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Français / 015

Compléments d’algèbre

Sections de ce chapitreIntroduction
Conseils au lecteur
Modules stablement libres
Un commentaire sur la propriété d’Artin-Rees
Produits fibrés d’anneaux, I
Produits fibrés d’anneaux, II
Produits fibrés d’anneaux, III
Idéaux de Fitting
Relèvements
Paires de Zariski
Paires henséliennes
Hensélisation des paires
Relèvement et couples henséliens
Clôture intégrale absolue
Anneaux auto-associés
Stratification par platification
Platification sur un anneau artinien
Platification au-dessus d’une partie fermée de la base
Platification au-dessus de parties fermées de la source et de la base
Platification sur un anneau local noethérien complet
Descente de la platitude le long de morphismes intégraux
Modules sans torsion
Rangs des modules
Modules réflexifs
Idéaux de contenu
Conditions de platitude et de finitude
Éclatement et platitude
Complétion et platitude
Le complexe de Koszul
Le complexe de Čech alterné augmenté
Suites régulières au sens de Koszul
Compléments sur les suites régulières au sens de Koszul
Idéaux réguliers
Morphismes d’intersection complète locale
Égalité de Cartier et régularité géométrique
Régularité géométrique
Anneaux et modules topologiques
Morphismes formellement lisses d’anneaux topologiques
Morphismes formellement lisses d’anneaux locaux
Quelques résultats sur les anneaux de séries formelles
Régularité géométrique et lissité formelle
Homomorphismes réguliers d’anneaux
Montée des propriétés par les homomorphismes réguliers
Permanence des propriétés par complétion
Permanence des propriétés par les homomorphismes étales
Permanence des propriétés par hensélisation
Retour sur les extensions de corps
Le lieu singulier
Régularité et dérivations
Lissité formelle et régularité
G-anneaux
Propriétés des fibres formelles
Anneaux excellents
Catégories abéliennes de modules
Groupes abéliens injectifs
Modules injectifs
Catégories dérivées de modules
Calcul de Tor
Produits tensoriels de complexes
Produit tensoriel dérivé
Changement d’anneaux dérivé
Indépendance pour Tor
Suites spectrales pour Tor
Produits et Tor
Suite spectrale de Künneth
Modules pseudo-cohérents, I
Modules pseudo-cohérents, II
Dimension de Tor
Suites spectrales pour Ext
Dimension projective
Dimension injective
Modules presque projectifs
Complexes Hom
Règles de signes
Hom dérivé
Complexes parfaits
Relèvement de complexes
Scindage de complexes
Reconnaissance des complexes parfaits
Caractérisation des complexes parfaits
Générateurs forts et anneaux réguliers
Modules de présentation finie relative
Modules pseudo-cohérents relativement à la base
Morphismes d’anneaux pseudo-cohérents et parfaits
Modules relativement parfaits
Complexes à deux termes
Le complexe cotangent naïf
Rlim de groupes abéliens
Rlim des modules
Modules de torsion
Recollement formel de catégories de modules
Le théorème de Beauville-Laszlo
Complétion dérivée
La catégorie des modules complets au sens dérivé
Complétion dérivée pour un idéal principal
Complétion dérivée pour les anneaux noethériens
Un opérateur introduit par Berthelot et Ogus
Complexes parfaits et opérateur êta
Limites de complexes
Quelques morphismes d’évaluation
Changement de base pour le Hom dérivé
Systèmes de modules
Systèmes de modules, bis
Résultats divers
Astuces avec les bicomplexes
Homomorphismes d’anneaux faiblement étales
Algèbres faiblement étales sur les corps
Irréductibilité locale
Divers résultats sur les branches
Branches du complété
Anneaux formellement caténaires
Actions de groupes et clôture intégrale
Extensions d’anneaux de valuation discrète
Extensions de Galois et ramification
Lemme de Krasner
Lemme d’Abhyankar et ramification modérée
Élimination de la ramification
Élimination de la ramification, II
Groupes de Picard des anneaux
Déterminants
Complexes parfaits et groupes K
Déterminants des endomorphismes de modules de longueur finie
Un anneau local régulier est factoriel
Déterminants des complexes
Extensions d’anneaux de valuation
Structure des modules sur un anneau principal
Idéaux radicaux principaux
Objets inversibles dans la catégorie dérivée
Extraction d’un facteur direct libre
Les grands modules projectifs sont libres

Introduction

Dans ce chapitre, nous démontrons quelques résultats d’algèbre commutative qui sont moins élémentaires que ceux du premier chapitre consacré à l’algèbre commutative, voir Algèbre, section 00AP. On pourra consulter [MatCA].

Conseils au lecteur

Plus encore que dans le chapitre sur l’algèbre commutative, chacune des sections de ce chapitre peut être lue indépendamment. À partir de la section 0914, nous utilisons librement la catégorie dérivée (non bornée) des modules sur les anneaux, ainsi que tout l’appareil qui l’accompagne.

Modules stablement libres

Voici ce qui semble être la définition généralement admise.

Définition

Soit \(R\) un anneau.

  1. Deux modules \(M\), \(N\) sur \(R\) sont dits stablement isomorphes s’il existe \(n, m \geq 0\) tels que \(M \oplus R^{\oplus m} \cong N \oplus R^{\oplus n}\) comme \(R\)-modules.

  2. Un module \(M\) est stablement libre s’il est stablement isomorphe à un module libre.

Remarquons qu’un module stablement libre est projectif.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(0 \to P' \to P \to P'' \to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules projectifs de type fini. Si \(2\) de ces \(3\) modules sont stablement libres, alors le troisième l’est aussi.

Démonstration

Puisque les modules sont projectifs, la suite est scindée. Nous pouvons donc choisir un isomorphisme \(P = P' \oplus P''\). Si \(P' \oplus R^{\oplus n}\) et \(P'' \oplus R^{\oplus m}\) sont libres, nous voyons alors que \(P \oplus R^{\oplus n + m}\) est libre. Supposons que \(P'\) et \(P\) soient stablement libres, disons que \(P \oplus R^{\oplus n}\) est libre et que \(P' \oplus R^{\oplus m}\) est libre. Alors \[P'' \oplus (P' \oplus R^{\oplus m}) \oplus R^{\oplus n} = (P'' \oplus P') \oplus R^{\oplus m} \oplus R^{\oplus n} = (P \oplus R^{\oplus n}) \oplus R^{\oplus m}\] est libre. Ainsi, \(P''\) est stablement libre. Par symétrie, nous obtenons le dernier des trois cas.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Supposons que tout élément de \(1 + I\) soit inversible (autrement dit, \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(R\)). Pour tout \(R/I\)-module \(E\) de type fini et stablement libre, il existe un \(R\)-module \(M\) de type fini et stablement libre tel que \(M/IM \cong E\).

Démonstration

Choisissons \(n\) et \(m\), ainsi qu’un isomorphisme \(E \oplus (R/I)^{\oplus n} \cong (R/I)^{\oplus m}\). Choisissons des applications \(R\)-linéaires \(\varphi : R^{\oplus m} \to R^{\oplus n}\) et \(\psi : R^{\oplus n} \to R^{\oplus m}\) relevant la projection \((R/I)^{\oplus m} \to (R/I)^{\oplus n}\) et l’injection \((R/I)^{\oplus n} \to (R/I)^{\oplus m}\). Alors \(\varphi \circ \psi : R^{\oplus n} \to R^{\oplus n}\) se réduit à l’identité modulo \(I\). Par notre hypothèse sur \(I\), le déterminant de cette application est donc inversible. Par conséquent, \(P = \Ker(\varphi)\) est stablement libre et relève \(E\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Supposons que tout élément de \(1 + I\) soit inversible (autrement dit, \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(R\)). Soit \(M\) un \(R\)-module plat de type fini tel que \(M/IM\) soit un \(R/I\)-module projectif. Alors \(M\) est un \(R\)-module projectif de type fini.

Démonstration

Par Algèbre, lemme 00NZ, nous voyons que \(M_\mathfrak p\) est libre de type fini pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\). D’après Algèbre, lemme 00NX, il suffit de montrer que la fonction \(\rho_M : \mathfrak p \mapsto \dim_{\kappa(\mathfrak p)} M \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est localement constante sur \(\Spec(R)\). Comme \(M/IM\) est projectif de type fini, c’est vrai sur \(V(I) \subset \Spec(R)\). Puisque tout point fermé de \(\Spec(R)\) appartient à \(V(I)\) et que \(\rho_M(\mathfrak p) = \rho_M(\mathfrak q)\) lorsque \(\mathfrak p \subset \mathfrak q \subset R\) sont des idéaux premiers, nous concluons par un argument élémentaire sur les espaces topologiques, que nous omettons.

Le relèvement du lemme 0BC5 est unique à isomorphisme près d’après le lemme suivant.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Supposons que tout élément de \(1 + I\) soit inversible (autrement dit, \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(R\)). Si \(P\) et \(P'\) sont des \(R\)-modules projectifs de type fini, alors

  1. si \(\varphi : P \to P'\) est un homomorphisme de \(R\)-modules induisant un isomorphisme \(\overline{\varphi} : P/IP \to P'/IP'\), alors \(\varphi\) est un isomorphisme ;

  2. si \(P/IP \cong P'/IP'\), alors \(P \cong P'\).

Démonstration

Preuve de (1). Comme \(P'\) est projectif en tant que \(R\)-module, nous pouvons choisir un relèvement \(\psi : P' \to P\) de l’application \(P' \to P'/IP' \xrightarrow{\overline{\varphi}^{-1}} P/IP\). D’après le lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV), \(\psi \circ \varphi\) et \(\varphi \circ \psi\) sont surjectifs. Ces applications sont donc des isomorphismes (Algèbre, lemme 05G8). Ainsi, \(\varphi\) est un isomorphisme.

Preuve de (2). Choisissons un isomorphisme \(P/IP \cong P'/IP'\). Puisque \(P\) est projectif, nous pouvons choisir un relèvement \(\varphi : P \to P'\) de l’application \(P \to P/IP \to P'/IP'\). Alors \(\varphi\) est un isomorphisme d’après (1).

Un commentaire sur la propriété d’Artin-Rees

Une partie de ce matériel est tirée de [conrad-dejong]. On trouvera dans [Eis, section 1] une discussion générale accompagnée de références supplémentaires.

Soit \(A\) un anneau noethérien et soit \(I \subset A\) un idéal. Étant donné un homomorphisme \(f : M \to N\) de \(A\)-modules de type fini, il existe \(c \geq 0\) tel que \[f(M) \cap I^nN \subset f(I^{n - c}M)\] pour tout \(n \geq c\), voir Algèbre, lemme 00IO. Dans cette situation, nous dirons que \(c\) convient pour \(f\) dans le lemme d’Artin-Rees.

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien. Soit \(I \subset A\) un idéal contenu dans le radical de Jacobson de \(A\). Soient \[S : L \xrightarrow{f} M \xrightarrow{g} N \quad\text{et}\quad S' : L \xrightarrow{f'} M \xrightarrow{g'} N\] les deux complexes de \(A\)-modules de type fini représentés ci-dessus. Supposons que

  1. \(c\) convienne dans le lemme d’Artin-Rees pour \(f\) et \(g\) ;

  2. le complexe \(S\) soit exact ; et

  3. \(f' = f \bmod I^{c + 1}M\) et \(g' = g \bmod I^{c + 1}N\).

Alors \(c\) convient dans le lemme d’Artin-Rees pour \(g'\) et le complexe \(S'\) est exact.

Démonstration

Montrons d’abord que \(g'(M) \cap I^nN \subset g'(I^{n - c}M)\) pour \(n \geq c\). Soit \(a\) un élément de \(M\) tel que \(g'(a) \in I^nN\). Nous voulons modifier \(a\) par un élément de \(f'(L)\), c’est-à-dire sans changer \(g'(a)\), afin que \(a \in I^{n-c}M\). Supposons que \(a \in I^rM\), où \(r < n - c\). Alors \[g(a) = g'(a) + (g - g')(a) \in I^n N + I^{r + c + 1}N = I^{r + c + 1}N.\] Par Artin-Rees pour \(g\), nous avons \(g(a) \in g(I^{r + 1}M)\). Écrivons \(g(a) = g(a_1)\) avec \(a_1 \in I^{r + 1}M\). Comme la suite \(S\) est exacte, \(a - a_1 \in f(L)\). Nous écrivons donc \(a = f(b) + a_1\) pour un certain \(b \in L\). Alors \(f(b) = a - a_1 \in I^rM\). Artin-Rees pour \(f\) montre que, si \(r \geq c\), nous pouvons remplacer \(b\) par un élément de \(I^{r - c}L\). Dans tous les cas, \(a = f'(b) + a_2\), où \(a_2 = (f - f')(b) + a_1 \in I^{r + 1}M\). (En effet, soit \(c \geq r\) et \((f - f')(b) \in I^{r + 1}M\) par hypothèse, soit \(c < r\) et \(b \in I^{r - c}\), d’où à nouveau \((f - f')(b) \in I^{c + 1} I^{r - c} M = I^{r + 1}M\).) Nous pouvons donc modifier \(a\) par l’élément \(f'(b) \in f'(L)\) de façon à augmenter \(r\) de \(1\).

En fait, l’argument ci-dessus montre que \((g')^{-1}(I^nN) \subset f'(L) + I^{n - c}M\) pour tout \(n \geq c\). Par conséquent, \(S'\) est exact car \[(g')^{-1}(0) = (g')^{-1}(\bigcap I^nN) \subset \bigcap f'(L) + I^{n - c}M = f'(L)\] puisque \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\), voir Algèbre, lemme 00IQ.

Étant donnés un idéal \(I \subset A\) d’un anneau \(A\) et un \(A\)-module \(M\), nous posons \[\text{Gr}_I(M) = \bigoplus I^nM/I^{n + 1}M.\] Nous le considérons comme un \(\text{Gr}_I(A)\)-module gradué.

Lemme

Faisons les hypothèses du lemme 07VE. Soient \(Q = \Coker(g)\) et \(Q' = \Coker(g')\). Alors \(\text{Gr}_I(Q) \cong \text{Gr}_I(Q')\) comme \(\text{Gr}_I(A)\)-modules gradués.

Démonstration

En degré \(n\), nous avons \(\text{Gr}_I(Q)_n = I^nN/(I^{n + 1}N + g(M) \cap I^nN)\) et de même pour \(Q'\). Nous affirmons que \[g(M) \cap I^nN \subset I^{n + 1}N + g'(M) \cap I^nN.\] Par symétrie (la preuve de l’affirmation utilisera seulement que \(c\) convient pour \(g\), ce qui vaut aussi pour \(g'\) d’après le lemme), cela impliquera que \[I^{n + 1}N + g(M) \cap I^nN = I^{n + 1}N + g'(M) \cap I^nN\] d’où \(\text{Gr}_I(Q)_n\) et \(\text{Gr}_I(Q')_n\) coïncident comme sous-quotients de \(N\), ce qui démontre le lemme. Remarquons que l’affirmation est claire pour \(n \leq c\) puisque \(g = g' \bmod I^{c + 1}N\). Si \(n > c\), supposons \(b \in g(M) \cap I^nN\). Écrivons \(b = g(a)\) avec \(a \in I^{n - c}M\). Posons \(b' = g'(a)\). Nous avons \(b - b' = (g - g')(a) \in I^{n + 1}N\), comme voulu.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme plat d’anneaux noethériens. Soit \(I \subset A\) un idéal. Soit \(f : M \to N\) un homomorphisme de \(A\)-modules de type fini. Supposons que \(c\) convienne pour \(f\) dans le lemme d’Artin-Rees. Alors \(c\) convient pour \(f \otimes 1 : M \otimes_A B \to N \otimes_A B\) dans le lemme d’Artin-Rees relatif à l’idéal \(IB\).

Démonstration

Notons que \[(f \otimes 1)(M) \cap I^n N \otimes_A B = (f \otimes 1)\left((f \otimes 1)^{-1}(I^n N \otimes_A B)\right)\] D’autre part, \[\begin{align*} (f \otimes 1)^{-1}(I^n N \otimes_A B) & = \Ker(M \otimes_A B \to N \otimes_A B/(I^n N \otimes_A B)) \\ & = \Ker(M \otimes_A B \to (N/I^nN) \otimes_A B) \end{align*}\] Comme \(A \to B\) est plat, la formation des noyaux et des conoyaux commute au produit tensoriel par \(B\), si bien que ceci est égal à \(f^{-1}(I^nN) \otimes_A B\). Par hypothèse, \(f^{-1}(I^nN)\) est contenu dans \(\Ker(f) + I^{n - c}M\). Le lemme en résulte.

Produits fibrés d’anneaux, I

Les produits fibrés d’anneaux sont liés aux sommes amalgamées de schémas. Certains cas de sommes amalgamées de schémas sont étudiés dans Compléments sur les morphismes, section 07RS.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(A \to B\) et \(C \to B\) des homomorphismes de \(R\)-algèbres. Supposons que

  1. \(R\) soit noethérien ;

  2. \(A\), \(B\), \(C\) soient de type fini sur \(R\) ;

  3. \(A \to B\) soit surjectif ; et

  4. \(B\) soit fini sur \(C\).

Alors \(A \times_B C\) est de type fini sur \(R\).

Démonstration

Posons \(D = A \times_B C\). Il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 & B \ar[l] & A \ar[l] & I \ar[l] & 0 \ar[l] \\ 0 & C \ar[l] \ar[u] & D \ar[l] \ar[u] & I \ar[l] \ar[u] & 0 \ar[l] }\] à lignes exactes. Choisissons \(y_1, \ldots, y_n \in B\) qui engendrent \(B\) comme \(C\)-module. Choisissons \(x_i \in A\) d’image \(y_i\). Alors \(1, x_1, \ldots, x_n\) engendrent \(A\) comme \(D\)-module. L’application \(D \to A \times C\) est injective et l’anneau \(A \times C\) est fini comme \(D\)-module (car c’est la somme directe des \(D\)-modules finis \(A\) et \(C\)). Le lemme résulte donc du lemme d’Artin-Tate (Algèbre, lemme 00IS).

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(I\) un ensemble fini. Considérons un diagramme cartésien \[\xymatrix{ \prod B_i & \prod A_i \ar[l]^{\prod \varphi_i} \\ Q \ar[u]^{\prod \psi_i} & P \ar[u] \ar[l] }\] où les \(\psi_i\) et les \(\varphi_i\) sont surjectifs, et où \(Q\), les \(A_i\) et les \(B_i\) sont de type fini sur \(R\). Alors \(P\) est de type fini sur \(R\).

Démonstration

Cela résulte du lemme 00IT et d’une récurrence sur le cardinal de \(I\). En effet, écrivons \(I = I' \amalg \{i_0\}\). Soit \(P'\) l’anneau défini par le diagramme du lemme pour \(I'\). Alors \(P'\) est de type fini par l’hypothèse de récurrence. Enfin, \(P\) s’insère dans un diagramme de produit fibré \[\xymatrix{ B_{i_0} & A_{i_0} \ar[l] \\ P' \ar[u] & P \ar[u] \ar[l] & }\] auquel le lemme s’applique.

Lemme

Considérons un diagramme cartésien d’anneaux \[\xymatrix{ R & R' \ar[l]^t \\ B \ar[u]_s & B'\ar[u] \ar[l] }\] c’est-à-dire \(B' = B \times_R R'\). Si \(h \in B'\) correspond à \(g \in B\) et à \(f \in R'\) tels que \(s(g) = t(f)\), alors le diagramme \[\xymatrix{ R_{s(g)} = R_{t(f)} & (R')_f \ar[l]^-t \\ B_g \ar[u]_s & (B')_h \ar[u] \ar[l] }\] est lui aussi cartésien.

Démonstration

L’égalité \(B' = B \times_R R'\) nous dit que \[0 \to B' \to B \oplus R' \xrightarrow{s, -t} R\] est une suite exacte de \(B'\)-modules. Nous avons \(B_g = B_h\), \(R'_f = R'_h\) et \(R_{s(g)} = R_{t(f)} = R_h\) comme \(B'\)-modules. Par exactitude de la localisation (Algèbre, proposition 00CS), nous obtenons que \[0 \to B'_h \to B_g \oplus R'_f \xrightarrow{s, -t} R_{s(g)} = R_{t(f)}\] est une suite exacte. Cela démontre le lemme.

Considérons un diagramme commutatif d’anneaux \[\xymatrix{ R & R' \ar[l] \\ B \ar[u] & B' \ar[u] \ar[l] }\] Considérons le foncteur (où le produit fibré de catégories est celui construit dans Catégories, exemple 003R) [0D2E]\[\begin{equation} \text{Mod}_{B'} \longrightarrow \text{Mod}_B \times_{\text{Mod}_R} \text{Mod}_{R'},\quad L' \longmapsto (L' \otimes_{B'} B, L' \otimes_{B'} R', can) \end{equation}\] où \(can\) est l’identification canonique \(L' \otimes_{B'} B \otimes_B R = L' \otimes_{B'} R' \otimes_{R'} R\). Dans la suite, nous noterons \((N, M', \varphi)\) un objet du membre de droite, c’est-à-dire que \(N\) est un \(B\)-module, \(M'\) un \(R'\)-module et que \(\varphi : N \otimes_B R \to M' \otimes_{R'} R\) est un isomorphisme.

Lemme

Étant donné un diagramme commutatif d’anneaux \[\xymatrix{ R & R' \ar[l] \\ B \ar[u] & B' \ar[u] \ar[l] }\] le foncteur (0D2E) admet un adjoint à droite, à savoir le foncteur \[F : (N, M', \varphi) \longmapsto N \times_\varphi M'\] (voir la preuve pour plus de précisions).

Démonstration

Étant donné un objet \((N, M', \varphi)\) de la catégorie \(\text{Mod}_B \times_{\text{Mod}_R} \text{Mod}_{R'}\) nous posons \[N \times_\varphi M' = \{(n, m') \in N \times M' \mid \varphi(n \otimes 1) = m' \otimes 1\text{ dans }M' \otimes_{R'} R\}\] considéré comme un \(B'\)-module. L’assertion d’adjonction signifie que, pour un \(B'\)-module \(L'\) et un triplet \((N, M', \varphi)\), nous avons \[\Hom_{B'}(L', N \times_\varphi M') = \Hom_B(L' \otimes_{B'} B, N) \times_{\Hom_R(L' \otimes_{B'} R, M' \otimes_{R'} R)} \Hom_{R'}(L' \otimes_{B'} R', M')\] D’après Algèbre, lemme 05DQ, le membre de droite est égal à \[\Hom_{B'}(L', N) \times_{\Hom_{B'}(L', M' \otimes_{R'} R)} \Hom_{B'}(L', M')\] Il est donc clair qu’un couple \((g, f')\) d’éléments de ce produit fibré nous donne une application \(B'\)-linéaire \(L' \to N \times_\varphi M'\), \(l' \mapsto (g(l'), f'(l'))\). Réciproquement, étant donnée une application \(B'\)-linéaire \(g' : L' \to N \times_\varphi M'\), nous pouvons prendre pour \(g\) la composée \(L' \to N \times_\varphi M' \to N\) et pour \(f'\) la composée \(L' \to N \times_\varphi M' \to M'\). Ces constructions sont inverses l’une de l’autre et définissent l’isomorphisme voulu.

Produits fibrés d’anneaux, II

Dans cette section, nous étudions les produits fibrés dans la situation suivante.

Situation

Dans la suite, nous considérerons des homomorphismes d’anneaux \[\xymatrix{ B \ar[r] & A & A' \ar[l] }\] où nous supposons que \(A' \to A\) est surjectif de noyau \(I\). Dans cette situation, nous posons \(B' = B \times_A A'\) afin d’obtenir un carré cartésien \[\xymatrix{ A & A' \ar[l] \\ B \ar[u] & B' \ar[l] \ar[u] }\]

Lemme

Dans la situation 08KH, nous avons \[\Spec(B') = \Spec(B) \amalg_{\Spec(A)} \Spec(A')\] comme espaces topologiques.

Démonstration

Puisque \(B' = B \times_A A'\), nous obtenons un carré commutatif de spectres, qui induit une application continue \[can : \Spec(B) \amalg_{\Spec(A)} \Spec(A') \longrightarrow \Spec(B')\] puisque la source est une somme amalgamée dans la catégorie des espaces topologiques (laquelle existe d’après Topologie, section 0B1W).

Pour montrer que l’application \(can\) est surjective, soit \(\mathfrak q' \subset B'\) un idéal premier. Si \(I \subset \mathfrak q'\) (ici et dans la suite, nous nous permettons de considérer \(I\) aussi bien comme un idéal de \(B'\) que comme un idéal de \(A'\)), alors \(\mathfrak q'\) correspond à un idéal premier de \(B\) et appartient à l’image. Sinon, choisissons \(h \in I\), \(h \not \in \mathfrak q'\). Dans ce cas, \(B_h = A_h = 0\) et l’homomorphisme d’anneaux \(B'_h \to A'_h\) est un isomorphisme, voir lemme 01Z8. Nous voyons donc que \(\mathfrak q'\) correspond à un unique idéal premier \(\mathfrak p' \subset A'\) qui ne contient pas \(I\).

Puisque \(B' \to B\) est surjectif, nous voyons que \(can\) est injective sur la composante \(\Spec(B)\). Nous avons vu ci-dessus que \(\Spec(A') \to \Spec(B')\) est injective sur le complémentaire de \(V(I) \subset \Spec(A')\). Comme \(V(I) \subset \Spec(A')\) est exactement l’image de \(\Spec(A) \to \Spec(A')\), un argument ensembliste immédiat montre que \(can\) est injective.

Pour achever la preuve, nous devons montrer que \(can\) est ouverte. Pour cela, remarquons qu’un ouvert de la somme amalgamée est de la forme \(V \amalg U'\), où \(V \subset \Spec(B)\) et \(U' \subset \Spec(A')\) sont des ouverts dont les images réciproques dans \(\Spec(A)\) coïncident. Soit \(v \in V\). Nous pouvons trouver \(g \in B\) tel que \(v \in D(g) \subset V\). Soit \(f \in A\) son image. Choisissons \(f' \in A'\) d’image \(f\). Alors \(D(f') \cap U' \cap V(I) = D(f') \cap V(I)\). Ainsi, \(V(I) \cap D(f')\) et \(D(f') \cap (U')^c\) sont des parties fermées disjointes de \(D(f') = \Spec(A'_{f'})\). Écrivons \((U')^c = V(J)\) pour un certain idéal \(J \subset A'\). Puisque \(A'_{f'} \to A'_{f'}/IA'_{f'} \times A'_{f'}/JA'_{f'}\) est surjectif par la disjonction qui vient d’être établie, nous pouvons trouver \(a'' \in A'_{f'}\) dont l’image vaut \(1\) dans \(A'_{f'}/IA'_{f'}\) et zéro dans \(A'_{f'}/JA'_{f'}\). En chassant les dénominateurs, nous trouvons un élément \(a' \in J\) d’image \(f^n\) dans \(A\). Alors \(D(a'f') \subset U'\). Soit \(h' = (g^{n + 1}, a'f') \in B'\). Puisque \(B'_{h'} = B_{g^{n + 1}} \times_{A_{f^{n + 1}}} A'_{a'f'}\) d’après un lemme cité précédemment, nous voyons que l’image réciproque de \(D(h')\) est un voisinage ouvert de \(v\) dans la somme amalgamée, c’est-à-dire que l’image de \(V \amalg U'\) contient un voisinage ouvert de l’image de \(v\). Nous omettons la preuve (plus facile) du même fait pour \(u' \in U'\) avec \(u' \not \in V(I)\).

Lemme

Dans la situation 08KH, si \(B \to A\) est entier, alors \(B' \to A'\) est entier.

Démonstration

Soit \(a' \in A'\) d’image \(a \in A\). Soit \(x^d + b_1 x^{d - 1} + \ldots + b_d\) un polynôme unitaire à coefficients dans \(B\) qui annule \(a\). Choisissons \(b'_i \in B'\) d’image \(b_i \in B\) (c’est possible). Alors \((a')^d + b'_1 (a')^{d - 1} + \ldots + b'_d\) appartient au noyau de \(A' \to A\). Puisque \(\Ker(B' \to B) = \Ker(A' \to A)\), nous pouvons modifier notre choix de \(b'_d\) afin d’obtenir \((a')^d + b'_1 (a')^{d - 1} + \ldots + b'_d = 0\), comme voulu.

Dans la situation 08KH, nous voudrions comprendre les \(B'\)-modules en termes de modules sur \(A'\), \(A\) et \(B\). À cette fin, nous considérons le foncteur (où le produit fibré de catégories est celui construit dans Catégories, exemple 003R) [08KI]\[\begin{equation} \text{Mod}_{B'} \longrightarrow \text{Mod}_B \times_{\text{Mod}_A} \text{Mod}_{A'},\quad L' \longmapsto (L' \otimes_{B'} B, L' \otimes_{B'} A', can) \end{equation}\] où \(can\) est l’identification canonique \(L' \otimes_{B'} B \otimes_B A = L' \otimes_{B'} A' \otimes_{A'} A\). Dans la suite, nous noterons \((N, M', \varphi)\) un objet du membre de droite, c’est-à-dire que \(N\) est un \(B\)-module, \(M'\) un \(A'\)-module et que \(\varphi : N \otimes_B A \to M' \otimes_{A'} A\) est un isomorphisme. Il est toutefois souvent plus commode de considérer \(\varphi\) comme une application \(B\)-linéaire \(\varphi : N \to M'/IM'\) qui induit un isomorphisme \(N \otimes_B A \to M' \otimes_{A'} A = M'/IM'\).

Lemme

Dans la situation 08KH, le foncteur (08KI) admet un adjoint à droite, à savoir le foncteur \[F : (N, M', \varphi) \longmapsto N \times_{\varphi, M} M'\] où \(M = M'/IM'\). De plus, la composée de \(F\) avec (08KI) est le foncteur identité sur \(\text{Mod}_B \times_{\text{Mod}_A} \text{Mod}_{A'}\). Autrement dit, en posant \(N' = N \times_{\varphi, M} M'\), nous avons \(N' \otimes_{B'} B = N\) et \(N' \otimes_{B'} A' = M'\).

Démonstration

L’assertion d’adjonction résulte du lemme plus général 0D2F. Pour démontrer la dernière assertion, rappelons que \(B' = B \times_A A'\) et \(N' = N \times_{\varphi, M} M'\), puis prolongeons ces égalités en \[\vcenter{ \xymatrix{ A & A' \ar[l] & I \ar[l] \\ B \ar[u] & B' \ar[l] \ar[u] & J \ar[l] \ar[u] } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ M & M' \ar[l] & K \ar[l] \\ N \ar[u]_\varphi & N' \ar[l] \ar[u] & L \ar[l] \ar[u] } }\] où \(I, J, K, L\) sont les noyaux des applications horizontales des diagrammes initiaux. Présentons la preuve comme une suite d’observations :

  1. \(K = IM'\) (voir l’énoncé du lemme) ;

  2. \(B' \to B\) est surjectif de noyau \(J\) et \(J \to I\) est bijectif ;

  3. \(N' \to N\) est surjectif de noyau \(L\) et \(L \to K\) est bijectif ;

  4. \(JN' \subset L\),

  5. \(\Im(N \to M)\) engendre \(M\) comme \(A\)-module (car \(N \otimes_B A = M\)) ;

  6. \(\Im(N' \to M')\) engendre \(M'\) comme \(A'\)-module (car cela vaut modulo \(K\) et \(L\) s’envoie isomorphiquement sur \(K\)) ;

  7. \(JN' = L\) (car, d’après l’observation précédente, \(L \cong K = I M'\) est engendré par les images des éléments \(x n'\) avec \(x \in I\) et \(n' \in N'\)) ;

  8. \(N' \otimes_{B'} B = N\) (car \(N = N'/L\), \(B = B'/J\), et par l’observation précédente) ;

  9. il existe une application \(\gamma : N' \otimes_{B'} A' \to M'\) ;

  10. \(\gamma\) est surjective (voir ci-dessus) ;

  11. le noyau de la composée \(N' \otimes_{B'} A' \to M' \to M\) est engendré par les éléments \(l \otimes 1\) et \(n' \otimes x\) avec \(l \in K\), \(n' \in N'\), \(x \in I\) (car \(M = N \otimes_B A\) par hypothèse et parce que \(N' \to N\) et \(A' \to A\) sont surjectifs de noyaux \(L\) et \(I\)) ;

  12. tout élément de \(N' \otimes_{B'} A'\) appartenant au sous-module engendré par les éléments \(l \otimes 1\) et \(n' \otimes x\) avec \(l \in L\), \(n' \in N'\), \(x \in I\) peut s’écrire \(l \otimes 1\) pour un certain \(l \in L\) (puisque \(J\) s’envoie isomorphiquement sur \(I\), nous voyons que \(n' \otimes x = n'x \otimes 1\) dans \(N' \otimes_{B'} A'\) ; de même, \(x n' \otimes a' = n' \otimes xa' = n'(xa') \otimes 1\) dans \(N' \otimes_{B'} A'\) lorsque \(n' \in N'\), \(x \in J\) et \(a' \in A'\) ; comme nous avons vu que \(JN' = L\), cela démontre l’assertion) ;

  13. le noyau de \(\gamma\) est nul (car, d’après (10) et (11), tout élément du noyau est de la forme \(l \otimes 1\) avec \(l \in L\), lequel est envoyé sur \(l \in K \subset M'\) par \(\gamma\)).

Cela achève la preuve.

Lemme

Dans la situation du lemme 07RU, pour un \(B'\)-module \(L'\), l’application d’adjonction \[L' \longrightarrow (L' \otimes_{B'} B) \times_{(L' \otimes_{B'} A)} (L' \otimes_{B'} A')\] est surjective, mais n’est pas injective en général.

Démonstration

Comme dans la preuve du lemme 07RU, soit \(J \subset B'\) le noyau de l’application \(B' \to B\). Alors \(L' \otimes_{B'} B = L'/JL'\). Pour démontrer la surjectivité, il suffit donc de montrer que les éléments de la forme \((0, z)\) du produit fibré appartiennent à l’image de l’application du lemme. Le noyau de l’application \(L' \otimes_{B'} A' \to L' \otimes_{B'} A\) est l’image de \(L' \otimes_{B'} I \to L' \otimes_{B'} A'\). Puisque l’application \(J \to I\) induite par \(B' \to A'\) est un isomorphisme, la composée \[L' \otimes_{B'} J \to L' \to (L' \otimes_{B'} B) \times_{(L' \otimes_{B'} A)} (L' \otimes_{B'} A')\] induit une surjection de \(L' \otimes_{B'} J\) sur l’ensemble des éléments de la forme \((0, z)\). Pour voir que l’application n’est pas injective en général, donnons un exemple simple. Prenons un corps \(k\), posons \(B' = k[x, y]/(xy)\), \(A' = B'/(x)\), \(B = B'/(y)\), \(A = B'/(x, y)\) et \(L' = B'/(x - y)\). Dans ce cas, la classe de \(x\) dans \(L'\) est non nulle, mais elle est envoyée sur zéro par la flèche affichée.

Lemme

Dans la situation 08KH, soit \((N_1, M'_1, \varphi_1) \to (N_2, M'_2, \varphi_2)\) un morphisme de \(\text{Mod}_B \times_{\text{Mod}_A} \text{Mod}_{A'}\) tel que \(N_1 \to N_2\) et \(M'_1 \to M'_2\) soient surjectifs. Alors \[N_1 \times_{\varphi_1, M_1} M'_1 \to N_2 \times_{\varphi_2, M_2} M'_2\] où \(M_1 = M'_1/IM'_1\) et \(M_2 = M'_2/IM'_2\), est surjectif.

Démonstration

Prenons \((x_2, y_2) \in N_2 \times_{\varphi_2, M_2} M'_2\). Choisissons \(x_1 \in N_1\) d’image \(x_2\). Puisque \(M'_1 \to M_1\) est surjectif, nous pouvons trouver \(y_1 \in M'_1\) d’image \(\varphi_1(x_1)\). Alors \((x_1, y_1)\) s’envoie sur \((x_2, y'_2)\) dans \(N_2 \times_{\varphi_2, M_2} M'_2\). Il suffit donc de montrer que les éléments de la forme \((0, y_2)\) appartiennent à l’image de l’application. Nous voyons ici que \(y_2 \in IM'_2\). Écrivons \(y_2 = \sum t_i y_{2, i}\) avec \(t_i \in I\). Choisissons \(y_{1, i} \in M'_1\) d’image \(y_{2, i}\). Alors \(y_1 = \sum t_iy_{1, i} \in IM'_1\) et l’élément \((0, y_1)\) convient.

Lemme

Soient \(A, A', B, B', I, M, M', N, \varphi\) comme dans le lemme 07RU. Si \(N\) est de type fini sur \(B\) et \(M'\) de type fini sur \(A'\), alors \(N' = N \times_{\varphi, M} M'\) est de type fini sur \(B'\).

Démonstration

Nous utiliserons sans autre mention les résultats du lemme 07RU. Choisissons des générateurs \(y_1, \ldots, y_r\) de \(N\) sur \(B\) et des générateurs \(x_1, \ldots, x_s\) de \(M'\) sur \(A'\). Comme \(N = N' \otimes_{B'} B\) et que \(B' \to B\) est surjectif, nous pouvons trouver \(u_1, \ldots, u_r \in N'\) d’images \(y_1, \ldots, y_r\) dans \(N\). Comme \(M' = N' \otimes_{B'} A'\), nous pouvons trouver \(v_1, \ldots, v_t \in N'\) tels que \(x_i = \sum v_j \otimes a'_{ij}\) pour certains \(a'_{ij} \in A'\). En particulier, nous voyons que les images \(\overline{v}_j \in M'\) des \(v_j\) engendrent \(M'\) sur \(A'\). Nous affirmons que \(u_1, \ldots, u_r, v_1, \ldots, v_t\) engendrent \(N'\) comme \(B'\)-module. En effet, prenons \(\xi \in N'\). Choisissons d’abord \(b'_1, \ldots, b'_r \in B'\) tels que \(\xi\) et \(\sum b'_i u_i\) aient la même image dans \(N\). C’est possible car \(B' \to B\) est surjectif et \(y_1, \ldots, y_r\) engendrent \(N\) sur \(B\). La différence \(\xi - \sum b'_i u_i\) est de la forme \((0, \theta)\) pour un certain \(\theta\) dans \(IM'\). Écrivons \(\theta\) égal à \(\sum t_j\overline{v}_j\) avec \(t_j \in I\). Comme \(J = \Ker(B' \to B)\) s’envoie isomorphiquement sur \(I\), nous pouvons choisir \(s_j \in J \subset B'\) d’image \(t_j\). Puisque \(N' = N \times_{\varphi, M} M'\), il s’ensuit que \(\xi = \sum b'_i u_i + \sum s_j v_j\), comme voulu.

Lemme

Soient \(A, A', B, B', I\) comme dans la situation 08KH.

  1. Soit \((N, M', \varphi)\) un objet de \(\text{Mod}_B \times_{\text{Mod}_A} \text{Mod}_{A'}\). Si \(M'\) est plat sur \(A'\) et \(N\) plat sur \(B\), alors \(N' = N \times_{\varphi, M} M'\) est plat sur \(B'\).

  2. Si \(L'\) est un \(B'\)-module plat, alors \(L' = (L \otimes_{B'} B) \times_{(L \otimes_{B'} A)} (L \otimes_{B'} A')\).

  3. La catégorie des \(B'\)-modules plats est équivalente à la sous-catégorie pleine de \(\text{Mod}_B \times_{\text{Mod}_A} \text{Mod}_{A'}\) formée des triplets \((N, M', \varphi)\) tels que \(N\) soit plat sur \(B\) et \(M'\) plat sur \(A'\).

Démonstration

Dans la preuve, nous utiliserons sans autre mention le lemme 07RU.

Preuve de (1). Posons \(J = \Ker(B' \to B)\). C’est un idéal de \(B'\) qui s’envoie isomorphiquement sur \(I = \Ker(A' \to A)\). Soit \(\mathfrak b' \subset B'\) un idéal. Nous devons montrer que \(\mathfrak b' \otimes_{B'} N' \to N'\) est injectif, voir Algèbre, lemme 00HD. Nous savons que \[\mathfrak b'/(\mathfrak b' \cap J) \otimes_{B'} N' = \mathfrak b'/(\mathfrak b' \cap J) \otimes_B N \to N\] est injectif puisque \(N\) est plat sur \(B\). Comme \(\mathfrak b' \cap J \to \mathfrak b' \to \mathfrak b'/(\mathfrak b' \cap J) \to 0\) est exacte, nous en concluons qu’il suffit de montrer que \((\mathfrak b' \cap J) \otimes_{B'} N' \to N'\) est injectif. Nous pouvons donc supposer que \(\mathfrak b' \subset J\). Ensuite, puisque \(J \to I\) est un isomorphisme, nous avons \[J \otimes_{B'} N' = I \otimes_{A'} A' \otimes_{B'} N' = I \otimes_{A'} M'\] qui s’injecte dans \(M'\) puisque \(M'\) est un \(A'\)-module plat. Ainsi, \(J \otimes_{B'} N' \to N'\) est injectif et nous en concluons que \(\text{Tor}_1^{B'}(B'/J, N') = 0\), voir Algèbre, remarque 00M6. Nous pouvons donc appliquer Algèbre, lemme 051C, à \(N'\) sur \(B'\) et à l’idéal \(J\). Revenons à notre idéal \(\mathfrak b' \subset J\) et soit \(\mathfrak b' \subset \mathfrak b'' \subset J\) le plus petit idéal dont l’image dans \(I\) soit un sous-\(A'\)-module de \(I\). Autrement dit, nous avons \(\mathfrak b'' = A' \mathfrak b'\) si nous considérons \(J = I\) comme un \(A'\)-module. Alors \(\mathfrak b''/\mathfrak b'\) est annulé par \(J\) et nous obtenons une suite exacte courte \[0 \to \mathfrak b' \otimes_{B'} N' \to \mathfrak b'' \otimes_{B'} N' \to \mathfrak b''/\mathfrak b' \otimes_{B'} N' \to 0\] grâce à l’annulation de \(\text{Tor}_1^{B'}(\mathfrak b''/\mathfrak b', N')\) que nous donne l’application du lemme. Nous pouvons donc remplacer \(\mathfrak b'\) par \(\mathfrak b''\). En particulier, nous pouvons supposer que \(\mathfrak b'\) est un \(A'\)-module et s’envoie sur un idéal de \(A'\). Alors \[\mathfrak b' \otimes_{B'} N' = \mathfrak b' \otimes_{A'} A' \otimes_{B'} N' = \mathfrak b' \otimes_{A'} M'\] Ce produit tensoriel s’injecte dans \(M'\) par notre hypothèse que \(M'\) est plat sur \(A'\). Nous en concluons que \(\mathfrak b' \otimes_{B'} N' \to N' \to M'\) est injectif, et donc que la première application est injective, comme voulu.

Preuve de (2). Cela résulte du produit tensoriel de la suite exacte courte \(0 \to B' \to B \oplus A' \to A \to 0\) par \(L'\) sur \(B'\).

Preuve de (3). C’est une conséquence immédiate de (1) et (2).

Lemme

Soient \(A, A', B, B', I\) comme dans la situation 08KH. La catégorie des \(B'\)-modules projectifs de type fini est équivalente à la sous-catégorie pleine de \(\text{Mod}_B \times_{\text{Mod}_A} \text{Mod}_{A'}\) formée des triplets \((N, M', \varphi)\) tels que \(N\) soit projectif de type fini sur \(B\) et \(M'\) projectif de type fini sur \(A'\).

Démonstration

Rappelons qu’un module est projectif de type fini si et seulement s’il est de présentation finie et plat, voir Algèbre, lemme 00NX. En utilisant les lemmes 0D2I et 0D2H, nous nous ramenons à montrer que \(N' = N \times_{\varphi, M} M'\) est un \(B'\)-module de présentation finie si \(N\) est projectif de type fini sur \(B\) et \(M'\) projectif de type fini sur \(A'\).

D’après le lemme 0D2H, le module \(N'\) est de type fini sur \(B'\). Choisissons une surjection \((B')^{\oplus n} \to N'\) de noyau \(K'\). Par changement de base, nous obtenons des applications \(B^{\oplus n} \to N\), \((A')^{\oplus n} \to M'\) et \(A^{\oplus n} \to M\) de noyaux respectifs \(K_B\), \(K_{A'}\) et \(K_A\). Il existe une application canonique \[K' \longrightarrow K_B \times_{K_A} K_{A'}\] D’autre part, puisque \(N' = N \times_{\varphi, M} M'\) et \(B' = B \times_A A'\), il existe aussi une application canonique \(K_B \times_{K_A} K_{A'} \to K'\) inverse de la flèche affichée. L’application affichée est donc un isomorphisme. D’après Algèbre, lemme 0519, les modules \(K_B\) et \(K_{A'}\) sont de type fini. Nous concluons du lemme 0D2H que \(K'\) est un \(B'\)-module de type fini pourvu que \(K_B \to K_A\) et \(K_{A'} \to K_A\) induisent des isomorphismes \(K_B \otimes_B A = K_A = K_{A'} \otimes_{A'} A\). C’est vrai car les hypothèses de platitude impliquent que les suites \[0 \to K_B \to B^{\oplus n} \to N \to 0 \quad\text{et}\quad 0 \to K_{A'} \to (A')^{\oplus n} \to M' \to 0\] restent exactes après produit tensoriel, voir Algèbre, lemme 00HL.

Produits fibrés d’anneaux, III

Dans cette section, nous étudions les produits fibrés dans la situation suivante.

Situation

Soient \(A, A', B, B', I\) comme dans la situation 08KH. Soit \(B' \to D'\) un homomorphisme d’anneaux. Posons \(D = D' \otimes_{B'} B\), \(C' = D' \otimes_{B'} A'\) et \(C = D' \otimes_{B'} A\). Cela conduit à un grand diagramme commutatif \[\xymatrix{ C & & & C' \ar[lll] \\ & A \ar[ul] & A' \ar[l] \ar[ru] \\ & B \ar[u] \ar[ld] & B' \ar[l] \ar[u] \ar[rd] \\ D \ar[uuu] & & & D' \ar[lll] \ar[uuu] }\] d’anneaux. Remarquons que nous ne supposons pas que l’application \(D' \to D \times_C C'\) soit un isomorphisme1. Dans cette situation, nous avons le foncteur [08KL]\[\begin{equation} \text{Mod}_{D'} \longrightarrow \text{Mod}_D \times_{\text{Mod}_C} \text{Mod}_{C'},\quad L' \longmapsto (L' \otimes_{D'} D, L' \otimes_{D'} C', can) \end{equation}\] analogue à (08KI). Remarquons que \(L' \otimes_{D'} D = L \otimes_{D'} (D' \otimes_{B'} B) = L \otimes_{B'} B\) et, de même, \(L' \otimes_{D'} C' = L \otimes_{D'} (D' \otimes_{B'} A') = L \otimes_{B'} A'\) de sorte que le diagramme \[\xymatrix{ \text{Mod}_{D'} \ar[r] \ar[d] & \text{Mod}_D \times_{\text{Mod}_C} \text{Mod}_{C'} \ar[d] \\ \text{Mod}_{B'} \ar[r] & \text{Mod}_B \times_{\text{Mod}_A} \text{Mod}_{A'} }\] est commutatif. Dans la suite, nous noterons \((N, M', \varphi)\) un objet de \(\text{Mod}_D \times_{\text{Mod}_C} \text{Mod}_{C'}\), c’est-à-dire que \(N\) est un \(D\)-module, \(M'\) un \(C'\)-module et que \(\varphi : N \otimes_B A \to M' \otimes_{A'} A\) est un isomorphisme de \(C\)-modules. Il est toutefois souvent plus commode de considérer \(\varphi\) comme une application \(D\)-linéaire \(\varphi : N \to M'/IM'\) qui induit un isomorphisme \(N \otimes_B A \to M' \otimes_{A'} A = M'/IM'\).

Lemme

Dans la situation 08KK, le foncteur (08KL) admet un adjoint à droite, à savoir le foncteur \[F : (N, M', \varphi) \longmapsto N \times_{\varphi, M} M'\] où \(M = M'/IM'\). De plus, la composée de \(F\) avec (08KL) est le foncteur identité sur \(\text{Mod}_D \times_{\text{Mod}_C} \text{Mod}_{C'}\). Autrement dit, en posant \(N' = N \times_{\varphi, M} M'\), nous avons \(N' \otimes_{D'} D = N\) et \(N' \otimes_{D'} C' = M'\).

Démonstration

L’assertion d’adjonction résulte du lemme plus général 0D2F. La dernière assertion résulte de l’assertion correspondante du lemme 07RU, car \(N' \otimes_{D'} D = N' \otimes_{D'} D' \otimes_{B'} B = N' \otimes_{B'} B\) et \(N' \otimes_{D'} C' = N' \otimes_{D'} D' \otimes_{B'} A' = N' \otimes_{B'} A'\).

Lemme

Dans la situation 08KK, l’application \(JD' \to IC'\) est surjective, où \(J = \Ker(B' \to B)\).

Démonstration

Puisque \(C' = D' \otimes_{B'} A'\), nous avons que \(IC'\) est l’image de \(D' \otimes_{B'} I = C' \otimes_{A'} I \to C'\). Comme l’homomorphisme d’anneaux \(B' \to A'\) induit un isomorphisme \(J \to I\), le lemme en résulte.

Lemme

Soient \(A, A', B, B', C, C', D, D', I, M', M, N, \varphi\) comme dans le lemme 08KM. Si \(N\) est de type fini sur \(D\) et \(M'\) de type fini sur \(C'\), alors \(N' = N \times_{\varphi, M} M'\) est de type fini sur \(D'\).

Démonstration

Rappelons que \(D' \to D \times_C C'\) est surjectif d’après le lemme 08IG. Remarquons que \(N' = N \times_{\varphi, M} M'\) est un module sur \(D \times_C C'\). Nous pouvons appliquer le lemme 0D2H aux données \(C, C', D, D', IC', M', M, N, \varphi\) pour voir que \(N' = N \times_{\varphi, M} M'\) est de type fini sur \(D \times_C C'\). Il est donc de type fini sur \(D'\).

Lemme

Soient \(A, A', B, B', C, C', D, D', I\) comme dans la situation 08KK.

  1. Soit \((N, M', \varphi)\) un objet de \(\text{Mod}_D \times_{\text{Mod}_C} \text{Mod}_{C'}\). Si \(M'\) est plat sur \(A'\) et \(N\) plat sur \(B\), alors \(N' = N \times_{\varphi, M} M'\) est plat sur \(B'\).

  2. Si \(L'\) est un \(D'\)-module plat sur \(B'\), alors \(L' = (L \otimes_{D'} D) \times_{(L \otimes_{D'} C)} (L \otimes_{D'} C')\).

  3. La catégorie des \(D'\)-modules plats sur \(B'\) est équivalente à la catégorie des objets \((N, M', \varphi)\) de \(\text{Mod}_D \times_{\text{Mod}_C} \text{Mod}_{C'}\) tels que \(N\) soit plat sur \(B\) et \(M'\) plat sur \(A'\).

Démonstration

La partie (1) résulte de la partie (1) du lemme 0D2I.

La partie (2) résulte de la partie (2) du lemme 0D2I, compte tenu de \(L' \otimes_{D'} D = L' \otimes_{B'} B\), \(L' \otimes_{D'} C' = L' \otimes_{B'} A'\) et \(L' \otimes_{D'} C = L' \otimes_{B'} A\) ; voir la discussion dans la situation 08KK.

La partie (3) est une conséquence immédiate de (1) et (2).

Le lemme suivant est nettement plus intéressant que son analogue dans le cas absolu (lemme 0D2J), bien que la preuve soit essentiellement la même.

Lemme

Soient \(A, A', B, B', C, C', D, D', I, M', M, N, \varphi\) comme dans le lemme 08KM. Si

  1. \(N\) est de présentation finie sur \(D\) et plat sur \(B\) ;

  2. \(M'\) est de présentation finie sur \(C'\) et plat sur \(A'\) ; et

  3. l’homomorphisme d’anneaux \(B' \to D'\) se factorise en \(B' \to D'' \to D'\), avec \(B' \to D''\) plat et \(D'' \to D'\) de présentation finie,

alors \(N' = N \times_M M'\) est de présentation finie sur \(D'\).

Démonstration

Choisissons une surjection \(D''' = D''[x_1, \ldots, x_n] \to D'\) de noyau \(J\) de type fini. D’après Algèbre, lemme 0564, il suffit de montrer que \(N'\) est de présentation finie comme \(D'''\)-module. De plus, \(D''' \otimes_{B'} B \to D' \otimes_{B'} B = D\) et \(D''' \otimes_{B'} A' \to D' \otimes_{B'} A' = C'\) sont des surjections dont les noyaux sont engendrés par l’image de \(J\) ; ainsi, \(N\) est un \(D''' \otimes_{B'} B\)-module de présentation finie et \(M'\) un \(D''' \otimes_{B'} A'\)-module de présentation finie, à nouveau d’après Algèbre, lemme 0564. Nous pouvons donc remplacer \(D'\) par \(D'''\) et \(D\) par \(D''' \otimes_{B'} B\), etc. Puisque \(D'''\) est plat sur \(B'\), il s’ensuit que nous pouvons supposer que \(B' \to D'\) est plat.

Supposons que \(B' \to D'\) soit plat. D’après le lemme 08IH, le module \(N'\) est de type fini sur \(D'\). Choisissons une surjection \((D')^{\oplus n} \to N'\) de noyau \(K'\). Par changement de base, nous obtenons des applications \(D^{\oplus n} \to N\), \((C')^{\oplus n} \to M'\) et \(C^{\oplus n} \to M\) de noyaux respectifs \(K_D\), \(K_{C'}\) et \(K_C\). Il existe une application canonique \[K' \longrightarrow K_D \times_{K_C} K_{C'}\] D’autre part, puisque \(N' = N \times_M M'\) et \(D' = D \times_C C'\) (d’après le lemme 0D2I, appliqué au \(B'\)-module plat \(D'\)), il existe aussi une application canonique \(K_D \times_{K_C} K_{C'} \to K'\) inverse de la flèche affichée. L’application affichée est donc un isomorphisme. D’après Algèbre, lemme 0519, les modules \(K_D\) et \(K_{C'}\) sont de type fini. Nous concluons du lemme 08IH que \(K'\) est un \(D'\)-module de type fini pourvu que \(K_D \to K_C\) et \(K_{C'} \to K_C\) induisent des isomorphismes \(K_D \otimes_B A = K_C = K_{C'} \otimes_{A'} A\). C’est vrai car les hypothèses de platitude impliquent que les suites \[0 \to K_D \to D^{\oplus n} \to N \to 0 \quad\text{et}\quad 0 \to K_{C'} \to (C')^{\oplus n} \to M' \to 0\] restent exactes après produit tensoriel, voir Algèbre, lemme 00HL.

Lemme

Soient \(A, A', B, B', I\) comme dans la situation 08KH. Soit \((D, C', \varphi)\) un système constitué d’une \(B\)-algèbre \(D\), d’une \(A'\)-algèbre \(C'\) et d’un isomorphisme \(D \otimes_B A \to C'/IC' = C\). Posons \(D' = D \times_C C'\) (comme dans le lemme 07RU). Alors

  1. \(B' \to D'\) est de type fini si et seulement si \(B \to D\) et \(A' \to C'\) sont de type fini ;

  2. \(B' \to D'\) est plat si et seulement si \(B \to D\) et \(A' \to C'\) sont plats ;

  3. \(B' \to D'\) est plat et de présentation finie si et seulement si \(B \to D\) et \(A' \to C'\) sont plats et de présentation finie ;

  4. \(B' \to D'\) est lisse si et seulement si \(B \to D\) et \(A' \to C'\) sont lisses ;

  5. \(B' \to D'\) est étale si et seulement si \(B \to D\) et \(A' \to C'\) sont étales.

De plus, si \(D'\) est une \(B'\)-algèbre plate, alors \(D' \to (D' \otimes_{B'} B) \times_{(D' \otimes_{B'} A)} (D' \otimes_{B'} A')\) est un isomorphisme. De cette manière, la catégorie des \(B'\)-algèbres plates est équivalente à la catégorie des systèmes \((D, C', \varphi)\) ci-dessus avec \(D\) plat sur \(B\) et \(C'\) plat sur \(A'\).

Démonstration

L’implication « \(\Rightarrow\) » résulte des lemmes d’Algèbre 05G5, 00HI, 00T4 et 00U2, car nous avons \(D' \otimes_{B'} B = D\) et \(D' \otimes_{B'} A' = C'\) par le lemme 07RU. Il suffit donc de démontrer les implications dans l’autre sens.

Ad (1). Supposons que \(D\) soit de type fini sur \(B\) et \(C'\) de type fini sur \(A'\). Nous utiliserons sans autre mention les résultats du lemme 07RU. Choisissons des générateurs \(x_1, \ldots, x_r\) de \(D\) sur \(B\) et des générateurs \(y_1, \ldots, y_s\) de \(C'\) sur \(A'\). Comme \(D = D' \otimes_{B'} B\) et que \(B' \to B\) est surjectif, nous pouvons trouver \(u_1, \ldots, u_r \in D'\) s’envoyant sur \(x_1, \ldots, x_r\) dans \(D\). Comme \(C' = D' \otimes_{B'} A'\), nous pouvons trouver \(v_1, \ldots, v_t \in D'\) tels que \(y_i = \sum v_j \otimes a'_{ij}\) pour certains \(a'_{ij} \in A'\). En particulier, les images des \(v_j\) dans \(C'\) engendrent \(C'\) comme \(A'\)-algèbre. Posons \(N = r + t\) et considérons le cube d’anneaux \[\xymatrix{ A[x_1, \ldots, x_N] & & A'[x_1, \ldots, x_N] \ar[ll] \\ & A \ar[lu] & & A' \ar[ll] \ar[lu] \\ B[x_1, \ldots, x_N] \ar[uu] & & B'[x_1, \ldots, x_N] \ar[uu] \ar[ll] \\ & B \ar[uu] \ar[lu] & & B' \ar[ll] \ar[uu] \ar[lu] }\] Remarquons que le carré arrière est lui aussi cartésien. Considérons l’homomorphisme d’anneaux \[B'[x_1, \ldots, x_N] \to D',\quad x_i \mapsto u_i \quad\text{et}\quad x_{r + j} \mapsto v_j.\] Nous voyons alors que les applications induites \(B[x_1, \ldots, x_N] \to D\) et \(A'[x_1, \ldots, x_N] \to C'\) sont surjectives, en particulier finies. Nous concluons du lemme 08IH que \(B'[x_1, \ldots, x_N] \to D'\) est fini, ce qui implique que \(D'\) est de type fini sur \(B'\), par exemple d’après Algèbre, lemme 00F4.

Ad (2). L’implication « \(\Leftarrow\) » résulte du lemme 07RW. De plus, l’assertion finale résulte de l’assertion finale du lemme 07RW.

Ad (3). Supposons que \(B \to D\) et \(A' \to C'\) soient plats et de présentation finie. La platitude de \(B' \to D'\) a été démontrée en (2). Nous savons par (1) que \(B' \to D'\) est de type fini. Choisissons une surjection \(B'[x_1, \ldots, x_N] \to D'\). D’après Algèbre, lemme 00R2, l’anneau \(D\) est de présentation finie comme \(B[x_1, \ldots, x_N]\)-module et l’anneau \(C'\) est de présentation finie comme \(A'[x_1, \ldots, x_N]\)-module. D’après le lemme 08KP, \(D'\) est de présentation finie comme \(B'[x_1, \ldots, x_N]\)-module, c’est-à-dire que \(B' \to D'\) est de présentation finie.

Ad (4). Supposons que \(B \to D\) et \(A' \to C'\) soient lisses. D’après (3), \(B' \to D'\) est plat et de présentation finie. D’après Algèbre, lemme 00TF, il suffit de vérifier que \(D' \otimes_{B'} k\) est lisse pour tout corps \(k\) sur \(B'\). Si la composée \(J \to B' \to k\) est nulle, alors \(B' \to k\) se factorise par \(B' \to B \to k\) et nous voyons que \[D' \otimes_{B'} k = D' \otimes_{B'} B \otimes_B k = D \otimes_B k\] est lisse puisque \(B \to D\) est lisse. Si la composée \(J \to B' \to k\) n’est pas nulle, il existe alors \(h \in J\) dont l’image dans \(k\) n’est pas nulle. Ainsi, \(B' \to k\) se factorise par \(B' \to B'_h \to k\). Remarquons que \(h\) s’envoie sur zéro dans \(B\), d’où \(B_h = 0\). D’après le lemme 01Z8, nous avons donc \(B'_h = A'_h\) et nous obtenons \[D' \otimes_{B'} k = D' \otimes_{B'} B'_h \otimes_{B'_h} k = C'_h \otimes_{A'_h} k\] est lisse puisque \(A' \to C'\) est lisse.

Ad (5). Supposons que \(B \to D\) et \(A' \to C'\) soient étales. D’après (4), \(B' \to D'\) est lisse. Comme on peut déterminer si une application lisse est étale ou non à partir de la dimension de ses fibres, (5) est vérifié (raisonner comme dans la preuve de (4) pour identifier les fibres ; certains détails sont omis).

Remarque

Dans la situation 08KK, supposons que \(B' \to D'\) soit de présentation finie et qu’on se donne un \(D'\)-module \(L'\). Nous affirmons qu’il existe une correspondance bijective entre

  1. les surjections de \(D'\)-modules \(L' \to Q'\) avec \(Q'\) de présentation finie sur \(D'\) et plat sur \(B'\) ; et

  2. les paires de surjections de modules \((L' \otimes_{D'} D \to Q_1, L' \otimes_{D'} C' \to Q_2)\) avec

    1. \(Q_1\) de présentation finie sur \(D\) et plat sur \(B\) ;

    2. \(Q_2\) de présentation finie sur \(C'\) et plat sur \(A'\) ;

    3. \(Q_1 \otimes_D C = Q_2 \otimes_{C'} C\) comme quotients de \(L' \otimes_{D'} C\).

La correspondance est donnée par \(Q \mapsto (Q_1, Q_2)\) avec \(Q_1 = Q \otimes_{D'} D\) et \(Q_2 = Q \otimes_{D'} C'\). Réciproquement, nous posons \(Q = Q_1 \times_{Q_{12}} Q_2\), où \(Q_{12}\) est le quotient commun \(Q_1 \otimes_D C = Q_2 \otimes_{C'} C\) de \(L' \otimes_{D'} C\). Comme application quotient, nous utilisons \[L' \longrightarrow (L' \otimes_{D'} D) \times_{(L' \otimes_{D'} C)} (L' \otimes_{D'} C') \longrightarrow Q_1 \times_{Q_{12}} Q_2 = Q\] où la première flèche est surjective d’après le lemme 08IG et la seconde d’après le lemme 08KJ. L’affirmation résulte des lemmes 07RW et 08KP.

Idéaux de Fitting

Les idéaux de Fitting d’un module de type fini sont les idéaux déterminés par la construction du lemme 07Z8.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(A\) une matrice \(n \times m\) à coefficients dans \(R\). Soit \(I_r(A)\) l’idéal engendré par les mineurs \(r \times r\) de \(A\), avec la convention \(I_0(A) = R\) et \(I_r(A) = 0\) si \(r > \min(n, m)\). Alors

  1. \(I_0(A) \supset I_1(A) \supset I_2(A) \supset \ldots\) ;

  2. si \(B\) est une matrice \((n + n') \times m\) et si \(A\) est constituée des \(n\) premières lignes de \(B\), alors \(I_{r + n'}(B) \subset I_r(A)\) ;

  3. si \(C\) est une matrice \(n \times n\), alors \(I_r(CA) \subset I_r(A)\) ;

  4. si \(A\) est une matrice par blocs \[\left( \begin{matrix} A_1 & 0 \\ 0 & A_2 \end{matrix} \right)\] alors \(I_r(A) = \sum_{r_1 + r_2 = r} I_{r_1}(A_1) I_{r_2}(A_2)\) ;

  5. Ajouter d’autres propriétés ici.

Démonstration

Omis. (Indication : utiliser le fait qu’un déterminant se calcule en développant suivant une colonne ou une ligne.)

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Choisissons une présentation \[\bigoplus\nolimits_{j \in J} R \longrightarrow R^{\oplus n} \longrightarrow M \longrightarrow 0.\] de \(M\). Soit \(A = (a_{ij})_{i = 1, \ldots, n, j \in J}\) la matrice de l’application \(\bigoplus_{j \in J} R \to R^{\oplus n}\). L’idéal \(\text{Fit}_k(M)\) engendré par les mineurs \((n - k) \times (n - k)\) de \(A\) est indépendant du choix de la présentation.

Démonstration

Soit \(K \subset R^{\oplus n}\) le noyau de la surjection \(R^{\oplus n} \to M\). Choisissons \(z_1, \ldots, z_{n - k} \in K\) et écrivons \(z_j = (z_{1j}, \ldots, z_{nj})\). Une autre description de l’idéal \(\text{Fit}_k(M)\) est l’idéal engendré par les mineurs \((n - k) \times (n - k)\) de toutes les matrices \((z_{ij})\) obtenues de cette façon.

Supposons que nous remplacions la surjection par la surjection \(R^{\oplus n + n'} \to M\) de noyau \(K'\), où nous utilisons l’application originale sur les \(n\) premiers vecteurs de base standard de \(R^{\oplus n + n'}\) et \(0\) sur les \(n'\) derniers. Les idéaux correspondants sont alors les mêmes. En effet, si \(z_1, \ldots, z_{n - k} \in K\) comme ci-dessus, posons \(z'_j = (z_{1j}, \ldots, z_{nj}, 0, \ldots, 0) \in K'\) pour \(j = 1, \ldots, n - k\) et \(z'_{n + j'} = (0, \ldots, 0, 1, 0, \ldots, 0) \in K'\). Nous voyons alors que l’idéal des mineurs \((n - k) \times (n - k)\) de \((z_{ij})\) coïncide avec l’idéal des mineurs \((n + n' - k) \times (n + n' - k)\) de \((z'_{ij})\). Cela donne l’une des inclusions. Réciproquement, étant donnés \(z'_1, \ldots, z'_{n + n' - k}\) dans \(K'\), projetons-les sur \(R^{\oplus n}\) pour obtenir \(z_1, \ldots, z_{n + n' - k}\) dans \(K\). D’après le lemme 07Z7, nous voyons que l’idéal engendré par les mineurs \((n + n' - k) \times (n + n' - k)\) de \((z'_{ij})\) est contenu dans l’idéal engendré par les mineurs \((n - k) \times (n - k)\) de \((z_{ij})\). Cela donne l’autre inclusion.

Soit \(R^{\oplus m} \to M\) une autre surjection de noyau \(L\). D’après le lemme de Schanuel (Algèbre, lemme 00O3) et les résultats du paragraphe précédent, nous pouvons supposer \(m = n\) et qu’il existe un isomorphisme \(R^{\oplus n} \to R^{\oplus m}\) commutant aux surjections vers \(M\). Soit \(C = (c_{li})\) la matrice (inversible) de cette application (c’est une matrice carrée puisque \(n = m\)). Alors, pour des \(z'_1, \ldots, z'_{n - k} \in L\) comme ci-dessus, nous pouvons trouver \(z_1, \ldots, z_{n - k} \in K\) tels que \(z_1' = Cz_1, \ldots, z'_{n - k} = Cz_{n - k}\). D’après le lemme 07Z7, nous obtenons l’une des inclusions. Par symétrie, nous obtenons l’autre.

Définition

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(k \geq 0\). L’idéal de Fitting d’indice \(k\) de \(M\) est l’idéal \(\text{Fit}_k(M)\) construit dans le lemme 07Z8. Posons \(\text{Fit}_{-1}(M) = 0\).

Comme les idéaux de Fitting sont les idéaux de mineurs d’une grande matrice (numérotés dans l’ordre inverse de celui du lemme 07Z7), nous voyons que \[0 = \text{Fit}_{-1}(M) \subset \text{Fit}_0(M) \subset \text{Fit}_1(M) \subset \ldots \subset \text{Fit}_t(M) = R\] pour un certain \(t \gg 0\). Voici quelques propriétés élémentaires des idéaux de Fitting.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini.

  1. Si \(M\) peut être engendré par \(n\) éléments, alors \(\text{Fit}_n(M) = R\).

  2. Étant donné un second \(R\)-module \(M'\) de type fini, nous avons \(\text{Fit}_0(M \oplus M') = \text{Fit}_0(M)\text{Fit}_0(M')\) et plus généralement \[\text{Fit}_l(M \oplus M') = \sum\nolimits_{k + k' = l} \text{Fit}_k(M)\text{Fit}_{k'}(M')\]

  3. Si \(R \to R'\) est un homomorphisme d’anneaux, alors \(\text{Fit}_k(M \otimes_R R')\) est l’idéal de \(R'\) engendré par l’image de \(\text{Fit}_k(M)\) ;

  4. Si \(M\) est de présentation finie, alors \(\text{Fit}_k(M)\) est un idéal de type fini ;

  5. Si \(M \to M'\) est une surjection, alors \(\text{Fit}_k(M) \subset \text{Fit}_k(M')\).

  6. Nous avons \(\text{Fit}_0(M) \subset \text{Ann}_R(M)\) ;

  7. Nous avons \(V(\text{Fit}_0(M)) = \text{Supp}(M)\) ;

  8. Si \(I\) est un idéal de \(R\), alors \(\text{Fit}_0(R/I) = I\) ;

  9. Ajouter d’autres propriétés ici.

Démonstration

La partie (1) résulte du fait que \(I_0(A) = R\) dans le lemme 07Z7.

La partie (2) résulte de l’énoncé correspondant du lemme 07Z7.

La partie (3) résulte du fait que \(\otimes_R R'\) est exact à droite, de sorte que le changement de base d’une présentation de \(M\) est une présentation de \(M \otimes_R R'\).

Preuve de (4). Soit \(R^{\oplus m} \xrightarrow{A} R^{\oplus n} \to M \to 0\) une présentation. Alors \(\text{Fit}_k(M)\) est l’idéal engendré par les mineurs \((n - k) \times (n - k)\) de la matrice \(A\).

La partie (5) est immédiate d’après la définition.

Preuve de (6). Choisissons une présentation de \(M\) de matrice \(A\) comme dans le lemme 07Z8. Soit \(J' \subset J\) une partie de cardinal \(n\). Il suffit de montrer que \(f = \det(a_{ij})_{i = 1, \ldots, n, j \in J'}\) annule \(M\). Cela est clair car le conoyau de \[R^{\oplus n} \xrightarrow{A' = (a_{ij})_{i = 1, \ldots, n, j \in J'}} R^{\oplus n} \to M \to 0\] est annulé par \(f\), puisqu’il existe une matrice \(B\) telle que \(A' B = f1_{n \times n}\).

Preuve de (7). Choisissons une présentation de \(M\) de matrice \(A\) comme dans le lemme 07Z8. D’après le lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV), nous avons \[M_\mathfrak p \not = 0 \Leftrightarrow M \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \not = 0 \Leftrightarrow \text{rang}(\text{image de }A\text{ dans }\kappa(\mathfrak p)) < n\] Clairement, \(\text{Fit}_0(M)\) définit exactement l’ensemble des idéaux premiers possédant cette propriété.

Exemple

Soit \(R\) un anneau. Les idéaux de Fitting du module libre de type fini \(M = R^{\oplus n}\) sont \(\text{Fit}_k(M) = 0\) pour \(k < n\) et \(\text{Fit}_k(M) = R\) pour \(k \geq n\).

Exemple

Soit \(R\) un anneau et soient \(I, J\subset R\) des idéaux. Alors \(\text{Fit}_0(R/I) = I\), \(\text{Fit}_0(R/I \oplus R/J) = IJ\), \(\text{Fit}_1(R/I\oplus R/J) = I+J\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(k \geq 0\). Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\text{Fit}_k(M) \not \subset \mathfrak p\) ;

  2. \(\dim_{\kappa(\mathfrak p)} M \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \leq k\) ;

  3. \(M_\mathfrak p\) peut être engendré par \(k\) éléments sur \(R_\mathfrak p\) ;

  4. \(M_f\) peut être engendré par \(k\) éléments sur \(R_f\) pour un certain \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\).

Démonstration

D’après le lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV), \(M_f\) peut être engendré par \(k\) éléments sur \(R_f\) pour un certain \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), si \(M \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) peut être engendré par \(k\) éléments. Ainsi, (2), (3) et (4) sont équivalentes. En utilisant la partie (3) du lemme 07ZA, nous nous ramenons au cas où \(R\) est un corps et \(\mathfrak p = (0)\). Dans ce cas, le résultat découle de l’exemple 07ZB.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(r \geq 0\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M\) est localement libre de type fini de rang \(r\) (Algèbre, définition 00NW) ;

  2. \(\text{Fit}_{r - 1}(M) = 0\) et \(\text{Fit}_r(M) = R\) ;

  3. \(\text{Fit}_k(M) = 0\) pour \(k < r\) et \(\text{Fit}_k(M) = R\) pour \(k \geq r\).

Démonstration

Il est immédiat que (2) est équivalente à (3), car les idéaux de Fitting forment une suite croissante d’idéaux. Comme la formation de \(\text{Fit}_k(M)\) commute au changement de base (lemme 07ZA), (1) implique (2) d’après l’exemple 07ZB et les résultats de recollement (Algèbre, section 00EN). Réciproquement, supposons (2). D’après le lemme 07ZC, nous pouvons supposer que \(M\) est engendré par \(r\) éléments. Nous avons donc une présentation \(\bigoplus_{j \in J} R \to R^{\oplus r} \to M \to 0\). Mais l’hypothèse \(\text{Fit}_{r - 1}(M) = 0\) implique alors que toutes les entrées de la matrice de l’application \(\bigoplus_{j \in J} R \to R^{\oplus r}\) sont nulles. Ainsi, \(M\) est libre.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(k \geq 0\). Supposons que \(\text{Fit}_k(M) = (f)\) pour un certain \(f \in R\). Soit \(M'\) le quotient de \(M\) par \(\{x \in M \mid fx = 0\}\). Alors \(M'\) peut être engendré par \(k\) éléments.

Démonstration

Choisissons des générateurs \(x_1, \ldots, x_n \in M\) correspondant à la surjection \(R^{\oplus n} \to M\). Comme \(R\) est local, si une famille d’éléments \(E \subset (f)\) engendre \((f)\), alors un élément \(e \in E\) engendre \((f)\), voir Algèbre, lemme 00DV. Nous pouvons donc choisir \(z_1, \ldots, z_{n - k}\) dans le noyau de \(R^{\oplus n} \to M\) de sorte qu’un mineur \((n - k) \times (n - k)\) de la matrice \(n \times (n - k)\) \(A = (z_{ij})\) engendre \((f)\). Après renumérotation des \(x_i\), nous pouvons supposer que le premier mineur \(\det(z_{ij})_{1 \leq i, j \leq n - k}\) engendre \((f)\), c’est-à-dire que \(\det(z_{ij})_{1 \leq i, j \leq n - k} = uf\) pour une unité \(u \in R\). Tout autre mineur est un multiple de \(f\). D’après Algèbre, lemme 080R, il existe une matrice \(n - k \times n - k\) \(B\) telle que \[AB = f \left( \begin{matrix} u 1_{n - k \times n - k} \\ C \end{matrix} \right)\] pour une matrice \(C\) à coefficients dans \(R\). Cela implique que, pour tout \(i \leq n - k\), l’élément \(y_i = ux_i + \sum_j c_{ji}x_j\) est annulé par \(f\). Comme \(M/\sum Ry_i\) est engendré par les images de \(x_{n - k + 1}, \ldots, x_n\), le résultat est démontré.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module de présentation finie. Soit \(k \geq 0\). Supposons que \(\text{Fit}_k(M) = (f)\) pour un élément \(f \in R\) qui n’est pas diviseur de zéro et que \(\text{Fit}_{k - 1}(M) = 0\). Alors

  1. \(M\) est de dimension projective \(\leq 1\) ;

  2. \(M' = \Ker(f : M \to M)\) est le sous-module de torsion \(f\)-primaire de \(M\) ;

  3. \(M'\) est de dimension projective \(\leq 1\) ;

  4. \(M/M'\) est localement libre de type fini de rang \(k\) ; et

  5. \(M \cong M/M' \oplus M'\).

Démonstration

Choisissons une présentation \[R^{\oplus m} \xrightarrow{A} R^{\oplus n} \to M \to 0\] pour une matrice \(A\) à coefficients dans \(R\).

Nous démontrons d’abord le lemme lorsque \(R\) est local. Posons \(M' = \{x \in M \mid fx = 0\}\) comme dans l’énoncé. D’après le lemme 080Z, nous pouvons choisir \(x_1, \ldots, x_k \in M\) qui engendrent \(M/M'\). Alors \(x_1, \ldots, x_k\) engendrent \(M_f = (M/M')_f\). Ainsi, s’il existe une relation \(\sum a_ix_i = 0\) dans \(M\), nous voyons que \(a_1, \ldots, a_k\) s’envoient sur zéro dans \(R_f\), car sinon \(\text{Fit}_{k - 1}(M) R_f = \text{Fit}_{k - 1}(M_f)\) serait non nul. Comme \(f\) n’est pas diviseur de zéro, nous concluons \(a_1 = \ldots = a_k = 0\). Ainsi \(M \cong R^{\oplus k} \oplus M'\). Après un changement de base dans la présentation ci-dessus, nous pouvons supposer que les \(n - k\) premiers vecteurs de base de \(R^{\oplus n}\) s’envoient dans le facteur \(M'\) de \(M\) et que les \(k\) derniers vecteurs de base de \(R^{\oplus n}\) s’envoient sur des éléments de base du facteur \(R^{\oplus k}\) de \(M\). Les \(k\) dernières lignes de la matrice \(A\) sont alors nulles. En remplaçant \(M\) par \(M'\), \(k\) par \(0\), \(n\) par \(n - k\) et \(A\) par la sous-matrice obtenue en supprimant les \(k\) dernières lignes, nous nous ramenons au cas traité au paragraphe suivant.

Supposons \(R\) local, \(k = 0\) et \(M\) annulé par \(f\). Alors le \(0\)-ième idéal de Fitting de \(M\) est \((f)\) et est engendré par les mineurs \(n \times n\) de la matrice \(A\) de taille \(n \times m\). (Cela implique en particulier \(m \geq n\).) Comme \(R\) est local, un mineur \(n \times n\) de \(A\) vaut \(uf\) pour une unité \(u \in R\). Après renumérotation, nous pouvons supposer qu’il s’agit du premier. De plus, tous les autres mineurs \(n \times n\) de \(A\) sont divisibles par \(f\). Écrivons \(A = (A_1 A_2)\) par blocs, où \(A_1\) est une matrice \(n \times n\) et \(A_2\) une matrice \(n \times (m - n)\). D’après Algèbre, lemme 080R, appliqué à la transposée de \(A\) (!), il existe une matrice \(n \times n\) \(B\) telle que \[BA = B(A_1 A_2) = f \left( \begin{matrix} u 1_{n \times n} & C \end{matrix} \right)\] pour une matrice \(n \times (m - n)\) \(C\) à coefficients dans \(R\). Nous concluons d’abord \(BA_1 = fu 1_{n \times n}\). Ainsi \[BA_2 = fC = u^{-1}fuC = u^{-1}BA_1C\] Comme le déterminant de \(B\) n’est pas diviseur de zéro, nous concluons \(A_2 = u^{-1}A_1C\). L’image de \(A\) est donc égale à celle de \(A_1\), laquelle est isomorphe à \(R^{\oplus n}\) puisque le déterminant de \(A_1\) n’est pas diviseur de zéro. Ainsi, \(M\) est de dimension projective \(\leq 1\).

Revenons au cas d’un anneau général \(R\). Par le cas local, nous voyons que \(M/M'\) est localement libre de type fini de rang \(k\), voir Algèbre, lemme 00NX. L’extension \(0 \to M' \to M \to M/M' \to 0\) est donc scindée. Il s’ensuit que \(M'\) est un module de présentation finie. Choisissons une suite exacte courte \(0 \to K \to R^{\oplus a} \to M' \to 0\). Alors \(K\) est un \(R\)-module de type fini, voir Algèbre, lemme 0519. Par le cas local, nous voyons que \(K_\mathfrak p \cong R_\mathfrak p^{\oplus a}\) pour tout idéal premier. Ainsi, à nouveau par Algèbre, lemme 00NX, \(K\) est localement libre de type fini de rang \(a\). Il s’ensuit que \(M'\) est de dimension projective \(\leq 1\) et le lemme est démontré.

Relèvements

Dans cette section, nous rassemblons quelques lemmes concernant des relèvements d’énoncés de la forme suivante : si \(A\) est un anneau et \(I \subset A\) un idéal, et si \(\overline{\xi}\) est une structure d’un certain type sur \(A/I\), alors nous pouvons relever \(\overline{\xi}\) en une structure du même type \(\xi\) sur \(A\) ou sur une extension étale de \(A\). Voici quelques types de structures pour lesquels nous avons déjà démontré des résultats :

  1. les idempotents, voir Algèbre, lemmes 00J9 et 05BU,

  2. les modules projectifs, voir Algèbre, lemmes 07LV et 0D47,

  3. les modules stablement libres de type fini, voir le lemme 0BC5 ;

  4. les éléments d’une base, voir Algèbre, lemmes 051F et 051H,

  5. les homomorphismes d’anneaux, c’est-à-dire la preuve que certaines algèbres sont formellement lisses, voir Algèbre, lemme 00TK, proposition 00TN et lemme 07K4,

  6. les homomorphismes d’anneaux syntomiques, voir Algèbre, lemme 00T0,

  7. les homomorphismes d’anneaux lisses, voir Algèbre, lemme 04B1,

  8. les homomorphismes d’anneaux étales, voir Algèbre, lemme 04D1,

  9. la factorisation des polynômes, voir Algèbre, lemme 00UH, et

  10. Algèbre, section 04GE, traite des anneaux locaux henséliens.

Le lecteur intéressé trouvera d’autres résultats de cette nature dans Compléments sur les homomorphismes d’anneaux, section 07CD, en particulier la proposition 07M8.

Soit \(A\) un anneau et soit \(I \subset A\) un idéal. Soit \(\overline{\xi}\) une structure d’un certain type sur \(A/I\). Dans les lemmes suivants, nous cherchons des homomorphismes d’anneaux étales \(A \to A'\) qui induisent des isomorphismes \(A/I \to A'/IA'\) et des objets \(\xi'\) sur \(A'\) relevant \(\overline{\xi}\). Remarquons en général que, pour des homomorphismes d’anneaux étales \(A \to A' \to A''\) tels que \(A/I \cong A'/IA'\) et \(A'/IA' \cong A''/IA''\), alors la composée \(A \to A''\) est également étale (Algèbre, lemme 00U2) et satisfait aussi \(A/I \cong A''/IA''\). Nous utiliserons fréquemment ce fait dans les lemmes suivants sans autre mention. Voici un exemple trivial du type de résultat recherché.

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(I \subset A\) un idéal et soit \(\overline{u} \in A/I\) un élément inversible. Il existe un homomorphisme d’anneaux étale \(A \to A'\) qui induit un isomorphisme \(A/I \to A'/IA'\) et un élément inversible \(u' \in A'\) relevant \(\overline{u}\).

Démonstration

Choisissons un relèvement quelconque \(f \in A\) de \(\overline{u}\) et posons \(A' = A_f\) et \(u\) égal à l’image de \(f\) dans \(A'\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(I \subset A\) un idéal et soit \(\overline{e} \in A/I\) un idempotent. Il existe un homomorphisme d’anneaux étale \(A \to A'\) qui induit un isomorphisme \(A/I \to A'/IA'\) et un idempotent \(e' \in A'\) relevant \(\overline{e}\).

Démonstration

Choisissons un relèvement quelconque \(x \in A\) de \(\overline{e}\). Posons \[A' = A[t]/(t^2 - t)\left[\frac{1}{t - 1 + x}\right].\] L’homomorphisme d’anneaux \(A \to A'\) est étale car \((2t - 1)\text{d}t = 0\) et \((2t - 1)(2t - 1) = 1\), qui est inversible. Nous avons \(A'/IA' = A/I[t]/(t^2 - t)[\frac{1}{t - 1 + \overline{e}}] \cong A/I\) la dernière application envoyant \(t\) sur \(\overline{e}\), ce qui convient car \(\overline{e}\) est une racine de \(t^2 - t\). Cela montre aussi que prendre \(e'\) égal à la classe de \(t\) dans \(A'\) convient.

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(I \subset A\) un idéal. Soit \(\Spec(A/I) = \coprod_{j \in J} \overline{U}_j\) un recouvrement ouvert fini et disjoint. Il existe alors un homomorphisme d’anneaux étale \(A \to A'\) qui induit un isomorphisme \(A/I \to A'/IA'\) et un recouvrement ouvert fini et disjoint \(\Spec(A') = \coprod_{j \in J} U'_j\) relevant le recouvrement donné.

Démonstration

Cela résulte du lemme 07LY et du fait que les parties ouvertes et fermées des spectres correspondent aux idempotents, voir Algèbre, lemme 00EE.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux et soit \(J \subset B\) un idéal. Si \(A \to B\) est étale en tout idéal premier de \(V(J)\), il existe alors \(g \in B\) dont l’image dans \(B/J\) est inversible, tel que \(A' = B_g\) soit étale sur \(A\).

Démonstration

L’ensemble des points de \(\Spec(B)\) où \(A \to B\) n’est pas étale est une partie fermée de \(\Spec(B)\), voir Algèbre, définition 00U1. Écrivons-le \(V(J')\) pour un idéal \(J' \subset B\). Alors \(V(J') \cap V(J) = \emptyset\), d’où \(J + J' = B\) d’après Algèbre, lemme 00E0. Écrivons \(1 = f + g\) avec \(f \in J\) et \(g \in J'\). Alors \(g\) convient.

Nous avons ensuite trois lemmes affirmant que l’on peut relever des factorisations de polynômes.

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(I \subset A\) un idéal et soit \(f \in A[x]\) un polynôme unitaire. Soit \(\overline{f} = \overline{g} \overline{h}\) une factorisation de \(f\) dans \(A/I[x]\) telle que \(\overline{g}\) et \(\overline{h}\) soient unitaires et engendrent l’idéal unité de \(A/I[x]\). Il existe alors un homomorphisme d’anneaux étale \(A \to A'\) qui induit un isomorphisme \(A/I \to A'/IA'\) et une factorisation \(f = g' h'\) dans \(A'[x]\), avec \(g'\) et \(h'\) unitaires relevant la factorisation donnée sur \(A/I\).

Démonstration

Nous déduirons ceci des résultats sur la factorisation universelle démontrés précédemment ; toutefois, nous encourageons le lecteur à trouver sa propre preuve sans ce procédé. Posons \(\deg(\overline{g}) = n\) et \(\deg(\overline{h}) = m\), de sorte que \(\deg(f) = n + m\). Écrivons \(f = x^{n + m} + \sum \alpha_i x^{n + m - i}\) pour certains \(\alpha_1, \ldots, \alpha_{n + m} \in A\). Considérons l’homomorphisme d’anneaux \[R = \mathbf{Z}[a_1, \ldots, a_{n + m}] \longrightarrow S = \mathbf{Z}[b_1, \ldots, b_n, c_1, \ldots, c_m]\] de Algèbre, exemple 00UA. Soit \(R \to A\) l’homomorphisme d’anneaux qui envoie \(a_i\) sur \(\alpha_i\). Posons \[B = A \otimes_R S\] Par construction, l’image \(f_B\) de \(f\) dans \(B[x]\) se factorise, disons \(f_B = g_B h_B\) avec \(g_B = x^n + \sum (1 \otimes b_i) x^{n - i}\) et de même pour \(h_B\). Écrivons \(\overline{g} = x^n + \sum \overline{\beta}_i x^{n - i}\) et \(\overline{h} = x^m + \sum \overline{\gamma}_i x^{m - i}\). L’homomorphisme de \(A\)-algèbres \[B \longrightarrow A/I, \quad 1 \otimes b_i \mapsto \overline{\beta}_i, \quad 1 \otimes c_i \mapsto \overline{\gamma}_i\] envoie \(g_B\) et \(h_B\) sur \(\overline{g}\) et \(\overline{h}\) dans \(A/I[x]\). L’application affichée est surjective ; notons \(J \subset B\) son noyau. D’après la discussion de l’algèbre, exemple 00UA, il est clair que \(A \to B\) est étale en tout point de \(V(J) \subset \Spec(B)\). Choisissons \(g \in B\) comme dans le lemme 07M0 et considérons la \(A\)-algèbre \(B_g\). Comme \(g\) s’envoie sur une unité dans \(B/J = A/I\), nous obtenons aussi une application \(B_g/I B_g \to A/I\) de \(A/I\)-algèbres. Puisque \(A/I \to B_g/I B_g\) est étale, il en va de même de \(B_g/IB_g \to A/I\) (Algèbre, lemme 00U7). Il existe donc un idempotent \(e \in B_g/I B_g\) tel que \(A/I = (B_g/I B_g)_e\) (Algèbre, lemme 00U8). Choisissons un relèvement \(h \in B_g\) de \(e\). Alors \(A \to A' = (B_g)_h\), muni de la factorisation donnée par l’image de \(f_B = g_B h_B\) dans \(A'\), est une solution au problème posé par le lemme.

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(I \subset A\) un idéal et soit \(f \in A[x]\) un polynôme unitaire. Soit \(\overline{f} = \overline{g} \overline{h}\) une factorisation de \(f\) dans \(A/I[x]\) et supposons que

  1. le coefficient dominant de \(\overline{g}\) soit un élément inversible de \(A/I\) ;

  2. \(\overline{g}\) et \(\overline{h}\) engendrent l’idéal unité de \(A/I[x]\).

Alors il existe un homomorphisme d’anneaux étale \(A \to A'\) qui induit un isomorphisme \(A/I \to A'/IA'\) et une factorisation \(f = g' h'\) dans \(A'[x]\) relevant la factorisation donnée sur \(A/I\).

Démonstration

En appliquant le lemme 07LX, nous pouvons supposer que le coefficient dominant de \(\overline{g}\) est la réduction d’un élément inversible \(u \in A\). Nous pouvons alors remplacer \(\overline{g}\) par \(\overline{u}^{-1}\overline{g}\) et \(\overline{h}\) par \(\overline{u}\overline{h}\). Nous pouvons donc supposer que \(\overline{g}\) est unitaire. Puisque \(f\) est unitaire, nous concluons que \(\overline{h}\) l’est aussi. Dans ce cas, le résultat découle du lemme 0ALH.

Exemple

Cet exemple montre qu’on ne peut pas supprimer la condition sur le coefficient dominant dans le lemme 07M1. En effet, prenons \(A = \mathbf{Z}\), \(I = 4\mathbf{Z}\), \(f = 1\) et \(\bar{g} = \bar{h} = 2x^2 + 2x + 1\) dans \(A/I[x]\). Si \(A \to A'\) est étale et \(A'/I A' = A/I\), alors le complété \(2\)-adique de \(A'\) est isomorphe à \(\mathbf{Z}_2\). Or aucun polynôme \(g'\) de \(\mathbf{Z}_2[x]\) congru à \(2x^2 + 2x + 1\) modulo \(4\) n’a d’inverse multiplicatif polynomial dans \(\mathbf{Z}_2[x]\), d’où la conclusion du lemme qui ne peut être vraie.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(I \subset R\) un idéal de \(R\) et soit \(J \subset S\) un idéal de \(S\). Si l’adhérence de l’image de \(V(J)\) dans \(\Spec(R)\) est disjointe de \(V(I)\), il existe un élément \(f \in R\) dont l’image vaut \(1\) dans \(R/I\) et est un élément de \(J\) dans \(S\).

Démonstration

Soit \(I' \subset R\) un idéal tel que \(V(I')\) soit l’adhérence de l’image de \(V(J)\). Alors \(V(I) \cap V(I') = \emptyset\) par hypothèse et donc \(I + I' = R\) d’après Algèbre, lemme 00E0. Écrivons \(1 = g + f\) avec \(g \in I\) et \(f \in I'\). Nous avons \(V(f') \supset V(J)\), où \(f'\) est l’image de \(f\) dans \(S\). Ainsi, \((f')^n \in J\) pour un certain \(n\), voir Algèbre, lemme 00E0. Remplaçons \(f\) par \(f^n\) pour conclure.

Lemme

Soit \(I\) un idéal d’un anneau \(A\). Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux entier. Soit \(b \in B\) dont l’image dans \(B/IB\) est un idempotent. Il existe alors un polynôme unitaire \(f \in A[x]\) tel que \(f(b) = 0\) et \(f \bmod I = x^d(x - 1)^d\) pour un certain \(d \geq 1\).

Démonstration

Remarquons que \(z = b^2 - b\) est un élément de \(IB\). D’après Algèbre, lemme 00H5, il existe un polynôme unitaire \(g(x) = x^d + \sum a_j x^j\) de degré \(d\), avec \(a_j \in I\), tel que \(g(z) = 0\) dans \(B\). Ainsi, \(f(x) = g(x^2 - x) \in A[x]\) est un polynôme unitaire tel que \(f(x) \equiv x^d(x - 1)^d \bmod I\) et tel que \(f(b) = 0\) dans \(B\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(I \subset A\) un idéal et soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux entier. Soit \(\overline{e} \in B/IB\) un idempotent. Il existe alors un homomorphisme d’anneaux étale \(A \to A'\) qui induit un isomorphisme \(A/I \to A'/IA'\) et un idempotent \(e' \in B \otimes_A A'\) relevant \(\overline{e}\).

Démonstration

Choisissons un élément \(y \in B\) relevant \(\overline{e}\). Choisissons \(f \in A[x]\) comme dans le lemme 09XG pour \(y\). D’après le lemme 07M1, nous pouvons trouver un homomorphisme d’anneaux étale \(A \to A'\) qui induit un isomorphisme \(A/I \to A'/IA'\) et tel que \(f = gh\) dans \(A[x]\), avec \(g(x) = x^d \bmod IA'\) et \(h(x) = (x - 1)^d \bmod IA'\). Après remplacement de \(A\) par \(A'\), nous pouvons supposer que la factorisation est définie sur \(A\). Dans ce cas, nous voyons que \(b_1 = g(y) \in B\) est un relèvement de \(\overline{e}^d = \overline{e}\) et \(b_2 = h(y) \in B\) est un relèvement de \((\overline{e} - 1)^d = (-1)^d (1 - \overline{e})^d = (-1)^d(1 - \overline{e})\) et, de plus, \(b_1b_2 = 0\). Ainsi \((b_1, b_2)B/IB = B/IB\) et \(V(b_1, b_2) \subset \Spec(B)\) est disjoint de \(V(IB)\). Comme \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) est fermé (voir les lemmes d’Algèbre 00GU et 00HZ), nous pouvons trouver \(a \in A\) dont l’image dans \(A/I\) est inversible et dont l’image dans \(B\) appartient à \((b_1, b_2)\), voir le lemme 07M3. Après remplacement de \(A\) par la localisation \(A_a\), nous avons \((b_1, b_2) = B\). Alors \(\Spec(B) = D(b_1) \amalg D(b_2)\) ; cette union est disjointe car \(b_1b_2 = 0\) et couvre \(\Spec(B)\) puisque \((b_1, b_2) = B\). Soit \(e \in B\) l’idempotent correspondant à la partie ouverte et fermée \(D(b_1)\), voir Algèbre, lemme 00EE. Puisque \(b_1\) relève \(\overline{e}\) et \(b_2\) relève \(\pm (1 - \overline{e})\), nous concluons que \(e\) relève \(\overline{e}\) par l’assertion d’unicité du lemme d’Algèbre 00EE.

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(I \subset A\) un idéal. Soit \(\overline{P}\) un \(A/I\)-module projectif de type fini. Il existe alors un homomorphisme d’anneaux étale \(A \to A'\) qui induit un isomorphisme \(A/I \to A'/IA'\) et un \(A'\)-module projectif de type fini \(P'\) relevant \(\overline{P}\).

Démonstration

Nous pouvons choisir un entier \(n\) et une décomposition en somme directe \((A/I)^{\oplus n} = \overline{P} \oplus \overline{K}\) pour un certain \(R/I\)-module \(\overline{K}\). Choisissons un relèvement \(\varphi : A^{\oplus n} \to A^{\oplus n}\) du projecteur \(\overline{p}\) associé au facteur direct \(\overline{P}\). Soit \(f \in A[x]\) le polynôme caractéristique de \(\varphi\). Posons \(B = A[x]/(f)\). D’après Cayley-Hamilton (Algèbre, lemme 00DX), il existe une application \(B \to \text{End}_A(A^{\oplus n})\) qui envoie \(x\) sur \(\varphi\). Pour tout idéal premier \(\mathfrak p \supset I\), l’image de \(f\) dans \(\kappa(\mathfrak p)\) est \((x - 1)^rx^{n - r}\), où \(r\) est la dimension de \(\overline{P} \otimes_{A/I} \kappa(\mathfrak p)\). Ainsi \((x - 1)^nx^n\) s’envoie sur zéro dans \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) pour tout \(\mathfrak p \supset I\). Donc \(x(1 - x)\) appartient à tout idéal premier de \(B/IB\). Par conséquent, \(x^N(1 - x)^N\) appartient à \(IB\) pour un certain \(N \geq 1\). Il s’ensuit que \(x^N + (1 - x)^N\) est une unité dans \(B/IB\) et que \[\overline{e} = \text{image de }\frac{x^N}{x^N + (1 - x)^N}\text{ dans }B/IB\] est un idempotent, car les deux assertions valent dans \(\mathbf{Z}[x]/(x^N(x - 1)^N)\). L’image de \(\overline{e}\) dans \(\text{End}_{A/I}((A/I)^{\oplus n})\) est \[\frac{\overline{p}^N}{\overline{p}^N + (1 - \overline{p})^N} = \overline{p}\] car \(\overline{p}\) est un idempotent. Après remplacement de \(A\) par une extension étale \(A'\) comme dans le lemme, nous pouvons supposer qu’il existe un idempotent \(e \in B\) qui s’envoie sur \(\overline{e}\) dans \(B/IB\), voir le lemme 07M4. Alors l’image de \(e\) par l’application \[B = A[x]/(f) \longrightarrow \text{End}_A(A^{\oplus n}).\] est un élément idempotent \(p\) qui relève \(\overline{p}\). En posant \(P = \Im(p)\), le résultat est démontré.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(0 \to K \to A^{\oplus m} \to M \to 0\) une suite de \(A\)-modules. Considérons la \(A\)-algèbre \(C = \text{Sym}^*_A(M)\) munie de sa présentation \(\alpha : A[y_1, \ldots, y_m] \to C\) issue de la surjection \(A^{\oplus m} \to M\). Alors \[\NL(\alpha) = (K \otimes_A C \to \bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, m} C \text{d}y_j)\] (voir Algèbre, section 00S0), en particulier \(\Omega_{C/A} = M \otimes_A C\).

Démonstration

Soit \(J = \Ker(\alpha)\). Le lemme affirme que \(J/J^2 \cong K \otimes_A C\). Remarquons que \(\alpha\) est un homomorphisme d’algèbres graduées. Nous montrerons qu’en degré \(d\) nous avons \((J/J^2)_d = K \otimes_A C_{d - 1}\). Remarquons que \[J_d = \Ker(\text{Sym}^d_A(A^{\oplus m}) \to \text{Sym}^d_A(M)) = \Im(K \otimes_A \text{Sym}^{d - 1}_A(A^{\oplus m}) \to \text{Sym}^d_A(A^{\oplus m})),\] voir Algèbre, lemme 00DO. Il s’ensuit que \((J^2)_d = \sum_{a + b = d} J_a \cdot J_b\) est l’image de \[K \otimes_A K \otimes_A \text{Sym}^{d - 2}_A(A^{\otimes m}) \to \text{Sym}^d_A(A^{\oplus m}).\] Le conoyau de l’application \(K \otimes_A \text{Sym}^{d - 2}_A(A^{\otimes m}) \to \text{Sym}^{d - 1}_A(A^{\oplus m})\) est \(\text{Sym}^{d - 1}_A(M)\) d’après le lemme cité ci-dessus. Il est donc clair que \((J/J^2)_d = J_d/(J^2)_d\) est égal à \[\begin{align*} \Coker( K \otimes_A K \otimes_A \text{Sym}^{d - 2}_A(A^{\otimes m}) \to K \otimes_A \text{Sym}^{d - 1}_A(A^{\otimes m})) & = K \otimes_A \text{Sym}^{d - 1}_A(M) \\ & = K \otimes_A C_{d -1} \end{align*}\] comme voulu.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(M\) un \(A\)-module. Alors \(C = \text{Sym}_A^*(M)\) est lisse sur \(A\) si et seulement si \(M\) est un \(A\)-module projectif de type fini.

Démonstration

Soit \(\sigma : C \to A\) la projection sur la partie de degré \(0\) de \(C\). Alors \(J = \Ker(\sigma)\) est la partie de degré \(> 0\) et nous voyons que \(J/J^2 = M\) comme \(A\)-module. Ainsi, si \(A \to C\) est lisse, alors \(M\) est un \(A\)-module projectif de type fini d’après Algèbre, lemme 05D5.

Réciproquement, supposons que \(M\) soit projectif de type fini et choisissons une surjection \(A^{\oplus n} \to M\) de noyau \(K\). La suite \(0 \to K \to A^{\oplus n} \to M \to 0\) est scindée puisque \(M\) est projectif. En particulier, \(K\) est un \(A\)-module de type fini et donc \(C\) est de présentation finie sur \(A\), car \(C\) est un quotient de \(A[x_1, \ldots, x_n]\) par l’idéal engendré par \(K \subset \bigoplus Ax_i\). Le calcul du lemme 07EV montre que \(\NL_{C/A}\) est homotopiquement équivalent à \((K \to M) \otimes_A C\). Ainsi, \(\NL_{C/A}\) est quasi-isomorphe à \(C \otimes_A M\) placé en degré \(0\), ce qui signifie que \(C\) est lisse sur \(A\) d’après Algèbre, définition 00T2.

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(I \subset A\) un idéal. Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ B \ar[rd] \\ A \ar[u] \ar[r] & A/I }\] où \(B\) est une \(A\)-algèbre lisse. Alors il existe un morphisme d’anneaux étale \(A \to A'\) qui induit un isomorphisme \(A/I \to A'/IA'\) et un morphisme de \(A\)-algèbres \(B \to A'\) relevant le morphisme d’anneaux \(B \to A/I\).

Démonstration

Soit \(J \subset B\) le noyau de \(B \to A/I\), de sorte que \(B/J = A/I\). D’après le lemme d’algèbre 06A9, la suite \[0 \to I/I^2 \to J/J^2 \to \Omega_{B/A} \otimes_B B/J \to 0\] est exacte scindée. Ainsi \(\overline{P} = J/(J^2 + IB) = \Omega_{B/A} \otimes_B B/J\) est un \(A/I\)-module projectif de type fini. Choisissons un entier \(n\) et une décomposition en somme directe \(A/I^{\oplus n} = \overline{P} \oplus \overline{K}\). D’après le lemme 07M5, on peut trouver un morphisme d’anneaux étale \(A \to A'\) qui induit un isomorphisme \(A/I \to A'/IA'\) et un \(A\)-module projectif de type fini \(K\) qui relève \(\overline{K}\). Nous remplaçons désormais \(A\) par \(A'\). Posons \(B' = B \otimes_A \text{Sym}_A^*(K)\). Comme \(A \to \text{Sym}_A^*(K)\) est lisse d’après le lemme 07M6, on voit que \(B \to B'\) est lisse, ce qui implique à son tour que \(A \to B'\) est lisse (voir les lemmes d’algèbre 00T4 et 00TC). De plus, la section \(\text{Sym}^*_A(K) \to A\) détermine une section \(B' \to B\) et nous définissons \(B' \to A/I\) comme la composée \(B' \to B \to A/I\). Soit \(J' \subset B'\) le noyau de \(B' \to A/I\). Nous avons \(JB' \subset J'\) et \(B \otimes_A K \subset J'\). Ces morphismes se combinent pour donner un isomorphisme \[(A/I)^{\oplus n} \cong J/(J^2 + IB) \oplus \overline{K} \longrightarrow J'/((J')^2 + IB')\] Ainsi, après avoir remplacé \(B\) par \(B'\), nous pouvons supposer que \(J/(J^2 + IB) = \Omega_{B/A} \otimes_B B/J\) est un \(A/I\)-module libre de rang \(n\).

Dans ce cas, choisissons \(f_1, \ldots, f_n \in J\) dont les images forment une base de \(J/(J^2 + IB)\). Considérons la \(A\)-algèbre de présentation finie \(C = B/(f_1, \ldots, f_n)\). Remarquons que nous avons une suite exacte \[0 \to H_1(L_{C/A}) \to (f_1, \ldots, f_n)/(f_1, \ldots, f_n)^2 \to \Omega_{B/A} \otimes_B C \to \Omega_{C/A} \to 0\] voir le lemme d’algèbre 00S2 (remarquons que \(H_1(L_{B/A}) = 0\) et que \(\Omega_{B/A}\) est projectif de type fini, en particulier plat, de sorte que le groupe de Tor s’annule). Pour tout idéal premier \(\mathfrak q \supset J\) de \(B\), le module \(\Omega_{B/A, \mathfrak q}\) est libre de rang \(n\), car \(\Omega_{B/A}\) est projectif de type fini et car \(\Omega_{B/A} \otimes_B B/J\) est libre de rang \(n\) (voir le lemme d’algèbre 00NX). Par notre choix de \(f_1, \ldots, f_n\), le morphisme \[\left((f_1, \ldots, f_n)/(f_1, \ldots, f_n)^2\right)_{\mathfrak q} \to \Omega_{B/A, \mathfrak q}\] est surjectif modulo \(J\). Nous en déduisons que ce morphisme de modules sur l’anneau local \(C_{\mathfrak q}\) doit être un isomorphisme (d’après le lemme d’algèbre 00DV, le morphisme est surjectif, et, par exemple d’après le lemme d’algèbre 05G8, comme \(((f_1, \ldots, f_n)/(f_1, \ldots, f_n)^2)_{\mathfrak q}\) est engendré par \(n\) éléments, le morphisme est injectif). Ainsi \(H_1(L_{C/A})_{\mathfrak q} = 0\) et \(\Omega_{C/A, \mathfrak q} = 0\). D’après le lemme d’algèbre 07BU, \(A \to C\) est lisse au premier \(\overline{\mathfrak q}\) de \(C\) correspondant à \(\mathfrak q\). Puisque \(\Omega_{C/A, \mathfrak q} = 0\), il est en fait étale en \(\overline{\mathfrak q}\). Ainsi \(A \to C\) est étale en tous les idéaux premiers de \(C\) contenant \(JC\). D’après le lemme 07M0, on peut trouver un \(f \in C\) dont l’image est un élément inversible de \(C/JC\) tel que \(A \to C_f\) soit étale. Par notre choix de \(f\), on a encore \(C_f/JC_f = A/I\). Le morphisme \(C_f/IC_f \to A/I\) est surjectif et étale d’après le lemme d’algèbre 00U7. Ainsi \(A/I\) est isomorphe à la localisation de \(C_f/IC_f\) en un élément \(g \in C\), voir le lemme d’algèbre 00U8. Posons \(A' = C_{fg}\), ce qui conclut la démonstration.

Paires de Zariski

Dans cette section et la suivante, une paire est une paire \((A, I)\) où \(A\) est un anneau et \(I \subset A\) un idéal. Un morphisme de paires \((A, I) \to (B, J)\) est un morphisme d’anneaux \(\varphi : A \to B\) tel que \(\varphi(I) \subset J\).

Définition

Une paire de Zariski est une paire \((A, I)\) telle que \(I\) soit contenu dans le radical de Jacobson de \(A\).

Lemme

Soit \((A, I)\) une paire de Zariski. Alors le morphisme des idempotents de \(A\) vers les idempotents de \(A/I\) est injectif.

Démonstration

Un idempotent d’un anneau local vaut soit \(0\), soit \(1\). Ainsi, un idempotent est déterminé par l’ensemble des idéaux maximaux où il s’annule, d’après le lemme d’algèbre 00HN.

Lemme

Soit \((A, I)\) une paire de Zariski. Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux plat, entier et de présentation finie tel que \(A/I \to B/IB\) soit un isomorphisme. Alors \(A \to B\) est un isomorphisme.

Démonstration

Le morphisme d’anneaux \(A \to B\) est fini d’après le lemme d’algèbre 02JJ. Ainsi \(B\) est de présentation finie comme \(A\)-module d’après le lemme d’algèbre 0564. Ainsi \(B\) est un \(A\)-module localement libre de type fini d’après le lemme d’algèbre 00NX. Comme le module \(B\) est de rang \(1\) sur \(V(I)\) (voir la fonction de rang décrite dans le lemme d’algèbre 00NX), et puisque \((A, I)\) est une paire de Zariski, nous concluons que le rang vaut \(1\) partout. Il s’ensuit que \(A \to B\) est un isomorphisme : il est facile de vérifier qu’un morphisme d’anneaux \(R \to S\) tel que \(S\) soit un \(R\)-module localement libre de rang \(1\) est un isomorphisme (indication : regarder les anneaux locaux).

Lemme

Soit \((A, I)\) une paire de Zariski. Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux fini. Supposons

  1. \(B/IB = B_1 \times B_2\) soit un produit de \(A/I\)-algèbres ;

  2. \(A/I \to B_1/IB_1\) soit surjectif ;

  3. \(b \in B\) s’envoie sur \((1, 0)\) dans le produit.

Alors il existe un polynôme unitaire \(f \in A[x]\) tel que \(f(b) = 0\) et \(f \bmod I = (x - 1)x^d\) pour un certain \(d \geq 1\).

Démonstration

D’après le lemme 07M4, on peut trouver un morphisme d’anneaux étale \(A \to A'\) induisant un isomorphisme \(A/I \to A'/IA'\) tel que \(B' = B \otimes_A A'\) contienne un idempotent \(e'\) relevant l’image de \(b\) dans \(B'/IB'\). Considérons la décomposition correspondante en \(A'\)-algèbres \[B' = B'_1 \times B'_2\] qui est compatible avec celle donnée dans le lemme après réduction modulo \(I\). Le morphisme \(A' \to B'_1\) est surjectif modulo \(IA'\). D’après le lemme de Nakayama (lemme d’algèbre 00DV), on peut trouver \(i \in IA'\) tel qu’après avoir remplacé \(A'\) par \(A'_{1 + i}\), le morphisme \(A' \to B'_1\) soit surjectif. Remarquons que l’image \(b'_1 \in B'_1\) de \(b\) vérifie \(b'_1 - 1 \in IB'_1\). Nous pouvons donc choisir \(a' \in IA'\) s’envoyant sur \(b'_1 - 1\). D’autre part, l’image \(b'_2 \in B'_2\) de \(b\) appartient à \(IB'_2\). D’après le lemme d’algèbre 00H5, il existe un polynôme unitaire \(g(x) = x^d + \sum a'_j x^j\) de degré \(d\), avec \(a'_j \in IA'\), tel que \(g(b'_2) = 0\) dans \(B'_2\). Ainsi l’image \(b' = (b'_1, b'_2) \in B'\) de \(b\) est une racine du polynôme \((x - 1 - a')g(x)\). Nous en déduisons que \[(b' - 1)(b')^d \in \sum\nolimits_{j = 0, \ldots, d} IA' \cdot (b')^j\] Nous affirmons que cela implique \[(b - 1)b^d \in \sum\nolimits_{j = 0, \ldots, d} I \cdot b^j\] dans \(B\). Pour cela, il suffit de voir que le morphisme d’anneaux \(A \to A'\) est fidèlement plat, car la condition signifie que l’image de \((b - 1)b^d\) est nulle dans \(B/\sum_{j = 0, \ldots, d} Ib^j\) (utiliser le lemme d’algèbre 05CK). Le morphisme \(A \to A'\) est plat car il est étale (lemme d’algèbre 00U2). D’autre part, le morphisme induit sur les spectres est ouvert (voir la proposition d’algèbre 00I1 et utiliser le lemme précédent cité), et l’image contient \(V(I)\). Puisque \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\), nous concluons.

Lemme

Soit \((A, I)\) une paire de Zariski avec \(A\) noethérien. Soit \(f \in I\). Alors \(A_f\) est un anneau de Jacobson.

Démonstration

Nous utiliserons le critère du lemme d’algèbre 00KX. Soit \(\mathfrak p \subset A\) un idéal premier tel que \(\mathfrak p_f = \mathfrak p A_f\) soit premier et non maximal. Nous devons montrer que \(A_f/\mathfrak p_f = (A/\mathfrak p)_f\) possède une infinité d’idéaux premiers. Après avoir remplacé \(A\) par \(A/\mathfrak p\), nous pouvons supposer que \(A\) est un domaine, que \(\dim A_f > 0\), et notre but est de montrer que \(\Spec(A_f)\) est infini. Puisque \(\dim A_f > 0\), nous pouvons trouver un idéal premier non nul \(\mathfrak q \subset A\) qui ne contient pas \(f\). Choisissons un idéal maximal \(\mathfrak m \subset A\) contenant \(\mathfrak q\). Comme \((A, I)\) est une paire de Zariski, on a \(I \subset \mathfrak m\). Ainsi \(\mathfrak m \not = \mathfrak q\) et \(\dim(A_\mathfrak m) > 1\). Par conséquent \(\Spec((A_\mathfrak m)_f) \subset \Spec(A_f)\) est infini d’après le lemme d’algèbre 02IG, ce qui conclut.

Paires henséliennes

Certains des résultats de la section 07LW peuvent être vus comme des résultats sur les paires henséliennes. Dans cette section, une paire est une paire \((A, I)\) où \(A\) est un anneau et \(I \subset A\) un idéal. Un morphisme de paires \((A, I) \to (B, J)\) est un morphisme d’anneaux \(\varphi : A \to B\) tel que \(\varphi(I) \subset J\). Comme dans la section 07LW, pour un objet \(\xi\) au-dessus de \(A\), nous notons \(\overline{\xi}\) le « changement de base » de \(\xi\) vers un objet au-dessus de \(A/I\) (lorsque cela a un sens).

Définition

Une paire hensélienne est une paire \((A, I)\) satisfaisant

  1. \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\) ;

  2. pour tout polynôme unitaire \(f \in A[T]\) et toute factorisation \(\overline{f} = g_0h_0\) avec \(g_0, h_0 \in A/I[T]\) unitaires engendrant l’idéal unité de \(A/I[T]\), il existe une factorisation \(f = gh\) dans \(A[T]\) avec \(g, h\) unitaires et \(g_0 = \overline{g}\) et \(h_0 = \overline{h}\).

Remarquons que si \(A\) est un anneau local et \(I = \mathfrak m\) est l’idéal maximal, alors \((A, I)\) est une paire hensélienne si et seulement si \(A\) est un anneau local hensélien, voir le lemme d’algèbre 04GG. Dans le lemme 09XI, nous donnons plusieurs caractérisations équivalentes des paires henséliennes (et nous en ajouterons d’autres au fil du temps).

Lemme

Soit \((A, I)\) une paire avec \(I\) localement nilpotent. Alors le foncteur \(B \mapsto B/IB\) induit une équivalence entre la catégorie des algèbres étale sur \(A\) et la catégorie des algèbres étale sur \(A/I\). De plus, la paire est hensélienne.

Démonstration

La surjectivité essentielle résulte du lemme d’algèbre 04D1. Si \(B\), \(B'\) sont étales sur \(A\) et si \(B/IB \to B'/IB'\) est un morphisme d’\(A/I\)-algèbres, nous pouvons le relever d’après le lemme d’algèbre 07K4. Enfin, supposons que \(f, g : B \to B'\) soient deux morphismes de \(A\)-algèbres avec \(f \bmod I = g \bmod I\). Choisissons un idempotent \(e \in B \otimes_A B\) engendrant le noyau du morphisme de multiplication \(B \otimes_A B \to B\), voir les lemmes d’algèbre 02FL et 00UV (pour voir que étale est non ramifié). Alors \((f \otimes g)(e) \in IB'\). Comme \(IB'\) est localement nilpotent (lemme d’algèbre 0544), cela implique \((f \otimes g)(e) = 0\) d’après le lemme d’algèbre 00J9. Ainsi \(f = g\).

Il est clair que \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\). Soit \(f \in A[T]\) un polynôme unitaire et soit \(\overline{f} = g_0h_0\) une factorisation de \(\overline{f} = f \bmod I\) avec \(g_0, h_0 \in A/I[T]\) unitaires engendrant l’idéal unité de \(A/I[T]\). D’après le lemme 0ALH, il existe un morphisme d’anneaux étale \(A \to A'\) qui induit un isomorphisme \(A/I \to A'/IA'\) tel que la factorisation se relève en une factorisation en polynômes unitaires sur \(A'\). D’après ce qui précède, nous avons \(A = A'\) et la factorisation est sur \(A\).

Lemme

Soit \(A = \lim A_n\), où \((A_n)\) est un système inverse d’anneaux dont les morphismes de transition sont surjectifs et ont des noyaux localement nilpotents. Alors \((A, I_n)\) est une paire hensélienne, où \(I_n = \Ker(A \to A_n)\).

Démonstration

Fixons \(n\). Soit \(a \in A\) un élément qui s’envoie sur \(1\) dans \(A_n\). D’après le lemme d’algèbre 0AMG, \(a\) s’envoie sur une unité de \(A_m\) pour tout \(m \geq n\). Ainsi \(a\) est une unité de \(A\). Donc, d’après le lemme d’algèbre 0AME, l’idéal \(I_n\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\). Soit \(f \in A[T]\) un polynôme unitaire et soit \(\overline{f} = g_nh_n\) une factorisation de \(\overline{f} = f \bmod I_n\) avec \(g_n, h_n \in A_n[T]\) unitaires engendrant l’idéal unité de \(A_n[T]\). D’après le lemme 0ALI, nous pouvons relever successivement cette factorisation en \(f \bmod I_m = g_m h_m\) avec \(g_m, h_m\) unitaires dans \(A_m[T]\) pour tout \(m \geq n\). À chaque étape, nous devons vérifier que nos relèvements \(g_m, h_m\) engendrent l’idéal unité dans \(A_n[T]\) ; cela résulte du fait correspondant pour \(g_n, h_n\) et du fait que \(\Spec(A_n[T]) = \Spec(A_m[T])\) car le noyau de \(A_m \to A_n\) est localement nilpotent. Comme \(A = \lim A_m\), cela conclut la démonstration.

Lemme

Soit \((A, I)\) une paire. Si \(A\) est complet pour la topologie \(I\)-adique, alors la paire est hensélienne.

Démonstration

D’après le lemme d’algèbre 05GI, l’idéal \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\). Soit \(f \in A[T]\) un polynôme unitaire et soit \(\overline{f} = g_0h_0\) une factorisation de \(\overline{f} = f \bmod I\) avec \(g_0, h_0 \in A/I[T]\) unitaires engendrant l’idéal unité de \(A/I[T]\). D’après le lemme 0ALI, nous pouvons relever successivement cette factorisation en \(f \bmod I^n = g_n h_n\) avec \(g_n, h_n\) unitaires dans \(A/I^n[T]\) pour tout \(n \geq 1\). Comme \(A = \lim A/I^n\), cela conclut la démonstration.

Lemme

Soit \((A, I)\) une paire. Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux de type fini tel que \(B/IB = C_1 \times C_2\) avec \(A/I \to C_1\) fini. Soit \(B'\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(B\). Alors on peut écrire \(B'/IB' = C_1 \times C'_2\) de sorte que le morphisme \(B'/IB' \to B/IB\) préserve les décompositions en produits et qu’il existe un \(g \in B'\) s’envoyant sur \((1, 0)\) dans \(C_1 \times C'_2\) tel que \(B'_g \to B_g\) soit un isomorphisme.

Démonstration

Remarquons que \(A \to B\) est quasi-fini en tout idéal premier du fermé \(T = \Spec(C_1) \subset \Spec(B)\) (cela résulte de l’examen des anneaux des fibres, voir la définition d’algèbre 00PL). Considérons le diagramme d’espaces topologiques \[\xymatrix{ \Spec(B) \ar[rr]_\phi \ar[rd]_\psi & & \Spec(B') \ar[ld]^{\psi'} \\ & \Spec(A) }\] D’après le théorème d’algèbre 00Q9, pour tout \(\mathfrak p \in T\), il existe un \(h_\mathfrak p \in B'\), \(h_\mathfrak p \not \in \mathfrak p\) tel que \(B'_h \to B_h\) soit un isomorphisme. L’union \(U = \bigcup D(h_\mathfrak p)\) donne un ouvert \(U \subset \Spec(B')\) tel que \(\phi^{-1}(U) \to U\) soit un homéomorphisme et \(T \subset \phi^{-1}(U)\). Puisque \(T\) est ouvert dans \(\psi^{-1}(V(I))\), nous en déduisons que \(\phi(T)\) est ouvert dans \(U \cap (\psi')^{-1}(V(I))\). Ainsi \(\phi(T)\) est ouvert dans \((\psi')^{-1}(V(I))\). D’autre part, puisque \(C_1\) est fini sur \(A/I\), il est fini sur \(B'\). Donc \(\phi(T)\) est un fermé de \(\Spec(B')\) d’après les lemmes d’algèbre 00HZ et 00GU. Nous concluons que \(\Spec(B'/IB') \supset \phi(T)\) est à la fois ouvert et fermé. D’après le lemme d’algèbre 00EM, nous obtenons une décomposition en produit correspondante \(B'/IB' = C'_1 \times C'_2\). Le morphisme \(B'/IB' \to B/IB\) envoie \(C'_1\) dans \(C_1\) et \(C'_2\) dans \(C_2\), comme on le voit en examinant ce qui se passe sur les spectres (indication : l’image réciproque de \(\phi(T)\) est exactement \(T\) ; certains détails sont omis). Choisissons un \(g \in B'\) s’envoyant sur \((1, 0)\) dans \(C'_1 \times C'_2\) tel que \(D(g) \subset U\) ; cela est possible car \(\Spec(C'_1)\) et \(\Spec(C'_2)\) sont disjoints et fermés dans \(\Spec(B')\) et \(\Spec(C'_1)\) est contenu dans \(U\). Alors \(B'_g \to B_g\) définit un homéomorphisme sur les spectres et un isomorphisme sur les anneaux locaux (par notre choix de \(U\)). C’est donc un isomorphisme, comme le montre par exemple le lemme d’algèbre 00HN. Enfin, il s’ensuit que \(C'_1 = C_1\), ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \((A, I)\) une paire. Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. \((A, I)\) est une paire hensélienne ;

  2. étant donné un morphisme d’anneaux étale \(A \to A'\) et un morphisme de \(A\)-algèbres \(\sigma : A' \to A/I\), il existe un morphisme de \(A\)-algèbres \(A' \to A\) relevant \(\sigma\) ;

  3. pour toute \(A\)-algèbre finie \(B\), le morphisme \(B \to B/IB\) induit une bijection sur les idempotents ;

  4. pour toute \(A\)-algèbre entière \(B\), le morphisme \(B \to B/IB\) induit une bijection sur les idempotents ;

  5. (Gabber) \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\) et tout polynôme unitaire \(f(T) \in A[T]\) de la forme \[f(T) = T^n(T - 1) + a_n T^n + \ldots + a_1 T + a_0\] avec \(a_n, \ldots, a_0 \in I\) et \(n \ge 1\) possède une racine \(\alpha \in 1 + I\).

De plus, dans (5), la racine est unique.

Démonstration

Supposons (2). Alors \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\), car sinon il existerait un \(f \in A\) non inversible congru à \(1\) modulo \(I\), et le morphisme \(A \to A_f\) contredirait (2). Ainsi \(IB \subset B\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(B\) pour \(B\) entière sur \(A\), car \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) est fermé d’après les lemmes d’algèbre 00HZ et 00GU. Ainsi le morphisme des idempotents de \(B\) vers ceux de \(B/IB\) est injectif d’après le lemme 09XF. D’autre part, puisque (2) est vérifiée, tout idempotent de \(B/IB\) se relève en un idempotent de \(B\) d’après le lemme 07M4. Nous voyons ainsi que (2) implique (4).

L’implication (4) \(\Rightarrow\) (3) est triviale.

Supposons (3). Soit \(\mathfrak m\) un idéal maximal et considérons le morphisme fini \(A \to B = A/(I \cap \mathfrak m)\). La condition selon laquelle \(B \to B/IB\) induit une bijection sur les idempotents implique que \(I \subset \mathfrak m\) (sinon \(B = A/I \times A/\mathfrak m\) et \(B/IB = A/I\)). Nous voyons donc que \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\). Soit \(f \in A[T]\) unitaire et supposons donnée une factorisation \(\overline{f} = g_0h_0\) avec \(g_0, h_0 \in A/I[T]\) unitaires engendrant l’idéal unité dans \(A/I[T]\). Posons \(B = A[T]/(f)\). Soit \(\overline{e}\) l’idempotent de \(B/IB\) correspondant à la décomposition \[B/IB = A/I[T]/(g_0) \times A/I[T]/(h_0)\] en \(A\)-algèbres. Soit \(e \in B\) un idempotent relevant \(\overline{e}\), qui existe puisque nous avons supposé (3). Cela donne une décomposition en produit \[B = eB \times (1 - e)B\] Remarquons que \(B\) est libre de rang \(\deg(f)\) comme \(A\)-module. Ainsi \(eB\) et \((1 - e)B\) sont des \(A\)-modules localement libres de type fini. Cependant, puisque \(eB\) et \((1 - e)B\) ont des rangs constants \(\deg(g_0)\) et \(\deg(h_0)\) sur \(A/I\), nous trouvons qu’il en est de même sur \(\Spec(A)\). Nous concluons que \[\begin{align*} f & = \text{CharPol}_A(T : B \to B) \\ & = \text{CharPol}_A(T : eB \to eB) \text{CharPol}_A(T : (1 - e)B \to (1 - e)B) \end{align*}\] est une factorisation en polynômes unitaires se réduisant sur la factorisation donnée modulo \(I\). Ici \(\text{CharPol}_A\) désigne le polynôme caractéristique d’un endomorphisme d’un module localement libre de type fini sur \(A\). Si le module est libre, \(\text{CharPol}_A\) est défini comme le polynôme caractéristique de la matrice correspondante et, en général, on utilise le lemme d’algèbre 00EJ pour recoller. Détails omis. Ainsi (3) implique (1).

Supposons (1). Soit \(f\) comme dans (5). La factorisation de \(f \bmod I\) en \(T^n\) fois \(T - 1\) se relève en une factorisation \(f = gh\) avec \(g\) et \(h\) unitaires par la définition 09XE. Alors \(h\) doit être de degré \(1\), et nous voyons que \(f\) possède une racine qui se réduit à \(1\) modulo \(I\). Enfin, \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson par la définition d’une paire hensélienne. Ainsi (1) implique (5).

Avant de donner la preuve de la dernière étape, montrons que la racine \(\alpha\) de (5), si elle existe, est unique. En effet, en raison de la forme explicite de \(f(T)\), nous avons \(f'(\alpha) \in 1 + I\), où \(f'\) est la dérivée de \(f\) par rapport à \(T\). Un argument élémentaire montre que \[f(T) = f(\alpha + T - \alpha) = f(\alpha) + f'(\alpha) \cdot (T - \alpha) \bmod (T - \alpha)^2 A[T]\] Cela montre que toute autre racine \(\alpha' \in 1 + I\) de \(f(T)\) vérifie \(0 = f(\alpha') - f(\alpha) = (\alpha' - \alpha)(1 + i)\) pour un certain \(i \in I\) ; puisque \(1 + i\) est une unité de \(A\), nous avons donc \(\alpha = \alpha'\).

Supposons (5). Nous allons montrer que (2) est vérifiée, autrement dit que pour tout morphisme étale \(A \to A'\), toute section \(\sigma : A' \to A/I\) modulo \(I\) se relève en une section \(A' \to A\). Puisque \(A \to A'\) est étale, la section \(\sigma\) détermine une décomposition [0EM1]\[\begin{equation} A'/IA' \cong A/I \times C \end{equation}\] en \(A/I\)-algèbres. En effet, le morphisme d’anneaux surjectif \(A'/IA' \to A/I\) est étale d’après le lemme d’algèbre 00U7, et nous obtenons alors l’idempotent voulu par le lemme d’algèbre 00U8. Nous montrerons que cette décomposition se relève en une décomposition [0EM2]\[\begin{equation} A' \cong A'_1 \times A'_2 \end{equation}\] en \(A\)-algèbres avec \(A'_1\) entier sur \(A\). Alors \(A \to A'_1\) est entier et étale et \(A/I \to A'_1/IA'_1\) est un isomorphisme, donc \(A \to A'_1\) est un isomorphisme d’après le lemme 0ELZ (nous utilisons aussi ici qu’un morphisme d’anneaux étale est plat et de présentation finie, voir le lemme d’algèbre 00U2).

Soit \(B'\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(A'\). D’après le lemme 09XH, nous pouvons décomposer [0EM3]\[\begin{equation} B'/IB' \cong A/I \times C' \end{equation}\] en \(A/I\)-algèbres, de manière compatible avec (0EM1), et trouver \(b \in B'\) qui relève \((1, 0)\) tel que \(B'_b \to A'_b\) soit un isomorphisme. Si la décomposition (0EM3) se relève en une décomposition [0EM4]\[\begin{equation} B' \cong B'_1 \times B'_2 \end{equation}\] en \(A\)-algèbres, alors la décomposition induite \(A' = A'_1 \times A'_2\) donnera la décomposition voulue (0EM2) : en effet, puisque \(b\) est une unité dans \(B'_1\) (détails omis), nous aurons \(B'_1 \cong A'_1\), de sorte que \(A'_1\) sera entier sur \(A\).

Choisissons une \(A\)-sous-algèbre finie \(B'' \subset B'\) contenant \(b\) (remarquons que toute \(A\)-sous-algèbre de type fini de \(B'\) est finie sur \(A\)). Après avoir agrandi \(B''\), nous pouvons supposer que \(b\) s’envoie sur un idempotent dans \(B''/IB''\) donnant [0EM5]\[\begin{equation} B''/IB'' \cong C''_1 \times C''_2 \end{equation}\] Puisque \(B'_b \cong A'_b\), nous voyons que \(B'_b\) est de type fini sur \(A\). Supposons que \(B'_b\) soit engendré par \(b_1/b^n, \ldots, b_t/b^n\) sur \(A\) et agrandissons \(B''\) de sorte que \(b_1, \ldots, b_t \in B''\). Alors \(B''_b \to B'_b\) est à la fois surjectif et injectif, donc est un isomorphisme. En particulier, nous voyons que \(C''_1 = A/I\) ! Donc \(A/I \to C''_1\) est un isomorphisme, en particulier surjectif. Par le lemme 0EM0, nous pouvons trouver un \(f(T) \in A[T]\) de la forme \[f(T) = T^n(T - 1) + a_n T^n + \ldots + a_1 T + a_0\] avec \(a_n, \ldots, a_0 \in I\) et \(n \ge 1\) tel que \(f(b) = 0\). En particulier, nous trouvons que \(B'\) est une \(A[T]/(f)\)-algèbre. D’après (5), il existe une racine \(a \in 1 + I\) de \(f\). Cela produit une décomposition en produit \(A[T]/(f) = A[T]/(T - a) \times D\) compatible avec la décomposition (0EM3) de \(B'/IB'\). La décomposition induite de \(B'\) est alors la décomposition voulue (0EM4).

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soient \(I, J \subset A\) des idéaux tels que \(V(I) = V(J)\). Alors \((A, I)\) est hensélienne si et seulement si \((A, J)\) est hensélienne.

Démonstration

Pour tout morphisme d’anneaux entier \(A \to B\), on a \(V(IB) = V(JB)\). Les idempotents de \(B/IB\) et \(B/JB\) sont donc en correspondance bijective (lemme d’algèbre 00EE). Il s’ensuit que \(B \to B/IB\) induit une bijection sur les ensembles des idempotents si et seulement si \(B \to B/JB\) induit une bijection sur les ensembles d’idempotents. Nous concluons donc par le lemme 09XI.

Lemme

Soit \((A, I)\) une paire hensélienne et soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux entier. Alors \((B, IB)\) est une paire hensélienne.

Démonstration

Cela résulte immédiatement de la quatrième caractérisation des paires henséliennes dans le lemme 09XI et du fait que la composée de morphismes d’anneaux entiers est entière.

Lemme

Soient \(I \subset J \subset A\) des idéaux d’un anneau \(A\). Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. \((A, I)\) et \((A/I, J/I)\) sont des paires henséliennes ;

  2. \((A, J)\) est une paire hensélienne.

Démonstration

Supposons (1). Soit \(B\) une \(A\)-algèbre entière. Considérons les morphismes d’anneaux \[B \to B/IB \to B/JB\] D’après le lemme 09XI, les deux flèches induisent des bijections sur les idempotents. Il en est donc de même de la composée. Ainsi \((A, J)\) est une paire hensélienne d’après le lemme 09XI.

Réciproquement, supposons (2). Alors \((A/I, J/I)\) est une paire hensélienne d’après le lemme 09XK. Soit \(B\) une \(A\)-algèbre entière. Considérons les morphismes d’anneaux \[B \to B/IB \to B/JB\] D’après le lemme 09XI, la composée et la seconde flèche induisent des bijections sur les idempotents. Il en est donc de même de la première flèche. Il s’ensuit que \((A, I)\) est une paire hensélienne (par le même lemme).

Lemme

Soit \(A\) un anneau et soient \((A, I)\) et \((A, I')\) des paires henséliennes. Alors \((A, I + I')\) est une paire hensélienne.

Démonstration

D’après le lemme 09XK, la paire \((A/I, (I' + I)/I)\) est hensélienne. Nous obtenons donc la conclusion du lemme 0DYD.

Lemme

Soit \(J\) un ensemble et soit \(\{ (A_j, I_j)\}_{j \in J}\) une collection de paires. Alors \((\prod_{j \in J} A_j, \prod_{j\in J} I_j)\) est hensélienne si et seulement si chaque \((A_j, I_j)\) l’est.

Démonstration

Pour tout \(j \in J\), la projection \(\prod_{j \in J} A_j \rightarrow A_j\) est un morphisme d’anneaux entier ; le lemme 09XK montre donc que chaque \((A_j, I_j)\) est hensélienne si \((\prod_{j \in J} A_j, \prod_{j\in J} I_j)\) l’est.

Réciproquement, supposons que chaque \((A_j, I_j)\) soit une paire hensélienne. Alors tout \(1 + x\) avec \(x \in \prod_{j \in J} I_j\) est une unité de \(\prod_{j \in J} A_j\), car il en est ainsi composante par composante d’après le lemme d’algèbre 0AME et la définition 09XE. Ainsi, de nouveau par le lemme d’algèbre 0AME, \(\prod_{j \in J} I_j\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(\prod_{j \in J} A_j\). En travaillant encore composante par composante, il s’ensuit de même que pour tout polynôme unitaire \(f \in (\prod_{j \in J} A_j)[T]\) et toute factorisation \(\overline{f} = g_0h_0\) avec \(g_0, h_0 \in (\prod_{j \in J} A_j / \prod_{j \in J} I_j)[T] = (\prod_{j \in J} A_j/I_j)[T]\) unitaires et engendrant l’idéal unité dans \((\prod_{j \in J} A_j / \prod_{j \in J} I_j)[T]\), il existe une factorisation \(f = gh\) dans \((\prod_{j \in J} A_j)[T]\) avec \(g\), \(h\) unitaires et se réduisant à \(g_0\), \(h_0\). En conclusion, d’après la définition 09XE, \((\prod_{j \in J} A_j, \prod_{j\in J} I_j)\) est une paire hensélienne.

Lemme

La propriété d’être hensélienne est préservée par les limites de paires. Plus précisément, soit \(J\) un ensemble préordonné et soit \((A_j, I_j)\) un système projectif de paires henséliennes indexé par \(J\). Alors \(A = \lim A_j\), muni de l’idéal \(I = \lim I_j\), est une paire hensélienne \((A, I)\).

Démonstration

D’après Catégories, lemme 002N, il suffit de considérer les produits et les égalisateurs. Pour les produits, l’assertion découle du lemme 0ATD. Considérons donc un diagramme égalisateur \[\xymatrix{ (A, I) \ar[r] & (A', I') \ar@<1ex>[r]^{\varphi} \ar@<-1ex>[r]_{\psi} & (A'', I'') }\] dans lequel les paires \((A', I')\) et \((A'', I'')\) sont henséliennes. Pour vérifier que la paire \((A, I)\) est elle aussi hensélienne, nous utiliserons le critère de Gabber du lemme 09XI. Tout élément de \(1 + I\) est une unité de \(A\) car, par unicité de l’inverse d’une unité, cela peut se vérifier dans \((A', I')\). Ainsi \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\), voir Algèbre, lemme 0AME. Soit donc \[f(T) = T^{N - 1}(T - 1) + a_{N - 1} T^{N - 1} + \dotsb + a_1 T + a_0\] un polynôme de \(A[T]\) avec \(a_{N - 1}, \dotsc, a_0 \in I\) et \(N \ge 1\). L’image de \(f(T)\) dans \(A'[T]\) admet une unique racine \(\alpha' \in 1 + I'\) et il en est de même de son image dans \(A''[T]\). Ainsi, par unicité, \(\varphi(\alpha') = \psi(\alpha')\), de sorte que \(\alpha'\) définit une racine de \(f(T)\) dans \(1 + I\), comme souhaité.

Lemme

La propriété d’être hensélienne est préservée par les colimites filtrantes de paires. Plus précisément, soit \(J\) un ensemble dirigé et soit \((A_j, I_j)\) un système de paires henséliennes indexé par \(J\). Alors \(A = \colim A_j\), muni de l’idéal \(I = \colim I_j\), est une paire hensélienne \((A, I)\).

Démonstration

Si \(u \in 1 + I\), alors pour un certain \(j \in J\), \(u\) est l’image d’un \(u_j \in 1 + I_j\). Alors \(u_j\) est inversible dans \(A_j\) d’après le lemme d’algèbre 0AME et l’hypothèse que \(I_j\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A_j\). Ainsi \(u\) est inversible dans \(A\). Donc \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\) (d’après le lemme).

Soit \(f \in A[T]\) un polynôme unitaire et soit \(\overline{f} = g_0 h_0\) une factorisation avec \(g_0, h_0 \in A/I[T]\) unitaires engendrant l’idéal unité dans \(A/I[T]\). Écrivons \(1 = g_0 g'_0 + h_0 h'_0\) pour certains \(g'_0, h'_0 \in A/I[T]\). Comme \(A = \colim A_j\) et \(A/I = \colim A_j/I_j\) sont des colimites filtrantes, on peut trouver un \(j \in J\), un \(f_j \in A_j\) et une factorisation \(\overline{f}_j = g_{j, 0} h_{j, 0}\) avec \(g_{j, 0}, h_{j, 0} \in A_j/I_j[T]\) unitaires et \(1 = g_{j, 0} g'_{j, 0} + h_{j, 0} h'_{j, 0}\) pour certains \(g'_{j, 0}, h'_{j, 0} \in A_j/I_j[T]\), tels que \(f_j, g_{j, 0}, h_{j, 0}, g'_{j, 0}, h'_{j, 0}\) s’envoient respectivement sur \(f, g_0, h_0, g'_0, h'_0\). Puisque \((A_j, I_j)\) est une paire hensélienne, nous pouvons relever \(\overline{f}_j = g_{j, 0} h_{j, 0}\) en une factorisation sur \(A_j\) et, en prenant l’image dans \(A\), nous obtenons une factorisation correspondante dans \(A\). Ainsi \((A, I)\) est hensélienne.

Exemple

Le lemme 0FWT est faux si la colimite n’est pas filtrante. Par exemple, si nous prenons le coproduit des paires henséliennes \((\mathbf{Z}_p, (p))\) et \((\mathbf{Z}_p, (p))\), nous obtenons \((A, pA)\) avec \(A = \mathbf{Z}_p \otimes_\mathbf{Z} \mathbf{Z}_p\). Ce n’est pas une paire hensélienne : \(A/pA = \mathbf{F}_p\) ; donc si \((A, pA)\) était hensélienne, \(A\) devrait être local. Cependant, \(\Spec(A)\) est déconnecté ; par exemple, pour les nombres premiers impairs \(p\), nous avons l’idempotent non trivial \[(1/2 \otimes 1) \left(1 \otimes 1 - (1 + p)^{-1}u \otimes u\right)\] où \(u \in \mathbf{Z}_p\) est une racine carrée de \(1 + p\). Certains détails sont omis.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Il existe un plus grand idéal \(I \subset A\) tel que \((A, I)\) soit une paire hensélienne.

Démonstration

Combinons les lemmes 0DYD, 0G1R et 0FWT.

Lemme

Soit \((A, I)\) une paire hensélienne. Soit \(\mathfrak p \subset A\) un idéal premier. Alors \(V(\mathfrak p + I)\) est connexe.

Démonstration

D’après le lemme 09XK, nous voyons que \((A/\mathfrak p, I + \mathfrak p/\mathfrak p)\) est une paire hensélienne. Il suffit donc de démontrer : si \((A, I)\) est une paire hensélienne et \(A\) est un domaine, alors \(\Spec(A/I) = V(I)\) est connexe. Sinon, \(A/I\) possède un idempotent non trivial d’après le lemme d’algèbre 00EF. D’après le lemme 09XI, cela impliquerait que \(A\) possède un idempotent non trivial. C’est une contradiction.

Hensélisation des paires

Nous poursuivons la discussion commencée dans la section 09XD.

Lemme

Le foncteur d’inclusion \[\text{catégorie des paires henséliennes} \longrightarrow \text{catégorie des paires}\] admet un adjoint à gauche \((A, I) \mapsto (A^h, I^h)\).

Démonstration

Soit \((A, I)\) une paire. Considérons la catégorie \(\mathcal{C}\) constituée des morphismes d’anneaux étale \(A \to B\) tels que \(A/I \to B/IB\) soit un isomorphisme. Nous montrerons que la catégorie \(\mathcal{C}\) est dirigée et que \(A^h = \colim_{B \in \mathcal{C}} B\), munie de l’idéal \(I^h = IA^h\), donne l’adjoint voulu.

Nous démontrons d’abord que \(\mathcal{C}\) est dirigée (définition de catégories 002V). Elle est non vide car \(\text{id} : A \to A\) est un objet. Si \(B\) et \(B'\) sont deux objets de \(\mathcal{C}\), alors \(B'' = B \otimes_A B'\) est un objet de \(\mathcal{C}\) (utiliser le lemme d’algèbre 00U2) et il existe des morphismes \(B \to B''\) et \(B' \to B''\). Supposons que \(f, g : B \to B'\) soient deux morphismes entre objets de \(\mathcal{C}\). Alors un coégaliseur est \[(B' \otimes_{f, B, g} B') \otimes_{(B' \otimes_A B')} B'\] qui est étale sur \(A\) d’après les lemmes d’algèbre 00U2 et 00U7. Ainsi la catégorie \(\mathcal{C}\) est dirigée.

Comme \(B/IB = A/I\) pour tout objet \(B\) de \(\mathcal{C}\), nous voyons que \(A^h/I^h = A^h/IA^h = \colim B/IB = \colim A/I = A/I\).

Ensuite, nous montrons que \(A^h = \colim_{B \in \mathcal{C}} B\), avec \(I^h = IA^h\), est une paire hensélienne. Pour cela, nous vérifierons la condition (2) du lemme 09XI. Supposons donné un morphisme d’anneaux étale \(A^h \to A'\) et un morphisme de \(A^h\)-algèbres \(\sigma : A' \to A^h/I^h\). Alors il existe un \(B \in \mathcal{C}\) et un morphisme d’anneaux étale \(B \to B'\) tels que \(A' = B' \otimes_B A^h\). Voir le lemme d’algèbre 00U2. Comme \(A^h/I^h = A/I\), le morphisme \(\sigma\) induit un morphisme de \(A\)-algèbres \(s : B' \to A/I\). Alors \(B'/IB' = A/I \times C\) comme \(A/I\)-algèbre, où \(C\) est le noyau du morphisme \(B'/IB' \to A/I\) induit par \(s\). Soit \(g \in B'\) s’envoyant sur \((1, 0) \in A/I \times C\). Alors \(B \to B'_g\) est étale et \(A/I \to B'_g/IB'_g\) est un isomorphisme, c’est-à-dire que \(B'_g\) est un objet de \(\mathcal{C}\). Nous obtenons donc un morphisme canonique \(B'_g \to A^h\) tel que \[\vcenter{ \xymatrix{ B'_g \ar[r] & A^h \\ B \ar[u] \ar[ur] } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ B' \ar[r] \ar[rrd]_s & B'_g \ar[r] & A^h \ar[d] \\ & & A/I } }\] commutent. Cela induit un morphisme \(A' = B' \otimes_B A^h \to A^h\) compatible avec \(\sigma\), comme voulu.

Soit \((A, I) \to (A', I')\) un morphisme de paires avec \((A', I')\) hensélienne. Nous montrerons qu’il existe une factorisation unique \(A \to A^h \to A'\), ce qui achèvera la démonstration. En effet, pour chaque \(A \to B\) dans \(\mathcal{C}\), le morphisme d’anneaux \(A' \to B' = A' \otimes_A B\) est étale et induit un isomorphisme \(A'/I' \to B'/I'B'\). Il existe donc une section \(\sigma_B : B' \to A'\) d’après le lemme 09XI. Étant donné un morphisme \(B_1 \to B_2\) dans \(\mathcal{C}\), nous affirmons que le diagramme \[\xymatrix{ B'_1 \ar[rr] \ar[rd]_{\sigma_{B_1}} & & B'_2 \ar[ld]^{\sigma_{B_2}} \\ & A' }\] commute. Cela résulte du fait que, pour tout \(B\) dans \(\mathcal{C}\), la section \(\sigma_B\) est l’unique morphisme de \(A'\)-algèbres \(B' \to A'\). Nous avons \(B' \otimes_{A'} B' = B' \times R\) pour un certain anneau \(R\), voir le lemme d’algèbre 02FL. Dans notre cas, \(R/I'R = 0\) puisque \(B'/I'B' = A'/I'\). Ainsi, étant donnés deux morphismes de \(A'\)-algèbres \(\sigma_B, \sigma_B' : B' \to A'\), alors \(e = (\sigma_B \otimes \sigma_B')(0, 1) \in A'\) est un idempotent contenu dans \(I'\). Nous concluons que \(e = 0\) d’après le lemme 09XF. Ainsi \(\sigma_B = \sigma_B'\), comme voulu. Par commutativité, nous obtenons \[A^h = \colim_{B \in \mathcal{C}} B \to \colim_{B \in \mathcal{C}} A' \otimes_A B \xrightarrow{\colim \sigma_B} A'\] comme voulu. L’unicité des morphismes \(\sigma_B\) garantit également que ce morphisme est unique. Ainsi \((A, I) \mapsto (A^h, I^h)\) est l’adjoint voulu.

Lemme

Soit \((A, I)\) une paire. Soit \((A^h, I^h)\) comme dans le lemme 0A02. Alors \(A \to A^h\) est plat, \(I^h = IA^h\) et \(A/I^n \to A^h/I^nA^h\) est un isomorphisme pour tout \(n\).

Démonstration

Dans la preuve du lemme 0A02, nous avons vu que \(A^h\) est une colimite filtrante d’\(A\)-algèbres étale \(B\) telles que \(A/I \to B/IB\) soit un isomorphisme, et nous avons vu que \(I^h = IA^h\). Comme un morphisme d’anneaux étale est plat (lemme d’algèbre 00U2), nous concluons que \(A \to A^h\) est plat d’après le lemme d’algèbre 05UT. Comme chaque \(A \to B\) est plat, nous trouvons que les morphismes \(A/I^n \to B/I^nB\) sont également des isomorphismes (par exemple d’après le lemme d’algèbre 051H). En prenant la colimite, nous trouvons \(A/I^n = A^h/I^nA^h\), comme voulu.

Lemme

Le foncteur du lemme 0A02 associe à un anneau local \((A, \mathfrak m)\) son hensélisé.

Démonstration

Soit \((A^h, \mathfrak m^h)\) le hensélisé de la paire \((A, \mathfrak m)\) construit dans le lemme 0A02. Alors \(\mathfrak m^h = \mathfrak m A^h\) est un idéal maximal d’après le lemme 0AGU et, puisqu’il est contenu dans le radical de Jacobson, nous concluons que \(A^h\) est local d’idéal maximal \(\mathfrak m^h\). Cela dit, il y a deux façons d’achever la démonstration.

Première preuve : remarquons que la construction comme colimite dans la preuve du lemme d’algèbre 04GN est la même que la colimite utilisée pour construire \(A^h\) dans le lemme 0A02. Deuxième preuve : les deux hensélisés \(A \to S\) et \(A \to A^h\) du lemme 0A02 sont des homomorphismes d’anneaux locaux, \(S\) et \(A^h\) sont des colimites filtrantes d’\(A\)-algèbres étale, \(S\) et \(A^h\) sont des anneaux locaux henséliens, et \(S\) et \(A^h\) ont pour corps résiduels \(\kappa(\mathfrak m)\) (d’après le lemme 0AGU dans le second cas). Ils sont donc canoniquement isomorphes d’après le lemme d’algèbre 08HT.

Lemme

Soit \((A, I)\) une paire avec \(A\) noethérien. Soit \((A^h, I^h)\) comme dans le lemme 0A02. Alors le morphisme des complétés \(I\)-adiques \[A^\wedge \to (A^h)^\wedge\] est un isomorphisme. De plus, \(A^h\) est noethérien, les morphismes \(A \to A^h \to A^\wedge\) sont plats et \(A^h \to A^\wedge\) est fidèlement plat.

Démonstration

La première assertion est une conséquence immédiate du lemme 0AGU et, en fait, reste vraie sans supposer \(A\) noethérien. Dans la preuve du lemme 0A02, nous avons vu que \(A^h\) est une colimite filtrante d’\(A\)-algèbres étale \(B\) telles que \(A/I \to B/IB\) soit un isomorphisme. Pour chaque tel \(A \to B\), le morphisme induit \(A^\wedge \to B^\wedge\) est un isomorphisme (voir la preuve du lemme 0AGU). D’après le lemme d’algèbre 00MB, le morphisme d’anneaux \(B \to A^\wedge = B^\wedge = (A^h)^\wedge\) est plat pour chaque \(B\). Ainsi \(A^h \to A^\wedge = (A^h)^\wedge\) est plat d’après le lemme d’algèbre 05UU. Comme \(I^h = IA^h\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A^h\) et que \(A^h \to A^\wedge\) induit un isomorphisme \(A^h/I^h \to A/I\), nous voyons que \(A^h \to A^\wedge\) est fidèlement plat d’après le lemme d’algèbre 00HP. D’après le lemme d’algèbre 0316, l’anneau \(A^\wedge\) est noethérien. Nous concluons donc que \(A^h\) est noethérien d’après le lemme d’algèbre 033E.

Lemme

Soit \((A, I) = \colim (A_i, I_i)\) une colimite filtrante de paires. Le foncteur du lemme 0A02 donne \(A^h = \colim A_i^h\) et \(I^h = \colim I_i^h\).

Ce lemme est faux pour les colimites non filtrantes, voir l’exemple 0FWU.

Démonstration

D’après Catégories, lemme 0038, nous voyons que \((A^h, I^h)\) est la colimite du système \((A_i^h, I_i^h)\) dans la catégorie des paires henséliennes. Ainsi, pour une paire hensélienne \((B, J)\), nous avons \[\Mor((A^h, I^h), (B, J)) = \lim \Mor((A_i^h, I_i^h), (B, J)) = \Mor(\colim (A_i^h, I_i^h), (B, J))\] Ici, la colimite est prise dans la catégorie des paires. Comme la colimite est filtrante, nous obtenons \(\colim (A_i^h, I_i^h) = (\colim A_i^h, \colim I_i^h)\) dans la catégorie des paires ; les détails sont omis. En utilisant de nouveau le fait que la colimite est filtrante, c’est une paire hensélienne (lemme 0FWT). Il s’ensuit par le lemme de Yoneda que \((A^h, I^h) = (\colim A_i^h, \colim I_i^h)\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau muni d’idéaux \(I\) et \(J\). Si \(V(I) = V(J)\), alors le foncteur du lemme 0A02 produit le même anneau pour la paire \((A, I)\) que pour la paire \((A, J)\).

Démonstration

Soit \((A', IA')\) la paire produite par le lemme 0A02 à partir de la paire \((A, I)\), voir le lemme 0AGU. Soit \((A'', JA'')\) la paire produite par le lemme 0A02 à partir de la paire \((A, J)\). D’après le lemme 09XJ, nous voyons que \((A', JA')\) et \((A'', IA'')\) sont des paires henséliennes. Par la propriété universelle de la construction, nous obtenons d’uniques morphismes de \(A\)-algèbres \(A'' \to A'\) et \(A' \to A''\). Leur unicité montre qu’ils sont inverses l’un de l’autre.

Lemme

Soit \((A, I) \to (B, J)\) un morphisme de paires tel que \(V(J) = V(IB)\). Soit \((A^h , I^h) \to (B^h, J^h)\) le morphisme induit sur les hensélisés (lemme 0A02). Si \(A \to B\) est entier, alors le morphisme induit \(A^h \otimes_A B \to B^h\) est un isomorphisme.

Démonstration

D’après le lemme 0F0L, nous pouvons supposer \(J = IB\). D’après le lemme 09XK, la paire \((A^h \otimes_A B, I^h(A^h \otimes_A B))\) est hensélienne. Par la propriété universelle de \((B^h, IB^h)\), nous obtenons un morphisme \(B^h \to A^h \otimes_A B\). Nous omettons la démonstration du fait que ce morphisme est l’inverse de celui du lemme.

Lemme

Soient \(I_1, I_2, \dots, I_n \subset A\) des idéaux d’un anneau \(A\). Supposons \(I_i + I_j = A\) pour \(i \not = j\), \(1 \leq i, j \leq n\). Notons \(A^h\) l’hensélisé de la paire \((A, I_1 \cap \ldots \cap I_n)\) et \(A_i^h\) l’hensélisé de la paire \((A, I_i)\). Alors le morphisme naturel \[A^h \to \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} A^h_i\] est un isomorphisme.

Démonstration

Le morphisme découle de la fonctorialité de la construction. Si \(n = 1\), le résultat est immédiat. Si \(n > 1\), remarquons que \((I_1 \cap \ldots \cap I_{n - 1}) + I_n = A\) d’après notre hypothèse sur les idéaux. Ainsi, si nous démontrons le lemme pour \(n = 2\), alors le lemme s’ensuit pour tout \(n\) par récurrence.

Le cas \(n = 2\). Choisissons \(f_i \in I_i\) de sorte que \(f_1 + f_2 = 1\). Rappelons que \(A^h\) est construit comme la colimite des \(A\)-algèbres \(B\) telles que \(A \to B\) soit étale et que \(A/I_1 \cap I_2 \to B/(I_1 \cap I_2)B\) soit un isomorphisme. Voir la preuve du lemme 0A02. Notons \(Hens\) la catégorie de ces \(A\)-algèbres \(B\). De même, notons \(Hens_i\), \(i = 1, 2\), la catégorie des \(A\)-algèbres étales \(B\) telles que \(A/I_i \to B/I_iB\) soit un isomorphisme.

Considérons la sous-catégorie \(Hens_1(f_2) \subset Hens_1\) formée des \(B\) tels que \(f_2\) soit inversible. C’est une sous-catégorie cofinale car, si \(B\) appartient à \(Hens_1\), alors \(B_{f_2}\) appartient aussi à \(Hens_1\) (indication : \(B_{f_2}/I_1B_{f_2} = (B/I_1B)_{f_2} = B/I_1B\) car \(f_2\) est une unité modulo \(I_1\)). De même, la sous-catégorie \(Hens_2(f_1) \subset Hens_2\) est cofinale. Ainsi, pour calculer \(A_1^h\) et \(A_2^h\), nous pouvons travailler avec ces catégories plus petites, voir Catégories, lemme 04E7.

Considérons le foncteur \[Hens_1(f_2) \times Hens_2(f_1) \to Hens,\quad (B_1, B_2) \mapsto B_1 \times B_2\] Ce foncteur est bien défini car \[\begin{align*} (B_1 \times B_2)/(I_1 \cap I_2)(B_1 \times B_2) & = B_1/(I_1 \cap I_2)B_1 \times B_2/(I_1 \cap I_2)B_2 \\ & = B_1/I_1B_1 \times B_2/I_2B_2 \\ & = A/I_1 \times A/I_2 \\ & = A/(I_1 \cap I_2) \end{align*}\] La deuxième égalité est vraie car \((I_1 \cap I_2)B_1 = I_1B_1 \cap I_2B_1 = I_1B_1\) puisque \(f_2 \in I_2\) est inversible dans \(B_1\) (nous avons aussi utilisé Algèbre, lemme 0BBY). La dernière égalité résulte d’Algèbre, lemme 00DT. Pour achever la démonstration, il suffit de montrer que le foncteur affiché est cofinal (voir le lemme cité ci-dessus). La première condition de Catégories, définition 04E6, est satisfaite car un objet \(B\) de \(Hens\) s’envoie sur \(B_{f_2} \times B_{f_1}\), qui appartient à l’image du foncteur. La seconde est toujours satisfaite car, si nous avons \(B \to B_1 \times B_2\) et \(B \to B'_1 \times B'_2\) avec \(B_1, B'_1 \in Hens_1(f_2)\) et \(B_2, B'_2 \in Hens_2(f_1)\), alors nous pouvons poser \(B''_1 = B_1 \otimes_B B'_1\), qui appartient à \(Hens_1(f_2)\), et de même \(B''_2 = B_2 \otimes_B B''_2\) dans \(Hens_2(f_1)\), pour trouver un morphisme \(B \to B''_1 \times B''_2\) s’insérant dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ & B \ar[ld] \ar[d] \ar[rd] \\ B_1 \times B_2 \ar[r] & B_1'' \times B_2'' & B_1' \times B_2' \ar[l] }\] Cela achève la démonstration.

Relèvement et couples henséliens

Dans cette section, nous combinons principalement des résultats des sections 07LW et 09XD.

Lemme

Soit \((R, I)\) un couple hensélien. L’application \[P \longrightarrow P/IP\] induit une bijection entre les ensembles de classes d’isomorphisme de \(R\)-modules projectifs de type fini et de \(R/I\)-modules projectifs de type fini. En particulier, tout \(R/I\)-module projectif de type fini est isomorphe à \(P/IP\) pour un certain \(R\)-module projectif de type fini \(P\).

Démonstration

Commençons par démontrer la dernière assertion. Soit \(\overline{P}\) un \(R/I\)-module projectif de type fini. Il existe un module projectif de type fini \(P'\) sur une certaine \(R'\) étale sur \(R\) telle que \(R/I = R'/IR'\) et tel que \(P'/IP'\) soit isomorphe à \(\overline{P}\) ; voir le lemme 07M5. Puisque \((R, I)\) est un couple hensélien, le morphisme d’anneaux étale \(R \to R'\) admet une section \(\tau : R' \to R\) (lemme 09XI). En posant \(P = P' \otimes_{R', \tau} R\), nous en déduisons que \(P/IP\) est isomorphe à \(\overline{P}\). Cela montre bien sûr que l’application de l’énoncé du lemme est surjective.

Injectivité. Supposons que \(P_1\) et \(P_2\) soient des \(R\)-modules projectifs de type fini tels que \(P_1/IP_1 \cong P_2/IP_2\) comme \(R/I\)-modules. Puisque \(P_1\) est projectif, il existe un homomorphisme de \(R\)-modules \(u : P_1 \to P_2\) relevant l’isomorphisme donné. Le lemme de Nakayama montre alors que \(u\) est surjectif (Algèbre, lemme 00DV). De même, il existe une surjection \(v : P_2 \to P_1\). D’après Algèbre, lemme 05G8, l’application \(v \circ u\) est un isomorphisme ; nous en concluons que \(u\) est un isomorphisme.

Lemme

Soit \((A, I)\) un couple hensélien. Le foncteur \(B \to B/IB\) définit une équivalence entre les \(A\)-algèbres finies étales et les \(A/I\)-algèbres finies étales.

Démonstration

Soient \(B, B'\) deux \(A\)-algèbres finies étales sur \(A\). Alors \(B' \to B'' = B \otimes_A B'\) est également fini étale (Algèbre, lemmes 00U2 et 02JK). Nous avons des correspondances \(1\)-à-\(1\) bijectives entre

  1. les homomorphismes de \(A\)-algèbres \(B \to B'\),

  2. les sections de \(B' \to B''\), et

  3. les idempotents \(e\) de \(B''\) tels que \(B' \to B'' \to eB''\) soit un isomorphisme.

La bijection entre (2) et (3) associe à \(\sigma : B'' \to B'\) l’élément \(e\) tel que \((1 - e)\) soit l’idempotent engendrant le noyau de \(\sigma\) ; celui-ci existe d’après Algèbre, lemmes 00U7 et 00U8. De même, les homomorphismes de \(A/I\)-algèbres \(B/IB \to B'/IB'\) correspondent aux idempotents \(\overline{e}\) de \(B''/IB''\) tels que \(B'/IB' \to B''/IB'' \to \overline{e}(B''/IB'')\) soit un isomorphisme. Or tout idempotent \(\overline{e}\) de \(B''/IB''\) se relève de manière unique en un idempotent \(e\) de \(B''\) (lemme 09XI). De plus, si \(B'/IB' \to \overline{e}(B''/IB'')\) est un isomorphisme, alors le lemme de Nakayama montre que \(B' \to eB''\) est aussi un isomorphisme (Algèbre, lemme 00DV). Ainsi, le foncteur est pleinement fidèle.

Surjectivité essentielle. Soit \(A/I \to C\) un morphisme fini étale. D’après Algèbre, lemme 04D1, il existe un morphisme étale \(A \to B\) tel que \(B/IB \cong C\). Soit \(B'\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(B\). D’après le lemme 09XH, on a \(B'/IB' = C \times C'\) pour un certain anneau \(C'\), et \(B'_g \cong B_g\) pour un certain \(g \in B'\) dont l’image est \((1, 0) \in C \times C'\). Puisque les idempotents se relèvent (lemme 09XI), nous obtenons \(B' = B'_1 \times B'_2\), avec \(C = B'_1/IB'_1\) et \(C' = B'_2/IB'_2\). L’image de \(g\) dans \(B'_1\) est inversible. Alors \(B_g = B'_g = B'_1 \times (B_2)_g\), ce qui implique que \(A \to B'_1\) est étale. Nous en concluons que \(B'_1\) est fini étale sur \(A\) (par exemple, un morphisme intégral et étale est fini étale d’après Algèbre, lemme 02JJ), ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soient \(R\) un anneau et \(S\) une \(R\)-algèbre lisse. Supposons que \(A\) soit une \(R\)-algèbre et que \((A,I)\) soit un couple hensélien. Alors tout homomorphisme de \(R\)-algèbres \(S \to A/I\) se relève en un homomorphisme de \(R\)-algèbres \(S \to A\).

Démonstration

Soit \(\tau : S \to A/I\) un homomorphisme de \(R\)-algèbres. Remarquons que \(S \otimes_R A\) est une \(A\)-algèbre lisse d’après Algèbre, lemme 00T4. Ainsi, le lemme 07M7 permet de relever l’homomorphisme induit \(S \otimes_R A \to A/I\) en un homomorphisme de \(A\)-algèbres \(S \otimes_R A \to A'\), où \(A \to A'\) est étale et induit un isomorphisme \(A/I \to A'/IA'\). Comme \((A, I)\) est hensélien, il existe un homomorphisme de \(A\)-algèbres \(A' \to A\) ; voir le lemme 09XI. La composée \(S \to S \otimes_R A \to A' \to A\) est le relèvement cherché.

Lemme

Soit \(A = \lim A_n\) la limite projective d’un système projectif \((A_n)\) d’anneaux. Supposons donnés des \(A_n\)-modules \(M_n\) et des homomorphismes de \(A_{n + 1}\)-modules \(M_{n + 1} \to M_n\). Supposons que

  1. les morphismes de transition \(A_{n + 1} \to A_n\) sont surjectifs et leurs noyaux sont localement nilpotents,

  2. \(M_1\) est un \(A_1\)-module projectif de type fini,

  3. \(M_n\) est un \(A_n\)-module plat de type fini, et

  4. les homomorphismes induisent des isomorphismes \(M_{n + 1} \otimes_{A_{n + 1}} A_n \to M_n\).

Alors \(M = \lim M_n\) est un \(A\)-module projectif de type fini et \(M \otimes_A A_n \to M_n\) est un isomorphisme pour tout \(n\).

Démonstration

D’après le lemme 0CT7, le couple \((A, \Ker(A \to A_1))\) est hensélien. D’après le lemme 0D4A, nous pouvons choisir un \(A\)-module projectif de type fini \(P\) et un isomorphisme \(P \otimes_A A_1 \to M_1\). Comme \(P\) est projectif, nous pouvons relever successivement l’homomorphisme de \(A\)-modules \(P \to M_1\) en des homomorphismes de \(A\)-modules \(P \to M_2\), \(P \to M_3\), et ainsi de suite. Nous obtenons donc un homomorphisme \[P \longrightarrow M\] Comme \(P\) est projectif de type fini, on peut écrire \(A^{\oplus m} = P \oplus Q\) pour un certain \(m \geq 0\) et un certain \(A\)-module \(Q\). Puisque \(A = \lim A_n\), il vient \(P = \lim P \otimes_A A_n\). Pour montrer que l’homomorphisme de \(A\)-modules affiché est un isomorphisme, il suffit donc de montrer que les homomorphismes \(P \otimes_A A_n \to M_n\) sont des isomorphismes. Le lemme 0D48 montre que \(M_n\) est un module projectif de type fini. D’après le lemme 0BC6, les homomorphismes \(P \otimes_A A_n \to M_n\) sont des isomorphismes.

Clôture intégrale absolue

Voici notre définition.

Définition

Un anneau \(A\) est absolument intégralement clos si tout polynôme unitaire \(f \in A[T]\) est un produit de facteurs linéaires.

Attention : il peut être possible d’écrire \(f\) comme produit de facteurs linéaires de nombreuses manières différentes.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A\) est absolument intégralement clos, et

  2. tout polynôme unitaire \(f \in A[T]\) possède une racine dans \(A\).

Démonstration

Démonstration omise.

Lemme

Soit \(A\) un anneau absolument intégralement clos.

  1. Tout anneau quotient \(A/I\) de \(A\) est absolument intégralement clos.

  2. Tout localisé \(S^{-1}A\) est absolument intégralement clos.

Démonstration

Démonstration omise.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(S \subset A\) une partie multiplicative formée de non-diviseurs de zéro. Si \(S^{-1}A\) est absolument intégralement clos et si \(A \subset S^{-1}A\) est intégralement clos dans \(S^{-1}A\), alors \(A\) est absolument intégralement clos.

Démonstration

Démonstration omise.

Lemme

Soit \(A\) un anneau intègre normal. Alors \(A\) est absolument intégralement clos si et seulement si son corps des fractions est algébriquement clos.

Démonstration

Remarquons qu’un corps est algébriquement clos si et seulement s’il est absolument intégralement clos en tant qu’anneau. Le lemme résulte donc des lemmes 0DCN et 0DCP.

Lemme

Pour tout anneau \(A\), il existe une extension \(A \subset B\) telle que

  1. \(B\) est une colimite filtrante de \(A\)-algèbres libres de type fini,

  2. \(B\) est libre comme \(A\)-module, et

  3. \(B\) est absolument intégralement clos.

Démonstration

Soit \(I\) l’ensemble des polynômes unitaires sur \(A\). Pour \(i \in I\), notons \(x_i\) une indéterminée et \(P_i\) le polynôme unitaire correspondant en l’indéterminée \(x_i\). Posons \[F(A) = A[x_i; i \in I]/(P_i; i \in I)\] Comme la notation le suggère, \(F\) est un foncteur de la catégorie des anneaux dans elle-même. Notons que \(A \subset F(A)\), que \(F(A)\) est libre comme \(A\)-module et que \(F(A)\) est une colimite filtrante de \(A\)-algèbres libres de type fini. Prenons ensuite \[B = \colim F^n(A)\] où les morphismes de transition sont les inclusions \(F^n(A) \subset F(F^n(A)) = F^{n + 1}(A)\). Tout polynôme unitaire à coefficients dans \(B\) a en fait ses coefficients dans \(F^n(A)\) pour un certain \(n\) et possède donc, par construction, une solution dans \(F^{n + 1}(A)\). Le lemme 0DCM implique que \(B\) est absolument intégralement clos. Nous omettons la démonstration des autres propriétés.

Lemme

Soit \(A\) un anneau absolument intégralement clos. Soit \(\mathfrak p \subset A\) un idéal premier. Alors l’anneau local \(A_\mathfrak p\) est strictement hensélien.

Démonstration

D’après le lemme 0DCN, nous pouvons supposer que \(A\) est un anneau local et que \(\mathfrak p\) est son idéal maximal. Le corps résiduel est algébriquement clos d’après le lemme 0DCN. Tout polynôme unitaire se décompose entièrement en facteurs linéaires ; Algèbre, définition 04GF, s’applique donc directement.

Lemme

Soit \(A\) un anneau absolument intégralement clos. Soit \(I \subset A\) un idéal. Alors \((A, I)\) est un couple hensélien si (et seulement si) les conditions suivantes sont satisfaites :

  1. \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\),

  2. \(A \to A/I\) induit une bijection sur les idempotents.

Démonstration

Soit \(f \in A[T]\) un polynôme unitaire et soit \(f \bmod I = g_0 h_0\) une factorisation sur \(A/I\), avec \(g_0\) et \(h_0\) unitaires, telle que \(g_0\) et \(h_0\) engendrent l’idéal unité de \(A/I[T]\). Cela signifie que \[A/I[T]/(f) = A/I[T]/(g_0) \times A/I[T]/(h_0)\] Notons \(e \in A/I[T]/(f)\) l’élément correspondant à l’idempotent \((1, 0)\) de l’anneau de droite. Écrivons \(f = (T - a_1) \ldots (T - a_d)\) avec \(a_i \in A\). Pour chaque \(i \in \{1, \ldots, d\}\), nous obtenons un homomorphisme de \(A\)-algèbres \(\varphi_i : A[T]/(f) \to A\), \(T \mapsto a_i\), qui induit un homomorphisme analogue de \(A/I\)-algèbres \(\overline{\varphi}_i : A/I[T]/(f) \to A/I\). Notons \(e_i = \overline{\varphi}_i(e) \in A/I\). Ce sont des idempotents. D’après notre hypothèse (2), nous pouvons relever \(e_i\) en un idempotent de \(A\). Nous pouvons donc écrire \(A = \prod A_j\) comme produit fini d’anneaux de sorte que, dans \(A_j/IA_j\), chaque \(e_i\) soit égal à \(0\) ou à \(1\). Nous omettons certains détails. Remarquons que \(A_j\) est absolument intégralement clos comme anneau quotient de \(A\). Il suffit de relever la factorisation de \(f\) sur \(A_j/IA_j\) dans \(A_j\). Nous sommes ainsi ramenés à la situation étudiée dans le paragraphe suivant.

Supposons que \(e_i = 1\) pour \(i = 1, \ldots, r\) et que \(e_i = 0\) pour \(i = r + 1, \ldots, d\). Comme \((g_0, h_0) = A/I[T]\), il existe \(k_0, l_0 \in A/I[T]\) tels que \(g_0 k_0 + h_0 l_0 = 1\). On voit que \(e = h_0 l_0\) et que \(e_i = h_0(a_i) l_0(a_i)\). Nous en déduisons que \(h_0(a_i)\) est une unité pour \(i = 1, \dots ,r\). Comme \(f(a_i) = 0\), nous avons \(0 = h_0(a_i)g_0(a_i)\), d’où \(g_0(a_i) = 0\) pour \(i = 1, \ldots, r\). Ainsi, \((T - a_1)\) divise \(g_0\) dans \(A/I[T]\) ; écrivons \(g_0 = (T - a_1) g_0'\). Posons \(f' = (T - a_2) \ldots (T - a_d)\) et \(h'_0 = h_0\). Par récurrence sur \(d\), nous pouvons relever la factorisation \(f' \bmod I = g'_0 h'_0\) en une factorisation \(f' = g' h'\) sur \(A\), qui fournit la factorisation \(f = (T - a_1) g' h'\) relevant la factorisation \(f \bmod I = g_0 h_0\), comme voulu.

Anneaux auto-associés

Une partie de ce qui suit se trouve dans [Autour].

Définition

On dit qu’un anneau \(R\) est auto-associé si \(R\) est local et si son idéal maximal \(\mathfrak m\) est faiblement associé à \(R\).

Lemme

Un anneau auto-associé \(R\) possède la propriété suivante : (P) Tout idéal de type fini propre \(I \subset R\) possède un annulateur non nul.

Démonstration

Par hypothèse, il existe un élément non nul \(x \in R\) tel que, pour tout \(f \in \mathfrak m\), on ait \(f^n x = 0\). Écrivons \(I = (f_1, \ldots, f_r)\). Alors \(x\) appartient au noyau de \(R \to \bigoplus R_{f_i}\). Il existe donc un élément non nul \(y \in R\) tel que \(f_i y = 0\) pour tout \(i\) ; voir Algèbre, lemme 0565. Comme \(y \in \text{Ann}_R(I)\), le résultat est démontré.

Lemme

Soit \(R\) un anneau possédant la propriété (P) du lemme 05GN. Soit \(u : N \to M\) un homomorphisme de \(R\)-modules projectifs. Alors \(u\) est universellement injectif si et seulement si \(u\) est injectif.

Démonstration

Supposons \(u\) injectif. Il s’agit de montrer que \(u\) est universellement injectif. Choisissons d’abord un module \(Q\) tel que \(N \oplus Q\) soit libre. En considérant l’homomorphisme \(N \oplus Q \to M \oplus Q\), on voit qu’il suffit de démontrer le lemme lorsque \(N\) est libre. Dans ce cas, \(N\) est une colimite filtrante de \(R\)-modules libres de type fini. Nous sommes donc ramenés au cas où \(N\) est un \(R\)-module libre de type fini, disons \(N = R^{\oplus n}\). Démontrons le lemme par récurrence sur \(n\). Le cas \(n = 0\) est trivial.

Soit \(u : R^{\oplus n} \to M\) un homomorphisme injectif de modules, avec \(M\) projectif. Choisissons un \(R\)-module \(Q\) tel que \(M \oplus Q\) soit libre. En remplaçant \(u\) par la composée \(R^{\oplus n} \to M \to M \oplus Q\), on voit que l’on peut supposer \(M\) libre. Il existe alors un facteur direct \(R^{\oplus m} \subset M\) tel que \(u(R^{\oplus n}) \subset R^{\oplus m}\). Nous pouvons donc supposer que \(M = R^{\oplus m}\). Dans ce cas, \(u\) est donné par une matrice \(A = (a_{ij})\) telle que \(u(x_1, \ldots, x_n) = (\sum x_i a_{i1}, \ldots, \sum x_i a_{im})\). Comme \(u\) est injectif, on a en particulier \(u(x, 0, \ldots, 0) = (xa_{11}, xa_{12}, \ldots, xa_{1m}) \not = 0\) si \(x \not = 0\), et, puisque \(R\) possède la propriété (P), on voit que \(a_{11}R + a_{12}R + \ldots + a_{1m}R = R\). Par conséquent, \(R(a_{11}, \ldots, a_{1m}) \subset R^{\oplus m}\) est un facteur direct de \(R^{\oplus m}\) ; en particulier, \(R^{\oplus m}/R(a_{11}, \ldots, a_{1m})\) est un \(R\)-module projectif. Nous obtenons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & R \ar[rr] \ar[d]^1 & & R^{\oplus n} \ar[r] \ar[d]^u & R^{\oplus n - 1} \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & R \ar[rr]^{(a_{11}, \ldots, a_{1m})} & & R^{\oplus m} \ar[r] & R^{\oplus m}/R(a_{11}, \ldots, a_{1m}) \ar[r] & 0 }\] dont les lignes sont exactes et scindées. La flèche verticale de droite est donc injective et l’hypothèse de récurrence montre qu’elle est universellement injective. Il en résulte que la flèche verticale du milieu est universellement injective.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(R\) possède la propriété (P) du lemme 05GN,

  2. tout homomorphisme injectif de \(R\)-modules projectifs est universellement injectif,

  3. si \(u : N \to M\) est injectif et si \(N\), \(M\) sont des \(R\)-modules projectifs de type fini, alors \(\Coker(u)\) est un \(R\)-module projectif de type fini,

  4. si \(N \subset M\) et si \(N\), \(M\) sont projectifs de type fini comme \(R\)-modules, alors \(N\) est un facteur direct de \(M\), et

  5. tout homomorphisme injectif \(R \to R^{\oplus n}\) est une injection scindée.

Démonstration

L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) est le lemme 05GP. Il est clair que (3) et (4) sont équivalentes. L’implication (2) \(\Rightarrow\) (3), (4) résulte d’Algèbre, lemme 058L. L’assertion (5) est un cas particulier de (4). Supposons (5). Soit \(I = (a_1, \ldots, a_n)\) un idéal propre de type fini de \(R\). Comme \(I \not = R\), l’homomorphisme \(R \to R^{\oplus n}\), \(x \mapsto (xa_1, \ldots, xa_n)\) n’est pas une injection scindée. Son noyau est donc non nul, et nous en concluons que \(\text{Ann}_R(I) \not = 0\). Ainsi, (1) est satisfaite.

Exemple

Même lorsque les conditions équivalentes du lemme 05GQ sont satisfaites, tout homomorphisme injectif de \(R\)-modules libres n’est pas nécessairement une injection scindée. Par exemple, supposons que \(R = k[x_1, x_2, x_3, \ldots]/(x_i^2)\). C’est un anneau auto-associé. Considérons l’homomorphisme de \(R\)-modules libres \[u : \bigoplus\nolimits_{i \geq 1} Re_i \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i \geq 1} Rf_i, \quad e_i \longmapsto f_i - x_if_{i + 1}.\] Pour tout entier \(n\), la restriction de \(u\) à \(\bigoplus_{i = 1, \ldots, n} Re_i\) est injective, car les images \(u(e_1), \ldots, u(e_n)\) sont \(R\)-linéairement indépendantes. Ainsi, \(u\) est injectif et donc universellement injectif d’après le lemme. Comme \(u \otimes \text{id}_k\) est bijectif, si \(u\) était une injection scindée, alors \(u\) serait surjectif. Or \(u\) n’est pas surjectif, car l’antécédent de \(f_1\) serait l’élément \[\sum\nolimits_{i \geq 0} x_1 \ldots x_ie_{i + 1} = e_1 + x_1e_2 + x_1x_2e_3 + \ldots\] qui n’appartient pas à la somme directe. Remarquons au passage que \(\Coker(u)\) est plat (car \(u\) est universellement injectif), est un \(R\)-module engendré par une famille dénombrable, qui n’est pas projectif (car \(u\) n’est pas scindé), et n’est donc pas de Mittag-Leffler (voir Algèbre, lemme 059X).

Le lemme suivant est un cas particulier d’Algèbre, proposition 00N1, lorsque l’anneau local est noethérien.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local. Supposons que \(\varphi : R^m \to R^n\) soit un homomorphisme de modules libres de type fini. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\varphi\) est injectif,

  2. le rang de \(\varphi\) est \(m\) et l’annulateur de \(I(\varphi)\) dans \(R\) est nul.

Si \(R\) est noethérien, elles sont aussi équivalentes à

  1. le rang de \(\varphi\) est \(m\) et soit \(I(\varphi) = R\), soit il contient un non-diviseur de zéro.

Ici, le rang de \(\varphi\) et \(I(\varphi)\) sont définis comme dans Algèbre, définition 00MV.

Démonstration

Si l’un des coefficients de la matrice de \(\varphi\) n’appartient pas à \(\mathfrak m\), nous appliquons Algèbre, lemme 00MT, pour écrire \(\varphi\) comme somme de \(1 : R \to R\) et d’un homomorphisme \(\varphi' : R^{m-1} \to R^{n-1}\). On vérifie aisément que le lemme pour \(\varphi'\) implique le lemme pour \(\varphi\). Nous pouvons donc supposer dès le départ que tous les coefficients de la matrice de \(\varphi\) appartiennent à \(\mathfrak m\).

Supposons \(\varphi\) injectif. Nous pouvons supposer \(m > 0\). Soit \(\mathfrak q \in \text{WeakAss}(R)\), de sorte que \(R_\mathfrak q\) soit un anneau auto-associé. Alors \(\varphi\) induit un homomorphisme injectif \(R_\mathfrak q^m \to R_\mathfrak q^n\) qui est universellement injectif d’après les lemmes 05GN et 05GP. Ainsi, \(\varphi : \kappa(\mathfrak q)^m \to \kappa(\mathfrak q)^n\) est injectif. Le rang de \(\varphi \bmod \mathfrak q\) vaut donc \(m\) et \(I(\varphi \otimes \kappa(\mathfrak q))\) n’est pas l’idéal nul. Comme \(m\) est le rang maximal que \(\varphi\) puisse avoir, nous en concluons que \(\varphi\) est également de rang \(m\) (le rang d’une matrice ne peut que décroître après un changement de base). Par conséquent, \(I(\varphi) \cdot \kappa(\mathfrak q) = I(\varphi \otimes \kappa(\mathfrak q))\) n’est pas nul. Ainsi, \(I(\varphi)\) n’est pas contenu dans \(\mathfrak q\). Aucun idéal premier faiblement associé à \(R\) n’est donc faiblement associé au \(R\)-module \(\text{Ann}_R I(\varphi)\). Par suite, \(\text{Ann}_R I(\varphi)\) n’a aucun idéal premier faiblement associé ; voir Algèbre, lemme 0548. Il résulte d’Algèbre, lemme 0588, que \(\text{Ann}_R I(\varphi)\) est nul.

Réciproquement, supposons (2). Puisque le rang vaut \(m\), on a \(n \geq m\). Écrivons \(I(\varphi) = (f_1, \ldots, f_r)\), ce qui est possible puisque \(I(\varphi)\) est de type fini. D’après Algèbre, lemme 07DQ, il existe des homomorphismes \(\psi_i : R^n \to R^m\) tels que \(\psi \circ \varphi = f_i \text{id}_{R^m}\). Ainsi, \(\varphi(x) = 0\) implique \(f_i x = 0\) pour \(i = 1, \ldots, r\). Il en résulte que \(x = 0\) et donc que \(\varphi\) est injectif.

Pour l’équivalence de (1) et (3) dans le cas local noethérien, nous renvoyons à Algèbre, proposition 00N1. Si l’anneau \(R\) est noethérien mais non local, le lecteur peut la déduire du cas local ; nous omettons les détails. On peut aussi reprendre l’argument ci-dessus en utilisant les idéaux premiers associés, leur finitude, l’évitement des idéaux premiers et la caractérisation des non-diviseurs de zéro comme les éléments d’un anneau noethérien qui n’appartiennent à aucun idéal premier associé.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Supposons que \(\varphi : R^n \to R^n\) soit un homomorphisme injectif de modules libres de type fini de même rang. Alors \(\Hom_R(\Coker(\varphi), R) = 0\).

Démonstration

Soit \(\varphi^t : R^n \to R^n\) la transposée de \(\varphi\). Le lemme affirme que \(\varphi^t\) est injectif. Avec les notations du lemme 00MX, on voit que le rang de \(\varphi^t\) vaut \(n\) et que \(I(\varphi) = I(\varphi^t)\). On conclut donc par l’équivalence de (1) et (2) dans ce lemme.

Stratification par platification

Soient \(R \to S\) un morphisme d’anneaux et \(M\) un \(S\)-module. Pour toute \(R\)-algèbre \(R'\), nous pouvons considérer les changements de base \(S' = S \otimes_R R'\) et \(M' = M \otimes_R R'\). Nous disons que \(R \to R'\) platifie \(M\) si le module \(M'\) est plat sur \(R'\). Nous voudrions comprendre la structure de la collection des morphismes d’anneaux \(R \to R'\) qui platifient \(M\). Nous voudrions notamment savoir s’il existe une platification universelle \(R \to R_{univ}\) de \(M\), c’est-à-dire un morphisme d’anneaux \(R \to R_{univ}\) qui platifie \(M\) et tel que tout morphisme d’anneaux \(R \to R'\) qui platifie \(M\) se factorise par \(R \to R_{univ}\). Il s’avère qu’une telle solution universelle n’existe généralement pas.

Nous étudierons les platifications universelles et les stratifications par platification dans le cadre schématique \(\mathcal{F}/X/S\) dans Compléments sur la platitude, section 052F. Si la platification universelle \(R \to R_{univ}\) existe, alors le morphisme de schémas \(\Spec(R_{univ}) \to \Spec(R)\) est la platification universelle du module quasi-cohérent \(\widetilde{M}\) sur \(\Spec(S)\).

Dans cette section et les quelques suivantes, nous démontrons des faits algébriques élémentaires qui s’y rapportent. Le résultat le plus élémentaire est peut-être le suivant.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soient \(I_1\), \(I_2\) des idéaux de \(R\). Si \(M/I_1M\) est plat sur \(R/I_1\) et \(M/I_2M\) est plat sur \(R/I_2\), alors \(M/(I_1 \cap I_2)M\) est plat sur \(R/(I_1 \cap I_2)\).

Démonstration

En remplaçant \(R\) par \(R/(I_1 \cap I_2)\) et \(M\) par \(M/(I_1 \cap I_2)M\), nous pouvons supposer \(I_1 \cap I_2 = 0\). Soit \(J \subset R\) un idéal. Pour démontrer que \(M\) est plat sur \(R\), nous devons montrer que \(J \otimes_R M \to M\) est injectif ; voir Algèbre, lemme 00HD. La platitude de \(M/I_1M\) sur \(R/I_1\) montre que l’homomorphisme \[J/(J \cap I_1) \otimes_R M = (J + I_1)/I_1 \otimes_{R/I_1} M/I_1M \longrightarrow M/I_1M\] est injectif. Puisque \(0 \to (J \cap I_1) \to J \to J/(J \cap I_1) \to 0\) est exacte, nous obtenons un diagramme \[\xymatrix{ (J \cap I_1) \otimes_R M \ar[r] \ar[d] & J \otimes_R M \ar[r] \ar[d] & J/(J \cap I_1) \otimes_R M \ar[r] \ar[d] & 0 \\ M \ar@{=}[r] & M \ar[r] & M/I_1M }\] Il suffit donc de montrer que \((J \cap I_1) \otimes_R M \to M\) est injectif. Comme \(I_1 \cap I_2 = 0\), l’idéal \(J \cap I_1\) s’envoie isomorphiquement sur un idéal \(J' \subset R/I_2\), et l’on a \((J \cap I_1) \otimes_R M = J' \otimes_{R/I_2} M/I_2M\). Par platitude de \(M/I_2M\) sur \(R/I_2\), l’homomorphisme \(J' \otimes_{R/I_2} M/I_2M \to M/I_2M\) est injectif, ce qui implique clairement que \((J \cap I_1) \otimes_R M \to M\) est injectif.

Platification sur un anneau artinien

Une platification universelle existe lorsque l’anneau de base est un anneau local artinien. Elle existe pour un module quelconque. Par conséquent, comme nous le verrons plus loin, une stratification par platification existe lorsque le schéma de base est le spectre d’un anneau local artinien.

Lemme

Soit \(R\) un anneau artinien. Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors il existe un plus petit idéal \(I \subset R\) tel que \(M/IM\) soit plat sur \(R/I\).

Démonstration

Cela résulte directement du lemme 0522 et de la propriété artinienne.

Cet idéal possède la propriété universelle suivante.

Lemme

Soit \(R\) un anneau artinien. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(I \subset R\) le plus petit idéal \(I \subset R\) tel que \(M/IM\) soit plat sur \(R/I\). Alors \(I\) possède la propriété universelle suivante : pour tout morphisme d’anneaux \(\varphi : R \to R'\), on a \[R' \otimes_R M\text{ est plat sur }R' \Leftrightarrow \text{on a }\varphi(I) = 0.\]

Démonstration

Notons que \(I\) existe d’après le lemme 0524. L’implication \(\Rightarrow\) résulte d’Algèbre, lemme 00HI. Soit \(\varphi : R \to R'\) tel que \(M \otimes_R R'\) soit plat sur \(R'\). Soit \(J = \Ker(\varphi)\). D’après Algèbre, lemme 051L, comme \(R' \otimes_R M = R' \otimes_{R/J} M/JM\) est plat sur \(R'\), nous en concluons que \(M/JM\) est plat sur \(R/J\). Ainsi, \(I \subset J\), comme voulu.

Platification au-dessus d’une partie fermée de la base

Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(S\)-module. Dans la suite, nous considérerons la condition suivante : [052W]\[\begin{equation} \forall \mathfrak q \in V(IS) \subset \Spec(S) : M_{\mathfrak q}\text{ est plat sur }R. \end{equation}\] Géométriquement, cela signifie que \(M\) est plat sur \(R\) le long de l’image réciproque de \(V(I)\) dans \(\Spec(S)\). Si \(R\) et \(S\) sont des anneaux noethériens et si \(M\) est un \(S\)-module de type fini, alors (052W) équivaut à demander que \(M/I^nM\) soit plat sur \(R/I^n\) pour tout \(n \geq 1\) ; voir Algèbre, lemme 0523.

Lemme

Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(S\)-module. Soient \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux et \(IR' \subset I' \subset R'\) un idéal. Si (052W) est satisfaite pour \((R \to S, I, M)\), alors (052W) est satisfaite pour \((R' \to S \otimes_R R', I', M \otimes_R R')\).

Démonstration

Supposons (052W) satisfaite pour \((R \to S, I \subset R, M)\). Soit \(I'(S \otimes_R R') \subset \mathfrak q'\) un idéal premier de \(S \otimes_R R'\). Soit \(\mathfrak q \subset S\) l’idéal premier correspondant de \(S\). Alors \(IS \subset \mathfrak q\). Remarquons que \((M \otimes_R R')_{\mathfrak q'}\) est un localisé du changement de base \(M_{\mathfrak q} \otimes_R R'\). Par conséquent, \((M \otimes_R R')_{\mathfrak q'}\) est plat sur \(R'\), car c’est un localisé d’un module plat ; voir Algèbre, lemmes 00HI et 00HT.

Lemme

Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(S\)-module. Soient \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux et \(IR' \subset I' \subset R'\) un idéal tels que

  1. l’application \(V(I') \to V(I)\) induite par \(\Spec(R') \to \Spec(R)\) soit surjective, et

  2. \(R'_{\mathfrak p'}\) soit plat sur \(R\) pour tout idéal premier \(\mathfrak p' \in V(I')\).

Si (052W) est satisfaite pour \((R' \to S \otimes_R R', I', M \otimes_R R')\), alors (052W) est satisfaite pour \((R \to S, I, M)\).

Démonstration

Supposons (052W) satisfaite pour \((R' \to S \otimes_R R', IR', M \otimes_R R')\). Choisissons un idéal premier \(IS \subset \mathfrak q \subset S\). Soit \(I \subset \mathfrak p \subset R\) l’idéal premier correspondant de \(R\). Par hypothèse, il existe un idéal premier \(\mathfrak p' \in V(I')\) de \(R'\) au-dessus de \(\mathfrak p\), et \(R_{\mathfrak p} \to R'_{\mathfrak p'}\) est plat. Choisissons un idéal premier \(\overline{\mathfrak q}' \subset \kappa(\mathfrak q) \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak p')\) qui corresponde à un idéal premier \(\mathfrak q' \subset S \otimes_R R'\) au-dessus de \(\mathfrak q\) et de \(\mathfrak p'\). Remarquons que \((S \otimes_R R')_{\mathfrak q'}\) est un localisé de \(S_{\mathfrak q} \otimes_{R_{\mathfrak p}} R'_{\mathfrak p'}\). Par hypothèse, le module \((M \otimes_R R')_{\mathfrak q'}\) est plat sur \(R'_{\mathfrak p'}\). Algèbre, lemme 00MQ, implique donc que \(M_{\mathfrak q}\) est plat sur \(R_{\mathfrak p}\), ce qu’il fallait démontrer.

Lemme

Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux de présentation finie. Soit \(M\) un \(S\)-module de présentation finie. Soit \(R' = \colim_{\lambda \in \Lambda} R_\lambda\) une colimite filtrante de \(R\)-algèbres. Soient \(I_\lambda \subset R_\lambda\) des idéaux tels que \(I_\lambda R_\mu \subset I_\mu\) pour tout \(\mu \geq \lambda\), et posons \(I' = \colim_\lambda I_\lambda\). Si (052W) est satisfaite pour \((R' \to S \otimes_R R', I', M \otimes_R R')\), alors il existe \(\lambda \in \Lambda\) tel que (052W) soit satisfaite pour \((R_\lambda \to S \otimes_R R_\lambda, I_\lambda, M \otimes_R R_\lambda)\).

Démonstration

Notons \(S_\lambda = S \otimes_R R_\lambda\), \(S' = S \otimes_R R'\), \(M_\lambda = M \otimes_R R_\lambda\) et \(M' = M \otimes_R R'\). Le changement de base \(S'\) est de présentation finie sur \(R'\), et \(M'\) est de présentation finie sur \(S'\) ; il en va de même des versions indicées par \(\lambda\) ; voir Algèbre, lemme 05G5. D’après Algèbre, théorème 00RC, l’ensemble \[U' = \{\mathfrak q' \in \Spec(S') \mid M'_{\mathfrak q'}\text{ est plat sur }R'\}\] est ouvert dans \(\Spec(S')\). Remarquons que \(V(I'S')\) est un espace quasi-compact contenu dans \(U'\) par hypothèse. Il existe donc un nombre fini d’éléments \(g'_j \in S'\), \(j = 1, \ldots, m\), tels que \(D(g'_j) \subset U'\) et \(V(I'S') \subset \bigcup D(g'_j)\). En particulier, \((M')_{g'_j}\) est un module plat sur \(R'\).

Nous allons choisir des éléments \(\lambda \in \Lambda\) de plus en plus grands. Choisissons-le d’abord assez grand pour qu’il existe des \(g_{j, \lambda} \in S_{\lambda}\) s’envoyant sur \(g'_j\). L’inclusion \(V(I'S') \subset \bigcup D(g'_j)\) signifie que \(I'S' + (g'_1, \ldots, g'_m) = S'\), ce qui peut s’écrire \(1 = \sum z_sh_s + \sum f_jg'_j\) pour certains \(z_s \in I'\) et \(h_s, f_j \in S'\). En agrandissant \(\lambda\), nous pouvons supposer qu’une telle égalité vaut dans \(S_\lambda\). Nous pouvons donc supposer que \(V(I_\lambda S_\lambda) \subset \bigcup D(g_{j, \lambda})\). D’après Algèbre, lemme 02JO, pour \(\lambda\) assez grand, les modules \((M_\lambda)_{g_{j, \lambda}}\) sont plats sur \(R_\lambda\). En particulier, le module \(M_\lambda\) est plat sur \(R_\lambda\) en tout idéal premier au-dessus de l’idéal \(I_\lambda\).

Platification au-dessus de parties fermées de la source et de la base

Dans cette section, nous généralisons légèrement l’étude de la section 05LK. Nous conseillons vivement au lecteur de commencer par lire et comprendre cette section.

Situation

Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(J \subset S\) un idéal. Soit \(M\) un \(S\)-module.

Dans cette situation, étant donnés une \(R\)-algèbre \(R'\) et un idéal \(I' \subset R'\), nous posons \(S' = S \otimes_R R'\) et \(M' = M \otimes_R R'\). Nous considérerons la condition [05LQ]\[\begin{equation} \forall \mathfrak q' \in V(I'S' + JS') \subset \Spec(S') : M'_{\mathfrak q'}\text{ est plat sur }R'. \end{equation}\] Géométriquement, cela signifie que \(M'\) est plat sur \(R'\) le long de l’intersection de l’image réciproque de \(V(I')\) et de l’image réciproque de \(V(J)\). Puisque \((R \to S, J, M)\) sont fixés, la condition (05LQ) ne dépend que du couple \((R', I')\), où \(R'\) est considérée comme une \(R\)-algèbre.

Lemme

Dans la situation 05LP, soit \(R' \to R''\) un morphisme de \(R\)-algèbres. Soient \(I' \subset R'\) et \(I'R'' \subset I'' \subset R''\) des idéaux. Si (05LQ) est satisfaite pour \((R', I')\), alors (05LQ) est satisfaite pour \((R'', I'')\).

Démonstration

Supposons (05LQ) satisfaite pour \((R', I')\). Soit \(I''S'' + JS'' \subset \mathfrak q''\) un idéal premier de \(S''\). Soit \(\mathfrak q' \subset S'\) l’idéal premier correspondant de \(S'\). Alors \(I'S' \subset \mathfrak q'\) et \(JS' \subset \mathfrak q'\), puisque les conditions correspondantes sont satisfaites pour \(\mathfrak q''\). Remarquons que \((M'')_{\mathfrak q''}\) est un localisé du changement de base \(M'_{\mathfrak q'} \otimes_R R''\). Par conséquent, \((M'')_{\mathfrak q''}\) est plat sur \(R''\), car c’est un localisé d’un module plat ; voir Algèbre, lemmes 00HI et 00HT.

Lemme

Dans la situation 05LP, soit \(R' \to R''\) un morphisme de \(R\)-algèbres. Soient \(I' \subset R'\) et \(I'R'' \subset I'' \subset R''\) des idéaux. Supposons que

  1. l’application \(V(I'') \to V(I')\) induite par \(\Spec(R'') \to \Spec(R')\) soit surjective, et

  2. \(R''_{\mathfrak p''}\) soit plat sur \(R'\) pour tout idéal premier \(\mathfrak p'' \in V(I'')\).

Si (05LQ) est satisfaite pour \((R'', I'')\), alors (05LQ) est satisfaite pour \((R', I')\).

Démonstration

Supposons (05LQ) satisfaite pour \((R'', I'')\). Choisissons un idéal premier \(I'S' + JS' \subset \mathfrak q' \subset S'\). Soit \(I' \subset \mathfrak p' \subset R'\) l’idéal premier correspondant de \(R'\). Par hypothèse, il existe un idéal premier \(\mathfrak p'' \in V(I'')\) de \(R''\) au-dessus de \(\mathfrak p'\), et \(R'_{\mathfrak p'} \to R''_{\mathfrak p''}\) est plat. Choisissons un idéal premier \(\overline{\mathfrak q}'' \subset \kappa(\mathfrak q') \otimes_{\kappa(\mathfrak p')} \kappa(\mathfrak p'')\). Celui-ci correspond à un idéal premier \(\mathfrak q'' \subset S'' = S' \otimes_{R'} R''\) au-dessus de \(\mathfrak q'\) et de \(\mathfrak p''\). En particulier, on voit que \(I''S'' \subset \mathfrak q''\) et \(JS'' \subset \mathfrak q''\). Remarquons que \((S' \otimes_{R'} R'')_{\mathfrak q''}\) est un localisé de \(S'_{\mathfrak q'} \otimes_{R'_{\mathfrak p'}} R''_{\mathfrak p''}\). Par hypothèse, le module \((M' \otimes_{R'} R'')_{\mathfrak q''}\) est plat sur \(R''_{\mathfrak p''}\). Algèbre, lemme 00MQ, implique donc que \(M'_{\mathfrak q'}\) est plat sur \(R'_{\mathfrak p'}\), ce qu’il fallait démontrer.

Lemme

Dans la situation 05LP, supposons que \(R \to S\) soit essentiellement de présentation finie et que \(M\) soit un \(S\)-module de présentation finie. Soit \(R' = \colim_{\lambda \in \Lambda} R_\lambda\) une colimite filtrante de \(R\)-algèbres. Soient \(I_\lambda \subset R_\lambda\) des idéaux tels que \(I_\lambda R_\mu \subset I_\mu\) pour tout \(\mu \geq \lambda\), et posons \(I' = \colim_\lambda I_\lambda\). Si (05LQ) est satisfaite pour \((R', I')\), alors il existe \(\lambda \in \Lambda\) tel que (05LQ) soit satisfaite pour \((R_\lambda, I_\lambda)\).

Démonstration

Démontrons d’abord le lemme lorsque \(R \to S\) est de présentation finie, puis expliquons les modifications nécessaires dans le cas général. Notons \(S_\lambda = S \otimes_R R_\lambda\), \(S' = S \otimes_R R'\), \(M_\lambda = M \otimes_R R_\lambda\) et \(M' = M \otimes_R R'\). Le changement de base \(S'\) est de présentation finie sur \(R'\), et \(M'\) est de présentation finie sur \(S'\) ; il en va de même des versions indicées par \(\lambda\) ; voir Algèbre, lemme 05G5. D’après Algèbre, théorème 00RC, l’ensemble \[U' = \{\mathfrak q' \in \Spec(S') \mid M'_{\mathfrak q'}\text{ est plat sur }R'\}\] est ouvert dans \(\Spec(S')\). Remarquons que \(V(I'S' + JS')\) est un espace quasi-compact contenu dans \(U'\) par hypothèse. Il existe donc un nombre fini d’éléments \(g'_j \in S'\), \(j = 1, \ldots, m\), tels que \(D(g'_j) \subset U'\) et \(V(I'S' + JS') \subset \bigcup D(g'_j)\). En particulier, \((M')_{g'_j}\) est un module plat sur \(R'\).

Nous allons choisir des éléments \(\lambda \in \Lambda\) de plus en plus grands. Choisissons-le d’abord assez grand pour qu’il existe des \(g_{j, \lambda} \in S_{\lambda}\) s’envoyant sur \(g'_j\). L’inclusion \(V(I'S' + JS') \subset \bigcup D(g'_j)\) signifie que \(I'S' + JS' + (g'_1, \ldots, g'_m) = S'\), ce qui peut s’écrire \[1 = \sum y_tk_t + \sum z_sh_s + \sum f_jg'_j\] pour certains \(z_s \in I'\), \(y_t \in J\) et \(k_t, h_s, f_j \in S'\). En agrandissant \(\lambda\), nous pouvons supposer qu’une telle égalité vaut dans \(S_\lambda\). Nous pouvons donc supposer que \(V(I_\lambda S_\lambda + J S_\lambda) \subset \bigcup D(g_{j, \lambda})\). D’après Algèbre, lemme 02JO, pour \(\lambda\) assez grand, les modules \((M_\lambda)_{g_{j, \lambda}}\) sont plats sur \(R_\lambda\). En particulier, le module \(M_\lambda\) est plat sur \(R_\lambda\) en tous les idéaux premiers correspondant à des points de \(V(I_\lambda S_\lambda + J S_\lambda)\).

Lorsque \(S\) est essentiellement de présentation finie, nous pouvons écrire \(S = \Sigma^{-1}C\), où \(R \to C\) est de présentation finie et \(\Sigma \subset C\) est une partie multiplicative. Nous pouvons aussi écrire \(M = \Sigma^{-1}N\) pour un certain \(C\)-module de présentation finie \(N\) ; voir Algèbre, lemme 05N5. Introduisons alors \(C_\lambda\), \(C'\), \(N_\lambda\), \(N'\). Dans l’argument ci-dessus, nous obtenons un ouvert \(U' \subset \Spec(C')\) sur lequel \(N'\) est plat sur \(R'\). L’hypothèse que (05LQ) est satisfaite signifie que \(V(I'S' + JS')\) s’envoie dans \(U'\), car, pour un idéal premier \(\mathfrak q' \subset S'\) correspondant à un idéal premier \(\mathfrak r' \subset C'\), on a \(M'_{\mathfrak q'} = N'_{\mathfrak r'}\). Il existe donc des \(g'_j \in C'\) tels que \(\bigcup D(g'_j)\) contienne l’image de \(V(I'S' + JS')\). La suite de la démonstration est exactement la même que précédemment.

Lemme

Plaçons-nous dans la situation 05LP. Soit \(I \subset R\) un idéal. Supposons que

  1. \(R\) soit un anneau noethérien,

  2. \(S\) soit un anneau noethérien,

  3. \(M\) soit un \(S\)-module de type fini, et

  4. pour chaque \(n \geq 1\) et tout idéal premier \(\mathfrak q \in V(J + IS)\), le module \((M/I^n M)_{\mathfrak q}\) soit plat sur \(R/I^n\).

Alors (05LQ) est satisfaite pour \((R, I)\) ; c’est-à-dire que, pour tout idéal premier \(\mathfrak q \in V(J + IS)\), le localisé \(M_{\mathfrak q}\) est plat sur \(R\).

Démonstration

Soit \(\mathfrak q \in V(J + IS)\). Algèbre, lemme 0523, appliqué à \(R \to S_{\mathfrak q}\) et à \(M_{\mathfrak q}\), implique alors que \(M_{\mathfrak q}\) est plat sur \(R\).

Platification sur un anneau local noethérien complet

Les trois lemmes suivants donnent une démonstration entièrement algébrique de l’existence de la stratification « locale » par platification lorsque la base est un anneau local noethérien complet \(R\) et que le module donné est de type fini sur une \(R\)-algèbre de type fini \(S\).

Lemme

Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Supposons que

  1. \((R, \mathfrak m)\) soit un anneau local noethérien complet,

  2. \(S\) soit un anneau noethérien, et

  3. \(M\) soit de type fini sur \(S\).

Alors il existe un idéal \(I \subset \mathfrak m\) tel que

  1. \((M/IM)_{\mathfrak q}\) soit plat sur \(R/I\) pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S/IS\) au-dessus de \(\mathfrak m\), et

  2. si \(J \subset R\) est un idéal tel que \((M/JM)_{\mathfrak q}\) soit plat sur \(R/J\) pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) au-dessus de \(\mathfrak m\), alors \(I \subset J\).

Autrement dit, \(I\) est le plus petit idéal de \(R\) tel que (052W) soit satisfaite pour \((\overline{R} \to \overline{S}, \overline{\mathfrak m}, \overline{M})\) où \(\overline{R} = R/I\), \(\overline{S} = S/IS\), \(\overline{\mathfrak m} = \mathfrak m/I\) et \(\overline{M} = M/IM\).

Démonstration

Soit \(J \subset R\) un idéal. Appliquons Algèbre, lemme 0523, au module \(M/JM\) sur l’anneau \(R/J\). On voit alors que \((M/JM)_{\mathfrak q}\) est plat sur \(R/J\) pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S/JS\) si et seulement si \(M/(J + \mathfrak m^n)M\) est plat sur \(R/(J + \mathfrak m^n)\) pour tout \(n \geq 1\). Nous utiliserons cette remarque ci-dessous.

Pour tout \(n \geq 1\), l’anneau local \(R/\mathfrak m^n\) est artinien. Le lemme 0524 assure donc l’existence d’un plus petit idéal \(I_n \supset \mathfrak m^n\) tel que \(M/I_nM\) soit plat sur \(R/I_n\). Il est clair que \(I_{n + 1} + \mathfrak m^n\) contient \(I_n\) et, en appliquant le lemme 0522, on voit que \(I_n = I_{n + 1} + \mathfrak m^n\). Puisque \(R = \lim_n\ R/\mathfrak m^n\), on voit que \(I = \lim_n\ I_n/\mathfrak m^n\) est un idéal de \(R\) tel que \(I_n = I + \mathfrak m^n\) pour tout \(n \geq 1\). Les remarques initiales de la démonstration montrent que \(I\) vérifie (1) et (2). Nous omettons certains détails.

Lemme

Reprenons les notations \(R \to S\), \(M\) et \(I\), ainsi que les hypothèses du lemme 0526. Considérons un homomorphisme local d’anneaux locaux \(\varphi : (R, \mathfrak m) \to (R', \mathfrak m')\) tel que \(R'\) soit noethérien. Les assertions suivantes sont alors équivalentes :

  1. la condition (052W) est satisfaite pour \((R' \to S \otimes_R R', \mathfrak m', M \otimes_R R')\), et

  2. \(\varphi(I) = 0\).

Démonstration

L’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) résulte du lemme 052X. Soit \(\varphi : R \to R'\) comme dans le lemme, satisfaisant (1). Nous devons montrer que \(\varphi(I) = 0\). Cela équivaut à \(\varphi(I)R' = 0\). Le lemme d’Artin-Rees dans l’anneau local noethérien \(R'\) (voir Algèbre, lemme 00IP) montre que cette condition équivaut à \(\varphi(I)R' + (\mathfrak m')^n = (\mathfrak m')^n\) pour tout \(n > 0\). Elle équivaut donc à demander que la composée \(\varphi_n : R \to R' \to R'/(\mathfrak m')^n\) annule \(I\) pour chaque \(n\). Or l’hypothèse (1) pour \(\varphi\) implique l’hypothèse (1) pour \(\varphi_n\) d’après le lemme 052X. Nous sommes ainsi ramenés au cas où \(R'\) est local artinien.

Supposons \(R'\) artinien. Soit \(J = \Ker(\varphi)\). Il faut montrer que \(I \subset J\). Par la construction de \(I\) dans le lemme 0526, il suffit de montrer que \((M/JM)_{\mathfrak q}\) est plat sur \(R/J\) pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S/JS\) au-dessus de \(\mathfrak m\). Puisque \(R'\) est artinien, la condition (1) signifie que \(M \otimes_R R'\) est plat sur \(R'\). Comme \(R'\) est artinien et que \(R/J \to R'\) est un morphisme local injectif d’anneaux, \(R/J\) est également artinien. Par conséquent, la platitude de \(M \otimes_R R' = M/JM \otimes_{R/J} R'\) sur \(R'\) implique celle de \(M/JM\) sur \(R/J\) d’après Algèbre, lemme 051L. Cela achève la démonstration.

Lemme

Reprenons les notations \(R \to S\), \(M\) et \(I\), ainsi que les hypothèses du lemme 0526. Supposons de plus que \(R \to S\) soit de type fini. Alors, pour tout homomorphisme local d’anneaux locaux \(\varphi : (R, \mathfrak m) \to (R', \mathfrak m')\) les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. la condition (052W) est satisfaite pour \((R' \to S \otimes_R R', \mathfrak m', M \otimes_R R')\), et

  2. \(\varphi(I) = 0\).

Démonstration

L’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) résulte du lemme 052X. Soit \(\varphi : R \to R'\) comme dans le lemme, satisfaisant (1). Comme \(R\) est noethérien, \(R \to S\) est de présentation finie et \(M\) est un \(S\)-module de présentation finie. Écrivons \(R' = \colim_\lambda R_\lambda\) comme colimite filtrante de sous-\(R\)-algèbres locales \(R_\lambda \subset R'\), d’idéaux maximaux \(\mathfrak m_\lambda = R_\lambda \cap \mathfrak m'\), tels que chaque \(R_\lambda\) soit essentiellement de type fini sur \(R\). D’après le lemme 05LM, la condition (052W) est satisfaite pour \((R_\lambda \to S \otimes_R R_\lambda, \mathfrak m_\lambda, M \otimes_R R_\lambda)\) pour un certain \(\lambda\). Le lemme 0527 s’applique donc au morphisme d’anneaux \(R \to R_\lambda\), et l’on voit que \(I\) s’envoie sur zéro dans \(R_\lambda\) ; à plus forte raison, il s’envoie sur zéro dans \(R'\).

Descente de la platitude le long de morphismes intégraux

Commençons par quelques lemmes simples.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(P(T)\) un polynôme unitaire à coefficients dans \(R\). Soit \(\alpha \in R\) tel que \(P(\alpha) = 0\). Alors \(P(T) = (T - \alpha)Q(T)\) pour un certain polynôme unitaire \(Q(T) \in R[T]\).

Démonstration

Par récurrence sur le degré de \(P\). Si \(\deg(P) = 1\), alors \(P(T) = T - \alpha\) et le résultat est vrai. Si \(\deg(P) > 1\), la division euclidienne permet d’écrire \(P(T) = (T - \alpha)Q(T) + r\) pour un polynôme \(Q \in R[T]\) de degré \(< \deg(P)\) et un certain \(r \in R\). Par hypothèse, \(0 = P(\alpha) = (\alpha - \alpha)Q(\alpha) + r = r\), et nous obtenons \(r = 0\), comme voulu.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(P(T)\) un polynôme unitaire à coefficients dans \(R\). Il existe un morphisme d’anneaux fini et libre \(R \to R'\) tel que \(P(T) = (T - \alpha)Q(T)\) pour un certain \(\alpha \in R'\) et un certain polynôme unitaire \(Q(T) \in R'[T]\).

Démonstration

Écrivons \(P(T) = T^d + a_1T^{d - 1} + \ldots + a_0\). Posons \(R' = R[x]/(x^d + a_1x^{d - 1} + \ldots + a_0)\). Soit \(\alpha\) la classe de congruence de \(x\). Il est alors clair que \(P(\alpha) = 0\). Le résultat résulte donc du lemme 052Z.

Lemme

Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux fini. Il existe une extension d’anneaux finie et libre \(R \subset R'\) telle que \(S \otimes_R R'\) soit un quotient d’un anneau de la forme \[R'[T_1, \ldots, T_n]/(P_1(T_1), \ldots, P_n(T_n))\] où \(P_i(T) = \prod_{j = 1, \ldots, d_i} (T - \alpha_{ij})\) pour certains \(\alpha_{ij} \in R'\).

Démonstration

Soient \(x_1, \ldots, x_n \in S\) des générateurs de \(S\) sur \(R\). Pour chaque \(i\), nous pouvons choisir un polynôme unitaire \(P_i(T) \in R[T]\) tel que \(P_i(x_i) = 0\) dans \(S\) ; voir Algèbre, lemme 00GK. Écrivons \(\deg(P_i) = d_i\). D’après le lemme 0530 (appliqué \(\sum d_i\) fois), il existe une extension d’anneaux finie et libre \(R \subset R'\) telle que chaque \(P_i\) se scinde complètement : \[P_i(T) = \prod\nolimits_{j = 1, \ldots, d_i} (T - \alpha_{ij})\] pour certains \(\alpha_{ik} \in R'\). Soit \(R'[T_1, \ldots, T_n] \to S \otimes_R R'\) l’homomorphisme de \(R'\)-algèbres qui envoie \(T_i\) sur \(x_i \otimes 1\). Comme il envoie \(P_i(T_i)\) sur zéro, il induit la surjection cherchée.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(S = R[T_1, \ldots, T_n]/J\). Supposons que \(J\) contienne des éléments de la forme \(P_i(T_i)\), avec \(P_i(T) = \prod_{j = 1, \ldots, d_i} (T - \alpha_{ij})\) pour certains \(\alpha_{ij} \in R\). Pour \(\underline{k} = (k_1, \ldots, k_n)\) tel que \(1 \leq k_i \leq d_i\), considérons l’homomorphisme d’anneaux \[\Phi_{\underline{k}} : R[T_1, \ldots, T_n] \to R, \quad T_i \longmapsto \alpha_{ik_i}\] Posons \(J_{\underline{k}} = \Phi_{\underline{k}}(J)\). Alors l’image de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est égale à \(V(\bigcap J_{\underline{k}})\).

Démonstration

Ce lemme est immédiat. Indication : \(V(\bigcap J_{\underline{k}}) = \bigcup V(J_{\underline{k}})\).

Le résultat suivant est dû à Ferrand ; voir [Ferrand].

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme injectif fini d’anneaux noethériens. Soit \(M\) un \(R\)-module. Si \(M \otimes_R S\) est un \(S\)-module plat, alors \(M\) est un \(R\)-module plat.

Démonstration

Soit \(M\) un \(R\)-module tel que \(M \otimes_R S\) soit plat sur \(S\). D’après Algèbre, lemme 00HJ, pour démontrer que \(M\) est plat, nous pouvons remplacer \(R\) par une extension d’anneaux fidèlement plate quelconque. D’après le lemme 0531, il existe une extension d’anneaux finie et localement libre \(R \subset R'\) telle que \(S' = S \otimes_R R' = R'[T_1, \ldots, T_n]/J\) pour un idéal \(J \subset R'[T_1, \ldots, T_n]\) contenant des éléments de la forme \(P_i(T_i)\), avec \(P_i(T) = \prod_{j = 1, \ldots, d_i} (T - \alpha_{ij})\) pour certains \(\alpha_{ij} \in R'\). Remarquons que \(R'\) est noethérien et que \(R' \subset S'\) est une extension finie d’anneaux. Nous pouvons donc remplacer \(R\) par \(R'\) et supposer que \(S\) admet une présentation comme dans le lemme 0532. Remarquons que \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est surjectif ; voir Algèbre, lemme 00GQ. Ainsi, en utilisant le lemme 0532, nous concluons que \(I = \bigcap J_{\underline{k}}\) est un idéal tel que \(V(I) = \Spec(R)\). Cela signifie que \(I \subset \sqrt{(0)}\) et, puisque \(R\) est noethérien, que \(I\) est nilpotent. Les applications \(\Phi_{\underline{k}}\) induisent des diagrammes commutatifs \[\xymatrix{ S \ar[rr] & & R/J_{\underline{k}} \\ & R \ar[lu] \ar[ru] }\] desquels nous concluons que \(M/J_{\underline{k}}M\) est plat sur \(R/J_{\underline{k}}\). D’après le lemme 0522, on voit que \(M/IM\) est plat sur \(R/I\). Enfin, en appliquant Algèbre, lemme 051J, nous concluons que \(M\) est plat sur \(R\).

Lemme

Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux entier injectif. Soit \(M\) un module de présentation finie sur \(R[x_1, \ldots, x_n]\). Si \(M \otimes_R S\) est plat sur \(S\), alors \(M\) est plat sur \(R\).

Démonstration

Choisissons une présentation \[R[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus t} \to R[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus r} \to M \to 0.\] Disons que le premier homomorphisme est donné par la matrice \(r \times t\) \(T = (f_{ij})\), avec \(f_{ij} \in R[x_1, \ldots, x_n]\). Écrivons \(f_{ij} = \sum f_{ij, I} x^I\) avec \(f_{ij, I} \in R\) (notation multi-indice). Considérons les diagrammes \[\xymatrix{ R \ar[r] & S \\ R_\lambda \ar[u] \ar[r] & S_\lambda \ar[u] }\] où \(R_\lambda\) est une sous-algèbre de type fini sur \(\mathbf{Z}\) de \(R\) contenant tous les \(f_{ij, I}\) et où \(S_\lambda\) est une \(R_\lambda\)-sous-algèbre finie de \(S\). Soit \(M_\lambda\) le \(R_\lambda[x_1, \ldots, x_n]\)-module de type fini défini par une présentation comme ci-dessus, en utilisant la même matrice \(T\), maintenant considérée comme matrice sur \(R_\lambda[x_1, \ldots, x_n]\). Remarquons que \(S\) est la colimite filtrante des \(S_\lambda\) (détails omis). D’après Algèbre, lemme 02JO, il existe un \(\lambda\) tel que le module \(M_\lambda \otimes_{R_\lambda} S_\lambda\) soit plat sur \(S_\lambda\). Le lemme 0533 implique alors que \(M_\lambda\) est plat sur \(R_\lambda\). Comme \(M = M_\lambda \otimes_{R_\lambda} R\), le résultat découle d’Algèbre, lemme 00HI.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme injectif fini d’anneaux noethériens. Soit \(P\) un \(R\)-module. Si \(P \otimes_R S\) est un \(S\)-module projectif, alors \(P\) est un \(R\)-module projectif.

Démonstration

Soit \(P\) un \(R\)-module tel que \(P \otimes_R S\) soit projectif sur \(S\). D’après Algèbre, théorème 05A9, pour démontrer que \(P\) est projectif, nous pouvons remplacer \(R\) par une extension d’anneaux fidèlement plate quelconque. D’après le lemme 0531, il existe une extension d’anneaux finie et localement libre \(R \subset R'\) telle que \(S' = S \otimes_R R' = R'[T_1, \ldots, T_n]/J\) pour un idéal \(J \subset R'[T_1, \ldots, T_n]\) contenant des éléments de la forme \(P_i(T_i)\), avec \(P_i(T) = \prod_{j = 1, \ldots, d_i} (T - \alpha_{ij})\) pour certains \(\alpha_{ij} \in R'\). Remarquons que \(R'\) est noethérien et que \(R' \subset S'\) est une extension finie d’anneaux. Nous pouvons donc remplacer \(R\) par \(R'\) et supposer que \(S\) admet une présentation comme dans le lemme 0532. Remarquons que \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est surjectif ; voir Algèbre, lemme 00GQ. Ainsi, en utilisant le lemme 0532, nous concluons que \(I = \bigcap J_{\underline{k}}\) est un idéal tel que \(V(I) = \Spec(R)\). Cela signifie que \(I \subset \sqrt{(0)}\) et, puisque \(R\) est noethérien, que \(I\) est nilpotent. Les applications \(\Phi_{\underline{k}}\) induisent des diagrammes commutatifs \[\xymatrix{ S \ar[rr] & & R/J_{\underline{k}} \\ & R \ar[lu] \ar[ru] }\] desquels nous concluons que \(P/J_{\underline{k}}P\) est projectif sur \(R/J_{\underline{k}}\). D’après Algèbre, lemme 0H7M, on voit que \(P/IP\) est projectif sur \(R/I\). Comme \(P\) est plat sur \(R\) d’après le lemme 0533, nous pouvons appliquer Algèbre, lemme 05CG, pour conclure que \(P\) est projectif sur \(R\).

Modules sans torsion

Dans cette section, nous étudions les modules sans torsion et leur relation avec la platitude (en particulier sur les anneaux de dimension 1).

Définition

Soit \(R\) un anneau intègre. Soit \(M\) un \(R\)-module.

  1. Nous disons qu’un élément \(x \in M\) est de la torsion s’il existe un \(f \in R\) non nul tel que \(fx = 0\).

  2. Nous disons que \(M\) est sans torsion si le seul élément de \(M\) qui soit de la torsion est \(0\).

  3. Nous disons que \(M\) est un module de torsion si tout élément de \(M\) est de la torsion.

Soit \(R\) un anneau intègre et soit \(S = R \setminus \{0\}\) la partie multiplicative des éléments non nuls de \(R\). Alors un \(R\)-module \(M\) est sans torsion si et seulement si \(M \to S^{-1}M\) est injectif. Autrement dit, si et seulement si l’homomorphisme \(M \to M \otimes_R K\) est injectif, où \(K = S^{-1}R\) est le corps des fractions de \(R\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre. Soit \(M\) un \(R\)-module. L’ensemble des éléments de torsion \(M_{tors}\) de \(M\) est le noyau de l’homomorphisme \(M \to M \otimes_R K\). Ainsi, \(M_{tors}\) est un sous-module \(R\)-de \(M\). Le module quotient \(M/M_{tors}\) est sans torsion.

Démonstration

Voir la discussion ci-dessus.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre. Soit \(M\) un \(R\)-module sans torsion. Pour toute partie multiplicative \(S \subset R\), le module \(S^{-1}M\) est un \(S^{-1}R\)-module sans torsion.

Démonstration

Démonstration omise.

Lemme

Soit \(R \to R'\) un homomorphisme plat d’anneaux intègres. Si \(M\) est un \(R\)-module sans torsion, alors \(M \otimes_R R'\) est un \(R'\)-module sans torsion.

Démonstration

Si \(M\) est sans torsion, alors \(M \subset M \otimes_R K\) est injectif, où \(K\) est le corps des fractions de \(R\). Comme \(R'\) est plat sur \(R\), \(M \otimes_R R' \to (M \otimes_R K) \otimes_R R'\) est injectif. Comme \(M \otimes_R K\) est isomorphe à une somme directe de copies de \(K\), il suffit de voir que \(K \otimes_R R'\) est sans torsion. Cela est vrai car il est un localisé de \(R'\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre. Soit \(0 \to M \to M' \to M'' \to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules. Si \(M\) et \(M''\) sont sans torsion, alors \(M'\) est sans torsion.

Démonstration

Démonstration omise.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre. Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \(M\) est sans torsion si et seulement si \(M_\mathfrak m\) est un \(R_\mathfrak m\)-module sans torsion pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\).

Démonstration

Démonstration omise. Indication : utiliser le lemme 0AUR et Algèbre, lemme 00HN.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Alors \(M\) est sans torsion si et seulement si \(M\) est un sous-module d’un module libre de type fini.

Démonstration

Si \(M\) est un sous-module de \(R^{\oplus n}\), alors \(M\) est sans torsion. Réciproquement, supposons \(M\) sans torsion. Soit \(K\) le corps des fractions de \(R\). Alors \(M \otimes_R K\) est un espace vectoriel de dimension finie sur \(K\). Choisissons une base \(e_1, \ldots, e_r\) de cet espace vectoriel. Soient \(x_1, \ldots, x_n\) des générateurs de \(M\). Écrivons \(x_i = \sum (a_{ij}/b_{ij}) e_j\) pour certains \(a_{ij}, b_{ij} \in R\) avec \(b_{ij} \not = 0\). Posons \(b = \prod_{i, j} b_{ij}\). Comme \(M\) est sans torsion, l’homomorphisme \(M \to M \otimes_R K\) est injectif et son image est contenue dans \(R^{\oplus r} = R e_1/b \oplus \ldots \oplus Re_r/b\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini non nul. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M\) est sans torsion,

  2. \(M\) est un sous-module d’un module libre de type fini,

  3. \((0)\) est le seul idéal premier associé à \(M\),

  4. \((0)\) appartient au support de \(M\) et \(M\) possède la propriété \((S_1)\), et

  5. \((0)\) appartient au support de \(M\) et \(M\) n’a aucun idéal premier associé immergé.

Démonstration

Nous avons vu l’équivalence de (1) et (2) dans le lemme 0AUU. Nous avons vu l’équivalence de (4) et (5) dans Algèbre, lemme 031Q. L’équivalence de (3) et (5) est immédiate d’après la définition. Le localisé d’un module sans torsion est sans torsion (lemme 0AUR); il est donc clair que \(M\) n’a aucun idéal premier associé différent de \((0)\). Ainsi, (1) implique (5). Réciproquement, supposons (5). Si \(M\) possède de la torsion, il existe une immersion \(R/I \subset M\) pour un idéal non nul \(I\) de \(R\). Ainsi, \(M\) possède un idéal premier associé différent de \((0)\) (voir Algèbre, lemmes 02M3 et 0587). C’est un idéal premier associé immergé, ce qui contredit l’hypothèse.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre. Tout \(R\)-module plat est sans torsion.

Démonstration

Si \(x \in R\) est non nul, alors \(x : R \to R\) est injectif, et donc, si \(M\) est plat sur \(R\), \(x : M \to M\) est injectif. Ainsi, si \(M\) est plat sur \(R\), alors \(M\) est sans torsion.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation. Un \(A\)-module \(M\) est plat sur \(A\) si et seulement si \(M\) est sans torsion.

Démonstration

L’implication « plat \(\Rightarrow\) sans torsion » est le lemme 0538. Réciproquement, supposons \(M\) sans torsion. D’après le critère équationnel de platitude (voir Algèbre, lemme 00HK), nous devons montrer que toute relation dans \(M\) est triviale. Supposons donc \(\sum_{i = 1, \ldots, n} a_i x_i = 0\) avec \(x_i \in M\) et \(a_i \in A\). Après renumérotation, nous pouvons supposer que \(v(a_1) \leq v(a_i)\) pour tout \(i\). Nous pouvons donc écrire \(a_i = a'_i a_1\) pour un certain \(a'_i \in A\). Notons que \(a'_1 = 1\). Comme \(M\) est sans torsion, on voit que \(x_1 = - \sum_{i \geq 2} a'_i x_i\). Ainsi, en choisissant \(y_i = x_i\), \(i = 2, \ldots, n\), on obtient \[x_1 = \sum\nolimits_{j \geq 2} -a'_j y_j, \quad x_i = y_i, (i \geq 2)\quad 0 = a_1 \cdot (-a'_j) + a_j \cdot 1 (j \geq 2)\] ce qui montre que la relation est triviale (explicitement, les éléments \(a_{ij}\) sont définis par \(a_{11} = 0\), \(a_{1j} = -a'_j\) pour \(j > 1\) et \(a_{ij} = \delta_{ij}\) pour \(i, j \geq 2\)).

Lemme

Soit \(A\) un anneau de Dedekind (par exemple un anneau de valuation discrète ou, plus généralement, un anneau principal).

  1. Un \(A\)-module est plat si et seulement s’il est sans torsion.

  2. Un \(A\)-module de type fini sans torsion est localement libre de type fini.

  3. Un \(A\)-module de type fini sans torsion est libre de type fini si \(A\) est un anneau principal.

Démonstration

(Pour la remarque entre parenthèses dans l’énoncé du lemme, voir Algèbre, lemme 0AUQ.) Démonstration de (1). D’après le lemme 0AUT et Algèbre, lemme 00HT, il suffit de vérifier l’assertion sur \(A_\mathfrak m\) pour \(\mathfrak m \subset A\) maximal. Comme \(A_\mathfrak m\) est un anneau de valuation discrète (Algèbre, lemme 034X), le résultat découle du lemme 0539.

Démonstration de (2). Cela résulte d’Algèbre, lemme 00NX, et de (1).

Démonstration de (3). Soit \(A\) un anneau principal et soit \(M\) un module de type fini sans torsion. D’après le lemme 0AUU, on a \(M \subset A^{\oplus n}\) pour un certain \(n\). Montrons que \(M\) est libre par récurrence sur \(n\). Le cas \(n = 1\) exprime précisément le fait que \(A\) est principal. Si \(n > 1\), soit \(M' \subset A^{\oplus n - 1}\) l’image de la projection sur les \(n - 1\) derniers facteurs de \(A^{\oplus n}\). Nous obtenons alors une suite exacte courte \(0 \to I \to M \to M' \to 0\), où \(I\) est l’intersection de \(M\) avec le premier facteur \(A\) de \(A^{\oplus n}\). Par récurrence, \(M\) est une extension de \(A\)-modules libres de type fini, donc est libre de type fini.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre. Soient \(M\), \(N\) des \(R\)-modules. Si \(N\) est sans torsion, alors \(\Hom_R(M, N)\) est sans torsion.

Démonstration

Choisissons une surjection \(\bigoplus_{i \in I} R \to M\). Alors \(\Hom_R(M, N) \subset \prod_{i \in I} N\).

Rangs des modules

Voici notre définition.

Définition

Soit \(R\) un anneau intègre de corps des fractions \(K\). Le rang d’un \(R\)-module \(M\) est \(\dim_K(M \otimes_R K)\).

Cette définition n’entre pas en conflit avec la notion de module localement libre de rang \(r\) d’Algèbre, définition 00NW, lorsque les deux définitions s’appliquent.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre. Si \(M \to M'\) est un homomorphisme de \(R\)-modules dont le noyau et le conoyau sont de torsion, alors le rang de \(M\) est égal au rang de \(M'\).

Démonstration

Démonstration omise. Indication : l’homomorphisme induit \(M \otimes_R K \to M' \otimes_R K\) est un isomorphisme lorsque \(K\) est le corps des fractions de \(R\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre. Soit \(0 \to M \to M' \to M'' \to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules. Alors le rang de \(M'\) est la somme des rangs de \(M\) et \(M''\).

Démonstration

Démonstration omise.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre. Soient \(M\) et \(N\) des \(R\)-modules.

  1. Le rang de \(M \otimes_R N\) est le produit des rangs de \(M\) et \(N\).

  2. Si \(M\) est un \(R\)-module de présentation finie, alors le rang de \(\Hom_R(M, N)\) est le produit des rangs de \(M\) et \(N\).

Démonstration

L’assertion (1) résulte du fait analogue pour les espaces vectoriels. Supposons que \(M\) soit de présentation finie comme \(R\)-module. Alors \(\Hom_R(M, N) \otimes_R K\) est isomorphe à \(\Hom_K(M \otimes_R K, N \otimes_R K)\) comme espace vectoriel sur \(K\), d’après Algèbre, lemme 0583. Comme \(M \otimes_R K\) est également de dimension finie, on conclut par le fait correspondant pour les espaces vectoriels.

Lemme

Soit \(R \subset R'\) une extension d’anneaux intègres. Si \(M\) est un \(R\)-module, alors le rang de \(M\) sur \(R\) est égal au rang de \(M \otimes_R R'\) sur \(R'\).

Démonstration

Cela est vrai car la dimension d’un espace vectoriel est invariante par extension du corps de base.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Alors

  1. \(M\) est de rang fini \(r \geq 0\),

  2. il existe un homomorphisme \(M \to R^{\oplus r}\) dont le noyau et le conoyau sont des modules de torsion,

  3. il existe un \(f \in R\), \(f \not = 0\), tel que \(M_f\) soit libre de rang \(r\), et

  4. il existe un homomorphisme injectif \(R^{\oplus r} \to M\) dont le conoyau est un module de torsion.

Démonstration

Comme \(M\) est de type fini, \(M \otimes_R K\) est un espace vectoriel de dimension finie sur le corps des fractions \(K\) de \(R\). Le rang \(r\) est donc fini.

Choisissons des générateurs \(x_1, \ldots, x_n\) de \(M\). Choisissons une base \(e_1, \ldots, e_r\) de \(M \otimes_R K\). Nous pouvons écrire \(x_i \otimes 1 = \sum (a_{ij}/b_{ij}) e_j\) pour certains \(a_{ij} , b_{ij} \in R\) avec \(b_{ij} \not = 0\). En posant \(b = \prod b_{ij}\) et en remplaçant \(a_{ij}\) par \(a_{ij}b/b_{ij}\), nous pouvons supposer que \(x_i \otimes 1 = \sum (a_{ij}/b) e_j\). Remarquons que si nous avons une relation \(\sum r_i x_i = 0\) dans \(M\), alors \(\sum r_ia_{ij} = 0\) dans \(R\) pour tout \(j = 1, \ldots, r\).

Démonstration de (2). La dernière remarque montre que l’homomorphisme \(M \to \bigoplus Re_j\) qui envoie \(x_i\) sur \(\sum a_{ij} e_j\) est bien défini. Le fait que \(e_1, \ldots, e_r\) forment une base de \(M \otimes_R K\) montre que cet homomorphisme devient un isomorphisme après tensorisation par \(K\). C’est donc un homomorphisme comme dans (2).

Démonstration de (3). Le conoyau de l’homomorphisme \(M \to R^{\oplus r}\) construit en (2) est de type fini et de torsion. Il existe donc un \(g \in R\), \(g \not = 0\), qui annule ce conoyau. Autrement dit, \(M_g \to R_g^{\oplus r}\) est surjectif. Nous pouvons alors choisir une section \(M_g = N \oplus R_g^{\oplus r}\). Le module \(N\) est un \(R_g\)-module de type fini tel que \(N \otimes_{R_g} K = 0\). Autrement dit, \(N\) est de torsion et de type fini sur \(R_g\). Il existe donc un \(g' \in R\) qui annule \(N\). En posant \(f= gg'\), on voit que (3) est satisfaite.

Pour démontrer (4), choisissons une base \(y_1, \ldots, y_r\) de \(M_f\), où \(f\) est comme dans (3). Écrivons alors \(y_j = m_j/f^{t_j}\) pour un certain \(m_j \in M\) et \(t_j \geq 0\). L’homomorphisme \(R^{\oplus r} \to M\) qui envoie le \(j\)-ième vecteur de base sur \(m_j\) est celui de (4). Détails omis.

Modules réflexifs

Voici notre définition.

Définition

Soit \(R\) un anneau intègre. Nous disons qu’un \(R\)-module \(M\) est réflexif si l’homomorphisme naturel \[j : M \longrightarrow \Hom_R(\Hom_R(M, R), R)\] qui envoie \(m \in M\) sur l’homomorphisme qui envoie \(\varphi \in \Hom_R(M, R)\) sur \(\varphi(m) \in R\) est un isomorphisme.

On peut donner cette définition pour des anneaux plus généraux, mais la définition ci-dessus présente déjà des inconvénients. Il serait judicieux de se restreindre aux anneaux intègres noethériens et aux modules de type fini sans torsion et (peut-être) d’imposer à \(R\) certaines conditions de régularité (par exemple, que \(R\) soit normal).

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre et soit \(M\) un \(R\)-module.

  1. Si \(M\) est réflexif, alors \(M\) est sans torsion.

  2. Si \(M\) est de type fini, alors le noyau et le conoyau de \(j : M \to \Hom_R(\Hom_R(M, R), R)\) sont des modules de torsion.

  3. Si \(M\) est de type fini, alors \(j\) est injectif si et seulement si \(M\) est sans torsion.

Démonstration

Pour voir (1), utiliser le fait que le bidual de \(M\) est sans torsion d’après le lemme 0AUX. Supposons \(M\) de type fini. Choisissons des générateurs \(x_1, \ldots, x_n\) de \(M\) sur \(R\). Soit \(K\) le corps des fractions de \(R\). Après renumérotation, nous pouvons supposer que, pour un certain \(0 \leq r \leq n\), les éléments \(x_1, \ldots, x_r\) ont pour images une base de \(M \otimes_R K\) sur \(K\). Pour \(r < i \leq n\), écrivons \(x_i \otimes 1 = \sum_{1 \leq j \leq r} x_j \otimes k_{ij}\), avec \(k_{ij} \in K\). Choisissons \(c \in R\) tel que \(a_{ij} = ck_{ij} \in R\) et tel que \(cx_i = \sum_{1 \leq j \leq r} a_{ij} x_j\) dans \(M\) (un petit détail est omis). Nous obtenons alors les homomorphismes \[R^{\oplus r} \xrightarrow{\alpha} M \xrightarrow{\beta} R^{\oplus r} \xrightarrow{\alpha} M\] avec \(\alpha \circ \beta\) et \(\beta \circ \alpha\) donnés par la multiplication par \(c\). Ici, \(\alpha\) utilise \(x_1, \ldots, x_r\) et \(\beta\) envoie \(x_i\) sur \(c\) fois le \(i\)-ième vecteur de base pour \(1 \leq i \leq r\), et sur le vecteur \((a_{i1}, \ldots, a_{ir})\) pour \(r < i \leq n\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ R^{\oplus r} \ar[r] \ar[d]^{\text{id}} & M \ar[r] \ar[d]^j & R^{\oplus r} \ar[d]^{\text{id}} \ar[r] & M \ar[d]^j \\ R^{\oplus r} \ar[r] & \Hom_R(\Hom_R(M, R), R) \ar[r] & R^{\oplus r} \ar[r] & \Hom_R(\Hom_R(M, R), R) }\] Bien sûr, les composées de deux flèches consécutives de la ligne inférieure sont égales à la multiplication par \(c\). Le diagramme montre que le noyau et le conoyau de \(j\) sont annulés par \(c\), ce qui démontre (2). Pour (3), remarquons que si \(M\) est sans torsion, alors \(\beta\) est injectif, ce qui implique que \(j\) est injectif. La réciproque est claire puisque nous avons déjà vu que le bidual de \(M\) est sans torsion.

Lemme

Soit \(R\) un anneau de valuation discrète et soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Alors l’homomorphisme \(j : M \to \Hom_R(\Hom_R(M, R), R)\) est surjectif.

Démonstration

Soit \(M_{tors} \subset M\) le sous-module de torsion. Alors \(\Hom_R(M, R) = \Hom_R(M/M_{tors}, R)\) (ceci vaut sur tout anneau intègre). Nous pouvons donc supposer que \(M\) est sans torsion. Alors \(M\) est libre d’après le lemme 0AUW, et le lemme est clair.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M\) est réflexif,

  2. \(M_\mathfrak p\) est un \(R_\mathfrak p\)-module réflexif pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), et

  3. \(M_\mathfrak m\) est un \(R_\mathfrak m\)-module réflexif pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\).

Démonstration

Le localisé de \(j : M \to \Hom_R(\Hom_R(M, R), R)\) en un idéal premier \(\mathfrak p\) est l’homomorphisme correspondant pour le module \(M_\mathfrak p\) sur l’anneau local intègre noethérien \(R_\mathfrak p\). Voir Algèbre, lemme 0583. Le lemme résulte donc d’Algèbre, lemme 00HN.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Soit \(0 \to M \to M' \to M''\) une suite exacte de \(R\)-modules de type fini. Si \(M'\) est réflexif et \(M''\) est sans torsion, alors \(M\) est réflexif.

Démonstration

Nous utiliserons sans autre mention le fait que \(\Hom_R(N, N')\) est un \(R\)-module de type fini pour tous \(R\)-modules de type fini \(N\) et \(N'\) ; voir Algèbre, lemme 08YR. Prenons les duaux pour obtenir une suite \[\Hom_R(M, R) \leftarrow \Hom_R(M', R) \leftarrow \Hom_R(M'', R)\] En prenant de nouveau les duaux, nous obtenons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \Hom_R(\Hom_R(M, R), R) \ar[r]_j & \Hom_R(\Hom_R(M', R), R) \ar[r] & \Hom_R(\Hom_R(M'', R), R) \\ M \ar[u] \ar[r] & M' \ar[u] \ar[r] & M'' \ar[u] }\] Nous ne savons pas si la ligne supérieure est exacte. Cependant, par hypothèse, la flèche verticale du milieu est un isomorphisme et la flèche verticale de droite est injective (lemme 0AV0). Nous affirmons que \(j\) est injectif. En admettant cette assertion, une chasse dans le diagramme montre que la flèche verticale de gauche est un isomorphisme, c’est-à-dire que \(M\) est réflexif.

Démonstration de l’assertion. Considérons la suite exacte \(\Hom_R(M',R)\to \Hom_R(M,R)\to Q \to 0\) définissant \(Q\). On applique Algèbre, lemme 0583, pour obtenir \[\Hom_K(M'\otimes_R K,K) \to \Hom_K(M\otimes_R K,K) \to Q\otimes_R K\to 0\] Mais \(M \otimes_R K \to M' \otimes_R K\) est un homomorphisme injectif d’espaces vectoriels, donc une injection scindée ; ainsi \(Q \otimes_R K = 0\), c’est-à-dire que \(Q\) est de torsion. On obtient alors la suite exacte \[0 \to \Hom_R(Q,R) \to \Hom_R(\Hom_R(M,R),R) \to \Hom_R(\Hom_R(M',R),R)\] et \(\Hom_R(Q,R)=0\) puisque \(Q\) est de torsion.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M\) est réflexif,

  2. il existe une suite exacte courte \(0 \to M \to F \to N \to 0\) avec \(F\) libre de type fini et \(N\) sans torsion.

Démonstration

Remarquons qu’un module libre de type fini est réflexif. D’après le lemme 0EB8, (2) implique (1). Supposons \(M\) réflexif. Choisissons une présentation \(R^{\oplus m} \to R^{\oplus n} \to \Hom_R(M, R) \to 0\). En prenant les duaux, nous obtenons une suite exacte \[0 \to \Hom_R(\Hom_R(M, R), R) \to R^{\oplus n} \to N \to 0\] avec \(N = \Im(R^{\oplus n} \to R^{\oplus m})\) un module sans torsion. Comme \(M = \Hom_R(\Hom_R(M, R), R)\), nous obtenons une suite exacte comme dans (2).

Lemme

Soit \(R \to R'\) un homomorphisme plat d’anneaux intègres noethériens. Si \(M\) est un \(R\)-module réflexif de type fini, alors \(M \otimes_R R'\) est un \(R'\)-module réflexif de type fini.

Démonstration

Choisissons une suite exacte courte \(0 \to M \to F \to N \to 0\) avec \(F\) libre de type fini et \(N\) sans torsion, voir le lemme 0AV2. Comme \(R \to R'\) est plat, nous obtenons une suite exacte courte \(0 \to M \otimes_R R' \to F \otimes_R R' \to N \otimes_R R' \to 0\) avec \(F \otimes_R R'\) libre de type fini et \(N \otimes_R R'\) sans torsion (lemme 0AXM). Ainsi, \(M \otimes_R R'\) est réflexif d’après le lemme 0AV2.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(N\) un \(R\)-module réflexif de type fini. Alors \(\Hom_R(M, N)\) est réflexif.

Démonstration

Choisissons une présentation \(R^{\oplus m} \to R^{\oplus n} \to M \to 0\). Nous obtenons alors \[0 \to \Hom_R(M, N) \to N^{\oplus n} \to N' \to 0\] avec \(N' = \Im(N^{\oplus n} \to N^{\oplus m})\) sans torsion. Nous concluons par le lemme 0EB8.

Définition

Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Le module \(M^{**} = \Hom_R(\Hom_R(M, R), R)\) est appelé l’enveloppe réflexive de \(M\).

Cela a un sens car l’enveloppe réflexive est réflexive d’après le lemme 0AV3. L’opération \(M \mapsto M^{**}\) est un foncteur. Si \(\varphi : M \to N\) est un homomorphisme de \(R\)-modules à valeurs dans un \(R\)-module réflexif \(N\), alors \(\varphi\) se factorise sous la forme \(M \to M^{**} \to N\) par l’enveloppe réflexive de \(M\). Autrement dit, prendre l’enveloppe réflexive est l’adjoint à gauche du foncteur d’inclusion \[\text{modules réflexifs de type fini} \subset \text{modules de type fini}\] sur un anneau intègre noethérien \(R\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soient \(M\), \(N\) des \(R\)-modules de type fini.

  1. Si \(N\) est de profondeur \(\geq 1\), alors \(\Hom_R(M, N)\) est de profondeur \(\geq 1\).

  2. Si \(N\) est de profondeur \(\geq 2\), alors \(\Hom_R(M, N)\) est de profondeur \(\geq 2\).

Démonstration

Choisissons une présentation \(R^{\oplus m} \to R^{\oplus n} \to M \to 0\). En prenant les duaux, nous obtenons une suite exacte \[0 \to \Hom_R(M, N) \to N^{\oplus n} \to N' \to 0\] avec \(N' = \Im(N^{\oplus n} \to N^{\oplus m})\). Un sous-module d’un module de profondeur \(\geq 1\) est de profondeur \(\geq 1\) ; cela résulte immédiatement de la définition. L’assertion (1) est donc claire. Pour (2), remarquons que l’hypothèse et la remarque précédente impliquent que \(N'\) est de profondeur \(\geq 1\). Le module \(N^{\oplus n}\) est de profondeur \(\geq 2\). D’après Algèbre, lemme 00LX, nous en concluons que \(\Hom_R(M, N)\) est de profondeur \(\geq 2\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien. Soient \(M\), \(N\) des \(R\)-modules de type fini.

  1. Si \(N\) possède la propriété \((S_1)\), alors \(\Hom_R(M, N)\) possède la propriété \((S_1)\).

  2. Si \(N\) possède la propriété \((S_2)\), alors \(\Hom_R(M, N)\) possède la propriété \((S_2)\).

  3. Si \(R\) est intègre, si \(N\) est sans torsion et vérifie \((S_2)\), alors \(\Hom_R(M, N)\) est sans torsion et possède la propriété \((S_2)\).

Démonstration

Comme la localisation en des idéaux premiers commute à la formation de \(\Hom_R\) pour des \(R\)-modules de type fini (Algèbre, lemme 08YR), les assertions (1) et (2) résultent immédiatement du lemme 0AV5. L’assertion (3) résulte de (2) et du lemme 0AUX.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(\varphi : M \to N\) une application de \(R\)-modules. Supposons que pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\), au moins l’une des propriétés suivantes soit vérifiée

  1. \(M_\mathfrak p \to N_\mathfrak p\) est injective, ou

  2. \(\mathfrak p \not \in \text{Ass}(M)\).

Alors \(\varphi\) est injective.

Démonstration

Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier associé de \(\Ker(\varphi)\). Alors il existe un élément \(x \in M_\mathfrak p\) qui appartient au noyau de \(M_\mathfrak p \to N_\mathfrak p\) et dont l’annulateur est \(\mathfrak pR_\mathfrak p\) (Algèbre, lemme 0310). Cela est impossible dans les deux cas. Donc \(\text{Ass}(\Ker(\varphi)) = \emptyset\) et nous concluons \(\Ker(\varphi) = 0\) par le lemme d’Algèbre 0587.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(\varphi : M \to N\) une application de \(R\)-modules. Supposons que \(M\) soit de type fini et que, pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\), l’une des propriétés suivantes soit vérifiée

  1. \(M_\mathfrak p \to N_\mathfrak p\) est un isomorphisme, ou

  2. \(\text{profondeur}(M_\mathfrak p) \geq 2\) et \(\mathfrak p \not \in \text{Ass}(N)\).

Alors \(\varphi\) est un isomorphisme.

Démonstration

Par le lemme 0AV7, nous voyons que \(\varphi\) est injective. Soit \(N' \subset N\) un \(R\)-module de type fini contenant l’image de \(M\). Alors \(\text{Ass}(N_\mathfrak p) = \emptyset\) implique \(\text{Ass}(N'_\mathfrak p) = \emptyset\). Les hypothèses du lemme sont donc vérifiées pour \(M \to N'\). Pour démontrer que \(\varphi\) est un isomorphisme, il suffit de démontrer la même chose pour tout sous-module \(N' \subset N\) de ce type. Nous pouvons donc supposer que \(N\) est un \(R\)-module de type fini. Dans ce cas, \(\mathfrak p \not \in \text{Ass}(N) \Rightarrow \text{profondeur}(N_\mathfrak p) \geq 1\), voir le lemme d’Algèbre 00LL. Considérons la suite exacte courte \[0 \to M \to N \to Q \to 0\] définissant \(Q\). En examinant les conditions, nous voyons que soit \(Q_\mathfrak p = 0\) dans le cas (1), soit \(\text{profondeur}(Q_\mathfrak p) \geq 1\) dans le cas (2), par le lemme d’Algèbre 00LX. Cela implique que \(Q\) n’a aucun idéal premier associé, d’où \(Q = 0\) par le lemme d’Algèbre 0587.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Soit \(\varphi : M \to N\) une application de \(R\)-modules. Supposons que \(M\) soit de type fini, que \(N\) soit sans torsion et que, pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\), l’une des propriétés suivantes soit vérifiée

  1. \(M_\mathfrak p \to N_\mathfrak p\) est un isomorphisme, ou

  2. \(\text{profondeur}(M_\mathfrak p) \geq 2\).

Alors \(\varphi\) est un isomorphisme.

Démonstration

Il s’agit d’un cas particulier du lemme 0AV8.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Les propriétés suivantes sont équivalentes

  1. \(M\) est réflexif,

  2. pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\), l’une des propriétés suivantes est vérifiée

    1. \(M_\mathfrak p\) est un \(R_\mathfrak p\)-module réflexif, ou

    2. \(\text{profondeur}(M_\mathfrak p) \geq 2\).

Démonstration

Si (1) est vraie, alors \(M_\mathfrak p\) est un module réflexif pour tout idéal premier \(\mathfrak p\), par le lemme 0AV1. Ainsi (1) \(\Rightarrow\) (2). Supposons (2). Posons \(N = \Hom_R(\Hom_R(M, R), R)\), de sorte que \[N_\mathfrak p = \Hom_{R_\mathfrak p}( \Hom_{R_\mathfrak p}(M_\mathfrak p, R_\mathfrak p), R_\mathfrak p)\] pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Voir le lemme d’Algèbre 0583. Nous appliquons le lemme 0AV9 à l’application \(j : M \to N\). Cela est permis car \(M\) est de type fini et \(N\) est sans torsion par le lemme 0AUX. Dans le cas (2)(a), l’application \(M_\mathfrak p \to N_\mathfrak p\) est un isomorphisme et, dans le cas (2)(b), nous avons \(\text{profondeur}(M_\mathfrak p) \geq 2\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module réflexif de type fini. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier.

  1. Si \(\text{profondeur}(R_\mathfrak p) \geq 2\), alors \(\text{profondeur}(M_\mathfrak p) \geq 2\).

  2. Si \(R\) possède la propriété \((S_2)\), alors \(M\) possède la propriété \((S_2)\).

Démonstration

Puisque la formation de l’enveloppe réflexive \(\Hom_R(\Hom_R(M, R), R)\) commute à la localisation (Algèbre, lemme 0583), la partie (1) découle du lemme 0AV5. La partie (2) est immédiate d’après le lemme 0AV6.

Exemple

Les résultats précédents et suivants suggèrent que la réflexivité est liée à la propriété \((S_2)\) ; voici un exemple qui empêche des conjectures trop optimistes. Soit \(k\) un corps. Soit \(R\) la \(k\)-sous-algèbre de \(k[x, y]\) engendrée par \(1, y, x^2, xy, x^3\). Alors \(R\) ne possède pas la propriété \((S_2)\). Ainsi, \(R\) considéré comme \(R\)-module est un exemple de module \(R\) réflexif qui ne possède pas la propriété \((S_2)\). Soit \(M = k[x, y]\) considéré comme un \(R\)-module. Alors \(M\) est un \(R\)-module réflexif car \[\Hom_R(M, R) = \mathfrak m = (y, x^2, xy, x^3) \quad\text{et}\quad \Hom_R(\mathfrak m, R) = M\] et \(M\) possède la propriété \((S_2)\) comme \(R\)-module (calculs omis). Ainsi, \(R\) est un anneau intègre noethérien possédant un module réflexif ayant la propriété \((S_2)\), alors que \(R\) lui-même ne possède pas \((S_2)\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre normal noethérien de corps des fractions \(K\). Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Les propriétés suivantes sont équivalentes

  1. \(M\) est réflexif,

  2. \(M\) est sans torsion et possède la propriété \((S_2)\),

  3. \(M\) est sans torsion et \(M = \bigcap_{\text{hauteur}(\mathfrak p) = 1} M_{\mathfrak p}\) où l’intersection est prise dans \(M_K = M \otimes_R K\).

Démonstration

Par le lemme d’Algèbre 031S, nous voyons que \(R\) possède les propriétés \((R_1)\) et \((S_2)\).

Supposons (1). Alors \(M\) est sans torsion par le lemme 0AV0 et possède \((S_2)\) par le lemme 0EBA. Ainsi (2) est vraie.

Supposons (2). Par définition, \(M' = \bigcap_{\text{hauteur}(\mathfrak p) = 1} M_{\mathfrak p}\) est le noyau de l’application \[M_K \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{\text{hauteur}(\mathfrak p) = 1} M_K/M_\mathfrak p \subset \prod\nolimits_{\text{hauteur}(\mathfrak p) = 1} M_K/M_\mathfrak p\] Observons que notre application se factorise bien par la somme directe comme indiqué, car pour \(a/b \in K\) il n’existe qu’un nombre fini d’idéaux premiers de hauteur \(1\) \(\mathfrak p\) tels que \(b \in \mathfrak p\). Soit \(\mathfrak p_0\) un idéal premier de hauteur \(1\). Alors \((M_K/M_\mathfrak p)_{\mathfrak p_0} = 0\) sauf si \(\mathfrak p = \mathfrak p_0\), auquel cas \((M_K/M_\mathfrak p)_{\mathfrak p_0} = M_K/M_{\mathfrak p_0}\). Ainsi, par exactitude de la localisation et puisque la localisation commute aux sommes directes, nous voyons que \(M'_{\mathfrak p_0} = M_{\mathfrak p_0}\). Puisque \(M\) est de profondeur \(\geq 2\) aux idéaux premiers de hauteur \(> 1\), l’application \(M \to M'\) est un isomorphisme par le lemme 0AV9. Ainsi (3) est vraie.

Supposons (3). Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de hauteur \(1\). Alors \(R_\mathfrak p\) est un anneau de valuation discrète par \((R_1)\). Par le lemme 0AUW, nous voyons que \(M_\mathfrak p\) est libre de type fini, en particulier réflexif. Ainsi l’application \(M \to M^{**}\) induit un isomorphisme en chacun des idéaux premiers \(\mathfrak p\) de hauteur \(1\). Donc la condition \(M = \bigcap_{\text{hauteur}(\mathfrak p) = 1} M_{\mathfrak p}\) implique \(M = M^{**}\) et (1) est vraie.

Lemme

Soit \(R\) un anneau intègre normal noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Alors l’enveloppe réflexive de \(M\) est l’intersection \[M^{**} = \bigcap\nolimits_{\text{hauteur}(\mathfrak p) = 1} M_{\mathfrak p}/(M_\mathfrak p)_{tors} = \bigcap\nolimits_{\text{hauteur}(\mathfrak p) = 1} (M/M_{tors})_\mathfrak p\] prise dans \(M \otimes_R K\).

Démonstration

Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de hauteur \(1\). Le noyau de \(M_\mathfrak p \to M \otimes_R K\) est le sous-module de torsion \((M_\mathfrak p)_{tors}\) de \(M_\mathfrak p\). De plus, nous avons \((M/M_{tors})_\mathfrak p = M_\mathfrak p/(M_\mathfrak p)_{tors}\) et c’est un module libre de type fini sur l’anneau de valuation discrète \(R_\mathfrak p\) (lemme 0AUW). Alors \(M_\mathfrak p/(M_\mathfrak p)_{tors} \to (M_\mathfrak p)^{**} = (M^{**})_\mathfrak p\) est un isomorphisme ; le lemme est donc une conséquence du lemme 0AVB.

Lemme

Soit \(A\) un anneau intègre normal noethérien de corps des fractions \(K\). Soit \(L\) une extension finie de \(K\). Si la clôture intégrale \(B\) de \(A\) dans \(L\) est de type fini sur \(A\), alors \(B\) est réflexif comme \(A\)-module.

Démonstration

Il suffit de montrer que \(B = \bigcap B_\mathfrak p\), où l’intersection porte sur les idéaux premiers de hauteur \(1\), avec \(\mathfrak p \subset A\) ; voir le lemme 0AVB. Soit \(b \in \bigcap B_\mathfrak p\). Soit \(x^d + a_1x^{d - 1} + \ldots + a_d\) le polynôme minimal de \(b\) sur \(K\). Nous voulons montrer que \(a_i \in A\). Par le lemme d’Algèbre 00H7, nous voyons que \(a_i \in A_\mathfrak p\) pour tout \(i\) et tout idéal premier \(\mathfrak p\) de hauteur un. Nous obtenons donc le résultat voulu par le lemme d’Algèbre 031T (ou par le lemme déjà cité, puisque \(A\) est réflexif comme module sur lui-même).

Idéaux de contenu

La définition n’est peut-être pas celle à laquelle vous vous attendez.

Définition

Soit \(A\) un anneau. Soit \(M\) un \(A\)-module plat. Soit \(x \in M\). Si l’ensemble des idéaux \(I\) de \(A\) tels que \(x \in IM\) possède un plus petit élément, nous l’appelons idéal de contenu de \(x\).

Notons que, puisque \(M\) est plat sur \(A\), pour deux idéaux \(I, I'\) de \(A\) nous avons \(IM \cap I'M = (I \cap I')M\), comme on le voit en tensorisant la suite exacte \(0 \to I \cap I' \to I \oplus I' \to I + I' \to 0\) par \(M\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(M\) un \(A\)-module plat. Soit \(x \in M\). L’idéal de contenu de \(x\), s’il existe, est de type fini.

Démonstration

Supposons \(x \in IM\). Alors nous pouvons écrire \(x = \sum_{i = 1, \ldots, n} f_i x_i\) avec \(f_i \in I\) et \(x_i \in M\). Ainsi \(x \in I'M\) avec \(I' = (f_1, \ldots, f_n)\).

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local. Soit \(u : M \to N\) une application de \(A\)-modules plats telle que \(\overline{u} : M/\mathfrak m M \to N/\mathfrak m N\) soit injective. Si \(x \in M\) a pour idéal de contenu \(I\), alors \(u(x)\) a également pour idéal de contenu \(I\).

Démonstration

Il est clair que \(u(x) \in IN\). Si \(u(x) \in I'N\), alors \(u(x) \in (I' \cap I)N\), voir la discussion qui suit la définition 0ASA. Il suffit donc de montrer que si \(x \in I'N\) et \(I' \subset I\), \(I' \not = I\), alors \(u(x) \not \in I'N\). Puisque \(I/I'\) est un \(A\)-module non nul de type fini (lemme 0ASB), il existe une application non nulle \(\chi : I/I' \to A/\mathfrak m\) de \(A\)-modules, par le lemme de Nakayama (lemme d’Algèbre 00DV). Puisque \(I\) est l’idéal de contenu de \(x\), nous voyons que \(x \not \in I''M\), où \(I'' = \Ker(\chi)\). Ainsi \(x\) n’appartient pas au noyau de l’application \[IM = I \otimes_A M \xrightarrow{\chi \otimes 1} A/\mathfrak m \otimes M \cong M/\mathfrak m M\] En appliquant notre hypothèse sur \(\overline{u}\), nous concluons que \(u(x)\) ne s’envoie pas sur zéro par l’application \[IN = I \otimes_A N \xrightarrow{\chi \otimes 1} A/\mathfrak m \otimes N \cong N/\mathfrak m N\] et nous concluons.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(M\) un module de Mittag-Leffler plat. Alors tout élément de \(M\) possède un idéal de contenu.

Démonstration

C’est un cas particulier du lemme d’Algèbre 059S.

Conditions de platitude et de finitude

Dans cette section, nous examinons quelques conséquences de l’implication « plat \(+\) de type fini \(\Rightarrow\) de présentation finie ». Nous reviendrons sur ce résultat dans le chapitre consacré à la platitude, voir Plus de platitude, section 057N. Un premier résultat de ce type a été démontré dans le lemme d’Algèbre 052U.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(S = R[x_1, \ldots, x_n]\) un anneau de polynômes sur \(R\). Soit \(M\) un \(S\)-module. Supposons que

  1. il existe un nombre fini d’idéaux premiers \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_m\) de \(R\) tels que l’application \(R \to \prod R_{\mathfrak p_j}\) soit injective,

  2. \(M\) est un \(S\)-module de type fini,

  3. \(M\) est plat sur \(R\), et

  4. pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\), le module \(M_{\mathfrak p}\) est de présentation finie sur \(S_{\mathfrak p}\).

Alors \(M\) est de présentation finie sur \(S\).

Démonstration

Choisissons une présentation \[0 \to K \to S^{\oplus r} \to M \to 0\] de \(M\) comme \(S\)-module. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus d’un idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Par hypothèse, il existe un nombre fini d’éléments \(k_1, \ldots, k_t \in K\) tels que, si nous posons \(K' = \sum Sk_j \subset K\), alors \(K'_{\mathfrak p} = K_{\mathfrak p}\) et \(K'_{\mathfrak p_j} = K_{\mathfrak p_j}\) pour \(j = 1, \ldots, m\). En posant \(M' = S^{\oplus r}/K'\), nous déduisons en particulier que \(M'_{\mathfrak q} = M_{\mathfrak q}\). Par ouverture de la platitude, voir le théorème d’Algèbre 00RC, nous concluons qu’il existe un \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(M'_g\) soit plat sur \(R\). Ainsi \(M'_g \to M_g\) est une application surjective de \(R\)-modules plats. Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ M'_g \ar[r] \ar[d] & M_g \ar[d] \\ \prod (M'_g)_{\mathfrak p_j} \ar[r] & \prod (M_g)_{\mathfrak p_j} }\] La flèche inférieure est un isomorphisme par le choix de \(k_1, \ldots, k_t\). La flèche verticale de gauche est injective car \(R \to \prod R_{\mathfrak p_j}\) est injective et \(M'_g\) est plat sur \(R\). La flèche horizontale supérieure est donc injective, et par conséquent un isomorphisme. Cela montre que \(M_g\) est de présentation finie sur \(S_g\). Nous concluons en appliquant le lemme d’Algèbre 00EO.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que

  1. il existe un nombre fini d’idéaux premiers \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_m\) de \(R\) tels que l’application \(R \to \prod R_{\mathfrak p_j}\) soit injective,

  2. \(R \to S\) est de type fini,

  3. \(S\) est plat sur \(R\), et

  4. pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\), l’anneau \(S_{\mathfrak p}\) est de présentation finie sur \(R_{\mathfrak p}\).

Alors \(S\) est de présentation finie sur \(R\).

Démonstration

Par hypothèse, \(S\) est un quotient d’un anneau de polynômes sur \(R\). Le résultat découle donc directement du lemme 053A.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(S = R[x_1, \ldots, x_n]\) une algèbre de polynômes graduée sur \(R\), c’est-à-dire \(\deg(x_i) > 0\), sans que ces degrés soient nécessairement égaux à \(1\). Soit \(M\) un \(S\)-module gradué. Supposons que

  1. \(R\) est un anneau local,

  2. \(M\) est un \(S\)-module de type fini, et

  3. \(M\) est plat sur \(R\).

Alors \(M\) est de présentation finie comme \(S\)-module.

Démonstration

Écrivons \(M = \bigoplus M_d\) pour la graduation de \(M\). Choisissons des générateurs homogènes \(m_1, \ldots, m_r \in M\) de \(M\). Posons \(\deg(m_i) = d_i \in \mathbf{Z}\). Cela fournit une présentation \[0 \to K \to \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, r} S(-d_i) \to M \to 0\] qui, en chaque degré \(d\), donne la suite exacte courte \[0 \to K_d \to \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, r} S_{d - d_i} \to M_d \to 0.\] Par hypothèse, chaque \(M_d\) est un \(R\)-module plat de type fini. Par le lemme d’Algèbre 00NZ, cela implique que chaque \(M_d\) est un \(R\)-module libre de type fini. Nous voyons donc que chaque \(K_d\) est un \(R\)-module de type fini. De plus, chaque \(K_d\) est plat sur \(R\) par le lemme d’Algèbre 00HM. Nous concluons donc que chaque \(K_d\) est libre de type fini, à nouveau par le lemme d’Algèbre 00NZ.

Soit \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(R\). Par platitude de \(M\) sur \(R\), les suites exactes courtes ci-dessus restent exactes après tensorisation par \(\kappa = \kappa(\mathfrak m)\). Comme l’anneau \(S \otimes_R \kappa\) est noethérien, il existe des éléments homogènes \(k_1, \ldots, k_t \in K\) tels que leurs images \(\overline{k}_j\) engendrent \(K \otimes_R \kappa\) sur \(S \otimes_R \kappa\). Posons \(\deg(k_j) = e_j\). Ainsi, pour tout \(d\), l’application \[\bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, t} S_{d - e_j} \longrightarrow K_d\] devient surjective après tensorisation par \(\kappa\). Par le lemme de Nakayama (lemme d’Algèbre 00DV), cela implique que l’application est surjective sur \(R\). Ainsi \(K\) est engendré par \(k_1, \ldots, k_t\) sur \(S\), ce qui conclut la preuve.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(S = \bigoplus_{n \geq 0} S_n\) une \(R\)-algèbre graduée. Soit \(M = \bigoplus_{d \in \mathbf{Z}} M_d\) un \(S\)-module gradué. Supposons que \(S\) soit de type fini comme \(R\)-algèbre, que \(S_0\) soit une \(R\)-algèbre de type fini, et qu’il existe un nombre fini d’idéaux premiers \(\mathfrak p_j\), \(i = 1, \ldots, m\), tels que \(R \to \prod R_{\mathfrak p_j}\) soit injective.

  1. Si \(S\) est plat sur \(R\), alors \(S\) est une \(R\)-algèbre de présentation finie.

  2. Si \(M\) est plat comme \(R\)-module et de type fini comme \(S\)-module, alors \(M\) est de présentation finie comme \(S\)-module.

Démonstration

Comme \(S\) est de type fini comme \(R\)-algèbre, il est de type fini comme \(S_0\)-algèbre, disons par des éléments homogènes \(t_1, \ldots, t_n \in S\) de degrés \(d_1, \ldots, d_n > 0\). Posons \(P = R[x_1, \ldots, x_n]\) avec \(\deg(x_i) = d_i\). L’application d’anneaux \(P \to S\), \(x_i \to t_i\), est finie puisque \(S_0\) est un \(R\)-module de type fini. Pour démontrer (1), il suffit de démontrer que \(S\) est un \(P\)-module de présentation finie. Pour démontrer (2), il suffit de démontrer que \(M\) est un \(P\)-module de présentation finie. Il suffit donc de prouver que si \(S = P\) est un anneau de polynômes gradué et si \(M\) est un \(S\)-module de type fini plat sur \(R\), alors \(M\) est de présentation finie comme \(S\)-module. Par le lemme 053C, nous voyons que \(M_{\mathfrak p}\) est un \(S_{\mathfrak p}\)-module de présentation finie pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Le résultat découle donc du lemme 053A.

Remarque

Soit \(R\) un anneau. Quand \(R\) satisfait-il la condition mentionnée dans les lemmes 053A, 053B et 053D ? C’est le cas si

  1. \(R\) est local,

  2. \(R\) est noethérien,

  3. \(R\) est intègre,

  4. \(R\) est un anneau réduit ayant un nombre fini d’idéaux premiers minimaux, ou

  5. \(R\) possède un nombre fini d’idéaux premiers faiblement associés, voir le lemme d’Algèbre 05CB.

Ainsi, ces lemmes s’appliquent dans tous les cas énumérés ci-dessus.

Le lemme suivant sera amélioré dans Plus de platitude, proposition 053G.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation. Soit \(A \to B\) une application d’anneaux de type fini. Soit \(M\) un \(B\)-module de type fini.

  1. Si \(B\) est plat sur \(A\), alors \(B\) est une \(A\)-algèbre de présentation finie.

  2. Si \(M\) est plat comme \(A\)-module, alors \(M\) est de présentation finie comme \(B\)-module.

Démonstration

Nous utiliserons qu’un \(A\)-module est plat si et seulement s’il est sans torsion, voir le lemme 0539. Par le lemme d’Algèbre 052N, nous pouvons trouver une \(A\)-algèbre graduée \(S\) avec \(S_0 = A\), engendrée par un nombre fini d’éléments de degré \(1\), un élément \(f \in S_1\) et un \(S\)-module gradué de type fini \(N\) tels que \(B \cong S_{(f)}\) et \(M \cong N_{(f)}\). Si \(M\) est sans torsion, nous pouvons choisir \(N\) sans torsion en le remplaçant par \(N/N_{tors}\), voir le lemme 0537. De même, si \(B\) est sans torsion, nous pouvons choisir \(S\) sans torsion en le remplaçant par \(S/S_{tors}\). Ainsi, dans le cas (1), nous pouvons appliquer le lemme 053D pour voir que \(S\) est une \(A\)-algèbre de présentation finie, ce qui implique que \(B = S_{(f)}\) est une \(A\)-algèbre de présentation finie. Pour (2), nous pouvons d’abord remplacer \(S\) par un anneau de polynômes gradué, puis appliquer le lemme 053C pour conclure.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation. Soit \(A \to B\) un homomorphisme local essentiellement de type fini. Soit \(M\) un \(B\)-module de type fini.

  1. Si \(B\) est plat sur \(A\), alors \(B\) est essentiellement de présentation finie sur \(A\).

  2. Si \(M\) est plat comme \(A\)-module, alors \(M\) est de présentation finie comme \(B\)-module.

Démonstration

Par hypothèse, nous pouvons écrire \(B\) comme quotient de la localisation d’une algèbre de polynômes \(P = A[x_1, \ldots, x_n]\) en un idéal premier \(\mathfrak q\). Dans le cas (1), nous considérons \(M = B\) comme module de type fini sur \(P_\mathfrak q\) et, dans le cas (2), nous considérons \(M\) comme module de type fini sur \(P_\mathfrak q\). Dans les deux cas, nous devons montrer qu’il s’agit d’un \(P_\mathfrak q\)-module de présentation finie ; voir le lemme d’Algèbre 0561 dans le cas (2).

Choisissons une présentation \(0 \to K \to P_\mathfrak q^{\oplus r} \to M \to 0\), possible puisque \(M\) est de type fini sur \(P_\mathfrak q\). Soit \(L = P^{\oplus r} \cap K\). Alors \(K = L_\mathfrak q\), voir le lemme d’Algèbre 00CU. Alors \(N = P^{\oplus r}/L\) est un sous-module de \(M\) et donc plat par le lemme 0539. Comme \(N\) est également un \(P\)-module de type fini, nous voyons que \(N\) est de présentation finie comme \(P\)-module par le lemme 053E. Puisque la localisation est exacte (proposition d’Algèbre 00CS), nous voyons que \(N_\mathfrak q = M\) et nous concluons.

Éclatement et platitude

Dans cette section, nous commençons l’étude de résultats de la forme : « Après un éclatement, la transformée stricte devient plate ». D’autres résultats de ce type se trouvent dans Diviseurs, section 0F84, et Plus de platitude, section 080X.

Définition

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal et \(a \in I\). Soit \(R[\frac{I}{a}]\) l’algèbre d’éclatement affine, voir la définition d’Algèbre 052Q. Soit \(M\) un \(R\)-module. La transformée stricte de \(M\) le long de \(R \to R[\frac{I}{a}]\) est le \(R[\frac{I}{a}]\)-module \[M' = \left(M \otimes_R R[\textstyle{\frac{I}{a}}]\right)/\text{torsion par les puissances de }a\]

Le résultat suivant est une version très faible de la platification par éclatement, mais il est déjà parfois utile.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local intègre de corps des fractions \(K\). Soit \(S\) une \(R\)-algèbre de type fini. Soit \(M\) un \(S\)-module de type fini. Pour tout anneau de valuation \(A \subset K\) dominant \(R\), il existe un idéal \(I \subset \mathfrak m\) et un élément non nul \(a \in I\) tels que

  1. \(I\) est de type fini,

  2. \(A\) a un centre sur \(R[\frac{I}{a}]\),

  3. l’anneau fibre de \(R \to R[\frac{I}{a}]\) en \(\mathfrak m\) n’est pas nul, et

  4. la transformée stricte \(S_{I, a}\) de \(S\) le long de \(R \to R[\frac{I}{a}]\) est plate et de présentation finie sur \(R\), et la transformée stricte \(M_{I, a}\) de \(M\) le long de \(R \to R[\frac{I}{a}]\) est plate sur \(R\) et de présentation finie sur \(S_{I, a}\).

Démonstration

Écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/J\) et notons \(N = S \oplus M\), considéré comme module sur \(P = R[x_1, \ldots, x_n]\). Si nous pouvons démontrer le lemme lorsque \(S\) est une algèbre de polynômes sur \(R\), alors nous pouvons trouver \(I, a\) satisfaisant (1), (2), (3) tels que la transformée stricte \(N_{I, a}\) de \(N\) le long de \(R \to R[\frac{I}{a}]\) soit plate sur \(R\) et de présentation finie comme module sur la transformée stricte \(P_{I, a}\) de \(P\). Puisque \(P_{I, a} = R[\frac{I}{a}][x_1, \ldots, x_n]\) (un détail est omis), nous voyons que le facteur direct \(S_{I, a} \subset N_{I, a}\) est plat sur \(R\) et de présentation finie comme module sur \(R[\frac{I}{a}][x_1, \ldots, x_n]\). Ainsi \(S_{I, a}\) est de présentation finie comme \(R[\frac{I}{a}]\)-algèbre. De plus, le facteur direct \(M_{I, a} \subset N_{I, a}\) est plat sur \(R\) et de présentation finie comme module sur \(P_{I, a}\), donc aussi de présentation finie comme module sur \(S_{I, a}\), voir le lemme d’Algèbre 0561. Cela nous ramène au cas étudié au paragraphe suivant.

Supposons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]\). Choisissons une présentation \[0 \to K \to S^{\oplus r} \to M \to 0.\] Soit \(M_A\) le quotient de \(M \otimes_R A\) par son sous-module de torsion, voir le lemme 0537. Alors \(M_A\) est un module de type fini sur \(S_A = A[x_1, \ldots, x_n]\). Par le lemme 0539, nous voyons que \(M_A\) est plat sur \(A\). Par le lemme 053E, nous voyons que \(M_A\) est de présentation finie. Il existe donc un nombre fini d’éléments \(k_1, \ldots, k_t \in S_A^{\oplus r}\) qui engendrent le noyau de la présentation \(S_A^{\oplus r} \to M_A\) comme \(S_A\)-module. Pour tout choix de \(a \in I \subset \mathfrak m\) satisfaisant (1), (2) et (3), notons \(M_{I, a}\) la transformée stricte de \(M\) le long de \(R \to R[\frac{I}{a}]\). C’est un module de type fini sur \(S_{I, a} = R[\frac{I}{a}][x_1, \ldots, x_n]\). Par le lemme d’Algèbre 052M, nous avons \(A = \colim_{I, a} R[\frac{I}{a}]\). Cela implique que \(S_A = \colim S_{I, a}\) et \[\colim M \otimes_R R[\textstyle{\frac{I}{a}}] = M \otimes_R A\] Choisissons \(I, a\) et des relèvements \(k_1, \ldots, k_t \in S_{I, a}^{\oplus r}\). Puisque \(M_A\) est le quotient de \(M \otimes_R A\) par la torsion, nous voyons que les images de \(k_1, \ldots, k_t\) dans \(M \otimes_R A\) sont annihilées par un élément non nul \(\alpha \in A\). Après avoir remplacé \(I, a\) par un autre couple (rappelons que la colimite est filtrante), nous pouvons supposer \(\alpha = x/a^n\) pour un certain \(x \in I^n\) non nul. Alors \(x k_1, \ldots, x k_t\) s’envoient sur zéro dans \(M \otimes_R A\). Après un nouveau remplacement de \(I, a\), nous pouvons donc supposer que \(x k_1, \ldots, x k_t\) s’envoient sur zéro dans \(M \otimes_R R[\frac{I}{a}]\) pour un certain \(x \in R\) non nul. Enfin, en remplaçant \(I, a\) par \(xI, xa\), nous pouvons supposer que \(k_1, \ldots, k_t\) s’envoient sur des éléments de torsion par une puissance de \(a\) de \(M \otimes_R R[\frac{I}{a}]\). Pour tout couple \((I, a)\) de ce type, posons \[M'_{I, a} = S_{I, a}^{\oplus r}/ \sum S_{I, a}k_j.\] Puisque \(M_A = S_A^{\oplus r}/ \sum S_Ak_j\), nous voyons que \(M_A = \colim_{I, a} M'_{I, a}\). À ce stade, nous appliquons enfin le lemme d’Algèbre 02JO (3) pour conclure que \(M'_{I, a}\) est plat pour un certain couple \((I, a)\) comme ci-dessus. Ce lemme ne s’applique a priori pas au système des transformées strictes \[M_{I, a} = (M \otimes_R R[\textstyle{\frac{I}{a}}])/\text{torsion par les puissances de }a\] car les applications de transition peuvent ne pas satisfaire les hypothèses du lemme. Mais maintenant, puisque la platitude implique l’absence de torsion (lemme 0538) et puisque \(M_{I, a}\) est le quotient de \(M'_{I, a}\) (car nous avons fait en sorte que les éléments \(k_1, \ldots, k_t\) s’envoient sur zéro dans \(M_{I, a}\)) par le sous-module de torsion par une puissance de \(a\), nous concluons également que \(M'_{I, a} = M_{I, a}\) pour un tel couple, ce qui conclut la preuve.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(k \geq 0\) et \(I = \text{Fit}_k(M)\). Pour tout \(a \in I\), avec \(R' = R[\frac{I}{a}]\), la transformée stricte \[M' = (M \otimes_R R')/\text{torsion par les puissances de }a\] vérifie \(\text{Fit}_k(M') = R'\).

Démonstration

Observons d’abord que \(\text{Fit}_k(M \otimes_R R') = IR' = aR'\). La première égalité vient du lemme 07ZA, partie (3), et la seconde du lemme d’Algèbre 07Z3. Par le lemme 080Z et l’exactitude de la localisation, nous voyons que \(M'_{\mathfrak p'}\) peut être engendré par \(\leq k\) éléments pour tout idéal premier \(\mathfrak p'\) de \(R'\). Alors \(\text{Fit}_k(M') = R'\), par exemple par le lemme 07ZC.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(k \geq 0\) et \(I = \text{Fit}_k(M)\). Supposons que \(M_\mathfrak p\) soit libre de rang \(k\) pour tout \(\mathfrak p \not \in V(I)\). Alors, pour tout \(a \in I\), avec \(R' = R[\frac{I}{a}]\), la transformée stricte \[M' = (M \otimes_R R')/\text{torsion par les puissances de }a\] est localement libre de rang \(k\).

Démonstration

Par le lemme 0CZM, nous avons \(\text{Fit}_k(M') = R'\). Par le lemme 07ZD, il suffit de montrer que \(\text{Fit}_{k - 1}(M') = 0\). Rappelons que \(R' \subset R'_a = R_a\), voir le lemme d’Algèbre 07Z3. Il suffit donc de prouver que \(\text{Fit}_{k - 1}(M')\) s’envoie sur zéro dans \(R'_a = R_a\). Puisque \((M')_a = M_a\), cela se réduit à montrer que \(\text{Fit}_{k - 1}(M_a) = 0\), car la formation des idéaux de Fitting commute au changement de base d’après le lemme 07ZA, partie (3). Cela résulte de notre hypothèse que \(M_a\) est localement libre de type fini de rang \(k\) (voir le lemme d’Algèbre 00NX) et du lemme déjà cité 07ZD.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(f \in R\) tel que \(M_f\) soit localement libre de type fini de rang \(r\). Alors il existe un idéal \(I \subset R\) de type fini avec \(V(f) = V(I)\) tel que, pour tout \(a \in I\) avec \(R' = R[\frac{I}{a}]\), la transformée stricte \[M' = (M \otimes_R R')/\text{torsion par les puissances de }a\] soit localement libre de rang \(r\).

Démonstration

Choisissons une surjection \(R^{\oplus n} \to M\). Choisissons un sous-module \(K \subset \Ker(R^{\oplus n} \to M)\) de type fini tel que \(R^{\oplus n}/K \to M\) devienne un isomorphisme après inversion de \(f\). C’est possible car \(M_f\) est de présentation finie, par exemple par le lemme d’Algèbre 00NX. Posons \(M_1 = R^{\oplus n}/K\) et supposons le lemme démontré pour \(M_1\). Soit \(I \subset R\) l’idéal correspondant. Alors, pour \(a \in I\), l’application \[M_1' = (M_1 \otimes_R R')/\text{torsion par les puissances de }a \longrightarrow M' = (M \otimes_R R')/\text{torsion par les puissances de }a\] est surjective. C’est également un isomorphisme après inversion de \(a\) dans \(R'\), car \(R'_a = R_f\), voir le lemme d’Algèbre 080U. Mais \(a\) est un non-diviseur de zéro sur \(M'_1\), d’où le fait que l’application affichée est un isomorphisme. Il suffit donc de démontrer le lemme lorsque \(M\) est un \(R\)-module de présentation finie.

Supposons que \(M\) soit un \(R\)-module de présentation finie. Alors \(J = \text{Fit}_r(M) \subset S\) est un idéal de type fini. Nous affirmons que \(I = fJ\) convient.

Vérifions d’abord que \(V(f) = V(I)\). L’inclusion \(V(f) \subset V(I)\) est claire. Réciproquement, si \(f \not \in \mathfrak p\), alors \(\mathfrak p\) n’appartient pas à \(V(J)\) par le lemme 07ZC. Ainsi \(\mathfrak p \not \in V(fJ) = V(I)\).

Soit \(a \in I\) et posons \(R' = R[\frac{I}{a}]\). Nous pouvons écrire \(a = fb\) pour un certain \(b \in J\). Par les lemmes d’Algèbre 07Z3 et 0BBI, nous voyons que \(J R' = b R'\) et que \(b\) est un non-diviseur de zéro dans \(R'\). Soit \(\mathfrak p' \subset R' = R[\frac{I}{a}]\) un idéal premier. Alors \(JR'_{\mathfrak p'}\) est engendré par \(b\). Il résulte du lemme 080Z que \(M'_{\mathfrak p'}\) peut être engendré par \(r\) éléments. Puisque \(M'\) est de type fini, il existe \(m_1, \ldots, m_r \in M'\) et \(g \in R'\), \(g \not \in \mathfrak p'\), tels que l’application correspondante \((R')^{\oplus r} \to M'\) devienne surjective après inversion de \(g\).

Enfin, considérons l’idéal \(J' = \text{Fit}_{k - 1}(M')\). Notons que \(J' R'_g\) est engendré par les coefficients des relations entre \(m_1, \ldots, m_r\) (compatibilité de l’idéal de Fitting au changement de base). Il suffit donc de montrer que \(J' = 0\), voir le lemme 07ZD. Puisque \(R'_a = R_f\) (lemme d’Algèbre 080U) et que \(M'_a = M_f\) est libre de rang \(r\), nous voyons que \(J'_a = 0\). Comme \(a\) est un non-diviseur de zéro dans \(R'\), nous concluons que \(J' = 0\), ce qui achève la preuve.

Complétion et platitude

Dans cette section, nous examinons quand la complétion d’un module plat « grand » est plate.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(A\) un ensemble. Supposons que \(R\) soit noethérien et complet pour \(I\). Il existe une application canonique \[\left(\bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R\right)^\wedge \longrightarrow \prod\nolimits_{\alpha \in A} R\] de la complétion \(I\)-adique de la somme directe vers le produit, qui est universellement injective.

Démonstration

Par définition, un élément \(x\) du membre de gauche est \(x = (x_n)\), où \(x_n = (x_{n, \alpha}) \in \bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R/I^n\) et \(x_{n, \alpha} = x_{n + 1, \alpha} \bmod I^n\). Comme \(R = R^\wedge\), nous voyons que, pour tout \(\alpha\), il existe un \(y_\alpha \in R\) tel que \(x_{n, \alpha} = y_\alpha \bmod I^n\). Notons que, pour chaque \(n\), il n’y a qu’un nombre fini de \(\alpha\) tels que les éléments \(x_{n, \alpha}\) soient non nuls. Réciproquement, étant donné \((y_\alpha) \in \prod_\alpha R\) tel que, pour chaque \(n\), il n’y ait qu’un nombre fini de \(\alpha\) pour lesquels \(y_{\alpha} \bmod I^n\) soit non nul, nous obtenons un élément du membre de gauche. Nous pouvons donc voir un élément du membre de gauche comme une « somme convergente » infinie \(\sum_\alpha y_\alpha\), avec \(y_\alpha \in R\), telle que, pour chaque \(n\), il n’y ait qu’un nombre fini de \(y_\alpha\) non nuls modulo \(I^n\). L’application affichée envoie cet élément sur l’élément \((y_\alpha)\) du produit. En particulier, elle est injective.

Soit \(Q\) un \(R\)-module de type fini. Nous devons montrer que l’application \[Q \otimes_R \left(\bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R\right)^\wedge \longrightarrow Q \otimes_R \left(\prod\nolimits_{\alpha \in A} R\right)\] est injective, voir le théorème d’Algèbre 058K. Choisissons une présentation \(R^{\oplus k} \to R^{\oplus m} \to Q \to 0\) et notons \(q_1, \ldots, q_m \in Q\) les générateurs correspondants de \(Q\). Par Artin-Rees (lemme d’Algèbre 00IN), il existe une constante \(c\) telle que \(\Im(R^{\oplus k} \to R^{\oplus m}) \cap (I^N)^{\oplus m} \subset \Im((I^{N - c})^{\oplus k} \to R^{\oplus m})\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ \bigoplus_{l = 1}^k \left(\bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R\right)^\wedge \ar[r] \ar[d] & \bigoplus_{j = 1}^m \left(\bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R\right)^\wedge \ar[r] \ar[d] & Q \otimes_R \left(\bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R\right)^\wedge \ar[r] \ar[d] & 0 \\ \bigoplus_{l = 1}^k \left(\prod\nolimits_{\alpha \in A} R\right) \ar[r] & \bigoplus_{j = 1}^m \left(\prod\nolimits_{\alpha \in A} R\right) \ar[r] & Q \otimes_R \left(\prod\nolimits_{\alpha \in A} R\right) \ar[r] & 0 }\] à lignes exactes. Prenons un élément \(\sum_j \sum_\alpha y_{j, \alpha}\) de \(\bigoplus_{j = 1, \ldots, m} \left(\bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R\right)^\wedge\). Si cet élément s’envoie sur zéro dans le module \(Q \otimes_R \left(\prod\nolimits_{\alpha \in A} R\right)\), nous voyons en particulier que \(\sum_j q_j \otimes y_{j, \alpha} = 0\) dans \(Q\) pour tout \(\alpha\). Il existe donc un élément \((z_{1, \alpha}, \ldots, z_{k, \alpha}) \in \bigoplus_{l = 1, \ldots, k} R\) qui s’envoie sur \((y_{1, \alpha}, \ldots, y_{m, \alpha}) \in \bigoplus_{j = 1, \ldots, m} R\). De plus, si \(y_{j, \alpha} \in I^{N_\alpha}\) pour \(j = 1, \ldots, m\), alors nous pouvons supposer que \(z_{l, \alpha} \in I^{N_\alpha - c}\) pour \(l = 1, \ldots, k\). Ainsi la somme \(\sum_l \sum_\alpha z_{l, \alpha}\) est « convergente » et définit un élément de \(\bigoplus_{l = 1, \ldots, k} \left(\bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R\right)^\wedge\) qui s’envoie sur l’élément \(\sum_j \sum_\alpha y_{j, \alpha}\) de départ. La flèche verticale de droite est donc injective, ce qui conclut la preuve.

Le lemme suivant peut également se déduire du lemme 0912 ci-dessous.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(A\) un ensemble. Supposons que \(R\) soit noethérien. La complétion \((\bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R)^\wedge\) est un \(R\)-module plat.

Démonstration

Notons \(R^\wedge\) la complétion de \(R\) pour \(I\). Comme \(R \to R^\wedge\) est plat par le lemme d’Algèbre 00MB, il suffit de démontrer que \((\bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R)^\wedge\) est un \(R^\wedge\)-module plat (utiliser le lemme d’Algèbre 00HC). Puisque \[(\bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R)^\wedge = (\bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R^\wedge)^\wedge\] Nous pouvons remplacer \(R\) par \(R^\wedge\) et supposer que \(R\) est complet pour \(I\) (voir le lemme d’Algèbre 031C). Dans ce cas, le lemme 05BC nous dit que l’application \((\bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R)^\wedge \to \prod_{\alpha \in A} R\) est universellement injective. Ainsi, par le lemme d’Algèbre 058P, il suffit de montrer que \(\prod_{\alpha \in A} R\) est plat. Par la proposition d’Algèbre 05CZ (et le lemme d’Algèbre 05CY), nous voyons que \(\prod_{\alpha \in A} R\) est plat.

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien. Soit \(I\) un idéal de \(A\). Soit \(M\) un \(A\)-module de type fini. Pour tout \(p > 0\), il existe un \(c > 0\) tel que \(\text{Tor}_p^A(M, A/I^n) \to \text{Tor}_p^A(M, A/I^{n - c})\) qui est nulle pour tout \(n \geq c\).

Démonstration

Preuve pour \(p = 1\). Choisissons une suite exacte courte \(0 \to K \to A^{\oplus t} \to M \to 0\). Alors \(\text{Tor}_1^A(M, A/I^n) = K \cap (I^n)^{\oplus t}/I^nK\). Par Artin-Rees (lemme d’Algèbre 00IN), il existe une constante \(c \geq 0\) telle que \(K \cap (I^n)^{\oplus t} \subset I^{n - c}K\) pour \(n \geq c\). Cela donne le résultat pour \(p = 1\). Pour \(p > 1\), nous avons \(\text{Tor}_p^A(M, A/I^n) = \text{Tor}^A_{p - 1}(K, A/I^n)\). Le lemme se déduit donc par récurrence.

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien. Soit \(I\) un idéal de \(A\). Soit \((M_n)\) un système inverse de \(A\)-modules tel que

  1. \(M_n\) est un \(A/I^n\)-module plat,

  2. \(M_{n + 1} \to M_n\) est surjective.

Alors \(M = \lim M_n\) est un \(A\)-module plat et \(Q \otimes_A M = \lim Q \otimes_A M_n\) pour tout \(A\)-module \(Q\) de type fini.

Démonstration

Montrons d’abord que \(Q \otimes_A M = \lim Q \otimes_A M_n\) pour tout \(A\)-module \(Q\) de type fini. Choisissons une résolution \(F_2 \to F_1 \to F_0 \to Q \to 0\) par des \(A\)-modules \(F_i\) libres de type fini. Alors \[F_2 \otimes_A M_n \to F_1 \otimes_A M_n \to F_0 \otimes_A M_n\] est un complexe de chaînes dont l’homologie en degré \(0\) est \(Q \otimes_A M_n\) et dont l’homologie en degré \(1\) est \[\text{Tor}_1^A(Q, M_n) = \text{Tor}_1^A(Q, A/I^n) \otimes_{A/I^n} M_n\] car \(M_n\) est plat sur \(A/I^n\). Par le lemme 0911, nous voyons que ce système est essentiellement constant (de valeur \(0\)). Il résulte du lemme d’Homologie 070E que \(\lim Q \otimes_A M_n = \Coker(\lim F_1 \otimes_A M_n \to \lim F_0 \otimes_A M_n)\). Puisque \(F_i\) est libre de type fini, ceci vaut \(\Coker(F_1 \otimes_A M \to F_0 \otimes_A M) = Q \otimes_A M\).

Ensuite, soit \(Q \to Q'\) une application injective de \(A\)-modules de type fini. Nous devons montrer que \(Q \otimes_A M \to Q' \otimes_A M\) est injective (lemme d’Algèbre 00HD). D’après ce qui précède, nous voyons \[\Ker(Q \otimes_A M \to Q' \otimes_A M) = \Ker(\lim Q \otimes_A M_n \to \lim Q' \otimes_A M_n).\] Pour chaque \(n\), nous avons une suite exacte \[\text{Tor}_1^A(Q', M_n) \to \text{Tor}_1^A(Q'', M_n) \to Q \otimes_A M_n \to Q' \otimes_A M_n\] où \(Q'' = \Coker(Q \to Q')\). Nous avons vu ci-dessus que les systèmes inverses de Tor sont essentiellement constants de valeur \(0\). Il résulte du lemme d’Homologie 070E que la limite inverse des applications les plus à droite est injective.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module. Supposons que

  1. \(I\) soit de type fini,

  2. \(R/I\) soit noethérien,

  3. \(M/IM\) soit plat sur \(R/I\),

  4. \(\text{Tor}_1^R(M, R/I) = 0\).

Alors la complétion \(I\)-adique \(R^\wedge\) est un anneau noethérien et \(M^\wedge\) est plat sur \(R^\wedge\).

Démonstration

Par le lemme d’Algèbre 051C, les modules \(M/I^nM\) sont plats sur \(R/I^n\) pour tout \(n\). Par le lemme d’Algèbre 05GG, nous avons (a) \(R^\wedge\) et \(M^\wedge\) complets pour la topologie \(I\)-adique et (b) \(R/I^n = R^\wedge/I^nR^\wedge\) pour tout \(n\). Par le lemme d’Algèbre 05GH, l’anneau \(R^\wedge\) est noethérien. En appliquant le lemme 0912, nous concluons que \(M^\wedge = \lim M/I^nM\) est plat comme \(R^\wedge\)-module.

Le complexe de Koszul

Nous définissons le complexe de Koszul comme suit.

Définition

Soit \(R\) un anneau. Soit \(\varphi : E \to R\) une application de \(R\)-modules. Le complexe de Koszul \(K_\bullet(\varphi)\) associé à \(\varphi\) est l’algèbre différentielle graduée commutative définie comme suit :

  1. l’algèbre graduée sous-jacente est l’algèbre extérieure \(K_\bullet(\varphi) = \wedge(E)\),

  2. la différentielle \(d : K_\bullet(\varphi) \to K_\bullet(\varphi)\) est l’unique dérivation telle que \(d(e) = \varphi(e)\) pour tout \(e \in E = K_1(\varphi)\).

Explicitement, si \(e_1 \wedge \ldots \wedge e_n\) est l’un des générateurs de degré \(n\) de \(K_\bullet(\varphi)\), alors \[d(e_1 \wedge \ldots \wedge e_n) = \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, n} (-1)^{i + 1} \varphi(e_i)e_1 \wedge \ldots \wedge \widehat{e_i} \wedge \ldots \wedge e_n.\] On voit immédiatement que cela donne une dérivation bien définie sur l’algèbre tensorielle, qui annule \(e \otimes e\) et se factorise donc par l’algèbre extérieure.

Nous supposons souvent que \(E\) est un module libre de type fini, disons \(E = R^{\oplus n}\). Dans ce cas, l’application \(\varphi\) est donnée par une suite d’éléments \(f_1, \ldots, f_n \in R\).

Définition

Soit \(R\) un anneau et soient \(f_1, \ldots, f_r \in R\). Le complexe de Koszul sur \(f_1, \ldots, f_r\) est le complexe de Koszul associé à l’application \((f_1, \ldots, f_r) : R^{\oplus r} \to R\). On le note \(K_\bullet(f_\bullet)\), \(K_\bullet(f_1, \ldots, f_r)\), \(K_\bullet(R, f_1, \ldots, f_r)\), ou \(K_\bullet(R, f_\bullet)\).

Bien entendu, si \(E\) est localement libre de type fini, alors \(K_\bullet(\varphi)\) est localement sur \(\Spec(R)\) isomorphe à un complexe de Koszul \(K_\bullet(f_1, \ldots, f_r)\). Ce complexe possède de nombreuses propriétés formelles intéressantes.

Lemme

Soient \(\varphi : E \to R\) et \(\varphi' : E' \to R\) des applications de \(R\)-modules. Soit \(\psi : E \to E'\) une application de \(R\)-modules telle que \(\varphi' \circ \psi = \varphi\). Alors \(\psi\) induit un homomorphisme d’algèbres différentielles graduées \(K_\bullet(\varphi) \to K_\bullet(\varphi')\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement des définitions.

Lemme

Soit \(f_1, \ldots, f_r \in R\) une suite. Soit \((x_{ij})\) une matrice inversible \(r \times r\) à coefficients dans \(R\). Alors les complexes \(K_\bullet(f_\bullet)\) et \[K_\bullet(\sum x_{1j}f_j, \sum x_{2j}f_j, \ldots, \sum x_{rj}f_j)\] sont isomorphes.

Démonstration

Posons \(g_i = \sum x_{ij}f_j\). La matrice \((x_{ji})\) donne un isomorphisme \(x : R^{\oplus r} \to R^{\oplus r}\) tel que \((g_1, \ldots, g_r) = (f_1, \ldots, f_r) \circ x\). L’assertion résulte donc de la fonctorialité du complexe de Koszul décrite au Lemme 0624.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(\varphi : E \to R\) une application de \(R\)-modules. Soit \(e \in E\) d’image \(f = \varphi(e)\) dans \(R\). Alors \[f = de + ed\] comme endomorphismes de \(K_\bullet(\varphi)\).

Démonstration

Cela est vrai car \(d(ea) = d(e)a - ed(a) = fa - ed(a)\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(f_1, \ldots, f_r \in R\) une suite. La multiplication par \(f_i\) sur \(K_\bullet(f_\bullet)\) est homotope à zéro et, en particulier, les modules d’homologie \(H_i(K_\bullet(f_\bullet))\) sont annulés par l’idéal \((f_1, \ldots, f_r)\).

Démonstration

C’est un cas particulier du Lemme 0626.

Dans Catégories dérivées, section 014D, nous avons défini le cône d’un morphisme de complexes de cochaînes. Le cône \(C(f)_\bullet\) d’un morphisme de complexes de chaînes \(f : A_\bullet \to B_\bullet\) est le complexe \(C(f)_\bullet\) donné par \(C(f)_n = B_n \oplus A_{n - 1}\) et de différentielle [0627]\[\begin{equation} d_{C(f), n} = \left( \begin{matrix} d_{B, n} & f_{n - 1} \\ 0 & -d_{A, n - 1} \end{matrix} \right) \end{equation}\] Il est muni de morphismes canoniques de complexes \(i : B_\bullet \to C(f)_\bullet\) et \(p : C(f)_\bullet \to A_\bullet[-1]\) induits par les applications évidentes \(B_n \to C(f)_n \to A_{n - 1}\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(\varphi : E \to R\) une application de \(R\)-modules. Soit \(f \in R\). Posons \(E' = E \oplus R\) et définissons \(\varphi' : E' \to R\) par \(\varphi\) sur \(E\) et par la multiplication par \(f\) sur \(R\). Le complexe \(K_\bullet(\varphi')\) est isomorphe au cône de l’application de complexes \[f : K_\bullet(\varphi) \longrightarrow K_\bullet(\varphi).\]

Démonstration

Notons \(e_0 \in E'\) l’élément \(1 \in R \subset R \oplus E\). D’après notre définition du cône ci-dessus, on voit que \[C(f)_n = K_n(\varphi) \oplus K_{n - 1}(\varphi) = \wedge^n(E) \oplus \wedge^{n - 1}(E) = \wedge^n(E')\] où, pour le dernier \(=\), on envoie \((0, e_1 \wedge \ldots \wedge e_{n - 1})\) sur \(e_0 \wedge e_1 \wedge \ldots \wedge e_{n - 1}\) dans \(\wedge^n(E')\). Un calcul montre que cet isomorphisme est compatible avec les différentielles. En effet, c’est clair pour les éléments du premier facteur direct puisque \(\varphi'|_E = \varphi\) et que la restriction de \(d_{C(f)}\) au premier facteur direct n’est autre que \(d_{K_\bullet(\varphi)}\). D’autre part, si \(e_1 \wedge \ldots \wedge e_{n - 1}\) appartient au second facteur direct, alors \[d_{C(f)}(0, e_1 \wedge \ldots \wedge e_{n - 1}) = fe_1 \wedge \ldots \wedge e_{n - 1} - d_{K_\bullet(\varphi)}(e_1 \wedge \ldots \wedge e_{n - 1})\] et, d’autre part, \[\begin{align*} & d_{K_\bullet(\varphi')}(0, e_0 \wedge e_1 \wedge \ldots \wedge e_{n - 1}) \\ & = \sum\nolimits_{i = 0, \ldots, n - 1} (-1)^i \varphi'(e_i)e_0 \wedge \ldots \wedge \widehat{e_i} \wedge \ldots \wedge e_{n - 1} \\ & = fe_1 \wedge \ldots \wedge e_{n - 1} + \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, n - 1} (-1)^i \varphi(e_i)e_0 \wedge \ldots \wedge \widehat{e_i} \wedge \ldots \wedge e_{n - 1} \\ & = fe_1 \wedge \ldots \wedge e_{n - 1} - e_0 \left(\sum\nolimits_{i = 1, \ldots, n - 1} (-1)^{i + 1} \varphi(e_i)e_1 \wedge \ldots \wedge \widehat{e_i} \wedge \ldots \wedge e_{n - 1}\right) \end{align*}\] ce qui est l’image du résultat du calcul précédent.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(f_1, \ldots, f_r\) une suite d’éléments de \(R\). Le complexe \(K_\bullet(f_1, \ldots, f_r)\) est isomorphe au cône de l’application de complexes \[f_r : K_\bullet(f_1, \ldots, f_{r - 1}) \longrightarrow K_\bullet(f_1, \ldots, f_{r - 1}).\]

Démonstration

C’est un cas particulier du Lemme 0628.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(A_\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Soient \(f, g \in R\). Soit \(C(f)_\bullet\) le cône de \(f : A_\bullet \to A_\bullet\). Définissons de même \(C(g)_\bullet\) et \(C(fg)_\bullet\). Alors \(C(fg)_\bullet\) est homotopiquement équivalent au cône d’une application \[C(f)_\bullet[1] \longrightarrow C(g)_\bullet\]

Démonstration

Nous le démontrons d’abord lorsque \(A_\bullet\) est le complexe constitué de \(R\) placé en degré \(0\). Dans ce cas, le complexe \(C(f)_\bullet\) est le complexe \[\ldots \to 0 \to R \xrightarrow{f} R \to 0 \to \ldots\] où \(R\) est placé aux degrés (homologiques) \(1\) et \(0\). L’application de complexes que nous utilisons est \[\xymatrix{ 0 \ar[r] \ar[d] & 0 \ar[r] \ar[d] & R \ar[r]^f \ar[d]^1 & R \ar[r] \ar[d] & 0 \ar[d] \\ 0 \ar[r] & R \ar[r]^g & R \ar[r] & 0 \ar[r] & 0 }\] Son cône est le complexe de chaînes constitué de \(R^{\oplus 2}\) placé aux degrés \(1\) et \(0\), et dont la différentielle (0627) est \[\left( \begin{matrix} g & 1 \\ 0 & -f \end{matrix} \right) : R^{\oplus 2} \longrightarrow R^{\oplus 2}\] Pour voir que ce complexe de chaînes est homotope à \(C(fg)_\bullet\), c’est-à-dire à \(R \xrightarrow{fg} R\), considérons les applications de complexes \[\xymatrix{ R \ar[d]_{(1, -g)} \ar[r]_{fg} & R \ar[d]^{(0, 1)} \\ R^{\oplus 2} \ar[r] & R^{\oplus 2} } \quad\quad \xymatrix{ R^{\oplus 2} \ar[d]_{(1, 0)} \ar[r] & R^{\oplus 2} \ar[d]^{(f, 1)} \\ R \ar[r]^{fg} & R }\] avec les notations évidentes. La composée de ces deux applications dans un sens est l’identité de \(C(fg)_\bullet\), mais dans l’autre sens ce n’est pas l’identité. Nous omettons d’écrire l’homotopie nécessaire.

Pour voir que le résultat vaut en général, nous utilisons le foncteur \(K_\bullet \mapsto \text{Tot}(A_\bullet \otimes_R K_\bullet)\) sur la catégorie des complexes, qui est compatible aux homotopies et aux cônes. Nous écrivons alors \(C(f)_\bullet\) et \(C(g)_\bullet\) comme les complexes totaux des complexes doubles \[(R \xrightarrow{f} R) \otimes_R A_\bullet \quad\text{et}\quad (R \xrightarrow{g} R) \otimes_R A_\bullet\] et nous déduisons ainsi le résultat du cas particulier traité ci-dessus. Certains détails sont omis.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(\varphi : E \to R\) une application de \(R\)-modules. Soient \(f, g \in R\). Posons \(E' = E \oplus R\) et définissons \(\varphi'_f, \varphi'_g, \varphi'_{fg} : E' \to R\) par \(\varphi\) sur \(E\) et par la multiplication par \(f, g, fg\) sur \(R\). Le complexe \(K_\bullet(\varphi'_{fg})\) est homotopiquement équivalent au cône d’une application de complexes \[K_\bullet(\varphi'_f)[1] \longrightarrow K_\bullet(\varphi'_g).\]

Démonstration

D’après le Lemme 0628, le complexe \(K_\bullet(\varphi'_f)\) est isomorphe au cône de la multiplication par \(f\) sur \(K_\bullet(\varphi)\), et de même dans les deux autres cas. Le lemme résulte donc du Lemme 062A.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(f_1, \ldots, f_{r - 1}\) une suite d’éléments de \(R\). Soient \(f, g \in R\). Le complexe \(K_\bullet(f_1, \ldots, f_{r - 1}, fg)\) est homotopiquement équivalent au cône d’une application de complexes \[K_\bullet(f_1, \ldots, f_{r - 1}, f)[1] \longrightarrow K_\bullet(f_1, \ldots, f_{r - 1}, g)\]

Démonstration

C’est un cas particulier du Lemme 062B.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_r\), \(g_1, \ldots, g_s\) des éléments de \(R\). Alors il existe un isomorphisme de complexes de Koszul \[K_\bullet(R, f_1, \ldots, f_r, g_1, \ldots, g_s) = \text{Tot}(K_\bullet(R, f_1, \ldots, f_r) \otimes_R K_\bullet(R, g_1, \ldots, g_s)).\]

Démonstration

Omis. Indication : si \(K_\bullet(R, f_1, \ldots, f_r)\) est engendré comme algèbre différentielle graduée par \(x_1, \ldots, x_r\) avec \(\text{d}(x_i) = f_i\) et si \(K_\bullet(R, g_1, \ldots, g_s)\) est engendré comme algèbre différentielle graduée par \(y_1, \ldots, y_s\) avec \(\text{d}(y_j) = g_j\), alors on peut considérer \(K_\bullet(R, f_1, \ldots, f_r, g_1, \ldots, g_s)\) comme l’algèbre différentielle graduée engendrée par la suite d’éléments \(x_1, \ldots, x_r, y_1, \ldots, y_s\) avec \(\text{d}(x_i) = f_i\) et \(\text{d}(y_j) = g_j\).

Le complexe de Čech alterné augmenté

Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in R\). Le complexe de Čech alterné augmenté de \(R\) est le complexe de cochaînes \[R \to \bigoplus\nolimits_{i_0} R_{f_{i_0}} \to \bigoplus\nolimits_{i_0 < i_1} R_{f_{i_0}f_{i_1}} \to \ldots \to R_{f_1\ldots f_r}\] où \(R\) est en degré \(0\), le terme \(\bigoplus_{i_0} R_{f_{i_0}}\) est en degré \(1\), et ainsi de suite. Les applications sont définies comme suit :

  1. L’application \(R \to \bigoplus\nolimits_{i_0} R_{f_{i_0}}\) est donnée par les applications canoniques \(R \to R_{f_{i_0}}\).

  2. Étant donnés \(1 \leq i_0 < \ldots < i_{p + 1} \leq r\) et \(0 \leq j \leq p + 1\), nous avons l’application canonique de localisation \[R_{f_{i_0} \ldots \hat f_{i_j} \ldots f_{i_{p + 1}}} \to R_{f_{i_0} \ldots f_{i_{p + 1}}}\]

  3. Les différentielles utilisent les applications canoniques de (2) avec le signe \((-1)^j\).

Si \(M\) est un \(R\)-module quelconque, le complexe de Čech alterné augmenté de \(M\) est le complexe de cochaînes construit de façon analogue \[M \to \bigoplus\nolimits_{i_0} M_{f_{i_0}} \to \bigoplus\nolimits_{i_0 < i_1} M_{f_{i_0}f_{i_1}} \to \ldots \to M_{f_1\ldots f_r}\] où \(M\) est en degré \(0\) comme précédemment.

Lemme

Les complexes de Čech alternés augmentés définis ci-dessus sont des complexes de \(R\)-modules.

Démonstration

Omis.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in R\). Soit \(M\) un \(R\)-module. Le complexe de Čech alterné augmenté de \(M\) est le produit tensoriel sur \(R\) de \(M\) avec le complexe de Čech alterné augmenté de \(R\).

Démonstration

Omis.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in R\). Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux, notons \(g_1, \ldots, g_r \in S\) les images de \(f_1, \ldots, f_r\), et posons \(N = M \otimes_R S\). Le complexe de Čech alterné augmenté construit à partir de \(S\), \(g_1, \ldots, g_r\) et \(N\) est le produit tensoriel du complexe de Čech alterné augmenté de \(M\) avec \(S\) sur \(R\).

Démonstration

Omis.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in R\). Soit \(M\) un \(R\)-module. S’il existe un \(i \in \{1, \ldots, r\}\) tel que \(f_i\) soit inversible, alors le complexe de Čech alterné augmenté de \(M\) est homotopiquement équivalent à \(0\).

Démonstration

Nous utiliserons la notation suivante : une cochaîne \(x\) de degré \(p + 1\) du complexe de Čech alterné augmenté de \(M\) est \(x = (x_{i_0 \ldots i_p})\), où \(x_{i_0 \ldots i_p}\) appartient à \(M_{f_{i_0} \ldots f_{i_p}}\). Avec cette notation, nous avons \[d(x)_{i_0 \ldots i_{p + 1}} = \sum\nolimits_j (-1)^j x_{i_0 \ldots \hat i_j \ldots i_{p + 1}}\] Comme homotopie, nous utilisons les applications \[h : \text{cochaînes de degré }p + 2 \to \text{cochaînes de degré }p + 1\] données par la règle \[h(x)_{i_0 \ldots i_p} = 0 \text{ si } i \in \{i_0, \ldots, i_p\} \text{ et } h(x)_{i_0 \ldots i_p} = (-1)^j x_{i_0 \ldots i_j i i_{j + 1} \ldots i_p} \text{ sinon}\] Ici, \(j\) est l’unique indice tel que \(i_j < i < i_{j + 1}\) dans le second cas ; en outre, puisque \(f_i\) est inversible, nous avons l’égalité \[M_{f_{i_0} \ldots f_{i_p}} = M_{f_{i_0} \ldots f_{i_j} f_i f_{i_{j + 1}} \ldots f_{i_p}}\] qui permet de considérer \((-1)^j x_{i_0 \ldots i_j i i_{j + 1} \ldots i_p}\) comme un élément de \(M_{f_{i_0} \ldots f_{i_p}}\). Nous allons montrer par un calcul que \(d h + h d\) est égal à l’opposé de l’application identité, ce qui achèvera la démonstration. Pour ce faire, fixons une cochaîne \(x\) de degré \(p + 1\) et soient \(1 \leq i_0 < \ldots < i_p \leq r\).

Cas I : \(i \in \{i_0, \ldots, i_p\}\). Disons que \(i = i_t\). Nous avons alors \(h(d(x))_{i_0 \ldots i_p} = 0\). D’autre part, nous avons \[d(h(x))_{i_0 \ldots i_p} = \sum (-1)^j h(x)_{i_0 \ldots \hat i_j \ldots i_p} = (-1)^t h(x)_{i_0 \ldots \hat i \ldots i_p} = (-1)^t (-1)^{t - 1} x_{i_0 \ldots i_p}\] Ainsi \((dh + hd)(x)_{i_0 \ldots i_p} = -x_{i_0 \ldots i_p}\), comme voulu.

Cas II : \(i \not \in \{i_0, \ldots, i_p\}\). Soit \(j\) tel que \(i_j < i < i_{j + 1}\). On voit alors que \[\begin{align*} h(d(x))_{i_0 \ldots i_p} & = (-1)^j d(x)_{i_0 \ldots i_j i i_{j + 1} \ldots i_p} \\ & = \sum\nolimits_{j' \leq j} (-1)^{j + j'} x_{i_0 \ldots \hat i_{j'} \ldots i_j i i_{j + 1} \ldots i_p} - x_{i_0 \ldots i_p} \\ & + \sum\nolimits_{j' > j} (-1)^{j + j' + 1} x_{i_0 \ldots i_j i i_{j + 1} \ldots \hat i_{j'} \ldots i_p} \end{align*}\] D’autre part, nous avons \[\begin{align*} d(h(x))_{i_0 \ldots i_p} & = \sum\nolimits_{j'} (-1)^{j'} h(x)_{i_0 \ldots \hat i_{j'} \ldots i_p} \\ & = \sum\nolimits_{j' \leq j} (-1)^{j' + j - 1} x_{i_0 \ldots \hat i_{j'} \ldots i_j i i_{j + 1} \ldots i_p} \\ & + \sum\nolimits_{j' > j} (-1)^{j' + j} x_{i_0 \ldots i_j i i_{j + 1} \ldots \hat i_{j'} \ldots i_p} \end{align*}\] En additionnant ces expressions, nous obtenons \((dh + hd)(x)_{i_0 \ldots i_p} = - x_{i_0 \ldots i_p}\) comme voulu.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in R\). Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(H^q\) le \(q\)-ième module de cohomologie du complexe de Čech alterné augmenté de \(M\). Alors

  1. \(H^q = 0\) si \(q \not \in [0, r]\),

  2. pour \(x \in H^i\), il existe un \(n \geq 1\) tel que \(f_i^n x = 0\) pour \(i = 1, \ldots, r\),

  3. le support de \(H^q\) est contenu dans \(V(f_1, \ldots, f_r)\),

  4. s’il existe un \(f \in (f_1, \ldots, f_r)\) qui agit inversiblement sur \(M\), alors \(H^q = 0\).

Démonstration

L’assertion (1) résulte du fait que le complexe de Čech alterné augmenté est nul en degrés \(< 0\) et \(> r\). Pour démontrer (2), il suffit de montrer que, pour chaque \(i\), il existe un \(n \geq 1\) tel que \(f_i^n x = 0\). Pour cela, il suffit de montrer que \((H^q)_{f_i} = 0\). La localisation étant exacte, \((H^q)_{f_i}\) est le \(q\)-ième module de cohomologie de la localisation du complexe alterné augmenté de \(M\) en \(f_i\). D’après le Lemme 0G6I, cette localisation est le complexe de Čech alterné augmenté de \(M_{f_i}\) sur \(R_{f_i}\) relativement aux images de \(f_1, \ldots, f_r\) dans \(R_{f_i}\). On se ramène donc à montrer que \(H^q\) est nul si \(f_i\) est inversible, ce qui résulte du Lemme 0G6J. L’assertion (3) résulte de l’égalité \((H^q)_{f_i} = 0\) pour tout \(i\), que nous venons de démontrer. Pour voir (4), remarquons que, dans ce cas, \(f\) agit inversiblement sur \(H^q\) et que \(H^q\) est supporté par \(V(f)\) d’après (3). Cela force \(H^q\) à être nul (un petit détail est omis).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in R\). Le complexe de Čech alterné augmenté \[R \to \bigoplus\nolimits_{i_0} R_{f_{i_0}} \to \bigoplus\nolimits_{i_0 < i_1} R_{f_{i_0}f_{i_1}} \to \ldots \to R_{f_1\ldots f_r}\] est une colimite des complexes de Koszul \(K(R, f_1^n, \ldots, f_r^n)\) ; voir la démonstration pour un énoncé précis.

Démonstration

Nous invitons vivement le lecteur à le démontrer lui-même. Notons \(K(R, f_1^n, \ldots, f_r^n)\) le complexe de Koszul de la Définition 0623, considéré comme un complexe de cochaînes placé en degrés \(0, \ldots, r\). Nous avons donc \[K(R, f_1^n, \ldots, f_r^n) : 0 \to \wedge^r(R^{\oplus r}) \to \wedge^{r - 1}(R^{\oplus r}) \to \ldots \to R^{\oplus r} \to R \to 0\] où le terme \(\wedge^r(R^{\oplus r})\) est placé en degré \(0\). Soit \(e^n_1, \ldots, e^n_r\) la base canonique de \(R^{\oplus r}\). Alors les éléments \(e^n_{j_1} \wedge \ldots \wedge e^n_{j_{r - p}}\), pour \(1 \leq j_1 < \ldots < j_{r - p} \leq r\), forment une base du terme de degré \(p\) du complexe de Koszul. En outre, remarquons que \[d(e^n_{j_1} \wedge \ldots \wedge e^n_{j_{r - p}}) = \sum (-1)^{a + 1} f_{j_a}^n e^n_{j_1} \wedge \ldots \wedge \hat e^n_{j_a} \wedge \ldots \wedge e^n_{j_{r - p}}\] d’après notre construction du complexe de Koszul à la section 0621. Les applications de transition de notre système \[K(R, f_1^n, \ldots, f_r^n) \to K(R, f_1^{n + 1}, \ldots, f_r^{n + 1})\] sont données par la règle \[e^n_{j_1} \wedge \ldots \wedge e^n_{j_{r - p}} \longmapsto f_{i_0} \ldots f_{i_{p - 1}} e^{n + 1}_{j_1} \wedge \ldots \wedge e^{n + 1}_{j_{r - p}}\] où les indices \(1 \leq i_0 < \ldots < i_{p - 1} \leq r\) sont tels que \(\{1, \ldots r\} = \{i_0, \ldots, i_{p - 1}\} \amalg \{j_1, \ldots, j_{r - p}\}\). Nous omettons le bref calcul qui montre la compatibilité aux différentielles. Remarquons que les applications de transition valent toujours \(1\) en degré \(0\) et sont égales à \(f_1 \ldots f_r\) en degré \(r\).

Notons \(K^p(R, f_1^n, \ldots, f_r^n)\) le terme de degré \(p\) du complexe de Koszul. Remarquons que, pour tout \(f \in R\), nous avons \[R_f = \colim (R \xrightarrow{f} R \xrightarrow{f} R \to \ldots )\] Nous voyons donc qu’en degré \(p\) nous obtenons \[\colim K^p(R, f_1^n, \ldots f_r^n) = \bigoplus\nolimits_{1 \leq i_0 < \ldots < i_{p - 1} \leq r} R_{f_{i_0} \ldots f_{i_{p - 1}}}\] Ici, l’élément \(e^n_{j_1} \wedge \ldots \wedge e^n_{j_{r - p}}\) du complexe de Koszul ci-dessus s’envoie dans la colimite sur l’élément \((f_{i_0} \ldots f_{i_{p - 1}})^{-n}\) du facteur direct \(R_{f_{i_0} \ldots f_{i_{p - 1}}}\), où les indices sont choisis de telle sorte que \(\{1, \ldots r\} = \{i_0, \ldots, i_{p - 1}\} \amalg \{j_1, \ldots, j_{r - p}\}\). Ainsi, la différentielle de ce complexe est donnée par \[d(1\text{ dans }R_{f_{i_0} \ldots f_{i_{p - 1}}}) = \sum\nolimits_{i \not \in \{i_0, \ldots, i_{p - 1}\}} (-1)^{i - t}\text{ dans } R_{f_{i_0} \ldots f_{i_t} f_i f_{i_{t + 1}} \ldots f_{i_{p - 1}}}\] Ainsi, si nous considérons l’application de complexes donnée en degré \(p\) par l’application \[\bigoplus\nolimits_{1 \leq i_0 < \ldots < i_{p - 1} \leq r} R_{f_{i_0} \ldots f_{i_{p - 1}}} \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{1 \leq i_0 < \ldots < i_{p - 1} \leq r} R_{f_{i_0} \ldots f_{i_{p - 1}}}\] déterminée par la règle \[1\text{ dans }R_{f_{i_0} \ldots f_{i_{p - 1}}} \longmapsto (-1)^{i_0 + \ldots + i_{p - 1} + p}\text{ dans }R_{f_{i_0} \ldots f_{i_{p - 1}}}\] nous obtenons alors un isomorphisme de complexes de \(\colim K(R, f_1^n, \ldots, f_r^n)\) vers le complexe de Čech alterné augmenté défini dans cette section. Nous omettons la vérification des signes.

Suites régulières au sens de Koszul

Nous invitons le lecteur à consulter Algèbre, sections 0AUH, 061M et 00LE avant d’aborder celle-ci.

Définition

Soit \(R\) un anneau. Soit \(r \geq 0\) et soit \(f_1, \ldots, f_r \in R\) une suite d’éléments. Soit \(M\) un \(R\)-module. La suite \(f_1, \ldots, f_r\) est dite

  1. \(M\)-régulière au sens de Koszul si \(H_i(K_\bullet(f_1, \ldots, f_r) \otimes_R M) = 0\) pour tout \(i \not = 0\),

  2. \(M\)-\(H_1\)-régulière si \(H_1(K_\bullet(f_1, \ldots, f_r) \otimes_R M) = 0\),

  3. régulière au sens de Koszul si \(H_i(K_\bullet(f_1, \ldots, f_r)) = 0\) pour tout \(i \not = 0\), et

  4. \(H_1\)-régulière si \(H_1(K_\bullet(f_1, \ldots, f_r)) = 0\).

Nous verrons aux Lemmes 062F, 0CEM et 062I que, pour des éléments \(f_1, \ldots, f_r\) d’un anneau \(R\), nous avons les implications suivantes : \[\begin{align*} f_1, \ldots, f_r\text{ est une suite régulière} & \Rightarrow f_1, \ldots, f_r\text{ est une suite régulière au sens de Koszul} \\ & \Rightarrow f_1, \ldots, f_r\text{ est une suite }H_1\text{-régulière} \\ & \Rightarrow f_1, \ldots, f_r\text{ est une suite quasi-régulière.} \end{align*}\] En général, aucune de ces implications ne peut être renversée, mais si \(R\) est un anneau local noethérien et si \(f_1, \ldots, f_r \in \mathfrak m_R\), alors les quatre conditions sont toutes équivalentes (Lemme 09CC). Si \(f = f_1 \in R\) est une suite de longueur \(1\) et si \(f\) n’est pas inversible dans \(R\), il est clair que les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est une suite régulière de longueur un,

  2. \(f\) est une suite régulière au sens de Koszul de longueur un, et

  3. \(f\) est une suite \(H_1\)-régulière de longueur un.

Il est également clair que ces conditions impliquent que \(f\) est une suite quasi-régulière de longueur un. Mais il existe des suites quasi-régulières de longueur \(1\) qui ne sont pas régulières. En effet, soit \[R = k[x, y_0, y_1, \ldots]/(xy_0, xy_1 - y_0, xy_2 - y_1, \ldots)\] et soit \(f\) l’image de \(x\) dans \(R\). Alors \(f\) est un diviseur de zéro, mais \(\bigoplus_{n \geq 0} (f^n)/(f^{n + 1}) \cong k[x]\) est un anneau de polynômes.

Lemme

Soient \(R\) un anneau, \(M\) un \(R\)-module et \(f_1, \ldots, f_r \in R\) tels que, pour \(i = 1, \ldots, r\), la multiplication par \(f_i\) soit injective sur \(M/(f_1, \ldots, f_{i - 1})M\). Alors \(f_1, \ldots, f_r\) est \(M\)-régulière au sens de Koszul. En particulier, une suite \(M\)-régulière est \(M\)-régulière au sens de Koszul, et toute suite régulière est régulière au sens de Koszul.

Démonstration

Soient \(R\), \(M\), \(f_1, \ldots, f_r\) comme dans la première phrase du lemme. Si \(r = 1\), il est immédiat que \(f_1\) est \(M\)-régulière au sens de Koszul. Supposons \(r > 1\). Puisque \(f_1\) est un non-diviseur de zéro dans \(M\), nous obtenons une suite exacte courte de complexes : \[0 \to K_\bullet(f_2, \ldots, f_r) \otimes M \xrightarrow{f_1} K_\bullet(f_2, \ldots, f_r) \otimes M \to K_\bullet(\overline{f}_2, \ldots, \overline{f}_r) \otimes M/f_1M \to 0\] Ici, \(\overline{f}_i\) est l’image de \(f_i\) dans \(R/(f_1)\). D’après le Lemme 0629, le complexe \(K_\bullet(f_1, \ldots, f_r)\) est isomorphe au cône de la multiplication par \(f_1\) sur \(K_\bullet(f_2, \ldots, f_r)\). Ainsi \(K_\bullet(R, f_1, \ldots, f_r) \otimes M\) est isomorphe au cône de la première application. Par conséquent, \(K_\bullet(\overline{f}_2, \ldots, \overline{f}_r) \otimes M/f_1M\) est quasi-isomorphe à \(K_\bullet(f_1, \ldots, f_r) \otimes M\). Comme \(R/(f_1)\), \(M/f_1M\), \(\overline{f}_2, \ldots, \overline{f}_r\) satisfont aux conditions du lemme, nous concluons par récurrence que ce complexe est acyclique en degrés strictement positifs. Cela achève la démonstration de la première assertion. La seconde résulte immédiatement de la première.

Lemme

Une suite \(M\)-régulière au sens de Koszul est \(M\)-\(H_1\)-régulière. Une suite régulière au sens de Koszul est \(H_1\)-régulière.

Démonstration

Cela résulte immédiatement de la définition.

Lemme

Soit \(f_1, \ldots, f_{r - 1} \in R\) une suite et soient \(f, g \in R\). Soit \(M\) un \(R\)-module.

  1. Si \(f_1, \ldots, f_{r - 1}, f\) et \(f_1, \ldots, f_{r - 1}, g\) sont \(M\)-\(H_1\)-régulières, alors \(f_1, \ldots, f_{r - 1}, fg\) est également \(M\)-\(H_1\)-régulière.

  2. Si \(f_1, \ldots, f_{r - 1}, f\) et \(f_1, \ldots, f_{r - 1}, g\) sont \(M\)-régulières au sens de Koszul, alors \(f_1, \ldots, f_{r - 1}, fg\) est également \(M\)-régulière au sens de Koszul.

Démonstration

D’après le Lemme 062C, nous avons des suites exactes \[H_i(K_\bullet(f_1, \ldots, f_{r - 1}, f) \otimes M) \to H_i(K_\bullet(f_1, \ldots, f_{r - 1}, fg) \otimes M) \to H_i(K_\bullet(f_1, \ldots, f_{r - 1}, g) \otimes M)\] pour tout \(i\).

Lemme

Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme plat d’anneaux. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in R\). Soit \(M\) un \(R\)-module et posons \(N = M \otimes_R S\).

  1. Si \(f_1, \ldots, f_r\) dans \(R\) est une suite \(M\)-\(H_1\)-régulière, alors \(\varphi(f_1), \ldots, \varphi(f_r)\) est une suite \(N\)-\(H_1\)-régulière dans \(S\).

  2. Si \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite \(M\)-régulière au sens de Koszul dans \(R\), alors \(\varphi(f_1), \ldots, \varphi(f_r)\) est une suite \(N\)-régulière au sens de Koszul dans \(S\).

Démonstration

Cela est vrai car \(K_\bullet(f_1, \ldots, f_r) \otimes_R S = K_\bullet(\varphi(f_1), \ldots, \varphi(f_r))\) et donc \((K_\bullet(f_1, \ldots, f_r) \otimes_R M) \otimes_R S = K_\bullet(\varphi(f_1), \ldots, \varphi(f_r)) \otimes_S N\).

Lemme

Une suite \(M\)-\(H_1\)-régulière est \(M\)-quasi-régulière.

Démonstration

Soit \(R\) un anneau et soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(f_1, \ldots, f_r\) une suite \(M\)-\(H_1\)-régulière. Notons \(J = (f_1, \ldots, f_r)\). L’hypothèse signifie que nous avons une suite exacte \[\wedge^2(R^r) \otimes M \to R^{\oplus r} \otimes M \to JM \to 0\] où la première flèche est donnée par \(e_i \wedge e_j \otimes m \mapsto (f_ie_j - f_je_i) \otimes m\). En tensorisant la suite par \(R/J\), nous voyons que \[JM/J^2M = (R/J)^{\oplus r} \otimes_R M = (M/JM)^{\oplus r}\] est un module libre de type fini. Pour achever la démonstration, nous devons montrer, pour tout \(n \geq 2\), l’assertion suivante : si \[\xi = \sum\nolimits_{|I| = n, I = (i_1, \ldots, i_r)} m_I f_1^{i_1} \ldots f_r^{i_r} \in J^{n + 1}M\] alors \(m_I \in JM\) pour tout \(I\). Dans le paragraphe suivant, nous montrons que \(m_I \in JM\) pour \(I = (0, \ldots, 0, n)\) et, dans le dernier paragraphe, nous déduisons le cas général de ce cas particulier.

Soit \(I = (0, \ldots, 0, n)\). Soit \(\xi\) comme ci-dessus. Nous pouvons écrire \(\xi = m_1 f_1 + \ldots + m_{r - 1}f_{r - 1} + m_I f_r^n\). Puisque nous avons supposé \(\xi \in J^{n + 1}M\), nous pouvons aussi écrire \(\xi = \sum_{1 \leq i \leq j \leq r - 1} m_{ij}f_if_j + \sum_{1 \leq i \leq r - 1}m'_i f_if_r^n + m'' f_r^{n + 1}\). On voit alors que \[\begin{matrix} (m_1 - m_{11}f_1 - m'_1f_r^n)f_1 + \\ (m_2 - m_{12}f_1 - m_{22}f_2 - m'_2f_r^n)f_2 + \\ \ldots + \\ (m_{r - 1} - m_{1 r - 1}f_1 - \ldots - m_{r - 1 r - 1}f_{r - 1} - m'_{r - 1}f_r^n)f_{r - 1} + \\ (m_I - m'' f_r)f_r^n = 0 \end{matrix}\] Puisque \(f_1, \ldots, f_{r - 1}, f_r^n\) est \(M\)-\(H_1\)-régulière d’après le Lemme 062G, nous voyons que \(m_I - m'' f_r\) appartient au sous-module \(f_1M + \ldots + f_{r - 1}M + f_r^nM\). Ainsi \(m_I \in f_1M + \ldots + f_rM\).

Soit \(S = R[x_1, x_2, \ldots, x_r, 1/x_r]\). L’homomorphisme d’anneaux \(R \to S\) est fidèlement plat ; ainsi \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite \(M\)-\(H_1\)-régulière dans \(S\), voir le Lemme 062H. D’après le Lemme 0625, nous voyons que \[g_1 = f_1 - \frac{x_1}{x_r} f_r, \ \ldots, \ g_{r - 1} = f_{r - 1} - \frac{x_{r - 1}}{x_r} f_r, \ g_r = \frac{1}{x_r}f_r\] est une suite \(M\)-\(H_1\)-régulière dans \(S\). Enfin, remarquons que notre élément \(\xi\) peut se réécrire \[\xi = \sum\nolimits_{|I| = n, I = (i_1, \ldots, i_r)} m_I (g_1 + x_1 g_r)^{i_1} \ldots (g_{r - 1} + x_{r - 1} g_r)^{i_{r - 1}} (x_rg_r)^{i_r}\] et que le coefficient de \(g_r^n\) dans cette expression est \[\sum m_I x_1^{i_1} \ldots x_r^{i_r}\] D’après le cas traité dans le paragraphe précédent, cette somme appartient à \(J(M \otimes_R S)\). Comme les monômes \(x_1^{i_1} \ldots x_r^{i_r}\) font partie d’une \(R\)-base de \(S\) sur \(R\), nous concluons que \(m_I \in J\) pour tout \(I\), comme voulu.

Pour les modules non nuls de type fini sur des anneaux locaux noethériens, toutes les notions de suite régulière introduites jusqu’ici sont équivalentes.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module non nul de type fini. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in \mathfrak m\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite \(M\)-régulière,

  2. \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite \(M\)-régulière au sens de Koszul,

  3. \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite \(M\)-\(H_1\)-régulière,

  4. \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite \(M\)-quasi-régulière.

En particulier, la suite \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite régulière dans \(R\) si et seulement si elle est régulière au sens de Koszul, si et seulement si elle est \(H_1\)-régulière, si et seulement si elle est quasi-régulière.

Démonstration

L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) est le Lemme 062F. L’implication (2) \(\Rightarrow\) (3) est le Lemme 0CEM. L’implication (3) \(\Rightarrow\) (4) est le Lemme 062I. L’implication (4) \(\Rightarrow\) (1) est Algèbre, Lemme 061S.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(I \subset A\) un idéal. Soit \(g_1, \ldots, g_m\) une suite dans \(A\) dont l’image dans \(A/I\) est \(H_1\)-régulière. Alors \(I \cap (g_1, \ldots, g_m) = I(g_1, \ldots, g_m)\).

Démonstration

Considérons la suite exacte de complexes \[0 \to I \otimes_A K_\bullet(A, g_1, \ldots, g_m) \to K_\bullet(A, g_1, \ldots, g_m) \to K_\bullet(A/I, g_1, \ldots, g_m) \to 0\] Comme le complexe de droite vérifie \(H_1 = 0\) par hypothèse, nous voyons que \[\Coker(I^{\oplus m} \to I) \longrightarrow \Coker(A^{\oplus m} \to A)\] est injectif. Cela équivaut à l’assertion du lemme.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soient \(I \subset J \subset A\) des idéaux. Supposons que \(J/I \subset A/I\) soit engendré par une suite \(H_1\)-régulière. Alors \(I \cap J^2 = IJ\).

Démonstration

Pour le démontrer, choisissons \(g_1, \ldots, g_m \in J\) dont les images dans \(A/I\) forment une suite \(H_1\)-régulière qui engendre \(J/I\). En particulier, \(J = I + (g_1, \ldots, g_m)\). Supposons que \(x \in I \cap J^2\). Puisque \(x \in J^2\), nous pouvons écrire \[x = \sum a_{ij} g_ig_j + \sum a_j g_j + a\] avec \(a_{ij} \in A\), \(a_j \in I\) et \(a \in I^2\). Alors \(\sum a_{ij}g_ig_j \in I \cap (g_1, \ldots, g_m)\) ; d’après le Lemme 0665, nous voyons donc que \(\sum a_{ij}g_ig_j \in I(g_1, \ldots, g_m)\). Ainsi \(x \in IJ\), comme voulu.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(I\) un idéal engendré par une suite quasi-régulière \(f_1, \ldots, f_n\) dans \(A\). Soient \(g_1, \ldots, g_m \in A\) des éléments dont les images \(\overline{g}_1, \ldots, \overline{g}_m\) forment une suite \(H_1\)-régulière dans \(A/I\). Alors \(f_1, \ldots, f_n, g_1, \ldots, g_m\) est une suite quasi-régulière dans \(A\).

Démonstration

Nous affirmons que \(g_1, \ldots, g_m\) forme une suite \(H_1\)-régulière dans \(A/I^d\) pour tout \(d\). Supposons par récurrence que cela vaille dans \(A/I^{d - 1}\). Nous avons une suite exacte courte de complexes \[0 \to K_\bullet(A, g_\bullet) \otimes_A I^{d - 1}/I^d \to K_\bullet(A/I^d, g_\bullet) \to K_\bullet(A/I^{d - 1}, g_\bullet) \to 0\] Comme \(f_1, \ldots, f_n\) est quasi-régulière, nous voyons que le premier complexe est une somme directe de copies de \(K_\bullet(A/I, g_1, \ldots, g_m)\), donc qu’il est acyclique en degré \(1\). Par hypothèse de récurrence, le dernier complexe est acyclique en degré \(1\). Il en est donc de même du complexe du milieu. En particulier, la suite \(g_1, \ldots, g_m\) est quasi-régulière dans \(A/I^d\) pour tout \(d \geq 1\), voir le Lemme 062I. Nous sommes maintenant prêts à démontrer que \(f_1, \ldots, f_n, g_1, \ldots, g_m\) est une suite quasi-régulière dans \(A\). En effet, posons \(J = (f_1, \ldots, f_n, g_1, \ldots, g_m)\) et supposons que (avec la notation multinomiale) \[\sum\nolimits_{|N| + |M| = d} a_{N, M} f^N g^M \in J^{d + 1}\] pour certains \(a_{N, M} \in A\). Nous devons montrer que \(a_{N, M} \in J\) pour tous \(N, M\). Soit \(e \in \{0, 1, \ldots, d\}\). Alors \[\sum\nolimits_{|N| = d - e, \ |M| = e} a_{N, M} f^N g^M \in (g_1, \ldots, g_m)^{e + 1} + I^{d - e + 1}\] Comme \(g_1, \ldots, g_m\) est une suite quasi-régulière dans \(A/I^{d - e + 1}\), nous en déduisons \[\sum\nolimits_{|N| = d - e} a_{N, M} f^N \in (g_1, \ldots, g_m) + I^{d - e + 1}\] pour tout \(M\) tel que \(|M| = e\). Le Lemme 0665, appliqué à \(I^{d - e}/I^{d - e + 1}\) dans l’anneau \(A/I^{d - e + 1}\), implique que \(\sum_{|N| = d - e} a_{N, M} f^N \in I^{d - e}(g_1, \ldots, g_m)\). Comme \(f_1, \ldots, f_n\) est quasi-régulière dans \(A\), cela implique que \(a_{N, M} \in J\) pour tous \(N, M\) tels que \(|N| = d - e\) et \(|M| = e\). Cela démontre le lemme.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(I\) un idéal engendré par une suite \(H_1\)-régulière \(f_1, \ldots, f_n\) dans \(A\). Soient \(g_1, \ldots, g_m \in A\) des éléments dont les images \(\overline{g}_1, \ldots, \overline{g}_m\) forment une suite \(H_1\)-régulière dans \(A/I\). Alors \(f_1, \ldots, f_n, g_1, \ldots, g_m\) est une suite \(H_1\)-régulière dans \(A\).

Démonstration

Nous devons montrer que \(H_1(A, f_1, \ldots, f_n, g_1, \ldots, g_m) = 0\). Pour cela, considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ \wedge^2(A^{\oplus n + m}) \ar[r] \ar[d] & A^{\oplus n + m} \ar[r] \ar[d] & A \ar[r] \ar[d] & 0 \\ \wedge^2(A/I^{\oplus m}) \ar[r] & A/I^{\oplus m} \ar[r] & A/I \ar[r] & 0 }\] Considérons un élément \((a_1, \ldots, a_{n + m}) \in A^{\oplus n + m}\) qui s’envoie sur zéro dans \(A\). Comme \(\overline{g}_1, \ldots, \overline{g}_m\) forme une suite \(H_1\)-régulière dans \(A/I\), nous voyons que \((\overline{a}_{n + 1}, \ldots, \overline{a}_{n + m})\) est l’image d’un élément \(\overline{\alpha}\) de \(\wedge^2(A/I^{\oplus m})\). Nous pouvons relever \(\overline{\alpha}\) en un élément \(\alpha \in \wedge^2(A^{\oplus n + m})\) et soustraire son image dans \(A^{\oplus n + m}\) de notre élément \((a_1, \ldots, a_{n + m})\). Ainsi, nous pouvons supposer que \(a_{n + 1}, \ldots, a_{n + m} \in I\). Puisque \(I = (f_1, \ldots, f_n)\), nous pouvons modifier notre élément \((a_1, \ldots, a_{n + m})\) par des combinaisons linéaires des éléments \[(0, \ldots, g_j, 0, \ldots, 0, f_i, 0, \ldots, 0)\] appartenant à l’image de la flèche horizontale supérieure gauche, et nous ramener au cas où \(a_{n + 1}, \ldots, a_{n + m}\) sont nuls. Dans ce cas, \((a_1, \ldots, a_n, 0, \ldots, 0)\) définit un élément de \(H_1(A, f_1, \ldots, f_n)\), que nous avons supposé nul.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(f_1, \ldots, f_n, g_1, \ldots, g_m \in A\) une suite \(H_1\)-régulière. Alors les images \(\overline{g}_1, \ldots, \overline{g}_m\) dans \(A/(f_1, \ldots, f_n)\) forment une suite \(H_1\)-régulière.

Démonstration

Posons \(I = (f_1, \ldots, f_n)\). Nous devons montrer que toute relation \(\sum_{j = 1, \ldots, m} \overline{a}_j \overline{g}_j\) dans \(A/I\) est une combinaison linéaire de relations triviales. Puisque \(I = (f_1, \ldots, f_n)\), nous pouvons relever cette relation en une relation \[\sum\nolimits_{j = 1, \ldots, m} a_j g_j + \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, n} b_if_i = 0\] dans \(A\). Par hypothèse, cette relation dans \(A\) est une combinaison linéaire de relations triviales. En prenant l’image dans \(A/I\), nous obtenons l’assertion voulue.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(I\) un idéal engendré par une suite régulière au sens de Koszul \(f_1, \ldots, f_n\) dans \(A\). Soient \(g_1, \ldots, g_m \in A\) des éléments dont les images \(\overline{g}_1, \ldots, \overline{g}_m\) forment une suite régulière au sens de Koszul dans \(A/I\). Alors \(f_1, \ldots, f_n, g_1, \ldots, g_m\) est une suite régulière au sens de Koszul dans \(A\).

Démonstration

Nos hypothèses disent que \(K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_n)\) est une résolution libre de type fini de \(A/I\) et que \(K_\bullet(A/I, \overline{g}_1, \ldots, \overline{g}_m)\) est une résolution libre de type fini de \(A/(f_i, g_j)\) sur \(A/I\). Alors \[\begin{align*} K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_n, g_1, \ldots, g_m) & = \text{Tot}(K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_n) \otimes_A K_\bullet(A, g_1, \ldots, g_m)) \\ & \cong A/I \otimes_A K_\bullet(A, g_1, \ldots, g_m) \\ & = K_\bullet(A/I, \overline{g}_1, \ldots, \overline{g}_m) \\ & \cong A/(f_i, g_j) \end{align*}\] La première égalité résulte du Lemme 0664. Le premier quasi-isomorphisme \(\cong\) résulte (du dual) de Homologie, Lemme 0133, car la \(q\)-ième ligne du complexe double \(K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_n) \otimes_A K_\bullet(A, g_1, \ldots, g_m)\) est une résolution de \(A/I \otimes_A K_q(A, g_1, \ldots, g_m)\). La seconde égalité est claire. Le dernier quasi-isomorphisme résulte de l’hypothèse. D’où le résultat.

Pour conclure dans le lemme suivant, il est nécessaire de supposer que \(f_1, \ldots, f_n\) et \(f_1, \ldots, f_n, g_1, \ldots, g_m\) soient toutes deux régulières au sens de Koszul. Un contre-exemple lorsqu’on supprime l’hypothèse que \(f_1, \ldots, f_n\) est régulière au sens de Koszul est donné dans Exemples, Lemme 0640.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_n, g_1, \ldots, g_m \in A\). Si \(f_1, \ldots, f_n\) et \(f_1, \ldots, f_n, g_1, \ldots, g_m\) sont toutes deux des suites régulières au sens de Koszul dans \(A\), alors les images \(\overline{g}_1, \ldots, \overline{g}_m\) dans \(A/(f_1, \ldots, f_n)\) forment une suite régulière au sens de Koszul.

Démonstration

Posons \(I = (f_1, \ldots, f_n)\). Nos hypothèses disent que \(K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_n)\) est une résolution libre de type fini de \(A/I\) et que \(K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_n, g_1, \ldots, g_m)\) est une résolution libre de type fini de \(A/(f_i, g_j)\) sur \(A\). Alors \[\begin{align*} A/(f_i, g_j) & \cong K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_n, g_1, \ldots, g_m) \\ & = \text{Tot}(K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_n) \otimes_A K_\bullet(A, g_1, \ldots, g_m)) \\ & \cong A/I \otimes_A K_\bullet(A, g_1, \ldots, g_m) \\ & = K_\bullet(A/I, \overline{g}_1, \ldots, \overline{g}_m) \end{align*}\] Le premier quasi-isomorphisme \(\cong\) résulte de l’hypothèse. La première égalité résulte du Lemme 0664. Le second quasi-isomorphisme résulte (du dual) de Homologie, Lemme 0133, car la \(q\)-ième ligne du complexe double \(K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_n) \otimes_A K_\bullet(A, g_1, \ldots, g_m)\) est une résolution de \(A/I \otimes_A K_q(A, g_1, \ldots, g_m)\). La seconde égalité est claire. D’où le résultat.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I\) un idéal engendré par \(f_1, \ldots, f_r \in R\).

  1. Si \(I\) peut être engendré par une suite quasi-régulière de longueur \(r\), alors \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite quasi-régulière.

  2. Si \(I\) peut être engendré par une suite \(H_1\)-régulière de longueur \(r\), alors \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite \(H_1\)-régulière.

  3. Si \(I\) peut être engendré par une suite régulière au sens de Koszul de longueur \(r\), alors \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite régulière au sens de Koszul.

Démonstration

Si \(I\) peut être engendré par une suite quasi-régulière de longueur \(r\), alors \(I/I^2\) est libre de rang \(r\) sur \(R/I\). Puisque \(f_1, \ldots, f_r\) constituent par hypothèse un système de générateurs, nous voyons que les images \(\overline{f}_i\) forment une base de \(I/I^2\) sur \(R/I\). Il s’ensuit que \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite quasi-régulière, car, outre la liberté de \(I/I^2\), cela signifie précisément que les applications \(\text{Sym}^n_{R/I}(I/I^2) \to I^n/I^{n + 1}\) sont des isomorphismes.

Nous continuons de supposer que \(I\) peut être engendré par une suite quasi-régulière, disons \(g_1, \ldots, g_r\). Écrivons \(g_j = \sum a_{ij}f_i\). Puisque \(f_1, \ldots, f_r\) est quasi-régulière d’après le paragraphe précédent, nous voyons que \(\det(a_{ij})\) est inversible modulo \(I\). La matrice \(a_{ij}\) donne une application \(R^{\oplus r} \to R^{\oplus r}\) qui induit une application de complexes de Koszul \(\alpha : K_\bullet(R, f_1, \ldots, f_r) \to K_\bullet(R, g_1, \ldots, g_r)\), voir le Lemme 0624. Cette application devient un isomorphisme après inversion de \(\det(a_{ij})\). Comme les modules d’homologie de \(K_\bullet(R, f_1, \ldots, f_r)\) et de \(K_\bullet(R, g_1, \ldots, g_r)\) sont annulés par \(I\), voir le Lemme 0663, nous voyons que \(\alpha\) est un quasi-isomorphisme.

Supposons maintenant que \(g_1, \ldots, g_r\) soit une suite \(H_1\)-régulière engendrant \(I\). Alors \(g_1, \ldots, g_r\) est une suite quasi-régulière d’après le Lemme 062I. Le paragraphe précédent montre que \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite \(H_1\)-régulière. Le raisonnement est analogue pour les suites régulières au sens de Koszul.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(a_1, \ldots, a_n \in R\) des éléments tels que \(R \to R^{\oplus n}\), \(x \mapsto (xa_1, \ldots, xa_n)\), soit injective. Alors l’élément \(\sum a_i t_i\) de l’anneau de polynômes \(R[t_1, \ldots, t_n]\) est un non-diviseur de zéro.

Démonstration

Si l’un des \(a_i\) est inversible, il s’agit simplement du fait que tout élément de la forme \(t_1 + a_2 t_2 + \ldots + a_n t_n\) est un non-diviseur de zéro dans l’anneau de polynômes sur \(R\).

Cas I : \(R\) est noethérien. Soient \(\mathfrak q_j\), \(j = 1, \ldots, m\), les idéaux premiers associés de \(R\). Nous devons montrer que chacune des applications \[\sum a_i t_i : \text{Sym}^d(R^{\oplus n}) \longrightarrow \text{Sym}^{d + 1}(R^{\oplus n})\] est injective. Comme \(\text{Sym}^d(R^{\oplus n})\) est un \(R\)-module libre, ses idéaux premiers associés sont les \(\mathfrak q_j\), \(j = 1, \ldots, m\). Pour tout \(j\), il existe un \(i = i(j)\) tel que \(a_i \not \in \mathfrak q_j\), car il existe par hypothèse un \(x \in R\) tel que \(\mathfrak q_jx = 0\), mais \(a_i x \not = 0\) pour un certain \(i\). Ainsi \(a_i\) est inversible dans \(R_{\mathfrak q_j}\) et l’application est injective après localisation en \(\mathfrak q_j\). L’application est donc injective, voir Algèbre, Lemme 0311.

Cas II : \(R\) est quelconque. Nous pouvons écrire \(R\) comme la réunion d’anneaux noethériens \(R_\lambda\) avec \(a_1, \ldots, a_n \in R_\lambda\). Le résultat vaut pour chaque \(R_\lambda\), donc il vaut pour \(R\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(f_1, \ldots, f_n\) une suite régulière au sens de Koszul dans \(R\) telle que \((f_1, \ldots, f_n) \not = R\). Considérons l’homomorphisme d’anneaux lisse et fidèlement plat \[R \longrightarrow S = R[\{t_{ij}\}_{i \leq j}, t_{11}^{-1}, t_{22}^{-1}, \ldots, t_{nn}^{-1}]\] Pour \(1 \leq i \leq n\), posons \[g_i = \sum\nolimits_{i \leq j} t_{ij} f_j \in S.\] Alors \(g_1, \ldots, g_n\) est une suite régulière dans \(S\) et \((f_1, \ldots, f_n)S = (g_1, \ldots, g_n)\).

Démonstration

L’égalité des idéaux est évidente, car la matrice \[\left( \begin{matrix} t_{11} & t_{12} & t_{13} & \ldots \\ 0 & t_{22} & t_{23} & \ldots \\ 0 & 0 & t_{33} & \ldots \\ \ldots & \ldots & \ldots & \ldots \end{matrix} \right)\] est inversible dans \(S\). Comme \(f_1, \ldots, f_n\) est une suite régulière au sens de Koszul, nous voyons que le noyau de \(R \to R^{\oplus n}\), \(x \mapsto (xf_1, \ldots, xf_n)\) est nul (il calcule la \(n\)-ième homologie de Koszul de \(R\) relativement à \(f_1, \ldots, f_n\)). Par conséquent, d’après le Lemme 068P, nous voyons que \(g_1 = f_1 t_{11} + \ldots + f_n t_{1n}\) est un non-diviseur de zéro dans \(S' = R[t_{11}, t_{12}, \ldots, t_{1n}, t_{11}^{-1}]\). Nous voyons que \(g_1, f_2, \ldots, f_n\) est une suite régulière au sens de Koszul dans \(S'\) d’après les Lemmes 062H et 066A. Nous en concluons que \(\overline{f}_2, \ldots, \overline{f}_n\) est une suite régulière au sens de Koszul dans \(S'/(g_1)\) d’après le Lemme 068M. Par récurrence sur \(n\), nous voyons donc que les images \(\overline{g}_2, \ldots, \overline{g}_n\) de \(g_2, \ldots, g_n\) dans \(S'/(g_1)[\{t_{ij}\}_{2 \leq i \leq j}, t_{22}^{-1}, \ldots, t_{nn}^{-1}]\) forment une suite régulière. Cela signifie à son tour que \(g_1, \ldots, g_n\) forme une suite régulière dans \(S\).

Compléments sur les suites régulières au sens de Koszul

Nous poursuivons l’étude commencée à la section 062D.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(f_1, \ldots, f_r \in R\) une suite régulière au sens de Koszul. Alors le complexe de Čech alterné augmenté \(R \to \bigoplus\nolimits_{i_0} R_{f_{i_0}} \to \bigoplus\nolimits_{i_0 < i_1} R_{f_{i_0}f_{i_1}} \to \ldots \to R_{f_1\ldots f_r}\) de la section 0G6F n’a de cohomologie qu’en degré \(r\).

Démonstration

D’après le Lemme 062G et par récurrence, la suite \(f_1, \ldots, f_{r - 1}, f_r^n\) est régulière au sens de Koszul pour tout \(n \geq 1\). D’après le Lemme 0625, toute permutation d’une suite régulière au sens de Koszul est encore une telle suite. Nous voyons donc que nous pouvons remplacer un (ou tous les) \(f_i\) par sa \(n\)-ième puissance tout en conservant une suite régulière au sens de Koszul. Ainsi \(K_\bullet(R, f_1^n, \ldots, f_r^n)\) n’a d’homologie non nulle qu’en degré homologique \(0\). Cela donne l’assertion voulue d’après le Lemme 0913.

Lemme

Soit \(a, a_2, \ldots, a_r\) une suite \(H_1\)-régulière dans un anneau \(R\) (par exemple une suite régulière au sens de Koszul ou une suite régulière, voir les Lemmes 062F et 0CEM). Si \(I = (a, a_2, \ldots, a_r)\), l’algèbre d’éclatement \(R' = R[\frac{I}{a}]\) est isomorphe à \(R'' = R[y_2, \ldots, y_r]/(a y_i - a_i)\).

Démonstration

D’après Algèbre, Lemme 0G8S, il suffit de montrer que \(R''\) est sans \(a\)-torsion.

Nous affirmons que \(a, ay_2 - a_2, \ldots, ay_n - a_r\) est une suite \(H_1\)-régulière dans \(R[y_2, \ldots, y_r]\). En effet, l’application \[(a, ay_2 - a_2, \ldots, ay_n - a_r) : R[y_2, \ldots, y_r]^{\oplus r} \longrightarrow R[y_2, \ldots, y_r]\] utilisée pour définir le complexe de Koszul sur \(a, ay_2 - a_2, \ldots, ay_n - a_r\) est isomorphe à l’application \[(a, a_2, \ldots, a_r) : R[y_2, \ldots, y_r]^{\oplus r} \longrightarrow R[y_2, \ldots, y_r]\] utilisée pour définir le complexe de Koszul sur \(a, a_2, \ldots, a_r\), au moyen de l’isomorphisme \[R[y_2, \ldots, y_r]^{\oplus r} \longrightarrow R[y_2, \ldots, y_r]^{\oplus r}\] qui envoie \((b_1, \ldots, b_r)\) sur \((b_1 - b_2y_2 \ldots - b_ry_r, -b_2, \ldots, - b_r)\). D’après le Lemme 0624, ces complexes de Koszul sont isomorphes. En appliquant le Lemme 062H à l’homomorphisme plat d’anneaux \(R \to R[y_2, \ldots, y_r]\), nous obtenons notre assertion. D’après le Lemme 0629, nous voyons que le complexe de Koszul \(K\) sur \(a, ay_2 - a_2, \ldots, ay_n - a_r\) est le cône de \(a : L \to L\), où \(L\) est le complexe de Koszul sur \(ay_2 - a_2, \ldots, ay_n - a_r\). Comme \(H_1(K) = 0\) d’après l’assertion, nous concluons que \(a : H_0(L) \to H_0(L)\) est injective, autrement dit que \(R'' = R[y_2, \ldots, y_r]/(a y_i - a_i)\) ne possède aucun élément non nul de \(a\)-torsion, comme voulu.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(f_1, \ldots, f_r\) une suite dans \(B\) telle que \(B/(f_1, \ldots, f_r)\) soit plat sur \(A\). Soit \(A \to A'\) un homomorphisme d’anneaux. Alors l’application canonique \[H_1(K_\bullet(B, f_1, \ldots, f_r)) \otimes_A A' \longrightarrow H_1(K_\bullet(B', f'_1, \ldots, f'_r))\] est surjective. Ici \(B' = B \otimes_A A'\) et \(f_i' \in B'\) est l’image de \(f_i\).

Démonstration

La suite \[\wedge^2(B^{\oplus r}) \to B^{\oplus r} \to B \to B/J \to 0\] est un complexe de \(A\)-modules dans lequel \(B/J\) est plat sur \(A\) et dont le groupe d’homologie \(H_1 = H_1(K_\bullet(B, f_1, \ldots, f_r))\) au niveau de \(B^{\oplus r}\). Si nous le tensorisons par \(A'\), nous obtenons un complexe \[\wedge^2((B')^{\oplus r}) \to (B')^{\oplus r} \to B' \to B'/J' \to 0\] qui est exact en \(B'\) et en \(B'/J'\). Afin de calculer son groupe d’homologie \(H'_1 = H_1(K_\bullet(B', f'_1, \ldots, f'_r))\) en \((B')^{\oplus r}\), nous décomposons la première suite ci-dessus en les suites exactes \(0 \to J \to B \to B/J \to 0\), \(0 \to K \to B^{\oplus r} \to J \to 0\) et \(\wedge^2(B^{\oplus r}) \to K \to H_1 \to 0\). En tensorisant sur \(A\) par \(A'\), nous obtenons les suites exactes \[\begin{matrix} 0 \to J \otimes_A A' \to B \otimes_A A' \to (B/J) \otimes_A A' \to 0 \\ K \otimes_A A' \to B^{\oplus r} \otimes_A A' \to J \otimes_A A' \to 0 \\ \wedge^2(B^{\oplus r}) \otimes_A A' \to K \otimes_A A' \to H_1 \otimes_A A' \to 0 \end{matrix}\] où la première est exacte puisque \(B/J\) est plat sur \(A\), voir Algèbre, Lemme 00HL. Nous concluons que \(J' = J \otimes_A A' \subset B'\) et que \(K \otimes_A A' \to \Ker((B')^{\oplus r} \to B')\) est surjective. Ainsi \[\begin{align*} H_1 \otimes_A A' & = \Coker\left(\wedge^2(B^{\oplus r}) \otimes_A A' \to K \otimes_A A'\right) \\ & \to \Coker\left( \wedge^2((B')^{\oplus r}) \to \Ker((B')^{\oplus r} \to B') \right) = H'_1 \end{align*}\] est également surjective.

Lemme

Soient \(A \to B\) et \(A \to A'\) des homomorphismes d’anneaux. Posons \(B' = B \otimes_A A'\). Soient \(f_1, \ldots, f_r \in B\). Supposons que \(B/(f_1, \ldots, f_r)B\) soit plat sur \(A\).

  1. Si \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite quasi-régulière, alors son image dans \(B'\) est une suite quasi-régulière.

  2. Si \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite \(H_1\)-régulière, alors son image dans \(B'\) est une suite \(H_1\)-régulière.

Démonstration

Supposons que \(f_1, \ldots, f_r\) soit quasi-régulière. Posons \(J = (f_1, \ldots, f_r)\). Par hypothèse, \(J^n/J^{n + 1}\) est isomorphe à une somme directe de copies de \(B/J\), donc est plat sur \(A\). Par récurrence et d’après Algèbre, Lemme 00HM, nous concluons que \(B/J^n\) est plat sur \(A\). L’idéal \((J')^n\) est égal à \(J^n \otimes_A A'\), voir Algèbre, Lemme 00HL. Ainsi \((J')^n/(J')^{n + 1} = J^n/J^{n + 1} \otimes_A A'\), ce qui implique clairement que \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite quasi-régulière dans \(B'\).

Supposons que \(f_1, \ldots, f_r\) soit \(H_1\)-régulière. D’après le Lemme 063Q, l’annulation du groupe d’homologie de Koszul \(H_1(K_\bullet(B, f_1, \ldots, f_r))\) implique celle de \(H_1(K_\bullet(B', f'_1, \ldots, f'_r))\), d’où le résultat.

Lemme

Soit \(A' \to B'\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(I \subset A'\) un idéal. Posons \(A = A'/I\) et \(B = B'/IB'\). Soient \(f'_1, \ldots, f'_r \in B'\). Supposons que

  1. \(A' \to B'\) soit plat et de présentation finie,

  2. \(I\) soit localement nilpotent,

  3. les images \(f_1, \ldots, f_r \in B\) forment une suite quasi-régulière,

  4. \(B/(f_1, \ldots, f_r)\) soit plat sur \(A\).

Alors \(B'/(f'_1, \ldots, f'_r)\) est plat sur \(A'\).

Démonstration

Posons \(C' = B'/(f'_1, \ldots, f'_r)\). Nous devons montrer que \(A' \to C'\) est plat. Soit \(\mathfrak r' \subset C'\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p' \subset A'\). Notons \(\mathfrak q' \subset B'\) l’image réciproque de \(\mathfrak r'\). D’après Algèbre, Lemme 00HT, il suffit de montrer que \(A'_{\mathfrak p'} \to C'_{\mathfrak q'}\) est plat. Algèbre, Lemme 0470, nous dit qu’il suffit de montrer que les images de \(f'_1, \ldots, f'_r\) forment une suite régulière dans \[B'_{\mathfrak q'}/\mathfrak p'B'_{\mathfrak q'} = B_\mathfrak q/\mathfrak p B_\mathfrak q = (B \otimes_A \kappa(\mathfrak p))_\mathfrak q\] avec les notations évidentes. Nous savons que \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite quasi-régulière dans \(B\) et que \(B/(f_1, \ldots, f_r)\) est plat sur \(A\). D’après le Lemme 0CEP, les images \(\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_r\) de \(f'_1, \ldots, f'_r\) dans \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) forment une suite quasi-régulière. Comme \((B \otimes_A \kappa(\mathfrak p))_\mathfrak q\) est un anneau local noethérien, nous concluons par le Lemme 09CC.

Lemme

Soit \(A' \to B'\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(I \subset A'\) un idéal. Posons \(A = A'/I\) et \(B = B'/IB'\). Soient \(f'_1, \ldots, f'_r \in B'\). Supposons que

  1. \(A' \to B'\) soit plat et de présentation finie (par exemple lisse),

  2. \(I\) soit localement nilpotent,

  3. les images \(f_1, \ldots, f_r \in B\) forment une suite quasi-régulière,

  4. \(B/(f_1, \ldots, f_r)\) soit lisse sur \(A\).

Alors \(B'/(f'_1, \ldots, f'_r)\) est lisse sur \(A'\).

Démonstration

Posons \(C' = B'/(f'_1, \ldots, f'_r)\) et \(C = B/(f_1, \ldots, f_r)\). Alors \(A' \to C'\) est de présentation finie. D’après le Lemme 0CEQ, nous voyons que \(A' \to C'\) est plat. Les anneaux des fibres de \(A' \to C'\) sont égaux à ceux de \(A \to C\), et sont donc lisses d’après l’hypothèse (4). Il s’ensuit que \(A' \to C'\) est lisse d’après Algèbre, Lemme 00TF.

Idéaux réguliers

Nous étudierons la notion de faisceau d’idéaux réguliers dans une grande généralité dans Diviseurs, section 067M. Nous définissons ici la notion correspondante dans le cas affine, c’est-à-dire pour un idéal d’un anneau.

Définition

Soit \(R\) un anneau et soit \(I \subset R\) un idéal.

  1. On dit que \(I\) est un idéal régulier si, pour tout \(\mathfrak p \in V(I)\), il existe un \(g \in R\), \(g \not \in \mathfrak p\), et une suite régulière \(f_1, \ldots, f_r \in R_g\) tels que \(I_g\) soit engendré par \(f_1, \ldots, f_r\).

  2. On dit que \(I\) est un idéal régulier au sens de Koszul si, pour tout \(\mathfrak p \in V(I)\), il existe un \(g \in R\), \(g \not \in \mathfrak p\), et une suite régulière au sens de Koszul \(f_1, \ldots, f_r \in R_g\) tels que \(I_g\) soit engendré par \(f_1, \ldots, f_r\).

  3. On dit que \(I\) est un idéal \(H_1\)-régulier si, pour tout \(\mathfrak p \in V(I)\), il existe un \(g \in R\), \(g \not \in \mathfrak p\), et une suite \(H_1\)-régulière \(f_1, \ldots, f_r \in R_g\) tels que \(I_g\) soit engendré par \(f_1, \ldots, f_r\).

  4. On dit que \(I\) est un idéal quasi-régulier si, pour tout \(\mathfrak p \in V(I)\), il existe un \(g \in R\), \(g \not \in \mathfrak p\), et une suite quasi-régulière \(f_1, \ldots, f_r \in R_g\) tels que \(I_g\) soit engendré par \(f_1, \ldots, f_r\).

Il est clair que, pour \(I \subset R\), nous avons les implications \[\begin{align*} I\text{ est un idéal régulier} & \Rightarrow I\text{ est un idéal régulier au sens de Koszul} \\ & \Rightarrow I\text{ est un idéal }H_1\text{-régulier} \\ & \Rightarrow I\text{ est un idéal quasi-régulier} \end{align*}\] voir les Lemmes 062F, 0CEM et 062I. Un tel idéal est toujours de type fini.

Lemme

Un idéal quasi-régulier est de type fini.

Démonstration

Soit \(I \subset R\) un idéal quasi-régulier. Puisque \(V(I)\) est quasi-compact, il existe \(g_1, \ldots, g_m \in R\) tels que \(V(I) \subset D(g_1) \cup \ldots \cup D(g_m)\) et tels que \(I_{g_j}\) soit engendré par une suite quasi-régulière \(g_{j1}, \ldots, g_{jr_j} \in R_{g_j}\). Écrivons \(g_{ji} = g'_{ji}/g_j^{e_{ij}}\) pour certains \(g'_{ij} \in I\). Écrivons \(1 + x = \sum g_j h_j\) pour un certain \(x \in I\), ce qui est possible puisque \(V(I) \subset D(g_1) \cup \ldots \cup D(g_m)\). Remarquons que \(\Spec(R) = D(g_1) \cup \ldots \cup D(g_m) \bigcup D(x)\). Alors \(I\) est engendré par les éléments \(g'_{ij}\) et \(x\), car ceux-ci engendrent sur chacun des ouverts du recouvrement, voir Algèbre, Lemme 00EO.

Lemme

Soit \(I \subset R\) un idéal quasi-régulier d’un anneau. Alors \(I/I^2\) est un \(R/I\)-module projectif de type fini.

Démonstration

Cela résulte d’Algèbre, Lemme 00NX, et des définitions.

Nous démontrons la descente plate pour les idéaux réguliers au sens de Koszul, \(H_1\)-réguliers et quasi-réguliers.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme fidèlement plat d’anneaux. Soit \(I \subset A\) un idéal. Si \(IB\) est un idéal régulier au sens de Koszul (resp. \(H_1\)-régulier, resp. quasi-régulier) dans \(B\), alors \(I\) est un idéal régulier au sens de Koszul (resp. \(H_1\)-régulier, resp. quasi-régulier) dans \(A\).

Démonstration

Nous fixons l’idéal premier \(\mathfrak p \supset I\) pendant toute la démonstration. Supposons que \(IB\) soit quasi-régulier. D’après le Lemme 07CW, \(IB\) est un module de type fini ; par conséquent, \(I\) est un \(A\)-module de type fini d’après Algèbre, Lemme 03C4. Comme \(A \to B\) est plat, nous voyons que \[I/I^2 \otimes_{A/I} B/IB = I/I^2 \otimes_A B = IB/(IB)^2.\] Comme \(IB\) est quasi-régulier, le \(B/IB\)-module \(IB/(IB)^2\) est localement libre de type fini. Ainsi \(I/I^2\) est projectif de type fini, voir Algèbre, Proposition 058S. En particulier, après avoir remplacé \(A\) par \(A_f\) pour un certain \(f \in A\), \(f \not \in \mathfrak p\), nous pouvons supposer que \(I/I^2\) est libre de rang \(r\). Choisissons \(f_1, \ldots, f_r \in I\) qui donnent une base de \(I/I^2\). Par le lemme de Nakayama (voir Algèbre, Lemme 00DV), nous voyons qu’après un nouveau remplacement \(A \leadsto A_f\) comme ci-dessus, \(I\) est engendré par \(f_1, \ldots, f_r\).

Démonstration du cas « quasi-régulier ». Nous avons vu ci-dessus que \(I/I^2\) est libre sur les \(r\) générateurs \(f_1, \ldots, f_r\). Pour achever la démonstration dans ce cas, nous devons montrer que les applications \(\text{Sym}^d(I/I^2) \to I^d/I^{d + 1}\) sont des isomorphismes pour tout \(d \geq 2\). C’est clair, car leurs changements de base fidèlement plats \(\text{Sym}^d(IB/(IB)^2) \to (IB)^d/(IB)^{d + 1}\) sont des isomorphismes localement sur \(B\) par hypothèse. Les détails sont omis.

Démonstration des cas « \(H_1\)-régulier » et « régulier au sens de Koszul ». Considérons la suite d’éléments \(f_1, \ldots, f_r\) engendrant \(I\) que nous avons construite ci-dessus. D’après le Lemme 066A, nous voyons que l’image de \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite \(H_1\)-régulière ou régulière au sens de Koszul dans \(B_g\), pour tout \(g \in B\) tel que \(IB\) soit engendré par une suite \(H_1\)-régulière ou régulière au sens de Koszul. Ainsi \(K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_r) \otimes_A B_g\) a une homologie nulle en \(H_1\) ou en \(H_i\), \(i > 0\). Puisque l’homologie de \(K_\bullet(B, f_1, \ldots, f_r) = K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_r) \otimes_A B\) est annulée par \(IB\) (voir le Lemme 0663) et puisque \(V(IB) \subset \bigcup_{g\text{ comme ci-dessus}} D(g)\), nous concluons que \(K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_r) \otimes_A B\) a une homologie nulle en degré \(1\), ou en tous les degrés strictement positifs. Comme \(A \to B\) est fidèlement plat, nous concluons qu’il en est de même pour \(K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_r)\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soient \(I \subset J \subset A\) des idéaux. Supposons que \(J/I \subset A/I\) soit un idéal \(H_1\)-régulier. Alors \(I \cap J^2 = IJ\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement du Lemme 0666 par localisation.

Morphismes d’intersection complète locale

Nous pouvons utiliser les résultats précédents pour définir un morphisme d’intersection complète locale entre anneaux au moyen de présentations par des algèbres de polynômes (de type fini).

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Si, pour une présentation \(\alpha : A[x_1, \ldots, x_n] \to B\), le noyau \(I\) est un idéal régulier au sens de Koszul, alors, pour toute présentation \(\beta : A[y_1, \ldots, y_m] \to B\), le noyau \(J\) est un idéal régulier au sens de Koszul.

Démonstration

Choisissons \(f_j \in A[x_1, \ldots, x_n]\) tel que \(\alpha(f_j) = \beta(y_j)\) et \(g_i \in A[y_1, \ldots, y_m]\) tel que \(\beta(g_i) = \alpha(x_i)\). Nous obtenons alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ A[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m] \ar[d]^{x_i \mapsto g_i} \ar[rr]_-{y_j \mapsto f_j} & & A[x_1, \ldots, x_n] \ar[d] \\ A[y_1, \ldots, y_m] \ar[rr] & & B }\] Remarquons que le noyau \(K\) de \(A[x_i, y_j] \to B\) est égal à \(K = (I, y_j - f_j) = (J, x_i - g_i)\). En particulier, comme \(I\) est de type fini d’après le Lemme 07CW, nous voyons que \(J = K/(x_i - g_i)\) est également de type fini.

Choisissons un idéal premier \(\mathfrak q \subset B\). Puisque \(I/I^2 \oplus B^{\oplus m} = J/J^2 \oplus B^{\oplus n}\) (Algèbre, Lemme 00S5), nous voyons que \[\dim J/J^2 \otimes_B \kappa(\mathfrak q) + n = \dim I/I^2 \otimes_B \kappa(\mathfrak q) + m.\] Choisissons \(p_1, \ldots, p_t \in I\) dont les images forment une base de \(I/I^2 \otimes \kappa(\mathfrak q) = I \otimes_{A[x_i]} \kappa(\mathfrak q)\). Choisissons \(q_1, \ldots, q_s \in J\) dont les images forment une base de \(J/J^2 \otimes \kappa(\mathfrak q) = J \otimes_{A[y_j]} \kappa(\mathfrak q)\). Ainsi \(s + n = t + m\). Par le lemme de Nakayama, il existe \(h \in A[x_i]\) et \(h' \in A[y_j]\), dont les images sont toutes deux non nuls dans \(\kappa(\mathfrak q)\), tels que \(I_h = (p_1, \ldots, p_t)\) dans \(A[x_i, 1/h]\) et \(J_{h'} = (q_1, \ldots, q_s)\) dans \(A[y_j, 1/h']\). Comme \(I\) est régulier au sens de Koszul, nous pouvons aussi supposer que \(I_h\) est engendré par une suite régulière au sens de Koszul. Cette suite doit nécessairement être de longueur \(t = \dim I/I^2 \otimes_B \kappa(\mathfrak q)\) ; nous voyons donc que \(p_1, \ldots, p_t\) est une suite régulière au sens de Koszul d’après le Lemme 066A. Comme \(y_1 - f_1, \ldots, y_m - f_m\) est également une suite régulière, nous concluons que \[y_1 - f_1, \ldots, y_m - f_m, p_1, \ldots, p_t\] est une suite régulière au sens de Koszul dans \(A[x_i, y_j, 1/h]\) (voir le Lemme 0669). Cette suite engendre l’idéal \(K_h\). Ainsi l’idéal \(K_{hh'}\) est engendré par une suite régulière au sens de Koszul de longueur \(m + t = n + s\). Mais il est aussi engendré par la suite \[x_1 - g_1, \ldots, x_n - g_n, q_1, \ldots, q_s\] de même longueur, qui est donc une suite régulière au sens de Koszul d’après le Lemme 066A. Enfin, d’après le Lemme 068M, nous concluons que les images de \(q_1, \ldots, q_s\) dans \[A[x_i, y_j, 1/hh']/(x_1 - g_1, \ldots, x_n - g_n) \cong A[y_j, 1/h'']\] forment une suite régulière au sens de Koszul engendrant \(J_{h''}\). Comme \(h''\) est l’image de \(hh'\), son image dans \(\kappa(\mathfrak q)\) n’est pas nulle, et le résultat s’ensuit.

Ce lemme permet de donner la définition suivante.

Définition

Un homomorphisme d’anneaux \(A \to B\) est appelé une intersection complète locale s’il est de type fini et si, pour une (ou, de façon équivalente, toute) présentation \(B = A[x_1, \ldots, x_n]/I\), l’idéal \(I\) est régulier au sens de Koszul.

Cette notion est locale.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soient \(g_1, \ldots, g_m \in S\) des générateurs de l’idéal unité. Si chaque \(R \to S_{g_j}\) est une intersection complète locale, alors \(R \to S\) l’est aussi.

Démonstration

Soit \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/I\) une présentation. Choisissons \(h_j \in R[x_1, \ldots, x_n]\) dont l’image est \(g_j\) dans \(S\). Alors \(R[x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}]/(I, x_{n + 1}h_j - 1)\) est une présentation de \(S_{g_j}\). Ainsi \(I_j = (I, x_{n + 1}h_j - 1)\) est un idéal régulier au sens de Koszul dans \(R[x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}]\). Choisissons un idéal premier \(I \subset \mathfrak q \subset R[x_1, \ldots, x_n]\). Alors \(h_j \not \in \mathfrak q\) pour un certain \(j\) et \(\mathfrak q_j = (\mathfrak q, x_{n + 1}h_j - 1)\) est un idéal premier de \(V(I_j)\) au-dessus de \(\mathfrak q\). Choisissons \(f_1, \ldots, f_r \in I\) dont les images forment une base de \(I/I^2 \otimes \kappa(\mathfrak q)\). Alors \(x_{n + 1}h_j - 1, f_1, \ldots, f_r\) est une suite d’éléments de \(I_j\) dont les images forment une base de \(I_j \otimes \kappa(\mathfrak q_j)\), voir Algèbre, Lemme 08JZ. Par le lemme de Nakayama, il existe un \(h \in R[x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}]\) tel que \((I_j)_h\) soit engendré par \(x_{n + 1}h_j - 1, f_1, \ldots, f_r\). Nous pouvons aussi supposer que \((I_j)_h\) est engendré par une suite régulière au sens de Koszul de longueur \(e\). En examinant la dimension de \(I_j \otimes \kappa(\mathfrak q_j)\), nous voyons que \(e = r + 1\). D’après le Lemme 066A, nous voyons donc que \(x_{n + 1}h_j - 1, f_1, \ldots, f_r\) est une suite régulière au sens de Koszul engendrant \((I_j)_h\) pour un certain \(h \in R[x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}]\), \(h \not \in \mathfrak q_j\). D’après le Lemme 068M, nous voyons que \(I_{h'}\) est engendré par une suite régulière au sens de Koszul pour un certain \(h' \in R[x_1, \ldots, x_n]\), \(h' \not \in \mathfrak q\), comme voulu.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Si \(R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) est une intersection complète globale relative, alors \(f_1, \ldots, f_c\) est une suite régulière au sens de Koszul.

Démonstration

Rappelons que les groupes d’homologie \(H_i(K_\bullet(f_\bullet))\) sont annulés par l’idéal \((f_1, \ldots, f_c)\). Il suffit donc de montrer que \(H_i(K_\bullet(f_\bullet))_\mathfrak q\) est nul pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset R[x_1, \ldots, x_n]\) contenant \((f_1, \ldots, f_c)\). Cela résulte d’Algèbre, Lemme 00SV et du fait qu’une suite régulière est régulière au sens de Koszul (Lemme 062F).

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(R \to S\) est syntomique (Algèbre, Définition 00SL), et

  2. \(R \to S\) est plat et est une intersection complète locale.

Démonstration

Supposons (1). Alors \(R \to S\) est plat par définition. D’après Algèbre, Lemme 00SY et le Lemme 07D1, il suffit de montrer qu’une intersection complète globale relative est un homomorphisme d’intersection complète locale, ce qui est le Lemme 07D2.

Supposons (2). Une intersection complète locale est de présentation finie, car un idéal régulier au sens de Koszul est de type fini. Soit \(R \to k\) un homomorphisme vers un corps. Il suffit de montrer que \(S' = S \otimes_R k\) est une intersection complète locale sur \(k\), voir Algèbre, Définition 00S9. Choisissons un idéal premier \(\mathfrak q' \subset S'\). Écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/I\). Alors \(S' = k[x_1, \ldots, x_n]/I'\), où \(I' \subset k[x_1, \ldots, x_n]\) est l’image de \(I\). Soient \(\mathfrak p' \subset k[x_1, \ldots, x_n]\), \(\mathfrak q \subset S\) et \(\mathfrak p \subset R[x_1, \ldots, x_n]\) les idéaux premiers correspondants. D’après la Définition 07CV, il existe un \(g \in R[x_1, \ldots, x_n]\), \(g \not \in \mathfrak p\), et \(f_1, \ldots, f_r \in R[x_1, \ldots, x_n]_g\) qui forment une suite régulière au sens de Koszul engendrant \(I_g\). Comme \(S\), et donc \(S_g\), est plat sur \(R\), nous voyons que les images \(f'_1, \ldots, f'_r\) dans \(k[x_1, \ldots, x_n]_g\) forment une suite \(H_1\)-régulière engendrant \(I'_g\), voir le Lemme 0CEP. Ainsi \(f'_1, \ldots, f'_r\) se transforment en une suite régulière dans \(k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak p'}\) engendrant \(I'_{\mathfrak p'}\), d’après le Lemme 09CC. En appliquant Algèbre, Lemme 00SC, nous concluons que \(S'_{gg'}\), pour un certain \(g' \in S\), \(g' \not \in \mathfrak q'\), est une intersection complète globale sur \(k\), comme voulu.

Pour une intersection complète locale \(R \to S\), nous avons \(H_n(L_{S/R}) = 0\) pour \(n \geq 2\). Comme nous n’avons pas (encore) défini le complexe cotangent complet, nous ne pouvons pas énoncer et démontrer ceci, mais nous pouvons en déduire l’une des conséquences.

Lemme

Soient \(A \to B \to C\) des homomorphismes d’anneaux. Supposons que \(B \to C\) soit un homomorphisme d’intersection complète locale. Choisissons une présentation \(\alpha : A[x_s, s \in S] \to B\) de noyau \(I\). Choisissons une présentation \(\beta : B[y_1, \ldots, y_m] \to C\) de noyau \(J\). Soit \(\gamma : A[x_s, y_t] \to C\) la présentation induite de \(C\) de noyau \(K\). Nous obtenons alors un diagramme commutatif canonique \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \Omega_{A[x_s]/A} \otimes C \ar[r] & \Omega_{A[x_s, y_t]/A} \otimes C \ar[r] & \Omega_{B[y_t]/B} \otimes C \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & I/I^2 \otimes C \ar[r] \ar[u] & K/K^2 \ar[r] \ar[u] & J/J^2 \ar[r] \ar[u] & 0 }\] à lignes exactes. En particulier, la suite exacte à six termes d’Algèbre, Lemme 00S2, peut être complétée par un zéro à gauche, c’est-à-dire que la suite \[0 \to H_1(\NL_{B/A} \otimes_B C) \to H_1(L_{C/A}) \to H_1(L_{C/B}) \to \Omega_{B/A} \otimes_B C \to \Omega_{C/A} \to \Omega_{C/B} \to 0\] est exacte.

Démonstration

La seule chose à démontrer est l’injectivité de l’application \(I/I^2 \otimes C \to K/K^2\). Par hypothèse, l’idéal \(J\) est régulier au sens de Koszul. Nous avons donc \(IA[x_s, y_j] \cap K^2 = IK\) d’après le Lemme 07CX. Cela signifie que le noyau de \(K/K^2 \to J/J^2\) est isomorphe à \(IA[x_s, y_j]/IK\). Comme \(I/I^2 \otimes_A C = IA[x_s, y_j]/IK\) par exactitude à droite du produit tensoriel, nous obtenons l’injectivité voulue de \(I/I^2 \otimes_A C \to K/K^2\).

Lemme

Soient \(A \to B \to C\) des homomorphismes d’anneaux. Si \(B \to C\) est une colimite filtrante d’homomorphismes d’intersection complète locale, alors la conclusion du Lemme 07D4 reste valable.

Démonstration

Cela résulte du Lemme 07D4 et d’Algèbre, Lemme 07BQ.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux. Soit \(A^h \to B^h\), resp. \(A^{sh} \to B^{sh}\), l’homomorphisme induit sur les hensélisations, resp. hensélisations strictes (Algèbre, Lemme 04GS, resp. Lemme 04GU). Alors \(\NL_{B/A} \otimes_B B^h \to \NL_{B^h/A^h}\) et \(\NL_{B/A} \otimes_B B^{sh} \to \NL_{B^{sh}/A^{sh}}\) induisent des isomorphismes sur les groupes de cohomologie.

Démonstration

Comme \(A^h\) est une colimite filtrante d’algèbres étales sur \(A\), nous voyons que \(\NL_{A^h/A}\) est un complexe acyclique d’après Algèbre, Lemme 07BQ et Algèbre, Définition 00U1. Il en est de même pour \(B^h/B\). En utilisant la suite de Jacobi–Zariski (Algèbre, Lemme 00S2) pour \(A \to A^h \to B^h\), nous trouvons que \(\NL_{B^h/A} \to \NL_{B^h/A^h}\) induit des isomorphismes sur les groupes de cohomologie. En outre, un homomorphisme étale d’anneaux est une intersection complète locale, puisqu’il est même une intersection complète globale, voir Algèbre, Lemme 00U9. D’après le Lemme 07D5, nous obtenons une suite exacte de Jacobi–Zariski à six termes associée à \(A \to B \to B^h\), ce qui montre que \(\NL_{B/A} \otimes_B B^h \to \NL_{B^h/A}\) induit des isomorphismes sur les groupes de cohomologie. Cela achève la démonstration pour l’homomorphisme sur les hensélisations. Le cas des hensélisations strictes se démontre exactement de la même manière.

Égalité de Cartier et régularité géométrique

Une référence pour cette section et la suivante est [MatCA, section 39]. Pour lire cette section confortablement, le lecteur devra être familier avec le complexe cotangent naïf et ses propriétés, voir Algèbre, section 00S0.

Lemme

Soit \(K/k\) une extension de corps de type fini. Alors \(\Omega_{K/k}\) et \(H_1(L_{K/k})\) sont de dimension finie et \(\text{trdeg}_k(K) = \dim_K \Omega_{K/k} - \dim_K H_1(L_{K/k})\).

Démonstration

Nous pouvons trouver une intersection complète globale \(A = k[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) sur \(k\) telle que \(K\) soit isomorphe au corps des fractions de \(A\), voir Algèbre, Lemme 07BV et sa démonstration. Dans ce cas, nous voyons que \(\NL_{K/k}\) est homotopiquement équivalent au complexe \[\bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, c} K \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, n} K\text{d}x_i\] d’après Algèbre, Lemmes 00S1 et 00S7. Le degré de transcendance de \(K\) sur \(k\) est la dimension de \(A\) (d’après Algèbre, Lemme 00P0), qui vaut \(n - c\), d’où le résultat.

Lemme

Soient \(M/L/K\) des extensions de corps. Alors la suite de Jacobi–Zariski \[0 \to H_1(L_{L/K}) \otimes_L M \to H_1(L_{M/K}) \to H_1(L_{M/L}) \to \Omega_{L/K} \otimes_L M \to \Omega_{M/K} \to \Omega_{M/L} \to 0\] est exacte.

Démonstration

Combinons le Lemme 07D5 avec Algèbre, Lemme 07BV.

Lemme

Soit donné un diagramme commutatif de corps \[\xymatrix{ K \ar[r] & K' \\ k \ar[u] \ar[r] & k' \ar[u] }\] tel que \(k'/k\) et \(K'/K\) soient des extensions de corps de type fini. Le noyau et le conoyau des applications \[\alpha : \Omega_{K/k} \otimes_K K' \to \Omega_{K'/k'} \quad\text{et}\quad \beta : H_1(L_{K/k}) \otimes_K K' \to H_1(L_{K'/k'})\] sont de dimension finie et \[\dim \Ker(\alpha) - \dim \Coker(\alpha) -\dim \Ker(\beta) + \dim \Coker(\beta) = \text{trdeg}_k(k') - \text{trdeg}_K(K')\]

Démonstration

Les suites de Jacobi–Zariski pour \(k \subset k' \subset K'\) et \(k \subset K \subset K'\) sont \[0 \to H_1(L_{k'/k}) \otimes K' \to H_1(L_{K'/k}) \to H_1(L_{K'/k'}) \to \Omega_{k'/k} \otimes K' \to \Omega_{K'/k} \to \Omega_{K'/k'} \to 0\] et \[0 \to H_1(L_{K/k}) \otimes K' \to H_1(L_{K'/k}) \to H_1(L_{K'/K}) \to \Omega_{K/k} \otimes K' \to \Omega_{K'/k} \to \Omega_{K'/K} \to 0\] D’après le Lemme 07E1, les espaces vectoriels \(\Omega_{k'/k}\), \(\Omega_{K'/K}\), \(H_1(L_{K'/K})\) et \(H_1(L_{k'/k})\) sont de dimension finie et la somme alternée de leurs dimensions vaut \(\text{trdeg}_k(k') - \text{trdeg}_K(K')\). Le lemme s’ensuit.

Régularité géométrique

Soit \(k\) un corps. Soit \((A, \mathfrak m, K)\) une \(k\)-algèbre locale noethérienne. La suite de Jacobi–Zariski (Algèbre, Lemme 00S2) est une suite exacte canonique \[H_1(L_{K/k}) \to \mathfrak m/\mathfrak m^2 \to \Omega_{A/k} \otimes_A K \to \Omega_{K/k} \to 0\] car \(H_1(L_{K/A}) = \mathfrak m/\mathfrak m^2\) d’après Algèbre, Lemme 07BP. Nous montrerons que l’exactitude à gauche de cette suite caractérise le fait qu’un anneau local régulier \(A\) soit ou non géométriquement régulier sur \(k\). Nous relierons cela à la notion de lissité formelle à la section 07EK.

Proposition

Soit \(k\) un corps de caractéristique \(p > 0\). Soit \((A, \mathfrak m, K)\) une \(k\)-algèbre locale noethérienne. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A\) est géométriquement régulier sur \(k\),

  2. pour tout \(k \subset k' \subset k^{1/p}\) fini sur \(k\), l’anneau \(A \otimes_k k'\) est régulier,

  3. \(A\) est régulier et l’application canonique \(H_1(L_{K/k}) \to \mathfrak m/\mathfrak m^2\) est injective, et

  4. \(A\) est régulier et l’application \(\Omega_{k/\mathbf{F}_p} \otimes_k K \to \Omega_{A/\mathbf{F}_p} \otimes_A K\) est injective.

Démonstration

Démonstration de (3) \(\Rightarrow\) (1). Supposons (3). Soit \(k'/k\) une extension finie purement inséparable. Posons \(A' = A \otimes_k k'\). C’est un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m'\). Posons \(K' = A'/\mathfrak m'\). Nous obtenons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & H_1(L_{K/k}) \otimes K' \ar[r] \ar[d]_\beta & \mathfrak m/\mathfrak m^2 \otimes K' \ar[r] \ar[d] & \Omega_{A/k} \otimes_A K' \ar[r] \ar[d]_{\cong} & \Omega_{K/k} \otimes K' \ar[r] \ar[d]_\alpha & 0 \\ & H_1(L_{K'/k'}) \ar[r] & \mathfrak m'/(\mathfrak m')^2 \ar[r] & \Omega_{A'/k'} \otimes_{A'} K' \ar[r] & \Omega_{K'/k'} \ar[r] & 0 }\] à lignes exactes. La troisième flèche verticale est un isomorphisme par changement de base pour les modules de différentielles (Algèbre, Lemme 00RV). Ainsi \(\alpha\) est surjective. D’après le Lemme 07E3, nous avons \[\dim \Ker(\alpha) - \dim \Ker(\beta) + \dim \Coker(\beta) = 0\] (et toutes ces dimensions sont finies). Une chasse dans le diagramme montre que \(\dim \mathfrak m'/(\mathfrak m')^2 \leq \dim \mathfrak m/\mathfrak m^2\). Cependant, puisque \(A \to A'\) est fini plat, nous avons \(\dim(A) = \dim(A')\), voir Algèbre, Lemme 00OM. Ainsi \(A'\) est régulier par définition.

Démonstration de l’équivalence de (3) et (4). Considérons les suites de Jacobi–Zariski correspondant aux lignes du diagramme commutatif \[\xymatrix{ \mathbf{F}_p \ar[r] & A \ar[r] & K \\ \mathbf{F}_p \ar[r] \ar[u] & k \ar[r] \ar[u] & K \ar[u] }\] pour obtenir un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \mathfrak m/\mathfrak m^2 \ar[r] & \Omega_{A/\mathbf{F}_p} \otimes_A K \ar[r] & \Omega_{K/\mathbf{F}_p} \ar[r] & 0 & \\ 0 \ar[r] & H_1(L_{K/k}) \ar[r] \ar[u] & \Omega_{k/\mathbf{F}_p} \otimes_k K \ar[r] \ar[u] & \Omega_{K/\mathbf{F}_p} \ar[r] \ar[u] & \Omega_{K/k} \ar[r] \ar[u] & 0 }\] à lignes exactes. Nous avons utilisé \(H_1(L_{K/A}) = \mathfrak m/\mathfrak m^2\) et \(H_1(L_{K/\mathbf{F}_p}) = 0\) puisque \(K/\mathbf{F}_p\) est séparable, voir Algèbre, Proposition 0322. Il est donc clair que les noyaux de \(H_1(L_{K/k}) \to \mathfrak m/\mathfrak m^2\) et \(\Omega_{k/\mathbf{F}_p} \otimes_k K \to \Omega_{A/\mathbf{F}_p} \otimes_A K\) ont la même dimension.

Démonstration de (2) \(\Rightarrow\) (4) d’après Faltings, voir [Faltings-einfacher]. Soient \(a_1, \ldots, a_n \in k\) des éléments tels que \(\text{d}a_1, \ldots, \text{d}a_n\) soient linéairement indépendants dans \(\Omega_{k/\mathbf{F}_p}\). Considérons l’extension de corps \(k' = k(a_1^{1/p}, \ldots, a_n^{1/p})\). D’après Algèbre, Lemme 07DZ, nous voyons que \(k' = k[x_1, \ldots, x_n]/(x_1^p - a_1, \ldots, x_n^p - a_n)\). En particulier, le complexe cotangent naïf de \(k'/k\) est homotope au complexe \(\bigoplus_{j = 1, \ldots, n} k' \rightarrow \bigoplus_{i = 1, \ldots, n} k'\) à différentielle nulle, car \(\text{d}(x_j^p - a_j) = 0\) dans \(\Omega_{k[x_1, \ldots, x_n]/k}\). Posons \(A' = A \otimes_k k'\) et \(K' = A'/\mathfrak m'\) comme ci-dessus. D’après Algèbre, Lemme 00S4, nous voyons que \(\NL_{A'/A}\) est homotopiquement équivalent au complexe \(\bigoplus_{j = 1, \ldots, n} A' \rightarrow \bigoplus_{i = 1, \ldots, n} A'\) à différentielle nulle, c’est-à-dire que \(H_1(L_{A'/A})\) et \(\Omega_{A'/A}\) sont libres de rang \(n\). La suite de Jacobi–Zariski pour \(\mathbf{F}_p \to A \to A'\) est \[H_1(L_{A'/A}) \to \Omega_{A/\mathbf{F}_p} \otimes_A A' \to \Omega_{A'/\mathbf{F}_p} \to \Omega_{A'/A} \to 0\] En utilisant la présentation \(A[x_1, \ldots, x_n] \to A'\) de noyau \((x_j^p - a_j)\), nous voyons, en explicitant les applications de Algèbre, Lemme 00S2, que le \(j\)-ième vecteur de base de \(H_1(L_{A'/A})\) s’envoie sur \(\text{d}a_j \otimes 1\) dans \(\Omega_{A/\mathbf{F}_p} \otimes A'\). Comme \(\Omega_{A'/A}\) est libre (donc plat), en tensorisant par \(K'\) nous obtenons une suite exacte \[K'^{\oplus n} \to \Omega_{A/\mathbf{F}_p} \otimes_A K' \xrightarrow{\beta} \Omega_{A'/\mathbf{F}_p} \otimes_{A'} K' \to K'^{\oplus n} \to 0\] Nous concluons que les éléments \(\text{d}a_j \otimes 1\) engendrent \(\Ker(\beta)\) et nous devons montrer qu’ils sont linéairement indépendants, c’est-à-dire montrer que \(\dim(\Ker(\beta)) = n\). Considérons le grand diagramme suivant \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \mathfrak m'/(\mathfrak m')^2 \ar[r] & \Omega_{A'/\mathbf{F}_p} \otimes K' \ar[r] & \Omega_{K'/\mathbf{F}_p} \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & \mathfrak m/\mathfrak m^2 \otimes K' \ar[r] \ar[u]^\alpha & \Omega_{A/\mathbf{F}_p} \otimes K' \ar[r] \ar[u]^\beta & \Omega_{K/\mathbf{F}_p} \otimes K' \ar[r] \ar[u]^\gamma & 0 }\] D’après le Lemme 07E1 et la suite de Jacobi–Zariski pour \(\mathbf{F}_p \to K \to K'\), nous voyons que le noyau et le conoyau de \(\gamma\) ont la même dimension finie. Par hypothèse, \(A'\) est régulier (et de même dimension que \(A\), voir ci-dessus), donc le noyau et le conoyau de \(\alpha\) ont la même dimension. Il s’ensuit que le noyau et le conoyau de \(\beta\) ont la même dimension, ce qu’il fallait démontrer.

L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) est triviale. Cela achève la démonstration de la proposition.

Lemme

Soit \(k\) un corps de caractéristique \(p > 0\). Soit \((A, \mathfrak m, K)\) une \(k\)-algèbre locale noethérienne. Supposons que \(A\) soit géométriquement régulière sur \(k\). Soit \(K/F/k\) une sous-extension de type fini. Soit \(\varphi : k[y_1, \ldots, y_m] \to A\) un homomorphisme de \(k\)-algèbres tel que \(y_i\) s’envoie sur un élément de \(F\) dans \(K\) et que \(\text{d}y_1, \ldots, \text{d}y_m\) s’envoient sur une base de \(\Omega_{F/k}\). Posons \(\mathfrak p = \varphi^{-1}(\mathfrak m)\). Alors \[k[y_1, \ldots, y_m]_\mathfrak p \to A\] est plat et \(A/\mathfrak pA\) est régulier.

Démonstration

Posons \(A_0 = k[y_1, \ldots, y_m]_\mathfrak p\), d’idéal maximal \(\mathfrak m_0\) et de corps résiduel \(K_0\). Remarquons que \(\Omega_{A_0/k}\) est libre de rang \(m\) et que \(\Omega_{A_0/k} \otimes K_0 \to \Omega_{K_0/k}\) est un isomorphisme. Il est clair que \(A_0\) est géométriquement régulier sur \(k\). Ainsi \(H_1(L_{K_0/k}) \to \mathfrak m_0/\mathfrak m_0^2\) est un isomorphisme, voir la Proposition 07E5. Considérons maintenant \[\xymatrix{ H_1(L_{K_0/k}) \otimes K \ar[d] \ar[r] & \mathfrak m_0/\mathfrak m_0^2 \otimes K \ar[d] \\ H_1(L_{K/k}) \ar[r] & \mathfrak m/\mathfrak m^2 }\] Comme la flèche verticale gauche est injective d’après le Lemme 07E2 et la flèche horizontale inférieure d’après la Proposition 07E5, nous concluons qu’il en est de même de la flèche verticale droite. Ainsi un système régulier de paramètres de \(A_0\) s’envoie sur une partie d’un système régulier de paramètres de \(A\). Le résultat s’ensuit d’après Algèbre, Lemmes 07DY et 00NQ.

Anneaux et modules topologiques

Discutons rapidement de quelques propriétés des groupes abéliens topologiques. Un groupe abélien \(M\) est un groupe abélien topologique si \(M\) est muni d’une topologie telle que l’addition \(M \times M \to M\), \((x, y) \mapsto x + y\), et l’inversion \(M \to M\), \(x \mapsto -x\), soient continues. Un homomorphisme de groupes abéliens topologiques est simplement un homomorphisme de groupes abéliens qui est continu. La catégorie des groupes topologiques commutatifs est additive et possède des noyaux et des conoyaux, mais n’est pas abélienne (car l’axiome \(\Im = \Coim\) n’est pas vérifié). Si \(N \subset M\) est un sous-groupe, nous considérons également \(N\) et \(M/N\) comme des groupes topologiques, en utilisant la topologie induite sur \(N\) et la topologie quotient sur \(M/N\) (c’est-à-dire telle que \(M \to M/N\) soit un submersif). Remarquons que si \(N \subset M\) est un sous-groupe ouvert, alors la topologie sur \(M/N\) est discrète.

Nous disons que la topologie sur \(M\) est linéaire s’il existe un système fondamental de voisinages de \(0\) constitué de sous-groupes. Dans ce cas, ces sous-groupes sont également ouverts. En voici un exemple. Soit \(I\) un ensemble dirigé et soit \(G_i\) un système inverse de groupes abéliens (discrets) sur \(I\). Alors \[G = \lim_{i \in I} G_i\] ce groupe, muni de la topologie de limite inverse, est topologisé linéairement, avec pour système fondamental de voisinages de \(0\) les \(\Ker(G \to G_i)\). Réciproquement, soit \(M\) un groupe abélien topologisé linéairement. Choisissons un système fondamental quelconque de sous-groupes ouverts \(U_i \subset M\), \(i \in I\) (c’est-à-dire que les \(U_i\) forment un système fondamental de voisinages ouverts et que chaque \(U_i\) est un sous-groupe de \(M\)). En posant \(i \geq i' \Leftrightarrow U_i \subset U_{i'}\), nous voyons que \(I\) est dirigé. Nous obtenons un homomorphisme de groupes abéliens topologisés linéairement \[c : M \longrightarrow \lim_{i \in I} M/U_i.\] Il est clair que \(M\) est séparé (comme espace topologique) si et seulement si \(c\) est injectif. Nous disons que \(M\) est complet si \(c\) est un isomorphisme2. Nous laissons au lecteur le soin de vérifier que cette condition est indépendante du choix du système fondamental de sous-groupes ouverts \(\{U_i\}_{i \in I}\) choisi ci-dessus. En fait, le groupe abélien topologique \(M^\wedge = \lim_{i \in I} M/U_i\) est indépendant de ce choix et est parfois appelé le complété de \(M\). Tout \(G = \lim G_i\) comme ci-dessus est complet ; en particulier, le complété \(M^\wedge\) est toujours complet.

Définition

Soit \(R\) un anneau et soit \(M\) un \(R\)-module.

  1. Nous disons que \(R\) est un anneau topologique si \(R\) est muni d’une topologie telle que l’addition et la multiplication soient continues comme applications \(R \times R \to R\), où \(R \times R\) est muni de la topologie produit. Dans ce cas, nous disons que \(M\) est un module topologique si \(M\) est muni d’une topologie telle que l’addition \(M \times M \to M\) et la multiplication scalaire \(R \times M \to M\) soient continues.

  2. Un homomorphisme de modules topologiques est simplement une application de \(R\)-modules continue. Un homomorphisme d’anneaux topologiques est un homomorphisme d’anneaux continu pour les topologies données.

  3. Nous disons que \(M\) est topologisé linéairement si \(0\) possède un système fondamental de voisinages constitué de sous-modules. Nous disons que \(R\) est topologisé linéairement si \(0\) possède un système fondamental de voisinages constitué d’idéaux.

  4. Si \(R\) est topologisé linéairement, nous disons que \(I \subset R\) est un idéal de définition si \(I\) est ouvert et si tout voisinage de \(0\) contient \(I^n\) pour un certain \(n\).

  5. Si \(R\) est topologisé linéairement, nous disons que \(R\) est pré-admissible si \(R\) possède un idéal de définition.

  6. Si \(R\) est topologisé linéairement, nous disons que \(R\) est admissible s’il est pré-admissible et complet3.

  7. Si \(R\) est topologisé linéairement, nous disons que \(R\) est pré-adique s’il existe un idéal de définition \(I\) tel que \(\{I^n\}_{n \geq 0}\) forme un système fondamental de voisinages de \(0\).

  8. Si \(R\) est topologisé linéairement, nous disons que \(R\) est adique si \(R\) est pré-adique et complet.

Remarquons qu’un anneau topologique (pré-)adique est la même chose qu’un anneau topologique (pré-)admissible qui possède un idéal de définition \(I\) tel que \(I^n\) soit ouvert pour tout \(n \geq 1\).

Soit \(R\) un anneau et soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(I \subset R\) un idéal. Nous pouvons considérer sur \(R\) la topologie linéaire dont \(\{I^n\}_{n \geq 0}\) est un système fondamental de voisinages de \(0\). Cette topologie est appelée la topologie \(I\)-adique ; \(R\) est un anneau topologique pré-adique pour la topologie \(I\)-adique4. De plus, la topologie linéaire sur \(M\) dont \(\{I^nM\}_{n \geq 0}\) est un système fondamental de voisinages ouverts de \(0\) fait de \(M\) un \(R\)-module topologique. C’est la topologie \(I\)-adique sur \(M\). Nous voyons que \(M\) est complet pour la topologie \(I\)-adique (au sens de la Définition 0317 d’Algèbre) si et seulement si \(M\) est complet dans la topologie \(I\)-adique5. En particulier, \(R\) est complet pour la topologie \(I\)-adique si et seulement si \(R\) est un anneau topologique adique pour la topologie \(I\)-adique.

Comme cas particulier, remarquons que la topologie discrète est la topologie \(0\)-adique et que tout anneau muni de la topologie discrète est adique.

Lemme

Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soient \(I \subset R\) et \(J \subset S\) des idéaux, et munissons \(R\) de la topologie \(I\)-adique et \(S\) de la topologie \(J\)-adique. Alors \(\varphi\) est un homomorphisme d’anneaux topologiques si et seulement si \(\varphi(I^n) \subset J\) pour un certain \(n \geq 1\).

Démonstration

Omis.

Lemme

Soit \(M\) un groupe abélien topologique. Supposons que \(M\) soit topologisé linéairement, complet et possède un système fondamental dénombrable de voisinages de \(0\). Si \(U_n \subset M\), \(n \geq 1\), sont des parties ouvertes et denses, alors \(\bigcap_{n \geq 1} U_n\) est dense.

Démonstration

Soient \(U_n\) comme dans l’énoncé du lemme. En remplaçant \(U_n\) par \(U_1 \cap \ldots \cap U_n\), nous pouvons supposer que \(U_1 \supset U_2 \supset \ldots\). Soit \(M_n\), \(n \in \mathbf{N}\), un système fondamental de voisinages de \(0\). Nous pouvons supposer que \(M_{n + 1} \subset M_n\). Choisissons \(x \in M\). Nous montrerons que, pour tout \(k \geq 1\), il existe un \(y \in \bigcap_{n \geq 1} U_n\) tel que \(x - y \in M_k\).

Pour construire \(y\), procédons comme suit. Tout d’abord, choisissons \(y_1 \in U_1\) tel que \(y_1 \in x + M_k\). C’est possible car \(U_1\) est dense et \(x + M_k\) est ouvert. Choisissons ensuite \(k_1 > k\) tel que \(y_1 + M_{k_1} \subset U_1\). C’est possible car \(U_1\) est ouvert. Puis choisissons \(y_2 \in U_2\) tel que \(y_2 \in y_1 + M_{k_1}\). C’est possible car \(U_2\) est dense et \(y_2 + M_{k_1}\) est ouvert. Choisissons ensuite \(k_2 > k_1\) tel que \(y_2 + M_{k_2} \subset U_2\). C’est possible car \(U_2\) est ouvert.

En poursuivant de cette manière, nous obtenons une suite convergente \(y_i\) d’éléments de \(M\), de limite \(y\). Par construction, \(x - y \in M_k\). Comme \[y - y_i = (y_{i + 1} - y_i) + (y_{i + 2} - y_{i + 1}) + \ldots\] appartient à \(M_{k_i}\), nous voyons que \(y \in y_i + M_{k_i} \subset U_i\) pour tout \(i\), comme voulu.

Lemme

Avec les mêmes hypothèses que dans le Lemme 0CQU, si \(M = \bigcup_{n \geq 1} N_n\) pour des sous-groupes fermés \(N_n\), alors \(N_n\) est ouvert pour un certain \(n\).

Démonstration

Sinon, \(U_n = M \setminus N_n\) est dense pour tout \(n\), ce qui contredit le Lemme 0CQU.

Lemme

Soit \(u : N \to M\) une application continue de groupes abéliens topologisés. Supposons que \(M\) soit séparé et que \(N\) soit complet, topologisé linéairement, et possède un système fondamental dénombrable de voisinages de \(0\). Alors exactement l’une des assertions suivantes est vraie :

  1. \(u\) est ouverte, ou

  2. pour un sous-groupe ouvert \(N' \subset N\), l’image \(u(N')\) est nulle part dense dans \(M\).

Démonstration

Soit \(N_n\), \(n \in \mathbf{N}\), un système fondamental de voisinages de \(0\). Nous pouvons supposer que \(N_n\) est un sous-groupe et que \(N_{n + 1} \subset N_n\). Si (2) n’est pas satisfaite, alors l’adhérence \(M_n\) de \(u(N_n)\) est un sous-groupe ouvert pour \(n = 1, 2, 3, \ldots\). Comme \(u\) est continue, nous voyons que les \(M_n\), \(n \in \mathbf{N}\), forment un système fondamental de voisinages ouverts de \(0\) dans \(M\). De plus, puisque \(M_n\) est l’adhérence de \(u(N_n)\), nous avons \[u(N_n) + M_{n + 1} = M_n\] pour tout \(n \geq 1\). Choisissons \(x_1 \in M_1\). Nous pouvons alors choisir par récurrence \(y_i \in N_i\) et \(x_{i + 1} \in M_{i + 1}\) tels que \[u(y_i) + x_{i + 1} = x_i\] L’élément \(y = y_1 + y_2 + y_3 + \ldots\) de \(N\) existe car \(N\) est complet. Nous voyons alors que \(x_1 = u(y)\) puisque \(M\) est séparé. Ainsi \(M_1 = u(N_1)\). De la même manière, le lecteur montre que \(M_i = u(N_i)\) pour tout \(i \geq 2\), et nous voyons que \(u\) est ouverte.

Morphismes formellement lisses d’anneaux topologiques

Il existe une version de la lissité formelle qui s’applique aux homomorphismes d’anneaux topologiques.

Définition

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux topologiques, \(R\) et \(S\) étant topologisés linéairement. Nous disons que \(S\) est formellement lisse sur \(R\) si, pour tout diagramme commutatif solide \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & A/J \\ R \ar[r] \ar[u] & A \ar[u] }\] d’homomorphismes d’anneaux topologiques où \(A\) est un anneau discret et \(J \subset A\) un idéal de carré nul, il existe une flèche en pointillés rendant le diagramme commutatif.

Nous utiliserons surtout cette notion lorsqu’on dispose d’idéaux \(\mathfrak m \subset R\) et \(\mathfrak n \subset S\) et que l’on munit \(R\) de la topologie \(\mathfrak m\)-adique et \(S\) de la topologie \(\mathfrak n\)-adique. La continuité de \(\varphi : R \to S\) équivaut à \(\varphi(\mathfrak m^m) \subset \mathfrak n\) pour un certain \(m \geq 1\), voir le Lemme 07E9. Il s’avère que, dans ce cas, seule la topologie sur \(S\) intervient.

Lemme

Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme d’anneaux.

  1. Si \(R \to S\) est formellement lisse au sens de la Définition 00TI d’Algèbre, alors \(R \to S\) est formellement lisse pour toute topologie linéaire sur \(R\) et toute topologie pré-adique sur \(S\) pour lesquelles \(R \to S\) est continu.

  2. Soient \(\mathfrak n \subset S\) et \(\mathfrak m \subset R\) des idéaux tels que \(\varphi\) soit continu pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique sur \(R\) et la topologie \(\mathfrak n\)-adique sur \(S\). Alors les assertions suivantes sont équivalentes :

    1. \(\varphi\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique sur \(R\) et la topologie \(\mathfrak n\)-adique sur \(S\), et

    2. \(\varphi\) est formellement lisse pour la topologie discrète sur \(R\) et la topologie \(\mathfrak n\)-adique sur \(S\).

Démonstration

Supposons que \(R \to S\) soit formellement lisse au sens de la Définition 00TI d’Algèbre. Si \(S\) possède une topologie pré-adique, il existe un idéal \(\mathfrak n \subset S\) tel que \(S\) soit muni de la topologie \(\mathfrak n\)-adique. Supposons donné un diagramme commutatif solide comme dans la Définition 07EB. La continuité de \(S \to A/J\) signifie que \(\mathfrak n^k\) s’envoie sur zéro dans \(A/J\) pour un certain \(k \geq 1\), voir le Lemme 07E9. Nous obtenons un homomorphisme d’anneaux \(\psi : S \to A\) grâce à la lissité formelle supposée de \(S\) sur \(R\). Alors \(\psi(\mathfrak n^k) \subset J\), d’où \(\psi(\mathfrak n^{2k}) = 0\) puisque \(J^2 = 0\). Ainsi \(\psi\) est continu d’après le Lemme 07E9. Cela démontre (1).

La démonstration de (2)(b) \(\Rightarrow\) (2)(a) est la même que celle de (1). Supposons (2)(a). Considérons un diagramme commutatif solide comme dans la Définition 07EB, où nous utilisons la topologie discrète sur \(R\). Comme \(\varphi\) est continu, nous avons \(\varphi(\mathfrak m^n) \subset \mathfrak n\) pour un certain \(n \geq 1\). Comme \(S \to A/J\) est continu, \(\mathfrak n^k\) s’envoie sur zéro dans \(A/J\) pour un certain \(k \geq 1\). Ainsi \(\mathfrak m^{nk}\) s’envoie dans \(J\) par l’application \(R \to A\). Donc \(\mathfrak m^{2nk}\) s’envoie sur zéro dans \(A\) et \(R \to A\) est continu pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique. L’assertion (2)(a) fournit alors la flèche en pointillés voulue.

Définition

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak n \subset S\) un idéal. Si les conditions équivalentes (2)(a) et (2)(b) du Lemme 07EC sont satisfaites, nous disons que \(R \to S\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak n\)-adique.

Cette propriété passe aux complétés.

Lemme

Soient \((R, \mathfrak m)\) et \((S, \mathfrak n)\) des anneaux munis d’idéaux de type fini. Munissons \(R\) et \(S\) des topologies \(\mathfrak m\)-adique et \(\mathfrak n\)-adique. Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux topologiques. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(R \to S\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak n\)-adique,

  2. \(R \to S^\wedge\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak n^\wedge\)-adique,

  3. \(R^\wedge \to S^\wedge\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak n^\wedge\)-adique.

Ici, \(R^\wedge\) et \(S^\wedge\) sont les complétés \(\mathfrak m\)-adique et \(\mathfrak n\)-adique de \(R\) et \(S\).

Démonstration

L’hypothèse que \(\mathfrak m\) est de type fini implique que \(R^\wedge\) est complet pour la topologie \(\mathfrak mR^\wedge\)-adique, que \(\mathfrak mR^\wedge = \mathfrak m^\wedge\) et que \(R^\wedge/\mathfrak m^nR^\wedge = R/\mathfrak m^n\), voir Algèbre, Lemme 05GG et sa démonstration. De même pour \((S, \mathfrak n)\). Il est donc clair que les diagrammes comme dans la Définition 07EB pour les cas (1), (2) et (3) sont en correspondance biunivoque.

L’avantage de travailler avec des anneaux adiques est d’obtenir une propriété de relèvement plus forte.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak n\) un idéal de \(S\). Supposons que \(R \to S\) soit formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak n\)-adique. Considérons un diagramme commutatif solide \[\xymatrix{ S \ar[r]_\psi \ar@{-->}[rd] & A/J \\ R \ar[r] \ar[u] & A \ar[u] }\] d’homomorphismes d’anneaux topologiques où \(A\) est adique et \(A/J\) est le quotient (comme anneau topologique) de \(A\) par un idéal fermé \(J \subset A\) tel que \(J^t\) soit contenu dans un idéal de définition de \(A\) pour un certain \(t \geq 1\). Alors il existe une flèche en pointillés dans la catégorie des anneaux topologiques rendant le diagramme commutatif.

Démonstration

Soit \(I \subset A\) un idéal de définition tel que \(I \supset J^t\) pour un certain \(t\). Alors \(A = \lim A/I^n\) et \(A/J = \lim A/J + I^n\) car \(J\) est supposé fermé. Considérons le diagramme suivant d’\(R\)-algèbres discrètes \(A_{n, m} = A/J^n + I^m\) : \[\xymatrix{ A/J^3 + I^3 \ar[r] \ar[d] & A/J^2 + I^3 \ar[r] \ar[d] & A/J + I^3 \ar[d] \\ A/J^3 + I^2 \ar[r] \ar[d] & A/J^2 + I^2 \ar[r] \ar[d] & A/J + I^2 \ar[d] \\ A/J^3 + I \ar[r] & A/J^2 + I \ar[r] & A/J + I }\] Remarquons que chaque carré commutatif définit une surjection \[A_{n + 1, m + 1} \longrightarrow A_{n + 1, m} \times_{A_{n, m}} A_{n, m + 1}\] de \(R\)-algèbres dont le noyau est de carré nul. Nous allons construire par récurrence des homomorphismes de \(R\)-algèbres \(\varphi_{n, m} : S \to A_{n, m}\). Nous avons les applications \(\varphi_{1, m} = \psi \bmod J + I^m\). Remarquons que chacune de ces applications est continue puisque \(\psi\) l’est. Nous pouvons choisir par récurrence les applications \(\varphi_{n, 1}\) en partant de \(\varphi_{1, 1}\) et en relevant, grâce à la lissité formelle de \(S\) sur \(R\), le long de la ligne inférieure du diagramme ci-dessus. Nous construisons les applications restantes \(\varphi_{n, m}\) par récurrence sur \(n + m\). Nous choisissons \(\varphi_{n + 1, m + 1}\) en relevant le couple \((\varphi_{n + 1, m}, \varphi_{n, m + 1})\) le long de la surjection affichée (toujours grâce à la lissité formelle de \(S\) sur \(R\)). Ainsi toutes les applications \(\varphi_{n, m}\) sont compatibles avec les applications de transition du système. Comme \(J^t \subset I\), nous voyons par exemple que \(\varphi_n = \varphi_{nt, n} \bmod I^n\) induit une application \(S \to A/I^n\). En prenant la limite \(\varphi = \lim \varphi_n\), nous obtenons une application \(S \to A = \lim A/I^n\). La composée vers \(A/J\) est égale à \(\psi\), puisque nous avons vu que \(A/J = \lim A/J + I^n\). Enfin, montrons que \(\varphi\) est continue. Nous savons que \(\psi(\mathfrak n^r) \subset J + I/J\) pour un certain \(r \geq 1\) par notre hypothèse que \(\psi\) est un morphisme d’anneaux topologiques, voir le Lemme 07E9. Ainsi \(\varphi(\mathfrak n^r) \subset J + I\), et donc \(\varphi(\mathfrak n^{rt}) \subset I\), comme voulu.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soient \(\mathfrak n \subset \mathfrak n' \subset S\) des idéaux. Si \(R \to S\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak n\)-adique, alors \(R \to S\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak n'\)-adique.

Démonstration

Omis.

Lemme

La composée d’homomorphismes continus formellement lisses d’anneaux topologisés linéairement est formellement lisse.

Démonstration

Omis. (Indication : c’est entièrement formel et résulte de la considération d’un diagramme convenable.)

Lemme

Soient \(R\), \(S\) des anneaux. Soit \(\mathfrak n \subset S\) un idéal. Supposons \(R \to S\) formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak n\)-adique. Soit \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux quelconque. Alors \(R' \to S' = S \otimes_R R'\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak n' = \mathfrak nS'\)-adique.

Démonstration

Soit donné un diagramme solide \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rrd] & S' \ar[r] \ar@{-->}[rd] & A/J \\ R \ar[u] \ar[r] & R' \ar[r] \ar[u] & A \ar[u] }\] comme dans la Définition 07EB. Alors la composée \(S \to S' \to A/J\) est continue. Par hypothèse, la flèche en pointillés longue existe. Par la propriété universelle du produit tensoriel, nous obtenons la flèche en pointillés courte.

Nous avons vu la descente de la lissité formelle le long des homomorphismes fidèlement plats dans Algèbre, Lemme 06CM. Un résultat analogue vaut dans le cadre actuel des anneaux topologiques. Ici, nous démontrons seulement la version très simple et facile suivante, qui est déjà fort utile.

Lemme

Soient \(R\), \(S\) des anneaux. Soit \(\mathfrak n \subset S\) un idéal. Soit \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux. Posons \(S' = S \otimes_R R'\) et \(\mathfrak n' = \mathfrak nS\). Si

  1. l’application \(R \to R'\) plonge \(R\) comme facteur direct de \(R'\) en tant que \(R\)-module, et

  2. \(R' \to S'\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak n'\)-adique,

alors \(R \to S\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak n\)-adique.

Démonstration

Soit donné un diagramme solide \[\xymatrix{ S \ar[r] & A/J \\ R \ar[u] \ar[r] & A \ar[u] }\] comme dans la Définition 07EB. Posons \(A' = A \otimes_R R'\) et \(J' = \Im(J \otimes_R R' \to A')\). Le changement de base du diagramme ci-dessus est le diagramme \[\xymatrix{ S' \ar[r] \ar@{-->}[rd]^{\psi'} & A'/J' \\ R' \ar[u] \ar[r] & A' \ar[u] }\] à flèches continues. Par la condition (2), nous obtenons la flèche en pointillés \(\psi' : S' \to A'\). Par la condition (1), choisissons une décomposition en facteurs directs \(R' = R \oplus C\) de \(R\)-modules. (Attention : \(C\) n’est pas un idéal de \(R'\).) Alors \(A' = A \oplus A \otimes_R C\). Posons \[J'' = \Im(J \otimes_R C \to A \otimes_R C) \subset J' \subset A'.\] Alors \(J' = J \oplus J''\) comme \(A\)-modules. L’image de la composée \(\psi : S \to A'\) de \(\psi'\) avec \(S \to S'\) est contenue dans \(A + J' = A \oplus J''\). Cependant, dans l’anneau \(A + J' = A \oplus J''\), le sous-module \(A\)-module \(J''\) est un idéal ! (Utiliser \(J^2 = 0\).) Ainsi la composée \(S \to A + J' \to (A + J')/J'' = A\) est la flèche recherchée.

Morphismes formellement lisses d’anneaux locaux

Dans le cas d’un homomorphisme local d’anneaux locaux, on peut limiter les diagrammes pour lesquels il faut vérifier la propriété de relèvement. Comparer avec Algèbre, Lemme 02HT.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m) \to (S, \mathfrak n)\) un homomorphisme local d’anneaux locaux. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(R \to S\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak n\)-adique ;

  2. pour tout diagramme commutatif solide \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & A/J \\ R \ar[r] \ar[u] & A \ar[u] }\] d’homomorphismes locaux d’anneaux locaux où \(J \subset A\) est un idéal de carré nul, \(\mathfrak m_A^n = 0\) pour un certain \(n > 0\), et \(S \to A/J\) induit un isomorphisme sur les corps résiduels, il existe une flèche en pointillés rendant le diagramme commutatif.

Si \(S\) est noethérien, ces conditions sont également équivalentes à

  1. la même condition que (2), mais seulement pour les diagrammes où, de plus, \(A \to A/J\) est une petite extension (Algèbre, Définition 02HS).

Démonstration

L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) découle des définitions. Considérons un diagramme \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & A/J \\ R \ar[r] \ar[u] & A \ar[u] }\] comme dans la Définition 07EB pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique sur \(R\) et la topologie \(\mathfrak n\)-adique sur \(S\). Choisissons \(m > 0\) tel que \(\mathfrak n^m(A/J) = 0\) (ce qui est possible par continuité des applications du diagramme). Considérons le sous-anneau \(A'\) de \(A\) qui est l’image réciproque de l’image de \(S\) dans \(A/J\). Posons \(J' = J\) vu comme idéal de \(A'\). Alors \(J'\) est un idéal de carré nul de \(A'\) et \(A'/J'\) est un quotient de \(S/\mathfrak n^m\). Ainsi \(A'\) est local et \(\mathfrak m_{A'}^{2m} = 0\). Nous obtenons donc un diagramme \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & A'/J' \\ R \ar[r] \ar[u] & A' \ar[u] }\] comme dans (2). Si nous pouvons construire la flèche en pointillés dans ce diagramme, nous obtenons alors la flèche en pointillés du diagramme initial en la composant avec \(A' \to A\). Ainsi (2) implique (1).

Supposons \(S\) noethérien. L’implication (1) \(\Rightarrow\) (3) est immédiate. Supposons (3) et donnons-nous un diagramme comme dans (2). Alors \(\mathfrak m_A^n J = 0\) pour un certain \(n > 0\). En considérant les applications \[A \to A/\mathfrak m_A^{n - 1}J \to \ldots \to A/\mathfrak mJ \to A/J\] il suffit de construire le relèvement lorsque \(\mathfrak m_A J = 0\). Supposons donc \(\mathfrak m_A J = 0\) et soit \(A' \subset A\) l’anneau construit ci-dessus. Alors \(A'/J'\) est artinien, comme quotient de l’anneau local artinien \(S/\mathfrak n^m\). Il suffit donc de montrer que, grâce à la propriété (3), nous pouvons trouver la flèche en pointillés dans les diagrammes comme dans (2) avec \(A/J\) artinien et \(\mathfrak m_A J = 0\). Soit \(\kappa\) le corps résiduel commun de \(A\), \(A/J\) et \(S\). Par (3), si \(J_0 \subset J\) est un idéal tel que \(\dim_\kappa(J/J_0) = 1\), nous pouvons construire une flèche en pointillés \(S \to A/J_0\). En prenant le produit, nous obtenons \[S \longrightarrow \prod\nolimits_{J_0 \text{ comme ci-dessus}} A/J_0\] L’image de cette flèche est clairement contenue dans la sous-\(R\)-algèbre \(A'\) des éléments qui se projettent sur la petite diagonale \(A/J \subset \prod_{J_0} A/J\). Soit \(J' \subset A'\) l’ensemble des éléments qui s’envoient sur zéro dans \(A/J\). Alors \(J'\) est un idéal de carré nul et, en tant qu’espace vectoriel sur \(\kappa\), il est égal à \[J' = \prod\nolimits_{J_0 \text{ comme ci-dessus}} J/J_0\] Ainsi l’application \(J \to J'\) est injective. Par la théorie des espaces vectoriels, nous pouvons choisir une décomposition \(J' = J \oplus M\). Il en résulte que \[A' = A \oplus M\] en tant que \(R\)-algèbres. On peut donc composer l’application \(S \to A'\) avec la projection \(A' \to A\) pour obtenir la flèche en pointillés recherchée, ce qui achève la démonstration du lemme.

Le lemme suivant sera amélioré dans la section 07EK.

Lemme

Soit \(k\) un corps et soit \((A, \mathfrak m, K)\) une \(k\)-algèbre locale noethérienne. Si \(k \to A\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique, alors \(A\) est un anneau local régulier.

Démonstration

Soit \(k_0 \subset k\) le corps premier. Alors \(k_0\) est parfait, donc \(k / k_0\) est séparable, donc formellement lisse d’après le Lemme d’Algèbre 0320. D’après les Lemmes 07EC et 07EF, \(k_0 \to A\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique sur \(A\). On peut donc supposer \(k = \mathbf{Q}\) ou \(k = \mathbf{F}_p\).

D’après les Lemmes d’Algèbre 00MC et 00OF, il suffit de montrer que le complété \(A^\wedge\) est régulier. D’après le Lemme 07ED, on peut remplacer \(A\) par \(A^\wedge\). On peut donc supposer que \(A\) est un anneau local noethérien complet. Le théorème de structure de Cohen (Algèbre, Théorème 032A) fournit une application \(K \to A\). Comme \(k\) est le corps premier, nous voyons que \(K \to A\) est un homomorphisme de \(k\)-algèbres.

Soient \(x_1, \ldots, x_n \in \mathfrak m\) des éléments dont les images forment une base de \(\mathfrak m/\mathfrak m^2\). Posons \(T = K[[X_1, \ldots, X_n]]\). Remarquons que \[A/\mathfrak m^2 \cong K[x_1, \ldots, x_n]/(x_ix_j)\] et \[T/\mathfrak m_T^2 \cong K[X_1, \ldots, X_n]/(X_iX_j).\] Soit \(A/\mathfrak m^2 \to T/m_T^2\) l’isomorphisme local de \(K\)-algèbres qui envoie la classe de \(x_i\) sur la classe de \(X_i\). Notons \(f_1 : A \to T/\mathfrak m_T^2\) la composée de cet isomorphisme avec la projection \(A \to A/\mathfrak m^2\). L’hypothèse que \(k \to A\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique signifie que nous pouvons relever \(f_1\) en une application \(f_2 : A \to T/\mathfrak{m}_T^3\), puis en une application \(f_3 : A \to T/\mathfrak{m}_T^4\), et ainsi de suite, pour tout \(n \geq 1\). Attention : les applications \(f_n\) sont des homomorphismes continus de \(k\)-algèbres et peuvent ne pas être des homomorphismes de \(K\)-algèbres. Nous obtenons une application induite \(f : A \to T = \lim T/\mathfrak m_T^n\) de \(k\)-algèbres locales. Par notre choix de \(f_1\), l’application \(f\) induit un isomorphisme \(\mathfrak m/\mathfrak m^2 \to \mathfrak m_T/\mathfrak m_T^2\) ; par suite, chaque \(f_n\) est surjective et \(f\) est surjective puisque \(A\) est complet. Cela implique \(\dim(A) \geq \dim(T) = n\). Ainsi \(A\) est régulier par définition. (On en déduit également que \(f\) est un isomorphisme.)

Lemme

Soit \(k\) un corps. Soit \((A, \mathfrak m, \kappa)\) une \(k\)-algèbre locale complète. Si \(\kappa/k\) est séparable, il existe un homomorphisme de \(k\)-algèbres \(\kappa \to A\) tel que \(\kappa \to A \to \kappa\) soit \(\text{id}_\kappa\).

Démonstration

D’après la Proposition d’Algèbre 0322 l’extension \(\kappa/k\) est formellement lisse. D’après le Lemme 07EC, \(k \to \kappa\) est formellement lisse au sens de la Définition 07EB. Nous obtenons alors \(\kappa \to A\) par le Lemme 07NJ.

Lemme

Soit \(k\) un corps. Soit \((A, \mathfrak m, \kappa)\) une \(k\)-algèbre locale complète. Si \(\kappa/k\) est séparable et si \(A\) est régulier, il existe un isomorphisme \(A \cong \kappa[[t_1, \ldots, t_d]]\) de \(k\)-algèbres.

Démonstration

Choisissons \(\kappa \to A\) comme dans le Lemme 0C34 et appliquons le Lemme d’Algèbre 0C0S.

Le résultat suivant sera amélioré dans la section 07EK.

Lemme

Soit \(k\) un corps. Soit \((A, \mathfrak m, K)\) une \(k\)-algèbre locale régulière telle que \(K/k\) soit séparable. Alors \(k \to A\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique.

Démonstration

Il suffit de montrer que le complété de \(A\) est formellement lisse sur \(k\), voir le Lemme 07ED. On peut donc supposer que \(A\) est une \(k\)-algèbre locale régulière complète dont le corps résiduel \(K\) est séparable sur \(k\). D’après le Lemme 0C35, on a \(A = K[[x_1, \ldots, x_n]]\).

L’anneau de séries formelles \(K[[x_1, \ldots, x_n]]\) est formellement lisse sur \(k\). En effet, \(K\) est formellement lisse sur \(k\) et \(K[x_1, \ldots, x_n]\) est formellement lisse sur \(K\) en tant qu’algèbre polynomiale. Ainsi \(K[x_1, \ldots, x_n]\) est formellement lisse sur \(k\) d’après le Lemme d’Algèbre 031H. Il s’ensuit que \(k \to K[x_1, \ldots, x_n]\) est formellement lisse pour la topologie \((x_1, \ldots, x_n)\)-adique d’après le Lemme 07EC. Enfin, \(k \to K[[x_1, \ldots, x_n]]\) est formellement lisse pour la topologie \((x_1, \ldots, x_n)\)-adique d’après le Lemme 07ED.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux de type fini, avec \(A\) noethérien. Soit \(\mathfrak q \subset B\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset A\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A \to B\) est lisse en \(\mathfrak q\) ;

  2. \(A_\mathfrak p \to B_\mathfrak q\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak q\)-adique.

Démonstration

L’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) découle du Lemme d’Algèbre 02HT. Réciproquement, si \(A \to B\) est lisse en \(\mathfrak q\), alors \(A \to B_g\) est lisse pour un certain \(g \in B\), \(g \not \in \mathfrak q\). Alors \(A \to B_g\) est formellement lisse d’après la Proposition d’Algèbre 00TN. Ainsi \(A_\mathfrak p \to B_\mathfrak q\) est formellement lisse, car la localisation conserve la lissité formelle (par exemple d’après le critère de la Proposition d’Algèbre 031J et le fait que le complexe cotangent se comporte bien vis-à-vis de la localisation, voir Algèbre, Lemmes 07BS et 00S7). Enfin, le Lemme 07EC implique que \(A_\mathfrak p \to B_\mathfrak q\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak q\)-adique.

Quelques résultats sur les anneaux de séries formelles

Les questions concernant les morphismes formellement lisses entre anneaux locaux noethériens peuvent souvent se réduire à des questions sur des morphismes entre anneaux de séries formelles. Dans cette section, nous démontrons quelques lemmes auxiliaires pour faciliter ce type d’argument.

Lemme

Soit \(K\) un corps de caractéristique \(0\) et \(A = K[[x_1, \ldots, x_n]]\). Soit \(L\) un corps de caractéristique \(p > 0\) et \(B = L[[x_1, \ldots, x_n]]\). Soit \(\Lambda\) un anneau de Cohen. Posons \(C = \Lambda[[x_1, \ldots, x_n]]\).

  1. \(\mathbf{Q} \to A\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_A\)-adique ;

  2. \(\mathbf{F}_p \to B\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_B\)-adique ;

  3. \(\mathbf{Z} \to C\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_C\)-adique.

Démonstration

Par la propriété universelle des anneaux de séries formelles, il suffit de démontrer :

  1. \(\mathbf{Q} \to K\) est formellement lisse ;

  2. \(\mathbf{F}_p \to L\) est formellement lisse ;

  3. \(\mathbf{Z} \to \Lambda\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_\Lambda\)-adique.

Les deux premières assertions résultent de la Proposition d’Algèbre 0322. La troisième résulte du Lemme d’Algèbre 0329, car, pour tout diagramme test comme dans la Définition 07EB, une certaine puissance de \(p\) est nulle dans \(A/J\) et donc une certaine puissance de \(p\) est nulle dans \(A\).

Lemme

Soit \(K\) un corps et \(A = K[[x_1, \ldots, x_n]]\). Soit \(\Lambda\) un anneau de Cohen et soit \(B = \Lambda[[x_1, \ldots, x_n]]\).

  1. Si \(y_1, \ldots, y_n \in A\) est un système régulier de paramètres, alors \(K[[y_1, \ldots, y_n]] \to A\) est un isomorphisme.

  2. Si \(z_1, \ldots, z_r \in A\) font partie d’un système régulier de paramètres de \(A\), alors \(r \leq n\) et \(A/(z_1, \ldots, z_r) \cong K[[y_1, \ldots, y_{n - r}]]\).

  3. Si \(p, y_1, \ldots, y_n \in B\) est un système régulier de paramètres, alors \(\Lambda[[y_1, \ldots, y_n]] \to B\) est un isomorphisme.

  4. Si \(p, z_1, \ldots, z_r \in B\) font partie d’un système régulier de paramètres de \(B\), alors \(r \leq n\) et \(B/(z_1, \ldots, z_r) \cong \Lambda[[y_1, \ldots, y_{n - r}]]\).

Démonstration

Démonstration de (1). Posons \(A' = K[[y_1, \ldots, y_n]]\). Il est clair que l’application \(A' \to A\) induit un isomorphisme \(A'/\mathfrak m_{A'}^n \to A/\mathfrak m_A^n\) pour tout \(n \geq 1\). Comme \(A\) et \(A'\) sont tous deux complets, on en déduit que \(A' \to A\) est un isomorphisme. Démonstration de (2). Complétons \(z_1, \ldots, z_r\) en un système régulier de paramètres \(z_1, \ldots, z_r, y_1, \ldots, y_{n - r}\) de \(A\). Considérons l’application \(A' = K[[z_1, \ldots, z_r, y_1, \ldots, y_{n - r}]] \to A\). Il s’agit d’un isomorphisme d’après (1). L’assertion (2) s’ensuit, car il est clair que \(A'/(z_1, \ldots, z_r) \cong K[[y_1, \ldots, y_{n - r}]]\). Les démonstrations de (3) et (4) sont exactement les mêmes que celles de (1) et (2).

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens complets. Il existe alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ S \ar[r] & B \\ R \ar[u] \ar[r] & A \ar[u] }\] possédant les propriétés suivantes :

  1. les flèches horizontales sont surjectives ;

  2. si la caractéristique de \(A/\mathfrak m_A\) est nulle, alors \(S\) et \(R\) sont des anneaux de séries formelles sur des corps ;

  3. si la caractéristique de \(A/\mathfrak m_A\) est \(p > 0\), alors \(S\) et \(R\) sont des anneaux de séries formelles sur des anneaux de Cohen ;

  4. \(R \to S\) envoie un système régulier de paramètres de \(R\) sur une partie d’un système régulier de paramètres de \(S\).

En particulier, \(R \to S\) est plat (voir le Lemme d’Algèbre 07DY) et sa fibre régulière est \(S/\mathfrak m_R S\) (voir le Lemme d’Algèbre 00NQ).

Démonstration

Utilisons le théorème de structure de Cohen (Algèbre, Théorème 032A) pour choisir une surjection \(S \to B\) comme dans l’énoncé du lemme, où nous prenons \(S\) égal à un anneau de séries formelles sur un anneau de Cohen si la caractéristique résiduelle est \(p > 0\), et à un anneau de séries formelles sur un corps sinon. Soit \(J \subset S\) le noyau de \(S \to B\). Choisissons ensuite une surjection \(R = \Lambda[[x_1, \ldots, x_n]] \to A\), où \(\Lambda\) est un anneau de Cohen si la caractéristique résiduelle de \(A\) est \(p > 0\), et \(\Lambda\) est le corps résiduel de \(A\) sinon. Relevons la composée \(\Lambda[[x_1, \ldots, x_n]] \to A \to B\) en une application \(\varphi : R \to S\). Cela est possible car \(\Lambda[[x_1, \ldots, x_n]]\) est formellement lisse sur \(\mathbf{Z}\) pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique (voir le Lemme 07NL), par application du Lemme 07NJ. Enfin, remplaçons \(\varphi\) par l’application \(\varphi' : R = \Lambda[[x_1, \ldots, x_n]] \to S' = S[[y_1, \ldots, y_n]]\) avec \(\varphi'|_\Lambda = \varphi|_\Lambda\) et \(\varphi'(x_i) = \varphi(x_i) + y_i\). Remplaçons également \(S \to B\) par l’application \(S' \to B\) qui envoie \(y_i\) sur zéro. Après ce remplacement, il est clair qu’un système régulier de paramètres de \(R\) est envoyé sur une partie d’une suite régulière dans \(S'\), ce qui conclut.

Il devrait exister une démonstration élémentaire du lemme suivant.

Lemme

Soient \(S \to R\) et \(S' \to R\) des applications surjectives d’anneaux locaux noethériens complets. Alors \(S \times_R S'\) est un anneau local noethérien complet.

Démonstration

Soit \(k\) le corps résiduel de \(R\). Si la caractéristique de \(k\) est \(p > 0\), notons \(\Lambda\) un anneau de Cohen (Algèbre, Définition 0327) de corps résiduel \(k\) (Algèbre, Lemme 0328). Si la caractéristique de \(k\) est \(0\), posons \(\Lambda = k\). Choisissons une surjection \(\Lambda[[x_1, \ldots, x_n]] \to R\) (comme dans le théorème de structure de Cohen, voir Algèbre, Théorème 032A) et relevons-la en des applications \(\Lambda[[x_1, \ldots, x_n]] \to S\), \(\varphi : \Lambda[[x_1, \ldots, x_n]] \to S\) et \(\varphi' : \Lambda[[x_1, \ldots, x_n]] \to S'\) à l’aide des Lemmes 07NL et 07NJ. Choisissons ensuite \(f_1, \ldots, f_m \in S\) engendrant le noyau de \(S \to R\) et \(f'_1, \ldots, f'_{m'} \in S'\) engendrant le noyau de \(S' \to R\). Alors l’application \[\Lambda[[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m, z_1, \ldots, z_{m'}]] \longrightarrow S \times_R S,\] qui envoie \(x_i\) sur \((\varphi(x_i), \varphi'(x_i))\), \(y_j\) sur \((f_j, 0)\) et \(z_{j'}\) sur \((0, f'_j)\) est surjective. Ainsi \(S \times_R S'\) est un quotient d’un anneau local complet, donc il est complet.

Régularité géométrique et lissité formelle

Dans cette section, nous combinons les résultats des sections précédentes pour établir la caractérisation suivante des anneaux locaux géométriquement réguliers sur un corps. Nous reprenons ensuite certains de nos arguments afin d’obtenir une caractérisation des homomorphismes formellement lisses pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique entre anneaux locaux noethériens.

Théorème

Soit \(k\) un corps. Soit \((A, \mathfrak m, K)\) une \(k\)-algèbre locale noethérienne. Si \(k\) est de caractéristique nulle, les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A\) est un anneau local régulier ;

  2. \(k \to A\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique.

Si \(k\) est de caractéristique \(p > 0\), les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A\) est géométriquement régulier sur \(k\) ;

  2. \(k \to A\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique ;

  3. pour tout \(k \subset k' \subset k^{1/p}\) fini sur \(k\), l’anneau \(A \otimes_k k'\) est régulier ;

  4. \(A\) est régulier et l’application canonique \(H_1(L_{K/k}) \to \mathfrak m/\mathfrak m^2\) est injective ;

  5. \(A\) est régulier et l’application \(\Omega_{k/\mathbf{F}_p} \otimes_k K \to \Omega_{A/\mathbf{F}_p} \otimes_A K\) est injective.

Démonstration

Si \(k\) est de caractéristique nulle, l’équivalence de (1) et (2) résulte des lemmes 07EI et 07EJ.

Si \(k\) est de caractéristique \(p > 0\), la proposition 07E5 montre que (1), (3), (4) et (5) sont équivalentes. Supposons (2). D’après le lemme 07EG, l’homomorphisme \(k' \to A' = A \otimes_k k'\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m' = \mathfrak mA'\)-adique. Ainsi, si \(k \subset k'\) est une extension finie purement inséparable, le lemme 07EI assure que \(A'\) est un anneau local régulier. On obtient donc (1).

Enfin, montrons que (5) implique (2). Choisissons un diagramme dont les flèches pleines sont données \[\xymatrix{ A \ar[r]_{\bar\psi} \ar@{-->}[rd] & B/J \\ k \ar[u]^i \ar[r]^\varphi & B \ar[u]_\pi }\] comme dans la définition 07EB. Comme \(J^2 = 0\), \(J\) possède une structure canonique de \(B/J\)-module et, par \(\bar\psi\), une structure de \(A\)-module. La continuité de \(\bar\psi\) pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique entraîne \(\mathfrak m^nJ = 0\) pour un certain \(n\). On peut donc filtrer \(J\) par des sous-\(B/J\)-modules \(0 \subset J_1 \subset J_2 \subset \ldots \subset J_n = J\) de sorte que chaque quotient \(J_{t + 1}/J_t\) soit annulé par \(\mathfrak m\). En considérant la suite d’homomorphismes d’anneaux \(B \to B/J_1 \to B/J_2 \to \ldots \to B/J\) on voit qu’il suffit d’établir l’existence de la flèche en pointillés lorsque \(J\) est annulé par \(\mathfrak m\), c’est-à-dire lorsque \(J\) est un espace vectoriel sur \(K\).

Supposons donné un diagramme comme ci-dessus dans lequel \(J\) est annulé par \(\mathfrak m\). Le lemme 07EJ montre que \(\mathbf{F}_p \to A\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique. Il existe donc un homomorphisme d’anneaux \(\psi : A \to B\) tel que \(\pi \circ \psi = \bar \psi\). Les deux homomorphismes \(\psi \circ i, \varphi : k \to B\) ont alors même composée avec \(\pi\). Par conséquent, \(D = \psi \circ i - \varphi : k \to J\) est une dérivation. D’après Algèbre, lemme 00RO, on peut écrire \(D = \xi \circ \text{d}\) pour une application \(k\)-linéaire \(\xi : \Omega_{k/\mathbf{F}_p} \to J\). À l’aide de la structure d’espace vectoriel sur \(K\) de \(J\), prolongeons \(\xi\) en une application \(K\)-linéaire \(\xi' : \Omega_{k/\mathbf{F}_p} \otimes_k K \to J\). En utilisant (5), on peut trouver une application \(K\)-linéaire \(\xi'' : \Omega_{A/\mathbf{F}_p} \otimes_A K\) dont la restriction à \(\Omega_{k/\mathbf{F}_p} \otimes_k K\) est \(\xi'\). Posons \[D' : A \xrightarrow{\text{d}} \Omega_{A/\mathbf{F}_p} \to \Omega_{A/\mathbf{F}_p} \otimes_A K \xrightarrow{\xi''} J.\] Enfin, posons \(\psi' = \psi - D' : A \to B\). Le lecteur vérifiera que \(\psi'\) est un homomorphisme d’anneaux tel que \(\pi \circ \psi' = \bar \psi\) et \(\psi' \circ i = \varphi\), comme souhaité.

Exemple

Soit \(k\) un corps de caractéristique \(p > 0\). Supposons que \(a \in k\) ne soit pas une puissance \(p\)-ième. Un exemple classique de \(k\)-algèbre locale géométriquement régulière dont le corps résiduel est purement inséparable sur \(k\) est l’anneau \[A = k[x, y]_{(x, y^p - a)}/(y^p - a - x)\] En effet, \(A\) est un localisé d’une algèbre lisse sur \(k\) ; ainsi \(k \to A\) est formellement lisse, donc \(k \to A\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique. Voici un exemple étroitement apparenté. Posons \(k = \mathbf{F}_p(s)\) et \(K = \mathbf{F}_p(t)^{perf}\). Nous affirmons que l’homomorphisme d’anneaux \[k \longrightarrow A = K[[x]],\quad s \longmapsto t + x\] est formellement lisse pour la topologie \((x)\)-adique sur \(A\). En effet, \(\Omega_{k/\mathbf{F}_p}\) est de dimension \(1\), de base \(\text{d}s\). Il s’envoie sur l’élément \(\text{d}x + \text{d}t = \text{d}x\) de \(\Omega_{A/\mathbf{F}_p}\). Nous laissons au lecteur le soin de montrer que \(\Omega_{A/\mathbf{F}_p}\) est libre de base \(\text{d}x\) comme \(A\)-module. La condition (5) du théorème 07EL est donc satisfaite, et l’on conclut que \(k \to A\) est formellement lisse pour la topologie \((x)\)-adique.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. Supposons \(A \to B\) formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_B\)-adique. Alors \(A \to B\) est plat.

Démonstration

On peut supposer que \(A\) et \(B\) sont des anneaux locaux noethériens complets, d’après le lemme 07ED et Algèbre, lemme 0316. On utilise également Algèbre, lemmes 0584 et 00MC, pour voir que la platitude de l’homomorphisme entre les complétés entraîne celle de \(A \to B\). Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ S \ar[r] & B \\ R \ar[u] \ar[r] & A \ar[u] }\] comme dans le lemme 07NN, avec \(R \to S\) plat. Soit \(I \subset R\) le noyau de \(R \to A\). La lissité formelle de \(B\) sur \(A\) montre que l’homomorphisme de \(A\)-algèbres \[S/IS \longrightarrow B\] admet une section, voir le lemme 07NJ. Ainsi \(B\) est facteur direct du \(A\)-module plat \(S/IS\) (par changement de base de la platitude, voir Algèbre, lemme 00HI) ; il est donc plat.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. Supposons \(A \to B\) formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_B\)-adique. Soit \(K\) le corps résiduel de \(B\). La suite de Jacobi–Zariski associée à \(A \to B \to K\) fournit alors une suite exacte \[0 \to H_1(\NL_{K/A}) \to \mathfrak m_B/\mathfrak m_B^2 \to \Omega_{B/A} \otimes_B K \to \Omega_{K/A} \to 0\]

Démonstration

D’après Algèbre, lemme 07BP, on a \(\mathfrak m_B/\mathfrak m_B^2 = H_1(\NL_{K/B})\). Par Algèbre, lemme 00S2, il reste à montrer l’injectivité de \(H_1(\NL_{K/A}) \to \mathfrak m_B/\mathfrak m_B^2\). Si \(k\) désigne le corps résiduel de \(A\), la suite de Jacobi–Zariski pour \(A \to k \to K\) donne \(\Omega_{K/A} = \Omega_{K/k}\) ainsi qu’une suite exacte \[\mathfrak m_A/\mathfrak m_A^2 \otimes_k K \to H_1(\NL_{K/A}) \to H_1(\NL_{K/k}) \to 0\] Posons \(\overline{B} = B \otimes_A k\). Comme \(\overline{B}\) est régulier, l’idéal \(\mathfrak m_{\overline{B}}\) est engendré par une suite régulière. En appliquant les lemmes 0666 et 09CC à \(\mathfrak m_A B \subset \mathfrak m_B\), on obtient \(\mathfrak m_A B / (\mathfrak m_AB \cap \mathfrak m_B^2) = \mathfrak m_A B / \mathfrak m_A \mathfrak m_B\), lequel est égal à \(\mathfrak m_A/\mathfrak m_A^2 \otimes_k K\), car \(A \to B\) est plat par le lemme 07NP. On a donc une suite exacte courte \[0 \to \mathfrak m_A/\mathfrak m_A^2 \otimes_k K \to \mathfrak m_B/\mathfrak m_B^2 \to \mathfrak m_{\overline{B}}/\mathfrak m_{\overline{B}}^2 \to 0\] La fonctorialité des suites de Jacobi–Zariski donne le diagramme commutatif \[\xymatrix{ & \mathfrak m_A/\mathfrak m_A^2 \otimes_k K \ar[d] \ar[r] & H_1(\NL_{K/A}) \ar[d] \ar[r] & H_1(\NL_{K/k}) \ar[d] \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & \mathfrak m_A/\mathfrak m_A^2 \otimes_k K \ar[r] & \mathfrak m_B/\mathfrak m_B^2 \ar[r] & \mathfrak m_{\overline{B}}/\mathfrak m_{\overline{B}}^2 \ar[r] & 0 }\] La flèche verticale de gauche est injective d’après le théorème 07EL, puisque \(k \to \overline{B}\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_{\overline{B}}\)-adique par le lemme 07EG. Le lemme du serpent achève alors la démonstration.

Proposition

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. Soient \(k\) le corps résiduel de \(A\) et \(\overline{B} = B \otimes_A k\) la fibre spéciale. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A \to B\) est plat et \(\overline{B}\) est géométriquement régulier sur \(k\) ;

  2. \(A \to B\) est plat et \(k \to \overline{B}\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_{\overline{B}}\)-adique ;

  3. \(A \to B\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_B\)-adique.

Démonstration

L’équivalence de (1) et (2) résulte du théorème 07EL.

Supposons (3). Le lemme 07NP montre que \(A \to B\) est plat. Le lemme 07EG montre que \(k \to \overline{B}\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_{\overline{B}}\)-adique. Ainsi (2) est satisfaite.

Supposons (2). Le lemme 07ED assure que la lissité formelle est préservée par complétion. Il en va de même de la platitude, d’après Algèbre, lemme 00MC. On peut donc remplacer \(A\) et \(B\) par leurs complétés respectifs et supposer que \(A\) et \(B\) sont des anneaux locaux noethériens complets. Choisissons alors un diagramme \[\xymatrix{ S \ar[r] & B \\ R \ar[u] \ar[r] & A \ar[u] }\] comme dans le lemme 07NN. Nous utiliserons sans autre mention toutes les propriétés de ce diagramme. Fixons un système régulier de paramètres \(t_1, \ldots, t_d\) de \(R\), avec \(t_1 = p\) lorsque \(k\) est de caractéristique \(p > 0\). Posons \(\overline{S} = S \otimes_R k\) et considérons la suite exacte courte \[0 \to J \to S \to B \to 0\] Comme \(\overline{B}\) et \(\overline{S}\) sont réguliers, le noyau de \(\overline{S} \to \overline{B}\) est engendré par des éléments \(\overline{x}_1, \ldots, \overline{x}_r\) faisant partie d’un système régulier de paramètres de \(\overline{S}\), voir Algèbre, lemme 00NR. Relevons-les en des éléments \(x_1, \ldots, x_r \in J\). Alors \(t_1, \ldots, t_d, x_1, \ldots, x_r\) fait partie d’un système régulier de paramètres de \(S\). Par conséquent, \(S/(x_1, \ldots, x_r)\) est un anneau de séries formelles sur un corps (si \(k\) est de caractéristique nulle) ou sur un anneau de Cohen (si \(k\) est de caractéristique \(p > 0\)), voir le lemme 07NM. De plus, \(R \to S/(x_1, \ldots, x_r)\) envoie encore \(t_1, \ldots, t_d\) sur une partie d’un système régulier de paramètres de \(S/(x_1, \ldots, x_r)\). Autrement dit, on peut remplacer \(S\) par \(S/(x_1, \ldots, x_r)\) et supposer que l’on dispose d’un diagramme \[\xymatrix{ S \ar[r] & B \\ R \ar[u] \ar[r] & A \ar[u] }\] comme dans le lemme 07NN, avec en outre \(\overline{S} = \overline{B}\). Dans ce cas, l’application \[S \otimes_R A \longrightarrow B\] est un isomorphisme : elle est surjective, induit un isomorphisme sur les fibres spéciales, et sa source comme son but sont plats sur \(A\). On peut par exemple appliquer Algèbre, lemme 00ME, ou tensoriser la suite exacte courte \(0 \to I \to S \otimes_R A \to B \to 0\) sur \(A\) par \(k\) ; on obtient \(I \otimes_A k = 0\), donc \(I = 0\) par le lemme de Nakayama. Le lemme 07EG ramène ainsi la démonstration à celle de la lissité formelle de \(R \to S\) pour la topologie \(\mathfrak m_S\)-adique. Puisque \(\overline{S} = \overline{B}\), l’algèbre \(\overline{S}\) est bien formellement lisse sur \(k = R/\mathfrak m_R\).

Choisissons des éléments \(y_1, \ldots, y_m \in S\) tels que \(t_1, \ldots, t_d, y_1, \ldots, y_m\) soit un système régulier de paramètres de \(S\). Si \(k\) est de caractéristique nulle, choisissons un corps de coefficients \(K \subset S\) ; si \(k\) est de caractéristique \(p > 0\), choisissons un anneau de Cohen \(\Lambda \subset S\) de corps résiduel \(K\). L’homomorphisme \(K[[t_1, \ldots, t_d, y_1, \ldots, y_m]] \to S\) dans le premier cas, ou \(\Lambda[[t_2, \ldots, t_d, y_1, \ldots, y_m]] \to S\) dans le cas de caractéristique \(p > 0\) est alors un isomorphisme, voir le lemme 07NM. Désormais, nous identifierons \(S\) à cet anneau de séries formelles.

La suite de la démonstration est analogue à l’argument employé dans la démonstration du théorème 07EL. Choisissons un diagramme dont les flèches pleines sont données \[\xymatrix{ S \ar[r]_{\bar\psi} \ar@{-->}[rd] & N/J \\ R \ar[u]^i \ar[r]^\varphi & N \ar[u]_\pi }\] comme dans la définition 07EB. Comme \(J^2 = 0\), \(J\) possède une structure canonique de \(N/J\)-module et, par \(\bar\psi\), une structure de \(S\)-module. La continuité de \(\bar\psi\) pour la topologie \(\mathfrak m_S\)-adique donne \(\mathfrak m_S^nJ = 0\) pour un certain \(n\). On peut donc filtrer \(J\) par des sous-\(N/J\)-modules \(0 \subset J_1 \subset J_2 \subset \ldots \subset J_n = J\) de sorte que chaque quotient \(J_{t + 1}/J_t\) soit annulé par \(\mathfrak m_S\). En considérant la suite d’homomorphismes d’anneaux \(N \to N/J_1 \to N/J_2 \to \ldots \to N/J\) on voit qu’il suffit d’établir l’existence de la flèche en pointillés lorsque \(J\) est annulé par \(\mathfrak m_S\), c’est-à-dire lorsque \(J\) est un espace vectoriel sur \(K\).

Supposons donné un tel diagramme où \(J\) est annulé par \(\mathfrak m_S\). Comme \(\mathbf{Q} \to S\) dans le cas de caractéristique nulle, ou \(\mathbf{Z} \to S\) dans le cas de caractéristique \(p > 0\), est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_S\)-adique (voir le lemme 07NL), il existe un homomorphisme d’anneaux \(\psi : S \to N\) tel que \(\pi \circ \psi = \bar \psi\). Puisque \(S\) est un anneau de séries formelles en \(t_1, \ldots, t_d\) dans le premier cas, ou en \(t_2, \ldots, t_d\) dans le cas de caractéristique \(p > 0\), sur un sous-anneau, la propriété universelle des anneaux de séries formelles permet de modifier le choix de \(\psi\) de manière que \(\psi(t_i)\) soit égal à \(\varphi(t_i)\) (ce qui est automatique pour \(t_1 = p\) en caractéristique \(p\)). Les deux homomorphismes \(\psi \circ i\) et \(\varphi : R \to N\) ont alors même composée avec \(\pi\) et coïncident sur \(t_1, \ldots, t_d\). Ainsi \(D = \psi \circ i - \varphi : R \to J\) est une dérivation qui annule \(t_1, \ldots, t_d\). D’après Algèbre, lemme 00RO, on peut écrire \(D = \xi \circ \text{d}\) pour une application \(R\)-linéaire \(\xi : \Omega_{R/\mathbf{Z}} \to J\) qui annule \(\text{d}t_1, \ldots, \text{d}t_d\) par construction, ainsi que \(\mathfrak m_R \Omega_{R/\mathbf{Z}}\) puisque \(J\) est annulé par \(\mathfrak m_R\). Par conséquent, \(\xi\) se factorise en \[\Omega_{R/\mathbf{Z}} \to \Omega_{k/\mathbf{Z}} \xrightarrow{\xi'} J\] où \(\xi'\) est \(k\)-linéaire. À l’aide de la structure d’espace vectoriel sur \(K\) de \(J\), prolongeons \(\xi'\) en une application \(K\)-linéaire \[\xi'' : \Omega_{k/\mathbf{Z}} \otimes_k K \longrightarrow J.\] La lissité formelle de \(\overline{S}/k\) montre que \[\Omega_{k/\mathbf{Z}} \otimes_k K \to \Omega_{\overline{S}/\mathbf{Z}} \otimes_S K\] est injective d’après le théorème 07EL. Cela vaut aussi en caractéristique nulle, car \(\Omega_{k/\mathbf{Z}} \to \Omega_{K/\mathbf{Z}}\) y est même injective ; voir Algèbre, proposition 0322. Il existe donc une application \(K\)-linéaire \(\xi''' : \Omega_{\overline{S}/\mathbf{Z}} \otimes_S K \to J\) dont la restriction à \(\Omega_{k/\mathbf{Z}} \otimes_k K\) est \(\xi''\). Posons \[D' : S \xrightarrow{\text{d}} \Omega_{S/\mathbf{Z}} \to \Omega_{\overline{S}/\mathbf{Z}} \to \Omega_{\overline{S}/\mathbf{Z}} \otimes_S K \xrightarrow{\xi'''} J.\] Enfin, posons \(\psi' = \psi - D' : S \to N\). Le lecteur vérifiera que \(\psi'\) est un homomorphisme d’anneaux tel que \(\pi \circ \psi' = \bar \psi\) et \(\psi' \circ i = \varphi\), comme souhaité.

Comme application du résultat précédent, nous montrons que les déformations d’algèbres formellement lisses sont non obstruées.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local noethérien complet de corps résiduel \(k\). Soit \(B\) une \(k\)-algèbre locale noethérienne complète. Supposons \(k \to B\) formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_B\)-adique. Il existe alors un anneau local noethérien complet \(C\) et un homomorphisme local \(A \to C\), formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_C\)-adique, tels que \(C \otimes_A k \cong B\).

Démonstration

Choisissons un diagramme \[\xymatrix{ S \ar[r] & B \\ R \ar[u] \ar[r] & A \ar[u] }\] comme dans le lemme 07NN. Soit \(t_1, \ldots, t_d\) un système régulier de paramètres de \(R\), avec \(t_1 = p\) lorsque \(k\) est de caractéristique \(p > 0\). Comme \(B\) et \(\overline{S} = S \otimes_R k\) sont réguliers, \(\Ker(\overline{S} \to B)\) est engendré par des éléments \(\overline{x}_1, \ldots, \overline{x}_r\) faisant partie d’un système régulier de paramètres de \(\overline{S}\) ; voir Algèbre, lemme 00NR. Relevons-les en \(x_1, \ldots, x_r \in S\). Alors \(t_1, \ldots, t_d, x_1, \ldots, x_r\) fait partie d’un système régulier de paramètres de \(S\). Par conséquent, \(S/(x_1, \ldots, x_r)\) est un anneau de séries formelles sur un corps lorsque \(k\) est de caractéristique nulle, ou sur un anneau de Cohen lorsque \(k\) est de caractéristique \(p > 0\) ; voir le lemme 07NM. De plus, \(R \to S/(x_1, \ldots, x_r)\) envoie encore \(t_1, \ldots, t_d\) sur une partie d’un système régulier de paramètres de \(S/(x_1, \ldots, x_r)\). Autrement dit, on peut remplacer \(S\) par \(S/(x_1, \ldots, x_r)\) et supposer que l’on dispose d’un diagramme \[\xymatrix{ S \ar[r] & B \\ R \ar[u] \ar[r] & A \ar[u] }\] comme dans le lemme 07NN, avec en outre \(\overline{S} = B\). Dans ce cas, la proposition 07NQ montre que \(R \to S\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_S\)-adique. Par changement de base, le lemme 07EG montre alors que \(C = S \otimes_R A\) est formellement lisse sur \(A\) pour la topologie \(\mathfrak m_C\)-adique.

Remarque

L’assertion du lemme 07NR est assez forte. Supposons en effet que l’on dispose d’un diagramme \[\xymatrix{ & B \\ A \ar[r] & A' \ar[u] }\] d’homomorphismes locaux d’anneaux locaux noethériens complets, où \(A \to A'\) induit un isomorphisme des corps résiduels \(k = A/\mathfrak m_A = A'/\mathfrak m_{A'}\) et où \(B \otimes_{A'} k\) est formellement lisse sur \(k\). On peut alors le compléter en un diagramme commutatif \[\xymatrix{ C \ar[r] & B \\ A \ar[r] \ar[u] & A' \ar[u] }\] d’homomorphismes locaux d’anneaux locaux noethériens complets, dans lequel \(A \to C\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_C\)-adique et \(C \otimes_A k \cong B \otimes_{A'} k\). Il suffit de choisir \(A \to C\) comme dans le lemme 07NR, relevant \(B \otimes_{A'} k\) sur \(k\). La lissité formelle fournit alors la flèche \(C \to B\) ; voir le lemme 07NJ. Notons \(C \otimes_A^\wedge A'\) le complété de \(C \otimes_A A'\) suivant l’idéal \(C \otimes_A \mathfrak m_{A'}\). L’anneau \(C \otimes_A^\wedge A'\) est local noethérien complet (voir Algèbre, lemme 05GH) et plat sur \(A'\) (voir Algèbre, lemme 0523). De plus :

  1. \(C \otimes_A^\wedge A' \to B\) est surjectif ;

  2. si \(A \to A'\) est surjectif, alors \(C \to B\) est surjectif ;

  3. si \(A \to A'\) est fini, alors \(C \to B\) est fini ;

  4. si \(A' \to B\) est plat, alors \(C \otimes_A^\wedge A' \cong B\).

En effet, le lemme de Nakayama pour les idéaux nilpotents (voir Algèbre, lemme 00DV) montre que \(C \otimes_A k \cong B \otimes_{A'} k\) implique la surjectivité de \(C \otimes_A A'/\mathfrak m_{A'}^n \to B/\mathfrak m_{A'}^nB\) pour tout \(n\). Cela prouve (1). Les assertions (2) et (3) découlent de (1), tandis que (4) résulte d’Algèbre, lemme 00ME.

Homomorphismes réguliers d’anneaux

Soit \(k\) un corps. Rappelons qu’une \(k\)-algèbre noethérienne \(A\) est dite géométriquement régulière sur \(k\) si et seulement si \(A \otimes_k k'\) est régulier pour toute extension finie purement inséparable \(k'\) de \(k\) ; voir Algèbre, définition 0382. Lorsque c’est le cas, \(A \otimes_k k'\) est en outre régulier pour toute extension de corps de type fini \(k'/k\) ; voir Algèbre, lemme 0381. Nous utiliserons cette notion dans la définition suivante.

Définition

Un homomorphisme d’anneaux \(R \to \Lambda\) est régulier s’il est plat et si, pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), l’anneau de la fibre \[\Lambda \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = \Lambda_\mathfrak p/\mathfrak p\Lambda_\mathfrak p\] est noethérien et géométriquement régulier sur \(\kappa(\mathfrak p)\).

Si \(R \to \Lambda\) est un homomorphisme d’anneaux avec \(\Lambda\) noethérien, les anneaux des fibres sont toujours noethériens.

Lemme

Soit \(R \to \Lambda\) un homomorphisme d’anneaux avec \(\Lambda\) noethérien. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(R \to \Lambda\) est régulier ;

  2. \(R_\mathfrak p \to \Lambda_\mathfrak q\) est régulier pour tout \(\mathfrak q \subset \Lambda\) au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\) ;

  3. \(R_\mathfrak m \to \Lambda_{\mathfrak m'}\) est régulier pour tout idéal maximal \(\mathfrak m' \subset \Lambda\) au-dessus de \(\mathfrak m\) dans \(R\).

Démonstration

Cela résulte du fait qu’un anneau noethérien est régulier si et seulement si tous ses anneaux locaux sont des anneaux locaux réguliers, voir Algèbre, définition 00OD, et qu’un homomorphisme d’anneaux est plat si et seulement si tous les homomorphismes induits entre anneaux locaux sont plats, voir Algèbre, lemme 00HT.

Lemme

Soit \(R \to \Lambda\) un homomorphisme régulier d’anneaux. Pour tout homomorphisme d’anneaux de type fini \(R \to R'\), le changement de base \(R' \to \Lambda \otimes_R R'\) est encore régulier.

Démonstration

La platitude est préservée par tout changement de base, voir Algèbre, lemme 00HI. Soit \(\mathfrak p' \subset R'\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). L’extension de corps résiduels \(\kappa(\mathfrak p')/\kappa(\mathfrak p)\) est de type fini puisque \(R'\) est de type fini sur \(R\). Par conséquent, l’anneau de la fibre \[(\Lambda \otimes_R R') \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak p') = \Lambda \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak p')\] est noethérien d’après Algèbre, lemme 045I, et l’hypothèse sur les anneaux des fibres de \(R \to \Lambda\). La régularité géométrique des fibres est préservée par Algèbre, lemme 0381.

Lemme

Soient \(A \to B\) et \(B \to C\) des homomorphismes réguliers d’anneaux. Si les anneaux des fibres de \(A \to C\) sont noethériens, alors \(A \to C\) est régulier.

Démonstration

Soit \(\mathfrak p \subset A\) un idéal premier, et soit \(\kappa(\mathfrak p) \subset k\) une extension finie purement inséparable. Il faut montrer que \(C \otimes_A k\) est régulier. Le lemme 07C1 permet de supposer \(A = k\) ; il suffit alors de prouver que \(C\) est régulier. Par hypothèse, \(B\) est régulier et \(B \to C\) est plat à fibres régulières. Algèbre, lemme 031E, montre que \(C\) est régulier. Nous omettons quelques détails.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \((A_i, \varphi_{ii'})\) un système inductif de \(R\)-algèbres lisses. Posons \(\Lambda = \colim A_i\). Si les anneaux des fibres \(\Lambda \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) sont noethériens pour tout \(\mathfrak p \subset R\), alors \(R \to \Lambda\) est régulier.

Démonstration

L’algèbre \(\Lambda\) est plate sur \(R\) d’après Algèbre, lemmes 05UT et 00TA. Soit \(\kappa(\mathfrak p) \subset k\) une extension finie purement inséparable. On a \[\Lambda \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} k = \Lambda \otimes_R k = \colim A_i \otimes_R k\] qui est une colimite de \(k\)-algèbres lisses, voir Algèbre, lemme 00T4. Chaque anneau local d’une \(k\)-algèbre lisse est régulier par Algèbre, lemme 00TT. Algèbre, lemme 07DX, permet donc de conclure que tous les anneaux locaux de \(\Lambda \otimes_R k\) sont réguliers. Le lemme est démontré.

Déterminons quand une extension de corps définit un homomorphisme régulier.

Lemme

Soit \(K/k\) une extension de corps. Alors \(k \to K\) est un homomorphisme régulier d’anneaux si et seulement si \(K\) est une extension séparable de \(k\).

Démonstration

Si \(k \to K\) est régulier, \(K\) est géométriquement réduit sur \(k\), donc \(K\) est séparable sur \(k\) d’après Algèbre, proposition 0322. Réciproquement, si \(K/k\) est séparable, \(K\) est une colimite de \(k\)-algèbres lisses, voir Algèbre, lemme 07BV, et il est donc régulier par le lemme 07EP.

Lemme

Soient \(A \to B \to C\) des homomorphismes d’anneaux. Si \(A \to C\) est régulier et si \(B \to C\) est plat et surjectif sur les spectres, alors \(A \to B\) est régulier.

Démonstration

Algèbre, lemme 039V, montre que \(A \to B\) est plat. Soit \(\mathfrak p \subset A\) un idéal premier. L’homomorphisme \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p) \to C \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) est plat et surjectif sur les spectres. Ainsi \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) est géométriquement régulier d’après Algèbre, lemme 07NH.

Montée des propriétés par les homomorphismes réguliers

Cette section est l’analogue d’Algèbre, section 0336, lorsque l’homomorphisme d’anneaux \(R \to S\) est régulier.

Lemme

Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que

  1. \(\varphi\) est régulier ;

  2. \(S\) est noethérien ;

  3. \(R\) est noethérien et réduit.

Alors \(S\) est réduit.

Démonstration

Pour un anneau noethérien, être réduit équivaut à vérifier \((S_1)\) et \((R_0)\) ; voir Algèbre, lemme 031R. On peut donc appliquer Algèbre, lemmes 0339 et 033A.

Lemme

Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que

  1. \(\varphi\) est régulier ;

  2. \(S\) est noethérien ;

  3. \(R\) est noethérien et normal.

Alors \(S\) est normal.

Démonstration

Pour un anneau noethérien, être normal équivaut à vérifier \((S_2)\) et \((R_1)\) ; voir Algèbre, lemme 031S. On peut donc appliquer Algèbre, lemmes 0339 et 033A.

Lemme

Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que

  1. \(\varphi\) est régulier ;

  2. \(S\) est noethérien ;

  3. \(R\) est noethérien et régulier.

Alors \(S\) est régulier.

Démonstration

Pour un anneau noethérien, être régulier équivaut à vérifier \((R_k)\) pour tout \(k\). On peut donc appliquer Algèbre, lemme 033A.

Lemme

Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que

  1. \(\varphi\) est régulier ;

  2. \(S\) est noethérien ;

  3. \(R\) est noethérien et de Cohen–Macaulay.

Alors \(S\) est de Cohen–Macaulay.

Démonstration

Pour un anneau noethérien, être de Cohen–Macaulay équivaut à vérifier \((S_k)\) pour tout \(k\). On peut donc appliquer Algèbre, lemme 0339.

Permanence des propriétés par complétion

Étant donné un anneau local noethérien \((A, \mathfrak m)\), on note \(A^\wedge\) le complété de \(A\) suivant \(\mathfrak m\). Nous utiliserons sans autre mention le fait que \(A^\wedge\) est un anneau local noethérien complet d’idéal maximal \(\mathfrak m^\wedge = \mathfrak m A^\wedge\), et que \(A \to A^\wedge\) est fidèlement plat. Voir Algèbre, lemmes 0316, 031C, et 00MC.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local noethérien. Alors \(\dim(A) = \dim(A^\wedge)\).

Démonstration

D’après Algèbre, lemme 031C, \(A \to A^\wedge\) induit des isomorphismes \(A/\mathfrak m^n = A^\wedge/(\mathfrak m^\wedge)^n\) pour \(n \geq 1\). Algèbre, lemme 02M0, donne donc \[\text{length}_A(A/\mathfrak m^n) = \text{length}_{A^\wedge}(A^\wedge/(\mathfrak m^\wedge)^n)\] pour tout \(n \geq 1\). Ainsi \(d(A) = d(A^\wedge)\), et la conclusion résulte d’Algèbre, proposition 00KQ. On peut aussi utiliser Algèbre, lemme 00ON.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local noethérien. Alors \(\text{depth}(A) = \text{depth}(A^\wedge)\).

Démonstration

Voir Algèbre, lemme 0337.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local noethérien. Alors \(A\) est de Cohen–Macaulay si et seulement si \(A^\wedge\) l’est.

Démonstration

Un anneau local \(A\) est de Cohen–Macaulay si et seulement si \(\dim(A) = \text{depth}(A)\). Ces deux invariants étant préservés par complétion (lemmes 07NV et 07NW), l’assertion en découle.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local noethérien. Alors \(A\) est régulier si et seulement si \(A^\wedge\) l’est.

Démonstration

Si \(A^\wedge\) est régulier, Algèbre, lemme 00OF, montre que \(A\) est régulier. Supposons \(A\) régulier et notons \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(A\). Alors \(\dim_{\kappa(\mathfrak m)} \mathfrak m/\mathfrak m^2 = \dim(A) = \dim(A^\wedge)\), d’après le lemme 07NV. D’autre part, \(\mathfrak mA^\wedge\) est l’idéal maximal de \(A^\wedge\) ; ainsi \(\mathfrak m_{A^\wedge}\) est engendré par au plus \(\dim(A^\wedge)\) éléments. Donc \(A^\wedge\) est régulier. On peut aussi appliquer Algèbre, lemme 031E.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local noethérien. Alors \(A\) est un anneau de valuation discrète si et seulement si \(A^\wedge\) l’est.

Démonstration

Cela résulte des lemmes 07NV et 07NY, ainsi que d’Algèbre, lemme 00PD.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local noethérien.

  1. Si \(A^\wedge\) est réduit, alors \(A\) l’est.

  2. En général, la réduction de \(A\) n’entraîne pas celle de \(A^\wedge\).

  3. Si \(A\) est de Nagata, alors \(A\) est réduit si et seulement si \(A^\wedge\) est réduit.

Démonstration

Comme \(A \to A^\wedge\) est fidèlement plat, (1) résulte d’Algèbre, lemme 033F. Pour (2), voir Algèbre, exemple 00PB ; il existe aussi des exemples en caractéristique nulle, voir Algèbre, remarque 00PC. Pour (3), voir Algèbre, lemmes 0331 et 032Y.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local noethérien. Si \(A^\wedge\) est normal, alors \(A\) l’est.

Démonstration

Comme \(A \to A^\wedge\) est fidèlement plat, cela résulte d’Algèbre, lemme 033G.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. L’homomorphisme induit entre les complétés \(A^\wedge \to B^\wedge\) est plat si et seulement si \(A \to B\) est plat.

Démonstration

Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ A^\wedge \ar[r] & B^\wedge \\ A \ar[r] \ar[u] & B \ar[u] }\] Les flèches verticales sont fidèlement plates. Supposons \(A^\wedge \to B^\wedge\) plat. Alors \(A \to B^\wedge\) est plat, et \(B\) est donc plat sur \(A\) d’après Algèbre, lemme 0584.

Supposons \(A \to B\) plat. Alors \(A \to B^\wedge\) est plat, de sorte que \(B^\wedge/\mathfrak m_A^n B^\wedge\) est plat sur \(A/\mathfrak m_A^n\) pour tout \(n \geq 1\). Remarquons que \(\mathfrak m_A^n A^\wedge\) est la puissance \(n\)-ième de l’idéal maximal \(\mathfrak m_A^\wedge\) de \(A^\wedge\), et que \(A/\mathfrak m_A^n = A^\wedge/(\mathfrak m_A^\wedge)^n\). Nous voyons donc que \(B^\wedge\) est plat sur \(A^\wedge\) en appliquant Algèbre, lemme 0523, avec \(R = A^\wedge\), \(I = \mathfrak m_A^\wedge\), \(S = B^\wedge\) et \(M = S\).

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local plat d’anneaux locaux noethériens tel que \(\mathfrak m_A B = \mathfrak m_B\) et \(\kappa(\mathfrak m_A) = \kappa(\mathfrak m_B)\). Alors \(A \to B\) induit un isomorphisme \(A^\wedge \to B^\wedge\) entre les complétés.

Démonstration

D’après Algèbre, lemme 0394, \(B^\wedge\) est le complété \(\mathfrak m_A\)-adique de \(B\) et \(A^\wedge \to B^\wedge\) est fini. La platitude de \(A \to B\) donne \(\text{Tor}_1^A(B, \kappa(\mathfrak m_A)) = 0\). Le lemme 0AGW montre alors que \(B^\wedge\) est plat sur \(A^\wedge\). Ainsi \(B^\wedge\) est libre comme \(A^\wedge\)-module par Algèbre, lemme 00NZ. Puisque \(A^\wedge \to B^\wedge\) induit l’isomorphisme \(\kappa(\mathfrak m_A) = A^\wedge/\mathfrak m_A A^\wedge \to B^\wedge/\mathfrak m_A B^\wedge = B^\wedge/\mathfrak m_B B^\wedge = \kappa(\mathfrak m_B)\) par hypothèse et par Algèbre, lemme 05GG, on voit que \(B^\wedge\) est libre de rang \(1\). Ainsi \(A^\wedge \to B^\wedge\) est un isomorphisme.

Permanence des propriétés par les homomorphismes étales

Dans cette section, nous considérons un homomorphisme étale d’anneaux \(\varphi : A \to B\). Nous étudions les propriétés de \(A\) dont hérite \(B\), ainsi que celles de l’anneau local de \(B\) en \(\mathfrak q\) dont hérite l’anneau local de \(A\) en \(\mathfrak p = \varphi^{-1}(\mathfrak q)\). Cette section rassemble et passe essentiellement en revue des résultats antérieurs ; elle n’ajoute aucun résultat nouveau.

Nous utiliserons sans autre mention qu’un homomorphisme étale d’anneaux est plat (Algèbre, lemme 00U2) et qu’un homomorphisme local plat d’anneaux locaux est fidèlement plat (Algèbre, lemme 00HR).

Lemme

Si \(A \to B\) est un homomorphisme étale d’anneaux et si \(\mathfrak q\) est un idéal premier de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak p \subset A\), alors \(A_{\mathfrak p}\) est noethérien si et seulement si \(B_{\mathfrak q}\) l’est.

Démonstration

Comme \(A_\mathfrak p \to B_\mathfrak q\) est fidèlement plat, le caractère noethérien de \(B_\mathfrak q\) entraîne celui de \(A_\mathfrak p\) ; voir Algèbre, lemme 033E. Réciproquement, si \(A_\mathfrak p\) est noethérien, alors \(B_\mathfrak q\) l’est, car il est un localisé d’une \(A_\mathfrak p\)-algèbre de type fini.

Lemme

Si \(A \to B\) est un homomorphisme étale d’anneaux et si \(\mathfrak q\) est un idéal premier de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak p \subset A\), alors \(\dim(A_{\mathfrak p}) = \dim(B_{\mathfrak q})\).

Démonstration

Comme \(A_{\mathfrak p} \to B_{\mathfrak q}\) est plat, la propriété de descente des idéaux premiers donne \(\dim(A_{\mathfrak p}) \leq \dim(B_{\mathfrak q})\) ; voir Algèbre, lemme 00OH. D’autre part, supposons que \(\mathfrak q_0 \subset \mathfrak q_1 \subset \ldots \subset \mathfrak q_n\) soit une chaîne d’idéaux premiers de \(B_{\mathfrak q}\). La suite correspondante d’idéaux premiers \(\mathfrak p_0 \subset \mathfrak p_1 \subset \ldots \subset \mathfrak p_n\) où \(\mathfrak p_i = \mathfrak q_i \cap A_{\mathfrak p}\) est elle aussi une chaîne stricte. En effet, un homomorphisme étale est quasi-fini (voir Algèbre, lemme 00U5) et un homomorphisme quasi-fini induit par définition une application de spectres à fibres discrètes. On obtient donc \(\dim(A_{\mathfrak p}) \geq \dim(B_{\mathfrak q})\), comme voulu.

Lemme

Si \(A \to B\) est un homomorphisme étale d’anneaux et si \(\mathfrak q\) est un idéal premier de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak p \subset A\), alors \(A_{\mathfrak p}\) est régulier si et seulement si \(B_{\mathfrak q}\) l’est.

Démonstration

Pour démontrer l’équivalence, le lemme 0AGZ permet de supposer \(A_\mathfrak p\) et \(B_\mathfrak q\) noethériens. Soit \(x_1, \ldots, x_t \in \mathfrak pA_\mathfrak p\) un système minimal de générateurs. Comme \(A_\mathfrak p \to B_\mathfrak q\) est fidèlement plat, leurs images \(y_1, \ldots, y_t\) dans \(B_\mathfrak q\) forment un système minimal de générateurs de \(\mathfrak pB_\mathfrak q = \mathfrak q B_\mathfrak q\) (Algèbre, lemme 00U4). Par définition, la régularité de \(A_\mathfrak p\) signifie \(t = \dim(A_\mathfrak p)\), et de même pour \(B_\mathfrak q\). Le lemme résulte donc de l’égalité \(\dim(A_\mathfrak p) = \dim(B_\mathfrak q)\) du lemme 07QP.

Lemme

Si \(A \to B\) est un homomorphisme étale d’anneaux et si \(A\) est un anneau de Dedekind, alors \(B\) est un produit fini d’anneaux de Dedekind. En particulier, les localisés \(B_\mathfrak q\), pour \(\mathfrak q \subset B\) maximal, sont des anneaux de valuation discrète.

Démonstration

L’assertion sur les anneaux locaux résulte des lemmes 07QP et 0AH0, ainsi que d’Algèbre, lemme 00PD. L’anneau \(B\) est donc noethérien, normal et de dimension \(1\). Algèbre, lemme 030C, montre que \(B\) est un produit fini d’anneaux intègres normaux de dimension \(1\). Ce sont des anneaux de Dedekind par Algèbre, lemme 034X.

Permanence des propriétés par hensélisation

Étant donné un anneau local \(R\), on note \(R^h\), respectivement \(R^{sh}\), son hensélisé, respectivement le hensélisé strict de \(R\) ; voir Algèbre, définition 04GQ. Comme nous le montrerons dans cette section, de nombreuses propriétés de \(R\) se reflètent dans \(R^h\) et \(R^{sh}\).

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local. Alors :

  1. \(R \to R^h \to R^{sh}\) sont des homomorphismes d’anneaux fidèlement plats ;

  2. \(\mathfrak m R^h = \mathfrak m^h\) et \(\mathfrak m R^{sh} = \mathfrak m^h R^{sh} = \mathfrak m^{sh}\),

  3. \(R/\mathfrak m^n = R^h/\mathfrak m^nR^h\) pour tout \(n\) ;

  4. il existe des éléments \(x_i \in R^{sh}\) tels que \(R^{sh}/\mathfrak m^nR^{sh}\) soit le \(R/\mathfrak m^n\)-module libre de base \(x_i \bmod \mathfrak m^nR^{sh}\).

Démonstration

Par construction, \(R^h\) est une colimite de \(R\)-algèbres étales, voir Algèbre, lemme 04GN. Les homomorphismes étales étant plats (Algèbre, lemme 00U2), Algèbre, lemme 05UT, montre que \(R^h\) est plat sur \(R\). Un homomorphisme local plat d’anneaux étant fidèlement plat (Algèbre, lemme 00HR), \(R \to R^h\) est fidèlement plat. L’homomorphisme \(R^h \to R^{sh}\) est une colimite d’homomorphismes étales finis ; voir la démonstration d’Algèbre, lemme 04GP. Le même argument montre donc que \(R^h \to R^{sh}\) est fidèlement plat.

L’assertion (2) résulte d’Algèbre, lemmes 04GN et 04GP. L’assertion (3) découle d’Algèbre, lemme 051F, car \(R/\mathfrak m \to R^h/\mathfrak mR^h\) est un isomorphisme et \(R/\mathfrak m^n \to R^h/\mathfrak m^nR^h\) est plat, comme changement de base de l’homomorphisme plat \(R \to R^h\) (Algèbre, lemme 00HI). Soit \(\kappa^{sep}\) le corps résiduel de \(R^{sh}\) ; c’est une clôture algébrique séparable de \(\kappa\). Choisissons des \(x_i \in R^{sh}\) dont les images forment une base de \(\kappa^{sep}\) comme espace vectoriel sur \(\kappa\). L’assertion (4) résulte alors exactement de la même manière d’Algèbre, lemme 051F.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local. Alors :

  1. \(R \to R^h\), \(R^h \to R^{sh}\) et \(R \to R^{sh}\) sont formellement étales ;

  2. \(R \to R^h\), \(R^h \to R^{sh}\), respectivement \(R \to R^{sh}\), sont formellement lisses pour la topologie \(\mathfrak m^h\)-adique, \(\mathfrak m^{sh}\)-adique, respectivement \(\mathfrak m^{sh}\)-adique.

Démonstration

L’assertion (1) résulte des faits suivants : \(R^h\) et \(R^{sh}\) sont, par construction, des colimites filtrantes d’algèbres étales ; les algèbres étales sont formellement étales (Algèbre, lemme 00UR) ; enfin, une colimite d’algèbres formellement étales est formellement étale (Algèbre, lemme 031N). L’assertion (2) résulte du fait qu’un homomorphisme formellement étale est formellement lisse, et du lemme 07EC.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(R\) est noethérien ;

  2. \(R^h\) est noethérien ;

  3. \(R^{sh}\) est noethérien.

Dans ce cas :

  1. \((R^h)^\wedge\) et \((R^{sh})^\wedge\) sont des anneaux locaux noethériens complets ;

  2. \(R^\wedge \to (R^h)^\wedge\) est un isomorphisme ;

  3. \(R^h \to (R^h)^\wedge\) et \(R^{sh} \to (R^{sh})^\wedge\) sont plats ;

  4. \(R^\wedge \to (R^{sh})^\wedge\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_{(R^{sh})^\wedge}\)-adique ;

  5. \((R^\wedge)^{sh} = R^\wedge \otimes_{R^h} R^{sh}\) ;

  6. \(((R^\wedge)^{sh})^\wedge = (R^{sh})^\wedge\).

Démonstration

Comme \(R \to R^h \to R^{sh}\) sont fidèlement plats (lemme 07QM), le caractère noethérien de \(R^h\) ou de \(R^{sh}\) entraîne celui de \(R\) ; voir Algèbre, lemme 033E. Dans la suite de la démonstration, nous supposons \(R\) noethérien.

L’idéal \(\mathfrak m \subset R\) étant de type fini, il en va de même de \(\mathfrak m^h = \mathfrak m R^h\) et \(\mathfrak m^{sh} = \mathfrak mR^{sh}\) ; voir le lemme 07QM. Ainsi \((R^h)^\wedge\) et \((R^{sh})^\wedge\) sont noethériens par Algèbre, lemme 032B. Cela prouve (a).

L’assertion (b) résulte immédiatement du lemme 07QM. En particulier, \((R^h)^\wedge\) est plat sur \(R\) ; voir Algèbre, lemme 00MC.

Montrons ensuite que \(R^h \to (R^h)^\wedge\) est plat. Écrivons \(R^h = \colim_i R_i\) comme colimite filtrante de localisés de \(R\)-algèbres étales. D’après Algèbre, lemme 05UU, si \((R^h)^\wedge\) est plat sur chaque \(R_i\), alors \(R^h \to (R^h)^\wedge\) est plat. Or \(R^h = R_i^h\) par construction ; l’assertion (b) donne donc \(R_i^\wedge = (R^h)^\wedge\), qui est plat sur \(R_i\). Pour achever la preuve de (c), montrons que \(R^{sh} \to (R^{sh})^\wedge\) est plat. Par un argument de limite analogue, il suffit de montrer que \((R^{sh})^\wedge\) est plat sur \(R\). Le lemme 07QM montre que \((R^{sh})^\wedge\) est le complété d’un \(R\)-module libre. Il est plat sur \(R\) d’après le lemme 06LE. Cela achève la preuve de (c).

Nous savons maintenant que (c) est vraie et que \((R^h)^\wedge\) et \((R^{sh})^\wedge\) sont noethériens. Algèbre, lemme 033E, montre alors que \(R^h\) et \(R^{sh}\) sont noethériens.

L’assertion (d) résulte des lemmes 07QN et 07ED.

L’assertion (e) résulte d’Algèbre, lemme 0C2Z, et du fait que \(R^\wedge\) est hensélien par Algèbre, lemme 04GM.

Démonstration de (f). L’assertion (e) fournit un homomorphisme \(R^{sh} \to (R^\wedge)^{sh}\), donc après complétion un homomorphisme \((R^{sh})^\wedge \to ((R^\wedge)^{sh})^\wedge\). Elle fournit aussi un homomorphisme \(R^\wedge \to (R^{sh})^\wedge\). Comme \((R^{sh})^\wedge\) est strictement hensélien, ainsi qu’on l’a vu, cet homomorphisme induit \((R^\wedge)^{sh} \to (R^{sh})^\wedge\) par Algèbre, lemme 04GU. En complétant, on obtient \(((R^\wedge)^{sh})^\wedge \to (R^{sh})^\wedge\). Nous omettons la vérification que ces deux homomorphismes sont inverses l’un de l’autre.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local. Les conditions suivantes sont équivalentes : \(R\) est réduit, le hensélisé \(R^h\) de \(R\) est réduit, et le hensélisé strict \(R^{sh}\) de \(R\) est réduit.

Démonstration

Les homomorphismes \(R \to R^h \to R^{sh}\) sont fidèlement plats. Un sens des implications résulte donc d’Algèbre, lemme 033F. Réciproquement, supposons \(R\) réduit. Comme \(R^h\) et \(R^{sh}\) sont des colimites filtrantes de \(R\)-algèbres étales, donc lisses, le résultat découle d’Algèbre, lemme 033B.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local. Notons \(nil(R)\) l’idéal des éléments nilpotents de \(R\). Alors \(nil(R)R^h = nil(R^h)\) et \(nil(R)R^{sh} = nil(R^{sh})\).

Démonstration

L’idéal \(nil(R)\) est le plus grand idéal formé d’éléments nilpotents pour lequel \(R/nil(R)\) est réduit. D’après Algèbre, lemme 0544, \(nil(R)R^h\) est formé d’éléments nilpotents. De plus, Algèbre, lemme 05WQ, identifie \(R^h/nil(R) R^h\) à l’hensélisé de \(R/nil(R)\). Le lemme 06DH montre donc que \(R^h/nil(R)R^h\) est réduit. On en conclut \(nil(R) R^h = nil(R^h)\). L’argument est identique pour l’hensélisé strict, en utilisant Algèbre, lemme 05WS.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local. Les conditions suivantes sont équivalentes : \(R\) est un anneau intègre normal, le hensélisé \(R^h\) de \(R\) est un anneau intègre normal, et le hensélisé strict \(R^{sh}\) de \(R\) est un anneau intègre normal.

Démonstration

Remarquons d’abord qu’un anneau local est normal si et seulement s’il est intègre normal ; voir Algèbre, définition 00GV. Les homomorphismes \(R \to R^h \to R^{sh}\) sont fidèlement plats ; un sens des implications résulte donc d’Algèbre, lemme 033G. Réciproquement, supposons \(R\) normal. Comme \(R^h\) et \(R^{sh}\) sont des colimites filtrantes de \(R\)-algèbres étales, donc lisses, le résultat découle d’Algèbre, lemmes 033C et 037D.

Lemme

Pour tout anneau local \(R\), on a \(\dim(R) = \dim(R^h) = \dim(R^{sh})\).

Démonstration

Comme \(R \to R^{sh}\) est fidèlement plat (lemme 07QM), la descente des idéaux premiers donne \(\dim(R^{sh}) \geq \dim(R)\) ; voir Algèbre, lemme 00OH. Pour l’inégalité réciproque, écrivons \(R^{sh} = \colim R_i\) comme colimite filtrante d’anneaux locaux \(R_i\), chacun étant un localisé d’une \(R\)-algèbre étale. Si \(\mathfrak q_0 \subset \mathfrak q_1 \subset \ldots \subset \mathfrak q_n\) est une chaîne d’idéaux premiers de \(R^{sh}\), alors, pour \(i\) assez grand, la suite \[R_i \cap \mathfrak q_0 \subset R_i \cap \mathfrak q_1 \subset \ldots \subset R_i \cap \mathfrak q_n\] est une chaîne d’idéaux premiers de \(R_i\). Ainsi \(\dim(R^{sh}) \leq \sup_i \dim(R_i)\). Or le lemme 07QP donne \(\dim(R_i) = \dim(R)\) pour chaque \(i\), d’où le résultat.

Lemme

Pour tout anneau local noethérien \(R\), on a \(\text{depth}(R) = \text{depth}(R^h) = \text{depth}(R^{sh})\).

Démonstration

Le lemme 06LJ montre que \(R^h\) et \(R^{sh}\) sont noethériens. L’assertion résulte alors d’Algèbre, lemme 0337.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local noethérien. Les conditions suivantes sont équivalentes : \(R\) est de Cohen–Macaulay, le hensélisé \(R^h\) de \(R\) est de Cohen–Macaulay, et le hensélisé strict \(R^{sh}\) de \(R\) est de Cohen–Macaulay.

Démonstration

Le lemme 06LJ montre que \(R^h\) et \(R^{sh}\) sont noethériens, de sorte que l’énoncé a bien un sens. Comme \(\text{depth}(R) = \text{depth}(R^h) = \text{depth}(R^{sh})\) et \(\dim(R) = \dim(R^h) = \dim(R^{sh})\) d’après les lemmes 06LL et 06LK, la conclusion suit.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local noethérien. Les conditions suivantes sont équivalentes : \(R\) est un anneau local régulier, le hensélisé \(R^h\) de \(R\) est un anneau local régulier, et le hensélisé strict \(R^{sh}\) de \(R\) est un anneau local régulier.

Démonstration

Le lemme 06LJ montre que \(R^h\) et \(R^{sh}\) sont noethériens, de sorte que l’énoncé a bien un sens. Soit \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(R\), et soit \(x_1, \ldots, x_t \in \mathfrak m\) un système minimal de générateurs de \(\mathfrak m\), c’est-à-dire tel que leurs images dans \(\mathfrak m/\mathfrak m^2\) forment une base sur \(\kappa = R/\mathfrak m\). Comme \(R \to R^h\) et \(R \to R^{sh}\) sont fidèlement plats, les images \(x_1^h, \ldots, x_t^h\) dans \(R^h\), respectivement \(x_1^{sh}, \ldots, x_t^{sh}\) dans \(R^{sh}\), forment des systèmes minimaux de générateurs de \(\mathfrak m^h = \mathfrak mR^h\), respectivement de \(\mathfrak m^{sh} = \mathfrak mR^{sh}\). Par définition, la régularité de \(R\) signifie \(t = \dim(R)\), et de même pour \(R^h\) et \(R^{sh}\). Le résultat découle donc de l’égalité \(\dim(R) = \dim(R^h) = \dim(R^{sh})\) du lemme 06LK.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local noethérien. Alors \(R\) est un anneau de valuation discrète si et seulement si \(R^h\) en est un, si et seulement si \(R^{sh}\) en est un.

Démonstration

Cela résulte des lemmes 06LK et 06LN, ainsi que d’Algèbre, lemme 00PD.

Lemme

Soit \(A\) un anneau, et soit \(B\) une colimite filtrante de \(A\)-algèbres étales. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(A\). Si \(B\) est noethérien, il n’existe qu’un nombre fini d’idéaux premiers \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_r\) au-dessus de \(\mathfrak p\), et l’on a \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p) = \prod \kappa(\mathfrak q_i)\), et chacune des extensions de corps \(\kappa(\mathfrak q_i)/\kappa(\mathfrak p)\) étant algébrique séparable.

Démonstration

Écrivons \(B\) comme colimite filtrante \(B = \colim B_i\), avec \(A \to B_i\) étale. D’une part, \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p) = \colim B_i \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) est une colimite filtrante de \(\kappa(\mathfrak p)\)-algèbres étales ; d’autre part, cet anneau est noethérien. Une \(\kappa(\mathfrak p)\)-algèbre étale est un produit fini d’extensions finies séparables (Algèbre, lemme 00U3). Il n’y a donc aucune spécialisation non triviale entre les idéaux premiers, tous maximaux et minimaux, des algèbres \(B_i \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\), ni par conséquent entre ceux de \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\). Ainsi \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) est réduit et possède un nombre fini d’idéaux premiers, tous minimaux. C’est donc un produit fini de corps ; voir Algèbre, Lemme 02LX ou Algèbre, Proposition 00KJ). Chacun de ces corps est une colimite d’extensions finies séparables, ce qui donne la dernière assertion.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local noethérien et soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Alors \[R^h \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, t} \kappa(\mathfrak q_i) \quad\text{resp.}\quad R^{sh} \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, s} \kappa(\mathfrak r_i)\] où \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\), respectivement \(\mathfrak r_1, \ldots, \mathfrak r_s\), sont les idéaux premiers de \(R^h\), respectivement de \(R^{sh}\), au-dessus de \(\mathfrak p\). De plus, les extensions de corps \(\kappa(\mathfrak q_i)/\kappa(\mathfrak p)\) respectivement \(\kappa(\mathfrak r_i)/\kappa(\mathfrak p)\), sont algébriques séparables.

Démonstration

Cela se déduit du lemme plus général 0AH1, puisque l’hensélisé et l’hensélisé strict sont noethériens, ainsi qu’on l’a vu. Donnons néanmoins une démonstration directe.

Nous utiliserons sans autre mention les lemmes 07QM et 06LJ. L’anneau \(R^h/\mathfrak pR^h\), respectivement \(R^{sh}/\mathfrak pR^{sh}\), est l’hensélisé, respectivement l’hensélisé strict, de \(R/\mathfrak p\) ; voir Algèbre, lemme 05WQ, respectivement 05WS. On peut donc remplacer \(R\) par \(R/\mathfrak p\) et supposer que \(R\) est un anneau local noethérien intègre et que \(\mathfrak p = (0)\). Comme \(R^h\), respectivement \(R^{sh}\), est noethérien, il possède un nombre fini d’idéaux premiers minimaux \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\), respectivement \(\mathfrak r_1, \ldots, \mathfrak r_s\). La platitude de \(R \to R^h\), respectivement de \(R \to R^{sh}\), montre par descente que ce sont exactement les idéaux premiers au-dessus de \(\mathfrak p = (0)\). Enfin, puisque \(R\) est intègre, \(R^h\), respectivement \(R^{sh}\), est réduit par le lemme 06DH. Ainsi \(R^h \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), respectivement \(R^{sh} \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), est un anneau noethérien réduit ayant un nombre fini d’idéaux premiers, tous minimaux et donc maximaux. Ces anneaux sont artiniens et produits de leurs localisés aux idéaux maximaux, chacun de ces localisés étant nécessairement un corps ; voir Algèbre, proposition 00KJ et lemme 00EU.

La dernière assertion résulte du fait que \(R \to R^h\), respectivement \(R \to R^{sh}\), est une colimite d’homomorphismes étales ; les extensions induites des corps résiduels sont donc des colimites d’extensions finies séparables, voir Algèbre, lemme 00U4.

Retour sur les extensions de corps

Dans cette section, nous étudions quelques particularités des extensions de corps en caractéristique \(p > 0\).

Définition

Soit \(p\) un nombre premier et soit \(k \to K\) une extension de corps de caractéristique \(p\). Notons \(kK^p\) le compositum de \(k\) et \(K^p\) dans \(K\).

  1. Une partie \(\{x_i\} \subset K\) est dite p-indépendante sur \(k\) si les éléments \(x^E = \prod x_i^{e_i}\), où \(0 \leq e_i < p\), sont linéairement indépendants sur \(kK^p\).

  2. Une partie \(\{x_i\}\) de \(K\) est appelée une p-base de \(K\) sur \(k\) si les éléments \(x^E\) forment une base de \(K\) sur \(kK^p\).

Cette notion est liée à celle de \(p\)-base d’une \(\mathbf{F}_p\)-algèbre, que nous étudierons plus loin (insérer ici un renvoi futur).

Lemme

Soit \(K/k\) une extension de corps, avec \(k\) de caractéristique \(p > 0\). Soit \(\{x_i\}\) une partie de \(K\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. les éléments \(\{x_i\}\) sont \(p\)-indépendants sur \(k\) ;

  2. les éléments \(\text{d}x_i\) sont linéairement indépendants sur \(K\) dans \(\Omega_{K/k}\).

Toute famille \(p\)-indépendante se complète en une \(p\)-base de \(K\) sur \(k\). En particulier, \(K\) possède une \(p\)-base sur \(k\). De plus, les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\{x_i\}\) est une \(p\)-base de \(K\) sur \(k\) ;

  2. les \(\text{d}x_i\) forment une base sur \(K\) de l’espace vectoriel \(\Omega_{K/k}\).

Démonstration

Supposons (2), et soit \(\sum a_E x^E = 0\) une relation linéaire avec \(a_E \in k K^p\). Soit \(\theta_i : K \to K\) une \(k\)-dérivation telle que \(\theta_i(x_j) = \delta_{ij}\), symbole de Kronecker. Toute \(k\)-dérivation de \(K\) annule \(kK^p\). En appliquant \(\theta_i\) à la relation donnée, on obtient de nouvelles relations \[\sum\nolimits_{E, e_i > 0} e_i a_E x_1^{e_1}\ldots x_i^{e_i - 1} \ldots x_n^{e_n} = 0\] Si l’on choisit une relation \(\sum a_E x^E\) de degré total minimal \(|E| = \sum e_i\), avec un \(a_E \not = 0\), on obtient donc une contradiction. Ainsi (1) est satisfaite.

Si \(\{x_i\}\) est une \(p\)-base de \(K\) sur \(k\), alors \(K \cong kK^p[X_i]/(X_i^p - x_i^p)\). Les \(\text{d}x_i\) forment donc une base de \(\Omega_{K/k}\) sur \(K\). Ainsi (a) implique (b).

Soit \(\{x_i\}\) une partie \(p\)-indépendante de \(K\) sur \(k\). Le lemme de Zorn permet de l’agrandir en une partie \(p\)-indépendante maximale de \(K\) sur \(k\). Affirmons que toute partie \(p\)-indépendante maximale \(\{x_i\}\) de \(K\) est une \(p\)-base de \(K\) sur \(k\). Cela montrera que (1) implique (2), ainsi que l’existence des \(p\)-bases. Soit \(L\) le sous-corps de \(K\) engendré par \(kK^p\) et les \(x_i\). Il faut montrer \(L = K\). Si \(x \in K\) mais \(x \not \in L\), alors \(x^p \in L\) et \(L(x) \cong L[z]/(z^p - x)\). La famille \(\{x_i\} \cup \{x\}\) serait donc \(p\)-indépendante sur \(k\), contradiction.

Enfin, montrons que (b) implique (a). L’équivalence de (1) et (2) montre que \(\{x_i\}\) est une partie \(p\)-indépendante maximale de \(K\) sur \(k\). D’après l’affirmation précédente, c’est donc une \(p\)-base.

Lemme

Soit \(K/k\) une extension de corps. Soit \(\{K_\alpha\}_{\alpha \in A}\) une famille de sous-corps de \(K\) satisfaisant les propriétés suivantes :

  1. \(k \subset K_\alpha\) pour tout \(\alpha \in A\) ;

  2. \(k = \bigcap_{\alpha \in A} K_\alpha\),

  3. pour \(\alpha, \alpha' \in A\), il existe \(\alpha'' \in A\) tel que \(K_{\alpha''} \subset K_\alpha \cap K_{\alpha'}\).

Alors, pour \(n \geq 1\) et pour tout sous-espace vectoriel \(V \subset K^{\oplus n}\) sur \(K\), on a \(V \cap k^{\oplus n} \not = 0\) si et seulement si \(V \cap K_\alpha^{\oplus n} \not = 0\) pour tout \(\alpha \in A\).

Démonstration

Raisonnons par récurrence sur \(n\). Le cas \(n = 1\) résulte des hypothèses. Supposons le résultat établi pour les sous-espaces de \(K^{\oplus n - 1}\), et supposons que \(V \subset K^{\oplus n}\) rencontre non trivialement \(K_\alpha^{\oplus n}\) pour tout \(\alpha \in A\). Si \(V \cap 0 \oplus k^{\oplus n - 1}\) est non nul, la conclusion est acquise. On peut donc supposer le contraire. Par l’hypothèse de récurrence, il existe \(\alpha\) tel que \(V \cap 0 \oplus K_\alpha^{\oplus n - 1}\) soit nul. Soit \(v = (x_1, \ldots, x_n) \in V \cap K_\alpha^{\oplus n}\) non nul. Par le choix de \(\alpha\), on voit que \(x_1\) est non nul. Remplaçons \(v\) par \(x_1^{-1}v\), de sorte que \(v = (1, x_2, \ldots, x_n)\). Si \(v' = (x_1', \ldots, x'_n) \in V \cap K_\alpha^{\oplus n}\), alors \(v' - x_1'v = 0\) par le choix de \(\alpha\). Ainsi \(V \cap K_\alpha^{\oplus n} = K_\alpha v\). Si l’on choisit \(\alpha'\) tel que \(K_{\alpha'} \subset K_\alpha\), on voit nécessairement que \(v \in V \cap K_{\alpha'}^{\oplus n}\) (par le même argument appliqué à \(\alpha'\)). Par conséquent, \[x_2, \ldots, x_n \in \bigcap\nolimits_{\alpha' \in A, K_{\alpha'} \subset K_\alpha} K_{\alpha'}\] qui est égal à \(k\) d’après (2) et (3).

Lemme

Soit \(K\) un corps de caractéristique \(p\). Soit \(\{K_\alpha\}_{\alpha \in A}\) une famille de sous-corps de \(K\) satisfaisant les propriétés suivantes :

  1. \(K^p \subset K_\alpha\) pour tout \(\alpha \in A\) ;

  2. \(K^p = \bigcap_{\alpha \in A} K_\alpha\),

  3. pour \(\alpha, \alpha' \in A\), il existe \(\alpha'' \in A\) tel que \(K_{\alpha''} \subset K_\alpha \cap K_{\alpha'}\).

Alors

  1. l’intersection des noyaux des applications \(\Omega_{K/\mathbf{F}_p} \to \Omega_{K/K_\alpha}\) est nulle ;

  2. pour toute extension finie \(L/K\), on a \(L^p = \bigcap_{\alpha \in A} L^pK_\alpha\).

Démonstration

Démonstration de (1). Choisissons une \(p\)-base \(\{x_i\}\) de \(K\) sur \(\mathbf{F}_p\). Supposons que \(\eta = \sum_{i \in I'} y_i \text{d}x_i\) s’envoie sur zéro dans \(\Omega_{K/K_\alpha}\) pour tout \(\alpha \in A\), où \(I'\) est fini. D’après le lemme 07P2, cela signifie que, pour tout \(\alpha\), il existe une relation \[\sum\nolimits_E a_{E, \alpha} x^E = 0,\quad a_{E, \alpha} \in K_\alpha\] où \(E\) parcourt les multi-indices \(E = (e_i)_{i \in I'}\) tels que \(0 \leq e_i < p\). D’autre part, le lemme 07P2 assure qu’il n’existe aucune relation de ce type \(\sum a_E x^E = 0\) avec \(a_E \in K^p\). Le lemme 07P3 donne une contradiction.

Démonstration de (2). Considérons une tour \(L/M/K\) d’extensions finies de corps. Posons \(M_\alpha = M^p K_\alpha\) et \(L_\alpha = L^p K_\alpha = L^p M_\alpha\). On peut d’abord établir \(M^p = \bigcap_{\alpha \in A} M_\alpha\), puis \(L^p = \bigcap_{\alpha \in A} L_\alpha\). Il suffit donc de prouver (2) pour les extensions simples sans sous-corps intermédiaire non trivial. Supposons d’abord \(L = K(\theta)\) séparable sur \(K\). Alors \(L\) est engendré par \(\theta^p\) sur \(K\), et l’on peut donc supposer \(\theta \in L^p\). Dans ce cas, \[L^p = K^p \oplus K^p\theta \oplus \ldots K^p\theta^{d - 1} \quad\text{et}\quad L^pK_\alpha = K_\alpha \oplus K_\alpha \theta \oplus \ldots K_\alpha\theta^{d - 1}\] où \(d = [L : K]\). La conclusion est alors claire. Dans l’autre cas, \(L = K(\theta)\) avec \(\theta^p = t \in K\) et \(t \not \in K^p\). On a \[L^p = K^p \oplus K^pt \oplus \ldots K^pt^{p - 1} \quad\text{et}\quad L^pK_\alpha = K_\alpha \oplus K_\alpha t \oplus \ldots K_\alpha t^{p - 1}\] Là encore, le résultat est clair.

Lemme

Soit \(k\) un corps de caractéristique \(p > 0\), et soit \(\{x_i\}_{i \in I}\) une \(p\)-base de \(k\). Soient \(n, m \geq 0\). Soit \(K\) le corps des fractions de \(A = k[[x_1, \ldots, x_n]][y_1, \ldots, y_m]\). Pour une partie finie \(J\) de \(I\), considérons le sous-corps \(k/k_J/k^p\) engendré par \(k^p\) et les \(x_i\) avec \(i \in I \setminus J\). Les corps des fractions \(K_J\) des anneaux \[A_J = k_J[[x_1^p, \ldots, x_n^p]][y_1^p, \ldots, y_m^p]\] forment une famille de sous-corps de \(K\) comme dans le lemme 07P4. De plus, chacune des extensions d’anneaux \(A_J \subset A\) est finie.

Démonstration

Comme \(k/k_J\) est fini, l’extension d’anneaux \(k_J[[x_1^p, \ldots, x_d^p]] \subset k[[x_1, \ldots, x_d]]\) est finie d’après Algèbre, lemme 0394. Il s’ensuit que \(A_J \to A\) est fini.

Vérifions les propriétés (1), (2) et (3) du lemme 07P4. Démonstration de (1). Pour \(a \in A\), on a \(a^p \in A_J\), donc \(K^p \subset K_J\). Démonstration de (2). Supposons que \(f/g^p \in K\), avec \(f, g \in A\) et \(g \not = 0\), appartienne à \(K_J\) pour tout choix de \(J\). Fixons provisoirement \(J\). Puisque \(f/g^p \in K_J\), on peut écrire \(f/g^p = a/b^p\) avec \(a \in A_J\) et \(b \in A\) non nul. Ainsi \(b^p f \in A_J\). Pour toute \(A_J\)-dérivation \(D : A \to A\), on a \(0 = D(b^pf) = b^p D(f)\), donc \(D(f) = 0\) puisque \(A\) est intègre. En prenant \(D = \partial_{x_i}\) puis \(D = \partial_{y_j}\), on obtient \(f \in k[[x_1^p, \ldots, x_n^p]][y_1^p, \ldots, y_d^p]\). En appliquant une \(k_J\)-dérivation \(\theta : k \to k\), on voit de même que tous les coefficients de \(f\) appartiennent à \(k_J\), c’est-à-dire \(f \in A_J\). Comme il est clair que \(A^p = \bigcap\nolimits_J A_J\), où \(J\) parcourt les sous-corps considérés dans le lemme, on obtient \(f \in A^p\), comme voulu. Démonstration de (3). C’est immédiat puisque \(K_{J \cup J'} \subset K_J \cap K_{J'}\).

Le lieu singulier

Soit \(R\) un anneau noethérien. Le lieu régulier \(\text{Reg}(X)\) de \(X = \Spec(R)\) est l’ensemble des idéaux premiers \(\mathfrak p\) tels que \(R_\mathfrak p\) soit un anneau local régulier. Le lieu singulier \(\text{Sing}(X)\) de \(X = \Spec(R)\) est son complémentaire \(X \setminus \text{Reg}(X)\), c’est-à-dire l’ensemble des idéaux premiers \(\mathfrak p\) tels que \(R_\mathfrak p\) ne soit pas un anneau local régulier. La discussion précédant Algèbre, définition 00OD, montre que \(\text{Reg}(X)\) est stable par générisation. Dans cette section, nous étudions des conditions garantissant que \(\text{Reg}(X)\) est ouvert.

Définition

Soit \(R\) un anneau noethérien et soit \(X = \Spec(R)\).

  1. On dit que \(R\) est J-0 si \(\text{Reg}(X)\) contient un ouvert non vide.

  2. On dit que \(R\) est J-1 si \(\text{Reg}(X)\) est ouvert.

  3. On dit que \(R\) est J-2 si toute \(R\)-algèbre de type fini est J-1.

L’anneau \(\mathbf{Q}[x]/(x^2)\) ne vérifie pas J-0, mais il vérifie J-1. D’autre part, J-1 implique J-0 pour les anneaux intègres noethériens et, plus généralement, pour les anneaux noethériens réduits non nuls, puisqu’un tel anneau est régulier en ses idéaux premiers minimaux. Voici une caractérisation de la propriété J-1.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien et soit \(X = \Spec(R)\). L’anneau \(R\) est J-1 si et seulement si \(V(\mathfrak p) \cap \text{Reg}(X)\) contient un ouvert non vide de \(V(\mathfrak p)\) pour tout \(\mathfrak p \in \text{Reg}(X)\).

Démonstration

Cela résulte de Topologie, lemme 0541, et du fait que \(\text{Reg}(X)\) est stable par générisation d’après Algèbre, lemme 0AFS.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien et soit \(X = \Spec(R)\). Supposons que, pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), l’anneau \(R/\mathfrak p\) soit J-0. Alors \(R\) est J-1.

Démonstration

Montrons que le critère du lemme 07P8 s’applique. Soit \(\mathfrak p \in \text{Reg}(X)\) un idéal premier de hauteur \(r\). Choisissons \(f_1, \ldots, f_r \in \mathfrak p\) dont les images engendrent \(\mathfrak pR_\mathfrak p\). Puisque \(\mathfrak p \in \text{Reg}(X)\), les images de \(f_1, \ldots, f_r\) forment une suite régulière dans \(R_\mathfrak p\) ; voir Algèbre, lemme 00NQ. D’après Algèbre, lemme 061L, après avoir remplacé \(R\) par \(R_g\) pour un \(g \in R\), \(g \not \in \mathfrak p\), la suite \(f_1, \ldots, f_r\) est régulière dans \(R\). Après un nouveau remplacement, on peut aussi supposer que \(f_1, \ldots, f_r\) engendrent \(\mathfrak p\). Soit ensuite \(\mathfrak p \subset \mathfrak q\) un idéal premier tel que \((R/\mathfrak p)_\mathfrak q\) soit un anneau local régulier. L’hypothèse du lemme fournit un ouvert non vide de \(V(\mathfrak p)\) formé de tels idéaux premiers ; il suffit donc de montrer que \(R_\mathfrak q\) est régulier. Or \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite régulière dans \(R_\mathfrak q\) et \(R_\mathfrak q/(f_1, \ldots, f_r)R_\mathfrak q\) est régulier. Algèbre, lemme 00NU, montre alors que \(R_\mathfrak q\) est régulier.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que

  1. \(R\) est un anneau intègre noethérien ;

  2. \(R \to S\) est injectif et de type fini ;

  3. \(S\) est intègre et J-0.

Alors \(R\) est J-0.

Démonstration

Après avoir remplacé \(S\) par \(S_g\) pour un certain \(g \in S\) non nul, on peut supposer \(S\) régulier. La platitude générique permet aussi de supposer \(R \to S\) fidèlement plat ; voir Algèbre, lemme 051R. Algèbre, lemme 07NG, montre alors que \(R\) est régulier.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que

  1. \(R\) est un anneau intègre noethérien et J-0 ;

  2. \(R \to S\) est injectif et de type fini ;

  3. \(S\) est intègre ;

  4. l’extension induite des corps des fractions est séparable.

Alors \(S\) est J-0.

Démonstration

On peut remplacer \(R\) par un localisé principal et supposer que \(R\) est régulier. D’après Algèbre, lemme 07ND, \(R \to S\) est lisse en \((0)\). Après avoir remplacé \(S\) par un localisé principal, on peut donc supposer que \(S\) est lisse sur \(R\). Alors \(S\) est lui aussi régulier ; voir Algèbre, lemme 07NF.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(R\) est J-2 ;

  2. toute \(R\)-algèbre de type fini qui est intègre est J-0 ;

  3. toute \(R\)-algèbre finie est J-1 ;

  4. pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) et toute extension finie purement inséparable \(L/\kappa(\mathfrak p)\), il existe une \(R\)-algèbre finie \(R'\) qui est intègre et J-0, et dont le corps des fractions est \(L\).

Démonstration

Les implications (1) \(\Rightarrow\) (2) et (2) \(\Rightarrow\) (4) sont claires. Rappelons qu’un anneau intègre J-1 est J-0. On a donc aussi (1) \(\Rightarrow\) (3) et (3) \(\Rightarrow\) (4).

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Pour montrer que \(S\) est J-1, le lemme 07P9 ramène à prouver que \(S/\mathfrak q\) est J-0 pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\). Cela montre (2) \(\Rightarrow\) (1).

Supposons (4). Montrons (2), ce qui achèvera la démonstration. Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini, avec \(S\) intègre. Posons \(\mathfrak p = \Ker(R \to S)\) et notons \(K\) le corps des fractions de \(S\). Il existe un diagramme de corps \[\xymatrix{ K \ar[r] & K' \\ \kappa(\mathfrak p) \ar[u] \ar[r] & L \ar[u] }\] où les flèches horizontales sont des extensions finies purement inséparables et où \(K'/L\) est séparable ; voir Algèbre, lemme 04KM. Choisissons \(R' \subset L\) comme dans (4), et soit \(S'\) l’image de \(S \otimes_R R' \to K'\). Alors \(S'\) est intègre, de corps des fractions \(K'\) ; \(S'\) est donc J-0 par le lemme 07PB et le choix de \(R'\). Le lemme 07PA montre alors que \(S\) est J-0, comme voulu.

Régularité et dérivations

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(D : R \to R\) une dérivation. Nous disons que \(D\) se prolonge à \(S\) s’il existe une dérivation \(D' : S \to S\) telle que le diagramme \[\xymatrix{ S \ar[r]_{D'} & S \\ R \ar[u] \ar[r]^D & R \ar[u] }\] soit commutatif.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(D : R \to R\) une dérivation.

  1. Pour tout idéal \(I \subset R\), la dérivation \(D\) se prolonge canoniquement en une dérivation \(D^\wedge : R^\wedge \to R^\wedge\) du complété \(I\)-adique.

  2. Pour toute partie multiplicative \(S \subset R\), la dérivation \(D\) se prolonge de manière unique au localisé \(S^{-1}R\) de \(R\).

Si \(R \subset R'\) est une extension d’anneaux de type fini telle que \(R_g \cong R'_g\) pour un élément \(g \in R\) qui est non-diviseur de zéro dans \(R'\), alors \(g^ND\) se prolonge à \(R'\) pour un certain \(N \geq 0\).

Démonstration

Démonstration de (1). Pour \(n \geq 2\), la règle de Leibniz donne \(D(I^n) \subset I^{n - 1}\). Ainsi \(D\) induit des applications \(D_n : R/I^n \to R/I^{n - 1}\). Par passage à la limite, nous obtenons \(D^\wedge\). Nous omettons la vérification que \(D^\wedge\) est une dérivation.

Démonstration de (2). Pour prolonger \(D\) à \(S^{-1}R\), il suffit de poser \(D(r/s) = D(r)/s - rD(s)/s^2\) et de vérifier les axiomes.

Démonstration de la dernière assertion. Soient \(x_1, \ldots, x_n \in R'\) des générateurs de \(R'\) sur \(R\). Choisissons \(N\) tel que \(g^Nx_i \in R\). Considérons \(g^{N + 1}D\). D’après (2), cette dérivation se prolonge à \(R_g\). De plus, la règle de Leibniz et la construction précédente du prolongement donnent \[g^{N + 1}D(x_i) = g^{N + 1}D(g^{-N} g^Nx_i) = -Ng^Nx_iD(g) + gD(g^Nx_i)\] et les deux termes appartiennent à \(R\). Il s’ensuit que \[g^{N + 1}D(x_1^{e_1} \ldots x_n^{e_n}) = \sum e_i x_1^{e_1} \ldots x_i^{e_i - 1} \ldots x_n^{e_n} g^{N + 1}D(x_i)\] appartient à \(R'\). Par conséquent, tout élément de \(R'\) (qui peut s’écrire comme une somme de monômes en les \(x_i\) à coefficients dans \(R\)) est envoyé dans \(R'\) par \(g^{N + 1}D\), ce qui conclut la démonstration.

Lemme

Soit \(R\) un anneau régulier. Soit \(f \in R\). Supposons qu’il existe une dérivation \(D : R \to R\) telle que \(D(f)\) soit inversible dans \(R/(f)\). Alors \(R/(f)\) est régulier.

Démonstration

Il suffit de le démontrer lorsque \(R\) est un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et de corps résiduel \(\kappa\). Dans ce cas, il suffit de démontrer que \(f \not \in \mathfrak m^2\); voir Algèbre, Lemme 00NQ. Or, si \(f \in \mathfrak m^2\), alors la règle de Leibniz donne \(D(f) \in \mathfrak m\), ce qui est contradictoire.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local régulier. Soit \(m \geq 1\). Soient \(f_1, \ldots, f_m \in \mathfrak m\). Supposons qu’il existe des dérivations \(D_1, \ldots, D_m : R \to R\) telles que \(\det_{1 \leq i, j \leq m}(D_i(f_j))\) soit inversible dans \(R\). Alors \(R/(f_1, \ldots, f_m)\) est régulier et \(f_1, \ldots, f_m\) est une suite régulière.

Démonstration

Il suffit de démontrer que \(f_1, \ldots, f_m\) sont linéairement indépendants sur \(\kappa\) dans \(\mathfrak m/\mathfrak m^2\); voir Algèbre, Lemme 00NQ. En effet, s’il existe une relation linéaire non triviale, alors \(\sum a_i f_i \in \mathfrak m^2\) pour certains \(a_i \in R\), mais les relations \(a_i \in \mathfrak m\) ne sont pas toutes vérifiées. Observons que \(D_i(\mathfrak m^2) \subset \mathfrak m\) et \(D_i(a_j f_j) \equiv a_j D_i(f_j) \bmod \mathfrak m\) par la règle de Leibniz pour les dérivations. On en déduirait donc que \[\sum a_j D_i(f_j) \in \mathfrak m\] ce qui contredirait l’hypothèse sur le déterminant.

Lemme

Soit \(R\) un anneau régulier. Soit \(f \in R\). Supposons qu’il existe une dérivation \(D : R \to R\) telle que \(D(f)\) soit inversible dans \(R\). Alors \(R[z]/(z^n - f)\) est régulier pour tout entier \(n \geq 1\). Plus généralement, \(R[z]/(p(z) - f)\) est régulier pour tout \(p \in \mathbf{Z}[z]\).

Démonstration

D’après Algèbre, Lemme 07NF, l’anneau \(R[z]\) est régulier. Appliquons le Lemme 07PF au prolongement de \(D\) à \(R[z]\) qui envoie \(z\) sur zéro. Cela convient parce que \(D\) annule tout polynôme à coefficients entiers et envoie \(f\) sur un élément inversible.

Lemme

Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(B\) un anneau intègre tel que \(p = 0\) dans \(B\). Soit \(f \in B\) un élément qui n’est pas une puissance \(p\)-ième dans le corps des fractions de \(B\). Si \(B\) est de type fini sur un anneau local noethérien complet, alors il existe une dérivation \(D : B \to B\) telle que \(D(f)\) soit non nul.

Démonstration

Soit \(R\) un anneau local noethérien complet muni d’un homomorphisme d’anneaux de type fini \(R \to B\). Nous pouvons évidemment remplacer \(R\) par son image dans \(B\); nous pouvons donc supposer que \(R\) est un anneau intègre de caractéristique \(p > 0\) (en plus d’être local noethérien complet). D’après Algèbre, Lemme 032D \(R\) est une extension finie de \(k[[x_1, \ldots, x_n]]\) pour un certain corps \(k\) et un certain entier \(n\). Nous pouvons donc remplacer \(R\) par \(k[[x_1, \ldots, x_n]]\). Ensuite, nous appliquons Algèbre, Lemme 07NA pour factoriser \(R \to B\) sous la forme \[R \subset R[y_1, \ldots, y_d] \subset B' \subset B\] où \(B'\) est fini sur \(R[y_1, \ldots, y_d]\) et \(B'_g \cong B_g\) pour un certain \(g \in R\) non nul. Remarquons que \(f' = g^{pN} f \in B'\) pour un entier \(N\) assez grand. Il est clair que \(f'\) n’est pas une puissance \(p\)-ième dans le corps des fractions de \(B'\). Si nous trouvons une dérivation \(D' : B' \to B'\) telle que \(D'(f') \not = 0\), alors le Lemme 07PE garantit que \(D = g^MD'\) se prolonge à \(B\) pour un certain \(M > 0\). Dans ce cas, \(D(f) = g^MD'(f) = g^MD'(g^{-pN}f') = g^{M - pN}D'(f')\) est non nul. Il suffit donc de démontrer le lemme lorsque \(B\) est une extension finie de \(A = k[[x_1, \ldots, x_n]][y_1, \ldots, y_m]\).

Supposons que \(B\) soit une extension finie de \(A = k[[x_1, \ldots, x_n]][y_1, \ldots, y_m]\). Notons \(L\) le corps des fractions de \(B\). Remarquons que \(\text{d}f\) n’est pas nul dans \(\Omega_{L/\mathbf{F}_p}\); voir Algèbre, Lemme 031W. Appliquons le Lemme 07P5 pour trouver un sous-corps \(k' \subset k\) d’indice fini tel que, si \(A' = k'[[x_1^p, \ldots, x_n^p]][y_1^p, \ldots, y_m^p]\) l’élément \(\text{d}f\) ne s’envoie pas sur zéro dans \(\Omega_{L/K'}\), où \(K'\) est le corps des fractions de \(A'\). Nous pouvons donc choisir une \(K'\)-dérivation \(D' : L \to L\) telle que \(D'(f) \not = 0\). Puisque \(A' \subset A\) et \(A \subset B\) sont finis par construction, l’extension \(A' \subset B\) est finie. Choisissons \(b_1, \ldots, b_t \in B\) qui engendrent \(B\) comme \(A'\)-module. Alors \(D'(b_i) = f_i/g_i\) pour certains \(f_i, g_i \in B\) avec \(g_i \not = 0\). En posant \(D = g_1 \ldots g_t D'\), nous obtenons la dérivation voulue.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local noethérien complet et intègre. Alors \(A\) est J-0.

Démonstration

D’après Algèbre, Lemme 032D nous pouvons trouver un sous-anneau régulier \(A_0 \subset A\) tel que \(A\) soit fini sur \(A_0\). L’extension induite \(K/K_0\) des corps des fractions est finie. Si \(K/K_0\) est séparable, le Lemme 07PB permet de conclure. Sinon, \(A_0\) et \(A\) sont de caractéristique \(p > 0\). Pour tout corps intermédiaire \(K/M/K_0\), il existe une sous-extension finie \(A_0 \subset B \subset A\) dont le corps des fractions est \(M\). Par récurrence sur \([K : K_0]\), nous pouvons donc supposer qu’il existe \(A_0 \subset B \subset A\) tel que \(B\) soit J-0 et que \(K/M\) n’ait aucun corps intermédiaire non trivial. Dans ce cas, si \(K/M\) est séparable, le Lemme 07PB montre que \(A\) est J-0. Sinon, \(K = M[z]/(z^p - b_1/b_2)\) pour certains \(b_1, b_2 \in B\) avec \(b_2 \not = 0\) et \(b_1/b_2\) non puissance \(p\)-ième dans \(M\). Choisissons \(a \in A\) non nul tel que \(az \in A\). En remplaçant \(z\) par \(b_2 a^p z\), nous obtenons \(K = M[z]/(z^p - b)\), où \(z \in A\) et où \(b \in B\) n’est pas une puissance \(p\)-ième dans \(M\). D’après le Lemme 07PH, il existe une dérivation \(D : B \to B\) telle que \(D(b) \not = 0\). Le Lemme 07PG montre que \(A_\mathfrak p\) est régulier pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(A\) situé au-dessus d’un idéal premier régulier de \(B\) et ne contenant pas \(D(b)\). Puisque \(B\) est J-0, nous concluons qu’il en est de même de \(A\).

Proposition

Les types d’anneaux suivants sont J-2 :

  1. les corps,

  2. les anneaux locaux noethériens complets,

  3. \(\mathbf{Z}\),

  4. les anneaux locaux noethériens de dimension \(1\),

  5. les anneaux de Nagata de dimension \(1\),

  6. les anneaux de Dedekind dont le corps des fractions est de caractéristique zéro,

  7. les extensions d’anneaux de type fini de l’un quelconque des anneaux précédents.

Démonstration

Dans les cas (1), (3), (5) et (6), cela résulte de la vérification de la condition (4) du Lemme 07PC. Nous ne la donnerons que lorsque \(R\) est un anneau de Nagata de dimension \(1\). Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier et soit \(L/\kappa(\mathfrak p)\) une extension finie purement inséparable. Si \(\mathfrak p \subset R\) est un idéal maximal, alors \(R \to L\) est fini et \(L\) est un anneau régulier, ce qui vérifie la condition. Si \(\mathfrak p \subset R\) est un idéal premier minimal, alors la condition de Nagata assure que la clôture intégrale \(R' \subset L\) de \(R\) dans \(L\) est finie sur \(R\). Ainsi \(R'\) est un anneau intègre normal de dimension \(1\) (Algèbre, Lemme 00OJ), donc régulier (Algèbre, Lemme 031S); la condition est également vérifiée dans ce cas.

Dans le cas (2), nous utilisons la condition (3) du Lemme 07PC. Soit \(R\) un anneau local noethérien complet. Remarquons que, si \(R \to R'\) est fini, alors \(R'\) est un produit d’anneaux locaux noethériens complets; voir Algèbre, Lemme 0325. Le Lemme 07P9 ramène donc la démonstration au fait qu’un anneau local noethérien complet et intègre est J-0, qui est précisément le Lemme 07PI.

Dans le cas (4), nous utilisons encore la condition (3) du Lemme 07PC. En effet, si \(R\) est un anneau local noethérien de dimension \(1\) et si \(R \to R'\) est fini, alors \(\Spec(R')\) est fini. Comme le lieu régulier est stable par générisation, nous voyons que \(R'\) est J-1.

Lissité formelle et régularité

Le titre de cette section renvoie au Théorème 0H7U d’André.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. Soit \(D : A \to A\) une dérivation. Supposons que \(B\) soit complet et que \(A \to B\) soit formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_B\)-adique. Alors il existe un prolongement \(D' : B \to B\) de \(D\).

Démonstration

Notons \(B[\epsilon] = B[x]/(x^2)\) l’anneau des nombres duaux sur \(B\). Considérons l’homomorphisme d’anneaux \(\psi : A \to B[\epsilon]\), \(a \mapsto a + \epsilon D(a)\), et le diagramme commutatif \[\xymatrix{ B \ar[r]_1 & B \\ A \ar[u] \ar[r]^\psi & B[\epsilon] \ar[u] }\] D’après le Lemme 07NJ et l’hypothèse de lissité formelle de \(B/A\), il existe un homomorphisme \(\varphi : B \to B[\epsilon]\) qui complète le diagramme. Écrivons \(\varphi(b) = b + \epsilon D'(b)\). Alors \(D' : B \to B\) est le prolongement cherché.

Proposition

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens complets. Soit \(k\) le corps résiduel de \(A\) et soit \(\overline{B} = B \otimes_A k\) la fibre spéciale. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A \to B\) est régulier ;

  2. \(A \to B\) est plat et \(\overline{B}\) est géométriquement régulier sur \(k\) ;

  3. \(A \to B\) est plat et \(k \to \overline{B}\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_{\overline{B}}\)-adique ;

  4. \(A \to B\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_B\)-adique.

Démonstration

Nous avons démontré l’équivalence de (2), (3) et (4) dans la Proposition 07NQ. Il est clair que (1) implique (2). Supposons donc vérifiées les conditions équivalentes (2), (3) et (4), et démontrons (1).

Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(A\). Nous allons montrer que \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) est géométriquement régulier sur \(\kappa(\mathfrak p)\). D’après le Lemme 07EG, nous pouvons remplacer \(A\) par \(A/\mathfrak p\) et \(B\) par \(B/\mathfrak pB\). Nous pouvons donc supposer que \(A\) est intègre et que \(\mathfrak p = (0)\).

Choisissons \(A_0 \subset A\) comme dans Algèbre, Lemme 032D. Nous utiliserons sans autre mention toutes les propriétés énoncées dans ce lemme. Comme \(A_0 \to A\) induit un isomorphisme sur les corps résiduels et comme \(B/\mathfrak m_A B\) est géométriquement régulier sur \(A/\mathfrak m_A\), il existe un diagramme \[\xymatrix{ C \ar[r] & B \\ A_0 \ar[r] \ar[u] & A \ar[u] }\] où \(A_0 \to C\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_C\)-adique et tel que \(B = C \otimes_{A_0} A\); voir la Remarque 07NS. (Il n’est pas nécessaire de compléter le produit tensoriel, puisque \(A_0 \to A\) est fini; voir Algèbre, Lemme 00MA.) Il suffit donc de montrer que \(C \otimes_{A_0} K_0\) est une algèbre géométriquement régulière sur le corps des fractions \(K_0\) de \(A_0\).

Le paragraphe précédent montre que nous pouvons supposer que \(A = k[[x_1, \ldots, x_n]]\), où \(k\) est un corps, ou que \(A = \Lambda[[x_1, \ldots, x_n]]\), où \(\Lambda\) est un anneau de Cohen. Dans ce cas, \(B\) est un anneau régulier; voir Algèbre, Lemme 031E. Ainsi \(B \otimes_A K\) est également un anneau régulier (où \(K\) est le corps des fractions de \(A\)), ce qui permet de conclure si \(K\) est de caractéristique zéro.

Il reste donc le cas où \(A = k[[x_1, \ldots, x_n]]\) et où \(k\) est un corps de caractéristique \(p > 0\). Soit \(L/K\) une extension finie purement inséparable. Nous allons démontrer par récurrence sur \([L : K]\) que \(B \otimes_A L\) est régulier. Le cas initial \(L = K\) a été traité ci-dessus. Soit \(K \subset M \subset L\) un sous-corps tel que \(L\) soit une extension de degré \(p\) de \(M\), obtenue par adjonction d’une racine \(p\)-ième d’un élément \(f \in M\). Soit \(A'\) une \(A\)-sous-algèbre finie de \(M\) dont le corps des fractions est \(M\). En chassant les dénominateurs, nous pouvons supposer, et nous supposons, que \(f \in A'\). Posons \(A'' = A'[z]/(z^p -f)\) et remarquons que \(A' \subset A''\) est fini et que le corps des fractions de \(A''\) est \(L\). Par récurrence, l’anneau \(B \otimes_A M\) est régulier. Nous avons \[B \otimes_A L = B \otimes_A M[z]/(z^p - f)\] Le Lemme 07PH fournit une dérivation \(D : A' \to A'\) telle que \(D(f) \not = 0\). Puisque \(A' \to B \otimes_A A'\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m\)-adique d’après le Lemme 07EH, le Lemme 07PL permet de prolonger \(D\) en une dérivation \(D' : B \otimes_A A' \to B \otimes_A A'\). Remarquons que \(D'(f) = D(f)\) est inversible dans \(B \otimes_A M\), puisque \(D(f)\) est non nul dans \(A' \subset M\). Le Lemme 07PG montre donc que \(B \otimes_A L\) est régulier, ce qui conclut la démonstration.

Théorème

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. Soit \(k\) le corps résiduel de \(A\) et soit \(\overline{B} = B \otimes_A k\) la fibre spéciale. Supposons que \(A \to A^\wedge\) soit régulier6. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A \to B\) est régulier ;

  2. \(A \to B\) est plat et \(\overline{B}\) est géométriquement régulier sur \(k\) ;

  3. \(A \to B\) est plat et \(k \to \overline{B}\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_{\overline{B}}\)-adique ;

  4. \(A \to B\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_B\)-adique.

Démonstration

Nous avons démontré l’équivalence de (2), (3) et (4) dans la Proposition 07NQ. Il est clair que (1) implique (2). Supposons donc (4) vérifiée et démontrons (1).

Le Lemme 07ED montre que \(A^\wedge \to B^\wedge\) est formellement lisse. La Proposition 07PM montre alors que \(A^\wedge \to B^\wedge\) est régulier. Par hypothèse, \(A \to A^\wedge\) est régulier; le Lemme 07QI entraîne donc que \(A \to B^\wedge\) est régulier. Puisque \(B \to B^\wedge\) est fidèlement plat, le Lemme 07NT permet de conclure que \(A \to B\) est régulier.

G-anneaux

Soit \(A\) un anneau local noethérien. Dans la section 07NU, nous avons vu que certaines propriétés de \(A\), mais pas toutes, se reflètent dans le complété \(A^\wedge\) de \(A\). Pour approfondir cette question, introduisons un peu de terminologie. Pour un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(A\), l’anneau fibre \[A^\wedge \otimes_A \kappa(\mathfrak q) = (A^\wedge)_\mathfrak q/\mathfrak q(A^\wedge)_\mathfrak q = (A/\mathfrak q)^\wedge \otimes_{A/q} \kappa(\mathfrak q)\] est appelé une fibre formelle de \(A\). Nous considérons la fibre formelle comme une algèbre sur \(\kappa(\mathfrak q)\). Ainsi, \(A \to A^\wedge\) est un homomorphisme régulier d’anneaux si et seulement si toutes les fibres formelles sont des algèbres géométriquement régulières.

Définition

Un anneau \(R\) est appelé un G-anneau si \(R\) est noethérien et si, pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\), l’homomorphisme d’anneaux \(R_\mathfrak p \to (R_\mathfrak p)^\wedge\) est régulier.

La discussion précédente montre que \(R\) est un G-anneau si et seulement si chaque anneau local \(R_\mathfrak p\) a des fibres formelles géométriquement régulières. Remarquons que, si \(\mathbf{Q} \subset R\), il suffit de vérifier que les fibres formelles sont régulières. Le lemme suivant donne une autre formulation de la condition de G-anneau.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien. Alors \(R\) est un G-anneau si et seulement si, pour toute paire d’idéaux premiers \(\mathfrak q \subset \mathfrak p \subset R\), l’algèbre \[(R/\mathfrak q)_\mathfrak p^\wedge \otimes_{R/\mathfrak q} \kappa(\mathfrak q)\] est géométriquement régulière sur \(\kappa(\mathfrak q)\).

Démonstration

Cela résulte de l’égalité \[R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak q) = (R/\mathfrak q)_\mathfrak p^\wedge \otimes_{R/\mathfrak q} \kappa(\mathfrak q)\] entre algèbres sur \(\kappa(\mathfrak q)\).

Lemme

Soit \(R \to R'\) un homomorphisme de type fini d’anneaux noethériens, et soient \[\xymatrix{ \mathfrak q' \ar[r] & \mathfrak p' \ar[r] & R' \\ \mathfrak q \ar[r] \ar@{-}[u] & \mathfrak p \ar[r] \ar@{-}[u] & R \ar[u] }\] des idéaux premiers. Supposons que \(R \to R'\) soit quasi-fini en \(\mathfrak p'\).

  1. Si la fibre formelle \(R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak q)\) est géométriquement régulière sur \(\kappa(\mathfrak q)\), alors la fibre formelle \((R'_{\mathfrak p'})^\wedge \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak q')\) est géométriquement régulière sur \(\kappa(\mathfrak q')\).

  2. Si les fibres formelles de \(R_\mathfrak p\) sont géométriquement régulières, alors celles de \(R'_{\mathfrak p'}\) le sont aussi.

  3. Si \(R \to R'\) est quasi-fini et si \(R\) est un G-anneau, alors \(R'\) est un G-anneau.

Démonstration

Il est clair que (1) \(\Rightarrow\) (2) \(\Rightarrow\) (3). Supposons que \(R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak q)\) soit géométriquement régulier sur \(\kappa(\mathfrak q)\). D’après Algèbre, Lemme 07NC, nous avons \[R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R R' = (R'_{\mathfrak p'})^\wedge \times B\] pour une certaine \(R_\mathfrak p^\wedge\)-algèbre \(B\). Par conséquent, \(R'_{\mathfrak p'} \to (R'_{\mathfrak p'})^\wedge\) est un facteur d’un changement de base de l’homomorphisme \(R_\mathfrak p \to R_\mathfrak p^\wedge\). Il s’ensuit que \((R'_{\mathfrak p'})^\wedge \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak q')\) est un facteur de \[R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R R' \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak q') = R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak q) \otimes_{\kappa(\mathfrak q)} \kappa(\mathfrak q').\] Le résultat découle donc du fait que l’extension du corps de base préserve la régularité géométrique; voir Algèbre, Lemme 0381.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien. Alors \(R\) est un G-anneau si et seulement si, pour tout homomorphisme fini libre d’anneaux \(R \to S\), les fibres formelles de \(S\) sont des anneaux réguliers.

Démonstration

Supposons que, pour tout homomorphisme fini libre d’anneaux \(R \to S\), l’anneau \(S\) ait des fibres formelles régulières. Soient \(\mathfrak q \subset \mathfrak p \subset R\) des idéaux premiers et soit \(\kappa(\mathfrak q) \subset L\) une extension finie purement inséparable. Pour montrer que \(R\) est un G-anneau, il suffit de montrer que \[R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak q) \otimes_{\kappa(\mathfrak q)} L\] soit un anneau régulier. Choisissons une extension finie libre \(R \to R'\) telle que \(\mathfrak q' = \mathfrak qR'\) soit premier et que \(\kappa(\mathfrak q')\) soit isomorphe à \(L\) sur \(\kappa(\mathfrak q)\); voir Algèbre, Lemme 07NE. D’après Algèbre, Lemme 07N9, nous avons \[R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R R' = \prod (R'_{\mathfrak p_i'})^\wedge\] où les \(\mathfrak p_i'\) sont les idéaux premiers de \(R'\) situés au-dessus de \(\mathfrak p\). Ainsi, \[R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak q) \otimes_{\kappa(\mathfrak q)} L = R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R R' \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak q') = \prod (R'_{\mathfrak p_i'})^\wedge \otimes_{R'_{\mathfrak p'_i}} \kappa(\mathfrak q')\] Par hypothèse, les anneaux du membre de droite sont réguliers; l’anneau du membre de gauche est donc lui aussi régulier. Ainsi \(R\) est un G-anneau. La réciproque résulte du Lemme 07PP.

Lemme

Soit \(k\) un corps de caractéristique \(p\). Posons \(A = k[[x_1, \ldots, x_n]][y_1, \ldots, y_m]\) et notons \(K\) le corps des fractions de \(A\). Soit \(\mathfrak p \subset A\) un idéal premier. Alors \(A_\mathfrak p^\wedge \otimes_A K\) est géométriquement régulier sur \(K\).

Démonstration

Soit \(L/K\) une extension finie purement inséparable. Nous allons démontrer par récurrence sur \([L : K]\) que \(A_\mathfrak p^\wedge \otimes L\) est régulier. Le cas initial est \(L = K\) : comme \(A\) est régulier, \(A_\mathfrak p^\wedge\) est régulier (Lemme 07NY), donc le localisé \(A_\mathfrak p^\wedge \otimes K\) est régulier. Soit \(K \subset M \subset L\) un sous-corps tel que \(L\) soit une extension de degré \(p\) de \(M\) obtenue par adjonction d’une racine \(p\)-ième d’un élément \(f \in M\). Soit \(B\) une \(A\)-sous-algèbre finie de \(M\) dont le corps des fractions est \(M\). En chassant les dénominateurs, nous pouvons supposer, et nous supposons, que \(f \in B\). Posons \(C = B[z]/(z^p -f)\) et remarquons que \(B \subset C\) est fini et que le corps des fractions de \(C\) est \(L\). Comme \(A \subset B \subset C\) sont finis et comme \(L/M/K\) sont purement inséparables, une certaine puissance de tout élément de \(B\) ou de \(C\) appartient à \(A\). Il existe donc un unique idéal premier \(\mathfrak r \subset B\), respectivement \(\mathfrak q \subset C\), situé au-dessus de \(\mathfrak p\). Remarquons que \[A_\mathfrak p^\wedge \otimes_A M = B_\mathfrak r^\wedge \otimes_B M\] voir Algèbre, Lemme 07N9. Par récurrence, cet anneau est régulier. De la même manière, \[A_\mathfrak p^\wedge \otimes_A L = C_\mathfrak r^\wedge \otimes_C L = B_\mathfrak r^\wedge \otimes_B M[z]/(z^p - f)\] la dernière égalité provenant du fait que le complété de \(C = B[z]/(z^p - f)\) est \(B_\mathfrak r^\wedge[z]/(z^p -f)\). D’après le Lemme 07PH, il existe une dérivation \(D : B \to B\) telle que \(D(f) \not = 0\). Autrement dit, \(g = D(f)\) est inversible dans \(M\). D’après le Lemme 07PE, \(D\) se prolonge en une dérivation de \(B_\mathfrak r\), de \(B_\mathfrak r^\wedge\), puis de \(B_\mathfrak r^\wedge \otimes_B M\) (en passant successivement à un localisé, à un complété, puis à un autre localisé). Nous obtenons ainsi une dérivation de \(B_\mathfrak r^\wedge \otimes_B M\) qui envoie \(f\) sur \(g\), et \(g\) est inversible dans l’anneau \(B_\mathfrak r^\wedge \otimes_B M\). Le Lemme 07PG montre donc que \(A_\mathfrak p^\wedge \otimes_A L\) est régulier.

Proposition

Tout anneau local noethérien complet est un G-anneau.

Démonstration

Soit \(A\) un anneau local noethérien complet. D’après le Lemme 07PN, il suffit de vérifier que \(B = A/\mathfrak q\) a des fibres formelles géométriquement régulières au-dessus de l’idéal premier minimal \((0)\) de \(B\). Nous pouvons donc supposer que \(A\) est intègre, et il suffit de vérifier la condition pour les fibres formelles au-dessus de l’idéal premier minimal \((0)\) de \(A\). Soit \(K\) le corps des fractions de \(A\).

Nous pouvons choisir un sous-anneau \(A_0 \subset A\) qui soit local régulier complet et tel que \(A\) soit fini sur \(A_0\); voir Algèbre, Lemme 032D. De plus, nous pouvons supposer que \(A_0\) est un anneau de séries formelles sur un corps ou un anneau de Cohen. D’après le Lemme 07PP, il suffit de démontrer le résultat pour \(A_0\).

Supposons que \(A\) soit un anneau de séries formelles sur un corps ou un anneau de Cohen. Comme \(A\) est régulier, les localisés \(A_\mathfrak p\) sont réguliers (voir Algèbre, Définition 00OD et la discussion qui la précède). Leurs complétés \(A_\mathfrak p^\wedge\) sont donc réguliers; voir le Lemme 07NY. La fibre \(A_{\mathfrak p}^\wedge \otimes_A K\), qui est un localisé de \(A_\mathfrak p^\wedge\), est donc elle aussi régulière. Cela conclut si \(K\) est de caractéristique \(0\). Le cas de caractéristique positive est \(A = k[[x_1, \ldots, x_d]]\), qui est un cas particulier du Lemme 07PR.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien. Alors \(R\) est un G-anneau si et seulement si \(R_\mathfrak m\) a des fibres formelles géométriquement régulières pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\).

Démonstration

Supposons que \(R_\mathfrak m \to R_\mathfrak m^\wedge\) soit régulier pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\). Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\) et choisissons un idéal maximal \(\mathfrak p \subset \mathfrak m\). Comme \(R_\mathfrak m \to R_\mathfrak m^\wedge\) est fidèlement plat, nous pouvons choisir un idéal premier \(\mathfrak p'\) de \(R_\mathfrak m^\wedge\) situé au-dessus de \(\mathfrak pR_\mathfrak m\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ R_\mathfrak m^\wedge \ar[r] & (R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'} \ar[r] & (R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'}^\wedge \\ R_\mathfrak m \ar[u] \ar[r] & R_\mathfrak p \ar[u] \ar[r] & R_\mathfrak p^\wedge \ar[u] }\] Par hypothèse, l’homomorphisme d’anneaux \(R_\mathfrak m \to R_\mathfrak m^\wedge\) est régulier. D’après la Proposition 07PS, \((R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'} \to (R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'}^\wedge\) est régulier. La localisation \(R_\mathfrak m^\wedge \to (R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'}\) est régulière. Le Lemme 07QI montre donc que \(R_\mathfrak m \to (R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'}^\wedge\) est régulier. Comme cet homomorphisme se factorise par le localisé \(R_\mathfrak p\), l’homomorphisme d’anneaux \(R_\mathfrak p \to (R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'}^\wedge\) est lui aussi régulier. Le Lemme 07NT entraîne alors que \(R_\mathfrak p \to R_\mathfrak p^\wedge\) est régulier.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local noethérien qui est un G-anneau. Alors le hensélisé \(R^h\) et le hensélisé strict \(R^{sh}\) sont des G-anneaux.

Démonstration

Nous utiliserons le critère du Lemme 07PT. Soit \(\mathfrak q \subset R^h\) un idéal premier et posons \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\). Posons \(\mathfrak q_1 = \mathfrak q\) et soient \(\mathfrak q_2, \ldots, \mathfrak q_t\) les autres idéaux premiers de \(R^h\) situés au-dessus de \(\mathfrak p\), de sorte que \(R^h \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, t} \kappa(\mathfrak q_i)\); voir le Lemme 07QQ. Comme \((R^h)^\wedge = R^\wedge\) (Lemme 06LJ), nous obtenons \[\prod\nolimits_{i = 1, \ldots, t} (R^h)^\wedge \otimes_{R^h} \kappa(\mathfrak q_i) = (R^h)^\wedge \otimes_{R^h} (R^h \otimes_R \kappa(\mathfrak p)) = R^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\] Par hypothèse, \((R^h)^\wedge \otimes_{R^h} \kappa(\mathfrak q_i)\) est donc géométriquement régulier sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Comme \(\kappa(\mathfrak q_i)\) est algébrique séparable sur \(\kappa(\mathfrak p)\), il résulte d’Algèbre, Lemme 07QH, que \((R^h)^\wedge \otimes_{R^h} \kappa(\mathfrak q_i)\) est géométriquement régulier sur \(\kappa(\mathfrak q_i)\).

Soit \(\mathfrak r \subset R^{sh}\) un idéal premier et posons \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak r\). Posons \(\mathfrak r_1 = \mathfrak r\) et soient \(\mathfrak r_2, \ldots, \mathfrak r_s\) les autres idéaux premiers de \(R^{sh}\) situés au-dessus de \(\mathfrak p\), de sorte que \(R^{sh} \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, s} \kappa(\mathfrak r_i)\); voir le Lemme 07QQ. Nous avons alors \[\prod\nolimits_{i = 1, \ldots, s} (R^{sh})^\wedge \otimes_{R^{sh}} \kappa(\mathfrak r_i) = (R^{sh})^\wedge \otimes_{R^{sh}} (R^{sh} \otimes_R \kappa(\mathfrak p)) = (R^{sh})^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\] Remarquons que \(R^\wedge \to (R^{sh})^\wedge\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_{(R^{sh})^\wedge}\)-adique; voir le Lemme 06LJ. La Proposition 07PM montre donc que \(R^\wedge \to (R^{sh})^\wedge\) est régulier. Le Lemme 07QI montre que \((R^{sh})^\wedge \otimes_{R^{sh}} \kappa(\mathfrak r_i)\) est régulier sur \(\kappa(\mathfrak p)\) puisque, par hypothèse, \(R^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est régulier sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Enfin, comme \(\kappa(\mathfrak r_i)\) est algébrique séparable sur \(\kappa(\mathfrak p)\), il résulte d’Algèbre, Lemme 07QH, que \((R^{sh})^\wedge \otimes_{R^{sh}} \kappa(\mathfrak r_i)\) est géométriquement régulier sur \(\kappa(\mathfrak r_i)\).

Lemme

Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(A\) un anneau local noethérien complet et intègre, dont le corps des fractions \(K\) est de caractéristique \(p\). Soit \(\mathfrak q \subset A[x]\) un idéal maximal situé au-dessus de l’idéal maximal de \(A\), et soit \((0) \not = \mathfrak r \subset \mathfrak q\) un idéal premier situé au-dessus de \((0) \subset A\). Alors \(A[x]_\mathfrak q^\wedge \otimes_{A[x]} \kappa(\mathfrak r)\) est géométriquement régulier sur \(\kappa(\mathfrak r)\).

Démonstration

Remarquons que l’extension \(K \subset \kappa(\mathfrak r)\) est finie. Étant donnée une extension finie purement inséparable \(L/\kappa(\mathfrak r)\), il existe donc une extension finie d’anneaux locaux noethériens complets et intègres \(A \subset B\) telle que \(\kappa(\mathfrak r) \otimes_A B\) se surjecte sur \(L\). Il suffit de prendre pour \(B \subset L\) une \(A\)-sous-algèbre finie dont le corps des fractions est \(L\). Notons \(\mathfrak r' \subset B[x]\) le noyau de l’homomorphisme \(B[x] = A[x] \otimes_A B \to \kappa(\mathfrak r) \otimes_A B \to L\) de sorte que \(\kappa(\mathfrak r') = L\). Alors \[A[x]_\mathfrak q^\wedge \otimes_{A[x]} L = A[x]_\mathfrak q^\wedge \otimes_{A[x]} B[x] \otimes_{B[x]} \kappa(\mathfrak r') = \prod B[x]_{\mathfrak q_i}^\wedge \otimes_{B[x]} \kappa(\mathfrak r')\] où \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\) sont les idéaux premiers de \(B[x]\) situés au-dessus de \(\mathfrak q\); voir Algèbre, Lemme 07N9. Il suffit donc de démontrer que les anneaux \(B[x]_{\mathfrak q_i}^\wedge \otimes_{B[x]} \kappa(\mathfrak r')\) sont réguliers. Nous sommes ainsi ramenés à montrer que \(A[x]_\mathfrak q^\wedge \otimes_{A[x]} \kappa(\mathfrak r)\) est régulier dans le cas particulier où \(K = \kappa(\mathfrak r)\).

Supposons \(K = \kappa(\mathfrak r)\). Dans ce cas, \(\mathfrak r K[x]\) est engendré par \(x - f\) pour un certain \(f \in K\), et \[A[x]_\mathfrak q^\wedge \otimes_{A[x]} \kappa(\mathfrak r) = (A[x]_\mathfrak q^\wedge \otimes_A K)/(x - f)\] La dérivation \(D = \text{d}/\text{d}x\) de \(A[x]\) se prolonge à \(K[x]\) et envoie \(x - f\) sur un élément inversible de \(K[x]\). De plus, \(D\) se prolonge à \(A[x]_\mathfrak q^\wedge \otimes_A K\) d’après le Lemme 07PE. Comme \(A \to A[x]_\mathfrak q^\wedge\) est formellement lisse (voir les Lemmes 07EC et 07ED), la Proposition 07PM montre que l’anneau \(A[x]_\mathfrak q^\wedge \otimes_A K\) est régulier (les arguments de la démonstration de cette proposition se simplifient considérablement dans ce cas particulier). Le Lemme 07PF permet de conclure.

Proposition

Soit \(R\) un G-anneau. Si \(R \to S\) est essentiellement de type fini, alors \(S\) est un G-anneau.

Démonstration

Comme la propriété d’être un G-anneau est une propriété des anneaux locaux, il est clair que tout localisé d’un G-anneau est un G-anneau. Réciproquement, si chaque localisation en un idéal premier est un G-anneau, alors l’anneau est un G-anneau. Il suffit donc de montrer que \(S_\mathfrak q\) est un G-anneau pour toute \(R\)-algèbre de type fini \(S\) et tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\). En écrivant \(S\) comme quotient de \(R[x_1, \ldots, x_n]\), le Lemme 07PP ramène la démonstration à établir que \(R[x_1, \ldots, x_n]\) est un G-anneau. Par récurrence sur \(n\), il suffit de montrer que \(R[x]\) est un G-anneau. Soit \(\mathfrak q \subset R[x]\) un idéal maximal. D’après le Lemme 07PT, il suffit de montrer que \[R[x]_\mathfrak q \longrightarrow R[x]_\mathfrak q^\wedge\] soit régulier. Si \(\mathfrak q\) est situé au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\), nous pouvons remplacer \(R\) par \(R_\mathfrak p\). Nous pouvons donc supposer que \(R\) est un G-anneau local noethérien d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et que \(\mathfrak q \subset R[x]\) est situé au-dessus de \(\mathfrak m\). Remarquons qu’il existe un unique idéal premier \(\mathfrak q' \subset R^\wedge[x]\) situé au-dessus de \(\mathfrak q\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ R[x]_\mathfrak q^\wedge \ar[r] & (R^\wedge[x]_{\mathfrak q'})^\wedge \\ R[x]_\mathfrak q \ar[r] \ar[u] & R^\wedge[x]_{\mathfrak q'} \ar[u] }\] Comme \(R\) est un G-anneau, la flèche horizontale inférieure est régulière (elle est un localisé d’un changement de base de l’homomorphisme régulier d’anneaux \(R \to R^\wedge\)). Supposons que la flèche verticale de droite soit régulière. La composée \(R[x]_\mathfrak q \to (R^\wedge[x]_{\mathfrak q'})^\wedge\) est alors régulière, et le Lemme 07NT montre que la flèche verticale de gauche est régulière. Nous pouvons donc supposer que \(R\) est un anneau local noethérien complet et que \(\mathfrak q\) est un idéal premier situé au-dessus de l’idéal maximal de \(R\).

Soit \(R\) un anneau local noethérien complet et soit \(\mathfrak q \subset R[x]\) un idéal maximal situé au-dessus de l’idéal maximal de \(R\). Soit \(\mathfrak r \subset \mathfrak q\) un idéal premier. Nous voulons montrer que \(R[x]_\mathfrak q^\wedge \otimes_{R[x]} \kappa(\mathfrak r)\) est une algèbre géométriquement régulière sur \(\kappa(\mathfrak r)\). Posons \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak r\). Nous pouvons remplacer \(R\) par \(R/\mathfrak p\), et \(\mathfrak q\) et \(\mathfrak r\) par leurs images dans \(R/\mathfrak p[x]\); voir le Lemme 07PN. Nous pouvons donc supposer que \(R\) est intègre et que \(\mathfrak r \cap R = (0)\).

Par Algèbre, Lemme 032D nous pouvons trouver \(R_0 \subset R\) régulier et tel que \(R\) soit fini sur \(R_0\). Le Lemme 07PP montre qu’il suffit de démontrer que \(R[x]_\mathfrak q^\wedge \otimes_{R[x]} \kappa(\mathfrak r)\) est géométriquement régulier sur \(\kappa(\mathfrak r)\) lorsque, outre les hypothèses précédentes, \(R\) est un anneau local régulier complet.

À présent, \(R\) est un anneau local régulier complet, \(\mathfrak r \subset \mathfrak q \subset R[x]\), \((0) = R \cap \mathfrak r\), et \(\mathfrak q\) est un idéal maximal situé au-dessus de l’idéal maximal de \(R\). Comme \(R\) est régulier, l’anneau \(R[x]\) est régulier (Algèbre, Lemme 07NF). Son localisé \(R[x]_\mathfrak q\) est donc régulier, ainsi que son complété \(R[x]_\mathfrak q^\wedge\); voir le Lemme 07NY. La fibre \(R[x]_{\mathfrak q}^\wedge \otimes_{R[x]} \kappa(\mathfrak r)\), qui est un localisé de \(R[x]_\mathfrak q^\wedge\), est donc elle aussi régulière. Cela conclut si le corps des fractions de \(R\) est de caractéristique \(0\).

Si \(R\) est de caractéristique positive, alors \(R = k[[x_1, \ldots, x_n]]\). Nous distinguons alors deux cas :

  1. Le cas \(\mathfrak r = (0)\). Le résultat est une conséquence directe du Lemme 07PR.

  2. Le cas \(\mathfrak r \not = (0)\). C’est le Lemme 07PU.

Remarque

Soit \(R\) un G-anneau et soit \(I \subset R\) un idéal. En général, le complété \(I\)-adique \(R^\wedge\) n’est pas un G-anneau. Nishimura en a donné un exemple dans [Nishimura]. Une généralisation et, en un certain sens, une clarification de cet exemple se trouvent dans la dernière section de [Dumitrescu].

Proposition

Les types d’anneaux suivants sont des G-anneaux :

  1. les corps,

  2. les anneaux locaux noethériens complets,

  3. \(\mathbf{Z}\),

  4. les anneaux de Dedekind dont le corps des fractions est de caractéristique zéro,

  5. les extensions d’anneaux de type fini de l’un quelconque des anneaux précédents.

Démonstration

Pour les corps, \(\mathbf{Z}\) et les anneaux de Dedekind de caractéristique zéro, cela résulte immédiatement de la définition et du fait que le complété d’un anneau de valuation discrète est un anneau de valuation discrète. Tout anneau local noethérien complet est un G-anneau d’après la Proposition 07PS. L’assertion sur les extensions d’anneaux de type fini est la Proposition 07PV.

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local hensélien. Alors \(A\) est la colimite filtrante d’un système de G-anneaux locaux henséliens dont les homomorphismes de transition sont locaux.

Démonstration

Écrivons \(A = \colim A_i\) comme colimite filtrante de \(\mathbf{Z}\)-algèbres de type fini. Soit \(\mathfrak p_i\) l’idéal premier de \(A_i\) situé sous \(\mathfrak m\). Nous pouvons remplacer \(A_i\) par le localisé de \(A_i\) en \(\mathfrak p_i\). Alors \(A_i\) est un G-anneau local noethérien (Proposition 07PX). D’après le Lemme 0A04, nous avons \(A = \colim A_i^h\). Enfin, le Lemme 07QR montre que les anneaux \(A_i^h\) sont des G-anneaux.

Lemme

Soit \(A\) un G-anneau. Soit \(I \subset A\) un idéal et soit \(A^\wedge\) le complété de \(A\) pour la topologie \(I\)-adique. Alors \(A \to A^\wedge\) est régulier.

Démonstration

L’homomorphisme d’anneaux \(A \to A^\wedge\) est plat d’après Algèbre, Lemme 00MB. L’anneau \(A^\wedge\) est noethérien d’après Algèbre, Lemme 0316. Il suffit donc de vérifier la troisième condition du Lemme 07C0. Soit \(\mathfrak m' \subset A^\wedge\) un idéal maximal situé au-dessus de \(\mathfrak m \subset A\). D’après Algèbre, Lemme 05GI, nous avons \(IA^\wedge \subset \mathfrak m'\). Comme \(A^\wedge/IA^\wedge = A/I\), nous avons \(I \subset \mathfrak m\), \(\mathfrak m/I = \mathfrak m'/IA^\wedge\) et \(A/\mathfrak m = A^\wedge/\mathfrak m'\). Puisque \(A^\wedge/\mathfrak m'\) est un corps, \(\mathfrak m\) est lui aussi un idéal maximal. Alors \(A_\mathfrak m \to A^\wedge_{\mathfrak m'}\) est un homomorphisme local plat d’anneaux locaux noethériens qui identifie les corps résiduels et tel que \(\mathfrak m A^\wedge_{\mathfrak m'} = \mathfrak m'A^\wedge_{\mathfrak m'}\). Il induit donc un isomorphisme sur les anneaux locaux complétés; voir le Lemme 0AGX. Soit \((A_\mathfrak m)^\wedge\) le complété de \(A_\mathfrak m\) pour la topologie définie par son idéal maximal. L’homomorphisme d’anneaux \[(A^\wedge)_{\mathfrak m'} \to ((A^\wedge)_{\mathfrak m'})^\wedge = (A_\mathfrak m)^\wedge\] est fidèlement plat (Algèbre, Lemme 00MC). Nous pouvons donc appliquer le Lemme 07NT aux homomorphismes d’anneaux \[A_\mathfrak m \to (A^\wedge)_{\mathfrak m'} \to (A_\mathfrak m)^\wedge\] et conclure, puisque \(A_\mathfrak m \to (A_\mathfrak m)^\wedge\) est régulier du fait que \(A\) est un G-anneau.

Lemme

Soit \(A\) un G-anneau. Soit \(I \subset A\) un idéal. Soit \((A^h, I^h)\) le hensélisé de la paire \((A, I)\); voir le Lemme 0A02. Alors \(A^h\) est un G-anneau.

Démonstration

Soit \(\mathfrak m^h \subset A^h\) un idéal maximal. Nous devons montrer que l’homomorphisme de \(A^h_{\mathfrak m^h}\) vers son complété a des fibres géométriquement régulières; voir le Lemme 07PT. Soit \(\mathfrak m\) l’image réciproque de \(\mathfrak m^h\) dans \(A\). Remarquons que \(I^h \subset \mathfrak m^h\), donc que \(I \subset \mathfrak m\), puisque \((A^h, I^h)\) est une paire hensélienne. Rappelons que \(A^h\) est noethérien, que \(I^h = IA^h\) et que \(A \to A^h\) induit un isomorphisme sur les complétés \(I\)-adiques; voir le Lemme 0AGV. Alors l’homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens \[A_\mathfrak m \to A^h_{\mathfrak m^h}\] induit un isomorphisme sur les complétés aux idéaux maximaux d’après le Lemme 0AGX (nous omettons les détails). Soit \(\mathfrak q^h\) un idéal premier de \(A^h_{\mathfrak m^h}\) situé au-dessus de \(\mathfrak q \subset A_\mathfrak m\). Posons \(\mathfrak q_1 = \mathfrak q^h\) et soient \(\mathfrak q_2, \ldots, \mathfrak q_t\) les autres idéaux premiers de \(A^h\) situés au-dessus de \(\mathfrak q\), de sorte que \(A^h \otimes_A \kappa(\mathfrak q) = \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, t} \kappa(\mathfrak q_i)\); voir le Lemme 0AH1. Comme \((A^h)_{\mathfrak m^h}^\wedge = (A_\mathfrak m)^\wedge\), ainsi qu’il a été expliqué ci-dessus, nous obtenons \[\prod\nolimits_{i = 1, \ldots, t} (A^h_{\mathfrak m^h})^\wedge \otimes_{A^h_{\mathfrak m^h}} \kappa(\mathfrak q_i) = (A^h_{\mathfrak m^h})^\wedge \otimes_{A^h_{\mathfrak m^h}} (A^h_{\mathfrak m^h} \otimes_{A_{\mathfrak m}} \kappa(\mathfrak q)) = (A_{\mathfrak m})^\wedge \otimes_{A_{\mathfrak m}} \kappa(\mathfrak q)\] Par conséquent, en tant que l’une des composantes, l’anneau \[(A^h_{\mathfrak m^h})^\wedge \otimes_{A^h_{\mathfrak m^h}} \kappa(\mathfrak q^h)\] est géométriquement régulier sur \(\kappa(\mathfrak q)\) par l’hypothèse sur \(A\). Comme \(\kappa(\mathfrak q^h)\) est algébrique séparable sur \(\kappa(\mathfrak q)\), il résulte d’Algèbre, Lemme 07QH, que \[(A^h_{\mathfrak m^h})^\wedge \otimes_{A^h_{\mathfrak m^h}} \kappa(\mathfrak q^h)\] est géométriquement régulier sur \(\kappa(\mathfrak q^h)\), comme voulu.

Propriétés des fibres formelles

Dans cette section, nous reprenons certains des arguments de la section 07GG afin de pouvoir étudier convenablement les propriétés des fibres formelles des anneaux noethériens.

Soit \(P\) une propriété des homomorphismes d’anneaux \(k \to R\), où \(k\) est un corps et \(R\) est noethérien. Nous disons que \(P\) est vérifiée par les fibres d’un homomorphisme d’anneaux \(A \to B\), avec \(B\) noethérien, si la propriété \(P\) est vérifiée pour \(\kappa(\mathfrak q) \to B \otimes_A \kappa(\mathfrak q)\) pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(A\). Nous utiliserons les assertions suivantes :

  1. \(P(k \to R) \Rightarrow P(k' \to R \otimes_k k')\) pour toute extension de corps de type fini \(k'/k\) ;

  2. \(P(k \to R_\mathfrak p),\ \forall \mathfrak p \in \Spec(R) \Leftrightarrow P(k \to R)\) ;

  3. étant donnés des homomorphismes plats \(A \to B \to C\) d’anneaux noethériens, si les fibres de \(A \to B\) ont la propriété \(P\) et si \(B \to C\) est régulier, alors les fibres de \(A \to C\) ont la propriété \(P\) ;

  4. étant donnés des homomorphismes plats \(A \to B \to C\) d’anneaux noethériens, si les fibres de \(A \to C\) ont la propriété \(P\) et si \(B \to C\) est fidèlement plat, alors les fibres de \(A \to B\) ont la propriété \(P\) ;

  5. étant donnés \(k \to k' \to R\), avec \(R\) noethérien, si \(k'/k\) est algébrique séparable et si \(P(k \to R)\), alors \(P(k' \to R)\) ;

  6. ajouter ici d’autres propriétés.

Étant donné un anneau local noethérien \(A\), nous disons que “les fibres formelles de \(A\) ont la propriété \(P\)” si la propriété \(P\) est vérifiée pour les fibres de \(A \to A^\wedge\). Nous disons que \(R\) est un \(P\)-anneau si \(R\) est noethérien et si, pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\), les fibres formelles de \(R_\mathfrak p\) ont la propriété \(P\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(P\) une propriété comme ci-dessus. Alors \(R\) est un \(P\)-anneau si et seulement si, pour toute paire d’idéaux premiers \(\mathfrak q \subset \mathfrak p \subset R\), la \(\kappa(\mathfrak q)\)-algèbre \[(R/\mathfrak q)_\mathfrak p^\wedge \otimes_{R/\mathfrak q} \kappa(\mathfrak q)\] a la propriété \(P\).

Démonstration

Cela résulte de l’égalité \[R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak q) = (R/\mathfrak q)_\mathfrak p^\wedge \otimes_{R/\mathfrak q} \kappa(\mathfrak q)\] entre algèbres sur \(\kappa(\mathfrak q)\).

Lemme

Soit \(R \to \Lambda\) un homomorphisme d’anneaux noethériens. Supposons que \(P\) vérifie (B). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. les fibres de \(R \to \Lambda\) ont la propriété \(P\) ;

  2. les fibres de \(R_\mathfrak p \to \Lambda_\mathfrak q\) ont la propriété \(P\) pour tout \(\mathfrak q \subset \Lambda\) situé au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\) ;

  3. les fibres de \(R_\mathfrak m \to \Lambda_{\mathfrak m'}\) ont la propriété \(P\) pour tout idéal maximal \(\mathfrak m' \subset \Lambda\) situé au-dessus d’un idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\).

Démonstration

Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. La fibre au-dessus de \(\mathfrak p\) est l’anneau \(\Lambda \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), dont le spectre s’envoie bijectivement sur le sous-ensemble de \(\Spec(\Lambda)\) formé des idéaux premiers \(\mathfrak q\) situés au-dessus de \(\mathfrak p\); voir Algèbre, Remarque 00E6. Pour un tel \(\mathfrak q\), choisissons un idéal maximal \(\mathfrak q \subset \mathfrak m'\) et posons \(\mathfrak m = R \cap \mathfrak m'\). Alors \(\mathfrak p \subset \mathfrak m\) et \[(\Lambda \otimes_R \kappa(\mathfrak p))_\mathfrak q \cong (\Lambda_{\mathfrak m'} \otimes_{R_\mathfrak m} \kappa(\mathfrak p))_\mathfrak q\] comme \(\kappa(\mathfrak q)\)-algèbres. Ainsi (1), (2) et (3) sont équivalentes, puisque (B) permet de vérifier la propriété \(P\) sur les anneaux locaux.

Lemme

Soit \(R \to R'\) un homomorphisme de type fini d’anneaux noethériens, et soient \[\xymatrix{ \mathfrak q' \ar[r] & \mathfrak p' \ar[r] & R' \\ \mathfrak q \ar[r] \ar@{-}[u] & \mathfrak p \ar[r] \ar@{-}[u] & R \ar[u] }\] des idéaux premiers. Supposons que \(R \to R'\) soit quasi-fini en \(\mathfrak p'\) et que \(P\) vérifie (A) et (B).

  1. Si \(\kappa(\mathfrak q) \to R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak q)\) a la propriété \(P\), alors \(\kappa(\mathfrak q') \to (R'_{\mathfrak p'})^\wedge \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak q')\) a la propriété \(P\).

  2. Si les fibres formelles de \(R_\mathfrak p\) ont la propriété \(P\), alors celles de \(R'_{\mathfrak p'}\) ont la propriété \(P\).

  3. Si \(R \to R'\) est quasi-fini et si \(R\) est un \(P\)-anneau, alors \(R'\) est un \(P\)-anneau.

Démonstration

Il est clair que (1) \(\Rightarrow\) (2) \(\Rightarrow\) (3). Supposons que la propriété \(P\) soit vérifiée pour \(\kappa(\mathfrak q) \to R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak q)\). D’après Algèbre, Lemme 07NC, nous avons \[R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R R' = (R'_{\mathfrak p'})^\wedge \times B\] pour une certaine \(R_\mathfrak p^\wedge\)-algèbre \(B\). Par conséquent, \(R'_{\mathfrak p'} \to (R'_{\mathfrak p'})^\wedge\) est un facteur d’un changement de base de \(R_\mathfrak p \to R_\mathfrak p^\wedge\). Il s’ensuit que \((R'_{\mathfrak p'})^\wedge \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak q')\) est un facteur de \[R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R R' \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak q') = R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak q) \otimes_{\kappa(\mathfrak q)} \kappa(\mathfrak q').\] Le résultat découle donc des hypothèses sur \(P\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien. Supposons que \(P\) vérifie (C) et (D). Alors \(R\) est un \(P\)-anneau si et seulement si les fibres formelles de \(R_\mathfrak m\) ont la propriété \(P\) pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\).

Démonstration

Supposons que les fibres formelles de \(R_\mathfrak m\) aient la propriété \(P\) pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\). Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\) et choisissons un idéal maximal \(\mathfrak p \subset \mathfrak m\). Comme \(R_\mathfrak m \to R_\mathfrak m^\wedge\) est fidèlement plat, nous pouvons choisir un idéal premier \(\mathfrak p'\) de \(R_\mathfrak m^\wedge\) situé au-dessus de \(\mathfrak pR_\mathfrak m\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ R_\mathfrak m^\wedge \ar[r] & (R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'} \ar[r] & (R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'}^\wedge \\ R_\mathfrak m \ar[u] \ar[r] & R_\mathfrak p \ar[u] \ar[r] & R_\mathfrak p^\wedge \ar[u] }\] Par hypothèse, les fibres de l’homomorphisme d’anneaux \(R_\mathfrak m \to R_\mathfrak m^\wedge\) ont la propriété \(P\). D’après la Proposition 07PS, \((R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'} \to (R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'}^\wedge\) est régulier. La localisation \(R_\mathfrak m^\wedge \to (R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'}\) est régulière. Le Lemme 07QI montre donc que \(R_\mathfrak m^\wedge \to (R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'}^\wedge\) est régulier. Par (C), les fibres de \(R_\mathfrak m \to (R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'}^\wedge\) ont donc la propriété \(P\). Comme \(R_\mathfrak m \to (R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'}^\wedge\) se factorise par le localisé \(R_\mathfrak p\), les fibres de \(R_\mathfrak p \to (R_\mathfrak m^\wedge)_{\mathfrak p'}^\wedge\) ont aussi la propriété \(P\). Nous pouvons alors appliquer (D) pour voir que les fibres de \(R_\mathfrak p \to R_\mathfrak p^\wedge\) ont la propriété \(P\).

Proposition

Soit \(R\) un \(P\)-anneau, où \(P\) vérifie (A), (B), (C) et (D). Si \(R \to S\) est essentiellement de type fini, alors \(S\) est un \(P\)-anneau.

Démonstration

Comme la propriété d’être un \(P\)-anneau est une propriété des anneaux locaux, tout localisé d’un \(P\)-anneau est un \(P\)-anneau. Réciproquement, si chaque localisation en un idéal premier est un \(P\)-anneau, alors l’anneau est un \(P\)-anneau. Il suffit donc de montrer que \(S_\mathfrak q\) est un \(P\)-anneau pour toute \(R\)-algèbre de type fini \(S\) et tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\). En écrivant \(S\) comme quotient de \(R[x_1, \ldots, x_n]\), le Lemme 0BIT ramène la démonstration à établir que \(R[x_1, \ldots, x_n]\) est un \(P\)-anneau. Par récurrence sur \(n\), il suffit de montrer que \(R[x]\) est un \(P\)-anneau. Soit \(\mathfrak q \subset R[x]\) un idéal maximal. D’après le Lemme 0BIU, il suffit de montrer que les fibres de \[R[x]_\mathfrak q \longrightarrow R[x]_\mathfrak q^\wedge\] aient la propriété \(P\). Si \(\mathfrak q\) est situé au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\), nous pouvons remplacer \(R\) par \(R_\mathfrak p\). Nous pouvons donc supposer que \(R\) est un \(P\)-anneau local noethérien d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et que \(\mathfrak q \subset R[x]\) est situé au-dessus de \(\mathfrak m\). Remarquons qu’il existe un unique idéal premier \(\mathfrak q' \subset R^\wedge[x]\) situé au-dessus de \(\mathfrak q\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ R[x]_\mathfrak q^\wedge \ar[r] & (R^\wedge[x]_{\mathfrak q'})^\wedge \\ R[x]_\mathfrak q \ar[r] \ar[u] & R^\wedge[x]_{\mathfrak q'} \ar[u] }\] Comme \(R\) est un \(P\)-anneau, les fibres de \(R[x] \to R^\wedge[x]\) ont la propriété \(P\) : elles s’obtiennent à partir des fibres de \(R \to R^\wedge\) par changement de base le long d’une extension de corps de type fini, de sorte que (A) s’applique. Les fibres de la flèche horizontale inférieure ont donc la propriété \(P\), par exemple d’après le Lemme 0BK8. La flèche verticale de droite est régulière parce que \(R^\wedge\) est un G-anneau (Propositions 07PS et 07PV). Il résulte de (C) que les fibres de la composée \(R[x]_\mathfrak q \to (R^\wedge[x]_{\mathfrak q'})^\wedge\) ont la propriété \(P\). Par (D), les fibres de la flèche verticale de gauche ont donc la propriété \(P\), ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \(A\) un \(P\)-anneau, où \(P\) vérifie (B) et (D). Soit \(I \subset A\) un idéal et soit \(A^\wedge\) le complété de \(A\) pour la topologie \(I\)-adique. Alors les fibres de \(A \to A^\wedge\) ont la propriété \(P\).

Démonstration

L’homomorphisme d’anneaux \(A \to A^\wedge\) est plat d’après Algèbre, Lemme 00MB. L’anneau \(A^\wedge\) est noethérien d’après Algèbre, Lemme 0316. Il suffit donc de vérifier la troisième condition du Lemme 0BK8. Soit \(\mathfrak m' \subset A^\wedge\) un idéal maximal situé au-dessus de \(\mathfrak m \subset A\). D’après Algèbre, Lemme 05GI, nous avons \(IA^\wedge \subset \mathfrak m'\). Comme \(A^\wedge/IA^\wedge = A/I\), nous avons \(I \subset \mathfrak m\), \(\mathfrak m/I = \mathfrak m'/IA^\wedge\) et \(A/\mathfrak m = A^\wedge/\mathfrak m'\). Puisque \(A^\wedge/\mathfrak m'\) est un corps, \(\mathfrak m\) est lui aussi un idéal maximal. Alors \(A_\mathfrak m \to A^\wedge_{\mathfrak m'}\) est un homomorphisme local plat d’anneaux locaux noethériens qui identifie les corps résiduels et tel que \(\mathfrak m A^\wedge_{\mathfrak m'} = \mathfrak m'A^\wedge_{\mathfrak m'}\). Il induit donc un isomorphisme sur les anneaux locaux complétés; voir le Lemme 0AGX. Soit \((A_\mathfrak m)^\wedge\) le complété de \(A_\mathfrak m\) pour la topologie définie par son idéal maximal. L’homomorphisme d’anneaux \[(A^\wedge)_{\mathfrak m'} \to ((A^\wedge)_{\mathfrak m'})^\wedge = (A_\mathfrak m)^\wedge\] est fidèlement plat (Algèbre, Lemme 00MC). Nous pouvons donc appliquer (D) aux homomorphismes d’anneaux \[A_\mathfrak m \to (A^\wedge)_{\mathfrak m'} \to (A_\mathfrak m)^\wedge\] et conclure, puisque les fibres de \(A_\mathfrak m \to (A_\mathfrak m)^\wedge\) ont la propriété \(P\) du fait que \(A\) est un \(P\)-anneau.

Lemme

Soit \(A\) un \(P\)-anneau, où \(P\) vérifie (B), (C), (D) et (E). Soit \(I \subset A\) un idéal. Soit \((A^h, I^h)\) le hensélisé de la paire \((A, I)\); voir le Lemme 0A02. Alors \(A^h\) est un \(P\)-anneau.

Démonstration

Soit \(\mathfrak m^h \subset A^h\) un idéal maximal. Nous devons montrer que les fibres de \(A^h_{\mathfrak m^h} \to (A^h_{\mathfrak m^h})^\wedge\) ont la propriété \(P\); voir le Lemme 0BIU. Soit \(\mathfrak m\) l’image réciproque de \(\mathfrak m^h\) dans \(A\). Remarquons que \(I^h \subset \mathfrak m^h\), donc que \(I \subset \mathfrak m\), puisque \((A^h, I^h)\) est une paire hensélienne. Rappelons que \(A^h\) est noethérien, que \(I^h = IA^h\) et que \(A \to A^h\) induit un isomorphisme sur les complétés \(I\)-adiques; voir le Lemme 0AGV. Alors l’homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens \[A_\mathfrak m \to A^h_{\mathfrak m^h}\] induit un isomorphisme sur les complétés aux idéaux maximaux d’après le Lemme 0AGX (nous omettons les détails). Soit \(\mathfrak q^h\) un idéal premier de \(A^h_{\mathfrak m^h}\) situé au-dessus de \(\mathfrak q \subset A_\mathfrak m\). Posons \(\mathfrak q_1 = \mathfrak q^h\) et soient \(\mathfrak q_2, \ldots, \mathfrak q_t\) les autres idéaux premiers de \(A^h\) situés au-dessus de \(\mathfrak q\), de sorte que \(A^h \otimes_A \kappa(\mathfrak q) = \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, t} \kappa(\mathfrak q_i)\); voir le Lemme 0AH1. Comme \((A^h)_{\mathfrak m^h}^\wedge = (A_\mathfrak m)^\wedge\), ainsi qu’il a été expliqué ci-dessus, nous obtenons \[\prod\nolimits_{i = 1, \ldots, t} (A^h_{\mathfrak m^h})^\wedge \otimes_{A^h_{\mathfrak m^h}} \kappa(\mathfrak q_i) = (A^h_{\mathfrak m^h})^\wedge \otimes_{A^h_{\mathfrak m^h}} (A^h_{\mathfrak m^h} \otimes_{A_{\mathfrak m}} \kappa(\mathfrak q)) = (A_{\mathfrak m})^\wedge \otimes_{A_{\mathfrak m}} \kappa(\mathfrak q)\] En examinant les anneaux locaux et en utilisant (B), nous en déduisons que \[\kappa(\mathfrak q) \longrightarrow (A^h_{\mathfrak m^h})^\wedge \otimes_{A^h_{\mathfrak m^h}} \kappa(\mathfrak q^h)\] a la propriété \(P\), puisque \(\kappa(\mathfrak q) \to (A_\mathfrak m)^\wedge \otimes_{A_\mathfrak m} \kappa(\mathfrak q)\) en dispose par l’hypothèse sur \(A\). Comme \(\kappa(\mathfrak q^h)/\kappa(\mathfrak q)\) est algébrique séparable, (E) montre que \(\kappa(\mathfrak q^h) \to (A^h_{\mathfrak m^h})^\wedge \otimes_{A^h_{\mathfrak m^h}} \kappa(\mathfrak q^h)\) a la propriété \(P\), comme voulu.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local noethérien qui est un \(P\)-anneau, où \(P\) vérifie (B), (C), (D) et (E). Alors le hensélisé \(R^h\) et le hensélisé strict \(R^{sh}\) sont des \(P\)-anneaux.

Démonstration

Nous l’avons démontré pour le hensélisé dans le Lemme 0BKA. Pour le démontrer pour le hensélisé strict, il suffit de montrer que les fibres formelles de \(R^{sh}\) ont la propriété \(P\); voir le Lemme 0BIU. Soit \(\mathfrak r \subset R^{sh}\) un idéal premier et posons \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak r\). Posons \(\mathfrak r_1 = \mathfrak r\) et soient \(\mathfrak r_2, \ldots, \mathfrak r_s\) les autres idéaux premiers de \(R^{sh}\) situés au-dessus de \(\mathfrak p\), de sorte que \(R^{sh} \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, s} \kappa(\mathfrak r_i)\); voir le Lemme 07QQ. Nous avons alors \[\prod\nolimits_{i = 1, \ldots, t} (R^{sh})^\wedge \otimes_{R^{sh}} \kappa(\mathfrak r_i) = (R^{sh})^\wedge \otimes_{R^{sh}} (R^{sh} \otimes_R \kappa(\mathfrak p)) = (R^{sh})^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\] Remarquons que \(R^\wedge \to (R^{sh})^\wedge\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_{(R^{sh})^\wedge}\)-adique; voir le Lemme 06LJ. La Proposition 07PM montre donc que \(R^\wedge \to (R^{sh})^\wedge\) est régulier. Nous concluons que la propriété \(P\) est vérifiée pour \(\kappa(\mathfrak p) \to (R^{sh})^\wedge \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) par (C) et notre hypothèse sur \(R\). En utilisant (B), la décomposition précédente et les anneaux locaux, nous concluons que la propriété \(P\) est vérifiée pour \(\kappa(\mathfrak p) \to (R^{sh})^\wedge \otimes_{R^{sh}} \kappa(\mathfrak r)\). Comme \(\kappa(\mathfrak r)/\kappa(\mathfrak p)\) est algébrique séparable, il résulte de (E) que la propriété \(P\) est vérifiée pour \(\kappa(\mathfrak r) \to (R^{sh})^\wedge \otimes_{R^{sh}} \kappa(\mathfrak r)\).

Lemme

Les propriétés (A), (B), (C), (D) et (E) sont vérifiées pour \(P(k \to R) =\) « \(R\) est géométriquement réduit sur \(k\) ».

Démonstration

La partie (A) résulte de la définition des algèbres géométriquement réduites (Algèbre, Définition 030S). La partie (B) en résulte aussi : un anneau est réduit si et seulement si tous ses anneaux locaux sont réduits. La partie (C) résulte du Lemme 07QK. La partie (D) résulte d’Algèbre, Lemme 033F. La partie (E) résulte d’Algèbre, Lemme 0C2Y.

Lemme

Les propriétés (A), (B), (C), (D) et (E) sont vérifiées pour \(P(k \to R) =\) « \(R\) est géométriquement normal sur \(k\) ».

Démonstration

La partie (A) résulte de la définition des algèbres géométriquement normales (Algèbre, Définition 0380). La partie (B) en résulte aussi : un anneau est normal si et seulement si tous ses anneaux locaux sont normaux. La partie (C) résulte du Lemme 0BFK. La partie (D) résulte d’Algèbre, Lemme 033G. La partie (E) résulte d’Algèbre, Lemme 0C31.

Lemme

Fixons \(n \geq 1\). Les propriétés (A), (B), (C), (D) et (E) sont vérifiées pour \(P(k \to R) =\) « \(R\) vérifie \((S_n)\) ».

Démonstration

Soit \(k \to R\) un homomorphisme d’anneaux, où \(k\) est un corps et \(R\) un anneau noethérien. Soit \(k'/k\) une extension de corps de type fini. D’après Algèbre, Lemme 045M, les fibres de l’homomorphisme d’anneaux \(R \to R \otimes_k k'\) sont de Cohen–Macaulay. Nous pouvons donc appliquer Algèbre, Lemme 0339, à \(R \to R \otimes_k k'\) pour voir que, si \(R\) vérifie \((S_n)\), alors \(R \otimes_k k'\) la vérifie aussi. Cela démontre (A). La partie (B) en résulte aussi : un anneau noethérien vérifie \((S_n)\) si et seulement si tous ses anneaux locaux vérifient \((S_n)\). La partie (C) résulte d’Algèbre, Lemme 0339, puisque les fibres d’un homomorphisme régulier sont régulières et, en particulier, de Cohen–Macaulay. La partie (D) résulte d’Algèbre, Lemme 0352. La partie (E) est immédiate, car la condition ne fait pas intervenir le corps de base.

Lemme

Les propriétés (A), (B), (C), (D) et (E) sont vérifiées pour \(P(k \to R) =\) « \(R\) est de Cohen–Macaulay ».

Démonstration

Cela résulte immédiatement du Lemme 0BIY et du fait qu’un anneau noethérien est de Cohen–Macaulay si et seulement s’il vérifie les conditions \((S_n)\) pour tout \(n\).

Lemme

Fixons \(n \geq 0\). Les propriétés (A), (B), (C), (D) et (E) sont vérifiées pour \(P(k \to R) =\) « \(R \otimes_k k'\) vérifie \((R_n)\) pour toute extension finie \(k'/k\) ».

Démonstration

Soit \(k \to R\) un homomorphisme d’anneaux, où \(k\) est un corps et \(R\) un anneau noethérien. Supposons \(P(k \to R)\) vérifiée. Soit \(K/k\) une extension de corps de type fini. D’après Algèbre, Lemme 030R, il existe un diagramme \[\xymatrix{ K \ar[r] & K' \\ k \ar[u] \ar[r] & k' \ar[u] }\] où \(k'/k\) et \(K'/K\) sont des extensions de corps finies purement inséparables et où \(K'/k'\) est séparable. D’après Algèbre, Lemme 037X, il existe une \(k'\)-algèbre lisse \(B\) dont \(K'\) est le corps des fractions de \(B\). Nous pouvons alors raisonner comme suit. Étape 1 : \(R \otimes_k k'\) vérifie \((R_n)\) parce que nous avons supposé \(P\) vérifiée pour \(k \to R\). Étape 2 : \(R \otimes_k k' \to R \otimes_k k' \otimes_{k'} B\) est un homomorphisme lisse d’anneaux (Algèbre, Lemme 00T4); nous concluons qu’alors \(R \otimes_k k' \otimes_{k'} B\) vérifie \((R_n)\) d’après Algèbre, Lemme 033A (en utilisant également Algèbre, Lemme 00TT, pour vérifier que les hypothèses sont satisfaites). Étape 3 : \(R \otimes_k k' \otimes_{k'} K' = R \otimes_k K'\) vérifie \((R_n)\), car c’est un localisé d’un anneau qui vérifie \((R_n)\). Étape 4 : enfin, \(R \otimes_k K\) vérifie \((R_n)\) par descente de \((R_n)\) le long de l’homomorphisme fidèlement plat d’anneaux \(K \otimes_k R \to K' \otimes_k R\) (Algèbre, Lemme 0353). Cela démontre (A). La partie (B) en résulte aussi : un anneau noethérien vérifie \((R_n)\) si et seulement si tous ses anneaux locaux vérifient \((R_n)\). La partie (C) résulte d’Algèbre, Lemme 033A, puisque les fibres d’un homomorphisme régulier sont régulières (nous omettons un petit détail). La partie (D) résulte d’Algèbre, Lemme 0353 (nous omettons un petit détail).

Partie (E). Soit \(l/k\) une extension algébrique séparable de corps et soit \(l \to R\) un homomorphisme d’anneaux, avec \(R\) noethérien. Supposons que \(k \to R\) ait la propriété \(P\). Nous devons montrer que \(l \to R\) a la propriété \(P\). Soit \(l'/l\) une extension finie. Observons d’abord qu’il existe une sous-extension finie \(l/m/k\) et une extension finie \(m'/m\) telles que \(l' = l \otimes_m m'\). Alors \(R \otimes_l l' = R \otimes_m m'\). Il suffit donc de démontrer que \(m \to R\) a la propriété \(P\); autrement dit, nous pouvons supposer que \(l/k\) est finie. Si \(l/k\) est finie, alors \(l'/k\) est finie et \[l' \otimes_l R = (l' \otimes_k R) \otimes_{l \otimes_k l} l\] est un localisé (d’après Algèbre, Lemme 0C2X) de l’anneau noethérien \(l' \otimes_k R\), qui vérifie \((R_n)\) par l’hypothèse \(P\) sur \(k \to R\). Ainsi \(l' \otimes_l R\) vérifie \((R_n)\), comme voulu.

Anneaux excellents

Dans cette section, nous étudions la notion d’anneau excellent de Grothendieck. Pour les définitions des G-anneaux, des anneaux J-2 et des anneaux universellement caténaires, nous renvoyons à la Définition 07GH, à la Définition 07P7 et à Algèbre, Définition 00NL.

Définition

Soit \(R\) un anneau.

  1. Nous disons que \(R\) est quasi excellent si \(R\) est noethérien, est un G-anneau et est J-2.

  2. Nous disons que \(R\) est excellent si \(R\) est quasi excellent et universellement caténaire.

Ainsi, un anneau noethérien est quasi excellent si ses fibres formelles sont géométriquement régulières et si le lieu singulier de toute algèbre de type fini sur cet anneau est fermé. Pour qu’un tel anneau soit excellent, nous exigeons en outre l’existence locale d’une bonne fonction de dimension. Nous verrons plus loin (section 0AW1) que la propriété d’être universellement caténaire peut se formuler comme une condition sur les homomorphismes \(R_\mathfrak m \to R_\mathfrak m^\wedge\), où \(\mathfrak m\) parcourt les idéaux maximaux de \(R\).

Lemme

Tout localisé d’une algèbre de type fini sur un anneau (quasi) excellent est (quasi) excellent.

Démonstration

Pour les algèbres de type fini, cela résulte des définitions des propriétés J-2 et universellement caténaire. Pour les G-anneaux, voir la Proposition 07PV. Nous omettons la démonstration du fait que la localisation préserve la (quasi-)excellence.

Proposition

Les types d’anneaux suivants sont excellents :

  1. les corps ;

  2. les anneaux locaux noethériens complets ;

  3. \(\mathbf{Z}\),

  4. les anneaux de Dedekind dont le corps des fractions est de caractéristique zéro ;

  5. les algèbres de type fini sur l’un quelconque des anneaux précédents.

Démonstration

Les Propositions 07PX et 07PJ montrent que ces anneaux sont des G-anneaux et sont J-2. Tout anneau de Cohen–Macaulay est universellement caténaire ; voir Algèbre, Lemme 00NM. En particulier, les corps, les anneaux de Dedekind et, plus généralement, les anneaux réguliers sont universellement caténaires. Le théorème de structure de Cohen montre que les anneaux locaux complets sont universellement caténaires ; voir Algèbre, Remarque 032C.

Les résultats développés ci-dessus ont quelques conséquences pour les anneaux de Nagata.

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A\) est un anneau de Nagata ;

  2. les fibres formelles de \(A\) sont géométriquement réduites.

Démonstration

Supposons (2). D’après Algèbre, Lemme 0BI2, il suffit de montrer que, si \(A \to B\) est fini, si \(B\) est intègre et si \(\mathfrak m' \subset B\) est un idéal maximal, alors \(B_{\mathfrak m'}\) est analytiquement non ramifié. En combinant les Lemmes 0BIW et 0BIU avec la Proposition 0BIV, nous voyons que les fibres formelles de \(B_{\mathfrak m'}\) sont géométriquement réduites. En particulier, \(B_{\mathfrak m'}^\wedge \otimes_B L\) est réduit, où \(L\) est le corps des fractions de \(B\). Il s’ensuit que \(B_{\mathfrak m'}^\wedge\) est réduit, c’est-à-dire que \(B_{\mathfrak m'}\) est analytiquement non ramifié.

Supposons (1). Soit \(\mathfrak q \subset A\) un idéal premier et soit \(K/\kappa(\mathfrak q)\) une extension finie. Nous devons montrer que \(A^\wedge \otimes_A K\) est réduit. Soit \(A/\mathfrak q \subset B \subset K\) un sous-anneau local fini sur \(A\) dont le corps des fractions est \(K\). Pour construire \(B\), choisissons \(x_1, \ldots, x_n \in K\) qui engendrent \(K\) sur \(\kappa(\mathfrak q)\) et qui satisfont à des polynômes unitaires \(P_i(T) = T^{d_i} + a_{i, 1} T^{d_i - 1} + \ldots + a_{i, d_i} = 0\) avec \(a_{i, j} \in \mathfrak m\). Soit alors \(B\) la sous-\(A\)-algèbre de \(K\) engendrée par \(x_1, \ldots, x_n\). (Pour plus de détails, voir la démonstration d’Algèbre, Lemme 0BI2.) Nous avons \[A^\wedge \otimes_A K = (A^\wedge \otimes_A B)_\mathfrak q = B^\wedge_\mathfrak q\] Puisque \(B^\wedge\) est réduit d’après Algèbre, Lemme 0BI2, la démonstration est achevée.

Lemme

Tout anneau quasi excellent est un anneau de Nagata.

Démonstration

Soit \(R\) quasi excellent. Puisqu’une algèbre de type fini sur \(R\) est quasi excellente (Lemme 07QU), il suffit de montrer que tout anneau intègre quasi excellent est N-1 ; voir Algèbre, Lemme 0351. En appliquant Algèbre, Lemme 0333 (et en utilisant qu’un anneau quasi excellent est J-2), nous nous ramenons à montrer qu’un anneau local intègre quasi excellent \(R\) est N-1. Comme \(R \to R^\wedge\) est régulier, le Lemme 07QK montre que \(R^\wedge\) est réduit. Autrement dit, \(R\) est analytiquement non ramifié. \(R\) est donc N-1 d’après Algèbre, Lemme 032Y.

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Si \(A\) est normal et si les fibres formelles de \(A\) sont normales (par exemple si \(A\) est excellent ou quasi excellent), alors \(A^\wedge\) est normal.

Démonstration

Cela résulte immédiatement d’Algèbre, Lemme 0C22.

Catégories abéliennes de modules

Soit \(R\) un anneau. La catégorie \(\text{Mod}_R\) des \(R\)-modules est une catégorie abélienne. Voici quelques exemples de sous-catégories abéliennes de \(\text{Mod}_R\) (nous utilisons la terminologie introduite dans Homologie, Définition 02MO, ainsi que dans Homologie, Lemmes 02MP et 0754) :

  1. La catégorie des \(R\)-modules cohérents est une sous-catégorie de Serre faible de \(\text{Mod}_R\). Cela résulte d’Algèbre, Lemme 05CW.

  2. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. La sous-catégorie pleine formée des \(R\)-modules \(M\) tels que la multiplication par \(s \in S\) soit un isomorphisme de \(M\) est une sous-catégorie de Serre de \(\text{Mod}_R\). Cela résulte d’Algèbre, Lemme 07JY.

  3. Soit \(I \subset R\) un idéal de type fini. La sous-catégorie pleine des modules de torsion annulés localement par une puissance de \(I\) est une sous-catégorie de Serre de \(\text{Mod}_R\). Voir le Lemme 0A6K.

  4. Dans certains textes, un module de torsion est défini comme un module \(M\) tel que, pour tout \(x \in M\), il existe un élément non diviseur de zéro \(f \in R\) tel que \(fx = 0\). La sous-catégorie pleine des modules de torsion est une sous-catégorie de Serre de \(\text{Mod}_R\).

  5. Si \(R\) n’est pas noethérien, alors la catégorie \(\text{Mod}^{fg}_R\) des \(R\)-modules de type fini n’est pas abélienne. En effet, si \(I \subset R\) est un idéal qui n’est pas de type fini, l’homomorphisme \(R \to R/I\) n’a pas de noyau dans \(\text{Mod}^{fg}_R\).

  6. Si \(R\) est noethérien, alors les \(R\)-modules cohérents coïncident avec les \(R\)-modules de type fini (c’est-à-dire finis) ; voir Algèbre, Lemmes 05CY, 05CX et 00FP. Ainsi, \(\text{Mod}^{fg}_R\) est abélienne d’après (1) ci-dessus et, en fait, dans ce cas, la catégorie \(\text{Mod}_R^{fg}\) est une sous-catégorie de Serre (forte) de \(\text{Mod}_R\).

Groupes abéliens injectifs

Dans cette section, nous montrons que la catégorie des groupes abéliens possède assez d’injectifs. Rappelons qu’un groupe abélien \(M\) est divisible si et seulement si, pour tout \(x \in M\) et tout \(n \in \mathbf{N}\), il existe \(y \in M\) tel que \(n y = x\).

Lemme

Un groupe abélien \(J\) est un objet injectif de la catégorie des groupes abéliens si et seulement si \(J\) est divisible.

Démonstration

Supposons que \(J\) ne soit pas divisible. Il existe alors \(x \in J\) et \(n \in \mathbf{N}\) tels qu’il n’existe aucun \(y \in J\) vérifiant \(n y = x\). L’homomorphisme \(\mathbf{Z} \to J\), \(m \mapsto mx\), ne se prolonge donc pas à \(\frac{1}{n}\mathbf{Z} \supset \mathbf{Z}\). Ainsi, \(J\) n’est pas injectif.

Soient \(A \subset B\) des groupes abéliens. Supposons que \(J\) soit un groupe abélien divisible. Soit \(\varphi : A \to J\) un homomorphisme. Considérons l’ensemble des homomorphismes \(\varphi' : A' \to J\) tels que \(A \subset A' \subset B\) et \(\varphi'|_A = \varphi\). Définissons \((A', \varphi') \geq (A'', \varphi'')\) si et seulement si \(A' \supset A''\) et \(\varphi'|_{A''} = \varphi''\). Si \((A_i, \varphi_i)_{i \in I}\) est une famille totalement ordonnée de telles paires, nous obtenons un homomorphisme \(\bigcup_{i \in I} A_i \to J\) qui envoie \(a \in A_i\) sur \(\varphi_i(a)\). Le lemme de Zorn s’applique donc. Pour conclure, nous devons montrer que, si la paire \((A', \varphi')\) est maximale, alors \(A' = B\). Autrement dit, il suffit de montrer que, pour tout sous-groupe \(A \subset B\) tel que \(A \not = B\) et tout \(\varphi : A \to J\), on peut trouver \(\varphi' : A' \to J\) avec \(A \subset A' \subset B\), de sorte que (a) l’inclusion \(A \subset A'\) soit stricte et (b) l’homomorphisme \(\varphi'\) prolonge \(\varphi\).

Pour le démontrer, choisissons \(x \in B\) avec \(x \not \in A\). S’il n’existe aucun \(n\in \mathbf{N}\) tel que \(nx \in A\), alors \(A \oplus \mathbf{Z} \cong A + \mathbf{Z}x\). Nous pouvons donc prolonger \(\varphi\) à \(A' = A + \mathbf{Z}x\) en utilisant \(\varphi\) sur \(A\) et, par exemple, en envoyant \(x\) sur zéro. S’il existe au contraire \(n \in \mathbf{N}\) tel que \(nx \in A\), choisissons \(n\) minimal avec cette propriété. Soit \(z \in J\) tel que \(nz = \varphi(nx)\). Définissons un homomorphisme \(\tilde\varphi : A \oplus \mathbf{Z} \to J\) par \((a, m) \mapsto \varphi(a) + mz\). Par le choix de \(z\), le noyau de \(\tilde \varphi\) contient celui de l’homomorphisme \(A \oplus \mathbf{Z} \to B\), \((a, m) \mapsto a + mx\). Ainsi, \(\tilde \varphi\) se factorise par l’image \(A' = A + \mathbf{Z}x\), et le facteur obtenu prolonge \(\varphi\).

Ce lemme permet de montrer que tout groupe abélien se plonge dans un groupe abélien injectif. Il s’agit cependant d’un cas particulier du résultat de la section suivante.

Modules injectifs

Quelques lemmes sur les modules injectifs.

Définition

Soit \(R\) un anneau. Un \(R\)-module \(J\) est injectif si et seulement si le foncteur \(\Hom_R(-, J) : \text{Mod}_R \to \text{Mod}_R\) est exact.

Le foncteur \(\Hom_R(- , M)\) est exact à gauche pour tout \(R\)-module \(M\) ; voir Algèbre, Lemme 0582. Ainsi, la condition que \(J\) soit injectif signifie précisément que, pour toute injection de \(R\)-modules \(M \to M'\), l’application \(\Hom_R(M', J) \to \Hom_R(M, J)\) est surjective.

Avant de reformuler cela en termes de modules \({Ext}\), étudions la relation entre \(\Ext^1_R(M, N)\) et les extensions au sens d’Homologie, section 010I.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathcal{A}\) la catégorie abélienne des \(R\)-modules. Il existe un isomorphisme canonique \(\Ext_\mathcal{A}(M, N) = \Ext^1_R(M, N)\) compatible avec les suites exactes longues d’Algèbre, Lemmes 00LU et 065P, ainsi qu’avec les suites exactes à \(6\) termes d’Homologie, Lemme 05E2.

Démonstration

Démonstration omise.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(J\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(J\) est injectif ;

  2. \(\Ext^1_R(M, J) = 0\) pour tout \(R\)-module \(M\).

Démonstration

Soit \(0 \to M'' \to M' \to M \to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules. Considérons la suite exacte longue \[\begin{matrix} 0 \to \Hom_R(M, J) \to \Hom_R(M', J) \to \Hom_R(M'', J) \\ \phantom{0\ } \to \Ext^1_R(M, J) \to \Ext^1_R(M', J) \to \Ext^1_R(M'', J) \to \ldots \end{matrix}\] d’Algèbre, Lemme 065P. Nous voyons donc que (2) implique (1). Réciproquement, si \(J\) est injectif, alors le groupe \(\Ext\) est nul d’après Homologie, Lemme 0136, et le Lemme 0AUL.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(J\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(J\) est injectif ;

  2. \(\Ext^1_R(R/I, J) = 0\) pour tout idéal \(I \subset R\) ;

  3. pour tout idéal \(I \subset R\) et tout homomorphisme de modules \(I \to J\), il existe un prolongement \(R \to J\).

Démonstration

Si \(I \subset R\) est un idéal, alors la suite exacte courte \(0 \to I \to R \to R/I \to 0\) donne une suite exacte \[\Hom_R(R, J) \to \Hom_R(I, J) \to \Ext^1_R(R/I, J) \to 0\] d’après Algèbre, Lemme 065P, et le fait que \(\Ext^1_R(R, J) = 0\) puisque \(R\) est projectif (Algèbre, Lemme 05CF). Ainsi, (2) et (3) sont équivalentes. Nous allons montrer dans cette démonstration que (1) \(\Leftrightarrow\) (3), résultat connu sous le nom de critère de Baer.

Supposons (1). Étant donné un homomorphisme de modules \(I \to J\) comme en (3), nous obtenons le prolongement \(R \to J\), car l’application \(\Hom_R(R, J) \to \Hom_R(I, J)\) est surjective par définition.

Supposons (3). Soit \(M \subset N\) une inclusion de \(R\)-modules. Soit \(\varphi : M \to J\) un homomorphisme. Nous allons montrer que \(\varphi\) se prolonge à \(N\), ce qui achèvera la démonstration. Considérons l’ensemble des homomorphismes \(\varphi' : M' \to J\) tels que \(M \subset M' \subset N\) et \(\varphi'|_M = \varphi\). Définissons \((M', \varphi') \geq (M'', \varphi'')\) si et seulement si \(M' \supset M''\) et \(\varphi'|_{M''} = \varphi''\). Si \((M_i, \varphi_i)_{i \in I}\) est une famille totalement ordonnée de telles paires, nous obtenons un homomorphisme \(\bigcup_{i \in I} M_i \to J\) qui envoie \(a \in M_i\) sur \(\varphi_i(a)\). Le lemme de Zorn s’applique donc. Pour conclure, nous devons montrer que, si la paire \((M', \varphi')\) est maximale, alors \(M' = N\). Autrement dit, il suffit de montrer que, pour tout sous-module \(M \subset N\) tel que \(M \not = N\) et tout \(\varphi : M \to J\), on peut trouver \(\varphi' : M' \to J\) avec \(M \subset M' \subset N\), de sorte que (a) l’inclusion \(M \subset M'\) soit stricte et (b) l’homomorphisme \(\varphi'\) prolonge \(\varphi\).

Pour le démontrer, choisissons \(x \in N\) avec \(x \not \in M\). Posons \(I = \{f \in R \mid fx \in M\}\). C’est un idéal de \(R\). Définissons un homomorphisme \(\psi : I \to J\) par \(f \mapsto \varphi(fx)\). Prolongeons-le en un homomorphisme \(\tilde\psi : R \to J\), ce qui est possible par l’hypothèse (3). Par le choix de \(I\), le noyau de \(M \oplus R \to J\), \((y, f) \mapsto \varphi(y) + \tilde\psi(f)\), contient le noyau de l’homomorphisme \(M \oplus R \to N\), \((y, f) \mapsto y + fx\). Cet homomorphisme se factorise donc par l’image \(M' = M + Rx\), et le facteur ainsi obtenu prolonge l’homomorphisme donné comme souhaité.

Dans la suite de cette section, nous démontrons qu’il existe assez de modules injectifs sur un anneau \(R\). Nous partons du fait que \(\mathbf{Q}/\mathbf{Z}\) est un groupe abélien injectif. Cela résulte du Lemme 01D7.

Définition

Soit \(R\) un anneau.

  1. Pour tout \(R\)-module \(M\) sur \(R\), nous notons \(M^\vee = \Hom(M, \mathbf{Q}/\mathbf{Z})\), muni de sa structure naturelle de \(R\)-module. Nous considérons \(M \mapsto M^\vee\) comme un foncteur contravariant de la catégorie des \(R\)-modules vers elle-même.

  2. Pour tout \(R\)-module \(M\), nous notons \[F(M) = \bigoplus\nolimits_{m \in M} R[m]\] le module libre dont la base est formée des éléments \([m]\) avec \(m \in M\). Nous désignons par \(F(M)\to M\), \(\sum f_i [m_i] \mapsto \sum f_i m_i\), la surjection naturelle de \(R\)-modules. Nous considérons \(M \mapsto (F(M) \to M)\) comme un foncteur de la catégorie des \(R\)-modules vers la catégorie des flèches de \(R\)-modules.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Le foncteur \(M \mapsto M^\vee\) est exact.

Démonstration

Cela tient au fait que \(\mathbf{Q}/\mathbf{Z}\) est un groupe abélien injectif d’après le Lemme 01D7.

Il existe une application canonique \(ev : M \to (M^\vee)^\vee\), donnée par l’évaluation : pour \(x \in M\), nous définissons \(ev(x) \in (M^\vee)^\vee = \Hom(M^\vee, \mathbf{Q}/\mathbf{Z})\) comme l’application \(\varphi \mapsto \varphi(x)\).

Lemme

Pour tout \(R\)-module \(M\), l’application d’évaluation \(ev : M \to (M^\vee)^\vee\) est injective.

Démonstration

Cela se vérifie en utilisant que \(\mathbf{Q}/\mathbf{Z}\) est un groupe abélien injectif. En effet, si \(x \in M\) est non nul, soit \(M' \subset M\) le groupe cyclique qu’il engendre. Il existe un homomorphisme non nul \(M' \to \mathbf{Q}/\mathbf{Z}\) qui, nécessairement, n’annule pas \(x\). Il se prolonge en un homomorphisme \(\varphi : M \to \mathbf{Q}/\mathbf{Z}\), et alors \(ev(x)(\varphi) = \varphi(x) \not = 0\).

La surjection canonique \(F(M) \to M\) de \(R\)-modules donne, comme ci-dessus, une injection canonique de \(R\)-modules \[(M^\vee)^\vee \longrightarrow (F(M^\vee))^\vee.\] Posons \(J(M) = (F(M^\vee))^\vee\). La composée de \(ev\) avec l’application affichée donne \(M \to J(M)\), fonctoriellement en \(M\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Pour tout \(R\)-module \(M\), le \(R\)-module \(J(M)\) est injectif.

Démonstration

Remarquons que \(J(M) \cong \prod_{\varphi \in M^\vee} R^\vee\) comme \(R\)-module. Comme un produit de modules injectifs est injectif, il suffit de montrer que \(R^\vee\) est injectif. Pour cela, nous utilisons les égalités \[\Hom_R(N, R^\vee) = \Hom_R(N, \Hom_{\mathbf{Z}}(R, \mathbf{Q}/\mathbf{Z})) = N^\vee\] et le fait que \((-)^\vee\) est un foncteur exact d’après le Lemme 01DA.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. La construction ci-dessus définit un foncteur covariant \(M \mapsto (M \to J(M))\) de la catégorie des \(R\)-modules vers la catégorie des flèches de \(R\)-modules, tel que, pour tout module \(M\), l’application obtenue \(M \to J(M)\) soit une injection de \(M\) dans un \(R\)-module injectif \(J(M)\).

Démonstration

Cela résulte de ce qui précède.

En particulier, à tout homomorphisme de \(R\)-modules \(M \to N\) est associé un homomorphisme \(J(M) \to J(N)\) qui rend commutatif le diagramme suivant : \[\xymatrix{ M \ar[d] \ar[r] & N \ar[d] \\ J(M) \ar[r] & J(N) }\] C’est le type de construction que nous souhaiterions obtenir en général. Dans Homologie, section 0134, nous avons introduit une terminologie pour l’exprimer : nous disons que la catégorie des \(R\)-modules possède des plongements injectifs fonctoriels.

Catégories dérivées de modules

Dans cette section, nous rassemblons quelques généralités sur la catégorie dérivée des modules sur un anneau.

Soit \(A\) un anneau. La catégorie des \(A\)-modules est notée \(\text{Mod}_A\). Nous utiliserons le symbole \(K(A)\) pour désigner la catégorie homotopique des complexes de \(A\)-modules ; autrement dit, nous posons \(K(A) = K(\text{Mod}_A)\) comme catégorie ; voir Catégories dérivées, section 05RN. Les versions bornées sont \(K^+(A)\), \(K^-(A)\) et \(K^b(A)\). Nous considérons \(K(A)\) comme une catégorie triangulée au sens de Catégories dérivées, section 014P. La catégorie dérivée de \(A\), notée \(D(A)\), est la catégorie obtenue à partir de \(K(A)\) en inversant les quasi-isomorphismes ; autrement dit, nous posons \(D(A) = D(\text{Mod}_A)\) ; voir Catégories dérivées, section 05RR7. Les versions bornées sont \(D^+(A)\), \(D^-(A)\) et \(D^b(A)\).

Soit \(A\) un anneau. La catégorie des \(A\)-modules possède des produits, et les produits y sont exacts. La catégorie des \(A\)-modules possède assez d’injectifs d’après le Lemme 01DD. Par conséquent, tout complexe de \(A\)-modules est quasi isomorphe à un complexe K-injectif (Catégories dérivées, Lemme 090Y). Il s’ensuit que \(D(A)\) possède des produits dénombrables (Catégories dérivées, Lemme 07KC) et, en fait, des produits arbitraires (Injectifs, Lemme 07D9). Il en résulte que tout système projectif d’objets de \(D(A)\) admet une limite dérivée (bien définie à isomorphisme près) ; voir Catégories dérivées, section 08TB.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme plat d’anneaux. Si \(I^\bullet\) est un complexe K-injectif de \(S\)-modules, alors \(I^\bullet\) est K-injectif comme complexe de \(R\)-modules.

Démonstration

Cela résulte de l’égalité \(\Hom_{K(R)}(M^\bullet, I^\bullet) = \Hom_{K(S)}(M^\bullet \otimes_R S, I^\bullet)\) d’après Algèbre, Lemme 05DQ, et du fait que le produit tensoriel par \(S\) est exact.

Lemme

Soit \(R \to S\) un épimorphisme d’anneaux. Soit \(I^\bullet\) un complexe de \(S\)-modules. Si \(I^\bullet\) est K-injectif comme complexe de \(R\)-modules, alors \(I^\bullet\) est un complexe K-injectif de \(S\)-modules.

Démonstration

Cela résulte de l’égalité \(\Hom_{K(R)}(N^\bullet, I^\bullet) = \Hom_{K(S)}(N^\bullet, I^\bullet)\) pour tout complexe de \(S\)-modules \(N^\bullet\) ; voir Algèbre, Lemme 08YS.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Si \(I^\bullet\) est un complexe K-injectif de \(A\)-modules, alors \(\Hom_A(B, I^\bullet)\) est un complexe K-injectif de \(B\)-modules.

Démonstration

Cela résulte de l’égalité \(\Hom_{K(B)}(N^\bullet, \Hom_A(B, I^\bullet)) = \Hom_{K(A)}(N^\bullet, I^\bullet)\) d’après Algèbre, Lemme 08YP.

Calcul de Tor

Soit \(R\) un anneau. On note \(D(R)\) la catégorie dérivée de la catégorie abélienne \(\text{Mod}_R\) des \(R\)-modules. Remarquons que \(\text{Mod}_R\) possède assez d’objets projectifs, puisque tout \(R\)-module libre est projectif. On peut donc définir les foncteurs dérivés à gauche de tout foncteur additif de \(\text{Mod}_R\) vers une catégorie abélienne quelconque.

Cela s’applique en particulier au foncteur \(- \otimes_R M : \text{Mod}_R \to \text{Mod}_R\) dont les foncteurs dérivés à gauche sont les foncteurs \(\text{Tor}_i^R(-, M)\) ; voir Algèbre, section 00LY. Il existe aussi un foncteur dérivé total à gauche [064G]\[\begin{equation} -\otimes_R^{\mathbf{L}} M : D^{-}(R) \longrightarrow D^{-}(R) \end{equation}\] noté \(-\otimes_R^{\mathbf{L}} M\). Ses satellites sont les modules Tor, c’est-à-dire que l’on a \[H^{-p}(N \otimes_R^{\mathbf{L}} M) = \text{Tor}_p^R(N, M).\]

Une situation particulière se présente lorsque l’on considère le produit tensoriel par une \(R\)-algèbre \(A\). Dans ce cas, on regarde \(- \otimes_R A\) comme un foncteur de \(\text{Mod}_R\) vers \(\text{Mod}_A\). On obtient ainsi le foncteur dérivé total à droite [064H]\[\begin{equation} -\otimes_R^{\mathbf{L}} A : D^{-}(R) \longrightarrow D^{-}(A) \end{equation}\] noté \(-\otimes_R^{\mathbf{L}} A\). Ses satellites sont les groupes Tor, c’est-à-dire que l’on a \[H^{-p}(N \otimes_R^{\mathbf{L}} A) = \text{Tor}_p^R(N, A).\] En particulier, ces groupes Tor sont naturellement munis d’une structure de \(A\)-module.

Dans les quelques sections suivantes, nous généraliserons le contenu de cette section aux complexes non bornés.

Produits tensoriels de complexes

Soit \(R\) un anneau. La catégorie \(\text{Comp}(R)\) des complexes de \(R\)-modules possède une structure monoïdale symétrique. Supposons donnés deux complexes de \(R\)-modules, \(L^\bullet\) et \(M^\bullet\). À l’aide de Homologie, Exemple 0A5J et de Homologie, Définition 012Z, on obtient un troisième complexe de \(R\)-modules, à savoir \[\text{Tot}(L^\bullet \otimes_R M^\bullet)\] Cette construction est manifestement fonctorielle en \(L^\bullet\) et en \(M^\bullet\). La contrainte d’associativité est l’isomorphisme canonique de complexes \[\text{Tot}(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet) \otimes_R M^\bullet) \longrightarrow \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R M^\bullet))\] construit dans Homologie, Remarque 08BI à partir du complexe triple \(K^\bullet \otimes_R L^\bullet \otimes_R M^\bullet\). La contrainte de commutativité est l’isomorphisme canonique \[\text{Tot}(L^\bullet \otimes_R M^\bullet) \to \text{Tot}(M^\bullet \otimes_R L^\bullet)\] qui applique le signe \((-1)^{pq}\) au facteur direct \(L^p \otimes_R M^q\). Pour voir qu’il s’agit d’un morphisme de complexes, on calcule, pour \(x \in L^p\) et \(y \in M^q\), que \[\text{d}(x \otimes y) = \text{d}_L(x) \otimes y + (-1)^px \otimes \text{d}_M(y)\] Notre règle envoie le membre de droite sur \[(-1)^{(p + 1)q}y \otimes \text{d}_L(x) + (-1)^{p + p(q + 1)} \text{d}_M(y) \otimes x\] D’autre part, on a \[\text{d}((-1)^{pq}y \otimes x) = (-1)^{pq} \text{d}_M(y) \otimes x + (-1)^{pq + q} y \otimes \text{d}_L(x)\] Ces deux expressions coïncident immédiatement, comme voulu.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. La catégorie \(\text{Comp}(R)\) des complexes de \(R\)-modules, munie du foncteur \((L^\bullet, M^\bullet) \mapsto \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R M^\bullet)\) et des contraintes d’associativité et de commutativité ci-dessus, est une catégorie monoïdale symétrique.

Démonstration

Omis. Indications : pour unité \(\mathbf{1}\), on prend le complexe égal à \(R\) en degré \(0\) et nul dans les autres degrés, avec les isomorphismes évidents \(\text{Tot}(\mathbf{1} \otimes_R M^\bullet) = M^\bullet\) et \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R \mathbf{1}) = K^\bullet\). Pour démontrer le lemme, il faut vérifier la commutativité de divers diagrammes ; voir Catégories, Définitions 0FFK et 0FFW. Dans chaque cas, les vérifications sont immédiates.

Lemme

Soit \(R\) un anneau, soit \(P^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules et soient \(\alpha, \beta : L^\bullet \to M^\bullet\) des morphismes homotopes de complexes. Alors \(\alpha\) et \(\beta\) induisent des morphismes homotopes \[\text{Tot}(\alpha \otimes \text{id}_P), \text{Tot}(\beta \otimes \text{id}_P) : \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R P^\bullet) \longrightarrow \text{Tot}(M^\bullet \otimes_R P^\bullet).\] En particulier, la construction \(L^\bullet \mapsto \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R P^\bullet)\) définit un endofoncteur de la catégorie d’homotopie des complexes.

Démonstration

Écrivons \(\alpha = \beta + dh + hd\) pour une homotopie \(h\) donnée par \(h^n : L^n \to M^{n - 1}\). Posons \[H^n = \bigoplus\nolimits_{a + b = n} h^a \otimes \text{id}_{P^b} : \bigoplus\nolimits_{a + b = n} L^a \otimes_R P^b \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{a + b = n} M^{a - 1} \otimes_R P^b\] Un calcul immédiat montre alors que \[\text{Tot}(\alpha \otimes \text{id}_P) = \text{Tot}(\beta \otimes \text{id}_P) + dH + Hd\] comme morphismes \(\text{Tot}(L^\bullet \otimes_R P^\bullet) \to \text{Tot}(M^\bullet \otimes_R P^\bullet)\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. La catégorie d’homotopie \(K(R)\) des complexes de \(R\)-modules, munie du foncteur \((L^\bullet, M^\bullet) \mapsto \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R M^\bullet)\) et des contraintes d’associativité et de commutativité ci-dessus, est une catégorie monoïdale symétrique.

Démonstration

Cela résulte des Lemmes 0FNI et 064I. Les détails sont omis.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(P^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Les foncteurs \[K(R) \longrightarrow K(R), \quad L^\bullet \longmapsto \text{Tot}(P^\bullet \otimes_R L^\bullet)\] et \[K(R) \longrightarrow K(R), \quad L^\bullet \longmapsto \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R P^\bullet)\] sont des foncteurs exacts de catégories triangulées.

Démonstration

Cela résulte de Catégories dérivées, Remarque 0G6E.

Produit tensoriel dérivé

On peut construire le produit tensoriel dérivé dans une plus grande généralité. En fait, les hypothèses de bornitude ne sont pas nécessaires, pourvu que l’on choisisse des résolutions K-plates.

Définition

Soit \(R\) un anneau. Un complexe \(K^\bullet\) est dit K-plat si, pour tout complexe acyclique \(M^\bullet\), le complexe total \(\text{Tot}(M^\bullet \otimes_R K^\bullet)\) est acyclique.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(K^\bullet\) un complexe K-plat. Alors le foncteur \[K(R) \longrightarrow K(R), \quad L^\bullet \longmapsto \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R K^\bullet)\] envoie les quasi-isomorphismes sur des quasi-isomorphismes.

Démonstration

Cela résulte du Lemme 064J et du fait que les quasi-isomorphismes de \(K(R)\) sont caractérisés par l’acyclicité de leurs cônes.

Lemme

Soit \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux. Si \(K^\bullet\) est un complexe K-plat de \(R\)-modules, alors \(K^\bullet \otimes_R R'\) est un complexe K-plat de \(R'\)-modules.

Démonstration

Cela résulte des définitions et du fait que \((K^\bullet \otimes_R R') \otimes_{R'} L^\bullet = K^\bullet \otimes_R L^\bullet\) pour tout complexe \(L^\bullet\) de \(R'\)-modules.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Si \(K^\bullet\) et \(L^\bullet\) sont des complexes K-plats de \(R\)-modules, alors \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet)\) est un complexe K-plat de \(R\)-modules.

Démonstration

Cela résulte de l’isomorphisme \[\text{Tot}(M^\bullet \otimes_R \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet)) = \text{Tot}(\text{Tot}(M^\bullet \otimes_R K^\bullet) \otimes_R L^\bullet)\] et de la définition.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \((K_1^\bullet, K_2^\bullet, K_3^\bullet)\) un triangle distingué de \(K(R)\). Si deux des trois complexes \(K_i^\bullet\) sont K-plats, le troisième l’est aussi.

Démonstration

Cela résulte du Lemme 064J et du fait que, dans un triangle distingué de \(K(R)\), si deux objets sur trois sont acycliques, le troisième l’est aussi.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(0 \to K_1^\bullet \to K_2^\bullet \to K_3^\bullet \to 0\) une suite exacte courte de complexes. Si \(K_3^n\) est plat pour tout \(n \in \mathbf{Z}\) et si deux des trois complexes \(K_i^\bullet\) sont K-plats, le troisième l’est aussi.

Démonstration

Soit \(L^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Alors \[0 \to \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R K_1^\bullet) \to \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R K_2^\bullet) \to \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R K_3^\bullet) \to 0\] est une suite exacte courte de complexes. En effet, pour tous \(n, m\), la suite de modules \(0 \to L^n \otimes_R K_1^m \to L^n \otimes_R K_2^m \to L^n \otimes_R K_3^m \to 0\) est exacte d’après Algèbre, Lemme 00HL, et la suite de complexes est somme directe de ces suites. Le lemme en résulte, ainsi que du fait que, dans une suite exacte courte de complexes, si deux complexes sur trois sont acycliques, le troisième l’est aussi.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(P^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules plats, borné supérieurement. Alors \(P^\bullet\) est K-plat.

Démonstration

Soit \(L^\bullet\) un complexe acyclique de \(R\)-modules et soit \(\xi \in H^n(\text{Tot}(L^\bullet \otimes_R P^\bullet))\). Il faut montrer que \(\xi = 0\). Comme \(\text{Tot}^n(L^\bullet \otimes_R P^\bullet)\) est une somme directe de termes \(L^a \otimes_R P^b\), on voit que \(\xi\) provient d’un élément de \(H^n(\text{Tot}(\tau_{\leq m}L^\bullet \otimes_R P^\bullet))\) pour un \(m \in \mathbf{Z}\). Puisque \(\tau_{\leq m}L^\bullet\) est également acyclique, on peut remplacer \(L^\bullet\) par \(\tau_{\leq m}L^\bullet\). On peut donc supposer \(L^\bullet\) borné supérieurement. Dans ce cas, la suite spectrale de Homologie, Lemme 0132, vérifie \[{}'E_1^{p, q} = H^p(L^\bullet \otimes_R P^q)\] qui est nul, puisque \(P^q\) est plat et \(L^\bullet\) acyclique. Ainsi \(H^*(\text{Tot}(L^\bullet \otimes_R P^\bullet)) = 0\).

Dans le lemme suivant, la colimite d’un système de complexes désigne la colimite calculée terme à terme.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(K_1^\bullet \to K_2^\bullet \to \ldots\) un système de complexes K-plats. Alors \(\colim_i K_i^\bullet\) est K-plat. Plus généralement, tout colimite filtrant de complexes K-plats est K-plat.

Démonstration

Comme les colimites sont calculés terme à terme, on a \[\colim_i \text{Tot}(M^\bullet \otimes_R K_i^\bullet) = \text{Tot}(M^\bullet \otimes_R \colim_i K_i^\bullet)\] d’après Algèbre, Lemme 00DD. Le lemme résulte donc de l’exactitude des colimites filtrantes ; voir Algèbre, Lemme 00DB.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(K^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Si \(K^\bullet \otimes_R M\) est acyclique pour tout \(R\)-module \(M\) de présentation finie, alors \(K^\bullet\) est K-plat.

Démonstration

Nous utiliserons à plusieurs reprises le fait que le produit tensoriel commute aux colimites (Algèbre, Lemme 00DD). On voit ainsi que \(K^\bullet \otimes_R M\) est acyclique pour tout \(R\)-module \(M\), puisque tout \(R\)-module est une colimite filtrante de \(R\)-modules \(M\) de présentation finie ; voir Algèbre, Lemme 00HA. Soit \(M^\bullet\) un complexe acyclique de \(R\)-modules. Il faut montrer que \(\text{Tot}(M^\bullet \otimes_R K^\bullet)\) est acyclique. Comme \(M^\bullet = \colim \tau_{\leq n} M^\bullet\) (colimite terme à terme), on a \[\text{Tot}(M^\bullet \otimes_R K^\bullet) = \colim \text{Tot}(\tau_{\leq n} M^\bullet \otimes_R K^\bullet)\] où les troncations sont celles de Homologie, section 0118. Comme les colimites filtrantes sont exacts (Algèbre, Lemme 00DB), on peut remplacer \(M^\bullet\) par \(\tau_{\leq n}M^\bullet\) et supposer que \(M^\bullet\) est borné supérieurement. Dans ce cas, on peut écrire \(M^\bullet = \colim \sigma_{\geq -n} M^\bullet\) où les complexes \(\sigma_{\geq -n} M^\bullet\) sont bornés, mais ne sont plus nécessairement acycliques. En raisonnant comme ci-dessus, on se ramène au cas où \(M^\bullet\) est borné. Enfin, pour un complexe borné \(M^a \to \ldots \to M^b\), on raisonne par récurrence sur sa longueur \(b - a\). Le cas \(b - a = 1\) a été traité ci-dessus. Si \(b - a > 1\), on considère la suite exacte courte scindée de complexes \[0 \to \sigma_{\geq a + 1}M^\bullet \to M^\bullet \to M^a[-a] \to 0\] et l’on applique le Lemme 064J pour effectuer l’étape de récurrence. Certains détails sont omis.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Pour tout complexe \(M^\bullet\), il existe un complexe K-plat \(K^\bullet\) dont les termes sont des \(R\)-modules plats et un quasi-isomorphisme \(K^\bullet \to M^\bullet\) surjectif terme à terme.

Démonstration

Soit \(\mathcal{P} \subset \Ob(\text{Mod}_R)\) la classe des \(R\)-modules plats. D’après Catégories dérivées, Lemme 06XX, il existe un système \(K_1^\bullet \to K_2^\bullet \to \ldots\) et un diagramme \[\xymatrix{ K_1^\bullet \ar[d] \ar[r] & K_2^\bullet \ar[d] \ar[r] & \ldots \\ \tau_{\leq 1}M^\bullet \ar[r] & \tau_{\leq 2}M^\bullet \ar[r] & \ldots }\] possédant les propriétés (1), (2), (3) énumérées dans ce lemme. Ces propriétés impliquent que chaque complexe \(K_i^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de modules plats. Ainsi, \(K_i^\bullet\) est K-plat d’après le Lemme 064K. Par construction, le morphisme induit \(\colim_i K_i^\bullet \to M^\bullet\) est un quasi-isomorphisme surjectif terme à terme. Le complexe \(\colim_i K_i^\bullet\) est K-plat d’après le Lemme 06Y3. Les termes \(\colim K_i^n\) sont plats, car les colimites filtrantes de modules plats sont plates ; voir Algèbre, Lemme 05UT.

Remarque

En fait, on peut obtenir mieux que dans le Lemme 06Y4. On peut trouver un quasi-isomorphisme \(P^\bullet \to M^\bullet\), où \(P^\bullet\) est un complexe de \(R\)-modules muni d’une filtration \[0 = F_{-1}P^\bullet \subset F_0P^\bullet \subset F_1P^\bullet \subset \ldots \subset P^\bullet\] par des sous-complexes tels que

  1. \(P^\bullet = \bigcup F_pP^\bullet\) ;

  2. les inclusions \(F_iP^\bullet \to F_{i + 1}P^\bullet\) sont des injections scindées terme à terme ;

  3. les quotients \(F_{i + 1}P^\bullet/F_iP^\bullet\) sont isomorphes à des sommes directes de décalés \(R[k]\) (comme complexes, leurs différentielles sont donc nulles).

Cela sera démontré dans Algèbre différentielle graduée, Lemme 09KP (on peut aussi raisonner comme dans la démonstration du Lemme 0H7X). De plus, étant donné un tel complexe, on obtient un triangle distingué \[\bigoplus F_iP^\bullet \to \bigoplus F_iP^\bullet \to M^\bullet \to \bigoplus F_iP^\bullet[1]\] dans \(D(R)\). Cela permet parfois de ramener des énoncés sur des complexes quelconques à des énoncés sur \(R[k]\) (cela ne fonctionne, bien entendu, que si l’énoncé est préservé par sommes directes). Plus précisément, soit \(T\) une propriété des objets de \(D(R)\). Supposons que

  1. si \(K_i \in D(R)\), \(i \in I\), est une famille d’objets telle que \(T(K_i)\) pour tout \(i \in I\), alors \(T(\bigoplus K_i)\) ;

  2. si \(K \to L \to M \to K[1]\) est un triangle distingué et si \(T\) vaut pour deux de ses objets, alors \(T\) vaut pour le troisième ;

  3. \(T(R[k])\) vaut pour tout \(k\).

Alors \(T\) vaut pour tout objet de \(D(R)\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(\alpha : P^\bullet \to Q^\bullet\) un quasi-isomorphisme de complexes K-plats de \(R\)-modules. Pour tout complexe \(L^\bullet\) de \(R\)-modules, le morphisme induit \[\text{Tot}(\text{id}_L \otimes \alpha) : \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R P^\bullet) \longrightarrow \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R Q^\bullet)\] est un quasi-isomorphisme.

Démonstration

Choisissons un quasi-isomorphisme \(K^\bullet \to L^\bullet\) où \(K^\bullet\) est K-plat ; voir le Lemme 06Y4. Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R P^\bullet) \ar[r] \ar[d] & \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R Q^\bullet) \ar[d] \\ \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R P^\bullet) \ar[r] & \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R Q^\bullet) }\] Le résultat en découle car, d’après le Lemme 06Y0, les flèches verticales et la flèche horizontale supérieure sont des quasi-isomorphismes.

Soit \(R\) un anneau et soit \(M^\bullet\) un objet de \(D(R)\). Choisissons une résolution K-plate \(K^\bullet \to M^\bullet\) ; voir le Lemme 06Y4. D’après les Lemmes 064I et 064J, on obtient un foncteur exact de catégories triangulées \[K(R) \longrightarrow K(R), \quad L^\bullet \longmapsto \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R K^\bullet)\] D’après le Lemme 06Y0, ce foncteur induit un foncteur \(D(R) \to D(R)\), puisque \(D(R)\) est la localisation de \(K(R)\) par les quasi-isomorphismes. Comme la catégorie des résolutions \(K\)-plates de \(M^\bullet\) est cofiltrante et en vertu du Lemme 064L, le foncteur obtenu, à isomorphisme près, ne dépend pas du choix de \(K^\bullet\).

Définition

Soit \(R\) un anneau et soit \(M^\bullet\) un objet de \(D(R)\). Le produit tensoriel dérivé \[- \otimes_R^{\mathbf{L}} M^\bullet : D(R) \longrightarrow D(R)\] est le foncteur exact de catégories triangulées décrit ci-dessus.

Ce foncteur prolonge le foncteur (064G). Nos constructions explicites montrent qu’il existe un isomorphisme (qui fait intervenir un choix de signes ; voir ci-dessous) \[M^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} L^\bullet \cong L^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} M^\bullet\] dès que \(L^\bullet\) et \(M^\bullet\) appartiennent à \(D(R)\). Ainsi, lorsque nous écrivons \(M^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} L^\bullet\), nous ne préciserons généralement pas la variable par rapport à laquelle le produit tensoriel dérivé est défini.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soient \(K^\bullet, L^\bullet\) des complexes de \(R\)-modules. Il existe un isomorphisme canonique \[K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} L^\bullet \longrightarrow L^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} K^\bullet\] fonctoriel en les deux complexes, qui utilise le signe \((-1)^{pq}\) pour le morphisme \(K^p \otimes_R L^q \to L^q \otimes_R K^p\) (voir l’explication dans la démonstration).

Démonstration

On peut, et l’on va, remplacer les complexes par des complexes K-plats \(K^\bullet\) et \(L^\bullet\), puis utiliser la contrainte de commutativité étudiée dans la section 0GWN.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soient \(K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet\) des complexes de \(R\)-modules. Il existe un isomorphisme canonique \[(K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} L^\bullet) \otimes_R^\mathbf{L} M^\bullet = K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} (L^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} M^\bullet)\] fonctoriel en les trois complexes.

Démonstration

On remplace les complexes par des complexes K-plats et l’on utilise la contrainte d’associativité de la section 0GWN.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(a : K^\bullet \to L^\bullet\) un morphisme de complexes de \(R\)-modules. Si \(K^\bullet\) est K-plat, il existe un complexe \(N^\bullet\) et des morphismes de complexes \(b : K^\bullet \to N^\bullet\) et \(c : N^\bullet \to L^\bullet\) tels que

  1. \(N^\bullet\) est K-plat ;

  2. \(c\) est un quasi-isomorphisme ;

  3. \(a\) est homotope à \(c \circ b\).

Si les termes de \(K^\bullet\) sont plats, on peut choisir \(N^\bullet\), \(b\) et \(c\) de sorte que les termes de \(N^\bullet\) le soient également.

Démonstration

Nous utiliserons le fait que la catégorie d’homotopie \(K(R)\) est une catégorie triangulée ; voir Catégories dérivées, Proposition 014S. Choisissons un triangle distingué \(K^\bullet \to L^\bullet \to C^\bullet \to K^\bullet[1]\). Choisissons un quasi-isomorphisme \(M^\bullet \to C^\bullet\), où \(M^\bullet\) est K-plat à termes plats ; voir le Lemme 06Y4. D’après les axiomes des catégories triangulées, on peut insérer la composée \(M^\bullet \to C^\bullet \to K^\bullet[1]\) dans un triangle distingué \(K^\bullet \to N^\bullet \to M^\bullet \to K^\bullet[1]\). D’après le Lemme 06Y2, \(N^\bullet\) est K-plat. En utilisant de nouveau les axiomes des catégories triangulées, on peut choisir un morphisme \(N^\bullet \to L^\bullet\) qui s’insère dans le morphisme suivant de triangles distingués \[\xymatrix{ K^\bullet \ar[r] \ar[d] & N^\bullet \ar[r] \ar[d] & M^\bullet \ar[r] \ar[d] & K^\bullet[1] \ar[d] \\ K^\bullet \ar[r] & L^\bullet \ar[r] & C^\bullet \ar[r] & K^\bullet[1] }\] Comme deux des trois flèches sont des quasi-isomorphismes, la troisième \(N^\bullet \to L^\bullet\) l’est aussi, d’après les suites exactes longues de cohomologie associées à ces triangles distingués (on peut aussi considérer l’image de ce diagramme dans \(D(R)\) et utiliser Catégories dérivées, Lemme 014A). Cela achève la démonstration de (1), (2) et (3). Pour démontrer la dernière assertion, on peut choisir \(N^\bullet\) de sorte que \(N^n \cong M^n \oplus K^n\) ; voir Catégories dérivées, Lemme 0G6C. On obtient donc la platitude voulue si les termes de \(K^\bullet\) sont plats.

Changement d’anneaux dérivé

Soit \(R \to A\) un homomorphisme d’anneaux et soit \(N^\bullet\) un complexe de \(A\)-modules. On peut aussi employer des résolutions K-plates pour définir un foncteur \[- \otimes_R^{\mathbf{L}} N^\bullet : D(R) \to D(A)\] comme foncteur dérivé à gauche du foncteur \(K(R) \to K(A)\), \(M^\bullet \mapsto \text{Tot}(M^\bullet \otimes_R N^\bullet)\). En particulier, en prenant \(N^\bullet = A[0]\), on obtient un foncteur de changement de base dérivé \[- \otimes_R^{\mathbf{L}} A : D(R) \to D(A)\] qui prolonge le foncteur (064H). En effet, pour tout complexe de \(R\)-modules \(M^\bullet\), on peut choisir une résolution K-plate \(K^\bullet \to M^\bullet\) et poser \[M^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} N^\bullet = \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R N^\bullet).\] Les Lemmes 06Y4 et 064L montrent que cette définition est bien posée. Pour régler tous les détails, il est toutefois peut-être plus commode de faire appel à une théorie générale.

Lemme

La construction ci-dessus est indépendante des choix et définit un foncteur exact de catégories triangulées \(- \otimes_R^\mathbf{L} N^\bullet : D(R) \to D(A)\). Il existe un isomorphisme fonctoriel \[E^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} N^\bullet = (E^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} A) \otimes_A^\mathbf{L} N^\bullet\] pour \(E^\bullet\) dans \(D(R)\).

Démonstration

Pour démontrer l’existence du foncteur dérivé \(- \otimes_R^\mathbf{L} N^\bullet\), on utilise la théorie générale développée dans Catégories dérivées, section 05S7. Posons \(\mathcal{D} = K(R)\) et \(\mathcal{D}' = D(A)\). Notons \(F : \mathcal{D} \to \mathcal{D}'\) le foncteur exact de catégories triangulées défini par \(F(M^\bullet) = \text{Tot}(M^\bullet \otimes_R N^\bullet)\). Les propriétés annoncées de \(F\) résultent des Lemmes 064I et 064J. Soit \(S\) l’ensemble des quasi-isomorphismes de \(\mathcal{D} = K(R)\). On est alors dans la situation de Catégories dérivées, Situation 05S8, de sorte que Catégories dérivées, Définition 05S9 s’applique. Nous affirmons que \(LF\) est défini partout. Cela résulte de Catégories dérivées, Lemme 06XN, en prenant pour \(\mathcal{P} \subset \Ob(\mathcal{D})\) la classe des complexes K-plats : (1) découle du Lemme 06Y4 et (2) du Lemme 064L. On obtient ainsi un foncteur dérivé \[LF : D(R) = S^{-1}\mathcal{D} \longrightarrow \mathcal{D}' = D(A)\] voir Catégories dérivées, Équation (05SW). Enfin, Catégories dérivées, Lemme 06XN, garantit que \(LF(K^\bullet) = F(K^\bullet) = \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R N^\bullet)\) lorsque \(K^\bullet\) est K-plat ; autrement dit, \(LF\) se calcule bien de la manière décrite ci-dessus. De plus, d’après le Lemme 06Y1, le complexe \(K^\bullet \otimes_R A\) est un complexe K-plat de \(A\)-modules. Ainsi \[(K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} A) \otimes_A^\mathbf{L} N^\bullet = \text{Tot}((K^\bullet \otimes_R A) \otimes_A N^\bullet) = \text{Tot}(K^\bullet \otimes_A N^\bullet) = K^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} N^\bullet\] ce qui démontre la dernière assertion du lemme.

Lemme

Soit \(R \to A\) un homomorphisme d’anneaux et soit \(f : L^\bullet \to N^\bullet\) un morphisme de complexes de \(A\)-modules. Alors \(f\) induit une transformation de foncteurs \[1 \otimes f : - \otimes_A^\mathbf{L} L^\bullet \longrightarrow - \otimes_A^\mathbf{L} N^\bullet\] Si \(f\) est un quasi-isomorphisme, alors \(1 \otimes f\) est un isomorphisme de foncteurs.

Démonstration

Comme les foncteurs se calculent en les évaluant sur les complexes K-plats \(K^\bullet\), il suffit d’utiliser la fonctorialité de \[\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet) \to \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R N^\bullet)\] pour définir la transformation. La dernière assertion résulte du Lemme 06Y0.

Lemme

Soit \(R \to A\) un homomorphisme d’anneaux. Le foncteur \(D(R) \to D(A)\), \(E \mapsto E \otimes_R^\mathbf{L} A\) du Lemme 06Y6 est adjoint à gauche du foncteur de restriction \(D(A) \to D(R)\).

Démonstration

Cela résulte de Catégories dérivées, Lemme 0FND, et du fait que \(- \otimes_R A\) et la restriction sont adjoints d’après Algèbre, Lemme 05DQ.

Remarque

Soit \(R \to A\) un homomorphisme d’anneaux, et soient \(N\) et \(N'\) des \(A\)-modules. Notons \(N_R\) et \(N'_R\) les restrictions de \(N\) et \(N'\) aux \(R\)-modules ; voir Algèbre, section 05G3. Dans cette situation, les objets \(N_R \otimes_R^\mathbf{L} N'\) et \(N \otimes_R^\mathbf{L} N'_R\) de \(D(A)\) ne sont en général pas isomorphes ! Il faut donc faire très attention au membre dont provient la structure de \(A\)-module.

Pour un exemple explicite, posons \(R = k[x, y]\), \(A = R/(xy)\), \(N = R/(x)\) et \(N' = A = R/(xy)\). La résolution \(0 \to R \xrightarrow{xy} R \to N'_R \to 0\) montre que \(N \otimes_R^\mathbf{L} N'_R = N[1] \oplus N\) dans \(D(A)\). La résolution \(0 \to R \xrightarrow{x} R \to N_R \to 0\) montre que \(N_R \otimes_R^\mathbf{L} N'\) est représenté par le complexe \(A \xrightarrow{x} A\). Pour voir que ces deux complexes ne sont pas isomorphes, on peut montrer que le second n’est pas isomorphe dans \(D(A)\) à la somme directe de ses groupes de cohomologie ; on peut aussi montrer que le premier n’est pas un objet parfait de \(D(A)\), tandis que le second l’est. Certains détails sont omis.

Lemme

Soient \(A \to B \to C\) des homomorphismes d’anneaux, \(N^\bullet\) un complexe de \(B\)-modules et \(K^\bullet\) un complexe de \(C\)-modules. La composée des foncteurs \[D(A) \xrightarrow{- \otimes_A^\mathbf{L} N^\bullet} D(B) \xrightarrow{- \otimes_B^\mathbf{L} K^\bullet} D(C)\] est le foncteur \(- \otimes_A^\mathbf{L} (N^\bullet \otimes_B^\mathbf{L} K^\bullet) : D(A) \to D(C)\). Si \(M\), \(N\), \(K\) sont respectivement des modules sur \(A\), \(B\), \(C\), alors on a \[(M \otimes_A^\mathbf{L} N) \otimes_B^\mathbf{L} K = M \otimes_A^\mathbf{L} (N \otimes_B^\mathbf{L} K) = (M \otimes_A^\mathbf{L} C) \otimes_C^\mathbf{L} (N \otimes_B^\mathbf{L} K)\] dans \(D(C)\). On a aussi un isomorphisme canonique \[(M \otimes_A^\mathbf{L} N) \otimes_B^\mathbf{L} K \longrightarrow (M \otimes_A^\mathbf{L} K) \otimes_C^\mathbf{L} (N \otimes_B^\mathbf{L} C)\] avec des signes. Des résultats analogues valent pour les complexes.

Démonstration

Choisissons un complexe K-plat \(P^\bullet\) de \(B\)-modules et un quasi-isomorphisme \(P^\bullet \to N^\bullet\) (Lemme 06Y4). Soit \(M^\bullet\) un complexe K-plat de \(A\)-modules représentant un objet quelconque de \(D(A)\). Alors \[(M^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} P^\bullet) \otimes_B^\mathbf{L} K^\bullet \longrightarrow (M^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} N^\bullet) \otimes_B^\mathbf{L} K^\bullet\] est un isomorphisme d’après le Lemme 0BYK, appliqué à ce qui se trouve entre parenthèses. D’après les Lemmes 06Y1 et 0795, le complexe \[\text{Tot}(M^\bullet \otimes_A P^\bullet) = \text{Tot}((M^\bullet \otimes_R A) \otimes_A P^\bullet\] est K-plat comme complexe de \(B\)-modules et représente, par construction, le produit tensoriel dérivé dans \(D(B)\). Par conséquent, \((M^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} P^\bullet) \otimes_B^\mathbf{L} K^\bullet\) est représenté par le complexe \[\text{Tot}(\text{Tot}(M^\bullet \otimes_A P^\bullet)\otimes_B K^\bullet) = \text{Tot}(M^\bullet \otimes_A \text{Tot}(P^\bullet \otimes_B K^\bullet))\] de \(C\)-modules. L’égalité résulte de Homologie, Remarque 08BI. En remontant les étapes précédentes, on voit que ceci est égal à \[M^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} (P^\bullet \otimes_B^\mathbf{L} K^\bullet) \longleftarrow M^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} (N^\bullet \otimes_B^\mathbf{L} K^\bullet)\] La flèche est un isomorphisme par définition du foncteur \(-\otimes_B^\mathbf{L} K^\bullet\). Toutes ces constructions sont fonctorielles en \(M^\bullet\) ; on obtient donc l’isomorphisme de foncteurs annoncé.

D’après ce qui précède, on a la première égalité dans \[(M \otimes_A^\mathbf{L} N) \otimes_B^\mathbf{L} K = M \otimes_A^\mathbf{L} (N \otimes_B^\mathbf{L} K) = (M \otimes_A^\mathbf{L} C) \otimes_C^\mathbf{L} (N \otimes_B^\mathbf{L} K)\] La seconde égalité résulte de la dernière assertion du Lemme 06Y6. De même, on peut écrire \(N \otimes_B^\mathbf{L} K = (N \otimes_B^\mathbf{L} C) \otimes_C^\mathbf{L} K\) et, en substituant, on obtient \[\begin{align*} (M \otimes_A^\mathbf{L} N) \otimes_B^\mathbf{L} K & = (M \otimes_A^\mathbf{L} C) \otimes_C^\mathbf{L} ((N \otimes_B^\mathbf{L} C) \otimes_C^\mathbf{L} K) \\ & = (M \otimes_A^\mathbf{L} C) \otimes_C^\mathbf{L} (K \otimes_C^\mathbf{L} (N \otimes_B^\mathbf{L} C)) \\ & = ((M \otimes_A^\mathbf{L} C) \otimes_C^\mathbf{L} K) \otimes_C^\mathbf{L} (N \otimes_B^\mathbf{L} C)) \\ & = (M \otimes_C^\mathbf{L} K) \otimes_C^\mathbf{L} (N \otimes_B^\mathbf{L} C) \end{align*}\] d’après les Lemmes 0BYI et 0BYJ, ainsi que le lemme déjà cité.

Indépendance pour Tor

Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ A \ar[r] & A' \\ R \ar[r] \ar[u] & R' \ar[u] }\] d’anneaux. Étant donné un objet \(K\) de \(D(A)\), on peut considérer son changement de base dérivé \(K \otimes_A^\mathbf{L} A'\), qui est un objet de \(D(A')\). On peut aussi restreindre \(K\) en un objet de \(D(R)\) et considérer son changement de base dérivé en un objet de \(D(R')\), noté \(K \otimes_R^\mathbf{L} R'\). Nous affirmons qu’il existe un morphisme de comparaison fonctoriel [065Z]\[\begin{equation} K \otimes_R^{\mathbf{L}} R' \longrightarrow K \otimes_A^{\mathbf{L}} A' \end{equation}\] dans \(D(R')\). Pour construire ce morphisme, choisissons un complexe K-plat \(K^\bullet\) de \(A\)-modules représentant \(K\), puis un quasi-isomorphisme \(E^\bullet \to K^\bullet\) où \(E^\bullet\) est un complexe K-plat de \(R\)-modules. Le morphisme ci-dessus est \[K \otimes_R^{\mathbf{L}} R' = E^\bullet \otimes_R R' \longrightarrow K^\bullet \otimes_A A' = K \otimes_A^{\mathbf{L}} A'\] En général, ce morphisme n’a aucune raison d’être un isomorphisme.

On rencontre toutefois souvent le cas où le diagramme ci-dessus est un diagramme de « changement de base » d’anneaux, c’est-à-dire \(A' = A \otimes_R R'\). Alors, pour tout \(A\)-module \(M\), on a \(M \otimes_A A' = M \otimes_R R'\). Ainsi, \(- \otimes_R R'\) est égal à \(- \otimes_A A'\) comme foncteur \(\text{Mod}_A \to \text{Mod}_{A'}\). En général, cette égalité ne se prolonge pas aux produits tensoriels dérivés. Autrement dit, le morphisme de comparaison n’est pas un isomorphisme. Un exemple simple consiste à prendre \(R = k[x]\), \(A = R' = A' = k[x]/(x) = k\) et \(K^\bullet = A[0]\). Une condition nécessaire évidente est que \(\text{Tor}_p^R(A, R') = 0\) pour tout \(p > 0\).

Définition

Soit \(R\) un anneau et soient \(A\), \(B\) des \(R\)-algèbres. On dit que \(A\) et \(B\) sont Tor-indépendantes sur \(R\) si \(\text{Tor}_p^R(A, B) = 0\) pour tout \(p > 0\).

Lemme

Le morphisme de comparaison (065Z) est un isomorphisme si \(A' = A \otimes_R R'\) et si \(A\) et \(R'\) sont Tor-indépendantes sur \(R\).

Démonstration

Choisissons une résolution libre \(F^\bullet \to R'\) de \(R'\) comme \(R\)-module. Puisque \(A\) et \(R'\) sont Tor-indépendantes sur \(R\), on voit que \(F^\bullet \otimes_R A\) est, comme complexe de \(A\)-modules, une résolution libre de \(A'\) sur \(A\). D’après la construction générale du produit tensoriel dérivé donnée ci-dessus, on a \[K^\bullet \otimes_A A' \cong \text{Tot}(K^\bullet \otimes_A (F^\bullet \otimes_R A)) = \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R F^\bullet) \cong \text{Tot}(E^\bullet \otimes_R F^\bullet) \cong E^\bullet \otimes_R R'\] comme voulu.

Lemme

Considérons un diagramme commutatif d’anneaux \[\xymatrix{ A' & R' \ar[r] \ar[l] & B' \\ A \ar[u] & R \ar[l] \ar[u] \ar[r] & B \ar[u] }\] Supposons que \(R'\) soit plat sur \(R\), que \(A'\) soit plat sur \(A \otimes_R R'\) et que \(B'\) soit plat sur \(R' \otimes_R B\). Alors \[\text{Tor}_i^R(A, B) \otimes_{(A \otimes_R B)} (A' \otimes_{R'} B') = \text{Tor}_i^{R'}(A', B')\]

Démonstration

D’après Algèbre, section 00M7, il existe des morphismes canoniques \[\text{Tor}_i^R(A, B) \longrightarrow \text{Tor}_i^{R'}(A \otimes_R R', B \otimes_R R') \longrightarrow \text{Tor}_i^{R'}(A', B')\] Ils induisent un morphisme du membre de gauche vers le membre de droite de la formule du lemme.

Prenons une résolution libre \(F_\bullet \to A\) de \(A\) comme \(R\)-module. Alors \(F_\bullet \otimes_R R'\) est une résolution de \(A \otimes_R R'\). Par conséquent, \(\text{Tor}_i^{R'}(A \otimes_R R', B \otimes_R R')\) se calcule par \(F_\bullet \otimes_R B \otimes_R R'\). Puisque \(R'\) est plat sur \(R\), ceci calcule \(\text{Tor}_i^R(A, B) \otimes_R R'\). Ainsi, \(\text{Tor}_i^{R'}(A \otimes_R R', B \otimes_R R') = \text{Tor}_i^R(A, B) \otimes_R R'\) (on n’utilise ici que la platitude de \(R'\) sur \(R\)).

D’après le théorème de Lazard (Algèbre, Théorème 058G), on peut écrire \(A'\), resp. \(B'\), comme une colimite filtrante de modules libres de rang fini sur \(A \otimes_R R'\), resp. \(B \otimes_R R'\). Écrivons \(A' = \colim M_i\) et \(B' = \colim N_j\). Le résultat précédent donne \[\text{Tor}_i^{R'}(M_i, N_j) = \text{Tor}_i^R(A, B) \otimes_{A \otimes_R B} (M_i \otimes_{R'} N_j)\] comme on le vérifie en écrivant tout dans des bases. En passant à la colimite, on obtient le résultat du lemme.

Lemme

Soient \(R \to A\) et \(R \to B\) des homomorphismes d’anneaux. Soit \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux, et posons \(A' = A \otimes_R R'\) et \(B' = B \otimes_R R'\). Si \(A\) et \(B\) sont Tor-indépendantes sur \(R\) et si \(R \to R'\) est plat, alors \(A'\) et \(B'\) sont Tor-indépendantes sur \(R'\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement du Lemme 08HW et de la Définition 0660.

Lemme

Sous les hypothèses du Lemme 08HW, pour \(M \in D(A)\) il existe des isomorphismes canoniques \[H^i((M \otimes_A^\mathbf{L} A') \otimes_{R'}^\mathbf{L} B') = H^i(M \otimes_R^\mathbf{L} B) \otimes_{(A \otimes_R B)} (A' \otimes_{R'} B')\] de \(A' \otimes_{R'} B'\)-modules.

Démonstration

Précisons les deux membres de l’égalité. À gauche, on compose les foncteurs \(D(A) \to D(A') \to D(R') \to D(B')\) avec le foncteur \(H^i : D(B') \to \text{Mod}_{B'}\). Comme il existe un morphisme de \(A'\) vers les endomorphismes de l’objet \((M \otimes_A^\mathbf{L} A') \otimes_{R'}^\mathbf{L} B'\) dans \(D(B')\), le membre de gauche est bien un \(A' \otimes_{R'} B'\)-module. Le même raisonnement montre que \(H^i(M \otimes_R^\mathbf{L} B)\) possède une structure de \(A \otimes_R B\)-module.

Démontrons d’abord le résultat lorsque \(B' = R' \otimes_R B\). Choisissons alors une résolution \(F^\bullet \to B\) par des \(R\)-modules libres, ainsi qu’un complexe K-plat \(M^\bullet\) de \(A\)-modules représentant \(M\). Le membre de gauche est représenté par \[\begin{align*} H^i(\text{Tot}((M^\bullet \otimes_A A') \otimes_{R'} (R' \otimes_R F^\bullet))) & = H^i(\text{Tot}(M^\bullet \otimes_A A' \otimes_R F^\bullet)) \\ & = H^i(\text{Tot}(M^\bullet \otimes_R F^\bullet) \otimes_A A') \\ & = H^i(M \otimes_R^\mathbf{L} B) \otimes_A A' \end{align*}\] La dernière égalité vient de ce que \(A \to A'\) est plat. Le dernier module est celui voulu, car \(A' \otimes_{R'} B' = A' \otimes_R B\), puisque nous avons supposé \(B' = R' \otimes_R B\) dans ce paragraphe.

Passons au cas général. Supposons que \(B' \to B''\) soit un homomorphisme plat d’anneaux. On voit immédiatement que \[H^i((M \otimes_A^\mathbf{L} A') \otimes_{R'}^\mathbf{L} B'') = H^i((M \otimes_A^\mathbf{L} A') \otimes_{R'}^\mathbf{L} B') \otimes_{B'} B''\] et \[H^i(M \otimes_R^\mathbf{L} B) \otimes_{(A \otimes_R B)} (A' \otimes_{R'} B'') = \left( H^i(M \otimes_R^\mathbf{L} B) \otimes_{(A \otimes_R B)} (A' \otimes_{R'} B') \right) \otimes_{B'} B''\] Ainsi, le résultat pour \(B'\) implique celui pour \(B''\). Comme le paragraphe précédent a établi le résultat pour \(R' \otimes_R B\), le cas général en découle.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soient \(A\), \(B\) des \(R\)-algèbres. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A\) et \(B\) sont Tor-indépendantes sur \(R\) ;

  2. pour toute paire d’idéaux premiers \(\mathfrak p \subset A\) et \(\mathfrak q \subset B\) situés au-dessus du même idéal premier \(\mathfrak r \subset R\), les anneaux \(A_\mathfrak p\) et \(B_\mathfrak q\) sont Tor-indépendants sur \(R_\mathfrak r\) ;

  3. pour tout idéal premier \(\mathfrak s\) de \(A \otimes_R B\), le module \[\text{Tor}_i^R(A, B)_\mathfrak s = \text{Tor}_i^{R_\mathfrak r}(A_\mathfrak p, B_\mathfrak q)_\mathfrak s\] (où \(\mathfrak p = A \cap \mathfrak s\), \(\mathfrak q = B \cap \mathfrak s\) et \(\mathfrak r = R \cap \mathfrak s\)) est nul.

Démonstration

Soit \(\mathfrak s\) un idéal premier de \(A \otimes_R B\) comme en (3). L’égalité \[\text{Tor}_i^R(A, B)_\mathfrak s = \text{Tor}_i^{R_\mathfrak r}(A_\mathfrak p, B_\mathfrak q)_\mathfrak s\] où \(\mathfrak p = A \cap \mathfrak s\), \(\mathfrak q = B \cap \mathfrak s\) et \(\mathfrak r = R \cap \mathfrak s\), résulte du Lemme 08HW. Ainsi, (2) implique (3). Comme la nullité d’un module se vérifie après localisation aux idéaux premiers (Algèbre, Lemme 00HN), on en déduit que (3) implique (1). Pour (1) \(\Rightarrow\) (2), on utilise \[\text{Tor}_i^{R_\mathfrak r}(A_\mathfrak p, B_\mathfrak q) = \text{Tor}_i^R(A, B) \otimes_{(A \otimes_R B)} (A_\mathfrak p \otimes_{R_{\mathfrak r}} B_\mathfrak q)\] de nouveau d’après le Lemme 08HW.

Suites spectrales pour Tor

Dans cette section, nous rassemblons diverses suites spectrales qui apparaissent lorsqu’on considère les foncteurs Tor.

Exemple

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K_\bullet\) un complexe de chaînes de \(R\)-modules tel que \(K_n = 0\) pour \(n \ll 0\). Soit \(M\) un \(R\)-module. Choisissons une résolution \(P_\bullet \to M\) de \(M\) par des \(R\)-modules libres. On obtient un complexe double de chaînes \(K_\bullet \otimes_R P_\bullet\). En appliquant les résultats de Homologie, section 012X (en particulier Homologie, Lemme 0132), traduits dans le langage des complexes de chaînes, on trouve deux suites spectrales qui convergent vers \(H_*(K_\bullet \otimes_R^\mathbf{L} M)\). D’une part, une suite spectrale de page \(E_2\) \[(E_2)_{i, j} = \text{Tor}^R_j(H_i(K_\bullet), M) \Rightarrow H_{i + j}(K_\bullet \otimes^{\mathbf{L}}_R M)\] dont la différentielle \(d_2\) est donnée par les morphismes \(\text{Tor}^R_j(H_i(K_\bullet), M) \to \text{Tor}^R_{j - 2}(H_{i + 1}(K_\bullet), M)\). Et une autre suite spectrale de page \(E_1\) \[(E_1)_{i, j} = \text{Tor}^R_j(K_i, M) \Rightarrow H_{i + j}(K_\bullet \otimes^{\mathbf{L}}_R M)\] dont la différentielle \(d_1\) est donnée par les morphismes \(\text{Tor}^R_j(K_i, M) \to \text{Tor}^R_j(K_{i - 1}, M)\) induits par \(K_i \to K_{i - 1}\).

Exemple

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(R\)-module et soit \(N\) un \(S\)-module. Il existe alors une suite spectrale \[\text{Tor}^S_n(\text{Tor}^R_m(M, S), N) \Rightarrow \text{Tor}^R_{n + m}(M, N).\] Pour la construire, choisissons une résolution \(R\)-libre \(P^\bullet\) de \(M\). On a alors \[M \otimes_R^{\mathbf{L}} N = P^\bullet \otimes_R N = (P^\bullet \otimes_R S) \otimes_S N\] puis on applique la première suite spectrale de l’Exemple 061Z.

Exemple

Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ B \ar[r] & B' = B \otimes_A A' \\ A \ar[r] \ar[u] & A' \ar[u] }\] et des \(B\)-modules \(M, N\). Posons \(M' = M \otimes_A A' = M \otimes_B B'\) et \(N' = N \otimes_A A' = N \otimes_B B'\). Supposons que \(A \to B\) soit plat et que \(M\) et \(N\) soient plats sur \(A\). Il existe alors une suite spectrale \[\text{Tor}^A_i(\text{Tor}_j^B(M, N), A') \Rightarrow \text{Tor}^{B'}_{i + j}(M', N')\] En voici la raison. Choisissons une résolution libre \(F_\bullet \to M\) dans la catégorie des \(B\)-modules. Comme \(B\) et \(M\) sont plats sur \(A\), on voit que \(F_\bullet \otimes_A A'\) est une résolution \(B'\)-libre de \(M'\). Les groupes \(\text{Tor}^{B'}_n(M', N')\) se calculent donc par le complexe \[(F_\bullet \otimes_A A') \otimes_{B'} N' = (F_\bullet \otimes_B N) \otimes_A A' = (F_\bullet \otimes_B N) \otimes^{\mathbf{L}}_A A'\] la dernière égalité venant de ce que \(F_\bullet \otimes_B N\) est un complexe de \(A\)-modules plats, puisque \(N\) est plat sur \(A\). On obtient donc la suite spectrale en appliquant celle de l’Exemple 061Z.

Exemple

Soient \(K^\bullet, L^\bullet\) des objets de \(D^{-}(R)\). Il existe une suite spectrale \[E_2^{p, q} = H^p(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} H^q(L^\bullet)) \Rightarrow H^{p + q}(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} L^\bullet)\] et une autre suite spectrale \[E_2^{p, q} = H^p(H^q(K^\bullet) \otimes_R^{\mathbf{L}} L^\bullet) \Rightarrow H^{p + q}(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} L^\bullet)\] Les deux suites spectrales ont pour différentielle \(d_2^{p, q} : E_2^{p, q} \to E_2^{p + 2, q - 1}\). Après avoir remplacé \(K^\bullet\) et \(L^\bullet\) par des complexes bornés supérieurement d’objets projectifs, ce sont simplement les deux suites spectrales qui calculent la cohomologie de \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes L^\bullet)\) étudiées dans Homologie, section 012X.

Produits et Tor

L’exemple le plus simple de morphismes produits est la situation suivante. Supposons que \(K^\bullet, L^\bullet \in D(R)\). Il existe alors des morphismes [068H]\[\begin{equation} H^i(K^\bullet) \otimes_R H^j(L^\bullet) \longrightarrow H^{i + j}(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} L^\bullet) \end{equation}\] Pour les définir, on peut supposer que l’un des complexes \(K^\bullet, L^\bullet\) est un complexe K-plat de \(R\)-modules (par exemple un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules libres ou projectifs). Alors \(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} L^\bullet\) est représenté par le complexe \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet)\) ; voir la section 06XY (ou la section 064F). Supposons ensuite que \(\xi \in H^i(K^\bullet)\) et \(\zeta \in H^j(L^\bullet)\). Choisissons \(k \in \Ker(K^i \to K^{i + 1})\) et \(l \in \Ker(L^j \to L^{j + 1})\) représentant \(\xi\) et \(\zeta\). Posons \[\xi \cup \zeta = \text{classe de }k \otimes l\text{ dans } H^{i + j}(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet)).\] Cette définition a un sens, car la formule de la différentielle \(\text{d}\) sur le complexe total (voir Homologie, Définition 012Z) montre que \(k \otimes l\) est un cocycle. De plus, si \(k' = d_K(k'')\) pour un \(k'' \in K^{i - 1}\), alors \(k' \otimes l = \text{d}(k'' \otimes l)\), car \(l\) est un cocycle. De même, modifier le choix de \(l\) représentant \(\zeta\) ne change pas la classe de \(k \otimes l\). Il est tout aussi clair que \(\cup\) est bilinéaire ; à un élément quelconque de \(H^i(K^\bullet) \otimes_R H^j(L^\bullet)\), on associe donc \[\sum \xi_i \otimes \zeta_i \longmapsto \sum \xi_i \cup \zeta_i\] dans \(H^{i + j}(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet))\).

Soit \(R \to A\) un homomorphisme d’anneaux et soient \(K^\bullet, L^\bullet \in D(R)\). On a une identification canonique [068I]\[\begin{equation} (K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} A) \otimes_A^{\mathbf{L}} (L^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} A) = (K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} L^\bullet) \otimes_R^{\mathbf{L}} A \end{equation}\] dans \(D(A)\). Elle se construit comme suit. Choisissons d’abord des résolutions K-plates \(P^\bullet \to K^\bullet\) et \(Q^\bullet \to L^\bullet\) sur \(R\). Le membre de gauche est alors représenté par le complexe \(\text{Tot}((P^\bullet \otimes_R A) \otimes_A (Q^\bullet \otimes_R A))\) et le membre de droite par le complexe \(\text{Tot}(P^\bullet \otimes_R Q^\bullet) \otimes_R A\). Ces complexes sont canoniquement isomorphes. La construction précédente induit donc des produits \[\text{Tor}^R_n(K^\bullet, A) \otimes_A \text{Tor}^R_m(L^\bullet, A) \longrightarrow \text{Tor}_{n + m}^R(K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} L^\bullet, A)\] qui sont parfois utiles.

Soient \(M\), \(N\) des \(R\)-modules. À l’aide de la construction générale ci-dessus, du morphisme canonique \(M \otimes_R^\mathbf{L} N \to M \otimes_R N\) et de la fonctorialité de \(\text{Tor}\), on obtient des morphismes canoniques [068J]\[\begin{equation} \text{Tor}^R_n(M, A) \otimes_A \text{Tor}^R_m(N, A) \longrightarrow \text{Tor}_{n + m}^R(M \otimes_R N, A) \end{equation}\] Voici une construction directe à l’aide de résolutions projectives. Choisissons d’abord des résolutions projectives \[P_\bullet \to M, \quad Q_\bullet \to N, \quad T_\bullet \to M \otimes_R N\] sur \(R\). On a \(H_0(\text{Tot}(P_\bullet \otimes_R Q_\bullet)) = M \otimes_R N\) by exactitude à droite de \(\otimes_R\). Par conséquent, Catégories dérivées, Lemmes 0649 et 064A, garantissent l’existence et l’unicité d’un morphisme de complexes \(\mu : \text{Tot}(P_\bullet \otimes_R Q_\bullet) \to T_\bullet\) tel que \(H_0(\mu) = \text{id}_{M \otimes_R N}\). Il induit un morphisme canonique \[\begin{align*} (M \otimes_R^{\mathbf{L}} A) \otimes_A^{\mathbf{L}} (N \otimes_R^{\mathbf{L}} A) & = \text{Tot}((P_\bullet \otimes_R A) \otimes_A (Q_\bullet \otimes_R A)) \\ & = \text{Tot}(P_\bullet \otimes_R Q_\bullet) \otimes_R A \\ & \to T_\bullet \otimes_R A \\ & = (M \otimes_R N) \otimes_R^{\mathbf{L}} A \end{align*}\] dans \(D(A)\). Ainsi, les produits (068J) ci-dessus se construisent en utilisant (068H) sur \(A\) pour construire \[\text{Tor}^R_n(M, A) \otimes_A \text{Tor}^R_m(N, A) \to H^{-n-m}((M \otimes_R^{\mathbf{L}} A) \otimes_A^{\mathbf{L}} (N \otimes_R^{\mathbf{L}} A))\] puis en composant avec le morphisme affiché ci-dessus pour aboutir à \(\text{Tor}_{n + m}^R(M \otimes_R N, A)\).

Un cas particulier intéressant se présente lorsque \(M = N = B\), où \(B\) est une \(R\)-algèbre. On obtient alors des morphismes \[\text{Tor}_n^R(B, A) \otimes_A \text{Tor}_m^R(B, A) \longrightarrow \text{Tor}_{n + m}^R(B \otimes_R B, A) \longrightarrow \text{Tor}_{n + m}^R(B, A)\] la seconde flèche étant induite par le morphisme de multiplication \(B \otimes_R B \to B\) grâce à la fonctorialité de \(\text{Tor}\). Autrement dit, on obtient une structure de \(A\)-algèbre sur \(\text{Tor}^R_{\star}(B, A)\). Cette structure possède de nombreuses propriétés intéressantes (associativité, commutativité graduée, structure de \(B\)-algèbre, puissances divisées dans certains cas, etc.) que nous étudierons ailleurs (insérer ici une référence future).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(A, B, C\) des \(R\)-algèbres et soit \(B \to C\) un homomorphisme de \(R\)-algèbres. Alors le morphisme induit \[\text{Tor}^R_{\star}(B, A) \longrightarrow \text{Tor}^R_{\star}(C, A)\] est un homomorphisme de \(A\)-algèbres.

Démonstration

Omis. Indication : on peut le démontrer en déroulant les définitions et en écrivant explicitement tous les complexes.

Suite spectrale de Künneth

Soit \(R\) un anneau et soient \(K^\bullet\) et \(L^\bullet\) des complexes filtrés de \(R\)-modules (voir Homologie, Définition 012L ; nos filtrations sont décroissantes). Alors le complexe \[T^\bullet = \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet)\] possède aussi une filtration décroissante définie par la formule \[F^nT^\bullet = \Im\left( \bigoplus\nolimits_{i + j = n} \text{Tot}(F^iK^\bullet \otimes_R F^jL^\bullet) \to \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet) \right)\] Sous certaines hypothèses sur nos complexes filtrés, nous déterminerons la suite spectrale qui en résulte par la construction de Homologie, section 012K.

Supposons que chacun des modules \(K^n\), \(F^iK^n\), \(\text{gr}^iK^n\), \(L^m\), \(F^jL^m\) et \(\text{gr}^jL^m\) soit un \(R\)-module plat. Alors \(F^iK^n \otimes_R L^m\), \(K^n \otimes_R F^jL^m\) et \(F^iK^n \otimes_R F^jL^m\) sont des sous-modules de \(K^n \otimes_R L^m\). De même, \(\text{gr}^iK^n \otimes_R \text{gr}^jL^m\) est un sous-module de \(K^n/F^{i + 1}K^n \otimes_R L^m/F^{j + 1}L^m\). Considérons le morphisme \[F^nT^n \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i + j = n} \text{Tot}(K^\bullet / F^{i + 1}K^\bullet \otimes_R L^\bullet / F^{j + 1}L^\bullet)\] Nous laissons au lecteur le soin de montrer que l’on aboutit bien à la somme directe, et non au produit direct, en raison de notre définition de \(F^nT^\bullet\). Pour \(a + b = n\), la restriction de la flèche affichée au sous-complexe \(\text{Tot}(F^aK^\bullet \otimes_R F^bL^\bullet)\) de \(F^nT^\bullet\) est à valeurs dans le facteur direct correspondant à \(i = a\) et \(j = b\). De plus, par nos hypothèses de platitude, l’image est isomorphe à \(\text{Tot}(\text{gr}^iK^\bullet \otimes_R \text{gr}^jL^\bullet)\) et le noyau de \(\text{Tot}(F^iK^\bullet \otimes_R F^jL^\bullet) \to \text{Tot}(\text{gr}^iK^\bullet \otimes_R \text{gr}^jL^\bullet)\) est \(\text{Tot}(F^{i + 1}K^\bullet \otimes_R F^jL^\bullet) + \text{Tot}(F^iK^\bullet \otimes_R F^{j + 1}L^\bullet)\). Il en résulte, sous nos hypothèses, une suite exacte courte de complexes \[0 \to F^{n + 1}T^\bullet \to F^nT^\bullet \to \bigoplus\nolimits_{i + j = n} \text{Tot}(\text{gr}^iK^\bullet \otimes_R \text{gr}^jL^\bullet) \to 0\] Autrement dit, \(\text{gr}^nT^\bullet\) est une somme directe des complexes \(\text{Tot}(\text{gr}^iK^\bullet \otimes_R \text{gr}^jL^\bullet)\) pour \(i + j = n\).

Supposons en outre que les complexes de \(R\)-modules \(K^\bullet\), \(F^iK^\bullet\), \(\text{gr}^iK^\bullet\), \(L^\bullet\), \(F^jL^\bullet\) et \(\text{gr}^jL^\bullet\) soient K-plats. On en déduit que la suite spectrale de Homologie, section 012K, associée au complexe filtré \(T^\bullet\), a pour termes \[E_1^{p, q} = \bigoplus\nolimits_{i + j = p} H^{p + q}(\text{gr}^iK^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} \text{gr}^jL^\bullet)\] avec des différentielles induites par les suites exactes courtes \[0 \to \text{gr}^{n + 1}T^\bullet \to F^nT^\bullet/F^{n + 2}T^\bullet \to \text{gr}^nT^\bullet \to 0\] comme expliqué dans Homologie, Lemme 012N. En particulier, le lecteur peut vérifier que le facteur direct \(H^{p + q}(\text{gr}^iK^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} \text{gr}^jL^\bullet)\) de \(E_1^{p, q}\) s’envoie dans la somme \[H^{p + q + 1}(\text{gr}^{i + 1}K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} \text{gr}^jL^\bullet) \oplus H^{p + q + 1}(\text{gr}^iK^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} \text{gr}^{j + 1}L^\bullet)\] contenue dans \(E_1^{p + 1, q}\).

Lemme

Sous les hypothèses ci-dessus, supposons en outre que

  1. la filtration sur \(K^\bullet\) et celle sur \(L^\bullet\) soient finies ; ou que

  2. plus généralement, les conditions suivantes soient satisfaites :

    1. \(F^iK^\bullet\) est acyclique pour \(i \gg 0\) ;

    2. \(F^iK^\bullet \to K^\bullet\) est un quasi-isomorphisme pour \(i \ll 0\) ;

    3. \(F^jL^\bullet\) est acyclique pour \(j \gg 0\) ;

    4. \(F^jL^\bullet \to L^\bullet\) est un quasi-isomorphisme pour \(j \ll 0\).

Alors la suite spectrale est bornée, la filtration associée sur chaque \(H^n(T^\bullet) = H^n(K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} L^\bullet)\) est finie, et l’on a la convergence \[E_1^{p, q} = \bigoplus\nolimits_{i + j = p} H^{p + q}(\text{gr}^iK^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} \text{gr}^jL^\bullet) \Rightarrow H^n(K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} L^\bullet)\]

Démonstration

Dans le cas (1), la filtration sur \(T^\bullet\) est finie et le lemme résulte immédiatement de Homologie, Lemme 012W. Dans le cas (2), choisissons \(a < b\) tels que \(F^iK^\bullet\) et \(F^jL^\bullet\) soient acycliques pour \(i, j > b\), et que \(F^iK^\bullet \to K^\bullet\) et \(F^jL^\bullet \to L^\bullet\) soient des quasi-isomorphismes pour \(i, j < a\). Nous affirmons alors que \(F^nT^\bullet\) est acyclique pour \(n > 2b\) et que \(F^nT^\bullet \to T^\bullet\) est un quasi-isomorphisme pour \(n < 2a - 1\). Cette affirmation permet d’appliquer Homologie, Lemme 0BK5, et démontre donc le lemme.

Démontrons l’affirmation. Étant donnés \(n\) et des entiers \(i_1 \leq i_2\), considérons \[S^{n, i_1, i_2} = \Im\left( \bigoplus\nolimits_{i_1 \leq i \leq i_2} \text{Tot}(F^iK^\bullet \otimes_R F^{n - i}L^\bullet) \to \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet) \right)\] vu comme sous-complexe de \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet)\). Remarquons que \(F^nT^\bullet = \colim S^{n, i_1, i_2}\) est une colimite filtrante. Pour établir l’affirmation, il suffit donc de montrer que \(S^{n, i_1, i_2}\) est acyclique pour \(n > 2b\) et que \(S^{n, i_1, i_2} \to \text{Tot}(K^\bullet \otimes L^\bullet)\) est un quasi-isomorphisme pour \(n < 2a - 1\) et pour un ensemble cofinal de choix des paires \(i_1, i_2\).

Si \(i_1 = i_2 = i\) et \(n > 2b\), alors \[S^{n, i, i} = \text{Tot}(F^iK^\bullet \otimes_R F^{n - i}L^\bullet)\] est acyclique : soit \(i > b\) et ce complexe est acyclique parce que \(F^{n - i}L^\bullet\) est K-plat, soit \(i \leq b\), auquel cas \(n - i \geq n - b > b\) et il en va de même. À l’aide de nos hypothèses de platitude, le lecteur vérifie qu’il existe une suite exacte courte \[0 \to S^{n + 1, i_2 + 1, i_2 + 1} \to S^{n, i_1, i_2} \oplus S^{n, i_2 + 1, i_2 + 1} \to S^{n, i_1, i_2 + 1} \to 0\] de complexes. On voit donc, par récurrence sur \(i_2 - i_1\), que tous les complexes \(S^{n, i_1, i_2}\) sont acycliques pour \(n > 2b\).

Supposons \(n < 2a - 1\). Remarquons que \[S^{n, a - 1, a - 1} = \text{Tot}(F^{a - 1}K^\bullet \otimes_R F^{n - a + 1}L^\bullet) \to \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet)\] est un quasi-isomorphisme, car \(a - 1 < a\) et \(n - a + 1 < a\), et tous nos complexes sont K-plats ; les deux membres calculent donc le même objet de \(D(R)\). Remarquons que, pour \(i_2 \geq a - 1\) et \(n < 2a - 1\), le morphisme \[S^{n + 1, i_2 + 1, i_2 + 1} \to S^{n, i_2 + 1, i_2 + 1}\] est un quasi-isomorphisme, car ses deux membres sont quasi-isomorphes à \(\text{Tot}(F^{i_2 + 1}K^\bullet \otimes L^\bullet)\). En utilisant la suite exacte courte de complexes du paragraphe précédent, on en déduit que \(S^{n, a - 1, a - 1} \to S^{n, a - 1, t}\) est un quasi-isomorphisme pour tout \(t \geq a - 1\). D’autre part, on a de même des suites exactes courtes \[0 \to S^{n + 1, i_1, i_1} \to S^{n, i_1 - 1, i_1 - 1} \oplus S^{n, i_1, i_2} \to S^{n, i_1 - 1, i_2} \to 0\] de complexes. Comme ci-dessus, on remarque que, pour \(i_1 \leq a - 1\), le morphisme \[S^{n + 1, i_1, i_1} \to S^{n, i_1 - 1, i_1 - 1}\] est un quasi-isomorphisme, car ses deux membres sont quasi-isomorphes à \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes F^{n - i_1 + 1}L^\bullet)\). On en déduit que \(S^{n, s, t} \to S^{n, a - 1, t}\) est un quasi-isomorphisme pour tout \(s \leq a - 1\). En combinant ces résultats, on trouve que \(S^{n, s, t}\), pour \(s \leq a - 1\) et \(t \geq a - 1\), s’envoie par un quasi-isomorphisme vers \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet)\). Cela achève la démonstration du lemme.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(K^\bullet\) un complexe filtré. Il existe un morphisme \(f : P^\bullet \to K^\bullet\) de complexes filtrés tel que

  1. chacun des modules \(P^n\), \(F^iP^n\), \(\text{gr}^iP^n\) est un \(R\)-module libre ;

  2. les complexes de \(R\)-modules \(P^\bullet\), \(F^iP^\bullet\) et \(\text{gr}^iP^\bullet\) sont K-plats ;

  3. \(f\) induit des quasi-isomorphismes \(P^\bullet \to K^\bullet\), \(F^iP^\bullet \to F^iK^\bullet\) et \(\text{gr}^iP^\bullet \to \text{gr}^iK^\bullet\).

Démonstration

Disons qu’un complexe filtré \(L^\bullet\) est élémentaire si chacun des modules \(L^n\), \(F^iL^n\), \(\text{gr}^iL^n\) est un \(R\)-module libre et si toutes les différentielles sont nulles.

Il existe un complexe filtré élémentaire \(P_0^\bullet\) et un morphisme de complexes filtrés \(f_0 : P_0^\bullet \to K^\bullet\) tels que \(f_0\) et \(F^if_0\), \(i \in \mathbf{Z}\), soient surjectifs en cohomologie. Pour le voir, posons \[P_0^n = \bigoplus\nolimits_{z \in \Ker(d_K^n)} R \xi_z \oplus \bigoplus\nolimits_{j \in \mathbf{Z}} \bigoplus\nolimits_{z \in \Ker(d_{F^jK}^n)} R \xi_z\] avec différentielles nulles et le morphisme \(f_0\) défini par \(f_0(\xi_z) = z\). Pour la filtration, on pose \[F^iP_0^n = \bigoplus\nolimits_{j \geq i \in \mathbf{Z}} \bigoplus\nolimits_{z \in \Ker(d_{F^jK}^n)} R \xi_z\] Nous laissons au lecteur le soin de vérifier que l’on obtient ainsi le morphisme \(f_0 : P_0^\bullet \to K^\bullet\) annoncé.

Par récurrence sur \(m \geq 0\), nous allons construire des plongements \[P_0^\bullet \subset \ldots P_m^\bullet \subset P_{m + 1}^\bullet\] de complexes filtrés et des morphismes \(f_m : P_m^\bullet \to K^\bullet\) possédant les propriétés suivantes :

  1. le complexe filtré \(P_{m + 1}^\bullet / P_m^\bullet\) est élémentaire ;

  2. les noyaux de \(H^n(f_m)\) et de \(H^n(F^if_m)\) s’envoient sur zéro dans \(H^n(P_{m + 1}^\bullet)\) et \(H^n(F^iP_{m + 1}^\bullet)\) ;

  3. le morphisme \(f_{m + 1} : P_{m + 1}^\bullet \to K^\bullet\) prolonge \(f_m\).

Pour cela, posons \[\Omega_{n, m} = \Ker\left(\Ker(d^n_{P_m}) \to H^n(K^\bullet)\right), \text{ resp. } \Omega_{n, i, m} = \Ker\left(\Ker(d^n_{F^iP_m}) \to H^n(F^iK^\bullet)\right),\] Remarquons que \(\Omega_{n, m}\) se surjecte sur le noyau de \(H^n(f_m)\) et que \(\Omega_{n, i, m}\) se surjecte sur le noyau de \(H^n(F^if_n)\). Pour chaque \(z \in \Omega_{n, m}\), resp. \(z \in \Omega_{n, i, m}\), choisissons un \(y_z \in K^{n - 1}\), resp. \(y_z \in F^iK^{n - 1}\), tel que \(d_K(y_z) = f_m(z)\). Posons alors \[P^n_{m + 1} = P_m^n \oplus \bigoplus\nolimits_{z \in \Omega_{n + 1, m}} R \eta_z \oplus \bigoplus\nolimits_{j \in \mathbf{Z}} \bigoplus\nolimits_{z \in \Omega_{n + 1, j, m}} R \eta_z\] On pose \(d_{P_m}(\eta_z) = z\) et \(f_{m + 1}(\eta_z) = y_z\). Enfin, on pose \[F^iP_{m + 1}^n = F^iP_m^n \oplus \bigoplus\nolimits_{j \geq i} \bigoplus\nolimits_{z \in \Omega_{n + 1, j, m}} R \eta_z\] Nous laissons au lecteur le soin de vérifier que l’on obtient ainsi \(P_m^\bullet \subset P_{m + 1}^\bullet\) et \(f_{m + 1} : P_{m + 1}^\bullet \to K^\bullet\) comme annoncé.

Il suffit maintenant de prendre \[P^\bullet = \bigcup P_m^\bullet\] comme complexe filtré, muni du morphisme \(f : P^\bullet \to K^\bullet\) donné par \(\bigcup f_m\).

L’assertion (1) du lemme vaut parce que \(P^n\), comme module filtré, est isomorphe à la somme directe de \(P_0^n\) et des \(P_{m + 1}^n/P_m^n\) pour \(m \geq 0\). Un petit détail est omis.

Passons à l’assertion (3). Remarquons que \(H^n(P^\bullet) = \colim H^n(P_m^\bullet)\). Le morphisme \(f_0\) est surjectif en cohomologie ; il en va donc de même de chaque \(f_m\). Pour chaque \(m\), le plongement \(P_m^\bullet \subset P_{m + 1}^\bullet\) annule par construction le noyau de \(H^n(f_m)\). En combinant ces faits, le lecteur conclut aisément que \(H^n(f)\) est un isomorphisme. Il en va de même de \(H^n(F^if_n)\). Alors \(H^n(\text{gr}^if)\) est aussi nécessairement un isomorphisme, en vertu de la suite exacte courte \(0 \to F^{i + 1} \to F^i \to \text{gr}^i \to 0\) (de foncteurs sur la catégorie des complexes filtrés, par exemple). Un petit détail est omis.

Passons à l’assertion (2). Pour voir que \(P^\bullet\) est K-plat, il suffit, d’après le Lemme 06Y3, de montrer que \(P_m^\bullet\) est K-plat. D’après le Lemme 0BYH et par récurrence, il suffit de remarquer qu’un complexe à différentielles nulles et à termes libres est K-plat. Le même argument montre que \(F^iP^\bullet\) est K-plat pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). Enfin, \(\text{gr}^iP^\bullet\) est K-plat par une nouvelle application du Lemme 0BYH.

Proposition

Soit \(R\) un anneau et soient \(K^\bullet\) et \(L^\bullet\) des complexes filtrés de \(R\)-modules. Il existe alors un complexe filtré \(T^\bullet\) représentant \(K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} L^\bullet\) dans \(D(R)\), tel que la suite spectrale associée ait pour page \(E_1\) \[E_1^{p, q} = \bigoplus\nolimits_{i + j = p} H^{p + q}(\text{gr}^iK^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} \text{gr}^jL^\bullet)\] Si

  1. \(F^iK^\bullet\) est acyclique pour \(i \gg 0\) ;

  2. \(F^iK^\bullet \to K^\bullet\) est un quasi-isomorphisme pour \(i \ll 0\) ;

  3. \(F^jL^\bullet\) est acyclique pour \(j \gg 0\) ;

  4. \(F^jL^\bullet \to L^\bullet\) est un quasi-isomorphisme pour \(j \ll 0\).

alors la suite spectrale est bornée, la filtration associée sur chaque \(H^n(K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} L^\bullet)\) est finie et la suite spectrale converge.

Démonstration

Choisissons \(P^\bullet \to K^\bullet\) et \(Q^\bullet \to L^\bullet\) comme dans le Lemme 0H7X. On utilise alors la suite spectrale du complexe filtré \[T^\bullet = \text{Tot}(P^\bullet \otimes_R Q^\bullet)\] décrite dans cette section et dans le Lemme 0H7W.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soient \(K\) et \(L\) des objets de \(D^b(R)\). Il existe une suite spectrale bigraduée bornée \(\{E_r\}_{r \geq 2}\) telle que \[E_2^{p, q} = \bigoplus\nolimits_{i + j = q} \text{Tor}^R_{-p}(H^i(K), H^j(L))\] et dont \(d_r\) est de bidegré \((r, -r + 1)\), convergeant vers \(H^{p + q}(K \otimes_R^\mathbf{L} L)\).

Démonstration

Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules représentant \(K\) et soit \(L^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules représentant \(L\). Posons \(F^iK^\bullet = \tau_{\leq -i}K^\bullet\), et de même pour \(L\) ; voir Homologie, section 0118. Appliquons la Proposition 0H7Y en remarquant que \(\text{gr}^iK^\bullet = H^{-i}(K)[i]\). On obtient une suite spectrale bornée \(\{(E')_r\}_{r \geq 1}\) telle que \[(E')^{p, q}_1 = \bigoplus\nolimits_{i + j = p} \text{Tor}^R_{-2p - q}(H^{-i}(K), H^{-j}(L))\] qui converge vers la cohomologie de \(K \otimes_R^\mathbf{L} L\). Par construction, cette suite spectrale a pour différentielles \(d_r^{p, q} : (E')_r^{p, q} \to (E')_r^{p + r, q - r + 1}\) pour \(r \geq 1\). Pour obtenir la suite spectrale du lemme, on pose, pour \(r \geq 2\), \[E_r^{p, q} = (E')_{r - 1}^{-q, p + 2q}\] Nous laissons au lecteur le soin de vérifier que cela convient.

Exemple

Si \(R = \mathbf{Z}\) ou, plus généralement, si \(R\) est un anneau de Dedekind, alors \(\text{Tor}_i^R(M, N) = 0\) pour \(i \not \in \{0, 1\}\) et pour tous \(R\)-modules \(M\) et \(N\). La suite spectrale du Lemme 0H7Z dégénère donc en page \(E_2\), et l’on obtient des suites exactes courtes \[0 \to \bigoplus_{i + j = n} H^i(K) \otimes_R H^j(L) \to H^n(K \otimes_R^\mathbf{L} L) \to \bigoplus_{i + j = n + 1} \text{Tor}^R_1(H^i(K), H^j(L)) \to 0\] pour tout \(n \in \mathbf{Z}\).

Modules pseudo-cohérents, I

Supposons que \(R\) soit un anneau. Rappelons qu’un \(R\)-module \(M\) est de type fini s’il existe une surjection \(R^{\oplus a} \to M\), et de présentation finie s’il existe une présentation \(R^{\oplus a_1} \to R^{\oplus a_0} \to M \to 0\). De même, on peut considérer les \(R\)-modules qui possèdent une résolution de longueur \(n\) [064P]\[\begin{equation} R^{\oplus a_n} \to R^{\oplus a_{n - 1}} \to \ldots \to R^{\oplus a_0} \to M \to 0 \end{equation}\] par des \(R\)-modules libres de rang fini. Un module est dit pseudo-cohérent si l’on peut trouver une telle résolution pour tout \(n\). Voici la définition formelle.

Définition

Soit \(R\) un anneau. Notons \(D(R)\) sa catégorie dérivée. Soit \(m \in \mathbf{Z}\).

  1. Un objet \(K^\bullet\) de \(D(R)\) est \(m\)-pseudo-cohérent s’il existe un complexe borné \(E^\bullet\) de \(R\)-modules libres de rang fini et un morphisme \(\alpha : E^\bullet \to K^\bullet\) tel que \(H^i(\alpha)\) soit un isomorphisme pour \(i > m\) et que \(H^m(\alpha)\) soit surjectif.

  2. Un objet \(K^\bullet\) de \(D(R)\) est pseudo-cohérent s’il est quasi-isomorphe à un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules libres de rang fini.

  3. Un \(R\)-module \(M\) est dit \(m\)-pseudo-cohérent si \(M[0]\) est un objet \(m\)-pseudo-cohérent de \(D(R)\).

  4. Un \(R\)-module \(M\) est dit pseudo-cohérent8 si \(M[0]\) est un objet pseudo-cohérent de \(D(R)\).

Comme d’habitude, nous appliquons aussi cette terminologie aux complexes de \(R\)-modules. Puisque tout morphisme \(E^\bullet \to K^\bullet\) dans \(D(R)\) est représenté par un véritable morphisme de complexes, voir Catégories dérivées, Lemme 064B, il n’y a aucune ambiguïté. Il se trouve que \(K^\bullet\) est pseudo-cohérent si et seulement si \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent pour tout \(m \in \mathbf{Z}\) ; voir le Lemme 064U. De plus, si l’anneau est noethérien, la condition s’interprète comme une condition de type fini sur la cohomologie ; voir le Lemme 066E. Commençons par relier ceci à la discussion informelle ci-dessus.

Lemme

Soit \(R\) un anneau, soit \(m \in \mathbf{Z}\) et soit \((K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet, f, g, h)\) un triangle distingué de \(D(R)\).

  1. Si \(K^\bullet\) est \((m + 1)\)-pseudo-cohérent et si \(L^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent, alors \(M^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent.

  2. Si \(K^\bullet, M^\bullet\) sont \(m\)-pseudo-cohérents, alors \(L^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent.

  3. Si \(L^\bullet\) est \((m + 1)\)-pseudo-cohérent et si \(M^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent, alors \(K^\bullet\) est \((m + 1)\)-pseudo-cohérent.

Démonstration

Démontrons (1). Choisissons \(\alpha : P^\bullet \to K^\bullet\), où \(P^\bullet\) est un complexe borné de modules libres de rang fini, tel que \(H^i(\alpha)\) soit un isomorphisme pour \(i > m + 1\) et soit surjectif pour \(i = m + 1\). On peut remplacer \(P^\bullet\) par \(\sigma_{\geq m + 1}P^\bullet\) et donc supposer que \(P^i = 0\) pour \(i < m + 1\). Choisissons \(\beta : E^\bullet \to L^\bullet\), où \(E^\bullet\) est un complexe borné de modules libres de rang fini, tel que \(H^i(\beta)\) soit un isomorphisme pour \(i > m\) et soit surjectif pour \(i = m\). D’après Catégories dérivées, Lemme 064E, on peut trouver un morphisme \(\gamma : P^\bullet \to E^\bullet\) tel que le diagramme \[\xymatrix{ K^\bullet \ar[r] & L^\bullet \\ P^\bullet \ar[u] \ar[r]^\gamma & E^\bullet \ar[u]_\beta }\] soit commutatif dans \(D(R)\). Le cône \(C(\gamma)^\bullet\) est un complexe borné de \(R\)-modules libres de rang fini, et la commutativité du diagramme implique qu’il existe un morphisme de triangles distingués \[(P^\bullet, E^\bullet, C(\gamma)^\bullet) \longrightarrow (K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet).\] Le morphisme induit sur les suites exactes longues de cohomologie, ainsi que Homologie, Lemmes 05QA et 05QB, montrent que \(C(\gamma)^\bullet \to M^\bullet\) induit un isomorphisme en cohomologie aux degrés \(> m\) et une surjection au degré \(m\). Ainsi, \(M^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent.

Les assertions (2) et (3) résultent de (1) par rotation du triangle distingué.

Lemme

Soit \(R\) un anneau, soit \(K^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules et soit \(m \in \mathbf{Z}\).

  1. Si \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent et si \(H^i(K^\bullet) = 0\) pour \(i > m\), alors \(H^m(K^\bullet)\) est un \(R\)-module de type fini.

  2. Si \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent et si \(H^i(K^\bullet) = 0\) pour \(i > m + 1\), alors \(H^{m + 1}(K^\bullet)\) est un \(R\)-module de présentation finie.

Démonstration

Démontrons (1). Choisissons un complexe borné \(E^\bullet\) de \(R\)-modules projectifs de type fini et un morphisme \(\alpha : E^\bullet \to K^\bullet\) qui induit un isomorphisme en cohomologie aux degrés \(> m\) et une surjection au degré \(m\). Il suffit manifestement de démontrer le résultat pour \(E^\bullet\). Soit \(n\) le plus grand entier tel que \(E^n \not = 0\). Si \(n = m\), le résultat est clair. Si \(n > m\), alors \(E^{n - 1} \to E^n\) est surjectif puisque \(H^n(E^\bullet) = 0\). Comme \(E^n\) est projectif de type fini, on a \(E^{n - 1} = E' \oplus E^n\). Il suffit donc de démontrer le résultat pour le complexe \((E')^\bullet\), qui est identique à \(E^\bullet\) sauf qu’il vaut \(E'\) au degré \(n - 1\) et \(0\) au degré \(n\). On conclut par récurrence sur \(n\).

Démontrons (2). Choisissons un complexe borné \(E^\bullet\) de \(R\)-modules projectifs de type fini et un morphisme \(\alpha : E^\bullet \to K^\bullet\) qui induit un isomorphisme en cohomologie aux degrés \(> m\) et une surjection au degré \(m\). Comme dans la démonstration de (1), on se ramène au cas où \(E^i = 0\) pour \(i > m + 1\). Alors \(H^{m + 1}(K^\bullet) \cong H^{m + 1}(E^\bullet) = \Coker(E^m \to E^{m + 1})\) qui est de présentation finie.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(M\) un \(R\)-module. Alors

  1. \(M\) est \(0\)-pseudo-cohérent si et seulement si \(M\) est un \(R\)-module de type fini ;

  2. \(M\) est \((-1)\)-pseudo-cohérent si et seulement si \(M\) est un \(R\)-module de présentation finie ;

  3. \(M\) est \((-d)\)-pseudo-cohérent si et seulement s’il existe une résolution \[R^{\oplus a_d} \to R^{\oplus a_{d - 1}} \to \ldots \to R^{\oplus a_0} \to M \to 0\] de longueur \(d\) ;

  4. \(M\) est pseudo-cohérent si et seulement s’il existe une résolution infinie \[\ldots \to R^{\oplus a_1} \to R^{\oplus a_0} \to M \to 0\] par des \(R\)-modules libres de rang fini.

Démonstration

Si \(M\) est de type fini (resp. de présentation finie), alors \(M\) est \(0\)-pseudo-cohérent (resp. \((-1)\)-pseudo-cohérent), d’après la discussion qui précède la Définition 064Q. Réciproquement, si \(M\) est \(0\)-pseudo-cohérent, alors \(M = H^0(M[0])\) est de type fini d’après le Lemme 064S. Si \(M\) est \((-1)\)-pseudo-cohérent, il est \(0\)-pseudo-cohérent, donc de type fini. Choisissons une surjection \(R^{\oplus a} \to M\) et notons \(K = \Ker(R^{\oplus a} \to M)\). D’après le Lemme 064R, \(K\) est \(0\)-pseudo-cohérent, donc de type fini, et \(M\) est ainsi de présentation finie.

Les troisième et quatrième assertions se démontrent par récurrence, avec un argument analogue à celui qui précède (détails omis).

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(K^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K^\bullet\) est pseudo-cohérent ;

  2. \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent pour tout \(m \in \mathbf{Z}\) ;

  3. \(K^\bullet\) est quasi-isomorphe à un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules projectifs de type fini.

Si (1), (2) et (3) sont satisfaites et si \(H^i(K^\bullet) = 0\) pour \(i > b\), alors il existe un quasi-isomorphisme \(F^\bullet \to K^\bullet\) où les \(F^i\) sont des \(R\)-modules libres de rang fini et \(F^i = 0\) pour \(i > b\).

Démonstration

On voit que (1) \(\Rightarrow\) (3), puisqu’un module libre de rang fini est un \(R\)-module projectif de type fini. Réciproquement, supposons que \(P^\bullet\) soit un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules projectifs de type fini. Écrivons \(P^i = 0\) pour \(i > n_0\). Choisissons une décomposition en somme directe \(F^{n_0} = P^{n_0} \oplus C^{n_0}\), où \(F^{n_0}\) est un \(R\)-module libre de rang fini, puis, par récurrence, \[F^{n - 1} = P^{n - 1} \oplus C^n \oplus C^{n - 1}\] pour \(n \leq n_0\), avec \(F^{n_0}\) un \(R\)-module libre de rang fini. Le complexe \(F^\bullet\) a des morphismes \(F^{n - 1} \to F^n\) qui coïncident avec \(P^{n - 1} \to P^n\), induisent l’identité \(C^n \to C^n\) et sont nuls sur \(C^{n - 1}\). Le morphisme \(F^\bullet \to P^\bullet\) est un quasi-isomorphisme (même une équivalence d’homotopie), donc (3) implique (1).

Supposons (1). Soit \(E^\bullet\) un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules libres de rang fini et soit \(E^\bullet \to K^\bullet\) un quasi-isomorphisme. Les morphismes induits \(\sigma_{\geq m}E^\bullet \to K^\bullet\), de la troncation bête de \(E^\bullet\) vers \(K^\bullet\), montrent que \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent. Ainsi, (1) implique (2).

Supposons (2). Puisque \(K^\bullet\) est \(0\)-pseudo-cohérent, \(K^\bullet\) est en particulier borné supérieurement. Soit \(b\) un entier tel que \(H^i(K^\bullet) = 0\) pour \(i > b\). Par récurrence descendante sur \(n \in \mathbf{Z}\), nous allons construire des \(R\)-modules libres de rang fini \(F^i\) pour \(i \geq n\), des différentielles \(d^i : F^i \to F^{i + 1}\) pour \(i \geq n\), et des morphismes \(\alpha : F^i \to K^i\) compatibles aux différentielles, tels que : (1) \(H^i(\alpha)\) soit un isomorphisme pour \(i > n\) et soit surjectif pour \(i = n\) ; (2) \(F^i = 0\) pour \(i > b\). Schématiquement, \[\xymatrix{ & F^n \ar[r] \ar[d]^\alpha & F^{n + 1} \ar[d]^\alpha \ar[r] & \ldots \\ K^{n - 1} \ar[r] & K^n \ar[r] & K^{n + 1} \ar[r] & \ldots }\] Le cas initial est \(n = b + 1\), où l’on peut prendre \(F^i = 0\) pour tout \(i\). Pour l’étape de récurrence, soit \(C^\bullet\) le cône de \(\alpha\) (Catégories dérivées, Définition 014E). La suite exacte longue de cohomologie \[0 \to H^{n - 1}(K^\bullet) \to H^{n - 1}(C^\bullet) \to H^n(F^\bullet) \to H^n(K^\bullet) \to H^n(C^\bullet) \to \ldots\] montre que \(H^i(C^\bullet) = 0\) pour \(i \geq n\). D’après le Lemme 064R, \(C^\bullet\) est \((n - 1)\)-pseudo-cohérent. D’après le Lemme 064S, \(H^{n - 1}(C^\bullet)\) est un \(R\)-module de type fini. En particulier, le noyau de \(H^n(F^\bullet) \to H^n(K^\bullet)\) est un \(R\)-module de type fini. Choisissons un \(R\)-module libre de rang fini \(F^{n - 1}\) et un morphisme \(F^{n - 1} \to \Ker(F^n \to F^{n - 1})\) tel que \(F^{n - 1}\) se surjecte sur le noyau de \(H^n(F^\bullet) \to H^n(K^\bullet)\). Prolongeons notre morphisme de complexes en \[\xymatrix{ & F^{n - 1} \ar[d]^{\alpha^{n - 1}} \ar[r] & F^n \ar[r] \ar[d]^\alpha & F^{n + 1} \ar[d]^\alpha \ar[r] & \ldots \\ \ldots \ar[r] & K^{n - 1} \ar[r] & K^n \ar[r] & K^{n + 1} \ar[r] & \ldots }\] Le morphisme \(\alpha^{n - 1}\) existe, car l’image de \(F^{n - 1} \to F^n \to K^n\) est contenue, par construction, dans l’image de \(K^{n - 1} \to K^n\). Notons encore \(C^\bullet\) le cône de ce morphisme de complexes prolongé. On obtient alors une suite exacte \[H^{n - 1}(F^\bullet) \to H^{n - 1}(K^\bullet) \to H^{n - 1}(C^\bullet) \to H^n(F^\bullet) \cong H^n(K^\bullet) \to H^n(C^\bullet) \to \ldots\] Autrement dit, le conoyau de \(H^{n - 1}(F^\bullet) \to H^{n - 1}(K^\bullet)\) est un \(R\)-module de type fini, engendré, disons, par les classes de \(\xi_1, \ldots, \xi_r \in \Ker(K^{n - 1} \to K^n)\). On remplace alors \(F^{n - 1}\) par \(F^{n - 1} \oplus R^{\oplus r}\), en envoyant les éléments de la base du facteur libre sur zéro dans \(F^n\) et sur les \(\xi_i\) dans \(K^{n - 1}\). Ceci achève l’étape de récurrence.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \((K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet, f, g, h)\) un triangle distingué de \(D(R)\). Si deux des trois objets \(K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet\) sont pseudo-cohérents, le troisième l’est aussi.

Démonstration

Il suffit de combiner les Lemmes 064R et 064U.

Lemme

Soit \(R\) un anneau, soit \(K^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules et soit \(m \in \mathbf{Z}\).

  1. Si \(H^i(K^\bullet) = 0\) pour tout \(i \geq m\), alors \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent.

  2. Si \(H^i(K^\bullet) = 0\) pour \(i > m\) et si \(H^m(K^\bullet)\) est un \(R\)-module de type fini, alors \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent.

  3. Si \(H^i(K^\bullet) = 0\) pour \(i > m + 1\), si le module \(H^{m + 1}(K^\bullet)\) est de présentation finie et si \(H^m(K^\bullet)\) est de type fini, alors \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent.

Démonstration

Il suffit de démontrer (3). Posons \(M = H^{m + 1}(K^\bullet)\). Remarquons que \(\tau_{\geq m + 1}K^\bullet\) est quasi-isomorphe à \(M[- m - 1]\). D’après le Lemme 064T, \(M[- m - 1]\) est \(m\)-pseudo-cohérent. Comme on dispose du triangle distingué \[(\tau_{\leq m}K^\bullet, K^\bullet, \tau_{\geq m + 1}K^\bullet)\] (Catégories dérivées, Remarque 08J5), le Lemme 064R ramène la preuve à montrer que \(\tau_{\leq m}K^\bullet\) est pseudo-cohérent. Par hypothèse, \(H^m(\tau_{\leq m}K^\bullet)\) est un \(R\)-module de type fini. On peut donc trouver un \(R\)-module libre de rang fini \(E\) et un morphisme \(E \to \Ker(d_K^m)\) tels que la composée \(E \to \Ker(d_K^m) \to H^m(\tau_{\leq m}K^\bullet)\) soit surjective. Le morphisme \(E[-m] \to \tau_{\leq m}K^\bullet\) montre alors que \(\tau_{\leq m}K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(m \in \mathbf{Z}\). Si \(K^\bullet \oplus L^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent), alors \(K^\bullet\) et \(L^\bullet\) le sont aussi.

Démonstration

Dans cette démonstration, nous omettons l’exposant \({}^\bullet\). Supposons que \(K \oplus L\) soit \(m\)-pseudo-cohérent. Il est clair que \(K, L \in D^{-}(R)\). Remarquons qu’il existe un triangle distingué \[(K \oplus L, K \oplus L, L \oplus L[1]) = (K, K, 0) \oplus (L, L, L \oplus L[1])\] voir Catégories dérivées, Lemme 05QS. D’après le Lemme 064R, \(L \oplus L[1]\) est \(m\)-pseudo-cohérent. Ainsi, \(L[1] \oplus L[2]\) est aussi \(m\)-pseudo-cohérent. Par récurrence, \(L[n] \oplus L[n + 1]\) est \(m\)-pseudo-cohérent. D’après le Lemme 064W, \(L[n]\) est \(m\)-pseudo-cohérent pour \(n\) assez grand. En remontant ensuite, à l’aide des triangles distingués \[(L[n], L[n] \oplus L[n - 1], L[n - 1])\] on conclut que \(L[n], L[n - 1], \ldots, L\) sont \(m\)-pseudo-cohérents, comme voulu. Le cas pseudo-cohérent résulte de ceci et du Lemme 064U.

Lemme

Soit \(R\) un anneau, soit \(m \in \mathbf{Z}\) et soit \(K^\bullet\) un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules tel que \(K^i\) soit \((m - i)\)-pseudo-cohérent pour tout \(i\). Alors \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent. En particulier, si \(K^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules pseudo-cohérents, alors \(K^\bullet\) est pseudo-cohérent.

Démonstration

On peut remplacer \(K^\bullet\) par \(\sigma_{\geq m - 1}K^\bullet\), par exemple, et donc supposer \(K^\bullet\) borné. Le complexe \(K^\bullet\) est alors \(m\)-pseudo-cohérent, car chaque \(K^i[-i]\) est \(m\)-pseudo-cohérent ; on raisonne par récurrence sur la longueur du complexe, à l’aide du Lemme 064R et des troncations bêtes. Pour la dernière assertion, il suffit de montrer que \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent pour tout \(m \in \mathbf{Z}\) ; voir le Lemme 064U. Cela résulte de la première partie.

Lemme

Soit \(R\) un anneau, soit \(m \in \mathbf{Z}\) et soit \(K^\bullet \in D^{-}(R)\) tel que \(H^i(K^\bullet)\) soit \((m - i)\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) pour tout \(i\). Alors \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent).

Démonstration

Supposons que \(K^\bullet\) soit un objet de \(D^{-}(R)\) tel que chaque \(H^i(K^\bullet)\) soit \((m - i)\)-pseudo-cohérent. Soit \(n\) le plus grand entier tel que \(H^n(K^\bullet)\) soit non nul. Démontrons le lemme par récurrence sur \(n\). Si \(n < m\), alors \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent d’après le Lemme 064W. Si \(n \geq m\), on dispose du triangle distingué \[(\tau_{\leq n - 1}K^\bullet, K^\bullet, H^n(K^\bullet)[-n])\] (Catégories dérivées, Remarque 08J5). Puisque \(H^n(K^\bullet)[-n]\) est \(m\)-pseudo-cohérent par hypothèse, le Lemme 064R ramène la preuve à montrer que \(\tau_{\leq n - 1}K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent. On conclut par récurrence sur \(n\). (Le cas pseudo-cohérent résulte de ceci et du Lemme 064U.)

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que \(B\) soit pseudo-cohérent comme \(A\)-module. Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(B\)-modules. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(B\)-modules ;

  2. \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(A\)-modules.

La même équivalence vaut pour la pseudo-cohérence.

Démonstration

Supposons (1). Choisissons un complexe borné de \(B\)-modules libres de rang fini \(E^\bullet\) et un morphisme \(\alpha : E^\bullet \to K^\bullet\) qui induit un isomorphisme en cohomologie aux degrés \(> m\) et une surjection au degré \(m\). Considérons le triangle distingué \((E^\bullet, K^\bullet, C(\alpha)^\bullet)\). D’après le Lemme 064W, \(C(\alpha)^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(A\)-modules. Il suffit donc de montrer que \(E^\bullet\) est pseudo-cohérent comme complexe de \(A\)-modules, ce qui résulte du Lemme 064Y. Le cas pseudo-cohérent de (1) \(\Rightarrow\) (2) résulte de ceci et du Lemme 064U.

Supposons (2). Soit \(n\) le plus grand entier tel que \(H^n(K^\bullet) \not = 0\). Nous allons montrer que \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(B\)-modules par récurrence sur \(n - m\). Le cas \(n < m\) résulte du Lemme 064W. Choisissons un complexe borné de \(A\)-modules libres de rang fini \(E^\bullet\) et un morphisme \(\alpha : E^\bullet \to K^\bullet\) qui induit un isomorphisme en cohomologie aux degrés \(> m\) et une surjection au degré \(m\). Considérons le morphisme induit de complexes \[\alpha \otimes 1 : E^\bullet \otimes_A B \to K^\bullet.\] Remarquons que \(C(\alpha \otimes 1)^\bullet\) est acyclique aux degrés \(\geq n\), car \(H^n(E) \to H^n(E^\bullet \otimes_A B) \to H^n(K^\bullet)\) est surjectif par construction, et parce que \(H^i(E^\bullet \otimes_A B) = 0\) pour \(i > n\) d’après la suite spectrale de l’Exemple 0662. D’autre part, \(C(\alpha \otimes 1)^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(A\)-modules, car \(K^\bullet\) et \(E^\bullet \otimes_A B\) le sont (voir le Lemme 064Y), d’après le Lemme 064R. Par récurrence, \(C(\alpha \otimes 1)^\bullet\) est donc \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(B\)-modules. Enfin, une nouvelle application du Lemme 064R montre que \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(B\)-modules (car \(E^\bullet \otimes_A B\) est manifestement pseudo-cohérent comme complexe de \(B\)-modules). Le cas pseudo-cohérent de (2) \(\Rightarrow\) (1) résulte de ceci et du Lemme 064U.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(K^\bullet\) un complexe \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) de \(A\)-modules. Alors \(K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} B\) est un complexe \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) de \(B\)-modules.

Démonstration

Remarquons d’abord que l’énoncé du lemme a un sens, car \(K^\bullet\) est borné supérieurement et \(K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} B\) est donc défini par l’Équation (064H). Choisissons ensuite un complexe borné \(E^\bullet\) de \(A\)-modules libres de rang fini et \(\alpha : E^\bullet \to K^\bullet\) tel que \(H^i(\alpha)\) soit un isomorphisme pour \(i > m\) et soit surjectif pour \(i = m\). Le cône \(C(\alpha)^\bullet\) est alors acyclique aux degrés \(\geq m\). Comme \(-\otimes_A^{\mathbf{L}} B\) est un foncteur exact, on obtient un triangle distingué \[(E^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} B, K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} B, C(\alpha)^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} B)\] de complexes de \(B\)-modules. Par le dual de Catégories dérivées, Lemme 05TC, on voit que \(H^i(C(\alpha)^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} B) = 0\) pour \(i \geq m\). Comme \(E^\bullet\) est un complexe de \(R\)-modules projectifs, on a \(E^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} B = E^\bullet \otimes_A B\), et donc \[E^\bullet \otimes_A B \longrightarrow K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} B\] est un morphisme de complexes de \(B\)-modules qui montre que \(K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} B\) est \(m\)-pseudo-cohérent. Le cas des complexes pseudo-cohérents se déduit de celui des complexes \(m\)-pseudo-cohérents à l’aide du Lemme 064U.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme plat d’anneaux. Soit \(M\) un module \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) sur \(A\). Alors \(M \otimes_A B\) est un module \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) sur \(B\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement du Lemme 0650 et du fait que \(M \otimes_A^{\mathbf{L}} B = M \otimes_A B\), puisque \(B\) est plat sur \(A\).

Le lemme suivant résulte aussi du Lemme plus fort 068R.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in R\) des éléments qui engendrent l’idéal unité, soit \(m \in \mathbf{Z}\) et soit \(K^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Si, pour tout \(i\), le complexe \(K^\bullet \otimes_R R_{f_i}\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent), alors \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent).

Démonstration

Nous utiliserons sans le rappeler que \(- \otimes_R R_{f_i}\) est un foncteur exact et que, par conséquent, \[H^i(K^\bullet)_{f_i} = H^i(K^\bullet) \otimes_R R_{f_i} = H^i(K^\bullet \otimes_R R_{f_i}).\] Supposons que \(K^\bullet \otimes_R R_{f_i}\) soit \(m\)-pseudo-cohérent pour \(i = 1, \ldots, r\). Soit \(n \in \mathbf{Z}\) le plus grand entier tel que \(H^n(K^\bullet \otimes_R R_{f_i})\) soit non nul pour un certain \(i\). Cela implique en particulier que \(H^i(K^\bullet) = 0\) pour \(i > n\) (et que \(H^n(K^\bullet) \not = 0\)) ; voir Algèbre, Lemme 00EO. Démontrons le lemme par récurrence sur \(n - m\). Si \(n < m\), il résulte du Lemme 064W. Si \(n \geq m\), alors \(H^n(K^\bullet)_{f_i}\) est un \(R_{f_i}\)-module de type fini pour tout \(i\) ; voir le Lemme 064S. Ainsi, \(H^n(K^\bullet)\) est un \(R\)-module de type fini ; voir Algèbre, Lemme 00EO. Choisissons un \(R\)-module libre de rang fini \(E\) et une surjection \(E \to H^n(K^\bullet)\). Comme \(E\) est projectif, on peut la relever en un morphisme de complexes \(\alpha : E[-n] \to K^\bullet\). Le cône \(C(\alpha)^\bullet\) a alors une cohomologie nulle aux degrés \(\geq n\). D’autre part, les complexes \(C(\alpha)^\bullet \otimes_R R_{f_i}\) sont \(m\)-pseudo-cohérents pour tout \(i\) ; voir le Lemme 064R. Par récurrence, \(C(\alpha)^\bullet\) est donc \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(R\)-modules. Une nouvelle application du Lemme 064R permet de conclure.

Lemme

Soit \(R\) un anneau, soit \(m \in \mathbf{Z}\) et soit \(K^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Soit \(R \to R'\) un homomorphisme fidèlement plat d’anneaux. Si le complexe \(K^\bullet \otimes_R R'\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent), alors \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent).

Démonstration

Nous utiliserons sans le rappeler que \(- \otimes_R R'\) est un foncteur exact et que, par conséquent, \[H^i(K^\bullet) \otimes_R R' = H^i(K^\bullet \otimes_R R').\] Supposons que \(K^\bullet \otimes_R R'\) soit \(m\)-pseudo-cohérent. Soit \(n \in \mathbf{Z}\) le plus grand entier tel que \(H^n(K^\bullet)\) soit non nul ; alors \(n\) est aussi le plus grand entier tel que \(H^n(K^\bullet \otimes_R R')\) soit non nul. Démontrons le lemme par récurrence sur \(n - m\). Si \(n < m\), le résultat découle du Lemme 064W. Si \(n \geq m\), alors \(H^n(K^\bullet) \otimes_R R'\) est un \(R'\)-module de type fini ; voir le Lemme 064S. Par conséquent, \(H^n(K^\bullet)\) est un \(R\)-module de type fini ; voir Algèbre, Lemme 03C4. Choisissons un \(R\)-module libre de rang fini \(E\) et une surjection \(E \to H^n(K^\bullet)\). Comme \(E\) est projectif, on peut la relever en un morphisme de complexes \(\alpha : E[-n] \to K^\bullet\). Le cône \(C(\alpha)^\bullet\) a alors une cohomologie nulle aux degrés \(\geq n\). D’autre part, le complexe \(C(\alpha)^\bullet \otimes_R R'\) est \(m\)-pseudo-cohérent ; voir le Lemme 064R. Par récurrence, \(C(\alpha)^\bullet\) est donc \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(R\)-modules. Une nouvelle application du Lemme 064R permet de conclure.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soient \(K, L\) des objets de \(D(R)\).

  1. Si \(K\) est \(n\)-pseudo-cohérent et \(H^i(K) = 0\) pour \(i > a\), et si \(L\) est \(m\)-pseudo-cohérent et \(H^j(L) = 0\) pour \(j > b\), alors \(K \otimes_R^\mathbf{L} L\) est \(t\)-pseudo-cohérent, où \(t = \max(m + a, n + b)\).

  2. Si \(K\) et \(L\) sont pseudo-cohérents, alors \(K \otimes_R^\mathbf{L} L\) est pseudo-cohérent.

Démonstration

Démontrons (1). On peut supposer qu’il existe des complexes bornés \(K^\bullet\) et \(L^\bullet\) de \(R\)-modules libres de rang fini, ainsi que des morphismes \(\alpha : K^\bullet \to K\) et \(\beta : L^\bullet \to L\), tels que \(H^i(\alpha)\) soit un isomorphisme pour \(i > n\) et soit surjectif pour \(i = n\), et que \(H^i(\beta)\) soit un isomorphisme pour \(i > m\) et soit surjectif pour \(i = m\). Alors le morphisme \[\alpha \otimes^\mathbf{L} \beta : \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet) \to K \otimes_R^\mathbf{L} L\] induit des isomorphismes en cohomologie au degré \(i\) pour \(i > t\) et une surjection pour \(i = t\). Cela résulte de la suite spectrale de Tor (détails omis). L’assertion (2) découle de (1) et du Lemme 064U.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien. Alors

  1. un complexe de \(R\)-modules \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent si et seulement si \(K^\bullet \in D^{-}(R)\) et si \(H^i(K^\bullet)\) est un \(R\)-module de type fini pour \(i \geq m\) ;

  2. un complexe de \(R\)-modules \(K^\bullet\) est pseudo-cohérent si et seulement si \(K^\bullet \in D^{-}(R)\) et si \(H^i(K^\bullet)\) est un \(R\)-module de type fini pour tout \(i\) ;

  3. un \(R\)-module est pseudo-cohérent si et seulement s’il est de type fini.

Démonstration

Dans Algèbre, Lemme 00LP, nous avons vu que tout \(R\)-module de type fini est pseudo-cohérent. D’autre part, un module pseudo-cohérent est de type fini ; voir le Lemme 064T. L’assertion (3) en résulte. Supposons que \(K^\bullet\) soit un complexe \(m\)-pseudo-cohérent. Il existe alors un complexe borné de \(R\)-modules libres de rang fini \(E^\bullet\) tel que \(H^i(K^\bullet)\) soit isomorphe à \(H^i(E^\bullet)\) pour \(i > m\) et que \(H^m(K^\bullet)\) soit un quotient de \(H^m(E^\bullet)\). Il est donc clair que chaque \(H^i(K^\bullet)\), pour \(i \geq m\), est de type fini. La réciproque de (1) résulte du Lemme 066B et de (3). L’assertion (2) découle de (1) et du Lemme 064U.

Lemme

Soit \(R\) un anneau cohérent (Algèbre, Définition 05CV). Soit \(K \in D^-(R)\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K\) est \(m\)-pseudo-cohérent ;

  2. \(H^m(K)\) est un \(R\)-module de type fini et \(H^i(K)\) est cohérent pour \(i > m\) ;

  3. \(H^m(K)\) est un \(R\)-module de type fini et \(H^i(K)\) est de présentation finie pour \(i > m\).

Ainsi, \(K\) est pseudo-cohérent si et seulement si \(H^i(K)\) est un module cohérent pour tout \(i\).

Démonstration

Rappelons qu’un \(R\)-module \(M\) est cohérent si et seulement s’il est de présentation finie (Algèbre, Lemme 05CX). Cela explique l’équivalence de (2) et (3). Dans ce cas, si l’on choisit une suite exacte \(0 \to N \to R^{\oplus m} \to M \to 0\), alors \(N\) est cohérent d’après Algèbre, Lemme 05CW. En répétant ce procédé avec \(N\), on obtient une résolution \[\ldots \to R^{\oplus n} \to R^{\oplus m} \to M \to 0\] par des \(R\)-modules libres de rang fini. Autrement dit, \(M\) est pseudo-cohérent. L’équivalence de (1) et (2) résulte de ceci et des Lemmes 066B et 064T. La dernière assertion résulte de l’équivalence de (1) et (2), combinée avec le Lemme 064U.

Modules pseudo-cohérents, II

Nous poursuivons la discussion commencée dans la section 064N.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M = \colim M_i\) une colimite filtrante de \(R\)-modules. Soit \(K \in D(R)\) un objet \(m\)-pseudo-cohérent. Alors \(\colim \Ext^n_R(K, M_i) = \Ext^n_R(K, M)\) pour \(n < -m\), et \(\colim \Ext^{-m}_R(K, M_i) \to \Ext^{-m}_R(K, M)\) est injectif.

Démonstration

Par définition, on peut trouver un triangle distingué \[E \to K \to L \to E[1]\] dans \(D(R)\), où \(E\) est représenté par un complexe borné de \(R\)-modules libres de rang fini et où \(H^i(L) = 0\) pour \(i \geq m\). Alors \(\Ext^n_R(L, N) = 0\) pour tout \(R\)-module \(N\) et tout \(n \leq -m\) ; voir Catégories dérivées, Lemme 06XS. La suite exacte longue de \(\Ext\) associée au triangle distingué montre que \(\Ext^n_R(K, N) \to \Ext^n_R(E, N)\) est un isomorphisme pour \(n < -m\) et est injectif pour \(n = -m\). Il suffit donc de montrer que \(M \mapsto \Ext_R^n(E, M)\) commute aux colimites filtrantes lorsque \(E\) est représenté par un complexe borné de \(R\)-modules libres de rang fini \(E^\bullet\). Les modules \(\Ext^n_R(E, M)\) sont calculés par le complexe \(\Hom_R(E^\bullet, M)\) ; voir Catégories dérivées, Lemme 064B. Le foncteur \(M \mapsto \Hom_R(E^p, M)\) commute aux colimites filtrantes puisque \(E^p\) est libre de rang fini. Ainsi, \(\Hom_R(E^\bullet, M) = \colim \Hom_R(E^\bullet, M_i)\) comme complexes. Comme les colimites filtrantes sont exactes (Algèbre, Lemme 00DB), on conclut.

Lemme

Soit \(R\) un anneau, soit \(K \in D^-(R)\) et soit \(m \in \mathbf{Z}\). Alors \(K\) est \(m\)-pseudo-cohérent si et seulement si, pour toute colimite filtrante \(M = \colim M_i\) de \(R\)-modules, on a \(\colim \Ext^n_R(K, M_i) = \Ext^n_R(K, M)\) pour \(n < -m\) et si \(\colim \Ext^{-m}_R(K, M_i) \to \Ext^{-m}_R(K, M)\) est injectif.

Démonstration

Une implication a été démontrée dans le Lemme 0G8W. Supposons que, pour toute colimite filtrante \(M = \colim M_i\) de \(R\)-modules, on ait \(\colim \Ext^n_R(K, M_i) = \Ext^n_R(K, M)\) pour \(n < -m\) et que \(\colim \Ext^{-m}_R(K, M_i) \to \Ext^{-m}_R(K, M)\) soit injectif. Montrons que \(K\) est \(m\)-pseudo-cohérent.

Soit \(t\) le plus grand entier tel que \(H^t(K)\) soit non nul. Raisonnons par récurrence sur \(t\). Si \(t < m\), alors \(K\) est \(m\)-pseudo-cohérent d’après le Lemme 064W. Si \(t \geq m\), l’égalité \(\Hom_R(H^t(K), M) = \Ext^{-t}_R(K, M)\) montre que \(\colim \Hom_R(H^t(K), M_i) \to \Hom_R(H^t(K), M)\) est injectif pour toute colimite filtrante \(M = \colim M_i\). Il en résulte que \(H^t(K)\) est un \(R\)-module de type fini, d’après Algèbre, Lemme 0G8N. Choisissons un \(R\)-module libre de rang fini \(F\) et une surjection \(F \to H^t(K)\). On peut la relever en un morphisme \(F[-t] \to K\) dans \(D(R)\) et choisir un triangle distingué \[F[-t] \to K \to L \to F[-t + 1]\] dans \(D(R)\). Alors \(H^i(L) = 0\) pour \(i \geq t\). De plus, la suite exacte longue de \(\Ext\) associée à ce triangle distingué montre, par un petit argument que nous omettons, que \(L\) hérite de l’hypothèse faite sur \(K\). Par récurrence sur \(t\), \(L\) est \(m\)-pseudo-cohérent. Ainsi, \(K\) est \(m\)-pseudo-cohérent d’après le Lemme 064R.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soient \(L\), \(M\), \(N\) des \(R\)-modules.

  1. Si \(M\) est de présentation finie et si \(L\) est plat, alors le morphisme canonique \(\Hom_R(M, N) \otimes_R L \to \Hom_R(M, N \otimes_R L)\) est un isomorphisme.

  2. Si \(M\) est \((-m)\)-pseudo-cohérent et si \(L\) est plat, alors le morphisme canonique \(\Ext^i_R(M, N) \otimes_R L \to \Ext^i_R(M, N \otimes_R L)\) est un isomorphisme pour \(i < m\).

Démonstration

Choisissons une résolution \(F_\bullet \to M\) dont les termes sont des \(R\)-modules libres ; voir Algèbre, Lemme 00LP. Le complexe \(\Hom_R(F_\bullet, N)\) calcule \(\Ext^i_R(M, N)\) et le complexe \(\Hom_R(F_\bullet, N \otimes_R L)\) calcule \(\Ext^i_R(M, N \otimes_R L)\). Il existe toujours un morphisme de complexes de cochaînes \[\Hom_R(F_\bullet, N) \otimes_R L \longrightarrow \Hom_R(F_\bullet, N \otimes_R L)\] qui induit des morphismes canoniques \(\Ext^i_R(M, N) \otimes_R L \to \Ext^i_R(M, N \otimes_R L)\) pour tout \(i \geq 0\) (canoniques, par exemple, au sens où ils ne dépendent pas du choix de la résolution \(F_\bullet\)). Si \(L\) est plat, alors le complexe \(\Hom_R(F_\bullet, N) \otimes_R L\) calcule \(\Ext^i_R(M, N) \otimes_R L\), puisque la prise de cohomologie commute au produit tensoriel par \(L\).

Si \(M\) est \((-m)\)-pseudo-cohérent, on peut choisir \(F_\bullet\) de sorte que \(F_i\) soit libre de rang fini pour \(i = 0, \ldots, m\). Le morphisme affiché de complexes de cochaînes est alors un isomorphisme aux degrés \(\leq m\), et induit donc un isomorphisme en cohomologie aux degrés \(< m\). Cela démontre (2). Si \(M\) est de présentation finie, alors \(M\) est \((-1)\)-pseudo-cohérent d’après le Lemme 064T, et le résultat suit de \(\Hom = \Ext^0\).

Lemme

Soit \(R \to R'\) un homomorphisme plat d’anneaux et soient \(M\), \(N\) des \(R\)-modules.

  1. Si \(M\) est un \(R\)-module de présentation finie, alors \(\Hom_R(M, N) \otimes_R R' = \Hom_{R'}(M \otimes_R R', N \otimes_R R')\).

  2. Si \(M\) est \((-m)\)-pseudo-cohérent, alors \(\Ext^i_R(M, N) \otimes_R R' = \Ext^i_{R'}(M \otimes_R R', N \otimes_R R')\) pour \(i < m\).

En particulier, si \(R\) est noethérien et si \(M\) est de type fini, ceci vaut pour tout \(i\).

Démonstration

D’après Algèbre, Lemme 087N, on a \(\Ext^i_{R'}(M \otimes_R R', N \otimes_R R') = \Ext^i_R(M, N \otimes_R R')\). En combinant ceci avec le Lemme 087Q, on obtient (1) et (2). La dernière assertion en découle avec le Lemme 066E.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(K \in D^-(R)\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K\) est pseudo-cohérent ;

  2. pour toute famille \((Q_{\alpha})_{\alpha \in A}\) de \(R\)-modules, le morphisme canonique \[\alpha : K \otimes_R^\mathbf{L} \left( \prod\nolimits_\alpha Q_{\alpha} \right) \longrightarrow \prod\nolimits_\alpha (K \otimes_R^\mathbf{L} Q_{\alpha})\] est un isomorphisme dans \(D(R)\) ;

  3. pour tout \(R\)-module \(Q\) et tout ensemble \(A\), le morphisme canonique \[\beta : K \otimes_R^\mathbf{L} Q^A \longrightarrow (K \otimes_R^\mathbf{L} Q)^A\] est un isomorphisme dans \(D(R)\) ;

  4. pour tout ensemble \(A\), le morphisme canonique \[\gamma : K \otimes_R^\mathbf{L} R^A \longrightarrow K^A\] est un isomorphisme dans \(D(R)\).

Étant donné \(m \in \mathbf{Z}\), les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K\) est \(m\)-pseudo-cohérent ;

  2. pour toute famille \((Q_{\alpha})_{\alpha \in A}\) de \(R\)-modules, avec \(\alpha\) comme ci-dessus, \(H^i(\alpha)\) est un isomorphisme pour \(i > m\) et est surjectif pour \(i = m\) ;

  3. pour tout \(R\)-module \(Q\) et tout ensemble \(A\), avec \(\beta\) comme ci-dessus, \(H^i(\beta)\) est un isomorphisme pour \(i > m\) et est surjectif pour \(i = m\) ;

  4. pour tout ensemble \(A\), avec \(\gamma\) comme ci-dessus, \(H^i(\gamma)\) est un isomorphisme pour \(i > m\) et est surjectif pour \(i = m\).

Démonstration

Si \(K\) est pseudo-cohérent, alors \(K\) peut être représenté par un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules libres de rang fini. Les produits tensoriels dérivés se calculent alors en tensorisant par ce complexe. De plus, les produits dans \(D(R)\) s’obtiennent en prenant les produits de représentants quelconques. Ainsi, (1) implique (2), (3), (4) par le résultat correspondant pour les modules ; voir Algèbre, Proposition 059K.

De la même manière, en utilisant l’exactitude à droite du produit tensoriel, le lecteur vérifie que (a) implique (b), (c) et (d).

Supposons (4). Pour montrer que \(K\) est pseudo-cohérent, il suffit de montrer que \(K\) est \(m\)-pseudo-cohérent pour tout \(m\) (Lemme 064U). Pour achever la démonstration, il suffit donc de prouver que (d) implique (a).

Supposons (d). Soit \(i\) le plus grand entier tel que \(H^i(K)\) soit non nul. Si \(i < m\), c’est terminé. Sinon, (d) et la description ci-dessus des produits dans \(D(R)\) montrent que \(H^i(K) \otimes_R R^A \to H^i(K)^A\) est surjectif. Par conséquent, \(H^i(K)\) est un \(R\)-module de type fini d’après Algèbre, Proposition 059J. On peut donc choisir un complexe \(L\) formé d’un seul module libre de rang fini placé au degré \(i\), et un morphisme de complexes \(L \to K\) tel que \(H^i(L) \to H^i(K)\) soit surjectif. En particulier, \(L\) vérifie (1), (2), (3) et (4). Choisissons un triangle distingué \[L \to K \to M \to L[1]\] On voit alors que \(H^j(M) = 0\) pour \(j \geq i\). D’autre part, \(M\) possède encore la propriété (d), par un petit argument que nous omettons. Par récurrence sur \(i\), \(M\) est \(m\)-pseudo-cohérent. Ainsi, \(K\) est \(m\)-pseudo-cohérent d’après le Lemme 064R.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K \in D(R)\) pseudo-cohérent et soit \(i \in \mathbf{Z}\). Il existe un \(R\)-module \(M\) de présentation finie et un morphisme \(K \to M[-i]\) dans \(D(R)\) qui induit une injection \(H^i(K) \to M\).

Démonstration

D’après la Définition 064Q, on peut représenter \(K\) par un complexe \(P^\bullet\) de \(R\)-modules libres de rang fini. Posons \(M = \Coker(P^{i - 1} \to P^i)\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien. Soit \(K \in D(A)\) pseudo-cohérent, c’est-à-dire \(K \in D^-(A)\) à modules de cohomologie de type fini. Soit \(\mathfrak m\) un idéal maximal de \(A\). Si \(H^i(K)/\mathfrak m H^i(K) \not = 0\), alors il existe un \(A\)-module \(E\) de type fini, annulé par une puissance de \(\mathfrak m\), et un morphisme \(K \to E[-i]\) non nul sur \(H^i(K)\).

Démonstration

La formulation équivalente de la pseudo-cohérence utilisée dans l’énoncé est celle du Lemme 066E. Choisissons \(K \to M[-i]\) comme dans le Lemme 0G8Y. D’après Artin–Rees (Algèbre, Lemme 00IN), il existe un \(n\) tel que \(H^i(K) \cap \mathfrak m^n M \subset \mathfrak m H^i(K)\). Prenons \(E = M/\mathfrak m^n M\).

Dimension de Tor

Au lieu d’utiliser des résolutions par des modules projectifs, nous pouvons considérer des résolutions par des modules plats. Cela conduit à la notion suivante.

Définition

Soit \(R\) un anneau. Notons \(D(R)\) sa catégorie dérivée. Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\).

  1. Un objet \(K^\bullet\) de \(D(R)\) est d’ amplitude de Tor dans \([a, b]\) si \(H^i(K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} M) = 0\) pour tout \(R\)-module \(M\) et tout \(i \not \in [a, b]\).

  2. Un objet \(K^\bullet\) de \(D(R)\) est de dimension de Tor finie s’il est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\) pour certains \(a, b\).

  3. Un \(R\)-module \(M\) est de dimension de Tor \(\leq d\) si \(M[0]\), considéré comme objet de \(D(R)\), est d’amplitude de Tor dans \([-d, 0]\).

  4. Un \(R\)-module \(M\) est de dimension de Tor finie si \(M[0]\), considéré comme objet de \(D(R)\), est de dimension de Tor finie.

Observons que si \(K^\bullet\) est de dimension de Tor finie, alors \(K^\bullet \in D^b(R)\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K^\bullet\) un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules plats, d’amplitude de Tor dans \([a, b]\). Alors \(\Coker(d_K^{a - 1})\) est un \(R\)-module plat.

Démonstration

Puisque \(K^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de modules plats, nous avons \(K^\bullet \otimes_R M = K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} M\). Par conséquent, pour tout \(R\)-module \(M\), la suite \[K^{a - 2} \otimes_R M \to K^{a - 1} \otimes_R M \to K^a \otimes_R M\] est exacte au milieu. Comme \(K^{a - 2} \to K^{a - 1} \to K^a \to \Coker(d_K^{a - 1}) \to 0\) est une résolution plate, cela implique que \(\text{Tor}_1^R(\Coker(d_K^{a - 1}), M) = 0\) pour tout \(R\)-module \(M\). Cela signifie que \(\Coker(d_K^{a - 1})\) est plat ; voir Algèbre, lemme 00M5.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K^\bullet\) un objet de \(D(R)\). Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K^\bullet\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\).

  2. \(K^\bullet\) est quasi-isomorphe à un complexe \(E^\bullet\) de \(R\)-modules plats tel que \(E^i = 0\) pour \(i \not \in [a, b]\).

Démonstration

Si (2) est vraie, nous pouvons calculer \(K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} M = E^\bullet \otimes_R M\) et il est clair que (1) est vraie. Supposons (1) vraie. Nous pouvons remplacer \(K^\bullet\) par une résolution projective telle que \(K^i = 0\) pour \(i > b\). Voir Catégories dérivées, lemme 0646. Posons \(E^\bullet = \tau_{\geq a}K^\bullet\). Tout est clair, sauf la platitude de \(E^a\), qui résulte immédiatement du lemme 0653 et des définitions.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(a \in \mathbf{Z}\) et soit \(K\) un objet de \(D(R)\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K\) est d’amplitude de Tor dans \([a, \infty]\), et

  2. \(K\) est quasi-isomorphe à un complexe K-plat \(E^\bullet\) dont les termes sont des \(R\)-modules plats et tel que \(E^i = 0\) pour \(i \not \in [a, \infty]\).

Démonstration

L’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) est immédiate. Supposons (1) vraie. Choisissons d’abord un complexe K-plat \(K^\bullet\) à termes plats représentant \(K\) ; voir le lemme 06Y4. Pour tout \(R\)-module \(M\), la cohomologie de \[K^{n - 1} \otimes_R M \to K^n \otimes_R M \to K^{n + 1} \otimes_R M\] calcule \(H^n(K \otimes_R^\mathbf{L} M)\). Celui-ci est toujours nul pour \(n < a\). En appliquant le lemme 0653 au complexe \(\ldots \to K^{a - 1} \to K^a \to K^{a + 1}\), nous concluons que \(N = \Coker(K^{a - 1} \to K^a)\) est un \(R\)-module plat. Posons \[E^\bullet = \tau_{\geq a}K^\bullet = (\ldots \to 0 \to N \to K^{a + 1} \to \ldots )\] Le noyau \(L^\bullet\) de \(K^\bullet \to E^\bullet\) est le complexe \[L^\bullet = (\ldots \to K^{a - 1} \to I \to 0 \to \ldots)\] où \(I \subset K^a\) est l’image de \(K^{a - 1} \to K^a\). Puisque nous avons la suite exacte courte \(0 \to I \to K^a \to N \to 0\), nous voyons que \(I\) est un \(R\)-module plat. Ainsi, \(L^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de modules plats, donc K-plat d’après le lemme 064K. Il en résulte que \(E^\bullet\) est K-plat d’après le lemme 0BYH.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \((K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet, f, g, h)\) un triangle distingué de \(D(R)\). Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\).

  1. Si \(K^\bullet\) est d’amplitude de Tor dans \([a + 1, b + 1]\) et \(L^\bullet\) d’amplitude de Tor dans \([a, b]\), alors \(M^\bullet\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\).

  2. Si \(K^\bullet, M^\bullet\) sont d’amplitude de Tor dans \([a, b]\), alors \(L^\bullet\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\).

  3. Si \(L^\bullet\) est d’amplitude de Tor dans \([a + 1, b + 1]\) et \(M^\bullet\) d’amplitude de Tor dans \([a, b]\), alors \(K^\bullet\) est d’amplitude de Tor dans \([a + 1, b + 1]\).

Démonstration

Omis. Indication : cela résulte simplement de la suite exacte longue de cohomologie associée à un triangle distingué et du fait que \(- \otimes_R^{\mathbf{L}} M\) préserve les triangles distingués. L’assertion (2) est la plus facile à démontrer, et les autres s’en déduisent par translation.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(d \geq 0\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M\) est de dimension de Tor \(\leq d\), et

  2. il existe une résolution \[0 \to F_d \to \ldots \to F_1 \to F_0 \to M \to 0\] où chaque \(F_i\) est un \(R\)-module plat.

En particulier, un \(R\)-module est de dimension de Tor \(0\) si et seulement s’il est un \(R\)-module plat.

Démonstration

Supposons (2). Alors le complexe \(E^\bullet\) défini par \(E^{-i} = F_i\) est quasi-isomorphe à \(M\). La dimension de Tor de \(M\) est donc au plus \(d\) d’après le lemme 0654. Réciproquement, supposons (1). Soit \(P^\bullet \to M\) une résolution projective de \(M\). D’après le lemme 0653, \(\tau_{\geq -d}P^\bullet\) est une résolution plate de \(M\) de longueur \(d\), c’est-à-dire que (2) est vraie.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Si \(K^\bullet \oplus L^\bullet\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\), il en va de même de \(K^\bullet\) et de \(L^\bullet\).

Démonstration

Cela résulte du fait que les foncteurs Tor sont additifs.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K^\bullet\) un complexe borné de \(R\)-modules tel que \(K^i\) soit d’amplitude de Tor dans \([a - i, b - i]\) pour tout \(i\). Alors \(K^\bullet\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\). En particulier, si \(K^\bullet\) est un complexe fini de \(R\)-modules de dimension de Tor finie, alors \(K^\bullet\) est de dimension de Tor finie.

Démonstration

Cela se démontre par récurrence sur la longueur du complexe fini, en utilisant le lemme 0655 et les troncatures brutales.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Soit \(K^\bullet \in D^b(R)\) tel que \(H^i(K^\bullet)\) soit d’amplitude de Tor dans \([a - i, b - i]\) pour tout \(i\). Alors \(K^\bullet\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\). En particulier, si \(K^\bullet \in D^b(R)\) et si tous ses groupes de cohomologie sont de dimension de Tor finie, alors \(K^\bullet\) est de dimension de Tor finie.

Démonstration

Cela se démontre par récurrence sur la longueur du complexe fini, en utilisant le lemme 0655 et les troncatures canoniques.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Soient \(K^\bullet\) et \(L^\bullet\) des complexes de \(B\)-modules. Soient \(a, b, c, d \in \mathbf{Z}\). Si

  1. \(K^\bullet\), comme complexe de \(B\)-modules, est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\),

  2. \(L^\bullet\), comme complexe de \(A\)-modules, est d’amplitude de Tor dans \([c, d]\),

alors \(K^\bullet \otimes^\mathbf{L}_B L^\bullet\), comme complexe de \(A\)-modules, est d’amplitude de Tor dans \([a + c, b + d]\).

Démonstration

Nous pouvons supposer que \(K^\bullet\) est un complexe de \(B\)-modules plats tel que \(K^i = 0\) pour \(i \not \in [a, b]\) ; voir le lemme 0654. Soit \(M\) un \(A\)-module. Choisissons une résolution libre \(F^\bullet \to M\). Alors \[(K^\bullet \otimes_B^\mathbf{L} L^\bullet) \otimes_A^{\mathbf{L}} M = \text{Tot}(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_B L^\bullet) \otimes_A F^\bullet) = \text{Tot}(K^\bullet \otimes_B \text{Tot}(L^\bullet \otimes_A F^\bullet))\] voir Homologie, remarque 08BI, pour la seconde égalité. D’après l’hypothèse (2), le complexe \(\text{Tot}(L^\bullet \otimes_A F^\bullet)\) n’a de cohomologie non nulle qu’aux degrés de \([c, d]\). La suite spectrale d’Homologie, lemme 0130, associée au bicomplexe \(K^\bullet \otimes_B \text{Tot}(L^\bullet \otimes_A F^\bullet)\) montre donc que \((K^\bullet \otimes_B^\mathbf{L} L^\bullet) \otimes_A^{\mathbf{L}} M\) n’a de cohomologie non nulle qu’aux degrés de \([a + c, b + d]\).

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que \(B\) soit plat comme \(A\)-module. Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(B\)-modules. Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Si \(K^\bullet\), comme complexe de \(B\)-modules, est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\), alors \(K^\bullet\), comme complexe de \(A\)-modules, est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\).

Démonstration

C’est un cas particulier du lemme 0B66, mais on peut aussi le voir directement comme suit. Nous avons \(K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} M = K^\bullet \otimes_B^{\mathbf{L}} (M \otimes_A B)\) car toute résolution projective de \(K^\bullet\) comme complexe de \(B\)-modules est une résolution plate de \(K^\bullet\) comme complexe de \(A\)-modules et peut servir à calculer \(K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} M\).

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que \(B\) soit de dimension de Tor \(\leq d\) comme \(A\)-module. Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(B\)-modules. Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Si \(K^\bullet\), comme complexe de \(B\)-modules, est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\), alors \(K^\bullet\), comme complexe de \(A\)-modules, est d’amplitude de Tor dans \([a - d, b]\).

Démonstration

C’est un cas particulier du lemme 0B66, mais on peut aussi le voir directement comme suit. Soit \(M\) un \(A\)-module. Choisissons une résolution libre \(F^\bullet \to M\). Alors \[K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} M = \text{Tot}(K^\bullet \otimes_A F^\bullet) = \text{Tot}(K^\bullet \otimes_B (F^\bullet \otimes_A B)) = K^\bullet \otimes_B^{\mathbf{L}} (M \otimes_A^{\mathbf{L}} B).\] D’après notre hypothèse sur \(B\) comme \(A\)-module, \(M \otimes_A^{\mathbf{L}} B\) n’a de cohomologie qu’aux degrés \(-d, -d + 1, \ldots, 0\). Puisque \(K^\bullet\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\), la suite spectrale de l’exemple 0662 montre que \(K^\bullet \otimes_B^{\mathbf{L}} (M \otimes_A^{\mathbf{L}} B)\) n’a de cohomologie qu’aux degrés de \([-d + a, b]\), comme souhaité.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(A\)-modules d’amplitude de Tor dans \([a, b]\). Alors \(K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} B\), comme complexe de \(B\)-modules, est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\).

Démonstration

D’après le lemme 0654, il existe un quasi-isomorphisme \(E^\bullet \to K^\bullet\), où \(E^\bullet\) est un complexe de \(A\)-modules plats tel que \(E^i = 0\) pour \(i \not \in [a, b]\). Par construction, \(E^\bullet \otimes_A B\) calcule \(K^\bullet \otimes_A ^{\mathbf{L}} B\), et chaque \(E^i \otimes_A B\) est un \(B\)-module plat d’après Algèbre, lemme 00HI. Nous concluons donc par le lemme 0654.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme plat d’anneaux. Soit \(d \geq 0\). Soit \(M\) un \(A\)-module de dimension de Tor \(\leq d\). Alors \(M \otimes_A B\) est un \(B\)-module de dimension de Tor \(\leq d\).

Démonstration

C’est une conséquence immédiate du lemme 066L et de l’égalité \(M \otimes_A^{\mathbf{L}} B = M \otimes_A B\), car \(B\) est plat sur \(A\).

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(B\)-modules. Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K^\bullet\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\) comme complexe de \(A\)-modules,

  2. \(K^\bullet_\mathfrak q\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\) comme complexe de \(A_\mathfrak p\)-modules, pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset B\) tel que \(\mathfrak p = A \cap \mathfrak q\),

  3. \(K^\bullet_\mathfrak m\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\) comme complexe de \(A_\mathfrak p\)-modules, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m \subset B\) tel que \(\mathfrak p = A \cap \mathfrak m\).

Démonstration

Supposons (3) et soit \(M\) un \(A\)-module. Alors \(H^i = H^i(K^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} M)\) est un \(B\)-module et \((H^i)_\mathfrak m = H^i(K^\bullet_\mathfrak m \otimes_{A_\mathfrak p}^\mathbf{L} M_\mathfrak p)\). Ainsi \(H^i = 0\) pour \(i \not \in [a, b]\) d’après Algèbre, lemme 00HN. Donc (3) \(\Rightarrow\) (1). Nous omettons les démonstrations de (1) \(\Rightarrow\) (2) et de (2) \(\Rightarrow\) (3).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in R\) des éléments qui engendrent l’idéal unité. Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Si, pour chaque \(i\), le complexe \(K^\bullet \otimes_R R_{f_i}\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\), alors \(K^\bullet\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement du lemme 0B67, mais se voit également directement comme suit. Remarquons que \(- \otimes_R R_{f_i}\) est un foncteur exact et que \[H^i(K^\bullet)_{f_i} = H^i(K^\bullet) \otimes_R R_{f_i} = H^i(K^\bullet \otimes_R R_{f_i}).\] De même, pour tout \(R\)-module \(M\), nous avons \[H^i(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} M)_{f_i} = H^i(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} M) \otimes_R R_{f_i} = H^i(K^\bullet \otimes_R R_{f_i} \otimes_{R_{f_i}}^{\mathbf{L}} M_{f_i}).\] Le résultat découle donc du fait qu’un \(R\)-module \(N\) est nul si et seulement si \(N_{f_i}\) est nul pour tout \(i\) ; voir Algèbre, lemme 00EO.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Soit \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux fidèlement plat. Si le complexe \(K^\bullet \otimes_R R'\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\), alors \(K^\bullet\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\).

Démonstration

Soit \(M\) un \(R\)-module. Puisque \(R \to R'\) est plat, nous avons \[(M \otimes_R^{\mathbf{L}} K^\bullet) \otimes_R R' = ((M \otimes_R R') \otimes_{R'}^{\mathbf{L}} (K^\bullet \otimes_R R')\] et la prise de cohomologie commute au produit tensoriel par \(R'\). Ainsi \(\text{Tor}_i^R(M, K^\bullet) \otimes_R R' = \text{Tor}_i^{R'}(M \otimes_R R', K^\bullet \otimes_R R')\). Puisque \(R \to R'\) est fidèlement plat, l’annulation de \(\text{Tor}_i^{R'}(M \otimes_R R', K^\bullet \otimes_R R')\) pour \(i \not \in [a, b]\) implique la même annulation pour \(\text{Tor}_i^R(M, K^\bullet)\).

Lemme

Soient des homomorphismes d’anneaux \(R \to A \to B\) avec \(A \to B\) fidèlement plat, et soit \(K \in D(A)\). L’amplitude de Tor de \(K\) sur \(R\) est la même que celle de \(K \otimes_A^\mathbf{L} B\) sur \(R\).

Démonstration

En effet, pour tout \(R\)-module \(M\), nous avons \(H^i(K \otimes_R^\mathbf{L} M) \otimes_A B = H^i((K \otimes_A^\mathbf{L} B) \otimes_R^\mathbf{L} M)\) pour tout \(i\). En effet, représentons \(K\) par un complexe \(K^\bullet\) de \(A\)-modules et choisissons une résolution libre \(F^\bullet \to M\). Nous avons alors l’égalité \[\text{Tot}(K^\bullet \otimes_A B \otimes_R F^\bullet) = \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R F^\bullet) \otimes_A B\] Les groupes de cohomologie du membre de gauche sont \(H^i((K \otimes_A^\mathbf{L} B) \otimes_R^\mathbf{L} M)\) et, dans le membre de droite, nous obtenons \(H^i(K \otimes_R^\mathbf{L} M) \otimes_A B\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau de dimension globale finie \(d\). Alors

  1. tout module est de dimension de Tor \(\leq d\),

  2. tout complexe de \(R\)-modules \(K^\bullet\) tel que \(H^i(K^\bullet) \not = 0\) seulement si \(i \in [a, b]\) est d’amplitude de Tor dans \([a - d, b]\), et

  3. un complexe de \(R\)-modules \(K^\bullet\) est de dimension de Tor finie si et seulement si \(K^\bullet \in D^b(R)\).

Démonstration

L’hypothèse sur \(R\) signifie que tout module possède une résolution projective finie de longueur au plus \(d\) ; en particulier, tout module est de dimension de Tor \(\leq d\). La deuxième assertion résulte du lemme 066I et des définitions. La troisième est une reformulation de la deuxième.

Lemme

Soit \(R' \to R\) un homomorphisme surjectif d’anneaux dont le noyau est un idéal nilpotent. Soit \(K' \in D(R')\) et posons \(K = K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} R\). Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Alors \(K\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\) si et seulement si \(K'\) l’est.

Démonstration

Une implication résulte du lemme 066L. Pour l’autre, supposons que \(K\) soit d’amplitude de Tor dans \([a, b]\) et soit \(M'\) un \(R'\)-module. Nous devons montrer que \(K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} M'\) n’a de cohomologie non nulle qu’aux degrés appartenant à l’intervalle \([a, b]\).

Posons \(I = \Ker(R' \to R)\). Alors \(I^n = 0\) pour un certain \(n\). Si \(IM' = 0\), nous pouvons considérer \(M'\) comme un \(R\)-module et raisonner comme suit : \[K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} M' = K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} (R \otimes_R^\mathbf{L} M') = (K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} R) \otimes_R^\mathbf{L} M' = K \otimes_R^\mathbf{L} M'\] qui n’a de cohomologie non nulle que dans l’intervalle \([a, b]\) par l’hypothèse sur \(K\). Si \(I^{t + 1}M' = 0\), considérons la suite exacte courte \[0 \to IM' \to M' \to M'/IM' \to 0\] Par récurrence sur \(t\), les deux complexes \(K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} IM'\) et \(K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} M'/IM'\) n’ont de cohomologie non nulle qu’aux degrés de l’intervalle \([a, b]\). Le triangle distingué \[K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} IM' \to K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} M' \to K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} M'/IM' \to (K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} IM')[1]\] montre alors qu’il en va de même de \(K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} M'\), comme souhaité.

Suites spectrales pour Ext

Dans cette section, nous rassemblons diverses suites spectrales qui apparaissent lorsque l’on considère les foncteurs Ext. Pour toute paire d’objets \(L\), \(K\) de la catégorie dérivée \(D(R)\) d’un anneau \(R\), nous posons \[\Ext^n_R(L, K) = \Hom_{D(R)}(L, K[n])\] conformément à nos conventions générales de Catégories dérivées, section 06XP.

Pour un module \(M\) sur \(R\) et \(K \in D^+(R)\), il existe une suite spectrale [0AVH]\[\begin{equation} E_2^{i, j} = \Ext_R^i(M, H^j(K)) \Rightarrow \Ext_R^{i + j}(M, K) \end{equation}\] et, si \(K\) est représenté par un complexe \(K^\bullet\) de \(R\)-modules borné inférieurement, il existe une suite spectrale [0AVI]\[\begin{equation} E_1^{i, j} = \Ext_R^j(M, K^i) \Rightarrow \Ext_R^{i + j}(M, K) \end{equation}\] Ces suites spectrales proviennent de l’application du lemme de Catégories dérivées 015J au foncteur \(\Hom_R(M, -)\).

Dimension projective

Nous avons défini la dimension projective d’un module dans Algèbre, définition 00O4.

Définition

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K\) un objet de \(D(R)\). Nous disons que \(K\) est de dimension projective finie si \(K\) peut être représenté par un complexe borné de modules projectifs. Nous disons que \(K\) est d’amplitude projective dans \([a, b]\) si \(K\) est quasi-isomorphe à un complexe \[\ldots \to 0 \to P^a \to P^{a + 1} \to \ldots \to P^{b - 1} \to P^b \to 0 \to \ldots\] où \(P^i\) est un \(R\)-module projectif pour tout \(i \in \mathbf{Z}\).

Il est clair que \(K\) est de dimension projective finie si et seulement si \(K\) est d’amplitude projective dans \([a, b]\) pour certains \(a, b \in \mathbf{Z}\). De plus, si \(K\) est de dimension projective finie, alors \(K\) est borné. Voici un lemme permettant de reconnaître de tels objets de \(D(R)\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K\) un objet de \(D(R)\). Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K\) est d’amplitude projective dans \([a, b]\),

  2. \(\Ext^i_R(K, N) = 0\) pour tout \(R\)-module \(N\) et tout \(i \not \in [-b, -a]\),

  3. \(H^n(K) = 0\) pour \(n > b\) et \(\Ext^i_R(K, N) = 0\) pour tout \(R\)-module \(N\) et tout \(i > -a\), et

  4. \(H^n(K) = 0\) pour \(n \not \in [a - 1, b]\) et \(\Ext^{-a + 1}_R(K, N) = 0\) pour tout \(R\)-module \(N\).

Démonstration

Supposons (1). Nous pouvons supposer que \(K\) est le complexe \[\ldots \to 0 \to P^a \to P^{a + 1} \to \ldots \to P^{b - 1} \to P^b \to 0 \to \ldots\] où \(P^i\) est un \(R\)-module projectif pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). Dans ce cas, nous pouvons calculer les groupes Ext à l’aide du complexe \[\ldots \to 0 \to \Hom_R(P^b, N) \to \ldots \to \Hom_R(P^a, N) \to 0 \to \ldots\] et nous obtenons (2).

Supposons (2) vraie. Choisissons une injection \(H^n(K) \to I\), où \(I\) est un \(R\)-module injectif. Puisque \(\Hom_R(-, I)\) est un foncteur exact, nous avons \(\Ext^{-n}(K, I) = \Hom_R(H^n(K), I)\). Nous concluons en particulier que \(H^n(K)\) est nul pour \(n > b\). Ainsi (2) implique (3).

Le même argument que pour le passage de (2) à (3) montre que (3) implique (4).

Supposons (4). Le même argument que pour le passage de (2) à (3) montre que \(H^{a - 1}(K) = 0\), c’est-à-dire que \(H^i(K) = 0\) sauf si \(i \in [a, b]\). En particulier, \(K\) est borné supérieurement et nous pouvons choisir un complexe \(P^\bullet\) représentant \(K\), avec \(P^i\) projectif (par exemple libre) pour tout \(i \in \mathbf{Z}\) et \(P^i = 0\) pour \(i > b\). Voir Catégories dérivées, lemme 05T7. Posons \(Q = \Coker(P^{a - 1} \to P^a)\). Alors \(K\) est quasi-isomorphe au complexe \[\ldots \to 0 \to Q \to P^{a + 1} \to \ldots \to P^b \to 0 \to \ldots\] car \(H^i(K) = 0\) pour \(i < a\). Notons \(K' = (P^{a + 1} \to \ldots \to P^b)\) l’objet correspondant de \(D(R)\). Nous obtenons un triangle distingué \[K' \to K \to Q[-a] \to K'[1]\] dans \(D(R)\). Ainsi, pour tout \(R\)-module \(N\), nous avons une suite exacte \[\Ext^{-a}(K', N) \to \Ext^1(Q, N) \to \Ext^{1 - a}(K, N)\] Par hypothèse, le terme de droite est nul. D’après l’implication (1) \(\Rightarrow\) (2), le terme de gauche est nul. Ainsi \(Q\) est un \(R\)-module projectif d’après Algèbre, lemme 05CF. Donc (1) est vraie, ce qui achève la démonstration.

Exemple

Soit \(k\) un corps et soit \(R\) l’anneau des nombres duaux sur \(k\), c’est-à-dire \(R = k[x]/(x^2)\). Notons \(\epsilon \in R\) la classe de \(x\). Soit \(M = R/(\epsilon)\). Alors \(M\) est quasi-isomorphe au complexe \[R \xrightarrow{\epsilon} R \xrightarrow{\epsilon} R \to \ldots\] mais \(M\) n’est pas de dimension projective finie au sens d’ Algèbre, définition 00O4. Cela explique pourquoi nous considérons des complexes de modules projectifs bornés dans les deux directions dans notre définition de la dimension projective finie des objets de \(D(R)\).

Dimension injective

Cette section est duale de celle consacrée à la dimension projective.

Définition

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K\) un objet de \(D(R)\). Nous disons que \(K\) est de dimension injective finie si \(K\) peut être représenté par un complexe fini de \(R\)-modules injectifs. Nous disons que \(K\) est d’amplitude injective dans \([a, b]\) si \(K\) est isomorphe à un complexe \[\ldots \to 0 \to I^a \to I^{a + 1} \to \ldots \to I^{b - 1} \to I^b \to 0 \to \ldots\] où \(I^i\) est un \(R\)-module injectif pour tout \(i \in \mathbf{Z}\).

Il est clair que \(K\) est de dimension injective bornée si et seulement si \(K\) est d’amplitude injective dans \([a, b]\) pour certains \(a, b \in \mathbf{Z}\). De plus, si \(K\) est de dimension injective bornée, alors \(K\) est borné. Voici le lemme obligé.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K\) un objet de \(D(R)\). Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K\) est d’amplitude injective dans \([a, b]\),

  2. \(\Ext^i_R(N, K) = 0\) pour tout \(R\)-module \(N\) et tout \(i \not \in [a, b]\),

  3. \(\Ext^i(R/I, K) = 0\) pour tout idéal \(I \subset R\) et tout \(i \not \in [a, b]\).

Démonstration

Supposons (1). Nous pouvons supposer que \(K\) est le complexe \[\ldots \to 0 \to I^a \to I^{a + 1} \to \ldots \to I^{b - 1} \to I^b \to 0 \to \ldots\] où \(I^i\) est un \(R\)-module injectif pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). Dans ce cas, nous pouvons calculer les groupes Ext à l’aide du complexe \[\ldots \to 0 \to \Hom_R(N, I^a) \to \ldots \to \Hom_R(N, I^b) \to 0 \to \ldots\] et nous obtenons (2). Il est clair que (2) implique (3).

Supposons (3) vraie. Choisissons une application non nulle \(R \to H^n(K)\). Puisque \(\Hom_R(R, -)\) est un foncteur exact, nous avons \(\Ext^n_R(R, K) = \Hom_R(R, H^n(K)) = H^n(K)\). Nous concluons que \(H^n(K)\) est nul pour \(n \not \in [a, b]\). En particulier, \(K\) est borné inférieurement et nous pouvons choisir un quasi-isomorphisme \[K \to I^\bullet\] où \(I^i\) est injectif pour tout \(i \in \mathbf{Z}\) et \(I^i = 0\) pour \(i < a\). Voir Catégories dérivées, lemme 05T6. Posons \(J = \Ker(I^b \to I^{b + 1})\). Alors \(K\) est quasi-isomorphe au complexe \[\ldots \to 0 \to I^a \to \ldots \to I^{b - 1} \to J \to 0 \to \ldots\] Notons \(K' = (I^a \to \ldots \to I^{b - 1})\) l’objet correspondant de \(D(R)\). Nous obtenons un triangle distingué \[J[-b] \to K \to K' \to J[1 - b]\] dans \(D(R)\). Ainsi, pour tout idéal \(I \subset R\), nous avons une suite exacte \[\Ext^b(R/I, K') \to \Ext^1(R/I, J) \to \Ext^{1 + b}(R/I, K)\] Par hypothèse, le terme de droite est nul. D’après l’implication (1) \(\Rightarrow\) (2), le terme de gauche est nul. Ainsi \(J\) est un \(R\)-module injectif d’après le lemme 0AVF.

Exemple

Soit \(R\) un anneau de Dedekind. Alors tout idéal non nul \(I\) est un module projectif de type fini ; voir le lemme 0AUW. Ainsi \(R/I\) est de dimension projective \(1\). Par conséquent, tout \(R\)-module \(M\) est de dimension injective \(\leq 1\) d’après le lemme 0A5T. Ainsi \(\Ext^i_R(M, N) = 0\) pour \(i \geq 2\) et toute paire de \(R\)-modules \(M, N\). Il s’ensuit que tout objet \(K\) de \(D^b(R)\) est isomorphe à la somme directe de ses cohomologies : \(K \cong \bigoplus H^i(K)[-i]\) ; voir Catégories dérivées, lemme 0EWX.

Exemple

Soit \(k\) un corps et soit \(R\) l’anneau des nombres duaux sur \(k\), c’est-à-dire \(R = k[x]/(x^2)\). Notons \(\epsilon \in R\) la classe de \(x\). Soit \(M = R/(\epsilon)\). Alors \(M\) est quasi-isomorphe au complexe \[\ldots \to R \xrightarrow{\epsilon} R \xrightarrow{\epsilon} R\] et \(R\) est un \(R\)-module injectif. Cependant, dans cette situation, on ne considère généralement pas que \(M\) est de dimension injective finie. Cela explique pourquoi nous considérons des complexes de modules injectifs bornés dans les deux directions dans notre définition de la dimension injective bornée des objets de \(D(R)\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K \in D(R)\).

  1. Si \(K\) appartient à \(D^b(R)\) et si \(H^i(K)\) est de dimension injective finie pour tout \(i\), alors \(K\) est de dimension injective finie.

  2. Si \(K^\bullet\) représente \(K\), est un complexe borné de \(R\)-modules, et si \(K^i\) est de dimension injective finie pour tout \(i\), alors \(K\) est de dimension injective finie.

Démonstration

Omis. Indication : appliquer les suites spectrales de Catégories dérivées, lemme 015J, au foncteur \(F = \Hom_R(N, -)\) afin de calculer \(\Ext^i_A(N, K)\), puis utiliser le critère du lemme 0A5T.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(I \subset R\) un idéal contenu dans le radical de Jacobson de \(R\). Soit \(K \in D^+(R)\) à modules de cohomologie de type fini. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K\) est de dimension injective finie, et

  2. il existe un \(b\) tel que \(\Ext^i_R(R/J, K) = 0\) pour \(i > b\) et tout idéal \(J \supset I\).

Démonstration

L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) est immédiate. Supposons (2). Disons que \(H^i(K) = 0\) pour \(i < a\). Alors \(\Ext^i(M, K) = 0\) pour \(i < a\) et tout \(R\)-module \(M\). Il suffit donc de montrer que \(\Ext^i(M, K) = 0\) pour \(i > b\) et tout \(R\)-module de type fini \(M\) ; voir le lemme 0A5T. D’après Algèbre, lemme 00L0, le module \(M\) possède une filtration finie dont les quotients successifs sont de la forme \(R/\mathfrak p\), où \(\mathfrak p\) est un idéal premier. Si \(0 \to M_1 \to M \to M_2 \to 0\) est une suite exacte courte et si \(\Ext^i(M_j, K) = 0\) pour \(i > b\) et \(j = 1, 2\), alors \(\Ext^i(M, K) = 0\) pour \(i > b\). Nous pouvons donc supposer \(M = R/\mathfrak p\). Si \(I \subset \mathfrak p\), l’annulation résulte de l’hypothèse. Sinon, choisissons \(f \in I\), \(f \not \in \mathfrak p\). Considérons la suite exacte courte \[0 \to R/\mathfrak p \xrightarrow{f} R/\mathfrak p \to R/(\mathfrak p, f) \to 0\] Le \(R\)-module \(R/(\mathfrak p, f)\) possède une filtration dont les quotients successifs sont des \(R/\mathfrak q\) avec \((\mathfrak p, f) \subset \mathfrak q\). Ainsi, par récurrence noethérienne et par l’argument précédent, nous pouvons supposer que l’annulation vaut pour \(R/(\mathfrak p, f)\). D’autre part, les modules \(E^i = \Ext^i(R/\mathfrak p, K)\) sont de type fini d’après notre hypothèse sur \(K\) (borné inférieurement à modules de cohomologie de type fini), la suite spectrale (0AVH) et Algèbre, lemme 08YR. Ainsi, \(E^i\), pour \(i > b\), est un \(R\)-module de type fini tel que \(E^i/fE^i = 0\). Le lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV) montre que \(E^i\) est nul.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local noethérien. Soit \(K \in D^+(R)\) à modules de cohomologie de type fini. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K\) est de dimension injective finie, et

  2. \(\Ext^i_R(\kappa, K) = 0\) pour \(i \gg 0\).

Démonstration

C’est un cas particulier du lemme 0DW2.

Modules presque projectifs

Il semble exister dans la littérature de nombreuses définitions différentes des « modules presque projectifs ». Dans cette section, nous n’examinons qu’une possibilité parmi beaucoup d’autres.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(M\), \(N\) des \(R\)-modules.

  1. Pour un homomorphisme de \(R\)-modules \(\varphi : M \to N\), les assertions suivantes sont équivalentes : (a) \(\varphi\) se factorise par un \(R\)-module projectif, et (b) \(\varphi\) se factorise par un \(R\)-module libre.

  2. L’ensemble des \(\varphi : M \to N\) qui satisfont aux conditions équivalentes de (1) est un sous-\(R\)-module de \(\Hom_R(M, N)\).

  3. Étant donnés des homomorphismes \(\psi : M' \to M\) et \(\xi : N \to N'\), si \(\varphi : M \to N\) satisfait aux conditions équivalentes de (1), alors il en va de même de \(\xi \circ \varphi \circ \psi : M' \to N'\).

Démonstration

L’équivalence de (1)(a) et (1)(b) résulte d’ Algèbre, lemme 05CF. Si \(\varphi : M \to N\) et \(\varphi' : M \to N\) se factorisent respectivement par les modules \(P\) et \(P'\), alors \(\varphi + \varphi'\) se factorise par \(P \oplus P'\) et \(\lambda \varphi\) se factorise par \(P\) pour tout \(\lambda \in R\). Cela démontre (2). Si \(\varphi : M \to N\) se factorise par le module \(P\) et si \(\psi\) et \(\xi\) sont comme dans (3), alors \(\xi \circ \varphi \circ \psi\) se factorise par \(P\). Cela démontre (3).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(\varphi : M \to N\) un homomorphisme de \(R\)-modules. Si \(\varphi\) se factorise par un module projectif et si \(M\) est un \(R\)-module de type fini, alors \(\varphi\) se factorise par un module projectif de type fini.

Démonstration

D’après le lemme 0G90, nous pouvons écrire \(\varphi = \tau \circ \sigma\), où le but de \(\sigma\) est \(\bigoplus_{i \in I} R\) pour un certain ensemble \(I\). Choisissons des générateurs \(x_1, \ldots, x_n\) de \(M\). Écrivons \(\sigma(x_j) = (a_{ji})_{i \in I}\). Pour chaque \(j\), seul un nombre fini des \(a_{ij}\) sont non nuls. Ainsi, l’image de \(\sigma\) est contenue dans un \(R\)-module libre de type fini, ce qui permet de conclure.

Soit \(R\) un anneau. Observons qu’un \(R\)-module est projectif si et seulement si l’identité de \(R\) se factorise par un module projectif.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. pour tout \(a \in I\), l’application \(a : M \to M\) se factorise par un \(R\)-module projectif,

  2. pour tout \(a \in I\), l’application \(a : M \to M\) se factorise par un \(R\)-module libre, et

  3. \(\Ext^1_R(M, N)\) est annulé par \(I\) pour tout \(R\)-module \(N\).

Démonstration

L’équivalence de (1) et (2) résulte du lemme 0G90. Si (1) est vraie, alors (3) l’est, car \(\Ext^1_R(P, N)\) est nul pour tout \(N\) et tout module projectif \(P\). Réciproquement, supposons (3) vraie. Choisissons une suite exacte courte \(0 \to N \to P \to M \to 0\) avec \(P\) projectif (voire libre). Par hypothèse, l’élément correspondant de \(\Ext^1_R(M, N)\) est annulé par \(I\). Par conséquent, pour tout \(a \in I\), l’application \(a : M \to M\) se factorise par la surjection \(P \to M\), et nous concluons que (1) est vraie.

Afin de parler commodément des modules qui satisfont aux conditions équivalentes du lemme 0G92, donnons un nom à cette propriété.

Définition

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module. Nous disons que \(M\) est \(I\)-projectif9 si les conditions équivalentes du lemme 0G92 sont satisfaites.

Les modules annulés par \(I\) sont \(I\)-projectifs.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module. Si \(M\) est annulé par \(I\), alors \(M\) est \(I\)-projectif.

Démonstration

Cela résulte immédiatement de la définition et du fait que le module nul est projectif.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \[0 \to K \to P \to M \to 0\] une suite exacte courte de \(R\)-modules. Si \(M\) est \(I\)-projectif et si \(P\) est projectif, alors \(K\) est \(I\)-projectif.

Démonstration

L’élément \(\text{id}_K \in \Hom_R(K, K)\) s’envoie sur la classe de l’extension donnée dans \(\Ext^1_R(M, K)\). Puisque, par hypothèse, cette classe est annulée par tout \(a \in I\), nous voyons que \(a : K \to K\) se factorise par \(K \to P\), ce qui permet de conclure.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Si \(M\) est de type fini et \(I\)-projectif comme \(R\)-module, alors \(M^\vee = \Hom_R(M, R)\) est \(I\)-projectif.

Démonstration

Supposons \(M\) de type fini et \(I\)-projectif. Choisissons une suite exacte courte \(0 \to K \to R^{\oplus r} \to M \to 0\). Elle fournit une injection \(M^\vee \to R^{\oplus r} = (R^{\oplus r})^\vee\). Puisque la classe d’extension dans \(\Ext^1_R(M, K)\) correspondant à la suite exacte courte est annulée par \(I\), nous voyons que, pour tout \(a \in I\), il existe une application \(M \to R^{\oplus r}\) dont la composée avec l’application donnée \(R^{\oplus r} \to M\) est égale à \(a : M \to M\). En passant aux duaux, nous voyons que \(a : M^\vee \to M^\vee\) se factorise par l’application \(M^\vee \to R^{\oplus r}\) donnée ci-dessus, ce qui permet de conclure.

Complexes Hom

Soit \(R\) un anneau. Soient \(L^\bullet\) et \(M^\bullet\) deux complexes de \(R\)-modules. Construisons un complexe \(\Hom^\bullet(L^\bullet, M^\bullet)\). Pour chaque \(n\), posons \[\Hom^n(L^\bullet, M^\bullet) = \prod\nolimits_{n = p + q} \Hom_R(L^{-q}, M^p)\] Il est utile de considérer \(\Hom^n\) comme le \(R\)-module de toutes les applications \(R\)-linéaires de \(L^\bullet\) vers \(M^\bullet\) (considérés comme modules gradués) qui sont homogènes de degré \(n\). Avec cette terminologie, nous définissons la différentielle par la règle \[\text{d}(f) = \text{d}_M \circ f - (-1)^n f \circ \text{d}_L\] pour \(f \in \Hom^n(L^\bullet, M^\bullet)\). Nous omettons la vérification de \(\text{d}^2 = 0\). Voir la section 0FNG pour les règles de signes. Cette construction est un cas particulier d’ Algèbre différentielle graduée, exemple 09L9. Il résulte immédiatement de la construction que [0A5X]\[\begin{equation} H^n(\Hom^\bullet(L^\bullet, M^\bullet)) = \Hom_{K(R)}(L^\bullet, M^\bullet[n]) \end{equation}\] pour tout \(n \in \mathbf{Z}\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Étant donnés des complexes \(K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet\) de \(R\)-modules, il existe un isomorphisme canonique \[\Hom^\bullet(K^\bullet, \Hom^\bullet(L^\bullet, M^\bullet)) = \Hom^\bullet(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet), M^\bullet)\] de complexes de \(R\)-modules.

Démonstration

Soit \(\alpha\) un élément de degré \(n\) du membre de gauche. Alors \[\alpha = (\alpha^{p, q}) \in \prod\nolimits_{p + q = n} \Hom_R(K^{-q}, \Hom^p(L^\bullet, M^\bullet))\] Chaque \(\alpha^{p, q}\) est un élément \[\alpha^{p, q} = (\alpha^{r, s, q}) \in \prod\nolimits_{r + s + q = n} \Hom_R(K^{-q}, \Hom_R(L^{-s}, M^r))\] Si nous effectuons les identifications [0A5Z]\[\begin{equation} \Hom_R(K^{-q}, \Hom_R(L^{-s}, M^r)) = \Hom_R(K^{-q} \otimes_R L^{-s}, M^r) \end{equation}\] alors nos règles de signes donnent \[\begin{align*} \text{d}(\alpha^{r, s, q}) & = \text{d}_{\Hom^\bullet(L^\bullet, M^\bullet)} \circ \alpha^{r, s, q} - (-1)^n \alpha^{r, s, q} \circ \text{d}_K \\ & = \text{d}_M \circ \alpha^{r, s, q} - (-1)^{r + s} \alpha^{r, s, q} \circ \text{d}_L - (-1)^{r + s + q} \alpha^{r, s, q} \circ \text{d}_K \end{align*}\] D’autre part, si \(\beta\) est un élément de degré \(n\) du membre de droite, alors \[\beta = (\beta^{r, s, q}) \in \prod\nolimits_{r + s + q = n} \Hom_R(K^{-q} \otimes_R L^{-s}, M^r)\] et notre règle de signes (Homologie, définition 012Z) donne \[\begin{align*} \text{d}(\beta^{r, s, q}) & = \text{d}_M \circ \beta^{r, s, q} - (-1)^n \beta^{r, s, q} \circ \text{d}_{\text{Tot}(K^\bullet \otimes L^\bullet)} \\ & = \text{d}_M \circ \beta^{r, s, q} - (-1)^{r + s + q} \left( \beta^{r, s, q} \circ \text{d}_K + (-1)^{-q} \beta^{r, s, q} \circ \text{d}_L \right) \end{align*}\] Nous voyons ainsi que l’application induite par les identifications (0A5Z) est bien un morphisme de complexes.

Remarque

Soit \(R\) un anneau. La catégorie \(\text{Comp}(R)\) des complexes de \(R\)-modules est une catégorie monoïdale symétrique dont le produit tensoriel est donné par \(\text{Tot}(- \otimes_R -)\) ; voir le lemme 0FNI. Étant donnés \(L^\bullet\) et \(M^\bullet\) dans \(\text{Comp}(R)\), un élément \(f \in \Hom^0(L^\bullet, M^\bullet)\) définit un morphisme de complexes \(f : L^\bullet \to M^\bullet\) si et seulement si \(\text{d}(f) = 0\). Le lemme 0A5Y nous dit donc également que \[\Mor_{\text{Comp}(R)}(K^\bullet, \Hom^\bullet(L^\bullet, M^\bullet)) = \Mor_{\text{Comp}(R)}(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet), M^\bullet)\] fonctoriellement en \(K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet\) dans \(\text{Comp}(R)\). Cela signifie que \(\Hom^\bullet( - , -)\) est un Hom interne pour la catégorie monoïdale symétrique \(\text{Comp}(R)\), comme expliqué dans Catégories, remarque 0GWJ.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Étant donnés des complexes \(K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet\) de \(R\)-modules, il existe un morphisme canonique \[\text{Tot}\left( \Hom^\bullet(L^\bullet, M^\bullet) \otimes_R \Hom^\bullet(K^\bullet, L^\bullet) \right) \longrightarrow \Hom^\bullet(K^\bullet, M^\bullet)\] de complexes de \(R\)-modules.

Démonstration

D’après la discussion de la remarque 0GWQ, l’existence d’une telle application canonique résulte de Catégories, remarque 0GWJ. Nous en donnons également une construction directe.

Un élément \(\alpha\) de degré \(n\) du membre de gauche est \[\alpha = (\alpha^{p, q}) \in \bigoplus\nolimits_{p + q = n} \Hom^p(L^\bullet, M^\bullet) \otimes_R \Hom^q(K^\bullet, L^\bullet)\] L’élément \(\alpha^{p, q}\) est une somme finie \(\alpha^{p, q} = \sum \beta^p_i \otimes \gamma^q_i\) avec \[\beta^p_i = (\beta^{r, s}_i) \in \prod\nolimits_{r + s = p} \Hom_R(L^{-s}, M^r)\] et \[\gamma^q_i = (\gamma^{u, v}_i) \in \prod\nolimits_{u + v = q} \Hom_R(K^{-v}, L^u)\] L’application envoie \(\alpha\) sur \(\delta = (\delta^{r, v})\), où \[\delta^{r, v} = \sum\nolimits_{i, s} \beta^{r, s}_i \circ \gamma^{-s, v}_i \in \Hom_R(K^{-v}, M^r)\] Pour \(r + v = n\) fixé, cette somme est finie, car seul un nombre fini des \(\alpha^{p, q}\) sont non nuls, et donc seuls un nombre fini des \(\beta^p_i\) et \(\gamma^q_i\) sont non nuls. Nos règles de signes donnent \[\begin{align*} \text{d}(\alpha^{p, q}) & = \text{d}_{\Hom^\bullet(L^\bullet, M^\bullet)}(\alpha^{p, q}) + (-1)^p \text{d}_{\Hom^\bullet(K^\bullet, L^\bullet)}(\alpha^{p, q}) \\ & = \sum \Big( \text{d}_M \circ \beta^p_i \circ \gamma^q_i - (-1)^p \beta^p_i \circ \text{d}_L \circ \gamma^q_i \Big) \\ & \quad + (-1)^p \sum \Big( \beta^p_i \circ \text{d}_L \circ \gamma^q_i - (-1)^q \beta^p_i \circ \gamma^q_i \circ \text{d}_K \Big) \\ & = \sum \Big( \text{d}_M \circ \beta^p_i \circ \gamma^q_i -(-1)^n \beta^p_i \circ \gamma^q_i \circ \text{d}_K \Big) \end{align*}\] Il en résulte que la règle \(\alpha \mapsto \delta\) est compatible aux différentielles, ce qui démontre le lemme.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Étant donnés des complexes \(K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet\) de \(R\)-modules, il existe un morphisme canonique \[\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R \Hom^\bullet(M^\bullet, L^\bullet)) \longrightarrow \Hom^\bullet(M^\bullet, \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet))\] de complexes de \(R\)-modules, fonctoriel en les trois complexes.

Démonstration

D’après la discussion de la remarque 0GWQ, l’existence d’une telle application canonique résulte de Catégories, remarque 0GWJ. Nous en donnons également une construction directe.

Soit \(\alpha\) un élément de degré \(n\) du membre de droite. Alors \[\alpha = (\alpha^{p, q}) \in \prod\nolimits_{p + q = n} \Hom_R(M^{-q}, \text{Tot}^p(K^\bullet \otimes_R L^\bullet))\] Chaque \(\alpha^{p, q}\) est un élément \[\alpha^{p, q} = (\alpha^{r, s, q}) \in \Hom_R(M^{-q}, \bigoplus\nolimits_{r + s + q = n} K^r \otimes_R L^s)\] où nous considérons \(\alpha^{r, s, q}\) comme une famille d’applications telle que, pour tout \(x \in M^{-q}\), seul un nombre fini des \(\alpha^{r, s, q}(x)\) sont non nuls. Nos règles de signes donnent \[\begin{align*} \text{d}(\alpha^{r, s, q}) & = \text{d}_{\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet)} \circ \alpha^{r, s, q} - (-1)^n \alpha^{r, s, q} \circ \text{d}_M \\ & = \text{d}_K \circ \alpha^{r, s, q} + (-1)^r \text{d}_L \circ \alpha^{r, s, q} - (-1)^n \alpha^{r, s, q} \circ \text{d}_M \end{align*}\] D’autre part, si \(\beta\) est un élément de degré \(n\) du membre de gauche, alors \[\beta = (\beta^{p, q}) \in \bigoplus\nolimits_{p + q = n} K^p \otimes_R \Hom^q(M^\bullet, L^\bullet)\] et nous pouvons écrire \(\beta^{p, q} = \sum \gamma_i^p \otimes \delta_i^q\), avec \(\gamma_i^p \in K^p\) et \[\delta_i^q = (\delta_i^{r, s}) \in \prod\nolimits_{r + s = q} \Hom_R(M^{-s}, L^r)\] Nos règles de signes donnent \[\begin{align*} \text{d}(\beta^{p, q}) & = \text{d}_K(\beta^{p, q}) + (-1)^p \text{d}_{\Hom^\bullet(M^\bullet, L^\bullet)}(\beta^{p, q}) \\ & = \sum \text{d}_K(\gamma_i^p) \otimes \delta_i^q + (-1)^p \sum \gamma_i^p \otimes (\text{d}_L \circ \delta_i^q - (-1)^q \delta_i^q \circ \text{d}_M) \end{align*}\] Nous envoyons l’élément \(\beta\) sur \(\alpha\), où \[\alpha^{r, s, q} = c^{r, s, q}(\sum \gamma_i^r \otimes \delta_i^{s, q})\] où \(c^{r, s, q} : K^r \otimes_R \Hom_R(M^{-q}, L^s) \to \Hom_R(M^{-q}, K^r \otimes_R L^s)\) est l’application canonique. Pour \(\beta\) et \(r\) fixés, seul un nombre fini des \(\gamma_i^r\) sont non nuls ; par conséquent, seul un nombre fini des \(\alpha^{r, s, q}\) sont non nuls (pour \(r\) fixé). Cette famille d’applications satisfait donc aux conditions ci-dessus, et l’application est bien définie. En comparant les signes, nous voyons qu’elle est compatible aux différentielles.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Étant donnés des complexes \(K^\bullet, L^\bullet\) de \(R\)-modules, il existe un morphisme canonique \[K^\bullet \longrightarrow \Hom^\bullet(L^\bullet, \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet))\] de complexes de \(R\)-modules, fonctoriel en les deux complexes.

Démonstration

D’après la discussion de la remarque 0GWQ, l’existence d’une telle application canonique résulte de Catégories, remarque 0GWJ. Nous en donnons également une construction directe.

Soit \(\alpha\) un élément de degré \(n\) du membre de droite. Alors \[\alpha = (\alpha^{p, q}) \in \prod\nolimits_{p + q = n} \Hom_R(L^{-q}, \text{Tot}^p(K^\bullet \otimes_R L^\bullet))\] Chaque \(\alpha^{p, q}\) est un élément \[\alpha^{p, q} = (\alpha^{r, s, q}) \in \Hom_R(L^{-q}, \bigoplus\nolimits_{r + s + q = n} K^r \otimes_R L^s)\] où nous considérons \(\alpha^{r, s, q}\) comme une famille d’applications telle que, pour tout \(x \in L^{-q}\), seul un nombre fini des \(\alpha^{r, s, q}(x)\) sont non nuls. Nos règles de signes donnent \[\begin{align*} \text{d}(\alpha^{r, s, q}) & = \text{d}_{\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet)} \circ \alpha^{r, s, q} - (-1)^n \alpha^{r, s, q} \circ \text{d}_L \\ & = \text{d}_K \circ \alpha^{r, s, q} + (-1)^r \text{d}_L \circ \alpha^{r, s, q} - (-1)^n \alpha^{r, s, q} \circ \text{d}_L \end{align*}\] Nous envoyons maintenant un élément \(\beta \in K^n\) sur \(\alpha\), avec \(\alpha^{n, -q, q} = \beta \otimes \text{id}_{L^{-q}}\) et \(\alpha^{r, s, q} = 0\) si \(r \not = n\). Il s’agit bien d’un élément comme ci-dessus, puisque, pour \(q\) fixé, un seul \(\alpha^{r, s, q}\) est non nul. La description de la différentielle montre que cette construction est compatible aux différentielles.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Étant donnés des complexes \(K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet\) de \(R\)-modules, il existe un morphisme canonique \[\text{Tot}(\Hom^\bullet(L^\bullet, M^\bullet) \otimes_R K^\bullet) \longrightarrow \Hom^\bullet(\Hom^\bullet(K^\bullet, L^\bullet), M^\bullet)\] de complexes de \(R\)-modules, fonctoriel en les trois complexes.

Démonstration

D’après la discussion de la remarque 0GWQ, l’existence d’une telle application canonique résulte de Catégories, remarque 0GWJ. Nous en donnons également une construction directe.

Considérons un élément \(\beta\) de degré \(n\) du membre de droite. Alors \[\beta = (\beta^{p, s}) \in \prod\nolimits_{p + s = n} \Hom_R(\Hom^{-s}(K^\bullet, L^\bullet), M^p)\] Nos règles de signes donnent \[\begin{align*} \text{d}(\beta^{p, s}) & = \text{d}_M \circ \beta^{p, s} - (-1)^n \beta^{p, s} \circ \text{d}_{\Hom^\bullet(K^\bullet, L^\bullet)} \end{align*}\] Nous pouvons décrire le dernier terme comme suit : \[(\beta^{p, s} \circ \text{d}_{\Hom^\bullet(K^\bullet, L^\bullet)})(f) = \beta^{p, s}(\text{d}_L \circ f - (-1)^{s + 1} f \circ \text{d}_K)\] si \(f \in \Hom^{-s - 1}(K^\bullet, L^\bullet)\). Nous concluons que, dans un sens que nous ne précisons pas, \(\text{d}(\beta^{p, s})\) est une somme de trois termes dont les signes sont les suivants : [0FNE]\[\begin{equation} \text{d}(\beta^{p, s}) = \text{d}_M(\beta^{p, s}) -(-1)^n\text{d}_L(\beta^{p, s}) + (-1)^{p + 1}\text{d}_K(\beta^{p, s}) \end{equation}\]

Considérons ensuite un élément \(\alpha\) de degré \(n\) du membre de gauche. Nous pouvons l’écrire sous la forme \[\alpha = (\alpha^{t, r}) \in \bigoplus\nolimits_{t + r = n} \Hom^t(L^\bullet, M^\bullet) \otimes K^r\] Chaque \(\alpha^{t, r}\) s’envoie sur un élément \[\alpha^{t, r} \mapsto (\alpha^{p, q, r}) \in \prod\nolimits_{p + q = t} \Hom_R(L^{-q}, M^p) \otimes_R K^r\] Nos règles de signes donnent \[\begin{align*} \text{d}(\alpha^{p, q, r}) & = \text{d}_{\Hom^\bullet(L^\bullet, M^\bullet)}(\alpha^{p, q, r}) + (-1)^{p + q} \text{d}_K(\alpha^{p, q, r}) \end{align*}\] où, si nous écrivons de plus \(\alpha^{p, q, r} = \sum g_i^{p, q} \otimes k_i^r\), nous avons \[\text{d}_{\Hom^\bullet(L^\bullet, M^\bullet)}(\alpha^{p, q, r}) = \sum (\text{d}_M \circ g_i^{p, q}) \otimes k_i^r - (-1)^{p + q} \sum (g_i^{p, q} \circ \text{d}_L) \otimes k_i^r\] Nous concluons que, dans un sens que nous ne précisons pas, \(\text{d}(\alpha^{p, q, r})\) est une somme de trois termes dont les signes sont les suivants : [0FNF]\[\begin{equation} \text{d}(\alpha^{p, q, r}) = \text{d}_M(\alpha^{p, q, r}) -(-1)^{p + q}\text{d}_L(\alpha^{p, q, r}) + (-1)^{p + q}\text{d}_K(\alpha^{p, q, r}) \end{equation}\]

Pour définir notre application, nous utiliserons les applications canoniques \[c_{p, q, r} : \Hom_R(L^{-q}, M^p) \otimes_R K^r \longrightarrow \Hom_R(\Hom_R(K^r, L^{-q}), M^p)\] qui envoient \(\varphi \otimes k\) sur l’application \(\psi \mapsto \varphi(\psi(k))\). Cette construction est fonctorielle en les trois variables. Avec \(s = q + r\), il existe une inclusion \[\Hom_R(\Hom_R(K^r, L^{-q}), M^p) \subset \Hom_R(\Hom^{-s}(K^\bullet, L^\bullet), M^p)\] provenant de la projection \(\Hom^{-s}(K^\bullet, L^\bullet) \to \Hom_R(K^r, L^{-q})\). Puisque \(\alpha^{p, q, r}\) n’est non nul que pour un nombre fini de \(r\), nous voyons que, pour \(s\) fixé, il n’y a qu’un nombre fini de \(q, r\) tels que \(q + r = s\). Nous pouvons donc envoyer \(\alpha\) sur l’élément \(\beta\) défini par \[\beta^{p, s} = \sum\nolimits_{q + r = s} \epsilon_{p, q, r} c_{p, q, r}(\alpha^{p, q, r})\] où la somme utilise les inclusions données ci-dessus et où \(\epsilon_{p, q, r} \in \{\pm 1\}\). En comparant les signes dans les équations (0FNE) et (0FNF), nous voyons que

  1. \(\epsilon_{p, q, r} = \epsilon_{p + 1, q, r}\),

  2. \(-(-1)^n\epsilon_{p, q, r} = -(-1)^{p + q}\epsilon_{p, q - 1, r}\) ou, de manière équivalente, \(\epsilon_{p, q, r} = (-1)^r\epsilon_{p, q - 1, r}\),

  3. \((-1)^{p + 1}\epsilon_{p, q, r} = (-1)^{p + q}\epsilon_{p, q, r + 1}\) ou, de manière équivalente, \((-1)^{q + 1}\epsilon_{p, q, r} = \epsilon_{p, q, r + 1}\).

Un bon choix consiste à poser \[\epsilon_{p, r, s} = (-1)^{r + qr}\] Le choix de ce signe est expliqué dans la remarque qui suit la démonstration.

Remarque

Expliquons pourquoi le signe utilisé dans la construction directe de la démonstration du lemme 0A60 coïncide avec celui que donne la construction fondée sur la discussion de la remarque 0GWQ et de Catégories, remarque 0GWJ. Notons \(- \otimes - = \text{Tot}(- \otimes_R -)\) et \(hom(-, -) = \Hom^\bullet(-, -)\). Le langage des catégories monoïdales nous dit d’utiliser la flèche \[hom(L^\bullet, M^\bullet) \otimes K^\bullet \longrightarrow hom(hom(K^\bullet, L^\bullet), M^\bullet)\] dans \(\text{Comp}(R)\) correspondant à la flèche \[hom(L^\bullet, M^\bullet) \otimes K^\bullet \otimes hom(K^\bullet, L^\bullet) \longrightarrow M^\bullet\] obtenue en échangeant l’ordre des deux derniers produits tensoriels, puis en utilisant les applications d’évaluation \(hom(K^\bullet, L^\bullet) \otimes K^\bullet \to L^\bullet\) et \(hom(L^\bullet, K^\bullet) \otimes L^\bullet \to M^\bullet\). Un signe n’intervient que lors de l’échange. Plus précisément, dans l’isomorphisme \[K^\bullet \otimes hom(K^\bullet, L^\bullet) \to hom(K^\bullet, L^\bullet) \otimes K^\bullet\] le signe \((-1)^{r(q + r')}\) intervient sur \(K^r \otimes_R \Hom_R(K^{-r'}, L^q)\) ; voir la section 0FNG, point (0GWR). Le lecteur vérifiera qu’en raison de la correspondance que nous utilisons pour décrire les applications à valeurs dans un Hom interne, ce signe n’importe que si \(r = r'\) ; dans ce cas, nous obtenons \((-1)^{r(q + r)} = (-1)^{r + qr}\), comme dans la démonstration directe.

Règles de signes

Dans cette section, nous passons en revue les règles de signes utilisées jusqu’ici et examinons certaines de leurs conséquences. Il semble également approprié de traiter ces questions dans la catégorie des complexes de modules sur un anneau, puisque la plupart des phénomènes intéressants apparaissent déjà dans ce cas. Nous espérons sincèrement que le lecteur n’aura pas besoin d’utiliser les aspects les plus ésotériques de cette section.

Dans toute la suite de cette section, fixons un anneau \(R\) et notons \(M^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules de différentielles \(d^n_M : M^n \to M^{n + 1}\).

  1. Le \(k\)-ième complexe décalé \(M^\bullet[k]\) a pour termes \((M^\bullet[k])^n = M^{n + k}\) et pour différentielles \(d_{M[k]}^n = (-1)^kd^{n + k}_M\) ; voir Homologie, définition 011G.

  2. Étant donné un morphisme de complexes \(f : M^\bullet \to N^\bullet\), nous définissons \(f[k] : M^\bullet[k] \to N^\bullet[k]\) sans faire intervenir de signe ; voir Homologie, définition 011G.

  3. Nous identifions \(H^n(M^\bullet[k])\) à \(H^{n + k}(M^\bullet)\) sans faire intervenir de signe ; voir Homologie, définition 011H.

  4. L’application de bord d’une suite exacte courte de complexes est définie comme dans le lemme du serpent, sans faire intervenir de signe ; voir Homologie, lemme 0117.

  5. Le triangle distingué associé à une suite exacte courte de complexes, scindée terme à terme, \(0 \to K^\bullet \to L^\bullet \to M^\bullet \to 0\), est donné par \[K^\bullet \to L^\bullet \to M^\bullet \to K^\bullet[1]\] où \(M^n \to K^{n + 1}\) est l’application \(\pi^{n + 1} \circ d^n_L \circ s^n\) si \(s\) et \(\pi\) sont des scindages compatibles terme à terme. Autrement dit, aucun signe n’intervient. Voir Catégories dérivées, définitions 014Q et 014I.

  6. Le complexe total \(\text{Tot}(M^\bullet \otimes_R N^\bullet)\) a une différentielle \(d\) qui satisfait à la règle de Leibniz \(d(x \otimes y) = d(x) \otimes y + (-1)^{\deg(x)}x \otimes d(y)\). Voir Homologie, exemple 0A5J et Homologie, définition 012Z.

  7. Il existe un isomorphisme canonique \[\text{Tot}(M^\bullet \otimes_R N^\bullet)[a + b] \to \text{Tot}(M^\bullet[a] \otimes_R N^\bullet[b])\] qui utilise le signe \((-1)^{pb}\) sur le facteur \(M^p \otimes_R N^q\) ; voir Homologie, remarque 0FLG. Il est souvent plus commode de considérer l’application décalée correspondante \(\text{Tot}(M^\bullet \otimes_R N^\bullet) \to \text{Tot}(M^\bullet[a] \otimes_R N^\bullet[b])[-a - b]\).

  8. Il existe un isomorphisme canonique de complexes \[\text{Tot}( \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet) \otimes_R M^\bullet) \to \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R \text{Tot}(L^\bullet \otimes_R M^\bullet))\] défini sans faire intervenir de signe. Voir la section 0GWN.

  9. Il existe un isomorphisme canonique \[\text{Tot}(L^\bullet \otimes_R M^\bullet) \to \text{Tot}(M^\bullet \otimes_R L^\bullet)\] qui utilise le signe \((-1)^{pq}\) sur le facteur \(L^p \otimes_R M^q\). Voir la section 0GWN.

Avant d’aborder les conventions de signes concernant les complexes Hom, construisons le dual d’un complexe relativement aux conventions précédentes.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(N, \eta, \epsilon\) un dual à gauche de \(M\) dans la catégorie monoïdale des \(R\)-modules ; voir Catégories, définition 0FFP. Alors

  1. \(M\) et \(N\) sont des \(R\)-modules projectifs de type fini,

  2. l’application \(e : \Hom_R(M, R) \to N\), \(\lambda \mapsto (\lambda \otimes 1)(\eta)\) est un isomorphisme,

  3. on a \(\epsilon(n, m) = e^{-1}(n)(m)\) pour \(n \in N\) et \(m \in M\).

Démonstration

Les hypothèses signifient que \[M \xrightarrow{\eta \otimes 1} M \otimes_R N \otimes_R M \xrightarrow{1 \otimes \epsilon} M \quad\text{et}\quad N \xrightarrow{1 \otimes \eta} N \otimes_R M \otimes_R N \xrightarrow{\epsilon \otimes 1} N\] sont les applications identiques. Nous pouvons choisir un module libre de type fini \(F\), un homomorphisme de \(R\)-modules \(F \to M\) et un relèvement \(\tilde \eta : R \to F \otimes_R N\) de \(\eta\). Nous obtenons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ M \ar[rr]_-{\eta \otimes 1} \ar[rrd]_-{\tilde \eta \otimes 1} & & M \otimes_R N \otimes_R M \ar[r]_-{1 \otimes \epsilon} & M \\ & & F \otimes_R N \otimes_R M \ar[u] \ar[r]^-{1 \otimes \epsilon} & F \ar[u] }\] Cela montre que l’identité de \(M\) se factorise par un module libre de type fini ; ainsi \(M\) est projectif de type fini. Par symétrie, \(N\) est projectif de type fini. Cela démontre (1). L’assertion (2) résulte de Catégories, lemme 0FFQ, et de sa démonstration. L’assertion (3) résulte de la première égalité de la démonstration.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Soit \(N^\bullet, \eta, \epsilon\) un dual à gauche de \(M^\bullet\) dans la catégorie monoïdale des complexes de \(R\)-modules. Alors

  1. \(M^\bullet\) et \(N^\bullet\) sont bornés,

  2. \(M^n\) et \(N^n\) sont des \(R\)-modules projectifs de type fini,

  3. si l’on écrit \(\epsilon = \sum \epsilon_n\) avec \(\epsilon_n : N^{-n} \otimes_R M^n \to R\) et \(\eta = \sum \eta_n\) avec \(\eta_n : R \to M^n \otimes_R N^{-n}\), alors \((N^{-n}, \eta_n, \epsilon_n)\) est le dual à gauche de \(M^n\) comme dans le lemme 0FNJ,

  4. la différentielle \(d_N^n : N^n \to N^{n + 1}\) est égale à \(-(-1)^n\) fois l’application \[N^n = \Hom_R(M^{-n}, R) \xrightarrow{d_M^{-n - 1}} \Hom_R(M^{-n - 1}, R) = N^{n + 1}\] où les signes d’égalité sont les identifications de la partie (2) du lemme 0FNJ.

Réciproquement, étant donné un complexe borné \(M^\bullet\) de \(R\)-modules projectifs de type fini, posons \(N^n = \Hom_R(M^{-n}, R)\) avec les différentielles ci-dessus, \(\epsilon = \sum \epsilon_n\), où \(\epsilon_n : N^{-n} \otimes_R M^n \to R\) est donnée par l’évaluation, et \(\eta = \sum \eta_n\), où \(\eta_n : R \to M^n \otimes_R N^{-n}\) envoie \(1\) sur \(\text{id}_{M_n}\). Nous obtenons alors un dual à gauche de \(M^\bullet\) dans la catégorie monoïdale des complexes de \(R\)-modules.

Démonstration

Puisque \((1 \otimes \epsilon) \circ (\eta \otimes 1) = \text{id}_{M^\bullet}\) et \((\epsilon \otimes 1) \circ (1 \otimes \eta) = \text{id}_{N^\bullet}\) d’après Catégories, définition 0FFP, nous voyons immédiatement que \((1 \otimes \epsilon_n) \circ (\eta_n \otimes 1) = \text{id}_{M^n}\) et \((\epsilon_n \otimes 1) \circ (1 \otimes \eta_n) = \text{id}_{N^{-n}}\), ce qui démontre (3). Le lemme 0FNJ donne (2). Comme la somme \(\eta = \sum \eta_n\) est finie, nous obtenons (1). Puisque \(\eta = \sum \eta_n\) est un morphisme de complexes \(R \to \text{Tot}(M^\bullet \otimes_R N^\bullet)\), nous avons \[(d_M^{-n - 1} \otimes 1) \circ \eta_{-n - 1} + (-1)^n (1 \otimes d_N^{-n}) \circ \eta_{-n} = 0\] d’après notre choix de signes pour la différentielle de \(\text{Tot}(M^\bullet \otimes_R N^\bullet)\). En développant les définitions, cela démontre (4). Pour obtenir la dernière assertion du lemme, il suffit de lire ce qui précède à l’envers.

Nous utiliserons la description du dual à gauche d’un complexe donnée dans le lemme 0FNK pour motiver notre règle de signes sur le complexe \(\Hom\). Plus précisément, nous choisissons les signes de sorte que (0FNL) soit vraie. Poursuivons la discussion des diverses règles de signes ci-dessus.

  1. Étant donnés des complexes \(K^\bullet\), \(M^\bullet\), nous définissons \(\Hom^\bullet(M^\bullet, K^\bullet)\) comme le complexe de termes \[\Hom^n(M^\bullet, K^\bullet) = \prod\nolimits_{n = p + q} \Hom_R(M^{-q}, K^p)\] et de différentielle donnée par la règle \[d(f) = d_K \circ f - (-1)^n f \circ d_M\]

  2. Le choix précédent est tel que, si \(M^\bullet\) possède un dual à gauche \(N^\bullet\) comme dans le lemme 0FNK, alors nous avons un isomorphisme canonique \[\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R N^\bullet) \longrightarrow \Hom^\bullet(M^\bullet, K^\bullet)\] défini sans faire intervenir de signe, qui envoie le facteur \(K^p \otimes_R N^q\) sur le facteur \(\Hom_R(M^{-q}, K^p)\) au moyen de \(N^q = \Hom_R(M^{-q}, R)\) et de l’application canonique \(K^p \otimes_R \Hom_R(M^{-q}, R) \to \Hom_R(M^{-q}, K^p)\).

  3. Il existe une composition \[\text{Tot}( \Hom^\bullet(L^\bullet, K^\bullet) \otimes_R \Hom^\bullet(M^\bullet, L^\bullet)) \longrightarrow \Hom^\bullet(M^\bullet, K^\bullet)\] définie sans faire intervenir de signe ; voir le lemme 0A8I.

  4. Il existe un isomorphisme canonique \[\Hom^\bullet(K^\bullet, \Hom^\bullet(L^\bullet, M^\bullet)) = \Hom^\bullet(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet), M^\bullet)\] défini sans faire intervenir de signe ; voir le lemme 0A5Y.

  5. Il existe une application canonique \[\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R \Hom^\bullet(M^\bullet, L^\bullet)) \longrightarrow \Hom^\bullet(M^\bullet, \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet))\] définie sans faire intervenir de signe ; voir le lemme 0BYM.

  6. Il existe une application canonique \[K^\bullet \longrightarrow \Hom^\bullet(L^\bullet, \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet))\] définie sans faire intervenir de signe ; voir le lemme 0A62.

  7. D’après le lemme 0A60, il existe une application canonique \[\text{Tot}(\Hom^\bullet(L^\bullet, M^\bullet) \otimes_R K^\bullet) \longrightarrow \Hom^\bullet(\Hom^\bullet(K^\bullet, L^\bullet), M^\bullet)\] qui utilise le signe \((-1)^{r + qr}\) sur le module \(\Hom_R(L^{-q}, M^p) \otimes_R K^r\) ; la raison en est expliquée dans la remarque 0A61.

  8. En prenant \(L^\bullet = M^\bullet\) et en utilisant \(R \to \Hom^\bullet(M^\bullet, M^\bullet)\), l’application du point précédent devient l’application d’évaluation \[ev : K^\bullet \longrightarrow \Hom^\bullet(\Hom^\bullet(K^\bullet, M^\bullet), M^\bullet)\] Elle envoie \(x \in K^n\) sur l’application qui envoie \(f \in \Hom^m(K^\bullet, M^\bullet)\) sur \((-1)^{nm}f(x)\).

  9. Il existe une identification canonique \[\Hom^\bullet(M^\bullet, K^\bullet)[a - b] \to \Hom^\bullet(M^\bullet[b], K^\bullet[a])\] qui utilise des signes. Elle est définie comme l’application dont l’application décalée correspondante \[\Hom^\bullet(M^\bullet, K^\bullet) \to \Hom^\bullet(M^\bullet[b], K^\bullet[a])[b - a]\] utilise le signe \((-1)^{nb}\) sur le module \(\Hom_R(M^{-q}, K^p)\), avec \(p + q = n\). En effet, si \(f \in \Hom^n(M^\bullet, K^\bullet)\), alors \[d(f) = d_K \circ f - (-1)^n f \circ d_M\] à la source, tandis qu’au but \(f\) appartient à \(\left(\Hom^\bullet(M^\bullet[b], K^\bullet[a])[b - a]\right)^n = \Hom^{n + b -a}(M^\bullet[b], K^\bullet[a])\) ; nous obtenons donc \[\begin{align*} d(f) & = (-1)^{b - a} \left(d_{K[a]} \circ f - (-1)^{n + b - a} f \circ d_{M[b]}\right) \\ & = (-1)^{b - a} \left((-1)^a d_K \circ f - (-1)^{n + b - a} f \circ (-1)^b d_M \right) \\ & = (-1)^b d_K \circ f - (-1)^{n + b} f \circ d_M \end{align*}\] et l’on voit que le signe choisi \((-1)^{nb}\) au degré \(n\) fournit un morphisme de complexes pour ces différentielles.

Hom dérivé

Soit \(R\) un anneau. Le Hom dérivé que nous allons définir dans cette section est un foncteur \[D(R)^{opp} \times D(R) \longrightarrow D(R),\quad (K, L) \longmapsto R\Hom_R(K, L)\] Il s’agit d’un Hom interne dans la catégorie dérivée des \(R\)-modules, au sens où il est caractérisé par la formule [0A63]\[\begin{equation} \Hom_{D(R)}(K, R\Hom_R(L, M)) = \Hom_{D(R)}(K \otimes_R^\mathbf{L} L, M) \end{equation}\] pour des objets \(K, L, M\) de \(D(R)\). Remarquons que, par le lemme de Yoneda, cette formule caractérise les objets à isomorphisme unique près. On peut donner une construction comme suit. Choisissons un complexe K-injectif \(I^\bullet\) de \(R\)-modules représentant \(M\), choisissons un complexe \(L^\bullet\) représentant \(L\), et posons \[R\Hom_R(L, M) = \Hom^\bullet(L^\bullet, I^\bullet)\] avec les notations de la section 0A8H. Une généralisation de cette construction est étudiée dans Algèbre différentielle graduée, section 09LF. Il résulte de (0A5X) et de Catégories dérivées, lemme 070I, que [0A64]\[\begin{equation} H^n(R\Hom_R(L, M)) = \Hom_{D(R)}(L, M[n]) \end{equation}\] pour tout \(n \in \mathbf{Z}\). En particulier, l’objet \(R\Hom_R(L, M)\) de \(D(R)\) est bien défini, c’est-à-dire indépendant du choix du complexe K-injectif \(I^\bullet\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(K, L, M\) des objets de \(D(R)\). Il existe un isomorphisme canonique \[R\Hom_R(K, R\Hom_R(L, M)) = R\Hom_R(K \otimes_R^\mathbf{L} L, M)\] dans \(D(R)\), fonctoriel en \(K, L, M\), qui redonne (0A63) en prenant \(H^0\).

Démonstration

Choisissons un complexe K-injectif \(I^\bullet\) représentant \(M\) et un complexe K-plat de \(R\)-modules \(L^\bullet\) représentant \(L\). Pour tout complexe de \(R\)-modules \(K^\bullet\), nous avons \[\Hom^\bullet(K^\bullet, \Hom^\bullet(L^\bullet, I^\bullet)) = \Hom^\bullet(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet), I^\bullet)\] par le lemme 0A5Y. Le lemme résulte de la définition de \(R\Hom\) et du fait que \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet)\) représente le produit tensoriel dérivé.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(P^\bullet\) un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules projectifs. Soit \(L^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Alors \(R\Hom_R(P^\bullet, L^\bullet)\) est représenté par le complexe \(\Hom^\bullet(P^\bullet, L^\bullet)\).

Démonstration

D’après (0A5X) et Catégories dérivées, lemme 064B, les groupes de cohomologie du complexe sont « corrects ». Ainsi, si nous choisissons un quasi-isomorphisme \(L^\bullet \to I^\bullet\), où \(I^\bullet\) est un complexe K-injectif de \(R\)-modules, alors l’application induite \[\Hom^\bullet(P^\bullet, L^\bullet) \longrightarrow \Hom^\bullet(P^\bullet, I^\bullet)\] est un quasi-isomorphisme. Comme le membre de droite est, par définition, \(R\Hom_R(P^\bullet, L^\bullet)\), nous avons terminé.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(K, L, M\) des objets de \(D(R)\). Il existe un morphisme canonique \[R\Hom_R(L, M) \otimes_R^\mathbf{L} K \longrightarrow R\Hom_R(R\Hom_R(K, L), M)\] dans \(D(R)\), fonctoriel en \(K, L, M\).

Démonstration

Choisissons un complexe K-injectif \(I^\bullet\) représentant \(M\), un complexe K-injectif \(J^\bullet\) représentant \(L\), et un complexe K-plat \(K^\bullet\) représentant \(K\). Le morphisme est défini à l’aide du morphisme \[\text{Tot}(\Hom^\bullet(J^\bullet, I^\bullet) \otimes_R K^\bullet) \longrightarrow \Hom^\bullet(\Hom^\bullet(K^\bullet, J^\bullet), I^\bullet)\] du lemme 0A60. Nous omettons la démonstration de sa fonctorialité en les trois objets de \(D(R)\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Étant donnés \(K, L, M\) dans \(D(R)\), il existe un morphisme canonique \[R\Hom_R(L, M) \otimes_R^\mathbf{L} R\Hom_R(K, L) \longrightarrow R\Hom_R(K, M)\] dans \(D(R)\), fonctoriel en \(K, L, M\).

Démonstration

Choisissons un complexe K-injectif \(I^\bullet\) représentant \(M\), un complexe K-injectif \(J^\bullet\) représentant \(L\), et un complexe quelconque de \(R\)-modules \(K^\bullet\) représentant \(K\). Par le lemme 0A8I, il existe un morphisme de complexes \[\text{Tot}\left( \Hom^\bullet(J^\bullet, I^\bullet) \otimes_R \Hom^\bullet(K^\bullet, J^\bullet) \right) \longrightarrow \Hom^\bullet(K^\bullet, I^\bullet)\] Les complexes de \(R\)-modules \(\Hom^\bullet(J^\bullet, I^\bullet)\), \(\Hom^\bullet(K^\bullet, J^\bullet)\) et \(\Hom^\bullet(K^\bullet, I^\bullet)\) représentent \(R\Hom_R(L, M)\), \(R\Hom_R(K, L)\) et \(R\Hom_R(K, M)\). Si nous choisissons un complexe K-plat \(H^\bullet\) et un quasi-isomorphisme \(H^\bullet \to \Hom^\bullet(K^\bullet, J^\bullet)\), alors il existe un morphisme \[\text{Tot}\left( \Hom^\bullet(J^\bullet, I^\bullet) \otimes_R H^\bullet \right) \longrightarrow \text{Tot}\left( \Hom^\bullet(J^\bullet, I^\bullet) \otimes_R \Hom^\bullet(K^\bullet, J^\bullet) \right)\] dont la source représente \(R\Hom_R(L, M) \otimes_R^\mathbf{L} R\Hom_R(K, L)\). La composée des deux flèches affichées donne le morphisme souhaité. Nous omettons la démonstration de la fonctorialité de la construction.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Étant donnés des complexes \(K, L, M\) dans \(D(R)\), il existe un morphisme canonique \[K \otimes_R^\mathbf{L} R\Hom_R(M, L) \longrightarrow R\Hom_R(M, K \otimes_R^\mathbf{L} L)\] dans \(D(R)\), fonctoriel en \(K\), \(L\), \(M\).

Démonstration

Choisissons un complexe K-plat \(K^\bullet\) représentant \(K\), un complexe K-injectif \(I^\bullet\) représentant \(L\), et un complexe quelconque \(M^\bullet\) représentant \(M\). Choisissons un quasi-isomorphisme \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R I^\bullet) \to J^\bullet\) où \(J^\bullet\) est K-injectif. Nous utilisons alors le morphisme \[\text{Tot}\left( K^\bullet \otimes_R \Hom^\bullet(M^\bullet, I^\bullet) \right) \to \Hom^\bullet(M^\bullet, \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R I^\bullet)) \to \Hom^\bullet(M^\bullet, J^\bullet)\] où le premier morphisme est celui du lemme 0BYM.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Étant donnés des complexes \(K, L\) dans \(D(R)\), il existe un morphisme canonique \[K \longrightarrow R\Hom_R(L, K \otimes_R^\mathbf{L} L)\] dans \(D(R)\), fonctoriel en \(K\) et en \(L\).

Démonstration

Il s’agit d’un cas particulier du lemme 0BYN, mais nous allons aussi le démontrer directement. Choisissons un complexe K-plat \(K^\bullet\) représentant \(K\) et un complexe quelconque \(L^\bullet\) représentant \(L\). Choisissons un quasi-isomorphisme \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet) \to J^\bullet\) où \(J^\bullet\) est K-injectif. Nous utilisons alors le morphisme \[K^\bullet \to \Hom^\bullet(L^\bullet, \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet)) \to \Hom^\bullet(L^\bullet, J^\bullet)\] où le premier morphisme est celui du lemme 0A62.

Complexes parfaits

Un complexe parfait est un complexe pseudo-cohérent de dimension de Tor finie. Nous n’utiliserons pas ceci comme définition, mais définirons directement les complexes parfaits sur un anneau comme suit.

Définition

Soit \(R\) un anneau. Notons \(D(R)\) la catégorie dérivée de la catégorie abélienne des \(R\)-modules.

  1. Un objet \(K\) de \(D(R)\) est parfait s’il est quasi-isomorphe à un complexe borné de \(R\)-modules projectifs finis.

  2. Un \(R\)-module \(M\) est parfait si \(M[0]\) est un objet parfait de \(D(R)\).

Par exemple, sur un anneau noethérien, un module fini est parfait si et seulement s’il est de dimension projective finie, voir le lemme 066Q et Algèbre, définition 00O4.

Lemme

Soit \(K^\bullet\) un objet de \(D(R)\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K^\bullet\) est parfait, et

  2. \(K^\bullet\) est pseudo-cohérent et de dimension de Tor finie.

Si (1) et (2) sont vérifiées et si \(K^\bullet\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\), alors \(K^\bullet\) est quasi-isomorphe à un complexe \(E^\bullet\) de \(R\)-modules projectifs finis tel que \(E^i = 0\) pour \(i \not \in [a, b]\).

Démonstration

Il est clair que (1) implique (2), voir les lemmes 064U et 0654. Supposons (2) vérifiée et \(K^\bullet\) d’amplitude de Tor dans \([a, b]\). En particulier, \(H^i(K^\bullet) = 0\) pour \(i > b\). Choisissons un complexe \(F^\bullet\) de \(R\)-modules libres finis tel que \(F^i = 0\) pour \(i > b\), ainsi qu’un quasi-isomorphisme \(F^\bullet \to K^\bullet\) (lemme 064U). Posons \(E^\bullet = \tau_{\geq a}F^\bullet\). Remarquons que \(E^i\) est libre fini sauf \(E^a\), qui est un \(R\)-module de présentation finie. Par le lemme 0653, \(E^a\) est plat. Ainsi, par Algèbre, lemme 00NX, \(E^a\) est projectif fini.

Lemme

Soit \(M\) un module sur un anneau \(R\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M\) est un module parfait, et

  2. il existe une résolution \[0 \to F_d \to \ldots \to F_1 \to F_0 \to M \to 0\] où chaque \(F_i\) est un \(R\)-module projectif fini.

Démonstration

Supposons (2). Alors le complexe \(E^\bullet\) défini par \(E^{-i} = F_i\) est quasi-isomorphe à \(M[0]\). Ainsi \(M\) est parfait. Réciproquement, supposons (1). D’après les lemmes 0658 et 064T, nous pouvons trouver une résolution \(E^\bullet \to M\) où \(E^{-i}\) est un \(R\)-module libre fini. Par le lemme 0653, \(F_d = \Coker(E^{d - 1} \to E^d)\) est plat pour un certain \(d\) suffisamment grand. Par Algèbre, lemme 00NX, \(F_d\) est projectif fini. Par conséquent, \[0 \to F_d \to E^{-d+1} \to \ldots \to E^0 \to M \to 0\] est la résolution souhaitée.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \((K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet, f, g, h)\) un triangle distingué dans \(D(R)\). Si deux des trois objets \(K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet\) sont parfaits, alors le troisième est également parfait.

Démonstration

Combiner les lemmes 0658, 064V et 0655.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Si \(K^\bullet \oplus L^\bullet\) est parfait, alors \(K^\bullet\) et \(L^\bullet\) le sont aussi.

Démonstration

Cela résulte des lemmes 0658, 064X et 066G.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K^\bullet\) un complexe borné de \(R\)-modules parfaits. Alors \(K^\bullet\) est un complexe parfait.

Démonstration

Cela résulte par récurrence sur la longueur du complexe fini : utiliser le lemme 066R et les troncations brutales.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Si \(K^\bullet \in D^b(R)\) et si tous ses modules de cohomologie sont parfaits, alors \(K^\bullet\) est parfait.

Démonstration

Cela résulte par récurrence sur la longueur du complexe fini : utiliser le lemme 066R et les troncations canoniques.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que \(B\) soit parfait comme \(A\)-module. Soit \(K^\bullet\) un complexe parfait de \(B\)-modules. Alors \(K^\bullet\) est parfait comme complexe de \(A\)-modules.

Démonstration

À l’aide du lemme 0658, cela se ramène aux résultats correspondants pour les modules pseudo-cohérents et les modules de dimension de Tor finie. Voir les lemmes 066K et 064Z.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(K^\bullet\) un complexe parfait de \(A\)-modules. Alors \(K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} B\) est un complexe parfait de \(B\)-modules.

Démonstration

À l’aide du lemme 0658, cela se ramène aux résultats correspondants pour les modules pseudo-cohérents et les modules de dimension de Tor finie. Voir les lemmes 066L et 0650.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme plat d’anneaux. Soit \(M\) un \(A\)-module parfait. Alors \(M \otimes_A B\) est un \(B\)-module parfait.

Démonstration

Par le lemme 066Q, l’hypothèse implique que \(M\) possède une résolution finie \(F_\bullet\) par des \(R\)-modules projectifs finis. Comme \(A \to B\) est plat, le complexe \(F_\bullet \otimes_A B\) est une résolution de longueur finie de \(M \otimes_A B\) par des modules projectifs finis sur \(B\). Ainsi \(M \otimes_A B\) est parfait.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Si \(K\) et \(L\) sont des objets parfaits de \(D(R)\), alors \(K \otimes_R^\mathbf{L} L\) est également un objet parfait.

Démonstration

Nous pouvons le démontrer à partir de la définition comme suit. Nous pouvons représenter \(K\), resp. \(L\), par un complexe borné \(K^\bullet\), resp. \(L^\bullet\), de \(R\)-modules projectifs finis. Alors \(K \otimes_R^\mathbf{L} L\) est représenté par le complexe borné \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet)\). Les termes de ce complexe sont des sommes directes des modules \(M^a \otimes_R L^b\). Comme \(M^a\) et \(L^b\) sont des facteurs directs de \(R\)-modules libres finis, il en va de même de \(M^a \otimes_R L^b\). Nous en concluons donc que les termes du complexe \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet)\) sont projectifs finis.

Une autre démonstration s’obtient en utilisant la caractérisation des complexes parfaits du lemme 0658, ainsi que les lemmes correspondants pour les complexes pseudo-cohérents (lemme 0DJE) et pour l’amplitude de Tor (lemme 0B66, appliqué avec \(A = B = R\)).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in R\) des éléments qui engendrent l’idéal unité. Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Si, pour chaque \(i\), le complexe \(K^\bullet \otimes_R R_{f_i}\) est parfait, alors \(K^\bullet\) est parfait.

Démonstration

À l’aide du lemme 0658, cela se ramène aux résultats correspondants pour les modules pseudo-cohérents et les modules de dimension de Tor finie. Voir les lemmes 066N et 066D.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Soit \(R \to R'\) un homomorphisme fidèlement plat d’anneaux. Si le complexe \(K^\bullet \otimes_R R'\) est parfait, alors \(K^\bullet\) est parfait.

Démonstration

À l’aide du lemme 0658, cela se ramène aux résultats correspondants pour les modules pseudo-cohérents et les modules de dimension de Tor finie. Voir les lemmes 068S et 068R.

Lemme

Soit \(R\) un anneau régulier. Alors

  1. un \(R\)-module est parfait si et seulement s’il est un \(R\)-module fini, et

  2. un complexe de \(R\)-modules \(K^\bullet\) est parfait si et seulement si \(K^\bullet \in D^b(R)\) et chaque \(H^i(K^\bullet)\) est un \(R\)-module fini.

Démonstration

Tout \(R\)-module parfait est fini par définition. Réciproquement, soit \(M\) un \(R\)-module fini. Choisissons une résolution \[\ldots \to F_2 \xrightarrow{d_2} F_1 \xrightarrow{d_1} F_0 \to M \to 0\] où les \(F_i\) sont des \(R\)-modules libres finis (Algèbre, lemme 00LP). Posons \(M_i = \Ker(d_i)\). Notons \(U_i \subset \Spec(R)\) l’ensemble des idéaux premiers \(\mathfrak p\) tels que \(M_{i, \mathfrak p}\) soit libre ; \(U_i\) est ouvert d’après Algèbre, lemme 0GWM. Nous avons une suite exacte \(0 \to M_{i + 1} \to F_{i + 1} \to M_i \to 0\). Si \(\mathfrak p \in U_i\), alors \(0 \to M_{i + 1, \mathfrak p} \to F_{i + 1, \mathfrak p} \to M_{i, \mathfrak p} \to 0\) est scindée. Ainsi \(M_{i + 1, \mathfrak p}\) est projectif fini, donc libre (Algèbre, lemme 00NX). Ceci montre que \(U_i \subset U_{i + 1}\). Affirmons que \(\Spec(R) = \bigcup U_i\). En effet, pour tout idéal premier \(\mathfrak p\), l’anneau local régulier \(R_\mathfrak p\) est de dimension globale finie d’après Algèbre, proposition 00O7. Il s’ensuit que \(M_{i, \mathfrak p}\) est projectif fini (donc libre) pour \(i \gg 0\), par exemple d’après Algèbre, lemme 00O5. Comme le spectre de \(R\) est noethérien (Algèbre, lemme 00FQ), nous concluons que \(U_n = \Spec(R)\) pour un certain \(n\). Alors \(M_n\) est un \(R\)-module projectif d’après Algèbre, lemme 00NX. Ainsi \[0 \to M_n \to F_n \to \ldots \to F_1 \to M \to 0\] est une résolution bornée par des modules projectifs finis, et donc \(M\) est parfait. Ceci démontre la partie (1).

Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Si \(K^\bullet\) est parfait, alors il appartient à \(D^b(R)\) et il est quasi-isomorphe à un complexe fini de \(R\)-modules projectifs finis ; chaque \(H^i(K^\bullet)\) est donc certainement un \(R\)-module fini (car \(R\) est noethérien). Réciproquement, supposons que \(K^\bullet\) appartienne à \(D^b(R)\) et que chaque \(H^i(K^\bullet)\) soit un \(R\)-module fini. Alors, d’après (1), chaque \(H^i(K^\bullet)\) est un \(R\)-module parfait, d’où \(K^\bullet\) est parfait par le lemme 066U.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(K \in D(A)\) parfait. Alors \(K^\vee = R\Hom_A(K, A)\) est un complexe parfait et \(K \cong (K^\vee)^\vee\). Il existe des isomorphismes fonctoriels \[L \otimes_A^\mathbf{L} K^\vee = R\Hom_A(K, L) \quad\text{et}\quad H^0(L \otimes_A^\mathbf{L} K^\vee) = \Ext_A^0(K, L)\] pour \(L \in D(A)\).

Démonstration

Nous pouvons représenter \(K\) par un complexe borné \(K^\bullet\) de \(A\)-modules projectifs finis. Par le lemme 0A66, l’objet \(K^\vee\) est représenté par le complexe \(E^\bullet = \Hom^\bullet(K^\bullet, A)\). Remarquons que \(E^n = \Hom_A(K^{-n}, A)\) est lui aussi projectif fini. Ainsi \(E^\bullet\) est un complexe borné de modules projectifs finis et nous concluons que \(K^\vee\) est parfait. Il existe un morphisme canonique \[K^\bullet = \text{Tot}(\Hom^\bullet(A, A) \otimes_A K^\bullet) \longrightarrow \Hom^\bullet(\Hom^\bullet(K^\bullet, A), A)\] qui utilise, au signe près, le morphisme d’évaluation en chaque degré, voir le lemme 0A60. (Pour les règles de signes, voir la section 0FNG.) Ainsi ce morphisme définit un isomorphisme canonique \((K^\vee)^\vee \cong K\), puisque le bidual d’un module projectif fini s’identifie à ce module.

La seconde égalité résulte de la première par le lemme 0A65 et Catégories dérivées, lemme 064B, ainsi que par la définition des groupes Ext, voir Catégories dérivées, section 06XP. Soit \(L^\bullet\) un complexe de \(A\)-modules représentant \(L\). D’après la section 0FNG, point (0FNL), il existe un isomorphisme canonique \[\text{Tot}(L^\bullet \otimes_A E^\bullet) \longrightarrow \Hom^\bullet(K^\bullet, L^\bullet)\] de complexes de \(A\)-modules (on utilise ici le lemme 0FNK pour voir que \(E^\bullet\) est le dual à gauche de \(K^\bullet\) dans la catégorie des complexes). Ceci démontre la première égalité affichée et achève la démonstration.

Remarque

Soit \(A\) un anneau. Soit \(K \in D(A)\) parfait. Si \(K\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\), alors son dual \(K^\vee\) est d’amplitude de Tor dans \([-b, -a]\). Ceci résulte de la dernière assertion du lemme 0658 et de la description de \(K^\vee\) dans la démonstration du lemme 07VI.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \((K_n)_{n \in \mathbf{N}}\) un système d’objets parfaits de \(D(A)\). Soit \(K = \text{hocolim} K_n\) la colimite dérivée (Catégories dérivées, définition 090Z). Alors, pour tout objet \(E\) de \(D(A)\), nous avons \[R\Hom_A(K, E) = R\lim E \otimes^\mathbf{L}_A K_n^\vee\] où \((K_n^\vee)\) est le système inverse des complexes parfaits duaux.

Démonstration

Par le lemme 07VI, nous avons \(R\lim E \otimes^\mathbf{L}_A K_n^\vee = R\lim R\Hom_A(K_n, E)\) qui s’insère dans le triangle distingué \[R\lim R\Hom_A(K_n, E) \to \prod R\Hom_A(K_n, E) \to \prod R\Hom_A(K_n, E)\] Comme \(K\) s’insère de même dans le triangle distingué \(\bigoplus K_n \to \bigoplus K_n \to K\), il suffit de montrer que \(\prod R\Hom_A(K_n, E) = R\Hom_A(\bigoplus K_n, E)\). C’est une conséquence formelle de (0A63) et du fait que le produit tensoriel dérivé commute aux sommes directes.

Lemme

Soit \(R = \colim_{i \in I} R_i\) une colimite filtrante d’anneaux.

  1. Étant donné un objet parfait \(K\) de \(D(R)\), il existe \(i \in I\) et un objet parfait \(K_i\) de \(D(R_i)\) tels que \(K \cong K_i \otimes_{R_i}^\mathbf{L} R\) in \(D(R)\).

  2. Étant donnés \(0 \in I\) et \(K_0, L_0 \in D(R_0)\) avec \(K_0\) parfait, nous avons \[\Hom_{D(R)}(K_0 \otimes_{R_0}^\mathbf{L} R, L_0 \otimes_{R_0}^\mathbf{L} R) = \colim_{i \geq 0} \Hom_{D(R_i)}(K_0 \otimes_{R_0}^\mathbf{L} R_i, L_0 \otimes_{R_0}^\mathbf{L} R_i)\]

Autrement dit, la catégorie triangulée des complexes parfaits sur \(R\) est la colimite des catégories triangulées des complexes parfaits sur \(R_i\).

Démonstration

Nous utiliserons sans autre mention les résultats d’Algèbre, lemmes 05LI et 05N7. Ces lemmes affirment notamment que la catégorie des \(R\)-modules de présentation finie est la colimite des catégories des \(R_i\)-modules de présentation finie. Comme les modules projectifs finis se caractérisent comme les facteurs directs des modules libres finis (Algèbre, lemme 00NX), il en va de même pour la catégorie des modules projectifs finis. Ceci démontre (1) d’après notre définition des objets parfaits de \(D(R)\).

Pour démontrer (2), nous pouvons représenter \(K_0\) par un complexe borné \(K_0^\bullet\) de \(R_0\)-modules projectifs finis. Nous pouvons représenter \(L_0\) par un complexe K-plat \(L_0^\bullet\) (lemme 06Y4). Alors nous avons \[\Hom_{D(R)}(K_0 \otimes_{R_0}^\mathbf{L} R, L_0 \otimes_{R_0}^\mathbf{L} R) = \Hom_{K(R)}(K_0^\bullet \otimes_{R_0} R, L_0^\bullet \otimes_{R_0} R)\] par Catégories dérivées, lemme 064B. Il en va de même pour le \(\Hom\) où \(R\) est remplacé par \(R_i\). Comme seul un nombre fini de termes intervient dans le membre de droite, comme \[\Hom_R(K_0^p \otimes_{R_0} R, L_0^q \otimes_{R_0} R) = \colim_{i \geq 0} \Hom_{R_i}(K_0^p \otimes_{R_0} R_i, L_0^q \otimes_{R_0} R_i)\] d’après les lemmes cités au début de la démonstration, et comme les colimites filtrantes sont exactes (Algèbre, lemme 00DB), nous concluons que (2) est également vérifiée.

Relèvement de complexes

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Le problème de relèvement que nous allons considérer est le suivant. Supposons donnés un objet \(K\) de \(D(R)\) et un complexe \(E^\bullet\) de \(R/I\)-modules tel que \(E^\bullet\) représente \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I\) dans \(D(R)\). Question : existe-t-il un complexe de \(R\)-modules \(P^\bullet\) relevant \(E^\bullet\) et représentant \(K\) dans \(D(R)\) ? En général, la réponse à cette question est négative, mais on peut faire quelque chose dans les bons cas. Commençons par le relèvement des complexes acycliques.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(\mathcal{P}\) une classe de \(R\)-modules. Supposons que

  1. chaque \(P \in \mathcal{P}\) soit un \(R\)-module projectif,

  2. si \(P_1 \in \mathcal{P}\) et \(P_1 \oplus P_2 \in \mathcal{P}\), alors \(P_2 \in \mathcal{P}\), et

  3. si \(f : P_1 \to P_2\), avec \(P_1, P_2 \in \mathcal{P}\), est surjectif modulo \(I\), alors \(f\) soit surjectif.

Alors, pour tout complexe acyclique borné supérieurement \(E^\bullet\) dont les termes sont de la forme \(P/IP\) avec \(P \in \mathcal{P}\), il existe un complexe acyclique borné supérieurement \(P^\bullet\) dont les termes appartiennent à \(\mathcal{P}\) et qui relève \(E^\bullet\).

Démonstration

Disons que \(E^i = 0\) pour \(i > b\). Supposons donnés \(n\) et un morphisme de complexes \[\xymatrix{ & & P^n \ar[r] \ar[d] & P^{n + 1} \ar[r] \ar[d] & \ldots \ar[r] & P^b \ar[r] \ar[d] & 0 \ar[r] \ar[d] & \ldots \\ \ldots \ar[r] & E^{n - 1} \ar[r] & E^n \ar[r] & E^{n + 1} \ar[r] & \ldots \ar[r] & E^b \ar[r] & 0 \ar[r] & \ldots }\] où \(P^i \in \mathcal{P}\), où \(P^n \to P^{n + 1} \to \ldots \to P^b\) est acyclique en degrés \(\geq n + 1\), et où les morphismes verticaux induisent des isomorphismes \(P^i/IP^i \to E^i\). Dans cette situation, on peut choisir par récurrence des isomorphismes \(P^i = Z^i \oplus Z^{i + 1}\) tels que les morphismes \(P^i \to P^{i + 1}\) soient donnés par \(Z^i \oplus Z^{i + 1} \to Z^{i + 1} \to Z^{i + 1} \oplus Z^{i + 2}\). Par la propriété (2) et par récurrence, nous voyons que \(Z^i \in \mathcal{P}\). Choisissons \(P^{n - 1} \in \mathcal{P}\) et un isomorphisme \(P^{n - 1}/IP^{n - 1} \to E^{n - 1}\). Comme \(P^{n - 1}\) est projectif et comme \(Z^n/IZ^n = \Im(E^{n - 1} \to E^n)\), nous pouvons relever le morphisme \(P^{n - 1} \to E^{n - 1} \to E^n\) en un morphisme \(P^{n - 1} \to Z^n\). Par la propriété (3), le morphisme \(P^{n - 1} \to Z^n\) est surjectif. Nous obtenons ainsi une extension du diagramme en ajoutant \(P^{n - 1}\) et les morphismes que nous venons de construire à gauche de \(P^n\). Puisqu’un diagramme de la forme souhaitée existe pour \(n > b\), nous concluons par récurrence sur \(n\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(\mathcal{P}\) une classe de \(R\)-modules. Soient \(K \in D(R)\) et \(E^\bullet\) un complexe de \(R/I\)-modules représentant \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I\). Supposons que

  1. chaque \(P \in \mathcal{P}\) soit un \(R\)-module projectif,

  2. \(P_1 \in \mathcal{P}\) et \(P_1 \oplus P_2 \in \mathcal{P}\) si et seulement si \(P_1, P_2 \in \mathcal{P}\),

  3. si \(f : P_1 \to P_2\), avec \(P_1, P_2 \in \mathcal{P}\), est surjectif modulo \(I\), alors \(f\) soit surjectif,

  4. \(E^\bullet\) soit borné supérieurement et \(E^i\) soit de la forme \(P/IP\) avec \(P \in \mathcal{P}\), et

  5. \(K\) puisse être représenté par un complexe borné supérieurement dont les termes appartiennent à \(\mathcal{P}\).

Alors il existe un complexe borné supérieurement \(P^\bullet\) dont les termes appartiennent à \(\mathcal{P}\), tel que \(P^\bullet/IP^\bullet\) soit isomorphe à \(E^\bullet\) et qui représente \(K\) dans \(D(R)\).

Démonstration

Par l’hypothèse (5), nous pouvons représenter \(K\) par un complexe borné supérieurement \(K^\bullet\) dont les termes appartiennent à \(\mathcal{P}\). Alors \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I\) est représenté par \(K^\bullet/IK^\bullet\). Comme, par (4), \(E^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de \(R/I\)-modules projectifs, nous pouvons choisir un quasi-isomorphisme \(\delta : E^\bullet \to K^\bullet/IK^\bullet\) (Catégories dérivées, lemme 064B). Soit \(C^\bullet\) le cône de \(\delta\) (Catégories dérivées, définition 014E). Le module \(C^i\) est la somme directe \(K^i/IK^i \oplus E^{i + 1}\) ; il est donc de la forme \(P/IP\) pour un certain \(P \in \mathcal{P}\), puisque (2) affirme notamment que \(\mathcal{P}\) est stable par sommes. Comme \(C^\bullet\) est acyclique, nous pouvons appliquer le lemme 0BC9 et trouver un relèvement acyclique \(A^\bullet\) de \(C^\bullet\). Le complexe \(A^\bullet\) est borné supérieurement et ses termes appartiennent à \(\mathcal{P}\). Dans \[\xymatrix{ K^\bullet \ar@{..>}[r] \ar[d] & A^\bullet \ar[d] \\ K^\bullet/IK^\bullet \ar[r] & C^\bullet \ar[r] & E^\bullet[1] }\] on peut trouver la flèche en pointillés rendant le diagramme commutatif d’après Catégories dérivées, lemme 0649. Nous montrerons ci-dessous qu’il résulte de (1), (2), (3) que \(K^i \to A^i\) est l’inclusion d’un facteur direct pour tout \(i\). Par la propriété (2), nous voyons que \(P^i = \Coker(K^i \to A^i)\) appartient à \(\mathcal{P}\). Nous pouvons donc prendre \(P^\bullet = \Coker(K^\bullet \to A^\bullet)[-1]\) pour conclure.

Pour achever la démonstration, nous devons établir ce qui suit : si \(f : P_1 \to P_2\), avec \(P_1, P_2 \in \mathcal{P}\), et si \(P_1/IP_1 \to P_2/IP_2\) est une injection scindée dont le conoyau est de la forme \(P_3/IP_3\) pour un certain \(P_3 \in \mathcal{P}\), alors \(f\) est une injection scindée. Écrivons \(E_i = P_i/IP_i\). Alors \(E_2 = E_1 \oplus E_3\). Comme \(P_2\) est projectif, nous pouvons choisir un morphisme \(g : P_2 \to P_3\) relevant le morphisme \(E_2 \to E_3\). Par la condition (3), \(g\) est surjectif, donc scindé puisque \(P_3\) est projectif. Posons \(P_1' = \Ker(g)\) et choisissons une décomposition \(P_2 = P'_1 \oplus P_3\). Alors \(P'_1 \in \mathcal{P}\) par (2). Nous ne savons pas si \(g \circ f = 0\), mais nous pouvons considérer le morphisme \[P_1 \xrightarrow{f} P_2 \xrightarrow{projection} P'_1\] La composée modulo \(I\) est un isomorphisme. Comme \(P'_1\) est projectif, nous pouvons scinder \(P_1 = T \oplus P'_1\). Si \(T = 0\), nous avons terminé, car alors \(P_2 \to P'_1\) est une rétraction de \(f\). Nous voyons que \(T \in \mathcal{P}\) par (2). En réduisant modulo \(I\), nous obtenons \(T/IT = 0\). Comme \(0 \in \mathcal{P}\) (puisque c’est un facteur direct de tout \(P\) dans \(\mathcal{P}\)), le morphisme \(0 \to T\) est surjectif et nous concluons que \(T = 0\), comme souhaité.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(E^\bullet\) un complexe de \(R/I\)-modules. Soit \(K\) un objet de \(D(R)\). Supposons que

  1. \(E^\bullet\) soit un complexe borné supérieurement de \(R/I\)-modules projectifs,

  2. \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I\) soit représenté par \(E^\bullet\) dans \(D(R/I)\), et

  3. \(I\) soit un idéal nilpotent.

Alors il existe un complexe borné supérieurement \(P^\bullet\) de \(R\)-modules projectifs représentant \(K\) dans \(D(R)\) tel que \(P^\bullet \otimes_R R/I\) soit isomorphe à \(E^\bullet\).

Démonstration

Appliquons le lemme 0BCA à la classe \(\mathcal{P}\) de tous les \(R\)-modules projectifs. Les propriétés (1) et (2) du lemme sont immédiates. La propriété (3) résulte du lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV). La propriété (4) résulte du fait que l’on peut relever les \(R/I\)-modules projectifs en des \(R\)-modules projectifs, voir Algèbre, lemme 07LV. Pour voir que (5) est vérifiée, il suffit de montrer que \(K\) appartient à \(D^{-}(R)\). Puisque \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I\) appartient à \(D^{-}(R/I)\) car \(E^\bullet\) est borné supérieurement, ceci résulte du lemme 0H75.

Lemme

Soit \(R' \to R\) un homomorphisme surjectif d’anneaux dont le noyau est un idéal nilpotent. Soit \(K' \in D(R')\) et posons \(K = K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} R\). Alors \(K\) est pseudo-cohérent si et seulement si \(K'\) est pseudo-cohérent.

Démonstration

Une implication résulte du lemme 0650. Pour l’autre, supposons \(K\) pseudo-cohérent. Alors, par le lemme 064U, nous pouvons représenter \(K\) par un complexe borné supérieurement \(E^\bullet\) de \(R\)-modules libres finis. Par le lemme 09AR, nous pouvons représenter \(K'\) par un complexe borné supérieurement \(P^\bullet\) de \(R'\)-modules projectifs tel que \(P^n \otimes_{R'} R = E^n\). Le lemme de Nakayama montre que \(P^n\) est libre fini, et nous concluons que \(K'\) est également pseudo-cohérent.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(E^\bullet\) un complexe de \(R/I\)-modules. Soit \(K\) un objet de \(D(R)\). Supposons que

  1. \(E^\bullet\) soit un complexe borné supérieurement de \(R/I\)-modules libres stables finis,

  2. \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I\) soit représenté par \(E^\bullet\) dans \(D(R/I)\),

  3. \(K^\bullet\) soit pseudo-cohérent, et

  4. tout élément de \(1 + I\) soit inversible.

Alors il existe un complexe borné supérieurement \(P^\bullet\) de \(R\)-modules libres stables finis représentant \(K\) dans \(D(R)\) tel que \(P^\bullet \otimes_R R/I\) soit isomorphe à \(E^\bullet\). De plus, si \(E^i\) est libre, alors \(P^i\) est libre.

Démonstration

Appliquons le lemme 0BCA à la classe \(\mathcal{P}\) de tous les \(R\)-modules libres stables finis. La propriété (1) du lemme est immédiate. La propriété (2) résulte du lemme 0BC4. La propriété (3) résulte du lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV). La propriété (4) résulte du fait que l’on peut relever les \(R/I\)-modules libres stables finis en des \(R\)-modules libres stables finis, voir le lemme 0BC5. La partie (5) est vérifiée parce qu’un complexe pseudo-cohérent peut être représenté par un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules libres finis. La dernière assertion du lemme résulte du lemme 0BC6.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local. Soit \(K \in D(R)\) pseudo-cohérent. Posons \(d_i = \dim_\kappa H^i(K \otimes_R^\mathbf{L} \kappa)\). Alors \(d_i < \infty\) et, pour un certain \(b \in \mathbf{Z}\), nous avons \(d_i = 0\) pour \(i > b\). Il existe alors un complexe \[\ldots \to R^{\oplus d_{b - 2}} \to R^{\oplus d_{b - 1}} \to R^{\oplus d_b} \to 0 \to \ldots\] représentant \(K\) dans \(D(R)\). De plus, ce complexe est unique à isomorphisme près (!).

Démonstration

Remarquons que \(K \otimes_R^\mathbf{L} \kappa\) est pseudo-cohérent comme objet de \(D(\kappa)\), voir le lemme 0650. Ainsi les espaces de cohomologie sont de dimension finie et s’annulent au-dessus d’un certain degré. Tout objet de \(D(\kappa)\) est isomorphe dans \(D(\kappa)\) à un complexe \(E^\bullet\) dont les différentielles sont nulles. En particulier, \(E^i \cong \kappa^{\oplus d_i}\) est libre fini. L’existence résulte alors du lemme 0BCB.

Supposons que nous ayons deux complexes \(F^\bullet\) et \(G^\bullet\) avec \(F^i\) et \(G^i\) libres de rang \(d_i\), représentant \(K\). Nous pouvons alors choisir un morphisme de complexes \(\beta : F^\bullet \to G^\bullet\) représentant l’isomorphisme \(F^\bullet \cong K \cong G^\bullet\), voir Catégories dérivées, lemme 064B. Le morphisme de complexes induit \(\beta \otimes 1 : F^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} \kappa \to G^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} \kappa\) doit être un isomorphisme de complexes, puisque les différentielles de \(F^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} \kappa\) et de \(G^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} \kappa\) sont nulles. Ainsi \(\beta^i : F^i \to G^i\) est un morphisme de \(R\)-modules libres finis dont la réduction modulo \(\mathfrak m\) est un isomorphisme. Par conséquent, \(\beta^i\) est un isomorphisme, ce qui conclut.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Soit \(K \in D(R)\) parfait. Posons \(d_i = \dim_{\kappa(\mathfrak p)} H^i(K \otimes_R^\mathbf{L} \kappa(\mathfrak p))\). Alors \(d_i < \infty\) et seul un nombre fini de ces entiers sont non nuls. Il existe alors \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), et un complexe \[\ldots \to 0 \to R_f^{\oplus d_a} \to R_f^{\oplus d_{a + 1}} \to \ldots \to R_f^{\oplus d_{b - 1}} \to R_f^{\oplus d_b} \to 0 \to \ldots\] représentant \(K \otimes_R^\mathbf{L} R_f\) dans \(D(R_f)\).

Démonstration

Remarquons que \(K \otimes_R^\mathbf{L} \kappa(\mathfrak p)\) est parfait comme objet de \(D(\kappa(\mathfrak p))\), voir le lemme 066W. Ainsi, seul un nombre fini de \(d_i\) sont non nuls et ils sont tous finis. En appliquant le lemme 0BCC, nous obtenons un complexe représentant \(K\) et ayant la forme souhaitée sur l’anneau local \(R_\mathfrak p\). Nous avons \(R_\mathfrak p = \colim R_f\) pour \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\) (Algèbre, lemme 00CR). Nous concluons par le lemme 0BC7. Certains détails sont omis.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Soient \(M^\bullet\) et \(N^\bullet\) des complexes bornés de \(R\)-modules projectifs finis représentant le même objet de \(D(R)\). Alors il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel qu’il existe un isomorphisme (!) de complexes \[M^\bullet_f \oplus P^\bullet \cong N^\bullet_f \oplus Q^\bullet\] où \(P^\bullet\) et \(Q^\bullet\) sont des sommes directes finies de complexes triviaux, c’est-à-dire de complexes de la forme \(\ldots \to 0 \to R_f \xrightarrow{1} R_f \to 0 \to \ldots\) (placés en des degrés arbitraires).

Démonstration

Si nous avons un isomorphisme du type décrit sur la localisation \(R_\mathfrak p\), alors, en utilisant \(R_\mathfrak p = \colim R_f\) (Algèbre, lemme 00CR), nous pouvons descendre cet isomorphisme en un isomorphisme sur \(R_f\) pour un certain \(f\). Nous pouvons donc supposer que \(R\) est local et que \(\mathfrak p\) est l’idéal maximal. Dans ce cas, le résultat découle de l’unicité d’un complexe « minimal » représentant un objet parfait, voir le lemme 0BCC, et du fait que tout complexe est somme directe d’un complexe trivial et d’un complexe minimal (Algèbre, lemme 00MT).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(E^\bullet\) un complexe de \(R/I\)-modules. Soit \(K\) un objet de \(D(R)\). Supposons que

  1. \(E^\bullet\) soit un complexe borné supérieurement de \(R/I\)-modules projectifs finis,

  2. \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I\) soit représenté par \(E^\bullet\) dans \(D(R/I)\),

  3. \(K\) soit pseudo-cohérent, et

  4. \((R, I)\) soit une paire hensélienne.

Alors il existe un complexe borné supérieurement \(P^\bullet\) de \(R\)-modules projectifs finis représentant \(K\) dans \(D(R)\) tel que \(P^\bullet \otimes_R R/I\) soit isomorphe à \(E^\bullet\). De plus, si \(E^i\) est libre, alors \(P^i\) est libre.

Démonstration

Appliquons le lemme 0BCA à la classe \(\mathcal{P}\) de tous les \(R\)-modules projectifs finis. Les propriétés (1) et (2) du lemme sont immédiates. La propriété (3) résulte du lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV). La propriété (4) résulte du fait que l’on peut relever les \(R/I\)-modules projectifs finis en des \(R\)-modules projectifs finis, voir le lemme 0D4A. La propriété (5) est vérifiée parce qu’un complexe pseudo-cohérent peut être représenté par un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules libres finis. Ainsi le lemme 0BCA s’applique et fournit \(P^\bullet\) comme souhaité. La dernière assertion du lemme résulte du lemme 0BC6.

Scindage de complexes

Dans cette section, nous étudions des conditions impliquant qu’un objet de la catégorie dérivée d’un anneau soit une somme directe de ses troncations. Notre méthode consiste à utiliser le lemme suivant (sous des hypothèses convenables) pour scinder les triangles distingués canoniques \[\tau_{\leq i}K \to K \to \tau_{\geq i + 1}K \to (\tau_{\leq i}K)[1]\] dans \(D(R)\), voir Catégories dérivées, remarque 08J5.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(K\) et \(L\) des objets de \(D(R)\). Supposons que \(L\) soit d’amplitude projective dans \([a, b]\), par exemple si \(L\) est parfait d’amplitude de Tor dans \([a, b]\).

  1. Si \(H^i(K) = 0\) pour \(i \geq a\), alors \(\Hom_{D(R)}(L, K) = 0\).

  2. Si \(H^i(K) = 0\) pour \(i \geq a + 1\), alors, pour tout triangle distingué \(K \to M \to L \to K[1]\), il existe un isomorphisme \(M \cong K \oplus L\) dans \(D(R)\) compatible avec les morphismes du triangle distingué.

  3. Si \(H^i(K) = 0\) pour \(i \geq a\), alors l’isomorphisme de (2) existe et est unique.

Démonstration

L’hypothèse que \(L\) est d’amplitude projective dans \([a, b]\) signifie que nous pouvons représenter \(L\) par un complexe \(L^\bullet\) de \(R\)-modules projectifs tel que \(L^i = 0\) pour \(i \not \in [a, b]\), voir la définition 0A5N. Si \(L\) est parfait d’amplitude de Tor dans \([a, b]\), alors nous pouvons représenter \(L\) par un complexe \(L^\bullet\) de \(R\)-modules projectifs finis tel que \(L^i = 0\) pour \(i \not \in [a, b]\), voir le lemme 0658. Si \(H^i(K) = 0\) pour \(i \geq a\), alors \(K\) est quasi-isomorphe à \(\tau_{\leq a - 1}K\). Nous pouvons donc représenter \(K\) par un complexe \(K^\bullet\) de \(R\)-modules tel que \(K^i = 0\) pour \(i \geq a\). Nous obtenons alors \[\Hom_{D(R)}(L, K) = \Hom_{K(R)}(L^\bullet, K^\bullet) = 0\] par Catégories dérivées, lemme 064B. Ceci démontre (1). Sous les hypothèses de (2), nous voyons par (1) que \(\Hom_{D(R)}(L, K[1]) = 0\) ; le triangle distingué est donc scindé d’après Catégories dérivées, lemme 05QT. L’unicité de (3) résulte de (1).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Soit \(K^\bullet\) un complexe pseudo-cohérent de \(R\)-modules. Supposons que, pour un certain \(i \in \mathbf{Z}\), le morphisme \[H^i(K^\bullet) \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \longrightarrow H^i(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} \kappa(\mathfrak p))\] soit surjectif. Alors il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que \(\tau_{\geq i + 1}(K^\bullet \otimes_R R_f)\) soit un objet parfait de \(D(R_f)\) d’amplitude de Tor dans \([i + 1, \infty]\), ainsi qu’un isomorphisme canonique \[K^\bullet \otimes_R R_f \cong \tau_{\leq i}(K^\bullet \otimes_R R_f) \oplus \tau_{\geq i + 1}(K^\bullet \otimes_R R_f)\] dans \(D(R_f)\).

Démonstration

Dans cette démonstration, tous les produits tensoriels sont pris sur \(R\) et nous écrivons \(\kappa = \kappa(\mathfrak p)\). Nous pouvons supposer que \(K^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules libres finis. Examinons ce qui se passe en degré \(i\) : \[\ldots \to K^{i - 1} \xrightarrow{d^{i - 1}} K^i \xrightarrow{d^i} K^{i + 1} \to \ldots\] Soient \(0 \subset V \subset W \subset K^i \otimes \kappa\) définis par les formules \[V = \Im\left( K^{i - 1} \otimes \kappa \to K^i \otimes \kappa \right) \quad\text{et}\quad W = \Ker\left( K^i \otimes \kappa \to K^{i + 1} \otimes \kappa \right)\] Posons \(\dim(V) = r\), \(\dim(W/V) = s\) et \(\dim(K^i \otimes \kappa/W) = t\). Nous pouvons choisir \(x_1, \ldots, x_r \in K^{i - 1}\) dont les images par \(d^{i - 1}\) forment une base de \(V\). Par notre hypothèse, nous pouvons choisir \(y_1, \ldots, y_s \in \Ker(d^i)\) dont les images forment une base de \(W/V\). Enfin, choisissons \(z_1, \ldots, z_t \in K^i\) dont les images forment une base de \(K^i \otimes \kappa/W\). Nous voyons alors que les éléments \(d^i(z_1), \ldots, d^i(z_t) \in K^{i + 1}\) sont linéairement indépendants dans \(K^{i + 1} \otimes_R \kappa\). D’après Algèbre, lemme 00O0, après avoir remplacé \(R\) par \(R_f\) pour un certain \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), nous pouvons supposer que

  1. \(d^i(x_a), y_b, z_c\) est une base sur \(R\) de \(K^i\),

  2. \(d^i(z_1), \ldots, d^i(z_t)\) sont linéairement indépendants sur \(R\) dans \(K^{i + 1}\), et

  3. le quotient \(E^{i + 1} = K^{i + 1}/\sum Rd^i(z_c)\) est projectif fini.

Comme \(d^i\) annule \(d^{i - 1}(x_a)\) et \(y_b\), nous déduisons de la condition (2) que \(E^{i + 1} = \Coker(d^i : K^i \to K^{i + 1})\). Nous voyons ainsi que \[\tau_{\geq i + 1}K^\bullet = (\ldots \to 0 \to E^{i + 1} \to K^{i + 2} \to \ldots)\] est un complexe borné de modules projectifs finis situé dans les degrés \([i + 1, b]\) pour un certain \(b\). Ainsi \(\tau_{\geq i + 1}K^\bullet\) est parfait d’amplitude \([i + 1, b]\). Comme \(\tau_{\leq i}K^\bullet\) n’a pas de cohomologie dans les degrés \(> i\), nous pouvons appliquer le lemme 0BCG au triangle distingué \[\tau_{\leq i}K^\bullet \to K^\bullet \to \tau_{\geq i + 1}K^\bullet \to (\tau_{\leq i}K^\bullet)[1]\] (Catégories dérivées, remarque 08J5) pour conclure.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Soit \(K^\bullet\) un complexe pseudo-cohérent de \(R\)-modules. Supposons que, pour un certain \(i \in \mathbf{Z}\), les morphismes \[H^i(K^\bullet) \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \longrightarrow H^i(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} \kappa(\mathfrak p)) \quad\text{et}\quad H^{i - 1}(K^\bullet) \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \longrightarrow H^{i - 1}(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} \kappa(\mathfrak p))\] soient surjectifs. Alors il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que

  1. \(\tau_{\geq i + 1}(K^\bullet \otimes_R R_f)\) soit un objet parfait de \(D(R_f)\) d’amplitude de Tor dans \([i + 1, \infty]\),

  2. \(H^i(K^\bullet)_f\) soit un \(R_f\)-module libre fini, et

  3. il existe une décomposition canonique en somme directe \[K^\bullet \otimes_R R_f \cong \tau_{\leq i - 1}(K^\bullet \otimes_R R_f) \oplus H^i(K^\bullet)_f[-i] \oplus \tau_{\geq i + 1}(K^\bullet \otimes_R R_f)\] dans \(D(R_f)\).

Démonstration

Le lemme 0A1U nous donne (1), ainsi qu’un scindage \(K^\bullet \otimes_R R_f = \tau_{\leq i}K^\bullet \otimes_R R_f \oplus \tau_{\geq i + 1}K^\bullet \otimes_R R_f\) dans \(D(R_f)\). En appliquant une nouvelle fois le lemme 0A1U à \(\tau_{\leq i}K^\bullet \otimes_R R_f\), nous obtenons (après avoir choisi \(f\) convenablement) un scindage \(\tau_{\leq i}K^\bullet \otimes_R R_f = \tau_{\leq i - 1}K^\bullet \otimes_R R_f \oplus H^i(K^\bullet)_f\) in \(D(R_f)\) ainsi que la conclusion que \(H^i(K)_f\) est un module plat parfait, c’est-à-dire projectif fini.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Soit \(i \in \mathbf{Z}\). Soit \(K^\bullet\) un complexe pseudo-cohérent de \(R\)-modules tel que \(H^i(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} \kappa(\mathfrak p)) = 0\). Alors il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), et une décomposition canonique en somme directe \[K^\bullet \otimes_R R_f = \tau_{\geq i + 1}(K^\bullet \otimes_R R_f) \oplus \tau_{\leq i - 1}(K^\bullet \otimes_R R_f)\] dans \(D(R_f)\), où \(\tau_{\geq i + 1}(K^\bullet \otimes_R R_f)\) est un complexe parfait d’amplitude de Tor dans \([i + 1, \infty]\).

Démonstration

Il s’agit d’un cas particulier souvent utilisé du lemme 0A1U. Voici une démonstration directe. Nous pouvons supposer que \(K^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules libres finis. Examinons ce qui se passe en degré \(i\) : \[\ldots \to K^{i - 2} \to R^{\oplus l} \to R^{\oplus m} \to R^{\oplus n} \to K^{i + 2} \to \ldots\] Soit \(A\) la matrice \(m \times l\) correspondant à \(K^{i - 1} \to K^i\), et soit \(B\) la matrice \(n \times m\) correspondant à \(K^i \to K^{i + 1}\). L’hypothèse affirme que \(A \bmod \mathfrak p\) est de rang \(r\) et que \(B \bmod \mathfrak p\) est de rang \(m - r\). Autrement dit, il existe un mineur \(r \times r\), noté \(a\), de \(A\), qui n’appartient pas à \(\mathfrak p\), et un mineur \((m - r) \times (m - r)\), noté \(b\), de \(B\), qui n’appartient pas à \(\mathfrak p\). Posons \(f = ab\). Après inversion de \(f\), nous pouvons trouver des décompositions en somme directe \(K^{i - 1} = R^{\oplus l - r} \oplus R^{\oplus r}\), \(K^i = R^{\oplus r} \oplus R^{\oplus m - r}\), \(K^{i + 1} = R^{\oplus m - r} \oplus R^{\oplus n - m + r}\) telles que le morphisme de modules \(K^{i - 1} \to K^i\) annule \(R^{\oplus l - r}\) et induise un isomorphisme de \(R^{\oplus r}\) sur le facteur correspondant de \(K^i\), et telles que le morphisme de modules \(K^i \to K^{i + 1}\) annule \(R^{\oplus r}\) et induise un isomorphisme de \(R^{\oplus m - r}\) sur le facteur correspondant de \(K^{i + 1}\). Ainsi \(K^\bullet\) devient quasi-isomorphe à \[\ldots \to K^{i - 2} \to R^{\oplus l - r} \to 0 \to R^{\oplus n - m + r} \to K^{i + 2} \to \ldots\] et tout est clair.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K \in D^-(R)\). Soit \(a \in \mathbf{Z}\). Supposons que, pour toute injection de \(R\)-modules \(M \to M'\), le morphisme \(\Ext^{-a}_R(K, M) \to \Ext^{-a}_R(K, M')\) soit injectif. Alors il existe une unique décomposition en somme directe \(K \cong \tau_{\leq a}K \oplus \tau_{\geq a + 1}K\) et \(\tau_{\geq a + 1}K\) est d’amplitude projective dans \([a + 1, b]\) pour un certain \(b\).

Démonstration

Considérons le triangle distingué \[\tau_{\leq a}K \to K \to \tau_{\geq a + 1}K \to (\tau_{\leq a}K)[1]\] dans \(D(R)\), voir Catégories dérivées, remarque 08J5. Remarquons que \(\Ext^{-a}_R(\tau_{\leq a}K, M) = \Hom_R(H^a(K), M)\) et \(\Ext^{-a - 1}_R(\tau_{\leq a}K, M) = 0\), voir Catégories dérivées, lemme 06XS. Ainsi, la suite exacte longue de \(\Ext\) donne une suite exacte \[0 \to \Ext^{-a}_R(\tau_{\geq a + 1}K, M) \to \Ext^{-a}_R(K, M) \to \Hom_R(H^a(K), M)\] fonctorielle en le \(R\)-module \(M\). Si maintenant \(I\) est un \(R\)-module injectif, alors \(\Ext^{-a}_R(\tau_{\geq a + 1}K, I) = 0\), par exemple d’après Catégories dérivées, lemme 06XR. Comme tout module s’injecte dans un module injectif, nous concluons que \(\Ext^{-a}_R(\tau_{\geq a + 1}K, M) = 0\) pour tout \(R\)-module \(M\). Par le lemme 0A5P, nous concluons que \(\tau_{\geq a + 1}K\) est d’amplitude projective dans \([a + 1, b]\) pour un certain \(b\) (c’est ici que nous utilisons que \(K\) est borné supérieurement). Le scindage résulte alors du lemme 0BCG.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K \in D^-(R)\). Soit \(a \in \mathbf{Z}\). Supposons que \(\Ext^{-a}_R(K, M) = 0\) pour tout \(R\)-module \(M\). Alors il existe une unique décomposition en somme directe \(K \cong \tau_{\leq a - 1}K \oplus \tau_{\geq a + 1}K\) et \(\tau_{\geq a + 1}K\) est d’amplitude projective dans \([a + 1, b]\) pour un certain \(b\).

Démonstration

Par le lemme 0G97, nous avons une décomposition en somme directe \(K \cong \tau_{\leq a}K \oplus \tau_{\geq a + 1}K\) et \(\tau_{\geq a + 1}K\) est d’amplitude projective dans \([a + 1, b]\) pour un certain \(b\). Il est clair que \(H^a(K) = 0\), et nous concluons que \(\tau_{\leq a}K = \tau_{\leq a - 1}K\) dans \(D(R)\).

Reconnaissance des complexes parfaits

Quelques lemmes permettant de démontrer que certains complexes sont parfaits.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Soit \(K\) pseudo-cohérent et borné inférieurement. Posons \(d_i = \dim_{\kappa(\mathfrak p)} H^i(K \otimes_R^\mathbf{L} \kappa(\mathfrak p))\). S’il existe \(a \in \mathbf{Z}\) tel que \(d_i = 0\) pour \(i < a\), alors il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), et un complexe \[\ldots \to 0 \to R_f^{\oplus d_a} \to R_f^{\oplus d_{a + 1}} \to \ldots \to R_f^{\oplus d_{b - 1}} \to R_f^{\oplus d_b} \to 0 \to \ldots\] représentant \(K \otimes_R^\mathbf{L} R_f\) dans \(D(R_f)\). En particulier, \(K \otimes_R^\mathbf{L} R_f\) est parfait.

Démonstration

Après avoir diminué \(a\), nous pouvons supposer aussi que \(H^i(K^\bullet) = 0\) pour \(i < a\). Par le lemme 068U, après avoir remplacé \(R\) par \(R_f\) pour un certain \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), nous pouvons écrire \(K^\bullet = \tau_{\leq a - 1}K^\bullet \oplus \tau_{\geq a}K^\bullet\) dans \(D(R)\) avec \(\tau_{\geq a}K^\bullet\) parfait. Comme \(H^i(K^\bullet) = 0\) pour \(i < a\), nous voyons que \(\tau_{\leq a - 1}K^\bullet = 0\) dans \(D(R)\). Ainsi \(K^\bullet\) est parfait. Nous pouvons alors conclure à l’aide du lemme 0BCD.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Soit \(K^\bullet\) un complexe pseudo-cohérent de \(R\)-modules. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K^\bullet\) est parfait d’amplitude de Tor dans \([a, b]\),

  2. pour tout idéal premier \(\mathfrak p\), nous avons \(H^i(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} \kappa(\mathfrak p)) = 0\) pour tout \(i \not \in [a, b]\), et

  3. pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\), nous avons \(H^i(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} \kappa(\mathfrak m)) = 0\) pour tout \(i \not \in [a, b]\).

Démonstration

Nous omettons la démonstration des implications (1) \(\Rightarrow\) (2) \(\Rightarrow\) (3). Supposons (3). Soit \(i \in \mathbf{Z}\) tel que \(i \not \in [a, b]\). Par le lemme 068U, l’hypothèse implique que \(H^i(K^\bullet)_{\mathfrak m} = 0\) pour tout idéal maximal de \(R\). Ainsi \(H^i(K^\bullet) = 0\), voir Algèbre, lemme 00HN. De plus, le lemme 068U implique maintenant aussi que, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\), il existe un élément \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak m\), tel que \(K^\bullet \otimes_R R_f\) soit parfait d’amplitude de Tor dans \([a, b]\). Nous concluons donc à l’aide des lemmes 066Y et 066N.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K^\bullet\) un complexe pseudo-cohérent de \(R\)-modules. Considérons les conditions suivantes :

  1. \(K^\bullet\) est parfait,

  2. pour tout idéal premier \(\mathfrak p\), le complexe \(K^\bullet \otimes_R R_{\mathfrak p}\) est parfait,

  3. pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\), le complexe \(K^\bullet \otimes_R R_{\mathfrak m}\) est parfait,

  4. pour tout idéal premier \(\mathfrak p\), nous avons \(H^i(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} \kappa(\mathfrak p)) = 0\) pour tout \(i \ll 0\),

  5. pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\), nous avons \(H^i(K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} \kappa(\mathfrak m)) = 0\) pour tout \(i \ll 0\).

Nous avons toujours les implications \[(1) \Rightarrow (2) \Leftrightarrow (3) \Leftrightarrow (3) \Leftrightarrow (4) \Leftrightarrow (5)\] Si \(K^\bullet\) est borné inférieurement, alors toutes les conditions sont équivalentes.

Démonstration

Par le lemme 066W, nous voyons que (1) implique (2). Il est immédiat que (2) \(\Rightarrow\) (3). Comme tout idéal premier \(\mathfrak p\) est contenu dans un idéal maximal \(\mathfrak m\), nous pouvons appliquer le lemme 066W au morphisme \(R_\mathfrak m \to R_\mathfrak p\) pour voir que (3) implique (2). En appliquant le lemme 066W aux morphismes résiduels \(R_\mathfrak p \to \kappa(\mathfrak p)\) et \(R_\mathfrak m \to \kappa(\mathfrak m)\), nous voyons que (2) implique (4) et que (3) implique (5).

Supposons \(R\) local, d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et de corps résiduel \(\kappa\). Nous allons montrer que, si \(H^i(K^\bullet \otimes^\mathbf{L} \kappa) = 0\) pour \(i < a\) avec un certain \(a\), alors \(K\) est parfait. Ceci montrera que (4) implique (2) et que (5) implique (3), d’où la première partie du lemme. Appliquons d’abord le lemme 068U avec \(i = a - 1\) pour voir que \(K^\bullet = \tau_{\leq a - 1}K^\bullet \oplus \tau_{\geq a}K^\bullet\) dans \(D(R)\), avec \(\tau_{\geq a}K^\bullet\) parfait d’amplitude de Tor contenue dans \([a, \infty]\). Pour terminer, nous devons montrer que \(\tau_{\leq a - 1}K\) est nul, c’est-à-dire que ses groupes de cohomologie sont nuls. Sinon, soit \(i\) le plus grand indice tel que \(M = H^i(\tau_{\leq a - 1}K)\) soit non nul. Alors \(M\) est un \(R\)-module fini, puisque \(\tau_{\leq a - 1}K^\bullet\) est pseudo-cohérent (lemmes 064S et 064X). Ainsi, par le lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV), nous trouvons que \(M \otimes_R \kappa\) est non nul. Ceci implique que \[H^i((\tau_{\leq a - 1}K^\bullet) \otimes_R^\mathbf{L} \kappa) = H^i(K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} \kappa)\] est non nul, ce qui est une contradiction.

Supposons que les conditions équivalentes (2) – (5) soient vérifiées et que \(K^\bullet\) soit borné inférieurement. Disons que \(H^i(K^\bullet) = 0\) pour \(i < a\). Choisissons un idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\). Il suffit de montrer qu’il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak m\), tel que \(K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} R_f\) soit parfait (lemme 066Y et Algèbre, lemme 00E8). Ceci résulte du lemme 0BYP.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K\) un objet pseudo-cohérent de \(D(R)\). Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K\) est d’amplitude projective dans \([a, b]\),

  2. \(K\) est parfait d’amplitude de Tor dans \([a, b]\),

  3. \(\Ext^i_R(K, N) = 0\) pour tout \(R\)-module de présentation finie \(N\) et tout \(i \not \in [-b, -a]\),

  4. \(H^n(K) = 0\) pour \(n > b\) et \(\Ext^i_R(K, N) = 0\) pour tout \(R\)-module de présentation finie \(N\) et tout \(i > -a\), et

  5. \(H^n(K) = 0\) pour \(n \not \in [a - 1, b]\) et \(\Ext^{-a + 1}_R(K, N) = 0\) pour tout \(R\)-module de présentation finie \(N\).

Démonstration

La dernière assertion du lemme 0658 montre que (2) implique (1). Si (1) est vérifiée, alors \(K\) peut être représenté par un complexe de modules projectifs \(P^i\) tel que \(P^i = 0\) pour \(i \not \in [a, b]\). Comme les modules projectifs sont plats (en tant que facteurs directs de modules libres), nous voyons que \(K\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\), voir le lemme 0654. Ainsi, le lemme 0658 montre que (2) est vérifiée.

Dans les conditions (3), (4), (5), l’annulation supposée des groupes ext \(\Ext^i_R(K, M)\) pour \(M\) de présentation finie équivaut à leur annulation pour tout \(R\)-module \(M\), d’après le lemme 0G8W et Algèbre, lemme 00HA. Ainsi, l’équivalence de (1), (3), (4) et (5) résulte du lemme 0A5P.

Le lemme suivant est utile pour trouver des complexes parfaits sur un anneau de polynômes \(B = A[x_1, \ldots, x_d]\).

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Soit \(d \geq 0\). Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(B\)-modules. Supposons que

  1. l’homomorphisme d’anneaux \(A \to B\) soit plat,

  2. pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset A\), l’anneau \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) soit de dimension globale finie \(\leq d\),

  3. \(K^\bullet\) soit pseudo-cohérent comme complexe de \(B\)-modules, et

  4. \(K^\bullet\) soit d’amplitude de Tor dans \([a, b]\) comme complexe de \(A\)-modules.

Alors \(K^\bullet\) est parfait comme complexe de \(B\)-modules, d’amplitude de Tor dans \([a - d, b]\).

Démonstration

Nous pouvons supposer que \(K^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de \(B\)-modules libres finis. En particulier, \(K^\bullet\) est plat comme complexe de \(A\)-modules et \(K^\bullet \otimes_A M = K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} M\) pour tout \(A\)-module \(M\). Pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(A\), le complexe \[K^\bullet \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\] est un complexe borné supérieurement de modules libres finis sur \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\), dont les \(H^i\) s’annulent sauf pour \(i \in [a, b]\). Comme \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) est de dimension globale \(d\), le lemme 066P montre que \(K^\bullet \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) est d’amplitude de Tor dans \([a - d, b]\). Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak p\). Comme \(K^\bullet \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) est un complexe borné supérieurement de \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\)-modules libres, nous voyons que \[\begin{align*} K^\bullet \otimes_B^{\mathbf{L}} \kappa(\mathfrak q) & = K^\bullet \otimes_B \kappa(\mathfrak q) \\ & = (K^\bullet \otimes_A \kappa(\mathfrak p)) \otimes_{B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak q) \\ & = (K^\bullet \otimes_A \kappa(\mathfrak p)) \otimes^{\mathbf{L}}_{B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak q) \end{align*}\] Les arguments ci-dessus impliquent donc que \(H^i(K^\bullet \otimes_B^{\mathbf{L}} \kappa(\mathfrak q)) = 0\) pour \(i \not \in [a - d, b]\). Nous concluons par le lemme 068V.

Le lemme suivant est une version locale du lemme 068X. Il peut être utilisé pour trouver des complexes parfaits sur des anneaux locaux réguliers.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux. Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Soit \(d \geq 0\). Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(B\)-modules. Supposons que

  1. l’homomorphisme d’anneaux \(A \to B\) soit plat,

  2. l’anneau \(B/\mathfrak m_AB\) soit régulier de dimension \(d\),

  3. \(K^\bullet\) soit pseudo-cohérent comme complexe de \(B\)-modules, et

  4. \(K^\bullet\) soit d’amplitude de Tor dans \([a, b]\) comme complexe de \(A\)-modules ; en fait, il suffit que \(H^i(K^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} \kappa(\mathfrak m_A))\) soit non nul seulement pour \(i \in [a, b]\).

Alors \(K^\bullet\) est parfait comme complexe de \(B\)-modules, d’amplitude de Tor dans \([a - d, b]\).

Démonstration

Par (3), nous pouvons supposer que \(K^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de \(B\)-modules libres finis. Nous calculons \[\begin{align*} K^\bullet \otimes_B^{\mathbf{L}} \kappa(\mathfrak m_B) & = K^\bullet \otimes_B \kappa(\mathfrak m_B) \\ & = (K^\bullet \otimes_A \kappa(\mathfrak m_A)) \otimes_{B/\mathfrak m_A B} \kappa(\mathfrak m_B) \\ & = (K^\bullet \otimes_A \kappa(\mathfrak m_A)) \otimes^{\mathbf{L}}_{B/\mathfrak m_A B} \kappa(\mathfrak m_B) \end{align*}\] La première égalité vient de ce que \(K^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de \(B\)-modules plats. La deuxième résulte des propriétés élémentaires du produit tensoriel. La troisième est valable parce que \(K^\bullet \otimes_A \kappa(\mathfrak m_A) = K^\bullet/ \mathfrak m_A K^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de \(B/\mathfrak m_A B\)-modules plats. Comme, par (1), \(K^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de \(A\)-modules plats, les modules de cohomologie \(H^i\) du complexe \(K^\bullet \otimes_A \kappa(\mathfrak m_A)\) ne sont non nuls que pour \(i \in [a, b]\), par l’hypothèse (4). Ainsi, la suite spectrale de l’exemple 061Z et le fait que \(B/\mathfrak m_AB\) est de dimension globale finie \(d\) (par (2) et Algèbre, proposition 00O7) montrent que \(H^j(K^\bullet \otimes_B^{\mathbf{L}} \kappa(\mathfrak m_B))\) est nul pour \(j \not \in [a - d, b]\). Ceci achève la démonstration par le lemme 068V.

Caractérisation des complexes parfaits

Dans cette section, nous démontrons que les complexes parfaits sont exactement les objets compacts de la catégorie dérivée d’un anneau. Nous montrons d’abord ce qui suit.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. La sous-catégorie pleine \(D_{perf}(R) \subset D(R)\) des objets parfaits est la plus petite sous-catégorie triangulée, strictement pleine et saturée contenant \(R = R[0]\). Autrement dit, \(D_{perf}(R) = \langle R \rangle\). En particulier, \(R\) est un générateur classique de \(D_{perf}(R)\).

Démonstration

Pour comprendre le sens de l’énoncé, voir Catégories dérivées, définitions 05RB et 09SJ. Il a été démontré dans les lemmes 066R et 066S que \(D_{perf}(R) \subset D(R)\) est une sous-catégorie triangulée, strictement pleine et saturée de \(D(R)\). Bien entendu, \(R \in D_{perf}(R)\).

Rappelons que \(\langle R \rangle = \bigcup \langle R \rangle_n\). Pour achever la démonstration, nous allons montrer que si \(M \in D_{perf}(R)\) est représenté par \[\ldots \to 0 \to M^a \to M^{a + 1} \to \ldots \to M^b \to 0 \to \ldots\] où les \(M^i\) sont projectifs de type fini, alors \(M \in \langle R \rangle_{b - a + 1}\). La démonstration se fait par récurrence sur \(b - a\). Par définition, \(\langle R \rangle_1\) contient tout \(R\)-module projectif de type fini placé en un degré quelconque ; cela traite le cas initial \(b - a = 0\) de la récurrence. En général, nous considérons le triangle distingué \[M_b[-b] \to M^\bullet \to \sigma_{\leq b - 1}M^\bullet \to M_b[-b + 1]\] Par récurrence, le complexe tronqué \(\sigma_{\leq b - 1}M^\bullet\) appartient à \(\langle R \rangle_{b - a}\) et \(M_b[-b]\) appartient à \(\langle R \rangle_1\). Ainsi \(M^\bullet \in \langle R \rangle_{b - a + 1}\) par définition.

Soit \(R\) un anneau. Rappelons que \(D(R)\) admet des sommes directes, obtenues simplement en prenant les sommes directes de complexes, voir Catégories dérivées, lemme 0A5L. Nous l’utiliserons sans autre mention dans les lemmes de cette section.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K \in D(R)\) un objet tel que, pour toute famille dénombrable d’objets \(E_n \in D(R)\), l’application canonique \[\bigoplus \Hom_{D(R)}(K, E_n) \longrightarrow \Hom_{D(R)}(K, \bigoplus E_n)\] soit une bijection. Alors, pour tout système \(L_n^\bullet\) de complexes indexé par \(\mathbf{N}\), l’application \[\colim \Hom_{D(R)}(K, L^\bullet_n) \longrightarrow \Hom_{D(R)}(K, L^\bullet)\] est une bijection, où \(L^\bullet\) est la colimite terme à terme, c’est-à-dire \(L^m = \colim L_n^m\) pour tout \(m \in \mathbf{Z}\).

Démonstration

Considérons la suite exacte courte de complexes \[0 \to \bigoplus L_n^\bullet \to \bigoplus L_n^\bullet \to L^\bullet \to 0\] où la première application est donnée par \(1 - t_n\) en degré \(n\), avec \(t_n : L_n^\bullet \to L_{n + 1}^\bullet\) l’application de transition. D’après Catégories dérivées, lemme 0152, c’est un triangle distingué dans \(D(R)\). Appliquons le foncteur homologique \(\Hom_{D(R)}(K, -)\), voir Catégories dérivées, lemme 0149. Nous obtenons ainsi une longue suite exacte de cohomologie \[\xymatrix{ & \ldots \ar[r] & \Hom_{D(R)}(K, \colim L^\bullet_n[-1]) \ar[lld] \\ \Hom_{D(R)}(K, \bigoplus L^\bullet_n) \ar[r] & \Hom_{D(R)}(K, \bigoplus L^\bullet_n) \ar[r] & \Hom_{D(R)}(K, \colim L^\bullet_n) \ar[lld] \\ \Hom_{D(R)}(K, \bigoplus L^\bullet_n[1]) \ar[r] & \ldots }\] Puisque nous avons supposé que \(\Hom_{D(R)}(K, \bigoplus L^\bullet_n)\) est égal à \(\bigoplus \Hom_{D(R)}(K, L^\bullet_n)\), nous voyons que la première application de chaque ligne du diagramme est injective (d’après sa description explicite comme somme des applications induites par \(1 - t_n\)). Nous concluons donc que \(\Hom_{D(R)}(K, \colim L^\bullet_n)\) est le conoyau de la première application de la ligne médiane du diagramme ci-dessus, ce qu’il fallait démontrer.

La proposition suivante, qui caractérise les complexes parfaits comme les objets compacts (Catégories dérivées, définition 07LS) de la catégorie dérivée, apparaît à plusieurs endroits. Voir par exemple [Rickard, preuve de la proposition 6.3] (qui traite le cas borné), [TT, théorème 2.4.3] (dont l’énoncé ne coïncide pas exactement) et [Bokstedt-Neeman, proposition 6.4] (attention aux épouvantables conventions de notation).

Proposition

Soit \(R\) un anneau. Pour un objet \(K\) de \(D(R)\), les assertions suivantes sont équivalentes

  1. \(K\) est parfait ;

  2. \(K\) est un objet compact de \(D(R)\).

Démonstration

Supposons \(K\) parfait, c’est-à-dire que \(K\) est quasi-isomorphe à un complexe borné \(P^\bullet\) de modules projectifs de type fini, voir la définition 0657. Si \(E_i\) est représenté par le complexe \(E_i^\bullet\), alors \(\bigoplus E_i\) est représenté par le complexe dont le terme de degré \(n\) est \(\bigoplus E_i^n\). D’autre part, comme \(P^n\) est projectif pour tout \(n\), nous avons \(\Hom_{D(R)}(P^\bullet, K^\bullet) = \Hom_{K(R)}(P^\bullet, K^\bullet)\) pour tout complexe de \(R\)-modules \(K^\bullet\), voir Catégories dérivées, lemme 064B. Ainsi \(\Hom_{D(R)}(P^\bullet, E^\bullet)\) est la cohomologie du complexe \[\prod \Hom_R(P^n, E^{n - 1}) \to \prod \Hom_R(P^n, E^n) \to \prod \Hom_R(P^n, E^{n + 1}).\] Puisque \(P^\bullet\) est borné, nous pouvons remplacer les signes \(\prod\) par des signes \(\bigoplus\) dans le complexe ci-dessus. Comme chaque \(P^n\) est un \(R\)-module de type fini, nous voyons que \(\Hom_R(P^n, \bigoplus_i E_i^m) = \bigoplus_i \Hom_R(P^n, E_i^m)\) pour tous \(n, m\). En combinant ces remarques, nous voyons que l’application de Catégories dérivées, définition 07LS, est une bijection.

Réciproquement, supposons \(K\) compact. Représentons \(K\) par un complexe \(K^\bullet\) et considérons l’application \[K^\bullet \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{n \geq 0} \tau_{\geq n} K^\bullet\] où nous avons utilisé les troncations canoniques, voir Homologie, section 0118. Cela a un sens car, en chaque degré, la somme directe à droite est finie. Par hypothèse, cette application se factorise par une somme directe finie. Nous concluons que \(K \to \tau_{\geq n} K\) est nul pour au moins un \(n\), c’est-à-dire que \(K\) appartient à \(D^{-}(R)\).

Comme \(K \in D^{-}(R)\) et que tout \(R\)-module est quotient d’un module libre, nous pouvons représenter \(K\) par un complexe \(K^\bullet\) borné supérieurement de \(R\)-modules libres, voir Catégories dérivées, lemme 05T7. Remarquons que \[K^\bullet = \bigcup\nolimits_{n \leq 0} \sigma_{\geq n}K^\bullet\] où nous avons utilisé les troncations brutales, voir Homologie, section 0118. Le lemme 07LR montre donc que \(1 : K^\bullet \to K^\bullet\) se factorise par \(\sigma_{\geq n}K^\bullet \to K^\bullet\) dans \(D(R)\). Ainsi \(1 : K^\bullet \to K^\bullet\) se factorise sous la forme \[K^\bullet \xrightarrow{\varphi} L^\bullet \xrightarrow{\psi} K^\bullet\] dans \(D(R)\) pour un complexe \(L^\bullet\) borné dont les termes sont des \(R\)-modules libres. Disons que \(L^i = 0\) pour \(i \not \in [a, b]\). Fixons désormais \(a, b\). Soit \(c\) le plus grand entier \(\leq b + 1\) tel que l’on puisse trouver une factorisation de \(1_{K^\bullet}\) comme ci-dessus où \(L^i\) soit libre de type fini pour \(i < c\). Nous allons démontrer par récurrence que \(c = b + 1\). Écrivons \(L^c = \bigoplus_{\lambda \in \Lambda} R\). Comme \(L^{c - 1}\) est libre de type fini, nous pouvons trouver une partie finie \(\Lambda' \subset \Lambda\) telle que \(L^{c - 1} \to L^c\) se factorise par \(\bigoplus_{\lambda \in \Lambda'} R \subset L^c\). Considérons l’application de complexes \[\pi : L^\bullet \longrightarrow (\bigoplus\nolimits_{\lambda \in \Lambda \setminus \Lambda'} R)[-c]\] donnée par la projection sur les facteurs correspondant à \(\Lambda \setminus \Lambda'\) en degré \(c\). Notre hypothèse sur \(K\) montre qu’après avoir éventuellement remplacé \(\Lambda'\) par une partie finie plus grande, nous pouvons supposer que \(\pi \circ \varphi = 0\) dans \(D(R)\). Soit \((L')^\bullet \subset L^\bullet\) le noyau de \(\pi\). Comme \(\pi\) est surjective, nous obtenons une suite exacte courte de complexes, qui donne un triangle distingué dans \(D(R)\) (voir Catégories dérivées, lemme 0152). Comme \(\Hom_{D(R)}(K, -)\) est homologique (voir Catégories dérivées, lemme 0149) et que \(\pi \circ \varphi = 0\), il existe un morphisme \(\varphi' : K^\bullet \to (L')^\bullet\) dans \(D(R)\) dont la composée avec \((L')^\bullet \to L^\bullet\) est \(\varphi\). En prenant pour \(\psi'\) la composée de \(\psi\) avec \((L')^\bullet \to L^\bullet\), nous obtenons une nouvelle factorisation. Comme \((L')^\bullet\) coïncide avec \(L^\bullet\) sauf en degré \(c\) et que \((L')^c = \bigoplus_{\lambda \in \Lambda'} R\), l’étape de récurrence est démontrée.

La conclusion de la discussion du paragraphe précédent est que \(1_K : K \to K\) se factorise sous la forme \[K \xrightarrow{\varphi} L \xrightarrow{\psi} K\] dans \(D(R)\), où \(L\) peut être représenté par un complexe fini de \(R\)-modules libres. En particulier, \(L\) est parfait. Remarquons que \(e = \varphi \circ \psi \in \text{End}_{D(R)}(L)\) est un idempotent. D’après Catégories dérivées, lemme 05QW, nous avons \(L = \Ker(e) \oplus \Ker(1 - e)\). L’application \(\varphi : K \to L\) induit un isomorphisme avec \(\Ker(1 - e)\) dans \(D(R)\). Nous concluons finalement que \(K\) est parfait par le lemme 066S.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(K\) un objet de \(D(R)\). Supposons que

  1. \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I\) soit parfait dans \(D(R/I)\) ;

  2. \(I\) soit un idéal nilpotent.

Alors \(K\) est parfait dans \(D(R)\).

Démonstration

Choisissons un complexe fini \(\overline{P}^\bullet\) de \(R/I\)-modules projectifs de type fini représentant \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I\), voir la définition 0657. D’après le lemme 09AR, il existe un complexe \(P^\bullet\) de \(R\)-modules projectifs représentant \(K\) tel que \(\overline{P}^\bullet = P^\bullet/IP^\bullet\). Il résulte du lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV) que \(P^\bullet\) est un complexe fini de \(R\)-modules projectifs de type fini.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(I, J \subset R\) des idéaux. Soit \(K\) un objet de \(D(R)\). Supposons que

  1. \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I\) soit parfait dans \(D(R/I)\) ;

  2. \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/J\) soit parfait dans \(D(R/J)\).

Alors \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/IJ\) est parfait dans \(D(R/IJ)\).

Démonstration

Il est clair que nous pouvons remplacer \(R\) par \(R/IJ\) et \(K\) par \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/IJ\). Alors \(R \to R/(I \cap J)\) est une surjection dont le noyau est de carré nul. Ainsi, d’après le lemme 07LU, il suffit de démontrer que \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/(I \cap J)\) est parfait. Nous pouvons donc supposer que \(I \cap J = 0\).

Nous démontrons le lemme dans le cas où \(I \cap J = 0\). Tout d’abord, nous pouvons représenter \(K\) par un complexe K-plat \(K^\bullet\) dont tous les \(K^n\) sont plats, voir le lemme 06Y4. Nous obtenons alors une suite exacte courte de complexes \[0 \to K^\bullet \to K^\bullet/IK^\bullet \oplus K^\bullet/JK^\bullet \to K^\bullet/(I + J)K^\bullet \to 0\] Remarquons que \(K^\bullet/IK^\bullet\) représente \(K \otimes^\mathbf{L}_R R/I\) par construction du produit tensoriel dérivé. Il en va de même de \(K^\bullet/JK^\bullet\) et \(K^\bullet/(I + J)K^\bullet\). Remarquons que \(K^\bullet/(I + J)K^\bullet\) est un complexe parfait de \(R/(I + J)\)-modules, voir le lemme 066W. Ainsi les complexes \(K^\bullet/IK^\bullet\), \(K^\bullet/JK^\bullet\) et \(K^\bullet/(I + J)K^\bullet\) n’ont qu’un nombre fini de groupes de cohomologie non nuls (puisqu’un complexe parfait a une amplitude de Tor finie, voir le lemme 0658). La longue suite exacte de cohomologie associée à la suite exacte courte de complexes affichée ci-dessus montre que \(K \in D^b(R)\). En particulier, nous pouvons supposer que \(K^\bullet\) est un complexe de \(R\)-modules libres borné supérieurement (voir Catégories dérivées, lemme 05T7).

Nous allons maintenant montrer que \(K\) est parfait en utilisant le critère de la proposition 07LT. Soit donc \(E_j \in D(R)\) une famille d’objets paramétrée par un ensemble \(J\). Choisissons des complexes \(E_j^\bullet\) à termes plats représentant les \(E_j\), voir par exemple le lemme 06Y4. Il est clair que \[0 \to E_j^\bullet \to E_j^\bullet/IE_j^\bullet \oplus E_j^\bullet/JE_j^\bullet \to E_j^\bullet/(I + J)E_j^\bullet \to 0\] est une suite exacte courte de complexes. En prenant les sommes directes, nous obtenons une suite exacte courte analogue \[0 \to \bigoplus E_j^\bullet \to \bigoplus E_j^\bullet/IE_j^\bullet \oplus E_j^\bullet/JE_j^\bullet \to \bigoplus E_j^\bullet/(I + J)E_j^\bullet \to 0\] (Remarquons que \(- \otimes_R R/I\) commute aux sommes directes.) Cette suite exacte courte détermine un triangle distingué dans \(D(R)\), voir Catégories dérivées, lemme 0152. Appliquons le foncteur homologique \(\Hom_{D(R)}(K, -)\) (voir Catégories dérivées, lemme 0149) pour obtenir un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \bigoplus \Hom_{D(R)}(K^\bullet, E_j^\bullet/(I + J))[-1] \ar[r] \ar[d] & \Hom_{D(R)}(K^\bullet, \bigoplus E_j^\bullet/(I + J))[-1] \ar[d] \\ \bigoplus \Hom_{D(R)}(K^\bullet, E_j^\bullet/I \oplus E_j^\bullet/J)[-1] \ar[r] \ar[d] & \Hom_{D(R)}(K^\bullet, \bigoplus E_j^\bullet/I \oplus E_j^\bullet/J)[-1] \ar[d] \\ \bigoplus \Hom_{D(R)}(K^\bullet, E_j^\bullet) \ar[r] \ar[d] & \Hom_{D(R)}(K^\bullet, \bigoplus E_j^\bullet) \ar[d] \\ \bigoplus \Hom_{D(R)}(K^\bullet, E_j^\bullet/I \oplus E_j^\bullet/J) \ar[r] \ar[d] & \Hom_{D(R)}(K^\bullet, \bigoplus E_j^\bullet/I \oplus E_j^\bullet/J) \ar[d] \\ \bigoplus \Hom_{D(R)}(K^\bullet, E_j^\bullet/(I + J)) \ar[r] & \Hom_{D(R)}(K^\bullet, \bigoplus E_j^\bullet/(I + J)) }\] à colonnes exactes. Il est clair que, pour tout complexe \(E^\bullet\) de \(R\)-modules, nous avons \[\begin{align*} \Hom_{D(R)}(K^\bullet, E^\bullet/I) & = \Hom_{K(R)}(K^\bullet, E^\bullet/I) \\ & = \Hom_{K(R/I)}(K^\bullet/IK^\bullet, E^\bullet/I) \\ & = \Hom_{D(R/I)}(K^\bullet/IK^\bullet, E^\bullet/I) \end{align*}\] et de même après quotient par \(J\) ou \(I + J\), voir Catégories dérivées, lemme 064B. Ainsi toutes les flèches horizontales, sauf peut-être celle du milieu, sont des isomorphismes car les complexes \(K^\bullet/IK^\bullet\), \(K^\bullet/JK^\bullet\), \(K^\bullet/(I + J)K^\bullet\) sont des complexes parfaits de \(R/I\)-, \(R/J\)- et \(R/(I + J)\)-modules, voir la proposition 07LT. Il résulte du \(5\)-lemme (Homologie, lemme 05QB) que l’application médiane est un isomorphisme, et le lemme découle alors de la proposition 07LT.

Générateurs forts et anneaux réguliers

Soit \(R\) un anneau. Notons \(D(R)_c\) la sous-catégorie triangulée pleine et saturée de \(D(R)\). Nous savons déjà que \[\langle R \rangle = D_{perf}(R) = D(R)_c\] Voir le lemme 0ATI et la proposition 07LT. Il se trouve que si \(R\) est régulier, alors \(R\) est un générateur fort (Catégories dérivées, définition 09SJ).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(n \geq 1\). Soit \(K \in \langle R \rangle_n\), avec les notations de Catégories dérivées, section 09SI. Considérons des applications \[K \xrightarrow{f_1} K_1 \xrightarrow{f_2} K_2 \xrightarrow{f_3} \ldots \xrightarrow{f_n} K_n\] dans \(D(R)\). Si \(H^i(f_j) = 0\) pour tous \(i, j\), alors \(f_n \circ \ldots \circ f_1 = 0\).

Démonstration

Si \(n = 1\), alors \(K\) est un facteur direct dans \(D(R)\) d’un complexe borné \(P^\bullet\) dont les termes sont des \(R\)-modules libres de type fini et dont les différentielles sont nulles. Il suffit donc de montrer que tout morphisme \(f : P^\bullet \to K_1\) dans \(D(R)\) tel que \(H^i(f) = 0\) pour tout \(i\) est nul. Comme \(P^\bullet\) est une somme directe finie \(P^\bullet = \bigoplus R[m_j]\), il suffit de montrer que tout morphisme \(g : R[m] \to K_1\) tel que \(H^{-m}(g) = 0\) dans \(D(R)\) est nul. Cela résulte de l’égalité \(\Hom_{D(R)}(R[-m], K) = H^m(K)\).

Pour \(n > 1\), nous procédons par récurrence sur \(n\). En effet, nous savons que \(K\) est un facteur direct dans \(D(R)\) d’un objet \(P\) qui s’insère dans un triangle distingué \[P' \xrightarrow{i} P \xrightarrow{p} P'' \to P'[1]\] avec \(P' \in \langle R \rangle_1\) et \(P'' \in \langle R \rangle_{n - 1}\). Comme ci-dessus, nous pouvons remplacer \(K\) par \(P\) et supposer que nous avons \[P \xrightarrow{f_1} K_1 \xrightarrow{f_2} K_2 \xrightarrow{f_3} \ldots \xrightarrow{f_n} K_n\] dans \(D(R)\), les \(f_j\) induisant l’application nulle en cohomologie. Le cas \(n = 1\) montre que la composée \(f_1 \circ i\) est nulle. Ainsi, d’après Catégories dérivées, lemme 0149, il existe un morphisme \(h : P'' \to K_1\) tel que \(f_1 = h \circ p\). Remarquons que \(f_2 \circ h\) est nul en cohomologie. Par récurrence, nous obtenons donc \(f_n \circ \ldots \circ f_2 \circ h = 0\), ce qui implique \(f_n \circ \ldots \circ f_1 = f_n \circ \ldots \circ f_2 \circ h \circ p = 0\), comme souhaité.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien. Si \(R\) est un générateur fort de \(D_{perf}(R)\), alors \(R\) est régulier de dimension finie.

Démonstration

Supposons \(D_{perf}(R) = \langle R \rangle_n\) pour un certain \(n \geq 1\). Pour tout \(R\)-module de type fini \(M\), nous pouvons choisir un complexe \[P = ( P^{-n - 1} \xrightarrow{d^{-n - 1}} P^{-n} \xrightarrow{d^{-n}} P^{-n + 1} \xrightarrow{d^1} \ldots \xrightarrow{d^{-1}} P^0)\] de \(R\)-modules libres de type fini avec \(H^i(P) = 0\) pour \(i = -n, \ldots, - 1\) et \(M \cong \Coker(d^{-1})\). Remarquons que \(P\) appartient à \(D_{perf}(R)\). Pour tout \(R\)-module \(N\), nous pouvons calculer \(\Ext^n_R(M, N)\) à l’aide de la résolution libre finie \(P\) de \(M\), voir Algèbre, section 00LO, et comparer avec Catégories dérivées, section 06XP. En particulier, la suite ci-dessus définit un élément \[\xi \in \Ext^n_R(\Coker(d^{-1}), \Coker(d^{-n - 1})) = \Ext^n_R(M, \Coker(d^{-n - 1}))\] et, pour tout élément \(\overline{\xi}\) de \(\Ext^n_R(M, N)\), il existe une application de \(R\)-modules \(\varphi : \Coker(d^{-n - 1}) \to N\) telle que \(\varphi\) envoie \(\xi\) sur \(\overline{\xi}\). Pour \(j = 1, \ldots, n - 1\), considérons les complexes \[K_j = (\Coker(d^{-n - 1}) \to P^{-n + 1} \to \ldots \to P^{-j})\] avec \(\Coker(d^{-n - 1})\) en degré \(-n\) et \(P^t\) en degré \(t\). Posons aussi \(K_n = \Coker(d^{-n - 1})[n]\). Nous avons alors des applications \[P \to K_1 \to K_2 \to \ldots \to K_n\] qui induisent des applications nulles en cohomologie. Comme \(P \in D_{perf}(R) = \langle R \rangle_n\), le lemme 0FXH montre que la composée de ces applications est nulle dans \(D(R)\). Puisque \(\Hom_{D(R)}(P, K_n) = \Hom_{K(R)}(P, K_n)\) d’après Catégories dérivées, lemme 064B, nous concluons que \(\xi = 0\). Ainsi \(\Ext^n_R(M, N) = 0\) pour tout \(R\)-module \(N\), d’après la discussion ci-dessus. Il s’ensuit que \(M\) est de dimension projective \(\leq n - 1\) d’après Algèbre, lemme 065R. Comme cela vaut pour tout \(R\)-module de type fini \(M\), nous concluons que \(R\) est de dimension globale finie, voir Algèbre, lemme 065T. Nous concluons finalement par Algèbre, lemme 00OE.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien régulier de dimension \(d < \infty\). Soient \(K, L \in D^-(R)\). Supposons qu’il existe un \(k\) tel que \(H^i(K) = 0\) pour \(i \leq k\) et \(H^i(L) = 0\) pour \(i \geq k - d + 1\). Alors \(\Hom_{D(R)}(K, L) = 0\).

Démonstration

Soit \(K^\bullet\) un complexe borné supérieurement représentant \(K\), disons \(K^i = 0\) pour \(i \geq n + 1\). Après avoir remplacé \(K^\bullet\) par \(\tau_{\geq k + 1}K^\bullet\), nous pouvons supposer \(K^i = 0\) pour \(i \leq k\). Nous pouvons alors utiliser le triangle distingué \[K^n[-n] \to K^\bullet \to \sigma_{\leq n - 1}K^\bullet\] pour voir qu’il suffit de démontrer le lemme pour \(K^n[-n]\) et \(\sigma_{\leq n - 1}K^\bullet\). Par récurrence sur \(n\), nous concluons qu’il suffit de démontrer le lemme lorsque \(K\) est représenté par le complexe \(M[-m]\) pour un \(R\)-module \(M\) et un \(m \geq k + 1\). Comme \(R\) est de dimension globale \(d\) d’après Algèbre, lemme 00OE, nous voyons que \(M\) admet une résolution projective \(0 \to P_d \to \ldots \to P_0 \to M \to 0\). Le complexe \(P^\bullet\) dont \(P_i\) est placé en degré \(m - i\) est alors un complexe borné de projectifs représentant \(M[-m]\). D’autre part, nous pouvons choisir un complexe \(L^\bullet\) représentant \(L\) avec \(L^i = 0\) pour \(i \geq k - d + 1\). Toute application de complexes \(P^\bullet \to L^\bullet\) est donc nulle. Le lemme en résulte par Catégories dérivées, lemme 064B.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien régulier de dimension \(1 \leq d < \infty\). Soit \(K \in D(R)\) parfait et soit \(k \in \mathbf{Z}\) tel que \(H^i(K) = 0\) pour \(i = k - d + 2, \ldots, k\) (condition vide si \(d = 1\)). Alors \(K = \tau_{\leq k - d + 1}K \oplus \tau_{\geq k + 1}K\).

Démonstration

L’annulation de la cohomologie montre que nous avons un triangle distingué \[\tau_{\leq k - d + 1}K \to K \to \tau_{\geq k + 1}K \to (\tau_{\leq k - d + 1}K)[1]\] Par Catégories dérivées, lemme 05QT, il suffit de montrer que la troisième flèche est nulle. Il suffit donc de montrer que \(\Hom_{D(R)}(\tau_{\geq k + 1}K, (\tau_{\leq k - d + 1}K)[1]) = 0\) ce qui résulte du lemme 0FXJ.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien régulier de dimension finie. Alors \(R\) est un générateur fort de la sous-catégorie pleine \(D_{perf}(R) \subset D(R)\) des objets parfaits.

Démonstration

Nous utiliserons qu’un objet \(K\) de \(D(R)\) est parfait si et seulement si \(K\) est borné et possède des modules de cohomologie de type fini, voir le lemme 066Z. Les générateurs forts des catégories triangulées sont définis dans Catégories dérivées, définition 09SJ. Soit \(d = \dim(R)\).

Soit \(K \in D_{perf}(R)\). Nous allons montrer que \(K \in \langle R \rangle_{d + 1}\). D’après Algèbre, lemme 00OE, tout \(R\)-module de type fini est de dimension projective \(\leq d\). Nous allons montrer par récurrence sur \(0 \leq i \leq d\) que, si \(H^n(K)\) est de dimension projective \(\leq i\) pour tout \(n \in \mathbf{Z}\), alors \(K\) appartient à \(\langle R \rangle_{i + 1}\).

Cas initial \(i = 0\). Dans ce cas, \(H^n(K)\) est un \(R\)-module de type fini de dimension projective \(0\). Autrement dit, chaque module de cohomologie est un \(R\)-module projectif. Ainsi \(\Ext^i_R(H^n(K), H^m(K)) = 0\) pour tout \(i > 0\) et tous \(m, n \in \mathbf{Z}\). D’après Catégories dérivées, lemme 0GM4, nous obtenons que \(K\) est isomorphe à la somme directe des décalages de ses modules de cohomologie. Comme chacun de ceux-ci est un \(R\)-module projectif de type fini, il est facteur direct d’une somme directe de copies de \(R\). Par définition, nous voyons donc que \(K\) appartient à \(\langle R \rangle_1\).

Étape de récurrence. Supposons l’assertion vraie pour \(i < d\) et soit \(K \in D_{perf}(R)\) tel que \(H^n(K)\) soit de dimension projective \(\leq i + 1\) pour tout \(n \in \mathbf{Z}\). Choisissons \(a \leq b\) tels que \(H^n(K)\) soit nul pour \(n \not \in [a, b]\). Pour chaque \(n \in [a, b]\), choisissons une surjection \(F^n \to H^n(K)\), où \(F^n\) est un \(R\)-module libre de type fini. Comme \(F^n\) est projectif, nous pouvons relever \(F^n \to H^n(K)\) en une application \(F^n[-n] \to K\) dans \(D(R)\) (un petit détail est omis). Nous obtenons ainsi un morphisme \(\bigoplus_{a \leq n \leq b} F^n[-n] \to K\) qui est surjectif sur les modules de cohomologie. Choisissons un triangle distingué \[K' \to \bigoplus\nolimits_{a \leq n \leq b} F^n[-n] \to K \to K'[1]\] dans \(D(R)\). Bien entendu, l’objet \(K'\) est borné et possède des modules de cohomologie de type fini. La longue suite exacte de cohomologie se décompose en suites exactes courtes \[0 \to H^n(K') \to F^n \to H^n(K) \to 0\] grâce à nos choix. D’après Algèbre, lemme 065S, nous voyons que la dimension projective de \(H^n(K')\) est \(\leq \max(0, i)\). Ainsi \(K' \in \langle R \rangle_{i + 1}\). Par définition, cela signifie que \(K\) appartient à \(\langle R \rangle_{i + 1 + 1}\), comme souhaité.

Proposition

Soit \(R\) un anneau noethérien. Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. \(R\) est régulier de dimension finie ;

  2. \(D_{perf}(R)\) admet un générateur fort ;

  3. \(R\) est un générateur fort de \(D_{perf}(R)\).

Démonstration

C’est une conséquence formelle des lemmes 0ATI, 0FXI et 0FXL, ainsi que de Catégories dérivées, lemme 0FXA.

Modules de présentation finie relative

Soit \(R\) un anneau. Soit \(A \to B\) un morphisme fini de \(R\)-algèbres de type fini. Soit \(M\) un \(B\)-module de type fini. Dans ce cas, il n’est pas vrai que \[M\text{ est de présentation finie sur }B \Leftrightarrow M\text{ est de présentation finie sur }A\] Un contre-exemple est donné par \(R = k[x_1, x_2, x_3, \ldots]\), \(A = R\), \(B = R/(x_i)\) et \(M = B\). Pour « corriger » cela, nous introduisons une notion relative de présentation finie.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(M\) un \(A\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. pour une présentation \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to A\), le module \(M\) est un \(R[x_1, \ldots, x_n]\)-module de présentation finie ;

  2. pour toute présentation \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to A\), le module \(M\) est un \(R[x_1, \ldots, x_n]\)-module de présentation finie ;

  3. pour toute surjection \(A' \to A\) où \(A'\) est une \(R\)-algèbre de présentation finie, le module \(M\) est de présentation finie comme \(A'\)-module.

Dans ce cas, \(M\) est un \(A\)-module de présentation finie.

Démonstration

Si \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to A\) et \(\beta : R[y_1, \ldots, y_m] \to A\) sont des présentations, choisissons \(f_j \in R[x_1, \ldots, x_n]\) avec \(\alpha(f_j) = \beta(y_j)\) et \(g_i \in R[y_1, \ldots, y_m]\) avec \(\beta(g_i) = \alpha(x_i)\). Nous obtenons alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m] \ar[d]^{x_i \mapsto g_i} \ar[rr]_-{y_j \mapsto f_j} & & R[x_1, \ldots, x_n] \ar[d] \\ R[y_1, \ldots, y_m] \ar[rr] & & A }\] L’équivalence de (1) et (2) résulte donc de l’application des lemmes d’algèbre 0561 et 0564. L’équivalence de (2) et (3) résulte du choix d’une présentation \(A' = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m)\) et de l’utilisation du lemme d’algèbre 0564 pour montrer que \(M\) est de présentation finie comme \(A'\)-module si et seulement si \(M\) est de présentation finie comme \(R[x_1, \ldots, x_n]\)-module.

Définition

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(M\) un \(A\)-module. Nous disons que \(M\) est un \(A\)-module de présentation finie relativement à \(R\) si les conditions équivalentes du lemme 05GY sont satisfaites.

Remarquons que si \(R \to A\) est de présentation finie, alors \(M\) est un \(A\)-module de présentation finie relativement à \(R\) si et seulement si \(M\) est un \(A\)-module de présentation finie. Il est tout aussi clair que \(A\), considéré comme \(A\)-module, est de présentation finie relativement à \(R\) si et seulement si \(A\) est de présentation finie sur \(R\). Si \(R\) est noethérien, cette notion ne présente aucun intérêt. Nous pouvons maintenant formuler le résultat recherché.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(A \to B\) un morphisme fini de \(R\)-algèbres de type fini. Soit \(M\) un \(B\)-module. Alors \(M\) est un \(A\)-module de présentation finie relativement à \(R\) si et seulement si \(M\) est un \(B\)-module de présentation finie relativement à \(R\).

Démonstration

Choisissons une surjection \(R[x_1, \ldots, x_n] \to A\). Choisissons \(y_1, \ldots, y_m \in B\) engendrant \(B\) sur \(A\). Comme \(A \to B\) est fini, chaque \(y_i\) satisfait une équation unitaire à coefficients dans \(A\). Nous pouvons donc trouver des polynômes unitaires \(P_j(T) \in R[x_1, \ldots, x_n][T]\) tels que \(P_j(y_j) = 0\) dans \(B\). Nous obtenons alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ R[x_1, \ldots, x_n] \ar[d] \ar[r] & R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m]/(P_j(y_j)) \ar[d] \\ A \ar[r] & B }\] Comme la flèche supérieure est un morphisme d’anneaux fini et de présentation finie, nous concluons par le lemme d’algèbre 0564 et la définition.

Grâce à ce résultat, nous voyons que la notion relative a un sens et se comporte bien vis-à-vis des morphismes finis d’anneaux de type fini sur \(R\). Elle est aussi stable par localisation et par changement de base, et se « recolle » bien.

Lemme

Soient \(R\) un anneau, \(f \in R\) un élément, \(R_f \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini, \(g \in A\) et \(M\) un \(A\)-module. Si \(M\) est de présentation finie relativement à \(R_f\), alors \(M_g\) est un \(A_g\)-module de présentation finie relativement à \(R\).

Démonstration

Choisissons une présentation \(R_f[x_1, \ldots, x_n] \to A\). Écrivons \(R_f = R[x_0]/(fx_0 - 1)\). Considérons la présentation \(R[x_0, x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}] \to A_g\) qui prolonge le morphisme donné, envoie \(x_0\) sur l’image de \(1/f\) et \(x_{n + 1}\) sur \(1/g\). Choisissons \(g' \in R[x_0, x_1, \ldots, x_n]\) s’envoyant sur \(g\) (cela est possible). Supposons que \[R_f[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus s} \to R_f[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus t} \to M \to 0\] soit une présentation de \(M\) donnée par une matrice \((h_{ij})\). Choisissons \(h'_{ij} \in R[x_0, x_1, \ldots, x_n]\) s’envoyant sur \(h_{ij}\). Alors \[R[x_0, x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}]^{\oplus s + 2t} \to R[x_0, x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}]^{\oplus t} \to M_g \to 0\] est une présentation de \(M_f\). Ici, la matrice \(t \times (s + 2t)\) définissant l’application possède un premier bloc \(t \times s\) formé de la matrice \(h'_{ij}\), un deuxième bloc \(t \times t\) égal à \((x_0f - )I_t\), et un troisième bloc égal à \((x_{n + 1}g' - 1)I_t\).

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(M\) un \(A\)-module de présentation finie relativement à \(R\). Pour tout morphisme d’anneaux \(R \to R'\), le \(A \otimes_R R'\)-module \[M \otimes_A A' = M \otimes_R R'\] est de présentation finie relativement à \(R'\).

Démonstration

Choisissons une surjection \(R[x_1, \ldots, x_n] \to A\). Choisissons une présentation \[R[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus s} \to R[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus t} \to M \to 0\] Alors \[R'[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus s} \to R'[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus t} \to M \otimes_R R' \to 0\] est une présentation du changement de base, ce qui conclut.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(M\) un \(A\)-module de présentation finie relativement à \(R\). Soit \(A \to A'\) un morphisme d’anneaux de présentation finie. Le \(A'\)-module \(M \otimes_A A'\) est de présentation finie relativement à \(R\).

Démonstration

Choisissons une surjection \(R[x_1, \ldots, x_n] \to A\). Choisissons une présentation \(A' = A[y_1, \ldots, y_m]/(g_1, \ldots, g_l)\). Choisissons \(g'_i \in R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m]\) s’envoyant sur \(g_i\). Disons que \[R[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus s} \to R[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus t} \to M \to 0\] est une présentation de \(M\) donnée par une matrice \((h_{ij})\). Alors \[R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m]^{\oplus s + tl} \to R[x_0, x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m]^{\oplus t} \to M \otimes_A A' \to 0\] est une présentation de \(M \otimes_A A'\). Ici, la matrice \(t \times (s + lt)\) définissant l’application possède un premier bloc \(t \times s\) formé de la matrice \(h_{ij}\), suivi de \(l\) blocs de taille \(t \times t\) égaux à \(g'_iI_t\).

Lemme

Soient \(R \to A \to B\) des morphismes d’anneaux de type fini. Soit \(M\) un \(B\)-module. Si \(M\) est de présentation finie relativement à \(A\) et si \(A\) est de présentation finie sur \(R\), alors \(M\) est de présentation finie relativement à \(R\).

Démonstration

Choisissons une surjection \(A[x_1, \ldots, x_n] \to B\). Choisissons une présentation \[A[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus s} \to A[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus t} \to M \to 0\] donnée par une matrice \((h_{ij})\). Choisissons une présentation \[A = R[y_1, \ldots, y_m]/(g_1, \ldots, g_u).\] Choisissons \(h'_{ij} \in R[y_1, \ldots, y_m, x_1, \ldots, x_n]\) s’envoyant sur \(h_{ij}\). Nous obtenons alors la présentation \[R[y_1, \ldots, y_m, x_1, \ldots, x_n]^{\oplus s + tu} \to R[y_1, \ldots, y_m, x_1, \ldots, x_n]^{\oplus t} \to M \to 0\] où la matrice \(t \times (s + tu)\) est constituée d’un premier bloc \(t \times s\) formé des \(h'_{ij}\), suivi de \(u\) blocs de taille \(t \times t\) donnés par \(g_iI_t\), \(i = 1, \ldots, u\).

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(M\) un \(A\)-module. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in A\) engendrant l’idéal unité. Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. chaque \(M_{f_i}\) est de présentation finie relativement à \(R\) ;

  2. \(M\) est de présentation finie relativement à \(R\).

Démonstration

L’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) se trouve dans le lemme 065A. Supposons (1). Écrivons \(1 = \sum f_ig_i\) dans \(A\). Choisissons une surjection \(R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_r, z_1, \ldots, z_r] \to A\). telle que \(y_i\) s’envoie sur \(f_i\) et \(z_i\) sur \(g_i\). Nous voyons alors qu’il existe une surjection \[P = R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_r, z_1, \ldots, z_r]/(\sum y_iz_i - 1) \longrightarrow A.\] D’après le lemme 05GY, \(M_{f_i}\) est un \(A_{f_i}\)-module de présentation finie ; par conséquent, d’après Algèbre, lemme 00EO, \(M\) est un \(A\)-module de présentation finie. Ainsi \(M\) est un \(P\)-module de type fini (avec \(P\) comme ci-dessus). Choisissons une surjection \(P^{\oplus t} \to M\). Nous devons montrer que le noyau \(K\) de cette application est un \(P\)-module de type fini. Comme \(P_{y_i}\) se surjecte sur \(A_{f_i}\), le lemme 05GY et Algèbre, lemme 0519, montrent que la localisation \(K_{y_i}\) est un \(P_{y_i}\)-module de type fini. Choisissons des éléments \(k_{i, j} \in K\), \(i = 1, \ldots, r\), \(j = 1, \ldots, s_i\), tels que les images des \(k_{i, j}\) engendrent \(K_{y_i}\). Soit \(K' \subset K\) le \(P\)-module engendré par les éléments \(k_{i, j}\). Alors \(K/K'\) est un module dont la localisation en \(y_i\) est nulle pour tout \(i\). Comme \((y_1, \ldots, y_r) = P\), nous voyons que \(K/K' = 0\), comme souhaité.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) une suite exacte courte de \(A\)-modules.

  1. Si \(M', M''\) sont de présentation finie relativement à \(R\), alors \(M\) l’est aussi.

  2. Si \(M'\) est un \(A\)-module de type fini et si \(M\) est de présentation finie relativement à \(R\), alors \(M''\) est de présentation finie relativement à \(R\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement d’ Algèbre, lemme 0519.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soient \(M, M'\) des \(A\)-modules. Si \(M \oplus M'\) est de présentation finie relativement à \(R\), alors \(M\) et \(M'\) le sont aussi.

Démonstration

La démonstration est omise.

Modules pseudo-cohérents relativement à la base

Cette section est l’analogue de la section 0659 pour la pseudo-cohérence.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Considérons le morphisme de \(R\)-algèbres \(R[x] \to R\) qui envoie \(x\) sur zéro. Alors \[K^\bullet \otimes_{R[x]}^{\mathbf{L}} R \cong K^\bullet \oplus K^\bullet[1]\] dans \(D(R)\).

Démonstration

Choisissons une résolution K-plate \(P^\bullet \to K^\bullet\) sur \(R\) telle que \(P^n\) soit un \(R\)-module plat pour tout \(n\), voir le lemme 06Y4. Alors \(P^\bullet \otimes_R R[x]\) est un complexe K-plat de \(R[x]\)-modules dont les termes sont des \(R[x]\)-modules plats, voir le lemme 06Y1 et Algèbre, lemme 00HI. En particulier, \(x : P^n \otimes_R R[x] \to P^n \otimes_R R[x]\) est injectif de conoyau isomorphe à \(P^n\). Ainsi \[P^\bullet \otimes_R R[x] \xrightarrow{x} P^\bullet \otimes_R R[x]\] est un bicomplexe de \(R[x]\)-modules dont le complexe total associé est quasi-isomorphe à \(P^\bullet\), et donc à \(K^\bullet\). De plus, ce complexe total associé est un complexe K-plat de \(R[x]\)-modules, par exemple d’après le lemme 0795 ou le lemme 06Y2. Par conséquent \[\begin{align*} K^\bullet \otimes_{R[x]}^{\mathbf{L}} R & \cong \text{Tot}(P^\bullet \otimes_R R[x] \xrightarrow{x} P^\bullet \otimes_R R[x]) \otimes_{R[x]} R = \text{Tot}(P^\bullet \xrightarrow{0} P^\bullet) \\ & = P^\bullet \oplus P^\bullet[1] \cong K^\bullet \oplus K^\bullet[1] \end{align*}\] comme souhaité.

Lemme

Soient \(R\) un anneau et \(K^\bullet\) un complexe de \(R\)-modules. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Considérons le morphisme de \(R\)-algèbres \(R[x] \to R\) qui envoie \(x\) sur zéro. Alors \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(R\)-modules si et seulement si \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(R[x]\)-modules.

Démonstration

C’est un cas particulier du lemme 064Z. Nous en donnons aussi la démonstration suivante.

Remarquons que \(0 \to R[x] \to R[x] \to R \to 0\) est exacte. Ainsi \(R\) est pseudo-cohérent comme \(R[x]\)-module. Une implication du lemme résulte donc du lemme 064Z. Pour démontrer l’autre implication, supposons que \(K^\bullet\) soit \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(R[x]\)-modules. D’après le lemme 0650, \(K^\bullet \otimes^{\mathbf{L}}_{R[x]} R\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(R\)-modules. D’après le lemme 065F, \(K^\bullet \oplus K^\bullet[1]\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(R\)-modules. Finalement, le lemme 064X montre que \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(R\)-modules.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(A\)-modules. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. pour une présentation \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to A\), le complexe \(K^\bullet\) est un complexe \(m\)-pseudo-cohérent de \(R[x_1, \ldots, x_n]\)-modules ;

  2. pour toute présentation \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to A\), le complexe \(K^\bullet\) est un complexe \(m\)-pseudo-cohérent de \(R[x_1, \ldots, x_n]\)-modules.

En particulier, la même équivalence vaut pour la pseudo-cohérence.

Démonstration

Si \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to A\) et \(\beta : R[y_1, \ldots, y_m] \to A\) sont des présentations, choisissons \(f_j \in R[x_1, \ldots, x_n]\) avec \(\alpha(f_j) = \beta(y_j)\) et \(g_i \in R[y_1, \ldots, y_m]\) avec \(\beta(g_i) = \alpha(x_i)\). Nous obtenons alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m] \ar[d]^{x_i \mapsto g_i} \ar[rr]_-{y_j \mapsto f_j} & & R[x_1, \ldots, x_n] \ar[d] \\ R[y_1, \ldots, y_m] \ar[rr] & & A }\] Après un changement de coordonnées, l’homomorphisme d’anneaux \(R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m] \to R[x_1, \ldots, x_n]\) est isomorphe à l’homomorphisme d’anneaux qui envoie chaque \(y_i\) sur zéro. Il en va de même pour la flèche verticale gauche du diagramme. Ainsi, par récurrence sur le nombre de variables, le lemme résulte du lemme 065G. Le cas pseudo-cohérent en résulte avec le lemme 064U.

Définition

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(A\)-modules. Soit \(M\) un \(A\)-module. Soit \(m \in \mathbf{Z}\).

  1. Nous disons que \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\) si les conditions équivalentes du lemme 065H sont satisfaites.

  2. Nous disons que \(K^\bullet\) est pseudo-cohérent relativement à \(R\) si \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\) pour tout \(m \in \mathbf{Z}\).

  3. Nous disons que \(M\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\) si \(M[0]\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\).

  4. Nous disons que \(M\) est pseudo-cohérent relativement à \(R\) si \(M[0]\) est pseudo-cohérent relativement à \(R\).

La partie (2) signifie que \(K^\bullet\) est pseudo-cohérent comme complexe de \(R[x_1, \ldots, x_n]\)-modules pour toute surjection \(R[y_1, \ldots, y_m] \to A\), voir le lemme 064U. Cette définition possède la propriété agréable suivante.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(A \to B\) un morphisme fini de \(R\)-algèbres de type fini. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(B\)-modules. Alors \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R\) si et seulement si \(K^\bullet\), considéré comme complexe de \(A\)-modules, est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R\).

Démonstration

Choisissons une surjection \(R[x_1, \ldots, x_n] \to A\). Choisissons \(y_1, \ldots, y_m \in B\) engendrant \(B\) sur \(A\). Comme \(A \to B\) est fini, chaque \(y_i\) satisfait une équation unitaire à coefficients dans \(A\). Nous pouvons donc trouver des polynômes unitaires \(P_j(T) \in R[x_1, \ldots, x_n][T]\) tels que \(P_j(y_j) = 0\) dans \(B\). Nous obtenons alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m] \ar[d] \\ R[x_1, \ldots, x_n] \ar[d] \ar[r] & R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m]/(P_j(y_j)) \ar[d] \\ A \ar[r] & B }\] La flèche horizontale supérieure et la flèche verticale supérieure droite satisfont les hypothèses du lemme 064Z. Ainsi \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) comme complexe de \(R[x_1, \ldots, x_n]\)-modules si et seulement si \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) comme complexe de \(R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m]\)-modules.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \((K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet, f, g, h)\) un triangle distingué dans \(D(A)\).

  1. Si \(K^\bullet\) est \((m + 1)\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\) et si \(L^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\), alors \(M^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\).

  2. Si \(K^\bullet, M^\bullet\) sont \(m\)-pseudo-cohérents relativement à \(R\), alors \(L^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\).

  3. Si \(L^\bullet\) est \((m + 1)\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\) et si \(M^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\), alors \(K^\bullet\) est \((m + 1)\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\).

De plus, si deux des trois complexes \(K^\bullet, L^\bullet, M^\bullet\) sont pseudo-cohérents relativement à \(R\), alors le troisième l’est aussi.

Démonstration

Cela résulte immédiatement du lemme 064R et des définitions.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(M\) un \(A\)-module. Alors

  1. \(M\) est \(0\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\) si et seulement si \(M\) est un \(A\)-module de type fini ;

  2. \(M\) est \((-1)\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\) si et seulement si \(M\) est de présentation finie relativement à \(R\) ;

  3. \(M\) est \((-d)\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\) si et seulement si, pour toute surjection \(R[x_1, \ldots, x_n] \to A\), il existe une résolution \[R[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus a_d} \to R[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus a_{d - 1}} \to \ldots \to R[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus a_0} \to M \to 0\] de longueur \(d\) ;

  4. \(M\) est pseudo-cohérent relativement à \(R\) si et seulement si, pour toute présentation \(R[x_1, \ldots, x_n] \to A\), il existe une résolution infinie \[\ldots \to R[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus a_1} \to R[x_1, \ldots, x_n]^{\oplus a_0} \to M \to 0\] par des \(R[x_1, \ldots, x_n]\)-modules libres de type fini.

Démonstration

Cela résulte immédiatement du lemme 064T et des définitions.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soient \(K^\bullet, L^\bullet \in D(A)\). Si \(K^\bullet \oplus L^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R\), alors \(K^\bullet\) et \(L^\bullet\) le sont aussi.

Démonstration

Cela résulte immédiatement du lemme 064X et des définitions.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \(K^\bullet\) un complexe borné supérieurement de \(A\)-modules tel que \(K^i\) soit \((m - i)\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\) pour tout \(i\). Alors \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\). En particulier, si \(K^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de \(A\)-modules pseudo-cohérents relativement à \(R\), alors \(K^\bullet\) est pseudo-cohérent relativement à \(R\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement du lemme 064Y et des définitions.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \(K^\bullet \in D^{-}(A)\) tel que \(H^i(K^\bullet)\) soit \((m - i)\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R\) pour tout \(i\). Alors \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement du lemme 066B et des définitions.

Lemme

Soient \(R\) un anneau, \(f \in R\) un élément, \(R_f \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini, \(g \in A\) et \(K^\bullet\) un complexe de \(A\)-modules. Si \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R_f\), alors \(K^\bullet \otimes_A A_g\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R\).

Démonstration

Montrons d’abord que \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\). Supposons en effet \(R_f[x_1, \ldots, x_n] \to A\) surjectif. Écrivons \(R_f = R[x_0]/(fx_0 - 1)\). Alors \(R[x_0, x_1, \ldots, x_n] \to A\) est surjectif, et \(R_f[x_1, \ldots, x_n]\) est pseudo-cohérent comme \(R[x_0, \ldots, x_n]\)-module. Ainsi, d’après le lemme 064Z, \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(R[x_0, x_1, \ldots, x_n]\)-modules.

Choisissons un élément \(g' \in R[x_0, x_1, \ldots, x_n]\) s’envoyant sur \(g \in A\). D’après le lemme 0650, nous voyons que \[\begin{align*} K^\bullet \otimes_{R[x_0, x_1, \ldots, x_n]}^{\mathbf{L}} R[x_0, x_1, \ldots, x_n, \frac{1}{g'}] & = K^\bullet \otimes_{R[x_0, x_1, \ldots, x_n]} R[x_0, x_1, \ldots, x_n, \frac{1}{g'}] \\ & = K^\bullet \otimes_A A_f \end{align*}\] est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(R[x_0, x_1, \ldots, x_n, \frac{1}{g'}]\)-modules. Écrivons \[R[x_0, x_1, \ldots, x_n, \frac{1}{g'}] = R[x_0, \ldots, x_n, x_{n + 1}]/(x_{n + 1}g' - 1).\] Comme \(R[x_0, x_1, \ldots, x_n, \frac{1}{g'}]\) est pseudo-cohérent comme \(R[x_0, \ldots, x_n, x_{n + 1}]\)-module, nous concluons (voir le lemme 064Z) que \(K^\bullet \otimes_A A_g\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(R[x_0, \ldots, x_n, x_{n + 1}]\)-modules, comme souhaité.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(A\)-modules qui est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R\). Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux tel que \(A\) et \(R'\) soient Tor-indépendants sur \(R\). Posons \(A' = A \otimes_R R'\). Alors \(K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} A'\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R'\).

Démonstration

Choisissons une surjection \(R[x_1, \ldots, x_n] \to A\). Remarquons que \[K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} A' = K^\bullet \otimes_R^{\mathbf{L}} R' = K^\bullet \otimes_{R[x_1, \ldots, x_n]}^{\mathbf{L}} R'[x_1, \ldots, x_n]\] d’après le lemme 0661 appliqué deux fois. Nous concluons donc par le lemme 0650.

Lemme

Soient \(R \to A \to B\) des morphismes d’anneaux de type fini. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(A\)-modules. Supposons que \(B\), comme \(B\)-module, soit pseudo-cohérent relativement à \(A\). Si \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R\), alors \(K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} B\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R\).

Démonstration

Choisissons une surjection \(A[y_1, \ldots, y_m] \to B\). Choisissons une surjection \(R[x_1, \ldots, x_n] \to A\). En les combinant, nous obtenons une surjection \(R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots y_m] \to B\). Choisissons une résolution \(E^\bullet \to B\) de \(B\) par un complexe de \(A[y_1, \ldots, y_n]\)-modules libres de type fini (ce qui est possible par notre hypothèse sur le morphisme d’anneaux \(A \to B\)). Nous pouvons supposer que \(K^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de \(A\)-modules plats. Alors \[\begin{align*} K^\bullet \otimes_A^{\mathbf{L}} B & = \text{Tot}(K^\bullet \otimes_A B[0]) \\ & = \text{Tot}(K^\bullet \otimes_A A[y_1, \ldots, y_m] \otimes_{A[y_1, \ldots, y_m]} B[0]) \\ & \cong \text{Tot}\left( (K^\bullet \otimes_A A[y_1, \ldots, y_m]) \otimes_{A[y_1, \ldots, y_m]} E^\bullet \right) \\ & = \text{Tot}(K^\bullet \otimes_A E^\bullet) \end{align*}\] dans \(D(A[y_1, \ldots, y_m])\). Le quasi-isomorphisme \(\cong\) provient d’une application du lemme 064K. Nous devons donc montrer que \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_A E^\bullet)\) est \(m\)-pseudo-cohérent comme complexe de \(R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots y_m]\)-modules. Remarquons que \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_A E^\bullet)\) possède une filtration par sous-complexes dont les quotients successifs sont les complexes \(K^\bullet \otimes_A E^i[-i]\). Pour \(i \ll 0\), les complexes \(K^\bullet \otimes_A E^i[-i]\) ont une cohomologie nulle en degrés \(\leq m\) et sont donc \(m\)-pseudo-cohérents (sur tout anneau). Ainsi, en appliquant le lemme 0674 et en raisonnant par récurrence, il suffit de montrer que \(K^\bullet \otimes_A E^i[-i]\) est pseudo-cohérent relativement à \(R\) pour tout \(i\). Remarquons que \(E^i = 0\) pour \(i > 0\). Comme \(E^i\) est en outre libre de type fini, cela se ramène à montrer que \(K^\bullet \otimes_A A[y_1, \ldots, y_m]\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\), ce qui résulte par exemple du lemme 067A.

Lemme

Soient \(R \to A \to B\) des morphismes d’anneaux de type fini. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \(M\) un \(A\)-module. Supposons \(B\) plat sur \(A\) et \(B\), comme \(B\)-module, pseudo-cohérent relativement à \(A\). Si \(M\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R\), alors \(M \otimes_A B\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement du lemme 067B.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(A \to B\) un morphisme de \(R\)-algèbres de type fini. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(B\)-modules. Supposons \(A\) pseudo-cohérent relativement à \(R\). Alors les assertions suivantes sont équivalentes

  1. \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(A\) ;

  2. \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R\).

Démonstration

Choisissons une surjection \(R[x_1, \ldots, x_n] \to A\). Choisissons une surjection \(A[y_1, \ldots, y_m] \to B\). Nous obtenons alors une surjection \[R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m] \to A[y_1, \ldots, y_m]\] qui est un changement de base plat de \(R[x_1, \ldots, x_n] \to A\). Par hypothèse, \(A\) est un module pseudo-cohérent sur \(R[x_1, \ldots, x_n]\) ; ainsi, d’après le lemme 066C, \(A[y_1, \ldots, y_m]\) est pseudo-cohérent sur \(R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m]\). Le lemme résulte donc du lemme 064Z et des définitions.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(A\)-modules. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soient \(f_1, \ldots, f_r \in A\) engendrant l’idéal unité. Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. chaque \(K^\bullet \otimes_A A_{f_i}\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\) ;

  2. \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\).

La même équivalence vaut pour la pseudo-cohérence relativement à \(R\).

Démonstration

L’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) se trouve dans le lemme 0679. Supposons (1). Écrivons \(1 = \sum f_ig_i\) dans \(A\). Choisissons une surjection \(R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_r, z_1, \ldots, z_r] \to A\). telle que \(y_i\) s’envoie sur \(f_i\) et \(z_i\) sur \(g_i\). Nous voyons alors qu’il existe une surjection \[P = R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_r, z_1, \ldots, z_r]/(\sum y_iz_i - 1) \longrightarrow A.\] Remarquons que \(P\) est pseudo-cohérent comme \(R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_r, z_1, \ldots, z_r]\)-module et que \(P[1/y_i]\) est pseudo-cohérent comme \(R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_r, z_1, \ldots, z_r, 1/y_i]\)-module. Ainsi, d’après le lemme 064Z, \(K^\bullet \otimes_A A_{f_i}\) est un complexe \(m\)-pseudo-cohérent de \(P[1/y_i]\)-modules pour tout \(i\). Le lemme 066D montre donc que \(K^\bullet\) est pseudo-cohérent comme complexe de \(P\)-modules, et le lemme 064Z montre que \(K^\bullet\) est pseudo-cohérent comme complexe de \(R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_r, z_1, \ldots, z_r]\)-modules.

Lemme

Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini. Alors

  1. Un complexe de \(A\)-modules \(K^\bullet\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(R\) si et seulement si \(K^\bullet \in D^{-}(A)\) et \(H^i(K^\bullet)\) est un \(A\)-module de type fini pour \(i \geq m\).

  2. Un complexe de \(A\)-modules \(K^\bullet\) est pseudo-cohérent relativement à \(R\) si et seulement si \(K^\bullet \in D^{-}(A)\) et \(H^i(K^\bullet)\) est un \(A\)-module de type fini pour tout \(i\).

  3. Un \(A\)-module est pseudo-cohérent relativement à \(R\) si et seulement s’il est de type fini.

Démonstration

C’est une conséquence immédiate du lemme 066E et des définitions.

Morphismes d’anneaux pseudo-cohérents et parfaits

Nous pouvons définir ces types de morphismes d’anneaux comme suit.

Définition

Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux.

  1. Nous disons que \(A \to B\) est un morphisme d’anneaux pseudo-cohérent s’il est de type fini et si \(B\), comme \(B\)-module, est pseudo-cohérent relativement à \(A\).

  2. Nous disons que \(A \to B\) est un morphisme d’anneaux parfait s’il est un morphisme d’anneaux pseudo-cohérent tel que \(B\), comme \(A\)-module, soit de dimension de Tor finie.

Cette terminologie n’est peut-être pas standard. En utilisant le lemme 0675, nous voyons que \(A \to B\) est pseudo-cohérent si et seulement si \(B = A[x_1, \ldots, x_n]/I\) et si \(B\), comme \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-module, admet une résolution par des \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-modules libres de type fini. La motivation de la définition d’un morphisme d’anneaux parfait est le lemme 0658. Le lemme suivant donne une caractérisation plus utile et intuitive d’un morphisme d’anneaux parfait.

Lemme

Un morphisme d’anneaux \(A \to B\) est parfait si et seulement si \(B = A[x_1, \ldots, x_n]/I\) et si \(B\), comme \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-module, admet une résolution finie par des \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-modules projectifs de type fini.

Démonstration

Si \(A \to B\) est parfait, alors \(B = A[x_1, \ldots, x_n]/I\), \(B\) est pseudo-cohérent comme \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-module et est de dimension de Tor finie comme \(A\)-module. Ainsi le lemme 068X implique que \(B\) est parfait comme \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-module, c’est-à-dire qu’il admet une résolution finie par des \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-modules projectifs de type fini (lemme 066Q). Réciproquement, si \(B = A[x_1, \ldots, x_n]/I\) et si \(B\), comme \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-module, admet une résolution finie par des \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-modules projectifs de type fini, alors \(B\) est pseudo-cohérent comme \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-module, donc \(A \to B\) est pseudo-cohérent. De plus, la résolution donnée sur \(A[x_1, \ldots, x_n]\) est une résolution finie par des \(A\)-modules plats ; ainsi \(B\) est de dimension de Tor finie comme \(A\)-module.

De nombreux résultats des sections précédentes peuvent être reformulés dans cette terminologie. Nous renvoyons aussi à Compléments sur les morphismes, sections 067X et 0685, pour la discussion correspondante concernant les morphismes de schémas.

Lemme

Un morphisme d’anneaux de type fini entre anneaux noethériens est pseudo-cohérent.

Démonstration

Voir le lemme 067F.

Lemme

Un morphisme d’anneaux plat et de présentation finie est parfait.

Démonstration

Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux plat et de présentation finie. Il est clair que \(B\) est de dimension de Tor finie. D’après Algèbre, lemme 02JO, il existe une \(\mathbf{Z}\)-algèbre de type fini \(A_0 \subset A\) et un morphisme d’anneaux plat de type fini \(A_0 \to B_0\) tels que \(B = B_0 \otimes_{A_0} A\). D’après le lemme 067F, \(A_0 \to B_0\) est pseudo-cohérent. Comme \(A_0 \to B_0\) est plat, \(B_0\) et \(A\) sont Tor-indépendants sur \(A_0\) ; nous pouvons donc appliquer le lemme 067A pour conclure que \(A \to B\) est pseudo-cohérent.

Lemme

Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux de type fini, avec \(A\) régulier de dimension finie. Alors \(A \to B\) est parfait.

Démonstration

D’après Algèbre, lemme 00OE, l’hypothèse sur \(A\) signifie que \(A\) est de dimension globale finie. Tout module est donc de dimension de Tor finie, voir le lemme 066P, en particulier \(B\). D’après le lemme 067I, le morphisme est pseudo-cohérent.

Lemme

Un homomorphisme d’intersection complète locale est parfait.

Démonstration

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’intersection complète locale. D’après la définition 07D0, cela signifie que \(B = A[x_1, \ldots, x_n]/I\), où \(I\) est un idéal de Koszul dans \(A[x_1, \ldots, x_n]\). D’après les lemmes 068Y et 066Q, il suffit de montrer que \(I\) est un module parfait sur \(A[x_1, \ldots, x_n]\). D’après le lemme 066Y, c’est une question locale. Nous pouvons donc supposer que \(I\) est engendré par une suite de Koszul régulière (d’après la définition 07CV). Cela signifie bien entendu que \(I\) admet une résolution libre finie, ce qui conclut.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux pseudo-cohérent. Soit \(K \in D(A)\). Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. \(K\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) relativement à \(R\) ;

  2. \(K\) est \(m\)-pseudo-cohérent (resp. pseudo-cohérent) dans \(D(A)\).

Démonstration

C’est une reformulation d’un cas particulier du lemme 067D.

Lemme

Soient \(R \to B \to A\) des morphismes d’anneaux, avec \(\varphi : B \to A\) surjectif et \(R \to B\) et \(R \to A\) plats et de présentation finie. Pour \(K \in D(A)\), notons \(\varphi_*K \in D(B)\) la restriction. Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. \(K\) est pseudo-cohérent ;

  2. \(K\) est pseudo-cohérent relativement à \(R\) ;

  3. \(K\) est pseudo-cohérent relativement à \(A\) ;

  4. \(\varphi_*K\) est pseudo-cohérent ;

  5. \(\varphi_*K\) est pseudo-cohérent relativement à \(R\).

Il en va de même pour la \(m\)-pseudo-cohérence.

Démonstration

Remarquons que \(R \to A\) et \(R \to B\) sont des morphismes d’anneaux parfaits (lemme 067J), donc a fortiori des morphismes d’anneaux pseudo-cohérents. Ainsi (1) \(\Leftrightarrow\) (2) et (4) \(\Leftrightarrow\) (5) d’après le lemme 0DHQ.

Comme \(A\) est pseudo-cohérent relativement à \(R\), le lemme 067D montre que (2) \(\Leftrightarrow\) (3). Cependant, puisque \(A \to B\) est surjectif, la définition 065I montre directement que (3) est équivalent à (4).

Modules relativement parfaits

Cette section est l’analogue de la section 065E pour les objets parfaits de la catégorie dérivée. Nous ne définissons cette notion que dans une généralité limitée, car nous ne savons pas quelle est la bonne définition en général. Voir Catégories dérivées des schémas, remarque 0DI9, pour une discussion.

Définition

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux plat et de présentation finie. Un objet \(K\) de \(D(A)\) est \(R\)-parfait ou parfait relativement à \(R\) si \(K\) est pseudo-cohérent (définition 064Q) et de dimension de Tor finie sur \(R\) (définition 0652).

D’après le lemme 0E1T, il aurait été équivalent de demander que \(K\) soit pseudo-cohérent relativement à \(R\). Voici quelques lemmes incontournables.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux plat et de présentation finie. Les objets \(R\)-parfaits de \(D(A)\) forment une sous-catégorie triangulée, strictement pleine et saturée10.

Démonstration

Cela résulte des lemmes 064R, 064X, 0655 et 066G.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux plat et de présentation finie. Un objet parfait de \(D(A)\) est \(R\)-parfait. Si \(K, M \in D(A)\), alors \(K \otimes_A^\mathbf{L} M\) est \(R\)-parfait si \(K\) est parfait et \(M\) est \(R\)-parfait.

Démonstration

La première assertion résulte de la seconde en prenant \(M = A\). La seconde résulte des lemmes 0658, 0B66 et 0DJE.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux plat et de présentation finie. Soit \(K \in D(A)\). Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. \(K\) est \(R\)-parfait ;

  2. \(K\) est isomorphe à un complexe fini de modules plats sur \(R\) et de présentation finie sur \(A\).

Démonstration

Pour démontrer que (2) implique (1), il suffit, d’après le lemme 0DHT, de montrer qu’un module plat sur \(R\) et de présentation finie sur \(A\), noté \(M\), définit un objet \(R\)-parfait de \(D(A)\). Comme \(M\) est de dimension de Tor finie sur \(R\), il suffit de montrer que \(M\) est pseudo-cohérent. D’après Algèbre, lemme 02JO, il existe une \(\mathbf{Z}\)-algèbre de type fini \(R_0 \subset R\), un morphisme d’anneaux plat de type fini \(R_0 \to A_0\) et un \(A_0\)-module de type fini \(M_0\), plat sur \(R_0\), tels que \(A = A_0 \otimes_{R_0} R\) et \(M = M_0 \otimes_{R_0} R\). D’après le lemme 066E, \(M_0\) est un \(A_0\)-module pseudo-cohérent. Choisissons une résolution \(P_0^\bullet \to M_0\) par des \(A_0\)-modules libres de type fini \(P_0^n\). Comme \(A_0\) est plat sur \(R_0\), c’est une résolution plate. Comme \(M_0\) est plat sur \(R_0\), nous voyons que \(P^\bullet = P_0^\bullet \otimes_{R_0} R\) résout encore \(M = M_0 \otimes_{R_0} R\). (On peut utiliser le lemme 0661 pour le voir.) Ainsi \(P^\bullet\) est une résolution libre finie de \(M\) sur \(A\), et nous concluons que \(M\) est pseudo-cohérent.

Supposons (1). Nous pouvons représenter \(K\) par un complexe borné supérieurement \(P^\bullet\) de \(A\)-modules libres de type fini. Supposons que \(K\), considéré comme objet de \(D(R)\), ait une amplitude de Tor dans \([a, b]\). D’après le lemme 0653, \(\tau_{\geq a}P^\bullet\) est un complexe de modules plats sur \(R\) et de présentation finie sur \(A\), représentant \(K\).

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux plat et de présentation finie. Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux et posons \(A' = A \otimes_R R'\). Si \(K \in D(A)\) est \(R\)-parfait, alors \(K \otimes_A^\mathbf{L} A'\) est \(R'\)-parfait.

Démonstration

D’après le lemme 0650, \(K \otimes_A^\mathbf{L} A'\) est pseudo-cohérent. D’après le lemme 0661, \(K \otimes_A^\mathbf{L} A'\) est égal à \(K \otimes_R^\mathbf{L} R'\) dans \(D(R')\). Nous pouvons alors appliquer le lemme 066L pour voir que \(K \otimes_R^\mathbf{L} R'\) dans \(D(R')\) est de dimension de Tor finie.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux plat. Soient \(K, L \in D(A)\), avec \(K\) pseudo-cohérent et \(L\) de dimension de Tor finie sur \(R\). Nous pouvons choisir

  1. un complexe \(P^\bullet\) borné supérieurement de \(A\)-modules libres de type fini représentant \(K\) ;

  2. un complexe borné de \(R\)-modules plats, qui sont aussi des \(A\)-modules, noté \(F^\bullet\), représentant \(L\).

Avec ces choix, nous avons

  1. \(E^\bullet = \Hom^\bullet(P^\bullet, F^\bullet)\) est un complexe borné inférieurement de \(R\)-modules plats munis d’une structure de \(A\)-module représentant \(R\Hom_A(K, L)\) ;

  2. pour tout morphisme d’anneaux \(R \to R'\) avec \(A' = A \otimes_R R'\), le complexe \(E^\bullet \otimes_R R'\) représente \(R\Hom_{A'}(K \otimes_A^\mathbf{L} A', L \otimes_A^\mathbf{L} A')\).

Si, de plus, \(R \to A\) est de présentation finie et \(L\) est \(R\)-parfait, alors nous pouvons choisir les \(F^p\) parmi les \(A\)-modules de présentation finie ; par conséquent, les \(E^n\) seront aussi des \(A\)-modules de présentation finie.

Démonstration

L’existence de \(P^\bullet\) est la définition d’un complexe pseudo-cohérent. Nous représentons d’abord \(L\) par un complexe \(F^\bullet\) borné supérieurement de \(A\)-modules libres (cela est possible car une dimension de Tor bornée implique en particulier que l’objet est borné). Disons ensuite que \(L\), considéré comme objet de \(D(R)\), a une amplitude de Tor dans \([a, b]\). Après avoir remplacé \(F^\bullet\) par \(\tau_{\geq a}F^\bullet\), nous obtenons un complexe comme en (2). Cela résulte du lemme 0653.

Preuve de (a). Comme \(F^\bullet\) est borné et \(P^\bullet\) borné supérieurement, nous voyons que \(E^n = 0\) pour \(n \ll 0\) et que \(E^n\) est une somme directe finie (!) \[E^n = \bigoplus\nolimits_{p + q = n} \Hom_A(P^{-q}, F^p)\] et, comme \(P^{-q}\) est libre de type fini, c’est bien un module plat sur \(R\) et un \(A\)-module. Le fait que \(E^\bullet\) représente \(R\Hom_A(K, L)\) résulte du lemme 0A66.

Preuve de (b). Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux et \(A' = A \otimes_R R'\). D’après le lemme 0661, l’objet \(L \otimes_A^\mathbf{L} A'\) est représenté par \(F^\bullet \otimes_R R'\), considéré comme complexe de \(A'\)-modules (par platitude de \(F^p\) sur \(R\)). De même pour \(P^\bullet \otimes_R R'\). Comme ci-dessus, \(R\Hom_{A'}(K \otimes_A^\mathbf{L} A', L \otimes_A^\mathbf{L} A')\) est représenté par \[\Hom^\bullet(P^\bullet \otimes_R R', F^\bullet \otimes_R R') = E^\bullet \otimes_R R'\] L’égalité se vérifie terme à terme dans le complexe en utilisant \(\Hom_{A'}(P^{-q} \otimes_R R', F^p \otimes_R R') = \Hom_A(P^{-q}, F^p) \otimes_R R'\).

Lemme

Soit \(R = \colim_{i \in I} R_i\) une colimite filtrante d’anneaux. Soit \(0 \in I\) et soit \(R_0 \to A_0\) un morphisme d’anneaux plat et de présentation finie. Pour \(i \geq 0\), posons \(A_i = R_i \otimes_{R_0} A_0\) et \(A = R \otimes_{R_0} A_0\).

  1. Étant donné un complexe \(R\)-parfait \(K\) dans \(D(A)\), il existe \(i \in I\) et un complexe \(R_i\)-parfait \(K_i\) dans \(D(A_i)\) tels que \(K \cong K_i \otimes_{A_i}^\mathbf{L} A\) dans \(D(A)\).

  2. Étant donnés \(K_0, L_0 \in D(A_0)\), avec \(K_0\) pseudo-cohérent et \(L_0\) de dimension de Tor finie sur \(R_0\), nous avons \[\Hom_{D(A)}(K_0 \otimes_{A_0}^\mathbf{L} A, L_0 \otimes_{A_0}^\mathbf{L} A) = \colim_{i \geq 0} \Hom_{D(A_i)}(K_0 \otimes_{A_0}^\mathbf{L} A_i, L_0 \otimes_{A_0}^\mathbf{L} A_i)\]

En particulier, la catégorie triangulée des complexes \(R\)-parfaits sur \(A\) est la colimite des catégories triangulées des complexes \(R_i\)-parfaits sur \(A_i\).

Démonstration

D’après Algèbre, lemme 05N7, la catégorie des \(A\)-modules de présentation finie est la colimite des catégories des \(A_i\)-modules de présentation finie. Cela étant, Algèbre, lemme 02JO, énonce que la catégorie des modules plats sur \(R\) et de présentation finie sur \(A\) est la colimite des catégories des modules plats sur \(R_i\) et de présentation finie sur \(A_i\). Ainsi, la caractérisation du lemme 0DHV démontre (1).

Pour démontrer (2), choisissons \(P_0^\bullet\) représentant \(K_0\) et \(F_0^\bullet\) représentant \(L_0\) comme dans le lemme 0E1U. Alors \(E_0^\bullet = \Hom^\bullet(P_0^\bullet, F_0^\bullet)\) vérifie \[H^0(E_0^\bullet \otimes_{R_0} R_i) = \Hom_{D(A_i)}(K_0 \otimes_{A_0}^\mathbf{L} A_i, L_0 \otimes_{A_0}^\mathbf{L} A_i)\] et \[H^0(E_0^\bullet \otimes_{R_0} R) = \Hom_{D(A)}(K_0 \otimes_{A_0}^\mathbf{L} A, L_0 \otimes_{A_0}^\mathbf{L} A)\] d’après le lemme. Le résultat en découle, car le produit tensoriel commute aux colimites et les colimites filtrantes sont exactes (Algèbre, lemme 00DB).

Lemme

Soit \(R' \to A'\) un morphisme d’anneaux plat et de présentation finie. Soit \(R' \to R\) un morphisme d’anneaux surjectif dont le noyau est un idéal nilpotent. Posons \(A = A' \otimes_{R'} R\). Soit \(K' \in D(A')\) et posons \(K = K' \otimes_{A'}^\mathbf{L} A\) dans \(D(A)\). Si \(K\) est \(R\)-parfait, alors \(K'\) est \(R'\)-parfait.

Démonstration

Remarquons que \(A' \to A\) a un noyau nilpotent et que, par platitude de \(R' \to A'\), nous avons \(K = K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} R\) (voir la section 065Y). Le lemme résulte donc de la combinaison des lemmes 0H76 et 0H75.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(A = R[x_1, \ldots, x_d]/I\) plate et de présentation finie sur \(R\). Soit \(\mathfrak q \subset A\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Soit \(K \in D(A)\) pseudo-cohérent. Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Si \(H^i(K_\mathfrak q \otimes_{R_\mathfrak p}^\mathbf{L} \kappa(\mathfrak p))\) n’est non nul que pour \(i \in [a, b]\), alors \(K_\mathfrak q\) a une amplitude de Tor dans \([a - d, b]\) sur \(R\).

Démonstration

D’après le lemme 0E1T, \(K\) est pseudo-cohérent comme complexe de \(R[x_1, \ldots, x_d]\)-modules. Nous pouvons donc supposer \(A = R[x_1, \ldots, x_d]\). En appliquant le lemme 09PC à \(R_\mathfrak p \to A_\mathfrak q\) et au complexe \(K_\mathfrak q\) avec notre hypothèse, nous trouvons que \(K_\mathfrak q\) est parfait dans \(D(A_\mathfrak q)\), d’amplitude de Tor contenue dans \([a - d, b]\). Comme \(R_\mathfrak p \to A_\mathfrak q\) est plat, nous concluons par le lemme 066J.

Lemme

Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux plat et de présentation finie. Soit \(K \in D(A)\) pseudo-cohérent. Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. \(K\) est \(R\)-parfait ;

  2. \(K\) est borné inférieurement et, pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), l’objet \(K \otimes_R^\mathbf{L} \kappa(\mathfrak p)\) est borné inférieurement.

Démonstration

Remarquons que (1) implique (2), car un complexe \(R\)-parfait est par définition de dimension de Tor bornée comme complexe de \(R\)-modules. Démontrons l’autre implication.

Écrivons \(A = R[x_1, \ldots, x_d]/I\). Notons \(L\) dans \(D(R[x_1, \ldots, x_d])\) la restriction de \(K\). D’après le lemme 0E1T, \(L\) est pseudo-cohérent. Comme \(L\) et \(K\) ont la même image dans \(D(R)\), nous voyons que \(L\) est \(R\)-parfait si et seulement si \(K\) est \(R\)-parfait. De plus, \(L \otimes_R^\mathbf{L} \kappa(\mathfrak p)\) et \(K \otimes_R^\mathbf{L} \kappa(\mathfrak p)\) sont les mêmes objets de \(D(\kappa(\mathfrak p))\). Nous sommes donc ramenés au cas \(A = R[x_1, \ldots, x_d]\).

Supposons \(A = R[x_1, \ldots, x_d]\) et \(K\) satisfaisant (2). Soit \(\mathfrak q \subset A\) un idéal premier au-dessus d’un idéal premier \(\mathfrak p \subset R\). En appliquant le lemme 09PC à \(R_\mathfrak p \to A_\mathfrak q\) et au complexe \(K_\mathfrak q\) avec notre hypothèse, nous trouvons que \(K_\mathfrak q\) est parfait dans \(D(A_\mathfrak q)\). Comme \(K\) est borné inférieurement, le lemme 068W montre que \(K\) est parfait dans \(D(A)\). Il s’ensuit que \(K\) est \(R\)-parfait d’après le lemme 0DHU, ce qui achève la démonstration.

Complexes à deux termes

Dans cette section, nous démontrons quelques résultats sur les complexes à deux termes de modules qui nous aideront à comprendre les conditions portant sur le complexe cotangent naïf.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K \in D(R)\) avec \(H^i(K) = 0\) pour \(i \not \in \{-1, 0\}\). Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. \(H^{-1}(K) = 0\) et \(H^0(K)\) est un module projectif ;

  2. \(\Ext^1_R(K, M) = 0\) pour tout \(R\)-module \(M\).

Si \(R\) est noethérien et si \(H^i(K)\) est un \(R\)-module de type fini pour \(i = -1, 0\), ces assertions sont aussi équivalentes à

  1. \(\Ext^1_R(K, M) = 0\) pour tout \(R\)-module de type fini \(M\).

Démonstration

L’équivalence de (1) et (2) résulte du lemme 0A5P. Si \(R\) est noethérien et si \(H^i(K)\) est un \(R\)-module de type fini pour \(i = -1, 0\), alors \(K\) est pseudo-cohérent, voir le lemme 066E. L’équivalence de (1) et (3) résulte donc du lemme 0G9A.

Remarque

Les deux assertions suivantes résultent du lemme 0G9C, d’Algèbre, définition 00T2, et d’Algèbre, proposition 031J.

  1. Un morphisme d’anneaux \(A \to B\) est lisse si et seulement si \(A \to B\) est de présentation finie et \(\Ext^1_B(\NL_{B/A}, N) = 0\) pour tout \(B\)-module \(N\).

  2. Un morphisme d’anneaux \(A \to B\) est formellement lisse si et seulement si \(\Ext^1_B(\NL_{B/A}, N) = 0\) pour tout \(B\)-module \(N\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K\) un objet de \(D(R)\) avec \(H^i(K) = 0\) pour \(i \not \in \{-1, 0\}\). Alors

  1. \(K\) peut être représenté par un complexe à deux termes \(K^{-1} \to K^0\), avec \(K^0\) libre ;

  2. si \(R\) est noethérien et si \(H^i(K)\) est un \(R\)-module de type fini pour \(i = -1, 0\), alors \(K\) peut être représenté par un complexe à deux termes \(K^{-1} \to K^0\), avec \(K^0\) libre de type fini et \(K^{-1}\) de type fini.

Démonstration

Preuve de (1). Supposons que \(K\) soit donné par le complexe de modules \(M^\bullet\). Nous pouvons d’abord remplacer \(M^\bullet\) par \(\tau_{\leq 0}M^\bullet\). Nous pouvons donc supposer \(M^i = 0\) pour \(i > 0\). Ensuite, choisissons une résolution libre \(P^\bullet \to M^\bullet\) avec \(P^i = 0\) pour \(i > 0\), voir Catégories dérivées, lemme 05T7. Enfin, nous pouvons poser \(K^\bullet = \tau_{\geq -1}P^\bullet\).

Preuve de (2). Supposons \(R\) noethérien et \(H^i(K)\) un \(R\)-module de type fini pour \(i = -1, 0\). D’après le lemme 064U, nous pouvons choisir un quasi-isomorphisme \(F^\bullet \to M^\bullet\) avec \(F^i = 0\) pour \(i > 0\) et \(F^i\) libre de type fini. Nous pouvons alors poser \(K^\bullet = \tau_{\geq -1}F^\bullet\).

Les morphismes, dans la catégorie dérivée, issus du complexe cotangent naïf \(\NL_{B/A}\) ou \(\NL(\alpha)\) (voir Algèbre, section 00S0) sont faciles à comprendre grâce au lemme suivant.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M^\bullet\) un complexe de modules sur \(R\) avec \(M^i = 0\) pour \(i > 0\) et \(M^0\) un \(R\)-module projectif. Soit \(K^\bullet\) un second complexe.

  1. Supposons \(K^i = 0\) pour \(i \leq -2\). Alors \(\Hom_{D(R)}(M^\bullet, K^\bullet) = \Hom_{K(R)}(M^\bullet, K^\bullet)\).

  2. Supposons \(K^i = 0\) pour \(i \not \in [-1, 0]\) et \(K^0\) un \(R\)-module projectif. Alors, pour une application de complexes \(a^\bullet : M^\bullet \to K^\bullet\), les assertions suivantes sont équivalentes

    1. \(a^\bullet\) induit l’application nulle \(\Ext^1_R(K^\bullet, N) \to \Ext^1_R(M^\bullet, N)\) pour tout \(R\)-module \(N\) ;

    2. il existe une application \(h^0 : M^0 \to K^{-1}\) telle que \(a^{-1} + h^0 \circ d^{-1}_K = 0\).

  3. Supposons \(K^i = 0\) pour \(i \leq -3\). Soit \(\alpha \in \Hom_{D(R)}(M^\bullet, K^\bullet)\). Si la composée de \(\alpha\) avec \(K^\bullet \to K^{-2}[2]\) provient d’une application de \(R\)-modules \(a : M^{-2} \to K^{-2}\) avec \(a \circ d_M^{-3} = 0\), alors \(\alpha\) peut être représenté par une application de complexes \(a^\bullet : M^\bullet \to K^\bullet\) avec \(a^{-2} = a\).

  4. Dans (2), pour toute seconde application de complexes \((a')^\bullet : M^\bullet \to K^\bullet\) représentant \(\alpha\) avec \(a = (a')^{-2}\), il existe \(h^i : M^i \to K^{i - 1}\) pour \(i = 0, -1\) tels que \[h^{-1} \circ d_M^{-2} = 0, \quad (a')^{-1} = a^{-1} + d_K^{-2} \circ h^{-1} + h^0 \circ d_M^{-1},\quad (a')^0 = a^0 + d_K^{-1} \circ h^0\]

Démonstration

Posons \(F^0 = M^0\). Choisissons un \(R\)-module libre \(F^{-1}\) et une surjection \(F^{-1} \to M^{-1}\). Choisissons un \(R\)-module libre \(F^{-2}\) et une surjection \(F^{-2} \to M^{-2} \times_{M^{-1}} F^{-1}\). En poursuivant ainsi, nous obtenons un quasi-isomorphisme \(p^\bullet : F^\bullet \to M^\bullet\) surjectif terme à terme et tel que \(F^i\) soit projectif pour tout \(i\).

Preuve de (1). D’après Catégories dérivées, lemme 064B, nous avons \[\Hom_{D(R)}(M^\bullet, K^\bullet) = \Hom_{K(R)}(F^\bullet, K^\bullet)\] Si \(K^i = 0\) pour \(i \leq -2\), alors tout morphisme de complexes \(F^\bullet \to K^\bullet\) se factorise par \(p^\bullet\). De même, toute homotopie \(\{h^i : F^i \to K^{i - 1}\}\) se factorise par \(p^\bullet\). Ainsi (1) est vérifié.

Preuve de (2). Si (2)(b) est vérifié, alors \(a^\bullet\) est homotope à une application de complexes \((a')^\bullet : M^\bullet \to K^\bullet\) qui est nulle en degré \(-1\). D’autre part, soit \(N \to I^\bullet\) une résolution injective. Nous avons \[\Ext^1_R(K^\bullet, N) = \Hom_{D(R)}(K^\bullet, I^\bullet[1]) = \Hom_{K(R)}(K^\bullet, I^\bullet[1])\] d’après Catégories dérivées, lemme 05TG. Soit \(b^\bullet : K^\bullet \to I^\bullet[1]\) une application de complexes. Comme \(K^1 = 0\), l’application \(b^0 : K^0 \to I^1\) prend ses valeurs dans le noyau de \(I^1 \to I^2\), qui est l’image de \(I^0 \to I^1\). Comme \(K^0\) est projectif, nous pouvons relever \(b^0\) en une application \(h : K^0 \to I^0\). Ainsi \(b^\bullet\) est homotope à une application de complexes \((b')^\bullet\) avec \((b')^0 = 0\). Comme \(K^i = 0\) pour \(i \not \in [-1, 0]\), il s’ensuit que \((b')^\bullet \circ (a')^\bullet = 0\) comme application de complexes. Ainsi l’application \(\Ext^1_R(K^\bullet, N) \to \Ext^1_R(M^\bullet, N)\) est nulle. Nous voyons donc que (2)(b) implique (2)(a). Réciproquement, supposons (2)(a). L’élément canonique de \(\Ext^1_R(K^\bullet, K^{-1})\) s’envoie sur zéro dans \(\Ext^1_R(M^\bullet, K^{-1})\). En utilisant (1), nous obtenons immédiatement une application \(h^0\) comme en (2)(b).

Preuve de (3). Choisissons \(b^\bullet : F^\bullet \to K^\bullet\) représentant \(\alpha\). La composée de \(\alpha\) avec \(K^\bullet \to K^{-2}[2]\) est représentée par \(b^{-2} : F^{-2} \to K^{-2}\). Comme celle-ci est homotope à \(a \circ p^{-2} : F^{-2} \to M^{-2} \to K^{-2}\), il existe une application \(h : F^{-1} \to K^{-2}\) telle que \(b^{-2} = a \circ p^{-2} + h \circ d_F^{-2}\). En modifiant \(b^\bullet\) par \(h\), considéré comme une homotopie de \(F^\bullet\) vers \(K^\bullet\), nous obtenons \(b^{-2} = a \circ p^{-2}\). Ainsi \(b^{-2}\) se factorise par \(p^{-2}\). Comme \(F^0 = M^0\), le noyau de \(p^{-2}\) se surjecte sur le noyau de \(p^{-1}\) (par exemple parce que le noyau de \(p^\bullet\) est un complexe acyclique, ou par chasse au diagramme). Ainsi \(b^{-1}\) se factorise nécessairement lui aussi par \(p^{-1}\), et nous voyons que (3) est vérifié pour ces factorisations et \(a^0 = b^0\).

La preuve de (4) est omise. Indication : il existe une homotopie entre \(a^\bullet \circ p^\bullet\) et \((a')^\bullet \circ p^\bullet\), et nous raisonnons comme précédemment pour montrer qu’elle se factorise par \(p^\bullet\).

Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux de présentation finie. Étant donné un idéal \(I \subset B\), nous pouvons considérer la condition

  1. \(\Ext^1_B(\NL_{B/A}, N)\) est annulé par \(I\) pour tout \(B\)-module \(N\).

Cette condition est une formulation mathématique précise possible de la notion « le lieu singulier de \(A \to B\) est contenu schématiquement dans \(V(I)\) ». Comparer avec la remarque 0G9D et les lemmes suivants.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(K \in D(R)\). Supposons \(H^i(K) = 0\) pour \(i \not \in \{-1, 0\}\). Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. \(\Ext^1_R(K, N)\) est annulé par \(I\) pour tout \(R\)-module \(N\) ;

  2. \(K\) peut être représenté par un complexe \(K^{-1} \to K^0\) avec \(K^0\) libre, tel que pour tout \(a \in I\) l’application \(a : K^{-1} \to K^{-1}\) se factorise par \(d_K^{-1} : K^{-1} \to K^0\) ;

  3. chaque fois que \(K\) est représenté par un complexe à deux termes \(K^{-1} \to K^0\) avec \(K^0\) projectif, alors, pour tout \(a \in I\), l’application \(a : K^{-1} \to K^{-1}\) se factorise par \(d_K^{-1} : K^{-1} \to K^0\).

Si \(R\) est noethérien et si \(H^i(K)\) est un \(R\)-module de type fini pour \(i = -1, 0\), alors ces assertions sont aussi équivalentes à

  1. \(\Ext^1_R(K, N)\) est annulé par \(I\) pour tout \(R\)-module de type fini \(N\) ;

  2. \(K\) peut être représenté par un complexe \(K^{-1} \to K^0\) avec \(K^0\) libre de type fini et \(K^{-1}\) de type fini, tel que pour tout \(a \in I\) l’application \(a : K^{-1} \to K^{-1}\) se factorise par \(d_K^{-1} : K^{-1} \to K^0\).

Démonstration

Supposons (1) et soit \(K^{-1} \to K^0\) un complexe à deux termes représentant \(K\), avec \(K^0\) projectif. Nous utiliserons sans autre mention la description donnée dans le lemme 0ALN des morphismes dans \(D(R)\) issus de \(K^\bullet\). En prenant \(N = K^{-1}\), considérons l’élément \(\xi\) de \(\Ext^1_R(K, N)\) donné par \(\text{id}_{K^{-1}} : K^{-1} \to K^{-1}\). Comme il est annulé par \(a \in I\), nous obtenons la flèche pointillée s’insérant dans le diagramme commutatif suivant \[\xymatrix{ K^{-1} \ar[d]_a \ar[r]_{d_K^{-1}} & K^0 \ar@{..>}[ld]^h \\ K^{-1} }\] Cela démontre (3). La partie (3) implique (2) d’après le lemme 0G9E, partie (1). Supposons \(K^\bullet\) comme en (2) et soit \(N\) un \(R\)-module quelconque. Tout élément \(\xi\) de \(\Ext^1_R(K, N)\) est donné par la classe d’une application \(\varphi : K^{-1} \to N\). Alors, pour \(a \in I\), nous pouvons par hypothèse choisir une application \(h\) comme dans le diagramme ci-dessus, et nous voyons que \(a\varphi = \varphi \circ a = \varphi \circ h \circ \text{d}_K^{-1}\) ce qui montre que \(a \xi\) est nul dans \(\Ext^1_R(K, N)\). Ainsi (1), (2) et (3) sont équivalentes.

Supposons \(R\) noethérien et \(H^i(K)\) un \(R\)-module de type fini pour \(i = -1, 0\). La partie (3) implique (5) d’après le lemme 0G9E, partie (2). Il est clair que (5) implique (2). Trivialement, (1) implique (4). Pour achever la démonstration, il suffit donc de montrer que (4) implique l’une quelconque des autres conditions. Soit \(K^{-1} \to K^0\) un complexe représentant \(K\), avec \(K^0\) libre de type fini et \(K^{-1}\) de type fini, comme dans le lemme 0G9E, partie (2). L’argument donné dans la preuve de (2) \(\Rightarrow\) (1) montre que si \(\Ext^1_R(K, K^{-1})\) est annulé par \(I\), alors (1) est vérifié. Ainsi (4) implique (1), ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K\) un objet de \(D(R)\) avec \(H^i(K) = 0\) pour \(i \not \in \{-1, 0\}\). Soit \(K^{-1} \to K^0\) un complexe à deux termes de \(R\)-modules représentant \(K\), tel que \(K^0\) soit un \(R\)-module plat (par exemple projectif ou libre). Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux. Alors le complexe \(K^\bullet \otimes_R R'\) représente \(\tau_{\geq -1}(K \otimes_R^\mathbf{L} R')\).

Démonstration

Nous avons un triangle distingué \[K^0 \to K^\bullet \to K^{-1}[1] \to K^0[1]\] dans \(D(R)\). Il détermine un morphisme de triangles distingués \[\xymatrix{ K^0 \otimes_R^\mathbf{L} R' \ar[d] \ar[r] & K^\bullet \otimes_R^\mathbf{L} R' \ar[r] \ar[d] & K^{-1} \otimes_R^\mathbf{L} R'[1] \ar[r] \ar[d] & K^0 \otimes_R^\mathbf{L} R'[1] \ar[d] \\ K^0 \otimes_R R' \ar[r] & K^\bullet \otimes_R R' \ar[r] & K^{-1} \otimes_R R'[1] \ar[r] & K^0 \otimes_R R'[1] }\] Les flèches verticales de gauche et de droite sont des isomorphismes puisque \(K^0\) est plat. Comme \(K^{-1} \otimes_R^\mathbf{L} R' \to K^{-1} \otimes_R R'\) est un isomorphisme sur la cohomologie en degré \(0\), nous concluons.

Lemme

Soit \(I\) un idéal d’un anneau \(R\). Soit \(K\) un objet de \(D(R)\) avec \(H^i(K) = 0\) pour \(i \not \in \{-1, 0\}\). Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux. Si \(K\) satisfait les conditions équivalentes (1), (2) et (3) du lemme 0G9F relativement à \((R, I)\), alors \(\tau_{\geq -1}(K \otimes_R^\mathbf{L} R')\) satisfait les conditions équivalentes (1), (2) et (3) du lemme 0G9F relativement à \((R', IR')\).

Démonstration

Nous pouvons supposer que \(K\) est représenté par un complexe à deux termes \(K^{-1} \to K^0\) avec \(K^0\) libre, tel que pour tout \(a \in I\) l’application \(a : K^{-1} \to K^{-1}\) soit égale à \(h_a \circ d_K^{-1}\) pour une application \(h_a : K^0 \to K^{-1}\). D’après le lemme 0G9G, \(\tau_{\geq -1}(K \otimes_R^\mathbf{L} R')\) est représenté par \(K^\bullet \otimes_R R'\). Alors, pour tout \(a \in I\), nous voyons bien entendu que \(a \otimes 1 : K^{-1} \otimes_R R' \to K^{-1} \otimes_R R'\) est égal à \((h_a \otimes 1) \circ (d_K^{-1} \otimes 1)\). Comme l’ensemble des applications \(K^{-1} \otimes_R R' \to K^{-1} \otimes_R R'\) qui se factorisent par \(\text{d}_K^{-1} \otimes 1\) forme un \(R'\)-module, nous concluons.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(\alpha : K \to K'\) un morphisme de \(D(R)\). Supposons

  1. \(H^i(K) = H^i(K') = 0\) pour \(i \not \in \{-1, 0\}\) ;

  2. \(H^0(\alpha)\) est un isomorphisme et \(H^{-1}(\alpha)\) est surjectif.

Pour tout \(f \in R\), si \(f : K \to K\) est \(0\), alors \(f : K' \to K'\) est \(0\).

Démonstration

Posons \(M = \Ker(H^{-1}(\alpha))\). Alors \(\alpha\) s’insère dans un triangle distingué \[M[1] \to K \to K' \to M[2]\] Comme \(K \to K' \xrightarrow{f} K'\) est nul par hypothèse, nous voyons que \(f : K' \to K'\) se factorise par une application \(M[2] \to K'\). Cependant, \(\Hom(M[2], K') = 0\), par exemple d’après Catégories dérivées, lemme 06XS.

Lemme

Soit \(I\) un idéal d’un anneau \(R\). Soit \(\alpha : K \to K'\) un morphisme de \(D(R)\). Supposons

  1. \(H^i(K) = H^i(K') = 0\) pour \(i \not \in \{-1, 0\}\) ;

  2. \(H^0(\alpha)\) est un isomorphisme et \(H^{-1}(\alpha)\) est surjectif.

Si \(K\) satisfait les conditions équivalentes (1), (2) et (3) du lemme 0G9F, alors \(K'\) les satisfait aussi.

Démonstration

Posons \(M = \Ker(H^{-1}(\alpha))\). Alors \(\alpha\) s’insère dans un triangle distingué \[M[1] \to K \to K' \to M[2]\] Pour tout \(R\)-module \(N\), cela détermine une suite exacte \[\Ext^0_R(M[1], N) \to \Ext^1_R(K', N) \to \Ext^1_R(K, N)\] Comme \(\Ext^0_R(M[1], N) = \Ext^{-1}_R(M, N) = 0\), nous voyons que \(\Ext^1_R(K', N)\) est un sous-module de \(\Ext^1_R(K, N)\). Ainsi, si \(\Ext^1_R(K, N)\) est annulé par \(I\), il en va de même de \(\Ext^1_R(K', N)\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(K \in D(R)\) tel que \(H^i(K) = 0\) pour \(i \not \in \{-1, 0\}\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. il existe \(c \geq 0\) tel que les conditions équivalentes (1), (2), (3) du Lemme 0G9F soient satisfaites pour \(K\) et l’idéal \(I^c\),

  2. il existe \(c \geq 0\) tel que (a) \(I^c\) annule \(H^{-1}(K)\) et (b) \(H^0(K)\) soit un module \(I^c\)-projectif (voir la section 0G8Z).

Si \(R\) est noethérien et si \(H^i(K)\) est un \(R\)-module fini pour \(i = -1, 0\), ces assertions sont aussi équivalentes aux suivantes :

  1. il existe \(c \geq 0\) tel que les conditions équivalentes (4), (5) du Lemme 0G9F soient satisfaites pour \(K\) et l’idéal \(I^c\),

  2. \(H^{-1}(K)\) est de \(I\)-torsion et il existe \(f_1, \ldots, f_s \in R\) tels que \(V(f_1, \ldots, f_s) \subset V(I)\) et que les localisés \(H^0(K)_{f_i}\) soient des \(R_{f_i}\)-modules projectifs,

  3. \(H^{-1}(K)\) est de \(I\)-torsion et il existe \(f_1, \ldots, f_s \in I\) tels que \(V(f_1, \ldots, f_s) = V(I)\) et que les localisés \(H^0(K)_{f_i}\) soient des \(R_{f_i}\)-modules projectifs, et

  4. \(H^{-1}(K)\) est de \(I\)-torsion et, pour tous \(f_1, \ldots, f_s \in I\) tels que \(V(f_1, \ldots, f_s) = V(I)\), les localisés \(H^0(K)_{f_i}\) sont des \(R_{f_i}\)-modules projectifs.

Démonstration

Le triangle distingué \(H^{-1}(K)[1] \to K \to H^0(K)[0] \to H^{-1}(K)[2]\) détermine une suite exacte \[0 \to \Ext^1_R(H^0(K), N) \to \Ext^1_R(K, N) \to \Hom_R(H^{-1}(K), N) \to \Ext^2_R(H^0(K), N)\] Ainsi, (2) implique que \(I^{2c}\) annule \(\Ext^1_R(K, N)\) pour tout \(R\)-module \(N\). Si l’on suppose (1), on voit immédiatement que \(H^0(K)\) est \(I^c\)-projectif. D’autre part, on peut choisir une application injective \(H^{-1}(K) \to N\) vers un \(R\)-module injectif \(N\). Cette application est alors l’image d’un élément de \(\Ext^1_R(K, N)\), par l’annulation du \(\Ext^2\) dans la suite, et l’on conclut que \(H^{-1}(K)\) est annulé par \(I^c\).

Supposons \(R\) noethérien et \(H^i(K)\) un \(R\)-module fini pour \(i = -1, 0\). Par le Lemme 0G9F, on voit que (3) est équivalent à (1) et (2). De plus, si (3) est satisfaite, alors, pour \(f \in I\), la multiplication par \(f\) sur \(H^0(K)\) se factorise par un module projectif, ce qui implique que \(H^0(K)_f\) est un facteur direct d’un \(R_f\)-module projectif et est donc lui-même un \(R_f\)-module projectif. Les conditions équivalentes (1), (2) et (3) impliquent donc (6). Bien entendu, (6) implique (5), et (5) implique trivialement (4).

Supposons (4). Puisque \(H^{-1}(K)\) est un \(R\)-module fini et de \(I\)-torsion, on voit que \(I^{c_1}\) annule \(H^{-1}(K)\) pour un certain \(c_1 \geq 0\). Choisissons une suite exacte courte \[0 \to M \to R^{\oplus r} \to H^0(K) \to 0\] qui détermine un élément \(\xi \in \Ext^1_R(H^0(K), M)\). Pour tout \(f \in I\), on a \(\Ext^1_R(H^0(K), M)_f = \Ext^1_{R_f}(H^0(K)_f, M_f)\) par le Lemme 087R. Par conséquent, si \(H^0(K)_f\) est projectif, une puissance de \(f\) annule \(\xi\). On en conclut que \(\xi\) est annulé par \((f_1, \ldots, f_s)^{c_2}\) pour un certain \(c_2 \geq 0\). Puisque \(V(f_1, \ldots, f_s) \subset V(I)\), on a \(\sqrt{I} \subset (f_1, \ldots, f_s)\) (Algèbre, Lemme 00E0). Comme \(R\) est noethérien, on trouve \(I^{c_3} \subset (f_1, \ldots, f_s)\) pour un certain \(c_3 \geq 0\) (Algèbre, Lemme 00IM). Ainsi, \(I^{c2c3}\) annule \(\xi\). Ceci signifie à son tour que \(H^0(K)\) est \(I^{c_2c_3}\)-projectif (car la multiplication par \(a \in I\) qui annule \(\xi\) se factorise par \(R^{\oplus r}\)). En prenant donc \(c = \max(c_1, c_2c_3)\), on voit que (2) est satisfaite.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(K_j \in D(R)\), \(j = 1, 2, 3\), tels que \(H^i(K_j) = 0\) pour \(i \not \in \{-1, 0\}\). Soient \(\varphi : K_1 \to K_2\) et \(\psi : K_2 \to K_3\) des morphismes dans \(D(R)\). Si \(H^0(\varphi) = 0\) et \(H^{-1}(\psi) = 0\), alors \(\varphi \circ \psi = 0\).

Démonstration

Appliquons Catégories dérivées, Lemme 08Q2, pour voir que \(\varphi \circ \psi\) se factorise par \(\tau_{\leq -2}K_2 = 0\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K \in D(R)\) donné par un complexe à deux termes de la forme \(R^{\oplus n} \to R^{\oplus n}\). Notons \(A \in \text{Mat}(n \times n, R)\) la matrice de la différentielle. Alors \(\det(a) : K \to K\) est nul dans \(D(R)\).

Démonstration

Omis. Bon exercice.

Le complexe cotangent naïf

Dans cette section, nous poursuivons la discussion commencée dans Algèbre, section 00S0. Nous commençons par étudier le changement de base. Le premier lemme montre que prendre le produit tensoriel naïf du complexe cotangent naïf avec une extension d’anneaux n’est pas tout à fait aussi naïf que l’on pourrait le penser.

Lemme

Soient \(R \to S\) et \(S \to S'\) des morphismes d’anneaux. Le morphisme canonique \(\NL_{S/R} \otimes_S^\mathbf{L} S' \to \NL_{S/R} \otimes_S S'\) induit un isomorphisme \(\tau_{\geq -1}(\NL_{S/R} \otimes_S^\mathbf{L} S') \to \NL_{S/R} \otimes_S S'\) dans \(D(S')\). De même, étant donnée une présentation \(\alpha\) de \(S\) sur \(R\), le morphisme canonique \(\NL(\alpha) \otimes_S^\mathbf{L} S' \to \NL(\alpha) \otimes_S S'\) induit un isomorphisme \(\tau_{\geq -1}(\NL(\alpha) \otimes_S^\mathbf{L} S') \to \NL(\alpha) \otimes_S S'\) dans \(D(S')\).

Démonstration

Cas particulier du Lemme 0G9G.

Lemme

Soient \(R \to S\) et \(R \to R'\) des morphismes d’anneaux. Soit \(\alpha : P \to S\) une présentation de \(S\) sur \(R\). Alors \(\alpha' : P \otimes_R R' \to S \otimes_R R'\) est une présentation de \(S' = S \otimes_R R'\) sur \(R'\). Le morphisme canonique \[NL(\alpha) \otimes_S S' \to \NL(\alpha')\] est un isomorphisme sur \(H^0\) et est surjectif sur \(H^{-1}\). En particulier, le morphisme canonique \[\NL_{S/R} \otimes_S S' \to \NL_{S'/R'}\] est un isomorphisme sur \(H^0\) et est surjectif sur \(H^{-1}\).

Démonstration

Notons \(I = \Ker(P \to S)\). Notons \(P' = P \otimes_R R'\) et \(I' = \Ker(P' \to S')\). Supposons que \(P\) soit l’algèbre polynomiale en les \(x_j\) pour \(j \in J\). Le morphisme affiché dans le lemme devient \[\xymatrix{ \bigoplus_{j \in J} S' \text{d}x_j \ar[r] & \bigoplus_{j \in J} S' \text{d}x_j \\ I/I^2 \otimes_S S' \ar[r] \ar[u] & I'/(I')^2 \ar[u] }\] où la colonne de gauche est \(\NL(\alpha) \otimes_S S'\) et celle de droite est \(\NL(\alpha')\). Par l’exactitude à droite du produit tensoriel, on voit que \(I \otimes_R R' \to I'\) est surjectif. La flèche inférieure est donc une surjection. Ceci démontre la première assertion du lemme. L’assertion concernant \(\NL_{S/R} \otimes_S S' \to \NL_{S'/R'}\) en découle, car ces complexes sont homotopes à \(\NL(\alpha) \otimes_S S'\) et \(\NL(\alpha')\).

Lemme

Considérons un diagramme cocartésien d’anneaux \[\xymatrix{ B \ar[r] & B' \\ A \ar[r] \ar[u] & A' \ar[u] }\] Si \(B\) est plat sur \(A\), alors le morphisme canonique \(\NL_{B/A} \otimes_B B' \to \NL_{B'/A'}\) est un quasi-isomorphisme. Si, de plus, \(\NL_{B/A}\) est d’amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\), alors \(\NL_{B/A} \otimes_B^\mathbf{L} B' \to \NL_{B'/A'}\) est aussi un quasi-isomorphisme.

Démonstration

Choisissons une présentation \(\alpha : P \to B\) comme dans Algèbre, section 00S0. Posons \(I = \Ker(\alpha)\). Posons \(P' = P \otimes_A A'\) et notons \(\alpha' : P' \to B'\) la présentation correspondante de \(B'\) sur \(A'\). Comme \(B\) est plat sur \(A\), on voit que \(I' = \Ker(\alpha')\) est égal à \(I \otimes_A A'\). Par conséquent, \[I'/(I')^2 = \Coker(I^2 \otimes_A A' \to I \otimes_A A') = I/I^2 \otimes_A A' = I/I^2 \otimes_B B'\] On a \(\Omega_{P'/A'} = \Omega_{P/A} \otimes_A A'\) car les deux membres ont la même base. Il s’ensuit que \(\Omega_{P'/A'} \otimes_{P'} B' = \Omega_{P/A} \otimes_P B \otimes_B B'\). Ceci démontre que \(\NL(\alpha) \otimes_B B' \to \NL(\alpha')\) est un isomorphisme de complexes, d’où la première assertion.

On a \[\NL(\alpha) = I/I^2 \longrightarrow \Omega_{P/A} \otimes_P B\] comme complexe de \(B\)-modules, avec \(I/I^2\) placé en degré \(-1\). Puisque le terme en degré \(0\) est libre, ce complexe est d’amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\) si et seulement si \(I/I^2\) est un \(B\)-module plat, voir le Lemme 0653. Si tel est le cas, alors \(\NL(\alpha) \otimes_B^\mathbf{L} B' = \NL(\alpha) \otimes_B B'\), et l’on obtient la seconde assertion.

Lemme

Soit \(A \to B\) une intersection complète locale au sens de la Définition 07D0. Alors \(\NL_{B/A}\) est un objet parfait de \(D(B)\) d’amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\).

Démonstration

Écrivons \(B = A[x_1, \ldots, x_n]/I\). Alors \(\NL_{B/A}\) est représenté par le complexe \[I/I^2 \longrightarrow \bigoplus B \text{d}x_i\] de \(B\)-modules, avec \(I/I^2\) placé en degré \(-1\). Puisque le terme en degré \(0\) est libre fini, ce complexe est d’amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\) si et seulement si \(I/I^2\) est un \(B\)-module plat, voir le Lemme 0653. Par définition, \(I\) est un idéal régulier au sens de Koszul et donc un idéal quasi-régulier, voir la section 07CU. Ainsi, \(I/I^2\) est un \(B\)-module projectif fini (Lemme 08RK), et l’on conclut à la fois que \(\NL_{B/A}\) est parfait et qu’il est d’amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\).

Lemme

Considérons un diagramme cocartésien d’anneaux \[\xymatrix{ B \ar[r] & B' \\ A \ar[r] \ar[u] & A' \ar[u] }\] Si \(A \to B\) et \(A' \to B'\) sont des intersections complètes locales au sens de la Définition 07D0, alors le noyau de \(H^{-1}(\NL_{B/A} \otimes_B B') \to H^{-1}(\NL_{B'/A'})\) est un \(B'\)-module projectif fini.

Démonstration

Par le Lemme 0FV0, les complexes \(\NL_{B/A}\) et \(\NL_{B'/A'}\) sont parfaits d’amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\). En combinant les Lemmes 0FUY, 066W et 066L, on a \(\NL_{B/A} \otimes_B B' = \NL_{B/A} \otimes_B^\mathbf{L} B'\) et ce complexe est aussi parfait d’amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\). Choisissons un triangle distingué \[C \to \NL_{B/A} \otimes_B B' \to \NL_{B'/A'} \to C[1]\] dans \(D(B')\). Par les Lemmes 066R et 0655, on conclut que \(C\) est parfait d’amplitude de Tor contenue dans \([-1, 1]\). Par le Lemme 0FUZ, le complexe \(C\) n’a qu’un seul module de cohomologie non nul, à savoir le module du lemme placé en degré \(-1\). Ce module est de présentation finie (Lemme 064T) et plat (Lemme 066F). Il est donc projectif fini par Algèbre, Lemme 00NX.

Rlim de groupes abéliens

Nous examinons brièvement \(R\lim\) sur les groupes abéliens. Dans cette section, nous noterons \(\textit{Ab}(\mathbf{N})\) la catégorie abélienne des systèmes projectifs de groupes abéliens. Cette notation est compatible avec celle des faisceaux de groupes abéliens sur un site, car un système projectif de groupes abéliens est la même chose qu’un faisceau de groupes sur la catégorie \(\mathbf{N}\) (avec un unique morphisme \(i \to j\) si \(i \leq j\)), voir la Remarque 091A. De nombreux arguments de cette section reprennent ceux employés pour construire la machinerie cohomologique des faisceaux de groupes abéliens sur les sites.

Lemme

Le foncteur \(\lim : \textit{Ab}(\mathbf{N}) \to \textit{Ab}\) admet un foncteur dérivé droit [08U4]\[\begin{equation} R\lim : D(\textit{Ab}(\mathbf{N})) \longrightarrow D(\textit{Ab}) \end{equation}\] Comme d’habitude, nous posons \(R^p\lim(K) = H^p(R\lim(K))\). En outre :

  1. pour tout \((A_n)\) dans \(\textit{Ab}(\mathbf{N})\), on a \(R^p\lim A_n = 0\) pour \(p > 1\),

  2. l’objet \(R\lim A_n\) de \(D(\textit{Ab})\) est représenté par le complexe \[\prod A_n \to \prod A_n,\quad (x_n) \mapsto (x_n - f_{n + 1}(x_{n + 1}))\] placé en degrés \(0\) et \(1\),

  3. si \((A_n)\) est ML, alors \(R^1\lim A_n = 0\), c’est-à-dire que \((A_n)\) est acyclique à droite pour \(\lim\),

  4. tout \(K^\bullet \in D(\textit{Ab}(\mathbf{N}))\) est quasi-isomorphe à un complexe dont les termes sont acycliques à droite pour \(\lim\), et

  5. si chaque \(K^p = (K^p_n)\) est acyclique à droite pour \(\lim\), c’est-à-dire si \(R^1\lim_n K^p_n = 0\), alors \(R\lim K\) est représenté par le complexe dont le terme en degré \(p\) est \(\lim_n K_n^p\).

Démonstration

Soit \((A_n)\) un système projectif quelconque. Soit \((B_n)\) le système projectif défini par \[B_n = A_n \oplus A_{n - 1} \oplus \ldots \oplus A_1\] et dont les morphismes de transition sont donnés par les projections. Définissons \(A_n \to B_n\) par \((1, f_n, f_{n - 1} \circ f_n, \ldots, f_2 \circ \ldots \circ f_n)\), où les \(f_i : A_i \to A_{i - 1}\) sont les morphismes de transition. On voit ainsi que tout système projectif est un sous-objet d’un système ML (Homologie, section 02MY). Il résulte de Catégories dérivées, Lemme 05T8, en utilisant Homologie, Lemme 02N1, que tout système ML est acyclique à droite pour \(\lim\), c’est-à-dire que (3) est satisfaite. Ceci implique déjà que \(RF\) est défini sur \(D^+(\textit{Ab}(\mathbf{N}))\), voir Catégories dérivées, Proposition 05TA. Posons \(C_n = A_{n - 1} \oplus \ldots \oplus A_1\) pour \(n > 1\) et \(C_1 = 0\), avec également pour morphismes de transition les projections. Il existe alors une suite exacte courte de systèmes projectifs \(0 \to (A_n) \to (B_n) \to (C_n) \to 0\), où \(B_n \to C_n\) est donné par \((x_i) \mapsto (x_i - f_{i + 1}(x_{i + 1}))\). Puisque \((C_n)\) est aussi ML, on conclut que (2) est satisfaite (par la proposition citée ci-dessus), ce qui implique aussi (1). Enfin, ceci implique, par Catégories dérivées, Lemme 07K7 que \(R\lim\) est en fait défini sur tout \(D(\textit{Ab}(\mathbf{N}))\). En effet, la preuve de Catégories dérivées, Lemme 07K7 procède en démontrant les assertions (4) et (5).

Lemme

Soit \[0 \to (A_i) \to (B_i) \to (C_i) \to 0\] une suite exacte courte de systèmes projectifs de groupes abéliens. Il lui est alors associée une suite exacte à \(6\) termes \(0 \to \lim A_i \to \lim B_i \to \lim C_i \to R^1\lim A_i \to R^1\lim B_i \to R^1\lim C_i \to 0\).

Démonstration

Cela résulte de l’annulation du Lemme 07KW.

Voici la formulation « correcte » de Homologie, Lemme 070E.

Lemme

Soit \[(A^{-2}_n \to A^{-1}_n \to A^0_n \to A^1_n)\] un système projectif de complexes de groupes abéliens, et notons \(A^{-2} \to A^{-1} \to A^0 \to A^1\) sa limite. Notons \((H_n^{-1})\), \((H_n^0)\) les systèmes projectifs de cohomologies, et notons \(H^{-1}\), \(H^0\) les cohomologies de \(A^{-2} \to A^{-1} \to A^0 \to A^1\). Si

  1. \((A^{-2}_n)\) et \((A^{-1}_n)\) ont un \(R^1\lim\) nul,

  2. \((H^{-1}_n)\) a un \(R^1\lim\) nul,

alors \(H^0 = \lim H_n^0\).

Démonstration

Soit \(K \in D(\textit{Ab}(\mathbf{N}))\) l’objet représenté par le système de complexes dont la \(n\)-ième composante est le complexe \(A^{-2}_n \to A^{-1}_n \to A^0_n \to A^1_n\). Nous allons calculer \(H^0(R\lim K)\) à l’aide des deux suites spectrales11 de Catégories dérivées, Lemme 015J. La première a pour page \(E_1\) \[\begin{matrix} 0 & 0 & R^1\lim A^0_n & R^1\lim A^1_n \\ A^{-2} & A^{-1} & A^0 & A^1 \end{matrix}\] avec des différentielles horizontales, et toutes les différentielles supérieures sont nulles. La seconde a pour page \(E_2\) \[\begin{matrix} R^1\lim H^{-2}_n & 0 & R^1\lim H^0_n & R^1 \lim H^1_n \\ \lim H^{-2}_n & \lim H^{-1}_n & \lim H^0_n & \lim H^1_n \end{matrix}\] et dégénère à ce stade. Le résultat en découle.

Lemme

Soient \((A_n)\) et \((B_n)\) des systèmes projectifs de groupes abéliens. Un morphisme de pro-systèmes \(\varphi : (A_n) \to (B_n)\) détermine des morphismes \(\lim A_n \to \lim B_n\) et \(R^1\lim A_n \to R^1\lim B_n\). Ces morphismes sont des isomorphismes si \(\varphi\) est un pro-isomorphisme.

Démonstration

Voir Catégories, Exemple 0G2W, pour une discussion des morphismes de pro-systèmes. Le morphisme \(\varphi\) est donné par \(1 \leq m_1 < m_2 < m_3 < \ldots\) et par des morphismes \(\varphi_n : A_{m_n} \to B_n\) compatibles aux morphismes de transition. Posons \(\varphi', \varphi'' : \prod A_n \to \prod B_n\) égaux à \(\varphi'((a_n)) = (\varphi_n(a_{m_n}))\) et \[\varphi''((a_n)) = (\varphi_n(a_{m_n} + f(a_{m_n + 1}) + \ldots + f(a_{m_{n + 1} - 1})))\] où chaque occurrence de \(f\) désigne un morphisme de transition convenable du système projectif \((A_n)\). Alors le diagramme \[\xymatrix{ \prod A_n \ar[r]_\delta \ar[d]^{\varphi'} & \prod A_n \ar[d]^{\varphi''} \\ \prod B_n \ar[r]^\delta & \prod B_n }\] où les flèches horizontales sont celles du Lemme 07KW est commutatif. On obtient ainsi les morphismes voulus. La construction est fonctorielle au sens suivant : si l’on se donne un système projectif \((C_n)\), des entiers \(1 \leq m'_1 < m'_2 < m'_3 < \ldots\) et des morphismes \(\psi_n : B_{m'_n} \to C_n\) compatibles aux morphismes de transition, alors \((\psi \circ \varphi)' = \psi' \circ \varphi'\) et \((\psi \circ \varphi)'' = \psi'' \circ \varphi''\) où la composée \(\psi \circ \varphi\) correspond aux entiers \(1 \leq m_{m'_1} < m_{m'_2} < \ldots\) et aux morphismes \(\psi_n \circ \varphi_{m'_n} : A_{m_{m'_n}} \to C_n\). Nous allons montrer que si \(B_n = A_n\) et si \(\varphi_n\) est le morphisme de transition, alors les morphismes obtenus sont les morphismes identiques. Ceci démontrera à la fois que la construction est indépendante du choix du représentant \((m_n, \varphi_n)\) de \(\varphi\) et la dernière assertion du lemme.

Prenons donc \(B_n = A_n\) et pour \(\varphi_n\) le morphisme de transition. Soit \((a_n) \in \lim A_n\) un élément. Alors \(\varphi'((a_n))\) est l’élément dont la composante d’indice \(n\) est l’image de \(a_{m_n}\), qui est égale à \(a_n\). Ceci démontre l’assertion pour \(\lim A_n\). Soit \(\xi \in R^1\lim A_n\) la classe de l’élément \((a_n)\) de \(\prod A_n\). Considérons l’élément \((b_n)\) défini par \[b_i = a_i + f(a_{i + 1}) + \ldots + f(a_{m_n - 1})\] si \(m_{n - 1} < i < m_n\), et par \(0\) si \(i = m_n\) pour un certain \(n\). Alors \((a'_n) = (a_n) - \delta((b_n))\) définit la même classe dans \(R^1\lim A_n\), et un calcul montre que \(a'_i = 0\) sauf si \(i = m_n\) pour un certain \(n\). On peut donc supposer, et l’on suppose, que \(a_i = 0\) sauf si \(i = m_n\) pour un certain \(n\). Remarquons que \[(0, \ldots, -f(a_{m_j}), 0, \ldots, 0, a_{m_j}, 0, \ldots)\] dont les composantes non nulles sont aux places \(j\) et \(m_j\), est l’image par \(\delta\) de \[c_j = (0, \ldots, 0, f(a_{m_j}), f(a_{m_j}), \ldots, a_{m_j}, 0, \ldots)\] dont les composantes non nulles sont aux places \(j + 1, \ldots, m_j\). La somme \(c = \sum c_j\) a un sens dans \(\prod A_n\). En rappelant que \(\varphi''((a_n)) = (a_{m_1}, a_{m_2}, \ldots)\), on voit que \[(a_n) - \varphi''((a_n)) = \delta(c)\] ce qui achève la preuve.

Lemme

Soit \(\mathcal{D}\) une catégorie triangulée. Soit \((K_n)\) un système projectif d’objets de \(\mathcal{D}\). Soit \(K\) une limite dérivée du système \((K_n)\). Alors, pour tout \(L\) dans \(\mathcal{D}\), on a une suite exacte courte \[0 \to R^1\lim \Hom_\mathcal{D}(L, K_n[-1]) \to \Hom_\mathcal{D}(L, K) \to \lim \Hom_\mathcal{D}(L, K_n) \to 0\]

Démonstration

Cela résulte de Catégories dérivées, Définition 08TC et Lemme 0149, ainsi que de la description de \(\lim\) et \(R^1\lim\) dans le Lemme 07KW ci-dessus.

Lemme

Soit \(\mathcal{D}\) une catégorie triangulée. Soient \((K_n)\) et \((M_n)\) des systèmes projectifs d’objets de \(\mathcal{D}\) de limites dérivées \(K\) et \(M\). Soit \(a : (K_n) \to (M_n)\) un pro-isomorphisme de pro-objets. On peut alors utiliser \(a\) pour produire un isomorphisme (non canonique) \(K \to M\).

Démonstration

On obtient une flèche \(K \to M\) s’insérant dans un morphisme \[\xymatrix{ K \ar[r] \ar[d] & \prod K_n \ar[r] \ar[d]^{a'} & \prod K_n \ar[d]^{a''} \\ M \ar[r] & \prod M_n \ar[r] & \prod M_n }\] des triangles distingués définissants, par Catégories dérivées, Remarque 0H9J. Ainsi, pour tout objet \(L\) de \(\mathcal{D}\), on obtient un morphisme de suites exactes courtes \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & R^1\lim \Hom_\mathcal{D}(L, K_n[-1]) \ar[r] \ar[d] & \Hom_\mathcal{D}(L, K) \ar[r] \ar[d] & \lim \Hom_\mathcal{D}(L, K_n) \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & R^1\lim \Hom_\mathcal{D}(L, M_n[-1]) \ar[r] & \Hom_\mathcal{D}(L, M) \ar[r] & \lim \Hom_\mathcal{D}(L, M_n) \ar[r] & 0 }\] voir le Lemme 0919 et sa preuve. Par le Lemme 0H9K, les flèches verticales de gauche et de droite sont des isomorphismes12. La flèche du milieu est donc un isomorphisme. Par le lemme de Yoneda, on voit que le morphisme \(K \to M\) est un isomorphisme.

Lemme

Soit \(\mathcal{D}\) une catégorie triangulée. Soit \((K_n)\) un système d’objets de \(\mathcal{D}\). Soit \(K\) une colimite dérivée du système \((K_n)\). Alors, pour tout \(L\) dans \(\mathcal{D}\), on a une suite exacte courte \[0 \to R^1\lim \Hom_\mathcal{D}(K_n, L[-1]) \to \Hom_\mathcal{D}(K, L) \to \lim \Hom_\mathcal{D}(K_n, L) \to 0\]

Démonstration

Cela résulte de Catégories dérivées, Définition 090Z et Lemme 0149, ainsi que de la description de \(\lim\) et \(R^1\lim\) dans le Lemme 07KW ci-dessus.

Remarque

Considérons la catégorie \(\mathbf{N}\) dont les objets sont les entiers naturels et dont les morphismes sont les uniques flèches \(i \to j\) si \(j \geq i\). Munissons \(\mathbf{N}\) de la topologie chaotique (Sites, Exemple 07GE), de sorte qu’un faisceau \(\mathcal{F}\) soit la même chose qu’un système projectif \[\mathcal{F}_1 \leftarrow \mathcal{F}_2 \leftarrow \mathcal{F}_3 \leftarrow \ldots\] d’ensembles sur \(\mathbf{N}\). Remarquons que \(\Gamma(\mathbf{N}, \mathcal{F}) = \lim \mathcal{F}_n\). Pour un système projectif de groupes abéliens \(\mathcal{F}_n\), on a \[R^p\lim \mathcal{F}_n = H^p(\mathbf{N}, \mathcal{F})\] car les deux membres sont les foncteurs dérivés droits supérieurs de \(\mathcal{F} \mapsto \lim \mathcal{F}_n = H^0(\mathbf{N}, \mathcal{F})\). Ainsi, l’existence de \(R\lim\) résulte également des résultats généraux de Cohomologie sur les sites, sections 01FT et 07A5.

Les produits du lemme suivant peuvent être vus comme des produits terme à terme de complexes ou comme des produits dans la catégorie dérivée \(D(\textit{Ab})\), voir Catégories dérivées, Lemme 07KC.

Lemme

Soit \(K = (K_n^\bullet)\) un objet de \(D(\textit{Ab}(\mathbf{N}))\). Il existe un triangle distingué canonique \[R\lim K \to \prod\nolimits_n K_n^\bullet \to \prod\nolimits_n K_n^\bullet \to R\lim K[1]\] dans \(D(\textit{Ab})\). Autrement dit, \(R\lim K\) est une limite dérivée du système projectif \((K_n^\bullet)\) de \(D(\textit{Ab})\), voir Catégories dérivées, Définition 08TC.

Démonstration

Supposons que, pour chaque \(p\), le système projectif \((K_n^p)\) soit acyclique à droite pour \(\lim\). Par le Lemme 07KW, ceci donne une suite exacte courte \[0 \to \lim_n K^p_n \to \prod\nolimits_n K^p_n \to \prod\nolimits_n K^p_n \to 0\] pour chaque \(p\). Puisque le complexe formé des \(\lim_n K^p_n\) calcule \(R\lim K\) par le Lemme 07KW, on voit que le lemme est vrai dans ce cas.

Supposons maintenant \(K = (K_n^\bullet)\) quelconque. Par le Lemme 07KW, il existe un quasi-isomorphisme \(K \to L\) dans \(D(\textit{Ab}(\mathbf{N}))\) tel que \((L_n^p)\) soit acyclique pour chaque \(p\). Alors \(\prod K_n^\bullet\) est quasi-isomorphe à \(\prod L_n^\bullet\), car les produits sont exacts dans \(\textit{Ab}\) ; le résultat pour \(L\), démontré ci-dessus, implique donc celui pour \(K\).

Lemme

Avec les notations du Lemme 07KX, la suite exacte longue de cohomologie associée au triangle distingué se décompose en suites exactes courtes \[0 \to R^1\lim_n H^{p - 1}(K_n^\bullet) \to H^p(R\lim K) \to \lim_n H^p(K_n^\bullet) \to 0\]

Démonstration

La suite exacte longue du triangle distingué est \[\ldots \to H^p(R\lim K) \to \prod\nolimits_n H^p(K_n^\bullet) \to \prod\nolimits_n H^p(K_n^\bullet) \to H^{p + 1}(R\lim K) \to \ldots\] Le morphisme du milieu a pour noyau \(\lim_n H^p(K_n^\bullet)\), d’après sa description explicite donnée dans le lemme. Le conoyau de ce morphisme est \(R^1\lim_n H^p(K_n^\bullet)\) par le Lemme 07KW.

Avertissement. Un objet de \(D(\textit{Ab}(\mathbf{N}))\) est un complexe de systèmes projectifs de groupes abéliens. On peut aussi le considérer comme un système projectif \((K_n^\bullet)\) de complexes. Cependant, ce n’est pas la même chose qu’un système projectif d’objets de \(D(\textit{Ab})\) ; le lemme et la remarque suivants expliquent la différence.

Lemme

Soit \((K_n)\) un système projectif d’objets de \(D(\textit{Ab})\). Il existe alors un objet \(M = (M_n^\bullet)\) de \(D(\textit{Ab}(\mathbf{N}))\) et des isomorphismes \(M_n^\bullet \to K_n\) dans \(D(\textit{Ab})\) tels que les diagrammes \[\xymatrix{ M_{n + 1}^\bullet \ar[d] \ar[r] & M_n^\bullet \ar[d] \\ K_{n + 1} \ar[r] & K_n }\] soient commutatifs dans \(D(\textit{Ab})\).

Démonstration

En effet, soit \(M_1^\bullet\) un complexe de groupes abéliens représentant \(K_1\). Supposons avoir construit \(M_e^\bullet \to M_{e - 1}^\bullet \to \ldots \to M_1^\bullet\) et des morphismes \(\psi_i : M_i^\bullet \to K_i\) tels que les diagrammes de l’énoncé du lemme soient commutatifs pour tout \(n < e\). Considérons alors le diagramme \[\xymatrix{ & M_n^\bullet \ar[d]^{\psi_n} \\ K_{n + 1} \ar[r] & K_n }\] dans \(D(\textit{Ab})\). Par la définition des morphismes de \(D(\textit{Ab})\), on peut trouver un complexe \(M_{n + 1}^\bullet\) de groupes abéliens, un isomorphisme \(M_{n + 1}^\bullet \to K_{n + 1}\) dans \(D(\textit{Ab})\), et un morphisme de complexes \(M_{n + 1}^\bullet \to M_n^\bullet\) représentant la composée \[K_{n + 1} \to K_n \xrightarrow{\psi_n^{-1}} M_n^\bullet\] dans \(D(\textit{Ab})\). Le lemme en résulte par récurrence.

Remarque

Soit \((K_n)\) un système projectif d’objets de \(D(\textit{Ab})\). Soit \(K = R\lim K_n\) une limite dérivée de ce système (voir Catégories dérivées, section 08TB). Une telle limite dérivée existe parce que \(D(\textit{Ab})\) possède des produits dénombrables (Catégories dérivées, Lemme 07KC). Par le Lemme 0CQ9, on peut aussi relever \((K_n)\) en un objet \(M\) de \(D(\textit{Ab}(\mathbf{N}))\). Alors \(K \cong R\lim M\), où \(R\lim\) est le foncteur (08U4), car \(R\lim M\) est aussi une limite dérivée du système \((K_n)\) par le Lemme 07KX. Ainsi, bien qu’il puisse exister de nombreuses classes d’isomorphisme de relèvements \(M\) du système \((K_n)\), le type d’isomorphisme de \(R\lim M\) est indépendant du choix, car il est isomorphe à la limite dérivée \(K = R\lim K_n\) du système. On peut donc appliquer aux limites dérivées les résultats sur \(R\lim\) démontrés dans cette section. Par exemple, pour tout \(p \in \mathbf{Z}\), il existe une suite exacte courte canonique \[0 \to R^1\lim H^{p - 1}(K_n) \to H^p(K) \to \lim H^p(K_n) \to 0\] car on peut appliquer le Lemme 07KY à \(M\). On peut aussi le voir directement, sans invoquer l’existence de \(M\), en appliquant l’argument de la preuve du Lemme 07KY au triangle distingué (définissant) \(K \to \prod K_n \to \prod K_n \to K[1]\).

Lemme

Soit \(E \to D\) un morphisme de \(D(\textit{Ab}(\mathbf{N}))\). Soient \((E_n)\), resp. \((D_n)\), le système d’objets de \(D(\textit{Ab})\) associé à \(E\), resp. à \(D\). Si \((E_n) \to (D_n)\) est un isomorphisme de pro-objets, alors \(R\lim E \to R\lim D\) est un isomorphisme dans \(D(\textit{Ab})\).

Démonstration

L’hypothèse implique en particulier que les pro-objets \(H^p(E_n)\) et \(H^p(D_n)\) sont isomorphes. Le résultat découle des suites exactes courtes du Lemme 07KY et du Lemme 0H9K.

Lemme

Soit \((A_n)\) un système projectif de groupes abéliens. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \((A_n)\) est de Mittag-Leffler,

  2. \(R^1\lim A_n = 0\), et il en va de même de \(\bigoplus_{i \in \mathbf{N}} (A_n)\).

Démonstration

Posons \(B = \bigoplus_{i \in \mathbf{N}} (A_n)\) ; ainsi, \(B = (B_n)\) avec \(B_n = \bigoplus_{i \in \mathbf{N}} A_n\). Si \((A_n)\) est ML, alors \(B\) est ML et, par conséquent, \(R^1\lim A_n = 0\) et \(R^1\lim B_n = 0\) par le Lemme 07KW.

Réciproquement, supposons que \((A_n)\) ne soit pas ML. On peut alors choisir un entier \(m\), une suite d’entiers \(m < m_1 < m_2 < \ldots\) et des éléments \(x_i \in A_{m_i}\) dont l’image \(y_i \in A_m\) n’appartient pas à l’image de \(A_{m_i + 1} \to A_m\). Nous allons utiliser les éléments \(x_i\) et \(y_i\) pour montrer de deux manières que \(R^1\lim B_n \not = 0\). Ceci achèvera la preuve du lemme.

Première preuve. Posons \(C = (C_n)\) avec \(C_n = \prod_{i \in \mathbf{N}} A_n\). Il existe un morphisme injectif canonique \(B_n \to C_n\) de conoyau \(Q_n\). Posons \(Q = (Q_n)\). On peut considérer, et l’on considère, les éléments \(q_n\) de \(Q_n\) comme des suites d’éléments \(q_n = (q_{n, 1}, q_{n, 2}, \ldots)\), avec \(q_{n, i} \in A_n\), modulo les suites dont la queue est nulle (autrement dit, on identifie les suites qui diffèrent en un nombre fini de places). On a une suite exacte courte de systèmes projectifs \[0 \to (B_n) \to (C_n) \to (Q_n) \to 0\] Considérons l’élément \(q_n \in Q_n\) donné par \[q_{n, i} = \left\{ \begin{matrix} \text{image de }x_i &\text{si}& m_i \geq n \\ 0 & \text{sinon} \end{matrix} \right.\] Il est alors clair que \(q_{n + 1}\) s’envoie sur \(q_n\). On obtient donc \(q = (q_n) \in \lim Q_n\). D’autre part, nous affirmons que \(q\) n’appartient pas à l’image de \(\lim C_n \to \lim Q_n\). En effet, supposons que \(c = (c_n)\) s’envoie sur \(q\). On peut écrire \(c_n = (c_{n, i})\) et, puisque \(c_{n', i} \mapsto c_{n, i}\) pour \(n' \geq n\), on voit que \(c_{n, i} \in \Im(C_{n'} \to C_n)\) pour tous \(n, i, n' \geq n\). En particulier, l’image de \(c_{m, i}\) dans \(A_m\) appartient à \(\Im(A_{m_i + 1} \to A_m)\) et ne peut donc pas être égale à \(y_i\). Ainsi, \(c_m\) et \(q_m = (y_1, y_2, y_3, \ldots)\) diffèrent en une infinité de places, ce qui est une contradiction. En considérant la suite exacte longue de cohomologie \[0 \to \lim B_n \to \lim C_n \to \lim Q_n \to R^1\lim B_n\] on conclut que le dernier groupe est non nul, comme voulu.

Seconde preuve. Pour \(n' \geq n\), notons \(A_{n, n'} = \Im(A_{n'} \to A_n)\). On a alors \(y_i \in A_m\), \(y_i \not \in A_{m, m_i + 1}\). Soit \(\xi = (\xi_n) \in \prod B_n\) l’élément tel que \(\xi_n = 0\) sauf si \(n = m_i\), et \(\xi_{m_i} = (0, \ldots, 0, x_i, 0, \ldots)\), où \(x_i\) est placé dans le \(i\)-ième facteur. Nous affirmons que \(\xi\) n’appartient pas à l’image du morphisme \(\prod B_n \to \prod B_n\) du Lemme 07KW. Ceci montre que \(R^1\lim B_n\) est non nul et achève la preuve. En effet, supposons que \(\xi\) soit l’image de \(\eta = (z_1, z_2, \ldots)\), avec \(z_n = \sum z_{n, i} \in \bigoplus_i A_n\). Remarquons que \(x_i = z_{m_i, i} \bmod A_{m_i, m_i + 1}\). Alors \(z_{m_i - 1, i}\) est l’image de \(z_{m_i, i}\) par \(A_{m_i} \to A_{m_i - 1}\), et ainsi de suite ; on conclut que \(z_{m, i}\) est l’image de \(z_{m_i, i}\) par \(A_{m_i} \to A_m\). On conclut que \(z_{m, i}\) est congru à \(y_i\) modulo \(A_{m, m_i + 1}\). En particulier, \(z_{m, i} \not = 0\). Ceci est impossible car \(\sum z_{m, i} \in \bigoplus_i A_m\) ; seul un nombre fini des \(z_{m, i}\) peut donc être non nul.

Lemme

Soit \[0 \to (A_i) \to (B_i) \to (C_i) \to 0\] une suite exacte courte de systèmes projectifs de groupes abéliens. Si \((A_i)\) et \((C_i)\) sont ML, alors \((B_i)\) l’est aussi.

Démonstration

Cela résulte du Lemme 0CQA, du fait que prendre des sommes directes infinies est exact, et de la suite exacte longue de cohomologie associée à \(R\lim\).

Lemme

Soit \((A_n)\) un système projectif de groupes abéliens. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \((A_n)\) est nul comme pro-objet,

  2. \(\lim A_n = 0\) et \(R^1\lim A_n = 0\), et il en va de même de \(\bigoplus_{i \in \mathbf{N}} (A_n)\).

Démonstration

Il résulte du Lemme 0H9K que (1) implique (2). Supposons (2). Alors \((A_n)\) est ML par le Lemme 0CQA. Pour \(m \geq n\), posons \(A_{n, m} = \Im(A_m \to A_n)\), de sorte que \(A_n = A_{n, n} \supset A_{n, n + 1} \supset \ldots\). Remarquons que \((A_n)\) est nul comme pro-objet si et seulement si, pour tout \(n\), il existe \(m \geq n\) tel que \(A_{n, m} = 0\). Remarquons que \((A_n)\) est ML si et seulement si, pour tout \(n\), il existe \(m_n \geq n\) tel que \(A_{n, m} = A_{n, m + 1} = \ldots\). Dans le cas ML, il est clair que \(\lim A_n = 0\) implique \(A_{n, m_n} = 0\), car les morphismes \(A_{n + 1, m_{n + 1}} \to A_{n, m}\) sont surjectifs. Ceci achève la preuve.

Rlim des modules

Nous discutons brièvement de \(R\lim\) pour les modules. Une grande partie des arguments de cette section reprend les arguments utilisés pour construire le formalisme cohomologique des modules sur les sites annelés.

Soit \((A_n)\) un système projectif d’anneaux. Nous noterons \(\textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n))\) la catégorie des systèmes projectifs \((M_n)\) de groupes abéliens tels que chaque \(M_n\) soit muni d’une structure de \(A_n\)-module et que les applications de transition \(M_{n + 1} \to M_n\) soient des homomorphismes de \(A_{n + 1}\)-modules. C’est une catégorie abélienne. Posons \(A = \lim A_n\). Si \((M_n)\) est un objet de \(\textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n))\), alors la limite \(\lim M_n\) est un \(A\)-module.

Lemme

Dans la situation ci-dessus, le foncteur \(\lim : \textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n)) \to \text{Mod}_A\) admet un foncteur dérivé droit \[R\lim : D(\textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n))) \longrightarrow D(A)\] Comme d’habitude, nous posons \(R^p\lim(K) = H^p(R\lim(K))\). De plus,

  1. pour tout \((M_n)\) dans \(\textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n))\), on a \(R^p\lim M_n = 0\) pour \(p > 1\) ;

  2. l’objet \(R\lim M_n\) de \(D(\text{Mod}_A)\) est représenté par le complexe \[\prod M_n \to \prod M_n,\quad (x_n) \mapsto (x_n - f_{n + 1}(x_{n + 1}))\] placé en degrés \(0\) et \(1\) ;

  3. si \((M_n)\) vérifie la condition ML, alors \(R^1\lim M_n = 0\), autrement dit \((M_n)\) est acyclique à droite pour \(\lim\) ;

  4. tout \(K^\bullet \in D(\textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n)))\) est quasi-isomorphe à un complexe dont les termes sont acycliques à droite pour \(\lim\) ;

  5. si chaque \(K^p = (K^p_n)\) est acyclique à droite pour \(\lim\), c’est-à-dire si \(R^1\lim_n K^p_n = 0\), alors \(R\lim K\) est représenté par le complexe dont le terme de degré \(p\) est \(\lim_n K_n^p\).

Démonstration

La preuve est mot pour mot la même que celle du Lemme 07KW.

Remarque

Cette remarque prolonge la Remarque 091A. Un faisceau d’anneaux sur \(\mathbf{N}\) n’est autre qu’un système projectif d’anneaux \((A_n)\). Un faisceau de modules sur \((A_n)\) est exactement un objet de la catégorie \(\textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n))\) définie ci-dessus. Le foncteur dérivé \(R\lim\) du Lemme 091D est simplement \(R\Gamma(\mathbf{N}, -)\), de la catégorie dérivée des modules vers la catégorie dérivée des modules sur les sections globales du faisceau structural. En général, les cohomologies des groupes et des modules coïncident ; voir Cohomologie sur les sites, Lemme 03FD.

Dans le lemme suivant, les produits peuvent être vus comme des produits terme à terme de complexes ou comme des produits dans la catégorie dérivée \(D(A)\) ; voir Catégories dérivées, Lemme 07KC.

Lemme

Soit \(K = (K_n^\bullet)\) un objet de \(D(\textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n)))\). Il existe un triangle distingué canonique \[R\lim K \to \prod\nolimits_n K_n^\bullet \to \prod\nolimits_n K_n^\bullet \to R\lim K[1]\] dans \(D(A)\). Autrement dit, \(R\lim K\) est une limite dérivée du système projectif \((K_n^\bullet)\) dans \(D(A)\) ; voir Catégories dérivées, Définition 08TC.

Démonstration

La preuve est exactement la même que celle du Lemme 07KX, en utilisant le Lemme 091D à la place du Lemme 07KW.

Lemme

Avec les notations du Lemme 0CQD, la suite exacte longue de cohomologie associée au triangle distingué se décompose en suites exactes courtes \[0 \to R^1\lim_n H^{p - 1}(K_n^\bullet) \to H^p(R\lim K) \to \lim_n H^p(K_n^\bullet) \to 0\] de \(A\)-modules.

Démonstration

La preuve est exactement la même que celle du Lemme 07KY, en utilisant le Lemme 091D à la place du Lemme 07KW.

Avertissement. Comme pour les groupes abéliens, un objet \(M = (M_n^\bullet)\) de \(D(\textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n)))\) est un système projectif de complexes de modules, ce qui n’est pas la même chose qu’un système projectif d’objets des catégories dérivées. Dans le lemme suivant, nous montrons qu’un système projectif d’objets de catégories dérivées se relève toujours en un objet de \(D(\textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n)))\).

Lemme

Soit \((A_n)\) un système projectif d’anneaux. Supposons donnés

  1. pour tout \(n\), un objet \(K_n\) de \(D(A_n)\) ;

  2. pour tout \(n\), un morphisme \(\varphi_n : K_{n + 1} \to K_n\) dans \(D(A_{n + 1})\), où l’on considère \(K_n\) comme un objet de \(D(A_{n + 1})\) par restriction des scalaires le long de \(A_{n + 1} \to A_n\).

Il existe un objet \(M = (M_n^\bullet) \in D(\textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n)))\) et des isomorphismes \(\psi_n : M_n^\bullet \to K_n\) dans \(D(A_n)\) tels que les diagrammes \[\xymatrix{ M_{n + 1}^\bullet \ar[d]_{\psi_{n + 1}} \ar[r] & M_n^\bullet \ar[d]^{\psi_n} \\ K_{n + 1} \ar[r]^{\varphi_n} & K_n }\] commutent dans \(D(A_{n + 1})\).

Démonstration

Détaillons la preuve. Pour un \(A_n\)-module \(T\), nous notons \(T_{A_{n + 1}}\) le même module considéré comme un \(A_{n + 1}\)-module. Supposons que \(K_n^\bullet\) soit un complexe de \(A_n\)-modules représentant \(K_n\). Alors \(K_{n, A_{n + 1}}^\bullet\) est le même complexe, considéré comme un complexe de \(A_{n + 1}\)-modules. Par construction de la catégorie dérivée, le morphisme \(\psi_n\) peut s’écrire \[\psi_n = \tau_n \circ \sigma_n^{-1}\] où \(\sigma_n : L_{n + 1}^\bullet \to K_{n + 1}^\bullet\) est un quasi-isomorphisme de complexes de \(A_{n + 1}\)-modules et \(\tau_n : L_{n + 1}^\bullet \to K_{n, A_{n + 1}}^\bullet\) un morphisme de complexes de \(A_{n + 1}\)-modules.

Construisons maintenant les complexes \(M_n^\bullet\) par récurrence. Pour initialiser, posons \(M_1^\bullet = K_1^\bullet\). Supposons déjà construits \(M_e^\bullet \to M_{e - 1}^\bullet \to \ldots \to M_1^\bullet\) ainsi que des morphismes de complexes \(\psi_i : M_i^\bullet \to K_i^\bullet\) tels que les diagrammes \[\xymatrix{ M_{n + 1}^\bullet \ar[d]_{\psi_{n + 1}} \ar[rr] & & M_{n, A_{n + 1}}^\bullet \ar[d]^{\psi_{n, A_{n + 1}}} \\ K_{n + 1}^\bullet & L_{n + 1}^\bullet \ar[l]_{\sigma_n} \ar[r]^{\tau_n} & K_{n, A_{n + 1}}^\bullet }\] ci-dessus commutent dans \(D(A_{n + 1})\) pour tout \(n < e\). Considérons alors le diagramme \[\xymatrix{ & & M_{e, A_{e + 1}}^\bullet \ar[d]^{\psi_{e, A_{e + 1}}} \\ K_{e + 1}^\bullet & L_{e + 1}^\bullet \ar[r]^{\tau_e} \ar[l]_{\sigma_e} & K_{e, A_{e + 1}}^\bullet }\] dans \(D(A_{e + 1})\). Puisque \(\psi_e\) est un quasi-isomorphisme, \(\psi_{e, A_{e + 1}}\) en est également un. Par définition des morphismes dans \(D(A_{e + 1})\), on peut trouver un quasi-isomorphisme \(\psi_{e + 1} : M_{e + 1}^\bullet \to K_{e + 1}^\bullet\) de complexes de \(A_{e + 1}\)-modules tel qu’il existe un morphisme de complexes \(M_{e + 1}^\bullet \to M_{e, A_{e + 1}}^\bullet\) de \(A_{e + 1}\)-modules représentant la composée \(\psi_{e, A_{e + 1}}^{-1} \circ \tau_e \circ \sigma_e^{-1}\) dans \(D(A_{e + 1})\). Le lemme en résulte par récurrence.

Remarque

Plaçons-nous sous les hypothèses du Lemme 091I. A priori, de nombreuses classes d’isomorphisme d’objets \(M\) de \(D(\textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n)))\) peuvent donner le système \((K_n, \varphi_n)\) du lemme. Pour chacun de ces \(M\), on peut considérer le complexe \(R\lim M \in D(A)\), où \(A = \lim A_n\). Le Lemme 0CQD montre que \(R\lim M\) est une limite dérivée du système projectif \((K_n)\) dans \(D(A)\). La classe d’isomorphisme de \(R\lim M\) dans \(D(A)\) ne dépend donc pas des choix effectués pour construire \(M\). En particulier, on peut appliquer les résultats sur \(R\lim\) établis dans cette section aux limites dérivées de systèmes projectifs dans \(D(A)\). Par exemple, pour tout \(p \in \mathbf{Z}\), il existe une suite exacte courte canonique \[0 \to R^1\lim H^{p - 1}(K_n) \to H^p(R\lim K_n) \to \lim H^p(K_n) \to 0\] car on peut appliquer le Lemme 0CQD à \(M\). On peut aussi le voir directement, sans invoquer l’existence de \(M\), en appliquant l’argument de la preuve du Lemme 0CQD au triangle distingué (définissant) \(R\lim K_n \to \prod K_n \to \prod K_n \to (R\lim K_n)[1]\) de la limite dérivée.

Lemme

Soit \((A_n)\) un système projectif d’anneaux. Tout \(K \in D(\textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n)))\) peut être représenté par un système de complexes \((M_n^\bullet)\) dont toutes les applications de transition \(M_{n + 1}^\bullet \to M_n^\bullet\) sont surjectives.

Démonstration

Représentons \(K\) par le système \((K_n^\bullet)\). Posons \(M_1^\bullet = K_1^\bullet\). Supposons construits des morphismes surjectifs de complexes \(M_n^\bullet \to M_{n - 1}^\bullet \to \ldots \to M_1^\bullet\) ainsi que des équivalences d’homotopie \(\psi_e : K_e^\bullet \to M_e^\bullet\) tels que les diagrammes \[\xymatrix{ K_{e + 1}^\bullet \ar[d] \ar[r] & K_e^\bullet \ar[d] \\ M_{e + 1}^\bullet \ar[r] & M_e^\bullet }\] commutent pour tout \(e < n\). Considérons alors le diagramme \[\xymatrix{ K_{n + 1}^\bullet \ar[r] & K_n^\bullet \ar[d] \\ & M_n^\bullet }\] D’après Catégories dérivées, Lemme 0642, on peut factoriser la composée \(K_{n + 1}^\bullet \to M_n^\bullet\) sous la forme \(K_{n + 1}^\bullet \to M_{n + 1}^\bullet \to M_n^\bullet\), de sorte que la première flèche soit une équivalence d’homotopie et la seconde une surjection scindée terme à terme. Le lemme en résulte par récurrence.

Lemme

Soit \((A_n)\) un système projectif d’anneaux. Tout \(K \in D(\textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n)))\) peut être représenté par un système de complexes \((K_n^\bullet)\) tels que chacun des \(K_n^\bullet\) soit K-plat.

Démonstration

Utilisons d’abord le Lemme 091F pour représenter \(K\) par un système de complexes \((M_n^\bullet)\) dont toutes les applications de transition \(M_{n + 1}^\bullet \to M_n^\bullet\) sont surjectives. Prenons ensuite un quasi-isomorphisme \(K_1^\bullet \to M_1^\bullet\), où \(K_1^\bullet\) est un complexe K-plat de \(A_1\)-modules (Lemme 06Y4). Supposons construits \(K_n^\bullet \to K_{n - 1}^\bullet \to \ldots \to K_1^\bullet\) et des morphismes de complexes \(\psi_e : K_e^\bullet \to M_e^\bullet\) tels que \[\xymatrix{ K_{e + 1}^\bullet \ar[d] \ar[r] & K_e^\bullet \ar[d] \\ M_{e + 1}^\bullet \ar[r] & M_e^\bullet }\] commute pour tout \(e < n\). Considérons alors le diagramme \[\xymatrix{ C^\bullet \ar@{..>}[d] \ar@{..>}[r] & K_n^\bullet \ar[d]^{\psi_n} \\ M_{n + 1}^\bullet \ar[r]^{\varphi_n} & M_n^\bullet }\] dans \(D(A_{n + 1})\). Comme \(M_{n + 1}^\bullet \to M_n^\bullet\) est surjectif terme à terme, le complexe \(C^\bullet\) placé dans le coin supérieur gauche et dont les termes sont \[C^p = M_{n + 1}^p \times_{M_n^p} K_n^p\] est quasi-isomorphe à \(M_{n + 1}^\bullet\) (détails omis). Choisissons un quasi-isomorphisme \(K_{n + 1}^\bullet \to C^\bullet\) avec \(K_{n +1}^\bullet\) K-plat. Le lemme en résulte par récurrence.

Lemme

Soit \((A_n)\) un système projectif d’anneaux. Étant donnés \(K, L \in D(\textit{Mod}(\mathbf{N}, (A_n)))\), il existe un produit tensoriel dérivé canonique \(K \otimes^\mathbf{L} L\) dans \(D(\mathbf{N}, (A_n))\), compatible avec les foncteurs vers \(D(A_n)\). La construction est symétrique en \(K\) et \(L\) et définit un foncteur exact de catégories triangulées en chaque variable.

Démonstration

Choisissons un représentant \((K_n^\bullet)\) de \(K\) tel que chaque \(K_n^\bullet\) soit un complexe K-plat (Lemme 091G). On peut alors définir \(K \otimes^\mathbf{L} L\) comme l’objet représenté par le système de complexes \[(\text{Tot}(K_n^\bullet \otimes_{A_n} L_n^\bullet))\] pour n’importe quel choix de représentant \((L_n^\bullet)\) de \(L\). Cette définition est indépendante des choix dans les deux variables d’après les Lemmes 06Y0 et 064L. La compatibilité avec le foncteur vers \(D(A_n)\) est claire. L’exactitude se démontre exactement comme dans le Lemme 064J.

Remarque

Soit \(A\) un anneau et soit \((E_n)\) un système projectif d’objets de \(D(A)\). Nous avons vu ci-dessus qu’une limite dérivée \(R\lim E_n\) existe. Ainsi, pour tout objet \(K\) de \(D(A)\), la limite dérivée \(R\lim( K \otimes_A^\mathbf{L} E_n )\) existe également. On peut en fait construire ces limites dérivées de manière fonctorielle en \(K\) et obtenir un foncteur exact \[R\lim(- \otimes_A^\mathbf{L} E_n) : D(A) \longrightarrow D(A)\] de catégories triangulées. En effet, relevons d’abord \((E_n)\) en un objet \(E\) de \(D(\mathbf{N}, A)\) ; voir Lemme 091I. (Le foncteur dépendra du choix de ce relèvement.) Observons ensuite qu’il existe un foncteur « diagonal » ou « constant » \[\Delta : D(A) \longrightarrow D(\mathbf{N}, A)\] qui envoie le complexe \(K^\bullet\) sur le système projectif constant de complexes de valeur \(K^\bullet\). On définit alors simplement \[R\lim(K \otimes_A^\mathbf{L} E_n) = R\lim(\Delta(K)\otimes^\mathbf{L} E)\] où, au membre de droite, on utilise le foncteur \(R\lim\) du Lemme 091D et le foncteur \(- \otimes^\mathbf{L} -\) du Lemme 091H.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(E \to D \to F \to E[1]\) un triangle distingué de \(D(\mathbf{N}, A)\). Soient \((E_n)\), resp. \((D_n)\), resp. \((F_n)\) les systèmes d’objets de \(D(A)\) associés à \(E\), resp. \(D\), resp. \(F\). Alors, pour tout \(K \in D(A)\), il existe un triangle distingué canonique \[R\lim (K \otimes^\mathbf{L}_A E_n) \to R\lim (K \otimes^\mathbf{L}_A D_n) \to R\lim (K \otimes^\mathbf{L}_A F_n) \to R\lim (K \otimes^\mathbf{L}_A E_n)[1]\] dans \(D(A)\), avec les notations de la Remarque 091J.

Démonstration

Cela résulte immédiatement de la construction de la Remarque 091J et du fait que \(\Delta : D(A) \to D(\mathbf{N}, A)\), \(- \otimes^\mathbf{L} -\) et \(R\lim\) sont des foncteurs exacts de catégories triangulées.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(E \to D\) un morphisme de \(D(\mathbf{N}, A)\). Soient \((E_n)\), resp. \((D_n)\) les systèmes d’objets de \(D(A)\) associés à \(E\), resp. \(D\). Si \((E_n) \to (D_n)\) est un isomorphisme de pro-objets, alors, pour tout \(K \in D(A)\), le morphisme correspondant \[R\lim (K \otimes^\mathbf{L}_A E_n) \longrightarrow R\lim (K \otimes^\mathbf{L}_A D_n)\] dans \(D(A)\) est un isomorphisme (notations de la Remarque 091J).

Démonstration

Cela résulte des définitions et du Lemme 091B.

Modules de torsion

Dans cette section, l’expression « modules de torsion » désigne les modules à support dans un sous-ensemble fermé donné \(V(I)\) d’un schéma affine \(\Spec(R)\). Cette notion est différente de celle d’un module de torsion sur un anneau intègre, mais lui est analogue (Définition 0536).

Définition

Soit \(R\) un anneau et soit \(M\) un \(R\)-module.

  1. Soit \(I \subset R\) un idéal. On dit que \(M\) est un module de torsion annulée par une puissance de \(I\) si, pour tout \(m \in M\), il existe \(n > 0\) tel que \(I^n m = 0\).

  2. Soit \(f \in R\). On dit que \(M\) est un module de torsion annulée par une puissance de \(f\) si, pour tout \(m \in M\), il existe \(n > 0\) tel que \(f^n m = 0\).

Ainsi, un module de torsion annulée par une puissance de \(f\) est la même chose qu’un module de torsion annulée par une puissance de \(I\) pour \(I = (f)\). Nous utiliserons les notations \[M[I^n] = \{m \in M \mid I^nm = 0\}\] et \[M[I^\infty] = \bigcup M[I^n]\] pour un \(R\)-module \(M\). Ainsi, \(M\) est de torsion annulée par une puissance de \(I\) si et seulement si \(M = M[I^\infty]\), ou encore si et seulement si \(M = \bigcup M[I^n]\).

Lemme

Soient \(R\) un anneau, \(I\) un idéal de \(R\) et \(M\) un module de torsion annulée par une puissance de \(I\). Alors \(M\) admet une résolution \[\ldots \to K_2 \to K_1 \to K_0 \to M \to 0\] où chaque \(K_i\) est une somme directe de copies de \(R/I^n\), avec \(n\) variable.

Démonstration

Il existe une surjection canonique \[\oplus_{m \in M} R/I^{n_m} \to M \to 0\] où \(n_m\) est le plus petit entier strictement positif tel que \(I^{n_m} \cdot m = 0\). Le noyau de cette surjection est lui aussi un module de torsion annulée par une puissance de \(I\). En poursuivant par récurrence, on construit la résolution voulue de \(M\).

Lemme

Soient \(R\) un anneau et \(I\) un idéal de \(R\). Pour tout \(R\)-module \(M\), posons \(M[I^n] = \{m \in M \mid I^nm = 0\}\). Si \(I\) est de type fini, les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M[I] = 0\) ;

  2. \(M[I^n] = 0\) pour tout \(n \geq 1\) ;

  3. si \(I = (f_1, \ldots, f_t)\), alors l’application \(M \to \bigoplus M_{f_i}\) est injective.

Démonstration

Cela résulte de Algèbre, Lemme 0565.

Lemme

Soient \(R\) un anneau et \(I\) un idéal de type fini de \(R\).

  1. Pour tout \(R\)-module \(M\), on a \((M/M[I^\infty])[I] = 0\).

  2. Toute extension de modules de torsion annulée par une puissance de \(I\) est encore de torsion annulée par une puissance de \(I\).

Démonstration

Soit \(m \in M\). Si l’image de \(m\) appartient à \((M/M[I^\infty])[I]\), alors \(Im \subset M[I^\infty]\). Écrivons \(I = (f_1, \ldots, f_t)\). On a donc \(f_i m \in M[I^\infty]\), c’est-à-dire \(I^{n_i}f_i m = 0\) pour un certain \(n_i > 0\). Par conséquent, \(I^Nm = 0\) pour \(N = \sum n_i + 2\). L’image de \(m\) dans \((M/M[I^\infty])\) est donc nulle, ce qui démontre la première assertion du lemme.

Pour la seconde assertion, supposons que \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) soit une suite exacte courte de modules dans laquelle \(M'\) et \(M''\) sont tous deux de torsion annulée par une puissance de \(I\). Alors \(M[I^\infty] \supset M'\) ; ainsi, \(M/M[I^\infty]\) est un quotient de \(M''\) et est donc de torsion annulée par une puissance de \(I\). La première assertion et le Lemme 05EA impliquent qu’il est nul.

Lemme

Soit \(I\) un idéal de type fini d’un anneau \(R\). Les modules de torsion annulée par une puissance de \(I\) forment une sous-catégorie de Serre de la catégorie abélienne \(\text{Mod}_R\) ; voir Homologie, Définition 02MO.

Démonstration

Il est clair qu’un sous-module ou un module quotient d’un module de torsion annulée par une puissance de \(I\) est encore de torsion annulée par une puissance de \(I\). De plus, le Lemme 05EB montre qu’une extension de deux modules de torsion annulée par une puissance de \(I\) est encore de torsion annulée par une puissance de \(I\). L’assertion résulte donc de Homologie, Lemme 02MP.

Lemme

Soient \(R\) un anneau et \(I \subset R\) un idéal de type fini. La sous-catégorie \(I^\infty\text{-torsion} \subset \text{Mod}_R\) ne dépend que du sous-ensemble fermé \(Z = V(I) \subset \Spec(R)\). Plus précisément, un \(R\)-module \(M\) est de torsion annulée par une puissance de \(I\) si et seulement si son support est contenu dans \(Z\).

Démonstration

Soient \(M\) un \(R\)-module et \(x \in M\). Si \(x \in M[I^\infty]\), alors l’image de \(x\) dans \(M_f\) est nulle pour tout \(f \in I\). L’image de \(x\) dans \(M_\mathfrak p\) est donc nulle pour tout \(\mathfrak p \not \supset I\). Réciproquement, si l’image de \(x\) dans \(M_\mathfrak p\) est nulle pour tout \(\mathfrak p \not \supset I\), alors l’image de \(x\) dans \(M_f\) est nulle pour tout \(f \in I\). Par suite, si \(I = (f_1, \ldots, f_r)\), alors \(f_i^{n_i}x = 0\) pour un certain \(n_i \geq 1\). Il s’ensuit que \(x \in M[I^{\sum n_i}]\). Ainsi, \(M[I^\infty]\) est le noyau de \(M \to \prod_{\mathfrak p \not \in Z} M_\mathfrak p\). La seconde assertion du lemme en résulte, et elle implique la première.

Les deux lemmes suivants devraient probablement figurer ailleurs.

Lemme

Soient \(R\) un anneau, \(I \subset R\) un idéal et \(K\) un objet de \(D(R)\) tel que \(H^i(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I) = 0\) pour \(i > 0\). Alors :

  1. \(H^i(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I^n) = 0\) pour tous \(n \geq 1\) et \(i > 0\) ;

  2. \(H^i(K \otimes_R^\mathbf{L} N) = 0\) pour tout module de torsion annulée par une puissance de \(I\), qui soit un \(R\)-module \(N\), et tout \(i > 0\) ;

  3. pour tout \(M \in D^b(R)\) dont les modules de cohomologie \(H^i(M)\) sont de torsion annulée par une puissance de \(I\) et égaux à \(0\) pour \(i > 0\), on a \(H^i(K \otimes_R^\mathbf{L} M) = 0\) pour \(i > 0\).

Démonstration

Démontrons (2). On peut écrire \(N = \bigcup N[I^n]\). On a \(K \otimes_R^\mathbf{L} N = \text{hocolim}_n K \otimes_R^\mathbf{L} N[I^n]\), car les produits tensoriels commutent aux colimites (détails omis ; indication : représenter \(K\) par un complexe K-plat et calculer directement). On peut donc supposer que \(N\) est annulé par \(I^n\). Considérons la \(R\)-algèbre \(R' = R/I^n \oplus N\), où \(N\) est un idéal de carré nul. Il suffit de montrer que l’objet \(K' = K \otimes_R^\mathbf{L} R'\) de \(D(R')\) a une cohomologie nulle en degrés strictement positifs. On dispose d’une surjection \(R' \to R/I\) de \(R\)-algèbres dont le noyau \(J\) est nilpotent (tout produit de \(n\) éléments du noyau est nul). On a \[K \otimes_R^\mathbf{L} R/I = (K \otimes_R^\mathbf{L} R') \otimes_{R'}^\mathbf{L} R/I = K' \otimes_{R'}^\mathbf{L} R/I\] Par hypothèse, le complexe \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I\) est d’amplitude de Tor contenue dans \([-\infty, 0]\). La conclusion résulte donc du Lemme 0H75.

La partie (1) résulte immédiatement de la partie (2). La partie (3) résulte de la partie (2), d’une récurrence sur le nombre de modules de cohomologie non nuls de \(M\) et des triangles distingués de troncation de Catégories dérivées, Remarque 08J5. Les détails sont omis.

Lemme

Soient \(R\) un anneau, \(I \subset R\) un idéal et \(K\) un objet de \(D(R)\) tel que \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I = 0\) dans \(D(R)\). Alors :

  1. \(K \otimes_R^\mathbf{L} R/I^n = 0\) pour tout \(n \geq 1\) ;

  2. \(K \otimes_R^\mathbf{L} N = 0\) pour tout module de torsion annulée par une puissance de \(I\), qui soit un \(R\)-module \(N\) ;

  3. \(K \otimes_R^\mathbf{L} M = 0\) pour tout \(M \in D^b(R)\) dont les modules de cohomologie sont de torsion annulée par une puissance de \(I\).

Démonstration

C’est une conséquence du Lemme 0H82 (certains détails sont omis).

Lemme

Soit \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(I \subset R\) un idéal tel que \(R/I^n \to R'/I^nR'\) soit un isomorphisme pour \(n > 0\). Pour tout module de torsion annulée par une puissance de \(I\), qui soit un \(R\)-module \(M\), l’application \(M \to M \otimes_R R'\) est un isomorphisme. Par exemple, si \(I\) est de type fini et si \(R^\wedge\) est le complété de \(R\) pour la topologie \(I\)-adique, alors \(M \cong M \otimes_R R^\wedge\).

Démonstration

Si \(M\) est annulé par \(I^n\), alors \[M \otimes_R R' \cong M \otimes_{R/I^n} R'/I^n R' \cong M \otimes_{R/I^n} R/I^n \cong M.\] Si \(M\) est de torsion annulée par une puissance de \(I\), alors \(M = \bigcup M[I^n]\). Comme les produits tensoriels commutent aux limites inductives (Algèbre, Lemme 00DD), on obtient l’isomorphisme voulu. La dernière assertion est un cas particulier de la première d’après Algèbre, Lemme 05GG.

Recollement formel de catégories de modules

Fixons un schéma noethérien \(X\) et un sous-schéma fermé \(Z\) de complémentaire \(U\). Notre but est d’expliquer comment construire, de manière unique, les faisceaux cohérents sur \(X\) à partir de faisceaux cohérents sur le complété formel de \(X\) le long de \(Z\) et de faisceaux cohérents sur \(U\), munis d’une compatibilité convenable sur l’intersection. Nous le faisons d’abord en n’utilisant que l’algèbre commutative (dans cette section), puis nous l’expliquerons dans le cadre des espaces algébriques (Sommes amalgamées d’espaces, section 0AEP).

Voici quelques références qui traitent d’une partie des résultats de cette section : [ArtinII, section 2], [Ferrand-Raynaud, Appendix], [Beauville-Laszlo], [MB] et [dJ-crystalline, section 4.6].

Lemme

Soient \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme d’anneaux et \(I \subset R\) un idéal. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\varphi\) est plat et \(R/I \to S/IS\) est fidèlement plat ;

  2. \(\varphi\) est plat et l’application \(\Spec(S/IS) \to \Spec(R/I)\) est surjective ;

  3. \(\varphi\) est plat et le foncteur de changement de base \(M \mapsto M \otimes_R S\) est fidèle sur les modules annulés par \(I\) ;

  4. \(\varphi\) est plat et le foncteur de changement de base \(M \mapsto M \otimes_R S\) est fidèle sur les modules de torsion annulée par une puissance de \(I\).

Démonstration

Si \(R \to S\) est plat, alors \(R/I^n \to S/I^nS\) est plat pour tout \(n\) ; voir Algèbre, Lemme 00HI. Les conditions (1) et (2) sont donc équivalentes d’après Algèbre, Lemme 00HQ. L’équivalence de (1) et (3) résulte de l’identification des modules de torsion annulée par \(I\) parmi les \(R\)-modules aux \(R/I\)-modules, de l’égalité \[M \otimes_R S = M \otimes_{R/I} S/IS\] pour tout \(R\)-module \(M\) annulé par \(I\), et de Algèbre, Lemme 00HO. L’implication (4) \(\Rightarrow\) (3) est immédiate. Supposons (3). Nous avons vu que \(R/I^n \to S/I^nS\) est plat ; par hypothèse, il induit en outre une surjection sur les spectres, puisque \(\Spec(R/I^n) = \Spec(R/I)\), et de même pour \(S\). Le foncteur de changement de base est donc fidèle sur les modules annulés par \(I^n\). Comme tout module de torsion annulée par une puissance de \(I\), noté \(M\), est la réunion \(M = \bigcup M_n\), où \(M_n\) est annulé par \(I^n\), le foncteur de changement de base est fidèle sur la catégorie de tous les modules de torsion par une puissance de \(I\) (le produit tensoriel commutant aux colimites).

Lemme

Supposons que \((\varphi : R \to S, I)\) satisfasse aux conditions équivalentes du Lemme 05E7. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. pour tout module de torsion annulée par une puissance de \(I\), noté \(M\), l’application naturelle \(M \to M \otimes_R S\) est un isomorphisme ;

  2. \(R/I \to S/IS\) est un isomorphisme.

Démonstration

L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) est immédiate. Supposons (2). Supposons d’abord \(M\) annulé par \(I\). Dans ce cas, \(M\) est un \(R/I\)-module, et l’on a un isomorphisme \[M \otimes_R S = M \otimes_{R/I} S/IS = M \otimes_{R/I} R/I = M\] ce qui démontre l’assertion. Montrons ensuite par récurrence que \(M \to M \otimes_R S\) est un isomorphisme pour tout module \(M\) annulé par \(I^n\). Supposons le résultat établi pour \(n\) et \(M\) annulé par \(I^{n + 1}\). On dispose alors d’une suite exacte courte \[0 \to I^nM \to M \to M/I^nM \to 0\] Comme \(R \to S\) est plat, elle donne une suite exacte courte \[0 \to I^nM \otimes_R S \to M \otimes_R S \to M/I^nM \otimes_R S \to 0\] L’application canonique étant un isomorphisme pour \(M' = I^nM\) et \(M'' = M/I^nM\) par hypothèse de récurrence, elle l’est aussi pour \(M\). Enfin, si \(M\) est un module quelconque de torsion annulée par une puissance de \(I\), alors \(M = \bigcup M_n\), où \(M_n\) est annulé par \(I^n\), et on conclut en utilisant le fait que les produits tensoriels commutent aux colimites.

Lemme

Supposons que \(\varphi : R \to S\) soit un homomorphisme plat, que \(I \subset R\) soit un idéal de type fini et que \(R/I \to S/IS\) soit un isomorphisme. Alors :

  1. pour tout \(R\)-module \(M\), l’application \(M \to M \otimes_R S\) induit un isomorphisme \(M[I^\infty] \to (M \otimes_R S)[(IS)^\infty]\) entre les sous-modules de torsion annulée par une puissance de \(I\) ;

  2. l’application naturelle \[\Hom_R(M, N) \longrightarrow \Hom_S(M \otimes_R S, N \otimes_R S)\] est un isomorphisme si \(M\) ou \(N\) est de torsion annulée par une puissance de \(I\) ;

  3. le foncteur de changement de base \(M \mapsto M \otimes_R S\) définit une équivalence de catégories entre les modules de torsion annulée par une puissance de \(I\) et ceux annulés par une puissance de \(IS\).

Démonstration

Remarquons que les conditions équivalentes du Lemme 05E7 et du Lemme 05E9 sont satisfaites. Nous les utiliserons sans autre mention. Démontrons d’abord (1). Soit \(M\) un \(R\)-module quelconque. Posons \(M' = M/M[I^\infty]\) et considérons la suite exacte \[0 \to M[I^\infty] \to M \to M' \to 0\] Comme \(M[I^\infty] = M[I^\infty] \otimes_R S\), il suffit de montrer que \((M' \otimes_R S)[(IS)^\infty] = 0\). Écrivons \(I = (f_1, \ldots, f_t)\). Le Lemme 05EB donne \(M'[I^\infty] = 0\). Par conséquent, pour tout \(n > 0\), l’application \[M' \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots t} M', \quad x \longmapsto (f_1^n x, \ldots, f_t^n x)\] est injective. Puisque \(S\) est plat sur \(R\), l’application correspondante \(M' \otimes_R S \to \bigoplus_{i = 1, \ldots t} M' \otimes_R S\) est elle aussi injective. Cela signifie que \((M' \otimes_R S)[I^n] = 0\), comme voulu.

Démontrons ensuite (2). Si \(N\) est de torsion annulée par une puissance de \(I\), alors \(N \otimes_R S = N\), et l’application affichée en (2) est un isomorphisme d’après Algèbre, Lemme 05DQ. Si \(M\) est de torsion annulée par une puissance de \(I\), alors l’image de tout morphisme \(M \to N\) se factorise par \(N[I^\infty]\), et l’image de tout morphisme \(M \otimes_R S \to N \otimes_R S\) se factorise par \((N \otimes_R S)[(IS)^\infty]\). Dans ce cas, la partie (1) permet donc de remplacer \(N\) par \(N[I^\infty]\), et le résultat découle du cas où \(N\) est de torsion annulée par une puissance de \(I\), déjà traité.

Démontrons enfin (3). Le foncteur est pleinement fidèle par (2). Pour l’essentielle surjectivité, il suffit de remarquer que, pour tout module de torsion annulée par une puissance de \(IS\), qui soit un \(S\)-module \(N\), l’application naturelle \(N \otimes_R S \to N\) est un isomorphisme.

Lemme

Supposons que \(\varphi : R \to S\) soit un homomorphisme plat, que \(I \subset R\) soit un idéal de type fini et que \(R/I \to S/IS\) soit un isomorphisme. Pour tous \(f_1, \ldots, f_r \in R\) tels que \(V(f_1, \ldots, f_r) = V(I)\) :

  1. le morphisme de complexes de Koszul \(K(R, f_1, \ldots, f_r) \to K(S, f_1, \ldots, f_r)\) est un quasi-isomorphisme ;

  2. le morphisme de complexes de Čech alternés augmentés \[\xymatrix{ R \to \prod_{i_0} R_{f_{i_0}} \to \prod_{i_0 < i_1} R_{f_{i_0}f_{i_1}} \to \ldots \to R_{f_1\ldots f_r} \ar[d] \\ S \to \prod_{i_0} S_{f_{i_0}} \to \prod_{i_0 < i_1} S_{f_{i_0}f_{i_1}} \to \ldots \to S_{f_1\ldots f_r} }\] est un quasi-isomorphisme.

Démonstration

Dans les deux cas, on dispose d’un complexe \(K_\bullet\) de \(R\)-modules, et il s’agit de montrer que \(K_\bullet \to K_\bullet \otimes_R S\) est un quasi-isomorphisme. D’après le Lemme 05E9 et la platitude de \(R \to S\), il suffit que tous les groupes d’homologie de \(K\) soient de torsion annulée par une puissance de \(I\). C’est le cas du complexe de Koszul d’après le Lemme 0663, et du complexe de Čech alterné augmenté d’après le Lemme 0G6K.

Lemme

Soient \(R\) un anneau et \(I = (f_1, \ldots, f_n)\) un idéal de type fini de \(R\). Soit \(M\) le \(R\)-module engendré par des éléments \(e_1, \ldots, e_n\) soumis aux relations \(f_i e_j - f_j e_i = 0\). Il existe une suite exacte courte \[0 \to K \to M \to I \to 0\] telle que \(K\) soit annulé par \(I\).

Démonstration

Il s’agit simplement d’une troncation du complexe de Koszul. L’application \(M \to I\) est définie par la règle \(e_i \mapsto f_i\). Si \(m = \sum a_i e_i\) appartient au noyau de \(M \to I\), c’est-à-dire si \(\sum a_i f_i = 0\), alors \(f_j m = \sum f_j a_i e_i = (\sum f_i a_i) e_j = 0\).

Lemme

Soient \(R\) un anneau et \(I = (f_1, \ldots, f_n)\) un idéal de type fini de \(R\). Pour tout \(R\)-module \(N\), posons \[H_1(N, f_\bullet) = \frac{\{(x_1, \ldots, x_n) \in N^{\oplus n} \mid f_i x_j = f_j x_i \}} {\{f_1x, \ldots, f_nx) \mid x \in N\}}\] Il existe, pour tout \(R\)-module \(N\), une suite exacte courte canonique \[0 \to \Ext_R(R/I, N) \to H_1(N, f_\bullet) \to \Hom_R(K, N)\] où \(K\) est celui du Lemme 05ED.

Démonstration

La notation ci-dessus désigne les groupes \(\Ext\) dans \(\text{Mod}_R\) tels qu’ils sont définis dans Homologie, section 010I. Ceux-ci sont notés \(\Ext_R(M, N)\). La suite exacte longue de Homologie, Lemme 05E2, associée à la suite exacte courte \(0 \to I \to R \to R/I \to 0\), ainsi que l’égalité \(\Ext_R(R, N) = 0\) donnent \[\Ext_R(R/I, N) = \Coker(N \longrightarrow \Hom(I, N))\] En utilisant la suite exacte courte du Lemme 05ED, on obtient un complexe \[N \to \Hom(M, N) \to \Hom_R(K, N)\] dont l’homologie au milieu est canoniquement isomorphe à \(\Ext_R(R/I, N)\). La preuve est achevée puisque le conoyau de la première application est canoniquement isomorphe à \(H_1(N, f_\bullet)\).

Lemme

Soient \(R\) un anneau et \(I = (f_1, \ldots, f_n)\) un idéal de type fini de \(R\). Pour tout \(R\)-module \(N\), le groupe d’homologie de Koszul \(H_1(N, f_\bullet)\) défini dans le Lemme 05EE est annulé par \(I\).

Démonstration

Soit \((x_1, \ldots, x_n) \in N^{\oplus n}\) tel que \(f_i x_j = f_j x_i\). Alors \(f_i(x_1, \ldots, x_n) = (f_i x_i, \ldots, f_i x_n)\). Autrement dit, \(f_i\) annule \(H_1(N, f_\bullet)\).

On peut renforcer la pleine fidélité du Lemme 05EC en montrant que les groupes \(\Ext\) dont la source est de torsion annulée par une puissance de \(I\) sont eux aussi insensibles au passage à \(S\). Pour une version dérivée du lemme suivant, voir Complexes dualisants, Lemme 05EH.

Lemme

Supposons que \(\varphi : R \to S\) soit un homomorphisme plat, que \(I \subset R\) soit un idéal de type fini et que \(R/I \to S/IS\) soit un isomorphisme. Soient \(M\) et \(N\) des \(R\)-modules, et supposons \(M\) de torsion annulée par une puissance de \(I\). Étant donnée une suite exacte courte \[0 \to N \otimes_R S \to \tilde E \to M \otimes_R S \to 0\] il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & N \ar[r] \ar[d] & E \ar[r] \ar[d] & M \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & N \otimes_R S \ar[r] & \tilde E \ar[r] & M \otimes_R S \ar[r] & 0 }\] dont les lignes sont exactes.

Démonstration

Comme \(M\) est de torsion annulée par une puissance de \(I\), on a \(M \otimes_R S = M\) d’après le Lemme 05E9. Nous utiliserons cette identification sans autre mention. Puisque \(R \to S\) est plat, le foncteur de changement de base est exact et fournit un morphisme fonctoriel de groupes \(\Ext\) \[\Ext_R(M, N) \longrightarrow \Ext_S(M \otimes_R S, N \otimes_R S),\] voir Homologie, Lemme 010O. L’assertion du lemme est que ce morphisme est surjectif lorsque \(M\) est de torsion annulée par une puissance de \(I\). Nous allons en fait montrer qu’il s’agit d’un isomorphisme. D’après le Lemme 05E8, il existe une surjection \(M' \to M\) où \(M'\) est une somme directe de modules de la forme \(R/I^n\). En utilisant la suite exacte longue de Homologie, Lemme 05E2, ainsi que le Lemme 05EC, on voit qu’il suffit d’établir le lemme pour \(M'\). La compatibilité de \(\Ext\) aux sommes directes (détails omis) ramène au cas \(M = R/I^n\) pour un certain \(n\).

Soient \(f_1, \ldots, f_t\) des générateurs de \(I^n\). Le Lemme 05EE donne un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \Ext_R(R/I^n, N) \ar[r] \ar[d] & H_1(N, f_\bullet) \ar[r] \ar[d] & \Hom_R(K, N) \ar[d] \\ 0 \ar[r] & \Ext_S(S/I^nS, N \otimes S) \ar[r] & H_1(N \otimes S, f_\bullet) \ar[r] & \Hom_S(K \otimes S, N \otimes S) }\] à lignes exactes, où \(K\) est celui du Lemme 05ED. Il suffit donc de montrer que les deux flèches verticales de droite sont des isomorphismes. Puisque \(K\) est annulé par \(I^n\), on a \(\Hom_R(K, N) = \Hom_S(K \otimes_R S, N \otimes_R S)\) d’après le Lemme 05EC. La platitude de \(R \to S\) donne \(H_1(N, f_\bullet) \otimes_R S = H_1(N \otimes_R S, f_\bullet)\). Comme \(H_1(N, f_\bullet)\) est annulé par \(I^n\) d’après le Lemme 05EF, on a \(H_1(N, f_\bullet) \otimes_R S = H_1(N, f_\bullet)\) d’après le Lemme 05E9.

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soient \(f_1, \ldots, f_t \in R\) et \(I = (f_1, \ldots, f_t)\). Pour tout \(R\)-module \(M\), on peut définir un complexe [05EJ]\[\begin{equation} 0 \to M \xrightarrow{\alpha} M \otimes_R S \times \prod M_{f_i} \xrightarrow{\beta} \prod (M \otimes_R S)_{f_i} \times \prod M_{f_if_j} \end{equation}\] où \(\alpha(m) = (m \otimes 1, m/1, \ldots, m/1)\) et \[\beta(m', m_1, \ldots, m_t) = ((m'/1 - m_1 \otimes 1, \ldots, m'/1 - m_t \otimes 1), (m_1 - m_2, \ldots, m_{t - 1} - m_t).\] Nous voudrions savoir quand ce complexe est exact.

Lemme

Supposons que \(\varphi : R \to S\) soit un homomorphisme plat et que \(I = (f_1, \ldots, f_t) \subset R\) soit un idéal tel que \(R/I \to S/IS\) soit un isomorphisme. Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors le complexe (05EJ) est exact.

Démonstration

Première preuve. Notons \(\check{\mathcal{C}}_R \to \check{\mathcal{C}}_S\) le quasi-isomorphisme de complexes de Čech alternés augmentés du Lemme 091M. Comme ces complexes sont bornés et à termes plats, le morphisme \(M \otimes_R \check{\mathcal{C}}_R \to M \otimes_R \check{\mathcal{C}}_S\) est lui aussi un quasi-isomorphisme (Lemmes 064K et 064L). Or le complexe (05EJ) est une troncation du cône du morphisme \(M \otimes_R \check{\mathcal{C}}_R \to M \otimes_R \check{\mathcal{C}}_S\), ce qui conclut.

Seconde preuve, par le calcul. Soit \(m \in M\). Si \(\alpha(m) = 0\), alors \(m \in M[I^\infty]\) d’après le Lemme 05EA. Choisissons \(n\) tel que \(I^n m = 0\) et considérons l’application \(\varphi : R/I^n \to M\). Si \(m \otimes 1 = 0\), alors \(\varphi \otimes 1_S = 0\), donc \(\varphi = 0\) (voir Lemme 05EC), et par conséquent \(m = 0\). Ainsi, \(\alpha\) est injective.

Soit \((m', m'_1, \ldots, m'_t) \in \Ker(\beta)\). Écrivons \(m'_i = m_i/f_i^n\) pour un certain \(n > 0\) et avec \(m_i \in M\). Quitte à augmenter \(n\), on peut supposer que \(f_i^n m' = m_i \otimes 1\) dans \(M \otimes_R S\) et que \(f_j^nm_i - f_i^nm_j = 0\) dans \(M\). En particulier, \((m_1, \ldots, m_t)\) définit un élément \(\xi\) de \(H_1(M, (f_1^n, \ldots, f_t^n))\). Comme \(H_1(M, (f_1^n, \ldots, f_t^n))\) est annulé par \(I^{tn + 1}\) (voir Lemme 05EF) et que \(R \to S\) est plat, on a \[H_1(M, (f_1^n, \ldots, f_t^n)) = H_1(M, (f_1^n, \ldots, f_t^n)) \otimes_R S = H_1(M \otimes_R S, (f_1^n, \ldots, f_t^n))\] d’après le Lemme 05E9. L’existence de \(m'\) implique que \(\xi\) s’envoie sur zéro dans le dernier groupe, c’est-à-dire que \(\xi\) est nul. Il existe donc \(m \in M\) tel que \(m_i = f_i^n m\). Alors \((m', m'_1, \ldots, m'_t) - \alpha(m) = (m'', 0, \ldots, 0)\) pour un certain \(m'' \in (M \otimes_R S)[(IS)^\infty]\). D’après le Lemme 05EC, on a \(m'' \in M[I^\infty]\), et cela conclut.

Remarque

Dans cette remarque, nous définissons une catégorie de données de recollement. Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soient \(f_1, \ldots, f_t \in R\) et \(I = (f_1, \ldots, f_t)\). La catégorie \(\text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\) est la catégorie dont :

  1. les objets sont les systèmes \((M', M_i, \alpha_i, \alpha_{ij})\), où \(M'\) est un \(S\)-module, \(M_i\) est un \(R_{f_i}\)-module, \(\alpha_i : (M')_{f_i} \to M_i \otimes_R S\) est un isomorphisme et les \(\alpha_{ij} : (M_i)_{f_j} \to (M_j)_{f_i}\) sont des isomorphismes tels que :

    1. \(\alpha_{ij} \circ \alpha_i = \alpha_j\) comme applications \((M')_{f_if_j} \to (M_j)_{f_i}\) ;

    2. \(\alpha_{jk} \circ \alpha_{ij} = \alpha_{ik}\) comme applications \((M_i)_{f_jf_k} \to (M_k)_{f_if_j}\) (condition de cocycle) ;

  2. les morphismes \((M', M_i, \alpha_i, \alpha_{ij}) \to (N', N_i, \beta_i, \beta_{ij})\) sont donnés par des applications \(\varphi' : M' \to N'\) et \(\varphi_i : M_i \to N_i\) compatibles avec les applications \(\alpha_i, \beta_i, \alpha_{ij}, \beta_{ij}\) données.

Il existe un foncteur canonique \[\text{Can} : \text{Mod}_R \longrightarrow \text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t), \quad M \longmapsto (M \otimes_R S, M_{f_i}, \text{can}_i, \text{can}_{ij})\] où \(\text{can}_i : (M \otimes_R S)_{f_i} \to M_{f_i} \otimes_R S\) et \(\text{can}_{ij} : (M_{f_i})_{f_j} \to (M_{f_j})_{f_i}\) sont les isomorphismes canoniques. Pour tout objet \(\mathbf{M} = (M', M_i, \alpha_i, \alpha_{ij})\) de la catégorie \(\text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\), nous définissons \[H^0(\mathbf{M}) = \{(m', m_i) \mid \alpha_i(m') = m_i \otimes 1, \alpha_{ij}(m_i) = m_j\}\] autrement dit par la suite exacte \[0 \to H^0(\mathbf{M}) \to M' \times \prod M_i \to \prod M'_{f_i} \times \prod (M_i)_{f_j}\] analogue à (05EJ). Nous considérons \(H^0(\mathbf{M})\) comme un \(R\)-module. Nous obtenons ainsi un foncteur \[H^0 : \text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t) \longrightarrow \text{Mod}_R\] Notre prochain objectif est de montrer que les foncteurs \(\text{Can}\) et \(H^0\) sont parfois quasi inverses l’un de l’autre.

Lemme

Dans la Remarque 05EL, le foncteur \(H^0 : \text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t) \to \text{Mod}_R\) est adjoint à droite du foncteur \(\text{Can} : \text{Mod}_R \to \text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\).

Démonstration

Soit \(\mathbf{M} = (M', M_i, \alpha_i, \alpha_{ij})\) un objet de \(\text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\). Pour tout \(R\)-module \(N\), il existe une application \[\Hom_{\text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)}(\text{Can}(N), \mathbf{M}) \to \Hom_R(N, H^0(\mathbf{M}))\] qui envoie \(\psi\) sur la composée de \(H^0(\psi)\) et de l’application évidente \(N \to H^0(\text{Can}(N))\). Par construction, l’application affichée est un isomorphisme pour \(N = R\) (même si \(R \to H^0(\text{Can}(R))\) n’est pas un isomorphisme en général). La catégorie \(\text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\) admet des sommes directes et des conoyaux. Le foncteur \(\text{Can}\) commute aux sommes directes et aux conoyaux. Ces observations montrent que l’application affichée est bijective, en écrivant \(N\) comme conoyau d’un morphisme entre \(R\)-modules libres. Nous omettons les détails.

Lemme

Supposons que \(\varphi : R \to S\) soit un homomorphisme plat et que \(I = (f_1, \ldots, f_t) \subset R\) soit un idéal tel que \(R/I \to S/IS\) soit un isomorphisme. Alors le foncteur \(H^0\) est un quasi inverse à gauche du foncteur \(\text{Can}\) de la Remarque 05EL.

Démonstration

C’est une reformulation du Lemme 05EK.

Lemme

Supposons que \(\varphi : R \to S\) soit un homomorphisme plat et soit \(I = (f_1, \ldots, f_t) \subset R\) un idéal. Alors \(\text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\) est une catégorie abélienne, et le foncteur \(\text{Can}\) est exact et commute aux colimites quelconques.

Démonstration

Étant donné un morphisme \((\varphi', \varphi_i) : (M', M_i, \alpha_i, \alpha_{ij}) \to (N', N_i, \beta_i, \beta_{ij})\) de la catégorie \(\text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\), son noyau existe et est l’objet \((\Ker(\varphi'), \Ker(\varphi_i), \alpha_i, \alpha_{ij})\), tandis que son conoyau existe et est l’objet \((\Coker(\varphi'), \Coker(\varphi_i), \beta_i, \beta_{ij})\). Cela fonctionne parce que \(R \to S\) est plat, de sorte que la prise de noyaux et de conoyaux commute avec \(- \otimes_R S\). Les détails sont omis. L’exactitude résulte de la platitude sur \(R\) de \(R_{f_i}\) et de \(S\), tandis que la commutation aux colimites vient de ce que les produits tensoriels commutent aux colimites.

Lemme

Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme plat et supposons \((f_1, \ldots, f_t) = R\). Alors \(\text{Can}\) et \(H^0\) sont des équivalences de catégories quasi inverses \[\text{Mod}_R = \text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\]

Démonstration

Considérons un objet \(\mathbf{M} = (M', M_i, \alpha_i, \alpha_{ij})\) de \(\text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\). D’après Algèbre, Lemme 00EQ, il existe un unique module \(M\) et des isomorphismes \(M_{f_i} \to M_i\) qui redonnent les données de recollement \(\alpha_{ij}\). Alors \(M'\) et \(M \otimes_R S\) sont deux \(S\)-modules qui redonnent deux les modules \(M_i \otimes_R S\) après localisation en \(f_i\). Il existe donc un isomorphisme canonique \(M \otimes_R S \to M'\). Cela montre que \(\mathbf{M}\) appartient à l’image essentielle de \(\text{Can}\). Le lemme résulte alors du Lemme 05EM.

Lemme

Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme plat et soit \(I = (f_1, \ldots, f_t)\) un idéal. Soit \(R \to R'\) un homomorphisme plat, et posons \(S' = S \otimes_R R'\). On obtient alors un diagramme commutatif de catégories et de foncteurs \[\xymatrix{ \text{Mod}_R \ar[r]_-{\text{Can}} \ar[d]_{-\otimes_R R'} & \text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t) \ar[r]_-{H^0} \ar[d]^{-\otimes_R R'} & \text{Mod}_R \ar[d]^{-\otimes_R R'} \\ \text{Mod}_{R'} \ar[r]^-{\text{Can}} & \text{Glue}(R' \to S', f_1, \ldots, f_t) \ar[r]^-{H^0} & \text{Mod}_{R'} }\]

Démonstration

Omis.

Proposition

Supposons que \(\varphi : R \to S\) soit un homomorphisme plat et que \(I = (f_1, \ldots, f_t) \subset R\) soit un idéal tel que \(R/I \to S/IS\) soit un isomorphisme. Alors \(\text{Can}\) et \(H^0\) sont des équivalences de catégories quasi inverses \[\text{Mod}_R = \text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\]

Démonstration

Nous avons déjà vu que \(H^0 \circ \text{Can}\) est isomorphe au foncteur identité ; voir Lemme 05EM. Considérons un objet \(\mathbf{M} = (M', M_i, \alpha_i, \alpha_{ij})\) de \(\text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\). On obtient un morphisme naturel \[\Psi : (H^0(\mathbf{M}) \otimes_R S, H^0(\mathbf{M})_{f_i}, \text{can}_i, \text{can}_{ij}) \longrightarrow (M', M_i, \alpha_i, \alpha_{ij}).\] En effet, par définition, \(H^0(\mathbf{M})\) est muni d’applications compatibles de \(R\)-modules \(H^0(\mathbf{M}) \to M'\) et \(H^0(\mathbf{M}) \to M_i\). Il faut montrer que ce morphisme est un isomorphisme.

Choisissons un indice \(i\) et posons \(R' = R_{f_i}\). En combinant les Lemmes 05EQ et 05EP, on voit que \(\Psi \otimes_R R'\) est un isomorphisme. Le noyau, resp. le conoyau de \(\Psi\) est donc un système de la forme \((K, 0, 0, 0)\), resp. \((Q, 0, 0, 0)\). Remarquons que \(H^0((K, 0, 0, 0)) = K\), que \(H^0\) est exact à gauche et que, par construction, \(H^0(\Psi)\) est bijectif. Ainsi \(K = 0\), autrement dit le noyau de \(\Psi\) est nul.

Il résulte de ce qui précède que l’on a une suite exacte courte \[0 \to H^0(\mathbf{M}) \otimes_R S \to M' \to Q \to 0\] et que \(M_i = H^0(\mathbf{M})_{f_i}\). On peut considérer \(Q\) comme un \(R\)-module de torsion annulée par une puissance de \(I\), de sorte que \(Q = Q \otimes_R S\). Le Lemme 05EG fournit un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & H^0(\mathbf{M}) \ar[r] \ar[d] & E \ar[r] \ar[d] & Q \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & H^0(\mathbf{M}) \otimes_R S \ar[r] & M' \ar[r] & Q \ar[r] & 0 }\] à lignes exactes. Cela détermine manifestement un isomorphisme \(\text{Can}(E) \to (M', M_i, \alpha_i, \alpha_{ij})\) dans la catégorie \(\text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\), et conclut la preuve. (Bien entendu, a posteriori, on a \(Q = 0\).)

Lemme

Soient \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme plat et \(I \subset R\) un idéal de type fini tel que \(R/I \to S/IS\) soit un isomorphisme.

  1. Étant donnés un \(R\)-module \(N\), un \(S\)-module \(M'\) et un morphisme de \(S\)-modules \(\varphi : M' \to N \otimes_R S\) dont le noyau et le conoyau sont de torsion annulée par une puissance de \(I\), il existe un morphisme de \(R\)-modules \(\psi : M \to N\) et un isomorphisme \(M \otimes_R S = M'\) compatibles avec \(\varphi\) et \(\psi\).

  2. Étant donnés un \(R\)-module \(M\), un \(S\)-module \(N'\) et un morphisme de \(S\)-modules \(\varphi : M \otimes_R S \to N'\) dont le noyau et le conoyau sont de torsion annulée par une puissance de \(I\), il existe un morphisme de \(R\)-modules \(\psi : M \to N\) et un isomorphisme \(N \otimes_R S = N'\) compatibles avec \(\varphi\) et \(\psi\).

Dans les deux cas, on a \(\Ker(\varphi) \cong \Ker(\psi)\) et \(\Coker(\varphi) \cong \Coker(\psi)\).

Démonstration

Démontrons (1). Écrivons \(I = (f_1, \ldots, f_t)\). Il est clair que la localisation \(\varphi_{f_i}\) est un isomorphisme. Ainsi, \((M', N_{f_i}, \varphi_{f_i}, can_{ij})\) est un objet de \(\text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\) ; voir Remarque 05EL. La Proposition 05ER donne un \(R\)-module \(M\) tel que \(M' = M \otimes_R S\) et \(N_{f_i} = M_{f_i}\), de façon compatible avec les isomorphismes \(\varphi_{f_i}\) et \(can_{ij}\). Il existe un morphisme \[(M \otimes_R S, M_{f_i}, can_i, can_{ij}) = (M', N_{f_i}, \varphi_{f_i}, can_{ij}) \to (N \otimes_R S, N_{f_i}, can_i, can_{ij})\] dans \(\text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\), dont la première composante est \(\varphi\). Il correspond à un morphisme de \(R\)-modules \(\psi : M \to N\) par l’équivalence de catégories de la Proposition 05ER. La composée du changement de base de \(M \to N\) avec l’isomorphisme \(M' \cong M \otimes_R S\) est \(\varphi\) ; autrement dit, \(M \to N\) est compatible avec \(\varphi\).

Démontrons (2). L’argument est le dual de celui qui précède. En effet, la localisation \(\varphi_{f_i}\) est un isomorphisme. Ainsi, \((N', M_{f_i}, \varphi_{f_i}^{-1}, can_{ij})\) est un objet de \(\text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\) ; voir Remarque 05EL. La Proposition 05ER donne un \(R\)-module \(N\) tel que \(N' = N \otimes_R S\) et \(N_{f_i} = M_{f_i}\), de façon compatible avec les isomorphismes \(\varphi_{f_i}^{-1}\) et \(can_{ij}\). Il existe un morphisme \[(M \otimes_R S, M_{f_i}, can_i, can_{ij}) \to (N', M_{f_i}, \varphi_{f_i}, can_{ij}) = (N \otimes_R S, N_{f_i}, can_i, can_{ij})\] dans \(\text{Glue}(R \to S, f_1, \ldots, f_t)\), dont la première composante est \(\varphi\). Il correspond à un morphisme de \(R\)-modules \(\psi : M \to N\) par l’équivalence de catégories de la Proposition 05ER. La composée du changement de base de \(M \to N\) avec l’isomorphisme \(N' \cong N \otimes_R S\) est \(\varphi\) ; autrement dit, \(M \to N\) est compatible avec \(\varphi\).

La dernière assertion résulte par exemple du Lemme 05EC.

Spécialisons maintenant la Proposition 05ER afin d’obtenir un énoncé plus facile à utiliser. Lorsque \(I = (f)\) est principal, les objets de \(\text{Glue}(R \to S, f)\) sont simplement des triplets \((M', M_1, \alpha_1)\), et il n’y a aucune condition de cocycle à vérifier !

Théorème

Soient \(R\) un anneau et \(f \in R\). Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme plat induisant un isomorphisme \(R/fR \to S/fS\). Alors le foncteur \[\text{Mod}_R \longrightarrow \text{Mod}_S \times_{\text{Mod}_{S_f}} \text{Mod}_{R_f}, \quad M \longmapsto (M \otimes_R S, M_f, \text{can})\] est une équivalence.

Démonstration

La catégorie figurant à droite de la flèche est la catégorie des triplets \((M', M_1, \alpha_1)\), où \(M'\) est un \(S\)-module, \(M_1\) un \(R_f\)-module et \(\alpha_1 : M'_f \to M_1 \otimes_R S\) un \(S_f\)-isomorphisme ; voir Catégories, Exemple 003R. Ce théorème est donc un cas particulier de la Proposition 05ER.

Un cas particulier utile du Théorème 05ES est celui où \(R\) est noethérien et \(S\) le complété de \(R\) en un élément \(f\). Le morphisme de complétion \(R \to S\) est plat, et le foncteur \(M \mapsto M \otimes_R S\) s’identifie au foncteur de complétion \(f\)-adique lorsque \(M\) est de type fini. Plus précisément, notons \(\text{Mod}^{fg}_R\) la catégorie des \(R\)-modules de type fini.

Proposition

Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(f \in R\), et soit \(R^\wedge\) le complété \(f\)-adique de \(R\). Alors le foncteur \(M \mapsto (M^\wedge, M_f, \text{can})\) définit une équivalence \[\text{Mod}^{fg}_R \longrightarrow \text{Mod}^{fg}_{R^\wedge} \times_{\text{Mod}^{fg}_{(R^\wedge)_f}} \text{Mod}^{fg}_{R_f}\]

Démonstration

L’homomorphisme \(R \to R^\wedge\) est plat d’après Algèbre, Lemme 00MB. Il est clair que \(R/fR = R^\wedge/fR^\wedge\). D’après Algèbre, Lemme 00MA, le complété d’un \(R\)-module de type fini \(M\) est égal à \(M \otimes_R R^\wedge\). Le foncteur affiché dans la proposition est donc celui du Théorème 05ES. Il est en particulier pleinement fidèle. Soit \((M_1, M_2, \psi)\) un objet du membre de droite. Le Théorème 05ES donne un \(R\)-module \(M\) tel que \(M_1 = M \otimes_R R^\wedge\) et \(M_2 = M_f\). Comme \(R \to R^\wedge \times R_f\) est fidèlement plat, Algèbre, Lemme 00EO montre que \(M\) est de type fini, c’est-à-dire \(M \in \text{Mod}^{fg}_R\). Cela démontre la proposition.

Remarque

Les équivalences de la Proposition 05ER, du Théorème 05ES et de la Proposition 05ET préservent les propriétés des modules. Par exemple, si \(M\) correspond à \(\mathbf{M} = (M', M_i, \alpha_i, \alpha_{ij})\), alors \(M\) est de type fini, de présentation finie, plat ou projectif sur \(R\) si et seulement si \(M'\) et les \(M_i\) possèdent la propriété correspondante sur \(S\) et \(R_{f_i}\). Cela résulte de ce que \(R \to S \times \prod R_{f_i}\) est fidèlement plat, ainsi que de la descente et de l’ascension de ces propriétés le long d’homomorphismes fidèlement plats ; voir Algèbre, Lemme 03C4 et Théorème 05A9. Ces foncteurs préservent aussi les structures \(\otimes\) des deux côtés. Ils définissent donc des équivalences entre diverses catégories construites à partir du couple \((\text{Mod}_R, \otimes)\), par exemple la catégorie des algèbres.

Remarque

Soient \(X\) une variété différentielle et \(Z\) une sous-variété compacte et fermée de complémentaire \(U\). Se donner un faisceau sur \(X\) revient à se donner un faisceau sur \(U\), un faisceau sur un voisinage tubulaire non spécifié \(T\) de \(Z\) dans \(X\), et un isomorphisme entre les deux faisceaux obtenus sur \(T \cap U\). Les voisinages tubulaires n’existent pas tels quels en géométrie algébrique, mais des résultats comme la Proposition 05ER, le Théorème 05ES et la Proposition 05ET permettent de travailler à leur place avec des voisinages formels.

Le théorème de Beauville-Laszlo

Soient \(R\) un anneau et \(f\) un élément de \(R\). Notons \(R^\wedge = \lim R/f^n R\) le complété \(f\)-adique de \(R\). Dans cette section, nous étudions et généralisons légèrement un théorème de Beauville et Laszlo ; voir [Beauville-Laszlo]. Ce théorème affirme que, sous des hypothèses convenables, un module sur \(R\) peut être construit en « recollant » des modules sur \(R^\wedge\) et sur \(R_f\) au moyen d’un isomorphisme entre leurs extensions des scalaires à \((R^\wedge)_f\).

Dans [Beauville-Laszlo], on suppose que \(f\) n’est diviseur de zéro ni sur \(R\) ni sur \(M\). En fait, il suffit de supposer que \[R[f^\infty] \longrightarrow R^\wedge[f^\infty]\] est bijective et que \[M[f^\infty] \longrightarrow M \otimes_R R^\wedge\] est injective. Cette amélioration a été en partie inspirée par une autre méthode de recollement introduite dans [Kedlaya-Liu-I, §1.3] pour la théorie des espaces analytiques non archimédiens.

Nous établirons en réalité le théorème de Beauville-Laszlo dans le cadre plus général d’un homomorphisme d’anneaux \[R \longrightarrow R'\] qui induit des isomorphismes \(R/f^nR \to R'/f^nR'\) pour tout \(n > 0\) et un isomorphisme \(R[f^\infty] \to R'[f^\infty]\). Cette formulation se globalise mieux et ne découle pas formellement du cas où \(R'\) est le complété de \(R\) : par exemple, la bijectivité de \(R[f^\infty] \to R'[f^\infty]\) n’implique pas celle de \(R[f^\infty] \to R^\wedge[f^\infty]\).

Le théorème de Beauville et Laszlo démontré dans cette section peut être vu comme une version non plate du Théorème 05ES et, dans le cas \(R' = R^\wedge\), comme une version non noethérienne de la Proposition 05ET. Pour une comparaison avec la descente plate, voir la Remarque 0BNP.

On peut établir des résultats encore plus forts, par exemple sans imposer de condition à \(M\), mais il faut alors travailler au niveau des catégories dérivées. Voir [Bhatt-Algebraize, §5] pour plus de détails.

Lemme

Soient \(R\) un anneau et \(f \in R\). Pour tout entier strictement positif \(n\), l’application \(R/f^nR \to R^\wedge/f^n R^\wedge\) est un isomorphisme.

Démonstration

C’est un cas particulier de Algèbre, Lemme 05GG.

Nous utiliserons les notations introduites dans la section 0ALX. Ainsi, pour un \(R\)-module \(M\), nous notons \(M[f^n]\) le sous-module de \(M\) annulé par \(f^n\) et nous posons \[M[f^\infty] = \bigcup\nolimits_{n = 1}^\infty M[f^n] = \Ker(M \to M_f).\] Si \(M = M[f^\infty]\), nous disons que \(M\) est un module de torsion annulée par une puissance de \(f\).

Lemme

Soient \(R\) un anneau, \(f \in R\) et \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux qui induit des isomorphismes \(R/f^nR \to R'/f^nR'\) pour \(n > 0\). Le \(R\)-module \(R' \oplus R_f\) est fidèle : pour tout \(R\)-module non nul \(M\), le module \(M \otimes_R (R' \oplus R_f)\) est lui aussi non nul. Par exemple, si \(M\) est non nul, alors \(M \otimes_R (R^\wedge \oplus R_f)\) est non nul.

Toutefois, l’application \(M \to M \otimes_R (R' \oplus R_f)\) n’est pas nécessairement injective ; voir l’Exemple 0BNU.

Démonstration

Si \(M \neq 0\) mais \(M \otimes_R R_f = 0\), alors \(M\) est de torsion annulée par une puissance de \(f\). Le Lemme 0BNK donne \(M \otimes_R R' \cong M \neq 0\). La dernière assertion est un cas particulier de la première d’après le Lemme 0BNJ.

Lemme

Soient \(R\) un anneau, \(f \in R\) et \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux qui induit un isomorphisme \(R/fR \to R'/fR'\). L’application \(\Spec(R') \amalg \Spec(R_f) \to \Spec(R)\) est surjective. Par exemple, l’application \(\Spec(R^\wedge) \amalg \Spec(R_f) \to \Spec(R)\) est surjective.

Démonstration

Rappelons que \(\Spec(R) = V(f) \amalg D(f)\), où \(V(f) = \Spec(R/fR)\) et \(D(f) = \Spec(R_f)\) ; voir Algèbre, section 00DY, et en particulier les Lemmes 00E5 et 00E4. Le lemme résulte donc de ce que l’application \(R \to R/fR\) se factorise par \(R'\). La dernière assertion est un cas particulier de la première d’après le Lemme 0BNJ.

Lemme

Soient \(R\) un anneau, \(f \in R\) et \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux qui induit des isomorphismes \(R/f^nR \to R'/f^nR'\) pour \(n > 0\). Un \(R\)-module \(M\) est de type fini si et seulement si le (\(R' \oplus R_f\))-module \(M \otimes_R (R' \oplus R_f)\) est de type fini. Par exemple, si \(M \otimes_R (R^\wedge \oplus R_f)\) est de type fini comme module sur \(R^\wedge \oplus R_f\), alors \(M\) est un \(R\)-module de type fini.

Démonstration

Le sens direct est clair. Supposons donc \(M \otimes_R (R' \oplus R_f)\) de type fini. En écrivant chaque générateur comme une somme de tenseurs simples, on voit que \(M \otimes_R (R' \oplus R_f)\) admet un système fini de générateurs formé d’éléments de \(M\). Il existe donc un morphisme d’un \(R\)-module libre de rang fini vers \(M\) dont le conoyau est annulé après produit tensoriel par \(R' \oplus R_f\). En appliquant le Lemme 0BNL à ce conoyau, on en déduit que \(M\) est de type fini. La dernière assertion est un cas particulier de la première d’après le Lemme 0BNJ.

Remarque

Bien que \(R \to R_f\) soit toujours plat, \(R \to R^\wedge\) ne l’est en général pas, sauf si \(R\) est noethérien (voir Algèbre, Lemme 00MB, et la discussion dans Exemples, section 0AL8). On ne peut donc pas, en général, appliquer au morphisme \(R \to R^\wedge \oplus R_f\) la descente fidèlement plate étudiée dans Descente, section 023F. De plus, même dans le cas noethérien, la définition usuelle d’une donnée de descente pour ce morphisme fait intervenir l’anneau \(R^\wedge \otimes_R R^\wedge\), que nous éviterons de considérer dans cette section.

Paires de recollement. Soit \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux qui induit des isomorphismes \(R/f^nR \to R'/f^nR'\) pour \(n > 0\). Considérons la suite [0F1Q]\[\begin{equation} 0 \to R \to R' \oplus R_f \to R'_f \to 0, \end{equation}\] où l’application de droite est la différence des deux homomorphismes canoniques. Si cette suite est exacte, nous disons que \((R \to R', f)\) est une paire de recollement. Nous disons que \((R, f)\) est une paire de recollement si \((R \to R^\wedge, f)\) est une paire de recollement ; cela a un sens d’après le Lemme 0BNJ. Ainsi, \((R, f)\) est une paire de recollement si et seulement si la suite [0BNQ]\[\begin{equation} 0 \to R \to R^\wedge \oplus R_f \to (R^\wedge)_f \to 0, \end{equation}\] est exacte.

Lemme

Soient \(R\) un anneau, \(f \in R\) et \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux qui induit des isomorphismes \(R/f^nR \to R'/f^nR'\) pour \(n > 0\). La suite (0F1Q) est :

  1. exacte à droite ;

  2. exacte à gauche si et seulement si \(R[f^\infty] \to R'[f^\infty]\) est injective ;

  3. exacte au milieu si et seulement si \(R[f^\infty] \to R'[f^\infty]\) est surjective.

En particulier, \((R \to R', f)\) est une paire de recollement si et seulement si \(R[f^\infty] \to R'[f^\infty]\) est bijective. Par exemple, \((R, f)\) est une paire de recollement si et seulement si \(R[f^\infty] \to R^\wedge[f^\infty]\) est bijective.

Démonstration

Soit \(x \in R'_f\). Écrivons \(x = x'/f^n\) avec \(x' \in R'\), puis \(x' = x'' + f^n y\) avec \(x'' \in R\) et \(y \in R'\). On voit alors que \((y, -x''/f^n)\) s’envoie sur \(x\). Cela démontre (1).

La partie (2) résulte de l’égalité \(\Ker(R \to R_f) = R[f^\infty]\).

Si la suite est exacte au milieu, alors les éléments de la forme \((x, 0)\) avec \(x \in R'[f^\infty]\) appartiennent à l’image de la première flèche. Cela implique que \(R[f^\infty] \to R'[f^\infty]\) est surjective. Réciproquement, supposons que \(R[f^\infty] \to R'[f^\infty]\) soit surjective. Soit \((x, y)\) un élément du terme du milieu dont l’image à droite est nulle. Écrivons \(y = y'/f^n\) avec \(y' \in R\). Alors \(f^n x - y'\) est annulé par une puissance de \(f\) dans \(R'\). Par hypothèse, on peut écrire \(f^nx - y' = z\) pour un certain \(z \in R[f^\infty]\). Ainsi, \(y = y''/f^n\), où \(y'' = y' + z\) appartient au noyau de \(R \to R/f^nR\). On peut donc représenter \(y\) sous la forme \(y'''/1\) avec \(y''' \in R\). Alors \(x - y'''\) appartient à \(R'[f^\infty]\), et donc \(x - y''' = z' \in R[f^\infty]\). On a ainsi \((x, y'''/1) = (y''' + z', (y''' + z')/1)\), comme voulu.

La dernière assertion du lemme est un cas particulier de l’avant-dernière d’après le Lemme 0BNJ.

Remarque

Supposons que \(f\) ne soit pas diviseur de zéro. Alors Algèbre, Lemme 0BNG montre que \(f\) n’est pas diviseur de zéro dans \(R^\wedge\). Par conséquent, \((R, f)\) est une paire de recollement.

Remarque

Si \(R \to R^\wedge\) est plat, alors, pour tout entier strictement positif \(n\), le produit tensoriel de la suite \(0 \to R[f^n] \to R \to R\) par \(R^\wedge\) donne la suite \(0 \to R[f^n] \otimes_R R^\wedge \to R^\wedge \to R^\wedge\). En combinant ceci avec le Lemme 0BNK, on conclut que \(R[f^n] \to R^\wedge[f^n]\) est un isomorphisme. Ainsi, \((R, f)\) est une paire de recollement. C’est notamment le cas si \(R\) est noethérien ; voir Algèbre, Lemme 00MB.

Exemple

Soit \(k\) un corps et posons \[R = k[f, T_1, T_2, \ldots]/(fT_1, fT_2 - T_1, fT_3 - T_2, \ldots).\] Alors \((R, f)\) n’est pas une paire de recollement, car l’application \(R[f^\infty] \to R^\wedge[f^\infty]\) n’est pas injective : l’image de \(T_1\) est divisible par \(f\) dans \(R^\wedge\). Pour \[R = k[f, T_1, T_2, \ldots]/(fT_1, f^2T_2, \ldots),\] l’application \(R[f^\infty] \to R^\wedge[f^\infty]\) n’est pas surjective, car l’élément \(T_1 + fT_2 + f^2 T_3 + \ldots\) n’appartient pas à son image. En particulier, la Remarque 0BNT montre que, dans ces deux exemples, \(R \to R^\wedge\) n’est pas plat.

Modules recollables. Soit \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux qui induit des isomorphismes \(R/f^nR \to R'/f^nR'\) pour \(n > 0\). Pour tout \(R\)-module \(M\), on peut tensoriser (0F1Q) par \(M\) et obtenir une suite [0F1R]\[\begin{equation} 0 \to M \to (M \otimes_R R') \oplus (M \otimes_R R_f) \to M \otimes_R R'_f \to 0 \end{equation}\] Remarquons que \(M \otimes_R R_f = M_f\) et que \(M \otimes_R R'_f = (M \otimes_R R')_f\). Si cette suite est exacte, nous disons que \(M\) est recollable pour \((R \to R', f)\). Si \(R\) est un anneau et \(f \in R\), nous disons qu’un \(R\)-module est recollable lorsque \(M\) est recollable pour \((R \to R^\wedge, f)\). Ainsi, \(M\) est recollable si et seulement si la suite [0BNV]\[\begin{equation} 0 \to M \to (M \otimes_R R^\wedge) \oplus (M \otimes_R R_f) \to M \otimes_R (R^\wedge)_f \to 0 \end{equation}\] est exacte.

Lemme

Soient \(R\) un anneau, \(f \in R\) et \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux qui induit des isomorphismes \(R/f^nR \to R'/f^nR'\) pour \(n > 0\). La suite (0F1R) est :

  1. exacte à droite ;

  2. exacte à gauche si et seulement si \(M[f^\infty] \to (M \otimes_R R')[f^\infty]\) est injective ;

  3. exacte au milieu si et seulement si \(M[f^\infty] \to (M \otimes_R R')[f^\infty]\) est surjective.

Ainsi, \(M\) est recollable pour \((R \to R', f)\) si et seulement si \(M[f^\infty] \to (M \otimes_R R')[f^\infty]\) est bijective. Si \((R \to R', f)\) est une paire de recollement, alors \(M\) est recollable pour \((R \to R', f)\) si et seulement si l’application \(M[f^\infty] \to (M \otimes_R R')[f^\infty]\) est injective. Par exemple, si \((R, f)\) est une paire de recollement, alors \(M\) est recollable si et seulement si \(M[f^\infty] \to (M \otimes_R R^\wedge)[f^\infty]\) est injective.

Démonstration

Nous utiliserons sans autre mention les résultats du Lemme 0BNR. Le foncteur \(M \otimes_R -\) est exact à droite (Algèbre, Lemme 00DF), d’où (1).

Le noyau de \(M \to M \otimes_R R_f = M_f\) est \(M[f^\infty]\). Cela donne (2).

Si la suite est exacte au milieu, alors les éléments de la forme \((x, 0)\) avec \(x \in (M \otimes_R R')[f^\infty]\) appartiennent à l’image de la première flèche. L’application \(M[f^\infty] \to (M \otimes_R R')[f^\infty]\) est donc surjective. Réciproquement, supposons que \(M[f^\infty] \to (M \otimes_R R')[f^\infty]\) soit surjective. Soit \((x, y)\) un élément du terme du milieu dont l’image à droite est nulle. Écrivons \(y = y'/f^n\) avec \(y' \in M\). Alors \(f^n x - y'\) est annulé par une puissance de \(f\) dans \(M \otimes_R R'\). Par hypothèse, on peut écrire \(f^nx - y' = z\) pour un certain \(z \in M[f^\infty]\). Ainsi, \(y = y''/f^n\), où \(y'' = y' + z\) appartient au noyau de \(M \to M/f^nM\). On peut donc représenter \(y\) sous la forme \(y'''/1\) avec \(y''' \in M\). Alors \(x - y'''\) appartient à \((M \otimes_R R')[f^\infty]\), donc \(x - y''' = z' \in M[f^\infty]\). On a ainsi \((x, y'''/1) = (y''' + z', (y''' + z')/1)\), comme voulu.

Si \((R \to R', f)\) est une paire de recollement, alors (0F1R) est exacte au milieu pour tout \(M\) d’après Algèbre, Lemme 00DF. Cela donne l’avant-dernière assertion du lemme. La dernière résulte de celle-ci et du fait que \((R, f)\) est une paire de recollement si et seulement si \((R \to R^\wedge, f)\) en est une.

Remarque

Soient \((R \to R', f)\) une paire de recollement et \(M\) un \(R\)-module. Voici quelques observations permettant de déterminer si \(M\) est recollable pour \((R \to R', f)\).

  1. D’après le Lemme 0BNW, \(M\) est recollable pour \((R \to R^\wedge, f)\) si et seulement si \(M[f^\infty] \to M \otimes_R R^\wedge\) est injective. C’est notamment le cas si \(M[f] \to M^\wedge\) est injective, c’est-à-dire lorsque \(M[f] \cap \bigcap_{n = 1}^\infty f^n M = 0\).

  2. Si \(\text{Tor}_1^R(M, R'_f) = 0\), alors \(M\) est recollable pour \((R \to R', f)\) (utiliser Algèbre, Lemme 00M0). Cela revient à dire que \(\text{Tor}_1^R(M, R')\) est de torsion annulée par une puissance de \(f\). En particulier, tout \(R\)-module plat est recollable pour \((R \to R', f)\).

  3. Si \(R \to R'\) est plat, alors \(\text{Tor}_1^R(M, R') = 0\) pour tout \(R\)-module, et tout \(R\)-module est donc recollable pour \((R \to R', f)\). C’est notamment le cas lorsque \(R\) est noethérien et \(R' = R^\wedge\) ; voir Algèbre, Lemme 00MB.

Exemple

Soit \(R\) l’anneau des germes en \(0\) de fonctions \(C^\infty\) sur \(\mathbf{R}\). Soit \(f \in R\) la fonction \(f(x) = x\). Alors \(f\) n’est pas diviseur de zéro dans \(R\) ; ainsi, \((R, f)\) est une paire de recollement et \(R^\wedge \cong \mathbf{R}[[x]]\). Soit \(\varphi \in R\) la fonction \(\varphi(x) = \text{exp}(-1/x^2)\). La série de Taylor de \(\varphi\) est nulle, donc \(\varphi \in \Ker(R \to R^\wedge)\). Comme \(\varphi(x) \neq 0\) pour \(x \neq 0\), on voit que \(\varphi\) n’est pas diviseur de zéro dans \(R\). La fonction \(\varphi/f\) a elle aussi une série de Taylor nulle ; son image dans \(M = R/\varphi R\) est donc un élément non nul de \(M[f]\) dont l’image dans \(M \otimes_R R^\wedge = R^\wedge/\varphi R^\wedge = R^\wedge\) est nulle. Par conséquent, \(M\) n’est pas recollable.

Effectuons maintenant quelques calculs de groupes de Tor.

Lemme

Soit \((R \to R', f)\) une paire de recollement. Alors \(\text{Tor}^R_1(R', f^n R) = 0\) pour tout \(n > 0\).

Démonstration

La suite exacte \(0 \to R[f^n] \to R \to f^n R \to 0\) montre qu’il suffit de vérifier que \(R[f^n] \otimes_R R' \to R'\) est injective. Le Lemme 0BNK donne \(R[f^n] \otimes_R R' = R[f^n]\), et le Lemme 0BNR montre que \(R[f^n] \to R'\) est injective puisque \((R \to R', f)\) est une paire de recollement.

Lemme

Soit \((R \to R',f)\) une paire de recollement. Alors \(\text{Tor}^R_1(R', R/R[f^\infty]) = 0\).

Démonstration

On a \(R/R[f^\infty] = \colim R/R[f^n] = \colim f^nR\). Comme la formation des groupes de Tor commute aux colimites filtrantes (Algèbre, Lemme 0BNF), on peut appliquer le Lemme 0BNZ.

Lemme

Soit \((R \to R', f)\) une paire de recollement. Pour tout \(R\)-module \(M\), on a \(\text{Tor}^R_1(R', \Coker(M \to M_f)) = 0\).

Démonstration

Posons \(\overline{M} = M/M[f^\infty]\). Comme \(\Coker(M \to M_f) \cong \Coker(\overline{M} \to \overline{M}_f)\), on peut et on va supposer que \(f\) n’est pas diviseur de zéro sur \(M\). Dans ce cas, \(M \subset M_f\) et \(M_f/M = \colim M/f^nM\), les applications de transition étant données par multiplication par \(f\). Puisque la formation des groupes de Tor commute aux colimites (Algèbre, Lemme 0BNF), il suffit de montrer que \(\text{Tor}^R_1(R', M/f^n M) = 0\).

Traitons d’abord le cas \(M = R/R[f^\infty]\). D’après le Lemme 0BNR, on a \(M \otimes_R R' = R'/R'[f^\infty]\). La suite exacte courte \(0 \to M \to M \to M/f^nM \to 0\) donne la suite exacte \[\xymatrix{ \text{Tor}_1^R(R', R/R[f^\infty]) \ar[r] & \text{Tor}_1^R(R', M/f^n M) \ar[r] & R'/R'[f^\infty] \ar[dll]_{f^n} \\ R'/R'[f^\infty] \ar[r] & (R'/R'[f^\infty])/(f^n (R'/R'[f^\infty])) \ar[r] & 0 }\] d’après Algèbre, Lemme 00M0. La flèche diagonale est ici injective. Comme le premier groupe \(\text{Tor}_1^R(R', R/R[f^\infty])\) est nul d’après le Lemme 0BP0, on en déduit que \(\text{Tor}_1^R(R', M/f^nM) = 0\), comme voulu.

Pour traiter le cas général, choisissons une surjection \(F \to M\) avec \(F\) libre comme \(R/R[f^\infty]\)-module, et formons une suite exacte \[0 \to N \to F/f^n F \to M/f^n M \to 0.\] D’après le Lemme 0BNK, cette suite reste inchangée, et donc exacte, après tensorisation par \(R'\). Puisque \(\text{Tor}^R_1(R', F/f^n F) = 0\) d’après le paragraphe précédent, on en déduit \(\text{Tor}^R_1(R', M/f^n M) = 0\), comme voulu.

Soit \((R \to R', f)\) une paire de recollement. Cela signifie que \(R/f^nR \to R'/f^nR'\) est un isomorphisme pour \(n > 0\) et que la suite \[0 \to R \to R' \oplus R_f \to R_f' \to 0\] est exacte. Considérons la catégorie \(\text{Glue}(R \to R', f)\) introduite dans la Remarque 05EL. Nous appellerons donnée de recollement tout objet \((M', M_1, \alpha_1)\) de \(\text{Glue}(R \to R', f)\). Il est constitué d’un \(R'\)-module \(M'\), d’un \(R_f\)-module \(M_1\) et d’un isomorphisme \(\alpha_1 : (M')_f \to M_1 \otimes_R R'\). Il existe un foncteur évident \[\text{Can} : \text{Mod}_R \longrightarrow \text{Glue}(R \to R', f),\quad M \longmapsto (M \otimes_R R', M_f, \text{can}),\] ainsi qu’un foncteur en sens inverse \[H^0 : \text{Glue}(R \to R', f) \longrightarrow \text{Mod}_R,\quad (M', M_1, \alpha_1) \longmapsto \Ker(M' \oplus M_1 \to (M')_f)\] dont la définition précise figure dans la Remarque 05EL.

Théorème

Soit \((R \to R',f)\) une paire de recollement. Le foncteur \(\text{Can} : \text{Mod}_R \longrightarrow \text{Glue}(R \to R', f)\) définit une équivalence entre la catégorie des \(R\)-modules recollables pour \((R \to R', f)\) et la catégorie \(\text{Glue}(R \to R', f)\) des données de recollement.

Démonstration

Soit \((M', M_1, \alpha_1)\) une donnée de recollement. Montrons que \(M = H^0((M', M_1, \alpha_1))\) est recollable pour \((R \to R', f)\) et que \((M', M_1, \alpha_1) \cong \text{Can}(M)\).

Vérifions d’abord que l’application \(\text{d} : M' \oplus M_1 \to (M')_f\) utilisée pour définir \(H^0\) est surjective. Remarquons que \((x, y) \in M' \oplus M_1\) s’envoie sur \(\text{d}(x, y) = x/1 - \alpha_1^{-1}(y \otimes 1)\) dans \((M')_f\). Si \(z \in (M')_f\), on peut écrire \(\alpha_1(z) = \sum y_i \otimes g_i\) avec \(g_i \in R'\) et \(y_i \in M_1\). Écrivons \(\alpha_1^{-1}(y_i \otimes 1) = y_i'/f^n\) avec \(y'_i \in M'\) et \(n \geq 0\) (on peut choisir le même \(n\) pour tout \(i\)). Écrivons encore \(g_i = a_i + f^n b_i\), avec \(a_i \in R\) et \(b_i \in R'\). Alors, en posant \(y = \sum a_i y_i \in M_1\) et \(x = \sum b_i y'_i \in M'\), on obtient \(\text{d}(x, -y) = z\), comme voulu.

Comme \(M = H^0((M', M_1, \alpha_1)) = \Ker(\text{d})\), on obtient une suite exacte de \(R\)-modules [0BP3]\[\begin{equation} 0 \to M \to M' \oplus M_1 \to (M')_f \to 0. \end{equation}\] Nous allons montrer que les applications \(M \to M'\) et \(M \to M_1\) induisent des isomorphismes \(M \otimes_R R' \to M'\) et \(M \otimes_R R_f \to M_1\). Il en résultera que \(M\) est recollable pour \((R \to R', f)\) et que \(\text{Can}(M) \cong (M', M_1, \alpha_1)\), comme voulu.

Puisque \(f\) n’est pas diviseur de zéro sur \(M_1\), on a \(M[f^\infty] \cong M'[f^\infty]\). Il en résulte une suite exacte [0BP4]\[\begin{equation} 0 \to M/M[f^\infty] \to M_1 \to (M')_f/M' \to 0. \end{equation}\] Comme \(R \to R_f\) est plat, on peut tensoriser cette suite exacte par \(R_f\) et en déduire que \(M \otimes_R R_f = (M/M[f^\infty]) \otimes_R R_f \to M_1\) est un isomorphisme.

Le Lemme 0BP1 donne \(\text{Tor}_1^R(R', \Coker(M' \to (M')_f)) = 0\). La suite (0BP4) reste donc exacte après tensorisation sur \(R\) par \(R'\). En utilisant \(\alpha_1\) et le Lemme 0BNK, la suite exacte obtenue s’écrit [0BP5]\[\begin{equation} 0 \to (M/M[f^\infty]) \otimes_R R' \to (M')_f \to (M')_f/M' \to 0 \end{equation}\] Cela donne un isomorphisme \((M/M[f^\infty]) \otimes_R R' \cong M'/M'[f^\infty]\). On en déduit que, dans le diagramme \[\xymatrix{ & M[f^\infty] \otimes_R R' \ar[r] \ar[d] & M \otimes_R R' \ar[r] \ar[d] & (M/M[f^\infty]) \otimes_R R' \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & M'[f^\infty] \ar[r] & M' \ar[r] & M'/M'[f^\infty] \ar[r] & 0, }\] la troisième flèche verticale est un isomorphisme. Comme les lignes sont exactes et que la première flèche verticale est un isomorphisme d’après le Lemme 0BNK et l’égalité \(M[f^\infty] = M'[f^\infty]\), le lemme des cinq montre que \(M \otimes_R R' \to M'\) est un isomorphisme.

Ce qui précède montre que \(\text{Can}\) est essentiellement surjectif et que le foncteur \(H^0\) prend ses valeurs dans la catégorie des modules recollables. Comme (0F1R) est exacte pour les modules recollables, on a \(H^0 \circ \text{Can} = \text{id}\) sur cette catégorie. Il s’ensuit que \(\text{Can}\) est pleinement fidèle d’après le Lemme 0H77 et Catégories, Lemme 07RB. Cela achève la preuve.

Remarque

Soit \((R \to R', f)\) une paire de recollement, et soit \(M\) un \(R\)-module qui n’est pas nécessairement recollable pour \((R \to R', f)\). En posant \(M' = M \otimes_R R'\) et \(M_1 = M_f\), on obtient la donnée de recollement \(\text{Can}(M) = (M', M_1, \text{can})\). Alors \(\tilde M = H^0(M', M_1, \text{can})\) est un \(R\)-module recollable pour \((R \to R', f)\), et l’application canonique \(M \to \tilde M\) induit des isomorphismes \(M \otimes_R R' \to \tilde M \otimes_R R'\) et \(M_f \to \tilde M_f\) ; voir Théorème 0BP2. L’exactitude des suites \[M \to (M \otimes_R R' )\oplus M_f \to M \otimes_R (R')_f \to 0\] et \[0 \to \tilde M \to (\tilde M \otimes_R R') \oplus \tilde M_f \to \tilde M \otimes_R (R')_f \to 0\] montre que l’application \(M \to \tilde M\) est surjective.

Rappelons que les \(R\)-modules plats sur une paire de recollement \((R \to R', f)\) sont recollables (Remarque 0BNX). Le lemme suivant montre donc que le Théorème 0BP2 définit une équivalence entre la catégorie des \(R\)-modules plats et la catégorie des données de recollement \((M', M_1, \alpha_1)\) dans lesquelles \(M'\) et \(M_1\) sont plats sur \(R'\) et \(R_f\).

Lemme

Soit \((R \to R', f)\) une paire de recollement. Soit \(M\) un \(R\)-module qui n’est pas nécessairement recollable pour \((R \to R', f)\). Alors \(M\) est plat sur \(R\) si et seulement si \(M \otimes_R R'\) est plat sur \(R'\) et \(M_f\) est plat sur \(R_f\).

Démonstration

Un sens résulte de Algèbre, Lemme 00HI. Pour l’autre, supposons \(M \otimes_R R'\) plat sur \(R'\) et \(M_f\) plat sur \(R_f\). Soit \(\tilde M\) le module de la Remarque 0BP9. Si \(\tilde M\) est plat sur \(R\), l’application de Algèbre, Lemme 00HL, à la suite exacte courte \(0 \to \Ker(M \to \tilde M) \to M \to \tilde M \to 0\) montre que \(\Ker(M \to \tilde M) \otimes_R (R' \oplus R_f)\) est nul. Ainsi, \(M = \tilde M\) d’après le Lemme 0BNL, et l’on conclut. Autrement dit, on peut remplacer \(M\) par \(\tilde M\) et supposer \(M\) recollable pour \((R \to R', f)\). Soit \(N\) un autre \(R\)-module. Il suffit de montrer que \(\text{Tor}_1^R(M, N) = 0\) ; voir Algèbre, Lemme 00M5.

La suite exacte longue de Tor associée à la suite exacte courte \(0 \to R \to R' \oplus R_f \to (R')_f \to 0\) et à \(N\) donne une suite exacte \[0 \to \text{Tor}_1^R(R', N) \to \text{Tor}_1^R((R')_f, N)\] et des isomorphismes \(\text{Tor}_i^R(R', N) = \text{Tor}_i^R((R')_f, N)\) pour \(i \geq 2\). Comme \(\text{Tor}_i^R((R')_f, N) = \text{Tor}_i^R(R', N)_f\), on en déduit que \(f\) n’est pas diviseur de zéro sur \(\text{Tor}_1^R(R', N)\) et est inversible sur \(\text{Tor}_i^R(R', N)\) pour \(i \geq 2\). La platitude de \(M \otimes_R R'\) sur \(R'\) donne \[\text{Tor}_i^R(M \otimes_R R', N) = (M \otimes_R R') \otimes_{R'} \text{Tor}_i^R(R', N)\] par la suite spectrale de l’Exemple 068F. En écrivant \(M \otimes_R R'\) comme une colimite filtrante de \(R'\)-modules libres de rang fini (Algèbre, Théorème 058G), on conclut que \(f\) n’est pas diviseur de zéro sur \(\text{Tor}_1^R(M \otimes_R R', N)\) et est inversible sur \(\text{Tor}_i^R(M \otimes_R R', N)\). Considérons ensuite la suite exacte \(0 \to M \to M \otimes_R R' \oplus M_f \to M \otimes_R (R')_f \to 0\) qui exprime que \(M\) est recollable, ainsi que la suite exacte longue de \(\text{Tor}\) associée. La partie pertinente est \[\xymatrix{ \text{Tor}_1^R(M, N) \ar[r] & \text{Tor}_1^R(M \otimes_R R', N) \ar[r] & \text{Tor}_1^R(M \otimes_R (R')_f, N) \\ & \text{Tor}_2^R(M \otimes_R R', N) \ar[r] & \text{Tor}_2^R(M \otimes_R (R')_f, N) \ar[llu] }\] Nous concluons que \(\text{Tor}_1^R(M, N) = 0\) d’après les remarques précédentes sur l’action de \(f\) sur les \(\text{Tor}_i^R(M \otimes_R R', N)\).

Remarquons que nous avons déjà établi le résultat du lemme suivant pour la propriété « de type fini » dans le Lemme 0BNN.

Lemme

Soit \((R \to R', f)\) une paire de recollement. Soit \(M\) un \(R\)-module qui n’est pas nécessairement recollable pour \((R \to R', f)\). Alors \(M\) est un \(R\)-module projectif de type fini si et seulement si \(M \otimes_R R'\) est projectif de type fini sur \(R'\) et \(M_f\) projectif de type fini sur \(R_f\).

Démonstration

Supposons que \(M \otimes_R R'\) soit un module projectif de type fini sur \(R'\) et que \(M_f\) soit un module projectif de type fini sur \(R_f\). Il s’agit de montrer que \(M\) est projectif de type fini sur \(R\). Nous utiliserons sans autre mention Algèbre, Lemme 00NX. Le Lemme 0BP7 montre que \(M\) est plat, et le Lemme 0BNN montre que \(M\) est de type fini. Choisissons une suite exacte courte \(0 \to K \to R^{\oplus n} \to M \to 0\). Comme un module projectif de type fini est de présentation finie, et comme la suite reste exacte après tensorisation par \(R'\) (d’après Algèbre, Lemme 00HL) et par \(R_f\), on conclut que \(K \otimes_R R'\) et \(K_f\) sont de type fini. Le lemme précédent montre alors que \(K\) est de type fini. Ainsi, \(M\) est de présentation finie et donc projectif de type fini.

Remarque

Dans [Beauville-Laszlo], on suppose que \(f\) n’est pas diviseur de zéro dans \(R\) et que \(R' = R^\wedge\), ce qui donne une paire de recollement d’après le Lemme 0BNR. Même dans ce cadre, le Théorème 0BP2 apporte un résultat nouveau : les résultats de [Beauville-Laszlo] ne s’appliquent qu’aux modules sur lesquels \(f\) n’est pas diviseur de zéro, donc aux modules recollables au sens présent (voir Lemme 0BNW). Le Lemme 0BP6 donne également une légère extension des résultats de [Beauville-Laszlo] : non seulement on peut autoriser \(M\) à avoir une torsion non nulle annulée par une puissance de \(f\), mais on n’exige même pas qu’il soit recollable.

Complétion dérivée

Parmi les références concernant cette section figurent [Dwyer-Greenlees], [Greenlees-May], [PSY] et [dag12] (notamment le Chapitre 4). Notre exposition suit [BS]. L’analogue, ou le « dual », de cette section pour les modules de torsion se trouve dans Complexes dualisants, section 0952. La relation entre la catégorie dérivée des complexes à cohomologie de torsion et les complexes complets au sens dérivé est étudiée dans Complexes dualisants, section 0A6V.

Soient \(K \in D(A)\) et \(f \in A\). Nous notons \(T(K, f)\) une limite dérivée du système \[\ldots \to K \xrightarrow{f} K \xrightarrow{f} K\] dans \(D(A)\).

Lemme

Soient \(A\) un anneau, \(f \in A\) et \(K \in D(A)\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\Ext^n_A(A_f, K) = 0\) pour tout \(n\) ;

  2. \(\Hom_{D(A)}(E, K) = 0\) pour tout \(E\) dans \(D(A_f)\) ;

  3. \(T(K, f) = 0\) ;

  4. pour tout \(p \in \mathbf{Z}\), on a \(T(H^p(K), f) = 0\) ;

  5. pour tout \(p \in \mathbf{Z}\), on a \(\Hom_A(A_f, H^p(K)) = 0\) et \(\Ext^1_A(A_f, H^p(K)) = 0\) ;

  6. \(R\Hom_A(A_f, K) = 0\) ;

  7. l’application \(\prod_{n \geq 0} K \to \prod_{n \geq 0} K\), \((x_0, x_1, \ldots) \mapsto (x_0 - fx_1, x_1 - fx_2, \ldots)\) est un isomorphisme dans \(D(A)\) ;

  8. en ajouter d’autres ici.

Démonstration

Il est clair que (2) implique (1) et que (1) équivaut à (6). Supposons (1). Soit \(I^\bullet\) un complexe K-injectif de \(A\)-modules représentant \(K\). La condition (1) signifie que \(\Hom_A(A_f, I^\bullet)\) est acyclique. Soit \(M^\bullet\) un complexe de \(A_f\)-modules représentant \(E\). Alors \[\Hom_{D(A)}(E, K) = \Hom_{K(A)}(M^\bullet, I^\bullet) = \Hom_{K(A_f)}(M^\bullet, \Hom_A(A_f, I^\bullet))\] d’après Algèbre, Lemme 08YP. Comme \(\Hom_A(A_f, I^\bullet)\) est un complexe K-injectif de \(A_f\)-modules d’après le Lemme 0917, son acyclicité implique qu’il est homotopiquement équivalent à zéro (Catégories dérivées, Lemme 070I). On obtient donc (2).

Une résolution libre du \(A\)-module \(A_f\) est donnée par \[0 \to \bigoplus\nolimits_{n \in \mathbf{N}} A \to \bigoplus\nolimits_{n \in \mathbf{N}} A \to A_f \to 0\] où la première application envoie \((a_0, a_1, a_2, \ldots)\) sur \((a_0, a_1 - fa_0, a_2 - fa_1, \ldots)\) et la seconde envoie \((a_0, a_1, a_2, \ldots)\) sur \(a_0 + a_1/f + a_2/f^2 + \ldots\). En appliquant \(\Hom_A(-, I^\bullet)\), on obtient \[0 \to \Hom_A(A_f, I^\bullet) \to \prod I^\bullet \to \prod I^\bullet \to 0\] Puisque \(\prod I^\bullet\) représente \(\prod_{n \geq 0} K\), ceci démontre l’équivalence de (1) et (7). D’autre part, la construction des limites dérivées dans Catégories dérivées, section 08TB, et la suite exacte affichée montrent que \(T(K, f)\) représente \(R\Hom_A(A_f, K)\) dans \(D(A)\). On obtient ainsi l’équivalence de (1) et (3).

Il existe une suite spectrale \[E_2^{p, q} = \Ext^p_A(A_f, H^q(K)) \Rightarrow \Ext^{p + q}_A(A_f, K)\] Voir l’Équation (0AVH)13. Cette suite spectrale dégénère en \(E_2\), car \(A_f\) admet une résolution de longueur \(1\) par des \(A\)-modules projectifs (voir ci-dessus) ; la page \(E_2\) ne possède donc que deux colonnes non nulles. On obtient ainsi des suites exactes courtes \[0 \to \Ext^1_A(A_f, H^{p - 1}(K)) \to \Ext^p_A(A_f, K) \to \Hom_A(A_f, H^p(K)) \to 0\] Cela démontre que (4) et (5) équivalent à (1).

Lemme

Soient \(A\) un anneau et \(K \in D(A)\). L’ensemble \(I\) des \(f \in A\) tels que \(T(K, f) = 0\) est un idéal radical de \(A\).

Démonstration

Nous utiliserons sans autre mention les résultats du Lemme 091P. Si \(f \in I\) et \(g \in A\), alors \(A_{gf}\) est un \(A_f\)-module ; ainsi, \(\Ext^n_A(A_{gf}, K) = 0\) pour tout \(n\), donc \(gf \in I\). Supposons \(f, g \in I\). Il existe une suite exacte courte \[0 \to A_{f + g} \to A_{f(f + g)} \oplus A_{g(f + g)} \to A_{gf(f + g)} \to 0\] car \(f, g\) engendrent l’idéal unité dans \(A_{f + g}\). Cela résulte de Algèbre, Lemme 00EJ, et du fait élémentaire que la dernière flèche est surjective. La suite exacte longue de \(\Ext\) et l’annulation de \(\Ext^n_A(A_{f(f + g)}, K)\), \(\Ext^n_A(A_{g(f + g)}, K)\) et \(\Ext^n_A(A_{gf(f + g)}, K)\) pour tout \(n\) entraînent celle de \(\Ext^n_A(A_{f + g}, K)\) pour tout \(n\). Enfin, si \(f^n \in I\) pour un certain \(n > 0\), alors \(f \in I\), car \(T(K, f) = T(K, f^n)\), ou encore parce que \(A_f \cong A_{f^n}\).

Lemme

Soient \(A\) un anneau, \(I \subset A\) un idéal et \(M\) un \(A\)-module.

  1. Si \(M\) est complet pour la topologie \(I\)-adique, alors \(T(M, f) = 0\) pour tout \(f \in I\).

  2. Réciproquement, si \(T(M, f) = 0\) pour tout \(f \in I\) et si \(I\) est de type fini, alors \(M \to \lim M/I^nM\) est surjective.

Démonstration

Démontrons (1). Supposons \(M\) complet pour la topologie \(I\)-adique. D’après le Lemme 091P, il suffit de montrer \(\Ext^1_A(A_f, M) = 0\) et \(\Hom_A(A_f, M) = 0\). Puisque \(M = \lim M/I^nM\) et \(\Hom_A(A_f, M/I^nM) = 0\), il s’ensuit que \(\Hom_A(A_f, M) = 0\). Considérons une extension \[0 \to M \to E \to A_f \to 0\] Pour \(n \geq 0\), choisissons \(e_n \in E\) s’envoyant sur \(1/f^n\). Posons \(\delta_n = fe_{n + 1} - e_n \in M\) pour \(n \geq 0\). Remplaçons \(e_n\) par \[e'_n = e_n + \delta_n + f\delta_{n + 1} + f^2 \delta_{n + 2} + \ldots\] La somme infinie existe puisque \(M\) est complet pour la topologie \(I\)-adique et que \(f \in I\). Un calcul immédiat donne \(fe'_{n + 1} = e'_n\). On obtient donc une scission de l’extension en envoyant \(1/f^n\) sur \(e'_n\).

Démontrons (2). Supposons \(I = (f_1, \ldots, f_r)\) et \(T(M, f_i) = 0\) pour \(i = 1, \ldots, r\). D’après Algèbre, Lemme 090S, on peut supposer \(I = (f)\) et \(T(M, f) = 0\). Soit \(x_n \in M\) pour \(n \geq 0\). Considérons l’extension \[0 \to M \to E \to A_f \to 0\] donnée par \[E = M \oplus \bigoplus Ae_n\Big/\langle x_n - fe_{n + 1} + e_n\rangle\] où \(e_n\) s’envoie sur \(1/f^n\) dans \(A_f\) (voir ci-dessus). Par hypothèse et d’après le Lemme 091P, cette extension est scindée ; il existe donc un élément \(x + e_0\) qui engendre une copie de \(A_f\) dans \(E\). Alors \[x + e_0 = x - x_0 + fe_1 = x - x_0 - f x_1 + f^2 e_2 = \ldots\] Comme \(M/f^nM = E/f^nE\) d’après le lemme du serpent, on voit que \(x = x_0 + fx_1 + \ldots + f^{n - 1}x_{n - 1}\) modulo \(f^nM\). Autrement dit, l’application \(M \to \lim M/f^nM\) est surjective, comme voulu.

Les résultats qui précèdent motivent la définition suivante.

Définition

Soient \(A\) un anneau, \(K \in D(A)\) et \(I \subset A\) un idéal. On dit que \(K\) est complet au sens dérivé par rapport à \(I\) si, pour tout \(f \in I\), on a \(T(K, f) = 0\). Si \(M\) est un \(A\)-module, on dit que \(M\) est complet au sens dérivé par rapport à \(I\) si \(M[0] \in D(A)\) est complet au sens dérivé par rapport à \(I\).

La sous-catégorie pleine \(D_{comp}(A) = D_{comp}(A, I) \subset D(A)\) formée des objets complets au sens dérivé est une sous-catégorie triangulée strictement pleine et saturée ; voir Catégories dérivées, Définitions 05QM et 05RB. D’après le Lemme 091Q, la sous-catégorie \(D_{comp}(A, I)\) ne dépend que du radical \(\sqrt{I}\) de \(I\), autrement dit que du sous-ensemble fermé \(Z = V(I)\) de \(\Spec(A)\). La sous-catégorie \(D_{comp}(A, I)\) est stable par produits et limites homotopiques dans \(D(A)\). En revanche, elle n’est pas stable en général par sommes directes dénombrables. Nous dirons souvent simplement que \(M\) est un module complet au sens dérivé lorsque le choix de l’idéal \(I\) ressort du contexte.

Proposition

Soient \(I \subset A\) un idéal de type fini d’un anneau \(A\) et \(M\) un \(A\)-module. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M\) est complet pour la topologie \(I\)-adique ;

  2. \(M\) est complet au sens dérivé par rapport à \(I\) et \(\bigcap I^nM = 0\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement du Lemme 091R.

Le lemme suivant montre que la catégorie \(\mathcal{C}\) des modules complets au sens dérivé est abélienne. La catégorie \(\mathcal{C}\) n’est pas, en général, une catégorie abélienne de Grothendieck ; voir Exemples, section 0ARC.

Lemme

Soit \(I\) un idéal d’un anneau \(A\).

  1. Les \(A\)-modules complets au sens dérivé forment une sous-catégorie de Serre faible \(\mathcal{C}\) de \(\text{Mod}_A\).

  2. \(D_\mathcal{C}(A) \subset D(A)\) est la sous-catégorie pleine des objets complets au sens dérivé.

Démonstration

La partie (2) résulte immédiatement du Lemme 091P et des définitions. Pour la partie (1), soit \(M \to N\) un morphisme de modules complets au sens dérivé, et notons \(K = (M \to N)\) l’objet correspondant de \(D(A)\). Choisissons \(f \in I\). Alors \(\Ext_A^n(A_f, K)\) est nul pour tout \(n\), car \(\Ext_A^n(A_f, M)\) et \(\Ext_A^n(A_f, N)\) sont nuls pour tout \(n\). Ainsi, \(K\) est complet au sens dérivé. La partie (2) montre que \(\Ker(M \to N)\) et \(\Coker(M \to N)\) sont des objets de \(\mathcal{C}\). Enfin, supposons donnée une suite exacte courte \(0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\) de \(A\)-modules, avec \(M_1\) et \(M_3\) complets au sens dérivé. La suite exacte longue de \(\Ext\) montre que \(M_2\) est complet au sens dérivé. Par conséquent, \(\mathcal{C}\) est une sous-catégorie de Serre faible d’après Homologie, Lemme 0754.

Nous généraliserons le lemme suivant dans le Lemme 0G1U.

Lemme

Soit \(I\) un idéal de type fini d’un anneau \(A\). Soit \(M\) un \(A\)-module complet au sens dérivé. Si \(M/IM = 0\), alors \(M = 0\).

Démonstration

Supposons \(M/IM\) nul et écrivons \(I = (f_1, \ldots, f_r)\). Soit \(i < r\) le plus grand entier tel que \(N = M/(f_1, \ldots, f_i)M\) soit non nul. Si un tel \(i\) n’existe pas, alors \(M = 0\), ce qui est précisément l’assertion voulue. Le module \(N\) est complet au sens dérivé comme conoyau d’un morphisme entre modules complets au sens dérivé ; voir Lemme 091U. Par choix de \(i\), l’application \(f_{i + 1} : N \to N\) est surjective. Par suite, \[\lim (\ldots \to N \xrightarrow{f_{i + 1}} N \xrightarrow{f_{i + 1}} N)\] est non nulle, ce qui contredit la complétude dérivée de \(N\).

Lorsque l’anneau est complet pour la topologie \(I\)-adique, on obtient une grande réserve de complexes complets au sens dérivé.

Lemme

Soient \(A\) un anneau et \(I \subset A\) un idéal. Si \(A\) est complet au sens dérivé (par exemple s’il est complet pour la topologie \(I\)-adique), alors tout objet pseudo-cohérent de \(D(A)\) est complet au sens dérivé.

Démonstration

(Le Lemme 091R explique l’assertion entre parenthèses.) Soit \(K\) un objet pseudo-cohérent de \(D(A)\). Par définition, \(K\) est représenté par un complexe \(K^\bullet\) borné supérieurement de \(A\)-modules libres de rang fini. Puisque \(A\) est complet au sens dérivé, la partie (1) du Lemme 091U montre que \(H^n(K)\) est complet au sens dérivé pour tout \(n\). La partie (2) du même lemme implique à son tour que \(K\) est complet au sens dérivé.

Lemme

Soient \(A\) un anneau et \(f, g \in A\). Pour \(K \in D(A)\), on a \(R\Hom_A(A_f, R\Hom_A(A_g, K)) = R\Hom_A(A_{fg}, K)\).

Démonstration

Cela résulte du Lemme 0A65.

Lemme

Soit \(I\) un idéal de type fini d’un anneau \(A\). Le foncteur d’inclusion \(D_{comp}(A, I) \to D(A)\) admet un adjoint à gauche. Autrement dit, pour tout objet \(K\) de \(D(A)\), il existe un morphisme \(K \to K^\wedge\) de \(K\) vers un objet complet au sens dérivé de \(D(A)\) tel que l’application \[\Hom_{D(A)}(K^\wedge, E) \longrightarrow \Hom_{D(A)}(K, E)\] soit bijective pour tout objet \(E\) de \(D(A)\) complet au sens dérivé. Plus précisément, si \(I\) est engendré par \(f_1, \ldots, f_r \in A\), alors \[K^\wedge = R\Hom\left((A \to \prod\nolimits_{i_0} A_{f_{i_0}} \to \prod\nolimits_{i_0 < i_1} A_{f_{i_0}f_{i_1}} \to \ldots \to A_{f_1\ldots f_r}), K\right)\] fonctoriellement en \(K\).

Démonstration

Définissons \(K^\wedge\) par la dernière formule affichée du lemme. Il existe un morphisme de complexes \[(A \to \prod\nolimits_{i_0} A_{f_{i_0}} \to \prod\nolimits_{i_0 < i_1} A_{f_{i_0}f_{i_1}} \to \ldots \to A_{f_1\ldots f_r}) \longrightarrow A\] qui induit un morphisme \(K \to K^\wedge\). Il suffit de montrer que \(K^\wedge\) est complet au sens dérivé et que \(K \to K^\wedge\) est un isomorphisme si \(K\) est complet au sens dérivé14.

Soit \(f \in A\). D’après le Lemme 0A6C, l’objet \(R\Hom_A(A_f, K^\wedge)\) est égal à \[R\Hom\left((A_f \to \prod\nolimits_{i_0} A_{ff_{i_0}} \to \prod\nolimits_{i_0 < i_1} A_{ff_{i_0}f_{i_1}} \to \ldots \to A_{ff_1\ldots f_r}), K\right)\] Si \(f \in I\), alors \(f_1, \ldots, f_r\) engendrent l’idéal unité dans \(A_f\) ; le complexe de Čech alterné augmenté \[A_f \to \prod\nolimits_{i_0} A_{ff_{i_0}} \to \prod\nolimits_{i_0 < i_1} A_{ff_{i_0}f_{i_1}} \to \ldots \to A_{ff_1\ldots f_r}\] est donc nul dans \(D(A)\) d’après le Lemme 0G6K. (En fait, si \(f = f_i\) pour un certain \(i\), ce complexe est homotope à zéro d’après le Lemme 0G6J ; c’est le seul cas dont nous avons besoin.) Ainsi, \(R\Hom_A(A_f, K^\wedge) = 0\), et le Lemme 091P montre que \(K^\wedge\) est complet au sens dérivé.

Réciproquement, si \(K\) est complet au sens dérivé, alors \(R\Hom_A(A_f, K)\) est nul pour tout \(f = f_{i_0} \ldots f_{i_p}\), \(p \geq 0\). Ainsi, \(K \to K^\wedge\) est un isomorphisme dans \(D(A)\).

Remarque

Soient \(A\) un anneau et \(I \subset A\) un idéal de type fini. L’adjoint à gauche du foncteur d’inclusion \(D_{comp}(A, I) \to D(A)\) dont l’existence est établie par le Lemme 091V est appelé la complétion dérivée. Pour l’indiquer, nous dirons « soit \(K^\wedge\) la complétion dérivée de \(K\) ». Gardons à l’esprit que l’unité de l’adjonction est un morphisme fonctoriel \(K \to K^\wedge\).

Lemme

Soient \(A\) un anneau et \(I \subset A\) un idéal de type fini. Soit \(K^\bullet\) un complexe de \(A\)-modules tel que \(f : K^\bullet \to K^\bullet\) soit un isomorphisme pour un certain \(f \in I\), c’est-à-dire que \(K^\bullet\) soit un complexe de \(A_f\)-modules. Alors la complétion dérivée de \(K^\bullet\) est nulle.

Démonstration

En effet, dans ce cas, \(R\Hom_A(K, L)\) est nul pour tout complexe \(L\) complet au sens dérivé ; voir Lemme 091P. La propriété universelle du Lemme 091V implique donc que \(K^\wedge\) est nul.

Lemme

Soient \(A\) un anneau, \(I \subset A\) un idéal de type fini et \(K, L \in D(A)\). Alors \[R\Hom_A(K, L)^\wedge = R\Hom_A(K, L^\wedge) = R\Hom_A(K^\wedge, L^\wedge)\]

Démonstration

D’après le Lemme 091V, la complétion dérivée est donnée par \(R\Hom_A(C, -)\) pour un certain \(C \in D(A)\). Ainsi, \[\begin{align*} R\Hom_A(C, R\Hom_A(K, L)) & = R\Hom_A(C \otimes_A^\mathbf{L} K, L) \\ & = R\Hom_A(K, R\Hom_A(C, L)) \end{align*}\] d’après le Lemme 0A65. Cela démontre la première égalité. Le morphisme \(K \to K^\wedge\) induit un morphisme \[R\Hom_A(K^\wedge, L^\wedge) \to R\Hom_A(K, L^\wedge)\] qui est un isomorphisme dans \(D(A)\) par définition de la complétion dérivée comme adjointe à gauche du foncteur d’inclusion.

Lemme

Soient \(A\) un anneau, \(I \subset A\) un idéal et \((K_n)\) un système projectif d’objets de \(D(A)\) tel que, pour tout \(f \in I\) et tout \(n\), il existe \(e = e(n, f)\) tel que \(f^e\) agisse par zéro sur \(K_n\). Alors, pour \(K \in D(A)\), l’objet \(K' = R\lim (K \otimes_A^\mathbf{L} K_n)\) est complet au sens dérivé par rapport à \(I\).

Démonstration

Puisque la catégorie des objets complets au sens dérivé est stable par \(R\lim\), il suffit de montrer que chaque \(K \otimes_A^\mathbf{L} K_n\) est complet au sens dérivé. Par hypothèse, pour tout \(f \in I\), il existe \(e\) tel que \(f^e\) agisse par zéro sur \(K \otimes_A^\mathbf{L} K_n\). Cela implique évidemment \(T(K \otimes_A^\mathbf{L} K_n, f) = 0\), ce qui conclut.

Situation

Soient \(A\) un anneau et \(I = (f_1, \ldots, f_r) \subset A\). Soit \(K_n^\bullet = K_\bullet(A, f_1^n, \ldots, f_r^n)\) le complexe de Koszul sur \(f_1^n, \ldots, f_r^n\), considéré comme complexe de cochaînes en degrés \(-r, -r + 1, \ldots, 0\). En utilisant la fonctorialité du Lemme 0624, on obtient un système projectif \[\ldots \to K_3^\bullet \to K_2^\bullet \to K_1^\bullet\] compatible avec le système projectif \(H^0(K_n^\bullet) = A/(f_1^n, \ldots, f_r^n)\) et avec les morphismes \(A \to K_n^\bullet\).

Un point essentiel de la discussion ci-dessous est que, pour \(m > n\), le morphisme \[K_m^{-p} = \wedge^p(A^{\oplus r}) \to \wedge^p(A^{\oplus r}) = K_n^{-p}\] est donné par multiplication par \(f_{i_1}^{m - n} \ldots f_{i_p}^{m - n}\) sur l’élément de base \(e_{i_1} \wedge \ldots \wedge e_{i_p}\).

Lemme

Dans la Situation 0BKC, pour \(K \in D(A)\), l’objet \(K' = R\lim (K \otimes_A^\mathbf{L} K_n^\bullet)\) est complet au sens dérivé par rapport à \(I\).

Démonstration

C’est un cas particulier du Lemme 091W, car \(f_i^n\) agit sur \(K_n^\bullet\) par un endomorphisme homotope à zéro d’après le Lemme 0663.

Lemme

Dans la Situation 0BKC, soit \(K \in D(A)\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(K\) est complet au sens dérivé par rapport à \(I\) ;

  2. le morphisme canonique \(K \to R\lim (K \otimes_A^\mathbf{L} K_n^\bullet)\) est un isomorphisme dans \(D(A)\).

Démonstration

Si (2) est satisfaite, alors \(K\) est complet au sens dérivé par rapport à \(I\) d’après le Lemme 091Y. Réciproquement, supposons \(K\) complet au sens dérivé par rapport à \(I\). Considérons les filtrations \[K_n^\bullet \supset \sigma_{\geq -r + 1}K_n^\bullet \supset \sigma_{\geq -r + 2}K_n^\bullet \supset \ldots \supset \sigma_{\geq -1}K_n^\bullet \supset \sigma_{\geq 0}K_n^\bullet = A\] par troncations bêtes (Homologie, section 0118). Comme la construction \(R\lim(K \otimes E)\) est exacte en la seconde variable (Lemme 091K), il suffit de montrer que \[R\lim \left( K \otimes_A^\mathbf{L} (\sigma_{\geq p}K_n^\bullet/ \sigma_{\geq p + 1}K_n^\bullet) \right) = 0\] pour \(p < 0\). La description explicite des complexes de Koszul ci-dessus donne \[R\lim \left( K \otimes_A^\mathbf{L} (\sigma_{\geq p}K_n^\bullet/ \sigma_{\geq p + 1}K_n^\bullet) \right) = \bigoplus\nolimits_{i_1, \ldots, i_{-p}} T(K, f_{i_1}\ldots f_{i_{-p}})\] qui est nul pour \(p < 0\) par hypothèse sur \(K\).

Lemme

Dans la Situation 0BKC, le foncteur qui envoie \(K \in D(A)\) sur la limite dérivée \(K' = R\lim( K \otimes_A^\mathbf{L} K_n^\bullet )\) est l’adjoint à gauche du foncteur d’inclusion \(D_{comp}(A) \to D(A)\) construit dans le Lemme 091V.

Démonstration

La règle \(K \leadsto K'\) est un foncteur, et \(K'\) est complet au sens dérivé par rapport à \(I\) d’après le Lemme 091Y. Un argument formel (omis) montre qu’il suffit d’établir que \(K \to K'\) est un isomorphisme lorsque \(K\) est complet au sens dérivé par rapport à \(I\). C’est le contenu du Lemme 091Z.

Démonstration

Notons \(K \mapsto K^\wedge\) l’adjoint construit dans le Lemme 091V. D’après ce lemme, \[K^\wedge = R\Hom\left((A \to \prod\nolimits_{i_0} A_{f_{i_0}} \to \prod\nolimits_{i_0 < i_1} A_{f_{i_0}f_{i_1}} \to \ldots \to A_{f_1\ldots f_r}), K\right)\] Dans le Lemme 0913, nous avons vu que le complexe de Čech alterné augmenté \[A \to \prod\nolimits_{i_0} A_{f_{i_0}} \to \prod\nolimits_{i_0 < i_1} A_{f_{i_0}f_{i_1}} \to \ldots \to A_{f_1\ldots f_r}\] est une colimite des complexes de Koszul \(K^n = K(A, f_1^n, \ldots, f_r^n)\) placés en degrés \(0, \ldots, r\). Remarquons que \(K^n\) est un complexe de chaînes fini de \(A\)-modules libres de rang fini, dont le dual (au sens du Lemme 07VI) est \(R\Hom_A(K^n, A) = K_n\), où \(K_n\) est le complexe de cochaînes de Koszul placé en degrés \(-r, \ldots, 0\), comme d’habitude. Il suffit donc de montrer que \[R\Hom_A(\text{hocolim} K^n, K) = R\lim (K \otimes_A^\mathbf{L} K_n)\] Cela résulte du Lemme 0BKB.

Lemme

Soit \(I = (f_1, \ldots, f_r)\) un idéal de type fini d’un anneau \(A\). Soit \(K\) un objet de \(D(A)\) complet au sens dérivé. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(H^i(K) = 0\) pour \(i > 0\) ;

  2. \(H^i(K \otimes_A^\mathbf{L} A/I) = 0\) pour \(i > 0\) ;

  3. \(H^i(K \otimes_A^\mathbf{L} K_1^\bullet) = 0\) pour \(i > 0\), où \(K_1^\bullet\) est celui de la Situation 0BKC.

Démonstration

L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) est toujours vraie. L’implication (2) \(\Rightarrow\) (3) résulte du Lemme 0H82. Supposons (3). Pour \(s = 0, \ldots, r\), considérons le complexe \[K(s) = K \otimes_A^\mathbf{L} K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_s)\] où \(K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_s)\) est le complexe de Koszul placé en degrés cohomologiques \(-s, \ldots, 0\). D’après le Lemme 0629, on a des triangles distingués \[K(s - 1) \xrightarrow{f_s} K(s - 1) \to K(s) \to K(s - 1)[1]\] Comme \(K(0) = K\) est complet au sens dérivé, une récurrence ascendante montre que chaque \(K(s)\) est un objet complet au sens dérivé de \(D(A)\). Montrons par récurrence descendante que \(K(s)\) n’a pas de cohomologie non nulle en degrés \(> 0\). Cela vaut pour \(s = r\) par l’hypothèse (3). Si cela vaut pour \(K(s)\) avec \(s > 0\), alors \(f_s : H^i(K(s - 1)) \to H^i(K(s - 1))\) est surjective pour \(i > 0\), et les Lemmes 091U et 09B9 montrent que \(H^i(K(s - 1))\) est nul.

Lemme

Soit \(I\) un idéal de type fini d’un anneau \(A\). Soit \(K\) un objet de \(D(A)\) complet au sens dérivé. Si \(K \otimes_A^\mathbf{L} A/I = 0\), alors \(K = 0\).

Démonstration

C’est un cas particulier du Lemme 0H83, mais nous donnons aussi une preuve directe. Choisissons des générateurs \(f_1, \ldots, f_r\) de \(I\). Notons \(K_n\) le complexe de Koszul sur \(f_1^n, \ldots, f_r^n\) au-dessus de \(A\). Rappelons que \(K_n\) est borné et que les modules de cohomologie de \(K_n\) sont annulés par \(f_1^n, \ldots, f_r^n\), donc par \(I^{nr}\). Le Lemme 0G1T montre que \(K \otimes_A^\mathbf{L} K_n = 0\). Comme \(K\) est complet au sens dérivé, le Lemme 0920 donne \(K = R\lim K \otimes_A^\mathbf{L} K_n = 0\), comme voulu.

La relation avec le complexe de Koszul montre notamment que la complétion dérivée est de dimension cohomologique finie.

Lemme

Soient \(A\) un anneau et \(I \subset A\) un idéal qui peut être engendré par \(r\) éléments. Alors la complétion dérivée est de dimension cohomologique finie :

  1. Soit \(K \to L\) un morphisme dans \(D(A)\) tel que \(H^i(K) \to H^i(L)\) soit un isomorphisme pour \(i \geq 1\) et surjectif pour \(i = 0\). Alors \(H^i(K^\wedge) \to H^i(L^\wedge)\) est un isomorphisme pour \(i \geq 1\) et surjectif pour \(i = 0\).

  2. Soit \(K \to L\) un morphisme de \(D(A)\) tel que \(H^i(K) \to H^i(L)\) soit un isomorphisme pour \(i \leq -1\) et injectif pour \(i = 0\). Alors \(H^i(K^\wedge) \to H^i(L^\wedge)\) est un isomorphisme pour \(i \leq -r - 1\) et injectif pour \(i = -r\).

Démonstration

Supposons \(I\) engendré par \(f_1, \ldots, f_r\). Pour tout \(K \in D(A)\), le Lemme 0920 donne \(K^\wedge = R\lim K \otimes_A^\mathbf{L} K_n\), où \(K_n\) est le complexe de Koszul sur \(f_1^n, \ldots, f_r^n\). On obtient donc une suite exacte courte \[0 \to R^1\lim H^{i - 1}(K \otimes_A^\mathbf{L} K_n) \to H^i(K^\wedge) \to \lim H^i(K \otimes_A^\mathbf{L} K_n) \to 0\] d’après le Lemme 0CQE.

Démontrons (1). Choisissons un triangle distingué \(K \to L \to C \to K[1]\). Alors \(H^i(C) = 0\) pour \(i \geq 0\). Comme \(K_n\) est placé en degrés \(\leq 0\), on a \(H^i(C \otimes_A^\mathbf{L} K_n) = 0\) pour \(i \geq 0\), et \(H^{-1}(C \otimes_A^\mathbf{L} K_n) = H^{-1}(C) \otimes_A A/(f_1^n, \ldots, f_r^n)\) est un système dont les applications de transition sont surjectives. La suite exacte affichée ci-dessus montre que \(H^i(C^\wedge) = 0\) pour \(i \geq 0\). En appliquant le triangle distingué \(K^\wedge \to L^\wedge \to C^\wedge \to K^\wedge[1]\), on obtient (1).

Démontrons (2). Choisissons un triangle distingué \(K \to L \to C \to K[1]\). Alors \(H^i(C) = 0\) pour \(i < 0\). Comme \(K_n\) est placé en degrés \(-r, \ldots, 0\), on a \(H^i(C \otimes_A^\mathbf{L} K_n) = 0\) pour \(i < -r\). La suite exacte affichée ci-dessus montre que \(H^i(C^\wedge) = 0\) pour \(i < r\). En appliquant le triangle distingué \(K^\wedge \to L^\wedge \to C^\wedge \to K^\wedge[1]\), on obtient (2).

Lemme

Soient \(A\) un anneau, \(I \subset A\) un idéal de type fini et \(K^\bullet\) un complexe filtré de \(A\)-modules. Il existe une suite spectrale canonique \((E_r, \text{d}_r)_{r \geq 1}\) de \(A\)-modules bigradués complets au sens dérivé, dont \(d_r\) est de bidegré \((r, -r + 1)\) et telle que \[E_1^{p, q} = H^{p + q}((\text{gr}^pK^\bullet)^\wedge)\] Si la filtration de chaque \(K^n\) est finie, alors la suite spectrale est bornée et converge vers \(H^*((K^\bullet)^\wedge)\).

Démonstration

D’après le Lemme 091V, la complétion dérivée est donnée par \(R\Hom_A(C, -)\) pour un certain \(C \in D^b(A)\). Les Lemmes 0AAJ et 0A5P montrent que \(C\) est de dimension projective finie. On peut donc choisir un complexe borné de modules projectifs \(P^\bullet\) représentant \(C\). Alors \[M^\bullet = \Hom^\bullet(P^\bullet, K^\bullet)\] est un complexe de \(A\)-modules représentant \((K^\bullet)^\wedge\). Il est muni de la filtration définie par \(F^pM^\bullet = \Hom^\bullet(P^\bullet, F^pK^\bullet)\). On voit que \(F^pM^\bullet\) représente \((F^pK^\bullet)^\wedge\) et que \(\text{gr}^pM^\bullet\) représente \((\text{gr}K^\bullet)^\wedge\). La suite spectrale cherchée est donc celle du complexe filtré \(M^\bullet\) ; voir Homologie, section 012K. Si la filtration de chaque \(K^n\) est finie, celle de chaque \(M^n\) l’est aussi, car \(P^\bullet\) est un complexe borné. La dernière assertion résulte alors de Homologie, Lemme 012W.

Exemple

Soient \(A\) un anneau, \(I \subset A\) un idéal de type fini et \(K^\bullet\) un complexe de \(A\)-modules. On peut appliquer le Lemme 0BKD avec \(F^pK^\bullet = \tau_{\leq -p}K^\bullet\). On obtient alors une suite spectrale bornée \[E_1^{p, q} = H^{p + q}(H^{-p}(K^\bullet)^\wedge[p]) = H^{2p + q}(H^{-p}(K^\bullet)^\wedge)\] qui converge vers \(H^{p + q}((K^\bullet)^\wedge)\). Après renumérotation \(p = -j\) et \(q = i + 2j\), on voit que, pour tout \(K \in D(A)\), il existe une suite spectrale bornée \((E'_r, d'_r)_{r \geq 2}\) de modules bigradués complets au sens dérivé, dont \(d'_r\) est de bidegré \((r, -r + 1)\), telle que \[(E'_2)^{i, j} = H^i(H^j(K)^\wedge)\] et qui converge vers \(H^{i + j}(K^\wedge)\).

Lemme

Soient \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux et \(I \subset A\) un idéal. L’image réciproque de \(D_{comp}(A, I)\) par le foncteur de restriction \(D(B) \to D(A)\) est \(D_{comp}(B, IB)\).

Démonstration

Le Lemme 091Q montre que \(L \in D(B)\) appartient à \(D_{comp}(B, IB)\) si et seulement si \(T(L, f)\) est nul pour tout \(f \in I\). La cohomologie de \(T(L, f)\) se calcule dans la catégorie des groupes abéliens ; peu importe donc que l’on considère \(f\) comme un élément de \(A\) ou que l’on prenne l’image de \(f\) dans \(B\). Le lemme résulte immédiatement de ceci et de la définition des objets complets au sens dérivé.

Lemme

Soient \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux et \(I \subset A\) un idéal de type fini. Si \(A \to B\) est plat et \(A/I \cong B/IB\), alors le foncteur de restriction \(D(B) \to D(A)\) induit une équivalence \(D_{comp}(B, IB) \to D_{comp}(A, I)\).

Démonstration

Choisissons des générateurs \(f_1, \ldots, f_r\) de \(I\). Notons \(\check{\mathcal{C}}^\bullet_A \to \check{\mathcal{C}}^\bullet_B\) le quasi-isomorphisme de complexes de Čech alternés augmentés du Lemme 091M. Soit \(K \in D_{comp}(A, I)\). Soit \(I^\bullet\) un complexe K-injectif de \(A\)-modules représentant \(K\). Comme \(\Ext^n_A(A_f, K)\) et \(\Ext^n_A(B_f, K)\) sont nuls pour tous \(f \in I\) et \(n \in \mathbf{Z}\) (Lemme 091P), on en conclut que \(\check{\mathcal{C}}^\bullet_A \to A\) et \(\check{\mathcal{C}}^\bullet_B \to B\) induisent des quasi-isomorphismes \[I^\bullet = \Hom_A(A, I^\bullet) \longrightarrow \text{Tot}(\Hom_A(\check{\mathcal{C}}^\bullet_A, I^\bullet))\] et \[\Hom_A(B, I^\bullet) \longrightarrow \text{Tot}(\Hom_A(\check{\mathcal{C}}^\bullet_B, I^\bullet))\] Certains détails sont omis. Puisque \(\check{\mathcal{C}}^\bullet_A \to \check{\mathcal{C}}^\bullet_B\) est un quasi-isomorphisme et que \(I^\bullet\) est K-injectif, on conclut que \(\Hom_A(B, I^\bullet) \to I^\bullet\) est un quasi-isomorphisme. Comme le complexe \(\Hom_A(B, I^\bullet)\) est un complexe de \(B\)-modules, \(K\) appartient à l’image du foncteur de restriction ; autrement dit, ce foncteur est essentiellement surjectif.

En fait, l’argument montre que \(F : D_{comp}(A, I) \to D_{comp}(B, IB)\), \(K \mapsto \Hom_A(B, I^\bullet)\) est un inverse à gauche du foncteur de restriction. Enfin, soit \(L \in D_{comp}(B, IB)\). Représentons \(L\) par un complexe K-injectif \(J^\bullet\) de \(B\)-modules. Le complexe \(J^\bullet\) est également K-injectif comme complexe de \(A\)-modules (Lemme 0915) ; par conséquent, \(F(\text{restriction de }L) = \Hom_A(B, J^\bullet)\). Il existe un morphisme \(J^\bullet \to \Hom_A(B, J^\bullet)\) de complexes de \(B\)-modules dont la composée avec \(\Hom_A(B, J^\bullet) \to J^\bullet\) est l’identité. On en conclut que \(F\) est aussi un inverse à droite du foncteur de restriction, ce qui achève la preuve.

La catégorie des modules complets au sens dérivé

Soient \(A\) un anneau et \(I\) un idéal. Notons \(\mathcal{C}\) la catégorie des modules complets au sens dérivé ; voir Définition 091S. Dans cette section, nous étudions quelques propriétés de cette catégorie. Dans Exemples, section 0ARC, nous montrons que \(\mathcal{C}\) n’est pas en général une catégorie abélienne de Grothendieck.

D’après le Lemme 091U, la catégorie \(\mathcal{C}\) est abélienne et le foncteur d’inclusion \(\mathcal{C} \to \text{Mod}_A\) est exact.

Comme \(D_{comp}(A) \subset D(A)\) est stable par produits (voir la discussion qui suit la Définition 091S) et que les produits dans \(D(A)\) se calculent au niveau des complexes, on voit que \(\mathcal{C}\) admet des produits qui coïncident avec ceux de \(\text{Mod}_A\). Par conséquent, \(\mathcal{C}\) admet en fait toutes les limites, et le foncteur d’inclusion \(\mathcal{C} \to \text{Mod}_A\) commute à celles-ci ; voir Catégories, Lemme 002N.

Supposons \(I\) de type fini. Notons \({}^\wedge : D(A) \to D(A)\) le foncteur de complétion dérivée du Lemme 091V. Montrons que le foncteur \[\text{Mod}_A \longrightarrow \mathcal{C},\quad M \longmapsto H^0(M^\wedge)\] est adjoint à gauche du foncteur d’inclusion \(\mathcal{C} \to \text{Mod}_A\). Remarquons que \(H^i(M^\wedge) = 0\) pour \(i > 0\), par exemple d’après le Lemme 0AAJ. Ainsi, si \(N\) est un \(A\)-module complet au sens dérivé, on a \[\begin{align*} \Hom_\mathcal{C}(H^0(M^\wedge), N) & = \Hom_{D_{comp}(A)}(M^\wedge, N)\\ & = \Hom_{D(A)}(M, N) \\ & = \Hom_A(M, N) \end{align*}\] comme voulu.

Soit \(T\) un ensemble préordonné et soit \(t \mapsto M_t\) un système de \(A\)-modules complets au sens dérivé, c’est-à-dire un système indexé par \(T\) dans \(\mathcal{C}\) ; voir Catégories, section 002Z. Notons \(\colim_{t \in T} M_t\) la colimite de ce système dans \(\text{Mod}_A\). Il résulte formellement de ce qui précède que \[H^0((\colim_{t \in T} M_t)^\wedge)\] est la colimite du système dans \(\mathcal{C}\). On voit ainsi que \(\mathcal{C}\) admet toutes les colimites. En général, le foncteur d’inclusion \(\mathcal{C} \to \text{Mod}_A\) ne commute pas aux colimites ; voir Exemples, section 0ARC.

Lemme

Soient \(A\) un anneau et \(I \subset A\) un idéal. La catégorie \(\mathcal{C}\) des modules complets au sens dérivé est abélienne et admet toutes les limites ; le foncteur d’inclusion \(F : \mathcal{C} \to \text{Mod}_A\) est exact et commute aux limites. Si \(I\) est de type fini, alors \(\mathcal{C}\) admet toutes les colimites et \(F\) possède un adjoint à gauche.

Démonstration

Cela résume la discussion qui précède.

Complétion dérivée pour un idéal principal

Dans cette section, nous étudions la complétion dérivée lorsque l’idéal est engendré par un seul élément.

Lemme

Soit \(A\) un anneau et soit \(f \in A\). S’il existe un entier \(c \geq 1\) tel que \(A[f^c] = A[f^{c + 1}] = A[f^{c + 2}] = \ldots\) (par exemple si \(A\) est noethérien), alors, pour tout \(n \geq 1\), il existe des morphismes \[(A \xrightarrow{f^n} A) \longrightarrow A/(f^n), \quad\text{et}\quad A/(f^{n + c}) \longrightarrow (A \xrightarrow{f^n} A)\] dans \(D(A)\) qui induisent un isomorphisme entre les pro-objets \(\{A/(f^n)\}\) et \(\{(f^n : A \to A)\}\) dans \(D(A)\).

Démonstration

La première flèche affichée est évidente. On peut définir la seconde flèche du lemme par le diagramme \[\xymatrix{ A/A[f^c] \ar[r]_-{f^{n + c}} \ar[d]_{f^c} & A \ar[d]^1 \\ A \ar[r]^{f^n} & A }\] Puisque la flèche horizontale supérieure est injective, le complexe de la ligne supérieure est quasi isomorphe à \(A/f^{n + c}A\). Nous omettons le calcul des composées nécessaire pour établir l’assertion sur les pro-objets.

Lemme

Soit \(A\) un anneau et soit \(f \in A\). Posons \(I = (f)\). Dans cette situation, nous disposons de la complétion dérivée naïve \(K \mapsto K' = R\lim (K \otimes_A^\mathbf{L} A/f^nA)\) et de la complétion dérivée \[K \mapsto K^\wedge = R\lim (K \otimes_A^\mathbf{L} (A \xrightarrow{f^n} A))\] du Lemme 0920. La transformation naturelle de foncteurs \(K^\wedge \to K'\) est un isomorphisme si et seulement si la \(f\)-torsion de \(A\) est bornée.

Démonstration

Si la torsion par les puissances de \(f\) est bornée, alors les pro-objets \(\{(f^n : A \to A)\}\) et \(\{A/f^nA\}\) sont isomorphes d’après le Lemme 091X. Les foncteurs sont donc isomorphes d’après le Lemme 091B. Réciproquement, le Lemme 091K montre que la condition équivaut exactement à l’annulation de \[R\lim (K \otimes_A^\mathbf{L} A[f^n])\] pour tout \(K \in D(A)\). Ici, les morphismes du système \((A[f^n])\) sont donnés par la multiplication par \(f\). En prenant \(K = A\), puis \(K = \bigoplus_{i \in \mathbf{N}} A\), le Lemme 091C montre que cela entraîne que \((A[f^n])\) est nul comme pro-objet, c’est-à-dire que \(f^{n - 1}A[f^n] = 0\) pour un certain \(n\), ou encore que \(A[f^{n - 1}] = A[f^n]\) ; la torsion par les puissances de \(f\) est donc bornée.

Exemple

Soit \(A\) un anneau et soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro. L’exemple à garder à l’esprit est \(A = \mathbf{Z}_p\) et \(f = p\). Soit \(M\) un \(A\)-module. Affirmation : \(M\) est complet au sens dérivé par rapport à \(f\) si et seulement s’il existe une suite exacte courte \[0 \to K \to L \to M \to 0\] où \(K, L\) sont des modules complets pour la topologie \(f\)-adique et sans \(f\)-torsion. En effet, s’il existe une telle suite exacte courte, alors \[M \otimes_A^\mathbf{L} (A \xrightarrow{f^n} A) = (K/f^nK \to L/f^nL)\] car \(f\) est un non-diviseur de zéro sur \(K\) et \(L\). On en conclut que \(R\lim (M \otimes_A^\mathbf{L} (A \xrightarrow{f^n} A))\) est quasi isomorphe à \(K \to L\), c’est-à-dire à \(M\). Le Lemme 091Z montre alors que \(M\) est complet au sens dérivé. Réciproquement, supposons \(M\) complet au sens dérivé. Choisissons une surjection \(F \to M\), où \(F\) est un \(A\)-module libre. Comme \(f\) est un non-diviseur de zéro sur \(F\), la complétion dérivée de \(F\) est \(L = \lim F/f^nF\). Remarquons que \(L\) est sans \(f\)-torsion : si \((x_n)\), avec \(x_n \in F\), représente un élément \(\xi\) de \(L\) et si \(f\xi = 0\), alors \(x_n = x_{n + 1} + f^nz_n\) et \(fx_n = f^ny_n\) pour certains \(z_n, y_n \in F\). On a alors \(f^n y_n = fx_n = fx_{n + 1} + f^{n + 1}z_n = f^{n + 1}y_{n + 1} + f^{n + 1}z_n\) ; puisque \(f\) est un non-diviseur de zéro sur \(F\), il vient que \(y_n \in fF\), d’où \(x_n \in f^nF\), c’est-à-dire \(\xi = 0\). Comme \(L\) est la complétion dérivée, la propriété universelle fournit un morphisme \(L \to M\) par lequel se factorise \(F \to M\). Soit \(K = \Ker(L \to M)\) son noyau. Le module \(K\) est encore sans \(f\)-torsion ; la complétion dérivée de \(K\) est donc \(\lim K/f^nK\). D’autre part, \(M\) et \(L\) sont tous deux complets au sens dérivé, donc \(K\) l’est aussi d’après le Lemme 091U. Il s’ensuit que \(K = \lim K/f^nK\), ce qui prouve l’affirmation.

Exemple

Soit \(p\) un nombre premier. Considérons le morphisme \(\mathbf{Z}_p[x] \to \mathbf{Z}_p[y]\) d’algèbres de polynômes qui envoie \(x\) sur \(py\). Considérons le conoyau \(M = \Coker(\mathbf{Z}_p[x]^\wedge \to \mathbf{Z}_p[y]^\wedge)\) du morphisme induit entre les complétions \(p\)-adiques ordinaires. Alors \(M\) est un \(\mathbf{Z}_p\)-module complet au sens dérivé d’après la Proposition 091T et le Lemme 091U ; voir aussi la discussion de l’Exemple 09AT. Cependant, \(M\) n’est pas \(p\)-adiquement complet, car \(1 + py + p^2 y^2 + \ldots\) s’envoie sur un élément non nul de \(M\) qui appartient à \(\bigcap p^nM\).

Exemple

Soit \(A\) un anneau et soit \(f \in A\). Notons \(K \mapsto K^\wedge\) la complétion dérivée par rapport à \((f)\). Soit \(M\) un \(A\)-module. En utilisant l’égalité \[M^\wedge = R\lim (M \xrightarrow{f^n} M)\] donnée par le Lemme 0920, puis le Lemme 0CQE, on obtient \[H^{-1}(M^\wedge) = \lim M[f^n] = T_f(M)\] le module de Tate \(f\)-adique de \(M\). Ici, les morphismes \(M[f^n] \to M[f^{n - 1}]\) sont donnés par la multiplication par \(f\). On a ensuite une suite exacte courte \[0 \to R^1\lim M[f^n] \to H^0(M^\wedge) \to \lim M/f^n M \to 0\] qui décrit \(H^0(M^\wedge)\). On a \(H^1(M^\wedge) = R^1\lim M/f^nM = 0\), car les morphismes de transition sont surjectifs (Lemme 091D). Toutes les autres cohomologies de \(M^\wedge\) sont nulles pour des raisons triviales. Enfin, pour \(K \in D(A)\) et \(p \in \mathbf{Z}\), on a une suite exacte courte \[0 \to H^0(H^p(K)^\wedge) \to H^p(K^\wedge) \to T_f(H^{p + 1}(K)) \to 0\] Cela résulte de la suite spectrale de l’Exemple 0BKE, qui dégénère en \(E_2\) (puisque seuls \(i = -1, 0\) donnent des termes non nuls) ; le lemme suivant fournit davantage d’informations.

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(f \in A\) et soit \(K\) un objet de \(D(A)\). Notons \(K_n = K \otimes_A^\mathbf{L} (A \xrightarrow{f^n} A)\). Pour tout \(p \in \mathbf{Z}\), on a un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & 0 & 0 \\ 0 \ar[r] & \widehat{H^p(K)} \ar[r] \ar[u] & \lim H^p(K_n) \ar[r] \ar[u] & T_f(H^{p + 1}(K)) \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & H^0(H^p(K)^\wedge) \ar[r] \ar[u] & H^p(K^\wedge) \ar[r] \ar[u] & T_f(H^{p + 1}(K)) \ar[r] \ar@{=}[u] & 0 \\ & R^1\lim H^p(K)[f^n] \ar[u] \ar[r]^\cong & R^1\lim H^{p - 1}(K_n) \ar[u] \\ & 0 \ar[u] & 0 \ar[u] }\] à lignes et colonnes exactes, où \(\widehat{H^p(K)} = \lim H^p(K)/f^nH^p(K)\) est la complétion \(f\)-adique usuelle. La suite exacte courte verticale de gauche et la suite exacte courte horizontale médiane proviennent de l’Exemple 0BKG. La suite exacte courte verticale médiane est celle du Lemme 0CQE.

Démonstration

Pour construire la suite exacte courte horizontale supérieure, remarquons que nous avons les suites exactes courtes de systèmes projectifs suivantes : \[0 \to H^p(K)/f^nH^p(K) \to H^p(K_n) \to H^{p + 1}(K)[f^n] \to 0\] elles proviennent de la construction de \(K_n\) comme décalé du cône de \(f^n : K \to K\). En prenant leur limite projective, on obtient la suite exacte courte horizontale supérieure ; voir Homologie, Lemme 02N1.

Montrons que l’on dispose d’un diagramme commutatif comme dans le lemme. Considérons le morphisme \(L = \tau_{\leq p}K \to K\). En posant \(L_n = L \otimes_A^\mathbf{L} (A \xrightarrow{f^n} A)\), on obtient un morphisme \((L_n) \to (K_n)\) de systèmes projectifs, lequel induit un morphisme de suites exactes courtes \[\xymatrix{ 0 & 0 \\ \lim H^p(L_n) \ar[r] \ar[u] & \lim H^p(K_n) \ar[u] \\ H^p(L^\wedge) \ar[r] \ar[u] & H^p(K^\wedge) \ar[u] \\ R^1\lim H^{p - 1}(L_n) \ar[r] \ar[u] & R^1\lim H^{p - 1}(K_n) \ar[u] \\ 0 \ar[u] & 0 \ar[u] }\] Puisque \(H^i(L) = 0\) pour \(i > p\) et \(H^p(L) = H^p(K)\), un calcul fondé sur les références de l’énoncé montre que \(H^p(L^\wedge) = H^0(H^p(K)^\wedge)\) et que \(H^p(L_n) = H^p(K)/f^nH^p(K)\). D’autre part, on a \(H^{p - 1}(L_n) = H^{p - 1}(K_n)\) ; on obtient donc l’isomorphisme indiqué dans l’énoncé, puisque l’on sait déjà que le noyau de \(H^0(H^p(K)^\wedge) \to \widehat{H^p(K)}\) est égal à \(R^1\lim H^p(K)[f^n]\). Nous omettons de vérifier que le carré situé le plus à droite dans le diagramme commute lorsque la ligne supérieure est définie par la construction du premier paragraphe de la démonstration.

Remarque

Avec les notations du Lemme 0H32, on voit aussi que le système projectif \(H^p(K_n)\) vérifie la condition ML si et seulement si le système projectif \(H^{p + 1}(K)[f^n]\) la vérifie. Cela résulte du système projectif de suites exactes courtes \(0 \to H^p(K)/f^nH^p(K) \to H^p(K_n) \to H^{p + 1}(K)[f^n] \to 0\) (voir la démonstration du lemme), combiné avec Homologie, Lemme 02N1, et le Lemme 0CQB.

Lemme

Soit \(I\) un idéal de type fini d’un anneau \(A\). Soit \(M\) un \(A\)-module complet au sens dérivé. Si \(M\) est un module de torsion par les puissances de \(I\), alors \(I^nM = 0\) pour un certain \(n\).

Démonstration

Écrivons \(I = (f_1, \ldots, f_r)\). Il suffit de montrer que, pour tout \(i\), il existe un \(n_i\) tel que \(f_i^{n_i}M = 0\). On peut donc supposer que \(I = (f)\) est un idéal principal. Soit \(B = \mathbf{Z}[x] \to A\) le morphisme d’anneaux qui envoie \(x\) sur \(f\). D’après le Lemme 0924, \(M\) est complet au sens dérivé comme \(B\)-module par rapport à l’idéal \((x)\). Après avoir remplacé \(A\) par \(B\), on peut supposer que \(f\) est un non-diviseur de zéro dans \(A\).

Supposons \(I = (f)\), où \(f \in A\) est un non-diviseur de zéro. D’après l’Exemple 09AT, il existe une suite exacte courte \[0 \to K \xrightarrow{u} L \to M \to 0\] où \(K\) et \(L\) sont complets pour la topologie \(I\)-adique comme \(A\)-modules et sans \(f\)-torsion15. Considérons \(K\) et \(L\) comme des modules topologiques munis de la topologie \(I\)-adique. Alors \(u\) est continu. Posons \[L_n = \{x \in L \mid f^n x \in u(K)\}\] Comme \(M\) est de torsion par les puissances de \(f\), on a \(L = \bigcup L_n\). Soit \(N_n\) l’adhérence de \(L_n\) dans \(L\). D’après le Lemme 0CQV, \(N_n\) est ouvert dans \(L\) pour un certain \(n\). Fixons un tel \(n\). Comme \(f^{n + m} : L \to L\) est un morphisme continu et ouvert, et comme \(f^{n + m} L_n \subset u(f^m K)\), on conclut que l’adhérence de \(u(f^mK)\) est ouverte pour tout \(m \geq 1\). Le Lemme 0CQW montre donc que \(u\) est ouvert. Ainsi, \(f^tL \subset \Im(u)\) pour un certain \(t\), et l’on conclut que \(f^t\) annule \(M\), comme voulu.

Lemme

Soit \(f \in A\) un élément d’un anneau. Posons \(J = \bigcap f^nA\). Soit \(M\) un \(A\)-module complet au sens dérivé par rapport à \(f\). Alors \(JM' = 0\), où \(M' = \Ker(M \to \lim M/f^nM)\). En particulier, si \(A\) est complet au sens dérivé, alors \(J\) est un idéal de carré nul.

Démonstration

Prenons \(x \in M'\) et \(g \in J\). Pour tout \(n \geq 1\), on peut écrire \(x = f^n x_n\). Comme \(g\) appartient à \(f^nA\), l’élément \(y_n = gx_n\) de \(M'\) est indépendant du choix de \(x_n\). On peut en particulier prendre \(x_n = fx_{n + 1}\), et l’on trouve \(y_n = fy_{n + 1}\). On obtient ainsi un morphisme \(A_f \to M\) qui envoie \(1/f^n\) sur \(y_n\). Ce morphisme doit être nul puisque \(M\) est complet au sens dérivé (Lemme 091P) ; par conséquent, \(y_n = 0\) pour tout \(n\). Comme \(gx = gfx_1 = fy_1\), la démonstration est achevée.

Lemme

Soit \(A\) un anneau complet au sens dérivé par rapport à un idéal \(I\). Alors \((A, I)\) est une paire hensélienne.

Démonstration

Soit \(f \in I\). D’après le Lemme 0G1S, il suffit de montrer que \((A, fA)\) est une paire hensélienne. Remarquons que \(A\) est complet au sens dérivé par rapport à \(fA\) (cela résulte immédiatement de la Définition 091S). D’après le Lemme 091R, le morphisme de \(A\) vers la complétion \(f\)-adique \(A'\) de \(A\) est surjectif. D’après le Lemme 0ALJ, la paire \((A', fA')\) est hensélienne. Il suffit donc de montrer que \((A, \bigcap f^nA)\) est une paire hensélienne ; voir le Lemme 0DYD. Cela résulte des Lemmes 0G3G et 0ALI.

Lemme

Soit \(A\) un anneau complet au sens dérivé par rapport à un idéal \(I\). Posons \(J = \bigcap I^n\). Si \(I\) peut être engendré par \(r\) éléments, alors \(J^N = 0\), où \(N = 2^r\).

Démonstration

Pour \(r = 1\), c’est le Lemme 0G3G. Écrivons \(I = (f_1, \ldots, f_r)\) avec \(r > 1\). D’après le Lemme 091U, l’anneau \(A_t = A/f_r^tA\) est complet au sens dérivé par rapport à \(I\), donc a fortiori complet au sens dérivé par rapport à \(I_t = (f_1, \ldots, f_{r - 1})A_t\). Remarquons que \(A \to A_t\) envoie \(J\) dans \(J_t = \bigcap I_t^n\). Par récurrence, \(J_t^{N/2} = 0\) avec \(N = 2^r\). L’idéal \(\bigcap \Ker(A \to A_t) = \bigcap f_r^t A\) est de carré nul d’après le cas \(r = 1\). Cela achève la démonstration.

Lemme

Soit \(A\) un anneau réduit, complet au sens dérivé par rapport à un idéal de type fini \(I\). Alors \(A\) est \(I\)-adiquement complet.

Démonstration

Cela résulte du Lemme 0G3I et de la Proposition 091T.

Complétion dérivée pour les anneaux noethériens

Soit \(A\) un anneau et soit \(I \subset A\) un idéal. Pour tout \(K \in D(A)\), on peut considérer la limite dérivée \[K' = R\lim (K \otimes_A^\mathbf{L} A/I^n)\] C’est un foncteur en \(K\) ; voir la Remarque 091J. Le système de morphismes \(A \to A/I^n\) induit un morphisme \(K \to K'\), et \(K'\) est complet au sens dérivé par rapport à \(I\) (Lemme 091W). En général, cette construction « naïve » de la complétion dérivée ne coïncide pas avec l’adjoint du Lemme 091V. Par exemple, si \(A = \mathbf{Z}_p \oplus \mathbf{Q}_p/\mathbf{Z}_p\), le second facteur étant un idéal de carré nul, si \(K = A[0]\) et \(I = (p)\), alors la complétion dérivée naïve donne \(\mathbf{Z}_p[0]\), tandis que la construction du Lemme 091V donne \(K^\wedge \cong \mathbf{Z}_p[1] \oplus \mathbf{Z}_p[0]\) (calcul omis). Le Lemme 0923 caractérise les cas où les deux foncteurs coïncident lorsque \(I\) est engendré par un seul élément.

Le but principal de cette section est de montrer que la complétion dérivée naïve est égale à la complétion dérivée lorsque \(A\) est noethérien.

Lemme

Dans la Situation 0BKC, si \(A\) est noethérien, alors les pro-objets \(\{K_n^\bullet\}\) et \(\{A/(f_1^n, \ldots, f_r^n)\}\) de \(D(A)\) sont isomorphes16.

Démonstration

Nous avons un système projectif de triangles distingués \[\tau_{\leq -1}K_n^\bullet \to K_n^\bullet \to A/(f_1^m, \ldots, f_r^m) \to (\tau_{\leq -1}K_n^\bullet)[1]\] Voir Catégories dérivées, Remarque 08J5. D’après Catégories dérivées, Lemme 0G3C, il suffit de montrer que le système projectif \(\tau_{\leq -1}K_n^\bullet\) est pro-nul. Rappelons que \(K_n^\bullet\) n’a de termes non nuls qu’aux degrés \(i\) tels que \(-r \leq i \leq 0\). D’après Catégories dérivées, Lemme 0G3B, il suffit donc de montrer que \(H^p(K_n^\bullet)\) est pro-nul pour \(p \leq -1\). Autrement dit, pour tout \(n \in \mathbf{N}\), il faut montrer qu’il existe un \(m \geq n\) tel que \(H^p(K_m^\bullet) \to H^p(K_n^\bullet)\) soit nul. Comme \(A\) est noethérien, on a \[H^p(K_n^\bullet) = \frac{\Ker(K_n^p \to K_n^{p + 1})}{\Im(K_n^{p - 1} \to K_n^p)}\] qui est un \(A\)-module de type fini. De plus, le morphisme \(K_m^p \to K_n^p\) est donné par une matrice diagonale dont les coefficients appartiennent à l’idéal \((f_1^{m - n}, \ldots, f_r^{m - n})\), puisque \(p < 0\). Remarquons que \(H^p(K_n^\bullet)\) est annulé par \(J = (f_1^n, \ldots, f_r^n)\) ; voir le Lemme 0663. Or \((f_1^{m - n}, \ldots, f_r^{m - n}) \subset J^t\) dès que \(m - n \geq tn\). Appliquons donc Algèbre, Lemme 00IN (Artin–Rees), à l’idéal \(J\), au module \(M = K_n^p\) et à son sous-module \(N = \Ker(K_n^p \to K_n^{p + 1})\). Pour \(m\) assez grand, l’intersection de l’image de \(K_m^p \to K_n^p\) avec \(\Ker(K_n^p \to K_n^{p + 1})\) est contenue dans \(J \Ker(K_n^p \to K_n^{p + 1})\). Pour un tel \(m\), le morphisme obtenu est nul.

Proposition

Soit \(A\) un anneau noethérien et soit \(I \subset A\) un idéal. Le foncteur qui envoie \(K \in D(A)\) sur la limite dérivée \(K' = R\lim( K \otimes_A^\mathbf{L} A/I^n )\) est l’adjoint à gauche du foncteur d’inclusion \(D_{comp}(A) \to D(A)\) construit dans le Lemme 091V.

Démonstration

Écrivons \((f_1, \ldots, f_r) = I\) et soit \(K_n^\bullet\) le complexe de Koszul associé à \(f_1^n, \ldots, f_r^n\). D’après le Lemme 0920, il suffit de montrer que \[R\lim (K \otimes_A^\mathbf{L} K_n^\bullet) = R\lim (K \otimes_A^\mathbf{L} A/(f_1^n, \ldots, f_r^n) ) = R\lim (K \otimes_A^\mathbf{L} A/I^n ).\] D’après le Lemme 0921, les pro-objets \(\{K_n^\bullet\}\) et \(\{A/(f_1^n, \ldots, f_r^n)\}\) de \(D(A)\) sont isomorphes. Il est clair que les pro-objets \(\{A/(f_1^n, \ldots, f_r^n)\}\) et \(\{A/I^n\}\) sont isomorphes. Le morphisme de gauche à droite est donc un isomorphisme d’après le Lemme 091L.

Lemme

Soit \(I\) un idéal d’un anneau noethérien \(A\). Soit \(M\) un \(A\)-module de complétion dérivée \(M^\wedge\). On a alors des suites exactes courtes \[0 \to R^1\lim \text{Tor}_{i + 1}^A(M, A/I^n) \to H^{-i}(M^\wedge) \to \lim \text{Tor}_i^A(M, A/I^n) \to 0\] Un résultat analogue vaut pour \(M \in D^-(A)\).

Démonstration

C’est une conséquence immédiate de la Proposition 0922 et du Lemme 0CQE.

Comme application de la proposition précédente, nous déterminons la complétion dérivée des complexes pseudo-cohérents dans le cas noethérien.

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien, soit \(I \subset A\) un idéal et soit \(K\) un objet de \(D(A)\) tel que \(H^n(K)\) soit un \(A\)-module de type fini pour tout \(n \in \mathbf{Z}\). Alors les modules de cohomologie \(H^n(K^\wedge)\) de la complétion dérivée sont les complétions \(I\)-adiques des modules de cohomologie \(H^n(K)\).

Démonstration

Le complexe \(\tau_{\leq m}K\) est pseudo-cohérent pour tout \(m\) d’après le Lemme 066E. Ainsi, \(\tau_{\leq m}K\) est représenté par un complexe borné supérieurement \(P^\bullet\) de \(A\)-modules libres de rang fini. Alors \(\tau_{\leq m}K \otimes_A^\mathbf{L} A/I^n = P^\bullet/I^nP^\bullet\). Ainsi, \((\tau_{\leq m}K)^\wedge = R\lim P^\bullet/I^nP^\bullet\) (Proposition 0922). Comme \(R\lim\) est ici simplement donné par \(\lim\) terme à terme (Lemme 091D) et comme la complétion \(I\)-adique est un foncteur exact sur les \(A\)-modules de type fini (Algèbre, Lemme 00MB), le résultat vaut pour \(\tau_{\leq m}K\). Il vaut donc pour \(K\), puisque la complétion dérivée est de dimension cohomologique finie ; voir le Lemme 0AAJ.

Lemme

Soit \(I\) un idéal d’un anneau noethérien \(A\). Soit \(M\) un \(A\)-module complet au sens dérivé. Si \(M/IM\) est un \(A/I\)-module de type fini, alors \(M = \lim M/I^nM\) et \(M\) est un \(A^\wedge\)-module de type fini.

Démonstration

Supposons \(M/IM\) de type fini. Choisissons \(x_1, \ldots, x_t \in M\) dont les images engendrent \(M/IM\). On obtient un morphisme \(A^{\oplus t} \to M\) qui envoie le \(i\)-ième vecteur de base sur \(x_i\). D’après la Proposition 0922, la complétion dérivée de \(A\) est \(A^\wedge = \lim A/I^n\). Comme \(M\) est complet au sens dérivé, notre morphisme se factorise par un morphisme \(q : (A^\wedge)^{\oplus t} \to M\). Le module \(\Coker(q)\) est nul d’après le Lemme 09B9. Ainsi, \(M\) est un \(A^\wedge\)-module de type fini. Puisque \(A^\wedge\) est noethérien et complet par rapport à \(IA^\wedge\), il s’ensuit que \(M\) est \(I\)-adiquement complet (utiliser Algèbre, Lemmes 05GH, 031B et 00IN).

Lemme

Soit \(I\) un idéal d’un anneau noethérien \(A\).

  1. Si \(M\) est un \(A\)-module de type fini et \(N\) un \(A\)-module plat, alors la complétion \(I\)-adique dérivée de \(M \otimes_A N\) est la complétion \(I\)-adique usuelle de \(M \otimes_A N\).

  2. Si \(M\) est un \(A\)-module de type fini et si \(f \in A\), alors la complétion \(I\)-adique dérivée de \(M_f\) est la complétion \(I\)-adique usuelle de \(M_f\).

Démonstration

Pour un \(A\)-module \(M\), notons \(M^\wedge\) sa complétion dérivée et \(\lim M/I^nM\) sa complétion usuelle. Supposons \(M\) de type fini. Le système \(\text{Tor}^A_i(M, A/I^n)\) est pro-nul pour \(i > 0\) ; voir le Lemme 0911. Puisque \(\text{Tor}_i^A(M \otimes_A N, A/I^n) = \text{Tor}_i^A(M, A/I^n) \otimes_A N\), car \(N\) est plat, il en va de même du système \(\text{Tor}^A_i(M \otimes_A N, A/I^n)\). D’après le Lemme 0EET, on conclut que \(R\lim (M \otimes_A N) \otimes_A^\mathbf{L} A/I^n\) n’a de cohomologie qu’au degré \(0\), où elle est donnée par la complétion usuelle \(\lim M \otimes_A N/ I^n(M \otimes_A N)\). Cela prouve (1). L’assertion (2) résulte de (1) et de l’égalité \(M_f = M \otimes_A A_f\).

Lemme

Soit \(I\) un idéal d’un anneau noethérien \(A\). Notons \({}^\wedge\) la complétion dérivée par rapport à \(I\). Soit \(K \in D^-(A)\).

  1. Si \(M\) est un \(A\)-module de type fini, alors \((K \otimes_A^\mathbf{L} M)^\wedge = K^\wedge \otimes_A^\mathbf{L} M\).

  2. Si \(L \in D(A)\) est pseudo-cohérent, alors \((K \otimes_A^\mathbf{L} L)^\wedge = K^\wedge \otimes_A^\mathbf{L} L\).

Démonstration

Soit \(L\) comme dans (2). On peut représenter \(K\) par un complexe borné supérieurement \(P^\bullet\) de \(A\)-modules libres, et \(L\) par un complexe borné supérieurement \(F^\bullet\) de \(A\)-modules libres de rang fini. Comme \(\text{Tot}(P^\bullet \otimes_A F^\bullet)\) représente \(K \otimes_A^\mathbf{L} L\), on voit que \((K \otimes_A^\mathbf{L} L)^\wedge\) est représenté par \[\text{Tot}((P^\bullet)^\wedge \otimes_A F^\bullet)\] où \((P^\bullet)^\wedge\) est le complexe dont les termes sont les complétions usuelles, égales aux complétions dérivées, \((P^n)^\wedge\) ; voir par exemple la Proposition 0922 et le Lemme 0EEU. Cela prouve (2), et l’assertion (1) en est un cas particulier.

Un opérateur introduit par Berthelot et Ogus

Dans cette section, nous étudions une construction introduite dans [Berthelot-Ogus, section 8] et généralisée dans [BMS, section 6]. Nous recommandons vivement au lecteur de consulter les articles originaux où cette notion est étudiée.

Soit \(A\) un anneau, soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro et soit \(M\) un \(A\)-module. D’après le Lemme 05EA, les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f\) est un non-diviseur de zéro sur \(M\) ;

  2. \(M[f] = 0\),

  3. \(M[f^n] = 0\) pour tout \(n \geq 1\) ;

  4. le morphisme \(M \to M_f\) est injectif.

Lorsque ces conditions équivalentes sont satisfaites, nous dirons dans cette section que \(M\) est sans \(f\)-torsion. Dans ce cas, nous notons \(f^iM \subset M_f\) le sous-module formé des éléments de la forme \(f^ix\) avec \(x \in M\). Bien entendu, \(f^iM\) est isomorphe à \(M\) comme \(A\)-module. Soit \(M^\bullet\) un complexe de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\), de différentielles \(d^i : M^i \to M^{i + 1}\). On définit alors \(\eta_fM^\bullet\) comme le complexe de termes \[(\eta_fM)^i = \{x \in f^iM^i \mid d^i(x) \in f^{i + 1}M^{i + 1}\}\] et dont la différentielle est induite par \(d^i\). Remarquons que \(\eta_fM^\bullet\) est encore un complexe de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\). Si \(a^\bullet : M^\bullet \to N^\bullet\) est un morphisme de complexes de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\), on obtient un morphisme de complexes \[\eta_fa^\bullet : \eta_fM^\bullet \longrightarrow \eta_fN^\bullet\] induit par les morphismes \(f^iM^i \to f^iN^i\). Le lecteur vérifiera que l’on obtient ainsi un endofoncteur de la catégorie des complexes de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\). Si \(a^\bullet, b^\bullet : M^\bullet \to N^\bullet\) sont deux morphismes de complexes formés de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\), et si \(h = \{h^i : M^i \to N^{i - 1}\}\) est une homotopie entre \(a^\bullet\) et \(b^\bullet\), on définit \(\eta_fh\) comme la famille de morphismes \((\eta_fh)^i : (\eta_fM)^i \to (\eta_fN)^{i - 1}\) qui envoie \(x\) sur \(h^i(x)\) ; cette définition a un sens, car \(x \in f^iM^i\) entraîne \(h^i(x) \in f^iN^{i - 1}\), lequel est bien contenu dans \((\eta_fN)^{i - 1}\). Le lecteur vérifiera que \(\eta_fh\) est une homotopie entre \(\eta_fa^\bullet\) et \(\eta_fb^\bullet\). Au total, on obtient un foncteur \[\eta_f : K(f\text{-torsion free }A\text{-modules}) \longrightarrow K(f\text{-torsion free }A\text{-modules})\] sur la catégorie d’homotopie (Catégories dérivées, section 05RN) de la catégorie additive des modules sans \(f\)-torsion sur \(A\). Le foncteur \(\eta_f\) n’est exact comme foncteur de catégories triangulées en aucun sens ; voir l’Exemple 0GSN.

Exemple

Soit \(A\) un anneau et soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro. Considérons le foncteur \(\eta_f : K(f\text{-torsion free }A\text{-modules}) \to K(f\text{-torsion free }A\text{-modules})\). Soit \(M^\bullet\) un complexe de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\). La multiplication par \(f\) définit un isomorphisme \(\eta_f(M^\bullet[1]) \to (\eta_fM^\bullet)[1]\) ; en ce sens, \(\eta_f\) est compatible aux décalages. Considérons toutefois le diagramme \[\xymatrix{ A \ar[r]_f & A \ar[r]_1 & A \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] \ar[u] & 0 \ar[r] \ar[u] & A \ar[r]^{-1} \ar[u]^f & A \ar[u] }\] Considérons chaque colonne comme un complexe de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\), le module supérieur étant placé au degré \(1\) et le module inférieur au degré \(0\). Ce diagramme fournit alors un triangle distingué dans \(K(f\text{-torsion free }A\text{-modules})\), muni de la structure triangulée décrite dans Catégories dérivées, section 014P. En effet, le troisième complexe est le cône du morphisme entre les deux premiers. En appliquant \(\eta_f\) à chaque colonne, on obtient toutefois \[\xymatrix{ fA \ar[r]_f & fA \ar[r]_1 & fA \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] \ar[u] & 0 \ar[r] \ar[u] & A \ar[r]^{-1} \ar[u]^f & A \ar[u] }\] Or le troisième complexe est acyclique, et même homotope à zéro. S’il s’agissait d’un triangle distingué, la première flèche devrait donc être un isomorphisme dans la catégorie d’homotopie, ce qui est faux sauf si \(f\) est inversible.

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro et soit \(M^\bullet\) un complexe de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\). Il existe un isomorphisme canonique \[f^i : H^i(M^\bullet)/H^i(M^\bullet)[f] \longrightarrow H^i(\eta_fM^\bullet)\] donné par la multiplication par \(f^i\).

Démonstration

Remarquons que \(\Ker(d^i : (\eta_fM)^i \to (\eta_fM)^{i + 1})\) est égal à \(\Ker(d^i : f^iM^i \to f^iM^{i + 1}) = f^i\Ker(d^i : M^i \to M^{i + 1})\). On obtient ainsi une surjection \(f^i : H^i(M^\bullet) \to H^i(\eta_fM^\bullet)\) qui envoie la classe de \(z \in \Ker(d^i : M^i \to M^{i + 1})\) sur celle de \(f^iz\). Si l’on obtient la classe nulle dans \(H^i(\eta_fM^\bullet)\), alors \(f^i z = d^{i - 1}(f^{i - 1}y)\) pour un certain \(y \in M^{i - 1}\). Puisque \(f\) est un non-diviseur de zéro sur tous les modules en jeu, cela signifie que \(f z = d^{i - 1}(y)\), ce qui dit exactement que la classe de \(z\) est de \(f\)-torsion, comme voulu.

Lemme

Soit \(A\) un anneau et soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro. Si \(M^\bullet \to N^\bullet\) est un quasi-isomorphisme de complexes de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\), alors le morphisme induit \(\eta_fM^\bullet \to \eta_fN^\bullet\) est lui aussi un quasi-isomorphisme.

Démonstration

Cela résulte de la compatibilité des isomorphismes du Lemme 0F7P avec les morphismes de complexes.

Lemme

Soit \(A\) un anneau et soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro. Il existe un foncteur additif17 \(L\eta_f : D(A) \to D(A)\) tel que, si \(M \in D(A)\) est représenté par un complexe \(M^\bullet\) de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\), alors \(L\eta_fM = \eta_fM^\bullet\) ; il en va de même pour les morphismes.

Démonstration

Notons \(\mathcal{T} \subset \text{Mod}_A\) la sous-catégorie pleine des modules sans \(f\)-torsion sur \(A\). On a l’inclusion correspondante \[K(\mathcal{T}) \quad\subset\quad K(\text{Mod}_A) = K(A)\] qui fait de \(K(\mathcal{T})\) une sous-catégorie triangulée pleine de \(K(A)\). Soit \(S \subset \text{Arrows}(K(\mathcal{T}))\) la classe des quasi-isomorphismes. Nous allons appliquer Catégories dérivées, Lemme 0GSL, pour montrer que le foncteur \[S^{-1}K(\mathcal{T}) \longrightarrow D(A)\] est une équivalence de catégories triangulées. Le lemme montre qu’il suffit d’établir ceci : pour tout complexe \(M^\bullet\) de \(A\)-modules, il existe un quasi-isomorphisme \(K^\bullet \to M^\bullet\) où \(K^\bullet\) est un complexe de modules sans \(f\)-torsion. D’après le Lemme 06Y4, on peut trouver un quasi-isomorphisme \(K^\bullet \to M^\bullet\) tel que le complexe \(K^\bullet\) soit K-plat (ce que nous n’utiliserons pas) et formé de \(A\)-modules plats \(K^i\). En particulier, \(f\) est un non-diviseur de zéro sur \(K^i\) pour tout \(i\), comme voulu.

Ces préliminaires étant établis, on peut définir \(L\eta_f\). En effet, la discussion du début de cette section fournit déjà un foncteur bien défini \[K(\mathcal{T}) \xrightarrow{\eta_f} K(\mathcal{T}) \to K(A) \to D(A)\] qui, d’après le Lemme 0F7Q, envoie les quasi-isomorphismes sur des quasi-isomorphismes. Il se factorise donc par \(S^{-1}K(\mathcal{T}) = D(A)\) d’après Catégories, Lemme 04VG.

Remarque

Soit \(A\) un anneau, soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro et soit \(M^\bullet\) un complexe de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\). Pour tout \(i\), posons \(\overline{M}^i = M^i/fM^i\). Notons \(B^i \subset Z^i \subset \overline{M}^i\) les cobords et les cocycles pour les différentielles du complexe \(\overline{M}^\bullet = M^\bullet \otimes_A A/fA\). Nous affirmons qu’il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & B^{i + 1} \ar[r] \ar@{=}[d] & B^{i + 1} \oplus B^i \ar[r] \ar[d]^{s, s'} & B^i \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & B^{i + 1} \ar[r]^-s & (\eta_fM)^i /f(\eta_fM)^i \ar[r]^-t & Z^i \ar[r] & 0 }\] à lignes exactes. Voici la construction des morphismes :

  1. Si \(x \in (\eta_fM)^i\), alors \(x = f^ix'\) avec \(d^i(x') = 0\) dans \(\overline{M}^{i + 1}\). On peut donc définir \(t\) en envoyant \(x\) sur la classe de \(x'\).

  2. Si \(y \in M^{i + 1}\) a pour classe \(\overline{y}\) dans \(B^{i + 1} \subset \overline{M}^{i + 1}\), alors on peut écrire \(y = fy' + d^i(x)\) avec \(y' \in M^{i + 1}\) et \(x \in M^i\). On peut donc définir \(s\) en envoyant \(\overline{y}\) sur la classe de \(f^{i + 1}x\) dans \((\eta_fM)^i /f(\eta_fM)^i\) ; nous omettons la vérification que cette définition est indépendante des choix.

  3. Si \(x \in M^i\) a pour classe \(\overline{x}\) dans \(B^i \subset \overline{M}^i\), alors on peut écrire \(x = fx' + d^{i - 1}(z)\) avec \(x' \in M^i\) et \(z \in M^{i - 1}\). On définit \(s'\) en envoyant \(\overline{x}\) sur la classe de \(f^i d^{i - 1}(z)\) dans \((\eta_fM)^i/f(\eta_fM)^i\). Cette définition est indépendante des choix, car si \(fx' + d^{i - 1}(z) = 0\), alors \(f^ix'\) appartient à \((\eta_fM)^i\) et, par conséquent, \(f^id^{i - 1}(z)\) appartient à \(f(\eta_fM)^i\).

Nous omettons de vérifier que la ligne inférieure du diagramme affiché est une suite exacte courte de modules. Ces constructions montrent immédiatement que l’on a des diagrammes commutatifs \[\xymatrix{ B^{i + 1} \oplus B^i \ar[d]^{s, s'} \ar[r] & B^{i + 2} \oplus B^{i + 1} \ar[d]^{s, s'} \\ (\eta_fM)^i /f(\eta_fM)^i \ar[r] & (\eta_fM)^{i + 1} /f(\eta_fM)^{i + 1} }\] où la flèche horizontale supérieure est donnée par l’identification des facteurs \(B^{i + 1}\) à la source et au but. Autrement dit, nous avons trouvé un sous-complexe acyclique de \(\eta_fM^\bullet / f(\eta_fM^\bullet) = \eta_fM^\bullet \otimes_A A/fA\), et le quotient par ce sous-complexe est un complexe dont les termes \(Z^i/B^i\) sont les modules de cohomologie du complexe \(\overline{M}^\bullet = M^\bullet \otimes_A A/fA\).

Pour expliquer de manière plus canonique le phénomène observé dans la Remarque 0F7S, nous allons construire les opérateurs de Bockstein. Soit \(A\) un anneau, soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro et soit \(M^\bullet\) un complexe de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\). Pour tout \(i \in \mathbf{Z}\), on a un diagramme commutatif (les produits tensoriels étant pris sur \(A\)) \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & M^\bullet \otimes f^{i + 1}A \ar[r] \ar[d] & M^\bullet \otimes f^iA \ar[r] \ar[d] & M^\bullet \otimes f^iA/f^{i + 1}A \ar[r] \ar@{=}[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & M^\bullet \otimes f^{i + 1}A/f^{i + 2}A \ar[r] & M^\bullet \otimes f^iA/f^{i + 2}A \ar[r] & M^\bullet \otimes f^iA/f^{i + 1}A \ar[r] & 0 }\] dont les lignes sont des suites exactes courtes de complexes. Bien entendu, pour les différentes valeurs de \(i\), ces suites exactes courtes sont toutes isomorphes entre elles par multiplication par des puissances convenables de \(f\). La suite exacte longue de cohomologie de la suite inférieure détermine en particulier l’opérateur de Bockstein \[\beta = \beta^i : H^i(M^\bullet \otimes f^iA/f^{i + 1}A) \to H^{i + 1}(M^\bullet \otimes f^{i + 1}A/f^{i + 2}A)\] pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). Pour un usage ultérieur, notons que le diagramme commutatif précédent fournit une factorisation [0GSP]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ H^i(M^\bullet \otimes f^iA/f^{i + 1}A) \ar[r]_\delta \ar[rd]_\beta & H^{i + 1}(M^\bullet \otimes f^{i + 1}A) \ar[d] \\ & H^{i + 1}(M^\bullet \otimes f^{i + 1}A/f^{i + 2}A) } } \end{equation}\] de l’opérateur de Bockstein, où \(\delta\) est le morphisme de connexion issu de la ligne supérieure du diagramme commutatif précédent. Montrons que l’on obtient un complexe [0GSQ]\[\begin{equation} H^\bullet(M^\bullet/f) = \left[ \begin{matrix} \ldots \\ \downarrow \\ H^{i - 1}(M^\bullet \otimes f^{i - 1}A/f^iA) \\ \downarrow \beta \\ H^i(M^\bullet \otimes f^iA/f^{i + 1}A) \\ \downarrow \beta \\ H^{i + 1}(M^\bullet \otimes f^{i + 1}A/f^{i + 2}A) \\ \downarrow \\ \ldots \end{matrix} \right] \end{equation}\] c’est-à-dire que \(\beta \circ \beta = 0\)18. En effet, en utilisant la factorisation (0GSP), on voit qu’il suffit de montrer que \[H^{i + 1}(M^\bullet \otimes f^{i + 1}A) \to H^{i + 1}(M^\bullet \otimes f^{i + 1}A/f^{i + 2}A) \xrightarrow{\beta^{i + 1}} H^{i + 2}(M^\bullet \otimes f^{i + 2}A/f^{i + 3}A)\] est nul. Cela vient du fait que le noyau de \(\beta^{i + 1}\) est formé des classes de cohomologie qui se relèvent à \(H^{i + 1}(M^\bullet \otimes f^{i + 1}A/f^{i + 3}A)\), et que celles qui sont dans l’image du premier morphisme se relèvent certainement.

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro et soit \(M^\bullet\) un complexe de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\). Il existe un morphisme canonique de complexes \[\eta_fM^\bullet \otimes_A A/fA \longrightarrow H^\bullet(M^\bullet/f)\] qui est un quasi-isomorphisme, le membre de droite étant le complexe (0GSQ).

Démonstration

Soit \(x \in (\eta_fM)^i\). Alors \(x = f^ix' \in f^iM\) et \(d^i(x) = f^{i + 1}y \in f^{i + 1}M^{i + 1}\). Ainsi, \(d^i\) envoie \(x' \otimes f^i\) sur zéro dans \(M^{i + 1} \otimes f^iA/f^{i + 1}A\). Tous les produits tensoriels de cette démonstration sont pris sur \(A\). On peut donc envoyer \(x\) sur la classe de \(x' \otimes f^i\) dans \(H^i(M^\bullet \otimes f^iA/f^{i + 1}A)\). Il est clair que cette règle définit un morphisme \[(\eta_fM)^i \otimes A/fA \longrightarrow H^i(M^\bullet \otimes f^iA/f^{i + 1}A)\] de \(A/fA\)-modules. Remarquons que, dans la situation précédente, on peut voir \(x' \otimes f^i\) comme un élément de \(M^i \otimes f^iA/f^{i + 2}A\), de différentielle \(d^i(x' \otimes f^i) = y \otimes f^{i + 1}\). La construction de \(\beta\) donne alors \(\beta(x' \otimes f^i) = y \otimes f^{i + 1}\) ; nos morphismes sont donc compatibles aux différentielles, c’est-à-dire qu’ils forment un morphisme de complexes.

Pour achever la démonstration, remarquons que la construction du paragraphe précédent coïncide avec les morphismes \((\eta_fM)^i \otimes A/fA \to Z^i/B^i\) étudiés dans la Remarque 0F7S. Puisque nous avons vu que le noyau de ces morphismes est un sous-complexe acyclique de \(\eta_fM^\bullet \otimes A/fA\), le lemme est démontré.

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro et soit \(M^\bullet\) un complexe de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\). Pour \(i \in \mathbf{Z}\), les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\Ker(d^i \bmod f^2)\) se surjecte sur \(\Ker(d^i \bmod f)\) ;

  2. \(\beta : H^i(M^\bullet \otimes_A f^iA/f^{i + 1}A) \to H^{i + 1}(M^\bullet \otimes_A f^{i + 1}A/f^{i + 2}A)\) est nul.

Ces conditions équivalentes sont impliquées par la condition \(H^{i + 1}(M^\bullet)[f] = 0\).

Démonstration

L’équivalence de (1) et (2) résulte de la définition de \(\beta\) comme morphisme de connexion en cohomologie d’une suite exacte courte de complexes isomorphe à la suite exacte courte de complexes \(0 \to fM^\bullet/f^2M^\bullet \to M^\bullet/f^2M^\bullet \to M^\bullet/fM^\bullet \to 0\). Si \(\beta \not = 0\), alors \(H^{i + 1}(M^\bullet)[f] \not = 0\) en raison de la factorisation (0GSP).

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro et soit \(M^\bullet\) un complexe de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\). Si \(\Ker(d^i \bmod f^2)\) se surjecte sur \(\Ker(d^i \bmod f)\), alors le morphisme canonique \[(1, d^i) : (\eta_fM)^i / f(\eta_fM)^i \longrightarrow f^iM^i/f^{i + 1}M^i \oplus f^{i + 1}M^{i + 1}/f^{i + 2}M^{i + 1}\] identifie le membre de gauche à une somme directe de sous-modules du membre de droite.

Démonstration

Avec les notations de la Remarque 0F7S, définissons un morphisme \(t^{-1} : Z^i \to (\eta_fM)^i / f(\eta_fM)^i\). Pour \(x \in M^i\) tel que \(d^i(x) = f^2y\), on envoie la classe de \(x\) dans \(Z^i\) sur la classe de \(f^ix\) dans \((\eta_fM)^i / f(\eta_fM)^i\). Nous omettons la vérification que cette définition est indépendante des choix ; l’hypothèse du lemme signifie exactement que le domaine de cette opération est tout \(Z^i\). Alors \(t \circ t^{-1} = \text{id}_{Z^i}\). Par conséquent, \(t^{-1}\) définit un scindage de la suite exacte courte de la Remarque 0F7S, et la décomposition en somme directe qui en résulte \[(\eta_fM)^i / f(\eta_fM)^i = Z^i \oplus B^{i + 1}\] est compatible avec le morphisme affiché dans le lemme.

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soient \(f, g \in A\) des non-diviseurs de zéro et soit \(M^\bullet\) un complexe de \(A\)-modules tel que \(fg\) soit un non-diviseur de zéro sur tout \(M^i\). Alors \(\eta_f\eta_gM^\bullet = \eta_{fg}M^\bullet\).

Démonstration

L’énoncé signifie qu’au degré \(i\), on obtient le même sous-module du localisé \(M^i_{fg} = (M^i_g)_f\). Nous omettons les détails.

Lemme

Soit \(A\) un anneau et soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro. Soit \(A \to B\) un morphisme plat d’anneaux, et soit \(g \in B\) l’image de \(f\). Soit \(M^\bullet\) un complexe de modules sans \(f\)-torsion sur \(A\). Alors \(g\) est un non-diviseur de zéro, \(M^\bullet \otimes_A B\) est un complexe de modules sans \(g\)-torsion, et \(\eta_fM^\bullet \otimes_A B = \eta_g(M^\bullet \otimes_A B)\).

Démonstration

La démonstration est omise.

Complexes parfaits et opérateur êta

Dans cette section, nous développons quelques résultats algébriques en vue de notre version de la construction du graphe de MacPherson ; voir Compléments sur la platitude, section 0F8Z. Nous utiliserons l’opérateur \(\eta_f\) introduit à la section 0F7N.

Soit \(A\) un anneau, soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro et soit \(M^\bullet\) un complexe borné de \(A\)-modules libres de rang fini. Pour tout \(i\), notons \(r_i\) le rang de \(M^i\) et posons \[I_i(M^\bullet, f) = \text{l'idéal engendré par les mineurs de taille } r_i \times r_i\text{ de } (f, d^i) : M^i \to M^i \oplus M^{i + 1}\] Remarquons que \(f^{r_i} \in I_i(M^\bullet, f)\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau et soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro. Soient \(M^\bullet\) et \(N^\bullet\) deux complexes bornés de \(A\)-modules libres de rang fini représentant le même objet de \(D(A)\). Alors \[f^m I_i(M^\bullet, f) = f^n I_i(N^\bullet, f)\] comme idéaux de \(A\), pour tous entiers \(n, m \geq 0\) tels que \[m + \sum\nolimits_{j \geq i} (-1)^{j - i}rk(M^j) = n + \sum\nolimits_{j \geq i} (-1)^{j - i}rk(N^j)\]

Démonstration

Il suffit de démontrer l’égalité après localisation en tout idéal premier de \(A\). Ainsi, d’après le Lemme 0F9V et un raisonnement par récurrence que nous omettons, on peut supposer \(N^\bullet = M^\bullet \oplus Q^\bullet\) pour un certain complexe trivial \(Q^\bullet\), c’est-à-dire \[Q^\bullet = \ldots \to 0 \to A \xrightarrow{1} A \to 0 \to \ldots\] où \(A\) est placé aux degrés \(j\) et \(j + 1\). Si \(j \not = i - 1, i, i + 1\), on a manifestement \(I_i(M^\bullet, f) = I_i(N^\bullet, f)\) et \(m = n\), ce qui donne l’égalité voulue. Si \(j = i + 1\), les morphismes \[(f, d^i) : M^i \to M^i \oplus M^{i + 1} \quad\text{et}\quad (f, d^i, 0) : M^i \to M^i \oplus M^{i + 1} \oplus A\] ont les mêmes mineurs non nuls ; dans ce cas encore, \(I_i(M^\bullet, f) = I_i(N^\bullet, f)\) et \(m = n\). Si \(j = i\), alors \(I_i(M^\bullet, f)\) est l’idéal engendré par les mineurs de taille \(r_i \times r_i\) de \[(f, d^i) : M^i \to M^i \oplus M^{i + 1}\] et \(I_i(N^\bullet, f)\) est l’idéal engendré par les mineurs de taille \((r_i + 1) \times (r_i + 1)\) de \[(f \oplus f, d^i \oplus 1) : (M^i \oplus A) \to (M^i \oplus A) \oplus (M^{i + 1} \oplus A)\] Avec un choix convenable de coordonnées, la matrice du second morphisme est sous forme diagonale par blocs : \[T = \left( \begin{matrix} T_1 & 0 \\ 0 & T_2 \end{matrix} \right), \quad T_1 = \text{matrice du premier morphisme}, \quad T_2 = \left( \begin{matrix} f \\ 1 \end{matrix} \right)\] Avec les notations du Lemme 07Z7, on a \(I_0(T_2) = A\), \(I_1(T_2) = A\) et \(I_p(T_2) = 0\) pour \(p \geq 2\). Par conséquent, \(I_{r_i + 1}(T) = I_{r_i + 1}(T_1) + I_{r_i}(T_1) = I_{r_i}(T_1)\), ce qui signifie que \(I_i(M^\bullet, f) = I_i(N^\bullet, f)\). On a aussi \(m = n\), ce qui achève le cas \(j = i\). Enfin, supposons \(j = i - 1\). Alors \(m = n + 1\) ; il faut donc montrer que \(fI_i(M^\bullet, f) = I_i(N^\bullet, f)\). Dans ce cas, \(I_i(M^\bullet, f)\) est l’idéal engendré par les mineurs de taille \(r_i \times r_i\) de \[(f, d^i) : M^i \to M^i \oplus M^{i + 1}\] et \(I_i(N^\bullet, f)\) est l’idéal engendré par les mineurs de taille \((r_i + 1) \times (r_i + 1)\) de \[(f \oplus f, d^i) : (M^i \oplus A) \to (M^i \oplus A) \oplus M^{i + 1}\] Avec un choix convenable de coordonnées, la matrice du second morphisme est sous forme diagonale par blocs : \[T = \left( \begin{matrix} T_1 & 0 \\ 0 & T_2 \end{matrix} \right), \quad T_1 = \text{matrice du premier morphisme}, \quad T_2 = \left( \begin{matrix} f \end{matrix} \right)\] Le même raisonnement que ci-dessus donne bien \(fI_i(M^\bullet, f) = I_i(N^\bullet, f)\).

Lemme

Soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro d’un anneau \(A\), soit \(u \in A\) une unité et soit \(M^\bullet\) un complexe borné de \(A\)-modules libres de rang fini. Alors \(I_i(M^\bullet, f) = I_i(M^\bullet, uf)\).

Démonstration

La démonstration est omise.

Lemme

Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux, soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro et soit \(M^\bullet\) un complexe borné de \(A\)-modules libres de rang fini. Supposons que \(f\) s’envoie sur un non-diviseur de zéro \(g\) dans \(B\). Alors \(I_i(M^\bullet, f)B = I_i(M^\bullet \otimes_A B, g)\).

Démonstration

Les mineurs de \((f, d^i) : M^i \to M^i \oplus M^{i + 1}\) s’envoient sur les mineurs correspondants de \((g, d^i) : M^i \otimes_A B \to M^i \otimes_A B \oplus M^{i + 1} \otimes_A B\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(\mathfrak p \subset A\) un idéal premier, soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro et soit \(M^\bullet\) un complexe borné de \(A\)-modules libres de rang fini. Si \(H^i(M^\bullet)_\mathfrak p\) est libre pour tout \(i\), alors \(I_i(M^\bullet, f)_\mathfrak p\) est un idéal principal, et même engendré par une puissance de \(f\), pour tout \(i\).

Démonstration

D’après le Lemme 0GSU, on peut supposer \(A\) local d’idéal maximal \(\mathfrak p\). D’après le Lemme 0GSS, on peut aussi remplacer \(M^\bullet\) par un complexe quasi isomorphe. L’hypothèse de liberté des modules de cohomologie montre que \(M^\bullet\) est quasi isomorphe au complexe dont le terme de degré \(i\) est \(H^i(M^\bullet)\) et dont les différentielles sont nulles ; voir par exemple Catégories dérivées, Lemme 0GM4. Autrement dit, on peut supposer toutes les différentielles de \(M^\bullet\) nulles. Il est alors clair que \(I_i(M^\bullet, f) = (f^{r_i})\) est principal.

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro et soit \(M^\bullet\) un complexe borné de \(A\)-modules libres de rang fini. Supposons que \(I_i(M^\bullet, f)\) soit un idéal principal. Alors \((\eta_fM)^i\) est localement libre de rang \(r_i\), et le morphisme \((1, d^i) : (\eta_fM)^i \to f^iM^i \oplus f^{i + 1}M^{i + 1}\) est l’inclusion d’un facteur direct.

Démonstration

Choisissons un générateur \(g\) de \(I_i(M^\bullet, f)\). Puisque \(f^{r_i} \in I_i(M^\bullet, f)\), l’élément \(g\) divise une puissance de \(f\). En particulier, \(g\) est un non-diviseur de zéro dans \(A\). Les mineurs de taille \(r_i \times r_i\) du morphisme \((f, d^i) : M^i \to M^i \oplus M^{i + 1}\) engendrent l’idéal \(I_i(M^\bullet, f)\), et les mineurs de taille \((r_i + 1) \times (r_i + 1)\) de \((f, d^i)\) sont nuls : on peut le vérifier après localisation en \(f\), où le rang du morphisme est égal à \(r_i\). Considérons la surjection \[M^i \oplus M^{i + 1} \longrightarrow Q = \Coker(f, d^i)/g\text{-torsion}\] D’après le Lemme 0F7M, le module \(Q\) est localement libre de type fini et de rang \(r_{i + 1}\). Ainsi, \(Q\) est sans \(f\)-torsion, et l’on conclut que le conoyau de \((f, d^i)\) modulo sa torsion par les puissances de \(f\) est lui aussi \(Q\).

Considérons le complexe de \(A\)-modules libres de rang fini \[0 \to f^{i + 1}M^i \xrightarrow{1, d^i} f^iM^i \oplus f^{i + 1}M^{i + 1} \xrightarrow{d^i, -1} f^iM^{i + 1} \to 0\] qui devient exact scindé après localisation en \(f\). Le morphisme \((1, d^i) : f^{i + 1}M^i \to f^iM^i \oplus f^{i + 1}M^{i + 1}\) est isomorphe au morphisme \((f, d^i) : M^i \to M^i \oplus M^{i + 1}\) étudié ci-dessus. Ainsi, l’image \[Q' = \Im(f^iM^i \oplus f^{i + 1}M^{i + 1} \xrightarrow{d^i, -1} f^iM^{i + 1})\] est isomorphe à \(Q\), donc notamment projective. D’autre part, par construction de \(\eta_f\) à la section 0F7N, l’image du morphisme injectif \((1, d^i) : (\eta_fM)^i \to f^iM^i \oplus f^{i + 1}M^{i + 1}\) est le noyau de \((d^i, -1)\). On obtient donc un isomorphisme \((\eta_fM)^i \oplus Q' = f^iM^i \oplus f^{i + 1}M^{i + 1}\), et l’on voit que \(\eta_fM^i\) est bien localement libre de type fini et de rang \(r_i\), et que \((1, d^i)\) est l’inclusion d’un facteur direct.

Lemme

Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux, soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro et soit \(M^\bullet\) un complexe borné de \(A\)-modules libres de rang fini. Supposons que \(f\) s’envoie sur un non-diviseur de zéro \(g\) dans \(B\) et que \(I_i(M^\bullet, f)\) soit un idéal principal pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). Il existe alors un isomorphisme canonique \(\eta_fM^\bullet \otimes_A B = \eta_g(M^\bullet \otimes_A B)\).

Démonstration

Posons \(N^i = M^i \otimes_A B\). Remarquons que \(f^iM^i \otimes_A B = g^iN^i\) comme sous-modules de \((N^i)_g\). Les morphismes \[(\eta_fM)^i \otimes_A B \to g^iN^i \otimes g^{i + 1}N^{i + 1} \quad\text{et}\quad (\eta_gN)^i \to g^iN^i \otimes g^{i + 1}N^{i + 1}\] sont des inclusions de facteurs directs d’après le Lemme 0F7W. Comme leurs images coïncident après localisation en \(g\), on conclut.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soient \(M\), \(N_1\), \(N_2\) des \(A\)-modules projectifs de type fini, et soit \(s : M \to N_1 \oplus N_2\) une injection scindée. Il existe un idéal de type fini \(J \subset A\) ayant la propriété suivante : un morphisme d’anneaux \(A \to B\) se factorise par \(A/J\) si et seulement si \(s \otimes \text{id}_B\) identifie \(M \otimes_A B\) à une somme directe de sous-modules de \(N_1 \otimes_A B \oplus N_2 \otimes_A B\).

Démonstration

Choisissons une rétraction \(\pi : N_1 \oplus N_2 \to M\) de \(s\). Notons \(q_i : N_1 \oplus N_2 \to N_1 \oplus N_2\) le projecteur sur \(N_i\), et posons \(p_i = \pi \circ q_i \circ s\). Remarquons que \(p_1 + p_2 = \text{id}_M\). Nous affirmons que \(M\) est une somme directe de sous-modules de \(N_1 \oplus N_2\) si et seulement si \(p_1\) et \(p_2\) sont des projecteurs orthogonaux. Ainsi, \(J\) est le plus petit idéal de \(A\) tel que \(p_1 \circ p_1 - p_1\), \(p_2 \circ p_2 - p_2\), \(p_1 \circ p_2\), et \(p_2 \circ p_1\) appartiennent à \(J \otimes_A \text{End}_A(M)\). Certains détails sont omis.

Soit \(A\) un anneau, soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro et soit \(M^\bullet\) un complexe borné de \(A\)-modules libres de rang fini. Supposons que les idéaux \(I_i(M^\bullet, f)\) soient principaux pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). Alors les morphismes \[(1, d^i) : (\eta_fM)^i / f(\eta_fM)^i \longrightarrow f^iM^i/f^{i + 1}M^i \oplus f^{i + 1}M^{i + 1}/f^{i + 2}M^{i + 1}\] sont des injections scindées d’après le Lemme 0F7W. Notons \(J_i(M^\bullet, f) \subset A/fA\) l’idéal de type fini du Lemme 0F80 associé à l’injection scindée \((1, d^i)\) affichée ci-dessus.

Lemme

Soit \(A\) un anneau et soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro. Soient \(M^\bullet\) et \(N^\bullet\) deux complexes bornés de \(A\)-modules libres de rang fini représentant le même objet de \(D(A)\). Supposons que \(I_i(M^\bullet, f)\) soit un idéal principal pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). Alors \(J_i(M^\bullet, f) = J_i(N^\bullet, f)\) comme idéaux de \(A/fA\).

Démonstration

Remarquons que le fait que \(I_i(M^\bullet, f)\) soit principal implique, par le Lemme 0GSS, que \(I_i(M^\bullet, f)\) est principal ; l’énoncé a donc bien un sens. Comme dans la démonstration du Lemme 0GSS, on peut supposer \(N^\bullet = M^\bullet \oplus Q^\bullet\) pour un certain complexe trivial \(Q^\bullet\), c’est-à-dire \[Q^\bullet = \ldots \to 0 \to A \xrightarrow{1} A \to 0 \to \ldots\] où \(A\) est placé aux degrés \(j\) et \(j + 1\). Comme \(\eta_f\) est compatible aux sommes directes, le morphisme \[(1, d^i) : (\eta_fN)^i / f(\eta_fN)^i \longrightarrow f^iN^i/f^{i + 1}N^i \oplus f^{i + 1}N^{i + 1}/f^{i + 2}N^{i + 1}\] est la somme directe des morphismes correspondants pour \(M^\bullet\) et pour \(Q^\bullet\). Par la propriété universelle qui définit les idéaux en question, on en conclut que \(J_i(N^\bullet, f) = J_i(M^\bullet, f) + J_i(Q^\bullet, f)\). Il suffit donc de montrer que \(J_i(Q^\bullet, f) = 0\) pour tout \(i\). Nous omettons ce calcul.

Lemme

Soit \(A\) un anneau, soit \(f \in A\) un non-diviseur de zéro et soit \(M^\bullet\) un complexe borné de \(A\)-modules libres de rang fini. Supposons que \(I_i(M^\bullet, f)\) soit un idéal principal pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). Considérons l’idéal \(J(M^\bullet, f) = \sum_i J_i(M^\bullet, f)\) de \(A/fA\) et l’ensemble d’idéaux premiers \[\begin{align*} E & = \{f \in \mathfrak p \subset A \mid \Ker(d^i \bmod f^2)_\mathfrak p \text{ se surjecte sur } \Ker(d^i \bmod f)_\mathfrak p \text{ pour tout }i \in \mathbf{Z}\} \\ & = \{f \in \mathfrak p \subset A \mid \text{les localisés }\beta_\mathfrak p \text{ des opérateurs de Bockstein sont nuls}\} \end{align*}\] Alors :

  1. \(J(M^\bullet, f)\) est de type fini ;

  2. \(A/fA \to C = (A/fA)/J(M^\bullet, f)\) est surjectif et de présentation finie ;

  3. \(J(M^\bullet, f)_\mathfrak p = 0\) pour \(\mathfrak p \in E\) ;

  4. si \(f \in \mathfrak p\) et si \(H^i(M^\bullet)_\mathfrak p\) est libre pour tout \(i \in \mathbf{Z}\), alors \(\mathfrak p \in E\) ;

  5. les modules de cohomologie de \(\eta_f M^\bullet \otimes_A C\) sont des \(C\)-modules localement libres de type fini.

Démonstration

L’égalité dans la définition de \(E\) résulte du Lemme 0F7Y ; de plus, la dernière assertion de ce lemme implique (4).

L’assertion (1) est vraie parce que les idéaux \(J_i(M^\bullet, f)\) sont de type fini et parce que \(M^\bullet\) est borné, de sorte que \(J_i(M^\bullet, f)\) est nul pour presque tout \(i\). L’assertion (2) n’est qu’une reformulation de (1).

Démonstration de (3). D’après le Lemme 0F7W, \((\eta_fM)^i\) est localement libre de type fini et de rang \(r_i\) pour tout \(i\). Considérons le morphisme \[(1, d^i) : (\eta_fM)^i / f(\eta_fM)^i \longrightarrow f^iM^i/f^{i + 1}M^i \oplus f^{i + 1}M^{i + 1}/f^{i + 2}M^{i + 1}\] Choisissons \(\mathfrak p \in E\). D’après le Lemme 0F7Z et la liberté locale des modules \((\eta_fM)^i\), on peut écrire \[\left((\eta_fM)^i / f(\eta_fM)^i\right)_\mathfrak p = (A/fA)_\mathfrak p^{\oplus m_i} \oplus (A/fA)_\mathfrak p^{\oplus n_i}\] de manière compatible avec la flèche \((1, d^i)\) ci-dessus. Par la propriété universelle de l’idéal \(J_i(M^\bullet, f)\), on conclut que \(J_i(M^\bullet, f)_\mathfrak p = 0\). Ainsi, \(I_\mathfrak p = fA_\mathfrak p\) pour \(\mathfrak p \in E\).

Démonstration de (5). Remarquons que la différentielle de \(\eta_fM^\bullet\) s’insère dans un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (\eta_fM)^i \ar[d] \ar[r] & f^iM^i \oplus f^{i + 1}M^{i + 1} \ar[d]^{\left( \begin{matrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{matrix} \right)} \\ (\eta_fM)^{i + 1} \ar[r] & f^{i + 1}M^i \oplus f^{i + 2}M^{i + 2} }\] Par construction, après tensorisation par \(C\), les modules de gauche sont des sommes directes de facteurs directs des facteurs de droite. On obtient le diagramme \[\xymatrix{ (\eta_fM)^i \otimes_A C \ar[d] \ar@{=}[r] & K^i \oplus L^i \ar[r] \ar[d] & f^iM^i \otimes_A C \oplus f^{i + 1}M^{i + 1} \otimes_A C \ar[d]^{\left( \begin{matrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{matrix} \right)} \\ (\eta_fM)^{i + 1} \otimes_A C \ar@{=}[r] & K^{i + 1} \oplus L^{i + 1} \ar[r] & f^{i + 1}M^i \otimes_A C \oplus f^{i + 2}M^{i + 2} \otimes_A C }\] où les flèches horizontales sont compatibles à la fois aux décompositions en sommes directes et aux inclusions de facteurs directs. Il s’ensuit que la différentielle identifie \(L^i\) à un facteur direct de \(K^{i + 1}\) ; on conclut que la cohomologie de \(\eta_fM^\bullet \otimes_A C\) au degré \(i\) est le module \(K^{i + 1}/L^i\), qui est projectif de type fini, comme voulu.

Limites de complexes

Dans cette section, nous étudions ce qui se passe lorsqu’on dispose d’une « déformation formelle » d’un complexe et qu’on en prend la limite. Nous considérerons deux cas :

  1. on a une limite \(A = \lim A_n\) d’un système projectif d’anneaux dont les morphismes de transition sont surjectifs à noyaux localement nilpotents, et des objets \(K_n \in D(A_n)\) qui se recollent au sens où \(K_n = K_{n + 1} \otimes_{A_{n + 1}}^\mathbf{L} A_n\) ;

  2. on a un anneau \(A\), un idéal \(I\) et des objets \(K_n \in D(A/I^n)\) qui se recollent au sens où \(K_n = K_{n + 1} \otimes_{A/I^{n + 1}}^\mathbf{L} A/I^n\).

Sous des hypothèses supplémentaires, on peut montrer que \(K = R\lim K_n\) reproduit le système, au sens où \(K_n = K \otimes_A^\mathbf{L} A_n\) ou \(K_n = K \otimes_A^\mathbf{L} A/I^n\).

Lemme

Soit \(A = \lim A_n\) la limite d’un système projectif d’anneaux \((A_n)\). Supposons donnés \(K_n \in D(A_n)\) et des morphismes \(K_{n + 1} \to K_n\) dans \(D(A_{n + 1})\). Supposons que :

  1. les morphismes de transition \(A_{n + 1} \to A_n\) soient surjectifs à noyaux localement nilpotents ;

  2. soit tous les \(K_n\) soient pseudo-cohérents, soit il existe un entier \(n_0\) tel que \(K_{n_0}\) soit pseudo-cohérent et que les noyaux de \(A_{n + 1} \to A_n\) soient des idéaux nilpotents pour \(n \geq n_0\) ;

  3. les morphismes induisent des isomorphismes \(K_{n + 1} \otimes_{A_{n + 1}}^\mathbf{L} A_n \to K_n\).

Alors \(K = R\lim K_n\) est un objet pseudo-cohérent de \(D(A)\), et \(K \otimes_A^\mathbf{L} A_n \to K_n\) est un isomorphisme pour tout \(n\).

Démonstration

Par hypothèse, on peut trouver un complexe borné supérieurement de \(A_1\)-modules libres de rang fini, noté \(P_1^\bullet\), représentant \(K_1\) ; voir la Définition 064Q. Le Lemme 0H76 montre que \(K_n\) est pseudo-cohérent pour tout \(n\). Puis, d’après le Lemme 0BCB, on peut construire par récurrence sur \(n > 1\) des complexes \(P_n^\bullet\) de \(A_n\)-modules libres de rang fini représentant \(K_n\), ainsi que des morphismes \(P_n^\bullet \to P_{n - 1}^\bullet\) représentant les morphismes \(K_n \to K_{n - 1}\) et induisant des isomorphismes, au niveau même des complexes, \(P_n^\bullet \otimes_{A_n} A_{n - 1} \to P_{n - 1}^\bullet\). Ainsi, \(K = R\lim K_n\) est représenté par \(P^\bullet = \lim P_n^\bullet\) ; voir le Lemme 091D et la Remarque 07KZ. Comme \(P_n^i\) est un \(A_n\)-module libre de rang fini pour tout \(n\) et comme \(A = \lim A_n\), le module \(P^i\) est libre de rang fini, du même rang que \(P_1^i\), pour tout \(i\). Cela signifie que \(K\) est pseudo-cohérent. En outre, \(K \otimes_A^\mathbf{L} A_n\) est représenté par \(P^\bullet \otimes_A A_n = P_n^\bullet\), ce qui prouve la dernière assertion.

Lemme

Soit \(A\) un anneau et soit \(I \subset A\) un idéal. Supposons donnés \(K_n \in D(A/I^n)\) et des morphismes \(K_{n + 1} \to K_n\) dans \(D(A/I^{n + 1})\). Supposons que :

  1. \(A\) soit \(I\)-adiquement complet ;

  2. \(K_1\) soit pseudo-cohérent ;

  3. les morphismes induisent des isomorphismes \(K_{n + 1} \otimes_{A/I^{n + 1}}^\mathbf{L} A/I^n \to K_n\).

Alors \(K = R\lim K_n\) est un objet pseudo-cohérent et complet au sens dérivé de \(D(A)\), et \(K \otimes_A^\mathbf{L} A/I^n \to K_n\) est un isomorphisme pour tout \(n\).

Démonstration

Le Lemme 0CQF montre déjà que \(K\) est pseudo-cohérent et que \(K \otimes_A^\mathbf{L} A/I^n \to K_n\) est un isomorphisme pour tout \(n\). Enfin, \(K\) est complet au sens dérivé d’après le Lemme 091W.

Lemme

Soit \(A = \lim A_n\) la limite d’un système projectif d’anneaux \((A_n)\). Supposons donnés \(K_n \in D(A_n)\) et des morphismes \(K_{n + 1} \to K_n\) dans \(D(A_{n + 1})\). Supposons que :

  1. les morphismes de transition \(A_{n + 1} \to A_n\) soient surjectifs à noyaux localement nilpotents ;

  2. soit tous les \(K_n\) soient parfaits, soit il existe un entier \(n_0\) tel que \(K_{n_0}\) soit parfait et que les noyaux de \(A_{n + 1} \to A_n\) soient nilpotents pour \(n \geq n_0\) ;

  3. les morphismes induisent des isomorphismes \(K_{n + 1} \otimes_{A_{n + 1}}^\mathbf{L} A_n \to K_n\).

Alors \(K = R\lim K_n\) est un objet parfait de \(D(A)\), et \(K \otimes_A^\mathbf{L} A_n \to K_n\) est un isomorphisme pour tout \(n\).

Démonstration

Le Lemme 0CQF montre déjà que \(K\) est pseudo-cohérent et que \(K \otimes_A^\mathbf{L} A_n \to K_n\) est un isomorphisme pour tout \(n\). Considérons un morphisme surjectif \(A \to \kappa\) dont le noyau est un idéal maximal \(\mathfrak m\). Tout élément de \(A\) dont l’image est une unité de \(A_1\) est une unité de \(A\) d’après Algèbre, Lemme 0AMG. Ainsi, \(\Ker(A \to A_1)\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\) d’après Algèbre, Lemme 0AME. Par conséquent, \(A \to \kappa\) se factorise sous la forme \(A \to A_1 \to \kappa\). Dès lors, \[K \otimes_A^\mathbf{L} \kappa = K \otimes_A^\mathbf{L} A_1 \otimes_{A_1}^\mathbf{L} \kappa = K_1 \otimes_{A_1}^\mathbf{L} \kappa\] Remarquons que \(K_1\) est parfait par l’hypothèse (2). Le complexe \(K_1\) est donc de dimension Tor finie d’après le Lemme 0658. Il existe ainsi \(a, b \in \mathbf{Z}\) tels que \(H^i(K \otimes_A^\mathbf{L} \kappa) = 0\) pour tout \(i \not \in [a, b]\). Le Lemme 068V permet de conclure que \(K\) est parfait.

Lemme

Soit \(A\) un anneau et soit \(I \subset A\) un idéal. Supposons donnés \(K_n \in D(A/I^n)\) et des morphismes \(K_{n + 1} \to K_n\) dans \(D(A/I^{n + 1})\). Supposons que :

  1. \(A\) soit \(I\)-adiquement complet ;

  2. \(K_1\) soit un objet parfait ;

  3. les morphismes induisent des isomorphismes \(K_{n + 1} \otimes_{A/I^{n + 1}}^\mathbf{L} A/I^n \to K_n\).

Alors \(K = R\lim K_n\) est un objet parfait et complet au sens dérivé de \(D(A)\), et \(K \otimes_A^\mathbf{L} A/I^n \to K_n\) est un isomorphisme pour tout \(n\).

Démonstration

Combiner les Lemmes 0CQG et 09AV (le second donne la complétude dérivée).

Nous ignorons si le lemme suivant vaut pour les complexes non bornés.

Lemme

Soit \(A\) un anneau et soit \(I \subset A\) un idéal. Supposons donnés \(K_n \in D(A/I^n)\) et des morphismes \(K_{n + 1} \to K_n\) dans \(D(A/I^{n + 1})\). Si :

  1. \(A\) est noethérien ;

  2. \(K_1\) est borné supérieurement ;

  3. les morphismes induisent des isomorphismes \(K_{n + 1} \otimes_{A/I^{n + 1}}^\mathbf{L} A/I^n \to K_n\),

alors \(K = R\lim K_n\) est un objet complet au sens dérivé de \(D^-(A)\), et \(K \otimes_A^\mathbf{L} A/I^n \to K_n\) est un isomorphisme pour tout \(n\).

Démonstration

L’objet \(K\) de \(D(A)\) est complet au sens dérivé d’après le Lemme 091W.

Supposons \(H^i(K_1) = 0\) pour \(i > b\). On peut alors trouver un complexe de \(A/I\)-modules libres, noté \(P_1^\bullet\), représentant \(K_1\), avec \(P_1^i = 0\) pour \(i > b\). D’après le Lemme 09AR, on peut construire par récurrence sur \(n > 1\) des complexes \(P_n^\bullet\) de \(A/I^n\)-modules libres représentant \(K_n\), ainsi que des morphismes \(P_n^\bullet \to P_{n - 1}^\bullet\) représentant les morphismes \(K_n \to K_{n - 1}\) et induisant des isomorphismes, au niveau même des complexes, \(P_n^\bullet/I^{n - 1}P_n^\bullet \to P_{n - 1}^\bullet\).

Nous sommes ainsi dans la situation où \(R\lim K_n\) est représenté par \(P^\bullet = \lim P_n^\bullet\) ; voir le Lemme 091D et la Remarque 07KZ. Les complexes \(P_n^\bullet\) sont uniformément bornés supérieurement, formés de \(A/I^n\)-modules plats, et leurs morphismes de transition sont surjectifs terme à terme. Le Lemme 0912 montre alors que \(P^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de \(A\)-modules plats. Par conséquent, \(K \otimes_A^\mathbf{L} A/I^t\) est représenté par \(P^\bullet \otimes_A A/I^t\). D’après le Lemme 0912, on a terme à terme \(P^\bullet \otimes_A A/I^t = \lim P_n^\bullet \otimes_A A/I^t\). Les morphismes de transition \(P_{n + 1}^\bullet \otimes_A A/I^t \to P_n^\bullet \otimes_A A/I^t\) sont des isomorphismes pour \(n \geq t\) par le choix des \(P_n^\bullet\). Ainsi, \(\lim P_n^\bullet \otimes_A A/I^t = P_t^\bullet \otimes_A A/I^t = P_t^\bullet\). Comme \(P_t^\bullet\) représente \(K_t\), le morphisme \(K \otimes_A^\mathbf{L} A/I^t \to K_t\) est un isomorphisme.

Voici un résultat d’un autre type.

Lemme

Soit \(I\) un idéal d’un anneau noethérien \(A\) et soit \(K \in D(A)\). Posons \(K_n = K \otimes_A^\mathbf{L} A/I^n\). Supposons que, pour tout \(i \in \mathbf{Z}\) :

  1. \(H^i(K)\) soit un \(A\)-module de type fini ;

  2. le système \(H^i(K_n)\) vérifie la condition de Mittag–Leffler.

Alors \(\lim H^i(K)/I^nH^i(K)\) est égal à \(\lim H^i(K_n)\) pour tout \(i \in \mathbf{Z}\).

Démonstration

Rappelons que \(K^\wedge = R\lim K_n\) est la complétion dérivée de \(K\) ; voir la Proposition 0922. D’après le Lemme 0A06, on a \(H^i(K^\wedge) = \lim H^i(K)/I^nH^i(K)\). Le Lemme 0CQE fournit des suites exactes courtes \[0 \to R^1\lim H^{i - 1}(K_n) \to H^i(K^\wedge) \to \lim H^i(K_n) \to 0\] La condition de Mittag–Leffler garantit que les termes de gauche sont nuls (Lemme 091D), ce qui démontre le lemme.

Quelques morphismes d’évaluation

Dans cette section, nous montrons que certains morphismes canoniques entre \(R\Hom\) sont des isomorphismes pour des classes convenables de complexes.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soient \(K, L, M\) des objets de \(D(R)\). Le morphisme \[R\Hom_R(L, M) \otimes_R^\mathbf{L} K \longrightarrow R\Hom_R(R\Hom_R(K, L), M)\] du Lemme 0A67 est un isomorphisme dans les deux cas suivants :

  1. \(K\) est parfait ;

  2. \(K\) est pseudo-cohérent, \(L \in D^+(R)\) et \(M\) est de dimension injective finie.

Démonstration

Choisissons un complexe K-injectif \(I^\bullet\) représentant \(M\), un complexe K-injectif \(J^\bullet\) représentant \(L\) et un complexe borné supérieurement \(K^\bullet\) de modules projectifs de type fini représentant \(K\). Considérons le morphisme de complexes \[\text{Tot}(\Hom^\bullet(J^\bullet, I^\bullet) \otimes_R K^\bullet) \longrightarrow \Hom^\bullet(\Hom^\bullet(K^\bullet, J^\bullet), I^\bullet)\] du Lemme 0A60. Remarquons que \[\left(\prod\nolimits_{p + r = t} \Hom_R(J^{-r}, I^p)\right) \otimes_R K^s = \prod\nolimits_{p + r = t} \Hom_R(J^{-r}, I^p) \otimes_R K^s\] parce que \(K^s\) est projectif de type fini. Le morphisme est donné par les morphismes \[c_{p, r, s} : \Hom_R(J^{-r}, I^p) \otimes_R K^s \longrightarrow \Hom_R(\Hom_R(K^s, J^{-r}), I^p)\] qui sont des isomorphismes puisque \(K^s\) est projectif de type fini. Pour tout élément \(\alpha = (\alpha^{p, r, s})\) de degré \(n\) du membre de gauche, il n’y a qu’un nombre fini de valeurs de \(s\) pour lesquelles \(\alpha^{p, r, s}\) est non nul (pour certains \(p, r\) tels que \(n = p + r + s\)). Notre morphisme est donc un isomorphisme si la même condition d’annulation est imposée aux éléments \(\beta = (\beta^{p, r, s})\) du membre de droite. Si \(K^\bullet\) est un complexe borné de modules projectifs de type fini, cela est clair. D’autre part, si l’on peut choisir \(I^\bullet\) borné et \(J^\bullet\) borné inférieurement, alors \(\beta^{p, r, s}\) est nul pour \(p\) hors d’un intervalle fixe, pour \(s \gg 0\) et pour \(r \gg 0\). Parmi les solutions de \(n = p + r + s\) telles que \(\beta^{p, r, s}\) soit non nul, il n’apparaît donc qu’un nombre fini de valeurs de \(s\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soient \(K, L, M\) des objets de \(D(R)\). Le morphisme \[R\Hom_R(L, M) \otimes_R^\mathbf{L} K \longrightarrow R\Hom_R(R\Hom_R(K, L), M)\] du Lemme 0A67 est un isomorphisme si les trois conditions suivantes sont satisfaites :

  1. \(L, M\) sont de dimension injective finie ;

  2. \(R\Hom_R(L, M)\) est de dimension Tor finie ;

  3. pour tout \(n \in \mathbf{Z}\), la troncation \(\tau_{\leq n}K\) est pseudo-cohérente.

Démonstration

Choisissons un entier \(n\) et considérons le triangle distingué \[\tau_{\leq n}K \to K \to \tau_{\geq n + 1}K \to \tau_{\leq n}K[1]\] voir Catégories dérivées, Remarque 08J5. Par l’hypothèse (3) et le Lemme 0A68, le morphisme est un isomorphisme pour \(\tau_{\leq n}K\). Il suffit donc de montrer que les deux objets \[R\Hom_R(L, M) \otimes_R^\mathbf{L} \tau_{\geq n + 1}K \quad\text{et}\quad R\Hom_R(R\Hom_R(\tau_{\geq n + 1}K, L), M)\] ont une cohomologie nulle aux degrés \(\leq n - c\) pour un certain \(c\). Cela résulte immédiatement des hypothèses (2) et (1).

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soient \(K, L, M\) des objets de \(D(R)\). Le morphisme \[K \otimes_R^\mathbf{L} R\Hom_R(M, L) \longrightarrow R\Hom_R(M, K \otimes_R^\mathbf{L} L)\] du Lemme 0BYN est un isomorphisme dans les cas suivants :

  1. \(M\) est parfait ;

  2. \(K\) est parfait ;

  3. \(M\) est pseudo-cohérent, \(L \in D^+(R)\) et \(K\) est d’amplitude Tor contenue dans \([a, \infty]\).

Démonstration

Démonstration lorsque \(M\) est parfait. Remarquons que les deux membres de la flèche transforment les triangles distingués en \(M\) en triangles distingués et commutent aux sommes directes. Il suffit donc de vérifier l’assertion pour \(M = R[n]\) ; voir Catégories dérivées, Remarque 0ATH, et le Lemme 0ATI. Dans ce cas, le résultat est évident.

Démonstration lorsque \(K\) est parfait. On applique le même argument que dans le cas précédent.

Démonstration dans le cas (3). On peut représenter \(K\) et \(L\) par des complexes bornés inférieurement de \(R\)-modules \(K^\bullet\) et \(L^\bullet\). On peut supposer que \(K^\bullet\) est un complexe K-plat formé de \(R\)-modules plats ; voir le Lemme 0BYL. On peut représenter \(M\) par un complexe borné supérieurement \(M^\bullet\) de \(R\)-modules libres de rang fini ; voir la Définition 064Q. Le membre de gauche est alors représenté par \[\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R \Hom^\bullet(M^\bullet, L^\bullet))\] et le membre de droite par \[\Hom^\bullet(M^\bullet, \text{Tot}(K^\bullet \otimes_R L^\bullet))\] On utilise ici le Lemme 0A66. Les deux complexes ont au degré \(n\) le module \[\bigoplus\nolimits_{p + q + r = n} K^p \otimes \Hom_R(M^{-r}, L^q) = \bigoplus\nolimits_{p + q + r = n} \Hom_R(M^{-r}, K^p \otimes_R L^q)\] parce que \(M^{-r}\) est libre de rang fini (et que ces sommes directes sont finies). Le morphisme défini dans le Lemme 0BYN provient du morphisme de complexes défini dans le Lemme 0BYM, lequel utilise les isomorphismes canoniques entre ces modules.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(P^\bullet\) un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules projectifs et soit \(K^\bullet\) un complexe K-plat de \(R\)-modules. Si \(P^\bullet\) est un objet parfait de \(D(R)\), alors \(\Hom^\bullet(P^\bullet, K^\bullet)\) est K-plat et représente \(R\Hom_R(P^\bullet, K^\bullet)\).

Démonstration

La dernière assertion est le Lemme 0A66. Puisque \(P^\bullet\) représente un objet parfait, il existe un complexe fini de \(R\)-modules projectifs de type fini, noté \(F^\bullet\), tel que \(P^\bullet\) et \(F^\bullet\) soient isomorphes dans \(D(R)\) ; voir la Définition 0657. Les complexes \(P^\bullet\) et \(F^\bullet\) sont alors homotopiquement équivalents ; voir Catégories dérivées, Lemme 064B. Par conséquent, \(\Hom^\bullet(P^\bullet, K^\bullet)\) et \(\Hom^\bullet(F^\bullet, K^\bullet)\) sont homotopiquement équivalents. Le premier est donc K-plat si et seulement si le second l’est (cela résulte de la Définition 06XZ et du Lemme 064I). Il est clair que \[\Hom^\bullet(F^\bullet, K^\bullet) = \text{Tot}(E^\bullet \otimes_R K^\bullet)\] où \(E^\bullet\) est le complexe dual de \(F^\bullet\), de termes \(E^n = \Hom_R(F^{-n}, R)\) ; voir le Lemme 07VI et sa démonstration. Comme \(E^\bullet\) est un complexe borné de modules projectifs, il est K-plat d’après le Lemme 064K. On conclut alors par le Lemme 0795.

Changement de base pour le Hom dérivé

Nous avons déjà rencontré des résultats sur cette question dans le Lemme 087R et dans Algèbre, section 087M.

Lemme

Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux. Pour \(K \in D(R)\) et \(M \in D(R')\), il existe un isomorphisme canonique \[R\Hom_R(K, M) = R\Hom_{R'}(K \otimes_R^\mathbf{L} R', M)\]

Démonstration

Choisissons un complexe K-injectif de \(R'\)-modules, noté \(J^\bullet\), représentant \(M\), un quasi-isomorphisme \(J^\bullet \to I^\bullet\) où \(I^\bullet\) est un complexe K-injectif de \(R\)-modules, et un complexe K-plat \(K^\bullet\) de \(R\)-modules représentant \(K\). Considérons le morphisme \[\Hom^\bullet(K^\bullet \otimes_R R', J^\bullet) \longrightarrow \Hom^\bullet(K^\bullet, I^\bullet)\] Le morphisme entre les termes de degré \(n\) est donné par \[\prod\nolimits_{n = p + q} \Hom_{R'}(K^{-q} \otimes_R R', J^p) \longrightarrow \prod\nolimits_{n = p + q} \Hom_R(K^{-q}, I^p)\] obtenu en précomposant par \(K^{-q} \to K^{-q} \otimes_R R'\) et en postcomposant par \(J^p \to I^p\). Pour achever la démonstration, il suffit de montrer que l’on obtient des isomorphismes sur les groupes de cohomologie : \[\Hom_{D(R)}(K, M) = \Hom_{D(R')}(K \otimes_R^\mathbf{L} R', M)\] ce qui est vrai parce que le changement de base \(- \otimes_R^\mathbf{L} R' : D(R) \to D(R')\) est adjoint à gauche du foncteur de restriction \(D(R') \to D(R)\) d’après le Lemme 0GMT.

Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux. On a un morphisme de changement de base [0E1X]\[\begin{equation} R\Hom_R(K, M) \otimes_R^\mathbf{L} R' \longrightarrow R\Hom_{R'}(K \otimes_R^\mathbf{L} R', M \otimes_R^\mathbf{L} R') \end{equation}\] dans \(D(R')\), fonctoriel en \(K, M \in D(R)\). En effet, par l’adjonction entre \(- \otimes_R^\mathbf{L} R' : D(R) \to D(R')\) et le foncteur de restriction \(D(R') \to D(R)\), cela revient à donner un morphisme \[R\Hom_R(K, M) \longrightarrow R\Hom_{R'}(K \otimes_R^\mathbf{L} R', M \otimes_R^\mathbf{L} R') = R\Hom_R(K, M \otimes_R^\mathbf{L} R')\] (l’égalité venant du Lemme 0E1W), pour lequel on peut utiliser le morphisme canonique \(M \to M \otimes_R^\mathbf{L} R'\) (l’unité de l’adjonction).

Lemme

Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux et soient \(K, M \in D(R)\). Le morphisme (0E1X) \[R\Hom_R(K, M) \otimes_R^\mathbf{L} R' \longrightarrow R\Hom_{R'}(K \otimes_R^\mathbf{L} R', M \otimes_R^\mathbf{L} R')\] est un isomorphisme dans \(D(R')\) dans les cas suivants :

  1. \(K\) est parfait ;

  2. \(R'\) est parfait comme \(R\)-module ;

  3. \(R \to R'\) est plat, \(K\) est pseudo-cohérent et \(M \in D^{+}(R)\) ;

  4. \(R'\) est de dimension Tor finie comme \(R\)-module, \(K\) est pseudo-cohérent et \(M \in D^{+}(R)\).

Démonstration

On peut vérifier que le morphisme est un isomorphisme après application du foncteur de restriction \(D(R') \to D(R)\). Après application de ce foncteur, notre morphisme devient \[R\Hom_R(K, L) \otimes_R^\mathbf{L} R' \longrightarrow R\Hom_R(K, L \otimes_R^\mathbf{L} R')\] du Lemme 0BYN. Voir la discussion qui précède le lemme pour identifier les membres de gauche et de droite ; on y utilise notamment le Lemme 0E1W. On conclut alors par le Lemme 0ATK.

Systèmes de modules

Soit \(I\) un idéal d’un anneau noethérien \(A\). Dans cette section, nous complétons notre étude de la relation entre les \(A\)-modules de type fini et les systèmes de \(A/I^n\)-modules de type fini.

Lemme

Soit \(I\) un idéal d’un anneau noethérien \(A\). Soit \(K \xrightarrow{\alpha} L \xrightarrow{\beta} M\) un complexe de \(A\)-modules de type fini. Posons \(H = \Ker(\beta)/\Im(\alpha)\). Pour \(n \geq 0\), soit \[K/I^nK \xrightarrow{\alpha_n} L/I^nL \xrightarrow{\beta_n} M/I^nM\] le complexe induit et posons \(H_n = \Ker(\beta_n)/\Im(\alpha_n)\). Il existe alors des morphismes canoniques de \(A\)-modules qui donnent un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & & & H \ar[lld] \ar[ld] \ar[d] \\ \ldots \ar[r] & H_3 \ar[r] & H_2 \ar[r] & H_1 }\] De plus, il existe un \(c > 0\) et des morphismes canoniques de \(A\)-modules \(H_n \to H/I^{n - c}H\) pour \(n \geq c\), tels que les composées \[H/I^n H \to H_n \to H/I^{n - c}H \quad\text{et}\quad H_n \to H/I^{n - c}H \to H_{n - c}\] sont les morphismes canoniques. En outre :

  1. \((H_n)\) et \((H/I^nH)\) sont isomorphes comme pro-objets de \(\text{Mod}_A\) ;

  2. \(\lim H_n = \lim H/I^n H\) ;

  3. le système projectif \((H_n)\) vérifie la condition de Mittag–Leffler ;

  4. l’image de \(H_{n + c} \to H_n\) est égale à l’image de \(H \to H_n\) ;

  5. la composée \(I^cH_n \to H_n \to H/I^{n - c}H \to H_n/I^{n - c}H_n\) est l’inclusion \(I^cH_n \to H_n\) suivie du morphisme quotient \(H_n \to H_n/I^{n - c}H_n\) ;

  6. le noyau et le conoyau de \(H/I^nH \to H_n\) sont annulés par \(I^c\).

Démonstration

Remarquons que \(H_n = \beta^{-1}(I^nM)/\Im(\alpha) + I^nL\). Pour \(n \geq 2\), on a \(\beta^{-1}(I^nM) \subset \beta^{-1}(I^{n - 1}M)\) et \(\Im(\alpha) + I^nL \subset \Im(\alpha) + I^{n - 1}L\). On obtient ainsi le morphisme canonique \(H_n \to H_{n - 1}\). De même, \(\Ker(\beta) \subset \beta^{-1}(I^nM)\) et \(\Im(\alpha) \subset \Im(\alpha) + I^nL\), ce qui donne le morphisme canonique \(H \to H_n\). Nous omettons de vérifier la commutativité du diagramme.

Par Artin–Rees, on peut choisir \(c_1, c_2 \geq 0\) tels que \(\beta^{-1}(I^nM) \subset \Ker(\beta) + I^{n - c_1}L\) pour \(n \geq c_1\) et \(\Ker(\beta) \cap I^nL \subset I^{n - c_2}\Ker(\beta)\) pour \(n \geq c_2\) ; voir Algèbre, Lemmes 00IO et 00IN. Posons \(c = c_1 + c_2\).

Soit \(n \geq c\). Définissons \(\psi_n : H_n \to H/I^{n - c}H\) comme suit. Soit \(x \in H_n\). Choisissons \(y \in \beta^{-1}(I^nM)\) représentant \(x\) et écrivons \(y = z + w\) avec \(z \in \Ker(\beta)\) et \(w \in I^{n - c_1}L\) (ce qui est possible par le choix de \(c_1\)). On définit \(\psi_n(x)\) comme la classe de \(z\) dans \(H/I^{n - c}H\). Pour vérifier que cette définition est indépendante des choix, supposons disposer d’un second triplet \(y', z', w'\) comme ci-dessus pour \(x\). Alors \(y' - y \in \Im(\alpha) + I^nL\) ; écrivons \(y' - y = \alpha(v) + u\) avec \(v \in K\) et \(u \in I^nL\). Ainsi, \[y' = z' + w' = \alpha(v) + u + z + w \Rightarrow z' = z + \alpha(v) + u + w - w'\] Comme \(\beta(z' - z - \alpha(v)) = 0\), on obtient \(u + w - w' \in \Ker(\beta) \cap I^{n - c_1}L\), lequel est contenu dans \(I^{n - c_1 - c_2}\Ker(\beta) = I^{n - c}\Ker(\beta)\) par le choix de \(c_2\). Ainsi, \(z'\) et \(z\) ont la même image dans \(H/I^{n - c}H\), comme voulu.

La composée \(H/I^n H \to H_n \to H/I^{n - c}H\) est le morphisme canonique. En effet, si \(z \in \Ker(\beta)\) représente un élément \(x\) de \(H/I^nH = \Ker(\beta)/\Im(\alpha) + I^n\Ker(\beta)\), il ressort clairement de ce qui précède que les morphismes construits envoient \(x\) sur la classe de \(z\) dans \(H/I^{n - c}H\).

Considérons la composée \(H_n \to H/I^{n - c}H \to H_{n - c}\). Étant donnés \(x, y, z, w\) comme dans la construction précédente de \(\psi_n\), l’élément \(x\) est envoyé sur la classe de \(z\) dans \(H_{n - c}\). D’autre part, le morphisme canonique \(H_n \to H_{n - c}\) du premier paragraphe envoie \(x\) sur la classe de \(y\). Il suffit donc de montrer que \(y - z \in \Im(\alpha) + I^{n - c}L\), ce qui résulte de \(y - z = w \in I^{n - c_1}L \subset I^{n - c}L\).

Les assertions (1)–(4) sont des conséquences formelles de ce que nous venons de démontrer. En effet, (1) résulte de l’existence des morphismes et de la définition des morphismes de pro-objets dans Catégories, Remarque 05PX. L’assertion (2) vient de ce que des pro-objets isomorphes ont des limites isomorphes. L’assertion (3) résulte immédiatement de (4). Enfin, (4) résulte de la factorisation \(H_{n + c} \to H/I^nH \to H_n\) du morphisme canonique \(H_{n + c} \to H_n\).

Démonstration de (5). Soit \(x \in I^cH_n\). Écrivons \(x = \sum f_i x_i\) avec \(x_i \in H_n\) et \(f_i \in I^c\). Choisissons \(y_i, z_i, w_i\) comme dans la construction de \(\psi_n\) appliquée à \(x_i\). Pour le calcul de \(\psi_n\) sur \(x\), on peut alors choisir \(y = \sum f_iy_i\), \(z = \sum f_i z_i\) et \(w = \sum f_i w_i\) et l’on voit que \(\psi_n(x)\) est donné par la classe de \(z\). Son image dans \(H_n/I^{n - c}H_n\) est égale à la classe de \(y\), puisque \(w = \sum f_i w_i\) appartient à \(I^nL\). Cela prouve (5).

Démonstration de (6). Soit \(y \in \Ker(\beta)\) dont la classe est \(x\) dans \(H\). Si l’image de \(x\) dans \(H_n\) est nulle, alors \(y \in I^nL + \Im(\alpha)\). Ainsi, \(y - \alpha(v) \in \Ker(\beta) \cap I^nL\) pour un certain \(v \in K\). Donc \(y - \alpha(v) \in I^{n - c_2}\Ker(\beta)\), et la classe de \(y\) dans \(H/I^nH\) est annulée par \(I^{c_2}\). Enfin, soit \(x \in H_n\) la classe d’un \(y \in \beta^{-1}(I^nM)\). Écrivons, comme ci-dessus, \(y = z + w\) avec \(z \in \Ker(\beta)\) et \(w \in I^{n - c_1}L\). Si \(f \in I^{c_1}\), alors \(fx\) est la classe de \(fy + fw \equiv fy\) modulo \(\Im(\alpha) + I^nL\) ; ainsi, \(fx\) est l’image de la classe de \(fy\) dans \(H\), comme voulu.

Lemme

Soit \(I\) un idéal d’un anneau noethérien \(A\) et soit \(K \in D(A)\) pseudo-cohérent. Posons \(K_n = K \otimes_A^\mathbf{L} A/I^n\). Alors, pour tout \(i \in \mathbf{Z}\), le système \(H^i(K_n)\) vérifie la condition de Mittag–Leffler, et \(\lim H^i(K)/I^nH^i(K)\) est égal à \(\lim H^i(K_n)\).

Démonstration

On peut représenter \(K\) par un complexe borné supérieurement \(P^\bullet\) de \(A\)-modules libres de rang fini. Alors \(K_n\) est représenté par \(P^\bullet/I^nP^\bullet\). La propriété de Mittag–Leffler résulte donc du Lemme 0EGU. La dernière assertion découle ensuite du Lemme 0EGS.

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien, soit \(I \subset A\) un idéal et soit \(M^\bullet\) un complexe borné de \(A\)-modules de type fini. Le système projectif de morphismes \[M^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} A/I^n \longrightarrow M^\bullet/I^nM^\bullet\] définit un isomorphisme de pro-objets de \(D(A)\).

Démonstration

Écrivons \(I = (f_1, \ldots, f_r)\). Soit \(K_n \in D(A)\) l’objet représenté par le complexe de Koszul associé à \(f_1^n, \ldots, f_r^n\). Rappelons que l’on a des morphismes \(K_n \to A/I^n\) qui induisent un pro-isomorphisme de systèmes projectifs ; voir le Lemme 0921. Il suffit donc de montrer que \[M^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} K_n \longrightarrow M^\bullet/I^nM^\bullet\] définit un isomorphisme de pro-objets de \(D(A)\). Comme \(K_n\) est représenté par un complexe de \(A\)-modules libres de rang fini placé aux degrés \(-r, \ldots, 0\), il existe \(a, b \in \mathbf{Z}\) tels que la source et le but de la flèche affichée aient une cohomologie nulle hors de \([a, b]\), pour tout \(n\). On peut donc appliquer Catégories dérivées, Lemme 0G3D ; il suffit alors de montrer que les morphismes \[H^i(M^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} A/I^n) \to H^i(M^\bullet/I^nM^\bullet)\] définissent des isomorphismes de pro-systèmes de \(A\)-modules pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). Pour le voir, choisissons un quasi-isomorphisme \(P^\bullet \to M^\bullet\) où \(P^\bullet\) est un complexe borné supérieurement de \(A\)-modules libres de rang fini. Les flèches précédentes sont données par les morphismes \[H^i(P^\bullet/I^nP^\bullet) \to H^i(M^\bullet/I^nM^\bullet)\] Ceux-ci définissent un isomorphisme de pro-systèmes d’après le Lemme 0EGU. En effet, ce lemme montre qu’ils sont tous deux isomorphes au pro-système \(H^i/I^nH^i\), où \(H^i = H^i(M^\bullet) = H^i(P^\bullet)\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien, soit \(I \subset A\) un idéal et soient \(M\), \(N\) des \(A\)-modules de type fini. Posons \(M_n = M/I^nM\) et \(N_n = N/I^nN\). Alors :

  1. les systèmes \((\Hom_A(M_n, N_n))\) et \((\text{Isom}_A(M_n, N_n))\) vérifient la condition de Mittag–Leffler ;

  2. il existe un \(c \geq 0\) tel que les noyaux et conoyaux de \[\Hom_A(M, N)/I^n\Hom_A(M, N) \to \Hom_A(M_n, N_n)\] sont annulés par \(I^c\) pour tout \(n\) ;

  3. on a \(\lim \Hom_A(M_n, N_n) =\Hom_A(M, N)^\wedge = \Hom_{A^\wedge}(M^\wedge, N^\wedge)\)

  4. \(\lim \text{Isom}_A(M_n, N_n) = \text{Isom}_{A^\wedge}(M^\wedge, N^\wedge)\).

Ici, \({}^\wedge\) désigne la complétion \(I\)-adique usuelle.

Démonstration

Remarquons que \(\Hom_A(M_n, N_n) = \Hom_A(M, N_n)\). Choisissons une présentation \[A^{\oplus t} \to A^{\oplus s} \to M \to 0\] En appliquant le foncteur contravariant exact à gauche \(\Hom_A(-, N)\), on obtient un complexe \[0 \xrightarrow{\alpha} N^{\oplus s} \xrightarrow{\beta} N^{\oplus t}\] dont la cohomologie au milieu est \(\Hom_A(M, N)\), et tel que, pour \(n \geq 0\), la cohomologie de \[0 \xrightarrow{\alpha_n} N_n^{\oplus s} \xrightarrow{\beta_n} N_n^{\oplus t}\] soit \(\Hom_A(M_n, N_n)\). Soit \(c \geq 0\) comme dans le Lemme 0EGU pour \(A\), \(I\), \(\alpha\) et \(\beta\). L’assertion (3) de ce lemme donne la propriété de Mittag–Leffler pour \((\Hom_A(M_n, N_n))\). Le noyau et le conoyau des morphismes \(\Hom_A(M, N)/I^n\Hom_A(M, N) \to \Hom_A(M_n, N_n)\) sont annulés par \(I^c\) d’après l’assertion (6) du lemme. L’assertion (2) du lemme donne \(\lim \Hom_A(M_n, N_n) = \Hom_A(M, N)^\wedge\). L’égalité \[\Hom_{A^\wedge}(M^\wedge, N^\wedge) = \lim \Hom_A(M_n, N_n)\] résulte formellement des égalités \(M^\wedge = \lim M_n\) et \(M_n = M^\wedge/I^nM^\wedge\), ainsi que des égalités correspondantes pour \(N\) ; voir Algèbre, Lemme 031C.

Le résultat pour les isomorphismes résulte du cas des homomorphismes appliqué à \((\Hom(M_n, N_n))\) et à \((\Hom(N_n, M_n))\), ainsi que du fait suivant : si \(n > m > 0\) et si l’on a des morphismes \(\alpha : M_n \to N_n\) et \(\beta : N_n \to M_n\) qui induisent des isomorphismes \(M_m \to N_m\) et \(N_m \to M_m\), alors \(\alpha\) et \(\beta\) sont des isomorphismes. En effet, \(\alpha \circ \beta\) est alors surjectif par le lemme de Nakayama (Algèbre, Lemme 00DV), donc \(\alpha \circ \beta\) est un isomorphisme d’après Algèbre, Lemme 05G8.

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien, soit \(I \subset A\) un idéal et soient \(M\), \(N\) des \(A\)-modules de type fini. Posons \(M_n = M/I^nM\) et \(N_n = N/I^nN\). Si \(M_n \cong N_n\) pour tout \(n\), alors \(M^\wedge \cong N^\wedge\) comme \(A^\wedge\)-modules.

Démonstration

D’après le Lemme 09BB, le système \((\text{Isom}_A(M_n, N_n))\) vérifie la condition de Mittag–Leffler. Par hypothèse, chacun des ensembles \(\text{Isom}_A(M_n, N_n)\) est non vide. Ainsi, \(\lim \text{Isom}_A(M_n, N_n)\) est non vide. Puisque \(\lim \text{Isom}_A(M_n, N_n) = \text{Isom}_{A^\wedge}(M^\wedge, N^\wedge)\), on obtient un isomorphisme.

Remarque

Soit \(I\) un idéal d’un anneau noethérien \(A\). Posons \(A_n = A/I^n\) pour \(n \geq 1\). Considérons la catégorie suivante :

  1. un objet est une suite \(\{E_n\}_{n \geq 1}\) où \(E_n\) est un \(A_n\)-module de type fini ;

  2. un morphisme \(\{E_n\} \to \{E'_n\}\) est donné par des morphismes \[\varphi_n : I^cE_n \longrightarrow E'_n/E'_n[I^c] \quad\text{pour }n \geq c\] où \(E'_n[I^c]\) est le sous-module de torsion (section 0ALX), modulo l’équivalence suivante : on identifie \((c, \varphi_n)\) à \((c + 1, \overline{\varphi}_n)\), où \(\overline{\varphi}_n : I^{c + 1}E_n \longrightarrow E'_n/E'_n[I^{c + 1}]\) est le morphisme induit.

La composée de \((c, \varphi_n) : \{E_n\} \to \{E'_n\}\) et de \((c', \varphi'_n) : \{E'_n\} \to \{E''_n\}\) est définie par les composées évidentes \[I^{c + c'}E_n \to I^{c'}E'_n/E'_n[I^{c}] \to E''_n/E''_n[I^{c + c'}]\] pour \(n \geq c + c'\). Nous omettons de vérifier qu’il s’agit bien d’une catégorie.

Lemme

Un morphisme \((c, \varphi_n)\) de la catégorie de la Remarque 0EGW est un isomorphisme si et seulement s’il existe un \(c' \geq 0\) tel que \(\Ker(\varphi_n)\) et \(\Coker(\varphi_n)\) soient de \(I^{c'}\)-torsion pour tout \(n \gg 0\).

Démonstration

On peut supposer, et l’on suppose, que \(c' \geq c\) et que \(\Ker(\varphi_n)\) et \(\Coker(\varphi_n)\) sont de \(I^{c'}\)-torsion pour tout \(n\). Pour \(n \geq c'\) et \(x \in I^{c'}E'_n\), on peut choisir \(y \in I^cE_n\) tel que \(x = \varphi_n(y) \bmod E'_n[I^c]\), puisque \(\Coker(\varphi_n)\) est annulé par \(I^{c'}\). Posons \(\psi_n(x)\) égal à la classe de \(y\) dans \(E_n/E_n[I^{c'}]\). Pour un autre choix \(y' \in I^cE_n\) tel que \(x = \varphi_n(y') \bmod E'_n[I^c]\), la différence \(y - y'\) s’envoie sur zéro dans \(E'_n/E'_n[I^c]\) et est donc annulée par \(I^{c'}\) dans \(I^cE_n\). Les morphismes \(\psi_n : I^{c'}E'_n \to E_n/E_n[I^{c'}]\) sont donc bien définis. Nous omettons de vérifier que \((c', \psi_n)\) est l’inverse de \((c, \varphi_n)\) dans cette catégorie.

Lemme

Soit \(I\) un idéal de l’anneau noethérien \(A\), et soient \(M\) et \(N\) des \(A\)-modules de type fini. Écrivons \(A_n = A/I^n\), \(M_n = M/I^nM\) et \(N_n = N/I^nN\). Pour tout \(i \geq 0\), les objets \[\{\Ext^i_A(M, N)/I^n\Ext^i_A(M, N)\}_{n \geq 1} \quad\text{et}\quad \{\Ext^i_{A_n}(M_n, N_n)\}_{n \geq 1}\] sont isomorphes dans la catégorie \(\mathcal{C}\) de la Remarque 0EGW.

Démonstration

Choisissons une suite exacte courte \[0 \to K \to A^{\oplus r} \to M \to 0\] et posons \(K_n = K/I^nK\). Pour \(n \geq 1\), définissons \(K(n) = \Ker(A_n^{\oplus r} \to M_n)\), de sorte que l’on a des suites exactes \[0 \to K(n) \to A_n^{\oplus r} \to M_n \to 0\] ainsi que des surjections \(K_n \to K(n)\). En fait, d’après le Lemme 0EGU, il existe un \(c \geq 0\) et des morphismes \(K(n) \to K_n/I^{n - c}K_n\) qui sont « presque inverses ». Comme \(I^{n - c}K_n \subset K_n[I^c]\), ces morphismes montrent que les systèmes \(\{K(n)\}_{n \geq 1}\) et \(\{K_n\}_{n \geq 1}\) sont isomorphes dans \(\mathcal{C}\).

Nous affirmons que les systèmes \[\{\Ext^i_{A_n}(K(n), N_n)\}_{n \geq 1} \quad\text{et}\quad \{\Ext^i_{A_n}(K_n, N_n)\}_{n \geq 1}\] sont isomorphes dans la catégorie \(\mathcal{C}\). En effet, les morphismes surjectifs \(K_n \to K(n)\) ont des noyaux annulés par \(I^c\) et déterminent donc des morphismes \[\Ext^i_{A_n}(K(n), N_n) \to \Ext^i_{A_n}(K_n, N_n)\] dont le noyau et le conoyau sont annulés par \(I^c\). L’affirmation résulte donc du Lemme 0EGX.

Pour \(i \geq 2\), on a des isomorphismes \[\Ext^{i - 1}_A(K, N) = \Ext^i_A(M, N) \quad\text{et}\quad \Ext^{i - 1}_{A_n}(K(n), N_n) = \Ext^i_{A_n}(M_n, N_n)\] On voit ainsi qu’il suffit de démontrer le lemme pour \(i = 0, 1\).

Pour \(i = 0, 1\), considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \Hom(M, N) \ar[r] \ar[dd] & N^{\oplus r} \ar[r]_-\varphi \ar[dd] & \Hom(K, N) \ar[r] \ar[d] & \Ext^1(M, N) \ar[r] & 0 \\ & & & \Hom(K_n, N_n) \\ 0 \ar[r] & \Hom(M_n, N_n) \ar[r] & N_n^{\oplus r} \ar[r] & \Hom(K(n), N_n) \ar[r] \ar[u] & \Ext^1(M_n, N_n) \ar[r] & 0 }\] D’après le Lemme 09BB, le noyau et le conoyau de \(\Hom(M, N)/I^n \Hom(M, N) \to \Hom(M_n, N_n)\) et de \(\Hom(K, N)/I^n \Hom(K, N) \to \Hom(K_n, N_n)\) sont de \(I^c\)-torsion pour un certain \(c \geq 0\) indépendant de \(n\). Nous avons vu ci-dessus que les conoyaux des morphismes injectifs \(\Hom(K(n), N_n) \to \Hom(K_n, N_n)\) sont annulés par \(I^c\), quitte à augmenter \(c\). Pour un tel \(c\), on obtient des morphismes \(\delta_n : I^c\Hom(K, N)/I^n\Hom(K, N) \to \Hom(K(n), N_n)\) qui s’insèrent dans le diagramme (nous omettons la formulation précise). Le noyau et le conoyau de \(\delta_n\) sont annulés par \(I^c\), quitte à augmenter encore \(c\), puisque cela vaut pour \(\Hom(K, N)/I^n \Hom(K, N) \to \Hom(K_n, N_n)\) et pour \(\Hom(K(n), N_n) \to \Hom(K_n, N_n)\). On peut alors utiliser la commutativité du diagramme en traits pleins \[\xymatrix{ \varphi^{-1}(I^c\Hom(K, N)) \ar[r]_-\varphi \ar[d] & I^c\Hom(K, N)/I^n\Hom(K, N) \ar[r] \ar[d]^{\delta_n} & I^c\Ext^1(M, N)/I^n\Ext^1(M, N) \ar[r] \ar@{..>}[d] & 0 \\ N_n^{\oplus r} \ar[r] & \Hom(K(n), N_n) \ar[r] & \Ext^1(M_n, N_n) \ar[r] & 0 }\] pour définir la flèche pointillée. Une chasse au diagramme immédiate (omise) montre que le noyau et le conoyau de cette flèche sont annulés par \(I^c\), quitte à augmenter \(c\) une dernière fois.

Remarque

La formulation peu commode du Lemme 0EGY vient en partie de ce qu’il n’existe pas de morphismes évidents entre les modules \(\Ext^i_{A_n}(M_n, N_n)\) lorsque \(n\) varie. Ce que l’on peut déduire du lemme est qu’il existe un \(c \geq 0\) tel que, pour \(m \gg n \gg 0\), on dispose de morphismes (canoniques) \[I^c\Ext^i_{A_n}(M_m, N_m)/I^n\Ext^i_{A_n}(M_m, N_m) \to \Ext^i_{A_n}(M_n, N_n)/\Ext^i_{A_n}(M_n, N_n)[I^c]\] dont le noyau et le conoyau sont annulés par \(I^c\). C’est en ce sens (faible) que l’on obtient un système de modules.

Exemple

Soit \(k\) un corps et soit \(A = k[[x, y]]/(xy)\). Par abus de notation, nous notons encore \(x\) et \(y\) les images de \(x\) et \(y\) dans \(A\). Posons \(I = (x)\) et \(M = A/(y)\). On a une résolution libre \[\ldots \to A \xrightarrow{y} A \xrightarrow{x} A \xrightarrow{y} A \to M \to 0\] On en conclut que \[\Ext^2_A(M, N) = N[y]/xN\] où \(N[y] = \Ker(y : N \to N)\). Notons \(A_n = A/I^n\), \(M_n = M/I^nM\) et \(N_n = N/I^nN\). Pour tout \(n\), on a une résolution libre \[\ldots \to A_n^{\oplus 2} \xrightarrow{y, x^{n - 1}} A_n \xrightarrow{x} A_n \xrightarrow{y} A_n \to M_n \to 0\] On en conclut que \[\Ext^2_{A_n}(M_n, N_n) = (N_n[y] \cap N_n[x^{n - 1}])/xN_n\] où \(N_n[y] = \Ker(y : N_n \to N_n)\) et \(N[x^{n - 1}] = \Ker(x^{n - 1} : N_n \to N_n)\). Prenons \(N = A/(y)\). On a alors \[\Ext^2_A(M, N) = N[y]/xN = N/xN \cong k\] mais \[\Ext^2_{A_n}(M_n, N_n) = (N_n[y] \cap N_n[x^{n - 1}])/xN_n = N_n[x^{n - 1}]/xN_n = 0\] pour tout \(r\), car \(N_n = k[x]/(x^n)\) et la suite \[N_n \xrightarrow{x} N_n \xrightarrow{x^{n - 1}} N_n\] est exacte. Il est donc nécessaire de négliger une certaine torsion par les puissances de \(I\) pour obtenir un résultat comme le Lemme 0EGY.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme plat d’anneaux noethériens. Soit \(I \subset A\) un idéal, et soient \(M, N\) des \(A\)-modules. Posons \(B_n = B/I^nB\), \(M_n = M/I^nM\) et \(N_n = N/I^nN\). Si \(M\) est plat sur \(A\), alors on a \[\lim \Ext^i_B(M, N)/I^n \Ext^i_B(M, N) = \lim \Ext^i_{B_n}(M_n, N_n)\] pour tout \(i \in \mathbf{Z}\).

Démonstration

Choisissons une résolution \[\ldots \to P_2 \to P_1 \to P_0 \to M \to 0\] par des \(B\)-modules libres de rang fini \(P_i\). Posons \(P_{i, n} = P_i/I^nP_i\). Comme \(M\) et \(B\) sont plats sur \(A\), la suite \[\ldots \to P_{2, n} \to P_{1, n} \to P_{0, n} \to M_n \to 0\] est exacte. D’une part, le complexe \[\Hom_B(P_0, N) \to \Hom_B(P_1, N) \to \Hom_B(P_2, N) \to \ldots\] calcule les modules \(\Ext^i_B(M, N)\) ; d’autre part, le complexe \[\Hom_{B_n}(P_{0, n}, N_n) \to \Hom_{B_n}(P_{1, n}, N_n) \to \Hom_{B_n}(P_{2, n}, N_n) \to \ldots\] calcule les modules \(\Ext^i_{B_n}(M_n, N_n)\). Puisque \[\Hom_{B_n}(P_{i, n}, N_n) = \Hom_B(P_i, N)/I^n \Hom_B(P_i, N)\] le résultat découle de l’assertion (2) du Lemme 0EGU.

Systèmes de modules, bis

Soit \(I\) un idéal d’un anneau noethérien \(A\). À la section 0EGT, nous avons étudié les systèmes de la forme \(M/I^nM\) pour des \(A\)-modules de type fini \(M\). Dans cette section, nous considérons plutôt les systèmes \(I^nM\).

Lemme

Soit \(I\) un idéal d’un anneau noethérien \(A\). Soit \(K \xrightarrow{\alpha} L \xrightarrow{\beta} M\) un complexe de \(A\)-modules de type fini. Posons \(H = \Ker(\beta)/\Im(\alpha)\). Pour \(n \geq 0\), soit \[I^nK \xrightarrow{\alpha_n} I^nL \xrightarrow{\beta_n} I^nM\] le complexe induit et posons \(H_n = \Ker(\beta_n)/\Im(\alpha_n)\). Il existe alors des morphismes canoniques de \(A\)-modules \[\ldots \to H_3 \to H_2 \to H_1 \to H\] Il existe un \(c > 0\) tel que, pour \(n \geq c\), l’image de \(H_n \to H\) soit contenue dans \(I^{n - c}H\), et il existe un morphisme canonique de \(A\)-modules \(I^nH \to H_{n - c}\) tel que les composées \[I^n H \to H_{n - c} \to I^{n - 2c}H \quad\text{et}\quad H_n \to I^{n - c}H \to H_{n - 2c}\] sont les morphismes canoniques. En particulier, les systèmes projectifs \((H_n)\) et \((I^nH)\) sont isomorphes comme pro-objets de \(\text{Mod}_A\).

Démonstration

On a \(H_n = \Ker(\beta) \cap I^nL/\alpha(I^nK)\). Comme \(\Ker(\beta) \cap I^nL \subset \Ker(\beta) \cap I^{n - 1}L\) et \(\alpha(I^nK) \subset \alpha(I^{n - 1}K)\), on obtient les morphismes \(H_n \to H_{n - 1}\). Il en va de même du morphisme \(H_1 \to H\).

Par Artin–Rees, on peut choisir \(c_1, c_2 \geq 0\) tels que \(\Im(\alpha) \cap I^nL \subset \alpha(I^{n - c_1}K)\) pour \(n \geq c_1\) et \(\Ker(\beta) \cap I^nL \subset I^{n - c_2}\Ker(\beta)\) pour \(n \geq c_2\) ; voir Algèbre, Lemmes 00IO et 00IN. Posons \(c = c_1 + c_2\).

Le choix de \(c \geq c_2\) montre immédiatement que, pour \(n \geq c\), l’image de \(H_n \to H\) est contenue dans \(I^{n - c}H\).

Soit \(n \geq c\). Définissons \(\psi_n : I^nH \to H_{n - c}\) comme suit. Soit \(x \in I^nH\). Choisissons \(y \in I^n\Ker(\beta)\) représentant \(x\) et posons \(\psi_n(x)\) égal à la classe de \(y\) dans \(H_{n - c}\). Pour vérifier que cette définition est indépendante des choix, supposons qu’un autre \(y'\) représente \(x\) comme ci-dessus. Alors \(y' - y \in \Im(\alpha)\). Comme \(c \geq c_1\), on conclut que \(y' - y \in \alpha(I^{n - c}K)\), si bien que \(y\) et \(y'\) représentent le même élément de \(H_{n - c}\). Ainsi, \(\psi_n\) est bien défini.

Les assertions sur les composées \(I^n H \to H_{n - c} \to I^{n - 2c}H\) et \(H_n \to I^{n - c}H \to H_{n - 2c}\) résultent immédiatement de nos définitions.

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien. Soit \(I \subset A\) un idéal. Soient \(M\) et \(N\) des \(A\)-modules, avec \(M\) de type fini. Pour tout \(p > 0\), il existe un \(c \geq 0\) tel que, pour \(n \geq c\), l’application \(\Ext_A^p(M, N) \to \Ext_A^p(I^nM, N)\) se factorise par \(\Ext^p_A(I^nM, I^{n - c}N) \to \Ext_A^p(I^nM, N)\).

Démonstration

Pour \(p = 0\), si \(\varphi : M \to N\) est une application \(A\)-linéaire, alors \(\varphi(\sum f_i m_i) = \sum f_i \varphi(m_i)\) pour \(f_i \in A\) et \(m_i \in M\). Ainsi, \(\varphi\) induit une application \(I^nM \to I^nN\) pour tout \(n\), et le résultat est vrai avec \(c = 0\).

Choisissons une suite exacte \(0 \to K \to A^{\oplus t} \to M \to 0\). Pour chaque \(n\), choisissons une suite exacte \(0 \to L_n \to A^{\oplus s_n} \to I^nM \to 0\). On peut manifestement construire un morphisme de suites exactes \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & L_n \ar[r] \ar[d] & A^{\oplus s_n} \ar[r] \ar[d] & I^nM \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & K \ar[r] & A^{\oplus t} \ar[r] & M \ar[r] & 0 }\] tel que l’image de \(A^{\oplus s_n} \to A^{\oplus t}\) soit contenue dans \((I^n)^{\oplus t}\). D’après Artin–Rees (Algèbre, Lemme 00IN), il existe un \(c \geq 0\) tel que \(L_n \to K\) se factorise par \(I^{n - c}K\) si \(n \geq c\).

Pour \(p = 1\), les choix ci-dessus induisent un diagramme commutatif dont les flèches pleines sont \[\xymatrix{ \Hom_A(A^{\oplus s_n}, N) \ar[r] & \Hom_A(L_n, N) \ar[r] & \Ext_A^1(I^nM, N) \ar[r] & 0 \\ \Hom_A((I^n)^{\oplus t}, I^{n - c}N) \ar[r] \ar[u] & \Hom_A(K \cap (I^n)^{\oplus t}, I^{n - c}N) \ar[r] \ar[u] & \Ext_A^1(I^nM, I^{n - c}N) \ar[u] \\ \Hom_A(A^{\oplus t}, N) \ar[r] \ar[u] & \Hom_A(K, N) \ar[r] \ar[u] & \Ext_A^1(M, N) \ar@{..>}[u] \ar[r] & 0 }\] et dont les lignes sont exactes. La flèche verticale médiane inférieure existe parce que \(K \cap (I^n)^{\oplus t} \subset I^{n - c}K\) ; par conséquent, toute application \(A\)-linéaire \(K \to N\) induit une application \(A\)-linéaire \((I^n)^{\oplus t} \to I^{n - c}N\) par l’argument du premier paragraphe. On obtient donc la flèche pointillée souhaitée.

Pour \(p > 1\), on obtient un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \Ext^{p - 1}_A(I^{n - c}K, N) \ar[r] & \Ext^{p - 1}_A(L_n, N) \ar[r] & \Ext_A^p(I^nM, N) \\ \Ext^{p - 1}_A(K, N) \ar[rr] \ar[u] & & \Ext_A^p(M, N) \ar[u] }\] dont la flèche horizontale inférieure est un isomorphisme. Par récurrence sur \(p\), la flèche verticale de gauche se factorise par \(\Ext^{p - 1}_A(I^{n - c}K, I^{n - c - c'}N)\) pour un certain \(c' \geq 0\) et tout \(n \geq c + c'\). En utilisant la composée \(\Ext^{p - 1}_A(I^{n - c}K, I^{n - c - c'}N) \to \Ext^{p - 1}_A(L_n, I^{n - c - c'}N) \to \Ext^p_A(I^nM, I^{n - c - c'}N)\) on obtient la factorisation souhaitée (pour \(n \geq c + c'\), en remplaçant \(c\) par \(c + c'\)).

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien. Soit \(I \subset A\) un idéal. Soient \(M\) et \(N\) des \(A\)-modules, avec \(M\) de type fini et \(N\) annulé par une puissance de \(I\). Pour tout \(p > 0\), il existe un \(n\) tel que l’application \(\Ext_A^p(M, N) \to \Ext_A^p(I^nM, N)\) soit nulle.

Démonstration

Cela résulte immédiatement du Lemme 0G3L et du fait que \(I^mN = 0\) pour un certain \(m > 0\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien. Soit \(I \subset A\) un idéal. Soit \(K \in D(A)\) pseudo-cohérent et soit \(M\) un \(A\)-module de type fini. Pour tout \(p \in \mathbf{Z}\), il existe un \(c\) tel que l’image de \(\Ext_A^p(K, I^nM) \to \Ext_A^p(K, M)\) soit contenue dans \(I^{n - c}\Ext_A^p(K, M)\) pour \(n \geq c\).

Démonstration

Choisissons un complexe borné supérieurement \(P^\bullet\) de \(A\)-modules libres de type fini représentant \(K\). Alors \(\Ext_A^p(K, M)\) est la cohomologie de \[\Hom_A(F^{-p + 1}, M) \xrightarrow{a} \Hom_A(F^{-p}, M) \xrightarrow{b} \Hom_A(F^{-p - 1}, M)\] et \(\Ext_A^p(K, I^nM)\) se calcule en remplaçant ces \(A\)-modules de type fini par leur produit par \(I^n\). Le résultat découle donc du Lemme 0G3K (et un énoncé bien plus fort est vrai).

Dans la Situation 0BKC, définissons des complexes \(I_n^\bullet\) de sorte que l’on ait des triangles distingués \[I_n^\bullet \to A \to K_n^\bullet \to I_n^\bullet[1]\] dans la catégorie triangulée \(K(A)\) des complexes de \(A\)-modules à homotopie près. Plus précisément, posons \(I_n^\bullet = \sigma_{\leq -1}K_n^\bullet[-1]\). On a des suites exactes de complexes, scindées terme à terme, \[0 \to A \to K_n^\bullet \to I_n^\bullet[1] \to 0\] qui définissent des triangles distingués par définition de la structure triangulée de \(K(A)\). Leurs rotations donnent les triangles distingués ci-dessus. Remarquons que \(I_n^0 = A^{\oplus r} \to A\) est donné par la multiplication par \(f_i^n\) sur le \(i\)-ième facteur. Ainsi, \(I_n^\bullet \to A\) se factorise sous la forme \[I_n^\bullet \to (f_1^n, \ldots, f_r^n) \to A\] En fait, on a une suite exacte \[0 \to H^{-1}(K_n^\bullet) \to H^0(I_n^\bullet) \to (f_1^n, \ldots, f_r^n) \to 0\] et, pour tout \(i < 0\), on a \(H^i(I_n^\bullet) = H^{i - 1}(K_n^\bullet)\). Les applications \(K_{n + 1}^\bullet \to K_n^\bullet\) induisent des applications \(I_{n + 1}^\bullet \to I_n^\bullet\), et l’on obtient un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \ldots \ar[r] & I_3^\bullet \ar[d] \ar[r] & I_2^\bullet \ar[d] \ar[r] & I_1^\bullet \ar[d] \\ \ldots \ar[r] & (f_1^3, \ldots, f_r^3) \ar[r] & (f_1^2, \ldots, f_r^2) \ar[r] & (f_1, \ldots, f_r) }\] dans \(K(A)\).

Lemme

Dans la Situation 0BKC, supposons \(A\) noethérien. Avec les notations ci-dessus, le système projectif \((I^n)\) est pro-isomorphe dans \(D(A)\) au système projectif \((I_n^\bullet)\).

Démonstration

Il est élémentaire de vérifier que le système projectif \(I^n\) est pro-isomorphe au système projectif \((f_1^n, \ldots, f_r^n)\) dans la catégorie des \(A\)-modules. Considérons le système projectif de triangles distingués \[I_n^\bullet \to (f_1^n, \ldots, f_r^n) \to C_n^\bullet \to I_n^\bullet[1]\] où \(C_n^\bullet\) est le cône de la première flèche. D’après Catégories dérivées, Lemme 0G3C, il suffit de montrer que le système projectif \(C_n^\bullet\) est pro-nul. Le complexe \(I_n^\bullet\) n’a de termes non nuls qu’aux degrés \(i\) tels que \(-r + 1 \leq i \leq 0\) ; il en va donc de même pour les bornes de \(C_n^\bullet\). Ainsi, d’après Catégories dérivées, Lemme 0G3B, il suffit de montrer que \(H^p(C_n^\bullet)\) est pro-nul. La discussion précédente donne \(H^p(C_n^\bullet) = H^p(K_n^\bullet)\) pour \(p \leq -1\) et \(H^p(C_n^\bullet) = 0\) pour \(p \geq 0\). La preuve du Lemme 0921 montre que les systèmes projectifs \(H^p(K_n^\bullet)\) sont pro-nuls (c’est ici qu’intervient l’hypothèse que \(A\) est noethérien).

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien. Soit \(I \subset A\) un idéal. Soit \(M^\bullet\) un complexe borné de \(A\)-modules de type fini. Le système projectif d’applications \[I^n \otimes_A^\mathbf{L} M^\bullet \longrightarrow I^nM^\bullet\] définit un isomorphisme de pro-objets de \(D(A)\).

Démonstration

Choisissons des générateurs \(f_1, \ldots, f_r \in I\) de \(I\). Le système projectif \(I^n\) est pro-isomorphe au système projectif \((f_1^n, \ldots, f_r^n)\) dans la catégorie des \(A\)-modules. Avec les notations du Lemme 0G3M, il suffit donc de montrer que le système projectif d’applications \[I_n^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} M^\bullet \longrightarrow (f_1^n, \ldots, f_r^n)M^\bullet\] définit un isomorphisme de pro-objets de \(D(A)\). Soient \(a \leq b\) tels que \(M^i = 0\) si \(i \not \in [a, b]\). La source et le but des flèches ci-dessus n’ont alors de cohomologie qu’aux degrés \([-r + a, b]\). Il suffit donc de montrer que, pour tout \(p \in \mathbf{Z}\), le système projectif d’applications \[H^p(I_n^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} M^\bullet) \longrightarrow H^p((f_1^n, \ldots, f_r^n)M^\bullet)\] définit un isomorphisme de pro-objets de \(A\)-modules ; voir Catégories dérivées, Lemme 0G3D. En utilisant le pro-isomorphisme entre \(I_n^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} M^\bullet\) et \(I^n \otimes_A^\mathbf{L} M^\bullet\), ainsi que le pro-isomorphisme entre \((f_1^n, \ldots, f_r^n)M^\bullet\) et \(I^nM^\bullet\) on se ramène à montrer que le système projectif d’applications \[H^p(I^n \otimes_A^\mathbf{L} M^\bullet) \longrightarrow H^p(I^nM^\bullet)\] définit un isomorphisme de pro-objets de \(A\)-modules. Choisissons un complexe borné supérieurement de \(A\)-modules libres de type fini, noté \(P^\bullet\), et un quasi-isomorphisme \(P^\bullet \to M^\bullet\). Il suffit alors de montrer que le système projectif d’applications \[H^p(I^nP^\bullet) \longrightarrow H^p(I^nM^\bullet)\] est un pro-isomorphisme. Cela résulte du Lemme 0G3K, puisque \(H^p(P^\bullet) = H^p(M^\bullet)\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien. Soit \(I \subset A\) un idéal. Soit \(M\) un \(A\)-module de type fini. Il existe un entier \(n > 0\) tel que \(I^nM \to M\) se factorise par l’application \(I \otimes_A^\mathbf{L} M \to M\) dans \(D(A)\).

Démonstration

Cela résulte du Lemme 0G3N. On peut également le voir directement comme suit. Considérons le triangle distingué \[I \otimes_A^\mathbf{L} M \to M \to A/I \otimes_A^\mathbf{L} M \to I \otimes_A^\mathbf{L} M[1]\] Les axiomes d’une catégorie triangulée ramènent la preuve à montrer que \(I^nM \to A/I \otimes_A^\mathbf{L} M\) est nul dans \(D(A)\) pour un certain \(n\). Choisissons des générateurs \(f_1, \ldots, f_r\) de \(I\), posons \(K = K_\bullet(A, f_1, \ldots, f_r)\) pour le complexe de Koszul et considérons la factorisation \(A \to K \to A/I\) de l’application quotient. Il suffit alors de montrer que \(I^nM \to K \otimes_A M\) est nul dans \(D(A)\) pour un certain \(n > 0\). Supposons avoir trouvé un \(n > 0\) tel que \(I^nM \to K \otimes_A M\) se factorise par \(\tau_{\geq t}(K \otimes_A M)\) dans \(D(A)\). L’obstruction à une factorisation par \(\tau_{\geq t + 1}(K \otimes_A M)\) est alors un élément de \(\Ext^t(I^nM, H_t(K \otimes_A M))\). Le \(A\)-module de type fini \(H_t(K \otimes_A M)\) est annulé par \(I\). Le Lemme 0927 permet donc, après avoir augmenté \(n\), de supposer cette obstruction nulle. En répétant l’opération un nombre fini de fois, on trouve un \(n\) tel que \(I^nM \to K \otimes_A M\) se factorise par \(0 = \tau_{\geq r + 1}(K \otimes_A M)\) dans \(D(A)\), ce qui conclut.

Résultats divers

Quelques résultats qui ne trouvent pas place ailleurs.

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien. Soit \(I \subset A\) un idéal. Soit \(K \in D(A)\) pseudo-cohérent. Soit \(a \in \mathbf{Z}\). Supposons que, pour tout \(A\)-module de type fini \(M\), les modules \(\Ext^i_A(K, M)\) soient de \(I\)-torsion pour \(i \geq a\). Alors, pour \(i \geq a\) et \(M\) de type fini, le système \(\Ext^i_A(K, M/I^nM)\) est essentiellement constant, de valeur \[\Ext^i_A(K, M) = \lim \Ext^i_A(K, M/I^nM)\]

Démonstration

Soit \(M\) un \(A\)-module de type fini. Comme \(K\) est pseudo-cohérent, \(\Ext^i_A(K, M)\) est un \(A\)-module de type fini. Ainsi, pour \(i \geq a\), il est annulé par \(I^t\) pour un certain \(t \geq 0\). Le Lemme 0DYI montre donc que l’image de \(\Ext^i_A(K, I^nM) \to \Ext^i_A(K, M)\) est nulle pour un certain \(n > 0\). La suite exacte \(0 \to I^nM \to M \to M/I^n M \to 0\) donne une suite exacte longue \[\Ext^i_A(K, I^nM) \to \Ext^i_A(K, M) \to \Ext^i_A(K, M/I^nM) \to \Ext^{i + 1}_A(K, I^nM)\] Les systèmes \(\Ext^i_A(K, I^nM)\) et \(\Ext^{i + 1}_A(K, I^nM)\) sont essentiellement constants, de valeur \(0\), d’après ce qui précède (appliqué aux \(A\)-modules de type fini \(I^mM\)). Une chasse au diagramme montre que \(\Ext^i_A(K, M/I^nM)\) est essentiellement constant, de valeur \(\Ext^i_A(K, M)\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien. Soit \(I \subset A\) un idéal. Soit \(M\) un \(A\)-module de type fini. Soit \(N\) un \(A\)-module annulé par \(I\). Il existe un entier \(n > 0\) tel que \(\text{Tor}^A_p(I^nM, N) \to \text{Tor}^A_p(M, N)\) soit nul pour tout \(p \geq 0\).

Démonstration

D’après le Lemme 0928, on peut factoriser \(I^nM \to M\) sous la forme \(I^nM \to M \otimes_A^\mathbf{L} I \to M\). Nous affirmons que la composée \[I^nM \otimes_A^\mathbf{L} N \to (M \otimes_A^\mathbf{L} I) \otimes_A^\mathbf{L} N \to M \otimes_A^\mathbf{L} N\] est nulle. En effet, le diagramme \[\xymatrix{ (M \otimes_A^\mathbf{L} I) \otimes_A^\mathbf{L} N \ar[rr] \ar[rd] & & M \otimes_A^\mathbf{L} (I \otimes_A^\mathbf{L} N) \ar[ld] \\ & M \otimes_A^\mathbf{L} N }\] est commutatif (les détails sont laissés au lecteur), et l’application \(I \otimes_A^\mathbf{L} N \to N\) est nulle puisque \(N\) est annulé par \(I\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(K \in D(R)\) pseudo-cohérent. Soit \((M_n)\) un système projectif de \(R\)-modules. Alors \(R\lim K \otimes_R^\mathbf{L} M_n = K \otimes_R^\mathbf{L} R\lim M_n\).

Démonstration

Considérons le triangle distingué de définition \[R\lim M_n \to \prod M_n \to \prod M_n \to R\lim M_n[1]\] et appliquons le Lemme 0CYB.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(I \subset R\) un idéal et soit \(E\) un \(R/I\)-module de type fini non nul. Si \(R/I\) est de dimension projective finie et si \(E\) est de dimension projective finie sur \(R/I\), alors \(E\) est de dimension projective finie sur \(R\) et \[\text{pd}_R(E) = \text{pd}_R(R/I) + \text{pd}_{R/I}(E)\]

Démonstration

Nous utiliserons le fait que, pour un module de type fini, être de dimension projective finie sur \(R\), resp. sur \(R/I\), équivaut à être un module parfait ; voir la discussion qui suit la Définition 0657. Le Lemme 066U montre que \(E\) est de dimension projective finie sur \(R\). La formule d’Auslander–Buchsbaum (Algèbre, Proposition 090V) donne alors \[\text{pd}_R(E) + \text{depth}(E) = \text{depth}(R),\quad \text{pd}_{R/I}(E) + \text{depth}(E) = \text{depth}(R/I),\] et \[\text{pd}_R(R/I) + \text{depth}(R/I) = \text{depth}(R)\] Dans la première égalité, on prend la profondeur de \(E\) comme \(R\)-module, et dans la seconde comme \(R/I\)-module. Ces profondeurs sont toutefois égales (c’est immédiat, mais cela résulte aussi d’Algèbre, Lemme 0AUK). Ceci achève la preuve.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Il existe un cardinal \(\kappa = \kappa(A \to B)\) possédant la propriété suivante. Soient \(M^\bullet\), resp. \(N^\bullet\), un complexe de \(A\)-modules, resp. de \(B\)-modules. Soit \(a : M^\bullet \to N^\bullet\) un morphisme de complexes de \(A\)-modules qui induit un isomorphisme \(M^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} B \to N^\bullet\) dans \(D(B)\). Soient \(M_1^\bullet \subset M^\bullet\), resp. \(N_1^\bullet \subset N^\bullet\), un sous-complexe de \(A\)-modules, resp. de \(B\)-modules, tels que \(a(M_1^\bullet) \subset N_1^\bullet\). Il existe alors des sous-complexes \[M_1^\bullet \subset M_2^\bullet \subset M^\bullet \quad\text{et}\quad N_1^\bullet \subset N_2^\bullet \subset N^\bullet\] tels que \(a(M_2^\bullet) \subset N_2^\bullet\) et satisfaisant aux propriétés suivantes :

  1. \(\Ker(H^i(M_1^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} B) \to H^i(N_1^\bullet))\) s’envoie sur zéro dans \(H^i(M_2^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} B)\),

  2. \(\Im(H^i(N_1^\bullet) \to H^i(N_2^\bullet))\) est contenue dans \(\Im(H^i(M_2^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} B) \to H^2(N_2^\bullet))\),

  3. \(|\bigcup M_2^i \cup \bigcup N_2^i| \leq \max(\kappa, |\bigcup M_1^i \cup \bigcup N_1^i|)\).

Démonstration

Posons \(\kappa = \max(|A|, |B|, \aleph_0)\) et \(|M^\bullet| = |\bigcup M^i|\), avec une notation analogue pour les autres complexes. On a alors \[\max(\kappa, |\bigcup M_1^i \cup \bigcup N_1^i|) = \max(\kappa, |M_1^\bullet|, |M_2^\bullet|)\] pour la quantité qui figure dans l’énoncé du lemme. Nous utiliserons ceci, ainsi que d’autres observations élémentaires d’arithmétique des cardinaux, sans autre mention.

Montrons d’abord qu’il existe suffisamment de « petits » sous-complexes. Pour toute paire de familles \(E = \{E^i\}\) et \(F = \{F^i\}\) de parties finies \(E^i \subset M^i\), \(i \in \mathbf{Z}\), et \(F^i \subset N^i\), \(i \in \mathbf{Z}\), on peut prendre \[M_1^\bullet \subset M_1(E, F)^\bullet \subset M^\bullet \quad\text{et}\quad N_1^\bullet \subset N_1(E, F)^\bullet \subset N^\bullet\] pour les plus petits sous-complexes de \(A\)-modules et de \(B\)-modules tels que \(a(M_1(E, F)^\bullet) \subset N_1(E, F)^\bullet\), avec \(E^i \subset M_1(E, F)^i\) et \(F^i \subset M_2(E, F)^i\). On vérifie aisément que \[|M_1(E, F)^\bullet| \leq \max(\kappa, |M_1^\bullet|) \quad\text{et}\quad |M_2(E, F)^\bullet| \leq \max(\kappa, |M_2^\bullet|)\] Nous omettons les détails. Il est clair que \[M^\bullet = \colim_{(E, F)} M_1(E, F)^\bullet \quad\text{et}\quad N^\bullet = \colim_{(E, F)} N_1(E, F)^\bullet\] et que les colimites sont des colimites filtrantes (terme à terme).

Il existe une résolution \(\ldots \to F^{-1} \to F^0 \to B\) par des \(A\)-modules libres \(F_i\) tels que \(|F_i| \leq \kappa\) (nous omettons les détails). Les modules de cohomologie de \(M_1^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} B\) se calculent au moyen de \(\text{Tot}(M_1^\bullet \otimes_A F^\bullet)\). Il s’ensuit que \(|H^i(M_1^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} B)| \leq \max(\kappa, |M_1^\bullet|)\).

Soient \(i \in \mathbf{Z}\) et \(\xi \in H^i(M_1^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} B)\) un élément qui s’envoie sur zéro dans \(H^i(N_1^\bullet)\). Alors \(\xi\) s’envoie sur zéro dans \(H^i(N^\bullet)\), donc \(\xi\) s’envoie aussi dans \(H^i(M^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} B)\). Puisque le produit tensoriel dérivé commute aux colimites filtrantes, on peut trouver des familles finies \(E_\xi\) et \(F_\xi\) comme ci-dessus telles que \(\xi\) s’envoie sur zéro dans \(H^i(M_1(E_\xi, F_\xi)^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} B)\).

Soient \(i \in \mathbf{Z}\) et \(\eta \in H^i(N_1^\bullet)\). L’image de \(\eta\) dans \(H^i(N^\bullet)\) appartient à l’image de \(H^i(M^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} B) \to H^i(N^\bullet)\). Comme ci-dessus, on peut donc trouver des familles finies \(E_\eta\) et \(F_\eta\) telles que \(\eta\) s’envoie sur un élément de \(H^i(N_1(E_\eta, F_\eta)\) qui appartient à l’image de l’application \(H^i(M_1(E_\eta, F_\eta)^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} B) \to H^i(N_1(E_\eta, F_\eta)\).

Définissons simplement \[M_2^\bullet = \sum\nolimits_\xi M_1(E_\xi, F_\xi)^\bullet + \sum\nolimits_\eta M_1(E_\eta, F_\eta)^\bullet\] où les sommes portent sur les \(\xi\) et les \(\eta\) des deux paragraphes précédents et sont prises dans \(M^\bullet\). De même, posons \[N_2^\bullet = \sum\nolimits_\xi N_1(E_\xi, F_\xi)^\bullet + \sum\nolimits_\eta N_1(E_\eta, F_\eta)^\bullet\] où les sommes sont prises dans \(N^\bullet\). Par construction, ces choix satisfont aux propriétés (1) et (2). La borne (3) en résulte également, puisque l’ensemble des \(\xi\) et des \(\eta\) est de cardinal au plus \(\max(\kappa, |M_1^\bullet|, |N_1^\bullet|)\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(f \in R\). Soit \(M \in D(R)\) et soit \(C\) le cône de \(f : M \to M\). Si \(H^i(M)_f = 0\) pour \(i < 0\) et \(H^i(C) = 0\) pour \(i < -1\), alors \(H^i(M) = 0\) pour \(i < 0\).

Démonstration

Notons \(M_f = M \otimes_R^\mathbf{L} R_f\) et choisissons un triangle distingué \(F \to M \to M_f\). Par hypothèse, \(H^i(M_f) = H^i(M)_f = 0\) pour \(i < 0\). Il suffit donc de montrer que \(H^i(F) = 0\) pour \(i < 0\). Remarquons que \(H^i(F)\) est de \(f\)-torsion pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). D’autre part, comme \(f : M_f \to M_f\) est un isomorphisme, \(C\) est isomorphe au cône de \(f : F \to F\) (voir Catégories dérivées, Proposition 05R0). Si \(H^i(F) \not = 0\), le noyau de \(f : H^i(F) \to H^i(F)\) est non nul, ce qui entraîne que \(H^{i - 1}(C)\) est non nul. Notre hypothèse exclut ce cas lorsque \(i - 1 < -1\), et la preuve est achevée.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(f \in R\). Soit \(M \in D(R)\). Supposons que

  1. \(H^i(M) = 0\) pour \(i > 0\),

  2. \(M \otimes_R^\mathbf{L} R_f\) soit isomorphe à un \(R_f\)-module plat placé en degré \(0\),

  3. \(M \otimes_R^\mathbf{L} R/fR\) soit isomorphe à un \(R/fR\)-module plat placé en degré \(0\).

Alors \(M\) est isomorphe à un \(R\)-module plat placé en degré \(0\).

Démonstration

Soit \(K\) un \(R\)-module. Il suffit de montrer que \(N = M \otimes_R^\mathbf{L} K\) est isomorphe à un \(R\)-module placé en degré \(0\) ; voir section 0651. L’hypothèse (1) montre que la cohomologie de \(N\) ne peut être non nulle qu’aux degrés \(\leq 0\). D’après le Lemme 0H84, il suffit donc de montrer que \(H^i(N)_f = 0\) pour \(i < 0\) et que \(H^i(C) = 0\) pour \(i < -1\), où \(C\) est le cône de \(f : N \to N\). Pour la première assertion, remarquons que \[H^i(N)_f = H^i(N \otimes_R^\mathbf{L} R_f) = H^i(M \otimes_R^\mathbf{L} K \otimes_R^\mathbf{L} R_f ) = H^i((M \otimes_R^\mathbf{L} R_f) \otimes_{R_f}^\mathbf{L} (K \otimes_R^\mathbf{L} R_f))\] D’après l’hypothèse (2), ceci est nul sauf lorsque \(i = 0\), auquel cas on obtient \(H^0(M)_f \otimes_R K\). Pour la seconde assertion, soit \(C'\) le cône de \(f : K \to K\). Alors \[C = M \otimes_R^\mathbf{L} C'\] La cohomologie de \(C'\) n’est non nulle qu’aux degrés \(0\) et \(-1\), où elle vaut respectivement \(K/fK\) et \(K[f]\) ; autrement dit, on a un triangle distingué \[(K[f])[1] \to C' \to K/fK\] D’autre part, pour tout \(R\)-module \(K'\) annulé par \(f\), on a \[M \otimes_R^\mathbf{L} K' = M \otimes_R^\mathbf{L} R/fR \otimes_{R/fR}^\mathbf{L} K'\] D’après l’hypothèse (3), ceci est égal au module \(H^0(M \otimes_R^\mathbf{L} R/fR) \otimes_{R/fR} K'\) placé en degré \(0\). En combinant ce qui précède, on conclut que la cohomologie de \(C\) n’est non nulle qu’aux degrés \(0\) et \(-1\), ce qui achève la preuve.

Astuces avec les bicomplexes

Cette section poursuit la discussion d’Homologie, section 0E1P.

Lemme

Soit \(A_0^\bullet \to A_1^\bullet \to A_2^\bullet \to \ldots\) un complexe de complexes de groupes abéliens. Supposons que \(H^{-p}(A_p^\bullet) = 0\) pour tout \(p \geq 0\). Posons \(A^{p, q} = A_p^q\) et considérons \(A^{\bullet, \bullet}\) comme un bicomplexe. Alors \(H^0(\text{Tot}_\pi(A^{\bullet, \bullet})) = 0\).

Démonstration

Notons \(f_p : A_p^\bullet \to A_{p + 1}^\bullet\) les morphismes de complexes donnés. Rappelons que la différentielle sur \(\text{Tot}_\pi(A^{\bullet, \bullet})\) est donnée par \[\prod\nolimits_{p + q = n} (f^q_p + (-1)^p\text{d}^q_{A_p^\bullet})\] sur les éléments de degré \(n\). Soit \(\xi \in H^0(\text{Tot}_\pi(A^{\bullet, \bullet}))\) une classe de cohomologie. Nous allons montrer que \(\xi\) est nulle. Représentons \(\xi\) par la classe d’un cocycle \(x = (x_p) \in \prod A^{p, -p}\). Comme \(\text{d}(x) = 0\), nous obtenons \(\text{d}_{A_0^\bullet}(x_0) = 0\). Comme \(H^0(A_0^\bullet) = 0\), il existe \(y_{-1} \in A^{0, -1}\) tel que \(\text{d}_{A_0^\bullet}(y_{-1}) = x_0\). Nous voyons alors que \(\text{d}_{A_1^\bullet}(x_1 + f_0(y_{-1})) = 0\). Comme \(H^{-1}(A_1^\bullet) = 0\), nous pouvons trouver \(y_{-2} \in A^{1, -2}\) tel que \(-\text{d}_{A_1^\bullet}(y_{-2}) = x_1 + f_0(y_{-1})\). Par récurrence, nous pouvons trouver \(y_{-p - 1} \in A^{p, -p - 1}\) tel que \[(-1)^p\text{d}_{A_p^\bullet}(y_{-p - 1}) = x_p + f_{p - 1}(y_{-p})\] Ceci implique que \(\text{d}(y) = x\), où \(y = (y_{-p - 1})\).

Lemme

Soit \[(A_0^\bullet \to A_1^\bullet \to A_2^\bullet \to \ldots) \longrightarrow (B_0^\bullet \to B_1^\bullet \to B_2^\bullet \to \ldots)\] un morphisme entre deux complexes de complexes de groupes abéliens. Posons \(A^{p, q} = A_p^q\), \(B^{p, q} = B_p^q\) afin d’obtenir des bicomplexes. Soient \(\text{Tot}_\pi(A^{\bullet, \bullet})\) et \(\text{Tot}_\pi(B^{\bullet, \bullet})\) les complexes totaux par produits associés aux bicomplexes. Si chaque \(A_p^\bullet \to B_p^\bullet\) est un quasi-isomorphisme, alors \(\text{Tot}_\pi(A^{\bullet, \bullet}) \to \text{Tot}_\pi(B^{\bullet, \bullet})\) est un quasi-isomorphisme.

Démonstration

Rappelons que \(\text{Tot}_\pi(A^{\bullet, \bullet})\) en degré \(n\) est donné par \(\prod_{p + q = n} A^{p, q} = \prod_{p + 1 = n} A^q_p\). Soit \(C_p^\bullet\) le cône du morphisme \(A_p^\bullet \to B_p^\bullet\), voir Catégories dérivées, section 014D. Par fonctorialité de la construction du cône, nous obtenons un complexe de complexes \[C_0^\bullet \to C_1^\bullet \to C_2^\bullet \to \ldots\] Nous voyons alors que \(\text{Tot}_\pi(C^{\bullet, \bullet})\) en degré \(n\) est donné par \[\prod_{p + q = n} C^{p, q} = \prod_{p + q = n} C^q_p = \prod_{p + q = n} (B^q_p \oplus A^{q + 1}_p) = \prod_{p + q = n} B^q_p \oplus \prod_{p + q = n} A^{q + 1}_p\] Nous concluons que \(\text{Tot}_\pi(C^{\bullet, \bullet})\) est le cône du morphisme \(\text{Tot}_\pi(A^{\bullet, \bullet}) \to \text{Tot}_\pi(B^{\bullet, \bullet})\) (Nous omettons la vérification de la compatibilité des différentielles.) Il suffit donc de montrer que \(\text{Tot}_\pi(A^{\bullet, \bullet})\) est acyclique si chaque \(A_p^\bullet\) est acyclique. Ceci résulte du lemme 0H0Q.

Homomorphismes d’anneaux faiblement étales

La plupart des résultats de cette section proviennent de l’article [Olivier-AF] d’Olivier. Voir aussi l’article connexe [Ferrand-epi].

Définition

Un anneau \(A\) est dit absolument plat si tout \(A\)-module est plat sur \(A\). Un homomorphisme d’anneaux \(A \to B\) est faiblement étale ou absolument plat si \(A \to B\) et \(B \otimes_A B \to B\) sont tous deux plats.

Les anneaux absolument plats sont parfois appelés anneaux réguliers de von Neumann (souvent dans le cadre des anneaux non commutatifs). Une localisation est un homomorphisme d’anneaux faiblement étale. Un homomorphisme d’anneaux étale est faiblement étale. Voici une propriété simple mais fondamentale.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux tel que \(B \otimes_A B \to B\) soit plat. Soit \(N\) un \(B\)-module. Si \(N\) est plat comme \(A\)-module, alors \(N\) est plat comme \(B\)-module.

Démonstration

Supposons \(N\) plat comme \(A\)-module. Alors le foncteur \[\text{Mod}_B \longrightarrow \text{Mod}_{B \otimes_A B},\quad N' \mapsto N \otimes_A N'\] est exact. Comme \(B \otimes_A B \to B\) est plat, nous concluons que le foncteur \[\text{Mod}_B \longrightarrow \text{Mod}_B,\quad N' \mapsto (N \otimes_A N') \otimes_{B \otimes_A B} B = N \otimes_B N'\] est exact, donc \(N\) est plat sur \(B\).

Définition

Soit \(A\) un anneau. Soit \(d \geq 0\) un entier. Nous disons que \(A\) est de dimension faible \(\leq d\) si tout \(A\)-module est de dimension de Tor \(\leq d\).

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux faiblement étale. Si \(A\) est de dimension faible au plus \(d\), alors il en va de même de \(B\).

Démonstration

Soit \(N\) un \(B\)-module. Si \(d = 0\), alors \(N\) est plat comme \(A\)-module, donc plat comme \(B\)-module par le lemme 092C. Supposons \(d > 0\). Choisissons une résolution \(F_\bullet \to N\) par des \(B\)-modules libres. Notre hypothèse implique que \(K = \Im(F_d \to F_{d - 1})\) est plat sur \(A\), voir le lemme 0653. Il est donc plat sur \(B\) par le lemme 092C. Ainsi \(0 \to K \to F_{d - 1} \to \ldots \to F_0 \to N \to 0\) est une résolution plate de longueur \(d\), et nous voyons que \(N\) est de dimension de Tor au plus \(d\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A\) est de dimension faible \(\leq 0\),

  2. \(A\) est absolument plat,

  3. \(A\) est réduit et tout idéal premier est maximal, et

  4. tout anneau local de \(A\) est un corps.

Démonstration

L’équivalence de (1) et (2) est immédiate.

Démonstration de (1) \(\Rightarrow\) (3). Supposons \(A\) absolument plat. Alors tout idéal de \(A\) est pur, voir Algèbre, définition 04PR. Ainsi, tout idéal de type fini est engendré par un idempotent d’après Algèbre, lemme 05KK. Si \(f \in A\), alors \((f) = (e)\) pour un certain idempotent \(e \in A\), et \(D(f) = D(e)\) est ouvert et fermé (Algèbre, lemme 00EC). Ceci implique que tout idéal premier de \(A\) est maximal d’après Algèbre, lemme 04MG. De plus, si \(f\) est nilpotent, alors \(e = 0\), donc \(f = 0\). Ainsi \(A\) est réduit.

Démonstration de (3) \(\Rightarrow\) (4). Si \(A\) est réduit et tout idéal premier est maximal, alors tout anneau local est un corps d’après Algèbre, lemme 00EU.

Démonstration de (4) \(\Rightarrow\) (2). Si tout anneau local de \(A\) est un corps, alors tout \(A\)-module est plat d’après Algèbre, lemme 00HT.

Lemme

Un produit de corps est un anneau absolument plat.

Démonstration

Soit \(K_i\) une famille de corps. Si \(f = (f_i) \in \prod K_i\), alors l’idéal engendré par \(f\) est le même que celui engendré par l’idempotent \(e = (e_i)\), où \(e_i = 0, 1\) suivant que \(f_i\) est \(0\) ou non. Ainsi \(D(f) = D(e)\) est ouvert et fermé, et nous concluons par le lemme 092F et Algèbre, lemme 04MG.

Lemme

Soient \(A \to B\) et \(A \to A'\) des homomorphismes d’anneaux. Soit \(B' = B \otimes_A A'\) le changement de base de \(B\).

  1. Si \(B \otimes_A B \to B\) est plat, alors \(B' \otimes_{A'} B' \to B'\) est plat.

  2. Si \(A \to B\) est faiblement étale, alors \(A' \to B'\) est faiblement étale.

Démonstration

Supposons \(B \otimes_A B \to B\) plat. L’homomorphisme d’anneaux \(B' \otimes_{A'} B' \to B'\) est le changement de base de \(B \otimes_A B \to B\) par \(A \to A'\). Il est donc plat d’après Algèbre, lemme 00HI. Ceci démontre (1). La partie (2) résulte de (1) et du fait (que nous venons d’utiliser) que le changement de base d’un homomorphisme d’anneaux plat est plat.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux tel que \(B \otimes_A B \to B\) soit plat.

  1. Si \(A\) est un anneau absolument plat, alors \(B\) l’est aussi.

  2. Si \(A\) est réduit et \(A \to B\) est faiblement étale, alors \(B\) est réduit.

Démonstration

La partie (1) résulte immédiatement du lemme 092C et des définitions. Si \(A\) est réduit, alors il existe une injection \(A \to A' = \prod_{\mathfrak p \subset A\text{ minimal}} A_\mathfrak p\) de \(A\) dans un anneau absolument plat (Algèbre, lemme 00EW et lemme 092G). Si \(A \to B\) est plat, alors le morphisme induit \(B \to B' = B \otimes_A A'\) est lui aussi injectif. Par le lemme 092H, l’homomorphisme d’anneaux \(A' \to B'\) est faiblement étale. Par la partie (1), \(B'\) est absolument plat. Par le lemme 092F, l’anneau \(B'\) est réduit. Ainsi \(B\) est réduit.

Lemme

Soient \(A \to B\) et \(B \to C\) des homomorphismes d’anneaux.

  1. Si \(B \otimes_A B \to B\) et \(C \otimes_B C \to C\) sont plats, alors \(C \otimes_A C \to C\) est plat.

  2. Si \(A \to B\) et \(B \to C\) sont faiblement étales, alors \(A \to C\) est faiblement étale.

Démonstration

La partie (1) résulte de la factorisation \[C \otimes_A C \longrightarrow C \otimes_B C \longrightarrow C\] du morphisme de multiplication, du fait que \[C \otimes_B C = (C \otimes_A C) \otimes_{B \otimes_A B} B,\] du fait qu’un changement de base d’un morphisme plat est plat, et du fait que la composée d’homomorphismes d’anneaux plats est plate. Voir Algèbre, lemmes 00HI et 00HC. La partie (2) résulte de (1) et du fait (que nous venons d’utiliser) que la composée d’homomorphismes d’anneaux plats est plate.

Lemme

Soient \(A \to B \to C\) des homomorphismes d’anneaux.

  1. Si \(B \to C\) est fidèlement plat et \(C \otimes_A C \to C\) est plat, alors \(B \otimes_A B \to B\) est plat.

  2. Si \(B \to C\) est fidèlement plat et \(A \to C\) est faiblement étale, alors \(A \to B\) est faiblement étale.

Démonstration

Supposons \(B \to C\) fidèlement plat et \(C \otimes_A C \to C\) plat. Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ C \otimes_A C \ar[r] & C \\ B \otimes_A B \ar[r] \ar[u] & B \ar[u] }\] Les flèches verticales sont plates et la flèche horizontale supérieure est plate. Ainsi \(C\) est plat comme \(B \otimes_A B\)-module. Le morphisme \(B \to C\) est fidèlement plat et \(C = B \otimes_B C\). Ainsi \(B\) est plat comme \(B \otimes_A B\)-module d’après Algèbre, lemme 0584. Ceci démontre (1). La partie (2) résulte de (1) et du fait que \(A \to B\) est plat si \(A \to C\) est plat et \(B \to C\) est fidèlement plat (Algèbre, lemme 0584).

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(B \to C\) un homomorphisme de \(A\)-algèbres faiblement étales sur \(A\). Alors \(B \to C\) est faiblement étale.

Démonstration

L’homomorphisme d’anneaux \(B \to C\) est plat par le lemme 092C. L’homomorphisme d’anneaux \(C \otimes_A C \to C \otimes_B C\) est surjectif, donc est un épimorphisme. Ainsi le lemme 092C implique que, puisque \(C\) est plat sur \(C \otimes_A C\), \(C\) est également plat sur \(C \otimes_B C\).

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux tel que \(B \otimes_A B \to B\) soit plat. Alors \(\Omega_{B/A} = 0\), c’est-à-dire que \(B\) est formellement non ramifié sur \(A\).

Démonstration

Soit \(I \subset B \otimes_A B\) le noyau du morphisme plat surjectif \(B \otimes_A B \to B\). Alors \(I\) est un idéal pur (Algèbre, définition 04PR), donc \(I^2 = I\) (Algèbre, lemme 04PS). Comme \(\Omega_{B/A} = I/I^2\) (Algèbre, lemme 00RW), nous obtenons l’annulation. Ceci signifie que \(B\) est formellement non ramifié sur \(A\) d’après Algèbre, lemme 00UO.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux tel que \(B \otimes_A B \to B\) soit plat.

  1. Si \(A \to B\) est de type fini, alors \(A \to B\) est non ramifié.

  2. Si \(A \to B\) est de présentation finie et plat, alors \(A \to B\) est étale.

En particulier, un homomorphisme d’anneaux faiblement étale de présentation finie est étale.

Démonstration

La partie (1) résulte du lemme 092M et d’Algèbre, définition 00UT. La partie (2) résulte de la partie (1) et d’Algèbre, lemme 08WD.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Alors \(A \to B\) est faiblement étale dans chacun des cas suivants :

  1. \(B = S^{-1}A\) est une localisation de \(A\),

  2. \(A \to B\) est étale,

  3. \(B\) est une colimite filtrante de \(A\)-algèbres faiblement étales.

Démonstration

Un homomorphisme d’anneaux étale est plat et le morphisme \(B \otimes_A B \to B\) est lui aussi étale comme morphisme entre \(A\)-algèbres étales (Algèbre, lemme 00U7). Ceci démontre (2).

Soit \(B_i\) un système inductif de \(A\)-algèbres faiblement étales. Alors \(B = \colim B_i\) est plat sur \(A\) d’après Algèbre, lemme 05UT. Remarquons que les morphismes de transition \(B_i \to B_{i'}\) sont plats d’après le lemme 092L. Ainsi \(B\) est plat sur \(B_i\) pour tout \(i\), et nous voyons que \(B\) est plat sur \(B_i \otimes_A B_i\) d’après Algèbre, lemme 00HC. Ainsi \(B\) est plat sur \(B \otimes_A B = \colim B_i \otimes_A B_i\) d’après Algèbre, lemme 05UU.

La partie (1) peut être démontrée directement, mais résulte aussi de la combinaison de (2) et (3).

Lemme

Soit \(L/K\) une extension de corps. Si \(L \otimes_K L \to L\) est plat, alors \(L\) est une extension algébrique séparable de \(K\).

Démonstration

Par le lemme 092K, nous voyons que, pour tout sous-corps \(K \subset L' \subset L\), le morphisme \(L' \otimes_K L' \to L'\) est plat. Nous pouvons donc supposer que \(L\) est une extension de corps de type fini de \(K\). Dans ce cas, le fait que \(L/K\) soit formellement non ramifiée (lemme 092M) implique que \(L/K\) est finie séparable, voir Algèbre, lemme 090W.

Lemme

Soit \(B\) une algèbre sur un corps \(K\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(B \otimes_K B \to B\) est plat,

  2. \(K \to B\) est faiblement étale, et

  3. \(B\) est une colimite filtrante de \(K\)-algèbres étales.

De plus, toute sous-\(K\)-algèbre de type fini de \(B\) est étale sur \(K\).

Démonstration

Les parties (1) et (2) sont équivalentes parce que toute \(K\)-algèbre est plate sur \(K\). La partie (3) implique (1) et (2) par le lemme 092N.

Supposons (1) et (2) vérifiées. Nous allons démontrer (3) et l’assertion de finitude du lemme. Un corps est un anneau absolument plat ; ainsi \(B\) est un anneau absolument plat par le lemme 092I. Ainsi \(B\) est réduit et tout anneau local est un corps, voir le lemme 092F.

Soit \(\mathfrak q \subset B\) un idéal premier. L’homomorphisme d’anneaux \(B \to B_\mathfrak q\) est faiblement étale ; ainsi \(B_\mathfrak q\) est faiblement étale sur \(K\) (lemme 092J). Ainsi \(B_\mathfrak q\) est une extension algébrique séparable de \(K\) par le lemme 092P.

Soit \(K \subset A \subset B\) une sous-\(K\)-algèbre de type fini. Nous allons montrer que \(A\) est étale sur \(K\), ce qui achèvera la démonstration du lemme. Alors tout idéal premier minimal \(\mathfrak p \subset A\) est l’image d’un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(B\), voir Algèbre, lemme 00FK. Ainsi \(\kappa(\mathfrak p)\), comme sous-corps de \(B_\mathfrak q = \kappa(\mathfrak q)\), est algébrique séparable sur \(K\). Par conséquent, tout point générique de \(\Spec(A)\) est fermé (Algèbre, lemme 00GA). Ainsi \(\dim(A) = 0\). Alors \(A\) est le produit de ses anneaux locaux, par exemple d’après Algèbre, proposition 00KJ. De plus, comme \(A\) est réduit, tous les anneaux locaux sont égaux à leurs corps résiduels, qui sont finis séparables sur \(K\). Ceci signifie que \(A\) est étale sur \(K\) d’après Algèbre, lemme 00U3, et achève la démonstration.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Si \(A \to B\) est faiblement étale, alors \(A \to B\) induit des extensions algébriques séparables des corps résiduels.

Démonstration

Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(A\). Alors \(\kappa(\mathfrak p) \to B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) est faiblement étale par le lemme 092H. Ainsi \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) est une colimite filtrante de \(\kappa(\mathfrak p)\)-algèbres étales par le lemme 092Q. Ainsi, pour \(\mathfrak q \subset B\) au-dessus de \(\mathfrak p\), l’extension \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) est une colimite filtrante d’extensions finies séparables d’après Algèbre, lemme 00U3.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A\) est de dimension faible \(\leq 1\),

  2. tout idéal de \(A\) est plat,

  3. tout idéal de type fini de \(A\) est plat,

  4. tout sous-module d’un \(A\)-module plat est plat, et

  5. tout anneau local de \(A\) est un anneau de valuation.

Démonstration

Si \(A\) est de dimension faible \(\leq 1\), alors la résolution \(0 \to I \to A \to A/I \to 0\) montre que tout idéal \(I\) est plat par le lemme 0653. Ainsi (1) \(\Rightarrow\) (2).

Supposons (4). Soit \(M\) un \(A\)-module. Choisissons une surjection \(F \to M\), où \(F\) est un \(A\)-module libre. Alors \(\Ker(F \to M)\) est plat par hypothèse, et nous voyons que \(M\) est de dimension de Tor \(\leq 1\) par le lemme 066F. Ainsi (4) \(\Rightarrow\) (1).

Tout idéal est la réunion des idéaux de type fini qu’il contient. Ainsi (3) implique (2) d’après Algèbre, lemme 05UT. Donc (3) \(\Leftrightarrow\) (2).

Supposons (2). Supposons que \(N \subset M\), avec \(M\) un \(A\)-module plat. Nous allons démontrer que \(N\) est plat. Nous pouvons écrire \(M = \colim M_i\), avec chaque \(M_i\) libre fini, voir Algèbre, théorème 058G. En notant \(N_i \subset M_i\) l’image inverse de \(N\), nous voyons que \(N = \colim N_i\). D’après Algèbre, lemme 05UT, il suffit de démontrer que \(N_i\) est plat, et nous nous ramenons au cas \(M = R^{\oplus n}\). Dans ce cas, le module \(N\) possède une filtration finie par les sous-modules \(R^{\oplus j} \cap N\), dont les sous-quotients sont des idéaux. Par (2), ces idéaux sont plats et donc \(N\) est plat d’après Algèbre, lemme 00HM. Ainsi (2) \(\Rightarrow\) (4).

Supposons que \(A\) satisfasse (1) et soit \(\mathfrak p \subset A\) un idéal premier. D’après les lemmes 092N et 092E, nous voyons que \(A_\mathfrak p\) satisfait (1). Nous allons montrer que \(A\) est un anneau de valuation si \(A\) est un anneau local satisfaisant (3). Soit \(f \in \mathfrak m\) un élément non nul. Alors \((f)\) est un module plat non nul engendré par un élément. C’est donc un \(A\)-module libre d’après Algèbre, lemme 00NZ. Il s’ensuit que \(f\) est un non-diviseur de zéro et que \(A\) est un domaine. Si \(I \subset A\) est un idéal de type fini, nous voyons de même que \(I\) est un \(A\)-module libre fini, donc (en considérant le rang) libre de rang \(1\), et \(I\) est un idéal principal. Ainsi \(A\) est un anneau de valuation d’après Algèbre, lemme 090Q. Donc (1) \(\Rightarrow\) (5).

Supposons (5). Soit \(I \subset A\) un idéal de type fini. Alors \(I_\mathfrak p \subset A_\mathfrak p\) est un idéal de type fini dans un anneau de valuation, donc principal (Algèbre, lemme 090Q), donc plat. Ainsi \(I\) est plat d’après Algèbre, lemme 00HT. Donc (5) \(\Rightarrow\) (3). Ceci achève la démonstration du lemme.

Lemme

Soit \(J\) un ensemble. Pour chaque \(j \in J\), soit \(A_j\) un anneau de valuation de corps des fractions \(K_j\). Posons \(A = \prod A_j\) et \(K = \prod K_j\). Alors \(A\) est de dimension faible au plus \(1\) et \(A \to K\) est une localisation.

Démonstration

Soit \(I \subset A\) un idéal de type fini. Par le lemme 092S, il suffit de montrer que \(I\) est un \(A\)-module plat. Soit \(I_j \subset A_j\) l’image de \(I\). Remarquons que \(I_j = I \otimes_A A_j\), donc \(I \to \prod I_j\) est surjectif d’après Algèbre, proposition 059J. Ainsi \(I = \prod I_j\). Comme \(A_j\) est un anneau de valuation, l’idéal \(I_j\) est engendré par un seul élément (Algèbre, lemme 090Q). Disons que \(I_j = (f_j)\). Alors \(I\) est engendré par l’élément \(f = (f_j)\). Soit \(e \in A\) l’idempotent qui vaut \(0\) ou \(1\) dans \(A_j\) suivant que \(f_j\) est \(0\) ou non. Alors \(f = g e\) pour un certain non-diviseur de zéro \(g \in A\) : prendre \(g = (g_j)\) avec \(g_j = 1\) si \(f_j = 0\) et \(g_j = f_j\) sinon. Ainsi \(I \cong (e)\) comme module. Nous concluons que \(I\) est plat, puisque \((e)\) est un facteur direct de \(A\). La dernière assertion est vraie parce que \(K = S^{-1}A\), où \(S = \prod (A_j \setminus \{0\})\).

Lemme

Soit \(A\) un domaine normal de corps des fractions \(K\). Il existe un diagramme cartésien \[\xymatrix{ A \ar[d] \ar[r] & K \ar[d] \\ V \ar[r] & L }\] d’anneaux où \(V\) est de dimension faible au plus \(1\) et où \(V \to L\) est un épimorphisme d’anneaux plat et injectif.

Démonstration

Pour tout \(x \in K\), \(x \not \in A\), choisissons \(V_x \subset K\) comme dans Algèbre, lemme 090P. Posons \(V = \prod_{x \in K \setminus A} V_x\) et \(L = \prod_{x \in K \setminus A} K\). L’anneau \(V\) est de dimension faible au plus \(1\) d’après le lemme 092T, qui montre aussi que \(V \to L\) est une localisation. Une localisation est plate et est un épimorphisme, voir Algèbre, lemmes 00HT et 04VS.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de dimension faible au plus \(1\). Si \(A \to B\) est un épimorphisme d’anneaux plat et injectif, alors \(A\) est intégralement clos dans \(B\).

Démonstration

Soit \(x \in B\) entier sur \(A\). Soit \(A' = A[x] \subset B\). Alors \(A'\) est une extension finie d’anneaux de \(A\) d’après Algèbre, lemme 02JJ. Pour montrer \(A = A'\), il suffit de montrer que \(A \to A'\) est un épimorphisme d’après Algèbre, lemme 04VT. Remarquons que \(A'\) est plat sur \(A\) par l’hypothèse sur \(A\) et le fait que \(B\) est plat sur \(A\) (lemme 092S). Par conséquent, la composée \[A' \otimes_A A' \to B \otimes_A A' \to B \otimes_A B \to B\] est injective, c’est-à-dire \(A' \otimes_A A' \cong A'\), et le lemme est démontré.

Lemme

Soit \(A\) un domaine normal de corps des fractions \(K\). Soit \(A \to B\) faiblement étale. Alors \(B\) est intégralement clos dans \(B \otimes_A K\).

Démonstration

Choisissons un diagramme comme dans le lemme 092U. Comme \(A \to B\) est plat, le changement de base donne un diagramme cartésien \[\xymatrix{ B \ar[d] \ar[r] & B \otimes_A K \ar[d] \\ B \otimes_A V \ar[r] & B \otimes_A L }\] d’anneaux. Remarquons que \(V \to B \otimes_A V\) est faiblement étale (lemme 092H), donc \(B \otimes_A V\) est de dimension faible au plus \(1\) d’après le lemme 092E. Remarquons que \(B \otimes_A V \to B \otimes_A L\) est un épimorphisme d’anneaux plat et injectif, comme changement de base plat d’un tel morphisme (Algèbre, lemmes 00HI et 04VQ). Par le lemme 092V, nous voyons que \(B \otimes_A V\) est intégralement clos dans \(B \otimes_A L\). Il résulte de la propriété cartésienne du diagramme que \(B\) est intégralement clos dans \(B \otimes_A K\).

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que

  1. \(A\) soit un anneau local hensélien,

  2. \(A \to B\) soit entier,

  3. \(B\) soit un domaine.

Alors \(B\) est un anneau local hensélien et \(A \to B\) est un homomorphisme local. Si \(A\) est strictement hensélien, alors \(B\) est un anneau local strictement hensélien et l’extension \(\kappa(\mathfrak m_B)/\kappa(\mathfrak m_A)\) des corps résiduels est purement inséparable.

Démonstration

Écrivons \(B\) comme une colimite filtrante \(B = \colim B_i\) de sous-\(A\)-algèbres finies. Si nous démontrons les résultats pour chaque \(B_i\), alors le résultat en découle pour \(B\). Voir Algèbre, lemme 04GI. Si \(A \to B\) est fini, alors \(B\) est un produit d’anneaux locaux henséliens d’après Algèbre, lemme 04GH. Comme \(B\) est un domaine, nous voyons que \(B\) est un anneau local. L’idéal maximal de \(B\) est au-dessus de l’idéal maximal de \(A\) par la remontée pour \(A \to B\) (Algèbre, lemme 00GU). Si \(A\) est strictement hensélien, alors l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak m_B)/\kappa(\mathfrak m_A)\), étant algébrique, doit être purement inséparable. Bien entendu, \(\kappa(\mathfrak m_B)\) est alors séparablement algébriquement clos et \(B\) est strictement hensélien.

Théorème

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux. Si \(A\) est strictement hensélien et \(A \to B\) est faiblement étale, alors \(A = B\).

Démonstration

Nous allons montrer que, pour tout \(\mathfrak p \subset A\), il existe un unique idéal premier \(\mathfrak q \subset B\) au-dessus de \(\mathfrak p\) et que \(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak q)\). Ceci implique que \(B \otimes_A B \to B\) est bijectif sur les spectres, ainsi que surjectif et plat. C’est donc un isomorphisme, par exemple d’après la description des idéaux purs dans Algèbre, lemme 04PU. Ainsi \(A \to B\) est un épimorphisme d’anneaux fidèlement plat. Nous obtenons \(A = B\) par Algèbre, lemme 04VU.

Remarquons que l’anneau fibre \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) est une colimite d’extensions étales de \(\kappa(\mathfrak p)\) d’après les lemmes 092H et 092Q. Ainsi, s’il existe plus d’un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p\), ou si \(\kappa(\mathfrak p) \not = \kappa(\mathfrak q)\) pour un certain \(\mathfrak q\), alors \(B \otimes_A L\) possède un idempotent non trivial pour une certaine extension algébrique (séparable) \(L/\kappa(\mathfrak p)\).

Soit \(L/\kappa(\mathfrak p)\) une extension algébrique de corps. Soit \(A' \subset L\) la clôture intégrale de \(A/\mathfrak p\) dans \(L\). Par le lemme 092X, nous voyons que \(A'\) est un anneau local strictement hensélien dont le corps résiduel est une extension purement inséparable du corps résiduel de \(A\). Ainsi \(B \otimes_A A'\) est un anneau local d’après Algèbre, lemme 092Y. D’autre part, \(B \otimes_A A'\) est intégralement clos dans \(B \otimes_A L\) par le lemme 092W. Comme \(B \otimes_A A'\) est local, il s’ensuit que l’anneau \(B \otimes_A L\) ne possède pas d’idempotents non triviaux, ce que nous voulions démontrer.

Algèbres faiblement étales sur les corps

Si \(K\) est un corps, alors une algèbre \(B\) est faiblement étale sur \(K\) si et seulement si elle est une colimite filtrante de \(K\)-algèbres étales. C’est le lemme 092Q.

Lemme

Soit \(K\) un corps. Si \(B\) est faiblement étale sur \(K\), alors

  1. \(B\) est réduite,

  2. \(B\) est entière sur \(K\),

  3. toute sous-\(K\)-algèbre de type fini de \(B\) est un produit fini d’extensions finies séparables de \(K\),

  4. \(B\) est un corps si et seulement si \(B\) ne possède pas d’idempotent non trivial et, dans ce cas, c’est une extension algébrique séparable de \(K\),

  5. toute sous-\(K\)-algèbre ou algèbre quotient de \(B\) est faiblement étale sur \(K\),

  6. si \(B'\) est faiblement étale sur \(K\), alors \(B \otimes_K B'\) est faiblement étale sur \(K\).

Démonstration

L’assertion (1) découle du lemme 092I, mais elle découle bien sûr aussi de l’assertion (3). L’assertion (3) découle du lemme 092Q et du fait que les \(K\)-algèbres étales sont des produits finis d’extensions finies séparables de \(K\), voir Algèbre, lemme 00U3. L’assertion (3) implique (2). L’assertion (4) découle de (3), car un produit de corps est un corps si et seulement s’il ne possède pas d’idempotent non trivial.

Si \(S \subset B\) est une sous-algèbre, alors c’est la colimite filtrante de ses sous-algèbres de type fini, qui sont toutes étales sur \(K\) d’après ce qui précède, et donc \(S\) est faiblement étale sur \(K\) d’après le lemme 092Q. Si \(B \to Q\) est une algèbre quotient, alors \(Q\) est la colimite filtrante de \(K\)-algèbres quotients de produits finis \(\prod_{i \in I} L_i\) d’extensions finies séparables \(L_i/K\). Un tel quotient est de la forme \(\prod_{i \in J} L_i\) pour un certain sous-ensemble \(J \subset I\), et donc le résultat vaut pour les quotients par le même raisonnement.

L’assertion sur les produits tensoriels s’obtient de manière analogue ou en combinant les lemmes 092H et 092J.

Lemme

Soit \(K\) un corps. Soit \(A\) une \(K\)-algèbre. Il existe une sous-\(K\)-algèbre faiblement étale maximale \(B_{max} \subset A\).

Démonstration

Soient \(B_1, B_2 \subset A\) des sous-\(K\)-algèbres faiblement étales. Alors \(B_1 \otimes_K B_2\) est faiblement étale sur \(K\), de même que l’image de \(B_1 \otimes_K B_2 \to A\) (lemme 0CKR). Ainsi, l’ensemble \(\mathcal{B}\) des sous-\(K\)-algèbres faiblement étales \(B \subset A\) est filtrant et la colimite \(B_{max} = \colim_{B \in \mathcal{B}} B\) est une \(K\)-algèbre faiblement étale d’après le lemme 092N. L’image de \(B_{max} \to A\) est donc faiblement étale sur \(K\) (par le lemme précédent). Il s’ensuit que cette image appartient à \(\mathcal{B}\) et donc que \(\mathcal{B}\) possède un élément maximal (et que l’image est égale à \(B_{max}\)).

Lemme

Soit \(K\) un corps. Pour une \(K\)-algèbre \(A\), notons \(B_{max}(A)\) la sous-\(K\)-algèbre faiblement étale maximale de \(A\) comme dans le lemme 0CKS. Alors

  1. tout homomorphisme de \(K\)-algèbres \(A' \to A\) induit un homomorphisme de \(K\)-algèbres \(B_{max}(A') \to B_{max}(A)\),

  2. si \(A' \subset A\), alors \(B_{max}(A') = B_{max}(A) \cap A'\),

  3. si \(A = \colim A_i\) est une colimite filtrante, alors \(B_{max}(A) = \colim B_{max}(A_i)\),

  4. l’homomorphisme \(B_{max}(A) \to B_{max}(A_{red})\) est un isomorphisme,

  5. \(B_{max}(A_1 \times \ldots \times A_n) = B_{max}(A_1) \times \ldots \times B_{max}(A_n)\),

  6. si \(A\) ne possède pas d’idempotent non trivial, alors \(B_{max}(A)\) est un corps et une extension algébrique séparable de \(K\),

  7. ajouter d’autres assertions ici.

Démonstration

Démonstration de (1). Ceci est vrai car l’image de \(B_{max}(A') \to A\) est faiblement étale sur \(K\) d’après le lemme 0CKR.

Démonstration de (2). D’après (1), nous avons \(B_{max}(A') \subset B_{max}(A)\). Réciproquement, \(B_{max}(A) \cap A'\) est une \(K\)-algèbre faiblement étale d’après le lemme 0CKR, et elle est donc contenue dans \(B_{max}(A')\).

Preuve de (3). D’après (1), il existe un homomorphisme \(\colim B_{max}(A_i) \to A\) qui est injectif car le système est filtrant et \(B_{max}(A_i) \subset A_i\). La colimite \(\colim B_{max}(A_i)\) est faiblement étale sur \(K\) d’après le lemme 092N. Nous obtenons donc un homomorphisme injectif \(\colim B_{max}(A_i) \to B_{max}(A)\). Supposons que \(a \in B_{max}(A)\). Alors \(a\) engendre une sous-\(K\)-algèbre de présentation finie \(B \subset B_{max}(A)\). D’après Algèbre, lemme 00QO, il existe un \(i\) et un homomorphisme de \(K\)-algèbres \(f : B \to A_i\) relevant l’homomorphisme donné \(B \to A\). Comme \(B\) est faiblement étale d’après le lemme 0CKR, nous voyons que \(f(B) \subset B_{max}(A_i)\) et nous concluons que \(a\) appartient à l’image de \(\colim B_{max}(A_i) \to B_{max}(A)\).

Démonstration de (4). Écrivons \(B_{max}(A_{red}) = \colim B_i\) comme une colimite filtrante de \(K\)-algèbres étales (lemme 092Q). D’après Algèbre, lemme 07K4, pour tout \(i\), il existe un homomorphisme de \(K\)-algèbres \(f_i : B_i \to A\) relevant l’homomorphisme donné \(B_i \to A_{red}\). Il s’ensuit que l’homomorphisme canonique \(B_{max}(A_{red}) \to B_{max}(A)\) est surjectif. Le noyau est constitué d’éléments nilpotents et est donc nul, puisque \(B_{max}(A_{red})\) est réduite (lemme 0CKR).

Démonstration de (5). Omise.

Démonstration de (6). Elle découle de l’assertion (4) du lemme 0CKR.

Lemme

Soit \(L/K\) une extension de corps. Soit \(A\) une \(K\)-algèbre. Soit \(B \subset A\) la sous-\(K\)-algèbre faiblement étale maximale de \(A\) comme dans le lemme 0CKS. Alors \(B \otimes_K L\) est la sous-\(L\)-algèbre faiblement étale maximale de \(A \otimes_K L\).

Démonstration

Pour une algèbre \(A\) sur \(K\), nous notons \(B_{max}(A/K)\) la sous-\(K\)-algèbre faiblement étale maximale de \(A\). De même, nous notons \(B_{max}(A'/L)\) la sous-\(L\)-algèbre faiblement étale maximale de \(A'\) si \(A'\) est une \(L\)-algèbre. Comme \(B_{max}(A/K) \otimes_K L\) est faiblement étale sur \(L\) (lemme 092H) et comme \(B_{max}(A/K) \otimes_K L \subset A \otimes_K L\), nous obtenons un homomorphisme injectif canonique \[B_{max}(A/K) \otimes_K L \to B_{max}((A \otimes_K L)/L)\] Le lemme affirme que cet homomorphisme est un isomorphisme.

Pour démontrer le lemme pour \(L\) et notre \(K\)-algèbre \(A\), il suffit de le démontrer pour une extension de corps quelconque \(L'\) de \(L\). En effet, nous avons la factorisation \[B_{max}(A/K) \otimes_K L' \to B_{max}((A \otimes_K L)/L) \otimes_L L' \to B_{max}((A \otimes_K L')/L')\] et donc la composée ne peut être surjective sans que \(B_{max}(A/K) \otimes_K L \to B_{max}((A \otimes_K L)/L)\) soit surjectif. Nous pouvons donc supposer que \(L\) est algébriquement clos.

Réduction au cas d’une \(K\)-algèbre de type fini. Nous pouvons écrire que \(A\) est la colimite filtrante de ses sous-\(K\)-algèbres de type fini. En utilisant le lemme 0CKT, nous voyons qu’il suffit de démontrer le lemme pour les \(K\)-algèbres de type fini.

Supposons que \(A\) soit une \(K\)-algèbre de type fini. Puisque le noyau de \(A \to A_{red}\) est nilpotent, il en est de même de celui de \(A \otimes_K L \to A_{red} \otimes_K L\). Alors \[B_{max}((A \otimes_K L)/L) \to B_{max}((A_{red} \otimes_K L)/L)\] est injectif car le noyau est nilpotent et la \(L\)-algèbre faiblement étale \(B_{max}((A \otimes_K L)/L)\) est réduite (lemme 0CKR). Puisque \(B_{max}(A/K) = B_{max}(A_{red}/K)\) d’après le lemme 0CKT, nous concluons qu’il suffit de démontrer le lemme pour \(A_{red}\).

Supposons que \(A\) soit une \(K\)-algèbre réduite de type fini. Soit \(Q = Q(A)\) l’anneau total des fractions de \(A\). Alors \(A \subset Q\) et \(A \otimes_K L \subset Q \otimes_A L\), et par conséquent \[B_{max}(A/K) = A \cap B_{max}(Q/K)\] et \[B_{max}((A \otimes_K L)/L) = (A \otimes_K L) \cap B_{max}((Q \otimes_K L)/L)\] d’après le lemme 0CKT. Comme \(-\otimes_K L\) est un foncteur exact, il s’ensuit que si nous démontrons le résultat pour \(Q\), alors il en découle pour \(A\). Comme \(Q\) est un produit fini de corps (Algèbre, lemmes 02LX, 00EU, 00FR et 00FN) et comme \(B_{max}\) commute aux produits (lemme 0CKT), il suffit de démontrer le lemme lorsque \(A\) est un corps.

Supposons que \(A\) soit un corps. L’argument du troisième paragraphe de la preuve nous ramène au cas où \(A\) est de type fini sur \(K\). (En fait, la façon dont nous nous sommes ramenés au cas d’un corps produit une extension de corps de type fini de \(K\).)

Supposons que \(A\) soit une extension de corps de type fini de \(K\). Alors \(K' = B_{max}(A/K)\) est un corps algébrique séparable sur \(K\) d’après l’assertion (6) du lemme 0CKT. Par conséquent, \(K'\) est une extension finie séparable de \(K\) et \(A\) est géométriquement irréductible sur \(K'\) d’après Algèbre, lemme 037Q. Puisque \(L\) est algébriquement clos et \(K'/K\) finie séparable, nous voyons que \[K' \otimes_K L \to \prod\nolimits_{\sigma \in \Hom_K(K', L)} L,\quad \alpha \otimes \beta \mapsto (\sigma(\alpha)\beta)_\sigma\] est un isomorphisme (Corps, lemme 0CKN). Nous concluons que \[A \otimes_K L = A \otimes_{K'} (K' \otimes_K L) = \prod\nolimits_{\sigma \in \Hom_K(K', L)} A \otimes_{K', \sigma} L\] Comme \(A\) est géométriquement irréductible sur \(K'\), nous voyons que \(A \otimes_{K', \sigma} L\) possède un unique idéal premier minimal. Puisque \(L\) est algébriquement clos, il s’ensuit que \(B_{max}((A \otimes_{K', \sigma} L)/L) = L\) car cette \(L\)-algèbre est un corps algébrique sur \(L\) d’après l’assertion (6) du lemme 0CKT. Il s’ensuit que la sous-\(K' \otimes_K L\)-algèbre faiblement étale maximale de \(A \otimes_K L\) est \(K' \otimes_K L\), car nous pouvons décomposer ces sous-algèbres en produits comme ci-dessus. Ainsi, l’inclusion \(K' \otimes_K L \subset B_{max}((A \otimes_K L)/L)\) est une égalité : l’homomorphisme d’anneaux \(K' \otimes_K L \to B_{max}((A \otimes_K L)/L)\) est faiblement étale d’après le lemme 092L.

Irréductibilité locale

La définition suivante semble être celle qui est généralement admise. Pour l’interpréter, observons que si \(A \subset B\) est une extension entière d’anneaux locaux intègres, alors \(A \to B\) est un homomorphisme local d’anneaux par montée (Algèbre, lemme 00GU).

Définition

Soit \(A\) un anneau local. Nous disons que \(A\) est unibranche si la réduction \(A_{red}\) est un domaine et si la clôture intégrale \(A'\) de \(A_{red}\) dans son corps des fractions est locale. Nous disons que \(A\) est géométriquement unibranche si \(A\) est unibranche et si, en outre, le corps résiduel de \(A'\) est purement inséparable sur le corps résiduel de \(A\).

Soit \(A\) un anneau local. Voici une formulation équivalente :

  1. \(A\) est unibranche si \(A\) possède un unique idéal premier minimal \(\mathfrak p\) et si la clôture intégrale de \(A/\mathfrak p\) dans son corps des fractions est un anneau local, et

  2. \(A\) est géométriquement unibranche si \(A\) possède un unique idéal premier minimal \(\mathfrak p\) et si la clôture intégrale de \(A/\mathfrak p\) dans son corps des fractions est un anneau local dont le corps résiduel est purement inséparable sur le corps résiduel de \(A\).

Un anneau local normal est géométriquement unibranche (cela découle de la définition 0BPZ et de Algèbre, définition 00GV). Les lemmes 0BQ0 et 06DM indiquent que la propriété d’être (géométriquement) unibranche est une propriété raisonnable à considérer.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local. Supposons que \(A\) possède un nombre fini d’idéaux premiers minimaux. Soit \(A'\) la clôture intégrale de \(A\) dans l’anneau total des fractions de \(A_{red}\). Soit \(A^h\) l’hensélisé de \(A\). Considérons les homomorphismes \[\Spec(A') \leftarrow \Spec((A')^h) \rightarrow \Spec(A^h)\] où \((A')^h = A' \otimes_A A^h\). Alors

  1. la flèche de gauche induit une bijection sur les idéaux maximaux,

  2. la flèche de droite induit une bijection sur les idéaux premiers minimaux,

  3. tout idéal premier minimal de \((A')^h\) est contenu dans un unique idéal maximal, et tout idéal maximal contient exactement un idéal premier minimal.

Démonstration

Soit \(I \subset A\) l’idéal des éléments nilpotents. Nous avons \((A/I)^h = A^h/IA^h\) d’après (Algèbre, lemme 05WQ). Les spectres de \(A\), \(A^h\), \(A'\) et \((A')^h\) sont les mêmes que les spectres de \(A/I\), \(A^h/IA^h\), \(A'\) et \((A')^h = A' \otimes_{A/I} A^h/IA^h\). Ainsi, nous pouvons remplacer \(A\) par \(A_{red} = A/I\) et supposer \(A\) réduit. Nous avons alors \(A \subset A'\), ce que nous utiliserons ci-dessous sans autre mention.

Démonstration de (1). Comme \(A'\) est entière sur \(A\), nous voyons que \((A')^h\) est entière sur \(A^h\). Par montée (Algèbre, lemme 00GU), tout idéal maximal de \(A'\), resp. de \((A')^h\), est au-dessus de l’idéal maximal \(\mathfrak m\), resp. \(\mathfrak m^h\), de \(A\), resp. de \(A^h\). Ainsi, (1) découle de l’isomorphisme \[(A')^h \otimes_{A^h} \kappa^h = A' \otimes_A A^h \otimes_{A^h} \kappa^h = A' \otimes_A \kappa\] car l’extension de corps résiduels \(\kappa^h/\kappa\) induite par \(A \to A^h\) est triviale. Nous utiliserons ci-dessous le fait que l’anneau affiché est entier sur un corps, donc que le spectre de cet anneau est un espace profini, voir Algèbre, lemmes 00GS et 04MG.

Démonstration de (3). L’anneau \(A'\) est normal et est en fait un produit fini de domaines normaux, voir Algèbre, lemme 030C. Comme \(A^h\) est une colimite filtrante de \(A\)-algèbres étales, \((A')^h\) est une colimite filtrante de \(A'\)-algèbres étales ; par conséquent, \((A')^h\) est un anneau normal d’après Algèbre, lemmes 033C et 037D. Ainsi, tout anneau local de \((A')^h\) est un domaine normal, et nous voyons que tout idéal maximal contient un unique idéal premier minimal. En appliquant le lemme 09XK à \(A^h \to (A')^h\), nous voyons que \(((A')^h, \mathfrak m(A')^h)\) est une paire hensélienne. Si \(\mathfrak q \subset (A')^h\) est un idéal premier minimal (ou un idéal premier quelconque), alors l’intersection de \(V(\mathfrak q)\) avec \(V(\mathfrak m (A')^h)\) est connexe d’après le lemme 09Y6. Comme \(V(\mathfrak m (A')^h) = \Spec((A')^h \otimes \kappa^h)\) est un espace profini, nous voyons qu’il existe un unique idéal maximal contenant \(\mathfrak q\).

Démonstration de (2). Les idéaux premiers minimaux de \(A'\) sont exactement les idéaux premiers au-dessus d’un idéal premier minimal de \(A\) (par construction). Comme \(A' \to (A')^h\) est plat, par descente (Algèbre, lemme 00HS), tout idéal premier minimal de \((A')^h\) est au-dessus d’un idéal premier minimal de \(A'\). Réciproquement, tout idéal premier de \((A')^h\) au-dessus d’un idéal premier minimal de \(A'\) est minimal, car \((A')^h\) est une colimite filtrante d’algèbres étales, donc quasi-finies, sur \(A'\) (petit détail omis). Nous concluons que les idéaux premiers minimaux de \((A')^h\) sont exactement les idéaux premiers au-dessus d’un idéal premier minimal de \(A\). De même, les idéaux premiers minimaux de \(A^h\) sont exactement les idéaux premiers au-dessus des idéaux premiers minimaux de \(A\). Par construction, nous avons \(A' \otimes_A Q(A) = Q(A)\), où \(Q(A)\) est l’anneau total des fractions de notre anneau local réduit \(A\). Bien sûr, \(Q(A)\) est le produit fini des corps résiduels des idéaux premiers minimaux de \(A\). Il s’ensuit que \[(A')^h \otimes_A Q(A) = A^h \otimes_A A' \otimes_A Q(A) = A^h \otimes_A Q(A)\] La discussion ci-dessus montre que le spectre de l’anneau de gauche est l’ensemble des idéaux premiers minimaux de \((A')^h\) et que le spectre de l’anneau de droite est l’ensemble des idéaux premiers minimaux de \(A^h\). Ceci achève la démonstration.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local. Soit \(A^h\) l’hensélisé de \(A\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A\) est unibranche, et

  2. \(A^h\) possède un unique idéal premier minimal.

Démonstration

Ceci découle du lemme 0C24, mais nous allons aussi donner une démonstration directe. Notons \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de l’anneau \(A\). Rappelons que le corps résiduel \(\kappa = A/\mathfrak m\) est le même que le corps résiduel de \(A^h\).

Supposons (2). Soit \(\mathfrak p^h\) l’unique idéal premier minimal de \(A^h\). La platitude de \(A \to A^h\) implique que \(\mathfrak p = A \cap \mathfrak p^h\) est l’unique idéal premier minimal de \(A\) (par descente, voir Algèbre, lemme 00HS). De plus, puisque \(A^h/\mathfrak pA^h = (A/\mathfrak p)^h\) (voir Algèbre, lemme 05WQ) est réduit d’après le lemme 06DH, nous voyons que \(\mathfrak p^h = \mathfrak pA^h\). Soit \(A'\) la clôture intégrale de \(A/\mathfrak p\) dans son corps des fractions. Nous devons montrer que \(A'\) est local. Comme \(A \to A'\) est entier, tout idéal maximal de \(A'\) est au-dessus de \(\mathfrak m\) (par montée pour les homomorphismes entiers d’anneaux, voir Algèbre, lemme 00GU). Si \(A'\) n’est pas local, nous pouvons trouver des idéaux maximaux distincts \(\mathfrak m_1\), \(\mathfrak m_2\). Choisissons des éléments \(f_1, f_2 \in A'\) tels que \(f_i \in \mathfrak m_i\) et \(f_i \not \in \mathfrak m_{3 - i}\). Nous obtenons une sous-algèbre finie \(B = A/\mathfrak p[f_1, f_2] \subset A'\) ayant des idéaux maximaux distincts \(B \cap \mathfrak m_i\), \(i = 1, 2\). Remarquons que les inclusions \[A/\mathfrak p \subset B \subset \kappa(\mathfrak p)\] donnent, après tensorisation par l’homomorphisme plat d’anneaux \(A \to A^h\), les inclusions \[A^h/\mathfrak p^h \subset B \otimes_A A^h \subset \kappa(\mathfrak p) \otimes_A A^h \subset \kappa(\mathfrak p^h)\] la dernière inclusion venant de ce que \(\kappa(\mathfrak p) \otimes_A A^h = \kappa(\mathfrak p) \otimes_{A/\mathfrak p} A^h/\mathfrak p^h\) est une localisation du domaine \(A^h/\mathfrak p^h\). Remarquons que \(B \otimes_A \kappa\) possède au moins deux idéaux maximaux, car \(B/\mathfrak mB\) possède deux idéaux maximaux. Par conséquent, comme \(A^h\) est hensélien, nous voyons que \(B \otimes_A A^h\) est un produit de \(\geq 2\) anneaux locaux, voir Algèbre, lemme 04GJ. Mais nous venons de voir que \(B \otimes_A A^h\) est un sous-anneau d’un domaine, ce qui donne une contradiction.

Supposons (1). Soit \(\mathfrak p \subset A\) l’unique idéal premier minimal et soit \(A'\) la clôture intégrale de \(A/\mathfrak p\) dans son corps des fractions. Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux induisant un isomorphisme de corps résiduels et qui est une localisation d’une \(A\)-algèbre étale. En particulier, \(\mathfrak m_B\) est l’unique idéal premier contenant \(\mathfrak m B\). Alors \(B' = A' \otimes_A B\) est entière sur \(B\), et l’hypothèse que \(A \to A'\) est local implique que \(B'\) est local (Algèbre, lemme 092Y). D’autre part, \(A' \to B'\) est la localisation d’un homomorphisme étale d’anneaux ; ainsi, \(B'\) est normal, voir Algèbre, lemme 033C. Par conséquent, \(B'\) est un domaine normal (local). Enfin, nous avons \[B/\mathfrak pB \subset B \otimes_A \kappa(\mathfrak p) = B' \otimes_{A'} (\text{corps des fractions de }A') \subset \text{corps des fractions de }B'\] Ainsi, \(B/\mathfrak pB\) est un domaine, ce qui implique que \(B\) possède un unique idéal premier minimal (car, par platitude de \(A \to B\), tous ces idéaux doivent être au-dessus de \(\mathfrak p\)). Comme \(A^h\) est une colimite filtrante des anneaux locaux \(B\), il s’ensuit que \(A^h\) possède un unique idéal premier minimal. En effet, si \(fg = 0\) dans \(A^h\) pour des éléments non nilpotents \(f, g\), nous pouvons trouver un \(B\) comme ci-dessus contenant à la fois \(f\) et \(g\), ce qui conduit à une contradiction.

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local. Supposons que \(A\) possède un nombre fini d’idéaux premiers minimaux. Soit \(A'\) la clôture intégrale de \(A\) dans l’anneau total des fractions de \(A_{red}\). Choisissons une clôture algébrique \(\overline{\kappa}\) de \(\kappa\) et notons \(\kappa^{sep} \subset \overline{\kappa}\) la clôture algébrique séparable de \(\kappa\). Soit \(A^{sh}\) l’hensélisé strict de \(A\) relatif à \(\kappa^{sep}\). Considérons les homomorphismes \[\Spec(A') \xleftarrow{c} \Spec((A')^{sh}) \xrightarrow{e} \Spec(A^{sh})\] où \((A')^{sh} = A' \otimes_A A^{sh}\). Alors

  1. pour \(\mathfrak m' \subset A'\) maximal, le corps résiduel \(\kappa'\) est algébrique sur \(\kappa\) et la fibre de \(c\) au-dessus de \(\mathfrak m'\) s’identifie canoniquement à \(\Hom_\kappa(\kappa', \overline{\kappa})\),

  2. la flèche de droite induit une bijection sur les idéaux premiers minimaux,

  3. tout idéal premier minimal de \((A')^{sh}\) est contenu dans un unique idéal maximal, et tout idéal maximal contient un unique idéal premier minimal.

Démonstration

La démonstration est presque exactement la même que celle du lemme 0C24. Soit \(I \subset A\) l’idéal des éléments nilpotents. Nous avons \((A/I)^{sh} = A^{sh}/IA^{sh}\) d’après (Algèbre, lemme 05WQ). Les spectres de \(A\), \(A^{sh}\), \(A'\) et \((A')^h\) sont les mêmes que les spectres de \(A/I\), \(A^{sh}/IA^{sh}\), \(A'\) et \((A')^{sh} = A' \otimes_{A/I} A^{sh}/IA^{sh}\). Ainsi, nous pouvons remplacer \(A\) par \(A_{red} = A/I\) et supposer \(A\) réduit. Nous avons alors \(A \subset A'\), ce que nous utiliserons ci-dessous sans autre mention.

Démonstration de (1). L’extension de corps \(\kappa'/\kappa\) est algébrique car \(A'\) est entière sur \(A\). Comme \(A'\) est entière sur \(A\), nous voyons que \((A')^{sh}\) est entière sur \(A^{sh}\). Par montée (Algèbre, lemme 00GU), tout idéal maximal de \(A'\), resp. de \((A')^{sh}\), est au-dessus de l’idéal maximal \(\mathfrak m\), resp. \(\mathfrak m^{sh}\), de \(A\), resp. de \(A^h\). Nous avons \[(A')^{sh} \otimes_{A^{sh}} \kappa^{sep} = A' \otimes_A A^h \otimes_{A^h} \kappa^{sep} = (A' \otimes_A \kappa) \otimes_{\kappa} \kappa^{sep}\] car le corps résiduel de \(A^{sh}\) est \(\kappa^{sep}\). Ainsi, la fibre de \(c\) au-dessus de \(\mathfrak m'\) est le spectre de \(\kappa' \otimes_\kappa \kappa^{sep}\). Nous concluons que (1) est vraie, car il existe une bijection \[\Hom_\kappa(\kappa', \overline{\kappa}) \to \Spec(\kappa' \otimes_\kappa \kappa^{sep}),\quad \sigma \mapsto \Ker( \sigma \otimes 1 : \kappa' \otimes_\kappa \kappa^{sep} \to \overline{\kappa} )\] Nous utiliserons ci-dessous le fait que l’anneau affiché est entier sur un corps, et donc que le spectre de cet anneau est un espace profini, voir Algèbre, lemmes 00GS et 04MG.

Démonstration de (3). L’anneau \(A'\) est normal et est en fait un produit fini de domaines normaux, voir Algèbre, lemme 030C. Comme \(A^{sh}\) est une colimite filtrante de \(A\)-algèbres étales, \((A')^{sh}\) est une colimite filtrante de \(A'\)-algèbres étales ; par conséquent, \((A')^{sh}\) est un anneau normal d’après Algèbre, lemmes 033C et 037D. Ainsi, tout anneau local de \((A')^{sh}\) est un domaine normal, et nous voyons que tout idéal maximal contient un unique idéal premier minimal. En appliquant le lemme 09XK à \(A^{sh} \to (A')^{sh}\), nous voyons que \(((A')^{sh}, \mathfrak m(A')^{sh})\) est une paire hensélienne. Si \(\mathfrak q \subset (A')^{sh}\) est un idéal premier minimal (ou un idéal premier quelconque), alors l’intersection de \(V(\mathfrak q)\) avec \(V(\mathfrak m (A')^{sh})\) est connexe d’après le lemme 09Y6. Comme \(V(\mathfrak m (A')^{sh}) = \Spec((A')^{sh} \otimes \kappa^{sh})\) est un espace profini, nous voyons qu’il existe un unique idéal maximal contenant \(\mathfrak q\).

Démonstration de (2). Les idéaux premiers minimaux de \(A'\) sont exactement les idéaux premiers au-dessus d’un idéal premier minimal de \(A\) (par construction). Comme \(A' \to (A')^{sh}\) est plat, par descente (Algèbre, lemme 00HS), tout idéal premier minimal de \((A')^{sh}\) est au-dessus d’un idéal premier minimal de \(A'\). Réciproquement, tout idéal premier de \((A')^{sh}\) au-dessus d’un idéal premier minimal de \(A'\) est minimal, car \((A')^{sh}\) est une colimite filtrante d’algèbres étales, donc quasi-finies, sur \(A'\) (petit détail omis). Nous concluons que les idéaux premiers minimaux de \((A')^{sh}\) sont exactement les idéaux premiers au-dessus d’un idéal premier minimal de \(A\). De même, les idéaux premiers minimaux de \(A^{sh}\) sont exactement les idéaux premiers au-dessus des idéaux premiers minimaux de \(A\). Par construction, nous avons \(A' \otimes_A Q(A) = Q(A)\), où \(Q(A)\) est l’anneau total des fractions de notre anneau local réduit \(A\). Bien sûr, \(Q(A)\) est le produit fini des corps résiduels des idéaux premiers minimaux de \(A\). Il s’ensuit que \[(A')^{sh} \otimes_A Q(A) = A^{sh} \otimes_A A' \otimes_A Q(A) = A^{sh} \otimes_A Q(A)\] La discussion ci-dessus montre que le spectre de l’anneau de gauche est l’ensemble des idéaux premiers minimaux de \((A')^{sh}\) et que le spectre de l’anneau de droite est l’ensemble des idéaux premiers minimaux de \(A^{sh}\). Ceci achève la démonstration.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local. Soit \(A^{sh}\) un hensélisé strict de \(A\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A\) est géométriquement unibranche, et

  2. \(A^{sh}\) possède un unique idéal premier minimal.

Démonstration

Ceci découle du lemme 0C25, mais nous allons aussi donner une démonstration directe ; cette démonstration directe est presque exactement la même que la démonstration directe du lemme 0BQ0. Notons \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de l’anneau \(A\). Notons \(\kappa\), \(\kappa^{sh}\) les corps résiduels de \(A\), \(A^{sh}\).

Supposons (2). Soit \(\mathfrak p^{sh}\) l’unique idéal premier minimal de \(A^{sh}\). La platitude de \(A \to A^{sh}\) implique que \(\mathfrak p = A \cap \mathfrak p^{sh}\) est l’unique idéal premier minimal de \(A\) (par descente, voir Algèbre, lemme 00HS). De plus, puisque \(A^{sh}/\mathfrak pA^{sh} = (A/\mathfrak p)^{sh}\) (voir Algèbre, lemme 05WS) est réduit d’après le lemme 06DH, nous voyons que \(\mathfrak p^{sh} = \mathfrak pA^{sh}\). Soit \(A'\) la clôture intégrale de \(A/\mathfrak p\) dans son corps des fractions. Nous devons montrer que \(A'\) est local et que son corps résiduel est purement inséparable sur \(\kappa\). Comme \(A \to A'\) est entier, tout idéal maximal de \(A'\) est au-dessus de \(\mathfrak m\) (par montée pour les homomorphismes entiers d’anneaux, voir Algèbre, lemme 00GU). Si \(A'\) n’est pas local, nous pouvons trouver des idéaux maximaux distincts \(\mathfrak m_1\), \(\mathfrak m_2\). En choisissant des éléments \(f_1, f_2 \in A'\) tels que \(f_i \in \mathfrak m_i, f_i \not \in \mathfrak m_{3 - i}\), nous obtenons une sous-algèbre finie \(B = A[f_1, f_2] \subset A'\) ayant des idéaux maximaux distincts \(B \cap \mathfrak m_i\), \(i = 1, 2\). Si \(A'\) est local d’idéal maximal \(\mathfrak m'\), mais que \(A/\mathfrak m \subset A'/\mathfrak m'\) n’est pas purement inséparable, alors nous pouvons trouver \(f \in A'\) dont l’image dans \(A'/\mathfrak m'\) engendre une extension finie non purement inséparable de \(A/\mathfrak m\), et nous obtenons une sous-algèbre locale finie \(B = A[f] \subset A'\) dont le corps résiduel n’est pas une extension purement inséparable de \(A/\mathfrak m\). Remarquons que les inclusions \[A/\mathfrak p \subset B \subset \kappa(\mathfrak p)\] donnent, après tensorisation par l’homomorphisme plat d’anneaux \(A \to A^{sh}\), les inclusions \[A^{sh}/\mathfrak p^{sh} \subset B \otimes_A A^{sh} \subset \kappa(\mathfrak p) \otimes_A A^{sh} \subset \kappa(\mathfrak p^{sh})\] la dernière inclusion venant de ce que \(\kappa(\mathfrak p) \otimes_A A^{sh} = \kappa(\mathfrak p) \otimes_{A/\mathfrak p} A^{sh}/\mathfrak p^{sh}\) est une localisation du domaine \(A^{sh}/\mathfrak p^{sh}\). Remarquons que \(B \otimes_A \kappa^{sh}\) possède au moins deux idéaux maximaux, car \(B/\mathfrak mB\) possède soit deux idéaux maximaux, soit un seul dont le corps résiduel n’est pas purement inséparable sur \(\kappa\), et parce que \(\kappa^{sh}\) est séparablement algébriquement clos. Par conséquent, comme \(A^{sh}\) est strictement hensélien, nous voyons que \(B \otimes_A A^{sh}\) est un produit de \(\geq 2\) anneaux locaux, voir Algèbre, lemme 06DD. Mais nous venons de voir que \(B \otimes_A A^{sh}\) est un sous-anneau d’un domaine, ce qui donne une contradiction.

Supposons (1). Soit \(\mathfrak p \subset A\) l’unique idéal premier minimal et soit \(A'\) la clôture intégrale de \(A/\mathfrak p\) dans son corps des fractions. Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux qui est une localisation d’une \(A\)-algèbre étale. En particulier, \(\mathfrak m_B\) est l’unique idéal premier contenant \(\mathfrak m_AB\). Alors \(B' = A' \otimes_A B\) est entière sur \(B\), et l’hypothèse que \(A \to A'\) est local avec une extension de corps résiduels purement inséparable implique que \(B'\) est local (Algèbre, lemme 092Y). D’autre part, \(A' \to B'\) est la localisation d’un homomorphisme étale d’anneaux ; ainsi, \(B'\) est normal, voir Algèbre, lemme 033C. Par conséquent, \(B'\) est un domaine normal (local). Enfin, nous avons \[B/\mathfrak pB \subset B \otimes_A \kappa(\mathfrak p) = B' \otimes_{A'} (\text{corps des fractions de }A') \subset \text{corps des fractions de }B'\] Ainsi, \(B/\mathfrak pB\) est un domaine, ce qui implique que \(B\) possède un unique idéal premier minimal (car, par platitude de \(A \to B\), tous ces idéaux doivent être au-dessus de \(\mathfrak p\)). Comme \(A^{sh}\) est une colimite filtrante des anneaux locaux \(B\), il s’ensuit que \(A^{sh}\) possède un unique idéal premier minimal. En effet, si \(fg = 0\) dans \(A^{sh}\) pour des éléments non nilpotents \(f, g\), nous pouvons trouver un \(B\) comme ci-dessus contenant à la fois \(f\) et \(g\), ce qui conduit à une contradiction.

Définition

Soit \(A\) un anneau local d’hensélisé \(A^h\) et d’hensélisé strict \(A^{sh}\). Le nombre de branches de \(A\) est le nombre d’idéaux premiers minimaux de \(A^h\) s’il est fini, et \(\infty\) sinon. Le nombre de branches géométriques de \(A\) est le nombre d’idéaux premiers minimaux de \(A^{sh}\) s’il est fini, et \(\infty\) sinon.

Précisons la relation avec la définition 0BPZ.

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local.

  1. Si \(A\) possède une infinité d’idéaux premiers minimaux, alors le nombre de branches (géométriques) de \(A\) est \(\infty\).

  2. Le nombre de branches de \(A\) est \(1\) si et seulement si \(A\) est unibranche.

  3. Le nombre de branches géométriques de \(A\) est \(1\) si et seulement si \(A\) est géométriquement unibranche.

Supposons que \(A\) possède un nombre fini d’idéaux premiers minimaux et soit \(A'\) la clôture intégrale de \(A\) dans l’anneau total des fractions de \(A_{red}\). Alors

  1. le nombre de branches de \(A\) est le nombre d’idéaux maximaux \(\mathfrak m'\) de \(A'\),

  2. pour obtenir le nombre de branches géométriques de \(A\), il faut compter chaque idéal maximal \(\mathfrak m'\) de \(A'\) avec la multiplicité donnée par le degré séparable de \(\kappa(\mathfrak m')/\kappa\).

Démonstration

Ce lemme découle immédiatement des définitions, du lemme 0C24, du lemme 0C25 et de Corps, lemme 09HJ.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux qui est la localisation d’un homomorphisme lisse d’anneaux.

  1. Le nombre de branches géométriques de \(A\) est égal au nombre de branches géométriques de \(B\).

  2. Si \(A \to B\) induit une extension purement inséparable des corps résiduels, alors le nombre de branches de \(A\) est égal au nombre de branches de \(B\).

Démonstration

Nous utiliserons le fait que les homomorphismes lisses d’anneaux sont plats (Algèbre, lemme 00TA), que les localisations sont plates (Algèbre, lemme 00HT), que les composées d’homomorphismes plats d’anneaux sont plates (Algèbre, lemme 00HC), que le changement de base d’un homomorphisme plat d’anneaux est plat (Algèbre, lemme 00HI), que les homomorphismes locaux plats sont fidèlement plats (Algèbre, lemme 00HR), que l’hensélisation (stricte) est plate (lemme 07QM) et la descente pour les homomorphismes plats d’anneaux (Algèbre, lemme 00HS).

Démonstration de (2). Soient \(A^h\), \(B^h\) les hensélisés de \(A\), \(B\). Alors \(B^h\) est l’hensélisé de \(A^h \otimes_A B\) en l’unique idéal maximal au-dessus de \(\mathfrak m_B\), voir Algèbre, lemme 08HU. Nous pouvons donc supposer, et supposons, que \(A\) est hensélien. Comme \(A \to B \to B^h\) est plat, tout idéal premier minimal de \(B^h\) est au-dessus d’un idéal premier minimal de \(A\) et, comme \(A \to B^h\) est fidèlement plat, tout idéal premier minimal de \(A\) est au-dessous d’un idéal premier minimal de \(B^h\) ; dans les deux cas, on utilise la descente pour les homomorphismes plats d’anneaux. Il suffit donc de montrer que, pour un idéal premier minimal donné \(\mathfrak p \subset A\), il existe au plus un idéal premier minimal de \(B^h\) au-dessus de \(\mathfrak p\). Après avoir remplacé \(A\) par \(A/\mathfrak p\) et \(B\) par \(B/\mathfrak p B\), nous pouvons supposer que \(A\) est un domaine ; \(A\) reste hensélien d’après Algèbre, lemme 05WQ. D’après le lemme 0BQ0, nous voyons que la clôture intégrale \(A'\) de \(A\) dans son corps des fractions est un domaine local. Bien sûr, \(A'\) est un domaine normal. D’après Algèbre, lemme 033C, nous voyons que \(A' \otimes_A B^h\) est un anneau normal (le lemme le donne seulement pour \(A' \otimes_A B\) ; pour passer à \(A' \otimes_A B^h\), on utilise que \(B^h\) est une colimite de \(B\)-algèbres étales ainsi que Algèbre, lemme 037D). D’après Algèbre, lemme 092Y, nous voyons que \(A' \otimes_A B^h\) est local (c’est ici que nous utilisons l’hypothèse sur les corps résiduels de \(A\) et de \(B\)). Ainsi, \(A' \otimes_A B^h\) est un anneau local normal, donc un domaine local. Comme \(B^h \subset A' \otimes_A B^h\) par platitude de \(A \to B^h\), nous concluons que \(B^h\) est un domaine, comme désiré.

Démonstration de (1). Soient \(A^{sh}\), \(B^{sh}\) des hensélisés stricts de \(A\), \(B\). Alors \(B^{sh}\) est un hensélisé strict de \(A^h \otimes_A B\) en un idéal maximal au-dessus de \(\mathfrak m_B\) et de \(\mathfrak m_{A^h}\), voir Algèbre, lemme 08HV. Nous pouvons donc supposer, et supposons, que \(A\) est strictement hensélien. Comme \(A \to B \to B^{sh}\) est plat, tout idéal premier minimal de \(B^{sh}\) est au-dessus d’un idéal premier minimal de \(A\) et, comme \(A \to B^{sh}\) est fidèlement plat, tout idéal premier minimal de \(A\) est au-dessous d’un idéal premier minimal de \(B^{sh}\) ; dans les deux cas, on utilise la descente pour les homomorphismes plats d’anneaux. Il suffit donc de montrer que, pour un idéal premier minimal donné \(\mathfrak p \subset A\), il existe au plus un idéal premier minimal de \(B^{sh}\) au-dessus de \(\mathfrak p\). Après avoir remplacé \(A\) par \(A/\mathfrak p\) et \(B\) par \(B/\mathfrak p B\), nous pouvons supposer que \(A\) est un domaine ; alors \(A\) reste strictement hensélien d’après Algèbre, lemme 05WS. D’après le lemme 06DM, nous voyons que la clôture intégrale \(A'\) de \(A\) dans son corps des fractions est un domaine local dont le corps résiduel est une extension purement inséparable du corps résiduel de \(A\). Bien sûr, \(A'\) est un domaine normal. D’après Algèbre, lemme 033C, nous voyons que \(A' \otimes_A B^{sh}\) est un anneau normal (le lemme le donne seulement pour \(A' \otimes_A B\) ; pour passer à \(A' \otimes_A B^{sh}\), on utilise que \(B^{sh}\) est une colimite de \(B\)-algèbres étales ainsi que Algèbre, lemme 037D). D’après Algèbre, lemme 092Y, nous voyons que \(A' \otimes_A B^{sh}\) est local (car \(A \subset A'\) induit une extension purement inséparable des corps résiduels). Ainsi, \(A' \otimes_A B^{sh}\) est un anneau local normal, donc un domaine local. Comme \(B^{sh} \subset A' \otimes_A B^{sh}\) par platitude de \(A \to B^{sh}\), nous concluons que \(B^{sh}\) est un domaine, comme désiré.

Divers résultats sur les branches

Quelques résultats relatifs aux branches d’anneaux locaux telles qu’elles sont définies dans la section 06DT.

Lemme

Soient \(A\) et \(B\) des domaines et soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que \(A \to B\) possède en outre au moins l’une des propriétés suivantes :

  1. c’est la localisation d’un homomorphisme étale d’anneaux,

  2. il est plat et est la localisation d’un homomorphisme non ramifié d’anneaux,

  3. il est plat et est la localisation d’un homomorphisme quasi-fini d’anneaux,

  4. il est plat et est la localisation d’un homomorphisme entier d’anneaux,

  5. il est plat et il n’existe aucune spécialisation non triviale entre des points des fibres de \(\Spec(B) \to \Spec(A)\),

  6. \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) envoie le point générique sur le point générique et il n’existe aucune spécialisation non triviale entre des points des fibres, ou

  7. exactement un point de \(\Spec(B)\) est envoyé sur le point générique de \(\Spec(A)\).

Alors \(A \cap J\) est non nul pour tout idéal non nul \(J\) de \(B\).

Démonstration

Démonstration dans le cas (7). Soient \(K\), resp. \(L\), le corps des fractions de \(A\), resp. de \(B\). D’après Algèbre, lemme 0CAN, nous voyons que l’unique point de \(\Spec(B)\) qui s’envoie sur le point générique \((0) \in \Spec(A)\) est \((0) \in \Spec(B)\). Nous concluons que \(B \otimes_A K\) est un anneau possédant un unique idéal premier dont le corps résiduel est \(L\) (en fait, cet anneau est égal à \(L\), mais nous n’en avons pas besoin). Choisissons \(b \in J\) non nul. Alors \(b\) s’envoie sur une unité de \(L\). Par conséquent, \(b\) s’envoie sur une unité de \(B \otimes_A K\) (Algèbre, lemme 0B7C). Comme \(B \otimes_A K = \colim_{f \in A \setminus \{0\}} B_f\), nous voyons que \(b\) s’envoie sur une unité de \(B_f\) pour un certain \(f \in A\) non nul. Cela signifie que \(b b' = f^n\) pour un certain \(b' \in B\) et un certain \(n \geq 1\). Ainsi, \(f^n \in A \cap J\), comme désiré.

Dans la suite de la démonstration, nous montrons que chacune des autres hypothèses implique (7). Sous les hypothèses (1) – (5), l’homomorphisme d’anneaux \(A \to B\) est plat et donc \(A \to B\) est injectif (car les homomorphismes locaux plats sont fidèlement plats d’après Algèbre, lemme 00HR). Par conséquent, le point générique de \(\Spec(B)\) s’envoie sur le point générique de \(\Spec(A)\). Or, s’il n’existe aucune spécialisation non triviale entre des points des fibres de \(\Spec(B) \to \Spec(A)\), alors ce point générique de \(\Spec(B)\) doit évidemment être l’unique point s’envoyant sur le point générique de \(\Spec(A)\). Ainsi, (6) implique (7). Enfin, pour conclure, montrons que dans les cas (1) – (5), il n’existe aucune spécialisation non triviale entre les points des fibres de \(\Spec(B) \to \Spec(A)\). En effet, voir Algèbre, lemme 00GT pour le cas entier, Algèbre, définition 00PL pour le cas quasi-fini, et utiliser le fait que les homomorphismes non ramifiés et étales d’anneaux sont quasi-finis (Algèbre, lemmes 02UR et 00U5).

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset B\) un idéal premier au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p \subset A\). Supposons que

  1. \(A\) est un domaine,

  2. \(A_\mathfrak p\) est géométriquement unibranche,

  3. \(A \to B\) est non ramifié en \(\mathfrak q\), et

  4. \(A_\mathfrak p \to B_\mathfrak q\) est injectif.

Alors il existe un \(g \in B\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(B_g\) soit étale sur \(A\).

Démonstration

D’après Algèbre, proposition 0395, après avoir remplacé \(B\) par une localisation principale, nous pouvons trouver un homomorphisme étale standard d’anneaux \(A \to B'\) et une surjection \(B' \to B\). Notons \(\mathfrak q' \subset B'\) l’image réciproque de \(\mathfrak q\). Nous allons montrer que \(B' \to B\) est injectif, quitte à remplacer \(B'\) par une localisation principale.

Dans ce paragraphe, nous nous ramenons au cas où \(B'\) est un domaine. Comme \(A\) est un domaine, l’anneau \(B'\) est réduit, voir le lemme 07QK. Soit \(K\) le corps des fractions de \(A\). Alors \(B' \otimes_A K\) est étale sur un corps, et est donc un produit fini de corps, voir Algèbre, lemme 00U3. Comme \(A \to B'\) est étale (donc plat), les idéaux premiers minimaux de \(B'\) sont au-dessus de \((0) \subset A\) (par descente pour les homomorphismes plats d’anneaux). Nous concluons que \(B'\) possède un nombre fini d’idéaux premiers minimaux, disons \(\mathfrak r_1, \ldots, \mathfrak r_r \subset B'\). Comme \(A_\mathfrak p\) est géométriquement unibranche et \(A \to B'\) étale, l’anneau \(B'_{\mathfrak q'}\) est un domaine, voir les lemmes 0DQ1 et 0C37. Par conséquent, \(\mathfrak q' \supset \mathfrak r_i\) pour exactement un \(i = i_0\). Choisissons \(g' \in B'\), \(g' \not \in \mathfrak r_{i_0}\), mais \(g' \in \mathfrak r_i\) pour \(i \not = i_0\), voir Algèbre, lemme 00DS. Après avoir remplacé \(B'\) et \(B\) par \(B'_{g'}\) et \(B_{g'}\), nous obtenons que \(B'\) est un domaine.

Supposons que \(B'\) soit un domaine ; en particulier, \(B' \subset B'_{\mathfrak q'}\). Si \(B' \to B\) n’est pas injectif, alors \(J = \Ker(B'_{\mathfrak q'} \to B_\mathfrak q)\) est non nul. En appliquant le lemme 0GS5 à \(A_\mathfrak p \to B'_{\mathfrak q'}\), nous trouvons un élément non nul \(a \in A_\mathfrak p\) qui s’envoie sur zéro dans \(B_\mathfrak q\), contredisant l’hypothèse (4). Ceci achève la démonstration.

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m)\) un domaine local géométriquement unibranche. Soit \(A \to B\) un homomorphisme local injectif d’anneaux locaux, essentiellement de type fini. Si \(\mathfrak m B\) est l’idéal maximal de \(B\) et si l’extension induite des corps résiduels est séparable, alors \(A \to B\) est la localisation d’un homomorphisme étale d’anneaux.

Démonstration

Nous pouvons écrire \(B = C_\mathfrak q\), où \(A \to C\) est un homomorphisme d’anneaux de type fini et \(\mathfrak q \subset C\) est un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak m\). D’après Algèbre, lemme 02FM, l’homomorphisme d’anneaux \(A \to C\) est non ramifié en \(\mathfrak q\). D’après Algèbre, proposition 0395, après avoir remplacé \(C\) par une localisation principale, nous pouvons trouver un homomorphisme étale standard d’anneaux \(A \to C'\) et une surjection \(C' \to C\). Notons \(\mathfrak q' \subset C'\) l’image réciproque de \(\mathfrak q\) et posons \(B' = C'_{\mathfrak q'}\). Alors \(B' \to B\) est surjectif. Il suffit de montrer que \(B' \to B\) est aussi injectif.

Comme \(A\) est un domaine, les anneaux \(C'\) et \(B'\) sont réduits, voir le lemme 07QK. Comme \(A\) est géométriquement unibranche, l’anneau \(B'\) est un domaine, voir les lemmes 0DQ1 et 0C37. Si \(B' \to B\) n’est pas injectif, alors \(A \cap \Ker(B' \to B)\) est non nul d’après le lemme 0GS5, ce qui contredit l’hypothèse que \(A \to B\) est injectif.

Lemme

Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soient \(A\), \(B\) des \(k\)-algèbres locales strictement henséliennes de corps résiduel égal à \(k\). Soit \(C\) l’hensélisé strict de \(A \otimes_k B\) en l’idéal maximal \(\mathfrak m_A \otimes_k B + A \otimes_k \mathfrak m_B\). Alors les idéaux premiers minimaux de \(C\) sont en correspondance \(1\)-à-\(1\) avec les couples d’idéaux premiers minimaux de \(A\) et de \(B\).

Démonstration

Remarquons d’abord qu’un idéal premier minimal \(\mathfrak r\) de \(C\) s’envoie sur un idéal premier minimal \(\mathfrak p\) de \(A\) et sur un idéal premier minimal \(\mathfrak q\) de \(B\), car les homomorphismes d’anneaux \(A \to C\) et \(B \to C\) sont plats (par descente pour les homomorphismes plats d’anneaux, Algèbre, lemme 00HS). Il suffit donc de montrer que l’hensélisé strict de \((A/\mathfrak p \otimes_k B/\mathfrak q)_{ \mathfrak m_A \otimes_k B + A \otimes_k \mathfrak m_B}\) possède un unique idéal premier minimal. D’après Algèbre, lemme 05WS, les anneaux \(A/\mathfrak p\), \(B/\mathfrak q\) sont strictement henséliens. Nous pouvons donc supposer que \(A\) et \(B\) sont des domaines locaux strictement henséliens, et notre but est de montrer que \(C\) possède un unique idéal premier minimal. D’après le lemme 06DM, la clôture intégrale \(A'\) de \(A\) dans son corps des fractions est un domaine local normal de corps résiduel \(k\). Il en est de même de la clôture intégrale \(B'\) de \(B\) dans son corps des fractions. D’après Algèbre, lemme 06DF, nous voyons que \(A' \otimes_k B'\) est un anneau normal. Sa localisation \[R = (A' \otimes_k B')_{ \mathfrak m_{A'} \otimes_k B' + A' \otimes_k \mathfrak m_{B'}}\] est donc un domaine local normal. Remarquons que \(A \otimes_k B \to A' \otimes_k B'\) est entier (la montée vaut donc – Algèbre, lemme 00GU) et que \(\mathfrak m_{A'} \otimes_k B' + A' \otimes_k \mathfrak m_{B'}\) est l’unique idéal maximal de \(A' \otimes_k B'\) au-dessus de \(\mathfrak m_A \otimes_k B + A \otimes_k \mathfrak m_B\). Nous voyons donc que \[R = (A' \otimes_k B')_{ \mathfrak m_A \otimes_k B + A \otimes_k \mathfrak m_B}\] d’après Algèbre, lemme 00EA. Il s’ensuit que \[(A \otimes_k B)_{ \mathfrak m_A \otimes_k B + A \otimes_k \mathfrak m_B} \longrightarrow R\] est entier. Nous concluons que \(R\) est la clôture intégrale de \((A \otimes_k B)_{ \mathfrak m_A \otimes_k B + A \otimes_k \mathfrak m_B}\) dans son corps des fractions, et, par le lemme 06DM, nous concluons une nouvelle fois que \(C\) possède un unique idéal premier.

Branches du complété

Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Considérons les homomorphismes \(A \to A^h \to A^\wedge\). En général, l’homomorphisme \(A^h \to A^\wedge\) n’induit pas nécessairement une bijection sur les idéaux premiers minimaux, voir Exemples, section 0AL7. Autrement dit, le nombre de branches de \(A\) (tel qu’il est défini dans la définition 0C26) peut être différent du nombre de branches de \(A^\wedge\). Toutefois, sous certaines conditions, le nombre de branches est le même, par exemple si la dimension de \(A\) est \(1\).

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien.

  1. L’homomorphisme \(A^h \to A^\wedge\) définit une application surjective des idéaux premiers minimaux de \(A^\wedge\) vers les idéaux premiers minimaux de \(A^h\).

  2. Le nombre de branches de \(A\) est au plus le nombre de branches de \(A^\wedge\).

  3. Le nombre de branches géométriques de \(A\) est au plus le nombre de branches géométriques de \(A^\wedge\).

Démonstration

D’après le lemme 06LJ, l’homomorphisme \(A^h \to A^\wedge\) est plat et injectif. En combinant la descente (Algèbre, lemme 00HS) et Algèbre, lemme 00FK, nous voyons que l’assertion (1) est vraie. L’assertion (2) en découle, ainsi que de la définition 0C26 et du fait que \(A^\wedge\) est hensélien (Algèbre, lemme 04GM). D’après le lemme 06LJ, nous avons \((A^\wedge)^{sh} = A^{sh} \otimes_{A^h} A^\wedge\). Nous pouvons donc répéter les arguments ci-dessus en utilisant l’homomorphisme plat injectif \(A^{sh} \to (A^\wedge)^{sh}\) pour démontrer (3).

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Le nombre de branches de \(A\) est le même que le nombre de branches de \(A^\wedge\) si et seulement si \(\sqrt{\mathfrak qA^\wedge}\) est premier pour tout idéal premier minimal \(\mathfrak q \subset A^h\) de l’hensélisé.

Démonstration

Ceci découle du lemme 0C28 et du fait que \(A\) et \(A^\wedge\) ne possèdent qu’un nombre fini de branches, d’après Algèbre, lemme 00FR, et du fait que \(A^h\) et \(A^\wedge\) sont noethériens (lemme 06LJ).

Un lemme élémentaire de recollement.

Lemme

Soit \(A\) un anneau et soit \(I\) un idéal de type fini. Soit \(A \to C\) un homomorphisme d’anneaux tel que, pour tout \(f \in I\), l’homomorphisme d’anneaux \(A_f \to C_f\) soit la localisation en un idempotent. Alors il existe une surjection \(A \to C'\) telle que \(A_f \to (C \times C')_f\) soit un isomorphisme pour tout \(f \in I\).

Démonstration

Choisissons des générateurs \(f_1, \ldots, f_r\) de \(I\). Écrivons \[C_{f_i} = (A_{f_i})_{e_i}\] pour un certain idempotent \(e_i \in A_{f_i}\). Écrivons \(e_i = a_i/f_i^n\) pour un certain \(a_i \in A\) et un certain \(n \geq 0\) ; nous pouvons prendre le même \(n\) pour tout \(i = 1, \ldots, r\). Après avoir remplacé \(a_i\) par \(f_i^ma_i\) et \(n\) par \(n + m\) pour un \(m \gg 0\) convenable, nous pouvons supposer que \(a_i^2 = f_i^n a_i\) pour tout \(i\). Comme \(e_i\) s’envoie sur \(1\) dans \(C_{f_if_j} = (A_{f_if_j})_{e_j} = A_{f_if_ja_j}\), nous voyons que \[(f_if_ja_j)^N(f_j^n a_i - f_i^na_j) = 0\] pour un certain \(N\) (nous pouvons prendre le même \(N\) pour tous les couples \(i, j\)). En utilisant \(a_j^2 = f_j^na_j\), ceci donne \[f_i^{N + n} f_j^{N + nN} a_j = f_i^N f_j^{N + n} a_ia_j^N\] Après avoir augmenté \(n\) à \(n + N + nN\) et remplacé \(a_i\) par \(f_i^{N + nN}a_i\), nous voyons que \(f_i^n a_j\) appartient à l’idéal engendré par \(a_i\) pour tous les couples \(i, j\). Soit \(C' = A/(a_1, \ldots, a_r)\). Alors \[C'_{f_i} = A_{f_i}/(a_i) = A_{f_i}/(e_i)\] car \(a_j\) appartient à l’idéal engendré par \(a_i\) après inversion de \(f_i\). Puisque, pour un idempotent \(e\) d’un anneau \(B\), nous avons \(B = B_e \times B/(e)\), nous voyons que la conclusion du lemme vaut lorsque \(f\) est égal à l’un des \(f_1, \ldots, f_r\). En utilisant le recollement des fonctions, sous la forme de Algèbre, lemme 00EO, nous concluons que le résultat vaut pour tout \(f \in I\). En effet, pour \(f \in I\), les éléments \(f_1, \ldots, f_r\) engendrent l’idéal unité dans \(A_f\), de sorte que \(A_f \to (C \times C')_f\) est un isomorphisme si et seulement si c’est le cas après localisation en \(f_1, \ldots, f_r\).

Le lemme 0ALR peut être utilisé pour construire des extensions de type fini à partir d’extensions de type fini données du complété formel. Nous généraliserons ce lemme dans Algébrisation des espaces formels, lemme 0AKG.

Lemme

Soit \(A\) un anneau noethérien et \(I\) un idéal. Soit \(B\) une \(A\)-algèbre de type fini. Soit \(B^\wedge \to C\) un homomorphisme surjectif d’anneaux de noyau \(J\), où \(B^\wedge\) est le complété \(I\)-adique. Si \(J/J^2\) est annulé par \(I^c\) pour un certain \(c \geq 0\), alors \(C\) est isomorphe au complété d’une \(A\)-algèbre de type fini.

Démonstration

Soit \(f \in I\). Comme \(B^\wedge\) est noethérien (Algèbre, lemme 0316), nous voyons que \(J\) est un idéal de type fini. Nous concluons donc de Algèbre, lemme 00EH, que \[C_f = ((B^\wedge)_f)_e\] pour un certain idempotent \(e \in (B^\wedge)_f\). D’après le lemme 0C2A, nous pouvons trouver une surjection \(B^\wedge \to C'\) telle que \(B^\wedge \to C \times C'\) devienne un isomorphisme après inversion de tout \(f \in I\). Observons que \(C \times C'\) est une \(B^\wedge\)-algèbre finie.

Choisissons des générateurs \(f_1, \ldots, f_r \in I\). Notons \(\alpha_i : (C \times C')_{f_i} \to B_{f_i} \otimes_B B^\wedge\) l’inverse de l’isomorphisme de \((B^\wedge)_{f_i}\)-algèbres obtenu ci-dessus. Notons \(\alpha_{ij} : (B_{f_i})_{f_j} \to (B_{f_j})_{f_i}\) l’isomorphisme évident de \(B\)-algèbres. Considérons l’objet \[(C \times C', B_{f_i}, \alpha_i, \alpha_{ij})\] de la catégorie \(\text{Glue}(B \to B^\wedge, f_1, \ldots, f_r)\) introduite dans la remarque 05EL. Nous omettons la vérification des conditions (1)(a) et (1)(b). Comme \(B \to B^\wedge\) est un homomorphisme plat (Algèbre, lemme 00MB) induisant un isomorphisme \(B/IB \to B^\wedge/IB^\wedge\), nous pouvons appliquer la proposition 05ER et la remarque 05EU. Nous concluons que \(C \times C'\) est isomorphe à \(D \otimes_B B^\wedge\) pour une certaine \(B\)-algèbre finie \(D\). Alors \(D/ID \cong C/IC \times C'/IC'\). Soit \(\overline{e} \in D/ID\) l’idempotent correspondant au facteur \(C/IC\). D’après le lemme 07M4, il existe un homomorphisme étale d’anneaux \(B \to B'\) qui induit un isomorphisme \(B/IB \to B'/IB'\) tel que \(D' = D \otimes_B B'\) contienne un idempotent \(e\) relevant \(\overline{e}\). Comme \(C \times C'\) est \(I\)-adiquement complet, la paire \((C \times C', IC \times IC')\) est hensélienne (lemme 0ALJ). Nous pouvons donc factoriser l’homomorphisme \(B \to C \times C'\) par \(B'\) (voir le lemme 09XI). Ce faisant, nous pouvons remplacer \(B\) par \(B'\) et \(D\) par \(D'\) (car les complétés \(I\)-adiques n’en sont pas modifiés). Alors nous trouvons que \(D = D_e \times D_{1 - e} = D/(1 - e) \times D/(e)\) est un produit de \(A\)-algèbres de type fini, que le complété du premier facteur est \(C\) et que le complété du second facteur est \(C'\).

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien d’hensélisé \(A^h\). Soit \(\mathfrak q \subset A^\wedge\) un idéal premier minimal tel que \(\dim(A^\wedge/\mathfrak q) = 1\). Alors il existe un idéal premier minimal \(\mathfrak q^h\) de \(A^h\) tel que \(\mathfrak q = \sqrt{\mathfrak q^hA^\wedge}\).

Démonstration

Comme les complétés de \(A\) et de \(A^h\) sont les mêmes, nous pouvons supposer que \(A\) est hensélien (lemme 06LJ). Nous allons appliquer le lemme 0ALR à \(A^\wedge \to A^\wedge/J\), où \(J = \Ker(A^\wedge \to (A^\wedge)_{\mathfrak q})\). Comme \(\dim((A^\wedge)_\mathfrak q) = 0\), nous voyons que \(\mathfrak q^n \subset J\) pour un certain \(n\). Ainsi, \(J/J^2\) est annulé par \(\mathfrak q^n\). D’autre part, \((J/J^2)_\mathfrak q = 0\) car \(J_\mathfrak q = 0\). Par conséquent, \(\mathfrak m\) est le seul idéal premier associé de \(J/J^2\), et nous trouvons qu’une puissance de \(\mathfrak m\) annule \(J/J^2\). Le lemme s’applique donc, et nous trouvons que \(A^\wedge/J = C^\wedge\) pour une certaine \(A\)-algèbre de type fini \(C\).

Alors \(C/\mathfrak m C = A/\mathfrak m\), car \(A^\wedge/J\) possède la même propriété. Ainsi, \(\mathfrak m_C = \mathfrak m C\) est un idéal maximal et \(A \to C\) est non ramifié en \(\mathfrak m_C\) (Algèbre, lemme 02FM). Après avoir remplacé \(C\) par une localisation principale, nous pouvons supposer que \(C\) est un quotient d’une \(A\)-algèbre étale \(B\), voir Algèbre, proposition 0395. Cependant, comme l’extension de corps résiduels de \(A \to C_{\mathfrak m_C}\) est triviale et que \(A\) est hensélien, nous concluons que \(B = A\), à nouveau après une localisation. Ainsi, \(C = A/I\) pour un certain idéal \(I \subset A\), et il s’ensuit que \(J = IA^\wedge\) (car la complétion est exacte dans notre situation d’après Algèbre, lemme 00MB) et que \(I = J \cap A\) (par platitude de \(A \to A^\wedge\)). Comme \(\mathfrak q^n \subset J \subset \mathfrak q\), nous voyons que \(\mathfrak p = \mathfrak q \cap A\) satisfait \(\mathfrak p^n \subset I \subset \mathfrak p\). Alors \(\sqrt{\mathfrak p A^\wedge} = \mathfrak q\), ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Le spectre épointé de \(A^\wedge\) est non connexe si et seulement si le spectre épointé de \(A^h\) est non connexe.

Démonstration

Comme les complétés de \(A\) et de \(A^h\) sont les mêmes, nous pouvons supposer que \(A\) est hensélien (lemme 06LJ).

Comme \(A \to A^\wedge\) est fidèlement plat (voir la référence qui précède), l’application du spectre épointé de \(A^\wedge\) vers le spectre épointé de \(A\) est surjective (voir Algèbre, lemme 00HQ). Par conséquent, si le spectre épointé de \(A\) est non connexe, alors il en est de même de celui de \(A^\wedge\).

Supposons que le spectre épointé de \(A^\wedge\) soit non connexe. Cela signifie que \[\Spec(A^\wedge) \setminus \{\mathfrak m^\wedge\} = Z \amalg Z'\] où \(Z\) et \(Z'\) sont fermés. Soient \(\overline{Z}, \overline{Z}' \subset \Spec(A^\wedge)\) leurs adhérences. Écrivons \(\overline{Z} = V(J)\), \(\overline{Z}' = V(J')\) pour certains idéaux \(J, J' \subset A^\wedge\). Alors \(V(J + J') = \{\mathfrak m^\wedge\}\) et \(V(JJ') = \Spec(A^\wedge)\). La première égalité signifie que \(\mathfrak m^\wedge = \sqrt{J + J'}\), ce qui implique que \((\mathfrak m^\wedge)^e \subset J + J'\) pour un certain \(e \geq 1\). La seconde égalité implique que tout élément de \(JJ'\) est nilpotent, et donc que \((JJ')^n = 0\) pour un certain \(n \geq 1\). En combinant ces faits, nous obtenons que \(J^n/J^{2n}\) est annulé par \(J^n\) et \((J')^n\), et donc par \((\mathfrak m^\wedge)^{2en}\). Nous pouvons ainsi appliquer le lemme 0ALR pour voir qu’il existe une \(A\)-algèbre de type fini \(C\) et un isomorphisme \(A^\wedge/J^n = C^\wedge\).

La suite de la démonstration est exactement la même que la seconde partie de la démonstration du lemme 0C2B ; bien sûr, ce lemme est un cas particulier du présent lemme ! Nous avons \(C/\mathfrak m C = A/\mathfrak m\), car \(A^\wedge/J^n\) possède la même propriété. Ainsi, \(\mathfrak m_C = \mathfrak m C\) est un idéal maximal et \(A \to C\) est non ramifié en \(\mathfrak m_C\) (Algèbre, lemme 02FM). Après avoir remplacé \(C\) par une localisation principale, nous pouvons supposer que \(C\) est un quotient d’une \(A\)-algèbre étale \(B\), voir Algèbre, proposition 0395. Cependant, comme l’extension de corps résiduels de \(A \to C_{\mathfrak m_C}\) est triviale et que \(A\) est hensélien, nous concluons que \(B = A\), à nouveau après une localisation. Ainsi, \(C = A/I\) pour un certain idéal \(I \subset A\), et il s’ensuit que \(J^n = IA^\wedge\) (car la complétion est exacte dans notre situation d’après Algèbre, lemme 00MB) et que \(I = J^n \cap A\) (par platitude de \(A \to A^\wedge\)). Par symétrie, \(I' = (J')^n \cap A\) satisfait \((J')^n = I'A^\wedge\). Alors \(\mathfrak m^e \subset I + I'\) et \(II' = 0\), et nous concluons que \(V(I)\) et \(V(I')\) sont des sous-schémas fermés qui donnent la décomposition en union disjointe recherchée du spectre épointé de \(A\).

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension \(1\). Alors le nombre de branches (géométriques) de \(A\) et de \(A^\wedge\) est le même.

Démonstration

Pour le voir pour le nombre de branches, combinons les lemmes 0C28, 0C29 et 0C2B et utilisons le fait que la dimension de \(A^\wedge\) est un, voir le lemme 07NV. Pour voir que cela est vrai pour le nombre de branches géométriques, nous utilisons le résultat pour les branches, le fait que la dimension ne change pas par hensélisation stricte (lemme 06LK) et le fait que \((A^{sh})^\wedge = ((A^\wedge)^{sh})^\wedge\) d’après le lemme 06LJ.

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Si les fibres formelles de \(A\) sont géométriquement normales (par exemple si \(A\) est excellent ou quasi-excellent), alors \(A\) est de Nagata et le nombre de branches (géométriques) de \(A\) et de \(A^\wedge\) est le même.

Démonstration

Comme un anneau normal est réduit, nous voyons que \(A\) est de Nagata d’après le lemme 0BJ0. Dans la suite de la démonstration, nous utiliserons le lemme 0BIX, la proposition 0BIV et le lemme 0BIU. Ceux-ci nous disent que \(A\) est un anneau P, où \(P(k \to R) =\)“\(R\) est géométriquement normal sur \(k\)”, et qu’il en est de même de toute \(A\)-algèbre (essentiellement) de type fini.

Soit \(\mathfrak q \subset A\) un idéal premier minimal. Alors \(A^\wedge/\mathfrak q A^\wedge = (A/\mathfrak q)^\wedge\) et \(A^h/\mathfrak qA^h = (A/\mathfrak q)^h\) (Algèbre, lemme 05WQ). Ainsi, le nombre de branches de \(A\) est la somme des nombres de branches des anneaux \(A/\mathfrak q\), et de même pour \(A^\wedge\). Nous nous ramenons ainsi au cas où \(A\) est un domaine.

Supposons que \(A\) soit un domaine. Soit \(A'\) la clôture intégrale de \(A\) dans le corps des fractions \(K\) de \(A\). Comme \(A\) est de Nagata, nous voyons que \(A \to A'\) est fini. Rappelons que le nombre de branches de \(A\) est le nombre d’idéaux maximaux \(\mathfrak m'\) de \(A'\) (lemme 0C24). Rappelons aussi que \[(A')^\wedge = A' \otimes_A A^\wedge = \prod\nolimits_{\mathfrak m' \subset A'} (A'_{\mathfrak m'})^\wedge\] d’après Algèbre, lemme 07N9. Comme \(A'_{\mathfrak m'}\) est un anneau local dont les fibres formelles sont géométriquement normales, nous voyons que \((A'_{\mathfrak m'})^\wedge\) est normal (lemme 0C23). Par conséquent, les idéaux premiers minimaux de \(A' \otimes_A A^\wedge\) sont en correspondance \(1\)-à-\(1\) avec les facteurs de la décomposition ci-dessus. Par platitude de \(A \to A^\wedge\), nous avons \[A^\wedge \subset A' \otimes_A A^\wedge \subset K \otimes_A A^\wedge\] Comme les anneaux de gauche et de droite ont le même ensemble d’idéaux premiers minimaux, il en est de même de l’anneau du milieu (petit détail omis), ce qui achève la démonstration.

Pour voir que cela est vrai pour le nombre de branches géométriques, nous utilisons le résultat pour les branches, le fait que les fibres formelles de \(A^{sh}\) sont géométriquement normales (lemmes 0BIX et 0C36) et le fait que \((A^{sh})^\wedge = ((A^\wedge)^{sh})^\wedge\) d’après le lemme 06LJ.

Anneaux formellement caténaires

Dans cette section, nous démontrons un théorème de Ratliff [Ratliff] selon lequel un anneau local noethérien est universellement caténaire si et seulement s’il est formellement caténaire.

Définition

Un anneau local noethérien \(A\) est formellement caténaire si, pour tout idéal premier minimal \(\mathfrak p \subset A\), le spectre de \(A^\wedge/\mathfrak p A^\wedge\) est équidimensionnel.

Soit \(A\) un anneau local noethérien formellement caténaire. D’après le résultat de Ratliff (proposition 0AW6), nous voyons que tout quotient de \(A\) est également formellement caténaire (car la classe des anneaux universellement caténaires est stable par quotients). Nous concluons que le spectre de \(A^\wedge/\mathfrak p A^\wedge\) est équidimensionnel pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(A\).

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien qui n’est pas formellement caténaire. Alors \(A\) n’est pas universellement caténaire.

Démonstration

Par hypothèse, il existe un idéal premier minimal \(\mathfrak p \subset A\) tel que le spectre de \(A^\wedge /\mathfrak p A^\wedge\) ne soit pas équidimensionnel. Après avoir remplacé \(A\) par \(A/\mathfrak p\), nous pouvons supposer que \(A\) est un domaine et que le spectre de \(A^\wedge\) n’est pas équidimensionnel. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier minimal de \(A^\wedge\) tel que \(d = \dim(A^\wedge/\mathfrak q)\) soit minimal, et donc \(0 < d < \dim(A)\). Nous démontrons le lemme par récurrence sur \(d\).

Le cas \(d = 1\). Dans ce cas, \(\dim(A^\wedge_\mathfrak q) = 0\). Ainsi, \(A^\wedge_\mathfrak q\) est local artinien, et nous voyons que, pour un certain \(n > 0\), l’idéal \(J = \mathfrak q^n\) s’envoie sur zéro dans \(A^\wedge_\mathfrak q\). Il s’ensuit que \(\mathfrak m\) est le seul idéal premier associé de \(J/J^2\), si bien que \(\mathfrak m^m\) annule \(J/J^2\) pour un certain \(m > 0\). Nous pouvons donc utiliser le lemme 0ALR pour trouver \(A \to B\) de type fini tel que \(B^\wedge \cong A^\wedge/J\). Il s’ensuit que \(\mathfrak m_B = \sqrt{\mathfrak mB}\) est un idéal maximal de même corps résiduel que \(\mathfrak m\), et que \(B^\wedge\) est le complété \(\mathfrak m_B\)-adique (Algèbre, lemme 0394). Alors \[\dim(B_{\mathfrak m_B}) = \dim(B^\wedge) = 1 = d.\] Comme nous avons la factorisation \(A \to B \to A^\wedge/J\), l’image réciproque de \(\mathfrak q/J\) est un idéal premier \(\mathfrak q' \subset \mathfrak m_B\) au-dessus de \((0)\) dans \(A\). Ainsi, si \(A\) était universellement caténaire, la formule de dimension (Algèbre, lemme 02IJ) donnerait \[\begin{align*} \dim(B_{\mathfrak m_B}) & \geq \dim((B/\mathfrak q')_{\mathfrak m_B}) \\ & = \dim(A) + \text{trdeg}_A(B/\mathfrak q') - \text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak m)}(\kappa(\mathfrak m_B)) \\ & = \dim(A) + \text{trdeg}_A(B/\mathfrak q') \end{align*}\] Cette contradiction achève l’argument dans le cas \(d = 1\).

Supposons \(d > 1\). Soit \(Z \subset \Spec(A^\wedge)\) la réunion des composantes irréductibles distinctes de \(V(\mathfrak q)\). Soient \(\mathfrak r_1, \ldots, \mathfrak r_m \subset A^\wedge\) les idéaux premiers correspondant aux composantes irréductibles de \(V(\mathfrak q) \cap Z\) de dimension \(> 0\). Choisissons \(f \in \mathfrak m\), \(f \not \in A \cap \mathfrak r_j\), en utilisant l’évitement des idéaux premiers (Algèbre, lemme 00DS). Alors \(\dim(A/fA) = \dim(A) - 1\) et il existe une composante irréductible de \(V(\mathfrak q, f)\) de dimension \(d - 1\). Ainsi, \(A/fA\) n’est pas formellement caténaire et l’invariant \(d\) a diminué. Par récurrence, \(A/fA\) n’est pas universellement caténaire, donc \(A\) n’est pas universellement caténaire.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local plat d’anneaux locaux noethériens. Supposons que \(B\) soit caténaire et que \(\Spec(B)\) soit équidimensionnel. Alors

  1. \(\Spec(B/\mathfrak p B)\) est équidimensionnel pour tout \(\mathfrak p \subset A\), et

  2. \(A\) est caténaire et \(\Spec(A)\) est équidimensionnel.

Démonstration

Soit \(\mathfrak p \subset A\) un idéal premier. Soit \(\mathfrak q \subset B\) un idéal premier minimal au-dessus de \(\mathfrak pB\). Alors \(\mathfrak q \cap A = \mathfrak p\) par descente pour \(A \to B\) (Algèbre, lemme 00HS). Ainsi, \(A_\mathfrak p \to B_\mathfrak q\) est un homomorphisme local plat d’anneaux dont la fibre spéciale est de dimension \(0\), et donc \[\dim(A_\mathfrak p) = \dim(B_\mathfrak q) = \dim(B) - \dim(B/\mathfrak q)\] (Algèbre, lemme 00ON). La seconde égalité vaut parce que \(\Spec(B)\) est équidimensionnel et \(B\) est caténaire. Ainsi, \(\dim(B/\mathfrak q)\) est indépendant du choix de \(\mathfrak q\), et nous concluons que \(\Spec(B/\mathfrak p B)\) est équidimensionnel de dimension \(\dim(B) - \dim(A_\mathfrak p)\). D’autre part, nous avons \(\dim(B/\mathfrak p B) = \dim(A/\mathfrak p) + \dim(B/\mathfrak m_A B)\) et \(\dim(B) = \dim(A) + \dim(B/\mathfrak m_A B)\) par platitude (voir le lemme cité ci-dessus), et nous obtenons \[\dim(A_\mathfrak p) = \dim(A) - \dim(A/\mathfrak p)\] pour tout \(\mathfrak p\) de \(A\). En appliquant ceci à tous les idéaux premiers minimaux de \(A\), nous voyons que \(A\) est équidimensionnel. Si \(\mathfrak p \subset \mathfrak p'\) est une inclusion stricte sans idéal premier intermédiaire, alors nous pouvons appliquer ce qui précède à l’idéal premier \(\mathfrak p'/\mathfrak p\) de \(A/\mathfrak p\), car \(A/\mathfrak p \to B/\mathfrak p B\) est plat et \(\Spec(B/\mathfrak p B)\) est équidimensionnel, pour obtenir \[1 = \dim((A/\mathfrak p)_{\mathfrak p'}) = \dim(A/\mathfrak p) - \dim(A/\mathfrak p')\] Ainsi, \(\mathfrak p \mapsto \dim(A/\mathfrak p)\) est une fonction de dimension, et nous concluons que \(A\) est caténaire.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local noethérien formellement caténaire. Alors \(A\) est universellement caténaire.

Démonstration

Nous pouvons remplacer \(A\) par \(A/\mathfrak p\), où \(\mathfrak p\) est un idéal premier minimal de \(A\), voir Algèbre, lemme 0AUP. Nous pouvons donc supposer que le spectre de \(A^\wedge\) est équidimensionnel. Il suffit de montrer que tout anneau local essentiellement de type fini sur \(A\) est caténaire (voir par exemple Algèbre, lemme 0AUN). Il suffit donc de montrer que \(A[x_1, \ldots, x_n]_\mathfrak m\) est caténaire, où \(\mathfrak m \subset A[x_1, \ldots, x_n]\) est un idéal maximal au-dessus de \(\mathfrak m_A\), voir Algèbre, lemme 0AUG (et Algèbre, lemmes 00NK et 00NJ). Soit \(\mathfrak m' \subset A^\wedge[x_1, \ldots, x_n]\) l’unique idéal maximal au-dessus de \(\mathfrak m\). Alors \[A[x_1, \ldots, x_n]_\mathfrak m \to A^\wedge[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak m'}\] est local et plat (Algèbre, lemme 00MB). Il suffit donc de montrer que l’anneau du membre de droite est caténaire et de spectre équidimensionnel, voir le lemme 0AW4. Il est caténaire car les anneaux locaux complets sont universellement caténaires (Algèbre, remarque 032C). Choisissons un idéal premier minimal quelconque \(\mathfrak q\) de \(A^\wedge[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak m'}\). Alors \(\mathfrak q = \mathfrak p A^\wedge[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak m'}\) pour un certain idéal premier minimal \(\mathfrak p\) de \(A^\wedge\) (petit détail omis). Par conséquent, \[\dim(A^\wedge[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak m'}/\mathfrak q) = \dim(A^\wedge/\mathfrak p) + n = \dim(A^\wedge) + n\] la première égalité venant de Algèbre, lemme 00ON, et la seconde du fait que le spectre de \(A^\wedge\) est équidimensionnel. Ceci achève la démonstration.

Proposition

Un anneau local noethérien est universellement caténaire si et seulement s’il est formellement caténaire.

Démonstration

Combiner les lemmes 0AW3 et 0AW5.

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien dont les fibres formelles sont géométriquement normales. Alors

  1. \(A^h\) est universellement caténaire, et

  2. si \(A\) est unibranche (par exemple normal), alors \(A\) est universellement caténaire.

Démonstration

D’après le lemme 0C2E, les nombres de branches de \(A\) et de \(A^\wedge\) sont les mêmes, et le lemme 0C29 s’applique donc. Alors, pour tout idéal premier minimal \(\mathfrak q \subset A^h\), nous voyons que \(A^\wedge/\mathfrak q A^\wedge\) possède un unique idéal premier minimal. Ainsi, \(A^h\) est formellement caténaire (par définition) et donc universellement caténaire d’après la proposition 0AW6. Si \(A\) est unibranche, alors \(A^h\) possède un unique idéal premier minimal, donc \(A^\wedge\) possède un unique idéal premier minimal, donc \(A\) est formellement caténaire et nous concluons de la même manière.

Actions de groupes et clôture intégrale

Cette section prolonge en un certain sens Algèbre, section 037E. On trouvera davantage de résultats du même genre dans Groupes fondamentaux, section 0BSN.

Lemme

Soit \(\varphi : A \to B\) une surjection d’anneaux. Soit \(G\) un groupe fini d’ordre \(n\) agissant sur \(\varphi : A \to B\). Si \(b \in B^G\), alors il existe un polynôme unitaire \(P \in A^G[T]\) qui s’envoie sur \((T - b)^n\) dans \(B^G[T]\).

Démonstration

Choisissons \(a \in A\) relevant \(b\) et posons \(P = \prod_{\sigma \in G} (T - \sigma(a))\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(G\) un groupe fini agissant sur \(R\). Soit \(I \subset R\) un idéal tel que \(\sigma(I) \subset I\) pour tout \(\sigma \in G\). Alors \(R^G/I^G \subset (R/I)^G\) est une extension entière d’anneaux qui induit un homéomorphisme sur les spectres et des extensions purement inséparables des corps résiduels.

Démonstration

Comme \(I^G = R^G \cap I\), il est clair que l’homomorphisme est injectif. Le lemme 0BRF montre que Algèbre, lemme 09EF, s’applique.

Lemme

Soit \(G\) un groupe fini d’ordre \(n\) agissant sur un anneau \(R\). Soit \(J \subset R^G\) un idéal. Pour \(x \in JR\), nous avons \(\prod_{\sigma \in G} (T - \sigma(x)) = T^n + a_1 T^{n - 1} + \ldots + a_n\), où \(a_i \in J\).

Démonstration

Observons que le polynôme est bien unitaire et que ses coefficients appartiennent à \(R^G\). Nous pouvons écrire \(x = f_1 b_1 + \ldots + f_m b_m\) avec \(f_j \in J\) et \(b_j \in R\). Ainsi, en raisonnant par récurrence sur \(m\), nous pouvons supposer que \(x = y - fb\) avec \(f \in J\), \(b \in R\) et \(y \in JR\), et que le résultat vaut pour \(y\). Alors nous voyons que \[\prod\nolimits_{\sigma \in G} (T - \sigma(x)) = \prod\nolimits_{\sigma \in G} (T - \sigma(y) + f\sigma(b)) = \prod\nolimits_{\sigma \in G} (T - \sigma(y)) + \sum_{i = 1, \ldots, n} f^i a_i\] où \[a_i = \sum\nolimits_{S \subset G,\ |S| = i} \prod\nolimits_{\sigma \in S} \sigma(b) \prod\nolimits_{\sigma \not \in S} (T - \sigma(y))\] Un calcul que nous omettons montre que \(a_i \in R^G\) (indication : l’expression donnée est symétrique). Ainsi, le polynôme de l’énoncé du lemme pour \(x\) est congru modulo \(J\) au polynôme correspondant à \(y\), ce qui démontre l’étape de récurrence.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(G\) un groupe fini d’ordre \(n\) agissant sur \(R\). Soit \(J \subset R^G\) un idéal. Alors \(R^G/J \to (R/JR)^G\) est un homomorphisme d’anneaux tel que

  1. pour \(b \in (R/JR)^G\), il existe un polynôme unitaire \(P \in R^G/J[T]\) dont l’image dans \((R/JR)^G[T]\) est \((T - b)^n\),

  2. pour \(a \in \Ker(R^G/J \to (R/JR)^G)\), nous avons \((T - a)^n = T^n\) dans \(R^G/J[T]\).

En particulier, \(R^G/J \to (R/JR)^G\) est un homomorphisme entier d’anneaux qui induit des homéomorphismes sur les spectres et des extensions purement inséparables des corps résiduels.

Démonstration

L’assertion (1) découle du lemme 0BRF avec \(I = JR\). Si \(a\) est comme dans l’assertion (2), alors \(a\) est l’image de \(x \in R^G \cap JR\). Par conséquent, \((T - x)^n = \prod_{\sigma \in G} (T - \sigma(x))\) est congru à \(T^n\) modulo \(J\) d’après le lemme 0H34. Ceci démontre l’assertion (2). Pour la dernière assertion, nous pouvons appliquer Algèbre, lemme 09EF.

Remarque

Dans le lemme 0H35, nous voyons que l’homomorphisme \(R^G/J \to (R/JR)^G\) est un isomorphisme si \(n\) est inversible dans \(R\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(G\) un groupe fini d’ordre \(n\) agissant sur \(R\). Soit \(A\) une \(R^G\)-algèbre.

  1. pour \(b \in (A \otimes_{R^G} R)^G\), il existe un polynôme unitaire \(P \in A[T]\) dont l’image dans \((A \otimes_{R^G} R)^G[T]\) est \((T - b)^n\),

  2. pour \(a \in \Ker(A \to (A \otimes_{R^G} R)^G)\), nous avons \((T - a)^n = T^n\) dans \(A[T]\).

Démonstration

Choisissons une surjection \(E \to A\), où \(E\) est une algèbre polynomiale sur \(R^G\). Alors \((E \otimes_{R^G} R)^G = E\), car \(E\) est libre comme \(R^G\)-module. Notons \(J = \Ker(E \to A)\). Comme le produit tensoriel est exact à droite, nous voyons que \(A \otimes_{R^G} R\) est le quotient de \(E \otimes_{R^G} R\) par l’idéal engendré par \(J\). Nous voyons ainsi que notre lemme est un cas particulier du lemme 0H35.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(G\) un groupe fini agissant sur \(R\). Soit \(R^G \to A\) un homomorphisme d’anneaux. L’homomorphisme \[A \to (A \otimes_{R^G} R)^G\] est un isomorphisme si \(R^G \to A\) est plat. En général, cet homomorphisme est entier, induit un homéomorphisme sur les spectres et induit des extensions purement inséparables des corps résiduels.

Démonstration

Pour voir la première assertion, considérons la suite exacte \(0 \to R^G \to R \to \bigoplus_{\sigma \in G} R\), où le second homomorphisme envoie \(x\) sur \((\sigma(x) - x)_{\sigma \in G}\). Après tensorisation par \(A\), la suite reste exacte si \(R^G \to A\) est plat. Ainsi, \(A\) est l’anneau des \(G\)-invariants de \((A \otimes_{R^G} R)^G\).

La seconde assertion découle du lemme 0BRG et de Algèbre, lemme 09EF.

Lemme

Soit \(G\) un groupe fini agissant sur un anneau \(R\). Pour deux idéaux premiers quelconques \(\mathfrak q, \mathfrak q' \subset R\) au-dessus du même idéal premier de \(R^G\), il existe un \(\sigma \in G\) tel que \(\sigma(\mathfrak q) = \mathfrak q'\).

Démonstration

L’extension \(R^G \subset R\) est entière, car tout \(x \in R\) est racine du polynôme unitaire \(\prod_{\sigma \in G}(T - \sigma(x))\) de \(R^G[T]\). Ainsi, il n’existe aucune relation d’inclusion entre les idéaux premiers au-dessus d’un idéal premier donné \(\mathfrak p\) (Algèbre, lemme 00GT). Si le lemme était faux, alors nous pourrions choisir \(x \in \mathfrak q'\), \(x \not \in \sigma(\mathfrak q)\) pour tout \(\sigma \in G\). Voir Algèbre, lemme 00DS. Alors \(y = \prod_{\sigma \in G} \sigma(x)\) appartient à \(R^G\) et à \(\mathfrak p = R^G \cap \mathfrak q'\). D’autre part, \(x \not \in \sigma(\mathfrak q)\) pour tout \(\sigma\) signifie que \(\sigma(x) \not \in \mathfrak q\) pour tout \(\sigma\). Par conséquent, \(y \not \in \mathfrak q\), car \(\mathfrak q\) est un idéal premier. C’est impossible puisque \(y \in \mathfrak p \subset \mathfrak q\).

Lemme

Soit \(G\) un groupe fini agissant sur un anneau \(R\). Soit \(\mathfrak q \subset R\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R^G\). Alors \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) est une extension algébrique normale et l’homomorphisme \[D = \{\sigma \in G \mid \sigma(\mathfrak q) = \mathfrak q\} \longrightarrow \text{Aut}(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p))\] est surjectif19.

Démonstration

Avec \(A = (R^G)_\mathfrak p\) et \(B = A \otimes_{R^G} R\), nous voyons que \(A = B^G\) car la localisation est plate, voir le lemme 0BRH. Observons que \(\mathfrak pA\) et \(\mathfrak qB\) sont des idéaux premiers, que \(D\) est le stabilisateur de \(\mathfrak qB\), et que \(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak pA)\) et \(\kappa(\mathfrak q) = \kappa(\mathfrak qB)\). Nous pouvons donc remplacer \(R\) par \(B\) et supposer que \(\mathfrak p\) est un idéal maximal. Comme \(R^G \subset R\) est une extension entière d’anneaux, nous trouvons que les idéaux maximaux de \(R\) sont exactement les idéaux premiers au-dessus de \(\mathfrak p\) (cela découle de Algèbre, lemmes 00GT et 00GU). D’après le lemme 0BRI, ils sont en nombre fini, \(\mathfrak q = \mathfrak q_1, \mathfrak q_2, \ldots, \mathfrak q_m\) et forment une seule orbite sous \(G\). D’après le théorème chinois des restes (Algèbre, lemme 00DT), l’homomorphisme \(R \to \prod_{j = 1, \ldots, m} R/\mathfrak q_j\) est surjectif.

Nous démontrons d’abord que l’extension est normale. Choisissons un élément \(\alpha \in \kappa(\mathfrak q)\). Nous devons montrer que le polynôme minimal \(P\) de \(\alpha\) sur \(\kappa(\mathfrak p)\) est complètement scindé. D’après ce qui précède, nous pouvons choisir \(a \in \mathfrak q_2 \cap \ldots \cap \mathfrak q_m\) qui s’envoie sur \(\alpha\) dans \(\kappa(\mathfrak q)\). Considérons le polynôme \(Q = \prod_{\sigma \in G} (T - \sigma(a))\) de \(R^G[T]\). L’image de \(Q\) dans \(R[T]\) est complètement scindée en facteurs linéaires ; il en est donc de même de son image dans \(\kappa(\mathfrak q)[T]\). Comme \(P\) divise l’image de \(Q\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[T]\), nous concluons que \(P\) est complètement scindé en facteurs linéaires sur \(\kappa(\mathfrak q)\), comme désiré.

Comme \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) est normale, nous pouvons écrire \(\kappa(\mathfrak q) = \kappa_1 \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa_2\) avec \(\kappa_1/\kappa(\mathfrak p)\) purement inséparable et \(\kappa_2/\kappa(\mathfrak p)\) galoisienne, voir Corps, lemme 030M. Choisissons \(\alpha \in \kappa_2\) qui engendre \(\kappa_2\) sur \(\kappa(\mathfrak p)\) si cette extension est finie, et qui engendre un sous-corps de degré \(> |G|\) si elle est infinie (afin d’obtenir une contradiction). Ceci est possible d’après Corps, lemme 030N. Choisissons \(a\), \(P\) et \(Q\) comme dans le paragraphe précédent. Si \(\alpha' \in \kappa_2\) est un conjugué galoisien de \(\alpha\) sur \(\kappa(\mathfrak p)\), alors le fait que \(P\) divise l’ image de \(P\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[T]\) montre qu’il existe un \(\sigma \in G\) tel que \(\sigma(a)\) s’envoie sur \(\alpha'\). Par notre choix de \(a\) (qui s’annule aux autres idéaux maximaux), ceci implique que \(\sigma \in D\) et que l’image de \(\sigma\) dans \(\text{Aut}(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p))\) envoie \(\alpha\) sur \(\alpha'\). Nous obtenons ainsi la surjectivité, ou bien l’absurdité recherchée dans le cas où \(\alpha\) est de degré \(> |G|\) sur \(\kappa(\mathfrak p)\).

Lemme

Soit \(A\) un domaine normal de corps des fractions \(K\). Soit \(L/K\) une extension galoisienne (éventuellement infinie). Soit \(G = \text{Gal}(L/K)\) et soit \(B\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\).

  1. Pour deux idéaux premiers quelconques \(\mathfrak q, \mathfrak q' \subset B\) au-dessus du même idéal premier de \(A\), il existe un \(\sigma \in G\) tel que \(\sigma(\mathfrak q) = \mathfrak q'\).

  2. Soit \(\mathfrak q \subset B\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset A\). Alors \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) est une extension algébrique normale et l’homomorphisme \[D = \{\sigma \in G \mid \sigma(\mathfrak q) = \mathfrak q\} \longrightarrow \text{Aut}(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p))\] est surjectif.

Démonstration

Démonstration de (1). Considérons les couples \((M, \sigma)\) où \(K \subset M \subset L\) est un sous-corps tel que \(M/K\) soit galoisienne, \(\sigma \in \text{Gal}(M/K)\) et \(\sigma(\mathfrak q \cap M) = \mathfrak q' \cap M\). Nous disons que \((M', \sigma') \geq (M, \sigma)\) si et seulement si \(M \subset M'\) et \(\sigma'|_M = \sigma\). Observons que \((K, \text{id}_K)\) est un tel couple puisque \(A = K \cap B\), car \(A\) est un domaine normal. L’ensemble de ces couples satisfait les hypothèses du lemme de Zorn ; il existe donc un couple maximal \((M, \sigma)\). Si \(M \not = L\), alors nous pouvons trouver \(M \subset M' \subset L\) avec \(M'/M\) non triviale et finie et \(M'/K\) galoisienne (Corps, lemme 0BMG). Choisissons \(\sigma' \in \text{Gal}(M'/K)\) dont la restriction à \(M\) est \(\sigma\) (Corps, lemme 0BMK). Alors les idéaux premiers \(\sigma'(\mathfrak q \cap M')\) et \(\mathfrak q' \cap M'\) se restreignent au même idéal premier de \(B \cap M\). Comme \(B \cap M = (B \cap M')^{\text{Gal}(M'/M)}\), nous pouvons utiliser le lemme 0BRI pour trouver \(\tau \in \text{Gal}(M'/M)\) tel que \(\tau(\sigma'(\mathfrak q \cap M')) = \mathfrak q' \cap M'\). Ainsi, \((M', \tau \circ \sigma') > (M, \sigma)\), ce qui contredit la maximalité de \((M, \sigma)\).

L’assertion (2) se démontre exactement de la même manière que l’assertion (1). Nous donnons les détails. Choisissons \(\overline{\sigma} \in \text{Aut}(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p))\). Considérons les couples \((M, \sigma)\) où \(K \subset M \subset L\) est un sous-corps tel que \(M/K\) soit galoisienne, \(\sigma \in \text{Gal}(M/K)\) et \(\sigma(\mathfrak q \cap M) = \mathfrak q \cap M\), et où le diagramme \[\xymatrix{ \kappa(\mathfrak q \cap M) \ar[r] \ar[d]_\sigma & \kappa(\mathfrak q) \ar[d]_{\overline{\sigma}} \\ \kappa(\mathfrak q \cap M) \ar[r] & \kappa(\mathfrak q) }\] est commutatif. Nous disons que \((M', \sigma') \geq (M, \sigma)\) si et seulement si \(M \subset M'\) et \(\sigma'|_M = \sigma\). Comme ci-dessus, \((K, \text{id}_K)\) est un tel couple. L’ensemble de ces couples satisfait les hypothèses du lemme de Zorn ; il existe donc un couple maximal \((M, \sigma)\). Si \(M \not = L\), alors nous pouvons trouver \(M \subset M' \subset L\) avec \(M'/M\) finie et \(M'/K\) galoisienne (Corps, lemme 0BMG). Choisissons \(\sigma' \in \text{Gal}(M'/K)\) dont la restriction à \(M\) est \(\sigma\) (Corps, lemme 0BMK). Alors les idéaux premiers \(\sigma'(\mathfrak q \cap M')\) et \(\mathfrak q \cap M'\) se restreignent au même idéal premier de \(B \cap M\). En ajustant le choix de \(\sigma'\) comme dans le premier paragraphe, nous pouvons supposer que \(\sigma'(\mathfrak q \cap M') = \mathfrak q \cap M'\). Alors \(\sigma'\) et \(\overline{\sigma}\) définissent des homomorphismes \(\kappa(\mathfrak q \cap M') \to \kappa(\mathfrak q)\) qui coïncident sur \(\kappa(\mathfrak q \cap M)\). Comme \(B \cap M = (B \cap M')^{\text{Gal}(M'/M)}\), nous pouvons utiliser le lemme 0BRJ pour trouver \(\tau \in \text{Gal}(M'/M)\) tel que \(\tau(\mathfrak q \cap M') = \mathfrak q \cap M'\) et tel que \(\tau \circ \sigma\) et \(\overline{\sigma}\) induisent le même homomorphisme sur \(\kappa(\mathfrak q \cap M')\). Il y a ici un petit détail : le lemme garantit d’abord que \(\kappa(\mathfrak q \cap M')/\kappa(\mathfrak q \cap M)\) est normale, ce qui nous dit ensuite que la différence entre les homomorphismes est un automorphisme de cette extension (Corps, lemme 0BR4), auquel nous pouvons appliquer le lemme pour obtenir \(\tau\). Ainsi, \((M', \tau \circ \sigma') > (M, \sigma)\), ce qui contredit la maximalité de \((M, \sigma)\).

Lemme

Soit \(A\) un domaine normal de corps des fractions \(K\). Soit \(M/L/K\) une tour d’extensions galoisiennes (éventuellement infinies) de \(K\). Soient \(H = \text{Gal}(M/K)\) et \(G = \text{Gal}(L/K)\), et soient \(C\) et \(B\) les clôtures intégrales de \(A\) dans \(M\) et \(L\). Soient \(\mathfrak r \subset C\) et \(\mathfrak q = B \cap \mathfrak r\). Posons \(D_\mathfrak r = \{\tau \in H \mid \tau(\mathfrak r) = \mathfrak r\}\) et \(I_\mathfrak r = \{\tau \in D_\mathfrak r \mid \tau \bmod \mathfrak r = \text{id}_{\kappa(\mathfrak r)}\}\) et définissons de même \(D_\mathfrak q\) et \(I_\mathfrak q\). Sous l’homomorphisme \(H \to G\), les homomorphismes induits \(D_\mathfrak r \to D_\mathfrak q\) et \(I_\mathfrak r \to I_\mathfrak q\) sont surjectifs.

Démonstration

Soit \(\sigma \in D_\mathfrak q\). Choisissons \(\tau \in H\) s’envoyant sur \(\sigma\). Ceci est possible d’après Corps, lemme 0BMK. Alors \(\tau(\mathfrak r)\) et \(\mathfrak r\) sont tous deux au-dessus de \(\mathfrak q\). Par conséquent, d’après le lemme 0BRK, il existe un \(\sigma' \in \text{Gal}(M/L)\) tel que \(\sigma'(\tau(\mathfrak r)) = \mathfrak r\). Ainsi, \(\sigma'\tau \in D_\mathfrak r\) s’envoie sur \(\sigma\). Le cas des groupes d’inertie se démontre exactement de la même manière en utilisant la surjectivité sur les groupes d’automorphismes.

Extensions d’anneaux de valuation discrète

Dans cette section et les quelques suivantes, nous utilisons les définitions ci-dessous.

Définition

Nous disons que \(A \to B\) ou \(A \subset B\) est une extension d’anneaux de valuation discrète si \(A\) et \(B\) sont des anneaux de valuation discrète et si \(A \to B\) est injectif et local. En particulier, si \(\pi_A\) et \(\pi_B\) sont des uniformisants de \(A\) et de \(B\), alors \(\pi_A = u \pi_B^e\) pour un certain \(e \geq 1\) et une unité \(u\) de \(B\). L’entier \(e\) ne dépend pas du choix des uniformisants, puisqu’il est aussi l’unique entier \(\geq 1\) tel que \[\mathfrak m_A B = \mathfrak m_B^e\] L’entier \(e\) est appelé l’indice de ramification de \(B\) sur \(A\). Nous disons que \(B\) est faiblement non ramifié sur \(A\) si \(e = 1\). Si l’extension des corps résiduels \(\kappa_A = A/\mathfrak m_A \subset \kappa_B = B/\mathfrak m_B\) est finie, alors nous posons \(f = [\kappa_B : \kappa_A]\) et nous l’appelons le degré résiduel ou degré du corps résiduel de l’extension \(A \subset B\).

Notons que nous n’exigeons pas que l’extension des corps des fractions soit finie.

Lemme

Soit \(A \subset B\) une extension d’anneaux de valuation discrète de corps des fractions \(K \subset L\). Si l’extension \(L/K\) est finie, alors l’extension des corps résiduels est finie et nous avons \(ef \leq [L : K]\).

Démonstration

La finitude de l’extension des corps résiduels est donnée par Algèbre, lemme 031F. L’inégalité découle de Algèbre, lemmes 00PE et 02M0.

Lemme

Soient \(A \subset B \subset C\) des extensions d’anneaux de valuation discrète. Alors le produit des indices de ramification de \(B/A\) et de \(C/B\) est l’indice de ramification de \(C/A\). En formule, \(e_{C/A} = e_{B/A} e_{C/B}\). Il en est de même des degrés résiduels lorsqu’ils sont finis.

Démonstration

Ceci découle immédiatement des définitions et de Corps, lemme 09G9.

Lemme

Soit \(A \subset B\) une extension d’anneaux de valuation discrète induisant l’extension de corps \(K \subset L\). Si la caractéristique de \(K\) est \(p > 0\) et si \(L\) est purement inséparable sur \(K\), alors l’indice de ramification \(e\) est une puissance de \(p\).

Démonstration

Écrivons \(\pi_A = u \pi_B^e\) pour un certain \(u \in B^*\). D’autre part, nous avons \(\pi_B^q \in K\) pour une certaine puissance de \(p\), notée \(q\). Écrivons \(\pi_B^q = v \pi_A^k\) pour certains \(v \in A^*\) et \(k \in \mathbf{Z}\). Alors \(\pi_A^q = u^q \pi_B^{qe} = u^q v^e \pi_A^{ke}\). En prenant les valuations dans \(B\), nous concluons que \(ke = q\).

Dans le lemme suivant, nous examinons ce que signifie pour une extension \(A \subset B\) d’anneaux de valuation discrète d’être “non ramifiée”, c’est-à-dire d’avoir un indice de ramification égal à \(1\) et une extension séparable (éventuellement non algébrique) des corps résiduels. Cependant, nous ne pouvons pas employer le terme “non ramifiée” lui-même, car il existe déjà une notion d’homomorphisme non ramifié d’anneaux, voir Algèbre, section 00US.

Lemme

Soit \(A \subset B\) une extension d’anneaux de valuation discrète. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(A \to B\) est formellement lisse pour la topologie \(\mathfrak m_B\)-adique, et

  2. \(A \to B\) est faiblement non ramifié et \(\kappa_B/\kappa_A\) est une extension de corps séparable.

Démonstration

Ceci découle de la proposition 07NQ et de Algèbre, proposition 0322.

Remarque

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(K\). Soit \(L/K\) une extension de corps finie séparable. Soit \(B \subset L\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\). Diagramme : \[\xymatrix{ B \ar[r] & L \\ A \ar[u] \ar[r] & K \ar[u] }\] D’après Algèbre, lemme 032L l’extension d’anneaux \(A \subset B\) est finie, et \(B\) est donc noethérien. D’après Algèbre, lemme 00OK, la dimension de \(B\) est \(1\), et \(B\) est donc un domaine de Dedekind, voir Algèbre, lemme 034X. Soient \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_n\) les idéaux maximaux de \(B\) (c’est-à-dire les idéaux premiers au-dessus de \(\mathfrak m_A\)). Nous obtenons des extensions d’anneaux de valuation discrète \[A \subset B_{\mathfrak m_i}\] et donc des indices de ramification \(e_i\) et des degrés résiduels \(f_i\). Nous avons \[[L : K] = \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, n} e_i f_i\] d’après Algèbre, lemme 02MJ, appliqué à un uniformisant de \(A\). Nous observons que \(n = 1\) si \(A\) est hensélien (d’après Algèbre, lemme 04GH), par exemple si \(A\) est complet.

Définition

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(K\). Soit \(L/K\) une extension finie séparable. Avec \(B\) et \(\mathfrak m_i\), \(i = 1, \ldots, n\) comme dans la remarque 09E8, nous disons que l’extension \(L/K\) est

  1. non ramifiée par rapport à \(A\) si \(e_i = 1\) et si l’extension \(\kappa(\mathfrak m_i)/\kappa_A\) est séparable pour tout \(i\),

  2. modérément ramifiée par rapport à \(A\) si soit la caractéristique de \(\kappa_A\) est \(0\), soit la caractéristique de \(\kappa_A\) est \(p > 0\), les extensions de corps \(\kappa(\mathfrak m_i)/\kappa_A\) sont séparables et les indices de ramification \(e_i\) sont premiers à \(p\), et

  3. totalement ramifiée par rapport à \(A\) si \(n = 1\) et si l’extension des corps résiduels \(\kappa(\mathfrak m_1)/\kappa_A\) est triviale.

Si l’anneau de valuation discrète \(A\) ressort clairement du contexte, nous disons parfois, en abrégé, que \(L/K\) est non ramifiée, totalement ramifiée ou modérément ramifiée.

Pour les extensions non ramifiées, nous avons le lemme élémentaire suivant.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(K\).

  1. Si \(M/L/K\) sont des extensions finies séparables et si \(M\) est non ramifiée par rapport à \(A\), alors \(L\) est non ramifiée par rapport à \(A\).

  2. Si \(L/K\) est une extension finie séparable qui est non ramifiée par rapport à \(A\), alors il existe une extension galoisienne \(M/K\) contenant \(L\) qui est non ramifiée par rapport à \(A\).

  3. Si \(L_1/K\), \(L_2/K\) sont des extensions finies séparables qui sont non ramifiées par rapport à \(A\), alors il existe une extension finie séparable \(L/K\) qui est non ramifiée par rapport à \(A\) et contient \(L_1\) et \(L_2\).

Démonstration

Nous utiliserons les résultats de la discussion de la remarque 09E8 sans autre mention.

Démonstration de (1). Soient \(C/B/A\) les clôtures intégrales de \(A\) dans \(M/L/K\). Comme \(C\) est une extension finie d’anneaux de \(B\), nous voyons que \(\Spec(C) \to \Spec(B)\) est surjectif. Ainsi, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m \subset B\), il existe un idéal maximal \(\mathfrak m' \subset C\) au-dessus de \(\mathfrak m\). Par multiplicativité des indices de ramification (lemme 0BRL) et par l’hypothèse, nous concluons que l’indice de ramification de \(B_\mathfrak m\) sur \(A\) est \(1\). Comme \(\kappa(\mathfrak m')/\kappa_A\) est finie séparable, il en est de même de \(\kappa(\mathfrak m)/\kappa_A\).

Démonstration de (2). Soit \(M\) la clôture normale de \(L\) sur \(K\), voir Corps, définition 0BMF. Alors \(M/K\) est galoisienne d’après Corps, lemme 0EXM. D’autre part, il existe une surjection \[L \otimes_K \ldots \otimes_K L \longrightarrow M\] d’algèbres sur \(K\), voir Corps, lemme 0EXL. Soit \(B\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\) comme dans la remarque 09E8. La condition que \(L\) soit non ramifiée par rapport à \(A\) signifie exactement que \(A \to B\) est un homomorphisme étale d’anneaux, voir Algèbre, lemme 00U6. D’après les propriétés de permanence des homomorphismes étales d’anneaux, nous voyons que \[B \otimes_A \ldots \otimes_A B\] est étale sur \(A\), voir Algèbre, lemme 00U2. L’anneau affiché est donc un produit de domaines de Dedekind, voir le lemme 0AP2. Nous concluons que \(M\) est le corps des fractions d’un domaine de Dedekind fini étale sur \(A\). Cela signifie que \(M\) est non ramifiée par rapport à \(A\), comme désiré.

Démonstration de (3). Soit \(B_i \subset L_i\) la clôture intégrale de \(A\). Raisonner de la même manière que ci-dessus pour montrer que \(B_1 \otimes_A B_2\) est fini étale sur \(A\). Détails omis.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(K\). Soient \(M/L/K\) des extensions finies séparables. Soit \(B\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\). Si \(L/K\) est non ramifiée par rapport à \(A\) et si \(M/L\) est non ramifiée par rapport à \(B_\mathfrak m\) pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(B\), alors \(M/K\) est non ramifiée par rapport à \(A\).

Démonstration

Soit \(C\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(M\). Tout idéal maximal \(\mathfrak m'\) de \(C\) est au-dessus d’un idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(B\). Le lemme découle alors de la multiplicativité des indices de ramification (lemme 0BRL) et du fait que nous avons la tour \(\kappa(\mathfrak m')/\kappa(\mathfrak m)/\kappa_A\) d’extensions finies de corps.

Extensions de Galois et ramification

Dans le cas des extensions de Galois, nous pouvons approfondir la discussion de la section 0EXQ.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(K\). Soit \(L/K\) une extension de Galois finie de groupe de Galois \(G\). Alors \(G\) agit sur l’anneau \(B\) de la Remarque 09E8 et agit transitivement sur l’ensemble des idéaux maximaux de \(B\).

Démonstration

Remarquons que \(A = B^G\), car \(A\) est intégralement clos dans \(K\) et \(K = L^G\). Ce lemme est donc un cas particulier du Lemme 0BRI.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(K\). Soit \(L/K\) une extension de Galois finie. Il existe alors \(e \geq 1\) et \(f \geq 1\) tels que \(e_i = e\) et \(f_i = f\) pour tout \(i\) (notations de la Remarque 09E8). En particulier, \([L : K] = n e f\).

Démonstration

Conséquence immédiate du Lemme 09EA et des définitions.

Définition

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(K\). Soit \(L/K\) une extension de Galois finie de groupe de Galois \(G\). Soit \(B\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\). Soit \(\mathfrak m \subset B\) un idéal maximal.

  1. Le groupe de décomposition de \(\mathfrak m\) est le sous-groupe \(D = \{\sigma \in G \mid \sigma(\mathfrak m) = \mathfrak m\}\).

  2. Le groupe d’inertie de \(\mathfrak m\) est le noyau \(I\) du morphisme \(D \to \text{Aut}(\kappa(\mathfrak m)/\kappa_A)\).

Remarquons que le corps \(\kappa(\mathfrak m)\) peut être inséparable sur \(\kappa_A\). En particulier, l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak m)/\kappa_A\) n’est pas nécessairement galoisienne. Si \(\kappa_A\) est parfait, elle l’est.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(K\) et de corps résiduel \(\kappa\). Soit \(L/K\) une extension de Galois finie de groupe de Galois \(G\). Soit \(B\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\). Soit \(\mathfrak m\) un idéal maximal de \(B\). Alors

  1. l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak m)/\kappa\) est normale, et

  2. \(D \to \text{Aut}(\kappa(\mathfrak m)/\kappa)\) est surjectif.

Si, pour un idéal maximal \(\mathfrak m \subset B\) (ou, de manière équivalente, pour tout idéal maximal), l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak m)/\kappa\) est séparable, alors

  1. \(\kappa(\mathfrak m)/\kappa\) est galoisienne, et

  2. \(D \to \text{Gal}(\kappa(\mathfrak m)/\kappa)\) est surjectif.

Ici, \(D \subset G\) est le groupe de décomposition de \(\mathfrak m\).

Démonstration

Remarquons que \(A = B^G\), car \(A\) est intégralement clos dans \(K\) et \(K = L^G\). Les parties (1) et (2) résultent donc du Lemme 0BRJ. La partie « de manière équivalente, pour tout » du lemme résulte du Lemme 09EA. Supposons \(\kappa(\mathfrak m)/\kappa\) séparable. Les parties (3) et (4) résultent alors immédiatement de (1) et (2).

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(K\). Soit \(L/K\) une extension de Galois finie de groupe de Galois \(G\). Soit \(B\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\). Soit \(\mathfrak m \subset B\) un idéal maximal. Le groupe d’inertie \(I\) de \(\mathfrak m\) s’insère dans une suite exacte canonique \[1 \to P \to I \to I_t \to 1\] de sorte que

  1. si \(D\) est le groupe de décomposition, on a \[P = \{\sigma \in I \mid \sigma|_{\mathfrak m/\mathfrak m^2} = \text{id}_{\mathfrak m/\mathfrak m^2}\} = \{\sigma \in D \mid \sigma \text{ agit trivialement sur }\text{Gr}_\mathfrak m(B)\}\]

  2. \(P\) est un sous-groupe normal de \(D\),

  3. \(P\) est un \(p\)-groupe si la caractéristique de \(\kappa_A\) est \(p > 0\), et \(P = \{1\}\) si la caractéristique de \(\kappa_A\) est nulle,

  4. \(I_t\) est cyclique d’ordre égal à la partie première à \(p\) de l’entier \(e\),

  5. il existe un isomorphisme canonique \(\theta : I_t \to \mu_e(\kappa(\mathfrak m))\), et

  6. \(P = \{\sigma \in D \mid \sigma|_{B/\mathfrak m^2} = \text{id}_{B/\mathfrak m^2}\}\) si \(\kappa(m)\) est séparable sur le corps résiduel de \(A\).

Ici, \(e\) est l’entier du Lemme 09EB.

Démonstration

Rappelons que \(|G| = [L : K] = nef\), voir le Lemme 09EB. Puisque \(G\) agit transitivement sur l’ensemble \(\{\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_n\}\) des idéaux maximaux de \(B\) (Lemme 09EA) et puisque \(D\) est le stabilisateur d’un élément, on voit que \(|D| = ef\). Par le Lemme 09ED, on a \[ef = |D| = |I| \cdot |\text{Aut}(\kappa(\mathfrak m)/\kappa)|\] où \(\kappa\) est le corps résiduel de \(A\). Comme \(\kappa(\mathfrak m)\) est normal sur \(\kappa\), l’ordre de \(\text{Aut}(\kappa(\mathfrak m)/\kappa)\) ne diffère de \(f\) que par un facteur qui est une puissance de \(p\) (voir Corps, Lemme 09HS, et la discussion qui suit Corps, Définition 030L). Par conséquent, la partie première à \(p\) de \(|I|\) est égale à la partie première à \(p\) de \(e\).

Posons \(C = B_\mathfrak m\). Alors \(I\) agit sur \(C\) au-dessus de \(A\) et trivialement sur le corps résiduel de \(C\). Soient \(\pi_A \in A\) et \(\pi_C \in C\) des uniformisants. Écrivons \(\pi_A = u \pi_C^e\) pour une unité \(u\) de \(C\). Pour \(\sigma \in I\), écrivons \(\sigma(\pi_C) = \theta_\sigma \pi_C\) pour une unité \(\theta_\sigma\) de \(C\). On a alors \[\pi_A = \sigma(\pi_A) = \sigma(u) (\theta_\sigma \pi_C)^e = \sigma(u) \theta_\sigma^e \pi_C^e = \frac{\sigma(u)}{u} \theta_\sigma^e \pi_A\] Puisque \(\sigma(u) \equiv u \bmod \mathfrak m_C\) car \(\sigma \in I\), on voit que l’image \(\overline{\theta}_\sigma\) de \(\theta_\sigma\) dans \(\kappa_C = \kappa(\mathfrak m)\) est une racine \(e\)-ième de l’unité. On obtient une application [0BU3]\[\begin{equation} \theta : I \longrightarrow \mu_e(\kappa(\mathfrak m)),\quad \sigma \mapsto \overline{\theta}_\sigma \end{equation}\] Nous affirmons que \(\theta\) est un homomorphisme de groupes indépendant du choix de l’uniformisant \(\pi_C\). En effet, si \(\tau\) est un second élément de \(I\), alors \(\tau(\sigma(\pi_C)) = \tau(\theta_\sigma \pi_C) = \tau(\theta_\sigma) \theta_\tau \pi_C\), d’où \(\theta_{\tau \sigma} = \tau(\theta_\sigma) \theta_\tau\) et, comme \(\tau \in I\), on conclut que \(\overline{\theta}_{\tau \sigma} = \overline{\theta}_\sigma \overline{\theta}_\tau\). Si \(\pi'_C\) est un second uniformisant, on voit alors que \(\pi'_C = w \pi_C\) pour une unité \(w\) de \(C\) et \(\sigma(\pi'_C) = w^{-1}\sigma(w)\theta_\sigma \pi'_C\), d’où \(\theta'_\sigma = w^{-1}\sigma(w)\theta_\sigma\) ; ainsi, \(\theta'_\sigma\) et \(\theta_\sigma\) ont la même image dans le corps résiduel, comme précédemment.

Puisque \(\kappa(\mathfrak m)\) est de caractéristique \(p\), le groupe \(\mu_e(\kappa(\mathfrak m))\) est cyclique d’ordre au plus égal à la partie première à \(p\) de \(e\) (voir Corps, section 09HW).

Soit \(P = \Ker(\theta)\). Par construction, les éléments de \(P\) sont exactement les éléments de \(I\) qui agissent trivialement sur \(\mathfrak m/\mathfrak m^2 = \text{Gr}_\mathfrak m^1(B)\), c’est-à-dire \(P = \{\sigma \in I \mid \sigma|_{\mathfrak m/\mathfrak m^2} = \text{id}_{\mathfrak m/\mathfrak m^2}\}\). De plus, \(I\) est formé des éléments de \(D\) qui agissent trivialement sur \(\kappa(\mathfrak m) = B/\mathfrak m\). Puisque l’anneau gradué \(\text{Gr}_\mathfrak m(B)\) est engendré par \(\text{Gr}^1_\mathfrak m(B) = \mathfrak m/\mathfrak m^2\) sur \(\text{Gr}^0_\mathfrak m(B) = B/\mathfrak m\), on conclut que \(P = \{\sigma \in D \mid \sigma \text{ agit trivialement sur } \text{Gr}_\mathfrak m(B)\}\). Ainsi, (1) est vraie. Ceci implique (2), car \(P\) est le noyau de l’homomorphisme \(D \to \text{Aut}(\text{Gr}_\mathfrak m(B))\). Si nous démontrons (3), les parties (4) et (5) en découleront, car \(I_t\) sera isomorphe à \(\mu_e(\kappa(\mathfrak m))\), les arguments ci-dessus montrant que \(|I_t| \geq |\mu_e(\kappa(\mathfrak m))|\).

Il suffit donc de démontrer que le noyau \(P\) de \(\theta\) est un \(p\)-groupe. Soit \(\sigma\) un élément non trivial du noyau. Alors \(\sigma - \text{id}\) envoie \(\mathfrak m_C^i\) dans \(\mathfrak m_C^{i + 1}\) pour tout \(i\). Soit \(m\) l’ordre de \(\sigma\). Choisissons \(c \in C\) tel que \(\sigma(c) \not = c\). Alors \(\sigma(c) - c \in \mathfrak m_C^i\), \(\sigma(c) - c \not \in \mathfrak m_C^{i + 1}\) pour un certain \(i\), et on a \[\begin{align*} 0 & = \sigma^m(c) - c \\ & = \sigma^m(c) - \sigma^{m - 1}(c) + \ldots + \sigma(c) - c \\ & = \sum\nolimits_{j = 0, \ldots, m - 1} \sigma^j(\sigma(c) - c) \\ & \equiv m(\sigma(c) - c) \bmod \mathfrak m_C^{i + 1} \end{align*}\] Il s’ensuit que \(p | m\) (ou \(m = 0\) si \(p = 1\)). Ainsi, tout élément du noyau de \(\theta\) a un ordre divisible par \(p\), c’est-à-dire que \(\Ker(\theta)\) est un \(p\)-groupe.

Preuve de (6). Supposons \(\kappa(\mathfrak m)/\kappa\) séparable. Dans ce cas, \(f = |D/I|\) par le Lemme 09ED et \(I\) est d’ordre \(e\). Si \(e = 1\), alors \(P = I = \{\text{id}\}\) et le résultat est vrai. Si \(e > 1\), alors \(B/\mathfrak m^2 = C/\pi_C^2C\) est une \(\kappa\)-algèbre et une petite extension de \(\kappa(\mathfrak m)\). Comme \(\kappa(\mathfrak m)\) est formellement étale sur \(\kappa\) (Algèbre, Lemme 090W) il existe un unique morphisme de \(\kappa\)-algèbres \(\kappa(\mathfrak m) \to B/\mathfrak m^2\) donnant un inverse à droite de \(B/\mathfrak m^2 \to \kappa(\mathfrak m)\). Autrement dit, il existe un isomorphisme \(D\)-équivariant \(B/\mathfrak m^2 = \mathfrak m/\mathfrak m^2 \oplus \kappa(\mathfrak m)\) de \(\kappa\)-algèbres. Ceci montre immédiatement que \(P = \{\sigma \in D \mid \sigma|_{B/\mathfrak m^2} = \text{id}_{B/\mathfrak m^2}\}\) dans ce cas.

Exemple

L’égalité de (6) dans le Lemme 09EE est fausse sans l’hypothèse sur \(\kappa(\mathfrak m)\). Un contre-exemple est l’extension de \(A = Z_2[t]_{(2)}\) donnée par \(B = A[x]/(x^2 - t)\). En effet, alors \(\sigma(x) = -x = x - 2x\) et \(2x\) n’appartient pas à \(\mathfrak m^2\).

Définition

Reprenons les hypothèses et les notations du Lemme 09EE.

  1. Le groupe d’inertie sauvage de \(\mathfrak m\) est le sous-groupe \(P\).

  2. Le groupe d’inertie modérée de \(\mathfrak m\) est le groupe quotient défini par \(I \to I_t\).

Nous notons \(\theta : I \to \mu_e(\kappa(\mathfrak m))\) l’application surjective (0BU3) dont le noyau est \(P\) et qui induit l’isomorphisme \(I_t \to \mu_e(\kappa(\mathfrak m))\).

Lemme

Sous les hypothèses et avec les notations du Lemme 09EE, le caractère d’inertie \(\theta : I \to \mu_e(\kappa(\mathfrak m))\) satisfait la propriété suivante : \[\theta(\tau \sigma \tau^{-1}) = \tau(\theta(\sigma))\] pour \(\tau \in D\) et \(\sigma \in I\).

Démonstration

La formule a un sens car \(I\) est un sous-groupe normal de \(D\) et car \(\tau\) agit sur \(\kappa(\mathfrak m)\) par le morphisme \(D \to \text{Aut}(\kappa(\mathfrak m))\) étudié, par exemple, dans le Lemme 09ED. Rappelons la construction de \(\theta\). Choisissons un uniformisant \(\pi\) de \(B_\mathfrak m\) et, pour \(\sigma \in I\), écrivons \(\sigma(\pi) = \theta_\sigma \pi\). Alors \(\theta(\sigma)\) est l’image \(\overline{\theta}_\sigma\) de \(\theta_\sigma\) dans le corps résiduel. Pour tout \(\tau \in D\), on peut écrire \(\tau(\pi) = \theta_\tau \pi\) pour une unité \(\theta_\tau\). Alors \(\theta_{\tau^{-1}} = \tau^{-1}(\theta_\tau^{-1})\). On calcule \[\begin{align*} \theta_{\tau \sigma \tau^{-1}} & = \tau(\sigma(\tau^{-1}(\pi)))/\pi \\ & = \tau(\sigma(\tau^{-1}(\theta_\tau^{-1}) \pi))/\pi \\ & = \tau(\sigma(\tau^{-1}(\theta_\tau^{-1})) \theta_\sigma \pi)/\pi \\ & = \tau(\sigma(\tau^{-1}(\theta_\tau^{-1}))) \tau(\theta_\sigma) \theta_\tau \end{align*}\] Cependant, puisque \(\sigma\) agit trivialement modulo \(\pi\), on voit que le produit \(\tau(\sigma(\tau^{-1}(\theta_\tau^{-1}))) \theta_\tau\) a pour image \(1\) dans le corps résiduel. Ceci démontre le lemme.

Nous généraliserons le lemme suivant dans Groupes fondamentaux, Lemme 0BSU.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(K\). Soit \(L/K\) une extension de Galois finie. Soit \(\mathfrak m \subset B\) un idéal maximal de la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\). Soit \(I \subset G\) le groupe d’inertie de \(\mathfrak m\). Alors \(B^I\) est la clôture intégrale de \(A\) dans \(L^I\) et \(A \to (B^I)_{B^I \cap \mathfrak m}\) est étale.

Démonstration

Écrivons \(B' = B^I\). Il résulte des définitions que \(B' = B^I\) est la clôture intégrale de \(A\) dans \(L^I\). Écrivons \(\mathfrak m' = B^I \cap \mathfrak m = B' \cap \mathfrak m \subset B'\). Par le Lemme 0BRI, l’idéal maximal \(\mathfrak m\) est l’unique idéal premier de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak m'\). Comme \(I\) agit trivialement sur \(\kappa(\mathfrak m)\), le Lemme 09EG montre que l’extension \(\kappa(\mathfrak m)/\kappa(\mathfrak m')\) est purement inséparable (une autre possibilité, peut-être plus simple, est d’appliquer le résultat du Lemme 0BRJ). Puisque \(D/I\) agit fidèlement sur \(\kappa(\mathfrak m')\), on conclut que \(D/I\) agit fidèlement sur \(\kappa(\mathfrak m)\). Bien entendu, les éléments du corps résiduel \(\kappa\) de \(A\) sont fixes sous cette action. La théorie de Galois montre que \([\kappa(\mathfrak m') : \kappa] \geq |D/I|\), voir Corps, Lemme 09I3.

Soit \(\pi\) l’uniformisant de \(A\). Puisque \(\text{Norm}_{L/K}(\pi) = \pi^{[L : K]}\), le Lemme d’Algèbre 02MJ montre que \[|G| = [L : K] = [L : K]\ \text{ord}_A(\pi) = |G/D|\ [\kappa(\mathfrak m) : \kappa]\ \text{ord}_{B_\mathfrak m}(\pi)\] car il y a \(n = |G/D|\) idéaux maximaux de \(B\), tous conjugués sous \(G\), voir la Remarque 09E8 et le Lemme 09EA. En appliquant le même raisonnement à l’extension finie \(L/L^I\) de degré \(|I|\), on trouve \[|I|\ \text{ord}_{B'_{\mathfrak m'}}(\pi) = [\kappa(\mathfrak m) : \kappa(\mathfrak m')]\ \text{ord}_{B_\mathfrak m}(\pi)\] On conclut que \[\text{ord}_{B'_{\mathfrak m'}}(\pi) = \frac{|D/I|}{[\kappa(\mathfrak m') : \kappa]}\] Puisque le membre de gauche est un entier positif et que celui de droite est \(\leq 1\) d’après ce qui précède, on conclut qu’il y a égalité, \(\text{ord}_{B'_{\mathfrak m'}}(\pi) = 1\) et \(\kappa(\mathfrak m')/\kappa\) est de degré \(|D/I|\). Ainsi, \(\pi B'_{\mathfrak m'} = \mathfrak m' B_\mathfrak m'\) et \(\kappa(\mathfrak m')\) est galoisien sur \(\kappa\), de groupe de Galois \(D/I\), donc en particulier séparable, voir Corps, Lemme 09I1. Par Algèbre, Lemme 00U6, on trouve que \(A \to B'_{\mathfrak m'}\) est étale, comme voulu.

Remarque

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(K\). Soit \(L/K\) une extension de Galois finie. Soit \(\mathfrak m \subset B\) un idéal maximal de la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\). Soit \[P \subset I \subset D \subset G\] la suite formée du groupe d’inertie sauvage, du groupe d’inertie et du groupe de décomposition de \(\mathfrak m\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ \mathfrak m \ar@{-}[d] \ar@{-}[r] & \mathfrak m^P \ar@{-}[d] \ar@{-}[r] & \mathfrak m^I \ar@{-}[d] \ar@{-}[r] & \mathfrak m^D \ar@{-}[d] \ar@{-}[r] & A \cap \mathfrak m \ar@{-}[d] \\ B & B^P \ar[l] & B^I \ar[l] & B^D \ar[l] & A \ar[l] }\] Remarquons que \(B^P, B^I, B^D\) sont les clôtures intégrales de \(A\) dans les corps \(L^P\), \(L^I\), \(L^D\). On voit donc aussi que \(B^P\) est la clôture intégrale de \(B^I\) dans \(L^P\), et ainsi de suite. Remarquons que \(\mathfrak m^P = \mathfrak m \cap B^P\), \(\mathfrak m^I = \mathfrak m \cap B^I\), et \(\mathfrak m^D = \mathfrak m \cap B^D\). La ligne supérieure du diagramme correspond donc aux images de \(\mathfrak m \in \Spec(B)\) par les morphismes induits entre spectres. Cela étant dit, on a les assertions suivantes :

  1. l’extension \(L^I/L^D\) est galoisienne de groupe \(D/I\),

  2. l’extension \(L^P/L^I\) est galoisienne de groupe \(I_t = I/P\),

  3. l’extension \(L^P/L^D\) est galoisienne de groupe \(D/P\),

  4. \(\mathfrak m^I\) est l’unique idéal premier de \(B^I\) au-dessus de \(\mathfrak m^D\),

  5. \(\mathfrak m^P\) est l’unique idéal premier de \(B^P\) au-dessus de \(\mathfrak m^I\),

  6. \(\mathfrak m\) est l’unique idéal premier de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak m^P\),

  7. \(\mathfrak m^P\) est l’unique idéal premier de \(B^P\) au-dessus de \(\mathfrak m^D\),

  8. \(\mathfrak m\) est l’unique idéal premier de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak m^I\),

  9. \(\mathfrak m\) est l’unique idéal premier de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak m^D\),

  10. \(A \to B^D_{\mathfrak m^D}\) est étale et induit une extension triviale des corps résiduels,

  11. \(B^D_{\mathfrak m^D} \to B^I_{\mathfrak m^I}\) est étale et induit une extension galoisienne des corps résiduels de groupe de Galois \(D/I\),

  12. \(A \to B^I_{\mathfrak m^I}\) est étale,

  13. \(B^I_{\mathfrak m^I} \to B^P_{\mathfrak m^P}\) a pour indice de ramification \(|I/P|\), premier à \(p\), et induit une extension triviale des corps résiduels,

  14. \(B^D_{\mathfrak m^D} \to B^P_{\mathfrak m^P}\) a pour indice de ramification \(|I/P|\), premier à \(p\), et induit une extension séparable des corps résiduels,

  15. \(A \to B^P_{\mathfrak m^P}\) a pour indice de ramification \(|I/P|\), premier à \(p\), et induit une extension séparable des corps résiduels.

Les assertions (1), (2) et (3) résultent immédiatement de la théorie de Galois (Corps, section 09DU) et du Lemme 09EE. Les assertions (4) – (9) sont claires d’après le Lemme 09EA. La partie (12) est le Lemme 09EH. Puisque nous avons la factorisation \(A \to B^D_{\mathfrak m^D} \to B^I_{\mathfrak m^I}\) on en déduit l’étalité dans (10) et (11). L’extension des corps résiduels de (10) doit être triviale, car elle est séparable et l’homomorphisme de \(D/I\) dans \(\text{Aut}(\kappa(\mathfrak m)/\kappa_A)\) est surjectif, comme le montre le Lemme 09ED. Le même argument démontre l’assertion sur les corps résiduels de (11). Pour démontrer (13), (14) et (15), il suffit de démontrer (13). D’après ce qui précède, l’extension \(L^P/L^I\) est galoisienne, de groupe de Galois cyclique d’ordre premier à \(p\), l’idéal premier \(\mathfrak m^P\) est l’unique idéal premier au-dessus de \(\mathfrak m^I\), et l’action de \(I/P\) sur le corps résiduel est triviale. Nous pouvons donc appliquer le Lemme 09EE à cette extension et à l’anneau de valuation discrète \(B^I_{\mathfrak m^I}\) pour voir que (13) est satisfaite.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(K\). Soit \(M/L/K\) une tour telle que \(M/K\) et \(L/K\) soient des extensions de Galois finies. Soient \(C\) et \(B\) les clôtures intégrales de \(A\) dans \(M\) et \(L\). Soit \(\mathfrak m' \subset C\) un idéal maximal et posons \(\mathfrak m = \mathfrak m' \cap B\). Soient \[P \subset I \subset D \subset \text{Gal}(L/K) \quad\text{et}\quad P' \subset I' \subset D' \subset \text{Gal}(M/K)\] les groupes d’inertie sauvage, d’inertie et de décomposition de \(\mathfrak m\) et \(\mathfrak m'\), respectivement. Alors la surjection canonique \(\text{Gal}(M/K) \to \text{Gal}(L/K)\) induit des surjections \(P' \to P\), \(I' \to I\) et \(D' \to D\). De plus, elles s’insèrent dans les diagrammes commutatifs \[\vcenter{ \xymatrix{ D' \ar[r] \ar[d] & \text{Aut}(\kappa(\mathfrak m')/\kappa_A) \ar[d] \\ D \ar[r] & \text{Aut}(\kappa(\mathfrak m)/\kappa_A) } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ I' \ar[r]_-{\theta'} \ar[d] & \mu_{e'}(\kappa(\mathfrak m')) \ar[d]^{(-)^{e'/e}} \\ I \ar[r]^-\theta & \mu_e(\kappa(\mathfrak m)) } }\] où \(e'\) et \(e\) sont les indices de ramification de \(A \to C_{\mathfrak m'}\) et \(A \to B_\mathfrak m\).

Démonstration

Le fait que l’application \(\text{Gal}(M/K) \to \text{Gal}(L/K)\) envoie les groupes \(P', I', D'\) dans \(P, I, D\) résulte immédiatement des définitions de ces groupes. La commutativité du premier diagramme est claire (remarquons que, puisque \(\kappa(\mathfrak m)/\kappa_A\) est normale, tout automorphisme de \(\kappa(\mathfrak m')\) au-dessus de \(\kappa_A\) induit bien un automorphisme de \(\kappa(\mathfrak m)\) au-dessus de \(\kappa_A\) ; on obtient ainsi la flèche verticale droite du premier diagramme, voir le Lemme 09ED et Corps, Lemme 0BME).

Les applications \(I' \to I\) et \(D' \to D\) sont surjectives d’après le Lemme 0BSX. La surjectivité de \(P' \to P\) résulte de ce que \(P'\) et \(P\) sont des sous-groupes de Sylow p de \(I'\) et \(I\).

Pour voir la commutativité du second diagramme, choisissons un uniformisant \(\pi'\) de \(C_{\mathfrak m'}\) et un uniformisant \(\pi\) de \(B_\mathfrak m\). Alors \(\pi = c' (\pi')^{e'/e}\) pour une unité \(c'\) de \(C_{\mathfrak m'}\). Pour \(\sigma' \in I'\), l’image \(\sigma \in I\) est simplement la restriction de \(\sigma'\) à \(L\). Écrivons \(\sigma'(\pi') = c \pi'\) pour une unité \(c \in C_{\mathfrak m'}\) et \(\sigma(\pi) = b \pi\) pour une unité \(b\) de \(B_\mathfrak m\). Alors \(\sigma'(\pi) = b \pi\) et nous obtenons \[b \pi = \sigma'(\pi) = \sigma'(c' (\pi')^{e'/e}) = \sigma'(c') c^{e'/e} (\pi')^{e'/e} = \frac{\sigma'(c')}{c'} c^{e'/e} \pi\] Comme \(\sigma' \in I'\), nous voyons que \(b\) et \(c^{e'/e}\) ont la même image dans le corps résiduel, ce qui démontre l’assertion voulue.

Remarque

Afin d’utiliser le caractère d’inertie \(\theta : I \to \mu_e(\kappa(\mathfrak m))\) pour les extensions de Galois infinies, il convient de le normaliser. Soient \(A, K, L, B, \mathfrak m, G, P, I, D, e, \theta\) comme dans le Lemme 09EE et la Définition 0BU4. Alors \(e = q |I_t|\), où \(q\) est une puissance de la caractéristique \(p\) de \(\kappa(\mathfrak m)\) si celle-ci est positive, et vaut \(1\) sinon. Remarquons que \(\mu_e(\kappa(\mathfrak m)) = \mu_{|I_t|}(\kappa(\mathfrak m))\) car la caractéristique de \(\kappa(\mathfrak m)\) est \(p\). Considérons l’application \[\theta_{can} = q\theta : I \longrightarrow \mu_{|I_t|}(\kappa(\mathfrak m))\] Cette application induit un isomorphisme \(\theta_{can} : I_t \to \mu_{|I_t|}(\kappa(\mathfrak m))\). On a \(\theta_{can}(\tau \sigma \tau^{-1}) = \tau(\theta_{can}(\sigma))\) pour \(\tau \in D\) et \(\sigma \in I\) d’après le Lemme 0BU5. Enfin, si \(M/L\) est une extension telle que \(M/K\) soit galoisienne et si \(\mathfrak m'\) est un idéal premier de la clôture intégrale de \(A\) dans \(M\) au-dessus de \(\mathfrak m\), alors on obtient le diagramme commutatif \[\xymatrix{ I' \ar[r]_-{\theta'_{can}} \ar[d] & \mu_{|I'_t|}(\kappa(\mathfrak m')) \ar[d]^{(-)^{|I'_t|/|I_t|}} \\ I \ar[r]^-{\theta_{can}} & \mu_{|I_t|}(\kappa(\mathfrak m)) }\] d’après le Lemme 0BU7.

Lemme de Krasner

Voici le lemme de Krasner dans le cas des corps à valuation discrète.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local complet intègre de dimension \(1\). Soit \(P(t) \in A[t]\) un polynôme à coefficients dans \(A\). Soit \(\alpha \in A\) une racine de \(P\) qui n’est pas une racine de la dérivée \(P' = \text{d}P/\text{d}t\). Pour tout \(c \geq 0\), il existe un entier \(n\) tel que, pour tout \(Q \in A[t]\) dont les coefficients appartiennent à \(\mathfrak m_A^n\), le polynôme \(P + Q\) possède une racine \(\beta \in A\) telle que \(\beta - \alpha \in \mathfrak m_A^c\).

Démonstration

Choisissons un élément non nul \(\pi \in \mathfrak m\). Puisque \(A\) est de dimension \(1\), on a \(\mathfrak m = \sqrt{(\pi)}\). Par hypothèse, nous pouvons écrire \(P'(\alpha)^{-1} = \pi^{-m} a\) pour un entier \(m \geq 0\) et un élément \(a \in A\). Nous pouvons supposer, et nous le faisons, que \(c \geq m + 1\). Choisissons \(n\) tel que \(\mathfrak m_A^n \subset (\pi^{c + m})\). Choisissons un \(Q\) quelconque comme dans l’énoncé. Pour la suite, remarquons que l’on peut écrire \[P(x + y) = P(x) + P'(x)y + R(x, y)y^2\] pour un certain \(R(x, y) \in A[x, y]\). Nous allons montrer par récurrence que l’on peut trouver une suite \(\alpha_m, \alpha_{m + 1}, \alpha_{m + 2}, \ldots\) telle que

  1. \(\alpha_k \equiv \alpha \bmod \pi^c\),

  2. \(\alpha_{k + 1} - \alpha_k \in (\pi^k)\), et

  3. \((P + Q)(\alpha_k) \in (\pi^{m + k})\).

En posant \(\beta = \lim \alpha_k\), on achèvera la démonstration.

Initialisation. Puisque les coefficients de \(Q\) appartiennent à \((\pi^{c + m})\), on a \((P + Q)(\alpha) \in (\pi^{c + m})\). Ainsi, \(\alpha_m = \alpha\) convient. Ce choix garantit que \(\alpha_k \equiv \alpha \bmod \pi^c\) pour tout \(k \geq m\).

Étape de récurrence. Étant donné \(\alpha_k\), écrivons \(\alpha_{k + 1} = \alpha_k + \delta\) pour un certain \(\delta \in (\pi^k)\). On a alors \[(P + Q)(\alpha_{k + 1}) = P(\alpha_k + \delta) + Q(\alpha_k + \delta)\] Puisque les coefficients de \(Q\) appartiennent à \((\pi^{c + m})\), on voit que \(Q(\alpha_k + \delta) \equiv Q(\alpha_k) \bmod \pi^{c + m + k}\). D’autre part, on a \[P(\alpha_k + \delta) = P(\alpha_k) + P'(\alpha_k)\delta + R(\alpha_k, \delta)\delta^2\] Remarquons que \(P'(\alpha_k) \equiv P'(\alpha) \bmod (\pi^{m + 1})\) car \(\alpha_k \equiv \alpha \bmod \pi^{m + 1}\). On obtient donc \[P(\alpha_k + \delta) \equiv P(\alpha_k) + P'(\alpha) \delta \bmod \pi^{k + m + 1}\] En réunissant les deux termes, on voit que \[(P + Q)(\alpha_{k + 1}) \equiv (P + Q)(\alpha_k) + P'(\alpha) \delta \bmod \pi^{k + m + 1}\] Il suffit donc de prendre \(\delta = -P'(\alpha)^{-1} (P + Q)(\alpha_k) = - \pi^{-m} a (P + Q)(\alpha_k)\) qui appartient à \((\pi^k)\) par l’hypothèse de récurrence.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(K\). Soit \(A^\wedge\) le complété de \(A\), de corps des fractions \(K^\wedge\). Si \(M/K^\wedge\) est une extension séparable finie, il existe alors une extension séparable finie \(L/K\) telle que \(M = K^\wedge \otimes_K L\).

Démonstration

Remarquons que \(A^\wedge\) est lui aussi un anneau de valuation discrète (d’après les Lemmes 07NY et 07NV). En particulier, \(A^\wedge\) est intègre. La démonstration vaut plus généralement pour les anneaux locaux noethériens \(A\) tels que \(A^\wedge\) soit un anneau local intègre de dimension \(1\).

Soit \(\theta \in M\) un élément qui engendre \(M\) sur \(K^\wedge\). (Théorème de l’élément primitif.) Soit \(P(t) \in K^\wedge[t]\) le polynôme minimal de \(\theta\) sur \(K^\wedge\). Soit \(\pi \in \mathfrak m_A\) un élément non nul. Après avoir remplacé \(\theta\) par \(\pi^n\theta\), on peut supposer que les coefficients de \(P(t)\) appartiennent à \(A^\wedge\). Soit \(B = A^\wedge[\theta] = A^\wedge[t]/(P(t))\). Remarquons que \(B\) est un anneau local complet intègre de dimension \(1\), car il est fini sur \(A\) et contenu dans \(M\). Puisque \(M\) est séparable sur \(K\), l’élément \(\theta\) n’est pas une racine de la dérivée de \(P\). Pour tout entier \(n\), on peut trouver un polynôme unitaire \(P_1 \in A[t]\) tel que les coefficients de \(P - P_1\) appartiennent à \(\pi^nA^\wedge[t]\). D’après le lemme de Krasner (Lemme 09EI), \(P_1\) possède une racine \(\beta\) dans \(B\) pour \(n\) assez grand. De plus, on peut supposer (si \(n\) est choisi assez grand) que \(\theta - \beta \in \pi B\). Considérons le morphisme \(\Phi : A^\wedge[t]/(P_1) \to B\) de \(A^\wedge\)-algèbres qui envoie \(t\) sur \(\beta\). Puisque \(B = \pi B + \sum_{i < \deg(P)} A^\wedge \theta^i\), le morphisme \(\Phi\) est surjectif d’après le lemme de Nakayama. Comme \(\deg(P_1) = \deg(P)\), il s’ensuit que \(\Phi\) est un isomorphisme. Nous concluons que l’extension \(L = K[t]/(P_1(t))\) vérifie \(K^\wedge \otimes_K L \cong M\). Cela implique que \(L\) est un corps et achève la démonstration.

Définition

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète. On dit que \(A\) est de caractéristique mixte si la caractéristique du corps résiduel de \(A\) est \(p > 0\) et celle du corps des fractions de \(A\) est \(0\). Dans ce cas, on obtient une extension d’anneaux de valuation discrète \(\mathbf{Z}_{(p)} \subset A\), et l’indice de ramification absolu de \(A\) est l’indice de ramification de cette extension.

Lemme d’Abhyankar et ramification modérée

Dans cette section, nous prouvons ce que nous pensons être la version la plus générale du lemme d’Abhyankar pour les anneaux de valuation discrète. Après cela, nous l’appliquons pour démontrer certains résultats concernant les extensions modérément ramifiées du corps des fractions d’un anneau de valuation discrète.

Remarque

Soit \(A \to B\) une extension d’anneaux de valuation discrète avec corps des fractions \(K \subset L\). Soit \(K_1/K\) une extension finie de corps. Soit \(A_1 \subset K_1\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(K_1\). D’autre part, soit \(L_1 = (L \otimes_K K_1)_{red}\). Alors \(L_1\) est un produit fini non vide d’extensions finies de corps de \(L\). Soit \(B_1\) la clôture intégrale de \(B\) dans \(L_1\). Nous obtenons des diagrammes commutatifs compatibles \[\vcenter{ \xymatrix{ L \ar[r] & L_1 \\ K \ar[u] \ar[r] & K_1 \ar[u] } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ B \ar[r] & B_1 \\ A \ar[u] \ar[r] & A_1 \ar[u] } }\] Dans cette situation, nous avons ce qui suit

  1. Par Algèbre, Lemme 09IG l’anneau \(A_1\) est un anneau de Dedekind et \(B_1\) est un produit fini d’anneaux de Dedekind.

  2. Notons que \(L \otimes_K K_1 = (B \otimes_A A_1)_\pi\), où \(\pi \in A\) est un uniformisant, et que \(\pi\) est un élément non-diviseur de zéro sur \(B \otimes_A A_1\). Ainsi, l’homomorphisme d’anneaux \(B \otimes_A A_1 \to B_1\) est intégral avec un noyau constitué d’éléments nilpotents. Par conséquent, \(\Spec(B_1) \to \Spec(B \otimes_A A_1)\) est surjective sur les spectres (Algèbre, Lemme 00GQ). L’application \(\Spec(B \otimes_A A_1) \to \Spec(A_1)\) est surjective car \(A_1/\mathfrak m_A A_1 \to B/\mathfrak m_AB \otimes_{\kappa_A} A_1/\mathfrak m_A A_1\) est un morphisme d’anneaux injectif avec \(A_1/\mathfrak m_A A_1\) Artinien. Nous concluons que \(\Spec(B_1) \to \Spec(A_1)\) est surjective.

  3. Soient \(\mathfrak m_i\), \(i = 1, \ldots n\) avec \(n \geq 1\) les idéaux maximaux de \(A_1\). Pour chaque \(i = 1, \ldots, n\), soient \(\mathfrak m_{ij}\), \(j = 1, \ldots, m_i\) avec \(m_i \geq 1\) les idéaux maximaux de \(B_1\) au-dessus de \(\mathfrak m_i\). Nous obtenons des diagrammes \[\xymatrix{ B \ar[r] & (B_1)_{\mathfrak m_{ij}} \\ A \ar[u] \ar[r] & (A_1)_{\mathfrak m_i} \ar[u] }\] d’extensions d’anneaux à valuation discrète.

  4. Si \(A\) est hensélien (par exemple complet), alors \(A_1\) est un anneau à valuation discrète, c’est-à-dire \(n = 1\). En effet, \(A_1\) est une union d’extensions finies de \(A\) qui sont des domaines, donc locaux par Algèbre, Lemme 04GH.

  5. Si \(B\) est hensélien (par exemple complet), alors \(B_1\) est un produit d’anneaux à valuation discrète, c’est-à-dire \(m_i = 1\) pour \(i = 1, \ldots, n\).

  6. Si \(K \subset K_1\) est purement inséparable, alors \(A_1\) et \(B_1\) sont tous deux des anneaux de valuation discrète, c’est-à-dire \(n = 1\) et \(m_1 = 1\). Ceci est vrai parce que, pour chaque \(b \in B_1\), une puissance d’exposant une puissance de \(p\) de l’élément \(b\) appartient à \(B\), donc \(B_1\) ne peut avoir qu’un seul idéal maximal.

  7. Si \(K \subset K_1\) est une extension finie séparable, alors \(L_1 = L \otimes_K K_1\) et est également un produit fini d’extensions finies séparables. Par conséquent, \(A \subset A_1\) et \(B \subset B_1\) sont finis d’après Algèbre, Lemme 032L.

  8. Si \(A\) est Nagata, alors \(A \subset A_1\) est fini.

  9. Si \(B\) est Nagata, alors \(B \subset B_1\) est fini.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète d’uniformisant \(\pi\). Soit \(n \geq 2\). Soit \(K_1 = K[\pi^{1/n}]\). Alors

  1. \([K_1 : K] = n\).

  2. la clôture intégrale \(A_1\) de \(A\) dans \(K_1\) est l’anneau \(A[\pi^{1/n}]\),

  3. \(A_1\) est un anneau de valuation discrète,

  4. l’indice de ramification de \(A_1\) sur \(A\) est \(n\),

  5. \(K_1\) est totalement ramifié par rapport à \(A\), et

  6. si \(n\) est premier à la caractéristique du corps résiduel de \(A\), alors \(K_1/K\) est modérément ramifiée et toute sous-extension de \(K_1/K\) est engendrée par \(\pi^{1/d}\) pour un certain diviseur \(d\) de \(n\).

Démonstration

Considérons l’anneau \(A' = A[x]/(x^n - \pi)\) et notons \(\pi'\) l’image de \(x\) dans \(A_1\). Comme \(A'\) est libre de rang fini \(n\) en tant que \(A\)-module, l’élément \(\pi\) est un élément non nul-diviseur dans \(A'\), et donc \(\pi'\) l’est aussi. De plus, \(A'/\pi'A'\) est isomorphe à \(A/\pi A\) qui est un corps. Ainsi, \(A'\) est un anneau de valuation discrète d’uniformisant \(\pi'\). Il s’ensuit que le corps des fractions \(K'\) de \(A'\) est une extension de degré \(n\). De toute évidence, \(K'\) est obtenu de \(K\) en adjoignant une racine \(n\)-ième \(\pi' = \pi^{1/n}\) de \(\pi\), c’est-à-dire \(K' \cong K_1\). Comme \(A'\) est normal, nous voyons que \(A'\) est la clôture intégrale de \(A\) dans \(K'\), c’est-à-dire \(A' = A_1\). Cela prouve (1) – (5).

L’affirmation selon laquelle \(K_1/K\) est modérément ramifiée si \(n\) est inversible dans le corps résiduel résulte immédiatement de la Définition 09E9 et des assertions (3) et (4). Pour prouver la toute dernière affirmation, il suffit de montrer que chaque racine \(n\)-ième de l’unité \(\zeta \in K'\) est contenue dans \(K\), voir Corps, Lemme 0EXP. Il est clair que \(\zeta \in (A')^*\). Nous pouvons écrire \(\zeta = a + b\) avec \(a \in A\) et \(b \in A \pi' \oplus \ldots \oplus A (\pi')^{n - 1}\). Si \(b\) est non nul, alors on peut écrire \(b = u(\pi')^t\) où \(t \geq 1\) et \(b\) une unité de \(A'\). Alors \[1 = \zeta^n \equiv a^n + n a^{n - 1} u (\pi')^t \bmod (\pi')^{t + 1}\] Étant donné que \(n\) et \(a\) sont des unités de \(A\), cela impliquerait que \(b = u(\pi')^t\) est congruent à \((1 - a^n)/(n a^{n - 1}) \in A\) modulo \((\pi')^{t + 1}\). La décomposition en somme directe \(A' = A \oplus \ldots \oplus A(\pi')^{n - 1}\) montre que cela est impossible, car l’image de la multiplication par \((\pi')^{t + 1}\) est une somme directe correspondante dont l’intersection avec \(A(\pi')^t\) est \((\pi A)(\pi')^t\). Ainsi, comme voulu, \(b = 0\) et \(\zeta \in A\).

Lemme

Soit \(A \to B\) une extension d’anneaux de valuation discrète avec des corps des fractions \(K \subset L\). Supposons que \(A \to B\) soit formellement lisse dans la topologie \(\mathfrak m_B\)-adique. Alors, pour toute extension finie \(K_1/K\), nous avons \(L_1 = L \otimes_K K_1\), \(B_1 = B \otimes_A A_1\), et chaque extension \((A_1)_{\mathfrak m_i} \subset (B_1)_{\mathfrak m_{ij}}\) (voir Remarque 09EM) est formellement lisse dans la topologie \(\mathfrak m_{ij}\)-adique.

Démonstration

Nous utiliserons l’équivalence du Lemme 09E7 sans autre mention. Soient \(\pi \in A\) et \(\pi_i \in (A_1)_{\mathfrak m_i}\) des uniformisants. Comme \(\kappa_A \subset \kappa_B\) est séparable, l’anneau \[(B \otimes_A (A_1)_{\mathfrak m_i})/\pi_i (B \otimes_A (A_1)_{\mathfrak m_i}) = B/\pi B \otimes_{A/\pi A} (A_1)_{\mathfrak m_i}/\pi_i (A_1)_{\mathfrak m_i}\] est un produit de corps séparables sur \(\kappa_{\mathfrak m_i}\). Ainsi, l’élément \(\pi_i\) dans \(B \otimes_A (A_1)_{\mathfrak m_i}\) est un non-diviseur de zéro et le quotient par cet élément est un produit de corps. Il s’ensuit que \(B \otimes_A A_1\) est un anneau de Dedekind, donc en particulier réduit. Ainsi, \(B \otimes_A A_1 \subset B_1\) est une égalité.

Le lemme suivant est notre version du lemme d’Abhyankar pour les anneaux de valuation discrète. Observons que \(\kappa_B/\kappa_A\) n’est pas supposé être une extension algébrique de corps.

Lemme

Soit \(A \subset B\) une extension d’anneaux de valuation discrète. Supposons que la caractéristique résiduelle de \(A\) soit \(0\), ou qu’elle soit \(p\), que l’indice de ramification \(e\) soit premier à \(p\) et que \(\kappa_B/\kappa_A\) soit une extension de corps séparable. Soit \(K_1/K\) une extension finie. Avec les notations de la Remarque 09EM, supposons que \(e\) divise l’indice de ramification de \(A \subset (A_1)_{\mathfrak m_i}\) pour un certain \(i\). Alors \((A_1)_{\mathfrak m_i} \subset (B_1)_{\mathfrak m_{ij}}\) est formellement lisse dans la topologie \(\mathfrak m_{ij}\)-adique pour toute \(j = 1, \ldots, m_i\).

Démonstration

Soit \(\pi \in A\) un uniformisant. Soit \(\pi_1\) un uniformisant de \((A_1)_{\mathfrak m_i}\). Écrivez \(\pi = u \pi_1^{e_1}\) avec \(u\) une unité de \((A_1)_{\mathfrak m_i}\) et \(e_1\) l’indice de ramification de \(A \subset (A_1)_{\mathfrak m_i}\).

Affirmation : nous pouvons supposer que \(u\) est une puissance \(e\)-ième dans \(K_1\). En effet, soit \(K_2\) une extension de \(K_1\) obtenue en adjoignant une racine de \(x^e = u\) ; ainsi \(K_2\) est un facteur de \(K_1[x]/(x^e - u)\). Alors \(K_2/K_1\) est une extension séparable finie (d’après notre hypothèse sur \(e\)) et donc \(A_1 \subset A_2\) est finie. Puisque \((A_1)_{\mathfrak m_i} \to (A_1)_{\mathfrak m_i}[x]/(x^e - u)\) est fini étale (car \(e\) est premier à la caractéristique résiduelle et \(u\) une unité) nous concluons que \((A_2)_{\mathfrak m_i}\) est un facteur d’une extension finie étale de \((A_1)_{\mathfrak m_i}\) et est donc elle-même finie étale sur \((A_1)_{\mathfrak m_i}\). Le même raisonnement montre que \(B_1 \subset B_2\) induit des extensions finies étales \((B_1)_{\mathfrak m_{ij}} \subset (B_2)_{\mathfrak m_{ij}}\). Choisissez un idéal maximal \(\mathfrak m'_{ij} \subset B_2\) au-dessus de \(\mathfrak m_{ij} \subset B_1\) (bien sûr il peut y en avoir plus d’un) et considérez \[\xymatrix{ (B_1)_{\mathfrak m_{ij}} \ar[r] & (B_2)_{\mathfrak m'_{ij}} \\ (A_1)_{\mathfrak m_i} \ar[u] \ar[r] & (A_2)_{\mathfrak m'_i} \ar[u] }\] où \(\mathfrak m'_i \subset A_2\) est l’image. Maintenant, les flèches horizontales ont un indice de ramification \(1\) et induisent des extensions finies de corps résiduels séparables. Ainsi, en utilisant l’équivalence du Lemme 09E7, on voit qu’il suffit de montrer que la flèche verticale droite est formellement lisse dans la topologie \(\mathfrak m'_{ij}\)-adique. Puisque \(u\) a une racine \(e\)-ième dans \(K_2\), nous obtenons l’affirmation.

Supposons que \(u\) ait une racine \(e\)-ième dans \(K_1\). Puisque \(e | e_1\) et puisque \(u\) a une racine \(e\)-ième dans \(K_1\), nous voyons que \(\pi = \theta^e\) pour un certain \(\theta \in K_1\). Soit \(K'_1 = K[\theta] \subset K_1\) le sous-corps engendré par \(\theta\). D’après le Lemme 09EV, la clôture intégrale \(A'_1\) de \(A\) dans \(K[\theta]\) est l’anneau de valuation discrète \(A'_1 = A[\theta]\) qui a un indice de ramification \(e\) sur \(A\). Si nous pouvons prouver le lemme pour l’extension \(K'_1/K\), alors nous concluons d’après le Lemme 09EQ appliqué au diagramme \[\xymatrix{ (B'_1)_{B'_1 \cap \mathfrak m_{ij}} \ar[r] & (B_1)_{\mathfrak m_{ij}} \\ A'_1 \ar[u] \ar[r] & (A_1)_{\mathfrak m_i} \ar[u] }\] pour tout \(j = 1, \ldots, m_i\). Cela nous ramène au cas discuté dans le paragraphe suivant.

Supposons \(K_1 = K[\pi^{1/e}]\) et posons \(\theta = \pi^{1/e}\). Soit \(\pi_B\) un uniformisant pour \(B\) et écrivons \(\pi = w \pi_B^e\) pour une certaine unité \(w\) de \(B\). Alors nous voyons que \(L_1 = L \otimes_K K_1\) est obtenu en adjoignant \(\theta / \pi_B\) qui est une racine \(e\)-ième de l’unité \(w\). Ainsi \(B \subset B_1\) est fini et étale. Ainsi, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m \subset B_1\), considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ B \ar[r]_1 & (B_1)_{\mathfrak m} \\ A \ar[u]^e \ar[r]^e & A_1 \ar[u]_{e_\mathfrak m} }\] Ici, les nombres le long des flèches sont les indices de ramification. Par la multiplicativité des indices de ramification (Lemme 0BRL), nous concluons \(e_\mathfrak m = 1\). En regardant les extensions des corps résiduels, nous trouvons que \(\kappa(\mathfrak m)\) est une extension finie séparable de \(\kappa_B\) qui est séparable sur \(\kappa_A\). Par conséquent, \(\kappa(\mathfrak m)\) est séparable sur \(\kappa_A\) qui est égal au corps résiduel de \(A_1\) et le résultat découle du Lemme 09E7.

Lemme

Soit \(A\) un anneau à valuation discrète avec corps des fractions \(K\). Soient \(M/L/K\) des extensions finies séparables. Soit \(B\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\). Si \(L/K\) est modérément ramifiée par rapport à \(A\) et \(M/L\) est modérément ramifiée par rapport à \(B_\mathfrak m\) pour chaque idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(B\), alors \(M/K\) est modérément ramifiée par rapport à \(A\).

Démonstration

Soit \(C\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(M\). Tout idéal maximal \(\mathfrak m'\) de \(C\) est au-dessus d’un idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(B\). Alors le lemme découle de la multiplicativité des indices de ramification (Lemme 0BRL) et du fait que nous avons la tour \(\kappa(\mathfrak m')/\kappa(\mathfrak m)/\kappa_A\) d’extensions finies de corps.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète avec corps des fractions \(K\). Si \(M/L/K\) sont des extensions finies séparables et que \(M\) est modérément ramifiée par rapport à \(A\), alors \(L\) est modérément ramifiée par rapport à \(A\).

Démonstration

Nous utiliserons les résultats de la discussion dans la Remarque 09E8 sans autre mention. Soient \(C/B/A\) les clôtures intégrales de \(A\) dans \(M/L/K\). Puisque \(C\) est une extension finie d’anneaux de \(B\), nous voyons que \(\Spec(C) \to \Spec(B)\) est surjective. Par conséquent, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m \subset B\), il existe un idéal maximal \(\mathfrak m' \subset C\) au-dessus de \(\mathfrak m\). Par la multiplicativité des indices de ramification (Lemme 0BRL) et l’hypothèse, nous concluons que l’indice de ramification de \(B_\mathfrak m\) sur \(A\) est premier à la caractéristique résiduelle. Puisque \(\kappa(\mathfrak m')/\kappa_A\) est finie et séparable, il en est de même pour \(\kappa(\mathfrak m)/\kappa_A\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète avec un corps des fractions \(K\). Soit \(\pi \in A\) un uniformisant. Soit \(L/K\) une extension finie séparable. Les éléments suivants sont équivalents

  1. \(L\) est modérément ramifiée par rapport à \(A\),

  2. il existe un entier \(e \geq 1\) inversible dans \(\kappa_A\) et une extension \(L'/K' = K[\pi^{1/e}]\) non ramifiée par rapport à \(A' = A[\pi^{1/e}]\) telle que \(L\) est contenue dans \(L'\), et

  3. il existe un \(e_0 \geq 1\) inversible dans \(\kappa_A\) tel que pour tout \(d \geq 1\) inversible dans \(\kappa_A\) (2) est vrai avec \(e = de_0\).

Démonstration

Remarquez que \(A'\) est un anneau de valuation discrète avec corps des fractions \(K'\), voir le Lemme 09EV. Bien sûr, l’indice de ramification de \(A'\) sur \(A\) est \(e\). Ainsi, si (2) est vrai, alors \(L'\) est modérément ramifié par rapport à \(A\) selon le Lemme 0EXU. Par conséquent, \(L\) est modérément ramifié par rapport à \(A\) selon le Lemme 0EXV.

L’implication (3) \(\Rightarrow\) (2) est immédiate.

Supposons que (1) soit vérifié. Soit \(B\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\) et soit \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_n\) ses idéaux maximaux. On note \(e_i\) l’indice de ramification de \(A \to B_{\mathfrak m_i}\). Soit \(e_0\) le plus petit commun multiple de \(e_1, \ldots, e_r\). Cela est inversible dans \(\kappa_A\) selon notre hypothèse (1). Soit \(e = de_0\) comme en (3). Posons \(A' = A[\pi^{1/e}]\). Alors \(A \to A'\) est une extension d’anneaux à valuation discrète avec corps des fractions \(K' = K[\pi^{1/e}]\), voir le Lemme 09EV. Choisissez une décomposition en produit \[L \otimes_K K' = \prod L'_j\] où les \(L'_j\) sont des corps. Soit \(B'_j\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L'_j\). Soient \(\mathfrak m_{ijk}\) les idéaux maximaux de \(B'_j\) situés au-dessus de \(\mathfrak m_i\). On observe que \((B'_j)_{\mathfrak m_i}\) est la clôture intégrale de \(B_{\mathfrak m_i}\) dans \(L'_j\). D’après le lemme d’Abhyankar (Lemme 0BRM) appliqué à \(A \subset B_{\mathfrak m_i}\) et à l’extension \(K'/K\), nous voyons que \(A' \to (B'_j)_{\mathfrak m_{ijk}}\) est formellement lisse dans la topologie \(\mathfrak m_{ijk}\)-adique. Cela implique que l’indice de ramification est \(1\) et que l’extension des corps résiduels est séparable (Lemme 09E7). De cette manière, nous voyons que \(L'_j\) n’est pas ramifié par rapport à \(A'\). Cela termine la démonstration : nous prenons \(L' = L'_j\) pour un certain \(j\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète avec le corps des fractions \(K\).

  1. Si \(L/K\) est une extension séparable finie qui est modérément ramifiée par rapport à \(A\), alors il existe une extension de Galois \(M/K\) contenant \(L\) qui est modérément ramifiée par rapport à \(A\).

  2. Si \(L_1/K\), \(L_2/K\) sont des extensions séparables finies qui sont modérément ramifiées par rapport à \(A\), alors il existe une extension séparable finie \(L/K\) qui est modérément ramifiée par rapport à \(A\) contenant \(L_1\) et \(L_2\).

Démonstration

Preuve de (2). Choisissons un uniformisant \(\pi \in A\). Nous pouvons choisir un entier \(e\) inversible dans \(\kappa_A\) et des extensions \(L_i'/K' = K[\pi^{1/e}]\) non ramifiées par rapport à \(A' = A[\pi^{1/e}]\), où \(L'_i/L_i\) est une extension de \(K\), voir le Lemme 0EXW. D’après le Lemme 0EXR, nous pouvons trouver une extension \(L'/K'\) qui est non ramifiée par rapport à \(A'\) telle que \(L'_i/K\) soit isomorphe à une sous-extension de \(L'/K'\) pour \(i = 1, 2\). Cela termine la preuve de (3) car \(L'/K\) est modérément ramifiée (utiliser le même lemme que ci-dessus).

Preuve de (1). Nous pouvons d’abord remplacer \(L\) par une extension plus grande et supposer que \(L\) est une extension de \(K' = K[\pi^{1/e}]\) non ramifiée par rapport à \(A' = A[\pi^{1/e}]\) où \(e\) est inversible dans \(\kappa_A\), voir le Lemme 0EXW. Soit \(M\) la clôture normale de \(L\) sur \(K\), voir Corps, Définition 0BMF. Alors \(M/K\) est galoisienne d’après Corps, Lemme 0EXM. D’autre part, il existe une surjection \[L \otimes_K \ldots \otimes_K L \longrightarrow M\] d’algèbres \(K\), voir Corps, Lemme 0EXL. Soit \(B\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\) comme dans la Remarque 09E8. La condition que \(L\) est non ramifiée par rapport à \(A' = A[\pi^{1/e}]\) signifie exactement que \(A' \to B\) est un morphisme d’anneaux étale, voir Algèbre, Lemme 00U6. Affirmation : \[K' \otimes_K \ldots \otimes_K K' = \prod K'_i\] est un produit d’extensions de corps \(K'_i/K\) modérément ramifiées par rapport à \(A\). Alors si \(A'_i\) est la clôture intégrale de \(A\) dans \(K'_i\), nous voyons que \[\prod A'_i \otimes_{(A' \otimes_A \ldots \otimes_A A')} (B \otimes_A \ldots \otimes_A B)\] est fini et étale sur \(\prod A'_i\) et donc un produit d’anneaux de Dedekind (Lemme 0AP2). Nous en concluons que \(M\) est le corps des fractions de l’un de ces anneaux de Dedekind qui est fini et étale sur \(A'_i\) pour un certain \(i\). Il s’ensuit que \(M/K'_i\) est non ramifié par rapport à chaque idéal maximal de \(A'_i\) et donc \(M/K\) est modérément ramifiée par le Lemme 0EXU.

Il reste à prouver l’affirmation. Pour cela nous écrivons \(A' = A[x]/(x^e - \pi)\) et nous voyons que \[A' \otimes_A \ldots \otimes_A A' = A'[x_1, \ldots, x_r]/(x_1^e - \pi, \ldots, x_r^e - \pi)\] La normalisation de cet anneau contient certainement les éléments \(y_i = x_i/x_1\) pour \(i = 2, \ldots, r\) soumis aux relations \(y_i^e - 1 = 0\) et nous obtenons \[A[x_1, y_2, \ldots, y_r]/(x_1^e - \pi, y_2^e - 1, \ldots, y_r^e - 1) = A'[y_2, \ldots, y_r]/(y_2^e - 1, \ldots, y_r^e - 1)\] Cet anneau est fini étale sur \(A'\) parce que \(e\) est inversible dans \(A'\). Par conséquent, il est un produit d’anneaux de Dedekind, chacun non ramifié sur \(A'\) comme voulu (voir les références données ci-dessus pour plus de détails).

Lemme

Soit \(A \subset B\) une extension d’anneaux de valuation discrète. Notons \(L/K\) l’extension correspondante des corps des fractions. Soit \(K'/K\) une extension finie séparable. Alors \[K' \otimes_K L = \prod L'_i\] est un produit fini de corps et ce qui suit est vrai

  1. Si \(K'\) est non ramifié par rapport à \(A\), alors chaque \(L'_i\) est non ramifié par rapport à \(B\).

  2. Si \(K'\) est modérément ramifié par rapport à \(A\), alors chaque \(L'_i\) est modérément ramifié par rapport à \(B\).

Démonstration

L’algèbre \(K' \otimes_K L\) est un produit fini de corps car c’est une algèbre finie étale sur \(L\). Soit \(A'\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(K'\).

Dans le cas (1) l’application d’anneaux \(A \to A'\) est finie étale. Ainsi, \(B' = B \otimes_A A'\) est fini étale sur \(B\) et est un produit fini de anneaux de Dedekind (Lemme 0AP2). Ainsi, \(B'\) est la clôture intégrale de \(B\) dans \(K' \otimes_K L\). Il s’ensuit immédiatement que chaque \(L'_i\) n’est pas ramifiée par rapport à \(B\).

Choisissons un uniformisant \(\pi \in A\). Pour prouver (2), on peut remplacer \(K'\) par une extension plus grande modérément ramifiée par rapport à \(A\) (détails omis ; indication : utiliser le Lemme 0EXV). Ainsi, par le Lemme 0EXW, on peut supposer qu’il existe un \(e \geq 1\) inversible dans \(\kappa_A\) tel que \(K'\) contient \(K[\pi^{1/e}]\) et telle que \(K'\) n’est pas ramifiée par rapport à \(A[\pi^{1/e}]\). Choisissons une décomposition en produit \[K[\pi^{1/e}] \otimes_K L = \prod L_{e, j}\] Pour chaque \(i\), il existe un \(j_i\) tel que \(L'_i/L_{e, j_i}\) soit une extension finie séparable. Soit \(B_{e, j}\) la clôture intégrale de \(B\) dans \(L_{e, j}\). D’après (1) appliqué à \(K'/K[\pi^{1/e}]\) et \(A[\pi^{1/e}] \subset (B_{e, j_i})_\mathfrak m\), nous voyons que \(L'_i\) est non ramifié par rapport à \((B_{e, j_i})_\mathfrak m\) pour tout idéal maximal \(\mathfrak m \subset B_{e, j_i}\). Ainsi, la preuve sera complète si nous pouvons montrer que \(L_{e, j}\) est modérément ramifié par rapport à \(B\), voir le Lemme 0EXU.

Choisissons un uniformisant \(\theta\) dans \(B\). Écrivons \(\pi = u \theta^t\) où \(u\) est une unité de \(B\) et \(t \geq 1\). Alors nous avons \[A[\pi^{1/e}] \otimes_A B = B[x]/(x^e - u \theta^t) \subset B[y, z]/(y^{e'} - \theta, z^e - u)\] où \(e' = e/\gcd(e, t)\). L’application envoie \(x\) sur \(z y^{t/\gcd(e, t)}\). Comme le côté droit est un produit d’anneaux de Dedekind, chacun modérément ramifié sur \(B\), la preuve est complète (détails omis).

Élimination de la ramification

Dans cette section, nous discutons d’un résultat de Helmut Epp, voir [Epp]. Nous encourageons fortement le lecteur à lire l’original. Notre approche est légèrement différente car nous essayons de traiter les cas de caractéristique mixte et équicaractéristique par la même méthode. Pour des résultats liés, voir aussi [Ponomarev], [Ponomarev-Abhyankar], [Kuhlmann] et [ZK].

Soit \(A \subset B\) une extension d’anneaux de valuation discrète avec des corps des fractions \(K \subset L\). Le but de cette section est de trouver une extension finie \(K_1/K\) telle qu’avec \[\vcenter{ \xymatrix{ L \ar[r] & L_1 \\ K \ar[u] \ar[r] & K_1 \ar[u] } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ B \ar[r] & B_1 \ar[r] & (B_1)_{\mathfrak m_{ij}} \\ A \ar[u] \ar[r] & A_1 \ar[r] \ar[u] & (A_1)_{\mathfrak m_i} \ar[u] } }\] comme dans la Remarque 09EM, les extensions \((A_1)_{\mathfrak m_i} \subset (B_1)_{\mathfrak m_{ij}}\) soient toutes faiblement non ramifiées ou même formellement lisses dans les topologies adiques pertinentes. L’exemple le plus simple (mais non trivial) de cela est le lemme d’Abhyankar, voir le Lemme 0BRM.

Définition

Soit \(A \to B\) une extension d’anneaux de valuation discrète avec des corps des fractions \(K \subset L\).

  1. Nous disons qu’une extension de corps finie \(K_1/K\) est une solution faible pour \(A \subset B\) si toutes les extensions \((A_1)_{\mathfrak m_i} \subset (B_1)_{\mathfrak m_{ij}}\) de la Remarque 09EM sont faiblement non ramifiées.

  2. Nous disons qu’une extension de corps finie \(K_1/K\) est une solution pour \(A \subset B\) si chaque extension \((A_1)_{\mathfrak m_i} \subset (B_1)_{\mathfrak m_{ij}}\) de la Remarque 09EM est formellement lisse dans la topologie \(\mathfrak m_{ij}\)-adique.

Nous disons qu’une solution \(K_1/K\) est une solution séparable si \(K_1/K\) est séparable.

En général, les solutions (faibles) n’existent pas ; il existe un exemple dans [Epp]. Sous une hypothèse faible sur l’extension du corps résiduel, nous prouverons l’existence de solutions faibles dans le Théorème 09F9 en suivant [Epp]. Dans la section suivante, nous déduirons l’existence de solutions et parfois de solutions séparables dans des cas géométriquement significatifs, voir la Proposition 09II et le Lemme 0BRP. Cependant, l’exemple suivant montre qu’en général, il faut des extensions inséparables pour obtenir même une solution faible.

Exemple

Soit \(k\) un corps parfait de caractéristique \(p > 0\). Soient \(A = k[[x]]\) et \(K = k((x))\). Soit \(B = A[x^{1/p}]\). Toute solution faible \(K_1/K\) pour \(A \to B\) est inséparable (et toute extension finie inséparable de \(K\) est une solution). Nous omettons la démonstration.

Les solutions sont stables sous des extensions supplémentaires, voir le Lemme 0GLR. Cela peut ne pas être vrai pour les solutions faibles. Les solutions faibles sont en quelque sorte stables sous des extensions totalement ramifiées, voir le Lemme 09ER.

Lemme

Soit \(A \to B\) une extension d’anneaux de valuation discrète avec les corps des fractions \(K \subset L\). Supposons que \(A \to B\) soit faiblement non ramifiée. Alors, pour toute extension finie séparable \(K_1/K\) totalement ramifiée par rapport à \(A\), alors \(L_1 = L \otimes_K K_1\) est un corps, \(A_1\) et \(B_1 = B \otimes_A A_1\) sont des anneaux de valuation discrète, et l’extension \(A_1 \subset B_1\) (voir la Remarque 09EM) est faiblement non ramifiée.

Démonstration

Soient \(\pi \in A\) et \(\pi_1 \in A_1\) des uniformisants. Comme \(K_1/K\) est totalement ramifiée par rapport à \(A\), nous avons \(\pi_1^e = u_1 \pi\) pour une unité \(u_1\) de \(A_1\). Ainsi, \(A_1\) est engendré par \(\pi_1\) sur \(A\) et le polynôme minimal \(P(t)\) de \(\pi_1\) sur \(K\) a la forme \[P(t) = t^e + a_{e - 1} t^{e - 1} + \ldots + a_0\] avec \(a_i \in (\pi)\) et \(a_0 = u\pi\) pour une certaine unité \(u\) de \(A\). Notez que \(e = [K_1 : K]\) aussi. Puisque \(A \to B\) est faiblement non ramifié, on voit que \(\pi\) est un uniformisant de \(B\) et donc \(B_1 = B[t]/(P(t))\) est un anneau de valuation discrète dont la classe de \(t\) est un uniformisant. Ainsi, le lemme est clair.

Lemme

Soient \(A \to B \to C\) des extensions d’anneaux de valuation discrète de corps des fractions \(K \subset L \subset M\). Soit \(K_1/K\) une extension finie.

  1. Si \(K_1\) est une solution (faible) pour \(A \to C\), alors \(K_1\) est une solution (faible) pour \(A \to B\).

  2. Si \(K_1\) est une solution (faible) pour \(A \to B\) et \(L_1 = (L \otimes_K K_1)_{red}\) est un produit de corps qui sont des solutions (faibles) pour \(B \to C\), alors \(K_1\) est une solution (faible) pour \(A \to C\).

Démonstration

Soient \(L_1 = (L \otimes_K K_1)_{red}\) et \(M_1 = (M \otimes_K K_1)_{red}\) et soient \(B_1 \subset L_1\) et \(C_1 \subset M_1\) les clôtures intégrales respectives de \(B\) et de \(C\). Notez que \(M_1 = (M \otimes_L L_1)_{red}\) et que \(L_1\) est un produit fini (non vide) d’extensions finies de \(L\). Par conséquent, l’homomorphisme d’anneaux \(B_1 \to C_1\) est un produit fini de morphismes d’anneaux de la forme discutée dans la Remarque 09EM. En particulier, l’application \(\Spec(C_1) \to \Spec(B_1)\) est surjective. Choisissez un idéal maximal \(\mathfrak m \subset C_1\) et considérez les extensions d’anneaux à valuation discrète \[(A_1)_{A_1 \cap \mathfrak m} \to (B_1)_{B_1 \cap \mathfrak m} \to (C_1)_\mathfrak m\] Si la composition est faiblement non ramifiée, il en est de même pour l’application \((A_1)_{A_1 \cap \mathfrak m} \to (B_1)_{B_1 \cap \mathfrak m}\). Si l’extension du corps résiduel \(\kappa_{A_1 \cap \mathfrak m} \to \kappa_\mathfrak m\) est séparable, il en est de même pour la sous-extension \(\kappa_{A_1 \cap \mathfrak m} \to \kappa_{B_1 \cap \mathfrak m}\). En tenant compte du Lemme 09E7, cela prouve (1). Un argument similaire fonctionne pour (2).

Lemme

Soit \(A \to B\) une extension d’anneaux de valuation discrète. Il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ B \ar[r] & B' \\ A \ar[r] \ar[u] & A' \ar[u] }\] d’extensions d’anneaux de valuation discrète tel que

  1. les extensions \(K'/K\) et \(L'/L\) des corps des fractions soient algébriques séparables,

  2. les corps résiduels de \(A'\) et \(B'\) soient des clôtures algébriques séparables des corps résiduels de \(A\) et \(B\), et

  3. si une solution, une solution faible ou une solution séparable existe pour \(A' \to B'\), alors une solution, une solution faible ou une solution séparable existe pour \(A \to B\).

Démonstration

Par Algèbre, Lemme 09E0, il existe une extension \(A \subset A'\) qui est une colimite filtrée d’extensions étales finies telle que le corps résiduel de \(A'\) est une clôture algébrique séparable du corps résiduel de \(A\). Alors \(A \subset A'\) est une extension d’anneaux à valuation discrète telle que l’extension induite \(K'/K\) des corps des fractions est algébrique séparable.

Soit \(B \subset B'\) une hensélisation stricte de \(B\). Alors \(B \subset B'\) est une extension d’anneaux de valuation discrète dont l’extension des corps des fractions est algébrique séparable. D’après Algèbre, Lemme 04GT, il existe un diagramme commutatif comme dans l’énoncé du lemme. Les parties (1) et (2) du lemme sont évidentes.

Soit \(K'_1/K'\) une solution (faible) pour \(A' \to B'\). Puisque \(A'\) est une colimite, nous pouvons trouver une extension étale finie \(A \subset A_1'\) et une extension finie \(K_1\) du corps des fractions \(F\) de \(A_1'\) telle que \(K'_1 = K' \otimes_F K_1\). Comme \(A \subset A_1'\) est finie étale et \(B'\) strictement hensélien, il s’ensuit que \(B' \otimes_A A_1'\) est un produit fini d’anneaux isomorphes à \(B'\). Par conséquent \[L' \otimes_K K_1 = L' \otimes_K F \otimes_F K_1\] est un produit fini d’anneaux isomorphes à \(L' \otimes_{K'} K'_1\). Ainsi, on voit que \(K_1/K\) est une solution (faible) pour \(A \to B'\). C’est donc aussi une solution (faible) pour \(A \to B\) par le Lemme 09ES.

Lemme

Soit \(A \to B\) une extension d’anneaux de valuation discrète avec des corps des fractions \(K \subset L\). Soit \(K_1/K\) une extension normale. Posons \(G = \text{Aut}(K_1/K)\). Alors \(G\) agit sur les anneaux \(K_1\), \(L_1\), \(A_1\) et \(B_1\) de la Remarque 09EM et agit de manière transitive sur l’ensemble des idéaux maximaux de \(B_1\).

Démonstration

Tout est clair à part la dernière affirmation. S’il y a deux orbites ou plus de l’action, alors on peut trouver un élément \(b \in B_1\) qui appartient à tous les idéaux maximaux d’une orbite et dont le résidu vaut \(1\) modulo tous les idéaux maximaux d’une autre orbite. Alors \(b' = \prod_{\sigma \in G} \sigma(b)\) est un élément \(G\)-invariant de \(B_1 \subset L_1 = (L \otimes_K K_1)_{red}\) qui appartient à certains idéaux maximaux de \(B_1\) mais pas à tous les idéaux maximaux de \(B_1\). En le relevant en un élément de \(L \otimes_K K_1\) et en l’élevant à une puissance suffisamment grande, on obtient un élément \(G\)-invariant \(b''\) de \(L \otimes_K K_1\) dont l’image est \((b')^N\) pour un certain \(N > 0\) ; en fait, nous n’avons besoin de faire cela que dans le cas où la caractéristique est \(p > 0\) et, dans ce cas, l’élévation à une puissance de \(p\) suffisamment grande, notée \(q\), définit une application canonique \((L \otimes_K K_1)_{red} \to L \otimes_K K_1\). Comme \(K = (K_1)^G\), nous concluons que \(b'' \in L\). Comme \(b''\) a pour image un élément de \(B_1\), nous voyons que \(b'' \in B\) (car \(B\) est normal). Ensuite, d’une part il doit être vrai que \(b'' \in \mathfrak m_B\) car \(b'\) est dans un certain idéal maximal de \(B_1\) et d’autre part il doit être vrai que \(b'' \not \in \mathfrak m_B\) car \(b'\) n’est pas dans tous les idéaux maximaux de \(B_1\). Cette contradiction termine la démonstration du lemme.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète muni d’un uniformisant \(\pi\). Si la caractéristique résiduelle de \(A\) est \(p > 0\), alors pour tout \(n > 1\) et toute puissance de \(p\), notée \(q\), il existe une extension séparable de degré \(q\), notée \(L/K\), totalement ramifiée par rapport à \(A\), telle que la clôture intégrale \(B\) de \(A\) dans \(L\) ait un indice de ramification \(q\) et un uniformisant \(\pi_B\) tel que \(\pi_B^q = \pi + \pi^n b\) et \(\pi_B^q = \pi + (\pi_B)^{nq}b'\) pour certains \(b, b' \in B\).

Démonstration

Si la caractéristique de \(K\) est nulle, alors on peut prendre l’extension donnée par \(\pi_B^q = \pi\), voir le Lemme 09EV. Si la caractéristique de \(K\) est \(p > 0\), alors on peut prendre l’extension de \(K\) donnée par \(z^q - \pi^n z = \pi^{1 - q}\). À savoir, on voit alors que \(y^q - \pi^{n + q - 1} y = \pi\) où \(y = \pi z\). En prenant \(\pi_B = y\), nous obtenons le résultat souhaité.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète. Supposons que le corps résiduel \(\kappa_A\) ait pour caractéristique \(p > 0\) et que \(a \in A\) soit un élément dont la classe résiduelle dans \(\kappa_A\) n’est pas une \(p\)-ième puissance. Alors \(a\) n’est pas une \(p\)-ième puissance dans \(K\) et la clôture intégrale de \(A\) dans \(K[a^{1/p}]\) est l’anneau \(A[a^{1/p}]\) qui est un anneau de valuation discrète faiblement non ramifié sur \(A\).

Démonstration

Ce lemme est immédiat.

Lemme

Soient \(A \subset B \subset C\) des extensions d’anneaux de valuation discrète avec des corps des fractions \(K \subset L \subset M\). Soit \(\pi \in A\) un uniformisant. Supposons que

  1. \(B\) soit un anneau de Nagata,

  2. \(A \subset B\) soit faiblement non ramifié,

  3. \(M\) soit une extension purement inséparable de degré \(p\) de \(L\).

Alors l’un des cas suivants se produit :

  1. \(A \to C\) est faiblement non ramifié, soit

  2. \(C = B[\pi^{1/p}]\), ou

  3. il existe une extension séparable de degré \(p\) \(K_1/K\) totalement ramifiée par rapport à \(A\) telle que \(L_1 = L \otimes_K K_1\) et \(M_1 = M \otimes_K K_1\) sont des corps et que les applications des clôtures intégrales \(A_1 \to B_1 \to C_1\) sont des extensions faiblement non ramifiées d’anneaux de valuation discrète.

Démonstration

Soit \(e\) l’indice de ramification de \(C\) sur \(B\). Si \(e = 1\), alors nous avons terminé. Sinon, \(e = p\) par les lemmes 09E5 et 09E6. Cela implique à son tour que les corps résiduels de \(B\) et \(C\) coïncident. Choisissons un uniformisant \(\pi_C\) de \(C\). Écrivons \(\pi_C^p = u \pi\) pour une certaine unité \(u\) de \(C\). Puisque \(\pi_C^p \in L\), nous voyons que \(u \in B^*\). De plus \(M = L[\pi_C]\).

Supposons qu’il existe un entier \(m \geq 0\) tel que \[u = \sum\nolimits_{0 \leq i < m} b_i^p \pi^i + b \pi^m\] avec \(b_i \in B\) et avec \(b \in B\) un élément dont l’image dans \(\kappa_B\) n’est pas une \(p\)-ième puissance. Choisissez une extension \(K_1/K\) comme dans le Lemme 09EW avec \(n = m + 2\) et notons \(\pi'\) l’uniformisant de la clôture intégrale \(A_1\) de \(A\) dans \(K_1\) tel que \(\pi = (\pi')^p + (\pi')^{np} a\) pour un certain \(a \in A_1\). Soit \(B_1\) la clôture intégrale de \(B\) dans \(L \otimes_K K_1\). Observez que \(A_1 \to B_1\) est faiblement non ramifiée d’après le Lemme 09ER. Dans \(B_1\) nous avons \[u \pi = \left(\sum\nolimits_{0 \leq i < m} b_i (\pi')^{i + 1}\right)^p + b (\pi')^{(m + 1)p} + (\pi')^{np} b_1\] pour un certain \(b_1 \in B_1\) (calcul omis). Nous concluons que \(M_1\) est obtenu à partir de \(L_1\) en adjoignant une \(p\)-ième racine de \[b + (\pi')^{n - m - 1} b_1\] Puisque le corps résiduel de \(B_1\) est égal au corps résiduel de \(B\), nous voyons d’après le Lemme 09EX que \(M_1/L_1\) est de degré \(p\) et que la clôture intégrale \(C_1\) de \(B_1\) est faiblement non ramifiée sur \(B_1\). Ainsi, nous concluons dans ce cas.

Si aucun entier \(m\) comme dans le paragraphe précédent n’existe, alors \(u\) est une \(p\)-ième puissance dans le complété \(\pi\)-adique de \(B_1\). Puisque \(B\) est Nagata, ceci signifie que \(u\) est une \(p\)-ième puissance dans \(B_1\) d’après l’Algèbre, Lemme 09E2. D’où le deuxième cas de l’énoncé du lemme s’applique.

Lemme

Soit \(A\) un anneau local annihilé par un nombre premier \(p\) dont l’idéal maximal est nilpotent. Il existe une application d’anneau \(\sigma : \kappa_A \to A\) qui est une section de l’application résiduelle \(A \to \kappa_A\). Si \(A \to A'\) est un homomorphisme local d’anneaux locaux, alors nous pouvons choisir une application d’anneau similaire \(\sigma' : \kappa_{A'} \to A'\) compatible avec \(\sigma\) à condition que l’extension \(\kappa_{A'}/\kappa_A\) soit séparable.

Démonstration

Les extensions séparables sont formellement lisses selon Algèbre, Proposition 0322. Ainsi l’existence de \(\sigma\) découle du fait que \(\mathbf{F}_p \to \kappa_A\) est séparable. De même pour l’existence de \(\sigma'\) compatible avec \(\sigma\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète avec corps des fractions \(K\) de caractéristique \(p > 0\). Soit \(\xi \in K\). Soit \(L\) une extension de \(K\) obtenue en adjoignant une racine de \(z^p - z = \xi\). Alors \(L/K\) est galoisienne et l’une des situations suivantes se produit

  1. \(L = K\),

  2. \(L/K\) est non ramifiée par rapport à \(A\) de degré \(p\),

  3. \(L/K\) est totalement ramifiée par rapport à \(A\) avec un indice de ramification \(p\), et

  4. la clôture intégrale \(B\) de \(A\) dans \(L\) est un anneau de valuation discrète, \(A \subset B\) est faiblement non ramifiée, et \(A \to B\) induit une extension de corps résiduel purement inséparable de degré \(p\).

Soit \(\pi\) un uniformisant de \(A\). Nous avons les implications suivantes :

  1. Si \(\xi \in A\), alors nous sommes dans le cas (1) ou (2).

  2. Si \(\xi = \pi^{-n}a\) où \(n > 0\) n’est pas divisible par \(p\) et \(a\) est une unité dans \(A\), alors nous sommes dans le cas (3)

  3. Si \(\xi = \pi^{-n} a\) où \(n > 0\) est divisible par \(p\) et l’image de \(a\) dans \(\kappa_A\) n’est pas une puissance \(p\), alors nous sommes dans le cas (4).

Démonstration

L’extension est galoisienne d’ordre divisant \(p\) d’après la discussion de Corps, section 09I7. Il résulte immédiatement de la discussion de la section 09E3 que nous sommes dans l’un des cas (1) – (4) listés dans le lemme.

Cas (A). Ici nous voyons que \(A \to A[x]/(x^p - x - \xi)\) est une extension d’anneaux finie étale. Par conséquent, nous sommes dans les cas (1) ou (2).

Cas (B). Écrivez \(\xi = \pi^{-n}a\) où \(p\) ne divise pas \(n\). Soit \(B \subset L\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\). Si \(C = B_\mathfrak m\) pour un certain idéal maximal \(\mathfrak m\), alors il est clair que \(p \text{ord}_C(z) = -n \text{ord}_C(\pi)\). En particulier, \(A \subset C\) a un indice de ramification divisible par \(p\). Il s’ensuit que c’est \(p\) et que \(B = C\).

Cas (C). Posons \(k = n/p\). Alors nous pouvons réécrire l’équation comme \[(\pi^kz)^p - \pi^{n - k} (\pi^kz) = a\] . Puisque \(A[y]/(y^p - \pi^{n - k}y - a)\) est un anneau de valuation discrète faiblement non ramifié sur \(A\), le lemme s’ensuit.

Lemme

Soit \(A \subset B \subset C\) des extensions d’anneaux de valuation discrète avec des corps des fractions \(K \subset L \subset M\). Supposons

  1. \(A \subset B\) soit faiblement non ramifié,

  2. la caractéristique de \(K\) est \(p\),

  3. \(M\) est une extension galoisienne de degré \(p\) de \(L\), et

  4. \(\kappa_A = \bigcap_{n \geq 1} \kappa_B^{p^n}\).

Alors, il existe une extension de Galois finie \(K_1/K\) totalement ramifiée par rapport à \(A\) qui est une solution faible pour \(A \to C\).

Démonstration

Puisque la caractéristique de \(L\) est \(p\), nous savons que \(M\) est une extension d’Artin-Schreier de \(L\) (Corps, Lemme 09DY). Ainsi, nous pouvons choisir \(z \in M\), \(z \not \in L\) de sorte que \(\xi = z^p - z \in L\). Choisissez \(n \geq 0\) de telle sorte que \(\pi^n\xi \in B\). Nous choisissons \(z\) de sorte que \(n\) soit minimal. Si \(n = 0\), alors \(M/L\) est non ramifiée par rapport à \(B\) (Lemme 09F0) et nous avons terminé. Ainsi, nous avons \(n > 0\).

L’hypothèse (4) implique que \(\kappa_A\) est parfait. Ainsi, nous pouvons choisir des morphismes d’anneaux compatibles \(\overline{\sigma} : \kappa_A \to A/\pi^n A\) et \(\overline{\sigma} : \kappa_B \to B/\pi^n B\) comme dans le Lemme 09EZ. Nous relevons la seconde de celles-ci à une application d’ensembles \(\sigma : \kappa_B \to B\)20. Ensuite, nous pouvons écrire \[\xi = \sum\nolimits_{i = n, \ldots, 1} \sigma(\lambda_i) \pi^{-i} + b\] pour certains \(\lambda_i \in \kappa_B\) et \(b \in B\). Soient \[I = \{i \in \{n, \ldots, 1\} \mid \lambda_i \in \kappa_A\}\] et \[J = \{j \in \{n, \ldots, 1\} \mid \lambda_i \not \in \kappa_A\}\] . Nous argumenterons par induction sur la taille de l’ensemble fini \(J\).

Le cas \(J = \emptyset\). Ici, pour tous \(i \in \{n, \ldots, 1\}\), nous avons \(\sigma(\lambda_i) = a_i + \pi^n b_i\) pour certains \(a_i \in A\) et \(b_i \in B\) selon notre choix de \(\sigma\). Ainsi \(\xi = \pi^{-n} a + b\) pour certains \(a \in A\) et \(b \in B\). Si \(p | n\), alors nous écrivons \(a = a_0^p + \pi a_1\) pour certains \(a_0, a_1 \in A\) (comme le corps résiduel de \(A\) est parfait). Nous calculons \[(z - \pi^{-n/p}a_0)^p - (z - \pi^{-n/p}a_0) = \pi^{-(n - 1)}(a_1 + \pi^{n - 1 - n/p}a_0) + b'\] pour un certain \(b' \in B\). Cela contredirait la minimalité de \(n\). Ainsi \(p\) ne divise pas \(n\). Considérons l’extension de degré \(p\) \(K_1\) de \(K\) donnée par \(w^p - w = \pi^{-n}a\). D’après le Lemme 09F0, cette extension est galoisienne et totalement ramifiée par rapport à \(A\). Ainsi \(L_1 = L \otimes_K K_1\) est un corps et \(A_1 \subset B_1\) est faiblement non ramifiée (Lemme 09ER). D’après le Lemme 09F0, l’algèbre \(M_1 = M \otimes_K K_1\) est soit un produit de \(p\) copies de \(L_1\) (dans ce cas nous avons terminé), soit une extension de corps de \(L_1\) de degré \(p\). De plus, dans le second cas, soit \(C_1\) est faiblement non ramifié sur \(B_1\) (dans ce cas, nous avons terminé), soit \(M_1/L_1\) est de degré \(p\), galoisien et totalement ramifié par rapport à \(B_1\). Dans ce dernier cas, l’extension \(M_1/L_1\) est engendrée par l’élément \(z - w\) et \[(z - w)^p - (z - w) = z^p - z - (w^p - w) = b\] avec \(b \in B\) (voir ci-dessus). Ainsi, d’après le Lemme 09F0, une fois encore, l’extension \(M_1/L_1\) est non ramifiée par rapport à \(B_1\) et nous concluons que \(K_1\) est une solution faible pour \(A \to C\). Dorénavant, nous supposons \(J \not = \emptyset\).

Supposons qu’il existe \(j', j \in J\) tels que \(j' = p^r j\) pour un certain \(r > 0\). Alors nous changeons notre choix de \(z\) en \[z' = z - (\sigma(\lambda_j) \pi^{-j} + \sigma(\lambda_j^p) \pi^{-pj} + \ldots + \sigma(\lambda_j^{p^{r - 1}}) \pi^{-p^{r - 1}j})\] . Ensuite, \(\xi\) change en \(\xi' = (z')^p - (z')\) comme suit \[\xi' = \xi - \sigma(\lambda_j) \pi^{-j} + \sigma(\lambda_j^{p^r}) \pi^{-j'} + \text{un élément de }B\] En écrivant \(\xi' = \sum\nolimits_{i = n, \ldots, 1} \sigma(\lambda'_i) \pi^{-i} + b'\) comme avant, nous constatons que \(\lambda'_i = \lambda_i\) pour \(i \not = j, j'\) et \(\lambda'_j = 0\). Ainsi, l’ensemble \(J\) est devenu plus petit. Par induction sur la taille de \(J\), nous pouvons supposer qu’aucune telle paire \(j, j'\) n’existe. (Veuillez observer que, dans cette procédure, nous pouvons être ramenés au cas \(J = \emptyset\), traité ci-dessus.)

Pour chaque \(j \in J\), écrivons \(\lambda_j = \mu_j^{p^{r_j}}\) avec \(r_j \geq 0\) et \(\mu_j \in \kappa_B\), qui n’est pas une \(p\)-ième puissance. Cela est possible par notre hypothèse (4). Soit \(j \in J\) l’indice unique tel que \(j p^{-r_j}\) soit maximal. (L’indice est unique par le résultat du paragraphe précédent.) Choisissons \(r > \max(r_j + 1)\) de sorte que \(j p^{r - r_j} > n\) pour tout \(j \in J\). Choisissons une extension séparable \(K_1/K\) totalement ramifiée par rapport à \(A\) de degré \(p^r\) telle que l’anneau de valuation discrète correspondant \(A_1 \subset K_1\) possède un uniformisant \(\pi'\) avec \((\pi')^{p^r} = \pi + \pi^{n + 1}a\) pour un certain \(a \in A_1\) (Lemme 09EW). Observez que \(L_1 = L \otimes_K K_1\) est un corps et que \(L_1/L\) est totalement ramifié par rapport à \(B\) (Lemme 09ER). En calculant dans la clôture intégrale \(B_1\), nous obtenons \[\xi = \sum\nolimits_{i \in I} \sigma(\lambda_i) (\pi')^{-i p^r} + \sum\nolimits_{j \in J} \sigma(\mu_j)^{p^{r_j}} (\pi')^{-j p^r} + b_1\] pour un certain \(b_1 \in B_1\). Notez que \(\sigma(\lambda_i)\) pour \(i \in I\) est une puissance \(q\)-ième modulo \(\pi^n\), c’est-à-dire modulo \((\pi')^{n p^r}\). Par conséquent, nous pouvons réécrire ce qui précède comme \[\xi = \sum\nolimits_{i \in I} x_i^{p^r} (\pi')^{-i p^r} + \sum\nolimits_{j \in J} \sigma(\mu_j)^{p^{r_j}} (\pi')^{- j p^r} + b_1\] . Comme dans le paragraphe précédent, nous changeons notre choix de \(z\) en \[\begin{align*} z' & = z \\ & - \sum\nolimits_{i \in I} \left(x_i (\pi')^{-i} + \ldots + x_i^{p^{r - 1}} (\pi')^{-i p^{r - 1}}\right) \\ & - \sum\nolimits_{j \in J} \left( \sigma(\mu_j) (\pi')^{- j p^{r - r_j}} + \ldots + \sigma(\mu_j)^{p^{r_j - 1}} (\pi')^{- j p^{r - 1}} \right) \end{align*}\] pour obtenir \[(z')^p - z' = \sum\nolimits_{i \in I} x_i (\pi')^{-i} + \sum\nolimits_{j \in J} \sigma(\mu_j) (\pi')^{- j p^{r - r_j}} + b_1'\] pour un certain \(b'_1 \in B_1\). Puisqu’il existe un unique \(j\) tel que \(j p^{r - r_j}\) soit maximal et que \(j p^{r - r_j}\) est plus grand que \(i \in I\) et divisible par \(p\), nous voyons que \(M_1 / L_1\) relève du cas (C) du Lemme 09F0. Cela termine la démonstration.

Lemme

Soit \(A\) un anneau qui contient une racine primitive \(p\)-ième de l’unité \(\zeta\). Posons \(w = 1 - \zeta\). Alors \[P(z) = \frac{(1 + wz)^p - 1}{w^p} = z^p - z + \sum\nolimits_{0 < i < p} a_i z^i\] est un élément de \(A[z]\) et en fait \(a_i \in (w)\). De plus, nous avons \[P(z_1 + z_2 + w z_1 z_2) = P(z_1) + P(z_2) + w^p P(z_1) P(z_2)\] dans l’anneau de polynômes \(A[z_1, z_2]\).

Démonstration

Il suffit de le prouver lorsque \[A = \mathbf{Z}[\zeta] = \mathbf{Z}[x]/(x^{p - 1} + \ldots + x + 1)\] est l’anneau des entiers du corps cyclotomique. L’identité polynomiale \(t^p - 1 = (t - 1)(t - \zeta) \ldots (t - \zeta^{p - 1})\) (qui est prouvée en regardant les racines de chaque côté) montre que \(t^{p - 1} + \ldots + t + 1 = (t - \zeta) \ldots (t - \zeta^{p - 1})\). En substituant \(t = 1\), nous obtenons \(p = (1 - \zeta)(1 - \zeta^2) \ldots (1 - \zeta^{p - 1})\). L’idéal maximal \((p, w) = (w)\) est l’unique idéal premier de \(A\) au-dessus de \(p\) (car les corps de caractéristique \(p\) n’ont pas de racines \(p\)-ièmes non triviales de \(1\)). Il s’ensuit que \(p = u w^{p - 1}\) pour une certaine unité \(u\). Cela implique que \[a_i = \frac{1}{p} {p \choose i} u w^{i - 1}\] pour \(p > i > 1\) et \(- 1 + a_1 = pw/w^p = u\). Puisque \(P(-1) = 0\), nous voyons que \(0 = (-1)^p - u\) modulo \((w)\). Ainsi \(a_1 \in (w)\) et la preuve de la première partie est terminée. La deuxième partie découle d’un calcul direct que nous omettons.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de caractéristique mixte \((0, p)\) qui contient une racine primitive \(p\)-ième de \(1\). Soit \(P(t) \in A[t]\) le polynôme du Lemme 09F2. Soit \(\xi \in K\). Soit \(L\) une extension de \(K\) obtenue en adjoignant une racine de \(P(z) = \xi\). Alors \(L/K\) est galoisienne et l’une des situations suivantes se produit

  1. \(L = K\),

  2. \(L/K\) est non ramifiée par rapport à \(A\) de degré \(p\),

  3. \(L/K\) est totalement ramifiée par rapport à \(A\) avec un indice de ramification \(p\), et

  4. la clôture intégrale \(B\) de \(A\) dans \(L\) est un anneau de valuation discrète, \(A \subset B\) est faiblement non ramifié, et \(A \to B\) induit une extension de corps résiduel purement inséparable de degré \(p\).

Soit \(\pi\) un uniformisant de \(A\). Nous avons les implications suivantes :

  1. Si \(\xi \in A\), alors nous sommes dans le cas (1) ou (2).

  2. Si \(\xi = \pi^{-n}a\) où \(n > 0\) n’est pas divisible par \(p\) et \(a\) est une unité dans \(A\), alors nous sommes dans le cas (3)

  3. Si \(\xi = \pi^{-n} a\) où \(n > 0\) est divisible par \(p\) et l’image de \(a\) dans \(\kappa_A\) n’est pas une \(p\)-ième puissance, alors nous sommes dans le cas (4).

Démonstration

Adjoindre une racine de \(P(z) = \xi\) revient au même que d’adjoindre une racine de \(y^p = w^p(1 + \xi)\). Puisque \(K\) contient une racine primitive \(p\)-ième de \(1\), l’extension est galoisienne d’ordre divisant \(p\) d’après la discussion dans Corps, section 09I6. Il découle immédiatement de la discussion dans la section 09E3 que nous sommes dans l’un des cas (1) – (4) énumérés dans le lemme.

Cas (A). Ici, nous voyons que \(A \to A[x]/(P(x) - \xi)\) est une extension d’anneaux finie étale. Par conséquent, nous sommes dans les cas (1) ou (2).

Cas (B). Écrivez \(\xi = \pi^{-n}a\) où \(p\) ne divise pas \(n\). Soit \(B \subset L\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\). Si \(C = B_\mathfrak m\) pour un certain idéal maximal \(\mathfrak m\), alors il est clair que \(p \text{ord}_C(z) = -n \text{ord}_C(\pi)\). En particulier, \(A \subset C\) a un indice de ramification divisible par \(p\). Il s’ensuit que c’est \(p\) et que \(B = C\).

Cas (C). Posons \(k = n/p\). Alors nous pouvons réécrire l’équation comme \[(\pi^kz)^p - \pi^{n - k} (\pi^kz) + \sum a_i \pi^{n - ik} (\pi^kz)^i = a\] Comme \(A[y]/(y^p - \pi^{n - k}y - \sum a_i \pi^{n - ik} y^i - a)\) est un anneau de valuation discrète faiblement non ramifié sur \(A\), le lemme s’ensuit.

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de caractéristique mixte \((0, p)\) contenant une racine primitive \(p\)-ième de \(1\). Soient \(w \in A\) et \(P(t) \in A[t]\) comme dans le Lemme 09F2. Soit \(L\) une extension finie de \(K\). On dit que \(L/K\) est une extension de degré \(p\) de niveau fini si \(L\) est une extension de degré \(p\) de \(K\) obtenue en adjoignant une racine de l’équation \(P(z) = \xi\) où \(\xi \in K\) est un élément avec \(w^p \xi \in \mathfrak m_A\).

Cette définition est pertinente pour la discussion de cette section en raison du lemme simple suivant.

Lemme

Soient \(A \subset B \subset C\) des extensions d’anneaux de valuation discrète avec des corps des fractions \(K \subset L \subset M\). Supposons que

  1. \(A\) soit de caractéristique mixte \((0, p)\),

  2. \(A \subset B\) soit faiblement non ramifié,

  3. \(B\) contient une racine primitive \(p\)-ième de \(1\), et

  4. \(M/L\) est galoisienne de degré \(p\).

Il existe alors une extension galoisienne finie \(K_1/K\) totalement ramifiée par rapport à \(A\) qui est soit une solution faible pour \(A \to C\) soit telle que \(M_1/L_1\) est une extension de degré \(p\) de niveau fini.

Démonstration

Soit \(\pi \in A\) un uniformisant. D’après la théorie de Kummer (Corps, Lemme 09DX) \(M\) est obtenu à partir de \(L\) en adjoignant une racine de l’équation \(y^p = b\) pour un certain \(b \in L\).

Si \(\text{ord}_B(b)\) est premier à \(p\), alors nous choisissons une extension séparable de degré \(p\), \(K_1/K\), totalement ramifiée par rapport à \(A\) (par exemple en utilisant le Lemme 09EW). Soit \(A_1\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(K_1\). D’après le Lemme 09ER, la clôture intégrale \(B_1\) de \(B\) dans \(L_1 = L \otimes_K K_1\) est un anneau de valuation discrète faiblement non ramifié sur \(A_1\). Si \(K_1/K\) n’est pas une solution faible pour \(A \to C\), alors la clôture intégrale \(C_1\) de \(C\) dans \(M_1 = M \otimes_K K_1\) est un anneau de valuation discrète et \(B_1 \to C_1\) a un indice de ramification \(p\). Dans ce cas, le corps \(M_1\) est obtenu à partir de \(L_1\) en adjoignant la \(p\)‑ième racine de \(b\) avec \(\text{ord}_{B_1}(b)\) divisible par \(p\). En remplaçant \(A\) par \(A_1\), etc., nous pouvons supposer que \(b = \pi^n u\) où \(u \in B\) est une unité et \(n\) est divisible par \(p\). Bien sûr, dans ce cas, l’extension \(M\) est obtenue à partir de \(L\) en adjoignant la \(p\)‑ième racine d’une unité.

Supposons que \(M\) soit obtenu à partir de \(L\) en adjoignant la racine de \(y^p = u\) pour une certaine unité \(u\) de \(B\). Si la classe résiduelle de \(u\) dans \(\kappa_B\) n’est pas une puissance \(p\)‑ième, alors \(B \subset C\) est faiblement non ramifiée (Lemme 09EX) et nous avons terminé. Sinon, nous pouvons remplacer notre choix de \(y\) par \(y/v\) où \(v^p\) et \(u\) ont la même image dans \(\kappa_B\). Après un tel remplacement, nous avons \[y^p = 1 + \pi b\] pour un certain \(b \in B\). Ensuite, nous voyons que \(P(z) = \pi b/ w^p\) où \(z = (y - 1)/w\). Ainsi, nous voyons que l’extension est une extension de degré \(p\) de niveau fini avec \(\xi = \pi b / w^p\).

Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de caractéristique mixte \((0, p)\) contenant une racine primitive \(p\)-ième de \(1\). Soient \(w \in A\) et \(P(t) \in A[t]\) comme dans le Lemme 09F2. Soit \(L\) une extension de degré \(p\) de \(K\) de niveau fini. Choisissez \(z \in L\) générant \(L\) sur \(K\) avec \(\xi = P(z) \in K\). Choisissons un uniformisant \(\pi\) de \(A\) et écrivons \(w = u \pi^{e_1}\) pour un certain entier \(e_1 = \text{ord}_A(w)\) et une unité \(u \in A\). Enfin, prenez \(n \geq 0\) tel que \[\pi^n \xi \in A\] Le niveau de \(L/K\) est la plus petite valeur de la quantité \(n/e_1\) prise sur tous les \(z\) générant \(L/K\) avec \(\xi = P(z) \in K\).

Nous faisons quelques remarques. Puisque l’extension est de niveau fini, nous savons que nous pouvons choisir \(z\) de telle sorte que \(n < pe_1\). Ainsi, le niveau est un nombre rationnel contenu dans \([0, p)\). Si le niveau est zéro, alors \(L/K\) est non ramifiée par rapport à \(A\) selon le Lemme 09F3. Notre objectif suivant est de réduire le niveau.

Lemme

Soient \(A \subset B \subset C\) des extensions d’anneaux de valuation discrète avec des corps des fractions \(K \subset L \subset M\). Supposons

  1. \(A\) soit de caractéristique mixte \((0, p)\),

  2. \(A \subset B\) soit faiblement non ramifiée,

  3. \(B\) contient une racine primitive \(p\)-ième de \(1\),

  4. \(M/L\) est une extension de degré \(p\) de niveau fini \(l > 0\),

  5. \(\kappa_A = \bigcap_{n \geq 1} \kappa_B^{p^n}\).

Alors il existe une extension finie séparable \(K_1\) de \(K\) totalement ramifiée par rapport à \(A\) telle que \(K_1\) soit une solution faible pour \(A \to C\), ou que l’extension \(M_1/L_1\) soit une extension de degré \(p\) de niveau fini \(\leq \max(0, l - 1, 2l - p)\).

Démonstration

Soit \(\pi \in A\) un uniformisant. Soient \(w \in B\) et \(P \in B[t]\) comme dans le Lemme 09F2 (pour \(B\)). Posons \(e_1 = \text{ord}_B(w)\), de sorte que \(w\) et \(\pi^{e_1}\) sont associés dans \(B\). Choisissons \(z \in M\) générant \(M\) sur \(L\) avec \(\xi = P(z) \in K\), ainsi qu’un entier \(n\) tel que \(\pi^n\xi \in B\), comme dans la définition du niveau de \(M\) sur \(L\), c’est-à-dire \(l = n/e_1\).

La démonstration de ce lemme est complètement similaire à la démonstration du Lemme 09F1. Pour expliquer ce qui se passe, il faut observer que [09F6]\[\begin{equation} P(z) \equiv z^p - z \bmod \pi^{-n + e_1}B \end{equation}\] pour tout \(z \in L\) tel que \(\pi^{-n} P(z) \in B\) (utilisez que \(z\) a une valuation au pire \(-n/p\) et la forme du polynôme \(P\)). De plus, nous avons [09F7]\[\begin{equation} \xi_1 + \xi_2 + w^p \xi_1 \xi_2 \equiv \xi_1 + \xi_2 \bmod \pi^{-2n + pe_1}B \end{equation}\] pour \(\xi_1, \xi_2 \in \pi^{-n}B\). Enfin, observez que \(n - e_1 = (l - 1)/e_1\) et \(-2n + pe_1 = -(2l - p)e_1\). Écrivez \(m = n - e_1 \max(0, l - 1, 2l - p)\). Ce qui précède montre qu’en faisant des calculs dans \(\pi^{-n}B / \pi^{-n + m}B\), le polynôme \(P\) se comporte exactement comme le polynôme \(z^p - z\). Cela explique pourquoi le lemme est vrai mais nous donnons également les détails ci-dessous.

Hypothèse (4) implique que \(\kappa_A\) est parfait. Observez que \(m \leq e_1\) et donc \(A/\pi^m\) est anéanti par \(w\) et donc \(p\). Ainsi, nous pouvons choisir des morphismes d’anneaux compatibles \(\overline{\sigma} : \kappa_A \to A/\pi^mA\) et \(\overline{\sigma} : \kappa_B \to B/\pi^mB\) comme dans le Lemme 09EZ. Nous relevons la seconde de ces applications en une application d’ensembles \(\sigma : \kappa_B \to B\). Nous pouvons alors écrire \[\xi = \sum\nolimits_{i = n, \ldots, n - m + 1} \sigma(\lambda_i) \pi^{-i} + \pi^{-n + m)} b\] pour certains \(\lambda_i \in \kappa_B\) et \(b \in B\). Soient \[I = \{i \in \{n, \ldots, n - m + 1\} \mid \lambda_i \in \kappa_A\}\] et \[J = \{j \in \{n, \ldots, n - m + 1\} \mid \lambda_i \not \in \kappa_A\}\] Nous argumenterons par induction sur la taille de l’ensemble fini \(J\).

Le cas \(J = \emptyset\). Ici, pour tout \(i \in \{n, \ldots, n - m + 1\}\) nous avons \(\sigma(\lambda_i) = a_i + \pi^{n - m}b_i\) pour certains \(a_i \in A\) et \(b_i \in B\) selon notre choix de \(\overline{\sigma}\). Ainsi \(\xi = \pi^{-n} a + \pi^{-n + m} b\) pour certains \(a \in A\) et \(b \in B\). Si \(p | n\), alors nous écrivons \(a = a_0^p + \pi a_1\) pour certains \(a_0, a_1 \in A\) (car le corps résiduel de \(A\) est parfait). Posons \(z_1 = - \pi^{-n/p} a_0\). Notez que \(P(z_1) \in \pi^{-n}B\) et que \(z + z_1 + w z z_1\) est un élément générateur de \(M\) sur \(L\) (notez que \(wz_1 \not = -1\) car \(n < pe_1\)). De plus, d’après le Lemme 09F2 nous avons \[P(z + z_1 + w z z_1) = P(z) + P(z_1) + w^p P(z) P(z_1) \in K\] et d’après les équations (09F6) et (09F7) nous avons \[P(z) + P(z_1) + w^p P(z) P(z_1) \equiv \xi + z_1^p - z_1 \bmod \pi^{-n + m}B\] pour un certain \(b' \in B\). Cela contredit la minimalité de \(n\) ! Ainsi \(p\) ne divise pas \(n\). Considérons l’extension de degré \(p\) \(K_1\) de \(K\) donnée par \(P(y) = -\pi^{-n}a\). Selon le Lemme 09F3, cette extension est séparable et totalement ramifiée par rapport à \(A\). Ainsi \(L_1 = L \otimes_K K_1\) est un corps et \(A_1 \subset B_1\) est faiblement non ramifié (Lemme 09ER). Selon le Lemme 09F3, l’anneau \(M_1 = M \otimes_K K_1\) est soit un produit de \(p\) copies de \(L_1\) (dans ce cas, nous avons terminé), soit une extension de corps de \(L_1\) de degré \(p\). De plus, dans le deuxième cas, soit \(C_1\) est faiblement non ramifiée sur \(B_1\) (dans ce cas nous avons terminé), soit \(M_1/L_1\) est de degré \(p\), galoisienne et totalement ramifiée par rapport à \(B_1\). Dans ce dernier cas, l’extension \(M_1/L_1\) est engendrée par l’élément \(z + y + wzy\) et nous voyons que \(P(z + y + wzy) \in L_1\) et \[\begin{align*} P(z + y + wzy) & = P(z) + P(y) + w^p P(z) P(y) \\ & \equiv \xi - \pi^{-n}a \bmod \pi^{-n + m}B_1 \\ & \equiv 0 \bmod \pi^{-n + m}B_1 \end{align*}\] exactement de la même manière que ci-dessus. Par notre choix de \(m\), cela signifie exactement que \(M_1/L_1\) a un niveau au plus \(\max(0, l - 1, 2l - p)\). À partir de maintenant, nous supposons que \(J \not = \emptyset\).

Supposons qu’il existe \(j', j \in J\) tels que \(j' = p^r j\) pour un certain \(r > 0\). Alors nous définissons \[z_1 = - \sigma(\lambda_j) \pi^{-j} - \sigma(\lambda_j^p) \pi^{-pj} - \ldots - \sigma(\lambda_j^{p^{r - 1}}) \pi^{-p^{r - 1}j}\] et nous changeons \(z\) en \(z' = z + z_1 + wzz_1\). Observez que \(z' \in M\) engendre \(M\) sur \(L\) et que nous avons \(\xi' = P(z') = P(z) + P(z_1) + wP(z)P(z_1) \in L\) avec \[\xi' \equiv \xi - \sigma(\lambda_j) \pi^{-j} + \sigma(\lambda_j^{p^r}) \pi^{-j'} \bmod \pi^{-n + m}B\] en utilisant les équations (09F6) et (09F7) comme ci-dessus. En écrivant \[\xi' = \sum\nolimits_{i = n, \ldots, n - m + 1} \sigma(\lambda'_i) \pi^{-i} + \pi^{-n + m}b'\] comme auparavant, nous constatons que \(\lambda'_i = \lambda_i\) pour \(i \not = j, j'\) et \(\lambda'_j = 0\). Ainsi, l’ensemble \(J\) est devenu plus petit. Par induction sur la taille de \(J\), nous pouvons supposer qu’il n’existe pas de paire \(j, j'\) de \(J\) telle que \(j'/j\) soit une puissance de \(p\). (Veuillez noter que, dans cette procédure, nous pouvons être ramenés au cas \(J = \emptyset\), traité ci-dessus.)

Pour chaque \(j \in J\), écrivons \(\lambda_j = \mu_j^{p^{r_j}}\) avec \(r_j \geq 0\) et \(\mu_j \in \kappa_B\), qui n’est pas une \(p\)-ième puissance. Cela est possible par notre hypothèse (4). Soit \(j \in J\) l’indice unique tel que \(j p^{-r_j}\) soit maximal. (L’indice est unique d’après le résultat du paragraphe précédent.) Choisissons \(r > \max(r_j + 1)\) tel que \(j p^{r - r_j} > n\) pour tout \(j \in J\). Soit \(K_1/K\) l’extension de degré \(p^r\), totalement ramifiée par rapport à \(A\), définie par \((\pi')^{p^r} = \pi\). Observez que \(\pi'\) est l’uniformisant de l’anneau de valuation discrète correspondant \(A_1 \subset K_1\). Observez que \(L_1 = L \otimes_K K_1\) est un corps et \(L_1/L\) est totalement ramifiée par rapport à \(B\) (Lemme 09ER). En calculant dans la clôture intégrale \(B_1\), nous obtenons \[\xi = \sum\nolimits_{i \in I} \sigma(\lambda_i) (\pi')^{-i p^r} + \sum\nolimits_{j \in J} \sigma(\mu_j)^{p^{r_j}} (\pi')^{-j p^r} + \pi^{-n + m} b_1\] pour un certain \(b_1 \in B_1\). Notez que \(\sigma(\lambda_i)\) pour \(i \in I\) est une puissance \(q\)-ième modulo \(\pi^m\), c’est-à-dire modulo \((\pi')^{m p^r}\). Par conséquent, nous pouvons réécrire ce qui précède comme \[\xi = \sum\nolimits_{i \in I} x_i^{p^r} (\pi')^{-i p^r} + \sum\nolimits_{j \in J} \sigma(\mu_j)^{p^{r_j}} (\pi')^{- j p^r} + \pi^{-n + m}b_1\] . De manière similaire à notre choix dans le paragraphe précédent nous définissons \[\begin{align*} z_1 & - \sum\nolimits_{i \in I} \left(x_i (\pi')^{-i} + \ldots + x_i^{p^{r - 1}} (\pi')^{-i p^{r - 1}}\right) \\ & - \sum\nolimits_{j \in J} \left( \sigma(\mu_j) (\pi')^{- j p^{r - r_j}} + \ldots + \sigma(\mu_j)^{p^{r_j - 1}} (\pi')^{- j p^{r - 1}} \right) \end{align*}\] et nous changeons notre choix de \(z\) en \(z' = z + z_1 + wzz_1\). Alors \(z'\) engendre \(M_1\) sur \(L_1\) et \(\xi' = P(z') = P(z) + P(z_1) + w^p P(z) P(z_1) \in L_1\) et un calcul montre que \[\xi' \equiv \sum\nolimits_{i \in I} x_i (\pi')^{-i} + \sum\nolimits_{j \in J} \sigma(\mu_j) (\pi')^{- j p^{r - r_j}} + (\pi')^{(-n + m)p^r}b'_1\] pour un certain \(b'_1 \in B_1\). Il existe un unique \(j\) tel que \(j p^{r - r_j}\) soit maximal et \(j p^{r - r_j}\) soit plus grand que \(i \in I\). Si \(j p^{r - r_j} \leq (n - m)p^r\) alors le niveau de l’extension \(M_1/L_1\) est inférieur à \(\max(0, l - 1, 2l - p)\). Sinon, comme \(p\) divise \(j p^{r - r_j}\), nous voyons que \(M_1 / L_1\) tombe dans le cas (C) du Lemme 09F3. Cela termine la démonstration.

Lemme

Soit \(A \subset B \subset C\) des extensions d’anneaux de valuation discrète avec des corps des fractions \(K \subset L \subset M\). Supposons que

  1. le corps résiduel \(k\) de \(A\) est algébriquement clos de caractéristique \(p > 0\),

  2. \(A\) et \(B\) sont complets,

  3. \(A \to B\) est faiblement non ramifié,

  4. \(M\) est une extension finie de \(L\),

  5. \(k = \bigcap\nolimits_{n \geq 1} \kappa_B^{p^n}\)

Alors il existe une extension finie \(K_1/K\) qui est une solution faible pour \(A \to C\).

Démonstration

Soit \(M'\) une extension finie quelconque de \(L\) et considérons la clôture intégrale \(C'\) de \(B\) dans \(M'\). Alors \(C'\) est fini sur \(B\) puisque \(B\) est un anneau de Nagata d’après Algèbre, Lemme 032W. De plus, \(C'\) est un anneau de valuation discrète, voir la discussion dans la Remarque 09EM. En outre, \(C'\) est complet en tant que \(B\)-module, donc complet en tant qu’anneau de valuation discrète, voir Algèbre, section 00M9. Il s’ensuit en particulier que \(C\) est la clôture intégrale de \(B\) dans \(M\) (par définition des anneaux de valuation comme maximaux pour la relation de domination).

Soit \(M \subset M'\) une extension finie et soit \(C' \subset M'\) la clôture intégrale de \(B\) comme ci-dessus. D’après le Lemme 09ES, il suffit de prouver le résultat pour \(A \to B \to C'\). Par conséquent, nous pouvons supposer que \(M/L\) est normal, voir Corps, Lemme 09DT.

Si \(M / L\) est normal, nous pouvons trouver une chaîne d’extensions finies \[L = L^0 \subset L^1 \subset L^2 \subset \ldots \subset L^r = M\] telle que chaque extension \(L^{j + 1}/L^j\) soit de l’un des types suivants :

  1. purement inséparable de degré \(p\),

  2. totalement ramifiée par rapport à \(B^j\) et galoisienne de degré \(p\),

  3. totalement ramifiée par rapport à \(B^j\) et galoisienne cyclique d’ordre premier à \(p\),

  4. galoisienne et non ramifiée par rapport à \(B^j\).

Ici \(B^j\) est la clôture intégrale de \(B\) dans \(L^j\). À savoir, puisque \(M/L\) est normal, nous pouvons l’écrire comme un compositum d’une extension galoisienne et d’une extension purement inséparable (Corps, Lemme 030M). Pour l’extension purement inséparable, l’existence de la filtration est claire. Dans le cas galoisien, notez que \(G\) est « le » groupe de décomposition et soit \(I \subset G\) le groupe d’inertie. Alors, d’une part, \(I\) est résoluble par le Lemme 09EE et d’autre part, l’extension \(M^I/L\) est non ramifiée par rapport à \(B\) par le Lemme 09EH. Cela prouve que nous avons une filtration comme indiqué.

Nous allons raisonner par induction sur l’entier \(r\). Supposons que nous puissions trouver une extension finie \(K_1/K\) qui est une solution faible pour \(A \to B^1\) où \(B^1\) est la clôture intégrale de \(B\) dans \(L^1\). Soit \(K'_1\) la clôture normale de \(K_1/K\) (Corps, Lemme 09DT). Puisque \(A\) est complet et le corps résiduel de \(A\) est algébriquement clos, nous voyons que \(K'_1/K_1\) est séparable et totalement ramifiée par rapport à \(A_1\) (certains détails omis). Ainsi \(K'_1/K\) est également une solution faible pour \(A \to B^1\) selon le Lemme 09ER. En d’autres termes, nous pouvons donc supposer que \(K_1\) est une extension normale de \(K\). Ayant fait cela, nous considérons la suite \[L^0_1 = (L^0 \otimes_K K_1)_{red} \subset L^1_1 = (L^1 \otimes_K K_1)_{red} \subset \ldots \subset L^r_1 = (L^r \otimes_K K_1)_{red}\] et les clôtures intégrales correspondantes \(B^i_1\). Notez que \(C_1 = B^r_1\) est un produit d’anneaux de valuation discrète qui sont permutés de façon transitive par \(G = \text{Aut}(K_1/K)\) d’après le Lemme 09EU. En particulier, toutes les extensions d’anneaux de valuation discrète \(A_1 \to (C_1)_\mathfrak m\) sont isomorphes, et une solution faible pour l’une sera une solution faible pour toutes. Nous pouvons appliquer l’hypothèse de récurrence à la séquence \[A_1 \to (B^1_1)_{B^1_1 \cap \mathfrak m} \to (B^2_1)_{B^2_1 \cap \mathfrak m} \to \ldots \to (B^r_1)_{B^r_1 \cap \mathfrak m} = (C_1)_\mathfrak m\] pour obtenir une solution faible \(K_2/K_1\) pour \(A_1 \to (C_1)_\mathfrak m\). L’extension \(K_2/K\) sera alors une solution faible pour \(A \to C\) d’après ce que nous avons dit précédemment. Notez que l’hypothèse d’induction s’applique : l’homomorphisme d’anneaux \(A_1 \to (B^1_1)_{B^1_1 \cap \mathfrak m}\) est faiblement non ramifié selon notre choix de \(K_1\) et la suite des extensions de corps des fractions possède chacune encore l’une des propriétés (a), (b), (c) ou (d) listées ci-dessus. De plus, observez que pour toute extension finie \(\kappa_B \subset \kappa\) nous avons encore \(k = \bigcap \kappa^{p^n}\).

Ainsi, tout se résume à trouver une solution faible pour \(A \subset C\) lorsque l’extension de corps \(M/L\) satisfait l’une des propriétés (a), (b), (c) ou (d).

Cas (d). Ce cas est trivial car ici \(B \to C\) est déjà non ramifié.

Cas (c). Supposons que \(M/L\) soit cyclique d’ordre \(n\) premier à \(p\). Puisque \(M/L\) est totalement ramifié par rapport à \(B\), on voit que l’indice de ramification de \(B \subset C\) est \(n\) et donc l’indice de ramification de \(A \subset C\) est également \(n\). Choisissons un uniformisant \(\pi \in A\) et posons \(K_1 = K[\pi^{1/n}]\). Alors \(K_1/K\) est une solution pour \(A \subset C\) par le lemme d’Abhyankar (Lemme 0BRM).

Cas (b). Nous divisons ce cas en cas de caractéristique mixte et cas équicaractéristique. Dans le cas équicaractéristique, ceci est le Lemme 09F1. Dans le cas de caractéristique mixte, nous remplaçons d’abord \(K\) par une extension finie pour arriver à la situation où \(M/L\) est une extension de degré \(p\) de niveau fini en utilisant le Lemme 09F4. Ensuite, le niveau est un nombre rationnel \(l \in [0, p)\), voir discussion précédant le Lemme 09F5. Si le niveau est \(0\), alors \(B \to C\) est faiblement non ramifié et nous avons terminé. Sinon, nous pouvons remplacer le corps \(K\) par une extension finie pour obtenir une nouvelle situation avec le niveau \(l' \leq \max(0, l - 1, 2l - p)\) par le Lemme 09F5. Si \(l = p - \epsilon\) pour \(\epsilon < 1\) alors nous voyons que \(l' \leq p - 2\epsilon\). Ainsi, après un nombre fini de remplacements, nous obtenons un cas avec le niveau \(\leq p - 1\). Ensuite, après au plus \(p - 1\) remplacements supplémentaires de ce type, nous atteignons la situation où le niveau est zéro.

Le cas (a) est le Lemme 09EY. C’est le seul cas où nous avons éventuellement besoin d’une extension purement inséparable de \(K\), à savoir, dans le cas (2) de l’énoncé du lemme, nous réussissons en adjoignant une racine \(p\)-ième de l’élément \(\pi\). Cela termine la démonstration du lemme.

À ce stade, nous avons rassemblé tous les lemmes dont nous avons besoin pour prouver le résultat principal de cette section.

Théorème

Soit \(A \subset B\) une extension d’anneaux à valuation discrète avec des corps des fractions \(K \subset L\). Si la caractéristique de \(\kappa_A\) est \(p > 0\), supposons que chaque élément de \[\bigcap\nolimits_{n \geq 1} \kappa_B^{p^n}\] est algébrique et séparable sur \(\kappa_A\). Alors il existe une extension finie \(K_1/K\) qui est une solution faible pour \(A \to B\) au sens de la Définition 09EN.

Démonstration

Si la caractéristique de \(\kappa_A\) est nulle, ou si la caractéristique du corps résiduel vaut \(p\), que l’indice de ramification est premier à \(p\) et que l’extension du corps résiduel est séparable, alors cela découle du lemme d’Abhyankar (Lemme 0BRM). En effet, supposons que l’indice de ramification soit \(e\). Choisissons un uniformisant \(\pi \in A\). Soit \(K_1/K\) l’extension obtenue en adjoignant une racine \(e\)-ième de \(\pi\). D’après le Lemme 09EV, nous voyons que la clôture intégrale \(A_1\) de \(A\) dans \(K_1\) est un anneau de valuation discrète avec l’indice de ramification considéré sur \(A\). Ainsi \(A_1 \to (B_1)_\mathfrak m\) est formellement lisse dans la topologie \(\mathfrak m\)-adique pour tous les idéaux maximaux \(\mathfrak m\) de \(B_1\) d’après le Lemme 0BRM et a fortiori ce sont des extensions faiblement non ramifiées d’anneaux de valuation discrète.

Dorénavant, supposons que \(p\) soit premier et que \(\kappa_A\) soit de caractéristique \(p\). Nous appliquons d’abord le Lemme 09ET pour réduire au cas où \(A\) et \(B\) ont des corps résiduels séparablement fermés. Puisque \(\kappa_A\) et \(\kappa_B\) sont remplacés par leurs fermetures algébriques séparables par cette procédure, on constate que l’on obtient \[\kappa_A \supset \bigcap\nolimits_{n \geq 1} \kappa_B^{p^n}\] à partir de la condition du théorème.

Soit \(\pi \in A\) un uniformisant. Soient \(A^\wedge\) et \(B^\wedge\) les complétions de \(A\) et \(B\). Nous avons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ B \ar[r] & B^\wedge \\ A \ar[u] \ar[r] & A^\wedge \ar[u] }\] des extensions d’anneaux de valuation discrète. Soit \(K^\wedge\) le corps des fractions de \(A^\wedge\). Supposons que nous puissions trouver une extension finie \(M/K^\wedge\) qui est (a) une solution faible pour \(A^\wedge \to B^\wedge\) et (b) un compositum d’une extension séparable et d’une extension obtenue en adjoignant une racine \(p\)-ième de \(\pi\). Alors, d’après le Lemme 09EJ, nous pouvons trouver une extension finie \(K_1/K\) telle que \(K^\wedge \otimes_K K_1 = M\). Soient \(A_1\) et \(A_1^\wedge\) les clôtures intégrales respectives de \(A\) et de \(A^\wedge\) dans \(K_1\) et \(M\). Puisque \(A \to A^\wedge\) est formellement lisse dans la topologie \(\mathfrak m^\wedge\)-adique (Lemme 09E7) nous voyons que \(A_1 \to A_1^\wedge\) est formellement lisse dans la topologie \(\mathfrak m_1^\wedge\)-adique (par le Lemme 09EQ, les anneaux \(A_1\) et \(A_1^\wedge\) étant des anneaux de valuation discrète d’après la discussion de la Remarque 09EM). Nous concluons de la partie (2) du Lemme 09ES que \(K_1/K\) est une solution faible pour \(A \to B^\wedge\). En appliquant la partie (1) du Lemme 09ES, nous voyons que \(K_1/K\) est une solution faible pour \(A \to B\).

Ainsi, nous pouvons supposer que \(A\) et \(B\) sont des anneaux de valuation discrète complets avec des corps résiduels séparablement clos de caractéristique \(p\) et avec \(\kappa_A \supset \bigcap\nolimits_{n \geq 1} \kappa_B^{p^n}\). Nous disposons également d’un uniformisant \(\pi \in A\) et nous devons trouver une solution faible pour \(A \to B\) qui est un compositum d’une extension séparable et d’un corps obtenu en adjoignant une racine \(p\)-ième de \(\pi\). Notez que la deuxième condition est automatique si \(A\) est de caractéristique mixte.

Posons \(k = \bigcap\nolimits_{n \geq 1} \kappa_B^{p^n}\). Observez que \(k\) est un corps algébriquement clos de caractéristique \(p\). Si \(A\) est de caractéristique mixte, soit \(\Lambda\) un anneau de Cohen pour \(k\) et, dans le cas équicaractéristique, définissons \(\Lambda = k[[t]]\). Nous pouvons choisir un morphisme d’anneaux \(\Lambda \to A\) qui envoie \(t\) sur \(\pi\) dans le cas équicaractéristique. Dans le cas équicaractéristique, cela découle du théorème de structure de Cohen (Algèbre, Théorème 032A) et dans le cas de caractéristique mixte, cela découle du fait que \(\mathbf{Z}_p \to \Lambda\) est formellement lisse pour la topologie adique (Lemmes 09E7 et 07NJ). En appliquant le Lemme 09ES, nous voyons qu’il suffit de prouver l’existence d’une solution faible pour \(\Lambda \to B\), qui dans le cas équicaractéristique \(p\) est un compositum d’une extension séparable et d’un corps obtenu en adjoignant une racine \(p\)-ième de \(t\). Cependant, puisque \(\Lambda = k[[t]]\) dans le cas équicaractéristique et que toute extension de \(k((t))\) est un tel compositum, nous pouvons maintenant abandonner cette exigence !

Ainsi nous arrivons à la situation où \(A\) et \(B\) sont complets, le corps résiduel \(k\) de \(A\) est algébriquement clos de caractéristique \(p > 0\), nous avons \(k = \bigcap \kappa_B^{p^n}\), et dans le cas de caractéristique mixte, \(p\) est un uniformisant de \(A\) (c’est-à-dire que \(A\) est un anneau de Cohen pour \(k\)). Si \(A\) est de caractéristique mixte, choisissez un anneau de Cohen \(\Lambda\) pour \(\kappa_B\) et dans le cas de caractéristique équicaractéristique, définissez \(\Lambda = \kappa_B[[t]]\). En argumentant comme ci-dessus, nous pouvons choisir un morphisme d’anneaux \(A \to \Lambda\) relevant \(k \to \kappa_B\) et envoyant un uniformisant sur un uniformisant. Puisque \(k \subset \kappa_B\) est séparable, le morphisme d’anneaux \(A \to \Lambda\) est formellement lisse dans la topologie adique. (Lemme 09E7). Par conséquent, nous pouvons trouver un morphisme d’anneaux \(\Lambda \to B\) tel que la composition \(A \to \Lambda \to B\) soit le morphisme d’anneaux donné \(A \to B\) (voir le Lemme 07NJ). Comme \(\Lambda\) et \(B\) sont des anneaux de valuation discrète complets avec le même corps résiduel, \(B\) est fini sur \(\Lambda\) (Algèbre, Lemme 031D). Cela nous ramène au cas particulier discuté dans le Lemme 09F8.

Élimination de la ramification, II

Dans cette section, nous utilisons les résultats de la section 09EL pour obtenir des solutions (séparables) dans certains cas.

Lemme

Soit \(A \to B\) une extension d’anneaux de valuation discrète avec des corps des fractions \(K \subset L\). Si \(K_1/K\) est une solution pour \(A \subset B\), alors pour toute extension finie \(K_2/K_1\), l’extension \(K_2/K\) est une solution pour \(A \subset B\).

Démonstration

Ceci découle du Lemme 09EQ. Détails omis.

Lemme

Soit \(A \subset B\) une extension d’anneaux de valuation discrète. Si \(B\) est Nagata et que l’extension \(L/K\) des corps des fractions est séparable, alors \(A\) est Nagata.

Démonstration

Un anneau à valuation discrète est Nagata si et seulement s’il est N-2. Soit \(K_1/K\) une extension de corps finie et purement inséparable. Il nous faut montrer que la clôture intégrale \(A_1\) de \(A\) dans \(K_1\) est finie sur \(A\), voir Algèbre, Lemme 032N. Comme \(L/K\) est séparable et \(K_1/K\) est purement inséparable, l’algèbre \(L \otimes_K K_1\) est un corps (d’après Algèbre, Lemme 030U et 0BRD). Soit \(B_1\) la clôture intégrale de \(B\) dans \(L \otimes_K K_1\). Comme \(B\) est Nagata, \(B_1\) est finie sur \(B\). Comme \(B \otimes_A A_1 \subset B_1\) et \(B\) est noethérien, nous voyons que \(B \otimes_A A_1\) est finie sur \(B\). Comme \(A \to B\) est fidèlement plate, cela implique que \(A_1\) est finie sur \(A\), voir Algèbre, Lemme 03C4.

Lemme

Soit \(A' \subset A\) une extension d’anneaux. Soit \(f \in A'\). Supposons que (a) \(A\) soit fini sur \(A'\), (b) \(f\) soit un non-diviseur de zéro sur \(A\), et (c) \(A'_f = A_f\). Il existe alors un entier \(n_0 > 0\) tel que pour tout \(n \geq n_0\) ce qui suit est vrai : étant donnés un anneau \(B'\) et un élément \(g \in B'\) non-diviseur de zéro, et un isomorphisme \(\varphi' : A'/f^n A' \to B'/g^n B'\) avec \(\varphi'(f) \equiv g\), il existe une extension finie \(B' \subset B\) et un isomorphisme \(\varphi : A/fA \to B/gB\) compatible avec \(\varphi'\).

Démonstration

Puisque \(A\) est fini sur \(A'\) et puisque \(A'_f = A_f\), nous pouvons choisir \(t > 0\) tel que \(f^t A \subset A'\). Posons \(n_0 = 2t\). Étant donné \(n, B', g, \varphi'\) comme dans l’énoncé du lemme, notons \(N \subset B'\) l’ensemble des éléments \(b \in B'\) tels que \(b \bmod g^nB' \in \varphi'(f^tA)\). Posons \(B = g^{-t}N\). Comme \(f^tA' \subset f^tA\) et que \(\varphi'\) envoie \(f\) à \(g\), nous avons \(g^tB' \subset N\), donc \(B' \subset B\). Puisque \(f^tA \cdot f^tA \subset f^t \cdot f^tA\) et que \(\varphi'\) envoie \(f\) à \(g\), nous voyons que \(N \cdot N \subset g^t N\). Ainsi nous obtenons une multiplication sur \(B\) étendant la multiplication de \(B'\). Nous avons un isomorphisme de \(A'/f^nA'\)-modules \[A/f^tA' \xrightarrow{f^t} f^tA/f^nA' \xrightarrow{\varphi'} g^tB/g^nB' \xrightarrow{g^{-t}} B/g^tB'\] où les structures de module à droite sont définies en utilisant \(\varphi'\). Puisque \(A/f^tA'\) est un \(A'\)-module fini, nous en concluons que \(B/g^tB'\) est un \(B'\)-module fini et donc nous voyons que \(B' \to B\) est fini. Enfin, nous laissons au lecteur le soin de voir que l’isomorphisme affiché de modules envoie \(fA\) dans \(gB\) et induit un isomorphisme d’anneaux \(\varphi : A/fA \to B/gB\) compatible avec \(\varphi'\) (il induit même un isomorphisme \(A/f^tA \to B/g^tB\) mais nous n’en avons pas besoin).

Remarque

La construction dans le Lemme 0GLT satisfait la “fonctorialité” suivante. Supposons que nous ayons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ A'_2 \ar[r] & A_2 \\ A'_1 \ar[r] \ar[u] & A_1 \ar[u] }\] avec des flèches horizontales injectives. Supposons qu’un élément \(f \in A'_1\) soit tel que \((A'_1 \subset A_1, f)\) et \((A'_2 \subset A_2, f)\) satisfaient les propriétés (a), (b), (c) du lemme 0GLT. Soient \(n_{0, 1}\) et \(n_{0, 2}\) les entiers trouvés dans le lemme pour ces deux situations. Enfin, soit \(B'_1 \to B'_2\) une application d’anneaux, soit \(g \in B'_1\) un non-diviseur de zéro sur \(B_1\) et \(B_2\), soit \(n \geq \max(n_{0, 1}, n_{0, 2})\), et soit donné un diagramme commutatif \[\xymatrix{ A'_2/f^nA'_2 \ar[r]_{\varphi'_2} & B'_2/g^nB'_2 \\ A'_1/f^nA'_1 \ar[r]^{\varphi'_1} \ar[u] & B'_2/g^nB'_2 \ar[u] }\] dont les flèches horizontales sont des isomorphismes et où \(\varphi'_1(f) \equiv g\). On obtient alors des diagrammes commutatifs \[\vcenter{ \xymatrix{ B'_2 \ar[r] & B_2 \\ B'_1 \ar[r] \ar[u] & B_1 \ar[u] } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ A_2/fA_2 \ar[r]_{\varphi_2} & B_2/gB_2 \\ A_1/fA_1 \ar[r]^{\varphi_1} \ar[u] & B_2/gB_2 \ar[u] } }\] où \((B'_1 \subset B_1, \varphi_1)\) et \((B'_2 \subset B_2, \varphi_2)\) sont construits comme dans la preuve du Lemme 0GLT. Nous omettons la vérification détaillée.

Lemme

Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(A \subset B\) une extension d’anneaux de valuation discrète avec extension de corps des fractions \(L/K\). Soit \(K_2/K_1/K\) une tour d’extensions de corps finis. Supposons que

  1. \(K\) ait pour caractéristique \(p\),

  2. \(L/K\) soit séparable,

  3. \(B\) soit Nagata,

  4. \(K_2\) soit une solution pour \(A \subset B\),

  5. \(K_2/K_1\) soit purement inséparable de degré \(p\).

Alors il existe une extension séparable \(K_3/K_1\) qui est une solution pour \(A \subset B\).

Démonstration

Reprenons les notations de la Remarque 09EM ; nous utiliserons toutes les observations qui y ont été faites. Comme \(L/K\) est séparable, l’algèbre \(L_1 = L \otimes_K K_1\) est réduite (Algèbre, Lemme 030U). Comme \(B\) est un anneau de Nagata, l’extension d’anneaux \(B \subset B_1\) est finie, où \(B_1\) est la clôture intégrale de \(B\) dans \(L_1\) et \(B_1\) est un anneau de Nagata. De même, l’anneau \(A\) est un anneau de Nagata d’après le Lemme 0GLS, donc \(A \subset A_1\) est fini et \(A_1\) est aussi un anneau de Nagata. De plus, les mêmes affirmations sont vraies pour \(K_2\), c’est-à-dire que \(L_2 = L \otimes_K K_2\) est réduite, les extensions d’anneaux \(A_1 \subset A_2\) et \(B_1 \subset B_2\) sont finies, où \(A_2\), respectivement \(B_2\), est la clôture intégrale de \(A\), respectivement de \(B\), dans \(K_2\), respectivement \(L_2\).

Soit \(\pi \in A\) un uniformisant. Remarquons que \(\pi\) est un non-diviseur de zéro sur \(K_1\), \(K_2\), \(A_1\), \(A_2\), \(L_1\), \(L_2\), \(B_1\), et \(B_2\) et nous avons \(K_1 = (A_1)_\pi\), \(K_2 = (A_2)_\pi\), \(L_1 = (B_1)_\pi\), et \(L_2 = (B_2)_\pi\). Nous pouvons écrire \(K_2 = K_1(\alpha)\) où \(\alpha^p = a_1 \in K_1\), voir Corps, Lemme 09HI. Après avoir multiplié \(\alpha\) par une puissance de \(\pi\), nous pouvons supposer, et nous supposerons, que \(a_1 \in A_1\). Pour le reste de la preuve, il est commode d’écrire \(K_2 = K_1[x]/(x^p - a_1)\) et \(L_2 = L_1[x]/(x^p - a_1)\). Considérons les extensions d’anneaux \[A'_2 = A_1[x]/(x^p - a_1) \subset A_2 \quad\text{et}\quad B'_2 = B_1[x]/(x^p - a_1) \subset B_2\] Nous pouvons appliquer le Lemme 0GLT à \(A'_2 \subset A_2\) et \(f = \pi^2\) et à \(B'_2 \subset B_2\) et \(f = \pi^2\). Choisissons un entier \(n\) suffisamment grand qui convienne dans ces deux cas.

Considérons les algèbres \[K_3 = K_1[x]/(x^p - \pi^{2n} x - a_1) \quad\text{et}\quad L_3 = L_1[x]/(x^p - \pi^{2n} x - a_1)\] Remarquez que \(K_3/K_1\) et \(L_3/L_1\) sont des extensions algébriques étales finies de degré \(p\). Considérons les sous-anneaux \[A'_3 = A_1[x]/(x^p - \pi^n x - a_1) \quad\text{et}\quad B'_3 = B_1[x]/(x^p - \pi^n x - a_1)\] de \(K_3 = (A'_2)_\pi\) et \(L_3 = (B'_3)_\pi\). Nous allons construire un diagramme commutatif \[\xymatrix{ B'_2/\pi^{2n} B'_2 \ar[r]_{\psi'} & B'_3/\pi^{2n} B'_3 \\ A'_2/\pi^{2n} A'_2 \ar[r]^{\varphi'} \ar[u] & A'_3/\pi^{2n} A'_3 \ar[u] }\] . À savoir, \(\varphi'\) est l’unique isomorphisme de \(A_1\)-algèbres envoyant la classe de \(x\) sur la classe de \(x\). De même, \(\psi'\) est l’unique isomorphisme de \(B_1\)-algèbres envoyant la classe de \(x\) sur la classe de \(x\). Par notre choix de \(n\), nous obtenons, via le Lemme 0GLT et la Remarque 0GLU, des extensions d’anneaux finies \(A'_3 \subset A_3\) et \(B'_3 \subset B_3\) telles que \(A'_3 \to B'_3\) se prolonge en un homomorphisme d’anneaux \(A_3 \to B_3\) et un diagramme commutatif \[\xymatrix{ B_2/\pi^2 B_2 \ar[r]_\psi & B_3/\pi^2B_3 \\ A_2/\pi^2 A_2 \ar[r]^\varphi \ar[u] & A_3/\pi^2A_3 \ar[u] }\] avec toutes les propriétés affirmées dans les références mentionnées ci-dessus (en particulier \(\varphi\) et \(\psi\) sont des isomorphismes).

Avec toutes ces données en main, nous pouvons terminer la démonstration. À savoir, nous observons d’abord que \(A_3\) et \(B_3\) sont des produits finis de domaines de Dedekind, et \(\pi\) appartient à tous leurs idéaux maximaux. En effet, si \(\mathfrak p \subset A_3\) est un idéal maximal, alors \(\pi \in \mathfrak p\), puisque \(A \to A_3\) est fini. Ensuite, \(\mathfrak p/\pi^2 A_3\) correspond via \(\varphi\) à un idéal maximal dans \(A_2 / \pi^2A_2\) qui est principal car \(A_2\) est un produit fini de domaines de Dedekind. Nous concluons que \(\mathfrak p/\pi^2 A_3\) est principal et donc, par Nakayama, nous voyons que \(\mathfrak p (A_3)_\mathfrak p\) est principal. Le même argument fonctionne pour \(B_3\). Nous concluons que \(A_3\) est la clôture intégrale de \(A\) dans \(K_3\) et que \(B_3\) est la clôture intégrale de \(B\) dans \(L_3\). Soit \(\mathfrak q \subset B_3\) un idéal maximal au-dessus de \(\mathfrak p \subset A_3\). Pour terminer la démonstration, nous devons montrer que \((A_3)_\mathfrak p \to (B_3)_\mathfrak q\) est formellement lisse dans la topologie \(\mathfrak q\)-adique. Selon le critère du Lemme 09E7, il suffit de montrer \(\mathfrak p (B_3)_\mathfrak q = \mathfrak q (B_3)_\mathfrak q\) et que l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) est séparable. Cela est vrai car nous pouvons vérifier les deux assertions en examinant l’homomorphisme d’anneaux \(A_3/\pi^2 A_3 \to B_3/\pi^2 B_3\) et celui-ci est isomorphe à l’homomorphisme d’anneaux \(A_2/\pi^2 A_2 \to B_2/\pi^2 B_2\), où l’énoncé correspondant tient par notre hypothèse que \(K_2\) est une solution pour \(A \subset B\). Quelques détails omis.

Lemme

Soit \(A \subset B\) une extension d’anneaux à valuation discrète. Supposons que

  1. l’extension \(L/K\) des corps des fractions soit séparable,

  2. \(B\) soit Nagata, et

  3. qu’il existe une solution pour \(A \subset B\).

Alors il existe une solution séparable pour \(A \subset B\).

Démonstration

Le lemme est trivial si la caractéristique de \(K\) est nulle ; ainsi, nous pouvons supposer, et nous supposerons, que la caractéristique de \(K\) est \(p > 0\).

Soit \(K_2/K\) une solution pour \(A \to B\). Nous allons utiliser l’induction sur le degré inséparable \([K_2 : K]_i\) (Corps, Définition 030L) de \(K_2/K\). Si \([K_2 : K]_i = 1\), alors \(K_2\) est séparable sur \(K\) et nous avons terminé. Sinon, il existe un sous-corps \(K_2/K_1/K\) tel que \(K_2/K_1\) est purement inséparable de degré \(p\) (Corps, Lemme 030K et 09HI). D’après le lemme 0GLV, il existe une extension séparable \(K_3/K_1\) qui est une solution pour \(A \subset B\). Alors \([K_3 : K]_i = [K_1 : K]_i = [K_2 : K]_i/p\) (Corps, Lemme 09HK) est plus petit et nous concluons par induction.

Lemme

Soit \(A \to B\) une extension d’anneaux de valuation discrète avec des corps des fractions \(K \subset L\). Supposons que \(B\) soit essentiellement de type fini sur \(A\). Soit \(K'/K\) une extension algébrique de corps telle que la clôture intégrale \(A'\) de \(A\) dans \(K'\) soit noethérienne. Alors la clôture intégrale \(B'\) de \(B\) dans \(L' = (L \otimes_K K')_{red}\) est aussi noethérienne. De plus, l’application \(\Spec(B') \to \Spec(A')\) est surjective et les extensions de corps résiduels correspondantes sont des extensions de corps de type fini.

Démonstration

Soit \(A \to C\) une application d’anneaux de type fini telle que \(B\) soit une localisation de \(C\) à un \(\mathfrak p\) premier. Alors \(C' = C \otimes_A A'\) est une algèbre de type fini sur \(A'\), donc noethérienne. Puisque \(A \to A'\) est intégrale, \(C \to C'\) l’est aussi. Ainsi, l’extension \(B = C_\mathfrak p \subset C'_\mathfrak p\) est elle aussi intégrale. Il s’ensuit que la dimension de \(C'_\mathfrak p\) est \(1\) (Algèbre, Lemme 00OK). Bien sûr, \(C'_\mathfrak p\) est noethérienne. Soient \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_n\) les idéaux premiers minimaux de \(C'_\mathfrak p\). Soit \(B'_i\) la clôture intégrale de \(B = C_\mathfrak p\), ou, ce qui est équivalent d’après ce qui précède, de \(C'_\mathfrak p\) dans le corps des fractions de \(C'_{\mathfrak p'}/\mathfrak q_i\). Il résulte du lemme de Krull-Akizuki (Algèbre, Lemme 00PG appliqué au nombre fini de localisations de \(C'_\mathfrak p\) en ses idéaux maximaux) que chaque \(B'_i\) est noethérien. De plus, les extensions de corps résiduels dans \(C'_\mathfrak p \to B'_i\) sont finies selon Algèbre, Lemme 031F. Enfin, on observe que \(B' = \prod B'_i\) est la clôture intégrale de \(B\) dans \(L' = (L \otimes_K K')_{red}\).

Proposition

Soit \(A \to B\) une extension d’anneaux de valuation discrète avec des corps des fractions \(K \subset L\). Si \(B\) est essentiellement de type fini sur \(A\), alors il existe une extension finie \(K_1/K\) qui est une solution pour \(A \to B\) comme défini dans la Définition 09EN.

Démonstration

Observez qu’une solution faible est une solution si le corps résiduel de \(A\) est parfait, voir le Lemme 09E7. Ainsi, la proposition découle immédiatement du Théorème 09F9 si la caractéristique résiduelle de \(A\) est \(0\) (et en fait, nous n’avons pas besoin de l’hypothèse que \(A \to B\) est essentiellement de type fini). Si la caractéristique résiduelle de \(A\) est \(p > 0\), nous la déduirons également du théorème d’Epp.

Soit donnée une famille d’éléments \(x_i \in A\), \(i \in I\), dont les images forment une \(p\)-base du corps résiduel \(\kappa\) de \(A\). Posons \[A' = \bigcup\nolimits_{n \geq 1} A[t_{i, n}]/(t_{i, n}^{p^n} - x_i)\] où les applications de transition envoient \(t_{i, n + 1}\) vers \(t_{i, n}^p\). Observez que \(A'\) est une colimite filtrante d’extensions finies faiblement non ramifiées de \(A\) par des anneaux de valuation discrète. Ainsi \(A'\) est un anneau de valuation discrète et \(A \to A'\) est faiblement non ramifié. Par construction, le corps résiduel \(\kappa' = A'/\mathfrak m_A A'\) est la perfection de \(\kappa\).

Soit \(K'\) le corps des fractions de \(A'\). Nous pouvons appliquer le Lemme 09IH à l’extension \(K'/K\). Ainsi, \(B'\) est un produit fini de domaines de Dedekind. Soient \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_n\) les idéaux maximaux de \(B'\). En utilisant le théorème d’Epp (théorème 09F9), on trouve une solution faible \(K'_i/K'\) pour chacune des extensions \(A' \subset B'_{\mathfrak m_i}\). Puisque le corps résiduel de \(A'\) est parfait, ce sont en réalité des solutions. Soit \(K'_1/K'\) une extension finie qui contient chaque \(K'_i\). Alors \(K'_1/K'\) reste une solution pour chaque \(A' \subset B'_{\mathfrak m_i}\) par le Lemme 0GLR.

Soit \(A'_1\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(K'_1\). Notez que \(A'_1\) est un domaine de Dedekind d’après la discussion dans la Remarque 09EM appliquée à \(K' \subset K'_1\). Ainsi, le Lemme 09IH s’applique à \(K'_1/K\). Par conséquent, la clôture intégrale \(B'_1\) de \(B\) dans \(L'_1 = (L \otimes_K K'_1)_{red}\) est un domaine de Dedekind et, puisque \(K'_1/K'\) est une solution pour chaque \(A' \subset B'_{\mathfrak m_i}\), nous voyons que \((A'_1)_{A'_1 \cap \mathfrak m} \to (B'_1)_{\mathfrak m}\) est formellement lisse dans la topologie \(\mathfrak m\)-adique pour chaque idéal maximal \(\mathfrak m \subset B'_1\).

Par construction, le corps \(K'_1\) est une colimite filtrante d’extensions finies de \(K\). Disons \(K'_1 = \colim_{i \in I} K_i\). Pour chaque \(i\), soit \(A_i\), resp. \(B_i\), la clôture intégrale de \(A\), resp. \(B\) dans \(K_i\), resp. \(L_i = (L \otimes_K K_i)_{red}\). Alors il est clair que \[A'_1 = \colim A_i\quad\text{et}\quad B'_1 = \colim B_i\] Puisque les morphismes d’anneaux \(A_i \to A'_1\) et \(B_i \to B'_1\) sont des homomorphismes d’anneaux injectifs et intégraux et que \(A'_1\) et \(B'_1\) ont des spectres finis, nous voyons que pour tout \(i\) suffisamment grand, les morphismes d’anneaux \(A_i \to A'_1\) et \(B_i \to B'_1\) induisent des bijections sur les spectres. Une fois cela vrai, pour tout \(i\) suffisamment grand, les applications \(A_i \to A'_1\) et \(B_i \to B'_1\) seront faiblement non ramifiées (une fois que l’uniformisant appartient à l’image). Il résulte de la multiplicativité des indices de ramification que \(A_i \to B_i\) induit des applications faiblement non ramifiées sur toutes les localisations aux idéaux maximaux de \(B_i\) pour de tels \(i\). En augmentant un peu plus \(i\), nous voyons que \[B_i \otimes_{A_i} A'_1 \longrightarrow B'_1\] induit des applications surjectives sur les corps résiduels (parce que les corps résiduels de \(B'_1\) sont de type fini sur ceux de \(A'_1\) selon le Lemme 09IH). Voici le diagramme des corps résiduels aux idéaux maximaux situés sous un idéal maximal choisi de \(B'_1\) : \[\xymatrix{ \kappa_{B_i} \ar[r] & \kappa_{B_{i'}} \ar[r] & & \ldots & \kappa_{B'_1} \\ \kappa_{A_i} \ar[r] \ar[u] & \kappa_{A_{i'}} \ar[r] \ar[u] & & \ldots & \kappa_{A'_1} \ar[u] }\] Ainsi \(\kappa_{B_i}\) est une extension finiment engendrée de \(\kappa_{A_i}\) telle que le compositum de \(\kappa_{B_i}\) et \(\kappa_{A'_1}\) dans \(\kappa_{B'_1}\) est séparable sur \(\kappa_{A'_1}\). Cela se produit déjà à un stade fini : par exemple, supposons que \(\kappa_{B'_1}\) soit une extension finie et séparable de \(\kappa_{A'_1}(x_1, \ldots, x_n)\) ; il suffit alors d’augmenter \(i\) de telle sorte que \(x_1, \ldots, x_n\) soient dans \(\kappa_{B_i}\) et que tous les générateurs satisfassent des équations polynomiales séparables sur \(\kappa_{A_i}(x_1, \ldots, x_n)\). Cela signifie que \(A_i \to (B_i)_\mathfrak m\) est formellement lisse dans la topologie \(\mathfrak m\)-adique pour tous les idéaux maximaux \(\mathfrak m\) de \(B_i\) et la preuve est complète.

Lemme

Soit \(A \to B\) une extension d’anneaux de valuation discrète avec des corps des fractions \(K \subset L\). Supposons

  1. \(B\) est essentiellement de type fini sur \(A\),

  2. soit \(A\), soit \(B\), est un anneau de Nagata, et

  3. \(L/K\) est séparable.

Alors il existe une solution séparable pour \(A \to B\) (Définition 09EN).

Démonstration

Remarquez que si \(A\) est un anneau de Nagata, alors \(B\) l’est aussi (Algèbre, Lemme 032U et Proposition 0334). Ainsi, le lemme s’ensuit en combinant la Proposition 09II et le Lemme 0BRN.

Groupes de Picard des anneaux

Nous définissons d’abord les modules inversibles comme suit.

Définition

Soit \(R\) un anneau. Un \(R\)-module \(M\) est inversible si le foncteur \[\text{Mod}_R \longrightarrow \text{Mod}_R,\quad N \longmapsto M \otimes_R N\] est une équivalence de catégories. Un \(R\)-module inversible est dit trivial s’il est isomorphe à \(R\) en tant que \(R\)-module.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M\) est un module fini localement libre de rang \(1\),

  2. \(M\) est inversible, et

  3. il existe un \(R\)-module \(N\) tel que \(M \otimes_R N \cong R\).

De plus, dans ce cas, le module \(N\) dans (3) est isomorphe à \(\Hom_R(M, R)\).

Démonstration

Supposons (1). Considérons le module \(N = \Hom_R(M, R)\) et l’application d’évaluation \(M \otimes_R N = M \otimes_R \Hom_R(M, R) \to R\). Si \(f \in R\) tel que \(M_f \cong R_f\), alors l’application d’évaluation devient un isomorphisme après localisation en \(f\) (détails omis). Ainsi, nous voyons que l’application d’évaluation est un isomorphisme d’après le Lemme 00EO d’Algèbre. Ainsi (1) \(\Rightarrow\) (3).

Supposons (3). Alors le foncteur \(K \mapsto K \otimes_R N\) est un quasi-inverse au foncteur \(K \mapsto K \otimes_R M\). Ainsi (3) \(\Rightarrow\) (2). Inversement, si (2) est vrai, alors \(K \mapsto K \otimes_R M\) est essentiellement surjectif et nous voyons que (3) est vrai.

Supposons que les conditions équivalentes (2) et (3) soient vérifiées. Notons \(\psi : M \otimes_R N \to R\) l’isomorphisme provenant de (3). Choisissons un élément \(\xi = \sum_{i = 1, \ldots, n} x_i \otimes y_i\) tel que \(\psi(\xi) = 1\). Considérons les isomorphismes \[M \to M \otimes_R M \otimes_R N \to M\] où la première flèche envoie \(x\) sur \(\sum x_i \otimes x \otimes y_i\) et la deuxième flèche envoie \(x \otimes x' \otimes y\) sur \(\psi(x' \otimes y)x\). Nous en concluons que \(x \mapsto \sum \psi(x \otimes y_i)x_i\) est un automorphisme de \(M\). Cet automorphisme se factorise comme \[M \to R^{\oplus n} \to M\] où la première flèche est donnée par \(x \mapsto (\psi(x \otimes y_1), \ldots, \psi(x \otimes y_n))\) et la deuxième flèche par \((a_1, \ldots, a_n) \mapsto \sum a_i x_i\). De cette façon, nous concluons que \(M\) est un facteur direct d’un \(R\)-module libre de type fini. Cela signifie que \(M\) est localement libre de type fini (Algèbre, Lemme 00NX). Comme il en est de même pour \(N\) par symétrie et puisque \(M \otimes_R N \cong R\), nous voyons que \(M\) et \(N\) doivent tous deux avoir un rang \(1\).

L’ensemble des classes d’isomorphisme de ces modules est souvent appelé le groupe de classes ou groupe de Picard de \(R\). La structure de groupe est déterminée en assignant aux classes d’isomorphisme des modules inversibles \(L\) et \(L'\) la classe d’isomorphisme de \(L \otimes_R L'\). L’inverse d’un module inversible \(L\) est le module \[L^{\otimes -1} = \Hom_R(L, R),\] car, comme on le voit dans la démonstration du Lemme 0B8I, l’application d’évaluation \(L \otimes_R L^{\otimes -1} \to R\) est un isomorphisme. Le groupe de Picard de \(R\) sera noté \(\Pic(R)\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau factoriel. Alors \(\Pic(R)\) est trivial.

Démonstration

Soit \(L\) un \(R\)-module inversible. D’après le Lemme 0B8I, nous voyons que \(L\) est un \(R\)-module localement libre de type fini. En particulier, \(L\) est sans torsion et de type fini sur \(R\). Choisissons un élément non nul \(\varphi \in \Hom_R(L, R)\) du module inversible dual. Alors \(I = \varphi(L) \subset R\) est un idéal qui est un module inversible. Choisissons un \(f \in I\) non nul et écrivons \[f = u p_1^{e_1} \ldots p_r^{e_r}\] sa factorisation en éléments premiers, où les \(p_i\) sont deux à deux distincts. Puisque \(L\) est un module localement libre de type fini, il existe \(a_i \in R\), \(a_i \not \in (p_i)\) tel que \(I_{a_i} = (g_i)\) pour un certain \(g_i \in R_{a_i}\). Alors \(p_i\) reste un élément premier de l’anneau factoriel \(R_{a_i}\) et nous pouvons écrire \(g_i = p_i^{c_i} g'_i\) pour un certain \(g'_i \in R_{a_i}\) non divisible par \(p_i\). Comme \(f \in I_{a_i}\), on voit que \(e_i \geq c_i\). Nous affirmons que \(I\) est engendré par \(h = p_1^{c_1} \ldots p_r^{c_r}\), ce qui termine la démonstration.

Pour prouver l’énoncé, il suffit de montrer que \(I_a\) est engendré par \(h\) pour tout \(a \in R\) tel que \(I_a\) soit un idéal principal (Algèbre, Lemme 00EO). Disons \(I_a = (g)\). Soit \(J \subset \{1, \ldots, r\}\) l’ensemble des \(i\) tels que \(p_i\) soit une non-unité (et donc un élément premier) dans \(R_a\). Comme \(f \in I_a = (g)\), nous obtenons la factorisation en éléments premiers \(g = v \prod_{i \in J} p_j^{b_j}\) avec \(v\) une unité et \(b_j \leq e_j\). Pour chaque \(j \in J\), nous avons \(I_{aa_j} = g R_{aa_j} = g_j R_{aa_j}\), en d’autres termes, \(g\) et \(g_j\) sont associés dans \(R_{aa_j}\). Par unicité de la factorisation, cela implique que \(b_j = c_j\) et la preuve est complète.

Déterminants

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module projectif fini. Il existe une décomposition en produit \(R = R_0 \times \ldots \times R_t\) telle que dans la décomposition correspondante \(M = M_0 \times \ldots \times M_t\) de \(M\), nous avons que \(M_i\) est localement libre de rang fini \(i\) sur \(R_i\). Cela découle du Lemme 00NX d’Algèbre (pour voir que le rang est localement constant) et des Lemmes 00EE et 00EM d’Algèbre (pour décomposer \(R\) en un produit). Dans cette situation, nous définissons \[\det(M) = \wedge^0_{R_0}(M_0) \times \ldots \times \wedge^t_{R_t}(M_t)\] comme un \(R\)-module. Il s’agit d’un module localement libre de rang \(1\) puisque chaque terme est localement libre de rang \(1\). Si \(\varphi : M \to N\) est un isomorphisme de \(R\)-modules projectifs finis, alors nous obtenons un isomorphisme canonique : \[\det(\varphi) : \det(M) \longrightarrow \det(N)\] de modules localement libres de rang \(1\). Plus généralement, si pour tous les idéaux premiers \(\mathfrak p\) de \(R\) les rangs des modules libres \(M_\mathfrak p\) et \(N_\mathfrak p\) sont les mêmes, alors tout homomorphisme de \(R\)-modules \(\varphi : M \to N\) induit une application de \(R\)-modules \(\det(\varphi) : \det(M) \to \det(N)\). Enfin, si \(M = N\) alors \(\det(\varphi) : \det(M) \to \det(M)\) est un endomorphisme d’un \(R\)-module inversible. Puisque \(R = \Hom_R(L, L)\) pour un \(R\)-module inversible, nous pouvons donc considérer \(\det(\varphi)\) comme un élément de \(R\). De cette manière, nous obtenons le déterminant \[\det : \Hom_R(M, M) \longrightarrow R\] qui est une application multiplicative.

Remarque

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module projectif fini. Alors nous pouvons considérer la \(R\)-algèbre graduée commutative qu’est l’algèbre extérieure \(\wedge^*_R(M)\) de \(M\) sur \(R\). Une formule pour \(\det(M)\) est que \(\det(M) \subset \wedge^*_R(M)\) est l’annulateur de \(M \subset \wedge^*_R(M)\). Cela est parfois utile car cela ne fait pas référence à la décomposition de \(R\) en un produit. Bien sûr, pour prouver que cela satisfait les propriétés souhaitées, il faut soit décomposer \(R\) en un produit (comme ci-dessus), soit examiner les localisations aux idéaux premiers de \(R\).

Ensuite, nous considérons le comportement du déterminant associé à une suite exacte courte de modules projectifs finis.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \[0 \to M' \to M \to M'' \to 0\] une suite exacte courte de \(R\)-modules projectifs finis. Alors il existe un isomorphisme canonique \[\gamma : \det(M') \otimes \det(M'') \longrightarrow \det(M)\]

Démonstration

Première preuve. Décomposez \(R\) en un produit d’anneaux \(R_{ij}\) tel que \(M' = \prod M'_{ij}\) et \(M'' = \prod M''_{ij}\) où \(M'_{ij}\) a un rang \(i\) et \(M''_{ij}\) a un rang \(j\). Bien sûr, alors \(M = \prod M_{ij}\) et \(M_{ij}\) a un rang \(i + j\). Cela nous réduit au cas où \(M'\) et \(M''\) sont de rang constant, disons \(i\) et \(j\). Dans ce cas, nous devons construire une application canonique \[\wedge^i(M') \otimes \wedge^j(M'') \longrightarrow \wedge^{i + j}(M)\] . Pour ce faire, choisissez \(m'_1, \ldots, m'_i\) dans \(M'\) et \(m''_1, \ldots, m''_j\) dans \(M''\). Notons \(m_1, \ldots, m_i \in M\) les images de \(m'_1, \ldots, m'_i\) et choisissons \(m_{i + 1}, \ldots , m_{i + j} \in M\), dont les images sont \(m''_1, \ldots, m''_j\) dans \(M''\). Notre règle sera que \[m'_1 \wedge \ldots \wedge m'_i \otimes m''_1 \wedge \ldots \wedge m''_j \longmapsto m_1 \wedge \ldots \wedge m_{i + j}\] . Nous omettons la preuve détaillée que ceci est bien défini et un isomorphisme.

Démonstration

Nous utiliserons la description de \(\det(M)\), \(\det(M')\) et \(\det(M'')\) donnée dans la Remarque 0FJA. Considérons les homomorphismes de \(R\)-algèbres \(\wedge^*_R(M') \to \wedge^*_R(M)\) et \(\wedge^*_R(M) \to \wedge^*_R(M'')\). La première est injective et la seconde est surjective. Prenons un élément \(x' \in \det(M') \subset \wedge^*_R(M')\) et un élément \(x'' \in \det(M'') \subset \wedge^*_R(M'')\). Choisissons un élément \(y'' \in \wedge^*(M)\) ayant pour image sur \(x''\) et posons \[\gamma(x' \otimes x'') = x' \wedge y'' \in \det(M) \subset \wedge^*_R(M)\] . Le lecteur vérifie facilement en regardant les localisations aux idéaux premiers que ceci est bien défini et un isomorphisme. De plus, cette construction donne la même application que la construction donnée dans la première démonstration.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & M' \ar[r] \ar[d]^u & M \ar[r] \ar[d]^v & M'' \ar[r] \ar[d]^w & 0 \\ 0 \ar[r] & K' \ar[r] & K \ar[r] & K'' \ar[r] & 0 }\] un diagramme commutatif de modules projectifs finis sur \(R\) dont les flèches verticales sont des isomorphismes. Alors nous obtenons un diagramme commutatif d’isomorphismes. \[\xymatrix{ \det(M') \otimes \det(M'') \ar[r]_-\gamma \ar[d]_{\det(u) \otimes \det(w)} & \det(M) \ar[d]^{\det(v)} \\ \det(K') \otimes \det(K'') \ar[r]^-\gamma & \det(K) }\] où les flèches horizontales sont celles construites dans le Lemme 0FJB.

Démonstration

Omis. Indication : utilisez la deuxième construction des applications \(\gamma\) dans le Lemme 0FJB.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \[K \subset L \subset M\] des \(R\)-modules tels que \(K\), \(L/K\) et \(M/L\) soient des \(R\)-modules projectifs finis. Alors le diagramme \[\xymatrix{ \det(K) \otimes \det(L/K) \otimes \det(M/L) \ar[r] \ar[d] & \det(L) \otimes \det(M/L) \ar[d] \\ \det(K) \otimes \det(M/K) \ar[r] & \det(M) }\] commute où les applications sont celles du Lemme 0FJB.

Démonstration

Omis. Indication : après localisation en un idéal premier de \(R\), nous pouvons supposer que \(K \subset L \subset M\) est isomorphe à \(R^{\oplus a} \subset R^{\oplus a + b} \subset R^{\oplus a + b + c}\) et dans ce cas le résultat est un calcul évident.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(M'\) et \(M''\) deux \(R\)-modules projectifs finis. Alors le diagramme \[\xymatrix{ \det(M') \otimes \det(M'') \ar[r] \ar[d]_{\epsilon \cdot (\text{permutation des tenseurs})} & \det(M' \oplus M'') \ar[d]^{\det(\text{permutation des facteurs})} \\ \det(M'') \otimes \det(M') \ar[r] & \det(M'' \oplus M') }\] est commutatif, où \(\epsilon = \det( -\text{id}_{M' \otimes M''}) \in R^*\) et les flèches horizontales sont celles du Lemme 0FJB.

Démonstration

Omis.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(M\), \(N\) des \(R\)-modules projectifs finis. Soient \(a : M \to N\) et \(b : N \to M\) des applications \(R\)-linéaires. Alors \[\det(\text{id} + a \circ b) = \det(\text{id} + b \circ a)\] en tant qu’éléments de \(R\).

Démonstration

Il suffit de prouver l’assertion après avoir remplacé \(R\) par une localisation en un idéal premier. Ainsi nous pouvons supposer que \(R\) est local et que \(M\) et \(N\) sont libres finis. Dans ce cas, nous devons prouver l’égalité \[\det(I_n + AB) = \det(I_m + BA)\] des déterminants usuels de matrices où \(A\) est de taille \(n \times m\) et \(B\) de taille \(m \times n\). Cela se réduit au cas de l’anneau \(R = \mathbf{Z}[a_{ij}, b_{ji}; 1 \leq i \leq n, 1 \leq j \leq m]\) où \(a_{ij}\) et \(b_{ij}\) sont des variables et les entrées des matrices \(A\) et \(B\). En prenant le corps des fractions, cela se réduit au cas d’un corps de caractéristique zéro. En caractéristique zéro, il existe un polynôme universel exprimant le déterminant d’une matrice de taille \(\leq N\) en fonction des traces des puissances de ladite matrice. Par conséquent, il suffit de prouver \[\text{Trace}((I_n + AB)^k) = \text{Trace}((I_m + BA)^k)\] pour tous les \(k \geq 1\). En développant, nous voyons qu’il suffit de prouver \(\text{Trace}((AB)^k) = \text{Trace}((BA)^k)\) pour tous les \(k \geq 0\). Pour \(k = 1\), c’est le fait bien connu que \(\text{Trace}(AB) = \text{Trace}(BA)\). Pour \(k > 1\), cela découle de cela en écrivant \((AB)^k = A(BA)^{k - 1}B\) et \((BA)^k = (BA)^{k - 1} A B\).

Rappelons que nous avons défini, dans Algèbre, section 00JC, un groupe \(K_0(R)\) comme le groupe libre sur les classes d’isomorphisme de modules projectifs finis \(R\) modulo les relations \([M'] + [M''] = [M' \oplus M'']\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Il existe une application \[\det : K_0(R) \longrightarrow \Pic(R)\] qui envoie \([M]\) sur la classe du module inversible \(\wedge^n(M)\) si \(M\) est un module localement libre fini de rang \(n\).

Démonstration

Cela découle immédiatement des constructions ci-dessus ; en particulier, le Lemme 0FJB montre que les relations sont envoyées sur \(0\).

Complexes parfaits et groupes K

Nous montrons rapidement que le zéroième groupe K de la catégorie dérivée des complexes parfaits d’un anneau \(R\) est le même que \(K_0(R)\) défini en Algèbre, section 00JC.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Il existe une application \[c : \text{complexes parfaits sur }R \longrightarrow K_0(R)\] avec les propriétés suivantes

  1. \(c(K[n]) = (-1)^nc(K)\) pour un complexe parfait \(K\),

  2. si \(K \to L \to M \to K[1]\) est un triangle distingué de complexes parfaits, alors \(c(L) = c(K) + c(M)\),

  3. si \(K\) est représenté par un complexe fini \(M^\bullet\) consistant en des modules finis projectifs, alors \(c(K) = \sum (-1)^i[M_i]\).

Démonstration

Soit \(K\) un objet parfait de \(D(R)\). Par définition, nous pouvons représenter \(K\) par un complexe fini \(M^\bullet\) de \(R\)-modules projectifs finis. Nous définissons \(c\) en posant \[c(K) = \sum (-1)^n[M^n]\] en \(K_0(R)\). Bien sûr, il faut montrer que c’est bien défini, mais une fois bien défini, alors (1) et (3) sont immédiats. Pour l’instant, nous considérons l’application \(c\) telle que définie sur des complexes de \(R\)-modules projectifs finis.

Supposons que \(L^\bullet \to M^\bullet\) soit une application surjective de complexes finis de \(R\)-modules projectifs finis. Soit \(K^\bullet\) le noyau. On obtient alors de courtes suites exactes de \(R\)-modules \[0 \to K^n \to L^n \to M^n \to 0\] qui sont scindées parce que \(M^n\) est projectif. Ainsi, \(K^\bullet\) est aussi un complexe fini de \(R\)-modules projectifs finis et \(c(L^\bullet) = c(K^\bullet) + c(M^\bullet)\) dans \(K_0(R)\).

Supposons donné un complexe fini \(M^\bullet\) de \(R\)-modules projectifs finis, qui est acyclique. Supposons que \(M^n = 0\) pour \(n \not \in [a, b]\). On peut alors décomposer \(M^\bullet\) en courtes suites exactes \[\begin{matrix} 0 \to M^a \to M^{a + 1} \to N^{a + 1} \to 0, \\ 0 \to N^{a + 1} \to M^{a + 2} \to N^{a + 3} \to 0, \\ \ldots \\ 0 \to N^{b - 3} \to M^{b - 2} \to N^{b - 2} \to 0, \\ 0 \to N^{b - 2} \to M^{b - 1} \to M^b \to 0 \end{matrix}\] En arguant par induction descendante, on voit que \(N^{b - 2}, \ldots, N^{a + 1}\) sont des \(R\)-modules projectifs finis, les suites sont exactes scindées, et \[c(M^\bullet) = \sum (-1)[M^n] = \sum (-1)^n([N^{n - 1}] + [N^n]) = 0\] Ainsi, notre construction donne zéro sur les complexes acycliques.

Il découle formellement des résultats des deux paragraphes précédents que \(c\) est bien défini et satisfait (2). À savoir, supposons que les complexes finis \(M^\bullet\) et \(L^\bullet\) de \(R\)-modules projectifs finis représentent le même objet de \(D(R)\). Nous pouvons alors représenter l’isomorphisme par une application \(f : M^\bullet \to L^\bullet\) de complexes, voir Catégories dérivées, Lemme 064B. Nous obtenons une courte suite exacte de complexes \[0 \to L^\bullet \to C(f)^\bullet \to K^\bullet[1] \to 0\] voir Catégories dérivées, Définition 014E. Puisque \(f\) est un quasi-isomorphisme, le cône \(C(f)^\bullet\) est acyclique (cela découle par exemple de la discussion dans Catégories Dérivées, section 014Z). Ainsi \[0 = c(C(f)^\bullet) = c(L^\bullet) + c(K^\bullet[1]) = c(L^\bullet) - c(K^\bullet)\] comme souhaité. Nous omettons la preuve de (2) qui est similaire.

Le lemme suivant montre que \(K_0(R)\) est égal à \(K_0(D_{perf}(R))\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(D_{perf}(R)\) la catégorie dérivée des objets parfaits, voir le Lemme 0ATI. L’application \(c\) du Lemme 0AFY donne un isomorphisme \(K_0(D_{perf}(R)) = K_0(R)\).

Démonstration

Il résulte de la définition de \(K_0(D_{perf}(R))\) (Catégories Dérivées, Définition 0FCN) que \(c\) induit un homomorphisme \(K_0(D_{perf}(R)) \to K_0(R)\).

Étant donné un module projectif fini \(M\) sur \(R\), notons \(M[0]\) le complexe parfait sur \(R\) qui a \(M\) en degré \(0\) et zéro dans les autres degrés. Étant donné une suite exacte courte \(0 \to M \to M' \to M'' \to 0\) de modules projectifs finis, nous obtenons un triangle distingué \(M[0] \to M'[0] \to M''[0] \to M[1]\), voir Catégories Dérivées, section 014Z. Cela montre que nous obtenons une application \(K_0(R) \to K_0(D_{perf}(R))\) en envoyant \([M]\) sur \([M[0]]\), avec des excuses pour la notation épouvantable.

Il est clair que \(K_0(R) \to K_0(D_{perf}(R)) \to K_0(R)\) est l’identité. D’autre part, si \(M^\bullet\) est un complexe borné de \(R\)-modules projectifs finis, alors l’existence des triangles distingués des « troncatures stupides » (voir Homologie, section 0118) \[\sigma_{\geq n}M^\bullet \to \sigma_{\geq n - 1}M^\bullet \to M^{n - 1}[-n + 1] \to (\sigma_{\geq n}M^\bullet)[1]\] et l’induction montre que \[[M^\bullet] = \sum (-1)^i[M^i[0]]\] dans \(K_0(D_{perf}(R))\) (avec encore des excuses pour la notation). Ainsi, l’application \(K_0(R) \to K_0(D_{perf}(R))\) est surjective, ce qui termine la démonstration.

Déterminants des endomorphismes de modules de longueur finie

Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local. Considérons la catégorie des paires \((M, \varphi)\) formées d’un \(R\)-module de longueur finie et d’un endomorphisme \(\varphi : M \to M\). Cette catégorie est abélienne, et chacun de ses objets est à la fois artinien et noethérien. Pour les définitions, voir Homologie, section 0FCD.

Si \((M, \varphi)\) est un objet simple de cette catégorie, alors \(M\) est annulé par \(\mathfrak m\), car sinon \((\mathfrak m M, \varphi|_{\mathfrak m M})\) serait un sous-objet non trivial. De plus, \(\dim_\kappa(M) = \text{length}_R(M)\) est fini. On peut donc définir le déterminant et la trace \[\det\nolimits_\kappa(\varphi),\quad \text{Trace}_\kappa(\varphi)\] comme des éléments de \(\kappa\) au moyen de l’algèbre linéaire. On définit de même, dans ce cas, le polynôme caractéristique de \(\varphi\).

D’après Homologie, Lemme 0FCJ, tout objet \((M, \varphi)\) de notre catégorie possède une filtration finie \[0 \subset M_1 \subset \ldots \subset M_n = M\] par des sous-modules stables par \(\varphi\), telle que \((M_i/M_{i - 1}, \varphi_i)\) soit un objet simple de la catégorie, où \(\varphi_i : M_i/M_{i - 1} \to M_i/M_{i - 1}\) est l’application induite. On définit le déterminant de \((M, \varphi)\) sur \(\kappa\) par \[\det\nolimits_\kappa(\varphi) = \prod \det\nolimits_\kappa(\varphi_i)\] où \(\det_\kappa(\varphi_i)\) est défini comme au paragraphe précédent. On définit la trace de \((M, \varphi)\) sur \(\kappa\) par \[\text{Trace}_\kappa(\varphi) = \sum \text{Trace}_\kappa(\varphi_i)\] où \(\text{Trace}_\kappa(\varphi_i)\) est défini comme au paragraphe précédent. On peut définir de même le polynôme caractéristique de \(\varphi\) sur \(\kappa\) comme le produit des polynômes caractéristiques des \(\varphi_i\) définis au paragraphe précédent. Le théorème de Jordan–Hölder (Homologie, Lemme 0FCK) assure que ces définitions ne dépendent pas des choix.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local. Soit \(0 \to (M, \varphi) \to (M', \varphi') \to (M'', \varphi'') \to 0\) une suite exacte dans la catégorie considérée ci-dessus. Alors \[\det\nolimits_\kappa(\varphi') = \det\nolimits_\kappa(\varphi)\det\nolimits_\kappa(\varphi''),\quad \text{Trace}_\kappa(\varphi') = \text{Trace}_\kappa(\varphi) + \text{Trace}_\kappa(\varphi'')\] En outre, le polynôme caractéristique de \(\varphi'\) sur \(\kappa\) est le produit des polynômes caractéristiques de \(\varphi\) et de \(\varphi''\).

Démonstration

La démonstration est laissée en exercice.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m, \kappa) \to (R', \mathfrak m', \kappa')\) un homomorphisme local d’anneaux locaux. Supposons que \(\kappa'/\kappa\) soit une extension finie. Soit \(u \in R'\). Alors, pour tout \(R'\)-module \(M'\) de longueur finie, on a \[\det\nolimits_\kappa(u : M' \to M') = \text{Norm}_{\kappa'/\kappa}(u \bmod \mathfrak m')^m\] où \(m = \text{length}_{R'}(M')\).

Démonstration

Remarquons que l’énoncé a un sens puisque \(\text{length}_R(M') = \text{length}_{R'}(M') [\kappa' : \kappa]\). Si \(M' = \kappa'\), l’égalité résulte de la définition de la norme comme déterminant de l’opérateur linéaire donné par la multiplication par \(u\). Dans le cas général, on se ramène à ce cas en choisissant une filtration convenable et en utilisant la multiplicativité du Lemme 0GSY. Nous omettons certains détails.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m, \kappa) \to (R', \mathfrak m', \kappa')\) un homomorphisme local plat d’anneaux locaux tel que \(m = \text{length}_{R'}(R'/\mathfrak mR') < \infty\). Pour tout \((M, \varphi)\) comme ci-dessus, l’élément \(\det_\kappa(\varphi)^m\) s’envoie sur \(\det_{\kappa'}(\varphi \otimes 1 : M \otimes_R R' \to M \otimes_R R')\) dans \(\kappa'\).

Démonstration

La platitude de \(R \to R'\) assure que les suites exactes comme celle du Lemme 0GSY donnent, après changement de base, des suites exactes sur \(R'\). La multiplicativité du Lemme 0GSY permet donc de supposer que \((M, \varphi)\) est un objet simple de notre catégorie (voir l’introduction de cette section). Dans ce cas, \(M\) est annulé par \(\mathfrak m\). Choisissons une filtration \[0 \subset I_1 \subset I_2 \subset \ldots \subset I_{m - 1} \subset R'/\mathfrak mR'\] dont les quotients successifs sont isomorphes à \(\kappa'\) comme \(R'\)-modules. On obtient alors la filtration \[0 \subset M \otimes_\kappa I_1 \subset M \otimes_\kappa I_2 \subset \ldots \subset M \otimes_\kappa I_{m - 1} \subset M \otimes_\kappa R'/\mathfrak mR' = M \otimes_R R'\] dont les quotients successifs sont isomorphes à \(M \otimes_\kappa \kappa'\). De plus, ces sous-modules sont stables par \(\varphi \otimes 1\). Le Lemme 0GSY donne \[\det\nolimits_{\kappa'}(\varphi \otimes 1 : M \otimes_R R' \to M \otimes_R R') = \det\nolimits_{\kappa'}(\varphi \otimes 1 : M \otimes_\kappa \kappa' \to M \otimes_\kappa \kappa')^m = \det\nolimits_\kappa(\varphi)^m\] La dernière égalité résulte de la compatibilité des déterminants des applications linéaires aux extensions de corps. Ceci démontre le lemme.

Un anneau local régulier est factoriel

Nous démontrons le résultat annoncé dans le titre de la section.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local régulier. Soit \(f \in R\). Alors \(\Pic(R_f) = 0\).

Démonstration

Soit \(L\) un \(R_f\)-module inversible. En particulier, \(L\) est un \(R_f\)-module fini. Il existe un \(R\)-module fini \(M\) tel que \(M_f \cong L\) ; voir Algèbre, Lemme 05N5. La Proposition 00O7 d’Algèbre montre que \(M\) possède une résolution libre finie \(F_\bullet\) sur \(R\). Il s’ensuit que \(L\) est quasi-isomorphe à un complexe fini de \(R_f\)-modules libres. Le Lemme 0AFY donne donc \([L_f] = n[R_f]\) dans \(K_0(R_f)\) pour un certain \(n \in \mathbf{Z}\). En appliquant l’application du Lemme 0AFX, on voit que \(L\) est trivial.

Lemme

Un anneau local régulier est factoriel.

Démonstration

Rappelons qu’un anneau local régulier est intègre ; voir Algèbre, Lemme 00NP. Nous démontrons la propriété de factorisation unique par récurrence sur la dimension de l’anneau local régulier \(R\). Si \(\dim(R) = 0\), alors \(R\) est un corps, donc en particulier un anneau factoriel. Supposons \(\dim(R) > 0\). Soit \(x \in \mathfrak m\) avec \(x \not \in \mathfrak m^2\). Alors \(R/(x)\) est régulier par Algèbre, Lemme 00NQ, donc intègre par Algèbre, Lemme 00NP ; ainsi \(x\) est un élément premier. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier de hauteur \(1\). Il faut montrer que \(\mathfrak p\) est principal ; voir Algèbre, Lemme 0AFT. Nous pouvons supposer \(x \not \in \mathfrak p\), car si \(x \in \mathfrak p\), alors \(\mathfrak p = (x)\) et la preuve est achevée. Pour tout idéal premier non maximal \(\mathfrak q \subset R\), l’anneau local \(R_\mathfrak q\) est un anneau local régulier ; voir Algèbre, Lemme 0AFS. Par récurrence, \(\mathfrak pR_\mathfrak q\) est principal. En particulier, le \(R_x\)-module \(\mathfrak p_x = \mathfrak pR_x \subset R_x\) est un \(R_x\)-module de présentation finie dont la localisation en tout idéal premier est libre de rang \(1\). Le Lemme 00NX d’Algèbre montre donc que \(\mathfrak p_x\) est un \(R_x\)-module inversible. Par le Lemme 0AFZ, on a \(\mathfrak p_x = (y)\) pour un certain \(y \in R_x\). Nous pouvons écrire \(y = x^e f\) avec \(f \in \mathfrak p\) et \(e \in \mathbf{Z}\). Décomposons \(f = a_1 \ldots a_r\) en éléments irréductibles de \(R\) (Algèbre, Lemme 034R). Comme \(\mathfrak p\) est premier, \(a_i \in \mathfrak p\) pour un certain \(i\). Puisque \(\mathfrak p_x = (y)\) est premier et que \(a_i | y\) dans \(R_x\), il s’ensuit que \(\mathfrak p_x\) est engendré par \(a_i\) dans \(R_x\), c’est-à-dire que l’image de \(a_i\) dans \(R_x\) est première. Comme \(x\) est un élément premier, le Lemme 0AFU d’Algèbre montre que \(a_i\) est premier dans \(R\). Enfin, \((a_i) \subset \mathfrak p\) et \(\mathfrak p\) est de hauteur \(1\) ; ainsi \((a_i) = \mathfrak p\), comme voulu.

Lemme

Soit \(R\) un anneau de valuation, de corps des fractions \(K\) et de corps résiduel \(\kappa\). Soit \(R \to A\) un homomorphisme d’anneaux tel que

  1. \(A\) est local et \(R \to A\) est local,

  2. \(A\) est plat et essentiellement de type fini sur \(R\),

  3. \(A \otimes_R \kappa\) est régulier.

Alors \(\Pic(A \otimes_R K) = 0\).

Démonstration

Soit \(L\) un \(A \otimes_R K\)-module inversible. En particulier, \(L\) est un module fini. Il existe un \(A\)-module fini \(M\) tel que \(M \otimes_R K \cong L\) ; voir Algèbre, Lemme 05N5. Nous pouvons supposer que \(M\) est sans torsion comme \(R\)-module. Alors \(M\) est plat comme \(R\)-module (Lemme 0539). Le Lemme 053E montre que \(M\) est de présentation finie comme \(A\)-module et que \(A\) est essentiellement de présentation finie comme \(R\)-algèbre. Par le Lemme 0DHV, \(M\) est parfait relativement à \(R\) ; en particulier, \(M\) est pseudo-cohérent comme \(A\)-module. Le Lemme 09PC montre alors que \(M\) est parfait ; ainsi \(M\) possède une résolution libre finie \(F_\bullet\) sur \(A\). Il s’ensuit que \(L\) est quasi-isomorphe à un complexe fini de \(A \otimes_R K\)-modules libres. Le Lemme 0AFY donne donc \([L] = n[A \otimes_R K]\) dans \(K_0(A \otimes_R K)\) pour un certain \(n \in \mathbf{Z}\). En appliquant l’application du Lemme 0AFX, on voit que \(L\) est trivial.

Déterminants des complexes

Dans la section 0FJG, nous avons vu qu’à un complexe parfait \(K\) sur un anneau \(R\) est associée une classe d’isomorphisme de \(R\)-modules inversibles, c’est-à-dire un élément de \(\Pic(R)\). En fait, de manière analogue à la section 0FJ9, il existe un foncteur \[\det : \left\{ \begin{matrix} \text{catégorie des complexes parfaits} \\ \text{les morphismes sont les isomorphismes} \end{matrix} \right\} \longrightarrow \left\{ \begin{matrix} \text{catégorie des modules inversibles} \\ \text{les morphismes sont les isomorphismes} \end{matrix} \right\}\] De plus, si \((L, F)\) est un objet de la catégorie dérivée filtrée \(DF(R)\) de \(R\), dont la filtration est finie et dont les gradués sont des complexes parfaits, il existe un isomorphisme canonique \(\det(\text{gr}L) \to \det(L)\). Voir [determinant] pour l’exposé original. Nous ajouterons ce matériau ultérieurement (insérer une référence future).

Pour le moment, nous présentons une construction ad hoc dans le cas des objets parfaits \(L\) de \(D(R)\) d’amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\). Un tel objet peut être représenté par un complexe \[L^\bullet = \ldots \to 0 \to L^{-1} \to L^0 \to 0 \to \ldots\] où \(L^{-1}\) et \(L^0\) sont des \(R\)-modules projectifs finis ; voir le Lemme 0658. Dans ce cas, nous posons \[\det(L^\bullet) = \det(L^0) \otimes_R \det(L^{-1})^{\otimes -1} = \Hom_R(\det(L^{-1}), \det(L^0))\] Nous dirons qu’un complexe de cette forme est de rang \(0\) si \(L^{-1}_\mathfrak p\) et \(L^0_\mathfrak p\) ont le même rang pour tout idéal premier de \(R\). Si \(L^\bullet\) est de rang \(0\), la section 0FJ9 fournit un élément canonique \[\delta(L^\bullet) \in \det(L^\bullet)\] qui est simplement le déterminant de \(d : L^{-1} \to L^0\). Remarquons que \(\delta(L^\bullet)\) trivialise \(\det(L^\bullet)\) si et seulement si \(L^\bullet\) est acyclique.

Considérons un morphisme de complexes \(a^\bullet : K^\bullet \to L^\bullet\) tel que

  1. \(a^\bullet\) est un quasi-isomorphisme,

  2. \(a^n : K^n \to L^n\) est surjectif pour tout \(n\),

  3. \(K^n\) et \(L^n\) sont des \(R\)-modules projectifs finis, non nuls seulement pour \(n \in \{-1, 0\}\).

Dans cette situation, nous construisons un isomorphisme \[\det(a^\bullet) : \det(K^\bullet) \longrightarrow \det(L^\bullet)\] Les suites exactes \(0 \to \Ker(a^i) \to K^i \to L^i \to 0\) donnent des isomorphismes \[\gamma^i : \det(\Ker(a^i)) \otimes \det(L^i) \to \det(K^i)\] pour \(i = -1, 0\), par le Lemme 0FJB. Comme \(a^\bullet\) est un quasi-isomorphisme, le complexe \(\Ker(a^\bullet)\) est acyclique et de rang \(0\). Par conséquent, l’élément canonique \(\delta(\Ker(a^\bullet))\) trivialise le \(R\)-module inversible \(\det(\Ker(a^\bullet))\) ; voir ci-dessus. Nous définissons \(\det(a^\bullet) : \det(K^\bullet) \to \det(L^\bullet)\) comme l’unique isomorphisme rendant commutatif le diagramme \[\xymatrix{ \det(K^\bullet) \ar[rr]_{\det(a^\bullet)} & & \det(L^\bullet) \ar[ld]^{\delta(\Ker(a^\bullet))} \\ & \det(L^\bullet) \otimes \det(\Ker(a^\bullet)) \ar[lu]^{\gamma^0 \otimes (\gamma^{-1})^{\otimes -1}} }\] .

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(a^\bullet : K^\bullet \to L^\bullet\) un morphisme de complexes de \(R\)-modules satisfaisant aux conditions (1), (2) et (3) ci-dessus. Si \(L^\bullet\) est de rang \(0\), alors \(\det(a^\bullet)\) envoie l’élément canonique \(\delta(K^\bullet)\) sur \(\delta(L^\bullet)\).

Démonstration

Posons \(M^i = \Ker(a^i)\). Nous avons donc un morphisme de suites exactes courtes \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & M^{-1} \ar[r] \ar[d]_{d_M} & K^{-1} \ar[r] \ar[d]_{d_K} & L^{-1} \ar[r] \ar[d]_{d_L} & 0 \\ 0 \ar[r] & M^0 \ar[r] & K^0 \ar[r] & L^0 \ar[r] & 0 }\] Le Lemme 0FJC montre que le morphisme \(\det(d_K)\) correspond à \(\det(d_M) \otimes \det(d_L)\). En explicitant les définitions, on obtient l’égalité voulue.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(a^\bullet : K^\bullet \to L^\bullet\) un morphisme de complexes de \(R\)-modules satisfaisant aux conditions (1), (2) et (3) ci-dessus. Soit \(h : K^0 \to L^{-1}\) un morphisme tel que \(b^0 = a^0 + d \circ h\) et \(b^{-1} = a^{-1} + h \circ d\) soient surjectifs. Alors \(\det(a^\bullet) = \det(b^\bullet)\) comme morphismes \(\det(K^\bullet) \to \det(L^\bullet)\).

Démonstration

Supposons qu’il existe un morphisme \(\tilde h : K^0 \to K^{-1}\) tel que \(h = a^{-1} \circ \tilde h\) et tel que \(k^0 = \text{id} + d \circ \tilde h : K^0 \to K^0\) et \(k^1 = \text{id} + \tilde h \circ d : K^{-1} \to K^{-1}\) soient des isomorphismes. Nous obtenons alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \Ker(b^\bullet) \ar[r] \ar[d]_{c^\bullet} & K^\bullet \ar[r]_{b^\bullet} \ar[d]_{k^\bullet} & L^\bullet \ar[r] \ar[d]^{\text{id}} & 0 \\ 0 \ar[r] & \Ker(a^\bullet) \ar[r] & K^\bullet \ar[r]^{a^\bullet} & L^\bullet \ar[r] & 0 }\] de complexes, où \(c^\bullet\) est l’isomorphisme induit sur les noyaux. Le Lemme 0FJC montre que \[\xymatrix{ \det(\Ker(b^i)) \otimes \det(L^i) \ar[r] \ar[d]_{\det(c^i) \otimes 1} & \det(K^i) \ar[d]^{\det(k^i)} \\ \det(\Ker(a^i)) \otimes \det(L^i) \ar[r] & \det(K^i) }\] est commutatif. Comme \(\det(c^\bullet)\) envoie la trivialisation canonique de \(\det(\Ker(a^\bullet))\) sur la trivialisation canonique de \(\Ker(b^\bullet)\) (Lemme 0FJJ), la conclusion équivaut à l’égalité \[\det(k^0) = \det(k^{-1})\] dans \(R\), qui résulte du Lemme 0FJF.

Supposons qu’il existe un facteur direct \(U \subset K^{-1}\) tel que \(a^{-1}|_U : U \to L^{-1}\) et \(b^{-1}|_U : U \to L^{-1}\) soient tous deux des isomorphismes. Définissons \(\tilde h\) comme la composée de \(h\) avec l’inverse de \(a^{-1}|_U\). Nous affirmons que \(\tilde h\) est un morphisme comme dans le premier paragraphe de la preuve. En effet, \(h = a^{-1} \circ \tilde h\) par construction. Pour montrer que \(k^{-1} : K^{-1} \to K^{-1}\) est un isomorphisme, il suffit de montrer qu’il est surjectif (Algèbre, Lemme 05G8). Soit \(u \in U\). Nous pouvons choisir \(u' \in U\) tel que \(b^{-1}(u') = a^{-1}(u)\). Alors \(u = k^{-1}(u')\). En effet, \(u\) et \(k^{-1}(u')\) appartiennent à \(U\), et un calcul donne \(a^{-1}(u) = a^{-1}(k^{-1}(u'))\)21 Comme \(a^{-1}|_U\) est un isomorphisme, nous obtenons l’égalité. Ainsi \(U \subset \Im(k^{-1})\). D’autre part, si \(x \in \Ker(a^{-1})\), alors \(x = k^{-1}(x) \bmod U\). Comme \(K^{-1} = \Ker(a^{-1}) + U\), il s’ensuit que \(k^{-1}\) est surjectif. Montrons enfin que \(k^0 : K^0 \to K^0\) est surjectif. Puisque \(a^0 \circ k^0 = b^0\), le morphisme \(a^0 \circ k^0\) est surjectif. Si \(x \in \Ker(a^0)\), alors \(x = d(y)\) pour un certain \(y \in \Ker(a^{-1})\). D’après ce qui précède, nous pouvons écrire \(y = k^{-1}(z)\) avec \(z \in K^{-1}\). Alors \(x = k^0(d(z))\), ce qui conclut.

Dernière étape de la preuve. Il suffit de trouver \(U\) comme au paragraphe précédent, mais cela n’est pas toujours possible. Toutefois, pour montrer l’égalité de deux morphismes de \(R\)-modules, il suffit de la vérifier après localisation aux idéaux premiers de \(R\). Nous pouvons donc supposer \(R\) local. Le problème devient alors le suivant : soient \[\alpha, \beta : R^{\oplus n} \longrightarrow R^{\oplus m}\] deux applications \(R\)-linéaires surjectives. Il faut trouver un facteur direct \(U \subset R^{\oplus n}\) tel que \(\alpha|_U\) et \(\beta|_U\) soient des isomorphismes. Si \(R\) est un corps, cela est possible par algèbre linéaire. En général, on choisit une solution sur le corps résiduel puis on la relève en une solution sur l’anneau local \(R\). Certains détails sont omis.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soient \(a^\bullet : K^\bullet \to L^\bullet\) et \(b^\bullet : L^\bullet \to M^\bullet\) des morphismes de complexes de \(R\)-modules satisfaisant aux conditions (1), (2) et (3) ci-dessus. Alors \(\det(b^\bullet) \circ \det(a^\bullet) = \det(b^\bullet \circ a^\bullet)\) comme morphismes \(\det(M^\bullet) \to \det(K^\bullet)\).

Démonstration

Omis. Indications : cela résulte directement des Lemmes 0FJB, 0FJC et 0FJD.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Les constructions précédentes déterminent un foncteur \[\det : \left\{ \begin{matrix} \text{catégorie des complexes parfaits} \\ \text{d'amplitude de Tor contenue dans }[-1, 0] \\ \text{les morphismes sont les isomorphismes} \end{matrix} \right\} \longrightarrow \left\{ \begin{matrix} \text{catégorie des modules inversibles} \\ \text{les morphismes sont les isomorphismes} \end{matrix} \right\}\] De plus, si l’on se donne un objet parfait de rang \(0\), noté \(L\), de \(D(R)\), d’amplitude de Tor contenue dans \([-1, 0]\), il existe un élément canonique \(\delta(L) \in \det(L)\) tel que, pour tout isomorphisme \(a : L \to K\) dans \(D(R)\), on ait \(\det(a)(\delta(L)) = \delta(K)\).

Démonstration

Par le Lemme 0658, tout objet de la catégorie source peut être représenté par un complexe \[L^\bullet = \ldots \to 0 \to L^{-1} \to L^0 \to 0 \to \ldots\] où \(L^{-1}\) et \(L^0\) sont des \(R\)-modules projectifs finis. Appelons provisoirement bon un complexe de ce type. Par Catégories dérivées, Lemme 064B, les morphismes entre bons complexes dans la catégorie dérivée sont les classes d’homotopie de morphismes de complexes. Nous pouvons donc travailler avec les bons complexes et employer le déterminant \(\det(L^\bullet) = \det(L^0) \otimes \det(L^{-1})^{\otimes -1}\) étudié ci-dessus.

Soit \(a^\bullet : L^\bullet \to K^\bullet\) un morphisme de bons complexes qui est un isomorphisme dans \(D(R)\), c’est-à-dire un quasi-isomorphisme. Nous dirons que \[\xymatrix{ L^\bullet \ar[rr]_{a^\bullet} & & K^\bullet \\ & M^\bullet \ar[lu]^{b^\bullet} \ar[ru]_{c^\bullet} }\] est un bon diagramme s’il commute à homotopie près et si \(b^\bullet\) et \(c^\bullet\) satisfont aux conditions (1), (2) et (3) ci-dessus. Pour un tel diagramme, on peut définir \[\det(a^\bullet) = \det(c^\bullet) \circ \det(b^\bullet)^{-1}\] où \(\det(c^\bullet)\) et \(\det(b^\bullet)\) sont les isomorphismes construits ci-dessus. Nous montrerons que les bons diagrammes existent toujours et que le morphisme \(\det(a^\bullet)\) ainsi obtenu ne dépend pas du bon diagramme choisi.

Existence de bons diagrammes pour un quasi-isomorphisme \(a^\bullet : L^\bullet \to K^\bullet\) de bons complexes. Choisissons une surjection \(p : R^{\oplus n} \to K^{-1}\). Nous pouvons alors considérer le nouveau bon complexe \[M^\bullet = \ldots \to 0 \to L^{-1} \oplus R^{\oplus n} \xrightarrow{d \oplus 1} L^0 \oplus R^{\oplus n} \to 0 \to \ldots\] muni du morphisme de projection \(b^\bullet : M^\bullet \to L^\bullet\) et du morphisme \(c^\bullet : M^\bullet \to K^\bullet\) donné par \(a^{-1} \oplus p\) en degré \(-1\) et par \(a^0 \oplus d \circ p\) en degré \(0\). Les morphismes \(b^\bullet : M^\bullet \to L^\bullet\) et \(c^\bullet : M^\bullet \to K^\bullet\) satisfont aux conditions (1), (2) et (3) ci-dessus, ce qui fournit un bon diagramme.

Supposons donné un bon diagramme \[\xymatrix{ L^\bullet \ar[rr]_{\text{id}^\bullet} & & L^\bullet \\ & M^\bullet \ar[lu]^{b^\bullet} \ar[ru]_{c^\bullet} }\] Le Lemme 0FJK donne alors \(\det(c^\bullet) = \det(b^\bullet)\). Ainsi, \(\det(\text{id}^\bullet) = \text{id}\) indépendamment du bon diagramme choisi.

Avant de démontrer l’indépendance en général, examinons la composition. Supposons donnés des quasi-isomorphismes de bons complexes \(L_1^\bullet \to L_2^\bullet\) et \(L_2^\bullet \to L_3^\bullet\), ainsi que de bons diagrammes \[\vcenter{ \xymatrix{ L_1^\bullet \ar[rr] & & L_2^\bullet \\ & M_{12}^\bullet \ar[lu] \ar[ru] } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ L_2^\bullet \ar[rr] & & L_3^\bullet \\ & M_{23}^\bullet \ar[lu] \ar[ru] } }\] Nous pouvons les compléter en un diagramme \[\xymatrix{ L_1^\bullet \ar[rr] & & L_2^\bullet \ar[rr] & & L_3^\bullet \\ & M_{12}^\bullet \ar[lu] \ar[ru] & & M_{23}^\bullet \ar[lu] \ar[ru] \\ & & M_{123}^\bullet \ar[lu] \ar[ru] }\] où \(M_{123}^\bullet \to M_{12}^\bullet\) et \(M_{123}^\bullet \to M_{23}^\bullet\) possèdent les propriétés (1), (2) et (3), et où le carré est commutatif : il suffit de prendre \(M_{123}^n = M_{12}^n \times_{L_2^n} M_{23}^n\). Le Lemme 0FJL montre alors que \[\xymatrix{ \det(L_2^\bullet) & \det(M_{23}^\bullet) \ar[l] \\ \det(M_{12}^\bullet) \ar[u] & \det(M_{123}^\bullet) \ar[l] \ar[u] }\] est commutatif. Une chasse au diagramme montre que la composée \(\det(L_1^\bullet) \to \det(L_2^\bullet) \to \det(L_3^\bullet)\) des morphismes associés aux deux bons diagrammes utilisant \(M_{12}^\bullet\) et \(M_{23}^\bullet\) est égale au morphisme associé au bon diagramme \[\xymatrix{ L_1^\bullet \ar[rr] & & L_3^\bullet \\ & M_{123}^\bullet \ar[lu] \ar[ru] }\] Par conséquent, si ces morphismes sont indépendants des choix, la loi de composition est elle aussi satisfaite et nous obtenons le foncteur recherché.

Indépendance. Soit \(a^\bullet : L^\bullet \to K^\bullet\) un quasi-isomorphisme de bons complexes. Choisissons un quasi-isomorphisme inverse \(b^\bullet : K^\bullet \to L^\bullet\). En posant \(L_1^\bullet = L\), \(L_2^\bullet = K^\bullet\) et \(L_3^\bullet = L^\bullet\), nous pouvons fixer notre choix d’un bon diagramme pour \(b^\bullet\) et faire varier les bons diagrammes pour \(a^\bullet\). Les paragraphes précédents montrent alors que, quels que soient les choix, la composée est toujours l’identité de \(\det(L^\bullet)\). Cela établit clairement l’indépendance à l’égard de ces choix.

L’assertion concernant les éléments canoniques résulte immédiatement du Lemme 0FJJ et de notre construction.

Extensions d’anneaux de valuation

Cette section est l’analogue de la section 0EXQ pour les anneaux de valuation généraux.

Définition

Nous dirons que \(A \to B\), ou \(A \subset B\), est une extension d’anneaux de valuation si \(A\) et \(B\) sont des anneaux de valuation et si \(A \to B\) est injectif et local. Une telle extension induit un diagramme commutatif \[\xymatrix{ A \setminus \{0\} \ar[r] \ar[d]_v & B \setminus \{0\} \ar[d]^v \\ \Gamma_A \ar[r] & \Gamma_B }\] où \(\Gamma_A\) et \(\Gamma_B\) sont les groupes de valeurs. Nous dirons que \(B\) est faiblement non ramifié sur \(A\) si la flèche horizontale inférieure est bijective. Si l’extension de corps résiduels \(\kappa_A = A/\mathfrak m_A \subset \kappa_B = B/\mathfrak m_B\) est finie, nous posons \(f = [\kappa_B : \kappa_A]\) et l’appelons le degré résiduel de l’extension \(A \subset B\).

Remarquons que \(\Gamma_A \to \Gamma_B\) est injectif, car les unités de \(A\) sont les images réciproques des unités de \(B\) par l’application \(A \to B\). Remarquons aussi que nous n’exigeons pas que l’extension des corps des fractions soit finie.

Lemme

Soit \(A \subset B\) une extension d’anneaux de valuation de corps des fractions respectifs \(K \subset L\). Si l’extension \(L/K\) est finie, alors l’extension des corps résiduels est finie, l’indice de \(\Gamma_A\) dans \(\Gamma_B\) est fini, et \[[\Gamma_B : \Gamma_A] [\kappa_B : \kappa_A] \leq [L : K].\]

Démonstration

Soient \(b_1, \ldots, b_n \in B\) des unités dont les images dans \(\kappa_B\) sont linéairement indépendantes sur \(\kappa_A\). Soient \(c_1, \ldots, c_m \in B\) des éléments non nuls dont les images dans \(\Gamma_B/\Gamma_A\) sont deux à deux distinctes. Nous affirmons que les \(b_i c_j\) sont linéairement indépendants sur \(K\) dans \(L\). En effet, une somme \[\sum a_{ij} b_i c_j\] où les \(a_{ij} \in K\) ne sont pas tous nuls ne peut être nulle. Choisissons \((i_0, j_0)\) tel que \(v(a_{i_0j_0}b_{i_0}c_{j_0})\) soit minimal. Remplaçons \(a_{ij}\) par \(a_{ij}/a_{i_0j_0}\), de sorte que \(a_{i_0 j_0} = 1\). Posons \[P = \{(i, j) \mid v(a_{ij}b_ic_j) = v(a_{i_0j_0}b_{i_0}c_{j_0}) \}\] Par le choix des \(c_1, \ldots, c_m\), la relation \((i, j) \in P\) implique \(j = j_0\). Ainsi, si \((i, j) \in P\), alors \(v(a_{ij}) = v(a_{i_0j_0}) = 0\), c’est-à-dire que \(a_{ij}\) est une unité. Par le choix des \(b_1, \ldots, b_n\), la somme \[\sum\nolimits_{(i, j) \in P} a_{ij}b_i\] est une unité de \(B\). La valuation de \(\sum\nolimits_{(i, j) \in P} a_{ij}b_ic_j\) est donc \(v(c_{j_0}) = v(a_{i_0j_0}b_{i_0}c_{j_0})\). Comme les termes d’indices \((i, j) \not \in P\) de la première somme affichée ont une valuation strictement plus grande, cette somme ne peut être nulle, ce qui démontre le lemme.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation de corps des fractions \(K\) de caractéristique \(p > 0\). Soit \(L/K\) une extension purement inséparable. Alors la clôture intégrale \(B\) de \(A\) dans \(L\) est un anneau de valuation de corps des fractions \(L\), et \(A \subset B\) est une extension d’anneaux de valuation.

Démonstration

Omis. Indication : utiliser, par exemple, les Lemmes d’Algèbre 052K et 00GQ.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local plat d’anneaux locaux noethériens normaux et intègres. Soient \(f \in A\) et \(h \in B\) tels que \(f = w h^n\) pour un entier \(n > 1\) et une unité \(w\) de \(B\). Supposons que, pour tout idéal premier de hauteur \(1\), \(\mathfrak p \subset A\), il existe un idéal premier de hauteur \(1\), \(\mathfrak q \subset B\), au-dessus de \(\mathfrak p\) tel que l’extension \(A_\mathfrak p \subset B_\mathfrak q\) soit faiblement non ramifiée. Alors \(f = u g^n\) pour un certain \(g \in A\) et une unité \(u\) de \(A\).

Démonstration

Les anneaux locaux de \(A\) et \(B\) en leurs idéaux premiers de hauteur \(1\) sont des anneaux de valuation discrète (Algèbre, Lemme 00PD). L’hypothèse a donc un sens (par la Définition 09E4). Soient \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_r\) les idéaux premiers de \(A\) minimaux parmi ceux contenant \(f\). Ils sont de hauteur \(1\) par Algèbre, Lemme 00KV. Pour chaque \(i\), soient \(\mathfrak q_{i, j} \subset B\), \(j = 1, \ldots, r_i\), les idéaux premiers de hauteur \(1\) de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak p_i\). Numérotons-les de sorte que \(A_{\mathfrak p_i} \to B_{\mathfrak q_{i, 1}}\) soit faiblement non ramifiée. Puisque l’image de \(f\) est le produit d’une puissance \(n\)-ième et d’une unité dans \(B_{\mathfrak q_{i, 1}}\), la valuation \(v_i\) de \(f\) dans \(A_{\mathfrak p_i}\) est divisible par \(n\). Écrivons \(v_i = n w_i\) avec \(w_i \geq 0\). Considérons la suite exacte \[0 \to I \to A \to \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, r} A_{\mathfrak p_i}/\mathfrak p_i^{w_i}A_{\mathfrak p_i}\] qui définit l’idéal \(I\). En appliquant le foncteur exact \(- \otimes_A B\), nous obtenons une suite exacte \[0 \to I \otimes_A B \to B \to \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, r} (A_{\mathfrak p_i}/\mathfrak p_i^{w_i}A_{\mathfrak p_i}) \otimes_A B\] Fixons \(i\). Nous affirmons que l’application canonique \[(A_{\mathfrak p_i}/\mathfrak p_i^{w_i}A_{\mathfrak p_i}) \otimes_A B \to \prod\nolimits_{j = 1, \ldots, r_i} B_{\mathfrak q_{i, j}}/\mathfrak q_{i, j}^{e_{i, j}w_i}B_{\mathfrak q_{i, j}}\] est injective. Ici, \(e_{i, j}\) est l’indice de ramification de \(A_{\mathfrak p_i} \to B_{\mathfrak q_{i, j}}\). L’affirmation signifie que \(\mathfrak p_i^{w_i}B_{\mathfrak p_i}\) est l’ensemble des éléments \(b\) de \(B_{\mathfrak p_i}\) dont la valuation en \(\mathfrak q_{i, j}\) est \(\geq e_{i, j}w_i\). Choisissons un générateur \(a \in A_{\mathfrak p_i}\) de l’idéal principal \(\mathfrak p_i^{w_i}\). La valuation de \(a\) en \(\mathfrak q_{i, j}\) est alors égale à \(e_{i, j}w_i\). Or \(B_{\mathfrak p_i}\) est un anneau normal intègre dont les idéaux premiers de hauteur un sont les \(\mathfrak q_{i, j}\), \(j = 1, \ldots, r_i\) ; pour \(b\) comme ci-dessus, le Lemme d’Algèbre 031T donne donc \(b/a \in B_{\mathfrak p_i}\). D’où l’affirmation.

L’affirmation, combinée avec la seconde suite exacte ci-dessus, fournit une suite exacte \[0 \to I \otimes_A B \to B \to \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, r} \prod\nolimits_{j = 1, \ldots, r_i} B_{\mathfrak q_{i, j}}/\mathfrak q_{i, j}^{e_{i, j}w_i}B_{\mathfrak q_{i, j}}\] Il s’ensuit que \(I \otimes_A B\) est l’ensemble des éléments \(h'\) de \(B\) dont la valuation est \(\geq e_{i, j}w_i\) en \(\mathfrak q_{i, j}\). Puisque \(f = wh^n\) dans \(B\), la valuation de \(h\) vaut \(e_{i, j}w_i\) en \(\mathfrak q_{i, j}\). Par le Lemme d’Algèbre 031T, on a donc \(h'/h \in B\). Ainsi, \(I \otimes_A B\) est un \(B\)-module libre de rang \(1\), engendré par \(h\). Par conséquent, \(I\) est un \(A\)-module libre de rang \(1\) ; voir Algèbre, Lemme 00O1. Soit \(g \in I\) un générateur. Alors \(g\) et \(h\) diffèrent par une unité de \(B\). En remontant le raisonnement, on conclut que la valuation de \(g\) dans \(A_{\mathfrak p_i}\) est \(w_i = v_i/n\). Ainsi, \(g^n\) et \(f\) diffèrent par une unité de \(A\) (par Algèbre, Lemme 031T), comme voulu.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation. Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux étale et soit \(\mathfrak m \subset B\) un idéal premier au-dessus de l’idéal maximal de \(A\). Alors \(A \subset B_\mathfrak m\) est une extension d’anneaux de valuation faiblement non ramifiée.

Démonstration

Le Lemme 092S donne à \(A\) une dimension faible \(\leq 1\). Les Lemmes 092E et 092N donnent alors à \(B\) une dimension faible \(\leq 1\) ; l’anneau local \(B_\mathfrak m\) est donc un anneau de valuation par le Lemme 092S. Comme l’extension \(A \subset B_\mathfrak m\) induit une extension finie des corps des fractions, \(\Gamma_A\) est d’indice fini dans le groupe de valeurs de \(B_{\mathfrak m}\). Ainsi, pour tout \(h \in B_\mathfrak m\), il existe \(n > 0\), un élément \(f \in A\) et une unité \(w \in B_\mathfrak m\) tels que \(f = w h^n\) dans \(B_\mathfrak m\). Montrons que cela implique \(f = ug^n\) pour un certain \(g \in A\) et une unité \(u \in A\) ; cela montrera que les groupes de valeurs de \(A\) et \(B_\mathfrak m\) coïncident, comme l’affirme le lemme.

Écrivons \(A = \colim A_i\) comme colimite de ses sous-anneaux locaux qui sont essentiellement de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Comme \(A\) est un anneau normal intègre (Algèbre, Lemme 00IC), nous pouvons supposer chaque \(A_i\) normal (nous utilisons ici le fait qu’après normalisation les anneaux locaux restent essentiellement de type fini sur \(\mathbf{Z}\), par Algèbre, Proposition 0335). Pour un certain \(i\), il existe une extension étale \(A_i \to B_i\) telle que \(B = A \otimes_{A_i} B_i\) ; voir Algèbre, Lemme 00U2. Soit \(\mathfrak m_i\) l’intersection de \(B_i\) avec \(\mathfrak m\). Nous pouvons alors conclure en appliquant le Lemme 0ASI à l’homomorphisme \(A_i \to (B_i)_{\mathfrak m_i}\). Ses hypothèses sont satisfaites car :

  1. \(A_i\) et \((B_i)_{\mathfrak m_i}\) sont noethériens, puisqu’ils sont essentiellement de type fini sur \(\mathbf{Z}\),

  2. \(A_i \to (B_i)_{\mathfrak m_i}\) est plat, puisque \(A_i \to B_i\) est étale,

  3. \(B_i\) est normal, puisque \(A_i \to B_i\) est étale ; voir Algèbre, Lemme 033C,

  4. pour tout idéal premier de hauteur \(1\) de \(A_i\), il existe un idéal premier de hauteur \(1\) de \((B_i)_{\mathfrak m_i}\) au-dessus de lui, par Algèbre, Lemme 02MA, et parce que \(\Spec((B_i)_{\mathfrak m_i}) \to \Spec(A_i)\) est surjectif,

  5. les extensions induites \((A_i)_\mathfrak p \to (B_i)_\mathfrak q\) sont non ramifiées pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) au-dessus d’un idéal premier \(\mathfrak p\), puisque \(A_i \to B_i\) est étale.

Cela achève la preuve du lemme.

Lemme

Soit \(A\) un anneau de valuation. Soient \(A^h\), resp. \(A^{sh}\), son hensélisé, resp. son hensélisé strict. Alors \[A \subset A^h \subset A^{sh}\] sont des extensions d’anneaux de valuation qui induisent des bijections sur les groupes de valeurs, c’est-à-dire qui sont faiblement non ramifiées.

Démonstration

Écrivons \(A^h = \colim (B_i)_{\mathfrak q_i}\), où \(A \to B_i\) est étale et \(\mathfrak q_i \subset B_i\) est un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak m_A\) ; voir Algèbre, Lemme 04GV. Le Lemme 0ASJ montre alors que \((B_i)_{\mathfrak q_i}\) est un anneau de valuation et que l’application induite \[(A \setminus \{0\})/A^* \longrightarrow ((B_i)_{\mathfrak q_i} \setminus \{0\}) / (B_i)_{\mathfrak q_i}^*\] est bijective. Le Lemme 0AS4 d’Algèbre montre que \(A^h\) est un anneau de valuation. Il s’ensuit également que \((A \setminus \{0\})/A^* \to (A^h \setminus \{0\})/(A^h)^*\) est bijective. Cela démontre le lemme pour l’inclusion \(A \subset A^h\). Pour \(A \subset A^{sh}\), on emploie exactement le même argument, en remplaçant le Lemme 04GV d’Algèbre par le Lemme 04GW d’Algèbre. Comme \(A^{sh} = (A^h)^{sh}\), cela démontre aussi les assertions du lemme pour l’inclusion \(A^h \subset A^{sh}\).

Structure des modules sur un anneau principal

Nous travaillons dans un cadre un peu plus général (en suivant les articles [Warfield-Purity] et [Warfield-Decomposition] de Warfield), de sorte que les démonstrations fonctionnent sur les anneaux de valuation.

Lemme

Soit \(P\) un module sur un anneau \(R\). Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. \(P\) est un facteur direct d’une somme directe de modules de la forme \(R/fR\), où \(f \in R\) varie.

  2. pour toute suite exacte courte \(0 \to A \to B \to C \to 0\) de \(R\)-modules telle que \(fA = A \cap fB\) pour tout \(f \in R\), l’application \(\Hom_R(P, B) \to \Hom_R(P, C)\) est surjective.

Démonstration

Soit \(0 \to A \to B \to C \to 0\) une suite exacte comme en (2). Pour prouver que (1) implique (2), il suffit de prouver que \(\Hom_R(R/fR, B) \to \Hom_R(R/fR, C)\) est surjective pour tout \(f \in R\). Soit \(\psi : R/fR \to C\) une application. Supposons que \(\psi(1)\) soit l’image de \(b \in B\). Alors \(fb \in A\). Il existe donc un \(a \in A\) tel que \(fa = fb\). Alors \(f(b - a) = 0\) ; on obtient donc un morphisme \(\varphi : R/fR \to B\) envoyant \(1\) sur \(b - a\) qui relève \(\psi\).

Réciproquement, supposons que (2) soit vérifiée. Soit \(I\) l’ensemble des couples \((f, \varphi)\) où \(f \in R\) et \(\varphi : R/fR \to P\). Pour \(i \in I\), notons \((f_i, \varphi_i)\) le couple correspondant. Considérons l’application \[B = \bigoplus\nolimits_{i \in I} R/f_iR \longrightarrow P\] qui envoie l’élément \(r\) du facteur \(R/f_iR\) sur \(\varphi_i(r)\) dans \(P\). Soit \(A = \Ker(B \to P)\). On voit alors que (1) est vraie si la suite \[0 \to A \to B \to P \to 0\] est une suite exacte comme en (2). Pour le voir, supposons que \(f \in R\) et que \(a \in A\) ait pour image \(f b\) dans \(B\). Écrivons \(b = (r_i)_{i \in I}\), avec presque tous les \(r_i = 0\). On voit alors que \[f\sum \varphi_i(r_i) = 0\] dans \(P\). Il existe donc un \(i_0 \in I\) tel que \(f_{i_0} = f\) et \(\varphi_{i_0}(1) = \sum \varphi_i(r_i)\). Soit \(x_{i_0} \in R/f_{i_0}R\) la classe de \(1\). On voit alors que \[a' = (r_i)_{i \in I} - (0, \ldots, 0, x_{i_0}, 0, \ldots )\] est un élément de \(A\) et que \(fa' = a\), comme souhaité.

Lemme

Soit \(R\) un anneau non nul. Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. Pour \(a, b \in R\), soit \(a\) divise \(b\), soit \(b\) divise \(a\).

  2. Tout idéal de type fini est principal et \(R\) est local.

  3. L’ensemble des idéaux de \(R\) est totalement ordonné par inclusion.

Ceci vaut en particulier si \(R\) est un anneau de valuation.

Démonstration

Supposons (2) et soient \(a, b \in R\). Alors \((a, b) = (c)\). Si \(c = 0\), alors \(a = b = 0\) et \(a\) divise \(b\). Supposons \(c \not = 0\). Écrivons \(c = ua + vb\), \(a = wc\) et \(b = zc\). Alors \(c(1 - uw - vz) = 0\). Puisque \(R\) est local, cela implique que \(1 - uw - vz \in \mathfrak m\). Ainsi, \(w\) ou \(z\) est une unité, et donc soit \(a\) divise \(b\), soit \(b\) divise \(a\). Ainsi, (2) implique (1).

Supposons (1). Si \(R\) possède deux idéaux maximaux \(\mathfrak m_i\), nous pouvons choisir \(a \in \mathfrak m_1\) avec \(a \not \in \mathfrak m_2\) et \(b \in \mathfrak m_2\) avec \(b \not \in \mathfrak m_1\). Alors \(a\) ne divise pas \(b\) et \(b\) ne divise pas \(a\). Ainsi, \(R\) possède un unique idéal maximal et est local. Il résulte aisément de la condition (1) et d’une récurrence que tout idéal de type fini est principal. Ainsi, (1) implique (2).

Il est immédiat de prouver que (1) et (3) sont équivalentes. La dernière assertion est Algèbre, Lemme 00IB.

Lemme

Soit \(R\) un anneau vérifiant les conditions équivalentes du Lemme 0ASN. Alors tout \(R\)-module de présentation finie est isomorphe à une somme directe finie de modules de la forme \(R/fR\).

Démonstration

Soit \(M\) un \(R\)-module de présentation finie. Nous utiliserons toutes les propriétés équivalentes de \(R\) données dans le Lemme 0ASN sans plus de précisions. Notons \(\mathfrak m \subset R\) l’idéal maximal et \(\kappa = R/\mathfrak m\) le corps résiduel. Soit \(I \subset R\) l’annulateur de \(M\). Choisissons une base \(y_1, \ldots, y_n\) du \(\kappa\)-espace vectoriel de dimension finie \(M/\mathfrak m M\). Nous allons raisonner par récurrence sur \(n\).

Par le lemme de Nakayama, toute famille d’éléments \(x_1, \ldots, x_n \in M\) relevant les éléments \(y_1, \ldots, y_n\) de \(M/\mathfrak m M\) engendre \(M\) ; voir Algèbre, Lemme 00DV. Ceci prouve immédiatement le cas initial \(n = 0\) de la récurrence.

Nous affirmons qu’il existe un indice \(i\) tel que, pour tout choix de \(x_i \in M\) s’envoyant sur \(y_i\), l’annulateur de \(x_i\) soit \(I\). En effet, sinon, nous pourrions choisir \(x_1, \ldots, x_n\) tels que \(I_i = \text{Ann}(x_i) \not = I\) pour tout \(i\). Mais comme \(I \subset I_i\) pour tout \(i\), le fait que les idéaux soient totalement ordonnés implique que \(I_i\) est strictement plus grand que \(I\) pour \(i = 1, \ldots, n\), et, par un nouvel usage de l’ordre total, on verrait que \(\text{Ann}(M) = I_1 \cap \ldots \cap I_n\) est plus grand que \(I\), ce qui est une contradiction. Après renumérotation, nous pouvons supposer que \(y_1\) a la propriété suivante : pour tout \(x_1 \in M\) relevant \(y_1\), l’annulateur de \(x_1\) est \(I\).

Posons \(A = Rx_1 \subset M\). Considérons la suite exacte \(0 \to A \to M \to M/A \to 0\). Puisque \(A\) est de type fini, on voit que \(M/A\) est un \(R\)-module de présentation finie (Algèbre, Lemme 0519) ayant moins de générateurs. Ainsi, \(M/A \cong \bigoplus_{j = 1, \ldots, m} R/f_jR\) par récurrence. D’autre part, nous affirmons que \(A \to M\) vérifie la propriété suivante : si \(f \in R\), alors \(fA = A \cap fM\). L’inclusion \(fA \subset A \cap fM\) est triviale. Réciproquement, si \(x \in A \cap fM\), alors \(x = gx_1 = f y\) pour certains \(g \in R\) et \(y \in M\). Si \(f\) divise \(g\), alors \(x \in fA\), comme souhaité. Sinon, nous pouvons écrire \(f = hg\) pour un certain \(h \in \mathfrak m\). L’élément \(x'_1 = x_1 - hy\) a pour annulateur \(I\) d’après le paragraphe précédent. Ainsi, \(g \in I\) et l’on voit que \(x = 0\), comme souhaité. L’affirmation et le Lemme 0ASM impliquent que la suite \(0 \to A \to M \to M/A \to 0\) est scindée, et l’on obtient \(M \cong A \oplus \bigoplus_{j = 1, \ldots, m} R/f_jR\). Alors \(A = R/I\) est de présentation finie (en tant que facteur direct de \(M\)), et donc \(I\) est de type fini, donc principal. Ceci achève la démonstration.

Lemme

Soit \(R\) un anneau tel que toute localisation de \(R\) en un idéal maximal vérifie les conditions équivalentes du Lemme 0ASN. Alors tout \(R\)-module de présentation finie est un facteur direct d’une somme directe finie de modules de la forme \(R/fR\), où \(f\) varie dans \(R\).

Démonstration

Soit \(M\) un \(R\)-module de présentation finie. Nous montrons d’abord que \(M\) est un facteur direct d’une somme directe de modules de la forme \(R/fR\), puis, à la fin, nous montrons que la somme directe peut être choisie finie. Soit \[0 \to A \to B \to C \to 0\] une suite exacte courte de \(R\)-modules telle que \(fA = A \cap fB\) pour tout \(f \in R\). D’après le Lemme 0ASM, nous devons montrer que \(\Hom_R(M, B) \to \Hom_R(M, C)\) est surjective. Il suffit de le prouver après localisation aux idéaux maximaux \(\mathfrak m\) ; voir Algèbre, Lemme 00HN. Notons que les suites localisées \(0 \to A_\mathfrak m \to B_\mathfrak m \to C_\mathfrak m \to 0\) vérifient la condition \(fA_\mathfrak m = A_\mathfrak m \cap fB_\mathfrak m\) pour tout \(f \in R_\mathfrak m\) (car nous pouvons écrire \(f = uf'\) avec \(u \in R_\mathfrak m\) une unité et \(f' \in R\), et parce que la localisation est exacte). Puisque \(M\) est de présentation finie, on a \[\Hom_R(M, B)_\mathfrak m = \Hom_{R_\mathfrak m}(M_\mathfrak m, B_\mathfrak m) \quad\text{et}\quad \Hom_R(M, C)_\mathfrak m = \Hom_{R_\mathfrak m}(M_\mathfrak m, C_\mathfrak m)\] d’après Algèbre, Lemme 0583. Le module \(M_\mathfrak m\) est un \(R_\mathfrak m\)-module de présentation finie. D’après le Lemme 0ASP, on voit que \(M_\mathfrak m\) est une somme directe de modules de la forme \(R_\mathfrak m/fR_\mathfrak m\). Nous concluons donc du Lemme 0ASM que l’application entre les localisations est surjective.

À ce stade, nous savons que \(M\) est un facteur direct de \(\bigoplus_{i \in I} R/f_i R\). Considérons l’application \(M \to \bigoplus_{i \in I} R/f_i R\). Puisque \(M\) est un \(R\)-module de type fini, l’image est contenue dans \(\bigoplus_{i \in I'} R/f_i R\) pour un certain sous-ensemble fini \(I' \subset I\). Ceci achève la démonstration.

Définition

Soit \(R\) un anneau intègre.

  1. Nous disons que \(R\) est un anneau de Bézout si tout idéal de type fini de \(R\) est principal.

  2. Nous disons que \(R\) est un anneau à diviseurs élémentaires si, pour tous \(n , m \geq 1\) et toute matrice \(n \times m\) \(A\), il existe des matrices inversibles \(U, V\) de tailles \(n \times n, m \times m\) telles que \[U A V = \left( \begin{matrix} f_1 & 0 & 0 & \ldots \\ 0 & f_2 & 0 & \ldots \\ 0 & 0 & f_3 & \ldots \\ \ldots & \ldots & \ldots & \ldots \end{matrix} \right)\] avec \(f_1, \ldots, f_{\min(n, m)} \in R\) et \(f_1 | f_2 | \ldots\).

Il semble que la question de savoir si tout anneau de Bézout \(R\) est un anneau à diviseurs élémentaires (ou non) soit encore ouverte. Ceci équivaut à la question de savoir si tout module de présentation finie sur \(R\) est une somme directe de modules cycliques. L’implication réciproque est vraie.

Lemme

Un anneau à diviseurs élémentaires est de Bézout.

Démonstration

Soient \(a, b \in R\) non nuls. Considérons la matrice \(1 \times 2\) \(A = (a\ b)\). On voit alors que \(u(a\ b)V = (f\ 0)\) avec \(u \in R\) inversible et \(V = (g_{ij})\) une matrice inversible \(2 \times 2\). Alors \(f = u a g_{11} + u b g_{2 1}\) et \((g_{11}, g_{2 1}) = R\). Il en résulte que \((a, b) = (f)\). Un raisonnement par récurrence (omis) montre alors que tout idéal de type fini de \(R\) est engendré par un élément.

Lemme

Toute localisation d’un anneau de Bézout est de Bézout. Tout anneau local d’un anneau de Bézout est un anneau de valuation. Un anneau local intègre est de Bézout si et seulement s’il est un anneau de valuation.

Démonstration

Nous omettons la démonstration de l’assertion sur les localisations. La dernière assertion est Algèbre, Lemme 090Q. La deuxième assertion résulte des deux autres.

Lemme

Soit \(R\) un anneau de Bézout.

  1. Tout sous-module de type fini d’un module libre est libre de type fini.

  2. Tout \(R\)-module de présentation finie \(M\) est somme directe d’un module libre de type fini et d’un module de torsion \(M_{tors}\) qui est un facteur direct d’un module de la forme \(\bigoplus_{i = 1, \ldots, n} R/f_iR\), où \(f_1, \ldots, f_n \in R\) sont non nuls.

Démonstration

Démonstration de (1). Soit \(M \subset F\) un sous-module de type fini d’un module libre \(F\). Puisque \(M\) est de type fini, nous pouvons supposer que \(F\) est libre de type fini (détails omis). Posons \(F = R^{\oplus n}\). Nous raisonnons par récurrence sur \(n\). Si \(n = 1\), alors \(M\) est un idéal de type fini, donc principal puisque, par hypothèse, \(R\) est de Bézout. Si \(n > 1\), alors nous considérons l’image \(I\) de \(M\) par la projection \(R^{\oplus n} \to R\) sur le dernier facteur. Si \(I = (0)\), alors \(M \subset R^{\oplus n - 1}\) et nous concluons par récurrence. Si \(I \not = 0\), alors \(I = (f) \cong R\). Ainsi, \(M \cong R \oplus \Ker(M \to I)\) et nous concluons encore par récurrence.

Soit \(M\) un \(R\)-module de présentation finie. Puisque les localisations de \(R\) aux idéaux maximaux sont des anneaux de valuation (Lemme 0AST), nous pouvons appliquer le Lemme 0ASQ. Ainsi, \(M\) est un facteur direct d’un module de la forme \(R^{\oplus r} \oplus \bigoplus_{i = 1, \ldots, n} R/f_iR\), avec \(f_i \not = 0\). Puisque la prise du sous-module de torsion est un foncteur, on voit que \(M_{tors}\) est un facteur direct du module \(\bigoplus_{i = 1, \ldots, n} R/f_iR\), et que \(M/M_{tors}\) est un facteur direct de \(R^{\oplus r}\). D’après la première partie de la démonstration, on voit que \(M/M_{tors}\) est libre de type fini. Ainsi, \(M \cong M_{tors} \oplus M/M_{tors}\), comme souhaité.

Lemme

Soit \(R\) un anneau principal. Tout \(R\)-module de type fini \(M\) est isomorphe à un module de la forme \[R^{\oplus r} \oplus \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, n} R/f_iR\] pour certains \(r, n \geq 0\) et certains \(f_1, \ldots, f_n \in R\) non nuls.

Démonstration

Un anneau principal est un anneau de Bézout noethérien. D’après le Lemme 0ASU, il suffit de prouver le résultat lorsque \(M\) est de torsion. Puisque \(M\) est de type fini, cela signifie que l’annulateur de \(M\) est non nul. Supposons que \(fM = 0\) pour un certain \(f \in R\) non nul. Nous pouvons alors considérer \(M\) comme un module sur \(R/fR\). Puisque \(R/fR\) est noethérien de dimension \(0\) (petit détail omis), on voit que \(R/fR = \prod R_j\) est un produit fini d’anneaux artiniens locaux \(R_i\) (Algèbre, Proposition 00KJ). Chaque \(R_i\), étant un anneau local et un quotient d’un anneau principal, est un anneau de valuation généralisé au sens du Lemme 0ASN (petit détail omis). Écrivons \(M = \prod M_j\), où \(M_j = e_j M\) et où \(e_j \in R/fR\) est l’idempotent correspondant au facteur \(R_j\). D’après le Lemme 0ASP, on voit que \(M_j = \bigoplus_{i = 1, \ldots, n_j} R_j/\overline{f}_{ji}R_j\) pour certains \(\overline{f}_{ji} \in R_j\). Choisissons des relèvements \(f_{ji} \in R\) et choisissons \(g_{ji} \in R\) tel que \((g_{ji}) = (f_j, f_{ji})\). On en conclut que \[M \cong \bigoplus R/g_{ji}R\] comme \(R\)-module, ce qui achève la démonstration.

On peut également prouver qu’un anneau principal est un anneau à diviseurs élémentaires (insérer ici une référence ultérieure), en démontrant des lemmes semblables au suivant.

Lemme

Soit \(R\) un anneau de Bézout. Soient \(n \geq 1\) et \(f_1, \ldots, f_n \in R\) qui engendrent l’idéal unité. Il existe une matrice inversible \(n \times n\) à coefficients dans \(R\) dont la première ligne est \(f_1 \ldots f_n\).

Démonstration

Ceci résulte du Lemme 0ASU, mais nous pouvons aussi le prouver directement comme suit. Raisonnons par récurrence sur \(n\). Le résultat vaut pour \(n = 1\). Supposons \(n > 1\). Après renumérotation, nous pouvons supposer que \(f_1 \not = 0\). Choisissons \(f \in R\) tel que \((f) = (f_1, \ldots, f_{n - 1})\). Soit \(A\) une matrice \((n - 1) \times (n - 1)\) dont la première ligne est \(f_1/f, \ldots, f_{n - 1}/f\). Choisissons \(a, b \in R\) tels que \(af - bf_n = 1\), ce qui est possible puisque \(1 \in (f_1, \ldots, f_n) = (f, f_n)\). Une solution est alors la matrice \[\left( \begin{matrix} f & 0 & \ldots & 0 & f_n \\ 0 & 1 & \ldots & 0 & 0 \\ & & \ldots \\ 0 & 0 & \ldots & 1 & 0 \\ b & 0 & \ldots & 0 & a \end{matrix} \right) \left( \begin{matrix} & & & 0 \\ & A \\ & & & 0 \\ 0 & \ldots & 0 & 1 \end{matrix} \right)\] Observons que la matrice de gauche est inversible car son déterminant vaut \(1\).

Idéaux radicaux principaux

Dans cette section, nous démontrons que dans tout domaine intègre local normal noethérien caténaire, il existe un idéal radical principal non trivial. Ce résultat se trouve dans [Artin-Lipman].

Lemme

Soit \((R,\mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension un, et soit \(x\in\mathfrak m\) un élément n’appartenant à aucun idéal premier minimal de \(R\). Alors

  1. la fonction \(P : n \mapsto \text{longueur}_R(R/x^n R)\) satisfait \(P(n) \leq n P(1)\) pour \(n \geq 0\),

  2. si \(x\) est un non-diviseur de zéro, alors \(P(n) = nP(1)\) pour \(n \geq 0\).

Démonstration

Comme \(\dim(R) = 1\), on a \(\dim(R/x^n R) = 0\) et donc \(\text{longueur}_R(R/x^n R)\) est finie pour tout \(n\) (Algèbre, Lemme 00L5). Nous allons démontrer le lemme par récurrence sur \(n\). Comme \(x^0 R = R\), on a \(P(0) = \text{longueur}_R(R/x^0R) = \text{longueur}_R 0 = 0\). L’assertion est aussi vraie pour \(n = 1\). Soit maintenant \(n \geq 2\), et supposons l’assertion vraie pour \(n - 1\). La suite suivante est exacte \[R/x^{n-1}R \xrightarrow{x} R/x^nR \to R/xR \to 0\] où \(x\) désigne l’application de multiplication par \(x\). Comme la longueur est additive (Algèbre, Lemme 00IV), on a \(P(n) \leq P(n - 1) + P(1)\). Par récurrence, \(P(n - 1) \leq (n - 1)P(1)\), d’où \(P(n) \leq nP(1)\). Ceci établit l’étape de récurrence.

Si \(x\) est un non-diviseur de zéro, alors la suite exacte affichée ci-dessus est aussi exacte à gauche. Par conséquent, on obtient \(P(n) = P(n - 1) + P(1)\) pour tout \(n \geq 1\).

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension \(1\). Soit \(x \in \mathfrak m\) un élément n’appartenant à aucun idéal premier minimal de \(R\). Soit \(t\) le nombre d’idéaux premiers minimaux de \(R\). Alors \(t \leq \text{longueur}_R(R/xR)\).

Démonstration

Soient \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_t\) les idéaux premiers minimaux de \(R\). Posons \(R' = R/\sqrt{0} = R/(\bigcap_{i = 1}^t \mathfrak p_i)\). Nous affirmons qu’il suffit de démontrer le lemme pour \(R'\). En effet, il est clair que \(R'\) possède lui aussi \(t\) idéaux premiers minimaux et que \(\text{longueur}_{R'}(R'/xR') = \text{longueur}_R(R'/xR')\) est inférieure à \(\text{longueur}_R(R/xR)\) puisqu’il existe une surjection \(R/xR \to R'/xR'\). On peut donc supposer que \(R\) est réduit.

Supposons que \(R\) est réduit, d’idéaux premiers minimaux \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_t\). Cela signifie qu’il existe une suite exacte \[0 \to R \to \prod\nolimits_{i = 1}^t R/\mathfrak p_i \to Q \to 0\] Ici, \(Q\) est le conoyau de la première application. Posons \(M = \prod_{i = 1}^t R/\mathfrak p_i\). En localisant en \(\mathfrak p_j\), on voit que \[R_{\mathfrak p_j} \to M_{\mathfrak p_j} = \left(\prod\nolimits_{i=1}^t R/\mathfrak p_i\right)_{\mathfrak p_j} = (R/\mathfrak p_j)_{\mathfrak p_j}\] est surjective. Ainsi, \(Q_{\mathfrak p_j} = 0\) pour tout \(j\). On en déduit que \(\text{Supp}(Q) = \{\mathfrak m\}\), puisque \(\mathfrak m\) est le seul idéal premier de \(R\) distinct des \(\mathfrak p_i\). Il s’ensuit que \(Q\) est de longueur finie (Algèbre, Lemme 00L5). Comme \(\text{Supp}(Q) = \{\mathfrak m\}\), on peut choisir \(n \gg 0\) tel que \(x^n\) agisse comme \(0\) sur \(Q\) (Algèbre, Lemme 00L6). Considérons maintenant le diagramme \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & R \ar[r] \ar[d]^-{x^n} & M \ar[r] \ar[d]^-{x^n} & Q \ar[r] \ar[d]^-{x^n} & 0 \\ 0 \ar[r] & R \ar[r] & M \ar[r] & Q \ar[r] & 0 }\] où les applications verticales sont la multiplication par \(x^n\). Celle-ci est injective sur \(R\) et sur \(M\), car \(x\) n’appartient à aucun des \(\mathfrak p_i\). Par le lemme du serpent (Algèbre, Lemme 07JW), la suite suivante est exacte : \[0 \to Q \to R/x^nR \to M/x^nM \to Q \to 0\] On obtient donc \(\text{longueur}_R(R/x^nR) = \text{longueur}_R(M/x^nM)\) pour \(n\) assez grand. En posant \(R_i = R/\mathfrak p_i\), on voit que \(\text{longueur}(M/x^nM) = \sum_{i = 1}^t \text{longueur}_R(R_i/x^nR_i)\). En appliquant le Lemme 0BWS et en utilisant que \(x\) est un non-diviseur de zéro sur \(R\) et sur \(R_i\), on conclut que \[n \text{longueur}_R(R/xR) = \sum\nolimits_{i = 1}^t n \text{longueur}_{R_i}(R_i/x R_i)\] Comme \(\text{longueur}_{R_i}(R_i/x R_i) \geq 1\), le lemme est démontré.

Lemme

Soit \((R,\mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension \(d > 1\), soit \(f \in \mathfrak m\) un élément n’appartenant à aucun idéal premier minimal de \(R\), et soit \(k\in\mathbf{N}\). Il existe alors des éléments \(g_1, \ldots, g_{d - 1} \in \mathfrak m^k\) tels que \(f, g_1, \ldots, g_{d - 1}\) soit un système de paramètres.

Démonstration

On a \(\dim(R/fR) = d - 1\) d’après Algèbre, Lemme 00KW. Choisissons un système de paramètres \(\overline{g}_1, \ldots, \overline{g}_{d - 1}\) dans \(R/fR\) (Algèbre, Proposition 00KQ) et choisissons des relèvements \(g_1, \ldots, g_{d - 1}\) dans \(R\). On vérifie immédiatement que \(f, g_1, \ldots, g_{d - 1}\) est un système de paramètres de \(R\). Alors \(f, g_1^k, \ldots, g_{d - 1}^k\) est aussi un système de paramètres, ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \((R,\mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension deux, et soit \(f \in \mathfrak m\) un élément n’appartenant à aucun idéal premier minimal de \(R\). Il existe alors \(g \in \mathfrak m\) et \(N \in \mathbf{N}\) tels que

  1. \(f,g\) forment un système de paramètres de \(R\).

  2. Si \(h \in \mathfrak m^N\), alors \(f + h, g\) est un système de paramètres et \(\text{longueur}_R (R/(f, g)) = \text{longueur}_R(R/(f + h, g))\).

Démonstration

D’après le Lemme 0BWU, il existe \(g \in \mathfrak m\) tel que \(f, g\) soit un système de paramètres de \(R\). Alors \(\mathfrak m = \sqrt{(f, g)}\). Il existe donc \(n\) tel que \(\mathfrak m^n \subset (f, g)\), voir Algèbre, Lemme 00IM. Nous affirmons que \(N = n + 1\) convient. En effet, soit \(h \in \mathfrak m^N\). Par le choix de \(N\), on peut écrire \(h = af + bg\) avec \(a, b \in \mathfrak m\). Ainsi \[(f + h, g) = (f + af + bg, g) = ((1 + a)f, g) = (f, g)\] car \(1 + a\) est inversible dans \(R\). Cela démontre l’égalité des longueurs et le fait que \(f + h, g\) est un système de paramètres.

Lemme

Soit \(R\) un domaine intègre local normal noethérien de dimension \(2\). Soient \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_r\) des idéaux premiers distincts deux à deux de hauteur \(1\). Il existe un élément non nul \(f \in \mathfrak p_1 \cap \ldots \cap \mathfrak p_r\) tel que \(R/fR\) soit réduit.

Démonstration

Soit \(f \in \mathfrak p_1 \cap \ldots \cap \mathfrak p_r\) un élément non nul. Nous allons modifier légèrement \(f\) afin d’obtenir un élément qui engendre un idéal radical. Le localisé \(R_\mathfrak p\) de \(R\) en chaque idéal premier de hauteur un \(\mathfrak p\) est un anneau de valuation discrète, voir Algèbre, Lemme 00PD ou Algèbre, Lemme 031S. Nous notons \(\text{ord}_\mathfrak p(f)\) la valuation correspondante de \(f\) dans \(R_{\mathfrak p}\). Soient \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_s\) les idéaux premiers distincts de hauteur un contenant \(f\). Écrivons \(\text{ord}_{\mathfrak q_j}(f) = m_j \geq 1\) pour tout \(j\). Nous définissons alors \(\text{div}(f) = \sum_{j = 1}^s m_j\mathfrak q_j\) comme une combinaison linéaire formelle d’idéaux premiers de hauteur un à coefficients entiers. Remarquons pour un usage ultérieur que chacun des idéaux premiers \(\mathfrak p_i\) figure parmi les idéaux premiers \(\mathfrak q_j\). L’anneau \(R/fR\) est réduit si et seulement si \(m_j = 1\) pour \(j = 1, \ldots, s\). En effet, si \(m_j\) vaut \(1\), alors \((R/fR)\mathfrak q_j\) est réduit et \(R/fR \subset \prod (R/fR)_{\mathfrak q_j}\) puisque \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_j\) sont les idéaux premiers associés de \(R/fR\), voir les lemmes d’Algèbre 0311 et 031T.

Choisissons et fixons \(g\) et \(N\) comme dans le Lemme 0BWV. Pour \(y \in R\) non nul, notons \(t(y)\) le nombre d’idéaux premiers minimaux au-dessus de \(y\). Comme \(R\) est un domaine intègre normal, ces idéaux premiers sont de hauteur un et correspondent \(1\)-à-\(1\) aux idéaux premiers minimaux de \(R/yR\) (Algèbre, Lemmes 00KV et 031T). Par exemple, \(t(f) = s\) est le nombre d’idéaux premiers \(\mathfrak q_j\) apparaissant dans \(\text{div}(f)\). Soit \(h \in \mathfrak m^N\). D’après le Lemme 0BWT, on a \[\begin{align*} t(f + h) & \leq \text{longueur}_{R/(f + h)}(R/(f + h, g)) \\ & = \text{longueur}_R(R/(f + h, g)) \\ & = \text{longueur}_R(R/(f, g)) \end{align*}\] voir Algèbre, Lemme 00IX pour la première égalité. On voit donc que \(t(f + h)\) est borné indépendamment de \(h \in \mathfrak m^N\).

Grâce à la bornitude démontrée ci-dessus, on peut choisir \(h \in \mathfrak m^N \cap \mathfrak p_1 \cap \ldots \cap \mathfrak p_r\) tel que \(t(f + h)\) soit maximal parmi de tels \(h\). Posons \(f' = f + h\). Étant donné \(h' \in \mathfrak m^N \cap \mathfrak p_1 \cap \ldots \cap \mathfrak p_r\), on voit que le nombre \(t(f' + h') \leq t(f + h)\). Ainsi, après avoir remplacé \(f\) par \(f'\), on peut supposer que pour tout \(h \in \mathfrak m^N \cap \mathfrak p_1 \cap \ldots \cap \mathfrak p_r\), on a \(t(f + h) \leq s\).

Supposons ensuite que nous puissions trouver un élément \(h \in \mathfrak m^N\) tel que pour tout \(j\), on ait \(\text{ord}_{\mathfrak q_j}(h) \geq 1\) et \(\text{ord}_{\mathfrak q_j}(h) = 1 \Leftrightarrow m_j > 1\). Remarquons que \(h \in \mathfrak m^N \cap \mathfrak p_1 \cap \ldots \cap \mathfrak p_r\). Alors \(\text{ord}_{\mathfrak q_j}(f + h) = 1\) pour tout \(j\), d’après les propriétés élémentaires des valuations. Ainsi \[\text{div}(f + h) = \sum\nolimits_{j = 1}^s \mathfrak q_j + \sum\nolimits_{k = 1}^v e_k \mathfrak r_k\] pour certains idéaux premiers de hauteur un distincts deux à deux \(\mathfrak r_1, \ldots, \mathfrak r_v\) et \(e_k \geq 1\). Cependant, comme \(s = t(f) \geq t(f + h)\), on voit que \(v = 0\) et nous avons trouvé l’élément voulu.

Choisissons maintenant \(h\) satisfaisant les critères ci-dessus. Par évitement des idéaux premiers (Algèbre, Lemme 00DS), pour tout \(1 \leq j \leq s\), on peut trouver un élément \(a_j \in \mathfrak q_j\) tel que \(a_j \not \in \mathfrak q_{j'}\) pour \(j' \not = j\) et \(a_j \not \in \mathfrak q_j^{(2)}\). Ici, \(\mathfrak q_j^{(2)} = \{x \in R \mid \text{ord}_{\mathfrak q_j}(x) \geq 2\}\) est la deuxième puissance symbolique de \(\mathfrak q_j\). Prenons alors \[h = \prod\nolimits_{m_j = 1} a_j^2 \times \prod\nolimits_{m_j > 1} a_j\] Alors \(h\) satisfait manifestement les conditions imposées ci-dessus aux valuations. Si \(h \not \in \mathfrak m^N\), multiplions-le par un élément de \(\mathfrak m^N\) qui n’appartient à \(\mathfrak q_j\) pour tout \(j\).

Lemme

Soit \((A, \mathfrak m, \kappa)\) un domaine intègre local normal noethérien de dimension \(2\). Si \(a \in \mathfrak m\) est non nul, alors il existe un élément \(c \in A\) tel que \(A/cA\) soit réduit et que \(a\) divise \(c^n\) pour un certain \(n\).

Démonstration

Soit \(\text{div}(a) = \sum_{i = 1, \ldots, r} n_i \mathfrak p_i\) avec les notations de la démonstration du Lemme 0AXH. Choisissons \(c \in \mathfrak p_1 \cap \ldots \cap \mathfrak p_r\) tel que \(A/cA\) soit réduit, voir le Lemme 0AXH. Pour \(n \geq \max(n_i)\), on voit que \(-\text{div}(a) + \text{div}(c^n)\) est un diviseur effectif (tous ses coefficients sont non négatifs). Ainsi, \(c^n/a \in A\) d’après Algèbre, Lemme 031T.

Dans la suite de cette section, nous démontrons le résultat en dimension \(> 2\).

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension \(d\), soit \(g_1, \ldots, g_d\) un système de paramètres, et soit \(I = (g_1, \ldots, g_d)\). Si \(e_I/d!\) est le coefficient dominant du polynôme numérique \(n \mapsto \text{longueur}_R(R/I^{n+1})\), alors \(e_I \leq \text{longueur}_R(R/I)\).

Démonstration

La fonction est un polynôme numérique d’après Algèbre, Proposition 00K8. Elle est de degré \(d\) d’après Algèbre, Proposition 00KQ. Si \(d = 0\), le résultat est trivial. Si \(d = 1\), le résultat est le Lemme 0BWS. Pour le démontrer en général, remarquons qu’il existe une surjection \[\bigoplus\nolimits_{i_1, \ldots, i_d \geq 0,\ \sum i_j = n} R/I \longrightarrow I^n/I^{n + 1}\] qui envoie l’élément de base correspondant à \(i_1, \ldots, i_d\) sur la classe de \(g_1^{i_1} \ldots g_d^{i_d}\) dans \(I^n/I^{n + 1}\). On voit ainsi que \[\text{longueur}_R(R/I^{n + 1}) - \text{longueur}_R(R/I^n) \leq \text{longueur}_R(R/I) {n + d - 1 \choose d - 1}\] Comme \(d \geq 2\), le polynôme numérique de gauche est de degré \(d - 1\) et son coefficient dominant est \(e_I / (d - 1)!\). Le polynôme de droite est de degré \(d - 1\) et son coefficient dominant est \(\text{longueur}_R(R/I)/ (d - 1)!\). Ceci démontre le lemme.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension \(d\), soit \(t\) le nombre d’idéaux premiers minimaux de \(R\) de dimension \(d\), et soit \((g_1,\ldots,g_d)\) un système de paramètres. Alors \(t \leq \text{longueur}_R(R/(g_1,\ldots,g_n))\).

Démonstration

Si \(d = 0\), le lemme est trivial. Si \(d = 1\), le lemme est le Lemme 0BWT. On peut donc supposer que \(d > 1\). Soient \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_s\) les idéaux premiers minimaux de \(R\), les \(t\) premiers étant de dimension \(d\), et posons \(I = (g_1, \ldots, g_n)\). En raisonnant exactement comme dans la démonstration du Lemme 0BWT, on peut supposer que \(R\) est réduit.

Supposons que \(R\) est réduit, d’idéaux premiers minimaux \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_t\). Cela signifie qu’il existe une suite exacte \[0 \to R \to \prod\nolimits_{i = 1}^t R/\mathfrak p_i \to Q \to 0\] Ici, \(Q\) est le conoyau de la première application. Posons \(M = \prod_{i = 1}^t R/\mathfrak p_i\). En localisant en \(\mathfrak p_j\), on voit que \[R_{\mathfrak p_j} \to M_{\mathfrak p_j} = \left(\prod\nolimits_{i=1}^t R/\mathfrak p_i\right)_{\mathfrak p_j} = (R/\mathfrak p_j)_{\mathfrak p_j}\] est surjective. Ainsi, \(Q_{\mathfrak p_j} = 0\) pour tout \(j\). Par conséquent, aucun idéal premier de hauteur \(0\) de \(R\) n’appartient au support de \(Q\). Il s’ensuit que le degré du polynôme numérique \(n \mapsto \text{longueur}_R(Q/I^nQ)\) est \(\dim(\text{Supp}(Q)) < d\), voir Algèbre, Lemme 00L8. D’après Algèbre, Lemme 00KC (qui s’applique car \(R\) n’est pas de longueur finie), le polynôme \[n \longmapsto \text{longueur}_R(M/I^nM) - \text{longueur}_R(R/I^n) - \text{longueur}_R(Q/I^nQ)\] est de degré \(< d\). Comme \(M = \prod R/\mathfrak p_i\) et comme \(n \to \text{longueur}_R(R/\mathfrak p_i + I^n)\) est un polynôme numérique de degré exactement(!) \(d\) pour \(i = 1, \ldots, t\) (d’après Algèbre, Lemme 00L8), on voit que le coefficient dominant de \(n \mapsto \text{longueur}_R(M/I^nM)\) est au moins \(t/d!\). On conclut donc par le Lemme 0BWW.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension \(d\), et soit \(f \in \mathfrak m\) un élément n’appartenant à aucun idéal premier minimal de \(R\). Il existe alors des éléments \(g_1, \ldots, g_{d - 1} \in \mathfrak m\) et \(N \in \mathbf{N}\) tels que

  1. \(f, g_1, \ldots, g_{d - 1}\) forment un système de paramètres de \(R\)

  2. Si \(h \in \mathfrak m^N\), alors \(f + h, g_1, \ldots, g_{d - 1}\) est un système de paramètres et on a \(\text{longueur}_R R/(f, g_1, \ldots, g_{d-1}) = \text{longueur}_R R/(f + h, g_1, \ldots, g_{d-1})\).

Démonstration

D’après le Lemme 0BWU, il existe \(g_1, \ldots, g_{d - 1} \in \mathfrak m\) tels que \(f, g_1, \ldots, g_{d - 1}\) soit un système de paramètres de \(R\). Alors \(\mathfrak m = \sqrt{(f, g_1, \ldots, g_{d - 1})}\). Il existe donc \(n\) tel que \(\mathfrak m^n \subset (f, g)\), voir Algèbre, Lemme 00IM. Nous affirmons que \(N = n + 1\) convient. En effet, soit \(h \in \mathfrak m^N\). Par le choix de \(N\), on peut écrire \(h = af + \sum b_ig_i\) avec \(a, b_i \in \mathfrak m\). Ainsi \[\begin{align*} (f + h, g_1, \ldots, g_{d - 1}) & = (f + af + \sum b_ig_i, g_1, \ldots, g_{d - 1}) \\ & = ((1 + a)f, g_1, \ldots, g_{d - 1}) \\ & = (f, g_1, \ldots, g_{d - 1}) \end{align*}\] car \(1 + a\) est inversible dans \(R\). Cela démontre l’égalité des longueurs et le fait que \(f + h, g_1, \ldots, g_{d - 1}\) est un système de paramètres.

Proposition

Soit \(R\) un domaine intègre local normal noethérien caténaire. Soit \(J \subset R\) un idéal radical. Alors il existe un élément non nul \(f \in J\) tel que \(R/fR\) soit réduit.

Démonstration

La démonstration est la même que celle du Lemme 0AXH, en utilisant le Lemme 0BWX à la place du Lemme 0BWT et le Lemme 0BWY à la place du Lemme 0BWV. On peut utiliser le Lemme 0BWX puisque \(R\) est un domaine intègre caténaire, de sorte que tout idéal premier de hauteur un de \(R\) est de dimension \(d - 1\), et que le spectre de \(R/(f + h)\) est donc équidimensionnel. Pour la commodité du lecteur, nous donnons les détails.

Soit \(f \in J\) un élément non nul. Nous allons modifier légèrement \(f\) afin d’obtenir un élément qui engendre un idéal radical. Le localisé \(R_\mathfrak p\) de \(R\) en chaque idéal premier de hauteur un \(\mathfrak p\) est un anneau de valuation discrète, voir Algèbre, Lemme 00PD ou Algèbre, Lemme 031S. Nous notons \(\text{ord}_\mathfrak p(f)\) la valuation correspondante de \(f\) dans \(R_{\mathfrak p}\). Soient \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_s\) les idéaux premiers distincts de hauteur un contenant \(f\). Écrivons \(\text{ord}_{\mathfrak q_j}(f) = m_j \geq 1\) pour tout \(j\). Nous définissons alors \(\text{div}(f) = \sum_{j = 1}^s m_j\mathfrak q_j\) comme une combinaison linéaire formelle d’idéaux premiers de hauteur un à coefficients entiers. L’anneau \(R/fR\) est réduit si et seulement si \(m_j = 1\) pour \(j = 1, \ldots, s\). En effet, si \(m_j\) vaut \(1\), alors \((R/fR)\mathfrak q_j\) est réduit et \(R/fR \subset \prod (R/fR)_{\mathfrak q_j}\) puisque \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_j\) sont les idéaux premiers associés de \(R/fR\), voir les lemmes d’Algèbre 0311 et 031T.

Choisissons et fixons \(g_2, \ldots, g_{d - 1}\) et \(N\) comme dans le Lemme 0BWY. Pour \(y \in R\) non nul, notons \(t(y)\) le nombre d’idéaux premiers minimaux au-dessus de \(y\). Comme \(R\) est un domaine intègre normal, ces idéaux premiers sont de hauteur un et correspondent \(1\)-à-\(1\) aux idéaux premiers minimaux de \(R/yR\) (Algèbre, Lemmes 00KV et 031T). Par exemple, \(t(f) = s\) est le nombre d’idéaux premiers \(\mathfrak q_j\) apparaissant dans \(\text{div}(f)\). Soit \(h \in \mathfrak m^N\). Puisque \(R\) est caténaire, pour tout idéal premier de hauteur un \(\mathfrak p\) de \(R\), on a \(\dim(R/\mathfrak p) = d\). Par conséquent, d’après le Lemme 0BWX, on a \[\begin{align*} t(f + h) & \leq \text{longueur}_{R/(f + h)}(R/(f + h, g_1, \ldots, g_{d - 1})) \\ & = \text{longueur}_R(R/(f + h, g_1, \ldots, g_{d - 1})) \\ & = \text{longueur}_R(R/(f, g_1, \ldots, g_{d - 1})) \end{align*}\] voir Algèbre, Lemme 00IX pour la première égalité. On voit donc que \(t(f + h)\) est borné indépendamment de \(h \in \mathfrak m^N\).

Grâce à la bornitude démontrée ci-dessus, on peut choisir \(h \in \mathfrak m^N \cap J\) tel que \(t(f + h)\) soit maximal parmi de tels \(h\). Posons \(f' = f + h\). Étant donné \(h' \in \mathfrak m^N \cap J\), on voit que le nombre \(t(f' + h') \leq t(f + h)\). Ainsi, après avoir remplacé \(f\) par \(f'\), on peut supposer que pour tout \(h \in \mathfrak m^N \cap J\), on a \(t(f + h) \leq s\).

Supposons ensuite que nous puissions trouver un élément \(h \in \mathfrak m^N \cap J\) tel que, pour tout \(j\), on ait \(\text{ord}_{\mathfrak q_j}(h) \geq 1\) et \(\text{ord}_{\mathfrak q_j}(h) = 1 \Leftrightarrow m_j > 1\). Alors \(\text{ord}_{\mathfrak q_j}(f + h) = 1\) pour tout \(j\), d’après les propriétés élémentaires des valuations. Ainsi \[\text{div}(f + h) = \sum\nolimits_{j = 1}^s \mathfrak q_j + \sum\nolimits_{k = 1}^v e_k \mathfrak r_k\] pour certains idéaux premiers de hauteur un distincts deux à deux \(\mathfrak r_1, \ldots, \mathfrak r_v\) et \(e_k \geq 1\). Cependant, comme \(s = t(f) \geq t(f + h)\), on voit que \(v = 0\) et nous avons trouvé l’élément voulu.

Choisissons maintenant \(h\) satisfaisant les critères ci-dessus. Par évitement des idéaux premiers (Algèbre, Lemme 00DS), pour tout \(1 \leq j \leq s\), on peut trouver un élément \(a_j \in \mathfrak q_j \cap J\) tel que \(a_j \not \in \mathfrak q_{j'}\) pour \(j' \not = j\). Ensuite, on peut choisir \(b_j \in J \cap \mathfrak q_1 \cap \ldots \cap q_s\) tel que \(b_j \not \in \mathfrak q_j^{(2)}\). Ici, \(\mathfrak q_j^{(2)} = \{x \in R \mid \text{ord}_{\mathfrak q_j}(x) \geq 2\}\) est la deuxième puissance symbolique de \(\mathfrak q_j\). L’évitement des idéaux premiers s’applique car l’idéal \(J' = J \cap \mathfrak q_1 \cap \ldots \cap q_s\) est radical, donc \(R/J'\) est réduit, donc \((R/J')_{\mathfrak q_j}\) est réduit, donc \(J'\) contient un élément \(x\) tel que \(\text{ord}_{\mathfrak q_j}(x) = 1\), donc \(J' \not \subset \mathfrak q_j^{(2)}\). Alors l’élément \[c = \sum\nolimits_{j = 1, \ldots, s} b_j \times \prod\nolimits_{j' \not = j} a_{j'}\] est un élément de \(J\) tel que \(\text{ord}_{\mathfrak q_j}(c) = 1\) pour tout \(j = 1, \ldots, s\), d’après les propriétés élémentaires des valuations. Enfin, posons \[h = c \times \prod\nolimits_{m_j = 1} a_j \times y\] où \(y \in \mathfrak m^N\) est un élément qui n’appartient à \(\mathfrak q_j\) pour tout \(j\).

Objets inversibles dans la catégorie dérivée

Nous caractérisons les objets inversibles dans la catégorie dérivée d’un anneau.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. La catégorie dérivée \(D(R)\) de \(R\) est une catégorie monoïdale symétrique dont le produit tensoriel est donné par le produit tensoriel dérivé et dont les contraintes d’associativité et de commutativité sont celles de la section 0FNG.

Démonstration

Omis. Indications : la contrainte d’associativité est l’isomorphisme du lemme 0BYJ et la contrainte de commutativité est l’isomorphisme du lemme 0BYI. Cela étant dit, la commutativité des divers diagrammes résulte du résultat correspondant pour la catégorie des complexes de \(R\)-modules ; voir la section 0GWN.

Ainsi, nous savons ce que signifie, pour un objet de \(D(R)\), posséder un dual (à gauche) ou être inversible. Avant de déterminer ce que cela implique, nous avons besoin d’un lemme simple.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(F^\bullet\) un complexe borné supérieurement de \(R\)-modules libres. Étant donnés des couples \((n_i, f_i)\), \(i = 1, \ldots, N\) avec \(n_i \in \mathbf{Z}\) et \(f_i \in F^{n_i}\), il existe un sous-complexe \(G^\bullet \subset F^\bullet\) contenant tous les \(f_i\), qui est borné et constitué de \(R\)-modules libres de type fini.

Démonstration

Par récurrence descendante sur \(a = \min(n_i; i = 1, \ldots, N)\). Si \(F^n = 0\) pour \(n \geq a\), le résultat est vrai en prenant pour \(G^\bullet\) le complexe nul. En général, après renumérotation, nous pouvons supposer qu’il existe \(1 \leq r \leq N\) tel que \(n_1 = \ldots = n_r = a\) et \(n_i > a\) pour \(i > r\). Choisissons une base \(b_j, j \in J\) de \(F^a\). Nous pouvons choisir une partie finie \(J' \subset J\) telle que \(f_i \in \bigoplus_{j \in J'} Rb_j\) pour \(i = 1, \ldots, r\). Choisissons une base \(c_k, k \in K\) de \(F^{a + 1}\). Nous pouvons choisir une partie finie \(K' \subset K\) telle que \(\text{d}_F^a(b_j) \in \bigoplus_{k \in K'} Rc_k\) pour \(j \in J'\). Nous pouvons alors appliquer l’hypothèse de récurrence pour trouver un sous-complexe \(H^\bullet \subset F^\bullet\) contenant \(c_k \in F^{a + 1}\) pour \(k \in K'\) et \(f_i \in F^{n_i}\) pour \(i > r\). Prenons \(G^\bullet\) égal à \(H^\bullet\) aux degrés \(> a\) et à \(\bigoplus_{j \in J'} Rb_j\) au degré \(a\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un objet de \(D(R)\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M\) possède un dual à gauche dans \(D(R)\) au sens de Catégories, définition 0FFP,

  2. \(M\) est un objet parfait de \(D(R)\).

De plus, dans ce cas, le dual à gauche de \(M\) est l’objet \(M^\vee\) du lemme 07VI.

Démonstration

Si \(M\) est parfait, nous pouvons représenter \(M\) par un complexe borné \(M^\bullet\) de \(R\)-modules projectifs de type fini. Dans ce cas, \(M^\bullet\) possède un dual à gauche dans la catégorie des complexes d’après le lemme 0FNK, qui est a fortiori un dual à gauche dans \(D(R)\).

Supposons (1). Soient \(N\), \(\eta : R \to M \otimes_R^\mathbf{L} N\) et \(\epsilon : M \otimes_R^\mathbf{L} N \to R\) les données d’un dual à gauche au sens de Catégories, définition 0FFP. Choisissons un complexe \(M^\bullet\) représentant \(M\). Choisissons un complexe K-plat \(N^\bullet\) à termes plats représentant \(N\) ; voir le lemme 06Y4. Alors \(\eta\) est représenté par un morphisme de complexes \[\eta : R \longrightarrow \text{Tot}(M^\bullet \otimes_R N^\bullet)\] Nous pouvons écrire l’image de \(1\) comme une somme finie \[\eta(1) = \sum\nolimits_n \sum\nolimits_i m_{n, i} \otimes n_{-n, i}\] avec \(m_{n, i} \in M^n\) et \(n_{-n, i} \in N^{-n}\). Soit \(K^\bullet \subset M^\bullet\) le sous-complexe engendré par tous les éléments \(m_{n, i}\) et \(\text{d}(m_{n, i})\). Par notre choix de \(N^\bullet\), nous avons \(\text{Tot}(K^\bullet \otimes_R N^\bullet) \subset \text{Tot}(M^\bullet \otimes_R N^\bullet)\) et \(\eta(1)\) appartient au sous-complexe par le choix ci-dessus. Notons \(K\) l’objet de \(D(R)\) représenté par \(K^\bullet\). Nous voyons alors que \(\eta\) se factorise par un morphisme \(\tilde \eta : R \longrightarrow K \otimes_R^\mathbf{L} N\). Puisque \((1 \otimes \epsilon) \circ (\eta \otimes 1) = \text{id}_M\) nous en concluons que l’identité de \(M\) se factorise par \(K\) dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ M \ar[rr]_-{\eta \otimes 1} \ar[rrd]_{\tilde \eta \otimes 1} & & M \otimes_R^\mathbf{L} N \otimes_R^\mathbf{L} M \ar[r]_-{1 \otimes \epsilon} & M \\ & & K \otimes_R^\mathbf{L} N \otimes_R^\mathbf{L} M \ar[u] \ar[r]^-{1 \otimes \epsilon} & K \ar[u] }\] Puisque \(K\) est borné supérieurement, il s’ensuit que \(M \in D^-(R)\). Nous pouvons donc représenter \(M\) par un complexe borné supérieurement \(M^\bullet\) de \(R\)-modules libres ; voir par exemple Catégories dérivées, lemme 05T7. Écrivons \(\eta(1) = \sum\nolimits_n \sum\nolimits_i m_{n, i} \otimes n_{-n, i}\) comme précédemment. D’après le lemme 0FNR, nous pouvons trouver un sous-complexe \(K^\bullet \subset M^\bullet\) contenant tous les éléments \(m_{n, i}\), qui est borné et constitué de \(R\)-modules libres de type fini. Comme ci-dessus, nous voyons que l’identité de \(M\) se factorise par \(K\). Puisque \(K\) est parfait, nous en concluons que \(M\) est également parfait ; voir le lemme 066S.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un objet de \(D(R)\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M\) est inversible dans \(D(R)\) ; voir Catégories, définition 0FFN, et

  2. pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\) tel que \(M_f \cong R_f[-n]\) pour un certain \(n \in \mathbf{Z}\).

De plus, dans ce cas,

  1. \(M\) est un objet parfait de \(D(R)\),

  2. \(M = \bigoplus H^n(M)[-n]\) dans \(D(R)\),

  3. chaque \(H^n(M)\) est un \(R\)-module projectif de type fini,

  4. nous pouvons écrire \(R = \prod_{a \leq n \leq b} R_n\) de sorte que \(H^n(M)\) corresponde à un \(R_n\)-module inversible.

Démonstration

Supposons (2). Considérons l’objet \(R\Hom_R(M, R)\) et le morphisme de composition \[R\Hom(M, R) \otimes_R^\mathbf{L} M \to R\] Une vérification locale montre qu’il s’agit d’un isomorphisme ; nous omettons les détails. Comme \(D(R)\) est monoïdale symétrique, nous voyons que \(M\) est inversible.

Supposons (1). Observons qu’un objet inversible d’une catégorie monoïdale possède un dual à gauche, à savoir son inverse. Ainsi, \(M\) est parfait d’après le lemme 0FNS. Considérons un idéal premier \(\mathfrak p \subset R\) de corps résiduel \(\kappa\). Nous voyons alors que \(M \otimes_R^\mathbf{L} \kappa\) est un objet inversible de \(D(\kappa)\). Cela implique manifestement que \(\dim H^i(M \otimes_R^\mathbf{L} \kappa)\) est non nulle pour un unique \(i\), et égale à \(1\) dans ce cas. D’après le lemme 0BCD, nous obtenons (2).

Dans la preuve ci-dessus, nous avons vu que (a) est vérifiée. Soit \(U_n \subset \Spec(R)\) la réunion des ouverts de la forme \(D(f)\) tels que \(M_f \cong R_f[-n]\). Manifestement, \(U_n \cap U_{n'} = \emptyset\) si \(n \not = n'\). Si \(M\) a une amplitude de Tor contenue dans \([a, b]\), alors \(U_n = \emptyset\) si \(n \not \in [a, b]\). Nous obtenons donc une décomposition en produit \(R = \prod_{a \leq n \leq b} R_n\) comme en (d), telle que \(U_n\) corresponde à \(\Spec(R_n)\) ; voir Algèbre, lemme 00EM. Puisque \(D(R) = \prod_{a \leq n \leq b} D(R_n)\), et de même pour la catégorie des modules, les assertions (b), (c) et (d) en résultent immédiatement.

Extraction d’un facteur direct libre

Les arguments de cette section sont dus à Serre ; voir [Serre-projective].

Situation

Ici, \(R\) est un anneau et \(M\) est un \(R\)-module de présentation finie. Notons \(\Omega \subset \Spec(R)\) l’ensemble des points fermés muni de la topologie induite. Pour \(x \in \Omega\), notons \(M(x) = M/xM\) la fibre de \(M\) en \(x\). C’est un espace vectoriel de dimension finie sur le corps résiduel \(\kappa(x)\) en \(x\). Étant donné \(s \in M\), nous notons \(s(x)\) l’image de \(s\) dans \(M(x)\).

Lemme

Dans la situation 0GV8, soit \(x \in \Omega\). Il existe une suite exacte courte canonique \[0 \to B(x) \to M(x) \to V(x) \to 0\] d’espaces vectoriels sur \(\kappa(x)\) qui possède la propriété suivante : pour \(s_1, \ldots, s_r \in M\), les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. il existe \(f \in R\), \(f \not \in x\) tel que le morphisme \(s_1, \ldots, s_r : R^{\oplus r} \to M\) devienne l’inclusion d’un facteur direct après inversion de \(f\), et

  2. les éléments \(s_1(x), \ldots, s_r(x)\) s’envoient sur des éléments linéairement indépendants de \(V(x)\).

Démonstration

Définissons \(B(x) \subset M(x)\) comme l’orthogonal de l’image du morphisme \[\Hom_R(M, R) \to \Hom_{\kappa(x)}(M(x), \kappa(x))\] et posons \(V(x) = M(x)/B(x)\). Alors toute application \(R\)-linéaire \(\varphi : M \to R\) induit une application \(\overline{\varphi} : V(x) \to \kappa(x)\) et, réciproquement, toute application \(\kappa(x)\)-linéaire \(\lambda : V(x) \to \kappa(x)\) est égale à \(\overline{\varphi}\) pour un certain \(\varphi\). Soient \(s_1, \ldots, s_r \in M\).

Supposons que \(s_1, \ldots, s_r\) s’envoient sur des éléments linéairement indépendants de \(V(x)\). Nous pouvons alors trouver \(\varphi_1, \ldots, \varphi_r \in \Hom_R(M, R)\) tels que \(\varphi_i(s_j)\) s’envoie sur \(\delta_{ij}\)22 dans \(\kappa(x)\). Par conséquent, la matrice de la composée \[R^{\oplus r} \xrightarrow{s_1, \ldots, s_r} M \xrightarrow{\varphi_1, \ldots, \varphi_r} R^{\oplus r}\] a un déterminant \(f \in R\) qui s’envoie sur \(1\) dans \(\kappa(x)\). Manifestement, cela implique que \(s_1, \ldots, s_r : R^{\oplus r} \to M\) est l’inclusion d’un facteur direct après inversion de \(f\).

Réciproquement, supposons qu’il existe \(f \in R\), \(f \not \in x\) tel que \(s_1, \ldots, s_r : R^{\oplus r} \to M\) soit l’inclusion d’un facteur direct après inversion de \(f\). Nous pouvons donc trouver des applications \(R_f\)-linéaires \(\varphi_i : M_f \to R_f\) telles que \(\varphi_i(s_j) = \delta_{ij} \in R_f\). Puisque \(\Hom_R(M, R)_f = \Hom_{R_f}(M_f, R_f)\) d’après Algèbre, lemme 0583, nous en concluons qu’il existe \(n \geq 0\) et \(\varphi'_i \in \Hom_R(M, R)\) tels que \(\varphi'_i(s_j) = f^n\delta_{ij} \in R\). Il s’ensuit que \(s_1, \ldots, s_r\) s’envoient sur des éléments linéairement indépendants de \(V(x)\), puisque \(\overline{\varphi}'_i(s_j) = f^n\delta_{ij}\).

Dans la situation 0GV8, étant donnés \(s_1, \ldots, s_r \in M\), nous notons \(Z(s_1, \ldots, s_r) \subset \Omega\) l’ensemble des \(x \in \Omega\) tels que \(s_1(x), \ldots, s_r(x)\) s’envoient sur des éléments linéairement dépendants de \(V(x)\). D’après le lemme, c’est un sous-ensemble fermé de \(\Omega\).

Lemme

Dans la situation 0GV8, soient \(x_1, \ldots, x_n \in \Omega\) deux à deux distincts. Soient \(v_i \in V(x_i)\). Il existe alors \(s \in M\) tel que \(s(x_i)\) s’envoie sur \(v_i\) pour \(i = 1, \ldots, n\).

Démonstration

Puisque \(x_i\) est un idéal maximal de \(R\), nous pouvons utiliser Algèbre, lemme 00DT, pour voir que \(M(x_1) \oplus \ldots \oplus M(x_n)\) est un quotient de \(M\).

Proposition

Dans la situation 0GV8, supposons que \(\Omega\) soit un espace topologique noethérien. Soient \(s_1, \ldots, s_h \in M\). Soient \(Z(s_1, \ldots, s_h) \subset F \subset \Omega\) des fermés. Soient \(x_1, \ldots, x_n \in F\) deux à deux distincts. Soit \(v_i \in V(x_i)\). Soit \(k \geq 0\) un entier tel que \[(*)\quad h + k \leq \dim_{\kappa(x)} V(x)\text{ pour tout }x \in \Omega\] Alors il existe \(s \in M\) et un fermé \(F' \subset \Omega\) tels que

  1. \(s(x_i)\) s’envoie sur \(v_i\),

  2. \(Z(s_1, \ldots, s_h, s) \subset F \cup F'\), et

  3. toute composante irréductible de \(F'\) est de codimension \(\geq k\) dans \(\Omega\).

Démonstration

Rappelons que la codimension a été définie dans Topologie, section 02I0, et que nous utiliserons certains résultats sur les espaces topologiques noethériens contenus dans Topologie, section 0050.

La preuve procède par récurrence sur \(k\). Si \(k = 0\), nous choisissons \(s \in M\) comme dans le lemme 0GVA et nous choisissons \(F' = \Omega\).

Supposons \(k > 0\). Par l’hypothèse de récurrence, nous pouvons choisir \(u \in M\) et un fermé \(G \subset \Omega\) satisfaisant (a), (b), (c) pour \(s_1, \ldots, s_h\), \(F\), \(x_1, \ldots, x_n\), \(v_1, \ldots, v_n\) et \(k - 1\).

Soit \(G = G_1 \cup \ldots \cup G_m\) la décomposition de \(G\) en ses composantes irréductibles. Si \(G_j \subset F\), nous pouvons la retirer de la liste. Nous pouvons donc supposer que \(G_j\) n’est pas contenu dans \(F\) pour \(j = 1, \ldots, m\). Pour \(j = 1, \ldots, m\), choisissons \(y_j \in G_j\) avec \(y_j \not \in F\) et \(y_j \not \in G_{j'}\) pour \(j' \not = j\). Cela est possible puisqu’il n’existe aucune inclusion entre les composantes irréductibles de \(G\). Choisissons \(w_j \in V(y_j)\) n’appartenant pas au sous-espace engendré par les images de \(s_1(y_j), \ldots, s_h(y_j)\) ; cela est possible parce que \(h + k \leq \dim V(y_j)\) et \(k > 0\).

Appliquons l’hypothèse de récurrence aux \(h + 1\) sections \(s_1, \ldots, s_h, u\), au fermé \(F \cup G\), aux points \(x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m \in F \cup G\), aux éléments \(0 \in V(x_i)\) et \(w_j \in V(y_j)\), et à l’entier \(k - 1\). Remarquons que nous avons augmenté \(h\) de \(1\) et diminué \(k\) de \(1\) ; l’hypothèse \((*)\) de la proposition reste donc vérifiée. Nous obtenons ainsi \(t \in M\) et un fermé \(H \subset \Omega\) satisfaisant (a), (b), (c) pour \(s_1, \ldots, s_h, u\), \(F \cup G\), \(x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m\), \(0, \ldots, 0, w_1, \ldots, w_m\) et \(k - 1\).

Soient \(H_1, \ldots, H_p \subset H\) les composantes irréductibles de \(H\) qui ne sont pas contenues dans \(F \cup G\). Comme précédemment, choisissons \(z_l \in H_l\), \(z_l \not \in F \cup G\) et \(z_l \not \in H_{l'}\) pour \(l' \not = l\). En utilisant Algèbre, lemme 00DT, nous pouvons choisir \(f \in R\) tel que \(f(y_j) = 1\), \(j = 1, \ldots, m\) et \(f(z_l) = 0\), \(l = 1, \ldots, p\). Affirmation : l’élément \(s = u + f t\) convient.

Tout d’abord, la valeur \(s(x_i)\) coïncide avec \(u(x_i)\) parce que \(t(x_i) = 0\) ; nous voyons donc que \(s(x_i)\) s’envoie sur \(v_i\). Cela prouve (a). Pour achever la preuve, il suffit de montrer que toute composante irréductible \(Z\) de \(Z(s_1, \ldots, s_h, s)\) non contenue dans \(F\) est de codimension \(\geq k\) dans \(\Omega\). En effet, nous pouvons alors prendre \(F'\) égal à leur réunion et nous obtenons (b) et (c). Nous pouvons voir qu’il n’existe aucune composante irréductible \(Z\) de \(Z(s_1, \ldots, s_h, s)\) de codimension \(\leq k - 1\) comme suit :

  1. Observons que \(Z(s_1, \ldots, s_h, s) \subset Z(s_1, \ldots, s_h, u, t) = F \cup H\) puisque \(s = u + ft\). Ainsi, \(Z \subset H\).

  2. Les composantes irréductibles de \(H\) sont de codimension \(\geq k - 1\). Par conséquent, \(Z\) est égale à une composante irréductible de \(H\) puisque \(Z\) est de codimension \(\leq k - 1\). Ainsi, \(Z = H_l\) pour un certain \(l \in \{1, \ldots, p\}\) ou \(Z = G_j\) pour un certain \(j \in \{1, \ldots m\}\).

  3. Mais \(Z = G_j\) est impossible, car \(s_1(y_j), \ldots, s_h(y_j)\) s’envoient sur des éléments linéairement indépendants de \(V(y_j)\) et \(s(y_j) = u(y_j) + f(y_j) t(y_j) = u(y_j) + t(y_j)\) s’envoie sur un élément de la forme \[\text{combinaison linéaire des images des }s_i(y_j) + w_j\] qui est linéairement indépendant des images de \(s_1(y_j), \ldots, s_h(y_j)\) dans \(V(y_j)\) par notre choix de \(w_j\).

  4. De même, \(Z = H_l\) est impossible. En effet, à nouveau, \(s_1(z_l), \ldots, s_h(z_l)\) s’envoient sur des éléments linéairement indépendants de \(V(z_l)\) et \(s(z_l) = u(z_l) + f(z_l) t(z_l) = u(z_l)\) s’envoie sur un élément de \(V(z_l)\) linéairement indépendant de celles-ci, puisque \(z_l \not \in F \cup G\).

Ceci achève la preuve.

Théorème

Soit \(R\) un anneau dont le spectre maximal \(\Omega \subset \Spec(R)\) est un espace topologique noethérien de dimension \(d < \infty\). Soit \(M\) un \(R\)-module de présentation finie tel que, pour tout \(\mathfrak m \in \Omega\), le \(R_\mathfrak m\)-module \(M_\mathfrak m\) possède un facteur direct libre de rang \(> d\). Alors \(M \cong R \oplus M'\).

Démonstration

Pour \(\mathfrak m \in \Omega\), supposons que \(R_\mathfrak m^{\oplus r}\) soit un facteur direct de \(M_\mathfrak m\). Alors, d’après les lemmes d’Algèbre 00CR et 05N7, nous voyons que \(R_f^{\oplus r}\) est un facteur direct de \(M_f\) pour un certain \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak m\). Par conséquent, l’hypothèse signifie que \(\dim V(x) > d\) pour tout \(x \in \Omega\), où \(V(x)\) est défini comme dans le lemme 0GV9. En appliquant la proposition 0GVB avec \(F = \emptyset\), \(h = 0\) et aucun \(s_i\), \(n = 0\) et aucun \(x_i, v_i\), et \(k = d + 1\), nous trouvons \(s \in M\) et \(F' \subset \Omega\) tels que toute composante irréductible de \(F'\) soit de codimension \(\geq d + 1\) et que \(Z(s) \subset F'\). Puisque \(d = \dim(\Omega)\), cela impose \(F' = \emptyset\). Ainsi, \(s : R \to M\) est l’inclusion d’un facteur direct en tout idéal maximal. Il s’ensuit que \(s\) est universellement injectif ; voir Algèbre, lemme 05CL. Alors \(s\) est un monomorphisme scindé d’après Algèbre, lemme 058L.

Les grands modules projectifs sont libres

Dans cette section, nous examinons l’un des résultats de [Bass] ; nous suggérons au lecteur de consulter l’article original. Notre argument utilisera la preuve légèrement simplifiée donnée dans les articles [Akasaki] et [Hinohara].

Lemme

Si \(P \oplus Q \cong F\), où \(F\) est un module libre qui n’est pas de type fini, alors \(P \oplus F \cong F\).

Démonstration

\[F \cong F \oplus F \oplus \ldots \cong P \oplus Q \oplus P \oplus Q \oplus \ldots \cong P \oplus F \oplus F \oplus \ldots \cong P \oplus F\]

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(P\) un module projectif. Il existe un module libre \(F\) tel que \(P \oplus F\) soit libre.

Démonstration

Puisque \(P\) est projectif, nous voyons que \(F_0 = P \oplus Q\) est un module libre pour un certain module \(Q\). Posons \(F = \bigoplus_{n \geq 1} F_0\). Alors \(P \oplus F \cong F\) d’après le lemme 0GVF.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(P\) un module projectif. Soit \(s \in P\). Il existe un module libre de type fini \(F\) et un facteur direct libre de type fini \(K \subset F \oplus P\) tel que \((0, s) \in K\).

Démonstration

D’après le lemme 0GVG, nous pouvons trouver un module libre \(F\) (éventuellement de rang infini) tel que \(F \oplus P\) soit libre. Alors, bien sûr, \((0, s)\) est contenu dans un facteur direct libre de type fini \(K \subset F \oplus P\). À son tour, \(K\) est contenu dans \(F' \oplus P\), où \(F' \subset F\) est un facteur direct libre de type fini.

Lemme

Soit \(R\) un anneau de radical de Jacobson \(J\) tel que \(R/J\) soit noethérien. Soit \(P\) un \(R\)-module projectif tel que \(P_\mathfrak m\) soit de rang infini pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\). Soient \(s \in P\) et \(M \subset P\) tels que \(Rs + M = P\). Alors nous pouvons trouver \(m \in M\) tel que \(R(s + m)\) soit un facteur direct libre de \(P\).

Démonstration

L’énoncé a un sens, car \(P_\mathfrak m\) est libre d’après Algèbre, théorème 0593.

Notons \(M' \subset P/JP\) l’image de \(M\) et \(s' \in P/JP\) l’image de \(s\). Observons que \(R/J s' + M' = P/JP\). Supposons que nous puissions trouver \(m' \in M'\) tel que \(R/J(s' + m')\) soit un facteur direct libre de \(M'\). Choisissons \(\varphi' : P/JP \to R/J\) donnant une scission, c’est-à-dire que nous avons \(\varphi'(s' + m') = 1\) dans \(R/J\). Alors, puisque \(P\) est un \(R\)-module projectif, nous pouvons trouver un relèvement \(\varphi : P \to R\) de \(\varphi'\). Choisissons \(m \in M\) s’envoyant sur \(m'\). Alors \(\varphi(s + m) \in R\) est congru à \(1\) modulo \(J\) et est donc une unité de \(R\) (Algèbre, lemme 0AME). Par conséquent, \(R(s + m)\) est un facteur direct libre de \(P\). Cela nous ramène au cas examiné dans le paragraphe suivant.

Supposons \(R\) noethérien. Soit \(m \in M\) un élément et soient \(\varphi_1, \ldots, \varphi_n : P \to R\) des applications \(R\)-linéaires. Notons \[Z(s + m, \varphi_1, \ldots, \varphi_n) \subset \Spec(R)\] le lieu d’annulation de \(\varphi_1(s + m), \ldots, \varphi_n(s + m) \in R\).

Supposons que \(\mathfrak m\) soit un idéal maximal de \(R\) et que \(\mathfrak m \in Z(s + m, \varphi_1, \ldots, \varphi_n)\). Posons \(K = M \cap \bigcap \Ker(\varphi_i)\). Nous affirmons que l’image de \[K/\mathfrak mK \to P/\mathfrak m P\] est de dimension infinie. En effet, le quotient \(P/K\) est un \(R\)-module de type fini, car il est isomorphe à un sous-module de \(P/M \oplus R^{\oplus n}\). Nous voyons ainsi que le noyau de la flèche affichée est un quotient de \(\text{Tor}_1^R(P/K, \kappa(\mathfrak m))\), qui est de type fini d’après Algèbre, lemme 0AZ4. En combinant ceci avec le fait que \(P/\mathfrak mP\) est de dimension infinie, nous obtenons notre affirmation. Nous pouvons donc trouver \(t \in K\) qui s’envoie sur un élément \(\overline{t}\) de l’espace vectoriel \(P/\mathfrak mP\) linéairement indépendant de l’image \(\overline{s + m}\) de \(s + m\). Par algèbre linéaire, nous trouvons une application \(R\)-linéaire \(\overline{\varphi} : P \to \kappa(\mathfrak m)\) telle que \(\overline{\varphi}(\overline{t}) = 1\) et \(\overline{\varphi}(\overline{s + m}) = 0\). Puisque \(P\) est projectif, nous pouvons trouver une application \(R\)-linéaire \(\varphi : P \to R\) relevant \(\overline{\varphi}\). Nous voyons alors que le lieu d’annulation \(Z(s + m + t, \varphi_1, \ldots, \varphi_n, \varphi)\) est contenu dans \(Z(s + m, \varphi_1, \ldots, \varphi_n)\) mais ne contient pas \(\mathfrak m\), c’est-à-dire qu’il est strictement plus petit que \(Z(s + m, \varphi_1, \ldots, \varphi_n)\).

Puisque \(\Spec(R)\) est un espace topologique noethérien, les arguments ci-dessus montrent que nous pouvons trouver \(m \in M\) et \(\varphi_1, \ldots, \varphi_n : P \to R\) tels que le fermé \(Z(s + m, \varphi_1, \ldots, \varphi_n)\) ne contienne aucun point fermé de \(\Spec(R)\). Ainsi, \(Z(s + m, \varphi_1, \ldots, \varphi_n) = \emptyset\). Nous pouvons donc trouver \(r_1, \ldots, r_n \in R\) tels que \(\sum r_i\varphi_i(s + m) = 1\). Par conséquent, \[R \xrightarrow{s + m} P \xrightarrow{\sum r_i \varphi_i} R\] est la scission recherchée.

Lemme

Soit \(R\) un anneau de radical de Jacobson \(J\) tel que \(R/J\) soit noethérien. Soit \(P\) un \(R\)-module projectif tel que \(P_\mathfrak m\) soit de rang infini pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\). Soit \(s \in P\). Nous pouvons alors trouver un facteur direct stablement libre de type fini \(M \subset P\) tel que \(s \in M\).

Démonstration

D’après le lemme 0GVH, nous pouvons trouver un module libre de type fini \(F\) et un facteur direct libre de type fini \(K \subset F \oplus P\) tels que \((0, s) \in K\). Par récurrence sur le rang de \(F\), nous nous ramenons au cas examiné dans le paragraphe suivant.

Supposons qu’il existe un facteur direct stablement libre de type fini \(K \subset R \oplus P\) tel que \((0, s) \in K\). Choisissons un complémentaire \(K'\) de \(K\), c’est-à-dire tel que \(R \oplus P = K \oplus K'\). La projection \(\pi : R \oplus P \to K'\) est surjective ; ainsi, d’après le lemme 0GVI, nous trouvons \(p \in P\) tel que \(\pi(1, p) \in K'\) engendre un facteur direct libre. En conséquence, écrivons \(K' = R\pi(1, p) \oplus K''\). Nous voyons que \[R \oplus P = K \oplus K' = K \oplus R\pi(1, p) \oplus K''\] La projection \(\pi' : P \to K''\) est surjective23 et est donc scindée (car \(K''\) est projectif). Ainsi, \(\Ker(\pi') \subset P\) est un facteur direct contenant \(s\). Enfin, par construction, nous avons un isomorphisme \[R \oplus \Ker(\pi') \cong K \oplus R\pi(1, p)\] et donc, puisque \(K\) est de type fini et stablement libre, \(\Ker(\pi')\) l’est aussi.

Théorème

Soit \(R\) un anneau de radical de Jacobson \(J\) tel que \(R/J\) soit noethérien. Soit \(P\) un \(R\)-module projectif dénombrablement engendré tel que \(P_\mathfrak m\) soit de rang infini pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\). Alors \(P\) est libre.

Démonstration

Nous montrons d’abord que \(P\) est une somme directe dénombrable de modules stablement libres de type fini. Soit \(x_1, x_2, \ldots\) un ensemble dénombrable de générateurs de \(P\). Nous construisons par récurrence des facteurs directs stablement libres de type fini \(F_1, F_2, \ldots\) de \(P\) tels que, pour tout \(n\), \(F_1 \oplus \ldots \oplus F_n\) soit un facteur direct de \(P\) contenant \(x_1, \ldots, x_n\). En effet, étant donnés \(F_1, \ldots, F_n\) ayant les propriétés voulues, écrivons \[P = F_1 \oplus \ldots \oplus F_n \oplus P'\] et soit \(s \in P'\) l’image de \(x_{n + 1}\). D’après le lemme 0GVJ, nous pouvons trouver un facteur direct stablement libre de type fini \(F_{n + 1} \subset P'\) contenant \(s\). Alors \(P = \bigoplus_{i = 1}^{\infty} F_i\).

Supposons que \(P\) soit une somme directe infinie \(P = \bigoplus_{i = 1}^{\infty} F_i\) de modules non nuls stablement libres de type fini. La liberté stable des modules \(F_i\) sera utilisée de la manière suivante : le rang de chaque \(F_i\) est constant (et positif). Nous voyons donc que \(P_\mathfrak m\) est libre de rang infini dénombrable pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\). En appliquant le lemme 0GVI avec \(s = 0\) et \(M = P\), nous pouvons trouver \(t_1 \in P\) tel que \(Rt_1\) soit un facteur direct libre de \(P\). Alors \(t_1\) est contenu dans \(F_1 \oplus \ldots \oplus F_{n_1}\) pour un certain \(n_1 > n_0 = 0\). Le même raisonnement appliqué à \(\bigoplus_{n > n_1} F_n\) fournit \(n_1 < n_2\) et \(t_2 \in F_{n_1 + 1} \oplus \ldots \oplus F_{n_2}\) qui engendre un facteur direct libre. En poursuivant de cette manière, nous obtenons un facteur direct libre \[\bigoplus\nolimits_{i \geq 1} t_i : \bigoplus\nolimits_{i \geq 1} R \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i \geq 1} \bigoplus\nolimits_{n_i \geq n > n_{i - 1}} F_n = P\] de rang infini. Nous voyons donc que \(P \cong Q \oplus F\) pour un certain \(R\)-module libre \(F\) de rang dénombrable. Puisque \(Q\) est dénombrablement engendré, il s’ensuit que \(Q \oplus Q' \cong F\) pour un certain module \(Q'\). Alors l’astuce d’Eilenberg (lemme 0GVF) implique que \(Q \oplus F \cong F\) et que \(P\) est libre.


  1. Mais \(D' \to D \times_C C'\) est surjectif d’après le lemme 08IG.↩︎

  2. Nous incluons la séparation dans la complétude, car nous voulons disposer de limites uniques dans les groupes complets. Il existe une définition de la complétude pour tout groupe topologique qui coïncide, à la question de séparation près, avec celle-ci dans notre cas particulier.↩︎

  3. Selon nos conventions, cela inclut séparé.↩︎

  4. Ainsi, la topologie \(I\)-adique est parfois appelée topologie \(I\)-pré-adique.↩︎

  5. Il peut arriver que le complété \(I\)-adique \(M^\wedge\) ne soit pas complet pour la topologie \(I\)-adique, bien que \(M^\wedge\) soit toujours complet pour la topologie limite. Si \(I\) est de type fini, la topologie \(I\)-adique et la topologie limite sur \(M^\wedge\) coïncident, voir Algèbre, Lemme 05GG et sa démonstration.↩︎

  6. Par exemple, si \(A\) est un G-anneau ou est (quasi-)excellent; voir les sections 07GG et 07QS.↩︎

  7. Voir aussi Injectifs, Remarque 079Q.↩︎

  8. Cette terminologie diffère de celle de module pseudo-cohérent dans [Bourbaki-CA].↩︎

  9. Cette notation n’est pas standard.↩︎

  10. Catégories dérivées, définition 05RB.↩︎

  11. Pour utiliser ces suites spectrales, il faut montrer que \(\textit{Ab}(\mathbf{N})\) possède assez d’injectifs. Un système projectif \((I_n)\) de groupes abéliens est injectif si et seulement si chaque \(I_n\) est un groupe abélien injectif et si les morphismes de transition sont des surjections scindées. Tout système se plonge dans un tel système. Détails omis.↩︎

  12. Si le pro-isomorphisme \(a\) est donné par des morphismes \(a_n : K_{m_n} \to M_n\), on obtient alors un pro-isomorphisme sur \(\Hom\) à l’aide des morphismes correspondants \(\Hom_\mathcal{D}(L, K_{m_n}) \to \Hom_\mathcal{D}(L, M_n)\). Ainsi, la construction des flèches sur \(\lim\) et \(R^1\lim\) dans la preuve du Lemme 0H9K coïncide avec la construction de \(a'\) et \(a''\) dans Catégories dérivées, Remarque 0H9J.↩︎

  13. Si \(K\) n’est pas borné inférieurement, on ne peut pas utiliser la référence indiquée. Dans ce cas, on choisit un complexe \(K^\bullet\) représentant \(K\) et une résolution libre à deux termes \(0 \to F^{-1} \to F^0 \to A_f \to 0\) (voir ci-dessus). On obtient alors un complexe double de termes \(\Hom_A(F^{-q}, K^p)\) dont la totalisation calcule \(R\Hom(A_f, K)\). La seconde suite spectrale associée à ce complexe double (Homologie, section 012X) donne le résultat voulu. Les détails sont omis.↩︎

  14. En effet, si \(E\) est complet au sens dérivé et si \(a : K \to E\) est un morphisme, le diagramme commutatif \[\xymatrix{ K \ar[r]_a \ar[d] & E \ar[d]^{\cong} \\ K^\wedge \ar[r]^{a^\wedge} & E^\wedge }\] montre que tout morphisme vers \(E\) se factorise par \(K^\wedge\). Choisissons un triangle distingué \(K \to K^\wedge \to C\) et appliquons \({}^\wedge\). On trouve \(C^\wedge = 0\). D’après ce qui précède, cela signifie que \(\Hom(C, E) = 0\) pour tout \(E\) complet au sens dérivé, ce qui démontre \(\Hom(K, E) = \Hom(K^\wedge, E)\), comme voulu.↩︎

  15. Pour la démonstration, il suffit d’établir l’existence d’une suite \(K \xrightarrow{u} L \to M \to 0\) dans laquelle \(K\) et \(L\) sont complets pour la topologie \(I\)-adique comme \(A\)-modules. On peut le faire en choisissant une présentation \(F_1 \to F_0 \to M \to 0\) avec \(F_i\) libre, puis en prenant pour \(K\) et \(L\) les complétions \(f\)-adiques de \(F_1\) et \(F_0\). En effet, puisque \(f\) est un non-diviseur de zéro, ces complétions seront les complétions dérivées et la suite restera exacte.↩︎

  16. En particulier, pour tout \(n\), il existe un \(m \geq n\) tel que \(K_m^\bullet \to K_n^\bullet\) se factorise par le morphisme \(K_m^\bullet \to A/(f_1^m, \ldots, f_r^m)\).↩︎

  17. Attention : ce foncteur n’est pas exact, c’est-à-dire qu’il ne transforme pas les triangles distingués en triangles distingués. Voir l’Exemple 0GSN.↩︎

  18. On peut aussi remarquer que \(\beta\) apparaît comme la différentielle de la suite spectrale du complexe \((M^\bullet)_f\) filtré par les sous-complexes \(f^iM^\bullet\). Un autre argument encore, qui donne un résultat plus fort, consiste à considérer d’abord le cas \(M^\bullet = A\). Les suites exactes courtes \(0 \to f^{i + 1}A/f^{i + 2}A \to f^iA/f^{i + 2}A \to f^iA/f^{i + 1}A \to 0\) définissent alors des morphismes \(\beta^i : f^iA/f^{i + 1}A \to f^{i + 1}A/f^{i + 2}A[1]\) dans \(D(A)\). On calcule ensuite, par un raisonnement analogue à celui du texte, que la composée \(f^iA/f^{i + 1}A \to f^{i + 1}A/f^{i + 2}A[1] \to f^{i + 2}A/f^{i + 3}A[2]\) est nulle dans \(D(A)\). Comme \(M^\bullet \otimes f^iA/f^{i + 1}A = M^\bullet \otimes^\mathbf{L} f^iA/f^{i + 1}A\) puisque les termes de \(M^\bullet\) sont sans \(f\)-torsion, on conclut que la composée \[(M^\bullet \otimes f^iA/f^{i + 1}A) \to (M^\bullet \otimes f^{i + 1}A/f^{i + 2}A)[1] \to (M^\bullet \otimes f^{i + 2}A/f^{i + 3}A)[2]\] est elle aussi nulle dans \(D(A)\).↩︎

  19. Rappelons que nous n’utilisons la notation \(\text{Gal}\) que dans le cas des extensions galoisiennes.↩︎

  20. Si \(B\) est complet, alors nous pouvons choisir \(\sigma\) comme morphisme d’anneaux. Si \(A\) est également complet et \(\sigma\) est un morphisme d’anneaux, alors \(\sigma\) envoie \(\kappa_A\) dans \(A\).↩︎

  21. \(a^{-1}(k^{-1}(u')) = a^{-1}(u') + a^{-1}(\tilde h(d(u'))) = a^{-1}(u') + h(d(u')) = b^{-1}(u') = a^{-1}(u)\)↩︎

  22. Delta de Kronecker.↩︎

  23. En effet, si \(k'' \in K''\), alors \(k''\), considéré comme un élément de \(K'\), peut s’écrire \(k'' = \lambda \pi(1, 0) + \pi(0, q)\) pour certains \(\lambda \in R\) et \(q \in P\). Cela signifie que \(k'' = \lambda \pi(1, p) + \pi(0, q - \lambda p)\). Cela signifie à son tour que \(q - \lambda p\) s’envoie sur \(k''\) par la composée \(P \to R \oplus P \xrightarrow{\pi} K' \to K''\), puisque \(K' \to K''\) annule \(\pi(1, p)\).↩︎