Introduction
Les notions de base d’algèbre commutative seront exposées dans ce document. Une référence est [MatCA].
Conventions
Un anneau est commutatif et possède un élément unité \(1\). L’anneau nul est un anneau. En fait, c’est le seul anneau qui ne possède pas d’idéal premier. Nous utiliserons le symbole de Kronecker \(\delta_{ij}\). Si \(R \to S\) est un morphisme d’anneaux et si \(\mathfrak q\) est un idéal premier de \(S\), nous employons alors la notation “\(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\)” pour désigner l’idéal premier qui est l’image réciproque de \(\mathfrak q\) par \(R \to S\), même si \(R\) n’est pas un sous-anneau de \(S\) et même si \(R \to S\) n’est pas injectif.
Notions de base
Voici une liste de notions de base d’algèbre commutative. Certaines de ces notions sont étudiées plus en détail dans la suite du texte et certaines sont définies dans la liste, mais d’autres sont considérées comme élémentaires et ne seront pas définies. Si la plupart des notions en italique ne vous sont pas familières, nous vous conseillons de consulter un texte d’introduction à l’algèbre avant de poursuivre.
\(R\) est un anneau, [00AS]
\(x\in R\) est nilpotent, [00AT]
\(x\in R\) est un diviseur de zéro, [00AU]
\(x\in R\) est une unité, [00AV]
\(e \in R\) est un idempotent, [00AW]
un idempotent \(e \in R\) est dit trivial si \(e = 1\) ou \(e = 0\), [00AX]
\(\varphi : R_1 \to R_2\) est un homomorphisme d’anneaux, [00AY]
\(\varphi : R_1 \to R_2\) est de présentation finie, ou \(R_2\) est une \(R_1\)-algèbre de présentation finie, voir la Définition 00F3,
\(\varphi : R_1 \to R_2\) est de type fini, ou \(R_2\) est une \(R_1\)-algèbre de type fini, voir la Définition 00F3,
\(\varphi : R_1 \to R_2\) est fini, ou \(R_2\) est une \(R_1\)-algèbre finie,
\(R\) est un anneau intègre, [00B2]
\(R\) est réduit, [00B3]
\(R\) est noethérien, [00B4]
\(R\) est un anneau principal ou un PID, [00B5]
\(R\) est un anneau euclidien, [00B6]
\(R\) est un anneau factoriel ou un UFD, [00B7]
\(R\) est un anneau de valuation discrète ou un dvr, [00B8]
\(K\) est un corps, [00B9]
\(L/K\) est une extension de corps, [00BA]
\(L/K\) est une extension algébrique de corps, [00BB]
\(\{t_i\}_{i\in I}\) est une base de transcendance de \(L\) sur \(K\), [00BC]
le degré de transcendance \(\text{trdeg}(L/K)\) de \(L\) sur \(K\), [00BD]
le corps \(k\) est algébriquement clos, [00BE]
si \(L/K\) est algébrique et si \(\Omega/K\) est une extension avec \(\Omega\) algébriquement clos, alors il existe un morphisme d’anneaux \(L \to \Omega\) qui prolonge le morphisme sur \(K\),
\(I \subset R\) est un idéal, [00BG]
\(I \subset R\) est radical, [00BH]
si \(I\) est un idéal, nous disposons de son radical \(\sqrt{I}\), [00BI]
Dire que l’idéal \(I \subset R\) est nilpotent signifie que \(I^n = 0\) pour un certain \(n \in \mathbf{N}\),
Dire que l’idéal \(I \subset R\) est localement nilpotent signifie que tout élément de \(I\) est nilpotent,
\(\mathfrak p \subset R\) est un idéal premier, [00BK]
si \(\mathfrak p \subset R\) est premier, si \(I, J \subset R\) sont des idéaux et si \(IJ\subset \mathfrak p\), alors \(I \subset \mathfrak p\) ou \(J \subset \mathfrak p\).
\(\mathfrak m \subset R\) est un idéal maximal, [00BM]
tout anneau non nul possède un idéal maximal, [00BN]
le radical de Jacobson de \(R\) est \(\text{rad}(R) = \bigcap_{\mathfrak m \subset R} \mathfrak m\), l’intersection de tous les idéaux maximaux de \(R\),
l’idéal \((T)\) engendré par un sous-ensemble \(T \subset R\), [00BP]
l’anneau quotient \(R/I\), [00BQ]
un idéal \(I\) de l’anneau \(R\) est premier si et seulement si \(R/I\) est intègre, [00BR]
un idéal \(I\) de l’anneau \(R\) est maximal si et seulement si l’anneau \(R/I\) est un corps,
si \(\varphi : R_1 \to R_2\) est un homomorphisme d’anneaux et si \(I \subset R_2\) est un idéal, alors \(\varphi^{-1}(I)\) est un idéal de \(R_1\),
si \(\varphi : R_1 \to R_2\) est un homomorphisme d’anneaux et si \(I \subset R_1\) est un idéal, alors \(\varphi(I) \cdot R_2\) (parfois noté \(I \cdot R_2\) ou \(IR_2\)) est l’idéal de \(R_2\) engendré par \(\varphi(I)\),
si \(\varphi : R_1 \to R_2\) est un homomorphisme d’anneaux et si \(\mathfrak p \subset R_2\) est un idéal premier, alors \(\varphi^{-1}(\mathfrak p)\) est un idéal premier de \(R_1\),
\(M\) est un \(R\)-module, [00BW]
pour \(m \in M\), l’annulateur \(I = \{f \in R \mid fm = 0\}\) de \(m\) dans \(R\),
\(N \subset M\) est un \(R\)-sous-module, [00BX]
\(M\) est un \(R\)-module noethérien, [00BY]
\(M\) est un \(R\)-module de type fini, [00BZ]
\(M\) est un \(R\)-module engendré par un nombre fini d’éléments, [00C0]
\(M\) est un \(R\)-module de présentation finie, [00C1]
\(M\) est un \(R\)-module libre, [00C2]
si \(0 \to K \to L \to M \to 0\) est une suite exacte courte de \(R\)-modules et si \(K\), \(M\) sont libres, alors \(L\) est libre,
si \(N \subset M \subset L\) sont des \(R\)-modules, alors \(L/M = (L/N)/(M/N)\), [00C3]
\(S\) est une partie multiplicative de \(R\), [00C4]
la localisation \(R \to S^{-1}R\) de \(R\), [00C5]
si \(R\) est un anneau et si \(S\) est une partie multiplicative de \(R\), alors \(S^{-1}R\) est l’anneau nul si et seulement si \(S\) contient \(0\),
si \(R\) est un anneau et si la partie multiplicative \(S\) est entièrement constituée d’éléments non diviseurs de zéro, alors \(R \to S^{-1}R\) est injectif,
si \(\varphi : R_1 \to R_2\) est un homomorphisme d’anneaux et si \(S\) est une partie multiplicative de \(R_1\), alors \(\varphi(S)\) est une partie multiplicative de \(R_2\),
si \(S\), \(S'\) sont des parties multiplicatives de \(R\), et si \(SS'\) désigne l’ensemble des produits \(SS' = \{r \in R \mid \exists s\in S, \exists s' \in S', r = ss'\}\), alors \(SS'\) est une partie multiplicative de \(R\),
si \(S\), \(S'\) sont des parties multiplicatives de \(R\), et si \(\overline{S}\) désigne l’image de \(S\) dans \((S')^{-1}R\), alors \((SS')^{-1}R = \overline{S}^{-1}((S')^{-1}R)\),
la localisation \(S^{-1}M\) du \(R\)-module \(M\), [00CA]
le foncteur \(M \mapsto S^{-1}M\) préserve les applications injectives, les applications surjectives et l’exactitude,
si \(S\), \(S'\) sont des parties multiplicatives de \(R\), et si \(M\) est un \(R\)-module, alors \((SS')^{-1}M = S^{-1}((S')^{-1}M)\),
si \(R\) est un anneau, si \(I\) est un idéal de \(R\) et si \(S\) est une partie multiplicative de \(R\), alors \(S^{-1}I\) est un idéal de \(S^{-1}R\), et nous avons \(S^{-1}R/S^{-1}I = \overline{S}^{-1}(R/I)\), où \(\overline{S}\) est l’image de \(S\) dans \(R/I\),
si \(R\) est un anneau et si \(S\) est une partie multiplicative de \(R\), alors tout idéal \(I'\) de \(S^{-1}R\) est de la forme \(S^{-1}I\), où l’on peut prendre pour \(I\) l’image réciproque de \(I'\) dans \(R\),
si \(R\) est un anneau, si \(M\) est un \(R\)-module et si \(S\) est une partie multiplicative de \(R\), alors tout sous-module \(N'\) de \(S^{-1}M\) est de la forme \(S^{-1}N\) pour un certain sous-module \(N \subset M\), où l’on peut prendre pour \(N\) l’image réciproque de \(N'\) dans \(M\),
si \(S = \{1, f, f^2, \ldots\}\), alors \(R_f = S^{-1}R\) et \(M_f = S^{-1}M\), [00CG]
si \(S = R \setminus \mathfrak p = \{x\in R \mid x\not\in \mathfrak p\}\) pour un certain idéal premier \(\mathfrak p\), alors on note usuellement \(R_{\mathfrak p} = S^{-1}R\) et \(M_{\mathfrak p} = S^{-1}M\),
un anneau local est un anneau qui possède exactement un idéal maximal, [00CI]
un anneau semi-local est un anneau qui possède un nombre fini d’idéaux maximaux, [03C0]
si \(\mathfrak p\) est un idéal premier de \(R\), alors \(R_{\mathfrak p}\) est un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak p R_{\mathfrak p}\),
le corps résiduel, noté \(\kappa(\mathfrak p)\), de l’idéal premier \(\mathfrak p\) de l’anneau \(R\) est le corps des fractions de l’anneau intègre \(R/\mathfrak p\) ; il est égal à \(R_\mathfrak p/\mathfrak pR_\mathfrak p = (R \setminus \mathfrak p)^{-1}R/\mathfrak p\),
étant donnés \(R\) et \(M_1\), \(M_2\), le produit tensoriel \(M_1 \otimes_R M_2\), [00CL]
étant données des matrices \(A\) et \(B\) dans un anneau \(R\), de tailles \(m \times n\) et \(n \times m\), nous avons \(\det(AB) = \sum \det(A_S)\det({}_SB)\) dans \(R\), où la somme porte sur les sous-ensembles \(S \subset \{1, \ldots, n\}\) de cardinal \(m\), et \(A_S\) est la sous-matrice \(m \times m\) de \(A\) formée des colonnes correspondant à \(S\), tandis que \({}_SB\) est la sous-matrice \(m \times m\) de \(B\) formée des lignes correspondant à \(S\),
etc.
Lemme du serpent
Le lemme du serpent et ses variantes sont étudiés dans le cadre des catégories abéliennes dans Homologie, section 00ZX.
Lemme
Étant donné un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & X \ar[r] \ar[d]^\alpha & Y \ar[r] \ar[d]^\beta & Z \ar[r] \ar[d]^\gamma & 0 \\ 0 \ar[r] & U \ar[r] & V \ar[r] & W }\] de groupes abéliens dont les lignes sont exactes, il existe une suite exacte canonique \[\Ker(\alpha) \to \Ker(\beta) \to \Ker(\gamma) \to \Coker(\alpha) \to \Coker(\beta) \to \Coker(\gamma)\] De plus, si \(X \to Y\) est injectif, la première application est injective ; si \(V \to W\) est surjectif, la dernière application est surjective.
Démonstration
L’application \(\partial : \Ker(\gamma) \to \Coker(\alpha)\) est définie comme suit. Soit \(z \in \Ker(\gamma)\). Choisissons \(y \in Y\) d’image \(z\). Alors \(\beta(y) \in V\) s’envoie sur zéro dans \(W\). Ainsi, \(\beta(y)\) est l’image d’un élément \(u \in U\). Posons \(\partial z = \overline{u}\), la classe de \(u\) dans le conoyau de \(\alpha\). La démonstration de l’exactitude est omise.
Modules de type fini et modules de présentation finie
Voici simplement quelques notations et lemmes élémentaires.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module.
Nous disons que \(M\) est un \(R\)-module de type fini, ou un \(R\)-module engendré par un nombre fini d’éléments, s’il existe \(n \in \mathbf{N}\) et \(x_1, \ldots, x_n \in M\) tels que tout élément de \(M\) soit une combinaison \(R\)-linéaire des \(x_i\). De manière équivalente, cela signifie qu’il existe une surjection \(R^{\oplus n} \to M\) pour un certain \(n \in \mathbf{N}\).
Nous disons que \(M\) est un \(R\)-module de présentation finie ou un \(R\)-module de présentation finie s’il existe des entiers \(n, m \in \mathbf{N}\) et une suite exacte \[R^{\oplus m} \longrightarrow R^{\oplus n} \longrightarrow M \longrightarrow 0\]
De manière informelle, \(M\) est un \(R\)-module de présentation finie si et seulement s’il est de type fini et si le module des relations entre ces générateurs est lui aussi de type fini. Le choix d’une suite exacte comme dans la définition s’appelle une présentation de \(M\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(\alpha : R^{\oplus n} \to M\) et \(\beta : N \to M\) des homomorphismes de modules. Si \(\Im(\alpha) \subset \Im(\beta)\), il existe alors un homomorphisme de \(R\)-modules \(\gamma : R^{\oplus n} \to N\) tel que \(\alpha = \beta \circ \gamma\).
Démonstration
Soit \(e_i = (0, \ldots, 0, 1, 0, \ldots, 0)\) le \(i\)-ème vecteur de base de \(R^{\oplus n}\). Soit \(x_i \in N\) un élément tel que \(\alpha(e_i) = \beta(x_i)\) ; il existe par hypothèse. Posons \(\gamma(a_1, \ldots, a_n) = \sum a_i x_i\). Par construction, \(\alpha = \beta \circ \gamma\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \[0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\] une suite exacte courte de \(R\)-modules.
Si \(M_1\) et \(M_3\) sont des \(R\)-modules de type fini, alors \(M_2\) est un \(R\)-module de type fini.
Si \(M_1\) et \(M_3\) sont des \(R\)-modules de présentation finie, alors \(M_2\) est un \(R\)-module de présentation finie.
Si \(M_2\) est un \(R\)-module de type fini, alors \(M_3\) est un \(R\)-module de type fini.
Si \(M_2\) est un \(R\)-module de présentation finie et si \(M_1\) est un \(R\)-module de type fini, alors \(M_3\) est un \(R\)-module de présentation finie.
Si \(M_3\) est un \(R\)-module de présentation finie et si \(M_2\) est un \(R\)-module de type fini, alors \(M_1\) est un \(R\)-module de type fini.
Démonstration
Démonstration de (1). Si \(x_1, \ldots, x_n\) sont des générateurs de \(M_1\) et si \(y_1, \ldots, y_m \in M_2\) sont des éléments dont les images dans \(M_3\) sont des générateurs de \(M_3\), alors \(x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m\) engendrent \(M_2\).
L’assertion (3) découle immédiatement de la définition.
Démonstration de (5). Supposons \(M_3\) de présentation finie et \(M_2\) de type fini. Choisissons une présentation \[R^{\oplus m} \to R^{\oplus n} \to M_3 \to 0\] D’après le Lemme 07JX, il existe une application \(R^{\oplus n} \to M_2\) telle que le diagramme en traits pleins \[\xymatrix{ & R^{\oplus m} \ar[r] \ar@{..>}[d] & R^{\oplus n} \ar[r] \ar[d] & M_3 \ar[r] \ar[d]^{\text{id}} & 0 \\ 0 \ar[r] & M_1 \ar[r] & M_2 \ar[r] & M_3 \ar[r] & 0 }\] soit commutatif. On obtient ainsi la flèche en pointillé. Par le lemme du serpent (Lemme 07JW), on voit que l’on obtient un isomorphisme \[\Coker(R^{\oplus m} \to M_1) \cong \Coker(R^{\oplus n} \to M_2)\] En particulier, nous en déduisons que \(\Coker(R^{\oplus m} \to M_1)\) est un \(R\)-module de type fini. Puisque \(\Im(R^{\oplus m} \to M_1)\) est de type fini d’après (3), on voit que \(M_1\) est de type fini d’après l’assertion (1).
Démonstration de (4). Supposons \(M_2\) de présentation finie et \(M_1\) de type fini. Choisissons une présentation \(R^{\oplus m} \to R^{\oplus n} \to M_2 \to 0\). Choisissons une surjection \(R^{\oplus k} \to M_1\). D’après le Lemme 07JX, il existe une factorisation \(R^{\oplus k} \to R^{\oplus n} \to M_2\) de la composée \(R^{\oplus k} \to M_1 \to M_2\). Alors \(R^{\oplus k + m} \to R^{\oplus n} \to M_3 \to 0\) est une présentation.
Démonstration de (2). Supposons \(M_1\) et \(M_3\) de présentation finie. L’argument de la démonstration de l’assertion (1) fournit un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & R^{\oplus n} \ar[d] \ar[r] & R^{\oplus n + m} \ar[d] \ar[r] & R^{\oplus m} \ar[d] \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & M_1 \ar[r] & M_2 \ar[r] & M_3 \ar[r] & 0 }\] dont les flèches verticales sont surjectives. Par le lemme du serpent, nous obtenons une suite exacte courte \[0 \to \Ker(R^{\oplus n} \to M_1) \to \Ker(R^{\oplus n + m} \to M_2) \to \Ker(R^{\oplus m} \to M_3) \to 0\] D’après l’assertion (5), les deux modules extrêmes sont de type fini. Par conséquent, celui du milieu l’est aussi. D’après (4), on voit que \(M_2\) est de présentation finie.
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Il existe une filtration par des \(R\)-sous-modules de type fini \[0 = M_0 \subset M_1 \subset \ldots \subset M_n = M\] telle que chaque quotient \(M_i/M_{i - 1}\) soit isomorphe à \(R/I_i\) pour un certain idéal \(I_i\) de \(R\).
Démonstration
Nous raisonnons par récurrence sur le nombre de générateurs de \(M\). Soient \(x_1, \ldots, x_r \in M\) des générateurs. Posons \(M' = Rx_1 \subset M\). Alors \(M/M'\) possède \(r - 1\) générateurs et l’hypothèse de récurrence s’applique. De plus, il est clair que \(M' \cong R/I_1\) avec \(I_1 = \{f \in R \mid fx_1 = 0\}\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Si \(M\) est de type fini comme \(R\)-module, alors \(M\) est de type fini comme \(S\)-module.
Démonstration
En effet, tout système générateur sur \(R\) de \(M\) est aussi un système générateur sur \(S\) de \(M\), puisque la structure de \(R\)-module est induite par l’image de \(R\) dans \(S\).
Morphismes d’anneaux de type fini et de présentation finie
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux.
Nous disons que \(R \to S\) est de type fini, ou que \(S\) est une \(R\)-algèbre de type fini, s’il existe un \(n \in \mathbf{N}\) et une surjection de \(R\)-algèbres \(R[x_1, \ldots, x_n] \to S\).
Nous disons que \(R \to S\) est de présentation finie s’il existe des entiers \(n, m \in \mathbf{N}\), des polynômes \(f_1, \ldots, f_m \in R[x_1, \ldots, x_n]\) et un isomorphisme de \(R\)-algèbres \(R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m) \cong S\).
De manière informelle, \(R \to S\) est de présentation finie si et seulement si \(S\) est de type fini comme \(R\)-algèbre et si l’idéal des relations entre les générateurs est de type fini. Le choix d’une surjection \(R[x_1, \ldots, x_n] \to S\) comme dans la définition est parfois appelé une présentation de \(S\).
Lemme
Les notions de type fini et de présentation finie possèdent les propriétés de permanence suivantes.
Une composée de morphismes d’anneaux de type fini est de type fini.
Une composée de morphismes d’anneaux de présentation finie est de présentation finie.
Étant donné \(R \to S' \to S\) avec \(R \to S\) de type fini, le morphisme \(S' \to S\) est alors de type fini.
Étant donné \(R \to S' \to S\), avec \(R \to S\) de présentation finie et \(R \to S'\) de type fini, le morphisme \(S' \to S\) est alors de présentation finie.
Démonstration
Nous ne démontrons que la dernière assertion. Écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m)\) et \(S' = R[y_1, \ldots, y_a]/I\). Supposons que la classe \(\bar y_i\) de \(y_i\) s’envoie sur \(h_i \bmod (f_1, \ldots, f_m)\) dans \(S\). Il est alors clair que \(S = S'[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m, h_1 - \bar y_1, \ldots, h_a - \bar y_a)\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux de présentation finie. Pour toute surjection \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to S\), le noyau de \(\alpha\) est un idéal de type fini de \(R[x_1, \ldots, x_n]\).
Démonstration
Écrivons \(S = R[y_1, \ldots, y_m]/(f_1, \ldots, f_k)\). Choisissons des \(g_i \in R[y_1, \ldots, y_m]\) qui relèvent les \(\alpha(x_i)\). On voit alors que \(S = R[x_i, y_j]/(f_l, x_i - g_i)\). Choisissons \(h_j \in R[x_1, \ldots, x_n]\) tel que \(\alpha(h_j)\) corresponde à \(y_j \bmod (f_1, \ldots, f_k)\). Considérons l’application \(\psi : R[x_i, y_j] \to R[x_i]\), \(x_i \mapsto x_i\), \(y_j \mapsto h_j\). Le noyau de \(\alpha\) est alors l’image de \((f_l, x_i - g_i)\) par \(\psi\), ce qui conclut.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Supposons \(R \to S\) de type fini et \(M\) de présentation finie comme \(R\)-module. Alors \(M\) est de présentation finie comme \(S\)-module.
Démonstration
La démonstration est semblable à celle de l’assertion (4) du Lemme 00F4. Nous pouvons supposer \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/J\). Choisissons \(y_1, \ldots, y_m \in M\) qui engendrent \(M\) comme \(R\)-module et des relations \(\sum a_{ij} y_j = 0\), \(i = 1, \ldots, t\), qui engendrent le noyau de \(R^{\oplus m} \to M\). Pour tous \(i = 1, \ldots, n\) et \(j = 1, \ldots, m\), écrivons \[x_i y_j = \sum a_{ijk} y_k\] pour certains \(a_{ijk} \in R\). Considérons le \(S\)-module \(N\) engendré par \(y_1, \ldots, y_m\) et soumis aux relations \(\sum a_{ij} y_j = 0\), \(i = 1, \ldots, t\), ainsi que \(x_i y_j = \sum a_{ijk} y_k\), \(i = 1, \ldots, n\) et \(j = 1, \ldots, m\). Alors \(N\) possède une présentation \[S^{\oplus nm + t} \longrightarrow S^{\oplus m} \longrightarrow N \longrightarrow 0\] Par construction, il existe une application surjective \(\varphi : N \to M\). Pour achever la démonstration, montrons que \(\varphi\) est injective. Supposons \(z = \sum b_j y_j \in N\) pour certains \(b_j \in S\). Nous pouvons considérer les \(b_j\) comme des polynômes en \(x_1, \ldots, x_n\) à coefficients dans \(R\). En appliquant les relations de la forme \(x_i y_j = \sum a_{ijk} y_k\), nous pouvons abaisser par récurrence le degré des polynômes. Nous voyons donc que \(z = \sum c_j y_j\) pour certains \(c_j \in R\). Par conséquent, si \(\varphi(z) = 0\), le vecteur \((c_1, \ldots, c_m)\) est une combinaison \(R\)-linéaire des vecteurs \((a_{i1}, \ldots, a_{im})\), et nous concluons que \(z = 0\), comme souhaité.
Morphismes finis d’anneaux
Voici la définition.
Définition
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Nous disons que \(\varphi : R \to S\) est fini si \(S\) est de type fini comme \(R\)-module.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux fini. Soit \(M\) un \(S\)-module. Alors \(M\) est de type fini comme \(R\)-module si et seulement si \(M\) est de type fini comme \(S\)-module.
Démonstration
L’une des implications résulte du Lemme 0560. Pour voir l’autre, supposons que \(M\) soit de type fini comme \(S\)-module. Choisissons \(x_1, \ldots, x_n \in S\) qui engendrent \(S\) comme \(R\)-module. Choisissons \(y_1, \ldots, y_m \in M\) qui engendrent \(M\) comme \(S\)-module. Alors les \(x_i y_j\) engendrent \(M\) comme \(R\)-module.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) et \(S \to T\) soient des morphismes d’anneaux finis. Alors \(R \to T\) est fini.
Démonstration
Si les \(t_i\) engendrent \(T\) comme \(S\)-module et si les \(s_j\) engendrent \(S\) comme \(R\)-module, alors les \(t_i s_j\) engendrent \(T\) comme \(R\)-module. (Cela résulte également du Lemme 00GJ.)
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux.
Si \(\varphi\) est fini, alors \(\varphi\) est de type fini.
Si \(S\) est de présentation finie comme \(R\)-module, alors \(\varphi\) est de présentation finie.
Démonstration
Pour (1), si \(x_1, \ldots, x_n \in S\) engendrent \(S\) comme \(R\)-module, alors \(x_1, \ldots, x_n\) engendrent \(S\) comme \(R\)-algèbre. Pour (2), supposons que \(\sum r_j^ix_i = 0\), \(j = 1, \ldots, m\), soit un système de générateurs des relations entre les \(x_i\) considérés comme des générateurs du \(R\)-module \(S\). Écrivons en outre \(1 = \sum r_ix_i\) pour certains \(r_i \in R\), et \(x_ix_j = \sum r_{ij}^k x_k\) pour certains \(r_{ij}^k \in R\). Alors \[S = R[t_1, \ldots, t_n]/ (\sum r_j^it_i,\ 1 - \sum r_it_i,\ t_it_j - \sum r_{ij}^k t_k)\] comme \(R\)-algèbre, ce qui démontre (2).
Pour plus de renseignements sur les morphismes d’anneaux finis, voir la section 00GH.
Colimites
Une partie du contenu de cette section recoupe l’étude générale des colimites dans Catégories, sections 002D – 002Z. La notion d’ensemble préordonné est définie dans Catégories, Définition 00D3. Elle est légèrement plus faible que celle d’ensemble partiellement ordonné.
Définition
Soit \((I, \leq)\) un ensemble préordonné. Un système \((M_i, \mu_{ij})\) de \(R\)-modules sur \(I\) est constitué d’une famille de \(R\)-modules \(\{M_i\}_{i\in I}\) indexée par \(I\) et d’une famille d’homomorphismes de \(R\)-modules \(\{\mu_{ij} : M_i \to M_j\}_{i \leq j}\) telles que, pour tous \(i \leq j \leq k\), \[\mu_{ii} = \text{id}_{M_i}\quad \mu_{ik} = \mu_{jk}\circ \mu_{ij}\] Nous disons que \((M_i, \mu_{ij})\) est un système filtrant si \(I\) est un ensemble filtrant.
C’est la même notion que celle définie dans Catégories, Définition 0030 et section 002Z. Nous renvoyons à Catégories, Définition 002F, pour la définition d’une colimite d’un diagramme ou d’un système dans une catégorie quelconque.
Lemme
Soit \((M_i, \mu_{ij})\) un système de \(R\)-modules sur l’ensemble préordonné \(I\). La colimite du système \((M_i, \mu_{ij})\) est le \(R\)-module quotient \((\bigoplus_{i\in I} M_i) /Q\), où \(Q\) est le \(R\)-sous-module engendré par tous les éléments \[\iota_i(x_i) - \iota_j(\mu_{ij}(x_i))\] où \(\iota_i : M_i \to \bigoplus_{i\in I} M_i\) est l’inclusion canonique. Nous notons la colimite \(M = \colim_i M_i\). Nous notons \(\pi : \bigoplus_{i\in I} M_i \to M\) la projection et \(\phi_i = \pi \circ \iota_i : M_i \to M\).
Démonstration
Ce lemme est un cas particulier de Catégories, Lemme 002P, mais nous allons aussi le démontrer directement dans ce cas. Remarquons en effet que \(\phi_i = \phi_j\circ \mu_{ij}\) dans la construction ci-dessus. Pour montrer que la paire \((M, \phi_i)\) est la colimite, nous devons montrer qu’elle satisfait la propriété universelle : pour toute autre paire de ce type \((Y, \psi_i)\) avec \(\psi_i : M_i \to Y\), \(\psi_i = \psi_j\circ \mu_{ij}\), il existe un unique homomorphisme de \(R\)-modules \(g : M \to Y\) tel que le diagramme suivant soit commutatif : \[\xymatrix{ M_i \ar[rr]^{\mu_{ij}} \ar[dr]^{\phi_i} \ar[ddr]_{\psi_i} & & M_j\ar[dl]_{\phi_j} \ar[ddl]^{\psi_j} \\ & M \ar[d]^{g}\\ & Y }\] Cela est clair, car nous pouvons définir \(g\) en prenant l’application \(\psi_i\) sur le facteur \(M_i\) de la somme directe \(\bigoplus M_i\).
Lemme
Soit \((M_i, \mu_{ij})\) un système de \(R\)-modules sur l’ensemble préordonné \(I\). Supposons que \(I\) soit filtrant. La colimite du système \((M_i, \mu_{ij})\) est canoniquement isomorphe au module \(M\) défini comme suit :
comme ensemble, posons \[M = \left(\coprod\nolimits_{i \in I} M_i\right)/\sim\] où, pour \(m \in M_i\) et \(m' \in M_{i'}\), nous avons \[m \sim m' \Leftrightarrow \mu_{ij}(m) = \mu_{i'j}(m')\text{ pour un certain }j \geq i, i'\]
comme groupe abélien, pour \(m \in M_i\) et \(m' \in M_{i'}\), nous définissons la somme des classes de \(m\) et \(m'\) dans \(M\) comme étant la classe de \(\mu_{ij}(m) + \mu_{i'j}(m')\), où \(j \in I\) est un indice quelconque tel que \(i \leq j\) et \(i' \leq j\), et
comme \(R\)-module, pour \(m \in M_i\) et \(x \in R\), définissons le produit de \(x\) par la classe de \(m\) dans \(M\) comme étant la classe de \(xm\) dans \(M\).
Les applications canoniques \(\phi_i : M_i \to M\) sont induites par les applications canoniques \(M_i \to \coprod_{i \in I} M_i\).
Démonstration
Démonstration omise. Comparer à Catégories, section 04AX.
Lemme
Soit \((M_i, \mu_{ij})\) un système filtrant. Soit \(M = \colim M_i\) avec \(\mu_i : M_i \to M\). Alors \(\mu_i(x_i) = 0\) pour \(x_i \in M_i\) si et seulement s’il existe \(j \geq i\) tel que \(\mu_{ij}(x_i) = 0\).
Démonstration
Cela résulte clairement de la description de la colimite filtrante du Lemme 00D6.
Exemple
Considérons l’ensemble partiellement ordonné \(I = \{a, b, c\}\) avec \(a < b\) et \(a < c\), et aucune autre inégalité stricte. Un système \((M_a, M_b, M_c, \mu_{ab}, \mu_{ac})\) sur \(I\) est constitué de trois \(R\)-modules \(M_a, M_b, M_c\) et de deux homomorphismes de \(R\)-modules \(\mu_{ab} : M_a \to M_b\) et \(\mu_{ac} : M_a \to M_c\). La colimite du système est simplement \[M := \colim_{i \in I} M_i = \Coker(M_a \to M_b \oplus M_c)\] où l’application est \(\mu_{ab} \oplus -\mu_{ac}\). Le noyau de l’application canonique \(M_a \to M\) est donc \(\Ker(\mu_{ab}) + \Ker(\mu_{ac})\). Et le noyau de l’application canonique \(M_b \to M\) est l’image de \(\Ker(\mu_{ac})\) par l’application \(\mu_{ab}\). Par conséquent, il est clair que le résultat du Lemme 00D7 est faux pour les systèmes généraux.
Définition
Soient \((M_i, \mu_{ij})\), \((N_i, \nu_{ij})\) des systèmes de \(R\)-modules sur le même ensemble préordonné \(I\). Un homomorphisme de systèmes \(\Phi\) de \((M_i, \mu_{ij})\) vers \((N_i, \nu_{ij})\) est, par définition, une famille d’homomorphismes de \(R\)-modules \(\phi_i : M_i \to N_i\) tels que \(\phi_j \circ \mu_{ij} = \nu_{ij} \circ \phi_i\) pour tous \(i \leq j\).
C’est la même notion que celle de transformation naturelle de foncteurs entre les diagrammes associés \(M : I \to \text{Mod}_R\) et \(N : I \to \text{Mod}_R\), dans le langage des catégories. Le lemme suivant est un cas particulier de Catégories, Lemme 002K.
Lemme
Soient \((M_i, \mu_{ij})\), \((N_i, \nu_{ij})\) des systèmes de \(R\)-modules sur le même ensemble préordonné. Un morphisme de systèmes \(\Phi = (\phi_i)\) de \((M_i, \mu_{ij})\) vers \((N_i, \nu_{ij})\) induit un unique homomorphisme \[\colim \phi_i : \colim M_i \longrightarrow \colim N_i\] tel que \[\xymatrix{ M_i \ar[r] \ar[d]_{\phi_i} & \colim M_i \ar[d]^{\colim \phi_i} \\ N_i \ar[r] & \colim N_i }\] soit commutatif pour tout \(i \in I\).
Démonstration
Écrivons \(M = \colim M_i\), \(N = \colim N_i\) et \(\phi = \colim \phi_i\) (ce dernier restant à construire). Nous utiliserons sans autre mention la description explicite de \(M\) et de \(N\) donnée au Lemme 00D5. La condition du lemme équivaut à ce que \[\xymatrix{ \bigoplus_{i\in I} M_i \ar[r] \ar[d]_{\bigoplus\phi_i} & M \ar[d]^\phi \\ \bigoplus_{i\in I} N_i \ar[r] & N }\] soit commutatif. Il est donc clair que, si \(\phi\) existe, il est unique. Pour voir que \(\phi\) existe, il suffit de montrer que le noyau de la flèche horizontale supérieure est envoyé par \(\bigoplus \phi_i\) dans le noyau de la flèche horizontale inférieure. Pour cela, soient \(j \leq k\) et \(x_j \in M_j\). Alors \[(\bigoplus \phi_i)(x_j - \mu_{jk}(x_j)) = \phi_j(x_j) - \phi_k(\mu_{jk}(x_j)) = \phi_j(x_j) - \nu_{jk}(\phi_j(x_j))\] appartient au noyau de la flèche horizontale inférieure, comme voulu.
Lemme
Soit \(I\) un ensemble filtrant. Soient \((L_i, \lambda_{ij})\), \((M_i, \mu_{ij})\) et \((N_i, \nu_{ij})\) des systèmes de \(R\)-modules sur \(I\). Soient \(\varphi_i : L_i \to M_i\) et \(\psi_i : M_i \to N_i\) des morphismes de systèmes sur \(I\). Supposons que, pour tout \(i \in I\), la suite de \(R\)-modules \[\xymatrix{ L_i \ar[r]^{\varphi_i} & M_i \ar[r]^{\psi_i} & N_i }\] soit un complexe d’homologie \(H_i\). Alors les \(R\)-modules \(H_i\) forment un système sur \(I\), la suite de \(R\)-modules \[\xymatrix{ \colim_i L_i \ar[r]^\varphi & \colim_i M_i \ar[r]^\psi & \colim_i N_i }\] est elle aussi un complexe et, en notant \(H\) son homologie, nous avons \[H = \colim_i H_i.\]
Démonstration
Il est clair que \(\xymatrix{ \colim_i L_i \ar[r]^\varphi & \colim_i M_i \ar[r]^\psi & \colim_i N_i }\) est un complexe. Pour chaque \(i \in I\), il existe un morphisme canonique de \(R\)-modules \(H_i \to H\) (qui envoie chaque \([m] \in H_i = \Ker(\psi_i) / \Im(\varphi_i)\) sur la classe dans \(H = \Ker(\psi) / \Im(\varphi)\) de l’image de \(m\) dans \(\colim_i M_i\)). Ces morphismes donnent lieu à un morphisme \(\colim_i H_i \to H\). Il reste à montrer que ce morphisme est surjectif et injectif.
Nous allons utiliser à plusieurs reprises, sans autre mention, la description des colimites sur \(I\) donnée au Lemme 00D6. Soit \(h \in H\). Puisque \(H = \Ker(\psi)/\Im(\varphi)\), on voit que \(h\) est la classe modulo \(\Im(\varphi)\) d’un élément \([m]\) de \(\Ker(\psi) \subset \colim_i M_i\). Choisissons un \(i\) tel que \([m]\) provienne d’un élément \(m \in M_i\). Choisissons \(j \geq i\) tel que \(\nu_{ij}(\psi_i(m)) = 0\), ce qui est possible puisque \([m] \in \Ker(\psi)\). Après avoir remplacé \(i\) par \(j\) et \(m\) par \(\mu_{ij}(m)\), nous voyons que nous pouvons supposer \(m \in \Ker(\psi_i)\). Cela montre que l’application \(\colim_i H_i \to H\) est surjective.
Supposons qu’un \(h_i \in H_i\) ait une image nulle dans \(H\). Puisque \(H_i = \Ker(\psi_i)/\Im(\varphi_i)\), nous pouvons représenter \(h_i\) par un élément \(m \in \Ker(\psi_i) \subset M_i\). L’hypothèse d’annulation de \(h_i\) dans \(H\) signifie que la classe de \(m\) dans \(\colim_i M_i\) appartient à l’image de \(\varphi\). Il existe donc un \(j \geq i\) et un \(l \in L_j\) tels que \(\varphi_j(l) = \mu_{ij}(m)\). Cela montre clairement que l’image de \(h_i\) dans \(H_j\) est nulle. Ceci démontre l’injectivité de \(\colim_i H_i \to H\).
Exemple
La prise des colimites n’est pas exacte en général. Considérons l’ensemble partiellement ordonné \(I = \{a, b, c\}\) avec \(a < b\) et \(a < c\), et aucune autre inégalité stricte, comme dans l’Exemple 00D8. Considérons l’application de systèmes \((0, \mathbf{Z}, \mathbf{Z}, 0, 0) \to (\mathbf{Z}, \mathbf{Z}, \mathbf{Z}, 1, 1)\). D’après la description de la colimite dans l’Exemple 00D8, nous voyons que l’application associée entre les colimites n’est pas injective, bien que l’application de systèmes soit injective sur chaque objet. Par conséquent, le résultat du Lemme 00DB est faux pour les systèmes généraux.
Lemme
Soit \(\mathcal{I}\) une catégorie d’indices satisfaisant aux hypothèses de Catégories, Lemme 002X. Alors la prise des colimites de diagrammes de groupes abéliens sur \(\mathcal{I}\) est exacte (c’est-à-dire que l’analogue du Lemme 00DB vaut dans cette situation).
Démonstration
D’après Catégories, Lemme 002X, nous pouvons écrire \(\mathcal{I} = \coprod_{j \in J} \mathcal{I}_j\), où chaque \(\mathcal{I}_j\) est une catégorie filtrante et où \(J\) peut être vide. D’après Catégories, Lemme 0032, prendre les colimites sur les catégories d’indices \(\mathcal{I}_j\) revient à prendre la colimite sur un certain ensemble filtrant. Le Lemme 00DB s’applique donc à ces colimites. Le problème se ramène ainsi à montrer que les coproduits dans la catégorie des \(R\)-modules indexés par l’ensemble \(J\) sont exacts. Autrement dit, étant données des suites exactes \(L_j \to M_j \to N_j\) de \(R\)-modules, nous devons montrer que \[\bigoplus\nolimits_{j \in J} L_j \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{j \in J} M_j \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{j \in J} N_j\] est exacte. Cela se vérifie directement et reste vrai même si \(J\) est vide.
Localisation
Définition
Soit \(R\) un anneau et soit \(S\) un sous-ensemble de \(R\). Nous disons que \(S\) est une partie multiplicative de \(R\) si \(1\in S\) et si \(S\) est stable par multiplication, c’est-à-dire si \(s, s' \in S \Rightarrow ss' \in S\).
Étant donnés un anneau \(A\) et une partie multiplicative \(S\), nous définissons une relation sur \(A \times S\) comme suit : \[(x, s) \sim (y, t) \Leftrightarrow \exists u \in S \text{ tel que } (xt-ys)u = 0\] On vérifie aisément qu’il s’agit d’une relation d’équivalence. Notons \(x/s\) (ou \(\frac{x}{s}\)) la classe d’équivalence de \((x, s)\) et \(S^{-1}A\) l’ensemble de toutes les classes d’équivalence. Définissons l’addition et la multiplication dans \(S^{-1}A\) comme suit : \[x/s + y/t = (xt + ys)/st, \quad x/s \cdot y/t = xy/st\] On vérifie que ces opérations font de \(S^{-1}A\) un anneau.
Définition
Cet anneau est appelé la localisation de \(A\) relativement à \(S\).
Il existe un morphisme naturel d’anneaux de \(A\) vers sa localisation \(S^{-1}A\), \[A \longrightarrow S^{-1}A, \quad x \longmapsto x/1\] parfois appelé le morphisme de localisation. En général, le morphisme de localisation n’est pas injectif, à moins que \(S\) ne contienne aucun diviseur de zéro. En effet, si \(x/1 = 0\), il existe un \(u\in S\) tel que \(xu = 0\) dans \(A\), et donc \(x = 0\) puisqu’il n’y a pas de diviseur de zéro dans \(S\). La localisation d’un anneau possède la propriété universelle suivante.
Proposition
Soit \(f : A \to B\) un morphisme d’anneaux qui envoie chaque élément de \(S\) sur une unité de \(B\). Il existe alors un unique homomorphisme \(g : S^{-1}A \to B\) tel que le diagramme suivant soit commutatif. \[\xymatrix{ A \ar[rr]^{f} \ar[dr] & & B \\ & S^{-1}A \ar[ur]_g }\]
Démonstration
Existence. Définissons une application \(g\) comme suit. Pour \(x/s\in S^{-1}A\), posons \(g(x/s) = f(x)f(s)^{-1}\in B\). La définition permet de vérifier aisément qu’il s’agit d’un morphisme d’anneaux bien défini. Il est également clair que ce morphisme rend le diagramme commutatif.
Unicité. Montrons maintenant que, si \(g' : S^{-1}A \to B\) satisfait \(g'(x/1) = f(x)\), alors \(g = g'\). La commutativité du diagramme donne donc \(f(s) = g'(s/1)\) pour \(s \in S\). Mais alors \(g'(1/s)f(s) = 1\) dans \(B\), ce qui implique \(g'(1/s) = f(s)^{-1}\), puis \(g'(x/s) = g'(x/1)g'(1/s) = f(x)f(s)^{-1} = g(x/s)\).
Lemme
La localisation \(S^{-1}A\) est l’anneau nul si et seulement si \(0\in S\).
Démonstration
Si \(0\in S\), toute paire \((a, s)\sim (0, 1)\) par définition. Si \(0\not \in S\), alors il est clair que \(1/1 \neq 0/1\) dans \(S^{-1}A\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. La catégorie des \(S^{-1}R\)-modules est équivalente à la catégorie des \(R\)-modules \(N\) ayant la propriété que tout \(s \in S\) agit sur \(N\) par un automorphisme.
Démonstration
Le foncteur qui définit l’équivalence associe à un \(S^{-1}R\)-module \(M\) le même module, considéré maintenant comme un \(R\)-module au moyen du morphisme de localisation \(R \to S^{-1}R\). Réciproquement, si \(N\) est un \(R\)-module tel que tout \(s \in S\) agisse par un automorphisme \(s_N\), nous pouvons considérer \(N\) comme un \(S^{-1}R\)-module en faisant agir \(x/s\) par \(x_N \circ s_N^{-1}\). Nous omettons de vérifier que ces deux foncteurs sont quasi-inverses l’un de l’autre.
La notion de localisation d’un anneau se généralise à la localisation d’un module. Soient \(A\) un anneau, \(S\) une partie multiplicative de \(A\) et \(M\) un \(A\)-module. Nous définissons une relation sur \(M \times S\) comme suit : \[(m, s) \sim (n, t) \Leftrightarrow \exists u\in S \text{ tel que } (mt-ns)u = 0\] Il s’agit clairement d’une relation d’équivalence. Notons \(m/s\) (ou \(\frac{m}{s}\)) la classe d’équivalence de \((m, s)\) et \(S^{-1}M\) l’ensemble de toutes les classes d’équivalence. Définissons l’addition et la multiplication scalaire comme suit : \[m/s + n/t = (mt + ns)/st,\quad m/s\cdot n/t = mn/st\] Il est clair que cela fait de \(S^{-1}M\) un \(S^{-1}A\)-module.
Définition
Le \(S^{-1}A\)-module \(S^{-1}M\) est appelé la localisation de \(M\) relativement à \(S\).
Remarquons qu’il existe un homomorphisme de \(A\)-modules \(M \to S^{-1}M\), \(m \mapsto m/1\), parfois appelé le morphisme de localisation. Il satisfait la propriété universelle suivante.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. Soient \(M\), \(N\) des \(R\)-modules. Supposons que tous les éléments de \(S\) agissent sur \(N\) par des automorphismes. Alors l’application canonique \[\Hom_R(S^{-1}M, N) \longrightarrow \Hom_R(M, N)\] induite par le morphisme de localisation est un isomorphisme.
Démonstration
Il est clair que l’application est bien définie et \(R\)-linéaire. Injectivité : soit \(\alpha \in \Hom_R(S^{-1}M, N)\) et prenons un élément arbitraire \(m/s \in S^{-1}M\). Puisque \(s \cdot \alpha(m/s) = \alpha(m/1)\), nous avons \(\alpha(m/s) =s^{-1}(\alpha (m/1))\) ; ainsi, \(\alpha\) est entièrement déterminé par ses valeurs sur l’image de \(M\) dans \(S^{-1}M\). Surjectivité : soit \(\beta : M \rightarrow N\) une application R-linéaire donnée. Nous devons montrer qu’elle peut être “prolongée” à \(S^{-1}M\). Définissons une application d’ensembles \[M \times S \rightarrow N,\quad (m,s) \mapsto s^{-1}\beta(m)\] Cette application respecte clairement la relation d’équivalence ci-dessus ; elle passe donc au quotient en une application bien définie \(\alpha : S^{-1}M \rightarrow N\). Il reste à montrer que cette application est \(R\)-linéaire ; prenons donc \(r, r' \in R\), ainsi que \(s, s' \in S\) et \(m, m' \in M\). Alors \[\begin{align*} \alpha(r \cdot m/s + r' \cdot m' /s') & = \alpha((r \cdot s' \cdot m + r' \cdot s \cdot m') /(ss')) \\ & = (ss')^{-1}\beta(r \cdot s' \cdot m + r' \cdot s \cdot m') \\ & = (ss')^{-1} (r \cdot s' \beta (m) + r' \cdot s \beta (m')) \\ & = r \alpha (m/s) + r' \alpha (m' /s') \end{align*}\] ce qui conclut.
Exemple
Soit \(A\) un anneau et soit \(M\) un \(A\)-module. Voici quelques exemples importants de localisations.
Étant donné un idéal premier \(\mathfrak p\) de \(A\), considérons \(S = A\setminus\mathfrak p\). On vérifie immédiatement que \(S\) est une partie multiplicative. Dans ce cas, nous notons \(A_\mathfrak p\) et \(M_\mathfrak p\) les localisations de \(A\) et de \(M\) relativement à \(S\), respectivement. Elles sont appelées la localisation de \(A\), resp. de \(M\), en \(\mathfrak p\).
Soit \(f\in A\). Considérons \(S = \{1, f, f^2, \ldots\}\). C’est clairement une partie multiplicative de \(A\). Dans ce cas, nous notons \(A_f\) (resp. \(M_f\)) la localisation \(S^{-1}A\) (resp. \(S^{-1}M\)). Elle est appelée la localisation de \(A\), resp. de \(M\), relativement à \(f\). Remarquons que \(A_f = 0\) si et seulement si \(f\) est nilpotent dans \(A\).
Soit \(S = \{f \in A \mid f \text{ n'est pas un diviseur de zéro dans }A\}\). C’est une partie multiplicative de \(A\). Dans ce cas, l’anneau \(Q(A) = S^{-1}A\) est appelé soit l’anneau total des quotients, soit l’anneau total des fractions de \(A\).
Si \(A\) est un anneau intègre, alors l’anneau total des quotients \(Q(A)\) est le corps des fractions de \(A\). Voir Corps, Exemple 09FJ.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \[S^{-1}M = \colim_{f \in S} M_f\] où le préordre sur \(S\) est donné par \(f \geq f' \Leftrightarrow f = f'f''\) pour un certain \(f'' \in R\), auquel cas l’application \(M_{f'} \to M_f\) est donnée par \(m/(f')^e \mapsto m(f'')^e/f^e\).
Démonstration
Démonstration omise. Indication : utiliser la propriété universelle du Lemme 07K0.
Dans le paragraphe suivant, \(A\) désigne un anneau, et \(M, N\) désignent des modules sur \(A\).
Si \(S\) et \(S'\) sont des parties multiplicatives de \(A\), il est alors clair que \[SS' = \{ss' : s\in S, \ s'\in S'\}\] est également une partie multiplicative de \(A\). On a alors le résultat suivant.
Proposition
Soit \(\overline{S}\) l’image de \(S\) dans \(S'^{-1}A\) ; alors \((SS')^{-1}A\) est isomorphe à \(\overline{S}^{-1}(S'^{-1}A)\).
Démonstration
L’application qui envoie \(x\in A\) sur \(x/1\in (SS')^{-1}A\) induit, par propriété universelle, une application qui envoie \(x/s\in S'^{-1}A\) sur \(x/s \in (SS')^{-1}A\). Les images des éléments de \(\overline{S}\) sont inversibles dans \((SS')^{-1}A\). La propriété universelle fournit une application \(f : \overline{S}^{-1}(S'^{-1}A) \to (SS')^{-1}A\) qui envoie \((x/s')/(s/1)\) sur \(x/ss'\).
D’autre part, l’application de \(A\) vers \(\overline{S}^{-1}(S'^{-1}A)\) qui envoie \(x\in A\) sur \((x/1)/(1/1)\) induit elle aussi, par la propriété universelle, une application \(g : (SS')^{-1}A \to \overline{S}^{-1}(S'^{-1}A)\) qui envoie \(x/ss'\) sur \((x/s')/(s/1)\). On vérifie immédiatement que \(f\) et \(g\) sont inverses l’un de l’autre ; ce sont donc tous deux des isomorphismes.
Pour le module \(M\), nous avons
Proposition
Considérons \(S'^{-1}M\) comme un \(A\)-module ; alors \(S^{-1}(S'^{-1}M)\) est isomorphe à \((SS')^{-1}M\).
Démonstration
Remarquons qu’étant donné un \(A\)-module M, nous n’avons démontré aucune propriété universelle pour \(S^{-1}M\). Nous ne pouvons donc pas raisonner comme dans la démonstration précédente ; nous devons construire explicitement l’isomorphisme.
Définissons les applications comme suit : \[\begin{align*} & f : S^{-1}(S'^{-1}M) \longrightarrow (SS')^{-1}M, \quad \frac{x/s'}{s}\mapsto x/ss'\\ & g : (SS')^{-1}M \longrightarrow S^{-1}(S'^{-1}M), \quad x/t\mapsto \frac{x/s'}{s}\ \text{pour certains }s\in S, s'\in S', \text{ et } t = ss' \end{align*}\] Nous devons vérifier que ces homomorphismes sont bien définis, c’est-à-dire indépendants du choix de la fraction. Cela se vérifie aisément et il est également immédiat qu’ils sont inverses l’un de l’autre.
Si \(u : M \to N\) est un homomorphisme de \(A\)-modules, la localisation induit bien un homomorphisme de \(S^{-1}A\)-modules \(S^{-1}u : S^{-1}M \to S^{-1}N\) qui envoie \(x/s\) sur \(u(x)/s\). On vérifie immédiatement que cette construction est fonctorielle, si bien que \(S^{-1}\) est effectivement un foncteur de la catégorie des \(A\)-modules vers la catégorie des \(S^{-1}A\)-modules. De plus, ce foncteur est exact, comme le montre la proposition suivante.
Proposition
Soit \(L\xrightarrow{u} M\xrightarrow{v} N\) une suite exacte de \(R\)-modules. Alors \(S^{-1}L \to S^{-1}M \to S^{-1}N\) est également exacte.
Démonstration
Tout d’abord, il est clair que \(S^{-1}L \to S^{-1}M \to S^{-1}N\) est un complexe, puisque la localisation est un foncteur. Supposons ensuite que \(x/s\) s’envoie sur zéro dans \(S^{-1}N\) pour un certain \(x/s \in S^{-1}M\). Il existe alors, par définition, un \(t\in S\) tel que \(v(xt) = v(x)t = 0\) dans \(N\), ce qui signifie que \(xt \in \Ker(v)\). Par l’exactitude de \(L \to M \to N\), nous avons \(xt = u(y)\) pour un certain \(y\) dans \(L\). Ainsi, \(x/s\) est l’image de \(y/st\). Cela démontre l’exactitude.
Lemme
La localisation respecte les quotients : si \(N\) est un sous-module de \(M\), alors \(S^{-1}(M/N)\simeq (S^{-1}M)/(S^{-1}N)\).
Démonstration
La suite exacte \[0 \longrightarrow N \longrightarrow M \longrightarrow M/N \longrightarrow 0\] donne \[0 \longrightarrow S^{-1}N \longrightarrow S^{-1}M \longrightarrow S^{-1}(M/N) \longrightarrow 0\] Le corollaire en résulte.
Si, dans le corollaire précédent, nous prenons \(N = I\) et \(M = A\) pour un idéal \(I\) de \(A\), nous voyons que \(S^{-1}A/S^{-1}I \simeq S^{-1}(A/I)\) comme \(A\)-modules. La proposition suivante montre qu’ils sont isomorphes comme anneaux.
Proposition
Soient \(I\) un idéal de \(A\) et \(S\) une partie multiplicative de \(A\). Alors \(S^{-1}I\) est un idéal de \(S^{-1}A\) et \(\overline{S}^{-1}(A/I)\) est isomorphe à \(S^{-1}A/S^{-1}I\), où \(\overline{S}\) est l’image de \(S\) dans \(A/I\).
Démonstration
Le fait que \(S^{-1}I\) soit un idéal est clair puisque \(I\) est lui-même un idéal. Définissons \[f : S^{-1}A\longrightarrow \overline{S}^{-1}(A/I), \quad x/s\mapsto \overline{x}/\overline{s}\] où \(\overline{x}\) et \(\overline{s}\) sont les images de \(x\) et de \(s\) dans \(A/I\). Nous conserverons des notations semblables dans cette démonstration. Cette application est bien définie par la propriété universelle de \(S^{-1}A\), et \(S^{-1}I\) est contenu dans son noyau ; elle induit donc une application \[\overline{f} : S^{-1}A/S^{-1}I \longrightarrow \overline{S}^{-1}(A/I), \quad \overline{x/s}\mapsto \overline{x}/\overline{s}\]
D’autre part, l’application \(A \to S^{-1}A/S^{-1}I\) qui envoie \(x\) sur \(\overline{x/1}\) induit une application \(A/I \to S^{-1}A/S^{-1}I\) qui envoie \(\overline{x}\) sur \(\overline{x/1}\). L’image de \(\overline{S}\) est inversible dans \(S^{-1}A/S^{-1}I\) ; elle induit donc une application \[g : \overline{S}^{-1}(A/I) \longrightarrow S^{-1}A/S^{-1}I, \quad \frac{\overline{x}}{\overline{s}}\mapsto \overline{x/s}\] par la propriété universelle. Il est alors clair que \(\overline{f}\) et \(g\) sont inverses l’un de l’autre ; ce sont donc tous deux des isomorphismes.
Étudions maintenant le comportement des sous-modules par localisation.
Lemme
Tout sous-module \(N'\) de \(S^{-1}M\) est de la forme \(S^{-1}N\) pour un certain \(N\subset M\). On peut en effet prendre pour \(N\) l’image réciproque de \(N'\) dans \(M\).
Démonstration
Soit \(N\) l’image réciproque de \(N'\) dans \(M\). On voit alors que \(S^{-1}N\supset N'\). Pour montrer qu’ils sont égaux, prenons \(x/s\) dans \(S^{-1}N\), où \(s\in S\) et \(x\in N\). Il s’ensuit que \(x/1\in N'\). Puisque \(N'\) est un \(S^{-1}R\)-sous-module, nous avons \(x/s = x/1\cdot 1/s\in N'\). Cela achève la démonstration.
En prenant \(M = A\) et \(N = I\), où I est un idéal de \(A\), nous obtenons le corollaire suivant, que l’on peut considérer comme une réciproque de la première partie de la Proposition 00CT.
Lemme
Tout idéal \(I'\) de \(S^{-1}A\) est de la forme \(S^{-1}I\), où l’on peut prendre pour \(I\) l’image réciproque de \(I'\) dans \(A\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement du Lemme 00CU.
Hom interne
Si \(R\) est un anneau et si \(M\), \(N\) sont des \(R\)-modules, alors \[\Hom_R(M, N) = \{ \varphi : M \to N\}\] est l’ensemble des applications \(R\)-linéaires de \(M\) vers \(N\). Cet ensemble est muni d’une structure de groupe abélien en posant, comme d’habitude, \((\varphi + \psi)(m) = \varphi(m) + \psi(m)\). En fait, \(\Hom_R(M, N)\) est aussi un \(R\)-module par la règle \((x \varphi)(m) = x \varphi(m) = \varphi(xm)\).
Étant donnés des homomorphismes \(a : M \to M'\) et \(b : N \to N'\) de \(R\)-modules, nous pouvons précomposer et postcomposer les homomorphismes par \(a\) et \(b\). On obtient le diagramme commutatif suivant : \[\xymatrix{ \Hom_R(M', N) \ar[d]_{- \circ a} \ar[r]_{b \circ -} & \Hom_R(M', N') \ar[d]^{- \circ a} \\ \Hom_R(M, N) \ar[r]^{b \circ -} & \Hom_R(M, N') }\] En fait, les applications de ce diagramme sont des homomorphismes de \(R\)-modules. Ainsi, \(\Hom_R\) définit un foncteur additif \[\text{Mod}_R^{opp} \times \text{Mod}_R \longrightarrow \text{Mod}_R, \quad (M, N) \longmapsto \Hom_R(M, N)\]
Lemme
Exactitude et \(\Hom_R\). Soit \(R\) un anneau. Soient \(M_1\), \(M_2\), \(M_3\) des \(R\)-modules. Soient \(M_1 \to M_2\) et \(M_2 \to M_3\) des homomorphismes de \(R\)-modules.
\(M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\) est exacte si et seulement si \(0 \to \Hom_R(M_3, N) \to \Hom_R(M_2, N) \to \Hom_R(M_1, N)\) est exacte pour tout \(R\)-module \(N\).
\(0 \to M_1 \to M_2 \to M_3\) est exacte si et seulement si \(0 \to \Hom_R(N, M_1) \to \Hom_R(N, M_2) \to \Hom_R(N, M_3)\) est exacte pour tout \(R\)-module \(N\).
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module de présentation finie. Soit \(N\) un \(R\)-module.
Pour \(f \in R\), nous avons \(\Hom_R(M, N)_f = \Hom_{R_f}(M_f, N_f) = \Hom_R(M_f, N_f)\),
pour une partie multiplicative \(S\) de \(R\), nous avons \[S^{-1}\Hom_R(M, N) = \Hom_{S^{-1}R}(S^{-1}M, S^{-1}N) = \Hom_R(S^{-1}M, S^{-1}N).\]
Démonstration
L’assertion (1) est un cas particulier de l’assertion (2). La seconde égalité dans (2) résulte du Lemme 07JY. Choisissons une présentation \[\bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, m} R \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, n} R \to M \to 0.\] D’après le Lemme 0582, nous obtenons une suite exacte \[0 \to \Hom_R(M, N) \to \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, n} N \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, m} N.\] En inversant \(S\) et en utilisant la Proposition 00CS, nous obtenons une suite exacte \[0 \to S^{-1}\Hom_R(M, N) \to \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, n} S^{-1}N \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, m} S^{-1}N\] et le résultat en découle puisque \(S^{-1}M\) s’insère dans une suite exacte \[\bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, m} S^{-1}R \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, n} S^{-1}R \to S^{-1}M \to 0\] qui induit (d’après le Lemme 0582) la suite exacte \[0 \to \Hom_{S^{-1}R}(S^{-1}M, S^{-1}N) \to \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, n} S^{-1}N \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{j = 1, \ldots, m} S^{-1}N\] qui est la même que ci-dessus.
Caractérisation des modules de type fini et de présentation finie
Étant donné un module \(N\) sur un anneau \(R\), on peut caractériser si \(N\) est ou non un module de type fini ou un module de présentation finie à l’aide du foncteur \(\Hom_R(N, -)\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(N\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(N\) est un \(R\)-module de type fini,
pour toute colimite filtrante \(M = \colim M_i\) de \(R\)-modules, l’application \(\colim \Hom_R(N, M_i) \to \Hom_R(N, M)\) est injective.
Démonstration
Supposons (1) et choisissons des générateurs \(x_1, \ldots, x_m\) de \(N\). Si \(N \to M_i\) est un homomorphisme de modules et si la composée \(N \to M_i \to M\) est nulle, alors, puisque \(M = \colim_{i' \geq i} M_{i'}\), pour tout \(j \in \{1, \ldots, m\}\), nous pouvons trouver un \(i' \geq i\) tel que \(x_j\) s’envoie sur zéro dans \(M_{i'}\). Comme les \(x_j\) sont en nombre fini, nous pouvons trouver un seul \(i'\) qui convienne à tous. La composée \(N \to M_i \to M_{i'}\) est alors nulle, et nous en concluons que l’application est injective, c’est-à-dire que l’assertion (2) vaut.
Supposons (2). Pour un sous-ensemble fini \(E \subset N\), notons \(N_E \subset N\) le \(R\)-sous-module engendré par les éléments de \(E\). Alors \(0 = \colim N/N_E\) est une colimite filtrante. Nous voyons donc que \(\text{id} : N \to N\) se factorise par \(N_E\) pour un certain \(E\), c’est-à-dire que \(N\) est de type fini.
Pour référence, nous définissons ce que signifie l’existence d’une relation entre des éléments d’un module.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soient \(n \geq 0\) et \(x_i \in M\) pour \(i = 1, \ldots, n\). Une relation entre \(x_1, \ldots, x_n\) dans \(M\) est une suite d’éléments \(f_1, \ldots, f_n \in R\) telle que \(\sum_{i = 1, \ldots, n} f_i x_i = 0\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \(M\) est la colimite d’un système filtrant \((M_i, \mu_{ij})\) de \(R\)-modules dont tous les \(M_i\) sont des \(R\)-modules de présentation finie.
Démonstration
Considérons un sous-ensemble fini quelconque \(S \subset M\) et une famille finie de relations \(E\) entre les éléments de \(S\). Ainsi, chaque \(s \in S\) correspond à un \(x_s \in M\) et chaque \(e \in E\) est constitué d’un vecteur d’éléments \(f_{e, s} \in R\) tel que \(\sum f_{e, s} x_s = 0\). Soit \(M_{S, E}\) le conoyau de l’application \[R^{\# E} \longrightarrow R^{\# S}, \quad (g_e)_{e\in E} \longmapsto (\sum g_e f_{e, s})_{s\in S}.\] Il existe des applications canoniques \(M_{S, E} \to M\). Si \(S \subset S'\) et si les éléments de \(E\) correspondent, par cette application, à des relations de \(E'\), il existe alors une application évidente \(M_{S, E} \to M_{S', E'}\) qui commute aux applications vers \(M\). Soit \(I\) l’ensemble des paires \((S, E)\), ordonné par l’inclusion décrite ci-dessus. Il est clair que la colimite de ce système filtrant est \(M\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(N\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(N\) est un \(R\)-module de présentation finie,
pour toute colimite filtrante \(M = \colim M_i\) de \(R\)-modules, l’application \(\colim \Hom_R(N, M_i) \to \Hom_R(N, M)\) est bijective.
Démonstration
Supposons (1) et choisissons une suite exacte \(F_{-1} \to F_0 \to N \to 0\) où les \(F_i\) sont libres de type fini. Nous avons alors une suite exacte \[0 \to \Hom_R(N, M) \to \Hom_R(F_0, M) \to \Hom_R(F_{-1}, M)\] fonctorielle en le \(R\)-module \(M\). Les foncteurs \(\Hom_R(F_i, M)\) commutent aux colimites filtrantes puisque \(\Hom_R(R^{\oplus n}, M) = M^{\oplus n}\). Comme les colimites filtrantes sont exactes (Lemme 00DB), nous voyons que (2) vaut.
Supposons (2). D’après le Lemme 00HA, nous pouvons écrire \(N = \colim N_i\) comme une colimite filtrante telle que \(N_i\) soit de présentation finie pour tout \(i\). Ainsi, \(\text{id}_N\) se factorise par \(N_i\) pour un certain \(i\). Cela signifie que \(N\) est facteur direct d’un module de présentation finie sur \(R\) (à savoir \(N_i\)), et est donc de présentation finie.
Produits tensoriels
Définition
Soient \(R\) un anneau et \(M, N, P\) trois \(R\)-modules. Une application \(f : M \times N \to P\) (où \(M \times N\) est considéré uniquement comme le produit cartésien de deux \(R\)-modules) est dite \(R\)-bilinéaire si, pour tout \(x \in M\), l’application \(y\mapsto f(x, y)\) de \(N\) dans \(P\) est \(R\)-linéaire et si, pour tout \(y\in N\), l’application \(x\mapsto f(x, y)\) est également \(R\)-linéaire.
Lemme
Soient \(M, N\) des \(R\)-modules. Il existe alors une paire \((T, g)\), où \(T\) est un \(R\)-module et \(g : M \times N \to T\) une application \(R\)-bilinéaire, qui possède la propriété universelle suivante : pour tout \(R\)-module \(P\) et toute application \(R\)-bilinéaire \(f : M \times N \to P\), il existe une unique application \(R\)-linéaire \(\tilde{f} : T \to P\) telle que \(f = \tilde{f} \circ g\). Autrement dit, le diagramme suivant est commutatif : \[\xymatrix{ M \times N \ar[rr]^f \ar[dr]_g & & P\\ & T \ar[ur]_{\tilde f} }\] De plus, si \((T, g)\) et \((T', g')\) sont deux paires possédant cette propriété, il existe un unique isomorphisme \(j : T \to T'\) tel que \(j\circ g = g'\).
Le \(R\)-module \(T\) qui satisfait à la propriété universelle ci-dessus est appelé le produit tensoriel des \(R\)-modules \(M\) et \(N\), et est noté \(M \otimes_R N\).
Démonstration
Démontrons d’abord l’existence d’un tel \(R\)-module \(T\). Soient \(M, N\) des \(R\)-modules. Soit \(T\) le module quotient \(P/Q\), où \(P\) est le \(R\)-module libre \(R^{(M \times N)}\) et où \(Q\) est le \(R\)-module engendré par tous les éléments des types suivants : (\(x\in M, y\in N\)) \[\begin{align*} (x + x', y) - (x, y) - (x', y), \\ (x, y + y') - (x, y) - (x, y'), \\ (ax, y) - a(x, y), \\ (x, ay) - a(x, y) \end{align*}\] Notons \(\pi : M \times N \to T\) l’application canonique. Cette application est \(R\)-bilinéaire, comme le montrent les relations ci-dessus lorsque l’on vérifie les conditions de bilinéarité. Notons l’image \(\pi(x, y) = x \otimes y\) ; ces éléments engendrent alors \(T\). Soit maintenant \(f : M \times N \to P\) une application \(R\)-bilinéaire ; nous pouvons définir \(f' : T \to P\) en prolongeant l’application \(f'(x \otimes y) = f(x, y)\). Il est clair que \(f = f'\circ \pi\). De plus, \(f'\) est uniquement déterminée par ses valeurs sur le système générateur \(\{x \otimes y : x\in M, y\in N\}\). Supposons qu’il existe une autre paire \((T', g')\) satisfaisant aux mêmes propriétés. Il existe alors un unique \(j : T \to T'\), ainsi qu’un \(j' : T' \to T\), tels que \(g' = j\circ g\), \(g = j'\circ g'\). Mais les deux applications \((j\circ j') \circ g\) et \(g\) satisfont alors aux propriétés universelles ; par unicité, elles sont donc égales, et par conséquent \(j'\circ j\) est l’identité sur \(T\). De même, \((j'\circ j) \circ g' = g'\) et \(j\circ j'\) est l’identité sur \(T'\). Ainsi, \(j\) est un isomorphisme.
Lemme
Soient \(M, N, P\) des \(R\)-modules ; les applications bilinéaires \[\begin{align*} (x, y) & \mapsto y \otimes x\\ (x + y, z) & \mapsto x \otimes z + y \otimes z\\ (r, x) & \mapsto rx \end{align*}\] induisent des isomorphismes uniques \[\begin{align*} M \otimes_R N & \to N \otimes_R M, \\ (M\oplus N)\otimes_R P & \to (M \otimes_R P)\oplus(N \otimes_R P), \\ R \otimes_R M & \to M \end{align*}\]
Démonstration
Démonstration omise.
Nous pouvons généraliser le produit tensoriel de deux \(R\)-modules à un nombre fini de \(R\)-modules et établir une correspondance entre le produit multitensoriel et les applications multilinéaires. Une construction presque identique permet de démontrer le résultat suivant :
Lemme
Soient \(M_1, \ldots, M_r\) des \(R\)-modules. Il existe alors une paire \((T, g)\) constituée d’un \(R\)-module T et d’une application \(R\)-multilinéaire \(g : M_1\times \ldots \times M_r \to T\) possédant la propriété universelle suivante : pour toute application \(R\)-multilinéaire \(f : M_1\times \ldots \times M_r \to P\), il existe un unique homomorphisme de \(R\)-modules \(f' : T \to P\) tel que \(f'\circ g = f\). Un tel module \(T\) est unique à isomorphisme unique près. Nous le notons \(M_1\otimes_R \ldots \otimes_R M_r\) et nous notons l’application multilinéaire universelle \((m_1, \ldots, m_r) \mapsto m_1 \otimes \ldots \otimes m_r\).
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Les homomorphismes \[(M \otimes_R N)\otimes_R P \to M \otimes_R N \otimes_R P \to M \otimes_R (N \otimes_R P)\] tels que \(f((x \otimes y)\otimes z) = x \otimes y \otimes z\) et \(g(x \otimes y \otimes z) = x \otimes (y \otimes z)\), \(x\in M, y\in N, z\in P\), sont bien définis et sont des isomorphismes.
Démonstration
Nous allons montrer que \(f\) est bien défini et est un isomorphisme ; la démonstration s’applique de manière analogue à \(g\). Fixons un \(z\in P\) quelconque. L’application \((x, y)\mapsto x \otimes y \otimes z\), \(x\in M, y\in N\), est alors \(R\)-bilinéaire en \(x\) et \(y\), et induit donc un homomorphisme \(f_z : M \otimes N \to M \otimes N \otimes P\) qui vérifie \(f_z(x \otimes y) = x \otimes y \otimes z\). Considérons ensuite \((M \otimes N)\times P \to M \otimes N \otimes P\) donnée par \((w, z)\mapsto f_z(w)\). Cette application est \(R\)-bilinéaire et induit donc \(f : (M \otimes_R N)\otimes_R P \to M \otimes_R N \otimes_R P\), avec \(f((x \otimes y)\otimes z) = x \otimes y \otimes z\). Pour construire l’inverse, remarquons que l’application \(\pi : M \times N \times P \to (M \otimes N)\otimes P\) est \(R\)-trilinéaire. Elle induit donc une application \(R\)-linéaire \(h : M \otimes N \otimes P \to (M \otimes N)\otimes P\) qui s’accorde avec la propriété universelle. Nous voyons ici que \(h(x \otimes y \otimes z) = (x \otimes y)\otimes z\). D’après les expressions explicites de \(f\) et de \(h\), \(f\circ h\) et \(h\circ f\) sont les applications identiques de \(M \otimes N \otimes P\) et de \((M \otimes N)\otimes P\), respectivement ; ainsi, \(f\) est bien l’isomorphisme recherché.
En raisonnant par récurrence, nous voyons que cela s’étend aux produits multitensoriels. En combinant ce résultat avec le Lemme 00CY, nous voyons que l’opération de produit tensoriel sur la catégorie des \(R\)-modules est associative, commutative et distributive.
Définition
Un groupe abélien \(N\) est appelé un \((A, B)\)-bimodule s’il est à la fois un \(A\)-module et un \(B\)-module et si, pour tous \(a \in A\) et \(b \in B\), les multiplications par \(a\) et par \(b\) commutent, de sorte que \(b(an) = a(bn)\) pour tout \(n \in N\). Dans cette situation, nous écrivons habituellement l’action de \(B\) à droite : ainsi, pour \(b \in B\) et \(n \in N\), le résultat de la multiplication de \(n\) par \(b\) est noté \(nb\). Avec cette convention, la compatibilité ci-dessus s’écrit \((ax)b = a(xb)\) pour tous \(a\in A, b\in B, x\in N\). La notation abrégée \(_AN_B\) désigne un \((A, B)\)-bimodule \(N\).
Lemme
Pour un \(A\)-module \(M\), un \(B\)-module \(P\) et un \((A, B)\)-bimodule \(N\), les modules \((M \otimes_A N)\otimes_B P\) et \(M \otimes_A(N \otimes_B P)\) peuvent tous deux être munis d’une structure de \((A, B)\)-bimodule, et de plus \[(M \otimes_A N)\otimes_B P \cong M \otimes_A(N \otimes_B P).\]
Démonstration
A priori, \(M \otimes_A N\) est un \(A\)-module, mais nous pouvons le munir d’une structure de \(B\)-module en posant \[(x \otimes y)b = x \otimes yb, \quad x\in M, y\in N, b\in B\] Ainsi, \(M \otimes_A N\) devient un \((A, B)\)-bimodule. Il en va de même pour \(N \otimes_B P\), et donc pour \((M \otimes_A N)\otimes_B P\) et \(M \otimes_A(N \otimes_B P)\). D’après le Lemme 00D0, ces deux modules sont isomorphes à la fois comme \(A\)-modules et comme \(B\)-modules par la même application.
Lemme
Pour trois \(R\)-modules quelconques \(M, N, P\), \[\Hom_R(M \otimes_R N, P) \cong \Hom_R(M, \Hom_R(N, P))\]
Démonstration
Une application \(R\)-linéaire \(\hat{f}\in \Hom_R(M \otimes_R N, P)\) correspond à une application \(R\)-bilinéaire \(f : M \times N \to P\). Pour tout \(x\in M\), l’application \(y\mapsto f(x, y)\) est \(R\)-linéaire par la propriété universelle. Ainsi, \(f\) correspond à une application \(\phi_f : M \to \Hom_R(N, P)\). Cette application est \(R\)-linéaire puisque \[\phi_f(ax + y)(z) = f(ax + y, z) = af(x, z)+f(y, z) = (a\phi_f(x)+\phi_f(y))(z),\] pour tous \(a \in R\), \(x \in M\), \(y \in M\) et \(z \in N\). Réciproquement, tout \(f \in \Hom_R(M, \Hom_R(N, P))\) définit une application \(R\)-bilinéaire \(M \times N \to P\), à savoir \((x, y)\mapsto f(x)(y)\). Nous obtenons donc une bijection naturelle entre les deux modules \(\Hom_R(M \otimes_R N, P)\) et \(\Hom_R(M, \Hom_R(N, P))\).
Lemme
Soit \((M_i, \mu_{ij})\) un système sur l’ensemble préordonné \(I\). Soit \(N\) un \(R\)-module. Alors \[\colim (M_i \otimes N) \cong (\colim M_i)\otimes N.\] De plus, l’isomorphisme est induit par les homomorphismes \(\mu_i \otimes 1: M_i \otimes N \to M \otimes N\), où \(M = \colim_i M_i\) et où \(\mu_i : M_i \to M\) sont les applications canoniques.
Démonstration
Première démonstration. Le foncteur \(M' \mapsto M' \otimes_R N\) est adjoint à gauche du foncteur \(N' \mapsto \Hom_R(N, N')\) d’après le Lemme 00DE. Ainsi, \(M' \mapsto M' \otimes_R N\) commute à toutes les colimites ; voir Catégories, Lemme 0038.
Seconde démonstration directe. Soit \(P = \colim (M_i \otimes N)\), muni des coprojections \(\lambda_i : M_i \otimes N \to P\). Soit \(M = \colim M_i\), muni des coprojections \(\mu_i : M_i \to M\). Alors, pour tous \(i\leq j\), le diagramme suivant est commutatif : \[\xymatrix{ M_i \otimes N \ar[r]_{\mu_i \otimes 1} \ar[d]_{\mu_{ij} \otimes 1} & M \otimes N \ar[d]^{\text{id}} \\ M_j \otimes N \ar[r]^{\mu_j \otimes 1} & M \otimes N }\] D’après le Lemme 00DA, ces applications induisent un unique homomorphisme \(\psi : P \to M \otimes N\) tel que \(\mu_i \otimes 1 = \psi \circ \lambda_i\).
Pour construire l’application inverse, il existe, pour tout \(i\in I\), l’application canonique \(R\)-bilinéaire \(g_i : M_i \times N \to M_i \otimes N\). Celle-ci induit une unique application \(\widehat{\phi} : M \times N \to P\) telle que \(\widehat{\phi} \circ (\mu_i \times 1) = \lambda_i \circ g_i\). Elle est \(R\)-bilinéaire et induit donc une application \(R\)-linéaire \(\phi : M \otimes N \to P\). Le diagramme commutatif ci-dessous : \[\xymatrix{ M_i \times N \ar[r]^{g_i} \ar[d]^{\mu_i \times \text{id}} & M_i \otimes N\ar[r]_{\text{id}} \ar[d]_{\lambda_i} & M_i \otimes N \ar[d]_{\mu_i \otimes \text{id}} \ar[rd]^{\lambda_i} \\ M \times N \ar[r]^{\widehat{\phi}} & P \ar[r]^{\psi} & M \otimes N \ar[r]^{\phi} & P }\] montre que \(\psi\circ\widehat{\phi} = g\), où g est l’application \(R\)-bilinéaire canonique \(g : M \times N \to M \otimes N\). Ainsi, \(\psi\circ\phi\) est l’identité de \(M \otimes N\). Le carré et le triangle de droite montrent que \(\phi\circ\psi\) est également l’identité de \(P\).
Lemme
Soit \[\begin{align*} M_1\xrightarrow{f} M_2\xrightarrow{g} M_3 \to 0 \end{align*}\] une suite exacte de \(R\)-modules et d’homomorphismes, et soit \(N\) un \(R\)-module quelconque. Alors la suite [00DG]\[\begin{equation} M_1\otimes N\xrightarrow{f \otimes 1} M_2\otimes N \xrightarrow{g \otimes 1} M_3\otimes N \to 0 \end{equation}\] est exacte. Autrement dit, le foncteur \(- \otimes_R N\) est exact à droite, au sens où tensoriser chaque terme de la suite exacte à droite initiale préserve l’exactitude.
Démonstration
Pour tout \(R\)-module \(P\), appliquons le foncteur \(\Hom(-, \Hom(N, P))\) à la première suite exacte. Nous obtenons \[0 \to \Hom(M_3, \Hom(N, P)) \to \Hom(M_2, \Hom(N, P)) \to \Hom(M_1, \Hom(N, P))\] qui est exacte d’après le Lemme 0582 (1). D’après le Lemme 00DE, cette suite devient \[0 \to \Hom(M_3 \otimes N, P) \to \Hom(M_2 \otimes N, P) \to \Hom(M_1 \otimes N, P)\] et est donc elle aussi exacte. En appliquant de nouveau le Lemme 0582 (1), nous obtenons la suite exacte recherchée.
Remarque
Cependant, le produit tensoriel NE préserve PAS les suites exactes en général. Autrement dit, si \(M_1 \to M_2 \to M_3\) est exacte, il n’est pas nécessairement vrai que \(M_1 \otimes N \to M_2 \otimes N \to M_3 \otimes N\) soit exacte pour un \(R\)-module \(N\) arbitraire.
Exemple
Considérons l’application injective \(2 : \mathbf{Z}\to \mathbf{Z}\) comme une application de \(\mathbf{Z}\)-modules. Soit \(N = \mathbf{Z}/2\). L’application induite \(\mathbf{Z} \otimes \mathbf{Z}/2 \to \mathbf{Z} \otimes \mathbf{Z}/2\) n’est PAS injective. En effet, pour \(x \otimes y\in \mathbf{Z} \otimes \mathbf{Z}/2\), \[(2 \otimes 1)(x \otimes y) = 2x \otimes y = x \otimes 2y = x \otimes 0 = 0\] L’application induite est donc l’application nulle, tandis que \(\mathbf{Z} \otimes N\neq 0\).
Remarque
Pour un \(R\)-module \(N\), si le foncteur \(-\otimes_R N\) est exact, c’est-à-dire si la tensorisation par \(N\) préserve toutes les suites exactes, alors \(N\) est appelé un \(R\)-module plat. Nous étudierons cette notion plus loin dans la section 00H9.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(M\) et \(N\) des \(R\)-modules.
Si \(N\) et \(M\) sont de type fini, alors \(M \otimes_R N\) l’est aussi.
Si \(N\) et \(M\) sont de présentation finie, alors \(M \otimes_R N\) l’est aussi.
Démonstration
Supposons \(M\) de type fini. Choisissons alors une présentation \(0 \to K \to R^{\oplus n} \to M \to 0\). Elle donne une suite exacte \(K \otimes_R N \to N^{\oplus n} \to M \otimes_R N \to 0\) d’après le Lemme 00DF. Nous en concluons que, si \(N\) est également de type fini, alors \(M \otimes_R N\) est un quotient d’un module de type fini, donc est de type fini ; voir le Lemme 0519. De même, si \(N\) et \(M\) sont tous deux de présentation finie, nous voyons que \(K\) est de type fini et que \(M \otimes_R N\) est le quotient du module de présentation finie \(N^{\oplus n}\) par un module de type fini, à savoir \(K \otimes_R N\), et est donc de présentation finie ; voir le Lemme 0519.
Lemme
Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors les \(S^{-1}R\)-modules \(S^{-1}M\) et \(S^{-1}R \otimes_R M\) sont canoniquement isomorphes, et l’isomorphisme canonique \(f : S^{-1}R \otimes_R M \to S^{-1}M\) est donné par \[f((a/s) \otimes m) = am/s, \forall a \in R, m \in M, s \in S\]
Démonstration
Il est évident que l’application \(f' : S^{-1}R \times M \to S^{-1}M\) donnée par \(f'(a/s, m) = am/s\) est bilinéaire ; par la propriété universelle, elle induit donc un unique homomorphisme de \(S^{-1}R\)-modules \(f : S^{-1}R \otimes_R M \to S^{-1}M\) comme dans l’énoncé du lemme. En fait, tout élément de \(S^{-1}M\) est de la forme \(m/s\), \(m\in M, s\in S\), et tout élément de \(S^{-1}R \otimes_R M\) est de la forme \(1/s \otimes m\). Pour voir ce dernier fait, écrivons un élément de \(S^{-1}R \otimes_R M\) sous la forme \[\sum_k \frac{a_k}{s_k} \otimes m_k = \sum_k \frac{a_k t_k}{s} \otimes m_k = \frac{1}{s} \otimes \sum_k {a_k t_k}m_k = \frac{1}{s} \otimes m\] où \(m = \sum_k {a_k t_k}m_k\). Il est alors évident que \(f\) est surjectif, et si \(f(\frac{1}{s} \otimes m) = m/s = 0\), il existe \(t \in S\) tel que \(tm = 0\) dans \(M\). Nous avons alors \[\frac{1}{s} \otimes m = \frac{1}{st} \otimes tm = \frac{1}{st} \otimes 0 = 0\] Par conséquent, \(f\) est injectif.
Lemme
Soient \(M, N\) des \(R\)-modules. Il existe alors un isomorphisme canonique de \(S^{-1}R\)-modules \(f : S^{-1}M \otimes_{S^{-1}R}S^{-1}N \to S^{-1}(M \otimes_R N)\), donné par \[f((m/s)\otimes(n/t)) = (m \otimes n)/st\]
Démonstration
Nous pouvons utiliser à plusieurs reprises le Lemme 00D2 et le Lemme 00DK pour voir que ces deux \(S^{-1}R\)-modules sont isomorphes, en remarquant que \(S^{-1}R\) est un \((R, S^{-1}R)\)-bimodule : \[\begin{align*} S^{-1}(M \otimes_R N) & \cong S^{-1}R \otimes_R (M \otimes_R N)\\ & \cong S^{-1}M \otimes_R N\\ & \cong (S^{-1}M \otimes_{S^{-1}R}S^{-1}R)\otimes_R N\\ & \cong S^{-1}M \otimes_{S^{-1}R}(S^{-1}R \otimes_R N)\\ & \cong S^{-1}M \otimes_{S^{-1}R}S^{-1}N \end{align*}\] On vérifie aisément que cet isomorphisme est bien celui énoncé dans le lemme.
Algèbre tensorielle
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Nous définissons l’algèbre tensorielle de \(M\) sur \(R\) comme la \(R\)-algèbre non commutative \[\text{T}(M) = \text{T}_R(M) = \bigoplus\nolimits_{n \geq 0} \text{T}^n(M)\] où \(\text{T}^0(M) = R\), \(\text{T}^1(M) = M\), \(\text{T}^2(M) = M \otimes_R M\), \(\text{T}^3(M) = M \otimes_R M \otimes_R M\), et ainsi de suite. La multiplication est définie par la règle suivante sur les tenseurs purs : \[(x_1 \otimes x_2 \otimes \ldots \otimes x_n) \cdot (y_1 \otimes y_2 \otimes \ldots \otimes y_m) = x_1 \otimes x_2 \otimes \ldots \otimes x_n \otimes y_1 \otimes y_2 \otimes \ldots \otimes y_m\] et nous l’étendons par linéarité.
Nous définissons l’algèbre extérieure \(\wedge(M)\) de \(M\) sur \(R\) comme le quotient de \(\text{T}(M)\) par l’idéal bilatère engendré par les éléments \(x \otimes x \in \text{T}^2(M)\). L’image d’un tenseur pur \(x_1 \otimes \ldots \otimes x_n\) dans \(\wedge^n(M)\) est notée \(x_1 \wedge \ldots \wedge x_n\). Ces éléments engendrent \(\wedge^n(M)\), ils dépendent \(R\)-linéairement de chaque \(x_i\) et ils sont nuls lorsque deux des \(x_i\) sont égaux (autrement dit, ils sont alternés en \(x_1, x_2, \ldots, x_n\)). La multiplication sur \(\wedge(M)\) est commutative au sens gradué, c’est-à-dire que tous \(x \in M\) et \(y \in M\) vérifient \(x \wedge y = - y \wedge x\).
Considérons le cas où \(M = Rx_1 \oplus \ldots \oplus Rx_n\) est un module libre de type fini. Alors \(\wedge(M)\) est libre sur \(R\), de base formée des éléments \[x_{i_1} \wedge \ldots \wedge x_{i_r}\] où \(0 \leq r \leq n\) et \(1 \leq i_1 < i_2 < \ldots < i_r \leq n\).
Nous définissons l’algèbre symétrique \(\text{Sym}(M)\) de \(M\) sur \(R\) comme le quotient de \(\text{T}(M)\) par l’idéal bilatère engendré par les éléments \(x \otimes y - y \otimes x \in \text{T}^2(M)\). L’image d’un tenseur pur \(x_1 \otimes \ldots \otimes x_n\) dans \(\text{Sym}^n(M)\) est simplement notée \(x_1 \ldots x_n\). Ces éléments engendrent \(\text{Sym}^n(M)\), ils dépendent \(R\)-linéairement de chaque \(x_i\), et \(x_1 \ldots x_n = x_1' \ldots x_n'\) si la suite d’éléments \(x_1, \ldots, x_n\) est une permutation de la suite \(x_1', \ldots, x_n'\). Ainsi, \(\text{Sym}(M)\) est commutative.
Considérons le cas où \(M = Rx_1 \oplus \ldots \oplus Rx_n\) est un module libre de type fini. Alors \(\text{Sym}(M) = R[x_1, \ldots, x_n]\) est une algèbre polynomiale.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Si \(M\) est un \(R\)-module libre, chacune de ses puissances symétriques et extérieures l’est aussi.
Démonstration
La démonstration est omise ; voir toutefois ci-dessus le cas libre de type fini.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M_2 \to M_1 \to M \to 0\) une suite exacte de \(R\)-modules. Il existe des suites exactes \[M_2 \otimes_R \text{Sym}^{n - 1}(M_1) \to \text{Sym}^n(M_1) \to \text{Sym}^n(M) \to 0\] et, de même, \[M_2 \otimes_R \wedge^{n - 1}(M_1) \to \wedge^n(M_1) \to \wedge^n(M) \to 0\]
Démonstration
La démonstration est omise.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(x_i\), \(i \in I\), une famille donnée de générateurs de \(M\) comme \(R\)-module. Soit \(n \geq 2\). Il existe une suite exacte canonique \[\bigoplus_{1 \leq j_1 < j_2 \leq n} \bigoplus_{i_1, i_2 \in I} \text{T}^{n - 2}(M) \oplus \bigoplus_{1 \leq j_1 < j_2 \leq n} \bigoplus_{i \in I} \text{T}^{n - 2}(M) \to \text{T}^n(M) \to \wedge^n(M) \to 0\] où le tenseur pur \(m_1 \otimes \ldots \otimes m_{n - 2}\) du premier facteur direct est envoyé sur \[\begin{align*} \underbrace{ m_1 \otimes \ldots \otimes x_{i_1} \otimes \ldots \otimes x_{i_2} \otimes \ldots \otimes m_{n - 2} }_{\text{avec } x_{i_1} \text{ et } x_{i_2} \text{ occupant les places } j_1 \text{ et } j_2 \text{ dans le tenseur}} \\ + \underbrace{ m_1 \otimes \ldots \otimes x_{i_2} \otimes \ldots \otimes x_{i_1} \otimes \ldots \otimes m_{n - 2} }_{\text{avec } x_{i_2} \text{ et } x_{i_1} \text{ occupant les places } j_1 \text{ et } j_2 \text{ dans le tenseur}} \end{align*}\] et \(m_1 \otimes \ldots \otimes m_{n - 2}\) du second facteur direct est envoyé sur \[\underbrace{ m_1 \otimes \ldots \otimes x_i \otimes \ldots \otimes x_i \otimes \ldots \otimes m_{n - 2} }_{\text{avec } x_{i} \text{ et } x_{i} \text{ occupant les places } j_1 \text{ et } j_2 \text{ dans le tenseur}}\] Il existe aussi une suite exacte canonique \[\bigoplus_{1 \leq j_1 < j_2 \leq n} \bigoplus_{i_1, i_2 \in I} \text{T}^{n - 2}(M) \to \text{T}^n(M) \to \text{Sym}^n(M) \to 0\] où le tenseur pur \(m_1 \otimes \ldots \otimes m_{n - 2}\) est envoyé sur \[\begin{align*} \underbrace{ m_1 \otimes \ldots \otimes x_{i_1} \otimes \ldots \otimes x_{i_2} \otimes \ldots \otimes m_{n - 2} }_{\text{avec } x_{i_1} \text{ et } x_{i_2} \text{ occupant les places } j_1 \text{ et } j_2 \text{ dans le tenseur}} \\ - \underbrace{ m_1 \otimes \ldots \otimes x_{i_2} \otimes \ldots \otimes x_{i_1} \otimes \ldots \otimes m_{n - 2} }_{\text{avec } x_{i_2} \text{ et } x_{i_1} \text{ occupant les places } j_1 \text{ et } j_2 \text{ dans le tenseur}} \end{align*}\]
Démonstration
La démonstration est omise.
Lemme
Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(B\)-module. Soit \(n > 1\). Le noyau de l’application \(A\)-linéaire \(M \otimes_A \ldots \otimes_A M \to \wedge^n_B(M)\) est engendré comme \(A\)-module par les éléments \(m_1 \otimes \ldots \otimes m_n\) tels que \(m_i = m_j\) pour \(i \not = j\), avec \(m_1, \ldots, m_n \in M\), et par les éléments \(m_1 \otimes \ldots \otimes bm_i \otimes \ldots \otimes m_n - m_1 \otimes \ldots \otimes bm_j \otimes \ldots \otimes m_n\) pour \(i \not = j\), \(m_1, \ldots, m_n \in M\) et \(b \in B\).
Démonstration
La démonstration est omise.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Supposons que les \(M_i\) forment un système filtrant de \(R\)-modules. Alors \(\colim_i \text{T}(M_i) = \text{T}(\colim_i M_i)\), et il en va de même pour les algèbres symétriques et extérieures.
Démonstration
La démonstration est omise. Indication : appliquer le lemme 00DD.
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. Alors \(S^{-1}T_R(M) = T_{S^{-1}R}(S^{-1}M)\) pour tout \(R\)-module \(M\). Il en va de même pour les algèbres symétriques et extérieures.
Démonstration
La démonstration est omise. Indication : appliquer le lemme 00DL.
Changement de base
Nous introduisons formellement le changement de base en algèbre comme suit.
Définition
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux quelconque. Le changement de base de \(\varphi\) par \(R \to R'\) est le morphisme d’anneaux \(R' \to S \otimes_R R'\). Dans cette situation, nous écrivons souvent \(S' = S \otimes_R R'\). Le changement de base du \(S\)-module \(M\) est le \(S'\)-module \(M \otimes_R R'\).
Si \(S = R[x_i]/(f_j)\) pour une famille de variables \(x_i\), \(i \in I\), et une famille de polynômes \(f_j \in R[x_i]\), \(j \in J\), alors \(S \otimes_R R' = R'[x_i]/(f'_j)\), où \(f'_j \in R'[x_i]\) est l’image de \(f_j\) par le morphisme \(R[x_i] \to R'[x_i]\) induit par \(R \to R'\). Cette remarque simple est la clé de la compréhension du changement de base.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux, et soient \(S' = S \otimes_R R'\) et \(M' = M \otimes_R R'\) les changements de base.
Si \(M\) est un \(S\)-module de type fini, alors son changement de base \(M'\) est un \(S'\)-module de type fini.
Si \(M\) est un \(S\)-module de présentation finie, alors son changement de base \(M'\) est un \(S'\)-module de présentation finie.
Si \(R \to S\) est de type fini, alors son changement de base \(R' \to S'\) est de type fini.
Si \(R \to S\) est de présentation finie, alors son changement de base \(R' \to S'\) est de présentation finie.
Démonstration
Démonstration de (1). Choisissons une application \(S\)-linéaire surjective \(S^{\oplus n} \to M \to 0\). Par les lemmes 00CY et 00DF, sa tensorisation par \(R^\prime\) donne une surjection \({S^\prime}^{\oplus n} \to M^\prime \rightarrow 0\), de sorte que \(M^\prime\) est un \(S^\prime\)-module de type fini. Démonstration de (2). Choisissons une présentation \(S^{\oplus m} \to S^{\oplus n} \to M \to 0\). Par les lemmes 00CY et 00DF, sa tensorisation par \(R^\prime\) donne une présentation finie \({S^\prime}^{\oplus m} \to {S^\prime}^{\oplus n} \to M^\prime \to 0\) du \(S^\prime\)-module \(M^\prime\). Démonstration de (3). Cela résulte de la remarque précédant le lemme, puisque nous pouvons supposer \(I\) fini. Démonstration de (4). Cela résulte de la remarque précédant le lemme, puisque nous pouvons supposer \(I\) et \(J\) finis.
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Étant donné un \(S\)-module \(N\), nous obtenons un \(R\)-module \(N_R\) par la règle \(r \cdot n = \varphi(r)n\). On l’appelle parfois la restriction des scalaires de \(N\) à \(R\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Les foncteurs \(\text{Mod}_S \to \text{Mod}_R\), \(N \mapsto N_R\) (restriction des scalaires), et \(\text{Mod}_R \to \text{Mod}_S\), \(M \mapsto M \otimes_R S\) (changement de base) sont adjoints. Plus précisément, \[\Hom_R(M, N_R) = \Hom_S(M \otimes_R S, N)\]
Démonstration
Si \(\alpha : M \to N_R\) est un morphisme de \(R\)-modules, nous définissons \(\alpha' : M \otimes_R S \to N\) par la règle \(\alpha'(m \otimes s) = s\alpha(m)\). Si \(\beta : M \otimes_R S \to N\) est un morphisme de \(S\)-modules, nous définissons \(\beta' : M \to N_R\) par la règle \(\beta'(m) = \beta(m \otimes 1)\). Nous omettons la vérification que ces constructions sont inverses l’une de l’autre.
Le lemme précédent nous dit que la restriction des scalaires admet un adjoint à gauche, à savoir le changement de base. Elle admet aussi un adjoint à droite.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Les foncteurs \(\text{Mod}_S \to \text{Mod}_R\), \(N \mapsto N_R\) (restriction des scalaires), et \(\text{Mod}_R \to \text{Mod}_S\), \(M \mapsto \Hom_R(S, M)\) sont adjoints. Plus précisément, \[\Hom_R(N_R, M) = \Hom_S(N, \Hom_R(S, M))\]
Démonstration
Si \(\alpha : N_R \to M\) est un morphisme de \(R\)-modules, nous définissons \(\alpha' : N \to \Hom_R(S, M)\) par la règle \(\alpha'(n) = (s \mapsto \alpha(sn))\). Si \(\beta : N \to \Hom_R(S, M)\) est un morphisme de \(S\)-modules, nous définissons \(\beta' : N_R \to M\) par la règle \(\beta'(n) = \beta(n)(1)\). Nous omettons la vérification que ces constructions sont inverses l’une de l’autre.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Étant donnés des \(S\)-modules \(M, N\) et un \(R\)-module \(P\), nous avons \[\Hom_R(M \otimes_S N, P) = \Hom_S(M, \Hom_R(N, P))\]
Démonstration
On peut le démontrer directement, mais c’est aussi une conséquence des lemmes 08YP et 00DE. En effet, nous avons \[\begin{align*} \Hom_R(M \otimes_S N, P) & = \Hom_S(M \otimes_S N, \Hom_R(S, P)) \\ & = \Hom_S(M, \Hom_S(N, \Hom_R(S, P))) \\ & = \Hom_S(M, \Hom_R(N, P)) \end{align*}\] comme voulu.
Divers
Les démonstrations de cette section ne doivent faire appel à aucun résultat autre que ceux de la section sur les notions de base, la section 00AR.
Lemme
Soient \(R\) un anneau, \(I\) et \(J\) deux idéaux, et \(\mathfrak p\) un idéal premier contenant le produit \(IJ\). Alors \(\mathfrak{p}\) contient \(I\) ou \(J\).
Démonstration
Supposons le contraire et choisissons \(x \in I \setminus \mathfrak p\) et \(y \in J \setminus \mathfrak p\). Leur produit appartient à \(IJ \subset \mathfrak p\), ce qui contredit le fait que \(\mathfrak p\) est premier.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(I_i \subset R\), \(i = 1, \ldots, r\), et \(J \subset R\) des idéaux. Supposons que
\(J \not\subset I_i\) pour \(i = 1, \ldots, r\), et
tous les \(I_i\) sauf deux sont des idéaux premiers.
Alors il existe \(x \in J\) tel que \(x\not\in I_i\) pour tout \(i\).
Démonstration
Le résultat est vrai pour \(r = 1\). Si \(r = 2\), choisissons \(x, y \in J\) tels que \(x \not \in I_1\) et \(y \not \in I_2\). Nous avons conclu, sauf si \(x \in I_2\) et \(y \in I_1\). Mais alors l’élément \(x + y\) ne peut appartenir à \(I_1\) (car cela entraînerait \(x + y - y \in I_1\)), ni à \(I_2\).
Pour \(r \geq 3\), supposons le résultat vrai pour \(r - 1\). Après renumérotation, nous pouvons supposer que \(I_r\) est premier. Nous pouvons aussi supposer qu’il n’existe aucune inclusion entre les \(I_i\). Choisissons \(x \in J\) tel que \(x \not \in I_i\) pour tout \(i = 1, \ldots, r - 1\). Si \(x \not\in I_r\), nous avons conclu. Supposons donc \(x \in I_r\). Si \(J I_1 \ldots I_{r - 1} \subset I_r\), alors \(J \subset I_r\) (par le lemme 07K1), contradiction. Choisissons \(y \in J I_1 \ldots I_{r - 1}\) tel que \(y \not \in I_r\). Alors \(x + y\) convient.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(x \in R\), \(I \subset R\) un idéal, et \(\mathfrak p_i\), \(i = 1, \ldots, r\), des idéaux premiers. Supposons que \(x + I \not \subset \mathfrak p_i\) pour \(i = 1, \ldots, r\). Alors il existe \(y \in I\) tel que \(x + y \not \in \mathfrak p_i\) pour tout \(i\).
Démonstration
Nous pouvons supposer qu’il n’existe aucune inclusion entre les \(\mathfrak p_i\). Après réordonnement, nous pouvons supposer \(x \not \in \mathfrak p_i\) pour \(i < s\) et \(x \in \mathfrak p_i\) pour \(i \geq s\). Si \(s = r + 1\), nous avons conclu. Sinon, nous pouvons trouver \(y \in I\) tel que \(y \not \in \mathfrak p_s\). Choisissons \(f \in \bigcap_{i < s} \mathfrak p_i\) tel que \(f \not \in \mathfrak p_s\). Alors \(x + fy\) n’appartient à aucun de \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_s\). Nous concluons donc par récurrence sur \(s\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau.
Si \(I_1, \ldots, I_r\) sont des idéaux tels que \(I_a + I_b = R\) lorsque \(a \not = b\), alors \(I_1 \cap \ldots \cap I_r = I_1I_2\ldots I_r\) et \(R/(I_1I_2\ldots I_r) \cong R/I_1 \times \ldots \times R/I_r\).
Si \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_r\) sont des idéaux maximaux deux à deux distincts, alors \(\mathfrak m_a + \mathfrak m_b = R\) pour \(a \not = b\), et ce qui précède s’applique.
Démonstration
Démontrons d’abord \(I_1 \cap \ldots \cap I_r = I_1 \ldots I_r\), car cela entraînera aussi l’injectivité du morphisme d’anneaux induit \(R/(I_1 \ldots I_r) \rightarrow R/I_1 \times \ldots \times R/I_r\). L’inclusion \(I_1 \cap \ldots \cap I_r \supset I_1 \ldots I_r\) est toujours vraie, puisque les idéaux sont stables par multiplication par des éléments quelconques de l’anneau. Pour démontrer l’autre inclusion, affirmons que les idéaux \[I_1 \ldots \hat I_i \ldots I_r,\quad i = 1, \ldots, r\] engendrent l’anneau \(R\). Nous le démontrons par récurrence sur \(r\). C’est vrai pour \(r = 2\). Si \(r > 2\), nous voyons que \(R\) est la somme des idéaux \(I_1 \ldots \hat I_i \ldots I_{r - 1}\), \(i = 1, \ldots, r - 1\). Par conséquent, \(I_r\) est la somme des idéaux \(I_1 \ldots \hat I_i \ldots I_r\), \(i = 1, \ldots, r - 1\). En appliquant le même argument aux idéaux pris dans l’ordre inverse, nous voyons que \(I_1\) est la somme des idéaux \(I_1 \ldots \hat I_i \ldots I_r\), \(i = 2, \ldots, r\). Puisque \(R = I_1 + I_r\) par hypothèse, nous voyons que \(R\) est la somme des idéaux affichés ci-dessus. Nous pouvons donc trouver des éléments \(a_i \in I_1 \ldots \hat I_i \ldots I_r\) dont la somme vaut un. En multipliant cette égalité par un élément de \(I_1 \cap \ldots \cap I_r\), nous obtenons l’autre inclusion. Il reste à montrer que l’application canonique \(R/(I_1 \ldots I_r) \rightarrow R/I_1 \times \ldots \times R/I_r\) est surjective. Pour cela, considérons son action sur l’égalité \(1 = \sum_{i=1}^r a_i\) obtenue ci-dessus. D’une part, un morphisme d’anneaux envoie 1 sur 1 ; d’autre part, l’image de tout \(a_i\) est nulle dans \(R/I_j\) pour \(j \neq i\). L’image de \(a_i\) dans \(R/I_i\) est donc l’élément unité. Ainsi, pour tout élément \((\bar{b_1}, \ldots, \bar{b_r}) \in R/I_1 \times \ldots \times R/I_r\), l’élément \(\sum_{i=1}^r a_i \cdot b_i\) en est un antécédent dans \(R\).
Pour voir (2), la définition même d’idéaux maximaux distincts donne \(\mathfrak{m}_a + \mathfrak{m}_b = R\) pour \(a \neq b\), et ce qui précède s’applique.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(n \geq m\). Soit \(A\) une matrice \(n \times m\) à coefficients dans \(R\). Soit \(J \subset R\) l’idéal engendré par les mineurs \(m \times m\) de \(A\).
Pour tout \(f \in J\), il existe une matrice \(m \times n\), \(B\), telle que \(BA = f 1_{m \times m}\).
Si \(f \in R\) et \(BA = f 1_{m \times m}\) pour une matrice \(m \times n\), \(B\), alors \(f^m \in J\).
Démonstration
Pour \(I \subset \{1, \ldots, n\}\) avec \(|I| = m\), notons \(E_I\) la matrice \(m \times n\) de la projection \[R^{\oplus n} = \bigoplus\nolimits_{i \in \{1, \ldots, n\}} R \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i \in I} R\] et posons \(A_I = E_I A\) ; ainsi, \(A_I\) est la matrice \(m \times m\) dont les lignes sont celles de \(A\) d’indices appartenant à \(I\). Soit \(B_I\) la matrice adjointe (transposée de la matrice des cofacteurs) de \(A_I\), c’est-à-dire telle que \(A_I B_I = B_I A_I = \det(A_I) 1_{m \times m}\). Les mineurs \(m \times m\) de \(A\) sont les déterminants \(\det A_I\) pour tous les \(I \subset \{1, \ldots, n\}\) tels que \(|I| = m\). Si \(f \in J\), nous pouvons écrire \(f = \sum c_I \det(A_I)\) avec \(c_I \in R\). Posons \(B = \sum c_I B_I E_I\) ; cela démontre (1).
Si \(f 1_{m \times m} = BA\), la formule de Cauchy-Binet (0F0K) donne \(f^m = \sum b_I \det(A_I)\), où \(b_I\) est le déterminant de la matrice \(m \times m\) dont les colonnes sont celles de \(B\) d’indices appartenant à \(I\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(n \geq m\). Soit \(A = (a_{ij})\) une matrice \(n \times m\) à coefficients dans \(R\), écrite par blocs sous la forme \[A = \left( \begin{matrix} A_1 \\ A_2 \end{matrix} \right)\] où \(A_1\) est de taille \(m \times m\). Soit \(B\) la matrice adjointe (transposée de la matrice des cofacteurs) de \(A_1\). Alors \[AB = \left( \begin{matrix} f 1_{m \times m} \\ C \end{matrix} \right)\] où \(f = \det(A_1)\) et où \(c_{ij}\) est, au signe près, le déterminant du mineur \(m \times m\) de \(A\) correspondant aux lignes \(1, \ldots, \hat j, \ldots, m, i\).
Démonstration
Puisque la matrice adjointe vérifie \(A_1B = B A_1 = f\), le premier bloc de l’expression de \(AB\) est correct. Remarquons que \[c_{ij} = \sum\nolimits_k a_{ik}b_{kj} = \sum (-1)^{j + k}a_{ik} \det(A_1^{jk})\] où \(A_1^{ij}\) désigne la matrice \(A_1\) privée de sa \(j\)-ième ligne et de sa \(k\)-ième colonne. Cette dernière expression est le développement suivant une ligne du déterminant de la matrice de l’énoncé du lemme.
Lemme
Soit \(R\) un anneau non nul. Soit \(n \geq 1\). Soit \(M\) un \(R\)-module engendré par un nombre d’éléments \(< n\). Alors tout morphisme de \(R\)-modules \(f : R^{\oplus n} \to M\) a un noyau non nul.
Démonstration
Choisissons une surjection \(R^{\oplus n - 1} \to M\). Nous pouvons relever le morphisme \(f\) en un morphisme \(f' : R^{\oplus n} \to R^{\oplus n - 1}\) (lemme 07JX). Il suffit de démontrer que \(f'\) a un noyau non nul. Le morphisme \(f' : R^{\oplus n} \to R^{\oplus n - 1}\) est donné par une matrice \(A = (a_{ij})\). Si l’un des \(a_{ij}\) n’est pas nilpotent, disons que \(a = a_{ij}\) ne l’est pas, nous pouvons remplacer \(R\) par la localisation \(R_a\) et supposer que \(a_{ij}\) est une unité. En effet, si nous trouvons un noyau non nul après localisation, il existait déjà un noyau non nul, car la localisation est exacte ; voir la proposition 00CS. Dans ce cas, nous pouvons effectuer un changement de base à la fois dans \(R^{\oplus n}\) et dans \(R^{\oplus n - 1}\) et nous ramener au cas où \[A = \left( \begin{matrix} 1 & 0 & 0 & \ldots \\ 0 & a_{22} & a_{23} & \ldots \\ 0 & a_{32} & \ldots \\ \ldots & \ldots \end{matrix} \right)\] Nous concluons alors par récurrence sur \(n\). Sinon, chaque \(a_{ij}\) est nilpotent. Posons \(I = (a_{ij}) \subset R\). Remarquons que \(I^{m + 1} = 0\) pour un certain \(m \geq 0\). Soit \(m\) le plus grand entier tel que \(I^m \not = 0\). Alors \((I^m)^{\oplus n}\) est contenu dans le noyau du morphisme, ce qui conclut.
Lemme
Soit \(R\) un anneau non nul. Soient \(n, m \geq 0\) des entiers. Si \(R^{\oplus n}\) est isomorphe à \(R^{\oplus m}\) comme \(R\)-modules, alors \(n = m\).
Démonstration
C’est immédiat d’après le lemme 05WI.
Cayley-Hamilton
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(A = (a_{ij})\) une matrice \(n \times n\) à coefficients dans \(R\). Soit \(P(x) \in R[x]\) le polynôme caractéristique de \(A\) (défini comme \(\det(x\text{id}_{n \times n} - A)\)). Alors \(P(A) = 0\) dans \(\text{Mat}(n \times n, R)\).
Démonstration
Nous ramenons la question au théorème de Cayley-Hamilton bien connu d’algèbre linéaire, en plusieurs étapes :
Si \(\phi :S \rightarrow R\) est un morphisme d’anneaux et si les \(b_{ij}\) sont des antécédents des \(a_{ij}\) par ce morphisme, il suffit de démontrer l’énoncé pour \(S\) et \((b_{ij})\), puisque \(\phi\) est un morphisme d’anneaux.
Si \(\psi :R \hookrightarrow S\) est un morphisme injectif d’anneaux, il suffit clairement de démontrer le résultat pour \(S\) et pour les \(a_{ij}\) considérés comme éléments de \(S\).
Nous pouvons donc d’abord nous ramener au cas \(R = \mathbf{Z}[X_{ij}]\), \(a_{ij} = X_{ij}\), d’un anneau de polynômes, puis au cas \(R = \mathbf{Q}(X_{ij})\), où nous pouvons enfin appliquer Cayley-Hamilton.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(\varphi : M \to M\) un endomorphisme. Alors il existe un polynôme unitaire \(P \in R[T]\) tel que \(P(\varphi) = 0\) comme endomorphisme de \(M\).
Démonstration
Choisissons un morphisme surjectif de \(R\)-modules \(R^{\oplus n} \to M\), donné par \((a_1, \ldots, a_n) \mapsto \sum a_ix_i\), pour des générateurs \(x_i \in M\). Choisissons \((a_{i1}, \ldots, a_{in}) \in R^{\oplus n}\) tels que \(\varphi(x_i) = \sum a_{ij} x_j\). Autrement dit, le diagramme \[\xymatrix{ R^{\oplus n} \ar[d]_A \ar[r] & M \ar[d]^\varphi \\ R^{\oplus n} \ar[r] & M }\] est commutatif, où \(A = (a_{ij})\). D’après le lemme 00DX, il existe un polynôme unitaire \(P\) tel que \(P(A) = 0\). Il s’ensuit que \(P(\varphi) = 0\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(\varphi : M \to M\) un endomorphisme tel que \(\varphi(M) \subset IM\). Alors il existe un polynôme unitaire \(P = t^n + a_1 t^{n - 1} + \ldots + a_n \in R[T]\) tel que \(a_j \in I^j\) et que \(P(\varphi) = 0\) comme endomorphisme de \(M\).
Démonstration
Choisissons un morphisme surjectif de \(R\)-modules \(R^{\oplus n} \to M\), donné par \((a_1, \ldots, a_n) \mapsto \sum a_ix_i\), pour des générateurs \(x_i \in M\). Choisissons \((a_{i1}, \ldots, a_{in}) \in I^{\oplus n}\) tels que \(\varphi(x_i) = \sum a_{ij} x_j\). Autrement dit, le diagramme \[\xymatrix{ R^{\oplus n} \ar[d]_A \ar[r] & M \ar[d]^\varphi \\ I^{\oplus n} \ar[r] & M }\] est commutatif, où \(A = (a_{ij})\). D’après le lemme 00DX, le polynôme \(P(t) = \det(t\text{id}_{n \times n} - A)\) possède toutes les propriétés voulues.
À titre d’application plaisante, démontrons le lemme surprenant suivant.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(\varphi : M \to M\) un morphisme surjectif de \(R\)-modules. Alors \(\varphi\) est un isomorphisme.
Démonstration
Écrivons \(R' = R[x]\) et considérons \(M\) comme un \(R'\)-module de type fini, \(x\) agissant par \(\varphi\). Posons \(I = (x) \subset R'\). L’hypothèse de surjectivité de \(\varphi\) donne \(IM = M\). Nous pouvons donc appliquer le lemme 05G7 à \(M\) considéré comme un \(R'\)-module, à l’idéal \(I\) et à l’endomorphisme \(\text{id}_M\). Nous en déduisons que \((1 + a_1 + \ldots + a_n)\text{id}_M = 0\) avec \(a_j \in I\). Écrivons \(a_j = b_j(x)x\) pour un certain \(b_j(x) \in R[x]\). En revenant à \(\varphi\), nous voyons que \(\text{id}_M = -(\sum_{j = 1, \ldots, n} b_j(\varphi)) \varphi\), et donc que \(\varphi\) est inversible.
Démonstration
Nous raisonnons par récurrence sur le nombre de générateurs de \(M\) sur \(R\). Si \(M\) est engendré par un élément, alors \(M \cong R/I\) pour un certain idéal \(I \subset R\). Nous pouvons alors remplacer \(R\) par \(R/I\), de sorte que \(M = R\). Dans ce cas, \(\varphi : R \to R\) est donné par la multiplication sur \(M\) par un élément \(r \in R\). La surjectivité de \(\varphi\) force \(r\) à être inversible, puisque \(\varphi\) doit atteindre \(1\) ; il s’ensuit que \(\varphi\) est inversible.
Supposons maintenant le lemme démontré pour les modules engendrés par \(n - 1\) éléments, et considérons un module \(M\) engendré par \(n\) éléments. Notons \(A\) l’anneau \(R[t]\) et regardons le module \(M\) comme un \(A\)-module en faisant agir \(t\) par \(\varphi\) ; comme \(M\) est de type fini sur \(R\), il l’est aussi sur \(R[t]\). Puisque nous cherchons à démontrer que \(\varphi\) est injectif, ce qui est une propriété ensembliste, nous pouvons tout aussi bien démontrer que l’endomorphisme \(t : M \to M\) sur \(A\) est injectif. Nous avons ramené le problème au cas où notre endomorphisme est la multiplication par un élément de l’anneau de base. Notons \(M' \subset M\) le sous-\(A\)-module engendré par les \(n - 1\) premiers générateurs de \(M\), et considérons le diagramme \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & M' \ar[r]\ar[d]^{\varphi\mid_{M'}} & M\ar[d]^\varphi \ar[r] & M/M' \ar[d]^{\varphi \bmod M'} \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & M' \ar[r] & M \ar[r] & M/M' \ar[r] & 0, }\] où la restriction de \(\varphi\) à \(M'\) et l’application induite par \(\varphi\) sur le quotient \(M/M'\) sont bien définies, puisque \(\varphi\) est la multiplication par un élément de la base, et que \(M'\) et \(M/M'\) sont eux-mêmes des \(A\)-modules. Par le cas \(n = 1\), l’application \(M/M' \to M/M'\) est un isomorphisme. Une chasse au diagramme montre que \(\varphi|_{M'}\) est surjective ; par récurrence, \(\varphi|_{M'}\) est donc un isomorphisme. Le lemme du serpent impose alors à la colonne du milieu d’être un isomorphisme.
Le spectre d’un anneau
Nous décidons arbitrairement que le spectre d’un anneau, considéré comme espace topologique, relève du chapitre d’algèbre, tandis qu’un schéma affine relève du chapitre sur les schémas.
Définition
Soit \(R\) un anneau.
Le spectre de \(R\) est l’ensemble des idéaux premiers de \(R\). On le note habituellement \(\Spec(R)\).
Étant donnée une partie \(T \subset R\), nous notons \(V(T) \subset \Spec(R)\) l’ensemble des idéaux premiers contenant \(T\), c’est-à-dire \(V(T) = \{ \mathfrak p \in \Spec(R) \mid \forall f\in T, f\in \mathfrak p\}\).
Étant donné un élément \(f \in R\), nous notons \(D(f) \subset \Spec(R)\) l’ensemble des idéaux premiers ne contenant pas \(f\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau.
Le spectre d’un anneau \(R\) est vide si et seulement si \(R\) est l’anneau nul.
Tout anneau non nul possède un idéal maximal.
Tout anneau non nul possède un idéal premier minimal.
Étant donnés un idéal \(I \subset R\) et un idéal premier vérifiant \(I \subset \mathfrak p\), il existe un idéal premier \(I \subset \mathfrak q \subset \mathfrak p\) tel que \(\mathfrak q\) soit minimal au-dessus de \(I\).
Si \(T \subset R\) et si \((T)\) est l’idéal engendré par \(T\) dans \(R\), alors \(V((T)) = V(T)\).
Si \(I\) est un idéal et si \(\sqrt{I}\) est son radical, voir la notion de base (00BI), alors \(V(I) = V(\sqrt{I})\).
Pour tout idéal \(I\) de \(R\), nous avons \(\sqrt{I} = \bigcap_{I \subset \mathfrak p} \mathfrak p\).
Si \(I\) est un idéal, alors \(V(I) = \emptyset\) si et seulement si \(I\) est l’idéal unité.
Si \(I\) et \(J\) sont des idéaux de \(R\), alors \(V(I) \cup V(J) = V(I \cap J)\).
Si \((I_a)_{a\in A}\) est une famille d’idéaux de \(R\), alors \(\bigcap_{a\in A} V(I_a) = V(\bigcup_{a\in A} I_a)\).
Si \(f \in R\), alors \(D(f) \amalg V(f) = \Spec(R)\).
Si \(f \in R\), alors \(D(f) = \emptyset\) si et seulement si \(f\) est nilpotent.
Si \(f = u f'\) pour une unité \(u \in R\), alors \(D(f) = D(f')\).
Si \(I \subset R\) est un idéal et si \(\mathfrak p\) est un idéal premier de \(R\) tel que \(\mathfrak p \not\in V(I)\), alors il existe \(f \in R\) tel que \(\mathfrak p \in D(f)\) et \(D(f) \cap V(I) = \emptyset\).
Si \(f, g \in R\), alors \(D(fg) = D(f) \cap D(g)\).
Si \(f_i \in R\) pour \(i \in I\), alors \(\bigcup_{i\in I} D(f_i)\) est le complémentaire de \(V(\{f_i \}_{i\in I})\) dans \(\Spec(R)\).
Si \(f \in R\) et \(D(f) = \Spec(R)\), alors \(f\) est une unité.
Démonstration
Nous traitons chaque assertion dans l’item correspondant ci-dessous.
C’est une conséquence directe de (2) ou de (3).
Soit \(\mathfrak{A}\) l’ensemble de tous les idéaux propres de \(R\). Cet ensemble est ordonné par inclusion et n’est pas vide, puisque \((0) \in \mathfrak{A}\) est un idéal propre. Soit \(A\) une partie totalement ordonnée de \(\mathfrak A\). Alors \(\bigcup_{I \in A} I\) est en fait un idéal. Comme 1 \(\notin I\) pour tout \(I \in A\), la réunion ne contient pas 1 et est donc propre. Ainsi, \(\bigcup_{I \in A} I\) appartient à \(\mathfrak{A}\) et majore la partie \(A\). Le lemme de Zorn assure donc à \(\mathfrak{A}\) l’existence d’un élément maximal, qui est l’idéal maximal recherché.
Puisque \(R\) est non nul, il contient un idéal maximal, donc premier. Ainsi, l’ensemble \(\mathfrak{A}\) de tous les idéaux premiers de \(R\) n’est pas vide. \(\mathfrak{A}\) est ordonné par l’inclusion opposée. Soit \(A\) une partie totalement ordonnée de \(\mathfrak{A}\). Il est clair que \(J = \bigcap_{I \in A} I\) est un idéal. Il est moins clair qu’il soit premier. Soit \(xy \in J\). Alors \(xy \in I\) pour tout \(I \in A\). Posons \(B = \{I \in A | y \in I\}\) et \(K = \bigcap_{I \in B} I\). Puisque \(A\) est totalement ordonné, ou bien \(K = J\) (et nous avons conclu, car alors \(y \in J\)), ou bien \(K \supset J\) et, pour tout \(I \in A\) tel que \(I\) soit strictement contenu dans \(K\), nous avons \(y \notin I\). Mais cela signifie que, pour tous ces idéaux \(I, x \in I\), puisqu’ils sont premiers. Ainsi \(x \in J\). Dans les deux cas, \(J\) est premier, comme voulu. Le lemme de Zorn fournit donc un élément maximal, qui est ici un idéal premier minimal.
C’est exactement le même argument que dans (3), en ne considérant que les idéaux premiers contenus dans \(\mathfrak{p}\) et contenant \(I\).
\((T)\) est le plus petit idéal contenant \(T\). Par conséquent, si \(T \subset I\) pour un certain idéal, alors \((T) \subset I\) également. Ainsi, si \(I \in V(T)\), alors \(I \in V((T))\) également. L’autre inclusion est évidente.
Puisque \(I \subset \sqrt{I}, V(\sqrt{I}) \subset V(I)\), prenons \(\mathfrak{p} \in V(I)\). Soit \(x \in \sqrt{I}\). Alors \(x^n \in I\) pour un certain \(n\). Donc \(x^n \in \mathfrak{p}\). Comme \(\mathfrak{p}\) est premier, une récurrence immédiate donne \(x \in \mathfrak{p}\). Ainsi \(\sqrt{I} \subset \mathfrak{p}\) et \(\mathfrak{p} \in V(\sqrt{I})\).
Soit \(f \in R \setminus \sqrt{I}\). Alors \(f^n \notin I\) pour tout \(n\). Par conséquent, \(S = \{1, f, f^2, \ldots\}\) est une partie multiplicative ne contenant pas \(0\). Choisissons un idéal premier \(\bar{\mathfrak{p}} \subset S^{-1}R\) contenant \(S^{-1}I\). Alors \(\mathfrak{p}\), image réciproque dans \(R\) de \(\bar{\mathfrak{p}}\), est un idéal premier contenant \(I\) et ne rencontrant pas \(S\). Cela montre que \(\bigcap_{I \subset \mathfrak p} \mathfrak p \subset \sqrt{I}\). Maintenant, si \(a \in \sqrt{I}\), alors \(a^n \in I\) pour un certain \(n\). Ainsi, si \(I \subset \mathfrak{p}\), alors \(a^n \in \mathfrak{p}\). Comme \(\mathfrak{p}\) est premier, nous avons \(a \in \mathfrak{p}\). L’égalité est donc démontrée.
\(I\) n’est pas l’idéal unité si et seulement si \(I\) est contenu dans un idéal maximal (pour le voir, appliquer (2) à l’anneau \(R/I\)), lequel est donc premier.
Si \(\mathfrak{p} \in V(I) \cup V(J)\), alors \(I \subset \mathfrak{p}\) ou \(J \subset \mathfrak{p}\), ce qui signifie que \(I \cap J \subset \mathfrak{p}\). Réciproquement, si \(I \cap J \subset \mathfrak{p}\), alors \(IJ \subset \mathfrak{p}\) ; ainsi, soit \(I\), soit \(J\), est contenu dans \(\mathfrak{p}\), puisque \(\mathfrak{p}\) est premier.
\(\mathfrak{p} \in \bigcap_{a \in A} V(I_a) \Leftrightarrow I_a \subset \mathfrak{p}, \forall a \in A \Leftrightarrow \mathfrak{p} \in V(\bigcup_{a\in A} I_a)\)
Si \(\mathfrak{p}\) est un idéal premier et \(f \in R\), alors ou bien \(f \in \mathfrak{p}\), ou bien \(f \notin \mathfrak{p}\), de façon exclusive ; c’est précisément ce qu’exprime la réunion disjointe.
Si \(a \in R\) est nilpotent, alors \(a^n = 0\) pour un certain \(n\). Ainsi \(a^n \in \mathfrak{p}\) pour tout idéal premier. Une récurrence donne donc \(a \in \mathfrak{p}\) et \(D(a) = \emptyset\). Réciproquement, comme nous l’avons montré en (7), si \(a \in R\) n’est pas nilpotent, il existe un idéal premier qui ne le contient pas.
\(f \in \mathfrak{p} \Leftrightarrow uf \in \mathfrak{p}\), puisque \(u\) est inversible.
Si \(\mathfrak{p} \notin V(I)\), alors \(\exists f \in I \setminus \mathfrak{p}\). Ainsi \(f \notin \mathfrak{p}\), donc \(\mathfrak{p} \in D(f)\). En outre, si \(\mathfrak{q} \in D(f)\), alors \(f \notin \mathfrak{q}\), si bien que \(I\) n’est pas contenu dans \(\mathfrak{q}\). Ainsi \(D(f) \cap V(I) = \emptyset\).
Si \(fg \in \mathfrak{p}\), alors \(f \in \mathfrak{p}\) ou \(g \in \mathfrak{p}\). Par conséquent, si \(f \notin \mathfrak{p}\) et \(g \notin \mathfrak{p}\), alors \(fg \notin \mathfrak{p}\). Puisque \(\mathfrak{p}\) est un idéal, si \(fg \notin \mathfrak{p}\), alors \(f \notin \mathfrak{p}\) et \(g \notin \mathfrak{p}\).
\(\mathfrak{p} \in \bigcup_{i \in I} D(f_i) \Leftrightarrow \exists i \in I, f_i \notin \mathfrak{p} \Leftrightarrow \mathfrak{p} \in \Spec(R) \setminus V(\{f_i\}_{i \in I})\)
Si \(D(f) = \Spec(R)\), alors \(V(f) = \emptyset\) et donc \(fR = R\), de sorte que \(f\) est une unité.
Le lemme entraîne que les parties \(V(T)\) de la définition 00DZ sont les fermés d’une topologie sur \(\Spec(R)\). Il montre aussi que les ensembles \(D(f)\) sont ouverts et forment une base de cette topologie.
Définition
Soit \(R\) un anneau. La topologie sur \(\Spec(R)\) dont les fermés sont les ensembles \(V(T)\) est appelée topologie de Zariski. Les ouverts \(D(f)\) sont appelés les ouverts principaux de \(\Spec(R)\).
Le contexte indiquera clairement si nous considérons \(\Spec(R)\) seulement comme un ensemble ou comme un espace topologique.
Lemme
Supposons que \(\varphi : R \to R'\) soit un morphisme d’anneaux. L’application induite \[\Spec(\varphi) : \Spec(R') \longrightarrow \Spec(R), \quad \mathfrak p' \longmapsto \varphi^{-1}(\mathfrak p')\] est continue pour les topologies de Zariski. En fait, pour tout élément \(f \in R\), nous avons \(\Spec(\varphi)^{-1}(D(f)) = D(\varphi(f))\).
Démonstration
La notion de base (00BV) assure que \(\mathfrak p := \varphi^{-1}(\mathfrak p')\) est bien un idéal premier de \(R\). La dernière assertion du lemme résulte directement des définitions et entraîne la première.
Si \(\varphi' : R' \to R''\) est un second morphisme d’anneaux, alors la composée \[\Spec(R'') \longrightarrow \Spec(R') \longrightarrow \Spec(R)\] est égale à \(\Spec(\varphi' \circ \varphi)\). Autrement dit, \(\Spec\) est un foncteur contravariant de la catégorie des anneaux vers la catégorie des espaces topologiques.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. Le morphisme \(R \to S^{-1}R\) induit, par fonctorialité de \(\Spec\), un homéomorphisme \[\Spec(S^{-1}R) \longrightarrow \{\mathfrak p \in \Spec(R) \mid S \cap \mathfrak p = \emptyset \}\] où le membre de droite est muni de la topologie induite par la topologie de Zariski sur \(\Spec(R)\). L’application inverse est donnée par \(\mathfrak p \mapsto S^{-1}\mathfrak p = \mathfrak p(S^{-1}R)\).
Démonstration
Notons \(D\) le membre de droite de la flèche du lemme. Choisissons un idéal premier \(\mathfrak p' \subset S^{-1}R\) et soit \(\mathfrak p\) l’image réciproque de \(\mathfrak p'\) dans \(R\). Puisque \(\mathfrak p'\) ne contient pas \(1\), nous voyons que \(\mathfrak p\) ne contient aucun élément de \(S\). Ainsi \(\mathfrak p \in D\), et nous voyons que l’image est contenue dans \(D\). Soit \(\mathfrak p \in D\). Par hypothèse, l’image \(\overline{S}\) ne contient pas \(0\). D’après la notion de base (00C6), \(\overline{S}^{-1}(R/\mathfrak p)\) n’est pas l’anneau nul. D’après la notion de base (00CD), nous voyons que \(S^{-1}R / S^{-1}\mathfrak p = \overline{S}^{-1}(R/\mathfrak p)\) est un anneau intègre, et donc que \(S^{-1}\mathfrak p\) est premier. L’égalité d’anneaux montre aussi que l’image réciproque de \(S^{-1}\mathfrak p\) dans \(R\) est égale à \(\mathfrak p\), car \(R/\mathfrak p \to \overline{S}^{-1}(R/\mathfrak p)\) est injective d’après la notion de base (00C7). Cela démontre que l’application \(\Spec(S^{-1}R) \to \Spec(R)\) est une bijection sur \(D\), dont l’inverse est celui indiqué. Elle est continue d’après le lemme 00E2. Enfin, soit \(D(g) \subset \Spec(S^{-1}R)\) un ouvert principal. Écrivons \(g = h/s\) pour certains \(h\in R\) et \(s\in S\). Puisque \(g\) s’obtient à partir de \(h/1\) par multiplication par une unité, nous avons \(D(g) = D(h/1)\) dans \(\Spec(S^{-1}R)\). Le lemme 00E2 et la bijectivité ci-dessus montrent donc que l’image de \(D(g) = D(h/1)\) est \(D \cap D(h)\). Cela prouve que l’application est également ouverte.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(f \in R\). Le morphisme \(R \to R_f\) induit, par fonctorialité de \(\Spec\), un homéomorphisme \[\Spec(R_f) \longrightarrow D(f) \subset \Spec(R).\] L’application inverse est donnée par \(\mathfrak p \mapsto \mathfrak p \cdot R_f\).
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 00E3.
Tout « ouvert affine » d’un spectre n’est pas nécessairement un ouvert principal. Voir l’exemple 00F1.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Le morphisme \(R \to R/I\) induit, par fonctorialité de \(\Spec\), un homéomorphisme \[\Spec(R/I) \longrightarrow V(I) \subset \Spec(R).\] L’application inverse est donnée par \(\mathfrak p \mapsto \mathfrak p / I\).
Démonstration
Il est immédiat que l’image est contenue dans \(V(I)\). D’autre part, si \(\mathfrak p \in V(I)\), alors \(\mathfrak p \supset I\), et nous pouvons considérer l’idéal \(\mathfrak p /I \subset R/I\). La notion de base (00C3) montre que \((R/I)/(\mathfrak p/I) = R/\mathfrak p\) est un anneau intègre, et donc que \(\mathfrak p/I\) est un idéal premier. Il est alors immédiat que l’image de \(D(f + I)\) est \(D(f) \cap V(I)\), et donc que l’application est un homéomorphisme.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. L’espace \(\Spec(R)\) est quasi-compact.
Démonstration
Il suffit de démontrer que de tout recouvrement de \(\Spec(R)\) par des ouverts principaux on peut extraire un recouvrement fini. Supposons donc que \(\Spec(R) = \cup D(f_i)\) pour une famille d’éléments \(\{f_i\}_{i\in I}\) de \(R\). Cela signifie que \(\cap V(f_i) = \emptyset\). D’après le lemme 00E0, cela signifie que \(V(\{f_i \}) = \emptyset\). D’après le même lemme, cela signifie que l’idéal engendré par les \(f_i\) est l’idéal unité de \(R\). Nous pouvons donc écrire \(1\) comme une somme finie : \(1 = \sum_{i \in J} r_i f_i\) avec \(J \subset I\) fini. Il s’ensuit alors que \(\Spec(R) = \cup_{i \in J} D(f_i)\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. La topologie sur \(X = \Spec(R)\) possède les propriétés suivantes :
\(X\) est quasi-compact,
\(X\) possède une base de la topologie formée d’ouverts quasi-compacts, et
l’intersection de deux ouverts quasi-compacts quelconques est quasi-compacte.
Démonstration
Le spectre d’un anneau est quasi-compact ; voir le lemme 00E8. Il possède une base de la topologie formée des ouverts principaux \(D(f) = \Spec(R_f)\) (lemme 00E4), qui sont quasi-compacts d’après la première assertion. L’intersection de deux ouverts principaux est quasi-compacte, car \(D(f) \cap D(g) = D(fg)\). Étant donnés deux ouverts quasi-compacts \(U, V \subset X\), nous pouvons écrire \(U = D(f_1) \cup \ldots \cup D(f_n)\) et \(V = D(g_1) \cup \ldots \cup D(g_m)\). Alors \(U \cap V = \bigcup D(f_ig_j)\), qui est quasi-compact.
Anneaux locaux
Les anneaux locaux sont au cœur de la géométrie algébrique.
Définition
Un anneau local est un anneau qui possède exactement un idéal maximal. Si \(R\) est un anneau local, on note souvent son idéal maximal \(\mathfrak m_R\), et le corps \(R/\mathfrak m_R\) est appelé le corps résiduel de l’anneau local \(R\). Nous disons souvent « soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local » ou « soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local » pour indiquer que \(R\) est local, que \(\mathfrak m\) est son unique idéal maximal et que \(\kappa = R/\mathfrak m\) est son corps résiduel. Un morphisme local d’anneaux locaux est un morphisme d’anneaux \(\varphi : R \to S\) tel que \(R\) et \(S\) soient des anneaux locaux et que \(\varphi(\mathfrak m_R) \subset \mathfrak m_S\). S’il est entendu que \(R\) et \(S\) sont des anneaux locaux, l’expression « morphisme local d’anneaux \(\varphi : R \to S\) » signifie que \(\varphi\) est un morphisme local d’anneaux locaux.
Un corps est un anneau local. Tout morphisme d’anneaux entre corps est un morphisme local d’anneaux locaux.
La localisation \(R_\mathfrak p\) d’un anneau \(R\) en un idéal premier \(\mathfrak p\) est un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak p R_\mathfrak p\). En effet, d’après le lemme 00E3, tout idéal premier de \(R_\mathfrak p\) est contenu dans l’idéal premier \(\mathfrak p R_\mathfrak p\) (qui est donc un idéal maximal, et l’unique idéal maximal de \(R_\mathfrak p\)). Le corps résiduel de \(R_\mathfrak p\) est noté \(\kappa(\mathfrak p)\) ; nous l’appelons le corps résiduel de \(\mathfrak p\). D’après la proposition 00CT, nous pouvons identifier \(\kappa(\mathfrak p)\) au corps des fractions de l’anneau intègre \(R/\mathfrak p\). Par la composée \[\Spec(\kappa(\mathfrak p)) \to \Spec(R_\mathfrak p) \to \Spec(R)\] l’unique point de la source est envoyé sur le point \(\mathfrak p\) du but.
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier, et considérons l’idéal premier \(\mathfrak p = \varphi^{-1}(\mathfrak q)\) de \(R\). Puisque \(\varphi(\mathfrak p) \subset \mathfrak q\), le morphisme d’anneaux induit \[R_\mathfrak p \to S_\mathfrak q,\quad r/g \mapsto \varphi(r)/\varphi(g)\] est un morphisme local d’anneaux locaux, et nous obtenons un morphisme induit entre les corps résiduels \(\kappa(\mathfrak p) \to \kappa(\mathfrak q)\).
Exemple
Si \(R\) est un anneau local et si \(\mathfrak p \subset R\) est un idéal premier non maximal, alors \(R \to R_\mathfrak p\) n’est pas un morphisme local.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(R\) est un anneau local,
\(\Spec(R)\) possède exactement un point fermé,
\(R\) possède un idéal maximal \(\mathfrak m\) et tout élément de \(R \setminus \mathfrak m\) est une unité, et
\(R\) n’est pas l’anneau nul et, pour tout \(x \in R\), ou bien \(x\), ou bien \(1 - x\), ou bien les deux sont inversibles.
Démonstration
Soient \(R\) un anneau et \(\mathfrak m\) un idéal maximal. Si \(x \in R \setminus \mathfrak m\) et si \(x\) n’est pas une unité, alors il existe un idéal maximal \(\mathfrak m'\) contenant \(x\). Ainsi \(R\) possède au moins deux idéaux maximaux. Réciproquement, si \(\mathfrak m'\) est un autre idéal maximal, choisissons \(x \in \mathfrak m'\) tel que \(x \not \in \mathfrak m\). Clairement, \(x\) n’est pas une unité. Cela démontre l’équivalence de (1) et de (3). L’équivalence de (1) et de (2) est tautologique. Si \(R\) est local, alors (4) est vraie, puisque \(x\) appartient ou non à \(\mathfrak m\). Si (4) est vraie et si \(\mathfrak m\), \(\mathfrak m'\) sont des idéaux maximaux distincts, nous pouvons choisir \(x \in R\) tel que \(x \bmod \mathfrak m' = 0\) et \(x \bmod \mathfrak m = 1\) par le théorème des restes chinois (lemme 00DT). Cet élément \(x\) n’est pas inversible, et \(1 - x\) ne l’est pas davantage, ce qui est une contradiction. Ainsi (4) et (1) sont équivalentes.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que \(R\) et \(S\) soient des anneaux locaux. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(\varphi\) est un morphisme local d’anneaux,
\(\varphi(\mathfrak m_R) \subset \mathfrak m_S\),
\(\varphi^{-1}(\mathfrak m_S) = \mathfrak m_R\), et
pour tout \(x \in R\), si \(\varphi(x)\) est inversible dans \(S\), alors \(x\) est inversible dans \(R\).
Démonstration
Les conditions (1) et (2) sont équivalentes par définition. Si (3) est vraie, alors (2) l’est. Réciproquement, si (2) est vraie, \(\varphi^{-1}(\mathfrak m_S)\) est un idéal premier contenant l’idéal maximal \(\mathfrak m_R\), donc \(\varphi^{-1}(\mathfrak m_S) = \mathfrak m_R\). Enfin, (4) est la contraposée de (2) d’après le lemme 00E9.
Remarque
Un diagramme commutatif fondamental associé à un morphisme d’anneaux \(\varphi : R \to S\) et à un idéal premier \(\mathfrak p \subset R\) est le suivant : \[\xymatrix{ \kappa(\mathfrak p) \otimes_R S = S_{\mathfrak p}/{\mathfrak p}S_{\mathfrak p} & S_{\mathfrak p} \ar[l] & S \ar[r] \ar[l] & S/\mathfrak pS \ar[r] & (R \setminus \mathfrak p)^{-1}S/\mathfrak pS \\ \kappa(\mathfrak p) = R_{\mathfrak p}/{\mathfrak p}R_{\mathfrak p} \ar[u] & R_{\mathfrak p} \ar[u] \ar[l] & R \ar[u] \ar[r] \ar[l] & R/\mathfrak p \ar[u] \ar[r] & \kappa(\mathfrak p) \ar[u] }\] Dans ce diagramme, les colonnes extrêmes gauche et droite sont identiques. Sur les spectres, les morphismes horizontaux induisent des homéomorphismes sur leurs images, et les carrés induisent des carrés cartésiens d’espaces topologiques (voir les lemmes 00E3 et 00E5). Cela montre que \(\mathfrak p\) appartient à l’image de l’application entre spectres si et seulement si \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) n’est pas l’anneau nul. S’il existe un idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) au-dessus de \(\mathfrak p\), c’est-à-dire tel que \(\mathfrak p = \varphi^{-1}(\mathfrak q)\), alors nous pouvons compléter le diagramme en le diagramme suivant : \[\xymatrix{ \kappa(\mathfrak q) = S_{\mathfrak q}/{\mathfrak q}S_{\mathfrak q} & S_{\mathfrak q} \ar[l] & S \ar[r] \ar[l] & S/\mathfrak q \ar[r] & \kappa(\mathfrak q) \\ \kappa(\mathfrak p) \otimes_R S = S_{\mathfrak p}/{\mathfrak p}S_{\mathfrak p} \ar[u] & S_{\mathfrak p} \ar[u] \ar[l] & S \ar[u] \ar[r] \ar[l] & S/\mathfrak pS \ar[u] \ar[r] & (R \setminus \mathfrak p)^{-1}S/\mathfrak pS \ar[u] \\ \kappa(\mathfrak p) = R_{\mathfrak p}/{\mathfrak p}R_{\mathfrak p} \ar[u] & R_{\mathfrak p} \ar[u] \ar[l] & R \ar[u] \ar[r] \ar[l] & R/\mathfrak p \ar[u] \ar[r] & \kappa(\mathfrak p) \ar[u] }\] Dans ce diagramme encore, les colonnes extrêmes gauche et droite sont identiques et, sur les spectres, les morphismes horizontaux induisent des homéomorphismes sur leurs images.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(\mathfrak p\) appartient à l’image de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\),
\(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \not = 0\),
\(S_{\mathfrak p}/\mathfrak p S_{\mathfrak p} \not = 0\),
\((S/\mathfrak pS)_{\mathfrak p} \not = 0\), et
\(\mathfrak p = \varphi^{-1}(\mathfrak pS)\).
Démonstration
Nous avons déjà vu l’équivalence des deux premières conditions dans la remarque 00E6. Les autres n’en sont que des reformulations.
Remarque
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). D’après la remarque 00E6, l’idéal premier \(\mathfrak q\) correspond à un unique idéal premier \(\overline{\mathfrak q}\) de l’anneau de la fibre \(F = S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). Alors nous avons \[F_{\overline{\mathfrak q}} \cong S_\mathfrak q \otimes_{R_\mathfrak p} \kappa(\mathfrak p) \cong S_\mathfrak q/\mathfrak p S_\mathfrak q\] En effet, il existe un morphisme d’anneaux évident \(F \to S_\mathfrak q \otimes_{R_\mathfrak p} \kappa(\mathfrak p)\) qui s’identifie aisément à \(F \to F_{\overline{\mathfrak q}}\). Le second isomorphisme résulte du fait que \(\kappa(\mathfrak p)\) est le quotient de \(R_\mathfrak p\) par \(\mathfrak pR_\mathfrak p\).
Le radical de Jacobson d’un anneau
Rappelons que le radical de Jacobson \(\text{rad}(R)\) d’un anneau \(R\) est l’intersection de tous les idéaux maximaux de \(R\). Si \(R\) est local, alors \(\text{rad}(R)\) est l’idéal maximal de \(R\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau de radical de Jacobson \(\text{rad}(R)\). Soit \(I \subset R\) un idéal. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(I \subset \text{rad}(R)\), et
tout élément de \(1 + I\) est une unité de \(R\).
Dans ce cas, tout élément de \(R\) dont l’image est une unité de \(R/I\) est une unité.
Démonstration
Si \(f \in \text{rad}(R)\), alors \(f \in \mathfrak m\) pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\). Ainsi \(1 + f \not \in \mathfrak m\) pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\). Le fermé \(V(1 + f)\) de \(\Spec(R)\) est donc vide. Cela entraîne que \(1 + f\) est une unité ; voir le lemme 00E0.
Réciproquement, supposons que \(1 + f\) soit une unité pour tout \(f \in I\). Si \(\mathfrak m\) est un idéal maximal et si \(I \not \subset \mathfrak m\), alors \(I + \mathfrak m = R\). Par conséquent, \(1 = f + g\) pour un certain \(g \in \mathfrak m\) et un certain \(f \in I\). Mais \(g = 1 + (-f)\) n’est pas une unité, contradiction.
Pour la dernière assertion, soit \(f \in R\) dont l’image est une unité de \(R/I\). Nous pouvons trouver \(g \in R\) dont l’image est l’inverse multiplicatif de \(f \bmod I\). Alors \(fg = 1 \bmod I\). Ainsi \(fg\) est une unité de \(R\) d’après (2), ce qui entraîne que \(f\) est une unité.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux tel que l’application induite \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) soit surjective. Alors un élément \(x \in R\) est une unité si et seulement si \(\varphi(x) \in S\) est une unité.
Démonstration
Si \(x\) est une unité, alors \(\varphi(x)\) l’est aussi. Réciproquement, si \(\varphi(x)\) est une unité, alors \(\varphi(x) \not \in \mathfrak q\) pour tout \(\mathfrak q \in \Spec(S)\). Par conséquent, \(x \not \in \varphi^{-1}(\mathfrak q) = \Spec(\varphi)(\mathfrak q)\) pour tout \(\mathfrak q \in \Spec(S)\). Puisque \(\Spec(\varphi)\) est surjective, nous concluons que \(x\) est une unité d’après la partie (17) du lemme 00E0.
Le lemme de Nakayama
Nous citons [MatCA] : « Ce lemme simple mais important est dû à T. Nakayama, G. Azumaya et W. Krull. La question de la priorité est obscure et, bien qu’il soit habituellement appelé lemme de Nakayama, feu le professeur Nakayama n’aimait pas ce nom. »
Lemme
Soit \(R\) un anneau de radical de Jacobson \(\text{rad}(R)\). Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(I \subset R\) un idéal.
Si \(IM = M\) et si \(M\) est de type fini, alors il existe \(f \in 1 + I\) tel que \(fM = 0\).
Si \(IM = M\), si \(M\) est de type fini et si \(I \subset \text{rad}(R)\), alors \(M = 0\).
Si \(N, N' \subset M\), si \(M = N + IN'\) et si \(N'\) est de type fini, alors il existe \(f \in 1 + I\) tel que \(fM \subset N\) et \(M_f = N_f\).
Si \(N, N' \subset M\), si \(M = N + IN'\), si \(N'\) est de type fini et si \(I \subset \text{rad}(R)\), alors \(M = N\).
Si \(N \to M\) est un morphisme de modules, si \(N/IN \to M/IM\) est surjectif et si \(M\) est de type fini, alors il existe \(f \in 1 + I\) tel que \(N_f \to M_f\) soit surjectif.
Si \(N \to M\) est un morphisme de modules, si \(N/IN \to M/IM\) est surjectif, si \(M\) est de type fini et si \(I \subset \text{rad}(R)\), alors \(N \to M\) est surjectif.
Si \(x_1, \ldots, x_n \in M\) engendrent \(M/IM\) et si \(M\) est de type fini, alors il existe \(f \in 1 + I\) tel que \(x_1, \ldots, x_n\) engendrent \(M_f\) comme \(R_f\)-module.
Si \(x_1, \ldots, x_n \in M\) engendrent \(M/IM\), si \(M\) est de type fini et si \(I \subset \text{rad}(R)\), alors \(M\) est engendré par \(x_1, \ldots, x_n\).
Si \(IM = M\) et si \(I\) est nilpotent, alors \(M = 0\).
Si \(N, N' \subset M\), si \(M = N + IN'\) et si \(I\) est nilpotent, alors \(M = N\).
Si \(N \to M\) est un morphisme de modules, si \(I\) est nilpotent et si \(N/IN \to M/IM\) est surjectif, alors \(N \to M\) est surjectif.
Si \(\{x_\alpha\}_{\alpha \in A}\) est un ensemble d’éléments de \(M\) qui engendrent \(M/IM\) et si \(I\) est nilpotent, alors \(M\) est engendré par les \(x_\alpha\).
Démonstration
Démonstration de (00DW). Choisissons des générateurs \(y_1, \ldots, y_m\) de \(M\) comme \(R\)-module. Pour chaque \(i\), nous pouvons écrire \(y_i = \sum z_{ij} y_j\) avec \(z_{ij} \in I\) (puisque \(M = IM\)). Autrement dit, \(\sum_j (\delta_{ij} - z_{ij})y_j = 0\). Soit \(f\) le déterminant de la matrice \(m \times m\) \(A = (\delta_{ij} - z_{ij})\). Notons que \(f \in 1 + I\) (puisque la matrice \(A\) est congrue terme à terme à la matrice identité \(m \times m\) modulo \(I\)). D’après le lemme 07DQ (1), il existe une matrice \(m \times m\) \(B\) telle que \(BA = f 1_{m \times m}\). En développant, nous voyons que \(\sum_{i} b_{hi} a_{ij} = f \delta_{hj}\) pour tous \(h\) et \(j\) ; ainsi, \(\sum_{i, j} b_{hi} a_{ij} y_j = \sum_{j} f \delta_{hj} y_j = f y_h\) pour tout \(h\). Autrement dit, \(0 = f y_h\) pour tout \(h\) (puisque chaque \(i\) vérifie \(\sum_j a_{ij} y_j = 0\)). Cela entraîne que \(f\) annule \(M\).
D’après le lemme 0AME, tout élément de \(1 + \text{rad}(R)\) est un élément inversible de \(R\). Nous voyons donc que (00DW) entraîne (2). Nous obtenons (3) en appliquant (1) à \(M/N\), qui est de type fini puisque \(N'\) l’est. Nous obtenons (4) en appliquant (2) à \(M/N\), qui est de type fini puisque \(N'\) l’est. Nous obtenons (5) en appliquant (3) à \(M\) et aux sous-modules \(\Im(N \to M)\) et \(M\). Nous obtenons (6) en appliquant (4) à \(M\) et aux sous-modules \(\Im(N \to M)\) et \(M\). Nous obtenons (7) en appliquant (5) au morphisme \(R^{\oplus n} \to M\), \((a_1, \ldots, a_n) \mapsto a_1x_1 + \ldots + a_nx_n\). Nous obtenons (8) en appliquant (6) au morphisme \(R^{\oplus n} \to M\), \((a_1, \ldots, a_n) \mapsto a_1x_1 + \ldots + a_nx_n\).
L’assertion (9) est vraie car, si \(M = IM\), alors \(M = I^nM\) pour tout \(n \geq 0\), et la nilpotence de \(I\) signifie que \(I^n = 0\) pour un certain \(n \gg 0\). Les assertions (10), (11) et (12) résultent de (9) par les arguments utilisés ci-dessus.
Lemme
Soit \(R\) un anneau, soit \(S \subset R\) une partie multiplicative, soit \(I \subset R\) un idéal et soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Si \(x_1, \ldots, x_r \in M\) engendrent \(S^{-1}(M/IM)\) comme \(S^{-1}(R/I)\)-module, alors il existe \(f \in S + I\) tel que \(x_1, \ldots, x_r\) engendrent \(M_f\) comme \(R_f\)-module.1
Démonstration
Cas particulier \(I = 0\). Soient \(y_1, \ldots, y_s\) des générateurs de \(M\) comme \(R\)-module. Puisque \(S^{-1}M\) est engendré par \(x_1, \ldots, x_r\), pour chaque \(i\), nous pouvons écrire \(y_i = \sum (a_{ij}/s_{ij})x_j\) dans \(S^{-1}M\) pour certains \(a_{ij} \in R\) et \(s_{ij} \in S\). En multipliant par le produit \(s \in S\) des \(s_{ij}\), nous voyons que \(sy_i = \sum a'_{ij}x_j\) dans \(S^{-1}M\) pour certains \(a'_{ij} \in R\). Cela signifie à son tour qu’il existe des \(t_i \in S\) tels que \(t_isy_i = \sum t_ia'_{ij}x_j\) dans \(M\). Ainsi, si \(t \in S\) est le produit des \(t_i\), alors nous voyons que \(y_i\) appartient au sous-\(R_{st}\)-module engendré par \(x_1, \ldots, x_r\) dans \(M_{st}\). Par conséquent, \(x_1, \ldots, x_r\) engendrent \(M_{st}\).
Cas général. D’après le cas particulier, nous pouvons trouver \(s \in S\) tel que \(x_1, \ldots, x_r\) engendrent \((M/IM)_s\) comme \((R/I)_s\)-module. D’après le lemme 00DV, nous pouvons trouver \(g \in 1 + I_s \subset R_s\) tel que \(x_1, \ldots, x_r\) engendrent \((M_s)_g\) comme \((R_s)_g\)-module. Écrivons \(g = 1 + i/s'\). Alors \(f = ss' + is\) convient ; nous omettons les détails.
Lemme
Soit \(A \to B\) un morphisme local d’anneaux locaux. Supposons que
\(B\) soit de type fini comme \(A\)-module,
\(\mathfrak m_B\) soit un idéal de type fini,
\(A \to B\) induise un isomorphisme sur les corps résiduels, et
\(\mathfrak m_A/\mathfrak m_A^2 \to \mathfrak m_B/\mathfrak m_B^2\) soit surjectif.
Alors \(A \to B\) est surjectif.
Démonstration
Pour montrer que \(A \to B\) est surjectif, considérons-le comme un morphisme de \(A\)-modules et appliquons le lemme 00DV (6). Nous en concluons qu’il suffit de montrer que \(A/\mathfrak m_A \to B/\mathfrak m_AB\) est surjectif. Comme \(A/\mathfrak m_A = B/\mathfrak m_B\), il suffit de montrer que \(\mathfrak m_AB \to \mathfrak m_B\) est surjectif. Considérons \(\mathfrak m_AB \to \mathfrak m_B\) comme un morphisme de \(B\)-modules et appliquons le lemme 00DV (6). Nous en concluons qu’il suffit de voir que \(\mathfrak m_AB/\mathfrak m_A\mathfrak m_B \to \mathfrak m_B/\mathfrak m_B^2\) est surjectif. Cela résulte de l’hypothèse (4).
Sous-ensembles ouverts et fermés des spectres
Il se trouve que les sous-ensembles à la fois ouverts et fermés d’un spectre correspondent aux idempotents de l’anneau.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(e \in R\) un idempotent. Dans ce cas, \[\Spec(R) = D(e) \amalg D(1-e).\]
Démonstration
Notons qu’un idempotent \(e\) d’un anneau intègre est égal à \(1\) ou à \(0\). Nous voyons donc que \[\begin{eqnarray*} D(e) & = & \{ \mathfrak p \in \Spec(R) \mid e \not\in \mathfrak p \} \\ & = & \{ \mathfrak p \in \Spec(R) \mid e \not = 0\text{ dans }\kappa(\mathfrak p) \} \\ & = & \{ \mathfrak p \in \Spec(R) \mid e = 1\text{ dans }\kappa(\mathfrak p) \} \end{eqnarray*}\] De même, nous avons \[\begin{eqnarray*} D(1-e) & = & \{ \mathfrak p \in \Spec(R) \mid 1 - e \not\in \mathfrak p \} \\ & = & \{ \mathfrak p \in \Spec(R) \mid e \not = 1\text{ dans }\kappa(\mathfrak p) \} \\ & = & \{ \mathfrak p \in \Spec(R) \mid e = 0\text{ dans }\kappa(\mathfrak p) \} \end{eqnarray*}\] Puisque l’image de \(e\) dans tout corps résiduel est égale à \(1\) ou à \(0\), nous en déduisons que \(D(e)\) et \(D(1-e)\) recouvrent tout \(\Spec(R)\).
Lemme
Soient \(R_1\) et \(R_2\) des anneaux. Soit \(R = R_1 \times R_2\). Les morphismes \(R \to R_1\), \((x, y) \mapsto x\) et \(R \to R_2\), \((x, y) \mapsto y\) induisent des applications continues \(\Spec(R_1) \to \Spec(R)\) et \(\Spec(R_2) \to \Spec(R)\). L’application ainsi obtenue \[\Spec(R_1) \amalg \Spec(R_2) \longrightarrow \Spec(R)\] est un homéomorphisme. Autrement dit, le spectre de \(R = R_1\times R_2\) est la réunion disjointe du spectre de \(R_1\) et du spectre de \(R_2\).
Démonstration
Écrivons \(1 = e_1 + e_2\) avec \(e_1 = (1, 0)\) et \(e_2 = (0, 1)\). Notons que \(e_1\) et \(e_2 = 1 - e_1\) sont des idempotents. Nous laissons au lecteur le soin de montrer que \(R_1 = R_{e_1}\) est la localisation de \(R\) en \(e_1\). Il en va de même pour \(e_2\). Ainsi, l’assertion du lemme résulte du lemme 00EC combiné au lemme 00E4.
Nous redémontrerons le lemme suivant plus loin, après avoir introduit un lemme de recollement pour les fonctions. Voir la section 00EI.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Pour tout \(U \subset \Spec(R)\) qui est à la fois ouvert et fermé, il existe un unique idempotent \(e \in R\) tel que \(U = D(e)\). Cela induit une correspondance bijective entre les sous-ensembles à la fois ouverts et fermés \(U \subset \Spec(R)\) et les idempotents \(e \in R\).
Démonstration
Soit \(U \subset \Spec(R)\) un sous-ensemble ouvert et fermé. Puisque \(U\) est fermé, il est quasi-compact d’après le lemme 00E8, et il en va de même pour son complémentaire. Écrivons \(U = \bigcup_{i = 1}^n D(f_i)\) comme réunion finie d’ouverts principaux. De même, écrivons \(\Spec(R) \setminus U = \bigcup_{j = 1}^m D(g_j)\) comme réunion finie d’ouverts principaux. Puisque \(\emptyset = D(f_i) \cap D(g_j) = D(f_i g_j)\), nous voyons que \(f_i g_j\) est nilpotent d’après le lemme 00E0. Soit \(I = (f_1, \ldots, f_n) \subset R\) et soit \(J = (g_1, \ldots, g_m) \subset R\). Notons que \(V(J)\) est égal à \(U\), que \(V(I)\) est égal au complémentaire de \(U\), de sorte que \(\Spec(R) = V(I) \amalg V(J)\). D’après la remarque ci-dessus concernant la nilpotence, nous voyons que \((IJ)^N = (0)\) pour un entier \(N\) suffisamment grand. Puisque \(\bigcup D(f_i) \cup \bigcup D(g_j) = \Spec(R)\), nous voyons que \(I + J = R\) ; voir le lemme 00E0. En élevant cette égalité à la puissance \(2N\), nous en concluons que \(I^N + J^N = R\). Écrivons \(1 = x + y\) avec \(x \in I^N\) et \(y \in J^N\). Alors \(0 = xy = x(1 - x)\) puisque \(I^N J^N = (0)\). Ainsi \(x = x^2\) est idempotent et appartient à \(I^N \subset I\). L’idempotent \(y = 1 - x\) appartient à \(J^N \subset J\). Cela montre que l’idempotent \(x\) a pour image \(1\) dans tout corps résiduel \(\kappa(\mathfrak p)\) pour \(\mathfrak p \in V(J)\) et que \(x\) a pour image \(0\) dans \(\kappa(\mathfrak p)\) pour tout \(\mathfrak p \in V(I)\).
Pour voir l’unicité, supposons que \(e_1, e_2\) soient des idempotents distincts de \(R\). Nous devons montrer qu’il existe un idéal premier \(\mathfrak p\) tel que \(e_1 \in \mathfrak p\) et \(e_2 \not \in \mathfrak p\), ou l’inverse. Écrivons \(e_i' = 1 - e_i\). Si \(e_1 \not = e_2\), alors \(0 \not = e_1 - e_2 = e_1(e_2 + e_2') - (e_1 + e_1')e_2 = e_1 e_2' - e_1' e_2\). Par conséquent, soit l’idempotent \(e_1 e_2' \not = 0\), soit \(e_1' e_2 \not = 0\). Un idempotent n’est pas nilpotent ; nous trouvons donc un idéal premier \(\mathfrak p\) tel que soit \(e_1e_2' \not \in \mathfrak p\), soit \(e_1'e_2 \not \in \mathfrak p\), d’après le lemme 00E0. Il est facile de voir que cela fournit l’idéal premier recherché.
Lemme
Soit \(R\) un anneau non nul. Alors \(\Spec(R)\) est connexe si et seulement si \(R\) ne possède aucun idempotent non trivial.
Démonstration
Cela résulte immédiatement du lemme 00EE et de la définition d’un espace topologique connexe.
Lemme
Soit \(I \subset R\) un idéal de type fini d’un anneau \(R\) tel que \(I = I^2\). Alors
il existe un idempotent \(e \in R\) tel que \(I = (e)\),
\(R/I \cong R_{e'}\) pour l’idempotent \(e' = 1 - e \in R\), et
\(V(I)\) est ouvert et fermé dans \(\Spec(R)\).
Démonstration
D’après le lemme de Nakayama 00DV, il existe un élément \(f = 1 + i\), \(i \in I\) tel que \(fI = 0\). Alors \(f^2 = f + fi = f\) est un idempotent. Considérons l’idempotent \(e = 1 - f = -i \in I\). Pour \(j \in I\), nous avons \(ej = j - fj = j\), donc \(I = (e)\). Cela démontre (1).
Les parties (2) et (3) résultent de (1). En effet, nous avons \(V(I) = V(e) = \Spec(R) \setminus D(e)\), qui est ouvert et fermé d’après le lemme 00EC ou le lemme 00EE. Cela démontre (3). Pour (2), observons que le morphisme \(R \to R_{e'}\) est surjectif puisque \(x/(e')^n = x/e' = xe'/(e')^2 = xe'/e' = x/1\) dans \(R_{e'}\). Le noyau du morphisme \(R \to R_{e'}\) est l’ensemble des éléments de \(R\) annulés par une puissance strictement positive de \(e'\). Puisque \(e'\) est idempotent, c’est l’idéal des éléments annulés par \(e'\), qui est l’idéal \(I = (e)\) puisque \(e + e' = 1\) est une paire d’idempotents orthogonaux. Cela démontre (2).
Composantes connexes des spectres
Les composantes connexes des spectres ne sont pas aussi faciles à comprendre qu’on pourrait le penser de prime abord. Cela vient de ce que nous sommes habitués à la topologie des espaces localement connexes, alors que le spectre d’un anneau n’est en général pas localement connexe.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(T \subset \Spec(R)\) un sous-ensemble du spectre. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(T\) est fermé et est une réunion de composantes connexes de \(\Spec(R)\),
\(T\) est une intersection de sous-ensembles ouverts et fermés de \(\Spec(R)\), et
\(T = V(I)\), où \(I \subset R\) est un idéal engendré par des idempotents.
De plus, l’idéal de (3), s’il existe, est unique.
Démonstration
D’après le lemme 04PM et Topologie, lemme 04PL, nous voyons que (1) et (2) sont équivalentes. Supposons (2) et écrivons \(T = \bigcap U_\alpha\) avec \(U_\alpha \subset \Spec(R)\) ouvert et fermé. Alors \(U_\alpha = D(e_\alpha)\) pour un certain idempotent \(e_\alpha \in R\) d’après le lemme 00EE. En posant alors \(I = (1 - e_\alpha)\), nous voyons que \(T = V(I)\), c’est-à-dire que (3) est satisfaite. Enfin, supposons (3). Écrivons \(T = V(I)\) et \(I = (e_\alpha)\) pour une certaine famille d’idempotents \(e_\alpha\). Il est alors clair que \(T = \bigcap V(e_\alpha) = \bigcap D(1 - e_\alpha)\).
Supposons que \(I\) soit un idéal engendré par des idempotents. Soit \(e \in R\) un idempotent tel que \(V(I) \subset V(e)\). Alors, d’après le lemme 00E0, nous voyons que \(e^n \in I\) pour un certain \(n \geq 1\). Comme \(e\) est un idempotent, cela signifie que \(e \in I\). Nous voyons donc que \(I\) est engendré par exactement les idempotents \(e\) tels que \(T \subset V(e)\). Autrement dit, l’idéal \(I\) est entièrement déterminé par le sous-ensemble fermé \(T\), ce qui démontre l’unicité.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Une composante connexe de \(\Spec(R)\) est de la forme \(V(I)\), où \(I\) est un idéal engendré par des idempotents tel que tout idempotent de \(R\) ait pour image \(0\) ou \(1\) dans \(R/I\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). D’après le lemme 04PM, nous voyons que les hypothèses de Topologie, lemme 005F, sont satisfaites pour l’espace topologique \(\Spec(R)\). Par conséquent, la composante connexe de \(\mathfrak p\) dans \(\Spec(R)\) est l’intersection des sous-ensembles ouverts et fermés de \(\Spec(R)\) qui contiennent \(\mathfrak p\). Elle est donc égale à \(V(I)\), où \(I\) est engendré par les idempotents \(e \in R\), tels que \(e\) ait pour image \(0\) dans \(\kappa(\mathfrak p)\) ; voir le lemme 00EE. Tout idempotent \(e\) qui n’appartient pas à cette famille a manifestement pour image \(1\) dans \(R/I\).
Propriétés de recollement
Dans cette section, nous rassemblons plusieurs résultats classiques de la forme suivante : si une propriété est vraie sur tous les membres d’un recouvrement par des ouverts principaux, alors elle est vraie. En fait, il suffit souvent de vérifier les propriétés au niveau des anneaux locaux, comme dans le lemme suivant.
Lemme
Soit \(R\) un anneau.
Pour un élément \(x\) d’un \(R\)-module \(M\), les conditions suivantes sont équivalentes :
\(x = 0\),
l’image de \(x\) dans \(M_\mathfrak p\) est nulle pour tout \(\mathfrak p \in \Spec(R)\),
l’image de \(x\) dans \(M_{\mathfrak m}\) est nulle pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\).
Autrement dit, le morphisme \(M \to \prod_{\mathfrak m} M_{\mathfrak m}\) est injectif.
Pour un \(R\)-module \(M\), les conditions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est nul,
\(M_{\mathfrak p}\) est nul pour tout \(\mathfrak p \in \Spec(R)\),
\(M_{\mathfrak m}\) est nul pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\).
Pour un complexe \(M_1 \to M_2 \to M_3\) de \(R\)-modules, les conditions suivantes sont équivalentes :
\(M_1 \to M_2 \to M_3\) est exact,
pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\), le complexe localisé \(M_{1, \mathfrak p} \to M_{2, \mathfrak p} \to M_{3, \mathfrak p}\) est exact,
pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\), le complexe localisé \(M_{1, \mathfrak m} \to M_{2, \mathfrak m} \to M_{3, \mathfrak m}\) est exact.
Pour un morphisme \(f : M \to M'\) de \(R\)-modules, les conditions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est injectif,
\(f_{\mathfrak p} : M_\mathfrak p \to M'_\mathfrak p\) est injectif pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\),
\(f_{\mathfrak m} : M_\mathfrak m \to M'_\mathfrak m\) est injectif pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\).
Pour un morphisme \(f : M \to M'\) de \(R\)-modules, les conditions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est surjectif,
\(f_{\mathfrak p} : M_\mathfrak p \to M'_\mathfrak p\) est surjectif pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\),
\(f_{\mathfrak m} : M_\mathfrak m \to M'_\mathfrak m\) est surjectif pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\).
Pour un morphisme \(f : M \to M'\) de \(R\)-modules, les conditions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est bijectif,
\(f_{\mathfrak p} : M_\mathfrak p \to M'_\mathfrak p\) est bijectif pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\),
\(f_{\mathfrak m} : M_\mathfrak m \to M'_\mathfrak m\) est bijectif pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\).
Démonstration
Soit \(x \in M\) comme dans (1). Soit \(I = \{f \in R \mid fx = 0\}\). Il est facile de voir que \(I\) est un idéal (c’est l’annulateur de \(x\)). La condition (1)(c) signifie que, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\), il existe \(f \in R \setminus \mathfrak m\) tel que \(fx =0\). Autrement dit, \(V(I)\) ne contient aucun point fermé. D’après le lemme 00E0, nous voyons que \(I\) est l’idéal unité. Ainsi \(x\) est nul, c’est-à-dire que (1)(a) est satisfaite. Cela démontre (1).
La partie (2) résulte de l’application simultanée de (1) à tous les éléments de \(M\).
Démonstration de (3). Soit \(H\) l’homologie de la suite, c’est-à-dire \(H = \Ker(M_2 \to M_3)/\Im(M_1 \to M_2)\). D’après la proposition 00CS, \(H_\mathfrak p\) est l’homologie de la suite \(M_{1, \mathfrak p} \to M_{2, \mathfrak p} \to M_{3, \mathfrak p}\). Ainsi (3) résulte de (2).
Les parties (4) et (5) sont des cas particuliers de (3). La partie (6) résulte formellement de la combinaison de (4) et (5).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(S\) une \(R\)-algèbre. Supposons que \(f_1, \ldots, f_n\) soit une liste finie d’éléments de \(R\) telle que \(\bigcup D(f_i) = \Spec(R)\), autrement dit \((f_1, \ldots, f_n) = R\).
Si chaque \(M_{f_i} = 0\), alors \(M = 0\).
Si chaque \(M_{f_i}\) est un \(R_{f_i}\)-module de type fini, alors \(M\) est un \(R\)-module de type fini.
Si chaque \(M_{f_i}\) est un \(R_{f_i}\)-module de présentation finie, alors \(M\) est un \(R\)-module de présentation finie.
Soit \(M \to N\) un morphisme de \(R\)-modules. Si \(M_{f_i} \to N_{f_i}\) est un isomorphisme pour tout \(i\), alors \(M \to N\) est un isomorphisme.
Soit \(0 \to M'' \to M \to M' \to 0\) un complexe de \(R\)-modules. Si \(0 \to M''_{f_i} \to M_{f_i} \to M'_{f_i} \to 0\) est exact pour tout \(i\), alors \(0 \to M'' \to M \to M' \to 0\) est exact.
Si chaque \(R_{f_i}\) est noethérien, alors \(R\) est noethérien.
Si chaque \(S_{f_i}\) est une \(R_{f_i}\)-algèbre de type fini, alors \(S\) est une \(R\)-algèbre de type fini.
Si chaque \(S_{f_i}\) est de présentation finie sur \(R_{f_i}\), alors \(S\) est une \(R\)-algèbre de présentation finie.
Démonstration
Démontrons successivement chacune des parties.
D’après la proposition 02C6, cela entraîne que \(M_\mathfrak p = 0\) pour tout \(\mathfrak p \in \Spec(R)\) ; nous concluons donc par le lemme 00HN.
Pour chaque \(i\), choisissons un ensemble fini de générateurs \(X_i\) de \(M_{f_i}\). Nous pouvons supposer sans perte de généralité que les éléments de \(X_i\) appartiennent à l’image du morphisme de localisation \(M \rightarrow M_{f_i}\) ; prenons donc un ensemble fini \(Y_i\) d’antécédents des éléments de \(X_i\) dans \(M\). Soit \(Y\) la réunion de ces ensembles. C’est encore un ensemble fini. Considérons le morphisme \(R\)-linéaire évident \(R^Y \rightarrow M\) qui envoie l’élément de base \(e_y\) sur \(y\). D’après l’hypothèse, ce morphisme est surjectif après localisation en tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\) ; il est donc surjectif d’après le lemme 00HN, et \(M\) est de type fini.
D’après (2), nous avons une suite exacte courte \[0 \rightarrow K \rightarrow R^n \rightarrow M \rightarrow 0\] Puisque la localisation est un foncteur exact et que \(M_{f_i}\) est de présentation finie, nous voyons que \(K_{f_i}\) est de type fini pour tout \(1 \leq i \leq n\) d’après le lemme 0519. D’après (2), cela entraîne que \(K\) est un \(R\)-module de type fini et donc que \(M\) est de présentation finie.
D’après la proposition 02C6, l’hypothèse entraîne que le morphisme induit sur les localisés en tous les idéaux premiers est un isomorphisme ; nous concluons donc par le lemme 00HN.
D’après la proposition 02C6, l’hypothèse entraîne que la suite des localisés en tous les idéaux premiers est exacte courte ; nous concluons donc par le lemme 00HN.
Nous allons montrer que tout idéal de \(R\) possède un ensemble fini de générateurs. Pour cela, soit \(I \subset R\) un idéal arbitraire. D’après la proposition 00CS, chaque \(I_{f_i} \subset R_{f_i}\) est un idéal. Ils sont tous de type fini par hypothèse, et nous concluons donc par (2).
Pour chaque \(i\), choisissons un ensemble fini de générateurs \(X_i\) de \(S_{f_i}\). Nous pouvons supposer sans perte de généralité que les éléments de \(X_i\) appartiennent à l’image du morphisme de localisation \(S \rightarrow S_{f_i}\) ; prenons donc un ensemble fini \(Y_i\) d’antécédents des éléments de \(X_i\) dans \(S\). Soit \(Y\) la réunion de ces ensembles. C’est encore un ensemble fini. Considérons le morphisme d’algèbres \(R[X_y]_{y \in Y} \rightarrow S\) induit par \(Y\). Puisqu’il s’agit d’un morphisme d’algèbres, l’image \(T\) est un \(R\)-sous-module du \(R\)-module \(S\) ; nous pouvons donc considérer le module quotient \(S/T\). D’après l’hypothèse, celui-ci est nul après localisation en chacun des \(f_i\) ; il est donc nul d’après (1), et \(S\) est par conséquent une \(R\)-algèbre de type fini.
D’après le point précédent, il existe un morphisme surjectif de \(R\)-algèbres \(R[X_1, \ldots, X_n] \rightarrow S\). Soit \(K\) le noyau de ce morphisme. C’est un idéal de \(R[X_1, \ldots, X_n]\), de type fini après chacune des localisations en \(f_i\). Puisque les \(f_i\) engendrent l’idéal unité dans \(R\), ils engendrent également l’idéal unité dans \(R[X_1, \ldots, X_n]\) ; une application de (2) achève donc la démonstration.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que \(g_1, \ldots, g_n\) soit une liste finie d’éléments de \(S\) telle que \(\bigcup D(g_i) = \Spec(S)\), autrement dit \((g_1, \ldots, g_n) = S\).
Si chaque \(S_{g_i}\) est de type fini sur \(R\), alors \(S\) est de type fini sur \(R\).
Si chaque \(S_{g_i}\) est de présentation finie sur \(R\), alors \(S\) est de présentation finie sur \(R\).
Démonstration
Choisissons \(h_1, \ldots, h_n \in S\) tels que \(\sum h_i g_i = 1\).
Démonstration de (1). Pour chaque \(i\), choisissons une liste finie d’éléments \(x_{i, j} \in S_{g_i}\), \(j = 1, \ldots, m_i\), qui engendrent \(S_{g_i}\) comme \(R\)-algèbre. Écrivons \(x_{i, j} = y_{i, j}/g_i^{n_{i, j}}\) pour un certain \(y_{i, j} \in S\) et un certain \(n_{i, j} \ge 0\). Considérons la \(R\)-sous-algèbre \(S' \subset S\) engendrée par \(g_1, \ldots, g_n\), \(h_1, \ldots, h_n\) et les \(y_{i, j}\), \(i = 1, \ldots, n\), \(j = 1, \ldots, m_i\). Puisque la localisation est exacte (proposition 00CS), nous voyons que \(S'_{g_i} \to S_{g_i}\) est injectif. D’autre part, il est surjectif par notre choix des \(y_{i, j}\). Les éléments \(g_1, \ldots, g_n\) engendrent l’idéal unité dans \(S'\) puisque \(h_1, \ldots, h_n \in S'\). Ainsi, \(S' \to S\), considéré comme un morphisme de \(S'\)-modules, est un isomorphisme d’après le lemme 00EO.
Démonstration de (2). Nous savons déjà que \(S\) est de type fini. Écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_m]/J\) pour un certain idéal \(J\). Pour chaque \(i\), choisissons un relèvement \(g'_i \in R[x_1, \ldots, x_m]\) de \(g_i\) et choisissons un relèvement \(h'_i \in R[x_1, \ldots, x_m]\) de \(h_i\). Nous voyons alors que \[S_{g_i} = R[x_1, \ldots, x_m, y_i]/(J_i + (1 - y_ig'_i))\] où \(J_i\) est l’idéal de \(R[x_1, \ldots, x_m, y_i]\) engendré par \(J\). Nous omettons un petit détail. D’après le lemme 00R2, nous pouvons choisir une liste finie d’éléments \(f_{i, j} \in J\), \(j = 1, \ldots, m_i\), telle que les images des \(f_{i, j}\) dans \(J_i\) ainsi que \(1 - y_ig'_i\) engendrent l’idéal \(J_i + (1 - y_ig'_i)\). Posons \[S' = R[x_1, \ldots, x_m]/\left(\sum h'_ig'_i - 1, f_{i, j}; i = 1, \ldots, n, j = 1, \ldots, m_i\right)\] Il existe un morphisme surjectif de \(R\)-algèbres \(S' \to S\). Les classes des éléments \(g'_1, \ldots, g'_n\) dans \(S'\) engendrent l’idéal unité et, par construction, les morphismes \(S'_{g'_i} \to S_{g_i}\) sont injectifs. Nous concluons donc comme dans la partie (1).
Recollement de fonctions
Dans cette section, nous montrons qu’étant donné un recouvrement ouvert \[\Spec(R) = \bigcup\nolimits_{i = 1}^n D(f_i)\] par des ouverts principaux, et étant donné un élément \(h_i \in R_{f_i}\) pour chaque \(i\), tel que \(h_i = h_j\) comme éléments de \(R_{f_i f_j}\), il existe un unique \(h \in R\) tel que l’image de \(h\) dans \(R_{f_i}\) soit \(h_i\). Ce résultat peut s’interpréter de deux manières :
La règle \(D(f) \mapsto R_f\) est un faisceau d’anneaux sur les ouverts principaux ; voir Faisceaux, section 009H.
Si nous considérons les éléments de \(R_f\) comme les fonctions « algébriques » ou « régulières » sur \(D(f)\), alors celles-ci se recollent comme le feraient les fonctions continues, resp. différentiables, sur une variété topologique, resp. différentiable.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_n\) des éléments de \(R\) qui engendrent l’idéal unité. Soit \(M\) un \(R\)-module. La suite \[0 \to M \xrightarrow{\alpha} \bigoplus\nolimits_{i = 1}^n M_{f_i} \xrightarrow{\beta} \bigoplus\nolimits_{i, j = 1}^n M_{f_i f_j}\] est exacte, où \(\alpha(m) = (m/1, \ldots, m/1)\) et \(\beta(m_1/f_1^{e_1}, \ldots, m_n/f_n^{e_n}) = (m_i/f_i^{e_i} - m_j/f_j^{e_j})_{(i, j)}\).
Démonstration
Il suffit de montrer que la localisation de la suite en tout idéal maximal \(\mathfrak m\) est exacte ; voir le lemme 00HN. Puisque \(f_1, \ldots, f_n\) engendrent l’idéal unité, il existe \(i\) tel que \(f_i \not \in \mathfrak m\). Après renumérotation, nous pouvons supposer que \(i = 1\). Notons que \((M_{f_i})_\mathfrak m = (M_\mathfrak m)_{f_i}\) et que \((M_{f_if_j})_\mathfrak m = (M_\mathfrak m)_{f_if_j}\) ; voir la proposition 02C7. En particulier, \((M_{f_1})_\mathfrak m = M_\mathfrak m\) et \((M_{f_1 f_i})_\mathfrak m = (M_\mathfrak m)_{f_i}\), car \(f_1\) est une unité. Notons que les morphismes de la suite sont les morphismes canoniques provenant du lemme 07K0 et du morphisme identité de \(M\). Cela étant dit, après avoir remplacé \(R\) par \(R_\mathfrak m\), \(M\) par \(M_\mathfrak m\), les \(f_i\) par leurs images dans \(R_\mathfrak m\) et \(f_1\) par \(1 \in R_\mathfrak m\), nous nous ramenons au cas où \(f_1 = 1\).
Supposons \(f_1 = 1\). L’injectivité de \(\alpha\) est alors immédiate. Soit \(m = (m_i) \in \bigoplus_{i = 1}^n M_{f_i}\) un élément du noyau de \(\beta\). Alors \(m_1 \in M_{f_1} = M\). De plus, \(\beta(m) = 0\) entraîne que \(m_1\) et \(m_i\) ont la même image dans \(M_{f_1f_i} = M_{f_i}\). Ainsi \(\alpha(m_1) = m\), ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \(R\) un anneau, et soient \(f_1, f_2, \ldots f_n\in R\) des éléments qui engendrent l’idéal unité de \(R\). Alors la suite suivante est exacte : \[0 \longrightarrow R \longrightarrow \bigoplus\nolimits_i R_{f_i} \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i, j}R_{f_if_j}\] où les morphismes \(\alpha : R \longrightarrow \bigoplus_i R_{f_i}\) et \(\beta : \bigoplus_i R_{f_i} \longrightarrow \bigoplus_{i, j} R_{f_if_j}\) sont définis par \[\alpha(x) = \left(\frac{x}{1}, \ldots, \frac{x}{1}\right) \text{ et } \beta\left(\frac{x_1}{f_1^{r_1}}, \ldots, \frac{x_n}{f_n^{r_n}}\right) = \left(\frac{x_i}{f_i^{r_i}}-\frac{x_j}{f_j^{r_j}}~\text{dans}~R_{f_if_j}\right).\]
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 00EK.
Nous avons déjà vu le résultat suivant ci-dessus, mais nous l’énonçons explicitement ici pour plus de commodité.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Si \(\Spec(R) = U \amalg V\), où \(U\) et \(V\) sont tous deux ouverts, alors \(R \cong R_1 \times R_2\), avec \(U \cong \Spec(R_1)\) et \(V \cong \Spec(R_2)\) via les morphismes du lemme 00ED. De plus, \(R_1\) et \(R_2\) sont tous deux des localisations ainsi que des quotients de l’anneau \(R\).
Démonstration
D’après le lemme 00EE, nous avons \(U = D(e)\) et \(V = D(1-e)\) pour un certain idempotent \(e\). D’après le lemme 00EJ, nous voyons que \(R \cong R_e \times R_{1 - e}\) (puisque, manifestement, \(R_{e(1-e)} = 0\), de sorte que la condition de recollement est triviale ; bien entendu, il est également immédiat de démontrer directement la décomposition en produit dans ce cas). Le lemme en résulte.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_n \in R\). Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \(M \to \bigoplus M_{f_i}\) est injectif si et seulement si \[M \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, n} M, \quad m \longmapsto (f_1m, \ldots, f_nm)\] est injectif.
Démonstration
Le morphisme \(M \to \bigoplus M_{f_i}\) est injectif si et seulement si, pour tous \(m \in M\) et \(e_1, \ldots, e_n \geq 1\) tels que \(f_i^{e_i}m = 0\), \(i = 1, \ldots, n\), nous avons \(m = 0\). Cela entraîne manifestement que le morphisme affiché est injectif. Réciproquement, supposons le morphisme affiché injectif et que \(m \in M\) et \(e_1, \ldots, e_n \geq 1\) soient tels que \(f_i^{e_i}m = 0\), \(i = 1, \ldots, n\). Si \(e_i = 1\) pour tout \(i\), alors l’injectivité du morphisme affiché donne immédiatement \(m = 0\). Démontrons ensuite que cela vaut pour toutes données de ce type par récurrence sur \(e = \sum e_i\). Le cas initial est \(e = n\), et nous venons de le traiter. Si un certain \(e_i > 1\), posons \(m' = f_im\). Par récurrence, nous voyons que \(m' = 0\). Ainsi \(f_i m = 0\), c’est-à-dire que nous pouvons prendre \(e_i = 1\), ce qui diminue \(e\) et achève la récurrence.
Le lemme suivant s’énonce et se démontre mieux dans le cadre plus général de la descente plate. Il est néanmoins naturel de l’énoncer ici, car il s’accorde bien avec ce qui précède.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_n \in R\). Supposons données les données suivantes :
Pour chaque \(i\), un \(R_{f_i}\)-module \(M_i\).
Pour chaque paire \(i, j\), un isomorphisme de \(R_{f_if_j}\)-modules \(\psi_{ij} : (M_i)_{f_j} \to (M_j)_{f_i}\).
qui satisfont la « condition de cocycle » selon laquelle tous les diagrammes \[\xymatrix{ (M_i)_{f_jf_k} \ar[rd]_{\psi_{ij}} \ar[rr]^{\psi_{ik}} & & (M_k)_{f_if_j} \\ & (M_j)_{f_if_k} \ar[ru]_{\psi_{jk}} }\] sont commutatifs (pour tous les triplets \(i, j, k\)). À partir de ces données, définissons \[M = \Ker\left( \bigoplus\nolimits_{1 \leq i \leq n} M_i \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{1 \leq i, j \leq n} (M_i)_{f_j} \right)\] où \((m_1, \ldots, m_n)\) est envoyé sur l’élément dont la composante d’indice \((i, j)\) est \(m_i/1 - \psi_{ji}(m_j/1)\). Alors le morphisme naturel \(M \to M_i\) induit un isomorphisme \(M_{f_i} \to M_i\). De plus, \(\psi_{ij}(m/1) = m/1\) pour tout \(m \in M\) (avec les notations évidentes).
Démonstration
Pour montrer que \(M_{f_1} \to M_1\) est un isomorphisme, il suffit de montrer que sa localisation en tout idéal premier \(\mathfrak p'\) de \(R_{f_1}\) est un isomorphisme ; voir le lemme 00HN. Écrivons \(\mathfrak p' = \mathfrak p R_{f_1}\) pour un certain idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), avec \(f_1 \not \in \mathfrak p\) ; voir le lemme 00E4. Puisque la localisation est exacte (proposition 00CS), nous voyons que \[\begin{align*} (M_{f_1})_{\mathfrak p'} & = M_\mathfrak p \\ & = \Ker\left( \bigoplus\nolimits_{1 \leq i \leq n} M_{i, \mathfrak p} \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{1 \leq i, j \leq n} ((M_i)_{f_j})_\mathfrak p \right) \\ & = \Ker\left( \bigoplus\nolimits_{1 \leq i \leq n} M_{i, \mathfrak p} \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{1 \leq i, j \leq n} (M_{i, \mathfrak p})_{f_j} \right) \end{align*}\] Nous avons également utilisé ici la proposition 02C7. Puisque \(f_1\) est une unité de \(R_\mathfrak p\), nous nous ramenons au cas où \(f_1 = 1\) en remplaçant \(R\) par \(R_\mathfrak p\), les \(f_i\) par les images des \(f_i\) dans \(R_\mathfrak p\), \(M\) par \(M_\mathfrak p\) et \(f_1\) par \(1\).
Supposons \(f_1 = 1\). Alors \(\psi_{1j} : (M_1)_{f_j} \to M_j\) est un isomorphisme pour \(j = 2, \ldots, n\). Si nous utilisons ces isomorphismes pour identifier \(M_j = (M_1)_{f_j}\), nous voyons alors que \(\psi_{ij} : (M_1)_{f_if_j} \to (M_1)_{f_if_j}\) est l’identification canonique. Ainsi, le complexe \[0 \to M_1 \to \bigoplus\nolimits_{1 \leq i \leq n} (M_1)_{f_i} \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{1 \leq i, j \leq n} (M_1)_{f_if_j}\] est exact d’après le lemme 00EK. Ainsi, le premier morphisme identifie \(M_1\) à \(M\) dans ce cas, et tout est clair.
Diviseurs de zéro et anneaux totaux des fractions
L’anneau local en un idéal premier minimal possède les propriétés suivantes.
Lemme
Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier minimal d’un anneau \(R\). Tout élément de l’idéal maximal de \(R_{\mathfrak p}\) est nilpotent. Si \(R\) est réduit, alors \(R_{\mathfrak p}\) est un corps.
Démonstration
Si un élément \(x\) de \({\mathfrak p}R_{\mathfrak p}\) n’est pas nilpotent, alors \(D(x) \not = \emptyset\) ; voir le lemme 00E0. Cela contredit la minimalité de \(\mathfrak p\). Si \(R\) est réduit, alors \({\mathfrak p}R_{\mathfrak p} = 0\) et l’anneau local est donc un corps.
Lemme
Soit \(R\) un anneau réduit. Alors
\(R\) est un sous-anneau d’un produit de corps,
\(R \to \prod_{\mathfrak p\text{ minimal}} R_{\mathfrak p}\) est un plongement dans un produit de corps,
\(\bigcup_{\mathfrak p\text{ minimal}} \mathfrak p\) est l’ensemble des diviseurs de zéro de \(R\).
Démonstration
D’après le lemme 00EU, chacun des anneaux \(R_\mathfrak p\) est un corps. En particulier, le noyau du morphisme d’anneaux \(R \to R_\mathfrak p\) est \(\mathfrak p\). D’après le lemme 00E0, nous avons \(\bigcap_{\mathfrak p} \mathfrak p = (0)\). Ainsi (2) et (1) sont vraies. Si \(x y = 0\) et \(y \not = 0\), alors \(y \not \in \mathfrak p\) pour un certain idéal premier minimal \(\mathfrak p\). Par conséquent, \(x \in \mathfrak p\). Ainsi, tout diviseur de zéro de \(R\) appartient à \(\bigcup_{\mathfrak p\text{ minimal}} \mathfrak p\). Réciproquement, supposons que \(x \in \mathfrak p\) pour un certain idéal premier minimal \(\mathfrak p\). Alors l’image de \(x\) dans \(R_\mathfrak p\) est nulle ; il existe donc \(y \in R\), \(y \not \in \mathfrak p\) tel que \(xy = 0\). Autrement dit, \(x\) est un diviseur de zéro. Cela achève la démonstration de (3) et du lemme.
L’anneau total des fractions \(Q(R)\) d’un anneau \(R\) a été introduit dans l’exemple 02C5.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative formée d’éléments non diviseurs de zéro. Alors \(Q(R) \cong Q(S^{-1}R)\). En particulier, \(Q(R) \cong Q(Q(R))\).
Démonstration
Si \(x \in S^{-1}R\) est un élément non diviseur de zéro et si \(x = r/f\) pour certains \(r \in R\), \(f \in S\), alors \(r\) est un élément non diviseur de zéro de \(R\). Le lemme en résulte.
Nous pouvons appliquer les résultats de recollement pour démontrer une propriété des anneaux totaux des fractions \(Q(R)\), que nous avons introduits dans l’exemple 02C5.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Supposons que \(R\) possède un nombre fini d’idéaux premiers minimaux \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\), et que \(\mathfrak q_1 \cup \ldots \cup \mathfrak q_t\) soit l’ensemble des diviseurs de zéro de \(R\). Alors l’anneau total des fractions \(Q(R)\) est égal à \(R_{\mathfrak q_1} \times \ldots \times R_{\mathfrak q_t}\).
Démonstration
Il existe des morphismes naturels \(Q(R) \to R_{\mathfrak q_i}\) puisque tout élément non diviseur de zéro appartient à \(R \setminus \mathfrak q_i\). Il existe donc un morphisme naturel \(Q(R) \to R_{\mathfrak q_1} \times \ldots \times R_{\mathfrak q_t}\). Pour tout idéal premier non minimal \(\mathfrak p \subset R\), nous voyons que \(\mathfrak p \not \subset \mathfrak q_1 \cup \ldots \cup \mathfrak q_t\) d’après le lemme 00DS. Par conséquent, \(\Spec(Q(R)) = \{\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\}\) (comme sous-ensembles de \(\Spec(R)\) ; voir le lemme 00E3). Ainsi \(\Spec(Q(R))\) est un ensemble discret fini et il s’ensuit que \(Q(R) = A_1 \times \ldots \times A_t\), avec \(\Spec(A_i) = \{\mathfrak{q}_i\}\) ; voir le lemme 00EM. De plus, \(A_i\) est un anneau local qui est une localisation de \(R\). Ainsi \(A_i \cong R_{\mathfrak q_i}\).
Composantes irréductibles des spectres
Nous montrons que les composantes irréductibles du spectre d’un anneau correspondent aux idéaux premiers minimaux de l’anneau.
Lemme
Soit \(R\) un anneau.
Pour un idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), l’adhérence de \(\{\mathfrak p\}\) dans la topologie de Zariski est \(V(\mathfrak p)\). Sous forme de formule, \(\overline{\{\mathfrak p\}} = V(\mathfrak p)\).
Les sous-ensembles fermés irréductibles de \(\Spec(R)\) sont exactement les sous-ensembles \(V(\mathfrak p)\), où \(\mathfrak p \subset R\) est un idéal premier.
Les composantes irréductibles (voir Topologie, définition 004V) de \(\Spec(R)\) sont exactement les sous-ensembles \(V(\mathfrak p)\), où \(\mathfrak p \subset R\) est un idéal premier minimal.
Démonstration
Notons que, si \(\mathfrak p \in V(I)\), alors \(I \subset \mathfrak p\). Par conséquent, il est clair que \(\overline{\{\mathfrak p\}} = V(\mathfrak p)\). En particulier, \(V(\mathfrak p)\) est l’adhérence d’un singleton et est donc irréductible. La deuxième assertion entraîne la troisième. Pour démontrer la deuxième, soit \(V(I) \subset \Spec(R)\), où \(I\) est un idéal radical. Si \(I\) n’est pas premier, choisissons \(a, b\in R\), \(a, b\not \in I\) avec \(ab\in I\). Dans ce cas, \(V(I, a) \cup V(I, b) = V(I)\), mais ni \(V(I, b) = V(I)\) ni \(V(I, a) = V(I)\), d’après le lemme 00E0. Ainsi \(V(I)\) n’est pas irréductible.
Autrement dit, ce lemme montre que tout sous-ensemble fermé irréductible de \(\Spec(R)\) est de la forme \(V(\mathfrak p)\) pour un certain idéal premier \(\mathfrak p\). Puisque \(V(\mathfrak p) = \overline{\{\mathfrak p\}}\), nous voyons que tout sous-ensemble fermé irréductible possède un unique point générique ; voir Topologie, définition 004X. En particulier, \(\Spec(R)\) est un espace topologique sobre. Consignons ce fait dans le lemme suivant.
Lemme
Le spectre d’un anneau est un espace spectral ; voir Topologie, définition 08YG.
Démonstration
Formellement, cela résulte du lemme 00ES et du lemme 04PM. Voir aussi la discussion ci-dessus.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier.
L’ensemble des sous-ensembles fermés irréductibles de \(\Spec(R)\) passant par \(\mathfrak p\) est en correspondance bijective avec les idéaux premiers \(\mathfrak q \subset R_{\mathfrak p}\).
L’ensemble des composantes irréductibles de \(\Spec(R)\) passant par \(\mathfrak p\) est en correspondance bijective avec les idéaux premiers minimaux \(\mathfrak q \subset R_{\mathfrak p}\).
Démonstration
Cela résulte du lemme 00ES et de la description de \(\Spec(R_\mathfrak p)\) donnée dans le lemme 00E3, qui montre que \(\Spec(R_\mathfrak p)\) correspond aux idéaux premiers \(\mathfrak q\) de \(R\) tels que \(\mathfrak q \subset \mathfrak p\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier minimal de \(R\). Soit \(W \subset \Spec(R)\) un ouvert quasi-compact qui ne contient pas le point \(\mathfrak p\). Alors il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que \(D(f) \cap W = \emptyset\).
Démonstration
Puisque \(W\) est quasi-compact, nous pouvons l’écrire comme réunion finie d’ouverts affines principaux \(D(g_i)\), \(i = 1, \ldots, n\). Puisque \(\mathfrak p \not \in W\), nous avons \(g_i \in \mathfrak p\) pour tout \(i\). D’après le lemme 00EU, chaque \(g_i\) est nilpotent dans \(R_{\mathfrak p}\). Nous pouvons donc trouver \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que, pour tout \(i\), nous ayons \(f g_i^{n_i} = 0\) pour un certain \(n_i > 0\). Alors \(D(f)\) convient.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(X = \Spec(R)\) comme espace topologique. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(X\) est profini,
\(X\) est séparé,
\(X\) est totalement discontinu.
tout ouvert quasi-compact de \(X\) est fermé,
il n’existe aucune inclusion non triviale entre ses idéaux premiers,
tout idéal premier est un idéal maximal,
tout idéal premier est minimal,
tout ouvert principal \(D(f) \subset X\) est fermé, et
ajouter d’autres conditions ici.
Démonstration
Première démonstration. Il est clair que (5), (6) et (7) sont équivalentes. Il est clair que (4) et (8) sont équivalentes, puisque tout ouvert quasi-compact est une réunion finie d’ouverts principaux. L’implication (7) \(\Rightarrow\) (4) résulte du lemme 00EV. Supposons (4). Soient \(\mathfrak p, \mathfrak p'\) deux idéaux premiers distincts de \(R\). Choisissons \(f \in \mathfrak p'\), \(f \not \in \mathfrak p\) (au besoin, échangeons \(\mathfrak p\) et \(\mathfrak p'\)). Alors \(\mathfrak p' \not \in D(f)\) et \(\mathfrak p \in D(f)\). D’après (4), l’ouvert \(D(f)\) est également fermé. Ainsi \(\mathfrak p\) et \(\mathfrak p'\) appartiennent à des voisinages ouverts disjoints dont la réunion est \(X\). Par conséquent, \(X\) est séparé et totalement discontinu. Ainsi (4) \(\Rightarrow\) (2) et (3). Si (3) est satisfaite, il ne peut exister aucune spécialisation entre les points de \(\Spec(R)\), et nous voyons que (5) est satisfaite. Si \(X\) est séparé, tout point est fermé, donc (2) entraîne (6). Ainsi (2), (3), (4), (5), (6), (7) et (8) sont équivalentes. Tout espace profini est séparé, donc (1) entraîne (2). Si \(X\) satisfait (2) et (3), alors \(X\) (qui est quasi-compact d’après le lemme 00E8) est profini d’après Topologie, lemme 08ZY.
Deuxième démonstration. Outre l’équivalence de (4) et (8), cela résulte du lemme 090M et de faits purement topologiques ; voir Topologie, lemme 0905.
Exemples de spectres d’anneaux
Dans cette section, nous donnons quelques exemples de spectres.
Exemple
Dans cet exemple, nous décrivons \(X = \Spec(\mathbf{Z}[x]/(x^2 - 4))\). Soit \(\mathfrak{p}\) un idéal premier arbitraire de \(X\). Soit \(\phi : \mathbf{Z} \to \mathbf{Z}[x]/(x^2 - 4)\) le morphisme d’anneaux naturel. Alors \(\phi^{-1}(\mathfrak p)\) est un idéal premier de \(\mathbf{Z}\). Si \(\phi^{-1}(\mathfrak p) = (2)\), alors, puisque \(\mathfrak p\) contient \(2\), il correspond à un idéal premier de \(\mathbf{Z}[x]/(x^2 - 4, 2) \cong (\mathbf{Z}/2\mathbf{Z})[x]/(x^2)\) via le morphisme \(\mathbf{Z}[x]/(x^2 - 4) \to \mathbf{Z}[x]/(x^2 - 4, 2)\). Tout idéal premier de \((\mathbf{Z}/2\mathbf{Z})[x]/(x^2)\) correspond à un idéal premier de \((\mathbf{Z}/2\mathbf{Z})[x]\) contenant \((x^2)\). Un tel idéal premier contient alors \(x\). Puisque \((\mathbf{Z}/2\mathbf{Z}) \cong (\mathbf{Z}/2\mathbf{Z})[x]/(x)\) est un corps, \((x)\) est un idéal maximal. Puisque tout idéal premier contient \((x)\) et que \((x)\) est maximal, l’anneau ne possède qu’un seul idéal premier, \((x)\). Ainsi, dans ce cas, \(\mathfrak p = (2, x)\). Maintenant, si \(\phi^{-1}(\mathfrak p) = (q)\) pour \(q > 2\), alors, puisque \(\mathfrak p\) contient \(q\), il correspond à un idéal premier de \(\mathbf{Z}[x]/(x^2 - 4, q) \cong (\mathbf{Z}/q\mathbf{Z})[x]/(x^2 - 4)\) via le morphisme \(\mathbf{Z}[x]/(x^2 - 4) \to \mathbf{Z}[x]/(x^2 - 4, q)\). Tout idéal premier de \((\mathbf{Z}/q\mathbf{Z})[x]/(x^2 - 4)\) correspond à un idéal premier de \((\mathbf{Z}/q\mathbf{Z})[x]\) contenant \((x^2 - 4) = (x -2)(x + 2)\). Par conséquent, ces idéaux premiers doivent contenir soit \(x -2\), soit \(x + 2\). Puisque \((\mathbf{Z}/q\mathbf{Z})[x]\) est un anneau principal, tous les idéaux premiers non nuls sont maximaux, et il existe donc exactement deux idéaux premiers de \((\mathbf{Z}/q\mathbf{Z})[x]\) contenant \((x-2)(x + 2)\), à savoir \((x-2)\) et \((x + 2)\). En conclusion, il existe deux idéaux premiers \((q, x-2)\) et \((q, x + 2)\) puisque \(2 \neq -2 \in \mathbf{Z}/(q)\). Enfin, traitons le cas où \(\phi^{-1}(\mathfrak p) = (0)\). Remarquons que \(\mathfrak p\) correspond à un idéal premier de \(\mathbf{Z}[x]\) qui contient \((x^2 - 4) = (x -2)(x + 2)\). Ainsi, \(\mathfrak p\) contient soit \((x-2)\), soit \((x + 2)\). Par conséquent, \(\mathfrak p\) correspond à un idéal premier de \(\mathbf{Z}[x]/(x - 2)\) ou de \(\mathbf{Z}[x]/(x + 2)\) dont l’intersection avec \(\mathbf{Z}\) est réduite à \(0\), par hypothèse. Puisque \(\mathbf{Z}[x]/(x - 2) \cong \mathbf{Z}\) et \(\mathbf{Z}[x]/(x + 2) \cong \mathbf{Z}\), cela signifie que \(\mathfrak p\) doit correspondre à \(0\) dans l’un de ces anneaux. Ainsi, \(\mathfrak p = (x - 2)\) ou \(\mathfrak p = (x + 2)\) dans l’anneau initial.
Exemple
Dans cet exemple, nous décrivons \(X = \Spec(\mathbf{Z}[x])\). Fixons \(\mathfrak p \in X\). Soit \(\phi : \mathbf{Z} \to \mathbf{Z}[x]\) et remarquons que \(\phi^{-1}(\mathfrak p) \in \Spec(\mathbf{Z})\). Si \(\phi^{-1}(\mathfrak p) = (q)\) pour \(q\) un nombre premier tel que \(q > 0\), alors \(\mathfrak p\) correspond à un idéal premier de \((\mathbf{Z}/(q))[x]\), qui doit être engendré par un polynôme irréductible dans \((\mathbf{Z}/(q))[x]\). Si nous choisissons un représentant de ce polynôme de degré minimal, il sera également irréductible dans \(\mathbf{Z}[x]\). Ainsi, dans ce cas, \(\mathfrak p = (q, f_q)\), où \(f_q\) est un polynôme irréductible de \(\mathbf{Z}[x]\) qui reste irréductible lorsqu’on le considère dans \((\mathbf{Z}/(q) [x])\). Supposons maintenant que \(\phi^{-1}(\mathfrak p) = (0)\). Dans ce cas, \(\mathfrak p\) doit être engendré par des polynômes non constants qui, puisque \(\mathfrak p\) est premier, peuvent être supposés irréductibles dans \(\mathbf{Z}[x]\). D’après le lemme de Gauss, ces polynômes sont aussi irréductibles dans \(\mathbf{Q}[x]\). Puisque \(\mathbf{Q}[x]\) est un anneau euclidien, s’il existe au moins deux polynômes irréductibles distincts \(f, g\) qui engendrent \(\mathfrak p\), alors \(1 = af + bg\) pour certains \(a, b \in \mathbf{Q}[x]\). En multipliant par un dénominateur commun, nous voyons que \(m = \bar{a}f + \bar{b} g\) pour certains \(\bar{a}, \bar{b} \in \mathbf{Z}[x]\) et un certain \(m \in \mathbf{Z}\) non nul. C’est une contradiction. Ainsi, \(\mathfrak p\) est engendré par un polynôme irréductible de \(\mathbf{Z}[x]\).
Exemple
Dans cet exemple, nous décrivons \(X = \Spec(k[x, y])\) lorsque \(k\) est un corps arbitraire. Il est clair que \((0)\) est premier, et tout idéal principal engendré par un polynôme irréductible est également premier puisque \(k[x, y]\) est un anneau factoriel. Supposons maintenant que \(\mathfrak p\) soit un élément de \(X\) qui n’est pas principal. Puisque \(k[x, y]\) est un anneau factoriel noethérien, l’idéal premier \(\mathfrak p\) peut être engendré par un nombre fini de polynômes irréductibles \((f_1, \ldots, f_n)\). Affirmons maintenant que, si \(f, g\) sont des polynômes irréductibles de \(k[x, y]\) qui ne sont pas associés, alors \((f, g) \cap k[x] \neq 0\). Pour le montrer, il suffit d’établir que \(f\) et \(g\) sont premiers entre eux lorsqu’on les considère dans \(k(x)[y]\). Dans ce cas, \(k(x)[y]\) est un anneau euclidien ; en appliquant l’algorithme d’Euclide et en chassant les dénominateurs, nous obtenons \(p = af + bg\) pour \(p, a, b \in k[x]\). Supposons donc que ce ne soit pas le cas, c’est-à-dire qu’un certain élément non inversible \(h \in k(x)[y]\) divise à la fois \(f\) et \(g\). Alors, d’après le lemme de Gauss, pour certains \(a, b \in k(x)\), nous avons \(ah | f\) et \(bh | g\) avec \(ah, bh \in k[x]\). Par irréductibilité, \(ah = f\) et \(bh = g\) (puisque \(h \notin k(x)\)). Ainsi, de retour dans \(k(x)[y]\), \(f, g\) sont associés, car \(\frac{a}{b} g = f\). Puisque \(k(x)\) est le corps des fractions de \(k[x]\), nous pouvons écrire \(g = \frac{r}{s} f\) pour des éléments \(r , s \in k[x]\) sans facteur commun. Cela entraîne que \(sg = rf\) dans \(k[x, y]\), et donc que \(s\) doit diviser \(f\), puisque \(k[x, y]\) est un anneau factoriel. Ainsi, \(s = 1\) ou \(s = f\). Si \(s = f\), alors \(r = g\), ce qui entraîne \(f, g \in k[x]\) ; ils doivent donc être des unités de \(k(x)\) et être premiers entre eux dans \(k(x)[y]\), en contradiction avec notre hypothèse. Si \(s = 1\), alors \(g = rf\), autre contradiction. Ainsi, \(f, g\) doivent être premiers entre eux dans \(k(x)[y]\), qui est un anneau euclidien. Nous nous sommes donc ramenés au cas où \(\mathfrak p\) contient un polynôme irréductible \(p \in k[x] \subset k[x, y]\). D’après ce qui précède, \(\mathfrak p\) correspond à un idéal premier de l’anneau \(k[x, y]/(p) = k(\alpha)[y]\), où \(\alpha\) est un élément algébrique sur \(k\) de polynôme minimal \(p\). Cet anneau est principal, et tout idéal premier correspond donc à \((0)\) ou à un polynôme irréductible de \(k(\alpha)[y]\). Ainsi, \(\mathfrak p\) est de la forme \((p)\) ou \((p, f)\), où \(f\) est un polynôme de \(k[x, y]\) qui est irréductible dans le quotient \(k[x, y]/(p)\).
Exemple
Considérons l’anneau \[R = \{ f \in \mathbf{Q}[z]\text{ vérifiant }f(0) = f(1) \}.\] Considérons le morphisme \[\varphi : \mathbf{Q}[A, B] \to R\] défini par \(\varphi(A) = z^2-z\) et \(\varphi(B) = z^3-z^2\). On vérifie aisément que \((A^3 - B^2 + AB) \subset \Ker(\varphi)\) et que \(A^3 - B^2 + AB\) est irréductible. Supposons que \(\varphi\) soit surjectif ; alors, puisque \(R\) est un anneau intègre (c’est un sous-anneau d’un anneau intègre), \(\Ker(\varphi)\) doit être un idéal premier de \(\mathbf{Q}[A, B]\). Les idéaux premiers qui contiennent \((A^3-B^2 + AB)\) sont \((A^3-B^2 + AB)\) lui-même et tout idéal maximal \((f, g)\), avec \(f, g\in\mathbf{Q}[A, B]\), tel que \(f\) soit irréductible modulo \(g\). Mais \(R\) n’est pas un corps, donc le noyau doit être \((A^3-B^2 + AB)\) ; ainsi, \(\varphi\) donne un isomorphisme \(R \to \mathbf{Q}[A, B]/(A^3-B^2 + AB)\).
Pour voir que \(\varphi\) est surjectif, nous devons exprimer tout \(f\in R\) comme un polynôme à coefficients dans \(\mathbf{Q}\) en \(A(z) = z^2-z\) et \(B(z) = z^3-z^2\). Notons la relation \(zA(z) = B(z)\). Soit \(a = f(0) = f(1)\). Alors \(z(z-1)\) doit diviser \(f(z)-a\), et nous pouvons donc écrire \(f(z) = z(z-1)g(z)+a = A(z)g(z)+a\). Si \(\deg(g) < 2\), alors \(h(z) = c_1z + c_0\) et \(f(z) = A(z)(c_1z + c_0)+a = c_1B(z)+c_0A(z)+a\), et nous avons terminé. Si \(\deg(g)\geq 2\), alors, d’après l’algorithme de division euclidienne des polynômes, nous pouvons écrire \(g(z) = A(z)h(z)+b_1z + b_0\) (\(\deg(h)\leq\deg(g)-2\)), de sorte que \(f(z) = A(z)^2h(z)+b_1B(z)+b_0A(z)\). En appliquant la division à \(h(z)\) et en itérant, nous obtenons une expression de \(f(z)\) comme polynôme en \(A(z)\) et \(B(z)\) ; ainsi, \(\varphi\) est surjectif.
Soit maintenant \(a \in \mathbf{Q}\), \(a \neq 0, \frac{1}{2}, 1\), et considérons \[R_a = \{ f \in \mathbf{Q}[z, \frac{1}{z-a}]\text{ vérifiant }f(0) = f(1) \}.\] C’est encore une \(\mathbf{Q}\)-algèbre de type fini : on vérifie aisément que les fonctions \(z^2-z\), \(z^3-z\) et \(\frac{a^2-a}{z-a}+z\) engendrent \(R_a\) comme \(\mathbf{Q}\)-algèbre. Nous avons les inclusions suivantes : \[R\subset R_a\subset\mathbf{Q}[z, \frac{1}{z-a}], \quad R\subset\mathbf{Q}[z]\subset\mathbf{Q}[z, \frac{1}{z-a}].\] Rappelons (lemme 00E3) que, pour un anneau T et une partie multiplicative \(S\subset T\), le morphisme d’anneaux \(T \to S^{-1}T\) induit un morphisme sur les spectres \(\Spec(S^{-1}T) \to \Spec(T)\) qui est un homéomorphisme sur le sous-ensemble \[\{\mathfrak p \in \Spec(T) \mid S \cap \mathfrak p = \emptyset\} \subset \Spec(T).\] Lorsque \(S = \{ 1, f, f^2, \ldots\}\) pour un certain \(f\in T\), il s’agit de l’ouvert \(D(f)\subset T\). Vérifions maintenant une propriété analogue pour le morphisme d’anneaux \(R \to R_a\) : nous allons montrer que le morphisme \(\theta : \Spec(R_a) \to \Spec(R)\) induit par l’inclusion \(R\subset R_a\) est un homéomorphisme sur un sous-ensemble ouvert de \(\Spec(R)\) en vérifiant que \(\theta\) est un homéomorphisme local injectif. Nous le faisons relativement à un recouvrement ouvert de \(\Spec(R_a)\) par deux ouverts principaux, que nous décrivons maintenant. Pour tout \(r\in\mathbf{Q}\), soit \(\text{ev}_r : R \to \mathbf{Q}\) le morphisme donné par l’évaluation en \(r\). Notons que, pour \(r = 0\) et \(r = 1-a\), celui-ci se prolonge en un morphisme \(\text{ev}_r' : R_a \to \mathbf{Q}\) (dans le second cas, parce que \(\frac{1}{z-a}\) est bien défini en \(z = 1-a\), puisque \(a\neq\frac{1}{2}\)). Toutefois, \(\text{ev}_a\) ne se prolonge pas à \(R_a\). Posons \(\mathfrak{m}_r = \Ker(\text{ev}_r)\). Nous avons \[\mathfrak{m}_0 = (z^2-z, z^3-z),\] \[\mathfrak{m}_a = ((z-1 + a)(z-a), (z^2-1 + a)(z-a)), \text{ et}\] \[\mathfrak{m}_{1-a} = ((z-1 + a)(z-a), (z-1 + a)(z^2-a)).\] Pour le vérifier, notons que les membres de droite sont clairement contenus dans les membres de gauche. Vérifions ensuite que les membres de droite sont des idéaux maximaux en écrivant les générateurs en fonction de \(A\) et \(B\), et en considérant \(R\) comme \(\mathbf{Q}[A, B]/(A^3-B^2 + AB)\). Notons que \(\mathfrak{m}_a\) n’appartient pas à l’image de \(\theta\) : nous avons \[(z^2 - z)^2(z - a)\left(\frac{a^2 - a}{z - a} + z\right) = (z^2 - z)^2(a^2 - a) + (z^2 - z)^2(z - a)z\] Le membre de gauche appartient à \(\mathfrak m_a R_a\) parce que \((z^2 - z)(z - a)\) appartient à \(\mathfrak m_a\) et que \((z^2 - z)(\frac{a^2 - a}{z - a} + z)\) appartient à \(R_a\). De même, l’élément \((z^2 - z)^2(z - a)z\) appartient à \(\mathfrak m_a R_a\) parce que \((z^2 - z)\) appartient à \(R_a\) et que \((z^2 - z)(z - a)\) appartient à \(\mathfrak m_a\). Comme \(a \not \in \{0, 1\}\), nous en concluons que \((z^2 - z)^2 \in \mathfrak m_a R_a\). Par conséquent, aucun idéal \(I\) de \(R_a\) ne peut vérifier \(I \cap R = \mathfrak m_a\), car un tel \(I\) devrait contenir \((z^2 - z)^2\), qui appartient à \(R\) mais pas à \(\mathfrak m_a\). L’ouvert principal \(D((z-1 + a)(z-a))\subset\Spec(R)\) est égal au complémentaire du fermé \(\{\mathfrak{m}_a, \mathfrak{m}_{1-a}\}\). Vérifions alors que \(R_{(z-1 + a)(z-a)} = (R_a)_{(z-1 + a)(z-a)}\) ; en notant cet anneau localisé \(R'\), il s’ensuit que le morphisme \(R \to R'\) se factorise en \(R \to R_a \to R'\). D’après le lemme 00E3, ces morphismes présentent alors \(\Spec(R') \subset \Spec(R_a)\) et \(\Spec(R') \subset \Spec(R)\) comme des sous-ensembles ouverts ; ainsi, \(\theta : \Spec(R_a) \to \Spec(R)\), restreint à \(D((z-1 + a)(z-a))\), est un homéomorphisme sur un sous-ensemble ouvert. De même, la restriction de \(\theta\) à \(D((z^2 + z + 2a-2)(z-a)) \subset \Spec(R_a)\) est un homéomorphisme sur le sous-ensemble ouvert \(D((z^2 + z + 2a-2)(z-a)) \subset \Spec(R)\). Selon que \(z^2 + z + 2a-2\) est irréductible ou non sur \(\mathbf{Q}\), le complémentaire de ce premier ouvert principal est constitué d’un ou deux points fermés, ainsi que du point fermé \(\mathfrak{m}_a\). De plus, l’idéal de \(R_a\) engendré par les éléments \((z^2 + z + 2a-a)(z-a)\) et \((z-1 + a)(z-a)\) est égal à \(R_a\) tout entier ; ainsi, ces deux ouverts principaux recouvrent \(\Spec(R_a)\). Par conséquent, pour montrer que \(\theta\) est un homéomorphisme sur \(\Spec(R)-\{\mathfrak{m}_a\}\), il suffit de montrer que ces un ou deux points ne peuvent jamais être égaux à \(\mathfrak{m}_{1-a}\). Et c’est bien le cas, puisque \(1-a\) est une racine de \(z^2 + z + 2a-2\) si et seulement si \(a = 0\) ou \(a = 1\), deux cas qui ne se produisent pas.
Malgré cet homéomorphisme, qui imite le comportement d’une localisation en un élément de \(R\), tandis que \(\mathbf{Q}[z, \frac{1}{z-a}]\) est la localisation de \(\mathbf{Q}[z]\) en l’idéal maximal \((z-a)\), l’anneau \(R_a\) n’est pas une localisation de \(R\) : toute localisation \(S^{-1}R\) produit davantage d’unités que l’anneau initial \(R\). Les unités de \(R\) sont \(\mathbf{Q}^\times\), les unités de \(\mathbf{Q}\). En fait, il est facile de voir que les unités de \(R_a\) sont \(\mathbf{Q}^*\). En effet, les unités de \(\mathbf{Q}[z, \frac{1}{z - a}]\) sont \(c (z - a)^n\) pour \(c \in \mathbf{Q}^*\) et \(n \in \mathbf{Z}\), et il est clair que celles-ci n’appartiennent à \(R_a\) que si \(n = 0\). Ainsi, \(R_a\) ne possède pas davantage d’unités que \(R\) et ne peut donc pas être une localisation de \(R\).
Nous avons utilisé le fait que \(a\neq 0, 1\) pour garantir que \(\frac{1}{z-a}\) est défini en \(z = 0, 1\). Nous avons utilisé le fait que \(a\neq 1/2\) en plusieurs endroits : (1) pour pouvoir parler du noyau de \(\text{ev}_{1-a}\) sur \(R_a\), ce qui garantit que \(\mathfrak{m}_{1-a}\) est un point de \(R_a\) (c’est-à-dire que \(R_a\) ne possède qu’un point de moins que \(R\)). (2) À la fin, pour conclure que \((z-a)^{k + \ell}\) ne peut appartenir à \(R\) que pour \(k = \ell = 0\) ; en effet, si \(a = 1/2\), cet élément appartient à \(R\) dès que \(k + \ell\) est pair. Il y aurait alors effectivement davantage d’unités dans \(R_a\) que dans \(R\), et \(R_a\) pourrait éventuellement être une localisation de \(R\).
Une méta-observation sur les idéaux premiers
Cette section est tirée du projet CRing. Soit \(R\) un anneau et soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. Une conséquence du lemme 00E3 est qu’un idéal \(I \subset R\) maximal parmi ceux qui ne rencontrent pas \(S\) est premier. La raison en est que \(I = R \cap \mathfrak m\) pour un certain idéal maximal \(\mathfrak m\) de l’anneau \(S^{-1}R\). Il s’avère que, pour de nombreuses propriétés d’idéaux, les éléments maximaux sont premiers. Une méthode générale permettant de le voir a été développée dans [Lam-Reyes]. Dans cette section, nous faisons une digression pour expliquer ce phénomène.
Soit \(R\) un anneau. Si \(I\) est un idéal de \(R\) et \(a \in R\), nous définissons \[(I : a) = \left\{ x \in R \mid xa \in I\right\}.\] Plus généralement, si \(J \subset R\) est un idéal, nous définissons \[(I : J) = \left\{ x \in R \mid xJ \subset I\right\}.\]
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Pour un idéal principal \(J \subset R\) et pour tout idéal \(I \subset J\), nous avons \(I = J (I : J)\).
Démonstration
Écrivons \(J = (a)\). Alors \((I : J) = (I : a)\). Puisque \(I \subset J\), nous voyons que tout \(y \in I\) est de la forme \(y = xa\) pour un certain \(x \in (I : a)\). Ainsi, \(I \subset J (I : J)\). Réciproquement, si \(x \in (I : a)\), alors \(xJ = (xa) \subset I\), ce qui démontre l’autre inclusion.
Soit \(\mathcal{F}\) une collection d’idéaux de \(R\). Nous cherchons des conditions garantissant que les éléments maximaux du complémentaire de \(\mathcal{F}\) sont premiers.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathcal{F}\) un ensemble d’idéaux de \(R\). Nous disons que \(\mathcal{F}\) est une famille d’Oka si \(R \in \mathcal{F}\) et si, chaque fois que \(I \subset R\) est un idéal et que \((I : a), (I, a) \in \mathcal{F}\) pour un certain \(a \in R\), alors \(I \in \mathcal{F}\).
Donnons quelques exemples de familles d’Oka. Le premier est l’exemple fondamental présenté dans l’introduction de cette section.
Exemple
Soit \(R\) un anneau et soit \(S\) une partie multiplicative de \(R\). Nous affirmons que \(\mathcal{F} = \{I \subset R \mid I \cap S \not = \emptyset\}\) est une famille d’Oka. En effet, supposons que \((I : a), (I, a) \in \mathcal{F}\) pour un certain \(a \in R\). Choisissons alors \(s \in (I, a) \cap S\) et \(s' \in (I : a) \cap S\). Alors \(ss' \in I \cap S\), et donc \(I \in \mathcal{F}\). Ainsi, \(\mathcal{F}\) est une famille d’Oka.
Exemple
Soient \(R\) un anneau, \(I \subset R\) un idéal et \(a \in R\). Si \((I : a)\) est engendré par \(a_1, \ldots, a_n\) et si \((I, a)\) est engendré par \(a, b_1, \ldots, b_m\), avec \(b_1, \ldots, b_m \in I\), alors \(I\) est engendré par \(aa_1, \ldots, aa_n, b_1, \ldots, b_m\). Pour le voir, notons que, si \(x \in I\), alors \(x \in (I, a)\) est une combinaison linéaire de \(a, b_1, \ldots, b_m\), mais le coefficient de \(a\) doit appartenir à \((I:a)\). Nous en déduisons que la famille des idéaux de type fini est une famille d’Oka.
Exemple
Montrons que la famille des idéaux principaux d’un anneau \(R\) est une famille d’Oka. En effet, supposons que \(I \subset R\) soit un idéal, que \(a \in R\) et que \((I, a)\) et \((I : a)\) soient principaux. Notons que \((I : a) = (I : (I, a))\). En posant \(J = (I, a)\), nous constatons que \(J\) est principal et que \((I : J)\) l’est aussi. D’après le lemme 05K8, nous avons \(I = J (I : J)\). Ainsi, dans notre situation, puisque \(J = (I, a)\) et \((I : J)\) sont principaux, \(I\) est principal.
Exemple
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\kappa\) un cardinal infini. La famille des idéaux qui peuvent être engendrés par au plus \(\kappa\) éléments est une famille d’Oka. L’argument est analogue à celui de l’exemple 05KB et est omis.
Exemple
Soient \(A\) un anneau, \(I \subset A\) un idéal et \(a \in A\) un élément. Il existe une suite exacte courte \(0 \to A/(I : a) \to A/I \to A/(I, a) \to 0\) dont la première flèche est donnée par la multiplication par \(a\). Ainsi, si \(P\) est une propriété des \(A\)-modules qui est stable par extensions et qui est vérifiée par \(0\), alors la famille des idéaux \(I\) tels que \(A/I\) possède \(P\) est une famille d’Oka.
Proposition
Si \(\mathcal{F}\) est une famille d’Oka d’idéaux, alors tout élément maximal du complémentaire de \(\mathcal{F}\) est premier.
Démonstration
Supposons que \(I \not \in \mathcal{F}\) soit maximal parmi les idéaux qui n’appartiennent pas à \(\mathcal{F}\), mais que \(I\) ne soit pas premier. Notons que \(I \not = R\), car \(R \in \mathcal{F}\). Puisque \(I\) n’est pas premier, nous pouvons trouver \(a, b \in R - I\) tels que \(ab \in I\). Il s’ensuit que \((I, a) \neq I\) et que \((I : a)\) contient \(b \not \in I\), donc que \((I : a) \neq I\) également. Ainsi, \((I : a), (I, a)\) contiennent tous deux strictement \(I\) et doivent donc appartenir à \(\mathcal{F}\). Par la condition d’Oka, nous avons \(I \in \mathcal{F}\), ce qui est une contradiction.
Nous pouvons maintenant convertir la plupart des exemples ci-dessus en un lemme sur les idéaux premiers d’un anneau.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S\) une partie multiplicative de \(R\). Un idéal \(I \subset R\) maximal parmi ceux qui vérifient \(I \cap S = \emptyset\) est premier.
Démonstration
C’est l’exemple présenté dans l’introduction de cette section. Pour une autre démonstration, combiner l’exemple 05KA avec la proposition 05KE.
Lemme
Soit \(R\) un anneau.
Un idéal \(I \subset R\) maximal parmi ceux qui ne sont pas de type fini est premier.
Si tout idéal premier de \(R\) est de type fini, alors tout idéal de \(R\) est de type fini2.
Démonstration
La première assertion est une conséquence immédiate de l’exemple 05KB et de la proposition 05KE. Pour la seconde, supposons qu’il existe un idéal \(I \subset R\) qui ne soit pas de type fini. La réunion d’une chaîne totalement ordonnée \(\left\{I_\alpha\right\}\) d’idéaux qui ne sont pas de type fini n’est pas de type fini ; en effet, si \(I = \bigcup I_\alpha\) était engendré par \(a_1, \ldots, a_n\), alors tous les générateurs appartiendraient à un certain \(I_\alpha\) et l’engendreraient par conséquent. D’après le lemme de Zorn, il existe un idéal maximal parmi ceux qui ne sont pas de type fini. D’après la première partie, cet idéal est premier.
Lemme
Soit \(R\) un anneau.
Un idéal \(I \subset R\) maximal parmi ceux qui ne sont pas principaux est premier.
Si tout idéal premier de \(R\) est principal, alors tout idéal de \(R\) est principal.
Démonstration
La première partie résulte de l’exemple 05KC et de la proposition 05KE. Pour la seconde, supposons qu’il existe un idéal \(I \subset R\) qui ne soit pas principal. La réunion d’une chaîne totalement ordonnée \(\left\{I_\alpha\right\}\) d’idéaux qui ne sont pas principaux n’est pas principale ; en effet, si \(I = \bigcup I_\alpha\) était engendré par \(a\), alors \(a\) appartiendrait à un certain \(I_\alpha\) et \(a\) l’engendrerait. D’après le lemme de Zorn, il existe un idéal maximal parmi ceux qui ne sont pas principaux. Cet idéal est nécessairement premier d’après la première partie.
Lemme
Soit \(R\) un anneau.
Un idéal maximal parmi les idéaux qui ne contiennent aucun élément non diviseur de zéro est premier.
Si \(R\) est non nul et si tout idéal premier non nul de \(R\) contient un élément non diviseur de zéro, alors \(R\) est un anneau intègre.
Démonstration
Considérons l’ensemble \(S\) des éléments non diviseurs de zéro. C’est une partie multiplicative de \(R\). Ainsi, tout idéal maximal parmi ceux qui ne rencontrent pas \(S\) est premier, voir le lemme 05KF. Par conséquent, si tout idéal premier non nul contient un élément non diviseur de zéro, alors \((0)\) est premier, c’est-à-dire que \(R\) est un anneau intègre.
Remarque
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\kappa\) un cardinal infini. En appliquant l’exemple 05KD et la proposition 05KE, nous voyons que tout idéal maximal parmi ceux qui ne peuvent pas être engendrés par \(\kappa\) éléments est premier. Ce résultat n’est pas très utile, car il existe un anneau \(R\) dont tout idéal premier peut être engendré par \(\aleph_0\) éléments, mais dont un certain idéal ne le peut pas. En effet, soit \(k\) un corps, soit \(T\) un ensemble dont la cardinalité est strictement supérieure à \(\aleph_0\), et posons \[R = k[\{x_n\}_{n \geq 1}, \{z_{t, n}\}_{t \in T, n \geq 0}]/ (x_n^2, z_{t, n}^2, x_n z_{t, n} - z_{t, n - 1})\] C’est un anneau local dont l’unique idéal premier est \(\mathfrak m = (x_n)\). Mais l’idéal \((z_{t, n})\) ne peut pas être engendré par une famille dénombrable d’éléments.
Exemple
Soient \(R\) un anneau et \(X = \Spec(R)\). Puisque les fermés de \(X\) correspondent aux idéaux radicaux de \(R\) (lemme 00E0), nous voyons que \(X\) est un espace topologique noethérien si et seulement si les idéaux radicaux vérifient la condition de chaîne ascendante. Cela équivaut à dire que tout idéal radical est le radical d’un idéal de type fini (détails omis). Posons \[\mathcal{F} = \{I \subset R \mid \sqrt{I} = \sqrt{(f_1, \ldots, f_n)}\text{ pour un certain }n \text{ et }f_1, \ldots, f_n \in R\}.\] Le lecteur peut montrer que \(\mathcal{F}\) est une famille d’Oka en utilisant l’identité \[\sqrt{I} = \sqrt{(I, a)(I : a)}\] qui vaut pour tout idéal \(I \subset R\) et tout élément \(a \in R\). D’autre part, si nous avons une chaîne totalement ordonnée d’idéaux \(\{I_\alpha\}\) dont aucun n’appartient à \(\mathcal{F}\), alors la réunion \(I = \bigcup I_\alpha\) ne peut pas non plus appartenir à \(\mathcal{F}\). Sinon, \(\sqrt{I} = \sqrt{(f_1, \ldots, f_n)}\), puis \(f_i^e \in I\) pour un certain \(e\), puis \(f_i^e \in I_\alpha\) pour un certain \(\alpha\) indépendant de \(i\), et enfin \(\sqrt{I_\alpha} = \sqrt{(f_1, \ldots, f_n)}\), contradiction. Ainsi, si l’ensemble des idéaux qui n’appartiennent pas à \(\mathcal{F}\) est non vide, il possède des éléments maximaux et, exactement comme dans le lemme 05KG, nous concluons que \(X\) est un espace topologique noethérien si et seulement si tout idéal premier de \(R\) est égal à \(\sqrt{(f_1, \ldots, f_n)}\) pour certains \(f_1, \ldots, f_n \in R\). Si ce résultat nous est un jour nécessaire, nous l’énoncerons et le démontrerons ici avec soin.
Images des morphismes d’anneaux de présentation finie
Dans cette section, nous démontrons quelques résultats sur la topologie des applications \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) induites par des morphismes d’anneaux \(R \to S\), principalement le théorème de Chevalley. Pour ce faire, nous utiliserons les notions de parties constructibles, de parties quasi-compactes, de parties rétrocompactes, etc., qui sont définies dans Topologie, section 04ZC.
Lemme
Soit \(U \subset \Spec(R)\) un ouvert. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(U\) est rétrocompact dans \(\Spec(R)\),
\(U\) est quasi-compact,
\(U\) est une réunion finie d’ouverts principaux, et
il existe un idéal de type fini \(I \subset R\) tel que \(X \setminus V(I) = U\).
Démonstration
Nous avons (1) \(\Rightarrow\) (2), car \(\Spec(R)\) est quasi-compact, voir le lemme 00E8. Nous avons (2) \(\Rightarrow\) (3), car les ouverts principaux forment une base de la topologie. Démontrons (3) \(\Rightarrow\) (1). Soit \(U = \bigcup_{i = 1\ldots n} D(f_i)\). Pour montrer que \(U\) est rétrocompact dans \(\Spec(R)\), il suffit de montrer que \(U \cap V\) est quasi-compact pour tout ouvert quasi-compact \(V\) de \(\Spec(R)\). Écrivons \(V = \bigcup_{j = 1\ldots m} D(g_j)\), ce qui est possible par (2) \(\Rightarrow\) (3). Tout ouvert principal est homéomorphe au spectre d’un anneau et est donc quasi-compact, voir les lemmes 00E4 et 00E8. Ainsi, \(U \cap V = (\bigcup_{i = 1\ldots n} D(f_i)) \cap (\bigcup_{j = 1\ldots m} D(g_j)) = \bigcup_{i, j} D(f_i g_j)\) est une réunion finie d’ouverts quasi-compacts, donc est quasi-compact. Pour achever la démonstration, notons que (4) équivaut à (3) d’après le lemme 00E0.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. L’application continue induite \(f : \Spec(S) \to \Spec(R)\) est quasi-compacte. Pour toute partie constructible \(E \subset \Spec(R)\), l’image réciproque \(f^{-1}(E)\) est constructible dans \(\Spec(S)\).
Démonstration
Montrons d’abord que l’image réciproque de tout ouvert quasi-compact \(U \subset \Spec(R)\) est quasi-compacte. D’après le lemme 00F6, nous pouvons écrire \(U\) comme une réunion finie d’ouverts principaux. Le lemme 00E2 montre donc que \(f^{-1}(U)\) est une réunion finie d’ouverts principaux. Ainsi, \(f^{-1}(U)\) est quasi-compact d’après le lemme 00F6. La seconde assertion résulte alors de Topologie, lemme 005I.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Une partie de \(\Spec(R)\) est constructible si et seulement si elle peut s’écrire comme une réunion finie de parties de la forme \(D(f) \cap V(g_1, \ldots, g_m)\), où \(f, g_1, \ldots, g_m \in R\).
Démonstration
D’après le lemme 00F6, la partie \(D(f)\) et le complémentaire de \(V(g_1, \ldots, g_m)\) sont des ouverts rétrocompacts. Ainsi, \(D(f) \cap V(g_1, \ldots, g_m)\) est une partie constructible, de même que toute réunion finie de telles parties. Réciproquement, soit \(T \subset \Spec(R)\) une partie constructible. D’après Topologie, définition 005G, nous pouvons supposer que \(T = U \cap V^c\), où \(U, V \subset \Spec(R)\) sont des ouverts rétrocompacts. D’après le lemme 00F6, nous pouvons écrire \(U = \bigcup_{i = 1, \ldots, n} D(f_i)\) et \(V = \bigcup_{j = 1, \ldots, m} D(g_j)\). Alors \(T = \bigcup_{i = 1, \ldots, n} \big(D(f_i) \cap V(g_1, \ldots, g_m)\big)\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(T \subset \Spec(R)\) une partie constructible. Il existe alors un morphisme d’anneaux \(R \to S\) de présentation finie tel que \(T\) soit l’image de \(\Spec(S)\) dans \(\Spec(R)\).
Démonstration
Le spectre d’un produit fini d’anneaux est la réunion disjointe des spectres, voir le lemme 00ED. Par conséquent, si \(T = T_1 \cup T_2\) et si le résultat vaut pour \(T_1\) et \(T_2\), alors il vaut pour \(T\). D’après le lemme 0G1P, nous pouvons supposer que \(T = D(f) \cap V(g_1, \ldots, g_m)\). Dans ce cas, \(T\) est l’image du morphisme \(\Spec((R/(g_1, \ldots, g_m))_f) \to \Spec(R)\), voir les lemmes 00E4 et 00E5.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(f\) un élément de \(R\). Soit \(S = R_f\). Alors l’image d’une partie constructible de \(\Spec(S)\) est constructible dans \(\Spec(R)\).
Démonstration
Nous utilisons à plusieurs reprises le lemme 00F6 sans le mentionner. Soient \(U, V\) des ouverts quasi-compacts de \(\Spec(S)\). Nous allons montrer que l’image de \(U \cap V^c\) est constructible. Sous l’identification \(\Spec(S) = D(f)\) du lemme 00E4, les parties \(U, V\) correspondent à des ouverts quasi-compacts \(U', V'\) de \(\Spec(R)\). Il suffit donc de montrer que \(U' \cap (V')^c\) est constructible dans \(\Spec(R)\), ce qui est clair.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I\) un idéal de type fini de \(R\). Soit \(S = R/I\). Alors l’image d’une partie constructible de \(\Spec(S)\) est constructible dans \(\Spec(R)\).
Démonstration
Si \(I = (f_1, \ldots, f_m)\), alors nous voyons que \(V(I)\) est le complémentaire de \(\bigcup D(f_i)\), voir le lemme 00E0. Il est donc constructible, d’après le lemme 00F6. Notons le morphisme \(R \to S\) par \(f \mapsto \overline{f}\). Nous devons montrer que, si \(\overline{U}, \overline{V}\) sont des ouverts rétrocompacts de \(\Spec(S)\), alors l’image de \(\overline{U} \cap \overline{V}^c\) dans \(\Spec(R)\) est constructible. D’après le lemme 00F6, nous pouvons écrire \(\overline{U} = \bigcup D(\overline{g_i})\). En posant \(U = \bigcup D({g_i})\), nous voyons que \(\overline{U}\) a pour image \(U \cap V(I)\), qui est constructible dans \(\Spec(R)\). De même, l’image de \(\overline{V}\) est égale à \(V \cap V(I)\) pour un certain ouvert rétrocompact \(V\) de \(\Spec(R)\). Ainsi, l’image de \(\overline{U} \cap \overline{V}^c\) est égale à \(U \cap V(I) \cap V^c\), comme voulu.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Le morphisme \(\Spec(R[x]) \to \Spec(R)\) est ouvert, et l’image de tout ouvert principal est un ouvert quasi-compact.
Démonstration
Il suffit de montrer que l’image d’un ouvert principal \(D(f)\), \(f\in R[x]\), est un ouvert quasi-compact. L’image de \(D(f)\) est celle du morphisme \(\Spec(R[x]_f) \to \Spec(R)\). Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Soit \(\overline{f}\) l’image de \(f\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[x]\). Rappelons, voir le lemme 00E7, que \(\mathfrak p\) appartient à l’image si et seulement si \(R[x]_f \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak p)[x]_{\overline{f}}\) n’est pas l’anneau nul. C’est exactement la condition que \(f\) ne s’envoie pas sur zéro dans \(\kappa(\mathfrak p)[x]\), autrement dit qu’un coefficient de \(f\) n’appartienne pas à \(\mathfrak p\). Ainsi, si \(f = a_d x^d + \ldots + a_0\), alors l’image de \(D(f)\) est \(D(a_d) \cup \ldots \cup D(a_0)\).
Nous démontrons une propriété des polynômes caractéristiques qui sera utilisée ci-dessous.
Lemme
Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux. Supposons que \(A \cong R^{\oplus n}\) comme \(R\)-module. Soit \(f \in A\). L’application de multiplication \(m_f: A \to A\) est \(R\)-linéaire et possède donc un polynôme caractéristique \(P(T) = T^n + r_{n-1}T^{n-1} + \ldots + r_0 \in R[T]\). Pour tout idéal premier \(\mathfrak{p} \in \Spec(R)\), \(f\) agit de manière nilpotente sur \(A \otimes_R \kappa(\mathfrak{p})\) si et seulement si \(\mathfrak p \in V(r_0, \ldots, r_{n-1})\).
Démonstration
Cela résulte assez facilement du fait que le polynôme caractéristique \(\bar P(T) \in \kappa(\mathfrak p)[T]\) de l’application de multiplication \(m_{\bar f}: A \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \to A \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), qui multiplie les éléments de \(A \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) par \(\bar f\), l’image de \(f\) considérée dans \(\kappa(\mathfrak p)\), est précisément l’image de \(P(T)\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[T]\). Soit \((a_{ij})\) la matrice de l’application \(m_f\), à coefficients dans \(R\), relativement à une base \(e_1, \ldots, e_n\) de \(A\) comme \(R\)-module. Alors \(A \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \cong (R \otimes_R \kappa(\mathfrak p))^{\oplus n} = \kappa(\mathfrak p)^n\), qui est un espace vectoriel de dimension \(n\) sur \(\kappa(\mathfrak p)\), de base \(e_1 \otimes 1, \ldots, e_n \otimes 1\). L’image est \(\bar f = f \otimes 1\), et l’application de multiplication \(m_{\bar f}\) a donc pour matrice \((a_{ij} \otimes 1)\). Ainsi, le polynôme caractéristique est précisément l’image de \(P(T)\).
Nous savons par l’algèbre linéaire qu’un endomorphisme agit de manière nilpotente sur un espace vectoriel de dimension \(n\) si et seulement si son polynôme caractéristique est \(T^n\) (car le polynôme caractéristique divise une puissance du polynôme minimal). Ainsi, \(f\) agit de manière nilpotente sur \(A \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) si et seulement si \(\bar P(T) = T^n\). Cela se produit si et seulement si \(r_i \in \mathfrak p\) pour tout \(0 \leq i \leq n - 1\), c’est-à-dire lorsque \(\mathfrak p \in V(r_0, \ldots, r_{n - 1}).\)
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(f, g \in R[x]\) des polynômes. Supposons que le coefficient dominant de \(g\) soit une unité de \(R\). Il existe des éléments \(r_i\in R\), \(i = 1\ldots, n\), tels que l’image de \(D(f) \cap V(g)\) dans \(\Spec(R)\) soit \(\bigcup_{i = 1, \ldots, n} D(r_i)\).
Démonstration
Écrivons \(g = ux^d + a_{d-1}x^{d-1} + \ldots + a_0\), où \(d\) est le degré de \(g\), et donc \(u \in R^*\). Considérons l’anneau \(A = R[x]/(g)\). Comme \(R\)-module, il est libre de type fini, de base les images de \(1, x, \ldots, x^{d-1}\). Considérons la multiplication par (l’image de) \(f\) sur \(A\). C’est un morphisme de \(R\)-modules. Nous pouvons donc noter \(P(T) \in R[T]\) le polynôme caractéristique de ce morphisme. Écrivons \(P(T) = T^d + r_{d-1} T^{d-1} + \ldots + r_0\). Nous affirmons que \(r_0, \ldots, r_{d-1}\) ont la propriété voulue. Nous utiliserons ci-dessous la propriété des polynômes caractéristiques selon laquelle \[\mathfrak p \in V(r_0, \ldots, r_{d-1}) \Leftrightarrow \text{la multiplication par }f\text{ est nilpotente sur } A \otimes_R \kappa(\mathfrak p).\] Elle a été démontrée dans le lemme 00FC.
Supposons que \(\mathfrak q\in D(f) \cap V(g)\), et soit \(\mathfrak p = \mathfrak q \cap R\). Il existe alors un morphisme non nul \(A \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \to \kappa(\mathfrak q)\) qui est compatible avec la multiplication par \(f\). Et \(f\) agit comme une unité sur \(\kappa(\mathfrak q)\). Nous en concluons que \(\mathfrak p \not \in V(r_0, \ldots, r_{d-1})\).
D’autre part, supposons que \(r_i \not\in \mathfrak p\) pour un certain idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\) et un certain \(0 \leq i \leq d - 1\). Alors la multiplication par \(f\) n’est pas nilpotente sur l’algèbre \(A \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). Il existe donc un idéal premier \(\overline{\mathfrak q} \subset A \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) qui ne contient pas l’image de \(f\). L’image réciproque de \(\overline{\mathfrak q}\) dans \(R[x]\) est un élément de \(D(f) \cap V(g)\) qui s’envoie sur \(\mathfrak p\).
Théorème
Supposons que \(R \to S\) soit de présentation finie. L’image d’une partie constructible de \(\Spec(S)\) dans \(\Spec(R)\) est constructible.
Démonstration
Écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m)\). Nous pouvons factoriser \(R \to S\) sous la forme \(R \to R[x_1] \to R[x_1, x_2] \to \ldots \to R[x_1, \ldots, x_{n-1}] \to S\). Nous pouvons donc supposer que \(S = R[x]/(f_1, \ldots, f_m)\). Dans ce cas, nous factorisons le morphisme sous la forme \(R \to R[x] \to S\) et, grâce au lemme 00FA, nous nous ramenons au cas \(S = R[x]\). D’après le lemme 00F6, il suffit de montrer que, si \(T = (\bigcup_{i = 1\ldots n} D(f_i)) \cap V(g_1, \ldots, g_m)\) pour \(f_i , g_j \in R[x]\), alors l’image dans \(\Spec(R)\) est constructible. Puisque les réunions finies de parties constructibles sont constructibles, il suffit de traiter le cas \(n = 1\), c’est-à-dire celui où \(T = D(f) \cap V(g_1, \ldots, g_m)\).
Notons que, si \(c \in R\), alors \[\Spec(R) = V(c) \amalg D(c) = \Spec(R/(c)) \amalg \Spec(R_c),\] et, de façon correspondante, \(\Spec(R[x]) = V(c) \amalg D(c) = \Spec(R/(c)[x]) \amalg \Spec(R_c[x])\). L’intersection de \(T = D(f) \cap V(g_1, \ldots, g_m)\) avec chaque partie conserve la même forme, où \(f\), \(g_i\) sont remplacés par leurs images dans \(R/(c)[x]\) et \(R_c[x]\), respectivement. Notons que l’image de \(T\) dans \(\Spec(R)\) est la réunion des images de \(T \cap V(c)\) et de \(T \cap D(c)\). D’après les lemmes 00F9 et 00FA, il suffit de montrer que les images des deux parties sont constructibles dans \(\Spec(R/(c))\) et \(\Spec(R_c)\), respectivement.
Supposons que \(T = D(f) \cap V(g_1, \ldots, g_m)\) comme ci-dessus, avec \(\deg(g_1) \leq \deg(g_2) \leq \ldots \leq \deg(g_m)\). Nous allons raisonner par récurrence sur \(m\) et sur les degrés des \(g_i\). Soit \(d_1 = \deg(g_1)\), c’est-à-dire \(g_1 = c x^{d_1} + l.o.t\) avec \(c \in R\) non nul. En décomposant \(R\) en les deux morceaux \(R/(c)\) et \(R_c\), soit nous abaissons le degré de \(g_1\) (et ce cas est couvert par récurrence), soit nous nous ramenons au cas où \(c\) est inversible. Si \(c\) est inversible et si \(m > 1\), écrivons \(g_2 = c' x^{d_2} + l.o.t\). Dans ce cas, considérons \(g_2' = g_2 - (c'/c) x^{d_2 - d_1} g_1\). Puisque les idéaux \((g_1, g_2, \ldots, g_m)\) et \((g_1, g_2', g_3, \ldots, g_m)\) sont égaux, nous voyons que \(T = D(f) \cap V(g_1, g_2', g_3\ldots, g_m)\). Mais ici, le degré de \(g_2'\) est strictement inférieur à celui de \(g_2\), et ce cas est donc couvert par récurrence.
Les cas de base de la récurrence ci-dessus sont les cas (a) \(T = D(f) \cap V(g)\) où le coefficient dominant de \(g\) est inversible, et (b) \(T = D(f)\). Ces deux cas sont traités par les lemmes 00FD et 00FB.
Compléments sur les images
Dans cette section, nous rassemblons quelques lemmes supplémentaires concernant l’image au niveau de \(\Spec\) pour les morphismes d’anneaux. Voir aussi, par exemple, la section 00HU.
Lemme
Soit \(R \subset S\) une inclusion d’anneaux intègres. Supposons que \(R \to S\) soit de type fini. Il existe un élément non nul \(f \in R\) et un élément non nul \(g \in S\) tels que \(R_f \to S_{fg}\) soit de présentation finie.
Démonstration
Nous raisonnons par récurrence sur le nombre de générateurs de \(S\) sur \(R\). Au cours de la démonstration, nous pouvons remplacer \(R\) par \(R_f\) et \(S\) par \(S_f\) pour un certain élément non nul \(f \in R\).
Supposons que \(S\) soit engendré par un seul élément sur \(R\). Alors \(S = R[x]/\mathfrak q\) pour un certain idéal premier \(\mathfrak q \subset R[x]\). Si \(\mathfrak q = (0)\), il n’y a rien à démontrer. Si \(\mathfrak q \not = (0)\), soit \(h \in \mathfrak q\) un élément non nul de degré minimal en \(x\). Écrivons \(h = f x^d + a_{d - 1} x^{d - 1} + \ldots + a_0\), avec \(a_i \in R\) et \(f \not = 0\). Après avoir inversé \(f\) dans \(R\) et \(S\), nous pouvons supposer que \(h\) est unitaire. Nous obtenons un morphisme surjectif de \(R\)-algèbres \(R[x]/(h) \to S\). Nous avons \(R[x]/(h) = R \oplus Rx \oplus \ldots \oplus Rx^{d - 1}\) comme \(R\)-module et, par minimalité de \(d\), nous voyons que \(R[x]/(h)\) s’injecte dans \(S\). Ainsi, \(R[x]/(h) \cong S\) est de présentation finie sur \(R\).
Supposons que \(S\) soit engendré par \(n > 1\) éléments sur \(R\). Disons que \(x_1, \ldots, x_n \in S\) engendrent \(S\). Notons \(S' \subset S\) la sous-\(R\)-algèbre engendrée par \(x_1, \ldots, x_{n-1}\). Par l’hypothèse de récurrence, nous voyons qu’il existe des éléments non nuls \(f\in R\) et \(g \in S'\) tels que \(R_f \to S'_{fg}\) soit de présentation finie. Nous appliquons ensuite l’hypothèse de récurrence à \(S'_{fg} \to S_{fg}\) pour voir qu’il existe \(f' \in S'_{fg}\) et \(g' \in S_{fg}\) tels que \(S'_{fgf'} \to S_{fgf'g'}\) soit de présentation finie. Nous laissons au lecteur le soin de conclure.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux de type fini. Notons \(X = \Spec(R)\) et \(Y = \Spec(S)\). Notons \(f : Y \to X\) le morphisme induit sur les spectres. Soit \(E \subset Y = \Spec(S)\) une partie constructible. Si un point \(\xi \in X\) appartient à \(f(E)\), alors \(\overline{\{\xi\}} \cap f(E)\) contient un sous-ensemble ouvert dense de \(\overline{\{\xi\}}\).
Démonstration
Soit \(\xi \in X\) un point de \(f(E)\). Choisissons un point \(\eta \in E\) qui s’envoie sur \(\xi\). Soit \(\mathfrak p \subset R\) l’idéal premier correspondant à \(\xi\), et soit \(\mathfrak q \subset S\) l’idéal premier correspondant à \(\eta\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ \eta \ar[r] \ar@{|->}[d] & E \cap Y' \ar[r] \ar[d] & Y' = \Spec(S/\mathfrak q) \ar[r] \ar[d] & Y \ar[d] \\ \xi \ar[r] & f(E) \cap X' \ar[r] & X' = \Spec(R/\mathfrak p) \ar[r] & X }\] D’après le lemme 00F7, la partie \(E \cap Y'\) est constructible dans \(Y'\). Il s’ensuit que nous pouvons remplacer \(X\) par \(X'\) et \(Y\) par \(Y'\). Nous pouvons donc supposer que \(R \subset S\) est une inclusion d’anneaux intègres, que \(\xi\) est le point générique de \(X\) et que \(\eta\) est le point générique de \(Y\). En combinant le lemme 00FG avec le théorème de Chevalley (théorème 00FE), nous voyons qu’il existe des ouverts denses \(U \subset X\) et \(V \subset Y\) tels que \(f(V) \subset U\) et que \(f : V \to U\) envoie les parties constructibles sur des parties constructibles. Notons que \(E \cap V\) est constructible dans \(V\), voir Topologie, lemme 005J. Ainsi, \(f(E \cap V)\) est constructible dans \(U\) et contient \(\xi\). D’après Topologie, lemme 005K, nous voyons que \(f(E \cap V)\) contient un ouvert dense \(U' \subset U\).
À la fin de cette section, nous présentons quelques résultats supplémentaires sur les images des applications entre spectres qui n’ont rien à voir avec les parties constructibles.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Les conditions suivantes sont équivalentes :
L’application \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est surjective.
Pour tout idéal \(I \subset R\), l’image réciproque de \(\sqrt{IS}\) dans \(R\) est égale à \(\sqrt{I}\).
Pour tout idéal radical \(I \subset R\), l’image réciproque de \(IS\) dans \(R\) est égale à \(I\).
Pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\), l’image réciproque de \(\mathfrak p S\) dans \(R\) est \(\mathfrak p\).
Dans ce cas, il en va de même après tout changement de base : étant donné un morphisme d’anneaux \(R \to R'\), le morphisme d’anneaux \(R' \to R' \otimes_R S\) possède lui aussi les propriétés équivalentes (1), (2), (3).
Démonstration
Si \(J \subset S\) est un idéal, alors \(\sqrt{\varphi^{-1}(J)} = \varphi^{-1}(\sqrt{J})\). Cela montre que (2) et (3) sont équivalentes. L’implication (3) \(\Rightarrow\) (4) est immédiate. Si \(I \subset R\) est un idéal radical, alors le lemme 00E0 garantit que \(I = \bigcap_{I \subset \mathfrak p} \mathfrak p\). Ainsi, (4) \(\Rightarrow\) (2). D’après le lemme 00E7, nous avons \(\mathfrak p = \varphi^{-1}(\mathfrak p S)\) si et seulement si \(\mathfrak p\) appartient à l’image. Ainsi, (1) \(\Leftrightarrow\) (4). Les conditions (1), (2), (3) et (4) sont donc équivalentes.
Supposons que (1) soit vérifiée. Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak p' \subset R'\) un idéal premier au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Pour voir que \(\mathfrak p'\) appartient à l’image de \(\Spec(R' \otimes_R S) \to \Spec(R')\), nous devons montrer que \((R' \otimes_R S) \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak p')\) n’est pas nul, voir le lemme 00E7. Mais nous avons \[(R' \otimes_R S) \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak p') = S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak p')\] qui n’est pas nul, car \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) n’est pas nul par hypothèse et \(\kappa(\mathfrak p) \to \kappa(\mathfrak p')\) est une extension de corps.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre. Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Les conditions suivantes sont équivalentes :
Le morphisme d’anneaux \(R \to S\) est injectif.
L’image de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) contient un ensemble dense de points.
Il existe un idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) dont l’image réciproque dans \(R\) est \((0)\).
Démonstration
Soit \(K\) le corps des fractions de l’anneau intègre \(R\). Supposons que \(R \to S\) soit injectif. Puisque la localisation est exacte, nous voyons que \(K \to S \otimes_R K\) est injectif. Il existe donc un idéal premier s’envoyant sur \((0)\) d’après le lemme 00E7.
Notons que \((0)\) est dense dans \(\Spec(R)\), de sorte que la dernière condition implique la seconde.
Supposons que la seconde condition soit vérifiée. Soit \(f \in R\), \(f \not = 0\). Puisque \(R\) est un anneau intègre, nous voyons que \(V(f)\) est un fermé propre de \(R\). Par hypothèse, il existe un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\) tel que \(\varphi(f) \not \in \mathfrak q\). Ainsi, \(\varphi(f) \not = 0\). Le morphisme \(R \to S\) est donc injectif.
Lemme
Soit \(R \subset S\) un morphisme d’anneaux injectif. Alors \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) atteint tous les idéaux premiers minimaux.
Démonstration
Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier minimal. Dans ce cas, \(R_{\mathfrak p}\) possède un unique idéal premier. Il suffit donc de montrer que \(S_{\mathfrak p}\) n’est pas nul. Cela résulte du fait que la localisation est exacte, voir la proposition 00CS.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Les conditions suivantes sont équivalentes :
Le noyau de \(R \to S\) est constitué d’éléments nilpotents.
Les idéaux premiers minimaux de \(R\) appartiennent à l’image de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\).
L’image de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est dense dans \(\Spec(R)\).
Démonstration
Soit \(I = \Ker(R \to S)\). Notons que \(\sqrt{(0)} = \bigcap_{\mathfrak q \subset S} \mathfrak q\), voir le lemme 00E0. Ainsi, \(\sqrt{I} = \bigcap_{\mathfrak q \subset S} R \cap \mathfrak q\). Donc \(V(I) = V(\sqrt{I})\) est l’adhérence de l’image de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\). Cela montre que (1) équivaut à (3). Il est clair que (2) implique (3). Enfin, supposons (1). Nous pouvons remplacer \(R\) par \(R/I\) et \(S\) par \(S/IS\) sans changer la topologie des spectres ni l’application. Ainsi, l’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) résulte du lemme 00FK.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Si un idéal premier minimal \(\mathfrak p \subset R\) appartient à l’image de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\), alors il est l’image d’un idéal premier minimal.
Démonstration
Écrivons \(\mathfrak p = \mathfrak q \cap R\). Choisissons alors un idéal premier minimal \(\mathfrak r \subset S\) tel que \(\mathfrak r \subset \mathfrak q\), voir le lemme 00E0. Par minimalité de \(\mathfrak p\), nous voyons que \(\mathfrak p = \mathfrak r \cap R\).
Lemme
Soit \(A \subset B\) une inclusion d’anneaux intègres induisant une extension algébrique des corps des fractions. Si \(J \subset B\) est un idéal non nul, alors \(A \cap J\) est également non nul. Ainsi, l’image d’un fermé propre de \(\Spec(B)\) n’est pas dense dans \(\Spec(A)\).
Démonstration
Soit \(x \in J\) un élément non nul. Puisque \(x\) est algébrique sur le corps des fractions de \(A\), il existe un \(d \geq 1\) et des \(a_0, \ldots, a_d \in A\) tels que \(a_0, a_d \not = 0\) et que \(a_d x^d + a_{d - 1} x^{d - 1} + \ldots + a_0 = 0\) dans \(B\). Alors \(a_0 \in A \cap J\).
Anneaux noethériens
Un anneau \(R\) est noethérien si tout idéal de \(R\) est de type fini. Cela équivaut clairement à la condition de chaîne ascendante pour les idéaux de \(R\). D’après le lemme 05KG, il suffit de vérifier que tout idéal premier de \(R\) est de type fini.
Lemme
Tout anneau de type fini sur un anneau noethérien est noethérien. Toute localisation d’un anneau noethérien est noethérienne.
Démonstration
L’assertion sur les localisations résulte du fait que tout idéal \(J \subset S^{-1}R\) est de la forme \(I \cdot S^{-1}R\). Tout quotient \(R/I\) d’un anneau noethérien \(R\) est noethérien, car tout idéal \(\overline{J} \subset R/I\) est de la forme \(J/I\) pour un certain idéal \(I \subset J \subset R\). Il suffit donc de montrer que, si \(R\) est noethérien, alors \(R[X]\) l’est aussi. Supposons que \(J_1 \subset J_2 \subset \ldots\) soit une chaîne ascendante d’idéaux de \(R[X]\). Considérons les idéaux \(I_{i, d}\) définis comme les idéaux constitués des éléments de \(R\) qui apparaissent comme coefficients dominants de polynômes de degré \(d\) appartenant à \(J_i\). Il est clair que \(I_{i, d} \subset I_{i', d'}\) dès que \(i \leq i'\) et \(d \leq d'\). Par la condition de chaîne ascendante dans \(R\), il n’y a qu’un nombre fini d’idéaux distincts parmi tous les \(I_{i, d}\). (Indication : tout ensemble infini d’éléments de \(\mathbf{N} \times \mathbf{N}\) contient une suite infinie croissante.) Prenons \(i_0\) assez grand pour que \(I_{i, d} = I_{i_0, d}\) pour tous \(i \geq i_0\) et tout \(d\). Supposons que \(f \in J_i\) pour un certain \(i \geq i_0\). Par récurrence sur le degré \(d = \deg(f)\), montrons que \(f \in J_{i_0}\). En effet, il existe un \(g\in J_{i_0}\) de degré \(d\) ayant le même coefficient dominant que \(f\). Par récurrence, \(f - g \in J_{i_0}\), et le résultat s’ensuit.
Lemme
Si \(R\) est un anneau noethérien, alors l’anneau de séries formelles \(R[[x_1, \ldots, x_n]]\) l’est également.
Démonstration
Puisque \(R[[x_1, \ldots, x_{n + 1}]] \cong R[[x_1, \ldots, x_n]][[x_{n + 1}]]\), il suffit de montrer que \(R[[x]]\) est noethérien lorsque \(R\) l’est. Soit \(I \subset R[[x]]\) un idéal. Nous devons montrer que \(I\) est un idéal de type fini. Pour tout entier \(d\), notons \(I_d = \{a \in R \mid ax^d + \text{termes d'ordre supérieur} \in I\}\). Alors nous voyons que \(I_0 \subset I_1 \subset \ldots\) se stabilise, puisque \(R\) est noethérien. Choisissons \(d_0\) tel que \(I_{d_0} = I_{d_0 + 1} = \ldots\). Pour tout \(d \leq d_0\), choisissons des éléments \(f_{d, j} \in I \cap (x^d)\), \(j = 1, \ldots, n_d\), tels que, si nous écrivons \(f_{d, j} = a_{d, j}x^d + \text{termes d'ordre supérieur}\), alors \(I_d = (a_{d, j})\). Notons \(I' = (\{f_{d, j}\}_{d = 0, \ldots, d_0, j = 1, \ldots, n_d})\). Il est alors clair que \(I' \subset I\). Choisissons \(f \in I\). Nous pouvons d’abord choisir des \(c_{d, i} \in R\) tels que \[f - \sum c_{d, i} f_{d, i} \in (x^{d_0 + 1}) \cap I.\] Ensuite, nous pouvons choisir \(c_{i, 1} \in R\), \(i = 1, \ldots, n_{d_0}\), tels que \[f - \sum c_{d, i} f_{d, i} - \sum c_{i, 1}xf_{d_0, i} \in (x^{d_0 + 2}) \cap I.\] Ensuite, nous pouvons choisir \(c_{i, 2} \in R\), \(i = 1, \ldots, n_{d_0}\), tels que \[f - \sum c_{d, i} f_{d, i} - \sum c_{i, 1}xf_{d_0, i} - \sum c_{i, 2}x^2f_{d_0, i} \in (x^{d_0 + 3}) \cap I.\] Et ainsi de suite. Finalement, nous voyons que \[f = \sum c_{d, i} f_{d, i} + \sum\nolimits_i (\sum\nolimits_e c_{i, e} x^e)f_{d_0, i}\] appartient à \(I'\), comme voulu.
Le lemme suivant, quoique facile, est utile, car les \(\mathbf{Z}\)-algèbres de type fini apparaissent assez souvent dans une technique appelée « réduction noethérienne absolue ».
Lemme
Toute algèbre de type fini sur un corps est noethérienne. Toute algèbre de type fini sur \(\mathbf{Z}\) est noethérienne.
Démonstration
Cela résulte immédiatement du lemme 00FN et du fait que les corps sont des anneaux noethériens et que \(\mathbf{Z}\) est un anneau noethérien (car c’est un anneau principal).
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien.
Tout \(R\)-module de type fini est de présentation finie.
Tout sous-module d’un \(R\)-module de type fini est de type fini.
Toute \(R\)-algèbre de type fini est de présentation finie sur \(R\).
Démonstration
Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. D’après le lemme 00KZ, nous pouvons trouver une filtration finie de \(M\) dont les quotients successifs sont de la forme \(R/I\). Puisque tout idéal est de type fini, chacun des quotients \(R/I\) est de présentation finie. Ainsi, \(M\) est de présentation finie d’après le lemme 0519. Cela démontre (1).
Soit \(N \subset M\) un sous-module. Puisque \(M\) est de type fini, le quotient \(M/N\) est de type fini. Ainsi, \(M/N\) est de présentation finie d’après la partie (1). Nous voyons donc que \(N\) est de type fini d’après le lemme 0519, partie (5). Cela démontre la partie (2).
Pour voir (3), notons que tout idéal de \(R[x_1, \ldots, x_n]\) est de type fini d’après le lemme 00FN.
Lemme
Si \(R\) est un anneau noethérien, alors \(\Spec(R)\) est un espace topologique noethérien, voir Topologie, définition 0051.
Démonstration
Cela vient du fait que tout fermé de \(\Spec(R)\) s’écrit de manière unique sous la forme \(V(I)\), où \(I\) est un idéal radical, voir le lemme 00E0. Et cette correspondance renverse les inclusions. Le résultat découle donc des définitions.
Lemme
Si \(R\) est un anneau noethérien, alors \(\Spec(R)\) possède un nombre fini de composantes irréductibles. Autrement dit, \(R\) possède un nombre fini d’idéaux premiers minimaux.
Démonstration
D’après le lemme 00FQ et Topologie, lemme 0052, nous voyons qu’il n’y a qu’un nombre fini de composantes irréductibles. D’après le lemme 00ES, celles-ci correspondent aux idéaux premiers minimaux de \(R\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que \(R \to R'\) soit de type fini. Si \(S\) est noethérien, alors le changement de base \(S' = R' \otimes_R S\) est noethérien.
Démonstration
D’après le lemme 05G5, le caractère de type fini est stable par changement de base. Ainsi, \(S \to S'\) est de type fini. Puisque \(S\) est noethérien, nous pouvons appliquer le lemme 00FN.
Lemme
Soit \(k\) un corps et soit \(R\) une \(k\)-algèbre noethérienne. Si \(K/k\) est une extension de corps de type fini, alors \(K \otimes_k R\) est noethérien.
Démonstration
Puisque \(K/k\) est une extension de corps de type fini, il existe une \(k\)-algèbre de type fini \(B \subset K\) telle que \(K\) soit le corps des fractions de \(B\). Autrement dit, \(K = S^{-1}B\), où \(S = B \setminus \{0\}\). Alors \(K \otimes_k R = S^{-1}(B \otimes_k R)\). Puis, \(B \otimes_k R\) est noethérien d’après le lemme 0CY6. Enfin, \(K \otimes_k R = S^{-1}(B \otimes_k R)\) est noethérien d’après le lemme 00FN.
Voici quelques lemmes amusants qui sont parfois utiles.
Lemme
Soient \(R\) un anneau et \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Il existe un \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que \(R_f \to R_\mathfrak p\) soit injectif dans chacun des cas suivants :
\(R\) est un anneau intègre,
\(R\) est noethérien, ou
\(R\) est réduit et possède un nombre fini d’idéaux premiers minimaux.
Démonstration
Si \(R\) est un anneau intègre, alors \(R \subset R_\mathfrak p\), et donc \(f = 1\) convient. Si \(R\) est noethérien, alors le noyau \(I\) de \(R \to R_\mathfrak p\) est un idéal de type fini, et nous pouvons trouver \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que \(IR_f = 0\). Pour ce \(f\), le morphisme \(R_f \to R_\mathfrak p\) est injectif, et \(f\) convient. Si \(R\) est réduit et possède un nombre fini d’idéaux premiers minimaux \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_n\), alors nous pouvons choisir \(f \in \bigcap_{\mathfrak p_i \not \subset \mathfrak p} \mathfrak p_i\), \(f \not \in \mathfrak p\). En effet, si \(\mathfrak{p}_i\not\subset \mathfrak{p}\), alors il existe \(f_i \in \mathfrak{p}_i\), \(f_i \not\in \mathfrak{p}\), et \(f = \prod f_i\) convient. Pour ce \(f\), nous avons \(R_f \subset R_\mathfrak p\), car les idéaux premiers minimaux de \(R_f\) correspondent aux idéaux premiers minimaux de \(R_\mathfrak p\) et nous pouvons appliquer le lemme 00EW (certains détails sont omis).
Lemme
Tout endomorphisme surjectif d’un anneau noethérien est un isomorphisme.
Démonstration
Si \(f : R \to R\) était un tel endomorphisme sans être injectif, alors \[\Ker(f) \subset \Ker(f \circ f) \subset \Ker(f \circ f \circ f) \subset \ldots\] serait une chaîne strictement croissante d’idéaux.
Idéaux localement nilpotents
Voici la définition.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Nous disons que \(I\) est localement nilpotent si, pour tout \(x \in I\), il existe un \(n \in \mathbf{N}\) tel que \(x^n = 0\). Nous disons que \(I\) est nilpotent s’il existe un \(n \in \mathbf{N}\) tel que \(I^n = 0\).
Exemple
Soit \(R = k[x_n | n \in \mathbf{N}]\) l’anneau de polynômes en une infinité de variables sur un corps \(k\). Soit \(I\) l’idéal engendré par les éléments \(x_n^n\) pour \(n \in \mathbf{N}\), et soit \(S = R/I\). Alors l’idéal \(J \subset S\) engendré par les images des \(x_n\), \(n \in \mathbf{N}\), est localement nilpotent, mais n’est pas nilpotent. En effet, puisque les combinaisons \(S\)-linéaires d’éléments nilpotents sont nilpotentes, pour prouver que \(J\) est localement nilpotent, il suffit d’observer que tous ses générateurs sont nilpotents (ce qu’ils sont manifestement). D’autre part, pour tout \(n \in \mathbf{N}\), nous avons \(x_{n + 1}^n \not \in I\), de sorte que \(J^n \not = 0\). Il s’ensuit que \(J\) n’est pas nilpotent.
Lemme
Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux et soit \(I \subset R\) un idéal localement nilpotent. Alors \(IR'\) est un idéal localement nilpotent de \(R'\).
Démonstration
Cela résulte du fait que, si \(x, y \in R'\) sont nilpotents, alors \(x + y\) l’est aussi. En effet, si \(x^n = 0\) et \(y^m = 0\), alors \((x + y)^{n + m - 1} = 0\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(I \subset R\) un idéal localement nilpotent. Un élément \(x\) de \(R\) est une unité si et seulement si l’image de \(x\) dans \(R/I\) est une unité.
Démonstration
Si \(x\) est une unité de \(R\), alors son image est clairement une unité de \(R/I\). Il reste à démontrer la réciproque. Supposons que l’image de \(y \in R\) dans \(R/I\) soit l’inverse de l’image de \(x\). Alors \(xy = 1 - z\) pour un certain \(z \in I\). Cela signifie que \(1\equiv z\) modulo \(xR\). Puisque \(z\) appartient à l’idéal localement nilpotent \(I\), nous avons \(z^N = 0\) pour un certain \(N\) assez grand. Il s’ensuit que \(1 = 1^N \equiv z^N = 0\) modulo \(xR\). Autrement dit, \(x\) divise \(1\) et est donc une unité.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soient \(I, J\) des idéaux de \(R\). Supposons que \(J \subset \sqrt{I}\). Alors \(J^n \subset I\) pour un certain \(n\). En particulier, dans un anneau noethérien, les notions d’ « idéal localement nilpotent » et d’« idéal nilpotent » coïncident.
Démonstration
Écrivons \(J = (f_1, \ldots, f_s)\). Par hypothèse, \(f_i^{d_i} \in I\). Prenons \(n = d_1 + d_2 + \ldots + d_s + 1\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal localement nilpotent. Alors \(R \to R/I\) induit une bijection sur les idempotents.
Démonstration
Puisque \(I\) est localement nilpotent, il est contenu dans tout idéal premier. Ainsi, \(\Spec(R/I) = V(I) = \Spec(R)\). Le lemme résulte donc du lemme 00EE.
Démonstration
Supposons que \(\overline{e} \in R/I\) soit un idempotent. Nous devons relever \(\overline{e}\) en un idempotent de \(R\).
Choisissons d’abord un relèvement quelconque \(f \in R\) de \(\overline{e}\) et posons \(x = f^2 - f\). Alors \(x \in I\), donc \(x\) est nilpotent (puisque \(I\) est localement nilpotent). Soit maintenant \(J\) l’idéal de \(R\) engendré par \(x\). Alors \(J\) est nilpotent (et pas seulement localement nilpotent), puisqu’il est engendré par l’élément nilpotent \(x\).
Supposons maintenant que nous ayons trouvé un relèvement \(e \in R\) de \(\overline{e}\) tel que \(e^2 - e \in J^k\) pour un certain \(k \geq 1\). Soit \(e' = e - (2e - 1)(e^2 - e) = 3e^2 - 2e^3\), qui est un autre relèvement de \(\overline{e}\) (car l’idempotence de \(\overline{e}\) donne \(e^2 - e \in I\)). Alors \[(e')^2 - e' = (4e^2 - 4e - 3)(e^2 - e)^2 \in J^{2k}\] par un calcul direct.
Nous sommes donc partis d’un relèvement \(e\) de \(\overline{e}\) tel que \(e^2 - e \in J^k\), et nous avons obtenu un relèvement \(e'\) de \(\overline{e}\) tel que \((e')^2 - e' \in J^{2k}\). Nous pouvons ainsi améliorer successivement l’approximation (en commençant par \(e = f\), qui convient pour \(k = 1\)). Nous finissons par atteindre un stade où \(J^k = 0\), et à ce stade nous disposons d’un relèvement \(e\) de \(\overline{e}\) tel que \(e^2 - e \in J^k = 0\), c’est-à-dire que cet \(e\) est idempotent.
Nous avons ainsi vu que, si \(\overline{e} \in R/I\) est un idempotent quelconque, il existe un relèvement de \(\overline{e}\) qui est un idempotent de \(R\). Il reste à montrer que ce relèvement est unique. En effet, soient \(e_1\) et \(e_2\) deux tels relèvements. Nous devons montrer que \(e_1 = e_2\).
Par définition de \(e_1\) et de \(e_2\), nous avons \(e_1 \equiv e_2 \mod I\), et \(e_1\) et \(e_2\) sont tous deux idempotents. De \(e_1 \equiv e_2 \mod I\), nous déduisons que \(e_1 - e_2 \in I\), de sorte que \(e_1 - e_2\) est nilpotent (puisque \(I\) est localement nilpotent). Un calcul direct (utilisant l’idempotence de \(e_1\) et de \(e_2\)) montre que \((e_1 - e_2)^3 = e_1 - e_2\). En utilisant cela et une récurrence, nous obtenons \((e_1 - e_2)^k = e_1 - e_2\) pour tout entier impair positif \(k\). Comme tout \(k\) assez grand vérifie \((e_1 - e_2)^k = 0\) (puisque \(e_1 - e_2\) est nilpotent), cela montre que \(e_1 - e_2 = 0\), et donc que \(e_1 = e_2\), ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \(A\) une algèbre éventuellement non commutative. Soit \(e \in A\) un élément tel que \(x = e^2 - e\) soit nilpotent. Il existe alors un idempotent de la forme \(e' = e + x(\sum a_{i, j}e^ix^j) \in A\), avec \(a_{i, j} \in \mathbf{Z}\).
Démonstration
Considérons l’anneau \(R_n = \mathbf{Z}[e]/((e^2 - e)^n)\). Il est clair que, si nous pouvons démontrer le résultat pour chaque \(R_n\), le lemme en résulte. Dans \(R_n\), considérons l’idéal \(I = (e^2 - e)\) et appliquons le lemme 00J9.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal localement nilpotent. Soit \(n \geq 1\) un entier inversible dans \(R/I\). Alors
l’application d’élévation à la puissance \(n\)-ième \(1 + I \to 1 + I\), \(1 + x \mapsto (1 + x)^n\) est une bijection,
une unité de \(R\) est une puissance \(n\)-ième si et seulement si son image dans \(R/I\) est une puissance \(n\)-ième.
Démonstration
Soit \(a \in R\) une unité dont l’image dans \(R/I\) est égale à l’image de \(b^n\), avec \(b \in R\). Alors \(b\) est une unité (lemme 0AMG) et \(ab^{-n} = 1 + x\) pour un certain \(x \in I\). Ainsi, \(ab^{-n} = c^n\) d’après la partie (1). La partie (2) résulte donc de la partie (1).
Démontrons (1). Cela est vrai parce que l’application \(1 + x \mapsto (1 + x)^n\) possède une inverse. Nous pouvons en effet considérer l’application qui envoie \(1 + x\) sur \[\begin{align*} (1 + x)^{1/n} & = 1 + {1/n \choose 1}x + {1/n \choose 2}x^2 + {1/n \choose 3}x^3 + \ldots \\ & = 1 + \frac{1}{n} x + \frac{1 - n}{2n^2}x^2 + \frac{(1 - n)(1 - 2n)}{6n^3}x^3 + \ldots \end{align*}\] comme en calcul élémentaire. Cette expression a un sens, car la série est finie, puisque \(x^k = 0\) pour tout \(k \gg 0\), et que chaque coefficient \({1/n \choose k} \in \mathbf{Z}[1/n]\) (détails omis ; observons que \(n\) est inversible dans \(R\) d’après le lemme 0AMG).
Curiosité
Le lemme 00EM explique ce qui se passe lorsque \(V(I)\) est ouvert pour un certain idéal \(I \subset R\). Mais qu’en est-il si \(\Spec(S^{-1}R)\) est fermé dans \(\Spec(R)\) ? Les deux lemmes suivants donnent une réponse partielle. Pour plus d’informations, voir la section 04PQ.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. Supposons que l’image du morphisme \(\Spec(S^{-1}R) \to \Spec(R)\) soit fermée. Alors \(S^{-1}R \cong R/I\) pour un certain idéal \(I \subset R\).
Démonstration
Soit \(I = \Ker(R \to S^{-1}R)\), de sorte que \(V(I)\) contient l’image. Disons que l’image est le fermé \(V(I') \subset \Spec(R)\) pour un certain idéal \(I' \subset R\). Ainsi, \(V(I') \subset V(I)\). Pour \(f \in I'\), nous voyons que \(f/1 \in S^{-1}R\) appartient à tout idéal premier. Ainsi, \(f^n\) s’envoie sur zéro dans \(S^{-1}R\) pour un certain \(n \geq 1\) (lemme 00E0). Par conséquent, \(V(I') = V(I)\). Cela implique que tout \(g \in S\) est inversible modulo \(I\). Nous obtenons donc des morphismes d’anneaux \(R/I \to S^{-1}R\) et \(S^{-1}R \to R/I\). Le premier morphisme est injectif par le choix de \(I\). Le second est le morphisme \(S^{-1}R \to S^{-1}(R/I) = R/I\), qui a pour noyau \(S^{-1}I\), car la localisation est exacte. Puisque \(S^{-1}I = 0\), nous voyons que le second morphisme est lui aussi injectif. Ainsi, \(S^{-1}R \cong R/I\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. Supposons que l’image du morphisme \(\Spec(S^{-1}R) \to \Spec(R)\) soit fermée. Si \(R\) est noethérien, ou si \(\Spec(R)\) est un espace topologique noethérien, ou si \(S\) est de type fini comme monoïde, alors \(R \cong S^{-1}R \times R'\) pour un certain anneau \(R'\).
Démonstration
D’après le lemme 02JH, nous avons \(S^{-1}R \cong R/I\) pour un certain idéal \(I \subset R\). D’après le lemme 00EM, il suffit de montrer que \(V(I)\) est ouvert. Si \(R\) est noethérien, alors \(\Spec(R)\) est un espace topologique noethérien, voir le lemme 00FQ. Si \(\Spec(R)\) est un espace topologique noethérien, alors le complémentaire \(\Spec(R) \setminus V(I)\) est quasi-compact, voir Topologie, lemme 04ZA. Il existe donc un nombre fini d’éléments \(f_1, \ldots, f_n \in I\) tels que \(V(I) = V(f_1, \ldots, f_n)\). Puisque chaque \(f_i\) s’envoie sur zéro dans \(S^{-1}R\), il existe un \(g \in S\) tel que \(gf_i = 0\) pour \(i = 1, \ldots, n\). Ainsi, \(D(g) = V(I)\), comme voulu. Dans le cas où \(S\) est de type fini comme monoïde, disons que \(S\) est engendré par \(g_1, \ldots, g_m\), nous avons \(S^{-1}R \cong R_{g_1 \ldots g_m}\), et nous concluons que \(V(I) = D(g_1 \ldots g_m)\).
Nullstellensatz de Hilbert
Théorème
Soit \(k\) un corps.
Pour tout idéal maximal \(\mathfrak m \subset k[x_1, \ldots, x_n]\), l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak m)/k\) est finie.
Tout idéal radical \(I \subset k[x_1, \ldots, x_n]\) est l’intersection des idéaux maximaux qui le contiennent.
Il en va de même dans toute \(k\)-algèbre de type fini.
Démonstration
Il suffit de démontrer la partie (00FW) du théorème dans le cas d’une algèbre polynomiale \(k[x_1, \ldots, x_n]\), car toute \(k\)-algèbre de type fini est un quotient d’une telle algèbre polynomiale. Nous le démontrons par récurrence sur \(n\). Le cas \(n = 0\) est clair. Supposons que \(\mathfrak m\) soit un idéal maximal de \(k[x_1, \ldots, x_n]\). Soit \(\mathfrak p \subset k[x_n]\) l’intersection de \(\mathfrak m\) avec \(k[x_n]\).
Si \(\mathfrak p \not = (0)\), alors \(\mathfrak p\) est maximal et engendré par un polynôme irréductible unitaire \(P\) (grâce à l’algorithme d’Euclide dans \(k[x_n]\)). Alors \(k' = k[x_n]/\mathfrak p\) est une extension finie de \(k\) et est contenu dans \(\kappa(\mathfrak m)\). Dans ce cas, nous obtenons une surjection \[k'[x_1, \ldots, x_{n-1}] \to k'[x_1, \ldots, x_n] = k' \otimes_k k[x_1, \ldots, x_n] \longrightarrow \kappa(\mathfrak m)\] et nous voyons donc que \(\kappa(\mathfrak m)\) est une extension finie de \(k'\) par l’hypothèse de récurrence. Ainsi, \(\kappa(\mathfrak m)\) est également finie sur \(k\).
Si \(\mathfrak p = (0)\), nous considérons l’extension d’anneaux \(k[x_n] \subset k[x_1, \ldots, x_n]/\mathfrak m\). Cette extension d’anneaux est de type fini, donc de présentation finie d’après les lemmes 00FO et 00FP. Ainsi, l’image de \(\Spec(k[x_1, \ldots, x_n]/\mathfrak m)\) dans \(\Spec(k[x_n])\) est constructible d’après le théorème 00FE. Puisque l’image contient \((0)\), nous concluons qu’elle contient un ouvert principal \(D(f)\) pour un certain \(f\in k[x_n]\) non nul. Comme \(D(f)\) est manifestement infini, nous obtenons une contradiction avec l’hypothèse que \(k[x_1, \ldots, x_n]/\mathfrak m\) est un corps (et a donc un spectre constitué d’un seul point).
Démonstration de (00FX). Soit \(I \subset R\) un idéal radical, où \(R\) est de type fini sur \(k\). Soit \(f \in R\), \(f \not \in I\). Nous devons trouver un idéal maximal \(\mathfrak m \subset R\) tel que \(I \subset \mathfrak m\) et \(f \not \in \mathfrak m\). L’anneau \((R/I)_f\) est non nul, car \(1 = 0\) dans cet anneau signifierait que \(f^n \in I\) et, puisque \(I\) est radical, cela signifierait que \(f \in I\), contrairement à notre hypothèse sur \(f\). Nous pouvons donc choisir un idéal maximal \(\mathfrak m'\) de \((R/I)_f\), voir le lemme 00E0. Soit \(\mathfrak m \subset R\) l’image réciproque de \(\mathfrak m'\) dans \(R\). Nous voyons que \(I \subset \mathfrak m\) et \(f \not \in \mathfrak m\). Si nous montrons que \(\mathfrak m\) est un idéal maximal de \(R\), alors nous avons terminé. Nous avons manifestement \[k \subset R/\mathfrak m \subset \kappa(\mathfrak m').\] D’après la partie (00FW), l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak m')/k\) est finie. Ainsi, \(R/\mathfrak m\) est un corps d’après Corps, lemme 0BID. Par conséquent, \(\mathfrak m\) est maximal, ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(K\) un corps. Si \(R \subset K\) et si \(K\) est de type fini sur \(R\), alors il existe un \(f \in R\) tel que \(R_f\) soit un corps et que \(K/R_f\) soit une extension finie de corps.
Démonstration
D’après le lemme 00FH, il existe un ouvert non vide \(U \subset \Spec(R)\) contenu dans l’image \(\{(0)\}\) de \(\Spec(K) \to \Spec(R)\). Choisissons \(f \in R\), \(f \not = 0\), tel que \(D(f) \subset U\), c’est-à-dire \(D(f) = \{(0)\}\). Alors \(R_f\) est un anneau intègre dont le spectre a exactement un point, et \(R_f\) est un corps. Ensuite, \(K\) est une algèbre de type fini sur le corps \(R_f\), donc une extension finie de \(R_f\) d’après le Nullstellensatz de Hilbert (théorème 00FV).
Anneaux de Jacobson
Soit \(R\) un anneau. Les points fermés de \(\Spec(R)\) sont les idéaux maximaux de \(R\). Souvent, les anneaux qui apparaissent naturellement en géométrie algébrique ont beaucoup d’idéaux maximaux. C’est par exemple le cas des algèbres de type fini sur un corps ou sur \(\mathbf{Z}\). Nous montrerons que celles-ci sont des exemples d’anneaux de Jacobson.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Nous disons que \(R\) est un anneau de Jacobson si tout idéal radical \(I\) est l’intersection des idéaux maximaux qui le contiennent.
Lemme
Toute algèbre de type fini sur un corps est de Jacobson.
Démonstration
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Si tout idéal premier de \(R\) est l’intersection des idéaux maximaux qui le contiennent, alors \(R\) est de Jacobson.
Démonstration
C’est immédiat du fait que chaque idéal radical \(I \subset R\) est l’intersection des idéaux premiers qui le contiennent. Voir le lemme 00E0.
Lemme
Un anneau \(R\) est de Jacobson si et seulement si \(\Spec(R)\) est un espace de Jacobson, voir Topologie, définition 005U.
Démonstration
Supposons que \(R\) soit de Jacobson. Soit \(Z \subset \Spec(R)\) un fermé. Nous devons montrer que l’ensemble des points fermés de \(Z\) est dense dans \(Z\). Soit \(U \subset \Spec(R)\) un ouvert tel que \(U \cap Z\) soit non vide. Nous devons montrer que \(Z \cap U\) contient un point fermé de \(\Spec(R)\). Nous pouvons supposer que \(U = D(f)\), car les ouverts principaux forment une base de la topologie de \(\Spec(R)\). D’après le lemme 00E0, nous pouvons supposer que \(Z = V(I)\), où \(I\) est un idéal radical. Nous voyons également que \(f \not \in I\). Par hypothèse, il existe un idéal maximal \(\mathfrak m \subset R\) tel que \(I \subset \mathfrak m\) mais \(f \not\in \mathfrak m\). Ainsi, \(\mathfrak m \in D(f) \cap V(I) = U \cap Z\), comme voulu.
Réciproquement, supposons que \(\Spec(R)\) soit un espace de Jacobson. Soit \(I \subset R\) un idéal radical. Soit \(J = \cap_{I \subset \mathfrak m} \mathfrak m\) l’intersection des idéaux maximaux qui contiennent \(I\). Manifestement, \(J\) est un idéal radical, \(V(J) \subset V(I)\), et \(V(J)\) est le plus petit fermé de \(V(I)\) qui contient tous les points fermés de \(V(I)\). Par hypothèse, nous voyons que \(V(J) = V(I)\). Mais le lemme 00E0 montre qu’il existe une bijection entre les fermés de Zariski et les idéaux radicaux ; ainsi, \(I = J\), comme voulu.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Si \(R\) n’est pas de Jacobson, il existe un idéal premier \(\mathfrak p \subset R\) et un élément \(f \in R\) tels que les propriétés suivantes soient satisfaites :
\(\mathfrak p\) n’est pas un idéal maximal,
\(f \not \in \mathfrak p\),
\(V(\mathfrak p) \cap D(f) = \{\mathfrak p\}\), et
\((R/\mathfrak p)_f\) est un corps.
En revanche, si \(R\) est de Jacobson, alors, pour toute paire \((\mathfrak p, f)\) qui satisfait (1) et (2), l’ensemble \(V(\mathfrak p) \cap D(f)\) est infini.
Démonstration
Supposons que \(R\) ne soit pas de Jacobson. D’après le lemme 00G3, cela signifie qu’il existe un fermé \(T \subset \Spec(R)\) dont l’ensemble \(T_0 \subset T\) des points fermés n’est pas dense dans \(T\). Choisissons un \(f \in R\) tel que \(T_0 \subset V(f)\) mais \(T \not \subset V(f)\). Notons que \(T \cap D(f)\) est homéomorphe à \(\Spec((R/I)_f)\) si \(T = V(I)\), voir les lemmes 00E5 et 00E4. Comme tout anneau possède un idéal maximal (lemme 00E0), nous pouvons choisir un point fermé \(t\) de l’espace \(T \cap D(f)\). Alors \(t\) correspond à un idéal premier \(\mathfrak p \subset R\) qui n’est pas maximal (car \(t \not \in T_0\)). Ainsi, (1) est satisfaite. Par construction, \(f \not \in \mathfrak p\), d’où (2). Comme \(t\) est un point fermé de \(T \cap D(f)\), nous voyons que \(V(\mathfrak p) \cap D(f) = \{\mathfrak p\}\), c’est-à-dire que (3) est satisfaite. Nous concluons donc que \((R/\mathfrak p)_f\) est un anneau intègre dont le spectre a un seul point, d’où (4) (on peut par exemple combiner les lemmes 00E9 et 00EU).
Réciproquement, supposons que \(R\) soit de Jacobson et que \((\mathfrak p, f)\) satisfasse (1) et (2). Si \(V(\mathfrak p) \cap D(f) = \{\mathfrak p, \mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\}\), alors \(\mathfrak p \not = \mathfrak q_i\) implique qu’il existe un élément \(g \in R\) tel que \(g \not \in \mathfrak p\) mais \(g \in \mathfrak q_i\) pour tout \(i\). Ainsi, \(V(\mathfrak p) \cap D(fg) = \{\mathfrak p\}\), ce qui est impossible puisque tout sous-ensemble localement fermé de \(\Spec(R)\) contient au moins un point fermé, car \(\Spec(R)\) est un espace topologique de Jacobson.
Lemme
L’anneau \(\mathbf{Z}\) est un anneau de Jacobson. Plus généralement, soit \(R\) un anneau tel que
\(R\) soit un anneau intègre,
\(R\) soit noethérien,
tout idéal premier non nul soit un idéal maximal, et
\(R\) possède une infinité d’idéaux maximaux.
Alors \(R\) est un anneau de Jacobson.
Démonstration
Soit \(R\) satisfaisant (1), (2), (3) et (4). L’assertion signifie que \((0) = \bigcap_{\mathfrak m \subset R} \mathfrak m\). Puisque \(R\) possède une infinité d’idéaux maximaux, il suffit de montrer que tout \(x \in R\) non nul appartient à seulement un nombre fini d’idéaux maximaux, autrement dit que \(V(x)\) est fini. D’après le lemme 00E5, nous voyons que \(V(x)\) est homéomorphe à \(\Spec(R/xR)\). Par l’hypothèse (3), tout idéal premier de \(R/xR\) est minimal et correspond donc à une composante irréductible de \(\Spec(R/xR)\) (lemme 00ES). Comme \(R/xR\) est noethérien, l’espace topologique \(\Spec(R/xR)\) est noethérien (lemme 00FQ) et possède un nombre fini de composantes irréductibles (Topologie, lemme 0052). Ainsi, \(V(x)\) est fini, comme voulu.
Exemple
Soit \(A\) un ensemble infini. Pour chaque \(\alpha \in A\), soit \(k_\alpha\) un corps. Nous affirmons que \(R = \prod_{\alpha\in A} k_\alpha\) est de Jacobson. Remarquons d’abord que tout élément \(f \in R\) est de la forme \(f = ue\), où \(u \in R\) est une unité et \(e\in R\) un idempotent (laissé au lecteur). Ainsi, \(D(f) = D(e)\), et \(R_f = R_e = R/(1-e)\) est un quotient de \(R\). En fait, tout anneau possédant cette propriété est de Jacobson. En effet, soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier et \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\). Nous devons trouver un idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\) tel que \(\mathfrak p \subset \mathfrak m\) et \(f \not\in \mathfrak m\). Puisque \(R_f\) est un quotient de \(R\), nous voyons que tout idéal maximal de \(R_f\) correspond à un idéal maximal de \(R\) ne contenant pas \(f\). Le résultat s’obtient donc en choisissant un idéal maximal de \(R_f\) contenant \(\mathfrak p R_f\).
Exemple
Un anneau intègre \(R\) possédant un nombre fini d’idéaux maximaux \(\mathfrak m_i\), \(i = 1, \ldots, n\), n’est pas un anneau de Jacobson, sauf s’il s’agit d’un corps. En effet, dans ce cas, \((0)\) n’est pas l’intersection des idéaux maximaux : \((0) \not = \mathfrak m_1 \cap \mathfrak m_2 \cap \ldots \cap \mathfrak m_n \supset \mathfrak m_1 \cdot \mathfrak m_2 \cdot \ldots \cdot \mathfrak m_n \not = 0\). En particulier, un anneau de valuation discrète, ou tout anneau local ayant au moins deux idéaux premiers, n’est pas un anneau de Jacobson.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak m \subset R\) un idéal maximal. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak m\) tel que \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak m)\) soit une extension algébrique de corps. Alors \(\mathfrak q\) est un idéal maximal de \(S\).
Démonstration
Considérons le diagramme \[\xymatrix{ S \ar[r] & S/\mathfrak q \ar[r] & \kappa(\mathfrak q) \\ R \ar[r] \ar[u] & R/\mathfrak m \ar[u] }\] Nous voyons que \(\kappa(\mathfrak m) \subset S/\mathfrak q \subset \kappa(\mathfrak q)\). Puisque l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak m) \subset \kappa(\mathfrak q)\) est algébrique, tout anneau compris entre \(\kappa(\mathfrak m)\) et \(\kappa(\mathfrak q)\) est un corps (Corps, lemme 0BID). Ainsi, \(S/\mathfrak q\) est un corps, et est donc égal à \(\kappa(\mathfrak q)\).
Lemme
Supposons que \(k\) soit un corps et que \(V\) soit un espace vectoriel non nul sur \(k\). Supposons que la dimension de \(V\) (qui est un nombre cardinal) soit strictement inférieure au cardinal de \(k\). Alors, pour tout endomorphisme \(T : V \to V\), il existe un polynôme unitaire \(P(t) \in k[t]\) tel que \(P(T)\) ne soit pas inversible.
Démonstration
Sinon, \(V\) hérite d’une structure d’espace vectoriel sur le corps \(k(t)\). Or la dimension de \(k(t)\) sur \(k\) est au moins égale au cardinal de \(k\), par exemple parce que les éléments \(\frac{1}{t - \lambda}\) sont linéairement indépendants sur \(k\).
Voici une autre version du Nullstellensatz de Hilbert.
Théorème
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre engendrée sur \(k\) par les éléments \(\{x_i\}_{i \in I}\). Supposons que le cardinal de \(I\) soit strictement inférieur au cardinal de \(k\). Alors
pour tout idéal maximal \(\mathfrak m \subset S\), l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak m)/k\) est algébrique, et
\(S\) est un anneau de Jacobson.
Démonstration
Si \(I\) est fini, le résultat découle du Nullstellensatz de Hilbert, théorème 00FV. Dans la suite de la démonstration, nous supposons \(I\) infini. Il suffit de démontrer le résultat lorsque \(\mathfrak m \subset k[\{x_i\}_{i \in I}]\) est maximal dans l’anneau de polynômes en les variables \(x_i\), puisque \(S\) en est un quotient. Puisque \(I\) est infini, l’ensemble des monômes \(x_{i_1}^{e_1} \ldots x_{i_r}^{e_r}\), \(i_1, \ldots, i_r \in I\) et \(e_1, \ldots, e_r \geq 0\), est de cardinal inférieur ou égal au cardinal de \(I\). En effet, le cardinal de \(I \times \ldots \times I\) est le cardinal de \(I\), et le cardinal de \(\bigcup_{n \geq 0} I^n\) est lui aussi le même. (Si \(I\) est fini, cela n’est plus vrai et, dans ce cas, cette démonstration ne fonctionne que si \(k\) est non dénombrable.)
Pour obtenir une contradiction, choisissons \(T \in \kappa(\mathfrak m)\) transcendant sur \(k\). Notons que l’application \(k\)-linéaire \(T : \kappa(\mathfrak m) \to \kappa(\mathfrak m)\) donnée par la multiplication par \(T\) possède la propriété que \(P(T)\) est inversible pour tout polynôme unitaire \(P(t) \in k[t]\). De plus, \(\kappa(\mathfrak m)\) est de dimension au plus égale au cardinal de \(I\) sur \(k\), puisqu’il s’agit d’un quotient de l’espace vectoriel \(k[\{x_i\}_{i \in I}]\) sur \(k\) (dont la dimension vaut \(\# I\), comme vu ci-dessus). C’est impossible d’après le lemme 00FT.
Pour montrer que \(S\) est de Jacobson, raisonnons comme suit. Sinon, il existe un idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) et un élément \(f \in S\), \(f \not \in \mathfrak q\), tels que \(\mathfrak q\) ne soit pas maximal et que \((S/\mathfrak q)_f\) soit un corps, voir le lemme 034J. Mais remarquons que \((S/\mathfrak q)_f\) est engendré par au plus \(\# I + 1\) éléments. Ainsi, l’extension de corps \((S/\mathfrak q)_f/k\) est algébrique (d’après la première partie de la démonstration). Cela implique que \(\kappa(\mathfrak q)\) est une extension algébrique de \(k\) ; donc \(\mathfrak q\) est maximal d’après le lemme 00GA. Cette contradiction achève la démonstration.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre. Pour toute extension de corps \(K/k\) dont le cardinal est strictement supérieur au cardinal de \(S\), nous avons :
pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(S_K\), le corps \(\kappa(\mathfrak m)\) est algébrique sur \(K\), et
\(S_K\) est un anneau de Jacobson.
Démonstration
Considérons \(k \subset K\) tel que le cardinal de \(K\) soit supérieur au cardinal de \(S\). Puisque les éléments de \(S\) engendrent la \(K\)-algèbre \(S_K\), nous voyons que le théorème 00FU s’applique.
Exemple
L’astuce employée dans la démonstration du théorème 00FU ne fonctionne réellement pas si \(k\) est un corps dénombrable et \(I\) est lui aussi dénombrable. Soit \(k\) un corps dénombrable. Soit \(x\) une indéterminée, et soit \(k(x)\) le corps des fractions rationnelles en \(x\). Considérons l’algèbre polynomiale \(R = k[x, \{x_f\}_{f \in k[x]-\{0\}}]\). Soit \(I = (\{fx_f - 1\}_{f\in k[x] - \{0\}})\). Remarquons que \(I\) est un idéal propre de \(R\). Choisissons un idéal maximal \(I \subset \mathfrak m\). Alors \(k \subset R/\mathfrak m\) est isomorphe à \(k(x)\), et n’est pas algébrique sur \(k\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau de Jacobson. Soit \(f \in R\). L’anneau \(R_f\) est de Jacobson, et les idéaux maximaux de \(R_f\) correspondent aux idéaux maximaux de \(R\) qui ne contiennent pas \(f\).
Démonstration
D’après Topologie, lemme 005X, nous voyons que \(D(f) = \Spec(R_f)\) est de Jacobson et que les points fermés de \(D(f)\) correspondent aux points fermés de \(\Spec(R)\) qui appartiennent à \(D(f)\). Ainsi, \(R_f\) est de Jacobson d’après le lemme 00G3.
Exemple
Voici un exemple simple qui montre que le lemme 00G6 est faux si \(R\) n’est pas de Jacobson. Considérons l’anneau \(R = \mathbf{Z}_{(2)}\), c’est-à-dire la localisation de \(\mathbf{Z}\) en l’idéal premier \((2)\). La localisation de \(R\) par l’élément \(2\) est isomorphe à \(\mathbf{Q}\) ; sous forme d’une formule : \(R_2 \cong \mathbf{Q}\). Manifestement, le morphisme \(R \to R_2\) envoie le point fermé de \(\Spec(\mathbf{Q})\) sur le point générique de \(\Spec(R)\).
Exemple
Voici un exemple simple qui montre que le lemme 00G6 est faux si \(R\) est de Jacobson mais que nous localisons par une infinité d’éléments. En effet, soit \(R = \mathbf{Z}\) et considérons la localisation \((R \setminus \{0\})^{-1}R \cong \mathbf{Q}\) de \(R\) par l’ensemble de tous les éléments non nuls. Manifestement, le morphisme \(\mathbf{Z} \to \mathbf{Q}\) envoie le point fermé de \(\Spec(\mathbf{Q})\) sur le point générique de \(\Spec(\mathbf{Z})\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau de Jacobson. Soit \(I \subset R\) un idéal. L’anneau \(R/I\) est de Jacobson, et les idéaux maximaux de \(R/I\) correspondent aux idéaux maximaux de \(R\) qui contiennent \(I\).
Démonstration
La démonstration est la même que celle du lemme 00G6.
Lemme
Soit \(R\) un anneau de Jacobson. Soit \(K\) un corps. Supposons que \(R \subset K\) et que \(K\) soit de type fini sur \(R\). Alors \(R\) est un corps et \(K/R\) est une extension finie de corps.
Démonstration
Remarquons d’abord que \(R\) est un anneau intègre. D’après le lemme 00FY, nous voyons que \(R_f\) est un corps et que \(K/R_f\) est une extension finie de corps pour un certain \(f \in R\) non nul. Ainsi, \((0)\) est un idéal maximal de \(R_f\) et, d’après le lemme 00G6, nous concluons que \((0)\) est un idéal maximal de \(R\).
Proposition
Soit \(R\) un anneau de Jacobson. Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux de type fini. Alors :
L’anneau \(S\) est de Jacobson.
Le morphisme \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) envoie les points fermés sur des points fermés.
Pour \(\mathfrak m' \subset S\) maximal au-dessus de \(\mathfrak m \subset R\), l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak m')/\kappa(\mathfrak m)\) est finie.
Démonstration
Soit \(\mathfrak m' \subset S\) un idéal maximal, et \(R \cap \mathfrak m' = \mathfrak m\). Alors \(R/\mathfrak m \to S/\mathfrak m'\) satisfait les conditions du lemme 0CY7 d’après le lemme 00G9. Ainsi, \(R/\mathfrak m\) est un corps, \(\mathfrak m\) est un idéal maximal et l’extension induite des corps résiduels est finie. Cela démontre (2) et (3).
Si \(S\) n’est pas de Jacobson, alors, d’après le lemme 034J, il existe un idéal premier non maximal \(\mathfrak q\) de \(S\) et un \(g \in S\), \(g \not\in \mathfrak q\), tels que \((S/\mathfrak q)_g\) soit un corps. Pour obtenir une contradiction, nous montrons que \(\mathfrak q\) est un idéal maximal. Soit \(\mathfrak p = \mathfrak q \cap R\). Alors \(R/\mathfrak p \to (S/\mathfrak q)_g\) satisfait les conditions du lemme 0CY7 d’après le lemme 00G9. Ainsi, \(R/\mathfrak p\) est un corps et l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak p) \to (S/\mathfrak q)_g = \kappa(\mathfrak q)\) est finie, donc algébrique. Alors \(\mathfrak q\) est un idéal maximal de \(S\) d’après le lemme 00GA. Contradiction.
Lemme
Toute algèbre de type fini sur \(\mathbf{Z}\) est de Jacobson.
Démonstration
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme de type fini entre anneaux de Jacobson. Posons \(X = \Spec(R)\) et \(Y = \Spec(S)\). Notons \(f : Y \to X\) le morphisme induit sur les spectres. Soit \(E \subset Y = \Spec(S)\) un ensemble constructible. Notons par un indice \({}_0\) l’ensemble des points fermés d’un espace topologique.
Nous avons \(f(E)_0 = f(E_0) = X_0 \cap f(E)\).
Un point \(\xi \in X\) appartient à \(f(E)\) si et seulement si \(\overline{\{\xi\}} \cap f(E_0)\) est dense dans \(\overline{\{\xi\}}\).
Démonstration
Nous avons un diagramme commutatif d’applications continues \[\xymatrix{ E \ar[r] \ar[d] & Y \ar[d] \\ f(E) \ar[r] & X }\] Supposons que \(x \in f(E)\) soit fermé dans \(f(E)\). Alors \(f^{-1}(\{x\})\cap E\) est non vide et fermé dans \(E\). En appliquant le lemme 005X de Topologie aux deux inclusions \[f^{-1}(\{x\}) \cap E \subset E \subset Y\] nous trouvons qu’il existe un point \(y \in f^{-1}(\{x\}) \cap E\) qui est fermé dans \(Y\). Autrement dit, il existe \(y \in Y_0\) et \(y \in E_0\) qui s’envoie sur \(x\). Ainsi, \(x \in f(E_0)\). Cela démontre que \(f(E)_0 \subset f(E_0)\). La proposition 00GB implique que \(f(E_0) \subset X_0 \cap f(E)\). L’inclusion \(X_0 \cap f(E) \subset f(E)_0\) est triviale. Cela démontre la première assertion.
Supposons que \(\xi \in f(E)\). D’après le lemme 00FH, l’ensemble \(f(E) \cap \overline{\{\xi\}}\) contient un ouvert dense de \(\overline{\{\xi\}}\). Puisque \(X\) est de Jacobson, nous concluons que \(f(E) \cap \overline{\{\xi\}}\) contient un ensemble dense de points fermés, voir Topologie, lemme 005X. Nous concluons par la partie (1) du lemme.
Réciproquement, supposons que \(\overline{\{\xi\}} \cap f(E_0)\) soit dense dans \(\overline{\{\xi\}}\). D’après le lemme 00F8, il existe un morphisme d’anneaux \(S \to S'\) de présentation finie tel que \(E\) soit l’image de \(Y' := \Spec(S') \to Y\). Alors \(E_0\) est l’image de \(Y'_0\) d’après la première partie du lemme appliquée au morphisme d’anneaux \(S \to S'\). Nous pouvons donc supposer que \(E = Y\) en remplaçant \(S\) par \(S'\). Supposons que \(\xi\) corresponde à \(\mathfrak p \subset R\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ S \ar[r] & S/\mathfrak p S \\ R \ar[r] \ar[u] & R/\mathfrak p \ar[u] }\] Ce diagramme et la densité de \(f(Y_0) \cap V(\mathfrak p)\) dans \(V(\mathfrak p)\) montrent que le morphisme \(R/\mathfrak p \to S/\mathfrak p S\) satisfait la condition (2) du lemme 00FJ. Nous en concluons qu’il existe un idéal premier \(\overline{\mathfrak q} \subset S/\mathfrak pS\) qui s’envoie sur \((0)\). Autrement dit, l’image réciproque \(\mathfrak q\) de \(\overline{\mathfrak q}\) dans \(S\) s’envoie sur \(\mathfrak p\), comme voulu.
La conclusion du lemme ci-dessus est que nous pouvons déterminer l’image de \(f\) à partir de l’ensemble des points fermés de l’image. C’est un peu plus commode lorsque le morphisme est de présentation finie, car nous savons alors que l’image d’une partie constructible est constructible. Avant de l’énoncer, introduisons quelques notations. Notons \(\text{Constr}(X)\) l’ensemble des parties constructibles. Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Posons \(X = \Spec(R)\) et \(Y = \Spec(S)\). Notons \(f : Y \to X\) le morphisme induit sur les spectres. Notons par un indice \({}_0\) l’ensemble des points fermés d’un espace topologique.
Lemme
Avec les notations ci-dessus. Supposons que \(R\) soit un anneau de Jacobson noethérien. Supposons en outre que \(R \to S\) soit de type fini. Il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \text{Constr}(Y) \ar[r]^{E \mapsto E_0} \ar[d]^{E \mapsto f(E)} & \text{Constr}(Y_0) \ar[d]^{E \mapsto f(E)} \\ \text{Constr}(X) \ar[r]^{E \mapsto E_0} & \text{Constr}(X_0) }\] où les flèches horizontales sont les bijections du lemme 005Y de Topologie.
Démonstration
Puisque \(R \to S\) est de type fini, il est de présentation finie, voir le lemme 00FP. Ainsi, l’image d’une partie constructible dans \(X\) est constructible dans \(Y\) d’après le théorème de Chevalley (théorème 00FE). Combiné au lemme 00GD, cela démontre le lemme.
Pour illustrer l’emploi des anneaux de Jacobson, donnons les deux exemples suivants.
Exemple
Soit \(k\) un corps. L’espace \(\Spec(k[x, y]/(xy))\) possède deux composantes irréductibles : l’axe des \(x\) et l’axe des \(y\). Comme généralisation, soit \[R = k[x_{11}, x_{12}, x_{21}, x_{22}, y_{11}, y_{12}, y_{21}, y_{22}]/ \mathfrak a,\] où \(\mathfrak a\) est l’idéal de \(k[x_{11}, x_{12}, x_{21}, x_{22}, y_{11}, y_{12}, y_{21}, y_{22}]\) engendré par les coefficients du produit des matrices \(2 \times 2\) \[\left( \begin{matrix} x_{11} & x_{12}\\ x_{21} & x_{22} \end{matrix} \right) \left( \begin{matrix} y_{11} & y_{12}\\ y_{21} & y_{22} \end{matrix} \right).\] Dans cet exemple, nous allons décrire \(\Spec(R)\).
Pour démontrer l’assertion concernant \(\Spec(k[x, y]/(xy))\), raisonnons comme suit. Si \(\mathfrak p \subset k[x, y]\) est un idéal contenant \(xy\), alors soit \(x\), soit \(y\) appartient à \(\mathfrak p\). Les idéaux premiers minimaux ayant cette propriété sont donc simplement \((x)\) et \((y)\). Lorsque \(k\) est algébriquement clos, le \(\text{max-Spec}\) de ces composantes se visualise alors comme les ensembles de points des axes des \(y\) et des \(x\).
Pour la généralisation, remarquons que nous pouvons identifier les points fermés du spectre de \(k[x_{11}, x_{12}, x_{21}, x_{22}, y_{11}, y_{12}, y_{21}, y_{22}])\) à l’espace des matrices \[\left\{ (X, Y) \in \text{Mat}(2, k)\times \text{Mat}(2, k) \mid X = \left( \begin{matrix} x_{11} & x_{12}\\ x_{21} & x_{22} \end{matrix} \right), Y= \left( \begin{matrix} y_{11} & y_{12}\\ y_{21} & y_{22} \end{matrix} \right) \right\}\] du moins si \(k\) est algébriquement clos. Définissons maintenant une action du groupe \(\text{GL}(2, k)\times \text{GL}(2, k)\times \text{GL}(2, k)\) sur l’espace des matrices \(\{(X, Y)\}\) par \[(g_1, g_2, g_3) \times (X, Y) \mapsto ((g_1Xg_2^{-1}, g_2Yg_3^{-1})).\] Observons également que l’ensemble algébrique \[\text{GL}(2, k)\times \text{GL}(2, k)\times \text{GL}(2, k) \subset \text{Mat}(2, k)\times \text{Mat}(2, k) \times \text{Mat}(2, k)\] est irréductible, puisqu’il est le spectre maximal de l’anneau intègre \[k[x_{11}, x_{12}, \ldots, z_{21}, z_{22}, (x_{11}x_{22}-x_{12}x_{21})^{-1} , (y_{11}y_{22}-y_{12}y_{21})^{-1}, (z_{11}z_{22}-z_{12}z_{21})^{-1}].\] Puisque l’image d’un ensemble algébrique irréductible est encore irréductible, il suffit de classifier les orbites de l’ensemble \(\{(X, Y)\in \text{Mat}(2, k)\times \text{Mat}(2, k)|XY = 0\}\) et de prendre leurs adhérences. L’algèbre linéaire usuelle nous ramène aux trois cas suivants :
\(\exists (g_1, g_2)\) tel que \(g_1Xg_2^{-1} = I_{2\times 2}\). Alors \(Y\) vaut nécessairement \(0\) ; cet ensemble algébrique est invariant sous l’action du groupe. Il s’ensuit que cette orbite est contenue dans l’ensemble algébrique irréductible défini par l’idéal premier \((y_{11}, y_{12}, y_{21}, y_{22})\). En prenant l’adhérence, nous voyons que \((y_{11}, y_{12}, y_{21}, y_{22})\) est effectivement une composante.
\(\exists (g_1, g_2)\) tel que \[g_1Xg_2^{-1} = \left( \begin{matrix} 1 & 0 \\ 0 & 0 \end{matrix} \right).\] Ce cas se produit si et seulement si \(X\) est une matrice de rang 1, et, de plus, \(Y\) est annulée par une telle matrice \(X\) si et seulement si \[x_{11}y_{11}+x_{12}y_{21} = 0; \quad x_{11}y_{12}+x_{12}y_{22} = 0;\] \[x_{21}y_{11}+x_{22}y_{21} = 0; \quad x_{21}y_{12}+x_{22}y_{22} = 0.\] Fixons une matrice \(X\) de rang 1 ; les matrices \(Y\) non nulles qui satisfont les équations ci-dessus forment un ensemble algébrique irréductible pour la raison suivante (\(Y = 0\) relève du cas précédent) : \(0 = g_1Xg_2^{-1}g_2Y\) implique que \[g_2Y = \left( \begin{matrix} 0 & 0 \\ y_{21}' & y_{22}' \end{matrix} \right).\] À l’aide d’une autre action de \(\text{GL}(2, k)\) à droite par \(g_3\), \(g_2Y\) peut être amenée à la forme \[g_2Yg_3^{-1} = \left( \begin{matrix} 0 & 0 \\ 0 & 1 \end{matrix} \right),\] et ces matrices \(Y\) forment donc un ensemble algébrique irréductible isomorphe à l’image de \(\text{GL}(2, k)\) sous cette action. Enfin, remarquons que la condition « de rang 1 » sur les matrices \(X\) définit un ouvert dense de l’ensemble algébrique irréductible \(\det X = x_{11}x_{22} - x_{12}x_{21} = 0\). Il s’ensuit maintenant que les cinq équations définissent une composante irréductible \((x_{11}y_{11}+x_{12}y_{21}, x_{11}y_{12}+x_{12}y_{22}, x_{21}y_{11} +x_{22}y_{21}, x_{21}y_{12}+x_{22}y_{22}, x_{11}x_{22}-x_{12}x_{21})\) dans l’ouvert de l’espace des paires de matrices non nulles. On peut montrer que les deux équations \(\det X = 0\), \(\det Y = 0\) découpent \(\Spec(R)\) suivant une composante irréductible dont le lieu ci-dessus est un ouvert dense.
\(\exists (g_1, g_2)\) tel que \(g_1Xg_2^{-1} = 0\), ou, de manière équivalente, \(X = 0\). Alors \(Y\) peut être arbitraire, et cette composante est donc définie par \((x_{11}, x_{12}, x_{21}, x_{22})\).
Exemple
Pour un autre exemple, considérons \(R = k[\{t_{ij}\}_{i, j = 1}^{n}]/\mathfrak a\), où \(\mathfrak a\) est l’idéal engendré par les coefficients de la matrice produit \(T^2-T\), \(T = (t_{ij})\). L’algèbre linéaire nous apprend que, sous l’action de \(GL(n, k)\) définie par \(g, T \mapsto gTg^{-1}\), \(T\) est classifiée par son rang, et chaque \(T\) est conjuguée à une matrice \(\text{diag}(1, \ldots, 1, 0, \ldots, 0)\), qui possède \(r\) coefficients égaux à 1 et \(n-r\) coefficients égaux à 0. Ainsi, chaque orbite d’une telle matrice \(\text{diag}(1, \ldots, 1, 0, \ldots, 0)\) sous l’action du groupe forme une composante irréductible, et toute matrice idempotente appartient à l’une de ces orbites. Montrons maintenant que deux orbites distinctes sont nécessairement disjointes. Pour cela, il suffit de construire des fonctions polynomiales qui prennent des valeurs différentes sur des orbites différentes. En caractéristique 0, une telle fonction peut être \(f(t_{ij}) = trace(T) = \sum_{i = 1}^nt_{ii}\). En caractéristique positive, les choses sont un peu plus délicates, car nous pouvons avoir \(trace(T) = 0\) même si \(T \neq 0\). Par exemple, \(char = 3\) \[trace\left( \begin{matrix} 1 & & \\ & 1 & \\ & & 1 \end{matrix} \right) = 3 = 0\] Quoi qu’il en soit, ces composantes peuvent être séparées à l’aide d’autres fonctions. Par exemple, en caractéristique 3, \(tr(\wedge^3T)\) prend la valeur 1 sur les composantes correspondant à \(diag(1, 1, 1)\) et 0 sur les autres composantes.
Extensions d’anneaux finies et entières
Lemmes élémentaires concernant les morphismes d’anneaux finis et entiers. Rappelons la définition.
Définition
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux.
Un élément \(s \in S\) est entier sur \(R\) s’il existe un polynôme unitaire \(P(x) \in R[x]\) tel que \(P^\varphi(s) = 0\), où \(P^\varphi(x) \in S[x]\) est l’image de \(P\) par \(\varphi : R[x] \to S[x]\).
Le morphisme d’anneaux \(\varphi\) est entier si tout \(s \in S\) est entier sur \(R\).
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(y \in S\). S’il existe un sous-\(R\)-module de type fini \(M\) de \(S\) tel que \(1 \in M\) et \(yM \subset M\), alors \(y\) est entier sur \(R\).
Démonstration
Considérons l’application \(\varphi : M \to M\), \(x \mapsto y \cdot x\). D’après le lemme 05BT, il existe un polynôme unitaire \(P \in R[T]\) tel que \(P(\varphi) = 0\). Dans l’anneau \(S\), nous obtenons \(P(y) = P(y) \cdot 1 = P(\varphi)(1) = 0\).
Lemme
Un morphisme d’anneaux fini est entier.
Démonstration
Soit \(R \to S\) fini. Soit \(y \in S\). Appliquons le lemme 052I à \(M = S\) pour voir que \(y\) est entier sur \(R\).
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soient \(s_1, \ldots, s_n\) des éléments de \(S\) en nombre fini. Alors les \(s_i\) sont entiers sur \(R\) pour tout \(i = 1, \ldots, n\) si et seulement s’il existe une \(R\)-sous-algèbre \(S' \subset S\) finie sur \(R\) qui contient tous les \(s_i\).
Démonstration
Si chaque \(s_i\) est entier, alors la sous-algèbre engendrée par \(\varphi(R)\) et les \(s_i\) est finie sur \(R\). En effet, si \(s_i\) satisfait une équation unitaire de degré \(d_i\) sur \(R\), alors cette sous-algèbre est engendrée comme \(R\)-module par les éléments \(s_1^{e_1} \ldots s_n^{e_n}\) avec \(0 \leq e_i \leq d_i - 1\). Réciproquement, supposons donnée une \(R\)-sous-algèbre finie \(S'\) qui contient tous les \(s_i\). Alors tous les \(s_i\) sont entiers d’après le lemme 00GK.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est fini,
\(R \to S\) est entier et de type fini, et
il existe \(x_1, \ldots, x_n \in S\) qui engendrent \(S\) comme algèbre sur \(R\) et tels que chaque \(x_i\) soit entier sur \(R\).
Démonstration
C’est clair d’après le lemme 00GM.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) et \(S \to T\) soient des morphismes d’anneaux entiers. Alors \(R \to T\) est entier.
Démonstration
Soit \(t \in T\). Soit \(P(x) \in S[x]\) un polynôme unitaire tel que \(P(t) = 0\). Appliquons le lemme 00GM à l’ensemble fini des coefficients de \(P\). Ainsi, \(t\) est entier sur une certaine sous-algèbre \(S' \subset S\) finie sur \(R\). Appliquons à nouveau le lemme 00GM pour trouver une sous-algèbre \(T' \subset T\) finie sur \(S'\) et contenant \(t\). Le lemme 00GL appliqué à \(R \to S' \to T'\) montre que \(T'\) est finie sur \(R\). L’intégralité de \(t\) sur \(R\) résulte alors du lemme 00GK.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. L’ensemble \[S' = \{s \in S \mid s\text{ est entier sur }R\}\] est une \(R\)-sous-algèbre de \(S\).
Démonstration
Lemme
Soient \(R_i\to S_i\) des morphismes d’anneaux, \(i = 1, \ldots, n\). Notons respectivement \(R\) et \(S\) les produits des \(R_i\) et des \(S_i\). Alors un élément \(s = (s_1, \ldots, s_n) \in S\) est entier sur \(R\) si et seulement si chaque \(s_i\) est entier sur \(R_i\).
Démonstration
Omis.
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. L’anneau \(S' \subset S\) des éléments entiers sur \(R\), voir le lemme 00GO, est appelé la clôture intégrale de \(R\) dans \(S\). Si \(R \subset S\), nous disons que \(R\) est intégralement clos dans \(S\) si \(R = S'\).
En particulier, nous voyons que \(R \to S\) est entier si et seulement si la clôture intégrale de \(R\) dans \(S\) est \(S\) tout entier.
Lemme
Soient \(R_i\to S_i\) des morphismes d’anneaux, \(i = 1, \ldots, n\). Notons la clôture intégrale de \(R_i\) dans \(S_i\) par \(S'_i\). Notons en outre respectivement \(R\) et \(S\) les produits des \(R_i\) et des \(S_i\). Alors la clôture intégrale de \(R\) dans \(S\) est le produit des \(S'_i\). En particulier, \(R \to S\) est intégralement clos si et seulement si chaque \(R_i \to S_i\) est intégralement clos.
Démonstration
Cela résulte immédiatement du lemme 0CY8.
Lemme
La clôture intégrale commute à la localisation : si \(A \to B\) est un morphisme d’anneaux et \(S \subset A\) une partie multiplicative, alors la clôture intégrale de \(S^{-1}A\) dans \(S^{-1}B\) est \(S^{-1}B'\), où \(B' \subset B\) est la clôture intégrale de \(A\) dans \(B\).
Démonstration
Puisque la localisation est exacte, nous voyons que \(S^{-1}B' \subset S^{-1}B\). Supposons que \(x \in B'\) et \(f \in S\). Alors \(x^d + \sum_{i = 1, \ldots, d} a_i x^{d - i} = 0\) dans \(B\) pour certains \(a_i \in A\). Ainsi, \[(x/f)^d + \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, d} a_i/f^i (x/f)^{d - i} = 0\] dans \(S^{-1}B\). Nous voyons ainsi que \(S^{-1}B'\) est contenu dans la clôture intégrale de \(S^{-1}A\) dans \(S^{-1}B\). Réciproquement, supposons que \(x/f \in S^{-1}B\) soit entier sur \(S^{-1}A\). Alors nous avons \[(x/f)^d + \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, d} (a_i/f_i) (x/f)^{d - i} = 0\] dans \(S^{-1}B\) pour certains \(a_i \in A\) et \(f_i \in S\). Cela signifie que \[(f'f_1 \ldots f_d x)^d + \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, d} f^i(f')^if_1^i \ldots f_i^{i - 1} \ldots f_d^i a_i (f'f_1 \ldots f_dx)^{d - i} = 0\] pour un \(f' \in S\) convenable. Ainsi, \(f'f_1\ldots f_dx \in B'\) et donc \(x/f \in S^{-1}B'\), comme voulu.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(x \in S\). Les propriétés suivantes sont équivalentes :
\(x\) est entier sur \(R\), et
pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), l’élément \(x \in S_{\mathfrak p}\) est entier sur \(R_{\mathfrak p}\).
Démonstration
Il est clair que (1) implique (2). Supposons (2). Considérons la \(R\)-algèbre \(S' \subset S\) engendrée par \(\varphi(R)\) et \(x\). Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). Nous savons alors que \(x^d + \sum_{i = 1, \ldots, d} \varphi(a_i) x^{d - i} = 0\) dans \(S_{\mathfrak p}\) pour certains \(a_i \in R_{\mathfrak p}\). En examinant les dénominateurs qui interviennent, nous voyons donc que, pour un certain \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), nous avons \(a_i \in R_f\) et \(x^d + \sum_{i = 1, \ldots, d} \varphi(a_i) x^{d - i} = 0\) dans \(S_f\). Cela implique que \(S'_f\) est fini sur \(R_f\). Puisque \(\mathfrak p\) était arbitraire et que \(\Spec(R)\) est quasi-compact (lemme 00E8), nous pouvons trouver un nombre fini d’éléments \(f_1, \ldots, f_n \in R\) qui engendrent l’idéal unité de \(R\) tels que \(S'_{f_i}\) soit fini sur \(R_{f_i}\). Nous concluons donc du lemme 00EO que \(S'\) est fini sur \(R\). Ainsi, \(x\) est entier sur \(R\) d’après le lemme 00GM.
Lemme
Soient \(R \to S\) et \(R \to R'\) des morphismes d’anneaux. Posons \(S' = R' \otimes_R S\).
Si \(R \to S\) est entier, alors \(R' \to S'\) l’est aussi.
Si \(R \to S\) est fini, alors \(R' \to S'\) l’est aussi.
Démonstration
Nous démontrons (1). Soient \(s_i \in S\) des générateurs de \(S\) sur \(R\). Chacun d’eux satisfait une équation polynomiale unitaire \(P_i\) sur \(R\). Ainsi, les éléments \(1 \otimes s_i \in S'\) engendrent \(S'\) sur \(R'\) et satisfont le polynôme correspondant \(P_i'\) sur \(R'\). Puisque ces éléments engendrent \(S'\) sur \(R'\), nous voyons que \(S'\) est entier sur \(R'\). Démonstration de (2) omise.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soient \(f_1, \ldots, f_n \in R\) engendrant l’idéal unité.
Si chaque \(R_{f_i} \to S_{f_i}\) est entier, alors \(R \to S\) l’est aussi.
Si chaque \(R_{f_i} \to S_{f_i}\) est fini, alors \(R \to S\) l’est aussi.
Démonstration
Démonstration de (1). Soit \(s \in S\). Considérons l’idéal \(I \subset R[x]\) des polynômes \(P\) tels que \(P(s) = 0\). Notons \(J \subset R\) l’idéal (!) des coefficients dominants des éléments de \(I\). Par hypothèse et en chassant les dénominateurs, nous voyons que \(f_i^{n_i} \in J\) pour tout \(i\) et certains \(n_i \geq 0\). Ainsi, \(J\) contient \(1\), et nous voyons que \(s\) est entier sur \(R\). Démonstration de (2) omise.
Lemme
Soient \(A \to B \to C\) des morphismes d’anneaux.
Si \(A \to C\) est entier, alors \(B \to C\) l’est aussi.
Si \(A \to C\) est fini, alors \(B \to C\) l’est aussi.
Démonstration
Omis.
Lemme
Soient \(A \to B \to C\) des morphismes d’anneaux. Soit \(B'\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(B\), et soit \(C'\) la clôture intégrale de \(B'\) dans \(C\). Alors \(C'\) est la clôture intégrale de \(A\) dans \(C\).
Démonstration
Omis.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit une extension d’anneaux entière avec \(R \subset S\). Alors \(\varphi : \Spec(S) \to \Spec(R)\) est surjective.
Démonstration
Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Nous devons montrer que \(\mathfrak pS_{\mathfrak p} \not = S_{\mathfrak p}\), voir le lemme 00E7. La localisation \(R_{\mathfrak p} \to S_{\mathfrak p}\) est injective (car la localisation est exacte) et entière d’après le lemme 0307 ou 02JK. Nous pouvons donc remplacer \(R\), \(S\) par \(R_{\mathfrak p}\), \(S_{\mathfrak p}\) et supposer que \(R\) est local d’idéal maximal \(\mathfrak m\) ; il suffit alors de montrer que \(\mathfrak mS \not = S\). Supposons que \(1 = \sum f_i s_i\), avec \(f_i \in \mathfrak m\) et \(s_i \in S\), afin d’obtenir une contradiction. Soit \(R \subset S' \subset S\) tel que \(R \to S'\) soit fini et que \(s_i \in S'\), voir le lemme 00GM. L’équation \(1 = \sum f_i s_i\) implique que le \(R\)-module de type fini \(S'\) satisfait \(S' = \mathfrak m S'\). Le lemme de Nakayama 00DV donne donc \(S' = 0\). Contradiction.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(K\) un corps. Si \(R \subset K\) et si \(K\) est entier sur \(R\), alors \(R\) est un corps et \(K\) est une extension algébrique. Si \(R \subset K\) et si \(K\) est fini sur \(R\), alors \(R\) est un corps et \(K\) est une extension algébrique finie.
Démonstration
Supposons que \(R \subset K\) soit entier. D’après le lemme 00GQ, nous voyons que \(\Spec(R)\) possède \(1\) point. Comme \(R\) est manifestement un anneau intègre, nous voyons que \(R = R_{(0)}\) est un corps (lemme 00EU). Les autres assertions en résultent immédiatement.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre sur \(k\).
Si \(S\) est un anneau intègre de dimension finie sur \(k\), alors \(S\) est un corps.
Si \(S\) est entier sur \(k\) et est un anneau intègre, alors \(S\) est un corps.
Si \(S\) est entier sur \(k\), alors tout idéal premier de \(S\) est un idéal maximal (voir le lemme 04MG pour d’autres conséquences).
Démonstration
L’assertion sur les idéaux premiers résulte de l’assertion « entier \(+\) intègre \(\Rightarrow\) corps ». Soit \(S\) entier sur \(k\) et supposons que \(S\) soit un anneau intègre. Prenons \(s \in S\). D’après le lemme 00GM, nous pouvons trouver une \(k\)-sous-algèbre de dimension finie \(k \subset S' \subset S\) qui contient \(s\). Ainsi, \(S\) est un corps si nous pouvons démontrer la première assertion. Supposons \(S\) de dimension finie sur \(k\) et intègre. Choisissons \(s\in S\). Puisque \(S\) est un anneau intègre, l’application de multiplication \(s : S \to S\) est surjective pour des raisons de dimension. Il existe donc un élément \(s_1 \in S\) tel que \(ss_1 = 1\). Ainsi, \(S\) est un corps.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit entier. Soient \(\mathfrak q, \mathfrak q' \in \Spec(S)\) deux idéaux premiers distincts ayant la même image dans \(\Spec(R)\). Alors ni \(\mathfrak q \subset \mathfrak q'\) ni \(\mathfrak q' \subset \mathfrak q\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak p \subset R\) l’image. D’après la remarque 00E6, les idéaux premiers \(\mathfrak q, \mathfrak q'\) correspondent à des idéaux de \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). Le lemme résulte donc du lemme 00GS.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit fini. Alors les fibres de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) sont finies.
Démonstration
D’après la discussion de la remarque 00E6, les fibres sont les spectres des anneaux \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). Comme \(R \to S\) est fini, ces anneaux fibres sont finis sur \(\kappa(\mathfrak p)\), donc noethériens d’après le lemme 00FN. D’après le lemme 00GT, tout idéal premier de \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est minimal. Ainsi, d’après le lemme 00FR, il n’y en a qu’un nombre fini.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux tel que \(S\) soit entier sur \(R\). Soient \(\mathfrak p \subset \mathfrak p' \subset R\) des idéaux premiers. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) qui s’envoie sur \(\mathfrak p\). Alors il existe un idéal premier \(\mathfrak q'\) tel que \(\mathfrak q \subset \mathfrak q'\) et qui s’envoie sur \(\mathfrak p'\).
Démonstration
Nous pouvons remplacer \(R\) par \(R/\mathfrak p\) et \(S\) par \(S/\mathfrak q\). Cela nous ramène à une extension entière d’anneaux intègres \(R \subset S\) et à un idéal premier \(\mathfrak p' \subset R\). Le lemme 00GQ permet de conclure.
La propriété exprimée dans le lemme ci-dessus est appelée la « propriété de montée » pour le morphisme d’anneaux \(R \to S\), voir la définition 00HV.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux fini et de présentation finie. Soit \(M\) un \(S\)-module. Alors \(M\) est de présentation finie comme \(R\)-module si et seulement si \(M\) est de présentation finie comme \(S\)-module.
Démonstration
L’une des implications résulte du lemme 0561. Pour voir l’autre, supposons que \(M\) soit de présentation finie comme \(S\)-module. Choisissons une présentation \[S^{\oplus m} \longrightarrow S^{\oplus n} \longrightarrow M \longrightarrow 0\] Comme \(S\) est fini comme \(R\)-module, le noyau de \(S^{\oplus n} \to M\) est un \(R\)-module de type fini. Ainsi, le lemme 0519 montre qu’il suffit de démontrer que \(S\) est de présentation finie comme \(R\)-module.
Choisissons \(y_1, \ldots, y_n \in S\) tels que \(y_1, \ldots, y_n\) engendrent \(S\) comme \(R\)-module. D’après le lemme 052I, chaque \(y_i\) est entier sur \(R\). Choisissons des polynômes unitaires \(P_i(x) \in R[x]\) tels que \(P_i(y_i) = 0\). Considérons l’anneau \[S' = R[x_1, \ldots, x_n]/(P_1(x_1), \ldots, P_n(x_n))\] Nous voyons alors que \(S\) est de présentation finie comme \(S'\)-algèbre d’après le lemme 00F4. Puisque \(S' \to S\) est surjectif, le noyau \(J = \Ker(S' \to S)\) est engendré par un nombre fini d’éléments comme idéal d’après le lemme 00R2. Ainsi, \(J\) est un \(S'\)-module de type fini (cela découle immédiatement des définitions). Par conséquent, \(S = \Coker(J \to S')\) est de présentation finie comme \(S'\)-module d’après le lemme 0519. Ainsi, en raisonnant comme dans le premier paragraphe, il suffit de montrer que \(S'\) est de présentation finie comme \(R\)-module. En fait, \(S'\) est libre comme \(R\)-module, de base les monômes \(x_1^{e_1} \ldots x_n^{e_n}\) pour \(0 \leq e_i < \deg(P_i)\). En effet, écrivons \(R \to S'\) comme la composée \[R \to R[x_1]/(P_1(x_1)) \to R[x_1, x_2]/(P_1(x_1), P_2(x_2)) \to \ldots \to S'\] Cela montre que le \(i\)-ème anneau de cette suite est libre comme module sur le \((i - 1)\)-ième, de base \(1, x_i, \ldots, x_i^{\deg(P_i) - 1}\). Le résultat s’en déduit aisément par récurrence. Certains détails sont omis.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(x, y \in R\) des non-diviseurs de zéro. Soit \(R[x/y] \subset R_{xy}\) la \(R\)-sous-algèbre engendrée par \(x/y\), et de même pour les sous-algèbres \(R[y/x]\) et \(R[x/y, y/x]\). Si \(R\) est intégralement clos dans \(R_x\) ou \(R_y\), alors la suite \[0 \to R \xrightarrow{(-1, 1)} R[x/y] \oplus R[y/x] \xrightarrow{(1, 1)} R[x/y, y/x] \to 0\] est une suite exacte courte de \(R\)-modules.
Démonstration
Puisque \(x/y \cdot y/x = 1\), il est clair que l’application \(R[x/y] \oplus R[y/x] \to R[x/y, y/x]\) est surjective. Soit \(\alpha \in R[x/y] \cap R[y/x]\). Pour montrer l’exactitude au milieu, nous devons prouver que \(\alpha \in R\). Par hypothèse, nous pouvons écrire \[\alpha = a_0 + a_1 x/y + \ldots + a_n (x/y)^n = b_0 + b_1 y/x + \ldots + b_m(y/x)^m\] pour certains \(n, m \geq 0\) et \(a_i, b_j \in R\). Choisissons un \(N > \max(n, m)\). Considérons le \(R\)-sous-module de type fini \(M\) de \(R_{xy}\) engendré par les éléments \[(x/y)^N, (x/y)^{N - 1}, \ldots, x/y, 1, y/x, \ldots, (y/x)^{N - 1}, (y/x)^N\] Nous affirmons que \(\alpha M \subset M\). En effet, il est clair que \((x/y)^i (b_0 + b_1 y/x + \ldots + b_m(y/x)^m) \in M\) pour \(0 \leq i \leq N\) et que \((y/x)^i (a_0 + a_1 x/y + \ldots + a_n(x/y)^n) \in M\) pour \(0 \leq i \leq N\). Ainsi, \(\alpha\) est entier sur \(R\) d’après le lemme 052I. Remarquons que \(\alpha \in R_x\) ; si \(R\) est intégralement clos dans \(R_x\), alors \(\alpha \in R\), comme voulu.
Anneaux normaux
Introduisons d’abord la notion d’anneau intègre normal, puis la notion (très générale) d’anneau normal.
Définition
Un anneau intègre \(R\) est dit normal s’il est intégralement clos dans son corps des fractions.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Si \(S\) est un anneau intègre normal, alors la clôture intégrale de \(R\) dans \(S\) est un anneau intègre normal.
Démonstration
Omis.
La notion suivante est parfois utile dans l’étude de la normalité.
Définition
Soit \(R\) un anneau intègre.
Un élément \(g\) du corps des fractions de \(R\) est dit presque entier sur \(R\) s’il existe un élément \(r \in R\), \(r\not = 0\), tel que \(rg^n \in R\) pour tout \(n \geq 0\).
L’anneau intègre \(R\) est dit complètement intégralement clos si tout élément presque entier du corps des fractions de \(R\) appartient à \(R\).
Le lemme suivant montre qu’un anneau intègre noethérien est normal si et seulement s’il est complètement intégralement clos.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre de corps des fractions \(K\). Si \(u, v \in K\) sont presque entiers sur \(R\), alors \(u + v\) et \(uv\) le sont aussi. Tout élément \(g \in K\) qui est entier sur \(R\) est presque entier sur \(R\). Si \(R\) est noethérien, alors la réciproque est également vraie.
Démonstration
Si \(ru^n \in R\) pour tout \(n \geq 0\) et \(v^nr' \in R\) pour tout \(n \geq 0\), alors \((uv)^nrr'\) et \((u + v)^nrr'\) appartiennent à \(R\) pour tout \(n \geq 0\). D’où la première assertion. Supposons que \(g \in K\) soit entier sur \(R\). Dans ce cas, il existe un \(d > 0\) tel que l’anneau \(R[g]\) soit engendré par \(1, g, \ldots, g^d\) comme \(R\)-module. Soit \(r \in R\) un dénominateur commun des éléments \(1, g, \ldots, g^d \in K\). Il s’ensuit que \(rR[g] \subset R\), et donc que \(g\) est presque entier sur \(R\).
Supposons que \(R\) soit noethérien et que \(g \in K\) soit presque entier sur \(R\). Soit \(r \in R\), \(r\not = 0\), comme dans la définition. Alors \(R[g] \subset \frac{1}{r}R\) comme \(R\)-module. Puisque \(R\) est noethérien, cela implique que \(R[g]\) est fini sur \(R\). Ainsi, \(g\) est entier sur \(R\), voir le lemme 00GK.
Lemme
Toute localisation d’un anneau intègre normal est normale.
Démonstration
Soit \(R\) un anneau intègre normal, et soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. Supposons que \(g\) soit un élément du corps des fractions de \(R\) qui soit entier sur \(S^{-1}R\). Soit \(P = x^d + \sum_{j < d} a_j x^j\) un polynôme avec \(a_i \in S^{-1}R\) tel que \(P(g) = 0\). Choisissons \(s \in S\) tel que \(sa_i \in R\) pour tout \(i\). Alors \(sg\) satisfait le polynôme unitaire \(x^d + \sum_{j < d} s^{d-j}a_j x^j\), dont les coefficients \(s^{d-j}a_j\) appartiennent à \(R\). Ainsi, \(sg \in R\) puisque \(R\) est normal. Donc \(g \in S^{-1}R\).
Lemme
Un anneau principal est normal.
Démonstration
Soit \(R\) un anneau principal. Soit \(g = a/b\) un élément du corps des fractions de \(R\) qui soit entier sur \(R\). Puisque \(R\) est un anneau principal, nous pouvons diviser \(a\) et \(b\) par un facteur commun et supposer que \((a, b) = R\). Dans ce cas, toute équation \((a/b)^n + r_{n-1} (a/b)^{n-1} + \ldots + r_0 = 0\) avec \(r_i \in R\) impliquerait que \(a^n \in (b)\). Cela contredit \((a, b) = R\), sauf si \(b\) est une unité de \(R\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre de corps des fractions \(K\). Supposons que \(f = \sum \alpha_i x^i\) soit un élément de \(K[x]\).
Si \(f\) est entier sur \(R[x]\), alors tous les \(\alpha_i\) sont entiers sur \(R\), et
Si \(f\) est presque entier sur \(R[x]\), alors tous les \(\alpha_i\) sont presque entiers sur \(R\).
Démonstration
Démontrons d’abord la seconde assertion. Écrivons \(f = \alpha_0 + \alpha_1 x + \ldots + \alpha_r x^r\) avec \(\alpha_r \not = 0\). Par hypothèse, il existe \(h = b_0 + b_1 x + \ldots + b_s x^s \in R[x]\), \(b_s \not = 0\), tel que \(f^n h \in R[x]\) pour tout \(n \geq 0\). Cela implique que \(b_s \alpha_r^n \in R\) pour tout \(n \geq 0\). Ainsi, \(\alpha_r\) est presque entier sur \(R\). Puisque l’ensemble des éléments presque entiers forme un sous-anneau (lemme 00GX), nous en déduisons que \(f - \alpha_r x^r = \alpha_0 + \alpha_1 x + \ldots + \alpha_{r - 1} x^{r - 1}\) est presque entier sur \(R[x]\). Une récurrence sur \(r\) permet de conclure.
Pour démontrer la première assertion, nous utiliserons une réduction noethérienne absolue. Écrivons \(\alpha_i = a_i / b_i\) et soit \(P(t) = t^d + \sum_{j < d} f_j t^j\) un polynôme à coefficients \(f_j \in R[x]\) tel que \(P(f) = 0\). Soit \(f_j = \sum f_{ji}x^i\). Considérons le sous-anneau \(R_0 \subset R\) engendré par la liste finie des éléments \(a_i, b_i, f_{ji}\) de \(R\). C’est un anneau intègre ; soit \(K_0\) son corps des fractions. Puisque \(R_0\) est une \(\mathbf{Z}\)-algèbre de type fini, il est noethérien, voir le lemme 00FO. Il est toujours vrai que \(f \in K_0[x]\) est entier sur \(R_0[x]\), car toutes les identités dans \(R\) entre les éléments \(a_i, b_i, f_{ji}\) sont également valables dans \(R_0\). D’après le lemme 00GX, l’élément \(f\) est presque entier sur \(R_0[x]\). D’après la seconde assertion du lemme, les éléments \(\alpha_i\) sont presque entiers sur \(R_0\). Et puisque \(R_0\) est noethérien, ils sont entiers sur \(R_0\), voir le lemme 00GX. Ils sont alors bien sûr entiers sur \(R\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre normal. Alors \(R[x]\) est un anneau intègre normal.
Démonstration
Le résultat est vrai si \(R\) est un corps \(K\), car \(K[x]\) est un anneau euclidien, donc un anneau principal, et donc normal d’après le lemme 00GZ. Soit \(g\) un élément du corps des fractions de \(R[x]\) qui soit entier sur \(R[x]\). Puisque \(g\) est entier sur \(K[x]\), où \(K\) est le corps des fractions de \(R\), nous pouvons écrire \(g = \alpha_d x^d + \alpha_{d-1}x^{d-1} + \ldots + \alpha_0\) avec \(\alpha_i \in K\). D’après le lemme 00H0, les éléments \(\alpha_i\) sont entiers sur \(R\) et appartiennent donc à \(R\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre noethérien normal. Alors \(R[[x]]\) est un anneau intègre noethérien normal.
Démonstration
L’anneau de séries formelles est noethérien d’après le lemme 0306. Soient \(f, g \in R[[x]]\) des éléments non nuls tels que \(w = f/g\) soit entier sur \(R[[x]]\). Soit \(K\) le corps des fractions de \(R\). Puisque l’anneau des séries de Laurent \(K((x)) = K[[x]][1/x]\) est un corps, nous pouvons écrire \(w = a_n x^n + a_{n + 1} x^{n + 1} + \ldots\) pour certains \(n \in \mathbf{Z}\), \(a_i \in K\), et \(a_n \not = 0\). D’après le lemme 00GX, nous voyons qu’il existe un élément non nul \(h = b_m x^m + b_{m + 1} x^{m + 1} + \ldots\) de \(R[[x]]\), avec \(b_m \not = 0\), tel que \(w^e h \in R[[x]]\) pour tout \(e \geq 1\). Nous concluons que \(n \geq 0\) et que \(b_m a_n^e \in R\) pour tout \(e \geq 1\). Puisque \(R\) est noethérien, le même lemme implique que \(a_n \in R\). Maintenant, si \(a_n, a_{n + 1}, \ldots, a_{N - 1} \in R\), nous pouvons appliquer le même argument à \(w - a_n x^n - \ldots - a_{N - 1} x^{N - 1} = a_N x^N + \ldots\). Nous voyons ainsi que tous les \(a_i \in R\), ce qui démontre le lemme.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
L’anneau intègre \(R\) est normal,
pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), l’anneau local \(R_{\mathfrak p}\) est un anneau intègre normal, et
pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\), l’anneau \(R_{\mathfrak m}\) est un anneau intègre normal.
Démonstration
Nous déduisons (1) \(\Rightarrow\) (2) du lemme 00GY. L’implication (2) \(\Rightarrow\) (3) est immédiate. L’implication (3) \(\Rightarrow\) (1) résulte du fait que, pour tout anneau intègre \(R\), nous avons \[R = \bigcap\nolimits_{\mathfrak m} R_{\mathfrak m}\] dans le corps des fractions de \(R\). En effet, si \(g\) est un élément du membre de droite, alors l’idéal \(I = \{x \in R \mid xg \in R\}\) n’est contenu dans aucun idéal maximal \(\mathfrak m\), d’où \(I = R\).
Le lemme 030B montre que la définition suivante est compatible avec la définition 0309. (Il s’agit de la définition d’EGA – voir [EGA, IV, 5.13.5 et 0, 4.1.4].)
Définition
Un anneau \(R\) est dit normal si, pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), la localisation \(R_{\mathfrak p}\) est un anneau intègre normal (voir la définition 0309).
Remarquons qu’un anneau normal est réduit, puisque \(R\) est un sous-anneau du produit de ses localisations en tous les idéaux premiers (voir par exemple le lemme 00HN).
Lemme
Un anneau normal est intégralement clos dans son anneau total des fractions.
Démonstration
Soit \(R\) un anneau normal. Soit \(x \in Q(R)\) un élément de l’anneau total des fractions de \(R\) entier sur \(R\). Posons \(I = \{f \in R, fx \in R\}\). Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Comme \(R \to R_{\mathfrak p}\) est plat, nous voyons que \(R_{\mathfrak p} \subset Q(R) \otimes_R R_{\mathfrak p}\). Comme \(R_{\mathfrak p}\) est un anneau intègre normal, nous voyons que \(x \otimes 1\) est un élément de \(R_{\mathfrak p}\). Nous pouvons donc trouver \(a, f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tels que \(x \otimes 1 = a \otimes 1/f\). Cela signifie que \(fx - a\) s’envoie sur zéro dans \(Q(R) \otimes_R R_{\mathfrak p} = Q(R)_{\mathfrak p}\), ce qui signifie à son tour qu’il existe un \(f' \in R\), \(f' \not \in \mathfrak p\), tel que \(f'fx = f'a\) dans \(R\). Autrement dit, \(ff' \in I\). Ainsi, \(I\) est un idéal qui n’est contenu dans aucun idéal premier de \(R\), c’est-à-dire \(I = R\) et \(x \in R\).
Lemme
Une localisation d’un anneau normal est un anneau normal.
Démonstration
Omis.
Lemme
Soit \(R\) un anneau normal. Alors \(R[x]\) est un anneau normal.
Démonstration
Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(R[x]\). Posons \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\). Nous voyons alors que \(R_{\mathfrak p}[x]\) est un anneau intègre normal d’après le lemme 030A. Ainsi, \((R[x])_{\mathfrak q}\) est un anneau intègre normal d’après le lemme 00GY.
Lemme
Un produit fini d’anneaux normaux est normal.
Démonstration
Il suffit de montrer que le produit de deux anneaux normaux, disons \(R\) et \(S\), est normal. D’après le lemme 00EE, les idéaux premiers de \(R\times S\) sont de la forme \(\mathfrak{p}\times S\) et \(R\times \mathfrak{q}\), où \(\mathfrak{p}\) et \(\mathfrak{q}\) sont des idéaux premiers respectivement de \(R\) et de \(S\). La localisation donne \((R\times S)_{\mathfrak{p}\times S}=R_{\mathfrak{p}}\), qui est un anneau intègre normal par hypothèse. De même pour \(S\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Supposons que \(R\) soit réduit et possède un nombre fini d’idéaux premiers minimaux. Alors les propriétés suivantes sont équivalentes :
\(R\) est un anneau normal,
\(R\) est intégralement clos dans son anneau total des fractions, et
\(R\) est un produit fini d’anneaux intègres normaux.
Démonstration
Les implications (1) \(\Rightarrow\) (2) et (3) \(\Rightarrow\) (1) sont vraies en général, voir les lemmes 034M et 0CYA.
Soient \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_n\) les idéaux premiers minimaux de \(R\). D’après les lemmes 00EW et 02LX, nous avons \(Q(R) = R_{\mathfrak p_1} \times \ldots \times R_{\mathfrak p_n}\), et, d’après le lemme 00EU, chaque facteur est un corps. Notons \(e_i = (0, \ldots, 0, 1, 0, \ldots, 0)\) le \(i\)-ème idempotent de \(Q(R)\).
Si \(R\) est intégralement clos dans \(Q(R)\), alors il contient en particulier les idempotents \(e_i\), et nous voyons que \(R\) est un produit de \(n\) anneaux intègres (voir les sections 00EB et 00EI). Chaque facteur est de la forme \(R/\mathfrak p_i\), de corps des fractions \(R_{\mathfrak p_i}\). D’après le lemme 0CY9, chaque morphisme \(R/\mathfrak p_i \to R_{\mathfrak p_i}\) est intégralement clos. Ainsi, \(R\) est un produit fini d’anneaux intègres normaux.
Lemme
Soit \((R_i, \varphi_{ii'})\) un système filtrant (Catégories, définition 00D4) d’anneaux. Si chaque \(R_i\) est un anneau normal, alors \(R = \colim_i R_i\) l’est aussi.
Démonstration
Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Posons \(\mathfrak p_i = R_i \cap \mathfrak p\) (abus de notation usuel). Nous voyons alors que \(R_{\mathfrak p} = \colim_i (R_i)_{\mathfrak p_i}\). Puisque chaque \((R_i)_{\mathfrak p_i}\) est un anneau intègre normal, nous nous ramenons à démontrer l’énoncé du lemme pour des anneaux intègres normaux. Si \(a, b \in R\) et si \(a/b\) satisfait un polynôme unitaire \(P(T) \in R[T]\), alors nous pouvons trouver un \(i \in I\) (suffisamment grand) tel que \(a, b\) proviennent d’éléments \(a_i, b_i\) sur \(R_i\), que \(P\) provienne d’un polynôme unitaire \(P_i\in R_i[T]\) et que \(P_i(a_i/b_i)=0\). Puisque \(R_i\) est normal, nous voyons que \(a_i/b_i \in R_i\), et donc aussi que \(a/b \in R\).
Descente pour une extension entière au-dessus d’un anneau normal
Commençons par manipuler un peu la notion d’éléments entiers sur un idéal, puis démontrons le théorème mentionné dans le titre de la section.
Définition
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(I \subset R\) un idéal. Nous disons qu’un élément \(g \in S\) est entier sur \(I\) s’il existe un polynôme unitaire \(P = x^d + \sum_{j < d} a_j x^j\) à coefficients \(a_j \in I^{d-j}\) tel que \(P^\varphi(g) = 0\) dans \(S\).
Ceci est surtout utilisé lorsque \(\varphi = \text{id}_R : R \to R\). Dans ce cas, l’ensemble \(I'\) des éléments entiers sur \(I\) est appelé la clôture intégrale de \(I\). Nous verrons que \(I'\) est un idéal de \(R\) (et, bien sûr, \(I \subset I'\)).
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(A = \sum I^nt^n \subset R[t]\) le sous-anneau de l’anneau de polynômes engendré par \(R \oplus It \subset R[t]\). Un élément \(s \in S\) est entier sur \(I\) si et seulement si l’élément \(st \in S[t]\) est entier sur \(A\).
Démonstration
Supposons que \(st\) soit entier sur \(A\). Soit \(P = x^d + \sum_{j < d} a_j x^j\) un polynôme unitaire à coefficients dans \(A\) tel que \(P^\varphi(st) = 0\). Soit \(a_j' \in A\) la partie de degré \(d-j\) de \(a_j\), autrement dit \(a_j' = a_j'' t^{d-j}\) avec \(a_j'' \in I^{d-j}\). Pour des raisons de degré, nous avons encore \((st)^d + \sum_{j < d} \varphi(a_j'') t^{d-j} (st)^j = 0\). Ainsi, \(s^d + \sum_{j < d} \varphi(a_j'') s^j = 0\), et nous voyons que \(s\) est entier sur \(I\).
Supposons que \(s\) soit entier sur \(I\). Écrivons \(P = x^d + \sum_{j < d} a_j x^j\) avec \(a_j \in I^{d-j}\). Nous trouvons alors immédiatement un polynôme \(Q = x^d + \sum_{j < d} (a_j t^{d-j}) x^j\) à coefficients dans \(A\) qui démontre que \(st\) est entier sur \(A\).
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(I \subset R\) un idéal. L’ensemble des éléments de \(S\) qui sont entiers sur \(I\) forme un \(R\)-sous-module de \(S\). En outre, si \(s \in S\) est entier sur \(R\) et si \(s'\) est entier sur \(I\), alors \(ss'\) est entier sur \(I\).
Démonstration
Nous utiliserons le lemme 00GO sans autre mention. La stabilité par addition résulte clairement de la caractérisation du lemme 00H3, dont nous adoptons les notations. Tout élément \(s \in S\) qui est entier sur \(R\) correspond à l’élément de degré \(0\), \(s\), de \(S[t]\), qui est entier sur \(A\) (car \(R \subset A\)). Nous voyons donc que la multiplication par \(s\) sur \(S[t]\) préserve la propriété d’être entier sur \(A\).
Lemme
Supposons que \(\varphi : R \to S\) soit entier. Supposons que \(I \subset R\) soit un idéal. Alors tout élément de \(IS\) est entier sur \(I\).
Démonstration
C’est immédiat d’après le lemme 00H4.
Lemme
Soit \(K\) un corps. Soient \(n, m \in \mathbf{N}\) et \(a_0, \ldots, a_{n - 1}, b_0, \ldots, b_{m - 1} \in K\). Si le polynôme \(x^n + a_{n - 1}x^{n - 1} + \ldots + a_0\) divise le polynôme \(x^m + b_{m - 1} x^{m - 1} + \ldots + b_0\) dans \(K[x]\), alors :
\(a_0, \ldots, a_{n - 1}\) sont entiers sur tout sous-anneau \(R_0\) de \(K\) contenant les éléments \(b_0, \ldots, b_{m - 1}\), et
chaque \(a_i\) appartient à \(\sqrt{(b_0, \ldots, b_{m-1})R}\) pour tout sous-anneau \(R \subset K\) contenant les éléments \(a_0, \ldots, a_{n - 1}, b_0, \ldots, b_{m - 1}\).
Démonstration
Soit \(L/K\) une extension de corps telle que nous puissions écrire \(x^m + b_{m - 1} x^{m - 1} + \ldots + b_0 = \prod_{i = 1}^m (x - \beta_i)\) avec \(\beta_i \in L\). Voir Corps, section 09HT. Chaque \(\beta_i\) est entier sur \(R_0\). Puisque chaque \(a_i\) est un polynôme homogène en \(\beta_1, \ldots, \beta_m\), nous en déduisons la même propriété pour les \(a_i\) (utiliser le lemme 00GO). Cela démontre (1).
Soit \(R\) comme dans (2). Choisissons \(c_0, \ldots, c_{m - n - 1} \in K\) tels que \[\begin{matrix} x^m + b_{m - 1} x^{m - 1} + \ldots + b_0 = \\ (x^n + a_{n - 1}x^{n - 1} + \ldots + a_0) (x^{m - n} + c_{m - n - 1}x^{m - n - 1}+ \ldots + c_0). \end{matrix}\] Cette équation implique \[\begin{align*} c_{m - n - 1} & = b_{m - 1} - a_{n - 1}, \\ c_{m - n - 2} & = b_{m - 2} - a_{n - 2} - a_{n - 1}c_{m - n - 1}, \\ \ldots \end{align*}\] Ainsi, \(c_j \in R\) pour tout \(j\). En quotientant par le radical \(\sqrt{(b_0, \ldots, b_{m - 1})}\), nous obtenons un anneau réduit \(\overline{R}\). Nous devons montrer que les images \(\overline{a}_i \in \overline{R}\) sont nulles. Et, dans \(\overline{R}[x]\), nous avons la relation \[\begin{matrix} x^m = x^m + \overline{b}_{m - 1} x^{m - 1} + \ldots + \overline{b}_0 = \\ (x^n + \overline{a}_{n - 1}x^{n - 1} + \ldots + \overline{a}_0) (x^{m - n} + \overline{c}_{m - n - 1}x^{m - n - 1}+ \ldots + \overline{c}_0). \end{matrix}\] Il est facile de voir que cela implique \(\overline{a}_i = 0\) pour tout \(i\). En effet, d’après le lemme 00EU, la localisation de \(\overline{R}\) en un idéal premier minimal \(\mathfrak{p}\) est un corps et \(\overline{R}_{\mathfrak p}[x]\) est un anneau factoriel. Ainsi, \(f = x^n + \sum \overline{a}_i x^i\) est associé à \(x^n\) et, puisque \(f\) est unitaire, \(f = x^n\) dans \(\overline{R}_{\mathfrak p}[x]\). Il existe alors un \(s \in \overline{R}\), \(s \not\in \mathfrak p\), tel que \(s(f - x^n) = 0\). Par conséquent, tous les \(\overline{a}_i\) appartiennent à \(\mathfrak p\), et nous concluons par le lemme 00EW.
Lemme
Soit \(R \subset S\) une inclusion d’anneaux intègres. Supposons que \(R\) soit normal. Soit \(g \in S\) entier sur \(R\). Alors le polynôme minimal de \(g\) est à coefficients dans \(R\).
Démonstration
Soit \(P = x^m + b_{m-1} x^{m-1} + \ldots + b_0\) un polynôme à coefficients dans \(R\) tel que \(P(g) = 0\). Soit \(Q = x^n + a_{n-1}x^{n-1} + \ldots + a_0\) le polynôme minimal de \(g\) sur le corps des fractions \(K\) de \(R\). Alors \(Q\) divise \(P\) dans \(K[x]\). D’après le lemme 00H6, nous voyons que les \(a_i\) sont entiers sur \(R\). Puisque \(R\) est normal, cela signifie qu’ils appartiennent à \(R\).
Proposition
Soit \(R \subset S\) une inclusion d’anneaux intègres. Supposons que \(R\) soit normal et que \(S\) soit entier sur \(R\). Soient \(\mathfrak p \subset \mathfrak p' \subset R\) des idéaux premiers. Soit \(\mathfrak q'\) un idéal premier de \(S\) tel que \(\mathfrak p' = R \cap \mathfrak q'\). Alors il existe un idéal premier \(\mathfrak q\) tel que \(\mathfrak q \subset \mathfrak q'\) et \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\). Autrement dit, la propriété de descente est satisfaite pour \(R \to S\), voir la définition 00HV.
Démonstration
Soient \(\mathfrak p\), \(\mathfrak p'\) et \(\mathfrak q'\) comme dans l’énoncé. Nous devons montrer qu’il existe un idéal premier \(\mathfrak q\), avec \(\mathfrak q \subset \mathfrak q'\) et \(R \cap \mathfrak q = \mathfrak p\). Cela revient à trouver un idéal premier de \(S_{\mathfrak q'}\) qui s’envoie sur \(\mathfrak p\). D’après le lemme 00E7, nous devons montrer que \(\mathfrak p S_{\mathfrak q'} \cap R = \mathfrak p\). Choisissons \(z \in \mathfrak p S_{\mathfrak q'} \cap R\). Nous pouvons écrire \(z = y/g\) avec \(y \in \mathfrak pS\) et \(g \in S\), \(g \not\in \mathfrak q'\). Autrement dit, nous avons \(zg = y\).
D’après le lemme 00H5, il existe un polynôme unitaire \(P = x^m + b_{m-1} x^{m-1} + \ldots + b_0\) avec \(b_i \in \mathfrak p\) tel que \(P(y) = 0\).
D’après le lemme 00H7, le polynôme minimal de \(g\) sur \(K\) est à coefficients dans \(R\). Écrivons-le \(Q = x^n + a_{n-1} x^{n-1} + \ldots + a_0\). Remarquons que les \(a_i\), \(i = n-1, \ldots, 0\), n’appartiennent pas tous à \(\mathfrak p\), car cela impliquerait que \(g^n = \sum_{j < n} a_j g^j \in \mathfrak pS \subset \mathfrak p'S \subset \mathfrak q'\), ce qui est une contradiction.
Puisque \(y = zg\), ce qui précède montre immédiatement que \(Q' = x^n + za_{n-1} x^{n-1} + \ldots + z^{n}a_0\) est le polynôme minimal de \(y\). Ainsi, \(Q'\) divise \(P\) et, d’après le lemme 00H6, nous voyons que \(z^ja_{n - j} \in \sqrt{(b_0, \ldots, b_{m-1})} \subset \mathfrak p\), \(j = 1, \ldots, n\). Puisque les \(a_i\), \(i = n-1, \ldots, 0\), n’appartiennent pas tous à \(\mathfrak p\), nous concluons que \(z \in \mathfrak p\), comme voulu.
Modules plats et morphismes d’anneaux plats
Un résultat souvent utilisé est le suivant : si \(M = \colim_{i\in \mathcal{I}} M_i\) est une colimite de \(R\)-modules et si \(N\) est un \(R\)-module, alors \[M \otimes N = \colim_{i\in \mathcal{I}} M_i \otimes_R N,\] voir le lemme 00DD. On exprime habituellement cette propriété en disant que \(\otimes\) commute aux colimites. Un autre résultat souvent utilisé est le suivant : si \(0 \to N_1 \to N_2 \to N_3 \to 0\) est une suite exacte et si \(M\) est un \(R\)-module quelconque, alors \[M \otimes_R N_1 \to M \otimes_R N_2 \to M \otimes_R N_3 \to 0\] est encore exacte, voir le lemme 00DF. Ces deux propriétés nous disent que le foncteur \(N \mapsto M \otimes_R N\) est exact à droite. Voir Catégories, section 0033, et Homologie, section 010M. Un \(R\)-module \(M\) est plat si \(N \mapsto N \otimes_R M\) est aussi exact à gauche, c’est-à-dire s’il est exact. Voici la définition précise.
Définition
Soit \(R\) un anneau.
Un \(R\)-module \(M\) est dit plat si, chaque fois que \(N_1 \to N_2 \to N_3\) est une suite exacte de \(R\)-modules, la suite \(M \otimes_R N_1 \to M \otimes_R N_2 \to M \otimes_R N_3\) est également exacte.
Un \(R\)-module \(M\) est dit fidèlement plat si le complexe de \(R\)-modules \(N_1 \to N_2 \to N_3\) est exact si et seulement si la suite \(M \otimes_R N_1 \to M \otimes_R N_2 \to M \otimes_R N_3\) est exacte.
Un morphisme d’anneaux \(R \to S\) est dit plat si \(S\) est plat comme \(R\)-module.
Un morphisme d’anneaux \(R \to S\) est dit fidèlement plat si \(S\) est fidèlement plat comme \(R\)-module.
Voici un exemple d’utilisation de la condition de platitude.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(I, J \subset R\) des idéaux. Soit \(M\) un \(R\)-module plat. Alors \(IM \cap JM = (I \cap J)M\).
Démonstration
Considérons la suite exacte \(0 \to I \cap J \to R \to R/I \oplus R/J\). En tensorisant par le module plat \(M\), nous obtenons une suite exacte \[0 \to (I \cap J) \otimes_R M \to M \to M/IM \oplus M/JM\] Puisque le noyau de \(M \to M/IM \oplus M/JM\) est égal à \(IM \cap JM\), nous concluons.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\{M_i, \varphi_{ii'}\}\) un système filtrant de \(R\)-modules plats. Alors \(\colim_i M_i\) est un \(R\)-module plat.
Démonstration
Cela résulte du fait que \(\otimes\) commute aux colimites et que les colimites filtrantes sont exactes, voir le lemme 00DB.
Lemme
Une composée de morphismes d’anneaux (fidèlement) plats est (fidèlement) plate. Si \(R \to R'\) est (fidèlement) plat et si \(M'\) est un \(R'\)-module (fidèlement) plat, alors \(M'\) est un \(R\)-module (fidèlement) plat.
Démonstration
La première assertion du lemme est un cas particulier de la seconde, de sorte qu’il suffit clairement de démontrer cette dernière. Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux plat et soit \(M'\) un \(R'\)-module plat. Nous devons démontrer que \(M'\) est un \(R\)-module plat. Soit \(N_1 \to N_2 \to N_3\) un complexe exact de \(R\)-modules. Alors le complexe \(R' \otimes_R N_1 \to R' \otimes_R N_2 \to R' \otimes_R N_3\) est exact (puisque \(R'\) est plat comme \(R\)-module), et le complexe \(M' \otimes_{R'} \left(R' \otimes_R N_1\right) \to M' \otimes_{R'} \left(R' \otimes_R N_2\right) \to M' \otimes_{R'} \left(R' \otimes_R N_3\right)\) est donc exact (puisque \(M'\) est un \(R'\)-module plat). Comme \(M' \otimes_{R'} \left(R' \otimes_R N\right) \cong \left(M' \otimes_{R'} R'\right) \otimes_R N \cong M' \otimes_R N\) pour tout \(R\)-module \(N\), fonctoriellement (d’après les lemmes 00D2 et 00CY), ce complexe est isomorphe au complexe \(M' \otimes_R N_1 \to M' \otimes_R N_2 \to M' \otimes_R N_3\), qui est donc lui aussi exact. Cela montre que \(M'\) est un \(R\)-module plat. En remontant cet argument, nous pouvons montrer que, si \(R \to R'\) est fidèlement plat et si \(M'\) est fidèlement plat comme \(R'\)-module, alors \(M'\) est fidèlement plat comme \(R\)-module.
Lemme
Soit \(M\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est plat sur \(R\).
pour toute injection de \(R\)-modules \(N \subset N'\), l’application \(N \otimes_R M \to N'\otimes_R M\) est injective.
pour tout idéal \(I \subset R\), l’application \(I \otimes_R M \to R \otimes_R M = M\) est injective.
pour tout idéal de type fini \(I \subset R\), l’application \(I \otimes_R M \to R \otimes_R M = M\) est injective.
Démonstration
Les implications successives de (00HE) à (00HF), puis à (00HG) et à (00HH), sont immédiates. Nous démontrons donc que (00HH) implique (00HE). Supposons que \(N_1 \to N_2 \to N_3\) soit exacte. Posons \(K = \Ker(N_2 \to N_3)\) et \(Q = \Im(N_2 \to N_3)\). Nous obtenons alors des applications \[N_1 \otimes_R M \to K \otimes_R M \to N_2 \otimes_R M \to Q \otimes_R M \to N_3 \otimes_R M\] Remarquons que les première et troisième flèches sont surjectives. Ainsi, si nous montrons que les deuxième et quatrième flèches sont injectives, nous aurons conclu3. Il suffit donc de montrer que \(- \otimes_R M\) transforme les applications injectives de \(R\)-modules en applications injectives de \(R\)-modules.
Supposons que \(K \to N\) soit une application injective de \(R\)-modules et soit \(x \in \Ker(K \otimes_R M \to N \otimes_R M)\). Nous devons montrer que \(x\) est nul. Le \(R\)-module \(K\) est la réunion de ses \(R\)-sous-modules de type fini ; par conséquent, \(K \otimes_R M\) est la colimite des \(R\)-modules de la forme \(K_i \otimes_R M\), où \(K_i\) parcourt tous les \(R\)-sous-modules de type fini de \(K\) (car le produit tensoriel commute aux colimites). Ainsi, pour un certain \(i\), notre \(x\) provient d’un élément \(x_i \in K_i \otimes_R M\). Nous pouvons donc supposer que \(K\) est un \(R\)-module de type fini. Faisons cette hypothèse. Nous considérons l’injection \(K \to N\) comme une inclusion, de sorte que \(K \subset N\).
Le \(R\)-module \(N\) est la réunion de ses \(R\)-sous-modules de type fini qui contiennent \(K\). Par conséquent, \(N \otimes_R M\) est la colimite des \(R\)-modules de la forme \(N_i \otimes_R M\), où \(N_i\) parcourt tous les \(R\)-sous-modules de type fini de \(N\) qui contiennent \(K\) (de nouveau parce que le produit tensoriel commute aux colimites). Remarquons qu’il s’agit d’une colimite sur un système filtrant (puisque la somme de deux sous-modules de type fini de \(N\) est encore de type fini). Par conséquent, (d’après le lemme 00D7), l’élément \(x \in K \otimes_R M\) s’envoie sur zéro dans au moins un de ces \(R\)-modules \(N_i \otimes_R M\) (puisque \(x\) s’envoie sur zéro dans \(N \otimes_R M\)). Nous pouvons donc supposer que \(N\) est un \(R\)-module de type fini.
Supposons \(N\) de type fini sur \(R\). Écrivons \(N = R^{\oplus n}/L\) et \(K = L'/L\) pour certains \(L \subset L' \subset R^{\oplus n}\). Pour tout \(R\)-sous-module \(G \subset R^{\oplus n}\), nous disposons d’une application canonique \(G \otimes_R M \to M^{\oplus n}\) obtenue en composant \(G \otimes_R M \to R^n \otimes_R M = M^{\oplus n}\). Il suffit de prouver que \(L \otimes_R M \to M^{\oplus n}\) et \(L' \otimes_R M \to M^{\oplus n}\) sont injectives. En effet, si tel est le cas, nous voyons que \(K \otimes_R M = L' \otimes_R M/L \otimes_R M \to M^{\oplus n}/L \otimes_R M\) est elle aussi injective4.
Il suffit donc de montrer que \(L \otimes_R M \to M^{\oplus n}\) est injective lorsque \(L \subset R^{\oplus n}\) est un \(R\)-sous-module. Nous le faisons par récurrence sur \(n\). Nous traitons ci-dessous le cas initial \(n = 1\). Pour l’étape de récurrence, supposons \(n > 1\) et posons \(L' = L \cap R \oplus 0^{\oplus n - 1}\). Alors \(L'' = L/L'\) est un sous-module de \(R^{\oplus n - 1}\). Nous obtenons un diagramme \[\xymatrix{ & L' \otimes_R M \ar[r] \ar[d] & L \otimes_R M \ar[r] \ar[d] & L'' \otimes_R M \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & M \ar[r] & M^{\oplus n} \ar[r] & M^{\oplus n - 1} \ar[r] & 0 }\] D’après l’hypothèse de récurrence et le cas initial, les flèches verticales de gauche et de droite sont injectives. Les lignes sont exactes. Il s’ensuit que la flèche verticale du milieu est elle aussi injective.
Le cas initial de la récurrence ci-dessus est celui où \(L \subset R\) est un idéal. Autrement dit, nous devons montrer que \(I \otimes_R M \to M\) est injective pour tout idéal \(I\) de \(R\). Nous savons que cela est vrai lorsque \(I\) est de type fini. Toutefois, \(I = \bigcup I_\alpha\) est la réunion des idéaux de type fini \(I_\alpha\) qu’il contient. Autrement dit, \(I = \colim I_\alpha\). Puisque \(\otimes\) commute aux colimites, nous voyons que \(I \otimes_R M = \colim I_\alpha \otimes_R M\) et, puisque toutes les applications \(I_\alpha \otimes_R M \to M\) sont injectives par hypothèse, il en va de même de \(I \otimes_R M \to M\).
Lemme
Soit \(\{R_i, \varphi_{ii'}\}\) un système d’anneaux sur l’ensemble filtrant \(I\). Soit \(R = \colim_i R_i\).
Si \(M\) est un \(R\)-module tel que \(M\) soit plat comme \(R_i\)-module pour tout \(i\), alors \(M\) est plat comme \(R\)-module.
Pour \(i \in I\), soit \(M_i\) un \(R_i\)-module plat et, pour \(i' \geq i\), soit \(f_{ii'} : M_i \to M_{i'}\) une application \(\varphi_{ii'}\)-linéaire telle que \(f_{i' i''} \circ f_{i i'} = f_{i i''}\). Alors \(M = \colim_{i \in I} M_i\) est un \(R\)-module plat.
Démonstration
La partie (1) est un cas particulier de la partie (2), avec \(M_i = M\) pour tout \(i\) et \(f_{i i'} = \text{id}_M\). Démontrons (2). Soit \(\mathfrak a \subset R\) un idéal de type fini. D’après le lemme 00HD, il suffit de montrer que \(\mathfrak a \otimes_R M \to M\) est injective. Nous pouvons trouver \(i \in I\) et un idéal de type fini \(\mathfrak a' \subset R_i\) tels que \(\mathfrak a = \mathfrak a'R\). Alors \(\mathfrak a = \colim_{i' \geq i} \mathfrak a'R_{i'}\). Puisque \(\otimes\) commute aux colimites, l’application \(\mathfrak a \otimes_R M \to M\) est la colimite des applications \[\mathfrak a'R_{i'} \otimes_{R_{i'}} M_{i'} \longrightarrow M_{i'}\] Toutes ces applications sont injectives par hypothèse. Puisque les colimites sur \(I\) sont exactes d’après le lemme 00DB, nous concluons.
Lemme
Supposons que \(M\) soit (fidèlement) plat sur \(R\) et que \(R \to R'\) soit un morphisme d’anneaux. Alors \(M \otimes_R R'\) est (fidèlement) plat sur \(R'\).
Démonstration
Pour tout \(R'\)-module \(N\), nous avons un isomorphisme canonique \(N \otimes_{R'} (R'\otimes_R M) = N \otimes_R M\). Les propriétés d’exactitude voulues du foncteur \(-\otimes_{R'}(R'\otimes_R M)\) résultent donc des propriétés d’exactitude correspondantes du foncteur \(-\otimes_R M\).
Lemme
Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux fidèlement plat. Soit \(M\) un module sur \(R\), et posons \(M' = R' \otimes_R M\). Alors \(M\) est plat sur \(R\) si et seulement si \(M'\) est plat sur \(R'\).
Démonstration
D’après le lemme 00HI, si \(M\) est plat, alors \(M'\) est plat. Réciproquement, supposons \(M'\) plat. Soit \(N_1 \to N_2 \to N_3\) une suite exacte de \(R\)-modules. Nous voulons montrer que \(N_1 \otimes_R M \to N_2 \otimes_R M \to N_3 \otimes_R M\) est exacte. Nous savons que \(N_1 \otimes_R R' \to N_2 \otimes_R R' \to N_3 \otimes_R R'\) est exacte, car \(R \to R'\) est plat. La platitude de \(M'\) implique que \(N_1 \otimes_R R' \otimes_{R'} M' \to N_2 \otimes_R R' \otimes_{R'} M' \to N_3 \otimes_R R' \otimes_{R'} M'\) est exacte. Nous pouvons l’écrire \(N_1 \otimes_R M \otimes_R R' \to N_2 \otimes_R M \otimes_R R' \to N_3 \otimes_R M \otimes_R R'\). Enfin, la fidèle platitude implique que \(N_1 \otimes_R M \to N_2 \otimes_R M \to N_3 \otimes_R M\) est exacte.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S \to S'\) un morphisme plat de \(R\)-algèbres. Soit \(M\) un module sur \(S\), et posons \(M' = S' \otimes_S M\).
Si \(M\) est plat sur \(R\), alors \(M'\) est plat sur \(R\).
Si \(S \to S'\) est fidèlement plat, alors \(M\) est plat sur \(R\) si et seulement si \(M'\) est plat sur \(R\).
Démonstration
Soit \(N \to N'\) une injection de \(R\)-modules. Par la platitude de \(S \to S'\), nous avons \[\Ker(N \otimes_R M \to N' \otimes_R M) \otimes_S S' = \Ker(N \otimes_R M' \to N' \otimes_R M')\] Si \(M\) est plat sur \(R\), alors le membre de gauche est nul et nous trouvons que \(M'\) est plat sur \(R\) par la deuxième caractérisation de la platitude dans le lemme 00HD. Si \(M'\) est plat sur \(R\), le membre de droite est nul et, si en outre \(S \to S'\) est fidèlement plat, cela implique que \(\Ker(N \otimes_R M \to N' \otimes_R M)\) est nul, ce qui montre à son tour que \(M\) est plat sur \(R\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Si \(M\) est plat comme \(R\)-module et fidèlement plat comme \(S\)-module, alors \(R \to S\) est plat.
Démonstration
Soit \(N_1 \to N_2 \to N_3\) une suite exacte de \(R\)-modules. Par hypothèse, \(N_1 \otimes_R M \to N_2 \otimes_R M \to N_3 \otimes_R M\) est exacte. Nous pouvons l’écrire \[N_1 \otimes_R S \otimes_S M \to N_2 \otimes_R S \otimes_S M \to N_3 \otimes_R S \otimes_S M.\] Par fidèle platitude de \(M\) sur \(S\), nous concluons que \(N_1 \otimes_R S \to N_2 \otimes_R S \to N_3 \otimes_R S\) est exacte. Ainsi \(R \to S\) est plat.
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(\sum f_i x_i = 0\) une relation dans \(M\). Nous disons que la relation \(\sum f_i x_i\) est triviale s’il existe un entier \(m \geq 0\), des éléments \(y_j \in M\), \(j = 1, \ldots, m\), et des éléments \(a_{ij} \in R\), \(i = 1, \ldots, n\), \(j = 1, \ldots, m\), tels que \[x_i = \sum\nolimits_j a_{ij} y_j, \forall i, \quad\text{et}\quad 0 = \sum\nolimits_i f_ia_{ij}, \forall j.\]
Lemme
Un module \(M\) sur \(R\) est plat si et seulement si toute relation dans \(M\) est triviale.
Démonstration
Supposons \(M\) plat et soit \(\sum f_i x_i = 0\) une relation dans \(M\). Posons \(I = (f_1, \ldots, f_n)\) et \(K = \Ker(R^n \to I, (a_1, \ldots, a_n) \mapsto \sum_i a_i f_i)\). Nous avons donc la suite exacte courte \(0 \to K \to R^n \to I \to 0\). Alors \(\sum f_i \otimes x_i\) est un élément de \(I \otimes_R M\) qui s’envoie sur zéro dans \(R \otimes_R M = M\). Par platitude, \(\sum f_i \otimes x_i\) est nul dans \(I \otimes_R M\). Il existe donc un élément de \(K \otimes_R M\) dont l’image est \(\sum e_i \otimes x_i \in R^n \otimes_R M\), où \(e_i\) est le \(i\)-ième vecteur de base de \(R^n\). Écrivons cet élément sous la forme \(\sum k_j \otimes y_j\), puis l’image de \(k_j\) dans \(R^n\) sous la forme \(\sum a_{ij} e_i\), ce qui donne le résultat.
Supposons toute relation triviale, soit \(I\) un idéal de type fini, et soit \(x = \sum f_i \otimes x_i\) un élément de \(I \otimes_R M\) qui s’envoie sur zéro dans \(R \otimes_R M = M\). Cela signifie exactement que \(\sum f_i x_i\) est une relation dans \(M\). Le fait qu’elle soit triviale implique aisément que \(x\) est nul, car \[x = \sum f_i \otimes x_i = \sum f_i \otimes \left(\sum a_{ij}y_j\right) = \sum \left(\sum f_i a_{ij}\right) \otimes y_j = 0\]
Lemme
Supposons que \(R\) soit un anneau, que \(0 \to M'' \to M' \to M \to 0\) soit une suite exacte courte et que \(N\) soit un \(R\)-module. Si \(M\) est plat, alors \(N \otimes_R M'' \to N \otimes_R M'\) est injective, c’est-à-dire que la suite \[0 \to N \otimes_R M'' \to N \otimes_R M' \to N \otimes_R M \to 0\] est une suite exacte courte.
Démonstration
Soit \(R^{(I)} \to N\) une surjection d’un module libre sur \(N\), de noyau \(K\). Le résultat découle du lemme du serpent appliqué au diagramme suivant \[\begin{matrix} & & 0 & & 0 & & 0 & & \\ & & \uparrow & & \uparrow & & \uparrow & & \\ & & M''\otimes_R N & \to & M' \otimes_R N & \to & M \otimes_R N & \to & 0 \\ & & \uparrow & & \uparrow & & \uparrow & & \\ 0 & \to & (M'')^{(I)} & \to & (M')^{(I)} & \to & M^{(I)} & \to & 0 \\ & & \uparrow & & \uparrow & & \uparrow & & \\ & & M''\otimes_R K & \to & M' \otimes_R K & \to & M \otimes_R K & \to & 0 \\ & & & & & & \uparrow & & \\ & & & & & & 0 & & \end{matrix}\] dont les lignes et les colonnes sont exactes. La ligne du milieu est exacte car tensoriser par le module libre \(R^{(I)}\) est exact.
Lemme
Supposons que \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) soit une suite exacte courte de \(R\)-modules. Si \(M'\) et \(M''\) sont plats, alors \(M\) l’est aussi. Si \(M\) et \(M''\) sont plats, alors \(M'\) l’est aussi.
Démonstration
Nous utiliserons le critère suivant : un module \(N\) est plat si, pour tout idéal \(I \subset R\), l’application \(N \otimes_R I \to N\) est injective ; voir le lemme 00HD. Considérons un idéal \(I \subset R\). Considérons le diagramme \[\begin{matrix} 0 & \to & M' & \to & M & \to & M'' & \to & 0 \\ & & \uparrow & & \uparrow & & \uparrow & & \\ & & M'\otimes_R I & \to & M \otimes_R I & \to & M''\otimes_R I & \to & 0 \end{matrix}\] dont les lignes sont exactes. Cela démontre immédiatement la première assertion. La seconde résulte du fait que, si \(M''\) est plat, alors la flèche horizontale inférieure gauche est injective d’après le lemme 00HL.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est fidèlement plat, et
\(M\) est plat et, pour tous les homomorphismes de \(R\)-modules \(\alpha : N \to N'\), nous avons \(\alpha = 0\) si et seulement si \(\alpha \otimes \text{id}_M = 0\).
Démonstration
Si \(M\) est fidèlement plat, alors \(0 \to \Ker(\alpha) \to N \to N'\) est exacte si et seulement si elle le reste après tensorisation par \(M\). Cela démontre que (1) implique (2). Réciproquement, supposons (2). Soit \(N_1 \to N_2 \to N_3\) un complexe et supposons que le complexe \(N_1 \otimes_R M \to N_2 \otimes_R M \to N_3\otimes_R M\) soit exact. Prenons \(x \in \Ker(N_2 \to N_3)\) et considérons l’application \(\alpha : R \to N_2/\Im(N_1)\), \(r \mapsto rx + \Im(N_1)\). Par l’exactitude du complexe \(-\otimes_R M\), nous voyons que \(\alpha \otimes \text{id}_M\) est nulle. Par hypothèse, nous obtenons que \(\alpha\) est nulle. Ainsi \(x\) appartient à l’image de \(N_1 \to N_2\).
Lemme
Soit \(M\) un \(R\)-module plat. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est fidèlement plat,
pour tout \(R\)-module non nul \(N\), le produit tensoriel \(M \otimes_R N\) est non nul,
pour tout \(\mathfrak p \in \Spec(R)\), le produit tensoriel \(M \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est non nul, et
pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\), le produit tensoriel \(M \otimes_R \kappa(\mathfrak m) = M/{\mathfrak m}M\) est non nul.
Démonstration
Supposons \(M\) fidèlement plat et \(N \not = 0\). D’après le lemme 00HO, l’application non nulle \(1 : N \to N\) induit une application non nulle \(M \otimes_R N \to M \otimes_R N\), donc \(M \otimes_R N \not = 0\). Ainsi (1) implique (2). Les implications (2) \(\Rightarrow\) (3) \(\Rightarrow\) (4) sont immédiates.
Supposons (4). Supposons que \(N_1 \to N_2 \to N_3\) soit un complexe et que \(N_1 \otimes_R M \to N_2\otimes_R M \to N_3\otimes_R M\) soit exact. Soit \(H\) la cohomologie du complexe, donc \(H = \Ker(N_2 \to N_3)/\Im(N_1 \to N_2)\). Pour achever la preuve, nous allons montrer que \(H = 0\). Par platitude, nous voyons que \(H \otimes_R M = 0\). Prenons \(x \in H\) et soit \(I = \{f \in R \mid fx = 0 \}\) son annulateur. Puisque \(R/I \subset H\), nous obtenons \(M/IM \subset H \otimes_R M = 0\) par platitude de \(M\). Si \(I \not = R\), nous pouvons choisir un idéal maximal \(I \subset \mathfrak m \subset R\). Cela donne immédiatement une contradiction.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux plat. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est fidèlement plat,
l’application induite sur \(\Spec\) est surjective, et
tout point fermé \(x \in \Spec(R)\) appartient à l’image de l’application \(\Spec(S) \to \Spec(R)\).
Démonstration
Cela résulte rapidement du lemme 00HP, car nous avons vu dans la remarque 00E6 que \(\mathfrak p\) appartient à l’image si et seulement si l’anneau \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est non nul.
Lemme
Un homomorphisme local plat d’anneaux locaux est fidèlement plat.
Démonstration
Cela résulte immédiatement du lemme 00HQ.
La platitude se comporte bien avec la localisation.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative.
La localisation \(S^{-1}R\) est une \(R\)-algèbre plate.
Si \(M\) est un \(S^{-1}R\)-module, alors \(M\) est un \(R\)-module plat si et seulement si \(M\) est un \(S^{-1}R\)-module plat.
Supposons que \(M\) soit un \(R\)-module. Alors \(M\) est un \(R\)-module plat si et seulement si \(M_{\mathfrak p}\) est un \(R_{\mathfrak p}\)-module plat pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\).
Supposons que \(M\) soit un \(R\)-module. Alors \(M\) est un \(R\)-module plat si et seulement si \(M_{\mathfrak m}\) est un \(R_{\mathfrak m}\)-module plat pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\).
Supposons que \(R \to A\) soit un morphisme d’anneaux, que \(M\) soit un \(A\)-module, et que \(g_1, \ldots, g_m \in A\) soient des éléments qui engendrent l’idéal unité de \(A\). Alors \(M\) est plat sur \(R\) si et seulement si chaque localisation \(M_{g_i}\) est plate sur \(R\).
Supposons que \(R \to A\) soit un morphisme d’anneaux et que \(M\) soit un \(A\)-module. Alors \(M\) est un \(R\)-module plat si et seulement si la localisation \(M_{\mathfrak q}\) est un \(R_{\mathfrak p}\)-module plat (où \(\mathfrak p\) est l’idéal premier de \(R\) situé sous \(\mathfrak q\)) pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(A\).
Supposons que \(R \to A\) soit un morphisme d’anneaux et que \(M\) soit un \(A\)-module. Alors \(M\) est un \(R\)-module plat si et seulement si la localisation \(M_{\mathfrak m}\) est un \(R_{\mathfrak p}\)-module plat (où \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak m\)) pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(A\).
Démonstration
Démontrons la dernière assertion du lemme. Dans la preuve, nous utiliserons à plusieurs reprises le fait que la localisation est exacte et commute au produit tensoriel, voir les sections 00CM et 00CV.
Supposons que \(R \to A\) soit un morphisme d’anneaux et que \(M\) soit un \(A\)-module. Supposons que \(M_{\mathfrak m}\) soit un \(R_{\mathfrak p}\)-module plat pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(A\) (avec \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak m\)). Soit \(I \subset R\) un idéal. Nous devons montrer que l’application \(I \otimes_R M \to M\) est injective. Nous pouvons la considérer comme une application de \(A\)-modules. Par hypothèse, la localisation \((I \otimes_R M)_{\mathfrak m} \to M_{\mathfrak m}\) est injective car \((I \otimes_R M)_{\mathfrak m} = I_{\mathfrak p} \otimes_{R_{\mathfrak p}} M_{\mathfrak m}\). Ainsi, le noyau de \(I \otimes_R M \to M\) est nul d’après le lemme 00HN. Par conséquent, \(M\) est plat sur \(R\).
Réciproquement, supposons \(M\) plat sur \(R\). Prenons un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(A\) situé au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Supposons que \(I \subset R_{\mathfrak p}\) soit un idéal. Nous devons montrer que \(I \otimes_{R_{\mathfrak p}} M_{\mathfrak q} \to M_{\mathfrak q}\) est injective. Nous pouvons écrire \(I = J_{\mathfrak p}\) pour un certain idéal \(J \subset R\). Alors l’application \(I \otimes_{R_{\mathfrak p}} M_{\mathfrak q} \to M_{\mathfrak q}\) est simplement la localisation (en \(\mathfrak q\)) de l’application \(J \otimes_R M \to M\), qui est injective. Puisque la localisation est exacte, nous voyons que \(M_{\mathfrak q}\) est un \(R_{\mathfrak p}\)-module plat.
Cela démontre (7) et (6). Les autres assertions résultent de manière immédiate de la dernière assertion (preuves omises).
Lemme
Soit \(R \to S\) plat. Soient \(\mathfrak p \subset \mathfrak p'\) des idéaux premiers de \(R\). Soit \(\mathfrak q' \subset S\) un idéal premier de \(S\) qui s’envoie sur \(\mathfrak p'\). Alors il existe un idéal premier \(\mathfrak q \subset \mathfrak q'\) qui s’envoie sur \(\mathfrak p\).
Démonstration
D’après le lemme 00HT, le morphisme local d’anneaux locaux \(R_{\mathfrak p'} \to S_{\mathfrak q'}\) est plat. D’après le lemme 00HR, ce morphisme local d’anneaux locaux est fidèlement plat. D’après le lemme 00HQ, il existe un idéal premier qui s’envoie sur \(\mathfrak p R_{\mathfrak p'}\). L’image réciproque de cet idéal premier dans \(S\) convient.
La propriété de \(R \to S\) décrite dans le lemme est appelée « propriété de descente ». Voir la définition 00HV.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\{S_i, \varphi_{ii'}\}\) un système filtrant de \(R\)-algèbres fidèlement plates. Alors \(S = \colim_i S_i\) est une \(R\)-algèbre fidèlement plate.
Démonstration
D’après le lemme 05UT, nous voyons que \(S\) est plate. Soit \(\mathfrak m \subset R\) un idéal maximal. D’après le lemme 00HQ, aucun des anneaux \(S_i/\mathfrak m S_i\) n’est nul. Ainsi \(S/\mathfrak mS = \colim S_i/\mathfrak mS_i\) est lui aussi non nul, car \(1\) n’est pas égal à zéro. L’image de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) contient donc \(\mathfrak m\), et nous voyons que \(R \to S\) est fidèlement plat d’après le lemme 00HQ.
Supports et annulateurs
Quelques définitions et lemmes très élémentaires.
Définition
Soit \(R\) un anneau et soit \(M\) un \(R\)-module. Le support de \(M\) est l’ensemble \[\text{Supp}(M) = \{ \mathfrak p \in \Spec(R) \mid M_{\mathfrak p} \not = 0 \}\]
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \[M = (0) \Leftrightarrow \text{Supp}(M) = \emptyset.\]
Démonstration
En fait, le lemme 00HN montre même que \(\text{Supp}(M)\) contient toujours un idéal maximal si \(M\) n’est pas nul.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module.
Étant donné un élément \(m \in M\), l’annulateur de \(m\) est l’idéal \[\text{Ann}_R(m) = \text{Ann}(m) = \{f \in R \mid fm = 0\}.\]
L’annulateur de \(M\) est l’idéal \[\text{Ann}_R(M) = \text{Ann}(M) = \{f \in R \mid fm = 0\ \forall m \in M\}.\]
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux plat. Soit \(M\) un \(R\)-module et \(m \in M\). Alors \(\text{Ann}_R(m) S = \text{Ann}_S(m \otimes 1)\). Si \(M\) est un \(R\)-module de type fini, alors \(\text{Ann}_R(M) S = \text{Ann}_S(M \otimes_R S)\).
Démonstration
Posons \(I = \text{Ann}_R(m)\). Par définition, il existe une suite exacte \(0 \to I \to R \to M\), où l’application \(R \to M\) envoie \(f\) sur \(fm\). En utilisant la platitude, nous obtenons une suite exacte \(0 \to I \otimes_R S \to S \to M \otimes_R S\), ce qui démontre la première assertion. Si \(m_1, \ldots, m_n\) est un système de générateurs de \(M\), alors \(\text{Ann}_R(M) = \bigcap \text{Ann}_R(m_i)\). De même, \(\text{Ann}_S(M \otimes_R S) = \bigcap \text{Ann}_S(m_i \otimes 1)\). Posons \(I_i = \text{Ann}_R(m_i)\). Il suffit alors de montrer que \(\bigcap_{i = 1, \ldots, n} (I_i S) = (\bigcap_{i = 1, \ldots, n} I_i)S\). C’est le lemme 0BBY.
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(M\) un \(R\)-module. Si \(M\) est de type fini, alors \(\text{Supp}(M)\) est fermé. Plus précisément, si \(I = \text{Ann}(M)\) est l’annulateur de \(M\), alors \(V(I) = \text{Supp}(M)\).
Démonstration
Nous allons montrer que \(V(I) = \text{Supp}(M)\).
Supposons \(\mathfrak p \in \text{Supp}(M)\). Alors \(M_{\mathfrak p} \not = 0\). Choisissons un élément \(m \in M\) dont l’image dans \(M_\mathfrak p\) est non nulle. L’annulateur de \(m\) est alors contenu dans \(\mathfrak p\) par construction de la localisation \(M_\mathfrak p\). Par conséquent, à plus forte raison, \(I = \text{Ann}(M)\) doit être contenu dans \(\mathfrak p\).
Réciproquement, supposons que \(\mathfrak p \not \in \text{Supp}(M)\). Alors \(M_{\mathfrak p} = 0\). Soient \(x_1, \ldots, x_r \in M\) des générateurs. D’après le lemme 00CR, il existe \(f \in R\), \(f\not\in \mathfrak p\), tel que \(x_i/1 = 0\) dans \(M_f\). Ainsi \(f^{n_i} x_i = 0\) pour un certain \(n_i \geq 1\). Par conséquent \(f^nM = 0\) pour \(n = \max\{n_i\}\), comme voulu.
Lemme
Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux et soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Alors \(\text{Supp}(M \otimes_R R')\) est l’image réciproque de \(\text{Supp}(M)\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak p \in \text{Supp}(M)\). D’après le lemme de Nakayama (lemme 00DV), nous voyons que \[M \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = M_\mathfrak p/\mathfrak p M_\mathfrak p\] est un espace vectoriel non nul sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Ainsi, pour tout idéal premier \(\mathfrak p' \subset R'\) situé au-dessus de \(\mathfrak p\), nous voyons que \[(M \otimes_R R')_{\mathfrak p'}/\mathfrak p' (M \otimes_R R')_{\mathfrak p'} = (M \otimes_R R') \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak p') = M \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak p')\] est non nul. Cela implique \(\mathfrak p' \in \text{Supp}(M \otimes_R R')\). Réciproquement, si \(\mathfrak p' \subset R'\) est un idéal premier situé au-dessus d’un idéal premier quelconque \(\mathfrak p \subset R\), alors \[(M \otimes_R R')_{\mathfrak p'} = M_\mathfrak p \otimes_{R_\mathfrak p} R'_{\mathfrak p'}.\] Par conséquent, si \(\mathfrak p' \in \text{Supp}(M \otimes_R R')\) est situé au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), alors \(\mathfrak p \in \text{Supp}(M)\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau, soit \(M\) un \(R\)-module et soit \(m \in M\). Alors \(\mathfrak p \in V(\text{Ann}(m))\) si et seulement si \(m\) ne s’envoie pas sur zéro dans \(M_\mathfrak p\).
Démonstration
Nous pouvons remplacer \(M\) par \(Rm \subset M\). Alors (1) \(\text{Ann}(m) = \text{Ann}(M)\) et (2) \(m\) ne s’envoie pas sur zéro dans \(M_\mathfrak p\) si et seulement si \(\mathfrak p \in \text{Supp}(M)\). Le résultat découle maintenant du lemme 00L2.
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(M\) un \(R\)-module. Si \(M\) est un \(R\)-module de présentation finie, alors \(\text{Supp}(M)\) est une partie fermée de \(\Spec(R)\) dont le complémentaire est quasi-compact.
Démonstration
Choisissons une présentation \[R^{\oplus m} \longrightarrow R^{\oplus n} \longrightarrow M \to 0\] Soit \(A \in \text{Mat}(n \times m, R)\) la matrice de la première application. D’après le lemme de Nakayama 00DV, nous voyons que \[M_{\mathfrak p} \not = 0 \Leftrightarrow M \otimes \kappa(\mathfrak p) \not = 0 \Leftrightarrow \text{rang}(A \bmod \mathfrak p) < n.\] Ainsi, si \(I\) est l’idéal de \(R\) engendré par les mineurs \(n \times n\) de \(A\), alors \(\text{Supp}(M) = V(I)\). Comme \(I\) est de type fini, disons \(I = (f_1, \ldots, f_t)\), nous voyons que \(\Spec(R) \setminus V(I)\) est une réunion finie des ouverts principaux \(D(f_i)\), donc est quasi-compact.
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(M\) un \(R\)-module.
Si \(M\) est de type fini, alors le support de \(M/IM\) est \(\text{Supp}(M) \cap V(I)\).
Si \(N \subset M\), alors \(\text{Supp}(N) \subset \text{Supp}(M)\).
Si \(Q\) est un module quotient de \(M\), alors \(\text{Supp}(Q) \subset \text{Supp}(M)\).
Si \(0 \to N \to M \to Q \to 0\) est une suite exacte courte, alors \(\text{Supp}(M) = \text{Supp}(Q) \cup \text{Supp}(N)\).
Démonstration
Les foncteurs \(M \mapsto M_{\mathfrak p}\) sont exacts. Cela implique immédiatement toutes les assertions sauf la première. Pour la première assertion, nous devons montrer que \(M_\mathfrak p \not = 0\) et \(I \subset \mathfrak p\) impliquent \((M/IM)_{\mathfrak p} = M_\mathfrak p/IM_\mathfrak p \not = 0\). Cela résulte du lemme de Nakayama 00DV.
Montée et descente
Supposons que \(\mathfrak p\), \(\mathfrak p'\) soient des idéaux premiers de l’anneau \(R\). Soit \(X = \Spec(R)\) muni de la topologie de Zariski. Notons \(x \in X\) le point correspondant à \(\mathfrak p\) et \(x' \in X\) le point correspondant à \(\mathfrak p'\). Nous avons alors : \[x' \leadsto x \Leftrightarrow \mathfrak p' \subset \mathfrak p.\] Autrement dit, \(x\) est une spécialisation de \(x'\) si et seulement si \(\mathfrak p' \subset \mathfrak p\). Voir Topologie, section 0060, pour la terminologie et les notations.
Définition
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux.
Nous disons que \(\varphi : R \to S\) vérifie la propriété de montée si, étant donnés des idéaux premiers \(\mathfrak p \subset \mathfrak p'\) de \(R\) et un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\) situé au-dessus de \(\mathfrak p\), il existe un idéal premier \(\mathfrak q'\) de \(S\) tel que (a) \(\mathfrak q \subset \mathfrak q'\) et (b) \(\mathfrak q'\) soit situé au-dessus de \(\mathfrak p'\).
Nous disons que \(\varphi : R \to S\) vérifie la propriété de descente si, étant donnés des idéaux premiers \(\mathfrak p \subset \mathfrak p'\) de \(R\) et un idéal premier \(\mathfrak q'\) de \(S\) situé au-dessus de \(\mathfrak p'\), il existe un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\) tel que (a) \(\mathfrak q \subset \mathfrak q'\) et (b) \(\mathfrak q\) soit situé au-dessus de \(\mathfrak p\).
Nous avons jusqu’ici rencontré les cas suivants :
Un morphisme d’anneaux entier vérifie la propriété de montée, voir le lemme 00GU.
En particulier, les morphismes d’anneaux finis vérifient la propriété de montée.
En particulier, les morphismes quotients \(R \to R/I\) vérifient la propriété de montée.
Un morphisme d’anneaux plat vérifie la propriété de descente, voir le lemme 00HS.
En particulier, toute localisation vérifie la propriété de descente.
Une extension \(R \subset S\) d’anneaux intègres, où \(R\) est normal et \(S\) est entier sur \(R\), vérifie la propriété de descente, voir la proposition 00H8.
Voici un autre cas où la propriété de descente est vérifiée.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Si l’application induite \(\varphi : \Spec(S) \to \Spec(R)\) est ouverte, alors \(R \to S\) vérifie la propriété de descente.
Démonstration
Supposons que \(\mathfrak p \subset \mathfrak p' \subset R\) et qu’un \(\mathfrak q' \subset S\) soit situé au-dessus de \(\mathfrak p'\). Comme \(\varphi\) est ouverte, pour tout \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q'\), nous voyons que \(\mathfrak p\) appartient à l’image de \(D(g) \subset \Spec(S)\). Autrement dit, \(S_g \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) n’est pas nul. Puisque \(S_{\mathfrak q'}\) est la colimite filtrante de ces \(S_g\), cela implique que \(S_{\mathfrak q'} \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) n’est pas nul, voir les lemmes 00CR et 00DD. Par conséquent, \(\mathfrak p\) appartient à l’image de \(\Spec(S_{\mathfrak q'}) \to \Spec(R)\), comme voulu.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux.
\(R \to S\) vérifie la propriété de descente si et seulement si les généralisations se relèvent le long de l’application \(\Spec(S) \to \Spec(R)\), voir Topologie, définition 0063.
\(R \to S\) vérifie la propriété de montée si et seulement si les spécialisations se relèvent le long de l’application \(\Spec(S) \to \Spec(R)\), voir Topologie, définition 0063.
Démonstration
Omis.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) et \(S \to T\) soient des morphismes d’anneaux vérifiant la propriété de descente. Alors \(R \to T\) la vérifie aussi. Il en va de même pour la propriété de montée.
Démonstration
D’après le lemme 00HW, cela résulte du lemme de Topologie 0064.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(T \subset \Spec(R)\) l’image de \(\Spec(S)\). Si \(T\) est stable par spécialisation, alors \(T\) est fermé.
Démonstration
Nous donnons deux preuves.
Première preuve. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier tel que le point correspondant de \(\Spec(R)\) appartienne à l’adhérence de \(T\). Cela signifie que, pour tout \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), nous avons \(D(f) \cap T \not = \emptyset\). Remarquons que \(D(f) \cap T\) est l’image de \(\Spec(S_f)\) dans \(\Spec(R)\). Nous concluons donc que \(S_f \not = 0\). Autrement dit, \(1 \not = 0\) dans l’anneau \(S_f\). Puisque \(S_{\mathfrak p}\) est la colimite filtrante des anneaux \(S_f\), nous concluons que \(1 \not = 0\) dans \(S_{\mathfrak p}\). Autrement dit, \(S_{\mathfrak p} \not = 0\) et, en considérant l’image de \(\Spec(S_{\mathfrak p}) \to \Spec(S) \to \Spec(R)\), nous voyons qu’il existe \(\mathfrak p' \in T\) avec \(\mathfrak p' \subset \mathfrak p\). Comme nous avons supposé \(T\) stable par spécialisation, nous concluons que \(\mathfrak p\) est un point de \(T\), comme voulu.
Deuxième preuve. Posons \(I = \Ker(R \to S)\). Nous pouvons remplacer \(R\) par \(R/I\). Dans ce cas, le morphisme d’anneaux \(R \to S\) est injectif. D’après le lemme 00FK, tous les idéaux premiers minimaux de \(R\) appartiennent à l’image \(T\). Par conséquent, si \(T\) est stable par spécialisation, alors il contient tous les idéaux premiers.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Les assertions suivantes sont équivalentes :
La propriété de montée est vérifiée pour \(R \to S\), et
l’application \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est fermée.
Démonstration
Les spécialisations se relèvent le long de toute application fermée d’espaces topologiques ; voir le lemme de Topologie 0066. La seconde condition implique donc la première.
Supposons que la propriété de montée soit vérifiée pour \(R \to S\). Soit \(V(I) \subset \Spec(S)\) une partie fermée. Nous voulons montrer que l’image de \(V(I)\) dans \(\Spec(R)\) est fermée. Le morphisme d’anneaux \(S \to S/I\) vérifie évidemment la propriété de montée. Ainsi \(R \to S \to S/I\) vérifie la propriété de montée, d’après le lemme 00HX. En remplaçant \(S\) par \(S/I\), il suffit de montrer que l’image \(T\) de \(\Spec(S)\) dans \(\Spec(R)\) est fermée. D’après les lemmes de Topologie 0062 et 0065, cette image est stable par spécialisation. Le résultat découle donc du lemme 00HY.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(E \subset \Spec(R)\) une partie constructible.
Si \(E\) est stable par spécialisation, alors \(E\) est fermée.
Si \(E\) est stable par généralisation, alors \(E\) est ouverte.
Démonstration
Première preuve. La première assertion résulte du lemme 00HY combiné au lemme 00F8. La seconde résulte du fait que le complémentaire d’une partie constructible est constructible (voir Topologie, lemme 005H), de la première partie du lemme et du lemme de Topologie 0062.
Deuxième preuve. Puisque \(\Spec(R)\) est un espace spectral d’après le lemme 090M, il s’agit d’un cas particulier du lemme de Topologie 0903.
Proposition
Soit \(R \to S\) plat et de présentation finie. Alors \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est ouverte. Plus généralement, cela vaut pour tout morphisme d’anneaux \(R \to S\) de présentation finie qui vérifie la propriété de descente.
Démonstration
Si \(R \to S\) est plat, alors \(R \to S\) vérifie la propriété de descente d’après le lemme 00HS. Pour démontrer le lemme, nous pouvons donc supposer que \(R \to S\) est de présentation finie et vérifie la propriété de descente.
Puisque les ouverts principaux \(D(g) \subset \Spec(S)\), \(g \in S\), forment une base de la topologie, il suffit de prouver que l’image de \(D(g)\) est ouverte. Rappelons que \(\Spec(S_g) \to \Spec(S)\) est un homéomorphisme de \(\Spec(S_g)\) sur \(D(g)\) (lemme 00E4). Puisque \(S \to S_g\) vérifie la propriété de descente (voir ci-dessus), nous voyons que \(R \to S_g\) vérifie la propriété de descente d’après le lemme 00HX. Ainsi, après avoir remplacé \(S\) par \(S_g\), nous voyons qu’il suffit de prouver que l’image est ouverte. D’après le théorème de Chevalley (théorème 00FE), l’image est une partie constructible \(E\). Et \(E\) est stable par généralisation parce que \(R \to S\) vérifie la propriété de descente ; voir les lemmes de Topologie 0062 et 0065. Par conséquent, \(E\) est ouverte d’après le lemme 00I0.
Lemme
Soit \(k\) un corps, et soient \(R\), \(S\) des \(k\)-algèbres. Soit \(S' \subset S\) une sous-\(k\)-algèbre, et soit \(f \in S' \otimes_k R\). Dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ \Spec((S \otimes_k R)_f) \ar[rd] \ar[rr] & & \Spec((S' \otimes_k R)_f) \ar[ld] \\ & \Spec(R) & }\] les images des flèches diagonales sont les mêmes.
Démonstration
Soit \(\mathfrak p \subset R\) dans l’image de la flèche sud-ouest. Cela signifie (lemme 00E7) que \[(S' \otimes_k R)_f \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = (S' \otimes_k \kappa(\mathfrak p))_f\] n’est pas l’anneau nul, c’est-à-dire que \(S' \otimes_k \kappa(\mathfrak p)\) n’est pas l’anneau nul et que l’image de \(f\) dans cet anneau n’est pas nilpotente. Le morphisme d’anneaux \(S' \otimes_k \kappa(\mathfrak p) \to S \otimes_k \kappa(\mathfrak p)\) est injectif. Ainsi, \(S \otimes_k \kappa(\mathfrak p)\) n’est pas non plus l’anneau nul et l’image de \(f\) n’y est pas nilpotente. Par conséquent, \((S \otimes_k R)_f \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) n’est pas l’anneau nul. Ainsi (lemme 00E7), nous voyons que \(\mathfrak p\) appartient à l’image de la flèche sud-est, comme voulu.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soient \(R\) et \(S\) des \(k\)-algèbres. L’application \(\Spec(S \otimes_k R) \to \Spec(R)\) est ouverte.
Démonstration
Soit \(f \in S \otimes_k R\). Il suffit de prouver que l’image de l’ouvert principal \(D(f)\) est ouverte. Soit \(S' \subset S\) une sous-\(k\)-algèbre de type fini telle que \(f \in S' \otimes_k R\). L’application \(R \to S' \otimes_k R\) est plate et de présentation finie ; l’image \(U\) de \(\Spec((S' \otimes_k R)_f) \to \Spec(R)\) est donc ouverte d’après la proposition 00I1. D’après le lemme 037F, c’est aussi l’image de \(D(f)\), et nous concluons.
Voici un lemme délicat qui est parfois utile.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Supposons que
il existe un unique idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) situé au-dessus de \(\mathfrak p\), et
soit
la propriété de montée est vérifiée pour \(R \to S\), soit
la propriété de descente est vérifiée pour \(R \to S\) et il y a au plus un idéal premier de \(S\) au-dessus de chaque idéal premier de \(R\).
Alors \(S_{\mathfrak p} = S_{\mathfrak q}\).
Démonstration
Considérons un idéal premier quelconque \(\mathfrak q' \subset S\) qui correspond à un point de \(\Spec(S_{\mathfrak p})\). Cela signifie que \(\mathfrak p' = R \cap \mathfrak q'\) est contenu dans \(\mathfrak p\). Voici un diagramme \[\xymatrix{ \mathfrak q' \ar@{-}[d] \ar@{-}[r] & ? \ar@{-}[r] \ar@{-}[d] & S \ar@{-}[d] \\ \mathfrak p' \ar@{-}[r] & \mathfrak p \ar@{-}[r] & R }\] Supposons (1) et (2)(a). Par montée, il existe un idéal premier \(\mathfrak q'' \subset S\) tel que \(\mathfrak q' \subset \mathfrak q''\) et que \(\mathfrak q''\) soit situé au-dessus de \(\mathfrak p\). Par l’unicité de \(\mathfrak q\), nous concluons que \(\mathfrak q'' = \mathfrak q\). Autrement dit, \(\mathfrak q'\) définit un point de \(\Spec(S_{\mathfrak q})\).
Supposons (1) et (2)(b). Par descente, il existe un idéal premier \(\mathfrak q'' \subset \mathfrak q\) situé au-dessus de \(\mathfrak p'\). Par l’unicité des idéaux premiers situés au-dessus de \(\mathfrak p'\), nous voyons que \(\mathfrak q' = \mathfrak q''\). Autrement dit, \(\mathfrak q'\) définit un point de \(\Spec(S_{\mathfrak q})\).
Dans les deux cas, nous concluons que l’application \(\Spec(S_{\mathfrak q}) \to \Spec(S_{\mathfrak p})\) est bijective. Cela signifie clairement que tous les éléments de \(S - \mathfrak q\) sont inversibles dans \(S_{\mathfrak p}\), autrement dit \(S_{\mathfrak p} = S_{\mathfrak q}\).
Le lemme suivant est une généralisation de la propriété de descente pour les morphismes d’anneaux plats.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(N\) un \(S\)-module de type fini plat sur \(R\). Munissons \(\text{Supp}(N) \subset \Spec(S)\) de la topologie induite. Alors les généralisations se relèvent le long de \(\text{Supp}(N) \to \Spec(R)\).
Démonstration
L’énoncé signifie ce qui suit. Soient \(\mathfrak p \subset \mathfrak p' \subset R\) des idéaux premiers. Soit \(\mathfrak q' \subset S\) un idéal premier tel que \(\mathfrak q' \in \text{Supp}(N)\). Il existe alors un idéal premier \(\mathfrak q \subset \mathfrak q'\), \(\mathfrak q \in \text{Supp}(N)\), situé au-dessus de \(\mathfrak p\). Comme \(N\) est plat sur \(R\), nous voyons que \(N_{\mathfrak q'}\) est plat sur \(R_{\mathfrak p'}\), voir le lemme 00HT. Comme \(N_{\mathfrak q'}\) est de type fini sur \(S_{\mathfrak q'}\) et non nul puisque \(\mathfrak q' \in \text{Supp}(N)\), nous voyons que \(N_{\mathfrak q'} \otimes_{S_{\mathfrak q'}} \kappa(\mathfrak q')\) est non nul d’après le lemme de Nakayama 00DV. Ainsi \(N_{\mathfrak q'} \otimes_{R_{\mathfrak p'}} \kappa(\mathfrak p')\) n’est pas nul non plus. Nous déduisons du lemme 00HP que \(N_{\mathfrak q'} \otimes_{R_{\mathfrak p'}} \kappa(\mathfrak p)\) est non nul. Soit \(J \subset S_{\mathfrak q'} \otimes_{R_{\mathfrak p'}} \kappa(\mathfrak p)\) l’annulateur du module non nul de type fini \(N_{\mathfrak q'} \otimes_{R_{\mathfrak p'}} \kappa(\mathfrak p)\). Puisque \(J\) est un idéal propre, nous pouvons choisir un idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) qui correspond à un idéal premier de \(S_{\mathfrak q'} \otimes_{R_{\mathfrak p'}} \kappa(\mathfrak p)/J\). Cet idéal premier appartient au support de \(N\), est situé au-dessus de \(\mathfrak p\) et est contenu dans \(\mathfrak q'\), comme voulu.
Extensions séparables
Dans cette section, nous étudions la séparabilité pour les extensions de corps non algébriques. Elle est étroitement liée à la notion d’algèbres géométriquement réduites, voir la Définition 030S.
Définition
Soit \(K/k\) une extension de corps.
On dit que \(K\) est séparablement engendré sur \(k\) s’il existe une base de transcendance \(\{x_i; i \in I\}\) de \(K/k\) telle que l’extension \(K/k(x_i; i \in I)\) soit une extension algébrique séparable.
On dit que \(K\) est séparable sur \(k\) si, pour toute sous-extension \(k \subset K' \subset K\) avec \(K'\) de type fini sur \(k\), l’extension \(K'/k\) est séparablement engendrée.
Avec cette définition quelque peu maladroite, il n’est pas clair qu’une extension de corps séparablement engendrée soit elle-même séparable. Nous verrons que c’est bien le cas, voir le Lemme 030X.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps séparable. Pour toute sous-extension \(K/K'/k\), l’extension de corps \(K'/k\) est séparable.
Démonstration
C’est immédiat d’après la définition.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps séparablement engendrée et de type fini. Posons \(r = \text{trdeg}_k(K)\). Alors il existe des éléments \(x_1, \ldots, x_{r + 1}\) de \(K\) tels que
\(x_1, \ldots, x_r\) soit une base de transcendance de \(K\) sur \(k\),
\(K = k(x_1, \ldots, x_{r + 1})\), et
\(x_{r + 1}\) soit séparable sur \(k(x_1, \ldots, x_r)\).
Démonstration
Il suffit de combiner la définition avec le lemme 030N de Corps.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps de type fini. Il existe un diagramme \[\xymatrix{ K \ar[r] & K' \\ k \ar[u] \ar[r] & k' \ar[u] }\] où \(k'/k\) et \(K'/K\) sont des extensions de corps finies purement inséparables, telles que \(K'/k'\) soit une extension de corps séparablement engendrée.
Démonstration
Ce lemme n’est intéressant que lorsque la caractéristique de \(k\) est \(p > 0\). Choisissons \(x_1, \ldots, x_r\) comme base de transcendance de \(K\) sur \(k\). Puisque \(K\) est de type fini sur \(k\), l’extension \(k(x_1, \ldots, x_r) \subset K\) est finie. Soit \(K/K_{sep}/k(x_1, \ldots, x_r)\) la sous-extension trouvée dans le lemme 030K de Corps. Si \(K = K_{sep}\), c’est terminé. Nous raisonnerons par récurrence sur \(d = [K : K_{sep}]\).
Supposons que \(d > 1\). Choisissons un \(\beta \in K\) tel que \(\alpha = \beta^p \in K_{sep}\) et \(\beta \not \in K_{sep}\). Soit \(P = T^n + a_1T^{n - 1} + \ldots + a_n\) le polynôme minimal de \(\alpha\) sur \(k(x_1, \ldots, x_r)\). Soit \(k'/k\) une extension finie purement inséparable obtenue en adjoignant des racines \(p\)-ièmes, de sorte que chaque \(a_i\) soit une puissance \(p\)-ième dans \(k'(x_1^{1/p}, \ldots, x_r^{1/p})\). Une telle extension existe ; les détails sont omis. Soit \(L\) un corps s’insérant dans le diagramme \[\xymatrix{ K \ar[r] & L \\ k(x_1, \ldots, x_r) \ar[u] \ar[r] & k'(x_1^{1/p}, \ldots, x_r^{1/p}) \ar[u] }\] Nous pouvons et allons supposer que \(L\) est le compositum de \(K\) et de \(k'(x_1^{1/p}, \ldots, x_r^{1/p})\). Soit \(L/L_{sep}/k'(x_1^{1/p}, \ldots, x_r^{1/p})\) la sous-extension trouvée dans le lemme 030K de Corps. Alors \(L_{sep}\) est le compositum de \(K_{sep}\) et de \(k'(x_1^{1/p}, \ldots, x_r^{1/p})\). L’élément \(\alpha \in L_{sep}\) est une racine du polynôme \(P\), dont tous les coefficients sont des puissances \(p\)-ièmes dans \(k'(x_1^{1/p}, \ldots, x_r^{1/p})\) et dont les racines sont deux à deux distinctes. D’après le lemme 031V de Corps, nous voyons que \(\alpha = (\alpha')^p\) pour un certain \(\alpha' \in L_{sep}\). Cela signifie clairement que \(\beta\) s’envoie sur \(\alpha' \in L_{sep}\). Autrement dit, nous obtenons la tour de corps \[\xymatrix{ K \ar[r] & L \\ K_{sep}(\beta) \ar[r] \ar[u] & L_{sep} \ar[u] \\ K_{sep} \ar[r] \ar[u] & L_{sep} \ar@{=}[u] \\ k(x_1, \ldots, x_r) \ar[u] \ar[r] & k'(x_1^{1/p}, \ldots, x_r^{1/p}) \ar[u] \\ k \ar[r] \ar[u] & k' \ar[u] }\] Ainsi cette construction conduit à une nouvelle situation avec \([L : L_{sep}] < [K : K_{sep}]\). Par récurrence, nous pouvons trouver \(k' \subset k''\) et \(L \subset L'\) comme dans le lemme pour l’extension \(L/k'\). Alors les extensions \(k''/k\) et \(L'/K\) conviennent pour l’extension \(K/k\). Ceci démontre le lemme.
Algèbres géométriquement réduites
Le résultat principal sur les algèbres géométriquement réduites est le Lemme 030V. Nous suggérons au lecteur de passer directement à ce lemme après avoir lu la définition.
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre. On dit que \(S\) est géométriquement réduite sur \(k\) si, pour toute extension de corps \(K/k\), la \(K\)-algèbre \(K \otimes_k S\) est réduite.
Soient \(k\) un corps et \(S\) une \(k\)-algèbre réduite. Pour vérifier que \(S\) est géométriquement réduite, il suffit de vérifier que \(\overline{k} \otimes_k S\) est réduite (où \(\overline{k}\) désigne la clôture algébrique de \(k\)). En fait, il suffit de le vérifier pour les extensions de corps finies purement inséparables \(k'/k\). Voir le Lemme 030V.
Lemme
Propriétés élémentaires des algèbres géométriquement réduites. Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre.
Si \(S\) est géométriquement réduite sur \(k\), toute \(k\)-sous-algèbre l’est aussi.
Si toutes les \(k\)-sous-algèbres de type fini de \(S\) sont géométriquement réduites, alors \(S\) est géométriquement réduite.
Une colimite filtrante de \(k\)-algèbres géométriquement réduites est géométriquement réduite.
Si \(S\) est géométriquement réduite sur \(k\), toute localisation de \(S\) est géométriquement réduite sur \(k\).
Démonstration
Omis. Les deuxième et troisième propriétés résultent du fait que le produit tensoriel commute aux colimites.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Si \(R\) est géométriquement réduite sur \(k\) et si \(S \subset R\) est une partie multiplicative, alors la localisation \(S^{-1}R\) est géométriquement réduite sur \(k\). Si \(R\) est géométriquement réduite sur \(k\), alors \(R[x]\) est géométriquement réduite sur \(k\).
Démonstration
Omis. Indications : une localisation d’un anneau réduit est réduite, et la localisation commute aux produits tensoriels.
Dans les preuves des lemmes suivants, nous utiliserons à plusieurs reprises l’observation suivante : supposons que \(R' \subset R\) et \(S' \subset S\) soient des inclusions de \(k\)-algèbres. Alors l’application \(R' \otimes_k S' \to R \otimes_k S\) est injective.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soient \(R\) et \(S\) des \(k\)-algèbres.
Si \(R \otimes_k S\) n’est pas réduit, il existe des sous-algèbres de type fini \(R' \subset R\) et \(S' \subset S\) telles que \(R' \otimes_k S'\) ne soit pas réduit.
Si \(R \otimes_k S\) contient un diviseur de zéro non nul, il existe des sous-algèbres de type fini \(R' \subset R\) et \(S' \subset S\) telles que \(R' \otimes_k S'\) contienne un diviseur de zéro non nul.
Si \(R \otimes_k S\) contient un idempotent non trivial, il existe des sous-algèbres de type fini \(R' \subset R\) et \(S' \subset S\) telles que \(R' \otimes_k S'\) contienne un idempotent non trivial.
Démonstration
Supposons que \(z \in R \otimes_k S\) soit nilpotent. On peut écrire \(z = \sum_{i = 1, \ldots, n} x_i \otimes y_i\). On peut donc prendre pour \(R'\) la \(k\)-sous-algèbre engendrée par les \(x_i\), et pour \(S'\) la \(k\)-sous-algèbre engendrée par les \(y_i\). Les deuxième et troisième assertions se démontrent de la même manière.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre géométriquement réduite. Soit \(R\) une \(k\)-algèbre réduite quelconque. Alors \(R \otimes_k S\) est réduite.
Démonstration
D’après le Lemme 00I3, nous pouvons supposer que \(R\) est de type fini sur \(k\). Alors, comme anneau réduit noethérien, \(R\) se plonge dans un produit fini de corps (voir les Lemmes 02LX, 00FR et 00EU). Nous pouvons donc supposer que \(R\) est un produit fini de corps. Dans ce cas, la Définition 030S montre que \(R \otimes_k S\) est réduite.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre réduite. Soit \(K/k\) une extension de corps séparable ou une extension de corps séparablement engendrée. Alors \(K \otimes_k S\) est réduite.
Démonstration
Supposons que \(k \subset K\) soit séparable. D’après le Lemme 00I3, nous pouvons supposer que \(S\) est de type fini sur \(k\) et que \(K\) est de type fini sur \(k\). Alors \(S\) se plonge dans un produit fini de corps, à savoir son anneau total des fractions (voir les Lemmes 00EU et 02LX). Nous pouvons donc en fait supposer que \(S\) est un anneau intègre. Choisissons \(x_1, \ldots, x_{r + 1} \in K\) comme dans le Lemme 030Q. Soit \(P \in k(x_1, \ldots, x_r)[T]\) le polynôme minimal de \(x_{r + 1}\). C’est un polynôme séparable. Il est facile de voir que \(k[x_1, \ldots, x_r] \otimes_k S = S[x_1, \ldots, x_r]\) est un anneau intègre. Il s’ensuit que \(k(x_1, \ldots, x_r) \otimes_k S\) est un anneau intègre, car c’est une localisation de \(S[x_1, \ldots, x_r]\). L’extension d’anneaux \(k(x_1, \ldots, x_r) \otimes_k S \subset K \otimes_k S\) est engendrée par un seul élément \(x_{r + 1}\) qui satisfait une seule équation, à savoir \(P\). Par conséquent, \(K \otimes_k S\) se plonge dans \(F[T]/(P)\), où \(F\) est le corps des fractions de \(k(x_1, \ldots, x_r) \otimes_k S\). Comme \(P\) est séparable, ceci est un produit fini de corps, et la conclusion s’ensuit.
À ce stade, nous ne savons pas encore qu’une extension de corps séparablement engendrée est séparable ; il faut donc aussi démontrer le lemme dans ce cas. Pour cela, supposons que \(\{x_i\}_{i \in I}\) soit une base de transcendance séparante de \(K\) sur \(k\). Pour tout ensemble fini d’éléments \(\lambda_j \in K\), il existe un sous-ensemble fini \(T \subset I\) tel que \(k(\{x_i\}_{i\in T}) \subset k(\{x_i\}_{i \in T} \cup \{\lambda_j\})\) soit finie et séparable. Il s’ensuit que \(K\) est une colimite filtrante d’extensions de \(k\) de type fini et séparablement engendrées. L’argument du paragraphe précédent s’applique donc également à ce cas.
Lemme
Soit \(k\) un corps et soit \(S\) une \(k\)-algèbre. Supposons que \(S\) soit réduite et que \(S_{\mathfrak p}\) soit géométriquement réduite pour tout idéal premier minimal \(\mathfrak p\) de \(S\). Alors \(S\) est géométriquement réduite.
Démonstration
Comme \(S\) est réduite, l’application \(S \to \prod_{\mathfrak p\text{ minimal}} S_{\mathfrak p}\) est injective, voir le Lemme 00EW. Si \(K/k\) est une extension de corps, alors les applications \[S \otimes_k K \to (\prod S_\mathfrak p) \otimes_k K \to \prod S_\mathfrak p \otimes_k K\] sont injectives : la première parce que \(k \to K\) est plate, et la seconde par inspection puisque \(K\) est un \(k\)-module libre. Comme \(S_\mathfrak p\) est géométriquement réduite, l’anneau de droite est réduit. Ainsi \(S \otimes_k K\) est réduit comme sous-anneau d’un anneau réduit.
Lemme
Soit \(k'/k\) une extension algébrique séparable. Alors il existe une partie multiplicative \(S \subset k' \otimes_k k'\) telle que l’application de multiplication \(k' \otimes_k k' \to k'\) s’identifie à \(k' \otimes_k k' \to S^{-1}(k' \otimes_k k')\).
Démonstration
Supposons d’abord que \(k'/k\) soit finie et séparable. Alors \(k' = k(\alpha)\), voir le lemme 030N de Corps. Soit \(P \in k[x]\) le polynôme minimal de \(\alpha\) sur \(k\). Alors \(P\) est un polynôme irréductible, séparable et unitaire, voir la section 09GZ de Corps. Alors \(k'[x]/(P) \to k' \otimes_k k'\), \(\sum \alpha_i x^i \mapsto \alpha_i \otimes \alpha^i\) est un isomorphisme. On peut factoriser \(P = (x - \alpha) Q\) dans \(k'[x]\) et, puisque \(P\) est séparable, on a \(Q(\alpha) \not = 0\). Il est alors clair que la partie multiplicative \(S'\) engendrée par \(Q\) dans \(k'[x]/(P)\) convient, c’est-à-dire \(k' = (S')^{-1}(k'[x]/(P))\). Par transport de structure, l’image \(S\) de \(S'\) dans \(k' \otimes_k k'\) convient.
Dans le cas général, écrivons \(k' = \bigcup k_i\) comme réunion de ses sous-extensions finies sur \(k\). Pour chaque \(i\), il existe une partie multiplicative \(S_i \subset k_i \otimes_k k_i\) telle que \(k_i = S_i^{-1}(k_i \otimes_k k_i)\). Soit \(S\) la clôture multiplicative de \(\bigcup S_i \subset k' \otimes_k k'\). Il est clair que l’application de multiplication envoie chaque élément de \(S\) sur un élément inversible de \(k'\). Comme \(k' \otimes_k k'\) est la réunion des anneaux \(k_i \otimes_k k_i\), tout élément du noyau de l’application de multiplication est envoyé sur zéro dans \(S^{-1}(k' \otimes_k k')\). Par exactitude de la localisation, le résultat s’ensuit.
Lemme
Soit \(k'/k\) une extension de corps algébrique séparable. Soit \(A\) une algèbre sur \(k'\). Alors \(A\) est géométriquement réduite sur \(k\) si et seulement si elle est géométriquement réduite sur \(k'\).
Démonstration
Supposons que \(A\) soit géométriquement réduite sur \(k'\). Soit \(K/k\) une extension de corps. Alors \(K \otimes_k k'\) est un anneau réduit d’après le Lemme 030U. Ainsi, d’après le Lemme 034N, nous obtenons que \(K \otimes_k A = (K \otimes_k k') \otimes_{k'} A\) est réduit.
Supposons que \(A\) soit géométriquement réduite sur \(k\). Soit \(K/k'\) une extension de corps. Alors \[K \otimes_{k'} A = (K \otimes_k A) \otimes_{(k' \otimes_k k')} k'\] Comme \(k' \otimes_k k' \to k'\) est une localisation d’après le Lemme 0C2X, nous voyons que \(K \otimes_{k'} A\) est une localisation d’une algèbre réduite, donc réduite.
Extensions séparables, suite
Dans cette section, nous poursuivons la discussion commencée dans la section 030I.
Lemme
Soit \(k\) un corps de caractéristique \(p > 1\). Soit \(K/k\) une extension de corps engendrée par \(x_1, \ldots, x_{n + 1} \in K\) telle que
\(\{x_1, \ldots, x_n\}\) soit une base de transcendance de \(K/k\),
pour tout sous-ensemble \(k\)-linéairement indépendant \(\{a_1, \ldots, a_m\}\) de \(K\), l’ensemble \(\{a^p_1, \ldots, a_m^p\}\) soit linéairement indépendant sur \(k\).
Alors il existe \(1 \leq j \leq n+1\) tel que \(\{ x_1, \ldots, \widehat{x}_j, \ldots, x_{n+1}\}\) soit une base de transcendance séparante de \(K / k\).
Démonstration
Par hypothèse, \(x_{n + 1}\) est algébrique sur \(k(x_1, \ldots, x_n)\), et il existe donc un polynôme non nul \(F \in k[X_1, \ldots, X_{n + 1}]\) tel que \(F(x_1, \ldots, x_{n+1}) = 0\). Choisissons \(F\) de degré total minimal. Alors \(F\) est irréductible, car au moins un facteur irréductible doit également avoir cette propriété.
Nous affirmons que, pour un certain \(i\), les puissances de \(X_i\) qui apparaissent dans \(F\) ne sont pas toutes multiples de \(p\). Supposons par contradiction que tous les exposants apparaissant dans \(F\) soient des multiples de \(p\) ; alors l’ensemble \[\{x_1^{\alpha_1} \ldots x^{\alpha_{n+1}}_{n+1} \mid \lambda_\alpha \neq 0\} \subset K\] est linéairement dépendant sur \(k\), où les \(\lambda_\alpha\) sont les coefficients de \(F\). Par l’hypothèse (2), nous concluons que l’ensemble \[\{x_1^{\alpha_1 / p} \ldots x^{\alpha_{n+1} / p}_{n+1} \mid \lambda_\alpha \neq 0 \}\] est également linéairement dépendant sur \(k\), ce qui contredit la minimalité de \(\deg(F)\).
Choisissons \(i\) tel qu’une puissance non-\(p\)-ième de \(X_i\) apparaisse dans \(F\). Alors \(x_i\) est algébrique sur \(L = k(x_1, \ldots, x_{i - 1}, x_{i + 1}, \ldots, x_{n+1})\). D’après le lemme 030F de Corps, nous voyons que \(x_1, \ldots, x_{i - 1}, x_{i + 1}, \ldots, x_{n+1}\) est une base de transcendance de \(K/k\). Ainsi \(L\) est le corps des fractions de l’anneau de polynômes sur \(k\) en \(x_1, \ldots, x_{i - 1}, x_{i + 1}, \ldots, x_{n + 1}\). Par le Lemme de Gauss, nous concluons que \[P(T) = F(x_1, \ldots, x_{i - 1}, T, x_{i + 1}, \ldots, x_{n + 1}) \in L[T]\] est irréductible. Par construction, \(P(T)\) n’est pas contenu dans \(L[T^p]\). Ainsi \(K/L\) est séparable, comme requis.
Soit \(p\) un nombre premier et soit \(k\) un corps de caractéristique \(p\). Dans ce cas, nous écrivons \(k^{1/p}\) pour l’extension de \(k\) obtenue en adjoignant les racines \(p\)-ièmes de tous les éléments de \(k\) à \(k\). (Autrement dit, c’est le sous-corps d’une clôture algébrique de \(k\) engendré par les racines \(p\)-ièmes des éléments de \(k\).)
Lemme
Soit \(k\) un corps de caractéristique \(p > 0\). Soit \(K/k\) une extension de corps. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(K\) est séparable sur \(k\),
pour tout sous-ensemble \(k\)-linéairement indépendant \(\{a_1, \ldots, a_m\}\) de \(K\), l’ensemble \(\{a^p_1, \ldots, a_m^p\}\) est linéairement indépendant sur \(k\),
l’anneau \(K \otimes_k k^{1/p}\) est réduit, et
\(K\) est géométriquement réduit sur \(k\).
Démonstration
L’implication (1) \(\Rightarrow\) (4) résulte du Lemme 030U. L’implication (4) \(\Rightarrow\) (3) est immédiate.
Supposons (3). Considérons l’homomorphisme d’anneaux \(m : K \otimes_k k^{1/p} \rightarrow K\) défini par \[\lambda \otimes \mu \rightarrow \lambda^p \mu^p\] Remarquons que \(x^p = m(x) \otimes 1\) pour tout \(x \in K \otimes_k k^{1/p}\). Comme \(K \otimes_k k^{1/p}\) est réduit, nous voyons que \(m\) est injectif. Si \(\{a_1, \ldots, a_m\} \subset K\) est linéairement indépendant sur \(k\), alors \(\{a_1 \otimes 1, \ldots, a_m \otimes 1\}\) est linéairement indépendant sur \(k^{1/p}\). Par injectivité de \(m\), nous déduisons qu’aucune combinaison \(k\)-linéaire non triviale de \(a_1^p, \ldots, a_m^p\) n’est nulle. Ainsi (3) implique (2).
Supposons (2). Pour démontrer (1), nous pouvons supposer que \(K\) est de type fini sur \(k\), et nous devons montrer que \(K\) est séparablement engendré sur \(k\). Soit \(\{x_1, \ldots, x_d\}\) une base de transcendance de \(K/k\). D’après le lemme 09GH de Corps, nous avons \([K : K'] < \infty\), où \(K' = k(x_1, \ldots, x_d)\). Choisissons la base de transcendance de sorte que le degré d’inséparabilité \([K : K']_i\) soit minimal. Si \(K / K'\) est séparable, la conclusion est acquise. Supposons le contraire afin d’obtenir une contradiction. Alors il existe \(x_{d + 1} \in K\) qui n’est pas séparable sur \(K'\) et, en particulier, \([K'(x_{d+1}) : K']_i > 1\). Alors, d’après le Lemme 0H71, il existe \(1 \leq j \leq n + 1\) tel que \(K'' = k(x_1, \ldots, \widehat{x}_j, \ldots, x_{d+1})\) satisfasse \([K'(x_{d+1}) : K'']_i = 1\). Par multiplicativité, \([K : K'']_i < [K : K']_i\), ce qui donne la contradiction.
Lemme
Une extension de corps séparablement engendrée est séparable.
Démonstration
Dans le lemme suivant, nous utiliserons la notion de clôture parfaite, qui est définie dans la Définition 046X.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(k' \otimes_k S\) est réduit pour toute extension finie purement inséparable \(k'\) de \(k\),
\(k^{1/p} \otimes_k S\) est réduit,
\(k^{perf} \otimes_k S\) est réduit, où \(k^{perf}\) est la clôture parfaite de \(k\),
\(\overline{k} \otimes_k S\) est réduit, où \(\overline{k}\) est la clôture algébrique de \(k\), et
\(S\) est géométriquement réduite sur \(k\).
Démonstration
Remarquons que toute extension finie purement inséparable \(k'/k\) se plonge dans \(k^{perf}\). De plus, \(k^{1/p}\) se plonge dans \(k^{perf}\), qui se plonge lui-même dans \(\overline{k}\). Il est donc clair que (5) \(\Rightarrow\) (4) \(\Rightarrow\) (3) \(\Rightarrow\) (2) et que (3) \(\Rightarrow\) (1).
Prouvons que (1) \(\Rightarrow\) (5). Supposons que \(k' \otimes_k S\) soit réduit pour toute extension finie purement inséparable \(k'\) de \(k\). Soit \(K/k\) une extension de corps. Nous devons montrer que \(K \otimes_k S\) est réduit. D’après le Lemme 00I3, nous nous ramenons au cas où \(K/k\) est une extension de corps de type fini. Choisissons un diagramme \[\xymatrix{ K \ar[r] & K' \\ k \ar[u] \ar[r] & k' \ar[u] }\] comme dans le Lemme 04KM. Par hypothèse, \(k' \otimes_k S\) est réduit. D’après le Lemme 030U, il s’ensuit que \(K' \otimes_k S\) est réduit. Nous concluons donc que \(K \otimes_k S\) est réduit, comme voulu.
Enfin, démontrons que (2) \(\Rightarrow\) (5). Supposons que \(k^{1/p} \otimes_k S\) soit réduit. Alors \(S\) est réduite. De plus, pour chaque localisation \(S_{\mathfrak p}\) en un idéal premier minimal \(\mathfrak p\), l’anneau \(k^{1/p}\otimes_k S_{\mathfrak p}\) est une localisation de \(k^{1/p} \otimes_k S\), donc est réduit. Mais \(S_{\mathfrak p}\) est un corps d’après le Lemme 00EU, donc \(S_{\mathfrak p}\) est géométriquement réduit d’après le Lemme 030W. Il s’ensuit du Lemme 07K2 que \(S\) est géométriquement réduite.
Corps parfaits
Voici la définition.
Définition
Soit \(k\) un corps. On dit que \(k\) est parfait si toute extension de corps de \(k\) est séparable sur \(k\).
Lemme
Un corps \(k\) est parfait si et seulement s’il est de caractéristique \(0\) ou de caractéristique \(p > 0\) et si tout élément possède une racine \(p\)-ième.
Démonstration
Le cas de caractéristique nulle est clair. Supposons que la caractéristique de \(k\) soit \(p > 0\). Si \(k\) est parfait, toutes les extensions de corps obtenues en adjoignant une racine \(p\)-ième d’un élément de \(k\) doivent être triviales ; tout élément de \(k\) possède donc une racine \(p\)-ième. Réciproquement, si tout élément possède une racine \(p\)-ième, alors \(k = k^{1/p}\) et toute extension de corps de \(k\) est séparable d’après le Lemme 030W.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps de type fini. Il existe un diagramme \[\xymatrix{ K \ar[r] & K' \\ k \ar[u] \ar[r] & k' \ar[u] }\] où \(k'/k\) et \(K'/K\) sont des extensions de corps finies purement inséparables telles que \(K'/k'\) soit une extension de corps séparable. Dans cette situation, on peut supposer que \(K' = k'K\) est le compositum, et aussi que \(K' = (k' \otimes_k K)_{red}\).
Démonstration
D’après le Lemme 04KM, nous pouvons trouver un tel diagramme avec \(K'/k'\) séparablement engendrée. D’après le Lemme 030X, il s’ensuit que \(K'\) est séparable sur \(k'\). Le compositum \(k'K\) est une sous-extension de \(K'/k'\) et donc \(k' \subset k'K\) est séparable d’après le Lemme 030P. L’anneau \((k' \otimes_k K)_{red}\) est un anneau intègre, car pour un certain \(n \gg 0\) l’application \(x \mapsto x^{p^n}\) l’envoie dans \(K\). Il est donc un corps d’après le Lemme 00GS. Ainsi \((k' \otimes_k K)_{red} \to K'\) l’envoie isomorphiquement sur \(k'K\).
Lemme
Pour tout corps \(k\), il existe une extension purement inséparable \(k'/k\) telle que \(k'\) soit parfait. L’extension de corps \(k'/k\) est unique à isomorphisme unique près.
Démonstration
Si la caractéristique de \(k\) est nulle, alors \(k' = k\) est l’unique choix. Supposons que la caractéristique de \(k\) soit \(p > 0\). Pour tout \(n > 0\), il existe une unique extension algébrique \(k \subset k^{1/p^n}\) telle que (a) tout élément \(\lambda \in k\) possède une racine \(p^n\)-ième dans \(k^{1/p^n}\) et (b) pour tout élément \(\mu \in k^{1/p^n}\), on ait \(\mu^{p^n} \in k\). C’est-à-dire, considérons l’application d’anneaux \(k \to k^{1/p^n} = k\), \(x \mapsto x^{p^n}\). Elle est injective et satisfait (a) et (b). Il est clair que \(k^{1/p^n} \subset k^{1/p^{n + 1}}\) comme extensions de \(k\) via l’application \(y \mapsto y^p\). Nous pouvons donc prendre \(k' = \bigcup k^{1/p^n}\). Quelques détails sont omis.
Définition
Soit \(k\) un corps. L’extension de corps \(k'/k\) du Lemme 046W s’appelle la clôture parfaite de \(k\). Notation : \(k^{perf}/k\).
Remarquons que si \(k'/k\) est une extension algébrique purement inséparable, alors \(k'\) est une sous-extension de \(k^{perf}\), c’est-à-dire \(k^{perf}/k'/k\). En effet, \((k')^{perf}\) est isomorphe à \(k^{perf}\) par l’unicité du Lemme 046W.
Lemme
Soit \(k\) un corps parfait. Toute \(k\)-algèbre réduite est géométriquement réduite sur \(k\). Soient \(R\) et \(S\) des \(k\)-algèbres. Supposons que \(R\) et \(S\) soient toutes deux réduites. Alors la \(k\)-algèbre \(R \otimes_k S\) est réduite.
Démonstration
La première assertion résulte du Lemme 030V. Pour la seconde, utiliser la première assertion et le Lemme 034N.
Homéomorphismes universels
Soit \(k'/k\) une extension de corps algébrique purement inséparable. Alors, pour toute \(k\)-algèbre \(R\), l’application d’anneaux \(R \to k' \otimes_k R\) induit un homéomorphisme des spectres. La raison en est le Lemme 0BRA un peu plus général ci-dessous.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme surjectif à noyau localement nilpotent. Alors \(\varphi\) induit un homéomorphisme des spectres et des isomorphismes sur les corps résiduels. Pour toute application d’anneaux \(R \to R'\), l’application \(R' \to R' \otimes_R S\) est surjective à noyau localement nilpotent.
Démonstration
D’après le Lemme 00E5, l’application \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est un homéomorphisme sur le sous-ensemble fermé \(V(\Ker(\varphi))\). Bien sûr, \(V(\Ker(\varphi)) = \Spec(R)\), car tout idéal premier de \(R\) contient tout élément nilpotent de \(R\). Cela implique également l’assertion sur les corps résiduels. Par l’exactitude à droite du produit tensoriel, nous voyons que \(\Ker(\varphi)R'\) est le noyau de l’application surjective \(R' \to R' \otimes_R S\). La dernière assertion résulte donc du Lemme 0544.
Lemme
Soit \(k'/k\) une extension de corps. Les assertions suivantes sont équivalentes :
pour tout \(x \in k'\), il existe un \(n > 0\) tel que \(x^n \in k\), et
\(k' = k\), ou bien \(k\) et \(k'\) sont de caractéristique \(p > 0\) et soit \(k'/k\) est une extension purement inséparable, soit \(k\) et \(k'\) sont des extensions algébriques de \(\mathbf{F}_p\).
Démonstration
Remarquons que chacune des possibilités énumérées en (2) satisfait (1). Supposons donc que \(k'/k\) satisfasse (1), et montrons que l’un des cas de (2) se produit. En écartant le cas \(k = k'\), nous pouvons supposer que \(k' \not = k\). Il est clair que \(k'/k\) est algébrique. Nous pouvons donc supposer que \(k'/k\) est une extension finie non triviale. Soit \(k'/k'_{sep}/k\) la sous-extension séparable trouvée dans le lemme 030K de Corps. Nous devons montrer que \(k = k'_{sep}\) ou que \(k\) est algébrique sur \(\mathbf{F}_p\). Nous pouvons donc supposer que \(k'/k\) est une extension finie séparable non triviale et nous devons montrer que \(k\) est algébrique sur \(\mathbf{F}_p\).
Choisissons \(x \in k'\), \(x \not \in k\). Choisissons \(n, m > 0\) tels que \(x^n \in k\) et \((x + 1)^m \in k\). Soit \(\overline{k}\) une clôture algébrique de \(k\). Nous pouvons choisir des plongements \(\sigma, \tau : k' \to \overline{k}\) tels que \(\sigma(x) \not = \tau(x)\). Cela résulte de la discussion de la section 09GZ de Corps (plus précisément, après avoir remplacé \(k'\) par l’extension de \(k\) engendrée par \(x\), cela résulte du lemme 09H7 de Corps). Nous voyons alors que \(\sigma(x) = \zeta \tau(x)\) pour une racine \(n\)-ième de l’unité \(\zeta\) dans \(\overline{k}\). De même, \(\sigma(x + 1) = \zeta' \tau(x + 1)\) pour une racine \(m\)-ième de l’unité \(\zeta' \in \overline{k}\). Comme \(\sigma(x + 1) \not = \tau(x + 1)\), nous voyons que \(\zeta' \not = 1\). Alors \[\zeta' (\tau(x) + 1) = \zeta' \tau(x + 1) = \sigma(x + 1) = \sigma(x) + 1 = \zeta \tau(x) + 1\] implique que \[\tau(x) (\zeta' - \zeta) = 1 - \zeta'\] d’où \(\zeta' \not = \zeta\) et \[\tau(x) = (1 - \zeta')/(\zeta' - \zeta)\] Ainsi, tout élément de \(k'\) qui n’appartient pas à \(k\) est algébrique sur le sous-corps premier. Comme \(k'\) est engendré sur le sous-corps premier par les éléments de \(k'\) qui n’appartiennent pas à \(k\), nous concluons que \(k'\) (et donc \(k\)) est algébrique sur le sous-corps premier.
Enfin, si la caractéristique de \(k\) est \(0\), ce qui précède conduit à une contradiction comme suit (nous encourageons le lecteur à trouver sa propre preuve). Pour tout nombre rationnel \(y\), nous obtenons de même une racine de l’unité \(\zeta_y\) telle que \(\sigma(x + y) = \zeta_y\tau(x + y)\). Nous trouvons alors \[\zeta \tau(x) + y = \zeta_y(\tau(x) + y)\] et, grâce à la formule ci-dessus pour \(\tau(x)\), nous concluons que \(\zeta_y \in \mathbf{Q}(\zeta, \zeta')\). Comme le corps de nombres \(\mathbf{Q}(\zeta, \zeta')\) ne contient qu’un nombre fini de racines de l’unité, il existe deux nombres rationnels distincts \(y, y'\) tels que \(\zeta_y = \zeta_{y'}\). Nous concluons alors que \[y - y' = \sigma(x + y) - \sigma(x + y') = \zeta_y(\tau(x + y)) - \zeta_{y'}\tau(x + y') = \zeta_y(y - y')\] ce qui implique \(\zeta_y = 1\), contradiction.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) une application d’anneaux. Supposons que
pour tout \(x \in S\), il existe \(n > 0\) tel que \(x^n\) appartienne à l’image de \(\varphi\), et
\(\Ker(\varphi)\) soit localement nilpotent,
alors \(\varphi\) induit un homéomorphisme des spectres et induit des extensions de corps résiduels satisfaisant aux conditions équivalentes du Lemme 0BR7.
Démonstration
Supposons (1) et (2). Soient \(\mathfrak q, \mathfrak q'\) des idéaux premiers de \(S\) au-dessus du même idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Supposons que \(x \in S\) vérifie \(x \in \mathfrak q\), \(x \not \in \mathfrak q'\). Alors \(x^n \in \mathfrak q\) et \(x^n \not \in \mathfrak q'\) pour tout \(n > 0\). Si \(x^n = \varphi(y)\) avec \(y \in R\) pour un certain \(n > 0\), alors \[x^n \in \mathfrak q \Rightarrow y \in \mathfrak p \Rightarrow x^n \in \mathfrak q'\] ce qui est une contradiction. Il n’existe donc pas de \(x\) comme ci-dessus, et nous concluons que \(\mathfrak q = \mathfrak q'\), c’est-à-dire que l’application sur les spectres est injective. D’après (2), le noyau \(I = \Ker(\varphi)\) est contenu dans tout idéal premier, donc \(\Spec(R) = \Spec(R/I)\) comme espaces topologiques. Comme l’application induite \(R/I \to S\) est entière par (1), le Lemme 00GQ montre que \(\Spec(S) \to \Spec(R/I)\) est surjective. En combinant ce qui précède, nous voyons que \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est bijective. Si \(x \in S\) est quelconque et si nous choisissons \(y \in R\) tel que \(\varphi(y) = x^n\) pour un certain \(n > 0\), alors l’ouvert \(D(x) \subset \Spec(S)\) correspond à l’ouvert \(D(y) \subset \Spec(R)\) par la bijection ci-dessus. Ainsi l’application \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est un homéomorphisme.
Pour l’assertion sur les corps résiduels, soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus d’un idéal premier \(\mathfrak p \subset R\). Soit \(x \in \kappa(\mathfrak q)\). Si nous considérons \(\kappa(\mathfrak q)\) comme le corps résiduel de l’anneau local \(S_\mathfrak q\), nous voyons que \(x\) est l’image d’un certain \(y/z \in S_\mathfrak q\) avec \(y \in S\), \(z \in S\), \(z \not \in \mathfrak q\). Choisissons \(n, m > 0\) tels que \(y^n, z^m\) appartiennent à l’image de \(\varphi\). Alors \(x^{nm}\) est le résidu de \((y/z)^{nm} = (y^n)^m/(z^m)^n\), qui appartient à l’image de \(R_\mathfrak p \to S_\mathfrak q\). Ainsi \(x^{nm}\) appartient à l’image de \(\kappa(\mathfrak p) \to \kappa(\mathfrak q)\).
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) une application d’anneaux. Supposons que
\(S\) soit engendrée comme \(R\)-algèbre par des éléments \(x\) tels que \(x^2, x^3 \in \varphi(R)\), et
\(\Ker(\varphi)\) soit localement nilpotent,
Alors \(\varphi\) induit des isomorphismes sur les corps résiduels et un homéomorphisme des spectres. Pour toute application d’anneaux \(R \to R'\), l’application \(R' \to R' \otimes_R S\) satisfait également (a) et (b).
Démonstration
Supposons (a) et (b). L’application sur les spectres est fermée, car \(S\) est entière sur \(R\), voir les Lemmes 00HZ et 00GU. L’image est dense d’après le Lemme 00FL. Ainsi \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est surjective. Si \(\mathfrak q \subset S\) est un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\), alors l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) est engendrée par des éléments \(\alpha \in \kappa(\mathfrak q)\) dont le carré et le cube appartiennent à \(\kappa(\mathfrak p)\). Il est alors clair que \(\alpha \in \kappa(\mathfrak p)\) et nous obtenons \(\kappa(\mathfrak q) = \kappa(\mathfrak p)\). Si \(\mathfrak q, \mathfrak q'\) étaient deux idéaux premiers distincts au-dessus de \(\mathfrak p\), au moins l’un des générateurs \(x\) de \(S\) comme dans (a) aurait des images distinctes dans \(\kappa(\mathfrak q) = \kappa(\mathfrak p)\) et \(\kappa(\mathfrak q') = \kappa(\mathfrak p)\). Cela contredirait le fait que \(x^2\) et \(x^3\) ont bien la même image. Cela montre que \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est injective, donc un homéomorphisme (d’après ce qui a déjà été démontré).
Puisque \(\varphi\) induit un homéomorphisme des spectres, elle est en particulier surjective sur les spectres, propriété préservée par tout changement de base, voir le Lemme 00FI. Par conséquent, pour toute application \(R \to R'\), le noyau de l’application d’anneaux \(R' \to R' \otimes_R S\) est constitué d’éléments nilpotents, voir le Lemme 00FL; autrement dit, (b) est satisfaite pour \(R' \to R' \otimes_R S\). Il est clair que (a) est préservée par changement de base.
Lemme
Soit \(p\) un nombre premier. Soient \(n, m > 0\) deux entiers. Il existe un entier \(a\) tel que \((x + y)^{p^a}, p^a(x + y) \in \mathbf{Z}[x^{p^n}, p^nx, y^{p^m}, p^my]\).
Démonstration
C’est clair pour \(p^a(x + y)\) dès que \(a \geq n, m\). En fait, choisissons \(a \gg n, m\). Écrivons \[(x + y)^{p^a} = \sum\nolimits_{i, j \geq 0, i + j = p^a} {p^a \choose i, j} x^iy^j\] Pour tous \(i, j \geq 0\) tels que \(i + j = p^a\), écrivons \(i = q p^n + r\) avec \(r \in \{0, \ldots, p^n - 1\}\) et \(j = q' p^m + r'\) avec \(r' \in \{0, \ldots, p^m - 1\}\). La condition \((x + y)^{p^a} \in \mathbf{Z}[x^{p^n}, p^nx, y^{p^m}, p^my]\) est satisfaite si \[p^{nr + mr'} \text{ divise } {p^a \choose i, j}\] Si \(r = r' = 0\), la divisibilité est satisfaite. Si \(r \not = 0\), nous écrivons \[{p^a \choose i, j} = \frac{p^a}{i} {p^a - 1 \choose i - 1, j}\] Comme \(r \not = 0\), le nombre rationnel \(p^a/i\) a une valuation \(p\)-adique au moins égale à \(a - (n - 1)\) (car \(i\) n’est pas divisible par \(p^n\)). Ainsi \({p^a \choose i, j}\) est divisible par \(p^{a - n + 1}\) dans ce cas. De même, si \(r' \not = 0\), alors \({p^a \choose i, j}\) est divisible par \(p^{a - m + 1}\). Le choix \(a = np^n + mp^m + n + m\) convient.
Lemme
Soit \(k'/k\) une extension de corps. Soit \(p\) un nombre premier. Les assertions suivantes sont équivalentes
\(k'\) est engendré comme extension de corps de \(k\) par des éléments \(x\) tels qu’il existe un \(n > 0\) avec \(x^{p^n} \in k\) et \(p^nx \in k\), et
\(k = k'\) ou bien la caractéristique de \(k\) et de \(k'\) est \(p\) et \(k'/k\) est purement inséparable.
Démonstration
Soit \(x \in k'\). S’il existe un \(n > 0\) tel que \(x^{p^n} \in k\) et \(p^nx \in k\) et si la caractéristique n’est pas \(p\), alors \(x \in k\). Si la caractéristique est \(p\), alors \(x^{p^n} \in k\) et donc \(x\) est purement inséparable sur \(k\).
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) une application d’anneaux. Soit \(p\) un nombre premier. Supposons
que \(S\) soit engendrée comme \(R\)-algèbre par des éléments \(x\) tels qu’il existe un \(n > 0\) avec \(x^{p^n} \in \varphi(R)\) et \(p^nx \in \varphi(R)\), et
que \(\Ker(\varphi)\) soit localement nilpotent,
Alors \(\varphi\) induit un homéomorphisme des spectres et des extensions de corps résiduels satisfaisant aux conditions équivalentes du Lemme 0BR9. Pour toute application d’anneaux \(R \to R'\), l’application d’anneaux \(R' \to R' \otimes_R S\) satisfait également (a) et (b).
Démonstration
Supposons (a) et (b). Remarquons que (b) équivaut à la condition (2) du Lemme 0BR8. Soit \(T \subset S\) l’ensemble des éléments \(x \in S\) tels qu’il existe un entier \(n > 0\) tel que \(x^{p^n} , p^n x \in \varphi(R)\). Nous affirmons que \(T = S\). Cela montrera que la condition (1) du Lemme 0BR8 est satisfaite et donc que \(\varphi\) induit un homéomorphisme sur les spectres. Par (a), il suffit de montrer que \(T \subset S\) est une sous-algèbre sur \(R\) de l’algèbre ambiante. Si \(x \in T\) et \(y \in R\), il est clair que \(yx \in T\). Supposons \(x, y \in T\) et \(n, m > 0\) tels que \(x^{p^n}, y^{p^m}, p^n x, p^m y \in \varphi(R)\). Alors \((xy)^{p^{n + m}}, p^{n + m}xy \in \varphi(R)\), d’où \(xy \in T\). Nous avons \(x + y \in T\) par le Lemme 0545, ce qui prouve l’affirmation.
Puisque \(\varphi\) induit un homéomorphisme sur les spectres, elle est en particulier surjective sur les spectres, propriété préservée par tout changement de base, voir le Lemme 00FI. Par conséquent, pour toute application \(R \to R'\), le noyau de l’application d’anneaux \(R' \to R' \otimes_R S\) est constitué d’éléments nilpotents, voir le Lemme 00FL; autrement dit, (b) est satisfaite pour \(R' \to R' \otimes_R S\). Il est clair que (a) est préservée par changement de base. Enfin, la condition sur les corps résiduels découle de (a), car les générateurs de \(S\) comme \(R\)-algèbre donnent des générateurs des extensions de corps résiduels.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) une application d’anneaux. Supposons que
\(\varphi\) induise une application injective sur les spectres,
\(\varphi\) induise des extensions de corps résiduels purement inséparables.
Alors, pour toute application d’anneaux \(R \to R'\), les propriétés (1) et (2) sont vraies pour \(R' \to R' \otimes_R S\).
Démonstration
Posons \(S' = R' \otimes_R S\), de sorte que nous ayons un diagramme commutatif d’applications continues de spectres d’anneaux \[\xymatrix{ \Spec(S') \ar[r] \ar[d] & \Spec(S) \ar[d] \\ \Spec(R') \ar[r] & \Spec(R) }\] Soit \(\mathfrak p' \subset R'\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). S’il n’existe aucun idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak p\), alors il n’existe aucun idéal premier de \(S'\) au-dessus de \(\mathfrak p'\). Sinon, d’après la Remarque 00E6, il existe un unique idéal premier \(\mathfrak r\) de \(F = S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) dont le corps résiduel est une extension purement inséparable de \(\kappa(\mathfrak p)\). Considérons les applications d’anneaux \[\kappa(\mathfrak p) \to F \to \kappa(\mathfrak r)\] Par le Lemme 00EU, l’idéal \(\mathfrak r \subset F\) est localement nilpotent; nous pouvons donc appliquer le Lemme 0BR6 à l’application d’anneaux \(F \to \kappa(\mathfrak r)\). Nous pouvons appliquer le Lemme 0BRA à l’application \(\kappa(\mathfrak p) \to \kappa(\mathfrak r)\). Ainsi, la composée et la seconde flèche des applications \[\kappa(\mathfrak p') \to \kappa(\mathfrak p') \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} F \to \kappa(\mathfrak p') \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak r)\] induisent des bijections sur les spectres et des extensions de corps résiduels purement inséparables. Il en est donc de même pour la première application. Comme \[\kappa(\mathfrak p') \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} F = \kappa(\mathfrak p') \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak p) \otimes_R S = \kappa(\mathfrak p') \otimes_R S = \kappa(\mathfrak p') \otimes_{R'} R' \otimes_R S\] nous concluons par la discussion de la Remarque 00E6.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) une application d’anneaux. Supposons que
\(\varphi\) soit entière,
\(\varphi\) induise une application injective sur les spectres,
\(\varphi\) induise des extensions de corps résiduels purement inséparables.
Alors \(\varphi\) induit un homéomorphisme de \(\Spec(S)\) sur un sous-ensemble fermé de \(\Spec(R)\) et, pour toute application d’anneaux \(R \to R'\), les propriétés (1), (2), (3) sont vraies pour \(R' \to R' \otimes_R S\).
Démonstration
L’application sur les spectres est fermée par les Lemmes 00HZ et 00GU. Les propriétés sont préservées par changement de base, par les Lemmes 0BRB et 02JK.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) une application d’anneaux. Supposons que
\(\varphi\) soit entière,
\(\varphi\) induise une application bijective sur les spectres,
\(\varphi\) induise des extensions de corps résiduels purement inséparables.
Alors \(\varphi\) induit un homéomorphisme sur les spectres et, pour toute application d’anneaux \(R \to R'\), les propriétés (1), (2), (3) sont vraies pour \(R' \to R' \otimes_R S\).
Démonstration
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) une application d’anneaux telle que
le noyau de \(\varphi\) soit localement nilpotent, et
\(S\) soit engendrée comme \(R\)-algèbre par des éléments \(x\) tels qu’il existe un \(n > 0\) et un polynôme \(P(T) \in R[T]\) dont l’image dans \(S[T]\) soit \((T - x)^n\).
Alors \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est un homéomorphisme et \(R \to S\) induit des extensions de corps résiduels purement inséparables. De plus, les conditions (1) et (2) restent vraies après tout changement de base.
Démonstration
Nous pouvons remplacer \(R\) par \(R/\Ker(\varphi)\), voir le Lemme 0BR6. L’hypothèse (2) implique que \(S\) est engendrée sur \(R\) par des éléments entiers sur \(R\). Ainsi \(R \subset S\) est une extension entière (Lemme 00GO). En particulier, \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est surjective et fermée (Lemmes 00GQ, 00HZ et 00GU).
Soit \(x \in S\) l’un des générateurs de (2), c’est-à-dire qu’il existe un \(n > 0\) tel que \((T - x)^n \in R[T]\). Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. L’anneau \(\kappa(\mathfrak p) \otimes_R S\) est non nul d’après ce qui précède et le Lemme 00E7. Si la caractéristique de \(\kappa(\mathfrak p)\) est nulle, nous voyons que \(nx \in R\) implique que \(1 \otimes x\) appartient à l’image de \(\kappa(\mathfrak p) \to \kappa(\mathfrak p) \otimes_R S\). Ainsi \(\kappa(\mathfrak p) \to \kappa(\mathfrak p) \otimes_R S\) est un isomorphisme. Si la caractéristique de \(\kappa(\mathfrak p)\) est \(p > 0\), écrivons \(n = p^k m\) avec \(m\) premier à \(p\). Dans \(\kappa(\mathfrak p) \otimes_R S[T]\), nous avons \[(T - 1 \otimes x)^n = ((T - 1 \otimes x)^{p^k})^m = (T^{p^k} - 1 \otimes x^{p^k})^m\] et nous voyons que \(mx^{p^k} \in R\). Cela implique que \(1 \otimes x^{p^k}\) appartient à l’image de \(\kappa(\mathfrak p) \to \kappa(\mathfrak p) \otimes_R S\). Le Lemme 0BRA s’applique donc à \(\kappa(\mathfrak p) \to \kappa(\mathfrak p) \otimes_R S\). Dans les deux cas, nous concluons que \(\kappa(\mathfrak p) \otimes_R S\) possède un unique idéal premier dont le corps résiduel est une extension purement inséparable de \(\kappa(\mathfrak p)\). Par la Remarque 00E6, nous concluons que \(\varphi\) est bijective sur les spectres.
L’assertion sur le changement de base est immédiate.
Algèbres géométriquement irréductibles
Une algèbre \(S\) sur un corps \(k\) est dite géométriquement irréductible si l’algèbre \(S \otimes_k k'\) possède un unique idéal premier minimal pour toute extension de corps \(k'/k\). Dans cette section, nous développons quelques éléments de théorie pertinents pour cette notion.
Lemme
Soit \(R \to S\) une application d’anneaux. Supposons que
\(\Spec(R)\) soit irréductible,
\(R \to S\) soit plate,
\(R \to S\) soit de présentation finie,
les anneaux fibres \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) aient des spectres irréductibles pour une famille dense d’idéaux premiers \(\mathfrak p\) de \(R\).
Alors \(\Spec(S)\) est irréductible. Cela reste vrai plus généralement si (b) \(+\) (c) est remplacé par « l’application \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est ouverte ».
Démonstration
Les hypothèses (b) et (c) impliquent que l’application sur les spectres est ouverte, voir la Proposition 00I1. Le lemme résulte donc du lemme 004Z de Topologie.
Lemme
Soit \(k\) un corps séparablement clos. Soient \(R\) et \(S\) des \(k\)-algèbres. Si \(R\) et \(S\) possèdent un unique idéal premier minimal, il en est de même pour \(R \otimes_k S\).
Démonstration
Soit \(k \subset \overline{k}\) une clôture parfaite, voir la Définition 046X. D’après l’hypothèse, \(\overline{k}\) est algébriquement clos. Les applications d’anneaux \(R \to R \otimes_k \overline{k}\) et \(S \to S \otimes_k \overline{k}\) ainsi que \(R \otimes_k S \to (R \otimes_k S) \otimes_k \overline{k} = (R \otimes_k \overline{k}) \otimes_{\overline{k}} (S \otimes_k \overline{k})\) satisfont aux hypothèses du Lemme 0BRA. Nous pouvons donc supposer que \(k\) est algébriquement clos.
Nous pouvons remplacer \(R\) et \(S\) par leurs réductions. Nous pouvons donc supposer que \(R\) et \(S\) sont des anneaux intègres. Par le Lemme 00I4, \(R \otimes_k S\) est réduit. Son spectre est donc réductible si et seulement si cet anneau contient un diviseur de zéro non nul. Par le Lemme 00I3, nous nous ramenons au cas où \(R\) et \(S\) sont des anneaux intègres de type fini sur le corps \(k\) algébriquement clos.
Remarquons que l’application d’anneaux \(R \to R \otimes_k S\) est de présentation finie et plate. De plus, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\), nous avons \((R \otimes_k S) \otimes_R R/\mathfrak m \cong S\) car \(k \cong R/\mathfrak m\) par le théorème des zéros de Hilbert, Théorème 00FV. En outre, l’ensemble des idéaux maximaux est dense dans le spectre de \(R\) puisque \(\Spec(R)\) est un espace de Jacobson, voir le Lemme 00G1. Le Lemme 00I6 s’applique donc à l’application \(R \to R \otimes_k S\), et nous concluons que le spectre de \(R \otimes_k S\) est irréductible, comme voulu.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(R\) une \(k\)-algèbre. Les assertions suivantes sont équivalentes
pour toute extension de corps \(k'/k\), le spectre de \(R \otimes_k k'\) est irréductible,
pour toute extension de corps finie et séparable \(k'/k\), le spectre de \(R \otimes_k k'\) est irréductible,
le spectre de \(R \otimes_k \overline{k}\) est irréductible, où \(\overline{k}\) est la clôture algébrique séparable de \(k\), et
le spectre de \(R \otimes_k \overline{k}\) est irréductible, où \(\overline{k}\) est la clôture algébrique de \(k\).
Démonstration
Il est clair que (1) implique (2).
Supposons (2) et soit \(\overline{k}\) la clôture algébrique séparable de \(k\). Supposons que \(\mathfrak q_i \subset R \otimes_k \overline{k}\), \(i = 1, 2\), soient deux idéaux premiers minimaux. Pour toute sous-extension finie \(\overline{k}/k'/k\), l’extension \(k'/k\) est séparable et l’application \(R \otimes_k k' \to R \otimes_k \overline{k}\) est plate. Ainsi \(\mathfrak p_i = (R \otimes_k k') \cap \mathfrak q_i\) sont des idéaux premiers minimaux (car nous avons la descente des idéaux premiers pour les applications d’anneaux plates, par le Lemme 00HS). Nous avons donc \(\mathfrak p_1 = \mathfrak p_2\) par (2). Comme \(\overline{k} = \bigcup k'\), nous concluons que \(\mathfrak q_1 = \mathfrak q_2\). Ainsi \(\Spec(R \otimes_k \overline{k})\) est irréductible.
Supposons (3) et soit \(\overline{k}\) la clôture algébrique de \(k\). Soit \(\overline{k}/\overline{k}'/k\) la clôture algébrique séparable correspondante de \(k\). Alors \(\overline{k}/\overline{k}'\) est purement inséparable (en caractéristique positive) ou triviale. Ainsi \(R \otimes_k \overline{k}' \to R \otimes_k \overline{k}\) induit un homéomorphisme sur les spectres, par exemple par le Lemme 0BRA. Nous obtenons donc (4).
Supposons (4). Soit \(k'/k\) une extension de corps quelconque et soit \(\overline{k}\) la clôture algébrique de \(k\). Choisissons un corps \(F\) tel que \(k'\) et \(\overline{k}\) soient tous deux isomorphes à des sous-corps de \(F\). Alors \[R \otimes_k F = (R \otimes_k \overline{k}) \otimes_{\overline{k}} F\] et, par le Lemme 00I7, \(R \otimes_k F\) possède un unique idéal premier minimal. Enfin, l’application d’anneaux \(R \otimes_k k' \to R \otimes_k F\) est plate et injective, et tout idéal premier minimal de \(R \otimes_k k'\) est donc l’image d’un idéal premier minimal de \(R \otimes_k F\) (par le Lemme 00FK et la descente). Nous concluons qu’il n’existe qu’un seul idéal premier minimal, ce qui achève la démonstration.
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre. Nous disons que \(S\) est géométriquement irréductible sur \(k\) si, pour toute extension de corps \(k'/k\), le spectre de \(S \otimes_k k'\) est irréductible5.
Par le Lemme 037K, il suffit de vérifier cette propriété pour les extensions de corps finies et séparables \(k'/k\) ou pour \(k'\) égal à la clôture algébrique séparable de \(k\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(R\) une \(k\)-algèbre. Si \(k\) est séparablement algébriquement clos, alors \(R\) est géométriquement irréductible sur \(k\) si et seulement si le spectre de \(R\) est irréductible.
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la remarque qui suit la Définition 037L.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre.
Si \(S\) est géométriquement irréductible sur \(k\), toute \(k\)-sous-algèbre l’est également.
Si toutes les \(k\)-sous-algèbres de type fini de \(S\) sont géométriquement irréductibles, alors \(S\) est géométriquement irréductible.
Une colimite filtrante de \(k\)-algèbres géométriquement irréductibles est géométriquement irréductible.
Démonstration
Soit \(S' \subset S\) une sous-algèbre. Alors, pour toute extension \(k'/k\), l’application d’anneaux \(S' \otimes_k k' \to S \otimes_k k'\) est également injective. Ainsi (1) résulte du Lemme 00FK (et du fait que l’image d’un espace irréductible par une application continue est irréductible). Les deuxième et troisième assertions résultent du fait que le produit tensoriel commute aux colimites.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre géométriquement irréductible. Soit \(R\) une \(k\)-algèbre quelconque. L’application \[\Spec(R \otimes_k S) \longrightarrow \Spec(R)\] induit une bijection sur les composantes irréductibles.
Démonstration
Rappelons que les composantes irréductibles correspondent aux idéaux premiers minimaux (Lemme 00ES). Comme \(R \to R \otimes_k S\) est plate, la descente montre (Lemme 00HS) que tout idéal premier minimal de \(R \otimes_k S\) est au-dessus d’un idéal premier minimal de \(R\). Réciproquement, si \(\mathfrak p \subset R\) est un idéal premier (minimal), alors \[R \otimes_k S/\mathfrak p(R \otimes_k S) = (R/\mathfrak p) \otimes_k S \subset \kappa(\mathfrak p) \otimes_k S\] par platitude de \(R \to R \otimes_k S\). L’anneau \(\kappa(\mathfrak p) \otimes_k S\) a un spectre irréductible par hypothèse. Il s’ensuit que \(R \otimes_k S/\mathfrak p(R \otimes_k S)\) possède un unique idéal premier minimal (Lemme 00FK). Autrement dit, l’image inverse de l’ensemble irréductible \(V(\mathfrak p)\) est irréductible. Le lemme en résulte.
Faisons maintenant quelques remarques sur la notion d’extensions de corps géométriquement irréductibles.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Si \(k\) est algébriquement clos dans \(K\), alors \(K\) est géométriquement irréductible sur \(k\).
Démonstration
Supposons que \(k\) soit algébriquement clos dans \(K\). Par la Définition 037L et le Lemme 037K, il suffit de montrer que le spectre de \(K \otimes_k k'\) est irréductible pour toute extension séparable finie \(k'/k\). Disons que \(k'\) est engendré par \(\alpha \in k'\) sur \(k\), voir le lemme 030N de Corps. Soit \(P = T^d + a_1 T^{d - 1} + \ldots + a_d \in k[T]\) le polynôme minimal de \(\alpha\). Alors \(K \otimes_k k' \cong K[T]/(P)\). La seule façon pour que le spectre de \(K[T]/(P)\) soit réductible est que \(P\) soit réductible dans \(K[T]\). Supposons donc que \(P = P_1 P_2\) soit une factorisation non triviale dans \(K[T]\), afin d’obtenir une contradiction. Par le Lemme 00H6, les coefficients de \(P_1\) et \(P_2\) sont algébriques sur \(k\). Notre hypothèse implique que les coefficients de \(P_1\) et \(P_2\) appartiennent à \(k\), ce qui contredit le fait que \(P\) soit irréductible sur \(k\).
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps géométriquement irréductible. Soit \(S\) une \(K\)-algèbre géométriquement irréductible. Alors \(S\) est géométriquement irréductible sur \(k\).
Démonstration
Par la Définition 037L et le Lemme 037K, il suffit de montrer que le spectre de \(S \otimes_k k'\) est irréductible pour toute extension séparable finie \(k'/k\). Comme \(K\) est géométriquement irréductible sur \(k\), nous voyons que \(K' = K \otimes_k k'\) est une extension de corps finie et séparable de \(K\). Par conséquent, le spectre de \(S \otimes_k k' = S \otimes_K K'\) est irréductible, puisque \(S\) est, par hypothèse, géométriquement irréductible sur \(K\).
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Les assertions suivantes sont équivalentes
\(K\) est géométriquement irréductible sur \(k\), et
l’extension induite \(K(t)/k(t)\) d’extensions purement transcendantes est géométriquement irréductible.
Démonstration
Supposons (1). Notons \(\Omega\) une clôture algébrique de \(k(t)\). Par la Définition 037L, nous obtenons que le spectre de \[K \otimes_k \Omega = K \otimes_k k(t) \otimes_{k(t)} \Omega\] est irréductible. Comme \(K(t)\) est une localisation de \(K \otimes_k k(T)\), nous concluons que le spectre de \(K(t) \otimes_{k(t)} \Omega\) est irréductible. Ainsi, par le Lemme 037K, \(K(t)/k(t)\) est géométriquement irréductible.
Supposons (2). Soit \(k'/k\) une extension de corps. Nous devons montrer que \(K \otimes_k k'\) possède un unique idéal premier minimal. Nous savons que le spectre de \[K(t) \otimes_{k(t)} k'(t)\] est irréductible, c’est-à-dire qu’il possède un unique idéal premier minimal. Comme il existe une application injective \(K \otimes_k k' \to K(t) \otimes_{k(t)} k'(t)\) (détails omis), nous concluons par les Lemmes 00FK et 0CAN.
Lemme
Soit \(K/L/M\) une tour de corps telle que \(L/M\) soit géométriquement irréductible. Soit \(x \in K\) transcendant sur \(L\). Alors \(L(x)/M(x)\) est géométriquement irréductible.
Démonstration
Cela résulte du Lemme 0G31, car les corps \(L(x)\) et \(M(x)\) sont des extensions purement transcendantes de \(L\) et \(M\).
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Les assertions suivantes sont équivalentes
\(K/k\) est géométriquement irréductible, et
tout élément \(\alpha \in K\) qui est algébrique séparable sur \(k\) appartient à \(k\).
Démonstration
Supposons (1) et soit \(\alpha \in K\) algébrique séparable sur \(k\). Alors \(k' = k(\alpha)\) est une extension finie et séparable de \(k\) contenue dans \(K\). Par le Lemme 037N, l’extension \(k'/k\) est géométriquement irréductible. En particulier, le spectre de \(k' \otimes_k \overline{k}\) est irréductible (et donc, s’il s’agit d’un produit de corps, il n’y a exactement qu’un seul facteur). Par le lemme 0CKN de Corps, \(\Hom_k(k', \overline{k})\) possède un seul élément, ce qui implique à son tour que \(k' = k\) par le lemme 09HA de Corps. L’assertion (2) en résulte.
Supposons (2). Soit \(k' \subset K\) le sous-corps constitué des éléments algébriques sur \(k\). Par le Lemme 037P, l’extension \(K/k'\) est géométriquement irréductible. Par hypothèse, \(k'/k\) est une extension purement inséparable. Par le Lemme 0BRA, l’extension \(k'/k\) est géométriquement irréductible. Ainsi, par le Lemme 0G30, \(K/k\) est géométriquement irréductible.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Considérons la sous-extension \(K/k'/k\) constituée des éléments algébriques séparables sur \(k\). Alors \(K\) est géométriquement irréductible sur \(k'\). Si \(K/k\) est une extension de corps de type fini, alors \([k' : k] < \infty\).
Démonstration
La première assertion résulte immédiatement du Lemme 0G33 et du fait que les éléments algébriques séparables sur \(k'\) appartiennent à \(k'\) par transitivité des extensions algébriques séparables, voir le lemme 09HB de Corps. Si \(K/k\) est de type fini, alors \(k'\) est une extension finie de \(k\) par le lemme 037J de Corps.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Soit \(\overline{k}/k\) une clôture algébrique séparable. Alors \(\text{Gal}(\overline{k}/k)\) agit transitivement sur les idéaux premiers de \(\overline{k} \otimes_k K\).
Démonstration
Soit \(K/k'/k\) la sous-extension obtenue dans le Lemme 037Q. Remarquons que, comme \(k \subset \overline{k}\) est entière, tous les idéaux premiers de \(\overline{k} \otimes_k K\) et \(\overline{k} \otimes_k k'\) sont maximaux, voir le Lemme 00GT. Par le Lemme 037O, l’application \[\Spec(\overline{k} \otimes_k K) \to \Spec(\overline{k} \otimes_k k')\] est bijective car (1) tous les idéaux premiers sont minimaux, (2) \[\overline{k} \otimes_k K = (\overline{k} \otimes_k k') \otimes_{k'} K\] et (3) \(K\) est géométriquement irréductible sur \(k'\). Il suffit donc de démontrer le lemme pour l’action de \(\text{Gal}(\overline{k}/k)\) sur les idéaux premiers de \(\overline{k} \otimes_k k'\).
Comme tout idéal premier de \(\overline{k} \otimes_k k'\) est maximal, les corps résiduels sont isomorphes à \(\overline{k}\). Les idéaux premiers de \(\overline{k} \otimes_k k'\) correspondent donc bijectivement aux éléments de \(\Hom_k(k', \overline{k})\), où \(\sigma \in \Hom_k(k', \overline{k})\) correspond au noyau \(\mathfrak p_\sigma\) de \(1 \otimes \sigma : \overline{k} \otimes_k k' \to \overline{k}\). En particulier, \(\text{Gal}(\overline{k}/k)\) agit transitivement sur cet ensemble, comme voulu.
Algèbres géométriquement connexes
Lemme
Soit \(k\) un corps séparablement algébriquement clos. Soient \(R\) et \(S\) des \(k\)-algèbres. Si \(\Spec(R)\) et \(\Spec(S)\) sont connexes, il en est de même pour \(\Spec(R \otimes_k S)\).
Démonstration
Rappelons que \(\Spec(R)\) est connexe si et seulement si \(R\) ne possède pas d’idempotent non trivial, voir le Lemme 00EF. Par conséquent, par le Lemme 00I3, nous pouvons supposer que \(R\) et \(S\) sont de type fini sur \(k\). Dans ce cas, \(R\) et \(S\) sont noethériens et possèdent un nombre fini d’idéaux premiers minimaux, voir le Lemme 00FR. Nous pouvons donc raisonner par récurrence sur \(n + m\), où \(n\), resp. \(m\), est le nombre de composantes irréductibles de \(\Spec(R)\), resp. \(\Spec(S)\). Le cas où \(n\) ou \(m\) est nul est bien entendu trivial. Si \(n = m = 1\), c’est-à-dire si \(\Spec(R)\) et \(\Spec(S)\) ont chacun une seule composante irréductible, le résultat est donné par le Lemme 00I7. Supposons \(n > 1\). Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier minimal correspondant au fermé irréductible \(T \subset \Spec(R)\). Soit \(T' \subset \Spec(R)\) l’union des \(n - 1\) autres composantes irréductibles. Choisissons un idéal \(I \subset R\) tel que \(T' = V(I) = \Spec(R/I)\) (Lemme 00E5). En choisissant convenablement notre idéal premier minimal, nous pouvons de plus faire en sorte que \(T'\) soit connexe, voir le lemme 0GM3 de Topologie. Alors \(T \cup T' = \Spec(R)\) et \(T \cap T' = V(\mathfrak p + I) = \Spec(R/(\mathfrak p + I))\) n’est pas vide puisque \(\Spec(R)\) est supposé connexe. L’image inverse de \(T\) dans \(\Spec(R \otimes_k S)\) est \(\Spec(R/\mathfrak p \otimes_k S)\), et l’image inverse de \(T'\) dans \(\Spec(R \otimes_k S)\) est \(\Spec(R/I \otimes_k S)\). Par récurrence, ces deux espaces sont connexes. L’image inverse de \(T \cap T'\) est \(\Spec(R/(\mathfrak p + I) \otimes_k S)\), qui n’est pas vide. Ainsi \(\Spec(R \otimes_k S)\) est connexe.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(R\) une \(k\)-algèbre. Les assertions suivantes sont équivalentes
pour toute extension de corps \(k'/k\), le spectre de \(R \otimes_k k'\) est connexe, et
pour toute extension de corps finie et séparable \(k'/k\), le spectre de \(R \otimes_k k'\) est connexe.
Démonstration
Pour toute extension de corps \(k'/k\), la connexité du spectre de \(R \otimes_k k'\) équivaut à l’absence d’idempotents non triviaux dans \(R \otimes_k k'\), voir le Lemme 00EF. Supposons (2). Soit \(k \subset \overline{k}\) une clôture algébrique séparable de \(k\). Par le Lemme 00I3, (2) équivaut à l’absence d’idempotents non triviaux dans \(R \otimes_k \overline{k}\). Pour toute extension de corps \(k'/k\), il existe une extension \(\overline{k}'/\overline{k}\) telle que \(k' \subset \overline{k}'\). Par le Lemme 037R, \(R \otimes_k \overline{k}'\) ne possède pas d’idempotent non trivial. Si \(R \otimes_k k'\) possédait un idempotent non trivial, il en serait de même dans \(R \otimes_k \overline{k}'\), contradiction.
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre. Nous disons que \(S\) est géométriquement connexe sur \(k\) si, pour toute extension de corps \(k'/k\), le spectre de \(S \otimes_k k'\) est connexe.
Par le Lemme 037S, il suffit de vérifier cette propriété pour les extensions de corps finies et séparables \(k'/k\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(R\) une \(k\)-algèbre. Si \(k\) est séparablement algébriquement clos, alors \(R\) est géométriquement connexe sur \(k\) si et seulement si le spectre de \(R\) est connexe.
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la remarque qui suit la Définition 037T.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre.
Si \(S\) est géométriquement connexe sur \(k\), toute \(k\)-sous-algèbre l’est également.
Si toutes les \(k\)-sous-algèbres de type fini de \(S\) sont géométriquement connexes, alors \(S\) est géométriquement connexe.
Une colimite filtrante de \(k\)-algèbres géométriquement connexes est géométriquement connexe.
Démonstration
Cela résulte de la caractérisation de la connexité par l’absence d’idempotents non triviaux. Les deuxième et troisième assertions résultent du fait que le produit tensoriel commute aux colimites.
Le lemme suivant sera remplacé par le résultat plus général du lemme 0385 de Variétés.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre géométriquement connexe. Soit \(R\) une \(k\)-algèbre quelconque. L’application \[R \longrightarrow R \otimes_k S\] induit une bijection sur les idempotents, et l’application \[\Spec(R \otimes_k S) \longrightarrow \Spec(R)\] induit une bijection sur les composantes connexes.
Démonstration
La seconde assertion résulte de la première et du Lemme 00EG. Par les Lemmes 037V et 00I3, nous pouvons supposer que \(R\) et \(S\) sont de type fini sur \(k\). Alors \(R \otimes_k S\) est également de type fini sur \(k\). Remarquons que, dans ce cas, tous les anneaux sont noethériens et que leurs spectres possèdent un nombre fini de composantes connexes (puisqu’ils ont un nombre fini de composantes irréductibles, voir le Lemme 00FR). En particulier, toutes les composantes connexes en question sont ouvertes ! Par le Lemme 00EM, la première assertion du lemme est alors équivalente à la seconde. Démontrons cette dernière. Comme l’algèbre \(S\) est géométriquement connexe et non nulle, toutes les fibres de \(X = \Spec(R \otimes_k S) \to \Spec(R) = Y\) sont connexes et non vides. De plus, comme \(R \to R \otimes_k S\) est plate et de présentation finie, l’application \(X \to Y\) est ouverte (Proposition 00I1). Le Lemme 0378 de Topologie montre que \(X \to Y\) induit une bijection sur les composantes connexes.
Algèbres géométriquement intègres
Voici la définition.
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre. Nous disons que \(S\) est géométriquement intègre sur \(k\) si, pour toute extension de corps \(k'/k\), l’anneau \(S \otimes_k k'\) est un anneau intègre.
Toute question concernant les algèbres géométriquement intègres peut être traduite en une question concernant les algèbres géométriquement réduites et irréductibles.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre. Alors \(S\) est géométriquement intègre sur \(k\) si et seulement si \(S\) est à la fois géométriquement irréductible et géométriquement réduite sur \(k\).
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre. Les assertions suivantes sont équivalentes
\(S\) est géométriquement intègre sur \(k\),
pour toute extension finie de corps \(k'/k\), l’anneau \(S \otimes_k k'\) est un anneau intègre,
\(S \otimes_k \overline{k}\) est un anneau intègre, où \(\overline{k}\) est la clôture algébrique de \(k\).
Démonstration
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre géométriquement intègre. Soit \(R\) une \(k\)-algèbre qui est un anneau intègre. Alors \(R \otimes_k S\) est un anneau intègre.
Démonstration
Par le Lemme 034N, l’anneau \(R \otimes_k S\) est réduit et, par le Lemme 037O, l’anneau \(R \otimes_k S\) est irréductible (son spectre possède une seule composante irréductible), donc \(R \otimes_k S\) est un anneau intègre.
Anneaux de valuation
Voici quelques définitions.
Définition
Anneaux de valuation.
Soit \(K\) un corps. Soient \(A\), \(B\) des anneaux locaux contenus dans \(K\). Nous disons que \(B\) domine \(A\) si \(A \subset B\) et si \(\mathfrak m_A = A \cap \mathfrak m_B\).
Soit \(A\) un anneau. Nous disons que \(A\) est un anneau de valuation si \(A\) est un anneau local intègre et si \(A\) est maximal pour la relation de domination parmi les anneaux locaux contenus dans le corps des fractions de \(A\).
Soit \(A\) un anneau de valuation de corps des fractions \(K\). Si \(R \subset K\) est un sous-anneau de \(K\), nous disons que \(A\) est centré sur \(R\) si \(R \subset A\).
Avec cette définition, un corps est un anneau de valuation.
Lemme
Soit \(K\) un corps. Soit \(A \subset K\) un sous-anneau local. Alors il existe un anneau de valuation de corps des fractions \(K\) qui domine \(A\).
Démonstration
Nous considérons l’ensemble des sous-anneaux locaux de \(K\) comme un ensemble partiellement ordonné par la relation de domination. Supposons que \(\{A_i\}_{i \in I}\) soit une famille totalement ordonnée de sous-anneaux locaux de \(K\). Alors \(B = \bigcup A_i\) est un sous-anneau local qui domine tous les \(A_i\). Par conséquent, par le lemme de Zorn, il suffit de montrer que si \(A \subset K\) est un anneau local dont le corps des fractions n’est pas \(K\), alors il existe un anneau local \(B \subset K\), \(B \not = A\), qui domine \(A\).
Choisissons \(t \in K\) qui n’appartient pas au corps des fractions de \(A\). Si \(t\) est transcendant sur \(A\), alors \(A[t] \subset K\) et donc \(A[t]_{(t, \mathfrak m)} \subset K\) est un anneau local distinct de \(A\) qui domine \(A\). Supposons que \(t\) soit algébrique sur \(A\). Alors, pour un certain \(a \in A\) non nul, l’élément \(at\) est entier sur \(A\). Dans ce cas, le sous-anneau \(A' \subset K\) engendré par \(A\) et \(ta\) est fini sur \(A\). Par le Lemme 00GQ, il existe un idéal premier \(\mathfrak m' \subset A'\) au-dessus de \(\mathfrak m\). Alors \(A'_{\mathfrak m'}\) domine \(A\). Si \(A = A'_{\mathfrak m'}\), alors \(t\) appartient au corps des fractions de \(A\), ce que nous avons supposé faux. Ainsi \(A \not = A'_{\mathfrak m'}\), comme voulu.
Lemme
Soit \(A\) un anneau de valuation. Alors \(A\) est un anneau intègre normal.
Démonstration
Supposons que \(x\) appartienne au corps des fractions de \(A\) et soit entier sur \(A\). Soit \(A'\) le sous-anneau de \(K\) engendré par \(A\) et \(x\). Comme \(A\subset A'\) est une extension entière, le Lemme 00GQ montre qu’il existe un idéal premier \(\mathfrak m' \subset A'\) au-dessus de \(\mathfrak m\). Alors \(A'_{\mathfrak m'}\) domine \(A\). Comme \(A\) est un anneau de valuation, nous concluons que \(A=A'_{\mathfrak m'}\) et donc que \(x\in A\).
Lemme
Soit \(A\) un anneau de valuation d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et de corps des fractions \(K\). Soit \(x \in K\). Alors \(x \in A\) ou bien \(x^{-1} \in A\), ou les deux.
Démonstration
Supposons que \(x\) n’appartienne pas à \(A\). Soit \(A'\) le sous-anneau de \(K\) engendré par \(A\) et \(x\). Comme \(A\) est un anneau de valuation, aucun idéal premier de \(A'\) n’est au-dessus de \(\mathfrak m\). Comme \(\mathfrak m\) est maximal, nous avons \(V(\mathfrak m A') = \emptyset\). Alors \(\mathfrak m A' = A'\) par le Lemme 00E0. Nous pouvons donc écrire \(1 = \sum_{i = 0}^d t_i x^i\) avec \(t_i \in \mathfrak m\). Cela implique que \((1 - t_0) (x^{-1})^d - \sum t_i (x^{-1})^{d - i} = 0\). En particulier, \(x^{-1}\) est entier sur \(A\), et donc \(x^{-1} \in A\) par le Lemme 00IC.
Lemme
Soit \(A \subset K\) un sous-anneau d’un corps \(K\) tel que, pour tout \(x \in K\), on ait \(x \in A\) ou bien \(x^{-1} \in A\), ou les deux. Alors \(A\) est un anneau de valuation de corps des fractions \(K\).
Démonstration
Si \(A\) n’est pas \(K\), alors \(A\) n’est pas un corps et possède un idéal maximal non nul \(\mathfrak m\). Si \(\mathfrak m'\) est un second idéal maximal, choisissons \(x, y \in A\) tels que \(x \in \mathfrak m\), \(y \not \in \mathfrak m\), \(x \not \in \mathfrak m'\), et \(y \in \mathfrak m'\). Alors ni \(x/y \in A\) ni \(y/x \in A\), ce qui contredit l’hypothèse du lemme. Ainsi \(A\) est un anneau local. Supposons que \(A'\) soit un anneau local contenu dans \(K\) qui domine \(A\). Soit \(x \in A'\). Nous devons montrer que \(x \in A\). Sinon, \(x^{-1} \in A\), et bien sûr \(x^{-1} \in \mathfrak m_A\). Mais alors \(x^{-1} \in \mathfrak m_{A'}\), ce qui contredit \(x \in A'\).
Lemme
Soit \(I\) un ensemble dirigé. Soit \((A_i, \varphi_{ij})\) un système d’anneaux de valuation indexé par \(I\). Alors \(A = \colim A_i\) est un anneau de valuation.
Démonstration
Il est clair que \(A\) est un anneau intègre. Soient \(a, b \in A\). Le Lemme 052K nous dit qu’il faut montrer que \(a | b\) ou \(b | a\) dans \(A\). Choisissons \(i\) assez grand pour qu’il existe \(a_i, b_i \in A_i\) dont les images soient \(a, b\). Alors le Lemme 00IB appliqué à \(a_i, b_i\) dans \(A_i\) donne le résultat pour \(a, b\) dans \(A\).
Lemme
Soit \(L/K\) une extension de corps. Si \(B \subset L\) est un anneau de valuation, alors \(A = K \cap B\) est un anneau de valuation.
Démonstration
Nous pouvons remplacer \(L\) par le corps des fractions \(F\) de \(B\) et \(K\) par \(K \cap F\). Le lemme résulte alors d’une combinaison des Lemmes 00IB et 052K.
Lemme
Soit \(L/K\) une extension algébrique de corps. Si \(B \subset L\) est un anneau de valuation de corps des fractions \(L\) et n’est pas un corps, alors \(A = K \cap B\) est un anneau de valuation et n’est pas un corps.
Démonstration
Par le Lemme 052L, l’anneau \(A\) est un anneau de valuation. Si \(A\) est un corps, alors \(A = K\). Alors \(A = K \subset B\) est une extension entière, donc il n’y a pas d’inclusions propres entre les idéaux premiers de \(B\) (Lemme 00GT). Cela contredit le fait que \(B\) est un anneau local intègre et n’est pas un corps.
Lemme
Soit \(A\) un anneau de valuation. Pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset A\), le quotient \(A/\mathfrak p\) est un anneau de valuation. Il en va de même pour la localisation \(A_\mathfrak p\) et, en fait, pour toute localisation de \(A\).
Démonstration
Utiliser la caractérisation des anneaux de valuation donnée dans le Lemme 052K.
Lemme
Soit \(A'\) un anneau de valuation de corps résiduel \(K\). Soit \(A\) un anneau de valuation de corps des fractions \(K\). Alors \(C = \{\lambda \in A' \mid \lambda \bmod \mathfrak m_{A'} \in A\}\) est un anneau de valuation.
Démonstration
Remarquons que \(\mathfrak m_{A'} \subset C\) et que \(C/\mathfrak m_{A'} = A\). En particulier, le corps des fractions de \(C\) est égal au corps des fractions de \(A'\). Nous utiliserons le critère du Lemme 052K pour démontrer le lemme. Soit \(x\) un élément du corps des fractions de \(C\). D’après le lemme, nous pouvons supposer que \(x \in A'\). Si \(x \in \mathfrak m_{A'}\), alors \(x \in C\). Sinon, \(x\) est une unité de \(A'\) et nous avons également \(x^{-1} \in A'\). Ainsi \(x\) ou \(x^{-1}\) s’envoie sur un élément de \(A\), à nouveau par le lemme.
Lemme
Soit \(A\) un anneau intègre normal de corps des fractions \(K\).
Pour tout \(x \in K\), \(x \not \in A\), il existe un anneau de valuation \(A \subset V \subset K\) de corps des fractions \(K\) tel que \(x \not \in V\).
Si \(A\) est local, nous pouvons de plus choisir \(V\) qui domine \(A\).
Autrement dit, \(A\) est l’intersection de tous les anneaux de valuation dans \(K\) contenant \(A\) et, si \(A\) est local, \(A\) est l’intersection de tous les anneaux de valuation dans \(K\) qui dominent \(A\).
Démonstration
Supposons que \(x \in K\), \(x \not \in A\). Considérons \(B = A[x^{-1}]\). Alors \(x \not \in B\). En effet, si \(x = a_0 + a_1x^{-1} + \ldots + a_d x^{-d}\) alors \(x^{d + 1} - a_0x^d - \ldots - a_d = 0\) et \(x\) est entier sur \(A\), contradiction avec le fait que \(A\) est normal. Ainsi \(x^{-1}\) n’est pas une unité de \(B\). Donc \(V(x^{-1}) \subset \Spec(B)\) n’est pas vide (Lemme 00E0), et nous pouvons choisir un idéal premier \(\mathfrak p \subset B\) tel que \(x^{-1} \in \mathfrak p\). Choisissons un anneau de valuation \(V \subset K\) dominant \(B_\mathfrak p\) (Lemme 00IA). Alors \(x \not \in V\) puisque \(x^{-1} \in \mathfrak m_V\).
Si \(A\) est local, nous affirmons que \(x^{-1} B + \mathfrak m_A B \not = B\). En effet, si \(1 = (a_0 + a_1x^{-1} + \ldots + a_d x^{-d})x^{-1} + a'_0 + \ldots + a'_d x^{-d}\) avec \(a_i \in A\) et \(a'_i \in \mathfrak m_A\), alors nous obtenons \[(1 - a'_0) x^{d + 1} - (a_0 + a'_1) x^d - \ldots - a_d = 0\] Comme \(a'_0 \in \mathfrak m_A\), \(1 - a'_0\) est une unité de \(A\) et nous concluons que \(x\) serait entier sur \(A\), contradiction comme précédemment. Choisissons alors l’idéal premier \(\mathfrak p \supset x^{-1} B + \mathfrak m_A B\) ; nous trouvons \(V\) dominant \(A\).
Un groupe abélien totalement ordonné est un couple \((\Gamma, \geq)\) constitué d’un groupe abélien \(\Gamma\) muni d’un ordre total \(\geq\) tel que \(\gamma \geq \gamma' \Rightarrow \gamma + \gamma'' \geq \gamma' + \gamma''\) pour tous \(\gamma, \gamma', \gamma'' \in \Gamma\).
Lemme
Soit \(A\) un anneau de valuation de corps des fractions \(K\). Posons \(\Gamma = K^*/A^*\) (la loi de groupe étant écrite additivement). Pour \(\gamma, \gamma' \in \Gamma\), définissons \(\gamma \geq \gamma'\) si et seulement si \(\gamma - \gamma'\) appartient à l’image de \(A - \{0\} \to \Gamma\). Alors \((\Gamma, \geq)\) est un groupe abélien totalement ordonné.
Démonstration
Démonstration omise, mais le résultat découle facilement du Lemme 00IB. Remarquons que dans le cas \(A = K\), on obtient le groupe nul \(\Gamma = \{0\}\) muni de son unique ordre total.
Définition
Soit \(A\) un anneau de valuation.
Le groupe abélien totalement ordonné \((\Gamma, \geq)\) du Lemme 00ID est appelé le groupe des valeurs de l’anneau de valuation \(A\).
L’application \(v : A - \{0\} \to \Gamma\) et aussi \(v : K^* \to \Gamma\) est appelée la valuation associée à \(A\).
L’anneau de valuation \(A\) est appelé un anneau de valuation discrète si \(\Gamma \cong \mathbf{Z}\).
Remarquons que si \(\Gamma \cong \mathbf{Z}\), il existe un unique isomorphisme de ce type tel que \(1 \geq 0\). Si l’isomorphisme est choisi de cette manière, l’ordre devient l’ordre usuel des entiers.
Lemme
Soit \(A\) un anneau de valuation. La valuation \(v : A -\{0\} \to \Gamma_{\geq 0}\) possède les propriétés suivantes :
\(v(a) = 0 \Leftrightarrow a \in A^*\),
\(v(ab) = v(a) + v(b)\),
\(v(a + b) \geq \min(v(a), v(b))\) pourvu que \(a + b \not = 0\).
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soit \(A\) un anneau. Les assertions suivantes sont équivalentes
\(A\) est un anneau de valuation,
\(A\) est un anneau local intègre et tout idéal de \(A\) engendré par un nombre fini d’éléments est principal.
Démonstration
Supposons que \(A\) soit un anneau de valuation et soient \(f_1, \ldots, f_n \in A\). Choisissons \(i\) tel que \(v(f_i)\) soit minimal parmi les \(v(f_j)\). Alors \((f_i) = (f_1, \ldots, f_n)\). Réciproquement, supposons que \(A\) soit un anneau local intègre et que tout idéal de \(A\) engendré par un nombre fini d’éléments soit principal. Prenons \(f, g \in A\) et écrivons \((f, g) = (h)\). Alors \(f = ah\) et \(g = bh\) et \(h = cf + dg\) pour certains \(a, b, c, d \in A\). Ainsi \(ac + bd = 1\) et nous voyons que \(a\) ou \(b\) est une unité, c’est-à-dire que \(g/f\) ou \(f/g\) appartient à \(A\). Cela montre que \(A\) est un anneau de valuation par le Lemme 052K.
Lemme
Soit \((\Gamma, \geq)\) un groupe abélien totalement ordonné. Soit \(K\) un corps. Soit \(v : K^* \to \Gamma\) un homomorphisme de groupes abéliens tel que \(v(a + b) \geq \min(v(a), v(b))\) pour \(a, b \in K\) avec \(a, b, a + b\) non nuls. Alors \[A = \{ x \in K \mid x = 0 \text{ ou } v(x) \geq 0 \}\] est un anneau de valuation de groupe des valeurs \(\Im(v) \subset \Gamma\), d’idéal maximal \[\mathfrak m = \{ x \in K \mid x = 0 \text{ ou } v(x) > 0 \}\] et de groupe des unités \[A^* = \{ x \in K^* \mid v(x) = 0 \}.\]
Démonstration
Démonstration omise.
Soit \((\Gamma, \geq)\) un groupe abélien totalement ordonné. Un idéal de \(\Gamma\) est un sous-ensemble \(I \subset \Gamma\) tel que tous les éléments de \(I\) soient \(\geq 0\) et que, si \(\gamma \in I\), \(\gamma' \geq \gamma\) implique \(\gamma' \in I\). Nous disons qu’un tel idéal est premier si \(0 \not \in I\) et si \(\gamma + \gamma' \in I, \gamma, \gamma' \geq 0 \Rightarrow \gamma \in I \text{ ou } \gamma' \in I\).
Lemme
Soit \(A\) un anneau de valuation. Les idéaux de \(A\) correspondent \(1 - 1\) aux idéaux de \(\Gamma\). Cette bijection respecte l’inclusion et envoie les idéaux premiers sur les idéaux premiers.
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Un anneau de valuation est noethérien si et seulement si c’est un anneau de valuation discrète ou un corps.
Démonstration
Supposons que \(A\) soit un anneau de valuation discrète de valuation \(v : A \setminus \{0\} \to \mathbf{Z}\) normalisée de sorte que \(\Im(v) = \mathbf{Z}_{\geq 0}\). Par le Lemme 00IH, les idéaux de \(A\) sont les sous-ensembles \(I_n = \{0\} \cup v^{-1}(\mathbf{Z}_{\geq n})\). Il est clair que tout élément \(x \in A\) tel que \(v(x) = n\) engendre \(I_n\). Ainsi \(A\) est un anneau principal, donc certainement noethérien.
Supposons que \(A\) soit un anneau de valuation noethérien de groupe des valeurs \(\Gamma\). Par le Lemme 00IH, la condition de chaîne ascendante est satisfaite pour les idéaux de \(\Gamma\). Nous pouvons supposer que \(A\) n’est pas un corps, c’est-à-dire qu’il existe un \(\gamma \in \Gamma\) tel que \(\gamma > 0\). En appliquant la condition de chaîne ascendante aux sous-ensembles \(\gamma + \Gamma_{\geq 0}\) avec \(\gamma > 0\), nous voyons qu’il existe un plus petit élément \(\gamma_0\) strictement supérieur à \(0\). Soit \(\gamma \in \Gamma\) un élément tel que \(\gamma > 0\). Considérons la suite des éléments \(\gamma\), \(\gamma - \gamma_0\), \(\gamma - 2\gamma_0\), etc. Par la condition de chaîne ascendante, ils ne peuvent pas tous être \(> 0\). Soit \(\gamma - n \gamma_0\) le dernier qui soit \(\geq 0\). Par minimalité de \(\gamma_0\), nous voyons que \(0 = \gamma - n \gamma_0\). Ainsi \(\Gamma\) est un groupe cyclique, comme voulu.
Autres anneaux noethériens
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Tout \(R\)-module fini est de présentation finie. Tout sous-module d’un \(R\)-module fini est fini. La condition de chaîne ascendante est satisfaite pour les \(R\)-sous-modules d’un \(R\)-module fini.
Démonstration
Montrons d’abord que tout sous-module \(N\) d’un \(R\)-module fini \(M\) est fini. Nous procédons par récurrence sur le nombre de générateurs de \(M\). Si ce nombre vaut \(1\), alors \(N = J/I \subset M = R/I\) pour certains idéaux \(I \subset J \subset R\). Ainsi la définition de noethérien donne le résultat. Si le nombre de générateurs de \(M\) est supérieur à \(1\), nous pouvons trouver une suite exacte courte \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) où \(M'\) et \(M''\) ont moins de générateurs. Remarquons qu’en posant \(N' = M' \cap N\) et \(N'' = \Im(N \to M'')\), nous obtenons une suite exacte courte analogue pour \(N\). Le résultat découle donc de l’hypothèse de récurrence puisque le nombre de générateurs de \(N\) est au plus le nombre de générateurs de \(N'\) plus le nombre de générateurs de \(N''\).
Pour montrer que \(M\) est de présentation finie, il suffit d’appliquer le résultat précédent au noyau d’une présentation \(R^n \to M\).
Il est bien connu et facile de démontrer que la condition de chaîne ascendante pour les \(R\)-sous-modules de \(M\) est équivalente à la condition que tout sous-module de \(M\) soit un \(R\)-module fini. Nous omettons la démonstration.
Lemme
Supposons que \(R\) soit noethérien et que \(I \subset R\) soit un idéal. Soient \(N \subset M\) des \(R\)-modules finis. Il existe une constante \(c > 0\) telle que \(I^n M \cap N = I^{n-c}(I^cM \cap N)\) pour tout \(n \geq c\).
Démonstration
Considérons l’anneau \(S = R \oplus I \oplus I^2 \oplus \ldots = \bigoplus_{n \geq 0} I^n\). Convention : \(I^0 = R\). La multiplication envoie \(I^n \times I^m\) dans \(I^{n + m}\) par la multiplication dans \(R\). Remarquons que si \(I = (f_1, \ldots, f_t)\), alors \(S\) est un quotient de l’anneau noethérien \(R[X_1, \ldots, X_t]\). L’application envoie simplement le monôme \(X_1^{e_1}\ldots X_t^{e_t}\) sur \(f_1^{e_1}\ldots f_t^{e_t}\). Ainsi \(S\) est noethérien. De même, considérons le module \(M \oplus IM \oplus I^2M \oplus \ldots = \bigoplus_{n \geq 0} I^nM\). C’est un \(S\)-module de type fini. En effet, si \(x_1, \ldots, x_r\) engendrent \(M\) sur \(R\), ils engendrent aussi \(\bigoplus_{n \geq 0} I^nM\) sur \(S\). Ensuite, considérons le sous-module \(\bigoplus_{n \geq 0} I^nM \cap N\). Il s’agit d’un \(S\)-sous-module, comme on le vérifie facilement. Par le Lemme 00IK, il est de type fini comme \(S\)-module, disons engendré par \(\xi_j \in \bigoplus_{n \geq 0} I^nM \cap N\), \(j = 1, \ldots, s\). Nous pouvons supposer, en décomposant chaque \(\xi_j\) en ses composantes homogènes, que \(\xi_j \in I^{d_j}M \cap N\) pour un certain \(d_j\). Posons \(c = \max\{d_j\}\). Alors, pour tout \(n \geq c\), tout élément de \(I^nM \cap N\) est de la forme \(\sum h_j \xi_j\) avec \(h_j \in I^{n - d_j}\). Le lemme résulte alors de cette observation et du fait trivial que \(I^{n-d_j}(I^{d_j}M \cap N) \subset I^{n-c}(I^cM \cap N)\).
Lemme
Supposons que \(0 \to K \to M \xrightarrow{f} N\) soit une suite exacte de modules de type fini sur un anneau noethérien \(R\). Soit \(I \subset R\) un idéal. Alors il existe un \(c\) tel que \[f^{-1}(I^nN) = K + I^{n-c}f^{-1}(I^cN) \quad\text{et}\quad f(M) \cap I^nN \subset f(I^{n - c}M)\] pour tout \(n \geq c\).
Démonstration
Appliquer le Lemme 00IN à \(\Im(f) \subset N\) et remarquer que \(f : I^{n-c}M \to I^{n-c}f(M)\) est surjectif.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(I \subset R\) un idéal propre. Soit \(M\) un \(R\)-module fini. Alors \(\bigcap_{n \geq 0} I^nM = 0\).
Démonstration
Soit \(N = \bigcap_{n \geq 0} I^nM\). Alors \(N = I^nM \cap N\) pour tout \(n \geq 0\). Par le Lemme d’Artin-Rees 00IN, nous voyons que \(N = I^nM \cap N \subset IN\) pour un certain \(n\) suffisamment grand. Par le Lemme de Nakayama 00DV, nous avons \(N = 0\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module fini. Soit \(N = \bigcap_n I^n M\).
Pour tout idéal premier \(\mathfrak p\), \(I \subset \mathfrak p\), il existe un \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que \(N_f = 0\).
Si \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(R\), alors \(N = 0\).
Démonstration
Démontrons (1). Soient \(x_1, \ldots, x_n\) des générateurs du module \(N\), voir le Lemme 00IK. Pour tout idéal premier \(\mathfrak p\), \(I \subset \mathfrak p\), l’image de \(N\) dans la localisation \(M_{\mathfrak p}\) est nulle, par le Lemme 00IP. Nous pouvons donc trouver \(g_i \in R\), \(g_i \not \in \mathfrak p\) tel que \(x_i\) s’envoie sur zéro dans \(N_{g_i}\). Ainsi \(N_{g_1g_2\ldots g_n} = 0\).
La partie (2) découle de (1) et du Lemme 00HN.
Remarque
Le Lemme 00IP implique en particulier que \(\bigcap_n I^n = (0)\) lorsque \(I \subset R\) est un idéal propre dans un anneau local noethérien \(R\). Plus généralement, soit \(R\) un anneau noethérien et \(I \subset R\) un idéal. Supposons que \(f \in \bigcap_{n \in \mathbf{N}} I^n\). Alors le Lemme 00IQ dit que, pour tout idéal premier \(I \subset \mathfrak p\), il existe un \(g \in R\), \(g \not \in \mathfrak p\), tel que \(f\) s’envoie sur zéro dans \(R_g\). En géométrie algébrique, nous exprimons cela en disant que « \(f\) est nul dans un voisinage ouvert de l’ensemble fermé \(V(I)\) de \(\Spec(R)\) ».
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(S\) une \(R\)-algèbre de type fini. Si \(T \subset S\) est une \(R\)-sous-algèbre telle que \(S\) soit de type fini comme \(T\)-module, alors \(T\) est de type fini sur \(R\).
Démonstration
Choisissons des éléments \(x_1, \ldots, x_n \in S\) qui engendrent \(S\) comme \(R\)-algèbre. Choisissons \(y_1, \ldots, y_m\) dans \(S\) qui engendrent \(S\) comme \(T\)-module. Il existe donc des \(a_{ij} \in T\) tels que \(x_i = \sum a_{ij} y_j\). Il existe également des \(b_{ijk} \in T\) tels que \(y_i y_j = \sum b_{ijk} y_k\). Soit \(T' \subset T\) la \(R\)-sous-algèbre engendrée par les \(a_{ij}\) et \(b_{ijk}\). Il s’agit d’une \(R\)-algèbre de type fini, donc noethérienne. Considérons l’algèbre \[S' = T'[Y_1, \ldots, Y_m]/(Y_i Y_j - \sum b_{ijk} Y_k).\] Remarquons que \(S'\) est fini sur \(T'\), car en tant que \(T'\)-module il est engendré par les classes de \(1, Y_1, \ldots, Y_m\). Considérons l’homomorphisme de \(T'\)-algèbres \(S' \to S\) qui envoie \(Y_i\) sur \(y_i\). Comme \(a_{ij} \in T'\), nous voyons que \(x_j\) appartient à l’image de cette application. Ainsi \(S' \to S\) est surjectif. Par conséquent, \(S\) est également fini sur \(T'\). Comme \(T'\) est noethérien, nous concluons que \(T \subset S\) est fini sur \(T'\) et nous avons terminé.
Longueur
Définition
Soit \(R\) un anneau. Pour tout \(R\)-module \(M\), nous définissons la longueur de \(M\) sur \(R\) par la formule \[\text{length}_R(M) = \sup \{ n \mid \exists\ 0 = M_0 \subset M_1 \subset \ldots \subset M_n = M, \text{ }M_i \not = M_{i + 1} \}.\]
Autrement dit, c’est le supremum des longueurs des chaînes de sous-modules. Il existe une notion évidente de chaîne de sous-modules qui raffine une autre. Cela donne un ordre partiel sur l’ensemble de toutes les chaînes de sous-modules, la chaîne minimale ayant la forme \(0 = M_0 \subset M_1 = M\) si \(M\) n’est pas nul. Remarquons le fait évident que si la longueur de \(M\) est finie, toute chaîne peut être raffinée en une chaîne maximale. Mais il est moins évident que toutes les chaînes maximales ont la même longueur (comme nous le verrons plus loin).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Si \(\text{length}_R(M) < \infty\), alors \(M\) est un \(R\)-module fini.
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Si \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) est une suite exacte courte de modules sur \(R\), alors la longueur de \(M\) est la somme des longueurs de \(M'\) et \(M''\).
Démonstration
Étant données des filtrations de \(M'\) et \(M''\) de longueurs \(n', n''\), il est facile de construire une filtration correspondante de \(M\) de longueur \(n' + n''\). Ainsi \(\text{length}_R M \geq \text{length}_R M' + \text{length}_R M''\). Réciproquement, étant donnée une filtration \(M_0 \subset M_1 \subset \ldots \subset M_n\) de \(M\), considérons les filtrations induites \(M_i' = M_i \cap M'\) et \(M_i'' = \Im(M_i \to M'')\). Soit \(n'\) (resp. \(n''\)) le nombre d’étapes de la filtration \(\{M'_i\}\) (resp. \(\{M''_i\}\)). Si \(M_i' = M_{i + 1}'\) et \(M_i'' = M_{i + 1}''\), alors \(M_i = M_{i + 1}\). Nous concluons donc que \(n' + n'' \geq n\). Avec le résultat précédent, c’est démontré.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Si \(M\) est un \(R\)-module et \(\mathfrak m^n M \not = 0\) pour tout \(n \geq 0\), alors \(\text{length}_R(M) = \infty\). Autrement dit, si \(M\) est de longueur finie, alors \(\mathfrak m^nM = 0\) pour un certain \(n\).
Démonstration
Supposons que \(\mathfrak m^n M \not = 0\) pour tout \(n\geq 0\). Choisissons \(x \in M\) et \(f_1, \ldots, f_n \in \mathfrak m\) tels que \(f_1f_2 \ldots f_n x \not = 0\). Les \(n\) premières étapes de la filtration \[0 \subset R f_1 \ldots f_n x \subset R f_1 \ldots f_{n - 1} x \subset \ldots \subset R x \subset M\] sont distinctes. Par exemple, si \(R f_1 x = R f_1 f_2 x\), alors \(f_1 x = g f_1 f_2 x\) pour un certain \(g\), d’où \((1 - gf_2) f_1 x = 0\), donc \(f_1 x = 0\) puisque \(1 - gf_2\) est une unité, ce qui contredit le choix de \(x\) et de \(f_1, \ldots, f_n\). Ainsi la longueur est infinie.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Nous avons toujours \(\text{length}_R(M) \geq \text{length}_S(M)\). Si \(R \to S\) est surjectif, alors il y a égalité.
Démonstration
Une filtration de \(M\) par des \(S\)-sous-modules donne une filtration de \(M\) par des \(R\)-sous-modules. Cela démontre l’inégalité. Et si \(R \to S\) est surjectif, tout \(R\)-sous-module de \(M\) est automatiquement un \(S\)-sous-module. Il y a donc égalité dans ce cas.
Lemme
Soit \(R\) un anneau ayant un idéal maximal \(\mathfrak m\). Supposons que \(M\) soit un \(R\)-module tel que \(\mathfrak m M = 0\). Alors la longueur de \(M\) comme \(R\)-module coïncide avec la dimension de \(M\) comme espace vectoriel sur \(R/\mathfrak m\). La longueur est finie si et seulement si \(M\) est un \(R\)-module fini.
Démonstration
La première assertion est un cas particulier du Lemme 00IX. Ainsi la longueur est finie si et seulement si \(M\) possède une base finie comme espace vectoriel sur \(R/\mathfrak m\), si et seulement si \(M\) possède un ensemble fini de générateurs comme \(R\)-module.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(S \subset R\) un ensemble multiplicatif. Alors \(\text{length}_R(M) \geq \text{length}_{S^{-1}R}(S^{-1}M)\).
Démonstration
Tout sous-module \(N' \subset S^{-1}M\) est de la forme \(S^{-1}N\) pour un certain \(R\)-sous-module \(N \subset M\), par le Lemme 00CU. Le lemme en découle.
Lemme
Soit \(R\) un anneau possédant un idéal maximal \(\mathfrak m\) engendré par un nombre fini d’éléments. (Par exemple, \(R\) est noethérien.) Supposons que \(M\) soit un \(R\)-module fini tel que \(\mathfrak m^n M = 0\) pour un certain \(n\). Alors \(\text{length}_R(M) < \infty\).
Démonstration
Considérons la filtration \(0 = \mathfrak m^n M \subset \mathfrak m^{n-1} M \subset \ldots \subset \mathfrak m M \subset M\). Tous les quotients successifs sont des \(R\)-modules de type fini auxquels s’applique le Lemme 00IY. Nous concluons par additivité, voir le Lemme 00IV.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Nous disons que \(M\) est simple si \(M \not = 0\) et tout sous-module de \(M\) est soit égal à \(M\), soit à \(0\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est simple,
\(\text{length}_R(M) = 1\), et
\(M \cong R/\mathfrak m\) pour un idéal maximal \(\mathfrak m \subset R\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak m\) un idéal maximal de \(R\). Par le Lemme 00IY, le module \(R/\mathfrak m\) est de longueur \(1\). L’équivalence des deux premières assertions est tautologique. Supposons que \(M\) soit simple. Choisissons \(x \in M\), \(x \not = 0\). Comme \(M\) est simple, nous avons \(M = R \cdot x\). Soit \(I \subset R\) l’annulateur de \(x\), c’est-à-dire \(I = \{f \in R \mid fx = 0\}\). L’application \(R/I \to M\), \(f \bmod I \mapsto fx\) est un isomorphisme, donc \(R/I\) est un \(R\)-module simple. Comme \(R/I \not = 0\), nous voyons que \(I \not = R\). Soit \(I \subset \mathfrak m\) un idéal maximal contenant \(I\). Si \(I \not = \mathfrak m\), alors \(\mathfrak m /I \subset R/I\) est un sous-module non trivial, ce qui contredit la simplicité de \(R/I\). Nous obtenons donc \(I = \mathfrak m\), comme voulu.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module de longueur finie. Choisissons une chaîne maximale quelconque de sous-modules \[0 = M_0 \subset M_1 \subset M_2 \subset \ldots \subset M_n = M\] telle que \(M_i \not = M_{i-1}\), \(i = 1, \ldots, n\). Alors
\(n = \text{length}_R(M)\),
chaque \(M_i/M_{i-1}\) est simple,
chaque \(M_i/M_{i-1}\) est de la forme \(R/\mathfrak m_i\) pour un certain idéal maximal \(\mathfrak m_i\),
étant donné un idéal maximal \(\mathfrak m \subset R\), nous avons \[\# \{i \mid \mathfrak m_i = \mathfrak m\} = \text{length}_{R_{\mathfrak m}} (M_{\mathfrak m}).\]
Démonstration
Si \(M_i/M_{i-1}\) n’est pas simple, nous pouvons raffiner la filtration et la filtration n’est pas maximale. Ainsi \(M_i/M_{i-1}\) est simple. Par le Lemme 00J2, les modules \(M_i/M_{i-1}\) sont de longueur \(1\) et sont de la forme \(R/\mathfrak m_i\) pour certains idéaux maximaux \(\mathfrak m_i\). Par additivité de la longueur, Lemme 00IV, nous voyons que \(n = \text{length}_R(M)\). Comme la localisation est exacte, nous voyons que \[0 = (M_0)_{\mathfrak m} \subset (M_1)_{\mathfrak m} \subset (M_2)_{\mathfrak m} \subset \ldots \subset (M_n)_{\mathfrak m} = M_{\mathfrak m}\] est une filtration de \(M_{\mathfrak m}\) dont les quotients successifs sont \((M_i/M_{i-1})_{\mathfrak m}\). La dernière assertion découle alors directement du fait que pour des idéaux maximaux \(\mathfrak m\), \(\mathfrak m'\) de \(R\), nous avons \[(R/\mathfrak m')_{\mathfrak m} \cong \left\{ \begin{matrix} 0 & \text{si } \mathfrak m \not = \mathfrak m', \\ R_{\mathfrak m}/\mathfrak m R_{\mathfrak m} & \text{si } \mathfrak m = \mathfrak m' \end{matrix} \right.\] Nous laissons cela au lecteur.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Soit \(B\) un anneau semi-local d’idéaux maximaux \(\mathfrak m_i\), \(i = 1, \ldots, n\). Supposons que \(A \to B\) soit un homomorphisme tel que chaque \(\mathfrak m_i\) soit au-dessus de \(\mathfrak m\) et tel que \[[\kappa(\mathfrak m_i) : \kappa(\mathfrak m)] < \infty.\] Soit \(M\) un \(B\)-module de longueur finie. Alors \[\text{length}_A(M) = \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, n} [\kappa(\mathfrak m_i) : \kappa(\mathfrak m)] \text{length}_{B_{\mathfrak m_i}}(M_{\mathfrak m_i}),\] en particulier \(\text{length}_A(M) < \infty\).
Démonstration
Choisissons une chaîne maximale \[0 = M_0 \subset M_1 \subset M_2 \subset \ldots \subset M_m = M\] par des \(B\)-sous-modules comme dans le Lemme 00J3. Alors chaque quotient \(M_j/M_{j - 1}\) est isomorphe à \(\kappa(\mathfrak m_{i(j)})\) pour un certain \(i(j) \in \{1, \ldots, n\}\). De plus \(\text{length}_A(\kappa(\mathfrak m_i)) = [\kappa(\mathfrak m_i) : \kappa(\mathfrak m)]\) par le Lemme 00IY. Le lemme découle de l’additivité des longueurs (Lemme 00IV).
Lemme
Soit \(A \to B\) un homomorphisme local plat d’anneaux locaux. Alors, pour tout \(A\)-module \(M\), nous avons \[\text{length}_A(M) \text{length}_B(B/\mathfrak m_AB) = \text{length}_B(M \otimes_A B).\] En particulier, si \(\text{length}_B(B/\mathfrak m_AB) < \infty\), alors \(M\) est de longueur finie si et seulement si \(M \otimes_A B\) est de longueur finie.
Démonstration
Le morphisme d’anneaux \(A \to B\) est fidèlement plat par le Lemme 00HR. Ainsi, si \(0 = M_0 \subset M_1 \subset \ldots \subset M_n = M\) est une chaîne de longueur \(n\) dans \(M\), la chaîne correspondante \(0 = M_0 \otimes_A B \subset M_1 \otimes_A B \subset \ldots \subset M_n \otimes_A B = M \otimes_A B\) est aussi de longueur \(n\). Cela démontre \(\text{length}_A(M) = \infty \Rightarrow \text{length}_B(M \otimes_A B) = \infty\). Supposons maintenant \(\text{length}_A(M) < \infty\). Dans ce cas, \(M\) possède une filtration de longueur \(\ell = \text{length}_A(M)\) dont les quotients sont \(A/\mathfrak m_A\). En raisonnant comme ci-dessus, nous voyons que \(M \otimes_A B\) possède une filtration de longueur \(\ell\) dont les quotients sont isomorphes à \(B \otimes_A A/\mathfrak m_A = B/\mathfrak m_AB\). Le lemme en découle.
Lemme
Soient \(A \to B \to C\) des homomorphismes locaux plats d’anneaux locaux. Alors \[\text{length}_B(B/\mathfrak m_A B) \text{length}_C(C/\mathfrak m_B C) = \text{length}_C(C/\mathfrak m_A C)\]
Démonstration
Cela résulte du Lemme 02M1 appliqué au morphisme d’anneaux \(B \to C\) et au \(B\)-module \(M = B/\mathfrak m_A B\).
Anneaux artiniens
Les anneaux artiniens, et en particulier les anneaux artiniens locaux, jouent un rôle important en géométrie algébrique, par exemple dans la théorie des déformations.
Définition
Un anneau \(R\) est artinien s’il satisfait la condition de chaîne descendante pour les idéaux.
Lemme
Supposons que \(R\) soit une algèbre de dimension finie sur un corps. Alors \(R\) est artinien.
Démonstration
La condition de chaîne descendante pour les idéaux est évidente.
Lemme
Si \(R\) est artinien, alors \(R\) ne possède qu’un nombre fini d’idéaux maximaux.
Démonstration
Supposons que \(\mathfrak m_i\), \(i = 1, 2, 3, \ldots\), soient des idéaux maximaux deux à deux distincts. Alors \(\mathfrak m_1 \supset \mathfrak m_1\cap \mathfrak m_2 \supset \mathfrak m_1 \cap \mathfrak m_2 \cap \mathfrak m_3 \supset \ldots\) est une suite descendante infinie (car, par le théorème des restes chinois, toutes les applications \(R \to \oplus_{i = 1}^n R/\mathfrak m_i\) sont surjectives).
Lemme
Soit \(R\) artinien. Le radical de Jacobson de \(R\) est un idéal nilpotent.
Démonstration
Soit \(I \subset R\) le radical de Jacobson. Remarquons que \(I \supset I^2 \supset I^3 \supset \ldots\) est une suite descendante. Ainsi \(I^n = I^{n + 1}\) pour un certain \(n\). Posons \(J = \{ x\in R \mid xI^n = 0\}\). Nous devons montrer que \(J = R\). Sinon, choisissons un idéal \(J' \not = J\), \(J \subset J'\) minimal (possible par la propriété artinienne). Alors \(J'/J\) est un \(R\)-module simple, donc isomorphe à \(R/\mathfrak m\) pour un certain idéal maximal \(\mathfrak m\), voir le Lemme 00J2. Alors \(\mathfrak m I^n\) annule \(J'\). Comme \(I \subset \mathfrak m\), nous concluons que \(I^{n + 1} = I^n\) annule \(J'\). Donc \(J' = J\), ce qui est une contradiction.
Lemme
Tout anneau ayant un nombre fini d’idéaux maximaux et un radical de Jacobson localement nilpotent est le produit de ses localisations en ses idéaux maximaux. De plus, tous les idéaux premiers sont maximaux.
Démonstration
Soit \(R\) un anneau ayant un nombre fini d’idéaux maximaux \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_n\). Soit \(I = \bigcap_{i = 1}^n \mathfrak m_i\) le radical de Jacobson de \(R\). Supposons que \(I\) soit localement nilpotent. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). Comme tout idéal premier contient tout élément nilpotent de \(R\), nous voyons \(\mathfrak p \supset \mathfrak m_1 \cap \ldots \cap \mathfrak m_n\). Comme \(\mathfrak m_1 \cap \ldots \cap \mathfrak m_n \supset \mathfrak m_1 \ldots \mathfrak m_n\), nous concluons \(\mathfrak p \supset \mathfrak m_1 \ldots \mathfrak m_n\). Donc \(\mathfrak p \supset \mathfrak m_i\) pour un certain \(i\), et ainsi \(\mathfrak p = \mathfrak m_i\). Le spectre de \(R\) est donc l’espace topologique discret \(\{\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_n\}\). Par le Lemme 00EM, appliqué \(n - 1\) fois, nous trouvons que \(R = R_1 \times \ldots \times R_n\), où le spectre de chaque \(R_i\) est un singleton pour chaque \(i\). Ainsi \(R_i\) est un anneau local et, comme il est une localisation de \(R\) (par le lemme), il est l’un des anneaux locaux de \(R\), comme voulu.
Lemme
Un anneau \(R\) est artinien si et seulement s’il est de longueur finie comme module sur lui-même. Un tel anneau \(R\) est à la fois artinien et noethérien, tout idéal premier de \(R\) est maximal, et \(R\) est égal au produit (fini) de ses localisations en ses idéaux maximaux.
Démonstration
Si \(R\) est de longueur finie sur lui-même, il satisfait à la fois la condition de chaîne ascendante et la condition de chaîne descendante pour les idéaux. Il est donc à la fois noethérien et artinien. Tout anneau artinien est égal au produit de ses localisations en ses idéaux maximaux par les Lemmes 00J7, 00J8 et 00JA.
Supposons que \(R\) soit artinien. Nous allons montrer que \(R\) est de longueur finie sur lui-même. Il suffit d’exhiber une chaîne de sous-modules dont les quotients successifs sont de longueur finie. D’après ce qui précède, nous pouvons supposer que \(R\) est local, d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Par le Lemme 00J8, nous avons \(\mathfrak m^n =0\) pour un certain \(n\). Considérons la suite \(0 = \mathfrak m^n \subset \mathfrak m^{n-1} \subset \ldots \subset \mathfrak m \subset R\). Par le Lemme 00IY, la longueur de chaque quotient successif \(\mathfrak m^j/\mathfrak m^{j + 1}\) est sa dimension comme espace vectoriel sur \(\kappa(\mathfrak m)\). Celle-ci doit être finie, car sinon nous aurions une chaîne descendante infinie de sous-espaces vectoriels, qui correspondrait à une chaîne descendante infinie d’idéaux dans \(R\).
Homomorphismes essentiellement de type fini
Quelques remarques simples sur les localisations de morphismes d’anneaux de type fini.
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux.
Nous disons que \(R \to S\) est essentiellement de type fini si \(S\) est la localisation d’une \(R\)-algèbre de type fini.
Nous disons que \(R \to S\) est essentiellement de présentation finie si \(S\) est la localisation d’une \(R\)-algèbre de présentation finie.
Lemme
La classe des morphismes d’anneaux qui sont essentiellement de type fini est stable par composition. De même pour les morphismes essentiellement de présentation finie.
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
La classe des morphismes d’anneaux qui sont essentiellement de type fini est stable par changement de base. De même pour les morphismes essentiellement de présentation finie.
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que \(S\) soit un anneau local artinien d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Alors
\(R \to S\) est fini si et seulement si \(R \to S/\mathfrak m\) est fini,
\(R \to S\) est de type fini si et seulement si \(R \to S/\mathfrak m\) est de type fini.
\(R \to S\) est essentiellement de type fini si et seulement si la composition \(R \to S/\mathfrak m\) est essentiellement de type fini.
Démonstration
Si \(R \to S\) est fini, alors \(R \to S/\mathfrak m\) est fini par le Lemme 00GL. Réciproquement, supposons que \(R \to S/\mathfrak m\) soit fini. Comme \(S\) est de longueur finie sur lui-même (Lemme 00JB), nous pouvons choisir une filtration \[0 \subset I_1 \subset \ldots \subset I_n = S\] par des idéaux telle que \(I_i/I_{i - 1} \cong S/\mathfrak m\) comme \(S\)-modules. Ainsi, \(S\) possède une filtration par des \(R\)-sous-modules \(I_i\) dont chaque quotient successif est un \(R\)-module fini. Donc \(S\) est un \(R\)-module fini par le Lemme 0519.
Si \(R \to S\) est de type fini, alors \(R \to S/\mathfrak m\) est de type fini par le Lemme 00F4. Réciproquement, supposons que \(R \to S/\mathfrak m\) soit de type fini. Choisissons \(f_1, \ldots, f_n \in S\) qui se projettent sur des générateurs de \(S/\mathfrak m\). Alors \(A = R[x_1, \ldots, x_n] \to S\), \(x_i \mapsto f_i\) est un morphisme d’anneaux tel que \(A \to S/\mathfrak m\) soit surjectif (en particulier fini). Ainsi \(A \to S\) est fini par (1), et nous voyons que \(R \to S\) est de type fini par le Lemme 00F4.
Si \(R \to S\) est essentiellement de type fini, alors \(R \to S/\mathfrak m\) est essentiellement de type fini par le Lemme 07DS. Réciproquement, supposons que \(R \to S/\mathfrak m\) soit essentiellement de type fini. Supposons que \(S/\mathfrak m\) soit la localisation de \(R[x_1, \ldots, x_n]/I\). Choisissons \(f_1, \ldots, f_n \in S\) dont les classes modulo \(\mathfrak m\) correspondent aux classes de \(x_1, \ldots, x_n\) modulo \(I\). Considérons le morphisme \(R[x_1, \ldots, x_n] \to S\), \(x_i \mapsto f_i\) de noyau \(J\). Posons \(A = R[x_1, \ldots, x_n]/J \subset S\) et \(\mathfrak p = A \cap \mathfrak m\). Remarquons que \(A/\mathfrak p \subset S/\mathfrak m\) est égal à l’image de \(R[x_1, \ldots, x_n]/I\) dans \(S/\mathfrak m\). Ainsi \(\kappa(\mathfrak p) = S/\mathfrak m\). Donc \(A_\mathfrak p \to S\) est fini par (1). Nous concluons que \(S\) est essentiellement de type fini par le Lemme 07DS.
Le lemme suivant peut être démontré en utilisant la propreté de l’espace projectif au lieu de l’argument algébrique que nous donnons ici.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) essentiellement de type fini, avec \(R\) et \(S\) locaux (mais \(\varphi\) n’est pas nécessairement local). Alors il existe un \(n\) et un idéal maximal \(\mathfrak m \subset R[x_1, \ldots, x_n]\) au-dessus de \(\mathfrak m_R\) tels que \(S\) soit une localisation d’un quotient de \(R[x_1, \ldots, x_n]_\mathfrak m\).
Démonstration
Nous pouvons écrire \(S\) comme une localisation d’un quotient de \(R[x_1, \ldots, x_n]\). Il suffit donc de démontrer le lemme dans le cas où \(S = R[x_1, \ldots, x_n]_\mathfrak q\) pour un idéal premier \(\mathfrak q \subset R[x_1, \ldots, x_n]\). Si \(\mathfrak q + \mathfrak m_R R[x_1, \ldots, x_n] \not = R[x_1, \ldots, x_n]\) alors nous pouvons trouver un idéal maximal \(\mathfrak m\) comme dans l’énoncé du lemme avec \(\mathfrak q \subset \mathfrak m\), et le résultat est clair.
Choisissons un anneau de valuation \(A \subset \kappa(\mathfrak q)\) qui domine l’image de \(R \to \kappa(\mathfrak q)\) (Lemme 00IA). Si l’image \(\lambda_i \in \kappa(\mathfrak q)\) de \(x_i\) est contenue dans \(A\), alors \(\mathfrak q\) est contenu dans l’image réciproque de \(\mathfrak m_A\) par \(R[x_1, \ldots, x_n] \to A\), ce qui nous ramène au cas précédent. Il existe donc un \(i\) tel que \(\lambda_i^{-1} \in A\) et tel que \(\lambda_j/\lambda_i \in A\) pour tout \(j = 1, \ldots, n\) (car le groupe des valeurs de \(A\) est totalement ordonné, voir le Lemme 00ID). Nous considérons alors le morphisme \[R[y_0, y_1, \ldots, \hat{y_i}, \ldots, y_n] \to R[x_1, \ldots, x_n]_\mathfrak q,\quad y_0 \mapsto 1/x_i,\quad y_j \mapsto x_j/x_i\] Soit \(\mathfrak q' \subset R[y_0, \ldots, \hat{y_i}, \ldots, y_n]\) l’image réciproque de \(\mathfrak q\). Comme \(y_0 \not \in \mathfrak q'\), il est facile de voir que la flèche affichée définit un isomorphisme entre les localisations. D’autre part, le résultat du premier paragraphe s’applique à \(R[y_0, \ldots, \hat{y_i}, \ldots, y_n]\) car \(y_j\) s’envoie sur un élément de \(A\). Ceci achève la démonstration.
Groupes K
Soit \(R\) un anneau. Nous allons introduire deux groupes abéliens associés à \(R\). Le premier est noté \(K'_0(R)\) et possède les propriétés suivantes 6 :
Pour tout \(R\)-module fini \(M\), un élément \([M]\) de \(K'_0(R)\) est donné,
pour toute suite exacte courte \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) de \(R\)-modules finis, nous avons la relation \([M] = [M'] + [M'']\),
le groupe \(K'_0(R)\) est engendré par les éléments \([M]\), et
toutes les relations dans \(K'_0(R)\) entre les générateurs \([M]\) sont des combinaisons \(\mathbf{Z}\)-linéaires des relations provenant des suites exactes comme ci-dessus.
La construction effective est un peu plus délicate, car il faut tenir compte du fait que la collection de tous les \(R\)-modules de type fini est une classe propre. Cependant, on peut surmonter ce problème en prenant comme ensemble de générateurs du groupe \(K'_0(R)\) les éléments \([R^n/K]\), où \(n\) parcourt les entiers et où \(K\) parcourt tous les sous-modules \(K \subset R^n\). Les générateurs du sous-groupe des relations imposées sur ces éléments seront les relations provenant des suites exactes courtes dont les termes sont de la forme \(R^n/K\). L’élément \([M]\) est défini en choisissant \(n\) et \(K\) tels que \(M \cong R^n/K\) et en posant \([M] = [R^n/K]\). Les détails sont laissés au lecteur.
Lemme
Si \(R\) est un anneau local artinien, la fonction longueur définit un homomorphisme naturel de groupes abéliens \(\text{length}_R : K'_0(R) \to \mathbf{Z}\).
Démonstration
La longueur de tout \(R\)-module fini est finie, car il est quotient de \(R^n\), qui est de longueur finie par le Lemme 00JB. Et la fonction longueur est additive, voir le Lemme 00IV.
Le second est noté \(K_0(R)\) et possède les propriétés suivantes :
Pour tout \(R\)-module projectif fini \(M\), un élément \([M]\) de \(K_0(R)\) est donné,
pour toute suite exacte courte \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) de \(R\)-modules projectifs finis, nous avons la relation \([M] = [M'] + [M'']\),
le groupe \(K_0(R)\) est engendré par les éléments \([M]\), et
toutes les relations dans \(K_0(R)\) sont des combinaisons \(\mathbf{Z}\)-linéaires des relations provenant des suites exactes comme ci-dessus.
La construction de ce groupe se fait comme ci-dessus.
Nous notons qu’il existe un morphisme évident \(K_0(R) \to K'_0(R)\) qui n’est pas un isomorphisme en général.
Exemple
Notons que si \(R = k\) est un corps, alors nous avons clairement \(K_0(k) = K'_0(k) \cong \mathbf{Z}\), l’isomorphisme étant donné par la fonction dimension (qui est aussi la fonction longueur).
Exemple
Soit \(R\) un anneau principal. Nous affirmons que \(K_0(R) = K'_0(R) = \mathbf{Z}\). En effet, tout \(R\)-module projectif fini est libre fini. Un module libre fini possède un rang bien défini par le Lemme 0FJ7. Étant donnée une suite exacte courte de modules libres finis \[0 \to M' \to M \to M'' \to 0\] nous avons \(\text{rank}(M) = \text{rank}(M') + \text{rank}(M'')\) car dans ce cas \(M \cong M' \oplus M'\) (par exemple, la suite se scinde par le Lemme 07JX). Nous en concluons que \(K_0(R) = \mathbf{Z}\).
Le théorème de structure des modules sur un anneau principal dit que tout \(R\)-module de type fini est de la forme \(M = R^{\oplus r} \oplus R/(d_1) \oplus \ldots \oplus R/(d_k)\). Considérons la suite exacte courte \[0 \to (d_i) \to R \to R/(d_i) \to 0\] Comme l’idéal \((d_i)\) est isomorphe à \(R\) comme module (il est libre de générateur \(d_i\)), dans \(K'_0(R)\) nous avons \([(d_i)] = [R]\). Alors \([R/(d_i)] = [(d_i)]-[R] = 0\). Il s’ensuit qu’un module de torsion a une classe nulle dans \(K'_0(R)\). En utilisant le rang de la partie libre, on obtient une identification \(K'_0(R) = \mathbf{Z}\) et l’homomorphisme canonique \(K_0(R) \to K'_0(R)\) est un isomorphisme.
Exemple
Soit \(k\) un corps. Alors \(K_0(k[x]) = K'_0(k[x]) = \mathbf{Z}\). Ceci découle de l’Exemple 0FJ8, puisque \(R = k[x]\) est un anneau principal.
Exemple
Soit \(k\) un corps. Soit \(R = \{f \in k[x] \mid f(0) = f(1)\}\), voir l’Exemple 00F1. Dans ce cas, \(K_0(R) \cong k^* \oplus \mathbf{Z}\), mais \(K'_0(R) = \mathbf{Z}\).
Lemme
Soit \(R = R_1 \times R_2\). Alors \(K_0(R) = K_0(R_1) \times K_0(R_2)\) et \(K'_0(R) = K'_0(R_1) \times K'_0(R_2)\).
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local artinien. L’application \(\text{length}_R : K'_0(R) \to \mathbf{Z}\) du Lemme 00JD est un isomorphisme.
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local. Tout \(R\)-module projectif fini est libre fini. L’application \(\text{rank}_R : K_0(R) \to \mathbf{Z}\) donnée par \([M] \to \text{rank}_R(M)\) est bien définie et est un isomorphisme.
Démonstration
Soit \(P\) un \(R\)-module projectif fini. Choisissons des éléments \(x_1, \ldots, x_n \in P\) qui se projettent sur une base de \(P/\mathfrak m P\). Par le Lemme de Nakayama 00DV, ces éléments engendrent \(P\). La surjection correspondante \(u : R^{\oplus n} \to P\) admet une section car \(P\) est projectif. Donc \(R^{\oplus n} = P \oplus Q\) avec \(Q = \Ker(u)\). Il s’ensuit que \(Q/\mathfrak m Q = 0\), donc \(Q\) est nul par le lemme de Nakayama. Nous voyons ainsi que tout \(R\)-module projectif fini est libre fini. Un module libre fini possède un rang bien défini par le Lemme 0FJ7. Étant donnée une suite exacte courte de \(R\)-modules libres finis \[0 \to M' \to M \to M'' \to 0\] nous avons \(\text{rank}(M) = \text{rank}(M') + \text{rank}(M'')\) car dans ce cas \(M \cong M' \oplus M'\) (par exemple, la suite se scinde par le Lemme 07JX). Nous en concluons que \(K_0(R) = \mathbf{Z}\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau artinien local. Il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ K_0(R) \ar[rr] \ar[d]_{\text{rank}_R} & & K'_0(R) \ar[d]^{\text{length}_R} \\ \mathbf{Z} \ar[rr]^{\text{length}_R(R)} & & \mathbf{Z} }\] où les applications verticales sont des isomorphismes par les Lemmes 00JI et 00JJ.
Démonstration
Soit \(P\) un \(R\)-module projectif fini. Nous devons montrer que \(\text{length}_R(P) = \text{rank}_R(P) \text{length}_R(R)\). Par le Lemme 00JJ, le module \(P\) est libre fini. Donc \(P \cong R^{\oplus n}\) pour un certain \(n \geq 0\). Alors \(\text{rank}_R(P) = n\) et \(\text{length}_R(R^{\oplus n}) = n \text{length}_R(R)\) par additivité des longueurs (Lemme 00IV). Le résultat s’ensuit.
Anneaux gradués
Un anneau gradué sera pour nous un anneau \(S\) muni d’une décomposition en somme directe \(S = \bigoplus_{d \geq 0} S_d\) du groupe abélien sous-jacent, telle que \(S_d \cdot S_e \subset S_{d + e}\). Remarquons que nous n’autorisons pas d’éléments non nuls en degrés négatifs. L’idéal irrelevant est l’idéal \(S_{+} = \bigoplus_{d > 0} S_d\). Un module gradué sera un \(S\)-module \(M\) muni d’une décomposition en somme directe \(M = \bigoplus_{n\in \mathbf{Z}} M_n\) du groupe abélien sous-jacent telle que \(S_d \cdot M_e \subset M_{d + e}\). Remarquons que pour les modules nous autorisons des éléments non nuls en degrés négatifs. Nous considérons \(S\) comme un \(S\)-module gradué en posant \(S_{-k} = (0)\) pour \(k > 0\). Un élément \(x\) (resp. \(f\)) de \(M\) (resp. \(S\)) est appelé homogène si \(x \in M_d\) (resp. \(f \in S_d\)) pour un certain \(d\). Un morphisme de \(S\)-modules gradués est un morphisme de \(S\)-modules \(\varphi : M \to M'\) tel que \(\varphi(M_d) \subset M'_d\). Nous n’autorisons pas les morphismes à décaler les degrés. Notons \(\text{GrHom}_0(M, N)\) le \(S_0\)-module des homomorphismes de modules gradués de \(M\) vers \(N\).
À ce stade interviennent les notions d’idéal gradué, d’anneau quotient gradué, de sous-module gradué, de module quotient gradué, de produit tensoriel gradué, etc. Nous laissons au lecteur le soin de trouver les définitions et les lemmes pertinents. Par exemple : une suite exacte courte de modules gradués est une suite exacte courte à chaque degré.
Étant donné un anneau gradué \(S\), un \(S\)-module gradué \(M\) et \(n \in \mathbf{Z}\), nous notons \(M(n)\) le \(S\)-module gradué tel que \(M(n)_d = M_{n + d}\). C’est ce que l’on appelle le tordu de \(M\) par \(n\). En particulier, nous obtenons les modules \(S(n)\), \(n \in \mathbf{Z}\), qui joueront un rôle important dans l’étude des schémas projectifs. Il existe des isomorphismes fonctoriels évidents tels que \((M \oplus N)(n) = M(n) \oplus N(n)\), \((M \otimes_S N)(n) = M \otimes_S N(n) = M(n) \otimes_S N\). De plus, nous pouvons définir une structure de \(S\)-module gradué sur le \(S_0\)-module \[\text{GrHom}(M, N) = \bigoplus\nolimits_{n \in \mathbf{Z}} \text{GrHom}_n(M, N), \quad \text{GrHom}_n(M, N) = \text{GrHom}_0(M, N(n)).\] Nous omettons la définition de la multiplication.
Lemme
Soit \(S\) un anneau gradué. Soit \(M\) un \(S\)-module gradué.
Si \(S_+M = M\) et si \(M\) est fini, alors \(M = 0\).
Si \(N, N' \subset M\) sont des sous-modules gradués, \(M = N + S_+N'\), et si \(N'\) est fini, alors \(M = N\).
Si \(N \to M\) est un morphisme de modules gradués, si \(N/S_+N \to M/S_+M\) est surjectif, et si \(M\) est fini, alors \(N \to M\) est surjectif.
Si \(x_1, \ldots, x_n \in M\) sont homogènes, engendrent \(M/S_+M\) et si \(M\) est fini, alors \(x_1, \ldots, x_n\) engendrent \(M\).
Démonstration
Preuve de (1). Choisissons des générateurs \(y_1, \ldots, y_r\) de \(M\) sur \(S\). Nous pouvons supposer que \(y_i\) est homogène de degré \(d_i\). Après réindexation, nous pouvons supposer \(d_r = \min(d_i)\). Alors la condition \(S_+M = M\) implique \(y_r = 0\). Donc \(M = 0\) par récurrence sur \(r\). La partie (2) s’obtient en appliquant (1) à \(M/N\). La partie (3) s’obtient en appliquant (2) aux sous-modules \(\Im(N \to M)\) et \(M\). La partie (4) s’obtient en appliquant (3) au morphisme de modules \(\bigoplus S(-d_i) \to M\), \((s_1, \ldots, s_n) \mapsto \sum s_i x_i\).
Soit \(S\) un anneau gradué. Soit \(d \geq 1\) un entier. Posons \(S^{(d)} = \bigoplus_{n \geq 0} S_{nd}\). Nous considérons \(S^{(d)}\) comme un anneau gradué dont la composante de degré \(n\) est \((S^{(d)})_n = S_{nd}\). Étant donné un \(S\)-module gradué \(M\), nous pouvons de même considérer \(M^{(d)} = \bigoplus_{n \in \mathbf{Z}} M_{nd}\), qui est un \(S^{(d)}\)-module gradué.
Lemme
Soit \(S\) un anneau gradué, qui est de type fini sur \(S_0\). Alors, pour tout \(d\) suffisamment divisible, l’algèbre \(S^{(d)}\) est engendrée en degré \(1\) sur \(S_0\).
Démonstration
Disons que \(S\) est engendré par \(f_1, \ldots, f_r \in S\) sur \(S_0\). Après remplacement des \(f_i\) par leurs composantes homogènes, nous pouvons supposer que \(f_i\) est homogène de degré \(d_i > 0\). Alors tout élément de \(S_n\) est une combinaison linéaire à coefficients dans \(S_0\) de monômes \(f_1^{e_1} \ldots f_r^{e_r}\) tels que \(\sum e_i d_i = n\). Soit \(m\) un multiple de \(\text{lcm}(d_i)\). Pour tout \(N \geq r\), si \[\sum e_i d_i = N m\] alors il existe un \(i\) tel que \(e_i \geq m/d_i\), par un argument élémentaire. Ainsi tout monôme de degré \(N m\) est le produit d’un monôme de degré \(m\), à savoir \(f_i^{m/d_i}\), et d’un monôme de degré \((N - 1)m\). Il s’ensuit que tout monôme de degré \(nrm\), pour \(n \geq 2\), est un produit de monômes de degré \(rm\). Ainsi \(S^{(rm)}\) est engendrée en degré \(1\) sur \(S_0\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux gradués. Soit \(S' \subset S\) la clôture intégrale de \(R\) dans \(S\). Alors \[S' = \bigoplus\nolimits_{d \geq 0} S' \cap S_d,\] c’est-à-dire que \(S'\) est une \(R\)-sous-algèbre graduée de \(S\).
Démonstration
Nous devons montrer ce qui suit : si \(s = s_n + s_{n + 1} + \ldots + s_m \in S'\), alors chaque composante homogène \(s_j \in S'\). Nous le démontrerons par récurrence sur \(m - n\) pour tous les homomorphismes \(R \to S\) d’anneaux gradués. Tout d’abord, il est immédiat que \(s_0\) est entier sur \(R_0\) (et donc sur \(R\)), car il existe un morphisme d’anneaux \(S \to S_0\) compatible avec le morphisme d’anneaux \(R \to R_0\). Ainsi, après avoir remplacé \(s\) par \(s - s_0\), nous pouvons supposer \(n > 0\). Considérons l’extension d’anneaux gradués \(R[t, t^{-1}] \to S[t, t^{-1}]\) où \(t\) est de degré \(0\). Il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ S[t, t^{-1}] \ar[rr]_{s \mapsto t^{\deg(s)}s} & & S[t, t^{-1}] \\ R[t, t^{-1}] \ar[u] \ar[rr]^{r \mapsto t^{\deg(r)}r} & & R[t, t^{-1}] \ar[u] }\] où les morphismes horizontaux sont des automorphismes d’anneaux. Ainsi la clôture intégrale \(C\) de \(S[t, t^{-1}]\) sur \(R[t, t^{-1}]\) se transforme en elle-même. Nous voyons donc que \[t^m(s_n + s_{n + 1} + \ldots + s_m) - (t^ns_n + t^{n + 1}s_{n + 1} + \ldots + t^ms_m) \in C\] ce qui implique, par l’hypothèse de récurrence, que chaque \((t^m - t^i)s_i \in C\) pour \(i = n, \ldots, m - 1\). Remarquons que pour tout anneau \(A\) et \(m > i \geq n > 0\), nous avons \(A[t, t^{-1}]/(t^m - t^i - 1) \cong A[t]/(t^m - t^i - 1) \supset A\) car \(t(t^{m - 1} - t^{i - 1}) = 1\) dans \(A[t]/(t^m - t^i - 1)\). Comme \(t^m - t^i\) s’envoie sur \(1\), nous voyons que l’image de \(s_i\) dans l’anneau \(S[t]/(t^m - t^i - 1)\) est entière sur \(R[t]/(t^m - t^i - 1)\) pour \(i = n, \ldots, m - 1\). Comme \(R \to R[t]/(t^m - t^i - 1)\) est fini, nous voyons que \(s_i\) est entier sur \(R\) par transitivité, voir le Lemme 00GN. Enfin, nous concluons également que \(s_m = s - \sum_{i = n, \ldots, m - 1} s_i\) est entier sur \(R\).
Proj d’un anneau gradué
Soit \(S\) un anneau gradué. Un idéal homogène est simplement un idéal \(I \subset S\) qui est aussi un sous-module gradué de \(S\). De manière équivalente, c’est un idéal engendré par des éléments homogènes. De manière équivalente, si \(f \in I\) et \[f = f_0 + f_1 + \ldots + f_n\] est la décomposition de \(f\) en composantes homogènes dans \(S\), alors \(f_i \in I\) pour tout \(i\). Pour vérifier qu’un idéal homogène \(\mathfrak p\) est premier, il suffit de vérifier que si \(ab \in \mathfrak p\) avec \(a, b\) homogènes, alors soit \(a \in \mathfrak p\), soit \(b \in \mathfrak p\).
Définition
Soit \(S\) un anneau gradué. Nous définissons \(\text{Proj}(S)\) comme l’ensemble des idéaux premiers homogènes \(\mathfrak p\) de \(S\) tels que \(S_{+} \not \subset \mathfrak p\). L’ensemble \(\text{Proj}(S)\) est un sous-ensemble de \(\Spec(S)\) et nous le munissons de la topologie induite. L’espace topologique \(\text{Proj}(S)\) est appelé le spectre homogène de l’anneau gradué \(S\).
Remarquons que, par construction, il existe un morphisme continu \[\text{Proj}(S) \longrightarrow \Spec(S_0).\]
Soit \(S = \oplus_{d \geq 0} S_d\) un anneau gradué. Soit \(f\in S_d\) et supposons que \(d \geq 1\). Nous définissons \(S_{(f)}\) comme le sous-anneau de \(S_f\) constitué des éléments de la forme \(r/f^n\), avec \(r\) homogène et \(\deg(r) = nd\). Si \(M\) est un \(S\)-module gradué, nous définissons le \(S_{(f)}\)-module \(M_{(f)}\) comme le sous-module de \(M_f\) constitué des éléments de la forme \(x/f^n\), où \(x\) est homogène de degré \(nd\).
Lemme
Soit \(S\) un anneau gradué par \(\mathbf{Z}\) contenant un élément inversible homogène de degré strictement positif. Alors l’ensemble \(G \subset \Spec(S)\) des idéaux premiers gradués par \(\mathbf{Z}\) de \(S\) (muni de la topologie induite) s’envoie homéomorphiquement sur \(\Spec(S_0)\).
Démonstration
Montrons d’abord que le morphisme est une bijection en construisant un inverse. Soit \(f \in S_d\), \(d > 0\), inversible dans \(S\). Si \(\mathfrak p_0\) est un idéal premier de \(S_0\), alors \(\mathfrak p_0S\) est un idéal gradué par \(\mathbf{Z}\) de \(S\) tel que \(\mathfrak p_0S \cap S_0 = \mathfrak p_0\). Et si \(ab \in \mathfrak p_0S\) avec \(a\), \(b\) homogènes, alors \(a^db^d/f^{\deg(a) + \deg(b)} \in \mathfrak p_0\). Ainsi, soit \(a^d/f^{\deg(a)} \in \mathfrak p_0\), soit \(b^d/f^{\deg(b)} \in \mathfrak p_0\), autrement dit soit \(a^d \in \mathfrak p_0S\), soit \(b^d \in \mathfrak p_0S\). Il s’ensuit que \(\sqrt{\mathfrak p_0S}\) est un idéal premier gradué par \(\mathbf{Z}\) de \(S\) dont l’intersection avec \(S_0\) est \(\mathfrak p_0\).
Pour montrer que le morphisme est un homéomorphisme, montrons que l’image de \(G \cap D(g)\) est ouverte. Si \(g = \sum g_i\) avec \(g_i \in S_i\), alors, d’après ce qui précède, \(G \cap D(g)\) s’envoie sur l’ensemble \(\bigcup D(g_i^d/f^i)\), qui est ouvert.
Pour \(f \in S\) homogène de degré \(> 0\), nous définissons \[D_{+}(f) = \{ \mathfrak p \in \text{Proj}(S) \mid f \not\in \mathfrak p \}.\] Enfin, pour un idéal homogène \(I \subset S\), nous définissons \[V_{+}(I) = \{ \mathfrak p \in \text{Proj}(S) \mid I \subset \mathfrak p \}.\] Nous utiliserons plus généralement la notation \(V_{+}(E)\) pour tout ensemble \(E\) d’éléments homogènes \(E \subset S\).
Lemme
Soit \(S = \oplus_{d \geq 0} S_d\) un anneau gradué.
Les ensembles \(D_{+}(f)\) sont ouverts dans \(\text{Proj}(S)\).
Nous avons \(D_{+}(ff') = D_{+}(f) \cap D_{+}(f')\).
Soit \(g = g_0 + \ldots + g_m\) un élément de \(S\) avec \(g_i \in S_i\). Alors \[D(g) \cap \text{Proj}(S) = (D(g_0) \cap \text{Proj}(S)) \cup \bigcup\nolimits_{i \geq 1} D_{+}(g_i).\]
Soit \(g_0\in S_0\) un élément homogène de degré \(0\). Alors \[D(g_0) \cap \text{Proj}(S) = \bigcup\nolimits_{f \in S_d, \ d\geq 1} D_{+}(g_0 f).\]
Les ouverts \(D_{+}(f)\) forment une base de la topologie de \(\text{Proj}(S)\).
Soit \(f \in S\) homogène de degré positif. L’anneau \(S_f\) possède une graduation naturelle par \(\mathbf{Z}\). Les morphismes d’anneaux \(S \to S_f \leftarrow S_{(f)}\) induisent des homéomorphismes \[D_{+}(f) \leftarrow \{\mathbf{Z}\text{-idéaux premiers gradués de }S_f\} \to \Spec(S_{(f)}).\]
Il existe un \(S\) tel que \(\text{Proj}(S)\) ne soit pas quasi-compact.
Les ensembles \(V_{+}(I)\) sont fermés.
Tout fermé \(T \subset \text{Proj}(S)\) est de la forme \(V_{+}(I)\) pour un certain idéal homogène \(I \subset S\).
Pour tout idéal gradué \(I \subset S\), nous avons \(V_{+}(I) = \emptyset\) si et seulement si \(S_{+} \subset \sqrt{I}\).
Démonstration
Puisque \(D_{+}(f) = \text{Proj}(S) \cap D(f)\), ces ensembles sont ouverts. Ceci démontre (1). De même, (2) découle de \(D(ff') = D(f) \cap D(f')\). De manière analogue, les ensembles \(V_{+}(I) = \text{Proj}(S) \cap V(I)\) sont fermés. Ceci démontre (8).
Supposons que \(T \subset \text{Proj}(S)\) soit fermé. Alors nous pouvons écrire \(T = \text{Proj}(S) \cap V(J)\) pour un idéal \(J \subset S\). Par définition d’un idéal homogène, si \(g \in J\), \(g = g_0 + \ldots + g_m\) avec \(g_d \in S_d\), alors \(g_d \in \mathfrak p\) pour tout \(\mathfrak p \in T\). Ainsi, si \(I \subset S\) est l’idéal engendré par les composantes homogènes des éléments de \(J\), nous avons \(T = V_{+}(I)\). Ceci démontre (9).
La formule pour \(\text{Proj}(S) \cap D(g)\), avec \(g \in S\), découle directement des définitions. Ceci démontre (3). Considérons la formule pour \(\text{Proj}(S) \cap D(g_0)\). L’inclusion du membre de droite dans le membre de gauche est évidente. Pour l’autre inclusion, supposons \(g_0 \not \in \mathfrak p\) avec \(\mathfrak p \in \text{Proj}(S)\). Si \(g_0f \in \mathfrak p\) pour tout \(f\) homogène de degré positif, alors nous voyons que \(S_{+} \subset \mathfrak p\), ce qui est une contradiction. Cela donne l’autre inclusion. Ceci démontre (4).
La collection des ouverts \(D(g) \cap \text{Proj}(S)\) forme une base de la topologie, puisque les ouverts standards \(D(g) \subset \Spec(S)\) forment une base de la topologie de \(\Spec(S)\). D’après les formules ci-dessus, nous pouvons exprimer \(D(g) \cap \text{Proj}(S)\) comme une réunion d’ouverts \(D_{+}(f)\). Ainsi la collection des ouverts \(D_{+}(f)\) forme aussi une base de la topologie. Ceci démontre (5).
Preuve de (6). Notons d’abord que \(D_{+}(f)\) peut être identifié à un sous-ensemble (muni de la topologie induite) de \(D(f) = \Spec(S_f)\) via le Lemme 00E4. Remarquons que l’anneau \(S_f\) est gradué par \(\mathbf{Z}\). Les éléments homogènes sont de la forme \(r/f^n\) avec \(r \in S\) homogène et ont pour degré \(\deg(r/f^n) = \deg(r) - n\deg(f)\). Le sous-ensemble \(D_{+}(f)\) correspond exactement aux idéaux premiers \(\mathfrak p \subset S_f\) qui sont des idéaux gradués par \(\mathbf{Z}\) (c’est-à-dire engendrés par des éléments homogènes). Il suffit donc de montrer que l’ensemble des idéaux premiers gradués par \(\mathbf{Z}\) de \(S_f\) s’envoie homéomorphiquement sur \(\Spec(S_{(f)})\). Cela découle du Lemme 00JO.
Soit \(S = \mathbf{Z}[X_1, X_2, X_3, \ldots]\) avec une graduation telle que chaque \(X_i\) soit de degré \(1\). Alors il est facile de voir que \[\text{Proj}(S) = \bigcup\nolimits_{i = 1}^\infty D_{+}(X_i)\] n’admet pas de sous-recouvrement fini. Ceci démontre (7).
Soit \(I \subset S\) un idéal gradué. Si \(\sqrt{I} \supset S_{+}\), alors \(V_{+}(I) = \emptyset\), puisque tout idéal premier \(\mathfrak p \in \text{Proj}(S)\) ne contient pas \(S_{+}\) par définition. Réciproquement, supposons que \(S_{+} \not \subset \sqrt{I}\). Nous pouvons trouver un élément \(f \in S_{+}\) tel que \(f\) ne soit pas nilpotent modulo \(I\). Cela signifie clairement que l’une des composantes homogènes de \(f\) n’est pas nilpotente modulo \(I\); autrement dit, nous pouvons (et allons) supposer que \(f\) est homogène. Cela implique que \(I S_f \not = S_f\), autrement dit que \((S/I)_f\) n’est pas nul. Donc \((S/I)_{(f)} \not = 0\), puisque c’est un anneau qui s’envoie dans \((S/I)_f\). Choisissons un idéal premier \(\mathfrak q \subset (S/I)_{(f)}\). Celui-ci correspond à un idéal premier gradué de \(S/I\), qui ne contient pas l’idéal irrelevant \((S/I)_{+}\). Cela correspond à son tour à un idéal premier gradué \(\mathfrak p\) de \(S\), contenant \(I\) mais ne contenant pas \(S_{+}\), comme voulu. Ceci démontre (10) et achève la démonstration.
Exemple
Soit \(R\) un anneau. Si \(S = R[X]\) avec \(\deg(X) = 1\), alors le morphisme naturel \(\text{Proj}(S) \to \Spec(R)\) est une bijection et même un homéomorphisme. En effet, soit \(\mathfrak p \in \text{Proj}(S)\). Puisque \(S_{+} \not \subset \mathfrak p\), nous voyons que \(X \not \in \mathfrak p\). Ainsi, si \(aX^n \in \mathfrak p\) avec \(a \in R\) et \(n > 0\), alors \(a \in \mathfrak p\). Il s’ensuit que \(\mathfrak p = \mathfrak p_0S\) avec \(\mathfrak p_0 = \mathfrak p \cap R\).
Si \(\mathfrak p \in \text{Proj}(S)\), nous définissons \(S_{(\mathfrak p)}\) comme l’anneau dont les éléments sont les fractions \(r/f\), où \(r, f \in S\) sont des éléments homogènes de même degré tels que \(f \not\in \mathfrak p\). Comme d’habitude, nous disons que \(r/f = r'/f'\) si et seulement s’il existe un certain \(f'' \in S\) homogène, \(f'' \not \in \mathfrak p\), tel que \(f''(rf' - r'f) = 0\). Étant donné un \(S\)-module gradué \(M\), nous posons \(M_{(\mathfrak p)}\) égal au \(S_{(\mathfrak p)}\)-module dont les éléments sont les fractions \(x/f\), où \(x \in M\) et \(f \in S\) sont homogènes de même degré, avec \(f \not \in \mathfrak p\). Nous disons que \(x/f = x'/f'\) si et seulement s’il existe un certain \(f'' \in S\) homogène, \(f'' \not \in \mathfrak p\), tel que \(f''(xf' - x'f) = 0\).
Lemme
Soit \(S\) un anneau gradué. Soit \(M\) un \(S\)-module gradué. Soit \(\mathfrak p\) un élément de \(\text{Proj}(S)\). Soit \(f \in S\) un élément homogène de degré positif tel que \(f \not \in \mathfrak p\), c’est-à-dire \(\mathfrak p \in D_{+}(f)\). Soit \(\mathfrak p' \subset S_{(f)}\) l’élément de \(\Spec(S_{(f)})\) correspondant à \(\mathfrak p\) comme dans le Lemme 00JP. Alors \(S_{(\mathfrak p)} = (S_{(f)})_{\mathfrak p'}\) et, de manière compatible, \(M_{(\mathfrak p)} = (M_{(f)})_{\mathfrak p'}\).
Démonstration
Nous définissons un morphisme \(\psi : M_{(\mathfrak p)} \to (M_{(f)})_{\mathfrak p'}\). Soit \(x/g \in M_{(\mathfrak p)}\). Posons \[\psi(x/g) = (x g^{\deg(f) - 1}/f^{\deg(x)})/(g^{\deg(f)}/f^{\deg(g)}).\] Ceci a un sens puisque \(\deg(x) = \deg(g)\) et puisque \(g^{\deg(f)}/f^{\deg(g)} \not \in \mathfrak p'\). Nous omettons la vérification que \(\psi\) est bien défini, est un morphisme de modules et est un isomorphisme. Indication : l’inverse envoie \((x/f^n)/(g/f^m)\) sur \((xf^m)/(g f^n)\).
Voici une variante graduée du Lemme 00DS.
Lemme
Supposons que \(S\) soit un anneau gradué, que les \(\mathfrak p_i\), \(i = 1, \ldots, r\), soient des idéaux premiers homogènes et que \(I \subset S_{+}\) soit un idéal gradué. Supposons que \(I \not\subset \mathfrak p_i\) pour tout \(i\). Alors il existe un élément homogène \(x\in I\) de degré positif tel que \(x\not\in \mathfrak p_i\) pour tout \(i\).
Démonstration
Nous pouvons supposer qu’il n’y a aucune inclusion entre les \(\mathfrak p_i\). Le résultat est vrai pour \(r = 1\). Supposons le résultat vrai pour \(r - 1\). Choisissons \(x \in I\) homogène de degré positif tel que \(x \not \in \mathfrak p_i\) pour tous les \(i = 1, \ldots, r - 1\). Si \(x \not\in \mathfrak p_r\), c’est terminé. Supposons donc \(x \in \mathfrak p_r\). Si \(I \mathfrak p_1 \ldots \mathfrak p_{r-1} \subset \mathfrak p_r\), alors \(I \subset \mathfrak p_r\), contradiction. Choisissons \(y \in I\mathfrak p_1 \ldots \mathfrak p_{r-1}\) homogène et \(y \not \in \mathfrak p_r\). Alors \(x^{\deg(y)} + y^{\deg(x)}\) convient.
Lemme
Soit \(S\) un anneau gradué. Soit \(\mathfrak p \subset S\) un idéal premier. Soit \(\mathfrak q\) l’idéal homogène de \(S\) engendré par les éléments homogènes de \(\mathfrak p\). Alors \(\mathfrak q\) est un idéal premier de \(S\).
Démonstration
Pour prouver que \(\mathfrak q\) est premier, il suffit de vérifier que si \(f, g \in S\) sont homogènes et si \(fg \in \mathfrak q\), alors \(f\) ou \(g\) appartient à \(\mathfrak q\). Alors \(fg \in \mathfrak p\) car \(\mathfrak p \subset \mathfrak q\). Comme \(\mathfrak p\) est premier, nous voyons que soit \(f \in \mathfrak p\), soit \(g \in \mathfrak p\). Comme \(f\) et \(g\) sont homogènes, il est alors clair que soit \(f \in \mathfrak q\), soit \(g \in \mathfrak q\).
Lemme
Soit \(S\) un anneau gradué.
Tout idéal premier minimal de \(S\) est un idéal homogène de \(S\).
Étant donné un idéal homogène \(I \subset S\), tout idéal premier minimal au-dessus de \(I\) est homogène.
Démonstration
La première assertion est vraie car l’idéal premier \(\mathfrak q\) construit dans le Lemme 00JT vérifie \(\mathfrak q \subset \mathfrak p\). La seconde découle de ce que nous pouvons considérer \(S/I\) et appliquer la première partie.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S\) une \(R\)-algèbre graduée. Soit \(f \in S_{+}\) homogène. Supposons que \(S\) soit de type fini sur \(R\). Alors
l’anneau \(S_{(f)}\) est de type fini sur \(R\), et
pour tout \(S\)-module gradué fini \(M\), le module \(M_{(f)}\) est un \(S_{(f)}\)-module fini.
Démonstration
Choisissons \(f_1, \ldots, f_n \in S\) qui engendrent \(S\) comme \(R\)-algèbre. Nous pouvons supposer que chaque \(f_i\) est homogène (en décomposant chaque \(f_i\) en ses composantes homogènes). Un élément de \(S_{(f)}\) est une somme de la forme \[\sum\nolimits_{e\deg(f) = \sum e_i\deg(f_i)} \lambda_{e_1 \ldots e_n} f_1^{e_1} \ldots f_n^{e_n}/f^e\] avec \(\lambda_{e_1 \ldots e_n} \in R\). Ainsi \(S_{(f)}\) est engendré comme \(R\)-algèbre par les \(f_1^{e_1} \ldots f_n^{e_n} /f^e\) vérifiant \(e\deg(f) = \sum e_i\deg(f_i)\). Si \(e_i \geq \deg(f)\), nous pouvons écrire ceci sous la forme \[f_1^{e_1} \ldots f_n^{e_n}/f^e = f_i^{\deg(f)}/f^{\deg(f_i)} \cdot f_1^{e_1} \ldots f_i^{e_i - \deg(f)} \ldots f_n^{e_n}/f^{e - \deg(f_i)}\] Ainsi, il ne nous faut que les éléments \(f_i^{\deg(f)}/f^{\deg(f_i)}\), ainsi que les éléments \(f_1^{e_1} \ldots f_n^{e_n} /f^e\) tels que \(e \deg(f) = \sum e_i \deg(f_i)\) et \(e_i < \deg(f)\). Il s’agit d’une liste finie, et nous voyons que (1) est vraie.
Pour voir (2), supposons que \(M\) soit engendré par des éléments homogènes \(x_1, \ldots, x_m\). En raisonnant comme ci-dessus, nous trouvons que \(M_{(f)}\) est engendré comme \(S_{(f)}\)-module par la liste finie des éléments de la forme \(f_1^{e_1} \ldots f_n^{e_n} x_j /f^e\) avec \(e \deg(f) = \sum e_i \deg(f_i) + \deg(x_j)\) et \(e_i < \deg(f)\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(R'\) une \(R\)-algèbre de type fini, et soit \(M\) un \(R'\)-module fini. Il existe une \(R\)-algèbre graduée \(S\), un \(S\)-module gradué \(N\) et un élément \(f \in S\) homogène de degré \(1\) tels que
\(R' \cong S_{(f)}\) et \(M \cong N_{(f)}\) (comme modules),
\(S_0 = R\) et \(S\) est engendré par un nombre fini d’éléments de degré \(1\) sur \(R\), et
\(N\) est un \(S\)-module fini.
Démonstration
Nous pouvons écrire \(R' = R[x_1, \ldots, x_n]/I\) pour un certain idéal \(I\). Pour un élément \(g \in R[x_1, \ldots, x_n]\), notons \(\tilde g \in R[X_0, \ldots, X_n]\) l’élément homogène de degré minimal tel que \(g = \tilde g(1, x_1, \ldots, x_n)\). Soit \(\tilde I \subset R[X_0, \ldots, X_n]\) l’idéal engendré par tous les éléments \(\tilde g\), \(g \in I\). Posons \(S = R[X_0, \ldots, X_n]/\tilde I\) et notons \(f\) l’image de \(X_0\) dans \(S\). Par construction, nous avons un isomorphisme \[S_{(f)} \longrightarrow R', \quad X_i/X_0 \longmapsto x_i.\] Pour faire de même avec le module \(M\), choisissons une présentation \[M = (R')^{\oplus r}/\sum\nolimits_{j \in J} R'k_j\] avec \(k_j = (k_{1j}, \ldots, k_{rj})\). Posons \(d_{ij} = \deg(\tilde k_{ij})\). Posons \(d_j = \max\{d_{ij}\}\). Posons \(K_{ij} = X_0^{d_j - d_{ij}}\tilde k_{ij}\), qui est homogène de degré \(d_j\). Avec cette notation, posons \[N = \Coker\Big( \bigoplus\nolimits_{j \in J} S(-d_j) \xrightarrow{(K_{ij})} S^{\oplus r} \Big)\] ce qui convient. Certains détails sont omis.
Anneaux gradués noethériens
Quelques éléments de théorie des anneaux gradués noethériens, notamment sur les polynômes de Hilbert.
Lemme
Soit \(S\) un anneau gradué. Un ensemble d’éléments homogènes \(f_i \in S_{+}\) engendre \(S\) comme algèbre sur \(S_0\) si et seulement si ces éléments engendrent \(S_{+}\) comme idéal de \(S\).
Démonstration
Si les \(f_i\) engendrent \(S\) comme algèbre sur \(S_0\), tout élément de \(S_{+}\) est un polynôme sans terme constant en les \(f_i\), et donc \(S_{+}\) est engendré par les \(f_i\) comme idéal. Réciproquement, supposons que \(S_{+} = \sum Sf_i\). Nous montrerons que tout élément \(f\) de \(S\) s’écrit comme un polynôme en les \(f_i\) à coefficients dans \(S_0\). Il suffit de le faire pour les éléments homogènes. Supposons que \(f\) soit de degré \(d\). Nous pouvons alors raisonner par récurrence sur \(d\). Le cas \(d = 0\) est immédiat. Si \(d > 0\), alors \(f \in S_{+}\), donc nous pouvons écrire \(f = \sum g_i f_i\) pour certains \(g_i \in S\). Comme \(S\) est gradué, nous pouvons remplacer \(g_i\) par sa composante homogène de degré \(d - \deg(f_i)\). Par récurrence, nous voyons que chaque \(g_i\) est un polynôme en les \(f_i\), et le résultat suit.
Lemme
Un anneau gradué \(S\) est noethérien si et seulement si \(S_0\) est noethérien et si \(S_{+}\) est de type fini comme idéal de \(S\).
Démonstration
Il est clair que si \(S\) est noethérien, alors \(S_0 = S/S_{+}\) est noethérien et \(S_{+}\) est de type fini. Réciproquement, supposons \(S_0\) noethérien et \(S_{+}\) de type fini comme idéal de \(S\). Choisissons des générateurs \(S_{+} = (f_1, \ldots, f_n)\). En décomposant les \(f_i\) en composantes homogènes, nous pouvons supposer que chaque \(f_i\) est homogène. Par le Lemme 07Z4, nous voyons que \(S_0[X_1, \ldots X_n] \to S\) qui envoie \(X_i\) sur \(f_i\) est surjectif. Ainsi \(S\) est noethérien par le Lemme 00FN.
Définition
Soit \(A\) un groupe abélien. Nous disons qu’une fonction \(f : n \mapsto f(n) \in A\) définie pour tous les entiers \(n\) suffisamment grands est un polynôme numérique s’il existe \(r \geq 0\), des éléments \(a_0, \ldots, a_r\in A\) tels que \[f(n) = \sum\nolimits_{i = 0}^r \binom{n}{i} a_i\] pour tout \(n \gg 0\).
La raison d’utiliser les coefficients binomiaux est le fait élémentaire que tout polynôme \(P \in \mathbf{Q}[T]\) dont toutes les valeurs aux points entiers sont entières est égal à une somme \(P(T) = \sum a_i \binom{T}{i}\) avec \(a_i \in \mathbf{Z}\). Remarquons qu’en particulier les expressions \(\binom{T + 1}{i + 1}\) sont de cette forme.
Lemme
Si \(A \to A'\) est un homomorphisme de groupes abéliens et si \(f : n \mapsto f(n) \in A\) est un polynôme numérique, alors la composée l’est également.
Démonstration
Ceci est immédiat d’après les définitions.
Lemme
Supposons que \(f: n \mapsto f(n) \in A\) soit définie pour tout \(n\) suffisamment grand, et supposons que \(n \mapsto f(n) - f(n-1)\) soit un polynôme numérique. Alors \(f\) est un polynôme numérique.
Démonstration
Soit \(f(n) - f(n-1) = \sum\nolimits_{i = 0}^r \binom{n}{i} a_i\) pour tout \(n \gg 0\). Posons \(g(n) = f(n) - \sum\nolimits_{i = 0}^r \binom{n + 1}{i + 1} a_i\). Alors \(g(n) - g(n-1) = 0\) pour tout \(n \gg 0\). Ainsi \(g\) est constante à partir d’un certain rang, disons égale à \(a_{-1}\). Nous laissons au lecteur le soin de montrer que \(a_{-1} + \sum\nolimits_{i = 0}^r \binom{n + 1}{i + 1} a_i\) a la forme requise (voir la remarque au-dessus du lemme).
Lemme
Si \(M\) est un \(S\)-module gradué de type fini, et si \(S\) est de type fini sur \(S_0\), alors chaque \(M_n\) est un \(S_0\)-module fini.
Démonstration
Supposons que les générateurs de \(M\) soient les \(m_i\) et les générateurs de \(S\) les \(f_i\). En prenant les composantes homogènes, nous pouvons supposer que les \(m_i\) et les \(f_i\) sont homogènes et nous pouvons supposer \(f_i \in S_{+}\). Dans ce cas, il est clair que chaque \(M_n\) est engendré sur \(S_0\) par les « monômes » \(\prod f_i^{e_i} m_j\) dont le degré est \(n\).
Proposition
Supposons que \(S\) soit un anneau gradué noethérien et \(M\) un \(S\)-module gradué fini. Considérons la fonction \[\mathbf{Z} \longrightarrow K'_0(S_0), \quad n \longmapsto [M_n]\] voir le Lemme 00K0. Si \(S_{+}\) est engendré par des éléments de degré \(1\), alors cette fonction est un polynôme numérique.
Démonstration
Nous démontrons ceci par récurrence sur le nombre minimal de générateurs de \(S_1\). Si ce nombre est \(0\), alors \(M_n = 0\) pour tout \(n \gg 0\) et le résultat est vrai. Pour l’étape de récurrence, soit \(x\in S_1\) l’un des générateurs d’un ensemble minimal, tel que l’hypothèse de récurrence s’applique à l’anneau gradué \(S/(x)\).
Montrons d’abord que le résultat est vrai si \(x\) est nilpotent sur \(M\). Nous raisonnons par récurrence sur le plus petit entier \(r\) tel que \(x^r M = 0\). Si \(r = 1\), alors \(M\) est un module sur \(S/xS\) et le résultat est vrai (par l’autre hypothèse de récurrence). Si \(r > 1\), nous pouvons trouver une suite exacte courte \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) telle que les entiers \(r', r''\) soient strictement plus petits que \(r\). Nous connaissons donc le résultat pour \(M''\) et \(M'\). Ainsi nous obtenons le résultat pour \(M\) en raison de la relation \([M_d] = [M'_d] + [M''_d]\) dans \(K'_0(S_0)\).
Si \(x\) n’est pas nilpotent sur \(M\), soit \(M' \subset M\) le plus grand sous-module sur lequel \(x\) est nilpotent. Considérons la suite exacte \(0 \to M' \to M \to M/M' \to 0\) : nous voyons à nouveau qu’il suffit de prouver le résultat pour \(M/M'\). Autrement dit, nous pouvons supposer que la multiplication par \(x\) est injective.
Posons \(\overline{M} = M/xM\). Remarquons que l’application \(x : M \to M\) n’est pas une application de \(S\)-modules gradués, car elle n’envoie pas \(M_d\) dans \(M_d\). En effet, pour chaque \(d\), nous avons la suite exacte courte suivante \[0 \to M_d \xrightarrow{x} M_{d + 1} \to \overline{M}_{d + 1} \to 0\] Ceci montre que \([M_{d + 1}] - [M_d] = [\overline{M}_{d + 1}]\). Le résultat découle alors du Lemme 00JZ.
Remarque
Si \(S\) est toujours noethérien mais \(S\) n’est pas engendré en degré \(1\), alors la fonction associée à un \(S\)-module gradué est un polynôme périodique (c’est-à-dire un polynôme numérique sur les classes de congruence des entiers modulo \(n\) pour un certain \(n\)).
Exemple
Supposons que \(S = k[X_1, \ldots, X_d]\). Par l’Exemple 00JE, nous pouvons identifier \(K_0(k) = K'_0(k) = \mathbf{Z}\). Ainsi tout module gradué de type fini sur \(k[X_1, \ldots, X_d]\) donne lieu à un polynôme numérique \(n \mapsto \dim_k(M_n)\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Supposons que \(I \subset k[X_1, \ldots, X_d]\) soit un idéal gradué non nul. Soit \(M = k[X_1, \ldots, X_d]/I\). Alors le polynôme numérique \(n \mapsto \dim_k(M_n)\) (voir l’Exemple 00K2) est de degré \(< d - 1\) (ou est nul si \(d = 1\)).
Démonstration
Le polynôme numérique associé au module gradué \(k[X_1, \ldots, X_d]\) est \(n \mapsto \binom{n - 1 + d}{d - 1}\). Pour tout élément homogène non nul \(f \in I\) de degré \(e\) et tout degré \(n >> e\), nous avons \(I_n \supset f \cdot k[X_1, \ldots, X_d]_{n-e}\) et donc \(\dim_k(I_n) \geq \binom{n - e - 1 + d}{d - 1}\). Ainsi \(\dim_k(M_n) \leq \binom{n - 1 + d}{d - 1} - \binom{n - e - 1 + d}{d - 1}\). Le résultat suit car la dernière expression est de degré \(< d - 1\) (ou est nulle si \(d = 1\)).
Anneaux locaux noethériens
Dans toute cette section, \((R, \mathfrak m, \kappa)\) est un anneau local noethérien. Nous y développons quelques éléments de théorie des fonctions de Hilbert des modules. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Nous définissons la fonction de Hilbert de \(M\) comme la fonction \[\varphi_M : n \longmapsto \text{longueur}_R(\mathfrak m^nM/{\mathfrak m}^{n + 1}M)\] définie pour tout entier \(n \geq 0\). Un autre invariant important est la fonction \[\chi_M : n \longmapsto \text{longueur}_R(M/{\mathfrak m}^{n + 1}M)\] définie pour tout entier \(n \geq 0\). D’après le Lemme 00IV, nous avons \[\chi_M(n) = \sum\nolimits_{i = 0}^n \varphi_M(i).\] Il existe une variante de cette construction qui utilise un idéal de définition.
Définition
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Un idéal \(I \subset R\) tel que \(\sqrt{I} = \mathfrak m\) est appelé idéal de définition de \(R\).
Soit \(I \subset R\) un idéal de définition. Comme \(R\) est noethérien, cela implique que \(\mathfrak m^r \subset I\) pour un certain \(r\); voir le Lemme 00IM. Tout \(R\)-module de type fini annulé par une puissance de \(I\) est donc de longueur finie; voir le Lemme 00J0. Il est ainsi légitime de définir \[\varphi_{I, M}(n) = \text{longueur}_R(I^nM/I^{n + 1}M) \quad\text{et}\quad \chi_{I, M}(n) = \text{longueur}_R(M/I^{n + 1}M)\] pour tout \(n \geq 0\). Nous avons encore \[\chi_{I, M}(n) = \sum\nolimits_{i = 0}^n \varphi_{I, M}(i).\]
Lemme
Supposons que \(M' \subset M\) soient des \(R\)-modules de type fini dont le quotient est de longueur finie. Il existe alors des constantes \(c_1, c_2\) telles que, pour tout \(n \geq c_2\), nous ayons \[c_1 + \chi_{I, M'}(n - c_2) \leq \chi_{I, M}(n) \leq c_1 + \chi_{I, M'}(n)\]
Démonstration
Comme \(M/M'\) est de longueur finie, il existe \(c_2 \geq 0\) tel que \(I^{c_2}M \subset M'\). Posons \(c_1 = \text{longueur}_R(M/M')\). Pour \(n \geq c_2\), nous avons \[\begin{eqnarray*} \chi_{I, M}(n) & = & \text{longueur}_R(M/I^{n + 1}M) \\ & = & c_1 + \text{longueur}_R(M'/I^{n + 1}M) \\ & \leq & c_1 + \text{longueur}_R(M'/I^{n + 1}M') \\ & = & c_1 + \chi_{I, M'}(n) \end{eqnarray*}\] D’autre part, comme \(I^{c_2}M \subset M'\), nous avons \(I^nM \subset I^{n - c_2}M'\) pour \(n \geq c_2\). Ainsi, pour \(n \geq c_2\), nous obtenons \[\begin{eqnarray*} \chi_{I, M}(n) & = & \text{longueur}_R(M/I^{n + 1}M) \\ & = & c_1 + \text{longueur}_R(M'/I^{n + 1}M) \\ & \geq & c_1 + \text{longueur}_R(M'/I^{n + 1 - c_2}M') \\ & = & c_1 + \chi_{I, M'}(n - c_2) \end{eqnarray*}\] ce qui achève la démonstration.
Lemme
Supposons que \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) soit une suite exacte courte de \(R\)-modules de type fini. Il existe alors un sous-module \(N \subset M'\) dont le quotient est de longueur finie \(l\), et un entier \(c \geq 0\), tels que \[\chi_{I, M}(n) = \chi_{I, M''}(n) + \chi_{I, N}(n - c) + l\] et \[\varphi_{I, M}(n) = \varphi_{I, M''}(n) + \varphi_{I, N}(n - c)\] pour tout \(n \geq c\).
Démonstration
Remarquons que \(M/I^nM \to M''/I^nM''\) est surjectif et a pour noyau \(M' / M' \cap I^nM\). D’après le lemme d’Artin–Rees (Lemme 00IN), il existe une constante \(c\) telle que \(M' \cap I^nM = I^{n - c}(M' \cap I^cM)\). Posons \(N = M' \cap I^cM\). Remarquons que \(I^c M' \subset N \subset M'\). Ainsi \(\text{longueur}_R(M' / M' \cap I^nM) = \text{longueur}_R(M'/N) + \text{longueur}_R(N/I^{n - c}N)\) pour \(n \geq c\). La suite exacte courte \[0 \to M' / M' \cap I^nM \to M/I^nM \to M''/I^nM'' \to 0\] et l’additivité des longueurs (Lemme 00IV) donnent l’égalité \[\chi_{I, M}(n - 1) = \chi_{I, M''}(n - 1) + \chi_{I, N}(n - c - 1) + \text{longueur}_R(M'/N)\] pour \(n \geq c\). Nous avons \(\varphi_{I, M}(n) = \chi_{I, M}(n) - \chi_{I, M}(n - 1)\), et de même pour les modules \(M''\) et \(N\). Nous obtenons donc \(\varphi_{I, M}(n) = \varphi_{I, M''}(n) + \varphi_{I, N}(n-c)\) pour \(n \geq c\).
Lemme
Supposons que \(I\), \(I'\) soient deux idéaux de définition de l’anneau local noethérien \(R\). Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Il existe une constante \(a\) telle que \(\chi_{I, M}(n) \leq \chi_{I', M}(an)\) pour \(n \geq 1\).
Démonstration
Il existe un entier \(c \geq 1\) tel que \((I')^c \subset I\). Nous obtenons donc une surjection \(M/(I')^{c(n + 1)}M \to M/I^{n + 1}M\). Le résultat s’ensuit avec \(a = 2c - 1\).
Proposition
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(I \subset R\) un idéal de définition. La fonction de Hilbert \(\varphi_{I, M}\) et la fonction \(\chi_{I, M}\) sont des polynômes numériques.
Démonstration
Considérons l’anneau gradué \(S = R/I \oplus I/I^2 \oplus I^2/I^3 \oplus \ldots = \bigoplus_{d \geq 0} I^d/I^{d + 1}\). Considérons le \(S\)-module gradué \(N = M/IM \oplus IM/I^2M \oplus \ldots = \bigoplus_{d \geq 0} I^dM/I^{d + 1}M\). La paire \((S, N)\) satisfait aux hypothèses de la Proposition 00K1. Le résultat pour \(\varphi_{I, M}\) découle donc de cette proposition et du Lemme 00JD. Le résultat pour \(\chi_{I, M}\) découle de ce qui précède et du Lemme 00JZ.
Définition
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Le polynôme de Hilbert de \(M\) sur \(R\) est l’élément \(P(t) \in \mathbf{Q}[t]\) tel que \(P(n) = \varphi_M(n)\) pour \(n \gg 0\).
La Proposition 00K8 montre que le polynôme de Hilbert existe.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini.
Le degré du polynôme numérique \(\varphi_{I, M}\) est indépendant de l’idéal de définition \(I\).
Le degré du polynôme numérique \(\chi_{I, M}\) est indépendant de l’idéal de définition \(I\).
Démonstration
La partie (2) découle immédiatement du Lemme 00K7. La partie (1) découle de (2), car \(\varphi_{I, M}(n) = \chi_{I, M}(n) - \chi_{I, M}(n - 1)\) pour \(n \geq 1\).
Définition
Soit \(R\) un anneau local noethérien et \(M\) un \(R\)-module de type fini. On note \(d(M)\) l’élément de \(\{-\infty, 0, 1, 2, \ldots \}\) défini comme suit :
si \(M = 0\), nous posons \(d(M) = -\infty\);
si \(M \not = 0\), alors \(d(M)\) est le degré du polynôme numérique \(\chi_M\).
Si \(\mathfrak m^nM \not = 0\) pour tout \(n\), alors nous voyons que \(d(M)\) est le degré, augmenté d’une unité (\(+1\)), du polynôme de Hilbert de \(M\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(I \subset R\) un idéal de définition. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini qui n’est pas de longueur finie. Si \(M' \subset M\) est un sous-module dont le quotient est de longueur finie, alors \(\chi_{I, M} - \chi_{I, M'}\) est un polynôme de degré strictement inférieur (\(<\)) à celui de chacun des deux polynômes.
Démonstration
Cela découle du Lemme 00K5 par un calcul élémentaire.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(I \subset R\) un idéal de définition. Soit \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules de type fini. Alors :
si \(M'\) n’est pas de longueur finie, alors \(\chi_{I, M} - \chi_{I, M''} - \chi_{I, M'}\) est un polynôme numérique de degré strictement inférieur (\(<\)) à celui de \(\chi_{I, M'}\);
\(\max\{ \deg(\chi_{I, M'}), \deg(\chi_{I, M''}) \} = \deg(\chi_{I, M})\); et
\(\max\{d(M'), d(M'')\} = d(M)\).
Démonstration
Démontrons d’abord (1). Soit \(N \subset M'\) comme dans le Lemme 00K6. D’après le Lemme 00KB, le polynôme numérique \(\chi_{I, M'} - \chi_{I, N}\) est de degré strictement inférieur (\(<\)) au degré commun de \(\chi_{I, M'}\) et \(\chi_{I, N}\). D’après le Lemme 00K6, la différence \[\chi_{I, M}(n) - \chi_{I, M''}(n) - \chi_{I, N}(n - c)\] est constante pour \(n \gg 0\). Par un calcul élémentaire, la différence \(\chi_{I, N}(n) - \chi_{I, N}(n - c)\) est de degré strictement inférieur (\(<\)) au degré de \(\chi_{I, N}\), qui est strictement positif (voir ci-dessus). En réunissant ces observations, nous obtenons (1).
Remarquons que les coefficients dominants de \(\chi_{I, M'}\) et \(\chi_{I, M''}\) sont non négatifs. Le degré de \(\chi_{I, M'} + \chi_{I, M''}\) est donc égal au maximum des degrés. Ainsi, si \(M'\) n’est pas de longueur finie, alors (2) découle de (1). Si \(M'\) est de longueur finie, alors \(I^nM \to I^nM''\) est un isomorphisme pour tout \(n \gg 0\) d’après Artin–Rees (Lemme 00IN). Ainsi \(M/I^nM \to M''/I^nM''\) est surjectif et a pour noyau \(M'\) pour \(n \gg 0\), et nous voyons que \(\chi_{I, M}(n) - \chi_{I, M''}(n) = \text{longueur}(M')\) pour tout \(n \gg 0\). La partie (2) est donc également vraie dans ce cas.
Démonstration de (3). Cela découle de (2), sauf si l’un des modules \(M\), \(M'\) ou \(M''\) est nul. Nous omettons la démonstration dans ces cas particuliers.
Dimension
Comparer avec Topologie, section 0054.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Une chaîne d’idéaux premiers est une suite \(\mathfrak p_0 \subset \mathfrak p_1 \subset \ldots \subset \mathfrak p_n\) d’idéaux premiers de \(R\) telle que \(\mathfrak p_i \not = \mathfrak p_{i + 1}\) pour \(i = 0, \ldots, n - 1\). La longueur de cette chaîne d’idéaux premiers est \(n\).
Rappelons qu’il existe une bijection renversant les inclusions entre les idéaux premiers d’un anneau \(R\) et les sous-ensembles fermés irréductibles de \(\Spec(R)\); voir le Lemme 00ES.
Définition
La dimension de Krull de l’anneau \(R\) est la dimension de Krull de l’espace topologique \(\Spec(R)\); voir Topologie, Définition 0055. Autrement dit, c’est la borne supérieure des entiers \(n\geq 0\) pour lesquels \(R\) possède une chaîne d’idéaux premiers \[\mathfrak p_0 \subset \mathfrak p_1 \subset \ldots \subset \mathfrak p_n, \quad \mathfrak p_i \not = \mathfrak p_{i + 1}.\] Cette chaîne est de longueur \(n\).
Définition
La hauteur d’un idéal premier \(\mathfrak p\) d’un anneau \(R\) est la dimension de l’anneau local \(R_{\mathfrak p}\).
Lemme
La dimension de Krull de \(R\) est la borne supérieure des hauteurs de ses idéaux premiers (maximaux).
Démonstration
Cela résulte du fait que l’on peut toujours ajouter un idéal maximal à la fin d’une chaîne d’idéaux premiers.
Lemme
Un anneau noethérien de dimension \(0\) est artinien. Réciproquement, tout anneau artinien est noethérien de dimension zéro.
Démonstration
Supposons que \(R\) soit un anneau noethérien de dimension \(0\). D’après le Lemme 00FQ, l’espace \(\Spec(R)\) est noethérien. D’après Topologie, Lemme 0052, \(\Spec(R)\) possède un nombre fini de composantes irréductibles, disons \(\Spec(R) = Z_1 \cup \ldots \cup Z_r\). D’après le Lemme 00ES, chaque \(Z_i = V(\mathfrak p_i)\), où \(\mathfrak p_i\) est un idéal minimal. Comme la dimension est \(0\), ces \(\mathfrak p_i\) sont également maximaux. Ainsi \(\Spec(R)\) est l’espace topologique discret dont les éléments sont les \(\mathfrak p_i\). Tout élément \(f\) du radical de Jacobson \(\bigcap \mathfrak p_i\) est nilpotent, car sinon \(R_f\) ne serait pas l’anneau nul et nous aurions un autre idéal premier. D’après le Lemme 00JA, \(R\) est égal à \(\prod R_{\mathfrak p_i}\). Comme \(R_{\mathfrak p_i}\) est lui aussi noethérien et de dimension \(0\), les arguments précédents montrent que son radical \(\mathfrak p_iR_{\mathfrak p_i}\) est localement nilpotent. Le Lemme 00IM donne \(\mathfrak p_i^nR_{\mathfrak p_i} = 0\) pour un certain \(n \geq 1\). D’après le Lemme 00J0, nous en concluons que \(R_{\mathfrak p_i}\) est de longueur finie sur \(R\). Le Lemme 00JB montre alors que \(R\) est artinien.
Si \(R\) est un anneau artinien, alors le Lemme 00JB montre qu’il est noethérien. Tous ses idéaux premiers sont maximaux par combinaison des Lemmes 00J7, 00J8 et 00JA.
Dans la suite, nous utiliserons l’invariant \(d(-)\) défini dans la Définition 00KA. Commençons par un lemme préparatoire.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Alors \(\dim(R) = 0 \Leftrightarrow d(R) = 0\).
Démonstration
En effet, \(d(R) = 0\) si et seulement si \(R\) est de longueur finie comme \(R\)-module. Voir le Lemme 00JB.
Proposition
Soit \(R\) un anneau. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(R\) est artinien;
\(R\) est noethérien et \(\dim(R) = 0\);
\(R\) est de longueur finie comme module sur lui-même;
\(R\) est un produit fini d’anneaux locaux artiniens;
\(R\) est noethérien et \(\Spec(R)\) est un espace topologique discret fini;
\(R\) est un produit fini d’anneaux locaux noethériens de dimension \(0\);
\(R\) est un produit fini d’anneaux locaux noethériens \(R_i\) tels que \(d(R_i) = 0\);
\(R\) est un produit fini d’anneaux locaux noethériens \(R_i\) dont les idéaux maximaux sont nilpotents;
\(R\) est noethérien, possède un nombre fini d’idéaux maximaux et son radical de Jacobson est nilpotent; et
\(R\) est noethérien et il n’existe aucune inclusion stricte entre ses idéaux premiers.
Démonstration
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(\dim(R) = 1\);
\(d(R) = 1\);
il existe \(x \in \mathfrak m\), avec \(x\) non nilpotent, tel que \(V(x) = \{\mathfrak m\}\);
il existe \(x \in \mathfrak m\), avec \(x\) non nilpotent, tel que \(\mathfrak m = \sqrt{(x)}\); et
il existe un idéal de définition engendré par \(1\) élément, et aucun idéal de définition n’est engendré par \(0\) élément.
Démonstration
Supposons d’abord que \(\dim(R) = 1\). Soient \(\mathfrak p_i\) les idéaux premiers minimaux de \(R\). Comme la dimension est \(1\), le seul autre idéal premier de \(R\) est \(\mathfrak m\). D’après le Lemme 00FR, ils sont en nombre fini. Nous pouvons donc trouver \(x \in \mathfrak m\), \(x \not \in \mathfrak p_i\); voir le Lemme 00DS. Le seul idéal premier contenant \(x\) est ainsi \(\mathfrak m\), d’où (00KN).
Si (00KN) est satisfaite, alors \(\mathfrak m = \sqrt{(x)}\) d’après le Lemme 00E0, d’où (00KO). La réciproque est également claire. L’équivalence entre (00KO) et (00KP) découle directement des définitions.
Supposons (00KP). Soit \(I = (x)\) un idéal de définition. Remarquons que \(I^n/I^{n + 1}\) est un quotient de \(R/I\) par la multiplication par \(x^n\), et donc que \(\text{longueur}_R(I^n/I^{n + 1})\) est bornée. Ainsi \(d(R) = 0\) ou \(d(R) = 1\), mais \(d(R) = 0\) est exclu par l’hypothèse selon laquelle \(0\) n’est pas un idéal de définition.
Supposons (00KM). Pour obtenir une contradiction, supposons qu’il existe des idéaux premiers \(\mathfrak p \subset \mathfrak q \subset \mathfrak m\), les deux inclusions étant strictes. Choisissons un idéal de définition \(I \subset R\). Nous utiliserons plusieurs fois le Lemme 00KC. Tout d’abord, appliqué à la suite exacte \(0 \to \mathfrak p \to R \to R/\mathfrak p \to 0\), il implique que \(d(R/\mathfrak p) \leq 1\). Mais cette valeur ne peut évidemment pas être nulle. Choisissons \(x\in \mathfrak q\), \(x\not \in \mathfrak p\). Considérons la suite exacte courte \[0 \to R/\mathfrak p \to R/\mathfrak p \to R/(xR + \mathfrak p) \to 0.\] Cela implique que \(\chi_{I, R/\mathfrak p} - \chi_{I, R/\mathfrak p} - \chi_{I, R/(xR + \mathfrak p)} = - \chi_{I, R/(xR + \mathfrak p)}\) est de degré \(< 1\). Autrement dit, \(d(R/(xR + \mathfrak p)) = 0\), et donc \(\dim(R/(xR + \mathfrak p)) = 0\), d’après le Lemme 00KI. Mais \(R/(xR + \mathfrak p)\) possède les idéaux premiers distincts \(\mathfrak q/(xR + \mathfrak p)\) et \(\mathfrak m/(xR + \mathfrak p)\), ce qui donne la contradiction cherchée.
Proposition
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(d \geq 0\) un entier. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(\dim(R) = d\);
\(d(R) = d\);
il existe un idéal de définition engendré par \(d\) éléments, et aucun idéal de définition n’est engendré par moins de \(d\) éléments.
Démonstration
Cette démonstration est essentiellement la même que celle du Lemme 00KK. Nous procédons par récurrence sur \(d\). D’après les Lemmes 00KI et 00KK, nous pouvons supposer que \(d > 1\). Notons le nombre minimal de générateurs d’un idéal de définition de \(R\) par \(d'(R)\). Nous allons démontrer les inégalités \(\dim(R) \geq d'(R) \geq d(R) \geq \dim(R)\), ce qui montrera que ces nombres sont tous égaux.
Supposons d’abord que \(\dim(R) = d\). Soient \(\mathfrak p_i\) les idéaux premiers minimaux de \(R\). D’après le Lemme 00FR, ils sont en nombre fini. Nous pouvons donc trouver \(x \in \mathfrak m\), \(x \not \in \mathfrak p_i\); voir le Lemme 00DS. Toute chaîne maximale d’idéaux premiers commence par un certain \(\mathfrak p_i\); la dimension de \(R/xR\) est donc au plus \(d-1\). Par récurrence, il existe \(x_2, \ldots, x_d\) qui engendrent un idéal de définition dans \(R/xR\). Ainsi \(R\) possède un idéal de définition engendré par (au plus) \(d\) éléments.
Supposons \(d'(R) = d\). Soit \(I = (x_1, \ldots, x_d)\) un idéal de définition. Remarquons que \(I^n/I^{n + 1}\) est un quotient d’une somme directe de \(\binom{d + n - 1}{d - 1}\) copies de \(R/I\), par multiplication par tous les monômes de degré \(n\) en \(x_1, \ldots, x_d\). Ainsi \(\text{longueur}_R(I^n/I^{n + 1})\) est bornée par un polynôme de degré \(d-1\). Donc \(d(R) \leq d\).
Supposons \(d(R) = d\). Considérons une chaîne d’idéaux premiers \(\mathfrak p \subset \mathfrak q \subset \mathfrak q_2 \subset \ldots \subset \mathfrak q_e = \mathfrak m\), où toutes les inclusions sont strictes et \(e \geq 2\). Choisissons un idéal de définition \(I \subset R\). Nous utiliserons plusieurs fois le Lemme 00KC. Tout d’abord, appliqué à la suite exacte \(0 \to \mathfrak p \to R \to R/\mathfrak p \to 0\), il implique que \(d(R/\mathfrak p) \leq d\). Mais cette valeur ne peut évidemment pas être nulle. Choisissons \(x\in \mathfrak q\), \(x\not \in \mathfrak p\). Considérons la suite exacte courte \[0 \to R/\mathfrak p \to R/\mathfrak p \to R/(xR + \mathfrak p) \to 0.\] Cela implique que \(\chi_{I, R/\mathfrak p} - \chi_{I, R/\mathfrak p} - \chi_{I, R/(xR + \mathfrak p)} = - \chi_{I, R/(xR + \mathfrak p)}\) est de degré \(< d\). Autrement dit, \(d(R/(xR + \mathfrak p)) \leq d - 1\), et donc \(\dim(R/(xR + \mathfrak p)) \leq d - 1\), par récurrence. Or \(R/(xR + \mathfrak p)\) possède la chaîne d’idéaux premiers \(\mathfrak q/(xR + \mathfrak p) \subset \mathfrak q_2/(xR + \mathfrak p) \subset \ldots \subset \mathfrak q_e/(xR + \mathfrak p)\), ce qui donne \(e - 1 \leq d - 1\). Comme nous sommes partis d’une chaîne arbitraire d’idéaux premiers, cela prouve que \(\dim(R) \leq d(R)\).
En relisant la démonstration, le lecteur constatera que nous avons obtenu les inégalités cycliques voulues.
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. D’après ce qui précède, il est clair que \(\mathfrak m\) ne peut être engendré par moins de \(\dim(R)\) éléments. D’après le lemme de Nakayama 00DV, le nombre minimal de générateurs de \(\mathfrak m\) est égal à \(\dim_{\kappa(\mathfrak m)} \mathfrak m/\mathfrak m^2\). Nous avons donc l’inégalité fondamentale \[\dim(R) \leq \dim_{\kappa(\mathfrak m)} \mathfrak m/\mathfrak m^2.\] Il se trouve que les anneaux pour lesquels l’égalité est vérifiée possèdent de nombreuses bonnes propriétés. On les appelle anneaux locaux réguliers.
Définition
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension \(d\).
Un système de paramètres de \(R\) est une suite d’éléments \(x_1, \ldots, x_d \in \mathfrak m\) qui engendre un idéal de définition de \(R\);
s’il existe \(x_1, \ldots, x_d \in \mathfrak m\) tels que \(\mathfrak m = (x_1, \ldots, x_d)\), alors nous appelons \(R\) un anneau local régulier, et \(x_1, \ldots, x_d\) un système régulier de paramètres.
Les lemmes suivants ressortent clairement des démonstrations des lemmes et de la proposition ci-dessus, mais nous les énonçons explicitement afin de disposer de références commodes.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(x \in R\).
Si \(\mathfrak p\) est minimal au-dessus de \((x)\), alors la hauteur de \(\mathfrak p\) est \(0\) ou \(1\).
Si \(\mathfrak p, \mathfrak q \in \Spec(R)\) et si \(\mathfrak q\) est minimal au-dessus de \((\mathfrak p, x)\), alors il n’existe aucun idéal premier strictement compris entre \(\mathfrak p\) et \(\mathfrak q\).
Démonstration
Démonstration de (1). Si \(\mathfrak p\) est minimal parmi les idéaux premiers contenant \(x\), alors le seul idéal premier de \(R_\mathfrak p\) contenant \(x\) est l’idéal maximal \(\mathfrak p R_\mathfrak p\). En effet, les idéaux premiers de \(R_\mathfrak p\) correspondent de façon \(1\) à \(1\) aux idéaux premiers de \(R\) contenus dans \(\mathfrak p\); voir le Lemme 00E3. Le Lemme 00KK montre donc que \(\dim(R_\mathfrak p) = 1\) si \(x\) n’est pas nilpotent dans \(R_\mathfrak p\). Bien entendu, si \(x\) est nilpotent dans \(R_\mathfrak p\), l’argument montre que \(\mathfrak pR_\mathfrak p\) est le seul idéal premier et que la hauteur est \(0\).
Démonstration de (2). D’après la partie (1), \(\mathfrak q/\mathfrak p\) est un idéal premier de hauteur \(1\) ou \(0\) dans \(R/\mathfrak p\). Il en résulte immédiatement qu’il ne peut exister d’idéal premier strictement compris entre \(\mathfrak p\) et \(\mathfrak q\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in R\).
Si \(\mathfrak p\) est minimal au-dessus de \((f_1, \ldots, f_r)\), alors la hauteur de \(\mathfrak p\) est \(\leq r\).
Si \(\mathfrak p, \mathfrak q \in \Spec(R)\) et si \(\mathfrak q\) est minimal au-dessus de \((\mathfrak p, f_1, \ldots, f_r)\), alors toute chaîne d’idéaux premiers entre \(\mathfrak p\) et \(\mathfrak q\) est de longueur au plus \(r\).
Démonstration
Démonstration de (1). Si \(\mathfrak p\) est minimal parmi les idéaux premiers contenant \(f_1, \ldots, f_r\), alors le seul idéal premier de \(R_\mathfrak p\) contenant \(f_1, \ldots, f_r\) est l’idéal maximal \(\mathfrak p R_\mathfrak p\). En effet, les idéaux premiers de \(R_\mathfrak p\) correspondent de façon \(1\) à \(1\) aux idéaux premiers de \(R\) contenus dans \(\mathfrak p\); voir le Lemme 00E3. La Proposition 00KQ montre donc que \(\dim(R_\mathfrak p) \leq r\).
Démonstration de (2). D’après la partie (1), \(\mathfrak q/\mathfrak p\) est un idéal premier de hauteur \(\leq r\). Cela implique immédiatement l’assertion sur les chaînes d’idéaux premiers entre \(\mathfrak p\) et \(\mathfrak q\).
Lemme
Supposons que \(R\) soit un anneau local noethérien et que \(x\in \mathfrak m\) soit un élément de son idéal maximal. Alors \(\dim R \leq \dim R/xR + 1\). Si \(x\) n’appartient à aucun des idéaux premiers minimaux de \(R\), alors il y a égalité. (Par exemple, si \(x\) est un non-diviseur de zéro.)
Démonstration
Si \(x_1, \ldots, x_{\dim R/xR} \in R\) s’envoient sur des éléments de \(R/xR\) qui engendrent un idéal de définition de \(R/xR\), alors \(x, x_1, \ldots, x_{\dim R/xR}\) engendrent un idéal de définition de \(R\). L’inégalité résulte donc de la Proposition 00KQ. D’autre part, si \(x\) n’appartient à aucun idéal premier minimal de \(R\), alors toute chaîne d’idéaux premiers de \(R/xR\) donne naissance à une chaîne dans \(R\) à laquelle il manque encore au moins une étape pour être maximale.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Supposons que \(x_1, \ldots, x_d \in \mathfrak m\) engendrent un idéal de définition et que \(d = \dim(R)\). Alors \(\dim(R/(x_1, \ldots, x_i)) = d - i\) pour tout \(i = 1, \ldots, d\).
Démonstration
Cela découle soit de la démonstration de la Proposition 00KQ, soit d’une récurrence sur \(d\) utilisant le Lemme 00KW.
Applications de la théorie de la dimension
Nous pouvons utiliser les résultats sur la dimension pour montrer que certains anneaux ont un spectre infini et pour construire de nouveaux anneaux de Jacobson.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien intègre de dimension \(\geq 2\). Toute partie ouverte non vide \(U \subset \Spec(R)\) est infinie.
Démonstration
Pour obtenir une contradiction, supposons que \(U \subset \Spec(R)\) soit finie. Dans ce cas, \((0) \in U\) et \(\{(0)\}\) est une partie ouverte de \(U\) (car le complémentaire de \(\{(0)\}\) est la réunion des adhérences des autres points). Nous pouvons donc supposer que \(U = \{(0)\}\). Soit \(\mathfrak m \subset R\) l’idéal maximal. Nous pouvons trouver \(x \in \mathfrak m\), \(x \not = 0\), tel que \(V(x) \cup U = \Spec(R)\). Autrement dit, \(D(x) = \{(0)\}\). En particulier, \(\dim(R/xR) = \dim(R) - 1 \geq 1\), voir le Lemme 00KW. Soient \(\overline{y}_2, \ldots, \overline{y}_{\dim(R)} \in R/xR\) des éléments engendrant un idéal de définition de \(R/xR\), voir la Proposition 00KQ. Choisissons des relèvements \(y_2, \ldots, y_{\dim(R)} \in R\), de sorte que \(x, y_2, \ldots, y_{\dim(R)}\) engendrent un idéal de définition de \(R\). Il s’ensuit que \(\dim(R/(y_2)) = \dim(R) - 1\) et que \(\dim(R/(y_2, x)) = \dim(R) - 2\), voir le Lemme 02IE. Il existe donc un idéal premier \(\mathfrak p\) contenant \(y_2\) mais pas \(x\). Cela contredit l’égalité \(D(x) = \{(0)\}\).
Les anneaux \(k[[t]]\), où \(k\) est un corps, ainsi que l’anneau des nombres \(p\)-adiques sont des anneaux noethériens de dimension \(1\) qui n’ont qu’un nombre fini d’idéaux premiers. C’est la plus grande dimension pour laquelle cela puisse se produire.
Lemme
Un anneau noethérien qui n’a qu’un nombre fini d’idéaux premiers est de dimension \(\leq 1\).
Démonstration
Soit \(R\) un anneau noethérien qui n’a qu’un nombre fini d’idéaux premiers. Si \(R\) est un anneau local intègre, le lemme découle du Lemme 02IG. Si \(R\) est un anneau intègre, alors \(R_\mathfrak m\) est de dimension \(\leq 1\) pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\), d’après le cas local. Ainsi, \(\dim(R) \leq 1\) d’après le Lemme 00KG. Si \(R\) est quelconque, alors \(\dim(R/\mathfrak q) \leq 1\) pour tout idéal premier minimal \(\mathfrak q\) de \(R\). Puisque tout idéal premier contient un idéal premier minimal (Lemme 00E0), il s’ensuit que \(\dim(R) \leq 1\).
Lemme
Soit \(S\) une algèbre non nulle de type fini sur un corps \(k\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(\dim(S) = 0\),
\(S\) n’a qu’un nombre fini d’idéaux premiers,
\(S\) n’a qu’un nombre fini d’idéaux maximaux,
\(\Spec(S)\) satisfait l’une des conditions équivalentes du Lemme 04MG,
\(\dim_k(S) < \infty\),
\(S\) est artinien,
\(\Spec(S)\) est un espace topologique discret,
ajouter ici d’autres conditions.
Démonstration
Il résulte immédiatement des définitions que (1) équivaut à (4), en considérant l’assertion (5) du Lemme 04MG. Rappelons que \(\Spec(S)\) est sobre, noethérien et de Jacobson, voir les Lemmes 090M, 00FQ, 00G1 et 00G3. Si \(S\) est de dimension \(0\), chaque point définit une composante irréductible, et il n’y a qu’un nombre fini de composantes irréductibles (Topologie, Lemme 0052). Ainsi, (1) implique (2). Il est clair que (2) implique (3). Si (3) est satisfaite, alors \(\Spec(S)\) est discret d’après Topologie, Lemme 07JU, et la dimension de \(S\) est donc \(0\).
Nous savons à présent que (1) – (4) sont équivalentes. L’implication (5) \(\Rightarrow\) (6) est le Lemme 00J6. L’implication (6) \(\Rightarrow\) (7) résulte de la Proposition 00KJ. L’implication (7) \(\Rightarrow\) (4) est immédiate. Réciproquement, si \(S\) satisfait (1) – (4), alors \(S\) possède un nombre fini d’idéaux premiers \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_r\), tous maximaux. Remarquons que \(\kappa(\mathfrak m_i)\) est une extension finie de \(k\) d’après le Nullstellensatz de Hilbert (Théorème 00FV). La Proposition 00KJ montre également que \(S\) est artinien. Ensuite, le Lemme 00JB donne \(\text{longueur}_S(S) < \infty\). Ainsi, \(\dim_k(S) < \infty\) d’après le Lemme 02M0. Nous concluons que (1) – (7) sont équivalentes. (Remarque : une autre manière, plus classique, de démontrer que \(\dim(S) = 0 \Rightarrow \dim_k(S) < \infty\) consiste à utiliser la normalisation de Noether, mais nous ne disposons pas encore de ce résultat.)
Lemme
Anneaux de Jacobson noethériens.
Tout anneau noethérien intègre \(R\) de dimension \(1\) qui possède une infinité d’idéaux premiers est un anneau de Jacobson.
Tout anneau noethérien tel que chaque idéal premier \(\mathfrak p\) soit maximal ou soit contenu dans une infinité d’idéaux premiers est un anneau de Jacobson.
Démonstration
L’assertion (1) est une reformulation du Lemme 00G4.
Soit \(R\) un anneau noethérien tel que tout idéal premier non maximal \(\mathfrak p\) soit contenu dans une infinité d’idéaux premiers. Supposons, pour obtenir une contradiction, que \(\Spec(R)\) ne soit pas un espace de Jacobson. Les Lemmes 00ES et 00FQ montrent que \(\Spec(R)\) est un espace topologique sobre et noethérien. D’après Topologie, Lemme 02I7, il existe un idéal non maximal \(\mathfrak p \subset R\) tel que \(\{\mathfrak p\}\) soit une partie localement fermée de \(\Spec(R)\). Autrement dit, \(\mathfrak p\) n’est pas maximal et \(\{\mathfrak p\}\) est une partie ouverte de \(V(\mathfrak p)\). Considérons un idéal premier \(\mathfrak q \subset R\) tel que \(\mathfrak p \subset \mathfrak q\). Rappelons que la topologie du spectre de \((R/\mathfrak p)_{\mathfrak q} = R_{\mathfrak q}/\mathfrak pR_{\mathfrak q}\) est induite par celle de \(\Spec(R)\), voir les Lemmes 00E3 et 00E5. Ainsi, \(\{(0)\}\) est une partie localement fermée de \(\Spec((R/\mathfrak p)_{\mathfrak q})\). Le Lemme 02IG donne alors \(\dim((R/\mathfrak p)_{\mathfrak q}) = 1\). Comme cela vaut pour tout \(\mathfrak q \supset \mathfrak p\), nous concluons que \(\dim(R/\mathfrak p) = 1\). Utilisons maintenant l’hypothèse selon laquelle \(\mathfrak p\) est contenu dans une infinité d’idéaux premiers : elle montre que \(\Spec(R/\mathfrak p)\) est infini. L’assertion (1) du lemme implique donc que \(V(\mathfrak p) \cong \Spec(R/\mathfrak p)\) est l’adhérence de l’ensemble de ses points fermés. C’est la contradiction recherchée, puisque cela signifie que \(\{\mathfrak p\} \subset V(\mathfrak p)\) ne peut pas être ouvert.
Support et dimension des modules
Quelques résultats élémentaires sur le support et la dimension des modules.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien et soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Il existe une filtration par des sous-\(R\)-modules \[0 = M_0 \subset M_1 \subset \ldots \subset M_n = M\] telle que chaque quotient \(M_i/M_{i-1}\) soit isomorphe à \(R/\mathfrak p_i\) pour un certain idéal premier \(\mathfrak p_i\) de \(R\).
Démonstration
D’après le Lemme 00KZ, il suffit de traiter le cas \(M = R/I\) pour un certain idéal \(I\). Considérons l’ensemble \(S\) des idéaux \(J\) tels que le lemme ne soit pas vrai pour le module \(R/J\), et ordonnons-le par inclusion. Pour obtenir une contradiction, supposons que \(S\) ne soit pas vide. Comme \(R\) est noethérien, \(S\) possède un élément maximal \(J\). Par définition de \(S\), l’idéal \(J\) ne peut pas être premier. Choisissons \(a, b\in R\) tels que \(ab \in J\), mais que l’on n’ait ni \(a \in J\) ni \(b\in J\). Considérons la filtration \(0 \subset aR/(J \cap aR) \subset R/J\). Remarquons que le sous-module \(aR/(J \cap aR)\) et le module quotient \((R/J)/(aR/(J \cap aR))\) sont tous deux cycliques ; écrivons-les respectivement \(R/J'\) et \(R/J''\), de sorte que nous ayons une suite exacte courte \(0 \to R/J' \to R/J \to R/J'' \to 0\). L’inclusion \(J \subset J'\) est stricte puisque \(b \in J'\), et l’inclusion \(J \subset J''\) est stricte puisque \(a \in J''\). Par maximalité de \(J\), les modules \(R/J'\) et \(R/J''\) possèdent donc tous deux une filtration comme ci-dessus, et il en va de même de \(R/J\). Contradiction.
Démonstration
Pour un \(R\)-module \(M\), disons que \(P(M)\) est satisfaite s’il existe une filtration comme dans l’énoncé du lemme. Remarquons que \(P\) est stable par extensions et qu’elle est satisfaite pour \(0\). D’après le Lemme 00KZ, il suffit de démontrer que \(P(R/I)\) est satisfaite pour tout idéal \(I\). Dans le cas contraire, comme \(R\) est noethérien, il existe un contre-exemple maximal \(J\). D’après l’Exemple 0G1N et la Proposition 05KE, l’idéal \(J\) est premier, ce qui est une contradiction.
Lemme
Soient \(R\), \(M\), \(M_i\) et \(\mathfrak p_i\) comme dans le Lemme 00L0. Alors \(\text{Supp}(M) = \bigcup V(\mathfrak p_i)\) et, en particulier, \(\mathfrak p_i \in \text{Supp}(M)\).
Démonstration
Lemme
Supposons que \(R\) soit un anneau local noethérien d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Soit \(M\) un \(R\)-module non nul de type fini. Alors \(\text{Supp}(M) = \{ \mathfrak m\}\) si et seulement si \(M\) est de longueur finie sur \(R\).
Démonstration
Supposons que \(\text{Supp}(M) = \{ \mathfrak m\}\). Il suffit de montrer que tous les idéaux premiers \(\mathfrak p_i\) de la filtration du Lemme 00L0 sont égaux à l’idéal maximal. Cela résulte immédiatement du Lemme 00L4.
Supposons que \(M\) soit de longueur finie sur \(R\). Alors \(\mathfrak m^n M = 0\) d’après le Lemme 00IW. Comme un élément de \(\mathfrak m\), choisi pour chaque idéal premier considéré, devient une unité dans \(R_{\mathfrak p}\) pour tout idéal premier \(\mathfrak p \not = \mathfrak m\) de \(R\), nous voyons que \(M_{\mathfrak p} = 0\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Alors \(I^nM = 0\) pour un certain \(n \geq 0\) si et seulement si \(\text{Supp}(M) \subset V(I)\).
Démonstration
En effet, \(I^nM = 0\) équivaut à \(I^n \subset \text{Ann}(M)\). Puisque \(R\) est noethérien, cela équivaut à \(I \subset \sqrt{\text{Ann}(M)}\), voir le Lemme 00IM. À son tour, cette condition équivaut à \(V(I) \supset V(\text{Ann}(M))\), voir le Lemme 00E0. D’après le Lemme 00L2, elle équivaut à \(V(I) \supset \text{Supp}(M)\).
Lemme
Soient \(R\), \(M\), \(M_i\) et \(\mathfrak p_i\) comme dans le Lemme 00L0. Les éléments minimaux de l’ensemble \(\{\mathfrak p_i\}\) sont les éléments minimaux de \(\text{Supp}(M)\). Le nombre de fois qu’un idéal premier minimal \(\mathfrak p\) apparaît est \[\#\{i \mid \mathfrak p_i = \mathfrak p\} = \text{longueur}_{R_\mathfrak p} M_{\mathfrak p}.\]
Démonstration
La première assertion résulte de l’égalité \(\text{Supp}(M) = \bigcup V(\mathfrak p_i)\), voir le Lemme 00L4. Soit \(\mathfrak p \in \text{Supp}(M)\) un élément minimal. Le support de \(M_{\mathfrak p}\) est l’ensemble réduit à l’idéal maximal \(\mathfrak p R_{\mathfrak p}\). D’après le Lemme 00L5, la longueur de \(M_{\mathfrak p}\) est donc finie et \(> 0\). Remarquons ensuite que \(M_{\mathfrak p}\) possède une filtration dont les sous-quotients sont \((R/\mathfrak p_i)_{\mathfrak p} = R_{\mathfrak p}/{\mathfrak p_i}R_{\mathfrak p}\). Ils sont nuls si \(\mathfrak p_i \not \subset \mathfrak p\), et ils sont égaux à \(\kappa(\mathfrak p)\) si \(\mathfrak p_i \subset \mathfrak p\), car la minimalité de \(\mathfrak p\) donne alors \(\mathfrak p_i = \mathfrak p\). Le résultat en découle puisque \(\kappa(\mathfrak p)\) est de longueur \(1\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Alors \(d(M) = \dim(\text{Supp}(M))\), où \(d(M)\) est défini dans la Définition 00KA.
Démonstration
Soient \(M_i, \mathfrak p_i\) comme dans le Lemme 00L0. Le Lemme 00KC donne l’égalité \(d(M) = \max \{ d(R/\mathfrak p_i) \}\). D’après la Proposition 00KQ, nous avons \(d(R/\mathfrak p_i) = \dim(R/\mathfrak p_i)\). Il est clair que \(\dim(R/\mathfrak p_i) = \dim V(\mathfrak p_i)\). Comme tous les idéaux premiers minimaux de \(\text{Supp}(M)\) figurent parmi les \(\mathfrak p_i\) (Lemme 00L7), le résultat en découle.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules de type fini. Alors \(\max\{\dim(\text{Supp}(M')), \dim(\text{Supp}(M''))\} = \dim(\text{Supp}(M))\).
Démonstration
Si \(R\) est local, cela découle immédiatement des Lemmes 00L8 et 00KC. Un argument plus élémentaire, qui vaut aussi lorsque \(R\) n’est pas local, consiste à utiliser le fait que \(\text{Supp}(M')\), \(\text{Supp}(M'')\) et \(\text{Supp}(M)\) sont fermés (Lemme 00L2) et que \(\text{Supp}(M) = \text{Supp}(M') \cup \text{Supp}(M'')\) (Lemme 00L3).
Idéaux premiers associés
Voici la définition usuelle. Pour les anneaux non noethériens et les modules qui ne sont pas de type fini, il peut être plus approprié d’utiliser la définition de la section 0546.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Un idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\) est associé à \(M\) s’il existe un élément \(m \in M\) dont l’annulateur est \(\mathfrak p\). L’ensemble de tous ces idéaux premiers se note \(\text{Ass}_R(M)\) ou \(\text{Ass}(M)\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \(\text{Ass}(M) \subset \text{Supp}(M)\).
Démonstration
Si \(m \in M\) a pour annulateur \(\mathfrak p\), alors aucun élément de \(R \setminus \mathfrak p\) n’annule \(m\). Ainsi, \(m\) est un élément non nul de \(M_{\mathfrak p}\), c’est-à-dire que \(\mathfrak p \in \text{Supp}(M)\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules. Alors \(\text{Ass}(M') \subset \text{Ass}(M)\) et \(\text{Ass}(M) \subset \text{Ass}(M') \cup \text{Ass}(M'')\). De plus, \(\text{Ass}(M' \oplus M'') = \text{Ass}(M') \cup \text{Ass}(M'')\).
Démonstration
Si \(m' \in M'\), l’annulateur de \(m'\) considéré comme élément de \(M'\) est le même que l’annulateur de \(m'\) considéré comme élément de \(M\). On obtient donc l’inclusion \(\text{Ass}(M') \subset \text{Ass}(M)\). Soit \(m \in M\) un élément dont l’annulateur est un idéal premier \(\mathfrak p\). S’il existe \(g \in R\), \(g \not \in \mathfrak p\), tel que \(m' = gm \in M'\), alors l’annulateur de \(m'\) est \(\mathfrak p\). S’il n’existe aucun \(g \in R\), \(g \not \in \mathfrak p\), tel que \(gm \in M'\), alors l’annulateur de l’image \(m'' \in M''\) de \(m\) est \(\mathfrak p\). Cela démontre l’inclusion \(\text{Ass}(M) \subset \text{Ass}(M') \cup \text{Ass}(M'')\). Nous omettons la démonstration de la dernière assertion.
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(M\) un \(R\)-module. Supposons qu’il existe une filtration par des sous-\(R\)-modules \[0 = M_0 \subset M_1 \subset \ldots \subset M_n = M\] telle que chaque quotient \(M_i/M_{i-1}\) soit isomorphe à \(R/\mathfrak p_i\) pour un certain idéal premier \(\mathfrak p_i\) de \(R\). Alors \(\text{Ass}(M) \subset \{\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_n\}\).
Démonstration
Raisonnons par récurrence sur la longueur \(n\) de la filtration \(\{ M_i \}\). Choisissons \(m \in M\) dont l’annulateur est un idéal premier \(\mathfrak p\). Si \(m \in M_{n-1}\), le résultat découle de l’hypothèse de récurrence. Sinon, \(m\) s’envoie sur un élément non nul de \(M/M_{n-1} \cong R/\mathfrak p_n\). Nous avons donc \(\mathfrak p \subset \mathfrak p_n\). S’il n’y a pas égalité, nous pouvons trouver \(f \in \mathfrak p_n\), \(f \not\in \mathfrak p\). Dans ce cas, l’annulateur de \(fm\) est encore \(\mathfrak p\) et \(fm \in M_{n-1}\). L’hypothèse de récurrence conclut.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Alors \(\text{Ass}(M)\) est fini.
Démonstration
Proposition
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Les ensembles d’idéaux premiers suivants sont égaux :
les idéaux premiers minimaux du support de \(M\) ;
les idéaux premiers minimaux de \(\text{Ass}(M)\) ;
pour toute filtration \(0 = M_0 \subset M_1 \subset \ldots \subset M_{n-1} \subset M_n = M\) telle que \(M_i/M_{i-1} \cong R/\mathfrak p_i\), les idéaux premiers minimaux de l’ensemble \(\{\mathfrak p_i\}\).
Démonstration
Choisissons une filtration comme en (3). Le Lemme 00L7 montre que les ensembles de (1) et (3) sont égaux.
Soit \(\mathfrak p\) un élément minimal de l’ensemble \(\{\mathfrak p_i\}\). Choisissons \(i\) minimal tel que \(\mathfrak p = \mathfrak p_i\). Prenons \(m \in M_i\), \(m \not \in M_{i-1}\). L’annulateur de \(m\) est contenu dans \(\mathfrak p_i = \mathfrak p\) et contient \(\mathfrak p_1 \mathfrak p_2 \ldots \mathfrak p_i\). Par notre choix de \(i\) et de \(\mathfrak p\), nous avons \(\mathfrak p_j \not \subset \mathfrak p\) pour \(j < i\), et donc \(\mathfrak p_1 \mathfrak p_2 \ldots \mathfrak p_{i - 1} \not \subset \mathfrak p_i\). Choisissons \(f \in \mathfrak p_1 \mathfrak p_2 \ldots \mathfrak p_{i - 1}\), \(f \not \in \mathfrak p\). Alors \(fm\) a pour annulateur \(\mathfrak p\). Ainsi, \(\mathfrak p\) est un idéal premier associé à \(M\). Le Lemme 0586 donne \(\text{Ass}(M) \subset \text{Supp}(M)\) ; par conséquent, \(\mathfrak p\) est minimal dans \(\text{Ass}(M)\). L’ensemble des idéaux premiers de (1) est donc contenu dans l’ensemble des idéaux premiers de (2).
Soit \(\mathfrak p\) un élément minimal de \(\text{Ass}(M)\). Puisque \(\text{Ass}(M) \subset \text{Supp}(M)\), il existe un élément minimal \(\mathfrak q\) de \(\text{Supp}(M)\) tel que \(\mathfrak q \subset \mathfrak p\). Nous venons de montrer que \(\mathfrak q \in \text{Ass}(M)\). Nous avons donc \(\mathfrak q = \mathfrak p\) par minimalité de \(\mathfrak p\). Ainsi, l’ensemble des idéaux premiers de (2) est contenu dans celui de (1).
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \[M = (0) \Leftrightarrow \text{Ass}(M) = \emptyset.\]
Démonstration
Si \(M = (0)\), alors \(\text{Ass}(M) = \emptyset\) par définition. Si \(M \not = 0\), choisissons un sous-module non nul de type fini \(M' \subset M\), par exemple le sous-module engendré par un seul élément non nul. Le Lemme 0585 montre que \(\text{Supp}(M')\) n’est pas vide. D’après la Proposition 02CE, il en résulte que \(\text{Ass}(M')\) n’est pas vide. Le Lemme 02M3 implique alors que \(\text{Ass}(M) \not = \emptyset\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module. Tout \(\mathfrak p \in \text{Supp}(M)\) qui est minimal parmi les éléments de \(\text{Supp}(M)\) appartient à \(\text{Ass}(M)\).
Démonstration
Si \(M\) est un \(R\)-module de type fini, cela résulte de la Proposition 02CE. Dans le cas général, écrivons \(M = \bigcup M_\lambda\) comme réunion de ses sous-modules de type fini et utilisons les égalités \(\text{Supp}(M) = \bigcup \text{Supp}(M_\lambda)\) et \(\text{Ass}(M) = \bigcup \text{Ass}(M_\lambda)\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module. La réunion \(\bigcup_{\mathfrak q \in \text{Ass}(M)} \mathfrak q\) est l’ensemble des éléments de \(R\) qui sont des diviseurs de zéro dans \(M\).
Démonstration
Tout élément appartenant à un idéal premier associé est manifestement un diviseur de zéro dans \(M\). Réciproquement, supposons que \(x \in R\) soit un diviseur de zéro dans \(M\). Considérons le sous-module \(N = \{m \in M \mid xm = 0\}\). Comme \(N\) n’est pas nul, il possède un idéal premier associé \(\mathfrak q\) d’après le Lemme 0587. Alors \(x \in \mathfrak q\), et \(\mathfrak q\) est un idéal premier associé à \(M\) d’après le Lemme 02M3.
Lemme
Soient \(R\) un anneau local noethérien, \(M\) un \(R\)-module de type fini et \(f \in \mathfrak m\) un élément de l’idéal maximal de \(R\). Alors \[\dim(\text{Supp}(M/fM)) \leq \dim(\text{Supp}(M)) \leq \dim(\text{Supp}(M/fM)) + 1\] Si \(f\) n’appartient à aucun des idéaux premiers minimaux du support de \(M\) (par exemple, si \(f\) est un non-diviseur de zéro dans \(M\)), alors l’inégalité de droite est une égalité.
Démonstration
(L’assertion entre parenthèses résulte du Lemme 00LD.) La première inégalité découle de \(\text{Supp}(M/fM) \subset \text{Supp}(M)\), voir le Lemme 00L3. Pour la seconde, remarquons que \(\text{Supp}(M/fM) = \text{Supp}(M) \cap V(f)\), voir le Lemme 00L3. Il en résulte, par exemple d’après le Lemme 00L4 et les propriétés élémentaires de la dimension, qu’il suffit de montrer que \(\dim V(\mathfrak p) \leq \dim (V(\mathfrak p) \cap V(f)) + 1\) pour les idéaux premiers \(\mathfrak p\) de \(R\). C’est une conséquence du Lemme 00KW. Enfin, si \(f\) n’est contenu dans aucun idéal premier minimal du support de \(M\), alors toute chaîne d’idéaux premiers de \(\text{Supp}(M/fM)\) donne naissance à une chaîne dans \(\text{Supp}(M)\) à laquelle il manque encore au moins une étape pour être maximale.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Alors \(\Spec(\varphi)(\text{Ass}_S(M)) \subset \text{Ass}_R(M)\).
Démonstration
Si \(\mathfrak q \in \text{Ass}_S(M)\), il existe un élément \(m\) de \(M\) tel que l’annulateur de \(m\) dans \(S\) soit \(\mathfrak q\). L’annulateur de \(m\) dans \(R\) est alors \(\mathfrak q \cap R\).
Remarque
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Il n’est pas toujours vrai que \(\Spec(\varphi)(\text{Ass}_S(M)) \supset \text{Ass}_R(M)\). Par exemple, considérons le morphisme d’anneaux \(R = k \to S = k[x_1, x_2, x_3, \ldots]/(x_i^2)\) et \(M = S\). Alors \(\text{Ass}_R(M)\) n’est pas vide, tandis que \(\text{Ass}_S(S)\) est vide.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Si \(S\) est noethérien, alors \(\Spec(\varphi)(\text{Ass}_S(M)) = \text{Ass}_R(M)\).
Démonstration
Nous avons déjà vu dans le Lemme 05BW que \(\Spec(\varphi)(\text{Ass}_S(M)) \subset \text{Ass}_R(M)\). Pour l’inclusion réciproque, choisissons un idéal premier \(\mathfrak p \in \text{Ass}_R(M)\). Soit \(m \in M\) un élément tel que l’annulateur de \(m\) dans \(R\) soit \(\mathfrak p\). Soit \(I = \{g \in S \mid gm = 0\}\) l’annulateur de \(m\) dans \(S\). Alors l’application \(R/\mathfrak p \subset S/I\) est injective. En combinant les Lemmes 00FK et 0CAN, nous voyons qu’il existe un idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) minimal au-dessus de \(I\) qui s’envoie sur \(\mathfrak p\). D’après la Proposition 02CE, \(\mathfrak q\) est un idéal premier associé à \(S/I\) ; par le Lemme 02M3, \(\mathfrak q\) est donc un idéal premier associé à \(M\), ce qui conclut.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I\) un idéal. Soit \(M\) un \(R/I\)-module. Via l’injection canonique \(\Spec(R/I) \to \Spec(R)\), nous avons \(\text{Ass}_{R/I}(M) = \text{Ass}_R(M)\).
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier.
Si \(\mathfrak p \in \text{Ass}(M)\), alors \(\mathfrak pR_{\mathfrak p} \in \text{Ass}(M_{\mathfrak p})\).
Si \(\mathfrak p\) est de type fini, la réciproque est également vraie.
Démonstration
Si \(\mathfrak p \in \text{Ass}(M)\), il existe un élément \(m \in M\) dont l’annulateur est \(\mathfrak p\). Comme la localisation est exacte (Proposition 00CS), l’annulateur de \(m/1\) dans \(M_{\mathfrak p}\) est \(\mathfrak pR_{\mathfrak p}\) ; cela démontre (1). Supposons \(\mathfrak pR_{\mathfrak p} \in \text{Ass}(M_{\mathfrak p})\) et \(\mathfrak p = (f_1, \ldots, f_n)\). Soit \(m/g\) un élément de \(M_{\mathfrak p}\) dont l’annulateur est \(\mathfrak pR_{\mathfrak p}\). Cela implique que l’annulateur de \(m\) est contenu dans \(\mathfrak p\). Comme \(f_i m/g = 0\) dans \(M_{\mathfrak p}\), il existe \(g_i \in R\), \(g_i \not \in \mathfrak p\), tel que \(g_i f_i m = 0\) dans \(M\). En combinant ces faits, nous voyons que l’annulateur de \(g_1\ldots g_nm\) est \(\mathfrak p\). Ainsi, \(\mathfrak p \in \text{Ass}(M)\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. Via l’injection canonique \(\Spec(S^{-1}R) \to \Spec(R)\), nous avons
\(\text{Ass}_R(S^{-1}M) = \text{Ass}_{S^{-1}R}(S^{-1}M)\),
\(\text{Ass}_R(M) \cap \Spec(S^{-1}R) \subset \text{Ass}_R(S^{-1}M)\), et
si \(R\) est noethérien, cette inclusion est une égalité.
Démonstration
Pour \(m \in S^{-1}M\), soient \(I \subset R\) et \(J \subset S^{-1}R\) les annulateurs de \(m\). Alors \(I\) est l’image réciproque de \(J\) par le morphisme \(R \to S^{-1}R\), et \(J = S^{-1}I\). L’égalité de (1) résulte de la description du morphisme \(\Spec(S^{-1}R) \to \Spec(R)\) donnée dans le Lemme 00E3. Pour \(m \in M\), soit \(I \subset R\) l’annulateur de \(m\) dans \(R\), et soit \(J \subset S^{-1}R\) l’annulateur de \(m/1 \in S^{-1}M\). Nous avons \(J = S^{-1}I\), ce qui implique (2). Dans le cas noethérien, l’égalité résulte du Lemme 0310, car pour \(\mathfrak p \in R\), \(S \cap \mathfrak p = \emptyset\), nous avons \(M_{\mathfrak p} = (S^{-1}M)_{S^{-1}\mathfrak p}\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. Supposons que tout \(s \in S\) soit un non-diviseur de zéro dans \(M\). Alors \[\text{Ass}_R(M) = \text{Ass}_R(S^{-1}M).\]
Démonstration
Puisque \(M \subset S^{-1}M\) par hypothèse, le Lemme 02M3 donne l’inclusion \(\text{Ass}(M) \subset \text{Ass}(S^{-1}M)\). Réciproquement, supposons que \(n/s \in S^{-1}M\) soit un élément dont l’annulateur est un idéal premier \(\mathfrak p\). Alors l’annulateur de \(n \in M\) est lui aussi \(\mathfrak p\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Soit \(I \subset \mathfrak m\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Les conditions suivantes sont équivalentes :
Il existe \(x \in I\) qui n’est pas un diviseur de zéro dans \(M\).
Nous avons \(I \not \subset \mathfrak q\) pour tout \(\mathfrak q \in \text{Ass}(M)\).
Démonstration
S’il existe un non-diviseur de zéro \(x\) dans \(I\), alors \(x\) ne peut manifestement appartenir à aucun idéal premier associé à \(M\). Réciproquement, supposons \(I \not \subset \mathfrak q\) pour tout \(\mathfrak q \in \text{Ass}(M)\). Nous pouvons alors choisir \(x \in I\), \(x \not \in \mathfrak q\) pour tout \(\mathfrak q \in \text{Ass}(M)\), d’après les Lemmes 00LC et 00DS. Le Lemme 00LD montre que l’élément \(x\) n’est pas un diviseur de zéro dans \(M\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Si \(R\) est noethérien, l’application \[M \longrightarrow \prod\nolimits_{\mathfrak p \in \text{Ass}(M)} M_{\mathfrak p}\] est injective.
Démonstration
Soit \(x \in M\) un élément du noyau de l’application. Alors, si \(\mathfrak p\) est un idéal premier associé à \(Rx \subset M\), nous voyons d’une part que \(\mathfrak p \in \text{Ass}(M)\) (Lemme 02M3) et d’autre part que \((Rx)_{\mathfrak p} \subset M_{\mathfrak p}\) n’est pas nul. Cette contradiction montre que \(\text{Ass}(Rx) = \emptyset\). Ainsi, \(Rx = 0\) d’après le Lemme 0587.
Ce lemme devrait probablement être placé ailleurs.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Si \(\dim(S) > 0\), alors il existe un élément \(f \in S\) qui est un non-diviseur de zéro et n’est pas inversible.
Démonstration
D’après le Lemme 00LC, l’anneau \(S\) ne possède qu’un nombre fini d’idéaux premiers associés. D’après le Lemme 0ALW, l’anneau \(S\) possède une infinité d’idéaux maximaux. Nous pouvons donc choisir un idéal maximal \(\mathfrak m \subset S\) qui ne soit pas un idéal premier associé à \(S\). Par évitement des idéaux premiers (Lemme 00DS), nous pouvons choisir un élément non nul \(f \in \mathfrak m\) qui n’appartient à aucun des idéaux premiers associés à \(S\). D’après le Lemme 00LD, l’élément \(f\) est un non-diviseur de zéro ; et, comme \(f \in \mathfrak m\), nous voyons que \(f\) n’est pas une unité.
Puissances symboliques
Voici la définition.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier. Pour \(n \geq 0\), la \(n\)-ième puissance symbolique de \(\mathfrak p\) est l’idéal \(\mathfrak p^{(n)} = \Ker(R \to R_\mathfrak p/\mathfrak p^nR_\mathfrak p)\).
Remarquons que \(\mathfrak p^n \subset \mathfrak p^{(n)}\), mais qu’il n’y a pas toujours égalité.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier. Soit \(n > 0\). Alors \(\text{Ass}(R/\mathfrak p^{(n)}) = \{\mathfrak p\}\).
Démonstration
Si \(\mathfrak q\) est un idéal premier associé à \(R/\mathfrak p^{(n)}\), alors \(\mathfrak p \subset \mathfrak q\) manifestement. D’autre part, tout élément \(x \in R\), \(x \not \in \mathfrak p\), est un non-diviseur de zéro dans \(R/\mathfrak p^{(n)}\). En effet, si \(y \in R\) et \(xy \in \mathfrak p^{(n)} = R \cap \mathfrak p^nR_{\mathfrak p}\), alors \(y \in \mathfrak p^nR_{\mathfrak p}\), d’où \(y \in \mathfrak p^{(n)}\). Le lemme en découle.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux plat. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier tel que \(\mathfrak q = \mathfrak p S\) soit un idéal premier de \(S\). Alors \(\mathfrak p^{(n)} S = \mathfrak q^{(n)}\).
Démonstration
Puisque \(\mathfrak p^{(n)} = \Ker(R \to R_\mathfrak p/\mathfrak p^nR_\mathfrak p)\), la platitude montre que \(\mathfrak p^{(n)} S\) est le noyau du morphisme \(S \to S_\mathfrak p/\mathfrak p^nS_\mathfrak p\). D’autre part, \(\mathfrak q^{(n)}\) est le noyau du morphisme \(S \to S_\mathfrak q/\mathfrak q^nS_\mathfrak q = S_\mathfrak q/\mathfrak p^nS_\mathfrak q\). Il suffit donc de montrer que \[S_\mathfrak p/\mathfrak p^nS_\mathfrak p \longrightarrow S_\mathfrak q/\mathfrak p^nS_\mathfrak q\] est injectif. Remarquons que le module de droite est le localisé du module de gauche par les éléments \(f \in S\), \(f \not \in \mathfrak q\). Il suffit donc de montrer que ces éléments sont des non-diviseurs de zéro dans \(S_\mathfrak p/\mathfrak p^nS_\mathfrak p\). Par platitude, le module \(S_\mathfrak p/\mathfrak p^nS_\mathfrak p\) possède une filtration finie dont les sous-quotients sont \[\mathfrak p^iS_\mathfrak p/\mathfrak p^{i + 1}S_\mathfrak p \cong \mathfrak p^iR_\mathfrak p/\mathfrak p^{i + 1}R_\mathfrak p \otimes_{R_\mathfrak p} S_\mathfrak p \cong V \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} (S/\mathfrak q)_\mathfrak p\] où \(V\) est un espace vectoriel sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Ainsi, \(f\) agit de manière inversible, comme voulu.
Assassin relatif
Discussion des assassins relatifs. Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(N\) un \(S\)-module. Dans cette situation, nous pouvons introduire les ensembles suivants d’idéaux premiers \(\mathfrak q\) de \(S\) :
\(A\) : en posant \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\), on a \(\mathfrak q \in \text{Ass}_S(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p))\),
\(A'\) : en posant \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\), l’idéal \(\mathfrak q\) appartient à l’image de \(\text{Ass}_{S \otimes \kappa(\mathfrak p)}(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p))\) par le morphisme canonique \(\Spec(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)) \to \Spec(S)\),
\(A_{fin}\) : en posant \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\), on a \(\mathfrak q \in \text{Ass}_S(N/\mathfrak pN)\),
\(A'_{fin}\) : il existe un idéal premier \(\mathfrak p' \subset R\) tel que \(\mathfrak q \in \text{Ass}_S(N/\mathfrak p'N)\),
\(B\) : il existe un \(R\)-module \(M\) tel que \(\mathfrak q \in \text{Ass}_S(N \otimes_R M)\), et
\(B_{fin}\) : il existe un \(R\)-module de type fini \(M\) tel que \(\mathfrak q \in \text{Ass}_S(N \otimes_R M)\).
Déterminons quelques-unes des relations entre ces ensembles.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(N\) un \(S\)-module. Soient \(A\), \(A'\), \(A_{fin}\), \(B\) et \(B_{fin}\) les sous-ensembles de \(\Spec(S)\) introduits ci-dessus.
Nous avons toujours \(A = A'\).
Nous avons toujours \(A_{fin} \subset A\), \(B_{fin} \subset B\), \(A_{fin} \subset A'_{fin} \subset B_{fin}\) et \(A \subset B\).
Si \(S\) est noethérien, alors \(A = A_{fin}\) et \(B = B_{fin}\).
Si \(N\) est plat sur \(R\), alors \(A = A_{fin} = A'_{fin}\) et \(B = B_{fin}\).
Si \(R\) est noethérien et si \(N\) est plat sur \(R\), alors tous ces ensembles sont égaux, c’est-à-dire \(A = A' = A_{fin} = A'_{fin} = B = B_{fin}\).
Démonstration
Certains arguments de la démonstration seront répétés dans les démonstrations de lemmes ultérieurs, qui sont plus précis que celui-ci (car ils portent sur un module \(M\) donné ou sur un idéal premier \(\mathfrak p\) donné, et non sur l’ensemble de tous ces objets).
Démonstration de (1). Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). Nous avons alors \[\text{Ass}_S(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)) = \text{Ass}_{S/\mathfrak pS}(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)) = \text{Ass}_{S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)}(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p))\] la première égalité d’après le Lemme 05BY et la seconde d’après le Lemme 05BZ, partie (1). Cela montre que \(A = A'\). L’inclusion \(A_{fin} \subset A'_{fin}\) est claire.
Démonstration de (2). Chacune des inclusions découle immédiatement des définitions, à l’exception peut-être de \(A_{fin} \subset A\), qui résulte du Lemme 05BZ et du fait que nous imposons \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\) dans la définition de \(A_{fin}\).
Démonstration de (3). L’égalité \(A = A_{fin}\) découle du Lemme 05BZ, partie (3), si \(S\) est noethérien. Soit \(\mathfrak q = (g_1, \ldots, g_m)\) un idéal premier de type fini de \(S\). Soit \(z \in N \otimes_R M\) un élément dont l’annulateur est \(\mathfrak q\). Nous pouvons choisir un sous-module de type fini \(M' \subset M\) tel que \(z\) soit l’image d’un élément \(z' \in N \otimes_R M'\). Alors \(\text{Ann}_S(z') \subset \mathfrak q = \text{Ann}_S(z)\). Puisque \(N \otimes_R -\) commute aux colimites et que \(M\) est la colimite filtrante de ses sous-\(R\)-modules de type fini, nous pouvons trouver \(M' \subset M'' \subset M\) tel que l’image \(z'' \in N \otimes_R M''\) soit annulée par \(g_1, \ldots, g_m\). Ainsi, \(\text{Ann}_S(z'') = \mathfrak q\). Cela montre que \(B = B_{fin}\) lorsque \(S\) est noethérien.
Démonstration de (4). Si \(N\) est plat, le foncteur \(N \otimes_R -\) est exact. En particulier, si \(M' \subset M\), alors \(N \otimes_R M' \subset N \otimes_R M\). Ainsi, si \(z \in N \otimes_R M\) est un élément dont l’annulateur \(\mathfrak q = \text{Ann}_S(z)\) est premier, nous pouvons choisir un sous-\(R\)-module de type fini quelconque \(M' \subset M\) tel que \(z \in N \otimes_R M'\) ; l’annulateur de \(z\) comme élément de \(N \otimes_R M'\) est alors égal à \(\mathfrak q\). Ainsi, \(B = B_{fin}\). Soit \(\mathfrak p'\) un idéal premier de \(R\), et soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) associé à \(N/\mathfrak p'N\). Cela implique que \(\mathfrak p'S \subset \mathfrak q\). Comme \(N\) est plat sur \(R\), le module \(N/\mathfrak p'N\) est plat sur l’anneau intègre \(R/\mathfrak p'\). Par conséquent, tout élément non nul de \(R/\mathfrak p'\) est un non-diviseur de zéro dans \(N/\mathfrak p'\). L’image d’aucun de ces éléments ne peut donc appartenir à \(\mathfrak q\), et nous concluons que \(\mathfrak p' = R \cap \mathfrak q\). Ainsi, \(A_{fin} = A'_{fin}\). Enfin, le Lemme 05C0 donne \(\text{Ass}_S(N/\mathfrak p'N) = \text{Ass}_S(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p'))\), c’est-à-dire \(A'_{fin} = A\).
Démonstration de (5). Il suffit de prouver \(A'_{fin} = B_{fin}\), puisque les autres égalités ont été établies en (4). Pour cela, soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. D’après le Lemme 00L0, il existe une filtration par des sous-\(R\)-modules \[0 = M_0 \subset M_1 \subset \ldots \subset M_n = M\] telle que chaque quotient \(M_i/M_{i-1}\) soit isomorphe à \(R/\mathfrak p_i\) pour un certain idéal premier \(\mathfrak p_i\) de \(R\). Puisque \(N\) est plat, nous obtenons une filtration par des sous-\(S\)-modules \[0 = N \otimes_R M_0 \subset N \otimes_R M_1 \subset \ldots \subset N \otimes_R M_n = N \otimes_R M\] dont chaque sous-quotient est isomorphe à \(N/\mathfrak p_iN\). D’après le Lemme 02M3, nous en déduisons que \(\text{Ass}_S(N \otimes_R M) \subset \bigcup \text{Ass}_S(N/\mathfrak p_iN)\). Ainsi, \(B_{fin} \subset A'_{fin}\). L’inclusion réciproque faisant partie de (2), l’égalité est démontrée.
Nous définissons l’assassin de \(N\) relativement à \(S/R\) comme l’ensemble \(A = A'\) ci-dessus. Pour motiver cette définition, remarquons qu’il ne dépend que des modules fibres \(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) sur les anneaux fibres. Comme dans le cas de l’assassin d’un module, nous avertissons le lecteur que cette notion est surtout pertinente lorsque les anneaux fibres \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) sont noethériens, par exemple lorsque \(R \to S\) est de type fini.
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(N\) un \(S\)-module. L’assassin de \(N\) relativement à \(S/R\) est l’ensemble \[\text{Ass}_{S/R}(N) = \{ \mathfrak q \subset S \mid \mathfrak q \in \text{Ass}_S(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)) \text{ avec }\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\}.\] C’est l’ensemble noté \(A\) dans le Lemme 05GB.
L’esprit des quelques résultats suivants est qu’ils portent sur l’assassin relatif, même si cela n’apparaît pas immédiatement.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(R\)-module et soit \(N\) un \(S\)-module. Si \(N\) est plat comme \(R\)-module, alors \[\text{Ass}_S(M \otimes_R N) \supset \bigcup\nolimits_{\mathfrak p \in \text{Ass}_R(M)} \text{Ass}_S(N/\mathfrak pN)\] et, si \(R\) est noethérien, il y a égalité.
Démonstration
Si \(\mathfrak p \in \text{Ass}_R(M)\), il existe une injection \(R/\mathfrak p \to M\). Comme \(N\) est plat sur \(R\), nous obtenons une injection \(R/\mathfrak p \otimes_R N \to M \otimes_R N\). Puisque \(R/\mathfrak p \otimes_R N = N/\mathfrak pN\), nous concluons que \(\text{Ass}_S(N/\mathfrak pN) \subset \text{Ass}_S(M \otimes_R N)\), voir le Lemme 02M3. Le membre de droite est donc contenu dans le membre de gauche.
Écrivons \(M = \bigcup M_\lambda\) comme la réunion de ses sous-\(R\)-modules de type fini. Alors \(N \otimes_R M = \bigcup N \otimes_R M_\lambda\) également (car \(N\) est plat sur \(R\)). La définition des idéaux premiers associés donne \(\text{Ass}_S(N \otimes_R M) = \bigcup \text{Ass}_S(N \otimes_R M_\lambda)\) et \(\text{Ass}_R(M) = \bigcup \text{Ass}(M_\lambda)\). Nous pouvons donc supposer que \(M\) est de type fini.
Soit \(\mathfrak q \in \text{Ass}_S(M \otimes_R N)\), et supposons que \(R\) soit noethérien et que \(M\) soit un \(R\)-module de type fini. Pour achever la démonstration, nous devons montrer que \(\mathfrak q\) appartient au membre de droite. Remarquons d’abord que \(\mathfrak qS_{\mathfrak q} \in \text{Ass}_{S_{\mathfrak q}}((M \otimes_R N)_{\mathfrak q})\), voir le Lemme 0310. Soit \(\mathfrak p\) l’idéal premier correspondant de \(R\). Remarquons que \[(M \otimes_R N)_{\mathfrak q} = M \otimes_R N_{\mathfrak q} = M_{\mathfrak p} \otimes_{R_{\mathfrak p}} N_{\mathfrak q}\] Si \(\mathfrak pR_{\mathfrak p} \not \in \text{Ass}_{R_{\mathfrak p}}(M_{\mathfrak p})\), il existe un élément \(x \in \mathfrak pR_{\mathfrak p}\) qui est un non-diviseur de zéro dans \(M_{\mathfrak p}\) (voir le Lemme 00LL). Comme \(N_{\mathfrak q}\) est plat sur \(R_{\mathfrak p}\), l’image de \(x\) dans \(\mathfrak qS_{\mathfrak q}\) est un non-diviseur de zéro dans \((M \otimes_R N)_{\mathfrak q}\). Cela contredit l’hypothèse \(\mathfrak qS_{\mathfrak q} \in \text{Ass}_S((M \otimes_R N)_{\mathfrak q})\). Nous concluons donc que \(\mathfrak p\) est l’un des idéaux premiers associés à \(M\).
Poursuivant l’argument, choisissons une filtration \[0 = M_0 \subset M_1 \subset \ldots \subset M_n = M\] telle que chaque quotient \(M_i/M_{i-1}\) soit isomorphe à \(R/\mathfrak p_i\) pour un certain idéal premier \(\mathfrak p_i\) de \(R\), voir le Lemme 00L0. (D’après le Lemme 00LB, nous avons \(\mathfrak p_i = \mathfrak p\) pour au moins un \(i\).) Nous obtenons une filtration \[0 = M_0 \otimes_R N \subset M_1 \otimes_R N \subset \ldots \subset M_n \otimes_R N = M \otimes_R N\] dont les sous-quotients sont isomorphes à \(N/\mathfrak p_iN\). Si \(\mathfrak p_i \not = \mathfrak p\), alors \(\mathfrak q\) ne peut être associé au module \(N/\mathfrak p_iN\), d’après le résultat du paragraphe précédent (car \(\text{Ass}_R(R/\mathfrak p_i) = \{\mathfrak p_i\}\)). Nous concluons donc que \(\mathfrak q\) est associé à \(N/\mathfrak pN\), comme voulu.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(N\) un \(S\)-module. Supposons que \(N\) soit plat comme \(R\)-module et que \(R\) soit un anneau intègre de corps des fractions \(K\). Alors \[\text{Ass}_S(N) = \text{Ass}_S(N \otimes_R K) = \text{Ass}_{S \otimes_R K}(N \otimes_R K)\] par l’inclusion canonique \(\Spec(S \otimes_R K) \subset \Spec(S)\).
Démonstration
Remarquons que \(S \otimes_R K = (R \setminus \{0\})^{-1}S\) et \(N \otimes_R K = (R \setminus \{0\})^{-1}N\). Pour tout élément non nul \(x \in R\), la multiplication par \(x\) dans \(N\) est injective, puisque \(N\) est plat sur \(R\). Le lemme résulte donc du Lemme 05C0 combiné avec le Lemme 05BZ, partie (1).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(R\)-module et soit \(N\) un \(S\)-module. Supposons que \(N\) soit plat comme \(R\)-module. Alors \[\text{Ass}_S(M \otimes_R N) \supset \bigcup\nolimits_{\mathfrak p \in \text{Ass}_R(M)} \text{Ass}_{S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)}(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p))\] où nous utilisons la Remarque 00E6 pour considérer les spectres des anneaux fibres comme des sous-ensembles de \(\Spec(S)\). Si \(R\) est noethérien, cette inclusion est une égalité.
Démonstration
Ceci équivaut au Lemme 0312 d’après les Lemmes 05BY, 00HI et 05C1.
Remarque
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(N\) un \(S\)-module. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). Alors \[\text{Ass}_S(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)) = \text{Ass}_{S/\mathfrak pS}(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)) = \text{Ass}_{S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)}(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)).\] La première égalité résulte du Lemme 05BY et la seconde du Lemme 05BZ, partie (1).
Idéaux premiers faiblement associés
Il s’agit d’une variante de la notion d’idéal premier associé qui est utile pour les anneaux non noethériens et les modules qui ne sont pas de type fini.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Un idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\) est faiblement associé à \(M\) s’il existe un élément \(m \in M\) tel que \(\mathfrak p\) soit minimal parmi les idéaux premiers contenant l’annulateur \(\text{Ann}(m) = \{f \in R \mid fm = 0\}\). L’ensemble de tous ces idéaux premiers est noté \(\text{WeakAss}_R(M)\) ou \(\text{WeakAss}(M)\).
Ainsi, tout idéal premier associé est faiblement associé. Voici une caractérisation à l’aide de la localisation en l’idéal premier.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(\mathfrak p\) est faiblement associé à \(M\),
\(\mathfrak pR_{\mathfrak p}\) est faiblement associé à \(M_{\mathfrak p}\), et
\(M_{\mathfrak p}\) contient un élément dont l’annulateur a pour radical \(\mathfrak pR_{\mathfrak p}\).
Démonstration
Supposons (1). Il existe alors un élément \(m \in M\) tel que \(\mathfrak p\) soit minimal parmi les idéaux premiers contenant l’annulateur \(I = \{x \in R \mid xm = 0\}\) de \(m\). Comme la localisation est exacte, l’annulateur de \(m\) dans \(M_{\mathfrak p}\) est \(I_{\mathfrak p}\). Ainsi, \(\mathfrak pR_{\mathfrak p}\) est un idéal premier minimal de \(R_{\mathfrak p}\) contenant l’annulateur \(I_{\mathfrak p}\) de \(m\) dans \(M_{\mathfrak p}\). Ceci montre (2), ainsi que (3), car \(\sqrt{I_{\mathfrak p}} = \mathfrak pR_{\mathfrak p}\).
En appliquant l’implication (1) \(\Rightarrow\) (3) à \(M_{\mathfrak p}\) sur \(R_{\mathfrak p}\), on voit que (2) \(\Rightarrow\) (3).
Enfin, supposons (3). Il existe donc un élément \(m/f \in M_{\mathfrak p}\) dont l’annulateur a pour radical \(\mathfrak pR_{\mathfrak p}\). L’annulateur \(I = \{x \in R \mid xm = 0\}\) de \(m\) dans \(M\) vérifie alors \(\sqrt{I_{\mathfrak p}} = \mathfrak pR_{\mathfrak p}\). Cela signifie clairement que \(\mathfrak p\) contient \(I\) et est minimal parmi les idéaux premiers contenant \(I\), c’est-à-dire que (1) est vérifiée.
Lemme
Pour un anneau réduit, les idéaux premiers faiblement associés à l’anneau sont les idéaux premiers minimaux.
Démonstration
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local réduit. Supposons que \(x \in R\) soit un élément dont l’annulateur a pour radical \(\mathfrak m\). Si \(\mathfrak m \not = 0\), alors \(x\) ne peut pas être inversible, donc \(x \in \mathfrak m\). En particulier, \(x^{1 + n} = 0\) pour un certain \(n \geq 0\). Ainsi \(x = 0\), ce qui contredit l’hypothèse selon laquelle l’annulateur de \(x\) est contenu dans \(\mathfrak m\). On voit donc que \(\mathfrak m = 0\), c’est-à-dire que \(R\) est un corps. Le Lemme 0566 donne alors l’assertion du lemme.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules. Alors \(\text{WeakAss}(M') \subset \text{WeakAss}(M)\) et \(\text{WeakAss}(M) \subset \text{WeakAss}(M') \cup \text{WeakAss}(M'')\).
Démonstration
Nous utiliserons la caractérisation des idéaux premiers faiblement associés du Lemme 0566. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). L’exactitude de la localisation donne la suite exacte courte \(0 \to M'_{\mathfrak p} \to M_{\mathfrak p} \to M''_{\mathfrak p} \to 0\). Supposons que \(m \in M_{\mathfrak p}\) soit un élément dont l’annulateur a pour radical \(\mathfrak pR_{\mathfrak p}\). Alors, ou bien l’image \(\overline{m}\) de \(m\) dans \(M''_{\mathfrak p}\) est nulle et \(m \in M'_{\mathfrak p}\), ou bien le radical de l’annulateur de \(\overline{m}\) est \(\mathfrak pR_{\mathfrak p}\). Ceci montre que \(\text{WeakAss}(M) \subset \text{WeakAss}(M') \cup \text{WeakAss}(M'')\). L’inclusion \(\text{WeakAss}(M') \subset \text{WeakAss}(M)\) résulte immédiatement des définitions.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \[M = (0) \Leftrightarrow \text{WeakAss}(M) = \emptyset\]
Démonstration
Si \(M = (0)\), alors \(\text{WeakAss}(M) = \emptyset\) par définition. Réciproquement, supposons \(M \not = 0\). Choisissons un élément non nul \(m \in M\). Notons \(I = \{x \in R \mid xm = 0\}\) l’annulateur de \(m\). Alors \(R/I \subset M\). Ainsi \(\text{WeakAss}(R/I) \subset \text{WeakAss}(M)\) par le Lemme 0548. Or, puisque \(I \not = R\), l’ensemble \(V(I) = \Spec(R/I)\) contient un idéal premier minimal ; voir les Lemmes 00E0 et 00E5, ce qui conclut.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \[\text{Ass}(M) \subset \text{WeakAss}(M) \subset \text{Supp}(M).\]
Démonstration
La première inclusion résulte immédiatement des définitions. Si \(\mathfrak p \in \text{WeakAss}(M)\), alors, d’après le Lemme 0566, on a \(M_{\mathfrak p} \not = 0\), donc \(\mathfrak p \in \text{Supp}(M)\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. La réunion \(\bigcup_{\mathfrak q \in \text{WeakAss}(M)} \mathfrak q\) est l’ensemble des éléments de \(R\) qui sont des diviseurs de zéro sur \(M\).
Démonstration
Supposons \(f \in \mathfrak q \in \text{WeakAss}(M)\). Il existe un élément \(m \in M\) tel que \(\mathfrak q\) soit minimal au-dessus de \(I = \{x \in R \mid xm = 0\}\). Il existe donc \(g \in R\), avec \(g \not \in \mathfrak q\), et \(n > 0\) tels que \(f^ngm = 0\). Remarquons que \(gm \not = 0\) puisque \(g \not \in I\). Si l’on choisit \(n\) minimal avec cette propriété, alors \(f (f^{n - 1}gm) = 0\) et \(f^{n - 1}gm \not = 0\) ; ainsi \(f\) est un diviseur de zéro sur \(M\). Réciproquement, supposons que \(f \in R\) soit un diviseur de zéro sur \(M\). Considérons le sous-module \(N = \{m \in M \mid fm = 0\}\). Comme \(N\) n’est pas nul, il possède un idéal premier faiblement associé \(\mathfrak q\) par le Lemme 0588. On a clairement \(f \in \mathfrak q\) et, d’après le Lemme 0548, \(\mathfrak q\) est un idéal premier faiblement associé à \(M\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Tout \(\mathfrak p \in \text{Supp}(M)\) qui est minimal parmi les éléments de \(\text{Supp}(M)\) appartient à \(\text{WeakAss}(M)\).
Démonstration
Remarquons que \(\text{Supp}(M_{\mathfrak p}) = \{\mathfrak pR_{\mathfrak p}\}\) dans \(\Spec(R_{\mathfrak p})\). En particulier, \(M_{\mathfrak p}\) est non nul, et donc \(\text{WeakAss}(M_{\mathfrak p}) \not = \emptyset\) d’après le Lemme 0588. Puisque \(\text{WeakAss}(M_{\mathfrak p}) \subset \text{Supp}(M_{\mathfrak p})\) d’après le Lemme 0589, on en déduit que \(\text{WeakAss}(M_{\mathfrak p}) = \{\mathfrak pR_{\mathfrak p}\}\), d’où \(\mathfrak p \in \text{WeakAss}(M)\) par le Lemme 0566.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\) qui est de type fini. Alors \[\mathfrak p \in \text{Ass}(M) \Leftrightarrow \mathfrak p \in \text{WeakAss}(M).\] En particulier, si \(R\) est noethérien, alors \(\text{Ass}(M) = \text{WeakAss}(M)\).
Démonstration
Écrivons \(\mathfrak p = (g_1, \ldots, g_n)\) avec \(g_i \in R\). Il suffit de démontrer l’implication « \(\Leftarrow\) », puisque l’autre implication est toujours vraie ; voir le Lemme 0589. Supposons \(\mathfrak p \in \text{WeakAss}(M)\). D’après le Lemme 0566, il existe un élément \(m \in M_{\mathfrak p}\) tel que \(I = \{x \in R_{\mathfrak p} \mid xm = 0\}\) ait pour radical \(\mathfrak pR_{\mathfrak p}\). Pour tout \(i\), il existe donc un plus petit \(e_i > 0\) tel que \(g_i^{e_i}m = 0\) dans \(M_{\mathfrak p}\). Si \(e_i > 1\) pour un certain \(i\), on peut remplacer \(m\) par \(g_i^{e_i - 1} m \not = 0\) et diminuer \(\sum e_i\). On peut donc supposer que l’annulateur de \(m \in M_{\mathfrak p}\) est \((g_1, \ldots, g_n)R_{\mathfrak p} = \mathfrak p R_{\mathfrak p}\). Le Lemme 0310 montre alors que \(\mathfrak p \in \text{Ass}(M)\).
Remarque
Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. On n’a pas toujours \(\Spec(\varphi)(\text{WeakAss}_S(M)) \subset \text{WeakAss}_R(M)\) contrairement au cas des idéaux premiers associés (voir le Lemme 05BW). Un exemple est donné par l’homomorphisme d’anneaux \[R = k[x_1, x_2, x_3, \ldots] \to S = k[x_1, x_2, x_3, \ldots, y_1, y_2, y_3, \ldots]/ (x_1y_1, x_2y_2, x_3y_3, \ldots)\] et par \(M = S\). Dans ce cas, \(\mathfrak q = \sum x_iS\) est un idéal premier minimal de \(S\), donc un idéal premier faiblement associé à \(M = S\) (voir le Lemme 05C4). Mais, d’autre part, pour tout élément non nul de \(S\), son annulateur dans \(R\) est de type fini et n’a donc pas pour radical \(R \cap \mathfrak q = (x_1, x_2, x_3, \ldots)\) (détails omis).
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Alors on a \(\Spec(\varphi)(\text{WeakAss}_S(M)) \supset \text{WeakAss}_R(M)\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak p\) un élément de \(\text{WeakAss}_R(M)\). Il existe alors \(m \in M_{\mathfrak p}\) dont l’annulateur \(I = \{x \in R_{\mathfrak p} \mid xm = 0\}\) a pour radical \(\mathfrak pR_{\mathfrak p}\). Considérons l’annulateur \(J = \{x \in S_{\mathfrak p} \mid xm = 0 \}\) de \(m\) dans \(S_{\mathfrak p}\). Comme \(IS_{\mathfrak p} \subset J\), tout idéal premier minimal \(\mathfrak q \subset S_{\mathfrak p}\) au-dessus de \(J\) est au-dessus de \(\mathfrak p\). De plus, un tel \(\mathfrak q\) correspond à un idéal premier faiblement associé à \(M\), par exemple d’après le Lemme 0566.
Remarque
Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Notons \(f : \Spec(S) \to \Spec(R)\) l’application induite sur les spectres. Alors on a \[f(\text{Ass}_S(M)) \subset \text{Ass}_R(M) \subset \text{WeakAss}_R(M) \subset f(\text{WeakAss}_S(M))\] voir les Lemmes 05BW, 05C6 et 0589. En général, toutes les inclusions peuvent être strictes ; voir les Remarques 05BX et 05C5. Si \(S\) est noethérien, alors toutes les inclusions sont des égalités puisque, d’après le Lemme 058A, les deux extrêmes sont égaux.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Notons \(f : \Spec(S) \to \Spec(R)\) l’application induite sur les spectres. Si \(\varphi\) est un homomorphisme d’anneaux fini, alors \[\text{WeakAss}_R(M) = f(\text{WeakAss}_S(M)).\]
Démonstration
L’une des inclusions a déjà été démontrée ; voir la Remarque 05C7. Pour démontrer l’autre, supposons \(\mathfrak q \in \text{WeakAss}_S(M)\) et soit \(\mathfrak p\) l’idéal premier correspondant de \(R\). Soit \(m \in M\) un élément tel que \(\mathfrak q\) soit un idéal premier minimal au-dessus de \(J = \{g \in S \mid gm = 0\}\). Le radical de \(JS_{\mathfrak q}\) est donc \(\mathfrak qS_{\mathfrak q}\). Comme \(R \to S\) est fini, il n’existe qu’un nombre fini d’idéaux premiers \(\mathfrak q = \mathfrak q_1, \mathfrak q_2, \ldots, \mathfrak q_l\) au-dessus de \(\mathfrak p\) ; voir le Lemme 05DR. Choisissons \(x \in \mathfrak q\) tel que \(x \not \in \mathfrak q_i\) pour \(i > 1\) ; voir le Lemme 00DS. D’après ce qui précède, il existe un élément \(y \in S\), avec \(y \not \in \mathfrak q\), et un entier \(t > 0\) tels que \(y x^t m = 0\). Ainsi, l’élément \(ym \in M\) est annulé par \(x^t\) ; ainsi \(ym\) a une image nulle dans \(M_{\mathfrak q_i}\) pour \(i = 2, \ldots, l\). En revanche, l’image de \(ym\) n’est pas nulle dans \(S_{\mathfrak q}\).
L’anneau \(S_{\mathfrak p}\) est semi-local, d’idéaux maximaux \(\mathfrak q_i S_{\mathfrak p}\), par le théorème de montée pour les homomorphismes d’anneaux finis ; voir le Lemme 00GU. Si \(f \in \mathfrak pR_{\mathfrak p}\), une puissance de \(f\) appartient à \(JS_{\mathfrak q}\) ; ainsi, pour un certain \(t > 0\), l’image de \(f^t ym\) est nulle dans \(M_{\mathfrak q}\). Comme \(ym\) s’annule aux autres idéaux maximaux de \(S_{\mathfrak p}\), on en déduit que \(f^t ym\) est nul dans \(M_{\mathfrak p}\) ; voir le Lemme 00HN. On voit ainsi que \(\mathfrak p\) est un idéal premier minimal au-dessus de l’annulateur de \(ym\) dans \(R\), ce qui conclut.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I\) un idéal. Soit \(M\) un \(R/I\)-module. Par l’injection canonique \(\Spec(R/I) \to \Spec(R)\) on a \(\text{WeakAss}_{R/I}(M) = \text{WeakAss}_R(M)\).
Démonstration
C’est un cas particulier du Lemme 05E1.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. Par l’injection canonique \(\Spec(S^{-1}R) \to \Spec(R)\), on a \(\text{WeakAss}_R(S^{-1}M) = \text{WeakAss}_{S^{-1}R}(S^{-1}M)\) et \[\text{WeakAss}(M) \cap \Spec(S^{-1}R) = \text{WeakAss}(S^{-1}M).\]
Démonstration
Supposons \(m \in S^{-1}M\). Soient \(I = \{x \in R \mid xm = 0\}\) et \(I' = \{x' \in S^{-1}R \mid x'm = 0\}\). Alors \(I' = S^{-1}I\) et \(I \cap S = \emptyset\), sauf si \(I = R\) (vérifications omises). Ainsi, les idéaux premiers de \(S^{-1}R\) minimaux au-dessus de \(I'\) correspondent bijectivement aux idéaux premiers de \(R\) minimaux au-dessus de \(I\) et disjoints de \(S\). Ceci démontre l’égalité \(\text{WeakAss}_R(S^{-1}M) = \text{WeakAss}_{S^{-1}R}(S^{-1}M)\). La seconde égalité résulte du Lemme 0566, car, pour \(\mathfrak p \in R\) tel que \(S \cap \mathfrak p = \emptyset\), on a \(M_{\mathfrak p} = (S^{-1}M)_{S^{-1}\mathfrak p}\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. Supposons que tout \(s \in S\) soit un non-diviseur de zéro sur \(M\). Alors \[\text{WeakAss}(M) = \text{WeakAss}(S^{-1}M).\]
Démonstration
Puisque, par hypothèse, \(M \subset S^{-1}M\), le Lemme 0548 donne \(\text{WeakAss}(M) \subset \text{WeakAss}(S^{-1}M)\). Réciproquement, soit \(n/s \in S^{-1}M\) un élément d’annulateur \(I\), et soit \(\mathfrak p\) un idéal premier minimal au-dessus de \(I\). Alors l’annulateur de \(n \in M\) est \(I\), et \(\mathfrak p\) est un idéal premier minimal au-dessus de \(I\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. L’application \[M \longrightarrow \prod\nolimits_{\mathfrak p \in \text{WeakAss}(M)} M_{\mathfrak p}\] est injective.
Démonstration
Soit \(x \in M\) un élément du noyau de l’application. Posons \(N = Rx \subset M\). Si \(\mathfrak p\) est un idéal premier faiblement associé à \(N\), on a d’une part \(\mathfrak p \in \text{WeakAss}(M)\) (Lemme 0548) et, d’autre part, \(N_{\mathfrak p} \subset M_{\mathfrak p}\) n’est pas nul. Cette contradiction montre que \(\text{WeakAss}(N) = \emptyset\). Ainsi \(N = 0\), c’est-à-dire \(x = 0\), d’après le Lemme 0588.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(N\) un \(S\)-module. Supposons que \(N\) soit plat comme \(R\)-module et que \(R\) soit intègre, de corps des fractions \(K\). Alors \[\text{WeakAss}_S(N) = \text{WeakAss}_{S \otimes_R K}(N \otimes_R K)\] par l’inclusion canonique \(\Spec(S \otimes_R K) \subset \Spec(S)\).
Démonstration
Remarquons que \(S \otimes_R K = (R \setminus \{0\})^{-1}S\) et \(N \otimes_R K = (R \setminus \{0\})^{-1}N\). Pour tout \(x \in R\) non nul, la multiplication par \(x\) dans \(N\) est injective, car \(N\) est plat sur \(R\). Le lemme résulte donc du Lemme 05CA.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Soit \(R\) une \(k\)-algèbre. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(\mathfrak q \subset R \otimes_k K\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Si \(\mathfrak q\) est faiblement associé à \(M \otimes_k K\), alors \(\mathfrak p\) est faiblement associé à \(M\).
Démonstration
Soit \(z \in M \otimes_k K\) un élément tel que \(\mathfrak q\) soit minimal au-dessus de l’annulateur \(J \subset R \otimes_k K\) de \(z\). Choisissons une sous-extension de type fini \(K/L/k\) telle que \(z \in M \otimes_k L\). Comme \(R \otimes_k L \to R \otimes_k K\) est plat, on a \(J = I(R \otimes_k K)\), où \(I \subset R \otimes_k L\) est l’annulateur de \(z\) dans le plus petit anneau (Lemme 07T8). Ainsi, \(\mathfrak q \cap (R \otimes_k L)\) est minimal au-dessus de \(I\) par le théorème de descente (Lemme 00HS). On se ramène ainsi au cas décrit dans le paragraphe suivant.
Supposons que \(K/k\) soit une extension de corps de type fini. Soient \(x_1, \ldots, x_r \in K\) une base de transcendance de \(K\) sur \(k\) ; voir Corps, section 030D. Posons \(L = k(x_1, \ldots, x_r)\). Écrivons \([K : L] = n\). Alors \(R \otimes_k L \to R \otimes_k K\) est un homomorphisme d’anneaux fini. Le Lemme 05E1 montre donc que \(\mathfrak q \cap (R \otimes_k L)\) est un idéal premier faiblement associé à \(M \otimes_k K\) considéré comme \(R \otimes_k L\)-module. Comme \(M \otimes_k K \cong (M \otimes_k L)^{\oplus n}\) en tant que \(R \otimes_k L\)-module, on voit que \(\mathfrak q \cap (R \otimes_k L)\) est un idéal premier faiblement associé à \(M \otimes_k L\) (par exemple en utilisant le Lemme 0548 et une récurrence). On se ramène ainsi au cas examiné dans le paragraphe suivant.
Supposons que \(K = k(x_1, \ldots, x_r)\) soit une extension transcendante pure. On peut remplacer \(R\) par \(R_\mathfrak p\), \(M\) par \(M_\mathfrak p\) et \(\mathfrak q\) par \(\mathfrak q(R_\mathfrak p \otimes_k K)\). Voir le Lemme 05C9. On se ramène ainsi au cas examiné dans le paragraphe suivant.
Supposons que \(K = k(x_1, \ldots, x_r)\) soit une extension transcendante pure et que \(R\) soit local d’idéal maximal \(\mathfrak p\). Nous affirmons que tout \(f \in R \otimes_k K\), avec \(f \not \in \mathfrak p(R \otimes_k K)\), est un non-diviseur de zéro sur \(M \otimes_k K\). En effet, soit \(z \in M \otimes_k K\) un élément. Il existe un \(R\)-sous-module de type fini \(M' \subset M\) tel que \(z \in M' \otimes_k K\) et tel que \(M'\) soit minimal pour cette propriété : choisissons une base \(\{t_\alpha\}\) de \(K\) comme \(k\)-espace vectoriel, écrivons \(z = \sum m_\alpha \otimes t_\alpha\) et prenons pour \(M'\) le \(R\)-sous-module engendré par les \(m_\alpha\). Si \(z \in \mathfrak p(M' \otimes_k K) = \mathfrak p M' \otimes_k K\), alors \(\mathfrak pM' = M'\) et \(M' = 0\) d’après le Lemme 00DV, ce qui est une contradiction. Ainsi, \(z\) a une image non nulle \(\overline{z}\) dans \(M'/\mathfrak p M' \otimes_k K\). Or \(R/\mathfrak p \otimes_k K\) est intègre, car c’est une localisation de \(\kappa(\mathfrak p)[x_1, \ldots, x_n]\), et \(M'/\mathfrak p M' \otimes_k K\) est un module libre ; par conséquent, \(f\overline{z} \not = 0\). Cela démontre l’affirmation.
Enfin, choisissons \(z \in M \otimes_k K\) tel que \(\mathfrak q\) soit minimal au-dessus de l’annulateur \(J \subset R \otimes_k K\) de \(z\). Pour \(f \in \mathfrak p\), il existe \(n \geq 1\) et \(g \in R \otimes_k K\), avec \(g \not \in \mathfrak q\), tels que \(g f^n z \in J\), c’est-à-dire \(g f^n z = 0\). (Cela vient de ce que \(\mathfrak q\) est au-dessus de \(\mathfrak p\) et que \(\mathfrak q\) est minimal au-dessus de \(J\).) On a vu plus haut que \(g\) est un non-diviseur de zéro, donc \(f^n z = 0\). Ainsi, \(\mathfrak p\) est un idéal premier faiblement associé à \(M \otimes_k K\) considéré comme \(R\)-module. Comme \(M \otimes_k K\) est une somme directe de copies de \(M\), on en déduit, comme précédemment, que \(\mathfrak p\) est un idéal premier faiblement associé à \(M\).
Idéaux premiers immergés
Voici la définition.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module.
Les idéaux premiers associés à \(M\) qui ne sont pas minimaux parmi les idéaux premiers associés à \(M\) sont appelés les idéaux premiers associés immergés de \(M\).
Les idéaux premiers immergés de \(R\) sont les idéaux premiers associés immergés de \(R\) considéré comme \(R\)-module.
Voici une manière de les éliminer.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Considérons l’ensemble des \(R\)-sous-modules \[\{ K \subset M \mid \text{Supp}(K) \text{ rare dans } \text{Supp}(M) \}.\] Cet ensemble possède un élément maximal \(K\), et le quotient \(M' = M/K\) possède les propriétés suivantes :
\(\text{Supp}(M) = \text{Supp}(M')\),
\(M'\) n’a aucun idéal premier associé immergé,
pour tout \(f \in R\) appartenant à tous les idéaux premiers associés immergés de \(M\), on a \(M_f \cong M'_f\).
Démonstration
Nous utiliserons le Lemme 00LC et la Proposition 02CE sans les mentionner davantage. Notons \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\) les idéaux premiers minimaux du support de \(M\). Notons \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_s\) les idéaux premiers associés immergés de \(M\). Alors \(\text{Ass}(M) = \{\mathfrak q_j, \mathfrak p_i\}\). Posons \[K = \{m \in M \mid \text{Supp}(Rm) \subset \bigcup V(\mathfrak p_i)\}\] On voit immédiatement que c’est un sous-module. Puisque \(M\) est de type fini sur un anneau noethérien, \(K\) est lui aussi de type fini. Ainsi \(\text{Supp}(K)\) est rare dans \(\text{Supp}(M)\). Soit \(K' \subset M\) un autre sous-module dont le support est rare dans \(\text{Supp}(M)\). Cela signifie que \(K_{\mathfrak q_j} = 0\). Ainsi, si \(m \in K'\), l’image de \(m\) dans \(M_{\mathfrak q_j}\) est nulle, ce qui implique à son tour \((Rm)_{\mathfrak q_j} = 0\). D’autre part, on a \(\text{Ass}(Rm) \subset \text{Ass}(M)\). Le support de \(Rm\) est donc contenu dans \(\bigcup V(\mathfrak p_i)\). Ainsi \(m \in K\), puis \(K' \subset K\), puisque \(m\) était arbitraire dans \(K'\).
Soit \(M' = M/K\). Puisque \(K_{\mathfrak q_j}=0\), on a \(M'_{\mathfrak q_j} = M_{\mathfrak q_j}\) pour tout \(j\). Ainsi \(M\) et \(M'\) ont le même support.
Supposons \(\mathfrak q = \text{Ann}(\overline{m}) \in \text{Ass}(M')\), où \(\overline{m} \in M'\) est l’image de \(m \in M\). Alors \(m \not \in K\) ; le support de \(Rm\) doit donc contenir l’un des \(\mathfrak q_j\). Puisque \(M_{\mathfrak q_j} = M'_{\mathfrak q_j}\), on sait que l’image de \(\overline{m}\) dans \(M'_{\mathfrak q_j}\) n’est pas nulle. Ainsi \(\mathfrak q \subset \mathfrak q_j\) (en fait, il y a égalité), ce qui signifie qu’aucun des idéaux premiers associés à \(M'\) n’est immergé.
Soit \(f\) un élément appartenant à tous les \(\mathfrak p_i\). Alors \(D(f) \cap \text{supp}(K) = 0\). Ainsi \(M_f = M'_f\) parce que \(K_f = 0\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Pour tout \(f \in R\), on a \((M')_f = (M_f)'\), où \(M \to M'\) et \(M_f \to (M_f)'\) sont les quotients construits dans le Lemme 02M6.
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini sans idéal premier associé immergé. Soit \(I = \{x \in R \mid xM = 0\}\). Alors l’anneau \(R/I\) n’a aucun idéal premier immergé.
Démonstration
On peut remplacer \(R\) par \(R/I\). On peut donc supposer que tout élément non nul de \(R\) agit non trivialement sur \(M\). D’après le Lemme 00L2, cela implique que \(\Spec(R)\) est égal au support de \(M\). Supposons que \(\mathfrak p\) soit un idéal premier immergé de \(R\). Soit \(x \in R\) un élément dont l’annulateur est \(\mathfrak p\). Considérons le module non nul \(N = xM \subset M\). Il est annulé par \(\mathfrak p\). Tout idéal premier associé \(\mathfrak q\) à \(N\) contient donc \(\mathfrak p\) et est aussi un idéal premier associé à \(M\). Alors \(\mathfrak q\) serait un idéal premier associé immergé de \(M\), ce qui contredit l’hypothèse du lemme.
Suites régulières
Dans cette section, nous établissons quelques propriétés élémentaires des suites régulières.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Une suite d’éléments \(f_1, \ldots, f_r\) de \(R\) est appelée une suite \(M\)-régulière si les conditions suivantes sont satisfaites :
\(f_i\) est un non-diviseur de zéro sur \(M/(f_1, \ldots, f_{i - 1})M\) pour tout \(i = 1, \ldots, r\), et
le module \(M/(f_1, \ldots, f_r)M\) n’est pas nul.
Si \(I\) est un idéal de \(R\) et si \(f_1, \ldots, f_r \in I\), nous appelons \(f_1, \ldots, f_r\) une suite \(M\)-régulière dans \(I\). Si \(M = R\), nous appelons simplement \(f_1, \ldots, f_r\) une suite régulière (dans \(I\)).
Notons bien que la définition dépend de l’ordre des éléments \(f_1, \ldots, f_r\) (voir les exemples ci-dessous). Certains articles ou livres ne demandent pas que le module \(M/(f_1, \ldots, f_r)M\) soit non nul. Cela présente l’avantage que la propriété d’être une suite régulière est préservée par localisation. Cependant, nous utiliserons surtout cette définition pour définir la profondeur d’un module lorsque \(R\) est local ; dans ce cas, les \(f_i\) doivent appartenir à l’idéal maximal, condition qui n’est pas préservée lorsqu’on passe de \(R\) à une localisation \(R_\mathfrak p\).
Exemple
Soit \(k\) un corps. Dans l’anneau \(k[x, y, z]\), la suite \(x, y(1-x), z(1-x)\) est régulière, mais la suite \(y(1-x), z(1-x), x\) ne l’est pas.
Exemple
Soit \(k\) un corps. Considérons l’anneau \(k[x, y, w_0, w_1, w_2, \ldots]/I\) où \(I\) est engendré par les \(yw_i\), \(i = 0, 1, 2, \ldots\), et les \(w_i - xw_{i + 1}\), \(i = 0, 1, 2, \ldots\). La suite \(x, y\) est régulière, mais \(y\) est un diviseur de zéro. On peut de plus localiser en l’idéal maximal \((x, y, w_i)\) et obtenir encore un exemple.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(x_1, \ldots, x_c\) une suite \(M\)-régulière. Alors toute permutation des \(x_i\) est elle aussi une suite régulière.
Démonstration
Traitons d’abord le cas \(c = 2\). Considérons le noyau \(K \subset M\) de \(x_2 : M \to M\). Pour tout \(z \in K\), on sait que \(z = x_1 z'\) pour un certain \(z' \in M\), car \(x_2\) est un non-diviseur de zéro sur \(M/x_1M\). Comme \(x_1\) est un non-diviseur de zéro sur \(M\), on a aussi \(x_2 z' = 0\). Ainsi \(x_1 : K \to K\) est surjectif. Le Lemme de Nakayama 00DV donne donc \(K = 0\). Considérons ensuite la multiplication par \(x_1\) sur \(M/x_2M\). Si \(z \in M\) a pour image un élément \(\overline{z} \in M/x_2M\) du noyau de cette application, alors \(x_1 z = x_2 y\) pour un certain \(y \in M\). Mais, puisque \(x_1, x_2\) est une suite régulière, on a alors \(y = x_1 y'\) pour un certain \(y' \in M\). Ainsi \(x_1 ( z - x_2 y' ) =0\), puis \(z = x_2 y'\), et donc \(\overline{z} = 0\), comme voulu.
Dans le cas général, remarquons que toute permutation est une composée de transpositions d’indices adjacents. Il suffit donc de démontrer que \[x_1, \ldots, x_{i-2}, x_i, x_{i-1}, x_{i + 1}, \ldots, x_c\] est une suite \(M\)-régulière. Cela résulte du cas que nous venons de traiter, appliqué au module \(M/(x_1, \ldots, x_{i-2})\) et à la suite régulière de longueur \(2\) formée par \(x_{i-1}, x_i\).
Lemme
Soient \(R, S\) des anneaux locaux. Soit \(R \to S\) un homomorphisme local plat d’anneaux. Soit \(x_1, \ldots, x_r\) une suite dans \(R\). Soit \(M\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(x_1, \ldots, x_r\) est une suite \(M\)-régulière dans \(R\), et
les images de \(x_1, \ldots, x_r\) dans \(S\) forment une suite \(M \otimes_R S\)-régulière.
Démonstration
Cela vient de ce que \(R \to S\) est fidèlement plat d’après le Lemme 00HR.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier. Soit \(x_1, \ldots, x_r\) une suite dans \(R\) dont l’image dans \(R_{\mathfrak p}\) forme une suite \(M_{\mathfrak p}\)-régulière. Alors il existe \(g \in R\), avec \(g \not \in \mathfrak p\), tel que l’image de \(x_1, \ldots, x_r\) dans \(R_g\) forme une suite \(M_g\)-régulière.
Démonstration
Posons \[K_i = \Ker\left(x_i : M/(x_1, \ldots, x_{i - 1})M \to M/(x_1, \ldots, x_{i - 1})M\right).\] C’est un \(R\)-module de type fini dont la localisation en \(\mathfrak p\) est nulle par hypothèse. Il existe donc \(g \in R\), avec \(g \not \in \mathfrak p\), tel que \((K_i)_g = 0\) pour tout \(i = 1, \ldots, r\). Ce \(g\) convient.
Lemme
Soit \(A\) un anneau. Soit \(I\) un idéal engendré par une suite régulière \(f_1, \ldots, f_n\) dans \(A\). Soient \(g_1, \ldots, g_m \in A\) des éléments dont les images \(\overline{g}_1, \ldots, \overline{g}_m\) forment une suite régulière dans \(A/I\). Alors la suite \(f_1, \ldots, f_n, g_1, \ldots, g_m\) est régulière dans \(A\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement des définitions.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules. Soit \(f_1, \ldots, f_r \in R\). Si \(f_1, \ldots, f_r\) est \(M_1\)-régulière et \(M_3\)-régulière, alors \(f_1, \ldots, f_r\) est \(M_2\)-régulière.
Démonstration
D’après le Lemme 07JW, si \(f_1 : M_1 \to M_1\) et \(f_1 : M_3 \to M_3\) sont injectifs, alors \(f_1 : M_2 \to M_2\) l’est aussi, et l’on obtient une suite exacte courte \[0 \to M_1/f_1M_1 \to M_2/f_1M_2 \to M_3/f_1M_3 \to 0\] Le lemme en résulte par récurrence sur \(r\). Certains détails sont omis.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in R\) et des entiers \(e_1, \ldots, e_r > 0\). Alors la suite \(f_1, \ldots, f_r\) est \(M\)-régulière si et seulement si \(f_1^{e_1}, \ldots, f_r^{e_r}\) est une suite \(M\)-régulière.
Démonstration
Nous le démontrons par récurrence sur \(r\). Si \(r = 1\), cela résulte des deux faits élémentaires suivants : (a) une puissance d’un non-diviseur de zéro sur \(M\) est un non-diviseur de zéro sur \(M\), et (b) un diviseur d’un non-diviseur de zéro sur \(M\) est un non-diviseur de zéro sur \(M\). Si \(r > 1\), la récurrence appliquée à \(M/f_1M\) montre que \(f_1, f_2, \ldots, f_r\) est une suite \(M\)-régulière si et seulement si \(f_1, f_2^{e_2}, \ldots, f_r^{e_r}\) est une suite \(M\)-régulière. Il suffit donc de montrer, étant donné \(e > 0\), que \(f_1^e, f_2, \ldots, f_r\) est une suite \(M\)-régulière si et seulement si \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite \(M\)-régulière. Nous le démontrons par récurrence sur \(e\). Le cas \(e = 1\) est trivial. Puisque \(f_1\) est un non-diviseur de zéro sous les deux hypothèses (d’après le cas \(r = 1\)), on a une suite exacte courte \[0 \to M/f_1M \xrightarrow{f_1^{e - 1}} M/f_1^eM \to M/f_1^{e - 1}M \to 0\] Supposons que \(f_1, f_2, \ldots, f_r\) soit une suite \(M\)-régulière. Alors, par récurrence, la suite \(f_2, \ldots, f_r\) est régulière sur \(M/f_1M\) et \(M/f_1^{e - 1}M\). D’après le Lemme 0F1T, \(f_2, \ldots, f_r\) est \(M/f_1^eM\)-régulière. Ainsi \(f_1^e, f_2, \ldots, f_r\) est \(M\)-régulière. Réciproquement, supposons que \(f_1^e, f_2, \ldots, f_r\) soit une suite \(M\)-régulière. Alors \(f_2 : M/f_1^eM \to M/f_1^eM\) est injectif, donc \(f_2 : M/f_1M \to M/f_1M\) est injectif, puis, par récurrence (!), \(f_2 : M/f_1^{e - 1}M \to M/f_1^{e - 1}M\) est injectif, et donc \[0 \to M/(f_1, f_2)M \xrightarrow{f_1^{e - 1}} M/(f_1^e, f_2)M \to M/(f_1^{e - 1}, f_2)M \to 0\] est une suite exacte courte d’après le Lemme 07JW. Cela démontre la réciproque pour \(r = 2\). Si \(r > 2\), alors \(f_3 : M/(f_1^e, f_2)M \to M/(f_1^e, f_2)M\) est injectif, donc \(f_3 : M/(f_1, f_2)M \to M/(f_1, f_2)M\) est injectif, et ainsi de suite. Certains détails sont omis.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_r \in R\) qui n’engendrent pas l’idéal unité. Les assertions suivantes sont équivalentes :
toute permutation de \(f_1, \ldots, f_r\) est une suite régulière,
toute sous-suite de \(f_1, \ldots, f_r\) (dans l’ordre donné) est une suite régulière, et
\(f_1x_1, \ldots, f_rx_r\) est une suite régulière dans l’anneau de polynômes \(R[x_1, \ldots, x_r]\).
Démonstration
Il est clair que (1) implique (2). Montrons par récurrence sur \(r\) que (2) implique (1). Le cas \(r = 1\) est trivial. Pour \(r = 2\), il s’agit de dire que si les éléments \(a, b \in R\) forment une suite régulière et si \(b\) est un non-diviseur de zéro, alors \(b, a\) est une suite régulière. Cela est clair, car le noyau de \(a : R/(b) \to R/(b)\) est isomorphe au noyau de \(b : R/(a) \to R/(a)\) si \(a\) et \(b\) sont tous deux des non-diviseurs de zéro. Supposons \(r > 2\). Supposons (2) vérifiée et cherchons à montrer que \(f_{\sigma(1)}, \ldots, f_{\sigma(r)}\) est une suite régulière pour une permutation \(\sigma\). Nous savons déjà par récurrence que \(f_{\sigma(1)}, \ldots, f_{\sigma(r - 1)}\) est une suite régulière. Il suffit donc de montrer que \(f_s\), où \(s = \sigma(r)\), est un non-diviseur de zéro modulo \(f_1, \ldots, \hat f_s, \ldots, f_r\). Si \(s = r\), c’est terminé. Si \(s < r\), remarquons que \(f_s\) et \(f_r\) sont tous deux des non-diviseurs de zéro dans l’anneau \(R/(f_1, \ldots, \hat f_s, \ldots, f_{r - 1})\) (encore par hypothèse de récurrence). Puisque \(f_s, f_r\) est une suite régulière dans cet anneau, le cas des suites de longueur \(2\) montre que \(f_r, f_s\) l’est également.
Remarquons que \(R[x_1, \ldots, x_r]/(f_1x_1, \ldots, f_ix_i)\), comme \(R\)-module, est une somme directe des modules \[R/I_E \cdot x_1^{e_1} \ldots x_r^{e_r}\] indexés par les multi-indices \(E = (e_1, \ldots, e_r)\), où \(I_E\) est l’idéal engendré par les \(f_j\) tels que \(1 \leq j \leq i\) et \(e_j > 0\). Ainsi \(f_{i + 1}x_i\) est un non-diviseur de zéro sur ce module si et seulement si \(f_{i + 1}\) est un non-diviseur de zéro sur \(R/I_E\) pour tout \(E\). En prenant \(E\) dont toutes les composantes sont strictement positives, on voit que \(f_{i + 1}\) est un non-diviseur de zéro sur \(R/(f_1, \ldots, f_i)\). Ainsi (3) implique (2). Réciproquement, si (2) est vérifiée, toute sous-suite de \(f_1, \ldots, f_i, f_{i + 1}\) est une suite régulière ; en particulier, \(f_{i + 1}\) est un non-diviseur de zéro sur tous les \(R/I_E\). On voit ainsi que (2) implique (3).
Suites quasi-régulières
Nous introduisons la notion de suite quasi-régulière, légèrement plus faible que celle de suite régulière et plus facile à utiliser. Soit \(R\) un anneau et soient \(f_1, \ldots, f_c \in R\). Posons \(J = (f_1, \ldots, f_c)\). Soit \(M\) un \(R\)-module. Il existe alors une application canonique [061N]\[\begin{equation} M/JM \otimes_{R/J} R/J[X_1, \ldots, X_c] \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{n \geq 0} J^nM/J^{n + 1}M \end{equation}\] de \(R/J[X_1, \ldots, X_c]\)-modules gradués définie par la règle \[\overline{m} \otimes X_1^{e_1} \ldots X_c^{e_c} \longmapsto f_1^{e_1} \ldots f_c^{e_c} m \bmod J^{e_1 + \ldots + e_c + 1}M.\] Remarquons que (061N) est toujours surjective.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Une suite d’éléments \(f_1, \ldots, f_c\) de \(R\) est dite \(M\)-quasi-régulière si (061N) est un isomorphisme. Si \(M = R\), nous appelons simplement \(f_1, \ldots, f_c\) une suite quasi-régulière.
Ainsi, si \(f_1, \ldots, f_c\) est une suite quasi-régulière, alors \[R/J[X_1, \ldots, X_c] = \bigoplus\nolimits_{n \geq 0} J^n/J^{n + 1}\] où \(J = (f_1, \ldots, f_c)\). Il est clair que la propriété d’être une suite quasi-régulière ne dépend pas de l’ordre de \(f_1, \ldots, f_c\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau.
Une suite régulière \(f_1, \ldots, f_c\) de \(R\) est une suite quasi-régulière.
Supposons que \(M\) soit un \(R\)-module et que \(f_1, \ldots, f_c\) soit une suite \(M\)-régulière. Alors \(f_1, \ldots, f_c\) est une suite \(M\)-quasi-régulière.
Démonstration
Posons \(J = (f_1, \ldots, f_c)\). Démontrons la première assertion par récurrence sur \(c\). Il faut montrer que, pour toute relation \(\sum_{|I| = n} a_I f^I \in J^{n + 1}\) avec \(a_I \in R\), on a en fait \(a_I \in J\) pour tout multi-indice \(I\). Puisque tout élément de \(J^{n + 1}\) est de la forme \(\sum_{|I| = n} b_I f^I\) avec \(b_I \in J\), on peut supposer, après avoir remplacé \(a_I\) par \(a_I - b_I\), que la relation s’écrit \(\sum_{|I| = n} a_I f^I = 0\). On peut la réécrire sous la forme \[\sum\nolimits_{e = 0}^n \left( \sum\nolimits_{|I'| = n - e} a_{I', e} f^{I'} \right) f_c^e = 0\] Ici et ci-dessous, les multi-indices « primés » \(I'\) sont supposés être de la forme \(I' = (i_1, \ldots, i_{c - 1}, 0)\). Nous allons montrer par récurrence sur \(l \in \{0, \ldots, n\}\) que, si l’on a une relation \[\sum\nolimits_{e = 0}^l \left( \sum\nolimits_{|I'| = n - e} a_{I', e} f^{I'} \right) f_c^e = 0\] alors \(a_{I', e} \in J\) pour tous \(I', e\). En effet, posons \(J' = (f_1, \ldots, f_{c-1})\). Remarquons que \(\sum\nolimits_{|I'| = n - l} a_{I', l} f^{I'}\) est envoyé dans \((J')^{n - l + 1}\) par \(f_c^{l}\). L’hypothèse de récurrence (pour la récurrence sur \(c\)) montre que \(f_c^l a_{I', l} \in J'\). Comme \(f_c\) n’est pas un diviseur de zéro sur \(R/J'\) (car \(f_1, \ldots, f_c\) est une suite régulière), on en déduit que \(a_{I', l} \in J'\). Cela permet de réécrire le terme \((\sum\nolimits_{|I'| = n - l} a_{I', l} f^{I'})f_c^l\) sous la forme \((\sum\nolimits_{|I'| = n - l + 1} f_c b_{I', l - 1} f^{I'})f_c^{l-1}\). On obtient ainsi une nouvelle relation de la forme \[\left(\sum\nolimits_{|I'| = n - l + 1} (a_{I', l-1} + f_c b_{I', l - 1}) f^{I'}\right)f_c^{l-1} + \sum\nolimits_{e = 0}^{l - 2} \left( \sum\nolimits_{|I'| = n - e} a_{I', e} f^{I'} \right) f_c^e = 0\] L’hypothèse de récurrence (sur \(l\) cette fois) montre maintenant que tous les \(a_{I', l-1} + f_c b_{I', l - 1} \in J\) et que tous les \(a_{I', e} \in J\) pour \(e \leq l - 2\). Avec la relation \(a_{I', l} \in J' \subset J\) obtenue ci-dessus, cela achève la démonstration du pas de récurrence.
La seconde assertion signifie que, pour toute expression formelle \(F = \sum_{|I| = n} m_I X^I\), avec \(m_I \in M\) et \(\sum m_I f^I \in J^{n + 1}M\), tous les coefficients \(m_I\) appartiennent à \(J\). Cela se démontre exactement comme le résultat correspondant de la première assertion ci-dessus.
Lemme
Soit \(R \to R'\) un homomorphisme plat d’anneaux. Soit \(M\) un \(R\)-module. Supposons que la suite \(f_1, \ldots, f_r \in R\) soit \(M\)-quasi-régulière. Alors les images de \(f_1, \ldots, f_r\) dans \(R'\) forment une suite \(M \otimes_R R'\)-quasi-régulière.
Démonstration
Posons \(J = (f_1, \ldots, f_r)\), \(J' = JR'\) et \(M' = M \otimes_R R'\). Il faut montrer que l’application canonique \(\mu : R'/J'[X_1, \ldots X_r] \otimes_{R'/J'} M'/J'M' \to \bigoplus (J')^nM'/(J')^{n + 1}M'\) est un isomorphisme. Puisque \(R \to R'\) est plat, les suites \(0 \to J^nM \to M\) et \(0 \to J^{n + 1}M \to J^nM \to J^nM/J^{n + 1}M \to 0\) restent exactes après tensorisation par \(R'\). Cela implique d’abord \(J^nM \otimes_R R' = (J')^nM'\), puis \((J')^nM'/(J')^{n + 1}M' = J^nM/J^{n + 1}M \otimes_R R'\). Ainsi \(\mu\) est le produit tensoriel de (061N), qui est un isomorphisme par hypothèse, avec \(\text{id}_{R'}\), ce qui conclut.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier. Soit \(x_1, \ldots, x_c\) une suite dans \(R\) dont l’image dans \(R_{\mathfrak p}\) forme une suite \(M_{\mathfrak p}\)-quasi-régulière. Alors il existe \(g \in R\), avec \(g \not \in \mathfrak p\), tel que l’image de \(x_1, \ldots, x_c\) dans \(R_g\) forme une suite \(M_g\)-quasi-régulière.
Démonstration
Considérons le noyau \(K\) de l’application (061N). Comme \(M/JM \otimes_{R/J} R/J[X_1, \ldots, X_c]\) est un \(R/J[X_1, \ldots, X_c]\)-module de type fini et que \(R/J[X_1, \ldots, X_c]\) est noethérien, \(K\) est aussi un \(R/J[X_1, \ldots, X_c]\)-module de type fini. Choisissons des générateurs homogènes \(k_1, \ldots, k_t \in K\). Par hypothèse, pour tout \(i = 1, \ldots, t\), il existe \(g_i \in R\), avec \(g_i \not \in \mathfrak p\), tel que \(g_i k_i = 0\). Alors \(g = g_1 \ldots g_t\) convient.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(f_1, \ldots, f_c \in R\) une suite \(M\)-quasi-régulière. Pour tout \(i\), la suite \(\overline{f}_{i + 1}, \ldots, \overline{f}_c\) de \(\overline{R} = R/(f_1, \ldots, f_i)\) est une suite \(\overline{M} = M/(f_1, \ldots, f_i)M\)-quasi-régulière.
Démonstration
Il suffit de le démontrer pour \(i = 1\). Posons \(\overline{J} = (\overline{f}_2, \ldots, \overline{f}_c) \subset \overline{R}\). Alors \[\begin{align*} \overline{J}^n\overline{M}/\overline{J}^{n + 1}\overline{M} & = (J^nM + f_1M)/(J^{n + 1}M + f_1M) \\ & = J^nM / (J^{n + 1}M + J^nM \cap f_1M). \end{align*}\] Ainsi, pour démontrer le lemme, il suffit de montrer que \(J^{n + 1}M + J^nM \cap f_1M = J^{n + 1}M + f_1J^{n - 1}M\) car cela montrera que \(\bigoplus_{n \geq 0} \overline{J}^n\overline{M}/\overline{J}^{n + 1}\overline{M}\) est le quotient de \(\bigoplus_{n \geq 0} J^nM/J^{n + 1}M \cong M/JM[X_1, \ldots, X_c]\) par \(X_1\). En fait, on a \(J^nM \cap f_1M = f_1J^{n - 1}M\). En effet, si \(m \not \in J^{n - 1}M\), alors \(f_1m \not \in J^nM\) car \(\bigoplus J^nM/J^{n + 1}M\) est l’algèbre de polynômes \(M/J[X_1, \ldots, X_c]\) par hypothèse.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini non nul. Soit \(f_1, \ldots, f_c \in \mathfrak m\) une suite \(M\)-quasi-régulière. Alors la suite \(f_1, \ldots, f_c\) est \(M\)-régulière.
Démonstration
Posons \(J = (f_1, \ldots, f_c)\). Montrons que \(f_1\) est un non-diviseur de zéro sur \(M\). Supposons \(x \in M\) non nul. D’après le théorème d’intersection de Krull, il existe un entier \(r\) tel que \(x \in J^rM\) mais \(x \not \in J^{r + 1}M\) ; voir le Lemme 00IP. Alors \(f_1 x \in J^{r + 1}M\) est un élément dont la classe dans \(J^{r + 1}M/J^{r + 2}M\) est non nulle, d’après la structure supposée de \(\bigoplus J^nM/J^{n + 1}M\). Par conséquent \(f_1x \not = 0\).
On peut maintenant achever la démonstration par récurrence sur \(c\) en utilisant le Lemme 061R.
Remarque
Dans l’article [Kabele], l’auteur étudie deux autres conditions de régularité pour les suites \(x_1, \ldots, x_r\) d’éléments d’un anneau \(R\). On dit précisément que la suite est Koszul-régulière si \(H_i(K_{\bullet}(R, x_{\bullet})) = 0\) pour \(i \geq 1\), où \(K_{\bullet}(R, x_{\bullet})\) est le complexe de Koszul. La suite est dite \(H_1\)-régulière si \(H_1(K_{\bullet}(R, x_{\bullet})) = 0\). On a les implications régulière \(\Rightarrow\) Koszul-régulière \(\Rightarrow\) \(H_1\)-régulière \(\Rightarrow\) quasi-régulière. Par des exemples, l’auteur montre que ces implications ne sont en général pas réversibles, même si \(R\) est un anneau local (non noethérien) et si la suite engendre l’idéal maximal de \(R\). Nous présentons ces notions plus en détail dans Compléments d’algèbre, section 062D.
Remarque
Soit \(k\) un corps. Considérons l’anneau \[A = k[x, y, w, z_0, z_1, z_2, \ldots]/ (y^2z_0 - wx, z_0 - yz_1, z_1 - yz_2, \ldots)\] Dans cet anneau, \(x\) est un non-diviseur de zéro et l’image de \(y\) dans \(A/xA\) donne une suite quasi-régulière. Mais il n’est pas vrai que la suite \(x, y\) soit quasi-régulière dans \(A\), car \((x, y)/(x, y)^2\) n’est pas libre de rang deux sur \(A/(x, y)\) : en effet, \(wx = 0\) dans \((x, y)/(x, y)^2\), tandis que \(w\) n’est pas nul dans \(A/(x, y)\). Ainsi, l’analogue du Lemme 065K n’est pas vrai pour les suites quasi-régulières.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(J = (f_1, \ldots, f_r)\) un idéal de \(R\). Soit \(M\) un \(R\)-module. Posons \(\overline{R} = R/\bigcap_{n \geq 0} J^n\), \(\overline{M} = M/\bigcap_{n \geq 0} J^nM\), et notons \(\overline{f}_i\) l’image de \(f_i\) dans \(\overline{R}\). Alors la suite \(f_1, \ldots, f_r\) est \(M\)-quasi-régulière si et seulement si la suite \(\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_r\) est \(\overline{M}\)-quasi-régulière.
Démonstration
Cela est vrai parce que \(J^nM/J^{n + 1}M \cong \overline{J}^n\overline{M}/\overline{J}^{n + 1}\overline{M}\).
Algèbres d’éclatement
Dans cette section, nous présentons quelques observations élémentaires sur l’éclatement.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal.
L’algèbre d’éclatement, ou algèbre de Rees, associée à la paire \((R, I)\) est la \(R\)-algèbre graduée \[\text{Bl}_I(R) = \bigoplus\nolimits_{n \geq 0} I^n = R \oplus I \oplus I^2 \oplus \ldots\] où le facteur direct \(I^n\) est placé en degré \(n\).
Soit \(a \in I\) un élément. Notons \(a^{(1)}\) l’élément \(a\) considéré comme un élément de degré \(1\) de l’algèbre de Rees. L’ algèbre d’éclatement affine \(R[\frac{I}{a}]\) est alors l’algèbre \((\text{Bl}_I(R))_{(a^{(1)})}\) construite dans la section 00JM.
Autrement dit, un élément de \(R[\frac{I}{a}]\) est représenté par une expression de la forme \(x/a^n\) avec \(x \in I^n\). Deux représentants \(x/a^n\) et \(y/a^m\) définissent le même élément si et seulement si \(a^k(a^mx - a^ny) = 0\) pour un certain \(k \geq 0\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau, \(I \subset R\) un idéal et \(a \in I\). Soit \(R' = R[\frac{I}{a}]\) l’algèbre d’éclatement affine. Alors
l’image de \(a\) dans \(R'\) est un non-diviseur de zéro,
\(IR' = aR'\), et
\((R')_a = R_a\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la description de \(R[\frac{I}{a}]\) ci-dessus.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(I \subset R\) un idéal et soit \(a \in I\). Posons \(J = IS\) et soit \(b \in J\) l’image de \(a\). Alors \(S[\frac{J}{b}]\) est le quotient de \(S \otimes_R R[\frac{I}{a}]\) par l’idéal des éléments annulés par une puissance de \(b\).
Démonstration
Soit \(S'\) le quotient de \(S \otimes_R R[\frac{I}{a}]\) par ses éléments de torsion pour les puissances de \(b\). L’homomorphisme d’anneaux \[S \otimes_R R[\textstyle{\frac{I}{a}}] \longrightarrow S[\textstyle{\frac{J}{b}}]\] est surjectif et annule la torsion pour les puissances de \(a\), puisque \(b\) est un non-diviseur de zéro dans \(S[\frac{J}{b}]\). On obtient donc une application surjective \(S' \to S[\frac{J}{b}]\). Pour voir que son noyau est trivial, construisons une application inverse. Soit \(z = y/b^n\) un élément de \(S[\frac{J}{b}]\), c’est-à-dire \(y \in J^n\). Écrivons \(y = \sum x_is_i\) avec \(x_i \in I^n\) et \(s_i \in S\). On envoie \(z\) sur la classe de \(\sum s_i \otimes x_i/a^n\) dans \(S'\). Cette définition est bonne, car un élément du noyau de l’application \(S \otimes_R I^n \to J^n\) est annulé par \(a^n\), donc a une image nulle dans \(S'\).
Exemple
Soit \(R\) un anneau. Soit \(P = R[t_1, \ldots, t_n]\) l’algèbre de polynômes. Soit \(I = (t_1, \ldots, t_n) \subset P\). Avec les notations de la Définition 052Q, il existe un isomorphisme \[P[T_1, \ldots, T_n]/(t_iT_j - t_jT_i) \longrightarrow \text{Bl}_I(P)\] qui envoie \(T_i\) sur \(t_i^{(1)}\). Nous laissons au lecteur le soin de montrer que cette application est bien définie. Puisque \(I\) est engendré par \(t_1, \ldots, t_n\), on voit que notre application est surjective. Pour montrer qu’elle est injective, il faut établir ceci : pour tout \(e \geq 1\), le \(P\)-module \(I^e\) est engendré par les monômes \(t^E = t_1^{e_1} \ldots x_n^{e_n}\), pour les multi-indices \(E = (e_1, \ldots, e_n)\) de degré \(|E| = e\), soumis uniquement aux relations \(t_i t^E = t_j t^{E'}\) lorsque \(|E| = |E'| = e\) et \(e_a + \delta_{a i} = e'_a + \delta_{a j},\ a = 1, \ldots, n\) (delta de Kronecker). Nous omettons les détails.
Exemple
Soit \(R\) un anneau. Soit \(P = R[t_1, \ldots, t_n]\) l’algèbre de polynômes. Soit \(I = (t_1, \ldots, t_n) \subset P\). Soit \(a = t_1\). Avec les notations de la Définition 052Q, il existe un isomorphisme \[P[x_2, \ldots, x_n]/(t_1x_2 - t_2, \ldots, t_1x_n - t_n) \longrightarrow \textstyle{P[\frac{I}{a}] = P[\frac{I}{t_1}]}\] qui envoie \(x_i\) sur \(t_i/t_1\). Nous laissons au lecteur le soin de montrer que cette application est bien définie. Puisque \(I\) est engendré par \(t_1, \ldots, t_n\), on voit que notre application est surjective. Pour montrer qu’elle est injective, le lecteur peut observer que la source et le but de notre application sont sans \(t_1\)-torsion et que l’application est un isomorphisme après inversion de \(t_1\) ; voir le Lemme 07Z3. Le lecteur peut aussi utiliser la description de l’algèbre de Rees donnée dans l’Exemple 0G8Q. Nous omettons les détails.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I = (a_1, \ldots, a_n)\) un idéal de \(R\). Soit \(a = a_1\). Il existe alors une surjection \[R[x_2, \ldots, x_n]/(a x_2 - a_2, \ldots, a x_n - a_n) \longrightarrow \textstyle{R[\frac{I}{a}]}\] dont le noyau est la torsion pour les puissances de \(a\) dans la source.
Démonstration
Considérons l’homomorphisme d’anneaux \(P = \mathbf{Z}[t_1, \ldots, t_n] \to R\) qui envoie \(t_i\) sur \(a_i\). Posons \(J = (t_1, \ldots, t_n)\). D’après l’Exemple 0G8R, on a \(P[\frac{J}{t_1}] = P[x_2, \ldots, x_n]/(t_1 x_2 - t_2, \ldots, t_1 x_n - t_n)\). On conclut en appliquant le Lemme 0BIP à l’application \(P \to A\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau, \(I \subset R\) un idéal et \(a \in I\). Posons \(R' = R[\frac{I}{a}]\). Si \(f \in R\) vérifie \(V(f) = V(I)\), alors l’image de \(f\) dans \(R'\) est un non-diviseur de zéro et \(R'_f = R'_a = R_a\).
Démonstration
Nous utiliserons les résultats du Lemme 07Z3 sans les mentionner davantage. L’hypothèse \(V(f) = V(I)\) implique \(V(fR') = V(IR') = V(aR')\). Ainsi \(a^n = fb\) et \(f^m = ac\) pour certains \(b, c \in R'\). Le lemme en résulte.
Lemme
Soit \(R\) un anneau, \(I \subset R\) un idéal, \(a \in I\) et \(f \in R\). Posons \(R' = R[\frac{I}{a}]\) et \(R'' = R[\frac{fI}{fa}]\). Alors il existe un homomorphisme surjectif de \(R\)-algèbres \(R' \to R''\) dont le noyau est l’ensemble des éléments annulés par une puissance de \(f\) dans \(R'\).
Démonstration
L’application envoie \(x/a^n\), pour \(x \in I^n\), sur \(f^nx/(fa)^n\). On vérifie immédiatement que cette application est bien définie et surjective. Puisque \(af\) est un non-diviseur de zéro dans \(R''\) (Lemme 07Z3), l’ensemble des éléments de torsion pour les puissances de \(f\) est envoyé sur zéro. Réciproquement, si \(x \in R'\) et si \(f^n x \not = 0\) pour tout \(n > 0\), alors \((af)^n x \not = 0\) pour tout \(n\), puisque \(a\) est un non-diviseur de zéro dans \(R'\). Il s’ensuit que l’image de \(x\) dans \(R''\) n’est pas nulle, d’après la description de \(R''\) donnée après la Définition 052Q.
Lemme
Si \(R\) est réduit, toute algèbre d’éclatement (affine) de \(R\) est réduite.
Démonstration
Soit \(I \subset R\) un idéal et soit \(a \in I\). Supposons que \(x/a^n\), avec \(x \in I^n\), soit un élément nilpotent de \(R[\frac{I}{a}]\). Alors \((x/a^n)^m = 0\). Ainsi \(a^N x^m = 0\) dans \(R\) pour un certain \(N \geq 0\). Après avoir augmenté \(N\) si nécessaire, on peut supposer \(N = me\) pour un certain \(e \geq 0\). Alors \((a^e x)^m = 0\) et, puisque \(R\) est réduit, on obtient \(a^e x = 0\). Cela signifie que \(x/a^n = 0\) dans \(R[\frac{I}{a}]\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre, \(I \subset R\) un idéal et \(a \in I\) un élément non nul. Alors l’algèbre d’éclatement affine \(R[\frac{I}{a}]\) est intègre.
Démonstration
Supposons que \(x/a^n\), \(y/a^m\), avec \(x \in I^n\), \(y \in I^m\), soient des éléments de \(R[\frac{I}{a}]\) dont le produit est nul. Alors \(a^N x y = 0\) dans \(R\). Puisque \(R\) est intègre, on en déduit que \(x = 0\) ou \(y = 0\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(a \in I\). Si \(a\) n’appartient à aucun idéal premier minimal de \(R\), alors \(\Spec(R[\frac{I}{a}]) \to \Spec(R)\) a une image dense.
Démonstration
Si \(a^k x = 0\) pour \(x \in R\), alors \(x\) appartient à tous les idéaux premiers minimaux de \(R\) et est donc nilpotent ; voir le Lemme 00E0. Ainsi, le noyau de \(R \to R[\frac{I}{a}]\) est constitué d’éléments nilpotents. Le résultat découle donc du Lemme 00FL.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local intègre de corps des fractions \(K\). Soit \(R \subset A \subset K\) un anneau de valuation qui domine \(R\). Alors \[A = \colim R[\textstyle{\frac{I}{a}}]\] est une colimite filtrante d’éclatements affines \(R \to R[\frac{I}{a}]\) possédant les propriétés suivantes :
\(a \in I \subset \mathfrak m\),
\(I\) est de type fini, et
l’anneau de la fibre de \(R \to R[\frac{I}{a}]\) en \(\mathfrak m\) n’est pas nul.
Démonstration
Toute algèbre d’éclatement \(R[\frac{I}{a}]\) est un anneau intègre contenu dans \(K\) ; voir le Lemme 052R. Le lemme dit simplement que \(A\) est la réunion filtrante de celles pour lesquelles \(a \in I\) et les propriétés (1), (2), (3) sont satisfaites. Si \(R[\frac{I}{a}] \subset A\) et \(R[\frac{J}{b}] \subset A\), alors on a \[R[\textstyle{\frac{I}{a}}] \cup R[\textstyle{\frac{J}{b}}] \subset R[\textstyle{\frac{IJ}{ab}}] \subset A\] La première inclusion vient de ce que \(x/a^n = b^nx/(ab)^n\), et la seconde de ce que, si \(z \in (IJ)^n\), alors \(z = \sum x_iy_i\) avec \(x_i \in I^n\) et \(y_i \in J^n\), et donc \(z/(ab)^n = \sum (x_i/a^n)(y_i/b^n)\) appartient à \(A\).
Considérons une partie finie \(E \subset A\). Écrivons \(E = \{e_1, \ldots, e_n\}\). Choisissons \(a \in R\) non nul tel que l’on puisse écrire \(e_i = f_i/a\) pour tout \(i = 1, \ldots, n\). Posons \(I = (f_1, \ldots, f_n, a)\). Nous affirmons que \(R[\frac{I}{a}] \subset A\). C’est clair, car un élément de \(R[\frac{I}{a}]\) peut être représenté par un polynôme en les éléments \(e_i\). Le lemme résulte immédiatement de cette observation.
Groupes Ext
Dans cette section, nous faisons un peu d’algèbre homologique afin d’établir quelques propriétés fondamentales de la profondeur sur les anneaux locaux noethériens.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module.
Il existe un complexe exact \[\ldots \to F_2 \to F_1 \to F_0 \to M \to 0.\] où les \(F_i\) sont des \(R\)-modules libres.
Si \(R\) est noethérien et si \(M\) est de type fini sur \(R\), on peut choisir le complexe de sorte que les \(F_i\) soient libres de type fini. Autrement dit, on peut trouver un complexe exact \[\ldots \to R^{\oplus n_2} \to R^{\oplus n_1} \to R^{\oplus n_0} \to M \to 0.\]
Démonstration
Expliquons seulement le cas noethérien. On choisit d’abord une surjection \(R^{n_0} \to M\). Puis, après avoir construit un complexe exact de longueur \(e\), il suffit de choisir une surjection \(R^{n_{e + 1}} \to \Ker(R^{n_e} \to R^{n_{e-1}})\), ce qui est possible puisque \(R\) est noethérien.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module.
Une résolution (à gauche) \(F_\bullet \to M\) de \(M\) est un complexe exact \[\ldots \to F_2 \to F_1 \to F_0 \to M \to 0\] de \(R\)-modules.
Une résolution de \(M\) par des \(R\)-modules libres est une résolution \(F_\bullet \to M\) dans laquelle chaque \(F_i\) est un \(R\)-module libre.
Une résolution de \(M\) par des \(R\)-modules libres de type fini est une résolution \(F_\bullet \to M\) dans laquelle chaque \(F_i\) est un \(R\)-module libre de type fini.
Nous employons souvent la notation \(F_{\bullet}\) pour désigner un complexe de \(R\)-modules \[\ldots \to F_i \to F_{i-1} \to \ldots\] Dans ce cas, nous notons souvent \(d_i\) ou \(d_{F, i}\) l’application \(F_i \to F_{i-1}\). Dans cette section, nous supposerons toujours que \(F_0\) est le dernier terme non nul du complexe. Le \(i\)-ième groupe d’homologie du complexe \(F_{\bullet}\) est le groupe \(H_i = \Ker(d_{F, i})/\Im(d_{F, i + 1})\). Un morphisme de complexes \(\alpha : F_{\bullet} \to G_{\bullet}\) est donné par des applications \(\alpha_i : F_i \to G_i\) telles que \(\alpha_{i-1} \circ d_{F, i} = d_{G, i-1} \circ \alpha_i\). Un tel morphisme induit en homologie une application \(H_i(\alpha) : H_i(F_{\bullet}) \to H_i(G_{\bullet})\). Si \(\alpha, \beta : F_{\bullet} \to G_{\bullet}\) sont des morphismes de complexes, une homotopie entre \(\alpha\) et \(\beta\) est donnée par une famille d’applications \(h_i : F_i \to G_{i + 1}\) telles que \(\alpha_i - \beta_i = d_{G, i + 1} \circ h_i + h_{i-1} \circ d_{F, i}\). Deux morphismes \(\alpha, \beta : F_{\bullet} \to G_{\bullet}\) sont dits homotopes s’il existe une homotopie entre \(\alpha\) et \(\beta\).
Nous emploierons des notations tout à fait analogues pour les complexes de la forme \(F^{\bullet}\) qui s’écrivent \[\ldots \to F^i \xrightarrow{d^i} F^{i + 1} \to \ldots\] On dispose de morphismes de complexes, d’homotopies, etc. Dans ce cas, nous posons \(H^i(F^{\bullet}) = \Ker(d^i)/\Im(d^{i - 1})\) et nous l’appelons le \(i\)-ième groupe de cohomologie.
Lemme
Deux morphismes de complexes homotopes quelconques induisent les mêmes applications sur les groupes de (co)homologie.
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M \to N\) un homomorphisme de \(R\)-modules. Soit \(N_\bullet \to N\) une résolution quelconque. Soit \[\ldots \to F_2 \to F_1 \to F_0 \to M\] un complexe de \(R\)-modules dans lequel chaque \(F_i\) est un \(R\)-module libre. Alors
il existe un morphisme de complexes \(F_\bullet \to N_\bullet\) tel que \[\xymatrix{ F_0 \ar[r] \ar[d] & M \ar[d] \\ N_0 \ar[r] & N }\] soit commutatif, et
deux morphismes quelconques \(\alpha, \beta : F_\bullet \to N_\bullet\) comme en (1) sont homotopes.
Démonstration
Démonstration de (1). Puisque \(F_0\) est libre, on peut trouver une application \(F_0 \to N_0\) qui relève l’application \(F_0 \to M \to N\). On obtient une application induite \(F_1 \to F_0 \to N_0\) dont l’image est contenue dans l’image de \(N_1 \to N_0\). Puisque \(F_1\) est libre, on peut la relever en une application \(F_1 \to N_1\). Celle-ci induit à son tour une application \(F_2 \to F_1 \to N_1\) dont l’image dans \(N_0\) est nulle. Comme \(N_\bullet\) est exact, on voit que l’image de cette application est contenue dans l’image de \(N_2 \to N_1\). On peut donc la relever en une application \(F_2 \to N_2\). On poursuit ainsi.
Démonstration de (2). Pour montrer que \(\alpha, \beta\) sont homotopes, il suffit de montrer que la différence \(\gamma = \alpha - \beta\) est homotope à zéro. Remarquons que l’image de \(\gamma_0 : F_0 \to N_0\) est contenue dans l’image de \(N_1 \to N_0\). On peut donc relever \(\gamma_0\) en une application \(h_0 : F_0 \to N_1\). Considérons l’application \(\gamma_1' = \gamma_1 - h_0 \circ d_{F, 1}\). Par le choix de \(h_0\), on voit que l’image de \(\gamma_1'\) est contenue dans le noyau de \(N_1 \to N_0\). Comme \(N_\bullet\) est exact, on peut relever \(\gamma_1'\) en une application \(h_1 : F_1 \to N_2\). À ce stade, on a \(\gamma_1 = h_0 \circ d_{F, 1} + d_{N, 2} \circ h_1\). On poursuit ainsi.
Nous sommes maintenant en mesure de définir les groupes \(\Ext^i_R(M, N)\). Choisissons une résolution \(F_{\bullet}\) de \(M\) par des \(R\)-modules libres, voir le Lemme 00LP. Considérons le complexe (cohomologique) \[\Hom_R(F_\bullet, N) : \Hom_R(F_0, N) \to \Hom_R(F_1, N) \to \Hom_R(F_2, N) \to \ldots\] On définit \(\Ext^i_R(M, N)\), pour \(i \geq 0\), comme le \(i\)-ième groupe de cohomologie de ce complexe7. Pour \(i < 0\), on pose \(\Ext^i_R(M, N) = 0\). Avant de poursuivre, signalons que \[\Ext^0_R(M, N) = \Ker(\Hom_R(F_0, N) \to \Hom_R(F_1, N)) = \Hom_R(M, N)\] car on peut appliquer la partie (1) du Lemme 0582 à la suite exacte \(F_1 \to F_0 \to M \to 0\). Le lemme suivant précise en quel sens cette définition est bien définie.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(M_1, M_2, N\) des \(R\)-modules. Supposons que \(F_{\bullet}\) soit une résolution libre du module \(M_1\), et que \(G_{\bullet}\) soit une résolution libre du module \(M_2\). Soit \(\varphi : M_1 \to M_2\) un homomorphisme de modules. Soit \(\alpha : F_{\bullet} \to G_{\bullet}\) un morphisme de complexes qui induit \(\varphi\) sur \(M_1 = \Coker(d_{F, 1}) \to M_2 = \Coker(d_{G, 1})\), voir le Lemme 00LS. Alors les applications induites \[H^i(\alpha) : H^i(\Hom_R(F_{\bullet}, N)) \longrightarrow H^i(\Hom_R(G_{\bullet}, N))\] ne dépendent pas du choix de \(\alpha\). Si \(\varphi\) est un isomorphisme, toutes les applications \(H^i(\alpha)\) sont des isomorphismes. Si \(M_1 = M_2\), \(F_\bullet = G_\bullet\), et si \(\varphi\) est l’identité, toutes les applications \(H_i(\alpha)\) le sont aussi.
Démonstration
Un autre morphisme \(\beta : F_{\bullet} \to G_{\bullet}\) qui induit \(\varphi\) est homotope à \(\alpha\) d’après le Lemme 00LS. Les applications \(\Hom_R(F_\bullet, N) \to \Hom_R(G_\bullet, N)\) sont donc homotopes. L’indépendance résulte alors du Lemme 00LR.
Supposons que \(\varphi\) soit un isomorphisme. Soit \(\psi : M_2 \to M_1\) un inverse. Choisissons \(\beta : G_{\bullet} \to F_{\bullet}\) qui induit \(\psi : M_2 = \Coker(d_{G, 1}) \to M_1 = \Coker(d_{F, 1})\), voir le Lemme 00LS. Considérons maintenant l’application \(H^i(\alpha) \circ H^i(\beta) = H^i(\alpha \circ \beta)\). D’après ce qui précède, l’application \(H^i(\alpha \circ \beta)\) est la même que l’application \(H^i(\text{id}_{G_{\bullet}}) = \text{id}\). Il en va de même de la composée \(H^i(\beta) \circ H^i(\alpha)\). Ainsi \(H^i(\alpha)\) et \(H^i(\beta)\) sont inverses l’une de l’autre.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(0 \to N' \to N \to N'' \to 0\) une suite exacte courte. On obtient alors une suite exacte longue \[\begin{matrix} 0 \to \Hom_R(M, N') \to \Hom_R(M, N) \to \Hom_R(M, N'') \\ \phantom{0\ } \to \Ext^1_R(M, N') \to \Ext^1_R(M, N) \to \Ext^1_R(M, N'') \to \ldots \end{matrix}\]
Démonstration
Choisissons une résolution libre \(F_{\bullet} \to M\). Comme chacun des \(F_i\) est libre, on obtient une suite exacte courte de complexes \[0 \to \Hom_R(F_{\bullet}, N') \to \Hom_R(F_{\bullet}, N) \to \Hom_R(F_{\bullet}, N'') \to 0\] La suite exacte longue résulte alors du lemme du serpent appliqué à cette suite.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(N\) un \(R\)-module. Soit \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) une suite exacte courte. On obtient alors une suite exacte longue \[\begin{matrix} 0 \to \Hom_R(M'', N) \to \Hom_R(M, N) \to \Hom_R(M', N) \\ \phantom{0\ } \to \Ext^1_R(M'', N) \to \Ext^1_R(M, N) \to \Ext^1_R(M', N) \to \ldots \end{matrix}\]
Démonstration
Choisissons des systèmes de générateurs \(\{m'_{i'}\}_{i' \in I'}\) et \(\{m''_{i''}\}_{i'' \in I''}\) de \(M'\) et de \(M''\). Pour chaque \(i'' \in I''\), choisissons un relèvement \(\tilde m''_{i''} \in M\) de l’élément \(m''_{i''} \in M''\). Posons \(F' = \bigoplus_{i' \in I'} R\), \(F'' = \bigoplus_{i'' \in I''} R\) et \(F = F' \oplus F''\). En envoyant les générateurs de ces modules libres sur les générateurs choisis correspondants, on obtient des homomorphismes surjectifs de \(R\)-modules \(F' \to M'\), \(F'' \to M''\) et \(F \to M\). On obtient un morphisme de suites exactes courtes \[\begin{matrix} 0 & \to & M' & \to & M & \to & M'' & \to & 0 \\ & & \uparrow & & \uparrow & & \uparrow \\ 0 & \to & F' & \to & F & \to & F'' & \to & 0 \\ \end{matrix}\] Le lemme du serpent montre que la suite des noyaux \(0 \to K' \to K \to K'' \to 0\) est une suite exacte courte de \(R\)-modules. On peut donc poursuivre indéfiniment ce procédé. Autrement dit, on obtient une suite exacte courte de résolutions qui s’insère dans le diagramme \[\begin{matrix} 0 & \to & M' & \to & M & \to & M'' & \to & 0 \\ & & \uparrow & & \uparrow & & \uparrow \\ 0 & \to & F_\bullet' & \to & F_\bullet & \to & F_\bullet'' & \to & 0 \\ \end{matrix}\] Comme chacune des suites \(0 \to F'_n \to F_n \to F''_n \to 0\) est exacte scindée (par construction), on obtient une suite exacte courte de complexes \[0 \to \Hom_R(F''_{\bullet}, N) \to \Hom_R(F_{\bullet}, N) \to \Hom_R(F'_{\bullet}, N) \to 0\] en appliquant le foncteur \(\Hom_R(-, N)\). La suite exacte longue résulte alors du lemme du serpent appliqué à cette suite.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(M\), \(N\) des \(R\)-modules. Tout \(x\in R\) tel que \(xN = 0\) ou \(xM = 0\) annule chacun des modules \(\Ext^i_R(M, N)\).
Démonstration
Choisissons une résolution libre \(F_{\bullet}\) de \(M\). Puisque \(\Ext^i_R(M, N)\) est défini comme la cohomologie du complexe \(\Hom_R(F_{\bullet}, N)\), le lemme est clair lorsque \(xN = 0\). Si \(xM = 0\), alors la multiplication par \(x\) sur \(F_{\bullet}\) relève l’application nulle sur \(M\). Ainsi, d’après le Lemme 00LT, elle induit la même application sur les groupes Ext que l’application nulle.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soient \(M\), \(N\) des \(R\)-modules de type fini. Alors \(\Ext^i_R(M, N)\) est un \(R\)-module de type fini pour tout \(i\).
Démonstration
Cela résulte de ce que \(\Ext^i_R(M, N)\) se calcule comme les groupes de cohomologie d’un complexe \(\Hom_R(F_\bullet, N)\) où chaque \(F_n\) est un \(R\)-module libre de type fini ; voir le Lemme 00LP.
Profondeur
Voici notre définition.
Définition
Soit \(R\) un anneau, et soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. La profondeur relativement à \(I\) de \(M\), notée \(\text{depth}_I(M)\), est définie comme suit :
si \(IM \not = M\), alors \(\text{depth}_I(M)\) est la borne supérieure dans \(\{0, 1, 2, \ldots, \infty\}\) des longueurs des suites \(M\)-régulières dans \(I\),
si \(IM = M\), on pose \(\text{depth}_I(M) = \infty\).
Si \((R, \mathfrak m)\) est local, on appelle simplement \(\text{depth}_{\mathfrak m}(M)\) la profondeur de \(M\).
Explication. D’après la Définition 00LF, la suite vide n’est pas une suite régulière sur le module nul, mais, en pratique, il s’avère commode de fixer la profondeur du module \(0\) égale à \(+\infty\). Remarquons que, si \(I = R\), alors \(\text{depth}_I(M) = \infty\) pour tout \(R\)-module de type fini \(M\). Si \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(R\) (par exemple, si \(R\) est local et si \(I \subset \mathfrak m_R\)), alors \(M \not = 0 \Rightarrow IM \not = M\) d’après le lemme de Nakayama. Un module \(M\) a une profondeur relativement à \(I\) égale à \(0\) si et seulement si \(M\) est non nul et si \(I\) ne contient aucun non-diviseur de zéro sur \(M\).
L’Exemple 00LG montre que la profondeur ne se comporte pas bien, même si l’anneau est noethérien, et l’Exemple 00LH montre qu’elle ne se comporte pas bien si l’anneau est local mais non noethérien. Nous verrons que la profondeur se comporte bien si l’anneau est local noethérien.
Lemme
Soit \(R\) un anneau, \(I \subset R\) un idéal, et \(M\) un \(R\)-module de type fini. Alors \(\text{depth}_I(M)\) est égale à la borne supérieure des longueurs des suites \(f_1, \ldots, f_r \in I\) telles que \(f_i\) soit un non-diviseur de zéro sur \(M/(f_1, \ldots, f_{i - 1})M\).
Démonstration
Supposons que \(IM = M\). Alors le Lemme 00DV montre qu’il existe \(f \in I\) tel que \(f : M \to M\) soit \(\text{id}_M\). Ainsi \(f, 0, 0, 0, \ldots\) est une suite infinie de non-diviseurs de zéro successifs, et les deux quantités coïncident dans ce cas. Si \(IM \not = M\), une suite comme dans le lemme est une suite \(M\)-régulière, et les deux quantités coïncident là encore.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini non nul. Alors \(\dim(\text{Supp}(M)) \geq \text{depth}(M)\).
Démonstration
La démonstration se fait par récurrence sur \(\dim(\text{Supp}(M))\). Si \(\dim(\text{Supp}(M)) = 0\), alors \(\text{Supp}(M) = \{\mathfrak m\}\), d’où \(\text{Ass}(M) = \{\mathfrak m\}\) (d’après les Lemmes 0586 et 0587), et donc la profondeur de \(M\) est nulle, par exemple d’après le Lemme 00LL. Pour l’étape de récurrence, supposons \(\dim(\text{Supp}(M)) > 0\). Soit \(f_1, \ldots, f_d\) une suite d’éléments de \(\mathfrak m\) telle que \(f_i\) soit un non-diviseur de zéro sur \(M/(f_1, \ldots, f_{i - 1})M\). D’après le Lemme 0AUI, il suffit de montrer que \(\dim(\text{Supp}(M)) \geq d\). On peut supposer \(d > 0\), sans quoi le lemme est établi. D’après le Lemme 0B52, on a \(\dim(\text{Supp}(M/f_1M)) = \dim(\text{Supp}(M)) - 1\). Par récurrence, on conclut que \(\dim(\text{Supp}(M/f_1M)) \geq d - 1\), comme souhaité.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien, \(I \subset R\) un idéal, et \(M\) un \(R\)-module non nul de type fini tel que \(IM \not = M\). Alors \(\text{depth}_I(M) < \infty\).
Démonstration
Puisque \(M/IM\) est non nul, on peut choisir \(\mathfrak p \in \text{Supp}(M/IM)\) d’après le Lemme 0585. Alors \((M/IM)_\mathfrak p \not = 0\), ce qui implique \(I \subset \mathfrak p\) et, de plus, \(M_\mathfrak p \not = IM_\mathfrak p\), puisque la localisation est exacte. Soit \(f_1, \ldots, f_r \in I\) une suite \(M\)-régulière. Alors \(M_\mathfrak p/(f_1, \ldots, f_r)M_\mathfrak p\) est non nul, car \((f_1, \ldots, f_r) \subset I\). La localisation étant plate, les images de \(f_1, \ldots, f_r\) forment une suite \(M_\mathfrak p\)-régulière dans \(I_\mathfrak p\). Comme cela vaut pour toute suite \(M\)-régulière dans \(I\), on conclut que \(\text{depth}_I(M) \leq \text{depth}_{I_\mathfrak p}(M_\mathfrak p)\). Ce dernier membre est \(\leq \text{depth}(M_\mathfrak p)\), qui est \(< \infty\) d’après le Lemme 00LK.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini non nul. Alors \(\text{depth}(M)\) est égale au plus petit entier \(i\) tel que \(\Ext^i_R(R/\mathfrak m, M)\) soit non nul.
Démonstration
Notons \(\delta(M)\) la profondeur de \(M\) et \(i(M)\) le plus petit entier \(i\) tel que \(\Ext^i_R(R/\mathfrak m, M)\) soit non nul. Nous verrons dans un instant que \(i(M) < \infty\). D’après le Lemme 00LL, on a \(\delta(M) = 0\) si et seulement si \(i(M) = 0\), car \(\mathfrak m \in \text{Ass}(M)\) signifie exactement que \(i(M) = 0\). Ainsi, si \(\delta(M)\) ou \(i(M)\) est \(> 0\), on peut choisir \(x \in \mathfrak m\) tel que (a) \(x\) soit un non-diviseur de zéro sur \(M\), et (b) \(\text{depth}(M/xM) = \delta(M) - 1\). Considérons la suite exacte longue de groupes Ext associée à la suite exacte courte \(0 \to M \to M \to M/xM \to 0\) par le Lemme 00LU : \[\begin{matrix} 0 \to \Hom_R(\kappa, M) \to \Hom_R(\kappa, M) \to \Hom_R(\kappa, M/xM) \\ \phantom{0\ } \to \Ext^1_R(\kappa, M) \to \Ext^1_R(\kappa, M) \to \Ext^1_R(\kappa, M/xM) \to \ldots \end{matrix}\] Puisque \(x \in \mathfrak m\), toutes les applications \(\Ext^i_R(\kappa, M) \to \Ext^i_R(\kappa, M)\) sont nulles ; voir le Lemme 00LV. Il est donc clair que \(i(M/xM) = i(M) - 1\). Une récurrence sur \(\delta(M)\) achève la démonstration.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(0 \to N' \to N \to N'' \to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules non nuls de type fini.
\(\text{depth}(N) \geq \min\{\text{depth}(N'), \text{depth}(N'')\}\)
\(\text{depth}(N'') \geq \min\{\text{depth}(N), \text{depth}(N') - 1\}\)
\(\text{depth}(N') \geq \min\{\text{depth}(N), \text{depth}(N'') + 1\}\)
Démonstration
Utilisons la caractérisation de la profondeur par les groupes Ext \(\Ext^i(\kappa, N)\), voir le Lemme 00LW, ainsi que la suite exacte longue de cohomologie \[\begin{matrix} 0 \to \Hom_R(\kappa, N') \to \Hom_R(\kappa, N) \to \Hom_R(\kappa, N'') \\ \phantom{0\ } \to \Ext^1_R(\kappa, N') \to \Ext^1_R(\kappa, N) \to \Ext^1_R(\kappa, N'') \to \ldots \end{matrix}\] du Lemme 00LU.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien et \(M\) un \(R\)-module de type fini non nul.
Si \(x \in \mathfrak m\) est un non-diviseur de zéro sur \(M\), alors \(\text{depth}(M/xM) = \text{depth}(M) - 1\).
Toute suite \(M\)-régulière \(x_1, \ldots, x_r\) peut être prolongée en une suite \(M\)-régulière de longueur \(\text{depth}(M)\).
Démonstration
La partie (2) est une conséquence formelle de la partie (1). Soit \(x \in R\) comme en (1). La suite exacte courte \(0 \to M \to M \to M/xM \to 0\) et le Lemme 00LX montrent que la profondeur diminue d’au plus 1. D’autre part, si \(x_1, \ldots, x_r \in \mathfrak m\) est une suite régulière pour \(M/xM\), alors \(x, x_1, \ldots, x_r\) est une suite régulière pour \(M\). On voit donc que la profondeur diminue d’au moins 1.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien et \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soient \(x \in \mathfrak m\), \(\mathfrak p \in \text{Ass}(M)\), et \(\mathfrak q\) minimal au-dessus de \(\mathfrak p + (x)\). Alors \(\mathfrak q \in \text{Ass}(M/x^nM)\) pour un certain \(n \geq 1\).
Démonstration
Choisissons un sous-module \(N \subset M\) tel que \(N \cong R/\mathfrak p\). D’après le lemme d’Artin-Rees (Lemme 00IN), on peut choisir \(n > 0\) tel que \(N \cap x^nM \subset xN\). Soit \(\overline{N} \subset M/x^nM\) l’image de \(N \to M \to M/x^nM\). D’après le Lemme 02M3, il suffit de montrer que \(\mathfrak q \in \text{Ass}(\overline{N})\). Par notre choix de \(n\), il existe une surjection \(\overline{N} \to N/xN = R/\mathfrak p + (x)\), et donc \(\mathfrak q\) appartient au support de \(\overline{N}\). Puisque \(\overline{N}\) est annulé par \(x^n\) et \(\mathfrak p\), on voit que \(\mathfrak q\) est minimal parmi les idéaux premiers du support de \(\overline{N}\). Ainsi \(\mathfrak q\) est un idéal premier associé à \(\overline{N}\) d’après le Lemme 05BV.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien et \(M\) un \(R\)-module de type fini. Pour \(\mathfrak p \in \text{Ass}(M)\), on a \(\dim(R/\mathfrak p) \geq \text{depth}(M)\).
Démonstration
Si \(\mathfrak m \in \text{Ass}(M)\), il existe un élément non nul \(x \in M\) annulé par tous les éléments de \(\mathfrak m\). Ainsi \(\text{depth}(M) = 0\). En particulier, le lemme est vrai dans ce cas.
Si \(\text{depth}(M) = 1\), alors le premier paragraphe montre que \(\mathfrak m \not \in \text{Ass}(M)\). Ainsi \(\dim(R/\mathfrak p) \geq 1\) pour tout \(\mathfrak p \in \text{Ass}(M)\), et le lemme est encore vrai dans ce cas.
Démontrons le lemme en général par récurrence sur \(\text{depth}(M)\), que l’on peut et va supposer \(> 1\). Choisissons \(x \in \mathfrak m\) qui soit un non-diviseur de zéro sur \(M\). Remarquons que \(x \not \in \mathfrak p\) (Lemme 00LD). D’après le Lemme 00KW, on a \(\dim(R/\mathfrak p + (x)) = \dim(R/\mathfrak p) - 1\). Il existe donc un idéal premier \(\mathfrak q\) minimal au-dessus de \(\mathfrak p + (x)\) tel que \(\dim(R/\mathfrak q) = \dim(R/\mathfrak p) - 1\) (petit argument omis ; indication : la dimension d’un anneau local noethérien \(A\) est le maximum des dimensions de \(A/\mathfrak r\) lorsque \(\mathfrak r\) parcourt les idéaux premiers minimaux de \(A\)). Choisissons \(n\) comme dans le Lemme 0CN5, de sorte que \(\mathfrak q\) soit un idéal premier associé à \(M/x^nM\). On peut appliquer l’hypothèse de récurrence à \(M/x^nM\) et \(\mathfrak q\), car \(\text{depth}(M/x^nM) = \text{depth}(M) - 1\) d’après le Lemme 090R. On obtient \(\dim(R/\mathfrak q) \geq \text{depth}(M/x^nM)\), ce qui conclut.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien et \(M\) un \(R\)-module de type fini. Pour un idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), on a \(\text{depth}(M_\mathfrak p) + \dim(R/\mathfrak p) \geq \text{depth}(M)\).
Démonstration
Si \(M_\mathfrak p = 0\), alors \(\text{depth}(M_\mathfrak p) = \infty\), et le lemme est établi. Si \(\text{depth}(M) \leq \dim(R/\mathfrak p)\), alors le lemme est vrai. Si \(\text{depth}(M) > \dim(R/\mathfrak p)\), alors \(\mathfrak p\) n’est contenu dans aucun idéal premier associé \(\mathfrak q\) à \(M\), d’après le Lemme 0BK4. On peut donc trouver \(x \in \mathfrak p\) qui n’appartient à aucun idéal premier associé à \(M\), d’après le Lemme 00DS et le Lemme 00LC. Alors \(x\) est un non-diviseur de zéro sur \(M\) ; voir le Lemme 00LD. Ainsi \(\text{depth}(M/xM) = \text{depth}(M) - 1\) et \(\text{depth}(M_\mathfrak p / x M_\mathfrak p) = \text{depth}(M_\mathfrak p) - 1\), pourvu que \(M_\mathfrak p\) soit non nul ; voir le Lemme 090R. On conclut donc par récurrence sur \(\text{depth}(M)\).
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Soit \(R \to S\) un homomorphisme fini d’anneaux. Soient \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_n\) les idéaux maximaux de \(S\). Soit \(N\) un \(S\)-module de type fini. Alors \[\min\nolimits_{i = 1, \ldots, n} \text{depth}(N_{\mathfrak m_i}) = \text{depth}_\mathfrak m(N)\]
Démonstration
D’après les Lemmes 00GT, 00GU, et le Lemme 05DR, les idéaux maximaux de \(S\) sont exactement les idéaux premiers de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak m\), et ils sont en nombre fini. L’énoncé du lemme a donc un sens. Nous allons démontrer le lemme par récurrence sur \(k = \min\nolimits_{i = 1, \ldots, n} \text{depth}(N_{\mathfrak m_i})\). Si \(k = 0\), alors \(\text{depth}(N_{\mathfrak m_i}) = 0\) pour un certain \(i\). D’après le Lemme 00LW, cela signifie que \(\mathfrak m_i S_{\mathfrak m_i}\) est un idéal premier associé à \(N_{\mathfrak m_i}\), et donc que \(\mathfrak m_i\) est un idéal premier associé à \(N\) (Lemme 05BZ). D’après le Lemme 05DZ, on voit que \(\mathfrak m\) est un idéal premier associé à \(N\) comme \(R\)-module. Ainsi \(\text{depth}_\mathfrak m(N) = 0\). Cela établit le cas initial. Si \(k > 0\), alors \(\mathfrak m_i \not \in \text{Ass}_S(N)\). Ainsi \(\mathfrak m \not \in \text{Ass}_R(N)\), encore d’après le Lemme 05DZ. On peut donc trouver \(f \in \mathfrak m\) qui n’est pas un diviseur de zéro sur \(N\) ; voir le Lemme 00LL. D’après le Lemme 090R, toutes les profondeurs diminuent exactement de \(1\) lorsque l’on passe de \(N\) à \(N/fN\), et l’hypothèse de récurrence conclut.
Fonctorialités de Ext
Dans cette section, nous examinons brièvement la fonctorialité de \(\Ext\) par rapport au changement d’anneau, etc. Voici une liste de points à développer.
Étant donnés \(R \to R'\), un \(R\)-module \(M\) et un \(R'\)-module \(N'\), le \(R\)-module \(\Ext^i_R(M, N')\) possède une structure naturelle de \(R'\)-module. De plus, il existe un homomorphisme canonique \(R'\)-linéaire \(\Ext^i_{R'}(M \otimes_R R', N') \to \Ext^i_R(M, N')\).
Étant donnés \(R \to R'\) et des \(R\)-modules \(M\), \(N\), il existe un homomorphisme naturel de \(R\)-modules \(\Ext^i_R(M, N) \to \text{Ext}^i_R(M, N \otimes_R R')\).
Lemme
Étant donnés un homomorphisme plat d’anneaux \(R \to R'\), un \(R\)-module \(M\) et un \(R'\)-module \(N'\), l’homomorphisme naturel \[\Ext^i_{R'}(M \otimes_R R', N') \to \text{Ext}^i_R(M, N')\] est un isomorphisme pour \(i \geq 0\).
Démonstration
Choisissons une résolution libre \(F_\bullet\) de \(M\). Comme \(R \to R'\) est plat, \(F_\bullet \otimes_R R'\) est une résolution libre de \(M \otimes_R R'\) sur \(R'\). L’énoncé affirme que l’homomorphisme \[\Hom_{R'}(F_\bullet \otimes_R R', N') \to \Hom_R(F_\bullet, N')\] induit un isomorphisme sur les groupes d’homologie, ce qui est vrai puisqu’il est un isomorphisme de complexes d’après le Lemme 05DQ.
Une application des groupes Ext
La voici.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(I \subset R\) un idéal contenu dans le radical de Jacobson de \(R\). Soit \(N \to M\) un homomorphisme de \(R\)-modules de type fini. Supposons qu’il existe des entiers \(n\) arbitrairement grands tels que \(N/I^nN \to M/I^nM\) soit une injection scindée. Alors \(N \to M\) est une injection scindée.
Démonstration
Supposons que \(\varphi : N \to M\) satisfasse les hypothèses du lemme. Remarquons que cela implique \(\Ker(\varphi) \subset I^nN\) pour des entiers \(n\) arbitrairement grands. Ainsi, d’après le Lemme 00IQ, on voit que \(\varphi\) est injectif. Posons \(Q = M/N\), de sorte que l’on ait une suite exacte courte \[0 \to N \to M \to Q \to 0.\] Soit \[F_2 \xrightarrow{d_2} F_1 \xrightarrow{d_1} F_0 \to Q \to 0\] une résolution libre de type fini de \(Q\). On peut choisir une application \(\alpha : F_0 \to M\) qui relève l’application \(F_0 \to Q\). Elle induit une application \(\beta : F_1 \to N\) telle que \(\beta \circ d_2 = 0\). L’extension ci-dessus est scindée si et seulement s’il existe une application \(\gamma : F_0 \to N\) telle que \(\beta = \gamma \circ d_1\). Autrement dit, la classe de \(\beta\) dans \(\Ext^1_R(Q, N)\) est l’obstruction au scindage de la suite exacte courte ci-dessus.
Supposons que \(n\) soit un entier assez grand tel que \(N/I^nN \to M/I^nM\) soit une injection scindée. On obtient la suite exacte courte \[0 \to N/I^nN \to M/I^nM \to Q/I^nQ \to 0.\] De plus, la suite \[F_1/I^nF_1 \xrightarrow{d_1} F_0/I^nF_0 \to Q/I^nQ \to 0\] est encore exacte. En raisonnant comme ci-dessus, on voit que l’application \(\overline{\beta} : F_1/I^nF_1 \to N/I^nN\) induite par \(\beta\) est égale à \(\overline{\gamma_n} \circ d_1\) pour une certaine application \(\overline{\gamma_n} : F_0/I^nF_0 \to N/I^nN\). Comme \(F_0\) est libre, on peut relever \(\overline{\gamma_n}\) en une application \(\gamma_n : F_0 \to N\), et l’on voit alors que \(\beta - \gamma_n \circ d_1\) est une application de \(F_1\) dans \(I^nN\). Autrement dit, on conclut que \[\beta \in \Im\Big(\Hom_R(F_0, N) \to \Hom_R(F_1, N)\Big) + I^n\Hom_R(F_1, N).\] Cette inclusion vaut pour cet entier \(n\).
Puisque, par hypothèse, cette propriété vaut pour des entiers \(n\) arbitrairement grands, on conclut que l’image de \(\beta\) dans le conoyau de \(\Hom_R(F_0, N) \to \Hom_R(F_1, N)\) est nulle d’après le Lemme 00IQ. Ainsi \(\beta\) appartient à l’image de l’application \(\Hom_R(F_0, N) \to \Hom_R(F_1, N)\), comme souhaité.
Groupes Tor et platitude
Dans cette section, nous utilisons une partie de l’algèbre homologique développée dans la section précédente pour expliquer ce que sont les groupes Tor. Supposons donc que \(R\) soit un anneau et que \(M\), \(N\) soient deux \(R\)-modules. Choisissons une résolution \(F_\bullet\) de \(M\) par des \(R\)-modules libres. Voir le Lemme 00LP. Considérons le complexe homologique \[F_\bullet \otimes_R N : \ldots \to F_2 \otimes_R N \to F_1 \otimes_R N \to F_0 \otimes_R N\] On définit \(\text{Tor}^R_i(M, N)\) comme le \(i\)-ième groupe d’homologie de ce complexe. Le lemme suivant précise en quel sens cette définition est bien définie.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(M_1, M_2, N\) des \(R\)-modules. Supposons que \(F_\bullet\) soit une résolution libre du module \(M_1\) et que \(G_\bullet\) soit une résolution libre du module \(M_2\). Soit \(\varphi : M_1 \to M_2\) un homomorphisme de modules. Soit \(\alpha : F_\bullet \to G_\bullet\) un morphisme de complexes qui induit \(\varphi\) sur \(M_1 = \Coker(d_{F, 1}) \to M_2 = \Coker(d_{G, 1})\), voir le Lemme 00LS. Alors les applications induites \[H_i(\alpha) : H_i(F_\bullet \otimes_R N) \longrightarrow H_i(G_\bullet \otimes_R N)\] ne dépendent pas du choix de \(\alpha\). Si \(\varphi\) est un isomorphisme, toutes les applications \(H_i(\alpha)\) le sont aussi. Si \(M_1 = M_2\), \(F_\bullet = G_\bullet\), et si \(\varphi\) est l’identité, toutes les applications \(H_i(\alpha)\) le sont aussi.
Démonstration
La démonstration de ce lemme est identique à celle du Lemme 00LT.
Ce lemme implique non seulement que les modules Tor sont bien définis, mais il fournit aussi la fonctorialité des constructions \((M, N) \mapsto \text{Tor}_i^R(M, N)\) en la première variable. Bien entendu, la fonctorialité en la seconde variable est évidente. Nous laissons au lecteur le soin de vérifier que chacun des \(\text{Tor}_i^R\) est en fait un foncteur \[\text{Mod}_R \times \text{Mod}_R \to \text{Mod}_R.\] Ici \(\text{Mod}_R\) désigne la catégorie des \(R\)-modules et, pour la définition de la catégorie produit, voir Catégories, Définition 001K. Plus précisément, étant donnés des morphismes de \(R\)-modules \(M_1 \to M_2\) et \(N_1 \to N_2\), on obtient un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \text{Tor}_i^R(M_1, N_1) \ar[r] \ar[d] & \text{Tor}_i^R(M_1, N_2) \ar[d] \\ \text{Tor}_i^R(M_2, N_1) \ar[r] & \text{Tor}_i^R(M_2, N_2) \\ }\]
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(M\) un \(R\)-module. Supposons que \(0 \to N' \to N \to N'' \to 0\) soit une suite exacte courte de \(R\)-modules. Il existe une suite exacte longue \[\text{Tor}_1^R(M, N') \to \text{Tor}_1^R(M, N) \to \text{Tor}_1^R(M, N'') \to M \otimes_R N' \to M \otimes_R N \to M \otimes_R N'' \to 0\]
Démonstration
La démonstration est la même que celle du Lemme 00LU.
Considérons un bicomplexe homologique de \(R\)-modules \[\xymatrix{ \ldots \ar[r]^d & A_{2, 0} \ar[r]^d & A_{1, 0} \ar[r]^d & A_{0, 0} \\ \ldots \ar[r]^d & A_{2, 1} \ar[r]^d \ar[u]^\delta & A_{1, 1} \ar[r]^d \ar[u]^\delta & A_{0, 1} \ar[u]^\delta \\ \ldots \ar[r]^d & A_{2, 2} \ar[r]^d \ar[u]^\delta & A_{1, 2} \ar[r]^d \ar[u]^\delta & A_{0, 2} \ar[u]^\delta \\ & \ldots \ar[u]^\delta & \ldots \ar[u]^\delta & \ldots \ar[u]^\delta \\ }\] Cela signifie que \(d_{i, j} : A_{i, j} \to A_{i-1, j}\) et \(\delta_{i, j} : A_{i, j} \to A_{i, j-1}\) possèdent les propriétés suivantes :
Toute composée de deux \(d_{i, j}\) est nulle. Autrement dit, les lignes du bicomplexe sont des complexes.
Toute composée de deux \(\delta_{i, j}\) est nulle. Autrement dit, les colonnes du bicomplexe sont des complexes.
Pour toute paire \((i, j)\), on a \(\delta_{i-1, j} \circ d_{i, j} = d_{i, j-1} \circ \delta_{i, j}\). Autrement dit, tous les carrés sont commutatifs.
La bonne construction consiste à associer une suite spectrale à chacun de ces bicomplexes. Cependant, pour le moment, nous pouvons nous contenter d’une construction légèrement plus simple.
Plus précisément, pour les seuls besoins de cette section, étant donné un bicomplexe \((A_{\bullet, \bullet}, d, \delta)\), posons \(R(A)_j = \Coker(A_{1, j} \to A_{0, j})\) et \(U(A)_i = \Coker(A_{i, 1} \to A_{i, 0})\). (Les lettres \(R\) et \(U\) évoquent les mots anglais pour « droite » et « haut ».) On munit \(R(A)_\bullet\) d’une structure de complexe au moyen des applications \(\delta\). De même, on munit \(U(A)_\bullet\) d’une structure de complexe au moyen des applications \(d\). Autrement dit, on obtient l’immense diagramme commutatif suivant \[\xymatrix{ \ldots \ar[r]^d & U(A)_2 \ar[r]^d & U(A)_1 \ar[r]^d & U(A)_0 & \\ \ldots \ar[r]^d & A_{2, 0} \ar[r]^d \ar[u] & A_{1, 0} \ar[r]^d \ar[u] & A_{0, 0} \ar[r] \ar[u] & R(A)_0 \\ \ldots \ar[r]^d & A_{2, 1} \ar[r]^d \ar[u]^\delta & A_{1, 1} \ar[r]^d \ar[u]^\delta & A_{0, 1} \ar[r] \ar[u]^\delta & R(A)_1 \ar[u]^\delta \\ \ldots \ar[r]^d & A_{2, 2} \ar[r]^d \ar[u]^\delta & A_{1, 2} \ar[r]^d \ar[u]^\delta & A_{0, 2} \ar[r] \ar[u]^\delta & R(A)_2 \ar[u]^\delta \\ & \ldots \ar[u]^\delta & \ldots \ar[u]^\delta & \ldots \ar[u]^\delta & \ldots \ar[u]^\delta \\ }\] (Bien entendu, ce n’est plus un bicomplexe.) La notion de morphisme \(\Phi : (A_{\bullet, \bullet}, d, \delta) \to (B_{\bullet, \bullet}, d, \delta)\) de bicomplexes est claire, et il est clair qu’un tel morphisme induit des morphismes de complexes \(R(\Phi) : R(A)_\bullet \to R(B)_\bullet\) et \(U(\Phi) : U(A)_\bullet \to U(B)_\bullet\).
Lemme
Soit \((A_{\bullet, \bullet}, d, \delta)\) un bicomplexe tel que
Chaque ligne \(A_{\bullet, j}\) soit une résolution de \(R(A)_j\).
Chaque colonne \(A_{i, \bullet}\) soit une résolution de \(U(A)_i\).
Il existe alors des isomorphismes canoniques \[H_i(R(A)_\bullet) \cong H_i(U(A)_\bullet).\] Ces isomorphismes sont fonctoriels par rapport aux morphismes de bicomplexes possédant les propriétés ci-dessus.
Démonstration
Nous allons montrer que \(H_i(R(A)_\bullet))\) et \(H_i(U(A)_\bullet)\) sont canoniquement isomorphes à un troisième groupe, à savoir \[\mathbf{H}_i(A) := \frac{ \{ (a_{i, 0}, a_{i-1, 1}, \ldots, a_{0, i}) \mid d(a_{i, 0}) = \delta(a_{i-1, 1}), \ldots, d(a_{1, i-1}) = \delta(a_{0, i}) \}} { \{ d(a_{i + 1, 0}) + \delta(a_{i, 1}), d(a_{i, 1}) + \delta(a_{i-1, 2}), \ldots, d(a_{1, i}) + \delta(a_{0, i + 1}) \} }\] Nous adoptons ici la convention de notation selon laquelle \(a_{i, j}\) désigne un élément de \(A_{i, j}\). Autrement dit, un élément de \(\mathbf{H}_i\) est représenté par un zigzag, figuré comme suit lorsque \(i = 2\) \[\xymatrix{ a_{2, 0} \ar@{|->}[r] & d(a_{2, 0}) = \delta(a_{1, 1}) & \\ & a_{1, 1} \ar@{|->}[u] \ar@{|->}[r] & d(a_{1, 1}) = \delta(a_{0, 2}) \\ & & a_{0, 2} \ar@{|->}[u] \\ }\] Naturellement, on quotient par les zigzags « triviaux », c’est-à-dire par le sous-module engendré par les éléments de la forme \((0, \ldots, 0, -\delta(a_{t + 1, t-i}), d(a_{t + 1, t-i}), 0, \ldots, 0)\). Remarquons qu’il existe des homomorphismes canoniques \[\mathbf{H}_i(A) \to H_i(R(A)_\bullet), \quad (a_{i, 0}, a_{i-1, 1}, \ldots, a_{0, i}) \mapsto \text{classe de l'image de }a_{0, i}\] et \[\mathbf{H}_i(A) \to H_i(U(A)_\bullet), \quad (a_{i, 0}, a_{i-1, 1}, \ldots, a_{0, i}) \mapsto \text{classe de l'image de }a_{i, 0}\]
Montrons d’abord que ces homomorphismes sont surjectifs. Supposons que \(\overline{r} \in H_i(R(A)_\bullet)\). Soit \(r \in R(A)_i\) un cycle qui représente la classe de \(\overline{r}\). Soit \(a_{0, i} \in A_{0, i}\) un élément dont l’image est \(r\). Puisque \(\delta(r) = 0\), on voit que \(\delta(a_{0, i})\) appartient à l’image de \(d\). Il existe donc un élément \(a_{1, i-1} \in A_{1, i-1}\) tel que \(d(a_{1, i-1}) = \delta(a_{0, i})\). Cela implique à son tour que \(\delta(a_{1, i-1})\) appartient au noyau de \(d\) (car \(d(\delta(a_{1, i-1})) = \delta(d(a_{1, i-1})) = \delta(\delta(a_{0, i})) = 0\)). Par exactitude des lignes, on trouve un élément \(a_{2, i-2}\) tel que \(d(a_{2, i-2}) = \delta(a_{1, i-1})\). Et l’on poursuit ainsi jusqu’à obtenir un zigzag complet. Bien entendu, la surjectivité de \(\mathbf{H}_i \to H_i(U(A))\) se démontre de la même manière.
Pour démontrer l’injectivité, on raisonne exactement de la même manière. Supposons donc que l’on ait un zigzag \((a_{i, 0}, a_{i-1, 1}, \ldots, a_{0, i})\) dont l’image dans \(H_i(R(A)_\bullet)\) est nulle. Cela signifie que l’image de \(a_{0, i}\) est un élément de \(\Coker(A_{i, 1} \to A_{i, 0})\) qui appartient à l’image de \(\delta : \Coker(A_{i + 1, 1} \to A_{i + 1, 0}) \to \Coker(A_{i, 1} \to A_{i, 0})\). Autrement dit, \(a_{0, i}\) appartient à l’image de \(\delta \oplus d : A_{0, i + 1} \oplus A_{1, i} \to A_{0, i}\). La définition des zigzags triviaux montre que l’on peut modifier notre zigzag par un zigzag trivial et supposer que \(a_{0, i} = 0\). Cela implique immédiatement que \(d(a_{1, i-1}) = 0\). Comme les lignes sont exactes, il s’ensuit que \(a_{1, i-1}\) appartient à l’image de \(d : A_{2, i-1} \to A_{1, i-1}\). On peut donc modifier de nouveau notre zigzag par un zigzag trivial et supposer qu’il est de la forme \((a_{i, 0}, a_{i-1, 1}, \ldots, a_{2, i-2}, 0, 0)\). En poursuivant ainsi, on obtient l’injectivité voulue.
Si \(\Phi : (A_{\bullet, \bullet}, d, \delta) \to (B_{\bullet, \bullet}, d, \delta)\) est un morphisme de bicomplexes satisfaisant tous deux aux conditions du lemme, on obtient clairement un diagramme commutatif \[\xymatrix{ H_i(U(A)_\bullet) \ar[d] & \mathbf{H}_i(A) \ar[r] \ar[l] \ar[d] & H_i(R(A)_\bullet) \ar[d] \\ H_i(U(B)_\bullet) & \mathbf{H}_i(B) \ar[r] \ar[l] & H_i(R(B)_\bullet) \\ }\] Cela démontre la fonctorialité.
Remarque
L’isomorphisme construit ci-dessus n’est l’isomorphisme « correct » qu’aux signes près. Une bonne partie de l’algèbre homologique consiste à choisir les signes de diverses applications et à démontrer la commutativité de diagrammes en faisant intervenir des signes appropriés. Pour le moment, nous utiliserons simplement l’isomorphisme donné dans la démonstration ci-dessus et nous nous préoccuperons des signes plus tard.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Pour tout \(i \geq 0\), les foncteurs \(\text{Mod}_R \times \text{Mod}_R \to \text{Mod}_R\), \((M, N) \mapsto \text{Tor}_i^R(M, N)\) et \((M, N) \mapsto \text{Tor}_i^R(N, M)\) sont canoniquement isomorphes.
Démonstration
Soit \(F_\bullet\) une résolution libre du module \(M\) et soit \(G_\bullet\) une résolution libre du module \(N\). Considérons le bicomplexe \((A_{i, j}, d, \delta)\) défini comme suit :
posons \(A_{i, j} = F_i \otimes_R G_j\),
définissons \(d_{i, j} : F_i \otimes_R G_j \to F_{i-1} \otimes G_j\) comme \(d_{F, i} \otimes \text{id}\), et
définissons \(\delta_{i, j} : F_i \otimes_R G_j \to F_i \otimes G_{j-1}\) comme \(\text{id} \otimes d_{G, j}\).
Ce bicomplexe est généralement noté simplement \(F_\bullet \otimes_R G_\bullet\).
Puisque chaque \(G_j\) est libre, donc plat, chaque ligne du bicomplexe est exacte sauf en degré homologique \(0\). Puisque chaque \(F_i\) est libre, donc plat, chaque colonne du bicomplexe est exacte sauf en degré homologique \(0\). Le bicomplexe satisfait donc aux conditions du Lemme 00M1.
Pour comprendre ce que dit le lemme, calculons \(R(A)_\bullet\) et \(U(A)_\bullet\). On a \[\begin{eqnarray*} R(A)_i & = & \Coker(A_{1, i} \to A_{0, i}) \\ & = & \Coker(F_1 \otimes_R G_i \to F_0 \otimes_R G_i) \\ & = & \Coker(F_1 \to F_0) \otimes_R G_i \\ & = & M \otimes_R G_i \end{eqnarray*}\] En fait, ces isomorphismes sont compatibles avec les différentielles \(\delta\), et l’on voit que \(R(A)_\bullet = M \otimes_R G_\bullet\) comme complexes homologiques. De manière tout à fait analogue, on voit que \(U(A)_\bullet = F_\bullet \otimes_R N\). On obtient \[\begin{eqnarray*} \text{Tor}_i^R(M, N) & = & H_i(F_\bullet \otimes_R N) \\ & = & H_i(U(A)_\bullet) \\ & = & H_i(R(A)_\bullet) \\ & = & H_i(M \otimes_R G_\bullet) \\ & = & H_i(G_\bullet \otimes_R M) \\ & = & \text{Tor}_i^R(N, M) \end{eqnarray*}\] Ici, la troisième égalité est le Lemme 00M1, et la cinquième utilise l’isomorphisme \(V \otimes W = W \otimes V\) du produit tensoriel.
Fonctorialité. Supposons que l’on ait des \(R\)-modules \(M_\nu\), \(N_\nu\), \(\nu = 1, 2\). Soient \(\varphi : M_1 \to M_2\) et \(\psi : N_1 \to N_2\) des morphismes de \(R\)-modules. Supposons que l’on ait des résolutions libres \(F_{\nu, \bullet}\) de \(M_\nu\) et des résolutions libres \(G_{\nu, \bullet}\) de \(N_\nu\). D’après le Lemme 00LS, on peut choisir des morphismes de complexes \(\alpha : F_{1, \bullet} \to F_{2, \bullet}\) et \(\beta : G_{1, \bullet} \to G_{2, \bullet}\) compatibles avec \(\varphi\) et \(\psi\). Nous affirmons que la paire \((\alpha, \beta)\) induit un morphisme de bicomplexes \[\alpha \otimes \beta : F_{1, \bullet} \otimes_R G_{1, \bullet} \longrightarrow F_{2, \bullet} \otimes_R G_{2, \bullet}\] Il s’agit d’une vérification tout à fait directe : l’application \(F_{1, i} \otimes_R G_{1, j} \to F_{2, i} \otimes_R G_{2, j}\) est donnée par \(\alpha_i \otimes \beta_j\), où \(\alpha_i\), resp. \(\beta_j\), est la composante de degré \(i\), resp. \(j\), de \(\alpha\), resp. \(\beta\). Le lecteur vérifie aussi aisément que l’application induite \(R(F_{1, \bullet} \otimes_R G_{1, \bullet})_\bullet \to R(F_{2, \bullet} \otimes_R G_{2, \bullet})_\bullet\) coïncide avec l’application \(M_1 \otimes_R G_{1, \bullet} \to M_2 \otimes_R G_{2, \bullet}\) induite par \(\varphi \otimes \beta\). Il en va de même de l’application induite sur les complexes \(U(-)_\bullet\). L’assertion de fonctorialité résulte donc de l’assertion de fonctorialité du Lemme 00M1.
Remarque
Un cas intéressant se présente lorsque \(M = N\) ci-dessus. On obtient alors une application canonique \(\text{Tor}_i^R(M, M) \to \text{Tor}_i^R(M, M)\). Remarquons que cette application n’est pas l’identité, car même lorsque \(i = 0\), elle n’est pas l’identité ! Par exemple, si \(V\) est un espace vectoriel de dimension \(n\) sur un corps, alors l’application d’échange \(V \otimes_k V \to V \otimes_k V\) possède \((n^2 + n)/2\) valeurs propres égales à \(+1\) et \((n^2-n)/2\) valeurs propres égales à \(-1\). En caractéristique \(2\), elle n’est même pas diagonalisable. Remarquons que même changer le signe de l’application ne suffira pas à supprimer ce phénomène.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soient \(M\), \(N\) des \(R\)-modules de type fini. Alors \(\text{Tor}_p^R(M, N)\) est un \(R\)-module de type fini pour tout \(p\).
Démonstration
Cela résulte de ce que \(\text{Tor}_p^R(M, N)\) se calcule comme les groupes d’homologie d’un complexe \(F_\bullet \otimes_R N\) où chaque \(F_n\) est un \(R\)-module libre de type fini ; voir le Lemme 00LP.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
Le module \(M\) est plat sur \(R\).
Pour tout \(i > 0\), le foncteur \(\text{Tor}_i^R(M, -)\) est nul.
Le foncteur \(\text{Tor}_1^R(M, -)\) est nul.
Pour tout idéal \(I \subset R\), on a \(\text{Tor}_1^R(M, R/I) = 0\).
Pour tout idéal de type fini \(I \subset R\), on a \(\text{Tor}_1^R(M, R/I) = 0\).
Démonstration
Supposons \(M\) plat. Soit \(N\) un \(R\)-module. Soit \(F_\bullet\) une résolution libre de \(N\). Alors \(F_\bullet \otimes_R M\) est une résolution de \(N \otimes_R M\), par platitude de \(M\). Tous les groupes Tor supérieurs s’annulent donc.
Il suffit maintenant de montrer que la dernière condition implique que \(M\) est plat. Soit \(I \subset R\) un idéal. Considérons la suite exacte courte \(0 \to I \to R \to R/I \to 0\). Appliquons le Lemme 00M0. On obtient une suite exacte \[\text{Tor}_1^R(M, R/I) \to M \otimes_R I \to M \otimes_R R \to M \otimes_R R/I \to 0\] Comme, de toute évidence, \(M \otimes_R R = M\), on conclut que la dernière hypothèse implique que \(M \otimes_R I \to M\) est injectif pour tout idéal de type fini \(I\). Ainsi \(M\) est plat d’après le Lemme 00HD.
Remarque
La démonstration du Lemme 00M5 montre en fait que \[\text{Tor}_1^R(M, R/I) = \Ker(I \otimes_R M \to M).\]
Fonctorialités de Tor
Dans cette section, nous examinons brièvement la fonctorialité de \(\text{Tor}\) par rapport au changement d’anneau, etc. Voici une liste de points à développer.
Étant donnés un homomorphisme d’anneaux \(R \to R'\), un \(R\)-module \(M\) et un \(R'\)-module \(N'\), les \(R\)-modules \(\text{Tor}_i^R(M, N')\) possèdent une structure naturelle de \(R'\)-module.
Étant donnés un homomorphisme d’anneaux \(R \to R'\) et des \(R\)-modules \(M\), \(N\), il existe un homomorphisme naturel de \(R\)-modules \(\text{Tor}_i^R(M, N) \to \text{Tor}_i^{R'}(M \otimes_R R', N \otimes_R R')\).
Étant donnés un homomorphisme d’anneaux \(R \to R'\), un \(R\)-module \(M\) et un \(R'\)-module \(N'\), il existe un homomorphisme naturel de \(R'\)-modules \(\text{Tor}_i^R(M, N') \to \text{Tor}_i^{R'}(M \otimes_R R', N')\).
Lemme
Étant donnés un homomorphisme plat d’anneaux \(R \to R'\) et des \(R\)-modules \(M\), \(N\), l’homomorphisme naturel de \(R\)-modules \(\text{Tor}_i^R(M, N)\otimes_R R' \to \text{Tor}_i^{R'}(M \otimes_R R', N \otimes_R R')\) est un isomorphisme pour tout \(i\).
Démonstration
Omis. Cela résulte de ce qu’une résolution libre \(F_\bullet\) de \(M\) sur \(R\) reste exacte après tensorisation par \(R'\) sur \(R\), et donc que \((F_\bullet \otimes_R N)\otimes_R R'\) calcule les groupes Tor sur \(R'\).
Le lemme suivant ne semble trouver sa place nulle part ailleurs.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M = \colim M_i\) une colimite filtrante de \(R\)-modules. Soit \(N\) un \(R\)-module. Alors \(\text{Tor}_n^R(M, N) = \colim \text{Tor}_n^R(M_i, N)\) pour tout \(n\).
Démonstration
Choisissons une résolution libre \(F_\bullet\) de \(N\). Alors \(F_\bullet \otimes_R M = \colim F_\bullet \otimes_R M_i\) comme complexes, d’après le Lemme 00DD. Le résultat découle donc du Lemme 00DB.
Modules projectifs
Quelques lemmes sur les modules projectifs.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Un \(R\)-module \(P\) est projectif si et seulement si le foncteur \(\Hom_R(P, -) : \text{Mod}_R \to \text{Mod}_R\) est un foncteur exact.
Le foncteur \(\Hom_R(M, - )\) est exact à gauche pour tout \(R\)-module \(M\) ; voir le Lemme 0582. La condition que \(P\) soit projectif signifie donc précisément que, pour toute surjection de \(R\)-modules \(N \to N'\), l’application \(\Hom_R(P, N) \to \Hom_R(P, N')\) est surjective.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(P\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(P\) est projectif,
\(P\) est un facteur direct d’un \(R\)-module libre, et
\(\Ext^1_R(P, M) = 0\) pour tout \(R\)-module \(M\).
Démonstration
Supposons \(P\) projectif. Choisissons une surjection \(\pi : F \to P\), où \(F\) est un \(R\)-module libre. Comme \(P\) est projectif, il existe \(i \in \Hom_R(P, F)\) tel que \(\pi \circ i = \text{id}_P\). Autrement dit, \(F \cong \Ker(\pi) \oplus i(P)\), et l’on voit que \(P\) est un facteur direct de \(F\).
Réciproquement, supposons que \(P \oplus Q = F\) soit un \(R\)-module libre. Remarquons que le module libre \(F = \bigoplus_{i \in I} R\) est projectif, car \(\Hom_R(F, M) = \prod_{i \in I} M\) et le foncteur \(M \mapsto \prod_{i \in I} M\) est exact. Alors \(\Hom_R(F, -) = \Hom_R(P, -) \times \Hom_R(Q, -)\) comme foncteurs, et donc \(P\) et \(Q\) sont tous deux projectifs.
Supposons que \(P \oplus Q = F\) soit un \(R\)-module libre. On dispose alors d’une résolution libre \(F_\bullet\) de la forme \[\ldots F \xrightarrow{a} F \xrightarrow{b} F \to P \to 0\] où les applications \(a, b\) alternent et sont égales aux projecteurs sur \(P\) et \(Q\). Le complexe \(\Hom_R(F_\bullet, M)\) est donc exact scindé en degrés \(\geq 1\), d’où l’annulation de (3).
Supposons que \(\Ext^1_R(P, M) = 0\) pour tout \(R\)-module \(M\). Choisissons une résolution libre \(F_\bullet \to P\). Posons \(M = \Im(F_1 \to F_0) = \Ker(F_0 \to P)\). Considérons l’élément \(\xi \in \Ext^1_R(P, M)\) donné par la classe de l’application quotient \(\pi : F_1 \to M\). Comme \(\xi\) est nul, il existe une application \(s : F_0 \to M\) telle que \(\pi = s \circ (F_1 \to F_0)\). Cela signifie clairement que \[F_0 = \Ker(s) \oplus \Ker(F_0 \to P) = P \oplus \Ker(F_0 \to P)\] et l’on conclut.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(P\) un \(R\)-module de type fini. Si \(\Ext^1_R(P, M) = 0\) pour tout \(R\)-module de type fini \(M\), alors \(P\) est projectif.
On peut renforcer ce lemme : il existe une version pour les \(R\)-modules de présentation finie sans supposer \(R\) noethérien. Dans le cas noethérien, il existe une version où \(M\) parcourt tous les modules de longueur finie.
Démonstration
Choisissons une surjection \(R^{\oplus n} \to P\) de noyau \(M\). Puisque \(\Ext^1_R(P, M) = 0\), cette surjection est scindée, et on conclut par le Lemme 05CF.
Lemme
Une somme directe de modules projectifs est projective.
Démonstration
Cela résulte de la caractérisation des modules projectifs comme facteurs directs de modules libres dans le Lemme 05CF.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal nilpotent. Soit \(\overline{P}\) un \(R/I\)-module projectif. Il existe alors un \(R\)-module projectif \(P\) tel que \(P/IP \cong \overline{P}\).
Démonstration
D’après le Lemme 05CF, on peut choisir un ensemble \(A\) et une décomposition en somme directe \(\bigoplus_{\alpha \in A} R/I = \overline{P} \oplus \overline{K}\) pour un certain \(R/I\)-module \(\overline{K}\). Notons \(F = \bigoplus_{\alpha \in A} R\) le \(R\)-module libre de base \(A\). Choisissons un relèvement \(p : F \to F\) du projecteur \(\overline{p}\) associé au facteur direct \(\overline{P}\) de \(\bigoplus_{\alpha \in A} R/I\). Remarquons que \(p^2 - p \in \text{End}_R(F)\) est un endomorphisme nilpotent de \(F\) (puisque \(I\) est nilpotent et que les coefficients matriciels de \(p^2 - p\) appartiennent à \(I\) ; plus précisément, si \(I^n = 0\), alors \((p^2 - p)^n = 0\)). Ainsi, d’après le Lemme 05BU, on peut modifier le choix de \(p\) et supposer que \(p\) est un projecteur. Posons \(P = \Im(p)\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal localement nilpotent. Soit \(\overline{P}\) un \(R/I\)-module projectif de type fini. Il existe alors un \(R\)-module projectif de type fini \(P\) tel que \(P/IP \cong \overline{P}\).
Démonstration
Rappelons que \(\overline{P}\) est un facteur direct d’un \(R/I\)-module libre \(\bigoplus_{\alpha \in A} R/I\) d’après le Lemme 05CF. Comme \(\overline{P}\) est de type fini, il s’ensuit que \(\overline{P}\) est contenu dans \(\bigoplus_{\alpha \in A'} R/I\) pour une partie finie \(A' \subset A\). On peut donc supposer que l’on a une décomposition en somme directe \((R/I)^{\oplus n} = \overline{P} \oplus \overline{K}\) pour un certain \(n\) et un certain \(R/I\)-module \(\overline{K}\). Choisissons un relèvement \(p \in \text{Mat}(n \times n, R)\) du projecteur \(\overline{p}\) associé au facteur direct \(\overline{P}\) de \((R/I)^{\oplus n}\). Remarquons que \(p^2 - p \in \text{Mat}(n \times n, R)\) est nilpotent : comme \(I\) est localement nilpotent et que les coefficients matriciels \(c_{ij}\) de \(p^2 - p\) appartiennent à \(I\), on a \(c_{ij}^t = 0\) pour un certain \(t > 0\), et alors \((p^2 - p)^{tn^2} = 0\) (comme on le voit sur les coefficients matriciels). Ainsi, d’après le Lemme 05BU, on peut modifier le choix de \(p\) et supposer que \(p\) est un projecteur. Posons \(P = \Im(p)\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module. Supposons que
\(I\) soit nilpotent,
\(M/IM\) soit un \(R/I\)-module projectif,
\(M\) soit un \(R\)-module plat.
Alors \(M\) est un \(R\)-module projectif.
Démonstration
D’après le Lemme 07LV, on peut trouver un \(R\)-module projectif \(P\) et un isomorphisme \(P/IP \to M/IM\). Nous allons montrer que \(M\) est isomorphe à \(P\), ce qui achèvera la démonstration. Comme \(P\) est projectif, on peut relever l’application \(P \to P/IP \to M/IM\) en un homomorphisme de \(R\)-modules \(P \to M\) qui est un isomorphisme modulo \(I\). Puisque \(I^n = 0\) pour un certain \(n\), on peut utiliser les filtrations \[\begin{align*} 0 = I^nM \subset I^{n - 1}M \subset \ldots \subset IM \subset M \\ 0 = I^nP \subset I^{n - 1}P \subset \ldots \subset IP \subset P \end{align*}\] pour voir qu’il suffit de montrer que les applications induites \(I^aP/I^{a + 1}P \to I^aM/I^{a + 1}M\) sont bijectives. Comme \(P\) et \(M\) sont tous deux des \(R\)-modules plats, on peut identifier cette application à \[I^a/I^{a + 1} \otimes_{R/I} P/IP \longrightarrow I^a/I^{a + 1} \otimes_{R/I} M/IM\] induite par \(P \to M\). Puisque l’on a choisi \(P \to M\) de sorte que l’application induite \(P/IP \to M/IM\) soit un isomorphisme, on conclut.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(I, J \subset R\) des idéaux tels que \(I \cap J = 0\). Soit \(P\) un \(R\)-module tel que \(P/IP\) soit un \(R/I\)-module projectif et que \(P/JP\) soit un \(R/J\)-module projectif. Alors \(P\) est un \(R\)-module projectif.
Démonstration
Choisissons une surjection \(p : F \to P\), où \(F\) est un \(R\)-module libre. Puisque \(P/IP\) est un \(R/I\)-module projectif, on peut choisir une application \(f : P/IP \to F/IF\) qui soit un inverse à droite de \(p \bmod I\). Considérons l’application \(q : F/JF \to F/(I + J)F \times_{P/(I + J)P} P/JP\) induite par l’application quotient \(F/JF \to F/(I + J)F\) et par \(p\). Remarquons que \(q\) est un homomorphisme surjectif de \(R/J\)-modules (petit détail omis). Considérons l’application \(f' : P/JP \to F/(I + J)F \times_{P/(I + J)P} P/JP\) induite par \(f\) et par l’application identité. Puisque \(P/JP\) est un \(R/J\)-module projectif et que \(q\) est surjectif, on peut choisir une application \(g : P/JP \to F/JF\) telle que \(q \circ g = f'\). Alors \(f \bmod I + J = g \bmod I + J\). Puisque \(F = F/JF \times_{F/(I + J)F} F/IF\) car \(I \cap J = 0\), on conclut que l’on obtient un homomorphisme bien défini \(h = (f, g) : P \to F\) de \(R\)-modules. L’application \(a = p \circ h : P \to P\) se réduit à l’identité modulo \(I\) et modulo \(J\). Alors \(a\) induit aussi l’identité sur le sous-module \(IP\) : si \(x = \sum i_\alpha x_\alpha\) avec \(i_\alpha \in I\) et \(x_\alpha \in P\), alors \(a(x) = \sum i_\alpha a(x_\alpha) = \sum i_\alpha x_\alpha = x\), car \(a(x_\alpha) = x_\alpha + j_\alpha\) avec \(j_\alpha \in J\) et \(i_\alpha j_\alpha = 0\). Ainsi \(a : P \to P\) agit comme l’identité sur \(IP\) et sur \(P/IP\), et l’on conclut que \(a\) est un automorphisme de \(P\) (petit détail omis). Ainsi \(P\) est un facteur direct de \(F\), donc projectif.
Modules projectifs de type fini
Définition
Soit \(R\) un anneau et \(M\) un \(R\)-module.
On dit que \(M\) est localement libre si l’on peut recouvrir \(\Spec(R)\) par des ouverts standards \(D(f_i)\), \(i \in I\), tels que \(M_{f_i}\) soit un \(R_{f_i}\)-module libre pour tout \(i \in I\).
On dit que \(M\) est localement libre de type fini si l’on peut choisir le recouvrement de sorte que chaque \(M_{f_i}\) soit libre de type fini.
On dit que \(M\) est localement libre de type fini de rang \(r\) si l’on peut choisir le recouvrement de sorte que chaque \(M_{f_i}\) soit isomorphe à \(R_{f_i}^{\oplus r}\).
Remarquons qu’un \(R\)-module localement libre de type fini est automatiquement de présentation finie d’après le Lemme 00EO. De plus, si \(M\) est un module localement libre de type fini de rang \(r\) sur un anneau \(R\) et si \(R\) est non nul, alors \(r\) est déterminé de manière unique par le Lemme 0FJ7 (car au moins l’un des anneaux localisés \(R_{f_i}\) est non nul).
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(M\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est de présentation finie et plat sur \(R\),
\(M\) est projectif de type fini,
\(M\) est un facteur direct d’un \(R\)-module libre de type fini,
\(M\) est de présentation finie et, pour tout \(\mathfrak p \in \Spec(R)\), le module localisé \(M_{\mathfrak p}\) est libre,
\(M\) est de présentation finie et, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m \subset R\), le module localisé \(M_{\mathfrak m}\) est libre,
\(M\) est de type fini et localement libre,
\(M\) est localement libre de type fini, et
\(M\) est de type fini, pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) le module \(M_{\mathfrak p}\) est libre, et la fonction \[\rho_M : \Spec(R) \to \mathbf{Z}, \quad \mathfrak p \longmapsto \dim_{\kappa(\mathfrak p)} M \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\] est localement constante pour la topologie de Zariski.
Démonstration
Supposons d’abord \(M\) projectif de type fini, c’est-à-dire que (2) est vérifiée. Prenons une surjection \(R^n \to M\) et notons \(K\) son noyau. Puisque \(M\) est projectif, \(0 \to K \to R^n \to M \to 0\) est scindée. Ainsi (2) \(\Rightarrow\) (3). L’implication (3) \(\Rightarrow\) (2) résulte de ce qu’un facteur direct d’un module projectif est projectif ; voir le Lemme 05CF.
Supposons (3), de sorte que l’on puisse écrire \(K \oplus M \cong R^{\oplus n}\). Alors \(K\) est un facteur direct de \(R^n\), et donc de type fini. Cela montre que \(M = R^{\oplus n}/K\) est de présentation finie. Autrement dit, (3) \(\Rightarrow\) (1).
Supposons que \(M\) soit de présentation finie et plat, c’est-à-dire que (1) soit vérifiée. Nous allons démontrer (7). Choisissons un idéal premier \(\mathfrak p\) quelconque et \(x_1, \ldots, x_r \in M\) dont les images forment une base de \(M \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). D’après le lemme de Nakayama (sous la forme du Lemme 0GLX), ces éléments engendrent \(M_g\) pour un certain \(g \in R\), \(g \not \in \mathfrak p\). La surjection correspondante \(\varphi : R_g^{\oplus r} \to M_g\) possède les deux propriétés suivantes : (a) \(\Ker(\varphi)\) est un \(R_g\)-module de type fini (voir le Lemme 0519) et (b) \(\Ker(\varphi) \otimes \kappa(\mathfrak p) = 0\) par platitude de \(M_g\) sur \(R_g\) (voir le Lemme 00HL). Ainsi, d’après le lemme de Nakayama encore une fois, il existe \(g' \in R_g\) tel que \(\Ker(\varphi)_{g'} = 0\). Autrement dit, \(M_{gg'}\) est libre.
Un module localement libre de type fini est de type fini ; voir le Lemme 00EO, donc (7) \(\Rightarrow\) (6). Il est clair que (6) \(\Rightarrow\) (7) et que (7) \(\Rightarrow\) (8).
Un module localement libre de type fini est de présentation finie ; voir le Lemme 00EO, donc (7) \(\Rightarrow\) (4). Bien entendu, (4) implique (5). Puisque l’on peut vérifier la platitude localement (voir le Lemme 00HT), on conclut que (5) implique (1). À ce stade, on a \[\xymatrix{ (2) \ar@{<=>}[r] & (3) \ar@{=>}[r] & (1) \ar@{=>}[r] & (7) \ar@{<=>}[r] \ar@{=>}[rd] \ar@{=>}[d] & (6) \\ & & (5) \ar@{=>}[u] & (4) \ar@{=>}[l] & (8) }\]
Supposons que \(M\) satisfasse (1), (4), (5), (6) et (7). Nous allons démontrer (3). Il suffit de montrer que \(M\) est projectif. Il faut montrer que \(\Hom_R(M, -)\) est exact. Soit \(0 \to N'' \to N \to N'\to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules. Il faut montrer que \(0 \to \Hom_R(M, N'') \to \Hom_R(M, N) \to \Hom_R(M, N') \to 0\) est exacte. Comme \(M\) est localement libre de type fini, il existe un recouvrement \(\Spec(R) = \bigcup D(f_i)\) tel que \(M_{f_i}\) soit libre de type fini. D’après le Lemme 0583, on voit que \[0 \to \Hom_R(M, N'')_{f_i} \to \Hom_R(M, N)_{f_i} \to \Hom_R(M, N')_{f_i} \to 0\] est égale à \(0 \to \Hom_{R_{f_i}}(M_{f_i}, N''_{f_i}) \to \Hom_{R_{f_i}}(M_{f_i}, N_{f_i}) \to \Hom_{R_{f_i}}(M_{f_i}, N'_{f_i}) \to 0\), qui est exacte puisque \(M_{f_i}\) est libre et que la localisation \(0 \to N''_{f_i} \to N_{f_i} \to N'_{f_i} \to 0\) est exacte (car la localisation est exacte). On voit donc que \(0 \to \Hom_R(M, N'') \to \Hom_R(M, N) \to \Hom_R(M, N') \to 0\) est exacte d’après le Lemme 00EO.
Enfin, supposons que (8) soit vérifiée. Choisissons un idéal maximal \(\mathfrak m \subset R\). Choisissons \(x_1, \ldots, x_r \in M\) dont les images forment une base sur \(\kappa(\mathfrak m)\) de \(M \otimes_R \kappa(\mathfrak m) = M/\mathfrak mM\). En particulier, \(\rho_M(\mathfrak m) = r\). D’après le Lemme de Nakayama 00DV, il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak m\), tel que \(x_1, \ldots, x_r\) engendrent \(M_f\) sur \(R_f\). Comme, par hypothèse, \(\rho_M\) est localement constante, il existe \(g \in R\), \(g \not \in \mathfrak m\), tel que \(\rho_M\) soit constante de valeur \(r\) sur \(D(g)\). Nous affirmons que \[\Psi : R_{fg}^{\oplus r} \longrightarrow M_{fg}, \quad (a_1, \ldots, a_r) \longmapsto \sum a_i x_i\] est un isomorphisme. Cela montrera que \(M\) est localement libre de type fini, c’est-à-dire que (7) est vérifiée. Pour établir l’affirmation, il suffit de montrer que l’application induite sur les localisations \(\Psi_{\mathfrak p} : R_{\mathfrak p}^{\oplus r} \to M_{\mathfrak p}\) est un isomorphisme pour tout \(\mathfrak p \in D(fg)\) ; voir le Lemme 00HN. Par le choix de \(f\), l’application \(\Psi_{\mathfrak p}\) est surjective. D’après l’hypothèse (8), on a \(M_{\mathfrak p} \cong R_{\mathfrak p}^{\oplus \rho_M(\mathfrak p)}\), et, par le choix de \(g\), on a \(\rho_M(\mathfrak p) = r\). Ainsi \(\Psi_{\mathfrak p}\) détermine une surjection \(R_{\mathfrak p}^{\oplus r} \to M_{\mathfrak p} \cong R_{\mathfrak p}^{\oplus r}\), qui est donc un isomorphisme d’après le Lemme 05G8. (Bien entendu, ce dernier fait résulte aussi d’un simple argument matriciel.)
Lemme
Soit \(R\) un anneau réduit et soit \(M\) un \(R\)-module. Alors les conditions équivalentes du Lemme 00NX sont aussi équivalentes à
\(M\) est de type fini et la fonction \(\rho_M : \Spec(R) \to \mathbf{Z}\), \(\mathfrak p \mapsto \dim_{\kappa(\mathfrak p)} M \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est localement constante pour la topologie de Zariski.
Démonstration
Choisissons un idéal maximal \(\mathfrak m \subset R\). Choisissons \(x_1, \ldots, x_r \in M\) dont les images forment une base sur \(\kappa(\mathfrak m)\) de \(M \otimes_R \kappa(\mathfrak m) = M/\mathfrak mM\). En particulier, \(\rho_M(\mathfrak m) = r\). D’après le Lemme de Nakayama 00DV, il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak m\), tel que \(x_1, \ldots, x_r\) engendrent \(M_f\) sur \(R_f\). Comme, par hypothèse, \(\rho_M\) est localement constante, il existe \(g \in R\), \(g \not \in \mathfrak m\), tel que \(\rho_M\) soit constante de valeur \(r\) sur \(D(g)\). Nous affirmons que \[\Psi : R_{fg}^{\oplus r} \longrightarrow M_{fg}, \quad (a_1, \ldots, a_r) \longmapsto \sum a_i x_i\] est un isomorphisme. Cela montrera que \(M\) est localement libre de type fini, c’est-à-dire que (7) est vérifiée. Puisque \(\Psi\) est surjective, il suffit de montrer que \(\Psi\) est injective. Puisque \(R_{fg}\) est réduit, il suffit de montrer que \(\Psi\) est injective après localisation en tous les idéaux premiers minimaux \(\mathfrak p\) de \(R_{fg}\) ; voir le Lemme 00EW. Cependant, on sait que \(R_\mathfrak p = \kappa(\mathfrak p)\) d’après le Lemme 00EU, et \(\rho_M(\mathfrak p) = r\) ; ainsi \(\Psi_\mathfrak p : R_\mathfrak p^{\oplus r} \to M \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est un isomorphisme, puisqu’il s’agit d’une application surjective entre espaces vectoriels de dimension finie et de même dimension.
Remarque
Il n’est pas vrai qu’un \(R\)-module de type fini qui soit plat sur \(R\) soit automatiquement projectif. Un contre- exemple s’obtient en prenant \(R = \mathcal{C}^\infty(\mathbf{R})\) égal à l’anneau des fonctions indéfiniment différentiables sur \(\mathbf{R}\), et \(M = R_{\mathfrak m} = R/I\), où \(\mathfrak m = \{f \in R \mid f(0) = 0\}\) et \(I = \{f \in R \mid \exists \epsilon, \epsilon > 0 : f(x) = 0\ \forall x, |x| < \epsilon\}\).
Lemme
(Attention : voir la Remarque 00NY.) Supposons que \(R\) soit un anneau local et que \(M\) soit un \(R\)-module plat de type fini. Alors \(M\) est libre de type fini.
Démonstration
Cela résulte du critère équationnel de platitude ; voir le Lemme 00HK. Plus précisément, supposons que \(x_1, \ldots, x_r \in M\) aient pour images une base de \(M/\mathfrak mM\). D’après le Lemme de Nakayama 00DV, ces éléments engendrent \(M\). Nous voulons montrer qu’il n’existe aucune relation entre les \(x_i\). Nous allons plutôt montrer par récurrence sur \(n\) que, si \(x_1, \ldots, x_n \in M\) sont linéairement indépendants dans l’espace vectoriel \(M/\mathfrak mM\), alors ils sont indépendants sur \(R\).
Le cas initial de la récurrence est celui où l’on a \(x \in M\), \(x \not\in \mathfrak mM\) et une relation \(fx = 0\). D’après le critère équationnel, il existe \(y_j \in M\) et \(a_j \in R\) tels que \(x = \sum a_j y_j\) et \(fa_j = 0\) pour tout \(j\). Puisque \(x \not\in \mathfrak mM\), on voit qu’au moins un \(a_j\) est une unité, et donc que \(f = 0\).
Supposons que \(\sum f_i x_i\) soit une relation entre \(x_1, \ldots, x_n\). Par le choix des \(x_i\), on a \(f_i \in \mathfrak m\). D’après le critère équationnel de platitude, il existe \(a_{ij} \in R\) et \(y_j \in M\) tels que \(x_i = \sum a_{ij} y_j\) et \(\sum f_i a_{ij} = 0\). Puisque \(x_n \not \in \mathfrak mM\), on voit que \(a_{nj}\not\in \mathfrak m\) pour au moins un \(j\). Puisque \(\sum f_i a_{ij} = 0\), on obtient \(f_n = \sum_{i = 1}^{n-1} (-a_{ij}/a_{nj}) f_i\). La relation \(\sum f_i x_i = 0\) peut alors se réécrire \(\sum_{i = 1}^{n-1} f_i( x_i + (-a_{ij}/a_{nj}) x_n) = 0\). Remarquons que les éléments \(x_i + (-a_{ij}/a_{nj}) x_n\) ont pour images \(n-1\) éléments linéairement indépendants de \(M/\mathfrak mM\). Par hypothèse de récurrence, tous les \(f_i\), \(i \leq n-1\), doivent être nuls, ainsi que \(f_n = \sum_{i = 1}^{n-1} (-a_{ij}/a_{nj}) f_i\). Cela établit l’étape de récurrence.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme local plat d’anneaux locaux. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Alors \(M\) est projectif de type fini sur \(R\) si et seulement si \(M \otimes_R S\) est projectif de type fini sur \(S\).
Démonstration
D’après le Lemme 00NX, être projectif de type fini sur un anneau local revient à être libre de type fini. Supposons que \(M \otimes_R S\) soit un \(S\)-module libre de type fini. Choisissons \(x_1, \ldots, x_r \in M\) dont les images dans \(M/\mathfrak m_RM\) forment une base sur \(\kappa(\mathfrak m)\). Alors \(x_1 \otimes 1, \ldots, x_r \otimes 1\) forment une base de \(M \otimes_R S\). Cela implique que l’application \(R^{\oplus r} \to M, (a_i) \mapsto \sum a_i x_i\) devient un isomorphisme après tensorisation par \(S\). Par fidèle platitude de \(R \to S\), voir le Lemme 00HR, on voit que c’est un isomorphisme.
Lemme
Soit \(R\) un anneau semi-local. Soit \(M\) un module localement libre de type fini. Si \(M\) est de rang constant, alors \(M\) est libre. En particulier, si \(R\) a un spectre connexe, alors \(M\) est libre.
Démonstration
Omis. Indications : montrons d’abord que \(M/\mathfrak m_iM\) a la même dimension \(d\) pour tous les idéaux maximaux \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_n\) de \(R\), en utilisant la constance du rang. Montrons ensuite qu’il existe des éléments \(x_1, \ldots, x_d \in M\) qui forment une base de chaque \(M/\mathfrak m_iM\), grâce au théorème chinois des restes. Montrons enfin que \(x_1, \ldots, x_d\) est une base de \(M\).
Voici un lemme technique utilisé dans le chapitre sur les groupoïdes.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et de corps résiduel infini. Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module et soit \(N \subset M\) un \(R\)-sous-module. Supposons que
\(S\) soit semi-local et que \(\mathfrak mS\) soit contenu dans le radical de Jacobson de \(S\),
\(M\) soit un \(S\)-module libre de type fini, et
\(N\) engendre \(M\) comme \(S\)-module.
Alors \(N\) contient une \(S\)-base de \(M\).
Démonstration
Supposons \(M\) libre de rang \(n\). Soit \(I \subset S\) le radical de Jacobson. D’après le Lemme de Nakayama 00DV, une suite d’éléments \(m_1, \ldots, m_n\) est une base de \(M\) si et seulement si \(\overline{m}_i \in M/IM\) engendrent \(M/IM\). On peut donc remplacer \(M\) par \(M/IM\), \(N\) par \(N/(N \cap IM)\), \(R\) par \(R/\mathfrak m\), et \(S\) par \(S/IS\). Dans ce cas, on voit que \(S\) est un produit fini de corps \(S = k_1 \times \ldots \times k_r\) et que \(M = k_1^{\oplus n} \times \ldots \times k_r^{\oplus n}\). Le fait que \(N \subset M\) engendre \(M\) comme \(S\)-module signifie qu’il existe \(x_j \in N\) tels qu’une combinaison linéaire \(\sum a_j x_j\), avec \(a_j \in S\), ait une composante non nulle dans chaque facteur \(k_i^{\oplus n}\). Puisque \(R = k\) est un corps infini, cela signifie aussi qu’une certaine combinaison linéaire \(y = \sum c_j x_j\), avec \(c_j \in k\), a une composante non nulle dans chaque facteur. Ainsi \(y \in N\) engendre un facteur direct libre \(Sy \subset M\). Par récurrence sur \(n\), le résultat vaut pour \(M/Sy\) et le sous-module \(\overline{N} = N/(N \cap Sy)\). Autrement dit, il existe \(\overline{y}_2, \ldots, \overline{y}_n\) dans \(\overline{N}\) qui engendrent librement \(M/Sy\). Alors \(y, y_2, \ldots, y_n\) engendrent librement \(M\), et l’on conclut.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(L\), \(M\), \(N\) des \(R\)-modules. L’application canonique \[\Hom_R(M, N) \otimes_R L \to \Hom_R(M, N \otimes_R L)\] est un isomorphisme si \(M\) est projectif de type fini.
Démonstration
D’après le Lemme 00NX, on voit que \(M\) est de présentation finie et localement libre de type fini. D’après les Lemmes 0583 et 00DL, la formation du membre de gauche et du membre de droite de la flèche commute à la localisation. On peut vérifier que notre application est un isomorphisme après localisation ; voir le Lemme 00EO. On peut donc supposer \(M\) libre de type fini. Dans ce cas, le lemme est immédiat.
Lieux ouverts définis par des homomorphismes de modules
L’ensemble des idéaux premiers où un homomorphisme de modules donné est surjectif ou est un isomorphisme est parfois ouvert. Dans le cas de modules projectifs de type fini, on peut considérer le rang de l’homomorphisme.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\varphi : M \to N\) un homomorphisme de \(R\)-modules, où \(N\) est un \(R\)-module de type fini. Alors on a l’égalité \[\begin{align*} U & = \{\mathfrak p \subset R \mid \varphi_{\mathfrak p} : M_{\mathfrak p} \to N_{\mathfrak p} \text{ est surjective}\} \\ & = \{\mathfrak p \subset R \mid \varphi \otimes \kappa(\mathfrak p) : M \otimes \kappa(\mathfrak p) \to N \otimes \kappa(\mathfrak p) \text{ est surjective}\} \end{align*}\] et \(U\) est un ouvert de \(\Spec(R)\). De plus, pour tout \(f \in R\) tel que \(D(f) \subset U\), l’homomorphisme \(M_f \to N_f\) est surjectif.
Démonstration
L’égalité de la formule affichée résulte du lemme de Nakayama. Le lemme de Nakayama implique aussi que \(U\) est ouvert. Voir le Lemme 00DV, en particulier la partie (3). Si \(D(f) \subset U\), alors \(M_f \to N_f\) est surjectif sur toutes les localisations aux idéaux premiers de \(R_f\), et il est donc surjectif d’après le Lemme 00HN.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\varphi : M \to N\) un homomorphisme de \(R\)-modules, où \(M\) est de type fini et \(N\) de présentation finie. Alors \[U = \{\mathfrak p \subset R \mid \varphi_{\mathfrak p} : M_{\mathfrak p} \to N_{\mathfrak p} \text{ est un isomorphisme}\}\] est un ouvert de \(\Spec(R)\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak p \in U\). Choisissons une présentation \(N = R^{\oplus n}/\sum_{j = 1, \ldots, m} R k_j\). Notons \(e_i\) l’image dans \(N\) du \(i\)-ième vecteur de base de \(R^{\oplus n}\). Pour chaque \(i \in \{1, \ldots, n\}\), choisissons un élément \(m_i \in M_{\mathfrak p}\) tel que \(\varphi(m_i) = f_i e_i\) pour un certain \(f_i \in R\), \(f_i \not \in \mathfrak p\). C’est possible car \(\varphi_{\mathfrak p}\) est un isomorphisme. Posons \(f = f_1 \ldots f_n\) et soit \(\psi : R_f^{\oplus n} \to M_f\) l’homomorphisme qui envoie le \(i\)-ième vecteur de base sur \(m_i/f_i\). Remarquons que \(\varphi_f \circ \psi\) est la localisation en \(f\) de l’homomorphisme donné \(R^{\oplus n} \to N\). Comme \(\varphi_{\mathfrak p}\) est un isomorphisme, on voit que \(\psi(k_j)\) est un élément de \(M\) dont l’image est nulle dans \(M_{\mathfrak p}\). Il existe donc \(g_j \in R\), \(g_j \not \in \mathfrak p\), tel que \(g_j \psi(k_j) = 0\). En posant \(g = g_1 \ldots g_m\), on voit que \(\psi_g\) se factorise par \(N_{fg}\) et donne un homomorphisme \(\chi : N_{fg} \to M_{fg}\). Par construction, \(\chi\) est un inverse à droite de \(\varphi_{fg}\). Il s’ensuit que \(\chi_\mathfrak p\) est un isomorphisme. D’après le Lemme 05GE, il existe \(h \in R\), \(h \not \in \mathfrak p\), tel que \(\chi_h : N_{fgh} \to M_{fgh}\) soit surjectif. Ainsi \(\varphi_{fgh}\) et \(\chi_h\) sont des homomorphismes inverses l’un de l’autre, ce qui implique \(D(fgh) \subset U\), comme souhaité.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Soit \(M\) un \(R\)-module de présentation finie. Si \(M_\mathfrak p\) est libre, alors il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que \(M_f\) soit un \(R_f\)-module libre.
Démonstration
Choisissons une base \(x_1, \ldots, x_n \in M_\mathfrak p\). On peut choisir \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que \(x_i\) soit l’image d’un certain \(y_i \in M_f\). Après avoir remplacé \(y_i\) par \(f^m y_i\) avec \(m \gg 0\), on peut supposer \(y_i \in M\). Cela revient à remplacer \(x_1, \ldots, x_n\) par \(f^mx_1, \ldots, f^mx_n\), qui est encore une base puisque l’image de \(f\) est une unité dans \(R_\mathfrak p\). On obtient donc un homomorphisme \(\varphi = (y_1, \ldots, y_n) : R^{\oplus n} \to M\) de \(R\)-modules dont la localisation en \(\mathfrak p\) est un isomorphisme. D’après le Lemme 05GF, on peut trouver \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que \(\varphi_\mathfrak q\) soit un isomorphisme pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset R\) vérifiant \(f \not \in \mathfrak q\). Il résulte alors du Lemme 00HN que \(\varphi_f\) est un isomorphisme, ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\varphi : P_1 \to P_2\) un homomorphisme de modules projectifs de type fini. Alors
L’ensemble \(U\) des idéaux premiers \(\mathfrak p \in \Spec(R)\) tels que \(\varphi \otimes \kappa(\mathfrak p)\) soit injectif est ouvert et, pour tout \(f\in R\) tel que \(D(f) \subset U\), on a
\(P_{1, f} \to P_{2, f}\) est injectif, et
le module \(\Coker(\varphi)_f\) est projectif de type fini sur \(R_f\).
L’ensemble \(W\) des idéaux premiers \(\mathfrak p \in \Spec(R)\) tels que \(\varphi \otimes \kappa(\mathfrak p)\) soit surjectif est ouvert et, pour tout \(f\in R\) tel que \(D(f) \subset W\), on a
\(P_{1, f} \to P_{2, f}\) est surjectif, et
le module \(\Ker(\varphi)_f\) est projectif de type fini sur \(R_f\).
L’ensemble \(V\) des idéaux premiers \(\mathfrak p \in \Spec(R)\) tels que \(\varphi \otimes \kappa(\mathfrak p)\) soit un isomorphisme est ouvert et, pour tout \(f\in R\) tel que \(D(f) \subset V\), l’homomorphisme \(\varphi : P_{1, f} \to P_{2, f}\) est un isomorphisme de modules sur \(R_f\).
Démonstration
Pour démontrer que l’ensemble \(U\) est ouvert, on peut travailler localement sur \(\Spec(R)\). On peut donc remplacer \(R\) par une localisation convenable et supposer que \(P_1 = R^{n_1}\) et \(P_2 = R^{n_2}\) ; voir le Lemme 00NX. Dans ce cas, l’injectivité de \(\varphi \otimes \kappa(\mathfrak p)\) équivaut à \(n_1 \leq n_2\) et à ce qu’un certain mineur \(n_1 \times n_1\), noté \(f\), de la matrice de \(\varphi\), soit inversible dans \(\kappa(\mathfrak p)\). Ainsi \(D(f) \subset U\). Cet argument montre aussi que \(P_{1, \mathfrak p} \to P_{2, \mathfrak p}\) est injectif pour \(\mathfrak p \in U\).
Supposons maintenant \(D(f) \subset U\). La remarque du paragraphe précédent et le Lemme 00HN montrent que \(P_{1, f} \to P_{2, f}\) est injectif, c’est-à-dire que (1)(a) est vérifiée. D’après le Lemme 00NX, pour démontrer (1)(b), il suffit de montrer que \(\Coker(\varphi)\) est projectif de type fini localement sur \(D(f)\). Ainsi, comme on l’a vu ci-dessus, on peut supposer que \(P_1 = R^{n_1}\) et \(P_2 = R^{n_2}\) et qu’un certain mineur de la matrice de \(\varphi\) est inversible dans \(R\). Si le mineur considéré correspond aux \(n_1\) premiers vecteurs de base de \(R^{n_2}\), alors les \(n_2 - n_1\) derniers vecteurs de base donnent un homomorphisme \(R^{n_2 - n_1} \to R^{n_2} \to \Coker(\varphi)\) dont on vérifie facilement que c’est un isomorphisme.
L’ouverture de \(W\) et (2)(a) lorsque \(D(f) \subset W\) résultent du Lemme 05GE. Puisque \(P_{2, f}\) est projectif sur \(R_f\), on voit que \(\varphi_f : P_{1, f} \to P_{2, f}\) possède une section, et il s’ensuit que \(\Ker(\varphi)_f\) est un facteur direct de \(P_{2, f}\). Par conséquent, \(\Ker(\varphi)_f\) est projectif de type fini. Ainsi (2)(b) est également vérifiée.
Il est clair que \(V = U \cap W\) est ouvert, et l’autre assertion de (3) résulte de (1)(a) et (2)(a).
Descente fidèlement plate de la projectivité des modules
Dans les quelques sections suivantes, nous démontrons, à la suite de Raynaud et Gruson [GruRay], que la projectivité des modules descend le long des homomorphismes d’anneaux fidèlement plats. L’idée de la démonstration est d’utiliser un dévissage à la Kaplansky [Kaplansky] pour se ramener au cas des modules dénombrablement engendrés. Étant donnée une filtration convenable d’un module \(M\), le dévissage permet d’exprimer \(M\) comme somme directe des quotients successifs des sous-modules de la filtration (voir la section 058T). Grâce à cette technique, nous démontrons qu’un module projectif est une somme directe de modules dénombrablement engendrés (Théorème 058Y). Pour démontrer la descente de la projectivité des modules dénombrablement engendrés, nous introduisons une condition « de Mittag-Leffler » sur les modules, montrons qu’un module dénombrablement engendré est projectif si et seulement s’il est plat et de Mittag-Leffler (Théorème 059Z), puis montrons que la propriété d’être un module de Mittag-Leffler descend (Lemme 05A5). Enfin, étant donné un module quelconque \(M\) dont le changement de base par un homomorphisme fidèlement plat d’anneaux est projectif, nous filtrons \(M\) par des sous-modules dont les quotients successifs sont des modules projectifs dénombrablement engendrés, puis le dévissage montre que \(M\) est une somme directe de modules projectifs, donc est lui-même projectif (Théorème 05A9).
Signalons qu’il y a une erreur dans la démonstration de la descente fidèlement plate de la projectivité dans [GruRay]. La descente de la projectivité le long des homomorphismes d’anneaux fidèlement plats y est déduite de la descente de la projectivité le long d’un type plus général d’homomorphisme d’anneaux ([GruRay, exemple 3.1.4(1) de la partie II]). Cependant, la démonstration de la descente le long de ce type plus général d’homomorphisme est incorrecte. Dans [G], Gruson explique ce qui ne va pas, mais ne fournit pas de correction pour le cas qui nous intéresse. Combler cette lacune dans la démonstration de la descente fidèlement plate de la projectivité revient à démontrer que la propriété d’être un module de Mittag-Leffler descend le long des homomorphismes d’anneaux fidèlement plats. C’est ce que nous faisons dans le Lemme 05A5.
Caractérisation de la platitude
Dans cette section, nous étudions des critères de platitude. Le résultat principal de cette section est le théorème de Lazard (Théorème 058G ci-dessous), qui affirme qu’un module plat est la colimite d’un système filtrant de modules libres de type fini. Rappelons au lecteur le « critère équationnel de platitude » ; voir le Lemme 00HK. Il se trouve que l’on peut le transformer en une propriété apparemment bien plus forte.
Lemme
Soit \(M\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est plat.
Si \(f: R^n \to M\) est un homomorphisme de modules et \(x \in \Ker(f)\), alors il existe des homomorphismes de modules \(h: R^n \to R^m\) et \(g: R^m \to M\) tels que \(f = g \circ h\) et \(x \in \Ker(h)\).
Supposons que \(f: R^n \to M\) soit un homomorphisme de modules, que \(N \subset \Ker(f)\) soit un sous-module quelconque et que \(h: R^n \to R^{m}\) soit un homomorphisme tel que \(N \subset \Ker(h)\) et que \(f\) se factorise par \(h\). Alors, pour tout \(x \in \Ker(f)\), on peut trouver un homomorphisme \(h': R^n \to R^{m'}\) tel que \(N + Rx \subset \Ker(h')\) et que \(f\) se factorise par \(h'\).
Si \(f: R^n \to M\) est un homomorphisme de modules et si \(N \subset \Ker(f)\) est un sous-module de type fini, alors il existe des homomorphismes de modules \(h: R^n \to R^m\) et \(g: R^m \to M\) tels que \(f = g \circ h\) et \(N \subset \Ker(h)\).
Démonstration
L’équivalence de (1) et (2) n’est qu’une reformulation du critère équationnel de platitude8. Pour montrer que (2) implique (3), soit \(g: R^m \to M\) l’homomorphisme tel que \(f\) se factorise sous la forme \(f = g \circ h\). D’après (2), choisissons \(h'': R^m \to R^{m'}\) tel que \(h''\) annule \(h(x)\) et que \(g: R^m \to M\) se factorise par \(h''\). Alors \(h' = h'' \circ h\) convient. L’assertion (3) implique (4) par récurrence sur le nombre de générateurs de \(N \subset \Ker(f)\) dans (4). Il est clair que (4) implique (2).
Lemme
Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \(M\) est plat si et seulement si la condition suivante est satisfaite : si \(P\) est un \(R\)-module de présentation finie et \(f: P \to M\) un homomorphisme de modules, alors il existe un \(R\)-module libre de type fini \(F\) et des homomorphismes de modules \(h: P \to F\) et \(g: F \to M\) tels que \(f = g \circ h\).
Démonstration
Ce n’est qu’une reformulation de la condition (4) du Lemme 058D.
Lemme
Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \(M\) est plat si et seulement si la condition suivante est satisfaite : pour tout \(R\)-module de présentation finie \(P\), si \(N \to M\) est un homomorphisme surjectif de \(R\)-modules, alors l’homomorphisme induit \(\Hom_R(P, N) \to \Hom_R(P, M)\) est surjectif.
Démonstration
Supposons d’abord \(M\) plat. Il faut montrer que, si \(P\) est de présentation finie, alors toute application \(f: P \to M\) se factorise par l’application \(N \to M\). D’après le Lemme 058E, l’application \(f\) se factorise par une application \(F \to M\), où \(F\) est libre de type fini. Puisque \(F\) est libre, cette application se factorise par \(N \to M\). Ainsi \(f\) se factorise par \(N \to M\).
Réciproquement, supposons que la condition du lemme soit satisfaite. Soit \(f: P \to M\) une application issue d’un module de présentation finie \(P\). Choisissons un module libre \(N\) et une surjection \(N \to M\) sur \(M\). Alors \(f\) se factorise par \(N \to M\) et, puisque \(P\) est de type fini, \(f\) se factorise par un sous-module libre de type fini de \(N\). Ainsi \(M\) satisfait à la condition du Lemme 058E, et est donc plat.
Théorème
Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \(M\) est plat si et seulement s’il est la colimite d’un système filtrant de \(R\)-modules libres de type fini.
Démonstration
Une colimite d’un système filtrant de modules plats est plate, puisque les colimites filtrantes sont exactes et commutent au produit tensoriel. Ainsi, si \(M\) est la colimite d’un système filtrant de modules libres de type fini, alors \(M\) est plat.
Pour la réciproque, rappelons d’abord que tout module \(M\) peut s’écrire comme la colimite d’un système filtrant de modules de présentation finie, de la manière suivante. Choisissons une surjection \(f: R^I \to M\) pour un certain ensemble \(I\), et soit \(K\) son noyau. Soit \(E\) l’ensemble des couples ordonnés \((J, N)\), où \(J\) est une partie finie de \(I\) et \(N\) un sous-module de type fini de \(R^J \cap K\). On fait de \(E\) un ensemble ordonné filtrant en posant \((J, N) \leq (J', N')\) si et seulement si \(J \subset J'\) et \(N \subset N'\). Définissons \(M_e = R^J/N\) pour \(e = (J, N)\), et définissons \(f_{ee'}: M_e \to M_{e'}\) comme l’application naturelle pour \(e \leq e'\). Alors \((M_e, f_{ee'})\) est un système filtrant, et les applications naturelles \(f_e: M_e \to M\) induisent un isomorphisme \(\colim_{e \in E} M_e \xrightarrow{\cong} M\).
Supposons maintenant \(M\) plat. Soit \(I = M \times \mathbf{Z}\), notons \((x_i)\) la base canonique de \(R^{I}\) et prenons, dans la discussion ci-dessus, \(f: R^I \to M\) égal à l’application qui envoie \(x_i\) sur la projection de \(i\) sur \(M\). Pour démontrer le théorème, il suffit de montrer que les \(e \in E\) tels que \(M_e\) soit libre forment une partie cofinale de \(E\). Soit donc \(e = (J, N) \in E\) quelconque. D’après le Lemme 058E, il existe un module libre de type fini \(F\) et des applications \(h: R^J/N \to F\) et \(g: F \to M\) telles que l’application naturelle \(f_e: R^J/N \to M\) se factorise sous la forme \(R^J/N \xrightarrow{h} F \xrightarrow{g} M\). Nous allons réaliser \(F\) comme \(M_{e'}\) pour un certain \(e' \geq e\).
Soit \(\{ b_1, \ldots, b_n \}\) une base finie de \(F\). Choisissons \(n\) éléments distincts \(i_1, \ldots, i_n \in I\) tels que \(i_{\ell} \notin J\) pour tout \(\ell\), et tels que l’image de \(x_{i_{\ell}}\) par \(f: R^I \to M\) soit égale à l’image de \(b_{\ell}\) par \(g: F \to M\). C’est possible puisque tout élément de \(M\) peut s’écrire sous la forme \(f(x_i)\) pour une infinité d’éléments distincts \(i \in I\) (par le choix de \(I\)). Posons maintenant \(J' = J \cup \{i_1, \ldots , i_n \}\), et définissons \(R^{J'} \to F\) par \(x_i \mapsto h(x_i)\) pour \(i \in J\) et \(x_{i_{\ell}} \mapsto b_{\ell}\) pour \(\ell = 1, \ldots, n\). Soit \(N' = \Ker(R^{J'} \to F)\). Remarquons que :
Le carré \[\xymatrix{ R^{J'} \ar[r] \ar@{^{(}->}[d] & F \ar[d]^{g} \\ R^{I} \ar[r]_{f} & M }\] est commutatif,
donc \(N' \subset K = \Ker(f)\) ;
\(R^{J'} \to F\) est une surjection sur un module libre de type fini, elle est donc scindée, et \(N'\) est de type fini ;
\(J \subset J'\) et \(N \subset N'\).
D’après (1) et (2), \(e' = (J', N')\) appartient à \(E\) ; d’après (3), \(e' \geq e\) ; et, par construction, \(M_{e'} = R^{J'}/N' \cong F\) est libre.
Morphismes de modules universellement injectifs
Nous étudions maintenant les morphismes de modules universellement injectifs, qui sont en un certain sens complémentaires des modules plats (voir le lemme 058M). Nous suivons la thèse de Lazard [Autour] ; voir aussi [Lam].
Définition
Soit \(f: M \to N\) un morphisme de \(R\)-modules. On dit que \(f\) est universellement injectif si, pour tout \(R\)-module \(Q\), le morphisme \(f \otimes_R \text{id}_Q: M \otimes_R Q \to N \otimes_R Q\) est injectif. Une suite \(0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\) de \(R\)-modules est dite universellement exacte si elle est exacte et si \(M_1 \to M_2\) est universellement injectif.
Exemple
Exemples de suites universellement exactes.
Une suite exacte courte scindée est universellement exacte, puisque le produit tensoriel commute aux sommes directes.
La colimite d’un système inductif de suites universellement exactes est universellement exacte. Cela résulte de l’exactitude des colimites filtrantes et du fait que le produit tensoriel commute aux colimites. En particulier, la colimite d’un système inductif de suites exactes scindées est universellement exacte. Nous verrons plus bas que, réciproquement, toute suite universellement exacte s’obtient de cette manière.
Nous donnons maintenant une liste de critères pour qu’une suite exacte courte soit universellement exacte. Ils sont analogues aux critères de platitude donnés plus haut. Les assertions (3)–(6) ci-dessous correspondent respectivement aux critères de platitude donnés dans les lemmes 00HK, 058D, 058F et le théorème 058G.
Théorème
Soit \[0 \to M_1 \xrightarrow{f_1} M_2 \xrightarrow{f_2} M_3 \to 0\] une suite exacte de \(R\)-modules. Les assertions suivantes sont équivalentes :
La suite \(0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\) est universellement exacte.
Pour tout \(R\)-module de présentation finie \(Q\), la suite \[0 \to M_1 \otimes_R Q \to M_2 \otimes_R Q \to M_3 \otimes_R Q \to 0\] est exacte.
Étant donnés des éléments \(x_i \in M_1\) \((i = 1, \ldots, n)\), \(y_j \in M_2\) \((j = 1, \ldots, m)\) et \(a_{ij} \in R\) \((i = 1, \ldots, n, j = 1, \ldots, m)\) tels que, pour tout \(i\), \[f_1(x_i) = \sum\nolimits_j a_{ij} y_j,\] il existe \(z_j \in M_1\) \((j =1, \ldots, m)\) tels que, pour tout \(i\), \[x_i = \sum\nolimits_j a_{ij} z_j .\]
Étant donné un diagramme commutatif de morphismes de \(R\)-modules \[\xymatrix{ R^n \ar[r] \ar[d] & R^m \ar[d] \\ M_1 \ar[r]^{f_1} & M_2 }\] où \(m\) et \(n\) sont des entiers, il existe un morphisme \(R^m \to M_1\) rendant commutatif le triangle supérieur.
Pour tout \(R\)-module de présentation finie \(P\), le morphisme de \(R\)-modules \(\Hom_R(P, M_2) \to \Hom_R(P, M_3)\) est surjectif.
La suite \(0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\) est la colimite d’un système inductif de suites exactes scindées de la forme \[0 \to M_{1} \to M_{2, i} \to M_{3, i} \to 0\] où les \(M_{3, i}\) sont de présentation finie.
Démonstration
Il est clair que (1) implique (2).
Montrons maintenant que (2) implique (3). Soient \(f_1(x_i) = \sum_j a_{ij} y_j\) des relations comme en (3). Soient \((d_j)\) une base de \(R^m\), \((e_i)\) une base de \(R^n\), et \(R^m \to R^n\) le morphisme donné par \(d_j \mapsto \sum_i a_{ij} e_i\). Soit \(Q\) le conoyau de \(R^m \to R^n\). En tensorisant \(R^m \to R^n \to Q \to 0\) par le morphisme \(f_1: M_1 \to M_2\), on obtient un diagramme commutatif \[\xymatrix{ M_1^{\oplus m} \ar[r] \ar[d] & M_1^{\oplus n} \ar[r] \ar[d] & M_1 \otimes_R Q \ar[r] \ar[d] & 0 \\ M_2^{\oplus m} \ar[r] & M_2^{\oplus n} \ar[r] & M_2 \otimes_R Q \ar[r] & 0 }\] où \(M_1^{\oplus m} \to M_1^{\oplus n}\) est donné par \[(z_1, \ldots, z_m) \mapsto (\sum\nolimits_j a_{1j} z_j, \ldots, \sum\nolimits_j a_{nj} z_j),\] et où \(M_2^{\oplus m} \to M_2^{\oplus n}\) est défini de même. Nous voulons montrer que \(x = (x_1, \ldots, x_n) \in M_1^{\oplus n}\) appartient à l’image de \(M_1^{\oplus m} \to M_1^{\oplus n}\). Par (2), le morphisme \(M_1 \otimes Q \to M_2 \otimes Q\) est injectif ; par exactitude de la ligne supérieure, il suffit donc de montrer que \(x\) s’envoie sur \(0\) dans \(M_2 \otimes Q\) ; par exactitude de la ligne inférieure, il suffit ainsi de montrer que l’image de \(x\) dans \(M_2^{\oplus n}\) appartient à l’image de \(M_2^{\oplus m} \to M_2^{\oplus n}\). Cela résulte de l’hypothèse.
La condition (4) n’est que la traduction de (3) sous forme de diagramme.
Montrons maintenant que (4) implique (5). Soit \(\varphi : P \to M_3\) un morphisme issu d’un \(R\)-module de présentation finie \(P\). Nous devons montrer que \(\varphi\) se relève en un morphisme \(P \to M_2\). Choisissons une présentation de \(P\), \[R^n \xrightarrow{g_1} R^m \xrightarrow{g_2} P \to 0.\] La liberté de \(R^n\) et de \(R^m\) permet de construire \(h_2: R^m \to M_2\) puis \(h_1: R^n \to M_1\) de sorte que le diagramme suivant soit commutatif : \[\xymatrix{ & R^n \ar[r]^{g_1} \ar[d]^{h_1} & R^m \ar[r]^{g_2} \ar[d]^{h_2} & P \ar[r] \ar[d]^{\varphi} & 0 \\ 0 \ar[r] & M_1 \ar[r]^{f_1} & M_2 \ar[r]^{f_2} & M_3 \ar[r] & 0 . }\] Par (4), il existe un morphisme \(k_1: R^m \to M_1\) tel que \(k_1 \circ g_1 = h_1\). Définissons maintenant \(h'_2: R^m \to M_2\) par \(h_2' = h_2 - f_1 \circ k_1\). Alors \[h'_2 \circ g_1 = h_2 \circ g_1 - f_1 \circ k_1 \circ g_1 = h_2 \circ g_1 - f_1 \circ h_1 = 0 .\] Ainsi, par passage au quotient, \(h'_2\) définit un morphisme \(\varphi': P \to M_2\) tel que \(\varphi' \circ g_2 = h_2'\). Sous forme de diagramme, on a \[\xymatrix{ R^m \ar[r]^{g_2} \ar[d]_{h'_2} & P \ar[d]^{\varphi} \ar[dl]_{\varphi'} \\ M_2 \ar[r]^{f_2} & M_3. }\] où le triangle supérieur est commutatif. Nous affirmons que \(\varphi'\) est le relèvement voulu, c’est-à-dire que \(f_2 \circ \varphi' = \varphi\). D’après les définitions, on a \[f_2 \circ \varphi' \circ g_2 = f_2 \circ h'_2 = f_2 \circ h_2 - f_2 \circ f_1 \circ k_1 = f_2 \circ h_2 = \varphi \circ g_2.\] Comme \(g_2\) est surjectif, ceci achève la démonstration.
Montrons maintenant que (5) implique (6). Écrivons \(M_{3}\) comme colimite d’un système inductif de modules de présentation finie \(M_{3, i}\), voir le lemme 00HA. Soit \(M_{2, i}\) le produit fibré de \(M_{3, i}\) et \(M_{2}\) au-dessus de \(M_{3}\) ; par définition, c’est le sous-module de \(M_2 \times M_{3, i}\) formé des éléments dont les deux projections sur \(M_3\) sont égales. Soit \(M_{1, i}\) le noyau de la projection \(M_{2, i} \to M_{3, i}\). On obtient alors un système inductif de suites exactes \[0 \to M_{1, i} \to M_{2, i} \to M_{3, i} \to 0,\] et, pour chaque \(i\), un morphisme de suites exactes \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & M_{1, i} \ar[d] \ar[r] & M_{2, i} \ar[r] \ar[d] & M_{3, i} \ar[d] \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & M_{1} \ar[r] & M_{2} \ar[r] & M_{3} \ar[r] & 0 }\] compatible au système inductif. Il résulte de la définition du produit fibré \(M_{2, i}\) que le morphisme \(M_{1, i} \to M_1\) est un isomorphisme. Par (5), il existe un morphisme \(M_{3, i} \to M_{2}\) relevant \(M_{3, i} \to M_3\) et, par la propriété universelle du produit fibré, celui-ci donne lieu à une section de \(M_{2, i} \to M_{3, i}\). Ainsi, les suites \[0 \to M_{1, i} \to M_{2, i} \to M_{3, i} \to 0\] sont scindées. En passant à la colimite, on obtient un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \colim M_{1, i} \ar[d]^{\cong} \ar[r] & \colim M_{2, i} \ar[r] \ar[d] & \colim M_{3, i} \ar[d]^{\cong} \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & M_{1} \ar[r] & M_{2} \ar[r] & M_{3} \ar[r] & 0 }\] à lignes exactes et dont les flèches verticales extérieures sont des isomorphismes. Ainsi, \(\colim M_{2, i} \to M_2\) est également un isomorphisme, et (6) est satisfaite.
La condition (6) implique (1) d’après l’exemple 058J (2).
Le théorème précédent montre qu’une suite universellement exacte est toujours une colimite de suites exactes courtes scindées. Si le conoyau d’un morphisme universellement injectif est de présentation finie, alors le morphisme lui-même est en fait scindé :
Lemme
Soit \[0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\] une suite exacte de \(R\)-modules. Supposons que \(M_3\) soit de présentation finie. Alors \[0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\] est universellement exacte si et seulement si elle est scindée.
Démonstration
Une suite exacte courte scindée est toujours universellement exacte, voir l’exemple 058J. Réciproquement, si la suite est universellement exacte, alors le théorème 058K (5), appliqué à \(P = M_3\), montre que le morphisme \(M_2 \to M_3\) admet une section.
Le lemme suivant montre en quel sens les morphismes universellement injectifs sont complémentaires des modules plats.
Lemme
Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \(M\) est plat si et seulement si toute suite exacte de \(R\)-modules \[0 \to M_1 \to M_2 \to M \to 0\] est universellement exacte.
Démonstration
Exemple
Suites universellement exactes non scindées et non plates.
Malgré le lemme 058L, il peut exister une suite exacte courte de \(R\)-modules \[0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\] qui soit universellement exacte sans être scindée. Par exemple, prenons \(R = \mathbf{Z}\), \(M_1 = \bigoplus_{n=1}^{\infty} \mathbf{Z}\), \(M_{2} = \prod_{n = 1}^{\infty} \mathbf{Z}\), et pour \(M_{3}\) le conoyau de l’inclusion \(M_1 \to M_2\). Alors \(M_1, M_2, M_3\) sont tous plats, car ils sont sans torsion (Compléments d’algèbre, lemme 0AUW) ; par le lemme 058M, \[0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\] est donc universellement exacte. Il ne peut toutefois exister de section \(s: M_3 \to M_2\). En effet, si \(x\) est l’image de \((2, 2^2, 2^3, \ldots) \in M_2\) dans \(M_3\), alors tout morphisme de modules \(s: M_3 \to M_2\) doit annuler \(x\). En effet, \(x \in 2^n M_3\) pour tout \(n \geq 1\) ; ainsi, \(s(x)\) est divisible par \(2^n\) pour tout \(n \geq 1\) et doit donc être \(0\).
Malgré le lemme 058M, il peut exister une suite exacte courte de \(R\)-modules \[0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\] qui soit universellement exacte alors que \(M_1, M_2, M_3\) sont tous non plats. En effet, si \(M\) est un module non plat quelconque, il suffit de prendre la suite exacte scindée \[0 \to M \to M \oplus M \to M \to 0.\] Par exemple, pour \(R = \mathbf{Z}\), on peut prendre pour \(M\) un module de torsion quelconque.
En prenant la somme directe d’une suite exacte comme en (1) et d’une autre comme en (2), on obtient une suite exacte courte de \(R\)-modules \[0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\] qui est universellement exacte, non scindée, et telle que \(M_1, M_2, M_3\) sont tous non plats.
Lemme
Soit \(0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\) une suite universellement exacte de \(R\)-modules, et supposons \(M_2\) plat. Alors \(M_1\) et \(M_3\) sont plats.
Démonstration
Soit \(0 \to N \to N' \to N'' \to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules. Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ M_1 \otimes_R N \ar[r] \ar[d] & M_2 \otimes_R N \ar[r] \ar[d] & M_3 \otimes_R N \ar[d] \\ M_1 \otimes_R N' \ar[r] \ar[d] & M_2 \otimes_R N' \ar[r] \ar[d] & M_3 \otimes_R N' \ar[d] \\ M_1 \otimes_R N'' \ar[r] & M_2 \otimes_R N'' \ar[r] & M_3 \otimes_R N'' }\] (nous avons omis les \(0\) du bord). Par hypothèse, les lignes sont des suites exactes courtes et la flèche \(M_2 \otimes N \to M_2 \otimes N'\) est injective. Cela implique clairement que \(M_1 \otimes N \to M_1 \otimes N'\) est injective, et l’on voit que \(M_1\) est plat. En particulier, les colonnes de gauche et du milieu sont des suites exactes courtes. Une chasse au diagramme montre alors que la flèche \(M_3 \otimes N \to M_3 \otimes N'\) est injective. Ainsi, \(M_3\) est plat.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M \to M'\) un morphisme universellement injectif de \(R\)-modules. Alors, pour tout \(R\)-module \(N\), le morphisme \(M \otimes_R N \to M' \otimes_R N\) est universellement injectif.
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Toute composée de morphismes universellement injectifs de \(R\)-modules est universellement injective.
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(M \to M'\) et \(M' \to M''\) des morphismes de \(R\)-modules. Si leur composée \(M \to M''\) est universellement injective, alors \(M \to M'\) est universellement injectif.
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M \to M'\) un morphisme de \(S\)-modules. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M \to M'\) est universellement injectif comme morphisme de \(R\)-modules,
pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\), le morphisme \(M_{\mathfrak q} \to M'_{\mathfrak q}\) est universellement injectif comme morphisme de \(R\)-modules,
pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(S\), le morphisme \(M_{\mathfrak m} \to M'_{\mathfrak m}\) est universellement injectif comme morphisme de \(R\)-modules,
pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\), le morphisme \(M_{\mathfrak q} \to M'_{\mathfrak q}\) est universellement injectif comme morphisme de \(R_{\mathfrak p}\)-modules, où \(\mathfrak p\) est l’image réciproque de \(\mathfrak q\) dans \(R\), et
pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(S\), le morphisme \(M_{\mathfrak m} \to M'_{\mathfrak m}\) est universellement injectif comme morphisme de \(R_{\mathfrak p}\)-modules, où \(\mathfrak p\) est l’image réciproque de \(\mathfrak m\) dans \(R\).
Démonstration
Soit \(N\) un \(R\)-module. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). On a alors \[(M \otimes_R N)_{\mathfrak q} = M_{\mathfrak q} \otimes_R N = M_{\mathfrak q} \otimes_{R_{\mathfrak p}} N_{\mathfrak p}.\] La même chose vaut en outre pour \(M'\), et la localisation est exacte. De plus, si \(N\) est un \(R_{\mathfrak p}\)-module, alors \(N_{\mathfrak p} = N\). Ces remarques permettent de démontrer directement les équivalences.
Supposons par exemple que (5) soit satisfaite. Soit \(K = \Ker(M \otimes_R N \to M' \otimes_R N)\). D’après les remarques précédentes, \(K_{\mathfrak m} = 0\) pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(S\). Ainsi \(K = 0\) d’après le lemme 00HN. L’assertion (1) est donc satisfaite. Réciproquement, supposons (1) satisfaite. Prenons un \(\mathfrak q \subset S\) quelconque au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Prenons un module \(N\) quelconque sur \(R_{\mathfrak p}\). Par hypothèse, \(\Ker(M \otimes_R N \to M' \otimes_R N) = 0\). Les formules ci-dessus et le fait que \(N = N_{\mathfrak p}\) montrent alors que \(\Ker(M_{\mathfrak q} \otimes_{R_{\mathfrak p}} N \to M'_{\mathfrak q} \otimes_{R_{\mathfrak p}} N) = 0\). Autrement dit, (4) est satisfaite. Bien sûr, (4) \(\Rightarrow\) (5) est immédiat. Ainsi, (1), (4) et (5) sont toutes équivalentes. Nous omettons la démonstration des autres équivalences.
Lemme
Soit \(\varphi : A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Soient \(S \subset A\) et \(S' \subset B\) des parties multiplicatives telles que \(\varphi(S) \subset S'\). Soit \(M \to M'\) un morphisme de \(B\)-modules.
Si \(M \to M'\) est universellement injectif comme morphisme de \(A\)-modules, alors \((S')^{-1}M \to (S')^{-1}M'\) est universellement injectif comme morphisme de \(A\)-modules et comme morphisme de \(S^{-1}A\)-modules.
Si \(M\) et \(M'\) sont des \((S')^{-1}B\)-modules, alors \(M \to M'\) est universellement injectif comme morphisme de \(A\)-modules si et seulement s’il est universellement injectif comme morphisme de \(S^{-1}A\)-modules.
Démonstration
On peut démontrer ceci à l’aide du lemme 05CL, mais on peut aussi le démontrer directement comme suit. Supposons \(M \to M'\) universellement injectif comme morphisme de \(A\)-modules. Soit \(Q\) un \(A\)-module. Alors \(Q \otimes_A M \to Q \otimes_A M'\) est injectif. L’exactitude de la localisation montre que \((S')^{-1}(Q \otimes_A M) \to (S')^{-1}(Q \otimes_A M')\) est injectif. Comme \((S')^{-1}(Q \otimes_A M) = Q \otimes_A (S')^{-1}M\), et de même pour \(M'\), on voit que \(Q \otimes_A (S')^{-1}M \to Q \otimes_A (S')^{-1}M'\) est injectif ; ainsi, \((S')^{-1}M \to (S')^{-1}M'\) est universellement injectif comme morphisme de \(A\)-modules. Ceci démontre la première partie de (1). Pour établir (2), on peut utiliser les deux faits suivants : (a) si \(Q\) est un \(S^{-1}A\)-module, alors \(Q \otimes_A S^{-1}A = Q\), c’est-à-dire que tensoriser par \(Q\) sur \(A\) revient à tensoriser par \(Q\) sur \(S^{-1}A\) ; (b) si \(M\) est un \(A\)-module quelconque sur lequel les éléments de \(S\) sont inversibles, alors \(M \otimes_A Q = M \otimes_{S^{-1}A} S^{-1}Q\). L’assertion (2) en résulte immédiatement.
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(M \to M'\) un morphisme de \(R\)-modules. Si \(M'\) est plat, alors \(M \to M'\) est universellement injectif si et seulement si \(M/IM \to M'/IM'\) est injectif pour tout idéal de type fini \(I\) de \(R\).
Démonstration
Il suffit de montrer que \(M \otimes_R Q \to M' \otimes_R Q\) est injectif pour tout \(R\)-module de type fini \(Q\), voir le théorème 058K. Alors \(Q\) possède une filtration finie \(0 = Q_0 \subset Q_1 \subset \ldots \subset Q_n = Q\) par des sous-modules dont les sous-quotients sont isomorphes à des modules cycliques \(R/I_i\), voir le lemme 00KZ. Comme \(M'\) est plat, on obtient une filtration \[\xymatrix{ M \otimes Q_1 \ar[r] \ar[d] & M \otimes Q_2 \ar[r] \ar[d] & \ldots \ar[r] & M \otimes Q \ar[d] \\ M' \otimes Q_1 \ar@{^{(}->}[r] & M' \otimes Q_2 \ar@{^{(}->}[r] & \ldots \ar@{^{(}->}[r] & M' \otimes Q }\] de \(M' \otimes_R Q\) par les sous-modules \(M' \otimes_R Q_i\), dont les quotients successifs sont \(M' \otimes_R R/I_i = M'/I_iM'\). Une récurrence simple montre qu’il suffit de vérifier l’injectivité de \(M/I_i M \to M'/I_i M'\). Notons que l’ensemble des idéaux de type fini \(I'_i \subset I_i\) est filtrant. Ainsi, \(M/I_iM = \colim M/I'_iM\) est une colimite filtrante, et de même pour \(M'\) ; les morphismes \(M/I'_iM \to M'/I'_i M'\) sont injectifs par hypothèse et, puisque les colimites filtrantes sont exactes (lemme 00DB), on conclut.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux universellement injectif comme morphisme de \(R\)-modules. Alors le foncteur \(M \mapsto M \otimes_R S\) sur les \(R\)-modules reflète les morphismes injectifs, surjectifs et les isomorphismes.
Démonstration
Soit \(M \to N\) un morphisme de \(R\)-modules, de noyau \(K\) et de conoyau \(Q\). Si \(M \otimes_R S \to N \otimes_R S\) est injectif, alors l’image de \(K \otimes_R S \to M \otimes_R S\) est nulle. Comme \(K \subset K \otimes_R S\) et \(M \subset M \otimes_R S\), on en déduit que \(K = 0\). D’autre part, si \(M \otimes_R S \to N \otimes_R S\) est surjectif, alors \(Q \otimes_R S\) est nul (par exactitude à droite du produit tensoriel). Ainsi, \(Q \subset Q \otimes_R S\) est également nul.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux fidèlement plat. Alors \(R \to S\) est universellement injectif comme morphisme de \(R\)-modules. En particulier, \(R \cap IS = I\) pour tout idéal \(I \subset R\).
Démonstration
Soit \(N\) un \(R\)-module. Nous devons montrer que \(N \to N \otimes_R S\) est injectif. Comme \(S\) est fidèlement plat comme \(R\)-module, il suffit de le démontrer après tensorisation par \(S\). Il suffit donc de montrer que \(N \otimes_R S \to N \otimes_R S \otimes_R S\), \(n \otimes s \mapsto n \otimes 1 \otimes s\) est injectif. C’est bien le cas car il existe une rétraction, à savoir \(n \otimes s \otimes s' \mapsto n \otimes ss'\).
Descente pour les modules projectifs de type fini
Dans cette section, nous donnons une démonstration élémentaire du fait que la propriété d’être un module projectif de type fini descend le long des homomorphismes d’anneaux fidèlement plats. La démonstration ne s’applique plus sans l’hypothèse de finitude. Toutefois, la méthode préfigure celle que nous utiliserons pour démontrer la descente de la propriété d’être un module projectif dénombrablement engendré ; voir les remarques à la fin de cette section.
Lemme
Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \(M\) est projectif de type fini si et seulement si \(M\) est de présentation finie et plat.
Démonstration
Ceci fait partie du lemme 00NX. À ce stade, nous pouvons toutefois donner une démonstration plus élégante de l’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) de ce lemme, comme suit. Si \(M\) est de présentation finie et plat, choisissons une surjection \(R^n \to M\). D’après le lemme 058F, appliqué à \(P = M\), le morphisme \(R^n \to M\) admet une section. Ainsi, \(M\) est un facteur direct d’un module libre, et est donc projectif.
Voici quelques propriétés des modules qui descendent.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux fidèlement plat. Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors
si le \(S\)-module \(M \otimes_R S\) est de type fini, alors \(M\) est de type fini,
si le \(S\)-module \(M \otimes_R S\) est de présentation finie, alors \(M\) est de présentation finie,
si le \(S\)-module \(M \otimes_R S\) est plat, alors \(M\) est plat, et
ajouter ici d’autres propriétés au besoin.
Démonstration
Supposons \(M \otimes_R S\) de type fini. Soient \(y_1, \ldots, y_m\) des générateurs de \(M \otimes_R S\) sur \(S\). Écrivons \(y_j = \sum x_i \otimes f_i\) pour certains \(x_1, \ldots, x_n \in M\). On voit alors que le morphisme \(\varphi : R^{\oplus n} \to M\) a la propriété que \(\varphi \otimes \text{id}_S : S^{\oplus n} \to M \otimes_R S\) est surjectif. Comme \(R \to S\) est fidèlement plat, on en déduit que \(\varphi\) est surjectif et que \(M\) est de type fini.
Supposons \(M \otimes_R S\) de présentation finie. D’après (1), \(M\) est de type fini. Choisissons une surjection \(R^{\oplus n} \to M\) et notons \(K\) son noyau. Comme \(R \to S\) est plat, \(K \otimes_R S\) est le noyau du changement de base \(S^{\oplus n} \to M \otimes_R S\). Puisque \(M \otimes_R S\) est de présentation finie, on en déduit que \(K \otimes_R S\) est de type fini. D’après (1), \(K\) est donc de type fini, et \(M\) est par conséquent de présentation finie.
L’assertion (3) est le lemme 00HJ.
Proposition
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux fidèlement plat. Soit \(M\) un \(R\)-module. Si le \(S\)-module \(M \otimes_R S\) est projectif de type fini, alors \(M\) est projectif de type fini.
Démonstration
Les quelques sections suivantes visent à supprimer l’hypothèse de finitude en recourant au dévissage pour se ramener au cas dénombrablement engendré. Dans ce dernier cas, la stratégie consiste à trouver une caractérisation des modules projectifs dénombrablement engendrés analogue au lemme 058R, puis à démontrer directement que cette caractérisation descend. Pour cela, nous introduisons la notion de module de Mittag-Leffler et démontrons qu’un module \(M\) dénombrablement engendré est projectif si et seulement s’il est plat et de Mittag-Leffler (théorème 059Z). Lorsque \(M\) est de type fini, cet énoncé se réduit au lemme 058R (puisque, d’après l’exemple 059R (1), un module de type fini est de Mittag-Leffler si et seulement s’il est de présentation finie).
Dévissage transfini des modules
Dans cette section, nous introduisons une technique de dévissage permettant de décomposer un module en somme directe. Le résultat principal affirme qu’un module projectif est une somme directe de modules dénombrablement engendrés (théorème 058Y ci-dessous). Nous suivons [Kaplansky].
Définition
Soit \(M\) un \(R\)-module. Un dévissage par sommes directes de \(M\) est une famille de sous-modules \((M_{\alpha})_{\alpha \in S}\), indexée par un ordinal \(S\) et croissante (pour l’inclusion), telle que :
\(M_0 = 0\) ;
\(M = \bigcup_{\alpha} M_{\alpha}\) ;
si \(\alpha \in S\) est un ordinal limite, alors \(M_{\alpha} = \bigcup_{\beta < \alpha} M_{\beta}\) ;
si \(\alpha + 1 \in S\), alors \(M_{\alpha}\) est un facteur direct de \(M_{\alpha + 1}\).
Si de plus
\(M_{\alpha + 1}/M_{\alpha}\) est dénombrablement engendré pour \(\alpha + 1 \in S\),
alors \((M_{\alpha})_{\alpha \in S}\) est appelé un dévissage de Kaplansky de \(M\).
La terminologie est justifiée par le lemme suivant.
Lemme
Soit \(M\) un \(R\)-module. Si \((M_{\alpha})_{\alpha \in S}\) est un dévissage par sommes directes de \(M\), alors \(M \cong \bigoplus_{\alpha + 1 \in S} M_{\alpha + 1}/M_{\alpha}\).
Démonstration
Par la propriété (3) d’un dévissage par sommes directes, il existe une inclusion \(M_{\alpha + 1}/M_{\alpha} \to M\) pour tout \(\alpha \in S\). Considérons le morphisme \[f : \bigoplus\nolimits_{\alpha + 1\in S} M_{\alpha + 1}/M_{\alpha} \to M\] donné par la somme de ces inclusions. Considérons en outre les restrictions \[f_{\beta} : \bigoplus\nolimits_{\alpha + 1 \leq \beta} M_{\alpha + 1}/M_{\alpha} \longrightarrow M\] pour \(\beta\in S\). Une récurrence transfinie sur \(S\) montre que l’image de \(f_{\beta}\) est \(M_{\beta}\). Pour \(\beta=0\), cela résulte de \((0)\). Si \(\beta+1\) est un ordinal successeur et si l’assertion vaut pour \(\beta\), elle vaut alors pour \(\beta + 1\) par (3). Si enfin \(\beta\) est un ordinal limite et que l’assertion vaut pour \(\alpha < \beta\), elle vaut pour \(\beta\) par (2). Ainsi, \(f\) est surjectif par (1).
Une récurrence transfinie sur \(S\) montre aussi que les restrictions \(f_{\beta}\) sont injectives. Pour \(\beta = 0\), c’est vrai. Si \(\beta+1\) est un ordinal successeur et que \(f_{\beta}\) est injectif, soit \(x\) un élément du noyau ; écrivons \(x = (x_{\alpha + 1})_{\alpha + 1 \leq \beta + 1}\) selon ses composantes \(x_{\alpha + 1} \in M_{\alpha + 1}/M_{\alpha}\). Par la propriété (3) et le fait que l’image de \(f_{\beta}\) est \(M_{\beta}\), tant \((x_{\alpha + 1})_{\alpha + 1 \leq \beta}\) que \(x_{\beta + 1}\) s’envoient sur \(0\). Ainsi, \(x_{\beta+1} = 0\) et, puisque la restriction \(f_{\beta}\) est injective, on a aussi \(x_{\alpha + 1} = 0\) pour tout \(\alpha + 1 \leq \beta\). Ainsi \(x = 0\) et \(f_{\beta+1}\) est injectif. Si \(\beta\) est un ordinal limite, considérons un élément \(x\) du noyau. Alors \(x\) appartient déjà au domaine de \(f_{\alpha}\) pour un certain \(\alpha < \beta\). Ainsi \(x = 0\), ce qui achève la récurrence. On conclut que \(f\) est injectif, puisque \(f_{\beta}\) l’est pour tout \(\beta \in S\).
Lemme
Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \(M\) est une somme directe de \(R\)-modules dénombrablement engendrés si et seulement s’il admet un dévissage de Kaplansky.
Démonstration
Le lemme précédent traite le sens « si ». Réciproquement, supposons \(M = \bigoplus_{i \in I} N_i\), où chaque \(N_i\) est un \(R\)-module dénombrablement engendré. Munissons \(I\) d’un bon ordre afin de pouvoir l’identifier à un ordinal. Alors, en posant \(M_i = \bigoplus_{j < i} N_j\), on obtient un dévissage de Kaplansky \((M_i)_{i \in I}\) de \(M\).
Théorème
Supposons que \(M\) soit une somme directe de \(R\)-modules dénombrablement engendrés. Si \(P\) est un facteur direct de \(M\), alors \(P\) est lui aussi une somme directe de \(R\)-modules dénombrablement engendrés.
Démonstration
Écrivons \(M = P \oplus Q\). Nous allons construire un dévissage de Kaplansky \((M_{\alpha})_{\alpha \in S}\) de \(M\) qui, outre les propriétés de définition (0)–(4), vérifie :
Chaque \(M_{\alpha}\) est un facteur direct de \(M\) ;
\(M_{\alpha} = P_{\alpha} \oplus Q_{\alpha}\), où \(P_{\alpha} =P \cap M_{\alpha}\) et \(Q_\alpha = Q \cap M_{\alpha}\).
(Remarque : si les propriétés (0)–(2) sont satisfaites, alors la propriété (3) équivaut en fait à la propriété (5).)
Pour voir comment ceci implique le théorème, il suffit de montrer que \((P_{\alpha})_{\alpha \in S}\) forme un dévissage de Kaplansky de \(P\). Les propriétés (0), (1) et (2) sont claires. D’après (5) et (6) pour \((M_{\alpha})\), chaque \(P_{\alpha}\) est un facteur direct de \(M\). Comme \(P_{\alpha} \subset P_{\alpha + 1}\), il s’ensuit que \(P_{\alpha}\) est un facteur direct de \(P_{\alpha + 1}\) ; ainsi, (3) vaut pour \((P_{\alpha})\). Pour (4), remarquons que \[M_{\alpha + 1}/M_{\alpha} \cong P_{\alpha + 1}/P_{\alpha} \oplus Q_{\alpha + 1}/Q_{\alpha},\] de sorte que \(P_{\alpha + 1}/P_{\alpha}\) est dénombrablement engendré, puisque \(M_{\alpha + 1}/M_{\alpha}\) l’est.
Il reste à construire les \(M_{\alpha}\). Écrivons \(M = \bigoplus_{i \in I} N_i\), où chaque \(N_i\) est un \(R\)-module dénombrablement engendré. Choisissons un bon ordre sur \(I\). Par récurrence transfinie, nous allons définir une famille croissante de sous-modules \(M_{\alpha}\) de \(M\), un pour chaque ordinal \(\alpha\), telle que \(M_{\alpha}\) soit la somme directe d’une certaine sous-famille des \(N_i\).
Pour \(\alpha = 0\), posons \(M_{0} = 0\). Si \(\alpha\) est un ordinal limite et que \(M_{\beta}\) a été défini pour tout \(\beta < \alpha\), posons \(M_{\alpha} = \bigcup_{\beta < \alpha} M_{\beta}\). Puisque chaque \(M_{\beta}\), pour \(\beta < \alpha\), est la somme directe d’une sous-famille des \(N_i\), il en va de même de \(M_{\alpha}\). Si \(\alpha + 1\) est un ordinal successeur et que \(M_{\alpha}\) a été défini, définissons \(M_{\alpha + 1}\) comme suit. Si \(M_{\alpha} = M\), posons \(M_{\alpha + 1} = M\). Sinon, choisissons le plus petit \(j \in I\) tel que \(N_j\) ne soit pas contenu dans \(M_{\alpha}\). Nous allons construire une matrice infinie \((x_{mn}), m, n = 1, 2, 3, \ldots\) telle que :
\(N_j\) est contenu dans le sous-module de \(M\) engendré par les entrées \(x_{mn}\) ;
si l’on écrit une entrée quelconque \(x_{k\ell}\) selon ses composantes dans \(P\) et \(Q\), \(x_{k\ell} = y_{k\ell} + z_{k\ell}\), alors la matrice \((x_{mn})\) contient une famille de générateurs de chaque \(N_i\) pour lequel \(y_{k\ell}\) ou \(z_{k\ell}\) possède une composante non nulle.
Nous définissons alors \(M_{\alpha + 1}\) comme le sous-module de \(M\) engendré par \(M_{\alpha}\) et tous les \(x_{mn}\) ; d’après la propriété (2) de la matrice \((x_{mn})\), \(M_{\alpha + 1}\) sera la somme directe d’une certaine sous-famille des \(N_i\). Pour construire la matrice \((x_{mn})\), soit \(x_{11}, x_{12}, x_{13}, \ldots\) une famille dénombrable de générateurs de \(N_j\). Si ensuite \(x_{11} = y_{11} + z_{11}\) est la décomposition selon les composantes dans \(P\) et \(Q\), soit \(x_{21}, x_{22}, x_{23}, \ldots\) une famille dénombrable de générateurs de la somme des \(N_i\) pour lesquels \(y_{11}\) ou \(z_{11}\) possède une composante non nulle. Répétons ce procédé avec \(x_{12}\) pour obtenir \(x_{31}, x_{32}, \ldots\), la troisième ligne de notre matrice. Répétons-le avec \(x_{21}\) pour obtenir la quatrième ligne, avec \(x_{13}\) pour obtenir la cinquième, et ainsi de suite, en parcourant successivement les antidiagonales comme indiqué ci-dessous : \[\left( \vcenter{ \xymatrix@R=2mm@C=2mm{ x_{11} & x_{12} \ar[dl] & x_{13} \ar[dl] & x_{14} \ar[dl] & \ldots \\ x_{21} & x_{22} \ar[dl] & x_{23} \ar[dl] & \ldots \\ x_{31} & x_{32} \ar[dl] & \ldots \\ x_{41} & \ldots \\ \ldots } } \right).\]
Une récurrence transfinie sur \(I\) (utilisant le fait que nous avons construit \(M_{\alpha + 1}\) de façon qu’il contienne \(N_j\) pour le plus petit \(j\) tel que \(N_j\) ne soit pas contenu dans \(M_{\alpha}\)) montre que, pour tout \(i \in I\), \(N_i\) est contenu dans un certain \(M_{\alpha}\). Il existe donc un ordinal \(S\) assez grand vérifiant : pour tout \(i \in I\), il existe \(\alpha \in S\) tel que \(N_i\) soit contenu dans \(M_{\alpha}\). Cela signifie que \((M_{\alpha})_{\alpha \in S}\) vérifie la propriété (1) d’un dévissage de Kaplansky de \(M\). La famille \((M_{\alpha})_{\alpha \in S}\) vérifie en outre les autres propriétés de définition, ainsi que (5) et (6) ci-dessus : les propriétés (0), (2), (4) et (6) sont claires par construction ; la propriété (5) est vraie parce que chaque \(M_{\alpha}\) est par construction une somme directe de certains \(N_i\) ; et (3) résulte de (5) et du fait que \(M_{\alpha} \subset M_{\alpha + 1}\).
On obtient comme corollaire le résultat sur les modules projectifs annoncé au début de la section.
Théorème
Si \(P\) est un \(R\)-module projectif, alors \(P\) est une somme directe de \(R\)-modules projectifs dénombrablement engendrés.
Démonstration
Un module est projectif si et seulement s’il est un facteur direct d’un module libre ; le résultat découle donc du théorème 058X.
Modules projectifs sur un anneau local
Dans cette section, nous démontrons un très joli résultat : un module projectif \(M\) sur un anneau local est libre (théorème 0593 ci-dessous). Notons que, sous l’hypothèse supplémentaire que \(M\) est de type fini, ce résultat est le lemme 00NZ. En général, on a :
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Alors tout \(R\)-module projectif est libre si et seulement si tout \(R\)-module projectif dénombrablement engendré est libre.
Démonstration
Cela résulte immédiatement du théorème 058Y.
Voici un critère pour qu’un module dénombrablement engendré soit libre.
Lemme
Soit \(M\) un \(R\)-module dénombrablement engendré possédant la propriété suivante : si \(M = N \oplus N'\), où \(N'\) est un \(R\)-module libre de type fini, alors tout élément de \(N\) appartient à un facteur direct libre de \(N\). Alors \(M\) est libre.
Démonstration
Soient \(x_1, x_2, \ldots\) une famille dénombrable de générateurs de \(M\). Construisons par récurrence des facteurs directs libres de type fini \(F_1, F_2, \ldots\) de \(M\) tels que, pour tout \(n\), \(F_1 \oplus \ldots \oplus F_n\) soit un facteur direct de \(M\) contenant \(x_1, \ldots, x_n\). Plus précisément, étant donnés \(F_1, \ldots, F_n\) ayant les propriétés voulues, écrivons \[M = F_1 \oplus \ldots \oplus F_n \oplus N\] et soit \(x \in N\) l’image de \(x_{n + 1}\). L’hypothèse de l’énoncé du lemme fournit alors un facteur direct libre \(F_{n + 1} \subset N\) contenant \(x\). On peut bien sûr remplacer \(F_{n + 1}\) par un facteur direct libre de type fini de \(F_{n + 1}\), ce qui achève l’étape de récurrence. Alors \(M = \bigoplus_{i = 1}^{\infty} F_i\) est libre.
Lemme
Soit \(P\) un module projectif sur un anneau local \(R\). Alors tout élément de \(P\) appartient à un facteur direct libre de \(P\).
Démonstration
Comme \(P\) est projectif, il est facteur direct d’un certain \(R\)-module libre \(F\) ; écrivons \(F = P \oplus Q\). Soit \(x \in P\) l’élément dont nous voulons montrer qu’il appartient à un facteur direct libre de \(P\). Soit \(B\) une base de \(F\) telle que le nombre d’éléments de base nécessaires pour exprimer \(x\) soit minimal ; écrivons \(x = \sum_{i=1}^n a_i e_i\) pour certains \(e_i \in B\) et \(a_i \in R\). Alors aucun \(a_j\) ne peut s’écrire comme combinaison linéaire des autres \(a_i\) ; en effet, si \(a_j = \sum_{i \neq j} a_i b_i\) pour certains \(b_i \in R\), le remplacement de \(e_i\) par \(e_i + b_ie_j\) pour \(i \neq j\), les autres éléments de \(B\) restant inchangés, donne une nouvelle base de \(F\) dans laquelle \(x\) possède une expression plus courte.
Soit \(e_i = y_i + z_i, y_i \in P, z_i \in Q\) la décomposition de \(e_i\) selon ses composantes dans \(P\) et \(Q\). Écrivons \(y_i = \sum_{j=1}^{n} b_{ij} e_j + t_i\), où \(t_i\) est une combinaison linéaire d’éléments de \(B\) autres que \(e_1, \ldots, e_n\). Pour achever la démonstration, il suffit de montrer que la matrice \((b_{ij})\) est inversible. Alors, en effet, le morphisme \(F \to F\) envoyant \(e_i \mapsto y_i\) pour \(i=1, \ldots, n\) et fixant \(B \setminus \{e_1, \ldots, e_n\}\) est un isomorphisme ; ainsi, \(y_1, \ldots, y_n\) et \(B \setminus \{e_1, \ldots, e_n\}\) forment une base de \(F\). Le sous-module \(N\) engendré par \(y_1, \ldots, y_n\) est alors un sous-module libre de \(P\) ; \(N\) est un facteur direct de \(P\), car \(N \subset P\) et \(N\) comme \(P\) sont des facteurs directs de \(F\) ; enfin \(x \in N\), puisque \(x \in P\) implique \(x = \sum_{i=1}^n a_i e_i = \sum_{i=1}^n a_i y_i\).
Démontrons maintenant que \((b_{ij})\) est inversible. En substituant \(y_i = \sum_{j=1}^{n} b_{ij} e_j + t_i\) dans \(\sum_{i=1}^n a_i e_i = \sum_{i=1}^n a_i y_i\) et en identifiant les coefficients de \(e_j\), on obtient \(a_j = \sum_{i=1}^n a_i b_{ij}\). Or, comme observé ci-dessus, le choix de \(B\) garantit qu’aucun \(a_j\) ne peut s’écrire comme combinaison linéaire des autres \(a_i\). Ainsi, \(b_{ij}\) est non inversible pour \(i \neq j\), et \(1-b_{ii}\) est non inversible — donc, en particulier, \(b_{ii}\) est inversible — pour tout \(i\). Une matrice sur un anneau local dont les coefficients diagonaux sont inversibles et les autres non inversibles est inversible, car son déterminant est inversible.
Théorème
Si \(P\) est un module projectif sur un anneau local \(R\), alors \(P\) est libre.
Démonstration
Systèmes de Mittag-Leffler
Cette section a pour but de définir les systèmes de Mittag-Leffler et d’expliquer l’utilité de cette notion.
Dans la suite, \(I\) sera un ensemble préordonné filtrant, voir Catégories, définition 00D3. Soit \((A_i, \varphi_{ji}: A_j \to A_i)\) un système projectif d’ensembles ou de modules indexé par \(I\), voir Catégories, définition 0031. Il s’agit d’un système projectif filtrant, puisque nous avons supposé \(I\) filtrant (Catégories, définition 0031). Pour tout \(i \in I\), les images \(\varphi_{ji}(A_j) \subset A_i\), pour \(j \geq i\), forment une famille filtrante décroissante de parties (ou de sous-modules) de \(A_i\). Posons \(A'_i = \bigcap_{j \geq i} \varphi_{ji}(A_j)\). Alors \(\varphi_{ji}(A'_j) \subset A'_i\) pour \(j \geq i\) ; par restriction, on obtient donc un système projectif filtrant \((A'_i, \varphi_{ji}|_{A'_j})\). La construction de la limite d’un système projectif dans la catégorie des ensembles ou des modules donne \(\lim A_i = \lim A'_i\). La condition de Mittag-Leffler sur \((A_i, \varphi_{ji})\) exige que \(A'_i\) soit égal à \(\varphi_{ji}(A_j)\) pour un certain \(j \geq i\) (et donc égal à \(\varphi_{ki}(A_k)\) pour tout \(k \geq j\)) :
Définition
Soit \((A_i, \varphi_{ji})\) un système projectif filtrant d’ensembles sur \(I\). On dit que \((A_i, \varphi_{ji})\) est de Mittag-Leffler si, pour tout \(i \in I\), la famille \(\varphi_{ji}(A_j) \subset A_i\), pour \(j \geq i\), se stabilise. Explicitement, cela signifie que, pour tout \(i \in I\), il existe \(j \geq i\) tel que, pour \(k \geq j\), on ait \(\varphi_{ki}(A_k) = \varphi_{ji}( A_j)\). Si \((A_i, \varphi_{ji})\) est un système projectif filtrant de modules sur un anneau \(R\), on dit qu’il est de Mittag-Leffler si le système projectif d’ensembles sous-jacent est de Mittag-Leffler.
Exemple
Si \((A_i, \varphi_{ji})\) est un système projectif filtrant d’ensembles ou de modules et si les morphismes \(\varphi_{ji}\) sont surjectifs, alors le système est clairement de Mittag-Leffler. Réciproquement, supposons \((A_i, \varphi_{ji})\) de Mittag-Leffler. Soit \(A'_i \subset A_i\) l’image stable des \(\varphi_{ji}(A_j)\) pour \(j \geq i\). Alors \(\varphi_{ji}|_{A'_j}: A'_j \to A'_i\) est surjectif pour \(j \geq i\) et \(\lim A_i = \lim A'_i\). Ainsi, la limite du système de Mittag-Leffler \((A_i, \varphi_{ji})\) peut aussi s’écrire comme la limite d’un système projectif filtrant sur \(I\) à morphismes de transition surjectifs.
Lemme
Soit \((A_i, \varphi_{ji})\) un système projectif filtrant sur \(I\). Supposons \(I\) dénombrable. Si \((A_i, \varphi_{ji})\) est de Mittag-Leffler et que les \(A_i\) sont non vides, alors \(\lim A_i\) est non vide.
Démonstration
Soit \(i_1, i_2, i_3, \ldots\) une énumération des éléments de \(I\). Définissons par récurrence une suite d’éléments \(j_n \in I\), pour \(n = 1, 2, 3, \ldots\), par les conditions suivantes : \(j_1 = i_1\), et \(j_n \geq i_n\) et \(j_n \geq j_m\) pour \(m < n\). La suite \(j_n\) est alors croissante et forme une partie cofinale de \(I\). Nous pouvons donc supposer \(I =\{1, 2, 3, \ldots \}\). L’exemple 0596 nous ramène alors à montrer que la limite d’un système projectif d’ensembles non vides, à morphismes surjectifs et indexé par les entiers strictement positifs, est non vide. Cela résulte de l’axiome du choix.
La condition de Mittag-Leffler sera importante pour nous en raison de la propriété d’exactitude suivante.
Lemme
Soit \[0 \to A_i \xrightarrow{f_i} B_i \xrightarrow{g_i} C_i \to 0\] une suite exacte de systèmes projectifs filtrants de groupes abéliens sur \(I\). Supposons \(I\) dénombrable. Si \((A_i)\) est de Mittag-Leffler, alors \[0 \to \lim A_i \to \lim B_i \to \lim C_i\to 0\] est exacte.
Démonstration
Le passage à la limite des systèmes projectifs filtrants est exact à gauche ; il suffit donc de démontrer la surjectivité de \(\lim B_i \to \lim C_i\). Soit donc \((c_i) \in \lim C_i\). Pour tout \(i \in I\), posons \(E_i = g_i^{-1}(c_i)\), qui est non vide puisque \(g_i: B_i \to C_i\) est surjectif. Le système de morphismes \(\varphi_{ji}: B_j \to B_i\) du système \((B_i)\) induit par restriction des morphismes \(E_j \to E_i\) qui font de \((E_i)\) un système projectif d’ensembles non vides. Il suffit de montrer que \((E_i)\) est de Mittag-Leffler. Alors le lemme 0597 montrera que \(\lim E_i\) est non vide, et le choix d’un élément de \(\lim E_i\) fournira un élément de \(\lim B_i\) s’envoyant sur \((c_i)\).
Grâce à l’injection \(f_i: A_i \to B_i\), nous considérerons \(A_i\) comme une partie de \(B_i\). Puisque \((A_i)\) est de Mittag-Leffler, pour \(i \in I\), il existe \(j \geq i\) tel que \(\varphi_{ki}(A_k) = \varphi_{ji}(A_j)\) pour \(k \geq j\). Nous affirmons qu’on a aussi \(\varphi_{ki}(E_k) = \varphi_{ji}(E_j)\) pour \(k \geq j\). On a toujours \(\varphi_{ki}(E_k) \subset \varphi_{ji}(E_j)\) pour \(k \geq j\). Pour l’inclusion réciproque, soit \(e_j \in E_j\) ; nous devons trouver \(x_k \in E_k\) tel que \(\varphi_{ki}(x_k) = \varphi_{ji}(e_j)\). Soit \(e'_k \in E_k\) un élément quelconque, et posons \(e'_j = \varphi_{kj}(e'_k)\). Alors \(g_j(e_j - e'_j) = c_j - c_j = 0\) ; ainsi \(e_j - e'_j = a_j \in A_j\). Comme \(\varphi_{ki}(A_k) = \varphi_{ji}(A_j)\), il existe \(a_k \in A_k\) tel que \(\varphi_{ki}(a_k) = \varphi_{ji}(a_j)\). Ainsi \[\varphi_{ki}(e'_k + a_k) = \varphi_{ji}(e'_j) + \varphi_{ji}(a_j) = \varphi_{ji}(e_j),\] on peut donc prendre \(x_k = e'_k + a_k\).
Systèmes projectifs
Dans de nombreux articles (et dans cette section), le terme système projectif est employé pour désigner un système projectif sur l’ensemble ordonné \((\mathbf{N}, \geq)\). Nous étudions brièvement de tels systèmes dans cette section. Ce matériel sera traité plus généralement dans Homologie, section 02MY. Supposons donnés un anneau \(R\) et une suite de \(R\)-modules \[M_1 \xleftarrow{\varphi_2} M_2 \xleftarrow{\varphi_3} M_3 \leftarrow \ldots\] avec les morphismes indiqués. En composant les morphismes successifs, on obtient des morphismes \(\varphi_{ii'} : M_i \to M_{i'}\) pour \(i \geq i'\) tels qu’en outre \(\varphi_{ii''} = \varphi_{i'i''} \circ \varphi_{i i'}\) dès que \(i \geq i' \geq i''\). Réciproquement, étant donné le système des morphismes \(\varphi_{ii'}\), on peut poser \(\varphi_i = \varphi_{i(i-1)}\) et retrouver les morphismes représentés ci-dessus. Dans ce cas, \[\lim M_i = \{(x_i) \in \prod M_i \mid \varphi_i(x_i) = x_{i - 1}, \ i = 2, 3, \ldots\}\] voir Catégories, section 002U. Comme expliqué dans Homologie, section 02MY, il s’agit bien d’une limite dans la catégorie des \(R\)-modules, au sens défini dans Catégories, section 002D.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(0 \to K_i \to L_i \to M_i \to 0\) des suites exactes courtes de \(R\)-modules, \(i \geq 1\), s’insérant dans des morphismes de suites exactes courtes \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & K_i \ar[r] & L_i \ar[r] & M_i \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & K_{i + 1} \ar[r] \ar[u] & L_{i + 1} \ar[r] \ar[u] & M_{i + 1} \ar[r] \ar[u] & 0}\] Si, pour tout \(i\), il existe \(c = c(i) \geq i\) tel que \(\Im(K_c \to K_i) = \Im(K_j \to K_i)\) pour tout \(j \geq c\), alors la suite \[0 \to \lim K_i \to \lim L_i \to \lim M_i \to 0\] est exacte.
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme plus général 0598.
Modules de Mittag-Leffler
Un module de Mittag-Leffler est (très grossièrement) un module qui peut s’écrire comme une colimite filtrante dont le dual est un système de Mittag-Leffler. Afin de donner une définition précise, il nous faut effectuer quelques préparatifs.
Définition
Soit \((M_i, f_{ij})\) un système inductif de \(R\)-modules. On dit que \((M_i, f_{ij})\) est un système inductif de Mittag-Leffler si chaque \(M_i\) est un \(R\)-module de présentation finie et si, pour tout \(R\)-module \(N\), le système projectif \[(\Hom_R(M_i, N), \Hom_R(f_{ij}, N))\] est de Mittag-Leffler.
Nous allons caractériser les \(R\)-modules qui sont des colimites de systèmes inductifs de Mittag-Leffler.
Définition
Soient \(f: M \to N\) et \(g: M \to M'\) des morphismes de \(R\)-modules. On dit que \(g\) domine \(f\) si, pour tout \(R\)-module \(Q\), on a \(\Ker(f \otimes_R \text{id}_Q) \subset \Ker(g \otimes_R \text{id}_Q)\).
Il suffit de vérifier cette condition sur les modules de présentation finie.
Lemme
Soient \(f: M \to N\) et \(g: M \to M'\) des morphismes de \(R\)-modules. Alors \(g\) domine \(f\) si et seulement si, pour tout \(R\)-module de présentation finie \(Q\), on a \(\Ker(f \otimes_R \text{id}_Q) \subset \Ker(g \otimes_R \text{id}_Q)\).
Démonstration
Supposons \(\Ker(f \otimes_R \text{id}_Q) \subset \Ker(g \otimes_R \text{id}_Q)\) pour tout module de présentation finie \(Q\). Si \(Q\) est un module quelconque, écrivons \(Q = \colim_{i \in I} Q_i\) comme colimite d’un système inductif de modules de présentation finie \(Q_i\). Alors \(\Ker(f \otimes_R \text{id}_{Q_i}) \subset \Ker(g \otimes_R \text{id}_{Q_i})\) pour tout \(i\). Puisque le passage aux colimites filtrantes est exact et commute au produit tensoriel, il s’ensuit que \(\Ker(f \otimes_R \text{id}_Q) \subset \Ker(g \otimes_R \text{id}_Q)\).
Lemme
Soient \(f : M \to N\) et \(g : M \to M'\) des morphismes de \(R\)-modules. Considérons la somme amalgamée de \(f\) et \(g\), \[\xymatrix{ M \ar[r]_f \ar[d]_g & N \ar[d]^{g'} \\ M' \ar[r]^{f'} & N' }\] Alors \(g\) domine \(f\) si et seulement si \(f'\) est universellement injectif.
Démonstration
Rappelons que \(N'\) est le quotient de \(M' \oplus N\) par le sous-module formé des éléments \((g(x), -f(x))\) pour \(x \in M\). La construction de \(N'\) fournit une suite exacte courte \[0 \to \Ker(f) \cap \Ker(g) \to \Ker(f) \to \Ker(f') \to 0.\] Comme le produit tensoriel commute aux sommes amalgamées, on a une telle suite exacte courte \[0 \to \Ker(f \otimes \text{id}_Q ) \cap \Ker(g \otimes \text{id}_Q) \to \Ker(f \otimes \text{id}_Q) \to \Ker(f' \otimes \text{id}_Q) \to 0\] pour tout \(R\)-module \(Q\). Ainsi, \(f'\) est universellement injectif si et seulement si \(\Ker(f \otimes \text{id}_Q ) \subset \Ker(g \otimes \text{id}_Q)\) pour tout \(Q\), si et seulement si \(g\) domine \(f\).
La définition de la domination donnée ci-dessus est parfois reliée à la notion usuelle de domination de morphismes, comme le montre le lemme suivant.
Lemme
Soient \(f: M \to N\) et \(g: M \to M'\) des morphismes de \(R\)-modules. Supposons \(\Coker(f)\) de présentation finie. Alors \(g\) domine \(f\) si et seulement si \(g\) se factorise par \(f\), c’est-à-dire s’il existe un morphisme de modules \(h: N \to M'\) tel que \(g = h \circ f\).
Démonstration
Considérons la somme amalgamée de \(f\) et \(g\) comme dans l’énoncé du lemme 0AUM. La construction de la somme amalgamée montre que \(\Coker(f') = \Coker(f)\) ; ainsi, \(\Coker(f')\) est de présentation finie. D’après le lemme 058L, \(f'\) est universellement injectif si et seulement si \[0 \to M' \xrightarrow{f'} N' \to \Coker(f') \to 0\] est scindée. C’est le cas si et seulement s’il existe un morphisme \(h' : N' \to M'\) tel que \(h' \circ f' = \text{id}_{M'}\). Par la propriété universelle de la somme amalgamée, l’existence d’un tel \(h'\) équivaut à ce que \(g\) se factorise par \(f\).
Proposition
Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \((M_i, f_{ij})\) un système inductif de \(R\)-modules de présentation finie, indexé par \(I\), tel que \(M = \colim M_i\). Soit \(f_i: M_i \to M\) le morphisme canonique. Les assertions suivantes sont équivalentes :
Pour tout \(R\)-module de présentation finie \(P\) et tout morphisme de modules \(f: P \to M\), il existe un \(R\)-module de présentation finie \(Q\) et un morphisme de modules \(g: P \to Q\) tels que \(g\) et \(f\) se dominent mutuellement, c’est-à-dire \(\Ker(f \otimes_R \text{id}_N) = \Ker(g \otimes_R \text{id}_N)\) pour tout \(R\)-module \(N\).
Pour tout \(i \in I\), il existe \(j \geq i\) tel que \(f_{ij}: M_i \to M_j\) domine \(f_i: M_i \to M\).
Pour tout \(i \in I\), il existe \(j \geq i\) tel que \(f_{ij}: M_i \to M_j\) se factorise par \(f_{ik}: M_i \to M_k\) pour tout \(k \geq i\).
Pour tout \(R\)-module \(N\), le système projectif \((\Hom_R(M_i, N), \Hom_R(f_{ij}, N))\) est de Mittag-Leffler.
Pour \(N = \prod_{s \in I} M_s\), le système projectif \((\Hom_R(M_i, N), \Hom_R(f_{ij}, N))\) est de Mittag-Leffler.
Démonstration
Démontrons d’abord l’équivalence de (1) et (2). Supposons (1) satisfaite et soit \(i \in I\). Au morphisme \(f_i: M_i \to M\), on peut associer un \(g: M_i \to Q\) comme en (1). Comme \(M_i\) et \(Q\) sont de présentation finie, \(\Coker(g)\) l’est aussi. D’après le lemme 059D, \(f_i : M_i \to M\) se factorise par \(g: M_i \to Q\) ; écrivons \(f_i = h \circ g\) pour un certain \(h: Q \to M\). Comme \(Q\) est de présentation finie, \(h\) se factorise par \(M_j \to M\) pour un certain \(j \geq i\) ; écrivons \(h = f_j \circ h'\) pour un certain \(h': Q \to M_j\). On obtient au total un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & M & \\ M_i \ar[dr]_g \ar[ur]^{f_i} \ar[rr]^{f_{ij}} & & M_j \ar[ul]_{f_j} \\ & Q \ar[ur]_{h'} & }\] Ainsi, \(f_{ij}\) domine \(g\). Or \(g\) domine \(f_i\), donc \(f_{ij}\) domine \(f_i\).
Réciproquement, supposons (2) satisfaite. Soit \(P\) de présentation finie et soit \(f: P \to M\) un morphisme de modules. Alors \(f\) se factorise par \(f_i: M_i \to M\) pour un certain \(i \in I\) ; écrivons \(f = f_i \circ g'\) pour un certain \(g': P \to M_i\). Choisissons, grâce à (2), un \(j \geq i\) tel que \(f_{ij}\) domine \(f_i\). On a un diagramme commutatif \[\xymatrix{ P \ar[d]_{g'} \ar[r]^{f} & M \\ M_i \ar[ur]^{f_i} \ar[r]_{f_{ij}} & M_j \ar[u]_{f_j} }\] Le diagramme et le fait que \(f_{ij}\) domine \(f_i\) montrent que \(f\) et \(f_{ij} \circ g'\) se dominent mutuellement. Ainsi, on peut prendre \(g = f_{ij} \circ g' : P \to M_j\).
Montrons ensuite que (2) équivaut à (3). Soit \(i \in I\). Il est toujours vrai que \(f_i\) domine \(f_{ik}\) pour \(k \geq i\), puisque \(f_i\) se factorise par \(f_{ik}\). Si (2) est satisfaite, choisissons \(j \geq i\) tel que \(f_{ij}\) domine \(f_i\). La domination étant transitive, \(f_{ij}\) domine alors \(f_{ik}\) pour \(k \geq i\). Tous les \(M_i\) sont de présentation finie, donc \(\Coker(f_{ik})\) est de présentation finie pour \(k \geq i\). D’après le lemme 059D, \(f_{ij}\) se factorise par \(f_{ik}\) pour tout \(k \geq i\). Ainsi, (2) implique (3). D’autre part, si (3) est satisfaite, alors, pour tout \(R\)-module \(N\), \(f_{ij} \otimes_R \text{id}_N\) se factorise par \(f_{ik} \otimes_R \text{id}_N\) pour \(k \geq i\). Ainsi, \(\Ker(f_{ik} \otimes_R \text{id}_N) \subset \Ker(f_{ij} \otimes_R \text{id}_N)\) pour \(k \geq i\). Or \(\Ker(f_i \otimes_R \text{id}_N: M_i \otimes_R N \to M \otimes_R N)\) est la réunion des \(\Ker(f_{ik} \otimes_R \text{id}_N)\) pour \(k \geq i\). Ainsi, \(\Ker(f_i \otimes_R \text{id}_N) \subset \Ker(f_{ij} \otimes_R \text{id}_N)\) pour tout \(R\)-module \(N\), ce qui signifie par définition que \(f_{ij}\) domine \(f_i\).
Il est immédiat que (3) implique (4), qui implique (5). Montrons que (5) implique (3). Soit \(N = \prod_{s \in I} M_s\). Si (5) est satisfaite, étant donné \(i \in I\), choisissons \(j \geq i\) tel que \[\Im( \Hom(M_j, N) \to \Hom(M_i, N)) = \Im( \Hom(M_k, N) \to \Hom(M_i, N))\] pour tout \(k \geq j\). En faisant sortir le produit sur \(s \in I\) des \(\Hom\) et en examinant les morphismes sur chaque composante du produit, ceci signifie \[\Im( \Hom(M_j, M_s) \to \Hom(M_i, M_s)) = \Im( \Hom(M_k, M_s) \to \Hom(M_i, M_s))\] pour tous \(k \geq j\) et \(s \in I\). En prenant \(s = j\), on obtient \[\Im( \Hom(M_j, M_j) \to \Hom(M_i, M_j)) = \Im( \Hom(M_k, M_j) \to \Hom(M_i, M_j))\] pour tout \(k \geq j\). Puisque \(f_{ij}\) est l’image de \(\text{id} \in \Hom(M_j, M_j)\) par \(\Hom(M_j, M_j) \to \Hom(M_i, M_j)\), cela montre que, pour tout \(k \geq j\), il existe \(h \in \Hom(M_k, M_j)\) tel que \(f_{ij} = h \circ f_{ik}\). Si \(j \geq k\), on peut prendre \(h = f_{kj}\). Ainsi, (3) est satisfaite.
Définition
Soit \(M\) un \(R\)-module. On dit que \(M\) est de Mittag-Leffler si les conditions équivalentes de la proposition 059E sont satisfaites.
En particulier, tout module de présentation finie est de Mittag-Leffler.
Remarque
Soit \(M\) un \(R\)-module plat. D’après le théorème de Lazard (théorème 058G), on peut écrire \(M = \colim M_i\) comme la colimite d’un système inductif \((M_i, f_{ij})\) où les \(M_i\) sont des \(R\)-modules libres de type fini. Pour que \(M\) soit de Mittag-Leffler, il suffit que le système projectif des duaux \((\Hom_R(M_i, R), \Hom_R(f_{ij}, R))\) soit de Mittag-Leffler. Cela résulte du critère (4) de la proposition 059E et du fait que, pour un \(R\)-module libre de type fini \(F\), il existe un isomorphisme fonctoriel \(\Hom_R(F, R) \otimes_R N \cong \Hom_R(F, N)\) pour tout \(R\)-module \(N\).
Lemme
Si \(R\) est un anneau et si \(M\), \(N\) sont des \(R\)-modules de Mittag-Leffler, alors \(M \otimes_R N\) est un module de Mittag-Leffler.
Démonstration
Écrivons \(M = \colim_{i \in I} M_i\) et \(N = \colim_{j \in J} N_j\) comme des colimites filtrantes de \(R\)-modules de présentation finie. Notons \(f_{ii'} : M_i \to M_{i'}\) et \(g_{jj'} : N_j \to N_{j'}\) les morphismes de transition. Alors \(M_i \otimes_R N_j\) est un \(R\)-module de présentation finie (voir le lemme 05BS), et \(M \otimes_R N = \colim_{(i, j) \in I \times J} M_i \otimes_R M_j\). Choisissons \((i, j) \in I \times J\). Par définition d’un module de Mittag-Leffler, la proposition 059E (3) s’applique aux deux systèmes. Autrement dit, il existe \(i' \geq i\) et \(j' \geq j\) tels que, pour tous \(i'' \geq i\) et \(j'' \geq j\), il existe des morphismes \(a : M_{i''} \to M_{i'}\) et \(b : M_{j''} \to M_{j'}\) tels que \(f_{ii'} = a \circ f_{ii''}\) et \(g_{jj'} = b \circ g_{jj''}\). Il est alors clair que \(a \otimes b : M_{i''} \otimes_R N_{j''} \to M_{i'} \otimes_R N_{j'}\) joue le même rôle pour le système \((M_i \otimes_R N_j, f_{ii'} \otimes g_{jj'})\). Ainsi, d’après la caractérisation de la proposition 059E (3), on conclut que \(M \otimes_R N\) est de Mittag-Leffler.
Lemme
Soient \(R\) un anneau et \(M\) un \(R\)-module. Alors \(M\) est de Mittag-Leffler si et seulement si, pour tout \(R\)-module libre de type fini \(F\) et tout morphisme de modules \(f: F \to M\), il existe un \(R\)-module de présentation finie \(Q\) et un morphisme de modules \(g : F \to Q\) tels que \(g\) et \(f\) se dominent mutuellement, c’est-à-dire \(\Ker(f \otimes_R \text{id}_N) = \Ker(g \otimes_R \text{id}_N)\) pour tout \(R\)-module \(N\).
Démonstration
Comme cette condition est manifestement plus faible que la condition (1) de la proposition 059E, on voit qu’un module de Mittag-Leffler la satisfait. Réciproquement, supposons que \(M\) satisfasse cette condition et que \(f : P \to M\) soit un morphisme de \(R\)-modules d’un \(R\)-module de présentation finie \(P\) vers \(M\). Choisissons une surjection \(F \to P\), où \(F\) est un \(R\)-module libre de type fini. Par hypothèse, on peut trouver un morphisme \(F \to Q\), où \(Q\) est un \(R\)-module de présentation finie, tel que \(F \to Q\) et \(F \to M\) se dominent mutuellement. En particulier, le noyau de \(F \to Q\) contient le noyau de \(F \to P\) ; on obtient donc un morphisme de \(R\)-modules \(g : P \to Q\) tel que \(F \to Q\) soit égal à la composée \(F \to P \to Q\). Soit \(N\) un \(R\)-module quelconque et considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ F \otimes_R N \ar[d] \ar[r] & Q \otimes_R N \\ P \otimes_R N \ar[ru] \ar[r] & M \otimes_R N }\] Par hypothèse, les noyaux de \(F \otimes_R N \to Q \otimes_R N\) et de \(F \otimes_R N \to M \otimes_R N\) sont égaux. Comme \(F \otimes_R N \to P \otimes_R N\) est surjectif, les noyaux de \(P \otimes_R N \to Q \otimes_R N\) et de \(P \otimes_R N \to M \otimes_R N\) sont donc eux aussi égaux.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux fini et de présentation finie. Soit \(M\) un \(S\)-module. Si \(M\) est un module de Mittag-Leffler sur \(S\), alors \(M\) est un module de Mittag-Leffler sur \(R\).
Démonstration
Supposons que \(M\) soit un module de Mittag-Leffler sur \(S\). Écrivons \(M = \colim M_i\) comme colimite filtrante de \(S\)-modules de présentation finie \(M_i\). Comme \(M\) est de Mittag-Leffler sur \(S\), il existe, pour tout \(i\), un indice \(j \geq i\) tel que, pour tout \(k \geq j\), il existe une factorisation \(f_{ij} = h \circ f_{ik}\) (où \(h\) dépend de \(i\), du choix de \(j\) et de \(k\)). Notons que, d’après le lemme 0564, les modules \(M_i\) sont aussi de présentation finie comme \(R\)-modules. De plus, tous les morphismes \(f_{ij}, f_{ik}, h\) sont des morphismes de \(R\)-modules. Le système \((M_i, f_{ij})\) satisfait donc la même condition lorsqu’on le considère comme un système de \(R\)-modules. Ainsi, \(M\) est de Mittag-Leffler comme \(R\)-module.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S = R/I\) pour un idéal de type fini \(I\). Soit \(M\) un \(S\)-module. Alors \(M\) est un module de Mittag-Leffler sur \(R\) si et seulement si \(M\) est un module de Mittag-Leffler sur \(S\).
Démonstration
Une implication résulte du lemme 05CQ. Pour démontrer l’autre, supposons \(M\) de Mittag-Leffler comme \(R\)-module. Écrivons \(M = \colim M_i\) comme colimite filtrante de \(S\)-modules de présentation finie. Comme \(I\) est de type fini, l’anneau \(S\) est fini et de présentation finie comme \(R\)-algèbre ; les modules \(M_i\) sont donc de présentation finie comme \(R\)-modules, voir le lemme 0564. Soit ensuite \(N\) un \(S\)-module quelconque. Notons que, pour tout \(i\), on a \(\Hom_R(M_i, N) = \Hom_S(M_i, N)\), puisque \(R \to S\) est surjectif. Ainsi, la condition que le système projectif \((\Hom_R(M_i, N))_i\) soit de Mittag-Leffler implique que le système \((\Hom_S(M_i, N))_i\) est de Mittag-Leffler. Par définition, \(M\) est donc de Mittag-Leffler sur \(S\).
Remarque
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux fini et de présentation finie. Soit \(M\) un \(S\)-module qui est de Mittag-Leffler comme \(R\)-module. En général, il n’est alors pas vrai que \(M\) soit de Mittag-Leffler comme \(S\)-module. Supposons par exemple que \(S\) soit l’anneau des nombres duaux sur \(R\), c’est-à-dire \(S = R \oplus R\epsilon\) avec \(\epsilon^2 = 0\). Un \(S\)-module consiste alors en un \(R\)-module \(M\) muni d’un endomorphisme \(R\)-linéaire de carré nul \(\epsilon : M \to M\). Supposons maintenant que \(M_0\) soit un \(R\)-module qui ne soit pas de Mittag-Leffler. Choisissons une présentation \(F_1 \xrightarrow{u} F_0 \to M_0 \to 0\), où \(F_1\) et \(F_0\) sont des \(R\)-modules libres. Posons \(M = F_1 \oplus F_0\) et \[\epsilon = \left( \begin{matrix} 0 & 0 \\ u & 0 \end{matrix} \right) : M \longrightarrow M.\] Alors \(M/\epsilon M \cong F_1 \oplus M_0\) n’est pas de Mittag-Leffler sur \(R = S/\epsilon S\), et n’est donc pas de Mittag-Leffler sur \(S\) (voir le lemme 05CR). D’autre part, \(M/\epsilon M = M \otimes_S S/\epsilon S\), qui serait de Mittag-Leffler sur \(S\) si \(M\) l’était, voir le lemme 05CN.
Commutation des produits directs avec le produit tensoriel
Soit \(M\) un \(R\)-module et soit \((Q_{\alpha})_{\alpha \in A}\) une famille de \(R\)-modules. Il existe alors un morphisme canonique \(M \otimes_R \left( \prod_{\alpha \in A} Q_{\alpha} \right) \to \prod_{\alpha \in A} ( M \otimes_R Q_{\alpha})\) donné sur les tenseurs purs par \(x \otimes (q_{\alpha}) \mapsto (x \otimes q_{\alpha})\). Ce morphisme n’est pas nécessairement injectif ni surjectif, comme le montre l’exemple suivant.
Exemple
Prenons \(R = \mathbf{Z}\), \(M = \mathbf{Q}\), et considérons la famille \(Q_n = \mathbf{Z}/n\) pour \(n \geq 1\). Alors \(\prod_n (M \otimes Q_n) = 0\). Toutefois, il existe une injection \(\mathbf{Q} \to M \otimes (\prod_n Q_n)\) obtenue en tensorisant l’injection \(\mathbf{Z} \to \prod_n Q_n\) par \(M\) ; ainsi, \(M \otimes (\prod_n Q_n)\) est non nul. Le morphisme \(M \otimes (\prod_n Q_n) \to \prod_n (M \otimes Q_n)\) n’est donc pas injectif.
D’autre part, prenons encore \(R = \mathbf{Z}\), \(M = \mathbf{Q}\), et posons \(Q_n = \mathbf{Z}\) pour \(n \geq 1\). L’image de \(M \otimes (\prod_n Q_n) \to \prod_n (M \otimes Q_n) = \prod_n M\) est formée exactement des suites de la forme \((a_n/m)_{n \geq 1}\), où \(a_n \in \mathbf{Z}\) et où \(m\) est un entier non nul. Le morphisme n’est donc pas surjectif.
Nous déterminons ci-dessous les conditions précises à imposer à \(M\) pour que le morphisme \(M \otimes_R \left( \prod_{\alpha} Q_{\alpha} \right) \to \prod_{\alpha} (M \otimes_R Q_{\alpha})\) soit surjectif, bijectif ou injectif pour tout choix de \((Q_{\alpha})_{\alpha \in A}\). Cela est pertinent, car les modules pour lesquels il est injectif sont exactement les modules de Mittag-Leffler (proposition 059M). Dans la suite, si \(M\) est un \(R\)-module et \(A\) un ensemble, nous notons \(M^A\) le produit \(\prod_{\alpha \in A} M\).
Proposition
Soit \(M\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est de type fini.
Pour toute famille \((Q_{\alpha})_{\alpha \in A}\) de \(R\)-modules, le morphisme canonique \(M \otimes_R \left( \prod_{\alpha} Q_{\alpha} \right) \to \prod_{\alpha} (M \otimes_R Q_{\alpha})\) est surjectif.
Pour tout \(R\)-module \(Q\) et tout ensemble \(A\), le morphisme canonique \(M \otimes_R Q^{A} \to (M \otimes_R Q)^{A}\) est surjectif.
Pour tout ensemble \(A\), le morphisme canonique \(M \otimes_R R^{A} \to M^{A}\) est surjectif.
Démonstration
Montrons d’abord que (1) implique (2). Choisissons une surjection \(R^n \to M\) et considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ R^n \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r]^{\cong} \ar[d] & \prod_{\alpha} (R^n \otimes_R Q_{\alpha}) \ar[d] \\ M \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r] & \prod_{\alpha} ( M \otimes_R Q_{\alpha}). }\] La flèche supérieure est un isomorphisme et les flèches verticales sont surjectives. On en conclut que la flèche inférieure est surjective.
Il est clair que (2) implique (3), qui implique (4) ; il reste donc à montrer que (4) implique (1). En fait, pour que (1) soit satisfaite, il suffit que l’élément \(d = (x)_{x \in M}\) de \(M^M\) appartienne à l’image du morphisme \(f: M \otimes_R R^{M} \to M^M\). Dans ce cas, \(d = \sum_{i = 1}^{n} f(x_i \otimes a_i)\) pour certains \(x_i \in M\) et \(a_i \in R^M\). Si, pour \(x \in M\), on note \(p_x: M^M \to M\) la projection sur le facteur indexé par \(x\), alors \[x = p_x(d) = \sum\nolimits_{i = 1}^{n} p_x(f(x_i \otimes a_i)) = \sum\nolimits_{i=1}^{n} p_x(a_i) x_i.\] Ainsi, \(x_1, \ldots, x_n\) engendrent \(M\).
Proposition
Soit \(M\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est de présentation finie.
Pour toute famille \((Q_{\alpha})_{\alpha \in A}\) de \(R\)-modules, le morphisme canonique \(M \otimes_R \left( \prod_{\alpha} Q_{\alpha} \right) \to \prod_{\alpha} (M \otimes_R Q_{\alpha})\) est bijectif.
Pour tout \(R\)-module \(Q\) et tout ensemble \(A\), le morphisme canonique \(M \otimes_R Q^{A} \to (M \otimes_R Q)^{A}\) est bijectif.
Pour tout ensemble \(A\), le morphisme canonique \(M \otimes_R R^{A} \to M^{A}\) est bijectif.
Démonstration
Montrons d’abord que (1) implique (2). Choisissons une présentation \(R^m \to R^n \to M\) et considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ R^m \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r] \ar[d]^{\cong} & R^n \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r] \ar[d]^{\cong} & M \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r] \ar[d] & 0 \\ \prod_{\alpha} (R^m \otimes_R Q_{\alpha}) \ar[r] & \prod_{\alpha} (R^n \otimes_R Q_{\alpha}) \ar[r] & \prod_{\alpha} (M \otimes_R Q_{\alpha}) \ar[r] & 0. }\] Les deux premières flèches verticales sont des isomorphismes et les lignes sont exactes. Cela implique que le morphisme \(M \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \to \prod_{\alpha} ( M \otimes_R Q_{\alpha})\) est surjectif et, par une chasse au diagramme, également injectif. Ainsi, (2) est satisfaite.
Il est clair que (2) implique (3), qui implique (4) ; il reste donc à montrer que (4) implique (1). D’après la proposition 059J, si (4) est satisfaite, on sait déjà que \(M\) est de type fini. On peut donc choisir une surjection \(F \to M\), où \(F\) est libre de type fini. Soit \(K\) le noyau. Nous devons montrer que \(K\) est de type fini. Pour tout ensemble \(A\), on a un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & K \otimes_R R^A \ar[r] \ar[d]_{f_3} & F \otimes_R R^A \ar[r] \ar[d]_{f_2}^{\cong} & M \otimes_R R^A \ar[r] \ar[d]_{f_1}^{\cong} & 0 \\ 0 \ar[r] & K^A \ar[r] & F^A \ar[r] & M^A \ar[r] & 0 . }\] Le morphisme \(f_1\) est un isomorphisme par hypothèse, le morphisme \(f_2\) est un isomorphisme puisque \(F\) est libre de type fini, et les lignes sont exactes. Une chasse au diagramme montre que \(f_3\) est surjectif ; la proposition 059J montre donc que \(K\) est de type fini.
Nous aurons besoin du lemme suivant pour la prochaine proposition.
Lemme
Soient \(M\) un \(R\)-module, \(P\) un \(R\)-module de présentation finie et \(f: P \to M\) un morphisme. Soit \(Q\) un \(R\)-module et supposons que \(x \in \Ker(P \otimes Q \to M \otimes Q)\). Alors il existe un \(R\)-module de présentation finie \(P'\) et un morphisme \(f': P \to P'\) tels que \(f\) se factorise par \(f'\) et que \(x \in \Ker(P \otimes Q \to P' \otimes Q)\).
Démonstration
Écrivons \(M\) comme une colimite \(M = \colim_{i \in I} M_i\) d’un système filtrant de modules de présentation finie \(M_i\). Puisque \(P\) est de présentation finie, le morphisme \(f: P \to M\) se factorise par \(M_j \to M\) pour un certain \(j \in I\). Après tensorisation par \(Q\), nous avons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & M_j \otimes Q \ar[dr] & \\ P \otimes Q \ar[ur] \ar[rr] & & M \otimes Q . }\] L’image \(y\) de \(x\) dans \(M_j \otimes Q\) appartient au noyau de \(M_j \otimes Q \to M \otimes Q\). Puisque \(M \otimes Q = \colim_{i \in I} (M_i \otimes Q)\), cela signifie que \(y\) s’envoie sur \(0\) dans \(M_{j'} \otimes Q\) pour un certain \(j' \geq j\). Nous pouvons donc prendre \(P' = M_{j'}\) et pour \(f'\) le composé \(P \to M_j \to M_{j'}\).
Proposition
Soit \(M\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est de Mittag-Leffler.
Pour toute famille \((Q_{\alpha})_{\alpha \in A}\) de \(R\)-modules, le morphisme canonique \(M \otimes_R \left( \prod_{\alpha} Q_{\alpha} \right) \to \prod_{\alpha} (M \otimes_R Q_{\alpha})\) est injectif.
Démonstration
Montrons d’abord que (1) implique (2). Supposons que \(M\) soit de Mittag-Leffler et soit \(x\) dans le noyau de \(M \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \to \prod_{\alpha} (M \otimes_R Q_{\alpha})\). Écrivons \(M\) comme une colimite \(M = \colim_{i \in I} M_i\) d’un système filtrant de modules de présentation finie \(M_i\). Alors \(M \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha})\) est la colimite des \(M_i \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha})\). Ainsi, \(x\) est l’image d’un élément \(x_i \in M_i \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha})\). Nous devons montrer que \(x_i\) s’envoie sur \(0\) dans \(M_j \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha})\) pour un certain \(j \geq i\). Puisque \(M\) est de Mittag-Leffler, nous pouvons choisir \(j \geq i\) tel que \(M_i \to M_j\) et \(M_i \to M\) se dominent mutuellement. Considérons alors le diagramme commutatif \[\xymatrix{ M \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r] & \prod_{\alpha} (M \otimes_R Q_{\alpha}) \\ M_i \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r]^{\cong} \ar[d] \ar[u] & \prod_{\alpha} (M_i \otimes_R Q_{\alpha}) \ar[d] \ar[u] \\ M_j \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r]^{\cong} & \prod_{\alpha} (M_j \otimes_R Q_{\alpha}) }\] dont les deux flèches horizontales inférieures sont des isomorphismes, d’après la proposition 059K. Puisque \(x_i\) s’envoie sur \(0\) dans \(\prod_{\alpha} (M \otimes_R Q_{\alpha})\), son image dans \(\prod_{\alpha} (M_i \otimes_R Q_{\alpha})\) appartient au noyau du morphisme \(\prod_{\alpha} (M_i \otimes_R Q_{\alpha}) \to \prod_{\alpha} (M \otimes_R Q_{\alpha})\). Mais ce noyau est égal au noyau de \(\prod_{\alpha} (M_i \otimes_R Q_{\alpha}) \to \prod_{\alpha} (M_j \otimes_R Q_{\alpha})\) par le choix de \(j\). Ainsi, \(x_i\) s’envoie sur \(0\) dans \(\prod_{\alpha} (M_j \otimes_R Q_{\alpha})\), et donc sur \(0\) dans \(M_j \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha})\).
Supposons maintenant que (2) soit satisfaite. Nous montrons que \(M\) satisfait la formulation (1) de la propriété de Mittag-Leffler donnée dans la proposition 059E. Soit \(f: P \to M\) un morphisme d’un module de présentation finie \(P\) vers \(M\). Choisissons un ensemble \(B\) de représentants des classes d’isomorphisme de \(R\)-modules de présentation finie. Soit \(A\) l’ensemble des couples \((Q, x)\) où \(Q \in B\) et \(x \in \Ker(P \otimes Q \to M \otimes Q)\). Pour \(\alpha = (Q, x) \in A\), nous notons \(Q_{\alpha}\) le module \(Q\) et \(x_{\alpha}\) l’élément \(x\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ M \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r] & \prod_{\alpha} (M \otimes_R Q_{\alpha}) \\ P \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r]^{\cong} \ar[u] & \prod_{\alpha} (P \otimes_R Q_{\alpha}) \ar[u] . }\] La flèche supérieure est injective par hypothèse, et la flèche inférieure est un isomorphisme par la proposition 059K. Soit \(x \in P \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha})\) l’élément correspondant à \((x_{\alpha}) \in \prod_{\alpha} (P \otimes_R Q_{\alpha})\) par cet isomorphisme. Alors \(x \in \Ker( P \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \to M \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}))\), puisque la flèche supérieure du diagramme est injective. Par le lemme 059L, nous obtenons un module de présentation finie \(P'\) et un morphisme \(f': P \to P'\) tels que \(f: P \to M\) se factorise par \(f'\) et que \(x \in \Ker(P \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \to P' \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}))\). Nous avons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ P' \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r]^{\cong} & \prod_{\alpha} (P' \otimes_R Q_{\alpha}) \\ P \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r]^{\cong} \ar[u] & \prod_{\alpha} (P \otimes_R Q_{\alpha}) \ar[u] . }\] où les flèches supérieure et inférieure sont toutes deux des isomorphismes par la proposition 059K. Ainsi, puisque \(x\) appartient au noyau du morphisme vertical de gauche, \((x_{\alpha})\) appartient au noyau du morphisme vertical de droite. Cela signifie que \(x_{\alpha} \in \Ker(P \otimes_R Q_{\alpha} \to P' \otimes_R Q_{\alpha})\) pour tout \(\alpha \in A\). Par définition de \(A\), cela signifie que \(\Ker(P \otimes_R Q \to P' \otimes_R Q) \supset \Ker(P \otimes_R Q \to M \otimes_R Q)\) pour tout \(Q\) de présentation finie et, puisque \(f: P \to M\) se factorise par \(f': P \to P'\), nous avons en fait l’égalité. Par le lemme 059C, \(f\) et \(f'\) se dominent mutuellement.
Lemme
Soit \(M\) un module plat de Mittag-Leffler sur \(R\). Soit \(F\) un \(R\)-module et soit \(x \in F \otimes_R M\). Alors il existe un plus petit sous-module \(F' \subset F\) tel que \(x \in F' \otimes_R M\). De plus, \(F'\) est un \(R\)-module de type fini.
Démonstration
Puisque \(M\) est plat, nous avons \(F' \otimes_R M \subset F \otimes_R M\) si \(F' \subset F\) est un sous-module, de sorte que l’énoncé a un sens. Soit \(I = \{F' \subset F \mid x \in F' \otimes_R M\}\) et, pour \(i \in I\), notons \(F_i \subset F\) le sous-module correspondant. Alors \(x\) s’envoie sur zéro par le morphisme \[F \otimes_R M \longrightarrow \prod (F/F_i \otimes_R M)\] d’où, par la proposition 059M, \(x\) s’envoie sur zéro par le morphisme \[F \otimes_R M \longrightarrow \left(\prod F/F_i\right) \otimes_R M\] Puisque \(M\) est plat, le noyau de cette flèche est \((\bigcap F_i) \otimes_R M\), ce qui prouve que \(F' = \bigcap F_i\) convient. Pour voir que \(F'\) est un module de type fini, supposons que \(x = \sum_{j = 1, \ldots, m} f_j \otimes m_j\) avec \(f_j \in F'\) et \(m_j \in M\). Alors \(x \in F'' \otimes_R M\), où \(F'' \subset F'\) est le sous-module engendré par \(f_1, \ldots, f_m\). Bien entendu, \(F'' = F'\), ce qui donne la dernière assertion.
Lemme
Soit \(0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\) une suite universellement exacte de \(R\)-modules. Alors :
Si \(M_2\) est de Mittag-Leffler, alors \(M_1\) est de Mittag-Leffler.
Si \(M_1\) et \(M_3\) sont de Mittag-Leffler, alors \(M_2\) est de Mittag-Leffler.
Démonstration
Pour toute famille \((Q_{\alpha})_{\alpha \in A}\) de \(R\)-modules, nous avons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & M_1 \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r] \ar[d] & M_2 \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r] \ar[d] & M_3 \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & \prod_{\alpha}(M_1 \otimes Q_{\alpha}) \ar[r] & \prod_{\alpha}(M_2 \otimes Q_{\alpha}) \ar[r] & \prod_{\alpha}(M_3 \otimes Q_{\alpha})\ar[r] & 0 }\] dont les lignes sont exactes. Ainsi, (1) et (2) résultent de la proposition 059M.
Lemme
Soit \(M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\) une suite exacte de \(R\)-modules. Si \(M_1\) est de type fini et \(M_2\) est de Mittag-Leffler, alors \(M_3\) est de Mittag-Leffler.
Démonstration
Pour toute famille \((Q_{\alpha})_{\alpha \in A}\) de \(R\)-modules, puisque le produit tensoriel est exact à droite, nous avons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ M_1 \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r] \ar[d] & M_2 \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r] \ar[d] & M_3 \otimes_R (\prod_{\alpha} Q_{\alpha}) \ar[r] \ar[d] & 0 \\ \prod_{\alpha}(M_1 \otimes Q_{\alpha}) \ar[r] & \prod_{\alpha}(M_2 \otimes Q_{\alpha}) \ar[r] & \prod_{\alpha}(M_3 \otimes Q_{\alpha})\ar[r] & 0 }\] dont les lignes sont exactes. Par la proposition 059J, la flèche verticale de gauche est surjective. Par la proposition 059M, la flèche verticale du milieu est injective. Une chasse au diagramme montre que la flèche verticale de droite est injective. Ainsi, \(M_3\) est de Mittag-Leffler par la proposition 059M.
Lemme
Si \(M = \colim M_i\) est la colimite d’un système filtrant de \(R\)-modules de Mittag-Leffler \(M_i\) dont les morphismes de transition sont universellement injectifs, alors \(M\) est de Mittag-Leffler.
Démonstration
Soit \((Q_{\alpha})_{\alpha \in A}\) une famille de \(R\)-modules. Nous devons montrer que \(M \otimes_R (\prod Q_\alpha) \to \prod M \otimes_R Q_\alpha\) est injectif, et nous savons que \(M_i \otimes_R (\prod Q_\alpha) \to \prod M_i \otimes_R Q_\alpha\) est injectif pour tout \(i\), voir la proposition 059M. Comme \(\otimes\) commute aux colimites filtrantes, il suffit de montrer que \(\prod M_i \otimes_R Q_\alpha \to \prod M \otimes_R Q_\alpha\) est injectif. Cela est clair, car chacun des morphismes \(M_i \otimes_R Q_\alpha \to M \otimes_R Q_\alpha\) est injectif par l’hypothèse que les morphismes de transition sont universellement injectifs.
Lemme
Si \(M = \bigoplus_{i \in I} M_i\) est une somme directe de \(R\)-modules, alors \(M\) est de Mittag-Leffler si et seulement si chaque \(M_i\) est de Mittag-Leffler.
Démonstration
Le sens « seulement si » résulte du lemme 059N (1) et du fait qu’une suite exacte courte scindée est universellement exacte. La réciproque résulte du lemme 0AS7, mais nous pouvons aussi raisonner directement comme suit. Remarquons d’abord que si \(I\) est fini, cela résulte du lemme 059N (2). Pour \(I\) quelconque, si tous les \(M_i\) sont de Mittag-Leffler, nous montrons qu’il en est de même de \(M\) en vérifiant la condition (1) de la proposition 059E. Soit \(f: P \to M\) un morphisme d’un module de présentation finie \(P\). Alors \(f\) se factorise sous la forme \(P \xrightarrow{f'} \bigoplus_{i' \in I'} M_{i'} \hookrightarrow \bigoplus_{i \in I} M_i\) pour une certaine partie finie \(I'\) de \(I\). Par le cas fini, \(\bigoplus_{i' \in I'} M_{i'}\) est de Mittag-Leffler, et il existe donc un module de présentation finie \(Q\) et un morphisme \(g: P \to Q\) tels que \(g\) et \(f'\) se dominent mutuellement. Alors \(g\) et \(f\) se dominent également mutuellement.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Si \(S\) est de Mittag-Leffler comme \(R\)-module, et si \(M\) est plat et de Mittag-Leffler comme \(S\)-module, alors \(M\) est de Mittag-Leffler comme \(R\)-module.
Démonstration
Nous déduisons ceci de la caractérisation de la proposition 059M. En effet, supposons que les \(Q_\alpha\) forment une famille de \(R\)-modules. Considérons le composé \[\xymatrix{ M \otimes_R \prod_\alpha Q_\alpha = M \otimes_S S \otimes_R \prod_\alpha Q_\alpha \ar[d] \\ M \otimes_S \prod_\alpha (S \otimes_R Q_\alpha) \ar[d] \\ \prod_\alpha (M \otimes_S S \otimes_R Q_\alpha) = \prod_\alpha (M \otimes_R Q_\alpha) }\] La première flèche est injective puisque \(M\) est plat sur \(S\) et que \(S\) est de Mittag-Leffler sur \(R\), et la seconde flèche est injective puisque \(M\) est de Mittag-Leffler sur \(S\). Ainsi, \(M\) est de Mittag-Leffler sur \(R\).
Anneaux cohérents
Nous utilisons la discussion sur la commutation de \(\prod\) et \(\otimes\) pour déterminer les anneaux pour lesquels les produits de modules plats sont plats. Il s’avère qu’il s’agit des anneaux dits cohérents. La notion de module \(\mathcal{O}_X\) cohérent sur un espace annelé vous est peut-être plus familière, voir Modules, section 01BU.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module.
Nous disons que \(M\) est un module cohérent s’il est de type fini et si tout sous-module de type fini de \(M\) est de présentation finie sur \(R\).
Nous disons que \(R\) est un anneau cohérent s’il est cohérent comme module sur lui-même.
Ainsi, un anneau est cohérent si et seulement si tout idéal de type fini est de présentation finie comme module.
Exemple
Un anneau de valuation est un anneau cohérent. En effet, tout idéal non nul de type fini est principal (lemme 090Q), donc libre puisqu’un anneau de valuation est intègre, et donc de présentation finie.
La catégorie des modules cohérents est abélienne.
Lemme
Soit \(R\) un anneau.
Un sous-module de type fini d’un module cohérent est cohérent.
Soit \(\varphi : N \to M\) un homomorphisme d’un module de type fini vers un module cohérent. Alors \(\Ker(\varphi)\) est de type fini, \(\Im(\varphi)\) est cohérent et \(\Coker(\varphi)\) est cohérent.
Soit \(\varphi : N \to M\) un homomorphisme de modules cohérents. Alors \(\Ker(\varphi)\) et \(\Coker(\varphi)\) sont des modules cohérents.
Étant donnée une suite exacte courte de \(R\)-modules \(0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\), si deux d’entre eux sont cohérents, le troisième l’est aussi.
Démonstration
La première assertion résulte immédiatement de la définition.
Soit \(\varphi : N \to M\) satisfaisant aux hypothèses de (2). Tout d’abord, \(\Im(\varphi)\) est de type fini, donc cohérent par (1). En particulier, \(\Im(\varphi)\) est de présentation finie ; en appliquant le lemme 0519 à la suite exacte \(0 \to \Ker(\varphi) \to N \to \Im(\varphi) \to 0\), nous voyons que \(\Ker(\varphi)\) est de type fini. Pour montrer que \(\Coker(\varphi)\) est cohérent, soit \(E \subset \Coker(\varphi)\) un sous-module de type fini, et soit \(E'\) son image réciproque dans \(M\). De la suite exacte \(0 \to \Im(\varphi) \to E' \to E \to 0\) et puisque \(\Ker(\varphi)\) est de type fini, nous concluons par le lemme 0519 que \(E' \subset M\) est de type fini, donc de présentation finie puisque \(M\) est cohérent. La même suite exacte montre alors que \(E\) est de présentation finie, d’où l’assertion.
La partie (3) résulte immédiatement de (1) et (2).
Soit \(0 \to M_1 \xrightarrow{i} M_2 \xrightarrow{p} M_3 \to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules comme dans (4). Il reste à montrer que si \(M_1\) et \(M_3\) sont cohérents, alors \(M_2\) l’est. Par le lemme 0519, nous voyons que \(M_2\) est de type fini. Soit \(N_2 \subset M_2\) un sous-module de type fini. Posons \(N_3 = p(N_2) \subset M_3\) et \(N_1 = i^{-1}(N_2) \subset M_1\). Nous avons une suite exacte \(0 \to N_1 \to N_2 \to N_3 \to 0\). Il est clair que \(N_3\) est de type fini (comme quotient de \(N_2\)), donc de présentation finie (comme sous-module de type fini de \(M_3\)). Il résulte du lemme 0519 (5) que \(N_1\) est de type fini, donc de présentation finie (comme sous-module de type fini de \(M_1\)). Nous concluons par le lemme 0519 (2) que \(N_2\) est de présentation finie.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Si \(R\) est cohérent, alors un module est cohérent si et seulement s’il est de présentation finie.
Démonstration
Il est clair qu’un module cohérent est de présentation finie (sur tout anneau). Réciproquement, si \(R\) est cohérent, alors \(R^{\oplus n}\) est cohérent, de même que le conoyau de tout morphisme \(R^{\oplus m} \to R^{\oplus n}\), voir le lemme 05CW.
Lemme
Un anneau noethérien est un anneau cohérent.
Démonstration
Par le lemme 00FP, tout \(R\)-module de type fini est de présentation finie. En particulier, tout idéal de \(R\) est de présentation finie.
Proposition
Soit \(R\) un anneau. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R\) est cohérent,
tout produit de \(R\)-modules plats est plat, et
pour tout ensemble \(A\), le module \(R^A\) est plat.
Démonstration
Supposons \(R\) cohérent, et soit \(Q_\alpha\), \(\alpha \in A\), un ensemble de \(R\)-modules plats. Nous devons montrer que \(I \otimes_R \prod_\alpha Q_\alpha \to \prod Q_\alpha\) est injectif pour tout idéal de type fini \(I\) de \(R\), voir le lemme 00HD. Puisque \(R\) est cohérent, \(I\) est un \(R\)-module de présentation finie. Ainsi, \(I \otimes_R \prod_\alpha Q_\alpha = \prod I \otimes_R Q_\alpha\) par la proposition 059K. L’injectivité voulue résulte de ce que \(I \otimes_R Q_\alpha \to Q_\alpha\) est injectif par platitude de \(Q_\alpha\).
L’implication (2) \(\Rightarrow\) (3) est triviale.
Supposons que le \(R\)-module \(R^A\) soit plat pour tout ensemble \(A\). Soit \(I\) un idéal de type fini de \(R\). Alors \(I \otimes_R R^A \to R^A\) est injectif par hypothèse. Par la proposition 059J et la finitude de \(I\), l’image est égale à \(I^A\). Ainsi, \(I \otimes_R R^A = I^A\) pour tout ensemble \(A\), et nous concluons que \(I\) est de présentation finie par la proposition 059K.
Exemples et contre-exemples de modules de Mittag-Leffler
Nous terminons cette section par quelques exemples et contre-exemples de modules de Mittag-Leffler.
Exemple
Modules de Mittag-Leffler.
Tout module de présentation finie est de Mittag-Leffler. Cela résulte, par exemple, de la proposition 059E (1). Plus généralement, un module de type fini est de Mittag-Leffler si et seulement s’il est de présentation finie. Cela résulte des propositions 059J, 059K et 059M.
Un module libre est de Mittag-Leffler puisqu’il satisfait la condition (1) de la proposition 059E.
Par l’exemple précédent et le lemme 059P, les modules projectifs sont de Mittag-Leffler.
Nous voulons aussi ajouter à notre liste d’exemples les anneaux de séries formelles sur un anneau noethérien \(R\). Ce sera une conséquence du lemme suivant.
Lemme
Soit \(M\) un \(R\)-module plat. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est de Mittag-Leffler, et
si \(F\) est un \(R\)-module libre de type fini et si \(x \in F \otimes_R M\), alors il existe un plus petit sous-module \(F'\) de \(F\) tel que \(x \in F' \otimes_R M\).
Démonstration
L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) est un cas particulier du lemme 0AS6. Supposons (2). Par le théorème 058G, nous pouvons écrire \(M\) comme la colimite \(M = \colim_{i \in I} M_i\) d’un système filtrant \((M_i, f_{ij})\) de \(R\)-modules libres de type fini. Par la remarque 059G, il suffit de montrer que le système projectif \((\Hom_R(M_i, R), \Hom_R(f_{ij}, R))\) est de Mittag-Leffler. Autrement dit, fixons \(i \in I\) et, pour \(j \geq i\), soit \(Q_j\) l’image de \(\Hom_R(M_j, R) \to \Hom_R(M_i, R)\) ; nous devons montrer que les \(Q_j\) se stabilisent.
Puisque \(M_i\) est libre de type fini, nous pouvons faire l’identification \(\Hom_R(M_i, M_j) = \Hom_R(M_i, R) \otimes_R M_j\) pour tout \(j\). En utilisant le fait que les \(M_j\) sont libres, il s’ensuit que, pour \(j \geq i\), \(Q_j\) est le plus petit sous-module de \(\Hom_R(M_i, R)\) tel que \(f_{ij} \in Q_j \otimes_R M_j\). Sous l’identification \(\Hom_R(M_i, M) = \Hom_R(M_i, R) \otimes_R M\), le morphisme canonique \(f_i: M_i \to M\) appartient à \(\Hom_R(M_i, R) \otimes_R M\). Par l’hypothèse sur \(M\), il existe un plus petit sous-module \(Q\) de \(\Hom_R(M_i, R)\) tel que \(f_i \in Q \otimes_R M\). Nous allons montrer que les \(Q_j\) se stabilisent à \(Q\).
Pour \(j \geq i\), nous avons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ Q_j \otimes_R M_j \ar[r] \ar[d] & \Hom_R(M_i, R) \otimes_R M_j \ar[d] \\ Q_j \otimes_R M \ar[r] & \Hom_R(M_i, R) \otimes_R M. }\] Puisque \(f_{ij} \in Q_j \otimes_R M_j\) s’envoie sur \(f_i \in \Hom_R(M_i, R) \otimes_R M\), il s’ensuit que \(f_i \in Q_j \otimes_R M\). Ainsi, par le choix de \(Q\), nous avons \(Q \subset Q_j\) pour tout \(j \geq i\).
Puisque les \(Q_j\) sont décroissants et que \(Q \subset Q_j\) pour tout \(j \geq i\), pour montrer que les \(Q_j\) se stabilisent à \(Q\), il suffit de trouver un \(j \geq i\) tel que \(Q_j \subset Q\). Comme élément de \[\Hom_R(M_i, R) \otimes_R M = \colim_{j \in J} (\Hom_R(M_i, R) \otimes_R M_j),\] \(f_i\) est la colimite des \(f_{ij}\) pour \(j \geq i\), et \(f_i\) appartient également au sous-module \[\colim_{j \in J} (Q \otimes_R M_j) \subset \colim_{j \in J} (\Hom_R(M_i, R) \otimes_R M_j).\] Il s’ensuit que, pour un certain \(j \geq i\), \(f_{ij}\) appartient à \(Q \otimes_R M_j\). Puisque \(Q_j\) est le plus petit sous-module de \(\Hom_R(M_i, R)\) tel que \(f_{ij} \in Q_j \otimes_R M_j\), nous concluons que \(Q_j\subset Q\).
Lemme
Soient \(R\) un anneau noethérien et \(A\) un ensemble. Alors \(M = R^A\) est un \(R\)-module plat et de Mittag-Leffler.
Démonstration
En combinant le lemme 05CY et la proposition 05CZ, nous voyons que \(M\) est plat sur \(R\). Nous montrons que \(M\) satisfait la condition du lemme 059S. Soit \(F\) un \(R\)-module libre de type fini. Si \(F'\) est un sous-module quelconque de \(F\), alors il est de présentation finie puisque \(R\) est noethérien. Par la proposition 059K, nous avons donc un diagramme commutatif \[\xymatrix{ F' \otimes_R M \ar[r] \ar[d]^{\cong} & F \otimes_R M \ar[d]^{\cong} \\ (F')^A \ar[r] & F^A }\] par lequel nous pouvons identifier le morphisme \(F' \otimes_R M \to F \otimes_R M\) à \((F')^A \to F^A\). Ainsi, si \(x \in F \otimes_R M\) correspond à \((x_\alpha) \in F^A\), alors le sous-module \(F'\) de \(F\) engendré par les \(x_\alpha\) est le plus petit sous-module de \(F\) tel que \(x \in F' \otimes_R M\).
Lemme
Soient \(R\) un anneau noethérien et \(n\) un entier positif. Alors le \(R\)-module \(M = R[[t_1, \ldots, t_n]]\) est plat et de Mittag-Leffler.
Démonstration
Comme \(R\)-module, nous avons \(M = R^A\) pour un ensemble (dénombrable) \(A\). Ce lemme est donc un cas particulier du lemme 05D0.
Exemple
Modules qui ne sont pas de Mittag-Leffler.
Par l’exemple 059I et la proposition 059M, \(\mathbf{Q}\) n’est pas un \(\mathbf{Z}\)-module de Mittag-Leffler.
Nous démontrons ci-dessous (théorème 059Z) que, pour un module plat et dénombrablement engendré, la projectivité équivaut à être de Mittag-Leffler. Ainsi, tout module \(M\) plat, dénombrablement engendré et non projectif est un exemple de module qui n’est pas de Mittag-Leffler. Pour un tel exemple, voir la remarque 00NY.
Soit \(k\) un corps. Soit \(R = k[[x]]\). Le \(R\)-module \(M = \prod_{n \in \mathbf{N}} R/(x^n)\) n’est pas de Mittag-Leffler. En effet, considérons l’élément \(\xi = (\xi_1, \xi_2, \xi_3, \ldots)\) défini par \(\xi_{2^m} = x^{2^{m - 1}}\) et \(\xi_n = 0\) sinon, de sorte que \[\xi = (0, x, 0, x^2, 0, 0, 0, x^4, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 0, x^8, \ldots)\] Alors l’annulateur de \(\xi\) dans \(M/x^{2^m}M\) est engendré par \(x^{2^{m - 1}}\) pour \(m \gg 0\). Mais si \(M\) était de Mittag-Leffler, il existerait un \(R\)-module de type fini \(Q\) et un élément \(\xi' \in Q\) tels que l’annulateur de \(\xi'\) dans \(Q/x^l Q\) coïncide avec l’annulateur de \(\xi\) dans \(M/x^l M\) pour tout \(l \geq 1\), voir la proposition 059E (1). Vous pouvez alors montrer qu’il existe un entier \(a \geq 0\) tel que l’annulateur de \(\xi'\) dans \(Q/x^l Q\) soit engendré soit par \(x^a\), soit par \(x^{l - a}\) pour tout \(l \gg 0\) (selon que \(\xi' \in Q\) est de torsion ou non). En combinant ce qui précède, on obtiendrait, pour tout \(l = 2^m >> 0\), l’égalité \(a = l/2\) ou \(l - a = l/2\), ce qui est absurde.
Le même argument montre que le complété \((x)\)-adique de \(\bigoplus_{n \in \mathbf{N}} R/(x^n)\) n’est pas de Mittag-Leffler sur \(R = k[[x]]\) (indication : \(\xi\) est en fait un élément de ce complété).
Soit \(R = k[a, b]/(a^2, ab, b^2)\). Soit \(S\) la \(R\)-algèbre de présentation finie présentée par \(S = R[t]/(at - b)\). Alors, comme \(R\)-module, \(S\) est dénombrablement engendré et indécomposable (détails omis). D’autre part, \(R\) est local artinien, donc local complet, et donc un anneau local hensélien, voir le lemme 04GM. Si \(S\) était de Mittag-Leffler comme \(R\)-module, alors ce serait une somme directe de \(R\)-modules de type fini par le lemme 05D6. Nous concluons donc que \(S\) n’est pas de Mittag-Leffler comme \(R\)-module.
Modules de Mittag-Leffler dénombrablement engendrés
Il s’avère que les modules de Mittag-Leffler dénombrablement engendrés ont une structure particulièrement simple.
Lemme
Soit \(M\) un \(R\)-module. Écrivons \(M = \colim_{i \in I} M_i\), où \((M_i, f_{ij})\) est un système filtrant de \(R\)-modules de présentation finie. Si \(M\) est de Mittag-Leffler et dénombrablement engendré, alors il existe une partie filtrante dénombrable \(I' \subset I\) telle que \(M \cong \colim_{i \in I'} M_i\).
Démonstration
Soit \(x_1, x_2, \ldots\) une famille dénombrable de générateurs de \(M\). Pour chaque \(x_n\), choisissons \(i \in I\) tel que \(x_n\) appartienne à l’image du morphisme canonique \(f_i: M_i \to M\) ; soit \(I'_{0} \subset I\) l’ensemble de tous ces \(i\). Puisque \(M\) est de Mittag-Leffler, pour chaque \(i \in I'_{0}\), nous pouvons choisir \(j \in I\) tel que \(j \geq i\) et que \(f_{ij}: M_i \to M_j\) se factorise par \(f_{ik}: M_i \to M_k\) pour tout \(k \geq i\) (condition (3) de la proposition 059E) ; soit \(I'_1\) la réunion de \(I'_0\) et de tous ces \(j\). Puisque \(I'_1\) est dénombrable, nous pouvons l’agrandir en un ensemble préordonné filtrant dénombrable \(I'_{2} \subset I\). Nous pouvons maintenant appliquer à \(I'_{2}\) le même procédé qu’à \(I'_{0}\) pour obtenir un nouvel ensemble dénombrable \(I'_{3} \subset I\). Puis nous agrandissons \(I'_{3}\) en un ensemble préordonné filtrant dénombrable \(I'_{4}\). En continuant ainsi — en ajoutant un \(j\) comme dans la proposition 059E (3) pour chaque \(i \in I'_{\ell}\) si \(\ell\) est pair, et en agrandissant \(I'_{\ell}\) en un ensemble préordonné filtrant si \(\ell\) est impair — nous obtenons une suite de parties \(I'_{\ell} \subset I\) pour \(\ell \geq 0\). La réunion \(I' = \bigcup I'_{\ell}\) satisfait :
\(I'\) est dénombrable et filtrant ;
chaque \(x_n\) appartient à l’image de \(f_i: M_i \to M\) pour un certain \(i \in I'\) ;
si \(i \in I'\), alors il existe \(j \in I'\) tel que \(j \geq i\) et que \(f_{ij}: M_i \to M_j\) se factorise par \(f_{ik}: M_i \to M_k\) pour tout \(k \in I\) tel que \(k \geq i\). En particulier, \(\Ker(f_{ik}) \subset \Ker(f_{ij})\) pour \(k \geq i\).
Nous affirmons que le morphisme canonique \(\colim_{i \in I'} M_i \to \colim_{i \in I} M_i = M\) est un isomorphisme. Par (2), il est surjectif. Pour l’injectivité, supposons que \(x \in \colim_{i \in I'} M_i\) s’envoie sur \(0\) dans \(\colim_{i \in I} M_i\). En représentant \(x\) par un élément \(\tilde{x} \in M_i\) pour un certain \(i \in I'\), cela signifie que \(f_{ik}(\tilde{x}) = 0\) pour un certain \(k \in I, k \geq i\). Mais, par (3), il existe \(j \in I', j \geq i,\) tel que \(f_{ij}(\tilde{x}) = 0\). Ainsi, \(x = 0\) dans \(\colim_{i \in I'} M_i\).
Le lemme 059W implique qu’un module de Mittag-Leffler \(M\) dénombrablement engendré sur \(R\) est la colimite d’un système \[M_1 \to M_2 \to M_3 \to M_4 \to \ldots\] où chaque \(M_n\) est un \(R\)-module de présentation finie. Pour le voir, raisonnons comme dans la démonstration du lemme 0597 pour constater qu’un ensemble préordonné filtrant dénombrable possède une partie cofinale isomorphe à \((\mathbf{N}, \geq)\). Supposons que \(R = k[x_1, x_2, x_3, \ldots]\) et \(M = R/(x_i)\). Alors \(M\) est de type fini, mais n’est pas de présentation finie, et n’est donc pas de Mittag-Leffler (voir l’exemple 059R, partie (1)). Bien entendu, on peut écrire \(M = \colim_n M_n\) en prenant \(M_n = R/(x_1, \ldots, x_n)\) ; ainsi, la possibilité d’écrire \(M\) comme une telle colimite n’implique pas que \(M\) soit de Mittag-Leffler.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Supposons \(M\) de Mittag-Leffler et dénombrablement engendré. Pour tout morphisme de \(R\)-modules \(f : P \to M\), où \(P\) est de type fini, il existe un endomorphisme \(\alpha : M \to M\) tel que
\(\alpha : M \to M\) se factorise par un \(R\)-module de présentation finie, et
\(\alpha \circ f = f\).
Démonstration
Écrivons \(M = \colim_{i \in I} M_i\) comme colimite filtrante de \(R\)-modules de présentation finie, avec \(I\) dénombrable, voir le lemme 059W. Les morphismes de transition sont notés \(f_{ij}\) et nous utilisons \(f_i : M_i \to M\) pour désigner les morphismes canoniques vers \(M\). Posons \(N = \prod_{s \in I} M_s\). Notons \[M_i^* = \Hom_R(M_i, N) = \prod\nolimits_{s \in I} \Hom_R(M_i, M_s)\] de sorte que \((M_i^*)\) est un système projectif de \(R\)-modules indexé par \(I\). Remarquons que \(\Hom_R(M, N) = \lim M_i^*\). Comme \(M\) est de Mittag-Leffler, nous trouvons, pour tout \(i \in I\), un indice \(k(i) \geq i\) tel que \[E_i := \bigcap\nolimits_{i' \geq i} \Im(M_{i'}^* \to M_i^*) = \Im(M_{k(i)}^* \to M_i^*)\] Choisissons et fixons \(j \in I\) tel que \(\Im(P \to M) \subset \Im(M_j \to M)\). C’est possible puisque \(P\) est de type fini. Posons \(k = k(j)\). Soit \(x = (0, \ldots, 0, \text{id}_{M_k}, 0, \ldots, 0) \in M_k^*\) et remarquons qu’il s’envoie sur \(y = (0, \ldots, 0, f_{jk}, 0, \ldots, 0) \in M_j^*\). Par notre choix de \(k\), nous voyons que \(y \in E_j\). Par l’exemple 0596, les morphismes de transition \(E_i \to E_j\) sont surjectifs pour tout \(i \geq j\) et \(\lim E_i = \lim M_i^* = \Hom_R(M, N)\). Ainsi, le lemme 0597 garantit l’existence d’un élément \(z \in \Hom_R(M, N)\) qui s’envoie sur \(y\) dans \(E_j \subset M_j^*\). Soit \(z_k\) la \(k\)-ième composante de \(z\). Alors \(z_k : M \to M_k\) est un homomorphisme tel que \[\xymatrix{ M \ar[r]_{z_k} & M_k \\ M_j \ar[ru]_{f_{jk}} \ar[u]^{f_j} }\] commute. Soit \(\alpha : M \to M\) le composé \(f_k \circ z_k : M \to M_k \to M\). Alors \(\alpha\) se factorise par un module de présentation finie par construction et \(\alpha \circ f_j = f_j\). Puisque l’image de \(f\) est contenue dans l’image de \(f_j\), cela implique aussi que \(\alpha \circ f = f\).
Nous verrons plus loin (voir le lemme 05D6) que le lemme 05D2 signifie qu’un module de Mittag-Leffler dénombrablement engendré sur un anneau local hensélien est une somme directe de modules de présentation finie.
Caractérisation des modules projectifs
L’objectif de cette section est de démontrer qu’un module est projectif si et seulement s’il est plat, de Mittag-Leffler et somme directe de modules dénombrablement engendrés (théorème 059Z ci-dessous).
Lemme
Soit \(M\) un \(R\)-module. Si \(M\) est plat, de Mittag-Leffler et dénombrablement engendré, alors \(M\) est projectif.
Démonstration
Par le théorème de Lazard (théorème 058G), nous pouvons écrire \(M = \colim_{i \in I} M_i\) pour un système filtrant de \(R\)-modules libres de type fini \((M_i, f_{ij})\) indexé par un ensemble \(I\). Par le lemme 059W, nous pouvons supposer \(I\) dénombrable. Soit maintenant \[0 \to N_1 \to N_2 \to N_3 \to 0\] une suite exacte de \(R\)-modules. Nous devons montrer que l’application de \(\Hom_R(M, -)\) préserve l’exactitude. Puisque \(M_i\) est libre de type fini, \[0 \to \Hom_R(M_i, N_1) \to \Hom_R(M_i, N_2) \to \Hom_R(M_i, N_3) \to 0\] est exacte pour tout \(i\). Puisque \(M\) est de Mittag-Leffler, \((\Hom_R(M_i, N_{1}))\) est un système projectif de Mittag-Leffler. Par le lemme 0598, \[0 \to \lim_{i \in I} \Hom_R(M_i, N_1) \to \lim_{i \in I} \Hom_R(M_i, N_2) \to \lim_{i \in I} \Hom_R(M_i, N_3) \to 0\] est donc exacte. Mais, pour tout \(R\)-module \(N\), il existe un isomorphisme fonctoriel \(\Hom_R(M, N) \cong \lim_{i \in I} \Hom_R(M_i, N)\), de sorte que \[0 \to \Hom_R(M, N_1) \to \Hom_R(M, N_2) \to \Hom_R(M, N_3) \to 0\] est exacte.
Remarque
Le lemme 059X n’est plus vrai sans l’hypothèse d’engendrement dénombrable. Par exemple, le \(\mathbf Z\)-module \(M = \mathbf{Z}[[x]]\) est plat et de Mittag-Leffler, mais n’est pas projectif. Il est de Mittag-Leffler par le lemme 059T. Les sous-groupes des groupes abéliens libres sont libres ; un \(\mathbf Z\)-module projectif est donc en fait libre, et il en va de même de ses sous-modules. Ainsi, pour montrer que \(M\) n’est pas projectif, il suffit de construire un sous-module non libre. Fixons un nombre premier \(p\) et considérons le sous-module \(N\) formé des séries formelles \(f(x) = \sum a_i x^i\) telles que, pour tout entier \(m \geq 1\), \(p^m\) divise \(a_i\) pour tous les \(i\) sauf un nombre fini. Alors \(\sum a_i p^i x^i\) appartient à \(N\) pour tous \(a_i \in \mathbf{Z}\), et \(N\) n’est donc pas dénombrable. Ainsi, si \(N\) était libre, il serait de rang non dénombrable, et la dimension de \(N/pN\) sur \(\mathbf{Z}/p\) ne serait pas dénombrable. Ce n’est pas le cas, car les éléments \(x^i \in N/pN\), pour \(i \geq 0\), engendrent \(N/pN\).
Théorème
Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \(M\) est projectif si et seulement si
\(M\) est plat,
\(M\) est de Mittag-Leffler,
\(M\) est une somme directe de \(R\)-modules dénombrablement engendrés.
Démonstration
Supposons d’abord que \(M\) soit projectif. Alors \(M\) est un facteur direct d’un module libre, de sorte que \(M\) est plat et de Mittag-Leffler, puisque ces propriétés passent aux facteurs directs. Par le théorème de Kaplansky (théorème 058Y), \(M\) satisfait (3).
Réciproquement, supposons que \(M\) satisfasse (1)-(3). Puisque les propriétés d’être plat et de Mittag-Leffler passent aux facteurs directs, \(M\) est une somme directe de \(R\)-modules plats, de Mittag-Leffler et dénombrablement engendrés. Le lemme 059X implique que \(M\) est une somme directe de modules projectifs. Ainsi, \(M\) est projectif.
Lemme
Soit \(f: M \to N\) un morphisme universellement injectif de \(R\)-modules. Supposons que \(M\) soit une somme directe de \(R\)-modules dénombrablement engendrés, et supposons que \(N\) soit plat et de Mittag-Leffler. Alors \(M\) est projectif.
Démonstration
Par les lemmes 058P et 059N, \(M\) est plat et de Mittag-Leffler ; la conclusion résulte donc du théorème 059Z.
Lemme
Soient \(R\) un anneau noethérien et \(M\) un \(R\)-module. Supposons que \(M\) soit une somme directe de \(R\)-modules dénombrablement engendrés, et supposons qu’il existe un morphisme universellement injectif \(M \to R[[t_1, \ldots, t_n]]\) pour un certain \(n\). Alors \(M\) est projectif.
Démonstration
Montée de propriétés des modules
Toutes les propriétés d’un module figurant dans le théorème 059Z montent le long d’homomorphismes d’anneaux quelconques :
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors :
Si \(M\) est plat, alors le \(S\)-module \(M \otimes_R S\) est plat.
Si \(M\) est de Mittag-Leffler, alors le \(S\)-module \(M \otimes_R S\) est de Mittag-Leffler.
Si \(M\) est une somme directe de \(R\)-modules dénombrablement engendrés, alors le \(S\)-module \(M \otimes_R S\) est une somme directe de \(S\)-modules dénombrablement engendrés.
Si \(M\) est projectif, alors le \(S\)-module \(M \otimes_R S\) est projectif.
Démonstration
Toutes ces assertions sont évidentes, sauf (2). Pour celle-ci, utilisons la formulation (3) de la propriété de Mittag-Leffler donnée dans la proposition 059E ainsi que le fait que la tensorisation commute aux colimites. On peut aussi utiliser la caractérisation de la proposition 059M.
Descente de propriétés des modules
Nous abordons la descente fidèlement plate des propriétés du théorème 059Z qui caractérisent la projectivité. En présence de la platitude, la propriété d’être un module de Mittag-Leffler descend :
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux fidèlement plat. Soit \(M\) un \(R\)-module. Si le \(S\)-module \(M \otimes_R S\) est de Mittag-Leffler, alors \(M\) est de Mittag-Leffler.
Démonstration
Écrivons \(M = \colim_{i\in I} M_i\) comme colimite filtrante de \(R\)-modules de présentation finie \(M_i\). En utilisant la proposition 059E, nous voyons que nous devons montrer que, pour tout \(i \in I\), il existe \(i \leq j\), \(j\in I\), tel que \(M_i\rightarrow M_j\) domine \(M_i\rightarrow M\).
Soit \(N\) la somme amalgamée \[\xymatrix{ M_i \ar[r] \ar[d] & M_j \ar[d] \\ M \ar[r] & N }\] Le lemme équivaut alors à l’existence de \(j\) tel que \(M_j\rightarrow N\) soit universellement injectif, voir le lemme 0AUM. Observons que sa tensorisation par \(S\), \[\xymatrix{ M_i\otimes_R S \ar[r] \ar[d] & M_j\otimes_R S \ar[d] \\ M\otimes_R S \ar[r] & N\otimes_R S }\] est un diagramme de somme amalgamée. Ainsi, puisque \(M \otimes_R S = \colim_{i\in I} M_i \otimes_R S\) exprime \(M\otimes_R S\) comme une colimite de \(S\)-modules de présentation finie, et puisque \(M\otimes_R S\) est de Mittag-Leffler, il existe \(j \geq i\) tel que \(M_j\otimes_R S\rightarrow N\otimes_R S\) soit universellement injectif. Comme \(R\rightarrow S\) est fidèlement plat, nous concluons que \(M_j\rightarrow N\) est lui aussi universellement injectif.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux fidèlement plat. Soit \(M\) un \(R\)-module. Si le \(S\)-module \(M \otimes_R S\) est dénombrablement engendré, alors \(M\) est dénombrablement engendré.
Démonstration
Supposons que \(M \otimes_R S\) soit engendré par les éléments \(y_i\), \(i = 1, 2, 3, \ldots\). Écrivons \(y_i = \sum_{j = 1, \ldots, n_i} x_{ij} \otimes s_{ij}\) pour certains \(n_i \geq 0\), \(x_{ij} \in M\) et \(s_{ij} \in S\). Notons \(M' \subset M\) le sous-module engendré par la famille dénombrable des éléments \(x_{ij}\). Alors \(M' \otimes_R S \to M \otimes_R S\) est surjectif puisque son image contient les générateurs \(y_i\). Comme \(S\) est fidèlement plat sur \(R\), nous concluons que \(M' = M\), comme voulu.
À ce stade, la descente fidèlement plate des modules projectifs dénombrablement engendrés s’obtient aisément.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux fidèlement plat. Soit \(M\) un \(R\)-module. Si le \(S\)-module \(M \otimes_R S\) est dénombrablement engendré et projectif, alors \(M\) est dénombrablement engendré et projectif.
Démonstration
Cela résulte des lemmes 03C4, 05A5 et 0GVD, et du théorème 059Z.
Il ne reste qu’à utiliser un dévissage pour ramener la descente de la projectivité dans le cas général au cas dénombrablement engendré. Commençons par deux lemmes simples.
Lemme
Soient \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux, \(M\) un \(R\)-module et \(Q\) un \(S\)-sous-module dénombrablement engendré de \(M \otimes_R S\). Alors il existe un \(R\)-sous-module dénombrablement engendré \(P\) de \(M\) tel que \(\Im(P \otimes_R S \to M \otimes_R S)\) contienne \(Q\).
Démonstration
Soient \(y_1, y_2, \ldots\) des générateurs de \(Q\) et écrivons \(y_j = \sum_k x_{jk} \otimes s_{jk}\) pour certains \(x_{jk} \in M\) et \(s_{jk} \in S\). Prenons alors pour \(P\) le sous-module de \(M\) engendré par les \(x_{jk}\).
Lemme
Soient \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux et \(M\) un \(R\)-module. Supposons que \(M \otimes_R S = \bigoplus_{i \in I} Q_i\) soit une somme directe de \(S\)-modules dénombrablement engendrés \(Q_i\). Si \(N\) est un sous-module dénombrablement engendré de \(M\), alors il existe un sous-module dénombrablement engendré \(N'\) de \(M\) tel que \(N' \supset N\) et \(\Im(N' \otimes_R S \to M \otimes_R S) = \bigoplus_{i \in I'} Q_i\) pour une certaine partie \(I' \subset I\).
Démonstration
Soit \(N'_0 = N\). Nous construisons par récurrence une suite croissante de sous-modules dénombrablement engendrés \(N'_{\ell} \subset M\) pour \(\ell = 0, 1, 2, \ldots\) telle que : si \(I'_{\ell}\) est l’ensemble des \(i \in I\) tels que la projection de \(\Im(N'_{\ell} \otimes_R S \to M \otimes_R S)\) sur \(Q_i\) est non nulle, alors \(\Im(N'_{\ell + 1} \otimes_R S \to M \otimes_R S)\) contient \(Q_i\) pour tout \(i \in I'_{\ell}\). Pour construire \(N'_{\ell + 1}\) à partir de \(N'_\ell\), soit \(Q\) la somme des \(Q_i\) (en nombre dénombrable) pour \(i \in I'_{\ell}\), choisissons \(P\) comme dans le lemme 05A7, puis posons \(N'_{\ell + 1} = N'_{\ell} + P\). Une fois les \(N'_{\ell}\) construits, prenons simplement \(N' = \bigcup_{\ell} N'_{\ell}\) et \(I' = \bigcup_{\ell} I'_{\ell}\).
Théorème
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux fidèlement plat. Soit \(M\) un \(R\)-module. Si le \(S\)-module \(M \otimes_R S\) est projectif, alors \(M\) est projectif.
Démonstration
Nous allons construire un dévissage de Kaplansky de \(M\) pour montrer que c’est une somme directe de modules projectifs, et donc qu’il est projectif. Par le théorème 058Y, nous pouvons écrire \(M \otimes_R S = \bigoplus_{i \in I} Q_i\) comme une somme directe de \(S\)-modules dénombrablement engendrés \(Q_i\). Choisissons un bon ordre sur \(M\). Par récurrence transfinie, nous allons définir une famille croissante de sous-modules \(M_{\alpha}\) de \(M\), un pour chaque ordinal \(\alpha\), telle que \(M_{\alpha} \otimes_R S\) soit une somme directe d’une certaine partie des \(Q_i\).
Pour \(\alpha = 0\), posons \(M_0 = 0\). Si \(\alpha\) est un ordinal limite et si \(M_{\beta}\) a été défini pour tout \(\beta < \alpha\), définissons alors \(M_\alpha = \bigcup_{\beta < \alpha} M_{\beta}\). Puisque chaque \(M_{\beta} \otimes_R S\), pour \(\beta < \alpha\), est une somme directe d’une partie des \(Q_i\), il en va de même de \(M_{\alpha} \otimes_R S\). Si \(\alpha + 1\) est un ordinal successeur et si \(M_{\alpha}\) a été défini, définissons \(M_{\alpha + 1}\) comme suit. Si \(M_{\alpha} = M\), posons \(M_{\alpha +1} = M\). Sinon, choisissons le plus petit \(x \in M\) (pour le bon ordre fixé) tel que \(x \notin M_{\alpha}\). Puisque \(S\) est plat sur \(R\), \((M/M_{\alpha}) \otimes_R S = M \otimes_R S/M_{\alpha} \otimes_R S\) ; comme \(M_{\alpha} \otimes_R S\) est une somme directe de certains \(Q_i\), il en va de même de \((M/M_{\alpha}) \otimes_R S\). Par le lemme 05A8, nous pouvons trouver un \(R\)-sous-module dénombrablement engendré \(P\) de \(M/M_{\alpha}\) contenant l’image de \(x\) dans \(M/M_{\alpha}\) et tel que \(P \otimes_R S\) (qui est égal à \(\Im(P \otimes_R S \to M \otimes_R S)\) puisque \(S\) est plat sur \(R\)) soit une somme directe de certains \(Q_i\). Puisque \(M \otimes_R S = \bigoplus_{i \in I} Q_i\) est projectif et que la projectivité passe aux facteurs directs, \(P \otimes_R S\) est également projectif. Ainsi, par le lemme 05A6, \(P\) est projectif. Enfin, nous définissons \(M_{\alpha + 1}\) comme l’image réciproque de \(P\) dans \(M\), de sorte que \(M_{\alpha + 1}/M_{\alpha} = P\) est dénombrablement engendré et projectif. En particulier, \(M_{\alpha}\) est un facteur direct de \(M_{\alpha + 1}\), car la projectivité de \(M_{\alpha + 1}/M_{\alpha}\) implique que la suite \(0 \to M_{\alpha} \to M_{\alpha + 1} \to M_{\alpha + 1}/M_{\alpha} \to 0\) est scindée.
Une récurrence transfinie sur \(M\) (en utilisant le fait que nous avons construit \(M_{\alpha + 1}\) de façon qu’il contienne le plus petit \(x \in M\) non contenu dans \(M_{\alpha}\)) montre que chaque \(x \in M\) est contenu dans un certain \(M_{\alpha}\). Ainsi, il existe un ordinal \(S\) assez grand satisfaisant : pour chaque \(x \in M\), il existe \(\alpha \in S\) tel que \(x \in M_{\alpha}\). Cela signifie que \((M_{\alpha})_{\alpha \in S}\) satisfait la propriété (1) d’un dévissage de Kaplansky de \(M\). Les autres propriétés sont claires par construction. Nous concluons que \(M = \bigoplus_{\alpha + 1 \in S} M_{\alpha + 1}/M_{\alpha}\). Puisque chaque \(M_{\alpha + 1}/M_{\alpha}\) est projectif par construction, \(M\) est projectif.
Complétion
Supposons que \(R\) soit un anneau et que \(I\) soit un idéal. Nous définissons le complété de \(R\) relativement à \(I\) comme la limite \[R^\wedge = \lim_n R/I^n.\] Un élément de \(R^\wedge\) est donné par une suite d’éléments \(f_n \in R/I^n\) tels que \(f_n \equiv f_{n + 1} \bmod I^n\) pour tout \(n\). Nous considérerons \(R^\wedge\) comme une \(R\)-algèbre. De même, si \(M\) est un \(R\)-module, nous définissons le complété de \(M\) relativement à \(I\) comme la limite \[M^\wedge = \lim_n M/I^nM.\] Un élément de \(M^\wedge\) est donné par une suite d’éléments \(m_n \in M/I^nM\) tels que \(m_n \equiv m_{n + 1} \bmod I^nM\) pour tout \(n\). Nous considérerons \(M^\wedge\) comme un \(R^\wedge\)-module. Cette description montre clairement qu’il existe toujours des morphismes canoniques \[M \longrightarrow M^\wedge \quad\text{et}\quad M \otimes_R R^\wedge \longrightarrow M^\wedge.\] De plus, étant donné un morphisme de modules \(\varphi : M \to N\), nous obtenons sur les complétés un morphisme induit \(\varphi^\wedge : M^\wedge \to N^\wedge\) qui rend le diagramme \[\xymatrix{ M \ar[r] \ar[d] & N \ar[d] \\ M^\wedge \ar[r] & N^\wedge }\] commutatif. En général, la complétion n’est pas un foncteur exact, voir Exemples, section 05JF. Voici quelques premiers résultats positifs.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(\varphi : M \to N\) un morphisme de \(R\)-modules.
Si \(M/IM \to N/IN\) est surjectif, alors \(M^\wedge \to N^\wedge\) est surjectif.
Si \(M \to N\) est surjectif, alors \(M^\wedge \to N^\wedge\) est surjectif.
Si \(0 \to K \to M \to N \to 0\) est une suite exacte courte de \(R\)-modules et si \(N\) est plat, alors \(0 \to K^\wedge \to M^\wedge \to N^\wedge \to 0\) est une suite exacte courte.
Le morphisme \(M \otimes_R R^\wedge \to M^\wedge\) est surjectif pour tout \(R\)-module de type fini \(M\).
Démonstration
Supposons que \(M/IM \to N/IN\) soit surjectif. Alors le morphisme \(M/I^nM \to N/I^nN\) est surjectif pour tout \(n \geq 1\) par le lemme de Nakayama. Plus précisément, appliquons la partie (11) du lemme 00DV au morphisme \(M/I^nM \to N/I^nN\) sur l’anneau \(R/I^n\) et à l’idéal nilpotent \(I/I^n\). Posons \(K_n = \{x \in M \mid \varphi(x) \in I^nN\}\). Nous obtenons ainsi des suites exactes courtes \[0 \to K_n/I^nM \to M/I^nM \to N/I^nN \to 0\] Nous affirmons que le morphisme canonique \(K_{n + 1}/I^{n + 1}M \to K_n/I^nM\) est surjectif. En effet, si \(x \in K_n\), écrivons \(\varphi(x) = \sum z_j n_j\) avec \(z_j \in I^n\), \(n_j \in N\). Par hypothèse, nous pouvons écrire \(n_j = \varphi(m_j) + \sum z_{jk}n_{jk}\) avec \(m_j \in M\), \(z_{jk} \in I\) et \(n_{jk} \in N\). Par conséquent, \[\varphi(x - \sum z_j m_j) = \sum z_jz_{jk} n_{jk}.\] Cela signifie que \(x' = x - \sum z_j m_j \in K_{n + 1}\) s’envoie sur \(x \bmod I^nM\), ce qui prouve l’assertion. Nous pouvons maintenant appliquer le lemme 03CA au système projectif de suites exactes courtes ci-dessus pour obtenir (1). La partie (2) est un cas particulier de (1). Si les hypothèses de (3) sont satisfaites, alors, pour tout \(n\), la suite \[0 \to K/I^nK \to M/I^nM \to N/I^nN \to 0\] est exacte courte par le lemme 00HL. Nous pouvons donc appliquer directement le lemme 03CA pour conclure que (3) est vraie. Pour voir (4), choisissons des générateurs \(x_i \in M\), \(i = 1, \ldots, n\). Alors le morphisme \(R^{\oplus n} \to M\), \((a_1, \ldots, a_n) \mapsto \sum a_ix_i\) est surjectif. Par (2), nous voyons donc que \((R^\wedge)^{\oplus n} \to M^\wedge\), \((a_1, \ldots, a_n) \mapsto \sum a_ix_i\) est surjectif. L’assertion (4) en résulte.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module. Nous disons que \(M\) est \(I\)-adiquement complet si le morphisme \[M \longrightarrow M^\wedge = \lim_n M/I^nM\] est un isomorphisme9. Nous disons que \(R\) est \(I\)-adiquement complet si \(R\) est \(I\)-adiquement complet comme \(R\)-module.
Il n’est pas vrai que le complété d’un \(R\)-module \(M\) relativement à \(I\) soit \(I\)-adiquement complet. Pour un exemple, voir Exemples, section 05JA. Si l’idéal est de type fini, alors le complété est complet.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I\) un idéal de type fini de \(R\). Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors
le complété \(M^\wedge\) est \(I\)-adiquement complet, et
\(I^nM^\wedge = \Ker(M^\wedge \to M/I^nM) = (I^nM)^\wedge\) pour tout \(n \geq 1\).
En particulier, \(R^\wedge\) est \(I\)-adiquement complet, \(I^nR^\wedge = (I^n)^\wedge\), et \(R^\wedge/I^nR^\wedge = R/I^n\).
Démonstration
Puisque \(I\) est de type fini, \(I^n\) est de type fini, disons engendré par \(f_1, \ldots, f_r\). L’application de la partie (2) du lemme 0315 à la surjection \((f_1, \ldots, f_r) : M^{\oplus r} \to I^n M\) donne une surjection \[(M^\wedge)^{\oplus r} \xrightarrow{(f_1, \ldots, f_r)} (I^n M)^\wedge = \lim_{m \geq n} I^n M/I^m M = \Ker(M^\wedge \to M/I^n M).\] D’autre part, l’image de \((f_1, \ldots, f_r) : (M^\wedge)^{\oplus r} \to M^\wedge\) est \(I^n M^\wedge\). Ainsi, \(M^\wedge / I^n M^\wedge \simeq M/I^n M\). En prenant les limites projectives, nous obtenons \((M^\wedge)^\wedge \simeq M^\wedge\) ; autrement dit, \(M^\wedge\) est \(I\)-adiquement complet.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(0 \to M \to N \to Q \to 0\) une suite exacte de \(R\)-modules telle que \(Q\) soit annulé par une puissance de \(I\). Alors la complétion fournit une suite exacte \(0 \to M^\wedge \to N^\wedge \to Q \to 0\).
Démonstration
Disons que \(I^c Q = 0\). Alors \(Q/I^nQ = Q\) pour \(n \geq c\). D’autre part, il est clair que \(I^nM \subset M \cap I^nN \subset I^{n - c}M\) pour \(n \geq c\). Ainsi, \(M^\wedge = \lim M/(M \cap I^n N)\). Appliquons le lemme 03CA au système de suites exactes \[0 \to M/(M \cap I^n N) \to N/I^n N \to Q \to 0\] pour \(n \geq c\) afin de conclure.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module. Notons \(K_n = \Ker(M^\wedge \to M/I^nM)\). Alors \(M^\wedge\) est \(I\)-adiquement complet si et seulement si \(K_n\) est égal à \(I^nM^\wedge\) pour tout \(n \geq 1\).
Démonstration
Le module \(I^n M^\wedge\) est contenu dans \(K_n\). Ainsi, pour tout \(n \geq 1\), il existe une suite exacte canonique \[0 \to K_n/I^nM^\wedge \to M^\wedge/I^nM^\wedge \to M/I^nM \to 0.\] Comme \(I^nM^\wedge\) se surjecte sur \(I^nM/I^{n + 1}M\), nous voyons que \(K_{n + 1} + I^n M^\wedge = K_n\). Ainsi, le système projectif \(\{K_n/I^n M^\wedge\}_{n \geq 1}\) a des morphismes de transition surjectifs. Par le lemme 03CA, nous voyons qu’il existe une suite exacte courte \[0 \to \lim_n K_n/I^n M^\wedge \to (M^\wedge)^\wedge \to M^\wedge \to 0\] Ainsi, \(M^\wedge\) est complet si et seulement si \(K_n/I^n M^\wedge = 0\) pour tout \(n \geq 1\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau, soit \(I \subset R\) un idéal et soit \(R^\wedge = \lim R/I^n\).
tout élément de \(R^\wedge\) qui s’envoie sur une unité de \(R/I\) est une unité,
tout élément de \(1 + I\) s’envoie sur un élément inversible de \(R^\wedge\),
tout élément de \(1 + IR^\wedge\) est inversible dans \(R^\wedge\), et
les idéaux \(IR^\wedge\) et \(\Ker(R^\wedge \to R/I)\) sont contenus dans le radical de Jacobson de \(R^\wedge\).
Démonstration
Soit \(x \in R^\wedge\) qui s’envoie sur une unité \(x_1\) dans \(R/I\). Alors \(x\) s’envoie sur une unité \(x_n\) dans \(R/I^n\) pour tout \(n\), par le lemme 0AMG. Ainsi, \(y = (x_n^{-1}) \in \lim R/I^n = R^\wedge\) est un inverse de \(x\). Les parties (2) et (3) résultent immédiatement de (1). La partie (4) résulte de (1) et du lemme 0AME.
Lemme
Soit \(A\) un anneau. Soit \(I = (f_1, \ldots, f_r)\) un idéal de type fini. Si \(M \to \lim M/f_i^nM\) est surjectif pour chaque \(i\), alors \(M \to \lim M/I^nM\) est surjectif.
Démonstration
Remarquons que \(\lim M/I^nM = \lim M/(f_1^n, \ldots, f_r^n)M\), puisque \(I^n \supset (f_1^n, \ldots, f_r^n) \supset I^{rn}\). Un élément \(\xi\) de \(\lim M/(f_1^n, \ldots, f_r^n)M\) peut s’écrire formellement sous la forme \[\xi = \sum\nolimits_{n \geq 0} \sum\nolimits_i f_i^n x_{n, i}\] avec \(x_{n, i} \in M\). Si \(M \to \lim M/f_i^nM\) est surjectif, alors il existe un \(x_i \in M\) qui s’envoie sur \(\sum x_{n, i} f_i^n\) dans \(\lim M/f_i^nM\). Alors \(x = \sum x_i\) s’envoie sur \(\xi\) dans \(\lim M/I^nM\).
Lemme
Soit \(A\) un anneau. Soient \(I \subset J \subset A\) des idéaux. Si \(M\) est \(J\)-adiquement complet et si \(I\) est de type fini, alors \(M\) est \(I\)-adiquement complet.
Démonstration
Supposons que \(M\) soit \(J\)-adiquement complet et que \(I\) soit de type fini. Nous avons \(\bigcap I^nM = 0\) parce que \(\bigcap J^nM = 0\). Par le lemme 090S, il suffit de démontrer la surjectivité de \(M \to \lim M/I^nM\) dans le cas où \(I\) est engendré par un seul élément. Disons \(I = (f)\). Soient \(x_n \in M\) tels que \(x_{n + 1} - x_n \in f^nM\). Nous devons montrer qu’il existe un \(x \in M\) tel que \(x_n - x \in f^nM\) pour tout \(n\). Comme \(x_{n + 1} - x_n \in J^nM\) et comme \(M\) est \(J\)-adiquement complet, il existe un élément \(x \in M\) tel que \(x_n - x \in J^nM\). En remplaçant \(x_n\) par \(x_n - x\), nous pouvons supposer que \(x_n \in J^nM\). Pour terminer la démonstration, nous allons montrer que cela implique \(x_n \in I^nM\). En effet, écrivons \(x_n - x_{n + 1} = f^nz_n\). Alors \[x_n = f^n(z_n + fz_{n + 1} + f^2z_{n + 2} + \ldots)\] La somme \(z_n + fz_{n + 1} + f^2z_{n + 2} + \ldots\) converge dans \(M\) puisque \(f^c \in J^c\). La somme \(f^n(z_n + fz_{n + 1} + f^2z_{n + 2} + \ldots)\) converge dans \(M\) vers \(x_n\), car les sommes partielles sont égales à \(x_n - x_{n + c}\) et \(x_{n + c} \in J^{n + c}M\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(I\), \(J\) des idéaux de \(R\). Supposons qu’il existe des entiers \(c, d > 0\) tels que \(I^c \subset J\) et \(J^d \subset I\). Alors la complétion relativement à \(I\) s’identifie à la complétion relativement à \(J\) pour tout \(R\)-module. En particulier, un \(R\)-module \(M\) est \(I\)-adiquement complet si et seulement s’il est \(J\)-adiquement complet.
Démonstration
Considérons le système de morphismes \(M/I^nM \to M/J^{\lfloor n/c \rfloor}M\) et le système de morphismes \(M/J^mM \to M/I^{\lfloor m/d \rfloor}M\) pour obtenir des morphismes mutuellement inverses entre les complétés.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I\) un idéal de \(R\). Soit \(M\) un module \(I\)-adiquement complet sur \(R\), et soit \(K \subset M\) un \(R\)-sous-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(K = \bigcap (K + I^nM)\) et
\(M/K\) est \(I\)-adiquement complet.
Démonstration
Posons \(N = M/K\). Par le lemme 0315, le morphisme \(M = M^\wedge \to N^\wedge\) est surjectif. Ainsi, \(N \to N^\wedge\) est surjectif. Il est facile de voir que le noyau de \(N \to N^\wedge\) est le module \(\bigcap (K + I^nM) / K\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I\) un idéal de \(R\). Soit \(M\) un \(R\)-module. Si (a) \(R\) est \(I\)-adiquement complet, (b) \(M\) est un \(R\)-module de type fini, et (c) \(\bigcap I^nM = (0)\), alors \(M\) est \(I\)-adiquement complet.
Démonstration
Par le lemme 0315, le morphisme \(M = M \otimes_R R = M \otimes_R R^\wedge \to M^\wedge\) est surjectif. Le noyau de ce morphisme est \(\bigcap I^nM\), donc nul par hypothèse. Ainsi, \(M \cong M^\wedge\) et \(M\) est complet.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module. Supposons que
\(R\) soit \(I\)-adiquement complet,
\(\bigcap_{n \geq 1} I^nM = (0)\), et
\(M/IM\) soit un \(R/I\)-module de type fini.
Alors \(M\) est un \(R\)-module de type fini.
Démonstration
Soient \(x_1, \ldots, x_n \in M\) des éléments dont les images dans \(M/IM\) engendrent \(M/IM\) comme \(R/I\)-module. Notons \(M' \subset M\) le \(R\)-sous-module engendré par \(x_1, \ldots, x_n\). Par le lemme 0315, le morphisme \((M')^\wedge \to M^\wedge\) est surjectif. Puisque \(\bigcap I^nM = 0\), nous voyons en particulier que \(\bigcap I^nM' = (0)\). Par le lemme 031B, nous voyons donc que \(M'\) est complet, et nous concluons que \(M' \to M^\wedge\) est surjectif. Enfin, le noyau de \(M \to M^\wedge\) est nul, puisqu’il est égal à \(\bigcap I^nM = (0)\). Nous concluons donc que \(M \cong M' \cong M^\wedge\) est de type fini.
Complétion pour les anneaux noethériens
Dans cette section, nous étudions la complétion relativement à des idéaux dans les anneaux noethériens.
Lemme
Soit \(I\) un idéal d’un anneau noethérien \(R\). Notons \({}^\wedge\) la complétion relativement à \(I\).
Si \(K \to N\) est un morphisme injectif de \(R\)-modules de type fini, alors le morphisme induit sur les complétés \(K^\wedge \to N^\wedge\) est injectif.
Si \(0 \to K \to N \to M \to 0\) est une suite exacte courte de \(R\)-modules de type fini, alors \(0 \to K^\wedge \to N^\wedge \to M^\wedge \to 0\) est une suite exacte courte.
Si \(M\) est un \(R\)-module de type fini, alors \(M^\wedge = M \otimes_R R^\wedge\).
Démonstration
En posant \(M = N/K\), nous constatons que la partie (1) résulte de la partie (2). Soit \(0 \to K \to N \to M \to 0\) comme dans (2). Pour tout \(n\), nous obtenons la suite exacte courte \[0 \to K/(I^nN \cap K) \to N/I^nN \to M/I^nM \to 0.\] Par le lemme 03CA, nous obtenons la suite exacte \[0 \to \lim K/(I^nN \cap K) \to N^\wedge \to M^\wedge \to 0.\] Par le lemme d’Artin-Rees 00IN, nous pouvons choisir \(c\) tel que \(I^nK \subset I^n N \cap K \subset I^{n-c} K\) pour \(n \geq c\). Ainsi, \(K^\wedge = \lim K/I^nK = \lim K/(I^nN \cap K)\), et nous concluons que (2) est vraie.
Soit \(M\) comme dans (3), et soit \(0 \to K \to R^{\oplus t} \to M \to 0\) une présentation de \(M\). Nous obtenons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & K \otimes_R R^\wedge \ar[r] \ar[d] & R^{\oplus t} \otimes_R R^\wedge \ar[r] \ar[d] & M \otimes_R R^\wedge \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & K^\wedge \ar[r] & (R^{\oplus t})^\wedge \ar[r] & M^\wedge \ar[r] & 0 }\] La ligne supérieure est exacte, voir la section 00H9. La ligne inférieure est exacte par la partie (2). Par le lemme 0315, les flèches verticales sont surjectives. La flèche verticale du milieu est un isomorphisme. Nous concluons que (3) est satisfaite par le lemme du serpent 07JW.
Lemme
Soit \(I\) un idéal d’un anneau noethérien \(R\). Notons \({}^\wedge\) la complétion relativement à \(I\).
L’homomorphisme d’anneaux \(R \to R^\wedge\) est plat.
Le foncteur \(M \mapsto M^\wedge\) est exact sur la catégorie des \(R\)-modules de type fini.
Démonstration
Considérons \(J \otimes_R R^\wedge \to R \otimes_R R^\wedge = R^\wedge\), où \(J\) est un idéal quelconque de \(R\). D’après le lemme 00MA, ce morphisme s’identifie à \(J^\wedge \to R^\wedge\), et \(J^\wedge \to R^\wedge\) est injectif. La partie (1) résulte du lemme 00HD. La partie (2) est une reformulation de la partie (2) du lemme 00MA.
Lemme
Soit \(I\) un idéal d’un anneau noethérien \(R\). Notons \(R^\wedge\) le complété de \(R\) relativement à \(I\). Si \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(R\), alors l’homomorphisme d’anneaux \(R \to R^\wedge\) est fidèlement plat. En particulier, si \((R, \mathfrak m)\) est un anneau local noethérien, alors le complété \(\lim_n R/\mathfrak m^n\) est fidèlement plat.
Démonstration
Il est plat par le lemme 00MB. Le composé \(R \to R^\wedge \to R/I\), où le dernier morphisme est la projection \(R^\wedge \to R/I\), montre que tout idéal maximal de \(R\) appartient à l’image de \(\Spec(R^\wedge) \to \Spec(R)\). Ainsi, le morphisme est fidèlement plat par le lemme 00HP.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(I\) un idéal de \(R\). Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors le complété \(M^\wedge\) de \(M\) relativement à \(I\) est \(I\)-adiquement complet, \(I^n M^\wedge = (I^nM)^\wedge\), et \(M^\wedge/I^nM^\wedge = M/I^nM\).
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 05GG, car \(I\) est un idéal de type fini.
Lemme
Soit \(I\) un idéal d’un anneau \(R\). Supposons que
\(R/I\) soit un anneau noethérien,
\(I\) soit de type fini.
Alors le complété \(R^\wedge\) de \(R\) relativement à \(I\) est un anneau noethérien complet relativement à \(IR^\wedge\).
Démonstration
Par le lemme 05GG, nous voyons que \(R^\wedge\) est \(I\)-adiquement complet. Il est donc aussi \(IR^\wedge\)-adiquement complet. Puisque \(R^\wedge/IR^\wedge = R/I\) est noethérien, nous voyons qu’après avoir remplacé \(R\) par \(R^\wedge\), nous pouvons, en plus des hypothèses (1) et (2), supposer que \(R\) est lui aussi \(I\)-adiquement complet.
Soient \(f_1, \ldots, f_t\) des générateurs de \(I\). Il existe alors une surjection d’anneaux \(R/I[T_1, \ldots, T_t] \to \bigoplus I^n/I^{n + 1}\) qui envoie \(T_i\) sur l’élément \(\overline{f}_i \in I/I^2\). Ainsi, \(\bigoplus I^n/I^{n + 1}\) est un anneau noethérien. Soit \(J \subset R\) un idéal. Considérons l’idéal \[\bigoplus J \cap I^n/J \cap I^{n + 1} \subset \bigoplus I^n/I^{n + 1}.\] Soient \(\overline{g}_1, \ldots, \overline{g}_m\) des générateurs de cet idéal. Nous pouvons choisir \(\overline{g}_j\) homogène de degré \(d_j\) et choisir \(g_j \in J \cap I^{d_j}\) qui s’envoie sur \(\overline{g}_j \in J \cap I^{d_j}/J \cap I^{d_j + 1}\). Nous affirmons que \(g_1, \ldots, g_m\) engendrent \(J\).
Soit \(x \in J \cap I^n\). Il existe \(a_j \in I^{\max(0, n - d_j)}\) tels que \(x - \sum a_j g_j \in J \cap I^{n + 1}\). La raison en est que \(J \cap I^n/J \cap I^{n + 1}\) est égal à \(\sum \overline{g}_j I^{n - d_j}/I^{n - d_j + 1}\) par notre choix de \(g_1, \ldots, g_m\). Ainsi, en partant de \(x \in J\), nous pouvons trouver une suite de vecteurs \((a_{1, n}, \ldots, a_{m, n})_{n \geq 0}\) avec \(a_{j, n} \in I^{\max(0, n - d_j)}\) telle que \[x = \sum\nolimits_{n = 0, \ldots, N} \sum\nolimits_{j = 1, \ldots, m} a_{j, n} g_j \bmod I^{N + 1}\] En posant \(A_j = \sum_{n \geq 0} a_{j, n}\), nous voyons que \(x = \sum A_j g_j\), puisque \(R\) est complet. Ainsi, \(J\) est de type fini, et le résultat est démontré.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(I\) un idéal de \(R\). Le complété \(R^\wedge\) de \(R\) relativement à \(I\) est noethérien.
Démonstration
C’est une conséquence du lemme 05GH. On peut aussi le voir directement comme suit. Choisissons des générateurs \(f_1, \ldots, f_n\) de \(I\). Considérons le morphisme \[R[[x_1, \ldots, x_n]] \longrightarrow R^\wedge, \quad x_i \longmapsto f_i.\] C’est un homomorphisme d’anneaux bien défini et surjectif (détails omis). Puisque \(R[[x_1, \ldots, x_n]]\) est noethérien (voir le lemme 0306), le résultat est démontré.
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme local d’anneaux locaux \((R, \mathfrak m)\) et \((S, \mathfrak n)\). Soit \(S^\wedge\) le complété de \(S\) relativement à \(\mathfrak n\). En général, \(S^\wedge\) n’est pas le complété \(\mathfrak m\)-adique de \(S\). Si \(\mathfrak n^t \subset \mathfrak mS\) pour un certain \(t \geq 1\), alors nous avons bien \(S^\wedge = \lim S/\mathfrak m^nS\) par le lemme 0319. Dans certains cas, cela implique même que \(S^\wedge\) est de type fini sur \(R^\wedge\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme local d’anneaux locaux \((R, \mathfrak m)\) et \((S, \mathfrak n)\). Soient \(R^\wedge\), resp. \(S^\wedge\), le complété de \(R\), resp. de \(S\), relativement à \(\mathfrak m\), resp. à \(\mathfrak n\). Si \(\mathfrak m\) et \(\mathfrak n\) sont de type fini et si \(\dim_{\kappa(\mathfrak m)} S/\mathfrak mS < \infty\), alors
\(S^\wedge\) est égal au complété \(\mathfrak m\)-adique de \(S\), et
\(S^\wedge\) est un \(R^\wedge\)-module de type fini.
Démonstration
Nous avons \(\mathfrak mS \subset \mathfrak n\), puisque \(R \to S\) est un homomorphisme local. L’hypothèse \(\dim_{\kappa(\mathfrak m)} S/\mathfrak mS < \infty\) implique que \(S/\mathfrak mS\) est un anneau artinien, voir le lemme 00J6. Il est donc de dimension \(0\), voir le lemme 00KH, et par conséquent \(\mathfrak n = \sqrt{\mathfrak mS}\). Cela et le fait que \(\mathfrak n\) est de type fini impliquent que \(\mathfrak n^t \subset \mathfrak mS\) pour un certain \(t \geq 1\). Par le lemme 0319, nous voyons que \(S^\wedge\) peut être identifié au complété \(\mathfrak m\)-adique de \(S\). Comme \(\mathfrak m\) est de type fini, il résulte du lemme 05GG que \(S^\wedge\) et \(R^\wedge\) sont \(\mathfrak m\)-adiquement complets. Nous pouvons alors appliquer le lemme 031D à \(S^\wedge\) comme \(R^\wedge\)-module pour conclure.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux fini. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier et soient \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_m\) les idéaux premiers de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak p\) (lemme 05DR). Alors \[R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R S = (S_\mathfrak p)^\wedge = S_{\mathfrak q_1}^\wedge \times \ldots \times S_{\mathfrak q_m}^\wedge\] où \((S_\mathfrak p)^\wedge\) est le complété relativement à \(\mathfrak p\), et où les anneaux locaux \(R_\mathfrak p\) et \(S_{\mathfrak q_i}\) sont complétés relativement à leurs idéaux maximaux.
Démonstration
Nous pouvons remplacer \(R\) par le localisé \(R_\mathfrak p\) et \(S\) par \(S_\mathfrak p = S \otimes_R R_\mathfrak p\). Nous pouvons donc supposer que \(R\) est un anneau local noethérien et que \(\mathfrak p = \mathfrak m\) est son idéal maximal. Le complété \(\mathfrak q_iS_{\mathfrak q_i}\)-adique \(S_{\mathfrak q_i}^\wedge\) est égal au complété \(\mathfrak m\)-adique par le lemme 0394. Pour tout \(n \geq 1\), les idéaux premiers de \(S/\mathfrak m^nS\) sont en correspondance bijective avec les idéaux maximaux \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_m\) de \(S\) (par montée pour \(S\) sur \(R\), voir le lemme 00GU). Ainsi, \(S/\mathfrak m^nS = \prod S_{\mathfrak q_i}/\mathfrak m^nS_{\mathfrak q_i}\) par le lemme 00JB (en utilisant par exemple la proposition 00KJ pour voir que \(S/\mathfrak m^nS\) est artinien). Ainsi, le complété \(\mathfrak m\)-adique \(S^\wedge\) de \(S\) est égal à \(\prod S_{\mathfrak q_i}^\wedge\). Enfin, nous avons \(R^\wedge \otimes_R S = S^\wedge\) par le lemme 00MA.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(0 \to K \to P \to M \to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules. Si \(M\) est plat sur \(R\) et si \(M/IM\) est un \(R/I\)-module projectif, alors la suite des complétés \(I\)-adiques \[0 \to K^\wedge \to P^\wedge \to M^\wedge \to 0\] est une suite exacte scindée.
Démonstration
Puisque \(M\) est plat, chacune des suites \[0 \to K/I^nK \to P/I^nP \to M/I^nM \to 0\] est exacte courte, voir le lemme 00HL, et la suite \(0 \to K^\wedge \to P^\wedge \to M^\wedge \to 0\) est une suite exacte courte, voir le lemme 0315. Il suffit de montrer que nous pouvons trouver des scindages \(s_n : M/I^nM \to P/I^nP\) tels que \(s_{n + 1} \bmod I^n = s_n\). Nous allons construire ces \(s_n\) par récurrence sur \(n\). Choisissons un scindage quelconque \(s_1\), qui existe puisque \(M/IM\) est un \(R/I\)-module projectif. Supposons \(s_n\) donné pour un certain \(n > 0\). Posons \(P_{n + 1} = \{x \in P \mid x \bmod I^nP \in \Im(s_n)\}\). Le morphisme \(\pi : P_{n + 1}/I^{n + 1}P_{n + 1} \to M/I^{n + 1}M\) est surjectif (détails omis). Puisque \(M/I^{n + 1}M\) est projectif comme \(R/I^{n + 1}\)-module par le lemme 05CG, nous pouvons choisir une section \(t : M/I^{n + 1}M \to P_{n + 1}/I^{n + 1}P_{n + 1}\) de \(\pi\). En prenant pour \(s_{n + 1}\) le composé de \(t\) et du morphisme canonique \(P_{n + 1}/I^{n + 1}P_{n + 1} \to P/I^{n + 1}P\), nous obtenons le résultat voulu.
Lemme
Soit \(A\) un anneau noethérien. Soient \(I, J \subset A\) des idéaux. Si \(A\) est \(I\)-adiquement complet et si \(A/I\) est \(J\)-adiquement complet, alors \(A\) est \(J\)-adiquement complet.
Démonstration
Soit \(B\) le complété \((I + J)\)-adique de \(A\). Par le lemme 00MB, \(B/IB\) est le complété \(J\)-adique de \(A/I\), donc est isomorphe à \(A/I\) par hypothèse. De plus, \(B\) est \(I\)-adiquement complet par le lemme 090T. Ainsi, \(B\) est un \(A\)-module de type fini par le lemme 031D. Par le lemme de Nakayama (lemme 00DV, en utilisant que \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\) par le lemme 05GI), nous trouvons que \(A \to B\) est surjectif. Le morphisme \(A \to B\) est plat par le lemme 00MB. L’image de \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) contient \(V(I)\) et, comme \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\), nous trouvons que \(A \to B\) est fidèlement plat (lemme 00HQ). Ainsi, \(A \to B\) est injectif. Par conséquent, \(A\) est complet relativement à \(I + J\), et donc a fortiori complet relativement à \(J\).
Passage à la limite de modules
Dans cette section, nous étudions ce qui se produit lorsqu’on prend une limite de modules.
Lemme
Soit \(I \subset A\) un idéal de type fini d’un anneau. Soit \((M_n)\) un système projectif de \(A\)-modules tel que \(I^n M_n = 0\). Alors \(M = \lim M_n\) est \(I\)-adiquement complet.
Démonstration
Nous avons \(M \to M/I^nM \to M_n\). En prenant la limite, nous obtenons \(M \to M^\wedge \to M\). Ainsi, \(M\) est un facteur direct de \(M^\wedge\). Puisque \(M^\wedge\) est \(I\)-adiquement complet par le lemme 05GG, il en va de même de \(M\).
Lemme
Soit \(I \subset A\) un idéal de type fini d’un anneau. Soit \((M_n)\) un système projectif de \(A\)-modules tel que \(M_n = M_{n + 1}/I^nM_{n + 1}\). Posons \(M = \lim M_n\). Alors \(M/I^nM = M_n\) et \(M\) est \(I\)-adiquement complet.
Démonstration
Par le lemme 0G1Q, nous voyons que \(M\) est \(I\)-adiquement complet. Puisque les morphismes de transition sont surjectifs, les morphismes \(M \to M_n\) sont surjectifs. Considérons le système projectif de suites exactes courtes \[0 \to N_n \to M \to M_n \to 0\] qui définit \(N_n\). Puisque \(M_n = M_{n + 1}/I^nM_{n + 1}\), le morphisme \(N_{n + 1} + I^nM \to N_n\) est surjectif. Ainsi, \(N_{n + 1}/(N_{n + 1} \cap I^{n + 1}M) \to N_n/(N_n \cap I^nM)\) est surjectif. En prenant la limite projective des suites exactes courtes \[0 \to N_n/(N_n \cap I^nM) \to M/I^nM \to M_n \to 0\] nous obtenons une suite exacte \[0 \to \lim N_n/(N_n \cap I^nM) \to M^\wedge \to M\] Puisque \(M\) est \(I\)-adiquement complet, nous concluons que \(\lim N_n/(N_n \cap I^nM) = 0\) et donc, par la surjectivité des morphismes de transition, que \(N_n/(N_n \cap I^nM) = 0\) pour tout \(n\). Ainsi, \(M_n = M/I^nM\), comme voulu.
Lemme
Soit \(A\) un anneau gradué noethérien. Soit \(I \subset A_+\) un idéal homogène. Soit \((N_n)\) un système projectif de \(A\)-modules gradués de type fini tel que \(N_n = N_{n + 1}/I^n N_{n + 1}\). Alors il existe un \(A\)-module gradué de type fini \(N\) tel que \(N_n = N/I^nN\) comme modules gradués pour tout \(n\).
Démonstration
Choisissons \(r\) et des éléments homogènes \(x_{1, 1}, \ldots, x_{1, r} \in N_1\) de degrés \(d_1, \ldots, d_r\) qui engendrent \(N_1\). Puisque les morphismes de transition sont surjectifs, nous pouvons choisir un système compatible d’éléments homogènes \(x_{n, i} \in N_n\) relevant \(x_{1, i}\). Par le lemme de Nakayama gradué (lemme 0EKB), nous voyons que \(N_n\) est engendré par les éléments \(x_{n, 1}, \ldots, x_{n, r}\) placés dans les degrés \(d_1, \ldots, d_r\). Ainsi, pour \(m \leq n\), nous voyons que \(N_n \to N_n/I^m N_n\) est un isomorphisme en degrés \(< \min(d_i) + m\) (puisque \(I^mN_n\) est nul en ces degrés). Le système projectif des composantes de degré \(d\) \[\ldots = N_{2 + d - \min(d_i), d} = N_{1 + d - \min(d_i), d} = N_{d - \min(d_i), d} \to N_{-1 + d - \min(d_i), d} \to \ldots\] se stabilise donc comme indiqué. Soit \(N\) le \(A\)-module gradué dont la composante graduée de degré \(d\) est cette valeur stationnaire. En particulier, nous avons les éléments \(x_i = \lim x_{n, i}\) dans \(N\). Nous affirmons que les \(x_i\) engendrent \(N\) : tout \(x \in N_d\) est une combinaison linéaire de \(x_1, \ldots, x_r\), car nous pouvons le vérifier dans \(N_{d - \min(d_i), d}\), où cela est vrai puisque les \(x_{d - \min(d_i), i}\) engendrent \(N_{d - \min(d_i)}\). Enfin, le lecteur vérifie que le morphisme surjectif \(N/I^nN \to N_n\) est un isomorphisme en examinant ce qui se produit dans chaque degré comme ci-dessus. Les détails sont omis.
Lemme
Soit \(A\) un anneau gradué. Soit \(I \subset A_+\) un idéal homogène. Notons \(A' = \lim A/I^n\). Soit \((G_n)\) un système projectif de \(A\)-modules gradués tel que \(G_n\) soit annulé par \(I^n\). Soit \(M\) un \(A\)-module gradué et soit \(\varphi_n : M \to G_n\) un système compatible de morphismes gradués de \(A\)-modules. Si le morphisme induit \[\varphi : M \otimes_A A' \longrightarrow \lim G_n\] est un isomorphisme, alors \(M_d \to \lim G_{n, d}\) est un isomorphisme pour tout \(d \in \mathbf{Z}\).
Démonstration
Par convention, les anneaux gradués sont en degrés \(\geq 0\), tandis que les modules gradués peuvent avoir des composantes non nulles de tout degré, voir la section 00JL. Le morphisme \(\varphi\) existe parce que \(\lim G_n\) est un module sur \(A'\), puisque \(G_n\) est annulé par \(I^n\). Une autre observation utile à garder à l’esprit est que nous avons \[\bigoplus\nolimits_{d \in \mathbf{Z}} \lim G_{n, d} \subset \lim G_n \subset \prod\nolimits_{d \in \mathbf{Z}} \lim G_{n, d}\] où un indice \({\ }_d\) désigne la composante graduée de degré \(d\).
Injectivité. Soit \(x \in M_d\). Si \(x \mapsto 0\) dans \(\lim G_{n, d}\), alors \(x \otimes 1 = 0\) dans \(M \otimes_A A'\). Nous pouvons alors trouver un sous-module de type fini \(M' \subset M\) tel que \(x \in M'\) et que \(x \otimes 1\) soit nul dans \(M' \otimes_A A'\). Disons que \(M'\) est engendré par des éléments homogènes placés en degrés \(d_1, \ldots, d_r\). Soit \(n = d - \min(d_i) + 1\). Puisque \(A'\) possède un morphisme vers \(A/I^n\) et puisque \(A \to A/I^n\) est un isomorphisme en degrés \(\leq n - 1\), nous voyons que \(M' \to M' \otimes_A A'\) est injectif en degrés \(\leq n - 1\). Ainsi, \(x = 0\), comme voulu.
Surjectivité. Soit \(y \in \lim G_{n, d}\). Choisissons une somme finie \(\sum x_i \otimes f'_i\) dans \(M \otimes_A A'\) qui s’envoie sur \(y\). Nous pouvons supposer \(x_i\) homogène, disons de degré \(d_i\). Observons que, bien que \(A'\) ne soit pas un anneau gradué, c’est une limite des anneaux gradués \(A/I^nA\) et que, de plus, dans tout degré donné, les morphismes de transition deviennent finalement des isomorphismes (voir ci-dessus). Cela donne \[A = \bigoplus\nolimits_{d \geq 0} A_d \subset A' \subset \prod\nolimits_{d \geq 0} A_d\] Nous pouvons donc écrire \[f'_i = \sum\nolimits_{j = 0, \ldots, d - d_i - 1} f_{i, j} + f_i + g'_i\] avec \(f_{i, j} \in A_j\), \(f_i \in A_{d - d_i}\) et \(g'_i \in A'\) qui s’envoie sur zéro dans \(\prod_{j \leq d - d_i} A_j\). Si maintenant nous calculons \(\varphi_n(\sum_{i, j} f_{i, j}x_i) \in G_n\), nous obtenons une somme d’éléments homogènes de degré \(< d\). Ainsi, \(\varphi(\sum x_i \otimes f_{i, j})\) s’envoie sur zéro dans \(\lim G_{n, d}\). De même, un calcul montre que l’élément \(\varphi(\sum x_i \otimes g'_i)\) s’envoie sur zéro dans \(\prod_{d' \leq d} \lim G_{n, d'}\). Puisque nous savons que \(\varphi(\sum x_i \otimes f'_i)\) est \(y\), nous concluons que \(\sum f_ix_i \in M_d\) s’envoie sur \(y\), comme voulu.
Critères de platitude
Dans cette section, nous démontrons quelques lemmes techniques importants dans le cas noethérien. Nous les généraliserons (partiellement) au cas non noethérien dans la section 00R3.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme local d’anneaux locaux, avec \(S\) noethérien. Notons \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(R\). Soient \(M\) un \(R\)-module plat et \(N\) un \(S\)-module de type fini. Soit \(u : N \to M\) un morphisme de \(R\)-modules. Si \(\overline{u} : N/\mathfrak m N \to M/\mathfrak m M\) est injectif, alors \(u\) est injectif. Dans ce cas, \(M/u(N)\) est plat sur \(R\).
Démonstration
Affirmons d’abord que \(u_n : N/{\mathfrak m}^nN \to M/{\mathfrak m}^nM\) est injectif pour tout \(n \geq 1\). Procédons par récurrence, le cas initial étant que \(\overline{u} = u_1\) est injectif. Comme \(M\) est plat sur \(R\), nous avons une suite exacte courte \(0 \to M \otimes_R {\mathfrak m}^n/{\mathfrak m}^{n + 1} \to M/{\mathfrak m}^{n + 1}M \to M/{\mathfrak m}^n M \to 0\). De plus, \(M \otimes_R {\mathfrak m}^n/{\mathfrak m}^{n + 1} = M/{\mathfrak m}M \otimes_{R/{\mathfrak m}} {\mathfrak m}^n/{\mathfrak m}^{n + 1}\). Nous avons une suite exacte analogue \(N \otimes_R {\mathfrak m}^n/{\mathfrak m}^{n + 1} \to N/{\mathfrak m}^{n + 1}N \to N/{\mathfrak m}^n N \to 0\) pour \(N\), sauf que nous n’avons pas le zéro à gauche. Nous avons aussi \(N \otimes_R {\mathfrak m}^n/{\mathfrak m}^{n + 1} = N/{\mathfrak m}N \otimes_{R/{\mathfrak m}} {\mathfrak m}^n/{\mathfrak m}^{n + 1}\). Ainsi, le morphisme \(u_{n + 1}\) est injectif, puisque \(u_n\) et le morphisme \(\overline{u} \otimes \text{id}_{{\mathfrak m}^n/{\mathfrak m}^{n + 1}}\) le sont.
Par le théorème d’intersection de Krull (lemme 00IP) appliqué à \(N\) sur l’anneau \(S\) et à l’idéal \(\mathfrak mS\), nous avons \(\bigcap \mathfrak m^nN = 0\). L’injectivité de \(u_n\) pour tout \(n\) implique donc que \(u\) est injectif.
Pour montrer que \(M/u(N)\) est plat sur \(R\), il suffit de montrer que \(\text{Tor}_1^R(M/u(N), R/I) = 0\) pour tout idéal \(I \subset R\), voir le lemme 00M5. De la suite exacte courte \[0 \to N \xrightarrow{u} M \to M/u(N) \to 0\] et de la platitude de \(M\), nous obtenons une suite exacte de groupes Tor \[0 \to \text{Tor}_1^R(M/u(N), R/I) \to N/IN \to M/IM\] Voir le lemme 00M0. Il suffit donc de montrer que \(N/IN\) s’injecte dans \(M/IM\). Notons que \(R/I \to S/IS\) est un homomorphisme local d’anneaux locaux avec \(S/IS\) noethérien, que \(N/IN \to M/IM\) est un morphisme de \(R/I\)-modules, que \(N/IN\) est de type fini sur \(S/IS\), que \(M/IM\) est plat sur \(R/I\) et que \(u \bmod I : N/IN \to M/IM\) est injectif modulo \(\mathfrak m\). Nous pouvons donc appliquer la première partie de la démonstration à \(u \bmod I\), ce qui conclut.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme d’anneaux plat et local entre anneaux locaux noethériens. Notons \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(R\). Supposons que \(f \in S\) soit un non-diviseur de zéro dans \(S/{\mathfrak m}S\). Alors \(S/fS\) est plat sur \(R\), et \(f\) est un non-diviseur de zéro dans \(S\).
Démonstration
Cela découle directement du lemme 00ME.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme d’anneaux plat et local entre anneaux locaux noethériens. Notons \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(R\). Supposons que \(f_1, \ldots, f_c\) soit une suite d’éléments de \(S\) telle que les images \(\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_c\) forment une suite régulière dans \(S/{\mathfrak m}S\). Alors \(f_1, \ldots, f_c\) est une suite régulière dans \(S\) et chacun des quotients \(S/(f_1, \ldots, f_i)\) est plat sur \(R\).
Démonstration
Par récurrence et par le lemme 00MF.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. Soit \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(R\). Soit \(M\) un \(S\)-module non nul de type fini. Supposons que (a) \(M/\mathfrak mM\) soit un \(S/\mathfrak mS\)-module libre, et que (b) \(M\) soit plat sur \(R\). Alors \(M\) est libre et \(S\) est plat sur \(R\).
Démonstration
Soit \(\overline{x}_1, \ldots, \overline{x}_n\) une base du module libre \(M/\mathfrak mM\). Choisissons \(x_1, \ldots, x_n \in M\), avec \(x_i\) s’envoyant sur \(\overline{x}_i\). Soit \(u : S^{\oplus n} \to M\) le morphisme qui envoie le \(i\)-ème vecteur de la base canonique sur \(x_i\). Le lemme 00ME montre que \(u\) est injectif. D’autre part, par le lemme de Nakayama 00DV, ce morphisme est surjectif. Le résultat en découle.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. Soit \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(R\). Soit \(0 \to F_e \to F_{e-1} \to \ldots \to F_0\) un complexe fini de \(S\)-modules de type fini. Supposons que chaque \(F_i\) soit plat sur \(R\), et que le complexe \(0 \to F_e/\mathfrak m F_e \to F_{e-1}/\mathfrak m F_{e-1} \to \ldots \to F_0 / \mathfrak m F_0\) soit exact. Alors \(0 \to F_e \to F_{e-1} \to \ldots \to F_0\) est exact et, de plus, le module \(\Coker(F_1 \to F_0)\) est plat sur \(R\).
Démonstration
Raisonnons par récurrence sur \(e\). Si \(e = 1\), c’est exactement le lemme 00ME. Si \(e > 1\), le lemme 00ME montre que \(F_e \to F_{e-1}\) est injectif et que \(C = \Coker(F_e \to F_{e-1})\) est un \(S\)-module de type fini plat sur \(R\). Nous pouvons donc appliquer l’hypothèse de récurrence au complexe \(0 \to C \to F_{e-2} \to \ldots \to F_0\). Nous en déduisons que \(C \to F_{e-2}\) est injectif, d’où l’exactitude du complexe ainsi que la platitude du conoyau de \(F_1 \to F_0\).
Dans la suite de cette section, nous démontrons deux versions de ce que l’on appelle le « critère local de platitude ». Notons aussi l’intéressant lemme 00R4 ci-dessous.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et de corps résiduel \(\kappa = R/\mathfrak m\). Soit \(M\) un \(R\)-module. Si \(\text{Tor}_1^R(\kappa, M) = 0\), alors, pour tout \(R\)-module \(N\) de longueur finie, nous avons \(\text{Tor}_1^R(N, M) = 0\).
Démonstration
Raisonnons par récurrence sur la longueur de \(N\). Si la longueur de \(N\) vaut \(1\), alors \(N \cong \kappa\) et le résultat est acquis. Si la longueur de \(N\) est strictement supérieure à \(1\), nous pouvons insérer \(N\) dans une suite exacte courte \(0 \to N' \to N \to N'' \to 0\), où \(N'\) et \(N''\) sont des \(R\)-modules de longueur finie et de longueurs plus petites. L’annulation de \(\text{Tor}_1^R(N, M)\) découle de celles de \(\text{Tor}_1^R(N', M)\) et de \(\text{Tor}_1^R(N'', M)\) (hypothèse de récurrence), ainsi que de la suite exacte longue des groupes Tor, voir le lemme 00M0.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. Soit \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(R\), et soit \(\kappa = R/\mathfrak m\). Soit \(M\) un \(S\)-module de type fini. Si \(\text{Tor}_1^R(\kappa, M) = 0\), alors \(M\) est plat sur \(R\).
Démonstration
Soit \(I \subset R\) un idéal. D’après le lemme 00HD, il suffit de montrer que \(I \otimes_R M \to M\) est injectif. Par la remarque 00M6, nous voyons que son noyau est égal à \(\text{Tor}_1^R(M, R/I)\). Le lemme 00MJ montre que \(J \otimes_R M \to M\) est injectif pour tout idéal de colongueur finie.
Choisissons \(n >> 0\) et considérons la suite exacte courte suivante \[0 \to I \cap \mathfrak m^n \to I \oplus \mathfrak m^n \to I + \mathfrak m^n \to 0\] C’est une sous-suite de la suite exacte courte \(0 \to R \to R^{\oplus 2} \to R \to 0\). Nous obtenons donc le diagramme \[\xymatrix{ (I\cap \mathfrak m^n) \otimes_R M \ar[r] \ar[d] & I \otimes_R M \oplus \mathfrak m^n \otimes_R M \ar[r] \ar[d] & (I + \mathfrak m^n) \otimes_R M \ar[d] \\ M \ar[r] & M \oplus M \ar[r] & M }\] Notons que \(I + \mathfrak m^n\) et \(\mathfrak m^n\) sont des idéaux de colongueur finie. Une chasse au diagramme montre donc que \(\Ker((I \cap \mathfrak m^n)\otimes_R M \to M) \to \Ker(I \otimes_R M \to M)\) est surjectif. Nous en concluons en particulier que \(K = \Ker(I \otimes_R M \to M)\) est contenu dans l’image de \((I \cap \mathfrak m^n) \otimes_R M\) dans \(I \otimes_R M\). Par le lemme d’Artin-Rees 00IN, nous voyons que \(K\) est contenu dans \(\mathfrak m^{n-c}(I \otimes_R M)\) pour un certain \(c > 0\) et tout \(n >> 0\). Comme \(I \otimes_R M\) est un \(S\)-module de type fini (!) et que \(S\) est noethérien, nous voyons que cela implique \(K = 0\). En effet, ce qui précède implique que \(K\) s’envoie sur zéro dans la complétion \(\mathfrak mS\)-adique de \(I \otimes_R M\). Mais le morphisme de \(S\) vers sa complétion \(\mathfrak mS\)-adique est fidèlement plat par le lemme 00MC. Ainsi \(K = 0\), comme souhaité.
Dans ce qui suit, nous rencontrons souvent les conditions « \(M/IM\) est plat sur \(R/I\) et \(\text{Tor}_1^R(R/I, M) = 0\) ». Le lemme suivant donne quelques conséquences de ces conditions (il s’agit d’une généralisation du lemme 00MJ).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module. Si \(M/IM\) est plat sur \(R/I\) et \(\text{Tor}_1^R(R/I, M) = 0\), alors
\(M/I^nM\) est plat sur \(R/I^n\) pour tout \(n \geq 1\), et
pour tout module \(N\) annulé par \(I^m\) pour un certain \(m \geq 0\), nous avons \(\text{Tor}_1^R(N, M) = 0\).
En particulier, si \(I\) est nilpotent, alors \(M\) est plat sur \(R\).
Démonstration
Supposons que \(M/IM\) soit plat sur \(R/I\) et que \(\text{Tor}_1^R(R/I, M) = 0\). Soit \(N\) un \(R/I\)-module. Choisissons une suite exacte courte \[0 \to K \to \bigoplus\nolimits_{i \in I} R/I \to N \to 0\] Par la suite exacte longue de \(\text{Tor}\) et l’annulation de \(\text{Tor}_1^R(R/I, M)\), nous obtenons \[0 \to \text{Tor}_1^R(N, M) \to K \otimes_R M \to (\bigoplus\nolimits_{i \in I} R/I) \otimes_R M \to N \otimes_R M \to 0\] Mais comme \(K\), \(\bigoplus_{i \in I} R/I\) et \(N\) sont tous annulés par \(I\), nous voyons que \[\begin{align*} K \otimes_R M & = K \otimes_{R/I} M/IM, \\ (\bigoplus\nolimits_{i \in I} R/I) \otimes_R M & = (\bigoplus\nolimits_{i \in I} R/I) \otimes_{R/I} M/IM, \\ N \otimes_R M & = N \otimes_{R/I} M/IM. \end{align*}\] Puisque \(M/IM\) est plat sur \(R/I\), nous concluons que \[0 \to K \otimes_{R/I} M/IM \to (\bigoplus\nolimits_{i \in I} R/I) \otimes_{R/I} M/IM \to N \otimes_{R/} M/IM \to 0\] est exacte. En combinant ceci avec ce qui précède, nous concluons que \(\text{Tor}_1^R(N, M) = 0\) pour tout \(R\)-module \(N\) annulé par \(I\).
Démontrons (2) par récurrence sur \(m\). Le cas \(m = 1\) a été traité au paragraphe précédent. Pour \(N\) annulé par \(I^m\) avec \(m > 1\), nous pouvons choisir une suite exacte \(0 \to N' \to N \to N'' \to 0\), où \(N'\) et \(N''\) sont annulés par \(I^{m - 1}\). Par exemple, on peut prendre \(N' = IN\) et \(N'' = N/IN\). Alors la suite exacte \[\text{Tor}_1^R(N', M) \to \text{Tor}_1^R(N, M) \to \text{Tor}_1^R(N'', M)\] et la récurrence prouvent l’annulation voulue.
Enfin, démontrons (1). Étant donné \(n \geq 1\), nous devons montrer que \(M/I^nM\) est plat sur \(R/I^n\). Autrement dit, nous devons montrer que le foncteur \(N \mapsto N \otimes_{R/I^n} M/I^nM\) est exact sur la catégorie des \(R\)-modules \(N\) annulés par \(I^n\). Or, pour un tel \(N\), nous avons \(N \otimes_{R/I^n} M/I^nM = N \otimes_R M\). L’annulation de \(\text{Tor}_1\) dans (2) montre que le foncteur \(N \mapsto N \otimes_R M\) est exact sur la catégorie des \(N\) annulés par une puissance de \(I\), ce qui conclut.
Lemme
Soient \(R\) un anneau, \(I \subset R\) un idéal et \(M\) un \(R\)-module.
Si \(M/IM\) est plat sur \(R/I\) et si \(M \otimes_R I/I^2 \to IM/I^2M\) est injectif, alors \(M/I^2M\) est plat sur \(R/I^2\).
Si \(M/IM\) est plat sur \(R/I\) et si \(M \otimes_R I^n/I^{n + 1} \to I^nM/I^{n + 1}M\) est injectif pour \(n = 1, \ldots, k\), alors \(M/I^{k + 1}M\) est plat sur \(R/I^{k + 1}\).
Démonstration
La première assertion découle du lemme 051C appliqué en remplaçant \(R\) par \(R/I^2\) et \(M\) par \(M/I^2M\), en utilisant l’égalité \[\text{Tor}_1^{R/I^2}(M/I^2M, R/I) = \Ker(M \otimes_R I/I^2 \to IM/I^2M),\] voir la remarque 00M6. La seconde assertion s’obtient de la même manière en raisonnant par récurrence sur \(n\) pour montrer que \(M/I^{n + 1}M\) est plat sur \(R/I^{n + 1}\) pour \(n = 1, \ldots, k\). Nous utilisons ici l’égalité \[\text{Tor}_1^{R/I^{n + 1}}(M/I^{n + 1}M, R/I^n) = \Ker(M \otimes_R I^n/I^{n + 1} \to I^nM/I^{n + 1}M)\] pour tout \(n\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. Soit \(I \not = R\) un idéal de \(R\). Soit \(M\) un \(S\)-module de type fini. Si \(\text{Tor}_1^R(M, R/I) = 0\) et si \(M/IM\) est plat sur \(R/I\), alors \(M\) est plat sur \(R\).
Démonstration
Première démonstration : par le lemme 051C, nous voyons que \(\text{Tor}_1^R(\kappa, M)\) est nul, où \(\kappa\) est le corps résiduel de \(R\). Le module \(M\) est donc plat sur \(R\) par le lemme 00MK.
Seconde démonstration : soit \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(R\). Nous allons montrer que \(\mathfrak m \otimes_R M \to M\) est injectif, puis appliquer le lemme 00MK. Supposons que \(\sum f_i \otimes x_i \in \mathfrak m \otimes_R M\) et que \(\sum f_i x_i = 0\) dans \(M\). Par le critère équationnel de platitude, lemme 00HK, appliqué à \(M/IM\) sur \(R/I\), nous voyons qu’il existe des \(\overline{a}_{ij} \in R/I\) et des \(\overline{y}_j \in M/IM\) tels que \(x_i \bmod IM = \sum_j \overline{a}_{ij} \overline{y}_j\) et \(0 = \sum_i (f_i \bmod I) \overline{a}_{ij}\). Soit \(a_{ij} \in R\) un relèvement de \(\overline{a}_{ij}\) et, de même, soit \(y_j \in M\) un relèvement de \(\overline{y}_j\). Nous voyons alors que \[\begin{eqnarray*} \sum f_i \otimes x_i & = & \sum f_i \otimes x_i + \sum f_ia_{ij} \otimes y_j - \sum f_i \otimes a_{ij} y_j \\ & = & \sum f_i \otimes (x_i - \sum a_{ij} y_j) + \sum (\sum f_i a_{ij}) \otimes y_j \end{eqnarray*}\] Comme \(x_i - \sum a_{ij} y_j \in IM\) et \(\sum f_i a_{ij} \in I\), nous voyons qu’il existe un élément de \(I \otimes_R M\) qui s’envoie sur notre élément donné \(\sum f_i \otimes x_i\) dans \(\mathfrak m \otimes_R M\). Mais \(I \otimes_R M \to M\) est injectif par hypothèse (voir la remarque 00M6), ce qui conclut.
En particulier, dans la situation du lemme 00ML, supposons que \(I = (x)\) soit engendré par un seul élément \(x\) qui soit un non-diviseur de zéro dans \(R\). Alors \(\text{Tor}_1^R(M, R/(x)) = (0)\) si et seulement si \(x\) est un non-diviseur de zéro sur \(M\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(S\)-module. Supposons que
\(R\) soit un anneau noethérien,
\(S\) soit un anneau noethérien,
\(M\) soit un \(S\)-module de type fini, et
pour tout \(n \geq 1\), le module \(M/I^n M\) soit plat sur \(R/I^n\).
Alors, pour tout \(\mathfrak q \in V(IS)\), le localisé \(M_{\mathfrak q}\) est plat sur \(R\). En particulier, si \(S\) est local et si \(IS\) est contenu dans son idéal maximal, alors \(M\) est plat sur \(R\).
Démonstration
Nous allons utiliser le lemme 00ML. Par hypothèse, \(M/IM\) est plat sur \(R/I\). Il suffit donc de vérifier que \(\text{Tor}_1^R(M, R/I)\) est nul après localisation en \(\mathfrak q\). Par la remarque 00M6, ce groupe Tor est égal à \(K = \Ker(I \otimes_R M \to M)\). Nous savons que le noyau de \(I/I^n \otimes_{R/I^n} M/I^nM \to M/I^nM\) est nul pour tout \(n \geq 1\). Tout élément de \(K\) s’envoie donc sur zéro dans \(I/I^n \otimes_{R/I^n} M/I^nM\). Comme \[I/I^n \otimes_{R/I^n} M/I^nM = I/I^n \otimes_R M = (I \otimes_R M)/I^{n - 1}(I \otimes_R M)\] nous concluons que \(K \subset I^{n - 1}(I \otimes_R M)\) pour tout \(n \geq 1\). Par le lemme d’Artin-Rees, et plus précisément par le lemme 00IQ, nous concluons que \(K_{\mathfrak q} = 0\), comme souhaité.
Lemme
Soient \(R \to R' \to R''\) des homomorphismes d’anneaux. Soit \(M\) un \(R\)-module. Supposons que \(M \otimes_R R'\) soit plat sur \(R'\). Alors le morphisme naturel \(\text{Tor}_1^R(M, R') \otimes_{R'} R'' \to \text{Tor}_1^R(M, R'')\) est surjectif.
Démonstration
Soit \(F_\bullet\) une résolution libre de \(M\) sur \(R\). Le complexe \(F_2 \otimes_R R' \to F_1\otimes_R R' \to F_0 \otimes_R R'\) calcule \(\text{Tor}_1^R(M, R')\). Le complexe \(F_2 \otimes_R R'' \to F_1\otimes_R R'' \to F_0 \otimes_R R''\) calcule \(\text{Tor}_1^R(M, R'')\). Notons que \(F_i \otimes_R R' \otimes_{R'} R'' = F_i \otimes_R R''\). Posons \(K' = \Ker(F_1\otimes_R R' \to F_0 \otimes_R R')\) et, de même, \(K'' = \Ker(F_1\otimes_R R'' \to F_0 \otimes_R R'')\). Nous avons donc une suite exacte \[0 \to K' \to F_1\otimes_R R' \to F_0 \otimes_R R' \to M \otimes_R R' \to 0.\] Puisque, par hypothèse, \(M \otimes_R R'\) est plat sur \(R'\), la suite \[K' \otimes_{R'} R'' \to F_1 \otimes_R R'' \to F_0 \otimes_R R'' \to M \otimes_R R'' \to 0\] reste exacte. Cela signifie que \(K' \otimes_{R'} R'' \to K''\) est surjectif. Comme \(\text{Tor}_1^R(M, R')\) est un quotient de \(K'\) et que \(\text{Tor}_1^R(M, R'')\) est un quotient de \(K''\), le résultat en découle.
Lemme
Soit \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux. Soient \(I \subset R\) un idéal et \(I' = IR'\). Soit \(M\) un \(R\)-module et posons \(M' = M \otimes_R R'\). Le morphisme naturel \(\text{Tor}_1^R(R'/I', M) \to \text{Tor}_1^{R'}(R'/I', M')\) est surjectif.
Démonstration
Soit \(F_2 \to F_1 \to F_0 \to M \to 0\) une résolution libre de \(M\) sur \(R\). Posons \(F_i' = F_i \otimes_R R'\). La suite \(F_2' \to F_1' \to F_0' \to M' \to 0\) peut ne plus être exacte en \(F_1'\). Une résolution libre de \(M'\) sur \(R'\) est donc de la forme suivante : \[F_2' \oplus F_2'' \to F_1' \to F_0' \to M' \to 0\] pour un module libre convenable \(F_2''\) sur \(R'\). Ensuite, notons que \(F_i \otimes_R R'/I' = F_i' / IF_i' = F_i'/I'F_i'\). Le complexe \(F_2'/I'F_2' \to F_1'/I'F_1' \to F_0'/I'F_0'\) calcule donc \(\text{Tor}_1^R(M, R'/I')\). D’autre part, \(F_i' \otimes_{R'} R'/I' = F_i'/I'F_i'\) et il en va de même pour \(F_2''\). Ainsi, le complexe \(F_2'/I'F_2' \oplus F_2''/I'F_2'' \to F_1'/I'F_1' \to F_0'/I'F_0'\) calcule \(\text{Tor}_1^{R'}(M', R'/I')\). Comme le morphisme vertical de complexes \[\xymatrix{ F_2'/I'F_2' \ar[r] \ar[d] & F_1'/I'F_1' \ar[r] \ar[d] & F_0'/I'F_0' \ar[d] \\ F_2'/I'F_2' \oplus F_2''/I'F_2'' \ar[r] & F_1'/I'F_1' \ar[r] & F_0'/I'F_0' }\] induit manifestement une surjection en homologie, le résultat en découle.
Lemme
Soit \[\xymatrix{ S \ar[r] & S' \\ R \ar[r] \ar[u] & R' \ar[u] }\] un diagramme commutatif d’homomorphismes locaux d’anneaux locaux noethériens. Soit \(I \subset R\) un idéal propre. Soit \(M\) un \(S\)-module de type fini. Notons \(I' = IR'\) et \(M' = M \otimes_S S'\). Supposons que
\(S'\) soit un localisé du produit tensoriel \(S \otimes_R R'\),
\(M/IM\) soit plat sur \(R/I\),
\(\text{Tor}_1^R(M, R/I) \to \text{Tor}_1^{R'}(M', R'/I')\) soit nul.
Alors \(M'\) est plat sur \(R'\).
Démonstration
Puisque \(S'\) est un localisé de \(S \otimes_R R'\), nous voyons que \(M'\) est un localisé de \(M \otimes_R R'\). Notons que, par le lemme 00HI, le module \(M/IM \otimes_{R/I} R'/I' = M \otimes_R R' /I'(M \otimes_R R')\) est plat sur \(R'/I'\). Par conséquent, \(M'/I'M'\) est lui aussi plat sur \(R'/I'\), puisque tout localisé d’un module plat est plat. D’après le lemme 00ML, il suffit de montrer que \(\text{Tor}_1^{R'}(M', R'/I')\) est nul. Comme \(M'\) est un localisé de \(M \otimes_R R'\), la dernière hypothèse implique qu’il suffit de montrer que \(\text{Tor}_1^R(M, R/I) \otimes_R R' \to \text{Tor}_1^{R'}(M \otimes_R R', R'/I')\) est surjectif.
Le lemme 00MN montre que \(\text{Tor}_1^R(M, R'/I') \to \text{Tor}_1^{R'}(M \otimes_R R', R'/I')\) est surjectif. Il suffit donc maintenant de montrer que \(\text{Tor}_1^R(M, R/I) \otimes_R R' \to \text{Tor}_1^R(M, R'/I')\) est surjectif. Cela découle du lemme 00MM appliqué aux homomorphismes d’anneaux \(R \to R/I \to R'/I'\) et au module \(M\).
Veuillez comparer le lemme ci-dessous au lemme 06A5 (le cas d’un idéal nilpotent) et au lemme 00R7 (le cas des algèbres de présentation finie).
Lemme
Soient \(R\), \(S\) et \(S'\) des anneaux locaux noethériens, et soient \(R \to S \to S'\) des homomorphismes locaux d’anneaux. Soit \(\mathfrak m \subset R\) l’idéal maximal. Soit \(M\) un \(S'\)-module. Supposons que
le module \(M\) soit de type fini sur \(S'\) ;
le module \(M\) soit non nul ;
le module \(M/\mathfrak m M\) soit un \(S/\mathfrak m S\)-module plat ;
le module \(M\) soit un \(R\)-module plat.
Alors \(S\) est plat sur \(R\) et \(M\) est un \(S\)-module plat.
Démonstration
Posons \(I = \mathfrak mS \subset S\). Nous voyons que \(M/IM\) est un \(S/I\)-module plat en vertu de (3). Comme \(\mathfrak m \otimes_R S' \to I \otimes_S S'\) est surjectif, nous voyons que \(\mathfrak m \otimes_R M \to I \otimes_S M\) est également surjectif. Considérons \[\mathfrak m \otimes_R M \to I \otimes_S M \to M.\] Comme \(M\) est plat sur \(R\), la composée est injective, et les deux flèches le sont donc. En particulier, \(\text{Tor}_1^S(S/I, M) = 0\), voir la remarque 00M6. Par le lemme 00ML, nous concluons que \(M\) est plat sur \(S\). Notons que, puisque \(M/\mathfrak m_{S'}M\) n’est pas nul par le lemme de Nakayama 00DV, nous voyons qu’en fait \(M\) est fidèlement plat sur \(S\) par le lemme 00HP (car cela impose \(M/\mathfrak m_SM \not = 0\)).
Considérons la suite exacte \(0 \to \mathfrak m \to R \to \kappa \to 0\). Elle donne une suite exacte \(0 \to \text{Tor}_1^R(\kappa, S) \to \mathfrak m \otimes_R S \to I \to 0\). Puisque \(M\) est plat sur \(S\), celle-ci donne une suite exacte \(0 \to \text{Tor}_1^R(\kappa, S)\otimes_S M \to \mathfrak m \otimes_R M \to I \otimes_S M \to 0\). D’après ce qui précède, cela implique que \(\text{Tor}_1^R(\kappa, S)\otimes_S M = 0\). Puisque \(M\) est fidèlement plat sur \(S\), il s’ensuit que \(\text{Tor}_1^R(\kappa, S) = 0\), et nous concluons que \(S\) est plat sur \(R\) par le lemme 00MK.
Lemme
Soient \(A\) un anneau, \(M\) un \(A\)-module et \(f \in A\). Si
\(f\) est un non-diviseur de zéro sur \(A\) et sur \(M\),
\(M_f\) est un \(A_f\)-module plat, et
\(M/fM\) est un \(A/fA\)-module plat,
alors \(M\) est un \(A\)-module plat. Il en va de même en remplaçant « plat » par « fidèlement plat ».
Démonstration
Comme \(0 \to A \to A \to A/fA \to 0\) et \(0 \to M \to M \to M/fM \to 0\) sont exactes, nous obtenons \(\text{Tor}_i^A(M, A/fA) = 0\) pour \(i = 1\) et \(i = 2\). Par le lemme 051C, nous concluons que \(\text{Tor}_1^A(M, N) = 0\) pour tout \(A\)-module \(N\) annulé par \(f\) (ceci utilise la platitude de \(M/fM\) sur \(A/fA\)). Étant donné un \(A\)-module \(N\) annulé par \(f\), nous pouvons choisir une suite exacte courte \(0 \to N' \to F \to N \to 0\) de \(A\)-modules, où \(F\) est une somme directe de copies de \(A/fA\). De la suite exacte \[\text{Tor}_2^A(M, F) \to \text{Tor}_2^A(M, N) \to \text{Tor}_1^A(M, N')\] nous concluons que \(\text{Tor}_2^A(M, N) = 0\) pour tout \(A\)-module \(N\) annulé par \(f\). Soit ensuite \(K\) un \(A\)-module arbitraire. Nous pouvons décomposer le morphisme \(f : K \to K\) en deux suites exactes courtes \[0 \to K[f] \to K \to K' \to 0 \quad\text{et}\quad 0 \to K' \to K \to K/fK \to 0\] où \(K' = K/K[f] \cong fK\). En appliquant les suites exactes de Tor, nous obtenons les suites exactes \[\text{Tor}_1^A(K[f], M) \to \text{Tor}_1^A(K, M) \to \text{Tor}_1^A(K', M)\] et \[\text{Tor}_2^A(K/fK, M) \to \text{Tor}_1^A(K', M) \to \text{Tor}_1^A(K, M)\] En utilisant l’annulation de \(\text{Tor}_1^A(K[f], M)\) et de \(\text{Tor}_2^A(K/fK, M)\), nous concluons que \(f : K \to K\) induit un morphisme injectif sur \(\text{Tor}^A_1(M, K)\). Autrement dit, nous voyons que \(\text{Tor}^A_1(M, K)\) est nul si et seulement si \(\text{Tor}^A_1(M, K) \otimes_A A_f\) est nul. Par le lemme 00M8, nous avons \[\text{Tor}^A_1(M, K) \otimes_A A_f = \text{Tor}^{A_f}_1(M_f, K_f) = 0\] Cette annulation résulte de la platitude de \(M_f\) sur \(A_f\) (lemme 00M5). Nous concluons que \(\text{Tor}_1^A(M, K) = 0\) pour tout \(A\)-module \(K\). Par conséquent, \(M\) est plat sur \(A\) par le lemme 00M5.
Nous omettons l’argument dans le cas des modules fidèlement plats.
Lemme
Soient \(A\) un anneau et \(M\) un \(A\)-module. Soit \(I = (f_1, \ldots, f_r)\) un idéal de \(A\) engendré par \(r \geq 1\) éléments. Si
\(M_{f_i}\) est un \(A_{f_i}\)-module plat pour \(i = 1, \ldots, r\),
\(M/IM\) est un \(A/I\)-module plat,
\(\text{Tor}_i^A(M, A/I) = 0\) pour \(i = 1, \ldots, r + 1\),
alors \(M\) est un \(A\)-module plat. Il en va de même en remplaçant « plat » par « fidèlement plat ».
Démonstration
Le lemme 051C montre que \(\text{Tor}_1^A(M, K) = 0\) pour tout \(A\)-module \(K\) annulé par \(I\). Étant donné un \(A\)-module \(K\) annulé par \(I\), nous pouvons choisir une suite exacte courte \(0 \to N \to F \to K \to 0\) de \(A\)-modules, où \(F\) est une somme directe de copies de \(A/I\). Nous obtenons une suite exacte \[\text{Tor}_i^A(M, F) \to \text{Tor}_i^A(M, K) \to \text{Tor}_{i - 1}^A(M, N)\] Ainsi, en utilisant l’hypothèse (3) et en raisonnant par récurrence sur \(i\), nous concluons que \(\text{Tor}_i^A(M, K) = 0\) pour tout \(A\)-module \(K\) annulé par \(I\) et \(i = 1, \ldots, r + 1\).
Supposons que, pour un certain \(1 \leq j \leq r\), nous ayons montré que \(\text{Tor}_i^A(M, K) = 0\) pour tout \(A\)-module \(K\) annulé par \(f_1, \ldots, f_j\) et \(i = 1, \ldots, j + 1\). Soit \(K\) un \(A\)-module annulé par \(f_1, \ldots, f_{j - 1}\). Nous pouvons décomposer le morphisme \(f_j : K \to K\) en deux suites exactes courtes \[0 \to K[f_j] \to K \to K' \to 0 \quad\text{et}\quad 0 \to K' \to K \to K/f_jK \to 0\] où \(K' = K/K[f_j] \cong f_jK\). Soit \(1 \leq i \leq j\). En appliquant les suites exactes de Tor, nous obtenons les suites exactes \[\text{Tor}_i^A(K[f_j], M) \to \text{Tor}_i^A(K, M) \to \text{Tor}_i^A(K', M)\] et \[\text{Tor}_{i + 1}^A(K/f_jK, M) \to \text{Tor}_i^A(K', M) \to \text{Tor}_i^A(K, M)\] En utilisant l’annulation de \(\text{Tor}_i^A(K[f_j], M)\) et de \(\text{Tor}_{i + 1}^A(K/f_jK, M)\), nous concluons que \(f_j : K \to K\) induit un morphisme injectif sur \(\text{Tor}^A_i(M, K)\). Autrement dit, nous voyons que \(\text{Tor}^A_i(M, K)\) est nul si et seulement si \(\text{Tor}^A_i(M, K) \otimes_A A_{f_j}\) est nul. Par le lemme 00M8, nous avons \[\text{Tor}^A_i(M, K) \otimes_A A_{f_j} = \text{Tor}^{A_{f_j}}_i(M_{f_j}, K_{f_j}) = 0\] Cette annulation résulte de la platitude de \(M_{f_j}\) sur \(A_{f_j}\) (lemme 00M5). Nous concluons que \(\text{Tor}_i^A(M, K) = 0\) pour tout \(A\)-module \(K\) annulé par \(f_1, \ldots, f_{j - 1}\) et \(i = 1, \ldots, j\). Par récurrence descendante sur \(j\), nous concluons que ceci vaut pour \(j = 0\), c’est-à-dire que \(\text{Tor}_1^A(M, K) = 0\) pour tout \(A\)-module \(K\). Par conséquent, \(M\) est plat sur \(A\) par le lemme 00M5.
Nous omettons l’argument dans le cas des modules fidèlement plats.
Changement de base et platitude
Quelques lemmes décrivant ce qu’il advient de la platitude lors d’un changement de base.
Lemme
Soit \[\xymatrix{ S \ar[r] & S' \\ R \ar[r] \ar[u] & R' \ar[u] }\] un diagramme commutatif d’homomorphismes locaux d’anneaux locaux. Supposons que \(S'\) soit un localisé du produit tensoriel \(S \otimes_R R'\). Soit \(M\) un \(S\)-module et posons \(M' = S' \otimes_S M\).
Si \(M\) est plat sur \(R\), alors \(M'\) est plat sur \(R'\).
Si \(M'\) est plat sur \(R'\) et si \(R \to R'\) est plat, alors \(M\) est plat sur \(R\).
En particulier, nous avons
Si \(S\) est plat sur \(R\), alors \(S'\) est plat sur \(R'\).
Si \(R' \to S'\) et \(R \to R'\) sont plats, alors \(S\) est plat sur \(R\).
Démonstration
Démonstration de (1). Si \(M\) est plat sur \(R\), alors \(M \otimes_R R'\) est plat sur \(R'\) par le lemme 00HI. Si \(W \subset S \otimes_R R'\) est la partie multiplicative telle que \(W^{-1}(S \otimes_R R') = S'\), alors \(M' = W^{-1}(M \otimes_R R')\). Ainsi, \(M'\) est plat sur \(R'\) en tant que localisé d’un module plat, voir la partie (5) du lemme 00HT. Ceci démontre (1) et, en particulier, montre que (3) est vraie.
Démonstration de (2). Supposons que \(M'\) soit plat sur \(R'\) et que \(R \to R'\) soit plat. En appliquant (3) au diagramme réfléchi par rapport à la diagonale nord-ouest, nous voyons que \(S \to S'\) est plat. Ainsi, \(S \to S'\) est fidèlement plat par le lemme 00HR. Nous allons utiliser le critère du lemme 00HD (00HG) pour montrer que \(M\) est plat. Soit \(I \subset R\) un idéal. Si \(I \otimes_R M \to M\) a un noyau non nul, il en va de même de \((I \otimes_R M) \otimes_S S' \to M \otimes_S S' = M'\). Notons que \(I \otimes_R R' = IR'\), puisque \(R \to R'\) est plat, et que \[(I \otimes_R M) \otimes_S S' = (I \otimes_R R') \otimes_{R'} (M \otimes_S S') = IR' \otimes_{R'} M'.\] La platitude de \(M'\) sur \(R'\) implique que ce module s’injecte dans \(M'\). Ceci achève la démonstration de (2), et (4) est donc également vraie.
Voici encore une application du critère local de platitude.
Lemme
Considérons un diagramme commutatif d’anneaux locaux et d’homomorphismes locaux \[\xymatrix{ S \ar[r] & S' \\ R \ar[r] \ar[u] & R' \ar[u] }\] Soit \(M\) un \(S\)-module de type fini. Supposons que
les flèches horizontales soient des homomorphismes d’anneaux plats,
\(M\) soit plat sur \(R\),
\(\mathfrak m_R R' = \mathfrak m_{R'}\),
\(R'\) et \(S'\) soient noethériens.
Alors \(M' = M \otimes_S S'\) est plat sur \(R'\).
Démonstration
Comme \(\mathfrak m_R \subset R\) et que \(R \to R'\) est plat, nous obtenons \(\mathfrak m_R \otimes_R R' = \mathfrak m_R R' = \mathfrak m_{R'}\) par l’hypothèse (3). Observons que \(M'\) est un \(S'\)-module de type fini qui est plat sur \(R\) par le lemme 0584. Ainsi, \(\mathfrak m_R \otimes_R M' \to M'\) est injectif. Nous obtenons alors \[\mathfrak m_R \otimes_R M' = \mathfrak m_R \otimes_R R' \otimes_{R'} M' = \mathfrak m_{R'} \otimes_{R'} M'\] Ainsi, \(\mathfrak m_{R'} \otimes_{R'} M' \to M'\) est injectif. Ceci montre que \(\text{Tor}_1^{R'}(\kappa_{R'}, M') = 0\) (remarque 00M6). Le module \(M'\) est donc plat sur \(R'\) par le lemme 00MK.
Critères de platitude sur les anneaux artiniens
Nous examinons quelques critères de platitude pour les modules sur les anneaux artiniens. Notons que l’idéal maximal d’un anneau local artinien est nilpotent, de sorte que les deux lemmes suivants s’appliquent aux anneaux locaux artiniens.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local dont l’idéal maximal \(\mathfrak m\) est nilpotent. Soit \(M\) un \(R\)-module plat. Si \(A\) est un ensemble et si \(x_\alpha \in M\), \(\alpha \in A\), est une famille d’éléments de \(M\), alors les assertions suivantes sont équivalentes :
\(\{\overline{x}_\alpha\}_{\alpha \in A}\) est une base de l’espace vectoriel \(M/\mathfrak mM\) sur \(R/\mathfrak m\), et
\(\{x_\alpha\}_{\alpha \in A}\) est une base de \(M\) sur \(R\).
Démonstration
L’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) est immédiate. Supposons (1). Par le lemme de Nakayama 00DV, les éléments \(x_\alpha\) engendrent \(M\). On obtient alors une suite exacte courte \[0 \to K \to \bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R \to M \to 0\] En tensorisant par \(R/\mathfrak m\) et en utilisant le lemme 00HL, nous obtenons \(K/\mathfrak mK = 0\). Par le lemme de Nakayama 00DV, nous concluons que \(K = 0\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau local d’idéal maximal nilpotent. Soit \(M\) un \(R\)-module. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est plat sur \(R\),
\(M\) est un \(R\)-module libre, et
\(M\) est un \(R\)-module projectif.
Démonstration
Comme tout module projectif est plat (en tant que facteur direct d’un module libre) et que tout module libre est projectif, il suffit de montrer qu’un module plat est libre. Soit \(M\) un module plat. Soient \(A\) un ensemble et des éléments \(x_\alpha \in M\), \(\alpha \in A\), tels que les \(\overline{x_\alpha} \in M/\mathfrak m M\) forment une base sur le corps résiduel de \(R\). Par le lemme 051F, les \(x_\alpha\) sont une base de \(M\) sur \(R\), ce qui conclut.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soient \(A\) un ensemble et \(x_\alpha \in M\), \(\alpha \in A\), une famille d’éléments de \(M\). Supposons que
\(I\) soit nilpotent,
\(\{\overline{x}_\alpha\}_{\alpha \in A}\) soit une base de \(M/IM\) sur \(R/I\), et
\(\text{Tor}_1^R(R/I, M) = 0\).
Alors \(M\) est libre de base \(\{x_\alpha\}_{\alpha \in A}\) sur \(R\).
Démonstration
Soient \(R\), \(I\), \(M\), \(\{x_\alpha\}_{\alpha \in A}\) comme dans le lemme, et supposons les hypothèses (1), (2) et (3) satisfaites. Par le lemme de Nakayama 00DV, les éléments \(x_\alpha\) engendrent \(M\) sur \(R\). L’hypothèse \(\text{Tor}_1^R(R/I, M) = 0\) implique que nous avons une suite exacte courte \[0 \to I \otimes_R M \to M \to M/IM \to 0.\] Soit \(\sum f_\alpha x_\alpha = 0\) une relation dans \(M\). Par le choix des \(x_\alpha\), nous voyons que \(f_\alpha \in I\). Nous concluons donc que \(\sum f_\alpha \otimes x_\alpha = 0\) dans \(I \otimes_R M\). Le morphisme \(I \otimes_R M \to I/I^2 \otimes_{R/I} M/IM\) et le fait que \(\{x_\alpha\}_{\alpha \in A}\) soit une base de \(M/IM\) impliquent que \(f_\alpha \in I^2\) ! Nous concluons donc qu’il n’existe aucune relation entre les images des \(x_\alpha\) dans \(M/I^2M\). Autrement dit, nous voyons que \(M/I^2M\) est libre, de base les images des \(x_\alpha\). En utilisant le morphisme \(I \otimes_R M \to I/I^3 \otimes_{R/I^2} M/I^2M\), nous concluons ensuite que \(f_\alpha \in I^3\) ! Et ainsi de suite. Comme \(I^n = 0\) pour un certain \(n\) par l’hypothèse (1), le résultat suit.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module. Supposons que
\(M/IM\) soit plat sur \(R/I\), et
\(R' \otimes_R M\) soit plat sur \(R'\).
Posons \(I_2 = \varphi^{-1}(\varphi(I^2)R')\). Alors \(M/I_2M\) est plat sur \(R/I_2\).
Démonstration
Nous pouvons remplacer \(R\), \(M\) et \(R'\) par \(R/I_2\), \(M/I_2M\) et \(R'/\varphi(I)^2R'\). Alors \(I^2 = 0\) et \(\varphi\) est injectif. Par le lemme 051C et puisque \(I^2 = 0\), il suffit de montrer que \(\text{Tor}^R_1(R/I, M) = K = \Ker(I \otimes_R M \to M)\) est nul. Posons \(M' = M \otimes_R R'\) et \(I' = IR'\). Par hypothèse, le morphisme \(I' \otimes_{R'} M' \to M'\) est injectif. Ainsi, \(K\) s’envoie sur zéro dans \[I' \otimes_{R'} M' = I' \otimes_R M = I' \otimes_{R/I} M/IM.\] Le morphisme \(I \to I'\) est alors un morphisme injectif de \(R/I\)-modules. Comme \(M/IM\) est plat sur \(R/I\), le morphisme \[I \otimes_{R/I} M/IM \longrightarrow I' \otimes_{R/I} M/IM\] est injectif. Ceci implique que \(K\) est nul dans \(I \otimes_R M = I \otimes_{R/I} M/IM\), comme souhaité.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module. Supposons que
\(I\) soit nilpotent,
\(R \to R'\) soit injectif,
\(M/IM\) soit plat sur \(R/I\), et
\(R' \otimes_R M\) soit plat sur \(R'\).
Alors \(M\) est plat sur \(R\).
Démonstration
Définissons par récurrence \(I_1 = I\) et \(I_{n + 1} = \varphi^{-1}(\varphi(I_n)^2R')\) pour \(n \geq 1\). Notons que, par le lemme 051I, nous obtenons que \(M/I_nM\) est plat sur \(R/I_n\) pour tout \(n \geq 1\). Il est clair que \(\varphi(I_{n + 1}) \subset \varphi(I)^{2^n}R'\). Comme \(I\) est nilpotent, nous voyons que \(\varphi(I_n) = 0\) pour un certain \(n\). Puisque \(\varphi\) est injectif, nous concluons que \(I_n = 0\) pour un certain \(n\), ce qui achève la démonstration.
Voici la version artinienne locale du critère local de platitude.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local artinien. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(I \subset R\) un idéal propre. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est plat sur \(R\), et
\(M/IM\) est plat sur \(R/I\) et \(\text{Tor}_1^R(R/I, M) = 0\).
Démonstration
L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) découle immédiatement des définitions. Supposons que \(M/IM\) soit plat sur \(R/I\) et que \(\text{Tor}_1^R(R/I, M) = 0\). Par le lemme 051G, ceci implique que \(M/IM\) est libre sur \(R/I\). Choisissons un ensemble \(A\) et des éléments \(x_\alpha \in M\) dont les images dans \(M/IM\) forment une base. Par le lemme 051H, nous concluons que \(M\) est libre et, en particulier, plat.
Il se trouve que la platitude descend par tout homomorphisme injectif dont la source est un anneau artinien.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(R\)-module. Supposons que
\(R\) soit artinien,
\(R \to S\) soit injectif, et
\(M \otimes_R S\) soit un \(S\)-module plat.
Alors \(M\) est un \(R\)-module plat.
Démonstration
Première démonstration : soit \(I \subset R\) le radical de Jacobson de \(R\). Alors \(I\) est nilpotent et \(M/IM\) est plat sur \(R/I\), puisque \(R/I\) est un produit de corps, voir la section 00J4. Par conséquent, \(M\) est plat par une application du lemme 051J.
Seconde démonstration : par le lemme 00JB, nous pouvons écrire \(R = \prod R_i\) comme produit fini d’anneaux locaux artiniens. Ceci induit des décompositions en produits analogues pour \(R\) et \(S\). Nous nous ramenons donc au cas où \(R\) est local artinien (détails omis).
Supposons que \(R \to S\) et \(M\) soient comme dans le lemme, satisfassent (1), (2) et (3), et qu’en outre \(R\) soit local d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Soient \(A\) un ensemble et \(x_\alpha \in A\) des éléments tels que \(\overline{x}_\alpha\) forme une base de \(M/\mathfrak mM\) sur \(R/\mathfrak m\). Par le lemme de Nakayama 00DV, nous voyons que les éléments \(x_\alpha\) engendrent \(M\) comme \(R\)-module. Posons \(N = S \otimes_R M\) et \(I = \mathfrak mS\). Alors \(\{1 \otimes x_\alpha\}_{\alpha \in A}\) est une famille d’éléments de \(N\) qui forme une base de \(N/IN\). De plus, puisque \(N\) est plat sur \(S\), nous avons \(\text{Tor}_1^S(S/I, N) = 0\). Le lemme 051H permet donc de conclure que \(N\) est libre de base \(\{1 \otimes x_\alpha\}_{\alpha \in A}\). L’injectivité de \(R \to S\) garantit alors qu’il ne peut exister de relation non triviale entre les \(x_\alpha\) à coefficients dans \(R\).
Veuillez comparer le lemme ci-dessous au lemme 00MP (le cas des anneaux locaux noethériens), au lemme 00R7 (le cas des algèbres de présentation finie), et au lemme 0CEL (le cas des idéaux localement nilpotents).
Lemme
Soit \[\xymatrix{ S \ar[rr] & & S' \\ & R \ar[lu] \ar[ru] }\] un diagramme commutatif dans la catégorie des anneaux. Soient \(I \subset R\) un idéal nilpotent et \(M\) un \(S'\)-module. Supposons que
le module \(M/IM\) soit un \(S/IS\)-module plat ;
le module \(M\) soit un \(R\)-module plat.
Alors \(M\) est un \(S\)-module plat et \(S_{\mathfrak q}\) est plat sur \(R\) pour tout \(\mathfrak q \subset S\) tel que \(M \otimes_S \kappa(\mathfrak q)\) soit non nul.
Démonstration
Puisque \(M\) est plat sur \(R\), la tensorisation par la suite exacte courte \(0 \to I \to R \to R/I \to 0\) donne une suite exacte courte \[0 \to I \otimes_R M \to M \to M/IM \to 0.\] Notons que \(I \otimes_R M \to IS \otimes_S M\) est surjectif. Combiné avec ce qui précède, cela signifie que les deux morphismes de \[I \otimes_R M \to IS \otimes_S M \to M\] sont injectifs. Ainsi, \(\text{Tor}_1^S(IS, M) = 0\) (voir la remarque 00M6), et nous concluons que \(M\) est un \(S\)-module plat par le lemme 051C. Pour terminer, nous devons montrer que \(S_{\mathfrak q}\) est plat sur \(R\) pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) tel que \(M \otimes_S \kappa(\mathfrak q)\) soit non nul. Ceci découle du lemme 00HP et du lemme 039V.
Qu’est-ce qui rend un complexe exact ?
Une partie de ce matériau se trouve dans l’article [WhatExact] de Buchsbaum et Eisenbud.
Situation
Ici, \(R\) est un anneau, et nous avons un complexe \[0 \to R^{n_e} \xrightarrow{\varphi_e} R^{n_{e-1}} \xrightarrow{\varphi_{e-1}} \ldots \xrightarrow{\varphi_{i + 1}} R^{n_i} \xrightarrow{\varphi_i} R^{n_{i-1}} \xrightarrow{\varphi_{i-1}} \ldots \xrightarrow{\varphi_1} R^{n_0}\] Autrement dit, nous imposons \(\varphi_i \circ \varphi_{i + 1} = 0\) pour \(i = 1, \ldots, e - 1\).
Lemme
Supposons que \(R\) soit un anneau. Soit \[\ldots \xrightarrow{\varphi_{i + 1}} R^{n_i} \xrightarrow{\varphi_i} R^{n_{i-1}} \xrightarrow{\varphi_{i-1}} \ldots\] un complexe de \(R\)-modules libres de rang fini. Supposons que, pour un certain \(i\), un coefficient matriciel du morphisme \(\varphi_i\) soit inversible. Alors le complexe affiché est isomorphe à la somme directe d’un complexe \[\ldots \to R^{n_{i + 2}} \xrightarrow{\varphi_{i + 2}} R^{n_{i + 1}} \to R^{n_i - 1} \to R^{n_{i - 1} - 1} \to R^{n_{i - 2}} \xrightarrow{\varphi_{i - 2}} R^{n_{i - 3}} \to \ldots\] et du complexe \(\ldots \to 0 \to R \to R \to 0 \to \ldots\), où le morphisme \(R \to R\) est l’identité.
Démonstration
L’hypothèse signifie, après un changement de base de \(R^{n_i}\) et de \(R^{n_{i-1}}\), que le premier vecteur de la base de \(R^{n_i}\) est envoyé par \(\varphi_i\) sur le premier vecteur de la base de \(R^{n_{i-1}}\). Notons \(e_j\) le \(j\)-ème vecteur de la base de \(R^{n_i}\) et \(f_k\) le \(k\)-ème vecteur de la base de \(R^{n_{i-1}}\). Écrivons \(\varphi_i(e_j) = \sum a_{jk} f_k\). Ainsi, \(a_{1k} = 0\) sauf si \(k = 1\), et \(a_{11} = 1\). Changeons de nouveau la base de \(R^{n_i}\) en posant \(e'_j = e_j - a_{j1} e_1\) pour \(j > 1\). Après ce changement de coordonnées, nous avons \(a_{j1} = 0\) pour \(j > 1\). Notons que l’image de \(R^{n_{i + 1}} \to R^{n_i}\) est contenue dans le sous-module engendré par les \(e_j\), \(j > 1\). Notons également que \(R^{n_{i-1}} \to R^{n_{i-2}}\) doit annuler \(f_1\), puisqu’il appartient à l’image. Ces conditions et la forme de la matrice \((a_{jk})\) de \(\varphi_i\) impliquent le lemme.
Dans la situation 00MS, nous disons qu’un complexe de la forme \[0 \to \ldots \to 0 \to R \xrightarrow{1} R \to 0 \to \ldots \to 0\] ou de la forme \[0 \to \ldots \to 0 \to R\] est trivial. Plus précisément, nous disons que \(0 \to R^{n_e} \to R^{n_{e-1}} \to \ldots \to R^{n_0}\) est trivial s’il existe soit un \(e \geq i \geq 1\) tel que \(n_i = n_{i - 1} = 1\), \(\varphi_i = \text{id}_R\), et que \(n_j = 0\) pour \(j \not \in \{i, i - 1\}\), soit \(n_0 = 1\) et \(n_i = 0\) pour \(i > 0\). Le lemme précédent dit clairement que tout complexe fini de modules libres de rang fini sur un anneau local est, à des sommes directes de complexes triviaux près, identique à un complexe dont tous les morphismes ont tous leurs coefficients matriciels dans l’idéal maximal.
Lemme
Dans la situation 00MS, supposons que \(R\) soit un anneau local noethérien d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Supposons que \(\mathfrak m \in \text{Ass}(R)\), autrement dit que \(R\) soit de profondeur \(0\). Supposons que \(0 \to R^{n_e} \to R^{n_{e-1}} \to \ldots \to R^{n_0}\) soit exact en \(R^{n_e}, \ldots, R^{n_1}\). Alors le complexe est isomorphe à une somme directe de complexes triviaux.
Démonstration
Choisissons \(x \in R\), \(x \not = 0\), tel que \(\mathfrak m x = 0\). Soit \(i\) le plus grand indice tel que \(n_i > 0\). Si \(i = 0\), alors l’assertion est vraie. Si \(i > 0\), notons \(f_1\) le premier vecteur de la base de \(R^{n_i}\). Comme \(xf_1\) ne s’envoie pas sur zéro en raison de l’exactitude du complexe, nous en déduisons qu’un coefficient matriciel du morphisme \(R^{n_i} \to R^{n_{i - 1}}\) n’appartient pas à \(\mathfrak m\). Le lemme 00MT nous permet alors de diminuer \(n_e + \ldots + n_1\). Une récurrence achève la démonstration.
Lemme
Dans la situation 00MS, soit \(R\) un anneau local artinien. Supposons que \(0 \to R^{n_e} \to R^{n_{e-1}} \to \ldots \to R^{n_0}\) soit exact en \(R^{n_e}, \ldots, R^{n_1}\). Alors le complexe est isomorphe à une somme directe de complexes triviaux.
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 00MY, car tout anneau local artinien est de profondeur \(0\).
Nous définissons ci-dessous le rang d’un morphisme de modules libres de rang fini. Ce n’est qu’une définition possible du rang. C’est simplement celle qui convient dans cette section ; il en existe d’autres qui peuvent être plus commodes dans d’autres situations.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Supposons que \(\varphi : R^m \to R^n\) soit un morphisme de modules libres de rang fini.
Le rang de \(\varphi\) est le plus grand \(r\) tel que \(\wedge^r \varphi : \wedge^r R^m \to \wedge^r R^n\) soit non nul.
Nous notons \(I(\varphi) \subset R\) l’idéal engendré par les mineurs \(r \times r\) de la matrice de \(\varphi\), où \(r\) est le rang défini ci-dessus.
Le rang de \(\varphi : R^m \to R^n\) vaut \(0\) si et seulement si \(\varphi = 0\), et dans ce cas \(I(\varphi) = R\).
Lemme
Dans la situation 00MS, supposons que le complexe soit isomorphe à une somme directe de complexes triviaux. Alors nous avons
les morphismes \(\varphi_i\) ont pour rang \(r_i = n_i - n_{i + 1} + \ldots + (-1)^{e-i-1} n_{e-1} + (-1)^{e-i} n_e\),
pour tout \(i\), \(1 \leq i \leq e - 1\), nous avons \(\text{rank}(\varphi_{i + 1}) + \text{rank}(\varphi_i) = n_i\),
chaque \(I(\varphi_i) = R\).
Démonstration
Nous pouvons supposer que le complexe est la somme directe de complexes triviaux. Pour chaque \(i\), nous pouvons alors répartir les vecteurs de la base canonique de \(R^{n_i}\) entre ceux qui s’envoient sur un vecteur de la base de \(R^{n_{i-1}}\) et ceux qui s’envoient sur zéro (et ces derniers sont atteints par des vecteurs de la base de \(R^{n_{i + 1}}\) si \(i > 0\)). En raisonnant par récurrence descendante à partir de \(i = e\), il est facile de prouver qu’il y a \(r_{i + 1}\) vecteurs de la base de \(R^{n_i}\) qui s’envoient sur zéro, et \(r_i\) qui s’envoient sur des vecteurs de la base de \(R^{n_{i-1}}\). Le résultat en découle.
Lemme
Dans la situation 00MS, supposons que \(R\) soit un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Supposons que \(0 \to R^{n_e} \to R^{n_{e-1}} \to \ldots \to R^{n_0}\) soit exact en \(R^{n_e}, \ldots, R^{n_1}\). Soit \(x \in \mathfrak m\) un non-diviseur de zéro. Le complexe \(0 \to (R/xR)^{n_e} \to \ldots \to (R/xR)^{n_1}\) est exact en \((R/xR)^{n_e}, \ldots, (R/xR)^{n_2}\).
Démonstration
Notons \(F_\bullet\) le complexe de termes \(F_i = R^{n_i}\) et dont la différentielle est donnée par \(\varphi_i\). Nous avons alors une suite exacte courte de complexes \[0 \to F_\bullet \xrightarrow{x} F_\bullet \to F_\bullet/xF_\bullet \to 0\] En appliquant le lemme du serpent, nous obtenons une suite exacte longue \[H_i(F_\bullet) \xrightarrow{x} H_i(F_\bullet) \to H_i(F_\bullet/xF_\bullet) \to H_{i - 1}(F_\bullet) \xrightarrow{x} H_{i - 1}(F_\bullet)\] Le lemme en découle.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(0 \to M_e \to M_{e-1} \to \ldots \to M_0\) un complexe de \(R\)-modules de type fini. Supposons que \(\text{depth}(M_i) \geq i\). Soit \(i\) le plus grand indice où le complexe n’est pas exact en \(M_i\). Si \(i > 0\), alors \(\Ker(M_i \to M_{i-1})/\Im(M_{i + 1} \to M_i)\) est de profondeur \(\geq 1\).
Démonstration
Soit \(H = \Ker(M_i \to M_{i-1})/\Im(M_{i + 1} \to M_i)\) le groupe d’homologie considéré. Nous pouvons décomposer le complexe en suites exactes courtes \(0 \to M_e \to M_{e-1} \to K_{e-2} \to 0\), \(0 \to K_j \to M_j \to K_{j-1} \to 0\), pour \(i + 2 \leq j \leq e-2\), \(0 \to K_{i + 1} \to M_{i + 1} \to B_i \to 0\), \(0 \to K_i \to M_i \to M_{i-1}\), et \(0 \to B_i \to K_i \to H \to 0\). Nous remontons ces complexes pour prouver les assertions sur les profondeurs, en utilisant de façon répétée le lemme 00LX. Tout d’abord, puisque \(\text{depth}(M_e) \geq e\) et que \(\text{depth}(M_{e-1}) \geq e-1\), nous en déduisons que \(\text{depth}(K_{e-2}) \geq e - 1\). À ce stade, les suites \(0 \to K_j \to M_j \to K_{j-1} \to 0\) pour \(i + 2 \leq j \leq e-2\) impliquent de même que \(\text{depth}(K_{j-1}) \geq j\) pour \(i + 2 \leq j \leq e-2\). La suite \(0 \to K_{i + 1} \to M_{i + 1} \to B_i \to 0\) montre alors que \(\text{depth}(B_i) \geq i + 1\). La suite \(0 \to K_i \to M_i \to M_{i-1}\) montre que \(\text{depth}(K_i) \geq 1\), puisque \(M_i\) est de profondeur \(\geq i \geq 1\) par hypothèse. La suite \(0 \to B_i \to K_i \to H \to 0\) implique alors le résultat.
Proposition
Dans la situation 00MS, supposons que \(R\) soit un anneau local noethérien. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(0 \to R^{n_e} \to R^{n_{e-1}} \to \ldots \to R^{n_0}\) est exact en \(R^{n_e}, \ldots, R^{n_1}\), et
pour tout \(i\), \(1 \leq i \leq e\), les deux conditions suivantes sont satisfaites :
\(\text{rank}(\varphi_i) = r_i\), où \(r_i = n_i - n_{i + 1} + \ldots + (-1)^{e-i-1} n_{e-1} + (-1)^{e-i} n_e\),
\(I(\varphi_i) = R\), ou bien \(I(\varphi_i)\) contient une suite régulière de longueur \(i\).
Démonstration
Si, pour un certain \(i\), un coefficient matriciel de \(\varphi_i\) n’appartient pas à \(\mathfrak m\), nous appliquons le lemme 00MT. Il est facile de voir que la proposition pour un complexe et pour le même complexe auquel on a ajouté un complexe trivial sont équivalentes. Nous pouvons donc supposer que tous les coefficients matriciels de chaque \(\varphi_i\) sont des éléments de l’idéal maximal. Nous pouvons également supposer que \(e \geq 1\).
Supposons que le complexe soit exact en \(R^{n_e}, \ldots, R^{n_1}\). Soit \(\mathfrak q \in \text{Ass}(R)\). Notons que l’anneau \(R_{\mathfrak q}\) est de profondeur \(0\) et que le complexe reste exact après localisation en \(\mathfrak q\). Nous appliquons les lemmes 00MY et 00MW au complexe localisé sur \(R_{\mathfrak q}\). Nous concluons que \(\varphi_{i, \mathfrak q}\) est de rang \(r_i\) pour tout \(i\). Comme \(R \to \bigoplus_{\mathfrak q \in \text{Ass}(R)} R_\mathfrak q\) est injectif (lemme 0311), nous concluons que \(\varphi_i\) est de rang \(r_i\) sur \(R\), par la définition du rang donnée dans la définition 00MV. Nous voyons donc que \(I(\varphi_i)_\mathfrak q = I(\varphi_{i, \mathfrak q})\), puisque les rangs ne changent pas. Comme tous les idéaux \(I(\varphi_i)_{\mathfrak q}\), \(e \geq i \geq 1\), sont égaux à \(R_{\mathfrak q}\) (par les lemmes cités ci-dessus), nous concluons qu’aucun des idéaux \(I(\varphi_i)\) n’est contenu dans \(\mathfrak q\). Ceci implique que \(I(\varphi_e)I(\varphi_{e-1})\ldots I(\varphi_1)\) n’est contenu dans aucun des idéaux premiers associés à \(R\). Par le lemme 00DS, nous pouvons choisir \(x \in I(\varphi_e)I(\varphi_{e - 1})\ldots I(\varphi_1)\), \(x \not \in \mathfrak q\) pour tout \(\mathfrak q \in \text{Ass}(R)\). Observons que \(x\) est un non-diviseur de zéro (lemme 00LD). D’après le lemme 00MZ, le complexe \(0 \to (R/xR)^{n_e} \to \ldots \to (R/xR)^{n_1}\) est exact en \((R/xR)^{n_e}, \ldots, (R/xR)^{n_2}\). Par récurrence sur \(e\), tous les idéaux \(I(\varphi_i)/xR\) possèdent une suite régulière de longueur \(i - 1\). Ceci prouve que \(I(\varphi_i)\) contient une suite régulière de longueur \(i\).
Supposons que (2)(a) et (2)(b) soient satisfaites. Nous allons prouver (1) par récurrence sur \(\dim(R)\). Si \(\dim(R) = 0\), alors nous devons avoir \(I(\varphi_i) = R\) pour \(1 \leq i \leq e\) par (2)(b). Comme les coefficients de \(\varphi_i\) sont contenus dans l’idéal maximal, cela ne peut se produire que si \(r_i = 0\) pour tout \(i\). Par (2)(a), nous concluons que \(e = 0\), et (1) est satisfaite. Supposons que \(\dim(R) > 0\). Affirmons que, pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), les conditions (2)(a) et (2)(b) sont satisfaites pour le complexe \(0 \to R_\mathfrak p^{n_e} \to R_\mathfrak p^{n_{e - 1}} \to \ldots \to R_\mathfrak p^{n_0}\), de morphismes \(\varphi_{i, \mathfrak p}\), sur \(R_\mathfrak p\). En effet, comme \(I(\varphi_i)\) contient un non-diviseur de zéro, l’image de \(I(\varphi_i)\) dans \(R_\mathfrak p\) est non nulle. Ceci implique que le rang de \(\varphi_{i, \mathfrak p}\) est le même que celui de \(\varphi_i\) : le rang, tel que défini ci-dessus, d’une matrice \(\varphi\) sur un anneau \(R\) ne peut que diminuer lors du passage à une \(R\)-algèbre \(R'\), et cela se produit si et seulement si \(I(\varphi)\) s’envoie sur zéro dans \(R'\). Ainsi, (2)(a) est satisfaite. Cela étant dit, nous savons que \(I(\varphi_{i, \mathfrak p}) = I(\varphi_i)_\mathfrak p\), et nous voyons que (2)(b) est également préservée par localisation. Par récurrence sur la dimension de \(R\), nous pouvons supposer que le complexe est exact après localisation en tout idéal premier non maximal \(\mathfrak p\) de \(R\). Ainsi, \(\Ker(\varphi_i)/\Im(\varphi_{i + 1})\) a son support contenu dans \(\{\mathfrak m\}\) et, s’il est non nul, est donc de profondeur \(0\). Comme \(I(\varphi_i) \subset \mathfrak m\) pour tout \(i\), en vertu de ce qui a été dit dans le premier paragraphe de la démonstration, nous voyons que (2)(b) implique \(\text{depth}(R) \geq e\). Par le lemme 00N0, nous voyons que le complexe est exact en \(R^{n_e}, \ldots, R^{n_1}\), ce qui achève la démonstration.
Remarque
Si, dans la proposition 00N1, les conditions équivalentes (1) et (2) sont satisfaites, alors il existe un \(j\) tel que \(I(\varphi_i) = R\) si et seulement si \(i \geq j\). Comme dans la démonstration de la proposition, il suffit de le voir lorsque toutes les matrices ont leurs coefficients dans l’idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\). Dans ce cas, nous voyons que \(I(\varphi_j) = R\) si et seulement si \(\varphi_j = 0\). Mais si \(\varphi_j = 0\), alors nous obtenons des complexes exacts arbitrairement longs \(0 \to R^{n_e} \to R^{n_{e-1}} \to \ldots \to R^{n_j} \to 0 \to 0 \to \ldots \to 0\), et la proposition montre donc que \(I(\varphi_i)\), pour \(i > j\), doit être égal à \(R\) (sinon, c’est un idéal propre d’un anneau local noethérien contenant des suites régulières arbitrairement longues, ce qui est impossible).
Modules de Cohen-Macaulay
Nous montrons ici que les modules de Cohen-Macaulay possèdent de bonnes propriétés. Nous remettons à plus tard l’emploi des groupes Ext pour établir le lien avec la dualité, entre autres.
Définition
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Nous disons que \(M\) est de Cohen-Macaulay si \(\dim(\text{Supp}(M)) = \text{depth}(M)\).
Un premier objectif sera d’établir la proposition 00N6. Nous y parvenons par une suite (peut-être non standard) de lemmes élémentaires ne faisant presque appel à aucun des résultats antérieurs sur la profondeur. Introduisons quelques notations.
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soient \(M\) un module de Cohen-Macaulay et \(f_1, \ldots, f_d\) une suite \(M\)-régulière, avec \(d = \dim(\text{Supp}(M))\). Nous disons que \(g \in \mathfrak m\) est bon relativement à \((M, f_1, \ldots, f_d)\) si, pour tout \(i = 0, 1, \ldots, d-1\), nous avons \(\dim (\text{Supp}(M) \cap V(g, f_1, \ldots, f_i)) = d - i - 1\). Ceci équivaut à la condition \(\dim(\text{Supp}(M/(f_1, \ldots, f_i)M) \cap V(g)) = d - i - 1\) pour \(i = 0, 1, \ldots, d - 1\).
Lemme
Notations et hypothèses comme ci-dessus. Si \(g\) est bon relativement à \((M, f_1, \ldots, f_d)\), alors (a) \(g\) est un non-diviseur de zéro sur \(M\), et (b) \(M/gM\) est de Cohen-Macaulay, de suite régulière maximale \(f_1, \ldots, f_{d - 1}\).
Démonstration
Nous démontrons le lemme par récurrence sur \(d\). Si \(d = 0\), alors \(M\) est de type fini et il n’existe aucun cas auquel le lemme s’applique. Si \(d = 1\), nous devons montrer que \(g : M \to M\) est injectif. Le noyau \(K\) a pour support \(\{\mathfrak m\}\), car, par hypothèse, \(\dim \text{Supp}(M) \cap V(g) = 0\). Ainsi, \(K\) est de longueur finie. L’injectivité de \(f_1 : K \to K\) implique donc que son image a la même longueur que \(K\), et par conséquent que \(f_1 K = K\), ce qui, par le lemme de Nakayama 00DV, implique \(K = 0\). De plus, \(\dim \text{Supp}(M/gM) = 0\), si bien que \(M/gM\) est de Cohen-Macaulay et de profondeur \(0\).
Supposons que \(d > 1\). Observons que \(g\) est bon pour \((M/f_1M, f_2, \ldots, f_d)\), comme on le voit aisément d’après la définition. Par récurrence, nous avons que (a) \(g\) est un non-diviseur de zéro sur \(M/f_1M\) et que (b) \(M/(g, f_1)M\) est de Cohen-Macaulay, de suite régulière maximale \(f_2, \ldots, f_{d - 1}\). Par le lemme 00LJ, nous voyons que \(g, f_1\) est une suite \(M\)-régulière. Ainsi, \(g\) est un non-diviseur de zéro sur \(M\) et \(f_1, \ldots, f_{d - 1}\) est une suite \(M/gM\)-régulière.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un module de Cohen-Macaulay sur \(R\). Supposons que \(g \in \mathfrak m\) vérifie \(\dim(\text{Supp}(M) \cap V(g)) = \dim(\text{Supp}(M)) - 1\). Alors (a) \(g\) est un non-diviseur de zéro sur \(M\), et (b) \(M/gM\) est de Cohen-Macaulay, de profondeur diminuée d’une unité.
Démonstration
Choisissons une suite \(M\)-régulière \(f_1, \ldots, f_d\), avec \(d = \dim(\text{Supp}(M))\). Si \(g\) est bon relativement à \((M, f_1, \ldots, f_d)\), le lemme 00N4 conclut. En particulier, le lemme est vrai si \(d = 1\). (Le cas \(d = 0\) ne se produit pas.) Supposons que \(d > 1\). Choisissons un élément \(h \in R\) tel que (i) \(h\) soit bon relativement à \((M, f_1, \ldots, f_d)\), et que (ii) \(\dim(\text{Supp}(M) \cap V(h, g)) = d - 2\). Pour voir que \(h\) existe, soit \(\{\mathfrak q_j\}\) l’ensemble (fini) des idéaux premiers minimaux des fermés \(\text{Supp}(M)\), \(\text{Supp}(M)\cap V(f_1, \ldots, f_i)\), \(i = 1, \ldots, d - 1\), et \(\text{Supp}(M) \cap V(g)\). Aucun de ces \(\mathfrak q_j\) n’est égal à \(\mathfrak m\) ; nous pouvons donc trouver \(h \in \mathfrak m\), \(h \not \in \mathfrak q_j\), par le lemme 00DS. Il est clair que \(h\) satisfait (i) et (ii). Du lemme 00N4, nous déduisons que \(M/hM\) est de Cohen-Macaulay. Par (ii), nous voyons que la paire \((M/hM, g)\) satisfait l’hypothèse de récurrence. Ainsi, \(M/(h, g)M\) est de Cohen-Macaulay et \(g : M/hM \to M/hM\) est injectif. Par le lemme 00LJ, nous voyons que \(g : M \to M\) et \(h : M/gM \to M/gM\) sont injectifs. Combiné au fait que \(M/(g, h)M\) est de Cohen-Macaulay, ceci achève la démonstration.
Proposition
Soit \(R\) un anneau local noethérien, d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Soit \(M\) un module de Cohen-Macaulay sur \(R\), dont le support est de dimension \(d\). Supposons que \(g_1, \ldots, g_c\) soient des éléments de \(\mathfrak m\) tels que \(\dim(\text{Supp}(M/(g_1, \ldots, g_c)M)) = d - c\). Alors \(g_1, \ldots, g_c\) est une suite \(M\)-régulière, et peut être prolongée en une suite \(M\)-régulière maximale.
Démonstration
Soit \(Z = \text{Supp}(M) \subset \Spec(R)\). Par le lemme 00KW, dans la chaîne \(Z \supset Z \cap V(g_1) \supset \ldots \supset Z \cap V(g_1, \ldots, g_c)\), chaque étape diminue la dimension d’au plus \(1\). Par hypothèse, chaque étape diminue donc la dimension d’exactement \(1\). Nous pouvons ainsi appliquer successivement le lemme 00N5 aux modules \(M/(g_1, \ldots, g_i)\) et à l’élément \(g_{i + 1}\).
Pour prolonger \(g_1, \ldots, g_c\) d’un élément si \(c < d\), il suffit de choisir un élément \(g_{c + 1} \in \mathfrak m\) qui n’appartient à aucun des idéaux premiers minimaux, en nombre fini, de \(Z \cap V(g_1, \ldots, g_c)\), en utilisant le lemme 00DS.
La proposition 00N6 étant démontrée, poursuivons le développement de la théorie standard.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Soit \(x \in \mathfrak m\) un non-diviseur de zéro sur \(M\). Alors \(M\) est de Cohen-Macaulay si et seulement si \(M/xM\) est de Cohen-Macaulay.
Démonstration
Par le lemme 090R, nous avons \(\text{depth}(M/xM) = \text{depth}(M)-1\). Par le lemme 0B52, nous avons \(\dim(\text{Supp}(M/xM)) = \dim(\text{Supp}(M)) - 1\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme surjectif d’anneaux locaux noethériens. Soit \(N\) un \(S\)-module de type fini. Alors \(N\) est de Cohen-Macaulay comme \(S\)-module si et seulement si \(N\) est de Cohen-Macaulay comme \(R\)-module.
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de Cohen-Macaulay de type fini. Si \(\mathfrak p \in \text{Ass}(M)\), alors \(\dim(R/\mathfrak p) = \dim(\text{Supp}(M))\) et \(\mathfrak p\) est un idéal premier minimal du support de \(M\). En particulier, \(M\) n’a aucun idéal premier associé immergé.
Démonstration
Par le lemme 0BK4, nous avons \(\text{depth}(M) \leq \dim(R/\mathfrak p)\). Bien sûr, \(\dim(R/\mathfrak p) \leq \dim(\text{Supp}(M))\), car \(\mathfrak p \in \text{Supp}(M)\) (lemme 0586). Nous avons donc égalité dans les deux inégalités, puisque \(M\) est de Cohen-Macaulay. Alors \(\mathfrak p\) doit être minimal dans \(\text{Supp}(M)\), sans quoi nous aurions \(\dim(R/\mathfrak p) < \dim(\text{Supp}(M))\). Enfin, les idéaux premiers minimaux du support de \(M\) sont égaux aux éléments minimaux de \(\text{Ass}(M)\) (proposition 02CE) ; ainsi, \(M\) n’a aucun idéal premier associé immergé (définition 02M5).
Définition
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Un module \(M\) de type fini sur \(R\) est appelé module de Cohen-Macaulay maximal si \(\text{depth}(M) = \dim(R)\).
Autrement dit, un module de Cohen-Macaulay maximal sur un anneau local noethérien est un module de type fini ayant la plus grande profondeur possible sur cet anneau. De manière équivalente, un module de Cohen-Macaulay maximal sur un anneau local noethérien \(R\) est un module de Cohen-Macaulay dont la dimension est égale à celle de l’anneau. En particulier, si \(M\) est un \(R\)-module de Cohen-Macaulay tel que \(\Spec(R) = \text{Supp}(M)\), alors \(M\) est de Cohen-Macaulay maximal. Les deux lemmes suivants portent donc sur les modules de Cohen-Macaulay maximaux.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Supposons qu’il existe un module de Cohen-Macaulay \(M\) tel que \(\Spec(R) = \text{Supp}(M)\). Alors toute chaîne maximale d’idéaux premiers \(\mathfrak p_0 \subset \mathfrak p_1 \subset \ldots \subset \mathfrak p_n\) est de longueur \(n = \dim(R)\).
Démonstration
Nous allons le démontrer par récurrence sur \(\dim(R)\). Si \(\dim(R) = 0\), l’assertion est claire. Supposons que \(\dim(R) > 0\). Alors \(n > 0\). Choisissons un élément \(x \in \mathfrak p_1\), avec \(x\) n’appartenant à aucun des idéaux premiers minimaux de \(R\), et en particulier \(x \not \in \mathfrak p_0\). (Voir le lemme 00DS.) Alors \(\dim(R/xR) = \dim(R) - 1\) par le lemme 00KW. Le module \(M/xM\) est de Cohen-Macaulay sur \(R/xR\) par la proposition 00N6 et le lemme 0AAD. Le support de \(M/xM\) est \(\Spec(R/xR)\) par le lemme 00L3. Après avoir remplacé \(x\) par \(x^n\) pour un certain \(n\), nous pouvons supposer que \(\mathfrak p_1\) est un idéal premier associé à \(M/xM\), voir le lemme 0CN5. Par le lemme 0BUS, nous concluons que \(\mathfrak p_1/(x)\) est un idéal premier minimal de \(R/xR\). Il s’ensuit que la chaîne \(\mathfrak p_1/(x) \subset \ldots \subset \mathfrak p_n/(x)\) est une chaîne maximale d’idéaux premiers de \(R/xR\). Par récurrence, nous trouvons que cette chaîne est de longueur \(\dim(R/xR) = \dim(R) - 1\), comme souhaité.
Lemme
Supposons que \(R\) soit un anneau local noethérien. Supposons qu’il existe un module de Cohen-Macaulay \(M\) tel que \(\Spec(R) = \text{Supp}(M)\). Alors, pour un idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), nous avons \[\dim(R) = \dim(R_{\mathfrak p}) + \dim(R/\mathfrak p).\]
Démonstration
Cela découle immédiatement du lemme 0AAE.
Lemme
Supposons que \(R\) soit un anneau local noethérien. Soit \(M\) un module de Cohen-Macaulay sur \(R\). Pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), le module \(M_{\mathfrak p}\) est de Cohen-Macaulay sur \(R_\mathfrak p\).
Démonstration
Nous pouvons supposer, et supposons, que \(\mathfrak p \not = \mathfrak m\) et que \(M\) est non nul. Choisissons une chaîne maximale d’idéaux premiers \(\mathfrak p = \mathfrak p_c \subset \mathfrak p_{c - 1} \subset \ldots \subset \mathfrak p_1 \subset \mathfrak m\). Si nous prouvons le résultat pour \(M_{\mathfrak p_1}\) sur \(R_{\mathfrak p_1}\), alors le lemme découlera d’une récurrence sur \(c\). Nous pouvons donc supposer qu’il n’existe aucun idéal premier strictement compris entre \(\mathfrak p\) et \(\mathfrak m\). Notons que \(\dim(\text{Supp}(M_\mathfrak p)) \leq \dim(\text{Supp}(M)) - 1\), car toute chaîne d’idéaux premiers du support de \(M_\mathfrak p\) peut être prolongée d’un idéal premier supplémentaire (à savoir \(\mathfrak m\)) dans le support de \(M\). D’autre part, nous avons \(\text{depth}(M_\mathfrak p) \geq \text{depth}(M) - \dim(R/\mathfrak p) = \text{depth}(M) - 1\) par le lemme 0FCC et notre choix de \(\mathfrak p\). Ainsi, \(\text{depth}(M_\mathfrak p) \geq \dim(\text{Supp}(M_\mathfrak p))\), comme souhaité (l’autre inégalité est le lemme 00LK).
Définition
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Nous disons que \(M\) est de Cohen-Macaulay si \(M_\mathfrak p\) est un module de Cohen-Macaulay sur \(R_\mathfrak p\) pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\).
Par le lemme 0AAG, il suffit de le vérifier aux idéaux maximaux de \(R\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(M\) un module de Cohen-Macaulay sur \(R\). Alors \(M \otimes_R R[x_1, \ldots, x_n]\) est un module de Cohen-Macaulay sur \(R[x_1, \ldots, x_n]\).
Démonstration
Par récurrence sur le nombre de variables, il suffit de le démontrer pour \(M[x] = M \otimes_R R[x]\) sur \(R[x]\). Soit \(\mathfrak m \subset R[x]\) un idéal maximal, et soit \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak m\). Soit \(f_1, \ldots, f_d\) une suite \(M_\mathfrak p\)-régulière dans l’idéal maximal de \(R_{\mathfrak p}\), de longueur \(d = \dim(\text{Supp}(M_{\mathfrak p}))\). Notons que, puisque \(R[x]\) est plat sur \(R\), le localisé \(R[x]_{\mathfrak m}\) est plat sur \(R_{\mathfrak p}\). Ainsi, par le lemme 00LM, la suite \(f_1, \ldots, f_d\) est une suite \(M[x]_{\mathfrak m}\)-régulière de longueur \(d\) dans \(R[x]_{\mathfrak m}\). Le quotient \[Q = M[x]_{\mathfrak m}/(f_1, \ldots, f_d)M[x]_{\mathfrak m} = M_{\mathfrak p}/(f_1, \ldots, f_d)M_{\mathfrak p} \otimes_{R_\mathfrak p} R[x]_{\mathfrak m}\] a pour support les idéaux premiers situés au-dessus de \(\mathfrak p\), car \(R_\mathfrak p \to R[x]_\mathfrak m\) est plat et le support de \(M_{\mathfrak p}/(f_1, \ldots, f_d)M_{\mathfrak p}\) est égal à \(\{\mathfrak p\}\) (détails omis ; indication : cela découle des lemmes 07T8 et 00L2). La dimension vaut donc \(1\). Pour achever la démonstration, il suffit de trouver un \(f \in \mathfrak m\) qui soit un non-diviseur de zéro sur \(Q\). Comme \(\mathfrak m\) est un idéal maximal, l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak m)/\kappa(\mathfrak p)\) est finie (théorème 00FV). Nous pouvons donc trouver \(f \in \mathfrak m\) qui, vu comme un polynôme en \(x\), a son coefficient dominant hors de \(\mathfrak p\). Un tel \(f\) agit comme un non-diviseur de zéro sur \[M_{\mathfrak p}/(f_1, \ldots, f_d)M_{\mathfrak p} \otimes_R R[x] = \bigoplus\nolimits_{n \geq 0} M_{\mathfrak p}/(f_1, \ldots, f_d)M_{\mathfrak p} \cdot x^n\] et agit donc comme un non-diviseur de zéro sur \(Q\).
Anneaux de Cohen-Macaulay
La plupart des résultats de cette section sont des cas particuliers de ceux de la section 00N2.
Définition
Un anneau local noethérien \(R\) est dit de Cohen-Macaulay s’il est de Cohen-Macaulay comme module sur lui-même.
Notons que cela équivaut à demander l’existence d’une suite \(R\)-régulière \(x_1, \ldots, x_d\) de l’idéal maximal telle que \(R/(x_1, \ldots, x_d)\) soit de dimension \(0\). Nous dirons généralement simplement « suite régulière », et non « suite \(R\)-régulière ».
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien de Cohen-Macaulay, d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Soient \(x_1, \ldots, x_c \in \mathfrak m\) des éléments. Alors \[x_1, \ldots, x_c \text{ est une suite régulière } \Leftrightarrow \dim(R/(x_1, \ldots, x_c)) = \dim(R) - c\] Dans ce cas, \(x_1, \ldots, x_c\) peut être prolongée en une suite régulière de longueur \(\dim(R)\), et chaque quotient \(R/(x_1, \ldots, x_i)\) est un anneau de Cohen-Macaulay de dimension \(\dim(R) - i\).
Démonstration
C’est un cas particulier de la proposition 00N6.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Supposons que \(R\) soit de Cohen-Macaulay de dimension \(d\). Toute chaîne maximale d’idéaux premiers \(\mathfrak p_0 \subset \mathfrak p_1 \subset \ldots \subset \mathfrak p_n\) est de longueur \(n = d\).
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 0AAE.
Lemme
Supposons que \(R\) soit un anneau local noethérien de Cohen-Macaulay de dimension \(d\). Pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), nous avons \[\dim(R) = \dim(R_{\mathfrak p}) + \dim(R/\mathfrak p).\]
Démonstration
Cela découle immédiatement du lemme 00N9. (C’est aussi un cas particulier du lemme 0AAF.)
Lemme
Supposons que \(R\) soit un anneau local de Cohen-Macaulay. Pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), l’anneau \(R_{\mathfrak p}\) est lui aussi de Cohen-Macaulay.
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 0AAG.
Définition
Un anneau noethérien \(R\) est dit de Cohen-Macaulay si tous ses anneaux locaux sont de Cohen-Macaulay.
Lemme
Supposons que \(R\) soit un anneau noethérien de Cohen-Macaulay. Toute algèbre polynomiale sur \(R\) est de Cohen-Macaulay.
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 0AAI.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien de Cohen-Macaulay de dimension \(d\). Soit \(0 \to K \to R^{\oplus n} \to M \to 0\) une suite exacte de \(R\)-modules. Alors soit \(M = 0\), soit \(\text{depth}(K) > \text{depth}(M)\), soit \(\text{depth}(K) = \text{depth}(M) = d\).
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 00LX.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien de Cohen-Macaulay de dimension \(d\). Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini et de profondeur \(e\). Il existe un complexe exact \[0 \to K \to F_{d-e-1} \to \ldots \to F_0 \to M \to 0\] où chaque \(F_i\) est libre de rang fini et \(K\) est de Cohen-Macaulay maximal.
Démonstration
Cela découle immédiatement de la définition et du lemme 00NE.
Lemme
Soit \(\varphi : A \to B\) un homomorphisme d’anneaux locaux. Supposons que \(B\) soit noethérien et de Cohen-Macaulay, et que \(\mathfrak m_B = \sqrt{\varphi(\mathfrak m_A) B}\). Alors il existe une suite d’éléments \(f_1, \ldots, f_{\dim(B)}\) de \(A\) telle que \(\varphi(f_1), \ldots, \varphi(f_{\dim(B)})\) soit une suite régulière dans \(B\).
Démonstration
Par récurrence sur \(\dim(B)\), il suffit de prouver ceci : si \(\dim(B) \geq 1\), alors nous pouvons trouver un élément \(f\) de \(A\) qui s’envoie sur un non-diviseur de zéro dans \(B\). Par le lemme 02JN, il suffit de trouver \(f \in A\) dont l’image dans \(B\) n’est contenue dans aucun des idéaux premiers minimaux, en nombre fini, \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_r\) de \(B\). L’hypothèse \(\mathfrak m_B = \sqrt{\varphi(\mathfrak m_A) B}\) montre que \(\mathfrak m_A \not \subset \varphi^{-1}(\mathfrak q_i)\). Nous pouvons donc trouver \(f\) grâce au lemme 00DS.
Anneaux caténaires
Comparer avec Topologie, section 02I0.
Définition
On dit qu’un anneau \(R\) est caténaire si, pour toute paire d’idéaux premiers \(\mathfrak p \subset \mathfrak q\), il existe un entier qui majore les longueurs de toutes les chaînes finies d’idéaux premiers \(\mathfrak p = \mathfrak p_0 \subset \mathfrak p_1 \subset \ldots \subset \mathfrak p_e = \mathfrak q\) et si toutes les chaînes maximales de ce type ont la même longueur.
Lemme
Un anneau \(R\) est caténaire si et seulement si l’espace topologique \(\Spec(R)\) est caténaire (voir Topologie, définition 02I1).
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la définition et de la caractérisation des fermés irréductibles dans le lemme 00ES.
En général, il n’est pas vrai qu’une \(R\)-algèbre de type fini soit caténaire lorsque \(R\) l’est. Nous posons donc la définition suivante.
Définition
Un anneau noethérien \(R\) est dit universellement caténaire si toute \(R\)-algèbre de type fini est caténaire.
Nous nous restreignons aux anneaux noethériens, car il n’est pas clair que cette définition soit la bonne pour les anneaux non noethériens. D’après le lemme 00NK, pour vérifier qu’un anneau noethérien \(R\) est universellement caténaire, il suffit de vérifier que toute algèbre polynomiale \(R[x_1, \ldots, x_n]\) est caténaire.
Lemme
Toute localisation d’un anneau caténaire est caténaire. Toute localisation d’un anneau noethérien universellement caténaire est universellement caténaire.
Démonstration
Soient \(A\) un anneau et \(S \subset A\) une partie multiplicative. La description de \(\Spec(S^{-1}A)\) dans le lemme 00E3 montre que, si \(A\) est caténaire, alors \(S^{-1}A\) l’est aussi. Si \(S^{-1}A \to C\) est de type fini, alors \(C = S^{-1}B\) pour un homomorphisme d’anneaux de type fini \(A \to B\). Ainsi, si \(A\) est noethérien et universellement caténaire, alors \(B\) est caténaire et nous voyons que \(C\) est également caténaire. Cela prouve le lemme.
Lemme
Soit \(A\) un anneau noethérien universellement caténaire. Toute \(A\)-algèbre essentiellement de type fini sur \(A\) est universellement caténaire.
Démonstration
Si \(B\) est une \(A\)-algèbre de type fini, alors \(B\) est noethérien d’après le lemme 00FN. Toute \(B\)-algèbre de type fini est une \(A\)-algèbre de type fini et est donc caténaire puisque, par hypothèse, \(A\) est universellement caténaire. Ainsi, \(B\) est universellement caténaire. Toute localisation de \(B\) est universellement caténaire d’après le lemme 00NJ, ce qui achève la preuve.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R\) est caténaire,
\(R_\mathfrak p\) est caténaire pour tout idéal premier \(\mathfrak p\),
\(R_\mathfrak m\) est caténaire pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\).
Supposons \(R\) noethérien. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R\) est universellement caténaire,
\(R_\mathfrak p\) est universellement caténaire pour tout idéal premier \(\mathfrak p\),
\(R_\mathfrak m\) est universellement caténaire pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\).
Démonstration
L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) découle du lemme 00NJ dans les deux cas. L’implication (2) \(\Rightarrow\) (3) est immédiate dans les deux cas. Supposons que \(R_\mathfrak m\) soit caténaire pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\). Si \(\mathfrak p \subset \mathfrak q\) sont des idéaux premiers de \(R\), choisissons un idéal maximal vérifiant \(\mathfrak q \subset \mathfrak m\). Les chaînes d’idéaux premiers entre \(\mathfrak p\) et \(\mathfrak q\) sont en correspondance bijective avec les chaînes d’idéaux premiers entre \(\mathfrak pR_\mathfrak m\) et \(\mathfrak qR_\mathfrak m\) ; nous voyons donc que \(R\) est caténaire. Supposons \(R\) noethérien et \(R_\mathfrak m\) universellement caténaire pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\). Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p \subset R\). Choisissons un idéal maximal vérifiant \(\mathfrak p \subset \mathfrak m\) dans \(R\). Alors \(R_\mathfrak p\) est une localisation de \(R_\mathfrak m\), donc est universellement caténaire d’après le lemme 00NJ. Ainsi, \(S_\mathfrak p\) est caténaire comme anneau de type fini sur \(R_\mathfrak p\). Par conséquent, \(S_\mathfrak q\) est caténaire comme localisation. Ainsi, \(S\) est caténaire d’après le premier cas traité ci-dessus.
Lemme
Tout quotient d’un anneau caténaire est caténaire. Tout quotient d’un anneau noethérien universellement caténaire est universellement caténaire.
Démonstration
Soient \(A\) un anneau et \(I \subset A\) un idéal. La description de \(\Spec(A/I)\) dans le lemme 00E5 montre que, si \(A\) est caténaire, alors \(A/I\) l’est aussi. La seconde assertion est un cas particulier du lemme 0ECE.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien.
\(R\) est caténaire si et seulement si \(R/\mathfrak p\) est caténaire pour tout idéal premier minimal \(\mathfrak p\).
\(R\) est universellement caténaire si et seulement si \(R/\mathfrak p\) est universellement caténaire pour tout idéal premier minimal \(\mathfrak p\).
Démonstration
Si \(\mathfrak a \subset \mathfrak b\) est une inclusion d’idéaux premiers de \(R\), alors nous pouvons trouver un idéal premier minimal \(\mathfrak p \subset \mathfrak a\), et la première assertion est claire. Nous omettons la preuve de la seconde.
Lemme
Un anneau de Cohen-Macaulay noethérien est universellement caténaire. Plus généralement, si \(R\) est un anneau noethérien et \(M\) un \(R\)-module de Cohen-Macaulay tel que \(\text{Supp}(M) = \Spec(R)\), alors \(R\) est universellement caténaire.
Démonstration
Puisqu’une algèbre polynomiale sur \(R\) est de Cohen-Macaulay d’après le lemme 00ND, il suffit de montrer qu’un anneau de Cohen-Macaulay est caténaire. Soit \(R\) un anneau de Cohen-Macaulay et soient \(\mathfrak p \subset \mathfrak q\) des idéaux premiers de \(R\). Par définition, \(R_{\mathfrak q}\) et \(R_{\mathfrak p}\) sont de Cohen-Macaulay. Prenons une chaîne maximale d’idéaux premiers \(\mathfrak p = \mathfrak p_0 \subset \mathfrak p_1 \subset \ldots \subset \mathfrak p_n = \mathfrak q\). Choisissons ensuite une chaîne maximale d’idéaux premiers \(\mathfrak q_0 \subset \mathfrak q_1 \subset \ldots \subset \mathfrak q_m = \mathfrak p\). D’après le lemme 00N9, nous avons \(n + m = \dim(R_{\mathfrak q})\). Et nous avons \(m = \dim(R_{\mathfrak p})\) d’après le même lemme. Ainsi, \(n = \dim(R_{\mathfrak q}) - \dim(R_{\mathfrak p})\) est indépendant des choix.
Pour prouver l’assertion plus générale, raisonnons exactement comme ci-dessus, mais en utilisant les lemmes 0AAI et 0AAE.
Lemme
Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(A\) est caténaire, et
\(\mathfrak p \mapsto \dim(A/\mathfrak p)\) est une fonction de dimension sur \(\Spec(A)\).
Démonstration
Si \(A\) est caténaire, alors \(\Spec(A)\) possède une fonction de dimension \(\delta\) d’après Topologie, lemme 02IC (et le lemme 02IH). Nous pouvons supposer que \(\delta(\mathfrak m) = 0\). Nous voyons alors que \[\delta(\mathfrak p) = \text{codim}(V(\mathfrak m), V(\mathfrak p)) = \dim(A/\mathfrak p)\] d’après Topologie, lemme 02IA. Nous voyons ainsi que (1) implique (2). L’implication réciproque découle de Topologie, lemme 02IA également.
Anneaux locaux réguliers
Les anneaux locaux réguliers sont définis dans la définition 00KU. Il n’est pas si facile de montrer que toutes les localisations premières d’un anneau local régulier sont régulières. En fait, une bonne partie des résultats développés jusqu’ici vise à prouver ce fait. Voir la proposition 00OC, et remonter la chaîne des références.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local régulier de dimension \(d\). L’anneau gradué \(\bigoplus \mathfrak m^n / \mathfrak m^{n + 1}\) est isomorphe à l’algèbre polynomiale graduée \(\kappa[X_1, \ldots, X_d]\).
Démonstration
Soit \(x_1, \ldots, x_d\) un système minimal de générateurs de l’idéal maximal \(\mathfrak m\), voir la définition 00KU. Il existe une surjection \(\kappa[X_1, \ldots, X_d] \to \bigoplus \mathfrak m^n/\mathfrak m^{n + 1}\), qui envoie \(X_i\) sur la classe de \(x_i\) dans \(\mathfrak m/\mathfrak m^2\). Puisque \(d(R) = d\) d’après la proposition 00KQ, nous savons que le polynôme numérique \(n \mapsto \dim_\kappa \mathfrak m^n/\mathfrak m^{n + 1}\) est de degré \(d - 1\). D’après le lemme 00K3, nous concluons que la surjection \(\kappa[X_1, \ldots, X_d] \to \bigoplus \mathfrak m^n/\mathfrak m^{n + 1}\) est un isomorphisme.
Lemme
Tout anneau local régulier est intègre.
Démonstration
Nous allons utiliser l’égalité \(\bigcap \mathfrak m^n = 0\) donnée par le lemme 00IP. Soient \(f, g \in R\) tels que \(fg = 0\). Supposons que \(f \in \mathfrak m^a\) et \(g \in \mathfrak m^b\), avec \(a, b\) maximaux. Puisque \(fg = 0 \in \mathfrak m^{a + b + 1}\), le résultat du lemme 00NO montre que soit \(f \in \mathfrak m^{a + 1}\), soit \(g \in \mathfrak m^{b + 1}\). Contradiction.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local régulier et soit \(x_1, \ldots, x_d\) un système minimal de générateurs de l’idéal maximal \(\mathfrak m\). Alors \(x_1, \ldots, x_d\) est une suite régulière, et chaque \(R/(x_1, \ldots, x_c)\) est un anneau local régulier de dimension \(d - c\). En particulier, \(R\) est de Cohen-Macaulay.
Démonstration
Remarquons que \(R/x_1R\) est un anneau local noethérien de dimension \(\geq d - 1\) d’après le lemme 00KW, tandis que \(x_2, \ldots, x_d\) engendrent l’idéal maximal. Il s’agit donc d’un anneau local régulier par définition. Puisque \(R\) est intègre d’après le lemme 00NP, \(x_1\) est un non-diviseur de zéro.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local régulier. Soit \(I \subset R\) un idéal tel que \(R/I\) soit lui aussi un anneau local régulier. Alors il existe un système minimal de générateurs \(x_1, \ldots, x_d\) de l’idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\) tel que \(I = (x_1, \ldots, x_c)\) pour un certain \(0 \leq c \leq d\).
Démonstration
Écrivons \(\dim(R) = d\) et \(\dim(R/I) = d - c\). Notons \(\overline{\mathfrak m} = \mathfrak m/I\) l’idéal maximal de \(R/I\). Soit \(\kappa = R/\mathfrak m\). Nous avons \[\dim_\kappa((I + \mathfrak m^2)/\mathfrak m^2) = \dim_\kappa(\mathfrak m/\mathfrak m^2) - \dim(\overline{\mathfrak m}/\overline{\mathfrak m}^2) = d - (d - c) = c\] par définition d’un anneau local régulier. Nous pouvons donc choisir \(x_1, \ldots, x_c \in I\) dont les images dans \(\mathfrak m/\mathfrak m^2\) sont linéairement indépendantes, et les compléter par \(x_{c + 1}, \ldots, x_d\) pour obtenir un système minimal de générateurs de \(\mathfrak m\). Le morphisme induit \(R/(x_1, \ldots, x_c) \to R/I\) est une surjection entre anneaux locaux réguliers de même dimension (lemme 00NQ). Il s’ensuit que le noyau est nul, c’est-à-dire que \(I = (x_1, \ldots, x_c)\). En effet, sinon, nous aurions \(\dim(R/I) < \dim(R/(x_1, \ldots, x_c))\) d’après les lemmes 00NP et 00KW.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(x \in \mathfrak m\). Soit \(M\) un \(R\)-module fini tel que \(x\) soit un non-diviseur de zéro sur \(M\) et que \(M/xM\) soit libre sur \(R/xR\). Alors \(M\) est libre sur \(R\).
Démonstration
Soient \(m_1, \ldots, m_r\) des éléments de \(M\) qui s’envoient sur une \(R/xR\)-base de \(M/xM\). D’après le lemme de Nakayama 00DV, \(m_1, \ldots, m_r\) engendrent \(M\). Si \(\sum a_i m_i = 0\) est une relation, alors \(a_i \in xR\) pour tout \(i\). Ainsi, \(a_i = b_i x\) pour certains \(b_i \in R\). Par conséquent, le noyau \(K\) de \(R^r \to M\) vérifie \(xK = K\) et est donc nul d’après le lemme de Nakayama.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local régulier. Tout module de Cohen-Macaulay maximal sur \(R\) est libre.
Démonstration
Soit \(M\) un module de Cohen-Macaulay maximal sur \(R\). Soit \(x \in \mathfrak m\) un élément d’une suite régulière engendrant \(\mathfrak m\). Alors \(x\) est un non-diviseur de zéro sur \(M\) d’après la proposition 00N6, et \(M/xM\) est un module de Cohen-Macaulay maximal sur \(R/xR\). Par récurrence sur \(\dim(R)\), nous voyons que \(M/xM\) est libre. Le lemme 00NS permet de conclure.
Lemme
Supposons que \(R\) soit un anneau local noethérien. Soit \(x \in \mathfrak m\) un non-diviseur de zéro tel que \(R/xR\) soit un anneau local régulier. Alors \(R\) est un anneau local régulier. Plus généralement, si \(x_1, \ldots, x_r\) est une suite régulière dans \(R\) telle que \(R/(x_1, \ldots, x_r)\) soit un anneau local régulier, alors \(R\) est un anneau local régulier.
Démonstration
C’est vrai parce que \(x\), avec les relèvements d’un système minimal de générateurs de l’idéal maximal de \(R/xR\), fournit \(\dim(R)\) générateurs de \(\mathfrak m\). Utiliser le lemme 00KW. La dernière assertion découle de la première et d’une récurrence.
Lemme
Soit \((R_i, \varphi_{ii'})\) un système inductif d’anneaux locaux dont les morphismes de transition sont des homomorphismes locaux d’anneaux. Si chaque \(R_i\) est un anneau local régulier et si \(R = \colim R_i\) est noethérien, alors \(R\) est un anneau local régulier.
Démonstration
Soit \(\mathfrak m \subset R\) l’idéal maximal ; c’est la colimite des idéaux maximaux \(\mathfrak m_i \subset R_i\). Nous prouvons le lemme par récurrence sur \(d = \dim \mathfrak m/\mathfrak m^2\). Si \(d = 0\), alors \(R = R/\mathfrak m\) est un corps et \(R\) est un anneau local régulier. Si \(d > 0\), choisissons \(x \in \mathfrak m\), \(x \not \in \mathfrak m^2\). Pour un certain \(i\), nous pouvons trouver \(x_i \in \mathfrak m_i\) qui s’envoie sur \(x\). Remarquons que \(R/xR = \colim_{i' \geq i} R_{i'}/x_iR_{i'}\) est un anneau local noethérien. D’après le lemme 00NQ, nous voyons que \(R_{i'}/x_iR_{i'}\) est un anneau local régulier. Ainsi, par récurrence, nous voyons que \(R/xR\) est un anneau local régulier. Puisque chaque \(R_i\) est intègre (lemme 00NO), nous voyons que \(R\) est intègre. Ainsi, \(x\) est un non-diviseur de zéro et nous concluons que \(R\) est un anneau local régulier d’après le lemme 00NU.
Épimorphismes d’anneaux
Dans toute catégorie, il existe une notion d’épimorphisme. Une partie de ces résultats provient de [Autour] et de [Mazet].
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est un épimorphisme,
les deux homomorphismes d’anneaux \(S \to S \otimes_R S\) sont égaux,
l’un ou l’autre des homomorphismes d’anneaux \(S \to S \otimes_R S\) est un isomorphisme, et
l’homomorphisme d’anneaux \(S \otimes_R S \to S\) est un isomorphisme.
Démonstration
Omis.
Lemme
La composée de deux épimorphismes d’anneaux est un épimorphisme.
Démonstration
Omis. Indication : c’est vrai dans toute catégorie.
Lemme
Si \(R \to S\) est un épimorphisme d’anneaux et \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux quelconque, alors \(R' \to R' \otimes_R S\) est un épimorphisme.
Démonstration
Omis. Indication : c’est vrai dans toute catégorie possédant des sommes amalgamées.
Lemme
Si \(A \to B \to C\) sont des homomorphismes d’anneaux et \(A \to C\) un épimorphisme, alors \(B \to C\) l’est aussi.
Démonstration
Omis. Indication : c’est vrai dans toute catégorie.
Cela signifie en particulier que, si \(R \to S\) est un épimorphisme d’image \(\overline{R} \subset S\), alors \(\overline{R} \to S\) est un épimorphisme. Ainsi, lorsque nous prouvons des résultats sur les épimorphismes, nous pouvons souvent supposer que l’homomorphisme est injectif. Le lemme suivant signifie en particulier que toute localisation est un épimorphisme.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est un épimorphisme, et
\(R_{\mathfrak p} \to S_{\mathfrak p}\) est un épimorphisme pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\).
Démonstration
Puisque \(S_{\mathfrak p} = R_{\mathfrak p} \otimes_R S\) (voir le lemme 00DK), nous voyons que (1) implique (2) d’après le lemme 04VQ. Réciproquement, supposons que (2) soit vérifiée. Soient \(a, b : S \to A\) deux homomorphismes d’anneaux de \(S\) vers un anneau \(A\) qui coïncident sur l’homomorphisme \(R \to S\). Par hypothèse, nous voyons que, pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\), les homomorphismes induits \(a_{\mathfrak p}, b_{\mathfrak p} : S_{\mathfrak p} \to A_{\mathfrak p}\) sont égaux. Ainsi, \(a = b\) puisque \(A \subset \prod_{\mathfrak p} A_{\mathfrak p}\), voir le lemme 00HN.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est un épimorphisme fini, et
\(R \to S\) est surjectif.
Démonstration
(Ce lemme semble avoir été redémontré de nombreuses fois dans la littérature, et possède de nombreuses preuves différentes.) Il est clair qu’un homomorphisme d’anneaux surjectif est un épimorphisme. Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme d’anneaux fini tel que \(S \otimes_R S \to S\) soit un isomorphisme. Notre but est de montrer que \(R \to S\) est surjectif. Supposons que \(S/R\) ne soit pas nul. La suite exacte \(R \to S \to S/R \to 0\) donne une suite exacte \[R \otimes_R S \to S \otimes_R S \to S/R \otimes_R S \to 0.\] Notre hypothèse implique que la première flèche est un isomorphisme ; ainsi, nous concluons que \(S/R \otimes_R S = 0\). Donc aussi \(S/R \otimes_R S/R = 0\). D’après le lemme 00KZ, il existe une surjection de \(R\)-modules \(S/R \to R/I\) pour un certain idéal propre \(I \subset R\). Il existe donc une surjection \(S/R \otimes_R S/R \to R/I \otimes_R R/I = R/I \not = 0\), ce qui est une contradiction.
Lemme
Un épimorphisme fidèlement plat est un isomorphisme.
Démonstration
Cela résulte clairement de la partie (3) du lemme 04VN, car l’homomorphisme \(S \to S \otimes_R S\) est l’homomorphisme \(R \to S\) tensorisé avec \(S\).
Lemme
Si \(k \to S\) est un épimorphisme et \(k\) un corps, alors \(S = k\) ou \(S = 0\).
Démonstration
Cela résulte clairement du lemme 04VU (puisque toute algèbre non nulle sur \(k\) est fidèlement plate), ou en montrant directement que \(R \to R \otimes_k R\) ne peut pas être surjectif sauf si \(\dim_k(R) \leq 1\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un épimorphisme d’anneaux. Alors
\(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est injectif, et
pour \(\mathfrak q \subset S\) au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\), nous avons \(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak q)\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). La fibre de l’homomorphisme est le spectre de l’anneau fibre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). D’après le lemme 04VQ, l’homomorphisme \(\kappa(\mathfrak p) \to S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est un épimorphisme ; ainsi, d’après le lemme 04VV, nous avons soit \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = 0\), soit \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak p)\), ce qui prouve (1) et (2).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(M\), \(N\) des \(R\)-modules. Soit \(\{x_i\}_{i \in I}\) un système de générateurs de \(M\). Soit \(\{y_j\}_{j \in J}\) un système de générateurs de \(N\). Soit \(\{m_j\}_{j \in J}\) une famille d’éléments de \(M\) telle que \(m_j = 0\) pour presque tout \(j\). Alors \[\sum\nolimits_{j \in J} m_j \otimes y_j = 0 \text{ dans } M \otimes_R N\] équivaut à ce qui suit : il existe des \(a_{i, j} \in R\), avec \(a_{i, j} = 0\) pour presque toute paire \((i, j)\), tels que \[\begin{align*} m_j & = \sum\nolimits_{i \in I} a_{i, j} x_i \quad\text{pour tout } j \in J, \\ 0 & = \sum\nolimits_{j \in J} a_{i, j} y_j \quad\text{pour tout } i \in I. \end{align*}\]
Démonstration
La suffisance est immédiate. Supposons que \(\sum_{j \in J} m_j \otimes y_j = 0\). Considérons la suite exacte courte \[0 \to K \to \bigoplus\nolimits_{j \in J} R \to N \to 0\] dans laquelle le \(j\)-ième vecteur de base de \(\bigoplus\nolimits_{j \in J} R\) s’envoie sur \(y_j\). Tensorisons-la avec \(M\) pour obtenir la suite exacte \[K \otimes_R M \to \bigoplus\nolimits_{j \in J} M \to N \otimes_R M \to 0.\] L’hypothèse implique qu’il existe des éléments \(k_i \in K\) tels que \(\sum k_i \otimes x_i\) s’envoie sur l’élément \((m_j)_{j \in J}\) du terme médian. En écrivant \(k_i = (a_{i, j})_{j \in J}\), nous obtenons le résultat voulu.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(g \in S\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(g \otimes 1 = 1 \otimes g\) dans \(S \otimes_R S\), et
il existe \(n \geq 0\), des éléments \(y_i, z_j \in S\) et des \(x_{i, j} \in R\) pour \(1 \leq i, j \leq n\) tels que
\(g = \sum_{i, j \leq n} x_{i, j} y_i z_j\),
pour tout \(j\), nous avons \(\sum x_{i, j}y_i \in \varphi(R)\), et
pour tout \(i\), nous avons \(\sum x_{i, j}z_j \in \varphi(R)\).
Démonstration
Il est clair que (2) implique (1). Réciproquement, supposons que \(g \otimes 1 = 1 \otimes g\). Choisissons un système de générateurs \(\{s_i\}_{i \in I}\) de \(S\) comme \(R\)-module avec \(0, 1 \in I\), \(s_0 = 1\) et \(s_1 = g\). Appliquons le lemme 04VX à la relation \(g \otimes s_0 + (-1) \otimes s_1 = 0\). Nous voyons qu’il existe des \(a_{i, j} \in R\) tels que \(g = \sum_i a_{i, 0} s_i\), \(-1 = \sum_i a_{i, 1} s_i\) et, pour \(j \not = 0, 1\), \(0 = \sum_i a_{i, j} s_i\), et tels qu’en outre, pour tout \(i\), nous ayons \(\sum_j a_{i, j}s_j = 0\). Nous avons alors \[\sum\nolimits_{i, j \not = 0} a_{i, j} s_i s_j = -g + a_{0, 0}\] et, pour tout \(j \not = 0\), nous avons \(\sum_{i \not = 0} a_{i, j}s_i \in R\). Cela prouve que \(-g + a_{0, 0}\) peut s’écrire comme dans (2). Il s’ensuit que \(g\) peut s’écrire comme dans (2). Les détails sont omis. Indication : montrer que l’ensemble des éléments de \(S\) qui possèdent une expression comme dans (2) forme une \(R\)-sous-algèbre de \(S\).
Remarque
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. L’ensemble des éléments \(g \in S\) tels que \(g \otimes 1 = 1 \otimes g\) est parfois appelé l’ épicentre de \(S\). C’est une \(R\)-algèbre. La construction du lemme 04VY donne, pour chaque \(g\) dans l’épicentre, une factorisation matricielle \[(g) = Y X Z\] avec \(X \in \text{Mat}(n \times n, R)\), \(Y \in \text{Mat}(1 \times n, S)\) et \(Z \in \text{Mat}(n \times 1, S)\). En effet, soient \(x_{i, j}, y_i, z_j\) comme dans la partie (2) du lemme. Posons \(X = (x_{i, j})\), soit \(y\) le vecteur ligne dont les coefficients sont les \(y_i\), et soit \(z\) le vecteur colonne dont les coefficients sont les \(z_j\). Avec ces notations, les conditions (b) et (c) du lemme 04VY signifient exactement que \(Y X \in \text{Mat}(1 \times n, R)\), \(X Z \in \text{Mat}(n \times 1, R)\). Il s’avère très commode de considérer le triplet de matrices \((X, YX, XZ)\). Étant donnés \(n \in \mathbf{N}\) et un triplet \((P, U, V)\), nous disons que \((P, U, V)\) est un \(n\)-triplet associé à \(g\) s’il existe une factorisation matricielle comme ci-dessus telle que \(P = X\), \(U = YX\) et \(V = XZ\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un épimorphisme d’anneaux. Alors le cardinal de \(S\) est au plus celui de \(R\). En formule : \(|S| \leq |R|\).
Démonstration
La condition que \(R \to S\) soit un épimorphisme signifie que tout \(g \in S\) vérifie \(g \otimes 1 = 1 \otimes g\), voir le lemme 04VN. Nous allons utiliser les notations introduites dans la remarque 04VZ. Supposons que \(g, g' \in S\) et que \((P, U, V)\) soit un \(n\)-triplet associé à la fois à \(g\) et à \(g'\). Nous affirmons alors que \(g = g'\). En effet, écrivons \((P, U, V) = (X, YX, XZ)\) pour une factorisation matricielle \((g) = YXZ\) de \(g\), et écrivons \((P, U, V) = (X', Y'X', X'Z')\) pour une factorisation matricielle \((g') = Y'X'Z'\) de \(g'\). Nous voyons alors que \[(g) = YXZ = UZ = Y'X'Z = Y'PZ = Y'XZ = Y'V = Y'X'Z' = (g')\] et donc que \(g = g'\). Cela implique que le cardinal de \(S\) est majoré par le nombre de triplets possibles, dont le cardinal est au plus \(\sup_{n \in \mathbf{N}} |R|^n\). Si \(R\) est infini, celui-ci est au plus \(|R|\), voir [Kunen, Ch. I, 10.13].
Si \(R\) est un anneau fini, l’argument ci-dessus prouve seulement que \(S\) est au plus dénombrable. En fait, dans ce cas, \(R\) est artinien et l’homomorphisme \(R \to S\) est surjectif. Nous omettons la preuve de ce cas.
Lemme
Pour un homomorphisme d’anneaux \(R \to S\), les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est un épimorphisme d’anneaux,
pour tous \(S\)-modules \(N_1, N_2\), nous avons \(\Hom_S(N_1, N_2) = \Hom_R(N_1, N_2)\), et
le foncteur de restriction des scalaires \(\text{Mod}_S \to \text{Mod}_R\) est pleinement fidèle.
Démonstration
Remarquons que (2) et (3) sont équivalentes par définition.
Supposons (1), soient \(N_1, N_2\) des \(S\)-modules et soit \(\varphi : N_1 \to N_2\) un homomorphisme \(R\)-linéaire. Pour tout \(x \in N_1\), considérons l’homomorphisme \(S \otimes_R S \to N_2\) défini par la règle \(g \otimes g' \mapsto g\varphi(g'x)\). Puisque les deux homomorphismes \(S \to S \otimes_R S\) sont des isomorphismes (lemme 04VN), nous concluons que \(g \varphi(g'x) = gg'\varphi(x) = \varphi(gg' x)\). Ainsi, \(\varphi\) est \(S\)-linéaire.
Supposons (2). Soit \(N_1 = S \otimes_R S\) considéré comme un \(S\)-module par l’action à gauche de \(S\), et soit \(N_2 = S \otimes_R S\) muni de l’action à droite de \(S\). Puisque \(N_1 = N_2\) comme \(R\)-modules, (2) montre que les deux structures de \(S\)-module sur \(S \otimes_R S\) coïncident. Cela implique (1) d’après le lemme 04VN.
Idéaux purs
Les résultats de cette section sont abordés dans de nombreux articles, voir par exemple [Lazard], [Bkouche] et [DeMarco].
Définition
Soit \(R\) un anneau. Nous disons qu’un idéal \(I \subset R\) est pur si l’anneau quotient \(R/I\) est plat sur \(R\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(I\) est pur,
pour tout idéal \(J \subset R\), nous avons \(J \cap I = IJ\),
pour tout idéal de type fini \(J \subset R\), nous avons \(J \cap I = JI\),
pour tout \(x \in R\), nous avons \((x) \cap I = xI\),
pour tout \(x \in I\), nous avons \(x = yx\) pour un certain \(y \in I\),
pour tous \(x_1, \ldots, x_n \in I\), il existe un \(y \in I\) tel que \(x_i = yx_i\) pour tout \(i = 1, \ldots, n\),
pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\), nous avons \(IR_{\mathfrak p} = 0\) ou \(IR_{\mathfrak p} = R_{\mathfrak p}\),
\(\text{Supp}(I) = \Spec(R) \setminus V(I)\),
\(I\) est le noyau de l’homomorphisme \(R \to (1 + I)^{-1}R\),
\(R/I \cong S^{-1}R\) comme \(R\)-algèbres pour une certaine partie multiplicative \(S\) de \(R\), et
\(R/I \cong (1 + I)^{-1}R\) comme \(R\)-algèbres.
Démonstration
Pour tout idéal \(J\) de \(R\), nous avons la suite exacte courte \(0 \to J \to R \to R/J \to 0\). En tensorisant avec \(R/I\), nous obtenons une suite exacte \(J \otimes_R R/I \to R/I \to R/I + J \to 0\) et \(J \otimes_R R/I = J/JI\). Ainsi, l’ équivalence de (1), (2) et (3) découle du lemme 00HD. En outre, ces assertions impliquent (4).
L’implication (4) \(\Rightarrow\) (5) est triviale. Supposons (5) et soient \(x_1, \ldots, x_n \in I\). Choisissons \(y_i \in I\) tel que \(x_i = y_ix_i\). Soit \(y \in I\) l’élément tel que \(1 - y = \prod_{i = 1, \ldots, n} (1 - y_i)\). Alors \(x_i = yx_i\) pour tout \(i = 1, \ldots, n\). Ainsi, (6) est vérifiée, et il s’ensuit que (5) \(\Leftrightarrow\) (6).
Supposons (5). Soit \(x \in I\). Alors \(x = yx\) pour un certain \(y \in I\). Ainsi, \(x(1 - y) = 0\), ce qui montre que \(x\) s’envoie sur zéro dans \((1 + I)^{-1}R\). Bien entendu, le noyau de l’homomorphisme \(R \to (1 + I)^{-1}R\) est toujours contenu dans \(I\). Nous voyons donc que (5) implique (9). Supposons (9). Alors, pour tout \(x \in I\), nous voyons que \(x(1 - y) = 0\) pour un certain \(y \in I\). Autrement dit, \(x = yx\). Nous concluons que (5) équivaut à (9).
Supposons (5). Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). Si \(\mathfrak p \not \in V(I)\), alors \(IR_{\mathfrak p} = R_{\mathfrak p}\). Si \(\mathfrak p \in V(I)\), autrement dit, si \(I \subset \mathfrak p\), alors, pour \(x \in I\), nous avons \(x(1 - y) = 0\) pour un certain \(y \in I\), ce qui implique que \(x\) s’envoie sur zéro dans \(R_{\mathfrak p}\), c’est-à-dire que \(IR_{\mathfrak p} = 0\). Nous voyons donc que (7) est vérifiée.
Supposons (7). Alors \((R/I)_{\mathfrak p}\) vaut soit \(0\), soit \(R_{\mathfrak p}\) pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Ainsi, d’après le lemme 00HT, nous voyons que (1) est vérifiée. À ce stade, nous voyons que toutes les assertions (1) – (7) et (9) sont équivalentes.
Comme \(IR_{\mathfrak p} = I_{\mathfrak p}\), nous voyons que (7) implique (8). Enfin, si (8) est vérifiée, cela signifie exactement que \(I_{\mathfrak p}\) est le module nul si et seulement si \(\mathfrak p \in V(I)\), ce qui exprime clairement que (7) est vérifiée. Ainsi, (1) – (9) sont équivalentes.
Supposons que (1) – (9) soient vérifiées. Alors \(R/I \subset (1 + I)^{-1}R\) d’après (9), et l’homomorphisme \(R/I \to (1 + I)^{-1}R\) est également surjectif d’après la description des localisations aux idéaux premiers fournie par (7). Ainsi, (11) est vérifiée.
L’implication (11) \(\Rightarrow\) (10) est triviale. Et (10) implique que (1) est vérifiée, car une localisation de \(R\) est plate sur \(R\), voir le lemme 00HT.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Si \(I, J \subset R\) sont des idéaux purs, alors \(V(I) = V(J)\) implique \(I = J\).
Démonstration
Par exemple, d’après la propriété (7) du lemme 04PS, nous voyons que \(I = \Ker(R \to \prod_{\mathfrak p \in V(I)} R_{\mathfrak p})\) peut être retrouvé à partir du fermé qui lui est associé.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. La règle \(I \mapsto V(I)\) détermine une bijection \[\{I \subset R \text{ pur}\} \leftrightarrow \{Z \subset \Spec(R)\text{ fermé et stable par générisation}\}\]
Démonstration
Soit \(I\) un idéal pur. Puisque \(R \to R/I\) est plat, le théorème de descente montre que les générisations se relèvent le long de l’homomorphisme \(\Spec(R/I) \to \Spec(R)\). Ainsi, \(V(I)\) est stable par générisation. Cela montre que l’application est bien définie. D’après le lemme 04PT, l’application est injective. Supposons que \(Z \subset \Spec(R)\) soit fermé et stable par générisation. Soit \(J \subset R\) l’idéal radical tel que \(Z = V(J)\). Soit \(I = \{x \in R : x \in xJ\}\). Remarquons que \(I\) est un idéal : si \(x, y \in I\), alors il existe \(f, g \in J\) tels que \(x = xf\) et \(y = yg\). Alors \[x + y = (x + y)(f + g - fg)\] La vérification est laissée au lecteur. Nous affirmons que \(I\) est pur et que \(V(I) = V(J)\). Si cette affirmation est vraie, alors l’application du lemme est surjective et le lemme est démontré.
Remarquons que \(I \subset J\), de sorte que \(V(J) \subset V(I)\). Soit \(I \subset \mathfrak p\), ce dernier idéal étant premier. Considérons la partie multiplicative \(S = (R \setminus \mathfrak p)(1 + J)\). La définition de \(I\) et l’inclusion \(I \subset \mathfrak p\) montrent que \(0 \not \in S\). Nous pouvons donc trouver un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(R\) disjoint de \(S\), voir les lemmes 00CQ et 00E3. Ainsi, \(\mathfrak q \subset \mathfrak p\) et \(\mathfrak q \cap (1 + J) = \emptyset\). Cela implique que \(\mathfrak q + J\) est un idéal propre de \(R\). Soit \(\mathfrak m\) un idéal maximal contenant \(\mathfrak q + J\). Nous obtenons alors \(\mathfrak m \in V(J)\), et donc \(\mathfrak q \in V(J) = Z\) puisque \(Z\) est supposé stable par générisation. Cela implique à son tour que \(\mathfrak p \in V(J)\), car \(\mathfrak q \subset \mathfrak p\). Ainsi, nous voyons que \(V(I) = V(J)\).
Enfin, puisque \(V(I) = V(J)\) (et que \(J\) est radical), nous voyons que \(J = \sqrt{I}\). Choisissons \(x \in I\) ; par définition, \(x = xy\) pour un certain \(y \in J\). Alors \(x = xy = xy^2 = \ldots = xy^n\). Puisque \(y^n \in I\) pour un certain \(n > 0\), nous concluons que la propriété (5) du lemme 04PS est vérifiée et nous voyons que \(I\) est bien pur.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(I\) est pur et de type fini,
\(I\) est engendré par un idempotent,
\(I\) est pur et \(V(I)\) est ouvert, et
\(R/I\) est un \(R\)-module projectif.
Démonstration
Si (1) est vérifiée, alors \(I = I \cap I = I^2\) d’après le lemme 04PS. Ainsi, \(I\) est engendré par un idempotent d’après le lemme 00EH. Ainsi, (1) \(\Rightarrow\) (2). Si (2) est vérifiée, alors \(I = (e)\) et \(R = (1 - e) \oplus (e)\) comme \(R\)-module ; ainsi, \(R/I\) est plat, \(I\) est pur et \(V(I) = D(1 - e)\) est ouvert. Donc (2) \(\Rightarrow\) (1) \(+\) (3). Enfin, supposons (3). Alors \(V(I)\) est ouvert et fermé, donc \(V(I) = D(1 - e)\) pour un certain idempotent \(e\) de \(R\), voir le lemme 00EE. L’idéal \(J = (e)\) est un idéal pur tel que \(V(J) = V(I)\) ; ainsi, \(I = J\) d’après le lemme 04PT. Nous voyons ainsi que (3) \(\Rightarrow\) (2). D’après le lemme 00NX, nous voyons que (4) équivaut à l’assertion que \(I\) est pur et que \(R/I\) est de présentation finie. En outre, \(R/I\) est de présentation finie si et seulement si \(I\) est de type fini, voir le lemme 0519. Ainsi, (4) équivaut à (1).
Nous pouvons utiliser ce qui précède pour caractériser les anneaux sur lesquels tout module plat fini est de présentation finie.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Les assertions suivantes sont équivalentes :
tout \(Z \subset \Spec(R)\) qui est fermé et stable par générisation est également ouvert, et
tout \(R\)-module plat fini est localement libre de type fini.
Démonstration
Si tout \(R\)-module plat fini est localement libre de type fini, alors le support de \(R/I\), où \(I\) est un idéal pur, est ouvert. Ainsi, l’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) découle du lemme 04PT.
Pour la réciproque, supposons que \(R\) vérifie (1). Soit \(M\) un \(R\)-module plat fini. Le support \(Z = \text{Supp}(M)\) de \(M\) est fermé, voir le lemme 00L2. D’autre part, si \(\mathfrak p \subset \mathfrak p'\), alors, d’après le lemme 00NZ, le module \(M_{\mathfrak p'}\) est libre, et \(M_{\mathfrak p} = M_{\mathfrak p'} \otimes_{R_{\mathfrak p'}} R_{\mathfrak p}\) Ainsi, \(\mathfrak p' \in \text{Supp}(M) \Rightarrow \mathfrak p \in \text{Supp}(M)\), autrement dit, le support est stable par générisation. Comme \(R\) vérifie (1), nous voyons que le support de \(M\) est ouvert et fermé. Supposons que \(M\) soit engendré par \(r\) éléments \(m_1, \ldots, m_r\). Les modules \(\wedge^i(M)\), \(i = 1, \ldots, r\), sont eux aussi des \(R\)-modules plats finis, car \(\wedge^i(M)_{\mathfrak p} = \wedge^i(M_{\mathfrak p})\) est libre sur \(R_{\mathfrak p}\). Remarquons que \(\text{Supp}(\wedge^{i + 1}(M)) \subset \text{Supp}(\wedge^i(M))\). Nous voyons donc qu’il existe une décomposition \[\Spec(R) = U_0 \amalg U_1 \amalg \ldots \amalg U_r\] en parties ouvertes et fermées telle que le support de \(\wedge^i(M)\) soit \(U_r \cup \ldots \cup U_i\) pour tout \(i = 0, \ldots, r\). Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\), et supposons que \(\mathfrak p \in U_i\). Remarquons que \(\wedge^i(M) \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = \wedge^i(M \otimes_R \kappa(\mathfrak p))\). Ainsi, après avoir éventuellement renuméroté \(m_1, \ldots, m_r\), nous pouvons supposer que \(m_1, \ldots, m_i\) engendrent \(M \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). D’après le lemme de Nakayama 00DV, nous obtenons une surjection \[R_f^{\oplus i} \longrightarrow M_f, \quad (a_1, \ldots, a_i) \longmapsto \sum a_im_i\] pour un certain \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\). Nous pouvons aussi supposer que \(D(f) \subset U_i\). Cela signifie que \(\wedge^i(M_f) = \wedge^i(M)_f\) est un \(R_f\)-module plat dont le support est tout \(\Spec(R_f)\). D’après ce qui précède, il est engendré par un seul élément, à savoir \(m_1 \wedge \ldots \wedge m_i\). Ainsi, \(\wedge^i(M)_f \cong R_f/J\) pour un certain idéal pur \(J \subset R_f\) tel que \(V(J) = \Spec(R_f)\). Cela signifie clairement que \(J = (0)\), voir le lemme 04PT. Ainsi, \(m_1 \wedge \ldots \wedge m_i\) est une base de \(\wedge^i(M_f)\), et il s’ensuit que l’homomorphisme affiché est injectif aussi bien que surjectif. Cela prouve que \(M\) est localement libre de type fini, comme voulu.
Anneaux de dimension globale finie
Le lemme suivant est souvent utilisé pour comparer différentes résolutions projectives d’un module donné.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Supposons que \[0 \to K \xrightarrow{c_1} P_1 \xrightarrow{p_1} M \to 0 \quad\text{et}\quad 0 \to L \xrightarrow{c_2} P_2 \xrightarrow{p_2} M \to 0\] soient deux suites exactes courtes, avec \(P_i\) projectif. Alors \(K \oplus P_2 \cong L \oplus P_1\). Plus précisément, il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & K \oplus P_2 \ar[r]_{(c_1, \text{id})} \ar[d] & P_1 \oplus P_2 \ar[r]_{(p_1, 0)} \ar[d] & M \ar[r] \ar@{=}[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & P_1 \oplus L \ar[r]^{(\text{id}, c_2)} & P_1 \oplus P_2 \ar[r]^{(0, p_2)} & M \ar[r] & 0 }\] dont les flèches verticales sont des isomorphismes.
Démonstration
Considérons le module \(N\) défini par la suite exacte courte \(0 \to N \to P_1 \oplus P_2 \to M \to 0\), où le dernier homomorphisme est la somme des deux homomorphismes \(P_i \to M\). Il est facile de voir que la projection \(N \to P_1\) est surjective de noyau \(L\), et que \(N \to P_2\) est surjective de noyau \(K\). Puisque les \(P_i\) sont projectifs, nous avons \(N \cong K \oplus P_2 \cong L \oplus P_1\). Cela prouve la première assertion.
Pour prouver la seconde assertion (et prouver de nouveau la première), choisissons \(a : P_1 \to P_2\) et \(b : P_2 \to P_1\) tels que \(p_1 = p_2 \circ a\) et \(p_2 = p_1 \circ b\). C’est possible parce que \(P_1\) et \(P_2\) sont projectifs. Nous obtenons alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & K \oplus P_2 \ar[r]_{(c_1, \text{id})} & P_1 \oplus P_2 \ar[r]_{(p_1, 0)} & M \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & N \ar[r] \ar[d] \ar[u] & P_1 \oplus P_2 \ar[r]_{(p_1, p_2)} \ar[d]_S \ar[u]^T & M \ar[r] \ar@{=}[d] \ar@{=}[u] & 0 \\ 0 \ar[r] & P_1 \oplus L \ar[r]^{(\text{id}, c_2)} & P_1 \oplus P_2 \ar[r]^{(0, p_2)} & M \ar[r] & 0 }\] où \(T\) et \(S\) sont donnés par les matrices \[S = \left( \begin{matrix} \text{id} & 0 \\ a & \text{id} \end{matrix} \right) \quad\text{et}\quad T = \left( \begin{matrix} \text{id} & b \\ 0 & \text{id} \end{matrix} \right)\] Alors \(S\), \(T\) et les homomorphismes \(N \to P_1 \oplus L\) et \(N \to K \oplus P_2\) sont des isomorphismes, comme voulu.
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Nous disons que \(M\) est de dimension projective finie s’il possède une résolution de longueur finie par des \(R\)-modules projectifs. La longueur minimale d’une telle résolution est appelée la dimension projective de \(M\).
Il est clair que la dimension projective de \(M\) est \(0\) si et seulement si \(M\) est un module projectif. Le lemme suivant explique dans quelle mesure la dimension projective est indépendante du choix d’une résolution projective.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Supposons que \(M\) soit un \(R\)-module de dimension projective \(d\). Supposons que \(F_e \to F_{e-1} \to \ldots \to F_0 \to M \to 0\) soit exacte, avec les \(F_i\) projectifs et \(e \geq d - 1\). Alors le noyau de \(F_e \to F_{e-1}\) est projectif (ou bien le noyau de \(F_0 \to M\) est projectif dans le cas où \(e = 0\)).
Démonstration
Nous le prouvons par récurrence sur \(d\). Si \(d = 0\), alors \(M\) est projectif. Dans ce cas, il existe une décomposition \(F_0 = \Ker(F_0 \to M) \oplus M\), et donc \(\Ker(F_0 \to M)\) est projectif. Cela achève la preuve si \(e = 0\) ; si \(e > 0\), en remplaçant \(M\) par \(\Ker(F_0 \to M)\), nous diminuons \(e\).
Supposons maintenant \(d > 0\). Soit \(0 \to P_d \to P_{d-1} \to \ldots \to P_0 \to M \to 0\) une résolution de longueur minimale, avec les \(P_i\) projectifs. D’après le lemme de Schanuel 00O3, nous avons \(P_0 \oplus \Ker(F_0 \to M) \cong F_0 \oplus \Ker(P_0 \to M)\). Cela prouve le cas \(d = 1\), \(e = 0\), car le membre de droite est alors \(F_0 \oplus P_1\), qui est projectif. Nous pouvons donc désormais supposer \(e > 0\). Le module \(F_0 \oplus \Ker(P_0 \to M)\) possède la résolution projective finie \[0 \to P_d \to P_{d-1} \to \ldots \to P_2 \to P_1 \oplus F_0 \to \Ker(P_0 \to M) \oplus F_0 \to 0\] de longueur \(d - 1\). En appliquant l’hypothèse de récurrence à la suite exacte \[F_e \to F_{e-1} \to \ldots \to F_2 \to P_0 \oplus F_1 \to P_0 \oplus \Ker(F_0 \to M) \to 0\] de longueur \(e - 1\), nous concluons que \(\Ker(F_e \to F_{e - 1})\) est projectif (si \(e \geq 2\)), ou que \(\Ker(F_1 \oplus P_0 \to F_0 \oplus P_0)\) est projectif. Cela implique le lemme.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(d \geq 0\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est de dimension projective \(\leq d\),
il existe une résolution \(0 \to P_d \to P_{d - 1} \to \ldots \to P_0 \to M \to 0\) avec les \(P_i\) projectifs,
pour une certaine résolution \(\ldots \to P_2 \to P_1 \to P_0 \to M \to 0\) avec les \(P_i\) projectifs, \(\Ker(P_{d - 1} \to P_{d - 2})\) est projectif si \(d \geq 2\), ou \(\Ker(P_0 \to M)\) est projectif si \(d = 1\), ou \(M\) est projectif si \(d = 0\),
pour toute résolution \(\ldots \to P_2 \to P_1 \to P_0 \to M \to 0\) avec les \(P_i\) projectifs, \(\Ker(P_{d - 1} \to P_{d - 2})\) est projectif si \(d \geq 2\), ou \(\Ker(P_0 \to M)\) est projectif si \(d = 1\), ou \(M\) est projectif si \(d = 0\).
Démonstration
L’équivalence de (1) et (2) est la définition de la dimension projective, voir la définition 00O4. Nous avons (2) \(\Rightarrow\) (4) d’après le lemme 00O5. Les implications (4) \(\Rightarrow\) (3) et (3) \(\Rightarrow\) (2) sont immédiates.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(d \geq 0\). Les conditions équivalentes (1) – (4) du lemme 0CXC sont également équivalentes à
il existe une résolution \(0 \to P_d \to P_{d - 1} \to \ldots \to P_0 \to M \to 0\) avec les \(P_i\) libres.
Démonstration
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module fini. Soit \(d \geq 0\). Les conditions équivalentes (1) – (4) du lemme 0CXC sont également équivalentes à
il existe une résolution \(0 \to P_d \to P_{d - 1} \to \ldots \to P_0 \to M \to 0\) avec les \(P_i\) projectifs finis.
Démonstration
Choisissons une résolution \(\ldots \to F_2 \to F_1 \to F_0 \to M \to 0\) avec les \(F_i\) libres finis (lemme 00LP). D’après le lemme 0CXC, nous voyons que \(P_d = \Ker(F_{d - 1} \to F_{d - 2})\) est projectif, du moins si \(d \geq 2\). Alors \(P_d\) est un \(R\)-module fini puisque \(R\) est noethérien et que \(P_d \subset F_{d - 1}\), qui est libre fini. Ainsi, \(0 \to P_d \to F_{d - 1} \to \ldots \to F_1 \to F_0 \to M \to 0\) est la résolution voulue.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module fini. Soit \(d \geq 0\). Les conditions équivalentes (1) – (4) du lemme 0CXC, la condition (5) du lemme 0CXD, et la condition (6) du lemme 0CXE sont également équivalentes à
il existe une résolution \(0 \to F_d \to F_{d - 1} \to \ldots \to F_0 \to M \to 0\) avec les \(F_i\) libres finis.
Démonstration
Cela découle des lemmes 0CXC, 0CXD et 0CXE, ainsi que du fait qu’un module projectif fini sur un anneau local est libre fini, voir le lemme 00NX.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(n \geq 0\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) est de dimension projective \(\leq n\),
\(\Ext^i_R(M, N) = 0\) pour tout \(R\)-module \(N\) et tout \(i \geq n + 1\), et
\(\Ext^{n + 1}_R(M, N) = 0\) pour tout \(R\)-module \(N\).
Démonstration
Supposons (1). Choisissons une résolution libre \(F_\bullet \to M\) de \(M\). Notons \(d_e : F_e \to F_{e - 1}\). D’après le lemme 00O5, nous voyons que \(P_e = \Ker(d_e)\) est projectif pour \(e \geq n - 1\). Cela implique que \(F_e \cong P_e \oplus P_{e - 1}\) pour \(e \geq n\), où \(d_e\) envoie isomorphiquement le facteur \(P_{e - 1}\) sur \(P_{e - 1}\) dans \(F_{e - 1}\). Ainsi, pour tout \(R\)-module \(N\), le complexe \(\Hom_R(F_\bullet, N)\) est exact scindé en degrés \(\geq n + 1\). Donc (2) est vérifiée. L’implication (2) \(\Rightarrow\) (3) est triviale.
Supposons que (3) soit vérifiée. Si \(n = 0\), alors \(M\) est projectif d’après le lemme 05CF, et nous voyons que (1) est vérifiée. Si \(n > 0\), choisissons un \(R\)-module libre \(F\) et une surjection \(F \to M\) de noyau \(K\). D’après le lemme 065P et l’annulation de \(\Ext_R^i(F, N)\) pour tout \(i > 0\) donnée par la partie (1), nous voyons que \(\Ext_R^n(K, N) = 0\) pour tout \(R\)-module \(N\). Ainsi, par récurrence, nous voyons que \(K\) est de dimension projective \(\leq n - 1\). Alors \(M\) est de dimension projective \(\leq n\), car toute résolution projective finie de \(K\) donne une résolution projective de longueur augmentée de un de \(M\) en ajoutant \(F\) au début.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\) une suite exacte courte de \(R\)-modules.
Si \(M\) est de dimension projective \(\leq n\) et \(M''\) de dimension projective \(\leq n + 1\), alors \(M'\) est de dimension projective \(\leq n\).
Si \(M'\) et \(M''\) sont de dimension projective \(\leq n\), alors \(M\) est de dimension projective \(\leq n\).
Si \(M'\) est de dimension projective \(\leq n\) et \(M\) de dimension projective \(\leq n + 1\), alors \(M''\) est de dimension projective \(\leq n + 1\).
Démonstration
Combiner la caractérisation de la dimension projective du lemme 065R avec la suite exacte longue de groupes Ext du lemme 065P.
Définition
Soit \(R\) un anneau. On dit que l’anneau \(R\) est de dimension globale finie s’il existe un entier \(n\) tel que tout \(R\)-module possède une résolution par des \(R\)-modules projectifs de longueur au plus \(n\). Le plus petit tel \(n\) est alors appelé la dimension globale de \(R\).
L’argument de la preuve du lemme suivant se trouve dans l’article [Auslander] d’Auslander.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Supposons donné un module \(M = \bigcup_{e \in E} M_e\) où les \(M_e\) sont des sous-modules bien ordonnés par inclusion. Supposons que les quotients \(M_e/\bigcup\nolimits_{e' < e} M_{e'}\) soient de dimension projective \(\leq n\). Alors \(M\) est de dimension projective \(\leq n\).
Démonstration
Nous allons le prouver par récurrence sur \(n\).
Cas initial : \(n = 0\). Alors \(P_e = M_e/\bigcup_{e' < e} M_{e'}\) est projectif. Nous pouvons donc choisir une section \(P_e \to M_e\) de la projection \(M_e \to P_e\). Nous affirmons que l’homomorphisme induit \(\psi : \bigoplus_{e \in E} P_e \to M\) est un isomorphisme. En effet, si \(x = \sum x_e \in \bigoplus P_e\) est non nul, soit \(e_{max}\) maximal tel que \(x_{e_{max}}\) soit non nul ; nous concluons que \(y = \psi(x) = \psi(\sum x_e)\) est non nul parce que \(y \in M_{e_{max}}\) a pour image non nulle \(x_{e_{max}}\) dans \(P_{e_{max}}\). D’autre part, soit \(y \in M\). Alors \(y \in M_e\) pour un certain \(e\). Nous montrons que \(y \in \Im(\psi)\) par récurrence transfinie sur \(e\). Soit \(x_e \in P_e\) l’image de \(y\). Alors \(y - \psi(x_e) \in \bigcup_{e' < e} M_{e'}\). Par hypothèse de récurrence, nous concluons que \(y - \psi(x_e) \in \Im(\psi)\), et donc que \(y \in \Im(\psi)\). L’affirmation est ainsi vraie et \(\psi\) est un isomorphisme. Nous concluons que \(M\) est projectif comme somme directe de modules projectifs, voir le lemme 065Q.
Si \(n > 0\), alors, pour \(e \in E\), nous notons \(F_e\) le \(R\)-module libre sur l’ensemble des éléments de \(M_e\). Nous avons alors un système de suites exactes courtes \[0 \to K_e \to F_e \to M_e \to 0\] indexé par l’ensemble bien ordonné \(E\). Remarquons que les homomorphismes de transition \(F_{e'} \to F_e\) et \(K_{e'} \to K_e\) sont eux aussi injectifs. Posons \(F = \bigcup F_e\) et \(K = \bigcup K_e\). Alors \[0 \to K_e/\bigcup\nolimits_{e' < e} K_{e'} \to F_e/\bigcup\nolimits_{e' < e} F_{e'} \to M_e/\bigcup\nolimits_{e' < e} M_{e'} \to 0\] est aussi une suite exacte courte de \(R\)-modules, et \(F_e/\bigcup_{e' < e} F_{e'}\) est le \(R\)-module libre sur l’ ensemble des éléments de \(M_e\) qui ne sont pas contenus dans \(\bigcup_{e' < e} M_{e'}\). Ainsi, d’après le lemme 065S, nous voyons que la dimension projective de \(K_e/\bigcup_{e' < e} K_{e'}\) est au plus \(n - 1\). Par récurrence, nous concluons que \(K\) est de dimension projective au plus \(n - 1\). Donc \(M\) est de dimension projective au plus \(n\), ce qui conclut.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R\) est de dimension globale finie \(\leq n\),
tout \(R\)-module fini est de dimension projective \(\leq n\), et
tout \(R\)-module cyclique \(R/I\) est de dimension projective \(\leq n\).
Démonstration
Il est clair que (1) \(\Rightarrow\) (2) et (2) \(\Rightarrow\) (3). Supposons (3). Choisissons un ensemble \(E \subset M\) de générateurs de \(M\). Choisissons un bon ordre sur \(E\). Pour \(e \in E\), notons \(M_e\) le sous-module de \(M\) engendré par les éléments \(e' \in E\) tels que \(e' \leq e\). Alors \(M = \bigcup_{e \in E} M_e\). Remarquons que, pour chaque \(e \in E\), le quotient \[M_e/\bigcup\nolimits_{e' < e} M_{e'}\] est soit nul, soit engendré par un élément ; il est donc de dimension projective \(\leq n\) d’après (3). D’après le lemme 0D1U, cela signifie que \(M\) est de dimension projective \(\leq n\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative.
Si \(M\) est de dimension projective \(\leq n\), alors \(S^{-1}M\) est de dimension projective \(\leq n\) sur \(S^{-1}R\).
Si \(R\) est de dimension globale finie \(\leq n\), alors \(S^{-1}R\) est de dimension globale finie \(\leq n\).
Démonstration
Soit \(0 \to P_n \to P_{n - 1} \to \ldots \to P_0 \to M \to 0\) une résolution projective. Comme la localisation est exacte, voir la proposition 00CS, et comme chaque \(S^{-1}P_i\) est un \(S^{-1}R\)-module projectif, voir le lemme 05A3, nous voyons que \(0 \to S^{-1}P_n \to \ldots \to S^{-1}P_0 \to S^{-1}M \to 0\) est une résolution projective de \(S^{-1}M\). Cela prouve (1). Soit \(M'\) un \(S^{-1}R\)-module. Remarquons que \(M' = S^{-1}M'\). Nous voyons donc que (2) découle de (1).
Anneaux réguliers et dimension globale
Nous pouvons utiliser les résultats sur les anneaux de dimension globale finie pour donner une autre caractérisation des anneaux locaux réguliers.
Proposition
Soit \(R\) un anneau local régulier de dimension \(d\). Tout \(R\)-module fini \(M\) de profondeur \(e\) possède une résolution libre finie \[0 \to F_{d-e} \to \ldots \to F_0 \to M \to 0.\] En particulier, un anneau local régulier est de dimension globale \(\leq d\).
Démonstration
La première partie découle du lemme 00NT et du lemme 00NG. La dernière partie en découle avec le lemme 065T.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(n \geq 0\) un entier. Alors \(R\) est de dimension globale finie \(\leq n\) si et seulement si, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\), l’anneau \(R_{\mathfrak m}\) est de dimension globale \(\leq n\).
Démonstration
Nous avons vu, dans le lemme 00O8, que, si \(R\) est de dimension globale finie \(n\), alors toutes les localisations \(R_{\mathfrak m}\) sont de dimension globale finie au plus \(n\). Réciproquement, supposons que tous les \(R_{\mathfrak m}\) soient de dimension globale \(\leq n\). Soit \(M\) un \(R\)-module fini. Soit \(0 \to K_n \to F_{n-1} \to \ldots \to F_0 \to M \to 0\) une résolution avec les \(F_i\) libres finis. Alors \(K_n\) est un \(R\)-module fini. D’après le lemme 00O5 et l’hypothèse, tous les modules \(K_n \otimes_R R_{\mathfrak m}\) sont projectifs. Ainsi, d’après le lemme 00NX, le module \(K_n\) est projectif fini.
Lemme
Supposons que \(R\) soit un anneau local noethérien d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et de corps résiduel \(\kappa\). Alors la dimension projective de \(\kappa\) est \(\geq \dim_\kappa \mathfrak m / \mathfrak m^2\).
Démonstration
Soient \(x_1 , \ldots, x_n\) des éléments de \(\mathfrak m\) dont les images dans \(\mathfrak m / \mathfrak m^2\) forment une base. Considérons le complexe de Koszul sur \(x_1, \ldots, x_n\). C’est le complexe \[0 \to \wedge^n R^n \to \wedge^{n-1} R^n \to \wedge^{n-2} R^n \to \ldots \to \wedge^i R^n \to \ldots \to R^n \to R\] dont les homomorphismes sont donnés par \[e_{j_1} \wedge \ldots \wedge e_{j_i} \longmapsto \sum_{a = 1}^i (-1)^{a + 1} x_{j_a} e_{j_1} \wedge \ldots \wedge \hat e_{j_a} \wedge \ldots \wedge e_{j_i}\] Il est facile de voir qu’il s’agit d’un complexe \(K_{\bullet}(R, x_{\bullet})\). Remarquons que le conoyau du dernier homomorphisme de \(K_{\bullet}(R, x_{\bullet})\) est \(\kappa\) d’après la partie (8) du lemme 00DV.
Si \(\kappa\) est de dimension projective finie \(d\), nous pouvons trouver une résolution \(F_{\bullet} \to \kappa\) par des \(R\)-modules libres finis de longueur \(d\) (lemme 0CXF). D’après le lemme 00MT, nous pouvons supposer que tous les homomorphismes du complexe \(F_{\bullet}\) ont la propriété que \(\Im(F_i \to F_{i-1}) \subset \mathfrak m F_{i-1}\), car supprimer un facteur trivial de la résolution peut tout au plus raccourcir celle-ci. D’après le lemme 00LS, nous pouvons trouver un morphisme de complexes \(\alpha : K_{\bullet}(R, x_{\bullet}) \to F_{\bullet}\) induisant l’identité sur \(\kappa\). Nous allons prouver par récurrence que les homomorphismes \(\alpha_i : \wedge^i R^n = K_i(R, x_{\bullet}) \to F_i\) ont la propriété que \(\alpha_i \otimes \kappa : \wedge^i \kappa^n \to F_i \otimes \kappa\) sont injectifs. Cela montre que \(F_n \not = 0\) et donc que \(d \geq n\), comme voulu.
Le résultat est clair pour \(i = 0\), car la composée \(R \xrightarrow{\alpha_0} F_0 \to \kappa\) est non nulle. Remarquons que \(F_0\) doit être de rang \(1\), puisque sinon l’homomorphisme \(F_1 \to F_0\), dont le conoyau est une seule copie de \(\kappa\), ne peut pas avoir son image contenue dans \(\mathfrak m F_0\).
Vérifions ensuite le cas \(i = 1\), que nous jugeons instructif ; le lecteur peut l’omettre, puisque l’étape de récurrence déduira le cas \(i = 1\) du cas \(i = 0\). Nous avons vu ci-dessus que \(F_0 = R\) et que l’homomorphisme \(F_1 \to F_0 = R\) a pour image \(\mathfrak m\). Nous avons un diagramme commutatif \[\begin{matrix} R^n & = & K_1(R, x_{\bullet}) & \to & K_0(R, x_{\bullet}) & = & R \\ & & \downarrow & & \downarrow & & \downarrow \\ & & F_1 & \to & F_0 & = & R \end{matrix}\] où la flèche verticale la plus à droite est donnée par la multiplication par une unité. Nous voyons donc que l’image de la composée \(R^n \to F_1 \to F_0 = R\) est elle aussi égale à \(\mathfrak m\). Ainsi, l’homomorphisme \(R^n \otimes \kappa \to F_1 \otimes \kappa\) doit être injectif puisque \(\dim_\kappa (\mathfrak m / \mathfrak m^2) = n\).
Soit \(i \geq 1\) et supposons l’injectivité de \(\alpha_j \otimes \kappa\) prouvée pour tout \(j \leq i - 1\). Considérons le diagramme commutatif \[\begin{matrix} \wedge^i R^n & = & K_i(R, x_{\bullet}) & \to & K_{i-1}(R, x_{\bullet}) & = & \wedge^{i-1} R^n \\ & & \downarrow & & \downarrow & & \\ & & F_i & \to & F_{i-1} & & \end{matrix}\] Nous savons que \(\wedge^{i-1} \kappa^n \to F_{i-1} \otimes \kappa\) est injectif. Cela prouve que \(\wedge^{i-1} \kappa^n \otimes_{\kappa} \mathfrak m/\mathfrak m^2 \to F_{i-1} \otimes \mathfrak m/\mathfrak m^2\) est injectif. En outre, par notre choix du complexe, \(F_i\) s’envoie dans \(\mathfrak mF_{i-1}\), et il en va de même pour le complexe de Koszul. Nous obtenons donc un diagramme commutatif \[\begin{matrix} \wedge^i \kappa^n & \to & \wedge^{i-1} \kappa^n \otimes \mathfrak m/\mathfrak m^2 \\ \downarrow & & \downarrow \\ F_i \otimes \kappa & \to & F_{i-1} \otimes \mathfrak m/\mathfrak m^2 \end{matrix}\] À ce stade, il suffit de vérifier que l’homomorphisme \(\wedge^i \kappa^n \to \wedge^{i-1} \kappa^n \otimes \mathfrak m/\mathfrak m^2\) est injectif, ce qui se vérifie directement.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Supposons que le corps résiduel \(\kappa\) ait une dimension projective finie \(n\) sur \(R\). Alors \(\dim(R) \geq n\).
Démonstration
Soit \(F_{\bullet}\) une résolution finie de \(\kappa\) par des \(R\)-modules libres finis (lemme 0CXF). D’après le lemme 00MT, nous pouvons supposer que tous les homomorphismes du complexe \(F_{\bullet}\) ont la propriété que \(\Im(F_i \to F_{i-1}) \subset \mathfrak m F_{i-1}\), car supprimer un facteur trivial de la résolution peut tout au plus raccourcir celle-ci. Écrivons \(F_n \not = 0\) et \(F_i = 0\) pour \(i > n\), de sorte que la dimension projective de \(\kappa\) soit \(n\). D’après la proposition 00N1, nous voyons que \(\text{depth}_{I(\varphi_n)}(R) \geq n\), puisque \(I(\varphi_n)\) ne peut pas être égal à \(R\) par notre choix du complexe. Ainsi, d’après le lemme 00LK, nous avons aussi \(\dim(R) \geq n\).
Proposition
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local noethérien. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(\kappa\) est de dimension projective finie comme \(R\)-module,
\(R\) est de dimension globale finie,
\(R\) est un anneau local régulier.
De plus, dans ce cas, la dimension globale de \(R\) est égale à \(\dim(R) = \dim_\kappa(\mathfrak m/\mathfrak m^2)\).
Démonstration
Nous avons (3) \(\Rightarrow\) (2) d’après la proposition 00O7. L’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) est triviale. Supposons (1). D’après les lemmes 00OA et 00OB, nous voyons que \(\dim(R) \geq \dim_\kappa(\mathfrak m /\mathfrak m^2)\). Ainsi, \(R\) est régulier, voir la définition 00KU et la discussion qui la précède. Supposons que les conditions équivalentes (1) – (3) soient vérifiées. D’après la proposition 00O7, la dimension globale de \(R\) est au plus \(\dim(R)\) et, d’après le lemme 00OA, elle est au moins \(\dim_\kappa(\mathfrak m/\mathfrak m^2)\). L’égalité annoncée est donc vérifiée.
Lemme
Un anneau local noethérien \(R\) est régulier si et seulement si il est de dimension globale finie. Dans ce cas, \(R_{\mathfrak p}\) est un anneau local régulier pour tout idéal premier \(\mathfrak p\).
Démonstration
D’après les propositions 00OC et 00O7, nous voyons qu’un anneau local noethérien est régulier si et seulement si il est de dimension globale finie. En outre, toute localisation \(R_{\mathfrak p}\) est de dimension globale finie, voir le lemme 00O8, et est donc un anneau local régulier.
D’après le lemme 0AFS, il est raisonnable de poser la définition suivante, car elle n’entre pas en conflit avec la définition antérieure d’un anneau local régulier.
Définition
Un anneau noethérien \(R\) est dit régulier si toutes ses localisations \(R_{\mathfrak p}\) aux idéaux premiers sont des anneaux locaux réguliers.
Il suffit d’exiger que les anneaux locaux aux idéaux maximaux soient réguliers. Remarquons que cela ne revient pas à demander que \(R\) soit de dimension globale finie, même en supposant \(R\) noethérien. Cela vient de ce qu’il existe un exemple d’anneau noethérien régulier qui n’est pas de dimension globale finie, précisément parce qu’ il n’est pas de dimension finie.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R\) est de dimension globale finie \(n\),
\(R\) est un anneau régulier de dimension \(n\),
il existe un entier \(n\) tel que toutes les localisations \(R_{\mathfrak m}\) aux idéaux maximaux soient régulières de dimension \(\leq n\), avec égalité pour au moins un \(\mathfrak m\), et
il existe un entier \(n\) tel que toutes les localisations \(R_{\mathfrak p}\) aux idéaux premiers soient régulières de dimension \(\leq n\), avec égalité pour au moins un \(\mathfrak p\).
Démonstration
Cela découle de la discussion ci-dessus. Plus précisément, cela s’obtient en combinant la définition 00OD avec le lemme 00O9 et la proposition 00OC.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. Supposons que \(R \to S\) soit plat et que \(S\) soit régulier. Alors \(R\) est régulier.
Démonstration
Soit \(\mathfrak m \subset R\) l’idéal maximal, et soit \(\kappa = R/\mathfrak m\) le corps résiduel. Soit \(d = \dim S\). Choisissons une résolution quelconque \(F_\bullet \to \kappa\) où chaque \(F_i\) est un \(R\)-module libre fini. Posons \(K_d = \Ker(F_{d - 1} \to F_{d - 2})\). Par platitude de \(R \to S\), le complexe \(0 \to K_d \otimes_R S \to F_{d - 1} \otimes_R S \to \ldots \to F_0 \otimes_R S \to \kappa \otimes_R S \to 0\) reste exact. Puisque la dimension globale de \(S\) est \(d\), voir la proposition 00O7, nous voyons que \(K_d \otimes_R S\) est un \(S\)-module libre fini (voir aussi le lemme 00O5). D’après le lemme 00O1, nous voyons que \(K_d\) est un \(R\)-module libre fini. Ainsi, \(\kappa\) est de dimension projective finie et \(R\) est régulier d’après la proposition 00OC.
Auslander-Buchsbaum
Le résultat suivant se trouve dans [Auslander-Buchsbaum].
Proposition
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module fini non nul de dimension projective finie \(\text{pd}_R(M)\). Alors nous avons \[\text{depth}(R) = \text{pd}_R(M) + \text{depth}(M)\]
Démonstration
Nous le prouvons par récurrence sur \(\text{depth}(M)\). Le cas le plus intéressant est celui où \(\text{depth}(M) = 0\). Dans ce cas, soit \[0 \to R^{n_e} \to R^{n_{e-1}} \to \ldots \to R^{n_0} \to M \to 0\] une résolution libre finie minimale, de sorte que \(e = \text{pd}_R(M)\). D’après le lemme 00MT, nous pouvons supposer que tous les coefficients matriciels des homomorphismes du complexe sont contenus dans l’idéal maximal de \(R\). Alors, d’une part, la proposition 00N1 montre que \(\text{depth}(R) \geq e\). D’autre part, en décomposant la longue suite exacte en suites exactes courtes \[\begin{align*} 0 \to R^{n_e} \to R^{n_{e - 1}} \to K_{e - 2} \to 0,\\ 0 \to K_{e - 2} \to R^{n_{e - 2}} \to K_{e - 3} \to 0,\\ \ldots,\\ 0 \to K_0 \to R^{n_0} \to M \to 0 \end{align*}\] nous voyons, à l’aide du lemme 00LX, que \[\begin{align*} \text{depth}(K_{e - 2}) \geq \text{depth}(R) - 1,\\ \text{depth}(K_{e - 3}) \geq \text{depth}(R) - 2,\\ \ldots,\\ \text{depth}(K_0) \geq \text{depth}(R) - (e - 1),\\ \text{depth}(M) \geq \text{depth}(R) - e \end{align*}\] et, puisque \(\text{depth}(M) = 0\), nous concluons que \(\text{depth}(R) \leq e\). Cela achève la preuve du cas \(\text{depth}(M) = 0\).
Étape de récurrence. Si \(\text{depth}(M) > 0\), choisissons \(x \in \mathfrak m\) qui soit un non-diviseur de zéro à la fois sur \(M\) et sur \(R\). C’est possible, car soit \(\text{pd}_R(M) > 0\) et \(\text{depth}(R) > 0\) d’après la proposition 00N1 précitée, soit \(\text{pd}_R(M) = 0\), auquel cas \(M\) est libre fini et donc aussi \(\text{depth}(R) = \text{depth}(M) > 0\). Ainsi, \(\text{depth}(R \oplus M) > 0\) d’après le lemme 00LX (par exemple), et nous pouvons trouver \(x \in \mathfrak m\) qui soit un non-diviseur de zéro à la fois sur \(R\) et sur \(M\). Soit \[0 \to R^{n_e} \to R^{n_{e-1}} \to \ldots \to R^{n_0} \to M \to 0\] une résolution minimale comme ci-dessus. Une application du lemme du serpent montre que \[0 \to (R/xR)^{n_e} \to (R/xR)^{n_{e-1}} \to \ldots \to (R/xR)^{n_0} \to M/xM \to 0\] est elle aussi une résolution minimale. Ainsi, \(\text{pd}_R(M) = \text{pd}_{R/xR}(M/xM)\). D’après le lemme 090R, nous avons \(\text{depth}(R/xR) = \text{depth}(R) - 1\) et \(\text{depth}(M/xM) = \text{depth}(M) - 1\). Jusqu’ici, toutes les profondeurs étaient prises comme \(R\)-modules, mais nous observons que \(\text{depth}_R(M/xM) = \text{depth}_{R/xR}(M/xM)\), et de même pour \(R/xR\). Par hypothèse de récurrence, nous voyons que la formule d’Auslander-Buchsbaum est vérifiée pour \(M/xM\) sur \(R/xR\). Puisque les profondeurs de \(R/xR\) et de \(M/xM\) ont toutes deux diminué de un, tandis que la dimension projective n’a pas changé, nous concluons.
Homomorphismes et dimension
Cette section contient une collection de résultats élémentaires reliant les dimensions d’anneaux lorsqu’il existe des homomorphismes entre eux.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme d’anneaux vérifiant soit la montée, voir la définition 00HV, soit la descente, voir la définition 00HV. Supposons en outre que \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) soit surjectif. Alors \(\dim(R) \leq \dim(S)\).
Démonstration
Supposons la montée. Prenons une chaîne quelconque \(\mathfrak p_0 \subset \mathfrak p_1 \subset \ldots \subset \mathfrak p_e\) d’idéaux premiers de \(R\). Par surjectivité, nous pouvons choisir un idéal premier \(\mathfrak q_0\) s’envoyant sur \(\mathfrak p_0\). Par montée, nous pouvons le prolonger en une chaîne de longueur \(e\) d’idéaux premiers \(\mathfrak q_i\) au-dessus des \(\mathfrak p_i\). Ainsi, \(\dim(S) \geq \dim(R)\). Le cas de la descente est exactement semblable. Voir aussi Topologie, lemme 02JF, pour une version purement topologique.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme d’anneaux possédant la propriété de montée, voir la définition 00HV. Si \(\mathfrak q \subset S\) est un idéal maximal, alors l’image réciproque de \(\mathfrak q\) dans \(R\) est elle aussi un idéal maximal.
Démonstration
Trivial.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme d’anneaux tel que \(S\) soit entier sur \(R\). Alors \(\dim (R) \geq \dim(S)\), et tout point fermé de \(\Spec(S)\) s’envoie sur un point fermé de \(\Spec(R)\).
Démonstration
Cela découle immédiatement des lemmes 00GT et 00OI et des définitions.
Lemme
Supposons \(R \subset S\) et \(S\) entier sur \(R\). Alors \(\dim(R) = \dim(S)\).
Démonstration
Cela résulte de la combinaison des lemmes 00GU, 00GQ, 00OH et 00OJ.
Définition
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). L’anneau local de la fibre en \(\mathfrak q\) est l’anneau local \[S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q} = (S/\mathfrak pS)_{\mathfrak q} = (S \otimes_R \kappa(\mathfrak p))_{\mathfrak q}\]
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux noethériens. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p\). Alors \[\dim(S_{\mathfrak q}) \leq \dim(R_{\mathfrak p}) + \dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}).\]
Démonstration
Nous utilisons la caractérisation de la dimension de la proposition 00KQ. Soient \(x_1, \ldots, x_d\) des éléments de \(\mathfrak p\) engendrant un idéal de définition de \(R_{\mathfrak p}\), avec \(d = \dim(R_{\mathfrak p})\). Soient \(y_1, \ldots, y_e\) des éléments de \(\mathfrak q\) engendrant un idéal de définition de \(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}\), avec \(e = \dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q})\). Il est clair que \(S_{\mathfrak q}/(x_1, \ldots, x_d, y_1, \ldots, y_e)\) a un idéal maximal nilpotent. Ainsi, \(x_1, \ldots, x_d, y_1, \ldots, y_e\) engendrent un idéal de définition de \(S_{\mathfrak q}\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux noethériens. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p\). Supposons que la propriété de descente soit vérifiée pour \(R \to S\) (par exemple, si \(R \to S\) est plat, voir le lemme 00HS). Alors \[\dim(S_{\mathfrak q}) = \dim(R_{\mathfrak p}) + \dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}).\]
Démonstration
D’après le lemme 00OM, nous avons une inégalité \(\dim(S_{\mathfrak q}) \leq \dim(R_{\mathfrak p}) + \dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q})\). Pour obtenir l’égalité, choisissons une chaîne d’idéaux premiers \(\mathfrak pS \subset \mathfrak q_0 \subset \mathfrak q_1 \subset \ldots \subset \mathfrak q_d = \mathfrak q\), avec \(d = \dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q})\). D’autre part, choisissons une chaîne d’idéaux premiers \(\mathfrak p_0 \subset \mathfrak p_1 \subset \ldots \subset \mathfrak p_e = \mathfrak p\), avec \(e = \dim(R_{\mathfrak p})\). Par le théorème de descente, nous pouvons choisir \(\mathfrak q_{-1} \subset \mathfrak q_0\) au-dessus de \(\mathfrak p_{e-1}\). Puis nous pouvons choisir \(\mathfrak q_{-2} \subset \mathfrak q_{-1}\) au-dessus de \(\mathfrak p_{e-2}\). En poursuivant par récurrence, nous obtenons finalement une chaîne \(\mathfrak q_{-e} \subset \ldots \subset \mathfrak q_d\) de longueur \(e + d\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. Supposons que
\(R\) soit régulier,
\(S/\mathfrak m_RS\) soit régulier, et
\(R \to S\) soit plat.
Alors \(S\) est régulier.
Démonstration
D’après le lemme 00ON, nous avons \(\dim(S) = \dim(R) + \dim(S/\mathfrak m_RS)\). Choisissons des générateurs \(x_1, \ldots, x_d \in \mathfrak m_R\), avec \(d = \dim(R)\), et choisissons \(y_1, \ldots, y_e \in \mathfrak m_S\) qui engendrent l’idéal maximal de \(S/\mathfrak m_RS\), avec \(e = \dim(S/\mathfrak m_RS)\). Nous voyons alors que \(x_1, \ldots, x_d, y_1, \ldots, y_e\) sont des éléments qui engendrent l’idéal maximal de \(S\) et que \(e + d = \dim(S)\).
Le lemme ci-dessous servira plus loin à montrer que les anneaux de type fini sur un corps sont de Cohen-Macaulay si et seulement s’ils sont quasi-finis et plats sur un anneau polynomial. C’est une réciproque partielle du lemme 00R4.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. Supposons \(R\) de Cohen-Macaulay. Si \(S\) est fini et plat sur \(R\), ou si \(S\) est plat sur \(R\) et si \(\dim(S) \leq \dim(R)\), alors \(S\) est de Cohen-Macaulay et \(\dim(R) = \dim(S)\).
Démonstration
Soit \(x_1, \ldots, x_d \in \mathfrak m_R\) une suite régulière de longueur \(d = \dim(R)\). D’après le lemme 00LM, elle s’envoie sur une suite régulière dans \(S\). Ainsi, \(S\) est de Cohen-Macaulay si \(\dim(S) \leq d\). C’est le cas si \(S\) est fini et plat sur \(R\), d’après le lemme 00OK. Et, dans le second cas, nous l’avons supposé.
La formule de dimension
Rappelons les définitions d’un anneau caténaire (définition 00NI) et d’un anneau universellement caténaire (définition 00NL).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Supposons que
\(R\) est noethérien,
\(R \to S\) est de type fini,
\(R\), \(S\) sont des anneaux intègres, et
\(R \subset S\).
Alors nous avons \[\text{hauteur}(\mathfrak q) \leq \text{hauteur}(\mathfrak p) + \text{trdeg}_R(S) - \text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak q)\] avec égalité si \(R\) est universellement caténaire.
Démonstration
Supposons que \(R \subset S' \subset S\), où \(S'\) est une sous-algèbre de type fini sur \(R\) de \(S\). Dans ce cas, posons \(\mathfrak q' = S' \cap \mathfrak q\). Le lemme pour les homomorphismes d’anneaux \(R \to S'\) et \(S' \to S\) implique le lemme pour \(R \to S\) par additivité du degré de transcendance dans les tours d’extensions de corps (Corps, lemme 030H). Nous pouvons donc raisonner par récurrence sur le nombre de générateurs de \(S\) sur \(R\) et nous ramener au cas où \(S\) est engendré par un élément sur \(R\).
Cas I : \(S = R[x]\) est une algèbre polynomiale sur \(R\). Dans ce cas, nous avons \(\text{trdeg}_R(S) = 1\). De plus, \(R \to S\) est plat et donc \[\dim(S_{\mathfrak q}) = \dim(R_{\mathfrak p}) + \dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q})\] voir le lemme 00ON. Soit \(\mathfrak r = \mathfrak pS\). Alors \(\text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak q) = 1\) équivaut à \(\mathfrak q = \mathfrak r\), et implique que \(\dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}) = 0\). De même, \(\text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak q) = 0\) équivaut à avoir une inclusion stricte \(\mathfrak r \subset \mathfrak q\), ce qui implique que \(\dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}) = 1\). Nous avons ainsi terminé le cas I, avec égalité dans tous les cas.
Cas II : \(S = R[x]/\mathfrak n\) avec \(\mathfrak n \not = 0\). Dans ce cas, nous avons \(\text{trdeg}_R(S) = 0\). Notons \(\mathfrak q' \subset R[x]\) l’idéal premier correspondant à \(\mathfrak q\). Nous avons ainsi \[S_{\mathfrak q} = (R[x])_{\mathfrak q'}/\mathfrak n(R[x])_{\mathfrak q'}\] D’après le cas précédent, nous avons \(\dim((R[x])_{\mathfrak q'}) = \dim(R_{\mathfrak p}) + 1 - \text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak q)\). Puisque \(\mathfrak n \not = 0\), nous voyons que la dimension de \(S_{\mathfrak q}\) diminue d’au moins un, voir le lemme 00KW, ce qui démontre l’inégalité du lemme. Pour voir l’égalité lorsque \(R\) est universellement caténaire, remarquons que \(\mathfrak n \subset R[x]\) est un idéal premier de hauteur un puisqu’il correspond à un idéal premier non nul de \(F[x]\), où \(F\) est le corps des fractions de \(R\). Par conséquent, toute chaîne maximale d’idéaux premiers de \(S_\mathfrak q = R[x]_{\mathfrak q'}/\mathfrak nR[x]_{\mathfrak q'}\) correspond à une chaîne maximale d’idéaux premiers de longueur supérieure de 1 entre \(\mathfrak q'\) et \((0)\) dans \(R[x]\). Si \(R\) est universellement caténaire, elles ont toutes la même longueur, égale à la hauteur de \(\mathfrak q'\). Cela montre que \(\dim(S_\mathfrak q) = \dim(R[x]_{\mathfrak q'}) - 1\) et implique l’égalité voulue.
Le lemme suivant affirme que les morphismes génériquement finis ont tendance à être quasi-finis en codimension \(1\).
Lemme
Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que
\(A \subset B\) est une extension d’anneaux intègres,
l’extension induite des corps de fractions est finie,
\(A\) est noethérien, et
\(A \to B\) est de type fini.
Soit \(\mathfrak p \subset A\) un idéal premier de hauteur \(1\). Il existe alors au plus un nombre fini d’idéaux premiers de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak p\), et ils sont tous de hauteur \(1\).
Démonstration
D’après la formule de dimension (lemme 02IJ), pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) au-dessus de \(\mathfrak p\), nous avons \[\dim(B_{\mathfrak q}) \leq \dim(A_{\mathfrak p}) - \text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak q).\] Comme l’anneau intègre \(B_\mathfrak q\) possède au moins \(2\) idéaux premiers, nous voyons que \(\dim(B_{\mathfrak q}) \geq 1\). Nous en concluons que \(\dim(B_{\mathfrak q}) = 1\) et que l’extension \(\kappa(\mathfrak p) \subset \kappa(\mathfrak q)\) est algébrique. Ainsi, \(\mathfrak q\) définit un point fermé de sa fibre \(\Spec(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p))\), voir le lemme 00GA. Puisque \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) est un anneau noethérien, la fibre \(\Spec(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p))\) est un espace topologique noethérien, voir le lemme 00FQ. Un espace topologique noethérien constitué de points fermés est fini, voir par exemple Topologie, lemme 0052.
Dimension des algèbres de type fini sur les corps
Dans cette section, nous calculons la dimension d’un anneau de polynômes sur un corps. Nous démontrons également que la dimension d’une algèbre intègre de type fini sur un corps est la dimension de ses anneaux locaux aux idéaux maximaux. Nous établirons le lien avec le degré de transcendance sur le corps de base dans la section 07NB.
Lemme
Soit \(\mathfrak m\) un idéal maximal de \(k[x_1, \ldots, x_n]\). L’idéal \(\mathfrak m\) est engendré par \(n\) éléments. La dimension de \(k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak m}\) est \(n\). Ainsi, \(k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak m}\) est un anneau local régulier de dimension \(n\).
Démonstration
D’après le théorème des zéros de Hilbert (théorème 00FV), nous savons que le corps résiduel \(\kappa = \kappa(\mathfrak m)\) est une extension finie de \(k\). Notons \(\alpha_i \in \kappa\) l’ image de \(x_i\). Notons \(\kappa_i = k(\alpha_1, \ldots, \alpha_i) \subset \kappa\), \(i = 1, \ldots, n\), et \(\kappa_0 = k\). Remarquons que \(\kappa_i = k[\alpha_1, \ldots, \alpha_i]\) d’après la théorie des corps. Définissons par récurrence des éléments \(f_i \in \mathfrak m \cap k[x_1, \ldots, x_i]\) comme suit : soit \(P_i(T) \in \kappa_{i-1}[T]\) le polynôme minimal unitaire de \(\alpha_i\) sur \(\kappa_{i-1}\). Soit \(Q_i(T) \in k[x_1, \ldots, x_{i-1}][T]\) un relèvement unitaire de \(P_i(T)\) (de même degré). Posons \(f_i = Q_i(x_i)\). Remarquons que si \(d_i = \deg_T(P_i) = \deg_T(Q_i) = \deg_{x_i}(f_i)\), alors \(d_1d_2\ldots d_i = [\kappa_i : k]\) d’après Corps, lemmes 09G9 et 09GN.
Nous affirmons que, pour tout \(i = 0, 1, \ldots, n\), il existe un isomorphisme \[\psi_i : k[x_1, \ldots, x_i] /(f_1, \ldots, f_i) \cong \kappa_i.\] Par construction, le composé \(k[x_1, \ldots, x_i] \to k[x_1, \ldots, x_n] \to \kappa\) a pour image \(\kappa_i\), et \(f_1, \ldots, f_i\) appartiennent au noyau. Cela donne un homomorphisme surjectif. Nous démontrons par récurrence que \(\psi_i\) est injectif. C’est clair pour \(i = 0\). Supposons l’énoncé vrai pour \(i\) et démontrons-le pour \(i + 1\). L’extension d’anneaux \(k[x_1, \ldots, x_i]/(f_1, \ldots, f_i) \to k[x_1, \ldots, x_{i + 1}]/(f_1, \ldots, f_{i + 1})\) est engendrée par \(1\) élément sur un corps et soumise à une équation irréductible. D’après la théorie élémentaire des corps, \(k[x_1, \ldots, x_{i + 1}]/(f_1, \ldots, f_{i + 1})\) est un corps, et \(\psi_i\) est donc injectif.
Cela implique que \(\mathfrak m = (f_1, \ldots, f_n)\). De plus, nous en concluons également que \[k[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_i) \cong \kappa_i[x_{i + 1}, \ldots, x_n].\] Ainsi, \((f_1, \ldots, f_i)\) est un idéal premier. Par conséquent, \[(0) \subset (f_1) \subset (f_1, f_2) \subset \ldots \subset (f_1, \ldots, f_n) = \mathfrak m\] est une chaîne d’idéaux premiers de longueur \(n\). Le lemme en résulte.
Proposition
Une algèbre polynomiale à \(n\) variables sur un corps est un anneau régulier. Elle est de dimension globale \(n\). Toutes ses localisations en des idéaux maximaux sont des anneaux locaux réguliers de dimension \(n\).
Démonstration
D’après le lemme 00OP, toutes les localisations \(k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak m}\) en des idéaux maximaux sont des anneaux locaux réguliers de dimension \(n\). Ainsi, nous concluons par le lemme 00OE.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(\mathfrak p \subset \mathfrak q \subset k[x_1, \ldots, x_n]\) un couple d’idéaux premiers. Toute chaîne maximale d’idéaux premiers entre \(\mathfrak p\) et \(\mathfrak q\) est de longueur \(\text{hauteur}(\mathfrak q) - \text{hauteur}(\mathfrak p)\).
Démonstration
D’après la proposition 00OQ, tout anneau local de \(k[x_1, \ldots, x_n]\) est régulier. Tous les anneaux locaux sont donc de Cohen-Macaulay, voir le lemme 00NQ. Les anneaux locaux aux idéaux maximaux sont de dimension \(n\), donc toute chaîne maximale d’idéaux premiers de \(k[x_1, \ldots, x_n]\) est de longueur \(n\), voir le lemme 00N9. Ainsi, toute chaîne maximale d’idéaux premiers entre \((0)\) et \(\mathfrak p\) est de longueur \(\text{hauteur}(\mathfrak p)\), voir le lemme 00NA par exemple. En rassemblant ces faits, nous obtenons l’assertion du lemme.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini qui est un anneau intègre. Alors \(\dim(S) = \dim(S_{\mathfrak m})\) pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(S\). Autrement dit, toute chaîne maximale d’idéaux premiers est de longueur égale à la dimension de \(S\).
Démonstration
Écrivons \(S = k[x_1, \ldots, x_n]/\mathfrak p\). D’après la proposition 00OQ et le lemme 00OR, toutes les chaînes maximales d’idéaux premiers de \(S\) (qui se terminent nécessairement par un idéal maximal) sont de longueur \(n - \text{hauteur}(\mathfrak p)\). Ce nombre est donc la dimension de \(S\) et de \(S_{\mathfrak m}\) pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(S\).
Rappelons que nous avons défini la dimension \(\dim_x(X)\) d’un espace topologique \(X\) en un point \(x\) dans Topologie, définition 0055.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(X = \Spec(S)\). Soit \(\mathfrak p \subset S\) un idéal premier et soit \(x \in X\) le point correspondant. Les nombres suivants sont égaux :
\(\dim_x(X)\),
\(\max \dim(Z)\), où le maximum porte sur les composantes irréductibles \(Z\) de \(X\) qui passent par \(x\), et
\(\min \dim(S_{\mathfrak m})\), où le minimum porte sur les idéaux maximaux \(\mathfrak m\) tels que \(\mathfrak p \subset \mathfrak m\).
Démonstration
Soit \(X = \bigcup_{i \in I} Z_i\) la décomposition de \(X\) en ses composantes irréductibles. Elles sont en nombre fini (voir les lemmes 00FO et 00FQ). Soit \(I' = \{i \mid x \in Z_i\}\), et soit \(T = \bigcup_{i \not \in I'} Z_i\). Alors \(U = X \setminus T\) est un ouvert de \(X\) qui contient le point \(x\). Le nombre figurant en (2) vaut \(\max_{i \in I'} \dim(Z_i)\). Pour tout ouvert \(W \subset U\) tel que \(x \in W\), les composantes irréductibles de \(W\) sont les ensembles irréductibles \(W_i = Z_i \cap W\) pour \(i \in I'\), et \(x\) appartient à chacun d’eux. Remarquons que chaque \(W_i\), \(i \in I'\), contient un point fermé, car \(X\) est jacobsonien, voir la section 00FZ. Puisque \(W_i \subset Z_i\), nous avons \(\dim(W_i) \leq \dim(Z_i)\). L’existence d’un point fermé implique, par le lemme 00OS, qu’il existe une chaîne de fermés irréductibles de longueur égale à \(\dim(Z_i)\) dans l’ouvert \(W_i\). Ainsi, \(\dim(W_i) = \dim(Z_i)\) pour tout \(i \in I'\). Par conséquent, \(\dim(W)\) est égal au nombre figurant en (2). Cela démontre que (1) \(=\) (2).
Soit \(\mathfrak m \supset \mathfrak p\) un idéal maximal quelconque contenant \(\mathfrak p\). Soit \(x_0 \in X\) le point correspondant. Tout d’abord, \(x_0\) appartient à toutes les composantes irréductibles \(Z_i\), \(i \in I'\). Notons \(\mathfrak q_i\) les idéaux premiers minimaux de \(S\) correspondant aux composantes irréductibles \(Z_i\). Pour chaque \(i\) tel que \(x_0 \in Z_i\) (ce qui équivaut à \(\mathfrak m \supset \mathfrak q_i\)), nous avons une surjection \[S_{\mathfrak m} \longrightarrow S_\mathfrak m/\mathfrak q_i S_\mathfrak m =(S/\mathfrak q_i)_{\mathfrak m}\] De plus, les idéaux premiers \(\mathfrak q_i S_\mathfrak m\) ainsi obtenus épuisent les idéaux premiers minimaux de l’anneau local noethérien \(S_{\mathfrak m}\), voir le lemme 00ET. Nous concluons, en utilisant le lemme 00OS, que la dimension de \(S_{\mathfrak m}\) est le maximum des dimensions des \(Z_i\) qui passent par \(x_0\). Pour terminer la démonstration du lemme, il suffit de montrer que nous pouvons choisir \(x_0\) de sorte que \(x_0 \in Z_i \Rightarrow i \in I'\). Comme \(S\) est jacobsonien (ainsi que nous l’avons vu ci-dessus), il suffit de montrer que \(V(\mathfrak p) \setminus T\) (où \(T\) est comme ci-dessus) est non vide. Cela est clair, car il contient le point \(x\) (c’est-à-dire \(\mathfrak p\)).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(X = \Spec(S)\). Soit \(\mathfrak m \subset S\) un idéal maximal et soit \(x \in X\) le point fermé associé. Alors \(\dim_x(X) = \dim(S_{\mathfrak m})\).
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 00OT.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Supposons que \(S\) est de Cohen-Macaulay. Alors \(\Spec(S) = \coprod T_d\) est une union disjointe finie de parties ouvertes et fermées \(T_d\), où \(T_d\) est équidimensionnelle (voir Topologie, définition 0058) de dimension \(d\). De manière équivalente, \(S\) est un produit d’anneaux \(S_d\), \(d = 0, \ldots, \dim(S)\), tels que tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(S_d\) est de hauteur \(d\).
Démonstration
L’équivalence des deux énoncés résulte du lemme 00EM. Soit \(\mathfrak m \subset S\) un idéal maximal. Toute chaîne maximale d’idéaux premiers de \(S_{\mathfrak m}\) est de même longueur, égale à \(\dim(S_{\mathfrak m})\), voir le lemme 00N9. Ainsi, les composantes irréductibles qui passent par le point correspondant à \(\mathfrak m\) sont toutes de dimension égale à \(\dim(S_{\mathfrak m})\), voir le lemme 00OS. Puisque \(\Spec(S)\) est un espace topologique jacobsonien, l’intersection de deux quelconques de ses composantes irréductibles contient un point fermé si elle est non vide, voir les lemmes 00G1 et 00G3. Nous avons donc montré que deux composantes irréductibles quelconques qui se rencontrent sont de même dimension. Le lemme en résulte facilement, ainsi que du fait que \(\Spec(S)\) n’a qu’un nombre fini de composantes irréductibles (voir les lemmes 00FO et 00FQ).
Normalisation de Noether
Dans cette section, nous démontrons des variantes du lemme de normalisation de Noether. L’ingrédient essentiel que nous utiliserons est contenu dans les deux lemmes suivants.
Lemme
Soit \(n \in \mathbf{N}\). Soit \(N\) un ensemble fini non vide de multi-indices \(\nu = (\nu_1, \ldots, \nu_n)\). Pour \(e = (e_1, \ldots, e_n)\), nous posons \(e \cdot \nu = \sum e_i\nu_i\). Alors, pour \(e_1 \gg e_2 \gg \ldots \gg e_{n-1} \gg e_n\), nous avons : si \(\nu, \nu' \in N\), alors \[(e \cdot \nu = e \cdot \nu') \Leftrightarrow (\nu = \nu')\]
Démonstration
Écrivons \(N = \{\nu_j\}\) avec \(\nu_j = (\nu_{j1}, \ldots, \nu_{jn})\). Soit \(A_i = \max_j \nu_{ji} - \min_j \nu_{ji}\). Si, pour tout \(i\), nous avons \(e_{i - 1} > A_ie_i + A_{i + 1}e_{i + 1} + \ldots + A_ne_n\), alors le lemme est vrai. Supposons en effet que \(e \cdot (\nu - \nu') = 0\). Alors, pour \(n \ge 2\), \[e_1(\nu_1 - \nu'_1) = \sum\nolimits_{i = 2}^n e_i(\nu'_i - \nu_i).\] Nous pouvons supposer que \((\nu_1 - \nu'_1) \ge 0\). Si \((\nu_1 - \nu'_1) > 0\), alors \[e_1(\nu_1 - \nu'_1) \ge e_1 > A_2e_2 + \ldots + A_ne_n \ge \sum\nolimits_{i = 2}^n e_i|\nu'_i - \nu_i| \ge \sum\nolimits_{i = 2}^n e_i(\nu'_i - \nu_i).\] Cette contradiction implique que \(\nu'_1 = \nu_1\). Par récurrence, \(\nu'_i = \nu_i\) pour \(2 \le i \le n\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(g \in R[x_1, \ldots, x_n]\) un élément qui n’est pas constant, c’est-à-dire \(g \not \in R\). Pour \(e_1 \gg e_2 \gg \ldots \gg e_{n-1} \gg e_n = 1\), le polynôme \[g(x_1 + x_n^{e_1}, x_2 + x_n^{e_2}, \ldots, x_{n - 1} + x_n^{e_{n - 1}}, x_n) = ax_n^d + \text{termes de degré inférieur en }x_n\] où \(d > 0\) et \(a \in R\) est l’un des coefficients non nuls de \(g\).
Démonstration
Écrivons \(g = \sum_{\nu \in N} a_\nu x^\nu\), où les \(a_\nu \in R\) sont non nuls. Ici, \(N\) est un ensemble fini de multi-indices comme dans le lemme 051M, et \(x^\nu = x_1^{\nu_1} \ldots x_n^{\nu_n}\). Remarquons que le terme dominant de \[(x_1 + x_n^{e_1})^{\nu_1} \ldots (x_{n-1} + x_n^{e_{n-1}})^{\nu_{n-1}} x_n^{\nu_n} \quad\text{est}\quad x_n^{e_1\nu_1 + \ldots + e_{n-1}\nu_{n-1} + \nu_n}.\] Le lemme résulte donc du lemme 051M, qui garantit qu’il existe exactement un terme non nul \(a_\nu x^\nu\) de \(g\) qui donne naissance au terme dominant de \(g(x_1 + x_n^{e_1}, x_2 + x_n^{e_2}, \ldots, x_{n - 1} + x_n^{e_{n - 1}}, x_n)\), c’est-à-dire \(a = a_\nu\) pour l’unique \(\nu \in N\) tel que \(e \cdot \nu\) soit maximal.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S = k[x_1, \ldots, x_n]/I\) pour un idéal propre \(I\). Si \(I \not = 0\), alors il existe \(y_1, \ldots, y_{n-1} \in k[x_1, \ldots, x_n]\) tels que \(S\) est fini sur \(k[y_1, \ldots, y_{n-1}]\). De plus, nous pouvons choisir les \(y_i\) dans la sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre de \(k[x_1, \ldots, x_n]\) engendrée par \(x_1, \ldots, x_n\).
Démonstration
Choisissons \(f \in I\), \(f\not = 0\). Il suffit de démontrer le lemme pour \(k[x_1, \ldots, x_n]/(f)\), puisque \(S\) est un quotient de cet anneau. Nous prendrons \(y_i = x_i - x_n^{e_i}\), \(i = 1, \ldots, n-1\), pour des entiers \(e_i\) convenables. Quand cela fonctionne-t-il ? Il suffit de montrer que \(\overline{x_n} \in k[x_1, \ldots, x_n]/(f)\) est entier sur l’anneau \(k[y_1, \ldots, y_{n-1}]\). L’ équation de \(\overline{x_n}\) sur cet anneau est \[f(y_1 + x_n^{e_1}, \ldots, y_{n-1} + x_n^{e_{n-1}}, x_n) = 0.\] Nous avons donc terminé si nous pouvons montrer qu’il existe des entiers \(e_i\) tels que le coefficient dominant par rapport à \(x_n\) de l’équation ci-dessus est un élément non nul de \(k\). On peut l’obtenir, par exemple, en choisissant \(e_1 \gg e_2 \gg \ldots \gg e_{n-1}\), voir le lemme 051N.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S = k[x_1, \ldots, x_n]/I\) pour un idéal \(I\). Si \(I \neq (1)\), il existe \(r\geq 0\), et \(y_1, \ldots, y_r \in k[x_1, \ldots, x_n]\) tels que (a) l’homomorphisme \(k[y_1, \ldots, y_r] \to S\) est injectif, où la source est l’anneau de polynômes en \(y_1, \ldots, y_r\), et (b) l’homomorphisme \(k[y_1, \ldots, y_r] \to S\) est fini. Dans ce cas, l’entier \(r\) est la dimension de \(S\). De plus, nous pouvons choisir les \(y_i\) dans la sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre de \(k[x_1, \ldots, x_n]\) engendrée par \(x_1, \ldots, x_n\).
Démonstration
Raisonnons par récurrence sur \(n\), le cas \(n = 0\) étant trivial. Si \(I = 0\), prenons \(r = n\) et \(y_i = x_i\). Si \(I \not = 0\), choisissons \(y_1, \ldots, y_{n-1}\) comme dans le lemme 00OX. Soit \(S' \subset S\) le sous-anneau engendré par les images des \(y_i\). Par récurrence, nous pouvons choisir \(r\) et \(z_1, \ldots, z_r \in k[y_1, \ldots, y_{n-1}]\) de sorte que (a), (b) soient vérifiées pour \(k[z_1, \ldots, z_r] \to S'\). Puisque \(S' \to S\) est injectif et fini, nous voyons que (a), (b) sont vérifiées pour \(k[z_1, \ldots, z_r] \to S\). La dernière assertion résulte du lemme 00OK.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini et notons \(X = \Spec(S)\). Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\), et soit \(x \in X\) le point correspondant. Il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(\dim(S_g) = \dim_x(X) =: d\) et tel qu’ il existe un homomorphisme fini injectif \(k[y_1, \ldots, y_d] \to S_g\).
Démonstration
Remarquons que, par définition, \(\dim_x(X)\) est le minimum des dimensions des \(S_g\) pour \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), c’est-à-dire que le minimum est atteint. Le lemme résulte donc du lemme 00OY.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(\mathfrak q \subset k[x_1, \ldots, x_n]\) un idéal premier. Posons \(r = \text{trdeg}_k\ \kappa(\mathfrak q)\). Alors il existe un homomorphisme fini d’anneaux \(\varphi : k[y_1, \ldots, y_n] \to k[x_1, \ldots, x_n]\) tel que \(\varphi^{-1}(\mathfrak q) = (y_{r + 1}, \ldots, y_n)\).
Démonstration
Raisonnons par récurrence sur \(n\). Le cas \(n = 0\) est clair. Supposons \(n > 0\). Si \(r = n\), alors \(\mathfrak q = (0)\) et le résultat est clair. Choisissons un élément non nul \(f \in \mathfrak q\). Bien sûr, \(f\) n’est pas constant. Après avoir appliqué un automorphisme de la forme \[k[x_1, \ldots, x_n] \longrightarrow k[x_1, \ldots, x_n], \quad x_n \mapsto x_n, \quad x_i \mapsto x_i + x_n^{e_i}\ (i < n)\] nous pouvons supposer que \(f\) est unitaire en \(x_n\) sur \(k[x_1, \ldots, x_n]\), voir le lemme 051N. Ainsi, l’homomorphisme d’anneaux \[k[y_1, \ldots, y_n] \longrightarrow k[x_1, \ldots, x_n], \quad y_n \mapsto f, \quad y_i \mapsto x_i\ (i < n)\] est fini. De plus, \(y_n \in \mathfrak q \cap k[y_1, \ldots, y_n]\) par construction. Ainsi, \(\mathfrak q \cap k[y_1, \ldots, y_n] = \mathfrak pk[y_1, \ldots, y_n] + (y_n)\), où \(\mathfrak p \subset k[y_1, \ldots, y_{n - 1}]\) est un idéal premier. Remarquons que \(\kappa(\mathfrak p) \subset \kappa(\mathfrak q)\) est finie, et donc \(r = \text{trdeg}_k\ \kappa(\mathfrak p)\). Appliquons l’hypothèse de récurrence au couple \((k[y_1, \ldots, y_{n - 1}], \mathfrak p)\) ; nous obtenons un homomorphisme fini d’anneaux \(k[z_1, \ldots, z_{n - 1}] \to k[y_1, \ldots, y_{n - 1}]\) tel que \(\mathfrak p \cap k[z_1, \ldots, z_{n - 1}] = (z_{r + 1}, \ldots, z_{n - 1})\). Nous prolongeons l’homomorphisme d’anneaux \(k[z_1, \ldots, z_{n - 1}] \to k[y_1, \ldots, y_{n - 1}]\) en un homomorphisme d’anneaux \(k[z_1, \ldots, z_n] \to k[y_1, \ldots, y_n]\) en envoyant \(z_n\) sur \(y_n\). Le composé des homomorphismes d’anneaux \[k[z_1, \ldots, z_n] \to k[y_1, \ldots, y_n] \to k[x_1, \ldots, x_n]\] résout le problème.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme injectif d’anneaux de type fini. Supposons que \(R\) est intègre. Alors il existe un entier \(d\) et une factorisation \[R \to R[y_1, \ldots, y_d] \to S' \to S\] par des homomorphismes injectifs tels que \(S'\) soit fini sur \(R[y_1, \ldots, y_d]\) et que \(S'_f \cong S_f\) pour un élément non nul \(f \in R\).
Démonstration
Choisissons \(x_1, \ldots, x_n \in S\) qui engendrent \(S\) sur \(R\). Soit \(K\) le corps des fractions de \(R\) et \(S_K = S \otimes_R K\). D’après le lemme 00OY, nous pouvons trouver \(y_1, \ldots, y_d \in S\) tels que \(K[y_1, \ldots, y_d] \to S_K\) soit un homomorphisme fini injectif. Remarquons que \(y_i \in S\), car nous pouvons choisir les \(y_j\) dans la \(\mathbf{Z}\)-algèbre engendrée par \(x_1, \ldots, x_n\). Comme un homomorphisme fini d’anneaux est entier (voir le lemme 00GK), nous pouvons trouver des polynômes unitaires \(P_i \in K[y_1, \ldots, y_d][T]\) tels que \(P_i(x_i) = 0\) dans \(S_K\). Soit \(f \in R\) un élément non nul tel que \(fP_i \in R[y_1, \ldots, y_d][T]\) pour tout \(i\). Alors \(fP_i(x_i)\) s’envoie sur zéro dans \(S_K\). Par conséquent, après avoir remplacé \(f\) par un autre élément non nul de \(R\), nous pouvons aussi supposer que \(fP_i(x_i)\) est nul dans \(S\). Posons \(x_i' = fx_i\) et soit \(S' \subset S\) la sous-\(R\)-algèbre engendrée par \(y_1, \ldots, y_d\) et \(x'_1, \ldots, x'_n\). Remarquons que \(x'_i\) est entier sur \(R[y_1, \ldots, y_d]\), car nous avons \(Q_i(x_i') = 0\), où \(Q_i = f^{\deg_T(P_i)}P_i(T/f)\) est un polynôme unitaire en \(T\) à coefficients dans \(R[y_1, \ldots, y_d]\) par notre choix de \(f\). Ainsi, \(R[y_1, \ldots, y_d] \subset S'\) est fini d’après le lemme 02JJ. Puisque \(S' \subset S\), nous avons \(S'_f \subset S_f\) (la localisation est exacte). D’autre part, les éléments \(x_i = x'_i/f\) de \(S'_f\) engendrent \(S_f\) sur \(R_f\), et donc \(S'_f \to S_f\) est surjectif. Par conséquent, \(S'_f \cong S_f\), ce qui termine la démonstration.
Dimension des algèbres de type fini sur les corps, reprise
Cette section est une suite de la section 00OO. Dans cette section, nous établissons le lien entre la dimension et le degré de transcendance sur le corps de base pour les anneaux intègres de type fini sur un corps.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini qui est un anneau intègre. Soit \(K\) le corps des fractions de \(S\). Soit \(r = \text{trdeg}(K/k)\) le degré de transcendance de \(K\) sur \(k\). Alors \(\dim(S) = r\). De plus, l’anneau local de \(S\) en tout idéal maximal est de dimension \(r\).
Démonstration
Nous pouvons écrire \(S = k[x_1, \ldots, x_n]/\mathfrak p\). D’après le lemme 00OR, tous les anneaux locaux de \(S\) en des idéaux maximaux ont la même dimension. Appliquons le lemme 00OY. Nous obtenons un homomorphisme fini injectif d’anneaux \[k[y_1, \ldots, y_d] \to S\] avec \(d = \dim(S)\). Il est clair que \(k(y_1, \ldots, y_d) \subset K\) est une extension finie, ce qui termine la démonstration.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soient \(\mathfrak q \subset \mathfrak q' \subset S\) des idéaux premiers distincts. Alors \(\text{trdeg}_k\ \kappa(\mathfrak q') < \text{trdeg}_k\ \kappa(\mathfrak q)\).
Démonstration
D’après le lemme 00P0, nous avons \(\dim V(\mathfrak q) = \text{trdeg}_k\ \kappa(\mathfrak q)\), et de même pour \(\mathfrak q'\). Le résultat en découle, car l’inclusion stricte \(V(\mathfrak q') \subset V(\mathfrak q)\) implique une inégalité stricte entre les dimensions.
Le lemme suivant généralise le lemme 00OU.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(X = \Spec(S)\). Soit \(\mathfrak p \subset S\) un idéal premier, et soit \(x \in X\) le point correspondant. Alors nous avons \[\dim_x(X) = \dim(S_{\mathfrak p}) + \text{trdeg}_k\ \kappa(\mathfrak p).\]
Démonstration
D’après le lemme 00P0, nous savons que \(r = \text{trdeg}_k\ \kappa(\mathfrak p)\) est égal à la dimension de \(V(\mathfrak p)\). Choisissons une chaîne maximale quelconque d’idéaux premiers \(\mathfrak p \subset \mathfrak p_1 \subset \ldots \subset \mathfrak p_r\) qui commence par \(\mathfrak p\) dans \(S\). Elle est de longueur \(r\) d’après le lemme 00OS. Soient \(\mathfrak q_j\), \(j \in J\), les idéaux premiers minimaux de \(S\) qui sont contenus dans \(\mathfrak p\). Ils correspondent \(1-1\) aux idéaux premiers minimaux de \(S_{\mathfrak p}\) par la règle \(\mathfrak q_j \mapsto \mathfrak q_jS_{\mathfrak p}\). D’après le lemme 00OT, nous savons que \(\dim_x(X)\) est égal au maximum des dimensions des anneaux \(S/\mathfrak q_j\). Pour chaque \(j\), choisissons une chaîne maximale d’idéaux premiers \(\mathfrak q_j \subset \mathfrak p'_1 \subset \ldots \subset \mathfrak p'_{s(j)} = \mathfrak p\). Alors \(\dim(S_{\mathfrak p}) = \max_{j \in J} s(j)\). Or chaque chaîne \[\mathfrak q_j \subset \mathfrak p'_1 \subset \ldots \subset \mathfrak p'_{s(j)} = \mathfrak p \subset \mathfrak p_1 \subset \ldots \subset \mathfrak p_r\] est une chaîne maximale dans \(S/\mathfrak q_j\) et, d’après ce qui précède, nous avons \(\dim_x(X) = \max_{j \in J} r + s(j)\). Le lemme en résulte.
Le lemme suivant affirme que la codimension d’un spectre de type fini dans un autre est la différence des hauteurs.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S' \to S\) une surjection de \(k\)-algèbres de type fini. Soit \(\mathfrak p \subset S\) un idéal premier, et soit \(\mathfrak p'\) l’idéal premier correspondant de \(S'\). Soient \(X = \Spec(S)\), resp. \(X' = \Spec(S')\), et soient \(x \in X\), resp. \(x'\in X'\), les points correspondant à \(\mathfrak p\), resp. \(\mathfrak p'\). Alors \[\dim_{x'} X' - \dim_x X = \text{hauteur}(\mathfrak p') - \text{hauteur}(\mathfrak p).\]
Démonstration
C’est une conséquence immédiate du lemme 00P1.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(K/k\) une extension de corps. Alors \(\dim(S) = \dim(K \otimes_k S)\).
Démonstration
D’après le lemme 00OY, il existe un homomorphisme fini injectif \(k[y_1, \ldots, y_d] \to S\) avec \(d = \dim(S)\). Puisque \(K\) est plat sur \(k\), nous obtenons aussi un homomorphisme fini injectif \(K[y_1, \ldots, y_d] \to K \otimes_k S\). Le résultat découle du lemme 00OK.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Posons \(X = \Spec(S)\). Soit \(K/k\) une extension de corps. Posons \(S_K = K \otimes_k S\), et \(X_K = \Spec(S_K)\). Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier correspondant à \(x \in X\), et soit \(\mathfrak q_K \subset S_K\) un idéal premier correspondant à \(x_K \in X_K\) au-dessus de \(\mathfrak q\). Alors \(\dim_x X = \dim_{x_K} X_K\).
Démonstration
Choisissons une présentation \(S = k[x_1, \ldots, x_n]/I\). Cela donne une présentation \(K \otimes_k S = K[x_1, \ldots, x_n]/(K \otimes_k I)\). Soit \(\mathfrak q_K' \subset K[x_1, \ldots, x_n]\), resp. \(\mathfrak q' \subset k[x_1, \ldots, x_n]\), les idéaux premiers correspondants. Considérons le diagramme commutatif suivant d’anneaux locaux noethériens : \[\xymatrix{ K[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q_K'} \ar[r] & (K \otimes_k S)_{\mathfrak q_K} \\ k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'} \ar[r] \ar[u] & S_{\mathfrak q} \ar[u] }\] Les deux flèches verticales sont plates, car ce sont des localisations des homomorphismes plats d’anneaux \(S \to S_K\) et \(k[x_1, \ldots, x_n] \to K[x_1, \ldots, x_n]\). De plus, les flèches verticales ont les mêmes anneaux fibres. Par conséquent, il résulte du lemme 00ON que \(\text{hauteur}(\mathfrak q') - \text{hauteur}(\mathfrak q) = \text{hauteur}(\mathfrak q_K') - \text{hauteur}(\mathfrak q_K)\). Notons \(x' \in X' = \Spec(k[x_1, \ldots, x_n])\) et \(x'_K \in X'_K = \Spec(K[x_1, \ldots, x_n])\) les points correspondant à \(\mathfrak q'\) et \(\mathfrak q_K'\). D’après le lemme 00P2 et ce que nous avons montré ci-dessus, nous avons \[\begin{eqnarray*} n - \dim_x X & = & \dim_{x'} X' - \dim_x X \\ & = & \text{hauteur}(\mathfrak q') - \text{hauteur}(\mathfrak q) \\ & = & \text{hauteur}(\mathfrak q_K') - \text{hauteur}(\mathfrak q_K) \\ & = & \dim_{x'_K} X'_K - \dim_{x_K} X_K \\ & = & n - \dim_{x_K} X_K \end{eqnarray*}\] et le lemme en résulte.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(K/k\) une extension de corps. Posons \(S_K = K \otimes_k S\). Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier et soit \(\mathfrak q_K \subset S_K\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak q\). Alors \[\dim (S_K \otimes_S \kappa(\mathfrak q))_{\mathfrak q_K} = \dim (S_K)_{\mathfrak q_K} - \dim S_\mathfrak q = \text{trdeg}_k \kappa(\mathfrak q) - \text{trdeg}_K \kappa(\mathfrak q_K)\] De plus, étant donné \(\mathfrak q\), nous pouvons toujours choisir \(\mathfrak q_K\) de sorte que le nombre ci-dessus soit nul.
Démonstration
Observons que \(S_\mathfrak q \to (S_K)_{\mathfrak q_K}\) est un homomorphisme local plat d’anneaux locaux noethériens, de fibre spéciale \((S_K \otimes_S \kappa(\mathfrak q))_{\mathfrak q_K}\). La première égalité résulte donc du lemme 00ON. La seconde égalité résulte du fait que nous avons \(\dim_x X = \dim_{x_K} X_K\), avec les notations du lemme 00P4, et que nous avons \(\dim_x X = \dim S_\mathfrak q + \text{trdeg}_k \kappa(\mathfrak q)\) d’après le lemme 00P1, et de même pour \(\dim_{x_K} X_K\). Si nous choisissons \(\mathfrak q_K\) minimal au-dessus de \(\mathfrak q S_K\), alors la dimension de l’anneau fibre sera nulle.
Dimension des algèbres graduées sur un corps
Voici un résultat élémentaire.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre graduée engendrée sur \(k\) par un nombre fini d’éléments de degré \(1\). Supposons \(S_0 = k\). Soit \(P(T) \in \mathbf{Q}[T]\) le polynôme tel que \(\dim(S_d) = P(d)\) pour tout \(d \gg 0\). Voir la proposition 00K1. Alors
L’idéal non pertinent \(S_{+}\) est un idéal maximal \(\mathfrak m\).
Tout idéal premier minimal de \(S\) est un idéal homogène et est contenu dans \(S_{+} = \mathfrak m\).
Nous avons \(\dim(S) = \deg(P) + 1 = \dim_x\Spec(S)\) (avec la convention que \(\deg(0) = -1\)), où \(x\) est le point correspondant à l’idéal maximal \(S_{+} = \mathfrak m\).
La fonction de Hilbert de l’anneau local \(R = S_{\mathfrak m}\) est égale à la fonction de Hilbert de \(S\).
Démonstration
La première assertion est évidente. La seconde résulte du lemme 00JU. D’après (2), toute composante irréductible passe par \(x\). Ainsi, nous avons \(\dim(S) = \dim_x\Spec(S) = \dim(S_\mathfrak m)\) d’après le lemme 00OT. Puisque \(\mathfrak m^d/\mathfrak m^{d + 1} \cong \mathfrak m^dS_\mathfrak m/\mathfrak m^{d + 1}S_\mathfrak m\), nous voyons que la fonction de Hilbert de l’anneau local \(S_\mathfrak m\) est égale à la fonction de Hilbert de \(S\), ce qui donne (4). Nous déduisons la dernière égalité de (3) de la proposition 00KQ.
Platitude générique
En substance, cela affirme qu’une algèbre de type fini sur un anneau intègre devient plate après inversion d’un seul élément de l’anneau intègre. Il existe plusieurs versions de ce résultat (par ordre croissant de force).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Supposons que
\(R\) est noethérien,
\(R\) est intègre,
\(R \to S\) est de type fini, et
\(M\) est un \(S\)-module de type fini.
Alors il existe un élément non nul \(f \in R\) tel que \(M_f\) soit un \(R_f\)-module libre.
Démonstration
Soit \(K\) le corps des fractions de \(R\). Posons \(S_K = K \otimes_R S\). C’ est une algèbre de type fini sur \(K\). Nous allons raisonner par récurrence sur \(d = \dim(S_K)\) (qui est fini, par exemple par la normalisation de Noether, voir la section 00OW). Fixons \(d \geq 0\). Supposons que le lemme soit vrai dans tous les cas où \(\dim(S_K) < d\).
Supposons donnés \(R \to S\) et \(M\) comme dans le lemme, avec \(\dim(S_K) = d\). D’après le lemme 00L0, il existe une filtration \(0 \subset M_1 \subset M_2 \subset \ldots \subset M_n = M\) telle que \(M_i/M_{i - 1}\) soit isomorphe à \(S/\mathfrak q\) pour un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\). Remarquons que \(\dim((S/\mathfrak q)_K) \leq \dim(S_K)\). Remarquons aussi qu’une extension de modules libres est libre (voir la notion élémentaire 0516). Nous pouvons donc supposer que \(M = S\) et que \(S\) est un anneau intègre de type fini sur \(R\).
Si \(R \to S\) a un noyau non trivial, choisissons un élément non nul \(f \in R\) dans ce noyau. Dans ce cas, \(S_f = 0\) et le lemme est vrai. (Il s’agit en réalité du cas \(d = -1\), qui amorce la récurrence.) Nous pouvons donc supposer que \(R \to S\) est une extension de type fini d’anneaux intègres noethériens.
Appliquons le lemme 07NA et remplaçons \(R\) par \(R_f\) (où \(f\) est comme dans le lemme) pour obtenir une factorisation \[R \subset R[y_1, \ldots, y_d] \subset S\] où la seconde extension est finie. Choisissons \(z_1, \ldots, z_r \in S\) qui forment une base du corps des fractions de \(S\) sur le corps des fractions de \(R[y_1, \ldots, y_d]\). Cela donne une suite exacte courte \[0 \to R[y_1, \ldots, y_d]^{\oplus r} \xrightarrow{(z_1, \ldots, z_r)} S \to N \to 0\] Par construction, \(N\) est un \(R[y_1, \ldots, y_d]\)-module fini dont le support ne contient pas le point générique \((0)\) de \(\Spec(R[y_1, \ldots, y_d])\). D’après le lemme 00L2, il existe un élément non nul \(g \in R[y_1, \ldots, y_d]\) tel que \(g\) annule \(N\) ; nous pouvons donc voir \(N\) comme un module fini sur \(S' = R[y_1, \ldots, y_d]/(g)\). Puisque \(\dim(S'_K) < d\), il existe par récurrence un élément non nul \(f \in R\) tel que \(N_f\) soit un \(R_f\)-module libre. Puisque \((R[y_1, \ldots, y_d])_f \cong R_f[y_1, \ldots, y_d]\) est également libre, nous concluons par le fait déjà mentionné qu’une extension de modules libres est libre.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Supposons que
\(R\) est intègre,
\(R \to S\) est de présentation finie, et
\(M\) est un \(S\)-module de présentation finie.
Alors il existe un élément non nul \(f \in R\) tel que \(M_f\) soit un \(R_f\)-module libre.
Démonstration
Écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(g_1, \ldots, g_m)\). Pour \(g \in R[x_1, \ldots, x_n]\), notons \(\overline{g}\) son image dans \(S\). Nous pouvons écrire \(M = S^{\oplus t}/\sum Sn_i\) pour certains \(n_i \in S^{\oplus t}\). Écrivons \(n_i = (\overline{g}_{i1}, \ldots, \overline{g}_{it})\) pour certains \(g_{ij} \in R[x_1, \ldots, x_n]\). Soit \(R_0 \subset R\) le sous-anneau engendré par tous les coefficients de tous les éléments \(g_i, g_{ij} \in R[x_1, \ldots, x_n]\). Définissons \(S_0 = R_0[x_1, \ldots, x_n]/(g_1, \ldots, g_m)\). Définissons \(M_0 = S_0^{\oplus t}/\sum S_0n_i\). Alors \(R_0\) est un anneau intègre de type fini sur \(\mathbf{Z}\), et donc noethérien (voir le lemme 00FN). De plus, via l’injection \(R_0 \to R\), nous avons \(S \cong R \otimes_{R_0} S_0\) et \(M \cong R \otimes_{R_0} M_0\). En appliquant le lemme 051R, nous obtenons un élément non nul \(f \in R_0\) tel que \((M_0)_f\) soit un \((R_0)_f\)-module libre. Ainsi, \(M_f = R_f \otimes_{(R_0)_f} (M_0)_f\) est un \(R_f\)-module libre.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Supposons que
\(R\) est intègre,
\(R \to S\) est de type fini, et
\(M\) est un \(S\)-module de type fini.
Alors il existe un élément non nul \(f \in R\) tel que
\(M_f\) et \(S_f\) soient libres comme \(R_f\)-modules, et
\(S_f\) soit une \(R_f\)-algèbre de présentation finie et \(M_f\) un \(S_f\)-module de présentation finie.
Démonstration
Nous démontrons d’abord le lemme pour \(S = R[x_1, \ldots, x_n]\), puis nous en déduisons le résultat général.
Supposons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]\). Choisissons des éléments \(m_1, \ldots, m_t\) qui engendrent \(M\). Cela donne une suite exacte courte \[0 \to N \to S^{\oplus t} \xrightarrow{(m_1, \ldots, m_t)} M \to 0.\] Notons \(K\) le corps des fractions de \(R\). Notons \(S_K = K \otimes_R S = K[x_1, \ldots, x_n]\), et de même \(N_K = K \otimes_R N\), \(M_K = K \otimes_R M\). Comme \(R \to K\) est plat, la suite reste exacte après tensorisation par \(K\). Comme \(S_K = K[x_1, \ldots, x_n]\) est un anneau noethérien (voir le lemme 00FN), nous pouvons trouver un nombre fini d’éléments \(n'_1, \ldots, n'_s \in N_K\) qui l’engendrent. Choisissons \(n_1, \ldots, n_r \in N\) tels que \(n'_i = \sum a_{ij}n_j\) pour certains \(a_{ij} \in K\). Posons \[M' = S^{\oplus t}/\sum\nolimits_{i = 1, \ldots, r} Sn_i\] Par construction, \(M'\) est un \(S\)-module de présentation finie, et il existe une surjection \(M' \to M\) qui induit un isomorphisme \(M'_K \cong M_K\). Nous pouvons appliquer le lemme 051S à \(R \to S\) et \(M'\), et nous trouvons un élément \(f \in R\) tel que \(M'_f\) soit un \(R_f\)-module libre. Ainsi, \(M'_f \to M_f\) est une surjection de modules sur l’anneau intègre \(R_f\), dont la source est un module libre, et qui devient un isomorphisme après tensorisation par \(K\). Elle est donc injective, puisque \(M'_f \subset M'_K\), car \(M'_f\) est libre et \(R_f\) est un anneau intègre de corps des fractions \(K\). Ainsi, \(M'_f \to M_f\) est un isomorphisme, et le résultat est démontré.
Dans le cas général, choisissons une surjection \(R[x_1, \ldots, x_n] \to S\). Considérons \(S\) et \(M\) comme des modules finis sur \(R[x_1, \ldots, x_n]\). D’après le cas particulier démontré ci-dessus, il existe un élément non nul \(f \in R\) tel que \(S_f\) et \(M_f\) soient tous deux libres comme \(R_f\)-modules et de présentation finie comme \(R_f[x_1, \ldots, x_n]\)-modules. Cela implique clairement que \(S_f\) est une \(R_f\)-algèbre de présentation finie et que \(M_f\) est un \(S_f\)-module de présentation finie.
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Considérons la condition suivante sur un élément \(f \in R\) : [051U]\[\begin{equation} \left\{ \begin{matrix} S_f & \text{est de présentation finie sur }R_f\\ M_f & \text{est de présentation finie comme }S_f\text{-module}\\ S_f, M_f & \text{sont libres comme }R_f\text{-modules} \end{matrix} \right. \end{equation}\] Nous définissons [051V]\[\begin{equation} U(R \to S, M) = \bigcup\nolimits_{f \in R\text{ tel que }(\href{algebra.html#algebra-equation-flat-and-finitely-presented}{051U})} D(f) \end{equation}\] qui est un ouvert de \(\Spec(R)\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(0 \to M_1 \to M_2 \to M_3 \to 0\) une suite exacte courte de \(S\)-modules. Alors \[U(R \to S, M_1) \cap U(R \to S, M_3) \subset U(R \to S, M_2).\]
Démonstration
Soit \(u \in U(R \to S, M_1) \cap U(R \to S, M_3)\). Choisissons \(f_1, f_3 \in R\) tels que \(u \in D(f_1)\), \(u \in D(f_3)\) et que (051U) soit vérifiée pour \(f_1\) et \(M_1\), ainsi que pour \(f_3\) et \(M_3\). Posons alors \(f = f_1f_3\). Nous avons \(u \in D(f)\), et (051U) est vérifiée pour \(f\) et à la fois \(M_1\) et \(M_3\). Une extension de modules libres est libre, et une extension de modules de présentation finie est de présentation finie (lemme 0519). Nous voyons donc que (051U) est vérifiée pour \(f\) et \(M_2\). Ainsi, \(u \in U(R \to S, M_2)\), ce qui termine la démonstration.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Soit \(f \in R\). Avec l’identification \(\Spec(R_f) = D(f)\), nous avons \(U(R_f \to S_f, M_f) = D(f) \cap U(R \to S, M)\).
Démonstration
Supposons que \(u \in U(R_f \to S_f, M_f)\). Il existe alors un élément \(g \in R_f\) tel que \(u \in D(g)\) et que (051U) soit vérifiée pour le couple \(((R_f)_g \to (S_f)_g, (M_f)_g)\). Écrivons \(g = a/f^n\) pour un certain \(a \in R\). Posons \(h = af\). Alors \(R_h = (R_f)_g\), \(S_h = (S_f)_g\) et \(M_h = (M_f)_g\). De plus, \(u \in D(h)\). Ainsi, \(u \in U(R \to S, M)\). Réciproquement, supposons que \(u \in D(f) \cap U(R \to S, M)\). Il existe alors un élément \(g \in R\) tel que \(u \in D(g)\) et que (051U) soit vérifiée pour le couple \((R_g \to S_g, M_g)\). Il est alors clair que (051U) est également vérifiée pour le couple \((R_{fg} \to S_{fg}, M_{fg}) = ((R_f)_g \to (S_f)_g, (M_f)_g)\). Ainsi, \(u \in U(R_f \to S_f, M_f)\), ce qui termine la démonstration.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Soit \(U \subset \Spec(R)\) un ouvert dense. Supposons qu’il existe un recouvrement \(U = \bigcup_{i \in I} D(f_i)\) par des ouverts tel que \(U(R_{f_i} \to S_{f_i}, M_{f_i})\) soit dense dans \(D(f_i)\) pour tout \(i \in I\). Alors \(U(R \to S, M)\) est dense dans \(\Spec(R)\).
Démonstration
Au vu du lemme 051X, il s’agit d’une assertion purement topologique. En effet, d’après ce lemme, nous voyons que \(U(R \to S, M) \cap D(f_i)\) est dense dans \(D(f_i)\) pour tout \(i \in I\). D’après Topologie, lemme 03HP, nous voyons que \(U(R \to S, M) \cap U\) est dense dans \(U\). Puisque \(U\) est dense dans \(\Spec(R)\), nous concluons que \(U(R \to S, M)\) est dense dans \(\Spec(R)\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Supposons que
\(R \to S\) est de type fini,
\(M\) est un \(S\)-module fini, et
\(R\) est réduit.
Alors il existe une partie \(U \subset \Spec(R)\) telle que
\(U\) soit ouverte et dense dans \(\Spec(R)\),
pour tout \(u \in U\), il existe \(f \in R\) tel que \(u \in D(f) \subset U\) et que nous ayons
\(M_f\) et \(S_f\) sont libres sur \(R_f\),
\(S_f\) est une \(R_f\)-algèbre de présentation finie, et
\(M_f\) est un \(S_f\)-module de présentation finie.
Démonstration
Remarquons que le lemme équivaut à dire que l’ouvert \(U(R \to S, M)\), voir l’équation (051V), est dense dans \(\Spec(R)\). Nous démontrons d’abord le lemme pour \(S = R[x_1, \ldots, x_n]\), puis nous en déduisons le résultat général.
Démonstration du cas \(S = R[x_1, \ldots, x_n]\) et où \(M\) est un module fini quelconque sur \(S\). Remarquons que, dans ce cas, \(S_f = R_f[x_1, \ldots, x_n]\) est libre et de présentation finie sur \(R_f\) ; nous n’avons donc pas à nous préoccuper des conditions qui concernent \(S\), mais seulement de celles qui concernent \(M\). Nous raisonnons par récurrence sur \(n\).
Il existe une filtration finie \[0 \subset M_1 \subset M_2 \subset \ldots \subset M_t = M\] telle que \(M_i/M_{i - 1} \cong S/J_i\) pour un certain idéal \(J_i \subset S\), voir le lemme 00KZ. Puisqu’ une intersection finie d’ouverts denses est un ouvert dense, il résulte du lemme 051W qu’il suffit de démontrer le lemme pour chacun des modules \(R/J_i\). Nous pouvons donc supposer que \(M = S/J\) pour un certain idéal \(J\) de \(S = R[x_1, \ldots, x_n]\).
Soit \(I \subset R\) l’idéal engendré par les coefficients des éléments de \(J\). Soit \(U_1 = \Spec(R) \setminus V(I)\) et soit \[U_2 = \Spec(R) \setminus \overline{U_1}.\] Il est alors clair que \(U = U_1 \cup U_2\) est dense dans \(\Spec(R)\). Soit \(f \in R\) un élément tel que soit (a) \(D(f) \subset U_1\), soit (b) \(D(f) \subset U_2\). Si, pour tout \(f\) de ce type, le lemme est vrai pour le couple \((R_f \to R_f[x_1, \ldots, x_n], M_f)\), alors le lemme 051Y montre que \(U(R \to S, M)\) est dense dans \(\Spec(R)\). Nous pouvons donc supposer soit (a) \(I = R\), soit (b) \(V(I) = \Spec(R)\).
Dans le cas (b), nous avons en fait \(I = 0\), puisque \(R\) est réduit ! Ainsi, \(J = 0\), \(M = S\), et le lemme est vrai dans ce cas.
Dans le cas (a), il faut travailler un peu plus. Remarquons que tout élément de \(I\) est en fait le coefficient d’un monôme d’un élément de \(J\), car l’ensemble des coefficients des éléments de \(J\) forme un idéal (détails omis). Nous trouvons donc un élément \[g = \sum\nolimits_{K \in E} a_K x^K \in J\] où \(E\) est un ensemble fini de multi-indices \(K = (k_1, \ldots, k_n)\), avec au moins un coefficient \(a_{K_0}\) qui est une unité dans \(R\). En fait, nous pouvons en trouver un dont un coefficient est égal à \(1\), puisque \(1 \in I\) dans le cas (a). Soit \(m = \#\{K \in E \mid a_K \text{ n'est pas une unité}\}\). Remarquons que \(0 \leq m \leq \# E - 1\). Nous raisonnons par récurrence sur \(m\).
Le cas \(m = 0\). Dans ce cas, tous les coefficients \(a_K\), \(K \in E\), de \(g\) sont des unités, et \(E \not = \emptyset\). Si \(E = \{K_0\}\) est un singleton et \(K_0 = (0, \ldots, 0)\), alors \(g\) est une unité et \(J = S\), de sorte que le résultat est certainement vrai. (Cela se produit en particulier lorsque \(n = 0\), et fournit le cas initial de la récurrence sur \(n\).) Si l’on n’a pas \(E = \{(0, \ldots, 0)\}\), alors au moins un \(K\) n’est pas égal à \((0, \ldots, 0)\), c’est-à-dire \(g \not \in R\). Nous employons alors l’astuce usuelle de la normalisation de Noether. Plus précisément, nous considérons \[G(y_1, \ldots, y_n) = g(y_1 + y_n^{e_1}, y_2 + y_n^{e_2}, \ldots, y_{n - 1} + y_n^{e_{n - 1}}, y_n)\] avec \(0 \ll e_{n -1} \ll e_{n - 2} \ll \ldots \ll e_1\). D’après le lemme 051N, le polynôme \(G(y_1, \ldots, y_n)\) en \(y_n\) est de la forme \[a_K y_n^{k_n + \sum_{i = 1, \ldots, n - 1} e_i k_i} + \text{termes de degré inférieur en }y_n\] Puisque \(a_K\) est une unité, nous concluons que \(M = R[x_1, \ldots, x_n]/J\) est fini sur \(R[y_1, \ldots, y_{n - 1}]\). Ainsi, \(U(R \to R[x_1, \ldots, x_n], M) = U(R \to R[y_1, \ldots, y_{n - 1}], M)\), et nous concluons par récurrence sur \(n\).
Le cas \(m > 0\). Choisissons un multi-indice \(K \in E\) tel que \(a_K\) ne soit pas une unité. Comme précédemment, posons \(U_1 = \Spec(R_{a_K}) = \Spec(R) \setminus V(a_K)\) et posons \[U_2 = \Spec(R) \setminus \overline{U_1}.\] Il est alors clair que \(U = U_1 \cup U_2\) est dense dans \(\Spec(R)\). Soit \(f \in R\) un élément tel que soit (a) \(D(f) \subset U_1\), soit (b) \(D(f) \subset U_2\). Si, pour tout \(f\) de ce type, le lemme est vrai pour le couple \((R_f \to R_f[x_1, \ldots, x_n], M_f)\), alors le lemme 051Y montre que \(U(R \to S, M)\) est dense dans \(\Spec(R)\). Nous pouvons donc supposer soit (a) \(a_KR = R\), soit (b) \(V(a_K) = \Spec(R)\). Dans le cas (a), le nombre \(m\) diminue, puisque \(a_K\) est devenu une unité. Dans le cas (b), puisque \(R\) est réduit, nous concluons que \(a_K = 0\). Ainsi, l’ensemble \(E\) diminue, et le nombre \(m\) diminue lui aussi. Dans les deux cas, nous concluons par récurrence sur \(m\).
Nous avons maintenant démontré le lemme dans le cas \(S = R[x_1, \ldots, x_n]\). Supposons que \((R \to S, M)\) soit un couple quelconque satisfaisant les conditions du lemme. Choisissons une surjection \(R[x_1, \ldots, x_n] \to S\). Remarquons que, avec les notations introduites dans (051V), nous avons \[U(R \to S, M) = U(R \to R[x_1, \ldots, x_n], S) \cap U(R \to R[x_1, \ldots, x_n], M)\] Puisque nous venons de démontrer que les deux ouverts du membre de droite sont denses, l’ouvert du membre de gauche est lui aussi dense.
Autour de Krull-Akizuki
Une application du théorème de Krull-Akizuki consiste à montrer qu’il existe de nombreux anneaux de valuation discrète. Plus généralement, nous montrons dans cette section comment construire des anneaux de valuation discrète qui dominent des anneaux locaux noethériens.
Nous montrons d’abord comment dominer un anneau local noethérien intègre par un anneau local noethérien intègre de dimension \(1\), en éclatant l’idéal maximal.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien intègre de corps des fractions \(K\). Supposons que \(R\) ne soit pas un corps. Alors il existe un anneau intermédiaire \(R \subset R' \subset K\) qui vérifie les conditions suivantes :
\(R'\) est un anneau local noethérien de dimension \(1\),
\(R \to R'\) est un homomorphisme local d’anneaux, c’est-à-dire que \(R'\) domine \(R\), et
\(R \to R'\) est essentiellement de type fini.
Démonstration
Choisissons un anneau de valuation \(A \subset K\) qui domine \(R\) (il en existe un d’après le lemme 00IA). Notons \(v\) la valuation correspondante. Soit \(x_1, \ldots, x_r\) un système minimal de générateurs de l’idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\). Nous pouvons supposer, et nous le faisons, que \(v(x_r) = \min\{v(x_1), \ldots, v(x_r)\}\). Considérons l’anneau \[S = R[x_1/x_r, x_2/x_r, \ldots, x_{r - 1}/x_r] \subset K.\] Remarquons que \(\mathfrak mS = x_rS\) est un idéal principal. Remarquons que \(S \subset A\) et que \(v(x_r) > 0\) ; nous voyons donc que \(x_rS \not = S\). Choisissons un idéal premier minimal \(\mathfrak q\) au-dessus de \(x_rS\). Alors \(\text{hauteur}(\mathfrak q) = 1\) d’après le lemme 00KV, et \(\mathfrak q\) est au-dessus de \(\mathfrak m\). Nous voyons ainsi que \(R' = S_{\mathfrak q}\) est une solution.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Alors exactement l’une des possibilités suivantes est réalisée :
\((R, \mathfrak m)\) est artinien,
\((R, \mathfrak m)\) est régulier de dimension \(1\),
\(\text{profondeur}(R) \geq 2\), ou
il existe un homomorphisme fini d’anneaux \(R \to R'\) qui n’est pas un isomorphisme, dont le noyau et le conoyau sont annulés par une puissance de \(\mathfrak m\), tel que \(\mathfrak m\) ne soit pas un idéal premier associé de \(R'\) et que \(R' \not = 0\).
Démonstration
Observons que \((R, \mathfrak m)\) n’est pas artinien si et seulement si \(V(\mathfrak m) \subset \Spec(R)\) est rare. Voir la proposition 00KJ. Nous le supposons désormais.
Soit \(J \subset R\) le plus grand idéal annulé par une puissance de \(\mathfrak m\). Si \(J \not = 0\), alors \(R \to R/J\) montre que \((R, \mathfrak m)\) relève du cas (4).
Sinon, \(J = 0\). En particulier, \(\mathfrak m\) n’est pas un idéal premier associé de \(R\), et le lemme 00LL montre qu’il existe un non-diviseur de zéro \(x \in \mathfrak m\). Si \(\mathfrak m\) n’est pas un idéal premier associé de \(R/xR\), alors \(\text{profondeur}(R) \geq 2\) d’après le même lemme. Il ne reste donc que le cas où il existe \(y \in R\), \(y \not \in xR\), tel que \(y \mathfrak m \subset xR\).
Si \(y \mathfrak m \subset x \mathfrak m\), nous pouvons considérer l’application \(\varphi : \mathfrak m \to \mathfrak m\), \(f \mapsto yf/x\) (bien définie puisque \(x\) est un non-diviseur de zéro). Par l’astuce du déterminant du lemme 05BT, il existe un polynôme unitaire \(P\) à coefficients dans \(R\) tel que \(P(\varphi) = 0\). Nous concluons que \(P(y/x) = 0\) dans \(R_x\). Soit \(R' \subset R_x\) l’anneau engendré par \(R\) et \(y/x\). Alors \(R \subset R'\), et \(R'/R\) est un \(R\)-module de type fini annulé par une puissance de \(\mathfrak m\). Ainsi, \(R\) relève du cas (4).
Sinon, il existe \(t \in \mathfrak m\) tel que \(y t = u x\) pour une certaine unité \(u\) de \(R\). Après avoir remplacé \(t\) par \(u^{-1}t\), nous obtenons \(yt = x\). En particulier, \(y\) est un non-diviseur de zéro. Pour tout \(t' \in \mathfrak m\), nous avons \(y t' = x s\) pour un certain \(s \in R\). Ainsi, \(y (t' - s t ) = x s - x s = 0\). Comme \(y\) n’est pas un diviseur de zéro, cela implique \(t' = ts\), et donc \(\mathfrak m = (t)\). Ainsi, \((R, \mathfrak m)\) est régulier de dimension 1.
L’argument mené jusqu’ici montre que tout \(R\) relève de l’un des 4 cas. Pour terminer, nous devons montrer que ces propriétés s’excluent deux à deux. Nous montrerons seulement que (2) et (3) excluent chacune (4) ; les autres cas sont laissés au lecteur.
Supposons que \(R\) soit régulier de dimension \(1\) et que \(R \to R'\) soit un homomorphisme fini d’anneaux dont le noyau et le conoyau sont annulés par une puissance de \(\mathfrak m\), et que \(\mathfrak m\) ne soit pas un idéal premier associé de \(R'\). Alors \(R'\) est un \(R\)-module de type fini de profondeur au moins \(1\), et est donc libre d’après le lemme 00NT. Puisque \(R \to R'\) est un isomorphisme au point générique, nous concluons que \(R'\) doit être libre de rang \(1\) comme \(R\)-module. Alors \(R' \to \text{End}_R(R') \cong R\) est l’inverse de l’application \(R \to R'\). Ainsi, le cas (4) est impossible.
Supposons que \(R\) soit de profondeur \(\geq 2\) et que \(R \to R'\) soit un homomorphisme fini d’anneaux dont le noyau et le conoyau sont annulés par une puissance de \(\mathfrak m\), et que \(\mathfrak m\) ne soit pas un idéal premier associé de \(R'\). Alors \(R \to R'\) est nécessairement injectif (car le noyau serait à la fois de profondeur \(0\) et de profondeur \(\geq 1\)), et le conoyau est de profondeur au moins \(1\) (d’après le lemme 00LX et le fait que \(R'\) est de profondeur \(\geq 1\) par hypothèse) ; il ne peut donc être supporté sur \(\{\mathfrak m\}\), à moins d’être lui aussi \(0\). Ainsi, le cas (4) est impossible.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Supposons que \(R\) soit noethérien, de dimension \(1\), et que \(\dim(\mathfrak m/\mathfrak m^2) > 1\). Alors il existe un homomorphisme d’anneaux \(R \to R'\) tel que
\(R \to R'\) soit fini,
\(R \to R'\) ne soit pas un isomorphisme,
le noyau et le conoyau de \(R \to R'\) soient annulés par une puissance de \(\mathfrak m\), et
\(\mathfrak m\) ne soit pas un idéal premier associé de \(R'\).
Démonstration
Cela résulte du lemme 0BHZ et du fait que \(R\) n’est ni artinien, ni régulier, et n’est pas de profondeur \(\geq 2\) (ce dernier point parce que la profondeur ne dépasse pas la dimension, d’après le lemme 00LK).
Exemple
Considérons l’anneau local noethérien \[R = k[[x, y]]/(y^2)\] Il est de dimension 1 et de Cohen-Macaulay. Un exemple d’extension comme dans le lemme 00P9 est l’extension \[k[[x, y]]/(y^2) \subset k[[x, z]]/(z^2), \ \ y \mapsto xz\] autrement dit, elle s’obtient en adjoignant \(y/x\) à \(R\). Répéter la construction \(n > 1\) fois revient à adjoindre l’élément \(y/x^n\).
Exemple
Soit \(k\) un corps de caractéristique \(p > 0\) tel que \(k\) soit de degré infini sur son sous-corps \(k^p\) des puissances \(p\)-ièmes. Par exemple, \(k = \mathbf{F}_p(t_1, t_2, t_3, \ldots)\). Considérons l’anneau \[A = \left\{ \sum a_i x^i \in k[[x]] \text{ tel que } [k^p(a_0, a_1, a_2, \ldots) : k^p] < \infty \right\}\] Alors \(A\) est un anneau de valuation discrète, et son complété est \(A^\wedge = k[[x]]\). Remarquons que l’inclusion \(A \subset k[[x]]\) induit une extension infinie et purement inséparable des corps des fractions. Choisissons un \(f \in k[[x]]\), \(f \not \in A\). Soit \(R = A[f] \subset k[[x]]\). Alors \(R\) est un anneau local noethérien intègre de dimension \(1\) dont le complété \(R^\wedge\) est non réduit (à méditer !).
Remarque
Supposons que \(R\) soit un anneau semi-local noethérien intègre de dimension \(1\). S’il existe un idéal maximal \(\mathfrak m \subset R\) tel que \(R_{\mathfrak m}\) ne soit pas régulier, nous pouvons appliquer le lemme 00P9 à \((R, \mathfrak m)\) pour obtenir une extension finie d’anneaux \(R \subset R_1\). (Par exemple, on peut faire en sorte que \(\Spec(R_1) \to \Spec(R)\) soit l’éclatement de \(\Spec(R)\) le long de l’idéal \(\mathfrak m\).) Bien sûr, \(R_1\) est un anneau semi-local noethérien intègre de dimension \(1\) ayant le même corps des fractions que \(R\). Si \(R_1\) n’est pas un anneau semi-local régulier, nous pouvons répéter la construction pour obtenir \(R_1 \subset R_2\). Nous obtenons ainsi une suite \[R \subset R_1 \subset R_2 \subset R_3 \subset \ldots\] d’extensions finies d’anneaux, qui peut s’arrêter si \(R_n\) est régulier pour un certain \(n\). La résolution des singularités serait l’affirmation que \(R_n\) finit effectivement par être régulier. En réalité, ce n’est pas le cas. En effet, il existe en caractéristique \(0\) un anneau local noethérien intègre \(A\) de dimension \(1\) dont le complété est non réduit, voir [Ferrand-Raynaud, Proposition 3.1] ou la section 02JD du chapitre Exemples. Pour un exemple en caractéristique \(p > 0\), voir l’exemple 00PB. Comme la formation de l’éclatement est compatible avec la complétion, il est facile de voir que la suite ne se stabilise jamais. Voir [Bennett] pour une discussion (principalement en caractéristique positive). En revanche, si le complété de \(R\) en chacun de ses idéaux maximaux est réduit, alors le procédé s’arrête (insérer ici une référence future).
Lemme
Soit \(A\) un anneau. Les propriétés suivantes sont équivalentes.
L’anneau \(A\) est un anneau de valuation discrète.
L’anneau \(A\) est un anneau de valuation noethérien qui n’est pas un corps.
L’anneau \(A\) est un anneau local régulier de dimension \(1\).
L’anneau \(A\) est un anneau local noethérien intègre dont l’idéal maximal \(\mathfrak m\) est engendré par un seul élément non nul.
L’anneau \(A\) est un anneau local noethérien intègre et normal de dimension \(1\).
Dans ce cas, si \(\pi\) est un générateur de l’idéal maximal de \(A\), alors tout élément non nul de \(A\) s’écrit de manière unique \(u\pi^n\), où \(u \in A\) est une unité.
Démonstration
L’équivalence de (1) et (2) est le lemme 00II. De plus, dans la preuve du lemme 00II, nous avons vu que si \(A\) est un anneau de valuation discrète, alors \(A\) est un anneau principal, d’où (3). Remarquons qu’un anneau local régulier est intègre (voir le lemme 00NP). Cela étant, l’équivalence de (3) et (4) résulte de la théorie de la dimension, voir la section 00KD.
Supposons (3) et soit \(\pi\) un générateur de l’idéal maximal \(\mathfrak m\). Pour tout \(n \geq 0\), nous avons \(\dim_{A/\mathfrak m} \mathfrak m^n/\mathfrak m^{n + 1} = 1\), car il est engendré par \(\pi^n\) (et ne peut être nul). En particulier, \(\mathfrak m^n = (\pi^n)\), et l’anneau gradué \(\bigoplus \mathfrak m^n/\mathfrak m^{n + 1}\) est isomorphe à l’anneau de polynômes \(A/\mathfrak m[T]\). Pour \(x \in A \setminus \{0\}\), posons \(v(x) = \max\{n \mid x \in \mathfrak m^n\}\). Autrement dit, \(x = u \pi^{v(x)}\) avec \(u \in A^*\). D’après les remarques ci-dessus, nous avons \(v(xy) = v(x) + v(y)\) pour tous \(x, y \in A \setminus \{0\}\). Nous l’étendons au corps des fractions \(K\) de \(A\) en posant \(v(a/b) = v(a) - v(b)\) (ce qui est bien défini par la multiplicativité démontrée ci-dessus). Il est alors clair que \(A\) est l’ensemble des éléments de \(K\) de valuation \(\geq 0\). Nous voyons donc que \(A\) est un anneau de valuation d’après le lemme 00IG.
Un anneau de valuation est un anneau intègre normal d’après le lemme 00IC. Nous voyons donc que les conditions équivalentes (1) – (3) impliquent (5). Supposons que (5) soit vérifiée et, en vue d’une contradiction, que \(\mathfrak m\) ne puisse pas être engendré par exactement \(1\) élément. Alors le lemme 00P9 implique qu’il existe un homomorphisme fini d’anneaux \(A \to A'\) qui est un isomorphisme après inversion de tout élément non nul de \(\mathfrak m\), mais n’est pas un isomorphisme. En particulier, nous pouvons identifier \(A'\) à un sous-anneau du corps des fractions de \(A\). Puisque \(A \to A'\) est fini, il est entier (voir le lemme 00GK). Puisque \(A\) est normal, nous obtenons \(A = A'\), contradiction.
Définition
Soit \(A\) un anneau de valuation discrète. Une uniformisante est un élément \(\pi \in A\) qui engendre l’idéal maximal de \(A\).
D’après le lemme 00PD, deux uniformisantes quelconques d’un anneau de valuation discrète sont associées.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre de corps des fractions \(K\). Soit \(M\) un \(R\)-sous-module de \(K^{\oplus r}\). Supposons que \(R\) soit local noethérien de dimension \(1\). Pour tout élément non nul \(x \in R\), nous avons \(\text{longueur}_R(R/xR) < \infty\) et \[\text{longueur}_R(M/xM) \leq r \cdot \text{longueur}_R(R/xR).\]
Démonstration
Si \(x\) est une unité, le résultat est vrai. Nous pouvons donc supposer que \(x \in \mathfrak m\), l’idéal maximal de \(R\). Puisque \(x\) n’est pas nul et que \(R\) est intègre, nous avons \(\dim(R/xR) = 0\), et donc \(R/xR\) est de longueur finie. Considérons \(M \subset K^{\oplus r}\) comme dans le lemme. Nous pouvons supposer que les éléments de \(M\) engendrent \(K^{\oplus r}\) comme \(K\)-espace vectoriel, après avoir remplacé \(K^{\oplus r}\) par un sous-espace plus petit si nécessaire.
Supposons d’abord que \(M\) soit un \(R\)-module de type fini. Dans ce cas, nous pouvons chasser les dénominateurs et supposer \(M \subset R^{\oplus r}\). Puisque \(M\) engendre \(K^{\oplus r}\) comme espace vectoriel, nous voyons que \(R^{\oplus r}/M\) est de longueur finie. En particulier, il existe un entier \(c \geq 0\) tel que \(x^cR^{\oplus r} \subset M\). Remarquons que \(M \supset xM \supset x^2M \supset \ldots\) est une suite de modules dont les quotients successifs sont tous isomorphes à \(M/xM\). Ainsi, nous voyons que \[n \text{longueur}_R(M/xM) = \text{longueur}_R(M/x^nM).\] Le même argument pour \(M = R^{\oplus r}\) montre que \[n \text{longueur}_R(R^{\oplus r}/xR^{\oplus r}) = \text{longueur}_R(R^{\oplus r}/x^nR^{\oplus r}).\] Par notre choix de \(c\) ci-dessus, nous voyons que \(x^nM\) est compris entre \(x^n R^{\oplus r}\) et \(x^{n + c}R^{\oplus r}\). Cela donne facilement \[r(n + c) \text{longueur}_R(R/xR) \geq n \text{longueur}_R(M/xM) \geq r (n - c) \text{longueur}_R(R/xR)\] Ainsi, dans le cas de type fini, nous obtenons en fait le résultat du lemme avec égalité.
Supposons maintenant que \(M\) ne soit pas de type fini. Supposons que la longueur de \(M/xM\) soit \(\geq k\) pour un certain entier naturel \(k\). Nous pouvons alors trouver \[0 \subset N_0 \subset N_1 \subset N_2 \subset \ldots N_k \subset M/xM\] avec \(N_i \not = N_{i + 1}\) pour \(i = 0, \ldots k - 1\). Choisissons un élément \(m_i \in M\) dont la classe modulo \(xM\) appartient à \(N_i\), mais pas à \(N_{i - 1}\), pour \(i = 1, \ldots, k\). Considérons le \(R\)-module de type fini \(M' = Rm_1 + \ldots + Rm_k \subset M\). Soit \(N'_i \subset M'/xM'\) l’image réciproque de \(N_i\). Il est clair que \(N'_i \not =N'_{i + 1}\) par notre choix de \(m_i\). Nous voyons donc que \(\text{longueur}_R(M'/xM') \geq k\). D’après le cas de type fini, nous concluons que \(k \leq r\text{longueur}_R(R/xR)\), comme voulu.
Voici une première application.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme entre anneaux intègres qui induit une injection de corps des fractions \(K \subset L\). Si \(R\) est un anneau local noethérien de dimension \(1\) et si \([L : K] < \infty\), alors
tout idéal premier \(\mathfrak n_i\) de \(S\) au-dessus de l’idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\) est maximal,
ces idéaux sont en nombre fini, et
\([\kappa(\mathfrak n_i) : \kappa(\mathfrak m)] < \infty\) pour tout \(i\).
Démonstration
Choisissons un élément non nul \(x \in \mathfrak m\). Appliquons le lemme 00PE au sous-module \(S \subset L \cong K^{\oplus n}\), où \(n = [L : K]\). Ainsi, l’anneau \(S/xS\) est de longueur finie sur \(R\). Il s’ensuit que \(S/\mathfrak m S\) est de longueur finie sur \(\kappa(\mathfrak m)\). Autrement dit, \(\dim_{\kappa(\mathfrak m)} S/\mathfrak m S\) est finie (lemme 00IY). Ainsi, \(S/\mathfrak mS\) est artinien (lemme 00J6). Les résultats de structure sur les anneaux artiniens impliquent (1) et (2), voir par exemple le lemme 00JB. Le point (3) résulte de la finitude établie ci-dessus.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre de corps des fractions \(K\). Soit \(M\) un \(R\)-sous-module de \(K^{\oplus r}\). Supposons que \(R\) soit noethérien de dimension \(1\). Pour tout élément non nul \(x \in R\), nous avons \(\text{longueur}_R(M/xM) < \infty\).
Démonstration
Puisque \(R\) est de dimension \(1\), l’élément \(x\) n’appartient qu’à un nombre fini d’idéaux premiers \(\mathfrak m_i\), \(i = 1, \ldots, n\), qui sont tous maximaux. Puisque \(R\) est noethérien, nous voyons que \(R/xR\) est artinien et que \(R/xR = \prod_{i = 1, \ldots, n} (R/xR)_{\mathfrak m_i}\) d’après la proposition 00KJ et le lemme 00JB. De même, \(M/xM\) se décompose en produit \(M/xM = \prod (M/xM)_{\mathfrak m_i}\) de ses localisés aux \(\mathfrak m_i\). D’après le lemme 00PE appliqué à \(M_{\mathfrak m_i}\), considéré comme \(R_{\mathfrak m_i}\)-module, chacun des \(M_{\mathfrak m_i}/xM_{\mathfrak m_i} = (M/xM)_{\mathfrak m_i}\) est de longueur finie sur \(R_{\mathfrak m_i}\). Ainsi, \(M/xM\) est de longueur finie sur \(R\), car ce qui précède implique que \(M/xM\) possède une filtration finie par des \(R\)-sous-modules dont les quotients successifs sont isomorphes aux corps résiduels \(\kappa(\mathfrak m_i)\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre de corps des fractions \(K\). Soit \(L/K\) une extension finie de corps. Supposons que \(R\) soit noethérien et que \(\dim(R) = 1\). Dans ce cas, tout anneau \(A\) tel que \(R \subset A \subset L\) est noethérien.
Démonstration
Soit \(I \subset A\) un idéal non nul. D’après le lemme 0H7L, nous pouvons trouver un élément non nul \(x \in I \cap R\). Nous obtenons alors \(I/xA \subset A/xA\). D’après le lemme 00PF, le \(R\)-module \(A/xA\) est de longueur finie comme \(R\)-module. Ainsi, \(I/xA\) est de longueur finie comme \(R\)-module. Par conséquent, \(I\) est de type fini comme idéal de \(A\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien intègre de corps des fractions \(K\). Supposons que \(R\) ne soit pas un corps. Soit \(L/K\) une extension de corps de type fini. Alors il existe un anneau de valuation discrète \(A\) de corps des fractions \(L\) qui domine \(R\).
Démonstration
Si \(L\) n’est pas fini sur \(K\), choisissons une base de transcendance \(x_1, \ldots, x_r\) de \(L\) sur \(K\) et remplaçons \(R\) par \(R[x_1, \ldots, x_r]\) localisé en l’idéal maximal engendré par \(\mathfrak m_R\) et \(x_1, \ldots, x_r\). Nous pouvons donc supposer que \(K \subset L\) est une extension finie.
D’après le lemme 00P8, nous pouvons supposer \(\dim(R) = 1\).
Soit \(A \subset L\) la clôture intégrale de \(R\) dans \(L\). D’après le lemme 00PG, elle est noethérienne. D’après le lemme 00GQ, il existe un idéal premier \(\mathfrak q \subset A\) au-dessus de l’idéal maximal de \(R\). D’après le lemme 00PD, l’anneau \(A_{\mathfrak q}\) est un anneau de valuation discrète qui domine \(R\), comme souhaité.
Factorisation
Voici quelques notions et les relations entre elles qui sont généralement enseignées dans un cours d’algèbre de première année de licence.
Définition
Soit \(R\) un anneau intègre.
Des éléments \(x, y \in R\) sont dits associés s’il existe une unité \(u \in R^*\) telle que \(x = uy\).
Un élément \(x \in R\) est dit irréductible s’il est non nul, n’est pas une unité et si, pour toute écriture \(x = yz\) avec \(y, z \in R\), \(y\) est soit une unité, soit associé à \(x\).
Un élément \(x \in R\) est dit premier si l’idéal engendré par \(x\) est un idéal premier.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre. Soient \(x, y \in R\). Alors \(x\) et \(y\) sont associés si et seulement si \((x) = (y)\).
Démonstration
Si \(x = uy\) pour une unité \(u \in R\), alors \((x) \subset (y)\) et \(y = u^{-1}x\), donc aussi \((y) \subset (x)\). Réciproquement, supposons que \((x) = (y)\). Alors \(x = fy\) et \(y = gx\) pour certains \(f, g \in A\). Alors \(x = fg x\) et, puisque \(R\) est un anneau intègre, \(fg = 1\). Ainsi, \(x\) et \(y\) sont associés.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre. Considérons les conditions suivantes :
L’anneau \(R\) vérifie la condition de chaîne ascendante sur les idéaux principaux.
Tout élément \(a \in R\) non nul qui n’est pas une unité admet une factorisation \(a = b_1 \ldots b_k\) où chaque \(b_i\) est un élément irréductible de \(R\).
Alors (1) implique (2).
Démonstration
Soit \(x\) un élément non nul, qui n’est pas une unité et qui n’admet pas de factorisation en irréductibles. Posons \(x_1 = x\). Nous pouvons écrire \(x = yz\), où aucun des deux facteurs \(y\) et \(z\) n’est irréductible ni inversible. Alors soit \(y\) n’admet pas de factorisation en irréductibles, auquel cas nous posons \(x_2 = y\), soit \(z\) n’admet pas de factorisation en irréductibles, auquel cas nous posons \(x_2 = z\). En poursuivant ainsi, nous obtenons une suite \[\ldots | x_3 | x_2 | x_1\] d’éléments de \(R\) telle que \(x_n/x_{n + 1}\) n’est pas une unité. Cela donne une suite strictement croissante d’idéaux principaux \((x_1) \subset (x_2) \subset (x_3) \subset \ldots\), ce qui achève la démonstration.
Définition
Un anneau factoriel, aussi appelé domaine à factorisation unique (UFD), est un anneau intègre \(R\) tel que, si \(x \in R\) est non nul et n’est pas une unité, alors \(x\) admet une factorisation en irréductibles, et si \[x = a_1 \ldots a_m = b_1 \ldots b_n\] sont des factorisations en irréductibles, alors \(n = m\) et il existe une permutation \(\sigma : \{1, \ldots, n\} \to \{1, \ldots, n\}\) telle que \(a_i\) et \(b_{\sigma(i)}\) sont associés.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre. Supposons que tout élément non nul qui n’est pas une unité se factorise en irréductibles. Alors \(R\) est un anneau factoriel si et seulement si tout élément irréductible est premier.
Démonstration
Supposons que \(R\) soit un anneau factoriel et soit \(x \in R\) un élément irréductible. Supposons que \(ab \in (x)\), c’est-à-dire \(ab = cx\). Choisissons des factorisations \(a = a_1 \ldots a_n\), \(b = b_1 \ldots b_m\) et \(c = c_1 \ldots c_r\). Par unicité de la factorisation \[a_1 \ldots a_n b_1 \ldots b_m = c_1 \ldots c_r x\] nous constatons que \(x\) est associé à l’un des éléments \(a_1, \ldots, b_m\). Autrement dit, soit \(a \in (x)\), soit \(b \in (x)\), et nous concluons que \(x\) est premier.
Supposons que tout élément irréductible soit premier. Nous devons démontrer que deux factorisations en irréductibles ne diffèrent que par l’ordre des facteurs et leur remplacement par des éléments associés. Supposons que \(a_1 \ldots a_m = b_1 \ldots b_n\), où les \(a_i\) et les \(b_j\) sont irréductibles. Puisque \(a_1\) est premier, nous voyons que \(b_j \in (a_1)\) pour un certain \(j\). Après renumérotation, nous pouvons supposer que \(b_1 \in (a_1)\). Alors \(b_1 = a_1 u\) et, puisque \(b_1\) est irréductible, nous voyons que \(u\) est une unité. Par conséquent, \(a_1\) et \(b_1\) sont associés et \(a_2 \ldots a_n = ub_2\ldots b_m\). Par récurrence sur \(n + m\), nous voyons que \(n = m\) et que \(a_i\) est associé à \(b_{\sigma(i)}\) pour \(i = 2, \ldots, n\), ce qu’il fallait démontrer.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Alors \(R\) est un anneau factoriel si et seulement si tout idéal premier de hauteur \(1\) est principal.
Démonstration
Supposons que \(R\) soit un anneau factoriel et soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de hauteur 1. Prenons \(x \in \mathfrak p\) non nul et soit \(x = a_1 \ldots a_n\) une factorisation en irréductibles. Puisque \(\mathfrak p\) est premier, nous voyons que \(a_i \in \mathfrak p\) pour un certain \(i\). Par le lemme 034T, l’idéal \((a_i)\) est premier. Puisque \(\mathfrak p\) est de hauteur \(1\), nous concluons que \((a_i) = \mathfrak p\).
Supposons que tout idéal premier de hauteur \(1\) soit principal. Puisque \(R\) est noethérien, tout élément \(x\) non nul qui n’est pas une unité admet une factorisation en irréductibles, voir le lemme 034R. Il suffit de démontrer qu’un élément irréductible \(x\) est premier, voir le lemme 034T. Soit \((x) \subset \mathfrak p\) un idéal premier minimal au-dessus de \((x)\). Alors \(\mathfrak p\) est de hauteur \(1\) par le lemme 00KV. Par hypothèse, \(\mathfrak p = (y)\). Ainsi, \(x = yz\) et \(z\) est une unité puisque \(x\) est irréductible. Donc \((x) = (y)\) et nous voyons que \(x\) est premier.
Lemme
Soit \(A\) un anneau intègre. Soit \(S \subset A\) une partie multiplicative engendrée par des éléments premiers. Soit \(x \in A\) irréductible. Alors
l’image de \(x\) dans \(S^{-1}A\) est irréductible ou une unité, et
\(x\) est premier si et seulement si l’image de \(x\) dans \(S^{-1}A\) est un élément premier ou une unité dans \(S^{-1}A\).
De plus, \(A\) est alors un anneau factoriel si et seulement si tout élément non nul qui n’est pas une unité de \(A\) admet une factorisation en irréductibles et \(S^{-1}A\) est un anneau factoriel.
Démonstration
Écrivons \(x = \alpha \beta\) pour \(\alpha, \beta \in S^{-1}A\). Alors \(\alpha = a/s\) et \(\beta = b/s'\) pour \(a, b \in A\), \(s, s' \in S\). Nous obtenons donc \(ss'x = ab\). Par hypothèse, nous pouvons écrire \(ss' = p_1 \ldots p_r\) pour certains éléments premiers \(p_i\). Pour chaque \(i\), l’élément \(p_i\) divise soit \(a\), soit \(b\). En divisant, nous obtenons une factorisation \(x = a' b'\) et \(a = s'' a'\), \(b = s''' b'\) pour certains \(s'', s''' \in S\). Comme \(x\) est irréductible, soit \(a'\), soit \(b'\) est une unité. Il s’ensuit que l’un des deux éléments \(\alpha\), \(\beta\) est une unité. Cela démontre (1).
Supposons que \(x\) soit premier. Alors \(A/(x)\) est un anneau intègre. Par conséquent, \(S^{-1}A/xS^{-1}A = S^{-1}(A/(x))\) est un anneau intègre ou nul. Ainsi, l’image de \(x\) est un élément premier ou une unité.
Supposons que l’image de \(x\) dans \(S^{-1}A\) soit une unité. Alors \(y x = s\) pour un \(s \in S\) et un \(y \in A\). Par hypothèse, \(s = p_1 \ldots p_r\), où \(p_i\) est un élément premier. Pour chaque \(i\), soit \(p_i\) divise \(y\), soit \(p_i\) divise \(x\). Dans le second cas, \(p_i\) et \(x\) sont associés (puisque \(x\) est irréductible) ; la conclusion s’ensuit. Mais si le premier cas se produit pour tout \(i = 1, \ldots, r\), alors \(x\) est une unité, ce qui est une contradiction.
Supposons que l’image de \(x\) dans \(S^{-1}A\) soit un élément premier. Supposons que \(a, b \in A\) et \(ab \in (x)\). Alors \(sa = xy\) ou \(sb = xy\) pour certains \(s \in S\) et \(y \in A\). Supposons que le premier cas se produise. Par hypothèse, \(s = p_1 \ldots p_r\), où \(p_i\) est un élément premier. Pour chaque \(i\), soit \(p_i\) divise \(y\), soit \(p_i\) divise \(x\). Dans le second cas, \(p_i\) et \(x\) sont associés (puisque \(x\) est irréductible) ; la conclusion s’ensuit. Si le premier cas se produit pour tout \(i = 1, \ldots, r\), alors \(a \in (x)\), ce qu’il fallait démontrer. Ceci achève la démonstration de (2).
La dernière assertion du lemme découle de (1) et (2) et du lemme 034T.
Lemme
Un anneau factoriel vérifie la condition de chaîne ascendante sur les idéaux principaux.
Démonstration
Considérons une chaîne ascendante \((a_1) \subset (a_2) \subset (a_3) \subset \ldots\) d’idéaux principaux de \(R\). Écrivons \(a_1 = p_1^{e_1} \ldots p_r^{e_r}\) où les \(p_i\) sont premiers. Nous voyons alors que \(a_n\) est associé à \(p_1^{c_1} \ldots p_r^{c_r}\) pour certains \(0 \leq c_i \leq e_i\). Puisqu’il n’y a qu’un nombre fini de possibilités, la chaîne est stationnaire.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre. Supposons que \(R\) vérifie la condition de chaîne ascendante sur les idéaux principaux. Alors la même propriété vaut pour un anneau de polynômes sur \(R\).
Démonstration
Considérons une chaîne ascendante \((f_1) \subset (f_2) \subset (f_3) \subset \ldots\) d’idéaux principaux de \(R[x]\). Puisque \(f_{n + 1}\) divise \(f_n\), nous voyons que les degrés décroissent dans la suite. Ainsi, \(f_n\) a un degré fixe \(d \geq 0\) pour tout \(n \gg 0\). Soit \(a_n\) le coefficient dominant de \(f_n\). La condition \(f_n \in (f_{n + 1})\) implique que \(a_{n + 1}\) divise \(a_n\) pour tout \(n\). Par notre hypothèse sur \(R\), nous voyons que \(a_{n + 1}\) et \(a_n\) sont associés pour tout \(n\) assez grand (lemme 034Q). Ainsi, pour \(n\) grand, nous voyons que \(f_n = u f_{n + 1}\), où \(u \in R\) (pour des raisons de degré) est une unité (puisque \(a_n\) et \(a_{n + 1}\) sont associés).
Lemme
Un anneau de polynômes sur un anneau factoriel est un anneau factoriel. En particulier, si \(k\) est un corps, alors \(k[x_1, \ldots, x_n]\) est un anneau factoriel.
Démonstration
Soit \(R\) un anneau factoriel. Alors \(R\) vérifie la condition de chaîne ascendante sur les idéaux principaux (lemme 0BUD), donc \(R[x]\) vérifie la condition de chaîne ascendante sur les idéaux principaux (lemme 0BUE), et tout élément de \(R[x]\) admet donc une factorisation en irréductibles (lemme 034R). Soit \(S \subset R\) la partie multiplicative engendrée par les éléments premiers. Puisque tout élément non inversible de \(R\) est un produit d’éléments premiers, nous voyons que \(K = S^{-1}R\) est le corps des fractions de \(R\). Observons que tout élément premier de \(R\) reste premier dans \(R[x]\) et que \(S^{-1}(R[x]) = S^{-1}R[x] = K[x]\) est un anneau factoriel (et même un anneau principal). Nous pouvons donc appliquer le lemme 0AFU pour conclure.
Lemme
Un anneau factoriel est normal.
Démonstration
Soit \(R\) un anneau factoriel. Soit \(x\) un élément du corps des fractions de \(R\) qui est entier sur \(R\). Écrivons \(x^d - a_1 x^{d - 1} - \ldots - a_d = 0\) avec \(a_i \in R\). Nous pouvons écrire \(x = u p_1^{e_1} \ldots p_r^{e_r}\) où \(u\) est une unité, \(e_i \in \mathbf{Z}\), et \(p_1, \ldots, p_r\) sont des éléments irréductibles qui ne sont pas associés. Pour démontrer le lemme, nous devons montrer que \(e_i \geq 0\). Sinon, disons \(e_1 < 0\), alors, pour \(N \gg 0\), nous obtenons \[u^d p_2^{de_2 + N} \ldots p_r^{de_r + N} = p_1^{-de_1}p_2^N \ldots p_r^N( \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, d} a_i x^{d - i} ) \in (p_1)\] ce qui contredit l’unicité de la factorisation dans \(R\).
Définition
Un anneau principal (en abrégé PID) est un anneau intègre \(R\) tel que tout idéal est un idéal principal.
Lemme
Un anneau principal est un anneau factoriel.
Démonstration
Comme un anneau principal est noethérien, cela résulte du lemme 0AFT.
Définition
Un anneau de Dedekind est un anneau intègre \(R\) tel que tout idéal non nul \(I \subset R\) puisse s’écrire comme un produit \[I = \mathfrak p_1 \ldots \mathfrak p_r\] d’idéaux premiers non nuls, de manière unique à l’ordre des facteurs \(\mathfrak p_i\) près.
Lemme
Un anneau principal est un anneau de Dedekind.
Démonstration
Soit \(R\) un anneau principal. Puisque tout idéal non nul de \(R\) est principal, et que \(R\) est un anneau factoriel (lemme 034V), cela résulte du fait que tout élément irréductible de \(R\) est premier (lemme 034T), chaque factorisation d’un élément induisant alors une factorisation de l’idéal principal correspondant en idéaux premiers.
Lemme
Soit \(A\) un anneau. Soient \(I\) et \(J\) des idéaux non nuls de \(A\) tels que \(IJ = (f)\) pour un non-diviseur de zéro \(f \in A\). Alors \(I\) et \(J\) sont des idéaux de type fini et sont, de plus, localement libres de type fini de rang \(1\) comme \(A\)-modules.
Démonstration
Il suffit de montrer que \(I\) et \(J\) sont des \(A\)-modules localement libres de type fini de rang \(1\), voir le lemme 00NX. Pour ce faire, écrivons \(f = \sum_{i = 1, \ldots, n} x_i y_i\) avec \(x_i \in I\) et \(y_i \in J\). Nous pouvons aussi écrire \(x_i y_i = a_i f\) pour un certain \(a_i \in A\). Puisque \(f\) est un non-diviseur de zéro, nous voyons que \(\sum a_i = 1\). Il suffit donc de montrer que les modules \(I_{a_i}\) et \(J_{a_i}\) sont libres de rang \(1\) sur \(A_{a_i}\). Après avoir remplacé \(A\) par \(A_{a_i}\), nous concluons que \(f = xy\) pour certains \(x \in I\) et \(y \in J\). Notons que \(x\) et \(y\) sont tous deux des non-diviseurs de zéro. Nous affirmons que \(I = (x)\) et \(J = (y)\), ce qui achève la démonstration. En effet, si \(x' \in I\), alors \(x'y = af = axy\) pour un certain \(a \in A\). Ainsi, \(x' = ax\) ; le même argument, avec les rôles intervertis, achève la démonstration.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(R\) est un anneau de Dedekind,
\(R\) est un anneau intègre noethérien et, pour tout idéal maximal non nul \(\mathfrak m\), l’anneau local \(R_{\mathfrak m}\) est un anneau de valuation discrète, et
\(R\) est un anneau intègre noethérien et normal, et \(\dim(R) \leq 1\).
Démonstration
Supposons (1). L’argument n’est pas trivial, car nous n’avons pas supposé que \(R\) était noethérien dans notre définition d’un anneau de Dedekind. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Observons que \(\mathfrak p \not = \mathfrak p^2\) par unicité des factorisations de la définition. Choisissons \(x \in \mathfrak p\) tel que \(x \not \in \mathfrak p^2\). Soit \(y \in \mathfrak p\) un second élément (par exemple \(y = 0\)). Écrivons \((x, y) = \mathfrak p_1 \ldots \mathfrak p_r\). Puisque \((x, y) \subset \mathfrak p\), au moins l’un des idéaux premiers \(\mathfrak p_i\) est contenu dans \(\mathfrak p\). Mais puisque \(x \not \in \mathfrak p^2\), il y en a au plus un. Ainsi, exactement l’un des idéaux \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_r\) est contenu dans \(\mathfrak p\), disons \(\mathfrak p_1 \subset \mathfrak p\). Nous concluons que \((x, y)R_\mathfrak p = \mathfrak p_1R_\mathfrak p\) est premier pour tout choix de \(y\). Nous affirmons que \((x)R_\mathfrak p = \mathfrak pR_\mathfrak p\). En effet, choisissons \(y \in \mathfrak p\). D’après ce qui précède, appliqué à \(y^2\), nous voyons que \((x, y^2)R_\mathfrak p\) est premier. Par conséquent, \(y \in (x, y^2)R_\mathfrak p\), c’est-à-dire \(y = ax + by^2\) dans \(R_\mathfrak p\). Ainsi, \((1 - by)y = ax \in (x)R_\mathfrak p\), c’est-à-dire \(y \in (x)R_\mathfrak p\), comme il fallait le montrer.
En écrivant à nouveau \((x) = \mathfrak p_1 \ldots \mathfrak p_r\) avec \(\mathfrak p_1 \subset \mathfrak p\), nous concluons que \(\mathfrak p_1 R_\mathfrak p = \mathfrak p R_\mathfrak p\), c’est-à-dire \(\mathfrak p_1 = \mathfrak p\). De plus, \(\mathfrak p_1 = \mathfrak p\) est un idéal de type fini de \(R\) par le lemme 09ME. Nous concluons que \(R\) est noethérien par le lemme 05KG. De plus, il s’ensuit que \(R_\mathfrak m\) est un anneau de valuation discrète pour tout idéal premier \(\mathfrak p\), voir le lemme 00PD.
L’équivalence de (2) et (3) résulte des lemmes 030B et 00PD. Supposons que (2) et (3) soient satisfaites. Soit \(I \subset R\) un idéal. Nous allons construire une factorisation de \(I\). Si \(I\) est premier, il n’y a rien à démontrer. Sinon, choisissons \(I \subset \mathfrak p\), où \(\mathfrak p \subset R\) est un idéal maximal. Posons \(J = \{x \in R \mid x \mathfrak p \subset I\}\). Nous affirmons que \(J \mathfrak p = I\). Il suffit de le vérifier après localisation aux idéaux maximaux \(\mathfrak m\) de \(R\) (la formation de \(J\) commute à la localisation et nous utilisons le lemme 00HN). Alors, soit \(\mathfrak p R_\mathfrak m = R_\mathfrak m\) et le résultat est clair, soit \(\mathfrak p R_\mathfrak m = \mathfrak m R_\mathfrak m\). Dans ce dernier cas, \(\mathfrak p R_\mathfrak m = (\pi)\) et le cas où \(\mathfrak p\) est principal est immédiat. Par récurrence noethérienne, l’idéal \(J\) admet une factorisation et nous obtenons la factorisation souhaitée de \(I\). Nous omettons la démonstration de l’unicité de la factorisation.
Le lemme suivant est une variante du théorème de Krull-Akizuki.
Lemme
Soit \(A\) un anneau intègre noethérien de dimension \(1\) et de corps des fractions \(K\). Soit \(L/K\) une extension finie. Soit \(B\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(L\). Alors \(B\) est un anneau de Dedekind et \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) est surjective, a des fibres finies et induit des extensions finies de corps résiduels.
Démonstration
D’après le théorème de Krull-Akizuki (lemme 00PG), l’anneau \(B\) est noethérien. Par le lemme 00OK, \(\dim(B) = 1\). Ainsi, \(B\) est un anneau de Dedekind par le lemme 034X. La surjectivité de l’application sur les spectres résulte du lemme 00GQ. Les deux dernières assertions résultent du lemme 031F.
Ordres d’annulation
Lemme
Soit \(R\) un anneau semi-local noethérien de dimension \(1\). Si \(a, b \in R\) sont des non-diviseurs de zéro, alors \[\text{longueur}_R(R/(ab)) = \text{longueur}_R(R/(a)) + \text{longueur}_R(R/(b))\] et ces longueurs sont finies.
Démonstration
Cette finitude a été établie au lemme 00PF. L’additivité résulte de l’existence d’une suite exacte courte \(0 \to R/(a) \to R/(ab) \to R/(b) \to 0\), où la première flèche est la multiplication par \(b\). (On utilise l’additivité de la longueur ; voir le lemme 00IV.)
Définition
Supposons que \(K\) soit un corps et que \(R \subset K\) soit un sous-anneau local10 noethérien de dimension \(1\), de corps des fractions \(K\). Dans ce cas, on définit l’ordre d’annulation relatif à \(R\) \[\text{ord}_R : K^* \longrightarrow \mathbf{Z}\] par la règle \[\text{ord}_R(x) = \text{longueur}_R(R/(x))\] si \(x \in R\), et l’on pose \(\text{ord}_R(x/y) = \text{ord}_R(x) - \text{ord}_R(y)\) pour \(x, y \in R\) tous deux non nuls.
On peut utiliser l’ordre d’annulation pour comparer des réseaux dans un espace vectoriel. En voici la définition.
Définition
Soit \(R\) un anneau intègre local noethérien de dimension \(1\), de corps des fractions \(K\). Soit \(V\) un espace vectoriel de dimension finie sur \(K\). Un réseau dans \(V\) est un sous-\(R\)-module de type fini \(M \subset V\) tel que \(V = K \otimes_R M\).
La condition \(V = K \otimes_R M\) signifie que \(M\) contient une base de l’espace vectoriel \(V\). Signalons que, dans de nombreux ouvrages, la notion de réseau n’est définie que lorsque l’anneau \(R\) est un anneau de valuation discrète. Si \(R\) est un anneau de valuation discrète, tout réseau est un \(R\)-module libre, ce qui n’est pas nécessairement le cas en général.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre local noethérien de dimension \(1\), de corps des fractions \(K\). Soit \(V\) un espace vectoriel de dimension finie sur \(K\).
Si \(M\) est un réseau dans \(V\) et si \(M \subset M' \subset V\) est un sous-\(R\)-module de \(V\) contenant \(M\), alors les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M'\) est un réseau,
\(\text{longueur}_R(M'/M)\) est finie, et
\(M'\) est de type fini.
Si \(M\) est un réseau dans \(V\) et si \(M' \subset M\) est un sous-\(R\)-module de \(M\), alors \(M'\) est un réseau si et seulement si \(\text{longueur}_R(M/M')\) est finie.
Si \(M\), \(M'\) sont des réseaux dans \(V\), alors il en est de même de \(M \cap M'\) et \(M + M'\).
Si \(M \subset M' \subset M'' \subset V\) sont des réseaux dans \(V\), alors \[\text{longueur}_R(M''/M) = \text{longueur}_R(M'/M) + \text{longueur}_R(M''/M').\]
Si \(M\), \(M'\), \(N\), \(N'\) sont des réseaux dans \(V\) et si \(N \subset M \cap M'\), \(M + M' \subset N'\), alors on a \[\begin{eqnarray*} & & \text{longueur}_R(M/M \cap M') - \text{longueur}_R(M'/M \cap M')\\ & = & \text{longueur}_R(M/N) - \text{longueur}_R(M'/N) \\ & = & \text{longueur}_R(M + M' / M') - \text{longueur}_R(M + M'/M) \\ & = & \text{longueur}_R(N' / M') - \text{longueur}_R(N'/M) \end{eqnarray*}\]
Démonstration
Démonstration de (1). Supposons (1)(a) vérifiée. Soient \(y_1, \ldots, y_m\) des générateurs de \(M'\). Alors chaque \(y_i = x_i/f_i\) avec \(x_i \in M\) et \(f_i \in R\) non nul. On en déduit que \(f_1 \ldots f_m M' \subset M\). Puisque \(R\) est un anneau local noethérien de dimension \(1\), on a \(\mathfrak m^n \subset (f_1 \ldots f_m)\) pour un certain \(n\) (par exemple en combinant les lemmes 00KW et la proposition 00KJ, ou en combinant les lemmes 00PE et 00IW). En d’autres termes, \(\mathfrak m^nM' \subset M\) pour un certain \(n\). Par conséquent, \(\text{longueur}(M'/M) < \infty\) d’après le lemme 00J0, autrement dit, (1)(b) est vérifiée. Supposons (1)(b). Alors \(M'/M\) est un \(R\)-module de type fini (voir le lemme 02LZ). Par conséquent, \(M'\) est un \(R\)-module de type fini puisqu’il est une extension de \(R\)-modules de type fini. Donc (1)(c) est vérifiée. L’implication (1)(c) \(\Rightarrow\) (1)(a) résulte de la remarque qui suit la définition 02ME.
Démonstration de (2). Supposons que \(M\) soit un réseau dans \(V\) et que \(M' \subset M\) soit un sous-\(R\)-module. Nous avons vu en (1) que, si \(M'\) est un réseau, alors \(\text{longueur}_R(M/M') < \infty\). Réciproquement, supposons que \(\text{longueur}_R(M/M') < \infty\). Alors \(M'\) est de type fini puisque \(R\) est noethérien. De plus, pour un certain \(n\), on a \(\mathfrak m^n M \subset M'\) (lemme 00IW). Il s’ensuit que \(M'\) contient une base de \(V\) et que \(M'\) est un réseau.
Démonstration de (3). Supposons que \(M\), \(M'\) soient des réseaux dans \(V\). Puisque \(R\) est noethérien, le sous-module \(M \cap M'\) de \(M\) est de type fini. Comme \(M\) est un réseau, nous pouvons trouver \(x_1, \ldots, x_n \in M\) qui forment une \(K\)-base de \(V\). Puisque \(M'\) est un réseau, nous pouvons écrire \(x_i = y_i/f_i\) avec \(y_i \in M'\) et \(f_i \in R\). Ainsi \(f_ix_i \in M \cap M'\). Par conséquent, \(M \cap M'\) est lui aussi un réseau. Le fait que \(M + M'\) soit un réseau résulte du point (1).
Le point (4) résulte de l’additivité des longueurs (lemme 00IV) et de la suite exacte \[0 \to M'/M \to M''/M \to M''/M' \to 0\] Le point (5) s’obtient en appliquant le point (4) à plusieurs reprises.
Définition
Soit \(R\) un anneau intègre local noethérien de dimension \(1\), de corps des fractions \(K\). Soit \(V\) un espace vectoriel de dimension finie sur \(K\). Soient \(M\), \(M'\) deux réseaux dans \(V\). La distance de \(M\) à \(M'\) est l’entier \[d(M, M') = \text{longueur}_R(M/M \cap M') - \text{longueur}_R(M'/M \cap M')\] défini au point (5) du lemme 02MF.
En particulier, si \(M' \subset M\), alors \(d(M, M') = \text{longueur}_R(M/M')\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre local noethérien de dimension \(1\), de corps des fractions \(K\). Soit \(V\) un espace vectoriel de dimension finie sur \(K\). Cette fonction de distance vérifie \[d(M, M'') = d(M, M') + d(M', M'')\] quels que soient les trois réseaux \(M\), \(M'\), \(M''\) de \(V\). En particulier, on a \(d(M, M') = - d(M', M)\).
Démonstration
La démonstration est omise.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre local noethérien de dimension \(1\), de corps des fractions \(K\). Soit \(V\) un espace vectoriel de dimension finie sur \(K\). Soit \(\varphi : V \to V\) un isomorphisme \(K\)-linéaire. Pour tout réseau \(M \subset V\), on a \[d(M, \varphi(M)) = \text{ord}_R(\det(\varphi))\]
Démonstration
L’entier \(d(M, \varphi(M))\) est indépendant du choix du réseau \(M\). En effet, soit \(M'\) un autre réseau. Alors \[\begin{eqnarray*} d(M, \varphi(M)) & = & d(M, M') + d(M', \varphi(M)) \\ & = & d(M, M') + d(\varphi(M'), \varphi(M)) + d(M', \varphi(M')) \end{eqnarray*}\] Puisque \(\varphi\) est un isomorphisme, on a \(d(\varphi(M'), \varphi(M)) = d(M', M) = -d(M, M')\), et donc \(d(M, \varphi(M)) = d(M', \varphi(M'))\). De plus, les deux membres de l’égalité du lemme, considérés comme fonctions de \(\varphi\), sont additifs pour la composition, c’est-à-dire que \[\text{ord}_R(\det(\varphi \circ \psi)) = \text{ord}_R(\det(\varphi)) + \text{ord}_R(\det(\psi))\] et l’on a aussi \[\begin{eqnarray*} d(M, \varphi(\psi((M))) & = & d(M, \psi(M)) + d(\psi(M), \varphi(\psi(M))) \\ & = & d(M, \psi(M)) + d(M, \varphi(M)) \end{eqnarray*}\] par l’indépendance établie ci-dessus. Il suffit donc de démontrer le lemme pour un système de générateurs de \(\text{GL}(V)\). Choisissons un isomorphisme \(K^{\oplus n} \cong V\). Alors \(\text{GL}(V) = \text{GL}_n(K)\) est engendré par les matrices élémentaires \(E\). Le résultat est immédiat lorsque \(E\) est la matrice identité. Si \(E = E_{ij}(\lambda)\) avec \(i \not = j\), \(\lambda \in K\), \(\lambda \not = 0\), par exemple \[E_{12}(\lambda) = \left( \begin{matrix} 1 & \lambda & \ldots \\ 0 & 1 & \ldots \\ \ldots & \ldots & \ldots \end{matrix} \right)\] alors, après un changement de base, on obtient \(E_{12}(1)\). Le résultat est immédiat pour \(E = E_{12}(1)\) en prenant pour réseau \(R^{\oplus n} \subset K^{\oplus n}\). Enfin, si \(E = E_i(a)\), où \(a \in K^*\), par exemple \[E_1(a) = \left( \begin{matrix} a & 0 & \ldots \\ 0 & 1 & \ldots \\ \ldots & \ldots & \ldots \end{matrix} \right)\] alors \(E_1(a)(R^{\oplus b}) = aR \oplus R^{\oplus n - 1}\) et on voit immédiatement que \(d(R^{\oplus n}, aR \oplus R^{\oplus n - 1}) = \text{ord}_R(a)\), d’où le résultat.
Lemme
Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que
\(A\) est un anneau intègre local noethérien de dimension \(1\),
\(A \subset B\) est une inclusion finie entre anneaux intègres.
Soit \(L/K\) l’extension finie correspondante de leurs corps des fractions respectifs. Soit \(y \in L^*\) et posons \(x = \text{Nm}_{L/K}(y)\). Dans cette situation, \(B\) est semi-local. Soient \(\mathfrak m_i\), \(i = 1, \ldots, n\), les idéaux maximaux de \(B\). Alors \[\text{ord}_A(x) = \sum\nolimits_i [\kappa(\mathfrak m_i) : \kappa(\mathfrak m_A)] \text{ord}_{B_{\mathfrak m_i}}(y)\] où \(\text{ord}\) désigne l’ordre défini dans la définition 02MD.
Démonstration
L’anneau \(B\) est semi-local d’après le lemme 02MA. Écrivons \(y = b/b'\) avec \(b, b' \in B\). Grâce à l’additivité de \(\text{ord}\) et à la multiplicativité de \(\text{Nm}\), il suffit de démontrer le lemme pour \(y = b\) ou \(y = b'\). Autrement dit, on peut supposer que \(y \in B\). Dans ce cas, le membre de droite de la formule est \[\sum [\kappa(\mathfrak m_i) : \kappa(\mathfrak m_A)] \text{longueur}_{B_{\mathfrak m_i}}((B/yB)_{\mathfrak m_i})\] D’après le lemme 02M0, cette expression est égale à \(\text{longueur}_A(B/yB)\). D’après le lemme 02MI, on a \[\text{longueur}_A(B/yB) = d(B, yB) = \text{ord}_A(\det\nolimits_K(L \xrightarrow{y} L)).\] Puisque \(x = \text{Nm}_{L/K}(y) = \det\nolimits_K(L \xrightarrow{y} L)\) par définition, le lemme est démontré.
Morphismes quasi-finis
Considérons un homomorphisme d’anneaux \(R \to S\) de type fini. Le morphisme \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est quasi-fini en un point si ce point est isolé dans sa fibre. Cela signifie que la fibre est de dimension zéro en ce point. Dans cette section, nous étudions les propriétés fondamentales de cette notion importante mais technique. On trouvera des résultats plus avancés dans la section suivante.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(\mathfrak q\) est un point isolé de \(\Spec(S)\),
\(S_{\mathfrak q}\) est fini sur \(k\),
il existe \(g \in S\), \(g \not\in \mathfrak q\), tel que \(D(g) = \{ \mathfrak q \}\),
\(\dim_{\mathfrak q} \Spec(S) = 0\),
\(\mathfrak q\) est un point fermé de \(\Spec(S)\) et \(\dim(S_{\mathfrak q}) = 0\), et
l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak q)/k\) est finie et \(\dim(S_{\mathfrak q}) = 0\).
Dans ce cas, \(S = S_{\mathfrak q} \times S'\) pour une \(k\)-algèbre \(S'\) de type fini. De plus, l’élément \(g\) du point (3) vérifie \(S_{\mathfrak q} = S_g\).
Démonstration
Supposons que \(\mathfrak q\) soit un point isolé de \(\Spec(S)\), c’est-à-dire que \(\{\mathfrak q\}\) soit ouvert dans \(\Spec(S)\). Puisque \(\Spec(S)\) est un espace de Jacobson (voir les lemmes 00G1 et 00G3), on voit que \(\mathfrak q\) est un point fermé. Par conséquent, \(\{\mathfrak q\}\) est ouvert et fermé dans \(\Spec(S)\). D’après les lemmes 00EE et 00EM, on peut écrire \(S = S_1 \times S_2\), où \(\mathfrak q\) correspond à l’unique point de \(\Spec(S_1)\). Ainsi, \(S_1 = S_{\mathfrak q}\) est un anneau de dimension zéro et de type fini sur \(k\). Il est donc fini sur \(k\), par exemple d’après le lemme 00OY. Nous avons démontré que (1) implique (2).
Supposons que \(S_{\mathfrak q}\) soit fini sur \(k\). Alors \(S_{\mathfrak q}\) est un anneau local artinien ; voir le lemme 00J6. Ainsi, \(\Spec(S_{\mathfrak q}) = \{\mathfrak qS_{\mathfrak q}\}\) d’après le lemme 00JB. Considérons la suite exacte \(0 \to K \to S \to S_{\mathfrak q} \to Q \to 0\). Il est clair que \(K_{\mathfrak q} = Q_{\mathfrak q} = 0\). De plus, \(K\) est un \(S\)-module de type fini puisque \(S\) est noethérien, et \(Q\) est un \(S\)-module de type fini puisque \(S_{\mathfrak q}\) est fini sur \(k\). Il existe donc \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(K_g = Q_g = 0\). Ainsi, \(S_{\mathfrak q} = S_g\) et \(D(g) = \{ \mathfrak q \}\). Nous avons démontré que (2) implique (3).
Supposons que \(D(g) = \{ \mathfrak q \}\). Comme \(D(g)\) est ouvert par définition de la topologie sur \(\Spec(S)\), on voit que \(\mathfrak q\) est un point isolé de \(\Spec(S)\). Nous avons démontré que (3) implique (1). Autrement dit, (1), (2) et (3) sont équivalentes.
Supposons que \(\dim_{\mathfrak q} \Spec(S) = 0\). Cela signifie qu’il existe un voisinage ouvert de \(\mathfrak q\) dans \(\Spec(S)\) qui est de dimension zéro. Il existe alors un voisinage ouvert de la forme \(D(g)\) qui est de dimension zéro. Puisque \(S_g\) est noethérien, on en déduit que \(S_g\) est artinien et que \(D(g) = \Spec(S_g)\) est un ensemble discret fini ; voir la proposition 00KJ. Ainsi, \(\mathfrak q\) est un point isolé de \(D(g)\) et, en appliquant l’équivalence de (1) et (2) ci-dessus à \(\mathfrak qS_g \subset S_g\), on voit que \(S_{\mathfrak q} = (S_g)_{\mathfrak qS_g}\) est fini sur \(k\). Par conséquent, (4) implique (2). Il est clair que (1) implique (4). Ainsi, (1) – (4) sont toutes équivalentes.
Le lemme 00OU donne l’implication (5) \(\Rightarrow\) (4). L’implication (4) \(\Rightarrow\) (6) résulte du lemme 00P1. L’implication (6) \(\Rightarrow\) (5) résulte du lemme 00GA. À ce stade, nous savons que (1) – (6) sont équivalentes.
Les deux assertions finales du lemme ont été obtenues au cours de la démonstration de l’équivalence de (1), (2) et (3) ci-dessus.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Soit \(F = \Spec(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p))\) la fibre de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) ; voir la remarque 00E6. Notons \(\overline{\mathfrak q} \in F\) le point correspondant à \(\mathfrak q\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(\overline{\mathfrak q}\) est un point isolé de \(F\),
\(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}\) est fini sur \(\kappa(\mathfrak p)\),
il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que le seul point de \(D(g)\) dont l’image est \(\mathfrak p\) soit \(\mathfrak q\),
\(\dim_{\overline{\mathfrak q}}(F) = 0\),
\(\overline{\mathfrak q}\) est un point fermé de \(F\) et \(\dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}) = 0\), et
l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) est finie et \(\dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}) = 0\).
Démonstration
Remarquons que \(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q} = (S \otimes_R \kappa(\mathfrak p))_{\overline{\mathfrak q}}\). De plus, \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est de type fini sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Ces conditions correspondent exactement à celles du lemme 00PJ pour la \(\kappa(\mathfrak p)\)-algèbre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) et l’idéal premier \(\overline{\mathfrak q}\) ; elles sont donc équivalentes.
Définition
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier.
Si les conditions équivalentes du lemme 00PK sont satisfaites, on dit que \(R \to S\) est quasi-fini en \(\mathfrak q\).
On dit qu’un homomorphisme d’anneaux \(A \to B\) est quasi-fini s’il est de type fini et quasi-fini en tout idéal premier de \(B\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini et soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). Alors les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est quasi-fini en tout idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak p\),
\(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est une \(\kappa(\mathfrak p)\)-algèbre finie, et
\(\Spec(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p))\) est un ensemble fini.
Démonstration
La condition (1) signifie que la topologie de \(\Spec(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p))\) est discrète (puisque tout point est ouvert). L’équivalence de (1), (2) et (3) résulte donc du lemme 0ALW.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Alors \(R \to S\) est quasi-fini si et seulement si, pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), l’anneau \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est fini sur \(\kappa(\mathfrak p)\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement du lemme plus général 0H8X.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Soient \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\) et \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\). Alors \(R \to S\) est quasi-fini en \(\mathfrak q\) si et seulement si \(R_f \to S_{fg}\) est quasi-fini en \(\mathfrak qS_{fg}\).
Démonstration
La fibre de \(\Spec(S_{fg}) \to \Spec(R_f)\) est homéomorphe à un ouvert de la fibre de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\). Le lemme résulte donc de la condition (1) du lemme 00PK.
Lemme
Soit \[\xymatrix{ S \ar[r] & S' & & \mathfrak q \ar@{-}[r] & \mathfrak q' \\ R \ar[u] \ar[r] & R' \ar[u] & & \mathfrak p \ar@{-}[r] \ar@{-}[u] & \mathfrak p' \ar@{-}[u] }\] un diagramme commutatif d’anneaux, avec les idéaux premiers indiqués. Supposons que \(R \to S\) soit de type fini et que \(S \otimes_R R' \to S'\) soit surjectif. Si \(R \to S\) est quasi-fini en \(\mathfrak q\), alors \(R' \to S'\) est quasi-fini en \(\mathfrak q'\).
Démonstration
Écrivons \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = S_1 \times S_2\), avec \(S_1\) fini sur \(\kappa(\mathfrak p)\) et tel que \(\mathfrak q\) corresponde à un idéal premier de \(S_1\), comme dans le lemme 00PJ. Cette décomposition en produit induit une décomposition en produit correspondante pour toute \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\)-algèbre. En particulier, on obtient \(S' \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak p') = S'_1 \times S'_2\). Puisque \(S \otimes_R R' \to S'\) est surjectif, l’homomorphisme canonique \((S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)) \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak p') \to S' \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak p')\) est surjectif, et par conséquent \(S_i \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak p') \to S'_i\) est surjectif. Il s’ensuit que \(S'_1\) est fini sur \(\kappa(\mathfrak p')\). L’homomorphisme \(S' \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak p') \to \kappa(\mathfrak q')\) se factorise par \(S_1'\) (c.-à-d. qu’il annule le facteur \(S_2'\)) car l’homomorphisme \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \to \kappa(\mathfrak q)\) se factorise par \(S_1\) (c.-à-d. qu’il annule le facteur \(S_2\)). Ainsi, \(\mathfrak q'\) correspond à un point de \(\Spec(S_1')\) dans la décomposition en union disjointe de la fibre : \(\Spec(S' \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak p')) = \Spec(S_1') \amalg \Spec(S_2')\) ; voir le lemme 00ED. Puisque \(S_1'\) est fini sur un corps, c’est un anneau artinien, et \(\Spec(S_1')\) est donc un ensemble discret fini. (Voir la proposition 00KJ.) On conclut que \(\mathfrak q'\) est isolé dans sa fibre, ce qui donne le résultat.
Lemme
La composée d’homomorphismes d’anneaux quasi-finis est quasi-finie.
Démonstration
Supposons que \(A \to B\) et \(B \to C\) soient des homomorphismes d’anneaux quasi-finis. D’après le lemme 00F4, on voit que \(A \to C\) est de type fini. Soit \(\mathfrak r \subset C\) un idéal premier de \(C\) au-dessus de \(\mathfrak q \subset B\) et de \(\mathfrak p \subset A\). Puisque \(A \to B\) et \(B \to C\) sont quasi-finis en \(\mathfrak q\) et \(\mathfrak r\) respectivement, il existe alors \(b \in B\) et \(c \in C\) tels que \(\mathfrak q\) soit le seul idéal premier de \(D(b)\) au-dessus de \(\mathfrak p\) et, de même, \(\mathfrak r\) soit le seul idéal premier de \(D(c)\) au-dessus de \(\mathfrak q\). Si \(c' \in C\) est l’image de \(b \in B\), alors \(\mathfrak r\) est le seul idéal premier de \(D(cc')\) au-dessus de \(\mathfrak p\). Par conséquent, \(A \to C\) est quasi-fini en \(\mathfrak r\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux quelconque. Posons \(S' = R' \otimes_R S\).
L’ensemble \(\{\mathfrak q' \mid R' \to S' \text{ quasi-fini en }\mathfrak q'\}\) est l’image réciproque de l’ensemble correspondant de \(\Spec(S)\) par le morphisme canonique \(\Spec(S') \to \Spec(S)\).
Si \(\Spec(R') \to \Spec(R)\) est surjectif, alors \(R \to S\) est quasi-fini si et seulement si \(R' \to S'\) est quasi-fini.
Tout changement de base d’un homomorphisme d’anneaux quasi-fini est quasi-fini.
Démonstration
Soit \(\mathfrak p' \subset R'\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Alors l’anneau de la fibre \(S' \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak p')\) est le changement de base de l’anneau de la fibre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) par l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak p) \to \kappa(\mathfrak p')\). La première assertion résulte donc de l’invariance de la dimension par extension du corps de base (lemme 00P4) et du lemme 00PJ. La stabilité des morphismes quasi-finis par changement de base résulte de ce qui précède et de la stabilité de la propriété d’être de type fini par changement de base. La deuxième assertion en résulte car l’hypothèse implique que, pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset S\), on peut trouver un idéal premier \(\mathfrak q' \subset S'\) au-dessus de lui.
Lemme
Soient \(A \to B\) et \(B \to C\) des homomorphismes d’anneaux tels que \(A \to C\) soit de type fini. Soit \(\mathfrak r\) un idéal premier de \(C\) au-dessus de \(\mathfrak q \subset B\) et de \(\mathfrak p \subset A\). Si \(A \to C\) est quasi-fini en \(\mathfrak r\), alors \(B \to C\) est quasi-fini en \(\mathfrak r\).
Démonstration
Remarquons que \(B \to C\) est de type fini (lemme 00F4), de sorte que l’énoncé a un sens. Utilisons la caractérisation (3) du lemme 00PK. Si \(A \to C\) est quasi-fini en \(\mathfrak r\), alors il existe \(c \in C\) tel que \[\{\mathfrak r' \subset C \text{ au-dessus de }\mathfrak p\} \cap D(c) = \{\mathfrak{r}\}.\] Puisque les idéaux premiers \(\mathfrak r' \subset C\) au-dessus de \(\mathfrak q\) forment un sous-ensemble des idéaux premiers \(\mathfrak r' \subset C\) au-dessus de \(\mathfrak p\), on conclut que \(B \to C\) est quasi-fini en \(\mathfrak r\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier minimal. Supposons qu’il n’y ait qu’un nombre fini d’idéaux premiers de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak p\). Il existe alors \(g \in R\), \(g \not \in \mathfrak p\), tel que le homomorphisme d’anneaux \(R_g \to S_g\) soit fini.
Démonstration
Soient \(x_1, \ldots, x_n\) des générateurs de \(S\) sur \(R\). D’après le lemme 0H8X, l’hypothèse signifie que \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = S_{\mathfrak p}/\mathfrak pS_{\mathfrak p}\) est une \(\kappa(\mathfrak p)\)-algèbre finie. On peut donc trouver des polynômes unitaires \(P_i \in R_{\mathfrak p}[X]\) tels que l’image de \(P_i(x_i)\) soit nulle dans \(S_{\mathfrak p}/\mathfrak pS_{\mathfrak p}\). Puisque \(\mathfrak p\) est un idéal premier minimal, \(\mathfrak pR_{\mathfrak p}\) est un idéal localement nilpotent ; voir le lemme 00EU. Par conséquent, \(\mathfrak pS_{\mathfrak p}\) est un idéal localement nilpotent ; voir le lemme 0544. Ainsi, il existe des \(e_i \geq 1\) tels que \(P(x_i)^{e_i} = 0\) dans \(S_{\mathfrak p}\). Choisissons \(g_1 \in R\), \(g_1 \not \in \mathfrak p\), tel que les coefficients de \(P_i\) appartiennent à \(R[1/g_1]\) pour tout \(i\). Choisissons ensuite \(g_2 \in R\), \(g_2 \not \in \mathfrak p\), tel que \(P(x_i)^{e_i} = 0\) dans \(S_{g_1g_2}\). En posant \(g = g_1g_2\), on obtient le résultat.
Théorème principal de Zariski
Dans cette section, notre objectif est de démontrer la version algébrique du théorème principal de Zariski. Ce théorème servira de fondement à de nombreux développements ultérieurs de la théorie des schémas et de leurs morphismes dans la suite du projet Champs.
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Notre objectif dans cette section est de montrer que l’ensemble des points de \(\Spec(S)\) en lesquels cet homomorphisme est quasi-fini est ouvert (théorème 00Q9). En fait, nous verrons qu’il existe un homomorphisme d’anneaux fini \(R \to S'\) tel qu’en un certain sens le lieu de quasi-finitude de \(S/R\) soit ouvert dans \(\Spec(S')\) (mais nous ne le démontrerons pas dans ce chapitre d’algèbre, car nous n’y développons pas le langage des schémas – lorsque \(R \to S\) est quasi-fini, voir le lemme 00QB). Ces assertions sont assez délicates à démontrer ; nous procédons par une longue suite de lemmes sur les extensions entières et finies d’anneaux. On trouvera ces résultats dans [Henselian] et [Peskine]. Les notes de Thierry Coquand nous ont également été utiles.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que \(t \in S\) satisfasse la relation \(\varphi(a_0) + \varphi(a_1)t + \ldots + \varphi(a_n) t^n = 0\). Alors \(\varphi(a_n)t\) est entier sur \(R\).
Démonstration
En effet, multiplions l’égalité \(\varphi(a_0) + \varphi(a_1)t + \ldots + \varphi(a_n) t^n = 0\) par \(\varphi(a_n)^{n-1}\) et écrivons-la sous la forme \(\varphi(a_0 a_n^{n-1}) + \varphi(a_1 a_n^{n-2}) (\varphi(a_n)t) + \ldots + (\varphi(a_n) t)^n = 0\).
Le lemme suivant est, en un certain sens, le lemme clé de cette section.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\varphi : R[x] \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(t \in S\). Supposons (a) que \(t\) soit entier sur \(R[x]\), et (b) qu’il existe un polynôme unitaire \(p \in R[x]\) tel que \(t \varphi(p) \in \Im(\varphi)\). Alors il existe \(q \in R[x]\) tel que \(t - \varphi(q)\) soit entier sur \(R\).
Démonstration
Écrivons \(t \varphi(p) = \varphi(r)\) pour un certain \(r \in R[x]\). Par division euclidienne, écrivons \(r = qp + r'\) avec \(q, r' \in R[x]\) et \(\deg(r') < \deg(p)\). On peut remplacer \(t\) par \(t - \varphi(q)\), qui est encore entier sur \(R[x]\), et l’on obtient alors \(t \varphi(p) = \varphi(r')\). Dans l’anneau localisé \(S_t\), cette égalité s’écrit \(\varphi(p) - (1/t) \varphi(r') = 0\). Cela implique que \(\varphi(x)\) définit un élément de la localisation \(S_t\) qui est entier sur \(\varphi(R)[1/t] \subset S_t\). D’autre part, \(t\) est entier sur le sous-anneau \(\varphi(R)[\varphi(x)] \subset S\). En combinant ces faits, on conclut que \(t\) est entier sur le sous-anneau \(\varphi(R)[1/t] \subset S_t\) ; voir le lemme 00GN. Autrement dit, il existe une égalité de la forme \[t^d + \sum\nolimits_{i < d} \left(\sum\nolimits_{j = 0, \ldots, n_i} \varphi(r_{i, j})/t^j\right) t^i = 0\] dans \(S_t\), où \(r_{i, j} \in R\). Cela signifie que \(t^{d + N} + \sum_{i < d} \sum_{j = 0, \ldots, n_i} \varphi(r_{i, j}) t^{i + N - j} = 0\) dans \(S\) pour un certain \(N\) assez grand. Autrement dit, \(t\) est entier sur \(R\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\varphi : R[x] \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(t \in S\). Supposons que \(t\) soit entier sur \(R[x]\). Soit \(p \in R[x]\), \(p = a_0 + a_1x + \ldots + a_k x^k\) tel que \(t \varphi(p) \in \Im(\varphi)\). Alors il existe \(q \in R[x]\) et \(n \geq 0\) tels que \(\varphi(a_k)^n t - \varphi(q)\) soit entier sur \(R\).
Démonstration
Soient \(R'\) et \(S'\) les localisés de \(R\) et \(S\), respectivement en \(a_k\) et en son image. Soit \(\varphi' : R'[x] \to S'\) l’homomorphisme localisé induit par \(\varphi\). Soit \(t' \in S'\) l’image de \(t\). Posons \(p' = p/a_k \in R'[x]\). Alors \(t' \varphi'(p') \in \Im(\varphi')\), puisque \(t \varphi(p) \in \Im(\varphi)\). Comme \(p'\) est unitaire, le lemme 00PT donne un \(q' \in R'[x]\) tel que \(t' - \varphi'(q')\) soit entier sur \(R'\). On peut choisir \(n \geq 0\) et un élément \(q \in R[x]\) tels que \(a_k^n q'\) soit l’image de \(q\). Alors \(\varphi(a_k)^n t - \varphi(q)\) est un élément de \(S\) dont l’image dans \(S'\) est entière sur \(R'\). D’après le lemme 0307, il existe \(m \geq 0\) tel que \(\varphi(a_k)^m(\varphi(a_k)^n t - \varphi(q))\) soit entier sur \(R\). Ainsi, \(\varphi(a_k)^{m + n}t - \varphi(a_k^m q)\) est entier sur \(R\), ce qui donne le résultat.
Situation
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\varphi : R[x] \to S\) un homomorphisme d’anneaux fini. Soit \[J = \{ g \in S \mid gS \subset \Im(\varphi)\}\] l’“idéal conducteur” de \(\varphi\). Supposons que le sous-anneau \(\varphi(R) \subset S\) soit intégralement clos dans \(S\).
Lemme
Plaçons-nous dans la situation 00PW. Supposons que \(u \in S\), que \(a_0, \ldots, a_k \in R\) et que \(u \varphi(a_0 + a_1x + \ldots + a_k x^k) \in J\). Alors il existe \(m \geq 0\) tel que \(u \varphi(a_k)^m \in J\).
Démonstration
Supposons que \(S\) soit engendré par \(t_1, \ldots, t_n\) comme \(R[x]\)-module. Dans ce cas, \(J = \{ g \in S \mid gt_i \in \Im(\varphi)\text{ pour tout }i\}\). Notons que chaque élément \(u t_i\) est entier sur \(R[x]\) ; voir le lemme 00GK. On a \(\varphi(a_0 + a_1x + \ldots + a_k x^k) u t_i \in \Im(\varphi)\). D’après le lemme 00PV, pour chaque \(i\), il existe un entier \(n_i\) et un élément \(q_i \in R[x]\) tels que \(\varphi(a_k^{n_i}) u t_i - \varphi(q_i)\) soit entier sur \(R\). Par hypothèse, cet élément appartient à \(\varphi(R)\), et donc \(\varphi(a_k^{n_i}) u t_i \in \Im(\varphi)\). Il s’ensuit que \(m = \max\{n_1, \ldots, n_n\}\) convient.
Lemme
Plaçons-nous dans la situation 00PW. Supposons que \(u \in S\), que \(a_0, \ldots, a_k \in R\) et que \(u \varphi(a_0 + a_1x + \ldots + a_k x^k) \in \sqrt{J}\). Alors \(u \varphi(a_i) \in \sqrt{J}\) pour tout \(i\).
Démonstration
Sous les hypothèses du lemme, on a \(u^n \varphi(a_0 + a_1x + \ldots + a_k x^k)^n \in J\) pour un certain \(n \geq 1\). D’après le lemme 00PX, on en déduit que \(u^n \varphi(a_k^{nm}) \in J\) pour un certain \(m \geq 1\). Ainsi, \(u \varphi(a_k) \in \sqrt{J}\), et donc \(u \varphi(a_0 + a_1x + \ldots + a_k x^k) - u \varphi(a_k x^k) = u \varphi(a_0 + a_1x + \ldots + a_{k-1} x^{k-1}) \in \sqrt{J}\). On conclut par récurrence sur \(k\).
Ce lemme suggère la définition suivante.
Définition
Étant donnés une inclusion d’anneaux \(R \subset S\) et un élément \(x \in S\), on dit que \(x\) est fortement transcendant sur \(R\) si, dès que \(u(a_0 + a_1 x + \ldots + a_k x^k) = 0\) avec \(u \in S\) et \(a_i \in R\), alors on a \(ua_i = 0\) pour tout \(i\).
Notons que, si \(S\) est un anneau intègre, cela revient à dire que \(x\), considéré comme élément du corps des fractions de \(S\), est transcendant sur le corps des fractions de \(R\).
Lemme
Supposons que \(R \subset S\) soit une inclusion d’anneaux réduits et que \(x \in S\) soit fortement transcendant sur \(R\). Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier minimal et soit \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\). Alors l’image de \(x\) dans \(S/\mathfrak q\) est fortement transcendante sur le sous-anneau \(R/\mathfrak p\).
Démonstration
Supposons que \(u(a_0 + a_1x + \ldots + a_k x^k) \in \mathfrak q\). D’après le lemme 00EU, l’anneau local \(S_{\mathfrak q}\) est un corps, et donc \(u(a_0 + a_1x + \ldots + a_k x^k)\) est nul dans \(S_{\mathfrak q}\). Ainsi, \(uu'(a_0 + a_1x + \ldots + a_k x^k) = 0\) pour un certain \(u' \in S\), \(u' \not\in \mathfrak q\). Puisque \(x\) est fortement transcendant sur \(R\), on obtient \(uu'a_i = 0\) pour tout \(i\). Cela implique à son tour que \(ua_i \in \mathfrak q\).
Lemme
Supposons que \(R\subset S\) soit une inclusion d’anneaux intègres et soit \(x \in S\). Supposons que \(x\) soit (fortement) transcendant sur \(R\) et que \(S\) soit fini sur \(R[x]\). Alors l’homomorphisme \(R \to S\) n’est quasi-fini en aucun idéal premier de \(S\).
Démonstration
Commençons par le cas où \(R\) est normal ; voir la définition 00GV. D’après le lemme 00H1, on voit que \(R[x]\) est normal. Prenons un idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) et posons \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\). Supposons que l’extension \(\kappa(\mathfrak p) \subset \kappa(\mathfrak q)\) soit finie. Ce serait le cas si l’homomorphisme \(R \to S\) était quasi-fini en \(\mathfrak q\). Soit \(\mathfrak r = R[x] \cap \mathfrak q\). Alors, puisque \(\kappa(\mathfrak p) \subset \kappa(\mathfrak r) \subset \kappa(\mathfrak q)\), on voit que l’extension \(\kappa(\mathfrak p) \subset \kappa(\mathfrak r)\) est également finie. Ainsi, l’inclusion \(\mathfrak r \supset \mathfrak p R[x]\) est stricte. Par le théorème de descente appliqué à \(R[x] \subset S\), voir la proposition 00H8, on trouve un idéal premier \(\mathfrak q' \subset \mathfrak q\) au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak pR[x]\). Par conséquent, la fibre \(\Spec(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p))\) contient un point distinct de \(\mathfrak q\), à savoir \(\mathfrak q'\), dont l’adhérence contient \(\mathfrak q\) ; ainsi, \(\mathfrak q\) n’est pas isolé dans sa fibre.
Si \(R\) n’est pas normal, introduisons une chaîne \(R \subset R' \subset K\) dans laquelle \(R'\) désigne la clôture intégrale de \(R\) dans son corps des fractions \(K\). De même, introduisons \(S \subset S' \subset L\), où \(S'\) est le sous-anneau du corps des fractions \(L\) de \(S\) engendré par \(R'\) et \(S\). Notons que, par construction, l’homomorphisme \(S \otimes_R R' \to S'\) est surjectif. Cela implique que \(R'[x] \subset S'\) est fini. De plus, l’inclusion \(S \subset S'\) induit sur \(\Spec\) un morphisme surjectif ; voir le lemme 00GQ. On conclut à l’aide du lemme 00PN et du cas normal que nous venons de traiter.
Lemme
Supposons que \(R \subset S\) soit une inclusion d’anneaux réduits. Supposons que \(x \in S\) soit fortement transcendant sur \(R\) et que \(S\) soit fini sur \(R[x]\). Alors l’homomorphisme \(R \to S\) n’est quasi-fini en aucun idéal premier de \(S\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier quelconque. Choisissons un idéal premier minimal \(\mathfrak q' \subset \mathfrak q\). D’après les lemmes 00Q0 et 00Q1, l’extension \(R/(R \cap \mathfrak q') \subset S/\mathfrak q'\) n’est pas quasi-finie en l’idéal premier correspondant à \(\mathfrak q\). D’après le lemme 00PN, l’homomorphisme \(R \to S\) n’est pas quasi-fini en \(\mathfrak q\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S = R[x]/I\). Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier. Supposons que l’homomorphisme \(R \to S\) soit quasi-fini en \(\mathfrak q\). Soit \(S' \subset S\) la clôture intégrale de \(R\) dans \(S\). Alors il existe un élément \(g \in S'\), \(g \not\in \mathfrak q\) tel que \(S'_g \cong S_g\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak p\) l’image de \(\mathfrak q\) dans \(\Spec(R)\). Il existe \(f \in I\), \(f = a_nx^n + \ldots + a_0\) tel que \(a_i \not \in \mathfrak p\) pour un certain \(i\). En effet, sinon, l’anneau de la fibre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) serait \(\kappa(\mathfrak p)[x]\) et l’homomorphisme ne serait quasi-fini en aucun idéal premier situé au-dessus de \(\mathfrak p\). On en déduit qu’il existe une relation \(b_m x^m + \ldots + b_0 = 0\) avec \(b_j \in S'\), \(j = 0, \ldots, m\) et \(b_j \not \in \mathfrak q \cap S'\) pour un certain \(j\). Nous démontrons le lemme par récurrence sur \(m\). Le cas initial \(m = 0\) ne se présente pas (car les assertions \(b_0 = 0\) et \(b_0 \not \in \mathfrak q\) sont contradictoires).
Supposons que \(b_m \not \in \mathfrak q\). Dans ce cas, \(x\) est entier sur \(S'_{b_m}\) ; en fait, \(b_mx \in S'\) d’après le lemme 00PQ. Ainsi, l’homomorphisme injectif \(S'_{b_m} \to S_{b_m}\) est également surjectif, donc c’est l’isomorphisme voulu.
Supposons que \(b_m \in \mathfrak q\). Dans ce cas, on a \(b_mx \in S'\) d’après le lemme 00PQ. Posons \(b'_{m - 1} = b_mx + b_{m - 1}\). Alors \[b'_{m - 1}x^{m - 1} + b_{m - 2}x^{m - 2} + \ldots + b_0 = 0\] Puisque \(b'_{m - 1}\) est congru à \(b_{m - 1}\) modulo \(S' \cap \mathfrak q\), on voit que l’un des éléments \(b'_{m - 1}, b_{m - 2}, \ldots, b_0\) n’appartient toujours pas à \(S' \cap \mathfrak q\). On conclut donc par récurrence sur \(m\).
Théorème
Soit \(R\) un anneau. Soit \(R \to S\) l’homomorphisme structural d’une \(R\)-algèbre de type fini. Soit \(S' \subset S\) la clôture intégrale de \(R\) dans \(S\). Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier de \(S\). Si l’homomorphisme \(R \to S\) est quasi-fini en \(\mathfrak q\), alors il existe \(g \in S'\), \(g \not \in \mathfrak q\) tel que \(S'_g \cong S_g\).
Démonstration
Il existe un nombre fini d’éléments \(x_1, \ldots, x_n \in S\) tels que \(S\) soit fini sur la sous-\(R\)-algèbre engendrée par \(x_1, \ldots, x_n\). (Par exemple, on peut prendre des générateurs de \(S\) sur \(R\).) Nous démontrons le théorème par récurrence sur le plus petit entier \(n\) ayant cette propriété.
Le cas \(n = 0\) est trivial, car alors \(S' = S\) ; voir le lemme 00GK.
Supposons que \(n = 1\). On peut remplacer \(R\) par sa clôture intégrale dans \(S\) (le lemme 0C6H garantit que l’homomorphisme \(R \to S\) reste quasi-fini en \(\mathfrak q\)). On peut donc supposer que l’inclusion \(R \subset S\) identifie l’anneau de base à un sous-anneau intégralement clos dans \(S\), autrement dit que \(R = S'\). Considérons l’homomorphisme \(\varphi : R[x] \to S\), \(x \mapsto x_1\). (Nous verrons ci-dessous que \(\varphi\) n’est pas injectif.) Par hypothèse, \(\varphi\) est fini. Nous sommes donc dans la situation 00PW. Soit \(J \subset S\) l’“idéal conducteur” défini dans la situation 00PW. Considérons le diagramme \[\xymatrix{ R[x] \ar[r] & S \ar[r] & S/\sqrt{J} & R/(R \cap \sqrt{J})[x] \ar[l] \\ & R \ar[lu] \ar[r] \ar[u] & R/(R \cap \sqrt{J}) \ar[u] \ar[ru] & }\] D’après le lemme 00PY, l’image de \(x\) dans le quotient \(S/\sqrt{J}\) est fortement transcendante sur \(R/ (R \cap \sqrt{J})\). Ainsi, d’après le lemme 00Q2, l’homomorphisme d’anneaux \(R/ (R \cap \sqrt{J}) \to S/\sqrt{J}\) n’est quasi-fini en aucun idéal premier de \(S/\sqrt{J}\). D’après le lemme 00PN, on en déduit que \(\mathfrak q\) n’appartient pas à \(V(J) \subset \Spec(S)\). Il existe donc un élément \(s \in J\) tel que \(s \not\in \mathfrak q\). Par définition de \(J\), on peut écrire \(s = \varphi(f)\) pour un polynôme \(f \in R[x]\). Soit \(I = \Ker(\varphi : R[x] \to S)\). Puisque \(\varphi(f) \in J\), on obtient \((R[x]/I)_f \cong S_{\varphi(f)}\). De plus, \(s \not \in \mathfrak q\) signifie que \(f \not \in \varphi^{-1}(\mathfrak q)\). Ainsi, \(\varphi^{-1}(\mathfrak q)/I\) est un idéal premier de \(R[x]/I\) en lequel l’homomorphisme \(R \to R[x]/I\) est quasi-fini ; voir le lemme 077H. Notons que \(R\) est intégralement clos dans \(R[x]/I\) puisque \(R\) est intégralement clos dans \(S\). D’après le lemme 00Q8, il existe un élément \(h \in R\), \(h \not \in R \cap \mathfrak q\) tel que \(R_h \cong (R[x]/I)_h\). Ainsi, \((R[x]/I)_{fh} = S_{\varphi(fh)}\) est isomorphe à une localisation principale \(R_{h'}\) de \(R\) pour un certain \(h' \in R\), \(h' \not \in \mathfrak q\).
Supposons que \(n > 1\). Considérons le sous-anneau \(R' \subset S\) qui est la clôture intégrale de \(R[x_1, \ldots, x_{n-1}]\) dans \(S\). D’après le lemme 0C6H, l’extension \(S/R'\) est quasi-finie en \(\mathfrak q\). Notons également que \(S\) est fini sur \(R'[x_n]\). D’après le cas \(n = 1\) ci-dessus, il existe \(g' \in R'\) tel que \(g' \not \in \mathfrak q\) et que \((R')_{g'} \cong S_{g'}\). À ce stade, on ne peut pas appliquer l’hypothèse de récurrence à \(R \to R'\), car \(R'\) peut ne pas être de type fini sur \(R\). Puisque \(S\) est de type fini sur \(R\), on en déduit en particulier que \((R')_{g'}\) est de type fini sur \(R\). Disons que les éléments \(g'\) et \(y_1/(g')^{n_1}, \ldots, y_N/(g')^{n_N}\), où \(y_i \in R'\), engendrent \((R')_{g'}\) sur \(R\). Soit \(R''\) la sous-\(R\)-algèbre de \(R'\) engendrée par \(x_1, \ldots, x_{n-1}, y_1, \ldots, y_N, g'\). Elle vérifie \((R'')_{g'} \cong S_{g'}\). La surjectivité résulte du choix des \(y_i\) ; l’injectivité résulte de \(R'' \subset R'\) et de l’exactitude de la localisation. Notons que \(R''\) est fini sur \(R[x_1, \ldots, x_{n-1}]\) en raison du choix de \(R'\) ; voir le lemme 00GM. Soit \(\mathfrak q'' = R'' \cap \mathfrak q\). Puisque \((R'')_{\mathfrak q''} = S_{\mathfrak q}\), on voit que l’homomorphisme \(R \to R''\) est quasi-fini en \(\mathfrak q''\) ; voir le lemme 00PK. Appliquons l’hypothèse de récurrence à \(R \to R''\), à \(\mathfrak q''\) et à \(x_1, \ldots, x_{n-1} \in R''\) ; on obtient un sous-anneau \(R''' \subset R''\) entier sur \(R\) et un élément \(g'' \in R'''\), \(g'' \not \in \mathfrak q''\) tel que \((R''')_{g''} \cong (R'')_{g''}\). Écrivons l’image de \(g'\) dans \((R'')_{g''}\) sous la forme \(g'''/(g'')^n\) pour un certain \(g''' \in R'''\). Posons \(g = g''g''' \in R'''\). Il est alors clair que \(g \not\in \mathfrak q\) et que \((R''')_g \cong S_g\). Comme, par construction, on a \(R''' \subset S'\), on a également \(S'_g \cong S_g\), ce qui donne le résultat.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. L’ensemble des points \(\mathfrak q\) de \(\Spec(S)\) en lesquels \(S/R\) est quasi-fini est ouvert dans \(\Spec(S)\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier en lequel l’homomorphisme d’anneaux est quasi-fini. D’après le théorème 00Q9, il existe un homomorphisme d’anneaux entier \(R \to S'\), \(S' \subset S\), et un élément \(g \in S'\), \(g\not \in \mathfrak q\) tel que \(S'_g \cong S_g\). Puisque \(S\), et donc \(S_g\), sont de type fini sur \(R\), on peut trouver un nombre fini d’éléments \(y_1, \ldots, y_N\) de \(S'\) tels que \(S''_g \cong S_g\), où \(S'' \subset S'\) est la sous-\(R\)-algèbre engendrée par \(g, y_1, \ldots, y_N\). Puisque \(S''\) est fini sur \(R\) (voir le lemme 00GM), on voit que \(S''\) est quasi-fini sur \(R\) (voir le lemme 00PM). On voit facilement que cela implique que \(S''_g\) est quasi-fini sur \(R\), par exemple parce que la propriété d’être quasi-fini en un idéal premier ne dépend que de l’anneau local en cet idéal. Ainsi, \(S_g\) est quasi-fini sur \(R\). Le même raisonnement montre que l’homomorphisme \(R \to S\) est quasi-fini en tout idéal premier de \(S\) appartenant à \(D(g)\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Supposons que \(S\) soit quasi-fini sur \(R\). Soit \(S' \subset S\) la clôture intégrale de \(R\) dans \(S\). Alors
Le morphisme \(\Spec(S) \to \Spec(S')\) est un homéomorphisme sur un ouvert,
si \(g \in S'\) et si \(D(g)\) est contenu dans l’image du morphisme, alors \(S'_g \cong S_g\), et
il existe une \(R\)-algèbre finie \(S'' \subset S'\) telle que (1) et (2) soient vérifiées pour l’homomorphisme d’anneaux \(S'' \to S\).
Démonstration
Puisque \(S/R\) est quasi-fini, on peut appliquer le théorème 00Q9 à chaque point \(\mathfrak q\) de \(\Spec(S)\). Comme \(\Spec(S)\) est quasi-compact (voir le lemme 00E8), on peut choisir un nombre fini de \(g_i \in S'\), \(i = 1, \ldots, n\) tels que \(S'_{g_i} = S_{g_i}\) et que \(g_1, \ldots, g_n\) engendrent l’idéal unité de \(S\) (autrement dit, les ouverts principaux de \(\Spec(S)\) associés à \(g_1, \ldots, g_n\) recouvrent tout \(\Spec(S)\)).
Supposons que \(D(g) \subset \Spec(S')\) soit contenu dans l’image. Alors \(D(g) \subset \bigcup D(g_i)\). Autrement dit, \(g_1, \ldots, g_n\) engendrent l’idéal unité de \(S'_g\). Notons que \(S'_{gg_i} \cong S_{gg_i}\) par notre choix des \(g_i\). Par conséquent, \(S'_g \cong S_g\) d’après le lemme 00EO.
Construisons une algèbre finie \(S'' \subset S'\) comme au point (3). Pour cela, notons que chaque \(S'_{g_i} \cong S_{g_i}\) est une \(R\)-algèbre de type fini. Pour chaque \(i\), choisissons des éléments \(y_{ij} \in S'\) tels que chaque \(S'_{g_i}\) soit engendrée comme \(R\)-algèbre par \(1/g_i\) et les éléments \(y_{ij}\). Posons alors \(S''\) égal à la sous-\(R\)-algèbre de \(S'\) engendrée par tous les \(g_i\) et tous les \(y_{ij}\). Nous omettons les détails.
Applications du théorème principal de Zariski
Voici une application immédiate qui caractérise les homomorphismes finis parmi les homomorphismes quasi-finis d’anneaux semi-locaux de dimension \(1\) : ce sont ceux pour lesquels l’égalité est toujours vérifiée dans la formule du lemme 02MJ.
Lemme
Soit \(A \subset B\) une extension d’anneaux intègres. Supposons que
\(A\) soit un anneau local noethérien de dimension \(1\),
l’homomorphisme \(A \to B\) soit de type fini, et
l’extension induite \(L/K\) des corps des fractions soit finie.
Alors \(B\) est semi-local. Soit \(x \in \mathfrak m_A\), \(x \not = 0\). Soient \(\mathfrak m_i\), \(i = 1, \ldots, n\), les idéaux maximaux de \(B\). Alors \[[L : K]\text{ord}_A(x) \geq \sum\nolimits_i [\kappa(\mathfrak m_i) : \kappa(\mathfrak m_A)] \text{ord}_{B_{\mathfrak m_i}}(x)\] où \(\text{ord}\) est défini comme dans la définition 02MD. On a égalité si et seulement si l’homomorphisme \(A \to B\) est fini.
Démonstration
L’anneau \(B\) est semi-local d’après le lemme 02MA. Soit \(B'\) la clôture intégrale de \(A\) dans \(B\). D’après le lemme 00QB, on peut trouver une sous-\(A\)-algèbre finie \(C \subset B'\) telle que, en posant \(\mathfrak n_i = C \cap \mathfrak m_i\), on ait \(C_{\mathfrak n_i} \cong B_{\mathfrak m_i}\) et que les idéaux premiers \(\mathfrak n_1, \ldots, \mathfrak n_n\) soient deux à deux distincts. L’anneau \(C\) est semi-local d’après le lemme 02MA. Soient \(\mathfrak p_j\), \(j = 1, \ldots, m\), les autres idéaux maximaux de \(C\) (les “points manquants”). D’après le lemme 02MJ, on a \[\text{ord}_A(x^{[L : K]}) = \sum\nolimits_i [\kappa(\mathfrak n_i) : \kappa(\mathfrak m_A)] \text{ord}_{C_{\mathfrak n_i}}(x) + \sum\nolimits_j [\kappa(\mathfrak p_j) : \kappa(\mathfrak m_A)] \text{ord}_{C_{\mathfrak p_j}}(x)\] d’où l’inégalité. En cas d’égalité, on en déduit que \(m = 0\) (il n’y a pas de “points manquants”). Ainsi, \(C \subset B\) est une inclusion d’anneaux semi-locaux qui induit une bijection sur les idéaux maximaux et un isomorphisme sur toutes les localisations aux idéaux maximaux. Ainsi, si \(b \in B\), alors \(I = \{x \in C \mid xb \in C\}\) est un idéal de \(C\) qui n’est contenu dans aucun idéal maximal de \(C\) ; par conséquent, \(I = C\), donc \(b \in C\). Ainsi, \(B = C\) et \(B\) est fini sur \(A\).
Voici une application plus classique du théorème principal de Zariski à la structure des homomorphismes locaux d’anneaux locaux.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m_R) \to (S, \mathfrak m_S)\) un homomorphisme local d’anneaux locaux. Supposons que
\(R \to S\) soit essentiellement de type fini,
l’extension \(\kappa(\mathfrak m_R) \subset \kappa(\mathfrak m_S)\) soit finie, et
\(\dim(S/\mathfrak m_RS) = 0\).
Alors \(S\) est la localisation d’une \(R\)-algèbre finie.
Démonstration
Soit \(S'\) une \(R\)-algèbre de type fini telle que \(S = S'_{\mathfrak q'}\) pour un certain idéal premier \(\mathfrak q'\) de \(S'\). D’après la définition 00PL, on voit que l’homomorphisme \(R \to S'\) est quasi-fini en \(\mathfrak q'\). Après avoir remplacé \(S'\) par \(S'_{g'}\) pour un certain \(g' \in S'\), \(g' \not \in \mathfrak q'\), on peut supposer que \(R \to S'\) est quasi-fini ; voir le lemme 00QA. Alors, d’après le lemme 00QB, il existe une \(R\)-algèbre finie \(S''\) et des éléments \(g' \in S'\), \(g' \not \in \mathfrak q'\) et \(g'' \in S''\) tels que \(S'_{g'} \cong S''_{g''}\) comme \(R\)-algèbres. Cela démontre le lemme.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux et soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) situé au-dessus d’un idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Si
\(R\) est noethérien,
l’homomorphisme \(R \to S\) est de type fini, et
l’homomorphisme \(R \to S\) est quasi-fini en \(\mathfrak q\),
alors \(R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R S = S_\mathfrak q^\wedge \times B\) pour une certaine \(R_\mathfrak p^\wedge\)-algèbre \(B\).
Démonstration
Il existe une \(R\)-algèbre finie \(S' \subset S\) et un élément \(g \in S'\), \(g \not \in \mathfrak q' = S' \cap \mathfrak q\) tels que \(S'_g = S_g\) et, en particulier, \(S'_{\mathfrak q'} = S_\mathfrak q\) ; voir le lemme 00QB. On a \[R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R S' = (S'_{\mathfrak q'})^\wedge \times B'\] d’après le lemme 07N9. Remarquons que, dans cette décomposition en produit, \(g\) s’envoie sur un couple \((u, b')\) où \(u \in (S'_{\mathfrak q'})^\wedge\) est une unité puisque \(g \not \in \mathfrak q'\). La décomposition en produit de \(R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R S'\) induit une décomposition en produit \[R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R S = A \times B\] Puisque \(S'_g = S_g\), on a également \((R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R S')_g = (R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R S)_g\), et puisque \(g \mapsto (u, b')\), où \(u\) est une unité, on voit que \((S'_{\mathfrak q'})^\wedge = A\). Comme l’isomorphisme \(S'_{\mathfrak q'} = S_\mathfrak q\) induit un isomorphisme des complétés, on obtient également \(A = S_\mathfrak q^\wedge\). La démonstration est terminée, à ceci près qu’il faut vérifier que l’homomorphisme induit \(\phi : R_\mathfrak p^\wedge \otimes_R S \to A = S_\mathfrak q^\wedge\) est l’homomorphisme naturel. Pour les éléments de la forme \(x \otimes 1\), où \(x \in R_\mathfrak p^\wedge\), c’est clair puisque l’homomorphisme naturel \(R_\mathfrak p^\wedge \to S_\mathfrak q^\wedge\) se factorise par \((S'_{\mathfrak q'})^\wedge\). Pour les éléments de la forme \(1 \otimes y\), où \(y \in S\), on peut remarquer que, pour un certain \(n \geq 1\), l’élément \(g^ny\) est l’image d’un certain \(y' \in S'\). Ainsi, \(\phi(1 \otimes g^ny)\) est l’image de \(y'\) par la composée \(S' \to (S'_{\mathfrak q'})^\wedge \to S_\mathfrak q^\wedge\). Cette image est égale à celle de \(g^ny\) par l’homomorphisme \(S \to S_\mathfrak q^\wedge\). Puisque \(g\) s’envoie sur une unité, il s’ensuit que \(\phi(1 \otimes y)\) est bien l’image de \(y\) par l’homomorphisme \(S \to S_\mathfrak q^\wedge\).
Dimension des fibres
Nous étudions le comportement des dimensions des fibres à l’aide du théorème principal de Zariski. Rappelons que nous avons défini la dimension \(\dim_x(X)\) d’un espace topologique \(X\) en un point \(x\) dans Topologie, définition 0055.
Définition
Supposons que \(R \to S\) soit de type fini, et soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus d’un idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Nous définissons la dimension relative de \(S/R\) en \(\mathfrak q\), notée \(\dim_{\mathfrak q}(S/R)\), comme la dimension de \(\Spec(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p))\) au point correspondant à \(\mathfrak q\). Nous désignons par \(\dim(S/R)\) la borne supérieure des \(\dim_{\mathfrak q}(S/R)\) lorsque \(\mathfrak q\) parcourt tous les idéaux premiers. On l’appelle la dimension relative de \(S/R\).
En particulier, \(R \to S\) est quasi-fini en \(\mathfrak q\) si et seulement si \(\dim_{\mathfrak q}(S/R) = 0\). Le lemme suivant est essentiellement une reformulation du théorème principal de Zariski.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier. Supposons que \(\dim_{\mathfrak q}(S/R) = n\). Il existe un élément \(g \in S\), \(g \not\in \mathfrak q\) tel que \(S_g\) soit quasi-fini sur une algèbre de polynômes \(R[t_1, \ldots, t_n]\).
Démonstration
L’anneau \(\overline{S} = S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est de type fini sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Soit \(\overline{\mathfrak q}\) l’idéal premier de \(\overline{S}\) correspondant à \(\mathfrak q\). Par définition de la dimension d’un espace topologique en un point, il existe un ouvert \(U \subset \Spec(\overline{S})\) tel que \(\overline{q} \in U\) et \(\dim(U) = n\). Puisque la topologie sur \(\Spec(\overline{S})\) est induite par la topologie sur \(\Spec(S)\) (voir la remarque 00E6), nous pouvons trouver un élément \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), dont l’image \(\overline{g} \in \overline{S}\) est telle que \(D(\overline{g}) \subset U\). Ainsi, après remplacement de \(S\) par \(S_g\), on voit que \(\dim(\overline{S}) = n\).
Choisissons ensuite des générateurs \(x_1, \ldots, x_N\) de \(S\) comme \(R\)-algèbre. D’après le lemme 00OY, il existe des éléments \(y_1, \ldots, y_n\) dans la sous-algèbre sur \(\mathbf{Z}\) de \(S\) engendrée par \(x_1, \ldots, x_N\) tels que l’homomorphisme \(R[t_1, \ldots, t_n] \to S\), \(t_i \mapsto y_i\) a pour propriété que \(\kappa(\mathfrak p)[t_1\ldots, t_n] \to \overline{S}\) est fini. En particulier, \(S\) est quasi-fini sur \(R[t_1, \ldots, t_n]\) en \(\mathfrak q\). Par conséquent, d’après le lemme 00QA, nous pouvons remplacer \(S\) par \(S_g\) pour un certain \(g\in S\), \(g \not \in \mathfrak q\) tel que \(R[t_1, \ldots, t_n] \to S\) soit quasi-fini.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Supposons que
\(R \to S\) soit de type fini,
\(\dim_{\mathfrak q}(S/R) = n\), et
\(\text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak p)}\kappa(\mathfrak q) = r\).
Alors il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), \(g \in S\), \(g \not\in \mathfrak q\), et un homomorphisme d’anneaux quasi-fini \[\varphi : R_f[x_1, \ldots, x_n] \longrightarrow S_g\] tel que \(\varphi^{-1}(\mathfrak qS_g) = (\mathfrak p, x_{r + 1}, \ldots, x_n)R_f[x_1, \ldots, x_n]\)
Démonstration
Après remplacement de \(S\) par une localisation principale, nous pouvons supposer qu’il existe un homomorphisme d’anneaux quasi-fini \(\varphi : R[t_1, \ldots, t_n] \to S\), voir le lemme 00QE. Posons \(\mathfrak q' = \varphi^{-1}(\mathfrak q)\). Soit \(\overline{\mathfrak q}' \subset \kappa(\mathfrak p)[t_1, \ldots, t_n]\) l’idéal premier correspondant à \(\mathfrak q'\). D’après le lemme 051P, il existe un homomorphisme d’anneaux fini \(\kappa(\mathfrak p)[x_1, \ldots, x_n] \to \kappa(\mathfrak p)[t_1, \ldots, t_n]\) tel que l’image réciproque de \(\overline{\mathfrak q}'\) soit \((x_{r + 1}, \ldots, x_n)\). Soit \(\overline{h}_i \in \kappa(\mathfrak p)[t_1, \ldots, t_n]\) l’image de \(x_i\). Il existe un élément \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\) et des \(h_i \in R_f[t_1, \ldots, t_n]\) dont les images sont \(\overline{h}_i\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[t_1, \ldots, t_n]\). Alors l’homomorphisme d’anneaux \[R_f[x_1, \ldots, x_n] \longrightarrow R_f[t_1, \ldots, t_n]\] devient fini après extension des scalaires à \(\kappa(\mathfrak p)\). En particulier, \(R_f[t_1, \ldots, t_n]\) est quasi-fini sur \(R_f[x_1, \ldots, x_n]\) en \(\mathfrak q'R_f[t_1, \ldots, t_n]\). Ainsi, d’après le lemme 00QA, il existe \(g \in R_f[t_1, \ldots, t_n]\), \(g \not \in \mathfrak q'R_f[t_1, \ldots, t_n]\) tel que \(R_f[x_1, \ldots, x_n] \to R_f[t_1, \ldots, t_n, 1/g]\) soit quasi-fini. On voit donc que le composé \[R_f[x_1, \ldots, x_n] \longrightarrow R_f[t_1, \ldots, t_n, 1/g] \longrightarrow S_{\varphi(g)}\] est quasi-fini, d’où le résultat.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Si \(R \to S\) est quasi-fini en \(\mathfrak q\), alors \(\dim(S_{\mathfrak q}) \leq \dim(R_{\mathfrak p})\).
Démonstration
Si \(R_{\mathfrak p}\) est noethérien (et donc \(S_{\mathfrak q}\) noethérien puisqu’il est essentiellement de type fini sur \(R_{\mathfrak p}\)), cela résulte immédiatement du lemme 00OM et des définitions. Dans le cas général, soit \(S'\) la clôture intégrale de \(R_\mathfrak p\) dans \(S_\mathfrak p\). Par le théorème principal de Zariski 00Q9, on a \(S_{\mathfrak q} = S'_{\mathfrak q'}\) pour un certain \(\mathfrak q' \subset S'\) au-dessus de \(\mathfrak q\). D’après le lemme 00OJ, on a \(\dim(S') \leq \dim(R_\mathfrak p)\) et donc, a fortiori, \(\dim(S_\mathfrak q) = \dim(S'_{\mathfrak q'}) \leq \dim(R_\mathfrak p)\).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Supposons qu’il existe un homomorphisme de \(k\)-algèbres quasi-fini \(k[t_1, \ldots, t_n] \subset S\). Alors \(\dim(S) \leq n\).
Démonstration
D’après le lemme 00OP, la dimension de tout anneau local de \(k[t_1, \ldots, t_n]\) est au plus \(n\). Le résultat découle donc du lemme 00QF.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier. Supposons que \(\dim_{\mathfrak q}(S/R) = n\). Il existe un voisinage ouvert \(V\) de \(\mathfrak q\) dans \(\Spec(S)\) tel que \(\dim_{\mathfrak q'}(S/R) \leq n\) pour tout \(\mathfrak q' \in V\).
Démonstration
D’après le lemme 00QE, on voit que l’on peut supposer \(S\) quasi-fini sur une algèbre de polynômes \(R[t_1, \ldots, t_n]\). En considérant les fibres, on se ramène au lemme 00QG.
Autrement dit, le lemme affirme que l’ensemble des points où la dimension de la fibre est \(\leq n\) est ouvert dans \(\Spec(S)\). Le lemme suivant affirme que la formation de cet ouvert commute au changement de base. Si l’homomorphisme d’anneaux est de présentation finie, cet ensemble est un ouvert quasi-compact (voir ci-dessous).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux quelconque. Posons \(S' = R' \otimes_R S\) et notons \(f : \Spec(S') \to \Spec(S)\) l’application correspondante entre les spectres. Soit \(n \geq 0\). L’image réciproque \(f^{-1}(\{\mathfrak q \in \Spec(S) \mid \dim_{\mathfrak q}(S/R) \leq n\})\) est égale à \(\{\mathfrak q' \in \Spec(S') \mid \dim_{\mathfrak q'}(S'/R') \leq n\}\).
Démonstration
La condition s’exprime en termes des dimensions des anneaux des fibres, qui sont de type fini sur un corps. En la combinant avec le lemme 00P4, on obtient le lemme.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de présentation finie. Soit \(n \geq 0\). L’ensemble \[V_n = \{\mathfrak q \in \Spec(S) \mid \dim_{\mathfrak q}(S/R) \leq n\}\] est un ouvert quasi-compact de \(\Spec(S)\).
Démonstration
Il est ouvert d’après le lemme 00QH. Soit \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m)\) une présentation de \(S\). Soit \(R_0\) la sous-algèbre sur \(\mathbf{Z}\) de \(R\) engendrée par les coefficients des polynômes \(f_i\). Soit \(S_0 = R_0[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m)\). Alors \(S = R \otimes_{R_0} S_0\). D’après le lemme 00QI, \(V_n\) est l’image réciproque d’un ouvert \(V_{0, n}\) par l’application continue quasi-compacte \(\Spec(S) \to \Spec(S_0)\). Comme \(S_0\) est noethérien, on voit que \(V_{0, n}\) est quasi-compact.
Lemme
Soit \(R\) un anneau de valuation de corps résiduel \(k\) et de corps des fractions \(K\). Soit \(S\) un anneau intègre contenant \(R\) tel que \(S\) soit de type fini sur \(R\). Si \(S \otimes_R k\) n’est pas l’anneau nul, alors \[\dim(S \otimes_R k) = \dim(S \otimes_R K)\] En fait, \(\Spec(S \otimes_R k)\) est équidimensionnel.
Démonstration
Il suffit de montrer que \(\dim_{\mathfrak q}(S/k)\) est égale à \(\dim(S \otimes_R K)\) pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\) contenant \(\mathfrak m_RS\). Choisissons un tel idéal premier. D’après le lemme 00QH, l’inégalité \(\dim_{\mathfrak q}(S/k) \geq \dim(S \otimes_R K)\) est vérifiée. Posons \(n = \dim_{\mathfrak q}(S/k)\). D’après le lemme 00QE, après remplacement de \(S\) par \(S_g\) pour un certain \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), il existe un homomorphisme d’anneaux quasi-fini \(R[t_1, \ldots, t_n] \to S\). Si \(\dim(S \otimes_R K) < n\), alors \(K[t_1, \ldots, t_n] \to S \otimes_R K\) a un noyau non nul. Écrivons \(f = \sum a_I t_1^{i_1}\ldots t_n^{i_n}\). Après avoir divisé \(f\) par un coefficient non nul de \(f\) de valuation minimale, nous pouvons supposer que \(f\in R[t_1, \ldots, t_n]\) et qu’un certain \(a_I\) a une image non nulle dans \(k\). Ainsi, l’homomorphisme d’anneaux \(k[t_1, \ldots, t_n] \to S \otimes_R k\) a un noyau non nul, ce qui entraîne que \(\dim(S \otimes_R k) < n\). Contradiction.
Algèbres et modules de présentation finie
Dans cette section, nous examinons quelques résultats classiques dont l’élément essentiel est une hypothèse de type fini ou de présentation finie.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux fidèlement plat. Posons \(S' = R'\otimes_R S\). Alors \(R \to S\) est de type fini si et seulement si \(R' \to S'\) est de type fini.
Démonstration
Il est clair que, si \(R \to S\) est de type fini, alors \(R' \to S'\) est de type fini. Supposons que \(R' \to S'\) soit de type fini. Supposons que \(y_1, \ldots, y_m\) engendrent \(S'\) sur \(R'\). Écrivons \(y_j = \sum_i a_{ij} \otimes x_{ji}\) pour certains \(a_{ij} \in R'\) et \(x_{ji} \in S\). Soit \(A \subset S\) la sous-\(R\)-algèbre engendrée par les \(x_{ij}\). Par platitude, on a \(A' := R' \otimes_R A \subset S'\) et, par construction, \(y_j \in A'\). Ainsi, \(A' = S'\). Par fidèle platitude, \(A = S\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(R \to R'\) un homomorphisme d’anneaux fidèlement plat. Posons \(S' = R'\otimes_R S\). Alors \(R \to S\) est de présentation finie si et seulement si \(R' \to S'\) est de présentation finie.
Démonstration
Il est clair que, si \(R \to S\) est de présentation finie, alors \(R' \to S'\) est de présentation finie. Supposons que \(R' \to S'\) soit de présentation finie. D’après le lemme 00QP, on voit que \(R \to S\) est de type fini. Écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/I\). Par platitude, \(S' = R'[x_1, \ldots, x_n]/R'\otimes I\). Supposons que \(g_1, \ldots, g_m\) engendrent \(R'\otimes I\) sur \(R'[x_1, \ldots, x_n]\). Écrivons \(g_j = \sum_i a_{ij} \otimes f_{ji}\) pour certains \(a_{ij} \in R'\) et \(f_{ji} \in I\). Soit \(J \subset I\) l’idéal engendré par les \(f_{ij}\). Par platitude, on a \(R' \otimes_R J \subset R'\otimes_R I\), et ce sont tous deux des idéaux de \(R'[x_1, \ldots, x_n]\). Par construction, \(g_j \in R' \otimes_R J\). Ainsi, \(R' \otimes_R J = R'\otimes_R I\). Par fidèle platitude, \(J = I\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. Posons \(R' = S^{-1}(R/I) = S^{-1}R/S^{-1}I\).
Pour tout \(R'\)-module de type fini \(M'\), il existe un \(R\)-module de type fini \(M\) tel que \(S^{-1}(M/IM) \cong M'\).
Pour tout \(R'\)-module de présentation finie \(M'\), il existe un \(R\)-module de présentation finie \(M\) tel que \(S^{-1}(M/IM) \cong M'\).
Démonstration
Démonstration de (1). Choisissons une suite exacte courte \(0 \to K' \to (R')^{\oplus n} \to M' \to 0\). Soit \(K \subset R^{\oplus n}\) l’image réciproque de \(K'\) par l’homomorphisme \(R^{\oplus n} \to (R')^{\oplus n}\). Alors \(M = R^{\oplus n}/K\) convient.
Démonstration de (2). Choisissons une présentation \((R')^{\oplus m} \to (R')^{\oplus n} \to M' \to 0\). Supposons que le premier homomorphisme soit donné par la matrice \(A' = (a'_{ij})\) et que le second soit déterminé par des générateurs \(x'_i \in M'\), \(i = 1, \ldots, n\). Comme \(R' = S^{-1}(R/I)\), on peut choisir \(s \in S\) et une matrice \(A = (a_{ij})\) à coefficients dans \(R\) tels que \(a'_{ij} = a_{ij} / s \bmod S^{-1}I\). Soit \(M\) le \(R\)-module de présentation finie ayant pour présentation \(R^{\oplus m} \to R^{\oplus n} \to M \to 0\), où le premier homomorphisme est donné par la matrice \(A\) et le second est déterminé par des générateurs \(x_i \in M\), \(i = 1, \ldots, n\). Alors l’homomorphisme \(M \to M'\), \(x_i \mapsto x'_i\), induit un isomorphisme \(S^{-1}(M/IM) \cong M'\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative. Soit \(M\) un \(R\)-module.
Si \(S^{-1}M\) est un \(S^{-1}R\)-module de type fini, alors il existe un \(R\)-module de type fini \(M'\) et un homomorphisme \(M' \to M\) qui induit un isomorphisme \(S^{-1}M' \to S^{-1}M\).
Si \(S^{-1}M\) est un \(S^{-1}R\)-module de présentation finie, alors il existe un \(R\)-module \(M'\) de présentation finie et un homomorphisme \(M' \to M\) qui induit un isomorphisme \(S^{-1}M' \to S^{-1}M\).
Démonstration
Démonstration de (1). Soient \(x_1, \ldots, x_n \in M\) des éléments qui engendrent \(S^{-1}M\) comme \(S^{-1}R\)-module. Soit \(M'\) le sous-\(R\)-module de \(M\) engendré par \(x_1, \ldots, x_n\).
Démonstration de (2). Soient \(x_1, \ldots, x_n \in M\) des éléments qui engendrent \(S^{-1}M\) comme \(S^{-1}R\)-module. Posons \(K = \Ker(R^{\oplus n} \to M)\), où l’homomorphisme est donné par la règle \((a_1, \ldots, a_n) \mapsto \sum a_i x_i\). D’après le lemme 0519, on voit que \(S^{-1}K\) est un \(S^{-1}R\)-module de type fini. D’après (1), on peut trouver un sous-module de type fini \(K' \subset K\) tel que \(S^{-1}K' = S^{-1}K\). Prenons \(M' = \Coker(K' \to R^{\oplus n})\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Soit \(M\) un \(R\)-module.
Si \(M_{\mathfrak p}\) est un \(R_{\mathfrak p}\)-module de type fini, alors il existe un \(R\)-module de type fini \(M'\) et un homomorphisme \(M' \to M\) qui induit un isomorphisme \(M'_{\mathfrak p} \to M_{\mathfrak p}\).
Si \(M_{\mathfrak p}\) est un \(R_{\mathfrak p}\)-module de présentation finie, alors il existe un \(R\)-module \(M'\) de présentation finie et un homomorphisme \(M' \to M\) qui induit un isomorphisme \(M'_{\mathfrak p} \to M_{\mathfrak p}\).
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 05N6.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Supposons que
\(S\) soit de présentation finie sur \(R\),
\(\varphi\) induise un isomorphisme \(R_\mathfrak p \cong S_\mathfrak q\).
Alors il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\) et une \(R_f\)-algèbre \(C\) tels que \(S_f \cong R_f \times C\) comme \(R_f\)-algèbres.
Démonstration
Écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(g_1, \ldots, g_m)\). Soit \(a_i \in R_\mathfrak p\) un élément qui s’envoie sur l’image de \(x_i\) dans \(S_\mathfrak q\). Écrivons \(a_i = b_i/f\) pour un certain \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\). Après avoir remplacé \(R\) par \(R_f\) et \(x_i\) par \(x_i - a_i\), on peut supposer que \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(g_1, \ldots, g_m)\) et que \(x_i\) s’envoie sur zéro dans \(S_\mathfrak q\). Alors, si \(c_j\) désigne le terme constant de \(g_j\), on conclut que \(c_j\) s’envoie sur zéro dans \(R_\mathfrak p\). Après un nouveau remplacement de \(R\), on peut supposer que les termes constants \(c_j\) des \(g_j\) sont nuls. On obtient ainsi un homomorphisme de \(R\)-algèbres \(S \to R\), \(x_i \mapsto 0\), dont le noyau est l’idéal \((x_1, \ldots, x_n)\).
On a les isomorphismes \(R_\mathfrak p \to S_\mathfrak q \to R_\mathfrak p\), et \(S \to R\) envoie \(x_i\) sur zéro. On doit donc avoir \(S_\mathfrak q = R_\mathfrak p[x_1, \ldots, x_n]/(x_1, \ldots, x_n)\) et, a fortiori, \(S_\mathfrak q = S_\mathfrak p/(x_1, \ldots, x_n)S_\mathfrak p\). Cela signifie que l’idéal de type fini \((x_1, \ldots, x_n)S_\mathfrak p\) est pur dans \(S_\mathfrak p\) ; voir la définition 04PR. Ainsi, \((x_1, \ldots, x_n)S_\mathfrak p\) est engendré par un idempotent \(e\) de \(S_\mathfrak p\) d’après le lemme 05KK. Après avoir remplacé \(R \to S\) par \(R_f \to S_f\) pour un certain \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), on peut trouver un idempotent \(e' \in S\) qui s’envoie sur \(e\). Alors \(e'S\) et \((x_1, \ldots, x_n)S\) sont des idéaux de type fini qui deviennent égaux dans \(S_\mathfrak p\). Ainsi, après avoir remplacé \(R \to S\) par \(R_f \to S_f\) pour un certain \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), on peut supposer que \(e'S = (x_1, \ldots, x_n)S\). Poser \(C = e'S\) achève la démonstration.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(S\), \(S'\) de présentation finie sur \(R\). Soient \(\mathfrak q \subset S\) et \(\mathfrak q' \subset S'\) des idéaux premiers. Si \(S_{\mathfrak q} \cong S'_{\mathfrak q'}\) comme \(R\)-algèbres, alors il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\) et \(g' \in S'\), \(g' \not \in \mathfrak q'\), tels que \(S_g \cong S'_{g'}\) comme \(R\)-algèbres.
Démonstration
Soit \(\psi : S_{\mathfrak q} \to S'_{\mathfrak q'}\) l’isomorphisme de l’hypothèse du lemme. Écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_r)\) et \(S' = R[y_1, \ldots, y_m]/J\). Pour chaque \(i = 1, \ldots, n\), choisissons une fraction \(h_i/g_i\) avec \(h_i, g_i \in R[y_1, \ldots, y_m]\) avec \(g_i \bmod J\) n’appartenant pas à \(\mathfrak q'\) ; cette fraction représente l’image de \(x_i\) par \(\psi\). Après avoir remplacé \(S'\) par \(S'_{g_1 \ldots g_n}\) et introduit \(R[y_1, \ldots, y_m, y_{m + 1}]\) (en envoyant \(y_{m + 1}\) sur \(1/(g_1\ldots g_n)\)), on peut supposer que \(\psi(x_i)\) est l’image d’un certain \(h_i \in R[y_1, \ldots, y_m]\). Considérons les éléments \(f_j(h_1, \ldots, h_n) \in R[y_1, \ldots, y_m]\). Puisque \(\psi\) annule chaque \(f_j\), il existe \(g \in R[y_1, \ldots, y_m]\), \(g \bmod J \not \in \mathfrak q'\) tel que \(g f_j(h_1, \ldots, h_n) \in J\) pour chaque \(j = 1, \ldots, r\). Après avoir remplacé \(S'\) par \(S'_g\) et introduit \(R[y_1, \ldots, y_m, y_{m + 1}]\) comme précédemment, on peut supposer que \(f_j(h_1, \ldots, h_n) \in J\). On obtient ainsi un homomorphisme d’anneaux \(S \to S'\), \(x_i \mapsto h_i\), qui induit \(\psi\) sur les anneaux locaux. D’après le lemme 00F4, l’homomorphisme \(S \to S'\) est de présentation finie. D’après le lemme 00QR, on peut supposer que \(S' = S \times C\). Ainsi, en inversant dans \(S'\) l’idempotent correspondant au facteur \(C\), on obtient le résultat.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal nilpotent. Soit \(S\) une \(R\)-algèbre telle que \(R/I \to S/IS\) soit de type fini. Alors \(R \to S\) est de type fini.
Démonstration
Choisissons \(s_1, \ldots, s_n \in S\) dont les images dans \(S/IS\) engendrent \(S/IS\) comme algèbre sur \(R/I\). D’après la partie (11) du lemme 00DV, on voit que l’homomorphisme de \(R\)-algèbres \(R[x_1, \ldots, x_n] \to S\), \(x_i \mapsto s_i\), est surjectif, ce qui donne le résultat.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal localement nilpotent. Soit \(S \to S'\) un homomorphisme de \(R\)-algèbres tel que \(S \to S'/IS'\) soit surjectif et que \(S'\) soit de type fini sur \(R\). Alors \(S \to S'\) est surjectif.
Démonstration
Écrivons \(S' = R[x_1, \ldots, x_m]/K\) pour un certain idéal \(K\). Par hypothèse, il existe des \(g_j = x_j + \sum \delta_{j, J} x^J \in R[x_1, \ldots, x_n]\) avec \(\delta_{j, J} \in I\) et \(g_j \bmod K \in \Im(S \to S')\). Il suffit donc de montrer que \(g_1, \ldots, g_m\) engendrent \(R[x_1, \ldots, x_n]\). Soit \(R_0 \subset R\) une \(\mathbf{Z}\)-sous-algèbre de type fini de \(R\) contenant notamment les \(\delta_{j, J}\). Alors \(R_0 \cap I\) est un idéal nilpotent (d’après le lemme 00IM). Il s’ensuit que \(R_0[x_1, \ldots, x_n]\) est engendré par \(g_1, \ldots, g_m\) (car \(x_j \mapsto g_j\) définit un automorphisme de \(R_0[x_1, \ldots, x_m]\) ; nous omettons les détails). Comme \(R\) est la réunion des sous-anneaux \(R_0\), le résultat suit.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(S \to S'\) un homomorphisme de \(R\)-algèbres. Soit \(IS \subset \mathfrak q \subset S\) un idéal premier. Supposons que
\(S \to S'\) soit surjectif,
\(S_\mathfrak q/IS_\mathfrak q \to S'_\mathfrak q/IS'_\mathfrak q\) soit un isomorphisme,
\(S\) soit de type fini sur \(R\),
\(S'\) soit de présentation finie sur \(R\), et
\(S'_\mathfrak q\) soit plat sur \(R\).
Alors \(S_g \to S'_g\) est un isomorphisme pour un certain \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\).
Démonstration
Soit \(J = \Ker(S \to S')\). D’après le lemme 00F4, \(J\) est un idéal de type fini. Comme \(S'_\mathfrak q\) est plat sur \(R\), on voit que \(J_\mathfrak q/IJ_\mathfrak q \subset S_\mathfrak q/IS_{\mathfrak q}\) (appliquer le lemme 00HL à \(0 \to J \to S \to S' \to 0\)). D’après l’hypothèse (2), on voit que \(J_\mathfrak q/IJ_\mathfrak q\) est nul. D’après le lemme de Nakayama (lemme 00DV), il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(J_g = 0\). Ainsi, \(S_g \cong S'_g\), comme souhaité.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(S \to S'\) un homomorphisme de \(R\)-algèbres. Supposons que
\(I\) soit localement nilpotent,
\(S/IS \to S'/IS'\) soit un isomorphisme,
\(S\) soit de type fini sur \(R\),
\(S'\) soit de présentation finie sur \(R\), et
\(S'\) soit plat sur \(R\).
Alors \(S \to S'\) est un isomorphisme.
Démonstration
D’après le lemme 07RD, l’homomorphisme \(S \to S'\) est surjectif. Comme \(I\) est localement nilpotent, les idéaux \(IS\) et \(IS'\) le sont aussi (lemme 0544). Ainsi, tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\) contient \(IS\) et, trivialement, \(S_\mathfrak q/IS_\mathfrak q \cong S'_\mathfrak q/IS'_\mathfrak q\). Le lemme 087P s’applique donc, et l’on voit que \(S_\mathfrak q \to S'_\mathfrak q\) est un isomorphisme pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset S\). Il s’ensuit que \(S \to S'\) est injectif, par exemple d’après le lemme 00HN.
Colimites et morphismes de présentation finie
Dans cette section, nous démontrons quelques lemmes préliminaires qui nous aideront par la suite à établir un résultat au moyen d’une réduction noethérienne absolue. Dans Catégories, section 04AX, nous étudions les colimites filtrantes en général. Voici un exemple de cette notion très générale.
Lemme
Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux. Considérons la catégorie \(\mathcal{I}\) de tous les diagrammes de morphismes de \(R\)-algèbres \(A' \to A\), où \(A'\) est de présentation finie sur \(R\). Alors \(\mathcal{I}\) est filtrante et la colimite des \(A'\) suivant \(\mathcal{I}\) est isomorphe à \(A\).
Démonstration
La catégorie11 \(\mathcal{I}\) est non vide, puisque \(R \to R\) en est un objet. Considérons deux objets \(A' \to A\) et \(A'' \to A\) de \(\mathcal{I}\). Alors \(A' \otimes_R A'' \to A\) appartient à \(\mathcal{I}\) (utiliser les Lemmes 00F4 et 05G5). Les morphismes d’anneaux \(A' \to A' \otimes_R A''\) et \(A'' \to A' \otimes_R A''\) définissent des flèches de \(\mathcal{I}\), ce qui démontre la deuxième propriété définissant une catégorie filtrante ; voir Catégories, Définition 002V. Enfin, supposons donnés deux morphismes \(\sigma, \tau : A' \to A''\) dans \(\mathcal{I}\). Si \(x_1, \ldots, x_r \in A'\) engendrent \(A'\) comme \(R\)-algèbre, nous pouvons considérer \(A''' = A''/(\sigma(x_i) - \tau(x_i))\). C’est une \(R\)-algèbre de présentation finie, et le morphisme de \(R\)-algèbres donné \(A'' \to A\) se factorise par la surjection \(\nu : A'' \to A'''\). Ainsi, \(\nu\) est un morphisme de \(\mathcal{I}\) qui égalise \(\sigma\) et \(\tau\), comme souhaité.
Le fait que notre catégorie d’indices soit cofiltrante signifie que nous pouvons calculer la valeur de \(B = \colim_{A' \to A} A'\) dans la catégorie des ensembles (certains détails sont omis ; comparer avec la discussion de Catégories, section 04AX). Pour voir que \(B \to A\) est surjectif, pour tout \(a \in A\) nous pouvons utiliser \(R[x] \to A\), \(x \mapsto a\), et constater que \(a\) appartient à l’image de \(B \to A\). Réciproquement, si \(b \in B\) s’envoie sur zéro dans \(A\), nous pouvons trouver \(A' \to A\) dans \(\mathcal{I}\) et \(a' \in A'\) qui s’envoie sur \(b\). Alors \(A'/(a') \to A\) appartient lui aussi à \(\mathcal{I}\), et le morphisme \(A' \to B\) se factorise sous la forme \(A' \to A'/(a') \to B\), ce qui montre que \(b = 0\), comme souhaité.
Il est souvent plus commode de considérer les colimites indexées par des ensembles préordonnés. Soit \((\Lambda, \geq)\) un ensemble préordonné. Un système d’anneaux sur \(\Lambda\) est constitué d’un anneau \(R_\lambda\) pour chaque \(\lambda \in \Lambda\) et d’un morphisme \(R_\lambda \to R_\mu\) dès que \(\lambda \leq \mu\). Ces morphismes doivent satisfaire la règle selon laquelle \(R_\lambda \to R_\mu \to R_\nu\) est égal au morphisme \(R_\lambda \to R_\nu\) pour tous \(\lambda \leq \mu \leq \nu\). Voir Catégories, section 002Z. Nous supposerons souvent que \((I, \leq)\) est filtrant, ce qui signifie que \(\Lambda\) est non vide et que, étant donnés \(\lambda, \mu \in \Lambda\), il existe \(\nu \in \Lambda\) tel que \(\lambda \leq \nu\) et \(\mu \leq \nu\). Rappelons que, dans ce cas, la colimite \(\colim_\lambda R_\lambda\) est parfois appelée « limite directe » (mais nous n’emploierons pas cette terminologie).
Notons que Catégories, Lemme 0032, nous dit que les colimites indexées par des catégories filtrantes reviennent au même que les colimites indexées par des ensembles filtrants.
Lemme
Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux. Il existe un système filtrant \(A_\lambda\) de \(R\)-algèbres de présentation finie tel que \(A = \colim_\lambda A_\lambda\). Si \(A\) est de type fini sur \(R\), on peut faire en sorte que tous les morphismes de transition du système des \(A_\lambda\) soient surjectifs.
Démonstration
Une première démonstration consiste à déduire l’énoncé du Lemme 0BUF et de Catégories, Lemme 0032.
Seconde démonstration. Comparer avec la démonstration du Lemme 00HA. Considérons une partie finie quelconque \(S \subset A\) et une famille finie \(E\) de relations polynomiales entre les éléments de \(S\). Ainsi, à chaque \(s \in S\) correspond \(x_s \in A\), et chaque \(e \in E\) consiste en un polynôme \(f_e \in R[X_s; s\in S]\) tel que \(f_e(x_s) = 0\). Posons \(A_{S, E} = R[X_s; s\in S]/(f_e; e\in E)\) ; c’est une \(R\)-algèbre de présentation finie. Il existe des morphismes canoniques \(A_{S, E} \to A\). Si \(S \subset S'\) et si les éléments de \(E\) correspondent, par le morphisme \(R[X_s; s \in S] \to R[X_s; s\in S']\), à une partie de \(E'\), il existe alors un morphisme évident \(A_{S, E} \to A_{S', E'}\) qui commute aux morphismes vers \(A\). Ainsi, en prenant pour \(\Lambda\) l’ensemble des couples \((S, E)\) ordonné par inclusion comme ci-dessus, on obtient un ensemble partiellement ordonné filtrant. Il est clair que la colimite de ce système filtrant est \(A\).
Pour la dernière assertion, supposons \(A = R[x_1, \ldots, x_n]/I\). Considérons alors la partie \(\Lambda' \subset \Lambda\) formée des systèmes \((S, E)\) ci-dessus pour lesquels \(S = \{x_1, \ldots, x_n\}\). On voit aisément que l’on a encore \(A = \colim_{\lambda' \in \Lambda'} A_{\lambda'}\). De plus, les morphismes de transition sont manifestement surjectifs.
Il se trouve que l’on peut caractériser comme suit les morphismes d’anneaux de présentation finie. Cela signifie en un certain sens que les algèbres de présentation finie sont les objets « compacts » de la catégorie des \(R\)-algèbres.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(\varphi\) est de présentation finie,
pour tout système filtrant \(A_\lambda\) de \(R\)-algèbres, l’application \[\colim_\lambda \Hom_R(S, A_\lambda) \longrightarrow \Hom_R(S, \colim_\lambda A_\lambda)\] est bijective, et
pour tout système filtrant \(A_\lambda\) de \(R\)-algèbres, l’application \[\colim_\lambda \Hom_R(S, A_\lambda) \longrightarrow \Hom_R(S, \colim_\lambda A_\lambda)\] est surjective.
Démonstration
Supposons (1) et écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_n] / (f_1, \ldots, f_m)\). Posons \(A = \colim A_\lambda\). Remarquons qu’un homomorphisme de \(R\)-algèbres \(S \to A\) ou \(S \to A_\lambda\) est déterminé par les images de \(x_1, \ldots, x_n\). Il est donc clair que \(\colim_\lambda \Hom_R(S, A_\lambda) \to \Hom_R(S, A)\) est injectif. Pour voir qu’il est surjectif, soit \(\chi : S \to A\) un homomorphisme de \(R\)-algèbres. Chaque \(x_i\) s’envoie alors sur un élément de l’image d’un certain \(A_{\lambda_i}\). Nous pouvons choisir \(\mu \geq \lambda_i\), \(i = 1, \ldots, n\), et supposer que \(\chi(x_i)\) est l’image de \(y_i \in A_\mu\) pour \(i = 1, \ldots, n\). Considérons \(z_j = f_j(y_1, \ldots, y_n) \in A_\mu\). Comme \(\chi\) est un homomorphisme, l’image de \(z_j\) dans \(A = \colim_\lambda A_\lambda\) est nulle. Il existe donc \(\mu_j \geq \mu\) tel que \(z_j\) s’envoie sur zéro dans \(A_{\mu_j}\). Choisissons \(\nu \geq \mu_j\), \(j = 1, \ldots, m\). Les images de \(z_1, \ldots, z_m\) sont alors nulles dans \(A_\nu\). Cela signifie exactement que les \(y_i\) s’envoient sur des éléments \(y'_i \in A_\nu\) qui satisfont les relations \(f_j(y'_1, \ldots, y'_n) = 0\). Nous obtenons donc un morphisme d’anneaux \(S \to A_\nu\). Cela montre que (1) implique (2).
Il est clair que (2) implique (3). Supposons (3). D’après le Lemme 00QN, nous pouvons écrire \(S = \colim_\lambda S_\lambda\), où \(S_\lambda\) est de présentation finie sur \(R\). Le morphisme identité se factorise alors sous la forme \[S \to S_\lambda \to S\] pour un certain \(\lambda\). Il s’ensuit que \(S\) est de présentation finie sur \(S_\lambda\) d’après le Lemme 00F4, partie (4), appliqué à \(S \to S_\lambda \to S\). En appliquant la partie (2) du même lemme à \(R \to S_\lambda \to S\), nous concluons que \(S\) est de présentation finie sur \(R\).
À l’aide des résultats élémentaires qui précèdent, nous pouvons donner le critère suivant pour qu’une algèbre \(A\) soit une colimite filtrante d’algèbres d’un type donné.
Lemme
Soit \(R \to \Lambda\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathcal{E}\) un ensemble de \(R\)-algèbres tel que chaque \(A \in \mathcal{E}\) soit de présentation finie sur \(R\). Les deux assertions suivantes sont équivalentes :
\(\Lambda\) est une colimite filtrante d’éléments de \(\mathcal{E}\), et
pour tout morphisme de \(R\)-algèbres \(A \to \Lambda\), avec \(A\) de présentation finie sur \(R\), on peut trouver une factorisation \(A \to B \to \Lambda\) avec \(B \in \mathcal{E}\).
Démonstration
Supposons que \(\mathcal{I} \to \mathcal{E}\), \(i \mapsto A_i\), soit un diagramme filtrant tel que \(\Lambda = \colim_i A_i\). Soit \(A \to \Lambda\) un morphisme de \(R\)-algèbres, avec \(A\) de présentation finie sur \(R\). L’application du Lemme 00QO fournit une factorisation \(A \to A_i \to \Lambda\). Ainsi, (1) implique (2).
Considérons la catégorie \(\mathcal{I}\) du Lemme 0BUF. D’après Catégories, Lemme 0BUC, la sous-catégorie pleine \(\mathcal{J}\) formée des \(A \to \Lambda\) tels que \(A \in \mathcal{E}\) est cofinale dans \(\mathcal{I}\) et est une catégorie filtrante. Alors \(\Lambda\) est aussi la colimite suivant \(\mathcal{J}\), d’après Catégories, Lemme 04E7.
Mais il y a davantage. Plus précisément, étant donné \(R = \colim_\lambda R_\lambda\), on voit que la catégorie des \(R\)-modules de présentation finie est équivalente à la limite des catégories des \(R_\lambda\)-modules de présentation finie. Il en va de même des catégories des \(R\)-algèbres de présentation finie.
Lemme
Soient \(A\) un anneau et \(M, N\) des \(A\)-modules. Supposons que \(R = \colim_{i \in I} R_i\) soit une colimite filtrante de \(A\)-algèbres.
Si \(M\) est un \(A\)-module de type fini et si \(u, u' : M \to N\) sont des morphismes de \(A\)-modules tels que \(u \otimes 1 = u' \otimes 1 : M \otimes_A R \to N \otimes_A R\), alors, pour un certain \(i\), on a \(u \otimes 1 = u' \otimes 1 : M \otimes_A R_i \to N \otimes_A R_i\).
Si \(N\) est un \(A\)-module de type fini et si \(u : M \to N\) est un morphisme de \(A\)-modules tel que \(u \otimes 1 : M \otimes_A R \to N \otimes_A R\) soit surjectif, alors, pour un certain \(i\), le morphisme \(u \otimes 1 : M \otimes_A R_i \to N \otimes_A R_i\) est surjectif.
Si \(N\) est un \(A\)-module de présentation finie et si \(v : N \otimes_A R \to M \otimes_A R\) est un morphisme de \(R\)-modules, alors il existe \(i\) et un morphisme de \(R_i\)-modules \(v_i : N \otimes_A R_i \to M \otimes_A R_i\) tels que \(v = v_i \otimes 1\).
Si \(M\) est un \(A\)-module de type fini, si \(N\) est un \(A\)-module de présentation finie et si \(u : M \to N\) est un morphisme de \(A\)-modules tel que \(u \otimes 1 : M \otimes_A R \to N \otimes_A R\) soit un isomorphisme, alors, pour un certain \(i\), le morphisme \(u \otimes 1 : M \otimes_A R_i \to N \otimes_A R_i\) est un isomorphisme.
Démonstration
Pour démontrer (1), supposons que \(u\) soit comme dans (1) et soient \(x_1, \ldots, x_m \in M\) des générateurs. Comme \(N \otimes_A R = \colim_i N \otimes_A R_i\), nous pouvons choisir \(i \in I\) tel que \(u(x_j) \otimes 1 = u'(x_j) \otimes 1\) dans \(M \otimes_A R_i\), \(j = 1, \ldots, m\). Pour un tel \(i\), on a \(u \otimes 1 = u' \otimes 1 : M \otimes_A R_i \to N \otimes_A R_i\).
Pour démontrer (2), supposons \(u \otimes 1\) surjectif et soient \(y_1, \ldots, y_m \in N\) des générateurs. Comme \(N \otimes_A R = \colim_i N \otimes_A R_i\), nous pouvons choisir \(i \in I\) et \(z_j \in M \otimes_A R_i\), \(j = 1, \ldots, m\), dont les images dans \(N \otimes_A R\) sont égales à \(y_j \otimes 1\). Pour un tel \(i\), le morphisme \(u \otimes 1 : M \otimes_A R_i \to N \otimes_A R_i\) est surjectif.
Pour démontrer (3), soient \(y_1, \ldots, y_m \in N\) des générateurs. Soit \(K = \Ker(A^{\oplus m} \to N)\), où le morphisme est donné par la règle \((a_1, \ldots, a_m) \mapsto \sum a_j x_j\). Soient \(k_1, \ldots, k_t\) des générateurs de \(K\). Écrivons \(k_s = (k_{s1}, \ldots, k_{sm})\). Comme \(M \otimes_A R = \colim_i M \otimes_A R_i\), nous pouvons choisir \(i \in I\) et \(z_j \in M \otimes_A R_i\), \(j = 1, \ldots, m\), dont les images dans \(M \otimes_A R\) sont égales à \(v(y_j \otimes 1)\). Nous voulons utiliser les \(z_j\) pour définir le morphisme \(v_i : N \otimes_A R_i \to M \otimes_A R_i\). Puisque \(K \otimes_A R_i \to R_i^{\oplus m} \to N \otimes_A R_i \to 0\) est une présentation, il suffit de vérifier que \(\xi_s = \sum_j k_{sj}z_j\) est nul dans \(M \otimes_A R_i\) pour chaque \(s = 1, \ldots, t\). Ce n’est pas nécessairement le cas, mais, puisque l’image de \(\xi_s\) dans \(M \otimes_A R\) est nulle, cela le devient après avoir augmenté quelque peu \(i\).
Pour démontrer (4), supposons que \(u \otimes 1\) soit un isomorphisme, que \(M\) soit de type fini et que \(N\) soit de présentation finie. Soit \(v : N \otimes_A R \to M \otimes_A R\) un inverse de \(u \otimes 1\). La partie (3) fournit un morphisme \(v_i : N \otimes_A R_i \to M \otimes_A R_i\) pour un certain \(i\). La partie (1) montre qu’après avoir augmenté \(i\), on a \(v_i \circ (u \otimes 1) = \text{id}_{M \otimes_R R_i}\) et \((u \otimes 1) \circ v_i = \text{id}_{N \otimes_R R_i}\).
Lemme
Supposons que \(R = \colim_{\lambda \in \Lambda} R_\lambda\) soit une colimite filtrante d’anneaux. Alors la catégorie des \(R\)-modules de présentation finie est la colimite des catégories des \(R_\lambda\)-modules de présentation finie. Plus précisément :
Étant donné un \(R\)-module \(M\) de présentation finie, il existe \(\lambda \in \Lambda\) et un \(R_\lambda\)-module \(M_\lambda\) de présentation finie tels que \(M \cong M_\lambda \otimes_{R_\lambda} R\).
Étant donnés \(\lambda \in \Lambda\), des \(R_\lambda\)-modules de présentation finie \(M_\lambda, N_\lambda\) et un morphisme de \(R\)-modules \(\varphi : M_\lambda \otimes_{R_\lambda} R \to N_\lambda \otimes_{R_\lambda} R\), il existe \(\mu \geq \lambda\) et un morphisme de \(R_\mu\)-modules \(\varphi_\mu : M_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu \to N_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu\) tels que \(\varphi = \varphi_\mu \otimes 1_R\).
Étant donnés \(\lambda \in \Lambda\), des \(R_\lambda\)-modules de présentation finie \(M_\lambda, N_\lambda\) et des morphismes de \(R_\lambda\)-modules \(\varphi, \psi : M_\lambda \to N_\lambda\) tels que \(\varphi \otimes 1_R = \psi \otimes 1_R\), on a \(\varphi \otimes 1_{R_\mu} = \psi \otimes 1_{R_\mu}\) pour un certain \(\mu \geq \lambda\).
Démonstration
Pour démontrer (1), choisissons une présentation \(R^{\oplus m} \to R^{\oplus n} \to M \to 0\). Supposons que le premier morphisme soit donné par la matrice \(A = (a_{ij})\). Nous pouvons choisir \(\lambda \in \Lambda\) et une matrice \(A_\lambda = (a_{\lambda, ij})\) à coefficients dans \(R_\lambda\) qui s’envoie sur \(A\) dans \(R\). Il suffit alors de prendre pour \(M_\lambda\) le \(R_\lambda\)-module ayant pour présentation \(R_\lambda^{\oplus m} \to R_\lambda^{\oplus n} \to M_\lambda \to 0\), où le premier morphisme est donné par \(A_\lambda\).
Les parties (2) et (3) résultent du Lemme 05LI.
Lemme
Soient \(A\) un anneau et \(B, C\) des \(A\)-algèbres. Supposons que \(R = \colim_{i \in I} R_i\) soit une colimite filtrante de \(A\)-algèbres.
Si \(B\) est une \(A\)-algèbre de type fini et si \(u, u' : B \to C\) sont des morphismes de \(A\)-algèbres tels que \(u \otimes 1 = u' \otimes 1 : B \otimes_A R \to C \otimes_A R\), alors, pour un certain \(i\), on a \(u \otimes 1 = u' \otimes 1 : B \otimes_A R_i \to C \otimes_A R_i\).
Si \(C\) est une \(A\)-algèbre de type fini et si \(u : B \to C\) est un morphisme de \(A\)-algèbres tel que \(u \otimes 1 : B \otimes_A R \to C \otimes_A R\) soit surjectif, alors, pour un certain \(i\), le morphisme \(u \otimes 1 : B \otimes_A R_i \to C \otimes_A R_i\) est surjectif.
Si \(C\) est de présentation finie sur \(A\) et si \(v : C \otimes_A R \to B \otimes_A R\) est un morphisme de \(R\)-algèbres, alors il existe \(i\) et un morphisme de \(R_i\)-algèbres \(v_i : C \otimes_A R_i \to B \otimes_A R_i\) tels que \(v = v_i \otimes 1\).
Si \(B\) est une \(A\)-algèbre de type fini, si \(C\) est une \(A\)-algèbre de présentation finie et si \(u \otimes 1 : B \otimes_A R \to C \otimes_A R\) est un isomorphisme, alors, pour un certain \(i\), le morphisme \(u \otimes 1 : B \otimes_A R_i \to C \otimes_A R_i\) est un isomorphisme.
Démonstration
Pour démontrer (1), supposons que \(u\) soit comme dans (1) et soient \(x_1, \ldots, x_m \in B\) des générateurs. Comme \(B \otimes_A R = \colim_i B \otimes_A R_i\), nous pouvons choisir \(i \in I\) tel que \(u(x_j) \otimes 1 = u'(x_j) \otimes 1\) dans \(B \otimes_A R_i\), \(j = 1, \ldots, m\). Pour un tel \(i\), on a \(u \otimes 1 = u' \otimes 1 : B \otimes_A R_i \to C \otimes_A R_i\).
Pour démontrer (2), supposons \(u \otimes 1\) surjectif et soient \(y_1, \ldots, y_m \in C\) des générateurs. Comme \(B \otimes_A R = \colim_i B \otimes_A R_i\), nous pouvons choisir \(i \in I\) et \(z_j \in B \otimes_A R_i\), \(j = 1, \ldots, m\), dont les images dans \(C \otimes_A R\) sont égales à \(y_j \otimes 1\). Pour un tel \(i\), le morphisme \(u \otimes 1 : B \otimes_A R_i \to C \otimes_A R_i\) est surjectif.
Pour démontrer (3), soient \(c_1, \ldots, c_m \in C\) des générateurs. Soit \(K = \Ker(A[x_1, \ldots, x_m] \to N)\), où le morphisme est donné par la règle \(x_j \mapsto \sum c_j\). Soient \(f_1, \ldots, f_t\) des générateurs de l’idéal \(K\) de \(A[x_1, \ldots, x_m]\). Nous considérons \(f_j = f_j(x_1, \ldots, x_m)\) comme un polynôme. Comme \(B \otimes_A R = \colim_i B \otimes_A R_i\), nous pouvons choisir \(i \in I\) et \(z_j \in B \otimes_A R_i\), \(j = 1, \ldots, m\), dont les images dans \(B \otimes_A R\) sont égales à \(v(c_j \otimes 1)\). Nous voulons utiliser les \(z_j\) pour définir un morphisme \(v_i : C \otimes_A R_i \to B \otimes_A R_i\). Puisque \(K \otimes_A R_i \to R_i[x_1, \ldots, x_m] \to C \otimes_A R_i \to 0\) est une présentation, il suffit de vérifier que \(\xi_s = f_j(z_1, \ldots, z_m)\) est nul dans \(B \otimes_A R_i\) pour chaque \(s = 1, \ldots, t\). Ce n’est pas nécessairement le cas, mais, puisque l’image de \(\xi_s\) dans \(B \otimes_A R\) est nulle, cela le devient après avoir augmenté quelque peu \(i\).
Pour démontrer (4), supposons que \(u \otimes 1\) soit un isomorphisme, que \(B\) soit une \(A\)-algèbre de type fini et que \(C\) soit une \(A\)-algèbre de présentation finie. Soit \(v : B \otimes_A R \to C \otimes_A R\) un inverse de \(u \otimes 1\). Soit \(v_i : C \otimes_A R_i \to B \otimes_A R_i\) comme dans la partie (3). La partie (1) montre qu’après avoir augmenté \(i\), on a \(v_i \circ (u \otimes 1) = \text{id}_{B \otimes_R R_i}\) et \((u \otimes 1) \circ v_i = \text{id}_{C \otimes_R R_i}\).
Lemme
Supposons que \(R = \colim_{\lambda \in \Lambda} R_\lambda\) soit une colimite filtrante d’anneaux. Alors la catégorie des \(R\)-algèbres de présentation finie est la colimite des catégories des \(R_\lambda\)-algèbres de présentation finie. Plus précisément :
Étant donnée une \(R\)-algèbre \(A\) de présentation finie, il existe \(\lambda \in \Lambda\) et une \(R_\lambda\)-algèbre \(A_\lambda\) de présentation finie telles que \(A \cong A_\lambda \otimes_{R_\lambda} R\).
Étant donnés \(\lambda \in \Lambda\), des \(R_\lambda\)-algèbres de présentation finie \(A_\lambda, B_\lambda\) et un morphisme de \(R\)-algèbres \(\varphi : A_\lambda \otimes_{R_\lambda} R \to B_\lambda \otimes_{R_\lambda} R\), il existe \(\mu \geq \lambda\) et un morphisme de \(R_\mu\)-algèbres \(\varphi_\mu : A_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu \to B_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu\) tels que \(\varphi = \varphi_\mu \otimes 1_R\).
Étant donnés \(\lambda \in \Lambda\), des \(R_\lambda\)-algèbres de présentation finie \(A_\lambda, B_\lambda\) et des morphismes de \(R_\lambda\)-algèbres \(\varphi_\lambda, \psi_\lambda : A_\lambda \to B_\lambda\) tels que \(\varphi \otimes 1_R = \psi \otimes 1_R\), on a \(\varphi \otimes 1_{R_\mu} = \psi \otimes 1_{R_\mu}\) pour un certain \(\mu \geq \lambda\).
Démonstration
Pour démontrer (1), choisissons une présentation \(A = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m)\). Nous pouvons choisir \(\lambda \in \Lambda\) et des éléments \(f_{\lambda, j} \in R_\lambda[x_1, \ldots, x_n]\) qui s’envoient sur \(f_j \in R[x_1, \ldots, x_n]\). Il suffit alors de poser \(A_\lambda = R_\lambda[x_1, \ldots, x_n]/(f_{\lambda, 1}, \ldots, f_{\lambda, m})\).
Les parties (2) et (3) résultent du Lemme 05N8.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme local d’anneaux locaux. Il existe un ensemble filtrant \((\Lambda, \leq)\) et un système d’homomorphismes locaux \(R_\lambda \to S_\lambda\) d’anneaux locaux tels que :
La colimite du système \(R_\lambda \to S_\lambda\) est égale à \(R \to S\).
Chaque \(R_\lambda\) est essentiellement de type fini sur \(\mathbf{Z}\).
Chaque \(S_\lambda\) est essentiellement de type fini sur \(R_\lambda\).
Démonstration
Notons \(\varphi : R \to S\) le morphisme d’anneaux. Soient \(\mathfrak m \subset R\) l’idéal maximal de \(R\) et \(\mathfrak n \subset S\) l’idéal maximal de \(S\). Posons \[\Lambda = \{ (A, B) \mid A \subset R, B \subset S, \# A < \infty, \# B < \infty, \varphi(A) \subset B \}.\] Nous prenons pour ordre partiel la relation d’inclusion. Pour chaque \(\lambda = (A, B) \in \Lambda\), soit \(R'_\lambda\) la sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre engendrée par les \(a \in A\), et soit \(S'_\lambda\) la sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre engendrée par les \(b\), \(b \in B\). Soit \(R_\lambda\) la localisation de \(R'_\lambda\) en l’idéal premier \(R'_\lambda \cap \mathfrak m\), et soit \(S_\lambda\) la localisation de \(S'_\lambda\) en l’idéal premier \(S'_\lambda \cap \mathfrak n\). Voici le diagramme : \[\xymatrix{ B \ar[r] & S'_\lambda \ar[r] & S_\lambda \ar[r] & S \\ A \ar[r] \ar[u] & R'_\lambda \ar[r] \ar[u] & R_\lambda \ar[r] \ar[u] & R \ar[u] }.\] Les morphismes de transition sont clairs. Nous laissons au lecteur la démonstration des autres assertions.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme local d’anneaux locaux. Supposons \(S\) essentiellement de type fini sur \(R\). Il existe alors un ensemble filtrant \((\Lambda, \leq)\) et un système d’homomorphismes locaux \(R_\lambda \to S_\lambda\) d’anneaux locaux tels que :
La colimite du système \(R_\lambda \to S_\lambda\) est égale à \(R \to S\).
Chaque \(R_\lambda\) est essentiellement de type fini sur \(\mathbf{Z}\).
Chaque \(S_\lambda\) est essentiellement de type fini sur \(R_\lambda\).
Pour chaque \(\lambda \leq \mu\), le morphisme \(S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu \to S_\mu\) présente \(S_\mu\) comme la localisation d’un quotient de \(S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu\).
Démonstration
Notons \(\varphi : R \to S\) le morphisme d’anneaux. Soient \(\mathfrak m \subset R\) l’idéal maximal de \(R\) et \(\mathfrak n \subset S\) l’idéal maximal de \(S\). Soient \(x_1, \ldots, x_n \in S\) des éléments tels que \(S\) soit une localisation de la sous-\(R\)-algèbre de \(S\) engendrée par \(x_1, \ldots, x_n\). Autrement dit, \(S\) est un quotient d’une localisation de l’anneau de polynômes \(R[x_1, \ldots, x_n]\).
Soit \(\Lambda = \{ A \subset R \mid \# A < \infty\}\) l’ensemble des parties finies de \(R\). Nous prenons pour ordre partiel la relation d’inclusion. Pour chaque \(\lambda = A \in \Lambda\), soit \(R'_\lambda\) la sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre engendrée par les \(a \in A\), et soit \(S'_\lambda\) la sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre engendrée par les \(\varphi(a)\), \(a \in A\), et par les éléments \(x_1, \ldots, x_n\). Soit \(R_\lambda\) la localisation de \(R'_\lambda\) en l’idéal premier \(R'_\lambda \cap \mathfrak m\), et soit \(S_\lambda\) la localisation de \(S'_\lambda\) en l’idéal premier \(S'_\lambda \cap \mathfrak n\). Voici le diagramme : \[\xymatrix{ \varphi(A) \amalg \{x_i\} \ar[r] & S'_\lambda \ar[r] & S_\lambda \ar[r] & S \\ A \ar[r] \ar[u] & R'_\lambda \ar[r] \ar[u] & R_\lambda \ar[r] \ar[u] & R \ar[u] }\] Il est clair que si \(A \subset B\) correspond à \(\lambda \leq \mu\) dans \(\Lambda\), il existe des morphismes canoniques \(R_\lambda \to R_\mu\) et \(S_\lambda \to S_\mu\), et l’on obtient ainsi un système sur l’ensemble filtrant \(\Lambda\).
L’assertion \(R = \colim R_\lambda\) est claire : tous les morphismes \(R_\lambda \to R\) sont injectifs et tout élément de \(R\) finit par appartenir à l’image. Le même argument s’applique à \(S = \colim S_\lambda\). Les assertions (2) et (3) sont vraies par construction. La dernière assertion résulte du fait que les morphismes \(S'_\lambda \otimes_{R'_\lambda} R'_\mu \to S'_\mu\) sont manifestement surjectifs.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme local d’anneaux locaux. Supposons \(S\) essentiellement de présentation finie sur \(R\). Il existe alors un ensemble filtrant \((\Lambda, \leq)\) et un système d’homomorphismes locaux \(R_\lambda \to S_\lambda\) d’anneaux locaux tels que :
La colimite du système \(R_\lambda \to S_\lambda\) est égale à \(R \to S\).
Chaque \(R_\lambda\) est essentiellement de type fini sur \(\mathbf{Z}\).
Chaque \(S_\lambda\) est essentiellement de type fini sur \(R_\lambda\).
Pour chaque \(\lambda \leq \mu\), le morphisme \(S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu \to S_\mu\) présente \(S_\mu\) comme la localisation de \(S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu\) en un idéal premier.
Démonstration
Par hypothèse, nous pouvons choisir un isomorphisme \(\Phi : (R[x_1, \ldots, x_n]/I)_{\mathfrak q} \to S\), où \(I \subset R[x_1, \ldots, x_n]\) est un idéal de type fini et \(\mathfrak q \subset R[x_1, \ldots, x_n]/I\) est premier. (Notons que \(R \cap \mathfrak q\) est égal à l’idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\).) Choisissons aussi des générateurs \(f_1, \ldots, f_m \in I\) de l’idéal \(I\). Écrivons de façon quelconque \(R\) comme une colimite \(R = \colim R_\lambda\) indexée par un ensemble filtrant \((\Lambda, \leq )\), chaque \(R_\lambda\) étant local et essentiellement de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Il existe \(\lambda_0 \in \Lambda\) tel que \(f_j\) soit l’image d’un certain \(f_{j, \lambda_0} \in R_{\lambda_0}[x_1, \ldots, x_n]\). Pour tout \(\lambda \geq \lambda_0\), notons \(f_{j, \lambda} \in R_{\lambda}[x_1, \ldots, x_n]\) l’image de \(f_{j, \lambda_0}\). Nous obtenons ainsi un système de morphismes d’anneaux \[R_\lambda[x_1, \ldots, x_n]/(f_{1, \lambda}, \ldots, f_{m, \lambda}) \to R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m) \to S\] Posons \(\mathfrak q_\lambda\) égal à l’image réciproque de \(\mathfrak q\). Posons \(S_\lambda = (R_\lambda[x_1, \ldots, x_n]/ (f_{1, \lambda}, \ldots, f_{m, \lambda}))_{\mathfrak q_\lambda}\). Nous laissons au lecteur le soin de vérifier que ce choix convient.
Remarque
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme local d’anneaux locaux, essentiellement de présentation finie. Prenons un système quelconque \((\Lambda, \leq)\), \(R_\lambda \to S_\lambda\), possédant les propriétés énumérées dans le Lemme 00QU. Il peut arriver que ce soit le « mauvais » système, c’est-à-dire que la propriété (4) du Lemme 00QV ne soit pas satisfaite. En voici un exemple. Soit \(k = \mathbf{F}_2\). Considérons l’anneau \[R = \text{localisation de } k[z, y_1, y_2, \ldots]/(y_i^2 - zy_{i + 1}) \text{ en }(z, y_1, y_2, \ldots)\] Posons \(S = R/zR\). Comme système, prenons \(\Lambda = \mathbf{N}\) et \[R_n = \text{localisation de } k[z, y_1, \ldots, y_n]/(\{y_i^2 - zy_{i + 1}\}_{i \leq n-1}) \text{ en }(z, y_1, \ldots, y_n)\] et \(S_n = R_n/(z, y_n^2)\). Aucun des morphismes \(S_n \otimes_{R_n} R_{n + 1} \to S_{n + 1}\) n’est une localisation (c’est-à-dire, en l’espèce, un isomorphisme), puisque \(1 \otimes y_{n + 1}^2\) s’envoie sur zéro. Si l’on prend plutôt \(S_n' = R_n/zR_n\), alors les morphismes \(S'_n \otimes_{R_n} R_{n + 1} \to S'_{n + 1}\) sont des isomorphismes. La morale de cette remarque est qu’il faut choisir les systèmes avec un peu de soin.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme local d’anneaux locaux et que \(S\) soit essentiellement de présentation finie sur \(R\). Soit \(M\) un \(S\)-module de présentation finie. Il existe alors un ensemble filtrant \((\Lambda, \leq)\), un système d’homomorphismes locaux \(R_\lambda \to S_\lambda\) d’anneaux locaux et des \(S_\lambda\)-modules \(M_\lambda\) tels que :
La colimite du système \(R_\lambda \to S_\lambda\) est égale à \(R \to S\). La colimite du système des \(M_\lambda\) est \(M\).
Chaque \(R_\lambda\) est essentiellement de type fini sur \(\mathbf{Z}\).
Chaque \(S_\lambda\) est essentiellement de type fini sur \(R_\lambda\).
Chaque \(M_\lambda\) est de type fini sur \(S_\lambda\).
Pour chaque \(\lambda \leq \mu\), le morphisme \(S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu \to S_\mu\) présente \(S_\mu\) comme la localisation de \(S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu\) en un idéal premier.
Pour chaque \(\lambda \leq \mu\), le morphisme \(M_\lambda \otimes_{S_\lambda} S_\mu \to M_\mu\) est un isomorphisme.
Démonstration
Comme dans la démonstration du Lemme 00QV, nous pouvons d’abord écrire \(R = \colim R_\lambda\) comme une colimite filtrante de \(\mathbf{Z}\)-algèbres locales essentiellement de type fini. Ensuite, nous pouvons supposer qu’il existe \(\lambda_1 \in \Lambda\) et des \(f_{j, \lambda_1} \in R_{\lambda_1}[x_1, \ldots, x_n]\) tels que \[S = \colim_{\lambda \geq \lambda_1} S_\lambda, \text{ avec } S_\lambda = (R_\lambda[x_1, \ldots, x_n]/ (f_{1, \lambda}, \ldots, f_{m, \lambda}))_{\mathfrak q_\lambda}\] Choisissons une présentation \[S^{\oplus s} \to S^{\oplus t} \to M \to 0\] de \(M\) sur \(S\). Soit \(A \in \text{Mat}(t \times s, S)\) la matrice de la présentation. Pour un certain \(\lambda_2 \in \Lambda\), \(\lambda_2 \geq \lambda_1\), nous pouvons trouver une matrice \(A_{\lambda_2} \in \text{Mat}(t \times s, S_{\lambda_2})\) qui s’envoie sur \(A\). Pour tout \(\lambda \geq \lambda_2\), posons \(M_\lambda = \Coker(S_\lambda^{\oplus s} \xrightarrow{A_\lambda} S_\lambda^{\oplus t})\). Nous laissons au lecteur le soin de vérifier que ce choix convient.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un morphisme d’anneaux. Il existe alors un ensemble filtrant \((\Lambda, \leq)\) et un système de morphismes d’anneaux \(R_\lambda \to S_\lambda\) tels que :
La colimite du système \(R_\lambda \to S_\lambda\) est égale à \(R \to S\).
Chaque \(R_\lambda\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\).
Chaque \(S_\lambda\) est de type fini sur \(R_\lambda\).
Démonstration
C’est la version non locale du Lemme 00QT. La démonstration est analogue et laissée au lecteur.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un morphisme d’anneaux et que \(S\) soit entier sur \(R\). Il existe alors un ensemble filtrant \((\Lambda, \leq)\) et un système de morphismes d’anneaux \(R_\lambda \to S_\lambda\) tels que :
La colimite du système \(R_\lambda \to S_\lambda\) est égale à \(R \to S\).
Chaque \(R_\lambda\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\).
Chaque \(S_\lambda\) est fini sur \(R_\lambda\).
Démonstration
Considérons l’ensemble \(\Lambda\) des couples \((E, F)\) où \(E \subset R\) et \(F \subset S\) sont des parties finies, et où tout élément \(f \in F\) est racine d’un polynôme unitaire \(P(X) \in R[X]\) dont les coefficients appartiennent à \(E\). Posons \((E, F) \leq (E', F')\) si \(E \subset E'\) et \(F \subset F'\). Étant donné \(\lambda = (E, F) \in \Lambda\), soit \(R_\lambda \subset R\) la sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre de \(R\) engendrée par \(E\), et soit \(S_\lambda \subset S\) la sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre engendrée par \(F\) et par l’image de \(E\) dans \(S\). Il est clair que \(R = \colim R_\lambda\). On a \(S = \colim S_\lambda\), puisque tout élément de \(S\) est entier sur \(S\). Les morphismes d’anneaux \(R_\lambda \to S_\lambda\) sont finis d’après le Lemme 02JJ et parce que \(S_\lambda\) est engendrée sur \(R_\lambda\) par les éléments de \(F\), qui sont entiers sur \(R_\lambda\) en vertu de notre condition sur les couples \((E, F)\). Le lemme en résulte.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un morphisme d’anneaux et que \(S\) soit de type fini sur \(R\). Il existe alors un ensemble filtrant \((\Lambda, \leq)\) et un système de morphismes d’anneaux \(R_\lambda \to S_\lambda\) tels que :
La colimite du système \(R_\lambda \to S_\lambda\) est égale à \(R \to S\).
Chaque \(R_\lambda\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\).
Chaque \(S_\lambda\) est de type fini sur \(R_\lambda\).
Pour chaque \(\lambda \leq \mu\), le morphisme \(S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu \to S_\mu\) présente \(S_\mu\) comme un quotient de \(S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu\).
Démonstration
C’est la version non locale du Lemme 00QU. La démonstration est analogue et laissée au lecteur.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un morphisme d’anneaux et que \(S\) soit de présentation finie sur \(R\). Il existe alors un ensemble filtrant \((\Lambda, \leq)\) et un système de morphismes d’anneaux \(R_\lambda \to S_\lambda\) tels que :
La colimite du système \(R_\lambda \to S_\lambda\) est égale à \(R \to S\).
Chaque \(R_\lambda\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\).
Chaque \(S_\lambda\) est de type fini sur \(R_\lambda\).
Pour chaque \(\lambda \leq \mu\), le morphisme \(S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu \to S_\mu\) est un isomorphisme.
Démonstration
C’est la version non locale du Lemme 00QV. La démonstration est analogue et laissée au lecteur.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un morphisme d’anneaux et que \(S\) soit de présentation finie sur \(R\). Soit \(M\) un \(S\)-module de présentation finie. Il existe alors un ensemble filtrant \((\Lambda, \leq)\), un système de morphismes d’anneaux \(R_\lambda \to S_\lambda\) et des \(S_\lambda\)-modules \(M_\lambda\) tels que :
La colimite du système \(R_\lambda \to S_\lambda\) est égale à \(R \to S\). La colimite du système des \(M_\lambda\) est \(M\).
Chaque \(R_\lambda\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\).
Chaque \(S_\lambda\) est de type fini sur \(R_\lambda\).
Chaque \(M_\lambda\) est de type fini sur \(S_\lambda\).
Pour chaque \(\lambda \leq \mu\), le morphisme \(S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\mu \to S_\mu\) est un isomorphisme.
Pour chaque \(\lambda \leq \mu\), le morphisme \(M_\lambda \otimes_{S_\lambda} S_\mu \to M_\mu\) est un isomorphisme.
En particulier, pour tout \(\lambda \in \Lambda\), on a \[M = M_\lambda \otimes_{S_\lambda} S = M_\lambda \otimes_{R_\lambda} R.\]
Démonstration
C’est la version non locale du Lemme 00QX. La démonstration est analogue et laissée au lecteur.
Autres critères de platitude
Le lemme suivant est souvent utilisé en géométrie algébrique pour montrer qu’un morphisme fini d’une surface normale vers une surface lisse est plat. Il constitue une réciproque partielle du Lemme 00R5, puisqu’un homomorphisme local injectif et fini d’anneaux satisfait assurément la condition (3).
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. Supposons que
\(R\) soit régulier,
\(S\) soit de Cohen-Macaulay,
\(\dim(S) = \dim(R) + \dim(S/\mathfrak m_R S)\).
Alors \(R \to S\) est plat.
Démonstration
Raisonnons par récurrence sur \(\dim(R)\). Le cas \(\dim(R) = 0\) est trivial, car \(R\) est alors un corps. Supposons \(\dim(R) > 0\). D’après (3), cela implique que \(\dim(S) > 0\). Soient \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_r\) les idéaux premiers minimaux de \(S\). Notons que \(\mathfrak q_i \not \supset \mathfrak m_R S\), puisque \[\dim(S/\mathfrak q_i) = \dim(S) > \dim(S/\mathfrak m_R S)\] la première égalité résultant du Lemme 00N9, et l’inégalité de (3). Ainsi, \(\mathfrak p_i = R \cap \mathfrak q_i\) n’est pas égal à \(\mathfrak m_R\). Choisissons \(x \in \mathfrak m_R\), \(x \not \in \mathfrak m_R^2\) et \(x \not \in \mathfrak p_i\) ; voir le Lemme 00DS. On voit donc que \(x\) n’appartient à aucun idéal premier minimal de \(S\). Par conséquent, \(x\) est un non-diviseur de zéro sur \(S\) d’après (2) ; voir le Lemme 02JN. En outre, \(S/xS\) est de Cohen-Macaulay et \(\dim(S/xS) = \dim(S) - 1\). D’après (1) et le Lemme 00NQ, l’anneau \(R/xR\) est régulier et \(\dim(R/xR) = \dim(R) - 1\). L’hypothèse de récurrence montre que \(R/xR \to S/xS\) est plat. On conclut alors par le Lemme 00ML et la remarque qui le suit.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux locaux noethériens. Supposons que \(R\) soit un anneau local régulier et qu’un système régulier de paramètres s’envoie sur une suite régulière dans \(S\). Alors \(R \to S\) est plat.
Démonstration
Supposons que \(x_1, \ldots, x_d\) soit un système de paramètres de \(R\) qui s’envoie sur une suite régulière dans \(S\). Notons que \(S/(x_1, \ldots, x_d)S\) est plat sur \(R/(x_1, \ldots, x_d)\), puisque ce dernier est un corps. Puis \(x_d\) est un non-diviseur de zéro dans \(S/(x_1, \ldots, x_{d - 1})S\) ; par conséquent, \(S/(x_1, \ldots, x_{d - 1})S\) est plat sur \(R/(x_1, \ldots, x_{d - 1})\) d’après le critère local de platitude (voir le Lemme 00ML et les remarques qui le suivent). Puis \(x_{d - 1}\) est un non-diviseur de zéro dans \(S/(x_1, \ldots, x_{d - 2})S\) ; ainsi, \(S/(x_1, \ldots, x_{d - 2})S\) est plat sur \(R/(x_1, \ldots, x_{d - 2})\) d’après le critère local de platitude (voir le Lemme 00ML et les remarques qui le suivent). On continue ainsi jusqu’à conclure que \(S\) est plat sur \(R\).
Le lemme suivant est la clef qui permet de montrer que les résultats sur les modules de présentation finie sur des anneaux de présentation finie sur un anneau de base découlent des résultats correspondants sur les modules de type fini dans le cas noethérien.
Lemme
Soient \(R \to S\), \(M\), \(\Lambda\), \(R_\lambda \to S_\lambda\) et \(M_\lambda\) comme dans le Lemme 00QX. Supposons que \(M\) soit plat sur \(R\). Alors, pour un certain \(\lambda \in \Lambda\), le module \(M_\lambda\) est plat sur \(R_\lambda\).
Démonstration
Choisissons \(\lambda \in \Lambda\) et considérons \[\text{Tor}_1^{R_\lambda}(M_\lambda, R_\lambda/\mathfrak m_\lambda) = \Ker(\mathfrak m_\lambda \otimes_{R_\lambda} M_\lambda \to M_\lambda).\] Voir la Remarque 00M6. Le second membre montre qu’il s’agit d’un \(S_\lambda\)-module de type fini (car \(S_\lambda\) est noethérien et les modules en question sont de type fini). Soient \(\xi_1, \ldots, \xi_n\) des générateurs. Comme \(M\) est plat sur \(R\), on a \(0 = \Ker(\mathfrak m_\lambda R \otimes_R M \to M)\). Puisque \(\otimes\) commute aux colimites, il existe \(\lambda' \geq \lambda\) tel que chaque \(\xi_i\) s’envoie sur zéro dans \(\mathfrak m_{\lambda}R_{\lambda'} \otimes_{R_{\lambda'}} M_{\lambda'}\). On voit donc que \[\text{Tor}_1^{R_\lambda}(M_\lambda, R_\lambda/\mathfrak m_\lambda) \longrightarrow \text{Tor}_1^{R_{\lambda'}}(M_{\lambda'}, R_{\lambda'}/\mathfrak m_{\lambda}R_{\lambda'})\] est nul. Notons que \(M_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_\lambda/\mathfrak m_\lambda\) est plat sur \(R_\lambda/\mathfrak m_\lambda\), puisque ce dernier anneau est un corps. Nous pouvons donc appliquer le Lemme 00MO et conclure que \(M_{\lambda'}\) est plat sur \(R_{\lambda'}\).
À l’aide du lemme précédent, nous pouvons commencer à redémontrer les résultats de la section 00MD dans le cas non noethérien.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme local d’anneaux locaux. Notons \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(R\). Soit \(u : M \to N\) un morphisme de \(S\)-modules. Supposons que
\(S\) soit essentiellement de présentation finie sur \(R\),
\(M\) et \(N\) soient de présentation finie sur \(S\),
\(N\) soit plat sur \(R\), et
\(\overline{u} : M/\mathfrak mM \to N/\mathfrak mN\) soit injectif.
Alors \(u\) est injectif et \(N/u(M)\) est plat sur \(R\).
Démonstration
D’après le Lemme 00QX et sa démonstration, on peut trouver un système de morphismes locaux \(R_\lambda \to S_\lambda\), ainsi que des morphismes de \(S_\lambda\)-modules \(u_\lambda : M_\lambda \to N_\lambda\), qui satisfont, pour \(N\) comme pour \(M\), aux conclusions (1) – (6) de ce lemme, et tels que la colimite des morphismes \(u_\lambda\) soit \(u\). D’après le Lemme 00R6, nous pouvons supposer que \(N_\lambda\) est plat sur \(R_\lambda\) pour tout \(\lambda\) suffisamment grand. Notons \(\mathfrak m_\lambda \subset R_\lambda\) l’idéal maximal et \(\kappa_\lambda = R_\lambda / \mathfrak m_\lambda\), et notons resp. \(\kappa = R/\mathfrak m\) les corps résiduels.
Considérons le morphisme \[\Psi_\lambda : M_\lambda/\mathfrak m_\lambda M_\lambda \otimes_{\kappa_\lambda} \kappa \longrightarrow M/\mathfrak m M.\] Puisque \(S_\lambda/\mathfrak m_\lambda S_\lambda\) est essentiellement de type fini sur le corps \(\kappa_\lambda\), le produit tensoriel \(S_\lambda/\mathfrak m_\lambda S_\lambda \otimes_{\kappa_\lambda} \kappa\) est essentiellement de type fini sur \(\kappa\). C’est donc un anneau noethérien, et nous en concluons que le noyau de \(\Psi_\lambda\) est de type fini. Comme \(M/\mathfrak m M\) est la colimite du système des \(M_\lambda/\mathfrak m_\lambda M_\lambda\) et que \(\kappa\) est la colimite des corps \(\kappa_\lambda\), il existe \(\lambda' > \lambda\) tel que le noyau de \(\Psi_\lambda\) soit engendré par le noyau de \[\Psi_{\lambda, \lambda'} : M_\lambda/\mathfrak m_\lambda M_\lambda \otimes_{\kappa_\lambda} \kappa_{\lambda'} \longrightarrow M_{\lambda'}/\mathfrak m_{\lambda'} M_{\lambda'}.\] Par construction, il existe une partie multiplicative \(W \subset S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_{\lambda'}\) telle que \(S_{\lambda'} = W^{-1}(S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_{\lambda'})\) et \[W^{-1}(M_\lambda/\mathfrak m_\lambda M_\lambda \otimes_{\kappa_\lambda} \kappa_{\lambda'}) = M_{\lambda'}/\mathfrak m_{\lambda'} M_{\lambda'}.\] Supposons maintenant que \(x\) soit un élément du noyau de \[\Psi_{\lambda'} : M_{\lambda'}/\mathfrak m_{\lambda'} M_{\lambda'} \otimes_{\kappa_{\lambda'}} \kappa \longrightarrow M/\mathfrak m M.\] Alors, pour un certain \(w \in W\), on a \(wx \in M_\lambda/\mathfrak m_\lambda M_\lambda \otimes \kappa\). Ainsi \(wx \in \Ker(\Psi_\lambda)\). Par conséquent, \(wx\) est une combinaison linéaire d’éléments du noyau de \(\Psi_{\lambda, \lambda'}\). Il s’ensuit que \(wx = 0\) dans \(M_{\lambda'}/\mathfrak m_{\lambda'} M_{\lambda'} \otimes_{\kappa_{\lambda'}} \kappa\), donc \(x = 0\) puisque \(w\) est inversible dans \(S_{\lambda'}\). Nous concluons que le noyau de \(\Psi_{\lambda'}\) est nul pour tout \(\lambda'\) suffisamment grand !
Le résultat du paragraphe précédent nous permet de supposer que le noyau de \(\Psi_\lambda\) est nul pour tout \(\lambda\) suffisamment grand, ce qui implique que le morphisme \(M_\lambda/\mathfrak m_\lambda M_\lambda \to M/\mathfrak m M\) est injectif. Combiné à l’injectivité de \(\overline{u}\), cela implique formellement que \(\overline{u_\lambda} : M_\lambda/\mathfrak m_\lambda M_\lambda \to N_\lambda/\mathfrak m_\lambda N_\lambda\) est lui aussi injectif. D’après le Lemme 00ME, nous concluons que, pour tout \(\lambda\) suffisamment grand, le morphisme \(u_\lambda\) est injectif et que \(N_\lambda/u_\lambda(M_\lambda)\) est plat sur \(R_\lambda\). Le lemme en résulte.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme local d’anneaux locaux. Notons \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(R\). Supposons que
\(S\) soit essentiellement de présentation finie sur \(R\),
\(S\) soit plat sur \(R\), et
\(f \in S\) soit un non-diviseur de zéro dans \(S/{\mathfrak m}S\).
Alors \(S/fS\) est plat sur \(R\), et \(f\) est un non-diviseur de zéro dans \(S\).
Démonstration
Cela résulte directement du Lemme 046Y.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un homomorphisme local d’anneaux locaux. Notons \(\mathfrak m\) l’idéal maximal de \(R\). Supposons que
\(R \to S\) soit essentiellement de présentation finie,
\(R \to S\) soit plat, et
\(f_1, \ldots, f_c\) soit une suite d’éléments de \(S\) telle que les images \(\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_c\) forment une suite régulière dans \(S/{\mathfrak m}S\).
Alors \(f_1, \ldots, f_c\) est une suite régulière dans \(S\), et chacun des quotients \(S/(f_1, \ldots, f_i)\) est plat sur \(R\).
Démonstration
Cela résulte d’une récurrence et du Lemme 046Z.
Voici la version du critère local de platitude pour les morphismes locaux d’anneaux qui sont localement de présentation finie.
Lemme
Soit \(R \to S\) un homomorphisme local d’anneaux locaux. Soit \(I \not = R\) un idéal de \(R\). Soit \(M\) un \(S\)-module. Supposons que
\(S\) soit essentiellement de présentation finie sur \(R\),
\(M\) soit de présentation finie sur \(S\),
\(\text{Tor}_1^R(M, R/I) = 0\), et
\(M/IM\) soit plat sur \(R/I\).
Alors \(M\) est plat sur \(R\).
Démonstration
Soient \(\Lambda\), \(R_\lambda \to S_\lambda\) et \(M_\lambda\) comme dans le Lemme 00QX. Notons \(I_\lambda \subset R_\lambda\) l’image réciproque de \(I\). Dans ce cas, le système constitué par \(R/I \to S/IS\), \(M/IM\), \(R_\lambda \to S_\lambda/I_\lambda S_\lambda\) et \(M_\lambda/I_\lambda M_\lambda\) satisfait lui aussi les conclusions du Lemme 00QX. D’après le Lemme 00R6, nous pouvons donc supposer, après avoir restreint l’ensemble d’indices \(\Lambda\), que \(M_\lambda/I_\lambda M_\lambda\) est plat pour tout \(\lambda\). Choisissons un \(\lambda\) et considérons \[\text{Tor}_1^{R_\lambda}(M_\lambda, R_\lambda/I_\lambda) = \Ker(I_\lambda \otimes_{R_\lambda} M_\lambda \to M_\lambda).\] Voir la Remarque 00M6. Le second membre montre qu’il s’agit d’un \(S_\lambda\)-module de type fini (car \(S_\lambda\) est noethérien et les modules en question sont de type fini). Soient \(\xi_1, \ldots, \xi_n\) des générateurs. Comme \(\text{Tor}_1^R(M, R/I) = 0\) et puisque \(\otimes\) commute aux colimites, il existe \(\lambda' \geq \lambda\) tel que chaque \(\xi_i\) s’envoie sur zéro dans \(\text{Tor}_1^{R_{\lambda'}}(M_{\lambda'}, R_{\lambda'}/I_{\lambda'})\). Le composé des morphismes \[\xymatrix{ R_{\lambda'} \otimes_{R_\lambda} \text{Tor}_1^{R_\lambda}(M_\lambda, R_\lambda/I_\lambda) \ar[d]^{\text{surjectif d'après le lemme \href{algebra.html#algebra-lemma-surjective-on-tor-one}{00MM}}} \\ \text{Tor}_1^{R_\lambda}(M_\lambda, R_{\lambda'}/I_\lambda R_{\lambda'}) \ar[d]^{\text{surjectif après localisation d'après le lemme \href{algebra.html#algebra-lemma-surjective-on-tor-one-trivial}{00MN}}} \\ \text{Tor}_1^{R_{\lambda'}}(M_{\lambda'}, R_{\lambda'}/I_\lambda R_{\lambda'}) \ar[d]^{\text{surjectif d'après le lemme \href{algebra.html#algebra-lemma-surjective-on-tor-one}{00MM}}} \\ \text{Tor}_1^{R_{\lambda'}}(M_{\lambda'}, R_{\lambda'}/I_{\lambda'}). }\] est surjectif après une localisation, pour les raisons indiquées. La localisation est nécessaire parce que \(M_{\lambda'}\) n’est pas égal à \(M_\lambda \otimes_{R_\lambda} R_{\lambda'}\). En effet, il est égal à \(M_\lambda \otimes_{S_\lambda} S_{\lambda'}\), et \(S_{\lambda'}\) est la localisation de \(S_{\lambda} \otimes_{R_\lambda} R_{\lambda'}\), d’où l’assertion après localisation (ou tensorisation par \(S_{\lambda'}\)). Notons que le Lemme 00MM s’applique à la première et à la troisième flèche, parce que \(M_\lambda/I_\lambda M_\lambda\) est plat sur \(R_\lambda/I_\lambda\) et que \(M_{\lambda'}/I_\lambda M_{\lambda'}\) est plat sur \(R_{\lambda'}/I_\lambda R_{\lambda'}\), car c’est un changement de base du module plat \(M_\lambda/I_\lambda M_\lambda\). Le composé envoie les générateurs \(\xi_i\) sur zéro, comme nous l’avons expliqué ci-dessus. Nous concluons enfin que \(\text{Tor}_1^{R_{\lambda'}}(M_{\lambda'}, R_{\lambda'}/I_{\lambda'})\) est nul. Cela implique que \(M_{\lambda'}\) est plat sur \(R_{\lambda'}\) d’après le Lemme 00ML.
Comparer le lemme ci-dessous au Lemme 00MP (cas des anneaux locaux noethériens) et au Lemme 06A5 (cas d’un idéal nilpotent dans la base).
Lemme
Soient \(R\), \(S\) et \(S'\) des anneaux locaux, et soient \(R \to S \to S'\) des homomorphismes locaux d’anneaux. Soit \(M\) un \(S'\)-module. Soit \(\mathfrak m \subset R\) l’idéal maximal. Supposons que
les morphismes d’anneaux \(R \to S\) et \(R \to S'\) soient essentiellement de présentation finie ;
le module \(M\) soit de présentation finie sur \(S'\) ;
le module \(M\) ne soit pas nul ;
le module \(M/\mathfrak mM\) soit un \(S/\mathfrak mS\)-module plat ;
le module \(M\) soit un \(R\)-module plat.
Alors \(S\) est plat sur \(R\) et \(M\) est un \(S\)-module plat.
Démonstration
Comme dans la démonstration du Lemme 00QV, nous pouvons d’abord écrire \(R = \colim R_\lambda\) comme une colimite filtrante de \(\mathbf{Z}\)-algèbres locales essentiellement de type fini. Notons \(\mathfrak p_\lambda\) l’idéal maximal de \(R_\lambda\). Ensuite, nous pouvons supposer que, pour un certain \(\lambda_1 \in \Lambda\), il existe des \(f_{j, \lambda_1} \in R_{\lambda_1}[x_1, \ldots, x_n]\) tels que \[S = \colim_{\lambda \geq \lambda_1} S_\lambda, \text{ avec } S_\lambda = (R_\lambda[x_1, \ldots, x_n]/ (f_{1, \lambda}, \ldots, f_{u, \lambda}))_{\mathfrak q_\lambda}\] Pour un certain \(\lambda_2 \in \Lambda\), \(\lambda_2 \geq \lambda_1\), il existe des \(g_{j, \lambda_2} \in R_{\lambda_2}[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m]\) d’images \(\overline{g}_{j, \lambda_2} \in S_{\lambda_2}[y_1, \ldots, y_m]\) telles que \[S' = \colim_{\lambda \geq \lambda_2} S'_\lambda, \text{ avec } S'_\lambda = (S_\lambda[y_1, \ldots, y_m]/ (\overline{g}_{1, \lambda}, \ldots, \overline{g}_{v, \lambda}))_{\overline{\mathfrak q}'_\lambda}\] Notons que cela implique aussi \[S'_\lambda = (R_\lambda[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m]/ (g_{1, \lambda}, \ldots, g_{v, \lambda}))_{\mathfrak q'_\lambda}\] Choisissons une présentation \[(S')^{\oplus s} \to (S')^{\oplus t} \to M \to 0\] de \(M\) sur \(S'\). Soit \(A \in \text{Mat}(t \times s, S')\) la matrice de la présentation. Pour un certain \(\lambda_3 \in \Lambda\), \(\lambda_3 \geq \lambda_2\), nous pouvons trouver une matrice \(A_{\lambda_3} \in \text{Mat}(t \times s, S_{\lambda_3})\) qui s’envoie sur \(A\). Pour tout \(\lambda \geq \lambda_3\), posons \(M_\lambda = \Coker((S'_\lambda)^{\oplus s} \xrightarrow{A_\lambda} (S'_\lambda)^{\oplus t})\).
Avec ces choix, pour tous \(\lambda_3 \leq \lambda \leq \mu\), le morphisme \(S_\lambda \otimes_{R_{\lambda}} R_\mu \to S_\mu\) est une localisation, \(S'_\lambda \otimes_{S_{\lambda}} S_\mu \to S'_\mu\) est une localisation, et le morphisme \(M_\lambda \otimes_{S'_\lambda} S'_\mu \to M_\mu\) est un isomorphisme. Cela implique aussi que \(S'_\lambda \otimes_{R_{\lambda}} R_\mu \to S'_\mu\) est une localisation. Ainsi, puisque \(M\) est plat sur \(R\), le Lemme 00R6 montre que, pour tout \(\lambda\) assez grand, le module \(M_\lambda\) est plat sur \(R_\lambda\). Notons en outre que \(\mathfrak m = \colim \mathfrak p_\lambda\), \(S/\mathfrak mS = \colim S_\lambda/\mathfrak p_\lambda S_\lambda\), \(S'/\mathfrak mS' = \colim S'_\lambda/\mathfrak p_\lambda S'_\lambda\), et \(M/\mathfrak mM = \colim M_\lambda/\mathfrak p_\lambda M_\lambda\). De plus, pour tous \(\lambda_3 \leq \lambda \leq \mu\), les propriétés énumérées ci-dessus montrent que \[S'_\lambda/\mathfrak p_\lambda S'_\lambda \otimes_{S_{\lambda}/\mathfrak p_\lambda S_\lambda} S_\mu/\mathfrak p_\mu S_\mu \longrightarrow S'_\mu/\mathfrak p_\mu S'_\mu\] est une localisation, et que le morphisme \[M_\lambda / \mathfrak p_\lambda M_\lambda \otimes_{S'_\lambda/\mathfrak p_\lambda S'_\lambda} S'_\mu /\mathfrak p_\mu S'_\mu \longrightarrow M_\mu/\mathfrak p_\mu M_\mu\] est un isomorphisme. Par conséquent, le système \((S_\lambda/\mathfrak p_\lambda S_\lambda \to S'_\lambda/\mathfrak p_\lambda S'_\lambda, M_\lambda/\mathfrak p_\lambda M_\lambda)\) est lui aussi un système comme dans le Lemme 00QX. Nous pouvons appliquer une nouvelle fois le Lemme 00R6, car \(M/\mathfrak m M\) est supposé plat sur \(S/\mathfrak mS\), et nous voyons que \(M_\lambda/\mathfrak p_\lambda M_\lambda\) est plat sur \(S_\lambda/\mathfrak p_\lambda S_\lambda\) pour tout \(\lambda\) assez grand. Ainsi, pour \(\lambda\) assez grand, les données \(R_\lambda \to S_\lambda \to S'_\lambda, M_\lambda\) satisfont les hypothèses du Lemme 00MP. Choisissons un tel \(\lambda\). Alors \(S = S_\lambda \otimes_{R_\lambda} R\) est plat sur \(R\), et \(M = M_\lambda \otimes_{S_\lambda} S\) est plat sur \(S\) (puisqu’un changement de base d’un module plat est plat).
Le résultat suivant est une conséquence facile du « critère de platitude par fibres », Lemme 00R7. Pour d’autres résultats de ce genre, voir Compléments sur la platitude, section 057N.
Lemme
Soient \(R\), \(S\) et \(S'\) des anneaux locaux, et soient \(R \to S \to S'\) des homomorphismes locaux d’anneaux. Soit \(M\) un \(S'\)-module. Soit \(\mathfrak m \subset R\) l’idéal maximal. Supposons que
\(R \to S'\) soit essentiellement de présentation finie,
\(R \to S\) soit essentiellement de type fini,
\(M\) soit de présentation finie sur \(S'\),
\(M\) ne soit pas nul,
\(M/\mathfrak mM\) soit un \(S/\mathfrak mS\)-module plat, et
\(M\) soit un \(R\)-module plat.
Alors \(S\) est essentiellement de présentation finie et plat sur \(R\), et \(M\) est un \(S\)-module plat.
Démonstration
Comme \(S\) est essentiellement de présentation finie sur \(R\), nous pouvons écrire \(S = C_{\overline{\mathfrak q}}\) pour une certaine \(R\)-algèbre \(C\) de type fini. Écrivons \(C = R[x_1, \ldots, x_n]/I\). Notons \(\mathfrak q \subset R[x_1, \ldots, x_n]\) l’idéal premier correspondant à \(\overline{\mathfrak q}\). Alors \(S = B/J\), où \(B = R[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q}\) est essentiellement de présentation finie sur \(R\) et \(J = IB\). Nous pouvons trouver \(f_1, \ldots, f_k \in J\) tels que les images \(\overline{f}_i \in B/\mathfrak mB\) engendrent l’image \(\overline{J}\) de \(J\) dans l’anneau noethérien \(B/\mathfrak mB\). Il existe donc des idéaux de type fini \(J' \subset J\) tels que \(B/J' \to B/J\) induise un isomorphisme \[(B/J') \otimes_R R/\mathfrak m \longrightarrow B/J \otimes_R R/\mathfrak m = S/\mathfrak mS.\] Pour tout \(J'\) comme ci-dessus, le Lemme 00R7 s’applique aux morphismes d’anneaux \[R \longrightarrow B/J' \longrightarrow S'\] et au module \(M\). Nous concluons donc que \(B/J'\) est plat sur \(R\) pour tout choix de \(J'\) comme ci-dessus. Maintenant, si \(J' \subset J' \subset J\) sont deux idéaux de type fini comme ci-dessus, nous concluons que \(B/J' \to B/J''\) est un morphisme surjectif entre des \(R\)-algèbres plates et essentiellement de présentation finie, qui est un isomorphisme modulo \(\mathfrak m\). Par conséquent, le Lemme 046Y implique que \(B/J' = B/J''\), c’est-à-dire \(J' = J''\). Cela signifie clairement que \(J\) est de type fini, c’est-à-dire que \(S\) est essentiellement de présentation finie sur \(R\). Nous pouvons donc appliquer le Lemme 00R7 à \(R \to S \to S'\), ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \[\xymatrix{ S \ar[rr] & & S' \\ & R \ar[lu] \ar[ru] }\] un diagramme commutatif dans la catégorie des anneaux. Soient \(I \subset R\) un idéal localement nilpotent et \(M\) un \(S'\)-module. Supposons que
\(R \to S\) soit de type fini,
\(R \to S'\) soit de présentation finie,
\(M\) soit un \(S'\)-module de présentation finie,
\(M/IM\) soit plat comme \(S/IS\)-module, et
\(M\) soit plat comme \(R\)-module.
Alors \(M\) est un \(S\)-module plat, et \(S_\mathfrak q\) est plat et essentiellement de présentation finie sur \(R\) pour tout \(\mathfrak q \subset S\) tel que \(M \otimes_S \kappa(\mathfrak q)\) soit non nul.
Démonstration
Si \(M \otimes_S \kappa(\mathfrak q)\) est non nul, alors \(S' \otimes_S \kappa(\mathfrak q)\) est non nul ; il existe donc un idéal premier \(\mathfrak q' \subset S'\) au-dessus de \(\mathfrak q\) (Lemme 00E7). Soit \(\mathfrak p \subset R\) l’image de \(\mathfrak q\) dans \(\Spec(R)\). Alors \(I \subset \mathfrak p\), puisque \(I\) est localement nilpotent ; ainsi \(M/\mathfrak p M\) est plat sur \(S/\mathfrak pS\). Nous pouvons donc appliquer le Lemme 05UV à \(R_\mathfrak p \to S_\mathfrak q \to S'_{\mathfrak q'}\) et à \(M_{\mathfrak q'}\). Nous concluons que \(M_{\mathfrak q'}\) est plat sur \(S\) et que \(S_\mathfrak q\) est plat et essentiellement de présentation finie sur \(R\). Comme \(\mathfrak q'\) était un idéal premier arbitraire de \(S'\), nous voyons aussi que \(M\) est plat sur \(S\) (Lemme 00HT).
Ouverture du lieu de platitude
Nous utilisons le Lemme 00R6 pour nous ramener au cas noethérien. Celui-ci est traité à l’aide de la caractérisation des complexes exacts donnée dans la section 00MR.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soient \(f_1, \ldots, f_i\) des éléments de \(S\). Supposons que \(S\) soit de Cohen-Macaulay, équidimensionnelle de dimension \(d\), et que \(\dim V(f_1, \ldots, f_i) \leq d - i\). Alors il y a égalité, et \(f_1, \ldots, f_i\) forment une suite régulière dans \(S_{\mathfrak q}\) pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(V(f_1, \ldots, f_i)\).
Démonstration
Si \(S\) est de Cohen-Macaulay et équidimensionnelle de dimension \(d\), alors \(\dim(S_{\mathfrak m}) = d\) pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(S\) ; voir le Lemme 00OV. D’après la Proposition 00N6, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m \in V(f_1, \ldots, f_i)\), la suite est régulière dans \(S_{\mathfrak m}\) et l’anneau local \(S_{\mathfrak m}/(f_1, \ldots, f_i)\) est de Cohen-Macaulay, de dimension \(d - i\). Cela signifie en fait que \(S/(f_1, \ldots, f_i)\) est de Cohen-Macaulay et équidimensionnelle de dimension \(d - i\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(d\) un entier tel que toutes les fibres \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) soient de Cohen-Macaulay et équidimensionnelles de dimension \(d\). Soient \(f_1, \ldots, f_i\) des éléments de \(S\). L’ensemble \[\{ \mathfrak q \in V(f_1, \ldots, f_i) \mid f_1, \ldots, f_i \text{ forment une suite régulière dans } S_{\mathfrak q}/\mathfrak p S_{\mathfrak q} \text{ où }\mathfrak p = R \cap \mathfrak q \}\] est ouvert dans \(V(f_1, \ldots, f_i)\).
Démonstration
Écrivons \(\overline{S} = S/(f_1, \ldots, f_i)\). Supposons que \(\mathfrak q\) appartienne à l’ensemble défini dans le lemme, et soit \(\mathfrak p\) l’idéal premier correspondant de \(R\). Nous utiliserons la dimension relative définie dans la Définition 00QD. Notons d’abord que \(d = \dim_{\mathfrak q}(S/R) = \dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}) + \text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak p)}\ \kappa(\mathfrak q)\) d’après le Lemme 00P1. Puisque \(f_1, \ldots, f_i\) forment une suite régulière dans l’anneau local noethérien \(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}\), le Lemme 00KW donne \(\dim(\overline{S}_{\mathfrak q}/\mathfrak p\overline{S}_{\mathfrak q}) = \dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}) - i\). Nous en concluons que \(\dim_{\mathfrak q}(\overline{S}/R) = \dim(\overline{S}_{\mathfrak q}/\mathfrak p\overline{S}_{\mathfrak q}) + \text{trdeg}_{\kappa(\mathfrak p)}\ \kappa(\mathfrak q) = d - i\) d’après le Lemme 00P1. D’après le Lemme 00QH, on a \(\dim_{\mathfrak q'}(\overline{S}/R) \leq d - i\) pour tout \(\mathfrak q' \in V(f_1, \ldots, f_i) = \Spec(\overline{S})\) dans un voisinage de \(\mathfrak q\). Ainsi, après avoir remplacé \(S\) par \(S_g\) pour un certain \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), nous pouvons supposer que l’inégalité vaut pour tout \(\mathfrak q'\). Le résultat découle alors du Lemme 00R9.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Considérons un complexe homologique fini de \(S\)-modules libres de type fini : \[F_{\bullet} : 0 \to S^{n_e} \xrightarrow{\varphi_e} S^{n_{e-1}} \xrightarrow{\varphi_{e-1}} \ldots \xrightarrow{\varphi_{i + 1}} S^{n_i} \xrightarrow{\varphi_i} S^{n_{i-1}} \xrightarrow{\varphi_{i-1}} \ldots \xrightarrow{\varphi_1} S^{n_0}\] Pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\), considérons le complexe \(\overline{F}_{\bullet, \mathfrak q} = F_{\bullet, \mathfrak q} \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), où \(\mathfrak p\) est l’image réciproque de \(\mathfrak q\) dans \(R\). Supposons \(R\) noethérien et supposons qu’il existe un entier \(d\) tel que \(R \to S\) soit de type fini et plat, à fibres \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) de Cohen-Macaulay et de dimension \(d\). L’ensemble \[\{\mathfrak q \in \Spec(S) \mid \overline{F}_{\bullet, \mathfrak q}\text{ est exact}\}\] est ouvert dans \(\Spec(S)\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak q\) un élément de l’ensemble défini dans le lemme. Nous allons utiliser la Proposition 00N1 pour montrer qu’il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(D(g)\) soit contenu dans l’ensemble défini dans le lemme. Autrement dit, nous allons montrer qu’après avoir remplacé \(S\) par \(S_g\), l’ensemble du lemme est \(\Spec(S)\) tout entier. Au cours de la démonstration, nous remplacerons donc un nombre fini de fois \(S\) par une telle localisation. Rappelons que la Proposition 00N1 caractérise l’exactitude des complexes, lorsque l’anneau est local, en fonction des rangs des morphismes \(\varphi_i\) et des idéaux \(I(\varphi_i)\). Traitons d’abord la condition sur les rangs. Posons \(r_i = n_i - n_{i + 1} + \ldots + (-1)^{e - i} n_e\). Notons que \(r_i + r_{i + 1} = n_i\) et que \(r_i\) est le rang attendu de \(\varphi_i\) dans le cas exact.
D’après le Lemme 00MI, si \(\overline{F}_{\bullet, \mathfrak q}\) est exact, alors le complexe localisé \(F_{\bullet, \mathfrak q}\) est exact. En particulier, le complexe \(F_\bullet\) devient exact après localisation par un élément \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\). Dans ce cas, la Proposition 00N1, appliquée à toutes les localisations de \(S\) en des idéaux premiers, implique que tous les mineurs d’ordre \((r_i + 1) \times (r_i + 1)\) de \(\varphi_i\) sont nuls. On voit donc que le rang de \(\varphi_i\) est au plus \(r_i\).
Notons \(I_i \subset S\) l’idéal engendré par les mineurs d’ordre \(r_i \times r_i\) de la matrice de \(\varphi_i\). D’après la Proposition 00N1, le complexe \(\overline{F}_{\bullet, \mathfrak q}\) est exact si et seulement si, pour tout \(1 \leq i \leq e\), on a soit \((I_i)_{\mathfrak q} = S_{\mathfrak q}\), soit que \((I_i)_{\mathfrak q}\) contient une suite \(S_{\mathfrak q}/\mathfrak p S_{\mathfrak q}\)-régulière de longueur \(i\). En effet, par le choix de \(r_i\) ci-dessus et la borne sur les rangs des \(\varphi_i\), c’est la seule façon dont les conditions de la Proposition 00N1 peuvent être satisfaites.
Si \((I_i)_{\mathfrak q} = S_{\mathfrak q}\), après avoir localisé \(S\) en un élément \(g \not\in \mathfrak q\), nous pouvons supposer que \(I_i = S\). C’est manifestement une condition ouverte.
Si \((I_i)_{\mathfrak q} \not = S_{\mathfrak q}\), il existe une suite \(f_1, \ldots, f_i \in (I_i)_{\mathfrak q}\) qui forme une suite régulière dans \(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}\). Notons que, pour tout idéal premier \(\mathfrak q' \subset S\) tel que \((f_1, \ldots, f_i) \not \subset \mathfrak q'\), on a \((I_i)_{\mathfrak q'} = S_{\mathfrak q'}\). Le résultat découle donc du Lemme 00RA.
Théorème
Soit \(R\) un anneau. Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux de présentation finie. Soit \(M\) un \(S\)-module de présentation finie. L’ensemble \[\{ \mathfrak q \in \Spec(S) \mid M_{\mathfrak q}\text{ est plat sur }R\}\] est ouvert dans \(\Spec(S)\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak q \in \Spec(S)\) un idéal premier. Soit \(\mathfrak p \subset R\) l’image réciproque de \(\mathfrak q\) dans \(R\). Notons que \(M_{\mathfrak q}\) est plat sur \(R\) si et seulement s’il est plat sur \(R_{\mathfrak p}\). Supposons que \(M_{\mathfrak q}\) soit plat sur \(R\). Nous affirmons qu’il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(M_g\) soit plat sur \(R\).
Nous nous ramenons d’abord au cas où \(R\) et \(S\) sont de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Choisissons un ensemble filtrant \(\Lambda\) et un système \((R_\lambda \to S_\lambda, M_\lambda)\) comme dans le Lemme 00R1. Posons \(\mathfrak p_\lambda\) égal à l’image réciproque de \(\mathfrak p\) dans \(R_\lambda\), et \(\mathfrak q_\lambda\) égal à l’image réciproque de \(\mathfrak q\) dans \(S_\lambda\). Le système \[((R_\lambda)_{\mathfrak p_\lambda}, (S_\lambda)_{\mathfrak q_\lambda}, (M_\lambda)_{\mathfrak q_{\lambda}})\] est alors un système comme dans le Lemme 00QX. Par conséquent, le Lemme 00R6 montre que, pour un certain \(\lambda\), le module \(M_\lambda\) est plat sur \(R_\lambda\) en l’idéal premier \(\mathfrak q_{\lambda}\). Supposons que nous sachions démontrer notre assertion pour le système \((R_\lambda \to S_\lambda, M_\lambda, \mathfrak q_{\lambda})\). Autrement dit, supposons que nous puissions trouver \(g \in S_\lambda\), \(g \not\in \mathfrak q_\lambda\), tel que \((M_\lambda)_g\) soit plat sur \(R_\lambda\). D’après le Lemme 00R1, on a \(M = M_\lambda \otimes_{R_\lambda} R\), et donc aussi \(M_g = (M_\lambda)_g \otimes_{R_\lambda} R\). Le Lemme 00HI donne alors l’assertion pour le système \((R \to S, M, \mathfrak q)\).
Nous pouvons désormais supposer que \(R\) et \(S\) sont de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Nous pouvons écrire \(S\) comme quotient d’un anneau de polynômes \(R[x_1, \ldots, x_n]\). Bien entendu, nous pouvons remplacer \(S\) par \(R[x_1, \ldots, x_n]\) et supposer que \(S\) est un anneau de polynômes sur \(R\). En particulier, \(R \to S\) est plat et tous les anneaux des fibres \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) sont de dimension globale \(n\).
Choisissons une résolution \(F_\bullet\) de \(M\) sur \(S\), chaque \(F_i\) étant libre de type fini ; voir le Lemme 00LP. Soit \(K_n = \Ker(F_{n-1} \to F_{n-2})\). Notons que \((K_n)_{\mathfrak q}\) est plat sur \(R\), puisque chaque \(F_i\) est plat sur \(R\) et en vertu de l’hypothèse sur \(M\) ; voir le Lemme 00HM. En outre, la suite \[0 \to K_n/\mathfrak p K_n \to F_{n-1}/ \mathfrak p F_{n-1} \to \ldots \to F_0 / \mathfrak p F_0 \to M/\mathfrak p M \to 0\] est exacte après localisation en \(\mathfrak q\), en raison de l’annulation de \(\text{Tor}_i^{R_\mathfrak p}(\kappa(\mathfrak p), M_{\mathfrak q})\). Comme la dimension globale de \(S_\mathfrak q/\mathfrak p S_{\mathfrak q}\) est \(n\), nous concluons que \(K_n / \mathfrak p K_n\), localisé en \(\mathfrak q\), est un module libre de type fini sur \(S_\mathfrak q/\mathfrak p S_{\mathfrak q}\). D’après le Lemme 00MH, \((K_n)_{\mathfrak q}\) est libre sur \(S_{\mathfrak q}\). En particulier, il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \((K_n)_g\) soit libre de type fini sur \(S_g\).
D’après le Lemme 00RB, il existe une localisation supplémentaire \(S_g\) telle que le complexe \[0 \to K_n \to F_{n-1} \to \ldots \to F_0\] soit exact sur toutes les fibres de \(R \to S\). D’après le Lemme 00MI, cela implique que le conoyau de \(F_1 \to F_0\) est plat. Cela démontre le théorème dans le cas noethérien.
Ouverture des lieux de Cohen-Macaulay
Dans cette section, nous caractérisons la propriété de Cohen-Macaulay des algèbres de type fini en termes de platitude. Nous utilisons ensuite cette caractérisation pour montrer que l’ensemble des points où une telle algèbre est de Cohen-Macaulay est ouvert.
Lemme
Soit \(S\) une algèbre de type fini sur un corps \(k\). Soit \(\varphi : k[y_1, \ldots, y_d] \to S\) un morphisme d’anneaux quasi-fini. Comme sous-ensembles de \(\Spec(S)\), on a \[\{ \mathfrak q \mid S_{\mathfrak q} \text{ plat sur }k[y_1, \ldots, y_d]\} = \{ \mathfrak q \mid S_{\mathfrak q} \text{ CM et }\dim_{\mathfrak q}(S/k) = d\}\] Pour la notation, voir la Définition 00QD.
Démonstration
Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier. Notons \(\mathfrak p = k[y_1, \ldots, y_d] \cap \mathfrak q\). Notons que l’on a toujours \(\dim(S_{\mathfrak q}) \leq \dim(k[y_1, \ldots, y_d]_{\mathfrak p})\), par exemple d’après le Lemme 00QF. En outre, l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) est finie et donc \(\text{trdeg}_k(\kappa(\mathfrak p)) = \text{trdeg}_k(\kappa(\mathfrak q))\).
Soit \(\mathfrak q\) un élément du membre de gauche. Le Lemme 00R5 s’applique alors, et nous concluons que \(S_{\mathfrak q}\) est de Cohen-Macaulay et que \(\dim(S_{\mathfrak q}) = \dim(k[y_1, \ldots, y_d]_{\mathfrak p})\). Combiné à l’égalité des degrés de transcendance ci-dessus et au Lemme 00P1, cela implique que \(\dim_{\mathfrak q}(S/k) = d\). Ainsi, \(\mathfrak q\) appartient au membre de droite.
Soit \(\mathfrak q\) un élément du membre de droite. L’égalité des degrés de transcendance ci-dessus, l’hypothèse \(\dim_{\mathfrak q}(S/k) = d\) et le Lemme 00P1 donnent \(\dim(S_{\mathfrak q}) = \dim(k[y_1, \ldots, y_d]_{\mathfrak p})\). Le Lemme 00R4 s’applique donc, et nous voyons que \(\mathfrak q\) appartient au membre de gauche.
Lemme
Soit \(S\) une algèbre de type fini sur un corps \(k\). L’ensemble des idéaux premiers \(\mathfrak q\) tels que \(S_{\mathfrak q}\) soit de Cohen-Macaulay est ouvert dans \(S\).
Ce lemme est un cas particulier du Lemme 00RH ci-dessous ; on peut donc, si on le souhaite, passer directement à la démonstration de ce dernier.
Démonstration
Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier tel que \(S_{\mathfrak q}\) soit de Cohen-Macaulay. Il faut montrer qu’il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que l’anneau \(S_g\) soit de Cohen-Macaulay. Pour tout \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), nous pouvons remplacer \(S\) par \(S_g\) et \(\mathfrak q\) par \(\mathfrak qS_g\). En combinant cette observation aux Lemmes 00OZ et 00P1, nous pouvons supposer qu’il existe un morphisme d’anneaux fini injectif \(k[y_1, \ldots, y_d] \to S\) tel que \(d = \dim(S_{\mathfrak q}) + \text{trdeg}_k(\kappa(\mathfrak q))\). Posons \(\mathfrak p = k[y_1, \ldots, y_d] \cap \mathfrak q\). Par construction, \(\mathfrak q\) appartient au membre de droite de l’égalité affichée du Lemme 00RE. Il appartient donc aussi au membre de gauche.
D’après le Théorème 00RC, il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que l’anneau \(S_g\) soit plat sur \(k[y_1, \ldots, y_d]\). En appliquant de nouveau l’égalité du Lemme 00RE, nous concluons que tous les anneaux locaux de \(S_g\) sont de Cohen-Macaulay, comme souhaité.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. L’ensemble des idéaux premiers de Cohen-Macaulay forme un ouvert dense \(U \subset \Spec(S)\).
Démonstration
L’ensemble est ouvert d’après le Lemme 00RF. Il contient tous les idéaux premiers minimaux \(\mathfrak q \subset S\), puisque l’anneau local \(S_{\mathfrak q}\) en un idéal premier minimal est de dimension zéro, et donc de Cohen-Macaulay.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(R \to S\) de présentation finie et plat. Pour tout \(d \geq 0\), l’ensemble \[\left\{ \begin{matrix} \mathfrak q \in \Spec(S) \text{ tel que, en posant }\mathfrak p = R \cap \mathfrak q \text{ l'anneau de la fibre}\\ S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q} \text{ est de Cohen-Macaulay} \text{ et } \dim_{\mathfrak q}(S/R) = d \end{matrix} \right\}\] est ouvert dans \(\Spec(S)\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak q\) un élément de l’ensemble indiqué, et soit \(\mathfrak p\) l’idéal premier correspondant de \(R\). Il faut trouver \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que tous les anneaux des fibres de \(R \to S_g\) soient de Cohen-Macaulay. Au cours de la démonstration, nous pourrons remplacer, un nombre fini de fois, \(S\) par \(S_g\) pour un \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\). Ainsi, d’après le Lemme 00QE, nous pouvons supposer qu’il existe un morphisme d’anneaux quasi-fini \(R[t_1, \ldots, t_d] \to S\) avec \(d = \dim_{\mathfrak q}(S/R)\). Soit \(\mathfrak q' = R[t_1, \ldots, t_d] \cap \mathfrak q\). D’après le Lemme 00RE, le morphisme d’anneaux \[R[t_1, \ldots, t_d]_{\mathfrak q'} / \mathfrak p R[t_1, \ldots, t_d]_{\mathfrak q'} \longrightarrow S_{\mathfrak q}/\mathfrak p S_{\mathfrak q}\] est plat. Par conséquent, le critère de platitude par fibres, Lemme 00R7, montre que \(R[t_1, \ldots, t_d]_{\mathfrak q'} \to S_{\mathfrak q}\) est plat. D’après le Théorème 00RC, il existe donc \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que le morphisme d’anneaux \(R[t_1, \ldots, t_d] \to S_g\) soit plat. En remplaçant \(S\) par \(S_g\), nous voyons que, pour tout idéal premier \(\mathfrak r \subset S\), en posant \(\mathfrak r' = R[t_1, \ldots, t_d] \cap \mathfrak r\) et \(\mathfrak p' = R \cap \mathfrak r\), l’homomorphisme local \(R[t_1, \ldots, t_d]_{\mathfrak r'} \to S_{\mathfrak r}\) est plat. Il en est donc de même du changement de base \[R[t_1, \ldots, t_d]_{\mathfrak r'} / \mathfrak p' R[t_1, \ldots, t_d]_{\mathfrak r'} \longrightarrow S_{\mathfrak r}/\mathfrak p' S_{\mathfrak r}\] qui est plat. Le Lemme 00RE, appliqué avec \(k = \kappa(\mathfrak p')\), montre donc que \(\mathfrak r\) appartient à l’ensemble du lemme, comme souhaité.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(R \to S\) plat et de présentation finie. L’ensemble des idéaux premiers \(\mathfrak q\) tels que l’anneau de la fibre \(S_{\mathfrak q} \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), où \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\), soit de Cohen-Macaulay est ouvert et dense dans chaque fibre de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\).
Démonstration
Cet ensemble, noté \(W\), est ouvert d’après le Lemme 00RH. Il est dense dans les fibres, car l’intersection de \(W\) avec une fibre est l’ensemble correspondant de cette fibre, auquel s’applique le Lemme 00RG.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(K/k\) une extension de corps, et posons \(S_K = K \otimes_k S\). Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier de \(S\). Soit \(\mathfrak q_K \subset S_K\) un idéal premier de \(S_K\) au-dessus de \(\mathfrak q\). Alors \(S_{\mathfrak q}\) est de Cohen-Macaulay si et seulement si \((S_K)_{\mathfrak q_K}\) est de Cohen-Macaulay.
Démonstration
Au cours de la démonstration, nous pouvons remplacer, un nombre fini de fois, \(S\) par \(S_g\) pour tout \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\). Par conséquent, en utilisant le Lemme 00OZ, nous pouvons supposer que \(\dim(S) = \dim_{\mathfrak q}(S/k) =: d\) et trouver un morphisme fini injectif \(k[x_1, \ldots, x_d] \to S\). Notons que celui-ci induit aussi, par changement de base, un morphisme fini injectif \(K[x_1, \ldots, x_d] \to S_K\). D’après le Lemme 00P4, on a \(\dim_{\mathfrak q_K}(S_K/K) = d\). Posons \(\mathfrak p = k[x_1, \ldots, x_d] \cap \mathfrak q\) et \(\mathfrak p_K = K[x_1, \ldots, x_d] \cap \mathfrak q_K\). Considérons le diagramme commutatif suivant d’anneaux locaux noethériens : \[\xymatrix{ S_{\mathfrak q} \ar[r] & (S_K)_{\mathfrak q_K} \\ k[x_1, \ldots, x_d]_{\mathfrak p} \ar[r] \ar[u] & K[x_1, \ldots, x_d]_{\mathfrak p_K} \ar[u] }\] D’après le Lemme 00RE, il faut montrer que la flèche verticale de gauche est plate si et seulement si celle de droite l’est. Comme la flèche du bas est plate, cette équivalence résulte du Lemme 00MQ.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(R \to S\) de type fini. Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux. Posons \(S' = R' \otimes_R S\). Notons \(f : \Spec(S') \to \Spec(S)\) l’application associée au morphisme d’anneaux \(S \to S'\). Soit \(W\) l’ensemble des idéaux premiers \(\mathfrak q\) tels que l’anneau de la fibre \(S_{\mathfrak q} \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\), soit de Cohen-Macaulay, et notons \(W'\) l’ensemble analogue pour \(S'/R'\). Alors \(W' = f^{-1}(W)\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement du Lemme 00RJ et des définitions.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux qui est (a) plat, (b) de présentation finie et (c) à fibres de Cohen-Macaulay. Alors on peut écrire \(S = S_0 \times \ldots \times S_n\) comme un produit de \(R\)-algèbres \(S_d\) de sorte que chaque \(S_d\) satisfasse (a), (b) et (c) et ait toutes ses fibres équidimensionnelles de dimension \(d\).
Démonstration
Pour chaque entier \(d\), notons \(W_d \subset \Spec(S)\) l’ensemble défini dans le Lemme 00RH. On a manifestement \(\Spec(S) = \coprod W_d\), et chaque \(W_d\) est ouvert d’après le lemme que nous venons de citer. Le résultat découle donc du Lemme 00EM.
Différentielles
Dans cette section, nous définissons le module des différentielles d’un morphisme d’anneaux.
Définition
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux et soit \(M\) un \(S\)-module. Une dérivation, ou plus précisément une \(R\)-dérivation à valeurs dans \(M\), est une application \(D : S \to M\) qui est additive, s’annule sur les éléments de \(\varphi(R)\) et satisfait la règle de Leibniz : \(D(ab) = aD(b) + bD(a)\).
Notons que \(D(ra) = rD(a)\) si \(r \in R\) et \(a \in S\). Une définition équivalente est qu’une \(R\)-dérivation est une application \(R\)-linéaire \(D : S \to M\) qui satisfait la règle de Leibniz. L’ensemble de toutes les \(R\)-dérivations forme un \(S\)-module : étant données deux \(R\)-dérivations \(D, D'\), leur somme \(D + D' : S \to M\), \(a \mapsto D(a)+D'(a)\), est une \(R\)-dérivation, et, étant donnés une \(R\)-dérivation \(D\) et un élément \(c\in S\), le multiple scalaire \(cD : S \to M\), \(a \mapsto cD(a)\), est une \(R\)-dérivation. Nous notons ce \(S\)-module \[\text{Der}_R(S, M).\] En outre, si \(\alpha : M \to N\) est un morphisme de \(S\)-modules, alors la composée \(\alpha \circ D\) est une \(R\)-dérivation à valeurs dans \(N\). Ainsi, l’association \(M \mapsto \text{Der}_R(S, M)\) est un foncteur covariant.
Considérons le morphisme suivant de \(S\)-modules libres : \[\bigoplus\nolimits_{(a, b)\in S^2} S[(a, b)] \oplus \bigoplus\nolimits_{(f, g)\in S^2} S[(f, g)] \oplus \bigoplus\nolimits_{r\in R} S[r] \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{a\in S} S[a]\] défini par les règles \[[(a, b)] \longmapsto [a + b] - [a] - [b],\quad [(f, g)] \longmapsto [fg] -f[g] - g[f],\quad [r] \longmapsto [\varphi(r)]\] avec les notations évidentes. Soit \(\Omega_{S/R}\) le conoyau de ce morphisme. Il existe une application \(\text{d} : S \to \Omega_{S/R}\) qui envoie \(a\) sur la classe \(\text{d}a\) de \([a]\) dans le conoyau. C’est une \(R\)-dérivation en vertu des relations imposées à \(\Omega_{S/R}\) ; autrement dit, \[\text{d}(a + b) = \text{d}a + \text{d}b, \quad \text{d}(fg) = f\text{d}g + g\text{d}f, \quad \text{d}\varphi(r) = 0\] où \(a,b,f,g \in S\) et \(r \in R\).
Définition
Le couple \((\Omega_{S/R}, \text{d})\) est appelé le module des différentielles de Kähler, ou le module des différentielles de \(S\) sur \(R\).
Lemme
Le module des différentielles de \(S\) sur \(R\) possède la propriété universelle suivante. L’application \[\Hom_S(\Omega_{S/R}, M) \longrightarrow \text{Der}_R(S, M), \quad \alpha \longmapsto \alpha \circ \text{d}\] est un isomorphisme de foncteurs.
Démonstration
Par définition, une \(R\)-dérivation est une règle qui associe à chaque \(a \in S\) un élément \(D(a) \in M\). Ainsi, \(D\) donne naissance à un morphisme \([D] : \bigoplus S[a] \to M\). Or les conditions requises pour être une \(R\)-dérivation signifient exactement que \([D]\) annule l’image du morphisme dans la présentation de \(\Omega_{S/R}\) affichée ci-dessus.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit surjectif. Alors \(\Omega_{S/R} = 0\).
Démonstration
On peut le voir soit parce que toutes les \(R\)-dérivations doivent manifestement être nulles, soit parce que le morphisme de la présentation de \(\Omega_{S/R}\) est surjectif.
Supposons que [00RQ]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ S \ar[r]_\varphi & S' \\ R \ar[r]^\psi \ar[u]^\alpha & R' \ar[u]_\beta } } \end{equation}\] soit un diagramme commutatif d’anneaux. Dans ce cas, il existe un morphisme naturel entre les modules des différentielles qui s’insère dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ \Omega_{S/R} \ar[r] & \Omega_{S'/R'} \\ S \ar[u]^{\text{d}} \ar[r]^{\varphi} & S' \ar[u]_{\text{d}} }\] Pour construire ce morphisme, il suffit d’utiliser le morphisme évident entre les présentations de \(\Omega_{S/R}\) et \(\Omega_{S'/R'}\), à savoir [0H2F]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ \bigoplus S'[(a', b')] \oplus \bigoplus S'[(f', g')] \oplus \bigoplus S'[r'] \ar[r] & \bigoplus S' [a'] \\ \\ \bigoplus S[(a, b)] \oplus \bigoplus S[(f, g)] \oplus \bigoplus S[r] \ar[r] \ar[uu]^{ \begin{matrix} [(a, b)] \mapsto [(\varphi(a), \varphi(b))] \\ [(f, g)] \mapsto [(\varphi(f), \varphi(g))] \\ [r]\mapsto [\psi(r)] \end{matrix} } & \bigoplus S[a] \ar[uu]_{[a] \mapsto [\varphi(a)]} } } \end{equation}\] Le résultat est simplement que \(f\text{d}g \in \Omega_{S/R}\) est envoyé sur \(\varphi(f)\text{d}\varphi(g)\).
Lemme
Soit \(I\) un ensemble filtrant. Soit \((R_i \to S_i, \varphi_{ii'})\) un système de morphismes d’anneaux indexé par \(I\) ; voir Catégories, section 002Z. Alors on a \[\Omega_{S/R} = \colim_i \Omega_{S_i/R_i}.\] où \(R \to S = \colim (R_i \to S_i)\).
Démonstration
Cela résulte clairement de la présentation définissant \(\Omega_{S/R}\) et de la fonctorialité décrite ci-dessus.
Lemme
Dans le diagramme (00RQ), supposons que \(S \to S'\) soit surjectif de noyau \(I \subset S\). Alors \(\Omega_{S/R} \to \Omega_{S'/R'}\) est surjectif et son noyau est engendré comme \(S\)-module par les éléments \(\text{d}a\), où \(a \in S\) est tel que \(\varphi(a) \in \beta(R')\). (Cela comprend en particulier les éléments \(\text{d}(i)\), \(i \in I\).)
Démonstration
Considérons le morphisme de présentations (0H2F). Le morphisme vertical de droite entre modules libres est manifestement surjectif. Le morphisme est donc surjectif. Supposons qu’un élément \(\eta\) de \(\Omega_{S/R}\) soit envoyé sur zéro dans \(\Omega_{S'/R'}\). Écrivons \(\eta\) comme l’image de \(\sum s_i[a_i]\) pour des \(s_i, a_i \in S\). Nous voyons alors que \(\sum \varphi(s_i)[\varphi(a_i)]\) est l’image d’un élément \[\theta = \sum s_j'[a_j', b_j'] + \sum s_k'[f_k', g_k'] + \sum s_l'[r_l']\] du coin supérieur gauche du diagramme. Puisque \(\varphi\) est surjectif, les termes \(s_j'[a_j', b_j']\) et \(s_k'[f_k', g_k']\) sont dans l’image d’éléments du coin inférieur droit. Ainsi, en modifiant \(\eta\) et \(\theta\) par soustraction des images de ces éléments, nous pouvons supposer que \(\theta = \sum s_l'[r_l']\). Autrement dit, nous voyons que \(\sum \varphi(s_i)[\varphi(a_i)]\) est de la forme \(\sum s'_l [\beta(r'_l)]\). Ensuite, nous pouvons supposer qu’il existe \(a' \in S'\) tel que \(a' = \varphi(a_i)\) pour tout \(i\) et \(a' = \beta(r_l')\) pour tout \(l\). Cela résulte clairement de la décomposition en somme directe du coin supérieur droit du diagramme. Choisissons \(a \in S\) tel que \(\varphi(a) = a'\). Nous pouvons alors écrire \(a_i = a + x_i\) pour des \(x_i \in I\). En utilisant les relations permises, nous pouvons donc supposer que tous les \(a_i\) sont égaux à \(a\). Mais nous pouvons alors supposer que notre élément est de la forme \(s[a]\). Nous savons encore que \(\varphi(s)[a'] = \sum \varphi(s_l')[\beta(r_l')]\). Ainsi, soit \(\varphi(s) = 0\) et nous avons terminé, soit \(a' = \varphi(a)\) appartient à l’image de \(\beta\) et nous avons également terminé.
Démonstration
Nous utiliserons sans autre mention la propriété universelle des modules des différentielles donnée dans le Lemme 00RO.
Dans (00RQ), posons \(R'' = S \times_{S'} R'\). Nous obtenons alors le diagramme suivant : \[\xymatrix{ S \ar[r] & S \ar[r] & S' \\ R \ar[r] \ar[u] & R'' \ar[r] \ar[u] & R' \ar[u] }\] Soit \(M\) un \(S\)-module. Il résulte immédiatement des définitions qu’une \(R\)-dérivation \(D : S \to M\) est une \(R''\)-dérivation si et seulement si elle annule les éléments de l’image de \(R'' \to S\). La propriété universelle traduit cela en l’énoncé suivant : le morphisme naturel \(\Omega_{S/R} \to \Omega_{S/R''}\) est surjectif et son noyau est engendré comme \(S\)-module par l’image de \(R''\).
D’après le paragraphe précédent, il suffit de montrer que \(\Omega_{S/R} \to \Omega_{S'/R'}\) est un isomorphisme lorsque \(S \to S'\) est surjectif et \(R = S \times_{S'} R'\). Soit \(M'\) un \(S'\)-module. Observons que toute \(R'\)-dérivation \(D' : S' \to M'\) donne une \(R\)-dérivation par précomposition avec \(S \to S'\). Réciproquement, supposons que \(M\) soit un \(S\)-module et que \(D : S \to M\) soit une \(R\)-dérivation. Si \(i \in I\), alors il existe \(a \in R\) tel que \(\alpha(a) = i\) (puisque \(R = S \times_{S'} R'\)). Il s’ensuit que \(D(i) = 0\), et donc que \(0 = D(is) = iD(s)\) pour tout \(s \in S\). Ainsi, l’image de \(D\) est contenue dans le sous-module \(M' \subset M\) des éléments annulés par \(I\) et, de plus, l’application induite \(S \to M'\) se factorise par une \(R'\)-dérivation \(S' \to M'\). C’est un exercice d’utiliser la propriété universelle pour voir que cela signifie que \(\Omega_{S/R} \to \Omega_{S'/R'}\) est un isomorphisme ; nous omettons les détails.
Lemme
Soient \(A \to B \to C\) des morphismes d’anneaux. Il existe alors une suite exacte canonique \[C \otimes_B \Omega_{B/A} \to \Omega_{C/A} \to \Omega_{C/B} \to 0\] de \(C\)-modules.
Démonstration
Nous obtenons un diagramme (00RQ) en posant \(R = A\), \(S = C\), \(R' = B\) et \(S' = C\). D’après le Lemme 00RR, le morphisme \(\Omega_{C/A} \to \Omega_{C/B}\) est surjectif, et son noyau est engendré par les éléments \(\text{d}(c)\), où \(c \in C\) appartient à l’image de \(B \to C\). Le lemme en résulte.
Lemme
Soit \(\varphi : A \to B\) un morphisme d’anneaux.
Si \(S \subset A\) est une partie multiplicative dont l’image est formée d’éléments inversibles de \(B\), alors \(\Omega_{B/A} = \Omega_{B/S^{-1}A}\).
Si \(S \subset B\) est une partie multiplicative, alors \(S^{-1}\Omega_{B/A} = \Omega_{S^{-1}B/A}\).
Démonstration
Pour démontrer l’égalité de (1), il suffit de montrer que toute \(A\)-dérivation \(D : B \to M\) annule les éléments \(\varphi(s)^{-1}\). Cela résulte clairement de la règle de Leibniz appliquée à \(1 = \varphi(s) \varphi(s)^{-1}\). Pour montrer (2), notons qu’il existe un morphisme évident \(S^{-1}\Omega_{B/A} \to \Omega_{S^{-1}B/A}\). Pour montrer qu’il s’agit d’un isomorphisme, il suffit de montrer qu’il existe une \(A\)-dérivation \(\text{d}'\) de \(S^{-1}B\) à valeurs dans \(S^{-1}\Omega_{B/A}\). Pour la définir, posons simplement \(\text{d}'(b/s) = (1/s)\text{d}b - (1/s^2)b\text{d}s\). Nous omettons les détails.
Lemme
Dans le diagramme (00RQ), supposons que \(S \to S'\) soit surjectif de noyau \(I \subset S\), et supposons que \(R' = R\). Il existe alors une suite exacte canonique de \(S'\)-modules \[I/I^2 \longrightarrow \Omega_{S/R} \otimes_S S' \longrightarrow \Omega_{S'/R} \longrightarrow 0\] Le morphisme de gauche est caractérisé par la règle qui envoie \(f \in I\) sur \(\text{d}f \otimes 1\).
Démonstration
Le terme du milieu est \(\Omega_{S/R} \otimes_S S/I\). Pour \(f \in I\), notons \(\overline{f}\) l’image de \(f\) dans \(I/I^2\). Pour montrer que l’application \(\overline{f} \mapsto \text{d}f \otimes 1\) est bien définie, il suffit de vérifier que \(\text{d} f_1f_2 \otimes 1 = 0\) si \(f_1, f_2 \in I\). Cela résulte clairement de la règle de Leibniz \(\text{d} f_1f_2 \otimes 1 = (f_1 \text{d}f_2 + f_2 \text{d} f_1 )\otimes 1 = \text{d}f_2 \otimes f_1 + \text{d}f_1 \otimes f_2 = 0\). Un calcul analogue montre que cette application est \(S' = S/I\)-linéaire.
Le morphisme \(\Omega_{S/R} \otimes_S S' \to \Omega_{S'/R}\) est le morphisme \(S'\)-linéaire canonique associé au morphisme \(S\)-linéaire \(\Omega_{S/R} \to \Omega_{S'/R}\). Il est surjectif parce que \(\Omega_{S/R} \to \Omega_{S'/R}\) est surjectif d’après le Lemme 00RR.
La composée des deux morphismes est nulle parce que \(\text{d}f\) est envoyé sur zéro dans \(\Omega_{S'/R}\) pour \(f \in I\). Notons que l’exactitude dit simplement que le noyau de \(\Omega_{S/R} \to \Omega_{S'/R}\) est engendré comme sous-\(S\)-module par le sous-module \(I\Omega_{S/R}\) et par les éléments \(\text{d}f\), avec \(f \in I\). Nous savons par le Lemme 00RR que ce noyau est engendré par les éléments \(\text{d}(a)\) où \(\varphi(a) = \beta(r)\) pour un certain \(r \in R\). Mais alors \(a = \alpha(r) + a - \alpha(r)\), de sorte que \(\text{d}(a) = \text{d}(a - \alpha(r))\). De plus, \(a - \alpha(r) \in I\) puisque \(\varphi(a - \alpha(r)) = \varphi(a) - \varphi(\alpha(r)) = \beta(r) - \beta(r) = 0\). Nous concluons que les éléments \(\text{d}f\) avec \(f \in I\) engendrent déjà le noyau comme \(S\)-module, comme souhaité.
Lemme
Dans le diagramme (00RQ), supposons que \(S \to S'\) soit surjectif de noyau \(I \subset S\) et supposons que \(R' = R\). Supposons en outre qu’il existe un morphisme de \(R\)-algèbres \(S' \to S\) qui soit un inverse à droite de \(S \to S'\). Alors la suite exacte de \(S'\)-modules du Lemme 00RU devient une suite exacte courte \[0 \longrightarrow I/I^2 \longrightarrow \Omega_{S/R} \otimes_S S' \longrightarrow \Omega_{S'/R} \longrightarrow 0\] qui est même une suite exacte courte scindée.
Démonstration
Soit \(\beta : S' \to S\) l’inverse à droite de la surjection \(\alpha : S \to S'\). Considérons l’application \[D : S \longrightarrow I/I^2, \quad x \longmapsto x - \beta(\alpha(x))\] Il est facile de montrer que \(D\) est une \(R\)-dérivation (nous l’omettons). En outre, \(x D(s) = 0\) si \(x \in I, s \in S\). Par conséquent, la propriété universelle montre que \(D\) induit un morphisme \(\tau : \Omega_{S/R} \otimes_S S' \to I/I^2\). Nous omettons la vérification que c’est un inverse à gauche de \(\text{d} : I/I^2 \to \Omega_{S/R} \otimes_S S'\). D’où le résultat.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(I \subset S\) un idéal. Soit \(n \geq 1\) un entier. Posons \(S' = S/I^{n + 1}\). Le morphisme \(\Omega_{S/R} \to \Omega_{S'/R}\) induit un isomorphisme \[\Omega_{S/R} \otimes_S S/I^n \longrightarrow \Omega_{S'/R} \otimes_{S'} S/I^n.\]
Démonstration
Cela résulte du Lemme 00RU et du fait que \(\text{d}(I^{n + 1}) \subset I^n\Omega_{S/R}\) par la règle de Leibniz pour \(\text{d}\).
Lemme
Supposons donnés des morphismes d’anneaux \(R \to R'\) et \(R \to S\). Posons \(S' = S \otimes_R R'\), de sorte que nous obtenions un diagramme (00RQ). Alors le morphisme canonique défini ci-dessus induit un isomorphisme \(\Omega_{S/R} \otimes_R R' = \Omega_{S'/R'}\).
Démonstration
Notons \(\text{d}' : S' = S \otimes_R R' \to \Omega_{S/R} \otimes_R R'\) l’application \(\text{d}'( \sum a_i \otimes x_i ) = \sum \text{d}(a_i) \otimes x_i\). Elle existe parce que l’application \(S \times R' \to \Omega_{S/R} \otimes_R R'\), \((a, x)\mapsto \text{d}a \otimes_R x\), est \(R\)-bilinéaire. C’est une \(R'\)-dérivation, comme on le vérifie par un calcul simple. Nous allons montrer que \((\Omega_{S/R} \otimes_R R', \text{d}')\) satisfait la propriété universelle. Soit \(D : S' \to M'\) une \(R'\)-dérivation à valeurs dans un \(S'\)-module. La composée \(S \to S' \to M'\) est une \(R\)-dérivation ; nous obtenons donc un morphisme \(S\)-linéaire \(\varphi_D : \Omega_{S/R} \to M'\). Nous pouvons le tensoriser par \(R'\) et obtenir le morphisme \(\varphi'_D : \Omega_{S/R} \otimes_R R' \to M'\), \(\varphi'_D(\eta \otimes x) = x\varphi_D(\eta)\). Il est clair que \(D = \varphi'_D \circ \text{d}'\).
Le morphisme de multiplication \(S \otimes_R S \to S\) est le morphisme de \(R\)-algèbres qui envoie \(a \otimes b\) sur \(ab\) dans \(S\). C’est aussi un morphisme de \(S\)-algèbres si l’on considère \(S \otimes_R S\) comme une \(S\)-algèbre par l’un ou l’autre des morphismes \(S \to S \otimes_R S\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(J = \Ker(S \otimes_R S \to S)\) le noyau du morphisme de multiplication. Il existe un isomorphisme canonique de \(S\)-modules \(\Omega_{S/R} \to J/J^2\), \(a \text{d} b \mapsto a \otimes b - ab \otimes 1\).
Démonstration
Appliquons le Lemme 02HP au diagramme commutatif \[\xymatrix{ S \otimes_R S \ar[r] & S \\ S \ar[r] \ar[u] & S \ar[u] }\] où la flèche verticale de gauche est \(a \mapsto a \otimes 1\). Nous obtenons la suite exacte \(0 \to J/J^2 \to \Omega_{S \otimes_R S/S} \otimes_{S \otimes_R S} S \to \Omega_{S/S} \to 0\). D’après le Lemme 00RP, le terme \(\Omega_{S/S}\) est \(0\), et nous obtenons un isomorphisme entre les deux autres termes. D’après le Lemme 00RV, on a \(\Omega_{S \otimes_R S/S} = \Omega_{S/R} \otimes_S (S \otimes_R S)\), car \(S \to S \otimes_R S\) est le changement de base de \(R \to S\), et donc \[\Omega_{S \otimes_R S/S} \otimes_{S \otimes_R S} S = \Omega_{S/R} \otimes_S (S \otimes_R S) \otimes_{S \otimes_R S} S = \Omega_{S/R}\] Nous omettons la vérification que le morphisme est donné par la règle du lemme.
Démonstration
Montrons d’abord que la règle \(a \text{d} b \mapsto a \otimes b - ab \otimes 1\) est bien définie. Pour cela, nous devons montrer que \(\text{d}r\) et \(a\text{d}b + b \text{d}a - d(ab)\) sont envoyés sur zéro. Le premier l’est parce que \(r \otimes 1 - 1 \otimes r = 0\) par définition du produit tensoriel. Le second l’est parce que \[(a \otimes b - ab \otimes 1) + (b \otimes a - ba \otimes 1) - (1 \otimes ab - ab \otimes 1) = (a \otimes 1 - 1\otimes a)(1\otimes b - b \otimes 1)\] appartient à \(J^2\).
Construisons un morphisme dans l’autre sens. Nous pouvons considérer \(S \to S \otimes_R S\), \(a \mapsto a \otimes 1\), comme le changement de base de \(R \to S\). Ainsi, d’après le Lemme 00RV, on a \(\Omega_{S \otimes_R S/S} = \Omega_{S/R} \otimes_S (S \otimes_R S)\). À ce stade, la suite du Lemme 00RU donne un morphisme \[J/J^2 \to \Omega_{S \otimes_R S/ S} \otimes_{S \otimes_R S} S = (\Omega_{S/R} \otimes_S (S \otimes_R S))\otimes_{S \otimes_R S} S = \Omega_{S/R}.\] Nous laissons au lecteur le soin de vérifier qu’il est l’inverse du morphisme ci-dessus.
Lemme
Si \(S = R[x_1, \ldots, x_n]\), alors \(\Omega_{S/R}\) est un \(S\)-module libre fini de base \(\text{d}x_1, \ldots, \text{d}x_n\).
Démonstration
Montrons d’abord que \(\text{d}x_1, \ldots, \text{d}x_n\) engendrent \(\Omega_{S/R}\) comme \(S\)-module. Pour cela, montrons que \(\text{d}g\) peut s’écrire comme une somme \(\sum g_i \text{d}x_i\) pour tout \(g \in R[x_1, \ldots, x_n]\). Nous raisonnons par récurrence sur le degré (total) de \(g\). C’est clair si le degré de \(g\) est \(0\), car alors \(\text{d}g = 0\). Si le degré de \(g\) est \(> 0\), nous pouvons écrire \(g\) sous la forme \(c + \sum g_i x_i\) avec \(c\in R\) et \(\deg(g_i) < \deg(g)\). La règle de Leibniz donne \(\text{d}g = \sum g_i \text{d} x_i + \sum x_i \text{d}g_i\), et la récurrence permet de conclure.
Considérons la \(R\)-dérivation \(\partial / \partial x_i : R[x_1, \ldots, x_n] \to R[x_1, \ldots, x_n]\). (Nous laissons au lecteur le soin de la définir ; sa propriété caractéristique est que \(\partial / \partial x_i (x_j) = \delta_{ij}\).) Par la propriété universelle, elle correspond à un morphisme de \(S\)-modules \(l_i : \Omega_{S/R} \to R[x_1, \ldots, x_n]\) qui envoie \(\text{d}x_i\) sur \(1\) et \(\text{d}x_j\) sur \(0\) pour \(j \not = i\). Il est donc clair qu’il n’existe aucune relation \(S\)-linéaire entre les éléments \(\text{d}x_1, \ldots, \text{d}x_n\).
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit de présentation finie. Alors \(\Omega_{S/R}\) est un \(S\)-module de présentation finie.
Démonstration
Écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m)\). Écrivons \(I = (f_1, \ldots, f_m)\). D’après le Lemme 00RU, il existe une suite exacte de \(S\)-modules \[I/I^2 \to \Omega_{R[x_1, \ldots, x_n]/R} \otimes_{R[x_1, \ldots, x_n]} S \to \Omega_{S/R} \to 0\] Le résultat découle du fait que \(I/I^2\) est un \(S\)-module de type fini (engendré par les images des \(f_i\)) et que le terme du milieu est libre de type fini d’après le Lemme 00RX.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit de type fini. Alors \(\Omega_{S/R}\) est un \(S\)-module de type fini.
Démonstration
La démonstration est très semblable à celle du Lemme 00RY, mais plus facile.
Le complexe de de Rham
Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux. Notons \(\text{d} : B \to \Omega_{B/A}\) le module des différentielles muni de sa \(A\)-dérivation universelle construite dans la section 00RM. Soit \(\Omega_{B/A}^i = \wedge^i_B(\Omega_{B/A})\), pour \(i \geq 0\), la \(i\)-ième puissance extérieure, comme dans la section 00DM. Le complexe de de Rham de \(B\) sur \(A\) est le complexe \[\Omega_{B/A}^0 \to \Omega_{B/A}^1 \to \Omega_{B/A}^2 \to \ldots\] muni des différentielles \(A\)-linéaires construites et décrites ci-dessous.
L’application \(\text{d} : \Omega^0_{B/A} \to \Omega^1_{B/A}\) est la dérivation universelle \(\text{d} : B \to \Omega_{B/A}\). Observons qu’elle est bien \(A\)-linéaire.
Pour \(p \geq 1\), nous affirmons qu’il existe une unique application \(A\)-linéaire \(\text{d} : \Omega_{B/A}^p \to \Omega_{B/A}^{p + 1}\) telle que [0FKG]\[\begin{equation} \text{d}\left(b_0\text{d}b_1 \wedge \ldots \wedge \text{d}b_p\right) = \text{d}b_0 \wedge \text{d}b_1 \wedge \ldots \wedge \text{d}b_p \end{equation}\] Rappelons que \(\Omega_{B/A}\) est engendré comme \(B\)-module par les éléments \(\text{d}b\). Ainsi, \(\Omega^p_{B/A}\) est engendré comme \(A\)-module par les éléments \(b_0\text{d}b_1 \wedge \ldots \wedge \text{d}b_p\), et il s’ensuit que l’application \(\text{d} : \Omega^p_{B/A} \to \Omega^{p + 1}_{B/A}\), si elle existe, est unique.
Construction de \(\text{d} : \Omega_{B/A}^1 \to \Omega_{B/A}^2\). D’après la Définition 07BK, les éléments \(\text{d}b\) engendrent librement \(\Omega_{B/A}\) comme \(B\)-module, modulo les relations \(\text{d}a = 0\) pour \(a \in A\) et \(\text{d}(b' + b'') = \text{d}b' + \text{d}b''\) et \(\text{d}(b'b'') = b'\text{d}b'' + b''\text{d}b'\) pour \(b', b'' \in B\). Par conséquent, pour montrer que la règle \[\sum b'_i \text{d}b_i \longmapsto \sum \text{d}b'_i \wedge \text{d}b_i\] est bien définie, nous devons montrer que les éléments \[b\text{d}a, \quad\text{et}\quad b\text{d}(b' + b'') - b\text{d}b' - b\text{d}b'' \quad\text{et}\quad b\text{d}(b'b'') - bb'\text{d}b'' - bb''\text{d}b'\] pour \(a \in A\) et \(b, b', b'' \in B\) sont envoyés sur zéro. Cela résulte clairement d’un calcul direct utilisant la règle de Leibniz pour \(\text{d}\).
Observons que la composée \(\Omega^0_{B/A} \to \Omega^1_{B/A} \to \Omega^2_{B/A}\) est nulle puisque \(\text{d}(\text{d}(b)) = \text{d}(1 \text{d}b) = \text{d}(1) \wedge \text{d}(b) = 0 \wedge \text{d}b = 0\). Ici, \(\text{d}(1) = 0\) car \(1 \in B\) appartient à l’image de \(A \to B\). Nous utiliserons ce fait ci-dessous.
Construction de \(\text{d} : \Omega_{B/A}^p \to \Omega_{B/A}^{p + 1}\) pour \(p \geq 2\). Nous allons montrer que l’application \(A\)-linéaire \[\gamma : \Omega^1_{B/A} \otimes_A \ldots \otimes_A \Omega^1_{B/A} \longrightarrow \Omega_{B/A}^{p + 1}\] définie par la formule \[\omega_1 \otimes \ldots \otimes \omega_p \longmapsto \sum (-1)^{i + 1} \omega_1 \wedge \ldots \wedge \text{d}(\omega_i) \wedge \ldots \wedge \omega_p\] se factorise par la surjection naturelle \(\Omega^1_{B/A} \otimes_A \ldots \otimes_A \Omega^1_{B/A} \to \Omega^p_{B/A}\) pour donner l’application souhaitée \(\text{d} : \Omega^p_{B/A} \to \Omega^{p + 1}_{B/A}\). D’après le Lemme 0H1C, le noyau de \(\Omega^1_{B/A} \otimes_A \ldots \otimes_A \Omega^1_{B/A} \to \Omega^p_{B/A}\) est engendré comme \(A\)-module par les éléments \(\omega_1 \otimes \ldots \otimes \omega_p\) tels que \(\omega_i = \omega_j\) pour certains \(i \not = j\), et par les éléments \(\omega_1 \otimes \ldots \otimes f\omega_i \otimes \ldots \otimes \omega_p - \omega_1 \otimes \ldots \otimes f\omega_j \otimes \ldots \otimes \omega_p\) pour un certain \(f \in B\). Un calcul direct montre que le premier type d’éléments est envoyé sur \(0\) par \(\gamma\) ; autrement dit, \(\gamma\) est alternée. Pour terminer, nous devons montrer que \[\gamma( \omega_1 \otimes \ldots \otimes f\omega_i \otimes \ldots \otimes \omega_p) = \gamma( \omega_1 \otimes \ldots \otimes f\omega_j \otimes \ldots \otimes \omega_p)\] pour \(f \in B\). Par \(A\)-linéarité et par la propriété d’alternance, il suffit de le montrer pour \(p = 2\), \(i = 1\), \(j = 2\), \(\omega_1 = b \text{d}b'\) et \(\omega_2 = c \text{d} c'\) avec \(b, b', c, c' \in B\). Nous devons donc montrer que \[\begin{align*} & \text{d}(fb) \wedge \text{d}b' \wedge c \text{d}c' - fb \text{d}b' \wedge \text{d}c \wedge \text{d}c' \\ & = \text{d}b \wedge \text{d}b' \wedge fc\text{d}c' - b \text{d}b' \wedge \text{d}(fc) \wedge \text{d}c' \end{align*}\] c’est-à-dire que \[(c \text{d}(fb) + fb \text{d}c - fc \text{d}b - b \text{d}(fc)) \wedge \text{d}b' \wedge \text{d}c' = 0.\] Cela découle de la règle de Leibniz. Observons que la valeur de \(\gamma\) sur l’élément \(b_0\text{d}b_1 \otimes \text{d}b_2 \otimes \ldots \otimes \text{d}b_p\) est \(\text{d}b_0 \wedge \text{d}b_1 \wedge \ldots \wedge \text{d}b_p\), et donc que (0FKG) est satisfaite pour l’application \(\text{d} : \Omega^p_{B/A} \to \Omega^{p + 1}_{B/A}\) ainsi obtenue.
Enfin, puisque \(\Omega^p_{B/A}\) est engendré additivement par les éléments \(b_0\text{d}b_1 \wedge \ldots \wedge \text{d}b_p\) et puisque \(\text{d}(b_0\text{d}b_1 \wedge \ldots \wedge \text{d}b_p) = \text{d}b_0 \wedge \ldots \wedge \text{d}b_p\), nous voyons exactement de la même manière que la composée \(\Omega^p_{B/A} \to \Omega^{p + 1}_{B/A} \to \Omega^{p + 2}_{B/A}\) est nulle pour \(p \geq 1\). Ainsi, le complexe de de Rham est bien un complexe.
Étant donné un anneau \(R\), nous posons \(\Omega_R = \Omega_{R/\mathbf{Z}}\). On l’appelle parfois le module absolu des différentielles de \(R\) ; cette terminologie a un sens : si \(\Omega_R\) est le module des différentielles pour lequel nous imposons seulement la règle de Leibniz, sans imposer l’annulation de \(\text{d}1\), alors la règle de Leibniz donne \(\text{d}1 = \text{d}(1 \cdot 1) = 1 \text{d}1 + 1 \text{d}1 = 2 \text{d}1\), et donc \(\text{d}1 = 0\) dans \(\Omega_R\). Dans ce cas, le complexe de de Rham absolu de \(R\) est le complexe correspondant \[\Omega_R^0 \to \Omega_R^1 \to \Omega_R^2 \to \ldots\] où nous posons \(\Omega^i_R = \Omega^i_{R/\mathbf{Z}}\), et ainsi de suite.
Supposons donné un diagramme commutatif d’anneaux \[\xymatrix{ B \ar[r] & B' \\ A \ar[r] \ar[u] & A' \ar[u] }\] Il existe un morphisme naturel de complexes de de Rham \[\Omega^\bullet_{B/A} \longrightarrow \Omega^\bullet_{B'/A'}\] En degré \(0\), il s’agit du morphisme \(B \to B'\) ; en degré \(1\), il s’agit du morphisme \(\Omega_{B/A} \to \Omega_{B'/A'}\) construit dans la section 00RM ; et, pour \(p \geq 2\), il s’agit du morphisme induit \(\Omega^p_{B/A} = \wedge^p_B(\Omega_{B/A}) \to \wedge^p_{B'}(\Omega_{B'/A'}) = \Omega^p_{B'/A'}\). La compatibilité aux différentielles découle de la caractérisation des différentielles par la formule (0FKG).
Lemme
Supposons donnés des morphismes d’anneaux \(A \to A'\) et \(A \to B\). Posons \(B' = B \otimes_A A'\), de sorte que nous obtenions un diagramme comme ci-dessus. Alors le morphisme canonique défini ci-dessus induit un isomorphisme \(\Omega^\bullet_{B/A} \otimes_A A' = \Omega^\bullet_{B'/A'}\) de complexes.
Démonstration
Cela découle du Lemme 00RV et du fait que la formation des puissances extérieures commute au changement de base.
Lemme
Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\pi : \Omega_{B/A} \to \Omega\) un morphisme surjectif de \(B\)-modules. Notons \(\text{d} : B \to \Omega\) la composée de \(\pi\) avec la dérivation universelle \(\text{d}_{B/A} : B \to \Omega_{B/A}\). Posons \(\Omega^i = \wedge_B^i(\Omega)\). Supposons que le noyau de \(\pi\) soit engendré, comme \(B\)-module, par des éléments \(\omega \in \Omega_{B/A}\) tels que \(\text{d}_{B/A}(\omega) \in \Omega_{B/A}^2\) soit envoyé sur zéro dans \(\Omega^2\). Il existe alors un complexe de de Rham \[\Omega^0 \to \Omega^1 \to \Omega^2 \to \ldots\] dont la différentielle est définie par la règle \[\text{d} : \Omega^p \to \Omega^{p + 1},\quad \text{d}\left(f_0\text{d}f_1 \wedge \ldots \wedge \text{d}f_p\right) = \text{d}f_0 \wedge \text{d}f_1 \wedge \ldots \wedge \text{d}f_p\]
Démonstration
Nous allons montrer qu’il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \Omega_{B/A}^0 \ar[d] \ar[r]_{\text{d}_{B/A}} & \Omega_{B/A}^1 \ar[d]_\pi \ar[r]_{\text{d}_{B/A}} & \Omega_{B/A}^2 \ar[d]_{\wedge^2\pi} \ar[r]_{\text{d}_{B/A}} & \ldots \\ \Omega^0 \ar[r]^{\text{d}} & \Omega^1 \ar[r]^{\text{d}} & \Omega^2 \ar[r]^{\text{d}} & \ldots }\] La description de l’application \(\text{d}\) découlera de la construction, donnée ci-dessus, des différentielles \(\text{d}_{B/A} : \Omega^p_{B/A} \to \Omega^{p + 1}_{B/A}\) du complexe de de Rham de \(B\) sur \(A\). Puisque la flèche verticale la plus à gauche est un isomorphisme, nous avons le premier carré. Comme \(\pi\) est surjectif, pour obtenir le deuxième carré, il suffit de montrer que \(\text{d}_{B/A}\) envoie le noyau de \(\pi\) dans le noyau de \(\wedge^2\pi\). Par hypothèse, tout élément du noyau de \(\pi\) est de la forme \(\sum b_i\omega_i\) avec \(\pi(\omega_i) = 0\) et \(\wedge^2\pi(\text{d}_{B/A}(\omega_i)) = 0\). La règle de Leibniz pour \(\text{d}_{B/A}\) donne \(\text{d}_{B/A}(\sum b_i\omega_i) = \sum b_i \text{d}_{B/A}(\omega_i) + \sum \text{d}_{B/A}(b_i) \wedge \omega_i\). Cet élément est donc envoyé sur zéro par \(\wedge^2\pi\).
Pour \(i > 1\), notons que \(\wedge^i \pi\) est surjectif et que son noyau est l’image de \(\Ker(\pi) \wedge \Omega^{i - 1}_{B/A} \to \Omega_{B/A}^i\). Pour \(\omega_1 \in \Ker(\pi)\) et \(\omega_2 \in \Omega^{i - 1}_{B/A}\), on a \[\text{d}_{B/A}(\omega_1 \wedge \omega_2) = \text{d}_{B/A}(\omega_1) \wedge \omega_2 - \omega_1 \wedge \text{d}_{B/A}(\omega_2)\] qui appartient au noyau de \(\wedge^{i + 1}\pi\) d’après ce que nous venons de démontrer. Nous obtenons donc le \((i + 1)\)-ième carré du diagramme ci-dessus. Cela achève la démonstration.
Opérateurs différentiels d’ordre fini
Dans cette section, nous introduisons les opérateurs différentiels d’ordre fini.
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soient \(M\), \(N\) des \(S\)-modules. Soit \(k \geq 0\) un entier. Nous définissons par récurrence un opérateur différentiel \(D : M \to N\) d’ordre \(k\) comme une application \(R\)-linéaire telle que, pour tout \(g \in S\), l’application \(m \mapsto D(gm) - gD(m)\) soit un opérateur différentiel d’ordre \(k - 1\). Pour le cas initial \(k = 0\), nous définissons un opérateur différentiel d’ordre \(0\) comme une application \(S\)-linéaire.
Si \(D : M \to N\) est un opérateur différentiel d’ordre \(k\), alors, pour tout \(g \in S\), l’application \(gD\) est un opérateur différentiel d’ordre \(k\). La somme de deux opérateurs différentiels d’ordre \(k\) en est encore un. L’ensemble de tous ces opérateurs \[\text{Diff}^k(M, N) = \text{Diff}^k_{S/R}(M, N)\] est donc un \(S\)-module. On a \[\text{Diff}^0(M, N) \subset \text{Diff}^1(M, N) \subset \text{Diff}^2(M, N) \subset \ldots\]
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soient \(L, M, N\) des \(S\)-modules. Si \(D : L \to M\) et \(D' : M \to N\) sont des opérateurs différentiels d’ordres \(k\) et \(k'\), alors \(D' \circ D\) est un opérateur différentiel d’ordre \(k + k'\).
Démonstration
Soit \(g \in S\). L’application qui envoie \(x \in L\) sur \[D'(D(gx)) - gD'(D(x)) = D'(D(gx)) - D'(gD(x)) + D'(gD(x)) - gD'(D(x))\] est une somme de deux composées d’opérateurs différentiels d’ordres inférieurs. Le lemme découle donc d’une récurrence sur \(k + k'\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Soit \(k \geq 0\). Il existe un \(S\)-module \(P^k_{S/R}(M)\) et un isomorphisme canonique \[\text{Diff}^k_{S/R}(M, N) = \Hom_S(P^k_{S/R}(M), N)\] fonctoriel en le \(S\)-module \(N\).
Par le lemme de Yoneda, cela nous dit qu’il existe un opérateur différentiel « universel » \(D_{univ} : M \to P^k_{S/R}(M)\) d’ordre \(k\) tel que, pour tout opérateur différentiel \(D : M \to N\) d’ordre \(k\), il existe une unique application \(S\)-linéaire \(\alpha : P^k_{S/R}(M) \to N\) telle que \(D = D_{univ} \circ \alpha\). Le couple \((P^k_{S/R}(M), D_{univ})\) est unique à isomorphisme unique près.
Démonstration
L’existence de \(P^k_{S/R}(M)\) découle d’arguments généraux de théorie des catégories (insérer ici une référence future), mais nous allons également en donner une construction. Posons \(F = \bigoplus_{m \in M} S[m]\), où \([m]\) est un symbole désignant l’élément de base du facteur correspondant à \(m\). Étant donné un opérateur différentiel \(D : M \to N\), nous obtenons une application \(S\)-linéaire \(L_D : F \to N\) qui envoie \([m]\) sur \(D(m)\). Si \(D\) est d’ordre \(0\), alors \(L_D\) annule les éléments \[[m + m'] - [m] - [m'],\quad g_0[m] - [g_0m]\] où \(g_0 \in S\) et \(m, m' \in M\). Si \(D\) est d’ordre \(1\), alors \(L_D\) annule les éléments \[[m + m'] - [m] - [m'],\quad f[m] - [fm], \quad g_0g_1[m] - g_0[g_1m] - g_1[g_0m] + [g_1g_0m]\] où \(f \in R\), \(g_0, g_1 \in S\) et \(m \in M\). Si \(D\) est d’ordre \(k\), alors \(L_D\) annule les éléments \([m + m'] - [m] - [m']\), \(f[m] - [fm]\), ainsi que les éléments \[g_0g_1\ldots g_k[m] - \sum g_0 \ldots \hat g_i \ldots g_k[g_im] + \ldots +(-1)^{k + 1}[g_0\ldots g_km]\] Réciproquement, si \(L : F \to N\) est une application \(S\)-linéaire qui annule tous les éléments énumérés dans la phrase précédente, alors \(m \mapsto L([m])\) est un opérateur différentiel d’ordre \(k\). Nous voyons ainsi que \(P^k_{S/R}(M)\) est le quotient de \(F\) par le sous-module engendré par ces éléments.
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Le module \(P^k_{S/R}(M)\) construit dans le Lemme 09CK est appelé le module des parties principales d’ordre \(k\) de \(M\).
Notons que les inclusions \[\text{Diff}^0(M, N) \subset \text{Diff}^1(M, N) \subset \text{Diff}^2(M, N) \subset \ldots\] correspondent, par le lemme de Yoneda (Catégories, Lemme 001P), aux surjections \[\ldots \to P^2_{S/R}(M) \to P^1_{S/R}(M) \to P^0_{S/R}(M) = M\]
Exemple
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux et soit \(N\) un \(S\)-module. Observons que \(\text{Diff}^1(S, N) = \text{Der}_R(S, N) \oplus N\). En effet, si \(D : S \to N\) est un opérateur différentiel d’ordre \(1\), alors \(\sigma_D : S \to N\), défini par \(\sigma_D(g) := D(g) - gD(1)\), est une \(R\)-dérivation et \(D = \sigma_D + \lambda_{D(1)}\), où \(\lambda_x : S \to N\) est l’application linéaire qui envoie \(g\) sur \(gx\). Il s’ensuit que \(P^1_{S/R} = \Omega_{S/R} \oplus S\) par la propriété universelle de \(\Omega_{S/R}\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Il existe une suite exacte courte canonique \[0 \to \Omega_{S/R} \otimes_S M \to P^1_{S/R}(M) \to M \to 0\] fonctorielle en \(M\), appelée la suite des parties principales.
Démonstration
Le morphisme \(P^1_{S/R}(M) \to M\) est donné ci-dessus. Soit \(N\) un \(S\)-module et soit \(D : M \to N\) un opérateur différentiel d’ordre \(1\). Pour \(m \in M\), l’application \[g \longmapsto D(gm) - gD(m)\] est une \(R\)-dérivation \(S \to N\) par les axiomes des opérateurs différentiels d’ordre \(1\). Elle correspond donc à une application linéaire \(D_m : \Omega_{S/R} \to N\) déterminée par la règle \(a\text{d}b \mapsto aD(bm) - abD(m)\) (voir le Lemme 00RO). L’application \[\Omega_{S/R} \times M \longrightarrow N,\quad (\eta, m) \longmapsto D_m(\eta)\] est \(S\)-bilinéaire (nous omettons les détails) et détermine donc une application \(S\)-linéaire \[\sigma_D : \Omega_{S/R} \otimes_S M \to N\] Nous obtenons ainsi une application \(\text{Diff}^1(M, N) \to \Hom_S(\Omega_{S/R} \otimes_S M, N)\), \(D \mapsto \sigma_D\), fonctorielle en \(N\). Par le lemme de Yoneda, cela correspond à un morphisme \(\Omega_{S/R} \otimes_S M \to P^1_{S/R}(M)\). Il résulte immédiatement de la construction que ce morphisme est fonctoriel en \(M\). La suite \[\Omega_{S/R} \otimes_S M \to P^1_{S/R}(M) \to M \to 0\] est exacte parce que, pour tout module \(N\), la suite \[0 \to \Hom_S(M, N) \to \text{Diff}^1(M, N) \to \Hom_S(\Omega_{S/R} \otimes_S M, N)\] est exacte par inspection.
Pour voir que \(\Omega_{S/R} \otimes_S M \to P^1_{S/R}(M)\) est injectif, raisonnons comme suit. Choisissons une suite exacte \[0 \to M' \to F \to M \to 0\] où \(F\) est un \(S\)-module libre. Elle induit une suite exacte \[0 \to \text{Diff}^1(M, N) \to \text{Diff}^1(F, N) \to \text{Diff}^1(M', N)\] pour tout \(N\). Cela démontre que, dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \Omega_{S/R} \otimes_S M' \ar[r] \ar[d] & P^1_{S/R}(M') \ar[r] \ar[d] & M' \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & \Omega_{S/R} \otimes_S F \ar[r] \ar[d] & P^1_{S/R}(F) \ar[r] \ar[d] & F \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & \Omega_{S/R} \otimes_S M \ar[r] \ar[d] & P^1_{S/R}(M) \ar[r] \ar[d] & M \ar[r] \ar[d] & 0 \\ & 0 & 0 & 0 }\] la colonne du milieu est exacte. La colonne de gauche est exacte par l’exactitude à droite de \(\Omega_{S/R} \otimes_S -\). D’après le lemme du serpent (voir la section 07JV), il suffit de démontrer l’exactitude à gauche pour le module libre \(F\). En utilisant le fait que \(P^1_{S/R}(-)\) commute aux sommes directes, nous nous ramenons au cas \(M = S\). Ce cas découle de la discussion de l’Exemple 09CM.
Remarque
Supposons donnés un diagramme commutatif d’anneaux \[\xymatrix{ B \ar[r] & B' \\ A \ar[u] \ar[r] & A' \ar[u] }\] un \(B\)-module \(M\), un \(B'\)-module \(M'\) et une application \(B\)-linéaire \(M \to M'\). Nous obtenons alors un système compatible de morphismes de modules \[\xymatrix{ \ldots \ar[r] & P^2_{B'/A'}(M') \ar[r] & P^1_{B'/A'}(M') \ar[r] & P^0_{B'/A'}(M') \\ \ldots \ar[r] & P^2_{B/A}(M) \ar[r] \ar[u] & P^1_{B/A}(M) \ar[r] \ar[u] & P^0_{B/A}(M) \ar[u] }\] Ces morphismes sont compatibles avec toute composition ultérieure de morphismes de ce type. La façon la plus simple de le voir est d’utiliser la description des modules \(P^k_{B/A}(M)\) par générateurs et relations dans la démonstration du Lemme 09CK, mais on peut aussi le voir directement à partir de la propriété universelle de ces modules. En outre, ces morphismes sont compatibles avec les suites exactes courtes du Lemme 09CN.
Lemme
Supposons donnés des morphismes d’anneaux \(A \to A'\) et \(A \to B\), ainsi qu’un \(B\)-module \(M\). Posons \(B' = B \otimes_A A'\) et considérons \(M' = M \otimes_A A'\) comme un \(B'\)-module. Le morphisme de la Remarque 09CP induit un isomorphisme \(P^k_{B/A}(M) \otimes_A A' = P^k_{B'/A'}(M')\).
Démonstration
Soit \(D_{univ} : M \to P^k_{B/A}(M)\) l’opérateur différentiel universel. L’application \(A'\)-linéaire induite \(D_{univ} \otimes 1 : M' = M \otimes_A A' \to P^k_{B/A}(M) \otimes_A A'\) est aisément vérifiée être un opérateur différentiel d’ordre \(k\) pour \(M'/B'/A'\). Nous allons montrer que \(D_{univ} \otimes 1\) satisfait la propriété universelle. Soit \(D' : M' \to N'\) un opérateur différentiel d’ordre \(k\) à valeurs dans un \(B'\)-module \(N'\). Alors la composée \(D : M \to M' \to N'\) est un opérateur différentiel à valeurs dans \(N'\), considéré comme un \(B\)-module. Il existe donc une application \(B\)-linéaire \(\gamma : P^k_{B/A}(M) \to N'\) telle que \(D = \gamma \circ D_{univ}\). Le lecteur vérifiera aisément que l’application \(B'\)-linéaire induite \(\gamma' : P^k_{B/A}(M) \otimes_A A' \to N'\) satisfait \(\gamma' \circ (D_{univ} \otimes 1) = D'\). Nous omettons la démonstration de l’unicité de \(\gamma'\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Soit \(J = \Ker(S \otimes_R S \to S)\) le noyau du morphisme de multiplication. Il existe un isomorphisme canonique de \(S\)-modules \[P^k_{S/R}(M) \longrightarrow (S \otimes_R M)/J^{k + 1}(S \otimes_R M)\] où \(s \in S\) agit sur la cible par multiplication par \(s \otimes 1\), et tel que l’opérateur différentiel universel d’ordre \(k\) corresponde à l’application donnée par \(m \mapsto \text{classe de }1 \otimes m\).
Démonstration
Considérons l’application \(T : M \to S \otimes M\), \(m \mapsto 1 \otimes m\). Puisque \(T\) est \(R\)-linéaire et puisque \[\begin{align*} g_0g_1\ldots g_k T(m) - \sum g_0 \ldots \hat g_i \ldots g_k T(g_im) + \ldots +(-1)^{k + 1}T(g_0\ldots g_km) \\ = \prod_{i = 0,\ldots,k} (g_i \otimes 1 - 1 \otimes g_i) 1 \otimes m \end{align*}\] pour \(m \in M\) et \(g_0, \ldots, g_k \in S\), nous concluons que la règle \(m \mapsto \text{classe de }1 \otimes m\) de l’énoncé du lemme est un opérateur différentiel d’ordre \(k\) (voir la démonstration du Lemme 09CK). Par la propriété universelle de \(P^k_{S/R}(M)\), nous obtenons la flèche de l’énoncé du lemme. D’autre part, si \(D : M \to N\) est un opérateur différentiel d’ordre \(k\), nous pouvons considérer l’application \(S\)-linéaire \(L : S \otimes_R M \to N\), \(g \otimes m \mapsto gD(m)\). Le lecteur vérifie, par un calcul semblable à celui ci-dessus et en utilisant le fait que \(J\) est engendré par des éléments de la forme \(g \otimes 1 - 1 \otimes g\), que \(L\) annule \(J^{k + 1}(S \otimes_R M)\). En particulier, si nous appliquons cela à l’opérateur différentiel universel \(D_{univ} : M \to P^k_{S/R}(M)\), nous obtenons une application \(S\)-linéaire \((S \otimes_R M)/J^{k + 1}(S \otimes_R M) \to P^k_{S/R}(M)\). Nous laissons au lecteur le soin de vérifier que cette application est l’inverse de celle de l’énoncé du lemme.
Lemme
Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux. Les différentielles \(\text{d} : \Omega^i_{B/A} \to \Omega^{i + 1}_{B/A}\) sont des opérateurs différentiels d’ordre \(1\).
Démonstration
Étant donné \(b \in B\), nous devons montrer que \(\text{d} \circ b - b \circ \text{d}\) est un opérateur linéaire. Nous devons donc montrer que \[\text{d} \circ b \circ b' - b \circ \text{d} \circ b' - b' \circ \text{d} \circ b + b' \circ b \circ \text{d} = 0\] Pour le voir, il suffit de vérifier cette égalité sur des générateurs additifs de \(\Omega^i_{B/A}\). Il suffit donc de montrer que \[\text{d}(bb'b_0\text{d}b_1 \wedge \ldots \wedge \text{d}b_i) - b\text{d}(b'b_0\text{d}b_1 \wedge \ldots \wedge \text{d}b_i) - b'\text{d}(bb_0\text{d}b_1 \wedge \ldots \wedge \text{d}b_i) + bb'\text{d}(b_0\text{d}b_1 \wedge \ldots \wedge \text{d}b_i)\] est nul. C’est un agréable calcul utilisant la règle de Leibniz, que nous laissons au lecteur.
Lemme
Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux. Soient \(g_i \in B\), \(i \in I\), un ensemble de générateurs de \(B\) comme \(A\)-algèbre. Soient \(M, N\) des \(B\)-modules. Soit \(D : M \to N\) une application \(A\)-linéaire. Pour montrer que \(D\) est un opérateur différentiel d’ordre \(k\), il suffit de montrer que \(D \circ g_i - g_i \circ D\) est un opérateur différentiel d’ordre \(k - 1\) pour \(i \in I\).
Démonstration
En effet, nous affirmons que l’ensemble des éléments \(g \in B\) tels que \(D \circ g - g \circ D\) soit un opérateur différentiel d’ordre \(k - 1\) est une sous-\(A\)-algèbre de \(B\). Cela découle des relations \[D \circ (g + g') - (g + g') \circ D = (D \circ g - g \circ D) + (D \circ g' - g' \circ D)\] et \[D \circ gg' - gg' \circ D = (D \circ g - g \circ D) \circ g' + g \circ (D \circ g' - g' \circ D)\] À proprement parler, pour conclure dans le cas des produits, nous utilisons aussi le Lemme 09CJ.
Lemme
Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux. Soient \(M, N\) des \(B\)-modules. Soit \(S \subset B\) une partie multiplicative. Tout opérateur différentiel \(D : M \to N\) d’ordre \(k\) se prolonge de manière unique en un opérateur différentiel \(E : S^{-1}M \to S^{-1}N\) d’ordre \(k\).
Démonstration
Raisonnons par récurrence sur \(k\). Si \(k = 0\), alors \(D\) est \(B\)-linéaire, et la fonctorialité de la localisation fournit le prolongement. Étant donné \(b \in B\), l’opérateur \(L_b : m \mapsto D(bm) - bD(m)\) est d’ordre \(k - 1\). Par récurrence, il possède donc un unique prolongement en un opérateur différentiel \(E_b : S^{-1}M \to S^{-1}N\) d’ordre \(k - 1\). En outre, un calcul montre que \(L_{b'b} = L_{b'} \circ b + b' \circ L_b\) ; l’unicité donne donc \(E_{b'b} = E_{b'} \circ b + b' \circ E_b\). De même, nous obtenons \(E_{b'} \circ b - b \circ E_{b'} = E_b \circ b' - b' \circ E_b\). Pour \(m \in M\) et \(g \in S\), posons maintenant \[E(m/g) = (1/g)(D(m) - E_g(m/g))\] Pour montrer que cette définition est indépendante du choix du représentant, il suffit de montrer que, pour \(g' \in S\), l’emploi du représentant \(g'm/g'g\) donne le même résultat. Nous calculons \[\begin{align*} (1/g'g)(D(g'm) - E_{g'g}(g'm/gg')) & = (1/gg')(g'D(m) + E_{g'}(m) - E_{g'g}(g'm/gg')) \\ & = (1/g'g)(g'D(m) - g' E_g(m/g)) \end{align*}\] qui est le même qu’auparavant. Il est clair que \(E\) est \(R\)-linéaire puisque \(D\) et \(E_g\) sont \(R\)-linéaires. En prenant \(g = 1\) et en utilisant \(E_1 = 0\), nous voyons que \(E\) prolonge \(D\). D’après le Lemme 0G35, il suffit maintenant de montrer que \(E \circ b - b \circ E\) pour \(b \in B\) et \(E \circ 1/g' - 1/g' \circ E\) pour \(g' \in S\) sont des opérateurs différentiels d’ordre \(k - 1\) afin de montrer que \(E\) est un opérateur différentiel d’ordre \(k\). Pour le premier, choisissons un élément \(m/g\) de \(S^{-1}M\) et observons que \[\begin{align*} E(b m/g) - bE(m/g) & = (1/g)(D(bm) - bD(m) - E_g(bm/g) + bE_g(m/g)) \\ & = (1/g)(L_b(m) - E_b(m) + gE_b(m/g)) \\ & = E_b(m/g) \end{align*}\] qui est un opérateur différentiel d’ordre \(k - 1\). Enfin, on a \[\begin{align*} E(m/g'g) - (1/g')E(m/g) & = (1/g'g)(D(m) - E_{g'g}(m/g'g)) - (1/g'g)(D(m) - E_g(m/g)) \\ & = -(1/g')E_{g'}(m/g'g) \end{align*}\] qui est également un opérateur différentiel d’ordre \(k - 1\), comme composée d’applications linéaires (multiplication par \(1/g'\) et changement de signe) et de \(E_{g'}\). Nous omettons la démonstration de l’unicité.
Lemme
Soient \(R \to A\) et \(R \to B\) des morphismes d’anneaux. Soient \(M\) et \(M'\) des \(A\)-modules. Soit \(D : M \to M'\) un opérateur différentiel d’ordre \(k\) relativement à \(R \to A\). Soit \(N\) un \(B\)-module quelconque. Alors l’application \[D \otimes \text{id}_N : M \otimes_R N \to M' \otimes_R N\] est un opérateur différentiel d’ordre \(k\) relativement à \(B \to A \otimes_R B\).
Démonstration
Il est clair que \(D' = D \otimes \text{id}_N\) est \(B\)-linéaire. D’après le Lemme 0G35, il suffit de montrer que \[D' \circ a \otimes 1 - a \otimes 1 \circ D' = (D \circ a - a \circ D) \otimes \text{id}_N\] est un opérateur différentiel d’ordre \(k - 1\), ce qui découle d’une récurrence sur \(k\).
Le complexe cotangent naïf
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Notons \(R[S]\) l’anneau de polynômes dont les variables sont les éléments \(s \in S\). Notons \([s] \in R[S]\) la variable correspondant à \(s \in S\). Ainsi, \(R[S]\) est un \(R\)-module libre sur les éléments de base \([s_1] \ldots [s_n]\), où \(s_1, \ldots, s_n\) parcourt toutes les suites non ordonnées d’éléments de \(S\). Il existe une surjection canonique [07BL]\[\begin{equation} R[S] \longrightarrow S,\quad [s] \longmapsto s \end{equation}\] dont nous notons le noyau \(I \subset R[S]\). Une observation simple montre que \(I\) est engendré par les éléments \([s + s'] - [s] - [s']\), \([s][s'] - [ss']\) et \([r] - r\). D’après le Lemme 00RU, il existe un morphisme canonique [07BM]\[\begin{equation} I/I^2 \longrightarrow \Omega_{R[S]/R} \otimes_{R[S]} S \end{equation}\] dont le conoyau est canoniquement isomorphe à \(\Omega_{S/R}\). Observons que le \(S\)-module \(\Omega_{R[S]/R} \otimes_{R[S]} S\) est libre sur les générateurs \(\text{d}[s]\).
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Le complexe cotangent naïf \(\NL_{S/R}\) est le complexe de chaînes (07BM) \[\NL_{S/R} = \left(I/I^2 \longrightarrow \Omega_{R[S]/R} \otimes_{R[S]} S\right)\] où \(I/I^2\) est placé en degré (homologique) \(1\) et \(\Omega_{R[S]/R} \otimes_{R[S]} S\) en degré \(0\). Nous noterons \(H_1(L_{S/R}) = H_1(\NL_{S/R})\)12 l’homologie en degré \(1\).
Avant de poursuivre, disons quelques mots du véritable complexe cotangent (Complexe cotangent, section 08PL). Étant donné un morphisme d’anneaux \(R \to S\), il existe une \(R\)-algèbre simpliciale canonique \(P_\bullet\) dont les termes sont des algèbres de polynômes et qui est munie d’une équivalence d’homotopie canonique \[P_\bullet \longrightarrow S\] Le complexe cotangent \(L_{S/R}\) de \(S\) sur \(R\) est défini comme le complexe de chaînes associé au module simplicial \[\Omega_{P_\bullet/R} \otimes_{P_\bullet} S\] Le complexe cotangent naïf défini ci-dessus est canoniquement isomorphe à la troncation \(\tau_{\leq 1}L_{S/R}\) (voir Homologie, section 0118, et Complexe cotangent, section 08R6). En particulier, on a bien \(H_1(\NL_{S/R}) = H_1(L_{S/R})\) ; notre définition est donc compatible avec celle qui utilise le complexe cotangent. En outre, \(H_0(L_{S/R}) = H_0(\NL_{S/R}) = \Omega_{S/R}\), comme nous l’avons vu ci-dessus.
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Une présentation de \(S\) sur \(R\) est une surjection \(\alpha : P \to S\) de \(R\)-algèbres, où \(P\) est une algèbre de polynômes (en un ensemble de variables). Souvent, lorsque \(S\) est de type fini sur \(R\), nous l’indiquerons en disant : « Soit \(R[x_1, \ldots, x_n] \to S\) une présentation de \(S/R\) », ou « Soit \(0 \to I \to R[x_1, \ldots, x_n] \to S \to 0\) une présentation de \(S/R\) » si nous voulons indiquer que \(I\) est le noyau de la présentation. Notons que le morphisme \(R[S] \to S\) utilisé pour définir le complexe cotangent naïf est un exemple de présentation.
Notons que toute présentation \(\alpha\) donne un complexe de chaînes à deux termes de \(S\)-modules \[\NL(\alpha) : I/I^2 \longrightarrow \Omega_{P/R} \otimes_P S.\] Ici, le terme \(I/I^2\) est placé en degré \(1\) et le terme \(\Omega_{P/R} \otimes S\) en degré \(0\). La classe de \(f \in I\) dans \(I/I^2\) est envoyée sur \(\text{d}f \otimes 1\) dans \(\Omega_{P/R} \otimes S\). Le conoyau de ce complexe est canoniquement \(\Omega_{S/R}\) ; voir le Lemme 00RU. Nous appelons le complexe \(\NL(\alpha)\) le complexe cotangent naïf associé à la présentation \(\alpha : P \to S\) de \(S/R\). Notons que, si \(P = R[S]\) muni de sa surjection canonique sur \(S\), nous retrouvons \(\NL_{S/R}\). Si \(P = R[x_1, \ldots, x_n]\), nous utiliserons parfois la notation \(I/I^2 \to \bigoplus_{i = 1, \ldots, n} S\text{d}x_i\) pour désigner ce complexe.
Supposons donné un diagramme commutatif [06RQ]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ S \ar[r]_{\phi} & S' \\ R \ar[r] \ar[u] & R' \ar[u] } } \end{equation}\] d’anneaux. Soit \(\alpha : P \to S\) une présentation de \(S\) sur \(R\), et soit \(\alpha' : P' \to S'\) une présentation de \(S'\) sur \(R'\). Un morphisme de présentations de \(\alpha : P \to S\) vers \(\alpha' : P' \to S'\) est, par définition, un morphisme de \(R\)-algèbres \[\varphi : P \to P'\] tel que \(\phi \circ \alpha = \alpha' \circ \varphi\). Notons que, dans ce cas, \(\varphi(I) \subset I'\), où \(I = \Ker(\alpha)\) et \(I' = \Ker(\alpha')\). Ainsi, \(\varphi\) induit un morphisme de \(S\)-modules \(I/I^2 \to I'/(I')^2\) et, par fonctorialité des différentielles, également un morphisme de \(S\)-modules \(\Omega_{P/R} \otimes S \to \Omega_{P'/R'} \otimes S'\). Ces morphismes sont compatibles avec les différentielles de \(\NL(\alpha)\) et \(\NL(\alpha')\), et nous obtenons un morphisme de complexes cotangents naïfs \[\NL(\alpha) \longrightarrow \NL(\alpha').\] Il est souvent commode de considérer le morphisme induit \(\NL(\alpha) \otimes_S S' \to \NL(\alpha')\).
Dans le cas particulier où \(P = R[S]\) et \(P' = R'[S']\), le morphisme \(\phi : S \to S'\) induit un morphisme canonique d’anneaux \(\varphi : P \to P'\) par la règle \([s] \mapsto [\phi(s)]\). La construction ci-dessus détermine donc des morphismes canoniques (!) de complexes de chaînes \[\NL_{S/R} \longrightarrow \NL_{S'/R'},\quad\text{et}\quad \NL_{S/R} \otimes_S S' \longrightarrow \NL_{S'/R'}\] associés au diagramme (06RQ). Notons que cette construction est compatible à la composition : étant donné un diagramme commutatif \[\xymatrix{ S \ar[r]_{\phi} & S' \ar[r]_{\phi'} & S'' \\ R \ar[r] \ar[u] & R' \ar[u] \ar[r] & R'' \ar[u] }\] nous voyons que la composée de \[\NL_{S/R} \longrightarrow \NL_{S'/R'} \longrightarrow \NL_{S''/R''}\] est le morphisme \(\NL_{S/R} \to \NL_{S''/R''}\) donné par le carré extérieur.
Il se trouve que \(\NL(\alpha)\) est homotopiquement équivalent à \(\NL_{S/R}\) et que les morphismes construits ci-dessus sont bien définis à homotopie près (les homotopies de morphismes de complexes sont discutées dans Homologie, section 010V, mais nous explicitons également dans la démonstration du lemme ci-dessous le sens exact de ces énoncés).
Lemme
Supposons donné un diagramme (06RQ). Soient \(\alpha : P \to S\) et \(\alpha' : P' \to S'\) des présentations.
Il existe un morphisme de présentations de \(\alpha\) vers \(\alpha'\).
Deux morphismes de présentations quelconques induisent des morphismes de complexes homotopes \(\NL(\alpha) \to \NL(\alpha')\).
La construction est compatible aux compositions de morphismes de présentations (voir la démonstration pour l’énoncé exact).
Si \(R \to R'\) et \(S \to S'\) sont des isomorphismes, alors, pour tout morphisme \(\varphi\) de présentations de \(\alpha\) vers \(\alpha'\), le morphisme induit \(\NL(\alpha) \to \NL(\alpha')\) est une équivalence d’homotopie et un quasi-isomorphisme.
En particulier, en comparant \(\alpha\) à la présentation canonique (07BL), nous concluons qu’il existe un quasi-isomorphisme \(\NL(\alpha) \to \NL_{S/R}\) bien défini à homotopie près et compatible avec toutes les fonctorialités (à homotopie près).
Démonstration
Puisque \(P\) est une algèbre de polynômes sur \(R\), nous pouvons écrire \(P = R[x_a, a \in A]\) pour un certain ensemble \(A\). Comme \(\alpha'\) est surjectif, nous pouvons choisir, pour tout \(a \in A\), un élément \(f_a \in P'\) tel que \(\alpha'(f_a) = \phi(\alpha(x_a))\). Soit \(\varphi : P = R[x_a, a \in A] \to P'\) l’unique morphisme de \(R\)-algèbres tel que \(\varphi(x_a) = f_a\). Cela donne le morphisme de (1).
Soient \(\varphi\) et \(\varphi'\) des morphismes de présentations de \(\alpha\) vers \(\alpha'\). Soient \(I = \Ker(\alpha)\) et \(I' = \Ker(\alpha')\). Nous devons construire le morphisme diagonal \(h\) dans le diagramme \[\xymatrix{ I/I^2 \ar[r]^-{\text{d}} \ar@<1ex>[d]^{\varphi'_1} \ar@<-1ex>[d]_{\varphi_1} & \Omega_{P/R} \otimes_P S \ar@<1ex>[d]^{\varphi'_0} \ar@<-1ex>[d]_{\varphi_0} \ar[ld]_h \\ I'/(I')^2 \ar[r]^-{\text{d}} & \Omega_{P'/R'} \otimes_{P'} S' }\] où les morphismes verticaux sont induits par \(\varphi\), \(\varphi'\) et tels que \[\varphi_1 - \varphi'_1 = h \circ \text{d} \quad\text{et}\quad \varphi_0 - \varphi'_0 = \text{d} \circ h\] Considérons l’application \(\varphi - \varphi' : P \to P'\). Puisque \(\varphi\) et \(\varphi'\) sont toutes deux compatibles avec \(\alpha\) et \(\alpha'\), nous obtenons \(\varphi - \varphi' : P \to I'\). Cela implique que \(\varphi, \varphi' : P \to P'\) induisent la même structure de \(P\)-module sur \(I'/(I')^2\), puisque \(\varphi(p)i' - \varphi'(p)i' = (\varphi - \varphi')(p)i' \in (I')^2\). De plus, \(\varphi - \varphi'\) est \(R\)-linéaire et \[(\varphi - \varphi')(fg) = \varphi(f)(\varphi - \varphi')(g) + (\varphi - \varphi')(f)\varphi'(g)\] L’application induite \(D : P \to I'/(I')^2\) est donc une \(R\)-dérivation. Nous obtenons ainsi un morphisme canonique \(h : \Omega_{P/R} \otimes_P S \to I'/(I')^2\) tel que \(D = h \circ \text{d}\). Un calcul (omis) montre que \(h\) est l’homotopie souhaitée.
Supposons que nous ayons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ S \ar[r]_{\phi} & S' \ar[r]_{\phi'} & S'' \\ R \ar[r] \ar[u] & R' \ar[u] \ar[r] & R'' \ar[u] }\] et que
\(\alpha : P \to S\),
\(\alpha' : P' \to S'\), et
\(\alpha'' : P'' \to S''\)
soient des présentations. Supposons que
\(\varphi : P \to P'\) soit un morphisme de présentations de \(\alpha\) vers \(\alpha'\), et
\(\varphi' : P' \to P''\) soit un morphisme de présentations de \(\alpha'\) vers \(\alpha''\).
Il est alors immédiat que \(\varphi' \circ \varphi : P \to P''\) est un morphisme de présentations de \(\alpha\) vers \(\alpha''\) et que le morphisme induit \(\NL(\alpha) \to \NL(\alpha'')\) de complexes cotangents naïfs est la composée des morphismes \(\NL(\alpha) \to \NL(\alpha')\) et \(\NL(\alpha') \to \NL(\alpha'')\) induits par \(\varphi\) et \(\varphi'\).
Dans le cas simple des complexes à deux termes, un quasi-isomorphisme est simplement un morphisme qui induit un isomorphisme à la fois sur le conoyau et sur le noyau des morphismes entre les termes. Notons que des morphismes homotopes de complexes à deux termes (au sens expliqué ci-dessus) définissent les mêmes morphismes sur le noyau et le conoyau. Ainsi, si \(\varphi\) est un morphisme d’une présentation \(\alpha\) de \(S\) sur \(R\) vers elle-même, alors le morphisme induit \(\NL(\alpha) \to \NL(\alpha)\) est un quasi-isomorphisme, car il est homotope à l’identité d’après (2). Pour démontrer (4) en toute généralité, considérons un morphisme \(\varphi'\) de \(\alpha'\) vers \(\alpha\), qui existe d’après (1). Les composées \(\NL(\alpha) \to \NL(\alpha') \to \NL(\alpha)\) et \(\NL(\alpha') \to \NL(\alpha) \to \NL(\alpha')\) sont homotopes aux morphismes identités d’après (3) ; ces morphismes sont donc, par définition, des équivalences d’homotopie. Il s’ensuit formellement que les deux morphismes \(\NL(\alpha) \to \NL(\alpha')\) et \(\NL(\alpha') \to \NL(\alpha)\) sont des quasi-isomorphismes. Nous omettons certains détails.
Lemme
Soit \(A \to B\) une algèbre de polynômes. Alors \(\NL_{B/A}\) est homotopiquement équivalent au complexe de chaînes \((0 \to \Omega_{B/A})\), où \(\Omega_{B/A}\) est en degré \(0\).
Démonstration
Cela découle du Lemme 00S1 et du fait que \(\text{id}_B : B \to B\) est une présentation de \(B\) sur \(A\) de noyau nul.
Le lemme suivant fournit une partie de la motivation pour introduire le complexe cotangent naïf. Le complexe cotangent étend ceci en une véritable suite exacte longue de cohomologie. Si \(B \to C\) est une intersection complète locale, on peut prolonger la suite par un zéro à gauche ; voir Compléments d’algèbre, Lemme 07D4.
Lemme
Soient \(A \to B \to C\) des morphismes d’anneaux. Choisissons une présentation \(\alpha : A[x_s, s \in S] \to B\) de noyau \(I\). Choisissons une présentation \(\beta : B[y_t, t \in T] \to C\) de noyau \(J\). Soit \(\gamma : A[x_s, y_t] \to C\) la présentation induite de \(C\), de noyau \(K\). Nous obtenons alors un diagramme commutatif canonique \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \Omega_{A[x_s]/A} \otimes C \ar[r] & \Omega_{A[x_s, y_t]/A} \otimes C \ar[r] & \Omega_{B[y_t]/B} \otimes C \ar[r] & 0 \\ & I/I^2 \otimes C \ar[r] \ar[u] & K/K^2 \ar[r] \ar[u] & J/J^2 \ar[r] \ar[u] & 0 }\] à lignes exactes. Nous obtenons la suite exacte suivante de groupes d’homologie \[H_1(\NL_{B/A} \otimes_B C) \to H_1(L_{C/A}) \to H_1(L_{C/B}) \to C \otimes_B \Omega_{B/A} \to \Omega_{C/A} \to \Omega_{C/B} \to 0\] de \(C\)-modules, qui prolonge la suite du Lemme 00RS. Si \(\text{Tor}_1^B(\Omega_{B/A}, C) = 0\) et \(\text{Tor}_2^B(\Omega_{B/A}, C) = 0\), alors \(H_1(\NL_{B/A} \otimes_B C) = H_1(L_{B/A}) \otimes_B C\).
Démonstration
Nous omettons la définition précise des morphismes. L’exactitude de la ligne supérieure découle du fait que les \(\text{d}x_s\), \(\text{d}y_t\) forment une base du module du milieu. Le morphisme \(\gamma\) se factorise en \[A[x_s, y_t] \to B[y_t] \to C\] où la première flèche est surjective et la seconde est égale à \(\beta\). Nous voyons donc que \(K \to J\) est surjectif. En outre, le noyau de la première flèche affichée est \(IA[x_s, y_t]\). Par conséquent, \(I/I^2 \otimes C\) se surjecte sur le noyau de \(K/K^2 \to J/J^2\). Enfin, nous pouvons utiliser le Lemme 00S1 pour identifier les termes aux groupes d’homologie des complexes cotangents naïfs.
La dernière assertion est un énoncé d’algèbre homologique. Rappelons que \(\NL_{B/A} = (N^{-1} \to N^0)\) est un complexe à deux termes de \(B\)-modules, où \(N^0\) est libre, et que ses modules de cohomologie sont \(H^0 = \Omega_{B/A}\) et \(H^{-1} = H_1(L_{B/A})\). Notons \(M \subset N^0\) l’image de la différentielle. Si \(\text{Tor}_1^B(H^0, C) = 0\), alors nous avons une suite exacte \[0 \to M \otimes_B C \to N^0 \otimes_B C \to H^0 \otimes_B C \to 0\] Puisque \(N^0\) est libre, nous voyons aussi que \(\text{Tor}_2^B(H^0, C) = \text{Tor}_1^B(M, C)\). Ainsi, si \(\text{Tor}_2^B(H^0, C) = 0\), nous avons également une suite exacte \[0 \to H^{-1} \otimes_B C \to N^{-1} \otimes_B C \to M \otimes_B C \to 0\] En rassemblant ces faits, nous voyons que, si \(\text{Tor}_1^B(H^0, C) = 0\) et \(\text{Tor}_2^B(H^0, C) = 0\), alors \(H^{-1} \otimes_B C\) est le noyau de \(N^{-1} \otimes_B C \to N^0 \otimes_B C\), comme souhaité.
Remarque
Soient \(A \to B\) et \(\phi : B \to C\) des morphismes d’anneaux. Alors la composée \(\NL_{B/A} \to \NL_{C/A} \to \NL_{C/B}\) est homotopiquement équivalente à zéro. En effet, cette composée est la fonctorialité du complexe cotangent naïf pour le carré \[\xymatrix{ B \ar[r]_\phi & C \\ A \ar[r] \ar[u] & B \ar[u] }\] Écrivons \(J = \Ker(B[C] \to C)\). Une homotopie explicite est donnée par le morphisme \(\Omega_{A[B]/A} \otimes_{A[B]} B \to J/J^2\) qui envoie l’élément de base \(\text{d}[b]\) sur la classe de \([\phi(b)] - b\) dans \(J/J^2\).
Lemme
Soit \(A \to B\) un morphisme surjectif d’anneaux, de noyau \(I\). Alors \(\NL_{B/A}\) est homotopiquement équivalent au complexe de chaînes \((I/I^2 \to 0)\), où \(I/I^2\) est en degré \(1\). En particulier, \(H_1(L_{B/A}) = I/I^2\).
Démonstration
Cela découle du Lemme 00S1 et du fait que \(A \to B\) est une présentation de \(B\) sur \(A\).
Lemme
Soient \(A \to B \to C\) des morphismes d’anneaux. Supposons que \(A \to C\) soit surjectif (donc \(B \to C\) l’est aussi). Notons \(I = \Ker(A \to C)\) et \(J = \Ker(B \to C)\). Alors la suite \[I/I^2 \to J/J^2 \to \Omega_{B/A} \otimes_B B/J \to 0\] est exacte.
Démonstration
Cela découle du Lemme 00S2 et de la description des complexes cotangents naïfs \(\NL_{C/B}\) et \(\NL_{C/A}\) dans le Lemme 07BP.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\alpha : P \to S\) une présentation. Soit \(R \to R'\) un morphisme plat d’anneaux. Soit \(\alpha' : P \otimes_R R' \to S' = S \otimes_R R'\) la présentation induite. Alors \(\NL(\alpha) \otimes_R R' = \NL(\alpha) \otimes_S S' = \NL(\alpha')\). En particulier, le morphisme canonique \[\NL_{S/R} \otimes_S S' \longrightarrow \NL_{S \otimes_R R'/R'}\] est une équivalence d’homotopie si \(R \to R'\) est plat.
Démonstration
Cela est vrai parce que \(\Ker(\alpha') = R' \otimes_R \Ker(\alpha)\), puisque \(R \to R'\) est plat.
Lemme
Soit \(R_\lambda \to S_\lambda\) un système de morphismes d’anneaux indexé par l’ensemble filtrant \(\Lambda\). Posons \(R = \colim R_\lambda\) et \(S = \colim S_\lambda\). Alors \(\NL_{S/R} = \colim \NL_{S_\lambda/R_\lambda}\).
Démonstration
Rappelons que \(\NL_{S/R}\) est le complexe \(I/I^2 \to \bigoplus_{s \in S} S\text{d}[s]\), où \(I \subset R[S]\) est le noyau de la présentation canonique \(R[S] \to S\). Il est maintenant clair que \(R[S] = \colim R_\lambda[S_\lambda]\) et, de même, que \(I = \colim I_\lambda\), où \(I_\lambda = \Ker(R_\lambda[S_\lambda] \to S_\lambda)\). Le lemme est donc clair.
Lemme
Si \(S \subset A\) est une partie multiplicative de \(A\), alors \(\NL_{S^{-1}A/A}\) est homotopiquement équivalent au complexe nul.
Démonstration
Puisque \(A \to S^{-1}A\) est plat, nous voyons que \(\NL_{S^{-1}A/A} \otimes_A S^{-1}A \to \NL_{S^{-1}A/S^{-1}A}\) est une équivalence d’homotopie par changement de base plat (Lemme 00S4). Comme la source de la flèche est isomorphe à \(\NL_{S^{-1}A/A}\) et que sa cible est nulle (d’après le Lemme 07BP), le résultat en découle.
Lemme
Soit \(S \subset A\) une partie multiplicative de \(A\). Soit \(S^{-1}A \to B\) un morphisme d’anneaux. Alors \(\NL_{B/A} \to \NL_{B/S^{-1}A}\) est une équivalence d’homotopie.
Démonstration
Choisissons une présentation \(\alpha : P \to B\) de \(B\) sur \(A\). Alors \(\beta : S^{-1}P \to B\) est une présentation de \(B\) sur \(S^{-1}A\). Un calcul direct montre que \(\NL(\alpha) = \NL(\beta)\), ce qui démontre le lemme puisque le complexe cotangent naïf est bien défini à homotopie près d’après le Lemme 00S1.
Lemme
Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux. Soit \(g \in B\). Supposons que \(\alpha : P \to B\) soit une présentation de noyau \(I\). Une présentation de \(B_g\) sur \(A\) est alors le morphisme \[\beta : P[x] \longrightarrow B_g\] qui prolonge \(\alpha\) et envoie \(x\) sur \(1/g\). Le noyau \(J\) de \(\beta\) est engendré par \(I\) et par l’élément \(f x - 1\), où \(f \in P\) est un élément envoyé sur \(g \in B\) par \(\alpha\). Dans cette situation, on a
\(J/J^2 = (I/I^2)_g \oplus B_g (f x - 1)\),
\(\Omega_{P[x]/A} \otimes_{P[x]} B_g = \Omega_{P/A} \otimes_P B_g \oplus B_g \text{d}x\),
\(\NL(\beta) \cong \NL(\alpha) \otimes_B B_g \oplus (B_g \xrightarrow{g} B_g)\).
Le morphisme canonique \(\NL_{B/A} \otimes_B B_g \to \NL_{B_g/A}\) est donc une équivalence d’homotopie.
Démonstration
Puisque \(P[x]/(I, fx - 1) = B[x]/(gx - 1) = B_g\), nous obtenons l’assertion selon laquelle \(I\) et \(fx - 1\) engendrent \(J\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \Omega_{P/A} \otimes B_g \ar[r] & \Omega_{P[x]/A} \otimes B_g \ar[r] & \Omega_{B[x]/B} \otimes B_g \ar[r] & 0 \\ & (I/I^2)_g \ar[r] \ar[u] & J/J^2 \ar[r] \ar[u] & (gx - 1)/(gx - 1)^2 \ar[r] \ar[u] & 0 }\] dont les lignes sont exactes d’après le Lemme 00S2. Le \(B_g\)-module \(\Omega_{B[x]/B} \otimes B_g\) est libre de rang \(1\) sur \(\text{d}x\). L’élément \(\text{d}x\) du \(B_g\)-module \(\Omega_{P[x]/A} \otimes B_g\) fournit un scindage de la ligne supérieure. L’élément \(gx - 1 \in (gx - 1)/(gx - 1)^2\) est envoyé sur \(g\text{d}x\) dans \(\Omega_{B[x]/B} \otimes B_g\) ; par conséquent, \((gx - 1)/(gx - 1)^2\) est libre de rang \(1\) sur \(B_g\). (On peut aussi le voir en remarquant que \(gx - 1\) est un non-diviseur de zéro dans \(B[x]\), parce que c’est un polynôme dont le terme constant est inversible, et que tout non-diviseur de zéro donne une suite quasi-régulière de longueur \(1\) d’après le Lemme 00LN.)
Démontrons que \((I/I^2)_g \to J/J^2\) est injectif. Considérons le morphisme de \(P\)-algèbres \[\pi : P[x] \to (P/I^2)_f = P_f/I_f^2\] qui envoie \(x\) sur \(1/f\). Puisque \(J\) est engendré par \(I\) et \(fx - 1\), nous voyons que \(\pi(J) \subset (I/I^2)_f = (I/I^2)_g\). Comme cet idéal est de carré nul, on a \(\pi(J^2) = 0\). Si \(a \in I\) est envoyé sur un élément de \(J^2\) dans \(J\), alors \(\pi(a) = 0\), ce qui implique que \(a\) est envoyé sur zéro dans \(I_f/I_f^2\). Cela démontre l’injectivité souhaitée.
Nous avons donc une suite exacte courte de complexes à deux termes \[0 \to \NL(\alpha) \otimes_B B_g \to \NL(\beta) \to (B_g \xrightarrow{g} B_g) \to 0\] Une telle suite exacte courte peut toujours être scindée dans la catégorie des complexes. Dans notre cas particulier, nous pouvons choisir les scindages \[J/J^2 = (I/I^2)_g \oplus B_g (fx - 1)\quad\text{et}\quad \Omega_{P[x]/A} \otimes B_g = \Omega_{P/A} \otimes B_g \oplus B_g (g^{-2}\text{d}f + \text{d}x)\] Cela fonctionne parce que \(\text{d}(fx - 1) = x\text{d}f + f \text{d}x = g(g^{-2}\text{d}f + \text{d}x)\) dans \(\Omega_{P[x]/A} \otimes B_g\).
Lemme
Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux. Soit \(S \subset B\) une partie multiplicative. Le morphisme canonique \(\NL_{B/A} \otimes_B S^{-1}B \to \NL_{S^{-1}B/A}\) est un quasi-isomorphisme.
Démonstration
On a \(S^{-1}B = \colim_{g \in S} B_g\), où nous considérons \(S\) comme un ensemble filtrant (ordonné par divisibilité) ; voir le Lemme 00CR. D’après le Lemme 08JZ, chacun des morphismes \(\NL_{B/A} \otimes_B B_g \to \NL_{B_g/A}\) est un quasi-isomorphisme. Le lemme découle du Lemme 07BQ.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(A_1 \to A_0\) et \(B_1 \to B_0\) des complexes à deux termes. Supposons qu’il existe des morphismes de complexes \(\varphi : A_\bullet \to B_\bullet\) et \(\psi : B_\bullet \to A_\bullet\) tels que \(\varphi \circ \psi\) et \(\psi \circ \varphi\) soient homotopes aux morphismes identités. Alors \(A_1 \oplus B_0 \cong B_1 \oplus A_0\) comme \(R\)-modules.
Démonstration
Choisissons une application \(h : A_0 \to A_1\) telle que \[\text{id}_{A_1} - \psi_1 \circ \varphi_1 = h \circ d_A \text{ et } \text{id}_{A_0} - \psi_0 \circ \varphi_0 = d_A \circ h.\] De même, choisissons une application \(h' : B_0 \to B_1\) telle que \[\text{id}_{B_1} - \varphi_1 \circ \psi_1 = h' \circ d_B \text{ et } \text{id}_{B_0} - \varphi_0 \circ \psi_0 = d_B \circ h'.\] Un calcul immédiat montre que \[\left( \begin{matrix} \text{id}_{A_1} & -h' \circ \psi_1 + h \circ \psi_0 \\ 0 & \text{id}_{B_0} \end{matrix} \right) = \left( \begin{matrix} \psi_1 & h \\ -d_B & \varphi_0 \end{matrix} \right) \left( \begin{matrix} \varphi_1 & - h' \\ d_A & \psi_0 \end{matrix} \right)\] Cela montre que les deux matrices du membre de droite sont inversibles et démontre le lemme.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux de type fini. Pour toutes présentations \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to S\) et \(\beta : R[y_1, \ldots, y_m] \to S\), on a \[I/I^2 \oplus S^{\oplus m} \cong J/J^2 \oplus S^{\oplus n}\] comme \(S\)-modules, où \(I = \Ker(\alpha)\) et \(J = \Ker(\beta)\).
Démonstration
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(g \in S\). Pour toutes présentations \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to S\) et \(\beta : R[y_1, \ldots, y_m] \to S_g\), on a \[(I/I^2)_g \oplus S^{\oplus m}_g \cong J/J^2 \oplus S_g^{\oplus n}\] comme \(S_g\)-modules, où \(I = \Ker(\alpha)\) et \(J = \Ker(\beta)\).
Démonstration
Soit \(\beta' : R[x_1, \ldots, x_n, x] \to S_g\) la présentation du Lemme 08JZ construite à partir de \(\alpha\). Nous savons alors que \(\NL(\alpha) \otimes_S S_g\) est homotopiquement équivalent à \(\NL(\beta')\). Nous savons que \(\NL(\beta)\) et \(\NL(\beta')\) sont homotopiquement équivalents d’après le Lemme 00S1. Nous concluons que \(\NL(\alpha) \otimes_S S_g\) est homotopiquement équivalent à \(\NL(\beta)\). Enfin, nous appliquons le Lemme 00S5.
Intersections complètes locales
Être une intersection complète locale est une propriété intrinsèque d’un anneau local noethérien. Cela sera discuté dans Algèbre à puissances divisées, section 09PY. Cependant, pour le moment, nous définissons seulement cette propriété pour les algèbres de type fini sur un corps.
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini.
Nous disons que \(S\) est une intersection complète globale sur \(k\) s’il existe une présentation \(S = k[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) telle que \(\dim(S) = n - c\).
Nous disons que \(S\) est une intersection complète locale sur \(k\) s’il existe un recouvrement \(\Spec(S) = \bigcup D(g_i)\) tel que chacun des anneaux \(S_{g_i}\) soit une intersection complète globale sur \(k\).
Nous adopterons aussi la convention que l’anneau nul est une intersection complète globale sur \(k\).
Supposons que \(S\) soit une intersection complète globale \(S = k[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) comme dans la Définition 00S9. Pour un idéal maximal \(\mathfrak m \subset k[x_1, \ldots, x_n]\), on a \(\dim(k[x_1, \ldots, x_n]_\mathfrak m) = n\) (Lemme 00OP). Si \((f_1, \ldots, f_c) \subset \mathfrak m\), alors le Lemme 00KW donne \(\dim(S_\mathfrak m) \geq n - c\). Comme \(\dim(S) = n - c\) d’après la Définition 00S9, nous concluons que \(\dim(S_\mathfrak m) = n - c\) pour tout idéal maximal de \(S\) et que \(\Spec(S)\) est équidimensionnel (Topologie, Définition 0058) de dimension \(n - c\) ; voir le Lemme 00OT. Nous utiliserons souvent ce fait sans autre mention.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(g \in S\).
Si \(S\) est une intersection complète globale, alors \(S_g\) l’est aussi.
Si \(S\) est une intersection complète locale, alors \(S_g\) l’est aussi.
Démonstration
La seconde assertion découle immédiatement de la première. Démontrons la première. Si \(S_g\) est l’anneau nul, elle est vraie. Supposons \(S_g\) non nul. Écrivons \(S = k[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) avec \(n - c = \dim(S)\) comme dans la Définition 00S9. D’après les remarques qui suivent la définition, \(\dim(S_g) = n - c\). Soit \(g' \in k[x_1, \ldots, x_n]\) un élément dont la classe résiduelle correspond à \(g\). Alors \(S_g = k[x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}]/(f_1, \ldots, f_c, x_{n + 1}g' - 1)\), comme souhaité.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Si \(S\) est une intersection complète locale, alors \(S\) est un anneau de Cohen-Macaulay.
Démonstration
Choisissons un idéal premier maximal \(\mathfrak m\) de \(S\). Nous devons montrer que \(S_\mathfrak m\) est de Cohen-Macaulay. Par hypothèse, nous pouvons supposer \(S = k[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) avec \(\dim(S) = n - c\). Soit \(\mathfrak m' \subset k[x_1, \ldots, x_n]\) l’idéal maximal correspondant à \(\mathfrak m\). D’après la Proposition 00OQ, l’anneau local \(k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak m'}\) est régulier local de dimension \(n\). En particulier, il est de Cohen-Macaulay d’après le Lemme 00NQ. En appliquant \(c\) fois le Lemme 00KW, l’anneau local \(S_{\mathfrak m} = k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak m'}/(f_1, \ldots, f_c)\) est de dimension \(\geq n - c\). Par hypothèse, \(\dim(S_{\mathfrak m}) \leq n - c\). Nous obtenons donc l’égalité. Cela implique que \(f_1, \ldots, f_c\) est une suite régulière dans \(k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak m'}\) et que \(S_{\mathfrak m}\) est de Cohen-Macaulay ; voir la Proposition 00N6.
Le lemme suivant est la clef technique du reste de cette section. Un aspect important de ce lemme est que nous pouvons choisir n’importe quelle présentation de l’anneau \(S\), mais que la condition (1) ne dépend pas de ce choix.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\). Choisissons une présentation quelconque \(S = k[x_1, \ldots, x_n]/I\). Soit \(\mathfrak q'\) l’idéal premier de \(k[x_1, \ldots, x_n]\) correspondant à \(\mathfrak q\). Posons \(c = \text{height}(\mathfrak q') - \text{height}(\mathfrak q)\) ; autrement dit, \(\dim_{\mathfrak q}(S) = n - c\) (voir le Lemme 00P2). Les assertions suivantes sont équivalentes :
Il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(S_g\) soit une intersection complète globale sur \(k\).
L’idéal \(I_{\mathfrak q'} \subset k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'}\) peut être engendré par \(c\) éléments.
Le module conormal \((I/I^2)_{\mathfrak q}\) peut être engendré par \(c\) éléments sur \(S_{\mathfrak q}\).
Le module conormal \((I/I^2)_{\mathfrak q}\) est un \(S_{\mathfrak q}\)-module libre de rang \(c\).
L’idéal \(I_{\mathfrak q'}\) peut être engendré par une suite régulière dans l’anneau local régulier \(k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'}\).
Dans ce cas, tout choix de \(c\) éléments de \(I_{\mathfrak q'}\) qui engendrent \(I_{\mathfrak q'}/\mathfrak q'I_{\mathfrak q'}\) forme une suite régulière dans l’anneau local \(k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'}\).
Démonstration
Posons \(R = k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'}\). C’est un anneau local de Cohen-Macaulay de dimension \(\text{height}(\mathfrak q')\) ; voir par exemple le Lemme 00SB. En outre, \(\overline{R} = R/IR = R/I_{\mathfrak q'} = S_{\mathfrak q}\) est un quotient de dimension \(\text{height}(\mathfrak q)\). Soient \(f_1, \ldots, f_c \in I_{\mathfrak q'}\) des éléments qui engendrent \((I/I^2)_{\mathfrak q}\). D’après le Lemme 00DV, \(f_1, \ldots, f_c\) engendrent \(I_{\mathfrak q'}\). Comme les dimensions concordent, nous concluons par la Proposition 00N6 que \(f_1, \ldots, f_c\) est une suite régulière dans \(R\). D’après le Lemme 00LN, \((I/I^2)_{\mathfrak q}\) est libre. Ces arguments montrent que (2), (3) et (4) sont équivalentes, qu’elles impliquent la dernière assertion du lemme et, par conséquent, qu’elles impliquent (5).
Si (5) est satisfaite, disons que \(I_{\mathfrak q'}\) est engendré par une suite régulière de longueur \(e\). Alors, par la théorie de la dimension, \(\text{height}(\mathfrak q) = \dim(S_{\mathfrak q}) = \dim(k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'}) - e = \text{height}(\mathfrak q') - e\) ; voir la section 00KD. Nous concluons que \(e = c\). Ainsi, (5) implique (2).
Conservons les notations introduites dans le premier paragraphe. Pour chaque \(f_i\), nous pouvons trouver \(d_i \in k[x_1, \ldots, x_n]\), \(d_i \not \in \mathfrak q'\), tel que \(f_i' = d_i f_i \in k[x_1, \ldots, x_n]\). On a encore \(I_{\mathfrak q'} = (f_1', \ldots, f_c')R\). Il existe donc \(g' \in k[x_1, \ldots, x_n]\), \(g' \not \in \mathfrak q'\), tel que \(I_{g'} = (f_1', \ldots, f_c')\). Choisissons en outre \(g'' \in k[x_1, \ldots, x_n]\), \(g'' \not \in \mathfrak q'\), tel que \(\dim(S_{g''}) = \dim_{\mathfrak q} \Spec(S)\). D’après le Lemme 00P2, cette dimension est égale à \(n - c\). Enfin, soit \(g\) l’image de \(g'g''\) dans \(S\). Nous voyons alors que \[S_g \cong k[x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}] / (f_1', \ldots, f_c', x_{n + 1}g'g'' - 1)\] et, par notre choix de \(g''\), cet anneau est de dimension \(n - c\). C’est donc une intersection complète globale. Ainsi, chacune des assertions (2), (3) et (4) implique (1).
Supposons (1). Soit \(S_g \cong k[y_1, \ldots, y_m]/(f_1, \ldots, f_t)\) une présentation de \(S_g\) comme intersection complète globale. Écrivons \(J = (f_1, \ldots, f_t)\). Soit \(\mathfrak q'' \subset k[y_1, \ldots, y_m]\) l’idéal premier correspondant à \(\mathfrak qS_g\). Notons que \(t = m - \dim(S_g) = \text{height}(\mathfrak q'') - \text{height}(\mathfrak q)\) ; voir le Lemme 00P2 pour la dernière égalité. Comme on l’a vu dans la démonstration du Lemme 00SB (et aussi ci-dessus), les éléments \(f_1, \ldots, f_t\) forment une suite régulière dans l’anneau local \(k[y_1, \ldots, y_m]_{\mathfrak q''}\). D’après le Lemme 00LN, \((J/J^2)_{\mathfrak q}\) est libre de rang \(t\). D’après le Lemme 00S6, on a \[J/J^2 \oplus S_g^n \cong (I/I^2)_g \oplus S_g^m\] Ainsi, \((I/I^2)_{\mathfrak q}\) est libre de rang \(t + n - m = m - \dim(S_g) + n - m = n - \dim(S_g) = \text{height}(\mathfrak q') - \text{height}(\mathfrak q) = c\). Nous obtenons donc (4).
Le résultat du Lemme 00SC suggère la définition suivante.
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre locale essentiellement de type fini sur \(k\). Nous disons que \(S\) est une intersection complète (sur \(k\)) s’il existe une \(k\)-algèbre locale \(R\) et des éléments \(f_1, \ldots, f_c \in \mathfrak m_R\) tels que
\(R\) soit essentiellement de type fini sur \(k\),
\(R\) soit un anneau local régulier,
\(f_1, \ldots, f_c\) forment une suite régulière dans \(R\), et
\(S \cong R/(f_1, \ldots, f_c)\) comme \(k\)-algèbres.
D’après le théorème de structure de Cohen (voir le Théorème 032A), tout anneau local noethérien complet s’écrit comme quotient d’un anneau local régulier complet. Nous pouvons donc utiliser la définition ci-dessus pour définir la notion d’anneau d’intersection complète pour tout anneau local noethérien complet. Nous en discuterons dans Algèbre à puissances divisées, section 09PY. En attendant, le lemme suivant montre qu’une telle définition a un sens.
Lemme
Soient \(A \to B \to C\) des homomorphismes locaux surjectifs d’anneaux. Supposons que \(A\) et \(B\) soient des anneaux locaux réguliers. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(\Ker(A \to C)\) est engendré par une suite régulière,
\(\Ker(A \to C)\) est engendré par \(\dim(A) - \dim(C)\) éléments,
\(\Ker(B \to C)\) est engendré par une suite régulière, et
\(\Ker(B \to C)\) est engendré par \(\dim(B) - \dim(C)\) éléments.
Démonstration
Un anneau local régulier est de Cohen-Macaulay ; voir le Lemme 00NQ. D’où les équivalences (1) \(\Leftrightarrow\) (2) et (3) \(\Leftrightarrow\) (4) ; voir la Proposition 00N6. D’après le Lemme 00NR, l’idéal \(\Ker(A \to B)\) peut être engendré par \(\dim(A) - \dim(B)\) éléments. Nous voyons donc que (4) implique (2).
Il reste à montrer que (1) implique (4). Raisonnons par récurrence sur \(\dim(A) - \dim(B)\). Le cas \(\dim(A) - \dim(B) = 0\) est trivial. Supposons \(\dim(A) > \dim (B)\). Écrivons \(I = \Ker(A \to C)\) et \(J = \Ker(A \to B)\). Notons que \(J \subset I\). Notre hypothèse dit que le nombre minimal de générateurs de \(I\) est \(\dim(A) - \dim(C)\). Soit \(\mathfrak m \subset A\) l’idéal maximal. Considérons les applications \[J/ \mathfrak m J \to I / \mathfrak m I \to \mathfrak m /\mathfrak m^2\] D’après le Lemme 00NR et sa démonstration, la composée est injective. Prenons un élément \(x \in J\) qui ne soit pas nul dans \(J /\mathfrak mJ\). D’après ce qui précède et le lemme de Nakayama, \(x\) appartient à un système minimal de générateurs de \(I\). Nous pouvons donc remplacer \(A\) par \(A/xA\) et \(I\) par \(I/xA\), ce qui diminue à la fois \(\dim(A)\) et le nombre minimal de générateurs de \(I\) de \(1\). Le résultat en découle.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre locale essentiellement de type fini sur \(k\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(S\) est une intersection complète sur \(k\),
pour toute surjection \(R \to S\), où \(R\) est un anneau local régulier essentiellement de présentation finie sur \(k\), l’idéal \(\Ker(R \to S)\) peut être engendré par une suite régulière,
pour une certaine surjection \(R \to S\), où \(R\) est un anneau local régulier essentiellement de présentation finie sur \(k\), l’idéal \(\Ker(R \to S)\) peut être engendré par \(\dim(R) - \dim(S)\) éléments,
il existe une intersection complète globale \(A\) sur \(k\) et un idéal premier \(\mathfrak a\) de \(A\) tels que \(S \cong A_{\mathfrak a}\), et
il existe une intersection complète locale \(A\) sur \(k\) et un idéal premier \(\mathfrak a\) de \(A\) tels que \(S \cong A_{\mathfrak a}\).
Démonstration
Il est clair que (2) implique (1), que (1) implique (3), et aussi que (4) implique (5). Montrons que (3) implique (4). Nous supposons donc qu’il existe une surjection \(R \to S\), où \(R\) est un anneau local régulier essentiellement de présentation finie sur \(k\), telle que l’idéal \(\Ker(R \to S)\) puisse être engendré par \(\dim(R) - \dim(S)\) éléments. Nous pouvons écrire \(R = (k[x_1, \ldots, x_n]/J)_{\mathfrak q}\) pour un certain \(J \subset k[x_1, \ldots, x_n]\) et un certain idéal premier \(\mathfrak q \subset k[x_1, \ldots, x_n]\) tel que \(J \subset \mathfrak q\). Soit \(I \subset k[x_1, \ldots, x_n]\) le noyau du morphisme \(k[x_1, \ldots, x_n] \to S\), de sorte que \(S \cong (k[x_1, \ldots, x_n]/I)_{\mathfrak q}\). Par hypothèse, \((I/J)_{\mathfrak q}\) est engendré par \(\dim(R) - \dim(S)\) éléments. D’après le Lemme 00SE, nous concluons que \(I_{\mathfrak q}\) peut être engendré par \(\dim(k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q}) - \dim(S)\) éléments. Le Lemme 00SC montre que, pour un certain \(g \in k[x_1, \ldots, x_n]\), \(g \not \in \mathfrak q\), l’algèbre \((k[x_1, \ldots, x_n]/I)_g\) est une intersection complète globale et que \(S\) est isomorphe à l’un de ses anneaux locaux.
Pour achever la démonstration, nous devons montrer que (5) implique (2). Supposons (5) et soit \(\pi : R \to S\) une surjection, où \(R\) est une \(k\)-algèbre locale régulière essentiellement de type fini sur \(k\). Par hypothèse, \(S = A_{\mathfrak a}\) pour une certaine intersection complète locale \(A\) sur \(k\). Choisissons une présentation \(R = (k[y_1, \ldots, y_m]/J)_{\mathfrak q}\) avec \(J \subset \mathfrak q \subset k[y_1, \ldots, y_m]\). Nous pouvons supposer, et supposons, que \(J\) est le noyau du morphisme \(k[y_1, \ldots, y_m] \to R\). Soit \(I \subset k[y_1, \ldots, y_m]\) le noyau du morphisme \(k[y_1, \ldots, y_m] \to S = A_{\mathfrak a}\). Alors \(J \subset I\) et \((I/J)_{\mathfrak q}\) est le noyau de la surjection \(\pi : R \to S\). Ainsi, \(S = (k[y_1, \ldots, y_m]/I)_{\mathfrak q}\).
D’après le Lemme 00QS, il existe \(g \in A\), \(g \not \in \mathfrak a\), et \(g' \in k[y_1, \ldots, y_m]\), \(g' \not \in \mathfrak q\), tels que \(A_g \cong (k[y_1, \ldots, y_m]/I)_{g'}\). Après avoir remplacé \(A\) par \(A_g\) et \(k[y_1, \ldots, y_m]\) par \(k[y_1, \ldots, y_{m + 1}]\), nous pouvons supposer que \(A \cong k[y_1, \ldots, y_m]/I\). Considérons les morphismes surjectifs d’anneaux locaux \[k[y_1, \ldots, y_m]_{\mathfrak q} \to R \to S.\] Nous devons montrer que le noyau de \(R \to S\) est engendré par une suite régulière. D’après le Lemme 00SC, \(k[y_1, \ldots, y_m]_{\mathfrak q} \to A_{\mathfrak a} = S\) possède cette propriété (car \(A\) est une intersection complète locale sur \(k\)). Le résultat découle du Lemme 00SE.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
L’anneau local \(S_{\mathfrak q}\) est un anneau d’intersection complète (Définition 00SD).
Il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(S_g\) soit une intersection complète locale sur \(k\).
Il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(S_g\) soit une intersection complète globale sur \(k\).
Pour toute présentation \(S = k[x_1, \ldots, x_n]/I\), où \(\mathfrak q' \subset k[x_1, \ldots, x_n]\) correspond à \(\mathfrak q\), l’une quelconque des conditions équivalentes (1) – (5) du Lemme 00SC est satisfaite.
Démonstration
C’est une combinaison des Lemmes 00SC et 00SF, ainsi que des définitions.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Les assertions suivantes sont équivalentes :
L’anneau \(S\) est une intersection complète locale sur \(k\).
Tous les anneaux locaux de \(S\) sont des anneaux d’intersection complète sur \(k\).
Toutes les localisations de \(S\) en des idéaux maximaux sont des anneaux d’intersection complète sur \(k\).
Démonstration
Cela découle du Lemme 00SG, du fait que \(\Spec(S)\) est quasi-compact et des définitions.
Le lemme suivant affirme que la propriété d’être une intersection complète est préservée par changement du corps de base (en un sens fort).
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Soit \(S\) une algèbre de type fini sur \(k\). Soit \(\mathfrak q_K\) un idéal premier de \(S_K = K \otimes_k S\), et soit \(\mathfrak q\) l’idéal premier correspondant de \(S\). Alors \(S_{\mathfrak q}\) est une intersection complète sur \(k\) (Définition 00SD) si et seulement si \((S_K)_{\mathfrak q_K}\) est une intersection complète sur \(K\).
Démonstration
Choisissons une présentation \(S = k[x_1, \ldots, x_n]/I\). Elle donne une présentation \(S_K = K[x_1, \ldots, x_n]/I_K\), où \(I_K = K \otimes_k I\). Soient \(\mathfrak q_K' \subset K[x_1, \ldots, x_n]\), respectivement \(\mathfrak q' \subset k[x_1, \ldots, x_n]\), les idéaux premiers correspondants. Nous allons montrer que les conditions équivalentes du Lemme 00SC sont satisfaites pour le couple \((S = k[x_1, \ldots, x_n]/I, \mathfrak q)\) si et seulement si elles le sont pour le couple \((S_K = K[x_1, \ldots, x_n]/I_K, \mathfrak q_K)\). Le lemme en découlera (voir le Lemme 00SG).
D’après le Lemme 00P4, on a \(\dim_{\mathfrak q} S = \dim_{\mathfrak q_K} S_K\). Ainsi, l’entier \(c\) qui intervient dans le Lemme 00SC est le même pour le couple \((S = k[x_1, \ldots, x_n]/I, \mathfrak q)\) que pour le couple \((S_K = K[x_1, \ldots, x_n]/I_K, \mathfrak q_K)\). D’autre part, on a \[\begin{eqnarray*} I \otimes_{k[x_1, \ldots, x_n]} \kappa(\mathfrak q') \otimes_{\kappa(\mathfrak q')} \kappa(\mathfrak q_K') & = & I \otimes_{k[x_1, \ldots, x_n]} \kappa(\mathfrak q_K') \\ & = & I \otimes_{k[x_1, \ldots, x_n]} K[x_1, \ldots, x_n] \otimes_{K[x_1, \ldots, x_n]} \kappa(\mathfrak q_K') \\ & = & (K \otimes_k I) \otimes_{K[x_1, \ldots, x_n]} \kappa(\mathfrak q_K') \\ & = & I_K \otimes_{K[x_1, \ldots, x_n]} \kappa(\mathfrak q'_K). \end{eqnarray*}\] Par conséquent, \(\dim_{\kappa(\mathfrak q')} I \otimes_{k[x_1, \ldots, x_n]} \kappa(\mathfrak q') = \dim_{\kappa(\mathfrak q'_K)} I_K \otimes_{K[x_1, \ldots, x_n]} \kappa(\mathfrak q_K')\). Il découle donc du Lemme de Nakayama 00DV que le nombre minimal de générateurs de \(I_{\mathfrak q'}\) est égal au nombre minimal de générateurs de \((I_K)_{\mathfrak q'_K}\). Le lemme découle alors de la caractérisation (2) du Lemme 00SC.
Lemme
Soit \(k \to K\) une extension de corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Alors \(S\) est une intersection complète locale sur \(k\) si et seulement si \(S \otimes_k K\) est une intersection complète locale sur \(K\).
Démonstration
Cela résulte de la combinaison des Lemmes 00SH et 00SI. Mais nous donnons également ici une autre démonstration (fondée sur les mêmes principes).
Posons \(S' = S \otimes_k K\). Soit \(\alpha : k[x_1, \ldots, x_n] \to S\) une présentation de noyau \(I\). Soit \(\alpha' : K[x_1, \ldots, x_n] \to S'\) la présentation induite, de noyau \(I'\).
Supposons que \(S\) soit une intersection complète locale. Choisissons un idéal premier \(\mathfrak q \subset S'\). Notons \(\mathfrak q'\) l’idéal premier correspondant de \(K[x_1, \ldots, x_n]\), \(\mathfrak p\) l’idéal premier correspondant de \(S\), et \(\mathfrak p'\) l’idéal premier correspondant de \(k[x_1, \ldots, x_n]\). Considérons le diagramme suivant d’anneaux locaux noethériens : \[\xymatrix{ S'_{\mathfrak q} & K[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'} \ar[l] \\ S_{\mathfrak p}\ar[u] & k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak p'} \ar[u] \ar[l] }\] D’après le Lemme 00SC, nous savons que \(S_{\mathfrak p}\) est défini par une certaine suite régulière \(f_1, \ldots, f_c\) dans \(k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak p'}\). Puisque la flèche verticale de droite est plate, nous voyons que les images de \(f_1, \ldots, f_c\) forment une suite régulière dans \(K[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'}\). Comme le produit tensoriel par \(K\) sur \(k\) est un foncteur exact, on a \(S'_{\mathfrak q} = K[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'}/(f_1, \ldots, f_c)\). En appliquant à nouveau le Lemme 00SC, nous voyons donc que \(S'\) est une intersection complète locale dans un voisinage de \(\mathfrak q\). Comme \(\mathfrak q\) était arbitraire, nous voyons que \(S'\) est une intersection complète locale sur \(K\).
Supposons que \(S'\) soit une intersection complète locale. Choisissons un idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(S\). Notons \(\mathfrak m'\) l’idéal maximal correspondant de \(k[x_1, \ldots, x_n]\). Notons \(\kappa = \kappa(\mathfrak m)\) le corps résiduel. D’après la Remarque 00E6, les idéaux premiers de \(S'\) situés au-dessus de \(\mathfrak m\) correspondent aux idéaux premiers de \(K \otimes_k \kappa\). D’après le théorème de Hilbert-Nullstellensatz 00FV, on a \([\kappa : k] < \infty\). Ainsi, \(K \otimes_k \kappa\) est non nul et de dimension finie sur \(K\). \(K \otimes_k \kappa\) possède donc un nombre fini \(> 0\) d’idéaux premiers, qui sont tous maximaux et dont chacun a un corps résiduel fini sur \(K\) (voir la section 00J4). Il existe donc un nombre fini \(> 0\) d’idéaux premiers \(\mathfrak n \subset S'\) situés au-dessus de \(\mathfrak m\) ; chacun d’eux est maximal et possède un corps résiduel fini sur \(K\). Choisissons-en un, disons \(\mathfrak n \subset S'\), et soit \(\mathfrak n' \subset K[x_1, \ldots, x_n]\) l’idéal premier correspondant de \(K[x_1, \ldots, x_n]\). Notons que, puisque \(V(\mathfrak mS')\) est fini, \(\mathfrak n\) en est un point fermé isolé, et nous en déduisons que \(\mathfrak mS'_{\mathfrak n}\) est un idéal de définition de \(S'_{\mathfrak n}\). Cela implique que \(\dim(S_{\mathfrak m}) = \dim(S'_{\mathfrak n})\), par exemple d’après le Lemme 00ON. (On peut aussi le voir à l’aide du Lemme 00P4.) Considérons le diagramme correspondant d’anneaux locaux noethériens : \[\xymatrix{ S'_{\mathfrak n} & K[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak n'} \ar[l] \\ S_{\mathfrak m}\ar[u] & k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak m'} \ar[u] \ar[l] }\] D’après le Lemme 00S4, on a \(\NL(\alpha) \otimes_S S' = \NL(\alpha')\), et en particulier \(I'/(I')^2 = I/I^2 \otimes_S S'\). Par conséquent, \((I/I^2)_{\mathfrak m} \otimes_{S_{\mathfrak m}} \kappa\) et \((I'/(I')^2)_{\mathfrak n} \otimes_{S'_{\mathfrak n}} \kappa(\mathfrak n)\) ont la même dimension. Puisque \((I'/(I')^2)_{\mathfrak n}\) est libre de rang \(n - \dim S'_{\mathfrak n}\), nous en déduisons que \((I/I^2)_{\mathfrak m}\) peut être engendré par \(n - \dim S'_{\mathfrak n} = n - \dim S_{\mathfrak m}\) éléments. D’après le Lemme 00SC, nous voyons que \(S\) est une intersection complète locale dans un voisinage de \(\mathfrak m\). Comme \(\mathfrak m\) était un idéal maximal quelconque, nous concluons que \(S\) est une intersection complète locale.
Nous terminons par un lemme que nous utiliserons plus tard pour montrer que, étant donnés des morphismes d’anneaux \(T \to A \to B\) tels que \(B\) soit syntomique sur \(T\) et que \(B\) soit syntomique sur \(A\), alors \(A\) est syntomique sur \(T\).
Lemme
Soit \[\xymatrix{ B & S \ar[l] \\ A \ar[u] & R \ar[l] \ar[u] }\] un carré commutatif d’anneaux locaux. Supposons que
\(R\) et \(\overline{S} = S/\mathfrak m_R S\) soient des anneaux locaux réguliers,
\(A = R/I\) et \(B = S/J\) pour certains idéaux \(I\), \(J\),
\(J \subset S\) et \(\overline{J} = J/\mathfrak m_R \cap J \subset \overline{S}\) soient engendrés par des suites régulières, et
\(A \to B\) et \(R \to S\) soient plats.
Alors \(I\) est engendré par une suite régulière.
Démonstration
Posons \(\overline{B} = B/\mathfrak m_RB = B/\mathfrak m_AB\), de sorte que \(\overline{B} = \overline{S}/\overline{J}\). Soient \(f_1, \ldots, f_{\overline{c}} \in J\) des éléments tels que \(\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_{\overline{c}} \in \overline{J}\) forment une suite régulière engendrant \(\overline{J}\). Notons que \(\overline{c} = \dim(\overline{S}) - \dim(\overline{B})\) ; voir le Lemme 00SE. D’après le Lemme 00MG, l’anneau \(S/(f_1, \ldots, f_{\overline{c}})\) est plat sur \(R\). Ainsi, \(S/(f_1, \ldots, f_{\overline{c}}) + IS\) est plat sur \(A\). Le morphisme \(S/(f_1, \ldots, f_{\overline{c}}) + IS \to B\) est donc une surjection de \(S/IS\)-modules de type fini plats sur \(A\), qui est un isomorphisme modulo \(\mathfrak m_A\) et, par conséquent, un isomorphisme d’après le Lemme 00ME. Autrement dit, \(J = (f_1, \ldots, f_{\overline{c}}) + IS\).
D’après le Lemme 00SE, à nouveau, l’idéal \(J\) est engendré par une suite régulière de \(c = \dim(S) - \dim(B)\) éléments. Ainsi, \(J/\mathfrak m_SJ\) est un espace vectoriel de dimension \(c\). D’après la description de \(J\) ci-dessus, il existe \(g_1, \ldots, g_{c - \overline{c}} \in I\) tels que \(J\) soit engendré par \(f_1, \ldots, f_{\overline{c}}, g_1, \ldots, g_{c - \overline{c}}\) (utiliser le Lemme de Nakayama 00DV). Considérons l’anneau \(A' = R/(g_1, \ldots, g_{c - \overline{c}})\) et la surjection \(A' \to A\). Nous voyons d’après ce qui précède que \(B = S/(f_1, \ldots, f_{\overline{c}}, g_1, \ldots, g_{c - \overline{c}})\) est plat sur \(A'\) (puisque \(S/(f_1, \ldots, f_{\overline{c}})\) est plat sur \(R\)). Ainsi, \(A' \to B\) est injectif (car il est fidèlement plat ; voir le Lemme 00HR). Comme ce morphisme se factorise par \(A\), on obtient \(A' = A\). Notons que \(\dim(B) = \dim(A) + \dim(\overline{B})\), et que \(\dim(S) = \dim(R) + \dim(\overline{S})\) ; voir le Lemme 00ON. Ainsi, \(c - \overline{c} = \dim(R) -\dim(A)\) par un calcul élémentaire. Par conséquent, \(I = (g_1, \ldots, g_{c - \overline{c}})\) est engendré par une suite régulière d’après le Lemme 00SE.
Morphismes syntomiques
Les morphismes d’anneaux syntomiques sont les morphismes d’anneaux plats de présentation finie dont toutes les fibres sont des intersections complètes locales. Nous étudions les morphismes généraux d’intersection complète locale dans Compléments d’algèbre, section 07CY.
Définition
Un morphisme d’anneaux \(R \to S\) est dit syntomique, ou bien nous disons que \(S\) est une intersection complète locale plate sur \(R\), s’il est plat, de présentation finie, et si tous ses anneaux fibres \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) sont des intersections complètes locales ; voir la Définition 00S9.
Il est clair qu’une algèbre sur un corps est syntomique sur ce corps si et seulement si elle est une intersection complète locale. Voici une propriété agréable de cette définition.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux fidèlement plat. Posons \(S' = R'\otimes_R S\). Alors \(R \to S\) est syntomique si et seulement si \(R' \to S'\) est syntomique.
Démonstration
D’après le Lemme 00QQ et le Lemme 00HJ, cela vaut pour la propriété d’être plat et pour celle d’être de présentation finie. Le morphisme \(\Spec(R') \to \Spec(R)\) est surjectif ; voir le Lemme 00HQ. Il suffit donc de montrer, pour des idéaux premiers \(\mathfrak p' \subset R'\) situés au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\), que \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est une intersection complète locale si et seulement si \(S' \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak p')\) est une intersection complète locale. Notons que \(S' \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak p') = S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak p')\). Le Lemme 00SJ s’applique donc.
Lemme
Tout changement de base d’un morphisme syntomique est syntomique.
Démonstration
Cela est vrai pour la platitude, pour la propriété d’être de présentation finie et pour celle d’avoir des intersections complètes locales comme fibres, d’après les Lemmes 00HI, 00F4 et 00SJ.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons donnés des éléments \(g_1, \ldots g_m \in S\) qui engendrent l’idéal unité et tels que chacun des morphismes \(R \to S_{g_i}\) soit syntomique. Alors \(R \to S\) est syntomique.
Démonstration
Cela est vrai pour la platitude et pour la propriété d’être de présentation finie d’après les Lemmes 00HT et 00EP. La propriété d’avoir des anneaux fibres qui soient des intersections complètes locales est locale sur \(S\) par sa définition même ; voir la Définition 00S9.
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Nous disons que \(R \to S\) est une intersection complète globale relative s’il existe une présentation \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) et si toute fibre non vide de \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est de dimension \(n - c\). Nous dirons “soit \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) une intersection complète globale relative” pour désigner cette situation.
Le lemme suivant est parfois utile pour trouver des présentations globales.
Lemme
Soit \(S\) une \(R\)-algèbre de présentation finie qui possède une présentation \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/I\) telle que \(I/I^2\) soit libre sur \(S\). Alors \(S\) possède une présentation \(S = R[y_1, \ldots, y_m]/(f_1, \ldots, f_c)\) telle que \((f_1, \ldots, f_c)/(f_1, \ldots, f_c)^2\) soit libre, avec pour base les classes de \(f_1, \ldots, f_c\).
Démonstration
Notons que \(I\) est un idéal de type fini d’après le Lemme 00R2. Soient \(f_1, \ldots, f_c \in I\) des éléments qui s’envoient sur une base de \(I/I^2\). D’après le lemme de Nakayama (Lemme 00DV), il existe \(g \in 1 + I\) tel que \[g \cdot I \subset (f_1, \ldots, f_c)\] et \(I_g \cong (f_1, \ldots, f_c)_g\). Nous voyons donc que \[S \cong R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)[1/g] \cong R[x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}]/(f_1, \ldots, f_c, gx_{n + 1} - 1)\] comme souhaité. Il en résulte que \(f_1, \ldots, f_c,gx_{n + 1} - 1\) forment une base de \((f_1, \ldots, f_c, gx_{n + 1} - 1)/(f_1, \ldots, f_c, gx_{n + 1} - 1)^2\), par exemple en appliquant le Lemme 08JZ.
Exemple
Soient \(n , m \geq 1\) des entiers. Considérons le morphisme d’anneaux \[\begin{eqnarray*} R = \mathbf{Z}[a_1, \ldots, a_{n + m}] & \longrightarrow & S = \mathbf{Z}[b_1, \ldots, b_n, c_1, \ldots, c_m] \\ a_1 & \longmapsto & b_1 + c_1 \\ a_2 & \longmapsto & b_2 + b_1 c_1 + c_2 \\ \ldots & \ldots & \ldots \\ a_{n + m} & \longmapsto & b_n c_m \end{eqnarray*}\] Autrement dit, c’est l’unique morphisme d’anneaux de polynômes indiqué tel que la factorisation de polynômes \[x^{n + m} + a_1 x^{n + m - 1} + \ldots + a_{n + m} = (x^n + b_1 x^{n - 1} + \ldots + b_n) (x^m + c_1 x^{m - 1} + \ldots + c_m)\] soit satisfaite. Notons que \(S\) est engendré par \(n + m\) éléments sur \(R\) (à savoir les \(b_i, c_j\)) et qu’il y a \(n + m\) équations (à savoir \(a_k = a_k(b_i, c_j)\)). Pour montrer que \(S\) est une intersection complète globale relative sur \(R\), il suffit de prouver que toutes les fibres sont de dimension \(0\).
Pour cela, soit \(R \to k\) un morphisme d’anneaux à valeurs dans un corps \(k\). Disons que \(a_i\) s’envoie sur \(\alpha_i \in k\). Considérons l’anneau fibre \(S_k = k \otimes_R S\). Soit \(k \to K\) une extension de corps. Se donner un morphisme de \(k\)-algèbres de \(S_k \to K\) revient à trouver \(\beta_1, \ldots, \beta_n, \gamma_1, \ldots, \gamma_m \in K\) tels que \[x^{n + m} + \alpha_1 x^{n + m - 1} + \ldots + \alpha_{n + m} = (x^n + \beta_1 x^{n - 1} + \ldots + \beta_n) (x^m + \gamma_1 x^{m - 1} + \ldots + \gamma_m).\] Il n’existe donc qu’un nombre fini de tels \(n + m\)-uplets dans \(K\). Cela prouve que toutes les fibres n’ont qu’un nombre fini de points fermés (utiliser par exemple le théorème de Hilbert-Nullstellensatz pour voir qu’ils correspondent tous à des solutions dans \(\overline{k}\)), et donc que \(R \to S\) est une intersection complète globale relative.
Une autre manière de raisonner consiste à montrer que \(\mathbf{Z}[a_1, \ldots, a_{n + m}] \to \mathbf{Z}[b_1, \ldots, b_n, c_1, \ldots, c_m]\) est en fait aussi un morphisme d’anneaux fini. En effet, d’après le Lemme 00H6, chacun des \(b_i, c_j\) est entier sur \(R\), et donc \(R \to S\) est fini d’après le Lemme 00GM.
Exemple
Considérons le morphisme d’anneaux \[\begin{eqnarray*} R = \mathbf{Z}[a_1, \ldots, a_n] & \longrightarrow & S = \mathbf{Z}[\alpha_1, \ldots, \alpha_n] \\ a_1 & \longmapsto & \alpha_1 + \ldots + \alpha_n \\ \ldots & \ldots & \ldots \\ a_n & \longmapsto & \alpha_1 \ldots \alpha_n \end{eqnarray*}\] Autrement dit, c’est l’unique morphisme d’anneaux de polynômes indiqué tel que \[x^n + a_1 x^{n - 1} + \ldots + a_n = \prod\nolimits_{i = 1}^n (x + \alpha_i)\] soit satisfait dans \(\mathbf{Z}[\alpha_i, x]\). On peut aussi dire que \(a_i\) s’envoie sur la \(i\)-ième fonction symétrique élémentaire en \(\alpha_1, \ldots, \alpha_n\). D’après la théorie usuelle des polynômes symétriques élémentaires (détails omis), l’anneau \(S\) est un \(R\)-module libre de type fini dont une base est constituée des éléments \(\alpha_1^{e_1} \alpha_2^{e_2} \ldots \alpha_n^{e_n}\) avec \(0 \leq e_i \leq n - i\). A fortiori, les anneaux fibres de \(R \to S\) sont finis et sont donc de dimension \(0\). D’autre part, \(S\) est engendré par \(n\) éléments sur \(R\) soumis à \(n\) équations. Ainsi, \(S\) est une intersection complète globale relative sur \(R\). Comme le rang de \(S\) sur \(R\) est positif, nous voyons aussi que \(S\) est fidèlement plat sur \(R\).
Lemme
Soit \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) une intersection complète globale relative (Définition 00SP).
Pour tout \(R \to R'\), le changement de base \(R' \otimes_R S = R'[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) est une intersection complète globale relative.
Pour tout \(g \in S\) qui est l’image d’un \(h \in R[x_1, \ldots, x_n]\), l’anneau \(S_g = R[x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}]/(f_1, \ldots, f_c, hx_{n + 1} - 1)\) est une intersection complète globale relative.
Si \(R \to S\) se factorise sous la forme \(R \to R_f \to S\) pour un certain \(f \in R\), alors l’anneau \(S = R_f[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) est une intersection complète globale relative sur \(R_f\).
Démonstration
D’après le Lemme 00P3, les fibres d’un changement de base ont la même dimension que les fibres du morphisme initial. De plus, \(R' \otimes_R R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c) = R'[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\). Ainsi, (1) en résulte. La démonstration de (2) repose sur le fait que la localisation en un élément peut s’écrire \(S_g \cong S[x_{n + 1}]/(gx_{n + 1} - 1)\). L’assertion (3) découle de (1), car, sous les hypothèses de (3), on a \(R_f \otimes_R S \cong S\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\). Dans chacun des cas suivants, nous allons trouver \(h \in R[x_1, \ldots, x_n]\) qui s’envoie sur \(g \in S\) tel que \[S_g = R[x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}]/(f_1, \ldots, f_c, hx_{n + 1} - 1)\] soit une intersection complète globale relative avec une présentation comme dans la Définition 00SP :
Soit \(I \subset R\) un idéal. Si les fibres de \(\Spec(S/IS) \to \Spec(R/I)\) sont de dimension \(n - c\), alors nous pouvons trouver \((h, g)\) comme ci-dessus de sorte que \(g\) s’envoie sur \(1 \in S/IS\).
Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Si \(\dim(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)) = n - c\), alors nous pouvons trouver \((h, g)\) comme ci-dessus de sorte que \(g\) s’envoie sur une unité de \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\).
Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier situé au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Si \(\dim_{\mathfrak q}(S/R) = n - c\), alors nous pouvons trouver \((h, g)\) comme ci-dessus de sorte que \(g \not \in \mathfrak q\).
Démonstration
Pour (1). D’après le Lemme 00QH, il existe un ouvert \(W \subset \Spec(S)\) contenant \(V(IS)\) tel que toutes les fibres de \(W \to \Spec(R)\) soient de dimension \(\leq n - c\). Écrivons \(W = \Spec(S) \setminus V(J)\). Alors \(V(J) \cap V(IS) = \emptyset\) ; nous pouvons donc trouver \(g \in J\) qui s’envoie sur \(1 \in S/IS\). Soit \(h \in R[x_1, \ldots, x_n]\) un antécédent quelconque de \(g\).
Pour (2). D’après le Lemme 00QH, il existe un ouvert \(W \subset \Spec(S)\) contenant \(\Spec(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p))\) tel que toutes les fibres de \(W \to \Spec(R)\) soient de dimension \(\leq n - c\). Écrivons \(W = \Spec(S) \setminus V(J)\). Alors \(V(J \cdot S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)) = \emptyset\). Nous pouvons donc trouver \(g \in J\) qui s’envoie sur une unité de \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) (détails omis). Soit \(h \in R[x_1, \ldots, x_n]\) un antécédent quelconque de \(g\).
Pour (3). D’après le Lemme 00QH, il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que toutes les fibres non vides de \(R \to S_g\) soient de dimension \(\leq n - c\). Soit \(h \in R[x_1, \ldots, x_n]\) un élément quelconque qui s’envoie sur \(g\).
Le lemme suivant affirme que nous pouvons effectuer une approximation noethérienne absolue pour les intersections complètes globales relatives.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) une intersection complète globale relative (Définition 00SP). Il existe une sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre \(R_0 \subset R\) de type fini telle que \(f_i \in R_0[x_1, \ldots, x_n]\) et telle que \[S_0 = R_0[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\] soit une intersection complète globale relative.
Démonstration
Soit \(R_0 \subset R\) la \(\mathbf{Z}\)-algèbre de \(R\) engendrée par tous les coefficients des polynômes \(f_1, \ldots, f_c\). Posons \(S_0 = R_0[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\). Il est clair que \(S = R \otimes_{R_0} S_0\). Choisissons un idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) et notons \(\mathfrak p \subset R\), \(\mathfrak q_0 \subset S_0\) et \(\mathfrak p_0 \subset R_0\) les idéaux premiers au-dessus desquels il se trouve. Puisque \(\dim (S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) ) = n - c\), on a aussi \(\dim (S_0 \otimes_{R_0} \kappa(\mathfrak p_0)) = n - c\) ; voir le Lemme 00P3. D’après le Lemme 00QH, il existe \(g \in S_0\), \(g \not \in \mathfrak q_0\), tel que toutes les fibres non vides de \(R_0 \to (S_0)_g\) soient de dimension \(\leq n - c\). Comme \(\mathfrak q\) était arbitraire et que \(\Spec(S)\) est quasi-compact, nous pouvons trouver un nombre fini d’éléments \(g_1, \ldots, g_m \in S_0\) tels que (a), pour \(j = 1, \ldots, m\), les fibres non vides de \(R_0 \to (S_0)_{g_j}\) soient de dimension \(\leq n - c\) et (b), l’image de \(\Spec(S) \to \Spec(S_0)\) soit contenue dans \(D(g_1) \cup \ldots \cup D(g_m)\). Autrement dit, les images de \(g_1, \ldots, g_m\) dans \(S = R \otimes_{R_0} S_0\) engendrent l’idéal unité. Après avoir agrandi \(R_0\), nous pouvons supposer que \(g_1, \ldots, g_m\) engendrent l’idéal unité dans \(S_0\). D’après (a), toutes les fibres non vides de \(R_0 \to S_0\) sont de dimension \(\leq n - c\), et nous concluons.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) une intersection complète globale relative (Définition 00SP). Pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\), soit \(\mathfrak q'\) l’idéal premier correspondant de \(R[x_1, \ldots, x_n]\). Alors
\(f_1, \ldots, f_c\) forment une suite régulière dans l’anneau local \(R[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'}\),
chacun des anneaux \(R[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'}/(f_1, \ldots, f_i)\) est plat sur \(R\), et
le \(S\)-module \((f_1, \ldots, f_c)/(f_1, \ldots, f_c)^2\) est libre, avec pour base les éléments \(f_i \bmod (f_1, \ldots, f_c)^2\).
Démonstration
Supposons \(R\) noethérien. Soit \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q'\). D’après le Lemme 00SC, par exemple, nous voyons que \(f_1, \ldots, f_c\) forment une suite régulière dans l’anneau local \(R[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'} \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). De plus, l’anneau local \(R[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'}\) est plat sur \(R_{\mathfrak p}\). Comme \(R\), et donc \(R[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'}\), est noethérien, nous déduisons du Lemme 00MG que (1) et (2) sont vraies.
Soit maintenant \(R\) quelconque. Écrivons \(R = \colim_{\lambda \in \Lambda} R_\lambda\) comme la colimite filtrante de sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbres de type fini (comparer avec la section 00QL). Nous pouvons supposer que \(f_1, \ldots, f_c \in R_\lambda[x_1, \ldots, x_n]\) pour tout \(\lambda\). Soit \(R_0 \subset R\) comme dans le Lemme 00SU. Nous pouvons alors supposer que \(R_0 \subset R_\lambda\) pour tout \(\lambda\). Il en résulte que \(S_\lambda = R_\lambda[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) est une intersection complète globale relative (comme changement de base de \(S_0\) par \(R_0 \to R_\lambda\) ; voir le Lemme 00SS). Notons \(\mathfrak p_\lambda\), \(\mathfrak q_\lambda\), \(\mathfrak q'_\lambda\) les idéaux premiers de \(R_\lambda\), \(S_\lambda\), \(R_\lambda[x_1, \ldots, x_n]\) induits par \(\mathfrak p\), \(\mathfrak q\), \(\mathfrak q'\). Avec ces notations, (1) et (2) sont vraies pour tout \(\lambda\). Puisque \[R[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'}/(f_1, \ldots, f_i) = \colim R_\lambda[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q_\lambda'}/(f_1, \ldots, f_i)\] nous déduisons la platitude dans (2) sur \(R\) du Lemme 05UU. Comme on a \[\begin{align*} R[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'}/(f_1, \ldots, f_i) \xrightarrow{f_{i + 1}} R[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q'}/(f_1, \ldots, f_i) \\ = \colim \left( R_\lambda[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q_\lambda'}/(f_1, \ldots, f_i) \xrightarrow{f_{i + 1}} R_\lambda[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak q_\lambda'}/(f_1, \ldots, f_i) \right) \end{align*}\] et comme les colimites filtrantes sont exactes (Lemme 00DB), nous concluons que (1) est vraie.
Démonstration de (3). Notons \(N\) le \(S\)-module \((f_1, \ldots, f_c)/(f_1, \ldots, f_c)^2\) et \(e_i \in N\) l’image de \(f_i\). D’après le Lemme 00LN et (1), nous savons que \(e_1, \ldots, e_c\) est une base de \(N_\mathfrak q\) pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\). Le Lemme 00HN permet de conclure que (3) est vraie.
Lemme
Une intersection complète globale relative est syntomique, c’est-à-dire plate.
Démonstration
Soit \(R \to S\) une intersection complète globale relative. Les fibres sont des intersections complètes globales, et \(S\) est de présentation finie sur \(R\). La seule chose qui reste à démontrer est donc que \(R \to S\) est plat. C’est vrai d’après (2) du Lemme 00SV.
Lemme
Supposons que \(A\) soit un anneau et que \(P(x) = x^n + b_1 x^{n-1} + \ldots + b_n \in A[x]\) soit un polynôme unitaire sur \(A\). Alors il existe une extension d’anneaux syntomique, libre de type fini et fidèlement plate \(A \subset A'\) telle que \(P(x) = \prod_{i = 1, \ldots, n} (x - \beta_i)\) pour certains \(\beta_i \in A'\).
Démonstration
Prenons \(A' = A \otimes_R S\), où \(R\) et \(S\) sont comme dans l’Exemple 00SR, où \(R \to A\) envoie \(a_i\) sur \(b_i\), et posons \(\beta_i = -1 \otimes \alpha_i\). Observons que \(R \to S\) est fidèlement plat, libre de type fini et syntomique d’après le Lemme 00SW. Ces propriétés sont héritées par le changement de base \(A \to A'\) ; certains détails sont omis.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier situé au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
Il existe un élément \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\) tel que \(R \to S_g\) soit syntomique.
Il existe un élément \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\) tel que \(S_g\) soit une intersection complète globale relative sur \(R\).
Il existe un élément \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(R \to S_g\) soit de présentation finie, que le morphisme d’anneaux locaux \(R_{\mathfrak p} \to S_{\mathfrak q}\) soit plat et que l’anneau local \(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}\) soit un anneau d’intersection complète sur \(\kappa(\mathfrak p)\) (voir la Définition 00SD).
Démonstration
L’implication (1) \(\Rightarrow\) (3) est le Lemme 00SG. L’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) est le Lemme 00SW. Il reste à montrer que (3) implique (2).
Supposons (3). Après avoir remplacé \(S\) par \(S_g\) pour un certain \(g \in S\), \(g\not\in \mathfrak q\), nous pouvons supposer que \(S\) est de présentation finie sur \(R\). Choisissons une présentation \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/I\). Soit \(\mathfrak q' \subset R[x_1, \ldots, x_n]\) l’idéal premier correspondant à \(\mathfrak q\). Écrivons \(\kappa(\mathfrak p) = k\). Notons que \(S \otimes_R k = k[x_1, \ldots, x_n]/\overline{I}\), où \(\overline{I} \subset k[x_1, \ldots, x_n]\) est l’idéal engendré par l’image de \(I\). Soit \(\overline{\mathfrak q}' \subset k[x_1, \ldots, x_n]\) l’idéal premier engendré par l’image de \(\mathfrak q'\). D’après le Lemme 00SG, les conditions équivalentes du Lemme 00SC sont satisfaites pour \(\overline{I}\) et \(\overline{\mathfrak q}'\). Disons que la dimension de \(\overline{I}_{\overline{\mathfrak q}'}/ \overline{\mathfrak q}'\overline{I}_{\overline{\mathfrak q}'}\) sur \(\kappa(\overline{\mathfrak q}')\) est \(c\). Choisissons \(f_1, \ldots, f_c \in I\) qui s’envoient sur une base de cet espace vectoriel. Les images \(\overline{f}_j \in \overline{I}\) engendrent \(\overline{I}_{\overline{\mathfrak q}'}\) (d’après le Lemme 00SC). Posons \(S' = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\). Soit \(J\) le noyau de la surjection \(S' \to S\). Comme \(S\) est de présentation finie, \(J\) est un idéal de type fini (Lemme 00F4). Considérons la suite exacte courte \[0 \to J \to S' \to S \to 0\] Comme \(S_\mathfrak q\) est plat sur \(R\), nous voyons que \(J_{\mathfrak q'} \otimes_R k \to S'_{\mathfrak q'} \otimes_R k\) est injectif (Lemme 00HL). Or, par construction, \(S'_{\mathfrak q'} \otimes_R k\) s’envoie isomorphiquement sur \(S_\mathfrak q \otimes_R k\). Nous concluons donc que \(J_{\mathfrak q'} \otimes_R k = J_{\mathfrak q'}/\mathfrak pJ_{\mathfrak q'} = 0\). D’après le lemme de Nakayama (Lemme 00DV), il existe donc \(g \in R[x_1, \ldots, x_n]\), \(g \not \in \mathfrak q'\) tel que \(J_g = 0\). Autrement dit, \(S'_g \cong S_g\). Après une localisation supplémentaire, nous voyons que \(S'\) (et donc \(S\)) devient une intersection complète globale relative d’après le Lemme 00ST, comme souhaité.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/I\) pour un certain idéal \(I\) de type fini. Si \(g \in S\) est tel que \(S_g\) soit syntomique sur \(R\), alors \((I/I^2)_g\) est un \(S_g\)-module projectif de type fini.
Démonstration
D’après le Lemme 00SY, il existe un nombre fini d’éléments \(g_1, \ldots, g_m \in S\) qui engendrent l’idéal unité dans \(S_g\) et tels que chacun des \(S_{gg_j}\) soit une intersection complète globale relative sur \(R\). Comme il suffit de montrer que \((I/I^2)_{gg_j}\) est projectif de type fini, voir le Lemme 00NX, nous pouvons supposer que \(S_g\) est une intersection complète globale relative. Dans ce cas, le résultat découle des Lemmes 00S6 et 00SV.
Lemme
Soient \(R \to S\) et \(S \to S'\) des morphismes d’anneaux.
Si \(R \to S\) et \(S \to S'\) sont syntomiques, alors \(R \to S'\) est syntomique.
Si \(R \to S\) et \(S \to S'\) sont des intersections complètes globales relatives, alors \(R \to S'\) est une intersection complète globale relative.
Démonstration
Démonstration de (2). Supposons que \(R \to S\) et \(S \to S'\) soient des intersections complètes globales relatives et que nous ayons des présentations \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) et \(S' = S[y_1, \ldots, y_m]/(h_1, \ldots, h_d)\) comme dans la Définition 00SP. Alors \[S' \cong R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m]/(f_1, \ldots, f_c, h'_1, \ldots, h'_d)\] pour certains relèvements \(h_j' \in R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m]\) des \(h_j\). Il suffit donc de borner les dimensions des anneaux fibres. Nous pouvons ainsi supposer que \(R = k\) est un corps. Dans ce cas, nous avons un anneau, à savoir \(S\), qui est de type fini sur \(k\) et équidimensionnel de dimension \(n - c\), ainsi qu’un morphisme d’anneaux de type fini \(S \to S'\) dont tous les anneaux fibres non vides sont équidimensionnels de dimension \(m - d\). Alors, par exemple d’après le Lemme 00OM appliqué aux localisations en les idéaux maximaux de \(S'\), nous voyons que \(\dim(S') \leq n - c + m - d\), comme souhaité.
Nous allons ramener la partie (1) à la partie (2). Supposons que \(R \to S\) et \(S \to S'\) soient syntomiques. Soit \(\mathfrak q' \subset S\) un idéal premier situé au-dessus de \(\mathfrak q \subset S\). D’après le Lemme 00SY, il existe \(g' \in S'\), \(g' \not \in \mathfrak q'\), tel que \(S \to S'_{g'}\) soit une intersection complète globale relative. De même, nous trouvons \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(R \to S_g\) soit une intersection complète globale relative. D’après le Lemme 00SS, le morphisme d’anneaux \(S_g \to S_{gg'}\) est une intersection complète globale relative. D’après la partie (2), nous voyons que \(R \to S_{gg'}\) est une intersection complète globale relative et que \(gg' \not \in \mathfrak q'\). Comme \(\mathfrak q'\) était arbitraire, en combinant les Lemmes 00SY et 00SO, nous voyons que \(R \to S'\) est syntomique (cela utilise aussi que le spectre de \(S'\) est quasi-compact ; voir le Lemme 00E8).
Le lemme suivant sera amélioré plus tard ; voir Lissage des morphismes d’anneaux, Proposition 07M8.
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(R/I \to \overline{S}\) un morphisme syntomique. Alors il existe des éléments \(\overline{g}_i \in \overline{S}\) qui engendrent l’idéal unité de \(\overline{S}\) et tels que chacun des \(\overline{S}_{g_i} \cong S_i/IS_i\) pour une certaine intersection complète globale relative \(S_i\) sur \(R\).
Démonstration
D’après le Lemme 00SY, nous trouvons une famille d’éléments \(\overline{g}_i \in \overline{S}\) qui engendrent l’idéal unité de \(\overline{S}\) et tels que chacun des \(\overline{S}_{g_i}\) soit une intersection complète globale relative sur \(R/I\). Nous pouvons donc supposer que \(\overline{S}\) est une intersection complète globale relative. Écrivons \(\overline{S} = (R/I)[x_1, \ldots, x_n]/(\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_c)\) comme dans la Définition 00SP. Choisissons \(f_1, \ldots, f_c \in R[x_1, \ldots, x_n]\) relevant \(\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_c\). Posons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\). Notons que \(S/IS \cong \overline{S}\). D’après le Lemme 00ST, nous pouvons trouver \(g \in S\) qui s’envoie sur \(1\) dans \(\overline{S}\) et tel que \(S_g\) soit une intersection complète globale relative sur \(R\). Comme \(\overline{S} \cong S_g/IS_g\), cela achève la démonstration.
Morphismes d’anneaux lisses
Motivons la définition d’un morphisme d’anneaux lisse par un exemple. Supposons que \(R\) soit un anneau et que \(S = R[x, y]/(f)\) pour un certain \(f \in R[x, y]\) non nul. Il existe alors une suite exacte \[S \to S\text{d}x \oplus S\text{d}y \to \Omega_{S/R} \to 0\] où la première flèche envoie \(1\) sur \(\frac{\partial f}{\partial x} \text{d}x + \frac{\partial f}{\partial y} \text{d}y\) ; voir la section 00S0. Nous concluons que \(\Omega_{S/R}\) est localement libre de rang \(1\) si les dérivées partielles de \(f\) engendrent l’idéal unité dans \(S\). Dans ce cas, \(S\) est lisse de dimension relative \(1\) sur \(R\). Mais il peut arriver que \(\Omega_{S/R}\) soit localement libre de rang \(2\), à savoir lorsque les deux dérivées partielles de \(f\) sont nulles. Cela se produit par exemple si, pour un nombre premier \(p\), on a \(p = 0\) dans \(R\) et \(f = x^p + y^p\). Ici, \(R \to S\) est une intersection complète globale relative de dimension relative \(1\) qui n’est pas lisse. Ainsi, pour vérifier qu’un morphisme d’anneaux est lisse, il ne suffit pas de vérifier si le module des différentielles est libre. La condition correcte est la suivante.
Définition
Un morphisme d’anneaux \(R \to S\) est lisse s’il est de présentation finie et si le complexe cotangent naïf \(\NL_{S/R}\) est quasi-isomorphe à un \(S\)-module projectif de type fini placé en degré \(0\) : cela signifie que \(H_1(\NL_{S/R}) = 0\) et que \(\Omega_{S/R}\) est un \(S\)-module projectif de type fini.
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. D’après le Lemme 00S1, pour toute présentation \(\alpha : P \to S\), on a \(H_1(\NL(\alpha)) = H_1(\NL_{S/R})\) et \(H_0(\NL(\alpha)) = \Omega_{S/R}\). Ainsi, si \(R \to S\) est lisse, alors, pour toute surjection \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to S\) de noyau \(I\), le morphisme \[I/I^2 \longrightarrow \Omega_{R[x_1, \ldots, x_n]/R} \otimes_{R[x_1, \ldots, x_n]} S\] est injectif et son conoyau est un \(S\)-module projectif de type fini. La flèche affichée est donc une injection scindée. Autrement dit, \(\bigoplus_{i = 1}^n S \text{d}x_i \cong I/I^2 \oplus \Omega_{S/R}\) comme \(S\)-modules, et \(I/I^2\) est lui aussi un \(S\)-module projectif de type fini. Réciproquement, si \(R \to S\) est de présentation finie et si nous avons une surjection \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to S\) de noyau \(I\) telle que la flèche affichée soit une injection scindée, alors \(R \to S\) est lisse.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux lisse. Toute localisation \(S_g\) est lisse sur \(R\). Si \(f \in R\) s’envoie sur un élément inversible de \(S\), alors \(R_f \to S\) est lisse.
Démonstration
D’après le Lemme 00S7, le complexe cotangent naïf de \(S_g\) sur \(R\) est le changement de base du complexe cotangent naïf de \(S\) sur \(R\). L’hypothèse est que le complexe cotangent naïf de \(S/R\) est \(\Omega_{S/R}\) et que c’est un \(S\)-module projectif de type fini. Il en va donc de même de son changement de base. Ainsi, \(S_g\) est lisse sur \(R\).
La seconde assertion découle de la même manière du Lemme 07BS.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux lisse. Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux quelconque. Alors le changement de base \(R' \to S' = R' \otimes_R S\) est lisse.
Démonstration
Soit \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to S\) une présentation de noyau \(I\). Soit \(\alpha' : R'[x_1, \ldots, x_n] \to R' \otimes_R S\) la présentation induite. Posons \(I' = \Ker(\alpha')\). Puisque \(0 \to I \to R[x_1, \ldots, x_n] \to S \to 0\) est exacte, la suite \(R' \otimes_R I \to R'[x_1, \ldots, x_n] \to R' \otimes_R S \to 0\) est exacte. Ainsi, \(R' \otimes_R I \to I'\) est surjectif. D’après la Définition 00T2, il existe une suite exacte courte \[0 \to I/I^2 \to \Omega_{R[x_1, \ldots, x_n]/R} \otimes_{R[x_1, \ldots, x_n]} S \to \Omega_{S/R} \to 0\] et le \(S\)-module \(\Omega_{S/R}\) est projectif de type fini. En particulier, \(I/I^2\) est un facteur direct de \(\Omega_{R[x_1, \ldots, x_n]/R} \otimes_{R[x_1, \ldots, x_n]} S\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ R' \otimes_R (I/I^2) \ar[r] \ar[d] & R' \otimes_R (\Omega_{R[x_1, \ldots, x_n]/R} \otimes_{R[x_1, \ldots, x_n]} S) \ar[d] \\ I'/(I')^2 \ar[r] & \Omega_{R'[x_1, \ldots, x_n]/R'} \otimes_{R'[x_1, \ldots, x_n]} (R' \otimes_R S) }\] Comme le morphisme vertical de droite est un isomorphisme, nous voyons, par ce qui précède, que le morphisme vertical de gauche est injectif et surjectif. Nous concluons donc que \(\NL(\alpha')\) est quasi-isomorphe à \(\Omega_{S'/R'} \cong S' \otimes_S \Omega_{S/R}\) placé en degré \(0\). Ce module est projectif de type fini, car c’est le changement de base d’un module projectif de type fini.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre lisse. Alors \(S\) est une intersection complète locale.
Démonstration
D’après les Lemmes 00T4 et 00SJ, il suffit de le démontrer lorsque \(k\) est algébriquement clos. Choisissons une présentation \(\alpha : k[x_1, \ldots, x_n] \to S\) de noyau \(I\). Soit \(\mathfrak m\) un idéal maximal de \(S\), et soit \(\mathfrak m' \supset I\) l’idéal maximal correspondant de \(k[x_1, \ldots, x_n]\). Nous allons montrer que la condition (5) du Lemme 00SC est satisfaite (avec \(\mathfrak m\) à la place de \(\mathfrak q\)). Nous pouvons écrire \(\mathfrak m' = (x_1 - a_1, \ldots, x_n - a_n)\) pour certains \(a_i \in k\), car \(k\) est algébriquement clos ; voir le Théorème 00FV. Puisque, par hypothèse, \(k \to S\) est lisse, le morphisme de \(S\)-modules \(\text{d} : I/I^2 \to \bigoplus_{i = 1}^n S \text{d}x_i\) est une injection scindée. Le morphisme correspondant \(I/\mathfrak m' I \to \bigoplus \kappa(\mathfrak m') \text{d}x_i\) est donc injectif. Écrivons \(\dim_{\kappa(\mathfrak m')}(I/\mathfrak m' I) = c\) et choisissons \(f_1, \ldots, f_c \in I\) dont les images forment une base sur \(\kappa(\mathfrak m')\) de \(I/\mathfrak m' I\). D’après le Lemme de Nakayama 00DV, nous voyons que \(f_1, \ldots, f_c\) engendrent \(I_{\mathfrak m'}\) sur \(k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak m'}\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ I \ar[r] \ar[d] & I/I^2 \ar[rr] \ar[d] & & I/\mathfrak m'I \ar[d] \\ \Omega_{k[x_1, \ldots, x_n]/k} \ar[r] & \bigoplus S\text{d}x_i \ar[rr]^{\text{d}x_i \mapsto x_i - a_i} & & \mathfrak m'/(\mathfrak m')^2 }\] (démonstration de la commutativité omise). Le morphisme vertical du milieu est celui qui définit le complexe cotangent naïf de \(\alpha\). Notons que la flèche horizontale inférieure de droite induit un isomorphisme \(\bigoplus \kappa(\mathfrak m') \text{d}x_i \to \mathfrak m'/(\mathfrak m')^2\). Ainsi, nos générateurs \(f_1, \ldots, f_c\) de \(I_{\mathfrak m'}\) s’envoient sur une famille d’éléments de \(k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak m'}\) dont les classes dans \(\mathfrak m'/(\mathfrak m')^2\) sont linéairement indépendantes sur \(\kappa(\mathfrak m')\). Ils forment donc une suite régulière dans l’anneau \(k[x_1, \ldots, x_n]_{\mathfrak m'}\) d’après le Lemme 00NQ. Cela vérifie la condition (5) du Lemme 00SC ; par conséquent, \(S_g\) est une intersection complète globale sur \(k\) pour un certain \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak m\). Comme cela vaut pour tout idéal maximal de \(S\), nous concluons que \(S\) est une intersection complète locale sur \(k\).
Définition
Soit \(R\) un anneau. Étant donnés des entiers \(n \geq c \geq 0\) et \(f_1, \ldots, f_c \in R[x_1, \ldots, x_n]\), nous disons que \[R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\] est une algèbre lisse standard sur \(R\) si le polynôme \[g = \det \left( \begin{matrix} \partial f_1/\partial x_1 & \partial f_2/\partial x_1 & \ldots & \partial f_c/\partial x_1 \\ \partial f_1/\partial x_2 & \partial f_2/\partial x_2 & \ldots & \partial f_c/\partial x_2 \\ \ldots & \ldots & \ldots & \ldots \\ \partial f_1/\partial x_c & \partial f_2/\partial x_c & \ldots & \partial f_c/\partial x_c \end{matrix} \right)\] s’envoie sur un élément inversible de \(R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\). Nous disons qu’une \(R\)-algèbre \(S\) est lisse standard, ou que le morphisme d’anneaux \(R \to S\) est lisse standard, s’il existe \(n \geq c \geq 0\) et \(f_1, \ldots, f_c \in R[x_1, \ldots, x_n]\) tels que \(R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) soit une algèbre lisse standard sur \(R\) et que \(S\) soit isomorphe à \(R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) comme \(R\)-algèbre.
Lemme
Soit \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c) = R[x_1, \ldots, x_n]/I\) une algèbre lisse standard. Alors
le morphisme d’anneaux \(R \to S\) est lisse,
le \(S\)-module \(\Omega_{S/R}\) est libre sur \(\text{d}x_{c + 1}, \ldots, \text{d}x_n\),
le \(S\)-module \(I/I^2\) est libre sur les classes de \(f_1, \ldots, f_c\),
pour tout \(g \in S\), le morphisme d’anneaux \(R \to S_g\) est lisse standard,
pour tout morphisme d’anneaux \(R \to R'\), le changement de base \(R' \to R'\otimes_R S\) est lisse standard,
si \(f \in R\) s’envoie sur un élément inversible de \(S\), alors \(R_f \to S\) est lisse standard, et
l’anneau \(S\) est une intersection complète globale relative sur \(R\).
Démonstration
Considérons le complexe cotangent naïf de la présentation donnée \[(f_1, \ldots, f_c)/(f_1, \ldots, f_c)^2 \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1}^n S \text{d}x_i\] Composons ce morphisme avec la projection sur les \(c\) premiers facteurs directs de la somme directe. D’après la définition d’une algèbre lisse standard, les classes \(f_i \bmod (f_1, \ldots, f_c)^2\) s’envoient sur une base de \(\bigoplus_{i = 1}^c S\text{d}x_i\). Nous concluons que \((f_1, \ldots, f_c)/(f_1, \ldots, f_c)^2\) est libre de rang \(c\), avec pour base les éléments \(f_i \bmod (f_1, \ldots, f_c)^2\), et que l’homologie en degré \(0\), c’est-à-dire \(\Omega_{S/R}\), du complexe cotangent naïf est un \(S\)-module libre dont une base est formée par les images de \(\text{d}x_{c + j}\), \(j = 1, \ldots, n - c\). Cela prouve en particulier que \(R \to S\) est lisse.
Les démonstrations de (4) et (6) sont omises. Voir toutefois l’exemple ci-dessous et la démonstration du Lemme 00SS.
Soit \(\varphi : R \to R'\) un morphisme d’anneaux quelconque. Notons \(S' = R'[x_1, \ldots, x_n]/(f_1^\varphi, \ldots, f_c^\varphi)\), où \(f^\varphi\) est le polynôme obtenu à partir de \(f \in R[x_1, \ldots, x_n]\) en appliquant \(\varphi\) à tous les coefficients. Alors \(S' \cong R' \otimes_R S\). De plus, le déterminant de la Définition 00T6 pour \(S'/R'\) est égal à \(g^\varphi\). Son image dans \(S'\) est donc l’image de \(g\) par \(R[x_1, \ldots, x_n] \to S \to S'\), et est par conséquent inversible. Cela prouve (5).
Pour prouver (7), il suffit de montrer que \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est de dimension \(n - c\) pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\). D’après (5), il suffit de montrer que toute algèbre lisse standard \(k[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) sur un corps \(k\) est de dimension \(n - c\). Nous savons déjà que \(k[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) est une intersection complète locale d’après le Lemme 00T5. Ainsi, puisque \(I/I^2\) est libre de rang \(c\), nous voyons que \(k[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) est de dimension \(n - c\), par exemple d’après le Lemme 00SC.
Exemple
Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_c \in R[x_1, \ldots, x_n]\). Soit \[h = \det \left( \begin{matrix} \partial f_1/\partial x_1 & \partial f_2/\partial x_1 & \ldots & \partial f_c/\partial x_1 \\ \partial f_1/\partial x_2 & \partial f_2/\partial x_2 & \ldots & \partial f_c/\partial x_2 \\ \ldots & \ldots & \ldots & \ldots \\ \partial f_1/\partial x_c & \partial f_2/\partial x_c & \ldots & \partial f_c/\partial x_c \end{matrix} \right).\] Posons \(S = R[x_1, \ldots, x_{n + 1}]/(f_1, \ldots, f_c, x_{n + 1}h - 1)\). C’est un exemple d’algèbre lisse standard, si ce n’est que la présentation est mauvaise et que les variables devraient être rangées dans l’ordre suivant : \(x_1, \ldots, x_c, x_{n + 1}, x_{c + 1}, \ldots, x_n\).
Lemme
Une composée de morphismes d’anneaux lisses standard est lisse standard.
Démonstration
Supposons que \(R \to S\) et \(S \to S'\) soient lisses standard. Choisissons des présentations \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) et \(S' = S[y_1, \ldots, y_m]/(g_1, \ldots, g_d)\). Choisissons des éléments \(g_j' \in R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m]\) qui s’envoient sur les \(g_j\). Nous voyons ainsi que \(S' = R[x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_m]/ (f_1, \ldots, f_c, g'_1, \ldots, g'_d)\). Pour montrer que \(S'\) est lisse standard, il suffit de vérifier que le déterminant \[\det \left( \begin{matrix} \partial f_1/\partial x_1 & \ldots & \partial f_c/\partial x_1 & \partial g_1/\partial x_1 & \ldots & \partial g_d/\partial x_1 \\ \ldots & \ldots & \ldots & \ldots & \ldots & \ldots \\ \partial f_1/\partial x_c & \ldots & \partial f_c/\partial x_c & \partial g_1/\partial x_c & \ldots & \partial g_d/\partial x_c \\ 0 & \ldots & 0 & \partial g_1/\partial y_1 & \ldots & \partial g_d/\partial y_1 \\ \ldots & \ldots & \ldots & \ldots & \ldots & \ldots \\ 0 & \ldots & 0 & \partial g_1/\partial y_d & \ldots & \partial g_d/\partial y_d \end{matrix} \right)\] est inversible dans \(S'\). C’est clair, puisqu’il est le produit des deux déterminants qui sont inversibles par hypothèse.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux lisse. Il existe un recouvrement ouvert de \(\Spec(S)\) par des ouverts standards \(D(g)\) tel que chacun des \(S_g\) soit lisse standard sur \(R\). En particulier, \(R \to S\) est syntomique.
Démonstration
Choisissons une présentation \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to S\) de noyau \(I = (f_1, \ldots, f_m)\). Pour toute partie \(E \subset \{1, \ldots, m\}\), considérons l’ouvert \(U_E\) sur lequel les classes \(f_e, e\in E\) engendrent librement le \(S\)-module projectif de type fini \(I/I^2\) ; voir le Lemme 00O0. Nous pouvons recouvrir \(\Spec(S)\) par des ouverts standards \(D(g)\) dont chacun est entièrement contenu dans l’un des ouverts \(U_E\). Pour un tel \(g\), nous considérons la présentation \[\beta : R[x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}] \longrightarrow S_g\] qui envoie \(x_{n + 1}\) sur \(1/g\). Posant \(J = \Ker(\beta)\), nous utilisons le Lemme 08JZ pour voir que \(J/J^2 \cong (I/I^2)_g \oplus S_g\) est libre. Nous pouvons remplacer, et remplaçons, \(S\) par \(S_g\). Alors, en utilisant le Lemme 07CF, nous pouvons supposer que nous avons une présentation \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to S\) de noyau \(I = (f_1, \ldots, f_c)\) telle que \(I/I^2\) soit libre sur les classes de \(f_1, \ldots, f_c\).
En utilisant la présentation \(\alpha\) obtenue à la fin du paragraphe précédent, nous répétons plus ou moins cet argument avec les éléments de base \(\text{d}x_1, \ldots, \text{d}x_n\) de \(\Omega_{R[x_1, \ldots, x_n]/R}\). En effet, pour toute partie \(E \subset \{1, \ldots, n\}\) de cardinal \(c\), nous pouvons considérer l’ouvert \(U_E\) de \(\Spec(S)\) sur lequel la différentielle de \(\NL(\alpha)\), composée avec la projection \[S^{\oplus c} \cong I/I^2 \longrightarrow \Omega_{R[x_1, \ldots, x_n]/R} \otimes_{R[x_1, \ldots, x_n]} S \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i \in E} S\text{d}x_i\] est un isomorphisme. À nouveau, nous pouvons trouver un recouvrement de \(\Spec(S)\) par des ouverts standards \(D(g)\) (en nombre fini) tel que chaque \(D(g)\) soit entièrement contenu dans l’un des ouverts \(U_E\). En renumérotant, nous pouvons supposer que \(E = \{1, \ldots, c\}\). Pour un \(g\) tel que \(D(g) \subset U_E\), nous considérons la présentation \[\beta : R[x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}] \to S_g\] qui envoie \(x_{n + 1}\) sur \(1/g\). Posant \(J = \Ker(\beta)\), nous déduisons du Lemme 08JZ que \(J = (f_1, \ldots, f_c, fx_{n + 1} - 1)\), où \(\alpha(f) = g\), et que la composée \[J/J^2 \longrightarrow \Omega_{R[x_1, \ldots, x_{n + 1}]/R} \otimes_{R[x_1, \ldots, x_{n + 1}]} S_g \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1}^c S_g\text{d}x_i \oplus S_g \text{d}x_{n + 1}\] est un isomorphisme. En réordonnant les coordonnées sous la forme \(x_1, \ldots, x_c, x_{n + 1}, x_{c + 1}, \ldots, x_n\), nous concluons que \(S_g\) est lisse standard sur \(R\), comme souhaité.
Cela achève la démonstration, car les algèbres lisses standard sont syntomiques (Lemmes 00T7 et 00SW) et la propriété d’être syntomique sur \(R\) est locale sur \(S\) (Lemme 00SO).
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\). Nous disons que \(R \to S\) est lisse en \(\mathfrak q\) s’il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(R \to S_g\) soit lisse.
Pour les morphismes d’anneaux de présentation finie, on peut caractériser cette propriété comme suit.
Lemme
Soit \(R \to S\) de présentation finie. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est lisse en \(\mathfrak q\),
\(H_1(L_{S/R})_\mathfrak q = 0\) et \(\Omega_{S/R, \mathfrak q}\) est un \(S_\mathfrak q\)-module libre de type fini,
\(H_1(L_{S/R})_\mathfrak q = 0\) et \(\Omega_{S/R, \mathfrak q}\) est un \(S_\mathfrak q\)-module projectif, et
\(H_1(L_{S/R})_\mathfrak q = 0\) et \(\Omega_{S/R, \mathfrak q}\) est un \(S_\mathfrak q\)-module plat.
Démonstration
Nous utiliserons sans autre mention le fait que la formation du complexe cotangent naïf commute à la localisation ; voir la section 00S0, en particulier le Lemme 00S7. Notons que \(\Omega_{S/R}\) est un \(S\)-module de présentation finie ; voir le Lemme 00RY. Ainsi (2), (3) et (4) sont équivalentes par le Lemme 00NX. Il est clair que (1) implique les conditions équivalentes (2), (3) et (4). Supposons (2). En écrivant \(S_\mathfrak q\) comme la colimite de localisations principales, le Lemme 05N7 montre qu’il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \((\Omega_{S/R})_g\) soit libre de type fini. Choisissons une présentation \(\alpha : R[x_1, \ldots, x_n] \to S\) de noyau \(I\). Nous pouvons travailler avec \(\NL(\alpha)\) au lieu de \(\NL_{S/R}\) ; voir le Lemme 00S1. La surjection \[\Omega_{R[x_1, \ldots, x_n]/R} \otimes_{R[x_1, \ldots, x_n]} S \to \Omega_{S/R} \to 0\] admet un inverse à droite après inversion de \(g\), car \((\Omega_{S/R})_g\) est projectif. L’image de \(\text{d} : (I/I^2)_g \to \Omega_{R[x_1, \ldots, x_n]/R} \otimes_{R[x_1, \ldots, x_n]} S_g\) est donc un facteur direct, et ce morphisme admet lui aussi un inverse à droite. Nous en déduisons que \(H_1(L_{S/R})_g\) est un quotient de \((I/I^2)_g\). En particulier, \(H_1(L_{S/R})_g\) est un \(S_g\)-module de type fini. L’annulation de \(H_1(L_{S/R})_{\mathfrak q}\) entraîne donc celle de \(H_1(L_{S/R})_{gg'}\) pour un certain \(g' \in S\), \(g' \not \in \mathfrak q\). Alors \(R \to S_{gg'}\) est lisse par définition.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Alors \(R \to S\) est lisse si et seulement si \(R \to S\) est lisse en tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\).
Démonstration
L’implication directe est triviale. Supposons que \(R \to S\) soit lisse en tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\). Comme \(\Spec(S)\) est quasi-compact ; voir le Lemme 00E8, il existe un recouvrement fini \(\Spec(S) = \bigcup D(g_i)\) tel que chaque \(S_{g_i}\) soit lisse. Le Lemme 00EP implique alors que \(S\) est de présentation finie sur \(R\). D’après le Lemme 00S7, \(\NL_{S/R} \otimes_S S_{g_i}\) est quasi-isomorphe à un \(S_{g_i}\)-module projectif de type fini placé en degré \(0\). Le Lemme 00NX implique alors que \(\NL_{S/R}\) est quasi-isomorphe à un \(S\)-module projectif de type fini placé en degré \(0\).
Lemme
La composée de morphismes d’anneaux lisses est lisse.
Démonstration
On peut le démontrer de nombreuses façons. L’une d’elles consiste à utiliser le lemme du serpent (Lemme 07JW), la suite de Jacobi–Zariski (Lemme 00S2), ainsi que la caractérisation des modules projectifs comme facteurs directs de modules libres (Lemme 05CF). Une autre démonstration s’obtient en combinant les Lemmes 00TA, 00T9 et 00TC.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S = S' \times S''\) un produit de \(R\)-algèbres. Alors \(S\) est lisse sur \(R\) si et seulement si \(S'\) et \(S''\) sont toutes deux lisses sur \(R\).
Démonstration
Omis. Indications : par le Lemme 00TC, on peut vérifier la lissité idéal premier par idéal premier. Comme \(\Spec(S)\) est la réunion disjointe de \(\Spec(S')\) et de \(\Spec(S'')\) par le Lemme 00ED, la lissité de \(R \to S\) en \(\mathfrak q\) correspond soit à la lissité de \(R \to S'\) en l’idéal premier correspondant, soit à celle de \(R \to S''\) en l’idéal premier correspondant.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) une intersection complète globale relative. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier. Alors \(R \to S\) est lisse en \(\mathfrak q\) si et seulement s’il existe une partie \(I \subset \{1, \ldots, n\}\) de cardinal \(c\) telle que le polynôme \[g_I = \det (\partial f_j/\partial x_i)_{j = 1, \ldots, c, \ i \in I}.\] ne s’envoie pas sur un élément de \(\mathfrak q\).
Démonstration
Le Lemme 00SV montre que le complexe cotangent naïf associé à la présentation donnée de \(S\) est le complexe \[\bigoplus\nolimits_{j = 1}^c S \cdot f_j \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1}^n S \cdot \text{d}x_i, \quad f_j \longmapsto \sum \frac{\partial f_j}{\partial x_i} \text{d}x_i.\] Les mineurs maximaux de la matrice qui donne ce morphisme sont précisément les polynômes \(g_I\).
Supposons que \(g_I\) s’envoie sur \(g \in S\), avec \(g \not \in \mathfrak q\). Alors l’algèbre \(S_g\) est lisse sur \(R\). En effet, son complexe cotangent naïf est quasi-isomorphe au complexe ci-dessus localisé en \(g\) ; voir le Lemme 00S7. Par construction, il est quasi-isomorphe à un module libre de rang \(n - c\) en degré \(0\).
Réciproquement, supposons que tous les \(g_I\) appartiennent finalement à \(\mathfrak q\). Dans ce cas, le complexe ci-dessus tensorisé avec \(\kappa(\mathfrak q)\) n’est pas de rang maximal ; il n’existe donc aucune localisation par un élément \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), dans laquelle ce morphisme devienne une injection scindée. De nouveau, le Lemme 00S7 montre qu’aucune telle localisation n’est lisse sur \(R\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Supposons que
il existe \(g \in S\), \(g \not\in \mathfrak q\), tel que \(R \to S_g\) soit de présentation finie,
l’homomorphisme d’anneaux locaux \(R_{\mathfrak p} \to S_{\mathfrak q}\) soit plat,
la fibre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) soit lisse sur \(\kappa(\mathfrak p)\) en l’idéal premier correspondant à \(\mathfrak q\).
Alors \(R \to S\) est lisse en \(\mathfrak q\).
Démonstration
Les Lemmes 00SY et 00T5 montrent qu’il existe \(g \in S\) tel que \(S_g\) soit une intersection complète globale relative. En remplaçant \(S\) par \(S_g\), nous pouvons supposer que \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\) est une intersection complète globale relative. Pour toute partie \(I \subset \{1, \ldots, n\}\) de cardinal \(c\), considérons le polynôme \(g_I = \det (\partial f_j/\partial x_i)_{j = 1, \ldots, c, i \in I}\) du Lemme 00TE. Notons que l’image \(\overline{g}_I\) de \(g_I\) dans l’anneau de polynômes \(\kappa(\mathfrak p)[x_1, \ldots, x_n]\) est le déterminant des dérivées partielles des images \(\overline{f}_j\) des \(f_j\) dans l’anneau \(\kappa(\mathfrak p)[x_1, \ldots, x_n]\). Le lemme résulte donc de l’application du Lemme 00TE à la fois à \(R \to S\) et à \(\kappa(\mathfrak p) \to S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\).
Notons que les ensembles \(U, V\) du lemme suivant sont ouverts par définition.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux de présentation finie. Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux plat. Notons \(S' = R' \otimes_R S\) le changement de base. Soit \(U \subset \Spec(S)\) l’ensemble des idéaux premiers auxquels \(R \to S\) est lisse. Soit \(V \subset \Spec(S')\) l’ensemble des idéaux premiers auxquels \(R' \to S'\) est lisse. Alors \(V\) est l’image réciproque de \(U\) par le morphisme \(f : \Spec(S') \to \Spec(S)\).
Démonstration
Le Lemme 00S4 montre que \(\NL_{S/R} \otimes_S S'\) est homotopiquement équivalent à \(\NL_{S'/R'}\). Cela implique déjà que \(f^{-1}(U) \subset V\).
Soit \(\mathfrak q' \subset S'\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak q \subset S\). Supposons \(\mathfrak q' \in V\). Il faut montrer que \(\mathfrak q \in U\). Comme \(S \to S'\) est plat, \(S_{\mathfrak q} \to S'_{\mathfrak q'}\) est fidèlement plat (Lemme 00HR). L’annulation de \(H_1(L_{S'/R'})_{\mathfrak q'}\) implique donc celle de \(H_1(L_{S/R})_{\mathfrak q}\). En appliquant le Lemme 00O1 au \(S_{\mathfrak q}\)-module \((\Omega_{S/R})_{\mathfrak q}\) et au morphisme \(S_{\mathfrak q} \to S'_{\mathfrak q'}\), nous voyons que \((\Omega_{S/R})_{\mathfrak q}\) est projectif. Ainsi \(R \to S\) est lisse en \(\mathfrak q\) par le Lemme 07BU.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Soit \(S\) une algèbre de type fini sur \(k\). Soit \(\mathfrak q_K\) un idéal premier de \(S_K = K \otimes_k S\), et soit \(\mathfrak q\) l’idéal premier correspondant de \(S\). Alors \(S\) est lisse sur \(k\) en \(\mathfrak q\) si et seulement si \(S_K\) est lisse en \(\mathfrak q_K\) sur \(K\).
Démonstration
C’est un cas particulier du Lemme 00TG.
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(R/I \to \overline{S}\) un morphisme d’anneaux lisse. Alors il existe des éléments \(\overline{g}_i \in \overline{S}\) qui engendrent l’idéal unité de \(\overline{S}\), tels que chacun des \(\overline{S}_{g_i} \cong S_i/IS_i\) pour un certain anneau \(S_i\) lisse (standard) sur \(R\).
Démonstration
Le Lemme 00TA fournit une collection d’éléments \(\overline{g}_i \in \overline{S}\) qui engendrent l’idéal unité de \(\overline{S}\), telle que chacun des \(\overline{S}_{g_i}\) soit lisse standard sur \(R/I\). Nous pouvons donc supposer que \(\overline{S}\) est lisse standard sur \(R/I\). Écrivons \(\overline{S} = (R/I)[x_1, \ldots, x_n]/(\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_c)\) comme dans la Définition 00T6. Choisissons \(f_1, \ldots, f_c \in R[x_1, \ldots, x_n]\) relevant \(\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_c\). Posons \(S = R[x_1, \ldots, x_n, x_{n + 1}]/(f_1, \ldots, f_c, x_{n + 1}\Delta - 1)\), où \(\Delta = \det(\frac{\partial f_j}{\partial x_i})_{i, j = 1, \ldots, c}\), comme dans l’Exemple 00T8. Cela démontre le lemme.
Morphismes formellement lisses
Dans cette section, nous définissons les morphismes d’anneaux formellement lisses. Il s’avérera qu’un morphisme d’anneaux de présentation finie est formellement lisse si et seulement s’il est lisse ; voir la Proposition 00TN.
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Nous disons que \(S\) est formellement lisse sur \(R\) si, pour tout diagramme commutatif aux flèches pleines \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & A/I \\ R \ar[r] \ar[u] & A \ar[u] }\] où \(I \subset A\) est un idéal de carré nul, il existe une flèche en pointillés qui rend le diagramme commutatif.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux formellement lisse. Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux quelconque. Alors le changement de base \(S' = R' \otimes_R S\) est formellement lisse sur \(R'\).
Démonstration
Considérons un diagramme aux flèches pleines \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rrd] & R' \otimes_R S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & A/I \\ R \ar[u] \ar[r] & R' \ar[r] \ar[u] & A \ar[u] }\] comme dans la Définition 00TI. Par hypothèse, la flèche en pointillés la plus longue existe. La propriété universelle du produit tensoriel fournit alors la plus courte.
Lemme
La composée de morphismes d’anneaux formellement lisses est formellement lisse.
Démonstration
Omis. (Indication : c’est entièrement formel et résulte de la considération d’un diagramme convenable.)
Lemme
Un anneau de polynômes sur \(R\) est formellement lisse sur \(R\).
Démonstration
Supposons donné un diagramme comme dans la Définition 00TI, avec \(S = R[x_j; j \in J]\). Il existe alors une flèche en pointillés : il suffit de choisir des relèvements \(a_j \in A\) des éléments de \(A/I\) sur lesquels les éléments \(x_j\) sont envoyés par la flèche horizontale supérieure.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(P \to S\) un morphisme surjectif de \(R\)-algèbres d’un anneau de polynômes \(P\) sur \(S\). Notons \(J \subset P\) son noyau. Alors \(R \to S\) est formellement lisse si et seulement s’il existe un morphisme de \(R\)-algèbres \(\sigma : S \to P/J^2\) qui soit un inverse à droite de la surjection \(P/J^2 \to S\).
Démonstration
Supposons que \(R \to S\) soit formellement lisse. Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & P/J \\ R \ar[r] \ar[u] & P/J^2\ar[u] }\] Par hypothèse, la flèche en pointillés existe. Cela démontre l’existence de \(\sigma\).
Réciproquement, supposons donné un \(\sigma\) comme dans le lemme. Considérons un diagramme aux flèches pleines \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & A/I \\ R \ar[r] \ar[u] & A \ar[u] }\] comme dans la Définition 00TI. Puisque \(P\) est formellement lisse par le Lemme 00TK, il existe un homomorphisme de \(R\)-algèbres \(\psi : P \to A\) qui relève le morphisme \(P \to S \to A/I\). Clairement, \(\psi(J) \subset I\) et, comme \(I^2 = 0\), nous en déduisons que \(\psi(J^2) = 0\). Ainsi \(\psi\) se factorise en \(\overline{\psi} : P/J^2 \to A\). La flèche en pointillés recherchée est la composée \(\overline{\psi} \circ \sigma : S \to A\).
Remarque
Le Lemme 00TL reste valable, plus généralement, dès que \(P\) est formellement lisse sur \(R\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(P \to S\) un morphisme surjectif de \(R\)-algèbres d’un anneau de polynômes \(P\) sur \(S\). Notons \(J \subset P\) son noyau. Alors \(R \to S\) est formellement lisse si et seulement si la suite \[0 \to J/J^2 \to \Omega_{P/R} \otimes_P S \to \Omega_{S/R} \to 0\] du Lemme 00RU est une suite exacte scindée.
Démonstration
Supposons \(S\) formellement lisse sur \(R\). D’après le Lemme 00TL, cela signifie qu’il existe un morphisme de \(R\)-algèbres \(S \to P/J^2\) qui est un inverse à droite du morphisme canonique \(P/J^2 \to S\). Par le Lemme 02HQ, nous avons \(\Omega_{P/R} \otimes_P S = \Omega_{(P/J^2)/R} \otimes_{P/J^2} S\). Le Lemme 02HP montre que la suite est scindée.
Supposons que la suite exacte du lemme soit exacte scindée. Choisissons un scindage \(\sigma : \Omega_{S/R} \to \Omega_{P/R} \otimes_P S\). Pour chaque \(\lambda \in S\), choisissons \(x_\lambda \in P\) qui s’envoie sur \(\lambda\). Puis, pour chaque \(\lambda \in S\), choisissons \(f_\lambda \in J\) tel que \[\text{d}f_\lambda = \text{d}x_\lambda - \sigma(\text{d}\lambda)\] dans le terme médian de la suite exacte. Nous affirmons que \(s : \lambda \mapsto x_\lambda - f_\lambda \mod J^2\) est un homomorphisme de \(R\)-algèbres \(s : S \to P/J^2\). Pour le démontrer, nous utiliserons à plusieurs reprises que si \(h \in J\) et \(\text{d}h = 0\) dans \(\Omega_{P/R} \otimes_R S\), alors \(h \in J^2\). Soient \(\lambda, \mu \in S\). Alors \(\sigma(\text{d}\lambda + \text{d}\mu - \text{d}(\lambda + \mu)) = 0\). Cela implique \[\text{d}(x_\lambda + x_\mu - x_{\lambda + \mu} - f_\lambda - f_\mu + f_{\lambda + \mu}) = 0\] et donc \(x_\lambda + x_\mu - x_{\lambda + \mu} - f_\lambda - f_\mu + f_{\lambda + \mu} \in J^2\), ce qui signifie à son tour que \(s(\lambda) + s(\mu) = s(\lambda + \mu)\). De même, \(\sigma(\lambda \text{d}\mu + \mu \text{d}\lambda - \text{d}\lambda \mu) = 0\), ce qui implique \[\mu(\text{d}x_\lambda - \text{d}f_\lambda) + \lambda(\text{d}x_\mu - \text{d}f_\mu) - \text{d}x_{\lambda\mu} + \text{d}f_{\lambda\mu} = 0\] dans le terme médian de la suite exacte. De plus, \[\text{d}(x_\lambda x_\mu) = x_\lambda \text{d}x_\mu + x_\mu \text{d}x_\lambda = \lambda \text{d}x_\mu + \mu \text{d} x_\lambda\] dans le terme médian, là encore. Ensemble, ces équations signifient que \(x_\lambda x_\mu - x_{\lambda\mu} - \mu f_\lambda - \lambda f_\mu + f_{\lambda\mu} \in J^2\) ; ainsi \((x_\lambda - f_\lambda)(x_\mu - f_\mu) - (x_{\lambda\mu} - f_{\lambda\mu}) \in J^2\), puisque \(f_\lambda f_\mu \in J^2\), ce qui signifie que \(s(\lambda)s(\mu) = s(\lambda\mu)\). Si \(\lambda \in R\), alors \(\text{d}\lambda = 0\) et nous voyons que \(\text{d}f_\lambda = \text{d}x_\lambda\), d’où \(\lambda - x_\lambda + f_\lambda \in J^2\), puis \(s(\lambda) = \lambda\), comme souhaité. Nous pouvons maintenant appliquer le Lemme 00TL pour conclure que \(S/R\) est formellement lisse.
Proposition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Considérons une \(R\)-algèbre \(P\) formellement lisse et une surjection \(P \to S\) de noyau \(J\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(S\) est formellement lisse sur \(R\),
pour un certain \(P \to S\) comme ci-dessus, il existe une section de \(P/J^2 \to S\),
pour tout \(P \to S\) comme ci-dessus, il existe une section de \(P/J^2 \to S\),
pour un certain \(P \to S\) comme ci-dessus, la suite \(0 \to J/J^2 \to \Omega_{P/R} \otimes S \to \Omega_{S/R} \to 0\) est exacte scindée,
pour tout \(P \to S\) comme ci-dessus, la suite \(0 \to J/J^2 \to \Omega_{P/R} \otimes S \to \Omega_{S/R} \to 0\) est exacte scindée, et
le complexe cotangent naïf \(\NL_{S/R}\) est quasi-isomorphe à un \(S\)-module projectif placé en degré \(0\) : cela signifie que \(H_1(\NL_{S/R}) = 0\) et que \(\Omega_{S/R}\) est un \(S\)-module projectif.
Démonstration
Il est clair que (1) implique (3), qui implique (2) ; voir la première partie de la démonstration du Lemme 00TL. Il est également vrai que (3) implique (5), qui implique (4), et que (2) implique (4) ; voir la première partie de la démonstration du Lemme 031I. Enfin, le Lemme 031I, appliqué à la surjection canonique \(R[S] \to S\) (07BL), montre que (1) implique (6).
Supposons (4) et démontrons (6). Considérons la suite du Lemme 00S2 associée aux morphismes d’anneaux \(R \to P \to S\). Par l’implication (1) \(\Rightarrow\) (6) démontrée ci-dessus, nous voyons que \(\NL_{P/R} \otimes_R S\) est quasi-isomorphe à \(\Omega_{P/R} \otimes_P S\) placé en degré \(0\). Ainsi \(H_1(\NL_{P/R} \otimes_P S) = 0\). Puisque \(P \to S\) est surjectif, \(\NL_{S/P}\) est homotopiquement équivalent à \(J/J^2\) placé en degré \(1\) (Lemme 07BP). Nous obtenons donc la suite exacte \(0 \to H_1(L_{S/R}) \to J/J^2 \to \Omega_{P/R} \otimes_P S \to \Omega_{S/R} \to 0\). Par hypothèse, \(H_1(L_{S/R}) = 0\) et \(\Omega_{S/R}\) est un \(S\)-module projectif. Ainsi (6) en résulte.
Enfin, démontrons que (6) implique (1). L’hypothèse signifie que le complexe \(J/J^2 \to \Omega_{P/R} \otimes S\), où \(P = R[S]\) et \(P \to S\) est la surjection canonique (07BL), est quasi-isomorphe à un \(S\)-module projectif placé en degré \(0\). Le Lemme 031I montre donc que \(S\) est formellement lisse sur \(R\).
Lemme
Soient \(A \to B \to C\) des morphismes d’anneaux. Supposons que \(B \to C\) soit formellement lisse. Alors la suite \[0 \to \Omega_{B/A} \otimes_B C \to \Omega_{C/A} \to \Omega_{C/B} \to 0\] du Lemme 00RS est une suite exacte courte scindée.
Démonstration
Lemme
Soient \(A \to B \to C\) des morphismes d’anneaux, avec \(A \to C\) formellement lisse et \(B \to C\) surjectif de noyau \(J \subset B\). Alors la suite exacte \[0 \to J/J^2 \to \Omega_{B/A} \otimes_B C \to \Omega_{C/A} \to 0\] du Lemme 00RU est exacte scindée.
Démonstration
Cela résulte de la Proposition 031J, du Lemme 00S2 et du Lemme 00RU.
Lemme
Soient \(A \to B \to C\) des morphismes d’anneaux. Supposons que \(A \to C\) soit surjectif (de sorte que \(B \to C\) le soit aussi) et que \(A \to B\) soit formellement lisse. Notons \(I = \Ker(A \to C)\) et \(J = \Ker(B \to C)\). Alors la suite \[0 \to I/I^2 \to J/J^2 \to \Omega_{B/A} \otimes_B B/J \to 0\] du Lemme 065V est exacte scindée.
Démonstration
Comme \(A \to B\) est formellement lisse, il existe un morphisme d’anneaux \(\sigma : B \to A/I^2\) dont la composée avec \(A \to B\) est le morphisme quotient \(A \to A/I^2\). Alors \(\sigma\) induit un morphisme \(J/J^2 \to I/I^2\) inverse du morphisme \(I/I^2 \to J/J^2\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(I \subset R\) un idéal. Supposons que
\(I^2 = 0\),
\(R \to S\) est plat, et
\(R/I \to S/IS\) est formellement lisse.
Alors \(R \to S\) est formellement lisse.
Démonstration
Supposons (1), (2) et (3). Soit \(P = R[\{x_t\}_{t \in T}] \to S\) une surjection de \(R\)-algèbres de noyau \(J\). Ainsi \(0 \to J \to P \to S \to 0\) est une suite exacte courte de \(R\)-modules plats. Cela implique \(I \otimes_R S = IS\), \(I \otimes_R P = IP\) et \(I \otimes_R J = IJ\), ainsi que \(J \cap IP = IJ\). Nous utiliserons dans toute la démonstration que \[\Omega_{(S/IS)/(R/I)} = \Omega_{S/R} \otimes_S (S/IS) = \Omega_{S/R} \otimes_R R/I = \Omega_{S/R} / I\Omega_{S/R}\] et de même pour \(P\) (voir le Lemme 00RV). Par le Lemme 031I, la suite [031M]\[\begin{equation} 0 \to J/(IJ + J^2) \to \Omega_{P/R} \otimes_P S/IS \to \Omega_{S/R} \otimes_S S/IS \to 0 \end{equation}\] est exacte scindée. Bien entendu, le terme médian est \(\bigoplus_{t \in T} S/IS \text{d}x_t\). Choisissons un scindage \(\sigma : \Omega_{P/R} \otimes_P S/IS \to J/(IJ + J^2)\). Pour chaque \(t \in T\), choisissons un élément \(f_t \in J\) qui s’envoie sur \(\sigma(\text{d}x_t)\) dans \(J/(IJ + J^2)\). Cela détermine un unique morphisme de \(S\)-modules \[\tilde \sigma : \Omega_{P/R} \otimes_R S = \bigoplus S\text{d}x_t \longrightarrow J/J^2\] tel que \(\tilde\sigma(\text{d}x_t) = f_t\). Comme \(\sigma\) est une section de \(\text{d}\), la différence \[\Delta = \text{id}_{J/J^2} - \tilde \sigma \circ \text{d}\] est un endomorphisme de \(J/J^2 \to J/J^2\) dont l’image est contenue dans \((IJ + J^2)/J^2\). En particulier, \(\Delta((IJ + J^2)/J^2) = 0\), car \(I^2 = 0\). Cela signifie que \(\Delta\) se factorise en \[J/J^2 \to J/(IJ + J^2) \xrightarrow{\overline{\Delta}} (IJ + J^2)/J^2 \to J/J^2\] où \(\overline{\Delta}\) est un morphisme de \(S/IS\)-modules. En utilisant de nouveau le fait que la suite (031M) est scindée, nous pouvons trouver un morphisme de \(S/IS\)-modules \(\overline{\delta} : \Omega_{P/R} \otimes_P S/IS \to (IJ + J^2)/J^2\) tel que \(\overline{\delta} \circ d\) soit égal à \(\overline{\Delta}\). De la même manière que ci-dessus, le morphisme \(\overline{\delta}\) détermine un morphisme de \(S\)-modules \(\delta : \Omega_{P/R} \otimes_P S \to J/J^2\). Après remplacement de \(\tilde \sigma\) par \(\tilde \sigma + \delta\), un calcul simple montre que \(\Delta = 0\). Autrement dit, \(\tilde \sigma\) est une section de \(J/J^2 \to \Omega_{P/R} \otimes_P S\). Par le Lemme 031I, nous concluons que \(R \to S\) est formellement lisse.
Proposition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est de présentation finie et formellement lisse,
\(R \to S\) est lisse.
Démonstration
Cela résulte de la Proposition 031J et de la Définition 00T2. (Notons que \(\Omega_{S/R}\) est un \(S\)-module de présentation finie si \(R \to S\) est de présentation finie ; voir le Lemme 00RY.)
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux lisse. Alors il existe un sous-anneau \(R_0 \subset R\) de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et un morphisme d’anneaux lisse \(R_0 \to S_0\) tels que \(S \cong R \otimes_{R_0} S_0\).
Démonstration
Nous allons utiliser le fait que la lissité équivaut à la présentation finie et à la lissité formelle ; voir la Proposition 00TN. Écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m)\) et notons \(I = (f_1, \ldots, f_m)\). Choisissons un inverse à droite \(\sigma : S \to R[x_1, \ldots, x_n]/I^2\) de la projection sur \(S\), comme dans le Lemme 00TL. Choisissons \(h_i \in R[x_1, \ldots, x_n]\) tels que \(\sigma(x_i \bmod I) = h_i \bmod I^2\). Puisque \(x_i - h_i \in I\), il existe des \(b_{ij} \in R[x_1, \ldots, x_n]\) tels que \[x_i - h_i = \sum\nolimits_j b_{ij} f_j\] Le fait que \(\sigma\) soit un homomorphisme de \(R\)-algèbres \(R[x_1, \ldots, x_n]/I \to R[x_1, \ldots, x_n]/I^2\) équivaut à la condition \[f_j(h_1, \ldots, h_n) = \sum\nolimits_{j_1 j_2} a_{j_1 j_2} f_{j_1} f_{j_2}\] pour certains \(a_{kl} \in R[x_1, \ldots, x_n]\). Soit \(R_0 \subset R\) le sous-anneau engendré sur \(\mathbf{Z}\) par tous les coefficients des polynômes \(f_j, h_i, a_{kl}, b_{ij}\). Posons \(S_0 = R_0[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m)\), avec \(I_0 = (f_1, \ldots, f_m)\). Comme la seconde équation affichée est satisfaite dans \(R_0[x_1, \ldots, x_n]\), nous pouvons prendre pour \(\sigma_0 : S_0 \to R_0[x_1, \ldots, x_n]/I_0^2\) le morphisme de \(R_0\)-algèbres défini par la règle \(x_i \mapsto h_i \bmod I_0^2\). Comme la première équation affichée est satisfaite dans \(R_0[x_1, \ldots, x_n]\), nous voyons que \(\sigma_0\) est un inverse à droite de la projection \(R_0[x_1, \ldots, x_n] / I_0^2 \to R_0[x_1, \ldots, x_n] / I_0 = S_0\). Ainsi, par le Lemme 00TL, l’anneau \(S_0\) est formellement lisse sur \(R_0\).
Lemme
Soit \(A = \colim A_i\) une colimite filtrante d’anneaux. Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux lisse. Il existe un \(i\) et un morphisme d’anneaux lisse \(A_i \to B_i\) tels que \(B = B_i \otimes_{A_i} A\).
Démonstration
Cela résulte du Lemme 00TP, car \(R_0 \to A\) se factorisera par \(A_i\) pour un certain \(i\), d’après le Lemme 00QO.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux fidèlement plat. Posons \(S' = S \otimes_R R'\). Alors \(R \to S\) est formellement lisse si et seulement si \(R' \to S'\) est formellement lisse.
Démonstration
Si \(R \to S\) est formellement lisse, alors \(R' \to S'\) l’est par le Lemme 00TJ. Pour démontrer la réciproque, supposons \(R' \to S'\) formellement lisse. Notons que \(N \otimes_R R' = N \otimes_S S'\) pour tout \(S\)-module \(N\). En particulier, \(S \to S'\) est lui aussi fidèlement plat. Choisissons un anneau de polynômes \(P = R[\{x_i\}_{i \in I}]\) et une surjection de \(R\)-algèbres \(P \to S\) de noyau \(J\). Notons que \(P' = P \otimes_R R'\) est une algèbre de polynômes sur \(R'\). Comme \(R \to R'\) est plat, le noyau \(J'\) de la surjection \(P' \to S'\) est \(J \otimes_R R'\). Par conséquent, la suite exacte scindée (voir le Lemme 031I) \[0 \to J'/(J')^2 \to \Omega_{P'/R'} \otimes_{P'} S' \to \Omega_{S'/R'} \to 0\] est le changement de base par \(S \to S'\) de la suite correspondante \[J/J^2 \to \Omega_{P/R} \otimes_P S \to \Omega_{S/R} \to 0\] voir le Lemme 00RU. Comme \(S \to S'\) est fidèlement plat, nous en déduisons deux choses : (1) cette suite (sans \({}'\)) est elle aussi exacte et (2) \(\Omega_{S/R}\) est un \(S\)-module projectif. En effet, \(\Omega_{S'/R'}\) est projectif comme facteur direct du module libre \(\Omega_{P'/R'} \otimes_{P'} S'\), et \(\Omega_{S/R} \otimes_S {S'} = \Omega_{S'/R'}\) d’après ce que nous venons de dire. Ainsi (2) résulte de la descente de la projectivité par les morphismes d’anneaux fidèlement plats ; voir le Théorème 05A9. La suite \(0 \to J/J^2 \to \Omega_{P/R} \otimes_P S \to \Omega_{S/R} \to 0\) est donc elle aussi exacte, et nous concluons en appliquant de nouveau le Lemme 031I.
Il s’avère que les morphismes d’anneaux lisses satisfont la propriété forte de relèvement suivante.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux lisse. Étant donné un diagramme commutatif aux flèches pleines \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & A/I \\ R \ar[r] \ar[u] & A \ar[u] }\] où \(I \subset A\) est un idéal localement nilpotent, il existe une flèche en pointillés qui rend le diagramme commutatif.
Démonstration
Par le Lemme 00TP, nous pouvons prolonger le diagramme en un diagramme commutatif \[\xymatrix{ S_0 \ar[r] & S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & A/I \\ R_0 \ar[r] \ar[u] & R \ar[r] \ar[u] & A \ar[u] }\] où \(R_0 \to S_0\) est lisse, \(R_0\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et \(S = S_0 \otimes_{R_0} R\). Soient \(x_1, \ldots, x_n \in S_0\) des générateurs de \(S_0\) sur \(R_0\). Soient \(a_1, \ldots, a_n\) des éléments de \(A\) qui s’envoient sur les mêmes éléments de \(A/I\) que \(x_1, \ldots, x_n\). Notons \(A_0 \subset A\) le sous-anneau engendré par l’image de \(R_0\) et les éléments \(a_1, \ldots, a_n\). Posons \(I_0 = A_0 \cap I\). Alors \(A_0/I_0 \subset A/I\), et \(S_0 \to A/I\) est à valeurs dans \(A_0/I_0\). Il suffit donc de trouver la flèche en pointillés dans le diagramme \[\xymatrix{ S_0 \ar[r] \ar@{-->}[rd] & A_0/I_0 \\ R_0 \ar[r] \ar[u] & A_0 \ar[u] }\] Par construction, l’anneau \(A_0\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Ainsi \(A_0\) est noethérien, donc \(I_0\) est nilpotent ; voir le Lemme 00IM. Disons que \(I_0^n = 0\). Par la Proposition 00TN, nous pouvons relever successivement le morphisme de \(R_0\)-algèbres \(S_0 \to A_0/I_0\) en \(S_0 \to A_0/I_0^2\), \(S_0 \to A_0/I_0^3\), \(\ldots\), et finalement en \(S_0 \to A_0/I_0^n = A_0\).
Lissité et différentielles
Quelques résultats sur les différentielles et les morphismes d’anneaux lisses.
Lemme
Étant donnés des morphismes d’anneaux \(A \to B \to C\), avec \(B \to C\) lisse, la suite \[0 \to C \otimes_B \Omega_{B/A} \to \Omega_{C/A} \to \Omega_{C/B} \to 0\] du Lemme 00RS est exacte.
Démonstration
Cela résulte du Lemme 031K, plus général, car un morphisme d’anneaux lisse est formellement lisse ; voir la Proposition 00TN. Mais cela résulte aussi directement du Lemme 00S2, puisque \(H_1(L_{C/B}) = 0\) fait partie de la définition de la lissité de \(B \to C\).
Lemme
Soient \(A \to B \to C\) des morphismes d’anneaux, avec \(A \to C\) lisse et \(B \to C\) surjectif de noyau \(J \subset B\). Alors la suite exacte \[0 \to J/J^2 \to \Omega_{B/A} \otimes_B C \to \Omega_{C/A} \to 0\] du Lemme 00RU est exacte scindée.
Démonstration
Cela résulte du Lemme 06A6, plus général, car un morphisme d’anneaux lisse est formellement lisse ; voir la Proposition 00TN.
Lemme
Soient \(A \to B \to C\) des morphismes d’anneaux. Supposons que \(A \to C\) soit surjectif (de sorte que \(B \to C\) le soit aussi) et que \(A \to B\) soit lisse. Notons \(I = \Ker(A \to C)\) et \(J = \Ker(B \to C)\). Alors la suite \[0 \to I/I^2 \to J/J^2 \to \Omega_{B/A} \otimes_B B/J \to 0\] du Lemme 065V est exacte.
Démonstration
Cela résulte du Lemme 06A7, plus général, car un morphisme d’anneaux lisse est formellement lisse ; voir la Proposition 00TN.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux lisse. Soit \(\sigma : S \to R\) un inverse à gauche de \(\varphi\). Posons \(I = \Ker(\sigma)\). Alors
\(I/I^2\) est un \(R\)-module localement libre de type fini, et
si \(I/I^2\) est libre, alors \(S^\wedge \cong R[[t_1, \ldots, t_d]]\) comme \(R\)-algèbres, où \(S^\wedge\) est le complété \(I\)-adique de \(S\).
Démonstration
En appliquant le Lemme 02HP à \(R \to S \to R\), nous voyons que \(I/I^2 = \Omega_{S/R} \otimes_{S, \sigma} R\). Puisque, par définition d’un morphisme lisse, le module \(\Omega_{S/R}\) est localement libre de type fini sur \(S\), nous en déduisons (1). Si \(I/I^2\) est libre, choisissons \(f_1, \ldots, f_d \in I\) dont les images dans \(I/I^2\) forment une \(R\)-base. Considérons le morphisme de \(R\)-algèbres défini par \[\Psi : R[[x_1, \ldots, x_d]] \longrightarrow S^\wedge, \quad x_i \longmapsto f_i.\] Notons \(P = R[[x_1, \ldots, x_d]]\) et \(J = (x_1, \ldots, x_d) \subset P\). Notons \(\Psi_n : P/J^n \to S/I^n\) le morphisme induit entre les anneaux quotients. Remarquons que \(S/I^2 = \varphi(R) \oplus I/I^2\). Ainsi \(\Psi_2\) est un isomorphisme. Notons \(\sigma_2 : S/I^2 \to P/J^2\) l’inverse de \(\Psi_2\). Nous allons démontrer par récurrence sur \(n\) que, pour tout \(n > 2\), il existe un inverse \(\sigma_n : S/I^n \to P/J^n\) de \(\Psi_n\). En effet, comme \(S\) est formellement lisse sur \(R\) (par la Proposition 00TN), nous voyons que, dans le diagramme aux flèches pleines \[\xymatrix{ S \ar@{..>}[r] \ar[rd]_{\sigma_{n - 1}} & P/J^n \ar[d] \\ & P/J^{n - 1} }\] de \(R\)-algèbres, nous pouvons compléter la flèche en pointillés par un certain morphisme de \(R\)-algèbres \(\tau : S \to P/J^n\) qui rende le diagramme commutatif. Celui-ci induit un morphisme de \(R\)-algèbres \(\overline{\tau} : S/I^n \to P/J^n\) égal à \(\sigma_{n - 1}\) modulo \(J^{n - 1}\). Par construction, le morphisme \(\Psi_n\) est surjectif, et \(\overline{\tau} \circ \Psi_n\) est maintenant un endomorphisme de \(R\)-algèbres de \(P/J^n\) qui envoie \(x_i\) sur \(x_i + \delta_{i, n}\), avec \(\delta_{i, n} \in J^{n - 1}/J^n\). Il s’ensuit que \(\Psi_n\) est un isomorphisme et possède donc un inverse \(\sigma_n\). Cela démontre le lemme.
Algèbres lisses sur les corps
Avertissement : en général, les deux lemmes suivants ne sont pas valables sur les corps non parfaits.
Lemme
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(\mathfrak m \subset S\) un idéal maximal. Alors \[\dim_{\kappa(\mathfrak m)} \Omega_{S/k} \otimes_S \kappa(\mathfrak m) = \dim_{\kappa(\mathfrak m)} \mathfrak m/\mathfrak m^2.\]
Démonstration
Considérons la suite exacte \[\mathfrak m/\mathfrak m^2 \to \Omega_{S/k} \otimes_S \kappa(\mathfrak m) \to \Omega_{\kappa(\mathfrak m)/k} \to 0\] du Lemme 00RU. Nous voulons montrer que le premier morphisme est un isomorphisme. Comme \(k\) est algébriquement clos, la composée \(k \to \kappa(\mathfrak m)\) est un isomorphisme par le Théorème 00FV. Ainsi, la surjection \(S \to \kappa(\mathfrak m)\) admet une section comme morphisme de \(k\)-algèbres, et le Lemme 02HP montre que la suite ci-dessus est exacte à gauche. Puisque \(\Omega_{\kappa(\mathfrak m)/k} = 0\), nous avons terminé.
Lemme
Soit \(k\) un corps algébriquement clos. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(\mathfrak m \subset S\) un idéal maximal. Les conditions suivantes sont équivalentes :
L’anneau \(S_{\mathfrak m}\) est un anneau local régulier.
Nous avons \(\dim_{\kappa(\mathfrak m)} \Omega_{S/k} \otimes_S \kappa(\mathfrak m) \leq \dim(S_{\mathfrak m})\).
Nous avons \(\dim_{\kappa(\mathfrak m)} \Omega_{S/k} \otimes_S \kappa(\mathfrak m) = \dim(S_{\mathfrak m})\).
Il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak m\), tel que \(S_g\) soit lisse sur \(k\). Autrement dit, \(S/k\) est lisse en \(\mathfrak m\).
Démonstration
Notons que (1), (2) et (3) sont équivalentes par le Lemme 00TR et la Définition 00OD.
Supposons que \(S\) soit lisse en \(\mathfrak m\). Le Lemme 00TA montre que \(S_g\) est lisse standard sur \(k\) pour un \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak m\), convenable. Par le Lemme 00T7, \(\Omega_{S_g/k}\) est donc libre de rang \(\dim(S_g)\). Le Lemme 00TR montre alors que \(\dim(S_{\mathfrak m}) = \dim (\mathfrak m/\mathfrak m^2)\) ; autrement dit, \(S_\mathfrak m\) est régulier.
Réciproquement, supposons que \(S_{\mathfrak m}\) soit régulier. Soit \(d = \dim(S_{\mathfrak m}) = \dim \mathfrak m/\mathfrak m^2\). Choisissons une présentation \(S = k[x_1, \ldots, x_n]/I\) telle que \(x_i\) s’envoie sur un élément de \(\mathfrak m\) pour tout \(i\). Autrement dit, \(\mathfrak m'' = (x_1, \ldots, x_n)\) est l’idéal maximal correspondant de \(k[x_1, \ldots, x_n]\). Notons que nous avons une suite exacte courte \[I/\mathfrak m''I \to \mathfrak m''/(\mathfrak m'')^2 \to \mathfrak m/(\mathfrak m)^2 \to 0\] Choisissons \(c = n - d\) éléments \(f_1, \ldots, f_c \in I\) dont les images dans \(\mathfrak m''/(\mathfrak m'')^2\) engendrent le noyau du morphisme vers \(\mathfrak m/\mathfrak m^2\). C’est clairement possible. Notons \(J = (f_1, \ldots, f_c)\). Ainsi \(J \subset I\). Notons \(S' = k[x_1, \ldots, x_n]/J\), de sorte qu’il existe une surjection \(S' \to S\). Notons \(\mathfrak m' = \mathfrak m''S'\) l’idéal maximal correspondant de \(S'\). Nous avons donc \[\xymatrix{ k[x_1, \ldots, x_n] \ar[r] & S' \ar[r] & S \\ \mathfrak m'' \ar[u] \ar[r] & \mathfrak m' \ar[r] \ar[u] & \mathfrak m \ar[u] }\] Par notre choix de \(J\), la suite exacte \[J/\mathfrak m''J \to \mathfrak m''/(\mathfrak m'')^2 \to \mathfrak m'/(\mathfrak m')^2 \to 0\] montre que \(\dim( \mathfrak m'/(\mathfrak m')^2 ) = d\). Comme \(S'_{\mathfrak m'}\) se surjecte sur \(S_{\mathfrak m}\), nous voyons que \(\dim(S_{\mathfrak m'}) \geq d\). La discussion précédant la Définition 00KU permet donc de conclure que \(S'_{\mathfrak m'}\) est lui aussi régulier de dimension \(d\). Comme \(S'\) était découpé par \(c = n - d\) équations, nous concluons qu’il existe \(g' \in S'\), \(g' \not \in \mathfrak m'\), tel que \(S'_{g'}\) soit une intersection complète globale sur \(k\) ; voir le Lemme 00SC. De plus, le morphisme \(S'_{\mathfrak m'} \to S_{\mathfrak m}\) est une surjection de domaines locaux noethériens de même dimension, et donc un isomorphisme. Ainsi \(S' \to S\) est surjectif, son noyau est de type fini, et il devient un isomorphisme après localisation en \(\mathfrak m'\). Nous pouvons donc trouver \(g' \in S'\), \(g \not \in \mathfrak m'\), tel que \(S'_{g'} \to S_{g'}\) soit un isomorphisme. En définitive, nous concluons qu’après remplacement de \(S\) par une localisation principale, nous pouvons supposer que \(S\) est une intersection complète globale.
À ce stade, nous pouvons écrire \(S = k[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\), avec \(\dim S = n - c\). Rappelons que le complexe cotangent naïf de cette algèbre est donné par \[\bigoplus S \cdot f_j \to \bigoplus S \cdot \text{d}x_i\] voir le Lemme 00SV. Par le Lemme 00TE, pour montrer que \(S\) est lisse en \(\mathfrak m\), nous devons montrer que l’un des mineurs \(c \times c\), notés \(g_I\), de la matrice « \(A\) » qui donne le morphisme ci-dessus ne s’annule pas en \(\mathfrak m\). Par le Lemme 00TR, la matrice \(A \bmod \mathfrak m\) est de rang \(c\). Nous avons donc terminé.
Lemme
Soit \(k\) un corps quelconque. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(X = \Spec(S)\). Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier correspondant à \(x \in X\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
La \(k\)-algèbre \(S\) est lisse en \(\mathfrak q\) sur \(k\).
Nous avons \(\dim_{\kappa(\mathfrak q)} \Omega_{S/k} \otimes_S \kappa(\mathfrak q) \leq \dim_x X\).
Nous avons \(\dim_{\kappa(\mathfrak q)} \Omega_{S/k} \otimes_S \kappa(\mathfrak q) = \dim_x X\).
De plus, dans ce cas, l’anneau local \(S_{\mathfrak q}\) est régulier.
Démonstration
Si \(S\) est lisse en \(\mathfrak q\) sur \(k\), alors il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(S_g\) soit lisse standard sur \(k\) ; voir le Lemme 00TA. Le module des différentielles d’une algèbre lisse standard sur \(k\) est libre, de rang égal à la dimension ; voir le Lemme 00T7 (utiliser qu’une intersection complète globale relative sur un corps a pour dimension le nombre de variables moins le nombre d’équations). Nous voyons ainsi que (1) implique (3). Pour achever la démonstration du lemme, il suffit de montrer que (2) implique (1), et qu’il implique que \(S_{\mathfrak q}\) est régulier.
Supposons (2). Par le lemme de Nakayama 00DV, nous voyons que \(\Omega_{S/k, \mathfrak q}\) peut être engendré par \(\leq \dim_x X\) éléments. Nous pouvons remplacer \(S\) par \(S_g\) pour un certain \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), de sorte que \(\Omega_{S/k}\) soit engendré par au plus \(\dim_x X\) éléments. Soit \(K/k\) une extension de corps algébriquement close telle qu’il existe un morphisme de \(k\)-algèbres \(\psi : \kappa(\mathfrak q) \to K\). Considérons \(S_K = K \otimes_k S\). Soit \(\mathfrak m \subset S_K\) l’idéal maximal correspondant à la surjection \[\xymatrix{ S_K = K \otimes_k S \ar[r] & K \otimes_k \kappa(\mathfrak q) \ar[r]^-{\text{id}_K \otimes \psi} & K. }\] Notons que \(\mathfrak m \cap S = \mathfrak q\) ; autrement dit, \(\mathfrak m\) est au-dessus de \(\mathfrak q\). Par le Lemme 00P4, la dimension de \(X_K = \Spec(S_K)\) au point correspondant à \(\mathfrak m\) est \(\dim_x X\). Par le Lemme 00OU, elle est égale à \(\dim((S_K)_{\mathfrak m})\). Par le Lemme 00RV, le module des différentielles de \(S_K\) sur \(K\) est le changement de base de \(\Omega_{S/k}\) ; il est donc lui aussi engendré par au plus \(\dim_x X = \dim((S_K)_{\mathfrak m})\) éléments. Par le Lemme 00TS, nous voyons que \(S_K\) est lisse en \(\mathfrak m\) sur \(K\). Le Lemme 00TG implique alors que \(S\) est lisse en \(\mathfrak q\) sur \(k\). Cela démontre (1). De plus, nous savons par le Lemme 00TS que l’anneau local \((S_K)_{\mathfrak m}\) est régulier. Comme \(S_{\mathfrak q} \to (S_K)_{\mathfrak m}\) est plat, nous concluons du Lemme 00OF que \(S_{\mathfrak q}\) est régulier.
Le lemme suivant se généralise considérablement (de plusieurs façons différentes).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(R\) un anneau local noethérien contenant \(k\). Supposons que le corps résiduel \(\kappa = R/\mathfrak m\) soit une extension séparable de type fini de \(k\). Alors le morphisme \[\text{d} : \mathfrak m/\mathfrak m^2 \longrightarrow \Omega_{R/k} \otimes_R \kappa(\mathfrak m)\] est injectif.
Démonstration
Nous pouvons remplacer \(R\) par \(R/\mathfrak m^2\). Nous pouvons donc supposer que \(\mathfrak m^2 = 0\). Par hypothèse, nous pouvons écrire \(\kappa = k(\overline{x}_1, \ldots, \overline{x}_r, \overline{y})\), où \(\overline{x}_1, \ldots, \overline{x}_r\) est une base de transcendance de \(\kappa\) sur \(k\), et \(\overline{y}\) est séparable algébrique sur \(k(\overline{x}_1, \ldots, \overline{x}_r)\). Soit \(P(T)\) dans \(k(\overline{x}_1, \ldots, \overline{x}_r)[T]\) le polynôme minimal de \(\overline{y}\) sur \(k(\overline{x}_1, \ldots, \overline{x}_r)\). Alors \(P(\overline{y}) = 0\), mais \(P'(\overline{y}) \not = 0\). Choisissons des relèvements quelconques \(x_i \in R\) des éléments \(\overline{x}_i \in \kappa\). Cela donne un diagramme commutatif \[\xymatrix{ R \ar[r] & \kappa \\ & k(\overline{x}_1, \ldots, \overline{x}_r) \ar[lu]^\varphi \ar[u] }\] de \(k\)-algèbres. Nous voulons prolonger la flèche ascendante gauche \(\varphi\) en un morphisme de \(k\)-algèbres de \(\kappa\) vers \(R\). Pour ce faire, choisissons un \(y \in R\) quelconque relevant \(\overline{y}\). Pour voir qu’il définit un morphisme de \(k\)-algèbres défini sur \(\kappa \cong k(\overline{x}_1, \ldots, \overline{x}_r)[T]/(P)\), il suffit de montrer que nous pouvons choisir \(y\) tel que \(P^\varphi(y) = 0\). Sinon, pour \(\delta \in \mathfrak m\), nous calculons \[P^\varphi(y + \delta) = P^\varphi(y) + (P')^\varphi(y)\delta\] car \(\mathfrak m^2 = 0\). Puisque \((P')^\varphi(y)\) est une unité de \(R\), nous voyons que nous pouvons ajuster notre choix comme souhaité. Cela montre que \(R \cong \kappa \oplus \mathfrak m\) comme \(k\)-algèbres ! Un calcul direct de \(\Omega_{\kappa \oplus \mathfrak m/k}\) ou une application du Lemme 02HP achève alors la démonstration.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier. Supposons \(\kappa(\mathfrak q)\) séparable sur \(k\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
L’algèbre \(S\) est lisse en \(\mathfrak q\) sur \(k\).
L’anneau \(S_{\mathfrak q}\) est régulier.
Démonstration
Notons \(R = S_{\mathfrak q}\), son idéal maximal \(\mathfrak m\) et son corps résiduel \(\kappa\). Le Lemme 00TU et 00RU montrent qu’il existe une suite exacte courte \[0 \to \mathfrak m/\mathfrak m^2 \to \Omega_{R/k} \otimes_R \kappa \to \Omega_{\kappa/k} \to 0\] Notons que \(\Omega_{R/k} = \Omega_{S/k, \mathfrak q}\) ; voir le Lemme 00RT. De plus, puisque \(\kappa\) est séparable sur \(k\), nous avons \(\dim_{\kappa} \Omega_{\kappa/k} = \text{trdeg}_k(\kappa)\). Nous obtenons donc \[\dim_{\kappa} \Omega_{R/k} \otimes_R \kappa = \dim_\kappa \mathfrak m/\mathfrak m^2 + \text{trdeg}_k (\kappa) \geq \dim R + \text{trdeg}_k (\kappa) = \dim_{\mathfrak q} S\] (voir le Lemme 00P1 pour la dernière égalité), avec égalité si et seulement si \(R\) est régulier. Nous concluons donc en appliquant le Lemme 00TT.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme de \(\mathbf{Q}\)-algèbres. Soit \(f \in S\) tel que \(\Omega_{S/R} = S \text{d}f \oplus C\) pour un certain sous-\(S\)-module \(C\). Alors
\(f\) n’est pas nilpotent, et
si \(S\) est un anneau local noethérien, alors \(f\) est non-diviseur de zéro dans \(S\).
Démonstration
Pour \(a \in S\), écrivons \(\text{d}(a) = \theta(a)\text{d}f + c(a)\), avec \(\theta(a) \in S\) et \(c(a) \in C\). Considérons la \(R\)-dérivation \(S \to S\), \(a \mapsto \theta(a)\). Notons que \(\theta(f) = 1\).
Si \(f^n = 0\), avec \(n > 1\) minimal, alors \(0 = \theta(f^n) = n f^{n - 1}\), ce qui contredit la minimalité de \(n\). Nous concluons que \(f\) n’est pas nilpotent.
Supposons \(fa = 0\). Si \(f\) est une unité, alors \(a = 0\) et nous avons terminé. Supposons que \(f\) ne soit pas une unité. Alors \(0 = \theta(fa) = f\theta(a) + a\) par la règle de Leibniz, et donc \(a \in (f)\). Supposons avoir démontré par récurrence que \(fa = 0 \Rightarrow a \in (f^n)\). En écrivant \(a = f^nb\), nous obtenons \(0 = \theta(f^{n + 1}b) = (n + 1)f^nb + f^{n + 1}\theta(b)\). Ainsi \(a = f^n b = -f^{n + 1}\theta(b)/(n + 1) \in (f^{n + 1})\). Comme, dans l’anneau local noethérien \(S\), nous avons \(\bigcap (f^n) = 0\) ; voir le Lemme 00IP, nous avons terminé.
Le résultat suivant est probablement assez inutile dans les applications.
Lemme
Soit \(k\) un corps de caractéristique \(0\). Soit \(S\) une \(k\)-algèbre de type fini. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier. Les conditions suivantes sont équivalentes :
L’algèbre \(S\) est lisse en \(\mathfrak q\) sur \(k\).
Le \(S_{\mathfrak q}\)-module \(\Omega_{S/k, \mathfrak q}\) est libre (de type fini).
L’anneau \(S_{\mathfrak q}\) est régulier.
Démonstration
En caractéristique zéro, toute extension de corps est séparable ; l’équivalence de (1) et (3) résulte donc du Lemme 00TV. De plus, (1) implique (2) par définition des algèbres lisses. Supposons que \(\Omega_{S/k, \mathfrak q}\) soit libre sur \(S_{\mathfrak q}\). Nous allons utiliser les notations et observations de la démonstration du Lemme 00TV. Ainsi, \(R = S_{\mathfrak q}\), d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et de corps résiduel \(\kappa\). Notre but est de démontrer que \(R\) est régulier.
Si \(\mathfrak m/\mathfrak m^2 = 0\), alors \(\mathfrak m = 0\) et \(R \cong \kappa\). Ainsi \(R\) est régulier et nous avons terminé.
Si \(\mathfrak m/ \mathfrak m^2 \not = 0\), choisissons un \(f \in \mathfrak m\) quelconque dont l’image dans \(\mathfrak m/ \mathfrak m^2\) n’est pas nulle. Par le Lemme 00TU, nous voyons que \(\text{d}f\) a une image non nulle dans \(\Omega_{R/k}/\mathfrak m\Omega_{R/k}\). Par hypothèse, \(\Omega_{R/k} = \Omega_{S/k, \mathfrak q}\) est libre de type fini et, par le lemme de Nakayama 00DV, nous voyons donc que \(\text{d}f\) engendre un facteur direct. Nous appliquons le Lemme 00TW pour en déduire que \(f\) est un non-diviseur de zéro dans \(R\). En outre, le Lemme 00RU donne une suite exacte \[(f)/(f^2) \to \Omega_{R/k} \otimes_R R/fR \to \Omega_{(R/fR)/k} \to 0\] Cela implique que \(\Omega_{(R/fR)/k}\) est lui aussi libre de type fini. Par récurrence, nous voyons donc que \(R/fR\) est un anneau local régulier. Puisque \(f \in \mathfrak m\) était un non-diviseur de zéro, nous concluons que \(R\) est régulier ; voir le Lemme 00NU.
Exemple
Le Lemme 00TX n’est pas valable en caractéristique \(p > 0\). Les exemples standards sont les morphismes d’anneaux \[\mathbf{F}_p \longrightarrow \mathbf{F}_p[x]/(x^p)\] dont le module des différentielles est libre mais qui ne sont clairement pas lisses, et le morphisme d’anneaux (\(p > 2\)) \[\mathbf{F}_p(t) \to \mathbf{F}_p(t)[x, y]/(x^p + y^2 + \alpha)\] qui n’est pas lisse en l’idéal premier \(\mathfrak q = (y, x^p + \alpha)\), mais qui est régulier.
À l’aide de ce qui précède, nous pouvons caractériser la lissité au point générique en termes d’extensions de corps.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux injectif et de type fini, où \(R\) et \(S\) sont des domaines. Alors \(R \to S\) est lisse en \(\mathfrak q = (0)\) si et seulement si l’extension induite \(L/K\) des corps de fractions est séparable.
Démonstration
Supposons \(R \to S\) lisse en \((0)\). Nous pouvons remplacer \(S\) par \(S_g\) pour un certain \(g \in S\) non nul et supposer que \(R \to S\) est lisse. Alors \(K \to S \otimes_R K\) est lisse (Lemme 00T4). De plus, pour toute extension de corps \(K'/K\), le morphisme d’anneaux \(K' \to S \otimes_R K'\) est lui aussi lisse. Le Lemme 00TT montre donc que \(S \otimes_R K'\) est un anneau régulier, en particulier réduit. Il s’ensuit que \(S \otimes_R K\) est géométriquement réduit sur \(K\). Ainsi \(L\) est géométriquement réduit sur \(K\) ; voir le Lemme 04KN. Ainsi \(L/K\) est séparable par le Lemme 030W.
Réciproquement, supposons que \(L/K\) soit séparable. Nous pouvons supposer que \(R \to S\) est de présentation finie ; voir le Lemme 00FG. Il suffit de démontrer que \(K \to S \otimes_R K\) est lisse en \((0)\) ; voir le Lemme 00TG. Cela résulte du Lemme 00TV, du fait qu’un corps est un anneau régulier, et de l’hypothèse que \(L/K\) est séparable.
Morphismes d’anneaux lisses dans le cas noethérien
Définition
Soit \(\varphi : B' \to B\) un morphisme d’anneaux. Nous disons que \(\varphi\) est une petite extension si \(B'\) et \(B\) sont des anneaux locaux artiniens, si \(\varphi\) est surjectif et si \(I = \Ker(\varphi)\) est de longueur \(1\) comme \(B'\)-module.
Clairement, cela signifie que \(I^2 = 0\) et que \(I = (x)\) pour un certain \(x \in B'\) tel que \(\mathfrak m' x = 0\), où \(\mathfrak m' \subset B'\) est l’idéal maximal.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Supposons que \(R\) soit noethérien et que \(R \to S\) soit de type fini. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est lisse en \(\mathfrak q\),
pour toute surjection de \(R\)-algèbres locales \((B', \mathfrak m') \to (B, \mathfrak m)\) telle que \(\Ker(B' \to B)\) soit de carré nul, et pour tout diagramme commutatif aux flèches pleines \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & B \\ R \ar[r] \ar[u] & B' \ar[u] }\] tel que \(\mathfrak q = S \cap \mathfrak m\), il existe une flèche en pointillés qui rend le diagramme commutatif,
comme dans (2), mais où \(B' \to B\) parcourt les petites extensions, et
comme dans (2), mais où \(B' \to B\) parcourt les petites extensions telles que, de plus, \(S \to B\) induise un isomorphisme \(\kappa(\mathfrak q) \cong \kappa(\mathfrak m)\).
Démonstration
Supposons (1). Cela signifie qu’il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(R \to S_g\) soit lisse. Par la Proposition 00TN, nous savons que \(R \to S_g\) est formellement lisse. Notons que, dans tout diagramme comme en (2), le morphisme \(S \to B\) se factorise automatiquement par \(S_{\mathfrak q}\), et a fortiori par \(S_g\). La lissité formelle de \(S_g\) sur \(R\) nous donne un morphisme \(S_g \to B'\) qui s’insère dans un diagramme semblable avec \(S_g\) dans le coin supérieur gauche. Sa composée avec \(S \to S_g\) donne la flèche recherchée. Autrement dit, nous avons montré que (1) implique (2).
Clairement, (2) implique (3), et (3) implique (4).
Supposons (4). Nous allons montrer que (1) est satisfaite, ce qui achèvera la démonstration du lemme. Choisissons une présentation \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m)\). C’est possible, car \(S\) est de type fini sur \(R\) et donc de présentation finie (voir le Lemme 00FP). Posons \(I = (f_1, \ldots, f_m)\). Considérons le complexe cotangent naïf \[\text{d} : I/I^2 \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{j = 1}^n S\text{d}x_j\] de cette présentation (voir la section 00S0). Il suffit de montrer que, lorsqu’on localise ce complexe en \(\mathfrak q\), le morphisme devient une injection scindée ; voir le Lemme 07BU. Notons \(S' = R[x_1, \ldots, x_n]/I^2\). Par le Lemme 02HQ, nous avons \[S \otimes_{S'} \Omega_{S'/R} = S \otimes_{R[x_1, \ldots, x_n]} \Omega_{R[x_1, \ldots, x_n]/R} = \bigoplus\nolimits_{j = 1}^m S\text{d}x_j.\] Ainsi, le morphisme \[\text{d} : I/I^2 \longrightarrow S \otimes_{S'} \Omega_{S'/R}\] est le même que celui du complexe cotangent naïf ci-dessus. En particulier, la vérité de l’assertion que nous cherchons à démontrer ne dépend que des trois anneaux \(R \to S' \to S\). Soit \(\mathfrak q' \subset R[x_1, \ldots, x_n]\) l’idéal premier correspondant à \(\mathfrak q\). Puisque la localisation commute à la formation des modules de différentielles (Lemme 00RT), il suffit de montrer que le morphisme [02HU]\[\begin{equation} \text{d} : I_{\mathfrak q'}/I_{\mathfrak q'}^2 \longrightarrow S_{\mathfrak q} \otimes_{S'_{\mathfrak q'}} \Omega_{S'_{\mathfrak q'}/R} \end{equation}\] provenant de \(R \to S'_{\mathfrak q'} \to S_{\mathfrak q}\) soit une injection scindée.
Soit \(N \in \mathbf{N}\) un entier. Considérons l’anneau \[B'_N = S'_{\mathfrak q'} / (\mathfrak q')^N S'_{\mathfrak q'} = (S'/(\mathfrak q')^N S')_{\mathfrak q'}\] et son quotient \(B_N = B'_N/IB'_N\). Notons que \(B_N \cong S_{\mathfrak q}/\mathfrak q^NS_{\mathfrak q}\). Observons que \(B'_N\) est un anneau local artinien, puisqu’il est le quotient d’un anneau local noethérien par une puissance de son idéal maximal. Considérons une filtration du noyau \(I_N\) de \(B'_N \to B_N\) par des sous-\(B'_N\)-modules \[0 \subset J_{N, 1} \subset J_{N, 2} \subset \ldots \subset J_{N, n(N)} = I_N\] telle que chaque quotient successif \(J_{N, i}/J_{N, i - 1}\) soit de longueur \(1\). (Une telle filtration existe puisque \(B'_N\) est artinien.) Cela donne une suite de petites extensions \[B'_N \to B'_N/J_{N, 1} \to B'_N/J_{N, 2} \to \ldots \to B'_N/J_{N, n(N)} = B'_N/I_N = B_N = S_{\mathfrak q}/\mathfrak q^NS_{\mathfrak q}\] En appliquant successivement la condition (4) à ces petites extensions, à partir du morphisme \(S \to B_N\), nous voyons qu’il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar[rd] & B_N \\ R \ar[r] \ar[u] & B'_N \ar[u] }\] Clairement, le morphisme d’anneaux \(S \to B'_N\) se factorise en \(S \to S_{\mathfrak q} \to B'_N\), où \(S_{\mathfrak q} \to B'_N\) est un homomorphisme local d’anneaux locaux. De plus, comme l’idéal maximal de \(B'_N\), élevé à la puissance \(N\), est nul, nous concluons que \(S_{\mathfrak q} \to B'_N\) se factorise par \(S_{\mathfrak q}/(\mathfrak q)^NS_{\mathfrak q} = B_N\). Autrement dit, nous avons montré que, pour tout \(N \in \mathbf{N}\), la surjection de \(R\)-algèbres \(B'_N \to B_N\) admet un scindage.
Considérons la présentation \[I_N \to B_N \otimes_{B'_N} \Omega_{B'_N/R} \to \Omega_{B_N/R} \to 0\] provenant de la surjection \(B'_N \to B_N\) de noyau \(I_N\) (voir le Lemme 00RU). D’après ce qui précède, le morphisme de \(R\)-algèbres \(B'_N \to B_N\) admet un inverse à droite. Ainsi, par le Lemme 02HP, la suite ci-dessus est exacte scindée ! Pour tout \(N\), le morphisme \[I_N \longrightarrow B_N \otimes_{B'_N} \Omega_{B'_N/R}\] est donc une injection scindée. La suite de la démonstration s’obtient en explicitant exactement ce que cela signifie. Notons que \[I_N = I_{\mathfrak q'}/ (I_{\mathfrak q'}^2 + (\mathfrak q')^N \cap I_{\mathfrak q'})\] Par Artin–Rees (Lemme 00IN), il existe \(c \geq 0\) tel que \[S_{\mathfrak q}/\mathfrak q^{N - c}S_{\mathfrak q} \otimes_{S_{\mathfrak q}} I_N = S_{\mathfrak q}/\mathfrak q^{N - c}S_{\mathfrak q} \otimes_{S_{\mathfrak q}} I_{\mathfrak q'}/I_{\mathfrak q'}^2\] pour tout \(N \geq c\) (ces produits tensoriels ne sont qu’une manière élaborée de diviser par \(\mathfrak q^{N - c}\)). Nous pouvons bien sûr supposer \(c \geq 1\). Par le Lemme 02HQ, nous voyons que \[S'_{\mathfrak q'}/(\mathfrak q')^{N - c}S'_{\mathfrak q'} \otimes_{S'_{\mathfrak q'}} \Omega_{B'_N/R} = S'_{\mathfrak q'}/(\mathfrak q')^{N - c}S'_{\mathfrak q'} \otimes_{S'_{\mathfrak q'}} \Omega_{S'_{\mathfrak q'}/R}\] nous pouvons encore tensoriser cette égalité par \(B_N = S_{\mathfrak q}/\mathfrak q^N\) pour voir que \[S_{\mathfrak q}/\mathfrak q^{N - c}S_{\mathfrak q} \otimes_{S'_{\mathfrak q'}} \Omega_{B'_N/R} = S_{\mathfrak q}/\mathfrak q^{N - c}S_{\mathfrak q} \otimes_{S'_{\mathfrak q'}} \Omega_{S'_{\mathfrak q'}/R}.\] Puisqu’une injection scindée reste une injection scindée après tensorisation par n’importe quel module, nous voyons que \[S_{\mathfrak q}/\mathfrak q^{N - c}S_{\mathfrak q} \otimes_{S_{\mathfrak q}} (\href{algebra.html#algebra-equation-target-map}{02HU}) = S_{\mathfrak q}/\mathfrak q^{N - c}S_{\mathfrak q} \otimes_{S_{\mathfrak q}/\mathfrak q^N S_{\mathfrak q}} (I_N \longrightarrow B_N \otimes_{B'_N} \Omega_{B'_N/R})\] est une injection scindée pour tout \(N \geq c\). Par le Lemme 02HO, nous voyons que (02HU) est une injection scindée. Cela achève la démonstration.
Aperçu des résultats sur les morphismes d’anneaux lisses
Voici une liste de résultats sur les morphismes d’anneaux lisses que nous avons démontrés dans les sections précédentes. Pour des énoncés et des définitions plus précis, consulter les références indiquées.
Un morphisme d’anneaux \(R \to S\) est lisse s’il est de présentation finie et si le complexe cotangent naïf de \(S/R\) est quasi-isomorphe à un \(S\)-module projectif de type fini en degré \(0\) ; voir la Définition 00T2.
Si \(S\) est lisse sur \(R\), alors \(\Omega_{S/R}\) est un \(S\)-module projectif de type fini ; voir la discussion qui suit la Définition 00T2.
La propriété d’être lisse est locale sur \(S\) ; voir le Lemme 00TC.
La propriété d’être lisse est stable par changement de base ; voir le Lemme 00T4.
La propriété d’être lisse est stable par composition ; voir le Lemme 00TD.
Un morphisme d’anneaux lisse est syntomique, donc en particulier plat ; voir le Lemme 00TA.
Un morphisme d’anneaux plat et de présentation finie dont les anneaux fibres sont lisses est lisse ; voir le Lemme 00TF.
Un morphisme d’anneaux de présentation finie \(R \to S\) est lisse si et seulement s’il est formellement lisse ; voir la Proposition 00TN.
Si \(R \to S\) est un morphisme d’anneaux de type fini et si \(R\) est noethérien, alors, pour vérifier que \(R \to S\) est lisse, il suffit de vérifier la propriété de relèvement de la lissité formelle le long des petites extensions d’anneaux locaux artiniens ; voir le Lemme 02HT.
Un morphisme d’anneaux lisse \(R \to S\) est le changement de base d’un morphisme d’anneaux lisse \(R_0 \to S_0\), où \(R_0\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\) ; voir le Lemme 00TP.
La formation de l’ensemble des points où un morphisme d’anneaux est lisse commute au changement de base plat ; voir le Lemme 00TG.
Si \(S\) est de type fini sur un corps algébriquement clos \(k\), et si \(\mathfrak m \subset S\) est un idéal maximal, alors les conditions suivantes sont équivalentes :
\(S\) est lisse sur \(k\) dans un voisinage de \(\mathfrak m\),
\(S_{\mathfrak m}\) est un anneau local régulier,
\(\dim(S_{\mathfrak m}) = \dim_{\kappa(m)} \Omega_{S/k} \otimes_S \kappa(\mathfrak m)\).
voir le Lemme 00TS.
Si \(S\) est de type fini sur un corps \(k\), et si \(\mathfrak q \subset S\) est un idéal premier, alors les conditions suivantes sont équivalentes :
\(S\) est lisse sur \(k\) dans un voisinage de \(\mathfrak q\),
\(\dim_{\mathfrak q}(S/k) = \dim_{\kappa(\mathfrak q)} \Omega_{S/k} \otimes_S \kappa(\mathfrak q)\).
voir le Lemme 00TT.
Si \(S\) est lisse sur un corps, alors tous ses anneaux locaux sont réguliers ; voir le Lemme 00TT.
Si \(S\) est de type fini sur un corps \(k\), si \(\mathfrak q \subset S\) est un idéal premier, si l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak q)/k\) est séparable et si \(S_{\mathfrak q}\) est régulier, alors \(S\) est lisse sur \(k\) en \(\mathfrak q\) ; voir le Lemme 00TV.
Si \(S\) est de type fini sur un corps \(k\), si \(k\) est de caractéristique \(0\), si \(\mathfrak q \subset S\) est un idéal premier et si \(\Omega_{S/k, \mathfrak q}\) est libre, alors \(S\) est lisse sur \(k\) en \(\mathfrak q\) ; voir le Lemme 00TX.
Certains de ces résultats ont été démontrés à l’aide de la notion de morphisme d’anneaux lisse standard ; voir la Définition 00T6. C’est l’analogue, pour les morphismes syntomiques, de la notion de morphisme d’intersection complète globale relative. C’est aussi la façon la plus simple de construire des exemples.
Morphismes d’anneaux étales
Un morphisme d’anneaux étale est un morphisme d’anneaux lisse dont la dimension relative est nulle. Cela équivaut à la définition un peu plus directe suivante.
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Nous disons que \(R \to S\) est étale s’il est de présentation finie et si le complexe cotangent naïf \(\NL_{S/R}\) est quasi-isomorphe à zéro : cela signifie que \(H_1(\NL_{S/R}) = 0\) et \(\Omega_{S/R} = 0\). Étant donné un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\), nous disons que \(R \to S\) est étale en \(\mathfrak q\) s’il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(R \to S_g\) soit étale.
En particulier, nous voyons que \(\Omega_{S/R} = 0\) si \(S\) est étale sur \(R\). Si \(R \to S\) est lisse, alors \(R \to S\) est étale si et seulement si \(\Omega_{S/R} = 0\). Nos résultats sur les morphismes d’anneaux lisses fournissent automatiquement toute une série de résultats pour les morphismes étales. Nous les résumons dans le Lemme 00U2 ci-dessous. Mais auparavant, nous démontrons que tout morphisme d’anneaux étale est lisse standard.
Lemme
Tout morphisme d’anneaux étale est lisse standard. Plus précisément, si \(R \to S\) est étale, alors il existe une présentation \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_n)\) telle que l’image de \(\det(\partial f_j/\partial x_i)\) soit inversible dans \(S\).
Démonstration
Soit \(R \to S\) étale. Choisissons une présentation \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/I\). Comme \(R \to S\) est étale, nous savons que \[\text{d} : I/I^2 \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, n} S\text{d}x_i\] est un isomorphisme ; en particulier, \(I/I^2\) est un \(S\)-module libre. Ainsi, par le Lemme 07CF, nous pouvons supposer (après avoir éventuellement changé la présentation) que \(I = (f_1, \ldots, f_c)\) et que les classes \(f_i \bmod I^2\) forment une base de \(I/I^2\). Le fait que le morphisme affiché ci-dessus soit un isomorphisme implique immédiatement que \(c = n\) et que \(\det(\partial f_j/\partial x_i)\) est inversible dans \(S\).
Lemme
Résultats sur les morphismes d’anneaux étales.
Le morphisme d’anneaux \(R \to R_f\) est étale pour tout anneau \(R\) et tout \(f \in R\).
Les composées de morphismes d’anneaux étales sont étales.
Un changement de base d’un morphisme d’anneaux étale est étale.
La propriété d’être étale est locale : étant donnés un morphisme d’anneaux \(R \to S\) et des éléments \(g_1, \ldots, g_m \in S\) qui engendrent l’idéal unité, tels que \(R \to S_{g_j}\) soit étale pour \(j = 1, \ldots, m\), alors \(R \to S\) est étale.
Étant donné \(R \to S\) de présentation finie et un morphisme d’anneaux plat \(R \to R'\), posons \(S' = R' \otimes_R S\). L’ensemble des idéaux premiers où \(R' \to S'\) est étale est l’image réciproque, par \(\Spec(S') \to \Spec(S)\), de l’ensemble des idéaux premiers où \(R \to S\) est étale.
Un morphisme d’anneaux étale est syntomique, donc en particulier plat.
Si \(S\) est de type fini sur un corps \(k\), alors \(S\) est étale sur \(k\) si et seulement si \(\Omega_{S/k} = 0\).
Tout morphisme d’anneaux étale \(R \to S\) est le changement de base d’un morphisme d’anneaux étale \(R_0 \to S_0\), où \(R_0\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\).
Soit \(A = \colim A_i\) une colimite filtrante d’anneaux. Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux étale. Alors il existe un morphisme d’anneaux étale \(A_i \to B_i\) pour un certain \(i\), tel que \(B \cong A \otimes_{A_i} B_i\).
Soit \(A\) un anneau. Soit \(S\) une partie multiplicative de \(A\). Soit \(S^{-1}A \to B'\) étale. Alors il existe un morphisme d’anneaux étale \(A \to B\) tel que \(B' \cong S^{-1}B\).
Soit \(A\) un anneau. Soit \(B = B' \times B''\) un produit de \(A\)-algèbres. Alors \(B\) est étale sur \(A\) si et seulement si \(B'\) et \(B''\) sont toutes deux étales sur \(A\).
Démonstration
Dans chaque cas, nous utilisons le résultat correspondant pour les morphismes d’anneaux lisses, auquel nous ajoutons un petit argument pour montrer que \(\Omega_{S/R}\) est nul.
Démonstration de (1). Le morphisme d’anneaux \(R \to R_f\) est lisse et \(\Omega_{R_f/R} = 0\).
Démonstration de (2). La composée \(A \to C\) des morphismes lisses \(A \to B\) et \(B \to C\) est lisse ; voir le Lemme 00TD. Par le Lemme 00RS, nous voyons que \(\Omega_{C/A}\) est nul, puisque \(\Omega_{C/B}\) et \(\Omega_{B/A}\) sont tous deux nuls.
Démonstration de (3). Soit \(R \to S\) étale, et soit \(R \to R'\) quelconque. Alors \(R' \to S' = R' \otimes_R S\) est lisse ; voir le Lemme 00T4. Puisque \(\Omega_{S'/R'} = S' \otimes_S \Omega_{S/R}\) par le Lemme 00RV, nous concluons que \(\Omega_{S'/R'} = 0\). Ainsi \(R' \to S'\) est étale.
Démonstration de (4). Supposons les hypothèses de (4). Par le Lemme 00TC, nous voyons que \(R \to S\) est lisse. Nous savons également que \(\Omega_{S_{g_i}/R} = (\Omega_{S/R})_{g_i} = 0\) pour tout \(i\). Alors \(\Omega_{S/R} = 0\) ; voir le Lemme 00EO.
Démonstration de (5). Le résultat pour les morphismes lisses est le Lemme 00TG. Dans la démonstration de ce lemme, nous avons utilisé que \(\NL_{S/R} \otimes_S S'\) est homotopiquement équivalent à \(\NL_{S'/R'}\). Nous sommes donc ramenés à montrer que, si \(M\) est un \(S\)-module de présentation finie, l’ensemble des idéaux premiers \(\mathfrak q'\) de \(S'\) tels que \((M \otimes_S S')_{\mathfrak q'} = 0\) est l’image réciproque de l’ensemble des idéaux premiers \(\mathfrak q\) de \(S\) tels que \(M_{\mathfrak q} = 0\). Cela résulte du Lemme 0BUR.
Démonstration de (6). Cela résulte directement du résultat correspondant pour les morphismes d’anneaux lisses (Lemme 00TA).
Démonstration de (7). Cela résulte du Lemme 00TT et des définitions.
Démonstration de (8). Le Lemme 00TP donne le résultat pour les morphismes d’anneaux lisses. Le morphisme d’anneaux lisse obtenu \(R_0 \to S_0\) satisfait aux hypothèses du Lemme 00RL ; nous pouvons donc remplacer \(S_0\) par le facteur de dimension relative \(0\) sur \(R_0\).
Démonstration de (9). Cela résulte de (8), car \(R_0 \to A\) se factorisera par \(A_i\) pour un certain \(i\), d’après le Lemme 00QO.
Démonstration de (10). Cela résulte de (9), (1) et (2), puisque \(S^{-1}A\) est une colimite filtrante de localisations principales de \(A\).
Démonstration de (11). Utilisons le Lemme 0GIF pour obtenir le résultat pour la lissité, puis le fait que \(\Omega_{B/A}\) est nul si et seulement si \(\Omega_{B'/A}\) et \(\Omega_{B''/A}\) sont tous deux nuls.
Examinons maintenant plus en détail ce que signifie être étale sur un corps.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Un morphisme d’anneaux \(k \to S\) est étale si et seulement si \(S\) est isomorphe, comme \(k\)-algèbre, à un produit fini d’extensions séparables finies de \(k\).
Démonstration
Nous utiliserons sans autre mention le fait suivant : si \(S = S_1 \times \ldots \times S_n\) est un produit fini de \(k\)-algèbres, alors \(S\) est étale sur \(k\) si et seulement si chaque \(S_i\) est étale sur \(k\). Voir le Lemme 00U2, partie (11).
Si \(k'/k\) est une extension de corps séparable finie, nous pouvons écrire \(k' = k(\alpha) \cong k[x]/(f)\). Ici, \(f\) est le polynôme minimal de l’élément \(\alpha\). Comme \(k'\) est séparable sur \(k\), nous avons \(\gcd(f, f') = 1\). Cela implique que \(\text{d} : k'\cdot f \to k' \cdot \text{d}x\) est un isomorphisme. Ainsi \(k \to k'\) est étale. Par conséquent, si \(S\) est un produit fini d’extensions séparables finies de \(k\), alors \(S\) est étale sur \(k\).
Réciproquement, supposons que \(k \to S\) soit étale. Alors \(S\) est lisse sur \(k\) et \(\Omega_{S/k} = 0\). Par le Lemme 00TT, nous voyons que \(\dim_\mathfrak m \Spec(S) = 0\) pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(S\). Ainsi \(\dim(S) = 0\). Par la Proposition 00KJ, nous obtenons que \(S\) est un produit fini d’anneaux locaux artiniens. Par le Lemme 00TT, déjà utilisé, ces anneaux locaux sont des corps. Nous pouvons donc supposer que \(S = k'\) est un corps. Par le théorème des zéros de Hilbert (Théorème 00FV), nous voyons que l’extension \(k'/k\) est finie. La lissité de \(k \to k'\) implique, par le Lemme 07ND, que \(k'/k\) est une extension séparable, ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p\) dans \(R\). Si \(S/R\) est étale en \(\mathfrak q\), alors
nous avons \(\mathfrak p S_{\mathfrak q} = \mathfrak qS_{\mathfrak q}\), qui est l’idéal maximal de l’anneau local \(S_{\mathfrak q}\), et
l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) est séparable finie.
Démonstration
Nous pouvons d’abord remplacer \(S\) par \(S_g\) pour un certain \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), et supposer que \(R \to S\) est étale. Le lemme résulte alors du Lemme 00U3, en explicitant le fait que \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est étale sur \(\kappa(\mathfrak p)\).
Lemme
Un morphisme d’anneaux étale est quasi-fini.
Démonstration
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux étale. Par définition, \(R \to S\) est de type fini. Pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset R\), l’anneau fibre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est étale sur \(\kappa(\mathfrak p)\) ; c’est donc un produit fini de corps séparables finis sur \(\kappa(\mathfrak p)\), et il est en particulier fini sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Ainsi \(R \to S\) est quasi-fini par le Lemme 00PM.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus d’un idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Si
\(R \to S\) est de présentation finie,
\(R_{\mathfrak p} \to S_{\mathfrak q}\) est plat,
\(\mathfrak p S_{\mathfrak q}\) est l’idéal maximal de l’anneau local \(S_{\mathfrak q}\), et
l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) est séparable finie,
alors \(R \to S\) est étale en \(\mathfrak q\).
Démonstration
Appliquons le Lemme 00PK pour trouver \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(\mathfrak q\) soit l’unique idéal premier de \(S_g\) au-dessus de \(\mathfrak p\). Nous remplaçons \(S\) par \(S_g\). Alors \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) possède un unique idéal premier ; c’est donc un anneau local, et il est donc égal à \(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q} \cong \kappa(\mathfrak q)\). Par le Lemme 00TF, il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(R \to S_g\) soit lisse. Remplaçons encore \(S\) par \(S_g\) ; nous pouvons supposer que \(R \to S\) est lisse. Par le Lemme 00TA, nous pouvons même supposer que \(R \to S\) est lisse standard, disons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_c)\). Puisque \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak q)\) est de dimension \(0\), nous concluons que \(n = c\), c’est-à-dire que \(R \to S\) est étale.
Voici un phénomène tout à fait nouveau.
Lemme
Soient \(R \to S\) et \(R \to S'\) étales. Alors tout morphisme de \(R\)-algèbres \(S' \to S\) est étale.
Démonstration
Notons tout d’abord que \(S' \to S\) est de présentation finie par le Lemme 00F4. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus des idéaux premiers \(\mathfrak q' \subset S'\) et \(\mathfrak p \subset R\). Par le Lemme 00U4, le morphisme d’anneaux \(S'_{\mathfrak q'}/\mathfrak p S'_{\mathfrak q'} \to S_{\mathfrak q}/\mathfrak p S_{\mathfrak q}\) est un morphisme entre extensions séparables finies de \(\kappa(\mathfrak p)\). Il est en particulier plat. Le Lemme 00R7 montre donc que \(S'_{\mathfrak q'} \to S_{\mathfrak q}\) est plat. Ainsi \(S' \to S\) est plat. De plus, ce qui précède montre aussi que \(\mathfrak q'S_{\mathfrak q}\) est l’idéal maximal de \(S_{\mathfrak q}\) et que l’extension de corps résiduels de \(S'_{\mathfrak q'} \to S_{\mathfrak q}\) est séparable finie. Le Lemme 00U6 permet donc de conclure que \(S' \to S\) est étale en \(\mathfrak q\). Comme la propriété d’être étale est locale (voir le Lemme 00U2), nous avons terminé.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Si \(R \to S\) est surjectif, plat et de présentation finie, alors il existe un idempotent \(e \in R\) tel que \(S = R_e\).
Démonstration
Soit \(I\) le noyau de \(\varphi\). Le Lemme 00R2 montre que \(I\) est de type fini, puisque \(\varphi\) est de présentation finie. De plus, comme \(S\) est plat sur \(R\), tensoriser la suite exacte \(0 \to I \to R \to S \to 0\) sur \(R\) avec \(S\) donne \(I/I^2 = 0\). Nous concluons maintenant par le Lemme 00EH.
Démonstration
Puisque \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est un homéomorphisme sur un sous-ensemble fermé (voir le Lemme 00E5) et est ouvert (voir la Proposition 00I1), nous voyons que son image est \(D(e)\) pour un certain idempotent \(e \in R\) (voir le Lemme 00EE). Ainsi \(R_e \to S\) induit une bijection sur les spectres. Ce morphisme induit maintenant un isomorphisme sur tous les anneaux locaux, par exemple par les Lemmes 00NZ et 00DV. Il s’ensuit que \(R_e \to S\) est aussi injectif ; voir, par exemple, le Lemme 00HN.
Lemme
Soit \(R\) un anneau et soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(R/I \to \overline{S}\) un morphisme d’anneaux étale. Alors il existe un morphisme d’anneaux étale \(R \to S\) tel que \(\overline{S} \cong S/IS\) comme \(R/I\)-algèbres.
Démonstration
Par le Lemme 00U9, nous pouvons écrire \(\overline{S} = (R/I)[x_1, \ldots, x_n]/(\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_n)\) comme dans la Définition 00T6, avec \(\overline{\Delta} = \det(\frac{\partial \overline{f}_i}{\partial x_j})_{i, j = 1, \ldots, n}\) inversible dans \(\overline{S}\). Il suffit de choisir des relèvements \(f_i\) et de poser \(S = R[x_1, \ldots, x_n, x_{n+1}]/(f_1, \ldots, f_n, x_{n + 1}\Delta - 1)\), où \(\Delta = \det(\frac{\partial f_i}{\partial x_j})_{i, j = 1, \ldots, n}\), comme dans l’Exemple 00T8. Cela démontre le lemme.
Lemme
Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & J \ar[r] & B' \ar[r] & B \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & I \ar[r] \ar[u] & A' \ar[r] \ar[u] & A \ar[r] \ar[u] & 0 }\] à lignes exactes, où \(B' \to B\) et \(A' \to A\) sont des morphismes d’anneaux surjectifs dont les noyaux sont des idéaux de carré nul. Si \(A \to B\) est étale et si \(J = I \otimes_A B\), alors \(A' \to B'\) est étale.
Démonstration
Par le Lemme 04D1, il existe un morphisme d’anneaux étale \(A' \to C\) tel que \(C/IC = B\). Alors \(A' \to C\) est formellement lisse (par la Proposition 00TN) ; nous obtenons donc un morphisme de \(A'\)-algèbres \(\varphi : C \to B'\). Comme \(A' \to C\) est plat, nous avons \(I \otimes_A B = I \otimes_A C/IC = IC\). Ainsi, l’hypothèse \(J = I \otimes_A B\) implique que \(\varphi\) induit un isomorphisme \(IC \to J\) et un isomorphisme \(C/IC \to B'/IB'\) ; par conséquent, \(\varphi\) est un isomorphisme.
Exemple
Soient \(n , m \geq 1\) des entiers. Considérons le morphisme d’anneaux \[\begin{eqnarray*} R = \mathbf{Z}[a_1, \ldots, a_{n + m}] & \longrightarrow & S = \mathbf{Z}[b_1, \ldots, b_n, c_1, \ldots, c_m] \\ a_1 & \longmapsto & b_1 + c_1 \\ a_2 & \longmapsto & b_2 + b_1 c_1 + c_2 \\ \ldots & \ldots & \ldots \\ a_{n + m} & \longmapsto & b_n c_m \end{eqnarray*}\] de l’Exemple 00SQ. Écrivons symboliquement \[S = R[b_1, \ldots, c_m]/(\{a_k(b_i, c_j) - a_k\}_{k = 1, \ldots, n + m})\] où, par exemple, \(a_1(b_i, c_j) = b_1 + c_1\). La matrice des dérivées partielles est \[\left( \begin{matrix} 1 & c_1 & \ldots & c_m & 0 & \ldots & \ldots & 0 \\ 0 & 1 & c_1 & \ldots & c_m & 0 & \ldots & 0 \\ \ldots & \ldots & \ldots & \ldots & \ldots & \ldots & \ldots & \ldots \\ 0 & \ldots & 0 & 1 & c_1 & c_2 & \ldots & c_m \\ 1 & b_1 & \ldots & b_{n - 1} & b_n & 0 & \ldots & 0 \\ 0 & 1 & b_1 & \ldots & b_{n - 1} & b_n & \ldots & 0 \\ \ldots & \ldots & \ldots & \ldots & \ldots & \ldots & \ldots & \ldots \\ 0 & \ldots & \ldots & 0 & 1 & b_1 & \ldots & b_n \end{matrix} \right)\] Le déterminant \(\Delta\) de cette matrice est mieux connu sous le nom de résultant des polynômes \(g = x^n + b_1 x^{n - 1} + \ldots + b_n\) et \(h = x^m + c_1 x^{m - 1} + \ldots + c_m\), et la matrice ci-dessus est appelée matrice de Sylvester associée à \(g, h\). Sous forme de formule, \(\Delta = \text{Res}_x(g, h)\). La matrice de Sylvester est la transposée de la matrice du morphisme linéaire \[\begin{eqnarray*} S[x]_{< m} \oplus S[x]_{< n} & \longrightarrow & S[x]_{< n + m} \\ a \oplus b & \longmapsto & ag + bh \end{eqnarray*}\] Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier quelconque. D’après ce qui précède, les conditions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est étale en \(\mathfrak q\),
\(\Delta = \text{Res}_x(g, h) \not \in \mathfrak q\),
les images \(\overline{g}, \overline{h} \in \kappa(\mathfrak q)[x]\) des polynômes \(g, h\) sont premiers entre eux dans \(\kappa(\mathfrak q)[x]\).
L’équivalence de (2) et (3) vaut parce que l’image de la matrice de Sylvester dans \(\text{Mat}(n + m, \kappa(\mathfrak q))\) possède un noyau si et seulement si les polynômes \(\overline{g}, \overline{h}\) ont un facteur commun. Nous concluons que le morphisme d’anneaux \[R \longrightarrow S[\frac{1}{\Delta}] = S[\frac{1}{\text{Res}_x(g, h)}]\] est étale.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(f \in R[x]\) un polynôme unitaire. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). Soit \(f \bmod \mathfrak p = \overline{g} \overline{h}\) une factorisation de l’image de \(f\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[x]\). Si \(\gcd(\overline{g}, \overline{h}) = 1\), alors il existe
un morphisme d’anneaux étale \(R \to R'\),
un idéal premier \(\mathfrak p' \subset R'\) au-dessus de \(\mathfrak p\), et
une factorisation \(f = g h\) dans \(R'[x]\)
tels que
\(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak p')\),
\(\overline{g} = g \bmod \mathfrak p'\), \(\overline{h} = h \bmod \mathfrak p'\), et
les polynômes \(g, h\) engendrent l’idéal unité dans \(R'[x]\).
Démonstration
Supposons \(\overline{g} = \overline{b}_0 x^n + \overline{b}_1 x^{n - 1} + \ldots + \overline{b}_n\), et \(\overline{h} = \overline{c}_0 x^m + \overline{c}_1 x^{m - 1} + \ldots + \overline{c}_m\), avec \(\overline{b}_0, \overline{c}_0 \in \kappa(\mathfrak p)\) non nuls. Après avoir localisé \(R\) en un certain élément de \(R\) qui n’appartient pas à \(\mathfrak p\), nous pouvons supposer que \(\overline{b}_0\) est l’image d’un élément inversible \(b_0 \in R\). En remplaçant \(\overline{g}\) par \(\overline{g}/b_0\) et \(\overline{h}\) par \(b_0\overline{h}\), nous nous ramenons au cas où \(\overline{g}\), \(\overline{h}\) sont unitaires (vérification omise). Disons que \(\overline{g} = x^n + \overline{b}_1 x^{n - 1} + \ldots + \overline{b}_n\), et \(\overline{h} = x^m + \overline{c}_1 x^{m - 1} + \ldots + \overline{c}_m\). Écrivons \(f = x^{n + m} + a_1 x^{n + m - 1} + \ldots + a_{n + m}\). Considérons le produit fibré \[R' = R \otimes_{\mathbf{Z}[a_1, \ldots, a_{n + m}]} \mathbf{Z}[b_1, \ldots, b_n, c_1, \ldots, c_m]\] où le morphisme \(\mathbf{Z}[a_k] \to \mathbf{Z}[b_i, c_j]\) est celui des Exemples 00SQ et 00UA. Par construction, il existe un morphisme de \(R\)-algèbres \[R' = R \otimes_{\mathbf{Z}[a_1, \ldots, a_{n + m}]} \mathbf{Z}[b_1, \ldots, b_n, c_1, \ldots, c_m] \longrightarrow \kappa(\mathfrak p)\] qui envoie \(b_i\) sur \(\overline{b}_i\) et \(c_j\) sur \(\overline{c}_j\). Notons \(\mathfrak p' \subset R'\) le noyau de ce morphisme. Comme, par hypothèse, les polynômes \(\overline{g}, \overline{h}\) sont premiers entre eux, nous voyons que l’élément \(\Delta = \text{Res}_x(g, h) \in \mathbf{Z}[b_i, c_j]\) (voir l’Exemple 00UA) ne s’envoie pas sur zéro dans \(\kappa(\mathfrak p)\) par le morphisme affiché. Nous concluons que \(R \to R'\) est étale en \(\mathfrak p'\). En fait, une solution au problème posé dans le lemme est donnée par le morphisme d’anneaux \(R \to R'[1/\Delta]\) et l’idéal premier \(\mathfrak p' R'[1/\Delta]\). Comme \(\text{Res}_x(f, g)\) est inversible dans cet anneau, la matrice de Sylvester est inversible sur \(R'[1/\Delta]\) et donc \(1 = a g + b h\) pour certains \(a, b \in R'[1/\Delta][x]\) ; voir l’Exemple 00UA.
Structure locale des morphismes d’anneaux étales
Le Lemme 00U9 nous indique qu’il n’est pas vraiment pertinent de définir un morphisme étale standard comme un morphisme lisse standard de dimension relative \(0\). Comme modèle d’un morphisme étale, nous prenons l’exemple donné par une extension de corps finie séparable \(k'/k\). En effet, nous pouvons toujours trouver un élément \(\alpha \in k'\) tel que \(k' = k(\alpha)\) et tel que le polynôme minimal \(f(x) \in k[x]\) de \(\alpha\) ait une dérivée \(f'\) première avec \(f\).
Définition
Soit \(R\) un anneau. Soient \(g , f \in R[x]\). Supposons que \(f\) soit unitaire et que la dérivée \(f'\) soit inversible dans la localisation \(R[x]_g/(f)\). Dans ce cas, le morphisme d’anneaux \(R \to R[x]_g/(f)\) est dit étale standard.
Dans la Proposition 00UE, nous montrons que tout morphisme d’anneaux étale est localement étale standard.
Lemme
Soit \(R \to R[x]_g/(f)\) un morphisme étale standard.
Le morphisme d’anneaux \(R \to R[x]_g/(f)\) est étale.
Pour tout morphisme d’anneaux \(R \to R'\), le changement de base \(R' \to R'[x]_g/(f)\) du morphisme étale standard \(R \to R[x]_g/(f)\) est étale standard.
Toute localisation principale de \(R[x]_g/(f)\) est étale standard sur \(R\).
Une composée de morphismes étales standard n’est pas étale standard en général.
Démonstration
Omis. Voici un exemple pour (4). Le morphisme d’anneaux \(\mathbf{F}_2 \to \mathbf{F}_{2^2}\) est étale standard. Le morphisme d’anneaux \(\mathbf{F}_{2^2} \to \mathbf{F}_{2^2} \times \mathbf{F}_{2^2} \times \mathbf{F}_{2^2} \times \mathbf{F}_{2^2}\) est étale standard. Mais le morphisme d’anneaux \(\mathbf{F}_2 \to \mathbf{F}_{2^2} \times \mathbf{F}_{2^2} \times \mathbf{F}_{2^2} \times \mathbf{F}_{2^2}\) n’est pas étale standard.
Les morphismes étales standard constituent un moyen commode de produire des morphismes étales. En voici un exemple.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). Soit \(L/\kappa(\mathfrak p)\) une extension de corps finie séparable. Il existe un morphisme d’anneaux étale \(R \to R'\), ainsi qu’un idéal premier \(\mathfrak p'\) au-dessus de \(\mathfrak p\), tels que l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak p')/\kappa(\mathfrak p)\) soit isomorphe à \(\kappa(\mathfrak p) \subset L\).
Démonstration
Par le théorème de l’élément primitif, nous pouvons écrire \(L = \kappa(\mathfrak p)[\alpha]\). Soit \(\overline{f} \in \kappa(\mathfrak p)[x]\) le polynôme minimal de \(\alpha\) (en particulier, il est unitaire). Après avoir remplacé \(\alpha\) par \(c\alpha\) pour un certain \(c \in R\), \(c\not \in \mathfrak p\), nous pouvons supposer que tous les coefficients de \(\overline{f}\) appartiennent à l’image de \(R \to \kappa(\mathfrak p)\) (vérification omise). Nous pouvons donc trouver un polynôme unitaire \(f \in R[x]\) qui s’envoie sur \(\overline{f}\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[x]\). Comme \(\kappa(\mathfrak p) \subset L\) est séparable, nous voyons que \(\gcd(\overline{f}, \overline{f}') = 1\). Il existe donc un élément \(\gamma \in L\) tel que \(\overline{f}'(\alpha) \gamma = 1\). Nous obtenons ainsi un morphisme de \(R\)-algèbres \[\begin{eqnarray*} R[x, 1/f']/(f) & \longrightarrow & L \\ x & \longmapsto & \alpha \\ 1/f' & \longmapsto & \gamma \end{eqnarray*}\] Le membre de gauche est une algèbre étale standard \(R'\) sur \(R\), et le noyau du morphisme d’anneaux fournit l’idéal premier recherché.
Proposition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier. Si \(R \to S\) est étale en \(\mathfrak q\), alors il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(R \to S_g\) soit étale standard.
Démonstration
La démonstration suivante est un peu indirecte, et il existe peut-être des moyens de la raccourcir.
Étape 1. Par la Définition 00U1, il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(R \to S_g\) soit étale. Nous pouvons donc supposer que \(S\) est étale sur \(R\).
Étape 2. Par le Lemme 00U2, il existe un morphisme d’anneaux étale \(R_0 \to S_0\), avec \(R_0\) de type fini sur \(\mathbf{Z}\), et un morphisme d’anneaux \(R_0 \to R\) tels que \(R = R \otimes_{R_0} S_0\). Notons \(\mathfrak q_0\) l’idéal premier de \(S_0\) correspondant à \(\mathfrak q\). Si nous démontrons le résultat pour \((R_0 \to S_0, \mathfrak q_0)\), alors il en découle pour \((R \to S, \mathfrak q)\) par changement de base. Nous pouvons donc supposer que \(R\) est noethérien.
Étape 3. Remarquons que \(R \to S\) est quasi-fini par le Lemme 00U5. Par le Lemme 00QB, il existe un morphisme d’anneaux fini \(R \to S'\), un morphisme de \(R\)-algèbres \(S' \to S\) et un élément \(g' \in S'\) dont l’image vérifie \(g' \not \in \mathfrak q\) et tel que \(S' \to S\) induise un isomorphisme \(S'_{g'} \cong S_{g'}\). (Remarquons que, bien entendu, \(S'\) n’est en général pas étale sur \(R\).) Nous pouvons donc supposer que (a) \(R\) est noethérien, (b) \(R \to S\) est fini et (c) \(R \to S\) est étale en \(\mathfrak q\) (mais plus nécessairement étale en tout idéal premier).
Étape 4. Soit \(\mathfrak p \subset R\) l’idéal premier correspondant à \(\mathfrak q\). Considérons l’anneau fibre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). C’est une algèbre finie sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Il est donc artinien (voir le Lemme 00J6), et par conséquent un produit fini d’anneaux locaux \[S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = \prod\nolimits_{i = 1}^n A_i\] voir la Proposition 00KJ. L’un des facteurs, disons \(A_1\), est l’anneau local \(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}\), qui est isomorphe à \(\kappa(\mathfrak q)\) ; voir le Lemme 00U4. Les autres facteurs correspondent aux autres idéaux premiers, disons \(\mathfrak q_2, \ldots, \mathfrak q_n\), de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak p\).
Étape 5. Nous pouvons choisir un élément non nul \(\alpha \in \kappa(\mathfrak q)\) qui engendre l’extension de corps finie séparable \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) (ainsi, même si l’extension de corps est triviale, nous n’autorisons pas \(\alpha = 0\)). Remarquons que, pour tout \(\lambda \in \kappa(\mathfrak p)^*\), l’élément \(\lambda \alpha\) engendre lui aussi \(\kappa(\mathfrak q)\) sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Considérons l’élément \[\overline{t} = (\alpha, 0, \ldots, 0) \in \prod\nolimits_{i = 1}^n A_i = S \otimes_R \kappa(\mathfrak p).\] Après avoir éventuellement remplacé \(\alpha\) par \(\lambda \alpha\) comme ci-dessus, nous pouvons supposer que \(\overline{t}\) est l’image de \(t \in S\). Soit \(I \subset R[x]\) le noyau du morphisme de \(R\)-algèbres \(R[x] \to S\) qui envoie \(x\) sur \(t\). Posons \(S' = R[x]/I\), de sorte que \(S' \subset S\). Voici un diagramme \[\xymatrix{ R[x] \ar[r] & S' \ar[r] & S \\ R \ar[u] \ar[ru] \ar[rru] & & }\] Par construction, les idéaux premiers \(\mathfrak q_j\), \(j \geq 2\), de \(S\) se trouvent tous au-dessus de l’idéal premier \((\mathfrak p, x)\) de \(R[x]\), tandis que l’idéal premier \(\mathfrak q\) se trouve au-dessus d’un idéal premier différent de \(R[x]\), puisque \(\alpha \not = 0\).
Étape 6. Notons \(\mathfrak q' \subset S'\) l’idéal premier de \(S'\) correspondant à \(\mathfrak q\). D’après ce qui précède, \(\mathfrak q\) est le seul idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak q'\). Nous voyons donc que \(S_{\mathfrak q} = S_{\mathfrak q'}\) ; voir le Lemme 00EA (nous disposons de la propriété de montée pour \(S' \to S\) par le Lemme 00GU, puisque \(S' \to S\) est fini car \(R \to S\) est fini). Il s’ensuit que \(S'_{\mathfrak q'} \to S_{\mathfrak q}\) est fini et injectif, comme localisation du morphisme d’anneaux fini injectif \(S' \to S\). Considérons les morphismes d’anneaux locaux \[R_{\mathfrak p} \to S'_{\mathfrak q'} \to S_{\mathfrak q}\] Le second morphisme est fini et injectif. Nous avons \(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q} = \kappa(\mathfrak q)\) ; voir le Lemme 00U4. Donc, a fortiori, \(S_{\mathfrak q}/\mathfrak q'S_{\mathfrak q} = \kappa(\mathfrak q)\). Puisque \[\kappa(\mathfrak p) \subset \kappa(\mathfrak q') \subset \kappa(\mathfrak q)\] et puisque \(\alpha\) appartient à l’image de \(\kappa(\mathfrak q')\) dans \(\kappa(\mathfrak q)\), nous concluons que \(\kappa(\mathfrak q') = \kappa(\mathfrak q)\). Ainsi, par le Lemme de Nakayama 00DV appliqué au morphisme de \(S'_{\mathfrak q'}\)-modules \(S'_{\mathfrak q'} \to S_{\mathfrak q}\), le morphisme \(S'_{\mathfrak q'} \to S_{\mathfrak q}\) est surjectif. Autrement dit, \(S'_{\mathfrak q'} \cong S_{\mathfrak q}\).
Étape 7. Par le Lemme 00QS, il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), et \(g' \in S'\), \(g' \not \in \mathfrak q'\), tels que \(S'_{g'} \cong S_g\). Comme \(R\) est noethérien, l’anneau \(S'\) est fini sur \(R\), car c’est un sous-\(R\)-module du \(R\)-module fini \(S\). Après avoir remplacé \(S\) par \(S'\), nous pouvons donc supposer que (a) \(R\) est noethérien, (b) \(S\) est fini sur \(R\), (c) \(S\) est étale sur \(R\) en \(\mathfrak q\) et (d) \(S = R[x]/I\).
Étape 8. Considérons l’anneau \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak p)[x]/\overline{I}\), où \(\overline{I} = I \cdot \kappa(\mathfrak p)[x]\) est l’idéal engendré par \(I\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[x]\). Comme \(\kappa(\mathfrak p)[x]\) est un anneau principal, nous savons que \(\overline{I} = (\overline{h})\) pour un certain polynôme unitaire \(\overline{h} \in \kappa(\mathfrak p)[x]\). Après avoir remplacé \(\overline{h}\) par \(\lambda \cdot \overline{h}\) pour un certain \(\lambda \in \kappa(\mathfrak p)\), nous pouvons supposer que \(\overline{h}\) est l’image d’un certain \(h \in I \subset R[x]\). (Le problème est que nous ne savons pas si nous pouvons choisir \(h\) unitaire.) De plus, comme à l’Étape 4, nous savons que \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = A_1 \times \ldots \times A_n\), avec \(A_1 = \kappa(\mathfrak q)\) une extension finie séparable de \(\kappa(\mathfrak p)\) et \(A_2, \ldots, A_n\) locaux. Cela implique que \[\overline{h} = \overline{h}_1 \overline{h}_2^{e_2} \ldots \overline{h}_n^{e_n}\] pour certains polynômes unitaires irréductibles deux à deux premiers entre eux \(\overline{h}_i \in \kappa(\mathfrak p)[x]\) et certains \(e_2, \ldots, e_n \geq 1\). Ici, la numérotation est choisie de telle sorte que \(A_i = \kappa(\mathfrak p)[x]/(\overline{h}_i^{e_i})\) comme \(\kappa(\mathfrak p)[x]\)-algèbres. Remarquons que \(\overline{h}_1\) est le polynôme minimal de \(\alpha \in \kappa(\mathfrak q)\) et est donc un polynôme séparable (sa dérivée est première avec lui-même).
Étape 9. Soit \(m \in I\) un élément unitaire ; un tel élément existe parce que l’extension d’anneaux \(R \to R[x]/I\) est finie, donc entière. Notons \(\overline{m}\) l’image dans \(\kappa(\mathfrak p)[x]\). Nous pouvons factoriser \[\overline{m} = \overline{k} \overline{h}_1^{d_1} \overline{h}_2^{d_2} \ldots \overline{h}_n^{d_n}\] pour un certain \(d_1 \geq 1\), des \(d_j \geq e_j\), \(j = 2, \ldots, n\), et un \(\overline{k} \in \kappa(\mathfrak p)[x]\) premier avec tous les \(\overline{h}_i\). Posons \(f = m^l + h\), où \(l \deg(m) > \deg(h)\) et \(l \geq 2\). Alors \(f\) est unitaire comme polynôme sur \(R\). De plus, l’image \(\overline{f}\) de \(f\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[x]\) se factorise sous la forme \[\overline{f} = \overline{h}_1 \overline{h}_2^{e_2} \ldots \overline{h}_n^{e_n} + \overline{k}^l \overline{h}_1^{ld_1} \overline{h}_2^{ld_2} \ldots \overline{h}_n^{ld_n} = \overline{h}_1(\overline{h}_2^{e_2} \ldots \overline{h}_n^{e_n} + \overline{k}^l \overline{h}_1^{ld_1 - 1} \overline{h}_2^{ld_2} \ldots \overline{h}_n^{ld_n}) = \overline{h}_1 \overline{w}\] avec \(\overline{w}\) un polynôme premier avec \(\overline{h}_1\). Posons \(g = f'\) (la dérivée par rapport à \(x\)).
Étape 10. Le morphisme d’anneaux \(R[x] \to S = R[x]/I\) possède les propriétés suivantes : (1) il envoie \(f\) sur zéro, et (2) il envoie \(g\) sur un élément de \(S \setminus \mathfrak q\). La première assertion est claire, puisque \(f\) est un élément de \(I\). Pour la seconde, il suffit de montrer que \(g\) ne s’envoie pas sur zéro dans \(\kappa(\mathfrak q) = \kappa(\mathfrak p)[x]/(\overline{h}_1)\). L’image de \(g\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[x]\) est la dérivée de \(\overline{f}\). Ainsi, (2) est clair parce que \[\overline{g} = \frac{\text{d}\overline{f}}{\text{d}x} = \overline{w}\frac{\text{d}\overline{h}_1}{\text{d}x} + \overline{h}_1\frac{\text{d}\overline{w}}{\text{d}x},\] \(\overline{w}\) est premier avec \(\overline{h}_1\) et \(\overline{h}_1\) est séparable.
Étape 11. Nous concluons que \(\varphi : R[x]/(f) \to S\) est un morphisme d’anneaux surjectif, que \(R[x]_g/(f)\) est étale sur \(R\) (parce qu’il est étale standard ; voir le Lemme 00UC) et que \(\varphi(g) \not \in \mathfrak q\). Choisissons un élément \(g' \in R[x]/(f)\) tel que \(\varphi(g') \not \in \mathfrak q\) lui aussi et que \(S_{\varphi(g')}\) soit étale sur \(R\) (un tel élément existe puisque \(S\) est étale sur \(R\) en \(\mathfrak q\)). Alors le morphisme d’anneaux \(R[x]_{gg'}/(f) \to S_{\varphi(gg')}\) est un morphisme surjectif d’algèbres étales sur \(R\). Il est donc étale par le Lemme 00U7. C’est donc une localisation par le Lemme 00U8. Ainsi, une localisation de \(S\) en un élément n’appartenant pas à \(\mathfrak q\) est isomorphe à une localisation d’une algèbre étale standard sur \(R\), ce que nous voulions démontrer.
Les deux lemmes suivants affirment que la topologie étale est moins fine que la topologie engendrée par les recouvrements de Zariski et les morphismes finis plats. Ils devraient être omis lors d’une première lecture.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme étale standard. Il existe un morphisme d’anneaux \(R \to S'\) possédant les propriétés suivantes :
\(R \to S'\) est fini, de présentation finie et plat (autrement dit, \(S'\) est un \(R\)-module projectif de type fini),
\(\Spec(S') \to \Spec(R)\) est surjectif,
pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\) et tout idéal premier \(\mathfrak q' \subset S'\) au-dessus de \(\mathfrak p\), il existe \(g' \in S'\), \(g' \not \in \mathfrak q'\), tel que le morphisme d’anneaux \(R \to S'_{g'}\) se factorise par un morphisme \(\varphi : S \to S'_{g'}\) avec \(\varphi^{-1}(\mathfrak q'S'_{g'}) = \mathfrak q\).
Démonstration
Soit \(S = R[x]_g/(f)\) une présentation de \(S\) comme dans la Définition 00UB. Écrivons \(f = x^n + a_1 x^{n - 1} + \ldots + a_n\), avec \(a_i \in R\). Par le Lemme 03HS, il existe un morphisme d’anneaux fini libre et fidèlement plat \(R \to S'\) tel que \(f = \prod (x - \alpha_i)\) pour certains \(\alpha_i \in S'\). Ainsi, \(R \to S'\) satisfait les conditions (1) et (2). Soit \(\mathfrak q \subset R[x]/(f)\) un idéal premier avec \(g \not \in \mathfrak q\) (c’est-à-dire qu’il correspond à un idéal premier de \(S\)). Soit \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\), et soit \(\mathfrak q' \subset S'\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p\). Remarquons qu’il existe \(n\) morphismes de \(R\)-algèbres \[\begin{eqnarray*} \varphi_i : R[x]/(f) & \longrightarrow & S' \\ x & \longmapsto & \alpha_i \end{eqnarray*}\] Pour achever la démonstration, nous devons montrer que, pour un certain \(i\), (a) l’image de \(\varphi_i(g)\) dans \(\kappa(\mathfrak q')\) n’est pas nulle, et (b) \(\varphi_i^{-1}(\mathfrak q') = \mathfrak q\). Nous pourrons alors simplement prendre \(g' = \varphi_i(g)\) et \(\varphi = \varphi_i\) pour cet \(i\).
Notons \(\overline{f}\) l’image de \(f\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[x]\). Remarquons que, comme point de \(\Spec(\kappa(\mathfrak p)[x]/(\overline{f}))\), l’idéal premier \(\mathfrak q\) correspond à un facteur irréductible \(f_1\) de \(\overline{f}\). De plus, \(g \not \in \mathfrak q\) signifie que \(f_1\) ne divise pas l’image \(\overline{g}\) de \(g\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[x]\). Notons \(\overline{\alpha}_1, \ldots, \overline{\alpha}_n\) les images de \(\alpha_1, \ldots, \alpha_n\) dans \(\kappa(\mathfrak q')\). Remarquons que le polynôme \(\overline{f}\) se scinde complètement dans \(\kappa(\mathfrak q')[x]\), à savoir \[\overline{f} = \prod\nolimits_i (x - \overline{\alpha}_i)\] De plus, \(\varphi_i(g)\) se réduit à \(\overline{g}(\overline{\alpha}_i)\). Il s’ensuit que nous pouvons choisir \(i\) tel que \(f_1(\overline{\alpha}_i) = 0\) et \(\overline{g}(\overline{\alpha}_i) \not = 0\). Pour cet \(i\), les propriétés (a) et (b) sont satisfaites. Certains détails sont omis.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(R \to S\) soit étale, et
\(\Spec(S) \to \Spec(R)\) soit surjectif.
Alors il existe un morphisme d’anneaux \(R \to S'\) tel que
\(R \to S'\) soit fini, de présentation finie et plat (autrement dit, il est projectif de type fini comme \(R\)-module),
\(\Spec(S') \to \Spec(R)\) soit surjectif,
pour tout idéal premier \(\mathfrak q' \subset S'\), il existe \(g' \in S'\), \(g' \not \in \mathfrak q'\), tel que le morphisme d’anneaux \(R \to S'_{g'}\) se factorise sous la forme \(R \to S \to S'_{g'}\).
Démonstration
Par la Proposition 00UE et la quasi-compacité de \(\Spec(S)\) (voir le Lemme 00E8), nous pouvons trouver des éléments \(g_1, \ldots, g_n \in S\) qui engendrent l’idéal unité de \(S\) et tels que chacun des \(R \to S_{g_i}\) soit étale standard. Si nous démontrons le lemme pour le morphisme d’anneaux \(R \to \prod_{i = 1, \ldots, n} S_{g_i}\), alors le lemme en découle pour le morphisme d’anneaux \(R \to S\). Nous pouvons donc supposer que \(S = \prod_{i = 1, \ldots, n} S_i\) est un produit fini de morphismes étales standard.
Pour chaque \(i\), choisissons un morphisme d’anneaux \(R \to S_i'\) comme dans le Lemme 00UF, adapté au morphisme étale standard \(R \to S_i\). Posons \(S' = S_1' \otimes_R \ldots \otimes_R S_n'\) ; ci-dessous, nous utiliserons sans autre mention les morphismes de \(R\)-algèbres \(S_i' \to S'\). Nous affirmons que cela convient. Les propriétés (1) et (2) sont immédiates. Pour la propriété (3), supposons que \(\mathfrak q' \subset S'\) soit un idéal premier. Notons \(\mathfrak p\) son image dans \(\Spec(R)\). Choisissons \(i \in \{1, \ldots, n\}\) tel que \(\mathfrak p\) appartienne à l’image de \(\Spec(S_i) \to \Spec(R)\) ; cela est possible par hypothèse. Soit \(\mathfrak q_i' \subset S_i'\) l’image de \(\mathfrak q'\) dans le spectre de \(S_i'\). Par construction de \(S'_i\), il existe \(g'_i \in S_i'\) tel que \(R \to (S_i')_{g_i'}\) se factorise sous la forme \(R \to S_i \to (S_i')_{g_i'}\). Par conséquent, \(R \to S'_{g_i'}\) se factorise également sous la forme \[R \to S_i \to (S_i')_{g_i'} \to S'_{g_i'}\] comme désiré.
Structure locale étale des morphismes d’anneaux quasi-finis
Les lemmes suivants affirment, en gros, qu’après une extension étale, un morphisme d’anneaux quasi-fini devient fini. Pour faciliter l’interprétation des résultats, rappelons que le lieu où un morphisme d’anneaux de type fini est quasi-fini est ouvert (voir le Lemme 00QA) et que la formation de ce lieu commute aux changements de base arbitraires (voir le Lemme 00PP).
Lemme
Soient \(R \to S' \to S\) des morphismes d’anneaux. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Soit \(g \in S'\) un élément. Supposons que
\(R \to S'\) soit entier,
\(R \to S\) soit de type fini,
\(S'_g \cong S_g\), et
\(g\) soit inversible dans \(S' \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\).
Alors il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que \(R_f \to S_f\) soit fini.
Démonstration
Par hypothèse, l’image \(T\) de \(V(g) \subset \Spec(S')\) par le morphisme \(\Spec(S') \to \Spec(R)\) ne contient pas \(\mathfrak p\). Par la section 00HU, et en particulier le Lemme 00HZ, nous voyons que \(T\) est fermé. Choisissons \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que \(T \cap D(f) = \emptyset\). Nous voyons alors que \(g\) devient inversible dans \(S'_f\). Par conséquent, \(S'_f \cong S_f\). Ainsi, \(S_f\) est à la fois de type fini et entier sur \(R_f\), donc fini.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p \subset R\). Supposons que \(R \to S\) soit de type fini et quasi-fini en \(\mathfrak q\). Alors il existe
un morphisme d’anneaux étale \(R \to R'\),
un idéal premier \(\mathfrak p' \subset R'\) au-dessus de \(\mathfrak p\),
une décomposition en produit \[R' \otimes_R S = A \times B\]
possédant les propriétés suivantes :
\(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak p')\),
\(R' \to A\) est fini,
\(A\) possède exactement un idéal premier \(\mathfrak r\) au-dessus de \(\mathfrak p'\),
\(\mathfrak r\) est au-dessus de \(\mathfrak q\), et
\(B\) ne possède aucun idéal premier au-dessus de \(\mathfrak q\) et de \(\mathfrak p'\).
Démonstration
Soit \(S' \subset S\) la clôture intégrale de \(R\) dans \(S\). Soit \(\mathfrak q' = S' \cap \mathfrak q\). Par le Théorème principal de Zariski 00Q9, il existe \(g \in S'\), \(g \not \in \mathfrak q'\), tel que \(S'_g \cong S_g\). Considérons les anneaux fibres \(F = S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) et \(F' = S' \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). Notons \(\overline{\mathfrak q}'\) l’idéal premier de \(F'\) correspondant à \(\mathfrak q'\). Comme \(F'\) est entier sur \(\kappa(\mathfrak p)\), nous voyons que \(\overline{\mathfrak q}'\) est un point fermé de \(\Spec(F')\) ; voir le Lemme 00GS. Remarquons que \(\mathfrak q\) définit un point fermé isolé \(\overline{\mathfrak q}\) de \(\Spec(F)\) (voir la Définition 00PL). Comme \(S'_g \cong S_g\), nous avons \(F'_g \cong F_g\) ; ainsi, \(\overline{\mathfrak q}\) et \(\overline{\mathfrak q}'\) possèdent des voisinages ouverts isomorphes dans \(\Spec(F)\) et \(\Spec(F')\). Nous concluons que l’ensemble \(\{\overline{\mathfrak q}'\} \subset \Spec(F')\) est ouvert. En combinant cela avec le fait que \(\mathfrak q'\) est fermé (démontré ci-dessus), nous concluons que \(\overline{\mathfrak q}'\) définit lui aussi un point fermé isolé de \(\Spec(F')\).
Une petite remarque supplémentaire est que, sous le morphisme \(\Spec(F) \to \Spec(F')\), le point \(\overline{\mathfrak q}\) est l’unique point envoyé sur \(\overline{\mathfrak q}'\). Cela découle de la discussion ci-dessus.
Par le Lemme 00EM, nous pouvons écrire \(F' = F'_1 \times F'_2\), avec \(\Spec(F'_1) = \{\overline{\mathfrak q}'\}\). Comme \(F' = S' \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), il existe \(s' \in S'\) qui s’envoie sur l’élément \((r, 0) \in F'_1 \times F'_2 = F'\) pour un certain \(r \in R\), \(r \not \in \mathfrak p\). En fait, ce que nous utiliserons au sujet de \(s'\), c’est qu’il s’agit d’un élément de \(S'\) qui n’appartient pas à \(\mathfrak q'\) et qui appartient à tout autre idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p\).
Soit \(f(x) \in R[x]\) un polynôme unitaire tel que \(f(s') = 0\). Notons \(\overline{f} \in \kappa(\mathfrak p)[x]\) son image. Nous pouvons le factoriser sous la forme \(\overline{f} = x^e \overline{h}\), où \(\overline{h}(0) \not = 0\). Après avoir remplacé \(f\) par \(x f\) si nécessaire, nous pouvons supposer que \(e \geq 1\). Par le Lemme 00UH, nous pouvons trouver une extension d’anneaux étale \(R \to R'\), un idéal premier \(\mathfrak p'\) au-dessus de \(\mathfrak p\) et une factorisation \(f = h i\) dans \(R'[x]\), tels que \(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak p')\), \(\overline{h} = h \bmod \mathfrak p'\), \(x^e = i \bmod \mathfrak p'\), et que nous puissions écrire \(a h + b i = 1\) dans \(R'[x]\) (pour des \(a, b\) convenables).
Considérons les éléments \(h(s'), i(s') \in R' \otimes_R S'\). Par construction, nous avons \(h(s')i(s') = f(s') = 0\). D’autre part, ils engendrent l’idéal unité puisque \(a(s')h(s') + b(s')i(s') = 1\). Nous voyons donc que \(R' \otimes_R S'\) est le produit des localisations en ces éléments : \[R' \otimes_R S' = (R' \otimes_R S')_{i(s')} \times (R' \otimes_R S')_{h(s')} = S'_1 \times S'_2\] De plus, cette décomposition en produit est compatible avec celle que nous avons trouvée pour l’anneau fibre \(F'\) ; cela résulte de nos choix de \(s', i, h\), qui garantissent que \(\overline{\mathfrak q}'\) est le seul idéal premier de \(F'\) qui ne contient pas l’image de \(i(s')\) dans \(F'\). Nous utilisons ici le fait que l’anneau fibre de \(R'\otimes_R S'\) sur \(R'\) en \(\mathfrak p'\) est le même que \(F'\), puisque \(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak p')\). Il s’ensuit que \(S'_1\) possède exactement un idéal premier, disons \(\mathfrak r'\), au-dessus de \(\mathfrak p'\), et que cet idéal premier est au-dessus de \(\mathfrak q'\). Par conséquent, l’élément \(g \in S'\) s’envoie sur un élément de \(S'_1\) qui n’appartient pas à \(\mathfrak r'\).
Le changement de base \(R'\otimes_R S\) hérite d’une décomposition en produit semblable : \[R' \otimes_R S = (R' \otimes_R S)_{i(s')} \times (R' \otimes_R S)_{h(s')} = S_1 \times S_2\] Il résulte de ce qui précède que \(S_1\) possède exactement un idéal premier, disons \(\mathfrak r\), au-dessus de \(\mathfrak p'\) (considérer l’anneau fibre comme ci-dessus), et que cet idéal premier est au-dessus de \(\mathfrak q\).
Nous pouvons maintenant appliquer le Lemme 00UI aux morphismes d’anneaux \(R' \to S'_1 \to S_1\), à l’idéal premier \(\mathfrak p'\) et à l’élément \(g\) pour voir qu’après avoir remplacé \(R'\) par une localisation principale, nous pouvons supposer que \(S_1\) est fini sur \(R'\), comme désiré.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Supposons que \(R \to S\) soit de type fini. Alors il existe
un morphisme d’anneaux étale \(R \to R'\),
un idéal premier \(\mathfrak p' \subset R'\) au-dessus de \(\mathfrak p\),
une décomposition en produit \[R' \otimes_R S = A_1 \times \ldots \times A_n \times B\]
possédant les propriétés suivantes :
nous avons \(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak p')\),
chaque \(A_i\) est fini sur \(R'\),
chaque \(A_i\) possède exactement un idéal premier \(\mathfrak r_i\) au-dessus de \(\mathfrak p'\), et
\(R' \to B\) n’est quasi-fini en aucun idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p'\).
Démonstration
Notons \(F = S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) l’anneau fibre de \(S/R\) en l’idéal premier \(\mathfrak p\). Comme \(F\) est de type fini sur \(\kappa(\mathfrak p)\), il est noethérien, et \(\Spec(F)\) possède donc un nombre fini de points fermés isolés. S’il n’existe aucun point fermé isolé, c’est-à-dire aucun idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak p\) tel que \(S/R\) soit quasi-fini en \(\mathfrak q\), alors le lemme est satisfait. S’il existe au moins un tel idéal premier \(\mathfrak q\), nous pouvons appliquer le Lemme 00UJ. Cela donne un diagramme \[\xymatrix{ S \ar[r] & R'\otimes_R S \ar@{=}[r] & A_1 \times B' \\ R \ar[r] \ar[u] & R' \ar[u] \ar[ru] }\] comme dans ledit lemme. Comme les corps résiduels en \(\mathfrak p\) et \(\mathfrak p'\) sont les mêmes, les anneaux fibres de \(S/R\) et de \((A_1 \times B')/R'\) sont les mêmes. Ainsi, par récurrence sur le nombre de points fermés isolés de la fibre, nous pouvons supposer que le lemme est satisfait pour \(R' \to B'\) et \(\mathfrak p'\). Nous obtenons donc un morphisme d’anneaux étale \(R' \to R''\), un idéal premier \(\mathfrak p'' \subset R''\) et une décomposition \[R'' \otimes_{R'} B' = A_2 \times \ldots \times A_n \times B\] Nous omettons de vérifier que le morphisme d’anneaux \(R \to R''\), l’idéal premier \(\mathfrak p''\) et la décomposition qui en résulte \[R'' \otimes_R S = (R'' \otimes_{R'} A_1) \times A_2 \times \ldots \times A_n \times B\] constituent une solution au problème posé dans le lemme.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Supposons que \(R \to S\) soit de type fini. Alors il existe
un morphisme d’anneaux étale \(R \to R'\),
un idéal premier \(\mathfrak p' \subset R'\) au-dessus de \(\mathfrak p\),
une décomposition en produit \[R' \otimes_R S = A_1 \times \ldots \times A_n \times B\]
possédant les propriétés suivantes :
chaque \(A_i\) est fini sur \(R'\),
chaque \(A_i\) possède exactement un idéal premier \(\mathfrak r_i\) au-dessus de \(\mathfrak p'\),
les extensions de corps finies \(\kappa(\mathfrak r_i)/\kappa(\mathfrak p')\) sont purement inséparables, et
\(R' \to B\) n’est quasi-fini en aucun idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p'\).
Démonstration
La stratégie de la démonstration consiste à effectuer deux extensions d’anneaux étales : nous contrôlons d’abord les corps résiduels, puis nous appliquons le Lemme 00UK.
Notons \(F = S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) l’anneau fibre de \(S/R\) en l’idéal premier \(\mathfrak p\). Comme dans la démonstration du Lemme 00UK, il existe un nombre fini d’idéaux premiers, disons \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_n\), de \(S\) au-dessus de \(R\), auxquels le morphisme d’anneaux \(R \to S\) est quasi-fini. Soit \(\kappa(\mathfrak p) \subset L_i \subset \kappa(\mathfrak q_i)\) le sous-corps tel que \(\kappa(\mathfrak p) \subset L_i\) soit séparable et que l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak q_i)/L_i\) soit purement inséparable. Soit \(L/\kappa(\mathfrak p)\) une extension galoisienne finie dans laquelle \(L_i\) se plonge pour \(i = 1, \ldots, n\). Par le Lemme 00UD, nous pouvons trouver une extension d’anneaux étale \(R \to R'\), ainsi qu’un idéal premier \(\mathfrak p'\) au-dessus de \(\mathfrak p\), tels que l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak p')/\kappa(\mathfrak p)\) soit isomorphe à \(\kappa(\mathfrak p) \subset L\). Ainsi, l’anneau fibre de \(R' \otimes_R S\) en \(\mathfrak p'\) est isomorphe à \(F \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} L\). Les idéaux premiers au-dessus de \(\mathfrak q_i\) correspondent aux idéaux premiers de \(\kappa(\mathfrak q_i) \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} L\), qui est un produit de corps purement inséparables sur \(L\), par notre choix de \(L\) et la théorie élémentaire des corps. Ce sont également les seuls idéaux premiers au-dessus de \(\mathfrak p'\) auxquels \(R' \to R' \otimes_R S\) est quasi-fini, par le Lemme 00PP. Après avoir remplacé \(R\) par \(R'\), \(\mathfrak p\) par \(\mathfrak p'\) et \(S\) par \(R' \otimes_R S\), nous pouvons donc supposer que, pour tous les idéaux premiers \(\mathfrak q\) au-dessus de \(\mathfrak p\) auxquels \(S/R\) est quasi-fini, les extensions de corps \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) sont purement inséparables.
Appliquons ensuite le Lemme 00UK. Le résultat est celui que nous souhaitons, puisque les extensions de corps ne changent pas sous cette extension d’anneaux étale.
Homomorphismes locaux
Quelques lemmes qui ne trouvent naturellement place dans aucune section. Le premier affirme, en termes vagues, qu’un morphisme étale d’anneaux locaux est un isomorphisme modulo toutes les puissances d’un idéal principal engendré par un élément non inversible.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m_R) \to (S, \mathfrak m_S)\) un homomorphisme local d’anneaux locaux. Supposons que \(S\) soit la localisation d’une extension d’anneaux étale de \(R\) et que \(\kappa(\mathfrak m_R) \to \kappa(\mathfrak m_S)\) soit un isomorphisme. Alors il existe \(t \in \mathfrak m_R\) tel que \(R/t^nR \to S/t^nS\) soit un isomorphisme pour tout \(n \geq 1\).
Démonstration
Écrivons \(S = T_{\mathfrak q}\) pour une certaine \(R\)-algèbre étale \(T\) et un idéal premier \(\mathfrak q \subset T\) au-dessus de \(\mathfrak m_R\). Par la Proposition 00UE, nous pouvons supposer que \(R \to T\) est étale standard. Écrivons \(T = R[x]_g/(f)\) comme dans la Définition 00UB. Par notre hypothèse sur les corps résiduels, nous pouvons choisir \(a \in R\) tel que \(x\) et \(a\) aient la même image dans \(\kappa(\mathfrak q) = \kappa(\mathfrak m_S) = \kappa(\mathfrak m_R)\). Après avoir remplacé \(x\) par \(x - a\), nous pouvons alors supposer que \(\mathfrak q\) est engendré par \(x\) et \(\mathfrak m_R\) dans \(T\). En particulier, \(t = f(0) \in \mathfrak m_R\). Nous allons montrer que \(t = f(0)\) convient.
Écrivons \(f = x^d + \sum_{i = 1, \ldots, d - 1} a_i x^i + t\). Comme \(R \to T\) est étale standard, nous trouvons que \(a_1\) est une unité de \(R\) : la dérivée de \(f\) est inversible dans \(T\) et, en particulier, n’appartient pas à \(\mathfrak q\). Soit \(h = a_1 + a_2 x + \ldots + a_{d - 1} x^{d - 2} + x^{d - 1} \in R[x]\), de sorte que \(f = t + xh\) dans \(R[x]\). Nous voyons que \(h \not \in \mathfrak q\) et pouvons donc remplacer \(T\) par \(R[x]_{hg}/(f)\). Après ce remplacement, nous voyons que \[T/tT = (R/tR)[x]_{hg}/(f) = (R/tR)[x]_{hg}/(xh) = (R/tR)[x]_{hg}/(x)\] est un quotient de \(R/tR\). Par le Lemme 07RD, nous concluons que \(R/t^nR \to T/t^nT\) est surjectif pour tout \(n \geq 1\). D’autre part, nous savons que le morphisme local plat d’anneaux \(R/t^nR \to S/t^nS\) se factorise par \(R/t^nR \to T/t^nT\) pour tout \(n\) ; ces morphismes sont donc également injectifs (un homomorphisme local plat d’anneaux locaux est fidèlement plat et donc injectif ; voir les Lemmes 00HR et 05CK). Comme \(S\) est la localisation de \(T\), nous voyons que \(S/t^nS\) est la localisation de \(T/t^nT = R/t^nR\) en un idéal premier au-dessus de l’idéal maximal, mais cet anneau est déjà local, ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m_R) \to (S, \mathfrak m_S)\) un homomorphisme local d’anneaux locaux. Supposons que \(S\) soit la localisation d’une extension d’anneaux étale de \(R\). Alors il existe un morphisme d’anneaux fini, de présentation finie et fidèlement plat \(R \to S'\) tel que, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m'\) de \(S'\), il existe une factorisation \[R \to S \to S'_{\mathfrak m'}.\] Il s’agit d’une factorisation du morphisme d’anneaux \(R \to S'_{\mathfrak m'}\).
Démonstration
Écrivons \(S = T_{\mathfrak q}\) pour une certaine \(R\)-algèbre étale \(T\). Par la Proposition 00UE, nous pouvons supposer que \(T\) est étale standard. Appliquons le Lemme 00UF au morphisme d’anneaux \(R \to T\) pour obtenir \(R \to S'\). Alors, en particulier, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m'\) de \(S'\), nous obtenons une factorisation \(\varphi : T \to S'_{g'}\) pour un certain \(g' \not \in \mathfrak m'\) tel que \(\mathfrak q = \varphi^{-1}(\mathfrak m'S'_{g'})\). Ainsi, \(\varphi\) induit le morphisme local d’anneaux recherché \(S \to S'_{\mathfrak m'}\).
Clôture intégrale et changement de base lisse
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(f \in R[x]\) un polynôme unitaire. Soit \(R \to B\) un morphisme d’anneaux. Si \(h \in B[x]/(f)\) est entier sur \(R\), alors l’élément \(f' h\) peut s’écrire \(f'h = \sum_i b_i x^i\), avec des \(b_i \in B\) entiers sur \(R\).
Démonstration
Disons que \(h^e + r_1 h^{e - 1} + \ldots + r_e = 0\) dans l’anneau \(B[x]/(f)\), avec \(r_i \in R\). Il existe une extension d’anneaux finie libre \(B \subset B'\) telle que \(f = (x - \alpha_1) \ldots (x - \alpha_d)\) pour certains \(\alpha_i \in B'\) ; voir le Lemme 03HS. Remarquons que chaque \(\alpha_i\) est entier sur \(R\). Nous pouvons représenter \(h = h_0 + h_1 x + \ldots + h_{d - 1} x^{d - 1}\), avec \(h_i \in B\). Alors le fait universel suivant est valable : \[f' h = \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, d} h(\alpha_i) (x - \alpha_1) \ldots \widehat{(x - \alpha_i)} \ldots (x - \alpha_d)\] dans \(B'[x]/(f)\). On le démontre en évaluant les deux membres aux points \(\alpha_i\) sur l’anneau \(B_{univ} = \mathbf{Z}[\alpha_i, h_j]\) (certains détails sont omis). Comme, par hypothèse, \(h\) satisfait \(h^e + r_1 h^{e - 1} + \ldots + r_e = 0\) dans l’anneau \(B[x]/(f)\), nous voyons que \[h(\alpha_i)^e + r_1 h(\alpha_i)^{e - 1} + \ldots + r_e = 0\] dans \(B'\). Ainsi, \(h(\alpha_i)\) est entier sur \(R\). En utilisant la formule ci-dessus, nous voyons que \(f'h \equiv \sum_{j = 0, \ldots, d - 1} b'_j x^j\) dans \(B'[x]/(f)\), avec des \(b'_j \in B'\) entiers sur \(R\). Cependant, puisque \(f' h \in B[x]/(f)\) et que \(1, x, \ldots, x^{d - 1}\) constituent une \(B'\)-base de \(B'[x]/(f)\), nous voyons que \(b'_j \in B\), comme désiré.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux étale. Soit \(R \to B\) un morphisme d’anneaux quelconque. Soit \(A \subset B\) la clôture intégrale de \(R\) dans \(B\). Soit \(A' \subset S \otimes_R B\) la clôture intégrale de \(S\) dans \(S \otimes_R B\). Alors le morphisme canonique \(S \otimes_R A \to A'\) est un isomorphisme.
Démonstration
Le morphisme \(S \otimes_R A \to A'\) est injectif parce que \(A \subset B\) et que \(R \to S\) est plat. Nous allons utiliser à plusieurs reprises le fait que la formation de la clôture intégrale commute à la localisation ; voir le Lemme 0307. Nous pouvons donc localiser sur \(S\), par le Lemme 00EO (le critère qui permet de vérifier si un morphisme de \(S\)-modules est un isomorphisme). Ainsi, nous pouvons supposer que \(S = R[x]_g/(f) = (R[x]/(f))_g\) est étale standard sur \(R\) ; voir la Proposition 00UE. En localisant une fois de plus, nous voyons que \(A'\) est \((A'')_g\), où \(A''\) est la clôture intégrale de \(R[x]/(f)\) dans \(B[x]/(f)\). Supposons que \(a \in A''\). Il suffit de montrer que \(a\) appartient à \(S \otimes_R A\). Par le Lemme 03GD, nous voyons que \(f' a = \sum a_i x^i\), avec \(a_i \in A\). Comme \(f'\) est inversible dans \(S\) (par définition d’un morphisme d’anneaux étale standard), nous concluons que \(a \in S \otimes_R A\), comme désiré.
Exemple
Soit \(p\) un nombre premier. L’extension d’anneaux \[R = \mathbf{Z}[1/p] \subset R' = \mathbf{Z}[1/p][x]/(x^{p - 1} + \ldots + x + 1)\] possède la propriété suivante : pour \(d < p\), il existe des éléments \(\alpha_0, \ldots, \alpha_{d - 1} \in R'\) tels que \[\prod\nolimits_{0 \leq i < j < d} (\alpha_i - \alpha_j)\] soit une unité de \(R'\). En effet, prenons \(\alpha_i\) égal à la classe de \(x^i\) dans \(R'\) pour \(i = 0, \ldots, p - 1\). Nous avons alors \[T^p - 1 = \prod\nolimits_{i = 0, \ldots, p - 1} (T - \alpha_i)\] dans \(R'[T]\). En effet, l’anneau \(\mathbf{Q}[x]/(x^{p - 1} + \ldots + x + 1)\) est un corps parce que le polynôme cyclotomique \(x^{p - 1} + \ldots + x + 1\) est irréductible sur \(\mathbf{Q}\) et que les \(\alpha_i\) sont des racines deux à deux distinctes de \(T^p - 1\), d’où l’égalité. En dérivant les deux membres puis en substituant \(T = \alpha_i\), nous obtenons \[p \alpha_i^{p - 1} = (\alpha_i - \alpha_1) \ldots \widehat{(\alpha_i - \alpha_i)} \ldots (\alpha_i - \alpha_1)\] et nous voyons que cet élément est inversible dans \(R'\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux lisse. Soit \(R \to B\) un morphisme d’anneaux quelconque. Soit \(A \subset B\) la clôture intégrale de \(R\) dans \(B\). Soit \(A' \subset S \otimes_R B\) la clôture intégrale de \(S\) dans \(S \otimes_R B\). Alors le morphisme canonique \(S \otimes_R A \to A'\) est un isomorphisme.
Démonstration
En raisonnant comme dans la démonstration du Lemme 03GE, nous pouvons localiser sur \(S\). Nous pouvons donc supposer que \(R \to S\) est un morphisme d’anneaux lisse standard ; voir le Lemme 00TA. Par définition d’un morphisme d’anneaux lisse standard, nous voyons que \(S\) est étale sur un anneau de polynômes \(R[x_1, \ldots, x_n]\). Comme nous avons vu le résultat dans le cas d’une extension d’anneaux étale (Lemme 03GE), cela nous ramène au cas où \(S = R[x]\). Nous devons donc montrer \[f = \sum b_i x^i \text{ entier sur }R[x] \Leftrightarrow \text{chaque }b_i\text{ est entier sur }R.\] L’implication de droite à gauche vaut parce que l’ensemble des éléments de \(B[x]\) entiers sur \(R[x]\) est un anneau (Lemme 00GO) et contient \(x\).
Supposons que \(f \in B[x]\) soit entier sur \(R[x]\) et supposons que \(f = \sum_{i < d} b_i x^i\) soit de degré \(< d\). Comme la clôture intégrale et la localisation commutent, il suffit de montrer qu’il existe des nombres premiers distincts \(p, q\) tels que chaque \(b_i\) soit entier à la fois sur \(R[1/p]\) et sur \(R[1/q]\). Nous pouvons donc trouver une extension d’anneaux finie libre \(R \subset R'\) telle que \(R'\) contienne \(\alpha_1, \ldots, \alpha_d\) et que \(\prod_{i < j} (\alpha_i - \alpha_j)\) soit une unité de \(R'\) ; voir l’Exemple 03GF. Dans ce cas, nous avons l’égalité universelle \[f = \sum_i f(\alpha_i) \frac{(x - \alpha_1) \ldots \widehat{(x - \alpha_i)} \ldots (x - \alpha_d)} {(\alpha_i - \alpha_1) \ldots \widehat{(\alpha_i - \alpha_i)} \ldots (\alpha_i - \alpha_d)}.\] De plus, les éléments \(f(\alpha_i)\) sont entiers sur \(R'\), puisque \((R' \otimes_R B)[x] \to R' \otimes_R B\), \(h \mapsto h(\alpha_i)\), est un morphisme d’anneaux. Nous voyons donc que les coefficients de \(f\) dans \((R' \otimes_R B)[x]\) sont entiers sur \(R'\). Comme \(R'\) est fini sur \(R\) (donc entier sur \(R\)), nous voyons qu’ils sont également entiers sur \(R\), comme désiré.
Lemme
Soient \(R \to S\) et \(R \to B\) des morphismes d’anneaux. Soit \(A \subset B\) la clôture intégrale de \(R\) dans \(B\). Soit \(A' \subset S \otimes_R B\) la clôture intégrale de \(S\) dans \(S \otimes_R B\). Si \(S\) est une colimite filtrante de \(R\)-algèbres lisses, alors le morphisme canonique \(S \otimes_R A \to A'\) est un isomorphisme.
Démonstration
Cela résulte du fait immédiat que la formation des produits tensoriels et celle des clôtures intégrales commutent aux colimites filtrantes, ainsi que du Lemme 03GG.
Morphismes formellement non ramifiés
Il s’avère logiquement plus efficace de définir la notion de morphisme formellement non ramifié avant d’introduire celle de morphisme formellement étale.
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Nous disons que \(S\) est formellement non ramifié sur \(R\) si, pour tout diagramme commutatif dont les flèches pleines sont données \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & A/I \\ R \ar[r] \ar[u] & A \ar[u] }\] où \(I \subset A\) est un idéal de carré nul, il existe au plus une flèche pointillée rendant le diagramme commutatif.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme formellement non ramifié. Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux quelconque. Alors le changement de base \(S' = R' \otimes_R S\) est formellement non ramifié sur \(R'\).
Démonstration
Soit donné un diagramme dont les flèches pleines sont données \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rrd] & R' \otimes_R S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & A/I \\ R \ar[u] \ar[r] & R' \ar[r] \ar[u] & A \ar[u] }\] comme dans la Définition 00UN. Par hypothèse, il existe au plus une flèche pointillée longue. Par la propriété universelle du produit tensoriel, nous concluons qu’il existe au plus une flèche pointillée courte.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est formellement non ramifié,
le module des différentielles \(\Omega_{S/R}\) est nul.
Démonstration
Soit \(J = \Ker(S \otimes_R S \to S)\) le noyau du morphisme de multiplication. Soit \(A_{univ} = S \otimes_R S/J^2\). Rappelons que \(I_{univ} = J/J^2\) est isomorphe à \(\Omega_{S/R}\) ; voir le Lemme 00RW. De plus, les deux morphismes de \(R\)-algèbres \(\sigma_1, \sigma_2 : S \to A_{univ}\), \(\sigma_1(s) = s \otimes 1 \bmod J^2\) et \(\sigma_2(s) = 1 \otimes s \bmod J^2\) diffèrent par la dérivation universelle \(\text{d} : S \to \Omega_{S/R} = I_{univ}\).
Supposons que \(R \to S\) soit formellement non ramifié. Nous voyons alors que \(\sigma_1 = \sigma_2\). Ainsi, \(\text{d}(s) = 0\) pour tout \(s \in S\). Par conséquent, \(\Omega_{S/R} = 0\).
Supposons que \(\Omega_{S/R} = 0\). Soient \(A, I, R \to A, S \to A/I\) un diagramme dont les flèches pleines sont données, comme dans la Définition 00UN. Soient \(\tau_1, \tau_2 : S \to A\) deux flèches pointillées rendant le diagramme commutatif. Considérons le morphisme de \(R\)-algèbres \(A_{univ} \to A\) défini par la règle \(s_1 \otimes s_2 \mapsto \tau_1(s_1)\tau_2(s_2)\). Nous omettons de vérifier qu’il est bien défini. Comme \(A_{univ} \cong S\), puisque \(I_{univ} = \Omega_{S/R} = 0\), nous concluons que \(\tau_1 = \tau_2\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est formellement non ramifié,
\(R \to S_{\mathfrak q}\) est formellement non ramifié pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\), et
\(R_{\mathfrak p} \to S_{\mathfrak q}\) est formellement non ramifié pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\), avec \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\).
Démonstration
Nous avons vu dans le Lemme 00UO que (1) équivaut à \(\Omega_{S/R} = 0\). De même, par le Lemme 00RT, nous voyons que (2) et (3) équivalent à \((\Omega_{S/R})_{\mathfrak q} = 0\) pour tout \(\mathfrak q\). L’équivalence résulte donc du Lemme 00HN.
Lemme
Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux formellement non ramifié.
Pour une partie multiplicative \(S \subset A\), \(S^{-1}A \to S^{-1}B\) est formellement non ramifié.
Pour une partie multiplicative \(S \subset B\), \(A \to S^{-1}B\) est formellement non ramifié.
Démonstration
Cela résulte du Lemme 04E8. (On peut aussi le déduire du Lemme 00UO, combiné au Lemme 00RT.)
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I\) un ensemble ordonné filtrant. Soit \((S_i, \varphi_{ii'})\) un système de \(R\)-algèbres sur \(I\). Si chaque \(R \to S_i\) est formellement non ramifié, alors \(S = \colim_{i \in I} S_i\) est formellement non ramifié sur \(R\)
Démonstration
Considérons un diagramme comme dans la Définition 00UN. Par hypothèse, il existe au plus un morphisme de \(R\)-algèbres \(S_i \to A\) relevant les composées \(S_i \to S \to A/I\). Comme tout élément de \(S\) appartient à l’image de l’un des morphismes \(S_i \to S\), nous voyons qu’il existe au plus un morphisme \(S \to A\) s’insérant dans le diagramme.
Modules conormaux et épaississements universels
Il s’avère que l’on peut définir le premier voisinage infinitésimal non seulement pour une immersion fermée de schémas, mais déjà pour tout morphisme formellement non ramifié. Cela repose sur le fait algébrique suivant.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux formellement non ramifié. Il existe une surjection de \(R\)-algèbres \(S' \to S\) dont le noyau est un idéal de carré nul et qui possède la propriété universelle suivante : étant donné un diagramme commutatif quelconque \[\xymatrix{ S \ar[r]_a & A/I \\ R \ar[r]^b \ar[u] & A \ar[u] }\] où \(I \subset A\) est un idéal de carré nul, il existe un unique morphisme de \(R\)-algèbres \(a' : S' \to A\) tel que \(S' \to A \to A/I\) soit égal à \(S' \to S \to A/I\).
Démonstration
Choisissons un ensemble de générateurs \(z_i \in S\), \(i \in I\), de \(S\) comme \(R\)-algèbre. Soit \(P = R[\{x_i\}_{i \in I}]\) l’anneau de polynômes en les générateurs \(x_i\), \(i \in I\). Considérons le morphisme de \(R\)-algèbres \(P \to S\) qui envoie \(x_i\) sur \(z_i\). Soit \(J = \Ker(P \to S)\). Considérons le morphisme \[\text{d} : J/J^2 \longrightarrow \Omega_{P/R} \otimes_P S\] voir le Lemme 00RU. Il est surjectif puisque \(\Omega_{S/R} = 0\) par hypothèse ; voir le Lemme 00UO. Remarquons que \(\Omega_{P/R}\) est libre sur les \(\text{d}x_i\), et que le module \(\Omega_{P/R} \otimes_P S\) est donc libre sur \(S\). Nous pouvons ainsi choisir un scindage de la surjection ci-dessus et écrire \[J/J^2 = K \oplus \Omega_{P/R} \otimes_P S\] Soit \(J^2 \subset J' \subset J\) l’idéal de \(P\) tel que \(J'/J^2\) soit le second facteur direct de la décomposition ci-dessus. Posons \(S' = P/J'\). Nous obtenons une suite exacte courte \[0 \to J/J' \to S' \to S \to 0\] et nous voyons que \(J/J' \cong K\) est un idéal de carré nul de \(S'\). Par conséquent, \[\xymatrix{ S \ar[r]_1 & S \\ R \ar[r] \ar[u] & S' \ar[u] }\] est un diagramme comme ci-dessus. En fait, nous affirmons qu’il s’agit d’un objet initial de la catégorie de ces diagrammes. En effet, soit \((I \subset A, a, b)\) un diagramme arbitraire. Nous pouvons choisir un morphisme de \(R\)-algèbres \(\beta : P \to A\) tel que \[\xymatrix{ S \ar[r]_1 & S \ar[r]_a & A/I \\ R \ar[r] \ar@/_/[rr]_b \ar[u] & P \ar[u] \ar[r]^\beta & A \ar[u] }\] soit commutatif. Il n’est pas nécessairement vrai que \(\beta(J') = 0\) ; autrement dit, \(\beta\) ne se factorise pas nécessairement par \(S' = P/J'\). En revanche, il est clair que \(\beta(J') \subset I\) et, puisque \(\beta(J) \subset I\) et \(I^2 = 0\), nous avons \(\beta(J^2) = 0\). Ainsi, l’« obstruction » à l’existence d’un morphisme de \((J/J' \subset S', 1, R \to S')\) vers \((I \subset A, a, b)\) est le morphisme \(S\)-linéaire correspondant \(\overline{\beta} : J'/J^2 \to I\). Le choix de \(\beta\) réside dans le choix des \(\beta(x_i)\). Un choix différent de \(\beta\), disons \(\beta'\), s’obtient en prenant \(\beta'(x_i) = \beta(x_i) + \delta_i\), avec \(\delta_i \in I\). Dans ce cas, pour \(g \in J'\), nous obtenons \[\beta'(g) = \beta(g) + \sum\nolimits_i \delta_i \beta(\frac{\partial g}{\partial x_i})\] Comme le morphisme \(\text{d}|_{J'/J^2} : J'/J^2 \to \Omega_{P/R} \otimes_P S\) donné par \(g \mapsto \frac{\partial g}{\partial x_i}\text{d}x_i \otimes 1\) est un isomorphisme par construction, nous voyons qu’il existe un choix unique de \(\delta_i \in I\) tel que \(\beta'(g) = 0\) pour tout \(g \in J'\). (Plus précisément, \(\delta_i\) est \(-\overline{\beta}(g)\), où \(g \in J'/J^2\) est l’unique élément envoyé sur \(\text{d}x_i \otimes 1\) par \(\text{d}|_{J'/J^2}\).) L’unicité de la solution implique celle requise dans le lemme.
Dans la situation du Lemme 04EB, le morphisme de \(R\)-algèbres \(S' \to S\) est unique à isomorphisme unique près.
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux formellement non ramifié.
L’épaississement universel du premier ordre de \(S\) sur \(R\) est la surjection de \(R\)-algèbres \(S' \to S\) du Lemme 04EB.
Le module conormal de \(R \to S\) est le noyau \(I\) de l’épaississement universel du premier ordre \(S' \to S\), considéré comme un \(S\)-module.
Dans cette situation, nous notons souvent le module conormal \(C_{S/R}\).
Lemme
Soit \(I \subset R\) un idéal d’un anneau. L’épaississement universel du premier ordre de \(R/I\) sur \(R\) est la surjection \(R/I^2 \to R/I\). Le module conormal de \(R/I\) sur \(R\) est \(C_{(R/I)/R} = I/I^2\).
Démonstration
Omis.
Lemme
Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux formellement non ramifié. Soit \(\varphi : B' \to B\) l’épaississement universel du premier ordre de \(B\) sur \(A\).
Soit \(S \subset A\) une partie multiplicative. Alors \(S^{-1}B' \to S^{-1}B\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(S^{-1}B\) sur \(S^{-1}A\). En particulier, \(S^{-1}C_{B/A} = C_{S^{-1}B/S^{-1}A}\).
Soit \(S \subset B\) une partie multiplicative. Alors \(S' = \varphi^{-1}(S)\) est une partie multiplicative de \(B'\), et \((S')^{-1}B' \to S^{-1}B\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(S^{-1}B\) sur \(A\). En particulier, \(S^{-1}C_{B/A} = C_{S^{-1}B/A}\).
Remarquons que le lemme a un sens en vertu du Lemme 04E9.
Démonstration
Avec les notations et hypothèses de (1), soit \((S^{-1}B)' \to S^{-1}B\) l’épaississement universel du premier ordre de \(S^{-1}B\) sur \(S^{-1}A\). Remarquons que \(S^{-1}B' \to S^{-1}B\) est une surjection de \(S^{-1}A\)-algèbres dont le noyau est de carré nul. Par définition, nous obtenons donc un morphisme \((S^{-1}B)' \to S^{-1}B'\) compatible avec les morphismes vers \(S^{-1}B\). Considérons un diagramme commutatif quelconque \[\xymatrix{ B \ar[r] & S^{-1}B \ar[r] & D/I \\ A \ar[r] \ar[u] & S^{-1}A \ar[r] \ar[u] & D \ar[u] }\] où \(I \subset D\) est un idéal de carré nul. Comme \(B'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(B\) sur \(A\), nous obtenons un morphisme de \(A\)-algèbres \(B' \to D\). Mais il est clair que l’image de \(S\) dans \(D\) est envoyée sur des éléments inversibles de \(D\), et nous obtenons donc un morphisme compatible \(S^{-1}B' \to D\). En appliquant cela à \(D = (S^{-1}B)'\), nous voyons que nous obtenons un morphisme \(S^{-1}B' \to (S^{-1}B)'\). Nous omettons de vérifier que ce morphisme est inverse du morphisme décrit ci-dessus.
Avec les notations et hypothèses de (2), soit \((S^{-1}B)' \to S^{-1}B\) l’épaississement universel du premier ordre de \(S^{-1}B\) sur \(A\). Remarquons que \((S')^{-1}B' \to S^{-1}B\) est une surjection de \(A\)-algèbres dont le noyau est de carré nul. Par définition, nous obtenons donc un morphisme \((S^{-1}B)' \to (S')^{-1}B'\) compatible avec les morphismes vers \(S^{-1}B\). Considérons un diagramme commutatif quelconque \[\xymatrix{ B \ar[r] & S^{-1}B \ar[r] & D/I \\ A \ar[r] \ar[u] & A \ar[r] \ar[u] & D \ar[u] }\] où \(I \subset D\) est un idéal de carré nul. Comme \(B'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(B\) sur \(A\), nous obtenons un morphisme de \(A\)-algèbres \(B' \to D\). Mais il est clair que l’image de \(S'\) dans \(D\) est envoyée sur des éléments inversibles de \(D\), et nous obtenons donc un morphisme compatible \((S')^{-1}B' \to D\). En appliquant cela à \(D = (S^{-1}B)'\), nous voyons que nous obtenons un morphisme \((S')^{-1}B' \to (S^{-1}B)'\). Nous omettons de vérifier que ce morphisme est inverse du morphisme décrit ci-dessus.
Lemme
Soient \(R \to A \to B\) des morphismes d’anneaux. Supposons que \(A \to B\) soit formellement non ramifié. Soit \(B' \to B\) l’épaississement universel du premier ordre de \(B\) sur \(A\). Alors \(B'\) est formellement non ramifié sur \(A\), et le morphisme canonique \(\Omega_{A/R} \otimes_A B \to \Omega_{B'/R} \otimes_{B'} B\) est un isomorphisme.
Démonstration
Nous allons utiliser la construction de \(B'\) donnée dans la démonstration du Lemme 04EB, bien qu’il doive en principe être possible de déduire formellement ces résultats de la définition. Plus précisément, nous choisissons une présentation \(B = P/J\), où \(P = A[x_i]\) est un anneau de polynômes sur \(A\). Ensuite, nous choisissons des éléments \(f_i \in J\) tels que \(\text{d}f_i = \text{d}x_i \otimes 1\) dans \(\Omega_{P/A} \otimes_P B\). Ces choix étant faits, nous avons \(B' = P/J'\), avec \(J' = (f_i) + J^2\) ; voir la démonstration du Lemme 04EB.
Considérons la suite exacte canonique \[J'/(J')^2 \to \Omega_{P/A} \otimes_P B' \to \Omega_{B'/A} \to 0\] voir le Lemme 00RU. Par construction, les classes des \(f_i \in J'\) s’envoient sur des éléments du module \(\Omega_{P/A} \otimes_P B'\) qui l’engendrent modulo \(J'/J^2\), par construction. Comme \(J'/J^2\) est un idéal nilpotent, nous voyons que ces éléments engendrent le module tout entier (par le Lemme de Nakayama 00DV). Cela démontre que \(\Omega_{B'/A} = 0\) et donc que \(B'\) est formellement non ramifié sur \(A\) ; voir le Lemme 00UO.
Comme \(P\) est un anneau de polynômes sur \(A\), nous avons \(\Omega_{P/R} = \Omega_{A/R} \otimes_A P \oplus \bigoplus P\text{d}x_i\). Nous allons utiliser cette décomposition. Considérons la suite exacte suivante : \[J'/(J')^2 \to \Omega_{P/R} \otimes_P B' \to \Omega_{B'/R} \to 0\] voir le Lemme 00RU. Nous pouvons la tensoriser avec \(B\) et obtenir la suite exacte \[J'/(J')^2 \otimes_{B'} B \to \Omega_{P/R} \otimes_P B \to \Omega_{B'/R} \otimes_{B'} B \to 0\] Si nous nous rappelons que \(J' = (f_i) + J^2\), nous voyons que le premier morphisme annule le sous-module \(J^2/(J')^2\). En termes de la décomposition en somme directe \(\Omega_{P/R} \otimes_P B = \Omega_{A/R} \otimes_A B \oplus \bigoplus B\text{d}x_i\) donnée, nous voyons que le sous-module \((f_i)/(J')^2 \otimes_{B'} B\) s’envoie isomorphiquement sur le facteur direct \(\bigoplus B\text{d}x_i\). Ce qui reste de cette suite exacte est donc un isomorphisme \(\Omega_{A/R} \otimes_A B \to \Omega_{B'/R} \otimes_{B'} B\), comme désiré.
Morphismes formellement étales
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. On dit que \(S\) est formellement étale sur \(R\) si, pour tout diagramme commutatif dont les flèches pleines sont données \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & A/I \\ R \ar[r] \ar[u] & A \ar[u] }\] où \(I \subset A\) est un idéal de carré nul, il existe une unique flèche pointillée rendant le diagramme commutatif.
Il est clair qu’un morphisme d’anneaux est formellement étale si et seulement s’il est à la fois formellement lisse et formellement non ramifié.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme formellement étale. Soit \(R \to R'\) un morphisme d’anneaux quelconque. Alors le changement de base \(S' = R' \otimes_R S\) est formellement étale sur \(R'\).
Démonstration
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux de présentation finie. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est formellement étale,
\(R \to S\) est étale.
Démonstration
Supposons que \(R \to S\) soit formellement étale. Alors \(R \to S\) est lisse par la proposition 00TN. D’après le lemme 00UO, nous avons \(\Omega_{S/R} = 0\). Ainsi, \(R \to S\) est étale par définition.
Supposons que \(R \to S\) soit étale. Alors \(R \to S\) est formellement lisse par la proposition 00TN. D’après le lemme 00UO, il est formellement non ramifié. Ainsi, \(R \to S\) est formellement étale.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(I\) un ensemble ordonné filtrant. Soit \((S_i, \varphi_{ii'})\) un système de \(R\)-algèbres indexé par \(I\). Si chaque \(R \to S_i\) est formellement étale, alors \(S = \colim_{i \in I} S_i\) est formellement étale sur \(R\).
Démonstration
Considérons un diagramme comme dans la définition 00UQ. Par hypothèse, nous obtenons d’uniques morphismes de \(R\)-algèbres \(S_i \to A\) relevant les composées \(S_i \to S \to A/I\). Ils sont donc compatibles avec les morphismes de transition \(\varphi_{ii'}\) et définissent un relèvement \(S \to A\). Cela prouve l’existence. L’unicité est claire en se restreignant à chaque \(S_i\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(S \subset R\) une partie multiplicative quelconque. Alors le morphisme d’anneaux \(R \to S^{-1}R\) est formellement étale.
Démonstration
Soit \(I \subset A\) un idéal de carré nul. Ce que nous affirmons ici est qu’étant donné un morphisme d’anneaux \(\varphi : R \to A\) tel que \(\varphi(f) \mod I\) soit inversible pour tout \(f \in S\), nous avons aussi que \(\varphi(f)\) est inversible dans \(A\) pour tout \(f \in S\). Cela est vrai parce que \(A^*\) est l’image réciproque de \((A/I)^*\) par le morphisme canonique \(A \to A/I\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(J \subset S\) un idéal tel que \(R \to S/J\) soit surjectif ; soit \(I \subset R\) le noyau. Si \(R \to S\) est formellement étale, alors \(R/I^n \to S/J^n\) est un isomorphisme pour tout \(n\), et \(\bigoplus I^n/I^{n + 1} \to \bigoplus J^n/J^{n + 1}\) est un isomorphisme d’anneaux gradués.
Démonstration
En utilisant la propriété de relèvement par récurrence, nous obtenons des flèches pointillées \[\xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & S/J = R/I \\ R \ar[r] \ar[u] & R/I^2 \ar[u] } \quad \xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & R/I^2 \\ R \ar[r] \ar[u] & R/I^3 \ar[u] } \quad \xymatrix{ S \ar[r] \ar@{-->}[rd] & R/I^3 \\ R \ar[r] \ar[u] & R/I^4 \ar[u] }\] Les morphismes correspondants \(S/J^n \to R/I^n\) sont des isomorphismes puisque les composées \(S/J^n \to R/I^n \to S/J^n\) sont (par récurrence) l’identité, par l’unicité dans la propriété de relèvement des morphismes d’anneaux formellement étales.
Lemme
Soient \(R \to S \to S'\) des morphismes d’anneaux. Soient \(J\), resp. \(J'\), les noyaux des morphismes de multiplication \(S \otimes_R S \to S\), resp. \(S' \otimes_{R'} S' \to S'\). Si \(S \to S'\) est formellement étale, alors le morphisme \[S' \otimes_S \left((S \otimes_R S)/J^{k + 1}\right) \longrightarrow (S' \otimes_R S')/(J')^{k + 1}\] est un isomorphisme pour tout \(k \geq 0\). En particulier, le morphisme \(S' \otimes_S \Omega_{S/R} \to \Omega_{S'/R}\) est un isomorphisme.
Démonstration
Observons que \(S' \otimes_S (S \otimes_R S) = S' \otimes_R S\) et que l’idéal \(J\) engendre dans \(S' \otimes_R S\) le noyau \(I\) de la surjection \(S' \otimes_R S \to S'\). Par conséquent, le membre de gauche est égal à \(S' \otimes_R S/I^{k + 1}\). Le morphisme \(S' \otimes_R S \to S' \otimes_R S'\) est formellement étale par le lemme 0H92. Nous concluons donc que la flèche affichée dans l’énoncé du lemme est un isomorphisme par le lemme 0H1D. La dernière assertion résulte de ceci et du fait que \(\Omega_{S/R} = J/J^2\) et \(\Omega_{S'/R} = J'/(J')^2\) d’après le lemme 00RW.
Lemme
Soient \(R \to S \to S'\) des morphismes d’anneaux, avec \(S \to S'\) formellement étale (par exemple étale). Soit \(M\) un \(S\)-module. Posons \(M' = S' \otimes_R M\). Alors nous avons \[S' \otimes_S P^k_{S/R}(M) = P^k_{S'/R}(M')\] Il s’ensuit que, pour tout \(S\)-module \(N\) et tout opérateur différentiel d’ordre fini \(D : M \to N\), il existe un unique prolongement \(D' : M' \to S' \otimes_S N\) de \(D\) en un opérateur différentiel (du même ordre ou d’ordre inférieur).
Démonstration
Soient \(J\) et \(J'\) comme dans l’énoncé du lemme 0H93. Alors nous avons \[\begin{align*} S' \otimes_S P^k_{S/R}(M) & = S' \otimes_S \left((S \otimes_R M)/J^{k + 1}(S \otimes_R M)\right) \\ & = S' \otimes_S \left((S \otimes_R S)/J^{k + 1}\right) \otimes_S M \\ & = \left(S' \otimes_R S'/(J')^{k + 1}\right) \otimes_S M \\ & = \left(S' \otimes_R S'/(J')^{k + 1}\right) \otimes_{S'} M' \\ & = S' \otimes_R M'/(J')^{k + 1}(S' \otimes_R M') \\ & = P^k_{S'/R'}(M') \end{align*}\] La première et la dernière égalité proviennent du lemme 0H90. La troisième égalité est le lemme 0H93. La dernière assertion est vraie parce que, si \(D\) correspond à l’application linéaire \(\gamma : P^k_{S/R}(M) \to N\), alors nous pouvons faire correspondre à \(D' : M' \to S' \otimes_R N\) l’application linéaire \(1 \otimes \gamma : S' \otimes_R P^k_{S/R}(M) \to S' \otimes_R N\).
Remarque
Soient \(R \to S \to S'\) des morphismes d’anneaux, avec \(S \to S'\) formellement étale (par exemple étale). Soient \(M_i\), \(i = 1, 2, 3\), des \(S\)-modules, et soient \(D_i : M_i \to M_{i + 1}\), \(i = 1, 2\), des opérateurs différentiels d’ordre fini. Alors, si \(D'_i : M'_i \to M'_{i + 1}\), \(i = 1, 2\), sont les prolongements des \(D_i\) à \(M'_i = S' \otimes_S M_i\) comme dans le lemme 0H94, alors \(D'_2 \circ D'_1\) est le prolongement de \(D_2 \circ D_1\). En particulier, si \(M\) est un \(S\)-module, alors \(M' = S' \otimes_S M\) est un module sur la \(S\)-algèbre \(\text{Diff}_{S/R}(M, M)\).
Morphismes d’anneaux non ramifiés
Notre définition d’un morphisme d’anneaux non ramifié est celle de [Henselian]. Ce que nous appelons morphisme d’anneaux G-non ramifié est ce qu’EGA appelle morphisme non ramifié.
Définition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux.
On dit que \(R \to S\) est non ramifié si \(R \to S\) est de type fini et \(\Omega_{S/R} = 0\).
On dit que \(R \to S\) est G-non ramifié si \(R \to S\) est de présentation finie et \(\Omega_{S/R} = 0\).
Étant donné un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\), on dit que \(S\) est non ramifié en \(\mathfrak q\) s’il existe un \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(R \to S_g\) soit non ramifié.
Étant donné un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\), on dit que \(S\) est G-non ramifié en \(\mathfrak q\) s’il existe un \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(R \to S_g\) soit G-non ramifié.
Bien sûr, un morphisme G-non ramifié est non ramifié.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est formellement non ramifié et de type fini, et
\(R \to S\) est non ramifié.
De plus, les assertions suivantes sont également équivalentes :
\(R \to S\) est formellement non ramifié et de présentation finie, et
\(R \to S\) est G-non ramifié.
Démonstration
Cela résulte du lemme 00UO et des définitions.
Lemme
Propriétés des morphismes d’anneaux non ramifiés et G-non ramifiés.
Le changement de base d’un morphisme d’anneaux non ramifié est non ramifié. Le changement de base d’un morphisme d’anneaux G-non ramifié est G-non ramifié.
La composée de morphismes d’anneaux non ramifiés est non ramifiée. La composée de morphismes d’anneaux G-non ramifiés est G-non ramifiée.
Toute localisation principale \(R \to R_f\) est G-non ramifiée et non ramifiée.
Si \(I \subset R\) est un idéal, alors \(R \to R/I\) est non ramifié. Si \(I \subset R\) est un idéal de type fini, alors \(R \to R/I\) est G-non ramifié.
Un morphisme d’anneaux étale est G-non ramifié et non ramifié.
Si \(R \to S\) est de type fini (resp. de présentation finie), si \(\mathfrak q \subset S\) est un idéal premier et si \((\Omega_{S/R})_{\mathfrak q} = 0\), alors \(R \to S\) est non ramifié (resp. G-non ramifié) en \(\mathfrak q\).
Si \(R \to S\) est de type fini (resp. de présentation finie), si \(\mathfrak q \subset S\) est un idéal premier et si \(\Omega_{S/R} \otimes_S \kappa(\mathfrak q) = 0\), alors \(R \to S\) est non ramifié (resp. G-non ramifié) en \(\mathfrak q\).
Si \(R \to S\) est de type fini (resp. de présentation finie), si \(\mathfrak q \subset S\) est un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\) et si \((\Omega_{S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)/\kappa(\mathfrak p)})_{\mathfrak q} = 0\), alors \(R \to S\) est non ramifié (resp. G-non ramifié) en \(\mathfrak q\).
Si \(R \to S\) est de type fini (resp. de présentation finie), si \(\mathfrak q \subset S\) est un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\) et si \((\Omega_{S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)/\kappa(\mathfrak p)}) \otimes_{S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak q) = 0\), alors \(R \to S\) est non ramifié (resp. G-non ramifié) en \(\mathfrak q\).
Si \(R \to S\) est un morphisme d’anneaux, si \(g_1, \ldots, g_m \in S\) engendrent l’idéal unité et si \(R \to S_{g_j}\) est non ramifié (resp. G-non ramifié) pour \(j = 1, \ldots, m\), alors \(R \to S\) est non ramifié (resp. G-non ramifié).
Si \(R \to S\) est un morphisme d’anneaux qui est non ramifié (resp. G-non ramifié) en tout idéal premier de \(S\), alors \(R \to S\) est non ramifié (resp. G-non ramifié).
Si \(R \to S\) est G-non ramifié, alors il existe une \(\mathbf{Z}\)-algèbre \(R_0\) de type fini, un morphisme d’anneaux G-non ramifié \(R_0 \to S_0\) et un morphisme d’anneaux \(R_0 \to R\) tels que \(S = R \otimes_{R_0} S_0\).
Si \(R \to S\) est non ramifié, alors il existe une \(\mathbf{Z}\)-algèbre \(R_0\) de type fini, un morphisme d’anneaux non ramifié \(R_0 \to S_0\) et un morphisme d’anneaux \(R_0 \to R\) tels que \(S\) soit un quotient de \(R \otimes_{R_0} S_0\).
Démonstration
Nous démontrons chaque point dans l’ordre.
Pour (1). Cela résulte des lemmes 00RV et 05G5.
Pour (2). Cela résulte des lemmes 00RS et 05G5.
Pour (3). Cela résulte d’un calcul direct de \(\Omega_{R_f/R}\), que nous omettons.
Pour (4). Nous avons \(\Omega_{(R/I)/R} = 0\), voir le lemme 00RP, et le morphisme d’anneaux \(R \to R/I\) est de type fini. Si \(I\) est un idéal de type fini, alors \(R \to R/I\) est de présentation finie.
Pour (5). Voir la discussion suivant la définition 00U1.
Pour (6). Dans ce cas, \(\Omega_{S/R}\) est un \(S\)-module de type fini (voir le lemme 00RZ) et il existe donc un \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \((\Omega_{S/R})_g = 0\). D’après le lemme 00RT, cela signifie que \(\Omega_{S_g/R} = 0\) et donc que \(R \to S_g\) est non ramifié, comme désiré.
Pour (7). Le lemme de Nakayama (lemme 00DV) montre que la condition est équivalente à celle de (6).
Pour (8) et (9). Ces assertions sont équivalentes de la même manière que (6) et (7) le sont. De plus, \(\Omega_{S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)/\kappa(\mathfrak p)} = \Omega_{S/R} \otimes_S (S \otimes_R \kappa(\mathfrak p))\) d’après le lemme 00RV. Nous voyons donc que (9) est équivalente à (7), puisque les \(\kappa(\mathfrak q)\)-espaces vectoriels qui y figurent sont canoniquement isomorphes.
Pour (10). Cela résulte des lemmes 00EO et 00RT.
Pour (11). Cela résulte de (6) et (7) et du fait que le spectre de \(S\) est quasi-compact.
Pour (12). Écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/(g_1, \ldots, g_m)\). Comme \(\Omega_{S/R} = 0\), nous pouvons écrire \[\text{d}x_i = \sum h_{ij}\text{d}g_j + \sum a_{ijk}g_j\text{d}x_k\] dans \(\Omega_{R[x_1, \ldots, x_n]/R}\) pour certains \(h_{ij}, a_{ijk} \in R[x_1, \ldots, x_n]\). Choisissons une \(\mathbf{Z}\)-sous-algèbre \(R_0 \subset R\) de type fini contenant tous les coefficients des polynômes \(g_i, h_{ij}, a_{ijk}\). Posons \(S_0 = R_0[x_1, \ldots, x_n]/(g_1, \ldots, g_m)\). Cela convient.
Pour (13). Écrivons \(S = R[x_1, \ldots, x_n]/I\). Comme \(\Omega_{S/R} = 0\), nous pouvons écrire \[\text{d}x_i = \sum h_{ij}\text{d}g_{ij} + \sum g'_{ik}\text{d}x_k\] dans \(\Omega_{R[x_1, \ldots, x_n]/R}\) pour certains \(h_{ij} \in R[x_1, \ldots, x_n]\) et \(g_{ij}, g'_{ik} \in I\). Choisissons une \(\mathbf{Z}\)-sous-algèbre \(R_0 \subset R\) de type fini contenant tous les coefficients des polynômes \(g_{ij}, h_{ij}, g'_{ik}\). Posons \(S_0 = R_0[x_1, \ldots, x_n]/(g_{ij}, g'_{ik})\). Cela convient.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Si \(R \to S\) est non ramifié, alors il existe un idempotent \(e \in S \otimes_R S\) tel que \(S \otimes_R S \to S\) soit isomorphe à \(S \otimes_R S \to (S \otimes_R S)_e\).
Démonstration
Soit \(J = \Ker(S \otimes_R S \to S)\). Par hypothèse, \(J/J^2 = 0\), voir le lemme 00RW. Comme \(S\) est de type fini sur \(R\), nous voyons que \(J\) est de type fini, à savoir engendré par les \(x_i \otimes 1 - 1 \otimes x_i\), où les \(x_i\) engendrent \(S\) sur \(R\). On conclut par le lemme 00EH.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p\) dans \(R\). Si \(S/R\) est non ramifié en \(\mathfrak q\), alors
nous avons \(\mathfrak p S_{\mathfrak q} = \mathfrak qS_{\mathfrak q}\), et cet idéal est l’idéal maximal de l’anneau local \(S_{\mathfrak q}\), et
l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) est finie séparable.
Démonstration
Nous pouvons d’abord remplacer \(S\) par \(S_g\) pour un \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), et supposer que \(R \to S\) est non ramifié. Le changement de base \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est non ramifié sur \(\kappa(\mathfrak p)\) d’après le lemme 00UV. D’après le lemme 00TT, il est lisse, donc étale, sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Ainsi, \(F = S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est un produit fini d’extensions de corps finies séparables de \(\kappa(\mathfrak p)\), voir le lemme 00U3. Avec les notations et résultats de la remarque 0H9M, nous trouvons que \(F_{\overline{\mathfrak q}} = S_\mathfrak q/\mathfrak pS_\mathfrak q\) est égal à \(\kappa(\mathfrak q)\). Cela implique le lemme.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux de type fini. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\). Si \(R \to S\) est non ramifié en \(\mathfrak q\), alors \(R \to S\) est quasi-fini en \(\mathfrak q\). En particulier, un morphisme d’anneaux non ramifié est quasi-fini.
Démonstration
Un morphisme d’anneaux non ramifié est de type fini. Il est donc clair que la seconde assertion résulte de la première. Pour voir la première assertion, appliquons la caractérisation du lemme 00PK, partie (2), en utilisant le lemme 00UW.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus d’un idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Si
\(R \to S\) est de type fini,
\(\mathfrak p S_{\mathfrak q}\) est l’idéal maximal de l’anneau local \(S_{\mathfrak q}\), et
l’extension de corps \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) est finie séparable,
alors \(R \to S\) est non ramifié en \(\mathfrak q\).
Démonstration
D’après le lemme 00UV (8), il suffit de montrer que \(\Omega_{S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) / \kappa(\mathfrak p)}\) est nul après localisation en \(\mathfrak q\). Nous pouvons donc remplacer \(S\) par \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) et \(R\) par \(\kappa(\mathfrak p)\). Autrement dit, nous pouvons supposer que \(R = k\) est un corps et que \(S\) est une \(k\)-algèbre de type fini. Dans ce cas, les hypothèses impliquent que \(S_{\mathfrak q} \cong \kappa(\mathfrak q)\). Ainsi, \((\Omega_{S/k})_{\mathfrak q} = \Omega_{S_\mathfrak q/k} = \Omega_{\kappa(\mathfrak q)/k}\) est nul, comme désiré (la première égalité est le lemme 00RT).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R \to S\) est étale,
\(R \to S\) est plat et G-non ramifié, et
\(R \to S\) est plat, non ramifié et de présentation finie.
Démonstration
Les assertions (2) et (3) sont équivalentes par définition. L’implication (1) \(\Rightarrow\) (3) résulte du fait que les morphismes d’anneaux étales sont de présentation finie, du lemme 00U2 (platitude des morphismes étales) et du lemme 00UV (les morphismes étales sont non ramifiés). Réciproquement, la caractérisation des morphismes d’anneaux étales du lemme 00U6 et la structure des morphismes d’anneaux non ramifiés du lemme 00UW montrent que (3) implique (1). (On utilise ici que \(R \to S\) est étale si \(R \to S\) est étale en tout idéal premier \(\mathfrak q \subset S\), voir le lemme 00U2.)
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \[\varphi : k[x_1, \ldots, x_n] \to A, \quad x_i \longmapsto a_i\] un morphisme d’anneaux de type fini. Alors \(\varphi\) est étale si et seulement si les deux conditions suivantes sont vérifiées : (a) les anneaux locaux de \(A\) aux idéaux maximaux sont de dimension \(n\), et (b) les éléments \(\text{d}(a_1), \ldots, \text{d}(a_n)\) engendrent \(\Omega_{A/k}\) comme \(A\)-module.
Démonstration
Supposons (a) et (b). La condition (b) implique que \(\Omega_{A/k[x_1, \ldots, x_n]} = 0\) et donc que \(\varphi\) est non ramifié. Il suffit ainsi de prouver que \(\varphi\) est plat, voir le lemme 08WD. Soit \(\mathfrak m \subset A\) un idéal maximal. Posons \(X = \Spec(A)\) et notons \(x \in X\) le point fermé correspondant à \(\mathfrak m\). Alors \(\dim(A_\mathfrak m)\) est \(\dim_x X\), voir le lemme 00OU. Ainsi, d’après le lemme 00TT, si (a) et (b) sont vérifiées, alors \(A_\mathfrak m\) est un anneau local régulier pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\). Ensuite, \(k[x_1, \ldots, x_n]_{\varphi^{-1}(\mathfrak m)} \to A_\mathfrak m\) est plat d’après le lemme 00R4 (et le fait qu’un anneau local régulier est de Cohen-Macaulay, voir le lemme 00NQ). Ainsi, \(\varphi\) est plat d’après le lemme 00HT.
Supposons que \(\varphi\) soit étale. Alors \(\Omega_{A/k[x_1, \ldots, x_n]} = 0\) et donc (b) est vérifiée. D’autre part, les morphismes d’anneaux étales sont plats (lemme 00U2) et quasi-finis (lemme 00U5). Ainsi, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(A\), nous pouvons appliquer le lemme 00ON à \(k[x_1, \ldots, x_n]_{\varphi^{-1}(\mathfrak m)} \to A_\mathfrak m\) pour voir que \(\dim(A_\mathfrak m) = n\) et donc que (a) est vérifiée.
Structure locale des morphismes d’anneaux non ramifiés
Un morphisme non ramifié est localement (en un sens convenable) la composée d’une immersion fermée et d’un morphisme étale. Les fondements algébriques de ce fait sont examinés dans cette section.
Proposition
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier. Si \(R \to S\) est non ramifié en \(\mathfrak q\), alors il existe
un \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\),
un morphisme d’anneaux étale standard \(R \to S'\), et
un morphisme surjectif de \(R\)-algèbres \(S' \to S_g\).
Démonstration
Cette démonstration est la « même » que celle de la proposition 00UE. Elle est quelque peu indirecte et il existe peut-être des moyens de la raccourcir.
Étape 1. D’après la définition 00UT, il existe un \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(R \to S_g\) soit non ramifié. Nous pouvons donc supposer que \(S\) est non ramifié sur \(R\).
Étape 2. D’après le lemme 00UV, il existe un morphisme d’anneaux non ramifié \(R_0 \to S_0\), avec \(R_0\) de type fini sur \(\mathbf{Z}\), et un morphisme d’anneaux \(R_0 \to R\) tel que \(S\) soit un quotient de \(R \otimes_{R_0} S_0\). Notons \(\mathfrak q_0\) l’idéal premier de \(S_0\) correspondant à \(\mathfrak q\). Si nous montrons le résultat pour \((R_0 \to S_0, \mathfrak q_0)\), alors le résultat pour \((R \to S, \mathfrak q)\) s’en déduit par changement de base. Ainsi, nous pouvons supposer que \(R\) est noethérien.
Étape 3. Notons que \(R \to S\) est quasi-fini d’après le lemme 02UR. D’après le lemme 00QB, il existe un morphisme d’anneaux fini \(R \to S'\), un morphisme de \(R\)-algèbres \(S' \to S\) et un élément \(g' \in S'\) satisfaisant \(g' \not \in \mathfrak q\) et tel que \(S' \to S\) induise un isomorphisme \(S'_{g'} \cong S_{g'}\). (Notons que \(S'\) n’est pas nécessairement non ramifié sur \(R\).) Nous pouvons donc supposer que (a) \(R\) est noethérien, (b) \(R \to S\) est fini et (c) \(R \to S\) est non ramifié en \(\mathfrak q\) (mais plus nécessairement non ramifié en tous les idéaux premiers).
Étape 4. Soit \(\mathfrak p \subset R\) l’idéal premier correspondant à \(\mathfrak q\). Considérons l’anneau fibre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). C’est une algèbre finie sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Il est donc artinien (voir le lemme 00J6) et est ainsi un produit fini d’anneaux locaux \[S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = \prod\nolimits_{i = 1}^n A_i\] voir la proposition 00KJ. L’un des facteurs, disons \(A_1\), est l’anneau local \(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}\), qui est isomorphe à \(\kappa(\mathfrak q)\), voir le lemme 00UW. Les autres facteurs correspondent aux autres idéaux premiers, disons \(\mathfrak q_2, \ldots, \mathfrak q_n\), de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak p\).
Étape 5. Nous pouvons choisir un élément non nul \(\alpha \in \kappa(\mathfrak q)\) qui engendre l’extension de corps finie séparable \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) (ainsi, même si l’extension de corps est triviale, nous n’autorisons pas \(\alpha = 0\)). Notons que, pour tout \(\lambda \in \kappa(\mathfrak p)^*\), l’élément \(\lambda \alpha\) engendre lui aussi \(\kappa(\mathfrak q)\) sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Considérons l’élément \[\overline{t} = (\alpha, 0, \ldots, 0) \in \prod\nolimits_{i = 1}^n A_i = S \otimes_R \kappa(\mathfrak p).\] Après avoir éventuellement remplacé \(\alpha\) par \(\lambda \alpha\) comme ci-dessus, nous pouvons supposer que \(\overline{t}\) est l’image d’un \(t \in S\). Soit \(I \subset R[x]\) le noyau du morphisme de \(R\)-algèbres \(R[x] \to S\) qui envoie \(x\) sur \(t\). Posons \(S' = R[x]/I\), de sorte que \(S' \subset S\). Voici un diagramme : \[\xymatrix{ R[x] \ar[r] & S' \ar[r] & S \\ R \ar[u] \ar[ru] \ar[rru] & & }\] Par construction, les idéaux premiers \(\mathfrak q_j\), \(j \geq 2\), de \(S\) se trouvent tous au-dessus de l’idéal premier \((\mathfrak p, x)\) de \(R[x]\), tandis que l’idéal premier \(\mathfrak q\) se trouve au-dessus d’un autre idéal premier de \(R[x]\), car \(\alpha \not = 0\).
Étape 6. Notons \(\mathfrak q' \subset S'\) l’idéal premier de \(S'\) correspondant à \(\mathfrak q\). D’après ce qui précède, \(\mathfrak q\) est le seul idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak q'\). Nous voyons donc que \(S_{\mathfrak q} = S_{\mathfrak q'}\), voir le lemme 00EA (nous disposons de la montée pour \(S' \to S\) d’après le lemme 00GU, puisque \(S' \to S\) est fini car \(R \to S\) est fini). Il s’ensuit que \(S'_{\mathfrak q'} \to S_{\mathfrak q}\) est fini et injectif en tant que localisation du morphisme d’anneaux fini injectif \(S' \to S\). Considérons les morphismes d’anneaux locaux \[R_{\mathfrak p} \to S'_{\mathfrak q'} \to S_{\mathfrak q}\] Le second morphisme est fini et injectif. Nous avons \(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q} = \kappa(\mathfrak q)\), voir le lemme 00UW. Donc, a fortiori, \(S_{\mathfrak q}/\mathfrak q'S_{\mathfrak q} = \kappa(\mathfrak q)\). Puisque \[\kappa(\mathfrak p) \subset \kappa(\mathfrak q') \subset \kappa(\mathfrak q)\] et puisque \(\alpha\) appartient à l’image de \(\kappa(\mathfrak q')\) dans \(\kappa(\mathfrak q)\), nous concluons que \(\kappa(\mathfrak q') = \kappa(\mathfrak q)\). Ainsi, d’après le lemme de Nakayama 00DV appliqué au morphisme de \(S'_{\mathfrak q'}\)-modules \(S'_{\mathfrak q'} \to S_{\mathfrak q}\), le morphisme \(S'_{\mathfrak q'} \to S_{\mathfrak q}\) est surjectif. Autrement dit, \(S'_{\mathfrak q'} \cong S_{\mathfrak q}\).
Étape 7. D’après le lemme 00QS, il existe \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), et \(g' \in S'\), \(g' \not \in \mathfrak q'\), tels que \(S'_{g'} \cong S_g\). Comme \(R\) est noethérien, l’anneau \(S'\) est fini sur \(R\), car c’est un \(R\)-sous-module du \(R\)-module fini \(S\). Ainsi, après avoir remplacé \(S\) par \(S'\), nous pouvons supposer que (a) \(R\) est noethérien, (b) \(S\) est fini sur \(R\), (c) \(S\) est non ramifié sur \(R\) en \(\mathfrak q\), et (d) \(S = R[x]/I\).
Étape 8. Considérons l’anneau \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak p)[x]/\overline{I}\), où \(\overline{I} = I \cdot \kappa(\mathfrak p)[x]\) est l’idéal engendré par \(I\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[x]\). Comme \(\kappa(\mathfrak p)[x]\) est un anneau principal, nous savons que \(\overline{I} = (\overline{h})\) pour un certain polynôme unitaire \(\overline{h} \in \kappa(\mathfrak p)\). Après avoir remplacé \(\overline{h}\) par \(\lambda \cdot \overline{h}\) pour un certain \(\lambda \in \kappa(\mathfrak p)\), nous pouvons supposer que \(\overline{h}\) est l’image d’un \(h \in R[x]\). (Le problème est que nous ne savons pas si nous pouvons choisir \(h\) unitaire.) De plus, comme à l’étape 4, nous savons que \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) = A_1 \times \ldots \times A_n\), où \(A_1 = \kappa(\mathfrak q)\) est une extension finie séparable de \(\kappa(\mathfrak p)\) et \(A_2, \ldots, A_n\) sont locaux. Cela implique que \[\overline{h} = \overline{h}_1 \overline{h}_2^{e_2} \ldots \overline{h}_n^{e_n}\] pour certains polynômes unitaires irréductibles deux à deux premiers entre eux \(\overline{h}_i \in \kappa(\mathfrak p)[x]\) et certains entiers \(e_2, \ldots, e_n \geq 1\). La numérotation est choisie de sorte que \(A_i = \kappa(\mathfrak p)[x]/(\overline{h}_i^{e_i})\) comme \(\kappa(\mathfrak p)[x]\)-algèbres. Notons que \(\overline{h}_1\) est le polynôme minimal de \(\alpha \in \kappa(\mathfrak q)\) et est donc un polynôme séparable (sa dérivée est première avec lui-même).
Étape 9. Soit \(m \in I\) un élément unitaire ; un tel élément existe parce que l’extension d’anneaux \(R \to R[x]/I\) est finie, donc entière. Notons \(\overline{m}\) son image dans \(\kappa(\mathfrak p)[x]\). Nous pouvons factoriser \[\overline{m} = \overline{k} \overline{h}_1^{d_1} \overline{h}_2^{d_2} \ldots \overline{h}_n^{d_n}\] pour un certain \(d_1 \geq 1\), des \(d_j \geq e_j\), \(j = 2, \ldots, n\), et un \(\overline{k} \in \kappa(\mathfrak p)[x]\) premier avec tous les \(\overline{h}_i\). Posons \(f = m^l + h\), où \(l \deg(m) > \deg(h)\) et \(l \geq 2\). Alors \(f\) est unitaire comme polynôme sur \(R\). De plus, l’image \(\overline{f}\) de \(f\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[x]\) se factorise comme \[\overline{f} = \overline{h}_1 \overline{h}_2^{e_2} \ldots \overline{h}_n^{e_n} + \overline{k}^l \overline{h}_1^{ld_1} \overline{h}_2^{ld_2} \ldots \overline{h}_n^{ld_n} = \overline{h}_1(\overline{h}_2^{e_2} \ldots \overline{h}_n^{e_n} + \overline{k}^l \overline{h}_1^{ld_1 - 1} \overline{h}_2^{ld_2} \ldots \overline{h}_n^{ld_n}) = \overline{h}_1 \overline{w}\] avec \(\overline{w}\) un polynôme premier avec \(\overline{h}_1\). Posons \(g = f'\) (la dérivée par rapport à \(x\)).
Étape 10. Le morphisme d’anneaux \(R[x] \to S = R[x]/I\) a les propriétés suivantes : (1) il envoie \(f\) sur zéro, et (2) il envoie \(g\) sur un élément de \(S \setminus \mathfrak q\). La première assertion est claire puisque \(f\) appartient à \(I\). Pour la seconde assertion, il nous suffit de montrer que \(g\) ne s’envoie pas sur zéro dans \(\kappa(\mathfrak q) = \kappa(\mathfrak p)[x]/(\overline{h}_1)\). L’image de \(g\) dans \(\kappa(\mathfrak p)[x]\) est la dérivée de \(\overline{f}\). Ainsi, (2) est claire parce que \[\overline{g} = \frac{\text{d}\overline{f}}{\text{d}x} = \overline{w}\frac{\text{d}\overline{h}_1}{\text{d}x} + \overline{h}_1\frac{\text{d}\overline{w}}{\text{d}x},\] \(\overline{w}\) est premier avec \(\overline{h}_1\) et \(\overline{h}_1\) est séparable.
Étape 11. Nous concluons que \(\varphi : R[x]/(f) \to S\) est un morphisme d’anneaux surjectif, que \(R[x]_g/(f)\) est étale sur \(R\) (parce qu’il est étale standard, voir le lemme 00UC) et que \(\varphi(g) \not \in \mathfrak q\). Ainsi, le morphisme \((R[x]/(f))_g \to S_{\varphi(g)}\) est la surjection recherchée.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Supposons que \(R \to S\) soit de type fini et non ramifié en \(\mathfrak q\). Alors il existe
un morphisme d’anneaux étale \(R \to R'\),
un idéal premier \(\mathfrak p' \subset R'\) au-dessus de \(\mathfrak p\),
une décomposition en produit \[R' \otimes_R S = A \times B\]
ayant les propriétés suivantes :
\(R' \to A\) est surjectif, et
\(\mathfrak p'A\) est un idéal premier de \(A\) au-dessus de \(\mathfrak p'\) et de \(\mathfrak q\).
Démonstration
Nous pouvons remplacer \((R \to S, \mathfrak p, \mathfrak q)\) par tout changement de base \((R' \to R'\otimes_R S, \mathfrak p', \mathfrak q')\) par un morphisme d’anneaux étale \(R \to R'\), avec un idéal premier \(\mathfrak p'\) au-dessus de \(\mathfrak p\) et un choix de \(\mathfrak q'\) au-dessus à la fois de \(\mathfrak q\) et de \(\mathfrak p'\). Notons aussi qu’étant donnés \(R \to R'\) et \(\mathfrak p'\), on peut toujours trouver un \(\mathfrak q'\) convenable.
L’hypothèse que \(R \to S\) est de type fini signifie que nous pouvons appliquer le lemme 00UL. Nous pouvons donc supposer que \(S = A_1 \times \ldots \times A_n \times B\), que chaque \(R \to A_i\) est fini avec exactement un idéal premier \(\mathfrak r_i\) au-dessus de \(\mathfrak p\) tel que \(\kappa(\mathfrak p) \subset \kappa(\mathfrak r_i)\) soit purement inséparable, et que \(R \to B\) ne soit quasi-fini en aucun idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p\). Alors, clairement, \(\mathfrak q = \mathfrak r_i\) pour un certain \(i\), puisqu’un morphisme non ramifié est quasi-fini (voir le lemme 02UR). Disons que \(\mathfrak q = \mathfrak r_1\). D’après le lemme 00UW, nous voyons que \(\kappa(\mathfrak r_1)/\kappa(\mathfrak p)\) est séparable, donc est l’extension de corps triviale, et que \(\mathfrak p(A_1)_{\mathfrak r_1}\) est l’idéal maximal. De plus, d’après le lemme 00EA (qui s’applique à \(R \to A_1\) parce qu’un morphisme d’anneaux fini satisfait la montée d’après le lemme 00GU), nous avons \((A_1)_{\mathfrak r_1} = (A_1)_{\mathfrak p}\). Il résulte du lemme de Nakayama 00DV que le morphisme d’anneaux locaux \(R_{\mathfrak p} \to (A_1)_{\mathfrak p} = (A_1)_{\mathfrak r_1}\) est surjectif. Comme \(A_1\) est fini sur \(R\), nous voyons qu’il existe un \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que \(R_f \to (A_1)_f\) soit surjectif. Après avoir remplacé \(R\) par \(R_f\), on conclut.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). Si \(R \to S\) est non ramifié, alors il existe
un morphisme d’anneaux étale \(R \to R'\),
un idéal premier \(\mathfrak p' \subset R'\) au-dessus de \(\mathfrak p\),
une décomposition en produit \[R' \otimes_R S = A_1 \times \ldots \times A_n \times B\]
ayant les propriétés suivantes :
\(R' \to A_i\) est surjectif,
\(\mathfrak p'A_i\) est un idéal premier de \(A_i\) au-dessus de \(\mathfrak p'\), et
il n’existe aucun idéal premier de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak p'\).
Démonstration
Nous pouvons appliquer le lemme 00UL. Ainsi, après un changement de base étale, nous pouvons supposer que \(S = A_1 \times \ldots \times A_n \times B\), que chaque \(R \to A_i\) est fini avec exactement un idéal premier \(\mathfrak r_i\) au-dessus de \(\mathfrak p\) tel que \(\kappa(\mathfrak p) \subset \kappa(\mathfrak r_i)\) soit purement inséparable, et que \(R \to B\) ne soit quasi-fini en aucun idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p\). Comme \(R \to S\) est quasi-fini (voir le lemme 02UR), nous voyons qu’il n’existe aucun idéal premier de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak p\). D’après le lemme 00UW, nous voyons que \(\kappa(\mathfrak r_i)/\kappa(\mathfrak p)\) est séparable, donc est l’extension de corps triviale, et que \(\mathfrak p(A_i)_{\mathfrak r_i}\) est l’idéal maximal. De plus, d’après le lemme 00EA (qui s’applique à \(R \to A_i\) parce qu’un morphisme d’anneaux fini satisfait la montée d’après le lemme 00GU), nous avons \((A_i)_{\mathfrak r_i} = (A_i)_{\mathfrak p}\). Il résulte du lemme de Nakayama 00DV que le morphisme d’anneaux locaux \(R_{\mathfrak p} \to (A_i)_{\mathfrak p} = (A_i)_{\mathfrak r_i}\) est surjectif. Comme \(A_i\) est fini sur \(R\), nous voyons qu’il existe un \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), tel que \(R_f \to (A_i)_f\) soit surjectif. Après avoir remplacé \(R\) par \(R_f\), on conclut.
Anneaux locaux henséliens
Dans cette section, nous examinons brièvement la notion d’anneau local hensélien. Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local. Pour \(a \in R\), nous notons \(\overline{a}\) l’image de \(a\) dans \(\kappa\). Pour un polynôme \(f \in R[T]\), nous notons souvent \(\overline{f}\) l’image de \(f\) dans \(\kappa[T]\). Étant donné un polynôme \(f \in R[T]\), nous notons \(f'\) la dérivée de \(f\) par rapport à \(T\). Notons que \(\overline{f}' = \overline{f'}\).
Définition
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local.
On dit que \(R\) est hensélien si, pour tout \(f \in R[T]\) unitaire et toute racine \(a_0 \in \kappa\) de \(\overline{f}\) telle que \(\overline{f'}(a_0) \not = 0\), il existe un \(a \in R\) tel que \(f(a) = 0\) et \(a_0 = \overline{a}\).
On dit que \(R\) est strictement hensélien si \(R\) est hensélien et si son corps résiduel est séparablement clos.
Notons que la condition \(\overline{f'}(a_0) \not = 0\) équivaut à la condition que \(a_0\) soit une racine simple du polynôme \(\overline{f}\). En fait, elle implique que le relèvement \(a \in R\), s’il existe, est unique.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local. Soit \(f \in R[T]\). Soient \(a, b \in R\) tels que \(f(a) = f(b) = 0\), \(a = b \bmod \mathfrak m\), et \(f'(a) \not \in \mathfrak m\). Alors \(a = b\).
Démonstration
Écrivons \(f(x + y) - f(x) = f'(x)y + g(x, y) y^2\) dans \(R[x, y]\) (cela est possible, comme on le voit en développant \(f(x + y)\) ; nous omettons les détails). Nous voyons alors que \(0 = f(b) - f(a) = f(a + (b - a)) - f(a) = f'(a)(b - a) + c (b - a)^2\) pour un certain \(c \in R\). Par hypothèse, \(f'(a)\) est une unité de \(R\). Ainsi, \((b - a)(1 + f'(a)^{-1}c(b - a)) = 0\). Par hypothèse, \(b - a \in \mathfrak m\), donc \(1 + f'(a)^{-1}c(b - a)\) est une unité de \(R\). Ainsi, \(b - a = 0\) dans \(R\).
Voici la caractérisation des anneaux locaux henséliens.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R\) est hensélien,
pour tout \(f \in R[T]\) et toute racine \(a_0 \in \kappa\) de \(\overline{f}\) telle que \(\overline{f'}(a_0) \not = 0\), il existe un \(a \in R\) tel que \(f(a) = 0\) et \(a_0 = \overline{a}\),
pour tout \(f \in R[T]\) unitaire et toute factorisation \(\overline{f} = g_0 h_0\) avec \(\gcd(g_0, h_0) = 1\), il existe une factorisation \(f = gh\) dans \(R[T]\) telle que \(g_0 = \overline{g}\) et \(h_0 = \overline{h}\),
pour tout \(f \in R[T]\) unitaire et toute factorisation \(\overline{f} = g_0 h_0\) avec \(\gcd(g_0, h_0) = 1\), il existe une factorisation \(f = gh\) dans \(R[T]\) telle que \(g_0 = \overline{g}\) et \(h_0 = \overline{h}\) et, de plus, \(\deg_T(g) = \deg_T(g_0)\),
pour tout \(f \in R[T]\) et toute factorisation \(\overline{f} = g_0 h_0\) avec \(\gcd(g_0, h_0) = 1\), il existe une factorisation \(f = gh\) dans \(R[T]\) telle que \(g_0 = \overline{g}\) et \(h_0 = \overline{h}\),
pour tout \(f \in R[T]\) et toute factorisation \(\overline{f} = g_0 h_0\) avec \(\gcd(g_0, h_0) = 1\), il existe une factorisation \(f = gh\) dans \(R[T]\) telle que \(g_0 = \overline{g}\) et \(h_0 = \overline{h}\) et telle que, de plus, \(\deg_T(g) = \deg_T(g_0)\),
pour tout morphisme d’anneaux étale \(R \to S\) et tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak m\) avec \(\kappa = \kappa(\mathfrak q)\), il existe une rétraction \(\tau : S \to R\) de \(R \to S\),
pour tout morphisme d’anneaux étale \(R \to S\) et tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak m\) avec \(\kappa = \kappa(\mathfrak q)\), il existe une unique rétraction \(\tau : S \to R\) de \(R \to S\) telle que \(\mathfrak q = \tau^{-1}(\mathfrak m)\),
toute \(R\)-algèbre finie est un produit d’anneaux locaux,
toute \(R\)-algèbre finie est un produit fini d’anneaux locaux,
toute \(R\)-algèbre \(S\) de type fini peut s’écrire \(A \times B\), avec \(R \to A\) fini et \(R \to B\) non quasi-fini en tout idéal premier au-dessus de \(\mathfrak m\),
toute \(R\)-algèbre \(S\) de type fini peut s’écrire \(A \times B\), avec \(R \to A\) fini, de sorte que toute composante irréductible de \(\Spec(B \otimes_R \kappa)\) soit de dimension \(\geq 1\), et
toute \(R\)-algèbre quasi-finie \(S\) peut s’écrire \(S = A \times B\), avec \(R \to A\) fini, de sorte que \(B \otimes_R \kappa = 0\).
Démonstration
Voici une liste des implications les plus faciles :
2\(\Rightarrow\)1 parce que, dans (2), nous considérons tous les polynômes et dans (1) seulement ceux qui sont unitaires,
5\(\Rightarrow\)3 parce que, dans (5), nous considérons tous les polynômes et dans (3) seulement ceux qui sont unitaires,
6\(\Rightarrow\)4 parce que, dans (6), nous considérons tous les polynômes et dans (4) seulement ceux qui sont unitaires,
4\(\Rightarrow\)3 est évidente,
6\(\Rightarrow\)5 est évidente,
8\(\Rightarrow\)7 est évidente,
10\(\Rightarrow\)9 est évidente,
11\(\Leftrightarrow\)12 par définition du fait d’être quasi-fini en un idéal premier,
11\(\Rightarrow\)13 par définition du fait d’être quasi-fini,
Démonstration de 1\(\Rightarrow\)8. Supposons (1). Soit \(R \to S\) étale, et soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier tel que \(\kappa(\mathfrak q) \cong \kappa\). D’après la proposition 00UE, nous pouvons trouver un \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(R \to S_g\) soit étale standard. Après avoir remplacé \(S\) par \(S_g\), nous pouvons supposer que \(S = R[t]_g/(f)\) est étale standard (détails omis). Puisque l’idéal premier \(\mathfrak q\) a pour corps résiduel \(\kappa\), il correspond à une racine \(a_0\) de \(\overline{f}\) qui n’est pas une racine de \(\overline{g}\). Par définition d’une algèbre étale standard, cela signifie aussi que \(\overline{f'}(a_0) \not = 0\). Puisque \(f\) est également unitaire, à nouveau par définition d’une algèbre étale standard, nous pouvons utiliser le fait que \(R\) est hensélien pour conclure qu’il existe un \(a \in R\) tel que \(a_0 = \overline{a}\) et \(f(a) = 0\). Cela implique que \(g(a)\) est une unité de \(R\), et nous obtenons le morphisme recherché \(\tau : S = R[t]_g/(f) \to R\) par la règle \(t \mapsto a\). Par construction, \(\tau^{-1}(\mathfrak m) = \mathfrak q\). D’après le lemme 06RR, le morphisme \(\tau\) est unique. Cela prouve (8).
Démonstration de 7\(\Rightarrow\)8. (Ceci est vraiment sans importance et devrait être omis.) Supposons (7) vérifiée et supposons que \(R \to S\) soit étale. Soient \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_r\) les autres idéaux premiers de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak m\). Nous pouvons alors trouver un \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(g \in \mathfrak q_i\) pour \(i = 1, \ldots, r\). En effet, nous pouvons faire valoir que \(\bigcap_{i=1}^{r} \mathfrak{q}_{i} \not\subset \mathfrak{q}\) car, sinon, \(\mathfrak{q}_{i} \subset \mathfrak{q}\) pour un certain \(i\), ce qui est impossible puisque la fibre d’un morphisme étale est discrète (utiliser par exemple le lemme 00U3). Appliquons (7) au morphisme d’anneaux étale \(R \to S_g\) et à l’idéal premier \(\mathfrak qS_g\). Nous obtenons une rétraction \(\tau_g : S_g \to R\) telle que la composée \(\tau : S \to S_g \to R\) ait la propriété \(\tau^{-1}(\mathfrak m) = \mathfrak q\). Nous omettons les détails.
Démonstration de 8\(\Rightarrow\)11. Supposons (8) et soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux de type fini. Appliquons le lemme 00UK. Nous trouvons un morphisme d’anneaux étale \(R \to R'\) et un idéal premier \(\mathfrak m' \subset R'\) au-dessus de \(\mathfrak m\), avec \(\kappa = \kappa(\mathfrak m')\), tels que \(R' \otimes_R S = A' \times B'\), où \(A'\) est fini sur \(R'\) et \(B'\) n’est quasi-fini sur \(R'\) en aucun idéal premier au-dessus de \(\mathfrak m'\). Appliquons (8) pour obtenir une rétraction \(\tau : R' \to R\) avec \(\mathfrak m = \tau^{-1}(\mathfrak m')\). Utilisons alors \[S = (S \otimes_R R') \otimes_{R', \tau} R = (A' \times B') \otimes_{R', \tau} R = (A' \otimes_{R', \tau} R) \times (B' \otimes_{R', \tau} R)\] ce qui donne une décomposition comme dans (11).
Démonstration de 8\(\Rightarrow\)10. Supposons (8) et soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux fini. Appliquons le lemme 00UK. Nous trouvons un morphisme d’anneaux étale \(R \to R'\) et un idéal premier \(\mathfrak m' \subset R'\) au-dessus de \(\mathfrak m\), avec \(\kappa = \kappa(\mathfrak m')\), tels que \(R' \otimes_R S = A'_1 \times \ldots \times A'_n \times B'\), où \(A'_i\) est fini sur \(R'\) et possède exactement un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak m'\), tandis que \(B'\) n’est quasi-fini sur \(R'\) en aucun idéal premier au-dessus de \(\mathfrak m'\). Appliquons (8) pour obtenir une rétraction \(\tau : R' \to R\) avec \(\mathfrak m' = \tau^{-1}(\mathfrak m)\). Alors nous obtenons \[\begin{align*} S & = (S \otimes_R R') \otimes_{R', \tau} R \\ & = (A'_1 \times \ldots \times A'_n \times B') \otimes_{R', \tau} R \\ & = (A'_1 \otimes_{R', \tau} R) \times \ldots \times (A'_1 \otimes_{R', \tau} R) \times (B' \otimes_{R', \tau} R) \\ & = A_1 \times \ldots \times A_n \times B \end{align*}\] Le facteur \(B\) est fini sur \(R\), mais \(R \to B\) n’est quasi-fini en aucun idéal premier au-dessus de \(\mathfrak m\). Par conséquent, \(B = 0\). Les facteurs \(A_i\) sont des \(R\)-algèbres finies possédant exactement un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak m\) ; ce sont donc des anneaux locaux. Cela prouve que \(S\) est un produit fini d’anneaux locaux.
Démonstration de 9\(\Rightarrow\)10. Cela est vrai parce que, si \(S\) est fini sur l’anneau local \(R\), alors il possède au plus un nombre fini d’idéaux maximaux. En effet, par la montée pour \(R \to S\), les idéaux maximaux de \(S\) se trouvent tous au-dessus de \(\mathfrak m\), et \(S/\mathfrak mS\) est artinien, donc possède un nombre fini d’idéaux premiers.
Démonstration de 10\(\Rightarrow\)1. Supposons (10). Soit \(f \in R[T]\) un polynôme unitaire et soit \(a_0 \in \kappa\) une racine simple de \(\overline{f}\). Alors \(S = R[T]/(f)\) est une \(R\)-algèbre finie. En appliquant (10), nous obtenons que \(S = A_1 \times \ldots \times A_r\) est un produit fini de \(R\)-algèbres locales. En particulier, nous voyons que \(S/\mathfrak mS = \prod A_i/\mathfrak mA_i\) est la décomposition de \(\kappa[T]/(\overline{f})\) en produit d’anneaux locaux. Cela signifie que l’un des facteurs, disons \(A_1/\mathfrak mA_1\), est le quotient \(\kappa[T]/(\overline{f}) \to \kappa[T]/(T - a_0)\). Comme \(A_1\) est un facteur direct du \(R\)-module libre de type fini \(S\), c’est lui-même un \(R\)-module libre de type fini. Comme \(A_1/\mathfrak mA_1\) est un \(\kappa\)-espace vectoriel de dimension 1, nous voyons que \(A_1 \cong R\) comme \(R\)-module. Cela signifie clairement que \(R \to A_1\) est un isomorphisme. Soit \(a \in R\) l’image de \(T\) par le morphisme \(R[T] \to S \to A_1 \to R\). Alors \(f(a) = 0\) et \(\overline{a} = a_0\), comme désiré.
Démonstration de 13\(\Rightarrow\)1. Supposons (13). Soit \(f \in R[T]\) un polynôme unitaire et soit \(a_0 \in \kappa\) une racine simple de \(\overline{f}\). Alors \(S_1 = R[T]/(f)\) est une \(R\)-algèbre finie. Soit \(g \in R[T]\) un élément quelconque tel que \(\overline{g} = \overline{f}/(T - a_0)\). Alors \(S = (S_1)_g\) est une \(R\)-algèbre quasi-finie telle que \(S \otimes_R \kappa \cong \kappa[T]_{\overline{g}}/(\overline{f}) \cong \kappa[T]/(T - a_0) \cong \kappa\). En appliquant (13) à \(S\), nous obtenons \(S = A \times B\), où \(A\) est fini sur \(R\) et \(B \otimes_R \kappa = 0\). En particulier, nous voyons que \(\kappa \cong S/\mathfrak mS = A/\mathfrak mA\). Comme \(A\) est un facteur direct de la \(R\)-algèbre plate \(S\), nous voyons qu’il est fini plat, donc libre sur \(R\). Comme \(A/\mathfrak mA\) est un \(\kappa\)-espace vectoriel de dimension 1, nous voyons que \(A \cong R\) comme \(R\)-module. Cela signifie clairement que \(R \to A\) est un isomorphisme. Soit \(a \in R\) l’image de \(T\) par le morphisme \(R[T] \to S \to A \to R\). Alors \(f(a) = 0\) et \(\overline{a} = a_0\), comme désiré.
Démonstration de 8\(\Rightarrow\)2. Supposons (8). Soit \(f \in R[T]\) un polynôme quelconque et soit \(a_0 \in \kappa\) une racine simple. Alors l’algèbre \(S = R[T]_{f'}/(f)\) est étale sur \(R\). Soit \(\mathfrak q \subset S\) l’idéal premier engendré par \(\mathfrak m\) et \(T - b\), où \(b \in R\) est un élément quelconque tel que \(\overline{b} = a_0\). Appliquons (8) à \(S\) et \(\mathfrak q\) pour obtenir \(\tau : S \to R\). Alors l’image \(\tau(T) = a \in R\) convient dans (2).
À ce stade, nous voyons que (1), (2), (7), (8), (9), (10), (11), (12), (13) sont toutes équivalentes. La plus faible des assertions (3), (4), (5) et (6) est (3), et la plus forte est (6). Il nous reste donc à prouver que (3) implique (1) et que (1) implique (6).
Démonstration de 3\(\Rightarrow\)1. Supposons (3). Soit \(f \in R[T]\) unitaire et soit \(a_0 \in \kappa\) une racine simple de \(\overline{f}\). Cela donne une factorisation \(\overline{f} = (T - a_0)h_0\) avec \(h_0(a_0) \not = 0\), donc \(\gcd(T - a_0, h_0) = 1\). Appliquons (3) pour obtenir une factorisation \(f = gh\) avec \(\overline{g} = T - a_0\) et \(\overline{h} = h_0\). Posons \(S = R[T]/(f)\), qui est une \(R\)-algèbre libre de type fini. Nous noterons aussi \(g\), \(h\) les images de \(g\) et \(h\) dans \(S\). Alors \(gS + hS = S\) d’après le lemme de Nakayama 00DV, puisque l’égalité est vraie modulo \(\mathfrak m\). Comme \(gh = f = 0\) dans \(S\), cela implique aussi que \(gS \cap hS = 0\). Le théorème chinois des restes donne donc \(S = S/(g) \times S/(h)\). Cela implique que \(A = S/(g)\) est un facteur direct d’un \(R\)-module libre de type fini, donc est libre de type fini. De plus, le rang de \(A\) est \(1\), car \(A/\mathfrak mA = \kappa[T]/(T - a_0)\). Le morphisme \(R \to A\) est donc un isomorphisme. En prenant pour \(a \in R\) l’image de \(T\) par les morphismes \(R[T] \to S \to A \to R\), nous obtenons un élément de \(R\) tel que \(f(a) = 0\) et \(\overline{a} = a_0\).
Démonstration de 1\(\Rightarrow\)6. Supposons (1), ou, de façon équivalente, toutes les assertions (1), (2), (7), (8), (9), (10), (11), (12), (13). Soit \(f \in R[T]\) un polynôme. Supposons que \(\overline{f} = g_0h_0\) soit une factorisation avec \(\gcd(g_0, h_0) = 1\). Nous pouvons supposer, et supposons, que \(g_0\) est unitaire. Considérons \(S = R[T]/(f)\). Puisque nous disposons de cette factorisation, nous voyons que les coefficients de \(f\) engendrent l’idéal unité de \(R\). Cela implique que \(S\) a des fibres finies sur \(R\), et est donc quasi-fini sur \(R\). Cela implique également que \(S\) est plat sur \(R\) d’après le lemme 046Z. En combinant (13) et (10), nous pouvons écrire \(S = A_1 \times \ldots \times A_n \times B\), où chaque \(A_i\) est local et fini sur \(R\), et \(B \otimes_R \kappa = 0\). Après avoir réordonné les facteurs \(A_1, \ldots, A_n\), nous pouvons supposer que \[\kappa[T]/(g_0) = A_1/\mathfrak m A_1 \times \ldots \times A_r/\mathfrak mA_r, \ \kappa[T]/(h_0) = A_{r + 1}/\mathfrak mA_{r + 1} \times \ldots \times A_n/\mathfrak mA_n\] comme quotients de \(\kappa[T]\). La \(R\)-algèbre finie plate \(A = A_1 \times \ldots \times A_r\) est libre comme \(R\)-module, voir le lemme 00NZ. Son rang est \(\deg_T(g_0)\). Soit \(g \in R[T]\) le polynôme caractéristique de l’opérateur \(R\)-linéaire \(T : A \to A\). Alors \(g\) est un polynôme unitaire de degré \(\deg_T(g) = \deg_T(g_0)\) et, de plus, \(\overline{g} = g_0\). Par Cayley-Hamilton (lemme 00DX), nous voyons que \(g(T_A) = 0\), où \(T_A\) désigne l’image de \(T\) dans \(A\). Nous obtenons donc un morphisme surjectif bien défini \(R[T]/(g) \to A\), qui est un isomorphisme d’après le lemme de Nakayama 00DV. Le morphisme \(R[T] \to A\) se factorise par \(R[T]/(f)\) par construction ; nous pouvons donc écrire \(f = gh\) pour un certain \(h\). Cela achève la démonstration.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local hensélien.
Si \(R \to S\) est un morphisme d’anneaux fini, alors \(S\) est un produit fini d’anneaux locaux henséliens, chacun fini sur \(R\).
Si \(R \to S\) est un morphisme d’anneaux fini et si \(S\) est local, alors \(S\) est un anneau local hensélien et \(R \to S\) est un morphisme (fini) d’anneaux locaux.
Si \(R \to S\) est un morphisme d’anneaux de type fini, et si \(\mathfrak q\) est un idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak m\) auquel \(R \to S\) est quasi-fini, alors \(S_{\mathfrak q}\) est hensélien et fini sur \(R\).
Si \(R \to S\) est quasi-fini, alors \(S_{\mathfrak q}\) est hensélien et fini sur \(R\) pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) au-dessus de \(\mathfrak m\).
Démonstration
La partie (2) implique la partie (1), puisque \(S\), comme dans la partie (1), est un produit fini de ses localisations aux idéaux premiers au-dessus de \(\mathfrak m\) d’après le lemme 04GG, partie (10). La partie (2) résulte aussi du lemme 04GG, partie (10), puisque toute \(S\)-algèbre finie est également une \(R\)-algèbre finie (bien sûr, tout morphisme d’anneaux fini entre anneaux locaux est local).
Soient \(R \to S\) et \(\mathfrak q\) comme dans (3). Écrivons \(S = A \times B\), où \(A\) est fini sur \(R\) et \(B\) n’est quasi-fini sur \(R\) en aucun idéal premier au-dessus de \(\mathfrak m\), voir le lemme 04GG, partie (11). Ainsi, \(S_\mathfrak q\) est une localisation de \(A\) en un idéal maximal, et nous déduisons (3) de (1). La partie (4) résulte de la partie (3).
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local hensélien. Toute \(R\)-algèbre \(S\) de type fini peut s’écrire \(S = A_1 \times \ldots \times A_n \times B\), où les \(A_i\) sont locaux et finis sur \(R\), et où \(R \to B\) n’est quasi-fini en aucun idéal premier de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak m\).
Démonstration
C’est une combinaison des parties (11) et (10) du lemme 04GG.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local strictement hensélien. Toute \(R\)-algèbre \(S\) de type fini peut s’écrire \(S = A_1 \times \ldots \times A_n \times B\), où les \(A_i\) sont locaux et finis sur \(R\), où \(\kappa \subset \kappa(\mathfrak m_{A_i})\) est finie purement inséparable, et où \(R \to B\) n’est quasi-fini en aucun idéal premier de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak m\).
Démonstration
Écrivons d’abord \(S = A_1 \times \ldots \times A_n \times B\) comme dans le lemme 04GJ. L’extension de corps \(\kappa(\mathfrak m_{A_i})/\kappa\) est finie et \(\kappa\) est séparablement clos ; elle est donc finie purement inséparable.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local hensélien. La catégorie des extensions finies étales d’anneaux \(R \to S\) est équivalente à la catégorie des algèbres finies étales \(\kappa \to \overline{S}\) par le foncteur \(S \mapsto S/\mathfrak mS\).
Démonstration
Notons \(\mathcal{C} \to \mathcal{D}\) le foncteur entre les catégories de l’énoncé. Supposons que \(R \to S\) soit fini étale. Alors nous pouvons écrire \[S = A_1 \times \ldots \times A_n\] avec les \(A_i\) locaux et finis étales sur \(S\), en utilisant soit le lemme 04GJ, soit le lemme 04GG, partie (10). En particulier, \(A_i/\mathfrak mA_i\) est une extension de corps finie séparable de \(\kappa\), voir le lemme 00U4. Nous voyons ainsi que tout objet de \(\mathcal{C}\) et de \(\mathcal{D}\) se décompose canoniquement en composantes irréductibles qui se correspondent par le foncteur donné. Supposons ensuite que \(S_1\), \(S_2\) soient finis étales sur \(R\), et que \(\kappa_1 = S_1/\mathfrak mS_1\) et \(\kappa_2 = S_2/\mathfrak mS_2\) soient des corps (finis séparables sur \(\kappa\)). Alors \(S_1 \otimes_R S_2\) est fini étale sur \(R\), et nous pouvons écrire \[S_1 \otimes_R S_2 = A_1 \times \ldots \times A_n\] comme précédemment. Nous voyons alors que \(\Hom_R(S_1, S_2)\) s’identifie à l’ensemble des indices \(i \in \{1, \ldots, n\}\) tels que \(S_2 \to A_i\) soit un isomorphisme. Pour le voir, utiliser que, pour tout morphisme de \(R\)-algèbres \(\varphi : S_1 \to S_2\), le morphisme \(\varphi \times 1 : S_1 \otimes_R S_2 \to S_2\) est surjectif, et est donc égal à la projection sur l’un des facteurs \(A_i\). Mais nous voyons exactement de la même manière que \(\Hom_\kappa(\kappa_1, \kappa_2)\) s’identifie à l’ensemble des indices \(i \in \{1, \ldots, n\}\) tels que \(\kappa_2 \to A_i/\mathfrak mA_i\) soit un isomorphisme. D’après la discussion ci-dessus, ces ensembles d’indices coïncident, et nous concluons que notre foncteur est pleinement fidèle. Enfin, soit \(\kappa'/\kappa\) une extension de corps finie séparable. D’après le lemme 00UD, il existe un morphisme d’anneaux étale \(R \to S\) et un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak m\) tels que \(\kappa \subset \kappa(\mathfrak q)\) soit isomorphe à l’extension donnée. D’après la partie (1), nous pouvons écrire \(S = A_1 \times \ldots \times A_n \times B\). Comme \(R \to S\) est quasi-fini, nous voyons qu’il n’existe aucun idéal premier de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak m\). Ainsi, \(S_{\mathfrak q}\) est égal à \(A_i\) pour un certain \(i\). Par conséquent, \(R \to A_i\) est fini étale et produit l’extension de corps résiduels donnée. Le foncteur est donc essentiellement surjectif, ce qui conclut la démonstration.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local strictement hensélien. Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux non ramifié. Alors \[S = A_1 \times \ldots \times A_n \times B\] où chaque \(R \to A_i\) est surjectif et où aucun idéal premier de \(B\) ne se trouve au-dessus de \(\mathfrak m\).
Démonstration
Écrivons d’abord \(S = A_1 \times \ldots \times A_n \times B\) comme dans le lemme 04GJ. Nous voyons maintenant que \(R \to A_i\) est fini non ramifié et que \(A_i\) est local. L’idéal maximal de \(A_i\) est donc \(\mathfrak mA_i\), et son corps résiduel \(A_i / \mathfrak m A_i\) est une extension finie séparable de \(\kappa\), voir le lemme 00UW. Cependant, la condition que \(R\) soit strictement hensélien signifie que \(\kappa\) est séparablement clos, donc \(\kappa = A_i / \mathfrak m A_i\). D’après le lemme de Nakayama 00DV, nous concluons que \(R \to A_i\) est surjectif, comme désiré.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local complet, voir la définition 0324. Alors \(R\) est hensélien.
Démonstration
Soit \(f \in R[T]\) unitaire. Notons \(f_n \in R/\mathfrak m^{n + 1}[T]\) son image. Notons \(f'_n\) la dérivée de \(f_n\) par rapport à \(T\). Soit \(a_0 \in \kappa\) une racine simple de \(f_0\). Nous la relevons par récurrence en une solution de \(f\) sur \(R\) comme suit : supposons donné \(a_n \in R/\mathfrak m^{n + 1}\) tel que \(a_n \bmod \mathfrak m = a_0\) et \(f_n(a_n) = 0\). Choisissons un élément quelconque \(b \in R/\mathfrak m^{n + 2}\) tel que \(a_n = b \bmod \mathfrak m^{n + 1}\). Alors \(f_{n + 1}(b) \in \mathfrak m^{n + 1}/\mathfrak m^{n + 2}\). Posons \[a_{n + 1} = b - f_{n + 1}(b)/f'_{n + 1}(b)\] (méthode de Newton). Cela a un sens, car \(f'_{n + 1}(b) \in R/\mathfrak m^{n + 2}\) est inversible par la condition sur \(a_0\). Nous calculons alors \(f_{n + 1}(a_{n + 1}) = f_{n + 1}(b) - f_{n + 1}(b) = 0\) dans \(R/\mathfrak m^{n + 2}\). Comme le système d’éléments \(a_n \in R/\mathfrak m^{n + 1}\) ainsi construit est compatible, nous obtenons un élément \(a \in \lim R/\mathfrak m^n = R\) (nous utilisons ici que \(R\) est complet). De plus, \(f(a) = 0\), puisqu’il s’envoie sur zéro dans chaque \(R/\mathfrak m^n\). Enfin, \(\overline{a} = a_0\), ce qui conclut.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local de dimension \(0\). Alors \(R\) est hensélien.
Démonstration
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux fini. D’après le lemme 04GG, il suffit de montrer que \(S\) est un produit d’anneaux locaux. D’après le lemme 05DR, \(S\) possède un nombre fini d’idéaux premiers \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_r\), qui se trouvent tous au-dessus de \(\mathfrak m\). Il n’existe aucune inclusion entre ces idéaux premiers, voir le lemme 00GT ; ils sont donc tous maximaux. Tout élément de \(\mathfrak m_1 \cap \ldots \cap \mathfrak m_r\) est nilpotent d’après le lemme 00E0. Il s’ensuit que \(S\) est le produit des localisations de \(S\) aux idéaux premiers \(\mathfrak m_i\), d’après le lemme 00JA.
Le lemme suivant sera la clé des propriétés d’unicité et de fonctorialité de l’hensélisation et de l’hensélisation stricte.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux, avec \(S\) local hensélien. Étant donnés
un morphisme d’anneaux étale \(R \to A\),
un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(A\) au-dessus de \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak m_S\),
un morphisme de \(\kappa(\mathfrak p)\)-algèbres \(\tau : \kappa(\mathfrak q) \to S/\mathfrak m_S\),
il existe un unique morphisme de \(R\)-algèbres \(f : A \to S\) tel que \(\mathfrak q = f^{-1}(\mathfrak m_S)\) et que \(f\) induise le morphisme \(\tau\) sur les corps résiduels.
Démonstration
Considérons \(A \otimes_R S\). C’est une algèbre étale sur \(S\), voir le lemme 00U2. De plus, le noyau \[\mathfrak q' = \Ker(A \otimes_R S \to \kappa(\mathfrak q) \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak m_S) \xrightarrow{\tau \otimes 1} \kappa(\mathfrak m_S))\] est un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak m_S\) dont le corps résiduel est égal à celui de \(S\). Ainsi, d’après le lemme 04GG, il existe une unique rétraction \(\sigma : A \otimes_R S \to S\) avec \(\sigma^{-1}(\mathfrak m_S) = \mathfrak q'\). Prenons pour \(f\) la composée \(A \to A \otimes_R S \to S\). Nous omettons la vérification des propriétés de \(f\) ; l’unicité de \(f\) résulte de celle de \(\sigma\) (détails omis).
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme local d’anneaux locaux strictement henséliens. Soient \(P_1, \ldots, P_n \in R[x_1, \ldots, x_n]\) des polynômes tels que \(R[x_1, \ldots, x_n]/(P_1, \ldots, P_n)\) soit étale sur \(R\). Alors le morphisme \[R^n \longrightarrow S^n, \quad (h_1, \ldots, h_n) \longmapsto (\varphi(h_1), \ldots, \varphi(h_n))\] induit une bijection entre \[\{ (r_1, \ldots, r_n) \in R^n \mid P_i(r_1, \ldots, r_n) = 0, \ i = 1, \ldots, n \}\] et \[\{ (s_1, \ldots, s_n) \in S^n \mid P^\varphi_i(s_1, \ldots, s_n) = 0, \ i = 1, \ldots, n \}\] où les \(P^\varphi_i \in S[x_1, \ldots, x_n]\) sont les images des \(P_i\) par \(\varphi\).
Démonstration
Le premier ensemble de solutions est canoniquement isomorphe à l’ensemble \[\Hom_R(R[x_1, \ldots, x_n]/(P_1, \ldots, P_n), R).\] Comme \(R\) est hensélien, le morphisme \(R \to R/\mathfrak m_R\) induit une bijection entre cet ensemble et l’ensemble des solutions dans le corps résiduel \(R/\mathfrak m_R\), voir le lemme 04GG. La même chose est vraie pour \(S\). Puisque \(R[x_1, \ldots, x_n]/(P_1, \ldots, P_n)\) est étale sur \(R\) et que \(R/\mathfrak m_R\) est séparablement clos, nous voyons que \(R/\mathfrak m_R[x_1, \ldots, x_n]/(\overline{P}_1, \ldots, \overline{P}_n)\) est un produit fini de copies de \(R/\mathfrak m_R\), où \(\overline{P}_i\) est l’image de \(P_i\) dans \(R/\mathfrak m_R[x_1, \ldots, x_n]\). Par conséquent, le produit tensoriel \[R/\mathfrak m_R[x_1, \ldots, x_n]/(\overline{P}_1, \ldots, \overline{P}_n) \otimes_{R/\mathfrak m_R} S/\mathfrak m_S = S/\mathfrak m_S[x_1, \ldots, x_n]/ (\overline{P}^\varphi_1, \ldots, \overline{P}^\varphi_n)\] est lui aussi un produit fini de copies de \(S/\mathfrak m_S\) avec le même ensemble d’indices. Cela prouve le lemme.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local hensélien. Tout module de Mittag-Leffler à engendrement dénombrable sur \(R\) est une somme directe de \(R\)-modules de présentation finie.
Démonstration
Soit \(M\) un \(R\)-module à engendrement dénombrable et de Mittag-Leffler. Nous affirmons que, pour tout élément \(x \in M\), il existe une décomposition en somme directe \(M = N \oplus K\) avec \(x \in N\), le module \(N\) de présentation finie et \(K\) de Mittag-Leffler.
Supposons l’affirmation vraie. Choisissons des générateurs \(x_1, x_2, x_3, \ldots\) de \(M\). D’après l’affirmation, nous pouvons trouver par récurrence des décompositions en somme directe \[M = N_1 \oplus N_2 \oplus \ldots \oplus N_n \oplus K_n\] avec les \(N_i\) de présentation finie, \(x_1, \ldots, x_n \in N_1 \oplus \ldots \oplus N_n\), et \(K_n\) de Mittag-Leffler. En répétant cela indéfiniment, nous voyons que \(M = \bigoplus N_i\).
Il nous reste à démontrer l’affirmation. Soit \(x \in M\). D’après le lemme 05D2, il existe un endomorphisme \(\alpha : M \to M\) tel que \(\alpha\) se factorise par un module de présentation finie et \(\alpha (x) = x\). Disons que \(\alpha\) se factorise comme \[\xymatrix{ M \ar[r]^\pi & P \ar[r]^i & M }\] Posons \(a = \pi \circ \alpha \circ i : P \to P\), de sorte que \(i \circ a \circ \pi = \alpha^3\). D’après le lemme 05BT, il existe un polynôme unitaire \(P \in R[T]\) tel que \(P(a) = 0\). Notons que cela implique formellement que \(\alpha^2 P(\alpha) = 0\). Nous pouvons donc considérer \(M\) comme un module sur \(R[T]/(T^2P)\). Supposons que \(x \not = 0\). Alors \(\alpha(x) = x\) implique que \(0 = \alpha^2P(\alpha)x = P(1)x\), donc que \(P(1) = 0\) dans \(R/I\), où \(I = \{r \in R \mid rx = 0\}\) est l’annulateur de \(x\). Comme \(x \not = 0\), nous voyons que \(I \subset \mathfrak m_R\), donc que \(1\) est une racine de \(\overline{P} = P \bmod \mathfrak m_R \in R/\mathfrak m_R[T]\). Comme \(R\) est hensélien, nous pouvons trouver une factorisation \[T^2P = (T^2 Q_1) Q_2\] pour certains \(Q_1, Q_2 \in R[T]\) avec \(Q_2 = (T - 1)^e \bmod \mathfrak m_R R[T]\) et \(Q_1(1) \not = 0 \bmod \mathfrak m_R\), voir le lemme 04GG. Soient \(N = \Im(\alpha^2Q_1(\alpha) : M \to M)\) et \(K = \Im(Q_2(\alpha) : M \to M)\). Comme \(T^2Q_1\) et \(Q_2\) engendrent l’idéal unité de \(R[T]\), nous obtenons une décomposition en somme directe \(M = N \oplus K\). De plus, \(Q_2\) agit par zéro sur \(N\), et \(T^2Q_1\) agit par zéro sur \(K\). Notons que \(N\) est un quotient de \(P\), donc est de type fini. De plus, \(x \in N\), parce que \(\alpha^2Q_1(\alpha)x = Q_1(1)x\) et que \(Q_1(1)\) est une unité de \(R\). D’après le lemme 059P, les modules \(N\) et \(K\) sont de Mittag-Leffler. Enfin, le module de type fini \(N\) est de présentation finie, puisqu’un module de Mittag-Leffler de type fini est de présentation finie, voir l’exemple 059R, partie (1).
Colimites filtrantes de morphismes d’anneaux étales
Cette section prépare la section sur les morphismes d’anneaux ind-étales (Cohomologie pro-étale, section 097H). Les résultats seront également utiles pour démontrer des propriétés d’unicité de l’hensélisation et de l’hensélisation stricte d’un anneau local.
Lemme
Soient \(R \to A\) et \(R \to R'\) des morphismes d’anneaux. Si \(A\) est une colimite filtrante de \(R\)-algèbres étales, alors \(R' \otimes_R A\) est une colimite filtrante de \(R'\)-algèbres étales.
Démonstration
Cela est vrai parce que les colimites commutent aux produits tensoriels et que les morphismes d’anneaux étales sont préservés par changement de base (lemme 00U2).
Lemme
Soient \(A \to B \to C\) des morphismes d’anneaux. Si \(B\) est une colimite filtrante de \(A\)-algèbres étales et si \(C\) est une colimite filtrante de \(B\)-algèbres étales, alors \(C\) est une colimite filtrante de \(A\)-algèbres étales.
Démonstration
Nous utiliserons le critère du lemme 07C3. Soit \(A \to P \to C\) une factorisation de \(A \to C\) avec \(P\) de présentation finie sur \(A\). Écrivons \(B = \colim_{i \in I} B_i\), où \(I\) est un ensemble ordonné filtrant et où \(B_i\) est une \(A\)-algèbre étale. Écrivons \(C = \colim_{j \in J} C_j\), où \(J\) est un ensemble ordonné filtrant et où \(C_j\) est une \(B\)-algèbre étale. Nous pouvons factoriser \(P \to C\) sous la forme \(P \to C_j \to C\) pour un certain \(j\), d’après le lemme 00QO. D’après le lemme 00U2, nous pouvons trouver un \(i \in I\) et un morphisme d’anneaux étale \(B_i \to C'_j\) tels que \(C_j = B \otimes_{B_i} C'_j\). Alors \(C_j = \colim_{i' \geq i} B_{i'} \otimes_{B_i} C'_j\), et nous voyons à nouveau que \(P \to C_j\) se factorise sous la forme \(P \to B_{i'} \otimes_{B_i} C'_j \to C\). Le morphisme \(A \to C' = B_{i'} \otimes_{B_i} C'_j\) est étale, car les composées et les produits tensoriels de morphismes d’anneaux étales sont étales. Nous avons donc factorisé \(P \to C\) sous la forme \(P \to C' \to C\), avec \(C'\) étale sur \(A\), et le critère du lemme 07C3 s’applique.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(A = \colim A_i\) une colimite filtrante de \(R\)-algèbres telle que chaque \(A_i\) soit une colimite filtrante de \(R\)-algèbres étales. Alors \(A\) est une colimite filtrante de \(R\)-algèbres étales.
Démonstration
Écrivons \(A_i = \colim_{j \in J_i} A_j\), où \(J_i\) est un ensemble ordonné filtrant et où \(A_j\) est une \(R\)-algèbre étale. Pour tous \(i \leq i'\) et \(j \in J_i\), il existe un \(j' \in J_{i'}\) et un morphisme de \(R\)-algèbres \(\varphi_{jj'} : A_j \to A_{j'}\) rendant commutatif le diagramme \[\xymatrix{ A_i \ar[r] & A_{i'} \\ A_j \ar[u] \ar[r]^{\varphi_{jj'}} & A_{j'} \ar[u] }\] Cela est vrai parce que \(R \to A_j\) est de présentation finie, de sorte que le lemme 00QO s’applique. Soit \(\mathcal{J}\) la catégorie dont les objets sont \(\coprod_{i \in I} J_i\) et dont les morphismes sont les triplets \((j, j', \varphi_{jj'})\) ci-dessus (avec la loi de composition évidente). Alors \(\mathcal{J}\) est une catégorie filtrante et \(A = \colim_\mathcal{J} A_j\). Nous omettons les détails.
Lemme
Soit \(I\) un ensemble ordonné filtrant. Soit \(i \mapsto (R_i \to A_i)\) un système de flèches d’anneaux indexé par \(I\). Posons \(R = \colim R_i\) et \(A = \colim A_i\). Si chaque \(A_i\) est une colimite filtrante de \(R_i\)-algèbres étales, alors \(A\) est une colimite filtrante de \(R\)-algèbres étales.
Démonstration
Cela est vrai parce que \(A = A \otimes_R R = \colim A_i \otimes_{R_i} R\) ; nous pouvons donc appliquer le lemme 0BSJ, puisque \(R \to A_i \otimes_{R_i} R\) est une colimite filtrante de morphismes d’anneaux étales d’après le lemme 0BSH.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(A \to B\) un morphisme de \(R\)-algèbres. Si \(A\) et \(B\) sont des colimites filtrantes de \(R\)-algèbres étales, alors \(B\) est une colimite filtrante de \(A\)-algèbres étales.
Démonstration
Écrivons \(A = \colim A_i\) et \(B = \colim B_j\) comme colimites filtrantes, avec les \(A_i\) et les \(B_j\) étales sur \(R\). Pour tout \(i\), nous pouvons trouver un \(j\) tel que \(A_i \to B\) se factorise par \(B_j\), voir le lemme 00QO. La factorisation \(A_i \to B_j\) est étale d’après le lemme 00U7. Comme \(A \to A \otimes_{A_i} B_j\) est étale (lemme 00U2), il suffit de prouver que \(B = \colim A \otimes_{A_i} B_j\), où la colimite est prise sur les paires \((i, j)\) et les factorisations \(A_i \to B_j \to B\) de \(A_i \to B\) (c’est un système filtrant ; détails omis). Cela est clair parce que les colimites commutent aux produits tensoriels, et donc \(\colim A \otimes_{A_i} B_j = A \otimes_A B = B\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux, avec \(S\) local hensélien. Étant donnés
une \(R\)-algèbre \(A\) qui est une colimite filtrante de \(R\)-algèbres étales,
un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(A\) au-dessus de \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak m_S\),
un morphisme de \(\kappa(\mathfrak p)\)-algèbres \(\tau : \kappa(\mathfrak q) \to S/\mathfrak m_S\),
il existe un unique morphisme de \(R\)-algèbres \(f : A \to S\) tel que \(\mathfrak q = f^{-1}(\mathfrak m_S)\) et \(f \bmod \mathfrak q = \tau\).
Démonstration
Écrivons \(A = \colim A_i\) comme colimite filtrante de \(R\)-algèbres étales. Posons \(\mathfrak q_i = A_i \cap \mathfrak q\). Nous obtenons \(f_i : A_i \to S\) en appliquant le lemme 08HQ. Posons \(f = \colim f_i\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Étant donné un diagramme commutatif de morphismes d’anneaux \[\xymatrix{ S \ar[r] & K \\ R \ar[u] \ar[r] & S' \ar[u] }\] où \(S\), \(S'\) sont locaux henséliens, où \(S\), \(S'\) sont des colimites filtrantes de \(R\)-algèbres étales, où \(K\) est un corps, et où les flèches \(S \to K\) et \(S' \to K\) identifient \(K\) au corps résiduel de \(S\) et de \(S'\), il existe un unique isomorphisme de \(R\)-algèbres \(S \to S'\) compatible avec les morphismes vers \(K\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement du lemme 08HR.
Le lemme suivant ne concerne pas, à proprement parler, les colimites de morphismes d’anneaux étales.
Lemme
Une colimite filtrante d’anneaux locaux (strictement) henséliens suivant des morphismes locaux est (strictement) hensélienne.
Démonstration
Le lemme 0032 de Catégories dit qu’il s’agit en réalité simplement d’une colimite d’anneaux locaux (strictement) henséliens indexée par un ensemble ordonné filtrant. Soit \((R_i, \varphi_{ii'})\) un tel système, avec chaque \(\varphi_{ii'}\) local. Alors \(R = \colim_i R_i\) est local, et son corps résiduel \(\kappa\) est \(\colim \kappa_i\) (argument omis). Il est facile de voir que \(\colim \kappa_i\) est séparablement clos si chaque \(\kappa_i\) l’est ; il suffit donc de prouver que \(R\) est hensélien si chaque \(R_i\) est hensélien. Supposons que \(f \in R[T]\) soit unitaire et que \(a_0 \in \kappa\) soit une racine simple de \(\overline{f}\). Alors, pour un \(i\) assez grand, il existe un \(f_i \in R_i[T]\) s’envoyant sur \(f\) et un \(a_{0, i} \in \kappa_i\) s’envoyant sur \(a_0\). Puisque \(\overline{f_i}(a_{0, i}) \in \kappa_i\), resp. \(\overline{f_i'}(a_{0, i}) \in \kappa_i\), s’envoie sur \(0 = \overline{f}(a_0) \in \kappa\), resp. \(0 \not = \overline{f'}(a_0) \in \kappa\), nous concluons que \(a_{0, i}\) est une racine simple de \(\overline{f_i}\). Comme \(R_i\) est hensélien, nous pouvons trouver \(a_i \in R_i\) tel que \(f_i(a_i) = 0\) et \(a_{0, i} = \overline{a_i}\). Alors l’image \(a \in R\) de \(a_i\) est la solution recherchée. Ainsi, \(R\) est hensélien.
Hensélisation et hensélisation stricte
Dans cette section, nous construisons l’hensélisation. Nous encourageons le lecteur à garder à l’esprit l’unicité déjà démontrée dans le lemme 08HT et le comportement fonctoriel signalé dans le lemme 08HR pendant la lecture de ces résultats.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local. Il existe un morphisme local d’anneaux \(R \to R^h\) ayant les propriétés suivantes :
\(R^h\) est hensélien,
\(R^h\) est une colimite filtrante de \(R\)-algèbres étales,
\(\mathfrak m R^h\) est l’idéal maximal de \(R^h\), et
\(\kappa = R^h/\mathfrak m R^h\).
Démonstration
Considérons la catégorie des paires \((S, \mathfrak q)\) où \(R \to S\) est un morphisme d’anneaux étale et où \(\mathfrak q\) est un idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak m\) avec \(\kappa = \kappa(\mathfrak q)\). Un morphisme de paires \((S, \mathfrak q) \to (S', \mathfrak q')\) est donné par un morphisme de \(R\)-algèbres \(\varphi : S \to S'\) tel que \(\varphi^{-1}(\mathfrak q') = \mathfrak q\). Posons \[R^h = \colim_{(S, \mathfrak q)} S.\] Montrons que la catégorie des paires est filtrante, voir Catégories, définition 002V. La catégorie contient la paire \((R, \mathfrak m)\) et n’est donc pas vide, ce qui prouve la partie (1) de Catégories, définition 002V. Pour toute paire \((S, \mathfrak q)\), l’idéal premier \(\mathfrak q\) est maximal de corps résiduel \(\kappa\), puisque la composée \(\kappa \to S/\mathfrak q \to \kappa(\mathfrak q)\) est un isomorphisme. Supposons que \((S, \mathfrak q)\) et \((S', \mathfrak q')\) soient deux objets. Posons \(S'' = S \otimes_R S'\) et \(\mathfrak q'' = \mathfrak qS'' + \mathfrak q'S''\). Alors \(S''/\mathfrak q'' = S/\mathfrak q \otimes_R S'/\mathfrak q' = \kappa\) d’après ce qui précède. De plus, \(R \to S''\) est étale d’après le lemme 00U2. Cela prouve la partie (2) de Catégories, définition 002V. Supposons ensuite que \(\varphi, \psi : (S, \mathfrak q) \to (S', \mathfrak q')\) soient deux morphismes de paires. Alors \(\varphi\), \(\psi\), et \(S' \otimes_R S' \to S'\) sont des morphismes d’anneaux étales d’après le lemme 00U7. Considérons \[S'' = (S' \otimes_{\varphi, S, \psi} S') \otimes_{S' \otimes_R S'} S'\] avec l’idéal premier \[\mathfrak q'' = (\mathfrak q' \otimes S' + S' \otimes \mathfrak q') \otimes S' + (S' \otimes_{\varphi, S, \psi} S') \otimes \mathfrak q'\] En raisonnant comme ci-dessus (le changement de base d’un morphisme étale est étale, et la composée de morphismes étales est étale), nous voyons que \(S''\) est étale sur \(R\). De plus, le morphisme canonique \(S' \to S''\) (utilisant par exemple le facteur le plus à droite) égalise \(\varphi\) et \(\psi\). Cela prouve la partie (3) de Catégories, définition 002V. Nous concluons donc que \(R^h\) est constitué de triplets \((S, \mathfrak q, f)\) avec \(f \in S\), et que deux tels triplets \((S, \mathfrak q, f)\), \((S', \mathfrak q', f')\) définissent le même élément de \(R^h\) si et seulement s’il existe une paire \((S'', \mathfrak q'')\) et des morphismes de paires \(\varphi : (S, \mathfrak q) \to (S'', \mathfrak q'')\) et \(\varphi' : (S', \mathfrak q') \to (S'', \mathfrak q'')\) tels que \(\varphi(f) = \varphi'(f')\).
Supposons que \(x \in R^h\). Représentons \(x\) par un triplet \((S, \mathfrak q, f)\). Soient \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_r\) les autres idéaux premiers de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak m\). Alors \(\mathfrak q \not \subset \mathfrak q_i\), puisque nous avons vu ci-dessus que \(\mathfrak q\) est maximal. Ainsi, comme \(\mathfrak q\) est un idéal premier, nous pouvons trouver un \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(g \in \mathfrak q_i\) pour \(i = 1, \ldots, r\). Considérons le morphisme de paires \((S, \mathfrak q) \to (S_g, \mathfrak qS_g)\). De cette manière, nous voyons que nous pouvons toujours supposer que \(x\) est donné par un triplet \((S, \mathfrak q, f)\) où \(\mathfrak q\) est le seul idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak m\), c’est-à-dire \(\sqrt{\mathfrak mS} = \mathfrak q\). Mais, puisque \(R \to S\) est étale, nous avons \(\mathfrak mS_{\mathfrak q} = \mathfrak qS_{\mathfrak q}\), voir le lemme 00U4. Nous obtenons donc en fait \(\mathfrak mS = \mathfrak q\).
Supposons que \(x \not \in \mathfrak mR^h\). Représentons \(x\) par un triplet \((S, \mathfrak q, f)\) avec \(\mathfrak mS = \mathfrak q\). Alors \(f \not \in \mathfrak mS\), c’est-à-dire \(f \not \in \mathfrak q\). Ainsi, \((S, \mathfrak q) \to (S_f, \mathfrak qS_f)\) est un morphisme de paires tel que l’image de \(f\) devienne inversible. Par conséquent, \(x\) est inversible, d’inverse représenté par le triplet \((S_f, \mathfrak qS_f, 1/f)\). Nous concluons que \(R^h\) est un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak mR^h\). Le corps résiduel est \(\kappa\), puisque nous pouvons définir \(R^h/\mathfrak mR^h \to \kappa\) en envoyant un triplet \((S, \mathfrak q, f)\) sur la classe résiduelle de \(f\) modulo \(\mathfrak q\).
Il nous reste à montrer que \(R^h\) est hensélien. Supposons donc que \(P \in R^h[T]\) soit un polynôme unitaire et que \(a_0 \in \kappa\) soit une racine simple de la réduction \(\overline{P} \in \kappa[T]\). Nous pouvons alors trouver une paire \((S, \mathfrak q)\) telle que \(P\) soit l’image d’un polynôme unitaire \(Q \in S[T]\). Posons \(S' = S[T]/(Q)\) et soit \(\mathfrak q' \subset S'\) l’idéal maximal \(\mathfrak q' = \mathfrak qS' + (T - a')S'\), où \(a' \in S\) est un élément quelconque relevant \(a_0\). Par construction, \(S \to S'\) est étale en \(\mathfrak q'\) et \(\kappa = \kappa(\mathfrak q')\). Choisissons \(g \in S'\), \(g \not \in \mathfrak q'\), tel que \(S'' = S'_g\) soit étale sur \(S\). Alors \((S, \mathfrak q) \to (S'', \mathfrak q'S'')\) est un morphisme de paires. Le triplet \((S'', \mathfrak q'S'', \text{classe de }T)\) détermine maintenant un élément \(a \in R^h\) ayant les propriétés \(P(a) = 0\) et \(\overline{a} = a_0\), comme désiré.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local. Soit \(\kappa \subset \kappa^{sep}\) une clôture algébrique séparable. Il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \kappa \ar[r] & \kappa \ar[r] & \kappa^{sep} \\ R \ar[r] \ar[u] & R^h \ar[r] \ar[u] & R^{sh} \ar[u] }\] ayant les propriétés suivantes :
le morphisme \(R^h \to R^{sh}\) est local,
\(R^{sh}\) est strictement hensélien,
\(R^{sh}\) est une colimite filtrante de \(R\)-algèbres étales,
\(\mathfrak m R^{sh}\) est l’idéal maximal de \(R^{sh}\), et
\(\kappa^{sep} = R^{sh}/\mathfrak m R^{sh}\).
Démonstration
Cela se démontre exactement comme le lemme 04GN. La seule différence est qu’au lieu de paires, on utilise des triplets \((S, \mathfrak q, \alpha)\), où \(R \to S\) est étale, \(\mathfrak q\) est un idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak m\), et \(\alpha : \kappa(\mathfrak q) \to \kappa^{sep}\) est un plongement d’extensions de \(\kappa\).
Définition
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local.
Le morphisme local d’anneaux \(R \to R^h\) construit dans le lemme 04GN est appelé l’hensélisation de \(R\).
Étant donnée une clôture algébrique séparable \(\kappa \subset \kappa^{sep}\), le morphisme local d’anneaux \(R \to R^{sh}\) construit dans le lemme 04GP est appelé l’hensélisation stricte de \(R\) relativement à \(\kappa \subset \kappa^{sep}\).
Un morphisme local d’anneaux \(R \to R^{sh}\) est appelé une hensélisation stricte de \(R\) s’il est isomorphe à l’un des morphismes locaux d’anneaux construits dans le lemme 04GP.
Les morphismes \(R \to R^h \to R^{sh}\) sont des morphismes plats d’anneaux locaux. D’après le lemme 08HT, les \(R\)-algèbres \(R^h\) et \(R^{sh}\) sont bien définies à isomorphisme unique près par les conditions qu’elles soient locales henséliennes, colimites filtrantes de \(R\)-algèbres étales, de corps résiduels respectifs \(\kappa\) et \(\kappa^{sep}\). Dans le reste de cette section, nous examinons principalement la fonctorialité des hensélisations (strictes). Nous examinerons des résultats plus subtils concernant la relation entre \(R\) et son hensélisation dans Plus sur l’algèbre, section 07QL.
Remarque
Nous pouvons aussi construire \(R^{sh}\) à partir de \(R^h\). En effet, pour toute sous-extension finie séparable \(\kappa^{sep}/\kappa'/\kappa\), il existe une unique extension locale finie étale d’anneaux \(R^h \subset R^h(\kappa')\) (à isomorphisme unique près) dont l’extension de corps résiduels reproduit l’extension donnée, voir le lemme 04GK. Nous pouvons donc poser \[R^{sh} = \bigcup\nolimits_{\kappa \subset \kappa' \subset \kappa^{sep}} R^h(\kappa')\] Les flèches de ce système, compatibles avec les flèches au niveau des corps résiduels, existent d’après le lemme 04GK. Cela produit un anneau local hensélien d’après le lemme 04GI, puisque chacun des anneaux \(R^h(\kappa')\) est hensélien d’après le lemme 04GH. Par construction, l’extension de corps résiduels induite par \(R^h \to R^{sh}\) est l’extension de corps \(\kappa^{sep}/\kappa\). Ainsi, \(R^{sh}\) ainsi construit est strictement hensélien. D’après le lemme 0BSI, la \(R\)-algèbre \(R^{sh}\) est une colimite d’algèbres étales sur \(R\). Ainsi, l’unicité du lemme 08HT montre que \(R^{sh}\) est l’hensélisation stricte.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme local d’anneaux locaux. Soit \(S \to S^h\) l’hensélisation. Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux étale, et soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(A\) au-dessus de \(\mathfrak m_R\) tel que \(R/\mathfrak m_R \cong \kappa(\mathfrak q)\). Alors il existe un unique morphisme d’anneaux \(f : A \to S^h\) s’insérant dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ A \ar[r]_f & S^h \\ R \ar[u] \ar[r] & S \ar[u] }\] tel que \(f^{-1}(\mathfrak m_{S^h}) = \mathfrak q\).
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 08HQ.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme local d’anneaux locaux. Soient \(R \to R^h\) et \(S \to S^h\) les hensélisations. Il existe un unique morphisme local d’anneaux \(R^h \to S^h\) s’insérant dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ R^h \ar[r]_f & S^h \\ R \ar[u] \ar[r] & S \ar[u] }\]
Démonstration
Cela découle immédiatement du lemme 08HR.
Voici une construction légèrement différente de l’hensélisation.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Considérons la catégorie des paires \((S, \mathfrak q)\) où \(R \to S\) est étale et \(\mathfrak q\) est un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p\) tel que \(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak q)\). Cette catégorie est filtrante et \[(R_{\mathfrak p})^h = \colim_{(S, \mathfrak q)} S = \colim_{(S, \mathfrak q)} S_{\mathfrak q}\] canoniquement.
Démonstration
Un morphisme de paires \((S, \mathfrak q) \to (S', \mathfrak q')\) est donné par un morphisme de \(R\)-algèbres \(\varphi : S \to S'\) tel que \(\varphi^{-1}(\mathfrak q') = \mathfrak q\). Montrons que la catégorie des paires est filtrante, voir Catégories, définition 002V. La catégorie contient la paire \((R, \mathfrak p)\) et n’est donc pas vide, ce qui prouve la partie (1) de Catégories, définition 002V. Supposons que \((S, \mathfrak q)\) et \((S', \mathfrak q')\) soient deux paires. Notons que \(\mathfrak q\), resp. \(\mathfrak q'\) correspondent à des idéaux premiers des anneaux fibres \(S \otimes \kappa(\mathfrak p)\), resp. \(S' \otimes \kappa(\mathfrak p)\), de corps résiduels \(\kappa(\mathfrak p)\) ; ils correspondent donc à des idéaux maximaux de \(S \otimes \kappa(\mathfrak p)\), resp. \(S' \otimes \kappa(\mathfrak p)\). Posons \(S'' = S \otimes_R S'\). D’après ce qui précède, il existe un unique idéal premier \(\mathfrak q'' \subset S''\) au-dessus de \(\mathfrak q\) et de \(\mathfrak q'\) dont le corps résiduel est \(\kappa(\mathfrak p)\). Le morphisme d’anneaux \(R \to S''\) est étale d’après le lemme 00U2. Cela prouve la partie (2) de Catégories, définition 002V. Supposons ensuite que \(\varphi, \psi : (S, \mathfrak q) \to (S', \mathfrak q')\) soient deux morphismes de paires. Alors \(\varphi\), \(\psi\), et \(S' \otimes_R S' \to S'\) sont des morphismes d’anneaux étales d’après le lemme 00U7. Considérons \[S'' = (S' \otimes_{\varphi, S, \psi} S') \otimes_{S' \otimes_R S'} S'\] En raisonnant comme ci-dessus (le changement de base d’un morphisme étale est étale, et la composée de morphismes étales est étale), nous voyons que \(S''\) est étale sur \(R\). L’anneau fibre de \(S''\) au-dessus de \(\mathfrak p\) est \[F'' = (F' \otimes_{\varphi, F, \psi} F') \otimes_{F' \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} F'} F'\] où \(F', F\) sont les anneaux fibres de \(S'\) et \(S\). Puisque \(\varphi\) et \(\psi\) sont des morphismes de paires, le morphisme \(F' \to \kappa(\mathfrak p)\) correspondant à \(\mathfrak p'\) se prolonge en un morphisme \(F'' \to \kappa(\mathfrak p)\) et correspond à son tour à un idéal premier \(\mathfrak q'' \subset S''\) dont le corps résiduel est \(\kappa(\mathfrak p)\). Le morphisme canonique \(S' \to S''\) (utilisant par exemple le facteur le plus à droite) est un morphisme de paires \((S', \mathfrak q') \to (S'', \mathfrak q'')\) qui égalise \(\varphi\) et \(\psi\). Cela prouve la partie (3) de Catégories, définition 002V. Nous concluons donc que la catégorie est filtrante.
Rappelons que, dans la preuve du lemme 04GN, nous avons construit \((R_{\mathfrak p})^h\) comme la colimite correspondante, mais en partant de \(R_{\mathfrak p}\) et de son idéal maximal \(\mathfrak pR_{\mathfrak p}\). Or, étant donnée une paire \((S, \mathfrak q)\) pour \((R, \mathfrak p)\), nous obtenons une paire \((S_{\mathfrak p}, \mathfrak qS_{\mathfrak p})\) pour \((R_{\mathfrak p}, \mathfrak pR_{\mathfrak p})\). De plus, dans cette situation, \[S_{\mathfrak p} = \colim_{f \in R, f \not \in \mathfrak p} S_f.\] Ainsi, pour montrer les égalités du lemme, il suffit de montrer que toute paire \((S_{loc}, \mathfrak q_{loc})\) pour \((R_{\mathfrak p}, \mathfrak pR_{\mathfrak p})\) est de la forme \((S_{\mathfrak p}, \mathfrak qS_{\mathfrak p})\) pour une certaine paire \((S, \mathfrak q)\) au-dessus de \((R, \mathfrak p)\) (certains détails sont omis). Cela découle du lemme 00U2.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Soient \(R \to R^h\) et \(S \to S^h\) les hensélisations de \(R_\mathfrak p\) et \(S_\mathfrak q\). Le morphisme local d’anneaux \(R^h \to S^h\) du lemme 04GS identifie \(S^h\) à l’hensélisation de \(R^h \otimes_R S\) en l’unique idéal premier au-dessus de \(\mathfrak m^h\) et de \(\mathfrak q\).
Démonstration
Le lemme 04GV montre que \(R^h\), resp. \(S^h\) sont des colimites filtrantes de \(R\)-algèbres, resp. de \(S\)-algèbres, étales. Ainsi, \(R^h \otimes_R S\) est une colimite filtrante de \(S\)-algèbres étales \(A_i\) (lemme 00U2). D’après le lemme 08HS, \(S^h\) est une colimite filtrante de \(R^h \otimes_R S\)-algèbres étales. Comme, de plus, \(S^h\) est un anneau local hensélien de corps résiduel égal à \(\kappa(\mathfrak q)\), l’assertion découle du résultat d’unicité du lemme 08HT.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme local d’anneaux locaux. Soit \(S/\mathfrak m_S \subset \kappa^{sep}\) une clôture algébrique séparable. Soit \(S \to S^{sh}\) l’hensélisation stricte de \(S\) relativement à \(S/\mathfrak m_S \subset \kappa^{sep}\). Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux étale, et soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(A\) au-dessus de \(\mathfrak m_R\). Étant donné un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \kappa(\mathfrak q) \ar[r]_{\phi} & \kappa^{sep} \\ R/\mathfrak m_R \ar[r]^{\varphi} \ar[u] & S/\mathfrak m_S \ar[u] }\] il existe un unique morphisme d’anneaux \(f : A \to S^{sh}\) s’insérant dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ A \ar[r]_f & S^{sh} \\ R \ar[u] \ar[r]^{\varphi} & S \ar[u] }\] tel que \(f^{-1}(\mathfrak m_{S^h}) = \mathfrak q\) et que le morphisme induit \(\kappa(\mathfrak q) \to \kappa^{sep}\) soit celui qui est donné.
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 08HQ.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme local d’anneaux locaux. Choisissons des clôtures algébriques séparables \(R/\mathfrak m_R \subset \kappa_1^{sep}\) et \(S/\mathfrak m_S \subset \kappa_2^{sep}\). Soient \(R \to R^{sh}\) et \(S \to S^{sh}\) les hensélisations strictes correspondantes. Étant donné un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \kappa_1^{sep} \ar[r]_{\phi} & \kappa_2^{sep} \\ R/\mathfrak m_R \ar[r]^{\varphi} \ar[u] & S/\mathfrak m_S \ar[u] }\] il existe un unique morphisme local d’anneaux \(R^{sh} \to S^{sh}\) s’insérant dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ R^{sh} \ar[r]_f & S^{sh} \\ R \ar[u] \ar[r] & S \ar[u] }\] et induisant \(\phi\) sur les corps résiduels de \(R^{sh}\) et \(S^{sh}\).
Démonstration
Cela découle immédiatement du lemme 08HR.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Soit \(\kappa(\mathfrak p) \subset \kappa^{sep}\) une clôture algébrique séparable. Considérons la catégorie des triplets \((S, \mathfrak q, \phi)\) où \(R \to S\) est étale, \(\mathfrak q\) est un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p\), et \(\phi : \kappa(\mathfrak q) \to \kappa^{sep}\) est un morphisme de \(\kappa(\mathfrak p)\)-algèbres. Cette catégorie est filtrante et \[(R_{\mathfrak p})^{sh} = \colim_{(S, \mathfrak q, \phi)} S = \colim_{(S, \mathfrak q, \phi)} S_{\mathfrak q}\] canoniquement.
Démonstration
Un morphisme de triplets \((S, \mathfrak q, \phi) \to (S', \mathfrak q', \phi')\) est donné par un morphisme de \(R\)-algèbres \(\varphi : S \to S'\) tel que \(\varphi^{-1}(\mathfrak q') = \mathfrak q\) et que \(\phi' \circ \varphi = \phi\). Montrons que la catégorie des triplets est filtrante, voir Catégories, définition 002V. La catégorie contient le triplet \((R, \mathfrak p, \kappa(\mathfrak p) \subset \kappa^{sep})\) et n’est donc pas vide, ce qui prouve la partie (1) de Catégories, définition 002V. Supposons que \((S, \mathfrak q, \phi)\) et \((S', \mathfrak q', \phi')\) soient deux triplets. Notons que \(\mathfrak q\), resp. \(\mathfrak q'\) correspondent à des idéaux premiers des anneaux fibres \(S \otimes \kappa(\mathfrak p)\), resp. \(S' \otimes \kappa(\mathfrak p)\), dont les corps résiduels sont des extensions séparables finies de \(\kappa(\mathfrak p)\), et que \(\phi\), resp. \(\phi'\), correspondent à des morphismes vers \(\kappa^{sep}\). Ces données correspondent donc à des morphismes de \(\kappa(\mathfrak p)\)-algèbres \[\phi : S \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \longrightarrow \kappa^{sep}, \quad \phi' : S' \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \longrightarrow \kappa^{sep}.\] Posons \(S'' = S \otimes_R S'\). En combinant les morphismes ci-dessus, nous obtenons un unique morphisme de \(\kappa(\mathfrak p)\)-algèbres \[\phi'' = \phi \otimes \phi' : S'' \otimes_R \kappa(\mathfrak p) \longrightarrow \kappa^{sep}\] dont le noyau correspond à un idéal premier \(\mathfrak q'' \subset S''\) au-dessus de \(\mathfrak q\) et de \(\mathfrak q'\), et dont le corps résiduel s’envoie par \(\phi''\) dans le corps composé de \(\phi(\kappa(\mathfrak q))\) et \(\phi'(\kappa(\mathfrak q'))\) dans \(\kappa^{sep}\). Le morphisme d’anneaux \(R \to S''\) est étale d’après le lemme 00U2. Ainsi, \((S'', \mathfrak q'', \phi'')\) est un triplet dominant à la fois \((S, \mathfrak q, \phi)\) et \((S', \mathfrak q', \phi')\). Cela prouve la partie (2) de Catégories, définition 002V. Supposons ensuite que \(\varphi, \psi : (S, \mathfrak q, \phi) \to (S', \mathfrak q', \phi')\) soient deux morphismes de triplets. Alors \(\varphi\), \(\psi\), et \(S' \otimes_R S' \to S'\) sont des morphismes d’anneaux étales d’après le lemme 00U7. Considérons \[S'' = (S' \otimes_{\varphi, S, \psi} S') \otimes_{S' \otimes_R S'} S'\] En raisonnant comme ci-dessus (le changement de base d’un morphisme étale est étale, et la composée de morphismes étales est étale), nous voyons que \(S''\) est étale sur \(R\). L’anneau fibre de \(S''\) au-dessus de \(\mathfrak p\) est \[F'' = (F' \otimes_{\varphi, F, \psi} F') \otimes_{F' \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} F'} F'\] où \(F', F\) sont les anneaux fibres de \(S'\) et \(S\). Puisque \(\varphi\) et \(\psi\) sont des morphismes de triplets, le morphisme \(\phi' : F' \to \kappa^{sep}\) se prolonge en un morphisme \(\phi'' : F'' \to \kappa^{sep}\) qui correspond à son tour à un idéal premier \(\mathfrak q'' \subset S''\). Le morphisme canonique \(S' \to S''\) (utilisant par exemple le facteur le plus à droite) est un morphisme de triplets \((S', \mathfrak q', \phi') \to (S'', \mathfrak q'', \phi'')\) qui égalise \(\varphi\) et \(\psi\). Cela prouve la partie (3) de Catégories, définition 002V. Nous concluons donc que la catégorie est filtrante.
Il reste à montrer que la colimite \(R_{colim}\) du système est égale à l’hensélisation stricte de \(R_{\mathfrak p}\) relativement à \(\kappa^{sep}\). Pour cela, notons que le système des triplets \((S, \mathfrak q, \phi)\) contient comme sous-système les paires \((S, \mathfrak q)\) du lemme 04GV. Ainsi, \(R_{colim}\) contient \(R_{\mathfrak p}^h\) d’après ce lemme. De plus, il est clair que \(R_{\mathfrak p}^h \subset R_{colim}\) est une colimite filtrante d’extensions d’anneaux étales. Il s’ensuit que \(R_{colim}\) est hensélien d’après les lemmes 04GH et 04GI. Enfin, d’après le lemme 00UD, le corps résiduel de \(R_{colim}\) est égal à \(\kappa^{sep}\). Nous concluons donc que \(R_{colim}\) est strictement hensélien et est ainsi égal à l’hensélisation stricte de \(R_{\mathfrak p}\), comme souhaité. Certains détails sont omis.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Choisissons des clôtures algébriques séparables \(\kappa(\mathfrak p) \subset \kappa_1^{sep}\) et \(\kappa(\mathfrak q) \subset \kappa_2^{sep}\). Soient \(R^{sh}\) et \(S^{sh}\) les hensélisations strictes correspondantes de \(R_\mathfrak p\) et \(S_\mathfrak q\). Étant donné un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \kappa_1^{sep} \ar[r]_{\phi} & \kappa_2^{sep} \\ \kappa(\mathfrak p) \ar[r]^{\varphi} \ar[u] & \kappa(\mathfrak q) \ar[u] }\] le morphisme local d’anneaux \(R^{sh} \to S^{sh}\) du lemme 04GU identifie \(S^{sh}\) à l’hensélisation stricte de \(R^{sh} \otimes_R S\) en un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak q\) et de l’idéal maximal \(\mathfrak m^{sh} \subset R^{sh}\).
Démonstration
La preuve est identique à celle du lemme 08HU, à ceci près qu’elle utilise le lemme 04GW au lieu du lemme 04GV.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\) tel que \(\kappa(\mathfrak p) \to \kappa(\mathfrak q)\) soit un isomorphisme. Choisissons une clôture algébrique séparable \(\kappa^{sep}\) de \(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak q)\). Alors \[(S_\mathfrak q)^{sh} = (S_\mathfrak q)^h \otimes_{(R_\mathfrak p)^h} (R_\mathfrak p)^{sh}\]
Démonstration
Cela découle de l’autre construction de l’hensélisation stricte d’un anneau local donnée dans la remarque 0BSL, ainsi que du fait que les corps résiduels sont égaux. Certains détails sont omis.
Hensélisation et morphismes d’anneaux quasi-finis
Dans cette section, nous démontrons quelques résultats concernant les morphismes fonctoriels entre hensélisés (stricts) pour les morphismes d’anneaux quasi-finis.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak p\) dans \(R\). Supposons que \(R \to S\) soit quasi-fini en \(\mathfrak q\). Le diagramme commutatif \[\xymatrix{ R_{\mathfrak p}^h \ar[r] & S_{\mathfrak q}^h \\ R_{\mathfrak p} \ar[u] \ar[r] & S_{\mathfrak q} \ar[u] }\] du lemme 04GS identifie \(S_{\mathfrak q}^h\) à la localisation de \(R_{\mathfrak p}^h \otimes_{R_{\mathfrak p}} S_{\mathfrak q}\) en l’idéal premier engendré par \(\mathfrak q\). De plus, le morphisme d’anneaux \(R_{\mathfrak p}^h \to S_{\mathfrak q}^h\) est fini.
Démonstration
Notons que \(R_{\mathfrak p}^h \otimes_R S\) est quasi-fini sur \(R_{\mathfrak p}^h\) en l’idéal premier correspondant à \(\mathfrak q\), voir le lemme 00PN. Ainsi, la localisation \(S'\) de \(R_{\mathfrak p}^h \otimes_{R_{\mathfrak p}} S_{\mathfrak q}\) est hensélienne et finie sur \(R_{\mathfrak p}^h\), voir le lemme 04GH. En tant que localisation, \(S'\) est une limite inductive filtrante d’algèbres étales sur \(R_{\mathfrak p}^h \otimes_{R_{\mathfrak p}} S_{\mathfrak q}\). Le lemme 08HU montre que \(S_\mathfrak q^h\) est le hensélisé de \(R_{\mathfrak p}^h \otimes_{R_{\mathfrak p}} S_{\mathfrak q}\). Ainsi, \(S' = S_\mathfrak q^h\) d’après le résultat d’unicité du lemme 08HT.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local et soit \(R^h\) son hensélisé. Soit \(I \subset \mathfrak m_R\). Alors \(R^h/IR^h\) est le hensélisé de \(R/I\).
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 05WP.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak p\) dans \(R\). Supposons que \(R \to S\) soit quasi-fini en \(\mathfrak q\). Soit \(\kappa_2^{sep}/\kappa(\mathfrak q)\) une clôture séparable, et notons \(\kappa_1^{sep} \subset \kappa_2^{sep}\) le sous-corps des éléments algébriques séparables sur \(\kappa(\mathfrak p)\) (Corps, lemme 030K). Le diagramme commutatif \[\xymatrix{ R_{\mathfrak p}^{sh} \ar[r] & S_{\mathfrak q}^{sh} \\ R_{\mathfrak p} \ar[u] \ar[r] & S_{\mathfrak q} \ar[u] }\] du lemme 04GU identifie \(S_{\mathfrak q}^{sh}\) à la localisation de \(R_{\mathfrak p}^{sh} \otimes_{R_{\mathfrak p}} S_{\mathfrak q}\) en l’idéal premier qui est le noyau du morphisme \[R_{\mathfrak p}^{sh} \otimes_{R_{\mathfrak p}} S_{\mathfrak q} \longrightarrow \kappa_1^{sep} \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak q) \longrightarrow \kappa_2^{sep}\] De plus, le morphisme d’anneaux \(R_{\mathfrak p}^{sh} \to S_{\mathfrak q}^{sh}\) est un homomorphisme local et fini d’anneaux locaux dont l’extension de corps résiduels est l’extension \(\kappa_2^{sep}/\kappa_1^{sep}\), laquelle est à la fois finie et purement inséparable.
Démonstration
Comme \(R \to S\) est quasi-fini en \(\mathfrak q\), l’extension \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) est finie, voir la définition 00PL et le lemme 00PK. Ainsi, \(\kappa_1^{sep}\) est une clôture séparable de \(\kappa(\mathfrak p)\) (détail mineur omis). En particulier, le lemme 04GU s’applique bien. Ensuite, le corps composé de \(\kappa(\mathfrak q)\) et de \(\kappa_1^{sep}\) dans \(\kappa_2^{sep}\) est séparablement clos, et est donc égal à \(\kappa_2^{sep}\). Nous concluons que \(\kappa_2^{sep}/\kappa_1^{sep}\) est finie. Par construction, l’extension \(\kappa_2^{sep}/\kappa_1^{sep}\) est purement inséparable. Le morphisme d’anneaux \(R_{\mathfrak p}^{sh} \to S_{\mathfrak q}^{sh}\) est bien local et induit l’extension de corps résiduels \(\kappa_2^{sep}/\kappa_1^{sep}\), qui est bien finie et purement inséparable.
Notons que \(R_{\mathfrak p}^{sh} \otimes_R S\) est quasi-fini sur \(R_{\mathfrak p}^{sh}\) en l’idéal premier \(\mathfrak q'\) donné dans l’énoncé du lemme, voir le lemme 00PN. Ainsi, la localisation \(S'\) de \(R_{\mathfrak p}^{sh} \otimes_{R_{\mathfrak p}} S_{\mathfrak q}\) en \(\mathfrak q'\) est hensélienne et finie sur \(R_{\mathfrak p}^{sh}\), voir le lemme 04GH. Notons que le corps résiduel de \(S'\) est \(\kappa_2^{sep}\), car le morphisme \(\kappa_1^{sep} \otimes_{\kappa(\mathfrak p)} \kappa(\mathfrak q) \to \kappa_2^{sep}\) est surjectif d’après la discussion du paragraphe précédent. En outre, en tant que localisation, \(S'\) est une limite inductive filtrante d’algèbres étales sur \(R_{\mathfrak p}^{sh} \otimes_{R_{\mathfrak p}} S_{\mathfrak q}\). Le lemme 08HV montre que \(S_{\mathfrak q}^{sh}\) est le hensélisé strict de \(R_{\mathfrak p}^{sh} \otimes_{R_{\mathfrak p}} S_{\mathfrak q}\) en \(\mathfrak q'\). Ainsi, \(S' = S_\mathfrak q^{sh}\) d’après le résultat d’unicité du lemme 08HT.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local et soit \(R^{sh}\) son hensélisé strict. Soit \(I \subset \mathfrak m_R\). Alors \(R^{sh}/IR^{sh}\) est un hensélisé strict de \(R/I\).
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 05WR.
Lemme
Soient \(A \to B\) et \(A \to C\) des homomorphismes locaux d’anneaux locaux. Si \(A \to C\) est entier et si l’une des extensions \(\kappa(\mathfrak m_C)/\kappa(\mathfrak m_A)\) ou \(\kappa(\mathfrak m_B)/\kappa(\mathfrak m_A)\) est purement inséparable, alors \(D = B \otimes_A C\) est un anneau local et \(B \to D\) et \(C \to D\) sont locaux.
Démonstration
Tout idéal maximal de \(D\) est au-dessus de l’idéal maximal de \(B\) par le théorème de montée pour le morphisme d’anneaux entier \(B \to D\) (lemme 00GU). Or \(D/\mathfrak m_B D = \kappa(\mathfrak m_B) \otimes_A C = \kappa(\mathfrak m_B) \otimes_{\kappa(\mathfrak m_A)} C/\mathfrak m_A C\). Le spectre de \(C/\mathfrak m_A C\) est réduit à un seul point, à savoir \(\mathfrak m_C\). Ainsi, le spectre de \(D/\mathfrak m_B D\) est le même que celui de \(\kappa(\mathfrak m_B) \otimes_{\kappa(\mathfrak m_A)} \kappa(\mathfrak m_C)\), qui est réduit à un seul point puisque, par hypothèse, l’une des extensions \(\kappa(\mathfrak m_C)/\kappa(\mathfrak m_A)\) ou \(\kappa(\mathfrak m_B)/\kappa(\mathfrak m_A)\) est purement inséparable. Cela prouve que \(D\) est local et que les morphismes d’anneaux \(B \to D\) et \(C \to D\) sont locaux.
Lemme
Soient \(A \to B\) et \(A \to C\) des morphismes d’anneaux. Soit \(\kappa\) un corps séparablement clos et soit \(B \otimes_A C \to \kappa\) un homomorphisme d’anneaux. Notons \[\xymatrix{ B^{sh} \ar[r] & (B \otimes_A C)^{sh} \\ A^{sh} \ar[u] \ar[r] & C^{sh} \ar[u] }\] les morphismes correspondants entre hensélisés stricts (voir la démonstration). Si
\(A \to B\) est quasi-fini en l’idéal premier \(\mathfrak p_B = \Ker(B \to \kappa)\), ou
\(B\) est une limite inductive filtrante de \(A\)-algèbres quasi-finies, ou
\(B_{\mathfrak p_B}\) est une limite inductive filtrante d’algèbres quasi-finies sur \(A_{\mathfrak p_A}\), ou
\(B\) est entier sur \(A\),
alors \(B^{sh} \otimes_{A^{sh}} C^{sh} \to (B \otimes_A C)^{sh}\) est un isomorphisme.
Démonstration
Posons \(D = B \otimes_A C\). Notons \(\mathfrak p_A = \Ker(A \to \kappa)\) et de même pour \(\mathfrak p_B\), \(\mathfrak p_C\) et \(\mathfrak p_D\). Notons \(\kappa_A \subset \kappa\) la clôture séparable de \(\kappa(\mathfrak p_A)\) dans \(\kappa\) et de même pour \(\kappa_B\), \(\kappa_C\) et \(\kappa_D\). Notons \(A^{sh}\) le hensélisé strict de \(A_{\mathfrak p_A}\) construit à l’aide de la clôture séparable \(\kappa_A/\kappa(\mathfrak p_A)\). Faisons de même pour \(B^{sh}\), \(C^{sh}\) et \(D^{sh}\). Nous obtenons le diagramme commutatif du lemme par fonctorialité du lemme 04GU.
Considérons le morphisme \[c : B^{sh} \otimes_{A^{sh}} C^{sh} \to D^{sh} = (B \otimes_A C)^{sh}\] que fournit le diagramme commutatif. Si \(A \to B\) est quasi-fini en \(\mathfrak p_B = \Ker(B \to \kappa)\), alors le morphisme d’anneaux \(C \to D\) est quasi-fini en \(\mathfrak p_D\) d’après le lemme 00PN. Ainsi, d’après le lemme 05WR (et le lemme 02JK), le morphisme d’anneaux \(c\) est un homomorphisme d’algèbres finies sur \(C^{sh}\) et \[B^{sh} = (B \otimes_A A^{sh})_{\mathfrak q} \quad\text{et}\quad D^{sh} = (D \otimes_C C^{sh})_{\mathfrak r} = (B \otimes_A C^{sh})_{\mathfrak r}\] pour certains idéaux premiers \(\mathfrak q\) et \(\mathfrak r\). Comme \[B^{sh} \otimes_{A^{sh}} C^{sh} = (B \otimes_A A^{sh})_{\mathfrak q} \otimes_{A^{sh}} C^{sh} = \text{une localisation de } B \otimes_A C^{sh}\] nous concluons que la source et le but de \(c\) sont tous deux des localisations de \(B \otimes_A C^{sh}\) (de manière compatible avec le morphisme). Il suffit donc de montrer que \(B^{sh} \otimes_{A^{sh}} C^{sh}\) est local (détail mineur omis). Cela résulte du lemme 092Y et du fait que \(A^{sh} \to B^{sh}\) est fini et induit une extension purement inséparable des corps résiduels, d’après le lemme 05WR déjà utilisé. Cela démontre le cas (1) du lemme.
Dans le cas (2), écrivons \(B = \colim B_i\) sous la forme d’une limite inductive filtrante de \(A\)-algèbres quasi-finies. Nous obtenons alors \(D = \colim D_i\), où \(D_i = B_i \otimes_A C\). Observons que \(B^{sh} = \colim B_i^{sh}\). En effet, l’anneau \(\colim B_i^{sh}\) est un anneau local strictement hensélien d’après le lemme 04GI. De plus, \(\colim B_i^{sh}\) est une limite inductive filtrante de \(B\)-algèbres étales d’après le lemme 0GIM. Enfin, le corps résiduel de \(\colim B_i^{sh}\) est une clôture séparable de \(\kappa(\mathfrak p_B)\) (détails omis). Nous concluons donc que \(B^{sh} = \colim B_i^{sh}\), voir la discussion qui suit la définition 04GQ. De même, nous avons \(D^{sh} = \colim D_i^{sh}\). On conclut alors en appliquant le cas (1), car \[D^{sh} = \colim D_i^{sh} = \colim B_i^{sh} \otimes_{A^{sh}} C^{sh} = B^{sh} \otimes_{A^{sh}} C^{sh}\] puisque les limites inductives filtrantes commutent avec les produits tensoriels.
Cas (3). Nous pouvons remplacer \(A\), \(B\) et \(C\) par leurs localisations en \(\mathfrak p_A\), \(\mathfrak p_B\) et \(\mathfrak p_C\). Ainsi, (3) résulte de (2).
Puisqu’un morphisme d’anneaux entier est une limite inductive filtrante de morphismes d’anneaux finis, nous voyons que (4) résulte également de (2).
Critère de normalité de Serre
Nous introduisons les propriétés suivantes pour les anneaux noethériens.
Définition
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(k \geq 0\) un entier.
On dit que \(R\) possède la propriété \((R_k)\) si, pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de hauteur \(\leq k\), l’anneau local \(R_{\mathfrak p}\) est régulier. On dit aussi que \(R\) est régulier en codimension \(\leq k\).
On dit que \(R\) possède la propriété \((S_k)\) si, pour tout idéal premier \(\mathfrak p\), l’anneau local \(R_{\mathfrak p}\) est de profondeur au moins \(\min\{k, \dim(R_{\mathfrak p})\}\).
Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. On dit que \(M\) possède la propriété \((S_k)\) si, pour tout idéal premier \(\mathfrak p\), le module \(M_{\mathfrak p}\) est de profondeur au moins \(\min\{k, \dim(\text{Supp}(M_{\mathfrak p}))\}\).
Tout anneau noethérien possède la propriété \((S_0)\), de même que tout module de type fini sur cet anneau. Notre convention selon laquelle la profondeur du module nul vaut \(\infty\) (voir la section 00LE) et la dimension de l’ensemble vide vaut \(-\infty\) (voir Topologie, section 0054) garantit que le module nul possède la propriété \((S_k)\) pour tout \(k\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module de type fini. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(M\) n’a aucun idéal premier associé immergé, et
\(M\) possède la propriété \((S_1)\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier associé immergé de \(M\). Il existe alors un autre idéal premier associé \(\mathfrak q\) de \(M\) tel que \(\mathfrak p \supset \mathfrak q\). Cela implique en particulier que \(\dim(\text{Supp}(M_{\mathfrak p})) \geq 1\) (puisque \(\mathfrak q\) appartient lui aussi au support). D’autre part, \(\mathfrak pR_{\mathfrak p}\) est associé à \(M_{\mathfrak p}\) (lemme 0310), et donc \(\text{profondeur}(M_{\mathfrak p}) = 0\) (voir le lemme 00LL). Autrement dit, la propriété \((S_1)\) n’est pas vérifiée. Réciproquement, si la propriété \((S_1)\) n’est pas vérifiée, il existe un idéal premier \(\mathfrak p\) tel que \(\dim(\text{Supp}(M_{\mathfrak p})) \geq 1\) et \(\text{profondeur}(M_{\mathfrak p}) = 0\). Puisque \(\text{profondeur}(M_{\mathfrak p}) = 0\), nous voyons que \(\mathfrak p \in \text{Ass}(M)\) d’après les deux lemmes 0310 et 00LL. Comme \(\dim(\text{Supp}(M_{\mathfrak p})) \geq 1\), il existe un idéal premier \(\mathfrak q \in \text{Supp}(M)\) tel que \(\mathfrak q \subset \mathfrak p\), \(\mathfrak q \not = \mathfrak p\). Nous pouvons choisir un tel \(\mathfrak q\) minimal dans \(\text{Supp}(M)\). Alors, d’après la proposition 02CE, nous avons \(\mathfrak q \in \text{Ass}(M)\), et donc \(\mathfrak p\) est un idéal premier associé immergé.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R\) est réduit, et
\(R\) vérifie les propriétés \((R_0)\) et \((S_1)\).
Démonstration
Supposons que \(R\) soit réduit. Alors \(R_{\mathfrak p}\) est un corps pour tout idéal premier minimal \(\mathfrak p\) de \(R\), d’après le lemme 00EU. Ainsi, la propriété \((R_0)\) est vérifiée. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de hauteur \(\geq 1\). Alors \(A = R_{\mathfrak p}\) est un anneau local réduit de dimension \(\geq 1\). Son idéal maximal \(\mathfrak m\) n’est donc pas un idéal premier associé, car cela signifierait qu’il existe un \(x \in \mathfrak m\) d’annulateur \(\mathfrak m\), si bien que \(x^2 = 0\). La profondeur de \(A = R_{\mathfrak p}\) est donc au moins un, d’après le lemme 00LD. Cela montre que la propriété \((S_1)\) est vérifiée.
Réciproquement, supposons que \(R\) vérifie les propriétés \((R_0)\) et \((S_1)\). Si \(\mathfrak p\) est un idéal premier minimal de \(R\), alors \(R_{\mathfrak p}\) est un corps d’après \((R_0)\), et est donc réduit. Si \(\mathfrak p\) n’est pas minimal, alors nous voyons que \(R_{\mathfrak p}\) est de profondeur \(\geq 1\) d’après \((S_1)\), et nous en déduisons qu’il existe un élément \(t \in \mathfrak pR_{\mathfrak p}\) tel que \(R_{\mathfrak p} \to R_{\mathfrak p}[1/t]\) soit injectif. Or \(R_\mathfrak p[1/t]\) est contenu dans le produit de ses localisations aux idéaux premiers, voir le lemme 00HN. Il s’ensuit que \(R_{\mathfrak p}\) est un sous-anneau d’un produit de localisations de \(R\) en des idéaux premiers satisfaisant \(\mathfrak p \supset \mathfrak q\) et \(t \not \in \mathfrak q\). Comme ces idéaux premiers sont de hauteur plus petite, nous concluons par récurrence sur la hauteur que \(R\) est réduit.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(R\) est un anneau normal, et
\(R\) vérifie les propriétés \((R_1)\) et \((S_2)\).
Démonstration
Démonstration de (1) \(\Rightarrow\) (2). Supposons que \(R\) soit normal, c’est-à-dire que tous les localisés \(R_{\mathfrak p}\) aux idéaux premiers soient des anneaux intègres normaux. En particulier, nous voyons que \(R\) vérifie \((R_0)\) et \((S_1)\) d’après le lemme 031R. Il suffit donc de montrer qu’un anneau local noethérien intègre et normal \(R\) de dimension \(d\) est de profondeur \(\geq \min(2, d)\) et est régulier si \(d = 1\). L’assertion lorsque \(d = 1\) résulte du lemme 00PD.
Soit \(R\) un anneau local noethérien intègre et normal, d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et de dimension \(d \geq 2\). Appliquons le lemme 0BHZ à \(R\). Il est clair que \(R\) ne relève ni du cas (1) ni du cas (2) du lemme. Considérons \(R \to R'\) comme dans le cas (4) du lemme. Puisque \(R\) est intègre, nous avons \(R \subset R'\). Comme \(\mathfrak m\) n’est pas un idéal premier associé à \(R'\), il existe un \(x \in \mathfrak m\) qui est un non-diviseur de zéro dans \(R'\). Alors \(R_x = R'_x\), de sorte que \(R\) et \(R'\) sont des anneaux intègres de même corps des fractions. Mais la finitude de \(R \subset R'\) implique que tout élément de \(R'\) est entier sur \(R\) (lemme 00GK), et nous concluons que \(R = R'\), puisque \(R\) est normal. Cela signifie que le cas (4) ne se produit pas. Il reste donc la possibilité (3), c’est-à-dire \(\text{profondeur}(R) \geq 2\), comme souhaité.
Démonstration de (2) \(\Rightarrow\) (1). Supposons que \(R\) vérifie \((R_1)\) et \((S_2)\). Le lemme 031R montre que \(R\) est réduit. Il suffit donc de montrer que, si \(R\) est un anneau local réduit noethérien de dimension \(d\) vérifiant \((S_2)\) et \((R_1)\), alors \(R\) est un anneau intègre normal. Si \(d = 0\), le résultat est clair. Si \(d = 1\), le résultat découle du lemme 00PD.
Soit \(R\) un anneau local noethérien réduit, d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et de dimension \(d \geq 2\), vérifiant \((R_1)\) et \((S_2)\). D’après le lemme 030C, il suffit de montrer que \(R\) est intégralement clos dans son anneau total des fractions \(Q(R)\). Choisissons \(x \in Q(R)\) entier sur \(R\). Alors \(R' = R[x]\) est une extension finie de \(R\) (lemme 02JJ). Puisque \(\dim(R_\mathfrak p) < d\) pour tout idéal premier non maximal \(\mathfrak p \subset R\), nous avons \(R_\mathfrak p = R'_\mathfrak p\) par récurrence. Le support de \(R'/R\) est donc \(\{\mathfrak m\}\). Il s’ensuit que \(R'/R\) est annulé par une puissance de \(\mathfrak m\) (lemme 00L6). Le lemme 0BHZ contredit alors l’hypothèse selon laquelle la profondeur de \(R\) est \(\geq 2 = \min(2, d)\), et la démonstration est achevée.
Lemme
Un anneau régulier est normal.
Démonstration
Soit \(R\) un anneau régulier. D’après le lemme 031S, il suffit de montrer que \(R\) vérifie \((R_1)\) et \((S_2)\). Comme tout anneau local régulier est de Cohen-Macaulay, voir le lemme 00NQ, il est clair que \(R\) vérifie \((S_2)\). La propriété \((R_1)\) est immédiate.
Lemme
Soit \(R\) un anneau noethérien intègre et normal de corps des fractions \(K\). Alors
pour tout \(a \in R\) non nul, le quotient \(R/aR\) n’a aucun idéal premier associé immergé, et tous ses idéaux premiers associés sont de hauteur \(1\)
\[R = \bigcap\nolimits_{\text{hauteur}(\mathfrak p) = 1} R_{\mathfrak p}\]
Pour tout \(x \in K\) non nul, le quotient \(R/(R \cap xR)\) n’a aucun idéal premier associé immergé, et tous ses idéaux premiers associés sont de hauteur \(1\).
Démonstration
Le lemme 031S montre que \(R\) vérifie \((S_2)\). Ainsi, pour tout élément \(a \in R\) non nul, le quotient \(R/aR\) vérifie \((S_1)\) (utiliser par exemple le lemme 00LX). Par conséquent, \(R/aR\) n’a aucun idéal premier associé immergé (lemme 031Q). Nous en déduisons que les idéaux premiers associés à \(R/aR\) sont exactement les idéaux premiers minimaux \(\mathfrak p\) au-dessus de \((a)\), qui sont de hauteur \(1\) puisque \(a\) n’est pas nul (lemme 00KV). Cela démontre (1).
Ainsi, étant donné \(b \in R\), on a \(b \in aR\) si et seulement si \(b \in aR_{\mathfrak p}\) pour tout idéal premier minimal \(\mathfrak p\) au-dessus de \((a)\) (voir le lemme 0311). Ces idéaux premiers sont tous de hauteur \(1\), comme on l’a vu ci-dessus, donc \(b/a \in R\) si et seulement si \(b/a \in R_{\mathfrak p}\) pour tous les idéaux premiers de hauteur 1. L’assertion (2) s’ensuit.
Pour (3), écrivons \(x = a/b\). Soient \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_r\) les idéaux premiers minimaux au-dessus de \((ab)\). Ils sont tous de hauteur 1 d’après ce qui précède. Nous avons alors \(R \cap xR = \bigcap_{i = 1, \ldots, r} (R \cap xR_{\mathfrak p_i})\) d’après la partie (2) du lemme. Par conséquent, \(R/(R \cap xR)\) est un sous-module de \(\bigoplus R/(R \cap xR_{\mathfrak p_i})\). Comme \(R_{\mathfrak p_i}\) est un anneau de valuation discrète (d’après la propriété \((R_1)\) pour l’anneau noethérien intègre et normal \(R\), voir le lemme 031S), nous avons \(xR_{\mathfrak p_i} = \mathfrak p_i^{e_i}R_{\mathfrak p_i}\) pour un certain \(e_i \in \mathbf{Z}\). La somme directe est donc égale à \(\bigoplus_{e_i > 0} R/\mathfrak p_i^{(e_i)}\), voir la définition 0313. D’après le lemme 0314, le seul idéal premier associé au module \(R/\mathfrak p^{(n)}\) est \(\mathfrak p\). Ainsi, l’ensemble des idéaux premiers associés à \(R/(R \cap xR)\) est un sous-ensemble de \(\{\mathfrak p_i\}\) et il n’existe aucune relation d’inclusion entre eux. Cela démontre (3).
Lissité formelle des corps
Dans cette section, nous montrons que les extensions de corps sont formellement lisses si et seulement si elles sont séparables. Cependant, nous démontrons d’abord que les extensions de corps de type fini sont algébriques séparables si et seulement si elles sont formellement non ramifiées.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps de type fini. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
\(K\) est une extension finie séparable de \(k\),
\(\Omega_{K/k} = 0\),
\(K\) est formellement non ramifié sur \(k\),
\(K\) est non ramifié sur \(k\),
\(K\) est formellement étale sur \(k\),
\(K\) est étale sur \(k\).
Démonstration
L’équivalence de (2) et (3) résulte du Lemme 00UO. D’après le Lemme 00U3, nous voyons que (1) est équivalent à (6). La propriété (6) implique (5) et (4), qui impliquent toutes deux à leur tour (3) (Lemmes 00UR, 00UV, et 00UU). Il suffit donc de montrer que (2) implique (1). Choisissons une \(k\)-sous-algèbre de type fini \(A \subset K\) telle que \(K\) soit le corps des fractions de l’anneau intègre \(A\). Posons \(S = A \setminus \{0\}\). Puisque \(0 = \Omega_{K/k} = S^{-1}\Omega_{A/k}\) (Lemme 00RT) et puisque \(\Omega_{A/k}\) est de type fini (Lemme 00RZ), nous pouvons remplacer \(A\) par une localisation \(A_f\) pour nous ramener au cas où \(\Omega_{A/k} = 0\) (détails omis). Alors \(A\) est non ramifié sur \(k\), donc \(K/k\) est une extension finie séparable, par exemple d’après le Lemme 00UW appliqué avec \(\mathfrak q = (0)\).
Lemme
Soit \(k\) un corps parfait de caractéristique \(p > 0\). Soit \(K/k\) une extension de corps. Soit \(a \in K\). Alors \(\text{d}a = 0\) dans \(\Omega_{K/k}\) si et seulement si \(a\) est une puissance \(p\)-ième.
Démonstration
D’après le Lemme 031G, nous voyons qu’il existe un sous-corps \(k \subset L \subset K\) tel que \(L/k\) soit une extension de corps de type fini et que \(\text{d}a\) soit nul dans \(\Omega_{L/k}\). Ainsi, nous pouvons supposer que \(K\) est une extension de corps de type fini de \(k\).
Choisissons une base de transcendance \(x_1, \ldots, x_r \in K\) telle que \(K\) soit une extension finie séparable de \(k(x_1, \ldots, x_r)\). Cela est possible par définition ; voir les Définitions 030Y et 030O. Remarquons que le résultat vaut pour le sous-corps \(k(x_1, \ldots, x_r) \subset K\) ; ce sous-corps est une extension transcendante pure du corps de base. En effet, \[\Omega_{k(x_1, \ldots, x_r)/k} = \bigoplus\nolimits_{i = 1}^r k(x_1, \ldots, x_r) \text{d}x_i\] et toute fonction rationnelle dont toutes les dérivées partielles sont nulles est une puissance \(p\)-ième. De plus, nous avons aussi \[\Omega_{K/k} = \bigoplus\nolimits_{i = 1}^r K\text{d}x_i\] puisque l’extension \(k(x_1, \ldots, x_r) \subset K\) est finie séparable (calcul omis). Supposons que \(a \in K\) soit un élément tel que \(\text{d}a = 0\) dans le module des différentielles. Par notre choix des \(x_i\), nous voyons que le polynôme minimal \(P(T) \in k(x_1, \ldots, x_r)[T]\) de \(a\) est séparable. Écrivons \[P(T) = T^d + \sum\nolimits_{i = 1}^d a_i T^{d - i}\] et donc \[0 = \text{d}P(a) = \sum\nolimits_{i = 1}^d a^{d - i}\text{d}a_i\] dans \(\Omega_{K/k}\). D’après la description de \(\Omega_{K/k}\) ci-dessus et le fait que \(P\) était le polynôme minimal de \(a\), nous voyons que cela implique \(\text{d}a_i = 0\). Ainsi, \(a_i = b_i^p\) pour tout \(i\). Par conséquent, d’après Corps, Lemme 031V, nous voyons que \(a\) est une puissance \(p\)-ième.
Lemme
Soit \(k\) un corps de caractéristique \(p > 0\). Soient \(a_1, \ldots, a_n \in k\) des éléments tels que \(\text{d}a_1, \ldots, \text{d}a_n\) soient linéairement indépendants dans \(\Omega_{k/\mathbf{F}_p}\). Alors l’extension de corps \(k(a_1^{1/p}, \ldots, a_n^{1/p})\) est de degré \(p^n\) sur \(k\).
Démonstration
Nous procédons par récurrence sur \(n\). Si \(n = 1\), le résultat est le Lemme 031W. Pour l’étape de récurrence, supposons que \(k(a_1^{1/p}, \ldots, a_{n - 1}^{1/p})\) soit de degré \(p^{n - 1}\) sur \(k\). Nous devons montrer que \(a_n\) ne devient pas une puissance \(p\)-ième dans \(k(a_1^{1/p}, \ldots, a_{n - 1}^{1/p})\). Si c’est le cas, nous pouvons écrire \[\begin{align*} a_n & = \left(\sum\nolimits_{I = (i_1, \ldots, i_{n - 1}),\ 0 \leq i_j \leq p - 1} \lambda_I a_1^{i_1/p} \ldots a_{n - 1}^{i_{n - 1}/p}\right)^p \\ & = \sum\nolimits_{I = (i_1, \ldots, i_{n - 1}),\ 0 \leq i_j \leq p - 1} \lambda_I^p a_1^{i_1} \ldots a_{n - 1}^{i_{n - 1}} \end{align*}\] En appliquant \(\text{d}\), nous voyons que \(\text{d}a_n\) dépend linéairement des \(\text{d}a_i\), \(i < n\). C’est une contradiction.
Lemme
Soit \(k\) un corps de caractéristique \(p > 0\). Les propriétés suivantes sont équivalentes :
l’extension de corps \(K/k\) est séparable (voir la Définition 030O), et
l’application \(K \otimes_k \Omega_{k/\mathbf{F}_p} \to \Omega_{K/\mathbf{F}_p}\) est injective.
Démonstration
Écrivons \(K\) comme une limite inductive filtrante \(K = \colim_i K_i\) d’extensions de corps \(K_i/k\) de type fini. Par définition, \(K\) est séparable si et seulement si chaque \(K_i\) est séparable sur \(k\) et, d’après le Lemme 031G, nous voyons que \(K \otimes_k \Omega_{k/\mathbf{F}_p} \to \Omega_{K/\mathbf{F}_p}\) est injective si et seulement si chaque application \(K_i \otimes_k \Omega_{k/\mathbf{F}_p} \to \Omega_{K_i/\mathbf{F}_p}\) est injective. Ainsi, nous pouvons supposer que \(K/k\) est une extension de corps de type fini.
Supposons que \(K/k\) soit une extension de corps de type fini qui soit séparable. Choisissons \(x_1, \ldots, x_{r + 1} \in K\) comme dans le Lemme 030Q. Dans ce cas, il existe un polynôme irréductible \(G(X_1, \ldots, X_{r + 1}) \in k[X_1, \ldots, X_{r + 1}]\) tel que \(G(x_1, \ldots, x_{r + 1}) = 0\) et tel que \(\partial G/\partial X_{r + 1}\) ne soit pas identiquement nul. De plus, \(K\) est le corps des fractions de l’anneau intègre \(S = K[X_1, \ldots, X_{r + 1}]/(G)\). Écrivons \[G = \sum a_I X^I, \quad X^I = X_1^{i_1}\ldots X_{r + 1}^{i_{r + 1}}.\] À l’aide de la présentation de \(S\) ci-dessus, nous voyons que \[\Omega_{S/\mathbf{F}_p} = \frac{ S \otimes_k \Omega_k \oplus \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, r + 1} S\text{d}X_i }{ \langle \sum X^I \text{d}a_I + \sum \partial G/\partial X_i \text{d}X_i \rangle }\] Puisque \(\Omega_{K/\mathbf{F}_p}\) est la localisation du \(S\)-module \(\Omega_{S/\mathbf{F}_p}\) (voir le Lemme 00RT), nous en concluons que \[\Omega_{K/\mathbf{F}_p} = \frac{ K \otimes_k \Omega_k \oplus \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, r + 1} K\text{d}X_i }{ \langle \sum X^I \text{d}a_I + \sum \partial G/\partial X_i \text{d}X_i \rangle }\] Maintenant, puisque le polynôme \(\partial G/\partial X_{r + 1}\) n’est pas identiquement nul, nous en concluons que l’application \(K \otimes_k \Omega_{k/\mathbf{F}_p} \to \Omega_{S/\mathbf{F}_p}\) est injective, comme souhaité.
Supposons que \(K/k\) soit une extension de corps de type fini et que \(K \otimes_k \Omega_{k/\mathbf{F}_p} \to \Omega_{K/\mathbf{F}_p}\) soit injective. (Cette partie de la preuve est identique à l’argument démontrant le Lemme 030W.) Soit \(x_1, \ldots, x_r\) une base de transcendance de \(K\) sur \(k\) telle que le degré d’inséparabilité de l’extension finie \(k(x_1, \ldots, x_r) \subset K\) soit minimal. Si \(K\) est séparable sur \(k(x_1, \ldots, x_r)\), alors la conclusion est acquise. Supposons que ce ne soit pas le cas afin d’obtenir une contradiction. Il existe alors un élément \(\alpha \in K\) qui n’est pas séparable sur \(k(x_1, \ldots, x_r)\). Soit \(P(T) \in k(x_1, \ldots, x_r)[T]\) son polynôme minimal. Puisque \(\alpha\) n’est pas séparable, \(P\) est en fait un polynôme en \(T^p\). Chassons les dénominateurs pour obtenir un polynôme irréductible \[G(X_1, \ldots, X_r, T) = \sum a_{I, i} X^I T^i \in k[X_1, \ldots, X_r, T]\] tel que \(G(x_1, \ldots, x_r, \alpha) = 0\) dans \(K\). Notons que cela signifie que \(k[X_1, \ldots, X_r, T]/(G) \subset K\). Nous pouvons supposer que, pour un couple \((I_0, i_0)\), le coefficient \(a_{I_0, i_0} = 1\). Nous affirmons que \(\text{d}G/\text{d}X_i\) n’est pas identiquement nulle pour au moins un \(i\). En effet, si ce n’est pas le cas, \(G\) est en fait un polynôme en \(X_1^p, \ldots, X_r^p, T^p\). Cela signifie alors que \[\sum\nolimits_{(I, i) \not = (I_0, i_0)} x^I\alpha^i \text{d}a_{I, i}\] est nulle dans \(\Omega_{K/\mathbf{F}_p}\). Notons qu’il n’existe aucune relation \(k\)-linéaire entre les éléments \[\{x^I\alpha^i \mid a_{I, i} \not = 0 \text{ et } (I, i) \not = (I_0, i_0)\}\] de \(K\). L’hypothèse que \(K \otimes_k \Omega_{k/\mathbf{F}_p} \to \Omega_{K/\mathbf{F}_p}\) est injective implique donc que \(\text{d}a_{I, i} = 0\) dans \(\Omega_{k/\mathbf{F}_p}\) pour tout couple \((I, i)\). D’après le Lemme 031W, nous voyons que chaque \(a_{I, i}\) est une puissance \(p\)-ième, ce qui implique que \(G\) est une puissance \(p\)-ième, en contradiction avec l’irréductibilité de \(G\). Ainsi, après renumérotation, nous pouvons supposer que \(\text{d}G/\text{d}X_1\) n’est pas nulle. Nous voyons alors que \(x_1\) est algébrique séparable sur \(k(x_2, \ldots, x_r, \alpha)\) et que \(x_2, \ldots, x_r, \alpha\) forment une base de transcendance de \(K\) sur \(k\). Cela signifie que le degré d’inséparabilité de l’extension finie \(k(x_2, \ldots, x_r, \alpha) \subset K\) est inférieur au degré d’inséparabilité de l’extension finie \(k(x_1, \ldots, x_r) \subset K\), ce qui est une contradiction.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Si \(K\) est formellement lisse sur \(k\), alors \(K\) est une extension séparable de \(k\).
Démonstration
Supposons que \(K\) soit formellement lisse sur \(k\). D’après le Lemme 031K, nous voyons que \(K \otimes_k \Omega_{k/\mathbf{Z}} \to \Omega_{K/\mathbf{Z}}\) est injective. Ainsi, \(K\) est séparable sur \(k\) d’après le Lemme 031X.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Alors \(K\) est formellement lisse sur \(k\) si et seulement si \(H_1(L_{K/k}) = 0\).
Démonstration
Cela résulte de la Proposition 031J et du fait qu’un espace vectoriel est libre (donc projectif).
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps.
Si \(K\) est une extension transcendante pure de \(k\), alors \(K\) est formellement lisse sur \(k\).
Si \(K\) est une extension algébrique séparable de \(k\), alors \(K\) est formellement lisse sur \(k\).
Si \(K\) est séparable sur \(k\), alors \(K\) est formellement lisse sur \(k\).
Démonstration
Pour (1), écrivons \(K = k(x_j; j \in J)\). Supposons que \(A\) soit une \(k\)-algèbre et que \(I \subset A\) soit un idéal de carré nul. Soit \(\varphi : K \to A/I\) un morphisme de \(k\)-algèbres. Soit \(a_j \in A\) un élément tel que \(a_j \mod I = \varphi(x_j)\). Il est alors aisé de voir qu’il existe un unique morphisme de \(k\)-algèbres \(K \to A\) qui envoie \(x_j\) sur \(a_j\) et qui se réduit à \(\varphi\) modulo \(I\). Ainsi, \(k \subset K\) est formellement lisse.
Dans le cas (2), nous voyons que \(k \subset K\) est une limite inductive d’extensions d’anneaux étales. Un morphisme d’anneaux étale est formellement étale (Lemme 00UR). Ce cas résulte donc du Lemme 031N et de l’observation triviale qu’un morphisme d’anneaux formellement étale est formellement lisse.
Dans le cas (3), écrivons \(K = \colim K_i\) comme la limite inductive filtrante de ses sous-extensions de type fini sur \(k\). D’après la Définition 030O, chaque \(K_i\) est une extension algébrique séparable d’une extension transcendante pure de \(k\). Ainsi, \(K_i/k\) est formellement lisse d’après les cas (1) et (2) et le Lemme 031H. Donc \(H_1(L_{K_i/k}) = 0\) d’après le Lemme 031Z. Ainsi, \(H_1(L_{K/k}) = 0\) d’après le Lemme 07BQ. Donc \(K/k\) est formellement lisse, de nouveau d’après le Lemme 031Z.
Lemme
Soit \(k\) un corps.
Si la caractéristique de \(k\) est nulle, alors toute extension de corps de \(k\) est formellement lisse sur \(k\).
Si la caractéristique de \(k\) est \(p > 0\), alors \(K/k\) est formellement lisse si et seulement si cette extension de corps est séparable.
Démonstration
Nous rassemblons ici toutes les caractérisations des extensions de corps séparables.
Proposition
Soit \(K/k\) une extension de corps. Si la caractéristique de \(k\) est nulle, les assertions suivantes sont équivalentes :
\(K\) est séparable sur \(k\),
\(K\) est géométriquement réduit sur \(k\),
\(K\) est formellement lisse sur \(k\),
\(H_1(L_{K/k}) = 0\), et
l’application \(K \otimes_k \Omega_{k/\mathbf{Z}} \to \Omega_{K/\mathbf{Z}}\) est injective.
Si la caractéristique de \(k\) est \(p > 0\), alors les propriétés suivantes sont équivalentes :
\(K\) est séparable sur \(k\),
l’anneau \(K \otimes_k k^{1/p}\) est réduit,
\(K\) est géométriquement réduit sur \(k\),
l’application \(K \otimes_k \Omega_{k/\mathbf{F}_p} \to \Omega_{K/\mathbf{F}_p}\) est injective,
\(H_1(L_{K/k}) = 0\), et
\(K\) est formellement lisse sur \(k\).
Démonstration
Voici une autre caractérisation des extensions de corps séparables de type fini.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps de type fini. Alors \(K\) est séparable sur \(k\) si et seulement si \(K\) est la localisation d’une \(k\)-algèbre lisse.
Démonstration
Choisissons une \(k\)-algèbre de type fini \(R\) qui soit un anneau intègre dont le corps des fractions est \(K\). Le Lemme 07ND affirme que \(k \to R\) est lisse en \((0)\) si et seulement si \(K/k\) est séparable. Cela prouve le lemme.
Lemme
Soit \(K/k\) une extension de corps. Alors \(K\) est une limite inductive filtrante d’algèbres qui sont des intersections complètes globales sur \(k\). Si \(K/k\) est séparable, alors \(K\) est une limite inductive filtrante d’algèbres lisses sur \(k\).
Démonstration
Supposons que \(E \subset K\) soit un sous-ensemble fini. Il suffit de montrer qu’il existe une \(k\)-sous-algèbre \(A \subset K\) qui contient \(E\) et qui est une intersection complète globale (resp. lisse) sur \(k\). Le cas séparable/lisse résulte du Lemme 037X. Dans le cas général, soit \(L \subset K\) le sous-corps engendré par \(E\). Choisissons une base de transcendance \(x_1, \ldots, x_d \in L\) sur \(k\). L’extension \(L/k(x_1, \ldots, x_d)\) est finie. Écrivons \(L = k(x_1, \ldots, x_d)[y_1, \ldots, y_r]\). Choisissons par récurrence des polynômes \(P_i \in k(x_1, \ldots, x_d)[Y_1, \ldots, Y_r]\) tels que \(P_i = P_i(Y_1, \ldots, Y_i)\) soit unitaire en \(Y_i\) sur \(k(x_1, \ldots, x_d)[Y_1, \ldots, Y_{i - 1}]\) et dont l’image est le polynôme minimal de \(y_i\) dans \(k(x_1, \ldots, x_d)[y_1, \ldots, y_{i - 1}][Y_i]\). Il est alors clair que la suite \(P_1, \ldots, P_r\) est régulière dans \(k(x_1, \ldots, x_r)[Y_1, \ldots, Y_r]\) et que \(L = k(x_1, \ldots, x_r)[Y_1, \ldots, Y_r]/(P_1, \ldots, P_r)\). Si \(h \in k[x_1, \ldots, x_d]\) est un polynôme tel que \(P_i \in k[x_1, \ldots, x_d, 1/h, Y_1, \ldots, Y_r]\), alors nous voyons que \(P_1, \ldots, P_r\) est une suite régulière dans \(k[x_1, \ldots, x_d, 1/h, Y_1, \ldots, Y_r]\) et \(A = k[x_1, \ldots, x_d, 1/h, Y_1, \ldots, Y_r]/(P_1, \ldots, P_r)\) est une intersection complète globale. Après avoir ajusté notre choix de \(h\), nous pouvons supposer que \(E \subset A\), ce qui conclut.
Construction de morphismes d’anneaux plats
Le lemme suivant est parfois utile.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, k)\) un anneau local. Soit \(K/k\) une extension de corps. Il existe un anneau local \((R', \mathfrak m', k')\), un morphisme local plat d’anneaux \(R \to R'\) tel que \(\mathfrak m' = \mathfrak mR'\) et tel que \(k'\) soit isomorphe à \(K\) comme extension de \(k\).
Démonstration
Supposons que \(k' = k(\alpha)\) soit une extension monogène de \(k\). Alors \(k'\) est le corps résiduel d’une extension locale plate \(R \subset R'\) comme dans le lemme. Plus précisément, si \(\alpha\) est transcendant sur \(k\), nous prenons pour \(R'\) la localisation de \(R[x]\) en l’idéal premier \(\mathfrak mR[x]\). Si \(\alpha\) est algébrique de polynôme minimal \(T^d + \sum \overline{\lambda}_iT^{d - i}\), alors nous prenons \(R' = R[T]/(T^d + \sum \lambda_i T^{d - i})\).
Considérons la famille des triplets \((k', R \to R', \phi)\), où \(k \subset k' \subset K\) est un sous-corps, \(R \to R'\) est un morphisme local d’anneaux comme dans le lemme, et \(\phi : R' \to k'\) induit un isomorphisme \(R'/\mathfrak mR' \cong k'\) d’extensions de \(k\). Ces triplets forment une “grande” catégorie \(\mathcal{C}\) dont les morphismes \((k_1, R_1, \phi_1) \to (k_2, R_2, \phi_2)\) sont donnés par des morphismes d’anneaux \(\psi : R_1 \to R_2\) tels que \[\xymatrix{ R_1 \ar[d]_\psi \ar[r]_{\phi_1} & k_1 \ar[r] & K \ar@{=}[d] \\ R_2 \ar[r]^{\phi_2} & k_2 \ar[r] & K }\] le diagramme soit commutatif. Cela implique que \(k_1 \subset k_2\).
Supposons que \(I\) soit un ensemble ordonné filtrant et que \(((R_i, k_i, \phi_i), \psi_{ii'})\) soit un système inductif indexé par \(I\) ; voir Catégories, section 002Z. Dans ce cas, nous pouvons considérer \[R' = \colim_{i \in I} R_i\] C’est un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak mR'\) et de corps résiduel \(k' = \bigcup_{i \in I} k_i\). De plus, le morphisme d’anneaux \(R \to R'\) est plat, car c’est une limite inductive de morphismes plats (et les produits tensoriels commutent aux limites inductives filtrantes). Ainsi, \((R', k', \phi')\) est un “majorant” du système.
Une application presque triviale du lemme de Zorn achèverait la preuve si \(\mathcal{C}\) était un ensemble, mais ce n’en est pas un. (En fait, on peut faire fonctionner cet argument en trouvant une majoration raisonnable des cardinaux des anneaux locaux qui interviennent.) Pour contourner ce problème, choisissons un bon ordre sur \(K\). Pour \(x \in K\), notons \(K(x)\) le sous-corps de \(K\) engendré par tous les éléments de \(K\) qui sont \(\leq x\). Par récurrence transfinie sur \(x \in K\), nous allons construire des morphismes d’anneaux \(R \subset R(x)\) comme dans le lemme, avec pour extension de corps résiduels \(K(x)/k\). De plus, la construction assure que \(R(x)\) contient \(R(y)\) pour tout \(y \leq x\). En effet, si \(x\) a un prédécesseur \(x'\), alors \(K(x) = K(x')[x]\) et nous pouvons donc prendre pour \(R(x') \subset R(x)\) l’extension d’anneaux locaux construite dans le premier paragraphe de la preuve. Si \(x\) n’a pas de prédécesseur, posons d’abord \(R'(x) = \colim_{x' < x} R(x')\) comme dans le troisième paragraphe de la preuve. Le corps résiduel de \(R'(x)\) est \(K'(x) = \bigcup_{x' < x} K(x')\). Puisque \(K(x) = K'(x)[x]\), nous pouvons utiliser la construction du premier paragraphe de la preuve pour produire \(R'(x) \subset R(x)\). Cela achève la preuve du lemme.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, k)\) un anneau local. Si \(k \subset K\) est une extension algébrique séparable, alors il existe un ensemble ordonné filtrant \(I\) et un système inductif d’extensions finies étales \(R \subset R_i\), \(i \in I\) d’anneaux locaux tel que \(R' = \colim R_i\) ait pour corps résiduel \(K\) (comme extension de \(k\)).
Démonstration
Soit \(R \subset R'\) l’extension construite dans la preuve du Lemme 03C3. Par construction, \(R' = \colim_{\alpha \in A} R_\alpha\), où \(A\) est un ensemble bien ordonné, et les morphismes de transition \(R_\alpha \to R_{\alpha + 1}\) sont finis étales, tandis que \(R_\alpha = \colim_{\beta < \alpha} R_\beta\) si \(\alpha\) n’est pas un successeur. Nous allons démontrer le résultat par récurrence transfinie.
Supposons le résultat vrai pour \(R_\alpha\), c’est-à-dire \(R_\alpha = \colim R_i\), où \(R_i\) est fini étale sur \(R\). Puisque \(R_\alpha \to R_{\alpha + 1}\) est fini étale, il existe un \(i\) et une extension finie étale \(R_i \to R_{i, 1}\) tels que \(R_{\alpha + 1} = R_\alpha \otimes_{R_i} R_{i, 1}\). Ainsi, \(R_{\alpha + 1} = \colim_{i' \geq i} R_{i'} \otimes_{R_i} R_{i, 1}\), et le résultat est vrai pour \(\alpha + 1\). Supposons que \(\alpha\) ne soit pas un successeur et que le résultat soit vrai pour \(R_\beta\) pour tout \(\beta < \alpha\). Tout sous-ensemble fini \(E \subset R_\alpha\) est contenu dans \(R_\beta\) pour un certain \(\beta < \alpha\) et, par hypothèse, \(E\) est contenu dans une sous-extension finie étale. Ainsi, le résultat est vrai pour \(R_\alpha\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier et soit \(L/\kappa(\mathfrak p)\) une extension finie de corps. Alors il existe un morphisme d’anneaux fini et libre \(R \to S\) tel que \(\mathfrak q = \mathfrak pS\) soit premier et que \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) soit isomorphe à l’extension donnée \(L/\kappa(\mathfrak p)\).
Démonstration
Nous procédons par récurrence sur le degré de l’extension \(\kappa(\mathfrak p) \subset L\). Si le degré est \(1\), nous prenons \(R = S\). En général, s’il existe une sous-extension \(\kappa(\mathfrak p) \subset L' \subset L\), alors la conclusion est acquise par récurrence sur le degré (en construisant d’abord \(R \subset S'\) correspondant à \(L'/\kappa(\mathfrak p)\), puis en construisant \(S' \subset S\) correspondant à \(L/L'\)). Nous pouvons donc supposer que l’extension \(L \supset \kappa(\mathfrak p)\) est engendrée par un seul élément \(\alpha \in L\). Soit \(X^d + \sum_{i < d} a_iX^i\) le polynôme minimal de \(\alpha\) sur \(\kappa(\mathfrak p)\), de sorte que \(a_i \in \kappa(\mathfrak p)\). Nous pouvons écrire \(a_i\) comme l’image de \(f_i/g\) pour certains \(f_i, g \in R\) avec \(g \not \in \mathfrak p\). Après avoir remplacé \(\alpha\) par \(g\alpha\) (et, corrélativement, remplacé \(a_i\) par \(g^{d - i}a_i\)), nous pouvons supposer que \(a_i\) est l’image d’un élément \(f_i \in R\). Nous prenons alors simplement \(S = R[x]/(x^d + \sum f_ix^i)\).
Lemme
Soit \(A\) un anneau. Posons \(\kappa = \max(|A|, \aleph_0)\). Alors toute \(A\)-algèbre plate \(B\) est la limite inductive filtrante de ses \(A\)-sous-algèbres plates \(B' \subset B\) telles que \(|B'| \leq \kappa\). (Remarquons que \(B'\) est fidèlement plate sur \(A\) si \(B\) est fidèlement plate sur \(A\).)
Démonstration
Si \(B\) est de cardinalité \(\leq \kappa\), l’assertion est vraie. Soit \(E \subset B\) une \(A\)-sous-algèbre telle que \(|E| \leq \kappa\). Nous allons montrer que \(E\) est contenue dans une \(A\)-sous-algèbre plate \(B'\) telle que \(|B'| \leq \kappa\). Le lemme s’en déduit, car (a) tout sous-ensemble fini de \(B\) est contenu dans une \(A\)-sous-algèbre de cardinalité au plus \(\kappa\) et (b) toute paire de \(A\)-sous-algèbres de \(B\) de cardinalité au plus \(\kappa\) est contenue dans une \(A\)-sous-algèbre de cardinalité au plus \(\kappa\). Détails omis.
Nous allons construire par récurrence une suite de \(A\)-sous-algèbres \[E = E_0 \subset E_1 \subset E_2 \subset \ldots\] chacune de cardinalité \(\leq \kappa\), et nous montrerons que \(B' = \bigcup E_k\) est plate sur \(A\), ce qui achèvera la preuve.
La construction est la suivante. Posons \(E_0 = E\). Étant donné \(E_k\) pour \(k \geq 0\), considérons l’ensemble \(S_k\) des relations entre des éléments de \(E_k\) à coefficients dans \(A\). Ainsi, un élément \(s \in S_k\) est la donnée d’un entier \(n \geq 1\), de \(a_1, \ldots, a_n \in A\) et de \(e_1, \ldots, e_n \in E_k\) tels que \(\sum a_i e_i = 0\) dans \(E_k\). La platitude de \(A \to B\) implique, d’après le Lemme 00HK, que, pour tout \(s = (n, a_1, \ldots, a_n, e_1, \ldots, e_n) \in S_k\), nous pouvons choisir \[(m_s, b_{s, 1}, \ldots, b_{s, m_s}, a_{s, 11}, \ldots, a_{s, nm_s})\] où \(m_s \geq 0\) est un entier, \(b_{s, j} \in B\), \(a_{s, ij} \in A\), et \[e_i = \sum\nolimits_j a_{s, ij} b_{s, j}, \forall i, \quad\text{et}\quad 0 = \sum\nolimits_i a_i a_{s, ij}, \forall j.\] Ces choix étant faits, soit \(E_{k + 1} \subset B\) la \(A\)-sous-algèbre engendrée par
\(E_k\) et
les éléments \(b_{s, 1}, \ldots, b_{s, m_s}\) pour tout \(s \in S_k\).
Un argument de théorie des ensembles (omis) montre que \(E_{k + 1}\) est de cardinalité au plus \(\kappa\) (on utilise ici que, par récurrence, \(|E_k| \leq \kappa\) et que, par conséquent, la cardinalité de \(S_k\) est également au plus \(\kappa\)).
Pour montrer que \(B' = \bigcup E_k\) est plate sur \(A\), considérons une relation \(\sum_{i = 1, \ldots, n} a_i b'_i = 0\) dans \(B'\) à coefficients dans \(A\). Choisissons \(k\) assez grand pour que \(b'_i \in E_k\) pour \(i = 1, \ldots, n\). Alors \((n, a_1, \ldots, a_n, b'_1, \ldots, b'_n) \in S_k\), et nous voyons donc que la relation est triviale dans \(E_{k + 1}\) et, a fortiori, dans \(B'\). Ainsi, \(A \to B'\) est plat d’après le Lemme 00HK.
Le théorème de structure de Cohen
Voici une notion fondamentale d’algèbre commutative.
Définition
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local. Nous disons que \(R\) est un anneau local complet si le morphisme canonique \[R \longrightarrow \lim_n R/\mathfrak m^n\] vers le complété de \(R\) relativement à \(\mathfrak m\) est un isomorphisme13.
Remarquons qu’un anneau local artinien \(R\) est un anneau local complet car \(\mathfrak m_R^n = 0\) pour un certain \(n > 0\). Dans cette section, nous nous concentrons principalement sur les anneaux locaux noethériens complets.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien complet. Tout quotient de \(R\) est aussi un anneau local noethérien complet. Étant donné un morphisme d’anneaux fini \(R \to S\), l’anneau \(S\) est un produit d’anneaux locaux noethériens complets.
Démonstration
L’anneau \(S\) est noethérien d’après le Lemme 00FN. En tant que \(R\)-module, \(S\) est complet d’après le Lemme 00MA. Ainsi, \(S\) est le produit de ses complétés relativement à ses idéaux maximaux d’après le Lemme 07N9.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local complet. Si \(\mathfrak m\) est un idéal de type fini, alors \(R\) est noethérien.
Démonstration
Voir le Lemme 05GH.
Définition
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local complet. Un sous-anneau \(\Lambda \subset R\) est appelé un anneau de coefficients si les conditions suivantes sont satisfaites :
\(\Lambda\) est un anneau local complet d’idéal maximal \(\Lambda \cap \mathfrak m\),
le corps résiduel de \(\Lambda\) s’envoie isomorphiquement sur le corps résiduel de \(R\), et
\(\Lambda \cap \mathfrak m = p\Lambda\), où \(p\) est la caractéristique du corps résiduel de \(R\).
Faisons quelques remarques sur cette définition. Nous distinguons les cas suivants :
L’anneau local \(R\) contient un corps. Cela se produit lorsque \(\mathbf{Q} \subset R\), ou lorsque \(pR = 0\), où \(p\) est la caractéristique de \(R/\mathfrak m\). Dans ce cas, un anneau de coefficients \(\Lambda\) est un corps contenu dans \(R\) qui s’envoie isomorphiquement sur \(R/\mathfrak m\).
La caractéristique de \(R/\mathfrak m\) est \(p > 0\), mais aucune puissance de \(p\) n’est nulle dans \(R\). Dans ce cas, \(\Lambda\) est un anneau de valuation discrète complet d’uniformisante \(p\) et de corps résiduel \(R/\mathfrak m\).
La caractéristique de \(R/\mathfrak m\) est \(p > 0\) et, pour un certain \(n > 1\), nous avons \(p^{n - 1} \not = 0\), \(p^n = 0\) dans \(R\). Dans ce cas, \(\Lambda\) est un anneau local artinien dont l’idéal maximal est engendré par \(p\) et dont le corps résiduel est \(R/\mathfrak m\).
Les anneaux de valuation discrète complets d’uniformisante \(p\) ci-dessus jouent un rôle particulier ; donnons-leur le nom suivant.
Définition
Un anneau de Cohen est un anneau de valuation discrète complet dont l’uniformisante \(p\) est un nombre premier.
Lemme
Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(k\) un corps de caractéristique \(p\). Il existe un anneau de Cohen \(\Lambda\) tel que \(\Lambda/p\Lambda \cong k\).
Démonstration
Remarquons d’abord que les entiers \(p\)-adiques \(\mathbf{Z}_p\) forment un anneau de Cohen de corps résiduel \(\mathbf{F}_p\). Soit \(k\) un corps arbitraire de caractéristique \(p\). Soit \(\mathbf{Z}_p \to R\) un morphisme local plat d’anneaux tel que \(\mathfrak m_R = pR\) et \(R/pR = k\) ; voir le Lemme 03C3. D’après le Lemme 05GH, le complété \(\Lambda = R^\wedge\) est noethérien. Puisque \(\Lambda/p\Lambda = R/pR\) est un corps, nous concluons que \(\Lambda\) est un anneau local noethérien complet d’idéal maximal \((p)\) (l’égalité et la complétude résultent du Lemme 05GG). Pour tout \(n\), le morphisme \(\mathbf{Z}/p^n\mathbf{Z} \to \Lambda/p^n\Lambda = R/p^nR\) est plat (l’égalité résulte de nouveau du Lemme 05GG). Ainsi, \(\mathbf{Z}_p \to \Lambda\) est plat, par exemple d’après le Lemme 0523. Ainsi, \(p\) est un non-diviseur de zéro dans \(\Lambda\). Par conséquent, \(\Lambda\) est de dimension \(\geq 1\) (Lemme 00KW), et nous concluons que \(\Lambda\) est régulier de dimension \(1\), c’est-à-dire un anneau de valuation discrète d’après le Lemme 00PD. Nous concluons que \(\Lambda\) est un anneau de Cohen de corps résiduel \(k\).
Lemme
Soit \(p > 0\) un nombre premier. Soit \(\Lambda\) un anneau de Cohen dont le corps résiduel est de caractéristique \(p\). Pour tout \(n \geq 1\), le morphisme d’anneaux \[\mathbf{Z}/p^n\mathbf{Z} \to \Lambda/p^n\Lambda\] est formellement lisse.
Démonstration
Si \(n = 1\), cela résulte de la Proposition 0322. Pour \(n\) quelconque, nous procédons par récurrence sur \(n\). En effet, si \(\mathbf{Z}/p^n\mathbf{Z} \to \Lambda/p^n\Lambda\) est formellement lisse, alors nous pouvons appliquer le Lemme 031L au morphisme d’anneaux \(\mathbf{Z}/p^{n + 1}\mathbf{Z} \to \Lambda/p^{n + 1}\Lambda\) et à l’idéal \(I = (p^n) \subset \mathbf{Z}/p^{n + 1}\mathbf{Z}\).
Théorème
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local complet.
\(R\) possède un anneau de coefficients (voir la Définition 0326),
si \(\mathfrak m\) est un idéal de type fini, alors \(R\) est isomorphe à un quotient \[\Lambda[[x_1, \ldots, x_n]]/I\] où \(\Lambda\) est soit un corps, soit un anneau de Cohen.
Démonstration
Montrons qu’il existe un anneau de coefficients. Nous le démontrons d’abord lorsque la caractéristique du corps résiduel \(\kappa\) est nulle. Dans ce cas, nous allons démontrer par récurrence sur \(n > 0\) qu’il existe une section \[\varphi_n : \kappa \longrightarrow R/\mathfrak m^n\] du morphisme canonique \(R/\mathfrak m^n \to \kappa = R/\mathfrak m\). C’est immédiat pour \(n = 1\). Si \(n > 1\), supposons \(\varphi_{n - 1}\) donnée. L’extension de corps \(\kappa/\mathbf{Q}\) est formellement lisse d’après la Proposition 0322. Nous pouvons donc trouver la flèche en pointillés dans le diagramme suivant : \[\xymatrix{ R/\mathfrak m^{n - 1} & R/\mathfrak m^n \ar[l] \\ \kappa \ar[u]^{\varphi_{n - 1}} \ar@{..>}[ru] & \mathbf{Q} \ar[l] \ar[u] }\] Cela démontre l’étape de récurrence. En passant à la limite dans ces morphismes, \[\lim_n\ \varphi_n : \kappa \longrightarrow R = \lim_n\ R/\mathfrak m^n\] nous obtenons un morphisme dont l’image est l’anneau de coefficients recherché.
Démontrons ensuite l’existence d’un anneau de coefficients lorsque la caractéristique du corps résiduel \(\kappa\) est \(p > 0\). Choisissons un anneau de Cohen \(\Lambda\) tel que \(\kappa = \Lambda/p\Lambda\) ; voir le Lemme 0328. Dans ce cas, nous allons démontrer par récurrence sur \(n > 0\) qu’il existe un morphisme \[\varphi_n : \Lambda/p^n\Lambda \longrightarrow R/\mathfrak m^n\] dont la composée avec le morphisme de réduction \(R/\mathfrak m^n \to \kappa\) donne l’isomorphisme fixé \(\Lambda/p\Lambda = \kappa\). C’est immédiat pour \(n = 1\). Si \(n > 1\), supposons \(\varphi_{n - 1}\) donnée. Le morphisme d’anneaux \(\mathbf{Z}/p^n\mathbf{Z} \to \Lambda/p^n\Lambda\) est formellement lisse d’après le Lemme 0329. Nous pouvons donc trouver la flèche en pointillés dans le diagramme suivant : \[\xymatrix{ R/\mathfrak m^{n - 1} & R/\mathfrak m^n \ar[l] \\ \Lambda/p^n\Lambda \ar[u]^{\varphi_{n - 1}} \ar@{..>}[ru] & \mathbf{Z}/p^n\mathbf{Z} \ar[l] \ar[u] }\] Cela démontre l’étape de récurrence. En passant à la limite dans ces morphismes, \[\lim_n\ \varphi_n : \Lambda = \lim_n\ \Lambda/p^n\Lambda \longrightarrow R = \lim_n\ R/\mathfrak m^n\] nous obtenons un morphisme dont l’image est l’anneau de coefficients recherché.
Le dernier énoncé du théorème en résulte aisément. En effet, si \(y_1, \ldots, y_n\) sont des générateurs de l’idéal \(\mathfrak m\), nous pouvons utiliser le morphisme \(\Lambda \to R\) que nous venons de construire pour obtenir un morphisme \[\Lambda[[x_1, \ldots, x_n]] \longrightarrow R, \quad x_i \longmapsto y_i.\] Comme les deux membres sont \((x_1, \ldots, x_n)\)-adiquement complets, ce morphisme est surjectif d’après le Lemme 0315, puisqu’il est surjectif modulo \((x_1, \ldots, x_n)\) par construction.
Remarque
Si \(k\) est un corps, alors l’anneau de séries formelles \(k[[X_1, \ldots, X_d]]\) est un anneau local noethérien complet et régulier de dimension \(d\). Si \(\Lambda\) est un anneau de Cohen, alors \(\Lambda[[X_1, \ldots, X_d]]\) est un anneau local noethérien complet et régulier de dimension \(d + 1\). Le théorème de structure de Cohen implique donc que tout anneau local noethérien complet est un quotient d’un anneau local régulier. En particulier, nous voyons qu’un anneau local noethérien complet est universellement caténaire ; voir le Lemme 00NM et le Lemme 00NQ.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien complet. Supposons que \(R\) soit régulier.
Si \(R\) contient soit \(\mathbf{F}_p\), soit \(\mathbf{Q}\), alors \(R\) est isomorphe à un anneau de séries formelles sur son corps résiduel.
Si \(k\) est un corps et si \(k \to R\) est un morphisme d’anneaux induisant un isomorphisme \(k \to R/\mathfrak m\), alors \(R\) est isomorphe, comme \(k\)-algèbre, à un anneau de séries formelles sur \(k\).
Démonstration
Dans le cas (1), le théorème de structure de Cohen (Théorème 032A) fournit un anneau de coefficients qui est nécessairement un corps et qui s’envoie isomorphiquement sur le corps résiduel. Ainsi, il suffit de démontrer (2). Dans le cas (2), choisissons \(f_1, \ldots, f_d \in \mathfrak m\) dont les images forment une base de \(\mathfrak m/\mathfrak m^2\), et considérons le morphisme continu de \(k\)-algèbres \(k[[x_1, \ldots, x_d]] \to R\) qui envoie \(x_i\) sur \(f_i\). Comme la source et le but sont \((x_1, \ldots, x_d)\)-adiquement complets, ce morphisme est surjectif d’après le Lemme 0315. D’autre part, il est nécessairement injectif, car sinon la dimension de \(R\) serait \(< d\) d’après le Lemme 00KW.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien complet et intègre. Alors il existe un sous-anneau \(R_0 \subset R\) ayant les propriétés suivantes :
\(R_0\) est un anneau local régulier et complet,
l’inclusion \(R_0 \subset R\) est finie et induit un isomorphisme sur les corps résiduels,
\(R_0\) est soit isomorphe à \(k[[X_1, \ldots, X_d]]\), où \(k\) est un corps, soit à \(\Lambda[[X_1, \ldots, X_d]]\), où \(\Lambda\) est un anneau de Cohen.
Démonstration
Soit \(\Lambda\) un anneau de coefficients de \(R\). Puisque \(R\) est intègre, nous voyons que \(\Lambda\) est un corps ou que \(\Lambda\) est un anneau de Cohen.
Cas I : \(\Lambda = k\) est un corps. Posons \(d = \dim(R)\). Choisissons \(x_1, \ldots, x_d \in \mathfrak m\) qui engendrent un idéal de définition \(I \subset R\). (Voir la section 00KD.) D’après le Lemme 0319, nous voyons que \(R\) est également \(I\)-adiquement complet. Considérons le morphisme \(R_0 = k[[X_1, \ldots, X_d]] \to R\) qui envoie \(X_i\) sur \(x_i\). Remarquons que \(R_0\) est complet relativement à l’idéal \(I_0 = (X_1, \ldots, X_d)\), et que \(R/I_0R \cong R/IR\) est fini sur \(k = R_0/I_0\) (car \(\dim(R/I) = 0\) ; voir la section 00KD). Nous concluons donc que \(R_0 \to R\) est fini d’après le Lemme 031D. Puisque \(\dim(R) = \dim(R_0)\), cela implique que \(R_0 \to R\) est injectif (voir le Lemme 00OJ), et le lemme est démontré.
Cas II : \(\Lambda\) est un anneau de Cohen. Posons \(d + 1 = \dim(R)\). Soit \(p > 0\) la caractéristique du corps résiduel \(k\). Puisque \(R\) est intègre, nous voyons que \(p\) est un non-diviseur de zéro dans \(R\). Ainsi, \(\dim(R/pR) = d\) ; voir le Lemme 00KW. Choisissons \(x_1, \ldots, x_d \in R\) dont les images engendrent un idéal de définition dans \(R/pR\). Alors \(I = (p, x_1, \ldots, x_d)\) est un idéal de définition de \(R\). D’après le Lemme 0319, nous voyons que \(R\) est également \(I\)-adiquement complet. Considérons le morphisme \(R_0 = \Lambda[[X_1, \ldots, X_d]] \to R\) qui envoie \(X_i\) sur \(x_i\). Remarquons que \(R_0\) est complet relativement à l’idéal \(I_0 = (p, X_1, \ldots, X_d)\), et que \(R/I_0R \cong R/IR\) est fini sur \(k = R_0/I_0\) (car \(\dim(R/I) = 0\) ; voir la section 00KD). Nous concluons donc que \(R_0 \to R\) est fini d’après le Lemme 031D. Puisque \(\dim(R) = \dim(R_0)\), cela implique que \(R_0 \to R\) est injectif (voir le Lemme 00OJ), et le lemme est démontré.
Anneaux japonais
Dans cette section, nous commençons l’étude de la finitude de la clôture intégrale.
Définition
Soit \(R\) un anneau intègre de corps des fractions \(K\).
Nous disons que \(R\) est N-1 si la clôture intégrale de \(R\) dans \(K\) est un \(R\)-module de type fini.
Nous disons que \(R\) est N-2 ou japonais si, pour toute extension finie \(L/K\) de corps, la clôture intégrale de \(R\) dans \(L\) est finie sur \(R\).
Ces notions présentent surtout un intérêt pour les anneaux noethériens, mais voici un exemple non noethérien.
Exemple
Soit \(k\) un corps. L’anneau intègre \(R = k[x_1, x_2, x_3, \ldots]\) est N-2, mais n’est pas noethérien. La raison en est la suivante. Supposons que \(R \subset L\) et que le corps \(L\) soit une extension finie du corps des fractions de \(R\). Il existe alors un entier \(n\) tel que \(L\) provienne d’une extension finie \(L_0/k(x_1, \ldots, x_n)\) par adjonction des éléments (transcendants) \(x_{n + 1}, x_{n + 2}\), etc. Soit \(S_0\) la clôture intégrale de \(k[x_1, \ldots, x_n]\) dans \(L_0\). D’après la proposition 0335 ci-dessous, \(S_0\) est fini sur \(k[x_1, \ldots, x_n]\). De plus, la clôture intégrale de \(R\) dans \(L\) est \(S = S_0[x_{n + 1}, x_{n + 2}, \ldots]\) (utiliser le lemme 030A) et est donc finie sur \(R\). Le même argument s’applique à \(R = \mathbf{Z}[x_1, x_2, x_3, \ldots]\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre. Si \(R\) est N-1, toute localisation de \(R\) l’est aussi. Il en va de même pour N-2.
Démonstration
Ces assertions résultent du fait que la formation de la clôture intégrale commute à la localisation ; voir le lemme 0307.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre. Soient \(f_1, \ldots, f_n \in R\) engendrant l’idéal unité. Si chacun des anneaux intègres \(R_{f_i}\) est N-1, alors \(R\) l’est aussi. Il en va de même pour N-2.
Démonstration
Supposons que \(R_{f_i}\) soit N-2 (ou N-1). Soit \(L\) une extension finie du corps des fractions de \(R\) (égale à ce corps des fractions dans le cas N-1). Soit \(S\) la clôture intégrale de \(R\) dans \(L\). Le lemme 0307 montre que \(S_{f_i}\) est la clôture intégrale de \(R_{f_i}\) dans \(L\). Par hypothèse, \(S_{f_i}\) est donc fini sur \(R_{f_i}\). Le lemme 00EO montre alors que \(S\) est fini sur \(R\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre. Soit \(R \subset S\) une extension quasi-finie d’anneaux intègres (par exemple finie). Supposons que \(R\) soit N-2 et noethérien. Alors \(S\) est N-2.
Démonstration
Soit \(L/K\) l’extension induite des corps des fractions. Remarquons qu’il s’agit d’une extension finie de corps (par exemple d’après le lemme 00PK (2) appliqué à la fibre \(S \otimes_R K\), et la définition d’un morphisme d’anneaux quasi-fini). Soit \(S'\) la clôture intégrale de \(R\) dans \(S\). Alors \(S'\) est contenu dans la clôture intégrale de \(R\) dans \(L\), qui est finie sur \(R\) par hypothèse. Comme \(R\) est noethérien, cela implique que \(S'\) est fini sur \(R\). D’après le lemme 00QB, il existe des éléments \(g_1, \ldots, g_n \in S'\) tels que \(S'_{g_i} \cong S_{g_i}\) et que \(g_1, \ldots, g_n\) engendrent l’idéal unité de \(S\). Il suffit donc de montrer que \(S'\) est N-2, d’après les lemmes 032G et 032H. Nous nous sommes ainsi ramenés au cas où \(S\) est fini sur \(R\).
Supposons que \(R \subset S\) vérifie les hypothèses du lemme et, de plus, que \(S\) soit fini sur \(R\). Soit \(M\) une extension finie du corps des fractions de \(S\). Alors \(M\) est aussi une extension de corps finie sur \(K\), et nous en déduisons que la clôture intégrale \(T\) de \(R\) dans \(M\) est finie sur \(R\). Le lemme 0308 montre que \(T\) est aussi la clôture intégrale de \(S\) dans \(M\), et le résultat suit du lemme 02JM.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Si \(R[z, z^{-1}]\) est N-1, alors \(R\) l’est aussi.
Démonstration
Soit \(R'\) la clôture intégrale de \(R\) dans son corps des fractions \(K\). Soit \(S'\) la clôture intégrale de \(R[z, z^{-1}]\) dans son corps des fractions. Manifestement, \(R' \subset S'\). Comme \(K[z, z^{-1}]\) est un anneau intègre normal, on a \(S' \subset K[z, z^{-1}]\). Supposons que \(f_1, \ldots, f_n \in S'\) engendrent \(S'\) comme \(R[z, z^{-1}]\)-module. Écrivons \(f_i = \sum a_{ij}z^j\) (somme finie), avec \(a_{ij} \in K\). Pour tout \(x \in R'\), on peut écrire \[x = \sum h_i f_i\] avec \(h_i \in R[z, z^{-1}]\). On voit ainsi que \(R'\) est contenu dans le sous-\(R\)-module de type fini \(\sum Ra_{ij} \subset K\). Comme \(R\) est noethérien, nous en concluons que \(R'\) est un \(R\)-module de type fini.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre noethérien, et soit \(R \subset S\) une extension finie d’anneaux intègres. Si \(S\) est N-1, alors \(R\) l’est aussi. Si \(S\) est N-2, alors \(R\) l’est aussi.
Démonstration
Démonstration omise. (Indication : les clôtures intégrales de \(R\) dans des corps d’extension sont contenues dans les clôtures intégrales de \(S\) dans ces corps d’extension.)
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre normal noethérien de corps des fractions \(K\). Soit \(L/K\) une extension finie séparable de corps. Alors la clôture intégrale de \(R\) dans \(L\) est finie sur \(R\).
Démonstration
Considérons la forme trace (Corps, définition 0BIK) \[L \times L \longrightarrow K, \quad (x, y) \longmapsto \langle x, y\rangle := \text{Trace}_{L/K}(xy).\] Comme \(L/K\) est séparable, cette forme est non dégénérée (Corps, lemme 0BIL). De plus, si \(x \in L\) est entier sur \(R\), alors \(\text{Trace}_{L/K}(x)\) appartient à \(R\). En effet, le polynôme minimal de \(x\) sur \(K\) a ses coefficients dans \(R\) (lemme 00H7), et \(\text{Trace}_{L/K}(x)\) est un multiple entier de l’un de ces coefficients (Corps, lemme 0BIH). Choisissons \(x_1, \ldots, x_n \in L\) entiers sur \(R\) et formant une \(K\)-base de \(L\). Alors la clôture intégrale \(S \subset L\) est contenue dans le \(R\)-module \[M = \{y \in L \mid \langle x_i, y\rangle \in R, \ i = 1, \ldots, n\}\] L’algèbre linéaire montre que \(M \cong R^{\oplus n}\) comme \(R\)-module. Ainsi, le sous-module \(S \subset R^{\oplus n}\) est un \(R\)-module de type fini, puisque \(R\) est noethérien.
Exemple
Le lemme 032L n’est plus valable si l’anneau n’est pas noethérien. Considérons par exemple l’action de \(G = \{+1, -1\}\) sur \(A = \mathbf{C}[x_1, x_2, x_3, \ldots]\), où \(-1\) agit en envoyant \(x_i\) sur \(-x_i\). L’anneau des invariants \(R = A^G\) est la \(\mathbf{C}\)-algèbre engendrée par tous les \(x_ix_j\). Ainsi, \(R \subset A\) n’est pas une extension finie. Mais \(R\) est un anneau intègre normal de corps des fractions \(K = L^G\), le sous-corps des \(G\)-invariants du corps des fractions \(L\) de \(A\). Et, manifestement, \(A\) est la clôture intégrale de \(R\) dans \(L\).
Le lemme suivant peut parfois remplacer le lemme 032L dans le cas d’extensions purement inséparables.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre normal noethérien de corps des fractions \(K\) de caractéristique \(p > 0\). Soit \(a \in K\) un élément tel qu’il existe une dérivation \(D : R \to R\) vérifiant \(D(a) \not = 0\). Alors la clôture intégrale de \(R\) dans \(L = K[x]/(x^p - a)\) est finie sur \(R\).
Démonstration
Après avoir remplacé \(x\) par \(fx\) et \(a\) par \(f^pa\), pour un certain \(f \in R\), nous pouvons supposer que \(a \in R\). Ainsi, \(D(a) \in R\) également. Nous allons montrer par récurrence sur \(i \leq p - 1\) que, si \[y = a_0 + a_1x + \ldots + a_i x^i,\quad a_j \in K\] est entier sur \(R\), alors \(D(a)^i a_j \in R\). La clôture intégrale est donc contenue dans le \(R\)-module libre de type fini ayant pour base \(D(a)^{-p + 1}x^j\), \(j = 0, \ldots, p - 1\). Comme \(R\) est noethérien, cela démontre le lemme.
Si \(i = 0\), alors \(y = a_0\) est entier sur \(R\) si et seulement si \(a_0 \in R\), et l’assertion est vraie. Supposons l’assertion vraie pour un certain \(i < p - 1\) et supposons que \[y = a_0 + a_1x + \ldots + a_{i + 1} x^{i + 1},\quad a_j \in K\] soit entier sur \(R\). Alors \[y^p = a_0^p + a_1^p a + \ldots + a_{i + 1}^pa^{i + 1}\] est un élément de \(R\) (puisqu’il appartient à \(K\) et est entier sur \(R\)). En appliquant \(D\), nous obtenons que \[(a_1^p + 2a_2^p a + \ldots + (i + 1)a_{i + 1}^p a^i)D(a)\] appartient à \(R\). Il s’ensuit que \[D(a)a_1 + 2D(a) a_2 x + \ldots + (i + 1)D(a) a_{i + 1} x^i\] est entier sur \(R\). Par hypothèse de récurrence, \(D(a)^{i + 1}a_j \in R\) pour \(j = 1, \ldots, i + 1\). (Nous utilisons ici que \(1, \ldots, i + 1\) sont inversibles.) Par conséquent, \(D(a)^{i + 1}a_0\) appartient aussi à \(R\), car c’est la différence de \(D(a)^{i + 1}y\) et de \(\sum_{j > 0} D(a)^{i + 1}a_jx^j\), qui sont entiers sur \(R\) (puisque \(x\) est entier sur \(R\), car \(a \in R\)).
Lemme
Un anneau intègre noethérien dont le corps des fractions est de caractéristique zéro est N-1 si et seulement s’il est N-2 (c’est-à-dire japonais).
Démonstration
Cela découle immédiatement du lemme 032L, puisque toute extension de corps en caractéristique zéro est séparable.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre noethérien de corps des fractions \(K\) de caractéristique \(p > 0\). Alors \(R\) est N-2 si et seulement si, pour toute extension finie purement inséparable \(L/K\), la clôture intégrale de \(R\) dans \(L\) est finie sur \(R\).
Démonstration
Supposons que la clôture intégrale de \(R\) dans toute extension de corps finie purement inséparable de \(K\) soit finie. Soit \(L/K\) une extension finie quelconque. Il nous faut montrer que la clôture intégrale de \(R\) dans \(L\) est finie sur \(R\). Choisissons une extension finie normale de corps \(M/K\) contenant \(L\). Comme \(R\) est noethérien, il suffit de montrer que la clôture intégrale de \(R\) dans \(M\) est finie sur \(R\). D’après le lemme 030M de la partie Corps, il existe une sous-extension \(M/M_{insep}/K\) telle que \(M_{insep}/K\) soit purement inséparable et que \(M/M_{insep}\) soit séparable. Par hypothèse, la clôture intégrale \(R'\) de \(R\) dans \(M_{insep}\) est finie sur \(R\). D’après le lemme 032L, la clôture intégrale \(R''\) de \(R'\) dans \(M\) est finie sur \(R'\). Alors \(R''\) est fini sur \(R\) d’après le lemme 00GL. Comme \(R''\) est aussi la clôture intégrale de \(R\) dans \(M\) (voir le lemme 0308), le résultat est démontré.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Si \(R\) est N-1, alors \(R[x]\) est N-1. Si \(R\) est N-2, alors \(R[x]\) est N-2.
Démonstration
Supposons que \(R\) soit N-1. Soit \(R'\) la clôture intégrale de \(R\), qui est finie sur \(R\). Par conséquent, \(R'[x]\) est aussi fini sur \(R[x]\). L’anneau \(R'[x]\) est normal (voir le lemme 030A), donc N-1. Cela démontre la première assertion.
Pour la seconde assertion, d’après le lemme 032K, il suffit de montrer que \(R'[x]\) est N-2. Autrement dit, nous pouvons supposer que \(R\) est un anneau intègre normal N-2. En caractéristique zéro, le lemme 032M permet de conclure. En caractéristique \(p > 0\), nous devons montrer que la clôture intégrale de \(R[x]\) dans toute extension finie purement inséparable \(L/K(x)\) est finie, où \(K\) est le corps des fractions de \(R\). Il existe une extension finie purement inséparable de corps \(L'/K\) et \(q = p^e\) tels que \(L \subset L'(x^{1/q})\) ; certains détails sont omis. Comme \(R[x]\) est noethérien, il suffit de montrer que la clôture intégrale de \(R[x]\) dans \(L'(x^{1/q})\) est finie sur \(R[x]\). Cette clôture intégrale est égale à \(R'[x^{1/q}]\), où \(R \subset R' \subset L'\) est la clôture intégrale de \(R\) dans \(L'\). Comme \(R\) est N-2, l’anneau \(R'\) est fini sur \(R\) et, par suite, \(R'[x^{1/q}]\) est fini sur \(R[x]\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. S’il existe un élément non nul \(f \in R\) tel que \(R_f\) soit normal, alors \[U = \{\mathfrak p \in \Spec(R) \mid R_{\mathfrak p} \text{ est normal}\}\] est ouvert dans \(\Spec(R)\).
Démonstration
Il est clair que l’ouvert principal \(D(f)\) est contenu dans \(U\). Le critère de normalité de Serre, lemme 031S, montre que \(\mathfrak p \not \in U\) implique qu’il existe \(\mathfrak q \subset \mathfrak p\) pour lequel l’un des cas suivants se présente :
Cas I : \(\text{depth}(R_{\mathfrak q}) < 2\) et \(\dim(R_{\mathfrak q}) \geq 2\), ou bien
Cas II : \(R_{\mathfrak q}\) n’est pas régulier et \(\dim(R_{\mathfrak q}) = 1\).
Cela signifie en particulier que \(R_{\mathfrak q}\) n’est pas normal, et donc que \(f \in \mathfrak q\). Dans le cas I, on a \(\text{depth}(R_{\mathfrak q}) = \text{depth}(R_{\mathfrak q}/fR_{\mathfrak q}) + 1\). Un tel idéal premier \(\mathfrak q\) est donc exactement un idéal premier associé immergé de \(R/fR\). Dans le cas II, \(\mathfrak q\) est un idéal premier associé de \(R/fR\) de hauteur 1. Il existe donc un ensemble fini \(E\) de tels premiers \(\mathfrak q\) (voir le lemme 00LC), et \[\Spec(R) \setminus U = \bigcup\nolimits_{\mathfrak q \in E} V(\mathfrak q)\] comme souhaité.
Lemme
Soit \(R\) un anneau intègre noethérien. Alors \(R\) est N-1 si et seulement si les deux conditions suivantes sont satisfaites :
il existe un élément non nul \(f \in R\) tel que \(R_f\) soit normal, et
pour tout idéal maximal \(\mathfrak m \subset R\), l’anneau local \(R_{\mathfrak m}\) est N-1.
Démonstration
Supposons d’abord que \(R\) soit N-1. Soit \(R'\) la clôture intégrale de \(R\) dans son corps des fractions \(K\). Par hypothèse, on peut trouver \(x_1, \ldots, x_n\) dans \(R'\) qui engendrent \(R'\) comme \(R\)-module. Comme \(R' \subset K\), on peut trouver des éléments non nuls \(f_i \in R\) tels que \(f_i x_i \in R\). Alors \(R_f \cong R'_f\), où \(f = f_1 \ldots f_n\). Ainsi, \(R_f\) est normal et la condition (1) est satisfaite. La condition (2) résulte du lemme 032G.
Supposons (1) et (2). Soit \(K\) le corps des fractions de \(R\). Supposons que \(R \subset R' \subset K\) soit une extension finie de \(R\) contenue dans \(K\). Remarquons que \(R_f = R'_f\), puisque \(R_f\) est déjà normal. Le lemme 0332 montre donc que l’ensemble des premiers \(\mathfrak p' \in \Spec(R')\) tels que \(R'_{\mathfrak p'}\) ne soit pas normal est fermé dans \(\Spec(R')\). Comme \(\Spec(R') \to \Spec(R)\) est fermé, l’image de cet ensemble est fermée dans \(\Spec(R)\). Pour un tel anneau \(R'\), notons \(Z_{R'} \subset \Spec(R)\) cette image.
Choisissons un idéal maximal \(\mathfrak m \subset R\). Soit \(R_{\mathfrak m} \subset R_{\mathfrak m}'\) la clôture intégrale de l’anneau local dans \(K\). Par hypothèse, il s’agit d’une extension finie d’anneaux. D’après le lemme 0307, on peut trouver un nombre fini d’éléments \(x_1, \ldots, x_n \in K\) entiers sur \(R\) tels que \(R_{\mathfrak m}'\) soit engendré par \(x_1, \ldots, x_n\) sur \(R_{\mathfrak m}\). Soit \(R' = R[x_1, \ldots, x_n] \subset K\). Avec ce choix, il est clair que \(\mathfrak m \not \in Z_{R'}\).
Comme \(\Spec(R)\) est quasi-compact, ce qui précède montre que nous pouvons trouver une famille finie \(R \subset R'_i \subset K\) telle que \(\bigcap Z_{R'_i} = \emptyset\). Soit \(R'\) le sous-anneau de \(K\) engendré par tous ces sous-anneaux. Il est fini sur \(R\). De plus, \(Z_{R'} = \emptyset\). En effet, tout premier \(\mathfrak p'\) est au-dessus d’un premier \(\mathfrak p'_i\) tel que \((R'_i)_{\mathfrak p'_i}\) soit normal. Cela implique que \(R'_{\mathfrak p'} = (R'_i)_{\mathfrak p'_i}\) est lui aussi normal. Ainsi, \(R'\) est normal ; autrement dit, \(R'\) est la clôture intégrale de \(R\) dans \(K\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(x \in R\). Supposons que
\(R\) soit un anneau intègre normal noethérien,
\(R/xR\) soit un anneau intègre et N-2,
\(R \cong \lim_n R/x^nR\) soit complet pour la topologie \(x\)-adique.
Alors \(R\) est N-2.
Démonstration
Nous pouvons supposer que \(x \not = 0\), car sinon le lemme est trivial. Soit \(K\) le corps des fractions de \(R\). Si la caractéristique de \(K\) est nulle, le lemme résulte de (1) ; voir le lemme 032M. Nous pouvons donc supposer que la caractéristique de \(K\) est \(p > 0\) et appliquer le lemme 032N. Ainsi, pour toute extension de corps \(L/K\) finie et purement inséparable, il nous faut donc montrer que la clôture intégrale \(S\) de \(R\) dans \(L\) est finie sur \(R\).
Soit \(q\) une puissance de \(p\) telle que \(L^q \subset K\). En agrandissant \(L\) si nécessaire, nous pouvons supposer qu’il existe un élément \(y \in L\) tel que \(y^q = x\). Comme \(R \to S\) induit un homéomorphisme entre les spectres (voir le lemme 0BRA), il existe un unique idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p = xR\). Il est clair que \[\mathfrak q = \{f \in S \mid f^q \in \mathfrak p\} = yS\] puisque \(y^q = x\). Remarquons que \(R_{\mathfrak p}\) est un anneau de valuation discrète d’après le lemme 00PD. D’autre part, \(S_{\mathfrak q}\) est noethérien d’après le théorème de Krull-Akizuki (lemme 00PG). Nous en concluons alors que \(S_{\mathfrak q}\) est un anneau de valuation discrète, à nouveau d’après le lemme 00PD. Le lemme 031F montre que \(\kappa(\mathfrak q)/\kappa(\mathfrak p)\) est une extension finie de corps. La clôture intégrale \(S' \subset \kappa(\mathfrak q)\) de \(R/xR\) est donc finie sur \(R/xR\) par l’hypothèse (2). Comme \(S/yS \subset S'\), cela implique que \(S/yS\) est fini sur \(R\). Remarquons que \(S/y^nS\) possède une filtration finie dont les sous-quotients sont les modules \(y^iS/y^{i + 1}S \cong S/yS\). On voit donc que chaque \(S/y^nS\) est fini sur \(R\). En particulier, \(S/xS\) est fini sur \(R\). De plus, il est clair que \(\bigcap x^nS = (0)\), car la puissance \(q\)-ième d’un élément de l’intersection appartient à \(\bigcap x^nR = (0)\) (lemme 00IP). Nous pouvons donc appliquer le lemme 031D pour conclure que \(S\) est fini sur \(R\), ce qui termine la démonstration.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Si \(R\) est un anneau intègre noethérien et N-2, alors \(R[[x]]\) l’est aussi.
Démonstration
Remarquons que \(R[[x]]\) est noethérien d’après le lemme 0306. Soit \(R' \supset R\) la clôture intégrale de \(R\) dans son corps des fractions. Comme \(R\) est N-2, elle est finie sur \(R\). Par conséquent, \(R'[[x]]\) est fini sur \(R[[x]]\). D’après le lemme 0BI0, \(R'[[x]]\) est un anneau intègre normal. Appliquons le lemme 032P à l’élément \(x \in R'[[x]]\) : l’anneau \(R'[[x]]\) est N-2. Le lemme 032K montre alors que \(R[[x]]\) est N-2.
Anneaux de Nagata
Voici la définition.
Définition
Soit \(R\) un anneau.
Nous disons que \(R\) est universellement japonais si, pour tout morphisme d’anneaux de type fini \(R \to S\) avec \(S\) intègre, l’anneau \(S\) est N-2 (c’est-à-dire japonais).
Nous disons que \(R\) est un anneau de Nagata si \(R\) est noethérien et si, pour tout idéal premier \(\mathfrak p\), l’anneau \(R/\mathfrak p\) est N-2.
Il est clair qu’un anneau noethérien universellement japonais est un anneau de Nagata. Notre objectif est de montrer qu’un anneau de Nagata est universellement japonais. Ce n’est pas du tout évident et cela demande un certain travail. Mais commençons par un lemme utile.
Lemme
Soit \(R\) un anneau de Nagata. Soit \(R \to S\) un morphisme essentiellement de type fini, avec \(S\) réduit. Alors la clôture intégrale \(A\) de \(R\) dans \(S\) est finie sur \(R\).
Démonstration
Comme \(S\) est essentiellement de type fini sur \(R\), il est noethérien et possède un nombre fini d’idéaux premiers minimaux \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_m\) ; voir le lemme 00FR. Puisque \(S\) est réduit, on a \(S \subset \prod S_{\mathfrak q_i}\), et chacun des \(S_{\mathfrak q_i} = K_i\) est un corps ; voir les lemmes 02LX et 00EU. Il suffit de montrer que la clôture intégrale \(A_i'\) de \(R\) dans chacun des \(K_i\) est finie sur \(R\). Cela suffit parce que \(R\) est noethérien et que \(A \subset \prod A_i'\). Soit \(\mathfrak p_i \subset R\) l’idéal premier de \(R\) correspondant à \(\mathfrak q_i\). Comme \(S\) est essentiellement de type fini sur \(R\), on voit que \(K_i = S_{\mathfrak q_i} = \kappa(\mathfrak q_i)\) est une extension de corps de type fini de \(\kappa(\mathfrak p_i)\). Par conséquent, la clôture algébrique \(L_i\) de \(\kappa(\mathfrak p_i)\) dans \(K_i\) est finie sur \(\kappa(\mathfrak p_i)\) ; voir Corps, lemme 037J. Il est clair que \(A_i'\) est la clôture intégrale de \(R/\mathfrak p_i\) dans \(L_i\), et le résultat découle donc de la définition d’un anneau de Nagata.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Pour vérifier que \(R\) est universellement japonais, il suffit de montrer ceci : si \(R \to S\) est de type fini et si \(S\) est intègre, alors \(S\) est N-1.
Démonstration
Supposons en effet satisfaite la condition du lemme. Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux de type fini, avec \(S\) intègre. Soit \(L\) une extension finie du corps des fractions de \(S\). Il existe alors une extension finie d’anneaux \(S \subset S' \subset L\) telle que \(L\) soit le corps des fractions de \(S'\). Par hypothèse, \(S'\) est N-1, et la clôture intégrale \(S''\) de \(S'\) dans \(L\) est donc finie sur \(S'\). Ainsi, \(S''\) est fini sur \(S\) (lemme 00GL) et \(S''\) est la clôture intégrale de \(S\) dans \(L\) (lemme 0308). Nous en concluons que \(R\) est universellement japonais.
Lemme
Si \(R\) est universellement japonais, toute algèbre essentiellement de type fini sur \(R\) est universellement japonaise.
Démonstration
Le cas d’une algèbre de type fini sur \(R\) résulte immédiatement de la définition. Le cas général s’obtient en appliquant le lemme 032G.
Lemme
Soit \(R\) un anneau de Nagata. Si \(R \to S\) est un morphisme d’anneaux quasi-fini (par exemple fini), alors \(S\) est lui aussi un anneau de Nagata.
Démonstration
Remarquons d’abord que \(S\) est noethérien, car \(R\) est noethérien et qu’un morphisme d’anneaux quasi-fini est de type fini. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier et posons \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\). Alors \(R/\mathfrak p \subset S/\mathfrak q\) est quasi-fini, et nous en concluons que \(S/\mathfrak q\) est N-2 d’après le lemme 032I, comme souhaité.
Lemme
Toute localisation d’un anneau de Nagata est un anneau de Nagata.
Démonstration
Cela résulte immédiatement du lemme 032G.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soient \(f_1, \ldots, f_n \in R\) engendrant l’idéal unité.
Si chacun des \(R_{f_i}\) est universellement japonais, alors \(R\) l’est aussi.
Si chacun des \(R_{f_i}\) est un anneau de Nagata, alors \(R\) l’est aussi.
Démonstration
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux de type fini tel que \(S\) soit intègre. Alors \(\varphi(f_1), \ldots, \varphi(f_n)\) engendrent l’idéal unité de \(S\). Par conséquent, si chacun des \(S_{f_i} = S_{\varphi(f_i)}\) est N-1, alors \(S\) l’est aussi ; voir le lemme 032H. Cela démontre (1).
Si chacun des \(R_{f_i}\) est un anneau de Nagata, chacun des \(R_{f_i}\) est noethérien, et \(R\) est donc noethérien ; voir le lemme 00EO. De plus, si \(\mathfrak p \subset R\) est un idéal premier, chacun des anneaux \(R_{f_i}/\mathfrak pR_{f_i} = (R/\mathfrak p)_{f_i}\) est N-2, et nous en concluons que \(R/\mathfrak p\) est N-2 d’après le lemme 032H. Cela démontre (2).
Lemme
Tout anneau local noethérien complet est un anneau de Nagata.
Démonstration
Soit \(R\) un anneau local noethérien complet. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Alors \(R/\mathfrak p\) est également un anneau local noethérien complet ; voir le lemme 0325. Il suffit donc de montrer qu’un anneau intègre local noethérien complet \(R\) est N-2. D’après les lemmes 032I et 032D, nous nous ramenons au cas \(R = k[[X_1, \ldots, X_d]]\), où \(k\) est un corps, ou au cas \(R = \Lambda[[X_1, \ldots, X_d]]\), où \(\Lambda\) est un anneau de Cohen.
Dans le cas \(k[[X_1, \ldots, X_d]]\), le lemme 032Q nous ramène à l’assertion qu’un corps est N-2. C’est clair. Dans le cas \(\Lambda[[X_1, \ldots, X_d]]\), nous nous ramenons à l’assertion qu’un anneau de Cohen \(\Lambda\) est N-2. En appliquant une fois encore le lemme 032P avec \(x = p \in \Lambda\), nous nous ramenons encore au cas d’un corps. Le résultat est donc démontré.
Définition
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Nous disons que \(R\) est analytiquement non ramifié si son complété \(R^\wedge = \lim_n R/\mathfrak m^n\) est réduit. On dit qu’un idéal premier \(\mathfrak p \subset R\) est analytiquement non ramifié si \(R/\mathfrak p\) est analytiquement non ramifié.
À ce stade, nous savons que les assertions suivantes sont vraies pour tout anneau local noethérien \(R\) : le morphisme \(R \to R^\wedge\) est un homomorphisme local fidèlement plat d’anneaux (lemme 00MC). Le complété \(R^\wedge\) est noethérien (lemme 05GH) et complet (lemme 031C). Le complété \(R^\wedge\) est donc un anneau de Nagata (lemme 032W). En outre, nous avons vu dans la section 0323 que \(R^\wedge\) est un quotient d’un anneau local régulier (théorème 032A), et qu’il est donc universellement caténaire (remarque 032C).
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien.
Si \(R\) est analytiquement non ramifié, alors \(R\) est réduit.
Si \(R\) est analytiquement non ramifié, alors tout idéal premier minimal de \(R\) est analytiquement non ramifié.
Si \(R\) est réduit, d’idéaux premiers minimaux \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\), et si chaque \(\mathfrak q_i\) est analytiquement non ramifié, alors \(R\) est analytiquement non ramifié.
Si \(R\) est analytiquement non ramifié, alors la clôture intégrale de \(R\) dans son anneau total des fractions \(Q(R)\) est finie sur \(R\).
Si \(R\) est intègre et analytiquement non ramifié, alors \(R\) est N-1.
Démonstration
Dans cette démonstration, nous utiliserons les remarques qui suivent immédiatement la définition 032X. Comme \(R \to R^\wedge\) est un homomorphisme local fidèlement plat d’anneaux, il est injectif, d’où (1).
Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier minimal de \(R\), et supposons \(R\) analytiquement non ramifié. Alors \(\mathfrak q\) est un idéal premier associé à \(R\) (voir la proposition 02CE). Il existe donc \(f \in R\) tel que \(\{x \in R \mid fx = 0\} = \mathfrak q\). Remarquons que \((R/\mathfrak q)^\wedge = R^\wedge/\mathfrak q^\wedge\) et que \(\{x \in R^\wedge \mid fx = 0\} = \mathfrak q^\wedge\), car la complétion est exacte (lemme 00MB). Si \(x \in R^\wedge\) est tel que \(x^2 \in \mathfrak q^\wedge\), alors \(fx^2 = 0\), donc \((fx)^2 = 0\), donc \(fx = 0\), donc \(x \in \mathfrak q^\wedge\). Ainsi, \(\mathfrak q\) est analytiquement non ramifié et (2) est satisfaite.
Supposons \(R\) réduit, d’idéaux premiers minimaux \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\), et chaque \(\mathfrak q_i\) analytiquement non ramifié. Alors \(R \to R/\mathfrak q_1 \times \ldots \times R/\mathfrak q_t\) est injectif. Comme la complétion est exacte (voir le lemme 00MB), nous voyons que \(R^\wedge \subset (R/\mathfrak q_1)^\wedge \times \ldots \times (R/\mathfrak q_t)^\wedge\). L’assertion (3) est donc claire.
Supposons \(R\) analytiquement non ramifié. Soient \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_s\) les idéaux premiers minimaux de \(R^\wedge\). On a alors \[Q(R^\wedge) = R^\wedge_{\mathfrak p_1} \times \ldots \times R^\wedge_{\mathfrak p_s}\] où chaque \(R^\wedge_{\mathfrak p_i}\) est un corps, puisque \(R^\wedge\) est réduit (voir le lemme 02LX). Par conséquent, la clôture intégrale \(S\) de \(R^\wedge\) dans \(Q(R^\wedge)\) est \(S = S_1 \times \ldots \times S_s\), où \(S_i\) est la clôture intégrale de \(R^\wedge/\mathfrak p_i\) dans son corps des fractions. D’après le lemme 032W, l’anneau \(S_i\) est fini sur \(R^\wedge/\mathfrak p_i\). Ainsi, \(S\) est fini sur \(R^\wedge\). Notons \(R'\) la clôture intégrale de \(R\) dans \(Q(R)\). Comme \(R \to R^\wedge\) est plat, on a \(R' \otimes_R R^\wedge \subset Q(R) \otimes_R R^\wedge \subset Q(R^\wedge)\). De plus, \(R' \otimes_R R^\wedge\) est entier sur \(R^\wedge\) (lemme 02JK). Ainsi, \(R' \otimes_R R^\wedge \subset S\) est un sous-\(R^\wedge\)-module. Comme \(R^\wedge\) est noethérien, c’est un \(R^\wedge\)-module de type fini. Nous pouvons donc trouver \(f_1, \ldots, f_n \in R'\) tels que \(R' \otimes_R R^\wedge\) soit engendré par les éléments \(f_i \otimes 1\) comme \(R^\wedge\)-module. La fidèle platitude montre que \(R'\) est engendré par \(f_1, \ldots, f_n\) comme \(R\)-module. Cela démontre (4).
L’assertion (5) est un cas particulier de l’assertion (4).
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Supposons que
\(R_{\mathfrak p}\) soit un anneau de valuation discrète, et que
\(\mathfrak p\) soit analytiquement non ramifié.
Alors, pour tout idéal premier associé \(\mathfrak q\) de \(R^\wedge/\mathfrak pR^\wedge\), l’anneau local \((R^\wedge)_{\mathfrak q}\) est un anneau de valuation discrète.
Démonstration
L’hypothèse (2) signifie que \(R^\wedge/\mathfrak pR^\wedge\) est un anneau réduit. Par conséquent, un idéal premier associé \(\mathfrak q \subset R^\wedge\) de \(R^\wedge/\mathfrak pR^\wedge\) est la même chose qu’un idéal premier minimal au-dessus de \(\mathfrak pR^\wedge\). On voit en particulier que l’idéal maximal de \((R^\wedge)_{\mathfrak q}\) est \(\mathfrak p(R^\wedge)_{\mathfrak q}\). Choisissons \(x \in R\) tel que \(xR_{\mathfrak p} = \mathfrak pR_{\mathfrak p}\). D’après ce qui précède, \(x \in (R^\wedge)_{\mathfrak q}\) engendre l’idéal maximal. Comme \(R \to R^\wedge\) est fidèlement plat, on voit que \(x\) est un non-diviseur de zéro dans \((R^\wedge)_{\mathfrak q}\). Le résultat s’ensuit.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau intègre local noethérien. Soit \(x \in \mathfrak m\). Supposons que
\(x \not = 0\),
\(R/xR\) n’ait aucun idéal premier associé immergé, et que
pour tout idéal premier associé \(\mathfrak p \subset R\) à \(R/xR\), on ait
l’anneau local \(R_{\mathfrak p}\) est régulier, et
\(\mathfrak p\) est analytiquement non ramifié.
Alors \(R\) est analytiquement non ramifié.
Démonstration
Soient \(\mathfrak p_1, \ldots, \mathfrak p_t\) les idéaux premiers associés au \(R\)-module \(R/xR\). Puisque \(R/xR\) n’a aucun idéal premier associé immergé, on voit que chaque \(\mathfrak p_i\) est de hauteur \(1\) et est un idéal premier minimal au-dessus de \((x)\). Pour chaque \(i\), soient \(\mathfrak q_{i1}, \ldots, \mathfrak q_{is_i}\) les idéaux premiers associés au \(R^\wedge\)-module \(R^\wedge/\mathfrak p_iR^\wedge\). D’après le lemme 032Z, on voit que \((R^\wedge)_{\mathfrak q_{ij}}\) est régulier. D’après le lemme 0312, on a \[\text{Ass}_{R^\wedge}(R^\wedge/xR^\wedge) = \bigcup\nolimits_{\mathfrak p \in \text{Ass}_R(R/xR)} \text{Ass}_{R^\wedge}(R^\wedge/\mathfrak pR^\wedge) = \{\mathfrak q_{ij}\}.\] Soit \(y \in R^\wedge\) tel que \(y^2 = 0\). Comme \((R^\wedge)_{\mathfrak q_{ij}}\) est régulier, et donc intègre (lemme 00NP), on voit que \(y\) s’envoie sur zéro dans \((R^\wedge)_{\mathfrak q_{ij}}\). Il s’ensuit que \(y\) s’envoie sur zéro dans \(R^\wedge/xR^\wedge\) d’après le lemme 0311. Ainsi, \(y = xy'\). Comme \(x\) est un non-diviseur de zéro (puisque \(R \to R^\wedge\) est plat), on voit que \((y')^2 = 0\). Nous en concluons que \(y \in \bigcap x^nR^\wedge = (0)\) (lemme 00IP).
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local. Si \(R\) est noethérien, intègre et de Nagata, alors \(R\) est analytiquement non ramifié.
Démonstration
Raisonnons par récurrence sur \(\dim(R)\). Le cas \(\dim(R) = 0\) est trivial. Supposons donc \(\dim(R) = d\) et le lemme vrai pour tous les anneaux intègres noethériens de Nagata de dimension \(< d\).
Soit \(R \subset S\) la clôture intégrale de \(R\) dans le corps des fractions de \(R\). Par hypothèse, \(S\) est un \(R\)-module de type fini. D’après le lemme 032T, \(S\) est un anneau de Nagata. D’après le lemme 00OK, on a \(\dim(R) = \dim(S)\). Soient \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_t\) les idéaux maximaux de \(S\). Chacun d’eux est au-dessus de l’idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(R\). De plus, \[(\mathfrak m_1 \cap \ldots \cap \mathfrak m_t)^n \subset \mathfrak mS\] pour \(n\) assez grand, puisque \(S/\mathfrak mS\) est artinien. D’après le lemme 00MB, \(R^\wedge \to S^\wedge\) est injectif et, en combinant le théorème chinois des restes, lemme 00DT, avec le lemme 0319, on obtient \(S^\wedge = \prod S^\wedge_i\), où \(S^\wedge_i\) est le complété de \(S\) pour la topologie \(\mathfrak m_i\)-adique. Il suffit donc de montrer que \(S_{\mathfrak m_i}\) est analytiquement non ramifié. Autrement dit, nous nous sommes ramenés au cas où \(R\) est un anneau intègre normal noethérien de Nagata.
Supposons que \(R\) soit un anneau intègre de Nagata, normal, noethérien et local. Choisissons un élément non nul \(x \in \mathfrak m\) de l’idéal maximal. Nous allons appliquer le lemme 0330. Nous devons vérifier les conditions (1), (2), (3)(a) et (3)(b). La condition (1) est claire. L’anneau \(R/xR\) n’a aucun idéal premier associé immergé d’après le lemme 031T. La condition (2) est donc satisfaite. Le même lemme montre aussi que tout idéal premier associé \(\mathfrak p\) à \(R/xR\) est de hauteur \(1\). Ainsi, \(R_{\mathfrak p}\) est un anneau intègre normal de dimension \(1\), donc régulier (lemme 00PD). La condition (3)(a) est ainsi satisfaite. Enfin, la condition (3)(b) résulte de l’hypothèse de récurrence, puisque \(R/\mathfrak p\) est un anneau de Nagata (d’après le lemme 032T ou directement par définition). Nous en concluons que \(R\) est analytiquement non ramifié.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(R\) est un anneau de Nagata,
pour tout morphisme fini \(R \to S\), avec \(S\) intègre, et tout idéal maximal \(\mathfrak m' \subset S\), l’anneau local \(S_{\mathfrak m'}\) est analytiquement non ramifié,
pour tout homomorphisme local fini \((R, \mathfrak m) \to (S, \mathfrak m')\) avec \(S\) intègre, l’anneau \(S\) est analytiquement non ramifié.
Démonstration
Supposons que \(R\) soit un anneau de Nagata et soient \(R \to S\) et \(\mathfrak m' \subset S\) comme en (2). Alors \(S\) est un anneau de Nagata d’après le lemme 032T. Par conséquent, l’anneau local \(S_{\mathfrak m'}\) est un anneau de Nagata (lemme 032U). Il est donc analytiquement non ramifié d’après le lemme 0331. Il est clair que (2) implique (3).
Supposons (3) satisfaite. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier et soit \(L/\kappa(\mathfrak p)\) une extension finie de corps. Pour démontrer (1), nous devons montrer que la clôture intégrale de \(R/\mathfrak p\) est finie sur \(R/\mathfrak p\). Choisissons \(x_1, \ldots, x_n \in L\) engendrant \(L\) sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Pour chaque \(i\), soit \(P_i(T) = T^{d_i} + a_{i, 1} T^{d_i - 1} + \ldots + a_{i, d_i}\) le polynôme minimal de \(x_i\) sur \(\kappa(\mathfrak p)\). Après avoir remplacé \(x_i\) par \(f_i x_i\) pour un \(f_i \in R\) convenable, \(f_i \not \in \mathfrak p\), nous pouvons supposer \(a_{i, j} \in R/\mathfrak p\). En fait, après avoir encore multiplié par des éléments de \(\mathfrak m\), nous pouvons supposer \(a_{i, j} \in \mathfrak m/\mathfrak p \subset R/\mathfrak p\) pour tous \(i, j\). Cela étant fait, posons \(S = R/\mathfrak p[x_1, \ldots, x_n] \subset L\). Alors \(S\) est fini sur \(R\), intègre, et \(S/\mathfrak m S\) est un quotient de \(R/\mathfrak m[T_1, \ldots, T_n]/(T_1^{d_1}, \ldots, T_n^{d_n})\). Ainsi, \(S\) est local. D’après (3), \(S\) est analytiquement non ramifié et, d’après le lemme 032Y, sa clôture intégrale \(S'\) dans \(L\) est finie sur \(S\). Puisque \(S'\) est également la clôture intégrale de \(R/\mathfrak p\) dans \(L\), le résultat est démontré.
La proposition suivante affirme notamment qu’une algèbre de type fini sur un anneau de Nagata est un anneau de Nagata.
Proposition
Soit \(R\) un anneau. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(R\) est un anneau de Nagata,
toute \(R\)-algèbre de type fini est un anneau de Nagata, et
\(R\) est universellement japonais et noethérien.
Démonstration
Il est clair que toute algèbre de type fini sur un anneau noethérien universellement japonais est un anneau de Nagata (c’est-à-dire que la condition (2) est satisfaite). Soit \(R\) un anneau de Nagata. Nous allons montrer que toute \(R\)-algèbre de type fini \(S\) est un anneau de Nagata. Cela démontrera la proposition.
Étape 1. Il existe une suite de morphismes d’anneaux \(R = R_0 \to R_1 \to R_2 \to \ldots \to R_n = S\) telle que chaque \(R_i \to R_{i + 1}\) soit engendré par un seul élément. Par récurrence, il suffit donc de démontrer que \(S\) est un anneau de Nagata si \(S \cong R[x]/I\).
Étape 2. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier de \(S\), et soit \(\mathfrak p \subset R\) l’idéal premier correspondant de \(R\). Nous devons montrer que \(S/\mathfrak q\) est N-2. Nous nous sommes donc ramenés à démontrer l’assertion suivante : (*) Étant donnés un anneau intègre de Nagata \(R\) et une extension monogène \(R \subset S\) d’anneaux intègres, alors \(S\) est N-2.
Étape 3. Soit \(R\) un anneau intègre de Nagata et soit \(R \subset S\) une extension monogène d’anneaux intègres. Supposons que l’extension induite des corps des fractions de \(R\) et de \(S\) soit transcendante pure. Dans ce cas, \(S = R[x]\). D’après le lemme 032O, on voit que \(S\) est N-2. Nous nous sommes donc ramenés à démontrer l’assertion suivante : (**) Étant donnés un anneau intègre de Nagata \(R\) et une extension monogène \(R \subset S\) d’anneaux intègres induisant une extension finie des corps des fractions, alors \(S\) est N-2.
Étape 4. Soit \(R\) un anneau intègre normal de Nagata et soit \(R \subset S\) une extension monogène d’anneaux intègres induisant une extension finie \(L/K\) des corps des fractions. Choisissons un élément \(x \in S\) qui engendre \(S\) comme \(R\)-algèbre. Soit \(M/L\) une extension finie de corps. Soit \(R'\) la clôture intégrale de \(R\) dans \(M\). Alors la clôture intégrale \(S'\) de \(S\) dans \(M\) coïncide avec la clôture intégrale de \(R'[x]\) dans \(M\). De plus, le corps des fractions de \(R'\) est \(M\), et \(R \subset R'\) est fini (par la propriété de Nagata de \(R\)). Cela implique que \(R'\) est un anneau de Nagata (lemme 032T). Montrer que \(S'\) est fini sur \(S\) revient à montrer que \(S'\) est fini sur \(R'[x]\). Remplaçons \(R\) par \(R'\) et \(S\) par \(R'[x]\) pour nous ramener à l’assertion suivante : (***) Étant donnés un anneau intègre normal de Nagata \(R\), de corps des fractions \(K\), et \(x \in K\), l’anneau \(S \subset K\) engendré par \(R\) et \(x\) est N-1.
Étape 5. Soit \(R\) un anneau intègre normal de Nagata de corps des fractions \(K\). Soit \(x = b/a \in K\). Nous devons montrer que l’anneau \(S \subset K\) engendré par \(R\) et \(x\) est N-1. Remarquons que \(S_a \cong R_a\) est normal. Ainsi, d’après le lemme 0333, il suffit de montrer que \(S_{\mathfrak m}\) est N-1 pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(S\).
Sous les hypothèses du paragraphe précédent, choisissons un tel idéal maximal et posons \(\mathfrak n = R \cap \mathfrak m\). L’extension de corps résiduels \(\kappa(\mathfrak m)/\kappa(\mathfrak n)\) est finie (théorème 00FV) et engendrée par l’image de \(x\). Après avoir remplacé \(R\) par \(R_a\) pour un certain \(a \in R\), \(a \not \in \mathfrak n\), et \(S\) par \(S_a\), nous pouvons supposer qu’il existe un polynôme unitaire \(f(X) = X^d + \sum_{i = 1, \ldots, d} a_iX^{d - i}\) dans \(R[x]\) tel que \(f(x) \in \mathfrak m\) (détails omis). Soit \(K''/K\) une extension finie de corps dans laquelle le polynôme \(f(X)\) se scinde complètement dans \(K''[X]\). Soit \(R'\) la clôture intégrale de \(R\) dans \(K''\). Soit \(S' \subset K''\) le sous-anneau engendré par \(R'\) et \(x\). Comme \(R\) est un anneau de Nagata, \(R'\) est fini sur \(R\) et est de Nagata (lemme 032T). De plus, \(S'\) est fini sur \(S\). Si, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m'\) de \(S'\), l’anneau local \(S'_{\mathfrak m'}\) est N-1, alors \(S'_{\mathfrak m}\) est N-1 d’après le lemme 0333, ce qui implique à son tour que \(S_{\mathfrak m}\) est N-1 d’après le lemme 032K. Après avoir remplacé \(R\) par \(R'\) et \(S\) par \(S'\), et \(\mathfrak m\) par l’un quelconque des idéaux maximaux \(\mathfrak m'\) au-dessus de \(\mathfrak m\), nous arrivons à la situation où le polynôme \(f\) ci-dessus est complètement scindé : \(f(X) = \prod_{i = 1, \ldots, d} (X - a_i)\) avec \(a_i \in R\). Puisque \(f(x) \in \mathfrak m\), on a \(x - a_i \in \mathfrak m\) pour un certain \(i\). Enfin, après avoir remplacé \(x\) par \(x - a_i\), nous pouvons supposer que \(x \in \mathfrak m\).
Récapitulons : \(R\) est un anneau intègre normal de Nagata de corps des fractions \(K\), \(x \in K\) et \(S\) est le sous-anneau de \(K\) engendré par \(x\) et \(R\) ; enfin, \(\mathfrak m \subset S\) est un idéal maximal tel que \(x \in \mathfrak m\). Nous devons montrer que \(S_{\mathfrak m}\) est N-1.
Nous allons montrer que le lemme 0330 s’applique à l’anneau local \(S_{\mathfrak m}\) et à l’élément \(x\). Il en résultera que \(S_{\mathfrak m}\) est analytiquement non ramifié, et nous verrons alors qu’il est N-1 d’après le lemme 032Y.
Nous devons vérifier les conditions (1), (2), (3)(a) et (3)(b). La condition (1) est triviale. Soit \(I = \Ker(R[X] \to S)\), où \(X \mapsto x\). Nous affirmons que \(I\) est engendré par toutes les formes linéaires \(aX - b\) telles que \(ax = b\) dans \(K\). Il est clair que toutes ces formes linéaires appartiennent à \(I\). Si \(g = a_d X^d + \ldots a_1 X + a_0 \in I\), alors on voit que \(a_dx\) est entier sur \(R\) (lemme 00PQ), et donc que \(b := a_dx \in R\), puisque \(R\) est normal. Alors \(g - (a_dX - b)X^{d - 1} \in I\), et le résultat suit par récurrence sur le degré. Par conséquent, \[S/xS = R[X]/(X, I) = R/J\] où \[J = \{b \in R \mid ax = b \text{ pour un certain }a \in R\} = xR \cap R\] D’après le lemme 031T, on voit que \(S/xS = R/J\) n’a aucun idéal premier associé immergé comme \(R\)-module, donc comme \(R/J\)-module, donc comme \(S/xS\)-module, donc comme \(S\)-module. Cela démontre la condition (2). Prenons un tel idéal premier associé \(\mathfrak q \subset S\) vérifiant \(\mathfrak q \subset \mathfrak m\) (de sorte que ce soit un idéal premier associé à \(S_{\mathfrak m}/xS_{\mathfrak m}\) – cela n’a aucune incidence sur les arguments). Alors \(\mathfrak q\) est minimal au-dessus de \(xS\) et est donc de hauteur \(1\). La suite d’égalités ci-dessus montre que \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\) est un idéal premier associé à \(R/J\), et est donc de hauteur \(1\) (voir le lemme 031T). Ainsi, \(R_{\mathfrak p}\) est un anneau de valuation discrète, et par conséquent \(R_{\mathfrak p} \subset S_{\mathfrak q}\) est une égalité. Cela montre que \(S_{\mathfrak q}\) est régulier. La condition (3)(a) est ainsi satisfaite. Enfin, \((S/\mathfrak q)_{\mathfrak m}\) est une localisation de \(S/\mathfrak q\), qui est un quotient de \(S/xS = R/J\). Par conséquent, \((S/\mathfrak q)_{\mathfrak m}\) est une localisation d’un quotient de l’anneau de Nagata \(R\), et est donc de Nagata (lemmes 032T et 032U), et donc analytiquement non ramifié (lemme 0331). Cela montre que (3)(b) est satisfaite et termine la démonstration.
Proposition
Les types d’anneaux suivants sont de Nagata et, en particulier, universellement japonais :
les corps,
les anneaux locaux noethériens complets,
\(\mathbf{Z}\),
les anneaux de Dedekind dont le corps des fractions est de caractéristique zéro,
les extensions d’anneaux de type fini de l’un quelconque des anneaux précédents.
Démonstration
Le cas des anneaux locaux noethériens complets est traité dans le lemme 032W. Dans les autres cas, il suffit de vérifier que \(R/\mathfrak p\) est N-2 pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de l’anneau. Cela est clair dès que \(R/\mathfrak p\) est un corps, c’est-à-dire lorsque \(\mathfrak p\) est maximal. Dans le cas d’un anneau de Dedekind, il suffit donc d’effectuer la vérification lorsque \(\mathfrak p = (0)\). Mais, puisque nous supposons que le corps des fractions est de caractéristique zéro, le lemme 032M s’applique.
Exemple
Un anneau de valuation discrète est de Nagata si et seulement s’il est N-2 (car le quotient par l’idéal maximal est un corps, donc est N-2). L’anneau de valuation discrète \(A\) de l’exemple 00PB n’est pas de Nagata, c’est-à-dire qu’il n’est pas N-2. En effet, l’extension finie \(A \subset R = A[f]\) n’est pas N-1. Pour le voir, écrivons \(f = \sum a_i x^i\). Pour tout \(n \geq 1\), posons \(g_n = \sum_{i < n} a_i x^i \in A\). Alors \(h_n = (f - g_n)/x^n\) est un élément du corps des fractions de \(R\) et \(h_n^p \in k^p[[x]] \subset A\). La clôture intégrale \(R'\) de \(R\) contient donc \(h_1, h_2, h_3, \ldots\). Or, si \(R'\) était fini sur \(R\), et donc sur \(A\), alors \(f = x^n h_n + g_n\) appartiendrait au sous-module \(A + x^nR'\) pour tout \(n\). Le lemme d’Artin–Rees impliquerait alors \(f \in A\) (lemme 00IP), ce qui est contradictoire.
Lemme
Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau intègre local noethérien qui est un anneau de Nagata et dont le corps des fractions est de caractéristique \(p\). Si \(a \in A\) possède une racine \(p\)-ième dans \(A^\wedge\), alors \(a\) possède une racine \(p\)-ième dans \(A\).
Démonstration
Soit \(\alpha \in A^\wedge\) une racine \(p\)-ième de \(a\). Pour obtenir une contradiction, supposons que \(a\) ne possède pas de racine \(p\)-ième dans \(A\). Alors \(a\) ne possède pas de racine \(p\)-ième dans le corps des fractions \(K\) de \(A\). En effet, si \(\beta = b/c\), avec \(b, c \in A\) et \(c \not = 0\), vérifie \(\beta^p = a\), alors \(\alpha = b/c\) dans \(A^\wedge\), ce qui implique que \(c\) divise \(b\) dans \(A\) par fidèle platitude de \(A \to A^\wedge\), et donc que \(\beta \in A\), contradiction. Ainsi, \(B = A[x]/(x^p - a)\) est intègre, car \(K[x]/(x^p - a)\) est un corps. Cependant, le complété de \(B\) n’est pas réduit en raison de l’existence supposée de \(\alpha\). Cela contredit les résultats précédents, car \(B\) est un anneau de Nagata (proposition 0334) et est donc analytiquement non ramifié d’après le lemme 0331.
Montée des propriétés
Dans cette section, nous commençons à démontrer quelques faits algébriques concernant la « montée » de propriétés des anneaux. Pour traiter le cas de la profondeur des anneaux, on utilise le résultat suivant sur la montée de la profondeur des modules, voir [EGA, IV, Proposition 6.3.1].
Lemme
Nous avons \[\text{depth}(M \otimes_R N) = \text{depth}(M) + \text{depth}(N/\mathfrak m_RN)\] où \(R \to S\) est un morphisme local d’anneaux locaux noethériens, \(M\) est un \(R\)-module de type fini et \(N\) est un \(S\)-module de type fini plat sur \(R\).
Démonstration
Dans l’énoncé et dans la démonstration ci-dessous, la profondeur de \(M\) est prise en tant que \(R\)-module, celle de \(M \otimes_R N\) en tant que \(S\)-module, et celle de \(N/\mathfrak m_RN\) en tant que \(S/\mathfrak m_RS\)-module. Notons \(n\) le membre de droite. Supposons d’abord que \(n\) soit nul. Alors nous avons à la fois \(\text{depth}(M) = 0\) et \(\text{depth}(N/\mathfrak m_RN) = 0\). Cela signifie qu’il existe \(z \in M\) dont l’annulateur est \(\mathfrak m_R\) et \(\overline{y} \in N/\mathfrak m_RN\) dont l’annulateur est \(\mathfrak m_S/\mathfrak m_RS\). Soit \(y \in N\) un relèvement de \(\overline{y}\). Puisque \(N\) est plat sur \(R\), l’application \(z : R/\mathfrak m_R \to M\) induit une application injective \(N/\mathfrak m_RN \to M \otimes_R N\). L’annulateur de \(z \otimes y\) est donc \(\mathfrak m_S\). Ainsi, \(\text{depth}(M \otimes_R N) = 0\) également.
Supposons \(n > 0\). Si \(\text{depth}(N/\mathfrak m_RN) > 0\), nous pouvons choisir \(f \in \mathfrak m_S\) dont l’image \(\overline{f} \in S/\mathfrak m_RS\) est un non-diviseur de zéro dans \(N/\mathfrak m_RN\). Alors \(\text{depth}(N/\mathfrak m_RN) = \text{depth}(N/(f, \mathfrak m_R)N) + 1\) d’après le lemme 090R. D’après le lemme 00ME, l’élément \(f \in S\) est un non-diviseur de zéro dans \(N\) et \(N/fN\) est plat sur \(R\). Par récurrence sur \(n\), nous avons donc \[\text{depth}(M \otimes_R N/fN) = \text{depth}(M) + \text{depth}(N/(f, \mathfrak m_R)N).\] Puisque \(N/fN\) est plat sur \(R\), la suite \[0 \to M \otimes_R N \to M \otimes_R N \to M \otimes_R N/fN \to 0\] est exacte, où la première application est la multiplication par \(f\) (lemme 00HL). Par conséquent, d’après le lemme 090R, nous obtenons \(\text{depth}(M \otimes_R N) = \text{depth}(M \otimes_R N/fN) + 1\) et nous obtenons ainsi l’égalité de la formule du lemme.
Si \(n > 0\), mais \(\text{depth}(N/\mathfrak m_RN) = 0\), nous pouvons choisir \(f \in \mathfrak m_R\) qui soit un non-diviseur de zéro dans \(M\). Puisque \(N\) est plat sur \(R\), \(f\) est également un non-diviseur de zéro dans \(M \otimes_R N\). Par une nouvelle récurrence sur \(n\), nous avons \[\text{depth}(M/fM \otimes_R N) = \text{depth}(M/fM) + \text{depth}(N/\mathfrak m_RN).\] Dans ce cas, \(\text{depth}(M \otimes_R N) = \text{depth}(M/fM \otimes_R N) + 1\) et \(\text{depth}(M) = \text{depth}(M/fM) + 1\) d’après le lemme 090R, et nous obtenons ainsi l’égalité de la formule du lemme.
Lemme
Supposons que \(R \to S\) soit un morphisme local plat d’anneaux locaux noethériens. Alors \[\text{depth}(S) = \text{depth}(R) + \text{depth}(S/\mathfrak m_RS).\]
Démonstration
C’est un cas particulier du lemme 0338.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme local plat d’anneaux locaux noethériens. Alors les conditions suivantes sont équivalentes :
\(S\) est de Cohen-Macaulay, et
\(R\) et \(S/\mathfrak m_RS\) sont de Cohen-Macaulay.
Démonstration
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(R\) soit noethérien,
\(S\) soit noethérien,
\(\varphi\) soit plat,
les anneaux des fibres \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) vérifient \((S_k)\), et
\(R\) vérifie la propriété \((S_k)\).
Alors \(S\) vérifie la propriété \((S_k)\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus d’un idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). D’après le lemme 0337, nous avons \[\text{depth}(S_{\mathfrak q}) = \text{depth}(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}) + \text{depth}(R_{\mathfrak p}).\] D’autre part, nous avons \[\dim(R_{\mathfrak p}) + \dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}) \geq \dim(S_{\mathfrak q})\] d’après le lemme 00OM. (En fait, il y a égalité, d’après le lemme 00ON, mais, à strictement parler, nous n’en avons pas besoin.) Enfin, puisque les anneaux des fibres de ce morphisme sont supposés vérifier \((S_k)\), nous voyons que \(\text{depth}(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}) \geq \min(k, \dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}))\). Ainsi, le lemme résulte de la suite d’inégalités suivante : \[\begin{eqnarray*} \text{depth}(S_{\mathfrak q}) & = & \text{depth}(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}) + \text{depth}(R_{\mathfrak p}) \\ & \geq & \min(k, \dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q})) + \min(k, \dim(R_{\mathfrak p})) \\ & = & \min(2k, \dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}) + k, k + \dim(R_\mathfrak p), \dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}) + \dim(R_{\mathfrak p})) \\ & \geq & \min(k, \dim(S_{\mathfrak q})) \end{eqnarray*}\] ce qu’il fallait démontrer.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(R\) soit noethérien,
\(S\) soit noethérien,
\(\varphi\) soit plat,
les anneaux des fibres \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) vérifient la propriété \((R_k)\), et
\(R\) vérifie la propriété \((R_k)\).
Alors \(S\) vérifie la propriété \((R_k)\).
Démonstration
Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus d’un idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Supposons que \(\dim(S_{\mathfrak q}) \leq k\). Puisque \(\dim(S_{\mathfrak q}) = \dim(R_{\mathfrak p}) + \dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q})\) d’après le lemme 00ON, nous voyons que \(\dim(R_{\mathfrak p}) \leq k\) et que \(\dim(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}) \leq k\). Ainsi, \(R_{\mathfrak p}\) et \(S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}\) sont réguliers par hypothèse. Il s’ensuit que \(S_{\mathfrak q}\) est régulier d’après le lemme 031E.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(R\) soit noethérien,
\(S\) soit noethérien,
\(\varphi\) soit plat,
les anneaux des fibres \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) soient réduits,
\(R\) soit réduit.
Alors \(S\) est réduit.
Démonstration
Pour un anneau noethérien, être réduit équivaut à vérifier les propriétés \((S_1)\) et \((R_0)\), voir le lemme 031R. Nous savons donc que \(R\) et les anneaux des fibres vérifient ces propriétés. Nous pouvons ainsi appliquer les lemmes 0339 et 033A et nous voyons que \(S\) vérifie \((S_1)\) et \((R_0)\), c’est-à-dire qu’il est réduit, à nouveau d’après le lemme 031R.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(\varphi\) soit lisse,
\(R\) soit réduit.
Alors \(S\) est réduit.
Démonstration
Remarquons que \(R \to S\) est plat et à fibres régulières (voir la liste des résultats sur les morphismes lisses d’anneaux à la section 00TZ). En particulier, les fibres sont réduites. Ainsi, si \(R\) est noethérien, alors \(S\) est noethérien et le résultat découle du lemme 0C21.
Dans le cas général, nous pouvons trouver une sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre \(R_0 \subset R\) de type fini et un morphisme lisse d’anneaux \(R_0 \to S_0\) tels que \(S \cong R \otimes_{R_0} S_0\), voir la remarque (10) de la section 00TZ. Si maintenant \(x \in S\) est un élément tel que \(x^2 = 0\), nous pouvons agrandir \(R_0\) et supposer que \(x\) provient d’un élément \(x_0 \in S_0\). Après avoir agrandi \(R_0\) une fois encore, nous pouvons supposer que \(x_0^2 = 0\) dans \(S_0\). Cependant, puisque la sous-algèbre \(R_0 \subset R\) est réduite, nous voyons que \(S_0\) est réduit et donc que \(x_0 = 0\), comme voulu.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(R\) soit noethérien,
\(S\) soit noethérien,
\(\varphi\) soit plat,
les anneaux des fibres \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) soient normaux, et
\(R\) soit normal.
Alors \(S\) est normal.
Démonstration
Pour un anneau noethérien, être normal équivaut à vérifier les propriétés \((S_2)\) et \((R_1)\), voir le lemme 031S. Nous savons donc que \(R\) et les anneaux des fibres vérifient ces propriétés. Nous pouvons ainsi appliquer les lemmes 0339 et 033A et nous voyons que \(S\) vérifie \((S_2)\) et \((R_1)\), c’est-à-dire qu’il est normal, à nouveau d’après le lemme 031S.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(\varphi\) soit lisse,
\(R\) soit normal.
Alors \(S\) est normal.
Démonstration
Remarquons que \(R \to S\) est plat et à fibres régulières (voir la liste des résultats sur les morphismes lisses d’anneaux à la section 00TZ). En particulier, les fibres sont normales. Ainsi, si \(R\) est noethérien, alors \(S\) est noethérien et le résultat découle du lemme 0C22.
Passons au cas général. Remarquons d’abord que \(R\) est réduit et donc que \(S\) est réduit d’après le lemme 033B. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) et soit \(\mathfrak p\) l’idéal premier correspondant dans \(R\). Remarquons que \(R_{\mathfrak p}\) est un anneau intègre normal. Nous devons montrer que \(S_{\mathfrak q}\) est un anneau intègre normal. Pour ce faire, nous pouvons remplacer \(R\) par \(R_{\mathfrak p}\) et \(S\) par \(S_{\mathfrak p}\). Nous pouvons donc supposer que \(R\) est un anneau intègre normal.
Supposons le morphisme \(R \to S\) lisse et \(R\) un anneau intègre normal. Nous pouvons trouver une sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre de type fini \(R_0 \subset R\) et un morphisme lisse d’anneaux \(R_0 \to S_0\) tels que \(S \cong R \otimes_{R_0} S_0\), voir la remarque (10) de la section 00TZ. Puisque \(R_0\) est un anneau intègre de Nagata (voir la proposition 0335), nous voyons que sa clôture intégrale \(R_0'\) est finie sur \(R_0\). De plus, comme \(R\) est un anneau intègre normal, il est clair que \(R_0' \subset R\). Nous pouvons donc remplacer \(R_0\) par \(R_0'\) et \(S_0\) par \(R_0' \otimes_{R_0} S_0\) et supposer que \(R_0\) est un anneau intègre normal noethérien. Le premier paragraphe de la démonstration montre alors que \(S_0\) est un anneau normal (il n’est bien sûr pas nécessairement intègre). De cette manière, nous voyons que \(R = \bigcup R_\lambda\) est la réunion d’anneaux intègres normaux noethériens et, parallèlement, \(S = \colim R_\lambda \otimes_{R_0} S_0\) est la limite inductive d’anneaux normaux. Cela implique que \(S\) est un anneau normal. Nous omettons quelques détails.
Lemme
Soit \(\varphi : R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(\varphi\) soit lisse,
\(R\) soit un anneau régulier.
Alors \(S\) est régulier.
Démonstration
Cela résulte du lemme 033A appliqué à toutes les propriétés \((R_k)\), le lemme 00TT permettant de voir que les hypothèses sont satisfaites.
Descente des propriétés
Dans cette section, nous commençons par établir quelques résultats algébriques concernant la « descente » de propriétés des anneaux. Il s’avère qu’il est souvent « plus facile » de faire descendre des propriétés que de les faire monter. Autrement dit, les hypothèses portant sur le morphisme d’anneaux \(R \to S\) sont souvent plus faibles que celles du lemme correspondant de la section précédente. Nous avertissons toutefois le lecteur que les résultats de descente sont souvent inutiles si l’on ne peut pas également établir les résultats de montée correspondants ! Voici un résultat typique illustrant ce phénomène.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(R \to S\) soit fidèlement plat, et
\(S\) soit noethérien.
Alors \(R\) est noethérien.
Démonstration
Soit \(I_0 \subset I_1 \subset I_2 \subset \ldots\) une suite croissante d’idéaux de \(R\). Par hypothèse, nous avons \(I_nS = I_{n+1}S = I_{n+2}S = \ldots\) pour un certain \(n\). Par fidèle platitude, l’extension suivie de la contraction laisse tout idéal inchangé, c’est-à-dire que \(I = R \cap IS\) pour tout idéal \(I\) de \(R\) (lemme 05CK). Ainsi, \(I_n = I_{n+1} = I_{n+2} = \ldots\), ce qu’il fallait démontrer.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(R \to S\) soit fidèlement plat, et
\(S\) soit réduit.
Alors \(R\) est réduit.
Démonstration
Cela est clair puisque \(R \to S\) est injectif, d’après le lemme 05CK.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(R \to S\) soit fidèlement plat, et
\(S\) soit un anneau normal.
Alors \(R\) est un anneau normal.
Démonstration
Puisque \(S\) est réduit, il s’ensuit que \(R\) est réduit. Soit \(\mathfrak p\) un idéal premier de \(R\). Nous devons montrer que \(R_{\mathfrak p}\) est un anneau intègre normal. Comme \(S_{\mathfrak p}\) est lui aussi fidèlement plat sur \(R_{\mathfrak p}\), nous pouvons supposer que \(R\) est local, d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak m\). Nous voyons alors que \(R \to S_{\mathfrak q}\) est fidèlement plat (lemme 00HR). Nous pouvons donc supposer que \(S\) est lui aussi local. En particulier, \(S\) est un anneau intègre normal. Comme \(R \to S\) est fidèlement plat et que \(S\) est un anneau intègre normal, nous voyons que \(R\) est un anneau intègre. Ensuite, supposons que \(a/b\) soit entier sur \(R\), où \(a, b \in R\). Alors \(a/b \in S\) puisque \(S\) est normal. Ainsi \(a \in bS\). Cela signifie que l’application \(a : R \to R/bR\) devient nulle après changement de base à \(S\). Par fidèle platitude, nous voyons que \(a \in bR\), donc \(a/b \in R\). Ainsi \(R\) est normal.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(R \to S\) soit fidèlement plat, et
\(S\) soit un anneau régulier.
Alors \(R\) est un anneau régulier.
Démonstration
Nous voyons que \(R\) est noethérien d’après le lemme 033E. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Choisissons un idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) au-dessus de \(\mathfrak p\). Le lemme 00OF s’applique à \(R_\mathfrak p \to S_\mathfrak q\) et nous en concluons que \(R_\mathfrak p\) est régulier. Comme \(\mathfrak p\) était arbitraire, nous voyons que \(R\) est régulier.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(R \to S\) soit fidèlement plat, et
\(S\) soit noethérien et vérifie la propriété \((S_k)\).
Alors \(R\) est noethérien et vérifie la propriété \((S_k)\).
Démonstration
Nous avons déjà vu que (1) et (2) impliquent que \(R\) est noethérien, voir le lemme 033E. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier. Choisissons un idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) au-dessus de \(\mathfrak p\) correspondant à un idéal premier minimal de l’anneau de la fibre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). Alors \(A = R_{\mathfrak p} \to S_{\mathfrak q} = B\) est un homomorphisme local et plat d’anneaux locaux noethériens, et \(\mathfrak m_AB\) est un idéal de définition de \(B\). Ainsi, \(\dim(A) = \dim(B)\) (lemme 00ON) et \(\text{depth}(A) = \text{depth}(B)\) (lemme 0337). Par conséquent, puisque \(B\) vérifie la propriété \((S_k)\), nous voyons que \(A\) vérifie la propriété \((S_k)\).
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(R \to S\) soit fidèlement plat, et
\(S\) soit noethérien et vérifie la propriété \((R_k)\).
Alors \(R\) est noethérien et vérifie la propriété \((R_k)\).
Démonstration
Nous avons déjà vu que (1) et (2) impliquent que \(R\) est noethérien, voir le lemme 033E. Soit \(\mathfrak p \subset R\) un idéal premier et supposons que \(\dim(R_{\mathfrak p}) \leq k\). Choisissons un idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) au-dessus de \(\mathfrak p\) correspondant à un idéal premier minimal de l’anneau de la fibre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). Alors \(A = R_{\mathfrak p} \to S_{\mathfrak q} = B\) est un homomorphisme local et plat d’anneaux locaux noethériens, et \(\mathfrak m_AB\) est un idéal de définition de \(B\). Ainsi, \(\dim(A) = \dim(B)\) (lemme 00ON). Comme \(S\) vérifie la propriété \((R_k)\), nous en concluons que \(B\) est un anneau local régulier. D’après le lemme 00OF, nous en concluons que \(A\) est régulier.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Supposons que
\(R \to S\) soit lisse et induise une surjection sur les spectres, et
\(S\) soit un anneau de Nagata.
Alors \(R\) est un anneau de Nagata.
Démonstration
Rappelons qu’un anneau de Nagata est la même chose qu’un anneau noethérien universellement japonais (proposition 0334). Nous avons déjà vu que \(R\) est noethérien dans le lemme 033E. Soit \(R \to A\) un morphisme d’anneaux de type fini, l’anneau cible étant intègre. D’après le lemme 0351, il suffit de vérifier que \(A\) est N-1. Il est clair que \(B = A \otimes_R S\) est une \(S\)-algèbre de type fini et donc un anneau de Nagata (proposition 0334). Puisque \(A \to B\) est lisse (lemme 00T4), nous voyons que \(B\) est réduit (lemme 033B). Comme \(B\) est noethérien, il ne possède qu’un nombre fini d’idéaux premiers minimaux \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\) (voir le lemme 00FR). Comme \(A \to B\) est plat, chacun de ces idéaux se trouve au-dessus de \((0) \subset A\) (par le théorème de descente, voir le lemme 00HS). L’anneau total des fractions \(Q(B)\) est le produit des \(L_i = \kappa(\mathfrak q_i)\) (lemmes 02LX et 00EU). En outre, la clôture intégrale \(B'\) de \(B\) dans \(Q(B)\) est le produit des clôtures intégrales \(B_i'\) des anneaux \(B/\mathfrak q_i\) dans les facteurs \(L_i\) (comparer avec le lemme 030C). Puisque \(B\) est universellement japonais, les extensions d’anneaux \(B/\mathfrak q_i \subset B_i'\) sont finies et nous en concluons que \(B' = \prod B_i'\) est un \(B\)-module de type fini. Comme \(A \to B\) est plat, nous voyons que tout non-diviseur de zéro dans \(A\) a pour image un non-diviseur de zéro dans \(B\). L’application correspondante \[Q(A) \otimes_A B = (A \setminus \{0\})^{-1}A \otimes_A B = (A \setminus \{0\})^{-1}B \to Q(B)\] est injective (nous avons utilisé le lemme 00DK). \(A'\) désigne ici la clôture intégrale de l’anneau de départ dans son corps des fractions, et cette application l’envoie dans \(B'\). Elle induit une application \[A' \otimes_A B \longrightarrow B'\] qui est injective (d’après ce qui précède et la platitude de \(A \to B\)). Puisque \(B'\) est un \(B\)-module de type fini et que \(B\) est noethérien, nous voyons que \(A' \otimes_A B\) est un \(B\)-module de type fini. Il existe donc un nombre fini d’éléments \(x_i \in A'\) tels que les éléments \(x_i \otimes 1\) engendrent \(A' \otimes_A B\) comme \(B\)-module. Enfin, par fidèle platitude de \(A \to B\), nous concluons que les \(x_i\) engendrent aussi \(A'\) comme \(A\)-module, ce qui achève la démonstration.
Remarque
La propriété d’être « universellement caténaire » ne descend pas, même le long de morphismes étales d’anneaux. Dans le chapitre des exemples, à la section 02JE, on construit un morphisme fini d’anneaux \(A \to B\) tel que \(A\) soit un anneau local noethérien non universellement caténaire et que \(B\) soit un anneau semi-local dont les deux idéaux maximaux sont \(\mathfrak m\) et \(\mathfrak n\). Les anneaux \(B_{\mathfrak m}\) et \(B_{\mathfrak n}\) sont réguliers, de dimensions \(2\) et \(1\) respectivement, et ont chacun le même corps résiduel que celui de \(A\). De plus, \(\mathfrak m_A\) engendre l’idéal maximal de chacun des anneaux \(B_{\mathfrak m}\) et \(B_{\mathfrak n}\) (ainsi \(A \to B\) est à la fois non ramifié et fini). D’après le lemme 00UY, il existe un morphisme local et étale d’anneaux \(A \to A'\) pour lequel \(B \otimes_A A' = B_1 \times B_2\), les morphismes \(A' \to B_i\) étant surjectifs. Cela montre que \(A'\) possède deux idéaux premiers minimaux \(\mathfrak q_i\) tels que \(A'/\mathfrak q_i \cong B_i\). Puisque \(B_i\) est un anneau local régulier (puisqu’il est étale sur \(B_{\mathfrak m}\) ou sur \(B_{\mathfrak n}\)), nous concluons que \(A'\) est universellement caténaire.
Algèbres géométriquement normales
Dans cette section, nous donnons quelques applications de la montée et de la descente des propriétés des anneaux.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(A\) une \(k\)-algèbre. Les propriétés suivantes de \(A\) sont équivalentes :
\(k' \otimes_k A\) est un anneau normal pour toute extension de corps \(k'/k\),
\(k' \otimes_k A\) est un anneau normal pour toute extension de corps de type fini \(k'/k\),
\(k' \otimes_k A\) est un anneau normal pour toute extension de corps finie purement inséparable \(k'/k\),
\(k^{perf} \otimes_k A\) est un anneau normal.
Ici, l’expression « anneau normal » est prise au sens de la définition 00GV.
Démonstration
Il est clair que (1) \(\Rightarrow\) (2) \(\Rightarrow\) (3) et que (1) \(\Rightarrow\) (4).
Si \(k'/k\) est une extension de corps finie purement inséparable, alors il existe un plongement \(k' \to k^{perf}\) au-dessus de \(k\). Le morphisme d’anneaux \(k' \otimes_k A \to k^{perf} \otimes_k A\) est fidèlement plat ; ainsi, \(k' \otimes_k A\) est normal si \(k^{perf} \otimes_k A\) est normal, d’après le lemme 033G. On voit ainsi que (4) \(\Rightarrow\) (3).
Supposons (2) et soit \(k'/k\) une extension de corps quelconque. Nous pouvons alors écrire \(k' = \colim_i k_i\) sous la forme d’une limite inductive filtrante d’extensions de corps de type fini. Par conséquent, \(k' \otimes_k A = \colim_i k_i \otimes_k A\) est une limite inductive filtrante d’anneaux normaux. Il s’ensuit que \(k' \otimes_k A\) est un anneau normal d’après le lemme 037D. Ainsi, (1) est vérifiée.
Supposons (3) et soit \(K/k\) une extension de corps de type fini. D’après le lemme 030R, il existe un diagramme \[\xymatrix{ K \ar[r] & K' \\ k \ar[u] \ar[r] & k' \ar[u] }\] où \(k'/k\) et \(K'/K\) sont des extensions de corps finies purement inséparables telles que \(K'/k'\) soit séparable. D’après le lemme 037X, il existe une \(k'\)-algèbre lisse \(B\) telle que \(K'\) soit le corps des fractions de \(B\). Nous pouvons alors raisonner comme suit : Étape 1 : \(k' \otimes_k A\) est un anneau normal, puisque nous avons supposé (3). Étape 2 : \(B \otimes_{k'} k' \otimes_k A\) est un anneau normal, car \(k' \otimes_k A \to B \otimes_{k'} k' \otimes_k A\) est lisse (lemme 00T4) et la normalité monte le long des morphismes lisses (lemme 033C). Étape 3 : \(K' \otimes_{k'} k' \otimes_k A = K' \otimes_k A\) est un anneau normal, car c’est une localisation d’un anneau normal (lemme 037C). Étape 4 : Enfin, \(K \otimes_k A\) est un anneau normal par descente de la normalité le long du morphisme d’anneaux fidèlement plat \(K \otimes_k A \to K' \otimes_k A\) (lemme 033G). Ceci démontre le lemme.
Définition
Soit \(k\) un corps. Une \(k\)-algèbre \(R\) est dite géométriquement normale sur \(k\) si les conditions équivalentes du lemme 037Z sont satisfaites.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Une localisation d’une \(k\)-algèbre géométriquement normale est géométriquement normale.
Démonstration
Cela est clair, puisque la normalité d’un anneau se vérifie après localisation en tout idéal premier.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(K/k\) une extension de corps séparable. Alors \(K\) est géométriquement normal sur \(k\).
Démonstration
Cela résulte du fait que \(k^{perf} \otimes_k K\) est un corps. En effet, cet anneau est réduit d’après le lemme 030U. D’après le lemme 046W (ou la définition 046X), l’extension de corps \(k^{perf}/k\) est purement inséparable. Par conséquent, d’après le lemme 0BRD, l’anneau \(k^{perf} \otimes_k K\) possède un unique idéal premier. Un anneau réduit ayant un unique idéal premier est un corps.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soient \(A, B\) des \(k\)-algèbres. Supposons que \(A\) soit géométriquement normale sur \(k\) et que \(B\) soit un anneau normal. Alors \(A \otimes_k B\) est un anneau normal.
Démonstration
Soit \(\mathfrak r\) un idéal premier de \(A \otimes_k B\). Notons \(\mathfrak p\) (resp. \(\mathfrak q\)) l’idéal premier correspondant de \(A\) (resp. de \(B\)). Alors \((A \otimes_k B)_{\mathfrak r}\) est une localisation de \(A_{\mathfrak p} \otimes_k B_{\mathfrak q}\). Il suffit donc de démontrer le résultat pour l’anneau \(A_{\mathfrak p} \otimes_k B_{\mathfrak q}\), voir le lemme 037C et le lemme 06DE. Nous pouvons donc supposer que \(A\) et \(B\) sont des anneaux intègres.
Supposons que \(A\) et \(B\) soient des anneaux intègres dont les corps des fractions respectifs sont \(K\) et \(L\). Notons que \(B\) est la limite inductive filtrante de ses sous-algèbres normales de type fini sur \(k\) (en effet, \(k\) est un anneau de Nagata, voir la proposition 0335, et la clôture intégrale d’une sous-algèbre de type fini sur \(k\) est encore une sous-algèbre de type fini sur \(k\), d’après la proposition 0334). D’après le lemme 037D, on se ramène au cas où \(B\) est de type fini sur \(k\).
Supposons que \(A\) et \(B\) soient des anneaux intègres dont les corps des fractions respectifs sont \(K\) et \(L\), et que \(B\) soit de type fini sur \(k\). Dans ce cas, l’anneau \(K \otimes_k B\) est de type fini sur \(K\), donc noethérien (lemme 00FN). En particulier, \(K \otimes_k B\) possède un nombre fini d’idéaux premiers minimaux (lemme 00FR). Comme \(A \to A \otimes_k B\) est plat, il s’ensuit que \(A \otimes_k B\) possède un nombre fini d’idéaux premiers minimaux (par le théorème de descente pour les morphismes d’anneaux plats – lemme 00HS – tous ces idéaux sont situés au-dessus de \((0) \subset A\)). Il suffit donc de démontrer que \(A \otimes_k B\) est intégralement clos dans son anneau total des fractions (lemme 030C).
Nous affirmons que \(K \otimes_k B\) et \(A \otimes_k L\) sont tous deux des anneaux normaux. Si tel est le cas, tout élément \(x\) de \(Q(A \otimes_k B)\) qui est entier sur \(A \otimes_k B\) appartient (d’après le lemme 034M) à \(K \otimes_k B \cap A \otimes_k L = A \otimes_k B\), et la démonstration est terminée. Puisque \(A \otimes_K L\) est un anneau normal par hypothèse, il suffit de prouver que \(K \otimes_k B\) est normal.
Comme \(A\) est géométriquement normale sur \(k\), on voit que \(K\) est géométriquement normal sur \(k\) (lemme 06DE), donc \(K\) est géométriquement réduit sur \(k\). Ainsi, \(K = \bigcup K_i\) est la réunion d’extensions de corps de type fini de \(k\) qui sont géométriquement réduites (lemme 030T). Chaque \(K_i\) est la localisation d’une \(k\)-algèbre lisse (lemme 037X). Ainsi, \(K_i \otimes_k B\) est une localisation d’une \(B\)-algèbre lisse, donc un anneau normal (lemme 033C). Ainsi, \(K \otimes_k B\) est un anneau normal (lemme 037D), ce qui conclut la démonstration.
Lemme
Soit \(k'/k\) une extension de corps algébrique séparable. Soit \(A\) une algèbre sur \(k'\). Alors \(A\) est géométriquement normale sur \(k\) si et seulement si elle est géométriquement normale sur \(k'\).
Démonstration
Soit \(L/k\) une extension de corps finie purement inséparable. Alors \(L' = k' \otimes_k L\) est un corps (voir les résultats du chapitre Corps, section 037H) et \(A \otimes_k L = A \otimes_{k'} L'\). Ainsi, si \(A\) est géométriquement normale sur \(k'\), alors \(A\) est géométriquement normale sur \(k\).
Supposons que \(A\) soit géométriquement normale sur \(k\). Soit \(K/k'\) une extension de corps. Alors \[K \otimes_{k'} A = (K \otimes_k A) \otimes_{(k' \otimes_k k')} k'\] Puisque \(k' \otimes_k k' \to k'\) est une localisation d’après le lemme 0C2X, on voit que \(K \otimes_{k'} A\) est une localisation d’un anneau normal, donc un anneau normal.
Algèbres géométriquement régulières
Soit \(k\) un corps. Soit \(A\) une \(k\)-algèbre noethérienne. Soit \(K/k\) une extension de corps de type fini. Alors l’anneau \(K \otimes_k A\) est lui aussi noethérien, voir le lemme 045I. Le lemme suivant a donc un sens.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(A\) une \(k\)-algèbre. Supposons que \(A\) soit noethérienne. Les propriétés suivantes de \(A\) sont équivalentes :
\(k' \otimes_k A\) est régulier pour toute extension de corps \(k'/k\) de type fini, et
\(k' \otimes_k A\) est régulier pour toute extension de corps \(k'/k\) finie purement inséparable.
Ici, un anneau régulier est entendu au sens de la définition 00OD.
Démonstration
Le lemme a un sens d’après les remarques qui le précèdent. Il est clair que (1) \(\Rightarrow\) (2).
Supposons (2) et soit \(K/k\) une extension de corps de type fini. D’après le lemme 030R, on peut trouver un diagramme \[\xymatrix{ K \ar[r] & K' \\ k \ar[u] \ar[r] & k' \ar[u] }\] où \(k'/k\) et \(K'/K\) sont des extensions de corps finies purement inséparables telles que \(K'/k'\) soit séparable. D’après le lemme 037X, il existe une \(k'\)-algèbre lisse \(B\) dont \(K'\) est le corps des fractions de \(B\). On peut maintenant raisonner comme suit : Étape 1 : \(k' \otimes_k A\) est un anneau régulier puisque nous avons supposé (2). Étape 2 : \(B \otimes_{k'} k' \otimes_k A\) est un anneau régulier, puisque le morphisme \(k' \otimes_k A \to B \otimes_{k'} k' \otimes_k A\) est lisse (lemme 00T4) et que la régularité monte le long des morphismes lisses (lemme 07NF). Étape 3. \(K' \otimes_{k'} k' \otimes_k A = K' \otimes_k A\) est un anneau régulier, puisqu’il s’agit d’un localisé d’un anneau régulier (cela découle immédiatement de la définition). Étape 4. Enfin, \(K \otimes_k A\) est un anneau régulier par descente de la régularité le long du morphisme d’anneaux fidèlement plat \(K \otimes_k A \to K' \otimes_k A\) (lemme 07NG). Ceci démontre le lemme.
Définition
Soit \(k\) un corps. Soit \(R\) une \(k\)-algèbre noethérienne. La \(k\)-algèbre \(R\) est dite géométriquement régulière sur \(k\) si les conditions équivalentes du lemme 0381 sont satisfaites.
Il résulte immédiatement de la définition que \(K \otimes_k R\) est une algèbre géométriquement régulière sur \(K\), pour toute extension de corps \(K\) de type fini sur \(k\). Nous verrons plus loin (Compléments d’algèbre, proposition 07E5) qu’il suffit de vérifier que \(R \otimes_k k'\) est régulier dès que \(k \subset k' \subset k^{1/p}\) (finie).
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(A \to B\) un morphisme fidèlement plat de \(k\)-algèbres. Si \(B\) est géométriquement régulière sur \(k\), alors \(A\) l’est aussi.
Démonstration
Supposons que \(B\) soit géométriquement régulière sur \(k\). Soit \(k'/k\) une extension de corps finie purement inséparable. Alors \(A \otimes_k k' \to B \otimes_k k'\) est fidèlement plat, puisque c’est un changement de base de \(A \to B\) (d’après les lemmes 00FI et 00HI), et \(B \otimes_k k'\) est régulier d’après notre hypothèse sur \(B\) en tant que \(k\)-algèbre. Alors \(A \otimes_k k'\) est régulier d’après le lemme 07NG.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(A \to B\) un morphisme lisse d’anneaux entre \(k\)-algèbres. Si \(A\) est géométriquement régulière sur \(k\), alors \(B\) est géométriquement régulière sur \(k\).
Démonstration
Soit \(k'/k\) une extension de corps de type fini. Alors \(A \otimes_k k' \to B \otimes_k k'\) est un morphisme lisse d’anneaux (lemme 00T4) et \(A \otimes_k k'\) est régulier. Par conséquent, \(B \otimes_k k'\) est régulier d’après le lemme 07NF.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(A\) une algèbre sur \(k\). Soit \(k = \colim k_i\) une limite inductive filtrante de sous-corps. Si \(A\) est géométriquement régulière sur chaque \(k_i\), alors \(A\) est géométriquement régulière sur \(k\).
Démonstration
Soit \(k'/k\) une extension de corps finie purement inséparable. On peut obtenir \(k'\) en adjoignant à \(k\) un nombre fini de variables et en imposant un nombre fini de relations polynomiales. On voit donc qu’il existe un \(i\) et une extension de corps finie purement inséparable \(k_i'/k_i\) tels que \(k_i = k \otimes_{k_i} k_i'\). Ainsi, \(A \otimes_k k' = A \otimes_{k_i} k_i'\), et le lemme est clair.
Lemme
Soit \(k'/k\) une extension algébrique séparable de corps. Soit \(A\) une algèbre sur \(k'\). Alors \(A\) est géométriquement régulière sur \(k\) si et seulement si elle est géométriquement régulière sur \(k'\).
Démonstration
Soit \(L/k\) une extension de corps finie purement inséparable. Alors \(L' = k' \otimes_k L\) est un corps (voir les résultats du chapitre Corps, section 037H) et \(A \otimes_k L = A \otimes_{k'} L'\). Ainsi, si \(A\) est géométriquement régulière sur \(k'\), alors \(A\) est géométriquement régulière sur \(k\).
Supposons que \(A\) soit géométriquement régulière sur \(k\). Puisque \(k'\) est la limite inductive filtrante des extensions finies de \(k\) qu’il contient, on peut supposer, d’après le lemme 07QG, que \(k'/k\) est finie séparable. Considérons les morphismes d’anneaux \[k' \to A \otimes_k k' \to A.\] Remarquons que \(A \otimes_k k'\) est géométriquement régulière sur \(k'\) en tant que changement de base de \(A\) à \(k'\). Remarquons que \(A \otimes_k k' \to A\) est le changement de base de \(k' \otimes_k k' \to k'\) par le morphisme \(k' \to A\). Puisque \(k'/k\) est une extension d’anneaux étale, on voit que \(k' \otimes_k k' \to k'\) est étale (lemme 00U2). Par conséquent, \(A\) est géométriquement régulière sur \(k'\) d’après le lemme 07QF.
Algèbres géométriquement de Cohen-Macaulay
Le titre de cette section est quelque peu impropre, puisque les algèbres de Cohen-Macaulay sont automatiquement géométriquement de Cohen-Macaulay. Plus précisément, voir le lemme 00RJ et le lemme 045N ci-dessous.
Lemme
Soit \(k\) un corps et soient \(K/k\) et \(L/k\) deux extensions de corps telles que l’une d’elles soit de type fini. Alors \(K \otimes_k L\) est un anneau noethérien de Cohen-Macaulay.
Démonstration
L’anneau \(K \otimes_k L\) est noethérien d’après le lemme 045I. Supposons que \(K\) soit une extension finie de l’extension purement transcendante \(k(t_1, \ldots, t_r)\). Alors \(k(t_1, \ldots, t_r) \otimes_k L \to K \otimes_k L\) est un morphisme d’anneaux fini et libre. D’après le lemme 00R5, il suffit de montrer que \(k(t_1, \ldots, t_r) \otimes_k L\) est de Cohen-Macaulay. Cela est clair, car il s’agit d’une localisation de l’anneau de polynômes \(L[t_1, \ldots, t_r]\). (Voir par exemple le lemme 00ND, qui affirme qu’un anneau de polynômes est de Cohen-Macaulay.)
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(S\) une \(k\)-algèbre noethérienne. Soit \(K/k\) une extension de corps de type fini, et posons \(S_K = K \otimes_k S\). Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier de \(S\). Soit \(\mathfrak q_K \subset S_K\) un idéal premier de \(S_K\) au-dessus de \(\mathfrak q\). Alors \(S_{\mathfrak q}\) est de Cohen-Macaulay si et seulement si \((S_K)_{\mathfrak q_K}\) est de Cohen-Macaulay.
Démonstration
D’après le lemme 045I, l’anneau \(S_K\) est noethérien. Ainsi, \(S_{\mathfrak q} \to (S_K)_{\mathfrak q_K}\) est un morphisme local plat d’anneaux locaux noethériens. Notons que la fibre \[(S_K)_{\mathfrak q_K} / \mathfrak q (S_K)_{\mathfrak q_K} \cong (\kappa(\mathfrak q) \otimes_k K)_{\mathfrak q'}\] est la localisation de l’anneau de Cohen-Macaulay (lemme 045M) \(\kappa(\mathfrak q) \otimes_k K\) en un idéal premier convenable \(\mathfrak q'\). Le lemme résulte donc du lemme 045J.
Limites inductives et morphismes de présentation finie, II
Cette section fait suite à la section 00QL.
Nous commençons par une application de l’ouverture de la platitude. Elle affirme que nous pouvons approcher les modules plats par des modules plats, ce qui est utile.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux. Soit \(M\) un \(S\)-module. Supposons que
\(R \to S\) soit de présentation finie,
\(M\) soit un \(S\)-module de présentation finie, et
\(M\) soit plat sur \(R\).
Dans ce cas, nous avons les assertions suivantes :
Il existe une \(\mathbf{Z}\)-algèbre \(R_0\) de type fini, un morphisme d’anneaux \(R_0 \to S_0\) de type fini et un \(S_0\)-module \(M_0\) de type fini tels que \(M_0\) soit plat sur \(R_0\), ainsi que des morphismes d’anneaux \(R_0 \to R\) et \(S_0 \to S\) et un morphisme de \(S_0\)-modules \(M_0 \to M\) tels que \(S \cong R \otimes_{R_0} S_0\) et \(M = S \otimes_{S_0} M_0\).
Si \(R = \colim_{\lambda \in \Lambda} R_\lambda\) est présenté comme une limite inductive filtrante, alors il existe un \(\lambda\), un morphisme d’anneaux \(R_\lambda \to S_\lambda\) de présentation finie, et un \(S_\lambda\)-module \(M_\lambda\) de présentation finie tels que \(M_\lambda\) soit plat sur \(R_\lambda\) et que \(S = R \otimes_{R_\lambda} S_\lambda\) et \(M = S \otimes_{S_{\lambda}} M_\lambda\).
Si \[(R \to S, M) = \colim_{\lambda \in \Lambda} (R_\lambda \to S_\lambda, M_\lambda)\] est présenté comme une limite inductive filtrante telle que
\(R_\mu \otimes_{R_\lambda} S_\lambda \to S_\mu\) et \(S_\mu \otimes_{S_\lambda} M_\lambda \to M_\mu\) soient des isomorphismes pour \(\mu \geq \lambda\),
\(R_\lambda \to S_\lambda\) soit de présentation finie,
\(M_\lambda\) soit un \(S_\lambda\)-module de présentation finie,
alors, pour tout \(\lambda\) suffisamment grand, le module \(M_\lambda\) est plat sur \(R_\lambda\).
Démonstration
Écrivons d’abord \((R \to S, M)\) comme la limite inductive filtrante d’un système \((R_\lambda \to S_\lambda, M_\lambda)\) comme dans le lemme 00R1. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier. Soient \(\mathfrak p \subset R\), \(\mathfrak q_\lambda \subset S_\lambda\) et \(\mathfrak p_\lambda \subset R_\lambda\) les idéaux premiers correspondants. Comme on l’a vu dans la démonstration du théorème 00RC, \[((R_\lambda)_{\mathfrak p_\lambda}, (S_\lambda)_{\mathfrak q_\lambda}, (M_\lambda)_{\mathfrak q_{\lambda}})\] est un système comme dans le lemme 00QX, et le lemme 00R6 montre donc qu’il existe \(\lambda_{\mathfrak q} \in \Lambda\) tel que, pour tout \(\lambda \geq \lambda_{\mathfrak q}\), le module \(M_\lambda\) soit plat sur \(R_\lambda\) en l’idéal premier \(\mathfrak q_{\lambda}\).
D’après le théorème 00RC, \(U_\lambda \subset \Spec(S_\lambda)\) désigne l’ensemble des idéaux premiers en lesquels \(M_\lambda\) est plat sur \(R_\lambda\) ; cet ensemble \(U_\lambda\) est ouvert. Notons \(V_\lambda \subset \Spec(S)\) l’image réciproque de \(U_\lambda\) par le morphisme \(\Spec(S) \to \Spec(S_\lambda)\). L’argument ci-dessus montre que, pour tout \(\mathfrak q \in \Spec(S)\), il existe \(\lambda_{\mathfrak q}\) tel que \(\mathfrak q \in V_\lambda\) pour tout \(\lambda \geq \lambda_{\mathfrak q}\). Comme \(\Spec(S)\) est quasi-compact, cela implique qu’il existe un indice \(\lambda_0 \in \Lambda\) tel que \(V_{\lambda_0} = \Spec(S)\).
Le complémentaire \(\Spec(S_{\lambda_0}) \setminus U_{\lambda_0}\) est \(V(I)\) pour un idéal \(I \subset S_{\lambda_0}\). Comme \(V_{\lambda_0} = \Spec(S)\), nous voyons que \(IS = S\). Choisissons \(f_1, \ldots, f_r \in I\) et \(s_1, \ldots, s_n \in S\) tels que \(\sum f_i s_i = 1\). Puisque \(\colim S_\lambda = S\), quitte à augmenter \(\lambda_0\), nous pouvons supposer qu’il existe des \(s_{i, \lambda_0} \in S_{\lambda_0}\) tels que \(\sum f_i s_{i, \lambda_0} = 1\). Ainsi, pour ce \(\lambda_0\), nous avons \(U_{\lambda_0} = \Spec(S_{\lambda_0})\). Ceci démontre (1).
Démonstration de (2). Soit \((R_0 \to S_0, M_0)\) comme dans (1), et supposons que \(R = \colim R_\lambda\). Comme \(R_0\) est une \(\mathbf{Z}\)-algèbre de type fini, il existe un \(\lambda\) et un morphisme \(R_0 \to R_\lambda\) tels que \(R_0 \to R_\lambda \to R\) soit le morphisme donné \(R_0 \to R\) (voir le lemme 00QO). Alors, l’assertion (2) résulte du choix \(S_\lambda = R_\lambda \otimes_{R_0} S_0\) et \(M_\lambda = S_\lambda \otimes_{S_0} M_0\).
Enfin, démontrons (3). Soit \((R_\lambda \to S_\lambda, M_\lambda)\) comme dans (3). Choisissons \((R_0 \to S_0, M_0)\) et \(R_0 \to R\) comme dans (1). Comme dans la démonstration de (2), il existe \(\lambda_0\) et un morphisme d’anneaux \(R_0 \to R_{\lambda_0}\) tels que \(R_0 \to R_{\lambda_0} \to R\) soit le morphisme donné \(R_0 \to R\). Comme \(S_0\) est de présentation finie sur \(R_0\) et que \(S = \colim S_\lambda\), nous voyons que, pour un \(\lambda_1 \geq \lambda_0\), il existe un morphisme de \(R_0\)-algèbres \(S_0 \to S_{\lambda_1}\) tel que la composée \(S_0 \to S_{\lambda_1} \to S\) soit le morphisme donné \(S_0 \to S\) (voir le lemme 00QO). Pour tout \(\lambda \geq \lambda_1\), cela donne des morphismes \[\Psi_{\lambda} : R_\lambda \otimes_{R_0} S_0 \longrightarrow R_\lambda \otimes_{R_{\lambda_1}} S_{\lambda_1} \cong S_\lambda\] où le dernier isomorphisme résulte de l’hypothèse. Par construction, \(\colim_\lambda \Psi_\lambda\) est un isomorphisme. Ainsi, \(\Psi_\lambda\) est un isomorphisme pour tout \(\lambda\) suffisamment grand d’après le lemme 05N9. De même, il existe \(\lambda_2 \geq \lambda_1\) et un morphisme de \(S_0\)-modules \(M_0 \to M_{\lambda_2}\) tel que \(M_0 \to M_{\lambda_2} \to M\) soit le morphisme donné \(M_0 \to M\) (voir le lemme 05LI). Pour \(\lambda \geq \lambda_2\), il existe un morphisme induit \[S_\lambda \otimes_{S_0} M_0 \longrightarrow S_\lambda \otimes_{S_{\lambda_2}} M_{\lambda_2} \cong M_\lambda\] et, pour \(\lambda\) suffisamment grand, ce morphisme est un isomorphisme d’après le lemme 05N7. Ceci implique (3), car \(M_0\) est plat sur \(R_0\).
Lemme
Soient \(R \to A \to B\) des morphismes d’anneaux. Supposons \(A \to B\) fidèlement plat et de présentation finie. Alors il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ R \ar[r] \ar@{=}[d] & A_0 \ar[d] \ar[r] & B_0 \ar[d] \\ R \ar[r] & A \ar[r] & B }\] où \(R \to A_0\) est de présentation finie, \(A_0 \to B_0\) est fidèlement plat et de présentation finie, et \(B = A \otimes_{A_0} B_0\).
Démonstration
Démontrons d’abord le lemme en remplaçant \(R\) par \(\mathbf{Z}\). D’après le lemme 02JO, il existe un diagramme \[\xymatrix{ A_0 \ar[r] \ar[d] & A \ar[d] \\ B_0 \ar[r] & B }\] où \(A_0\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et \(B_0\) est plat et de présentation finie sur \(A_0\), tel que \(B = A \otimes_{A_0} B_0\). Comme \(A_0 \to B_0\) est plat et de présentation finie, l’image de \(\Spec(B_0) \to \Spec(A_0)\) est ouverte, voir la proposition 00I1. Le complémentaire de cette image est donc \(V(I_0)\) pour un idéal \(I_0 \subset A_0\). Comme \(A \to B\) est fidèlement plat, le morphisme \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) est surjectif, voir le lemme 00HQ. Utilisons maintenant le fait que le changement de base de l’image est l’image du changement de base. Ainsi, \(I_0A = A\). Choisissons une relation \(\sum f_i r_i = 1\), avec \(r_i \in A\), \(f_i \in I_0\). Alors, après avoir agrandi \(A_0\) pour qu’il contienne les éléments \(r_i\) (et avoir agrandi \(B_0\) en conséquence), nous voyons que \(A_0 \to B_0\) est également surjectif sur les spectres, c’est-à-dire fidèlement plat.
Le lemme est donc vrai dans le cas où \(R = \mathbf{Z}\). Dans le cas général, prenons la solution \(A_0' \to B_0'\) que nous venons d’obtenir et posons \(A_0 = A_0' \otimes_{\mathbf{Z}} R\), \(B_0 = B_0' \otimes_{\mathbf{Z}} R\).
Lemme
Soit \(A = \colim_{i \in I} A_i\) une limite inductive filtrante d’anneaux. Soient \(0 \in I\) et \(\varphi_0 : B_0 \to C_0\) un morphisme de \(A_0\)-algèbres. Supposons que
\(A \otimes_{A_0} B_0 \to A \otimes_{A_0} C_0\) soit fini,
\(C_0\) soit de type fini sur \(B_0\).
Alors il existe \(i \geq 0\) tel que le morphisme \(A_i \otimes_{A_0} B_0 \to A_i \otimes_{A_0} C_0\) soit fini.
Démonstration
Soient \(x_1, \ldots, x_m\) des générateurs de \(C_0\) sur \(B_0\). Choisissons des polynômes unitaires \(P_j \in A \otimes_{A_0} B_0[T]\) tels que \(P_j(1 \otimes x_j) = 0\) dans \(A \otimes_{A_0} C_0\). Pour un certain \(i \geq 0\), nous pouvons trouver \(P_{j, i} \in A_i \otimes_{A_0} B_0[T]\) ayant pour image \(P_j\). Comme \(\otimes\) commute aux limites inductives, nous voyons que \(P_{j, i}(1 \otimes x_j)\) est nul dans \(A_i \otimes_{A_0} C_0\), quitte à augmenter \(i\). Alors cet \(i\) convient.
Lemme
Soit \(A = \colim_{i \in I} A_i\) une limite inductive filtrante d’anneaux. Soient \(0 \in I\) et \(\varphi_0 : B_0 \to C_0\) un morphisme de \(A_0\)-algèbres. Supposons que
\(A \otimes_{A_0} B_0 \to A \otimes_{A_0} C_0\) soit surjectif,
\(C_0\) soit de type fini sur \(B_0\).
Alors, pour un certain \(i \geq 0\), le morphisme \(A_i \otimes_{A_0} B_0 \to A_i \otimes_{A_0} C_0\) est surjectif.
Démonstration
Soient \(x_1, \ldots, x_m\) des générateurs de \(C_0\) sur \(B_0\). Choisissons \(b_j \in A \otimes_{A_0} B_0\) ayant pour image \(1 \otimes x_j\) dans \(A \otimes_{A_0} C_0\). Pour un certain \(i \geq 0\), nous pouvons trouver \(b_{j, i} \in A_i \otimes_{A_0} B_0\) ayant pour image \(b_j\). Après avoir augmenté \(i\), nous pouvons supposer que \(b_{j, i}\) a pour image \(1 \otimes x_j\) dans \(A_i \otimes_{A_0} C_0\) pour tout \(j = 1, \ldots, m\). Alors cet \(i\) convient.
Lemme
Soit \(A = \colim_{i \in I} A_i\) une limite inductive filtrante d’anneaux. Soient \(0 \in I\) et \(\varphi_0 : B_0 \to C_0\) un morphisme de \(A_0\)-algèbres. Supposons que
\(A \otimes_{A_0} B_0 \to A \otimes_{A_0} C_0\) soit non ramifié,
\(C_0\) soit de type fini sur \(B_0\).
Alors, pour un certain \(i \geq 0\), le morphisme \(A_i \otimes_{A_0} B_0 \to A_i \otimes_{A_0} C_0\) est non ramifié.
Démonstration
Posons \(B_i = A_i \otimes_{A_0} B_0\), \(C_i = A_i \otimes_{A_0} C_0\), \(B = A \otimes_{A_0} B_0\) et \(C = A \otimes_{A_0} C_0\). Soient \(x_1, \ldots, x_m\) des générateurs de \(C_0\) sur \(B_0\). Alors \(\text{d}x_1, \ldots, \text{d}x_m\) engendrent \(\Omega_{C_0/B_0}\) sur \(C_0\), et leurs images engendrent \(\Omega_{C_i/B_i}\) sur \(C_i\) (lemmes 00RX et 00RU). Observons que \(0 = \Omega_{C/B} = \colim \Omega_{C_i/B_i}\) (lemme 031G). Il existe donc un \(i\) tel que \(\text{d}x_1, \ldots, \text{d}x_m\) aient une image nulle et, par conséquent, \(\Omega_{C_i/B_i} = 0\), comme souhaité.
Lemme
Soit \(A = \colim_{i \in I} A_i\) une limite inductive filtrante d’anneaux. Soient \(0 \in I\) et \(\varphi_0 : B_0 \to C_0\) un morphisme de \(A_0\)-algèbres. Supposons que
\(A \otimes_{A_0} B_0 \to A \otimes_{A_0} C_0\) soit un isomorphisme,
\(B_0 \to C_0\) soit de présentation finie.
Alors, pour un certain \(i \geq 0\), le morphisme \(A_i \otimes_{A_0} B_0 \to A_i \otimes_{A_0} C_0\) est un isomorphisme.
Démonstration
D’après le lemme 07RH, il existe un \(i\) tel que \(A_i \otimes_{A_0} B_0 \to A_i \otimes_{A_0} C_0\) soit surjectif. Comme le morphisme est de présentation finie, son noyau est un idéal de type fini. Soient \(g_1, \ldots, g_r \in A_i \otimes_{A_0} B_0\) des générateurs de ce noyau. Nous pouvons alors choisir \(i' \geq i\) tel que les \(g_j\) aient une image nulle dans \(A_{i'} \otimes_{A_0} B_0\). Alors \(A_{i'} \otimes_{A_0} B_0 \to A_{i'} \otimes_{A_0} C_0\) est un isomorphisme.
Lemme
Soit \(A = \colim_{i \in I} A_i\) une limite inductive filtrante d’anneaux. Soient \(0 \in I\) et \(\varphi_0 : B_0 \to C_0\) un morphisme de \(A_0\)-algèbres. Supposons que
\(A \otimes_{A_0} B_0 \to A \otimes_{A_0} C_0\) soit étale,
\(B_0 \to C_0\) soit de présentation finie.
Alors, pour un certain \(i \geq 0\), le morphisme \(A_i \otimes_{A_0} B_0 \to A_i \otimes_{A_0} C_0\) est étale.
Démonstration
Écrivons \(C_0 = B_0[x_1, \ldots, x_n]/(f_{1, 0}, \ldots, f_{m, 0})\). Écrivons \(B_i = A_i \otimes_{A_0} B_0\) et \(C_i = A_i \otimes_{A_0} C_0\). Notons que \(C_i = B_i[x_1, \ldots, x_n]/(f_{1, i}, \ldots, f_{m, i})\), où \(f_{j, i}\) est l’image de \(f_{j, 0}\) dans l’anneau de polynômes sur \(B_i\). Écrivons \(B = A \otimes_{A_0} B_0\) et \(C = A \otimes_{A_0} C_0\). Notons que \(C = B[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m)\), où \(f_j\) est l’image de \(f_{j, 0}\) dans l’anneau de polynômes sur \(B\). L’hypothèse est que le morphisme \[\text{d} : (f_1, \ldots, f_m)/(f_1, \ldots, f_m)^2 \longrightarrow \bigoplus C \text{d}x_k\] est un isomorphisme. Ainsi, pour \(i\) suffisamment grand, nous pouvons trouver des éléments \[\xi_{k, i} \in (f_{1, i}, \ldots, f_{m, i})/(f_{1, i}, \ldots, f_{m, i})^2\] tels que \(\text{d}\xi_{k, i} = \text{d}x_k\) dans \(\bigoplus C_i \text{d}x_k\). De plus, quitte à augmenter \(i\), nous voyons que \(\sum (\partial f_{j, i}/\partial x_k) \xi_{k, i} = f_{j, i} \bmod (f_{1, i}, \ldots, f_{m, i})^2\), puisque cette égalité est vraie à la limite. Alors cet \(i\) convient.
Lemme
Soit \(A = \colim_{i \in I} A_i\) une limite inductive filtrante d’anneaux. Soient \(0 \in I\) et \(\varphi_0 : B_0 \to C_0\) un morphisme de \(A_0\)-algèbres. Supposons que
\(A \otimes_{A_0} B_0 \to A \otimes_{A_0} C_0\) soit lisse,
\(B_0 \to C_0\) soit de présentation finie.
Alors, pour un certain \(i \geq 0\), le morphisme \(A_i \otimes_{A_0} B_0 \to A_i \otimes_{A_0} C_0\) est lisse.
Démonstration
Écrivons \(C_0 = B_0[x_1, \ldots, x_n]/(f_{1, 0}, \ldots, f_{m, 0})\). Écrivons \(B_i = A_i \otimes_{A_0} B_0\) et \(C_i = A_i \otimes_{A_0} C_0\). Notons que \(C_i = B_i[x_1, \ldots, x_n]/(f_{1, i}, \ldots, f_{m, i})\), où \(f_{j, i}\) est l’image de \(f_{j, 0}\) dans l’anneau de polynômes sur \(B_i\). Écrivons \(B = A \otimes_{A_0} B_0\) et \(C = A \otimes_{A_0} C_0\). Notons que \(C = B[x_1, \ldots, x_n]/(f_1, \ldots, f_m)\), où \(f_j\) est l’image de \(f_{j, 0}\) dans l’anneau de polynômes sur \(B\). L’hypothèse est que le morphisme \[\text{d} : (f_1, \ldots, f_m)/(f_1, \ldots, f_m)^2 \longrightarrow \bigoplus C \text{d}x_k\] est une injection scindée. Soient \(\xi_k \in (f_1, \ldots, f_m)/(f_1, \ldots, f_m)^2\) des éléments tels que \(\sum (\partial f_j/\partial x_k) \xi_k = f_j \bmod (f_1, \ldots, f_m)^2\). Alors, pour \(i\) suffisamment grand, nous pouvons trouver des éléments \[\xi_{k, i} \in (f_{1, i}, \ldots, f_{m, i})/(f_{1, i}, \ldots, f_{m, i})^2\] tels que \(\sum (\partial f_{j, i}/\partial x_k) \xi_{k, i} = f_{j, i} \bmod (f_{1, i}, \ldots, f_{m, i})^2\), puisque cette égalité est vraie à la limite. Alors cet \(i\) convient.
Lemme
Soit \(A = \colim_{i \in I} A_i\) une limite inductive filtrante d’anneaux. Soient \(0 \in I\) et \(\varphi_0 : B_0 \to C_0\) un morphisme de \(A_0\)-algèbres. Supposons que
\(A \otimes_{A_0} B_0 \to A \otimes_{A_0} C_0\) soit syntomique (resp. une intersection complète globale relative),
\(C_0\) soit de présentation finie sur \(B_0\).
Alors il existe \(i \geq 0\) tel que le morphisme \(A_i \otimes_{A_0} B_0 \to A_i \otimes_{A_0} C_0\) soit syntomique (resp. une intersection complète globale relative).
Démonstration
Supposons que \(A \otimes_{A_0} B_0 \to A \otimes_{A_0} C_0\) soit une intersection complète globale relative. D’après le lemme 00SU, il existe une \(\mathbf{Z}\)-algèbre \(R\) de type fini, un morphisme d’anneaux \(R \to A \otimes_{A_0} B_0\), une intersection complète globale relative \(R \to S\) et un isomorphisme \[(A \otimes_{A_0} B_0) \otimes_R S \longrightarrow A \otimes_{A_0} C_0\] Comme \(R\) est de type fini (et donc de présentation finie) sur \(\mathbf{Z}\), il existe un \(i\) et un morphisme \(R \to A_i \otimes_{A_0} B_0\) relevant le morphisme \(R \to A \otimes_{A_0} B_0\) ; voir le lemme 00QO. En utilisant le même lemme, il existe \(i' \geq i\) tel que \((A_i \otimes_{A_0} B_0) \otimes_R S \to A \otimes_{A_0} C_0\) provienne d’un morphisme \((A_i \otimes_{A_0} B_0) \otimes_R S \to A_{i'} \otimes_{A_0} C_0\). Nous pouvons donc supposer, après avoir remplacé \(i\) par \(i'\), que le morphisme affiché provient d’un morphisme de \(A_i \otimes_{A_0} B_0\)-algèbres \[(A_i \otimes_{A_0} B_0) \otimes_R S \longrightarrow A_i \otimes_{A_0} C_0\] D’après le lemme 0C32, après avoir augmenté \(i\), ce morphisme est un isomorphisme. Ceci achève la démonstration dans ce cas, car le changement de base d’une intersection complète globale relative est une intersection complète globale relative d’après le lemme 00SS.
Supposons que \(A \otimes_{A_0} B_0 \to A \otimes_{A_0} C_0\) soit syntomique. Il existe alors des éléments \(g_1, \ldots, g_m\) de \(A \otimes_{A_0} C_0\) qui engendrent l’idéal unité tels que \(A \otimes_{A_0} B_0 \to (A \otimes_{A_0} C_0)_{g_j}\) soit une intersection complète globale relative, voir le lemme 00SY. Nous pouvons trouver un \(i\) et des éléments \(g_{i, j} \in A_i \otimes_{A_0} C_0\) ayant pour images les \(g_j\). Après avoir augmenté \(i\), nous pouvons supposer que \(g_{i, 1}, \ldots, g_{i, m}\) engendrent l’idéal unité de \(A_i \otimes_{A_0} C_0\). Le résultat du paragraphe précédent implique qu’après avoir augmenté \(i\), nous pouvons supposer que les morphismes \(A_i \otimes_{A_0} B_0 \to (A_i \otimes_{A_0} C_0)_{g_{i, j}}\) sont des intersections complètes globales relatives. Alors \(A_i \otimes_{A_0} B_0 \to A_i \otimes_{A_0} C_0\) est syntomique d’après le lemme 00SO (et le lemme 00SY, déjà utilisé).
Le lemme suivant est une application des résultats ci-dessus qui ne semble trouver naturellement sa place nulle part ailleurs.
Lemme
Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux fidèlement plat et de présentation finie. Alors il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ S \ar[rr] & & S' \\ & R \ar[lu] \ar[ru] }\] où \(R \to S'\) est quasi-fini, fidèlement plat et de présentation finie.
Démonstration
Dans une première étape, nous ramenons ce lemme au cas où \(R\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\). D’après le lemme 034Y, il existe un diagramme \[\xymatrix{ S_0 \ar[r] & S \\ R_0 \ar[u] \ar[r] & R \ar[u] }\] où \(R_0\) est de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et où \(S_0\) est fidèlement plat et de présentation finie sur \(R_0\), tel que \(S = R \otimes_{R_0} S_0\). Si nous démontrons le lemme pour le morphisme d’anneaux \(R_0 \to S_0\), alors le lemme en résulte pour \(R \to S\) par changement de base, puisque le changement de base d’un morphisme d’anneaux quasi-fini est quasi-fini, voir le lemme 00PP. (Bien entendu, nous utilisons également le fait que les changements de base de morphismes plats sont plats et que les changements de base de morphismes de présentation finie sont de présentation finie.)
Supposons que \(R \to S\) soit un morphisme d’anneaux fidèlement plat et de présentation finie, et que \(R\) soit noethérien (ce que nous pouvons supposer d’après le paragraphe précédent). Soit \(W \subset \Spec(S)\) l’ouvert du lemme 00RH. Comme \(R \to S\) est fidèlement plat, le morphisme \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est surjectif, voir le lemme 00HQ. D’après le lemme 00RI, le morphisme \(W \to \Spec(R)\) est lui aussi surjectif. Ainsi, en remplaçant \(S\) par un produit \(S_{g_1} \times \ldots \times S_{g_m}\), nous pouvons supposer que \(W = \Spec(S)\) ; ici, nous utilisons le fait que \(\Spec(R)\) est quasi-compact (lemme 00E8) et que le morphisme \(\Spec(S) \to \Spec(R)\) est ouvert (proposition 00I1). Supposons que \(\mathfrak p \subset R\) soit un idéal premier. Choisissons un idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) situé au-dessus de \(\mathfrak p\) et correspondant à un idéal maximal de l’anneau de la fibre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). L’anneau local noethérien \(\overline{S}_{\mathfrak q} = S_{\mathfrak q}/\mathfrak pS_{\mathfrak q}\) est de Cohen-Macaulay, disons de dimension \(d\). Nous pouvons choisir \(f_1, \ldots, f_d\) dans l’idéal maximal de \(S_{\mathfrak q}\) dont les images forment une suite régulière dans \(\overline{S}_{\mathfrak q}\). Choisissons un dénominateur commun \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), de \(f_1, \ldots, f_d\), et considérons la \(R\)-algèbre \[S' = S_g/(f_1, \ldots, f_d).\] Par construction, il existe un idéal premier \(\mathfrak q' \subset S'\) au-dessus de \(\mathfrak p\) et correspondant à \(\mathfrak q\) (par \(S_g \to S'_g\)). Toujours par construction, le morphisme d’anneaux \(R \to S'\) est quasi-fini en \(\mathfrak q\), car l’anneau local \[S'_{\mathfrak q'}/\mathfrak pS'_{\mathfrak q'} = S_{\mathfrak q}/(f_1, \ldots, f_d) + \mathfrak pS_{\mathfrak q} = \overline{S}_{\mathfrak q}/(\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_d)\] est de dimension zéro, voir le lemme 00PK. Toujours par construction, \(R \to S'\) est de présentation finie. Enfin, d’après le lemme 00MG, le morphisme local d’anneaux \(R_{\mathfrak p} \to S'_{\mathfrak q'}\) est plat (c’est ici que nous utilisons le fait que \(R\) est noethérien). Ainsi, par ouverture de la platitude (théorème 00RC) et ouverture de la quasi-finitude (lemme 00QA), nous pouvons, après avoir remplacé \(g\) par \(gg'\) pour un \(g' \in S\) convenable, \(g' \not \in \mathfrak q\), supposer que \(R \to S'\) est plat et quasi-fini. L’image de \(\Spec(S') \to \Spec(R)\) est ouverte et contient \(\mathfrak p\). Autrement dit, nous avons montré qu’il existe un anneau \(S'\) comme dans l’énoncé du lemme (à l’exception éventuelle de la fidélité) dont l’image contient tout idéal premier donné. En utilisant une fois encore la quasi-compacité de \(\Spec(R)\), nous voyons qu’un produit fini de tels anneaux convient.
Cas particuliers : (I) \(I = 0\). Le lemme affirme que, si \(x_1, \ldots, x_r\) engendrent \(S^{-1}M\), alors \(x_1, \ldots, x_r\) engendrent \(M_f\) pour un certain \(f \in S\). (II) \(I = \mathfrak p\) est un idéal premier et \(S = R \setminus \mathfrak p\). Le lemme affirme que, si \(x_1, \ldots, x_r\) engendrent \(M \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), alors \(x_1, \ldots, x_r\) engendrent \(M_f\) pour un certain \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\).↩︎
Nous dirons plus loin que \(R\) est noethérien.↩︎
Voici l’argument plus en détail : supposons que nous sachions que les deuxième et quatrième flèches sont injectives. Le lemme 00DF (appliqué à la suite exacte \(K \to N_2 \to Q \to 0\)) donne que la suite \(K \otimes_R M \to N_2 \otimes_R M \to Q \otimes_R M \to 0\) est exacte. Par conséquent, \(\Ker \left(N_2 \otimes_R M \to Q \otimes_R M\right) = \Im \left(K \otimes_R M \to N_2 \otimes_R M\right)\). Comme \(\Im \left(K \otimes_R M \to N_2 \otimes_R M\right) = \Im \left(N_1 \otimes_R M \to N_2 \otimes_R M\right)\) (en raison de la surjectivité de \(N_1 \otimes_R M \to K \otimes_R M\)) et \(\Ker \left(N_2 \otimes_R M \to Q \otimes_R M\right) = \Ker \left(N_2 \otimes_R M \to N_3 \otimes_R M\right)\) (en raison de l’injectivité de \(Q \otimes_R M \to N_3 \otimes_R M\)), cela devient \(\Ker \left(N_2 \otimes_R M \to N_3 \otimes_R M\right) = \Im \left(N_1 \otimes_R M \to N_2 \otimes_R M\right)\), ce qui montre que le foncteur \(- \otimes_R M\) est exact, et donc que \(M\) est plat.↩︎
Cela devient évident si nous identifions \(L' \otimes_R M\) et \(L \otimes_R M\) à des sous-modules de \(M^{\oplus n}\) (ce qui est légitime puisque les applications \(L \otimes_R M \to M^{\oplus n}\) et \(L' \otimes_R M \to M^{\oplus n}\) sont injectives et commutent avec l’application évidente \(L' \otimes_R M \to L \otimes_R M\)).↩︎
Un espace irréductible est non vide.↩︎
La définition a un sens pour tout anneau, mais elle est rarement utilisée lorsque \(R\) n’est pas noethérien.↩︎
À ce stade, il conviendrait peut-être davantage de dire “un” plutôt que “le” groupe Ext.↩︎
En fait, un homomorphisme de modules \(f : R^n \to M\) correspond au choix d’éléments \(x_1, x_2, \ldots, x_n\) de \(M\) (à savoir les images des vecteurs de la base canonique \(e_1, e_2, \ldots, e_n\)) ; de plus, un élément \(x \in \Ker(f)\) correspond à une relation entre ces \(x_1, x_2, \ldots, x_n\) (à savoir la relation \(\sum_i f_i x_i = 0\), où les \(f_i\) sont les coordonnées de \(x\)). L’homomorphisme de modules \(h\) (représenté par une matrice \(m \times n\)) correspond à la matrice \((a_{ij})\) du Lemme 00HK, et les \(y_j\) du Lemme 00HK sont les images des vecteurs de la base canonique de \(R^m\) par \(g\).↩︎
Cela comprend la condition \(\bigcap I^nM = 0\).↩︎
On pourrait aussi donner cette définition lorsque \(R\) est seulement semi-local, mais ce n’est sans doute jamais vraiment la situation recherchée !↩︎
Afin d’éviter les difficultés ensemblistes, nous ne considérons que les \(A' \to A\) tels que \(A'\) soit un quotient de \(R[x_1, x_2, x_3, \ldots]\).↩︎
Ce module est parfois noté \(\Gamma_{S/R}\) dans la littérature.↩︎
Cela inclut la condition que \(\bigcap \mathfrak m^n = (0)\) ; dans certains textes, on l’indique en disant que \(R\) est complet et séparé. Attention : il peut arriver que le complété \(\lim_n R/\mathfrak m^n\) d’un anneau local soit non complet ; voir Exemples, Lemme 05JC. Cela ne se produit pas lorsque \(\mathfrak m\) est de type fini ; voir le Lemme 05GG, auquel cas le complété est noethérien ; voir le Lemme 05GH.↩︎