\Spec(L)} \Spec(E)\) (au sens des ensembles) et nous concluons que \(\overline{T} \to X\) est surjective comme voulu.
Soit \(X\) un schéma. On note \(\pi_0(X)\) l’ensemble des composantes connexes de \(X\).
Lemme
Soit \(k\) un corps, muni d’une clôture algébrique séparable \(\overline{k}\). Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Il existe une action \[\text{Gal}(\overline{k}/k)^{opp} \times \pi_0(X_{\overline{k}}) \longrightarrow \pi_0(X_{\overline{k}})\] avec les propriétés suivantes :
Un élément \(\overline{T} \in \pi_0(X_{\overline{k}})\) est fixé par l’action si et seulement s’il existe une composante connexe \(T \subset X\), qui est géométriquement connexe sur \(k\), telle que \(T_{\overline{k}} = \overline{T}\).
Pour toute extension de corps \(k'/k\) avec clôture algébrique séparable \(\overline{k}'\) le diagramme \[\xymatrix{ \text{Gal}(\overline{k}'/k') \times \pi_0(X_{\overline{k}'}) \ar[r] \ar[d] & \pi_0(X_{\overline{k}'}) \ar[d] \\ \text{Gal}(\overline{k}/k) \times \pi_0(X_{\overline{k}}) \ar[r] & \pi_0(X_{\overline{k}}) }\] est commutatif (où la flèche verticale droite est une bijection d’après le lemme 0363).
Démonstration
L’action (038A) de \(\text{Gal}(\overline{k}/k)\) sur \(X_{\overline{k}}\) induit une action sur ses composantes connexes. Les composantes connexes sont toujours fermées (Topologie, lemme 004T). Donc si \(\overline{T}\) est comme dans (1), alors par le lemme 038B il existe un sous-ensemble fermé \(T \subset X\) tel que \(\overline{T} = T_{\overline{k}}\). Notons que \(T\) est géométriquement connexe sur \(k\), voir le lemme 0387. Pour voir que \(T\) est une composante connexe de \(X\), supposons que \(T \subset T'\), \(T \not = T'\) où \(T'\) est une composante connexe de \(X\). Dans ce cas, \(T'_{k'}\) contient strictement \(\overline{T}\) et est donc non connexe. Par le lemme 038C cela signifie que \(T'\) est non connexe ! Contradiction.
Nous omettons la preuve de la fonctorialité en (2).
Lemme
Soit \(k\) un corps, muni d’une clôture algébrique séparable \(\overline{k}\). Soit \(X\) un schéma sur \(k\). Supposons
\(X\) est quasi-compact, et
les composantes connexes de \(X_{\overline{k}}\) sont ouvertes.
Alors
\(\pi_0(X_{\overline{k}})\) est fini, et
l’action de \(\text{Gal}(\overline{k}/k)\) sur \(\pi_0(X_{\overline{k}})\) est continue.
De plus, les hypothèses (1) et (2) sont satisfaites lorsque \(X\) est de type fini sur \(k\).
Démonstration
Comme les composantes connexes, qui sont ouvertes, recouvrent \(X_{\overline{k}}\) (Topologie, lemme 004T) et \(X_{\overline{k}}\) est quasi-compact, nous concluons qu’il n’y en a qu’un nombre fini. Ainsi, (a) est vérifié. D’après le lemme 0388, ces composantes connexes sont chacune définies sur une sous-extension finie de \(\overline{k}/k\) et nous obtenons (b). Si \(X\) est de type fini sur \(k\), alors \(X_{\overline{k}}\) est de type fini sur \(\overline{k}\) (Morphismes, lemme 01T4). Par conséquent, \(X_{\overline{k}}\) est un schéma noethérien (Morphismes, lemme 01T6). Ainsi, \(X_{\overline{k}}\) a un nombre fini de composantes irréductibles (Propriétés, lemme 0BA8) et a fortiori un nombre fini de composantes connexes (qui sont donc ouvertes).
Schémas géométriquement irréductibles
Si \(X\) est un schéma irréductible sur un corps, il peut arriver que \(X\) devienne réductible après l’extension du corps de base. Cela n’arrive pas pour les schémas géométriquement irréductibles.
Définition
Soit \(X\) un schéma sur le corps \(k\). On dit que \(X\) est géométriquement irréductible sur \(k\) si le schéma \(X_{k'}\) est irréductible 1 pour toute extension de corps \(k'\) de \(k\).
Lemme
Supposons que \(X\) soit un schéma sur le corps \(k\). Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps. Alors \(X\) est géométriquement irréductible sur \(k\) si et seulement si \(X_{k'}\) est géométriquement irréductible sur \(k'\).
Démonstration
Si \(X\) est géométriquement irréductible sur \(k\), alors il est clair que \(X_{k'}\) est géométriquement irréductible sur \(k'\). Pour la réciproque, pour toute extension de corps \(k''/k\), il existe une extension de corps commune \(k'''/k'\) et \(k'''/k''\), voir corps, lemme 0H7K. Comme le morphisme \(X_{k'''} \to X_{k''}\) est surjectif (en tant que changement de base d’un morphisme surjectif entre spectres de corps), on voit que l’irréductibilité de \(X_{k'''}\) implique l’irréductibilité de \(X_{k''}\). Ainsi, si \(X_{k'}\) est géométriquement irréductible sur \(k'\), alors \(X\) est géométriquement irréductible sur \(k\).
Lemme
Supposons que \(X\) soit un schéma sur un corps séparablement clos \(k\). Si \(X\) est irréductible, alors \(X_K\) est irréductible pour toute extension de corps \(K/k\). C.-à-d., \(X\) est géométriquement irréductible sur \(k\).
Démonstration
Cela résulte de Propriétés, lemme 01OM et Algèbre, lemme 00I7.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\), \(Y\) soient des schémas sur \(k\). Supposons que \(X\) soit géométriquement irréductible sur \(k\). Ensuite, le morphisme de projection \[p : X \times_k Y \longrightarrow Y\] induit une bijection entre les composantes irréductibles.
Démonstration
Tout d’abord, notons que les fibres schématiques de \(p\) sont irréductibles, puisqu’elles sont des changements de base du schéma géométriquement irréductible \(X\) par des extensions de corps. De plus, les fibres schématiques sont homéomorphes aux fibres ensemblistes, voir Schémas, lemme 01K1. Selon Morphismes, lemme 0383, l’application \(p\) est ouverte. Ainsi, nous pouvons appliquer Topologie, lemme 037A pour conclure.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Les conditions suivantes sont équivalentes
\(X\) est géométriquement irréductible sur \(k\),
pour chaque ouvert affine non vide \(U\) la \(k\)-algèbre \(\mathcal{O}_X(U)\) est géométriquement irréductible sur \(k\) (voir Algèbre, définition 037L),
\(X\) est irréductible et il existe un recouvrement ouvert affine \(X = \bigcup U_i\) tel que chaque \(k\)-algèbre \(\mathcal{O}_X(U_i)\) est géométriquement irréductible, et
il existe un recouvrement ouvert \(X = \bigcup_{i \in I} X_i\) avec \(I \not = \emptyset\) tel que \(X_i\) est géométriquement irréductible pour chaque \(i\) et tel que \(X_i \cap X_j \not = \emptyset\) pour tout \(i, j \in I\).
De plus, si \(X\) est géométriquement irréductible, il en est de même pour tout sous-schéma ouvert non vide de \(X\).
Démonstration
Un schéma affine \(\Spec(A)\) sur \(k\) est géométriquement irréductible si et seulement si \(A\) est géométriquement irréductible sur \(k\) ; cela découle immédiatement des définitions. Rappelons que si un schéma est irréductible, alors tout sous-schéma ouvert non vide de \(X\) l’est aussi, et que deux ouverts non vides ont une intersection non vide. De plus, si tout ouvert affine est irréductible, alors le schéma est irréductible, voir Propriétés, lemme 01OM. Ainsi, l’énoncé final du lemme est clair, ainsi que les implications (1) \(\Rightarrow\) (2), (2) \(\Rightarrow\) (3), et (3) \(\Rightarrow\) (4). Si (4) est vrai, alors pour toute extension de corps \(k'/k\), le schéma \(X_{k'}\) possède un recouvrement par des ouverts irréductibles dont les intersections deux à deux sont non vides. Par conséquent, \(X_{k'}\) est irréductible. Ainsi, (4) implique (1).
Lemme
Supposons que \(X\) soit un schéma irréductible sur le corps \(k\). Supposons que \(\xi \in X\) soit son point générique. Les énoncés suivants sont équivalents :
\(X\) est géométriquement irréductible sur \(k\) ;
\(\kappa(\xi)\) est géométriquement irréductible sur \(k\) ;
la clôture algébrique séparable de \(k\) dans \(\kappa(\xi)\) est égale à \(k\).
Démonstration
D’après Algèbre, lemme 0G33, (2) et (3) sont équivalents.
Supposons (1). Rappelons que \(\mathcal{O}_{X, \xi}\) est la colimite filtrante de \(\mathcal{O}_X(U)\) où \(U\) parcourt les sous-schémas affines ouverts non vides de \(X\). En combinant le lemme 038G et le lemme d’Algèbre 037N, nous voyons que \(\mathcal{O}_{X, \xi}\) est géométriquement irréductible sur \(k\). Puisque \(\mathcal{O}_{X, \xi} \to \kappa(\xi)\) est une surjection avec noyau localement nilpotent (voir le lemme d’Algèbre 00EU), il s’ensuit que \(\kappa(\xi)\) est géométriquement irréductible, voir le lemme d’Algèbre 0BRA.
Supposons (2). On peut supposer que \(X\) est réduit. Supposons que \(U \subset X\) est un ouvert affine non vide. Alors \(U = \Spec(A)\) où \(A\) est un anneau intègre avec corps des fractions \(\kappa(\xi)\). Ainsi \(A\) est une \(k\)-sous-algèbre d’une \(k\)-algèbre géométriquement irréductible. Par conséquent, d’après le lemme d’Algèbre 037N, on voit que \(A\) est géométriquement irréductible sur \(k\). D’après le lemme 038G, nous en concluons que \(X\) est géométriquement irréductible sur \(k\).
Lemme
Un schéma \(X\) sur un corps \(k\) est géométriquement irréductible sur \(k\) si et seulement si \(X\times_k X\) est irréductible.
Démonstration
Si \(X\) est géométriquement irréductible sur \(k\), alors \(X\times_k X\) est irréductible selon le lemme 038F.
Inversement, supposons que \(X \times_k X\) soit irréductible. En remplaçant \(X\) par le schéma réduit sous-jacent, on peut supposer que \(X\) est réduit sans changer le problème. Puisque la première projection \(X \times_k X \to X\) est surjective, \(X\) est également irréductible, donc intégral. Supposons qu’il existe un élément \(\alpha\) dans le corps des fonctions \(k(X)\) qui soit algébrique séparable sur \(k\) mais pas dans \(k\). Soit \(E = k(\alpha)\).
Puis il existe un sous-schéma affine ouvert non vide \(U\) de \(X\) tel que \(k \subset E \subset O(U)\), et donc \(E \otimes_k E \subset O(U)\otimes_k O(U) = O(U\times_k U)\). Ainsi nous avons un morphisme dominant \(U \times_k U \to \Spec(E\otimes_k E)\). Puisque \(X\times_k X\) est irréductible, \(U \times_k U\) l’est aussi, et donc \(\Spec(E \otimes_k E)\) est connexe. Si \(E\) est strictement plus grand que \(k\), alors \(E \otimes_k E\) est un produit de corps incluant \(E\) comme un facteur. Il a une dimension \((\dim_k(E))^2>\dim_k(E)\) comme espace vectoriel sur \(k\), et donc \(E\otimes_k E\) est un produit d’au moins deux corps, ce qui contredit que \(\Spec(E \otimes_k E)\) est connexe. Donc en fait \(E\) est égal à \(k\). D’après le lemme 054Q, \(X\) est géométriquement irréductible sur \(k\).
Lemme
Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps. Supposons que \(X\) est un schéma sur \(k\). Posons \(X' = X_{k'}\). Supposons que \(k\) est séparablement algébriquement clos. Alors le morphisme \(X' \to X\) induit une bijection des composantes irréductibles.
Démonstration
Puisque \(k\) est séparablement algébriquement clos, on voit que \(k'\) est géométriquement irréductible sur \(k\), voir Algèbre, lemme 037M. Par conséquent, \(Z = \Spec(k')\) est géométriquement irréductible sur \(k\), d’après le lemme 038G ci-dessus. Puisque \(X' = Z \times_k X\), le résultat est un cas particulier du lemme 038F.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(X\) est géométriquement irréductible sur \(k\),
pour toute extension de corps finie séparable \(k'/k\) le schéma \(X_{k'}\) est irréductible, et
\(X_{\overline{k}}\) est irréductible, où \(k \subset \overline{k}\) est une clôture algébrique séparable de \(k\).
Démonstration
Supposons que \(X_{\overline{k}}\) soit irréductible, c’est-à-dire, supposons (3). Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps. Il existe une extension de corps \(\overline{k}'/\overline{k}\) telle que \(k'\) se plonge dans \(\overline{k}'\) comme une extension de \(k\). D’après le lemme 038H, on voit que \(X_{\overline{k}'}\) est irréductible. Puisque \(X_{\overline{k}'} \to X_{k'}\) est surjective, nous concluons que \(X_{k'}\) est irréductible. Par conséquent, (1) est vrai.
Supposons que \(k \subset \overline{k}\) soit une clôture algébrique séparable de \(k\). Supposons que non (3), c’est-à-dire supposons que \(X_{\overline{k}}\) soit réductible. Notre but est de montrer que \(X_{k'}\) est également réductible pour une certaine sous-extension finie \(\overline{k}/k'/k\). Supposons que \(X = \bigcup_{i \in I} U_i\) soit un recouvrement affine ouvert avec \(U_i\) non vide. Si pour un certain \(i\) le schéma \(U_i\) est réductible, ou si pour une certaine paire \(i \not = j\) l’intersection \(U_i \cap U_j\) est vide, alors \(X\) est réductible (Propriétés, lemme 01OM) et nous avons terminé. En particulier, on peut supposer que \(U_{i, \overline{k}} \cap U_{j, \overline{k}}\) pour tout \(i, j \in I\) est non vide et nous en concluons que \(U_{i, \overline{k}}\) doit être réductible pour un certain \(i\). Selon Algèbre, lemme 037K, cela signifie que \(U_{i, k'}\) est réductible pour une certaine extension de corps finie séparable \(k'/k\). Par conséquent, \(X_{k'}\) est également réductible. Ainsi, on voit que (2) implique (3).
L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) est immédiate. Cela prouve le lemme.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Soit \(X\) un schéma sur \(k\). Pour chaque composante irréductible \(T\) de \(X\), l’image réciproque \(T_K \subset X_K\) est une union de composantes irréductibles de \(X_K\).
Démonstration
Soit \(T \subset X\) une composante irréductible de \(X\). Le morphisme \(T_K \to T\) est plat, donc les généralisations se relèvent le long de \(T_K \to T\). Ainsi, chaque \(\xi \in T_K\) qui est un point générique d’une composante irréductible de \(T_K\) s’envoie sur le point générique \(\eta\) de \(T\). Si \(\xi' \leadsto \xi\) est une spécialisation dans \(X_K\), alors \(\xi'\) se mappe à \(\eta\) puisqu’il n’y a pas de points se spécialisant en \(\eta\) dans \(X\). Ainsi \(\xi' \in T_K\) et nous concluons que \(\xi = \xi'\). En d’autres termes, \(\xi\) est le point générique d’une composante irréductible de \(X_K\). Cela signifie que les composantes irréductibles de \(T_K\) sont toutes des composantes irréductibles de \(X_K\).
Pour un schéma \(X\), nous notons \(\text{IrredComp}(X)\) l’ensemble des composantes irréductibles de \(X\).
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Soit \(X\) un schéma sur \(k\). Pour chaque composante irréductible \(\overline{T} \subset X_K\), l’image de \(\overline{T}\) dans \(X\) est une composante irréductible dans \(X\). Cela définit une application canonique \[\text{IrredComp}(X_K) \longrightarrow \text{IrredComp}(X)\] qui est surjective.
Démonstration
Considérons le diagramme \[\xymatrix{ X_K \ar[d] & X_{\overline{K}} \ar[d] \ar[l] \\ X & X_{\overline{k}} \ar[l] }\] où \(\overline{K}\) est la clôture algébrique séparable de \(K\), et où \(\overline{k}\) est la clôture algébrique séparable de \(k\). D’après le lemme 038H, le morphisme \(X_{\overline{K}} \to X_{\overline{k}}\) induit une bijection entre les composantes irréductibles. Il suffit donc de démontrer le lemme pour les morphismes \(X_{\overline{k}} \to X\) et \(X_{\overline{K}} \to X_K\). En d’autres termes, on peut supposer que \(K = \overline{k}\).
Le morphisme \(p : X_{\overline{k}} \to X\) est intégral, plat et surjectif. La platitude implique que les généralisations se relèvent le long de \(p\), voir Morphismes, lemme 03HV. Par conséquent, les points génériques des composantes irréductibles de \(X_{\overline{k}}\) se projettent sur des points génériques des composantes irréductibles de \(X\). L’intégralité implique que \(p\) est universellement fermé, voir Morphismes, lemme 01WM. Ainsi, nous concluons que l’image \(p(\overline{T})\) d’une composante irréductible est un sous-ensemble fermé irréductible qui contient un point générique d’une composante irréductible de \(X\), donc \(p(\overline{T})\) est une composante irréductible de \(X\). Cela prouve la première assertion. Si \(T \subset X\) est une composante irréductible, alors \(p^{-1}(T) =T_K\) est une union non vide de composantes irréductibles, voir lemme 04KW. Chacune d’elles se projette nécessairement sur \(T\) selon la première partie. Par conséquent, l’application est surjective.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Si \(X\) est irréductible et possède un ensemble dense de points \(k\)-rationnels, alors \(X\) est géométriquement irréductible.
Démonstration
Supposons que \(k'/k\) soit une extension finie de corps et soit \(Z, Z' \subset X_{k'}\) des composantes irréductibles. Il suffit de montrer \(Z = Z'\), voir le lemme 038I. Par le lemme 04KX, nous avons \(p(Z) = p(Z') = X\) où \(p : X_{k'} \to X\) est la projection. Si \(Z \not = Z'\) alors \(Z \cap Z'\) est nulle part dense dans \(X_{k'}\) et donc \(p(Z \cap Z')\) n’est pas dense d’après Morphismes, lemme 03HX ; ici nous utilisons aussi que \(p\) est un morphisme fini comme le changement de base du morphisme fini \(\Spec(k') \to \Spec(k)\), voir Morphismes, lemme 01WL. Ainsi nous pouvons choisir un point \(k\)-rationnel \(x \in X\) avec \(x \not \in p(Z \cap Z')\). Puisque le corps résiduel de \(x\) est \(k\), nous voyons que \(p^{-1}(\{x\}) = \{x'\}\) où \(x' \in X_{k'}\) est un point dont le corps résiduel est \(k'\). Puisque \(x \in p(Z) = p(Z')\), nous concluons que \(x' \in Z \cap Z'\), ce qui est la contradiction que nous cherchions.
Lemme
Soit \(k\) un corps, muni d’une clôture algébrique séparable \(\overline{k}\). Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Il existe une action \[\text{Gal}(\overline{k}/k)^{opp} \times \text{IrredComp}(X_{\overline{k}}) \longrightarrow \text{IrredComp}(X_{\overline{k}})\] avec les propriétés suivantes :
Un élément \(\overline{T} \in \text{IrredComp}(X_{\overline{k}})\) est fixé par l’action si et seulement s’il existe une composante irréductible \(T \subset X\), qui est géométriquement irréductible sur \(k\), telle que \(T_{\overline{k}} = \overline{T}\).
Pour toute extension de corps \(k'/k\) avec clôture algébrique séparable \(\overline{k}'\), le diagramme \[\xymatrix{ \text{Gal}(\overline{k}'/k') \times \text{IrredComp}(X_{\overline{k}'}) \ar[r] \ar[d] & \text{IrredComp}(X_{\overline{k}'}) \ar[d] \\ \text{Gal}(\overline{k}/k) \times \text{IrredComp}(X_{\overline{k}}) \ar[r] & \text{IrredComp}(X_{\overline{k}}) }\] est commutatif (où la flèche verticale droite est une bijection selon le lemme 038H).
Démonstration
L’action ( 038A ) de \(\text{Gal}(\overline{k}/k)\) sur \(X_{\overline{k}}\) induit une action sur ses composantes irréductibles. Les composantes irréductibles sont toujours fermées (Topologie, lemme 004T). Par conséquent, si \(\overline{T}\) est comme dans (1), alors par le lemme 038B il existe un sous-ensemble fermé \(T \subset X\) tel que \(\overline{T} = T_{\overline{k}}\). Notons que \(T\) est géométriquement irréductible sur \(k\), voir le lemme 038I. Pour voir que \(T\) est une composante irréductible de \(X\), supposons que \(T \subset T'\), \(T \not = T'\) où \(T'\) est une composante irréductible de \(X\). Supposons que \(\overline{\eta}\) soit le point générique de \(\overline{T}\). Il s’envoie sur le point générique \(\eta\) de \(T\). Ensuite, le point générique \(\xi \in T'\) se spécialise en \(\eta\). Comme \(X_{\overline{k}} \to X\) est plat, il existe un point \(\overline{\xi} \in X_{\overline{k}}\) qui s’envoie sur \(\xi\) et se spécialise en \(\overline{\eta}\). Il s’ensuit que l’adhérence du singleton \(\{\overline{\xi}\}\) est un sous-ensemble fermé irréductible de \(X_{\overline{\xi}}\) qui contient strictement \(\overline{T}\). C’est la contradiction souhaitée.
Nous omettons la preuve de la fonctorialité en (2).
Lemme
Soit \(k\) un corps, muni d’une clôture algébrique séparable \(\overline{k}\). Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Les fibres de l’application \[\text{IrredComp}(X_{\overline{k}}) \longrightarrow \text{IrredComp}(X)\] du lemme 04KX sont exactement les orbites de \(\text{Gal}(\overline{k}/k)\) sous l’action du lemme 038J.
Démonstration
Soit \(T \subset X\) une composante irréductible de \(X\). Supposons que \(\eta \in T\) soit son point générique. D’après les lemmes 04KW et 04KX, les points génériques des composantes irréductibles de \(\overline{T}\) qui se projettent sur \(T\) se projettent sur \(\eta\). D’après le lemme d’algèbre 04KP, le groupe de Galois agit transitivement sur tous les points de \(X_{\overline{k}}\) se projetant sur \(\eta\). D’où le lemme en découle.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X \to \Spec(k)\) soit localement de type fini. Dans ce cas
l’action \[\text{Gal}(\overline{k}/k)^{opp} \times \text{IrredComp}(X_{\overline{k}}) \longrightarrow \text{IrredComp}(X_{\overline{k}})\] est continue si nous donnons à \(\text{IrredComp}(X_{\overline{k}})\) la topologie discrète,
chaque composante irréductible de \(X_{\overline{k}}\) peut être définie sur une extension finie de \(k\), et
étant donnée une composante irréductible \(T \subset X\), le schéma \(T_{\overline{k}}\) est une union finie de composantes irréductibles de \(X_{\overline{k}}\) qui sont toutes dans le même \(\text{Gal}(\overline{k}/k)\)-orbite.
Démonstration
Supposons que \(\overline{T}\) soit une composante irréductible de \(X_{\overline{k}}\). Nous pouvons choisir un ouvert affine \(U \subset X\) tel que \(\overline{T} \cap U_{\overline{k}}\) ne soit pas vide. Écrivons \(U = \Spec(A)\), ainsi \(A\) est une \(k\)-algèbre de type fini, voir Morphismes, lemme 01T2. Par conséquent, \(A_{\overline{k}}\) est une \(\overline{k}\)-algèbre de type fini, et en particulier noethérienne. Supposons que \(\mathfrak p = (f_1, \ldots, f_n)\) soit l’idéal premier correspondant à \(\overline{T} \cap U_{\overline{k}}\). Comme \(A_{\overline{k}} = A \otimes_k \overline{k}\), nous voyons qu’il existe une sous-extension finie \(\overline{k}/k'/k\) telle que chaque \(f_i \in A_{k'}\). Il est clair que \(\text{Gal}(\overline{k}/k')\) fixe \(\overline{T}\), ce qui prouve (1).
La partie (2) suit en appliquant le lemme 038J (1) à la situation sur \(k'\), ce qui implique que la composante irréductible \(\overline{T}\) est de la forme \(T'_{\overline{k}}\) pour un certain irréductible \(T' \subset X_{k'}\).
Pour démontrer (3), soit \(T \subset X\) une composante irréductible. Choisissons une composante irréductible \(\overline{T} \subset X_{\overline{k}}\) qui s’envoie sur \(T\), voir le lemme 04KX. D’après ce qui précède, l’orbite de \(\overline{T}\) est finie, disons qu’elle est \(\overline{T}_1, \ldots, \overline{T}_n\). Alors \(\overline{T}_1 \cup \ldots \cup \overline{T}_n\) est un sous-ensemble fermé invariant par \(\text{Gal}(\overline{k}/k)\) de \(X_{\overline{k}}\) et donc de la forme \(W_{\overline{k}}\) pour un certain \(W \subset X\) fermé d’après le lemme 038B. Clairement \(W = T\) et cela conclut.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X \to \Spec(k)\) soit localement de type fini. Supposons que \(X\) ait un nombre fini de composantes irréductibles. Alors il existe une extension finie séparable \(k'/k\) telle que chaque composante irréductible de \(X_{k'}\) soit géométriquement irréductible sur \(k'\).
Démonstration
Supposons que \(\overline{k}\) soit une clôture algébrique séparable de \(k\). L’hypothèse que \(X\) a un nombre fini de composantes irréductibles combinée avec le lemme 04KZ (3) montre que \(X_{\overline{k}}\) a un nombre fini de composantes irréductibles \(\overline{T}_1, \ldots, \overline{T}_n\). Par le lemme 04KZ (2), il existe une extension finie \(\overline{k}/k'/k\) et des composantes irréductibles \(T_i \subset X_{k'}\) telles que \(\overline{T}_i = T_{i, \overline{k}}\) et nous avons terminé.
Lemme
Supposons que \(X\) soit un schéma sur le corps \(k\). Supposons que \(X\) ait un nombre fini de composantes irréductibles, toutes géométriquement irréductibles. Alors \(X\) a un nombre fini de composantes connexes, chacune étant géométriquement connexe.
Démonstration
Ceci est clair parce qu’une composante connexe est une union de composantes irréductibles. Nous omettons les détails.
Schémas géométriquement intègres
Si \(X\) est un schéma intègre sur un corps, il peut arriver que \(X\) devienne soit non réduit soit réductible après extension du corps de base. Cela n’arrive pas pour les schémas géométriquement intègres.
Définition
Soit \(X\) un schéma sur le corps \(k\).
Soit \(x \in X\). Nous disons que \(X\) est géométriquement ponctuellement intègre en \(x\) si pour toute extension de corps \(k'/k\) et tout \(x' \in X_{k'}\) au-dessus de \(x\), l’anneau local \(\mathcal{O}_{X_{k'}, x'}\) est intègre.
Nous disons que \(X\) est géométriquement ponctuellement intègre si \(X\) est géométriquement ponctuellement intègre en tout point.
Nous disons que \(X\) est géométriquement intègre sur \(k\) si le schéma \(X_{k'}\) est intègre pour toute extension de corps \(k'\) de \(k\).
La distinction entre les notions (2) et (3) est nécessaire. Par exemple, si \(k = \mathbf{R}\) et \(X = \Spec(\mathbf{C}[x])\), alors \(X\) est géométriquement ponctuellement intégral sur \(\mathbf{R}\) mais bien sûr pas géométriquement intègre.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Alors \(X\) est géométriquement intègre sur \(k\) si et seulement si \(X\) est à la fois géométriquement réduit et géométriquement irréductible sur \(k\).
Démonstration
Voir Propriétés, lemme 01ON.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma propre sur \(k\).
\(A = H^0(X, \mathcal{O}_X)\) est une \(k\)-algèbre de dimension finie,
\(A = \prod_{i = 1, \ldots, n} A_i\) est un produit d’\(k\)-algèbres locales artiniennes, un facteur pour chaque composante connexe de \(X\),
si \(X\) est réduit, alors \(A = \prod_{i = 1, \ldots, n} k_i\) est un produit de corps, chacun étant une extension finie de \(k\),
si \(X\) est géométriquement réduit, alors \(k_i\) est finie et séparable sur \(k\),
si \(X\) est géométriquement connexe, alors \(A\) est géométriquement irréductible sur \(k\),
si \(X\) est géométriquement irréductible, alors \(A\) est géométriquement irréductible sur \(k\),
si \(X\) est géométriquement réduit et géométriquement connexe, alors \(A = k\), et
si \(X\) est géométriquement intègre, alors \(A = k\).
Démonstration
D’après Cohomologie des Schémas, lemme 02O6, on voit que \(A = H^0(X, \mathcal{O}_X)\) est une \(k\)-algèbre de dimension finie. Cela prouve (1).
Alors \(A\) est un produit de \(k\)-algèbres artiniennes locales par Algèbre, lemme 00J6 et la proposition 00KJ. Si \(X = Y \amalg Z\) avec \(Y\) et \(Z\) ouverts dans \(X\), alors nous obtenons un idempotent \(e \in A\) en prenant la section de \(\mathcal{O}_X\) qui est \(1\) sur \(Y\) et \(0\) sur \(Z\). Réciproquement, si \(e \in A\) est un idempotent, alors nous obtenons une décomposition correspondante de \(X\). Enfin, comme \(X\) a un espace topologique sous-jacent noethérien, ses composantes connexes sont ouvertes. Par conséquent, les composantes connexes de \(X\) correspondent de \(1\) à \(1\) avec des idempotents primitifs de \(A\). Cela prouve (2).
Si \(X\) est réduit, alors \(A\) est réduit. Par conséquent, les anneaux locaux \(A_i = k_i\) sont réduits et donc corps (par exemple d’après Algèbre, lemme 00EU). Cela prouve (3).
Si \(X\) est géométriquement réduit, alors \(A \otimes_k \overline{k} = H^0(X_{\overline{k}}, \mathcal{O}_{X_{\overline{k}}})\) (égalité par la cohomologie des Schémas, lemme 02KH) est réduit. Cela implique que \(k_i \otimes_k \overline{k}\) est un produit de corps et donc \(k_i/k\) est séparable, par exemple d’après Algèbre, lemmes 030W et 030V. Cela prouve (4).
Si \(X\) est géométriquement connexe, alors \(A \otimes_k \overline{k} = H^0(X_{\overline{k}}, \mathcal{O}_{X_{\overline{k}}})\) est un anneau local de dimension zéro d’après la partie (2) et donc son spectre a un point, en particulier il est irréductible. Ainsi \(A\) est géométriquement irréductible. Cela prouve (5). Bien sûr, (5) implique (6).
Si \(X\) est géométriquement réduit et géométriquement connexe, alors \(A = k_1\) est un corps et l’extension \(k_1/k\) est finie séparable et géométriquement irréductible. Cependant, alors \(k_1 \otimes_k \overline{k}\) est un produit de \([k_1 : k]\) copies de \(\overline{k}\) et nous concluons que \(k_1 = k\). Cela prouve (7). Bien sûr, (7) implique (8).
Voici une version simplifiée de la factorisation de Stein ; la factorisation de Stein proprement dite sera abordée dans Plus sur les Morphismes, section 03GX.
Lemme
Supposons que \(X\) soit un schéma propre sur un corps \(k\). Posons \(A = H^0(X, \mathcal{O}_X)\). Les fibres du morphisme canonique \(X \to \Spec(A)\) sont géométriquement connexes.
Démonstration
Posons \(S = \Spec(A)\). Le morphisme canonique \(X \to S\) est le morphisme correspondant à \(\Gamma(S, \mathcal{O}_S) = A = \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) d’après Schémas, lemme 01I1. La \(k\)-algèbre \(A\) est un produit fini \(A = \prod A_i\) de \(k\)-algèbres locales artiniennes finies sur \(k\), voir le lemme 0BUG. Désignons par \(s_i \in S\) le point correspondant à l’idéal maximal de \(A_i\). Choisissons une clôture algébrique \(\overline{k}\) de \(k\) et posons \(\overline{A} = A \otimes_k \overline{k}\). Choisissons un plongement \(\kappa(s_i) \to \overline{k}\) sur \(k\) ; cela détermine un morphisme d’algèbres \(\overline{k}\). \[\sigma_i : \overline{A} = A \otimes_k \overline{k} \to \kappa(s_i) \otimes_k \overline{k} \to \overline{k}\] Considérons le changement de base \[\xymatrix{ \overline{X} \ar[r] \ar[d] & X \ar[d] \\ \overline{S} \ar[r] & S }\] de \(X\) à \(\overline{S} = \Spec(\overline{A})\). Par la cohomologie des Schémas, lemme 02KH nous avons \(\Gamma(\overline{X}, \mathcal{O}_{\overline{X}}) = \overline{A}\). Si \(\overline{s}_i \in \Spec(\overline{A})\) désigne le point \(\overline{k}\)-rationnel correspondant à \(\sigma_i\), alors on voit que \(\overline{s}_i\) s’envoie sur \(s_i \in S\) et \(\overline{X}_{\overline{s}_i}\) est le changement de base de \(X_{s_i}\) par \(\Spec(\sigma_i)\). Ainsi, nous voyons qu’il suffit de prouver le lemme dans le cas où \(k\) est algébriquement clos.
Supposons que \(k\) soit algébriquement clos. Dans ce cas, \(\kappa(s_i)\) est algébriquement clos et nous devons montrer que \(X_{s_i}\) est connexe. La décomposition en produit \(A = \prod A_i\) correspond à une décomposition en union disjointe \(\Spec(A) = \coprod \Spec(A_i)\), voir Algèbre, lemme 00ED. Notons \(X_i\) l’image inverse de \(\Spec(A_i)\). Il découle du lemme 0BUG, partie (2), que \(A_i = \Gamma(X_i, \mathcal{O}_{X_i})\). Il faut observer que \(X_{s_i} \to X_i\) est une immersion fermée induisant un isomorphisme sur les espaces topologiques sous-jacents (parce que \(\Spec(A_i)\) est un singleton). Ainsi, si \(X_{s_i}\) n’est pas connexe, alors \(X_i\) ne l’est pas non plus. Donc soit \(X_i\) est vide et \(A_i = 0\) ou \(X_i\) peut être écrit comme \(U \amalg V\) avec \(U\) et \(V\) ouverts et non vides, ce qui impliquerait que \(A_i\) possède un idempotent non trivial. Puisque \(A_i\) est local, c’est une contradiction et la démonstration est complète.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma propre géométriquement réduit sur \(k\). Les conditions suivantes sont équivalentes
\(H^0(X, \mathcal{O}_X) = k\), et
\(X\) est géométriquement connexe.
Démonstration
D’après le lemme 0FD1, nous avons (1) \(\Rightarrow\) (2). D’après le lemme 0BUG, nous avons (2) \(\Rightarrow\) (1).
Schémas géométriquement normaux
Dans Propriétés, définition 033I nous avons défini la notion de schéma normal. Cette notion est définie même pour des schémas non noethériens. Ainsi, contrairement à notre discussion des schémas « géométriquement réguliers », nous considérons toutes les extensions de corps du corps de base.
Définition
Soit \(X\) un schéma sur le corps \(k\).
Soit \(x \in X\). On dit que \(X\) est géométriquement normal en \(x\) si pour toute extension de corps \(k'/k\) et tout \(x' \in X_{k'}\) au-dessus de \(x\) l’anneau local \(\mathcal{O}_{X_{k'}, x'}\) est normal.
On dit que \(X\) est géométriquement normal sur \(k\) si \(X\) est géométriquement normal en tout \(x \in X\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Soit \(x \in X\). Les énoncés suivants sont équivalents
\(X\) est géométriquement normal en \(x\),
pour toute extension de corps finie purement inséparable \(k'\) de \(k\) et \(x' \in X_{k'}\) au-dessus de \(x\), l’anneau local \(\mathcal{O}_{X_{k'}, x'}\) est normal, et
l’anneau \(\mathcal{O}_{X, x}\) est géométriquement normal sur \(k\) (voir Algèbre, définition 0380).
Démonstration
Il est clair que (1) implique (2). Supposons (2). Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps finie purement inséparable (par exemple \(k = k'\)). Considérons l’anneau \(\mathcal{O}_{X, x} \otimes_k k'\). D’après Algèbre, lemme 0BRA, son spectre est le même que le spectre de \(\mathcal{O}_{X, x}\). Par conséquent, c’est aussi un anneau local (Algèbre, lemme 00E9). Il existe donc un point unique \(x' \in X_{k'}\) au-dessus de \(x\) et \(\mathcal{O}_{X_{k'}, x'} \cong \mathcal{O}_{X, x} \otimes_k k'\). Par hypothèse, c’est un anneau normal. Nous en déduisons donc (3) d’après Algèbre, lemme 037Z.
Supposons (3). Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps. Comme \(\Spec(k') \to \Spec(k)\) est surjectif, \(X_{k'} \to X\) est aussi surjectif (Morphismes, lemme 01S1). Soit \(x' \in X_{k'}\) un point quelconque au-dessus de \(x\). L’anneau local \(\mathcal{O}_{X_{k'}, x'}\) est une localisation de l’anneau \(\mathcal{O}_{X, x} \otimes_k k'\). Par conséquent, il est normal par hypothèse et (1) est prouvé.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Les conditions suivantes sont équivalentes
\(X\) est géométriquement normal,
\(X_{k'}\) est un schéma normal pour toute extension de corps \(k'/k\),
\(X_{k'}\) est un schéma normal pour chaque extension de corps de type fini \(k'/k\),
\(X_{k'}\) est un schéma normal pour chaque extension de corps finie purement inséparable \(k'/k\),
pour chaque ouvert affine \(U \subset X\) l’anneau \(\mathcal{O}_X(U)\) est géométriquement normal (voir Algèbre, définition 0380), et
\(X_{k^{perf}}\) est un schéma normal.
Démonstration
Supposons (1). Alors pour toute extension de corps \(k'/k\) et tout point \(x' \in X_{k'}\), l’anneau local de \(X_{k'}\) en \(x'\) est normal. Par définition, cela signifie que \(X_{k'}\) est normal. D’où (2).
Il est clair que (2) implique (3) implique (4).
Supposons (4) et soit \(U \subset X\) un sous-schéma affine ouvert. Alors \(U_{k'}\) est un schéma normal pour toute extension finie purement inséparable \(k'/k\) (y compris \(k = k'\)). Cela signifie que \(k' \otimes_k \mathcal{O}(U)\) est un anneau normal pour toutes les extensions finies purement inséparables \(k'/k\). Par conséquent, \(\mathcal{O}(U)\) est une algèbre géométriquement normale \(k\) par définition. Ainsi, (4) implique (5).
Supposons (5). Pour toute extension de corps \(k'/k\), le changement de base \(X_{k'}\) s’obtient par recollement des spectres des anneaux \(\mathcal{O}_X(U) \otimes_k k'\) où \(U\) est un ouvert affine dans \(X\) (voir Schémas, section 01JO). Donc \(X_{k'}\) est normal. Ainsi (1) est vrai.
L’équivalence de (5) et (6) découle de la définition des algèbres géométriquement normales et de l’équivalence que l’on vient de démontrer de (3) et (4).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps. Supposons que \(x \in X\) soit un point, et soit \(x' \in X_{k'}\) un point situé au-dessus de \(x\). Les énoncés suivants sont équivalents
\(X\) est géométriquement normal en \(x\),
\(X_{k'}\) est géométriquement normal en \(x'\).
En particulier, \(X\) est géométriquement normal sur \(k\) si et seulement si \(X_{k'}\) est géométriquement normal sur \(k'\).
Démonstration
Il est clair que (1) implique (2). Supposons (2). Supposons que \(k''/k\) soit une extension de corps finie purement inséparable et soit \(x'' \in X_{k''}\) un point au-dessus de \(x\) (en fait, il est unique). Choisissons une extension de corps commune \(k'''/k\) de \(k'/k\) et \(k''/k\), voir corps, lemme 0H7K. Choisissons un point \(x''' \in X_{k'''}\) au-dessus à la fois de \(x'\) et \(x''\). Considérons le morphisme d’anneaux locaux \[\mathcal{O}_{X_{k''}, x''} \longrightarrow \mathcal{O}_{X_{k'''}, x''''}.\] Ceci est un homomorphisme local plat d’anneaux et donc fidèlement plat. D’après (2), on voit que l’anneau local à droite est normal. Ainsi, d’après L’Algèbre, lemme 033G, nous concluons que \(\mathcal{O}_{X_{k''}, x''}\) est normal. D’après le lemme 038N, on voit que \(X\) est géométriquement normal en \(x\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma géométriquement normal sur \(k\) et soit \(Y\) un schéma normal sur \(k\). Alors \(X \times_k Y\) est un schéma normal.
Démonstration
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma normal sur \(k\). Supposons que \(K/k\) soit une extension de corps séparable. Alors \(X_K\) est un schéma normal.
Démonstration
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma propre géométriquement normal sur \(k\). Les conditions suivantes sont équivalentes
\(H^0(X, \mathcal{O}_X) = k\),
\(X\) est géométriquement connexe,
\(X\) est géométriquement irréductible, et
\(X\) est géométriquement intègre.
Démonstration
D’après le lemme 0FD2, nous avons l’équivalence de (1) et (2). Un schéma normal localement noethérien (tel que \(X_{\overline{k}}\)) est une réunion disjointe de ses composantes irréductibles (Propriétés, lemme 033M). Ainsi, on voit que (2) et (3) sont équivalents. Puisque \(X_{\overline{k}}\) est supposé réduit, on voit que (3) et (4) sont également équivalents.
Changement de corps et schémas localement noethériens
Soit \(X\) un schéma localement noethérien sur un corps \(k\). Il n’est pas toujours vrai que \(X_{k'}\) soit aussi localement noethérien. Par exemple, si \(X = \Spec(\overline{\mathbf{Q}})\) et \(k = \mathbf{Q}\), alors \(X_{\overline{\mathbf{Q}}}\) est le spectre de \(\overline{\mathbf{Q}} \otimes_{\mathbf{Q}} \overline{\mathbf{Q}}\) qui n’est pas noethérien. (Indice : Il a trop d’idempotents). Mais si nous ne faisons que des changements de base utilisant des extensions de corps de type fini, alors la propriété noethérienne est préservée. (Ou si \(X\) est localement de type fini sur \(k\), puisque cette propriété est préservée par changement de base.)
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps de type fini. Alors \(X\) est localement noethérien si et seulement si \(X_{k'}\) est localement noethérien.
Démonstration
D’après Propriétés, lemme 01OW nous réduisons au cas où \(X\) est affine, disons \(X = \Spec(A)\). Dans ce cas, nous devons prouver que \(A\) est noethérien si et seulement si \(A_{k'}\) est noethérien. Puisque \(A \to A_{k'} = k' \otimes_k A\) est fidèlement plat, on voit que si \(A_{k'}\) est noethérien, alors \(A\) l’est aussi, d’après Algèbre, lemme 033E. Réciproquement, si \(A\) est noethérien, alors \(A_{k'}\) est noethérien d’après Algèbre, lemme 045I.
Schémas géométriquement réguliers
Un schéma géométriquement régulier sur un corps \(k\) est un schéma localement noethérien sur \(k\) qui reste régulier après des changements appropriés de corps de base. Un schéma de type fini sur \(k\) est géométriquement régulier si et seulement s’il est lisse sur \(k\) (voir le lemme 038X). La notion de régularité géométrique est particulièrement intéressante dans les situations où la lissité ne peut pas être utilisée, comme pour les fibres formelles (insérer référence future ici).
Dans la définition suivante, nous nous limitons aux schémas localement noethériens, puisque la propriété d’être un anneau local régulier n’est définie que pour les anneaux locaux noethériens. D’après le lemme 038R ci-dessus, si nous nous limitons aux extensions de corps de type fini, alors cette propriété est préservée par changement de corps de base. Ce commentaire sera utilisé sans référence supplémentaire dans cette section. En particulier, la définition suivante a un sens.
Définition
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma localement noethérien sur \(k\).
Soit \(x \in X\). On dit que \(X\) est géométriquement régulier en \(x\) sur \(k\) si pour toute extension de corps de type fini \(k'/k\) et tout \(x' \in X_{k'}\) au-dessus de \(x\), l’anneau local \(\mathcal{O}_{X_{k'}, x'}\) est régulier.
On dit que \(X\) est géométriquement régulier sur \(k\) si \(X\) est géométriquement régulier en tout point.
Une définition analogue permet de définir les schémas géométriquement de Cohen–Macaulay, \((R_k)\) et \((S_k)\) sur un corps. Nous ajouterons des sections séparées lorsque cela sera nécessaire.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma localement noethérien sur \(k\). Soit \(x \in X\). Les assertions suivantes sont équivalentes
\(X\) est géométriquement régulier en \(x\),
pour toute extension de corps finie purement inséparable \(k'\) de \(k\) et \(x' \in X_{k'}\) située au-dessus de \(x\) l’anneau local \(\mathcal{O}_{X_{k'}, x'}\) est régulier, et
l’anneau \(\mathcal{O}_{X, x}\) est géométriquement régulier sur \(k\) (voir Algèbre, définition 0382).
Démonstration
Il est clair que (1) implique (2). Supposons (2). Cela implique en particulier que \(\mathcal{O}_{X, x}\) est un anneau local régulier. Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps finie purement inséparable. Considérons l’anneau \(\mathcal{O}_{X, x} \otimes_k k'\). D’après Algèbre, lemme 0BRA, son spectre est le même que le spectre de \(\mathcal{O}_{X, x}\). Par conséquent, c’est aussi un anneau local (Algèbre, lemme 00E9). Donc, il y a un point unique \(x' \in X_{k'}\) au-dessus de \(x\) et \(\mathcal{O}_{X_{k'}, x'} \cong \mathcal{O}_{X, x} \otimes_k k'\). Par hypothèse, il s’agit d’un anneau régulier. Ainsi, nous déduisons (3) de la définition d’un anneau géométriquement régulier.
Supposons (3). Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps. Comme \(\Spec(k') \to \Spec(k)\) est surjectif, \(X_{k'} \to X\) est aussi surjectif (Morphismes, lemme 01S1). Supposons que \(x' \in X_{k'}\) est un point quelconque situé au-dessus de \(x\). L’anneau local \(\mathcal{O}_{X_{k'}, x'}\) est une localisation de l’anneau \(\mathcal{O}_{X, x} \otimes_k k'\). Par conséquent, il est régulier par hypothèse et (1) est prouvé.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma localement noethérien sur \(k\). Les affirmations suivantes sont équivalentes
\(X\) est géométriquement régulier,
\(X_{k'}\) est un schéma régulier pour toute extension de corps de type fini \(k'/k\),
\(X_{k'}\) est un schéma régulier pour toute extension de corps finie purement inséparable \(k'/k\),
pour tout ouvert affine \(U \subset X\) l’anneau \(\mathcal{O}_X(U)\) est géométriquement régulier (voir Algèbre, définition 0382), et
il existe un recouvrement ouvert affine \(X = \bigcup U_i\) tel que chaque \(\mathcal{O}_X(U_i)\) est géométriquement régulier sur \(k\).
Démonstration
Supposons (1). Alors pour toute extension de corps de type fini \(k'/k\) et pour tout point \(x' \in X_{k'}\), l’anneau local de \(X_{k'}\) en \(x'\) est régulier. D’après les Propriétés, lemme 02IT, cela signifie que \(X_{k'}\) est régulier. D’où (2).
Il est clair que (2) implique (3).
Supposons (3) et soit \(U \subset X\) un sous-schéma affine ouvert. Alors \(U_{k'}\) est un schéma régulier pour toute extension finie purement inséparable \(k'/k\) (y compris \(k = k'\)). Cela signifie que \(k' \otimes_k \mathcal{O}(U)\) est un anneau régulier pour toutes les extensions finies purement inséparables \(k'/k\). Par conséquent, \(\mathcal{O}(U)\) est une algèbre \(k\) géométriquement régulière et on voit que (4) est vrai.
Il est clair que (4) implique (5). Supposons que \(X = \bigcup U_i\) soit un recouvrement affine ouvert comme dans (5). Pour toute extension de corps \(k'/k\), le changement de base \(X_{k'}\) est obtenu en recollant les spectres des anneaux \(\mathcal{O}_X(U_i) \otimes_k k'\) (voir Schémas, section 01JO). Par conséquent, \(X_{k'}\) est régulier. Donc (1) est vérifié.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Supposons que \(k'/k\) est une extension de corps de type fini. Supposons que \(x \in X\) est un point, et soit \(x' \in X_{k'}\) un point situé au-dessus de \(x\). Les énoncés suivants sont équivalents
\(X\) est géométriquement régulier en \(x\),
\(X_{k'}\) est géométriquement régulier en \(x'\).
En particulier, \(X\) est géométriquement régulier sur \(k\) si et seulement si \(X_{k'}\) est géométriquement régulier sur \(k'\).
Démonstration
Il est clair que (1) implique (2). Supposons (2). Supposons que \(k''/k\) soit une extension de corps finie purement inséparable et soit \(x'' \in X_{k''}\) un point au-dessus de \(x\) (en fait il est unique). Nous pouvons trouver une extension de corps commune, de type fini, \(k'''/k\) de \(k'/k\) et \(k''/k\), voir corps, lemme 0H7K et sa démonstration, et un point \(x''' \in X_{k'''}\) se trouvant au-dessus à la fois de \(x'\) et \(x''\). Considérons le morphisme d’anneaux locaux \[\mathcal{O}_{X_{k''}, x''} \longrightarrow \mathcal{O}_{X_{k'''}, x''''}.\] Ceci est un homomorphisme plat local d’anneaux locaux noethériens et donc fidèlement plat. D’après (2), nous voyons que l’anneau local à droite est régulier. Ainsi, d’après Algèbre, lemme 00OF, nous concluons que \(\mathcal{O}_{X_{k''}, x''}\) est régulier. D’après le lemme 038U, on voit que \(X\) est géométriquement régulier en \(x\).
Le lemme suivant est une variante géométrique de l’Algèbre, lemme 07NH.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(f : X \to Y\) soit un morphisme de schémas localement noethériens sur \(k\). Supposons que \(x \in X\) soit un point et posons \(y = f(x)\). Si \(X\) est géométriquement régulier en \(x\) et que \(f\) est plat en \(x\) alors \(Y\) est géométriquement régulier en \(y\). En particulier, si \(X\) est géométriquement régulier sur \(k\) et que \(f\) est plat et surjectif, alors \(Y\) est géométriquement régulier sur \(k\).
Démonstration
Supposons que \(k'\) soit une extension finie purement inséparable de \(k\). Supposons que \(f' : X_{k'} \to Y_{k'}\) soit le changement de base de \(f\). Supposons que \(x' \in X_{k'}\) soit le point unique situé au-dessus de \(x\). Si nous montrons que \(Y_{k'}\) est régulier en \(y' = f'(x')\), alors \(Y\) est géométriquement régulier sur \(k\) en \(y'\), voir le lemme 038V. D’après Morphismes, lemme 01U8 le morphisme \(X_{k'} \to Y_{k'}\) est plat en \(x'\). Par conséquent, l’homomorphisme d’anneaux \[\mathcal{O}_{Y_{k'}, y'} \longrightarrow \mathcal{O}_{X_{k'}, x'}\] est un homomorphisme local plat d’anneaux locaux noethériens avec le côté droit régulier par hypothèse. Par conséquent, le côté gauche est un anneau local régulier d’après Algèbre, lemme 00OF.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma localement de type fini sur \(k\). Soit \(x \in X\). Alors \(X\) est géométriquement régulier en \(x\) si et seulement si \(X \to \Spec(k)\) est lisse en \(x\) (Morphismes, définition 01V5).
Démonstration
La question est locale autour de \(x\), donc on peut supposer que \(X = \Spec(A)\) pour une certaine \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(\mathfrak p\) l’idéal premier correspondant à \(x\).
Si \(A\) est lisse sur \(k\) à \(\mathfrak p\), alors nous pouvons localiser \(A\) et supposer que \(A\) est lisse sur \(k\). Dans ce cas, \(k' \otimes_k A\) est lisse sur \(k'\) pour tout corps d’extension \(k'/k\), et chacun de ces anneaux noethériens est régulier selon l’Algèbre, lemme 00TT.
Supposons que \(X\) soit géométriquement régulier en \(x\). Considérons le corps résiduel \(K := \kappa(x) = \kappa(\mathfrak p)\) de \(x\). C’est une extension de type fini de \(k\). D’après Algèbre, lemme 030R, il existe une extension finie purement inséparable \(k'/k\) telle que le compositum \(k'K\) soit une extension de corps séparable de \(k'\). Supposons que \(\mathfrak p' \subset A' = k' \otimes_k A\) soit un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p\). C’est le seul premier au-dessus de \(\mathfrak p\), voir Algèbre, lemme 0BRA. Ainsi, le corps résiduel \(K' := \kappa(\mathfrak p')\) est le compositum \(k'K\). Par hypothèse, l’anneau local \((A')_{\mathfrak p'}\) est régulier. Ainsi, d’après l’Algèbre, lemme 00TV, on voit que \(k' \to A'\) est lisse en \(\mathfrak p'\). Cela implique à son tour que \(k \to A\) est lisse en \(\mathfrak p\) d’après Algèbre, lemme 02UQ. Le lemme est prouvé.
Exemple
Soit \(k =\mathbf{F}_p(t)\). Il est assez facile de donner un exemple d’une variété régulière \(V\) sur \(k\) qui n’est pas géométriquement réduite. Par exemple, nous pouvons prendre \(\Spec(k[x]/(x^p - t))\). En fait, il existe un exemple d’une variété régulière \(V\) qui est géométriquement réduite, mais pas même géométriquement normale. À savoir, prenons pour \(p > 2\) le schéma \(V = \Spec(k[x, y]/(y^2 - x^p + t))\). C’est une variété puisque le polynôme \(y^2 - x^p + t \in k[x, y]\) est irréductible. Le morphisme \(V \to \Spec(k)\) est lisse en tous les points sauf au point \(v_0 \in V\) correspondant à l’idéal maximal \((y, x^p - t)\) (car \(2y\) est inversible). En particulier, on voit que \(V\) est (géométriquement) régulière en tous les points, sauf éventuellement \(v_0\). L’anneau local \[\mathcal{O}_{V, v_0} = \left(k[x, y]/(y^2 - x^p + t)\right)_{(y, x^p - t)}\] est un anneau intègre de dimension \(1\). Son idéal maximal est engendré par un seul élément, à savoir \(y\). Par conséquent, c’est un anneau à valuation discrète et régulier. Soit \(k' = k[t^{1/p}]\). On note \(t' = t^{1/p} \in k'\), \(V' = V_{k'}\), \(v'_0 \in V'\) le point unique au-dessus de \(v_0\). Au-dessus de \(k'\), nous pouvons écrire \(x^p - t = (x - t')^p\), mais le polynôme \(y^2 - (x - t')^p\) est toujours irréductible et \(V'\) est toujours une variété. Mais l’élément \[\frac{y}{x - t'} \in (\text{fraction field of }\mathcal{O}_{V', v'_0})\] est intégral sur \(\mathcal{O}_{V', v'_0}\) (il suffit de calculer son carré) et n’y est pas contenu, donc \(V'\) n’est pas normal en \(v'_0\). Cela conclut l’exemple.
Changement de corps et propriété de Cohen–Macaulay
Le lemme suivant dit qu’il n’a pas de sens de définir des schémas géométriquement de Cohen–Macaulay, puisque ceux-ci seraient les mêmes que les schémas de Cohen-Macaulay.
Lemme
Supposons que \(X\) soit un schéma localement noethérien sur le corps \(k\). Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps de type fini. Supposons que \(x \in X\) soit un point, et soit \(x' \in X_{k'}\) un point au-dessus de \(x\). Alors nous avons \[\mathcal{O}_{X, x}\text{ is Cohen-Macaulay} \Leftrightarrow \mathcal{O}_{X_{k'}, x'}\text{ is Cohen-Macaulay}\] Si \(X\) est localement de type fini sur \(k\), il en va de même pour toute extension de corps \(k'/k\).
Démonstration
Le premier cas du lemme découle de l’Algèbre, lemme 045N. Le deuxième cas du lemme est équivalent à l’Algèbre, lemme 00RJ.
Changement de corps et propriété de Jacobson
Un schéma localement de type fini sur un corps a beaucoup de points fermés, à savoir qu’il est de Jacobson. De plus, les corps résiduels sont des extensions finies du corps de base.
Lemme
Supposons que \(X\) soit un schéma qui est localement de type fini sur \(k\). Alors
pour tout point fermé \(x \in X\) l’extension \(\kappa(x)/k\) est algébrique, et
\(X\) est un schéma de Jacobson (Propriétés, définition 01P2 ).
Démonstration
Un schéma est de Jacobson si et seulement s’il possède un recouvrement par des ouverts affines de schémas de Jacobson, voir Propriétés, lemme 01P4. La propriété sur les corps résiduels aux points fermés est également locale sur \(X\). Par conséquent, on peut supposer que \(X\) est affine. Dans ce cas, le résultat est une conséquence du Nullstellensatz de Hilbert, voir Algèbre, théorème 00FV. Il découle également d’une combinaison de Morphismes, lemmes 01TB, 02J5 et 02J6.
Il s’avère que si \(X\) n’est pas localement de type fini, alors nous pouvons obtenir le même résultat après avoir fait une extension du corps de base suffisamment grande.
Lemme
Supposons que \(X\) soit un schéma sur un corps \(k\). Pour toute extension de corps \(K/k\) dont la cardinalité est suffisamment grande, nous avons
pour tout point fermé \(x \in X_K\) l’extension \(\kappa(x)/K\) est algébrique, et
\(X_K\) est un schéma de Jacobson (Propriétés, définition 01P2 ).
Démonstration
Choisissons un recouvrement ouvert affine \(X = \bigcup U_i\). D’après Algèbre, lemme 046V et les Propriétés, lemme 01P3, il existe des cardinaux \(\kappa_i\) tels que \(U_{i, K}\) possède les propriétés souhaitées sur \(K\) si \(\#(K) \geq \kappa_i\). Posons \(\kappa = \max\{\kappa_i\}\). Alors, si la cardinalité de \(K\) est supérieure à \(\kappa\), on voit que chaque \(U_{i, K}\) satisfait les conclusions du lemme. Par conséquent, \(X_K\) est Jacobson d’après Propriétés, lemme 01P4. L’énoncé sur les corps résiduels aux points fermés de \(X_K\) découle des énoncés correspondants pour les corps résiduels des points fermés de \(U_{i, K}\).
Changement de corps et faisceaux inversibles amples
Le résultat suivant est typique des résultats de cette section.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). S’il existe un faisceau inversible ample sur \(X_K\) pour une certaine extension de corps \(K/k\), alors \(X\) possède un faisceau inversible ample.
Démonstration
Supposons que \(K/k\) soit une extension de corps telle que \(X_K\) possède un faisceau inversible ample \(\mathcal{L}\). Le morphisme \(X_K \to X\) est surjectif. Par conséquent, \(X\) est quasi-compact en tant qu’image d’un schéma quasi-compact (Propriétés, définition 01PS). Puisque \(X_K\) est quasi-séparé (d’après Propriétés, lemme 01PY), nous voyons que \(X\) est quasi-séparé : si \(U, V \subset X\) sont ouverts affines, alors \((U \cap V)_K = U_K \cap V_K\) est quasi-compact et \((U \cap V)_K \to U \cap V\) est surjectif. Ainsi, le lemme 01KO sur les schémas s’applique.
Écrivons \(K = \colim A_i\) comme colimite des sous-algèbres de \(K\) qui sont de type fini sur \(k\). Notons \(X_i = X \times_{\Spec(k)} \Spec(A_i)\). Puisque \(X_K = \lim X_i\), nous trouvons un \(i\) et un faisceau inversible \(\mathcal{L}_i\) sur \(X_i\) dont le image réciproque sur \(X_K\) est \(\mathcal{L}\) (Limites, lemme 0B8W ; ici et ci-dessous, nous utilisons que \(X\) est quasi-compact et quasi-séparé comme montré précédemment). D’après Limites, lemme 09MT, on peut supposer que \(\mathcal{L}_i\) est ample après avoir éventuellement augmenté \(i\). Fixons un tel \(i\) et soit \(\mathfrak m \subset A_i\) un idéal maximal. Par le Nullstellensatz de Hilbert (Algèbre, théorème 00FV), le corps résiduel \(k' = A_i/\mathfrak m\) est une extension finie de \(k\). Ainsi \(X_{k'} \subset X_i\) est un sous-schéma fermé et possède donc un faisceau inversible ample (Propriétés, lemme 01PU). Puisque \(X_{k'} \to X\) est localement libre de rang fini, nous en concluons que \(X\) possède un faisceau inversible ample d’après Diviseurs, proposition 0BD4.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma sur \(k\). Si \(X_K\) est quasi-affine pour une certaine extension de corps \(K/k\), alors \(X\) est quasi-affine.
Démonstration
Supposons que \(K/k\) soit une extension de corps telle que \(X_K\) soit quasi-affine. Le morphisme \(X_K \to X\) est surjectif. Ainsi \(X\) est quasi-compact comme l’image d’un schéma quasi-compact (Propriétés, définition 01P6). Puisque \(X_K\) est quasi-séparé (en tant que sous-schéma ouvert d’un schéma affine), on voit que \(X\) est quasi-séparé : si \(U, V \subset X\) sont ouverts affines, alors \((U \cap V)_K = U_K \cap V_K\) est quasi-compact et \((U \cap V)_K \to U \cap V\) est surjectif. Ainsi, le lemme sur les schémas, 01KO, s’applique.
Écrivons \(K = \colim A_i\) comme colimite des sous-algèbres de \(K\) qui sont de type fini sur \(k\). Noter \(X_i = X \times_{\Spec(k)} \Spec(A_i)\). Puisque \(X_K = \lim X_i\), nous trouvons un \(i\) tel que \(X_i\) soit quasi-affine (Limites, lemme 01Z5 ; ici nous utilisons que \(X\) est quasi-compact et quasi-séparé comme montré précédemment). Par le Nullstellensatz de Hilbert (Algèbre, théorème 00FV), le corps résiduel \(k' = A_i/\mathfrak m\) est une extension finie de \(k\). Ainsi \(X_{k'} \subset X_i\) est un sous-schéma fermé donc est quasi-affine (Propriétés, lemme 0BCK). Puisque \(X_{k'} \to X\) est localement libre de type fini, nous concluons par Diviseurs, lemme 0BD5.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Si \(X_K\) est quasi-projectif sur \(K\) pour une certaine extension de corps \(K/k\), alors \(X\) est quasi-projectif sur \(k\).
Démonstration
Par définition, un morphisme de schémas \(g : Y \to T\) est quasi-projectif s’il est localement de type fini, quasi-compact, et s’il existe un faisceau inversible \(g\)-ample sur \(Y\). Supposons que \(K/k\) soit une extension de corps telle que \(X_K\) soit quasi-projectif sur \(K\). Supposons que \(\Spec(A) \subset X\) soit un ouvert affine. Alors \(U_K\) est un sous-schéma ouvert affine de \(X_K\), donc \(A_K\) est une \(K\)-algèbre de type fini. Alors \(A\) est une \(k\)-algèbre de type fini d’après le lemme d’algèbre 00QP. Par conséquent, \(X \to \Spec(k)\) est localement de type fini. Puisque \(X_K \to \Spec(K)\) est quasi-compact, on voit que \(X_K\) est quasi-compact, donc \(X\) est quasi-compact, donc \(X \to \Spec(k)\) est de type fini. D’après le lemme sur les morphismes 01VT, nous voyons que \(X_K\) possède un faisceau inversible ample. Ensuite, \(X\) possède un faisceau inversible ample d’après le lemme 0BDC. Par conséquent, \(X \to \Spec(k)\) est quasi-projectif d’après Morphismes, lemme 01VT.
Le lemme suivant est un cas particulier de la Descente, lemme 02L1.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Si \(X_K\) est propre sur \(K\) pour une certaine extension de corps \(K/k\), alors \(X\) est propre sur \(k\).
Démonstration
Supposons que \(K/k\) soit une extension de corps telle que \(X_K\) soit propre sur \(K\). Rappelons que cela implique que \(X_K\) est séparé et quasi-compact (Morphismes, définition 01W1). Le morphisme \(X_K \to X\) est surjectif. Ainsi, \(X\) est quasi-compact comme l’image d’un schéma quasi-compact (Propriétés, définition 01PS). Puisque \(X_K\) est séparé, on voit que \(X\) est quasi-séparé : si \(U, V \subset X\) sont ouverts affines, alors \((U \cap V)_K = U_K \cap V_K\) est quasi-compact et \((U \cap V)_K \to U \cap V\) est surjectif. Ainsi, le lemme des schémas 01KO s’applique.
Écrivons \(K = \colim A_i\) comme colimite des sous-algèbres de \(K\) qui sont de type fini sur \(k\). Notons \(X_i = X \times_{\Spec(k)} \Spec(A_i)\). D’après Limites, lemme 081F, il existe un \(i\) tel que \(X_i \to \Spec(A_i)\) soit propre. Ici, nous utilisons que \(X\) est quasi-compact et quasi-séparé comme montré précédemment. Choisissons un idéal maximal \(\mathfrak m \subset A_i\). D’après le Nullstellensatz de Hilbert (Algèbre, théorème 00FV), le corps résiduel \(k' = A_i/\mathfrak m\) est une extension finie de \(k\). Le changement de base \(X_{k'} \to \Spec(k')\) est propre (Morphismes, lemme 01W4). Puisque \(k'/k\) est fini, à la fois \(X_{k'} \to X\) et la composition \(X_{k'} \to \Spec(k)\) sont également propres (Morphismes, lemmes 01WN, 01W4 et 01W3). Le premier implique que \(X\) est séparé sur \(k\) puisque \(X_{k'}\) est séparé (Morphismes, lemme 09MQ). Le second implique que \(X \to \Spec(k)\) est propre d’après Morphismes, lemme 03GN.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Si \(X_K\) est projectif sur \(K\) pour une certaine extension de corps \(K/k\), alors \(X\) est projectif sur \(k\).
Démonstration
Un schéma sur \(k\) est projectif sur \(k\) si et seulement s’il est quasi-projectif et propre sur \(k\). Voir Morphismes, lemme 0BCL. Ainsi, le lemme découle des lemmes 0BDE et 0BDF.
Espaces tangents
Dans cette section, nous définissons l’espace tangent d’un morphisme de schémas en un point de la source à l’aide de points à valeurs dans les nombres duaux.
Définition
Pour tout anneau \(R\), l’algèbre des nombres duaux sur \(R\) est la \(R\)-algèbre notée \(R[\epsilon]\). Comme \(R\)-module, elle est libre de base \(1\), \(\epsilon\); la structure de \(R\)-algèbre est définie par la relation \(\epsilon^2 = 0\).
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\) un point d’image \(s = f(x)\) dans \(S\). Considérons le diagramme commutatif formé de flèches pleines [0B2A]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ \Spec(\kappa(x)) \ar[r] \ar[dr] \ar@/^1pc/[rr] & \Spec(\kappa(x)[\epsilon]) \ar@{.>}[r] \ar[d]& X \ar[d] \\ & \Spec(\kappa(s)) \ar[r] & S } } \end{equation}\] où la flèche courbe est le morphisme canonique de \(\Spec(\kappa(x))\) vers \(X\).
Lemme
L’ensemble des flèches pointillées rendant commutatif le diagramme (0B2A) possède une structure canonique de \(\kappa(x)\)-espace vectoriel.
Démonstration
Posons \(\kappa = \kappa(x)\). Observons que la somme amalgamée suivante existe dans la catégorie des schémas : \[\Spec(\kappa[\epsilon]) \amalg_{\Spec(\kappa)} \Spec(\kappa[\epsilon]) = \Spec(\kappa[\epsilon_1, \epsilon_2])\] où \(\kappa[\epsilon_1, \epsilon_2]\) est la \(\kappa\)-algèbre libre comme module, de base \(1, \epsilon_1, \epsilon_2\), avec \(\epsilon_1^2 = \epsilon_1\epsilon_2 = \epsilon_2^2 = 0\). Cela découle immédiatement du résultat correspondant pour les anneaux et de la description des morphismes du spectre d’un anneau local vers un schéma; voir Schémas, lemme 01J6. Étant donné deux flèches \(\theta_1, \theta_2 : \Spec(\kappa[\epsilon]) \to X\), nous pouvons considérer le morphisme \[\theta_1 + \theta_2 : \Spec(\kappa[\epsilon]) \to \Spec(\kappa[\epsilon_1, \epsilon_2]) \xrightarrow{\theta_1, \theta_2} X\] où la première flèche est donnée par \(\epsilon_i \mapsto \epsilon\). D’autre part, pour \(\lambda \in \kappa\), il existe un endomorphisme de \(\Spec(\kappa[\epsilon])\) correspondant à l’endomorphisme de \(\kappa\)-algèbres de \(\kappa[\epsilon]\) qui envoie \(\epsilon\) sur \(\lambda \epsilon\). La précomposition de \(\theta : \Spec(\kappa[\epsilon]) \to X\) par cet endomorphisme donne \(\lambda \theta\). On vérifie les axiomes d’un espace vectoriel au moyen de diagrammes commutatifs convenables de schémas. Nous omettons les détails. (Une autre preuve consisterait à tout exprimer en termes d’anneaux locaux, puis à vérifier les axiomes de l’espace vectoriel au niveau des homomorphismes d’anneaux.)
Définition
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\). L’ensemble des flèches pointillées rendant commutatif le diagramme 0B2A, muni de sa structure canonique d’espace vectoriel sur \(\kappa(x)\), est appelé le espace tangent de \(X\) sur \(S\) en \(x\) et nous le notons \(T_{X/S, x}\). Un élément de cet espace est appelé un vecteur tangent de \(X/S\) en \(x\).
Puisque les vecteurs tangents en \(x \in X\) sont contenus dans la fibre schématique \(X_s\) de \(f : X \to S\) au-dessus de \(s = f(x)\), nous obtenons une identification canonique [0BEA]\[\begin{equation} T_{X/S, x} = T_{X_s/s, x} \end{equation}\] Cette agréable définition faisant intervenir le foncteur des points admet la description algébrique suivante, qui suggère de définir l’espace cotangent de \(X\) sur \(S\) en \(x\) comme l’espace vectoriel sur \(\kappa(x)\) \[T^*_{X/S, x} = \Omega_{X/S, x} \otimes_{\mathcal{O}_{X, x}} \kappa(x)\] puisqu’il est canoniquement le dual, sur \(\kappa(x)\), de l’espace tangent de \(X\) sur \(S\) en \(x\).
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\). Il existe un isomorphisme canonique \[T_{X/S, x} = \Hom_{\mathcal{O}_{X, x}}(\Omega_{X/S, x}, \kappa(x))\] d’espaces vectoriels sur \(\kappa(x)\).
Démonstration
Posons \(\kappa = \kappa(x)\). Étant donné \(\theta \in T_{X/S, x}\), nous obtenons un homomorphisme \[\theta^*\Omega_{X/S} \to \Omega_{\Spec(\kappa[\epsilon])/\Spec(\kappa(s))} \to \Omega_{\Spec(\kappa[\epsilon])/\Spec(\kappa)}\] En prenant les sections, nous obtenons un morphisme \(\mathcal{O}_{X, x}\)-linéaire \(\xi_\theta : \Omega_{X/S, x} \to \kappa \text{d}\epsilon\), c’est-à-dire un élément du membre de droite de la formule du lemme. Pour montrer que \(\theta \mapsto \xi_\theta\) est un isomorphisme, nous pouvons remplacer \(S\) par \(s\) et \(X\) par la fibre schématique \(X_s\). En effet, les deux membres de la formule ne dépendent que de la fibre schématique ; cela est clair pour \(T_{X/S, x}\) et, pour le membre de droite, voir Morphismes, lemme 01V0. Nous pouvons aussi remplacer \(X\) par le spectre de \(\mathcal{O}_{X, x}\), car cela ne change ni \(T_{X/S, x}\) (Schémas, lemme 01J6) ni \(\Omega_{X/S, x}\) (Modules, lemme 08TE).
Soit \((A, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local sur un corps \(k\). Il faut montrer que tout homomorphisme \(A\)-linéaire \(\xi : \Omega_{A/k} \to \kappa\) provient d’un unique morphisme de \(k\)-algèbres \(\varphi : A \to \kappa[\epsilon]\) coïncidant avec le morphisme canonique \(c : A \to \kappa\) modulo \(\epsilon\). Écrivons \(\varphi(a) = c(a) + D(a) \epsilon\) : on constate que \(a \mapsto D(a)\) est une \(k\)-dérivation. En utilisant la propriété universelle de \(\Omega_{A/k}\), on voit que chaque \(D\) correspond à un \(\xi\) unique et vice versa. Cela termine la preuve.
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\) un point et posons \(s = f(x) \in S\). Supposons que \(\kappa(x) = \kappa(s)\). Alors il existe des isomorphismes canoniques \[\mathfrak m_x/(\mathfrak m_x^2 + \mathfrak m_s\mathcal{O}_{X, x}) = \Omega_{X/S, x} \otimes_{\mathcal{O}_{X, x}} \kappa(x)\] et \[T_{X/S, x} = \Hom_{\kappa(x)}( \mathfrak m_x/(\mathfrak m_x^2 + \mathfrak m_s\mathcal{O}_{X, x}), \kappa(x))\] Cela fonctionne de manière plus générale si \(\kappa(x)/\kappa(s)\) est une extension algébrique séparable.
Démonstration
Le deuxième isomorphisme découle du premier par le lemme 0B2D. Pour le premier, nous pouvons remplacer \(S\) par \(s\) et \(X\) par \(X_s\), voir Morphismes, lemme 01V0. Nous pouvons également remplacer \(X\) par le spectre de \(\mathcal{O}_{X, x}\), voir Modules, lemme 08TE. Il suffit donc de démontrer le fait algébrique suivant : soit \((A, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local sur un corps \(k\) tel que \(\kappa/k\) soit algébrique séparable. Alors l’application canonique \[\mathfrak m/\mathfrak m^2 \longrightarrow \Omega_{A/k} \otimes \kappa\] est un isomorphisme. Observons que \(\mathfrak m/\mathfrak m^2 = H_1(\NL_{\kappa/A})\). D’après Algèbre, lemme 00S2, il suffit de montrer que \(\Omega_{\kappa/k} = 0\) et \(H_1(\NL_{\kappa/k}) = 0\). Comme \(\kappa\) est la réunion des extensions finies séparables de \(k\) qu’il contient, il suffit de prouver cela lorsque \(\kappa\) est une extension séparable finie de \(k\) (Algèbre, lemme 07BQ). Dans ce cas, l’homomorphisme d’anneaux \(k \to \kappa\) est étale et donc \(\NL_{\kappa/k} = 0\) (à peu près par définition, voir Algèbre, section 00U0).
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas sur un schéma de base \(S\). Soit \(x \in X\) un point. Posons \(y = f(x)\). Si \(\kappa(y) = \kappa(x)\), alors \(f\) induit une application linéaire naturelle \[\text{d}f : T_{X/S, x} \longrightarrow T_{Y/S, y}\] qui est duale de l’application linéaire \(\Omega_{Y/S, y} \otimes \kappa(y) \to \Omega_{X/S, x} \otimes \kappa(x)\) via les identifications du lemme 0B2D.
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soient \(X\), \(Y\) des schémas sur une base \(S\). Soient \(x \in X\) et \(y \in Y\) avec le même point image \(s \in S\) tel que \(\kappa(s) = \kappa(x)\) et \(\kappa(s) = \kappa(y)\). Il existe un isomorphisme canonique \[T_{X \times_S Y/S, (x, y)} = T_{X/S, x} \oplus T_{Y/S, y}\] L’application de gauche à droite est induite par les applications sur les espaces tangents provenant des projections \(X \times_S Y \to X\) et \(X \times_S Y \to Y\). La application de droite à gauche est induite par les applications \(1 \times y : X_s \to X_s \times_s Y_s\) et \(x \times 1 : Y_s \to X_s \times_s Y_s\) via l’identification (0BEA) des espaces tangents avec les espaces tangents des fibres.
Démonstration
La décomposition en somme directe découle de Morphismes, lemme 01V1 via le lemme 0B2E. La compatibilité avec les applications provient du lemme 0B2F.
Lemme
Supposons que \(f : X \to Y\) soit un morphisme de schémas localement de type fini sur un schéma de base \(S\). Supposons que \(x \in X\) soit un point. Posons \(y = f(x)\) et supposons que \(\kappa(y) = \kappa(x)\). Alors les assertions suivantes sont équivalentes
\(\text{d}f : T_{X/S, x} \longrightarrow T_{Y/S, y}\) est injective, et
\(f\) est non ramifié en \(x\).
Démonstration
Le morphisme \(f\) est localement de type fini d’après Morphismes, lemme 01T8. L’application \(\text{d}f\) est injective si et seulement si \(\Omega_{Y/S, y} \otimes \kappa(y) \to \Omega_{X/S, x} \otimes \kappa(x)\) est surjective (lemme 0B2F). La suite exacte \(f^*\Omega_{Y/S} \to \Omega_{X/S} \to \Omega_{X/Y} \to 0\) (Morphismes, lemme 01UX) montre alors que cela se produit si et seulement si \(\Omega_{X/Y, x} \otimes \kappa(x) = 0\). Le résultat découle donc de Morphismes, lemme 02GF.
Morphismes génériquement finis
Dans cette section, nous revenons sur la notion de morphisme génériquement fini de schémas telle qu’elle est étudiée dans Morphismes, section 02NV.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement de type fini. Soit \(y \in Y\) un point tel que \(\mathcal{O}_{Y, y}\) soit noethérien de dimension \(\leq 1\). Supposons en outre que l’une des conditions suivantes soit satisfaite :
pour tout point générique \(\eta\) d’une composante irréductible de \(X\), l’extension de corps \(\kappa(\eta)/\kappa(f(\eta))\) est finie (ou algébrique),
pour tout point générique \(\eta\) d’une composante irréductible de \(X\) tel que \(f(\eta) \leadsto y\), l’extension de corps \(\kappa(\eta)/\kappa(f(\eta))\) est finie (ou algébrique),
\(f\) est quasi-fini en tout point générique d’une composante irréductible de \(X\),
\(Y\) est localement noethérien et \(f\) est quasi-fini sur une partie dense de \(X\),
ajouter d’autres conditions ici.
Alors \(f\) est quasi-fini en tout point de \(X\) au-dessus de \(y\).
Démonstration
La condition (4) implique que \(X\) est localement noethérien (Morphismes, lemme 01T6). L’ensemble des points en lesquels le morphisme est quasi-fini est ouvert (Morphismes, lemme 01TI). Un ouvert dense d’un schéma localement noethérien contient tous les points génériques des composantes irréductibles, donc (4) implique (3). La condition (3) implique la condition (1) d’après Morphismes, lemme 01TG. La condition (1) implique la condition (2). Ainsi, il suffit de prouver le lemme dans le cas où la condition (2) est vérifiée.
Supposons (2). Rappelons que \(\Spec(\mathcal{O}_{Y, y})\) est l’ensemble des points de \(Y\) se spécialisant en \(y\), voir Schémas, lemme 01J7. En combinant avec Morphismes, lemme 01TM, on voit que nous pouvons remplacer \(Y\) par \(\Spec(\mathcal{O}_{Y, y})\). Ainsi nous pouvons supposer \(Y = \Spec(B)\) où \(B\) est un anneau local noethérien de dimension \(\leq 1\) et \(y\) est le point fermé.
Soit \(X = \bigcup X_i\) la décomposition en composantes irréductibles de \(X\), munies de leur structure réduite. Si nous pouvons montrer que chaque fibre \(X_{i, y}\) est un espace discret, alors \(X_y = \bigcup X_{i, y}\) est également discret et nous en concluons que \(X \to Y\) est quasi-fini en tout point de \(X_y\) d’après Morphismes, lemme 01TH. Ainsi on peut supposer que \(X\) est un schéma intègre.
Si \(X \to Y\) envoie le point générique \(\eta\) de \(X\) à \(y\), alors \(X\) est le spectre d’une extension finie de \(\kappa(y)\) et le résultat est vrai. Supposons que \(X\) envoie \(\eta\) à un point correspondant à un idéal premier minimal \(\mathfrak q\) de \(B\) différent de \(\mathfrak m_B\). Nous obtenons une factorisation \(X \to \Spec(B/\mathfrak q) \to \Spec(B)\). Supposons que \(x \in X\) soit un point au-dessus de \(y\). Par la formule de la dimension (Morphismes, lemme 02JU) nous avons \[\dim(\mathcal{O}_{X, x}) \leq \dim(B/\mathfrak q) + \text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak q)}(R(X)) - \text{trdeg}_{\kappa(y)} \kappa(x)\] Nous savons que \(\dim(B/\mathfrak q) = 1\), que le point générique de \(X\) n’est pas égal à \(x\) et se spécialise en \(x\) et que \(R(X)\) est algébrique sur \(\kappa(\mathfrak q)\). Ainsi nous obtenons \[1 \leq 1 - \text{trdeg}_{\kappa(y)} \kappa(x)\] Ainsi, chaque point \(x\) de \(X_y\) est fermé dans \(X_y\) par Morphismes, lemme 01TE et donc \(X \to Y\) est quasi-fini en tout point \(x\) de \(X_y\) par Morphismes, lemme 01TH (ce qui implique également que \(X_y\) est un espace topologique discret).
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre. Soit \(y \in Y\) un point tel que \(\mathcal{O}_{Y, y}\) soit noethérien de dimension \(\leq 1\). Supposons en outre que l’une des conditions suivantes soit satisfaite :
pour tout point générique \(\eta\) d’une composante irréductible de \(X\), l’extension de corps \(\kappa(\eta)/\kappa(f(\eta))\) est finie (ou algébrique),
pour tout point générique \(\eta\) d’une composante irréductible de \(X\) tel que \(f(\eta) \leadsto y\), l’extension de corps \(\kappa(\eta)/\kappa(f(\eta))\) est finie (ou algébrique),
\(f\) est quasi-fini en tout point générique de \(X\),
\(Y\) est localement noethérien et \(f\) est quasi-fini sur une partie dense de \(X\),
ajouter d’autres conditions ici.
Alors il existe un voisinage ouvert \(V \subset Y\) de \(y\) tel que \(f^{-1}(V) \to V\) soit fini.
Démonstration
D’après le lemme 0AB6, le morphisme \(f\) est quasi-fini en tout point de la fibre \(X_y\). Par conséquent, \(X_y\) est un espace topologique discret (Morphismes, lemme 01TH). Comme \(f\) est propre, la fibre \(X_y\) est quasi-compacte, c’est-à-dire finie. Ainsi, nous pouvons appliquer Cohomologie des schémas, lemme 02OH pour conclure.
Lemme
Soit \(X\) un schéma noethérien. Soit \(f : Y \to X\) un morphisme propre birationnel, avec \(Y\) réduit. Soit \(U \subset X\) le plus grand ouvert sur lequel \(f\) est un isomorphisme. Alors \(U\) contient
tout point de codimension \(0\) dans \(X\),
tout \(x \in X\) de codimension \(1\) dans \(X\) tel que \(\mathcal{O}_{X, x}\) soit un anneau de valuation discrète,
tout \(x \in X\) tel que la fibre de \(Y \to X\) au-dessus de \(x\) soit finie et que \(\mathcal{O}_{X, x}\) soit normal, et
tout \(x \in X\) tel que \(f\) soit quasi-fini en un \(y \in Y\) au-dessus de \(x\) et que \(\mathcal{O}_{X, x}\) soit normal.
Démonstration
La partie (1) découle de Morphismes, lemme 0BAJ. La partie (2) découle de la partie (3) et du lemme 0AB7 (et du fait que les morphismes finis ont des fibres finies).
La partie (3) découle de la partie (4) et de Morphismes, lemme 02NG, mais nous allons également donner une preuve directe. Soit \(x \in X\) comme dans (3). D’après Cohomologie des schémas, lemme 02OH, on peut supposer que \(f\) est fini. Nous pouvons supposer que \(X\) est affine. Cela nous ramène au cas d’un morphisme birationnel fini de schémas affines noethériens \(Y \to X\) et \(x \in X\) tels que \(\mathcal{O}_{X, x}\) est un anneau intègre normal. Comme \(\mathcal{O}_{X, x}\) est un anneau intègre et \(X\) est noethérien, nous pouvons remplacer \(X\) par un voisinage ouvert affine de \(x\) qui est intègre. Ensuite, puisque \(Y \to X\) est birationnel et \(Y\) est réduit, on voit que \(Y\) est intègre. Écrivons \(X = \Spec(A)\) et \(Y = \Spec(B)\), on voit que \(A \subset B\) est une inclusion finie d’anneaux intègres ayant le même corps de fractions. Si \(\mathfrak p \subset A\) est l’idéal premier correspondant à \(x\), alors le fait que \(A_\mathfrak p\) soit normal implique que \(A_\mathfrak p \subset B_\mathfrak p\) est une égalité. Puisque \(B\) est un \(A\)-module fini, nous voyons qu’il existe un \(a \in A\), \(a \not \in \mathfrak p\) tel que \(A_a \to B_a\) est un isomorphisme.
Soient \(x \in X\) et \(y \in Y\) comme dans (4). Après avoir remplacé \(X\) par un voisinage affine ouvert, nous pouvons supposer \(X = \Spec(A)\) et \(A \subset \mathcal{O}_{X, x}\), voir Propriétés, lemme 0BX3. Ensuite, \(A\) est un anneau intègre et donc \(X\) est intègre. Puisque \(f\) est birationnel et \(Y\) est réduit, il s’ensuit que \(Y\) est également intègre. Considérons l’homomorphisme d’anneaux \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{Y, y}\). Il s’agit d’un homomorphisme d’anneaux qui est essentiellement de type fini, l’extension des corps résiduels est finie, et \(\dim(\mathcal{O}_{Y, y}/\mathfrak m_x\mathcal{O}_{Y, y}) = 0\) (pour le voir, remontons aux définitions des morphismes quasi-finis dans Morphismes, définition 01TD et Algèbre, définition 00PL). D’après Algèbre, lemme 052V, \(\mathcal{O}_{Y, y}\) est la localisation d’une \(\mathcal{O}_{X, x}\)-algèbre finie \(B\). Bien sûr, nous pouvons remplacer \(B\) par l’image de \(B\) dans \(\mathcal{O}_{Y, y}\) et supposer que \(B\) est un anneau intègre ayant le même corps des fractions que \(\mathcal{O}_{Y, y}\). Comme Les anneaux de l’inclusion \(\mathcal{O}_{X, x} \subset B\) ont le même corps de fractions puisque \(f\) est birationnel. Comme \(\mathcal{O}_{X, x}\) est normal, nous concluons que \(\mathcal{O}_{X, x} = B\) (car fini implique intégral), en particulier, nous voyons que \(\mathcal{O}_{X, x} = \mathcal{O}_{Y, y}\). D’après Morphismes, lemme 0BX6, après avoir rétréci \(X\), nous pouvons supposer qu’il existe une section \(X \to Y\) de \(f\) envoyant \(x\) vers \(y\) et induisant l’isomorphisme donné sur les anneaux locaux. Comme \(X \to Y\) est une immersion fermée (d’après Schémas, lemme 01KT) et envoie nécessairement le point générique de \(X\) sur le point générique de \(Y\), il s’ensuit que l’image de \(X \to Y\) est \(Y\). Ainsi \(Y = X\), ce qu’il fallait démontrer.
Variantes de la normalisation de Noether
La normalisation de Noether affirme que si \(k\) est un corps et \(A\) une \(k\)-algèbre de type fini de dimension \(d\), alors il existe un homomorphisme injectif et fini de \(k\)-algèbres \(k[x_1, \ldots, x_d] \to A\). Voir Algèbre, lemme 00OY. Géométriquement, cela signifie qu’il existe un morphisme surjectif fini \(\Spec(A) \to \mathbf{A}^d_k\) au-dessus de \(\Spec(k)\).
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\), d’image \(s \in S\). Soit \(V \subset S\) un voisinage ouvert affine de \(s\). Si \(f\) est localement de type fini et si \(\dim_x(X_s) = d\), alors il existe un ouvert affine \(U \subset X\), avec \(x \in U\) et \(f(U) \subset V\), et une factorisation \[U \xrightarrow{\pi} \mathbf{A}^d_V \to V\] de \(f|_U : U \to V\) telle que \(\pi\) soit quasi-fini.
Démonstration
Cela résulte d’Algèbre, lemme 00QE.
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de type fini de schémas affines. Soit \(s \in S\). Si \(\dim(X_s) = d\), alors il existe une factorisation \[X \xrightarrow{\pi} \mathbf{A}^d_S \to S\] de \(f\) de telle sorte que le morphisme \(\pi_s : X_s \to \mathbf{A}^d_{\kappa(s)}\) des fibres au-dessus de \(s\) soit fini.
Démonstration
Écrivons \(S = \Spec(A)\) et \(X = \Spec(B)\), et notons \(A \to B\) l’homomorphisme d’anneaux correspondant à \(f\). Soit \(\mathfrak p \subset A\) l’idéal premier correspondant à \(s\). Nous pouvons choisir une surjection \(A[x_1, \ldots, x_r] \to B\). Par Algèbre, lemme 00OY, il existe des éléments \(y_1, \ldots, y_d \in A\) appartenant à la \(\mathbf{Z}\)-sous-algèbre de \(A\) engendrée par \(x_1, \ldots, x_r\) tels que l’homomorphisme de \(A\)-algèbres \(A[t_1, \ldots, t_d] \to B\) envoyant \(t_i\) sur \(y_i\) induise un homomorphisme fini de \(\kappa(\mathfrak p)\)-algèbres \(\kappa(\mathfrak p)[t_1, \ldots, t_d] \to B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\). Ceci démontre le lemme.
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\). Soit \(V = \Spec(A)\) un voisinage ouvert affine de \(f(x)\) dans \(S\). Si \(f\) est non ramifié en \(x\), alors il existe un ouvert affine \(U \subset X\) avec \(x \in U\) et \(f(U) \subset V\) tel que nous ayons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d] & U \ar[l] \ar[rd] \ar[r]^-j & \Spec(A[t]_{g'}/(g)) \ar[d] \ar[r] & \Spec(A[t]) = \mathbf{A}^1_V \ar[ld] \\ Y & & V \ar[ll] }\] où \(j\) est une immersion, \(g \in A[t]\) est un polynôme unitaire, et \(g'\) est la dérivée de \(g\) par rapport à \(t\). Si \(f\) est étale en \(x\), alors nous pouvons choisir le diagramme de manière à ce que \(j\) soit une immersion ouverte.
Démonstration
Le cas non ramifié est la traduction géométrique d’Algèbre, proposition 0395. Dans le cas étale, on traduit de même Algèbre, proposition 00UE; de façon équivalente, le résultat découle de Morphismes, lemme 02GT bien que les énoncés diffèrent légèrement.
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de type fini de schémas affines. Soit \(x \in X\), d’image \(s \in S\). Posons \[r = \dim_{\kappa(x)} \Omega_{X/S, x} \otimes_{\mathcal{O}_{X, x}} \kappa(x) = \dim_{\kappa(x)} \Omega_{X_s/s, x} \otimes_{\mathcal{O}_{X_s, x}} \kappa(x) = \dim_{\kappa(x)} T_{X/S, x}\] Alors il existe une factorisation \[X \xrightarrow{\pi} \mathbf{A}^r_S \to S\] de \(f\) de telle sorte que \(\pi\) soit non ramifié en \(x\).
Démonstration
D’après Morphismes, lemme 01V2 la première dimension est finie. La première égalité résulte du fait que la restriction de \(\Omega_{X/S}\) à la fibre est le module des différentielles, d’après Morphismes, lemme 01V0. La dernière égalité découle du lemme 0B2D. Ainsi, on voit que l’énoncé a du sens.
Pour démontrer le lemme, écrivons \(S = \Spec(A)\) et \(X = \Spec(B)\) et notons \(A \to B\) l’homomorphisme d’anneaux correspondant à \(f\). Soit \(\mathfrak q \subset B\) l’idéal premier correspondant à \(x\). Choisissons une surjection de \(A\)-algèbres \(A[x_1, \ldots, x_t] \to B\). Puisque \(\Omega_{B/A}\) est engendré par \(\text{d}x_1, \ldots, \text{d}x_t\), on voit que leurs images dans \(\Omega_{X/S, x} \otimes_{\mathcal{O}_{X, x}} \kappa(x)\) engendrent cet espace comme espace vectoriel sur \(\kappa(x)\). Après renumérotation, on peut supposer que \(\text{d}x_1, \ldots, \text{d}x_r\) s’envoient sur une base de \(\Omega_{X/S, x} \otimes_{\mathcal{O}_{X, x}} \kappa(x)\). Nous affirmons que \(P = A[x_1, \ldots, x_r] \to B\) est non ramifié en \(\mathfrak q\). Pour le voir, il suffit de montrer que \(\Omega_{B/P, \mathfrak q} = 0\) (Algèbre, lemme 00UV). Notons que \(\Omega_{B/P}\) est le quotient de \(\Omega_{B/A}\) par le sous-module généré par \(\text{d}x_1, \ldots, \text{d}x_r\). Par conséquent, \(\Omega_{B/P, \mathfrak q} \otimes_{B_\mathfrak q} \kappa(\mathfrak q) = 0\) par notre choix de \(x_1, \ldots, x_r\). Par le lemme de Nakayama, plus précisément Algèbre, lemme 00DV partie (2) qui s’applique car \(\Omega_{B/P}\) est fini (voir référence ci-dessus), nous concluons que \(\Omega_{B/P, \mathfrak q} = 0\).
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\), d’image \(s \in S\). Soit \(V \subset S\) un voisinage ouvert affine ouvert de \(s\). Si \(f\) est localement de type fini et \[r = \dim_{\kappa(x)} \Omega_{X/S, x} \otimes_{\mathcal{O}_{X, x}} \kappa(x) = \dim_{\kappa(x)} \Omega_{X_s/s, x} \otimes_{\mathcal{O}_{X_s, x}} \kappa(x) = \dim_{\kappa(x)} T_{X/S, x}\] alors il existe
un ouvert affine \(U \subset X\) tel que \(x \in U\) et \(f(U) \subset V\), et une factorisation \[U \xrightarrow{j} \mathbf{A}^{r + 1}_V \to V\] de \(f|_U\) tel que \(j\) soit une immersion, ou
un ouvert affine \(U \subset X\) tel que \(x \in U\) et \(f(U) \subset V\), et une factorisation \[U \xrightarrow{j} D \to V\] de \(f|_U\) telle que \(j\) soit une immersion fermée et \(D \to V\) soit lisse de dimension relative \(r\).
Démonstration
Choisissons un ouvert affine quelconque \(U \subset X\) avec \(x \in U\) et \(f(U) \subset V\). Appliquons le lemme 0CBK à \(U \to V\) pour obtenir \(U \to \mathbf{A}^r_V \to V\) comme dans l’énoncé de ce lemme. D’après le lemme 0CBJ, nous obtenons une factorisation \[U \xrightarrow{j} D \xrightarrow{j'} \mathbf{A}^{r + 1}_V \xrightarrow{p} \mathbf{A}^r_V \to V\] où \(j\) et \(j'\) sont des immersions, \(p\) est la projection, et \(p \circ j'\) est étale standard. Ainsi, les assertions (1) et (2) sont vérifiées.
Dimension des fibres
Nous avons déjà vu que la dimension des fibres des morphismes de type fini peut augmenter. Dans cette section, nous observons qu’en codimension \(1\), ce phénomène ne se produit pas. Plus généralement, nous étudions l’amplitude possible de ce saut de dimension. Voici une liste de résultats connexes :
Pour un morphisme de type fini \(X \to S\), la partie formée des \(x \in X\) tels que \(\dim_x(X_{f(x)}) \leq d\) est ouverte; voir Algèbre, lemme 00QH et Morphismes, lemme 02FZ.
On dispose de la formule de dimension; voir Algèbre, lemme 02IJ et Morphismes, lemme 02JU.
Les fibres d’un schéma intègre de type fini dominant le spectre d’un anneau de valuation sont de dimension constante; voir Algèbre, lemme 00QK.
Si \(X \to S\) est de type fini et quasi-fini en tout point générique de \(X\), alors \(X \to S\) est quasi-fini en codimension \(1\); voir Algèbre, lemme 02MA et lemme 0AB6.
Le dernier résultat mentionné ci-dessus se généralise comme suit.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement de type fini. Soit \(x \in X\) un point d’image \(y \in Y\) tel que \(\mathcal{O}_{Y, y}\) soit noethérien de dimension \(\leq 1\). Soit \(d \geq 0\) un entier tel que pour tout point générique \(\eta\) d’une composante irréductible de \(X\) contenant \(x\), nous ayons \(\dim_\eta(X_{f(\eta)}) = d\). Alors \(\dim_x(X_y) = d\).
Démonstration
Rappelons que \(\Spec(\mathcal{O}_{Y, y})\) est l’ensemble des points de \(Y\) se spécialisant en \(y\), voir Schémas, lemme 01J7. Ainsi, nous pouvons remplacer \(Y\) par \(\Spec(\mathcal{O}_{Y, y})\) et supposer \(Y = \Spec(B)\) où \(B\) est un anneau local noethérien de dimension \(\leq 1\) et \(y\) est le point fermé. Nous pouvons également remplacer \(X\) par un voisinage affine de \(x\).
Soit \(X = \bigcup X_i\) la décomposition de \(X\) en composantes irréductibles, munies de leur structure réduite. S’il est possible de montrer que chaque fibre \(X_{i, y}\) a dimension \(d\), alors \(X_y = \bigcup X_{i, y}\) a également dimension \(d\). Ainsi, on peut supposer que \(X\) est un schéma intègre.
Si \(X \to Y\) envoie le point générique \(\eta\) de \(X\) sur \(y\), alors \(X\) est un schéma sur \(\kappa(y)\) et le résultat est vrai par hypothèse. Supposons que \(X\) envoie \(\eta\) sur un point \(\xi \in Y\) correspondant à un idéal premier minimal \(\mathfrak q\) de \(B\) différent de \(\mathfrak m_B\). Nous obtenons une factorisation \(X \to \Spec(B/\mathfrak q) \to \Spec(B)\). Par la formule de dimension (Morphismes, lemme 02JU) nous avons \[\dim(\mathcal{O}_{X, x}) + \text{trdeg}_{\kappa(y)} \kappa(x) \leq \dim(B/\mathfrak q) + \text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak q)}(R(X))\] Nous avons \(\dim(B/\mathfrak q) = 1\). Nous avons \(\text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak q)}(R(X)) = d\) par hypothèse, puisque \(\dim_\eta(X_\xi) = d\); voir Morphismes, lemme 02FX. Puisque \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{X_s, x}\) a un noyau (comme \(\eta \mapsto \xi \not = y\)) et puisque \(\mathcal{O}_{X, x}\) est un anneau intègre noethérien, on voit que \(\dim(\mathcal{O}_{X, x}) > \dim(\mathcal{O}_{X_y, x})\). Nous concluons que \[\dim_x(X_s) = \dim(\mathcal{O}_{X_s, x}) + \text{trdeg}_{\kappa(y)} \kappa(x) \leq d\] (Morphismes, lemme 02FX). D’autre part, nous avons \(\dim_x(X_s) \geq \dim_\eta(X_{f(\eta)}) = d\) d’après Morphismes, lemme 02FZ.
Lemme
Soit \(f : X \to \Spec(R)\) un morphisme d’un schéma irréductible vers le spectre d’un anneau de valuation. Si \(f\) est localement de type fini et surjectif, alors la fibre spéciale est équidimensionnelle de dimension égale à la dimension de la fibre générique.
Démonstration
Nous pouvons remplacer \(X\) par sa réduction car cela ne change pas la dimension de \(X\) ni celle de la fibre spéciale. Alors \(X\) est intègre et le lemme résulte d’Algèbre, lemme 00QK.
Le lemme suivant généralise le lemme 0B2I.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement de type fini. Soit \(x \in X\) un point d’image \(y \in Y\) tel que \(\mathcal{O}_{Y, y}\) soit noethérien. Soit \(d \geq 0\) un entier tel que pour tout point générique \(\eta\) d’une composante irréductible de \(X\) qui contient \(x\), nous ayons \(f(\eta) \not = y\) et \(\dim_\eta(X_{f(\eta)}) = d\). Alors \(\dim_x(X_y) \leq d + \dim(\mathcal{O}_{Y, y}) - 1\).
Démonstration
Comme dans la preuve du lemme 0B2I, nous réduisons au cas \(X = \Spec(A)\) avec \(A\) un anneau intègre et \(Y = \Spec(B)\) où \(B\) est un anneau local noethérien dont l’idéal maximal correspond à \(y\). Après avoir remplacé \(B\) par \(B/\Ker(B \to A)\), on peut supposer que \(B\) est un anneau intègre et que \(B \subset A\). Ensuite, nous utilisons la formule de dimension (Morphismes, lemme 02JU) pour obtenir \[\dim(\mathcal{O}_{X, x}) + \text{trdeg}_{\kappa(y)} \kappa(x) \leq \dim(B) + \text{trdeg}_B(A)\] Nous avons \(\text{trdeg}_B(A) = d\) par hypothèse, puisque \(\dim_\eta(X_\xi) = d\); voir Morphismes, lemme 02FX. Puisque \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{X_y, x}\) a un noyau (comme \(f(\eta) \not = y\)) et puisque \(\mathcal{O}_{X, x}\) est un anneau intègre noethérien, on voit que \(\dim(\mathcal{O}_{X, x}) > \dim(\mathcal{O}_{X_y, x})\). Nous concluons que \[\dim_x(X_y) = \dim(\mathcal{O}_{X_y, x}) + \text{trdeg}_{\kappa(y)} \kappa(x) < \dim(B) + d\] (l’égalité vient de Morphismes, lemme 02FX), ce qui donne le résultat.
Schémas algébriques
La définition suivante est tirée de [EGA, I, définition 6.4.1].
Définition
Soit \(k\) un corps. Un \(k\)-schéma algébrique est un schéma \(X\) sur \(k\) tel que le morphisme de structure \(X \to \Spec(k)\) soit de type fini. Un \(k\)-schéma localement algébrique est un schéma \(X\) sur \(k\) tel que le morphisme de structure \(X \to \Spec(k)\) soit localement de type fini.
Notons que tout \(k\)-schéma (localement) algébrique est (localement) noethérien, voir Morphismes, lemme 01T6. La catégorie des \(k\)-schémas algébriques possède tous les produits et produits fibrés (contrairement à la catégorie des variétés sur \(k\)). De même pour la catégorie des \(k\)-schémas localement algébriques.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un \(k\)-schéma localement algébrique de dimension \(0\). Alors \(X\) est une réunion disjointe de spectres de \(k\)-algèbres locales artiniennes \(A\) avec \(\dim_k(A) < \infty\). Si \(X\) est un \(k\)-schéma algébrique de dimension \(0\), alors en plus \(X\) est affine et le morphisme \(X \to \Spec(k)\) est fini.
Démonstration
Soit \(X\) un \(k\)-schéma localement algébrique de dimension \(0\). Soit \(U = \Spec(A) \subset X\) un sous-schéma ouvert affine. Comme \(\dim(X) = 0\), on a \(\dim(A) = 0\). Par normalisation de Noether, voir Algèbre, lemme 00OY, nous voyons qu’il existe une injection finie \(k \to A\), c’est-à-dire \(\dim_k(A) < \infty\). Par conséquent, \(A\) est artinien, voir Algèbre, lemme 00J6. Cela implique que \(A = A_1 \times \ldots \times A_r\) est un produit d’un nombre fini d’anneaux locaux artiniens, voir Algèbre, lemme 00JB. Bien sûr, \(\dim_k(A_i) < \infty\) pour chaque \(i\) puisque la somme de ces dimensions égale \(\dim_k(A)\).
Les arguments ci-dessus montrent que \(X\) possède un recouvrement ouvert dont les membres sont des espaces topologiques discrets finis. Par conséquent, \(X\) est un espace topologique discret. Il s’ensuit que \(X\) est isomorphe à la réunion disjointe de ses composantes connexes, chacune étant un espace à un point. Puisqu’un tel schéma est affine, nous concluons (d’après les résultats du paragraphe précédent) que chacune de ces composantes est le spectre d’une \(k\)-algèbre locale artinienne \(A\) telle que \(\dim_k(A) < \infty\).
Enfin, si \(X\) est un \(k\)-schéma algébrique de dimension \(0\), alors \(X\) est quasi-compact donc est une réunion disjointe finie \(X = \Spec(A_1) \amalg \ldots \amalg \Spec(A_r)\) donc affine (voir Schémas, lemme 01I5); nous avons vu la finitude de \(X \to \Spec(k)\) dans le premier paragraphe de la démonstration.
Le lemme suivant rassemble quelques énoncés sur la théorie de la dimension pour les schémas localement algébriques.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un \(k\)-schéma localement algébrique.
L’espace topologique sous-jacent à \(X\) est caténaire (Topologie, définition 02I1).
Pour tout point fermé \(x \in X\), on a \(\dim_x(X) = \dim(\mathcal{O}_{X, x})\).
Si \(X\) est irréductible, on a \(\dim(X) = \dim(U)\) pour tout ouvert non vide \(U \subset X\), et \(\dim(X) = \dim_x(X)\) pour tout \(x \in X\).
Si \(X\) est irréductible, toute chaîne de parties fermées irréductibles peut être prolongée en une chaîne maximale, et toutes les chaînes maximales de parties fermées irréductibles sont de longueur \(\dim(X)\).
Pour \(x \in X\), on a \(\dim_x(X) = \max \dim(Z) = \min \dim(\mathcal{O}_{X, x'})\), où le maximum porte sur les composantes irréductibles \(Z \subset X\) contenant \(x\), et le minimum sur les spécialisations \(x \leadsto x'\) telles que \(x'\) soit fermé dans \(X\).
Si \(X\) est irréductible de point générique \(x\), alors \(\dim(X) = \text{trdeg}_k(\kappa(x))\).
Si \(x \leadsto x'\) est une spécialisation immédiate de points de \(X\), alors \(\text{trdeg}_k(\kappa(x)) = \text{trdeg}_k(\kappa(x')) + 1\).
La dimension de \(X\) est le suprémum des nombres \(\text{trdeg}_k(\kappa(x))\), où \(x\) parcourt les points génériques des composantes irréductibles de \(X\).
Si \(x \leadsto x'\) est une spécialisation non triviale de points de \(X\), alors
\(\dim_x(X) \leq \dim_{x'}(X)\),
\(\dim(\mathcal{O}_{X, x}) < \dim(\mathcal{O}_{X, x'})\),
\(\text{trdeg}_k(\kappa(x)) > \text{trdeg}_k(\kappa(x'))\), et
toute chaîne maximale de spécialisations non triviales \(x = x_0 \leadsto x_1 \leadsto \ldots \leadsto x_n = x'\) est de longueur \(n = \text{trdeg}_k(\kappa(x)) - \text{trdeg}_k(\kappa(x'))\).
Pour \(x \in X\), on a \(\dim_x(X) = \text{trdeg}_k(\kappa(x)) + \dim(\mathcal{O}_{X, x})\).
Si \(x \leadsto x'\) est une spécialisation immédiate de points de \(X\) et si \(X\) est irréductible ou équidimensionnel, alors \(\dim(\mathcal{O}_{X, x'}) = \dim(\mathcal{O}_{X, x}) + 1\).
Démonstration
Au lieu de nous appuyer sur les résultats plus généraux démontrés précédemment, nous allons ramener ces énoncés aux énoncés correspondants sur les \(k\)-algèbres de type fini et citer des résultats du chapitre d’algèbre commutative.
Preuve de (0B17). Cette propriété est locale sur \(X\) d’après Topologie, lemme 02I2. Ainsi, nous pouvons supposer \(X = \Spec(A)\) où \(A\) est une \(k\)-algèbre de type fini. Nous devons montrer que \(A\) est caténaire (Algèbre, lemme 02IH). Nous pouvons réduire à \(k[x_1, \ldots, x_n]\) en utilisant Algèbre, lemme 00NK et ensuite appliquer Algèbre, lemme 00OR. On peut aussi conclure du fait que \(k\) est de Cohen–Macaulay (trivialement) et que les anneaux de Cohen–Macaulay sont universellement caténaires (Algèbre, lemme 00NM).
Preuve de (0B18). Choisissons un voisinage affine \(U = \Spec(A)\) de \(x\). Alors \(\dim_x(X) = \dim_x(U)\). Par conséquent, nous nous réduisons au cas affine, qui est Algèbre, lemme 00OU.
Preuve de (0B19). Il suffit de montrer que deux ouverts affines non vides \(U, U' \subset X\) quelconques ont la même dimension (toute chaîne finie de sous-ensembles irréductibles rencontre un ouvert affine). Choisissons un point fermé \(x\) de \(X\) avec \(x \in U \cap U'\). Cela est possible car \(X\) est irréductible, donc \(U \cap U'\) est non vide, donc il existe un tel point fermé car \(X\) est Jacobson d’après le lemme 0478. Ensuite \(\dim(U) = \dim(\mathcal{O}_{X, x}) = \dim(U')\) d’après Algèbre, lemme 00OS (strictement parlant, il faut remplacer \(X\) par sa réduction avant d’appliquer le lemme).
Preuve de (0B1A). Étant donné une chaîne de sous-ensembles fermés irréductibles, nous pouvons trouver un ouvert affine \(U \subset X\) qui rencontre le plus petit. Ainsi, l’énoncé résulte d’Algèbre, lemme 00OS et \(\dim(U) = \dim(X)\), comme on l’a vu dans (0B19).
Preuve de (0B1B). Choisissons un voisinage affine \(U = \Spec(A)\) de \(x\). Alors \(\dim_x(X) = \dim_x(U)\). La règle \(Z \mapsto Z \cap U\) est une bijection entre les composantes irréductibles de \(X\) passant par \(x\) et les composantes irréductibles de \(U\) passant par \(x\). De plus, \(\dim(Z \cap U) = \dim(Z)\) pour un tel \(Z\) d’après (0B19). Ainsi, l’énoncé découle d’Algèbre, lemme 00OT.
Preuve de (0B1C). D’après (0B19), cela se réduit au cas où \(X = \Spec(A)\) est affine. Dans ce cas, cela résulte d’Algèbre, lemme 00P0 appliqué à \(A_{red}\).
Preuve de (0B1D). Soit \(Z = \overline{\{x\}} \supset Z' = \overline{\{x'\}}\). Il résulte de (0B1A) que \(Z \supset Z'\) est le début d’une chaîne maximale de parties fermées irréductibles dans \(Z\) et par conséquent \(\dim(Z) = \dim(Z') + 1\). On conclut par (0B1C).
Preuve de (0B1E). Un argument topologique simple montre que \(\dim(X) = \sup \dim(Z)\) où le suprémum porte sur les composantes irréductibles de \(X\) (indication : utiliser Topologie, lemme 004W). Le résultat découle donc de (0B1C).
Preuve de (0B1F). La partie (a) découle du fait que tout ouvert \(U \subset X\) contenant \(x'\) contient également \(x\). La partie (b) découle du fait que \(\mathcal{O}_{X, x}\) est une localisation de \(\mathcal{O}_{X, x'}\); toute chaîne d’idéaux premiers de \(\mathcal{O}_{X, x}\) correspond donc à une chaîne d’idéaux premiers de \(\mathcal{O}_{X, x'}\), qui peut être prolongée en ajoutant \(\mathfrak m_{x'}\) à la fin. Les parties (c) et (d) découlent formellement de (0B1D).
Preuve de (0B1G). Choisissons un voisinage affine \(U = \Spec(A)\) de \(x\). Alors \(\dim_x(X) = \dim_x(U)\). Par conséquent, nous nous réduisons au cas affine, qui est Algèbre, lemme 00P1.
Preuve de (0B1H). Si \(X\) est équidimensionnel (Topologie, définition 0058) alors \(\dim(X)\) est égal à la dimension de chaque composante irréductible de \(X\), d’où \(\dim_x(X) = \dim(X) = \dim_{x'}(X)\) d’après (0B1B). Cela découle donc de (0B1D).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de \(k\)-schémas localement algébriques.
Pour \(y \in Y\), la fibre \(X_y\) est un schéma localement algébrique sur \(\kappa(y)\); tous les résultats du lemme 0A21 s’appliquent donc.
Supposons \(X\) irréductible. Posons \(Z = \overline{f(X)}\) et \(d = \dim(X) - \dim(Z)\). Alors
\(\dim_x(X_{f(x)}) \geq d\) pour tout \(x \in X\),
la partie des \(x \in X\) tels que \(\dim_x(X_{f(x)}) = d\) est ouverte dense,
si \(\dim(\mathcal{O}_{Z, f(x)}) \geq 1\), alors \(\dim_x(X_{f(x)}) \leq d + \dim(\mathcal{O}_{Z, f(x)}) - 1\),
si \(\dim(\mathcal{O}_{Z, f(x)}) = 1\), alors \(\dim_x(X_{f(x)}) = d\),
Pour \(x \in X\) avec \(y = f(x)\) nous avons \(\dim_x(X_y) \geq \dim_x(X) - \dim_y(Y)\).
Démonstration
Le morphisme \(f\) est localement de type fini d’après Morphismes, lemme 01T8. Par conséquent, le changement de base \(X_y \to \Spec(\kappa(y))\) est localement de type fini. Cela prouve (1). Dans le reste de la démonstration, nous utiliserons librement les résultats du lemme 0A21 pour \(X\), \(Y\), et les fibres de \(f\).
Preuve de (2). Soit \(\eta \in X\) le point générique et posons \(\xi = f(\eta)\). Alors \(Z = \overline{\{\xi\}}\). Par conséquent \[d = \dim(X) - \dim(Z) = \text{trdeg}_k \kappa(\eta) - \text{trdeg}_k \kappa(\xi) = \text{trdeg}_{\kappa(\xi)} \kappa(\eta) = \dim_\eta(X_\xi)\] Ainsi, les parties (2)(a) et (2)(b) découlent des Morphismes, lemme 02FZ. Les parties (2)(c) et (2)(d) découlent des lemmes 0B2K et 0B2I.
Preuve de (3). Soit \(x \in X\). Soit \(X' \subset X\) une composante irréductible de \(X\) passant par \(x\) de dimension \(\dim_x(X)\). Alors (2) implique que \(\dim_x(X_y) \geq \dim(X') - \dim(Z')\) où \(Z' \subset Y\) est l’adhérence de l’image de \(X'\). Cela prouve (3).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soient \(X\), \(Y\) des \(k\)-schémas localement algébriques.
Pour \(z \in X \times Y\) au-dessus de \((x, y)\), nous avons \(\dim_z(X \times Y) = \dim_x(X) + \dim_y(Y)\).
Nous avons \(\dim(X \times Y) = \dim(X) + \dim(Y)\).
Démonstration
Preuve de (1). Considérons la factorisation \[X \times Y \longrightarrow Y \longrightarrow \Spec(k)\] du morphisme de structure. Le premier morphisme \(p : X \times Y \to Y\) est plat par changement de base du morphisme plat \(X \to \Spec(k)\) d’après Morphismes, lemme 01U9. De plus, nous avons \(\dim_z(p^{-1}(y)) = \dim_x(X)\) d’après Morphismes, lemme 02FY. Par conséquent \(\dim_z(X \times Y) = \dim_x(X) + \dim_y(Y)\) d’après Morphismes, lemme 02JS. La partie (2) est une conséquence directe de (1).
Anneaux locaux complets
Quelques résultats sur les anneaux locaux complets des schémas sur un corps.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma localement noethérien sur \(k\). Soit \(x \in X\) un point de corps résiduel \(\kappa\). Il existe un isomorphisme [0C53]\[\begin{equation} \kappa[[x_1, \ldots, x_n]]/I \longrightarrow \mathcal{O}_{X, x}^\wedge \end{equation}\] induisant l’identité sur les corps résiduels. En général, on ne peut choisir (0C53) comme isomorphisme de \(k\)-algèbres. Toutefois, si l’extension \(\kappa/k\) est séparable, on peut choisir (0C53) comme isomorphisme de \(k\)-algèbres.
Démonstration
L’existence de l’isomorphisme est une conséquence immédiate du théorème de structure de Cohen2 (Algèbre, théorème 032A).
Soit \(p\) un nombre premier impair, posons \(k = \mathbf{F}_p(t)\) et \(A = k[x, y]/(y^2 + x^p - t)\). Alors le complété \(A^\wedge\) de \(A\) pour l’idéal maximal \(\mathfrak m = (y)\) est isomorphe à \(k(t^{1/p})[[z]]\) comme anneau, mais non comme \(k\)-algèbre. En effet, \(A^\wedge\) ne contient pas d’élément dont la \(p\)-ième puissance est \(t\) (comme le lecteur peut le voir en calculant modulo \(y^2\)). Cela montre également qu’aucun isomorphisme (0C53) ne peut être un isomorphisme de \(k\)-algèbres.
Si \(\kappa/k\) est séparable, alors il existe un homomorphisme de \(k\)-algèbres \(\kappa \to \mathcal{O}_{X, x}^\wedge\) induisant l’identité sur les corps résiduels d’après Compléments d’algèbre, lemme 0C34. Soient \(f_1, \ldots, f_n \in \mathfrak m_x\) des générateurs. Considérons l’homomorphisme \[\kappa[[x_1, \ldots, x_n]] \longrightarrow \mathcal{O}_{X, x}^\wedge,\quad x_i \longmapsto f_i\] Puisque les deux membres sont complets pour la topologie \((x_1, \ldots, x_n)\)-adique (le membre de droite d’après Algèbre, lemme 05GG), cette application est surjective d’après Algèbre, lemme 0315 car elle est surjective modulo \((x_1, \ldots, x_n)\) par construction.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Soit \(X\) un \(k\)-schéma localement algébrique. Posons \(Y = X_K\). Soit \(y \in Y\) un point d’image \(x \in X\). Supposons que \(\dim(\mathcal{O}_{X, x}) = \dim(\mathcal{O}_{Y, y})\) et que \(\kappa(x)/k\) soit séparable. Choisissons un isomorphisme \[\kappa(x)[[x_1, \ldots, x_n]]/(g_1, \ldots, g_m) \longrightarrow \mathcal{O}_{X, x}^\wedge\] de \(k\)-algèbres comme dans (0C53). On a alors un isomorphisme \[\kappa(y)[[x_1, \ldots, x_n]]/(g_1, \ldots, g_m) \longrightarrow \mathcal{O}_{Y, y}^\wedge\] de \(K\)-algèbres comme dans (0C53). On utilise ici \(\kappa(x) \to \kappa(y)\) pour considérer \(g_j\) comme une série formelle sur \(\kappa(y)\).
Démonstration
L’homomorphisme local \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{Y, y}\) induit un homomorphisme local \(\mathcal{O}_{X, x}^\wedge \to \mathcal{O}_{Y, y}^\wedge\). L’homomorphisme induit \[\kappa(x) \to \kappa(x)[[x_1, \ldots, x_n]]/(g_1, \ldots, g_m) \to \mathcal{O}_{X, x}^\wedge \to \mathcal{O}_{Y, y}^\wedge\] composée avec la projection vers \(\kappa(y)\) est l’homomorphisme canonique \(\kappa(x) \to \kappa(y)\). D’après le lemme 0C4Y, le corps résiduel \(\kappa(y)\) est une localisation de \(\kappa(x) \otimes_k K\) au noyau \(\mathfrak p_0\) de \(\kappa(x) \otimes_k K \to \kappa(y)\). D’autre part, d’après le lemme 0C50, l’anneau local \((\kappa(x) \otimes_k K)_{\mathfrak p_0}\) est égal à \(\kappa(y)\). Ainsi, l’application \[\kappa(x) \otimes_k K \to \mathcal{O}_{Y, y}^\wedge\] se factorise canoniquement par \(\kappa(y)\). Nous obtenons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \kappa(y) \ar[rr] & & \mathcal{O}_{Y, y}^\wedge \\ \kappa(x) \ar[r] \ar[u] & \kappa(x)[[x_1, \ldots, x_n]]/(g_1, \ldots, g_m) \ar[r] & \mathcal{O}_{X, x}^\wedge \ar[u] }\] Soit \(f_i \in \mathfrak m_x^\wedge \subset \mathcal{O}_{X, x}^\wedge\) soit l’image de \(x_i\). Observons que \(\mathfrak m_x^\wedge = (f_1, \ldots, f_n)\) puisque l’homomorphisme est surjectif. Considérons l’homomorphisme \[\kappa(y)[[x_1, \ldots, x_n]] \longrightarrow \mathcal{O}_{Y, y}^\wedge,\quad x_i \longmapsto f_i\] où ici \(f_i\) signifie vraiment l’image de \(f_i\) dans \(\mathfrak m_y^\wedge\). Puisque \(\mathfrak m_x \mathcal{O}_{Y, y} = \mathfrak m_y\) d’après le lemme 0C50, nous voyons que le membre de droite est complet pour la topologie \((x_1, \ldots, x_n)\)-adique (on utilise Algèbre, lemme 05GG pour voir que le membre de droite est un anneau local complet). Puisque les deux membres sont complets pour la topologie \((x_1, \ldots, x_n)\)-adique, notre application est surjective par Algèbre, lemme 0315 car elle est surjective modulo \((x_1, \ldots, x_n)\). Bien sûr, les séries formelles \(g_1, \ldots, g_m\) sont envoyées sur zéro par cet homomorphisme, puisqu’elles le sont déjà dans \(\mathcal{O}_{X, x}^\wedge\). On obtient donc le diagramme commutatif \[\xymatrix{ \kappa(y)[[x_1, \ldots, x_n]]/(g_1, \ldots, g_m) \ar[r] & \mathcal{O}_{Y, y}^\wedge \\ \kappa(x)[[x_1, \ldots, x_n]]/(g_1, \ldots, g_m) \ar[r] \ar[u] & \mathcal{O}_{X, x}^\wedge \ar[u] }\] Nous devons encore montrer que la flèche horizontale supérieure est un isomorphisme. Nous savons déjà qu’elle est surjective. Nous savons que \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{Y, y}\) est plat (lemme 0C4Y), ce qui implique que \(\mathcal{O}_{X, x}^\wedge \to \mathcal{O}_{Y, y}^\wedge\) est plat (Compléments d’algèbre, lemme 0C4G). Ainsi, nous pouvons appliquer Algèbre, lemme 00ME avec \(R = \kappa(x)[[x_1, \ldots, x_n]]/(g_1, \ldots, g_m)\), avec \(S = \kappa(y)[[x_1, \ldots, x_n]]/(g_1, \ldots, g_m)\), avec \(M = \mathcal{O}_{Y, y}^\wedge\) et avec \(N = S\) pour conclure que l’application est injective.
Engendrement par les sections globales
Quelques lemmes sur l’engendrement des modules quasi-cohérents par leurs sections globales.
Lemme
Soit \(X \to \Spec(A)\) un morphisme de schémas. Soit \(A \subset A'\) une inclusion d’anneaux fidèlement plate. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Alors \(\mathcal{F}\) est engendré par ses sections globales si et seulement si \(\mathcal{F}_{A'}\) est engendré par ses sections globales.
Démonstration
Plus précisément, posons \(X_{A'} = X \times_{\Spec(A)} \Spec(A')\). Soit \(\mathcal{F}_{A'} = p^*\mathcal{F}\) où \(p : X_{A'} \to X\) est la projection. D’après Cohomologie des schémas, lemme 02KH nous avons \(H^0(X_{k'}, \mathcal{F}_{A'}) = H^0(X, \mathcal{F}) \otimes_A A'\). Ainsi, si \(s_i\), \(i \in I\) sont des générateurs de \(H^0(X, \mathcal{F})\) comme module \(A\), alors leurs images dans \(H^0(X_{A'}, \mathcal{F}_{A'})\) sont des générateurs de \(H^0(X_{A'}, \mathcal{F}_{A'})\) comme module \(A'\). Ainsi, nous devons montrer que l’application \(\alpha : \bigoplus_{i \in I} \mathcal{O}_X \to \mathcal{F}\), \((f_i) \mapsto \sum f_i s_i\) est surjective si et seulement si \(p^*\alpha\) est surjective. Cela, nous pouvons le vérifier sur un ouvert affine \(U = \Spec(B)\) de \(X\). Alors \(\mathcal{F}|_U\) correspond à un \(B\)-module \(M\) et \(s_i|_U\) aux éléments \(x_i \in M\). Ainsi, nous devons montrer que \(\bigoplus_{i \in I} B \to M\) est surjective si et seulement si le changement de base \(\bigoplus_{i \in I} B \otimes_A A' \to M \otimes_A A'\) est surjective. C’est vrai parce que \(A \to A'\) est fidèlement plat.
Lemme
Soit \(k\) un corps infini. Soit \(X\) un schéma de type fini sur \(k\). Soit \(\mathcal{L}\) un faisceau inversible très ample sur \(X\). Soient \(n \geq 0\) et \(x, x_1, \ldots, x_n \in X\), avec \(x\) un point \(k\)-rationnel, c’est-à-dire \(\kappa(x) = k\), et \(x \not = x_i\) pour \(i = 1, \ldots, n\). Alors il existe un \(s \in H^0(X, \mathcal{L})\) qui s’annule en \(x\) mais en aucun des \(x_i\).
Démonstration
Si \(n = 0\) le résultat est trivial, nous supposons donc \(n > 0\). Par définition d’un faisceau inversible très ample, le lemme se réduit immédiatement au cas où \(X = \mathbf{P}^r_k\) pour un certain \(r > 0\) et \(\mathcal{L} = \mathcal{O}_X(1)\). Écrivons \(\mathbf{P}^r_k = \text{Proj}(k[T_0, \ldots, T_r])\). Posons \(V = H^0(X, \mathcal{L}) = kT_0 \oplus \ldots \oplus kT_r\). Puisque \(x\) est un point \(k\)-rationnel, on voit que l’ensemble des \(s \in V\) qui s’annulent en \(x\) est un sous-espace de codimension \(1\), à savoir \(W \subset V\), et que \(W\) engendre l’idéal premier homogène correspondant à \(x\). Puisque \(x_i \not = x\), l’idéal premier homogène correspondant \(\mathfrak p_i \subset k[T_0, \ldots, T_r]\) ne contient pas \(W\). Comme \(k\) est infini, nous voyons alors que \(W \not = \bigcup W \cap \mathfrak q_i\) et la démonstration est complète.
Lemme
Soit \(k\) un corps infini. Soit \(X\) un \(k\)-schéma algébrique. Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Soit \(V \to \Gamma(X, \mathcal{L})\) une application linéaire de \(k\)-espaces vectoriels dont l’image génère \(\mathcal{L}\). Alors il existe un sous-espace \(W \subset V\) avec \(\dim_k(W) \leq \dim(X) + 1\) qui génère \(\mathcal{L}\).
Démonstration
Tout au long de la démonstration, nous utiliserons que pour tout \(x \in X\), l’application linéaire \[\psi_x : V \to \Gamma(X, \mathcal{L}) \to \mathcal{L}_x \to \mathcal{L}_x \otimes_{\mathcal{O}_{X, x}} \kappa(x)\] n’est pas nulle. La démonstration se fait par récurrence sur \(\dim(X)\).
Le cas de base est \(\dim(X) = 0\). Dans ce cas, \(X\) a un nombre fini de points \(X = \{x_1, \ldots, x_n\}\) (voir par exemple le lemme 06LH). Puisque \(k\) est infini, il existe un vecteur \(v \in V\) tel que \(\psi_{x_i}(v) \not = 0\) pour tout \(i\). Alors \(W = k\cdot v\) convient.
Supposons \(\dim(X) > 0\). Soient \(X_i \subset X\) les composantes irréductibles de dimension égale à \(\dim(X)\). Comme \(X\) est noethérien, elles sont en nombre fini. Pour tout \(i\), choisissons un point \(x_i \in X_i\). Comme ci-dessus, choisissons \(v \in V\) tel que \(\psi_{x_i}(v) \not = 0\) pour tout \(i\). Soit \(Z \subset X\) le schéma des zéros de l’image de \(v\) dans \(\Gamma(X, \mathcal{L})\), voir Diviseurs, définition 02OQ. Par construction \(\dim(Z) < \dim(X)\). Par induction, nous pouvons trouver \(W \subset V\) avec \(\dim(W) \leq \dim(X)\) tel que \(W\) génère \(\mathcal{L}|_Z\). Alors \(W + k\cdot v\) génère \(\mathcal{L}\).
Séparation des points et des vecteurs tangents
C’est simplement le résultat suivant.
Lemme
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soit \(X\) un \(k\)-schéma propre. Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Soit \(V \subset H^0(X, \mathcal{L})\) soit un \(k\)-sous-espace vectoriel. Si
pour toute paire de points fermés distincts \(x, y \in X\), il existe une section \(s \in V\) qui s’annule en \(x\) mais non en \(y\), et
pour tout point fermé \(x \in X\) et tout vecteur tangent non nul \(\theta \in T_{X/k, x}\), il existe une section \(s \in V\) qui s’annule en \(x\) mais dont l’image réciproque par \(\theta\) est non nulle,
alors \(\mathcal{L}\) est très ample et le morphisme canonique \(\varphi_{\mathcal{L}, V} : X \to \mathbf{P}(V)\) est une immersion fermée.
Démonstration
La condition (1) implique en particulier que les éléments de \(V\) engendrent \(\mathcal{L}\) sur \(X\). On obtient donc un morphisme canonique \[\varphi = \varphi_{\mathcal{L}, V} : X \longrightarrow \mathbf{P}(V)\] par Constructions, exemple 0FCY. Le morphisme \(\varphi\) est propre d’après Morphismes, lemme 01W6. D’après (1), le morphisme \(\varphi\) est injectif sur les points fermés (calcul omis). En particulier, la fibre au-dessus de tout point fermé de \(\mathbf{P}(V)\) est réduite à un point (petit détail omis). Ainsi, nous voyons que \(\varphi\) est fini, par exemple en utilisant Cohomologie des schémas, lemme 02OH. Pour terminer la démonstration, il suffit de montrer que l’application \[\varphi^\sharp : \mathcal{O}_{\mathbf{P}(V)} \longrightarrow \varphi_*\mathcal{O}_X\] est surjective. Nous pouvons le vérifier sur les germes aux points fermés. Soit \(x \in X\) un point fermé d’image le point fermé \(p = \varphi(x) \in \mathbf{P}(V)\). Puisque \(\varphi^{-1}(\{p\}) = \{x\}\) par (1) et que \(\varphi\) est propre (donc fermé), on voit que \(\varphi^{-1}(U)\) décrit un système fondamental de voisinages ouverts de \(x\) lorsque \(U\) décrit un système fondamental de voisinages ouverts de \(p\). Nous concluons qu’en passant aux germes en \(p\), nous obtenons l’homomorphisme \[\varphi^\sharp_x : \mathcal{O}_{\mathbf{P}(V), p} \longrightarrow \mathcal{O}_{X, x}\] En particulier, \(\mathcal{O}_{X, x}\) est un \(\mathcal{O}_{\mathbf{P}(V), p}\)-module fini. De plus, les corps résiduels de \(x\) et \(p\) sont égaux à \(k\) (comme \(k\) est algébriquement clos — on utilise le Nullstellensatz de Hilbert). Enfin, la condition (2) implique que l’application \[T_{X/k, x} \longrightarrow T_{\mathbf{P}(V)/k, p}\] est injective puisque tout \(\theta\) non nul dans le noyau de cette application ne saurait satisfaire la conclusion de (2). En termes du morphisme d’anneaux locaux ci-dessus, cela signifie que \[\mathfrak m_p/\mathfrak m_p^2 \longrightarrow \mathfrak m_x/\mathfrak m_x^2\] est surjective, voir le lemme 0B2E. La preuve s’achève alors par Algèbre, lemme 0E8M.
Lemme
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soit \(X\) un \(k\)-schéma propre. Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Supposons que, pour tout sous-schéma fermé \(Z \subset X\) de dimension \(0\) et de degré \(2\) sur \(k\), l’application \[H^0(X, \mathcal{L}) \longrightarrow H^0(Z, \mathcal{L}|_Z)\] est surjective. Alors \(\mathcal{L}\) est très ample sur \(X\) relativement à \(k\).
Démonstration
C’est une reformulation du lemme 0E8S. En effet, étant donnés deux points fermés distincts \(x, y \in X\), le choix \(Z = x \cup y\) (considéré comme sous-schéma fermé) donne la condition (1) du lemme. Étant donné un vecteur tangent non nul \(\theta \in T_{X/k, x}\) le morphisme \(\theta : \Spec(k[\epsilon]) \to X\) est une immersion fermée. En posant \(Z = \Im(\theta)\) nous obtenons la condition (2) du lemme.
Adhérences de produits
Quelques résultats sur les rapports entre l’adhérence et les produits.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soient \(X\), \(Y\) des schémas sur \(k\), et soient \(A \subset X\), \(B \subset Y\) des parties. Posons \[AB = \{z \in X \times_k Y \mid \text{pr}_X(z) \in A, \ \text{pr}_Y(z) \in B\} \subset X \times_k Y\] Alors, ensemblistement, nous avons \[\overline{A} \times_k \overline{B} = \overline{AB}\]
Démonstration
L’inclusion \(\overline{AB} \subset \overline{A} \times_k \overline{B}\) est immédiate. Nous pouvons remplacer \(X\) et \(Y\) par les sous-schémas fermés réduits \(\overline{A}\) et \(\overline{B}\). Soit \(W \subset X \times_k Y\) soit un ouvert non vide. Par Morphismes, lemme 0383, le sous-ensemble \(U = \text{pr}_X(W)\) est ouvert non vide dans \(X\). Ainsi \(A \cap U\) n’est pas vide. Choisissons \(a \in A \cap U\). Notons \(Y_a = \{a\} \times_k Y \cong Y_{\kappa(a)}\) la fibre de \(\text{pr}_X : X \times_k Y \to X\) au-dessus de \(a\). D’après Morphismes, lemme 0383, le morphisme \(Y_a \to Y\) est encore ouvert puisque \(\Spec(\kappa(a)) \to \Spec(k)\) est universellement ouvert. Ainsi l’ouvert non vide \(W_a = W \times_{X \times_k Y} Y_a\) se projette sur un ouvert non vide de \(Y\). Nous en concluons qu’il existe un \(b \in B\) dans l’image. Ainsi \(AB \cap W \not = \emptyset\) comme voulu.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soient \(f : A \to X\), \(g : B \to Y\) des morphismes de schémas sur \(k\). Alors, ensemblistement, on a \[\overline{f(A)} \times_k \overline{g(B)} = \overline{(f \times g)(A \times_k B)}\]
Démonstration
Cela découle du lemme 047B puisque l’image de \(f \times g\) est \(f(A)g(B)\) dans la notation de ce lemme.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soient \(f : A \to X\), \(g : B \to Y\) des morphismes quasi-compacts de schémas sur \(k\). Soit \(Z \subset X\) l’image schématique de \(f\); voir Morphismes, définition 01R7. De même, soit \(Z' \subset Y\) l’image schématique de \(g\). Alors \(Z \times_k Z'\) est l’image schématique de \(f \times g\).
Démonstration
Rappelons que \(Z\) est le plus petit sous-schéma fermé de \(X\) par lequel \(f\) se factorise. De même pour \(Z'\). Soit \(W \subset X \times_k Y\) l’image schématique de \(f \times g\). Comme \(f \times g\) se factorise par \(Z \times_k Z'\), on voit que \(W \subset Z \times_k Z'\).
Pour démontrer l’autre inclusion, soient \(U \subset X\) et \(V \subset Y\) des ouverts affines. D’après Morphismes, lemme 01R8, le schéma \(Z \cap U\) est l’image schématique de \(f|_{f^{-1}(U)} : f^{-1}(U) \to U\), et de même pour \(Z' \cap V\) et \(W \cap U \times_k V\). On peut donc supposer que \(X\) et \(Y\) sont affines. Comme \(f\) et \(g\) sont quasi-compacts, cela implique que \(A = \bigcup U_i\) est une union finie d’affines et \(B = \bigcup V_j\) est une union finie d’affines. On peut alors remplacer \(A\) par \(\coprod U_i\) et \(B\) par \(\coprod V_j\), c’est-à-dire qu’on peut supposer que \(A\) et \(B\) sont également affines. Dans ce cas, \(Z\) est défini par \(\Ker(\Gamma(X, \mathcal{O}_X) \to \Gamma(A, \mathcal{O}_A))\) et de même pour \(Z'\) et \(W\). Par conséquent, le résultat découle de l’égalité \[\Gamma(A \times_k B, \mathcal{O}_{A \times_k B}) = \Gamma(A, \mathcal{O}_A) \otimes_k \Gamma(B, \mathcal{O}_B)\] qui est vraie puisque \(A\) et \(B\) sont affines. Nous omettons les détails.
Schémas lisses sur des corps
Voici deux lemmes caractérisant les schémas lisses sur les corps.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma sur \(k\). Supposons
\(X\) est localement de type fini sur \(k\),
\(\Omega_{X/k}\) est localement libre, et
\(k\) a caractéristique zéro.
Alors le morphisme de structure \(X \to \Spec(k)\) est lisse.
Démonstration
Cela résulte d’Algèbre, lemme 00TX.
En caractéristique positive, il existe des schémas de type fini non réduits dont le faisceau des différentielles est libre, par exemple \(\Spec(\mathbf{F}_p[t]/(t^p))\) sur \(\Spec(\mathbf{F}_p)\). Si le corps de base \(k\) est non parfait de caractéristique \(p\), il existe des schémas réduits \(X/k\) avec \(\Omega_{X/k}\) libre qui ne sont pas lisses, par exemple \(\Spec(k[t]/(t^p-a)\) où \(a \in k\) n’est pas une puissance \(p\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma sur \(k\). Supposons
\(X\) est localement de type fini sur \(k\),
\(\Omega_{X/k}\) est localement libre,
\(X\) est réduit, et
\(k\) est parfait.
Alors le morphisme de structure \(X \to \Spec(k)\) est lisse.
Démonstration
Soit \(x \in X\) un point. Comme \(X\) est localement noethérien (voir Morphismes, lemme 01T6), il y a un nombre fini de composantes irréductibles \(X_1, \ldots, X_n\) passant par \(x\) (voir Propriétés, lemme 01OZ et Topologie, lemme 0052). Soit \(\eta_i \in X_i\) le point générique. Comme \(X\) est réduit, on a \(\mathcal{O}_{X, \eta_i} = \kappa(\eta_i)\), voir Algèbre, lemme 00EU. De plus, \(\kappa(\eta_i)\) est une extension de corps de type fini du corps parfait \(k\), donc séparablement engendrée sur \(k\) (voir Algèbre, section 030I). Il s’ensuit que \(\Omega_{X/k, \eta_i} = \Omega_{\kappa(\eta_i)/k}\) est libre de rang égal au degré de transcendance de \(\kappa(\eta_i)\) sur \(k\). D’après Morphismes, lemme 02FX, nous concluons que \(\dim_{\eta_i}(X_i) = \text{rank}_{\eta_i}(\Omega_{X/k})\). Puisque \(x \in X_1 \cap \ldots \cap X_n\), on voit que \[\text{rank}_x(\Omega_{X/k}) = \text{rank}_{\eta_i}(\Omega_{X/k}) = \dim(X_i).\] Par conséquent \(\dim_x(X) = \text{rank}_x(\Omega_{X/k})\), voir Algèbre, lemme 00OT. Il s’ensuit que \(X \to \Spec(k)\) est lisse en \(x\) par exemple d’après Algèbre, lemme 00TT.
Lemme
Soit \(X \to \Spec(k)\) un morphisme lisse, où \(k\) est un corps. Alors \(X\) est un schéma régulier.
Démonstration
(Voir aussi le lemme 038X.)
D’après Algèbre, lemme 00TT, tout anneau local \(\mathcal{O}_{X, x}\) est régulier. Comme \(X\) est localement de type fini sur \(k\), il est localement noethérien. Par conséquent, \(X\) est régulier d’après Propriétés, lemme 02IT.
Lemme
Soit \(X \to \Spec(k)\) un morphisme lisse, où \(k\) est un corps. Alors \(X\) est géométriquement régulier, géométriquement normal et géométriquement réduit sur \(k\).
Démonstration
(Voir aussi le lemme 038X.) Soit \(k'\) une extension finie purement inséparable de \(k\). Il suffit de montrer que \(X_{k'}\) est régulier, normal et réduit ; voir les lemmes 038V, 038O, et 035Y.
D’après Morphismes, lemme 01VB, le morphisme \(X_{k'} \to \Spec(k')\) est également lisse. Par conséquent, il suffit de montrer qu’un schéma \(X\) lisse sur un corps est régulier, normal et réduit. On voit que \(X\) est régulier d’après le lemme 056S.
Par conséquent, Propriétés, lemme 0569 garantit que \(X\) est normal.
Lemme
Soit \(k\) un corps, soit \(d \geq 0\) et soit \(W \subset \mathbf{A}^d_k\) ouvert non vide. Alors il existe un point fermé \(w \in W\) tel que \(k \subset \kappa(w)\) soit finie et séparable.
Démonstration
Après avoir éventuellement rétréci \(W\), on peut supposer que \(W = \mathbf{A}^d_k \setminus V(f)\) pour certains \(f \in k[x_1, \ldots, x_d]\). Si le lemme est faux, alors \(f(a_1, \ldots, a_d) = 0\) pour tous les \((a_1, \ldots, a_d) \in (k^{sep})^d\). C’est absurde car \(k^{sep}\) est un corps infini.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Si \(X\) est lisse sur \(\Spec(k)\) alors l’ensemble \[\{x \in X\text{ fermé tel que }k \subset \kappa(x) \text{ est finie séparable}\}\] est dense en \(X\).
Démonstration
Il suffit de montrer que, pour tout schéma lisse non vide \(X\) sur \(k\), il existe au moins un point fermé dont le corps résiduel est fini et séparable sur \(k\). Pour le voir, choisissons un diagramme \[\xymatrix{ X & U \ar[l] \ar[r]^-\pi & \mathbf{A}^d_k }\] où \(\pi\) est étale, voir Morphismes, lemme 054L. Le morphisme \(\pi : U \to \mathbf{A}^d_k\) est ouvert, voir Morphismes, lemme 03WT. D’après le lemme 055T, nous pouvons choisir un point fermé \(w \in \pi(U)\) dont le corps résiduel est fini et séparable sur \(k\). Choisissons un \(x \in U\) avec \(\pi(x) = w\). D’après Morphismes, lemme 02GL, l’extension de corps \(\kappa(x)/\kappa(w)\) est finie et séparable. Par conséquent, \(\kappa(x)/k\) est finie et séparable. Le point \(x\) est un point fermé de \(X\) d’après Morphismes, lemme 01TE.
Lemme
Soit \(X\) un schéma réduit localement de type fini sur un corps \(k\). Alors \(X\) est géométriquement réduit sur \(k\) si et seulement si \(X\) contient un ouvert dense qui est lisse sur \(k\).
Démonstration
La question étant locale sur \(X\), on peut supposer que \(X\) est quasi-compact. Soit \(X = X_1 \cup \ldots \cup X_n\) la réunion des composantes irréductibles de \(X\). Supposons d’abord que \(X\) contient un ouvert dense qui est lisse sur \(k\). Alors \(X\) est géométriquement réduit au point générique de chaque \(X_i\) (par exemple d’après le lemme 056T). D’après le lemme 04KS, il s’ensuit que \(X\) est géométriquement réduit.
Réciproquement, supposons que \(X\) soit géométriquement réduit. Comme \(Z = \bigcup_{i \not = j} X_i \cap X_j\) est nulle part dense dans \(X\), nous pouvons remplacer \(X\) par \(X \setminus Z\). Comme \(X \setminus Z\) est une réunion disjointe de schémas irréductibles, cela nous ramène au cas où \(X\) est irréductible. Comme \(X\) est irréductible et réduit, il est intègre, voir Propriétés, lemme 01ON. Soit \(\eta \in X\) son point générique. Alors le corps des fonctions \(K = k(X) = \kappa(\eta) = \mathcal{O}_{X, \eta}\) est géométriquement réduit sur \(k\), donc séparable sur \(k\), voir Algèbre, lemme 030W. Soit \(U = \Spec(A) \subset X\) un ouvert affine non vide quelconque, de sorte que \(K = A_{(0)}\) soit le corps des fractions de \(A\). Appliquons Algèbre, lemme 00TV pour en déduire que \(A\) est lisse en \((0)\) sur \(k\). Par définition, cela signifie qu’une certaine localisation principale de \(A\) est lisse sur \(k\), ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \(k\) un corps parfait. Soit \(X\) un \(k\)-schéma réduit localement algébrique, par exemple une variété sur \(k\). Alors nous avons \[\{x \in X \mid X \to \Spec(k)\text{ is smooth at }x\} = \{x \in X \mid \mathcal{O}_{X, x}\text{ is regular}\}\] et c’est un ouvert dense de \(X\).
Démonstration
L’égalité des deux ensembles résulte immédiatement d’Algèbre, lemme 00TV et des définitions (voir Algèbre, définition 030Y pour la définition d’un corps parfait). L’ensemble est ouvert car l’ensemble des points où un morphisme de schémas est lisse est ouvert, voir Morphismes, définition 01V5. Enfin, nous donnons deux arguments pour voir qu’il est dense : (1) Les points génériques de \(X\) sont dans l’ensemble car les anneaux locaux aux points génériques sont des corps (Algèbre, lemme 00EU), donc réguliers. (2) Nous utilisons que \(X\) est géométriquement réduit d’après le lemme 020I et donc le lemme 056V s’applique.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(k\). Soit \(x \in X\) un point et posons \(y = f(x)\). Si \(X \to \Spec(k)\) est lisse en \(x\) et que \(f\) est plat en \(x\) alors \(Y \to \Spec(k)\) est lisse en \(y\). En particulier, si \(X\) est lisse sur \(k\) et que \(f\) est plat et surjectif, alors \(Y\) est lisse sur \(k\).
Démonstration
Il suffit de montrer que \(Y\) est géométriquement régulier en \(y\), voir le lemme 038X. Cela découle du lemme 05AW (et du lemme 038X appliqué à \((X, x)\)).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) une variété sur \(k\) possédant un point \(k\)-rationnel \(x\) tel que \(X\) soit lisse en \(x\). Alors \(X\) est géométriquement intègre sur \(k\).
Démonstration
Soit \(U \subset X\) le lieu lisse de \(X\). Par hypothèse, \(U\) n’est pas vide et est donc dense et schématiquement dense. Alors \(U_{\overline{k}} \subset X_{\overline{k}}\) est également dense et schématiquement dense (certains détails omis). Par conséquent, il suffit de montrer que \(U\) est géométriquement intègre. Comme \(U\) possède un point \(k\)-rationnel, il est géométriquement connexe d’après le lemme 04KV. D’autre part, \(U_{\overline{k}}\) est réduit et normal (lemme 056T). Puisqu’un schéma noethérien connexe et normal est intègre (Propriétés, lemme 033M), la démonstration est complète.
Lemme
Soit \(X\) un schéma de type fini sur un corps \(k\). Il existe une extension finie purement inséparable \(k'/k\), un entier \(t \geq 0\), et des sous-schémas fermés \[X_{k'} \supset Z_0 \supset Z_1 \supset \ldots \supset Z_t = \emptyset\] de sorte que \(Z_0 = (X_{k'})_{red}\) et \(Z_i \setminus Z_{i + 1}\) soient lisses sur \(k'\) pour tout \(i\).
Démonstration
Procédons par récurrence sur \(\dim(X)\). D’après le lemme 04KT, nous pouvons trouver une extension finie purement inséparable \(k'/k\) telle que \((X_{k'})_{red}\) soit géométriquement réduit sur \(k'\). D’après le lemme 056V, il existe un sous-schéma fermé nulle part dense \(X' \subset (X_{k'})_{red}\) tel que \((X_{k'})_{red} \setminus X'\) soit lisse sur \(k'\). Ensuite \(\dim(X') < \dim(X)\). Par hypothèse d’induction, il existe une extension finie purement inséparable \(k''/k'\), un entier \(t' \geq 0\), et des sous-schémas fermés \[X'_{k''} \supset Y_0 \supset Y_1 \supset \ldots \supset Y_{t'} = \emptyset\] tels que \(Y_0 = (X'_{k''})_{red}\) et \(Y_i \setminus Y_{i + 1}\) soit lisse sur \(k''\) pour tout \(i\). Posons alors \(t = t' + 1\) et nous considérons \[X_{k''} \supset Z_0 \supset Z_1 \supset \ldots \supset Z_t = \emptyset\] où \(Z_0 = (X_{k''})_{red}\) et \(Z_i = Y_{i - 1}\) pour \(i > 0\); cela a du sens car \(X'_{k''}\) est un sous-schéma fermé de \(X_{k''}\). Nous omettons de vérifier toutes les propriétés énoncées.
Types de variétés
Cette courte section traite de quelques propriétés globales élémentaires des variétés.
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) une variété sur \(k\).
On dit que \(X\) est une variété affine si \(X\) est un schéma affine. Cela équivaut à exiger que \(X\) soit isomorphe à un sous-schéma fermé de \(\mathbf{A}^n_k\) pour un certain \(n\).
On dit que \(X\) est une variété projective si le morphisme de structure \(X \to \Spec(k)\) est projectif. D’après Morphismes, lemme 01WB, cela est vrai si et seulement si \(X\) est isomorphe à un sous-schéma fermé de \(\mathbf{P}^n_k\) pour un certain \(n\).
On dit que \(X\) est une variété quasi-projective si le morphisme de structure \(X \to \Spec(k)\) est quasi-projectif. D’après Morphismes, lemme 01VZ, cela est vrai si et seulement si \(X\) est isomorphe à un sous-schéma localement fermé de \(\mathbf{P}^n_k\) pour un certain \(n\).
Une variété propre est une variété telle que le morphisme \(X \to \Spec(k)\) est propre.
Une variété lisse est une variété telle que le morphisme \(X \to \Spec(k)\) est lisse.
Notons qu’une variété projective est une variété propre, voir Morphismes, lemme 01WC. De plus, une variété affine est quasi-projective car \(\mathbf{A}^n_k\) est isomorphe à un sous-schéma ouvert de \(\mathbf{P}^n_k\), voir Constructions, lemme 01NG.
Lemme
Soit \(X\) une variété propre sur \(k\). Alors
\(K = H^0(X, \mathcal{O}_X)\) est un corps qui est une extension finie du corps \(k\),
si \(X\) est géométriquement réduit, alors \(K/k\) est séparable,
si \(X\) est géométriquement irréductible, alors \(K/k\) est purement inséparable,
si \(X\) est géométriquement intègre, alors \(K = k\).
Démonstration
Ceci est un cas particulier du lemme 0BUG.
Normalisation
Quelques questions relatives à la normalisation.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma localement algébrique sur \(k\). Soit \(\nu : X^\nu \to X\) le morphisme de normalisation, voir Morphismes, définition 035N. Alors
\(\nu\) est fini, dominant, et \(X^\nu\) est une réunion disjointe de schémas irréductibles normaux localement algébriques sur \(k\),
\(\nu\) se factorise en \(X^\nu \to X_{red} \to X\) et le premier morphisme est le morphisme de normalisation de \(X_{red}\),
si \(X\) est un schéma algébrique réduit, alors \(\nu\) est birationnel,
si \(X\) est une variété, alors \(X^\nu\) est une variété et \(\nu\) est un morphisme birationnel fini de variétés.
Démonstration
Puisque \(X\) est localement de type fini sur un corps, on voit que \(X\) est localement noethérien (Morphismes, lemme 01T6), donc chaque ouvert quasi-compact a un nombre fini de composantes irréductibles (Propriétés, lemme 0BA8). Ainsi, Morphismes, définition 035N, s’applique. La normalisation \(X^\nu\) est toujours une réunion disjointe de schémas intègres normaux et le morphisme de normalisation \(\nu\) est toujours dominant, voir Morphismes, lemme 035Q. Comme \(X\) est universellement Nagata (Morphismes, lemme 035B), on voit que \(\nu\) est fini (Morphismes, lemme 035S). Ainsi \(X^\nu\) est également localement algébrique. À ce stade, nous avons prouvé (1).
La partie (2) est donnée par Morphismes, lemme 035O.
La partie (3) est donnée par Morphismes, lemme 0BXC.
La partie (4) découle de (1), (2), (3), et du fait que \(X^\nu\) est séparé en tant que schéma fini sur un schéma séparé.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Soit \(\nu : X^\nu \to X\) le morphisme de normalisation, voir Morphismes, définition 035N. Alors \(X^\nu\) est propre sur \(k\). Si \(X\) est projectif sur \(k\), alors \(X^\nu\) est projectif sur \(k\).
Démonstration
D’après le lemme 0BXR le morphisme \(\nu\) est fini. Par conséquent, \(X^\nu\) est propre sur \(k\) d’après Morphismes, lemmes 01WN et 01W3. Le morphisme \(\nu\) est projectif d’après Morphismes, lemme 0B3I et donc si \(X\) est projectif sur \(k\), alors \(X^\nu\) est projectif sur \(k\) d’après Morphismes, le lemme 0C4P.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(f : Y \to X\) un morphisme quasi-compact de schémas localement algébriques sur \(k\). Soit \(X'\) la normalisation de \(X\) dans \(Y\). Si \(Y\) est réduit, alors \(X' \to X\) est fini.
Démonstration
Puisque \(Y\) est quasi-séparé (par Propriétés, lemme 01OY et Morphismes, lemme 01T6), le morphisme \(f\) est quasi-séparé (Schémas, lemme 01KV). Ainsi, Morphismes, définition 035H s’applique. Le résultat découle de Morphismes, lemme 0AVK. Cela utilise que les schémas localement algébriques sont localement noethériens (et ont donc localement un nombre fini de composantes irréductibles) et que les schémas localement algébriques sont de Nagata (Morphismes, lemme 035B). Quelques petits détails sont omis.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un \(k\)-schéma algébrique. Alors il existe une extension finie purement inséparable \(k'/k\) telle que la normalisation \(Y\) de \(X_{k'}\) soit géométriquement normale sur \(k'\).
Démonstration
Soit \(K = k^{perf}\) la clôture parfaite. Soit \(Y_K\) la normalisation de \(X_K\), voir le lemme 0BXR. D’après Limites, lemme 01ZM, il existe une sous-extension finie \(K/k'/k\) et un morphisme \(\nu : Y \to X_{k'}\) de présentation finie dont le changement de base vers \(K\) est le morphisme de normalisation \(\nu_K : Y_K \to X_K\). On observe que \(Y\) est géométriquement normal sur \(k'\) (lemme 038O). Après avoir augmenté \(k'\), on peut supposer que \(Y \to X_{k'}\) est fini (Limites, lemme 01ZO). Comme \(\nu_K : Y_K \to X_K\) est le morphisme de normalisation, il induit un morphisme birationnel \(Y_K \to (X_K)_{red}\). Par conséquent, il existe un ouvert dense \(V_K \subset X_K\) tel que \(\nu_K^{-1}(V_K) \to V_K\) soit une immersion fermée (induisant un isomorphisme de \(\nu_K^{-1}(V_K)\) avec \(V_{K, red}\), voir par exemple Morphismes, lemme 0BAJ). Après avoir augmenté \(k'\), nous trouvons que \(V_K\) est le changement de base d’un ouvert dense \(V \subset Y\) et que le morphisme \(\nu^{-1}(V) \to V\) est une immersion fermée (Limites, lemmes 01Z4 et 01ZP). Il s’ensuit facilement de cela que \(\nu\) est le morphisme de normalisation et la preuve est complète.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un \(k\)-schéma localement algébrique. Soit \(K/k\) une extension de corps. Soit \(\nu : X^\nu \to X\) la normalisation de \(X\), et soit \(Y^\nu \to X_K\) la normalisation du changement de base. Alors le morphisme canonique \[Y^\nu \longrightarrow X^\nu \times_{\Spec(k)} \Spec(K)\] est un isomorphisme si \(K/k\) est séparable et un homéomorphisme universel en général.
Démonstration
Posons \(Y = X_K\). Soient \(X^{(0)}\), resp. \(Y^{(0)}\), les ensembles des points génériques des composantes irréductibles de \(X\), resp. \(Y\). Alors le morphisme de projection \(\pi : Y \to X\) satisfait \(\pi(Y^{(0)}) = X^{(0)}\). Cela est vrai car \(\pi\) est surjectif, ouvert et générisant, voir Morphismes, lemme 0383 et 040F. Si nous considérons \(X^{(0)}\), resp. \(Y^{(0)}\) comme des schémas (réduits), alors \(X^\nu\), resp. \(Y^\nu\) est la normalisation de \(X\), resp. \(Y\) dans \(X^{(0)}\), resp. \(Y^{(0})\). Ainsi, Morphismes, lemme 035J donne un morphisme canonique \(Y^\nu \to X^\nu\) sur \(Y \to X\) qui à son tour donne le morphisme canonique du lemme par la propriété universelle du produit fibré.
Pour montrer que ce morphisme possède les propriétés énoncées dans le lemme, on peut supposer que \(X = \Spec(A)\) est affine. Soit \(Q(A_{red})\) l’anneau total des fractions de \(A_{red}\). Alors \(X^\nu\) est le spectre de la clôture intégrale \(A'\) de \(A\) dans \(Q(A_{red})\), voir Morphismes, lemmes 035O et 035P. De même, \(Y^\nu\) est le spectre de la clôture intégrale \(B'\) de \(A \otimes_k K\) dans \(Q((A \otimes_k K)_{red})\). Il existe un homomorphisme canonique \(Q(A_{red}) \to Q((A \otimes_k K)_{red})\), un homomorphisme canonique \(A' \to B'\), et le morphisme du lemme correspond à l’homomorphisme induit. \[A' \otimes_k K \longrightarrow B'\] de \(K\)-algèbres. Le noyau est constitué d’éléments nilpotents car le noyau de \(Q(A_{red}) \otimes_k K \to Q((A \otimes_k K)_{red})\) est l’ensemble des éléments nilpotents.
Si \(K/k\) est séparable, alors \(A' \otimes_k K\) est normal d’après le lemme 0C3M. En particulier, il est réduit, donc \(Q((A \otimes_k K)_{red}) = Q(A' \otimes_k K)\) et \(B' = A' \otimes_k K\) d’après Algèbre, lemme 030C.
Supposons que \(K/k\) ne soit pas séparable. Alors la caractéristique de \(k\) est \(p > 0\). Nous allons montrer que pour chaque \(b \in B'\) il existe une puissance \(q\) de \(p\) telle que \(b^q\) appartienne à l’image de \(A' \otimes_k K\). Cela montrera que l’application affichée est un homéomorphisme universel d’après le lemme d’Algèbre 0BRA. Pour \(b\) fixé, il existe un sous-corps \(F \subset K\) avec \(F/k\) de type fini tel que \(b\) soit contenu dans \(Q((A \otimes_k F)_{red})\) et soit entier sur \(A \otimes_k F\). Choisissons un polynôme unitaire \(P = T^d + \alpha_1 T^{d - 1} + \ldots + \alpha _d\) avec \(P(b) = 0\) et \(\alpha_i \in A \otimes_k F\). Choisissons une base de transcendance \(t_1, \ldots, t_r\) de \(F\) sur \(k\). Soit \(F/F'/k(t_1, \ldots, t_r)\) la sous-extension séparable maximale (Corps, lemme 030K). Comme \(F/F'\) est finie purement inséparable, il existe un \(q\) tel que \(\lambda^q \in F'\) pour tout \(\lambda \in F\). Alors \(b^q\) est dans \(Q((A \otimes_k F')_{red})\) et satisfait le polynôme \(T^d + \alpha_1^q T^{d - 1} + \ldots + \alpha _d^q\) avec \(\alpha_i^q \in A \otimes_k F'\). Par le cas séparable, nous voyons que \(b^q \in A' \otimes_k F'\) et la démonstration est complète.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un \(k\)-schéma localement algébrique. Soit \(\nu : X^\nu \to X\) la normalisation de \(X\). Soit \(x \in X\) un point tel que (a) \(\mathcal{O}_{X, x}\) soit réduit, (b) \(\dim(\mathcal{O}_{X, x}) = 1\), et (c) pour tout \(x' \in X^\nu\) avec \(\nu(x') = x\) l’extension \(\kappa(x')/k\) soit séparable. Alors \(X\) est géométriquement réduit en \(x\) et \(X^\nu\) est géométriquement régulier en \(x'\) avec \(\nu(x') = x\).
Démonstration
Nous utiliserons les résultats du lemme 0BXR sans autre mention. Soit \(x' \in X^\nu\) un point au-dessus de \(x\). Par la théorie de la dimension (section 06LF), nous avons \(\dim(\mathcal{O}_{X^\nu, x'}) = 1\). Puisque \(X^\nu\) est normal, on voit que \(\mathcal{O}_{X^\nu, x'}\) est un anneau de valuation discrète (Propriétés, lemme 0345). Ainsi, \(\mathcal{O}_{X^\nu, x'}\) est une \(k\)-algèbre locale régulière dont le corps résiduel est séparable sur \(k\). Par conséquent, \(k \to \mathcal{O}_{X^\nu, x'}\) est formellement lisse dans la topologie \(\mathfrak m_{x'}\)-adique, voir Compléments d’algèbre, lemme 07EJ. Alors \(\mathcal{O}_{X^\nu, x'}\) est géométriquement régulier sur \(k\) par Compléments d’algèbre, théorème 07EL. Ainsi \(X^\nu\) est géométriquement régulier en \(x'\) d’après le lemme 038U.
Puisque \(\mathcal{O}_{X, x}\) est réduit, la famille d’homomorphismes \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{X^\nu, x'}\) est injective. Puisque \(\mathcal{O}_{X^\nu, x'}\) est une \(k\)-algèbre géométriquement réduite, il s’ensuit immédiatement que \(\mathcal{O}_{X, x}\) est une \(k\)-algèbre géométriquement réduite. Par conséquent, \(X\) est géométriquement réduit en \(x\) d’après le lemme 035W.
Groupes de fonctions inversibles
Il arrive souvent (mais pas toujours) que \(\mathcal{O}^*(X)/k^*\) soit un groupe abélien de type fini si \(X\) est une variété sur \(k\). Nous le montrons par une série de lemmes. Tout repose sur le cas spécial suivant.
Lemme
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soit \(\overline{X}\) une variété propre sur \(k\). Soit \(X \subset \overline{X}\) un sous-schéma ouvert. Supposons que \(X\) soit normal. Alors \(\mathcal{O}^*(X)/k^*\) est un groupe abélien de type fini.
Démonstration
Puisque l’énoncé ne concerne que \(X\), nous pouvons remplacer \(\overline{X}\) par une autre variété propre sur \(k\). Soit \(\nu : \overline{X}^\nu \to \overline{X}\) le morphisme de normalisation. D’après le lemme 0BXR, on sait que \(\nu\) est fini et que \(\overline{X}^\nu\) est une variété. Comme \(X\) est normale, on voit que \(\nu^{-1}(X) \to X\) est un isomorphisme (petit détail omis). Enfin, on voit que \(\overline{X}^\nu\) est propre sur \(k\), car un morphisme fini est propre (Morphismes, lemme 01WN) et les compositions de morphismes propres sont propres (Morphismes, lemme 01W3). Ainsi, nous pouvons et faisons l’hypothèse que \(\overline{X}\) est normal.
Nous utiliserons sans plus le rappeler que, pour tout ouvert affine \(U\) de \(\overline{X}\), l’anneau \(\mathcal{O}(U)\) est une \(k\)-algèbre de type fini, qui est noethérienne, intègre et normale, voir Algèbre, lemme 00FN, Propriétés, définition 01OK, Propriétés, lemmes 01OW et 033J, Morphismes, lemme 01T2.
Soient \(\xi_1, \ldots, \xi_r\) les points génériques du complément de \(X\) dans \(\overline{X}\). Ils sont en nombre fini puisque \(\overline{X}\) possède un espace topologique sous-jacent noethérien (voir Morphismes, lemme 01T6, Propriétés, lemme 01OZ, et Topologie, lemme 0052). Pour chaque \(i\), l’anneau local \(\mathcal{O}_i = \mathcal{O}_{X, \xi_i}\) est un anneau intègre local normal noethérien (comme une localisation d’un anneau intègre normal noethérien). Soit \(J \subset \{1, \ldots, r\}\) l’ensemble des indices \(i\) tels que \(\dim(\mathcal{O}_i) = 1\). Pour \(j \in J\), l’anneau local \(\mathcal{O}_j\) est un anneau de valuation discrète, voir Algèbre, lemme 00PD. Par conséquent, nous obtenons une valuation. \[v_j : k(\overline{X})^* \longrightarrow \mathbf{Z}\] avec la propriété que \(v_j(f) \geq 0 \Leftrightarrow f \in \mathcal{O}_j\).
Identifions \(\mathcal{O}(X)\) à une sous-\(k\)-algèbre de \(k(X) = k(\overline{X})\). Nous affirmons que le noyau de l’application \[\mathcal{O}(X)^* \longrightarrow \prod\nolimits_{j \in J} \mathbf{Z}, \quad f \longmapsto \prod v_j(f)\] est \(k^*\). Il est clair que cette affirmation prouve le lemme. En effet, soit \(f \in \mathcal{O}(X)\) un élément du noyau. Soit \(U = \Spec(B) \subset \overline{X}\) un ouvert affine quelconque. Alors \(B\) est un anneau intègre normal noethérien. Pour chaque idéal premier de hauteur un \(\mathfrak q \subset B\) avec le point correspondant \(\xi \in X\), on a ou bien \(\xi = \xi_j\) pour un certain \(j \in J\), ou bien \(\xi \in X\). En effet, \(\text{codim}(\overline{\{\xi\}}, \overline{X}) = 1\) d’après Propriétés, lemme 02IZ, et donc si \(\xi \in \overline{X} \setminus X\), cela doit être un point générique de \(\overline{X} \setminus X\), donc égal à un certain \(\xi_j\), \(j \in J\). Nous concluons que \(f \in \mathcal{O}_{X, \xi} = B_{\mathfrak q}\) dans les deux cas puisque \(f\) est dans le noyau de l’application. Ainsi \(f \in \bigcap_{\text{ht}(\mathfrak q) = 1} B_{\mathfrak q} = B\), voir Algèbre, lemme 031T. En d’autres termes, on voit que \(f \in \Gamma(\overline{X}, \mathcal{O}_{\overline{X}})\). Mais puisque \(k\) est algébriquement clos, nous concluons que \(f \in k\) d’après le lemme 04L2.
Nous généralisons maintenant le cas précédent par quelques arguments élémentaires, en supposant toujours le corps algébriquement clos.
Lemme
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soit \(X\) un schéma intègre localement de type fini sur \(k\). Alors \(\mathcal{O}^*(X)/k^*\) est un groupe abélien de type fini.
Démonstration
Comme \(X\) est intègre, l’homomorphisme de restriction \(\mathcal{O}(X) \to \mathcal{O}(U)\) est injectif pour tout sous-schéma ouvert non vide \(U \subset X\). Par conséquent, on peut supposer que \(X\) est affine. Choisissons une immersion fermée \(X \to \mathbf{A}^n_k\) et notons \(\overline{X}\) l’adhérence de \(X\) dans \(\mathbf{P}^n_k\) via l’immersion usuelle \(\mathbf{A}^n_k \to \mathbf{P}^n_k\). Ainsi, on peut supposer que \(X\) est un ouvert affine d’une variété projective \(\overline{X}\).
Soit \(\nu : \overline{X}^\nu \to \overline{X}\) le morphisme de normalisation, voir Morphismes, définition 035N. Nous savons que \(\nu\) est fini, dominant, et que \(\overline{X}^\nu\) est un schéma irréductible normal, voir Morphismes, lemmes 035Q, 035R, et 035B. Il s’ensuit que \(\overline{X}^\nu\) est une variété propre, parce que \(\overline{X} \to \Spec(k)\) est propre comme composition d’un morphisme fini et d’un morphisme propre (voir les résultats dans Morphismes, sections 01W0 et 01WG). Il s’ensuit également que \(\nu\) est un morphisme surjectif, parce que l’image de \(\nu\) est fermée et contient le point générique de \(\overline{X}\). Ainsi, en posant \(X^\nu = \nu^{-1}(X)\), nous voyons qu’il suffit de prouver le résultat pour \(X^\nu\). En d’autres termes, on peut supposer que \(X\) est un ouvert non vide d’une variété propre normale \(\overline{X}\). Ce cas est traité par le lemme 04L4.
Le lemme précédent implique la légère généralisation suivante.
Lemme
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soit \(X\) un schéma réduit connexe localement de type fini sur \(k\) avec un nombre fini de composantes irréductibles. Alors \(\mathcal{O}^*(X)/k^*\) est un groupe abélien de type fini.
Démonstration
Écrivons \(X = \bigcup X_i\) pour la décomposition en composantes irréductibles. Par le lemme 04L5, nous voyons que \(\mathcal{O}(X_i)^*/k^*\) est un groupe abélien de type fini. Soit \(f \in \mathcal{O}(X)^*\) dans le noyau de l’application \[\mathcal{O}(X)^* \longrightarrow \prod \mathcal{O}(X_i)^*/k^*.\] Alors pour chaque \(i\) il existe un élément \(\lambda_i \in k\) tel que \(f|_{X_i} = \lambda_i\). En se restreignant à \(X_i \cap X_j\), nous concluons que \(\lambda_i = \lambda_j\) si \(X_i \cap X_j \not = \emptyset\). Puisque \(X\) est connexe, nous concluons que tous les \(\lambda_i\) sont égaux et donc que \(f \in k^*\). Cela prouve que \[\mathcal{O}(X)^*/k^* \subset \prod \mathcal{O}(X_i)^*/k^*\] et le lemme en découle, car le membre de droite est un produit d’un nombre fini de groupes abéliens de type fini.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma sur \(k\), connexe et réduit. Alors la clôture intégrale de \(k\) dans \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) est un corps.
Démonstration
Soit \(k' \subset \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) la clôture intégrale de \(k\). Alors \(X \to \Spec(k)\) se factorise à travers \(\Spec(k')\), voir Schémas, lemme 01I1. Comme \(X\) est réduit, on voit que \(k'\) n’a pas d’éléments nilpotents non nuls. Comme \(k \to k'\) est intègre, on voit que tout idéal premier de \(k'\) est à la fois un idéal maximal et un premier minimal, et \(\Spec(k')\) est totalement discontinu, voir Algèbre, lemmes 00GT et 04MG. Comme \(X\) est connexe, le morphisme \(X \to \Spec(k')\) est constant, d’image le point correspondant à \(\mathfrak p \subset k'\). Alors tout \(f \in k'\), \(f \not \in \mathfrak p\) s’envoie sur un élément inversible de \(\mathcal{O}_X\). Par définition de \(k'\), il s’ensuit que \(f\) est une unité de \(k'\). Ainsi, on voit que \(k'\) est local avec idéal maximal \(\mathfrak p\), voir Algèbre, lemme 00E9. Puisque nous avons déjà vu que \(k'\) est réduit, cela implique que \(k'\) est un corps, voir Algèbre, lemme 00EU.
Proposition
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma sur \(k\). Supposons que \(X\) soit localement de type fini sur \(k\), connexe et réduit, et possède un nombre fini de composantes irréductibles. Alors \(\mathcal{O}(X)^*/k^*\) est un groupe abélien de type fini si, en plus des conditions ci-dessus, au moins l’une des conditions suivantes est satisfaite :
la clôture intégrale de \(k\) dans \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) est \(k\),
\(X\) a un point \(k\)-rationnel, ou
\(X\) est géométriquement intègre.
Démonstration
Soit \(\overline{k}\) une clôture algébrique de \(k\). Soit \(Y\) une composante connexe de \((X_{\overline{k}})_{red}\). Notons que le morphisme canonique \(p : Y \to X\) est ouvert (d’après Morphismes, lemme 0383) et fermé (d’après Morphismes, lemme 01WM). Ainsi, \(p(Y) = X\), puisque \(X\) est connexe. En particulier, comme \(X\) est réduit, cela implique \(\mathcal{O}(X) \subset \mathcal{O}(Y)\). D’après le lemme 04KZ, nous voyons que \(Y\) possède un nombre fini de composantes irréductibles (le corps \(\overline{k}\) dans le lemme est la clôture algébrique séparable, mais cela n’a pas d’importance car les deux changements de base \(X_{\overline{k}}\) ont les mêmes composantes irréductibles d’après le lemme 038H). Ainsi, le lemme 04L6 s’applique à \(Y\). Cela implique que si \(\mathcal{O}(X)^*/k^*\) n’est pas un groupe abélien de type fini, alors il existe un élément \(f \in \mathcal{O}(X)\), \(f \not \in k\), qui s’envoie sur un élément de \(\overline{k}\) via l’application \(\mathcal{O}(X) \to \mathcal{O}(Y)\). Dans ce cas, \(f\) est algébrique sur \(k\), donc intégral sur \(k\). Ainsi, si la condition (1) est vérifiée, cela ne peut pas se produire. Pour terminer la démonstration, nous montrons que les conditions (2) et (3) impliquent (1).
Soit \(k \subset k' \subset \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) la clôture intégrale de \(k\) dans \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X)\). D’après le lemme 04MI, on voit que \(k'\) est un corps. Si \(e : \Spec(k) \to X\) est un point \(k\)-rationnel, alors \(e^\sharp : \Gamma(X, \mathcal{O}_X) \to k\) est une section de l’application d’inclusion \(k \to \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\). En particulier, la restriction de \(e^\sharp\) à \(k'\) est un homomorphisme de corps \(k' \to k\) sur \(k\), ce qui montre clairement que (2) implique (1).
Si la clôture intégrale \(k'\) de \(k\) dans \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) n’est pas triviale, alors on voit que \(X\) n’est pas géométriquement connexe (si \(k'/k\) n’est pas purement inséparable), ou bien que \(X\) n’est pas géométriquement réduit (si \(k'/k\) est purement inséparable non triviale). Nous omettons les détails. Par conséquent, (3) implique (1).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) une variété sur \(k\). Le groupe \(\mathcal{O}(X)^*/k^*\) est un groupe abélien de type fini à condition qu’au moins une des conditions suivantes soit remplie :
\(k\) est intégralement clos dans \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X)\),
\(k\) est algébriquement clos dans \(k(X)\),
\(X\) est géométriquement intègre sur \(k\), ou
\(k\) est l’intersection “ ” des extensions de corps \(\kappa(x)/k\) où \(x\) parcourt les points fermés de \(x\).
Démonstration
On voit que (1) suffit d’après la proposition 04L7. Nous omettons la vérification que chacun de (2), (3), (4) implique (1).
Formule de Künneth, I
Dans cette section, nous démontrons la formule de Künneth lorsque la base est un corps et que nous considérons la cohomologie des modules quasi-cohérents. Pour une version plus générale, voir Catégories dérivées de schémas, section 0FLN.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soient \(X\) et \(Y\) des schémas sur \(k\), et soient \(\mathcal{F}\), resp. \(\mathcal{G}\), un module quasi-cohérent sur \(\mathcal{O}_X\), resp. sur \(\mathcal{O}_Y\). Alors nous avons un isomorphisme canonique \[H^n(X \times_{\Spec(k)} Y, \text{pr}_1^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_{X \times_{\Spec(k)} Y}} \text{pr}_2^*\mathcal{G}) = \bigoplus\nolimits_{p + q = n} H^p(X, \mathcal{F}) \otimes_k H^q(Y, \mathcal{G})\] si \(X\) et \(Y\) sont quasi-compacts et ont une diagonale affine3 (par exemple si \(X\) et \(Y\) sont séparés).
Démonstration
Dans cette démonstration, les produits non décorés et les produits tensoriels sont pris sur \(k\). Pour construire les applications \[H^p(X, \mathcal{F}) \otimes H^q(Y, \mathcal{G}) \longrightarrow H^n(X \times Y, \text{pr}_1^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_{X \times Y}} \text{pr}_2^*\mathcal{G})\] on utilise la fonctorialité de la cohomologie pour obtenir les homomorphismes \(H^p(X, \mathcal{F}) \to H^p(X \times Y, \text{pr}_1^*\mathcal{F})\) et \(H^p(Y, \mathcal{G}) \to H^p(X \times Y, \text{pr}_2^*\mathcal{G})\), puis le cup-produit \[\cup : H^p(X \times Y, \text{pr}_1^*\mathcal{F}) \otimes H^q(X \times Y, \text{pr}_2^*\mathcal{G}) \longrightarrow H^n(X \times Y, \text{pr}_1^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_{X \times Y}} \text{pr}_2^*\mathcal{G})\] Le résultat est vrai lorsque \(X\) et \(Y\) sont affines en raison de la nullité des groupes de cohomologie supérieure sur les affines (Cohomologie des Schémas, lemme 01XB) et des définitions (des images réciproques de modules quasi-cohérents et des produits tensoriels de modules quasi-cohérents).
Choisissons des recouvrements affines ouverts finis \(\mathcal{U} : X = \bigcup_{i \in I} U_i\) et \(\mathcal{V} : Y = \bigcup_{j \in J} V_j\). Cela détermine un recouvrement affine ouvert \(\mathcal{W} : X \times Y = \bigcup_{(i, j) \in I \times J} U_i \times V_j\). Notons que \(\mathcal{W}\) est un raffinement de \(\text{pr}_1^{-1}\mathcal{U}\) et de \(\text{pr}_2^{-1}\mathcal{V}\). Ainsi, d’après Cohomologie, lemme 01FD, on obtient des homomorphismes \[\check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{F}) \to \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{W}, \text{pr}_1^*\mathcal{F}) \quad\text{et}\quad \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{V}, \mathcal{G}) \to \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{W}, \text{pr}_2^*\mathcal{G})\] compatibles avec les homomorphismes d’image réciproque en cohomologie. Dans Cohomologie, équation ( 07MB) nous avons construit une application de complexes \[\text{Tot}( \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{W}, \text{pr}_1^*\mathcal{F}) \otimes \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{W}, \text{pr}_2^*\mathcal{G})) \longrightarrow \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{W}, \text{pr}_1^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_{X \times Y}} \text{pr}_2^*\mathcal{G})\] qui définit le cup-produit en cohomologie. En combinant ce qui précède, nous obtenons une application de complexes [0BEE]\[\begin{equation} \text{Tot}( \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{F}) \otimes \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{V}, \mathcal{G})) \longrightarrow \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{W}, \text{pr}_1^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_{X \times Y}} \text{pr}_2^*\mathcal{G}) \end{equation}\] Cette application n’est pas un isomorphisme de complexes. Rappelons que nous pouvons calculer les cohomologies de nos faisceaux quasi-cohérents en utilisant nos recouvrements (Cohomologie des Schémas, lemmes 0BDX et 01XD). Ainsi, en cohomologie, (0BEE) reproduit l’application du lemme.
Considérons une suite exacte courte \(0 \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}' \to \mathcal{F}'' \to 0\) de modules quasi-cohérents. Puisque la construction de ( 0BEE ) est fonctorielle en \(\mathcal{F}\) et puisque la formation des complexes de Čech concernés est exacte dans la variable \(\mathcal{F}\) (car nous prenons des sections sur des ouverts affines), on obtient un morphisme entre deux suites exactes courtes de complexes. \[\xymatrix{ \text{Tot}( \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{F}) \otimes \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{V}, \mathcal{G})) \ar[r] \ar[d] & \text{Tot}( \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{F}') \otimes \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{V}, \mathcal{G})) \ar[r] \ar[d] & \text{Tot}( \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{F}'') \otimes \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{V}, \mathcal{G})) \ar[d] \\ \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{W}, \text{pr}_1^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_{X \times Y}} \text{pr}_2^*\mathcal{G}) \ar[r] & \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{W}, \text{pr}_1^*\mathcal{F}' \otimes_{\mathcal{O}_{X \times Y}} \text{pr}_2^*\mathcal{G}) \ar[r] & \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{W}, \text{pr}_1^*\mathcal{F}'' \otimes_{\mathcal{O}_{X \times Y}} \text{pr}_2^*\mathcal{G}) }\] (les zéros extérieurs ont été omis). En considérant les suites exactes longues de cohomologie, on constate que, si le résultat du lemme vaut pour \(2\) des \(3\) faisceaux \(\mathcal{F}, \mathcal{F}', \mathcal{F}''\), alors il vaut aussi pour le troisième.
Notons que \(X\) est de dimension cohomologique finie pour les modules quasi-cohérents, voir Cohomologie des Schémas, lemme 01XI. En utilisant l’induction sur \(d(\mathcal{F}) = \max \{d \mid H^d(X, \mathcal{F}) \not = 0\}\), nous allons réduire au cas \(d(\mathcal{F}) = 0\). Supposons \(d(\mathcal{F}) > 0\). D’après Cohomologie des Schémas, lemme 0BDY, nous avons vu qu’il existe un plongement \(\mathcal{F} \to \mathcal{F}'\) tel que \(H^p(X, \mathcal{F}') = 0\) pour tout \(p \geq 1\). En posant \(\mathcal{F}'' = \Coker(\mathcal{F} \to \mathcal{F}')\), on voit que \(d(\mathcal{F}'') < d(\mathcal{F})\). Ensuite, nous pouvons appliquer le résultat du paragraphe précédent pour voir qu’il suffit de prouver le lemme pour \(\mathcal{F}'\) et \(\mathcal{F}''\), ce qui établit l’étape d’induction.
En raisonnant de même pour \(\mathcal{G}\), on constate qu’on peut supposer que \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) n’ont une cohomologie non nulle qu’au degré \(0\). Soit \(V \subset Y\) un ouvert affine. Considérons le recouvrement affine ouvert \(\mathcal{U}_V : X \times V = \bigcup_{i \in I} U_i \times V\). Il est immédiat que \[\check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}, \mathcal{F}) \otimes \mathcal{G}(V) = \check{\mathcal{C}}^\bullet(\mathcal{U}_V, \text{pr}_1^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_{X \times Y}} \text{pr}_2^*\mathcal{G})\] (égalité des complexes). Nous concluons que \[R\text{pr}_{2, *}(\text{pr}_1^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_{X \times Y}} \text{pr}_2^*\mathcal{G}) \cong \Gamma(X, \mathcal{F}) \otimes_k \mathcal{G} \cong \bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} \mathcal{G}\] sur \(Y\). Ici \(A\) est une base du \(k\)-espace vectoriel \(\Gamma(X, \mathcal{F})\). La cohomologie sur \(Y\) commute avec les sommes directes (Cohomologie, lemme 01FF). En utilisant la suite spectrale de Leray pour \(\text{pr}_2\) (via Cohomologie, lemme 01F4), nous concluons que \(H^n(X \times Y, \text{pr}_1^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_{X \times Y}} \text{pr}_2^*\mathcal{G})\) est nul pour \(n > 0\) et isomorphe à \(H^0(X, \mathcal{F}) \otimes H^0(Y, \mathcal{G})\) pour \(n = 0\). Cela achève la démonstration (sauf qu’il faudrait vérifier que l’isomorphisme est bien donné par le cup-produit en degré \(0\) ; nous omettons la vérification).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soient \(X\) et \(Y\) des schémas sur \(k\), et soient \(\mathcal{F}\), resp. \(\mathcal{G}\), un module quasi-cohérent sur \(\mathcal{O}_X\), resp. sur \(\mathcal{O}_Y\). Alors nous avons un isomorphisme canonique \[H^n(X \times_{\Spec(k)} Y, \text{pr}_1^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_{X \times_{\Spec(k)} Y}} \text{pr}_2^*\mathcal{G}) = \bigoplus\nolimits_{p + q = n} H^p(X, \mathcal{F}) \otimes_k H^q(Y, \mathcal{G})\] à condition que \(X\) et \(Y\) soient quasi-compacts et quasi-séparés.
Démonstration
Si \(X\) et \(Y\) sont séparés ou, plus généralement, ont une diagonale affine, voir le lemme 0BED pour une « meilleure » démonstration (dont l’avantage sur celle-ci est d’identifier les applications comme des images réciproques suivies de cup-produits). Soient \(X'\), resp. \(Y'\), les épaississements infinitésimaux de \(X\), resp. \(Y\), de faisceaux de structure \(\mathcal{O}_{X'} = \mathcal{O}_X \oplus \mathcal{F}\), respectivement \(\mathcal{O}_{Y'} = \mathcal{O}_Y \oplus \mathcal{G}\), où \(\mathcal{F}\), resp. \(\mathcal{G}\), est un idéal de carré nul. Alors \[\mathcal{O}_{X' \times Y'} = \mathcal{O}_{X \times Y} \oplus \text{pr}_1^*\mathcal{F} \oplus \text{pr}_2^*\mathcal{G} \oplus \text{pr}_1^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_{X \times Y}} \text{pr}_2^*\mathcal{G}\] en tant que faisceaux sur \(X \times Y\). On voit ainsi qu’il suffit de prouver que \[H^n(X \times Y, \mathcal{O}_{X \times Y}) = \bigoplus\nolimits_{p + q = n} H^p(X, \mathcal{O}_X) \otimes_k H^q(Y, \mathcal{O}_Y)\] pour toute paire de schémas quasi-compacts et quasi-séparés sur \(k\). Certains détails sont omis.
Pour démontrer cette assertion, nous utilisons la cohomologie et le changement de base sous la forme de Cohomologie des Schémas, lemme 01XN. Ce lemme fournit un complexe de \(k\)-espaces vectoriels borné inférieurement, c’est-à-dire un complexe \(\mathcal{K}^\bullet\) de modules quasi-cohérents sur \(\Spec(k)\), qui calcule universellement la cohomologie de \(Y\) sur \(\Spec(k)\). En particulier, on voit que \[R\text{pr}_{1, *}(\mathcal{O}_{X \times Y}) \cong (X \to \Spec(k))^*\mathcal{K}^\bullet\] dans \(D(\mathcal{O}_X)\). À homotopie près, le complexe \(\mathcal{K}^\bullet\) est isomorphe à \(\bigoplus_{q \geq 0} H^q(Y, \mathcal{O}_Y)[-q]\) car cela est vrai pour tout complexe d’espaces vectoriels sur un corps. Nous concluons que \[R\text{pr}_{1, *}(\mathcal{O}_{X \times Y}) \cong \bigoplus\nolimits_{q \geq 0} H^q(Y, \mathcal{O}_Y)[-q] \otimes_k \mathcal{O}_X\] dans \(D(\mathcal{O}_X)\). Puis nous avons \[\begin{align*} R\Gamma(X \times Y, \mathcal{O}_{X \times Y}) & = R\Gamma(X, R\text{pr}_{1, *}(\mathcal{O}_{X \times Y})) \\ & = R\Gamma(X, \bigoplus\nolimits_{q \geq 0} H^q(Y, \mathcal{O}_Y)[-q] \otimes_k \mathcal{O}_X) \\ & = \bigoplus\nolimits_{q \geq 0} R\Gamma(X, H^q(Y, \mathcal{O}_Y) \otimes \mathcal{O}_X)[-q] \\ & = \bigoplus\nolimits_{q \geq 0} R\Gamma(X, \mathcal{O}_X) \otimes_k H^q(Y, \mathcal{O}_Y)[-q] \\ & = \bigoplus\nolimits_{p, q \geq 0} H^p(X, \mathcal{O}_X)[-p] \otimes_k H^q(Y, \mathcal{O}_Y)[-q] \end{align*}\] comme voulu. La première égalité résulte de Leray pour \(\text{pr}_1\) (Cohomologie, lemme 01EZ). La deuxième résulte de la décomposition de l’image directe totale donnée ci-dessus. La troisième vient de ce que la cohomologie commute toujours avec les sommes directes finies (et la cohomologie de \(Y\) s’annule en degré suffisamment grand d’après Cohomologie des Schémas, lemme 071L ). La quatrième vient de ce que la cohomologie sur \(X\) commute avec les sommes directes infinies d’après Cohomologie, lemme 01FF. Enfin, la dernière égalité résulte de la remarque faite plus haut sur la catégorie dérivée d’un corps.
Groupes de Picard des variétés
Dans cette section, nous recueillons quelques résultats élémentaires sur les groupes de Picard des variétés algébriques.
Lemme
Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux fidèlement plat. Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé sur \(A\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible dont l’image réciproque sur \(X_B\) est triviale. Alors \(H^0(X, \mathcal{L})\) et \(H^0(X, \mathcal{L}^{\otimes -1})\) sont des \(H^0(X, \mathcal{O}_X)\)-modules inversibles, et l’application de multiplication induit un isomorphisme \[H^0(X, \mathcal{L}) \otimes_{H^0(X, \mathcal{O}_X)} H^0(X, \mathcal{L}^{\otimes -1}) \longrightarrow H^0(X, \mathcal{O}_X)\]
Démonstration
Notons \(\mathcal{L}_B\) l’image réciproque de \(\mathcal{L}\) sur \(X_B\). Choisissons un isomorphisme \(\mathcal{L}_B \to \mathcal{O}_{X_B}\). Posons \(R = H^0(X, \mathcal{O}_X)\), \(M = H^0(X, \mathcal{L})\) et considérons \(M\) comme un \(R\)-module. Pour tout \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{F}\), dont \(\mathcal{F}_B\) désigne le tiré en arrière sur \(X_B\), il existe un isomorphisme canonique \(H^0(X_B, \mathcal{F}_B) = H^0(X, \mathcal{F}) \otimes_A B\), voir Cohomologie des Schémas, lemme 02KH. Ainsi, nous avons \[M \otimes_R (R \otimes_A B) = M \otimes_A B = H^0(X_B, \mathcal{L}_B) \cong H^0(X_B, \mathcal{O}_{X_B}) = R \otimes_A B\] Puisque \(R \to R \otimes_A B\) est fidèlement plat (en tant que changement de base de l’application fidèlement plate \(A \to B\)), nous concluons que \(M\) est un \(R\)-module inversible d’après Algèbre, proposition 058S. De même, \(N = H^0(X, \mathcal{L}^{\otimes -1})\) est un \(R\)-module inversible. Pour l’assertion sur les produits tensoriels, on utilise qu’elle devient vraie après passage à \(X_B\), ainsi que la fidèle platitude de \(R \to R \otimes_A B\). Quelques détails sont omis.
Lemme
Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux fidèlement plat. Soit \(X\) un schéma sur \(A\) tel que
\(X\) est quasi-compact et quasi-séparé, et
\(R = H^0(X, \mathcal{O}_X)\) est un anneau semi-local.
Alors l’homomorphisme induit par image réciproque \(\Pic(X) \to \Pic(X_B)\) est injectif.
Démonstration
Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible dont l’image réciproque \(\mathcal{L}'\) sur \(X_B\) est triviale. Posons \(M = H^0(X, \mathcal{L})\) et \(N = H^0(X, \mathcal{L}^{\otimes - 1})\). D’après le lemme 0CDX, les \(R\)-modules \(M\) et \(N\) sont inversibles. Puisque \(R\) est semi-local, \(M \cong R\) et \(N \cong R\), voir Algèbre, lemme 02M9. Choisissons des générateurs \(s \in M\) et \(t \in N\). Alors \(st \in R = H^0(X, \mathcal{O}_X)\) est une unité d’après la dernière assertion du lemme 0CDX. Nous concluons que \(s\) et \(t\) définissent des trivialisations de \(\mathcal{L}\) et \(\mathcal{L}^{\otimes -1}\) sur \(X\).
Lemme
Soit \(k'/k\) une extension de corps. Soit \(X\) un schéma sur \(k\) tel que
\(X\) est quasi-compact et quasi-séparé, et
\(R = H^0(X, \mathcal{O}_X)\) est semi-local, par exemple, si \(\dim_k R < \infty\).
Alors l’homomorphisme induit par image réciproque \(\Pic(X) \to \Pic(X_{k'})\) est injectif.
Démonstration
Cas particulier du lemme 0CDY. Si \(\dim_k R < \infty\), alors \(R\) est artinien et donc semi-local (Algèbre, lemmes 00J6 et 00J7).
Exemple
Le lemme 0CC5 devient faux sans hypothèse supplémentaire sur le schéma \(X\) sur le corps \(k\). Voici un exemple. Soit \(k\) un corps. Soit \(t \in \mathbf{P}^1_k\) un point fermé. Posons \(X = \mathbf{P}^1 \setminus \{t\}\). Alors nous avons une surjection \[\mathbf{Z} = \Pic(\mathbf{P}^1_k) \longrightarrow \Pic(X)\] La première égalité résulte du lemme des Diviseurs 0BXJ, et la surjectivité résulte du lemme l’homomorphisme résulte de Diviseurs, lemme 0BD9 (puisque \(\mathbf{P}^1_k\) est lisse de dimension \(1\) sur \(k\) et donc tous ses anneaux locaux sont des anneaux de valuation discrète). Si \(\mathcal{L}\) est dans le noyau de l’application affichée, alors \(\mathcal{L} \cong \mathcal{O}_{\mathbf{P}^1_k}(nt)\) pour un certain \(n \in \mathbf{Z}\). Nous laissons au lecteur le soin de montrer que \(\mathcal{O}_{\mathbf{P}^1_k}(t) \cong \mathcal{O}_{\mathbf{P}^1_k}(d)\) où \(d = [\kappa(t) : k]\). Par conséquent \[\Pic(X) = \mathbf{Z}/d\mathbf{Z}\] Ainsi, si \(t\) n’est pas un point \(k\)-rationnel, alors \(d > 1\) et ce groupe de Picard est non nul. En revanche, si l’on étend le corps de base \(k\) à une extension de corps \(k'\) telle qu’il existe un \(k\)-plongement \(\kappa(t) \to k'\), alors \(\mathbf{P}^1_{k'} \setminus X_{k'}\) possède un point \(k'\)-rationnel \(t'\). Par conséquent, \(\mathcal{O}_{\mathbf{P}^1_{k'}}(1) = \mathcal{O}_{\mathbf{P}^1_{k'}}(t')\) sera dans le noyau de l’application \(\mathbf{Z} \to \Pic(X_{k'})\) et il s’ensuivra de la même manière que ci-dessus que \(\Pic(X_{k'}) = 0\).
Le lemme suivant affirme que les « modules inversibles rationnellement équivalents » sont isomorphes sur les variétés normales.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) une variété normale sur \(k\). Soit \(U \subset \mathbf{A}^n_k\) un sous-schéma ouvert possédant des points \(k\)-rationnels \(p, q \in U(k)\). Pour chaque module inversible \(\mathcal{L}\) sur \(X \times_{\Spec(k)} U\), les restrictions \(\mathcal{L}|_{X \times p}\) et \(\mathcal{L}|_{X \times q}\) sont isomorphes.
Démonstration
Les fibres de \(X \times_{\Spec(k)} U \to X\) sont des sous-schémas ouverts de l’espace affine de dimension \(n\) sur un corps. Par conséquent, ces fibres ont des groupes de Picard triviaux d’après Diviseurs, lemme 0BDA. En appliquant Diviseurs, lemme 0BD7, on voit que \(\mathcal{L}\) est l’image réciproque d’un module inversible \(\mathcal{N}\) sur \(X\).
Unicité du corps de base
La phrase « soit \(X\) un schéma sur \(k\) » signifie que \(X\) est un schéma muni d’un morphisme \(X \to \Spec(k)\). On peut alors se demander si le corps \(k\) est déterminé de manière unique par le schéma \(X\). Bien sûr, ce n’est pas le cas, car par exemple \(\mathbf{A}^1_{\mathbf{C}}\) que nous considérons habituellement comme un schéma sur le corps \(\mathbf{C}\) des nombres complexes, pourrait également être considéré comme un schéma sur \(\mathbf{Q}\). Mais que se passe-t-il si nous demandons que le morphisme \(X \to \Spec(k)\) ne se factorise pas sous la forme \(X \to \Spec(k') \to \Spec(k)\) pour une extension de corps non triviale \(k'/k\) ? En d’autres termes, nous demandons que \(k\) soit d’une certaine manière maximal pour que \(X\) soit défini sur \(k\).
Un exemple montrant que cela ne garantit toujours pas l’unicité de \(k\) est le schéma \[X = \Spec\left( \mathbf{Q}(x)[y]\left[\frac{1}{P(y)}, P \in \mathbf{Q}[y], P \not = 0\right] \right)\] À première vue, cela semble être un schéma sur \(\mathbf{Q}(x)\), mais à y regarder de plus près, il est clair que c’est aussi un schéma sur \(\mathbf{Q}(y)\). De plus, les corps \(\mathbf{Q}(x)\) et \(\mathbf{Q}(y)\) sont des sous-corps de \(R = \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) qui sont maximaux parmi les sous-corps de \(R\) (détails omis). En particulier, \(\mathbf{Q}(x)\) et \(\mathbf{Q}(y)\) sont tous deux maximaux au sens ci-dessus. Remarquons que les deux morphismes \(X \to \Spec(\mathbf{Q}(x))\) et \(X \to \Spec(\mathbf{Q}(y))\) sont « essentiellement de type fini » (c’est-à-dire que l’homomorphisme d’anneaux correspondant est essentiellement de type fini). Ainsi \(X\) est un schéma noethérien de dimension finie, c’est-à-dire qu’il n’est pas complètement pathologique.
Un autre problème qui peut empêcher l’unicité est que le schéma \(X\) peut ne pas être réduit. Dans ce cas, il peut y avoir de nombreux morphismes différents de \(X\) vers le spectre d’un corps donné. À titre d’exemple explicite, considérons l’algèbre des nombres duaux \(D = \mathbf{C}[y]/(y^2) = \mathbf{C} \oplus \epsilon \mathbf{C}\). Étant donnée toute dérivation \(\theta : \mathbf{C} \to \mathbf{C}\) sur \(\mathbf{Q}\), nous obtenons un homomorphisme d’anneaux \[\mathbf{C} \longrightarrow D, \quad c \longmapsto c + \epsilon \theta(c).\] Le sous-corps de \(\mathbf{C}\) sur lequel tous ces homomorphismes sont les mêmes est la clôture algébrique de \(\mathbf{Q}\). Cela signifie que prendre l’intersection de tous les corps sur lesquels \(X\) peut être défini peut être un très petit corps si \(X\) n’est pas réduit.
Une observation à ce sujet est la suivante : étant donné un corps \(k\) et deux sous-corps \(k_1, k_2\) de \(k\) tels que \(k\) soit fini sur \(k_1\) et sur \(k_2\), il n’est alors en général pas vrai que \(k\) soit fini sur \(k_1 \cap k_2\). Un exemple est le corps \(k = \mathbf{Q}(t)\) et ses sous-corps \(k_1 = \mathbf{Q}(t^2)\) et \(\mathbf{Q}((t + 1)^2)\). En effet, nous avons \(k_1 \cap k_2 = \mathbf{Q}\) dans ce cas. Ainsi, dans la suite, il faut être prudent lorsqu’on prend des intersections de corps.
Cela dit, nous montrons maintenant que si \(X\) est localement de type fini sur un corps, alors une certaine unicité s’applique. Voici le résultat précis.
Proposition
Soit \(X\) un schéma. Soient \(a : X \to \Spec(k_1)\) et \(b : X \to \Spec(k_2)\) des morphismes de \(X\) vers des spectres de corps. Supposons que \(a, b\) soient localement de type fini et que \(X\) soit réduit et connexe. Alors nous avons \(k_1' = k_2'\), où \(k_i' \subset \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) est la clôture intégrale de \(k_i\) dans \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X)\).
Démonstration
Admettons d’abord le résultat lorsque \(X\) est quasi-compact (nous établirons ce cas ci-dessous). Comme \(X\) est localement de type fini sur un corps, il est localement noethérien, voir Morphismes, lemme 01T6. En particulier, cela signifie qu’il est localement connexe, les composantes connexes des ouverts sont ouvertes, et les intersections d’ouverts quasi-compacts sont quasi-compactes, voir Propriétés, lemme 01OZ, Topologie, lemme 04ME, Topologie, section 0050, et Topologie, lemme 005L. Choisissons un recouvrement ouvert \(X = \bigcup_{i \in I} U_i\) tel que chaque \(U_i\) soit quasi-compact et connexe. Pour chaque \(i\), soit \(K_i \subset \mathcal{O}_X(U_i)\) la clôture intégrale de \(k_1\) et de \(k_2\). Pour chaque paire \(i, j \in I\) nous décomposons \[U_i \cap U_j = \coprod U_{i, j, l}\] en ses composantes connexes, qui sont en nombre fini. Écrivons \(K_{i, j, l} \subset \mathcal{O}(U_{i, j, l})\) pour la clôture intégrale de \(k_1\) et de \(k_2\). D’après le lemme 04MI, les anneaux \(K_i\) et \(K_{i, j, l}\) sont des corps. Nous affirmons maintenant que \(k_1'\) et \(k_2'\) sont tous deux égaux au noyau de l’application \[\prod K_i \longrightarrow \prod K_{i, j, l}, \quad (x_i)_i \longmapsto x_i|_{U_{i, j, l}} - x_j|_{U_{i, j, l}}\] ce qui donne le résultat. En effet, il est clair que \(k_1'\) est contenu dans ce noyau. D’autre part, supposons que \((x_i)_i\) soit dans le noyau. Par la condition de faisceau, \((x_i)_i\) correspond à \(f \in \mathcal{O}(X)\). Choisissons \(i_0 \in I\) et un polynôme unitaire \(P(T) \in k_1[T]\) tel que \(P(x_{i_0}) = 0\). Nous affirmons alors que \(P(f) = 0\), ce qui prouve que \(f \in k_1\). Il suffit de montrer que \(P(x_i) = 0\) pour tout \(i\). Choisissons \(i \in I\). Comme \(X\) est connexe, il existe une suite \(i_0, i_1, \ldots, i_n = i \in I\) telle que \(U_{i_t} \cap U_{i_{t + 1}} \not = \emptyset\). Cela signifie que, pour chaque \(t\), il existe un \(l_t\) tel que \(x_{i_t}\) et \(x_{i_{t + 1}}\) se projettent sur le même élément du corps \(K_{i_t, i_{t + 1}, l_t}\). Par conséquent, si \(P(x_{i_t}) = 0\), alors \(P(x_{i_{t + 1}}) = 0\). Par induction, en partant de \(P(x_{i_0}) = 0\), nous obtenons \(P(x_i) = 0\), comme annoncé.
Pour terminer la démonstration du lemme, nous prouvons le lemme sous l’hypothèse supplémentaire que \(X\) est quasi-compact. D’après le lemme 04MI, après avoir remplacé \(k_i\) par \(k_i'\), on peut supposer que \(k_i\) est intégralement clos dans \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X)\). Cela implique que \(\mathcal{O}(X)^*/k_i^*\) est un groupe abélien de type fini, voir la proposition 04L7. Soit \(k_{12} = k_1 \cap k_2\) un sous-anneau de \(\mathcal{O}(X)\). Notons que \(k_{12}\) est un corps. Puisque \[k_1^*/k_{12}^* \longrightarrow \mathcal{O}(X)^*/k_2^*\] on voit que \(k_1^*/k_{12}^*\) est également un groupe abélien de type fini. Par conséquent, il existe \(\alpha_1, \ldots, \alpha_n \in k_1^*\) tels que chaque élément \(\lambda \in k_1\) ait la forme \[\lambda = c \alpha_1^{e_1} \ldots \alpha_n^{e_n}\] pour certains \(e_i \in \mathbf{Z}\) et \(c \in k_{12}\). En particulier, l’homomorphisme d’anneaux \[k_{12}[x_1, \ldots, x_n, \frac{1}{x_1 \ldots x_n}] \longrightarrow k_1, \quad x_i \longmapsto \alpha_i\] est surjectif. D’après le Nullstellensatz de Hilbert, Algèbre, théorème 00FV, nous concluons que \(k_1\) est une extension finie de \(k_{12}\). De la même manière, nous concluons que \(k_2\) est une extension finie de \(k_{12}\). En particulier, à la fois \(k_1\) et \(k_2\) sont contenus dans la clôture intégrale \(k_{12}'\) de \(k_{12}\) dans \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X)\). Mais puisque \(k_{12}'\) est un corps selon le lemme 04MI et que nous avons choisi \(k_i\) pour être intégralement clos dans \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X)\), nous concluons que \(k_1 = k_{12} = k_2\), comme annoncé.
Automorphismes
Une section sur les automorphismes des schémas sur les corps. Pour certaines informations sur les automorphismes (infinitésimaux) des courbes, voir Courbes Algébriques, section 0E66 et Modules de Courbes, section 0DST.
Lemme
Supposons que \(X\) soit un schéma de type fini réduit sur un corps \(k\). Supposons que \(f : X \to X\) soit un automorphisme sur \(k\) qui induit l’identité sur l’espace topologique sous-jacent de \(X\). Alors
\(f^*\mathcal{F} \cong \mathcal{F}\) pour chaque \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent, et
si \(\dim(Z) > 0\) pour chaque composante irréductible \(Z \subset X\), alors \(f\) est l’identité.
Démonstration
La partie (1) découle de la partie (2) et du fait que les composantes connexes de \(X\) de dimension \(0\) sont des spectres de corps.
Supposons que \(Z \subset X\) soit une composante irréductible considérée comme un sous-schéma fermé intègre. Évidemment, \(f(Z) \subset Z\) et \(f|_Z : Z \to Z\) sont un automorphisme sur \(k\) qui induit l’identité sur l’espace topologique sous-jacent de \(Z\). Puisque \(X\) est réduit, il suffit de montrer que les flèches \(f|_Z : Z \to Z\) sont l’identité. Cela nous ramène au cas discuté dans le paragraphe suivant.
Supposons que \(X\) soit irréductible de dimension \(> 0\). Choisissons un ouvert affine non vide \(U \subset X\). Puisque \(f(U) \subset U\) et puisque \(U \subset X\) est schématiquement dense, il suffit de prouver que \(f|_U : U \to U\) est l’identité.
Supposons que \(X = \Spec(A)\) soit affine, irréductible, de dimension \(> 0\) et que \(k\) soit un corps infini. Soit \(g \in A\) non constant. L’ensemble \[S = \bigcup\nolimits_{\lambda \in k} V(g - \lambda)\] est dense dans \(X\) parce que c’est l’image réciproque du sous-ensemble dense \(\mathbf{A}^1_k(k)\) par le morphisme non constant \(g : X \to \mathbf{A}^1_k\). Si \(x \in S\), alors l’image \(g(x)\) de \(g\) dans \(\kappa(x)\) est dans l’image de \(k \to \kappa(x)\). Par conséquent, \(f^\sharp : \kappa(x) \to \kappa(x)\) fixe \(g(x)\). Ainsi, l’image de \(f^\sharp(g)\) dans \(\kappa(x)\) est égale à \(g(x)\). Nous en concluons que \[S \subset V(g - f^\sharp(g))\] et puisque \(X\) est réduit et \(S\) est dense, nous concluons \(g=f^\sharp(g)\). Cela prouve \(f^\sharp = \text{id}_A\) car \(A\) est engendré comme une \(k\)-algèbre par les éléments \(g\) comme ci-dessus (détails omis ; indication : l’ensemble des fonctions constantes est un \(k\)-sous-espace vectoriel de dimension finie de \(A\)). Nous concluons que \(f = \text{id}_X\).
Supposons que \(X = \Spec(A)\) soit affine, irréductible, de dimension \(> 0\) et que \(k\) soit un corps fini. Si pour tout sous-schéma fermé intègre de dimension \(1\), \(C \subset X\), la restriction \(f|_C : C \to C\) est l’identité, alors \(f\) est l’identité. Cela nous ramène au cas où \(X\) est une courbe. Une courbe sur un corps fini possède un groupe d’automorphismes fini (détails omis). Ainsi, \(f\) a un ordre fini, disons \(n\). Ensuite, nous choisissons \(g : X \to \mathbf{A}^1_k\) non constant comme ci-dessus et considérons \[S = \{x \in X\text{ fermé tel que }[\kappa(g(x)) : k] \text{ est premier à }n\}\] En argumentant comme précédemment, nous trouvons que \(S\) est dense dans \(X\). Puisque pour \(x \in X\) fermé, l’application \(f^\sharp : \kappa(x) \to \kappa(x)\) est un automorphisme d’ordre divisant \(n\), nous voyons que pour \(x \in S\), cet automorphisme agit trivialement sur le sous-corps engendré par l’image de \(g\) dans \(\kappa(x)\). Ainsi nous concluons que \(S \subset V(g - f^\sharp(g))\) et on conclut comme précédemment.
Caractéristiques d’Euler–Poincaré
Dans cette section, nous prouvons quelques propriétés élémentaires des caractéristiques d’Euler–Poincaré des faisceaux cohérents sur des schémas propres sur un corps.
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent. Dans cette situation, la caractéristique d’Euler–Poincaré de \(\mathcal{F}\) est l’entier \[\chi(X, \mathcal{F}) = \sum\nolimits_i (-1)^i \dim_k H^i(X, \mathcal{F}).\] Pour la justification de la formule, voir ci-dessous.
Dans le cas de la définition, seul un nombre fini des espaces vectoriels \(H^i(X, \mathcal{F})\) sont non nuls (Cohomologie des Schémas, lemme 01XJ) et chacun de ces espaces est de dimension finie (Cohomologie des Schémas, lemme 02O6). Ainsi \(\chi(X, \mathcal{F}) \in \mathbf{Z}\) est bien défini. Observons que cette définition dépend du corps \(k\) et pas seulement de la paire \((X, \mathcal{F})\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma propre sur \(k\). Supposons que \(0 \to \mathcal{F}_1 \to \mathcal{F}_2 \to \mathcal{F}_3 \to 0\) soit une suite exacte courte de modules cohérents sur \(X\). Alors \[\chi(X, \mathcal{F}_2) = \chi(X, \mathcal{F}_1) + \chi(X, \mathcal{F}_3)\]
Démonstration
Considérons la longue suite exacte de cohomologie \[0 \to H^0(X, \mathcal{F}_1) \to H^0(X, \mathcal{F}_2) \to H^0(X, \mathcal{F}_3) \to H^1(X, \mathcal{F}_1) \to \ldots\] associée à la suite exacte courte du lemme. Le théorème du rang en algèbre linéaire montre que \[0 = \dim H^0(X, \mathcal{F}_1) - \dim H^0(X, \mathcal{F}_2) + \dim H^0(X, \mathcal{F}_3) - \dim H^1(X, \mathcal{F}_1) + \ldots\] Cela implique immédiatement le lemme.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(X\) soit un schéma propre sur \(k\). Supposons que \(\mathcal{F}\) soit un faisceau cohérent avec \(\dim(\text{Supp}(\mathcal{F})) \leq 0\). Alors
\(\mathcal{F}\) est engendré par ses sections globales,
\(H^0(X, \mathcal{F}) = \bigoplus_{x \in \text{Supp}(\mathcal{F})} \mathcal{F}_x\),
\(H^i(X, \mathcal{F}) = 0\) pour \(i > 0\),
\(\chi(X, \mathcal{F}) = \dim_k H^0(X, \mathcal{F})\), et
\(\chi(X, \mathcal{F} \otimes \mathcal{E}) = n\chi(X, \mathcal{F})\) pour chaque module localement libre \(\mathcal{E}\) de rang \(n\).
Démonstration
Par Cohomologie des Schémas, lemme 01Y5, on voit que \(\mathcal{F} = i_*\mathcal{G}\) où \(i : Z \to X\) est l’inclusion du support schématique de \(\mathcal{F}\) et où \(\mathcal{G}\) est un \(\mathcal{O}_Z\)-module cohérent. Par définition du support schématique, l’espace topologique sous-jacent de \(Z\) est \(\text{Supp}(\mathcal{F})\). Puisque la dimension de \(Z\) est \(0\), on voit que \(Z\) est affine (Propriétés, lemme 0AAX). Ainsi \(\mathcal{G}\) est engendré par ses sections globales et les groupes de cohomologie supérieurs de \(\mathcal{G}\) sont nuls (Cohomologie des Schémas, lemme 01XB). En fait, par le lemme 06LH, le schéma \(Z\) est une réunion finie disjointe de spectres d’anneaux locaux artiniens. Par conséquent, \(H^0(Z, \mathcal{G}) = \bigoplus_{z \in Z} \mathcal{G}_z\). Les cohomologies de \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) coïncident d’après Cohomologie des Schémas, lemme 089W. Ainsi \(H^i(X, \mathcal{F}) = 0\) pour \(i > 0\) et \(H^0(X, \mathcal{F}) = H^0(Z, \mathcal{G})\). En particulier, (3) est vérifiée. Pour \(z \in Z\) correspondant à \(x \in \text{Supp}(\mathcal{F})\) nous avons \(\mathcal{G}_z = (i_*\mathcal{G})_x = \mathcal{F}_x\). Nous concluons que (2) est vérifiée. Évidemment, (2) implique (1). Nous obtenons (4) par définition de la caractéristique d’Euler–Poincaré \(\chi(X, \mathcal{F})\) et (3). Par la formule de projection (Cohomologie, lemme 01E8) nous avons \[i_*(\mathcal{G} \otimes i^*\mathcal{E}) = \mathcal{F} \otimes \mathcal{E}.\] Puisque \(Z\) a pour dimension \(0\), le faisceau localement libre \(i^*\mathcal{E}\) est isomorphe à \(\mathcal{O}_Z^{\oplus n}\) et, en raisonnant comme ci-dessus, on voit que (5) est vérifiée.
Lemme
Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps. Supposons que \(X\) soit un schéma propre sur \(k\). Supposons que \(\mathcal{F}\) soit un faisceau cohérent sur \(X\). Supposons que \(\mathcal{F}'\) soit l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X_{k'}\). Alors \(\chi(X, \mathcal{F}) = \chi(X_{k'}, \mathcal{F}')\).
Démonstration
En effet, \[H^i(X_{k'}, \mathcal{F}') = H^i(X, \mathcal{F}) \otimes_k k'\] par changement de base plat, voir Cohomologie des Schémas, lemme 02KH.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(f : Y \to X\) soit un morphisme de schémas propres sur \(k\). Supposons que \(\mathcal{G}\) soit un \(\mathcal{O}_Y\)-module cohérent. Alors \[\chi(Y, \mathcal{G}) = \sum (-1)^i \chi(X, R^if_*\mathcal{G})\]
Démonstration
La formule a du sens : les faisceaux \(R^if_*\mathcal{G}\) sont cohérents et seul un nombre fini d’entre eux est non nul, voir Cohomologie des schémas, proposition 02O5 et lemme 01XJ. D’après Cohomologie, lemme 01F2, il existe une suite spectrale avec \[E_2^{p, q} = H^p(X, R^qf_*\mathcal{G})\] convergeant vers \(H^{p + q}(Y, \mathcal{G})\). Par la finitude de la cohomologie sur \(X\), les termes \(E_2^{p, q}\) non nuls sont en nombre fini et chaque \(E_2^{p, q}\) est un espace vectoriel de dimension finie. Il en va de même des termes \(E_r^{p, q}\) pour \(r \geq 2\), et \[\sum (-1)^{p + q} \dim_k E_r^{p, q}\] est indépendant de \(r\). Puisque pour \(r\) suffisamment grand nous avons \(E_r^{p, q} = E_\infty^{p, q}\) et puisque la convergence signifie qu’il existe une filtration sur \(H^n(Y, \mathcal{G})\) dont les morceaux gradués sont \(E_\infty^{p, q}\) avec \(p + q = n\) (c’est le sens de la convergence de la suite spectrale), nous concluons. Voir aussi le lemme plus général du chapitre Homologie générale, lemme 0BDW.
Espace projectif
Quelques résultats sur l’espace projectif sur un corps.
Lemme
Supposons que \(k\) soit un corps et \(n \geq 0\). Alors \(\mathbf{P}^n_k\) est une variété projective lisse de dimension \(n\) sur \(k\).
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Supposons que \(k\) soit un corps et \(n \geq 0\). Supposons que \(X, Y \subset \mathbf{A}^n_k\) soit des sous-ensembles fermés. Supposons que \(X\) et \(Y\) soient équidimensionnels, \(\dim(X) = r\) et \(\dim(Y) = s\). Alors chaque composante irréductible de \(X \cap Y\) a une dimension \(\geq r + s - n\).
Démonstration
Considérons le sous-schéma fermé \(X \times Y \subset \mathbf{A}^{2n}_k\) où nous utilisons les coordonnées \(x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_n\). Alors \(X \cap Y = X \times Y \cap V(x_1 - y_1, \ldots, x_n - y_n)\). Supposons que \(t \in X \cap Y \subset X \times Y\) soit un point fermé. Par le lemme 0B2M, nous avons \(\dim_t(X \times Y) = \dim(X) + \dim(Y)\). Ainsi \(\dim(\mathcal{O}_{X \times Y, t}) = r + s\) par le lemme 0A21. Par Algèbre, lemme 00KW, nous concluons que \[\dim(\mathcal{O}_{X \cap Y, t}) = \dim(\mathcal{O}_{X \times Y, t}/(x_1 - y_1, \ldots, x_n - y_n)) \geq r + s - n\] Cela implique le résultat par le lemme 0A21.
Lemme
Supposons que \(k\) soit un corps et \(n \geq 0\). Supposons que \(X, Y \subset \mathbf{P}^n_k\) soit des sous-ensembles fermés non vides. Si \(\dim(X) = r\) et \(\dim(Y) = s\) et \(r + s \geq n\), alors \(X \cap Y\) est non vide et \(\dim(X \cap Y) \geq r + s - n\).
Démonstration
Écrivons \(\mathbf{A}^{n + 1} = \Spec(k[x_0, \ldots, x_n])\) et \(\mathbf{P}^n = \text{Proj}(k[T_0, \ldots, T_n])\). Considérons le morphisme \(\pi : \mathbf{A}^{n + 1} \setminus \{0\} \to \mathbf{P}^n\) qui envoie \((x_0, \ldots, x_n)\) vers le point \([x_0 : \ldots : x_n]\). Plus précisément, c’est le morphisme associé à la paire \((\mathcal{O}_{\mathbf{A}^{n + 1} \setminus \{0\}}, (x_0, \ldots, x_n))\), voir Constructions, lemme 01NE. Sur l’ouvert affine standard \(D_+(T_i)\), nous obtenons le morphisme associé à l’homomorphisme d’anneaux \[k\left[\frac{T_0}{T_i}, \ldots, \frac{T_n}{T_i}\right] \longrightarrow k\left[T_0, \ldots, T_n, \frac{1}{T_i}\right] \cong k\left[\frac{T_0}{T_i}, \ldots, \frac{T_n}{T_i}\right] \left[T_i, \frac{1}{T_i}\right]\] qui est surjectif et lisse de dimension relative \(1\), à fibres irréductibles (détails omis). Par conséquent, \(\pi^{-1}(X)\) et \(\pi^{-1}(Y)\) sont des sous-ensembles fermés non vides de dimension \(r + 1\) et \(s + 1\). Choisissons une composante irréductible \(V \subset \pi^{-1}(X)\) de dimension \(r + 1\) et une composante irréductible \(W \subset \pi^{-1}(Y)\) de dimension \(s + 1\). Observons que cela implique que \(V\) et \(W\) contiennent chaque fibre de \(\pi\) qu’elles rencontrent (puisque \(\pi\) a des fibres irréductibles de dimension \(1\) et puisque le lemme 0B2L dit que les fibres de \(V \to \pi(V)\) et \(W \to \pi(W)\) ont pour dimension \(\geq 1\)). Supposons que \(\overline{V}\) et \(\overline{W}\) soient l’adhérence de \(V\) et \(W\) dans \(\mathbf{A}^{n + 1}\). Puisque \(0 \in \mathbf{A}^{n + 1}\) est dans l’adhérence de chaque fibre de \(\pi\), on voit que \(0 \in \overline{V} \cap \overline{W}\). Par le lemme 0B2Q, nous avons \(\dim(\overline{V} \cap \overline{W}) \geq r + s - n + 1\). En raisonnant comme ci-dessus et en appliquant à nouveau le lemme 0B2L, nous concluons que \(\pi(V \cap W) \subset X \cap Y\) est de dimension au moins \(r + s - n\), comme annoncé.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(Z \subset \mathbf{P}^n_k\) soit un sous-schéma fermé sans points immergés et dont chaque composante irréductible de \(Z\) est de dimension \(n - 1\). Alors l’idéal \(I(Z) \subset k[T_0, \ldots, T_n]\) correspondant à \(Z\) est principal.
Démonstration
Ceci est un cas particulier des Diviseurs, lemme 0BXL.
Faisceaux cohérents sur l’espace projectif
Dans cette section, nous prouvons certains résultats sur la cohomologie des faisceaux cohérents sur \(\mathbf{P}^n\) sur un corps, qui peuvent être trouvés dans [Mum]. Ceux-ci seront utiles plus tard lors de la discussion des schémas de Quot et de Hilbert.
Préliminaires
Soit \(k\) un corps, \(n \geq 1\), \(d \geq 1\), et soit \(s \in \Gamma(\mathbf{P}_k^n, \mathcal{O}(d))\) une section non nulle. Dans cette section, nous noterons \(\mathcal{O}(d)\) le \(d\)-ième tordu du faisceau structural sur l’espace projectif (Constructions, définitions 01MN et 01NF). Comme \(\mathbf{P}^n_k\) est une variété, cette section est régulière ; ainsi \(s\) est une section régulière de \(\mathcal{O}(d)\) et définit un diviseur de Cartier effectif \(H = Z(s) \subset \mathbf{P}^n_k\), voir Diviseurs, section 01WQ. Un tel diviseur \(H\) est appelé une hypersurface et, si \(d = 1\), il est appelé un hyperplan.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(n \geq 1\). Soit \(i : H \to \mathbf{P}^n_k\) un hyperplan. Alors il existe un isomorphisme \[\varphi : \mathbf{P}^{n - 1}_k \longrightarrow H\] tel que l’image réciproque de \(i^*\mathcal{O}(1)\) soit isomorphe à \(\mathcal{O}(1)\).
Démonstration
Nous avons \(\mathbf{P}^n_k = \text{Proj}(k[T_0, \ldots, T_n])\). La section \(s\) correspond à une forme homogène dans \(T_0, \ldots, T_n\) de degré \(1\), voir Cohomologie des schémas, section 01XS. Écrivons \(s = \sum a_i T_i\). Constructions, le lemme 03GL montre que \(H = \text{Proj}(k[T_0, \ldots, T_n]/I)\) pour l’idéal gradué \(I\) défini en posant \(I_d\) égal au noyau de l’application \(\Gamma(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}(d)) \to \Gamma(H, i^*\mathcal{O}(d))\). D’après notre construction de \(Z(s)\) dans Diviseurs, définition 02OQ, on voit que sur \(D_{+}(T_j)\) l’idéal de \(H\) est engendré par \(\sum a_i T_i/T_j\) dans l’anneau de polynômes \(k[T_0/T_j, \ldots, T_n/T_j]\). Ainsi, il est clair que \(I\) est l’idéal engendré par \(\sum a_i T_i\). Remarquez que \[k[T_0, \ldots, T_n]/I = k[T_0, \ldots, T_n]/(\sum a_i T_i) \cong k[S_0, \ldots, S_{n - 1}]\] en tant qu’anneaux gradués. Par exemple, si \(a_n \not = 0\), alors envoyer \(S_i\) sur la classe de \(T_i\) convient. Nous obtenons l’isomorphisme annoncé par fonctorialité de \(\text{Proj}\). L’égalité des tordus du faisceau structural résulte par exemple du chapitre Constructions, lemme 01N1.
Lemme
Supposons que \(k\) soit un corps infini. Supposons que \(n \geq 1\). Soit \(\mathcal{F}\) un module cohérent sur \(\mathbf{P}^n_k\). Alors il existe une section non nulle \(s \in \Gamma(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}(1))\) et une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{F}(-1) \to \mathcal{F} \to i_*\mathcal{G} \to 0\] où \(i : H \to \mathbf{P}^n_k\) est l’hyperplan \(H\) associé à \(s\) et \(\mathcal{G} = i^*\mathcal{F}\).
Démonstration
L’application \(\mathcal{F}(-1) \to \mathcal{F}\) provient de Constructions, Équation ( 03GJ ) avec \(n = 1\), \(m = -1\) et la section \(s\) de \(\mathcal{O}(1)\). Voyons à quoi ressemble cette application si nous la restreignons à \(D_{+}(T_0)\). Écrivons \(D_{+}(T_0) = \Spec(k[x_1, \ldots, x_n])\) avec \(x_i = T_i/T_0\). Identifions \(\mathcal{O}(1)|_{D_{+}(T_0)}\) avec \(\mathcal{O}\) à l’aide de la section \(T_0\). Par conséquent, si \(s = \sum a_iT_i\) alors \(s|_{D_{+}(T_0)} = a_0 + \sum a_ix_i\) avec l’identification choisie ci-dessus. De plus, supposons que \(\mathcal{F}|_{D_{+}(T_0)}\) corresponde au \(k[x_1, \ldots, x_n]\)-module fini \(M\). Via l’identification \(\mathcal{F}(-1) = \mathcal{F} \otimes \mathcal{O}(-1)\) et notre trivialisation choisie de \(\mathcal{O}(1)\), on voit que \(\mathcal{F}(-1)\) correspond également à \(M\). Ainsi, restreindre \(\mathcal{F}(-1) \to \mathcal{F}\) à \(D_{+}(T_0)\) donne l’application \[M \xrightarrow{a_0 + \sum a_ix_i} M\] Pour que la flèche soit injective, il suffit de choisir \(a_0 + \sum a_ix_i\) n’appartenant à aucun des idéaux premiers associés de \(M\), voir Algèbre, lemme 00LD. D’après Algèbre, lemme 00LC, l’ensemble \(\text{Ass}(M)\) des idéaux premiers associés de \(M\) est fini. Notons que pour \(\mathfrak p \in \text{Ass}(M)\), l’intersection \(\mathfrak p \cap \{a_0 + \sum a_i x_i\}\) est un sous-espace vectoriel propre de \(k\). Nous en concluons qu’il existe une famille finie de sous-espaces vectoriels propres \(V_1, \ldots, V_m \subset \Gamma(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}(1))\) tels que si nous prenons \(s\) en dehors de \(\bigcup V_i\), alors la multiplication par \(s\) est injective sur \(D_{+}(T_0)\). De même pour la restriction à \(D_{+}(T_j)\) pour \(j = 1, \ldots, n\). Comme \(k\) est infini, une union finie de sous-espaces vectoriels propres n’est jamais égale à l’espace tout entier ; nous pouvons donc choisir \(s\) de sorte que l’application soit injective. Le conoyau de \(\mathcal{F}(-1) \to \mathcal{F}\) est annulé par \(\Im(s : \mathcal{O}(-1) \to \mathcal{O})\) qui est l’idéal faisceau de \(H\) selon Diviseurs, définition 02OQ. Ainsi, nous obtenons \(\mathcal{G}\) sur \(H\) en utilisant Cohomologie des Schémas, lemme 087T.
Remarque
Supposons que \(k\) soit un corps infini. Soit \(n \geq 1\). Étant donné un nombre fini de modules cohérents \(\mathcal{F}_i\) sur \(\mathbf{P}^n_k\), nous pouvons choisir un seul \(s \in \Gamma(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}(1))\) de sorte que l’énoncé du lemme 08A0 fonctionne pour chacun d’eux. Pour le prouver, il suffit d’appliquer le lemme à \(\bigoplus \mathcal{F}_i\).
Remarque
Dans la situation des lemmes 089Z et 08A0, nous avons \(H \cong \mathbf{P}^{n - 1}_k\) avec les tordus de Serre \(\mathcal{O}_H(d) = i^*\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_k}(d)\). Pour chaque \(d \in \mathbf{Z}\), nous avons une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{F}(d - 1) \to \mathcal{F}(d) \to i_*(\mathcal{G}(d)) \to 0\] En effet, le produit tensoriel par \(\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_k}(d)\) est un foncteur exact et, d’après la formule de projection (Cohomologie, lemme 01E8), nous avons \(i_*(\mathcal{G}(d)) = i_*\mathcal{G} \otimes \mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_k}(d)\). Nous obtenons des suites exactes longues correspondantes \[H^i(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(d - 1)) \to H^i(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(d)) \to H^i(H, \mathcal{G}(d)) \to H^{i + 1}(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(d - 1))\] Cela résulte de ce qui précède et de l’égalité \(H^i(\mathbf{P}^n_k, i_*\mathcal{G}(d)) = H^i(H, \mathcal{G}(d))\) d’après Cohomologie des Schémas, lemme 089W (les immersions fermées sont affines).
Régularité
Voici la définition.
Définition
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(n \geq 0\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(\mathbf{P}^n_k\). Nous disons que \(\mathcal{F}\) est \(m\)-régulier si \[H^i(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m - i)) = 0\] pour \(i = 1, \ldots, n\).
Notons que \(\mathcal{F} = \mathcal{O}(d)\) est \(m\)-régulier si et seulement si \(d \geq -m\). Cela découle du calcul des groupes de cohomologie dans Cohomologie des schémas, Équation ( 01XU ). En effet, on voit que \(H^n(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}(d)) = 0\) si et seulement si \(d \geq -n\).
Lemme
Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps. Supposons que \(n \geq 0\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(\mathbf{P}^n_k\). Supposons que \(\mathcal{F}'\) soit l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(\mathbf{P}^n_{k'}\). Alors \(\mathcal{F}\) est \(m\)-régulier si et seulement si \(\mathcal{F}'\) est \(m\)-régulier.
Démonstration
Cela résulte de l’isomorphisme \[H^i(\mathbf{P}^n_{k'}, \mathcal{F}') = H^i(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}) \otimes_k k'\] par changement de base plat, voir Cohomologie des Schémas, lemme 02KH.
Lemme
Dans la situation du lemme 08A0, si \(\mathcal{F}\) est \(m\)-régulier, alors \(\mathcal{G}\) est \(m\)-régulier sur \(H \cong \mathbf{P}^{n - 1}_k\).
Démonstration
Rappelons que \(H^i(\mathbf{P}^n_k, i_*\mathcal{G}) = H^i(H, \mathcal{G})\) d’après Cohomologie des Schémas, lemme 089W. Ainsi, pour \(i \geq 1\), nous obtenons \[H^i(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m - i)) \to H^i(H, \mathcal{G}(m - i)) \to H^{i + 1}(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m - 1 - i))\] par la Remarque 0EGK. Le lemme suit.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(n \geq 0\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(\mathbf{P}^n_k\). Si \(\mathcal{F}\) est \(m\)-régulier, alors \(\mathcal{F}\) est \((m + 1)\)-régulier.
Démonstration
Nous procédons par récurrence sur \(n\). Si \(n = 0\), chaque faisceau est \(m\)-régulier pour tout \(m\), il n’y a rien à démontrer. D’après le lemme 08A4, nous pouvons remplacer \(k\) par une extension infinie et supposer que \(k\) est infini. Nous pouvons alors appliquer le lemme 08A0. D’après le lemme 08A5, nous savons que \(\mathcal{G}\) est \(m\)-régulier. Par induction sur \(n\), on voit que \(\mathcal{G}\) est \((m + 1)\)-régulier. En considérant la suite exacte longue de cohomologie associée à la suite \[0 \to \mathcal{F}(m - i) \to \mathcal{F}(m + 1 - i) \to i_*\mathcal{G}(m + 1 - i) \to 0\] comme dans la remarque 0EGK, on déduit pour \(i \geq 1\) l’annulation de \(H^i(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m + 1 - i))\) à partir de l’annulation de \(H^i(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m - i))\) et \(H^i(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{G}(m + 1 - i))\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(n \geq 0\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(\mathbf{P}^n_k\). Si \(\mathcal{F}\) est \(m\)-régulier, alors l’application de multiplication \[H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m)) \otimes_k H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}(1)) \longrightarrow H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m + 1))\] est surjective.
Démonstration
Supposons que \(k'/k\) soit une extension de corps. Supposons que \(\mathcal{F}'\) soit comme dans le lemme 08A4. D’après le chapitre Cohomologie des schémas, lemme 02KH, l’application linéaire obtenue par changement de base vers \(k'\) coïncide avec l’application linéaire associée au faisceau \(\mathcal{F}'\). Puisque \(k \to k'\) est fidèlement plat, il suffit de prouver le lemme sur \(k'\), c’est-à-dire que l’on peut supposer \(k\) infini.
Supposons que \(k\) soit infini. Nous prouvons le lemme par induction sur \(n\). Le cas \(n = 0\) est trivial car \(\mathcal{O}(1) \cong \mathcal{O}\) est généré par \(T_0\). Pour \(n > 0\), appliquons le lemme 08A0 et tensorisons la suite par \(\mathcal{O}(m + 1)\) ; on obtient \[0 \to \mathcal{F}(m) \xrightarrow{s} \mathcal{F}(m + 1) \to i_*\mathcal{G}(m + 1) \to 0\] voir Remarque 0EGK. Soit \(t \in H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m + 1))\). Par induction, l’image \(\overline{t} \in H^0(H, \mathcal{G}(m + 1))\) est l’image de \(\sum g_i \otimes \overline{s}_i\) avec \(\overline{s}_i \in \Gamma(H, \mathcal{O}(1))\) et \(g_i \in H^0(H, \mathcal{G}(m))\). Puisque \(\mathcal{F}\) est \(m\)-régulier, nous avons \(H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m - 1)) = 0\), d’où la suite exacte longue de cohomologie associée à la suite exacte courte \[0 \to \mathcal{F}(m - 1) \xrightarrow{s} \mathcal{F}(m) \to i_*\mathcal{G}(m) \to 0\] montre que nous pouvons relever \(g_i\) en \(f_i \in H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m))\). Nous pouvons également relever \(\overline{s}_i\) en \(s_i \in H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}(1))\) (voir la preuve du lemme 089Z par exemple). Après avoir soustrait l’image de \(\sum f_i \otimes s_i\) de \(t\), on voit que nous pouvons supposer \(\overline{t} = 0\). Mais cela signifie exactement que \(t\) est l’image de \(f \otimes s\) pour un certain \(f \in H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m))\), comme annoncé.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(n \geq 0\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(\mathbf{P}^n_k\). Si \(\mathcal{F}\) est \(m\)-régulier, alors \(\mathcal{F}(m)\) est engendré par ses sections globales.
Démonstration
Pour tout \(d \gg 0\), le faisceau \(\mathcal{F}(d)\) est engendré par ses sections globales. Cela découle par exemple de la première partie de Cohomologie des Schémas, lemme 01YS. Choisissons \(d \geq m\) de telle sorte que \(\mathcal{F}(d)\) soit engendré par ses sections globales. Choisissons une base \(f_1, \ldots, f_r \in H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F})\). D’après le lemme 08A7, chaque élément \(f \in H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(d))\) peut être écrit comme \(f = \sum P_if_i\) pour un certain \(P_i \in k[T_0, \ldots, T_n]\) homogène de degré \(d - m\). Puisque les sections \(f\) génèrent \(\mathcal{F}(d)\), il en découle que les sections \(f_i\) génèrent \(\mathcal{F}(m)\).
Polynômes de Hilbert
Le lemme suivant sera englobé par le lemme plus général 0BEM.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(n \geq 0\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(\mathbf{P}^n_k\). La fonction \[d \longmapsto \chi(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(d))\] est un polynôme.
Démonstration
Nous procédons par récurrence sur \(n\). Si \(n = 0\), alors \(\mathbf{P}^n_k = \Spec(k)\) et \(\mathcal{F}(d) = \mathcal{F}\). Par conséquent, dans ce cas, la fonction est constante, c’est-à-dire un polynôme de degré \(0\). Supposons \(n > 0\). Par le lemme 08AB, on peut supposer que \(k\) est infini. Appliquons le lemme 08A0. En appliquant le lemme 08AA aux suites tordues \(0 \to \mathcal{F}(d - 1) \to \mathcal{F}(d) \to i_*\mathcal{G}(d) \to 0\), nous obtenons \[\chi(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(d)) - \chi(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(d - 1)) = \chi(H, \mathcal{G}(d))\] Voir la Remarque 0EGK. Comme \(H \cong \mathbf{P}^{n - 1}_k\) par induction, le côté droit est un polynôme. On conclut en observant que toute fonction \(f : \mathbf{Z} \to \mathbf{Z}\) ayant la propriété que l’application \(d \mapsto f(d) - f(d - 1)\) est un polynôme, est elle-même un polynôme. Nous omettons la preuve de ce fait (indication : comparer avec Algèbre, lemme 00JZ).
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(n \geq 0\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(\mathbf{P}^n_k\). La fonction \(d \mapsto \chi(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(d))\) est appelée le polynôme de Hilbert de \(\mathcal{F}\).
Le polynôme de Hilbert a des coefficients dans \(\mathbf{Q}\) et pas en général dans \(\mathbf{Z}\). Par exemple, le polynôme de Hilbert de \(\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_k}\) est \[d \longmapsto {d + n \choose n} = \frac{d^n}{n!} + \ldots\] Cela découle du lemme suivant et du fait que \[H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_k}(d)) = k[T_0, \ldots, T_n]_d\] (sa partie de degré \(d\)), dont la dimension sur \(k\) est \({d + n \choose n}\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(n \geq 0\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(\mathbf{P}^n_k\) avec le polynôme de Hilbert \(P \in \mathbf{Q}[t]\). Alors \[P(d) = \dim_k H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(d))\] pour tous les \(d \gg 0\).
Démonstration
Cela résulte de l’annulation de la cohomologie des tordus suffisamment élevés de \(\mathcal{F}\). Voir Cohomologie des schémas, lemme 01YS.
Bornitude des quotients
Dans cette sous-section, nous bornons la régularité des quotients d’un faisceau cohérent donné sur \(\mathbf{P}^n\) en termes du polynôme de Hilbert.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(n \geq 0\). Soit \(r \geq 1\). Soit \(P \in \mathbf{Q}[t]\). Il existe un entier \(m\) dépendant de \(n\), \(r\) et \(P\) ayant la propriété suivante : si \[0 \to \mathcal{K} \to \mathcal{O}^{\oplus r} \to \mathcal{F} \to 0\] est une suite exacte courte de faisceaux cohérents sur \(\mathbf{P}^n_k\) et \(\mathcal{F}\) a pour polynôme de Hilbert \(P\), alors \(\mathcal{K}\) est \(m\)-régulier.
Démonstration
Nous procédons par récurrence sur \(n\). Si \(n = 0\), alors \(\mathbf{P}^n_k = \Spec(k)\) et tout module cohérent est \(0\)-régulier et tout épimorphisme induit une surjection sur les sections globales. Supposons \(n > 0\). Considérons une suite exacte comme dans le lemme. Supposons que \(P' \in \mathbf{Q}[t]\) est le polynôme \(P'(t) = P(t) - P(t - 1)\). Supposons que \(m'\) soit l’entier qui fonctionne pour \(n - 1\), \(r\) et \(P'\). D’après les lemmes 08A4 et 08AB, nous pouvons remplacer \(k\) par une extension de corps, donc nous pouvons supposer que \(k\) est infini. Appliquons le lemme 08A0 au faisceau cohérent \(\mathcal{F}\). Le polynôme de Hilbert de \(\mathcal{F}' = i^*\mathcal{F}\) est \(P'\) (voir la preuve du lemme 08AC). Puisque \(i^*\) est exact à droite, nous voyons que \(\mathcal{F}'\) est un quotient de \(\mathcal{O}_H^{\oplus r} = i^*\mathcal{O}^{\oplus r}\). Ainsi, l’hypothèse d’induction s’applique à \(\mathcal{F}'\) sur \(H \cong \mathbf{P}^{n - 1}_k\) (lemme 089Z). Notons que l’application \(\mathcal{K}(-1) \to \mathcal{K}\) est injective comme \(\mathcal{K} \subset \mathcal{O}^{\oplus r}\) et a un conoyau \(i_*\mathcal{H}\) où \(\mathcal{H} = i^*\mathcal{K}\). Par le lemme du serpent (Homologie, lemme 010H) nous obtenons un diagramme commutatif avec des colonnes et des lignes exactes. \[\xymatrix{ & 0 \ar[d] & 0 \ar[d] & 0 \ar[d] \\ 0 \ar[r] & \mathcal{K}(-1) \ar[r] \ar[d] & \mathcal{O}^{\oplus r}(-1) \ar[r] \ar[d] & \mathcal{F}(-1) \ar[d] \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & \mathcal{K} \ar[r] \ar[d] & \mathcal{O}^{\oplus r} \ar[r] \ar[d] & \mathcal{F} \ar[d] \ar[r] & 0\\ 0 \ar[r] & i_*\mathcal{H} \ar[r] \ar[d] & i_*\mathcal{O}_H^{\oplus r} \ar[r] \ar[d] & i_*\mathcal{F}' \ar[r] \ar[d] & 0 \\ & 0 & 0 & 0 }\] Ainsi, l’hypothèse d’induction s’applique à la suite exacte \(0 \to \mathcal{H} \to \mathcal{O}_H^{\oplus r} \to \mathcal{F}' \to 0\) sur \(H \cong \mathbf{P}^{n - 1}_k\) (lemme 089Z) et \(\mathcal{H}\) est \(m'\)-régulier. Rappelons que cela implique que \(\mathcal{H}\) est \(d\)-régulier pour tous les \(d \geq m'\) (lemme 08A6).
Soient \(i \geq 2\) et \(d \geq m'\). Il découle de la suite exacte longue de cohomologie associée à la colonne de gauche du diagramme ci-dessus et de la annulation de \(H^{i - 1}(H, \mathcal{H}(d))\) que l’application \[H^i(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d - 1)) \longrightarrow H^i(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d))\] est injective. Comme ces groupes sont nuls pour \(d \gg 0\) (Cohomologie des Schémas, lemme 01YS), nous en concluons que \(H^i(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d))\) sont nuls pour tous les \(d \geq m'\) et \(i \geq 2\).
Nous devons encore contrôler \(H^1\). Tout d’abord, nous observons que toutes les applications \[H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(m' - 1)) \to H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(m')) \to H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(m' + 1)) \to \ldots\] sont surjectives en raison de l’annulation de \(H^1(H, \mathcal{H}(d))\) pour \(d \geq m'\). Supposons que \(d > m'\) soit tel que \[H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d - 1)) \longrightarrow H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d))\] est injective. Ensuite, \(H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d)) \to H^0(H, \mathcal{H}(d))\) est surjective. Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d)) \otimes_k H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}(1)) \ar[r] \ar[d] & H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d + 1)) \ar[d] \\ H^0(H, \mathcal{H}(d)) \otimes_k H^0(H, \mathcal{O}_H(1)) \ar[r] & H^0(H, \mathcal{H}(d + 1)) }\] D’après le lemme 08A7, nous voyons que la flèche horizontale du bas est surjective. Par conséquent, la flèche verticale de droite est surjective. Nous concluons que \[H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d)) \longrightarrow H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d + 1))\] est injective. Par induction, on voit que \[H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d - 1)) \to H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d)) \to H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d + 1)) \to \ldots\] sont toutes injectives et nous concluons que \(H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d - 1)) = 0\) en raison du fait que ces groupes finissent par s’annuler. Ainsi, les dimensions des groupes \(H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(d))\) pour \(d \geq m'\) diminuent strictement jusqu’à devenir nulles. Il s’ensuit que la régularité de \(\mathcal{K}\) est bornée par \(m' + \dim_k H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(m'))\). D’autre part, par la annulation des groupes de cohomologie supérieurs, nous avons \[\dim_k H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(m')) = - \chi(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(m')) + \dim_k H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(m'))\] Notons que le \(H^0\) a une dimension bornée par la dimension de \(H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}^{\oplus r}(m'))\) qui est au maximum \(r{n + m' \choose n}\) si \(m' > 0\) et zéro sinon. Enfin, le terme \(\chi(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{K}(m'))\) est égal à \(r{n + m' \choose n} - P(m')\). Cela donne une borne du type voulu et achève la démonstration du lemme.
Frobenius
Supposons que \(p\) soit un nombre premier. Si \(X\) est un schéma, alors nous disons que “ \(X\) a pour caractéristique \(p\) ”, ou que “ \(X\) est de caractéristique \(p\) ”, ou que “ \(X\) est en caractéristique \(p\) ” si \(p\) est nul dans \(\mathcal{O}_X\).
Définition
Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(X\) un schéma de caractéristique \(p\). Le Frobenius absolu de \(X\) est le morphisme \(F_X : X \to X\) donné par l’identité sur l’espace topologique sous-jacent et dont \(F_X^\sharp : \mathcal{O}_X \to \mathcal{O}_X\) est donné par \(g \mapsto g^p\).
Cela a du sens car pour tout anneau \(A\) de caractéristique \(p\), l’application \(F_A : A \to A\), \(a \mapsto a^p\) est un endomorphisme d’anneau qui induit l’identité sur \(\Spec(A)\). De plus, si \(A\) est local, alors \(F_A\) est un homomorphisme local. On voit ainsi que le Frobenius absolu de \(X\) est un endomorphisme de \(X\) dans la catégorie des schémas. Il s’avère que le Frobenius absolu définit un endomorphisme du foncteur identité sur la catégorie des schémas en caractéristique \(p\).
Lemme
Supposons que \(p > 0\) soit un nombre premier. Supposons que \(f : X \to Y\) soit un morphisme de schémas en caractéristique \(p\). Alors le diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d]_f \ar[r]_{F_X} & X \ar[d]^f \\ Y \ar[r]^{F_Y} & Y }\] est commutatif.
Démonstration
Cela découle du fait algébrique trivial suivant : si \(\varphi : A \to B\) est un homomorphisme d’anneaux de caractéristique \(p\), alors \(\varphi(a^p) = \varphi(a)^p\).
Lemme
Supposons que \(p > 0\) soit un nombre premier. Supposons que \(X\) soit un schéma en caractéristique \(p\). Alors le Frobenius absolu \(F_X : X \to X\) est un homéomorphisme universel, est intégral, et induit des extensions purement inséparables des corps résiduels.
Démonstration
Cela découle des résultats correspondants pour l’endomorphisme de Frobenius \(F_A : A \to A\) d’un anneau \(A\) de caractéristique \(p > 0\). Voir la discussion dans Algèbre, section 0BR5, par exemple le lemme 0BRA.
Si nous travaillons avec des schémas sur une base fixe, alors il existe une version relative du morphisme de Frobenius.
Définition
Supposons que \(p > 0\) soit un nombre premier. Supposons que \(S\) soit un schéma en caractéristique \(p\). Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(S\). Nous définissons \[X^{(p)} = X^{(p/S)} = X \times_{S, F_S} S\] vu comme un schéma sur \(S\). En appliquant le lemme 0CC7, nous voyons qu’il existe un unique morphisme \(F_{X/S} : X \longrightarrow X^{(p)}\) sur \(S\) s’insérant dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rr]_{F_{X/S}} \ar[rrd] \ar@/^1em/[rrrr]^{F_X} & & X^{(p)} \ar[rr] \ar[d] & & X \ar[d] \\ & & S \ar[rr]^{F_S} & & S }\] où le carré de droite est cartésien. Le morphisme \(F_{X/S}\) est appelé le morphisme de Frobenius relatif de \(X/S\).
Remarquez que \(X \mapsto X^{(p)}\) est un foncteur ; c’est le foncteur de changement de base pour le morphisme de Frobenius absolu \(F_S : S \to S\). Nous obtenons les analogues des lemmes précédents pour le morphisme de Frobenius relatif.
Lemme
Supposons que \(p > 0\) soit un nombre premier. Supposons que \(S\) soit un schéma en caractéristique \(p\). Supposons que \(f : X \to Y\) soit un morphisme de schémas sur \(S\). Alors le diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d]_f \ar[r]_{F_{X/S}} & X^{(p)} \ar[d]^{f^{(p)}} \\ Y \ar[r]^{F_{Y/S}} & Y^{(p)} }\] est commutatif.
Démonstration
Cela découle du lemme 0CC7 et des définitions.
Lemme
Supposons que \(p > 0\) soit un nombre premier. Supposons que \(S\) soit un schéma en caractéristique \(p\). Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(S\). Alors le Frobenius relatif \(F_{X/S} : X \to X^{(p)}\) est un homéomorphisme universel, est intégral, et induit des extensions purement inséparables des corps résiduels.
Démonstration
D’après le lemme 0CC8, les morphismes \(F_X : X \to X\) et le changement de base \(h : X^{(p)} \to X\) de \(F_S\) sont des homéomorphismes universels. Puisque \(h \circ F_{X/S} = F_X\), nous concluons que \(F_{X/S}\) est un homéomorphisme universel (Morphismes, lemme 0H2M). D’après les lemmes 04DF et 01S4 de Morphismes, nous concluons que \(F_{X/S}\) possède également les autres propriétés.
Lemme
Supposons que \(p > 0\) soit un nombre premier. Supposons que \(S\) soit un schéma en caractéristique \(p\). Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(S\). Alors \(\Omega_{X/S} = \Omega_{X/X^{(p)}}\).
Démonstration
Cela se traduit par le fait algébrique suivant. Supposons que \(A \to B\) soit un homomorphisme d’anneaux de caractéristique \(p\). Posons \(B' = B \otimes_{A, F_A} A\) et considérons l’homomorphisme d’anneaux \(F_{B/A} : B' \to B\), \(b \otimes a \mapsto b^pa\). Alors notre assertion est que \(\Omega_{B/A} = \Omega_{B/B'}\). En effet, \(\text{d}(b^pa) = 0\) si \(\text{d} : B \to \Omega_{B/A}\) est la dérivation universelle et donc \(\text{d}\) est une dérivation \(B'\).
Lemme
Supposons que \(p > 0\) soit un nombre premier. Supposons que \(S\) soit un schéma en caractéristique \(p\). Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(S\). Si \(X \to S\) est localement de type fini, alors \(F_{X/S}\) est fini.
Démonstration
Cela se traduit par le fait algébrique suivant. Supposons que \(A \to B\) soit un homomorphisme de type fini d’anneaux de caractéristique \(p\). Posons \(B' = B \otimes_{A, F_A} A\) et considérons l’homomorphisme d’anneaux \(F_{B/A} : B' \to B\), \(b \otimes a \mapsto b^pa\). Alors notre assertion est que \(F_{B/A}\) est fini. En effet, si \(x_1, \ldots, x_n \in B\) sont des générateurs sur \(A\), alors \(x_i\) est intégral sur \(B'\) parce que \(x_i^p = F_{B/A}(x_i \otimes 1)\). Par conséquent, \(F_{B/A} : B' \to B\) est fini d’après le lemme d’Algèbre 02JJ.
Lemme
Supposons que \(k\) soit un corps de caractéristique \(p > 0\). Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(k\). Alors \(X\) est géométriquement réduit si et seulement si \(X^{(p)}\) est réduit.
Démonstration
Considérons le Frobenius absolu \(F_k : k \to k\). Alors \(F_k(k) = k^p\), en d’autres termes, \(F_k : k \to k\) est s’identifie à l’inclusion de \(k\) dans \(k^{1/p}\). Ainsi, le lemme découle du lemme 035X.
Lemme
Supposons que \(k\) soit un corps de caractéristique \(p > 0\). Supposons que \(X\) soit une variété sur \(k\). Les énoncés suivants sont équivalents
\(X^{(p)}\) est réduit,
\(X\) est géométriquement réduit,
il y a un ouvert non vide \(U \subset X\) lisse sur \(k\).
Dans ce cas, \(X^{(p)}\) est une variété sur \(k\) et \(F_{X/k} : X \to X^{(p)}\) est un morphisme dominant fini de degré \(p^{\dim(X)}\).
Démonstration
L’équivalence de (1) et (2) résulte du lemme 0CCE. Nous avons vu dans le lemme 056V que (2) implique (3). Si (3) est vrai, alors \(U\) est géométriquement réduit (voir par exemple le lemme 038X) et donc \(X\) est géométriquement réduit par le lemme 04KS. On voit ainsi que (1), (2) et (3) sont équivalents.
Supposons que (1), (2) et (3) soient vérifiés. Puisque \(F_{X/k}\) est un homéomorphisme (lemme 0CCB), on voit que \(X^{(p)}\) est une variété. Ensuite, \(F_{X/k}\) est fini par le lemme 0CCD. Il est dominant car il est surjectif. Pour calculer le degré (Morphismes, définition 02NY), il suffit de calculer le degré de \(F_{U/k} : U \to U^{(p)}\) (comme \(F_{U/k} = F_{X/k}|_U\) par le lemme 0CCA). Après avoir réduit un peu \(U\), nous pouvons supposer qu’il existe un morphisme étale \(h : U \to \mathbf{A}^n_k\), voir Morphismes, lemme 054L. On a nécessairement \(n = \dim(U)\) parce que \(\mathbf{A}^n_k \to \Spec(k)\) est lisse de dimension relative \(n\), le morphisme étale \(h\) est lisse de dimension relative \(0\), et \(U \to \Spec(k)\) est lisse de dimension relative \(\dim(U)\) et les dimensions relatives s’additionnent correctement (Morphismes, lemme 02NL). Remarquons que \(h\) est un morphisme génériquement fini et dominant de variétés, et donc \(\deg(h)\) est défini. D’après le lemme 0CCA, nous avons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[rr]_{F_{X/k}} \ar[d]_h & & U^{(p)} \ar[d]^{h^{(p)}} \\ \mathbf{A}^n_k \ar[rr]^{F_{\mathbf{A}^n_k/k}} & & (\mathbf{A}^n_k)^{(p)} }\] Puisque \(h^{(p)}\) est un changement de base de \(h\), il est également étale et il s’ensuit que \(h^{(p)}\) est également un morphisme dominant génériquement fini de variétés. Le degré de \(h^{(p)}\) est le degré de l’extension \(k(X^{(p)})/k((\mathbf{A}^n_k)^{(p)})\), qui est le même que le degré de l’extension \(k(X)/k(\mathbf{A}^n_k)\) parce que \(h^{(p)}\) est le changement de base de \(h\) (un détail technique est omis). Par la multiplicativité des degrés (Morphismes, lemme 02NZ), il suffit de montrer que le degré de \(F_{\mathbf{A}^n_k/k}\) est \(p^n\). Pour le voir, observons que \((\mathbf{A}^n_k)^{(p)} = \mathbf{A}^n_k\) et que \(F_{\mathbf{A}^n_k/k}\) est donné par l’application qui envoie les coordonnées sur leurs puissances \(p\).
Remarque
Supposons que \(p > 0\) soit un nombre premier. Supposons que \(S\) soit un schéma en caractéristique \(p\). Supposons que \(X\) soit un schéma sur \(S\). Pour \(n \geq 1\) \[X^{(p^n)} = X^{(p^n/S)} = X \times_{S, F_S^n} S\] considéré comme un schéma sur \(S\). Observons que \(X \mapsto X^{(p^n)}\) est un foncteur. En appliquant le lemme 0CC7, on voit que \(F_{X/S, n} = (F_X^n, \text{id}_S) : X \longrightarrow X^{(p^n)}\) est un morphisme sur \(S\) s’insérant dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rr]_{F_{X/S, n}} \ar[rrd] \ar@/^1em/[rrrr]^{F_X^n} & & X^{(p^n)} \ar[rr] \ar[d] & & X \ar[d] \\ & & S \ar[rr]^{F_S^n} & & S }\] où le carré de droite est cartésien. Le morphisme \(F_{X/S, n}\) est parfois appelé le morphisme de Frobenius relatif itéré \(n\) fois de \(X/S\) . Cela a du sens car nous avons la formule \[F_{X/S, n} = F_{X^{(p^{n - 1})}/S} \circ \ldots \circ F_{X^{(p)}/S} \circ F_{X/S}\] ce qui montre que \(F_{X/S, n}\) est la composition de \(n\) morphismes de Frobenius relatifs. Puisque nous avons \[F_{X^{(p^m)}/S} = F_{X^{(p^{m - 1})}/S}^{(p)} = \ldots = F_{X/S}^{(p^m)}\] (détails omis) nous obtenons également que \[F_{X/S, n} = F_{X/S}^{(p^{n - 1})} \circ \ldots \circ F_{X/S}^{(p)} \circ F_{X/S}\]
Recollement d’anneaux de dimension un
Cette section contient quelques préliminaires algébriques pour démontrer qu’un ensemble fini de points de codimension \(1\) d’un schéma séparé est contenu dans un ouvert affine.
Situation
On se donne un diagramme commutatif d’anneaux \[\xymatrix{ A \ar[r] & K \\ R \ar[u] \ar[r] & B \ar[u] }\] où \(K\) est un corps et \(A\), \(B\) sont des sous-anneaux de \(K\) avec le corps des fractions \(K\). Enfin, \(R = A \times_K B = A \cap B\).
Lemme
Dans la situation 09MY, supposons que \(B\) soit un anneau de valuation. Alors pour chaque élément inversible \(u\) de \(A\), soit \(u \in R\) soit \(u^{-1} \in R\).
Démonstration
En effet, si l’image \(c\) de \(u\) dans \(K\) est dans \(B\), alors \(u \in R\). Sinon, \(c^{-1} \in B\) (Algèbre, lemme 00IB) et \(u^{-1} \in R\).
Le lemme suivant explique la signification de la condition “ \(A \otimes B \to K\) est surjective ” qui revient assez souvent dans ce qui suit.
Lemme
Dans la situation 09MY, supposons que \(A\) soit un anneau noethérien de dimension \(1\). Les assertions suivantes sont équivalentes
\(A \otimes B \to K\) n’est pas surjective,
il existe un anneau de valuation discrète \(\mathcal{O} \subset K\) contenant à la fois \(A\) et \(B\).
Démonstration
Il est clair que (2) implique (1). D’autre part, si \(A \otimes B \to K\) n’est pas surjective, alors l’image \(C \subset K\) n’est pas un corps, donc \(C\) possède un idéal maximal non nul \(\mathfrak m\). Choisissons un anneau de valuation \(\mathcal{O} \subset K\) dominant \(C_\mathfrak m\). D’après le lemme d’Algèbre 00PG appliqué à \(A \subset \mathcal{O}\), l’anneau \(\mathcal{O}\) est noethérien. Par conséquent, \(\mathcal{O}\) est un anneau de valuation discrète d’après le lemme d’Algèbre 00II.
Lemme
Dans la situation 09MY, supposons
\(A\) est un anneau intègre semi-local noethérien de dimension \(1\),
\(B\) est un anneau de valuation discrète,
Alors nous avons les deux possibilités suivantes
Si \(A^*\) n’est pas contenu dans \(R\), alors \(\Spec(A) \to \Spec(R)\) et \(\Spec(B) \to \Spec(R)\) sont des immersions ouvertes recouvrant \(\Spec(R)\) et \(K = A \otimes_R B\).
Si \(A^*\) est contenu dans \(R\), alors \(B\) domine l’un des anneaux locaux de \(A\) en un idéal maximal et \(A \otimes B \to K\) n’est pas surjectif.
Démonstration
L’hypothèse (a) implique qu’il existe une unité \(u\) de \(A\) dont l’image dans \(K\) appartienne à l’idéal maximal de \(B\). Alors \(u\) est un non-diviseur de zéro de \(R\) et pour chaque \(a \in A\) il existe un \(n\) tel que \(u^n a \in R\). Il s’ensuit que \(A = R_u\).
Supposons que \(\mathfrak m_A\) soit le radical de Jacobson de \(A\). Supposons que \(x \in \mathfrak m_A\) soit un élément non nul. Puisque \(\dim(A) = 1\), on voit que \(K = A_x\). Après avoir remplacé \(x\) par \(x^n u^m\) pour certains \(n \geq 1\) et \(m \in \mathbf{Z}\), on peut supposer que l’image de \(x\) soit une unité de \(B\). Pour chaque \(b \in B\), le produit \(x^nb\) appartient à l’image de \(R\) pour un entier \(n\) convenable. Ainsi \(B = R_x\).
Soit \(z \in R\). Si \(z \not \in \mathfrak m_A\) et si l’image de \(z\) n’appartient pas à \(\mathfrak m_B\), alors \(z\) est inversible. Ainsi, \(x + u\) est inversible dans \(R\). Par conséquent, \(\Spec(R) = D(x) \cup D(u)\). Nous avons vu ci-dessus que \(D(u) = \Spec(A)\) et \(D(x) = \Spec(B)\).
Cas (b). Si \(x \in \mathfrak m_A\), alors \(1 + x\) est une unité et donc \(1 + x \in R\), c’est-à-dire \(x \in R\). Ainsi, on voit que \(\mathfrak m_A \subset R \subset A\). En fait, dans ce cas, \(A\) est intégral sur \(R\). En effet, écrivons \(A/\mathfrak m_A = \kappa_1 \times \ldots \times \kappa_n\) comme un produit de corps. Disons que \(x = (c_1, \ldots, c_r, 0, \ldots, 0)\) est un élément avec \(c_i \not = 0\). Alors \[x^2 - x(c_1, \ldots, c_r, 1, \ldots, 1) = 0\] Puisque \(R\) contient toutes les unités, on voit que \(A/\mathfrak m_A\) est intégral sur l’image de \(R\) en lui, et donc \(A\) est intégral sur \(R\). Il s’ensuit que \(R \subset A \subset B\) comme \(B\) est intégralement clos. De plus, si \(x \in \mathfrak m_A\) est non nul, alors \(K = A_x = \bigcup x^{-n}A = \bigcup x^{-n}R\). Par conséquent \(x^{-1} \not \in B\), c’est-à-dire \(x \in \mathfrak m_B\). Nous concluons \(\mathfrak m_A \subset \mathfrak m_B\). Ainsi, \(A \cap \mathfrak m_B\) est un idéal maximal de \(A\), ce qui achève la démonstration.
Lemme
Supposons que \(B\) soit un anneau intègre noethérien semi-local de dimension \(1\). Soit \(B'\) la clôture intégrale de \(B\) dans son corps des fractions. Alors \(B'\) est un anneau de Dedekind semi-local. Supposons que \(x\) soit un élément non nul du radical de Jacobson de \(B'\). Alors pour chaque \(y \in B'\) il existe un \(n\) tel que \(x^n y \in B\).
Démonstration
Supposons que \(\mathfrak m_B\) soit le radical de Jacobson de \(B\). La structure de \(B'\) résulte de l’Algèbre, lemme 09IG. Étant donné \(x, y \in B'\) comme dans l’énoncé du lemme, considérons le sous-anneau \(B \subset A \subset B'\) engendré par \(x\) et \(y\). Alors \(A\) est fini sur \(B\) (Algèbre, lemme 02JJ). Puisque le corps des fractions de \(B\) et \(A\) est le même, nous voyons que le module fini \(A/B\) a son support dans l’ensemble des points fermés de \(B\). Ainsi \(\mathfrak m_B^n A \subset B\) pour un \(n\) approprié. De plus, \(\Spec(B') \to \Spec(A)\) est surjectif (Algèbre, lemme 00GQ), donc \(A\) est également semi-local. Il en découle également que \(x\) est dans le radical de Jacobson \(\mathfrak m_A\) de \(A\). Notons que \(\mathfrak m_A = \sqrt{\mathfrak m_B A}\). Ainsi \(x^m y \in \mathfrak m_B A\) pour un certain \(m\). Puis \(x^{nm} y \in B\).
Lemme
Dans la situation 09MY, supposons
\(A\) est un anneau intègre semi-local noethérien de dimension \(1\),
\(B\) est un anneau intègre semi-local noethérien de dimension \(1\),
\(A \otimes B \to K\) est surjectif.
Alors \(\Spec(A) \to \Spec(R)\) et \(\Spec(B) \to \Spec(R)\) sont des immersions ouvertes couvrant \(\Spec(R)\) et \(K = A \otimes_R B\).
Démonstration
Cas particulier : \(B\) est intégralement clos dans \(K\). Cela signifie que \(B\) est un anneau de Dedekind (Algèbre, lemme 034X) d’où toutes ses localisations en des idéaux maximaux sont des anneaux de valuation discrète. Soient \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_r\) les idéaux maximaux de \(B\). Posons \[R_1 = A \times_K B_{\mathfrak m_1}\] En observant que \(A \otimes_{R_1} B_{\mathfrak m_1} \to K\) est surjectif, nous concluons d’après le lemme 09N1 que \(A\) et \(B_{\mathfrak m_1}\) définissent des sous-schémas ouverts couvrant \(\Spec(R_1)\) et que \(K = A \otimes_{R_1} B_{\mathfrak m_1}\). En particulier, \(R_1\) est un anneau noethérien semi-local de dimension \(1\). Par induction, nous définissons \[R_{i + 1} = R_i \times_K B_{\mathfrak m_{i + 1}}\] pour \(i = 1, \ldots, r - 1\). Observons que \(R = R_r\) parce que \(B = B_{\mathfrak m_1} \cap \ldots \cap B_{\mathfrak m_r}\) (voir Algèbre, lemme 031T). Il découle de la procédure inductive que \(R \to A\) définit une immersion ouverte \(\Spec(A) \to \Spec(R)\). D’autre part, les idéaux maximaux \(\mathfrak n_i\) de \(R\) ne se trouvant pas dans cet ouvert correspondent aux idéaux maximaux \(\mathfrak m_i\) de \(B\) et en fait le homomorphisme d’anneaux \(R \to B\) définit un isomorphisme \(R_{\mathfrak n_i} \to B_{\mathfrak m_i}\) (détails omis ; indication : à chaque étape nous avons ajouté exactement un idéal maximal à \(\Spec(R_i)\)). Il s’ensuit que \(\Spec(B) \to \Spec(R)\) est une immersion ouverte, comme annoncé.
Cas général. Soit \(B' \subset K\) la clôture intégrale de \(B\). Voir le lemme 09N2. Alors le cas particulier s’applique à \(R' = A \times_K B'\). Choisissons \(x \in R'\) qui n’appartient à aucun des idéaux maximaux de \(A\) et appartient à tous les idéaux maximaux de \(B'\) (voir Algèbre, lemme 00DT). D’après le lemme 09N2, il existe un entier \(n\) tel que \(x^n \in R = A \times_K B\). Remplaçons \(x\) par \(x^n\) afin que \(x \in R\). Pour tout \(y \in R'\), il existe un entier \(n\) tel que \(x^n y \in R\). D’autre part, il est clair que \(R'_x = A\). Ainsi \(R_x = A\). En échangeant les rôles de \(A\) et de \(B\), on trouve aussi un \(y \in R\) tel que \(B = R_y\). Remarquons qu’en inversant à la fois \(x\) et \(y\), il ne reste aucun idéal premier hormis \((0)\). Ainsi \(K = R_{xy} = R_x \otimes_R R_y\). Ceci achève la démonstration.
Lemme
Soit \(K\) un corps. Soient \(A_1, \ldots, A_r \subset K\) des anneaux semi-locaux noethériens de dimension \(1\) et de corps des fractions \(K\). Si \(A_i \otimes A_j \to K\) est surjectif pour tous \(i \not = j\), alors il existe un anneau intègre semi-local noethérien \(A \subset K\) de dimension \(1\), contenu dans \(A_1, \ldots, A_r\), tel que
\(A \to A_i\) induit une immersion ouverte \(j_i : \Spec(A_i) \to \Spec(A)\),
\(\Spec(A)\) est la réunion des ouverts \(j_i(\Spec(A_i))\),
chaque point fermé de \(\Spec(A)\) appartient à exactement un de ces ouverts.
Démonstration
On peut en effet prendre \(A = A_1 \cap \ldots \cap A_r\). Remarquons d’abord que (3), une fois (1) et (2) démontrés, résulte de l’hypothèse suivant laquelle \(A_i \otimes A_j \to K\) est surjectif : en effet, si \(\mathfrak m \in j_i(\Spec(A_i)) \cap j_j(\Spec(A_j))\), alors \(A_i \otimes A_j \to K\) se factorise par \(A_\mathfrak m\). Pour démontrer (1) et (2), raisonnons par récurrence sur \(r\). Si \(r > 1\), l’hypothèse de récurrence donne (1) et (2) pour \(B = A_2 \cap \ldots \cap A_r\). Le lemme 09N3 montre alors qu’ils valent pour \(A = A_1 \cap B\).
Lemme
Soit \(A\) un anneau intègre de corps des fractions \(K\). Soient \(B_1, \ldots, B_r \subset K\) des anneaux intègres semi-locaux noethériens de dimension \(1\) dont les corps des fractions sont égaux à \(K\). Si \(A \otimes B_i \to K\) est surjectif pour \(i = 1, \ldots, r\), alors il existe un \(x \in A\) tel que \(x^{-1}\) appartienne au radical de Jacobson de \(B_i\) pour \(i = 1, \ldots, r\).
Démonstration
Notons \(B_i'\) la clôture intégrale de \(B_i\) dans \(K\). Supposons qu’il existe un \(x \in A\) non nul tel que \(x^{-1}\) appartienne au radical de Jacobson de \(B'_i\) pour \(i = 1, \ldots, r\). Alors, d’après le lemme 09N2, quitte à remplacer \(x\) par une puissance, on obtient \(x^{-1} \in B_i\). Comme \(\Spec(B'_i) \to \Spec(B_i)\) est surjectif, il en résulte que \(x^{-1}\) appartient aussi au radical de Jacobson de \(B_i\). On peut donc supposer que chaque \(B_i\) est un anneau de Dedekind semi-local.
Si \(B_i\) n’est pas local, supprimons \(B_i\) de la liste et remplaçons-le par la famille finie d’anneaux locaux \((B_i)_\mathfrak m\). On peut ainsi supposer que \(B_i\) est un anneau de valuation discrète pour \(i = 1, \ldots, r\).
Soient \(v_i : K \to \mathbf{Z}\), \(i = 1, \ldots, r\), les valuations discrètes correspondantes (voir Algèbre, lemme 034X). Nous cherchons un \(x \in A\) non nul tel que \(v_i(x) < 0\) pour \(i = 1, \ldots, r\). Nous allons procéder par récurrence sur \(r\).
Si \(r = 1\) et si l’assertion est fausse, alors \(A \subset B\) et le morphisme \(A \otimes B \to K\) n’est pas surjectif, ce qui est contradictoire.
Si \(r > 1\), l’hypothèse de récurrence fournit un \(x \in A\) non nul tel que \(v_i(x) < 0\) pour \(i = 1, \ldots, r - 1\). Si \(v_r(x) < 0\), le résultat est acquis; on peut donc supposer que \(v_r(x) \geq 0\). Le cas initial fournit un \(y \in A\) non nul tel que \(v_r(y) < 0\). Quitte à remplacer \(x\) par une puissance, on peut supposer que \(v_i(x) < v_i(y)\) pour \(i = 1, \ldots, r - 1\). Alors \(x + y\) est l’élément recherché.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local noethérien de dimension \(1\). Soit \(L = \prod A_\mathfrak p\), le produit portant sur les idéaux premiers minimaux de \(A\). Soient \(a_1, a_2 \in \mathfrak m_A\) ayant même image dans \(L\). Alors \(a_1^n = a_2^n\) pour un certain \(n > 0\).
Démonstration
Écrivons \(a_1 = a_2 + x\). Alors \(x\) a une image nulle dans \(L\). Par conséquent, \(x\) est un élément nilpotent de \(A\), car \(\bigcap \mathfrak p\) est le radical de \((0)\), et l’annulateur \(I\) de \(x\) contient une puissance de l’idéal maximal, puisque \(\mathfrak p \not \in V(I)\) pour tout idéal premier minimal. Écrivons \(x^k = 0\) et \(\mathfrak m^n \subset I\). Alors \[a_1^{k + n} = a_2^{k + n} + {n + k \choose 1} a_2^{n + k - 1} x + {n + k \choose 2} a_2^{n + k - 2} x^2 + \ldots + {n + k \choose k - 1} a_2^{n + 1} x^{k - 1} = a_2^{n + k}\] car \(a_2 \in \mathfrak m_A\).
Lemme
Soit \(A\) un anneau local noethérien de dimension \(1\). Soient \(L = \prod A_\mathfrak p\) et \(I = \bigcap \mathfrak p\), le produit et l’intersection portant sur les idéaux premiers minimaux de \(A\). Soit \(f \in L\) un élément de la forme \(f = i + a\), où \(a \in \mathfrak m_A\) et \(i \in IL\). Alors une puissance de \(f\) appartient à l’image de \(A \to L\).
Démonstration
Comme \(A\) est noethérien, on a \(I^t = 0\) pour un certain \(t > 0\). Supposons que \(f = a + i\) avec \(i \in I^kL\). Alors \(f^n = a^n + na^{n - 1}i \bmod I^{k + 1}L\). Il suffit donc de montrer que \(na^{n - 1}i\) appartient à l’image de \(I^k \to I^kL\) pour un certain \(n \gg 0\). Pour cela, choisissons un \(g \in A\) tel que \(\mathfrak m_A = \sqrt{(g)}\) (Algèbre, lemme 00KK). Alors \(L = A_g\), par exemple d’après Algèbre, proposition 00KJ. D’autre part, il existe un \(n\) tel que \(a^n \in (g)\). On peut donc chasser les dénominateurs des éléments de \(L\) en multipliant par une puissance suffisamment grande de \(a\).
Lemme
Soit \(A\) un anneau local noethérien de dimension \(1\). Soit \(L = \prod A_\mathfrak p\), le produit portant sur les idéaux premiers minimaux de \(A\). Soit \(K \to L\) un homomorphisme d’anneaux entier. Alors il existe \(a \in \mathfrak m_A\) et \(x \in K\) ayant même image dans \(L\) et tels que \(\mathfrak m_A = \sqrt{(a)}\).
Démonstration
D’après le lemme 0AB3, on peut remplacer \(A\) par \(A/(\bigcap \mathfrak p)\) et supposer que \(A\) est un anneau réduit (certains détails sont omis). On peut aussi remplacer \(K\) par l’image de \(K \to L\). Alors \(K\) est un anneau réduit. Le morphisme \(\Spec(L) \to \Spec(K)\) est surjectif et fermé (détails omis). Ainsi, \(\Spec(K)\) est un espace fini discret. Il en résulte que \(K\) est un produit fini de corps.
Soient \(\mathfrak p_j\), \(j = 1, \ldots, m\), les idéaux premiers minimaux de \(A\). Notons \(L_j\) le corps des fractions de \(A_j\), de sorte que \(L = \prod_{j = 1, \ldots, m} L_j\). Soit \(A_j\) la normalisation de \(A/\mathfrak p_j\). Alors \(A_j\) est un anneau de Dedekind semi-local possédant au moins un idéal maximal; voir Algèbre, lemme 09IG. Soit \(n\) la somme des nombres d’idéaux maximaux de \(A_1, \ldots, A_m\). Pour chaque idéal maximal \(\mathfrak m \subset A_j\) de ce type, considérons l’application \[v_{\mathfrak m} : L \to L_j \to \mathbf{Z} \cup \{\infty\}\] où la seconde flèche est la valuation discrète associée à l’anneau de valuation discrète \((A_j)_{\mathfrak m}\), prolongée en envoyant \(0\) sur \(\infty\). On obtient ainsi \(n\) applications \(v_1, \ldots, v_n : L \to \mathbf{Z} \cup \{\infty\}\). Nous allons trouver un élément \(x \in K\) tel que \(v_i(x) < 0\) pour tout \(i = 1, \ldots, n\).
Affirmons d’abord que, pour chaque \(i\), il existe un élément \(x \in K\) tel que \(v_i(x) < 0\). Supposons en effet que \(v_i\) corresponde à \(\mathfrak m \subset A_j\). Si \(v_i(x) \geq 0\) pour tout \(x \in K\), alors \(K\) s’envoie dans \((A_j)_{\mathfrak m}\) à l’intérieur du corps des fractions \(L_j\) de \(A_j\). L’image de \(K\) dans \(L_j\) est un corps sur lequel \(L_j\) est algébrique, d’après Algèbre, lemme 00GR. Avec ce qui précède, cela contredit Algèbre, lemme 0AAV.
Supposons avoir trouvé un élément \(x \in K\) tel que \(v_1(x) < 0, \ldots, v_r(x) < 0\) pour un certain \(r < n\). Si \(v_{r + 1}(x) < 0\), alors \(x\) convient pour \(r + 1\). Sinon, choisissons un \(y \in K\) tel que \(v_{r + 1}(y) < 0\), ce qui est possible par le paragraphe précédent. Après avoir remplacé \(x\) par \(x^n\) pour un certain \(n > 0\), on peut supposer que \(v_i(x) < v_i(y)\) pour \(i = 1, \ldots, r\). Alors \(v_j(x + y) = v_j(x) < 0\) pour \(j = 1, \ldots, r\), par les propriétés des valuations, et de même \(v_{r + 1}(x + y) = v_{r + 1}(y) < 0\). En raisonnant par récurrence, on trouve \(x \in K\) tel que \(v_i(x) < 0\) pour \(i = 1, \ldots, n\).
En particulier, l’élément \(x \in K\) a une projection non nulle dans chaque facteur de \(K\) (rappelons que \(K\) est un produit fini de corps et que, si une composante de \(x\) était nulle, l’une des valeurs \(v_i(x)\) serait égale à \(\infty\)). Ainsi, \(x\) est inversible, et \(x^{-1} \in K\) est un élément tel que \(\infty > v_i(x^{-1}) > 0\) pour tout \(i\). Il résulte du lemme 09N2 que, pour un certain \(e < 0\), l’élément \(x^e \in K\) s’envoie sur un élément de \(\mathfrak m_A/\mathfrak p_j \subset A/\mathfrak p_j\) pour tout \(j = 1, \ldots, m\). Remarquons que le conoyau de l’application \(\mathfrak m_A \to \prod \mathfrak m_A/\mathfrak p_j\) est annulé par une puissance de \(\mathfrak m_A\). Ainsi, quitte à remplacer \(e\) par un \(e\) plus négatif, on trouve un élément \(a \in \mathfrak m_A\) dont l’image dans \(\mathfrak m_A/\mathfrak p_j\) est égale à l’image de \(x^e\). La paire \((a, x^e)\) satisfait les conclusions du lemme.
Lemme
Soit \(A\) un anneau. Soient \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_r\) un ensemble fini d’idéaux premiers de \(A\). Posons \(S = A \setminus \bigcup \mathfrak p_i\). Alors \(S\) est un système multiplicatif et \(S^{-1}A\) est un anneau semi-local dont les idéaux maximaux correspondent aux éléments maximaux de l’ensemble \(\{\mathfrak p_i\}\).
Démonstration
Si \(a, b \in A\) et \(a, b \in S\), alors \(a, b \not \in \mathfrak p_i\), donc \(ab \not \in \mathfrak p_i\), et par suite \(ab \in S\). De plus, \(1 \in S\). Ainsi, \(S\) est une partie multiplicative de \(A\). D’après la description de \(\Spec(S^{-1}A)\) donnée dans Algèbre, lemme 00E3, et d’après Algèbre, lemme 00DS, les idéaux premiers de \(S^{-1}A\) correspondent aux idéaux premiers de \(A\) contenus dans l’un des \(\mathfrak p_i\). Les idéaux maximaux de \(S^{-1}A\) correspondent donc bijectivement aux éléments maximaux (pour l’inclusion) parmi les éléments de l’ensemble \(\{\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_r\}\).
Schémas noethériens de dimension un
Le résultat principal de cette section affirme qu’un schéma noethérien séparé de dimension \(1\) possède un faisceau inversible ample. Voir la proposition 09NZ.
Lemme
Soit \(X\) un schéma dont tous les anneaux locaux sont noethériens de dimension \(\leq 1\). Soit \(U \subset X\) un ouvert rétrocompact. Notons \(j : U \to X\) le morphisme d’inclusion. Alors \(R^pj_*\mathcal{F} = 0\), \(p > 0\) pour tout \(\mathcal{O}_U\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{F}\).
Démonstration
Il suffit de vérifier l’annulation de \(R^pj_*\mathcal{F}\) sur les germes. La formation de \(R^qj_*\) commute au changement de base plat; voir Cohomologie des schémas, lemme 02KH. On peut donc supposer que \(X\) est le spectre d’un anneau local noethérien de dimension \(\leq 1\). Dans ce cas, \(X\) possède un point fermé \(x\) et un nombre fini d’autres points \(x_1, \ldots, x_n\) qui se spécialisent en \(x\), mais non les uns dans les autres (voir Algèbre, lemme 00FR). Si \(x \in U\), alors \(U = X\) et le résultat est clair. Sinon, \(U = \{x_1, \ldots, x_r\}\) pour un certain \(r\), après avoir éventuellement renuméroté les points. Alors \(U\) est affine (Schémas, lemme 02O0). Le résultat découle donc de Cohomologie des schémas, lemme 01XC.
Lemme
Soit \(X\) un schéma affine dont tous les anneaux locaux sont noethériens de dimension \(\leq 1\). Alors tout ouvert quasi-compact \(U \subset X\) est affine.
Démonstration
Notons \(j : U \to X\) le morphisme d’inclusion. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_U\)-module quasi-cohérent. D’après le lemme 09N8, les images directes supérieures \(R^pj_*\mathcal{F}\) sont nulles. Le \(\mathcal{O}_X\)-module \(j_*\mathcal{F}\) est quasi-cohérent (Schémas, lemme 01LC). Ses groupes de cohomologie supérieurs sont donc nuls d’après Cohomologie des schémas, lemme 01XB. La suite spectrale de Leray Cohomologie, lemme 01F4, donne \(H^p(U, \mathcal{F}) = 0\) pour tout \(p > 0\). Ainsi, \(U\) est affine, par exemple d’après Cohomologie des schémas, lemme 01XF.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Soit \(U \subset X\) un ouvert. Supposons que
\(U\) soit un ouvert rétrocompact de \(X\),
\(X \setminus U\) soit discret, et
pour \(x \in X \setminus U\), l’anneau local \(\mathcal{O}_{X, x}\) soit noethérien de dimension \(\leq 1\).
Alors (1) il existe un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible \(\mathcal{L}\) et une section \(s\) tels que \(U = X_s\), et (2) le morphisme \(\Pic(X) \to \Pic(U)\) est surjectif.
Démonstration
Écrivons \(X \setminus U = \{x_i; i \in I\}\). Choisissons des ouverts affines \(U_i \subset X\) tels que \(x_i \in U_i\) et \(x_j \not \in U_i\) pour \(j \not = i\). C’est possible par la condition (2). Écrivons \(U_i = \Spec(A_i)\). Soit \(\mathfrak m_i \subset A_i\) l’idéal maximal correspondant à \(x_i\). Par notre hypothèse sur les anneaux locaux, il n’y a qu’un nombre fini d’idéaux premiers \(\mathfrak q \subset \mathfrak m_i\), \(\mathfrak q \not = \mathfrak m_i\) (voir Algèbre, lemme 00FR). Le lemme d’évitement des idéaux premiers (Algèbre, lemme 00DS) fournit donc un \(f_i \in \mathfrak m_i\) qui n’appartient à aucun de ces idéaux premiers. Alors \(V(f_i) = \{\mathfrak m_i\} \amalg Z_i\) pour un certain sous-ensemble fermé \(Z_i \subset U_i\), car \(Z_i\) est un ouvert rétrocompact de \(V(f_i)\) stable par spécialisation; voir Algèbre, lemme 00I0. Quitte à rétrécir \(U_i\), on peut supposer que \(V(f_i) = \{x_i\}\). Alors \[\mathcal{U} : X = U \cup \bigcup U_i\] est un recouvrement ouvert de \(X\). Considérons le \(2\)-cocycle à valeurs dans \(\mathcal{O}_X^*\) donné par \(f_i\) sur \(U \cap U_i\) et par \(f_i/f_j\) sur \(U_i \cap U_j\). Il définit un faisceau inversible \(\mathcal{L}\) tel que la section \(s\), définie par \(1\) sur \(U\) et par \(f_i\) sur \(U_i\), possède les propriétés énoncées dans le lemme.
Soit \(\mathcal{N}\) un \(\mathcal{O}_U\)-module inversible. Soit \(N_i\) le \((A_i)_{f_i}\)-module inversible tel que \(\mathcal{N}|_{U \cap U_i}\) soit égal à \(\tilde N_i\). Remarquons que \((A_{\mathfrak m_i})_{f_i}\) est un anneau artinien (car il s’agit d’un anneau noethérien de dimension zéro; voir Algèbre, lemme 00KH). C’est donc un produit d’anneaux locaux (Algèbre, lemme 00JB) et son groupe de Picard est par conséquent trivial. En rétrécissant \(U_i\) (c’est-à-dire en remplaçant \(A_i\) par \((A_i)_g\) pour un \(g \in A_i\), \(g \not \in \mathfrak m_i\)), on peut donc supposer que \(N_i = (A_i)_{f_i}\), c’est-à-dire que \(\mathcal{N}|_{U \cap U_i}\) est trivial. Dans ce cas, on voit clairement comment prolonger \(\mathcal{N}\) en un faisceau inversible sur \(X\) (en le prolongeant par un module inversible trivial sur chaque \(U_i\)).
Lemme
Soit \(X\) un schéma intègre séparé. Soit \(U \subset X\) un ouvert affine non vide tel que \(X \setminus U\) soit un ensemble fini de points \(x_1, \ldots, x_r\) et que \(\mathcal{O}_{X, x_i}\) soit noethérien de dimension \(1\). Alors il existe un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible engendré par ses sections globales \(\mathcal{L}\) et une section \(s\) tels que \(U = X_s\).
Démonstration
Écrivons \(U = \Spec(A)\) et notons \(K\) le corps des fonctions rationnelles de \(X\). Posons \(B_i = \mathcal{O}_{X, x_i}\) et \(\mathfrak m_i = \mathfrak m_{x_i}\). Comme \(x_i \not \in U\), l’ouvert \(U \times_X \Spec(B_i)\) de \(\Spec(B_i)\) ne possède qu’un point, c’est-à-dire \(U \times_X \Spec(B_i) = \Spec(K)\). Puisque \(X\) est séparé, \(\Spec(K)\) est un sous-schéma fermé de \(U \times \Spec(B_i)\), c’est-à-dire que le morphisme \(A \otimes B_i \to K\) est surjectif. D’après le lemme 09N5, il existe un \(f \in A\) non nul tel que \(f^{-1} \in \mathfrak m_i\) pour \(i = 1, \ldots, r\). Choisissons des ouverts \(x_i \in U_i \subset X\) tels que \(f^{-1} \in \mathcal{O}(U_i)\). Alors \[\mathcal{U} : X = U \cup \bigcup U_i\] est un recouvrement ouvert de \(X\). Considérons le \(2\)-cocycle à valeurs dans \(\mathcal{O}_X^*\) donné par \(f\) sur \(U \cap U_i\) et par \(1\) sur \(U_i \cap U_j\). Il définit un faisceau inversible \(\mathcal{L}\) muni de deux sections :
une section \(s\), définie par \(1\) sur \(U\) et par \(f^{-1}\) sur \(U_i\), qui possède les propriétés énoncées dans le lemme, et
une section \(t\), définie par \(f\) sur \(U\) et par \(1\) sur \(U_i\).
Remarquons que \(X_t \supset U_1 \cup \ldots \cup U_r\). Ainsi, \(s, t\) engendrent \(\mathcal{L}\), ce qui démontre le lemme.
Lemme
Soit \(X\) un schéma quasi-compact. Si, pour tout \(x \in X\), il existe une paire \((\mathcal{L}, s)\) composée d’un faisceau inversible \(\mathcal{L}\) engendré par ses sections globales et d’une section globale \(s\) telle que \(x \in X_s\) et que \(X_s\) soit affine, alors \(X\) possède un faisceau inversible ample.
Démonstration
Comme \(X\) est quasi-compact, on peut trouver une famille finie \((\mathcal{L}_i, s_i)\), \(i = 1, \ldots, n\), de paires telles que \(\mathcal{L}_i\) soit engendré par ses sections globales, que \(X_{s_i}\) soit affine et que \(X = \bigcup X_{s_i}\). Toujours parce que \(X\) est quasi-compact, on peut trouver, pour chaque \(i\), une famille finie de sections \(t_{i, j}\) de \(\mathcal{L}_i\), \(j = 1, \ldots, m_i\), telle que \(X = \bigcup X_{t_{i, j}}\). Posons \(t_{i, 0} = s_i\). Considérons le faisceau inversible \[\mathcal{L} = \mathcal{L}_1 \otimes_{\mathcal{O}_X} \ldots \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}_n\] et les sections globales \[\tau_J = t_{1, j_1} \otimes \ldots \otimes t_{n, j_n}\] D’après Propriétés, lemme 01PV, l’ouvert \(X_{\tau_J}\) est affine dès que \(j_i = 0\) pour un certain \(i\). Il est immédiat que ces ouverts recouvrent \(X\). Ainsi, \(\mathcal{L}\) est ample par définition.
Lemme
Soit \(X\) un schéma noethérien intègre séparé de dimension \(1\). Alors \(X\) possède un faisceau inversible ample.
Démonstration
Choisissons un recouvrement ouvert affine \(X = U_1 \cup \ldots \cup U_n\). Comme \(X\) est noethérien, chacun des ensembles \(X \setminus U_i\) est fini. Le lemme 09NB fournit donc une paire \((\mathcal{L}_i, s_i)\) composée d’un faisceau inversible \(\mathcal{L}_i\) engendré par ses sections globales et d’une section globale \(s_i\) telle que \(U_i = X_{s_i}\). On conclut que \(X\) possède un faisceau inversible ample grâce au lemme 09NC.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme fini de schémas. Supposons qu’il existe un ouvert \(V \subset Y\) tel que \(f^{-1}(V) \to V\) soit un isomorphisme et que \(Y \setminus V\) soit un espace discret. Alors tout \(\mathcal{O}_X\)-module inversible est l’image réciproque d’un \(\mathcal{O}_Y\)-module inversible.
Démonstration
Nous utiliserons l’égalité \(\Pic(X) = H^1(X, \mathcal{O}_X^*)\); voir Cohomologie, lemme 09NU. Considérons la suite spectrale de Leray associée au faisceau abélien \(\mathcal{O}_X^*\) et à \(f\); voir Cohomologie, lemme 01F2. Considérons le morphisme induit \[H^1(X, \mathcal{O}_X^*) \longrightarrow H^0(Y, R^1f_*\mathcal{O}_X^*)\] Diviseurs, lemme 0BUT, affirme précisément que ce morphisme est nul. La suite spectrale de Leray donne donc \(H^1(X, \mathcal{O}_X^*) = H^1(Y, f_*\mathcal{O}_X^*)\). Considérons ensuite le morphisme \[f^\sharp : \mathcal{O}_Y^* \longrightarrow f_*\mathcal{O}_X^*\] Par hypothèse, le noyau et le conoyau de ce morphisme sont à support dans le sous-ensemble fermé \(T = Y \setminus V\) de \(Y\). Comme \(T\) est un espace topologique discret par hypothèse, les groupes de cohomologie supérieurs de tout faisceau abélien sur \(Y\) à support dans \(T\) sont nuls (cela résulte de Cohomologie, lemme 02UV, Modules, lemme 01AX, et du fait que \(H^i(T, \mathcal{F}) = 0\) pour tout \(i > 0\) et tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\) sur \(T\)). En décomposant le morphisme affiché en suites exactes courtes \[0 \to \Ker(f^\sharp) \to \mathcal{O}_Y^* \to \Im(f^\sharp) \to 0,\quad 0 \to \Im(f^\sharp) \to f_*\mathcal{O}_X^* \to \Coker(f^\sharp) \to 0\] on conclut d’abord que \(H^1(Y, \mathcal{O}_Y^*) \to H^1(Y, \Im(f^\sharp))\) est surjectif, puis que \(H^1(Y, \Im(f^\sharp)) \to H^1(Y, f_*\mathcal{O}_X^*)\) est surjectif. En combinant tout ce qui précède, on voit que \(H^1(Y, \mathcal{O}_Y^*) \to H^1(X, \mathcal{O}_X^*)\) est surjectif, comme voulu.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Soient \(Z_1, \ldots, Z_n \subset X\) des sous-schémas fermés. Soit \(\mathcal{L}_i\) un faisceau inversible sur \(Z_i\). Supposons que
\(X\) soit réduit,
\(X = \bigcup Z_i\) ensemblistement, et
\(Z_i \cap Z_j\) soit un espace topologique discret pour \(i \not = j\).
Alors il existe un faisceau inversible \(\mathcal{L}\) sur \(X\) dont la restriction à \(Z_i\) est \(\mathcal{L}_i\). De plus, si l’on se donne des sections \(s_i \in \Gamma(Z_i, \mathcal{L}_i)\) qui ne s’annulent pas aux points de \(Z_i \cap Z_j\), alors on peut choisir \(\mathcal{L}\) de telle sorte qu’il existe \(s \in \Gamma(X, \mathcal{L})\) vérifiant \(s|_{Z_i} = s_i\) pour tout \(i\).
Démonstration
L’existence de \(\mathcal{L}\) peut se déduire du lemme 0C0T, mais nous donnerons aussi une preuve directe et nous utiliserons celle-ci pour établir l’assertion concernant les sections. Posons \(T = \bigcup_{i \not = j} Z_i \cap Z_j\). Comme \(X\) est réduit, on a \[X \setminus T = \bigcup (Z_i \setminus T)\] en tant que schémas. L’hypothèse (3) implique que \(T\) est une partie discrète de \(X\). Ainsi, pour chaque \(t \in T\), il existe un ouvert \(U_t \subset X\) tel que \(t \in U_t\), mais \(t' \not \in U_t\) si \(t' \in T\), \(t' \not = t\). En restreignant \(U_t\) au besoin, on peut supposer qu’il existe des isomorphismes \(\varphi_{t, i} : \mathcal{L}_i|_{U_t \cap Z_i} \to \mathcal{O}_{U_t \cap Z_i}\). De plus, pour chaque \(i\), choisissons un recouvrement ouvert \[Z_i \setminus T = \bigcup\nolimits_j U_{ij}\] tel qu’il existe des isomorphismes \(\varphi_{i, j} : \mathcal{L}_i|_{U_{ij}} \cong \mathcal{O}_{U_{ij}}\). Observons que \[\mathcal{U} : X = \bigcup U_t \cup \bigcup U_{ij}\] est un recouvrement ouvert de \(X\). Nous affirmons que les isomorphismes \(\varphi_{t, i}\) et \(\varphi_{i, j}\) permettent de définir un \(2\)-cocycle à valeurs dans \(\mathcal{O}_X^*\) relativement à ce recouvrement, qui définit \(\mathcal{L}\) comme dans l’énoncé du lemme.
Plus précisément, si \(i \not = i'\), alors \(U_{i, j} \cap U_{i', j'} = \emptyset\) et il n’y a rien à faire. Sur \(U_{i, j} \cap U_{i, j'}\), on a \(\mathcal{O}_X(U_{i, j} \cap U_{i, j'}) = \mathcal{O}_{Z_i}(U_{i, j} \cap U_{i, j'})\) d’après la première remarque de la preuve. Ainsi, la fonction de transition de \(\mathcal{L}_i\) (plus précisément \(\varphi_{i, j} \circ \varphi_{i, j'}^{-1}\)) fournit la valeur de notre cocycle sur cette intersection. Sur \(U_t \cap U_{i, j}\), on peut procéder de même. Enfin, si \(t \not = t'\), on a \[U_t \cap U_{t'} = \coprod (U_t \cap U_{t'}) \cap Z_i\] et, de plus, l’intersection \(U_t \cap U_{t'} \cap Z_i\) est contenue dans \(Z_i \setminus T\). Par le même raisonnement que précédemment, on voit donc que \[\mathcal{O}_X(U_t \cap U_{t'}) = \prod \mathcal{O}_{Z_i}(U_t \cap U_{t'} \cap Z_i)\] et l’on peut utiliser les fonctions de transition de \(\mathcal{L}_i\) (plus précisément \(\varphi_{t, i} \circ \varphi_{t', i}^{-1}\)) pour définir la valeur de notre cocycle sur \(U_t \cap U_{t'}\). Ceci achève la preuve de l’existence de \(\mathcal{L}\).
Étant données des sections \(s_i\) comme dans la dernière assertion du lemme, choisissons, dans l’argument ci-dessus, \(U_t\) de sorte que \(s_i|_{U_t \cap Z_i}\) ne s’annule pas et choisissons \(\varphi_{t, i}\) de sorte que \(\varphi_{t, i}(s_i|_{U_t \cap Z_i}) = 1\). Alors l’emploi de \(1\) sur \(U_t\) et de \(\varphi_{i, j}(s_i|_{U_{i, j}})\) sur \(U_{i, j}\) définit une section de \(\mathcal{L}\) dont la restriction est égale à \(s_i\) sur \(Z_i\).
Remarque
Soit \(A\) un anneau réduit. Soient \(I, J\) des idéaux de \(A\) tels que \(V(I) \cup V(J) = \Spec(A)\). Posons \(B = A/J\). Alors \(I \to IB\) est un isomorphisme de \(A\)-modules. En effet, on a \(IB = I + J/J = I/(I \cap J)\), et \(I \cap J\) est nul car \(A\) est réduit et \(\Spec(A) = V(I) \cup V(J) = V(I \cap J)\). Ainsi, pour tout \(A\)-module projectif \(P\), on a aussi \(IP = I(P/JP)\).
Lemme
Soit \(X\) un schéma noethérien, réduit, séparé et de dimension \(1\). Alors \(X\) possède un faisceau inversible ample.
Démonstration
Soient \(Z_i\), \(i = 1, \ldots, n\), les composantes irréductibles de \(X\). Nous les considérons comme des sous-schémas fermés réduits de \(X\). D’après le lemme 09ND, il existe des faisceaux inversibles amples \(\mathcal{L}_i\) sur \(Z_i\). Posons \(T = \bigcup_{i \not = j} Z_i \cap Z_j\). Comme \(X\) est noethérien de dimension \(1\), l’ensemble \(T\) est fini et constitué de points fermés de \(X\). Pour chaque \(i\), quitte à remplacer \(\mathcal{L}_i\) par une puissance, on peut choisir \(s_i \in \Gamma(Z_i, \mathcal{L}_i)\) tel que \((Z_i)_{s_i}\) soit affine et contienne \(T \cap Z_i\); voir Propriétés, lemme 09NV.
D’après le lemme 09NE, il existe un faisceau inversible \(\mathcal{L}\) sur \(X\) et \(s \in \Gamma(X, \mathcal{L})\) tels que \((\mathcal{L}, s)|_{Z_i} = (\mathcal{L}_i, s_i)\). Observons que \(X_s\) contient \(T\) et coïncide ensemblistement avec la réunion des sous-schémas fermés affines \((Z_i)_{s_i}\). Il est donc affine d’après Limites, lemme 09NL. Pour achever la preuve, il suffit de trouver, pour tout \(x \in X\), \(x \not \in T\), un entier \(m > 0\) et une section \(t \in \Gamma(X, \mathcal{L}^{\otimes m})\) tels que \(X_t\) soit affine et que \(x \in X_t\). Puisque \(x \not \in T\), on voit que \(x \in Z_i\) pour un unique \(i\), disons \(i = 1\). Soit \(Z \subset X\) le sous-schéma fermé réduit dont l’espace topologique sous-jacent est \(Z_2 \cup \ldots \cup Z_n\). Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) le faisceau d’idéaux de \(Z\). Notons \(\mathcal{I}_1 \subset \mathcal{O}_{Z_1}\) l’image inverse de ce faisceau d’idéaux par le morphisme d’inclusion \(Z_1 \to X\). Observons que \[\Gamma(X, \mathcal{I}\mathcal{L}^{\otimes m}) = \Gamma(Z_1, \mathcal{I}_1 \mathcal{L}_1^{\otimes m})\] voir la remarque 09NW. Il suffit donc de trouver \(m > 0\) et \(t \in \Gamma(Z_1, \mathcal{I}_1 \mathcal{L}_1^{\otimes m})\) tels que \(x \in (Z_1)_t\), cet ouvert étant affine. Puisque \(\mathcal{L}_1\) est ample et que \(x\) n’appartient pas à \(Z_1 \cap T = V(\mathcal{I}_1)\), on peut trouver une section \(t_1 \in \Gamma(Z_1, \mathcal{I}_1 \mathcal{L}_1^{\otimes m_1})\) telle que \(x \in (Z_1)_{t_1}\); voir Propriétés, proposition 01Q3. Puisque \(\mathcal{L}_1\) est ample, on peut trouver une section \(t_2 \in \Gamma(Z_1, \mathcal{L}_1^{\otimes m_2})\) telle que \(x \in (Z_1)_{t_2}\) et que \((Z_1)_{t_2}\) soit affine; voir Propriétés, définition 01PS. Posons \(m = m_1 + m_2\) et \(t = t_1 t_2\). Alors \(t \in \Gamma(Z_1, \mathcal{I}_1 \mathcal{L}_1^{\otimes m})\) et \(x \in (Z_1)_t\) par construction, tandis que \((Z_1)_t\) est affine d’après Propriétés, lemme 01PV.
Lemme
Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée de schémas. Si l’espace topologique sous-jacent à \(X\) est noethérien et si \(\dim(X) \leq 1\), alors \(\Pic(X) \to \Pic(Z)\) est surjective.
Démonstration
Considérons la suite exacte courte \[0 \to (1 + \mathcal{I}) \cap \mathcal{O}_X^* \to \mathcal{O}^*_X \to i_*\mathcal{O}^*_Z \to 0\] de faisceaux de groupes abéliens sur \(X\), où \(\mathcal{I}\) est le faisceau quasi-cohérent d’idéaux correspondant à \(Z\). Puisque \(\dim(X) \leq 1\), on a \(H^2(X, \mathcal{F}) = 0\) pour tout faisceau abélien \(\mathcal{F}\); voir Cohomologie, proposition 02UZ. Par conséquent, l’application \(H^1(X, \mathcal{O}^*_X) \to H^1(X, i_*\mathcal{O}_Z^*)\) est surjective. D’après Cohomologie, lemme 02UV, on a \(H^1(X, i_*\mathcal{O}_Z^*) = H^1(Z, \mathcal{O}_Z^*)\). Cela démontre le lemme d’après Cohomologie, lemme 09NU.
Proposition
Soit \(X\) un schéma noethérien séparé de dimension \(1\). Alors \(X\) possède un faisceau inversible ample.
Démonstration
Soit \(Z \subset X\) la réduction de \(X\). D’après le lemme 09NX, le schéma \(Z\) possède un faisceau inversible ample. Ainsi, d’après le lemme 09NY, il existe un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible \(\mathcal{L}\) sur \(X\) dont la restriction à \(Z\) est ample. Alors \(\mathcal{L}\) est ample d’après Cohomologie des schémas, lemme 09MS.
Remarque
En fait, si \(X\) est un schéma dont la réduction est un schéma noethérien séparé de dimension \(1\), alors \(X\) possède un faisceau inversible ample. La démonstration est la même que celle de la proposition 09NZ, à ceci près que l’on utilise Limites, lemme 09MW, au lieu de Cohomologie des schémas, lemme 09MS.
Le lemme suivant vaut en fait pour les morphismes séparés quasi-finis, comme le lecteur peut le constater en utilisant le théorème principal de Zariski (Compléments sur les morphismes, lemme 05K0) et le lemme 09NA.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que \(Y\) soit noethérien de dimension \(\leq 1\), que \(f\) soit fini et qu’il existe un ouvert dense \(V \subset Y\) tel que \(f^{-1}(V) \to V\) soit une immersion fermée. Alors tout \(\mathcal{O}_X\)-module inversible est l’image réciproque d’un \(\mathcal{O}_Y\)-module inversible.
Démonstration
Factorisons \(f\) en \(X \to Z \to Y\), où \(Z\) est l’image schématique de \(f\). Alors \(X \to Z\) est un isomorphisme au-dessus de \(V \cap Z\) et le lemme 0C0T s’applique. D’autre part, le lemme 09NY s’applique à \(Z \to Y\). Nous omettons certains détails.
L’invariant delta
Dans cette section, nous définissons l’invariant \(\delta\) d’un point singulier d’un schéma de Nagata réduit de dimension \(1\).
Lemme
Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension \(1\). Soit \(f \in \mathfrak m\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(\mathfrak m = \sqrt{(f)}\),
\(f\) n’appartient à aucun idéal premier minimal de \(A\), et
\(A_f = \prod_{\mathfrak p\text{ minimal}} A_\mathfrak p\) comme \(A\)-algèbres.
Un tel \(f \in \mathfrak m\) existe. Si \(\text{depth}(A) = 1\) (par exemple si \(A\) est réduit), alors (1) – (3) sont aussi équivalentes à
\(f\) est un non-diviseur de zéro,
\(A_f\) est l’anneau total des fractions de \(A\).
Si \(A\) est réduit, alors (1) – (5) sont aussi équivalentes à
\(A_f\) est le produit des corps résiduels aux idéaux premiers minimaux de \(A\).
Démonstration
Le spectre de \(A\) ne possède qu’un nombre fini d’idéaux premiers \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_n\) autres que \(\mathfrak m\), et ceux-ci sont tous minimaux; voir Algèbre, lemme 00FR. L’équivalence de (1) et (2) résulte alors de Algèbre, lemme 00E0. Il est clair que (3) implique (2). Réciproquement, si (2) est vraie, alors le spectre de \(A_f\) est la partie \(\{\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_n\}\) de \(\Spec(A)\) munie de la topologie induite; voir Algèbre, lemme 00E3. C’est un espace topologique discret fini. Par conséquent, \(A_f = \prod_{\mathfrak p\text{ minimal}} A_\mathfrak p\) d’après Algèbre, proposition 00KJ. L’existence d’un tel \(f\) est affirmée dans Algèbre, lemme 00KK.
Supposons que \(A\) soit de profondeur \(1\). (C’est la valeur maximale d’après Algèbre, lemme 00LK, et elle est atteinte si \(A\) est réduit d’après Algèbre, lemme 031R.) Alors \(\mathfrak m\) n’est pas un idéal premier associé de \(A\). Tout idéal premier minimal de \(A\) est un idéal premier associé (Algèbre, proposition 02CE). Par conséquent, les non-diviseurs de zéro de \(A\) sont exactement les éléments qui n’appartiennent à aucun des idéaux premiers minimaux, d’après Algèbre, lemme 00LD. Ainsi, (4) est équivalente à (2). L’assertion (5) est équivalente à (3) d’après Algèbre, lemme 02LX.
Alors \(A_\mathfrak p\) est un corps pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset A\) minimal; voir Algèbre, lemme 00EU. Ainsi, (3) est équivalente à (6).
Lemme
Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local de Nagata réduit de dimension \(1\). Soit \(A'\) la clôture intégrale de \(A\) dans l’anneau total des fractions de \(A\). Alors \(A'\) est un anneau de Nagata normal, \(A \to A'\) est fini, et \(A'/A\) est un \(A\)-module de longueur finie.
Démonstration
L’anneau total des fractions est essentiellement de type fini sur \(A\); ainsi, \(A \to A'\) est fini puisque \(A\) est de Nagata; voir Algèbre, lemme 03GH. L’anneau \(A'\) est normal, par exemple d’après Algèbre, lemme 030C et 00FR. L’anneau \(A'\) est de Nagata, par exemple d’après Algèbre, lemme 032T. Choisissons \(f \in \mathfrak m\) comme dans le lemme 0C3R. Comme \(A' \subset A_f\), il est clair que \(A_f = A'_f\). Le support du \(A\)-module fini \(A'/A\) est donc contenu dans \(\{\mathfrak m\}\). Il en résulte qu’il est de longueur finie d’après Algèbre, lemme 00L5.
Définition
Soit \(A\) un anneau local de Nagata réduit de dimension \(1\). L’invariant \(\delta\) de \(A\) est \(\text{length}_A(A'/A)\), où \(A'\) est défini comme dans le lemme 0C3S.
Nous démontrons quelques lemmes sur le comportement de cet invariant.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local de Nagata réduit de dimension \(1\). L’invariant \(\delta\) de \(A\) est \(0\) si et seulement si \(A\) est un anneau de valuation discrète.
Démonstration
Si \(A\) est un anneau de valuation discrète, alors \(A\) est normal et l’anneau \(A'\) est égal à \(A\). Réciproquement, si l’invariant \(\delta\) de \(A\) est \(0\), alors \(A\) est intégralement clos dans son anneau total des fractions, ce qui implique que \(A\) est normal (Algèbre, lemme 030C), et cela force \(A\) à être un anneau de valuation discrète d’après Algèbre, lemme 00PD.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local de Nagata réduit de dimension \(1\). Soit \(A \to A'\) comme dans le lemme 0C3S. Soient \(A^h\), \(A^{sh}\), resp. \(A^\wedge\) l’hensélisé, l’hensélisé strict, resp. le complété de \(A\). Alors \(A^h\), \(A^{sh}\), resp. \(A^\wedge\) est un anneau local de Nagata réduit de dimension \(1\), et \(A' \otimes_A A^h\), \(A' \otimes_A A^{sh}\), resp. \(A' \otimes_A A^\wedge\) est la clôture intégrale de \(A^h\), \(A^{sh}\), resp. \(A^\wedge\) dans son anneau total des fractions.
Démonstration
Observons que \(A^\wedge\) est réduit; voir Compléments d’algèbre, lemme 07NZ. Les anneaux \(A^h\) et \(A^{sh}\) sont réduits d’après Compléments d’algèbre, lemme 06DH. Les dimensions de \(A\), \(A^h\), \(A^{sh}\) et \(A^\wedge\) sont les mêmes d’après Compléments d’algèbre, lemmes 07NV et 06LK.
Rappelons qu’un anneau local noethérien est de Nagata si et seulement si les fibres formelles de \(A\) sont géométriquement réduites; voir Compléments d’algèbre, lemme 0BJ0. Cette propriété se transmet à \(A^h\) et à \(A^{sh}\); voir les résultats de Compléments d’algèbre, section 0BIR, et en particulier le lemme 0C36. Le complété est de Nagata d’après Algèbre, lemme 032W.
Passons maintenant à l’assertion sur les clôtures intégrales. Avant de poursuivre, choisissons \(f \in \mathfrak m\) comme dans le lemme 0C3R. Alors l’image de \(f\) dans \(A^h\), \(A^{sh}\) et \(A^\wedge\) est manifestement un élément qui vérifie les propriétés (1) – (6) dans l’anneau considéré.
Puisque \(A \to A'\) est fini, on voit que \(A' \otimes_A A^h\) et \(A' \otimes_A A^{sh}\) sont des produits d’anneaux locaux henséliens finis sur \(A^h\) et \(A^{sh}\); voir Algèbre, lemme 04GH. Chacun de ces anneaux locaux est l’hensélisé de \(A'\) en un idéal maximal \(\mathfrak m' \subset A'\) situé au-dessus de \(\mathfrak m\); voir Algèbre, lemme 05WP ou 05WR. Ces anneaux locaux sont donc des anneaux intègres normaux d’après Compléments d’algèbre, lemme 06DI. Il en résulte que \(A' \otimes_A A^h\) et \(A' \otimes_A A^{sh}\) sont des anneaux normaux. Puisque \(A^h \to A' \otimes_A A^h\) et \(A^{sh} \to A' \otimes_A A^{sh}\) sont finis (donc entiers) et puisque \(A' \otimes_A A^h \subset (A^h)_f = Q(A^h)\) et \(A' \otimes_A A^{sh} \subset (A^{sh})_f = Q(A^{sh})\), on conclut que \(A' \otimes_A A^h\) et \(A' \otimes_A A^{sh}\) sont les clôtures intégrales cherchées.
Pour le complété, raisonnons exactement de la même manière. Tout d’abord, d’après Algèbre, lemme 07N9, on a \[A' \otimes_A A^\wedge = (A')^\wedge = \prod\nolimits (A'_{\mathfrak m'})^\wedge\] Les anneaux locaux \(A'_{\mathfrak m'}\) sont normaux et de dimension \(1\) (d’après Algèbre, lemme 02MA, par exemple, ou la discussion de la section Algèbre 00OG). Ainsi, \(A'_{\mathfrak m'}\) est un anneau de valuation discrète; voir Algèbre, lemme 00PD. Par conséquent, \((A'_{\mathfrak m'})^\wedge\) est un anneau de valuation discrète d’après Compléments d’algèbre, lemme 0AP1. Il en résulte que \(A' \otimes_A A^\wedge\) est un anneau normal, et on peut conclure exactement de la même manière que précédemment.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local de Nagata réduit de dimension \(1\). L’invariant \(\delta\) de \(A\) est égal à l’invariant \(\delta\) de l’hensélisé, de l’hensélisé strict ou du complété de \(A\).
Démonstration
Traitons le cas du complété \(B = A^\wedge\); les autres cas se démontrent exactement de la même manière. Soient \(A'\), resp. \(B'\), la clôture intégrale de \(A\), resp. de \(B\), dans son anneau total des fractions. Alors \(B' = A' \otimes_A B\) d’après le lemme 0C3V. Par conséquent, \(B'/B = (A'/A) \otimes_A B\). L’égalité résulte maintenant du Algèbre, lemme 02M1, et du fait que \(B \otimes_A \kappa_A = \kappa_B\).
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un \(k\)-schéma localement algébrique. Soit \(x \in X\) un point tel que \(\mathcal{O}_{X, x}\) soit réduit et que \(\dim(\mathcal{O}_{X, x}) = 1\). L’invariant \(\delta\) de \(X\) en \(x\) est l’invariant \(\delta\) de \(\mathcal{O}_{X, x}\) défini dans la définition 0C3T.
Cette définition a un sens parce que l’anneau local d’un schéma localement algébrique est de Nagata d’après Algèbre, proposition 0335. Plus généralement, on peut bien entendu poser cette définition chaque fois que \(x \in X\) est un point d’un schéma tel que l’anneau local \(\mathcal{O}_{X, x}\) soit un anneau de Nagata réduit de dimension \(1\). Il résulte du lemme 0C3W que l’invariant \(\delta\) de \(X\) en \(x\) est \[\delta\text{-invariant of }X\text{ at }x = \delta\text{-invariant of }\mathcal{O}_{X, x}^h = \delta\text{-invariant of }\mathcal{O}_{X, x}^\wedge\] On en conclut que l’invariant \(\delta\) est un invariant de l’anneau local complet du point.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un \(k\)-schéma localement algébrique. Soit \(K/k\) une extension de corps et posons \(Y = X_K\). Soit \(y \in Y\) d’image \(x \in X\). Supposons que \(X\) soit géométriquement réduit en \(x\) et que \(\dim(\mathcal{O}_{X, x}) = \dim(\mathcal{O}_{Y, y}) = 1\). Alors \[\delta\text{-invariant of }X\text{ at }x \leq \delta\text{-invariant of }Y\text{ at }y\]
Démonstration
Posons \(A = \mathcal{O}_{X, x}\) et \(B = \mathcal{O}_{Y, y}\). D’après le lemme 035W, on voit que \(A\) est géométriquement réduit. Ainsi, \(B\) est une localisation de \(A \otimes_k K\). Soit \(A \to A'\) comme dans le lemme 0C3S. Alors \[B' = B \otimes_{(A \otimes_k K)} (A' \otimes_k K)\] est fini sur \(B\), et \(B \to B'\) induit un isomorphisme sur les anneaux totaux des fractions. En effet, choisissons \(f \in \mathfrak m_A\) vérifiant (1) – (6) du lemme 0C3R; puisque \(\dim(B) = 1\), on voit que \(f \in \mathfrak m_B\). joue le même rôle pour \(B\) et l’on voit que \(B_f = B'_f\) puisque \(A_f = A'_f\). Soit \(B''\) la clôture intégrale de \(B\) dans son anneau total des fractions, comme dans le lemme 0C3S. Alors \(B' \subset B''\). Ainsi, l’invariant \(\delta\) de \(Y\) en \(y\) est \(\text{length}_B(B''/B)\) et \[\begin{align*} \text{length}_B(B''/B) & \geq \text{length}_B(B'/B) \\ & = \text{length}_B((A'/A) \otimes_A B) \\ & = \text{length}_B(B/\mathfrak m_A B) \text{length}_A(A'/A) \end{align*}\] d’après Algèbre, lemme 02M1, puisque \(A \to B\) est plat (étant une localisation de \(A \to A \otimes_k K\)). Comme \(\text{length}_A(A'/A)\) est l’invariant \(\delta\) de \(X\) en \(x\) et que \(\text{length}_B(B/\mathfrak m_A B) \geq 1\), le lemme est démontré.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un \(k\)-schéma localement algébrique. Soit \(K/k\) une extension de corps, et posons \(Y = X_K\). Soit \(y \in Y\), d’image \(x \in X\). Supposons que les hypothèses (a), (b), (c) du lemme 0C3P soient satisfaites pour \(x \in X\) et que \(\dim(\mathcal{O}_{Y, y}) = 1\). Alors l’invariant \(\delta\) de \(X\) en \(x\) est l’invariant \(\delta\) de \(Y\) en \(y\).
Démonstration
Posons \(A = \mathcal{O}_{X, x}\) et \(B = \mathcal{O}_{Y, y}\). D’après le lemme 0C3P, \(A\) est géométriquement réduit. Ainsi, \(B\) est une localisation de \(A \otimes_k K\). Soit \(A \to A'\) comme dans le lemme 0C3S. D’après le lemme 0C3P, \(A' \otimes_k K\) est normal. Par conséquent, \[B' = B \otimes_{(A \otimes_k K)} (A' \otimes_k K)\] est normal, fini sur \(B\), et \(B \to B'\) induit un isomorphisme sur les anneaux totaux des fractions. En effet, choisissons \(f \in \mathfrak m_A\) satisfaisant (1) – (6) du lemme 0C3R ; comme \(\dim(B) = 1\), on a \(f \in \mathfrak m_B\), qui joue le même rôle pour \(B\), et l’on a \(B_f = B'_f\) puisque \(A_f = A'_f\). Il s’ensuit que \(B \to B'\) est comme dans le lemme 0C3S pour \(B\). Il faut donc montrer que \(\text{length}_A(A'/A) = \text{length}_B(B'/B) = \text{length}_B((A'/A) \otimes_A B)\). Comme \(A \to B\) est plat (étant une localisation de \(A \to A \otimes_k K\)) et que \(\mathfrak m_B = \mathfrak m_A B\) (car \(B/\mathfrak m_A B\) est de dimension zéro d’après ce qui précède, et est une localisation de \(K \otimes_k \kappa(x)\), lequel est réduit puisque \(\kappa(x)\) est séparable sur \(k\)), on conclut par Algèbre, lemme 02M1.
Le nombre de branches
Nous avons défini le nombre de branches d’un schéma en un point dans Propriétés, section 0BQ1.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Supposons que tout ouvert quasi-compact de \(X\) possède un nombre fini de composantes irréductibles. Soit \(\nu : X^\nu \to X\) le morphisme de normalisation de \(X\). Soit \(x \in X\).
Le nombre de branches de \(X\) en \(x\) est le nombre des antécédents de \(x\) dans \(X^\nu\).
Le nombre de branches géométriques de \(X\) en \(x\) est \(\sum_{\nu(x^\nu) = x} [\kappa(x^\nu) : \kappa(x)]_s\).
Démonstration
Remarquons d’abord que l’hypothèse sur \(X\) signifie exactement que la normalisation est définie, voir Morphismes, définition 035N. Alors le germe \(A' = (\nu_*\mathcal{O}_{X^\nu})_x\) est la clôture intégrale de \(A = \mathcal{O}_{X, x}\) dans l’anneau total des fractions de \(A_{red}\), voir Morphismes, lemme 0C3B. Puisque \(\nu\) est un morphisme intégral, les points de \(X^\nu\) situés au-dessus de \(x\) correspondent aux idéaux premiers de \(A'\) situés au-dessus de l’idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(A\). Comme \(A \to A'\) est intégral, cela revient aux idéaux maximaux de \(A'\) (Algèbre, lemmes 00GT et 00GU). Le lemme découle donc de son analogue algébrique : Compléments d’algèbre, lemme 0C37.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un \(k\)-schéma localement algébrique. Soit \(K/k\) une extension de corps. Soit \(y \in X_K\) un point d’image \(x\) dans \(X\). Alors le nombre de branches géométriques de \(X\) en \(x\) est le nombre de branches géométriques de \(X_K\) en \(y\).
Démonstration
Écrivons \(Y = X_K\) et soient \(X^\nu\), resp. \(Y^\nu\), les normalisés de \(X\), resp. \(Y\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ Y^\nu \ar[r] \ar[d] & X^\nu_K \ar[r] \ar[d]_{\nu_K} & X^\nu \ar[d]_\nu \\ Y \ar@{=}[r] & Y \ar[r] & X }\] D’après le lemme 0C3N, la flèche horizontale supérieure gauche est un homéomorphisme universel. Elle induit donc des extensions purement inséparables des corps résiduels, voir Morphismes, lemmes 04DF et 01S4. Ainsi, le nombre de branches géométriques de \(Y\) en \(y\) est \(\sum_{\nu_K(y') = y} [\kappa(y') : \kappa(y)]_s\) d’après le lemme 0C1S. De même, \(\sum_{\nu(x') = x} [\kappa(x') : \kappa(x)]_s\) est le nombre de branches géométriques de \(X\) en \(x\). À l’aide de Schémas, lemme 01JT, notre assertion découle du fait algébrique suivant : étant données une extension de corps \(l/\kappa\) et une extension algébrique de corps \(m/\kappa\), on a \[\sum\nolimits_{m \otimes_\kappa l \to m'} [m' : l']_s = [m : \kappa]_s\] où la somme porte sur les corps quotients de \(m \otimes_\kappa l\). On peut le démontrer de manière élémentaire, ou appliquer le lemme 0363 à \[\Spec(m \otimes_\kappa l) \times_{\Spec(l)} \Spec(\overline{l}) = \Spec(m) \otimes_{\Spec(\kappa)} \Spec(\overline{l}) \longrightarrow \Spec(m) \times_{\Spec(\kappa)} \Spec(\overline{\kappa})\] car on peut interpréter \([m : \kappa]_s\) comme le nombre de composantes connexes du membre de droite, et la somme \(\sum_{m \otimes_\kappa l \to m'} [m' : l']_s\) comme le nombre de composantes connexes du membre de gauche.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un \(k\)-schéma localement algébrique. Soit \(K/k\) une extension de corps. Soit \(y \in X_K\) un point d’image \(x\) dans \(X\). Alors \(X\) est géométriquement unibranche en \(x\) si et seulement si \(X_K\) est géométriquement unibranche en \(y\).
Démonstration
Cela découle immédiatement du lemme 0C40 et de Compléments d’algèbre, lemme 0C37.
Définition
Soient \(A\) et \(A_i\), \(1 \leq i \leq n\), des anneaux locaux. On dit que \(A\) est un bouquet de \(A_1, \ldots, A_n\) s’il existe des isomorphismes \[\kappa_{A_1} \to \kappa_{A_2} \to \ldots \to \kappa_{A_n}\] et si \(A\) est isomorphe à l’anneau constitué des \(n\)-uplets \((a_1, \ldots, a_n) \in A_1 \times \ldots \times A_n\) qui ont la même image dans \(\kappa_{A_n}\).
Si l’on se donne un anneau de base \(\Lambda\) et que \(A\) et \(A_i\) sont des \(\Lambda\)-algèbres, on exige alors que \(\kappa_{A_i} \to \kappa_{A_{i + 1}}\) soient des isomorphismes de \(\Lambda\)-algèbres, et que \(A\) soit isomorphe, comme \(\Lambda\)-algèbre, à la \(\Lambda\)-algèbre constituée des \(n\)-uplets \((a_1, \ldots, a_n) \in A_1 \times \ldots \times A_n\) qui ont la même image dans \(\kappa_{A_n}\). En particulier, si \(\Lambda = k\) est un corps et que les applications \(k \to \kappa_{A_i}\) sont des isomorphismes, il existe un choix unique des isomorphismes \(\kappa_{A_i} \to \kappa_{A_{i + 1}}\), et on parle souvent du bouquet de \(A_1, \ldots, A_n\).
Lemme
Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local de Nagata réduit, strictement hensélien et de dimension \(1\). Alors \[\delta\text{-invariant of }A \geq \text{number of geometric branches of }A - 1\] Si l’égalité a lieu, alors \(A\) est un bouquet de \(n \geq 1\) anneaux locaux de valuation discrète strictement henséliens.
Démonstration
Le nombre de branches géométriques est égal au nombre de branches de \(A\) (cela découle immédiatement de Compléments d’algèbre, définition 0C26). Soit \(A \to A'\) comme dans le lemme 0C3S. Remarquons que le nombre de branches de \(A\) est le nombre d’idéaux maximaux de \(A'\), voir Compléments d’algèbre, lemme 0C37. Il existe une surjection \[A'/A \longrightarrow \left(\prod\nolimits_{\mathfrak m'} \kappa(\mathfrak m')\right)/ \kappa(\mathfrak m)\] Comme \(\dim_{\kappa(\mathfrak m)} \prod \kappa(\mathfrak m')\) est \(\geq\) au nombre de branches, l’inégalité est évidente.
Si l’égalité a lieu, alors \(\kappa(\mathfrak m') = \kappa(\mathfrak m)\) pour tout \(\mathfrak m' \subset A'\), et la flèche affichée ci-dessus est un isomorphisme. Comme \(A\) est hensélien et que \(A \to A'\) est fini, \(A'\) est un produit d’anneaux locaux henséliens, voir Algèbre, lemme 04GH. Les facteurs sont les anneaux locaux \(A'_{\mathfrak m'}\) et, comme \(A'\) est normal, ces facteurs sont des anneaux de valuation discrète (Algèbre, lemme 00PD). La flèche affichée étant un isomorphisme, \(A\) est bien le bouquet de ces anneaux locaux.
Lemme
Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local de Nagata réduit de dimension \(1\). Alors \[\delta\text{-invariant of }A \geq \text{number of geometric branches of }A - 1\]
Démonstration
On peut remplacer \(A\) par l’hensélisé strict de \(A\) sans changer l’invariant \(\delta\) (lemme 0C3W) ni le nombre de branches géométriques de \(A\) (cela découle immédiatement de la définition, voir Compléments d’algèbre, définition 0C26). On peut donc supposer que \(A\) est strictement hensélien, puis appliquer le lemme 0C42.
Normalisation des schémas de dimension un
Le morphisme de normalisation d’un schéma noethérien de dimension \(1\) possède des propriétés remarquablement bonnes grâce au théorème de Krull–Akizuki.
Lemme
Soit \(X\) un schéma localement noethérien de dimension \(1\). Soit \(\nu : X^\nu \to X\) le morphisme de normalisation. Alors
\(\nu\) est intégral, surjectif et induit une bijection sur les composantes irréductibles,
il existe une factorisation \(X^\nu \to X_{red} \to X\) et le morphisme \(X^\nu \to X_{red}\) est la normalisation de \(X_{red}\),
\(X^\nu \to X_{red}\) est birationnel,
pour tout point fermé \(x \in X\), le germe \((\nu_*\mathcal{O}_{X^\nu})_x\) est la clôture intégrale de \(\mathcal{O}_{X, x}\) dans l’anneau total des fractions de \((\mathcal{O}_{X, x})_{red} = \mathcal{O}_{X_{red}, x}\),
les fibres de \(\nu\) sont finies et les extensions de corps résiduels sont finies,
\(X^\nu\) est une union disjointe de schémas intègres normaux localement noethériens, et chaque ouvert affine est le spectre d’un produit fini d’anneaux de Dedekind.
Démonstration
Beaucoup de ces résultats sont en fait des propriétés générales du morphisme de normalisation, voir Morphismes, lemmes 035O, 0C3B, 035Q et 0BXC. Ce qui n’est pas clair, c’est que les fibres sont finies, que les extensions induites des corps résiduels sont finies, et que \(X^\nu\) est localement le spectre d’un anneau de Dedekind (et est donc noethérien). Pour le voir, on peut supposer que \(X = \Spec(A)\) est affine, noethérien, de dimension \(1\), et que \(A\) est réduit. La description donnée dans Morphismes, lemme 035P, permet alors de se ramener au cas où \(A\) est un anneau intègre noethérien de dimension \(1\). Dans ce cas, les propriétés voulues découlent du théorème de Krull–Akizuki sous la forme énoncée dans Algèbre, lemme 09IG.
Bien entendu, le lemme suivant admet une variante lorsque \(X\) n’est pas réduit.
Lemme
Soit \(X\) un schéma de Nagata réduit de dimension \(1\). Soit \(\nu : X^\nu \to X\) le morphisme de normalisation. Soit \(x \in X\) un point fermé. Alors
\(\nu : X^\nu \to X\) est fini, surjectif et birationnel,
\(\mathcal{O}_X \subset \nu_*\mathcal{O}_{X^\nu}\) et \(\nu_*\mathcal{O}_{X^\nu}/\mathcal{O}_X\) est une somme directe de faisceaux gratte-ciel, de valeur \(\mathcal{Q}_x\) en \(x\), laquelle est non nulle si et seulement si \(x\) est un point singulier de \(X\),
\(A' = (\nu_*\mathcal{O}_{X^\nu})_x\) est la clôture intégrale de \(A = \mathcal{O}_{X, x}\) dans son anneau total des fractions,
\(\mathcal{Q}_x = A'/A\) est de longueur finie, égale à l’invariant \(\delta\) de \(X\) en \(x\),
\(A'\) est un anneau semi-local qui est un produit fini d’anneaux de Dedekind,
\(A^\wedge\) est un anneau local complet noethérien réduit, de dimension \(1\),
\((A')^\wedge\) est la clôture intégrale de \(A^\wedge\) dans son anneau total des fractions,
\((A')^\wedge\) est un produit fini d’anneaux de valuation discrète complets, et
\(A'/A \cong (A')^\wedge/A^\wedge\).
Démonstration
Nous pouvons utiliser, et utiliserons, tous les résultats du lemme 0C45. La finitude de \(\nu\) découle de Morphismes, lemme 035S. Comme \(X\) est réduit, de Nagata, et de dimension \(1\), le l’ensemble des points réguliers est un ouvert dense \(U \subset X\) d’après Compléments d’algèbre, proposition 07PJ. Comme un schéma régulier est normal, cela montre que \(\nu\) est un isomorphisme au-dessus de \(U\). Puisque \(\dim(X) \leq 1\), l’ensemble des points au-dessus desquels \(\nu\) n’est pas un isomorphisme est un ensemble discret de points fermés \(x \in X\). En particulier, on obtient une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{O}_X \to \nu_*\mathcal{O}_{X^\nu} \to \bigoplus\nolimits_{x \in X \setminus U} \mathcal{Q}_x \to 0\] La description des germes de \(\nu_*\mathcal{O}_{X^\nu}\) donnée par le lemme 0C45 montre que \(Q_x = A'/A\) est bien de longueur égale à l’invariant \(\delta\) de \(X\) en \(x\). On a \(Q_x \not = 0\) exactement lorsque \(x\) est un point singulier, par exemple d’après le lemme 0C3U. La description de \(A'\) comme produit de domaines de Dedekind semi-locaux découle elle aussi du lemme 0C45. La relation entre \(A\), \(A'\) et \((A')^\wedge\) a été vue dans le lemme 0C3V (et dans sa démonstration).
Recherche d’ouverts affines
Nous poursuivons la discussion commencée dans Propriétés, section 01ZU. Il s’avère que l’on peut trouver des ouverts affines contenant un ensemble fini donné de points de codimension \(1\) sur un schéma séparé. Voir la proposition 09NN.
Nous améliorerons le lemme suivant dans Descente, lemme 09NQ.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(X^0\) l’ensemble des points génériques des composantes irréductibles de \(X\). Si
\(f\) est séparé,
il existe un recouvrement ouvert \(X = \bigcup U_i\) tel que \(f|_{U_i} : U_i \to Y\) soit une immersion ouverte, et
si \(\xi, \xi' \in X^0\), \(\xi \not = \xi'\), alors \(f(\xi) \not = f(\xi')\),
alors \(f\) est une immersion ouverte.
Démonstration
Supposons que \(y = f(x) = f(x')\). Choisissons une spécialisation \(y_0 \leadsto y\) où \(y_0\) est un point générique d’une composante irréductible de \(Y\). Comme \(f\) est localement, sur la source, un isomorphisme, on peut choisir des spécialisations \(x_0 \leadsto x\) et \(x'_0 \leadsto x'\) qui s’envoient sur \(y_0 \leadsto y\). Remarquons que \(x_0, x'_0 \in X^0\). L’hypothèse (3) donne donc \(x_0 = x'_0\). Comme \(f\) est séparé, on en conclut que \(x = x'\). Ainsi, \(f\) est une immersion ouverte.
Lemme
Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(x \in X\) un point d’image \(s \in S\). Si
\(\mathcal{O}_{X, x} = \mathcal{O}_{S, s}\),
\(S\) est réduit,
\(X \to S\) est de type fini, et
\(S\) possède un nombre fini de composantes irréductibles,
alors il existe un voisinage ouvert \(U\) de \(x\) tel que \(f|_U\) soit une immersion ouverte.
Démonstration
On peut supprimer les composantes irréductibles, en nombre fini, de \(S\) qui ne contiennent pas \(s\). On peut remplacer \(S\) par un voisinage ouvert affine de \(s\). On peut remplacer \(X\) par un voisinage ouvert affine de \(x\). Écrivons \(S = \Spec(A)\) et \(X = \Spec(B)\). Soient \(\mathfrak q \subset B\), resp. \(\mathfrak p \subset A\), les idéaux premiers correspondant à \(x\), resp. \(s\). Comme \(A\) est réduit et que tous les idéaux premiers minimaux de \(A\) sont contenus dans \(\mathfrak p\), on a \(A \subset A_\mathfrak p\). Comme \(X \to S\) est de type fini, \(B\) est de type fini sur \(A\). Soient \(b_1, \ldots, b_n \in B\) des éléments qui engendrent \(B\) sur \(A\). Puisque \(A_\mathfrak p = B_\mathfrak q\), il existe \(f \in A\), \(f \not \in \mathfrak p\), et \(a_i \in A\) tels que \(b_i\) et \(a_i/f\) aient la même image dans \(B_\mathfrak q\). Il existe donc \(g \in B\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(g(fb_i - a_i) = 0\) dans \(B\). Il s’ensuit que l’image de \(A_f \to B_{fg}\) contient les images de \(b_1, \ldots, b_n\), et en particulier l’image de \(g\). Choisissons \(n \geq 0\) et \(f' \in A\) tels que \(f'/f^n\) ait pour image l’image de \(g\) dans \(B_{fg}\). Puisque \(A_\mathfrak p = B_\mathfrak q\), on a \(f' \not \in \mathfrak p\). On en conclut que \(A_{ff'} \to B_{fg}\) est surjective. Enfin, comme \(A_{ff'} \subset A_\mathfrak p = B_\mathfrak q\) (voir ci-dessus), l’application \(A_{ff'} \to B_{fg}\) est injective, donc bijective.
Lemme
Soit \(f : T \to X\) un morphisme de schémas. Soient \(X^0\), resp. \(T^0\), les ensembles des points génériques des composantes irréductibles. Soit \(t_1, \ldots, t_m \in T\) un ensemble fini de points d’images \(x_j = f(t_j)\). Si
\(T\) est affine,
\(X\) est quasi-séparé,
\(X^0\) est fini,
\(f(T^0) \subset X^0\) et \(f : T^0 \to X^0\) est injective, et
\(\mathcal{O}_{X, x_j} = \mathcal{O}_{T, t_j}\),
alors il existe un ouvert affine de \(X\) contenant \(x_1, \ldots, x_r\).
Démonstration
À l’aide de Limites, proposition 05YU, on se ramène immédiatement au cas où \(X\) et \(T\) sont réduits. Nous omettons les détails.
Supposons \(X\) et \(T\) réduits. On peut écrire \(T = \lim_{i \in I} T_i\) comme limite projective de schémas de présentation finie sur \(X\) à morphismes de transition affines, voir Limites, lemme 09MV. Choisissons \(i \in I\) tel que \(T_i\) soit affine, voir Limites, lemme 01Z6. Écrivons \(T_i = \Spec(R_i)\) et \(T = \Spec(R)\). Soit \(R' \subset R\) l’image de \(R_i \to R\). Alors \(T' = \Spec(R')\) est affine, réduit, de type fini sur \(X\), et \(T \to T'\) est dominant. Pour \(j = 1, \ldots, r\), soit \(t'_j \in T'\) l’image de \(t_j\). Considérons les homomorphismes d’anneaux locaux \[\mathcal{O}_{X, x_j} \to \mathcal{O}_{T', t'_j} \to \mathcal{O}_{T, t_j}\] Notons \((T')^0\) l’ensemble des points génériques des composantes irréductibles de \(T'\). Soit \(\xi \leadsto t'_j\) une spécialisation telle que \(\xi \in (T')^0\). Comme \(T \to T'\) est dominant, on peut choisir \(\eta \in T^0\) d’image \(\xi\) (attention : a priori, on ne sait pas si \(\eta\) se spécialise en \(t_j\)). L’hypothèse (3), appliquée à \(\eta\), dit que l’image \(\theta\) de \(\xi\) dans \(X\) correspond à un idéal premier minimal de \(\mathcal{O}_{X, x_j}\). En relevant \(\xi\) par l’isomorphisme de (5), on obtient une spécialisation \(\eta' \leadsto t_j\) avec \(\eta' \in T^0\) d’image \(\theta \leadsto x_j\). L’injectivité de (4) montre que \(\eta = \eta'\). Ainsi, tout idéal premier minimal de \(\mathcal{O}_{T', t'_j}\) est contenu dans un idéal premier minimal de \(\mathcal{O}_{T, t_j}\). On en conclut que \(\mathcal{O}_{T', t'_j} \to \mathcal{O}_{T, t_j}\) est injective, donc les deux homomorphismes ci-dessus sont des isomorphismes.
D’après le lemme 09NH, il existe un ouvert \(U \subset T'\) contenant tous les points \(t'_j\) tel que \(U \to X\) soit un isomorphisme local comme dans le lemme 09NG. D’après ce lemme, \(U \to X\) est une immersion ouverte. Enfin, d’après Propriétés, lemme 01ZY, il existe un ouvert \(W \subset U \subset T'\) contenant tous les \(t'_j\). L’image de \(W\) dans \(X\) est l’ouvert affine recherché.
Lemme
Soit \(X\) un schéma intègre séparé. Soit \(x_1, \ldots, x_r \in X\) un ensemble fini de points tel que l’anneau local \(\mathcal{O}_{X, x_i}\) soit noethérien de dimension \(\leq 1\). Alors il existe un sous-schéma ouvert affine de \(X\) contenant tous les \(x_1, \ldots, x_r\).
Démonstration
Soit \(K\) le corps des fonctions rationnelles de \(X\). Posons \(A_i = \mathcal{O}_{X, x_i}\). Alors \(A_i \subset K\) et \(K\) est le corps des fractions de \(A_i\). Puisque \(X\) est séparé et que \(x_i \not = x_j\), il ne peut exister d’anneau de valuation \(\mathcal{O} \subset K\) dominant à la fois \(A_i\) et \(A_j\). En effet, si l’on considère le diagramme \[\xymatrix{ \Spec(\mathcal{O}) \ar[r] \ar[d] & \Spec(A_1) \ar[d] \\ \Spec(A_2) \ar[r] & X }\] et que l’on applique le critère valuatif de séparation (Schémas, lemme 01KZ), on obtiendrait \(x_i = x_j\). Ainsi, le lemme 09N0 montre que \(A_i \otimes A_j \to K\) est surjectif pour tout \(i \not = j\). D’après le lemme 09N4, \(A = A_1 \cap \ldots \cap A_r\) est un anneau noethérien semi-local possédant exactement \(r\) idéaux maximaux \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_r\) tels que \(A_i = A_{\mathfrak m_i}\). De plus, \[\Spec(A) = \Spec(A_1) \cup \ldots \cup \Spec(A_r)\] est un recouvrement ouvert, et l’intersection de deux membres distincts de ce recouvrement est \(\Spec(K)\). Par conséquent, les morphismes \(\Spec(A_i) \to X\) donnés se recollent en un morphisme de schémas \[\Spec(A) \longrightarrow X\] qui envoie \(\mathfrak m_i\) sur \(x_i\) et induit des isomorphismes d’anneaux locaux. Le résultat découle donc du lemme 09NI.
Lemme
Soient \(A\) un anneau, \(I \subset A\) un idéal, \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_r\) des idéaux premiers de \(A\), et \(\overline{f} \in A/I\) un élément. Si \(I \not \subset \mathfrak p_i\) pour tout \(i\), alors il existe \(f \in A\), \(f \not \in \mathfrak p_i\), qui s’envoie sur \(\overline{f}\) dans \(A/I\).
Démonstration
On peut supposer qu’il n’y a aucune relation d’inclusion entre les \(\mathfrak p_i\) (quitte à supprimer les idéaux premiers les plus petits). Choisissons d’abord un \(f \in A\) relevant \(\overline{f}\). Soit \(S\) l’ensemble des \(s \in \{1, \ldots, r\}\) tels que \(f \in \mathfrak p_s\). Si \(S\) est vide, la démonstration est terminée. Sinon, considérons l’idéal \(J = I \prod_{i \not \in S} \mathfrak p_i\). Notons que \(J\) n’est contenu dans aucun \(\mathfrak p_s\) pour \(s \in S\), car il n’y a aucune relation d’inclusion entre les \(\mathfrak p_i\) et que \(I\) n’est contenu dans aucun \(\mathfrak p_i\). On peut donc choisir \(g \in J\), \(g \not \in \mathfrak p_s\) pour \(s \in S\), d’après Algèbre, lemme 00DS. Alors \(f + g\) répond aux conditions du lemme.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Soit \(T \subset X\) un ensemble fini de points. Supposons que
\(X\) possède un nombre fini de composantes irréductibles \(Z_1, \ldots, Z_t\), et
\(Z_i \cap T\) soit contenu dans un ouvert affine du sous-schéma réduit induit correspondant à \(Z_i\).
Alors il existe un sous-schéma ouvert affine de \(X\) contenant \(T\).
Démonstration
La proposition 05YU de Limites permet de se ramener immédiatement au cas où \(X\) est réduit. Nous omettons les détails. Dans la suite de la démonstration, nous munissons tout sous-ensemble fermé de \(X\) de la structure induite de sous-schéma fermé réduit.
Nous allons montrer par récurrence que l’on peut trouver un ouvert affine \(U \subset Z_1 \cup \ldots \cup Z_r\) contenant \(T \cap (Z_1 \cup \ldots \cup Z_r)\). Pour \(r = 1\), cela résulte de l’hypothèse. Soit \(r > 1\), et soit \(U \subset Z_1 \cup \ldots \cup Z_{r - 1}\) un ouvert affine contenant \(T \cap (Z_1 \cup \ldots \cup Z_{r - 1})\). Soit \(V \subset X_r\) un ouvert affine contenant \(T \cap Z_r\) (il existe par hypothèse). Alors \(U \cap V\) contient \(T \cap ( Z_1 \cup \ldots \cup Z_{r - 1} ) \cap Z_r\). Par conséquent, \[\Delta = (U \cap Z_r) \setminus (U \cap V)\] ne contient aucun élément de \(T\). Notons que \(\Delta\) est un sous-ensemble fermé de \(U\). Par évitement des idéaux premiers (Algèbre, lemme 00DS), on peut trouver un ouvert principal \(U'\) de \(U\) contenant \(T \cap U\) et évitant \(\Delta\), c’est-à-dire tel que \(U' \cap Z_r \subset U \cap V\). Après avoir remplacé \(U\) par \(U'\), on peut supposer que \(U \cap V\) est fermé dans \(U\).
Le même raisonnement montre en outre que l’ensemble \(\Delta' = (U \cap (Z_1 \cup \ldots \cup Z_{r - 1})) \setminus (U \cap V)\) ne contient aucun élément de \(T\); il existe donc \(h \in \mathcal{O}(V)\) tel que \(D(h) \subset V\) contienne \(T \cap V\) et que \(U \cap D(h) \subset U \cap V\). Comme \(U \cap V\) est fermé dans \(U\), on peut appliquer le lemme 09NK pour trouver un élément \(g \in \mathcal{O}(U)\) dont la restriction à \(U \cap V\) est égale à la restriction de \(h\) à \(U \cap V\) et tel que \(T \cap U \subset D(g)\). On peut alors remplacer \(U\) par \(D(g)\) et \(V\) par \(D(h)\), de manière que \(U \cap V\) soit fermé à la fois dans \(U\) et dans \(V\). Dans ce cas, le schéma \(U \cup V\) est affine d’après Limites, lemme 09NL. Cela établit l’étape de récurrence, et donc le lemme.
Voici une conséquence des résultats qui précèdent.
Proposition
Soit \(X\) un schéma séparé tel que tout ouvert quasi-compact possède un nombre fini de composantes irréductibles. Soient \(x_1, \ldots, x_r \in X\) des points tels que l’anneau local \(\mathcal{O}_{X, x_i}\) soit noethérien de dimension \(\leq 1\). Alors il existe un sous-schéma ouvert affine de \(X\) contenant tous les \(x_1, \ldots, x_r\).
Démonstration
On peut remplacer \(X\) par un ouvert quasi-compact contenant \(x_1, \ldots, x_r\); on peut donc supposer que \(X\) possède un nombre fini de composantes irréductibles. Le lemme 09NM ramène au cas où \(X\) est intègre. Ce cas est traité par le lemme 09NJ.
Courbes
Dans le projet Champs, nous adopterons la définition suivante d’une courbe.
Définition
Soit \(k\) un corps. Une courbe est une variété de dimension \(1\) sur \(k\).
Deux exemples classiques de courbes sur \(k\) sont la droite affine \(\mathbf{A}^1_k\) et la droite projective \(\mathbf{P}^1_k\). Le schéma \(X = \Spec(k[x, y]/(f))\) est une courbe si et seulement si \(f \in k[x, y]\) est irréductible.
Notre définition d’une courbe présente les mêmes difficultés que celle d’une variété; voir la discussion qui suit la définition 020D. Elle signifie en outre que toute courbe est munie d’un corps de définition spécifié. Par exemple, \(X = \Spec(\mathbf{C}[x])\) est une courbe sur \(\mathbf{C}\), mais on peut aussi le considérer comme une courbe sur \(\mathbf{R}\). Le schéma \(\Spec(\mathbf{Z})\) n’est pas une courbe, bien que les schémas \(\Spec(\mathbf{Z})\) et \(\mathbf{A}^1_{\mathbf{F}_p}\) se comportent de manière analogue à bien des égards.
Lemme
Soit \(X\) un schéma séparé irréductible de dimension \(> 0\) sur un corps \(k\). Soit \(x \in X\) un point fermé. Le sous-schéma ouvert \(X \setminus \{x\}\) n’est pas propre sur \(k\).
Démonstration
Puisque \(X\) est irréductible, \(U = X \setminus \{x\}\) n’est pas fermé dans \(X\). En particulier, l’immersion \(U \to X\) n’est pas propre. D’après Morphismes, lemme 01W6 (on utilise ici que \(X\) est séparé), \(U \to \Spec(k)\) n’est pas propre non plus.
Lemme
Soit \(X\) un schéma séparé de type fini sur un corps \(k\). Si \(\dim(X) \leq 1\), alors \(X\) est H-quasi-projectif sur \(k\).
Démonstration
D’après la proposition 09NZ, le schéma \(X\) possède un faisceau inversible ample \(\mathcal{L}\). D’après Morphismes, lemme 01VS, on voit que \(X\) est isomorphe à un sous-schéma localement fermé de \(\mathbf{P}^n_k\) au-dessus de \(\Spec(k)\). C’est la définition de H-quasi-projectif sur \(k\); voir Morphismes, définition 01VW.
Lemme
Soit \(X\) un schéma propre sur un corps \(k\). Si \(\dim(X) \leq 1\), alors \(X\) est H-projectif sur \(k\).
Démonstration
D’après le lemme 0A25, \(X\) est un sous-schéma localement fermé de \(\mathbf{P}^n_k\) pour un certain corps \(k\). Puisque \(X\) est propre sur \(k\), il s’ensuit que \(X\) est un sous-schéma fermé de \(\mathbf{P}^n_k\) (Morphismes, lemme 01W6).
Lemme
Soit \(X\) un schéma séparé de type fini sur \(k\). Si \(\dim(X) \leq 1\), alors il existe une immersion ouverte \(j : X \to \overline{X}\) possédant les propriétés suivantes :
\(\overline{X}\) est H-projectif sur \(k\), c’est-à-dire que \(\overline{X}\) est un sous-schéma fermé de \(\mathbf{P}^d_k\) pour un certain \(d\),
\(j(X) \subset \overline{X}\) est dense et schématiquement dense,
\(\overline{X} \setminus X = \{x_1, \ldots, x_n\}\) pour certains points fermés \(x_i \in \overline{X}\).
Démonstration
D’après le lemme 0A25, on peut supposer que \(X\) est un sous-schéma localement fermé de \(\mathbf{P}^d_k\) pour un certain \(d\). Soit \(\overline{X} \subset \mathbf{P}^d_k\) l’image schématique de \(X \to \mathbf{P}^d_k\); voir Morphismes, définition 01R7. La description donnée dans Morphismes, lemme 01RG, entraîne les propriétés (1) et (2). On a alors \(\dim(X) = 1 \Rightarrow \dim(\overline{X}) = 1\), par exemple en considérant les points génériques; voir le lemme 0A21. Comme \(\overline{X}\) est noethérien, on en déduit que \(\overline{X} \setminus X = \{x_1, \ldots, x_n\}\) est un ensemble fini de points fermés.
Lemme
Soit \(X\) un schéma séparé de type fini sur \(k\). Si \(X\) est réduit et \(\dim(X) \leq 1\), alors il existe une immersion ouverte \(j : X \to \overline{X}\) telle que
\(\overline{X}\) est H-projectif sur \(k\), c’est-à-dire que \(\overline{X}\) est un sous-schéma fermé de \(\mathbf{P}^d_k\) pour un certain \(d\),
\(j(X) \subset \overline{X}\) est dense et schématiquement dense,
\(\overline{X} \setminus X = \{x_1, \ldots, x_n\}\) pour certains points fermés \(x_i \in \overline{X}\),
les anneaux locaux \(\mathcal{O}_{\overline{X}, x_i}\) sont des anneaux de valuation discrète pour \(i = 1, \ldots, n\).
Démonstration
Soit \(j : X \to \overline{X}\) comme dans le lemme 0BXV. Considérons la normalisation \(X'\) de \(\overline{X}\) dans \(X\). D’après le lemme 0BXS, le morphisme \(X' \to \overline{X}\) est fini. D’après Morphismes, lemme 0B3I, \(X' \to \overline{X}\) est projectif. D’après Morphismes, lemme 087S, \(X' \to \overline{X}\) est H-projectif. D’après Morphismes, lemme 01WE, \(X' \to \Spec(k)\) est H-projectif. Soit \(\{x'_1, \ldots, x'_m\} \subset X'\) l’image réciproque de \(\{x_1, \ldots, x_n\} = \overline{X} \setminus X\). Alors \(\dim(\mathcal{O}_{X', x'_i}) = 1\) pour tout \(1 \leq i \leq m\). Par conséquent, les anneaux locaux \(\mathcal{O}_{X', x'}\) sont des anneaux de valuation discrète d’après Morphismes, lemme 0BXB. Alors \(X \to X'\) et \(\{x'_1, \ldots, x'_m\}\) répondent aux conditions voulues.
Lemme
Soit \(X\) un schéma séparé de type fini sur \(k\) tel que \(\dim(X) \leq 1\). Alors il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \overline{Y}_1 \amalg \ldots \amalg \overline{Y}_n \ar[rd] & Y_1 \amalg \ldots \amalg Y_n \ar[r]_-\nu \ar[d] \ar[l]^j & X_{k'} \ar[r] \ar[d] & X \ar[d]^f \\ & \Spec(k'_1) \amalg \ldots \amalg \Spec(k'_n) \ar[r] & \Spec(k') \ar[r] & \Spec(k) }\] de schémas possédant les propriétés suivantes :
\(k'/k\) est une extension finie purement inséparable de corps,
\(\nu\) est la normalisation de \(X_{k'}\),
\(j\) est une immersion ouverte d’image dense,
\(k'_i/k'\) est une extension finie séparable pour \(i = 1, \ldots, n\),
\(\overline{Y}_i\) est lisse, projectif, géométriquement irréductible et de dimension \(\leq 1\) sur \(k'_i\).
Démonstration
Puisque l’on peut remplacer \(X\) par sa réduction, on peut et on va supposer \(X\) réduit. Choisissons \(X \to \overline{X}\) comme dans le lemme 0BXW. Si le lemme est établi pour \(\overline{X}\), il en découle pour \(X\) (détails omis). On peut donc et on va supposer \(X\) projectif.
Choisissons une extension finie purement inséparable \(k'/k\) telle que la normalisation de \(X_{k'}\) soit géométriquement normale sur \(k'\); voir le lemme 0BXT. Notons \(Y = (X_{k'})^\nu\) la normalisation; pour les propriétés de la normalisation, voir la section 0BXQ. Alors \(Y\) est géométriquement régulier, car normalité et régularité coïncident en dimension \(\leq 1\); voir Propriétés, lemme 0BX2. Ainsi, \(Y\) est lisse sur \(k'\) d’après le lemme 038X. Soit \(Y = Y_1 \amalg \ldots \amalg Y_n\) la décomposition de \(Y\) en composantes irréductibles. Posons \(k'_i = \Gamma(Y_i, \mathcal{O}_{Y_i})\). Ce sont des extensions finies séparables de \(k'\) d’après le lemme 0BUG. Le lemme 0FD1 achève la démonstration.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) une courbe sur \(k\). Soit \(x \in X\) un point fermé. Considérons \(x\) comme un sous-schéma fermé (réduit) de \(X\), de faisceau d’idéaux \(\mathcal{I}\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(\mathcal{O}_{X, x}\) est régulier,
\(\mathcal{O}_{X, x}\) est normal,
\(\mathcal{O}_{X, x}\) est un anneau de valuation discrète,
\(\mathcal{I}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible,
\(x\) est un diviseur de Cartier effectif sur \(X\).
Si \(k\) est parfait ou si \(\kappa(x)\) est séparable sur \(k\), ces conditions sont aussi équivalentes à
\(X \to \Spec(k)\) est lisse en \(x\).
Démonstration
Puisque \(X\) est une courbe, l’anneau local \(\mathcal{O}_{X, x}\) est un anneau local noethérien intègre de dimension \(1\) (lemme 0A21). Les conditions (4) et (5) sont équivalentes par définition et équivalent au fait que \(\mathcal{I}_x = \mathfrak m_x \subset \mathcal{O}_{X, x}\) soit engendré par un élément (Diviseurs, lemme 0AG8). L’équivalence de (1), (2), (3), (4) et (5) découle donc du lemme 00PD d’Algèbre. La dernière assertion découle du lemme 0B8X lorsque \(k\) est parfait. Si \(\kappa(x)/k\) est séparable, l’équivalence découle du lemme 00TV d’Algèbre.
Remarque
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) une courbe régulière sur \(k\). D’après les lemmes 0B8Y et 0BXW, il existe une courbe projective non singulière \(\overline{X}\) qui est une compactification de \(X\), c’est-à-dire qu’il existe une immersion ouverte \(j : X \to \overline{X}\) dont le complément est formé d’un nombre fini de points fermés. Si \(k\) est parfait, alors \(X\) et \(\overline{X}\) sont lisses sur \(k\) et \(\overline{X}\) est une compactification projective lisse de \(X\).
Observons que si un schéma affine \(X\) sur \(k\) est propre sur \(k\), alors \(X\) est fini sur \(k\) (Morphismes, lemme 01WN) et est donc de dimension \(0\) (Algèbre, lemme 00J6 et proposition 00KJ). Ainsi, un schéma de dimension \(> 0\) sur \(k\) ne peut être à la fois affine et propre sur \(k\). Les deux possibilités du lemme suivant s’excluent donc mutuellement.
Lemme
Soit \(X\) une courbe sur \(k\). Alors soit \(X\) est un schéma affine, soit \(X\) est H-projectif sur \(k\).
Démonstration
Choisissons \(X \to \overline{X}\) tel que \(\overline{X} \setminus X = \{x_1, \ldots, x_r\}\) comme dans le lemme 0BXW. Alors \(\overline{X}\) est également une courbe. Si \(r = 0\), alors \(X = \overline{X}\) est H-projectif sur \(k\). On peut donc supposer \(r \geq 1\); il s’agit de montrer que \(X\) est affine. D’après le lemme 09N9, il suffit de montrer que \(\overline{X} \setminus \{x_1\}\) est affine. Cela nous ramène à l’assertion énoncée au paragraphe suivant.
Soit \(X\) une courbe H-projective sur \(k\). Soit \(x \in X\) un point fermé tel que \(\mathcal{O}_{X, x}\) soit un anneau de valuation discrète. Affirmation : \(U = X \setminus \{x\}\) est affine. D’après le lemme 0B8Y, le point \(x\) définit un diviseur de Cartier effectif de \(X\). Pour \(n \geq 1\), notons \(nx = x + \ldots + x\) la somme de \(n\) termes; voir Diviseurs, définition 01WT. Notons \(\mathcal{O}_{nx}\) le faisceau structural de \(nx\), considéré comme un module cohérent sur \(X\). Tout module inversible sur le schéma local \(nx\) étant trivial, la première suite exacte courte de Diviseurs, remarque 0C6K, s’écrit \[0 \to \mathcal{O}_X \xrightarrow{1} \mathcal{O}_X(nx) \to \mathcal{O}_{nx} \to 0\] dans notre cas. Notons que \(\dim_k H^0(X, \mathcal{O}_{nx}) \geq n\). En effet, d’après le lemme 0AYT, on a \(H^0(X, \mathcal{O}_{nx}) = \mathcal{O}_{X, x}/(\pi^n)\), où \(\pi\) est une uniformisante de \(\mathcal{O}_{X, x}\), et les puissances \(\pi^i\) ont des images \(k\)-linéairement indépendantes dans \(\mathcal{O}_{X, x}/(\pi^n)\) pour \(i = 0, 1, \ldots, n - 1\). On a \(\dim_k H^1(X, \mathcal{O}_X) < \infty\) d’après Cohomologie des schémas, lemme 02O6. Si \(n > \dim_k H^1(X, \mathcal{O}_X)\), la suite exacte longue de cohomologie montre qu’il existe \(s \in \Gamma(X, \mathcal{O}_X(nx))\) qui n’est pas une section de \(\mathcal{O}_X\). Si l’on choisit \(n\) minimal avec cette propriété, alors \(s\) a pour image un générateur du germe \(\left(\mathcal{O}_X(nx)\right)_x\), faute de quoi il définirait une section de \(\mathcal{O}_X((n - 1)x) \subset \mathcal{O}_X(nx)\). Pour ce \(n\), on en déduit que \(s_0 = 1\) et \(s_1 = s\) engendrent le module inversible \(\mathcal{L} = \mathcal{O}_X(nx)\).
Considérons le morphisme correspondant \(f = \varphi_{\mathcal{L}, (s_0, s_1)} : X \to \mathbf{P}^1_k\) de Constructions, section 01ND. Notons que l’image réciproque de \(D_{+}(T_0)\) est \(U = X \setminus \{x\}\), car la section \(s_0\) de \(\mathcal{L}\) ne s’annule qu’en \(x\). En particulier, \(f\) n’est pas constant, c’est-à-dire que \(\Im(f)\) contient plus d’un point. Par conséquent, \(f\) envoie nécessairement le point générique \(\eta\) de \(X\) sur le point générique de \(\mathbf{P}^1_k\). Ainsi, si \(y \in \mathbf{P}^1_k\) est un point fermé, \(f^{-1}(\{y\})\) est un fermé de \(X\) ne contenant pas \(\eta\), et est donc fini. Enfin, \(f\) est propre4. D’après Cohomologie des schémas, lemme 02OH5, on conclut que \(f\) est fini. Ainsi, \(U = f^{-1}(D_{+}(T_0))\) est affine.
Le lemme suivant, combiné au lemme 0A24, montre que, si \(X\) est un schéma séparé de dimension \(1\) et de type fini sur \(k\), alors \(X \setminus Z\) est affine dès que le sous-ensemble fermé \(Z\) rencontre toute composante irréductible de \(X\).
Lemme
Soit \(X\) un schéma séparé de type fini sur \(k\). Si \(\dim(X) \leq 1\) et si aucune composante irréductible de \(X\) n’est propre de dimension \(1\), alors \(X\) est affine.
Démonstration
Soit \(X = \bigcup X_i\) la décomposition de \(X\) en composantes irréductibles. Nous considérons \(X_i\) comme un schéma intègre (muni de la structure de schéma réduit induite, voir Schémas, définition 01J4). En particulier, \(X_i\) est un singleton (donc affine) ou une courbe, donc est affine par le lemme 0A27. Alors \(\coprod X_i \to X\) est fini surjectif et \(\coprod X_i\) est affine. Nous voyons donc que \(X\) est affine par Cohomologie des schémas, lemme 01YQ.
Degrés sur les courbes
Nous commençons par définir le degré d’un faisceau inversible et, plus généralement, celui d’un faisceau localement libre sur un schéma propre de dimension \(1\) sur un corps. Dans la section 0BEI, nous avons défini la caractéristique d’Euler-Poincaré d’un faisceau cohérent \(\mathcal{F}\) sur un schéma propre \(X\) sur un corps \(k\) par la formule \[\chi(X, \mathcal{F}) = \sum (-1)^i \dim_k H^i(X, \mathcal{F}).\]
Définition
Soit \(k\) un corps, soit \(X\) un schéma propre de dimension \(\leq 1\) sur \(k\), et soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Le degré de \(\mathcal{L}\) est défini par \[\deg(\mathcal{L}) = \chi(X, \mathcal{L}) - \chi(X, \mathcal{O}_X)\] Plus généralement, si \(\mathcal{E}\) est un faisceau localement libre de rang \(n\), nous définissons le degré de \(\mathcal{E}\) par \[\deg(\mathcal{E}) = \chi(X, \mathcal{E}) - n\chi(X, \mathcal{O}_X)\]
Remarquons que celui-ci dépend du triplet \(\mathcal{E}/X/k\). Si \(X\) n’est pas connexe et si \(\mathcal{E}\) est localement libre de type fini (mais pas nécessairement de rang constant), on peut modifier la définition en sommant les degrés des restrictions de \(\mathcal{E}\) aux composantes connexes de \(X\). Si \(\mathcal{E}\) est seulement un faisceau cohérent, il existe plusieurs manières d’étendre la définition6. Nous montrons dans une série de lemmes que cette définition possède toutes les propriétés attendues du degré.
Lemme
Soit \(k'/k\) une extension de corps. Soit \(X\) un schéma propre de dimension \(\leq 1\) sur \(k\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang constant \(n\). Alors le degré de \(\mathcal{E}/X/k\) est égal au degré de \(\mathcal{E}_{k'}/X_{k'}/k'\).
Démonstration
Plus précisément, posons \(X_{k'} = X \times_{\Spec(k)} \Spec(k')\). Soit \(\mathcal{E}_{k'} = p^*\mathcal{E}\), où \(p : X_{k'} \to X\) est la projection. Par Cohomologie des schémas, lemme 02KH, nous avons \(H^i(X_{k'}, \mathcal{E}_{k'}) = H^i(X, \mathcal{E}) \otimes_k k'\) et \(H^i(X_{k'}, \mathcal{O}_{X_{k'}}) = H^i(X, \mathcal{O}_X) \otimes_k k'\). Nous voyons donc que les caractéristiques d’Euler-Poincaré sont inchangées, et par conséquent que le degré est inchangé.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre de dimension \(\leq 1\) sur \(k\). Soit \(0 \to \mathcal{E}_1 \to \mathcal{E}_2 \to \mathcal{E}_3 \to 0\) une suite exacte courte de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres, tous de type fini et de rang constant. Alors \[\deg(\mathcal{E}_2) = \deg(\mathcal{E}_1) + \deg(\mathcal{E}_3)\]
Démonstration
Cela résulte immédiatement de l’additivité des caractéristiques d’Euler-Poincaré (lemme 08AA) et de l’additivité des rangs.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(f : X' \to X\) un morphisme birationnel de schémas propres de dimension \(\leq 1\) sur \(k\). Alors \[\deg(f^*\mathcal{E}) = \deg(\mathcal{E})\] pour tout faisceau localement libre de type fini et de rang constant. Plus généralement, il suffit que \(f\) induise une bijection entre les composantes irréductibles de dimension \(1\) et des isomorphismes entre les anneaux locaux aux points génériques correspondants.
Démonstration
Le morphisme \(f\) est propre (Morphismes, lemme 01W6) et ses fibres sont de dimension \(\leq 0\). Ainsi, \(f\) est fini (Cohomologie des schémas, lemme 02OH). Par conséquent, \[Rf_*f^*\mathcal{E} = f_*f^*\mathcal{E} = \mathcal{E} \otimes_{\mathcal{O}_X} f_*\mathcal{O}_{X'}\] Comme \(f\) induit un isomorphisme sur les anneaux locaux aux points génériques de toutes les composantes irréductibles de dimension \(1\), nous voyons que le noyau et le conoyau dans \[0 \to \mathcal{K} \to \mathcal{O}_X \to f_*\mathcal{O}_{X'} \to \mathcal{Q} \to 0\] ont des supports de dimension \(\leq 0\). Remarquons que tensoriser cette suite par \(\mathcal{E}\) donne encore une suite exacte puisque \(\mathcal{E}\) est localement libre. Nous obtenons \[\begin{align*} \chi(X, \mathcal{E}) - \chi(X', f^*\mathcal{E}) & = \chi(X, \mathcal{E}) - \chi(X, f_*f^*\mathcal{E}) \\ & = \chi(X, \mathcal{E}) - \chi(X, \mathcal{E} \otimes f_*\mathcal{O}_{X'}) \\ & = \chi(X, \mathcal{K} \otimes \mathcal{E}) - \chi(X, \mathcal{Q} \otimes \mathcal{E}) \\ & = n\chi(X, \mathcal{K}) - n\chi(X, \mathcal{Q}) \\ & = n\chi(X, \mathcal{O}_X) - n\chi(X, f_*\mathcal{O}_{X'}) \\ & = n\chi(X, \mathcal{O}_X) - n\chi(X', \mathcal{O}_{X'}) \end{align*}\] ce qui prouve l’assertion. La première égalité vaut parce que \(f\) est fini, voir Cohomologie des schémas, lemme 089W. La deuxième égalité résulte de la formule de projection, voir Cohomologie, lemme 01E8. La troisième résulte de l’additivité des caractéristiques d’Euler-Poincaré, voir le lemme 08AA. La quatrième résulte du lemme 0AYT.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) une courbe propre sur \(k\) de point générique \(\xi\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang \(n\) et soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent. Alors \[\chi(X, \mathcal{E} \otimes \mathcal{F}) = r \deg(\mathcal{E}) + n \chi(X, \mathcal{F})\] où \(r = \dim_{\kappa(\xi)} \mathcal{F}_\xi\) est le rang de \(\mathcal{F}\).
Démonstration
Soit \(\mathcal{P}\) la propriété d’un faisceau cohérent \(\mathcal{F}\) sur \(X\) selon laquelle la formule du lemme est satisfaite. Nous affirmons que les hypothèses (1) et (2) de Cohomologie des schémas, lemme 01YI, sont satisfaites pour \(\mathcal{P}\). En effet, (1) l’est parce que la caractéristique d’Euler-Poincaré et le rang \(r\) sont additifs dans les suites exactes courtes de faisceaux cohérents. La condition (2) l’est également : si \(Z = X\), nous pouvons prendre \(\mathcal{G} = \mathcal{O}_X\), et \(\mathcal{P}(\mathcal{O}_X)\) est vraie par définition du degré. Si \(i : Z \to X\) est l’inclusion d’un point fermé, nous pouvons prendre \(\mathcal{G} = i_*\mathcal{O}_Z\), et \(\mathcal{P}\) est satisfaite par le lemme 0AYT et par le fait que \(r = 0\) dans ce cas.
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma de type fini sur \(k\) de dimension \(\leq 1\). Soient \(C_i \subset X\), \(i = 1, \ldots, t\), les composantes irréductibles de dimension \(1\). Nous munissons \(C_i\) de la structure de schéma réduit induite. Soit \(\xi_i \in C_i\) le point générique. La multiplicité de \(C_i\) dans \(X\) est définie comme la longueur \[m_i = \text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, \xi_i}} \mathcal{O}_{X, \xi_i}\] Cette définition a un sens parce que \(\mathcal{O}_{X, \xi_i}\) est un anneau local noethérien de dimension zéro, donc est de longueur finie sur lui-même (Algèbre, proposition 00KJ). Voir Homologie de Chow, section 02QS, pour de plus amples informations. En fait, le degré d’un faisceau localement libre ne dépend que de ses restrictions aux composantes irréductibles.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre de dimension \(\leq 1\) sur \(k\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang \(n\). Alors \[\deg(\mathcal{E}) = \sum m_i \deg(\mathcal{E}|_{C_i})\] où \(C_i \subset X\), \(i = 1, \ldots, t\), sont les composantes irréductibles de dimension \(1\), munies de la structure de schéma réduit induite, et \(m_i\) est la multiplicité de \(C_i\) dans \(X\).
Démonstration
Remarquons que l’énoncé a un sens parce que \(C_i \to \Spec(k)\) est propre de dimension \(1\) ; nous utiliserons ci-dessous le fait que tout sous-schéma fermé de \(X\) est propre sur \(k\) par Morphismes, lemmes 01W5 et 01W3. Considérons le sous-schéma ouvert \(U_i = X \setminus (\bigcup_{j \not = i} C_j)\) et soit \(X_i \subset X\) l’adhérence schématique de \(U_i\). Remarquons que \(X_i \cap U_i = U_i\) (schématiquement) et que \(X_i \cap U_j = \emptyset\) (ensemblistement) pour \(i \not = j\) ; cela résulte de la description de l’adhérence schématique dans Morphismes, lemme 01RG. Nous pouvons donc appliquer le lemme 0AYU au morphisme \(X' = \coprod X_i \to X\). Comme il est clair que \(C_i \subset X_i\) (schématiquement) et que la multiplicité de \(C_i\) dans \(X_i\) est égale à la multiplicité de \(C_i\) dans \(X\), nous voyons que nous sommes ramenés au cas étudié dans le paragraphe suivant.
Supposons \(X\) irréductible, de point générique \(\xi\). Soit \(C = X_{red}\), de multiplicité \(m\). Nous devons montrer que \(\deg(\mathcal{E}) = m \deg(\mathcal{E}|_C)\). Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) l’idéal définissant le sous-schéma fermé \(C\). Soit \(e \geq 0\) minimal tel que \(\mathcal{I}^{e + 1} = 0\) (Cohomologie des schémas, lemme 01Y9). Nous raisonnons par récurrence sur \(e\). Si \(e = 0\), alors \(X = C\) et le résultat est immédiat. Sinon, posons \(\mathcal{F} = \mathcal{I}^e\), considéré comme un \(\mathcal{O}_C\)-module cohérent (Cohomologie des schémas, lemme 087T). Soit \(X' \subset X\) le sous-schéma fermé défini par l’idéal cohérent \(\mathcal{I}^e\), et soit \(m'\) la multiplicité de \(C\) dans \(X'\). En prenant les germes en \(\xi\) de la suite exacte courte \[0 \to \mathcal{F} \to \mathcal{O}_X \to \mathcal{O}_{X'} \to 0\] nous trouvons (en utilisant Algèbre, lemmes 00IV, 00IY et 00IX) que \[m = \text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, \xi}} \mathcal{O}_{X, \xi} = \dim_{\kappa(\xi)} \mathcal{F}_\xi + \text{longueur}_{\mathcal{O}_{X', \xi}} \mathcal{O}_{X', \xi} = r + m'\] où \(r\) est le rang de \(\mathcal{F}\) en tant que faisceau cohérent sur \(C\). En tensorisant par \(\mathcal{E}\), nous obtenons une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{E}|_C \otimes \mathcal{F} \to \mathcal{E} \to \mathcal{E} \otimes \mathcal{O}_{X'} \to 0\] Par récurrence, nous avons \(\deg(\mathcal{E}|_{X'}) = m' \deg(\mathcal{E}|_C)\). Par le lemme 0AYV, nous avons \(\chi(\mathcal{E}|_C \otimes \mathcal{F}) = r \deg(\mathcal{E}|_C) + n \chi(\mathcal{F})\). En réunissant ces égalités, nous obtenons le résultat.
Lemme
Soit \(k\) un corps, soit \(X\) un schéma propre de dimension \(\leq 1\) sur \(k\), et soient \(\mathcal{E}\), \(\mathcal{V}\) des \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de type fini et de rang constant. Alors \[\deg(\mathcal{E} \otimes \mathcal{V}) = \text{rang}(\mathcal{E}) \deg(\mathcal{V}) + \text{rang}(\mathcal{V}) \deg(\mathcal{E})\]
Démonstration
Par le lemme 0AYW et un calcul élémentaire, nous nous ramenons au cas d’une courbe propre. Ce cas résulte du lemme 0AYV.
Lemme
Soit \(k\) un corps, soit \(X\) un schéma propre de dimension \(\leq 1\) sur \(k\), et soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang \(n\). Alors \[\deg(\mathcal{E}) = \deg(\wedge^n(\mathcal{E})) = \deg(\det(\mathcal{E}))\]
Démonstration
Par le lemme 0AYW et un calcul élémentaire, nous nous ramenons au cas d’une courbe propre. Il existe alors une modification \(f : X' \to X\) telle que \(f^*\mathcal{E}\) admette une filtration dont les quotients successifs sont des modules inversibles, voir Diviseurs, lemme 0AYP. Par le lemme 0AYU, nous pouvons travailler sur \(X'\). Nous pouvons donc supposer que nous avons une filtration \[0 = \mathcal{E}_0 \subset \mathcal{E}_1 \subset \mathcal{E}_2 \subset \ldots \subset \mathcal{E}_n = \mathcal{E}\] par des \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres telle que \(\mathcal{L}_i = \mathcal{E}_i/\mathcal{E}_{i - 1}\) soit inversible. Par Modules, lemme 0B38, et par récurrence, nous trouvons \(\det(\mathcal{E}) = \mathcal{L}_1 \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_n\). L’égalité résulte donc du lemme 0AYX et de l’additivité (lemme 0AYS).
Lemme
Soit \(k\) un corps, soit \(X\) un schéma propre de dimension \(\leq 1\) sur \(k\). Soit \(D\) un diviseur de Cartier effectif sur \(X\). Alors \(D\) est fini sur \(\Spec(k)\), de degré \(\deg(D) = \dim_k \Gamma(D, \mathcal{O}_D)\). Pour un faisceau localement libre \(\mathcal{E}\) de rang \(n\), nous avons \[\deg(\mathcal{E}(D)) = n\deg(D) + \deg(\mathcal{E})\] où \(\mathcal{E}(D) = \mathcal{E} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{O}_X(D)\).
Démonstration
Comme \(D\) est nulle part dense dans \(X\) (Diviseurs, lemme 07ZU), nous voyons que \(\dim(D) \leq 0\). Par conséquent, \(D\) est fini sur \(k\) par le lemme 06LH. Comme \(k\) est un corps, le morphisme \(D \to \Spec(k)\) est fini localement libre et possède donc un degré (Morphismes, définition 02KA), manifestement égal à \(\dim_k \Gamma(D, \mathcal{O}_D)\), comme l’affirme le lemme. Par Diviseurs, définition 01WX, il existe une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{O}_X \to \mathcal{O}_X(D) \to i_*i^*\mathcal{O}_X(D) \to 0\] où \(i : D \to X\) est l’immersion fermée. En tensorisant par \(\mathcal{E}\), nous obtenons une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{E} \to \mathcal{E}(D) \to i_*i^*\mathcal{E}(D) \to 0\] L’égalité du lemme résulte de l’additivité de la caractéristique d’Euler-Poincaré (lemme 08AA) et du lemme 0AYT.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\), réduit et connexe. Soit \(\kappa = H^0(X, \mathcal{O}_X)\). Alors \(\kappa/k\) est une extension finie de corps et \(w = [\kappa : k]\) divise
\(\deg(\mathcal{E})\) pour tout \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre \(\mathcal{E}\),
\([\kappa(x) : k]\) pour tout point fermé \(x \in X\), et
\(\deg(D)\) pour tout sous-schéma fermé \(D \subset X\) de dimension zéro.
Démonstration
Voir le lemme 0BUG pour les assertions concernant \(\kappa\). Pour tout \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent, les \(k\)-espaces vectoriels \(H^i(X, \mathcal{F})\) sont des \(\kappa\)-espaces vectoriels. Les divisibilités résultent immédiatement de cette assertion et des définitions.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme non constant de courbes propres sur \(k\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_Y\)-module localement libre. Alors \[\deg(f^*\mathcal{E}) = \deg(X/Y) \deg(\mathcal{E})\]
Démonstration
Le degré de \(X\) sur \(Y\) est défini dans Morphismes, définition 02NY. Ainsi, \(f_*\mathcal{O}_X\) est un \(\mathcal{O}_Y\)-module cohérent de rang \(\deg(X/Y)\), c’est-à-dire \(\deg(X/Y) = \dim_{\kappa(\xi)} (f_*\mathcal{O}_X)_\xi\), où \(\xi\) est le point générique de \(Y\). Nous obtenons donc \[\begin{align*} \chi(X, f^*\mathcal{E}) & = \chi(Y, f_*f^*\mathcal{E}) \\ & = \chi(Y, \mathcal{E} \otimes f_*\mathcal{O}_X) \\ & = \deg(X/Y) \deg(\mathcal{E}) + n \chi(Y, f_*\mathcal{O}_X) \\ & = \deg(X/Y) \deg(\mathcal{E}) + n \chi(X, \mathcal{O}_X) \end{align*}\] comme voulu. La première égalité vaut parce que \(f\) est fini, voir Cohomologie des schémas, lemme 089W. La deuxième égalité résulte de la formule de projection, voir Cohomologie, lemme 01E8. La troisième égalité résulte du lemme 0AYV.
Ce qui suit est une conséquence évidente, mais importante, des résultats ci-dessus sur les degrés.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) une courbe propre sur \(k\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible.
Si \(\mathcal{L}\) possède une section non nulle, alors \(\deg(\mathcal{L}) \geq 0\).
Si \(\mathcal{L}\) possède une section non nulle \(s\) qui s’annule en un point, alors \(\deg(\mathcal{L}) > 0\).
Si \(\mathcal{L}\) et \(\mathcal{L}^{-1}\) possèdent des sections non nulles, alors \(\mathcal{L} \cong \mathcal{O}_X\).
Si \(\deg(\mathcal{L}) \leq 0\) et si \(\mathcal{L}\) possède une section non nulle, alors \(\mathcal{L} \cong \mathcal{O}_X\).
Si \(\mathcal{N} \to \mathcal{L}\) est un morphisme non nul de \(\mathcal{O}_X\)-modules inversibles, alors \(\deg(\mathcal{L}) \geq \deg(\mathcal{N})\), et, s’il y a égalité, ce morphisme est un isomorphisme.
Démonstration
Soit \(s\) une section non nulle de \(\mathcal{L}\). Comme \(X\) est une courbe, nous voyons que \(s\) est une section régulière. Il existe donc un diviseur de Cartier effectif \(D \subset X\) et un isomorphisme \(\mathcal{L} \to \mathcal{O}_X(D)\) envoyant \(s\) sur la section canonique \(1\) de \(\mathcal{O}_X(D)\), voir Diviseurs, lemme 01X0. Alors \(\deg(\mathcal{L}) = \deg(D)\) par le lemme 0AYY. Comme \(\deg(D) \geq 0\) et que l’égalité \(= 0\) a lieu si et seulement si \(D = \emptyset\), cela prouve (1) et (2). Dans le cas (3), nous voyons que \(\deg(\mathcal{L}) = 0\) et que \(D = \emptyset\). De même pour (4). Pour prouver (5), appliquons (1) et (4) au faisceau inversible \[\mathcal{L} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{N}^{\otimes -1} = \SheafHom_{\mathcal{O}_X}(\mathcal{N}, \mathcal{L})\] dont le degré est \(\deg(\mathcal{L}) - \deg(\mathcal{N})\) par le lemme 0AYX.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\), réduit, connexe et équidimensionnel de dimension \(1\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Si \(\deg(\mathcal{L}|_C) \leq 0\) pour toute composante irréductible \(C\) de \(X\), alors ou bien \(H^0(X, \mathcal{L}) = 0\), ou bien \(\mathcal{L} \cong \mathcal{O}_X\).
Démonstration
Soit \(s \in H^0(X, \mathcal{L})\) non nul. Comme \(X\) est réduit, il existe une composante irréductible \(C\) de \(X\) telle que \(s|_C \not = 0\). Mais si \(s|_C\) est non nul, alors \(s\) ne s’annule nulle part sur \(C\) par le lemme 0B40. Cela implique à son tour que \(s\) ne s’annule nulle part sur toute composante irréductible de \(X\) rencontrant \(C\). Comme \(X\) est connexe, nous en concluons que \(s\) ne s’annule nulle part, et le lemme en résulte.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) une courbe propre sur \(k\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Alors \(\mathcal{L}\) est ample si et seulement si \(\deg(\mathcal{L}) > 0\).
Démonstration
Si \(\mathcal{L}\) est ample, il existe un \(n > 0\) et une section \(s \in H^0(X, \mathcal{L}^{\otimes n})\) tels que \(X_s\) soit affine. Comme \(X\) n’est pas affine (sinon, d’après Morphismes, lemme 01WN, \(X\) serait fini), on voit que \(s\) s’annule en un point. Ainsi, \(\deg(\mathcal{L}^{\otimes n}) > 0\) d’après le lemme 0B40. D’après le lemme 0AYX, on conclut que \(\deg(\mathcal{L}) = 1/n\deg(\mathcal{L}^{\otimes n}) > 0\).
Supposons que \(\deg(\mathcal{L}) > 0\). Alors \[\dim_k H^0(X, \mathcal{L}^{\otimes n}) \geq \chi(X, \mathcal{L}^n) = n\deg(\mathcal{L}) + \chi(X, \mathcal{O}_X)\] croît linéairement en \(n\). Pour toute famille finie de points fermés \(x_1, \ldots, x_t\) de \(X\), on peut donc trouver un \(n\) tel que \(\dim_k H^0(X, \mathcal{L}^{\otimes n}) > \sum \dim_k \kappa(x_i)\). (Rappelons que, d’après le théorème des zéros de Hilbert, les extensions \(\kappa(x_i)/k\) sont finies, voir par exemple Morphismes, lemme 01TF.) On peut donc trouver une section non nulle \(s \in H^0(X, \mathcal{L}^{\otimes n})\) qui s’annule en \(x_1, \ldots, x_t\). En particulier, si l’on choisit \(x_1, \ldots, x_t\) de telle sorte que \(X \setminus \{x_1, \ldots, x_t\}\) soit affine, alors \(X_s\) est également affine (par exemple d’après Propriétés, lemme 01PV, bien que, si l’on choisit l’ensemble fini de telle sorte que \(\mathcal{L}|_{X \setminus \{x_1, \ldots, x_t\}}\) soit trivial, ce soit immédiat). On peut donc trouver un \(n > 0\) et une section non nulle \(s \in H^0(X, \mathcal{L}^{\otimes n})\) telle que \(X_s\) soit affine.
Nous allons montrer que, pour tout faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{I}\), il existe un \(m > 0\) tel que \(H^1(X, \mathcal{I} \otimes \mathcal{L}^{\otimes m})\) soit nul. Cela achèvera la démonstration d’après Cohomologie des schémas, lemme 0B5U. Pour cela, considérons les applications \[\mathcal{I} \xrightarrow{s} \mathcal{I} \otimes \mathcal{L}^{\otimes n} \xrightarrow{s} \mathcal{I} \otimes \mathcal{L}^{\otimes 2n} \xrightarrow{s} \ldots\] Puisque \(\mathcal{I}\) est sans torsion, ces applications sont injectives et sont des isomorphismes sur \(X_s\) ; leurs conoyaux ont donc un \(H^1\) nul (par exemple d’après Cohomologie des schémas, lemme 0B3J). On en conclut que les applications d’espaces vectoriels \[H^1(X, \mathcal{I}) \to H^1(X, \mathcal{I} \otimes \mathcal{L}^{\otimes n}) \to H^1(X, \mathcal{I} \otimes \mathcal{L}^{\otimes 2n}) \to \ldots\] sont surjectives. D’autre part, \(H^1(X, \mathcal{I})\) est de dimension finie, et tout élément a une image nulle à partir d’un certain rang d’après Cohomologie des schémas, lemme 01XR. Il existe donc un \(e > 0\) tel que \(H^1(X, \mathcal{I} \otimes \mathcal{L}^{\otimes en})\) soit nul. Cela achève la démonstration.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre de dimension \(\leq 1\) sur \(k\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Soient \(C_i \subset X\), \(i = 1, \ldots, t\), les composantes irréductibles de dimension \(1\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(\mathcal{L}\) est ample, et
\(\deg(\mathcal{L}|_{C_i}) > 0\) pour \(i = 1, \ldots, t\).
Démonstration
Soient \(x_1, \ldots, x_r \in X\) les points fermés isolés. Considérons \(x_i = \Spec(\kappa(x_i))\) comme un schéma. Considérons le morphisme de schémas \[f : C_1 \amalg \ldots \amalg C_t \amalg x_1 \amalg \ldots \amalg x_r \longrightarrow X\] C’est un morphisme fini surjectif entre des schémas propres sur \(k\) (détails omis). Ainsi, \(\mathcal{L}\) est ample si et seulement si \(f^*\mathcal{L}\) est ample (Cohomologie des schémas, lemme 0B5V). On conclut donc par le lemme 0B5X.
Lemme
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soit \(X\) une courbe propre sur \(k\). Il existe alors
un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible \(\mathcal{L}\) tel que \(\dim_k H^0(X, \mathcal{L}) = 1\) et \(H^1(X, \mathcal{L}) = 0\), et
un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible \(\mathcal{N}\) tel que \(\dim_k H^0(X, \mathcal{N}) = 0\) et \(H^1(X, \mathcal{N}) = 0\).
Démonstration
Choisissons une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{P}^n_k\) (lemme 0A26). En posant \(\mathcal{L} = i^*\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n}(d)\) pour \(d \gg 0\), on voit qu’il existe un faisceau inversible \(\mathcal{L}\) tel que \(H^0(X, \mathcal{L}) \not = 0\) et \(H^1(X, \mathcal{L}) = 0\) (voir Cohomologie des schémas, lemme 0B5U, pour l’annulation, et les références qui y sont données pour la non-annulation). Nous allons achever la démonstration de (1) par récurrence descendante sur \(t = \dim_k H^0(X, \mathcal{L})\). Le cas initial \(t = 1\) est immédiat. Supposons que \(t > 1\).
Soit \(U \subset X\) l’ouvert non vide des points non singuliers étudié dans le lemme 0B8X. Soit \(s \in H^0(X, \mathcal{L})\) non nul. Il existe un point fermé \(x \in U\) tel que \(s\) ne s’annule pas en \(x\). Soit \(\mathcal{I}\) le faisceau d’idéaux de \(i : x \to X\) comme dans le lemme 0B8Y. Considérons la suite exacte courte \[0 \to \mathcal{I} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L} \to \mathcal{L} \to i_*i^*\mathcal{L} \to 0\] Remarquons que \(H^0(X, i_*i^*\mathcal{L}) = H^0(x, i^*\mathcal{L})\) est de dimension \(1\), puisque \(x\) est un point \(k\)-rationnel (\(k\) est algébriquement clos). Comme \(s\) ne s’annule pas en \(x\), on en conclut que \[H^0(X, \mathcal{L}) \longrightarrow H^0(X, i_*i^*\mathcal{L})\] est surjective. Par conséquent, \(\dim_k H^0(X, \mathcal{I} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}) = t - 1\). Enfin, la suite exacte longue de cohomologie montre également que \(H^1(X, \mathcal{I} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}) = 0\), ce qui achève la démonstration de l’étape de récurrence.
Pour obtenir un faisceau inversible comme en (2), prenons un faisceau inversible \(\mathcal{L}\) comme en (1) et appliquons l’argument du paragraphe précédent une fois encore.
Lemme
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soit \(X\) une courbe propre sur \(k\). Posons \(g = \dim_k H^1(X, \mathcal{O}_X)\). Pour tout \(\mathcal{O}_X\)-module inversible \(\mathcal{L}\) tel que \(\deg(\mathcal{L}) \geq 2g - 1\), on a \(H^1(X, \mathcal{L}) = 0\).
Démonstration
Soit \(\mathcal{N}\) le module inversible obtenu dans le lemme 0B8Z, partie (2). Le degré de \(\mathcal{N}\) est \(\chi(X, \mathcal{N}) - \chi(X, \mathcal{O}_X) = 0 - (1 - g) = g - 1\). Le degré de \(\mathcal{L} \otimes \mathcal{N}^{\otimes - 1}\) est donc \(\deg(\mathcal{L}) - (g - 1) \geq g\). Par conséquent, \(\chi(X, \mathcal{L} \otimes \mathcal{N}^{\otimes -1}) \geq g + 1 - g = 1\). Il existe ainsi une section globale non nulle \(s\) dont le schéma des zéros est un diviseur de Cartier effectif \(D\) de degré \(\deg(\mathcal{L}) - (g - 1)\). On obtient une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{N} \xrightarrow{s} \mathcal{L} \to i_*(\mathcal{L}|_D) \to 0\] où \(i : D \to X\) est le morphisme d’inclusion. On en conclut que \(H^0(X, \mathcal{L})\) s’applique isomorphiquement sur \(H^0(D, \mathcal{L}|_D)\), qui est de dimension \(\deg(\mathcal{L}) - (g - 1)\). Le résultat découle de la définition du degré.
Intersections numériques
Dans cette section, nous allons exploiter la caractéristique d’Euler-Poincaré des faisceaux cohérents sur les schémas propres afin d’obtenir des nombres d’intersection numériques pour les modules inversibles. Notre principal outil sera le lemme suivant.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent. Soient \(\mathcal{L}_1, \ldots, \mathcal{L}_r\) des \(\mathcal{O}_X\)-modules inversibles. L’application \[(n_1, \ldots, n_r) \longmapsto \chi(X, \mathcal{F} \otimes \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_r^{\otimes n_r})\] est un polynôme numérique en \(n_1, \ldots, n_r\), dont le degré total est au plus la dimension du support de \(\mathcal{F}\).
Démonstration
Nous procédons par récurrence sur \(\dim(\text{Supp}(\mathcal{F}))\). Si ce nombre est nul, la fonction est constante de valeur \(\dim_k \Gamma(X, \mathcal{F})\) d’après le lemme 0AYT. Supposons que \(\dim(\text{Supp}(\mathcal{F})) > 0\).
Si \(\mathcal{F}\) a des points associés immergés, on peut considérer la suite exacte courte \(0 \to \mathcal{K} \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}' \to 0\) construite dans Diviseurs, lemme 02OL. Comme la dimension du support de \(\mathcal{K}\) est strictement plus petite, le résultat vaut pour \(\mathcal{K}\) par l’hypothèse de récurrence, avec un degré total strictement plus petit. Par additivité de la caractéristique d’Euler-Poincaré (lemme 08AA), il suffit d’établir le résultat pour \(\mathcal{F}'\). On peut donc supposer que \(\mathcal{F}\) n’a pas de points associés immergés.
Si \(i : Z \to X\) est une immersion fermée et \(\mathcal{F} = i_*\mathcal{G}\), le résultat pour \(X\), \(\mathcal{F}\), \(\mathcal{L}_1, \ldots, \mathcal{L}_r\) équivaut au résultat pour \(Z\), \(\mathcal{G}\), \(i^*\mathcal{L}_1, \ldots, i^*\mathcal{L}_r\) (car les groupes de cohomologie coïncident, voir Cohomologie des schémas, lemme 089W). En appliquant Diviseurs, lemme 02OM, on peut supposer que \(X\) n’a pas de composantes immergées et que \(X = \text{Supp}(\mathcal{F})\).
Choisissons une section méromorphe régulière \(s\) de \(\mathcal{L}_1\), voir Diviseurs, lemme 02OZ. Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) l’idéal des dénominateurs de \(s\), et considérons les applications \[\mathcal{I}\mathcal{F} \to \mathcal{F},\quad \mathcal{I}\mathcal{F} \to \mathcal{F} \otimes \mathcal{L}_1\] de Diviseurs, lemme 02P2. Elles sont injectives et ont pour conoyaux \(\mathcal{Q}\), \(\mathcal{Q}'\), à support dans des sous-schémas fermés rares de \(X = \text{Supp}(\mathcal{F})\). Le produit tensoriel par le module inversible \(\mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_r^{\otimes n_r}\) est exact ; par conséquent, en utilisant de nouveau l’additivité, on voit que \[\begin{align*} &\chi(X, \mathcal{F} \otimes \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_r^{\otimes n_r}) - \chi(X, \mathcal{F} \otimes \mathcal{L}_1^{\otimes n_1 + 1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_r^{\otimes n_r}) \\ & = \chi(\mathcal{Q} \otimes \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_r^{\otimes n_r}) - \chi(\mathcal{Q}' \otimes \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_r^{\otimes n_r}) \end{align*}\] Ainsi, la fonction \(P(n_1, \ldots, n_r)\) du lemme a la propriété que \[P(n_1 + 1, n_2, \ldots, n_r) - P(n_1, \ldots, n_r)\] est un polynôme numérique dont le degré total est \(<\) la dimension du support de \(\mathcal{F}\). Bien entendu, par symétrie, il en va de même de \[P(n_1, \ldots, n_{i - 1}, n_i + 1, n_{i + 1}, \ldots, n_r) - P(n_1, \ldots, n_r)\] pour tout \(i \in \{1, \ldots, r\}\). Un argument arithmétique simple montre que \(P\) est un polynôme numérique de degré total au plus \(\dim(\text{Supp}(\mathcal{F}))\).
Le lemme suivant montre, en gros, que le coefficient dominant ne dépend que de la longueur du module cohérent aux points génériques de son support.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent. Soient \(\mathcal{L}_1, \ldots, \mathcal{L}_r\) des \(\mathcal{O}_X\)-modules inversibles. Posons \(d = \dim(\text{Supp}(\mathcal{F}))\). Soient \(Z_i \subset X\) les composantes irréductibles de \(\text{Supp}(\mathcal{F})\) de dimension \(d\). Soit \(\xi_i \in Z_i\) le point générique, et posons \(m_i = \text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, \xi_i}}(\mathcal{F}_{\xi_i})\). Alors \[\chi(X, \mathcal{F} \otimes \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_r^{\otimes n_r}) - \sum\nolimits_i m_i\ \chi(Z_i, \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_r^{\otimes n_r}|_{Z_i})\] est un polynôme numérique en \(n_1, \ldots, n_r\) de degré total \(< d\).
Démonstration
Considérons les couples \((\xi , Z)\) où \(Z \subset X\) est un sous-schéma fermé intègre de dimension \(d\) et où \(\xi\) est son point générique. Alors le \(\mathcal{O}_{X, \xi}\)-module de type fini \(\mathcal{F}_\xi\) a son support contenu dans \(\{\xi\}\) ; sa longueur \(m_Z = \text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, \xi}}(\mathcal{F}_\xi)\) est donc finie (Algèbre, lemme 00L5) et est nulle sauf si \(Z = Z_i\) pour un certain \(i\). L’expression du lemme peut donc s’écrire \[E(\mathcal{F}) = \chi(X, \mathcal{F} \otimes \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_r^{\otimes n_r}) - \sum\nolimits m_Z\ \chi(Z, \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_r^{\otimes n_r}|_Z)\] où la somme porte sur les sous-schémas fermés intègres \(Z \subset X\) de dimension \(d\). L’application \(\mathcal{F} \mapsto E(\mathcal{F})\) est additive pour les suites exactes courtes \(0 \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}' \to \mathcal{F}'' \to 0\) de \(\mathcal{O}_X\)-modules cohérents dont le support est de dimension \(\leq d\). Cela résulte de l’additivité des caractéristiques d’Euler-Poincaré (lemme 08AA) et de l’additivité des longueurs (Algèbre, lemme 00IV). Appliquons Cohomologie des schémas, lemme 01YF, pour obtenir une filtration \[0 = \mathcal{F}_0 \subset \mathcal{F}_1 \subset \ldots \subset \mathcal{F}_m = \mathcal{F}\] par des sous-faisceaux cohérents tels que, pour chaque \(j = 1, \ldots, m\), il existe un sous-schéma fermé intègre \(V_j \subset X\) et un faisceau d’idéaux non nul \(\mathcal{I}_j \subset \mathcal{O}_{V_j}\) tels que \[\mathcal{F}_j/\mathcal{F}_{j - 1} \cong (V_j \to X)_* \mathcal{I}_j\] Il en résulte que \(V_j \subset \text{Supp}(\mathcal{F})\) et donc que \(\dim(V_j) \leq d\). Par l’additivité relevée ci-dessus, il suffit d’établir le résultat pour chacun des sous-quotients \(\mathcal{F}_j/\mathcal{F}_{j - 1}\). Il suffit donc d’établir le résultat lorsque \(\mathcal{F} = (V \to X)_*\mathcal{I}\), où \(V \subset X\) est un sous-schéma fermé intègre de dimension \(\leq d\) et \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_V\) est un faisceau cohérent d’idéaux non nul. Si \(\dim(V) < d\), et plus généralement pour \(\mathcal{F}\) dont le support est de dimension \(< d\), le premier terme de \(E(\mathcal{F})\) est de degré total \(< d\) d’après le lemme 0BEM, et le second terme est nul. Si \(\dim(V) = d\), on peut utiliser la suite exacte courte \[0 \to (V \to X)_*\mathcal{I} \to (V \to X)_*\mathcal{O}_V \to (V \to X)_*(\mathcal{O}_V/\mathcal{I}) \to 0\] Le résultat vaut pour le faisceau du milieu, car le seul \(Z\) qui figure dans la somme est \(Z = V\), avec \(m_Z = 1\), et parce que \[H^i(X, ((V \to X)_*\mathcal{O}_V) \otimes \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_r^{\otimes n_r}) = H^i(V, \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_r^{\otimes n_r}|_V)\] d’après la formule de projection (Cohomologie, section 01E6) et Cohomologie des schémas, lemme 089W ; dans ce cas, on a donc en fait \(E(\mathcal{F}) = 0\). Le résultat vaut pour le faisceau de droite, car son support est de dimension \(< d\). Il vaut donc pour le faisceau de gauche, ce qui démontre le lemme.
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Soit \(i : Z \to X\) un sous-schéma fermé de dimension \(d\). Soient \(\mathcal{L}_1, \ldots, \mathcal{L}_d\) des \(\mathcal{O}_X\)-modules inversibles. On définit le nombre d’intersection \((\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_d \cdot Z)\) comme le coefficient du monôme \(n_1 \ldots n_d\) dans le polynôme numérique \[\chi(X, i_*\mathcal{O}_Z \otimes \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_d^{\otimes n_d}) = \chi(Z, \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_d^{\otimes n_d}|_Z)\] Dans le cas particulier où \(\mathcal{L}_1 = \ldots = \mathcal{L}_d = \mathcal{L}\), on écrit \((\mathcal{L}^d \cdot Z)\).
L’égalité affichée dans la définition résulte de la formule de projection (Cohomologie, section 01E6) et de Cohomologie des schémas, lemme 089W. Nous allons établir quelques lemmes sur ces nombres d’intersection.
Lemme
Dans la situation de la définition 0BEP, le nombre d’intersection \((\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_d \cdot Z)\) est un entier.
Démonstration
Tout polynôme numérique de degré \(e\) en \(n_1, \ldots, n_d\) s’écrit de manière unique comme combinaison \(\mathbf{Z}\)-linéaire des fonctions \({n_1 \choose k_1}{n_2 \choose k_2} \ldots {n_d \choose k_d}\) avec \(k_1 + \ldots + k_d \leq e\). Appliquons cela avec \(e = d\). Nous laissons les détails en exercice.
Lemme
Dans la situation de la définition 0BEP, le nombre d’intersection \((\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_d \cdot Z)\) est additif : si \(\mathcal{L}_i = \mathcal{L}_i' \otimes \mathcal{L}_i''\), alors \[(\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_i \cdots \mathcal{L}_d \cdot Z) = (\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_i' \cdots \mathcal{L}_d \cdot Z) + (\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_i'' \cdots \mathcal{L}_d \cdot Z)\]
Démonstration
Cela résulte de ce que, d’après le lemme 0BEM, la fonction \[(n_1, \ldots, n_{i - 1}, n_i', n_i'', n_{i + 1}, \ldots, n_d) \mapsto \chi(Z, \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes (\mathcal{L}_i')^{\otimes n_i'} \otimes (\mathcal{L}_i'')^{\otimes n_i''} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_d^{\otimes n_d}|_Z)\] est un polynôme numérique de degré total au plus \(d\) en \(d + 1\) variables.
Lemme
Dans la situation de la définition 0BEP, soient \(Z_i \subset Z\) les composantes irréductibles de dimension \(d\). Posons \(m_i = \text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, \xi_i}}(\mathcal{O}_{Z, \xi_i})\), où \(\xi_i \in Z_i\) est le point générique. Alors \[(\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_d \cdot Z) = \sum m_i(\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_d \cdot Z_i)\]
Démonstration
Cela résulte immédiatement du lemme 0BEN et des définitions.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(f : Y \to X\) un morphisme de schémas propres sur \(k\). Soit \(Z \subset Y\) un sous-schéma fermé intègre de dimension \(d\), et soient \(\mathcal{L}_1, \ldots, \mathcal{L}_d\) des \(\mathcal{O}_X\)-modules inversibles. Alors \[(f^*\mathcal{L}_1 \cdots f^*\mathcal{L}_d \cdot Z) = \deg(f|_Z : Z \to f(Z)) (\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_d \cdot f(Z))\] où \(\deg(Z \to f(Z))\) est défini comme dans Morphismes, définition 02NY, ou vaut \(0\) si \(\dim(f(Z)) < d\).
Démonstration
Le membre de gauche est calculé à l’aide du coefficient de \(n_1 \ldots n_d\) dans la fonction \[\chi(Y, \mathcal{O}_Z \otimes f^*\mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes f^*\mathcal{L}_d^{\otimes n_d}) = \sum (-1)^i \chi(X, R^if_*\mathcal{O}_Z \otimes \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_d^{\otimes n_d})\] L’égalité résulte du lemme 0BEK et de la formule de projection (Cohomologie, lemme 01E8). Si \(f(Z)\) est de dimension \(< d\), alors le membre de droite est un polynôme de degré total \(< d\) d’après le lemme 0BEM, et le résultat est établi. Supposons que \(\dim(f(Z)) = d\). Soit \(\xi \in f(Z)\) le point générique. D’après la théorie de la dimension (voir les lemmes 0A21 et 0B2L), le point générique de \(Z\) est l’unique point de \(Z\) envoyé sur \(\xi\). Alors \(f : Z \to f(Z)\) est fini au-dessus d’un ouvert non vide de \(f(Z)\), voir Morphismes, lemme 02NW. Ainsi \(\deg(f : Z \to f(Z))\) est défini et est en fait égal à la longueur de la fibre de \(f_*\mathcal{O}_Z\) en \(\xi\), considérée comme module sur \(\mathcal{O}_{X, \xi}\). De plus, la fibre de \(R^if_*\mathcal{O}_X\) en \(\xi\) est nulle pour \(i > 0\), car nous venons de voir que \(f|_Z\) est fini dans un voisinage de \(\xi\) (de sorte que Cohomologie des Schémas, lemme 01Y6 donne cette annulation). Ainsi, les termes \(\chi(X, R^if_*\mathcal{O}_Z \otimes \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_d^{\otimes n_d})\) avec \(i > 0\) sont de degré total \(< d\), et \[\chi(X, f_*\mathcal{O}_Z \otimes \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_d^{\otimes n_d}) = \deg(f : Z \to f(Z)) \chi(f(Z), \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_d^{\otimes n_d}|_{f(Z)})\] modulo un polynôme de degré total \(< d\), d’après le lemme 0BEN. Le résultat voulu en résulte.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) propre sur \(k\). Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé de dimension \(d\). Soient \(\mathcal{L}_1, \ldots, \mathcal{L}_d\) des \(\mathcal{O}_X\)-modules inversibles. Supposons qu’il existe un diviseur de Cartier effectif \(D \subset Z\) tel que \(\mathcal{L}_1|_Z \cong \mathcal{O}_Z(D)\). Alors \[(\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_d \cdot Z) = (\mathcal{L}_2 \cdots \mathcal{L}_d \cdot D)\]
Démonstration
On peut remplacer \(X\) par \(Z\) et \(\mathcal{L}_i\) par \(\mathcal{L}_i|_Z\). On peut donc supposer que \(X = Z\) et \(\mathcal{L}_1 = \mathcal{O}_X(D)\). Alors \(\mathcal{L}_1^{-1}\) est le faisceau d’idéaux de \(D\) et l’on peut considérer la suite exacte courte \[0 \to \mathcal{L}_1^{\otimes -1} \to \mathcal{O}_X \to \mathcal{O}_D \to 0\] Posons \(P(n_1, \ldots, n_d) = \chi(X, \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_d^{\otimes n_d})\) et \(Q(n_1, \ldots, n_d) = \chi(D, \mathcal{L}_1^{\otimes n_1} \otimes \ldots \otimes \mathcal{L}_d^{\otimes n_d}|_D)\). L’additivité donne alors \[P(n_1, \ldots, n_d) - P(n_1 - 1, n_2, \ldots, n_d) = Q(n_1, \ldots, n_d)\] Comme le degré total de \(P\) est au plus \(d\), on voit que le coefficient de \(n_1 \ldots n_d\) dans \(P\) est égal au coefficient de \(n_2 \ldots n_d\) dans \(Q\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) propre sur \(k\). Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé de dimension \(d\). Si \(\mathcal{L}_1, \ldots, \mathcal{L}_d\) sont amples, alors \((\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_d \cdot Z)\) est strictement positif.
Démonstration
Raisonnons par récurrence sur \(d\). Le cas \(d = 0\) résulte du lemme 0AYT. Supposons \(d > 0\). D’après le lemme 0BES, on peut supposer que \(Z\) est un sous-schéma fermé intègre. En fait, on peut remplacer \(X\) par \(Z\) et \(\mathcal{L}_i\) par \(\mathcal{L}_i|_Z\) pour se ramener au cas où \(Z = X\) est une variété propre de dimension \(d\). D’après le lemme 0BER, on peut remplacer \(\mathcal{L}_1\) par une puissance tensorielle positive. On peut donc supposer qu’il existe une section non nulle \(s \in \Gamma(X, \mathcal{L}_1)\) telle que \(X_s\) soit affine (on utilise ici la définition d’un faisceau inversible ample, voir Propriétés, définition 01PS). Remarquons que \(X\) n’est pas affine, car être propre et affine implique être fini (Morphismes, lemme 01WN), ce qui contredit \(d > 0\). Il s’ensuit que \(s\) possède un schéma des zéros non vide \(Z(s) \subset X\). Comme \(X\) est une variété, \(s\) est une section régulière de \(\mathcal{L}_1\) ; ainsi \(Z(s)\) est un diviseur de Cartier effectif, donc \(Z(s)\) est de codimension \(1\) dans \(X\), et par conséquent \(Z(s)\) est de dimension \(d - 1\) (on utilise ici les résultats de Diviseurs, sections 01WQ, 0C4S et 0B3Q, ainsi que la théorie de la dimension comme dans le lemme 0A21). D’après le lemme 0BEU, on a \[(\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_d \cdot X) = (\mathcal{L}_2 \cdots \mathcal{L}_d \cdot Z(s))\] Le membre de droite est strictement positif par récurrence, ce qui achève la preuve.
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible ample. Pour tout sous-schéma fermé \(Z\), son degré relativement à \(\mathcal{L}\), noté \(\deg_\mathcal{L}(Z)\), est le nombre d’intersection \((\mathcal{L}^d \cdot Z)\), où \(d = \dim(Z)\).
D’après le lemme 0BEV, le degré d’un sous-schéma est toujours un entier strictement positif. Remarquons que \(\deg_\mathcal{L}(Z) = d\) si et seulement si \[\chi(Z, \mathcal{L}^{\otimes n}|_Z) = \frac{d}{\dim(Z)!} n^{\dim(Z)} + l.o.t\] ce que l’on voit en utilisant l’identité \[(n_1 + \ldots + n_{\dim(Z)})^{\dim(Z)} = \dim(Z)!\ n_1 \ldots n_{\dim(Z)} + \text{autres termes}\]
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(f : Y \to X\) un morphisme fini dominant de variétés propres sur \(k\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible ample. Alors \[\deg_{f^*\mathcal{L}}(Y) = \deg(f) \deg_\mathcal{L}(X)\] où \(\deg(f)\) est défini dans Morphismes, définition 02NY.
Démonstration
L’énoncé a un sens, car \(f^*\mathcal{L}\) est ample d’après Morphismes, lemme 0892. Cela étant, le résultat est un cas particulier du lemme 0BET.
Enfin, nous mettons en relation le nombre d’intersection avec une courbe et la notion de degré des modules inversibles sur les courbes introduite dans la section 0AYQ.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé de dimension \(\leq 1\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Alors \[(\mathcal{L} \cdot Z) = \deg(\mathcal{L}|_Z)\] où \(\deg(\mathcal{L}|_Z)\) est défini dans la définition 0AYR. Si \(\mathcal{L}\) est ample, alors \(\deg_\mathcal{L}(Z) = \deg(\mathcal{L}|_Z)\).
Démonstration
Cela résulte du fait que la fonction \(n \mapsto \chi(Z, \mathcal{L}|_Z^{\otimes n})\) est de degré \(1\) et que son coefficient dominant est donc la différence de valeurs consécutives.
Proposition
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\) de dimension \(d\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible ample. Alors \[\dim_k \Gamma(X, \mathcal{L}^{\otimes n}) \sim c n^d + l.o.t.\] où \(c = \deg_\mathcal{L}(X)/d!\) est une constante strictement positive.
Démonstration
Cela résulte des définitions, du lemme 0BEV et de l’annulation de la cohomologie en degrés supérieurs donnée dans Cohomologie des Schémas, lemme 0B5U.
Dimension de plongement
Il existe plusieurs façons de définir la dimension de plongement, mais, pour les points fermés des schémas algébriques sur des corps algébriquement clos, toutes ces définitions sont équivalentes à la suivante.
Définition
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soit \(X\) un \(k\)-schéma localement algébrique et soit \(x \in X\) un point fermé. La dimension de plongement de \(X\) en \(x\) est \(\dim_k \mathfrak m_x/\mathfrak m_x^2\).
Quelques faits sur la dimension de plongement. Soient \(k, X, x\) comme dans la définition 0C1Q.
La dimension de plongement de \(X\) en \(x\) est la dimension de l’espace tangent \(T_{X/k, x}\) (définition 0B2C) comme \(k\)-espace vectoriel.
La dimension de plongement de \(X\) en \(x\) est le plus petit entier \(d \geq 0\) tel qu’il existe une surjection \[k[[x_1, \ldots, x_d]] \longrightarrow \mathcal{O}_{X, x}^\wedge\] de \(k\)-algèbres.
La dimension de plongement de \(X\) en \(x\) est le plus petit entier \(d \geq 0\) tel qu’il existe un voisinage ouvert \(U \subset X\) de \(x\) et une immersion fermée \(U \to Y\), où \(Y\) est une variété lisse de dimension \(d\) sur \(k\).
La dimension de plongement de \(X\) en \(x\) est le plus petit entier \(d \geq 0\) tel qu’il existe un voisinage ouvert \(U \subset X\) de \(x\) et un morphisme non ramifié \(U \to \mathbf{A}^d_k\).
Si l’on se donne une immersion fermée \(X \to Y\) avec \(Y\) lisse sur \(k\), alors la dimension de plongement de \(X\) en \(x\) est le plus petit entier \(d \geq 0\) tel qu’il existe un sous-schéma fermé \(Z \subset Y\) tel que \(X \subset Z\), que \(Z \to \Spec(k)\) soit lisse en \(x\) et que \(\dim_x(Z) = d\).
Si ces faits nous sont nécessaires, nous formulerons un énoncé précis et en donnerons une démonstration.
Corps de base non algébriquement clos ou points non fermés. Soit \(k\) un corps et soit \(X\) un \(k\)-schéma localement algébrique. Si \(x \in X\) est un point, plusieurs choix sont possibles pour la dimension de plongement de \(X\) en \(x\). On peut en effet prendre
\(\dim_{\kappa(x)}(\mathfrak m_x/\mathfrak m_x^2)\),
\(\dim_{\kappa(x)}(T_{X/k, x}) = \dim_{\kappa(x)}(\Omega_{X/k, x} \otimes_{\mathcal{O}_{X, x}} \kappa(x))\) (lemme 0B2D),
le plus petit entier \(d \geq 0\) tel qu’il existe un voisinage ouvert \(U \subset X\) de \(x\) et une immersion fermée \(U \to Y\), où \(Y\) est une variété lisse de dimension \(d\) sur \(k\).
En caractéristique zéro, (1) \(=\) (2) si \(x\) est un point fermé ; plus généralement, cette égalité vaut si \(\kappa(x)\) est algébrique séparable sur \(k\), voir le lemme 0B2E. La définition géométrique (3) semble correspondre le mieux à l’intuition géométrique qu’évoque l’expression “dimension de plongement”. Puisque l’on peut montrer que (3) et (2) définissent le même nombre (cela résulte du lemme 0CBL) c’est ce que nous utiliserons. Dans notre terminologie, nous préciserons que nous prenons la dimension de plongement relativement au corps de base.
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un \(k\)-schéma localement algébrique. Soit \(x \in X\) un point. La dimension de plongement de \(X/k\) en \(x\) est \(\dim_{\kappa(x)}(T_{X/k, x})\).
Si \((A, \mathfrak m, \kappa)\) est un anneau local noethérien, la dimension de plongement de \(A\) est parfois définie comme la dimension de \(\mathfrak m/\mathfrak m^2\) sur \(\kappa\). Nous avons vu ci-dessus que, si \(A\) est donné comme algèbre sur un corps \(k\), il peut être préférable d’utiliser \(\dim_\kappa(\Omega_{A/k} \otimes_A \kappa)\). Appelons cette quantité la dimension de plongement de \(A/k\). Avec cette terminologie, on a \[\begin{aligned} \text{dimension de plongement de }X/k\text{ en }x &= \text{dimension de plongement de }\mathcal{O}_{X, x}/k \\ &= \text{dimension de plongement de }\mathcal{O}_{X, x}^\wedge/k \end{aligned}\] si \(k, X, x\) sont comme dans la définition 0C2H.
Théorèmes de Bertini
Dans cette section, nous démontrons des résultats de la forme suivante : étant donnée une variété projective lisse \(X\) sur un corps \(k\), il existe un diviseur ample \(H \subset X\) qui est lisse.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible ample. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé. Alors il existe un entier \(n_0\) tel que, pour tout \(n \geq n_0\), le noyau \(V_n\) de \(\Gamma(X, \mathcal{L}^{\otimes n}) \to \Gamma(Z, \mathcal{L}^{\otimes n}|_Z)\) engendre \(\mathcal{L}^{\otimes n}|_{X \setminus Z}\) et le morphisme canonique \[X \setminus Z \longrightarrow \mathbf{P}(V_n)\] est une immersion de schémas sur \(k\).
Démonstration
Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux de \(Z\). Remarquons que, via l’inclusion \(\mathcal{I} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}^{\otimes n} \subset \mathcal{L}^{\otimes n}\), on a \(V_n = \Gamma(X, \mathcal{I} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}^{\otimes n})\). Choisissons \(n_1\) tel que, pour \(n \geq n_1\), le faisceau \(\mathcal{I} \otimes \mathcal{L}^{\otimes n}\) soit engendré par ses sections globales, voir Propriétés, proposition 01Q3. Il en résulte que \(V_n\) engendre \(\mathcal{L}^{\otimes n}|_{X \setminus Z}\) pour \(n \geq n_1\).
Pour \(n \geq n_1\), notons \(\psi_n : V_n \to \Gamma(X \setminus Z, \mathcal{L}^{\otimes n}|_{X \setminus Z})\) l’application de restriction. On obtient un morphisme canonique \[\varphi = \varphi_{\mathcal{L}^{\otimes n}|_{X \setminus Z}, \psi_n} : X \setminus Z \longrightarrow \mathbf{P}(V_n)\] d’après Constructions, exemple 0FCY. Choisissons \(n_2\) tel que, pour tout \(n \geq n_2\), le faisceau inversible \(\mathcal{L}^{\otimes n}\) soit très ample sur \(X\). Nous affirmons que \(n_0 = n_1 + n_2\) convient.
Preuve de l’affirmation. Supposons \(n \geq n_0\) et écrivons \(n = n_1 + n'\). Pour \(x \in X \setminus Z\), on peut choisir \(s_1 \in V_1\) ne s’annulant pas en \(x\). Posons \(V' = \Gamma(X, \mathcal{L}^{\otimes n'})\). Par le choix de \(n\) et de \(n'\), le morphisme correspondant \(\varphi' : X \to \mathbf{P}(V')\) est une immersion fermée. Ainsi, si l’on choisit \(s' \in \Gamma(X, \mathcal{L}^{\otimes n'})\) ne s’annulant pas en \(x\), alors \(X_{s'} = (\varphi')^{-1}(D_+(s'))\) (voir Constructions, lemme 01NK) est affine et \(X_{s'} \to D_+(s')\) est une immersion fermée. Alors \(s = s_1 \otimes s' \in V_n\) ne s’annule pas en \(x\). Si \(D_+(s) \subset \mathbf{P}(V_n)\) désigne l’ouvert affine correspondant de notre espace projectif, alors \(\varphi^{-1}(D_+(s)) = X_s \subset X \setminus Z\) (voir la référence ci-dessus). L’ouvert \(X_s = X_{s'} \cap X_{s_1}\) est affine, voir Propriétés, lemme 01PV. Considérons l’homomorphisme d’anneaux \[\text{Sym}(V)_{(s)} \longrightarrow \mathcal{O}_X(X_s)\] qui définit le morphisme \(X_s \to D_+(s)\). Comme \(X_{s'} \to D_+(s')\) est une immersion fermée, les images des éléments \[\frac{s_1 \otimes t'}{s_1 \otimes s'}\] où \(t' \in V'\), engendrent l’image de \(\mathcal{O}_X(X_{s'}) \to \mathcal{O}_X(X_s)\). Puisque \(X_s \to X_{s'}\) est une immersion ouverte, il s’ensuit que \(X_s \to D_+(s)\) est une immersion de schémas affines (voir ci-dessous). Ainsi, \(\varphi_n\) est une immersion d’après Morphismes, lemme 0FCZ.
Soient \(a : A' \to A\) et \(c : B \to A\) des homomorphismes d’anneaux tels que \(\Spec(a)\) soit une immersion et \(\Im(a) \subset \Im(c)\). Posons \(B' = A' \times_A B\), avec les projections \(b : B' \to B\) et \(c' : B' \to A'\). Par hypothèse, \(c'\) est surjectif, de sorte que \(\Spec(c')\) est une immersion fermée. Par conséquent, \(\Spec(c') \circ \Spec(a)\) est une immersion (Schémas, lemme 02V0). Alors \(\Spec(c)\) est nécessairement une immersion, car il factorise l’immersion \(\Spec(c') \circ \Spec(a) = \Spec(b) \circ \Spec(c)\), voir Morphismes, lemme 07RK.
Situation
Soit \(k\) un corps, soit \(X\) un schéma sur \(k\), soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible, soit \(V\) un \(k\)-espace vectoriel de dimension finie, et soit \(\psi : V \to \Gamma(X, \mathcal{L})\) une application \(k\)-linéaire. Supposons \(\dim(V) = r\) et fixons une base \(v_1, \ldots, v_r\) de \(V\). On obtient alors un “diviseur universel” \[H_{univ} = Z(s_{univ}) \subset \mathbf{A}^r \times_k X\] qui est le schéma des zéros (Diviseurs, définition 02OQ) de la section \[s_{univ} = \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, r} x_i \psi(v_i) \in \Gamma(\mathbf{A}^r \times_k X, \text{pr}_2^*\mathcal{L})\] Pour une extension de corps \(k'/k\), les \(k'\)-points \(v \in \mathbf{A}^r_k(k')\) correspondent aux vecteurs \((a_1, \ldots, a_r)\) d’éléments de \(k'\). Ainsi, on peut d’une part considérer \(v\) comme l’élément \(v = \sum_{i = 1, \ldots, r} a_i v_i \in V \otimes_k k'\) et, d’autre part, associer à \(v\) la section \[\psi(v) = \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, r} a_i \psi(v_i) \in \Gamma(X_{k'}, \mathcal{L}|_{X_{k'}})\] Avec ces notations, il est clair que la fibre de \(H_{univ}\) au-dessus de \(v \in V \otimes k'\) est le schéma des zéros de \(\psi(v)\). En formule : \[H_v = H_{univ, v} = Z(\psi(v))\] Nous désignerons cette valeur commune par \(H_v\), comme indiqué. Enfin, dans cette situation, soit \(P\) une propriété des vecteurs \(v \in V \otimes_k k'\) pour une extension de corps arbitraire \(k'/k\)7. Nous disons que \(P\) est vérifiée pour un vecteur général \(v \in V \otimes_k k'\) s’il existe un ouvert de Zariski non vide \(U \subset \mathbf{A}^r_k\) tel que, si \(v\) correspond à un \(k'\)-point de \(U\), quelle que soit l’extension \(k'/k\), alors \(P(v)\) est vérifiée.
Lemme
Dans la situation 0G47, supposons que
\(X\) soit lisse sur \(k\),
l’image de \(\psi : V \to \Gamma(X, \mathcal{L})\) engendre \(\mathcal{L}\),
le morphisme correspondant \(\varphi_{\mathcal{L}, \psi} : X \to \mathbf{P}(V)\) soit une immersion.
Alors, pour un vecteur général \(v \in V \otimes_k k'\), le schéma \(H_v\) est lisse sur \(k'\).
Démonstration
(Nous observons que \(X\) est séparé et de type fini comme sous-schéma localement fermé d’un espace projectif.) Utilisons les notations introduites avant l’énoncé du lemme. Considérons les projections \[\xymatrix{ \mathbf{A}^r_k \times_k X \ar[d] & H_{univ} \ar[l] \ar[ld]^p \ar[r] \ar[rd]_q & \mathbf{A}^r_k \times_k X \ar[d] \\ X & & \mathbf{A}^r_k }\] Soit \(\Sigma \subset H_{univ}\) le lieu singulier du morphisme \(q : H_{univ} \to \mathbf{A}^r_k\), c’est-à-dire l’ensemble des points où \(q\) n’est pas lisse. Alors \(\Sigma\) est fermé, car le lieu lisse d’un morphisme est ouvert par définition. Comme toute fibre d’un morphisme lisse est lisse, il suffit de montrer que \(q(\Sigma)\) est contenu dans un sous-ensemble fermé strict de \(\mathbf{A}^r_k\). Puisque \(\Sigma\) (muni de la structure de schéma induite réduite) est un schéma de type fini sur \(k\), il suffit de montrer que \(\dim(\Sigma) < r\). Cela résulte du lemme 0B2L. Comme les dimensions ne changent pas lorsqu’on remplace \(k\) par un corps plus grand (Morphismes, lemme 02FY), nous pouvons supposer, et nous supposons désormais, que \(k\) est algébriquement clos. D’après la théorie de la dimension (lemme 0B2L), il suffit de montrer que, pour tout point fermé \(x \in X \setminus Z\), \(p^{-1}(\{x\}) \cap \Sigma\) est de dimension \(< r - \dim(X')\), où \(X'\) est l’unique composante irréductible de \(X\) contenant \(x\). Comme \(X\) est lisse sur \(k\) et que \(x\) est un point fermé, on a \(\dim(X') = \dim \mathfrak m_x/\mathfrak m_x^2\) (Morphismes, lemme 02G1 et Algèbre, lemme 00TR). Il suffit donc que \[\dim p^{-1}(x) \cap \Sigma < r - \dim \mathfrak m_x/\mathfrak m_x^2\] pour tout point fermé \(x \in X\).
Puisque les sections globales provenant de \(V\) engendrent \(\mathcal{L}\), pour toute composante irréductible \(X'\) de \(X\), il existe un ouvert de Zariski non vide de \(\mathbf{A}^r\) tel que les fibres de \(q\) au-dessus de cet ouvert ne contiennent pas \(X'\). (Par exemple, si \(x' \in X'\) est un point fermé, on peut prendre l’ouvert correspondant aux vecteurs \(v \in V\) tels que \(\psi(v)\) ne s’annule pas en \(x'\). Cet ouvert est le complémentaire d’un hyperplan dans \(\mathbf{A}^r_k\).) Soit \(U \subset \mathbf{A}^r\) l’intersection (non vide) de ces ouverts. Alors les fibres de \(q^{-1}(U) \to U\) sont des diviseurs de Cartier effectifs sur les fibres de \(U \times_k X \to U\) (car une section non nulle d’un module inversible sur un schéma intègre est une section régulière). Par suite, le morphisme \(q^{-1}(U) \to U\) est plat d’après Diviseurs, lemme 062Y. Ainsi, pour tout point fermé \(x \in X\) et tout \(v \in V = \mathbf{A}^r_k(k)\), si \((x, v) \in H_{univ}\), c’est-à-dire si \(x \in H_v\), alors \(q\) est lisse en \((x, v)\) si et seulement si la fibre \(H_v\) est lisse en \(x\), voir Morphismes, lemme 01V9.
Considérons l’image \(\psi(v)_x\) dans la fibre \(\mathcal{L}_x\) de la section correspondant à \(v \in V\). On a \[x \in H_v \Leftrightarrow \psi(v)_x \in \mathfrak m_x\mathcal{L}_x\] Si cela est vrai, alors on a \[H_v\text{ est singulier en }x \Leftrightarrow \psi(v)_x \in \mathfrak m_x^2\mathcal{L}_x\] En effet, \(\psi(v)_x\) n’appartient pas à \(\mathfrak m_x^2\mathcal{L}_x\) \(\Leftrightarrow\) l’équation locale de \(H_v \subset X\) en \(x\) n’appartient pas à \(\mathfrak m_x^2\) \(\Leftrightarrow\) \(\mathcal{O}_{H_v, x}\) est régulier (Algèbre, lemme 00NQ) \(\Leftrightarrow\) \(H_v\) est lisse en \(x\) sur \(k\) (Algèbre, lemme 00TV). On conclut que les points fermés de \(p^{-1}(x) \cap \Sigma\) correspondent aux \(v \in V\) tels que \(\psi(v)_x \in \mathfrak m_x^2\mathcal{L}_x\). Cependant, comme \(\varphi_{\mathcal{L}, \psi}\) est une immersion, l’application \[V \longrightarrow \mathcal{L}_x/\mathfrak m_x^2\mathcal{L}_x\] est surjective (un petit détail est omis). D’après ce qui précède, les points fermés du lieu \(p^{-1}(x) \cap \Sigma\), considéré comme un sous-espace de \(V\), forment le noyau de cette application, lequel a donc pour dimension \(r - \dim \mathfrak m_x/\mathfrak m_x^2 - 1\), comme voulu.
Enriques-Severi-Zariski
Dans cette section, nous démontrons des résultats de la forme suivante : tensoriser par un module inversible « très négatif » annule la cohomologie en petits degrés. Nous en déduisons aussi la connexité d’une section par une hypersurface d’un schéma propre normal de dimension \(\geq 2\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible ample. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent. Si \(\text{Ass}(\mathcal{F})\) ne contient aucun point fermé, alors \(\Gamma(X, \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}^{\otimes n}) = 0\) pour \(n \ll 0\).
Démonstration
Pour un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent \(\mathcal{F}\), notons \(\mathcal{P}(\mathcal{F})\) la propriété suivante : il existe un \(n_0 \in \mathbf{Z}\) tel que, pour \(n \leq n_0\), toute section \(s\) de \(\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}^{\otimes n}\) ait un support constitué uniquement de points fermés. Comme \(\text{Ass}(\mathcal{F}) = \text{Ass}(\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}^{\otimes n})\), on voit qu’il suffit de démontrer que \(\mathcal{P}\) est satisfaite par tout module cohérent sur \(X\). Pour ce faire, nous allons démontrer que les conditions (1), (2) et (3) de Cohomologie des schémas, lemme 01YM, sont satisfaites.
Pour vérifier la condition (1), supposons que \[0 \to \mathcal{F}_1 \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}_2 \to 0\] soit une suite exacte courte de \(\mathcal{O}_X\)-modules cohérents telle que \(\mathcal{P}\) soit satisfaite par \(\mathcal{F}_i\), \(i = 1, 2\). Soient \(n_1, n_2\) les bornes ainsi obtenues. Soit \(\mathcal{F}'_2 \subset \mathcal{F}_2\) le plus grand sous-module cohérent dont le support est un ensemble fini de points fermés. Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) l’annulateur de \(\mathcal{F}'_2\). Comme \(\mathcal{L}\) est ample, il existe un \(e > 0\) tel que \(\mathcal{I} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}^{\otimes e}\) soit engendré par ses sections globales. Posons \(n_0 = \min(n_2, n_1 - e)\). Soit \(n \leq n_0\) et soit \(t\) une section globale de \(\mathcal{F} \otimes \mathcal{L}^{\otimes n}\). L’image de \(t\) dans \(\mathcal{F}_2 \otimes \mathcal{L}^{\otimes n}\) appartient à \(\mathcal{F}'_2 \otimes \mathcal{L}^{\otimes n}\) puisque \(n \leq n_2\). Par conséquent, pour tout \(s \in \Gamma(X, \mathcal{I} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}^{\otimes e})\), le produit \(t \otimes s\) appartient à \(\mathcal{F}_1 \otimes \mathcal{L}^{\otimes n + e}\). Ainsi, le support de \(t \otimes s\) est contenu dans l’ensemble fini des points fermés de \(\text{Ass}(\mathcal{F}_1)\) puisque \(n + e \leq n_1\). Par notre choix de \(e\), pour tout point on peut choisir \(s\) qui y soit inversible, sauf s’il appartient au support de \(\mathcal{F}'_2\) ; on conclut que le support de \(t\) est contenu dans la réunion de l’ensemble fini des points fermés de \(\text{Ass}(\mathcal{F}_1)\) et de l’ensemble fini des points fermés de \(\text{Ass}(\mathcal{F}_2)\). Ceci achève la démonstration de la condition (1).
La condition (2) est immédiate.
Pour la condition (3), choisissons \(\mathcal{G} = \mathcal{O}_Z\). Dans ce cas, si \(Z\) est un point fermé de \(X\), il n’y a rien à démontrer. Si \(\dim(Z) > 0\), nous allons montrer que \(\Gamma(Z, \mathcal{L}^{\otimes n}|_Z) = 0\) pour \(n < 0\). En effet, soit \(s\) une section non nulle d’une puissance négative de \(\mathcal{L}|_Z\). Choisissons une section non nulle \(t\) d’une puissance positive de \(\mathcal{L}|_Z\) (ce choix est possible puisque \(\mathcal{L}\) est ample, voir Propriétés, proposition 01Q3). Alors \(s^{\deg(t)} \otimes t^{\deg(s)}\) est une section globale non nulle de \(\mathcal{O}_Z\) (puisque \(Z\) est intègre), et donc une unité (lemme 0BUG). Cela implique que \(t\) est une section trivialisante d’une puissance positive de \(\mathcal{L}\). Ainsi, la fonction \(n \mapsto \dim_k \Gamma(X, \mathcal{L}^{\otimes n})\) est bornée sur un ensemble infini d’entiers positifs, ce qui contredit le théorème de Riemann-Roch asymptotique (proposition 0BJ8), puisque \(\dim(Z) > 0\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible ample. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent. Supposons que, pour tout point fermé \(x \in X\), on ait \(\text{profondeur}(\mathcal{F}_x) \geq 2\). Alors \(H^1(X, \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}^{\otimes m}) = 0\) pour \(m \ll 0\).
Démonstration
Choisissons une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{P}^n_k\) telle que \(i^*\mathcal{O}(1) \cong \mathcal{L}^{\otimes e}\) pour un certain \(e > 0\) (voir Morphismes, lemme 01VT). Il suffit alors de démontrer le lemme pour \[\mathcal{G} = i_*(\mathcal{F} \oplus \mathcal{F} \otimes \mathcal{L} \oplus \ldots \oplus \mathcal{F} \otimes \mathcal{L}^{\otimes e - 1}) \quad\text{et}\quad \mathcal{O}(1)\] sur \(\mathbf{P}^n_k\). En effet, on a \[H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{G}(m)) = \bigoplus\nolimits_{j = 0, \ldots, e - 1} H^1(X, \mathcal{F} \otimes \mathcal{L}^{\otimes j + me})\] d’après Cohomologie des schémas, lemme 089W. De plus, si \(y \in \mathbf{P}^n_k\) est un point fermé, alors \(\text{profondeur}(\mathcal{G}_y) = \infty\) si \(y \not \in i(X)\) et \(\text{profondeur}(\mathcal{G}_y) = \text{profondeur}(\mathcal{F}_x)\) si \(y = i(x)\) puisque, dans ce cas, \(\mathcal{G}_y \cong \mathcal{F}_x^{\oplus e}\) comme module sur \(\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_k, x}\) et que l’on peut, par exemple, utiliser Algèbre, lemme 0AUK, pour obtenir l’égalité.
Supposons que \(X = \mathbf{P}^n_k\), que \(\mathcal{L} = \mathcal{O}(1)\) et que \(k\) soit infini. Choisissons \(s \in H^0(\mathbf{P}^1_k, \mathcal{O}(1))\) qui détermine une suite exacte \[0 \to \mathcal{F}(-1) \xrightarrow{s} \mathcal{F} \to \mathcal{G} \to 0\] comme au lemme 08A0. Puisque le morphisme \(\mathcal{F}(-1) \to \mathcal{F}\) est, localement sur des ouverts affines, donné par la multiplication par un non-diviseur de zéro dans \(\mathcal{F}\), on voit que, pour tout point fermé \(x \in \mathbf{P}^n_k\), on a \(\text{profondeur}(\mathcal{G}_x) \geq 1\), voir Algèbre, lemme 090R. Ainsi, d’après le lemme 0FD7, on a \(H^0(\mathcal{G}(m)) = 0\) pour \(m \ll 0\). En considérant la suite exacte longue de cohomologie après tensorisation (voir remarque 0EGK), on constate que la suite de nombres \[\dim H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m))\] se stabilise pour \(m \leq m_0\), pour un certain entier \(m_0\). Soit \(N\) la dimension commune de ces espaces pour \(m \leq m_0\). Il faut montrer que \(N = 0\).
Pour \(d > 0\) et \(m \leq m_0\), considérons l’application bilinéaire \[H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}(d)) \times H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m - d)) \longrightarrow H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m))\] D’après l’algèbre linéaire, il existe un sous-espace de codimension \(\leq N^2\) que l’on note \(V_m \subset H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}(d))\) et tel que la multiplication par tout \(s' \in V_m\) annule \(H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m - d))\). Notons que, pour \(m' < m \leq m_0\), le diagramme \[\xymatrix{ H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}(d)) \times H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m' - d)) \ar[r] \ar[d]^{1 \times s^{m' - m}} & H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m')) \ar[d]^{s^{m' - m}}\\ H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}(d)) \times H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m - d)) \ar[r] & H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m)) }\] est commutatif, et les flèches verticales sont des isomorphismes. Ainsi, \(V_m = V\) est indépendant de \(m \leq m_0\). Pour \(x \in \text{Ass}(\mathcal{F})\), posons \(Z = \overline{\{x\}}\). Pour \(d\) suffisamment grand, l’application linéaire \[H^0(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{O}(d)) \to H^0(Z, \mathcal{O}(d)|_Z)\] est de rang \(> N^2\) puisque \(\dim(Z) \geq 1\) (cela résulte, par exemple, du théorème de Riemann-Roch asymptotique et de l’amplitude de \(\mathcal{O}(1)\) ; détails omis). On peut donc trouver \(s' \in V\) tel que \(s'\) ne s’annule en aucun point associé de \(\mathcal{F}\) (on utilise le fait que l’ensemble des points associés est fini). On obtient alors \[0 \to \mathcal{F}(-d) \xrightarrow{s'} \mathcal{F} \to \mathcal{G}' \to 0\] et, comme précédemment, on conclut que la multiplication par \(s'\) sur \(H^1(\mathbf{P}^n_k, \mathcal{F}(m - d))\) est injective pour \(m \ll 0\). Cela contredit le choix de \(s'\), à moins que \(N = 0\), comme voulu.
Il reste à traiter le cas où \(k\) est fini. Dans ce cas, soit \(K/k\) une extension algébrique infinie. Notons \(\mathcal{F}_K\) et \(\mathcal{L}_K\) les images réciproques de \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{L}\) sur \(X_K = \Spec(K) \times_{\Spec(k)} X\). On a \[H^1(X_K, \mathcal{F}_K \otimes \mathcal{L}_K^{\otimes m}) = H^1(X, \mathcal{F} \otimes \mathcal{L}^{\otimes m}) \otimes_k K\] d’après Cohomologie des schémas, lemme 02KH. D’autre part, un point fermé \(x_K\) de \(X_K\) a pour image un point fermé \(x\) de \(X\) puisque \(K/k\) est une extension algébrique. L’homomorphisme d’anneaux \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{X_K, x_K}\) est plat (lemme 0C4Y). Par conséquent, on a \[\text{profondeur}(\mathcal{F}_{x_K}) = \text{profondeur}(\mathcal{F}_x \otimes_{\mathcal{O}_{X, x}} \mathcal{O}_{X_K, x_K}) \geq \text{profondeur}(\mathcal{F}_x)\] d’après Algèbre, lemme 0338 (en fait, on a égalité ici, mais nous n’en avons pas besoin). Le résultat sur \(k\) découle donc du résultat sur le corps infini \(K\), ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible ample. Soit \(s \in \Gamma(X, \mathcal{L})\). Supposons que
\(s\) soit une section régulière (Diviseurs, définition 01WY),
pour tout point fermé \(x \in X\), on ait \(\text{profondeur}(\mathcal{O}_{X, x}) \geq 2\), et
\(X\) soit connexe.
Alors le schéma des zéros \(Z(s)\) de \(s\) est connexe.
Démonstration
Puisque \(s\) est une section régulière, il en est de même de \(s^n \in \Gamma(X, \mathcal{L}^{\otimes n})\) pour tout \(n > 1\). De plus, le morphisme d’inclusion \(Z(s) \to Z(s^n)\) induit une bijection sur les espaces topologiques sous-jacents. Par conséquent, si \(Z(s)\) est non connexe, \(Z(s^n)\) l’est aussi. Considérons maintenant la suite exacte courte canonique \[0 \to \mathcal{L}^{\otimes -n} \xrightarrow{s^n} \mathcal{O}_X \to \mathcal{O}_{Z(s^n)} \to 0\] Considérons la \(k\)-algèbre \(R_n = \Gamma(X, \mathcal{O}_{Z(s^n)})\). Si \(Z(s)\) est non connexe, c’est-à-dire si \(Z(s^n)\) est non connexe, alors soit \(R_n\) est nul lorsque \(Z(s^n) = \emptyset\), soit \(R_n\) contient un idempotent non trivial lorsque \(Z(s^n) = U \amalg V\), avec \(U, V \subset Z(s^n)\) ouverts et non vides (le lecteur pourra consulter le lemme 0BUG). Ainsi, l’homomorphisme \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X) \to R_n\) ne peut être un isomorphisme. Il en résulte que l’un des deux groupes \(H^0(X, \mathcal{L}^{\otimes -n})\) et \(H^1(X, \mathcal{L}^{\otimes -n})\) est non nul pour une infinité d’entiers positifs \(n\). Cela contredit le lemme 0FD7 ou 0FD8, ce qui achève la démonstration.
Un espace irréductible est non vide.↩︎
Notons que si \(\kappa\) a pour caractéristique \(p\), alors le théorème dit simplement que nous obtenons une surjection \(\Lambda[[x_1, \ldots, x_n]] \to \mathcal{O}_{X, x}^\wedge\) où \(\Lambda\) est un anneau de Cohen pour \(\kappa\). Mais bien sûr, dans ce cas, l’application se factorise par \(\Lambda/p\Lambda[[x_1, \ldots, x_n]]\) et \(\Lambda/p\Lambda = \kappa\).↩︎
Le cas où \(X\) et \(Y\) sont quasi-séparés sera traité au lemme 0BEF ci-dessous.↩︎
En effet, une variété H-projective est une variété propre d’après Morphismes, lemme 0BCL. Un morphisme de variétés dont la source est une variété propre est un morphisme propre d’après Morphismes, lemme 01W6.↩︎
On peut éviter d’utiliser ce lemme, qui repose sur le théorème des fonctions formelles. En effet, \(X\) est projectif, et il suffit donc de montrer qu’un morphisme propre \(f : X \to Y\) à fibres finies entre des schémas quasi-projectifs sur \(k\) est fini. Pour cela, on choisit un ouvert affine de \(X\) contenant la fibre de \(f\) au-dessus d’un point \(y\), en utilisant le fait que tout ensemble fini de points d’un schéma quasi-projectif sur \(k\) est contenu dans un ouvert affine. Quitte à restreindre \(Y\) à un petit voisinage affine de \(y\), on se ramène au cas d’un morphisme propre entre schémas affines. Un tel morphisme est fini d’après Morphismes, lemme 01WM.↩︎
Si \(X\) est une courbe propre et si \(\mathcal{F}\) est un faisceau cohérent sur \(X\), on définit souvent le degré comme \(\chi(X, \mathcal{F}) - r\chi(X, \mathcal{O}_X)\), où \(r = \dim_{\kappa(\xi)} \mathcal{F}_\xi\) est le rang de \(\mathcal{F}\) au point générique \(\xi\) de \(X\).↩︎
Par exemple, nous pourrions considérer la condition que \(H_v\) soit lisse sur \(k'\), ou géométriquement irréductible sur \(k'\).↩︎