Stacks / ∞
Traduction française restaurée du Stacks Project. Ce lecteur est régénéré à partir des sources françaises publiées le 30 septembre 2026, fondées sur le texte officiel au commit a04446e57ec1fbc252a871afcec7752fb2807b14. Les propositions d’errata et les ajouts mathématiques restent séparés du texte traduit. Aucune relecture humaine experte n’est revendiquée. Consulter l’ancien lecteur éditorial.
Français / 038

Compléments sur la platitude

Sections de ce chapitreIntroduction
Lemmes sur la localisation étale
Structure locale d’un module de type fini
Dévissage en une étape
Dévissage complet
Traduction en termes d’algèbre
Localisation et homomorphismes universellement injectifs
Complétion et modules de Mittag-Leffler
Modules projectifs
Modules plats de type fini, I
Extension de propriétés à partir d’un ouvert
Modules plats de présentation finie
Modules plats de type fini, II
Exemples de modules relativement purs
Impuretés
Modules relativement purs
Exemples de faisceaux relativement purs
Un critère de pureté
Applications de la pureté
Foncteurs de platification
Stratifications de platification
Stratification de platification sur un anneau artinien
Platification d’une application
Platification dans le cas local
Variantes d’un lemme
Modules plats de type fini, III
Platificateur universel
Théorème d’existence de Grothendieck, IV
Théorème d’existence de Grothendieck, V
Éclatements et platitude
Applications
Compactifications
Compactification de Nagata
La topologie h
Compléments sur la topologie h
Carrés d’éclatement et topologie ph
Carrés de quasi-éclatement et topologie h
Normalisation faible absolue et recouvrements h
Descente des fibrés vectoriels en caractéristique positive
Éclatement de complexes
Éclatement de modules parfaits
Un opérateur introduit par Berthelot et Ogus
Éclatement de complexes, II
Éclatement de complexes, III

Introduction

Dans ce chapitre, nous exposons des résultats avancés sur les modules plats et les morphismes plats de schémas, ainsi que des applications. La plupart des résultats de platitude figurent dans l’article [GruRay] de Raynaud et Gruson.

Avant de lire ce chapitre, nous conseillons au lecteur de prendre connaissance des résultats suivants (cette liste sert aussi à retrouver les résultats précédents) :

  1. Généralités sur les modules plats dans Algèbre, section 00H9.

  2. Relations entre les groupes \(\text{Tor}\) et la platitude, voir Algèbre, section 00LY.

  3. Critères de platitude, voir Algèbre, section 00MD (cas noethérien), Algèbre, section 051E (cas artinien), Algèbre, section 00R3 (cas non noethérien), et enfin Compléments sur les morphismes, section 039A.

  4. Platitude générique, voir Algèbre, section 051Q et Morphismes, section 0529.

  5. Ouverture du lieu de platitude, voir Algèbre, section 00R8 et Compléments sur les morphismes, section 0398.

  6. Platification, voir Compléments d’algèbre, sections 0521, 05LJ, 05LK, 05LN, et 05LV.

  7. Résultats supplémentaires dans Compléments d’algèbre, sections 052Y, 0549, 054A, et 0535.

Comme applications des résultats de platitude, nous traitons les sujets suivants : une version non noethérienne du théorème d’existence de Grothendieck, les éclatements et la platitude, le théorème de compactification de Nagata, la topologie h, les carrés d’éclatement et la descente, la normalisation faible, la descente des fibrés vectoriels en caractéristique positive et la structure locale des complexes parfaits pour la topologie h.

Lemmes sur la localisation étale

Nous réunissons dans cette section quelques lemmes de localisation étale qui seront utiles dans la suite de ce chapitre. On peut omettre cette section en première lecture.

Lemme

Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée de schémas affines. Soit \(Z' \to Z\) un morphisme étale, avec \(Z'\) affine. Il existe alors un morphisme étale \(X' \to X\), avec \(X'\) affine, tel que \(Z' \cong Z \times_X X'\) comme schémas sur \(Z\).

Démonstration

Voir Algèbre, Lemme 04D1.

Lemme

Soit \[\xymatrix{ X \ar[d] & X' \ar[l] \ar[d] \\ S & S' \ar[l] }\] un diagramme commutatif de schémas où \(X' \to X\) et \(S' \to S\) sont étales. Soit \(s' \in S'\) un point. Alors \[X' \times_{S'} \Spec(\mathcal{O}_{S', s'}) \longrightarrow X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\] est étale.

Démonstration

Cela résulte du fait que \(X' \to X_{S'}\) est étale, en tant que morphisme de schémas étales sur \(X\), voir Morphismes, Lemme 02GW, et du fait que le changement de base d’un morphisme étale est étale, voir Morphismes, Lemme 02GO.

Lemme

Soient \(X \to T \to S\) des morphismes de schémas, avec \(T \to S\) étale. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Soit \(x \in X\) un point. Alors \[\mathcal{F}\text{ plat sur }S\text{ en }x \Leftrightarrow \mathcal{F}\text{ plat sur }T\text{ en }x\] En particulier, \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) si et seulement si \(\mathcal{F}\) est plat sur \(T\).

Démonstration

Puisqu’un morphisme étale est un morphisme plat (voir Morphismes, Lemme 02GS), l’implication “\(\Leftarrow\)” résulte de Algèbre, Lemme 00HC. Réciproquement, supposons que \(\mathcal{F}\) soit plat en \(x\) sur \(S\). Notons \(\tilde x \in X \times_S T\) le point au-dessus de \(x\) dans \(X\) et de l’image de \(x\) dans \(T\), prise comme point de \(T\). Alors \((X \times_S T \to X)^*\mathcal{F}\) est plat en \(\tilde x\) sur \(T\) pour \(\text{pr}_2 : X \times_S T \to T\), voir Morphismes, Lemme 01U8. La diagonale \(\Delta_{T/S} : T \to T \times_S T\) est une immersion ouverte ; il suffit de combiner Morphismes, Lemmes 02GE et 02GK. Ainsi \(X\) s’identifie à un sous-schéma ouvert de \(X \times_S T\), la restriction de \(\text{pr}_2\) à cet ouvert est le morphisme donné \(X \to T\), le point \(\tilde x\) correspond au point \(x\) de cet ouvert et la restriction de \((X \times_S T \to X)^*\mathcal{F}\) à cet ouvert est \(\mathcal{F}\). On en déduit que \(\mathcal{F}\) est plat en \(x\) sur \(T\).

Lemme

Soit \(T \to S\) un morphisme étale. Soit \(t \in T\) d’image \(s \in S\). Soit \(M\) un \(\mathcal{O}_{T, t}\)-module. Alors \[M\text{ plat sur }\mathcal{O}_{S, s} \Leftrightarrow M\text{ plat sur }\mathcal{O}_{T, t}.\]

Démonstration

On peut remplacer \(S\) par un voisinage affine de \(s\), puis \(T\) par un voisinage affine de \(t\). Posons \(\mathcal{F} = (\Spec(\mathcal{O}_{T, t}) \to T)_*\widetilde M\). C’est un faisceau quasi-cohérent (voir Schémas, Lemme 01LC, ou raisonner directement) sur \(T\), dont la fibre en \(t\) est \(M\) (détails omis). On applique le Lemme 05B9.

Lemme

Soient \(S\) un schéma et \(s \in S\) un point. Notons \(\mathcal{O}_{S, s}^h\) (resp. \(\mathcal{O}_{S, s}^{sh}\)) le hensélisé (resp. le hensélisé strict), voir Algèbre, Définition 04GQ. Soit \(M^{sh}\) un \(\mathcal{O}_{S, s}^{sh}\)-module. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M^{sh}\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S, s}\),

  2. \(M^{sh}\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S, s}^h\), et

  3. \(M^{sh}\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S, s}^{sh}\).

Si \(M^{sh} = M^h \otimes_{\mathcal{O}_{S, s}^h} \mathcal{O}_{S, s}^{sh}\), elles sont aussi équivalentes à

  1. \(M^h\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S, s}\), et

  2. \(M^h\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S, s}^h\).

Si \(M^h = M \otimes_{\mathcal{O}_{S, s}} \mathcal{O}_{S, s}^h\), elles sont aussi équivalentes à

  1. \(M\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S, s}\).

Démonstration

D’après Compléments d’algèbre, Lemme 07QM, les homomorphismes locaux \(\mathcal{O}_{S, s} \to \mathcal{O}_{S, s}^h \to \mathcal{O}_{S, s}^{sh}\) sont fidèlement plats. Ainsi (3) \(\Rightarrow\) (2) \(\Rightarrow\) (1) et (5) \(\Rightarrow\) (4) résultent de Algèbre, Lemme 00HC. Par fidèle platitude, les équivalences (6) \(\Leftrightarrow\) (5) et (5) \(\Leftrightarrow\) (3) résultent de Algèbre, Lemme 00HJ. Il suffit donc de montrer que (1) \(\Rightarrow\) (2) \(\Rightarrow\) (3) et (4) \(\Rightarrow\) (5). Pour cela, on peut supposer que \(S\) est un schéma affine.

Supposons (1). D’après le Lemme 05BA, on voit que \(M^{sh}\) est plat sur \(\mathcal{O}_{T, t}\) pour tout voisinage étale \((T, t) \to (S, s)\). Puisque \(\mathcal{O}_{S, s}^h\) et \(\mathcal{O}_{S, s}^{sh}\) sont des limites inductives filtrantes d’anneaux locaux de la forme \(\mathcal{O}_{T, t}\) (voir Algèbre, Lemmes 04GV et 04GW), on en conclut que \(M^{sh}\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S, s}^h\) et \(\mathcal{O}_{S, s}^{sh}\) d’après Algèbre, Lemme 05UU. Ainsi (1) implique (2) et (3). Cela entraîne aussi (2) \(\Rightarrow\) (3) en remplaçant \(\mathcal{O}_{S, s}\) par \(\mathcal{O}_{S, s}^h\). Le même raisonnement démontre (4) \(\Rightarrow\) (5).

Lemme

Soient \(S\) un schéma et \(s \in S\) un point. Notons \(\mathcal{O}_{S, s}^h\) (resp. \(\mathcal{O}_{S, s}^{sh}\)) le hensélisé (resp. le hensélisé strict), voir Algèbre, Définition 04GQ. Soit \(M^{sh}\) un objet de \(D(\mathcal{O}_{S, s}^{sh})\). Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M^{sh}\) est de Tor-amplitude contenue dans \([a, b]\) sur \(\mathcal{O}_{S, s}\),

  2. \(M^{sh}\) est de Tor-amplitude contenue dans \([a, b]\) sur \(\mathcal{O}_{S, s}^h\), et

  3. \(M^{sh}\) est de Tor-amplitude contenue dans \([a, b]\) sur \(\mathcal{O}_{S, s}^{sh}\).

Si \(M^{sh} = M^h \otimes_{\mathcal{O}_{S, s}^h}^\mathbf{L} \mathcal{O}_{S, s}^{sh}\) pour \(M^h \in D(\mathcal{O}_{S, s}^h)\), elles sont aussi équivalentes à

  1. \(M^h\) est de Tor-amplitude contenue dans \([a, b]\) sur \(\mathcal{O}_{S, s}\), et

  2. \(M^h\) est de Tor-amplitude contenue dans \([a, b]\) sur \(\mathcal{O}_{S, s}^h\).

Si \(M^h = M \otimes_{\mathcal{O}_{S, s}}^\mathbf{L} \mathcal{O}_{S, s}^h\) pour \(M \in D(\mathcal{O}_{S, s})\), elles sont aussi équivalentes à

  1. \(M\) est de Tor-amplitude contenue dans \([a, b]\) sur \(\mathcal{O}_{S, s}\).

Démonstration

D’après Compléments d’algèbre, Lemme 07QM, les homomorphismes locaux \(\mathcal{O}_{S, s} \to \mathcal{O}_{S, s}^h \to \mathcal{O}_{S, s}^{sh}\) sont fidèlement plats. Ainsi (3) \(\Rightarrow\) (2) \(\Rightarrow\) (1) et (5) \(\Rightarrow\) (4) résultent de Compléments d’algèbre, Lemme 066J. Par fidèle platitude, les équivalences (6) \(\Leftrightarrow\) (5) et (5) \(\Leftrightarrow\) (3) résultent de Compléments d’algèbre, Lemme 068S. Il suffit donc de montrer que (1) \(\Rightarrow\) (3), (2) \(\Rightarrow\) (3), et (4) \(\Rightarrow\) (5).

Supposons (1). En particulier, la cohomologie de \(M^{sh}\) est nulle en degrés \(< a\) et \(> b\). On peut donc représenter \(M^{sh}\) par un complexe \(P^\bullet\) de \(\mathcal{O}_{X, x}^{sh}\)-modules libres tel que \(P^i = 0\) pour \(i > b\) (voir, par exemple, le résultat très général Catégories dérivées, Lemme 05T7). Notons que \(P^n\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S, s}\) pour tout \(n\). Considérons \(\Coker(d_P^{a - 1})\). D’après Compléments d’algèbre, Lemme 0653, c’est un \(\mathcal{O}_{S, s}\)-module plat. Le Lemme 05VL montre donc que c’est un \(\mathcal{O}_{S, s}^{sh}\)-module plat. Ainsi \(\tau_{\geq a}P^\bullet\) est un complexe de \(\mathcal{O}_{S, s}^{sh}\)-modules plats représentant \(M^{sh}\) dans \(D(\mathcal{O}_{S, s}^{sh}\) et l’on en déduit que \(M^{sh}\) est de Tor-amplitude contenue dans \([a, b]\), voir Compléments d’algèbre, Lemme 0654. Ainsi (1) implique (3). Cela entraîne aussi (2) \(\Rightarrow\) (3) en remplaçant \(\mathcal{O}_{S, s}\) par \(\mathcal{O}_{S, s}^h\). Le même raisonnement démontre (4) \(\Rightarrow\) (5).

Lemme

Soit \(g : T \to S\) un morphisme fini et plat de schémas. Soit \(\mathcal{G}\) un \(\mathcal{O}_S\)-module quasi-cohérent. Soit \(t \in T\) un point d’image \(s \in S\). Alors \[t \in \text{WeakAss}(g^*\mathcal{G}) \Leftrightarrow s \in \text{WeakAss}(\mathcal{G})\]

Démonstration

L’implication “\(\Leftarrow\)” résulte immédiatement de Diviseurs, Lemme 05F0. Supposons \(t \in \text{WeakAss}(g^*\mathcal{G})\). Soit \(\Spec(A) \subset S\) un voisinage ouvert affine de \(s\). Soit \(\mathcal{G}\) le faisceau quasi-cohérent associé au \(A\)-module \(M\). Soit \(\mathfrak p \subset A\) l’idéal premier correspondant à \(s\). Puisque \(g\) est fini et plat, on a \(g^{-1}(\Spec(A)) = \Spec(B)\) pour une certaine \(A\)-algèbre finie et plate \(B\). Notons que \(g^*\mathcal{G}\) est le \(\mathcal{O}_{\Spec(B)}\)-module quasi-cohérent associé au \(B\)-module \(M \otimes_A B\) et que \(g_*g^*\mathcal{G}\) est le \(\mathcal{O}_{\Spec(A)}\)-module quasi-cohérent associé au \(A\)-module \(M \otimes_A B\). D’après Algèbre, Lemme 00NZ, on a \(B_{\mathfrak p} \cong A_{\mathfrak p}^{\oplus n}\) pour un entier \(n \geq 0\). Notons que \(n \geq 1\), puisqu’on a supposé qu’il existe au moins un point de \(T\) au-dessus de \(s\). En considérant les fibres, on voit donc que \[s \in \text{WeakAss}(\mathcal{G}) \Leftrightarrow s \in \text{WeakAss}(g_*g^*\mathcal{G})\] Or l’hypothèse \(t \in \text{WeakAss}(g^*\mathcal{G})\) entraîne \(s \in \text{WeakAss}(g_*g^*\mathcal{G})\) d’après Diviseurs, Lemme 05EZ, et donc, d’après ce qui précède, \(s \in \text{WeakAss}(\mathcal{G})\).

Lemme

Soit \(h : U \to S\) un morphisme étale de schémas. Soit \(\mathcal{G}\) un \(\mathcal{O}_S\)-module quasi-cohérent. Soit \(u \in U\) un point d’image \(s \in S\). Alors \[u \in \text{WeakAss}(h^*\mathcal{G}) \Leftrightarrow s \in \text{WeakAss}(\mathcal{G})\]

Démonstration

En remplaçant \(S\) et \(U\) par des voisinages affines de \(s\) et \(u\), on peut supposer que \(g\) est un morphisme étale standard de schémas affines, voir Morphismes, Lemme 02GT. On peut donc supposer \(S = \Spec(A)\) et \(X = \Spec(A[x, 1/g]/(f))\), où \(f\) est unitaire et \(f'\) est inversible dans \(A[x, 1/g]\). Notons que \(A[x, 1/g]/(f) = (A[x]/(f))_g\) est aussi un localisé de la \(A\)-algèbre finie et libre \(A[x]/(f)\). On peut donc considérer \(U\) comme un sous-schéma ouvert du schéma \(T = \Spec(A[x]/(f))\), qui est fini localement libre sur \(S\). On est ainsi ramené au Lemme 05FN ci-dessus.

Lemme

Soient \(S\) un schéma et \(s \in S\) un point. Notons \(\mathcal{O}_{S, s}^h\) (resp. \(\mathcal{O}_{S, s}^{sh}\)) le hensélisé (resp. le hensélisé strict), voir Algèbre, Définition 04GQ. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_S\)-module quasi-cohérent. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(s\) est un point faiblement associé à \(\mathcal{F}\),

  2. \(\mathfrak m_s\) est un idéal premier faiblement associé à \(\mathcal{F}_s\),

  3. \(\mathfrak m_s^h\) est un idéal premier faiblement associé à \(\mathcal{F}_s \otimes_{\mathcal{O}_{S, s}} \mathcal{O}_{S, s}^h\), et

  4. \(\mathfrak m_s^{sh}\) est un idéal premier faiblement associé à \(\mathcal{F}_s \otimes_{\mathcal{O}_{S, s}} \mathcal{O}_{S, s}^{sh}\).

Démonstration

L’équivalence de (1) et (2) est la définition, voir Diviseurs, Définition 056L. Les implications (2) \(\Rightarrow\) (3) \(\Rightarrow\) (4) résultent de Diviseurs, Lemme 05F0, appliqué aux morphismes plats (Compléments d’algèbre, Lemme 07QM) suivants : \[\Spec(\mathcal{O}_{S, s}^{sh}) \to \Spec(\mathcal{O}_{S, s}^h) \to \Spec(\mathcal{O}_{S, s})\] et aux points fermés. Pour montrer (4) \(\Rightarrow\) (2), on peut remplacer \(S\) par un voisinage affine. Supposons que \(x \in \mathcal{F}_s \otimes_{\mathcal{O}_{S, s}} \mathcal{O}_{S, s}^{sh}\) soit un élément dont l’annulateur a pour radical \(\mathfrak m_s^{sh}\). (Voir Algèbre, Lemme 0566.) Puisque \(\mathcal{O}_{S, s}^{sh}\) est la limite des \(\mathcal{O}_{U, u}\) sur les voisinages étales \(f : (U, u) \to (S, s)\) d’après Algèbre, Lemme 04GW, on peut supposer que \(x\) est l’image d’un élément \(x' \in \mathcal{F}_s \otimes_{\mathcal{O}_{S, s}} \mathcal{O}_{U, u}\). L’homomorphisme local \(\mathcal{O}_{U, u} \to \mathcal{O}_{S, s}^{sh}\) est fidèlement plat (puisqu’il s’agit du hensélisé strict), donc universellement injectif (Algèbre, Lemme 05CK). Il s’ensuit que l’annulateur de \(x'\) est l’image réciproque de l’annulateur de \(x\). Le radical de cet annulateur est donc égal à \(\mathfrak m_u\). Ainsi \(u\) est un point faiblement associé à \(f^*\mathcal{F}\). D’après le Lemme 05FP, on voit que \(s\) est un point faiblement associé à \(\mathcal{F}\).

Structure locale d’un module de type fini

Le lemme technique essentiel sur lequel reposent de nombreux raisonnements de ce chapitre est le lemme géométrique 057S.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de type fini de schémas affines. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(x \in X\) d’image \(s = f(x)\) dans \(S\). Posons \(\mathcal{F}_s = \mathcal{F}|_{X_s}\). Il existe alors une immersion fermée \(i : Z \to X\) de présentation finie et un \(\mathcal{O}_Z\)-module quasi-cohérent de type fini \(\mathcal{G}\) tels que \(i_*\mathcal{G} = \mathcal{F}\) et \(Z_s = \text{Supp}(\mathcal{F}_s)\).

Démonstration

Supposons que le morphisme \(f : X \to S\) soit donné par l’homomorphisme d’anneaux \(A \to B\) et que \(\mathcal{F}\) soit le faisceau quasi-cohérent associé au \(B\)-module \(M\). D’après Morphismes, Lemme 01T2, on sait que \(A \to B\) est un homomorphisme d’anneaux de type fini, et d’après Propriétés, Lemme 01PB, on sait que \(M\) est un \(B\)-module de type fini. En particulier, le support de \(\mathcal{F}\) est le sous-schéma fermé de \(\Spec(B)\) défini par l’annulateur \(I = \{x \in B \mid xm = 0\ \forall m \in M\}\) de \(M\), voir Algèbre, Lemme 00L2. Soit \(\mathfrak q \subset B\) l’idéal premier correspondant à \(x\) et soit \(\mathfrak p \subset A\) l’idéal premier correspondant à \(s\). Notons que \(X_s = \Spec(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p))\) et que \(\mathcal{F}_s\) est le faisceau quasi-cohérent associé au \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\)-module \(M \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\). D’après Morphismes, Lemme 056J, le support de \(\mathcal{F}_s\) est égal à \(V(I(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)))\). Puisque \(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)\) est de type fini sur \(\kappa(\mathfrak p)\), il existe un nombre fini d’éléments \(f_1, \ldots, f_m \in I\) tels que \[I(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)) = (f_1, \ldots, f_n)(B \otimes_A \kappa(\mathfrak p)).\] Notons \(i : Z \to X\) le sous-schéma fermé défini par \((f_1, \ldots, f_m)\), autrement dit \(Z = \Spec(B/(f_1, \ldots, f_m))\). Puisque \(M\) est annulé par \(I\), on peut considérer \(M\) comme un \(B/(f_1, \ldots, f_m)\)-module. En d’autres termes, \(\mathcal{F}\) est l’image directe d’un module de type fini sur \(Z\). Comme \(Z_s = \text{Supp}(\mathcal{F}_s)\) par construction, cela démontre le lemme.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(x \in X\) d’image \(s = f(x)\) dans \(S\). Posons \(\mathcal{F}_s = \mathcal{F}|_{X_s}\) et \(n = \dim_x(\text{Supp}(\mathcal{F}_s))\). On peut alors construire

  1. des voisinages étales élémentaires \(g : (X', x') \to (X, x)\), \(e : (S', s') \to (S, s)\),

  2. un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[dd]_f & X' \ar[dd] \ar[l]^g & Z' \ar[l]^i \ar[d]^\pi \\ & & Y' \ar[d]^h \\ S & S' \ar[l]_e & S' \ar@{=}[l] }\]

  3. un point \(z' \in Z'\) tel que \(i(z') = x'\), \(y' = \pi(z')\), \(h(y') = s'\),

  4. un \(\mathcal{O}_{Z'}\)-module quasi-cohérent de type fini \(\mathcal{G}\),

de sorte que les propriétés suivantes soient vérifiées :

  1. \(X'\), \(Z'\), \(Y'\), \(S'\) sont des schémas affines,

  2. \(i\) est une immersion fermée de présentation finie,

  3. \(i_*(\mathcal{G}) \cong g^*\mathcal{F}\),

  4. \(\pi\) est fini et \(\pi^{-1}(\{y'\}) = \{z'\}\),

  5. l’extension \(\kappa(y')/\kappa(s')\) est transcendante pure,

  6. \(h\) est lisse de dimension relative \(n\) et à fibres géométriquement intègres.

Démonstration

Soit \(V \subset S\) un voisinage affine de \(s\). Soit \(U \subset f^{-1}(V)\) un voisinage affine de \(x\). Il suffit alors de démontrer le lemme pour \(f|_U : U \to V\) et \(\mathcal{F}|_U\). Dans la suite de la démonstration, on suppose donc que \(X\) et \(S\) sont affines.

Supposons d’abord que \(X_s = \text{Supp}(\mathcal{F}_s)\) ; en particulier, \(n = \dim_x(X_s)\). Appliquons Compléments sur les morphismes, Lemmes 057K et 057L. On obtient un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[dd] & X' \ar[l]^g \ar[d]^\pi \\ & Y' \ar[d]^h \\ S & S' \ar[l]_e }\] et un point \(x' \in X'\). On pose \(Z' = X'\), \(i = \text{id}\) et \(\mathcal{G} = g^*\mathcal{F}\), ce qui donne une solution dans ce cas.

Dans le cas général, choisissons une immersion fermée \(Z \to X\) et un faisceau \(\mathcal{G}\) sur \(Z\) comme dans le Lemme 057Q. En appliquant le résultat du paragraphe précédent à \(Z \to S\) et \(\mathcal{G}\), on obtient un diagramme \[\xymatrix{ X \ar[dd]_f & Z \ar[l] \ar[dd]_{f|_Z} & Z' \ar[l]^g \ar[d]^\pi \\ & & Y' \ar[d]^h \\ S & S \ar@{=}[l] & S' \ar[l]_e }\] et un point \(z' \in Z'\) vérifiant toutes les propriétés requises. Nous allons utiliser le Lemme 057R pour plonger \(Z'\) dans un schéma étale sur \(X\). On ne peut appliquer directement le lemme, car on veut que \(X'\) soit un schéma sur \(S'\). On considère donc les morphismes \[\xymatrix{ Z' \ar[r] & Z \times_S S' \ar[r] & X \times_S S' }\] Le premier morphisme est étale d’après Morphismes, Lemme 02GW. Le second est une immersion fermée, puisqu’il s’obtient par changement de base d’une immersion fermée. Enfin, puisque \(X\), \(S\), \(S'\), \(Z\), \(Z'\) sont tous affines, on peut appliquer le Lemme 057R pour obtenir un morphisme étale de schémas affines \(X' \to X \times_S S'\) tel que \[Z' = (Z \times_S S') \times_{(X \times_S S')} X' = Z \times_X X'.\] Puisque \(Z \to X\) est une immersion fermée de présentation finie, il en est de même de \(Z' \to X'\). Soit \(x' \in X'\) le point correspondant à \(z' \in Z'\). Le diagramme complété \[\xymatrix{ X \ar[dd] & X' \ar[dd] \ar[l] & Z' \ar[l]^i \ar[d]^\pi \\ & & Y' \ar[d]^h \\ S & S' \ar[l]_e & S' \ar@{=}[l] }\] fournit alors une solution du problème initial.

Lemme

Sous les hypothèses et avec les notations du Lemme 057S, si \(f\) est localement de présentation finie, alors \(\pi\) est de présentation finie. Dans ce cas, les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie au voisinage de \(x\),

  2. \(\mathcal{G}\) est un \(\mathcal{O}_{Z'}\)-module de présentation finie au voisinage de \(z'\), et

  3. \(\pi_*\mathcal{G}\) est un \(\mathcal{O}_{Y'}\)-module de présentation finie au voisinage de \(y'\).

Toujours sous l’hypothèse que \(f\) est localement de présentation finie, les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\mathcal{F}_x\) est un \(\mathcal{O}_{X, x}\)-module de présentation finie,

  2. \(\mathcal{G}_{z'}\) est un \(\mathcal{O}_{Z', z'}\)-module de présentation finie, et

  3. \((\pi_*\mathcal{G})_{y'}\) est un \(\mathcal{O}_{Y', y'}\)-module de présentation finie.

Démonstration

Supposons \(f\) localement de présentation finie. Alors \(Z' \to S\) est localement de présentation finie, comme composé de tels morphismes, voir Morphismes, Lemme 01TR. Notons que \(Y' \to S\) est aussi localement de présentation finie, comme composé d’un morphisme lisse et d’un morphisme étale. Ainsi Morphismes, Lemme 02FV, entraîne que \(\pi\) est localement de présentation finie. Puisque \(\pi\) est fini, il est aussi séparé et quasi-compact ; par suite, \(\pi\) est bien de présentation finie.

Pour démontrer l’équivalence de (1), (2) et (3), considérons aussi : (4) \(g^*\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_{X'}\)-module de présentation finie au voisinage de \(x'\). L’image réciproque d’un module de présentation finie est de présentation finie, voir Modules, Lemme 01BQ. Ainsi (1) \(\Rightarrow\) (4). Le morphisme étale \(g\) est ouvert, voir Morphismes, Lemme 03WT. Pour tout voisinage ouvert \(U' \subset X'\) de \(x'\), l’image \(g(U')\) est donc un voisinage ouvert de \(x\) et \(\{U' \to g(U')\}\) est un recouvrement étale. Ainsi (4) \(\Rightarrow\) (1) d’après Descente, Lemme 05B0. En utilisant Descente, Lemme 05B4, et quelques arguments topologiques élémentaires (voir Compléments sur les morphismes, Lemme 05B8), on voit que (4) \(\Leftrightarrow\) (2) \(\Leftrightarrow\) (3).

Pour démontrer l’équivalence de (a), (b), (c), considérons les homomorphismes d’anneaux \[\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{X', x'} \to \mathcal{O}_{Z', z'} \leftarrow \mathcal{O}_{Y', y'}\] Le premier homomorphisme est fidèlement plat. Par suite, \(\mathcal{F}_x\) est de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{X, x}\) si et seulement si \(g^*\mathcal{F}_{x'}\) est de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{X', x'}\), voir Algèbre, Lemme 03C4. Le deuxième homomorphisme est surjectif (donc fini) et de présentation finie par hypothèse ; par suite, \(g^*\mathcal{F}_{x'}\) est de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{X', x'}\) si et seulement si \(\mathcal{G}_{z'}\) est de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{Z', z'}\), voir Algèbre, Lemme 0564. Puisque \(\pi\) est fini, de présentation finie et que \(\pi^{-1}(\{y'\}) = \{x'\}\), l’homomorphisme d’anneaux \(\mathcal{O}_{Y', y'} \leftarrow \mathcal{O}_{Z', z'}\) est fini et de présentation finie, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 05B8. Par suite, \(\mathcal{G}_{z'}\) est de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{Z', z'}\) si et seulement si \(\pi_*\mathcal{G}_{y'}\) est de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{Y', y'}\), voir Algèbre, Lemme 0564.

Lemme

Sous les hypothèses et avec les notations du Lemme 057S, les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) au voisinage de \(x\),

  2. \(\mathcal{G}\) est plat sur \(S'\) au voisinage de \(z'\), et

  3. \(\pi_*\mathcal{G}\) est plat sur \(S'\) au voisinage de \(y'\).

Les conditions suivantes sont aussi équivalentes :

  1. \(\mathcal{F}_x\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S, s}\),

  2. \(\mathcal{G}_{z'}\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\), et

  3. \((\pi_*\mathcal{G})_{y'}\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\).

Démonstration

Pour démontrer l’équivalence de (1), (2) et (3), considérons aussi : (4) \(g^*\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) au voisinage de \(x'\). Nous utiliserons le Lemme 05B9 pour identifier la platitude sur \(S\) et sur \(S'\) sans le mentionner de nouveau. Le morphisme étale \(g\) est plat et ouvert, voir Morphismes, Lemme 03WT. Pour tout voisinage ouvert \(U' \subset X'\) de \(x'\), l’image \(g(U')\) est donc un voisinage ouvert de \(x\) et le morphisme \(U' \to g(U')\) est surjectif et plat. Ainsi (4) \(\Leftrightarrow\) (1) d’après Morphismes, Lemme 02JZ. Notons que \[\Gamma(X', g^*\mathcal{F}) = \Gamma(Z', \mathcal{G}) = \Gamma(Y', \pi_*\mathcal{G})\] Les conditions de platitude de \(g^*\mathcal{F}\), de \(\mathcal{G}\) et de \(\pi_*\mathcal{G}\) sur \(S'\) sont donc équivalentes (on utilise ici le fait que \(X'\), \(Z'\), \(Y'\) et \(S'\) sont tous affines). Des arguments topologiques laissés au lecteur (comparer Compléments sur les morphismes, Lemme 05B8) portant sur les voisinages affines montrent alors que (4) \(\Leftrightarrow\) (2) \(\Leftrightarrow\) (3).

Pour démontrer l’équivalence de (a), (b), (c), considérons le diagramme commutatif d’homomorphismes locaux \[\xymatrix{ \mathcal{O}_{X', x'} \ar[r]_\iota & \mathcal{O}_{Z', z'} & \mathcal{O}_{Y', y'} \ar[l]^\alpha & \mathcal{O}_{S', s'} \ar[l]^\beta \\ \mathcal{O}_{X, x} \ar[u]^\gamma & & & \mathcal{O}_{S, s} \ar[lll]_\varphi \ar[u]_\epsilon }\] Nous utiliserons le Lemme 05BA pour identifier la platitude sur \(\mathcal{O}_{S, s}\) et sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\) sans le mentionner de nouveau. L’homomorphisme \(\gamma\) est fidèlement plat. Par suite, \(\mathcal{F}_x\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S, s}\) si et seulement si \(g^*\mathcal{F}_{x'}\) est plat sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\), voir Algèbre, Lemme 0584. Comme \(\mathcal{O}_{S', s'}\)-modules, les modules \(g^*\mathcal{F}_{x'}\), \(\mathcal{G}_{z'}\) et \(\pi_*\mathcal{G}_{y'}\) sont tous isomorphes, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 05B8. Cela achève la démonstration.

Dévissage en une étape

Dans cette section, nous expliquons ce qu’est un dévissage en une étape d’un module. Un dévissage en une étape existe localement pour la topologie étale sur la base et le but. Nous étudions le changement de base, la restriction à des ouverts de Zariski et la localisation étale d’un dévissage en une étape.

Définition

Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(s \in S\) un point. Un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}/X/S\) au-dessus de \(s\) est donné par des morphismes de schémas sur \(S\) \[\xymatrix{ X & Z \ar[l]_i \ar[r]^\pi & Y }\] et un \(\mathcal{O}_Z\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{G}\) de type fini tels que

  1. \(X\), \(S\), \(Z\) et \(Y\) soient affines,

  2. \(i\) soit une immersion fermée de présentation finie,

  3. \(\mathcal{F} \cong i_*\mathcal{G}\),

  4. \(\pi\) soit fini, et

  5. le morphisme structural \(Y \to S\) soit lisse à fibres géométriquement irréductibles de dimension \(\dim(\text{Supp}(\mathcal{F}_s))\).

On dit alors que \((Z, Y, i, \pi, \mathcal{G})\) est un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}/X/S\) au-dessus de \(s\).

Un tel dévissage en une étape ne peut exister que si \(X\) et \(S\) sont affines. Dans la définition ci-dessus, on exige seulement que \(X\) soit (localement) de type fini sur \(S\), et l’on conserve ce cadre dans la suite. Dans [GruRay], les auteurs se placent systématiquement dans le cas où \(X \to S\) est localement de présentation finie et où \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Ce choix présente l’avantage de donner un sens à la condition que \(\mathcal{F}\) soit de présentation finie comme \(\mathcal{O}_X\)-module, tandis que, dans notre cadre, cette condition n’a pas de sens intrinsèque. Voir Compléments sur les morphismes, section 05GX, pour une discussion ; les observations qui y sont faites montrent que, dans notre cadre, on peut considérer la condition que \(\mathcal{F}\) soit « localement de présentation finie relativement à \(S\) », et l’on pourrait employer systématiquement cette notion. Nous préférons cependant nous appuyer sur les résultats du Lemme 057T et les observations de la Remarque 05HY pour traiter cette question au cas par cas lorsqu’elle se présente.

Définition

Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(x \in X\) un point d’image \(s\) dans \(S\). Un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}/X/S\) en \(x\) est un système \((Z, Y, i, \pi, \mathcal{G}, z, y)\), où \((Z, Y, i, \pi, \mathcal{G})\) est un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}/X/S\) au-dessus de \(s\) et où

  1. \(\dim_x(\text{Supp}(\mathcal{F}_s)) = \dim(\text{Supp}(\mathcal{F}_s))\),

  2. \(z \in Z\) est un point tel que \(i(z) = x\) et \(\pi(z) = y\),

  3. on a \(\pi^{-1}(\{y\}) = \{z\}\),

  4. l’extension \(\kappa(y)/\kappa(s)\) est transcendante pure.

Un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}/X/S\) en \(x\) ne peut exister que si \(X\) et \(S\) sont affines. La condition (1) assure que \(Y \to S\) est de dimension relative égale à \(\dim_x(\text{Supp}(\mathcal{F}_s))\), en vertu de la condition (5) de la Définition 05H4.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(x \in X\) d’image \(s = f(x)\) dans \(S\). Il existe alors un diagramme commutatif de schémas pointés \[\xymatrix{ (X, x) \ar[d]_f & (X', x') \ar[l]^g \ar[d] \\ (S, s) & (S', s') \ar[l] \\ }\] tel que \((S', s') \to (S, s)\) et \((X', x') \to (X, x)\) soient des voisinages étales élémentaires et tel que \(g^*\mathcal{F}/X'/S'\) admette un dévissage en une étape en \(x'\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement de la Définition 05H5 et du Lemme 057S.

Lemme

Soient \(S\), \(X\), \(\mathcal{F}\), \(s\) comme dans la Définition 05H4. Soit \((Z, Y, i, \pi, \mathcal{G})\) un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}/X/S\) au-dessus de \(s\). Soit \((S', s') \to (S, s)\) un morphisme quelconque de schémas pointés. Ces données étant fixées, soient \(X', Z', Y', i', \pi'\) les objets obtenus par changement de base à partir de \(X, Z, Y, i, \pi\) suivant \(S' \to S\). Soit \(\mathcal{F}'\) l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X'\) et soit \(\mathcal{G}'\) l’image réciproque de \(\mathcal{G}\) sur \(Z'\). Si \(S'\) est affine, alors \((Z', Y', i', \pi', \mathcal{G}')\) est un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}'/X'/S'\) au-dessus de \(s'\).

Démonstration

Les produits fibrés de schémas affines sont affines, voir Schémas, Lemme 01JQ. Le changement de base préserve les immersions fermées, les morphismes de présentation finie, les morphismes finis, les morphismes lisses, les morphismes à fibres géométriquement irréductibles et les morphismes de dimension relative \(n\), voir Morphismes, Lemmes 01QR, 01TS, 01WL, 01VB, 02NK, et Compléments sur les morphismes, Lemme 0555. On a \(i'_*\mathcal{G}' \cong \mathcal{F}'\), car l’image directe par le morphisme fini \(i\) commute au changement de base, voir Cohomologie des schémas, Lemme 02KG. On a \(\dim(\text{Supp}(\mathcal{F}_s)) = \dim(\text{Supp}(\mathcal{F}'_{s'}))\) d’après Morphismes, Lemme 02FY, puisque \[\text{Supp}(\mathcal{F}_s) \times_s s' = \text{Supp}(\mathcal{F}'_{s'}).\] Cela démontre le lemme.

Lemme

Soient \(S\), \(X\), \(\mathcal{F}\), \(x\), \(s\) comme dans la Définition 05H5. Soit \((Z, Y, i, \pi, \mathcal{G}, z, y)\) un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}/X/S\) en \(x\). Soit \((S', s') \to (S, s)\) un morphisme de schémas pointés induisant un isomorphisme \(\kappa(s) = \kappa(s')\). Soit \((Z', Y', i', \pi', \mathcal{G}')\) le système construit dans le Lemme 05H7, et soit \(x' \in X'\) (resp. \(z' \in Z'\), \(y' \in Y'\)) l’unique point s’envoyant à la fois sur \(x \in X\) (resp. \(z \in Z\), \(y \in Y\)) et sur \(s' \in S'\). Si \(S'\) est affine, alors \((Z', Y', i', \pi', \mathcal{G}', z', y')\) est un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}'/X'/S'\) en \(x'\).

Démonstration

D’après le Lemme 05H7, \((Z', Y', i', \pi', \mathcal{G}')\) est un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}'/X'/S'\) au-dessus de \(s'\). Les propriétés (1) – (4) de la Définition 05H5 sont vérifiées pour \((Z', Y', i', \pi', \mathcal{G}', z', y')\), car l’hypothèse \(\kappa(s) = \kappa(s')\) assure que les fibres \(X'_{s'}\), \(Z'_{s'}\) et \(Y'_{s'}\) sont respectivement isomorphes à \(X_s\), \(Z_s\) et \(Y_s\).

Définition

Soient \(S\), \(X\), \(\mathcal{F}\), \(x\), \(s\) comme dans la Définition 05H5. Soit \((Z, Y, i, \pi, \mathcal{G}, z, y)\) un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}/X/S\) en \(x\). Appelons restriction standard de cette situation la donnée d’ouverts standards \(S' \subset S\), \(X' \subset X\), \(Z' \subset Z\) et \(Y' \subset Y\) tels que \(s \in S'\), \(x \in X'\), \(z \in Z'\) et \(y \in Y'\), et tels que \[(Z', Y', i|_{Z'}, \pi|_{Z'}, \mathcal{G}|_{Z'}, z, y)\] soit un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}|_{X'}/X'/S'\) en \(x\).

Lemme

Sous les hypothèses et avec les notations de la Définition 05H9, on a :

  1. Si \(S' \subset S\) est un voisinage ouvert standard de \(s\), alors, en posant \(X' = X_{S'}\), \(Z' = Z_{S'}\) et \(Y' = Y_{S'}\), on obtient une restriction standard.

  2. Soit \(W \subset Y\) un voisinage ouvert standard de \(y\). Il existe alors une restriction standard telle que \(Y' = W \times_S S'\).

  3. Soit \(U \subset X\) un voisinage ouvert de \(x\). Il existe alors une restriction standard telle que \(X' \subset U\).

Démonstration

L’assertion (1) résulte immédiatement du Lemme 05H8 et du fait que l’image réciproque d’un ouvert standard par un morphisme de schémas affines est un ouvert standard, voir Algèbre, Lemme 00E2.

Soit \(W \subset Y\) comme dans (2). Puisque \(Y \to S\) est lisse, il est ouvert, voir Morphismes, Lemme 056G. On peut donc trouver un voisinage ouvert standard \(S'\) de \(s\) contenu dans l’image de \(W\). Les fibres de \(W_{S'} \to S'\) sont alors des sous-schémas ouverts non vides des fibres de \(Y \to S\) au-dessus de \(S'\) et sont donc elles aussi géométriquement irréductibles. En posant \(Y' = W_{S'}\) et \(Z' = \pi^{-1}(Y')\), on voit que \(Z' \subset Z\) est un voisinage ouvert standard de \(z\). Soit \(\overline{h} \in \Gamma(Z, \mathcal{O}_Z)\) une fonction telle que \(Z' = D(\overline{h})\). Puisque \(i : Z \to X\) est une immersion fermée, on peut trouver une fonction \(h \in \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) telle que \(i^\sharp(h) = \overline{h}\). Prenons \(X' = D(h) \subset X\). On obtient ainsi une restriction standard comme dans (2).

Soit \(U \subset X\) comme dans (3). Quitte à restreindre \(U\), on peut supposer que \(U\) est un ouvert standard. D’après Compléments sur les morphismes, Lemme 05B8, il existe un ouvert standard \(W \subset Y\), voisinage de \(y\), tel que \(\pi^{-1}(W) \subset i^{-1}(U)\). Appliquons (2) pour obtenir une restriction standard \(X', S', Z', Y'\) avec \(Y' = W_{S'}\). Puisque \(Z' \subset \pi^{-1}(W) \subset i^{-1}(U)\), on peut remplacer \(X'\) par \(X' \cap U\) (qui est encore un ouvert standard, puisque \(U\) l’est aussi) sans modifier aucune des conditions définissant une restriction standard. On obtient ainsi le résultat voulu.

Lemme

Soient \(S\), \(X\), \(\mathcal{F}\), \(x\), \(s\) comme dans la Définition 05H5. Soit \((Z, Y, i, \pi, \mathcal{G}, z, y)\) un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}/X/S\) en \(x\). Soit \[\xymatrix{ (Y, y) \ar[d] & (Y', y') \ar[l] \ar[d] \\ (S, s) & (S', s') \ar[l] }\] un diagramme commutatif de schémas pointés dont les flèches horizontales sont des voisinages étales élémentaires. Il existe alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & & (X'', x'') \ar[lld] \ar[d] & (Z'', z'') \ar[l] \ar[lld] \ar[d] \\ (X, x) \ar[d] & (Z, z) \ar[l] \ar[d] & (S'', s'') \ar[lld] & (Y'', y'') \ar[lld] \ar[l] \\ (S, s) & (Y, y) \ar[l] }\] de schémas pointés vérifiant les propriétés suivantes :

  1. \((S'', s'') \to (S', s')\) est un voisinage étale élémentaire et le morphisme \(S'' \to S\) est le composé \(S'' \to S' \to S\),

  2. \(Y''\) est un sous-schéma ouvert de \(Y' \times_{S'} S''\),

  3. \(Z'' = Z \times_Y Y''\),

  4. \((X'', x'') \to (X, x)\) est un voisinage étale élémentaire, et

  5. \((Z'', Y'', i'', \pi'', \mathcal{G}'', z'', y'')\) est un dévissage en une étape en \(x''\) du faisceau \(\mathcal{F}''\).

Ici \(\mathcal{F}''\) (resp. \(\mathcal{G}''\)) est l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) (resp. \(\mathcal{G}\)) par le morphisme \(X'' \to X\) (resp. \(Z'' \to Z\)), et \(i'' : Z'' \to X''\) et \(\pi'' : Z'' \to Y''\) sont les morphismes du diagramme.

Démonstration

Soit \((S'', s'') \to (S', s')\) un voisinage étale élémentaire quelconque avec \(S''\) affine. Soit \(Y'' \subset Y' \times_{S'} S''\) un voisinage ouvert affine quelconque du point \(y'' = (y', s'')\). On obtient alors un schéma affine \((Z'', z'')\) par (3). De plus, \(Z_{S''} \to X_{S''}\) est une immersion fermée et \(Z'' \to Z_{S''}\) est un morphisme étale. Le Lemme 057R s’applique donc, et l’on peut trouver un morphisme étale \(X'' \to X_{S'}\) de schémas affines tel que \(Z'' \cong X'' \times_{X_{S'}} Z_{S'}\). Notons \(i'' : Z'' \to X''\) l’immersion fermée correspondante. En posant \(x'' = i''(z'')\), on obtient un diagramme commutatif comme dans le lemme. Les propriétés (1), (2), (3) et (4) sont vérifiées par construction. Il suffit donc de montrer que (5) est vérifiée pour un choix convenable de \((S'', s'') \to (S', s')\) et de \(Y''\).

Énumérons d’abord les propriétés vérifiées pour tout choix de \((S'', s'') \to (S', s')\) et de \(Y''\) comme dans le premier paragraphe. Puisqu’on a \(Z'' = X'' \times_X Z\) par construction, on voit que \(i''_*\mathcal{G}'' = \mathcal{F}''\) (avec les notations de l’énoncé du lemme), voir Cohomologie des schémas, Lemme 02KG. Posons \(n = \dim(\text{Supp}(\mathcal{F}_s)) = \dim_x(\text{Supp}(\mathcal{F}_s))\). Le morphisme \(Y'' \to S''\) est lisse de dimension relative \(n\) (car \(Y' \to S'\) est lisse de dimension relative \(n\), comme composé \(Y' \to Y_{S'} \to S'\) d’un morphisme étale et d’un morphisme lisse de dimension relative \(n\), et parce que le changement de base préserve les morphismes lisses de dimension relative \(n\)). On a \(\kappa(y'') = \kappa(y)\) et \(\kappa(s) = \kappa(s'')\) ; ainsi \(\kappa(y'')\) est une extension transcendante pure de \(\kappa(s'')\). Le morphisme de fibres \(X''_{s''} \to X_s\) est un morphisme étale de schémas affines sur \(\kappa(s) = \kappa(s'')\), envoyant le point \(x''\) sur le point \(x\) et dont l’image réciproque de \(\mathcal{F}_s\) est \(\mathcal{F}''_{s''}\). Par suite, \[\dim(\text{Supp}(\mathcal{F}''_{s''})) = \dim(\text{Supp}(\mathcal{F}_s)) = n = \dim_x(\text{Supp}(\mathcal{F}_s)) = \dim_{x''}(\text{Supp}(\mathcal{F}''_{s''}))\] car la dimension est invariante par localisation étale, voir Descente, Lemme 04N4. Puisque \(\pi'' : Z'' \to Y''\) est obtenu par changement de base à partir de \(\pi\), on voit que \(\pi''\) est fini et, puisque \(\kappa(y) = \kappa(y'')\), on voit que \(\pi^{-1}(\{y''\}) = \{z''\}\).

À ce stade, on a vérifié toutes les conditions de la Définition 05H4, sauf que l’on n’a pas vérifié que \(Y'' \to S''\) est à fibres géométriquement irréductibles. Cela n’est évidemment pas vrai en général, et c’est ici que l’on utilise le fait que \(\kappa(s) \subset \kappa(y)\) est une extension transcendante pure. En effet, soit \(T \subset Y'_{s'}\) la composante irréductible de \(Y'_{s'}\) contenant \(y' = (y, s')\). Notons que \(T\) est un sous-schéma ouvert de \(Y'_{s'}\), car ce dernier est un schéma lisse sur \(\kappa(s')\). D’après Variétés, Lemme 04KV, on voit que \(T\) est géométriquement connexe, puisque \(\kappa(s') = \kappa(s)\) est algébriquement fermé dans \(\kappa(y') = \kappa(y)\). Puisque \(T\) est lisse, on voit que \(T\) est géométriquement irréductible. Le Lemme de Compléments sur les morphismes, 057J, s’applique donc, et l’on peut trouver un morphisme étale élémentaire \((S'', s'') \to (S', s')\) et un ouvert affine \(Y'' \subset Y'_{S''}\) tels que toutes les fibres de \(Y'' \to S''\) soient géométriquement irréductibles et que \(T = Y''_{s''}\). Quitte à restreindre d’abord \(Y''\), puis \(S''\), on peut supposer que \(Y''\) et \(S''\) sont tous deux affines. Cela achève la démonstration du lemme.

Lemme

Soient \(S\), \(X\), \(\mathcal{F}\), \(s\) comme dans la Définition 05H4. Soit \((Z, Y, i, \pi, \mathcal{G})\) un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}/X/S\) au-dessus de \(s\). Soit \(\xi \in Y_s\) l’unique point générique. Il existe alors un entier \(r > 0\) et un homomorphisme de \(\mathcal{O}_Y\)-modules \[\alpha : \mathcal{O}_Y^{\oplus r} \longrightarrow \pi_*\mathcal{G}\] tels que \[\alpha : \kappa(\xi)^{\oplus r} \longrightarrow (\pi_*\mathcal{G})_\xi \otimes_{\mathcal{O}_{Y, \xi}} \kappa(\xi)\] soit un isomorphisme. De plus, on a alors \[\dim(\text{Supp}(\Coker(\alpha)_s)) < \dim(\text{Supp}(\mathcal{F}_s)).\]

Démonstration

Par hypothèse, les schémas \(S\) et \(Y\) sont affines. Écrivons \(S = \Spec(A)\) et \(Y = \Spec(B)\). Puisque \(\pi\) est fini, le \(\mathcal{O}_Y\)-module \(\pi_*\mathcal{G}\) est un \(\mathcal{O}_Y\)-module quasi-cohérent de type fini. On a donc \(\pi_*\mathcal{G} = \widetilde{N}\) pour un certain \(B\)-module de type fini \(N\). Soit \(\mathfrak p \subset B\) l’idéal premier correspondant à \(\xi\). Pour obtenir \(\alpha\), posons \(r = \dim_{\kappa(\mathfrak p)} N \otimes_B \kappa(\mathfrak p)\) et choisissons \(x_1, \ldots, x_r \in N\) dont les images forment une base de \(N \otimes_B \kappa(\mathfrak p)\). Prenons pour \(\alpha : B^{\oplus r} \to N\) l’homomorphisme donné par la formule \(\alpha(b_1, \ldots, b_r) = \sum b_ix_i\). Il est clair que \(\alpha : \kappa(\mathfrak p)^{\oplus r} \to N \otimes_B \kappa(\mathfrak p)\) est un isomorphisme, comme souhaité. Enfin, soit \(\alpha\) un homomorphisme quelconque ayant cette propriété. Alors \(N' = \Coker(\alpha)\) est un \(B\)-module de type fini tel que \(N' \otimes \kappa(\mathfrak p) = 0\). Par le lemme de Nakayama (Algèbre, Lemme 00DV), on voit que \(N'_{\mathfrak p} = 0\). Puisque la fibre \(Y_s\) est géométriquement irréductible de dimension \(n\), de point générique \(\xi\), et que l’on vient de voir que \(\xi\) n’appartient pas au support de \(\Coker(\alpha)\), la dernière assertion du lemme est vérifiée.

Dévissage complet

Dans cette section, nous expliquons ce qu’est un dévissage complet d’un module et démontrons l’existence de tels dévissages. Le contenu de cette section consiste surtout à organiser les constructions précédentes.

Définition

Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(s \in S\) un point. Un dévissage complet de \(\mathcal{F}/X/S\) au-dessus de \(s\) est donné par un diagramme \[\xymatrix{ X & Z_1 \ar[l]^{i_1} \ar[d]^{\pi_1} \\ & Y_1 & Z_2 \ar[l]^{i_2} \ar[d]^{\pi_2} \\ & & Y_2 & Z_3 \ar[l] \ar[d] \\ & & & ... & ... \ar[l] \ar[d] \\ & & & & Y_n }\] de schémas sur \(S\), des \(\mathcal{O}_{Z_k}\)-modules quasi-cohérents de type fini \(\mathcal{G}_k\) et des homomorphismes de \(\mathcal{O}_{Y_k}\)-modules \[\alpha_k : \mathcal{O}_{Y_k}^{\oplus r_k} \longrightarrow \pi_{k, *}\mathcal{G}_k, \quad k = 1, \ldots, n\] vérifiant les propriétés suivantes :

  1. \((Z_1, Y_1, i_1, \pi_1, \mathcal{G}_1)\) est un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}/X/S\) au-dessus de \(s\),

  2. l’homomorphisme \(\alpha_k\) induit un isomorphisme \[\kappa(\xi_k)^{\oplus r_k} \longrightarrow (\pi_{k, *}\mathcal{G}_k)_{\xi_k} \otimes_{\mathcal{O}_{Y_k, \xi_k}} \kappa(\xi_k)\] où \(\xi_k \in (Y_k)_s\) est l’unique point générique,

  3. pour \(k = 2, \ldots, n\), le système \((Z_k, Y_k, i_k, \pi_k, \mathcal{G}_k)\) est un dévissage en une étape de \(\Coker(\alpha_{k - 1})/Y_{k - 1}/S\) au-dessus de \(s\),

  4. \(\Coker(\alpha_n) = 0\).

On dit alors que \((Z_k, Y_k, i_k, \pi_k, \mathcal{G}_k, \alpha_k)_{k = 1, \ldots, n}\) est un dévissage complet de \(\mathcal{F}/X/S\) au-dessus de \(s\).

Définition

Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(x \in X\) un point d’image \(s \in S\). Un dévissage complet de \(\mathcal{F}/X/S\) en \(x\) est donné par un système \[(Z_k, Y_k, i_k, \pi_k, \mathcal{G}_k, \alpha_k, z_k, y_k)_{k = 1, \ldots, n}\] tel que \((Z_k, Y_k, i_k, \pi_k, \mathcal{G}_k, \alpha_k)\) soit un dévissage complet de \(\mathcal{F}/X/S\) au-dessus de \(s\), et tel que

  1. \((Z_1, Y_1, i_1, \pi_1, \mathcal{G}_1, z_1, y_1)\) soit un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}/X/S\) en \(x\),

  2. pour \(k = 2, \ldots, n\), le système \((Z_k, Y_k, i_k, \pi_k, \mathcal{G}_k, z_k, y_k)\) soit un dévissage en une étape de \(\Coker(\alpha_{k - 1})/Y_{k - 1}/S\) en \(y_{k - 1}\).

Remarquons encore qu’un dévissage complet ne peut exister que si \(X\) et \(S\) sont affines.

Lemme

Soient \(S\), \(X\), \(\mathcal{F}\), \(s\) comme dans la Définition 05HH. Soit \((S', s') \to (S, s)\) un morphisme quelconque de schémas pointés. Soit \((Z_k, Y_k, i_k, \pi_k, \mathcal{G}_k, \alpha_k)_{k = 1, \ldots, n}\) un dévissage complet de \(\mathcal{F}/X/S\) au-dessus de \(s\). Ces données étant fixées, soient \(X', Z'_k, Y'_k, i'_k, \pi'_k\) les objets obtenus par changement de base à partir de \(X, Z_k, Y_k, i_k, \pi_k\) suivant \(S' \to S\). Soit \(\mathcal{F}'\) l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X'\) et soit \(\mathcal{G}'_k\) l’image réciproque de \(\mathcal{G}_k\) sur \(Z'_k\). Soit \(\alpha'_k\) l’image réciproque de \(\alpha_k\) sur \(Y'_k\). Si \(S'\) est affine, alors \((Z'_k, Y'_k, i'_k, \pi'_k, \mathcal{G}'_k, \alpha'_k)_{k = 1, \ldots, n}\) est un dévissage complet de \(\mathcal{F}'/X'/S'\) au-dessus de \(s'\).

Démonstration

D’après le Lemme 05H7, on sait que le changement de base d’un dévissage en une étape est un dévissage en une étape. Il suffit donc de montrer que la formation de \(\Coker(\alpha_k)\) commute au changement de base et que la condition (2) de la Définition 05HH est préservée par changement de base. La première assertion résulte du fait que \(\pi'_{k, *}\mathcal{G}'_k\) est l’image réciproque de \(\pi_{k, *}\mathcal{G}_k\) (d’après Cohomologie des schémas, Lemme 02KG) et de l’exactitude à droite de \(\otimes\). Pour la seconde, le même raisonnement donne \[(\pi_{k, *}\mathcal{G}_k)_{\xi_k} \otimes_{\mathcal{O}_{Y_k, \xi_k}} \kappa(\xi_k) \otimes_{\kappa(\xi_k)} \kappa(\xi'_k) \cong (\pi'_{k, *}\mathcal{G}'_k)_{\xi'_k} \otimes_{\mathcal{O}_{Y'_k, \xi'_k}} \kappa(\xi'_k)\] avec des notations évidentes.

Lemme

Soient \(S\), \(X\), \(\mathcal{F}\), \(x\), \(s\) comme dans la Définition 05HI. Soit \((S', s') \to (S, s)\) un morphisme de schémas pointés induisant un isomorphisme \(\kappa(s) = \kappa(s')\). Soit \((Z_k, Y_k, i_k, \pi_k, \mathcal{G}_k, \alpha_k, z_k, y_k)_{k = 1, \ldots, n}\) un dévissage complet de \(\mathcal{F}/X/S\) en \(x\). Soit \((Z'_k, Y'_k, i'_k, \pi'_k, \mathcal{G}'_k, \alpha'_k)_{k = 1, \ldots, n}\) le système construit dans le Lemme 05HJ, et soit \(x' \in X'\) (resp. \(z'_k \in Z'\), \(y'_k \in Y'\)) l’unique point s’envoyant à la fois sur \(x \in X\) (resp. \(z_k \in Z_k\), \(y_k \in Y_k\)) et sur \(s' \in S'\). Si \(S'\) est affine, alors \((Z'_k, Y'_k, i'_k, \pi'_k, \mathcal{G}'_k, \alpha'_k, z'_k, y'_k)_{k = 1, \ldots, n}\) est un dévissage complet de \(\mathcal{F}'/X'/S'\) en \(x'\).

Démonstration

On combine le Lemme 05HJ et le Lemme 05H8.

Définition

Soient \(S\), \(X\), \(\mathcal{F}\), \(x\), \(s\) comme dans la Définition 05HI. Considérons un dévissage complet \((Z_k, Y_k, i_k, \pi_k, \mathcal{G}_k, \alpha_k, z_k, y_k)_{k = 1, \ldots, n}\) de \(\mathcal{F}/X/S\) en \(x\). Appelons restriction standard de cette situation la donnée d’ouverts standards \(S' \subset S\), \(X' \subset X\), \(Z'_k \subset Z_k\) et \(Y'_k \subset Y_k\) tels que \(s_k \in S'\), \(x_k \in X'\), \(z_k \in Z'\) et \(y_k \in Y'\), et tels que \[(Z'_k, Y'_k, i'_k, \pi'_k, \mathcal{G}'_k, \alpha'_k, z_k, y_k)_{k = 1, \ldots, n}\] soit un dévissage en une étape de \(\mathcal{F}'/X'/S'\) en \(x\), où \(\mathcal{G}'_k = \mathcal{G}_k|_{Z'_k}\) et \(\mathcal{F}' = \mathcal{F}|_{X'}\).

Lemme

Sous les hypothèses et avec les notations de la Définition 05HL, on a :

  1. Si \(S' \subset S\) est un voisinage ouvert standard de \(s\), alors, en posant \(X' = X_{S'}\), \(Z'_k = Z_{S'}\) et \(Y'_k = Y_{S'}\), on obtient une restriction standard.

  2. Soit \(W \subset Y_n\) un voisinage ouvert standard de \(y\). Il existe alors une restriction standard telle que \(Y'_n = W \times_S S'\).

  3. Soit \(U \subset X\) un voisinage ouvert de \(x\). Il existe alors une restriction standard telle que \(X' \subset U\).

Démonstration

L’assertion (1) résulte immédiatement des Lemmes 05HK et 05HA.

Démonstration de (2). Pour simplifier les notations, posons \(X = Y_0\). On applique le Lemme 05HA (05HC) pour trouver une restriction standard \(S', Y'_{n - 1}, Z'_n, Y'_n\) du dévissage en une étape de \(\Coker(\alpha_{n - 1})/Y_{n - 1}/S\) en \(y_{n - 1}\) avec \(Y'_n = W \times_S S'\). On peut répéter cette opération et trouver une restriction standard \(S'', Y''_{n - 2}, Z''_{n - 1}, Y''_{n - 1}\) du dévissage en une étape de \(\Coker(\alpha_{n - 2})/Y_{n - 2}/S\) en \(y_{n - 2}\) avec \(Y''_{n - 1} = Y'_{n - 1} \times_S S''\). On continue ainsi jusqu’à obtenir \(S^{(n)}, Y^{(n)}_0, Z^{(n)}_1, Y^{(n)}_1\). Il est alors clair que l’on obtient la restriction standard cherchée en prenant \(S^{(n)}\), \(X^{(n)}\), \(Z_k^{(n - k)} \times_S S^{(n)}\) et \(Y_k^{(n - k)} \times_S S^{(n)}\), avec la propriété voulue.

Démonstration de (3). On raisonne par récurrence sur la longueur du dévissage complet. On applique d’abord le Lemme 05HA (05HD) pour trouver une restriction standard \(S', X', Z'_1, Y'_1\) du dévissage en une étape de \(\mathcal{F}/X/S\) en \(x\) avec \(X' \subset U\). Si \(n = 1\), la démonstration est terminée. Si \(n > 1\), l’hypothèse de récurrence fournit une restriction standard \(S''\), \(Y''_1\), \(Z''_k\) et \(Y''_k\) du dévissage complet \((Z_k, Y_k, i_k, \pi_k, \mathcal{G}_k, \alpha_k, z_k, y_k)_{k = 2, \ldots, n}\) de \(\Coker(\alpha_1)/Y_1/S\) en \(x\), telle que \(Y''_1 \subset Y'_1\). En utilisant le Lemme 05HA (05HC), on peut trouver \(S''' \subset S'\), \(X''' \subset X'\), \(Z'''_1\) et \(Y'''_1 = Y''_1 \times_S S'''\) qui constituent une restriction standard. La solution du problème consiste à prendre \[S''', X''', Z'''_1, Y'''_1, Z''_2 \times_S S''', Y''_2 \times_S S''', \ldots, Z''_n \times_S S''', Y''_n \times_S S'''\] Cela achève la démonstration du lemme.

Proposition

Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(x \in X\) un point d’image \(s \in S\). Il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (X, x) \ar[d] & (X', x') \ar[l]^g \ar[d] \\ (S, s) & (S', s') \ar[l] }\] de schémas pointés dont les flèches horizontales sont des voisinages étales élémentaires et tel que \(g^*\mathcal{F}/X'/S'\) admette un dévissage complet en \(x\).

Démonstration

On démontre cette assertion par récurrence sur l’entier \(d = \dim_x(\text{Supp}(\mathcal{F}_s))\). D’après le Lemme 05H6, il existe un diagramme \[\xymatrix{ (X, x) \ar[d] & (X', x') \ar[l]^g \ar[d] \\ (S, s) & (S', s') \ar[l] }\] de schémas pointés dont les flèches horizontales sont des voisinages étales élémentaires et tel que \(g^*\mathcal{F}/X'/S'\) admette un dévissage en une étape en \(x'\). Le caractère local du problème permet de remplacer \((X, x) \to (S, s)\) par \((X', x') \to (S', s')\). Après ce remplacement, on peut donc supposer qu’il existe un dévissage en une étape \((Z_1, Y_1, i_1, \pi_1, \mathcal{G}_1)\) de \(\mathcal{F}/X/S\) en \(x\).

On applique le Lemme 05HF pour trouver un homomorphisme \[\alpha_1 : \mathcal{O}_{Y_1}^{\oplus r_1} \longrightarrow \pi_{1, *}\mathcal{G}_1\] qui induit un isomorphisme d’espaces vectoriels sur \(\kappa(\xi_1)\), où \(\xi_1 \in Y_1\) est l’unique point générique de la fibre de \(Y_1\) au-dessus de \(s\). De plus, \(\dim_{y_1}(\text{Supp}(\Coker(\alpha_1)_s)) < d\). Il peut arriver que la fibre du faisceau \(\Coker(\alpha_1)_s\) en \(y_1\) soit nulle. On peut alors restreindre \(Y_1\) en utilisant le Lemme 05HA (05HC) et supposer que \(\Coker(\alpha_1) = 0\), obtenant ainsi un dévissage complet de longueur nulle.

Supposons maintenant que la fibre du faisceau \(\Coker(\alpha_1)_s\) en \(y_1\) ne soit pas nulle. L’hypothèse de récurrence fournit alors un diagramme commutatif [05HS]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ (Y_1, y_1) \ar[d] & (Y'_1, y'_1) \ar[l]^h \ar[d] \\ (S, s) & (S', s') \ar[l] } } \end{equation}\] de schémas pointés dont les flèches horizontales sont des voisinages étales élémentaires et tel que \(h^*\Coker(\alpha_1)/Y'_1/S'\) admette un dévissage complet \[(Z_k, Y_k, i_k, \pi_k, \mathcal{G}_k, \alpha_k, z_k, y_k)_{k = 2, \ldots, n}\] en \(y'_1\). (En particulier, \(i_2 : Z_2 \to Y'_1\) est une immersion fermée dans \(Y'_2\).) On applique alors le Lemme 05HE à \(S, X, \mathcal{F}, x, s\), au système \((Z_1, Y_1, i_1, \pi_1, \mathcal{G}_1)\) et au diagramme (05HS). On obtient un diagramme \[\xymatrix{ & & (X'', x'') \ar[lld] \ar[d] & (Z''_1, z''_1) \ar[l] \ar[lld] \ar[d] \\ (X, x) \ar[d] & (Z_1, z_1) \ar[l] \ar[d] & (S'', s'') \ar[lld] & (Y''_1, y''_1) \ar[lld] \ar[l] \\ (S, s) & (Y_1, y_1) \ar[l] }\] possédant toutes les propriétés énumérées dans le lemme cité. En particulier, \(Y''_1 \subset Y'_1 \times_{S'} S''\). Posons \(X_1 = Y'_1 \times_{S'} S''\) et notons \(\mathcal{F}_1\) l’image réciproque de \(\Coker(\alpha_1)\). D’après le Lemme 05HK, le système [05HT]\[\begin{equation} (Z_k \times_{S'} S'', Y_k \times_{S'} S'', i''_k, \pi''_k, \mathcal{G}''_k, \alpha''_k, z''_k, y''_k)_{k = 2, \ldots, n} \end{equation}\] est un dévissage complet de \(\mathcal{F}_1\) sur \(X_1\). De nouveau, le caractère local du problème permet de remplacer \((X, x) \to (S, s)\) par \((X'', x'') \to (S'', s'')\). On voit ainsi que l’on peut supposer :

  1. Il existe un dévissage en une étape \((Z_1, Y_1, i_1, \pi_1, \mathcal{G}_1)\) de \(\mathcal{F}/X/S\) en \(x\),

  2. il existe un \(\alpha_1 : \mathcal{O}_{Y_1}^{\oplus r_1} \to \pi_{1, *}\mathcal{G}_1\) tel que \(\alpha \otimes \kappa(\xi_1)\) soit un isomorphisme,

  3. \(Y_1 \subset X_1\) est ouvert, \(y_1 = x_1\), et \(\mathcal{F}_1|_{Y_1} \cong \Coker(\alpha_1)\), et

  4. il existe un dévissage complet \((Z_k, Y_k, i_k, \pi_k, \mathcal{G}_k, \alpha_k, z_k, y_k)_{k = 2, \ldots, n}\) de \(\mathcal{F}_1/X_1/S\) en \(x_1\).

Pour achever la démonstration, il suffit de restreindre le dévissage en une étape et le dévissage complet de façon à les assembler en un dévissage complet. (Nous suggérons au lecteur de le faire lui-même en utilisant les Lemmes 05HA et 05HM, au lieu de lire la démonstration qui suit.) Puisque \(Y_1 \subset X_1\) est un voisinage ouvert de \(x_1\), on peut appliquer le Lemme 05HM (05HQ) pour trouver une restriction standard \(S', X'_1, Z'_2, Y'_2, \ldots, Y'_n\) de la donnée (d), telle que \(X'_1 \subset Y_1\). Notons que \(X'_1\) est aussi un ouvert standard du schéma affine \(Y_1\). On restreint ensuite la donnée (a) comme suit : on restreint d’abord la base \(S\) à \(S'\), voir le Lemme 05HA (05HB), puis on restreint le résultat à \(S''\), \(X''\), \(Z''_1\), \(Y''_1\) en utilisant le Lemme 05HA (05HC), de sorte que finalement \(Y''_1 = X'_1 \times_S S''\) et \(S'' \subset S'\). On voit alors que \[Z''_1, Y''_1, Z'_2 \times_{S'} S'', Y'_2 \times_{S'} S'', \ldots, Y'_n \times_{S'} S''\] fournit le dévissage complet cherché.

En organisant encore les constructions, on obtient la conséquence suivante.

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme de type fini de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(s \in S\) un point. Il existe un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et des morphismes étales \(h_i : Y_i \to X_{S'}\), \(i = 1, \ldots, n\), tels que, pour chaque \(i\), il existe un dévissage complet de \(\mathcal{F}_i/Y_i/S'\) au-dessus de \(s'\), où \(\mathcal{F}_i\) est l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(Y_i\), et tels que \(X_s = (X_{S'})_{s'} \subset \bigcup h_i(Y_i)\).

Démonstration

Pour tout point \(x \in X_s\), on peut trouver un diagramme \[\xymatrix{ (X, x) \ar[d] & (X', x') \ar[l]^g \ar[d] \\ (S, s) & (S', s') \ar[l] }\] de schémas pointés dont les flèches horizontales sont des voisinages étales élémentaires et tel que \(g^*\mathcal{F}/X'/S'\) admette un dévissage complet en \(x'\). Puisque \(X \to S\) est de type fini, la fibre \(X_s\) est quasi-compacte et, puisque chaque \(g : X' \to X\) comme ci-dessus est ouvert, on peut recouvrir \(X_s\) par une réunion finie de \(g(X'_{s'})\). On peut donc trouver une famille finie de tels diagrammes \[\vcenter{ \xymatrix{ (X, x) \ar[d] & (X'_i, x'_i) \ar[l]^{g_i} \ar[d] \\ (S, s) & (S'_i, s'_i) \ar[l] } } \quad i = 1, \ldots, n\] telle que \(X_s = \bigcup g_i(X'_i)\). Posons \(S' = S'_1 \times_S \ldots \times_S S'_n\) et soit \(Y_i = X_i \times_{S'_i} S'\) le changement de base de \(X'_i\) à \(S'\). D’après le Lemme 05HJ, on voit que l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(Y_i\) admet un dévissage complet au-dessus de \(s\), ce qui donne le résultat voulu.

Traduction en termes d’algèbre

Il peut être utile d’expliciter en termes algébriques ce que signifie l’existence d’un dévissage complet. Nous introduisons la notion suivante (qui n’est pas très utile, d’où le nom démesurément long que nous lui donnons).

Définition

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\). Une localisation étale élémentaire de l’homomorphisme d’anneaux \(R \to S\) en \(\mathfrak q\) est donnée par un diagramme commutatif d’anneaux et par les idéaux premiers correspondants \[\xymatrix{ S \ar[r] & S' \\ R \ar[u] \ar[r] & R' \ar[u] } \quad\quad \xymatrix{ \mathfrak q \ar@{-}[r] & \mathfrak q' \\ \mathfrak p \ar@{-}[u] \ar@{-}[r] & \mathfrak p' \ar@{-}[u] }\] tels que \(R \to R'\) et \(S \to S'\) soient des homomorphismes d’anneaux étales et que \(\kappa(\mathfrak p) = \kappa(\mathfrak p')\) et \(\kappa(\mathfrak q) = \kappa(\mathfrak q')\).

Définition

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(\mathfrak r\) un idéal premier de \(R\). Soit \(N\) un \(S\)-module de type fini. Un dévissage complet de \(N/S/R\) au-dessus de \(\mathfrak r\) est donné par des homomorphismes de \(R\)-algèbres \[\xymatrix{ & A_1 & & A_2 & & ... & & A_n \\ S \ar[ru] & & B_1 \ar[lu] \ar[ru] & & ... \ar[lu] \ar[ru] & & ... \ar[lu] \ar[ru] & & B_n \ar[lu] }\] des \(A_i\)-modules de type fini \(M_i\) et des homomorphismes de \(B_i\)-modules \(\alpha_i : B_i^{\oplus r_i} \to M_i\) tels que

  1. \(S \to A_1\) soit surjectif et de présentation finie,

  2. \(B_i \to A_{i + 1}\) soit surjectif et de présentation finie,

  3. \(B_i \to A_i\) soit fini,

  4. \(R \to B_i\) soit lisse à fibres géométriquement irréductibles,

  5. \(N \cong M_1\) comme \(S\)-modules,

  6. \(\Coker(\alpha_i) \cong M_{i + 1}\) comme \(B_i\)-modules,

  7. \(\alpha_i : \kappa(\mathfrak p_i)^{\oplus r_i} \to M_i \otimes_{B_i} \kappa(\mathfrak p_i)\) soit un isomorphisme, où \(\mathfrak p_i = \mathfrak rB_i\), et

  8. \(\Coker(\alpha_n) = 0\).

On dit alors que \((A_i, B_i, M_i, \alpha_i)_{i = 1, \ldots, n}\) est un dévissage complet de \(N/S/R\) au-dessus de \(\mathfrak r\).

Remarque

Notons que les \(R\)-algèbres \(B_i\), pour tout \(i\), et \(A_i\), pour \(i \geq 2\), sont de présentation finie sur \(R\). Si \(S\) est de présentation finie sur \(R\), alors \(A_1\) est également de présentation finie sur \(R\). Dans ce cas, tous les homomorphismes d’anneaux du dévissage complet sont de présentation finie. Voir Algèbre, Lemme 00F4. Toujours sous l’hypothèse que \(S\) est de présentation finie sur \(R\), les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(M\) est de présentation finie sur \(S\),

  2. \(M_1\) est de présentation finie sur \(A_1\),

  3. \(M_1\) est de présentation finie sur \(B_1\),

  4. chaque \(M_i\) est de présentation finie à la fois comme \(A_i\)-module et comme \(B_i\)-module.

Les équivalences (1) \(\Leftrightarrow\) (2) et (2) \(\Leftrightarrow\) (3) résultent de Algèbre, Lemme 0564. Si \(M_1\) est de présentation finie, il en est de même de \(\Coker(\alpha_1)\) (voir Algèbre, Lemme 0519), donc de \(M_2\), et ainsi de suite.

Définition

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak r\) de \(R\). Soit \(N\) un \(S\)-module de type fini. Un dévissage complet de \(N/S/R\) en \(\mathfrak q\) est donné par un dévissage complet \((A_i, B_i, M_i, \alpha_i)_{i = 1, \ldots, n}\) de \(N/S/R\) au-dessus de \(\mathfrak r\) et par des idéaux premiers \(\mathfrak q_i \subset B_i\) au-dessus de \(\mathfrak r\) tels que

  1. \(\kappa(\mathfrak r) \subset \kappa(\mathfrak q_i)\) soit purement transcendante,

  2. il existe un unique idéal premier \(\mathfrak q'_i \subset A_i\) au-dessus de \(\mathfrak q_i \subset B_i\),

  3. \(\mathfrak q = \mathfrak q'_1 \cap S\) et \(\mathfrak q_i = \mathfrak q'_{i + 1} \cap A_i\),

  4. \(R \to B_i\) soit de dimension relative \(\dim_{\mathfrak q_i}(\text{Supp}(M_i \otimes_R \kappa(\mathfrak r)))\).

Remarque

Soit \(A \to B\) un homomorphisme d’anneaux de type fini et soit \(N\) un \(B\)-module de type fini. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(B\) au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak r\) de \(A\). Posons \(X = \Spec(B)\), \(S = \Spec(A)\) et \(\mathcal{F} = \widetilde{N}\) sur \(X\). Soit \(x\) le point correspondant à \(\mathfrak q\) et soit \(s \in S\) le point correspondant à \(\mathfrak p\). Alors

  1. s’il existe un dévissage complet de \(\mathcal{F}/X/S\) au-dessus de \(s\), il existe un dévissage complet de \(N/B/A\) au-dessus de \(\mathfrak p\), et

  2. il existe un dévissage complet de \(\mathcal{F}/X/S\) en \(x\) si et seulement s’il existe un dévissage complet de \(N/B/A\) en \(\mathfrak q\).

La seule nuance est que nous avons omis la condition sur la dimension relative dans la formulation « un dévissage complet de \(N/B/A\) au-dessus de \(\mathfrak p\) », ce qui explique que l’implication (1) ne soit donnée que dans un sens. La notion de dévissage complet en \(\mathfrak q\) inclut bien cette condition. Quoi qu’il en soit, nous utiliserons seulement le fait que l’existence pour \(\mathcal{F}/X/S\) entraîne l’existence pour \(N/B/A\).

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(M\) un \(S\)-module de type fini. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\). Il existe une localisation étale élémentaire \(R' \to S', \mathfrak q', \mathfrak p'\) de l’homomorphisme d’anneaux \(R \to S\) en \(\mathfrak q\) telle qu’il existe un dévissage complet de \((M \otimes_S S')/S'/R'\) en \(\mathfrak q'\).

Démonstration

C’est une reformulation de la Proposition 05HR au moyen de la Remarque 05I0

Localisation et homomorphismes universellement injectifs

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(N\) un \(S\)-module. Supposons que

  1. \(R\) soit un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m\),

  2. \(\overline{S} = S/\mathfrak m S\) soit noethérien, et

  3. \(\overline{N} = N/\mathfrak m_R N\) soit un \(\overline{S}\)-module de type fini.

Soit \(\Sigma \subset S\) la partie multiplicative des éléments qui ne sont pas diviseurs de zéro sur \(\overline{N}\). Alors \(\Sigma^{-1}S\) est un anneau semi-local dont le spectre est formé des idéaux premiers \(\mathfrak q \subset S\) contenus dans un élément de \(\text{Ass}_S(\overline{N})\). De plus, tout idéal maximal de \(\Sigma^{-1}S\) correspond à un idéal premier associé à \(\overline{N}\) sur \(\overline{S}\).

Démonstration

Notons que \(\text{Ass}_S(\overline{N}) = \text{Ass}_{\overline{S}}(\overline{N})\), voir Algèbre, Lemme 05BY. Cet ensemble est fini d’après Algèbre, Lemme 00LC. Écrivons \(\{\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_r\} = \text{Ass}_S(\overline{N})\). On a \(\Sigma = S \setminus (\bigcup \mathfrak q_i)\) d’après Algèbre, Lemme 00LD. D’après la description de \(\Spec(\Sigma^{-1}S)\) donnée dans Algèbre, Lemme 00E3, et d’après Algèbre, Lemme 00DS, on voit que les idéaux premiers de \(\Sigma^{-1}S\) correspondent aux idéaux premiers de \(S\) contenus dans l’un des \(\mathfrak q_i\). Les idéaux maximaux de \(\Sigma^{-1}S\) correspondent donc bijectivement aux éléments maximaux (pour l’inclusion) de l’ensemble \(\{\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_r\}\). Cela démontre le lemme.

Lemme

Sous les hypothèses et avec les notations du Lemme 05DE, supposons de plus que

  1. \(S\) soit local et que \(R \to S\) soit un homomorphisme local,

  2. \(S\) soit essentiellement de présentation finie sur \(R\),

  3. \(N\) soit de présentation finie sur \(S\), et

  4. \(N\) soit plat sur \(R\).

Alors tout \(s \in \Sigma\) définit un homomorphisme universellement injectif de \(R\)-modules \(s : N \to N\), et l’homomorphisme \(N \to \Sigma^{-1}N\) est \(R\)-universellement injectif.

Démonstration

D’après Algèbre, Lemme 046Y, la suite \(0 \to N \to N \to N/sN \to 0\) est exacte et \(N/sN\) est plat sur \(R\). Il en résulte que \(s : N \to N\) est universellement injectif, voir Algèbre, Lemme 00HL. L’homomorphisme \(N \to \Sigma^{-1}N\) est universellement injectif comme limite inductive filtrante des homomorphismes \(s : N \to N\).

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(N\) un \(S\)-module. Soit \(S \to S'\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que

  1. \(R \to S\) soit un homomorphisme local d’anneaux locaux,

  2. \(S\) soit essentiellement de présentation finie sur \(R\),

  3. \(N\) soit de présentation finie sur \(S\),

  4. \(N\) soit plat sur \(R\),

  5. \(S \to S'\) soit plat, et

  6. l’image de \(\Spec(S') \to \Spec(S)\) contienne tous les idéaux premiers \(\mathfrak q\) de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak m_R\) tels que \(\mathfrak q\) soit un idéal premier associé à \(N/\mathfrak m_R N\).

Alors \(N \to N \otimes_S S'\) est \(R\)-universellement injectif.

Démonstration

Posons \(N' = N \otimes_R S'\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ N \ar[d] \ar[r] & N' \ar[d] \\ \Sigma^{-1}N \ar[r] & \Sigma^{-1}N' }\] où \(\Sigma \subset S\) est l’ensemble des éléments qui ne sont pas diviseurs de zéro sur \(N/\mathfrak m_R N\). S’il est établi que l’homomorphisme \(N \to \Sigma^{-1}N'\) est universellement injectif, alors \(N \to N'\) l’est aussi (voir Algèbre, Lemme 05CJ).

D’après le Lemme 05DE, l’anneau \(\Sigma^{-1}S\) est un anneau semi-local dont les idéaux maximaux correspondent aux idéaux premiers associés à \(N/\mathfrak m_R N\). L’image de \(\Spec(\Sigma^{-1}S') \to \Spec(\Sigma^{-1}S)\) contient donc tous ces idéaux maximaux par hypothèse. D’après Algèbre, Lemme 00HQ, l’homomorphisme d’anneaux \(\Sigma^{-1}S \to \Sigma^{-1}S'\) est fidèlement plat. Ainsi \(\Sigma^{-1}N \to \Sigma^{-1}N'\), qui est l’homomorphisme \[N \otimes_S \Sigma^{-1}S \longrightarrow N \otimes_S \Sigma^{-1}S'\] est universellement injectif, voir Algèbre, Lemmes 05CK et 05CH. Enfin, on applique le Lemme 05DF pour voir que \(N \to \Sigma^{-1}N\) est universellement injectif. Puisque le composé d’homomorphismes de modules universellement injectifs est universellement injectif (voir Algèbre, Lemme 05CI), on en conclut que \(N \to \Sigma^{-1}N'\) est universellement injectif, ce qui donne le résultat voulu.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(N\) un \(S\)-module. Soit \(S \to S'\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que

  1. \(R \to S\) soit de présentation finie et que \(N\) soit de présentation finie sur \(S\),

  2. \(N\) soit plat sur \(R\),

  3. \(S \to S'\) soit plat, et

  4. l’image de \(\Spec(S') \to \Spec(S)\) contienne tous les idéaux premiers \(\mathfrak q\) tels que \(\mathfrak q\) soit un idéal premier associé à \(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), où \(\mathfrak p\) est l’image réciproque de \(\mathfrak q\) dans \(R\).

Alors \(N \to N \otimes_S S'\) est \(R\)-universellement injectif.

Démonstration

D’après Algèbre, Lemme 05CL, il suffit de montrer que \(N_{\mathfrak q} \to (N \otimes_R S')_{\mathfrak q}\) est \(R_{\mathfrak p}\)-universellement injectif pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak p\) dans \(R\). On peut donc appliquer le Lemme 05DG aux homomorphismes d’anneaux \(R_{\mathfrak p} \to S_{\mathfrak q} \to S'_{\mathfrak q}\) et au module \(N_{\mathfrak q}\).

Le lecteur pourra comparer le lemme suivant à Algèbre, Lemmes 00ME et 046Y, ainsi qu’aux résultats de la section 0ASZ. Dans chaque cas, la conclusion est que l’homomorphisme \(u : M \to N\) est universellement injectif, de conoyau plat.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local. Soit \(u : M \to N\) un homomorphisme de \(R\)-modules. Si \(M\) est un \(R\)-module projectif, si \(N\) est un \(R\)-module plat et si \(\overline{u} : M/\mathfrak mM \to N/\mathfrak mN\) est injectif, alors \(u\) est universellement injectif.

Démonstration

D’après Algèbre, Théorème 0593, le module \(M\) est libre. Si l’on établit le résultat pour tout facteur direct de type fini de \(M\), le lemme en résultera. On peut donc supposer que \(M\) est libre de type fini. Écrivons \(N = \colim_i N_i\) comme limite inductive filtrante de modules libres de type fini, voir Algèbre, Théorème 058G. Notons que \(u : M \to N\) se factorise par \(N_i\) pour un certain \(i\) (puisque \(M\) est libre de type fini). Notons \(u_i : M \to N_i\) l’homomorphisme de \(R\)-modules correspondant. Puisque \(\overline{u}\) est injectif, on voit que \(\overline{u_i} : M/\mathfrak mM \to N_i/\mathfrak mN_i\) est injectif et le reste après composition avec les homomorphismes \(N_i/\mathfrak mN_i \to N_{i'}/\mathfrak mN_{i'}\) pour tout \(i' \geq i\). Puisque \(M\) et \(N_{i'}\) sont libres de type fini sur l’anneau local \(R\), cela entraîne que \(M \to N_{i'}\) est une injection scindée pour tout \(i' \geq i\). Par suite, pour tout \(R\)-module \(Q\), on voit que \(M \otimes_R Q \to N_{i'} \otimes_R Q\) est injectif pour tout \(i' \geq i\). Puisque \(- \otimes_R Q\) commute aux limites inductives, on en conclut que \(M \otimes_R Q \to N_{i'} \otimes_R Q\) est injectif, comme souhaité.

Lemme

Sous les hypothèses et avec les notations du Lemme 05DE, supposons de plus que \(N\) soit projectif comme \(R\)-module. Alors tout \(s \in \Sigma\) définit un homomorphisme universellement injectif de \(R\)-modules \(s : N \to N\), et l’homomorphisme \(N \to \Sigma^{-1}N\) est \(R\)-universellement injectif.

Démonstration

Choisissons \(s \in \Sigma\). D’après le Lemme 05FQ, l’homomorphisme \(s : N \to N\) est universellement injectif. L’homomorphisme \(N \to \Sigma^{-1}N\) est universellement injectif comme limite inductive filtrante des homomorphismes \(s : N \to N\).

Complétion et modules de Mittag-Leffler

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(A\) un ensemble. Supposons que \(R\) soit noethérien et complet pour la topologie définie par \(I\). Le complété \((\bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R)^\wedge\) est plat et de Mittag-Leffler.

Démonstration

D’après Compléments d’algèbre, Lemme 05BC, l’homomorphisme \((\bigoplus\nolimits_{\alpha \in A} R)^\wedge \to \prod_{\alpha \in A} R\) est universellement injectif. Ainsi, d’après Algèbre, Lemmes 058P et 059N, il suffit de montrer que \(\prod_{\alpha \in A} R\) est plat et de Mittag-Leffler. D’après Algèbre, Proposition 05CZ (et Algèbre, Lemme 05CY), on voit que \(\prod_{\alpha \in A} R\) est plat. On conclut donc, car un produit de copies de \(R\) est de Mittag-Leffler, voir Algèbre, Lemme 05D0.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(M\) un \(R\)-module. Supposons que

  1. \(R\) soit noethérien et complet pour la topologie \(I\)-adique,

  2. \(M\) soit plat sur \(R\), et

  3. \(M/IM\) soit un \(R/I\)-module projectif.

Alors le complété \(I\)-adique \(M^\wedge\) est un \(R\)-module plat de Mittag-Leffler.

Démonstration

Choisissons une surjection \(F \to M\), où \(F\) est un \(R\)-module libre. D’après Algèbre, Lemme 05D3, le module \(M^\wedge\) est un facteur direct du module \(F^\wedge\). Il suffit donc de démontrer le lemme pour \(F\). Dans ce cas, le lemme résulte du Lemme 05DJ.

Dans les Lemmes 05DL et 05DM, l’hypothèse que \(S\) est noethérien est satisfaite si \(R \to S\) est de type fini, voir Algèbre, Lemme 00FN.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soient \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux et \(N\) un \(S\)-module. Supposons que

  1. \(R\) soit un anneau noethérien,

  2. \(S\) soit un anneau noethérien,

  3. \(N\) soit un \(S\)-module de type fini, et

  4. pour tout \(R\)-module de type fini \(Q\), tout \(\mathfrak q \in \text{Ass}_S(Q \otimes_R N)\) vérifie \(IS + \mathfrak q \not = S\).

Alors l’homomorphisme \(N \to N^\wedge\) de \(N\) dans le complété \(I\)-adique de \(N\) est universellement injectif comme homomorphisme de \(R\)-modules.

Démonstration

Il faut montrer que, pour tout \(R\)-module de type fini \(Q\), l’homomorphisme \(Q \otimes_R N \to Q \otimes_R N^\wedge\) est injectif, voir Algèbre, Théorème 058K. Puisqu’il existe un homomorphisme canonique \(Q \otimes_R N^\wedge \to (Q \otimes_R N)^\wedge\), il suffit de démontrer que l’homomorphisme canonique \(Q \otimes_R N \to (Q \otimes_R N)^\wedge\) est injectif. On peut donc remplacer \(N\) par \(Q \otimes_R N\), et il suffit de démontrer l’injectivité de l’homomorphisme \(N \to N^\wedge\).

Soit \(K = \Ker(N \to N^\wedge)\). Il suffit de montrer que \(K_{\mathfrak q} = 0\) pour \(\mathfrak q \in \text{Ass}(N)\), puisque \(N\) est un sous-module de \(\prod_{\mathfrak q \in \text{Ass}(N)} N_{\mathfrak q}\), voir Algèbre, Lemme 0311. Choisissons \(\mathfrak q \in \text{Ass}(N)\). La dernière hypothèse montre qu’il existe un idéal premier \(\mathfrak q' \supset IS + \mathfrak q\). Puisque \(K_{\mathfrak q}\) est un localisé de \(K_{\mathfrak q'}\), il suffit de démontrer la nullité de \(K_{\mathfrak q'}\). Notons que \(K = \bigcap I^nN\) ; par suite, \(K_{\mathfrak q'} \subset \bigcap I^nN_{\mathfrak q'}\). Ainsi \(K_{\mathfrak q'} = 0\) d’après Algèbre, Lemme 00IP.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soient \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux et \(N\) un \(S\)-module. Supposons que

  1. \(R\) soit un anneau noethérien,

  2. \(S\) soit un anneau noethérien,

  3. \(N\) soit un \(S\)-module de type fini,

  4. \(N\) soit plat sur \(R\), et

  5. pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) associé à \(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), où \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\), on ait \(IS + \mathfrak q \not = S\).

Alors l’homomorphisme \(N \to N^\wedge\) de \(N\) dans le complété \(I\)-adique de \(N\) est universellement injectif comme homomorphisme de \(R\)-modules.

Démonstration

Cela résulte du Lemme 05DL, car Algèbre, Lemme 05C2 et Remarque 05E0 assurent que les ensembles d’idéaux premiers associés aux produits tensoriels \(N \otimes_R Q\) sont contenus dans l’ensemble des idéaux premiers associés aux modules \(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\).

Modules projectifs

Le lemme suivant permet de démontrer la projectivité par récurrence noethérienne sur la base, voir le Lemme 05FS.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soient \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux et \(N\) un \(S\)-module. Supposons que

  1. \(R\) soit noethérien et complet pour la topologie \(I\)-adique,

  2. \(R \to S\) soit de type fini,

  3. \(N\) soit un \(S\)-module de type fini,

  4. \(N\) soit plat sur \(R\),

  5. \(N/IN\) soit projectif comme \(R/I\)-module, et

  6. pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) associé à \(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), où \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\), on ait \(IS + \mathfrak q \not = S\).

Alors \(N\) est projectif comme \(R\)-module.

Démonstration

D’après le Lemme 05DM, l’homomorphisme \(N \to N^\wedge\) est universellement injectif. D’après le Lemme 05DK, le module \(N^\wedge\) est de Mittag-Leffler. D’après Algèbre, Lemme 059N, on en conclut que \(N\) est de Mittag-Leffler. Ainsi \(N\) est engendré par une famille dénombrable, plat et de Mittag-Leffler comme \(R\)-module, donc projectif d’après Algèbre, Lemme 059X.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que

  1. \(R\) soit noethérien,

  2. \(R \to S\) soit de type fini et plat, et

  3. tout anneau de fibre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) soit géométriquement intègre sur \(\kappa(\mathfrak p)\).

Alors \(S\) est projectif comme \(R\)-module.

Démonstration

Considérons l’ensemble \[\{I \subset R \mid S/IS\text{ non projectif comme }R/I\text{-module}\}\] Il faut montrer que cet ensemble est vide. Raisonnons par l’absurde en le supposant non vide. Il contient alors un élément maximal \(I\). Soit \(J = \sqrt{I}\) son radical. Si \(I \not = J\), alors \(S/JS\) est projectif comme \(R/J\)-module, \(S/IS\) est plat sur \(R/I\) et \(J/I\) est un idéal nilpotent de \(R/I\). En appliquant Algèbre, Lemme 05CG, on voit que \(S/IS\) est un \(R/I\)-module projectif, ce qui est contradictoire. On peut donc supposer que \(I\) est un idéal radical. Autrement dit, on est ramené à démontrer le lemme lorsque \(R\) est un anneau réduit et que \(S/IS\) est un \(R/I\)-module projectif pour tout idéal non nul \(I\) de \(R\).

Supposons que \(R\) soit un anneau réduit et que \(S/IS\) soit un \(R/I\)-module projectif pour tout idéal non nul \(I\) de \(R\). Par platitude générique, Algèbre, Lemme 051R (appliqué à un localisé \(R_g\) qui est intègre), ou par le résultat plus général Algèbre, Lemme 051Z, il existe un élément non nul \(f \in R\) tel que \(S_f\) soit libre comme \(R_f\)-module. Notons \(R^\wedge = \lim R/(f^n)\) le complété \((f)\)-adique de \(R\). Notons que l’homomorphisme d’anneaux \[R \longrightarrow R_f \times R^\wedge\] est fidèlement plat, voir Algèbre, Lemme 00MB. Par descente fidèlement plate de la projectivité, voir Algèbre, Théorème 05A9, il suffit donc de démontrer que \(S \otimes_R R^\wedge\) est un \(R^\wedge\)-module projectif. Pour cela, on utilisera le critère du Lemme 05DP. Tout d’abord, notons que \(S/fS = (S \otimes_R R^\wedge)/f(S \otimes_R R^\wedge)\) est un \(R/(f)\)-module projectif et que \(S \otimes_R R^\wedge\) est plat et de type fini sur \(R^\wedge\), par changement de base. Supposons ensuite que \(\mathfrak p^\wedge\) soit un idéal premier de \(R^\wedge\). Soit \(\mathfrak p \subset R\) l’idéal premier correspondant de \(R\). Puisque \(R \to S\) est à anneaux de fibres géométriquement intègres, il en est de même après tout changement de base. Par suite, \(\mathfrak q^\wedge = \mathfrak p^\wedge(S \otimes_R R^\wedge)\), est un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p^\wedge\) et c’est l’unique idéal premier associé à \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p^\wedge)\). Il suffit donc de montrer que \(f(S \otimes_R R^\wedge) + \mathfrak q^\wedge \not = S \otimes_R R^\wedge\). Cela résulte de \(\mathfrak p^\wedge + fR^\wedge \not = R^\wedge\), puisque \(f\) appartient au radical de Jacobson de l’anneau \(f\)-adiquement complet \(R^\wedge\), et du fait que \(R^\wedge \to S \otimes_R R^\wedge\) est surjectif sur les spectres, ses fibres étant non vides (les espaces irréductibles sont non vides).

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Supposons que

  1. \(R \to S\) soit de présentation finie et plat, et

  2. tout anneau de fibre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) soit géométriquement intègre sur \(\kappa(\mathfrak p)\).

Alors \(S\) est projectif comme \(R\)-module.

Démonstration

On peut trouver un diagramme cocartésien d’anneaux \[\xymatrix{ S_0 \ar[r] & S \\ R_0 \ar[u] \ar[r] & R \ar[u] }\] tel que \(R_0\) soit de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et que l’homomorphisme \(R_0 \to S_0\) soit de type fini et plat, à fibres géométriquement intègres, voir Compléments sur les morphismes, Lemmes 05FE, 05FG, 05FH, et 05FL. D’après le Lemme 05FS, on voit que \(S_0\) est un \(R_0\)-module projectif. Ainsi \(S = S_0 \otimes_{R_0} R\) est un \(R\)-module projectif, voir Algèbre, Lemme 05A3.

Remarque

Le Lemme 05FT est une étape essentielle dans l’établissement des résultats de ce chapitre. Son analogue dans [GruRay] est [GruRay, I Proposition 3.3.1] : si \(R \to S\) est lisse à fibres géométriquement intègres, alors \(S\) est projectif comme \(R\)-module. C’est un cas particulier du Lemme 05FT, mais, puisque nous améliorerons encore ce lemme dans la suite, il est peu utile de disposer dès à présent d’un résultat plus fort. Esquissons brièvement la démonstration donnée dans [GruRay].

  1. On se ramène d’abord au cas où \(R\) est noethérien, comme ci-dessus.

  2. Puisque la projectivité descend par les homomorphismes d’anneaux fidèlement plats, voir Algèbre, Théorème 05A9, on peut travailler localement pour la topologie fppf sur \(R\), donc supposer que \(R \to S\) admet une section \(\sigma : S \to R\). (Il suffit, comme d’habitude, d’effectuer le changement de base à \(S\).) Posons \(I = \Ker(S \to R)\).

  3. En localisant encore sur \(R\), on peut supposer que \(I/I^2\) est un \(R\)-module libre et que le complété \(S^\wedge\) de \(S\) pour la topologie définie par \(I\) est isomorphe à \(R[[t_1, \ldots, t_n]]\), voir Morphismes, Lemme 05D9. On utilise ici le fait que \(R \to S\) est lisse.

  4. Pour démontrer que \(S\) est projectif comme \(R\)-module, il suffit de montrer que \(S\) est plat, engendré par une famille dénombrable et de Mittag-Leffler comme \(R\)-module, voir Algèbre, Lemme 059X. Les deux premières propriétés sont évidentes. Il suffit donc de montrer que \(S\) est de Mittag-Leffler comme \(R\)-module. D’après Algèbre, Lemme 059T, le module \(R[[t_1, \ldots, t_n]]\) est de Mittag-Leffler sur \(R\). Ainsi Algèbre, Lemme 059N, montre qu’il suffit d’établir que \(S \to S^\wedge\) est universellement injectif comme homomorphisme de \(R\)-modules.

  5. On applique le Lemme 05DH pour voir que \(S \to S^\wedge\) est \(R\)-universellement injectif. En effet, puisque \(R \to S\) est à fibres géométriquement intègres, tout point associé de tout anneau de fibre est précisément le point générique de cet anneau de fibre, qui appartient à l’image de \(\Spec(S^\wedge) \to \Spec(S)\).

Il existe une analogie entre la démonstration ainsi esquissée et les arguments qui conduisent à la démonstration du Lemme 05FT. Dans les deux cas, une complétion joue un rôle essentiel, et l’hypothèse que les fibres sont géométriquement intègres assure chaque fois que l’homomorphisme de \(S\) dans le complété de \(S\) est \(R\)-universellement injectif.

Modules plats de type fini, I

Dans certains cas, étant donnés un homomorphisme d’anneaux \(R \to S\) de présentation finie et un \(S\)-module de type fini \(N\), la platitude de \(N\) sur \(R\) entraîne que \(N\) est de présentation finie. Nous démontrons dans cette section que cette assertion est vraie « ponctuellement ». Remarquons que la première démonstration de la Proposition 05I5 utilise les résultats géométriques de la section 057P, mais non l’existence d’un dévissage complet.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local. Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de présentation finie, plat et à fibres géométriquement intègres. Posons \(\mathfrak p = \mathfrak mS\). Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak m\). Soit \(N\) un \(S\)-module de type fini. Il existe \(r \geq 0\) et un homomorphisme de \(S\)-modules \[\alpha : S^{\oplus r} \longrightarrow N\] tels que \(\alpha : \kappa(\mathfrak p)^{\oplus r} \to N \otimes_S \kappa(\mathfrak p)\) soit un isomorphisme. Pour tout tel \(\alpha\), les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(N_{\mathfrak q}\) est \(R\)-plat,

  2. \(\alpha\) est \(R\)-universellement injectif et \(\Coker(\alpha)_{\mathfrak q}\) est \(R\)-plat,

  3. \(\alpha\) est injectif et \(\Coker(\alpha)_{\mathfrak q}\) est \(R\)-plat,

  4. \(\alpha_{\mathfrak p}\) est un isomorphisme et \(\Coker(\alpha)_{\mathfrak q}\) est \(R\)-plat, et

  5. \(\alpha_{\mathfrak q}\) est injectif et \(\Coker(\alpha)_{\mathfrak q}\) est \(R\)-plat.

Démonstration

Pour obtenir \(\alpha\), posons \(r = \dim_{\kappa(\mathfrak p)} N \otimes_S \kappa(\mathfrak p)\) et choisissons \(x_1, \ldots, x_r \in N\) dont les images forment une base de \(N \otimes_S \kappa(\mathfrak p)\). Définissons \(\alpha(s_1, \ldots, s_r) = \sum s_i x_i\). Cela démontre l’existence.

Fixons un tel \(\alpha\). L’implication la plus intéressante est (1) \(\Rightarrow\) (2), que nous démontrons d’abord. Supposons (1). Puisque \(S/\mathfrak mS\) est un anneau intègre dont le corps des fractions est \(\kappa(\mathfrak p)\), on voit que \((S/\mathfrak mS)^{\oplus r} \to N_{\mathfrak p}/\mathfrak mN_{\mathfrak p} = N \otimes_S \kappa(\mathfrak p)\) est injectif. Par suite, d’après les Lemmes 05FQ et 05FT, l’homomorphisme \(S^{\oplus r} \to N_{\mathfrak p}\) est \(R\)-universellement injectif. Il en résulte que \(S^{\oplus r} \to N\) est \(R\)-universellement injectif, voir Algèbre, Lemme 05CJ. Le localisé \(\alpha_{\mathfrak q}\) est alors lui aussi \(R\)-universellement injectif, voir Algèbre, Lemme 05CM. On en conclut que \(\Coker(\alpha)_{\mathfrak q}\) est \(R\)-plat d’après Algèbre, Lemme 058P.

L’implication (2) \(\Rightarrow\) (3) est immédiate. Si (3) est vérifiée, alors \(\alpha_{\mathfrak p}\) est injectif, comme localisé d’un homomorphisme injectif de modules. Par le lemme de Nakayama (Algèbre, Lemme 00DV), \(\alpha_{\mathfrak p}\) est aussi surjectif. Ainsi (3) \(\Rightarrow\) (4). Si (4) est vérifiée, alors \(\alpha_{\mathfrak p}\) est un isomorphisme ; par suite, \(\alpha\) est injectif, puisque \(S_{\mathfrak q} \to S_{\mathfrak p}\) est injectif. En effet, les éléments de \(S \setminus \mathfrak p\) ne sont pas diviseurs de zéro sur \(S\), comme on le voit en combinant les Lemmes 05FR et 05FT. Ainsi (4) \(\Rightarrow\) (5). Enfin, si (5) est vérifiée, alors \(N_{\mathfrak q}\) est \(R\)-plat, comme extension de modules plats, voir Algèbre, Lemme 00HM. Ainsi (5) \(\Rightarrow\) (1), ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local. Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de présentation finie. Soit \(N\) un \(S\)-module de type fini. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak m\). Supposons que \(N_{\mathfrak q}\) soit plat sur \(R\) et qu’il existe un dévissage complet de \(N/S/R\) en \(\mathfrak q\). Alors \(N\) est un \(S\)-module de présentation finie, libre comme \(R\)-module, et il existe un isomorphisme \[N \cong B_1^{\oplus r_1} \oplus \ldots \oplus B_n^{\oplus r_n}\] de \(R\)-modules, où chaque \(B_i\) est une \(R\)-algèbre lisse à fibres géométriquement irréductibles.

Démonstration

Soit \((A_i, B_i, M_i, \alpha_i, \mathfrak q_i)_{i = 1, \ldots, n}\) le dévissage complet donné. On démontre le lemme par récurrence sur \(n\). Notons que \(N\) est de présentation finie comme \(S\)-module si et seulement si \(M_1\) est de présentation finie comme \(B_1\)-module, voir la Remarque 05HY. Notons que \(N_{\mathfrak q} \cong (M_1)_{\mathfrak q_1}\) comme \(R\)-modules, car (a) \(N_{\mathfrak q} \cong (M_1)_{\mathfrak q'_1}\), où \(\mathfrak q'_1\) est l’unique idéal premier de \(A_1\) au-dessus de \(\mathfrak q_1\), et (b) \((A_1)_{\mathfrak q'_1} = (A_1)_{\mathfrak q_1}\) d’après Algèbre, Lemme 00EA, d’où (c) \((M_1)_{\mathfrak q'_1} \cong (M_1)_{\mathfrak q_1}\). Ainsi \((M_1)_{\mathfrak q_1}\) est un \(R\)-module plat. On peut donc remplacer \((S, N)\) par \((B_1, M_1)\) pour démontrer le lemme. D’après le Lemme 05I3, l’homomorphisme \(\alpha_1 : B_1^{\oplus r_1} \to M_1\) est \(R\)-universellement injectif et \(\Coker(\alpha_1)_{\mathfrak q}\) est \(R\)-plat. Notons que \((A_i, B_i, M_i, \alpha_i, \mathfrak q_i)_{i = 2, \ldots, n}\) est un dévissage complet de \(\Coker(\alpha_1)/B_1/R\) en \(\mathfrak q_1\). L’hypothèse de récurrence entraîne donc que \(\Coker(\alpha_1)\) est de présentation finie comme \(B_1\)-module, libre comme \(R\)-module et possède une décomposition comme dans le lemme. Il en résulte que \(M_1\) est de présentation finie comme \(B_1\)-module, voir Algèbre, Lemme 0519. Il en résulte aussi que \(M_1 \cong B_1^{\oplus r_1} \oplus \Coker(\alpha_1)\) comme \(R\)-modules, d’où une décomposition comme dans le lemme. Enfin, \(B_1\) est projectif comme \(R\)-module d’après le Lemme 05FT, donc libre comme \(R\)-module d’après Algèbre, Théorème 0593. Cela achève la démonstration.

Proposition

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de présentation finie,

  2. \(\mathcal{F}\) soit de type fini, et

  3. \(\mathcal{F}\) soit plat en \(x\) sur \(S\).

Il existe alors un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un sous-schéma ouvert \[V \subset X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\] qui contient l’unique point de \(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) s’envoyant sur \(x\), tels que l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(V\) soit un \(\mathcal{O}_V\)-module de présentation finie et plat sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\).

Démonstration

Cette démonstration est plus longue, mais n’utilise pas l’existence d’un dévissage complet. Le problème est local au voisinage de \(x\) et de \(s\) ; on peut donc supposer que \(X\) et \(S\) sont affines. Au cours de la démonstration, on remplacera un nombre fini de fois \(S\) par un voisinage étale élémentaire de \((S, s)\). Le but sera alors de trouver, après un tel remplacement, un ouvert \(V \subset X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, s})\) contenant \(x\) tel que \(\mathcal{F}|_V\) soit plat sur \(S\) et de présentation finie. On peut évidemment aussi remplacer \(S\) par \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s})\) à tout moment de la démonstration, c’est-à-dire supposer que \(S\) est un schéma local. On démontrera la proposition par récurrence sur l’entier \(n = \dim_x(\text{Supp}(\mathcal{F}_s))\).

On peut choisir

  1. des voisinages étales élémentaires \(g : (X', x') \to (X, x)\), \(e : (S', s') \to (S, s)\),

  2. un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[dd]_f & X' \ar[dd] \ar[l]^g & Z' \ar[l]^i \ar[d]^\pi \\ & & Y' \ar[d]^h \\ S & S' \ar[l]_e & S' \ar@{=}[l] }\]

  3. un point \(z' \in Z'\) tel que \(i(z') = x'\), \(y' = \pi(z')\), \(h(y') = s'\),

  4. un \(\mathcal{O}_{Z'}\)-module quasi-cohérent de type fini \(\mathcal{G}\),

comme dans le Lemme 057S. Nous allons remplacer \(S\) par \(\Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\), voir les remarques du premier paragraphe de la démonstration. Considérons le diagramme \[\xymatrix{ X_{\mathcal{O}_{S', s'}} \ar[ddr]_f & X'_{\mathcal{O}_{S', s'}} \ar[dd] \ar[l]^g & Z'_{\mathcal{O}_{S', s'}} \ar[l]^i \ar[d]^\pi \\ & & Y'_{\mathcal{O}_{S', s'}} \ar[dl]^h \\ & \Spec(\mathcal{O}_{S', s'}) }\] On a ici effectué le changement de base des schémas \(X', Z', Y'\) sur \(S'\) suivant \(\Spec(\mathcal{O}_{S', s'}) \to S'\) et celui du schéma \(X\) sur \(S\) suivant \(\Spec(\mathcal{O}_{S', s'}) \to S\). Le morphisme \(g\) est encore étale, voir le Lemme 05H2. Après avoir remplacé \(X\) par \(X_{\mathcal{O}_{S', s'}}\), \(X'\) par \(X'_{\mathcal{O}_{S', s'}}\), \(Z'\) par \(Z'_{\mathcal{O}_{S', s'}}\) et \(Y'\) par \(Y'_{\mathcal{O}_{S', s'}}\), on peut supposer que l’on dispose d’un diagramme comme dans le Lemme 057S, où, de plus, \(S = S'\) est un schéma local de point fermé \(s\). D’après les Lemmes 057T et 057U, le résultat pour \(Y' \to S\), le faisceau \(\pi_*\mathcal{G}\) et le point \(y'\) entraîne le résultat pour \(X \to S\), \(\mathcal{F}\) et \(x\). On peut donc supposer que \(S\) est local et que \(X \to S\) est un morphisme lisse de schémas affines, à fibres géométriquement irréductibles de dimension \(n\).

Cas initial de la récurrence : \(n = 0\). Puisque \(X \to S\) est lisse à fibres géométriquement irréductibles de dimension \(0\), on voit que \(X \to S\) est une immersion ouverte, voir Descente, Lemme 02LC. Puisque \(S\) est local et que son point fermé appartient à l’image de \(X \to S\), on en conclut que \(X = S\). Ainsi \(\mathcal{F}\) correspond à un \(\mathcal{O}_{S, s}\)-module plat de type fini. Dans ce cas, le résultat découle de Algèbre, Lemme 00NZ, qui affirme que \(\mathcal{F}\) est en fait libre de type fini.

Étape de récurrence. Supposons le résultat établi lorsque la dimension du support dans la fibre fermée est \(< n\). Écrivons \(S = \Spec(A)\), \(X = \Spec(B)\) et \(\mathcal{F} = \widetilde{N}\) pour un certain \(B\)-module \(N\). Notons que \(A\) est un anneau local ; désignons par \(\mathfrak m\) son idéal maximal. Alors \(\mathfrak p = \mathfrak mB\) est l’unique idéal premier minimal au-dessus de \(\mathfrak m\), puisque \(X \to S\) est à fibres géométriquement irréductibles. Enfin, soit \(\mathfrak q \subset B\) l’idéal premier correspondant à \(x\). D’après le Lemme 05I3, on peut choisir un homomorphisme \[\alpha : B^{\oplus r} \to N\] tel que \(\kappa(\mathfrak p)^{\oplus r} \to N \otimes_B \kappa(\mathfrak p)\) soit un isomorphisme. De plus, puisque \(N_{\mathfrak q}\) est \(A\)-plat, le lemme montre aussi que \(\alpha\) est injectif et que \(\Coker(\alpha)_{\mathfrak q}\) est \(A\)-plat. Posons \(Q = \Coker(\alpha)\). Notons que le support de \(Q/\mathfrak mQ\) ne contient pas \(\mathfrak p\). On a donc certainement \(\dim_{\mathfrak q}(\text{Supp}(Q/\mathfrak mQ)) < n\). En réunissant les propriétés connues de \(Q\), on voit que l’hypothèse de récurrence s’applique à \(Q\). Il existe donc un morphisme étale élémentaire \((S', s) \to (S, s)\) tel que la conclusion soit vérifiée pour \(Q \otimes_A A'\) sur \(B \otimes_A A'\), où \(A' = \mathcal{O}_{S', s'}\). Après avoir remplacé \(A\) par \(A'\), on dispose d’une suite exacte \[0 \to B^{\oplus r} \to N \to Q \to 0\] (on utilise ici l’injectivité de \(\alpha\) indiquée plus haut) de \(B\)-modules de type fini, et l’on obtient aussi un élément \(g \in B\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(Q_g\) soit de présentation finie sur \(B_g\) et plat sur \(A\). La localisation étant exacte, on voit que \[0 \to B_g^{\oplus r} \to N_g \to Q_g \to 0\] est encore exacte. Puisque \(B_g\) et \(Q_g\) sont plats sur \(A\), on en conclut que \(N_g\) est plat sur \(A\), voir Algèbre, Lemme 00HM, et puisque \(B_g\) et \(Q_g\) sont de présentation finie sur \(B_g\), il en est de même de \(N_g\), voir Algèbre, Lemme 0519.

Démonstration

On applique la Proposition 05HR pour trouver un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (X, x) \ar[d] & (X', x') \ar[l]^g \ar[d] \\ (S, s) & (S', s') \ar[l] }\] de schémas pointés dont les flèches horizontales sont des voisinages étales élémentaires et tel que \(g^*\mathcal{F}/X'/S'\) admette un dévissage complet en \(x\). (En particulier, \(S'\) et \(X'\) sont affines.) D’après Morphismes, Lemme 02JZ, on voit que \(g^*\mathcal{F}\) est plat en \(x'\) sur \(S\) et, d’après le Lemme 05B9, on voit qu’il est plat en \(x'\) sur \(S'\). Au moyen de la Remarque 05I0, on en déduit que \[\Gamma(X', g^*\mathcal{F})/ \Gamma(X', \mathcal{O}_{X'})/ \Gamma(S', \mathcal{O}_{S'})\] admet un dévissage complet en l’idéal premier de \(\Gamma(X', \mathcal{O}_{X'})\) correspondant à \(x'\). On peut effectuer le changement de base de ce dévissage complet à l’anneau local \(\mathcal{O}_{S', s'}\) de \(\Gamma(S', \mathcal{O}_{S'})\) en l’idéal premier correspondant à \(s'\). Le Lemme 05I4 entraîne donc que \[\Gamma(X', \mathcal{F}') \otimes_{\Gamma(S', \mathcal{O}_{S'})} \mathcal{O}_{S', s'}\] est plat sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\) et de présentation finie sur \(\Gamma(X', \mathcal{O}_{X'}) \otimes_{\Gamma(S', \mathcal{O}_{S'})} \mathcal{O}_{S', s'}\). Autrement dit, la restriction de \(\mathcal{F}\) à \(X' \times_{S'} \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) est de présentation finie et plate sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\). Puisque le morphisme \(X' \times_{S'} \Spec(\mathcal{O}_{S', s'}) \to X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) est étale (Lemme 05H2), son image \(V \subset X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) est un sous-schéma ouvert et, par descente étale, la restriction de \(\mathcal{F}\) à \(V\) est de présentation finie et plate sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\). (Résultats utilisés : Morphismes, Lemme 03WT, Descente, Lemme 05B0, et Morphismes, Lemme 02JZ.)

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(s \in S\). Alors l’ensemble \[\{x \in X_s \mid \mathcal{F} \text{ plat sur }S\text{ en }x\}\] est ouvert dans la fibre \(X_s\).

Démonstration

Supposons \(x \in U\). Choisissons un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un ouvert \(V \subset X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) comme dans la Proposition 05I5. Notons que \(X_{s'} = X_s\), puisque \(\kappa(s) = \kappa(s')\). Si \(x' \in V \cap X_{s'}\), alors l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X \times_S S'\) est plate sur \(S'\) en \(x'\). Ainsi \(\mathcal{F}\) est plat en \(x'\) sur \(S\), voir Morphismes, Lemme 02JZ. Autrement dit, \(X_s \cap V \subset U\) est un voisinage ouvert de \(x\) dans \(U\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de type fini,

  2. \(\mathcal{F}\) soit de type fini, et

  3. \(\mathcal{F}\) soit plat en \(x\) sur \(S\).

Il existe alors un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un sous-schéma ouvert \[V \subset X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\] qui contient l’unique point de \(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) s’envoyant sur \(x\), tels que l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(V\) soit plate sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\).

Démonstration

(La seule différence avec la Proposition 05I5 est que l’on ne suppose pas \(f\) de présentation finie.) La question est locale sur \(X\) et sur \(S\) ; on peut donc supposer que \(X\) et \(S\) sont affines. Écrivons \(X = \Spec(B)\), \(S = \Spec(A)\) et \(B = A[x_1, \ldots, x_n]/I\). Autrement dit, on obtient une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{A}^n_S\). Notons \(t = i(x) \in \mathbf{A}^n_S\). On peut appliquer la Proposition 05I5 à \(\mathbf{A}^n_S \to S\), au faisceau \(i_*\mathcal{F}\) et au point \(t\). On obtient un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un sous-schéma ouvert \[W \subset \mathbf{A}^n_{\mathcal{O}_{S', s'}}\] tels que l’image réciproque de \(i_*\mathcal{F}\) sur \(W\) soit plate sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\). Cela signifie que \(V := W \cap \big(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\big)\) est le sous-schéma ouvert cherché.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit de présentation finie,

  2. \(\mathcal{F}\) soit de type fini, et

  3. \(\mathcal{F}\) soit plat sur \(S\) en tout point de la fibre \(X_s\).

Il existe alors un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un sous-schéma ouvert \[V \subset X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\] qui contient la fibre \(X_s = X \times_S s'\), tels que l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(V\) soit un \(\mathcal{O}_V\)-module de présentation finie et plat sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\).

Démonstration

Pour tout point \(x \in X_s\), on peut utiliser la Proposition 05I5 pour trouver un voisinage étale élémentaire \((S_x, s_x) \to (S, s)\) et un ouvert \(V_x \subset X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S_x, s_x})\) tels que \(x \in X_s = X \times_S s_x\) appartienne à \(V_x\) et que l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(V_x\) soit un \(\mathcal{O}_{V_x}\)-module de présentation finie et plat sur \(\mathcal{O}_{S_x, s_x}\). En particulier, on peut considérer la fibre \((V_x)_{s_x}\) comme un voisinage ouvert de \(x\) dans \(X_s\). Puisque \(X_s\) est quasi-compact, on peut trouver un nombre fini de points \(x_1, \ldots, x_n \in X_s\) tels que \(X_s\) soit la réunion des \((V_{x_i})_{s_{x_i}}\). Choisissons un voisinage étale élémentaire \((S' , s') \to (S, s)\) qui domine chacun des voisinages \((S_{x_i}, s_{x_i})\), voir Compléments sur les morphismes, Lemme 057B. Posons \(V = \bigcup V_i\), où \(V_i\) est l’image réciproque de l’ouvert \(V_{x_i}\) par le morphisme \[X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'}) \longrightarrow X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S_{x_i}, s_{x_i}})\] Par construction, \(V\) contient \(X_s\) et l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(V\) est un \(\mathcal{O}_V\)-module de présentation finie et plat sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit de type fini,

  2. \(\mathcal{F}\) soit de type fini, et

  3. \(\mathcal{F}\) soit plat sur \(S\) en tout point de la fibre \(X_s\).

Il existe alors un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un sous-schéma ouvert \[V \subset X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\] qui contient la fibre \(X_s = X \times_S s'\), tels que l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(V\) soit plate sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\).

Démonstration

(La seule différence avec le Lemme 05KU est que l’on ne suppose pas \(f\) de présentation finie.) Pour tout point \(x \in X_s\), on peut utiliser le Lemme 05KT pour trouver un voisinage étale élémentaire \((S_x, s_x) \to (S, s)\) et un ouvert \(V_x \subset X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S_x, s_x})\) tels que \(x \in X_s = X \times_S s_x\) appartienne à \(V_x\) et que l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(V_x\) soit plate sur \(\mathcal{O}_{S_x, s_x}\). En particulier, on peut considérer la fibre \((V_x)_{s_x}\) comme un voisinage ouvert de \(x\) dans \(X_s\). Puisque \(X_s\) est quasi-compact, on peut trouver un nombre fini de points \(x_1, \ldots, x_n \in X_s\) tels que \(X_s\) soit la réunion des \((V_{x_i})_{s_{x_i}}\). Choisissons un voisinage étale élémentaire \((S' , s') \to (S, s)\) qui domine chacun des voisinages \((S_{x_i}, s_{x_i})\), voir Compléments sur les morphismes, Lemme 057B. Posons \(V = \bigcup V_i\), où \(V_i\) est l’image réciproque de l’ouvert \(V_{x_i}\) par le morphisme \[X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'}) \longrightarrow X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S_{x_i}, s_{x_i}})\] Par construction, \(V\) contient \(X_s\) et l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(V\) est plate sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\).

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Si \(X\) est plat en \(x\) sur \(S\), il existe alors un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un sous-schéma ouvert \[V \subset X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\] qui contient l’unique point de \(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) s’envoyant sur \(x\), tels que \(V \to \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) soit plat et de présentation finie.

Démonstration

La question est locale sur \(X\) et sur \(S\) ; on peut donc supposer que \(X\) et \(S\) sont affines. Écrivons \(X = \Spec(B)\), \(S = \Spec(A)\) et \(B = A[x_1, \ldots, x_n]/I\). Autrement dit, on obtient une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{A}^n_S\). Notons \(t = i(x) \in \mathbf{A}^n_S\). On peut appliquer la Proposition 05I5 à \(\mathbf{A}^n_S \to S\), au faisceau \(\mathcal{F} = i_*\mathcal{O}_X\) et au point \(t\). On obtient un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un sous-schéma ouvert \[W \subset \mathbf{A}^n_{\mathcal{O}_{S', s'}}\] tels que l’image réciproque de \(i_*\mathcal{O}_X\) soit plate et de présentation finie. Cela signifie que \(V := W \cap \big(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\big)\) est le sous-schéma ouvert cherché.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme localement de présentation finie. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Si \(x \in X\) et si \(\mathcal{F}\) est plat en \(x\) sur \(S\), alors \(\mathcal{F}_x\) est un \(\mathcal{O}_{X, x}\)-module de présentation finie.

Démonstration

Soit \(s = f(x)\). D’après la Proposition 05I5, il existe un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) tel que l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) soit de présentation finie au voisinage du point \(x' \in X_{s'} = X_s\) correspondant à \(x\). L’homomorphisme d’anneaux \[\mathcal{O}_{X, x} \longrightarrow \mathcal{O}_{X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'}), x'} = \mathcal{O}_{X \times_S S', x'}\] est plat et local, comme localisé d’un homomorphisme d’anneaux étale. Par suite, \(\mathcal{F}_x\) est de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{X, x}\) par descente, voir Algèbre, Lemme 03C4 (et le fait qu’un homomorphisme local plat est fidèlement plat, voir Algèbre, Lemme 00HR).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme localement de type fini. Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Si \(f\) est plat en \(x\) sur \(S\), alors \(\mathcal{O}_{X, x}\) est essentiellement de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{S, s}\).

Démonstration

On peut supposer \(X\) et \(S\) affines. Écrivons \(X = \Spec(B)\), \(S = \Spec(A)\) et \(B = A[x_1, \ldots, x_n]/I\). Autrement dit, on obtient une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{A}^n_S\). Notons \(t = i(x) \in \mathbf{A}^n_S\). On peut appliquer le Lemme 05I7 à \(\mathbf{A}^n_S \to S\), au faisceau \(\mathcal{F} = i_*\mathcal{O}_X\) et au point \(t\). On en conclut que \(\mathcal{O}_{X, x}\) est de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{\mathbf{A}^n_S, t}\), ce qui donne l’assertion cherchée.

Extension de propriétés à partir d’un ouvert

Nous réunissons dans cette section plusieurs résultats de la forme suivante : si \(f : X \to S\) est un morphisme plat de schémas et si \(f\) possède une certaine propriété au-dessus d’un ouvert dense de \(S\), alors \(f\) possède cette même propriété au-dessus de tout \(S\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Soit \(U \subset S\) un ouvert. Supposons que

  1. \(f\) soit localement de présentation finie,

  2. \(\mathcal{F}\) soit de type fini et plat sur \(S\),

  3. \(U \subset S\) soit rétrocompact et schématiquement dense,

  4. \(\mathcal{F}|_{f^{-1}U}\) soit de présentation finie.

Alors \(\mathcal{F}\) est de présentation finie.

Démonstration

Le problème est local sur \(X\) et sur \(S\) ; on peut donc supposer \(X\) et \(S\) affines. Écrivons \(S = \Spec(A)\) et \(X = \Spec(B)\). Soit \(N\) un \(B\)-module de type fini tel que \(\mathcal{F}\) soit le faisceau quasi-cohérent associé à \(N\). On a \(U = D(f_1) \cup \ldots \cup D(f_n)\) pour certains \(f_i \in A\), voir Algèbre, Lemme 00F6. Puisque \(U\) est schématiquement dense, l’homomorphisme \(A \to A_{f_1} \times \ldots \times A_{f_n}\) est injectif. Choisissons un idéal premier \(\mathfrak q \subset B\) au-dessus de \(\mathfrak p \subset A\), correspondant à \(x \in X\) s’envoyant sur \(s \in S\). D’après le Lemme 05I7, le module \(N_\mathfrak q\) est de présentation finie sur \(B_\mathfrak q\). Choisissons une surjection \(\varphi : B^{\oplus m} \to N\) de \(B\)-modules. Choisissons \(k_1, \ldots, k_t \in \Ker(\varphi)\) et posons \(N' = B^{\oplus m}/\sum Bk_j\). Il existe une surjection canonique \(N' \to N\), et \(N\) est la limite inductive filtrante des \(B\)-modules \(N'\) ainsi construits. On voit donc que l’on peut choisir \(k_1, \ldots, k_t\) de sorte que (a) \(N'_{f_i} \cong N_{f_i}\), \(i = 1, \ldots, n\), et (b) \(N'_\mathfrak q \cong N_\mathfrak q\). Cela entraîne en particulier que \(N'_\mathfrak q\) est plat sur \(A\). Par ouverture du lieu de platitude, voir Algèbre, Théorème 00RC, on en conclut qu’il existe \(g \in B\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(N'_g\) soit plat sur \(A\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ N'_g \ar[r] \ar[d] & N_g \ar[d] \\ \prod N'_{gf_i} \ar[r] & \prod N_{gf_i} }\] La flèche inférieure est un isomorphisme par le choix de \(k_1, \ldots, k_t\). La flèche verticale de gauche est injective, puisque \(A \to \prod A_{f_i}\) est injectif et que \(N'_g\) est plat sur \(A\). La flèche horizontale supérieure est donc injective, donc un isomorphisme. Cela démontre que \(N_g\) est de présentation finie sur \(B_g\). On conclut en appliquant Algèbre, Lemme 00EO.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(U \subset S\) un ouvert. Supposons que

  1. \(f\) soit localement de type fini et plat,

  2. \(U \subset S\) soit rétrocompact et schématiquement dense,

  3. \(f|_{f^{-1}U} : f^{-1}U \to U\) soit localement de présentation finie.

Alors \(f\) est localement de présentation finie.

Démonstration

La question est locale sur \(X\) et sur \(S\) ; on peut donc supposer \(X\) et \(S\) affines. Choisissons une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{A}^n_S\) et appliquons le Lemme 081N à \(i_*\mathcal{O}_X\). Nous omettons certains détails.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas plat et localement de type fini. Soit \(U \subset S\) un ouvert dense tel que \(X_U \to U\) soit de dimension relative \(\leq e\), voir Morphismes, Définition 02NJ. Si, de plus, l’une des conditions suivantes est vérifiée :

  1. \(f\) est localement de présentation finie, ou

  2. \(U \subset S\) est rétrocompact,

alors \(f\) est de dimension relative \(\leq e\).

Démonstration

Démonstration dans le cas (1). Soit \(W \subset X\) le sous-schéma ouvert construit et étudié dans Compléments sur les morphismes, Lemmes 045U et 054T. Notons que tout point générique de toute fibre appartient à \(W\) ; il suffit donc de démontrer le résultat pour \(W\). Puisque \(W = \bigcup_{d \geq 0} U_d\), il suffit de montrer que \(U_d = \emptyset\) pour \(d > e\). Puisque \(f\) est plat et localement de présentation finie, il est ouvert ; ainsi \(f(U_d)\) est ouvert (Morphismes, Lemme 01UA). Si \(U_d\) est non vide, on a donc \(f(U_d) \cap U \not = \emptyset\), comme souhaité.

Démonstration dans le cas (2). On peut remplacer \(S\) par son réduit. Alors \(U\) est schématiquement dense. Par suite, \(f\) est localement de présentation finie d’après le Lemme 081P. On est ainsi ramené au cas (1).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas plat et propre. Soit \(U \subset S\) un ouvert dense tel que \(X_U \to U\) soit fini. Si, de plus, \(f\) est localement de présentation finie ou si \(U \subset S\) est rétrocompact, alors \(f\) est fini.

Démonstration

D’après le Lemme 081L, les fibres de \(f\) sont de dimension nulle. Ainsi \(f\) est quasi-fini (Morphismes, Lemme 0397), donc à fibres finies (Morphismes, Lemme 02NH). Par suite, \(f\) est fini d’après Compléments sur les morphismes, Lemme 02LS.

Lemme

Soient \(f : X \to S\) un morphisme de schémas et \(U \subset S\) un ouvert. Si

  1. \(f\) est séparé, localement de type fini et plat,

  2. \(f^{-1}(U) \to U\) est un isomorphisme, et

  3. \(U \subset S\) est rétrocompact et schématiquement dense,

alors \(f\) est une immersion ouverte.

Démonstration

D’après le Lemme 081P, le morphisme \(f\) est localement de présentation finie. L’image \(f(X) \subset S\) est ouverte (Morphismes, Lemme 01UA) ; on peut donc remplacer \(S\) par \(f(X)\). Il faut ainsi démontrer que \(f\) est un isomorphisme. On peut supposer \(S\) affine. On peut se ramener au cas où \(X\) est quasi-compact, car il suffit de montrer que tout ouvert quasi-compact \(X' \subset X\) dont l’image est \(S\) s’envoie isomorphiquement sur \(S\). On peut donc supposer \(f\) quasi-compact. Toutes les fibres de \(f\) sont de dimension \(0\), voir le Lemme 081L. Ainsi \(f\) est quasi-fini, voir Morphismes, Lemme 0397. Soit \(s \in S\). Choisissons un voisinage étale élémentaire \(g : (T, t) \to (S, s)\) tel que \(X \times_S T = V \amalg W\) avec \(V \to T\) fini et \(W_t = \emptyset\), voir Compléments sur les morphismes, Lemme 02LP. Notons \(\pi : V \amalg W \to T\) le morphisme donné. Puisque \(\pi\) est plat et localement de présentation finie, on voit que \(\pi(V)\) est ouvert dans \(T\) (Morphismes, Lemme 01UA). Quitte à restreindre \(T\), on peut supposer que \(T = \pi(V)\). Puisque \(f\) est un isomorphisme au-dessus de \(U\), on voit que \(\pi\) est un isomorphisme au-dessus de \(g^{-1}U\). Puisque \(\pi(V) = T\), cela entraîne que \(\pi^{-1}g^{-1}U\) est contenu dans \(V\). D’après Morphismes, Lemme 081H, on voit que \(\pi^{-1}g^{-1}U \subset V \amalg W\) est schématiquement dense. On en déduit donc que \(W = \emptyset\). Ainsi \(X \times_S T = V\) est fini sur \(T\). Il en résulte que \(f\) est fini (après avoir remplacé \(S\) par un voisinage ouvert de \(s\)), par exemple d’après Descente, Lemme 02LA. Alors \(f\) est fini localement libre (Morphismes, Lemme 02KB) et, après avoir restreint \(S\) à un voisinage ouvert plus petit de \(s\), on voit que \(f\) est fini localement libre d’un certain degré \(d\) (Morphismes, Lemme 04MH). Mais \(d = 1\), puisque le degré vaut \(1\) au-dessus de l’ouvert dense \(U\). Ainsi \(f\) est un isomorphisme.

Modules plats de présentation finie

Dans certains cas, étant donnés un homomorphisme d’anneaux \(R \to S\) de présentation finie et un \(S\)-module de présentation finie \(N\), la platitude de \(N\) sur \(R\) entraîne que \(N\) est projectif comme \(R\)-module, au moins après avoir remplacé \(S\) par une extension étale. Nous réunissons dans cette section quelques résultats de cette nature.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de présentation finie, plat et à fibres géométriquement intègres. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de l’idéal premier \(\mathfrak r \subset R\). Posons \(\mathfrak p = \mathfrak r S\). Soit \(N\) un \(S\)-module de présentation finie. Il existe \(r \geq 0\) et un homomorphisme de \(S\)-modules \[\alpha : S^{\oplus r} \longrightarrow N\] tels que \(\alpha : \kappa(\mathfrak p)^{\oplus r} \to N \otimes_S \kappa(\mathfrak p)\) soit un isomorphisme. Pour tout tel \(\alpha\), les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(N_{\mathfrak q}\) est \(R\)-plat,

  2. il existe \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak r\), tel que \(\alpha_f : S_f^{\oplus r} \to N_f\) soit \(R_f\)-universellement injectif et un \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(\Coker(\alpha)_g\) soit \(R\)-plat,

  3. \(\alpha_{\mathfrak r}\) est \(R_{\mathfrak r}\)-universellement injectif et \(\Coker(\alpha)_{\mathfrak q}\) est \(R\)-plat,

  4. \(\alpha_{\mathfrak r}\) est injectif et \(\Coker(\alpha)_{\mathfrak q}\) est \(R\)-plat,

  5. \(\alpha_{\mathfrak p}\) est un isomorphisme et \(\Coker(\alpha)_{\mathfrak q}\) est \(R\)-plat, et

  6. \(\alpha_{\mathfrak q}\) est injectif et \(\Coker(\alpha)_{\mathfrak q}\) est \(R\)-plat.

Démonstration

Pour obtenir \(\alpha\), posons \(r = \dim_{\kappa(\mathfrak p)} N \otimes_S \kappa(\mathfrak p)\) et choisissons \(x_1, \ldots, x_r \in N\) dont les images forment une base de \(N \otimes_S \kappa(\mathfrak p)\). Définissons \(\alpha(s_1, \ldots, s_r) = \sum s_i x_i\). Cela démontre l’existence.

Fixons un choix de \(\alpha\). On peut appliquer le Lemme 05I3 à l’homomorphisme \(\alpha_{\mathfrak r} : S_{\mathfrak r}^{\oplus r} \to N_{\mathfrak r}\). On voit donc que (1), (3), (4), (5) et (6) sont équivalentes. Puisqu’il est aussi clair que (2) implique (3), il reste seulement à montrer que (1) implique (2).

Supposons (1). Par ouverture du lieu de platitude, voir Algèbre, Théorème 00RC, l’ensemble \[U_1 = \{\mathfrak q' \subset S \mid N_{\mathfrak q'}\text{ est plat sur }R\}\] est ouvert dans \(\Spec(S)\). Il contient \(\mathfrak q\) par hypothèse, donc \(\mathfrak p\). Puisque \(S^{\oplus r}\) et \(N\) sont des \(S\)-modules de présentation finie, l’ensemble \[U_2 = \{\mathfrak q' \subset S \mid \alpha_{\mathfrak q'}\text{ est un isomorphisme}\}\] est ouvert dans \(\Spec(S)\), voir Algèbre, Lemme 05GF. Il contient \(\mathfrak p\) d’après (5). Puisque \(R \to S\) est de présentation finie et plat, l’application \(\Phi : \Spec(S) \to \Spec(R)\) est ouverte, voir Algèbre, Proposition 00I1. Pour tout idéal premier \(\mathfrak r' \in \Phi(U_1 \cap U_2)\), on voit qu’il existe un idéal premier \(\mathfrak q'\) au-dessus de \(\mathfrak r'\) tel que \(N_{\mathfrak q'}\) soit plat et que \(\alpha_{\mathfrak q'}\) soit un isomorphisme, ce qui entraîne que \(\alpha \otimes \kappa(\mathfrak p')\) est un isomorphisme, où \(\mathfrak p' = \mathfrak r' S\). Ainsi \(\alpha_{\mathfrak r'}\) est \(R_{\mathfrak r'}\)-universellement injectif par l’implication (1) \(\Rightarrow\) (3). Par suite, si l’on choisit \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak r\), tel que \(D(f) \subset \Phi(U_1 \cap U_2)\), on en conclut que \(\alpha_f\) est \(R_f\)-universellement injectif, voir Algèbre, Lemme 05CL. Le même raisonnement montre aussi que, pour tout \(\mathfrak q' \in U_1 \cap \Phi^{-1}(\Phi(U_1 \cap U_2))\), le module \(\Coker(\alpha)_{\mathfrak q'}\) est \(R\)-plat. Notons que \(\mathfrak q \in U_1 \cap \Phi^{-1}(\Phi(U_1 \cap U_2))\). On peut donc trouver \(g \in S\), \(g \not \in \mathfrak q\), tel que \(D(g) \subset U_1 \cap \Phi^{-1}(\Phi(U_1 \cap U_2))\), ce qui donne le résultat voulu.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de présentation finie. Soit \(N\) un \(S\)-module de présentation finie, plat sur \(R\). Soit \(\mathfrak r \subset R\) un idéal premier. Supposons qu’il existe un dévissage complet de \(N/S/R\) au-dessus de \(\mathfrak r\). Il existe alors \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak r\), tel que \[N_f \cong B_1^{\oplus r_1} \oplus \ldots \oplus B_n^{\oplus r_n}\] comme \(R\)-modules, où chaque \(B_i\) est une \(R_f\)-algèbre lisse à fibres géométriquement irréductibles. De plus, \(N_f\) est projectif comme \(R_f\)-module.

Démonstration

Soit \((A_i, B_i, M_i, \alpha_i)_{i = 1, \ldots, n}\) le dévissage complet donné. On démontre le lemme par récurrence sur \(n\). Notons que les assertions du lemme portent uniquement sur la structure de \(N\) comme \(R\)-module. On peut donc remplacer \(N\) par \(M_1\) et considérer \(M_1\) comme un \(B_1\)-module. Voir la Remarque 05HY pour vérifier que \(M_1\) est de présentation finie comme \(B_1\)-module. D’après le Lemme 05IA, on peut, après avoir remplacé \(R\) par \(R_f\) pour un certain \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak r\), supposer que l’homomorphisme \(\alpha_1 : B_1^{\oplus r_1} \to M_1\) est \(R\)-universellement injectif. Puisque \(M_1\) et \(B_1^{\oplus r_1}\) sont \(R\)-plats et de présentation finie comme \(B_1\)-modules, on voit que \(\Coker(\alpha_1)\) est \(R\)-plat (Algèbre, Lemme 058P) et de présentation finie comme \(B_1\)-module. Notons que \((A_i, B_i, M_i, \alpha_i)_{i = 2, \ldots, n}\) est un dévissage complet de \(\Coker(\alpha_1)\). L’hypothèse de récurrence entraîne donc qu’après avoir remplacé \(R\) par \(R_f\) pour un certain \(f \in R\), \(f \not \in \mathfrak r\), on peut supposer que \(\Coker(\alpha_1)\) possède une décomposition comme dans le lemme et est projectif. En particulier, \(M_1 = B_1^{\oplus r_1} \oplus \Coker(\alpha_1)\). Cela démontre l’assertion relative à la décomposition. L’assertion de projectivité en résulte, puisque \(B_1\) est projectif comme \(R\)-module d’après le Lemme 05FT.

Remarque

Il existe une variante du Lemme 05IB où l’on affaiblit la condition de platitude en supposant seulement que \(N\) est plat en un idéal premier donné \(\mathfrak q\) au-dessus de \(\mathfrak r\), mais où l’on renforce la condition de dévissage en supposant l’existence d’un dévissage complet en \(\mathfrak q\). Comparer avec le Lemme 05I4.

Voici le résultat principal de cette section.

Proposition

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de présentation finie,

  2. \(\mathcal{F}\) soit de présentation finie, et

  3. \(\mathcal{F}\) soit plat en \(x\) sur \(S\).

Il existe alors un diagramme commutatif de schémas pointés \[\xymatrix{ (X, x) \ar[d] & (X', x') \ar[l]^g \ar[d] \\ (S, s) & (S', s') \ar[l] }\] dont les flèches horizontales sont des voisinages étales élémentaires, tel que \(X'\), \(S'\) soient affines et que \(\Gamma(X', g^*\mathcal{F})\) soit un \(\Gamma(S', \mathcal{O}_{S'})\)-module projectif.

Démonstration

Par ouverture du lieu de platitude, voir Compléments sur les morphismes, Théorème 0399, on peut remplacer \(X\) par un voisinage ouvert de \(x\) et supposer que \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\). On applique ensuite la Proposition 05HR pour trouver un diagramme comme dans l’énoncé de la proposition, tel que \(g^*\mathcal{F}/X'/S'\) admette un dévissage complet au-dessus de \(s'\). (En particulier, \(S'\) et \(X'\) sont affines.) D’après Morphismes, Lemme 02JZ, on voit que \(g^*\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) et, d’après le Lemme 05B9, on voit qu’il est plat sur \(S'\). Au moyen de la Remarque 05I0, on en déduit que \[\Gamma(X', g^*\mathcal{F})/ \Gamma(X', \mathcal{O}_{X'})/ \Gamma(S', \mathcal{O}_{S'})\] admet un dévissage complet au-dessus de l’idéal premier de \(\Gamma(S', \mathcal{O}_{S'})\) correspondant à \(s'\). Le Lemme 05IB entraîne donc que le résultat de la proposition est vérifié après avoir remplacé \(S'\) par un voisinage ouvert standard de \(s'\).

Dans la suite de cette section, nous démontrons plusieurs variantes de ce résultat. La première est une version « globale ».

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit de présentation finie,

  2. \(\mathcal{F}\) soit de présentation finie, et

  3. \(\mathcal{F}\) soit plat sur \(S\) en tout point de la fibre \(X_s\).

Il existe alors un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un diagramme commutatif de schémas \[\xymatrix{ X \ar[d] & X' \ar[l]^g \ar[d] \\ S & S' \ar[l] }\] tels que \(g\) soit étale, \(X_s \subset g(X')\), que les schémas \(X'\), \(S'\) soient affines et que \(\Gamma(X', g^*\mathcal{F})\) soit un \(\Gamma(S', \mathcal{O}_{S'})\)-module projectif.

Démonstration

Pour tout point \(x \in X_s\), on peut utiliser la Proposition 05ID pour trouver un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (X, x) \ar[d] & (Y_x, y_x) \ar[l]^{g_x} \ar[d] \\ (S, s) & (S_x, s_x) \ar[l] }\] dont les flèches horizontales sont des voisinages étales élémentaires, tel que \(Y_x\), \(S_x\) soient affines et que \(\Gamma(Y_x, g_x^*\mathcal{F})\) soit un \(\Gamma(S_x, \mathcal{O}_{S_x})\)-module projectif. En particulier, \(g_x(Y_x) \cap X_s\) est un voisinage ouvert de \(x\) dans \(X_s\). Puisque \(X_s\) est quasi-compact, on peut trouver un nombre fini de points \(x_1, \ldots, x_n \in X_s\) tels que \(X_s\) soit la réunion des \(g_{x_i}(Y_{x_i}) \cap X_s\). Choisissons un voisinage étale élémentaire \((S' , s') \to (S, s)\) qui domine chacun des voisinages \((S_{x_i}, s_{x_i})\), voir Compléments sur les morphismes, Lemme 057B. On peut aussi supposer \(S'\) affine. Posons \(X' = \coprod Y_{x_i} \times_{S_{x_i}} S'\) et munissons-le du morphisme évident \(g : X' \to X\). Par construction, \(g(X')\) contient \(X_s\) et \[\Gamma(X', g^*\mathcal{F}) = \bigoplus \Gamma(Y_{x_i}, g_{x_i}^*\mathcal{F}) \otimes_{\Gamma(S_{x_i}, \mathcal{O}_{S_{x_i}})} \Gamma(S', \mathcal{O}_{S'}).\] C’est un \(\Gamma(S', \mathcal{O}_{S'})\)-module projectif, voir Algèbre, Lemme 05A3.

Les deux lemmes suivants reformulent les résultats précédents lorsque \(\mathcal{F} = \mathcal{O}_X\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) localement de présentation finie. Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Si \(f\) est plat en \(x\) sur \(S\), il existe alors un diagramme commutatif de schémas pointés \[\xymatrix{ (X, x) \ar[d] & (X', x') \ar[l]^g \ar[d] \\ (S, s) & (S', s') \ar[l] }\] dont les flèches horizontales sont des voisinages étales élémentaires, tel que \(X'\), \(S'\) soient affines et que \(\Gamma(X', \mathcal{O}_{X'})\) soit un \(\Gamma(S', \mathcal{O}_{S'})\)-module projectif.

Démonstration

C’est un cas particulier de la Proposition 05ID.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) de présentation finie. Soit \(s \in S\). Si \(X\) est plat sur \(S\) en tout point de \(X_s\), il existe alors un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un diagramme commutatif de schémas \[\xymatrix{ X \ar[d] & X' \ar[l]^g \ar[d] \\ S & S' \ar[l] }\] avec \(g\) étale, \(X_s \subset g(X')\), tels que \(X'\), \(S'\) soient affines et que \(\Gamma(X', \mathcal{O}_{X'})\) soit un \(\Gamma(S', \mathcal{O}_{S'})\)-module projectif.

Démonstration

C’est un cas particulier du Lemme 05KW.

Les lemmes suivants donnent des conséquences de la Proposition 05ID lorsque l’on suppose seulement que le morphisme et le faisceau sont de type fini (et pas nécessairement de présentation finie).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de présentation finie,

  2. \(\mathcal{F}\) soit de type fini, et

  3. \(\mathcal{F}\) soit plat en \(x\) sur \(S\).

Il existe alors un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un diagramme commutatif de schémas pointés \[\xymatrix{ (X, x) \ar[d] & (X', x') \ar[l]^g \ar[d] \\ (S, s) & (\Spec(\mathcal{O}_{S', s'}), s') \ar[l] }\] tels que \(X' \to X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) soit étale, \(\kappa(x) = \kappa(x')\), que le schéma \(X'\) soit affine de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\), que le faisceau \(g^*\mathcal{F}\) soit de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{X'}\) et que \(\Gamma(X', g^*\mathcal{F})\) soit un \(\mathcal{O}_{S', s'}\)-module libre.

Démonstration

Pour démontrer le lemme, on peut remplacer \((S, s)\) par un voisinage étale élémentaire quelconque, et l’on peut aussi remplacer \(S\) par \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s})\). Ainsi, d’après la Proposition 05I5, on peut supposer que \(\mathcal{F}\) est de présentation finie et plat sur \(S\) au voisinage de \(x\). Dans ce cas, le résultat découle de la Proposition 05ID, car Algèbre, Théorème 0593, assure que projectif \(=\) libre sur un anneau local.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit localement de type fini,

  2. \(\mathcal{F}\) soit de type fini, et

  3. \(\mathcal{F}\) soit plat en \(x\) sur \(S\).

Il existe alors un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un diagramme commutatif de schémas pointés \[\xymatrix{ (X, x) \ar[d] & (X', x') \ar[l]^g \ar[d] \\ (S, s) & (\Spec(\mathcal{O}_{S', s'}), s') \ar[l] }\] tels que \(X' \to X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) soit étale, \(\kappa(x) = \kappa(x')\), que le schéma \(X'\) soit affine et que \(\Gamma(X', g^*\mathcal{F})\) soit un \(\mathcal{O}_{S', s'}\)-module libre.

Démonstration

(La seule différence avec le Lemme 05KY est que l’on ne suppose pas \(f\) de présentation finie.) Le problème est local sur \(X\) et sur \(S\). On peut donc supposer \(X\) et \(S\) affines, et écrire \(X = \Spec(B)\) et \(S = \Spec(A)\). Puisque \(B\) est une \(A\)-algèbre de type fini, on peut trouver une surjection \(A[x_1, \ldots, x_n] \to B\). Autrement dit, on peut choisir une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{A}^n_S\). Posons \(t = i(x)\) et \(\mathcal{G} = i_*\mathcal{F}\). Notons que \(\mathcal{G}_t \cong \mathcal{F}_x\) comme \(\mathcal{O}_{S, s}\)-modules. Ainsi \(\mathcal{G}\) est plat sur \(S\) en \(t\). On applique le Lemme 05KY au morphisme \(\mathbf{A}^n_S \to S\), au point \(t\) et au faisceau \(\mathcal{G}\). On peut donc trouver un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un diagramme commutatif de schémas pointés \[\xymatrix{ (\mathbf{A}^n_S, t) \ar[d] & (Y, y) \ar[l]^h \ar[d] \\ (S, s) & (\Spec(\mathcal{O}_{S', s'}), s') \ar[l] }\] tels que \(Y \to \mathbf{A}^n_{\mathcal{O}_{S', s'}}\) soit étale, \(\kappa(t) = \kappa(y)\), que le schéma \(Y\) soit affine et que \(\Gamma(Y, h^*\mathcal{G})\) soit un \(\mathcal{O}_{S', s'}\)-module projectif. Une solution du problème initial est alors donnée par le sous-schéma fermé \(X' = Y \times_{\mathbf{A}^n_S} X\) de \(Y\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit de présentation finie,

  2. \(\mathcal{F}\) soit de type fini, et

  3. \(\mathcal{F}\) soit plat sur \(S\) en tout point de \(X_s\).

Il existe alors un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un diagramme commutatif de schémas \[\xymatrix{ X \ar[d] & X' \ar[l]^g \ar[d] \\ S & \Spec(\mathcal{O}_{S', s'}) \ar[l] }\] tels que \(X' \to X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) soit étale, \(X_s = g((X')_{s'})\), que le schéma \(X'\) soit affine de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{S', s'}\), que le faisceau \(g^*\mathcal{F}\) soit de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{X'}\) et que \(\Gamma(X', g^*\mathcal{F})\) soit un \(\mathcal{O}_{S', s'}\)-module libre.

Démonstration

Pour tout point \(x \in X_s\), on peut utiliser le Lemme 05KY pour trouver un voisinage étale élémentaire \((S_x , s_x) \to (S, s)\) et un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (X, x) \ar[d] & (Y_x, y_x) \ar[l]^{g_x} \ar[d] \\ (S, s) & (\Spec(\mathcal{O}_{S_x, s_x}), s_x) \ar[l] }\] tels que \(Y_x \to X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S_x, s_x})\) soit étale, \(\kappa(x) = \kappa(y_x)\), que le schéma \(Y_x\) soit affine de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{S_x, s_x}\), que le faisceau \(g_x^*\mathcal{F}\) soit de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{Y_x}\) et que \(\Gamma(Y_x, g_x^*\mathcal{F})\) soit un \(\mathcal{O}_{S_x, s_x}\)-module libre. En particulier, \(g_x((Y_x)_{s_x})\) est un voisinage ouvert de \(x\) dans \(X_s\). Puisque \(X_s\) est quasi-compact, on peut trouver un nombre fini de points \(x_1, \ldots, x_n \in X_s\) tels que \(X_s\) soit la réunion des \(g_{x_i}((Y_{x_i})_{s_{x_i}})\). Choisissons un voisinage étale élémentaire \((S' , s') \to (S, s)\) qui domine chacun des voisinages \((S_{x_i}, s_{x_i})\), voir Compléments sur les morphismes, Lemme 057B. Posons \[X' = \coprod Y_{x_i} \times_{\Spec(\mathcal{O}_{S_{x_i}, s_{x_i}})} \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\] et munissons-le du morphisme évident \(g : X' \to X\). Par construction, \(X_s = g(X'_{s'})\) et \[\Gamma(X', g^*\mathcal{F}) = \bigoplus \Gamma(Y_{x_i}, g_{x_i}^*\mathcal{F}) \otimes_{\mathcal{O}_{S_{x_i}, s_{x_i}}} \mathcal{O}_{S', s'}.\] C’est un \(\mathcal{O}_{S', s'}\)-module libre, comme somme directe de changements de base de modules libres. Nous omettons quelques détails mineurs.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit de type fini,

  2. \(\mathcal{F}\) soit de type fini, et

  3. \(\mathcal{F}\) soit plat sur \(S\) en tout point de \(X_s\).

Il existe alors un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un diagramme commutatif de schémas \[\xymatrix{ X \ar[d] & X' \ar[l]^g \ar[d] \\ S & \Spec(\mathcal{O}_{S', s'}) \ar[l] }\] tels que \(X' \to X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) soit étale, \(X_s = g((X')_{s'})\), que le schéma \(X'\) soit affine et que \(\Gamma(X', g^*\mathcal{F})\) soit un \(\mathcal{O}_{S', s'}\)-module libre.

Démonstration

(La seule différence avec le Lemme 05L0 est que l’on ne suppose pas \(f\) de présentation finie.) Pour tout point \(x \in X_s\), on peut utiliser le Lemme 05KZ pour trouver un voisinage étale élémentaire \((S_x , s_x) \to (S, s)\) et un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (X, x) \ar[d] & (Y_x, y_x) \ar[l]^{g_x} \ar[d] \\ (S, s) & (\Spec(\mathcal{O}_{S_x, s_x}), s_x) \ar[l] }\] tels que \(Y_x \to X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S_x, s_x})\) soit étale, \(\kappa(x) = \kappa(y_x)\), que le schéma \(Y_x\) soit affine et que \(\Gamma(Y_x, g_x^*\mathcal{F})\) soit un \(\mathcal{O}_{S_x, s_x}\)-module libre. En particulier, \(g_x((Y_x)_{s_x})\) est un voisinage ouvert de \(x\) dans \(X_s\). Puisque \(X_s\) est quasi-compact, on peut trouver un nombre fini de points \(x_1, \ldots, x_n \in X_s\) tels que \(X_s\) soit la réunion des \(g_{x_i}((Y_{x_i})_{s_{x_i}})\). Choisissons un voisinage étale élémentaire \((S' , s') \to (S, s)\) qui domine chacun des voisinages \((S_{x_i}, s_{x_i})\), voir Compléments sur les morphismes, Lemme 057B. Posons \[X' = \coprod Y_{x_i} \times_{\Spec(\mathcal{O}_{S_{x_i}, s_{x_i}})} \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\] et munissons-le du morphisme évident \(g : X' \to X\). Par construction, \(X_s = g(X'_{s'})\) et \[\Gamma(X', g^*\mathcal{F}) = \bigoplus \Gamma(Y_{x_i}, g_{x_i}^*\mathcal{F}) \otimes_{\mathcal{O}_{S_{x_i}, s_{x_i}}} \mathcal{O}_{S', s'}.\] C’est un \(\mathcal{O}_{S', s'}\)-module libre, comme somme directe de changements de base de modules libres.

Modules plats de type fini, II

Nous aurons besoin du lemme suivant.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de présentation finie. Soit \(N\) un \(S\)-module de présentation finie. Soit \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Posons \(\overline{S} = S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), \(\overline{\mathfrak q} = \mathfrak q \overline{S}\) et \(\overline{N} = N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). Alors il existe un \(g \in S\) tel que \(g \not \in \mathfrak q\) et que \(\overline{g} \in \mathfrak r\) pour tout \(\mathfrak r \in \text{Ass}_{\overline{S}}(\overline{N})\) tel que \(\mathfrak r \not \subset \overline{\mathfrak q}\).

Démonstration

En effet, si \(\text{Ass}_{\overline{S}}(\overline{N}) = \{\mathfrak r_1, \ldots, \mathfrak r_n\}\) (la finitude résulte d’Algèbre, lemme 00LC), alors, quitte à renuméroter, nous pouvons supposer que \[\mathfrak r_1 \subset \overline{\mathfrak q}, \ldots, \mathfrak r_r \subset \overline{\mathfrak q}, \quad \mathfrak r_{r + 1} \not \subset \overline{\mathfrak q}, \ldots, \mathfrak r_n \not \subset \overline{\mathfrak q}\] Comme \(\overline{\mathfrak q}\) est un idéal premier, le produit \(\mathfrak r_{r + 1} \ldots \mathfrak r_n\) n’est pas contenu dans \(\overline{\mathfrak q}\) ; nous pouvons donc choisir un élément \(a\) de \(\overline{S}\) appartenant à \(\mathfrak r_{r + 1}, \ldots, \mathfrak r_n\) mais non à \(\overline{\mathfrak q}\). S’il existe \(g \in S\) d’image \(a\), alors \(g\) convient. En général, nous pouvons trouver un élément non nul \(\lambda \in \kappa(\mathfrak p)\) tel que \(\lambda a\) soit l’image d’un \(g \in S\).

Le lemme suivant admet une variante légèrement plus forte, le lemme 05II ci-dessous.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de présentation finie. Soit \(N\) un \(S\)-module de présentation finie qui est plat comme \(R\)-module. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier de \(S\) au-dessus de \(\mathfrak p \subset R\). Alors \[\mathfrak q \in \text{WeakAss}_S(M \otimes_R N) \Leftrightarrow \Big( \mathfrak p \in \text{WeakAss}_R(M) \text{ et } \overline{\mathfrak q} \in \text{Ass}_{\overline{S}}(\overline{N}) \Big)\] Ici, \(\overline{S} = S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), \(\overline{\mathfrak q} = \mathfrak q \overline{S}\) et \(\overline{N} = N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\).

Démonstration

Choisissons \(g \in S\) comme au lemme 0CU6. Appliquons la proposition 05ID au morphisme de schémas \(\Spec(S_g) \to \Spec(R)\), au module quasi-cohérent associé à \(N_g\) et aux points correspondant aux idéaux premiers \(\mathfrak qS_g\) et \(\mathfrak p\). La traduction algébrique donne un diagramme commutatif d’anneaux \[\xymatrix{ S \ar[r] & S_g \ar[r] & S' \\ & R \ar[lu] \ar[u] \ar[r] & R' \ar[u] } \quad\quad \xymatrix{ \mathfrak q \ar@{-}[r] \ar@{-}[rd] & \mathfrak qS_g \ar@{-}[d] \ar@{-}[r] & \mathfrak q' \ar@{-}[d] \\ & \mathfrak p \ar@{-}[r] & \mathfrak p' }\] muni des idéaux premiers indiqués ; les flèches horizontales sont étales, et \(N \otimes_S S'\) est projectif comme \(R'\)-module. Posons \(N' = N \otimes_S S'\), \(M' = M \otimes_R R'\), \(\overline{S}' = S' \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak q')\), \(\overline{\mathfrak q}' = \mathfrak q' \overline{S}'\), et \[\overline{N}' = N' \otimes_{R'} \kappa(\mathfrak p') = \overline{N} \otimes_{\overline{S}} \overline{S}'\] D’après le lemme 05FP, nous avons \[\begin{align*} \text{WeakAss}_{S'}(M' \otimes_{R'} N') & = (\Spec(S') \to \Spec(S))^{-1}\text{WeakAss}_S(M \otimes_R N) \\ \text{WeakAss}_{R'}(M') & = (\Spec(R') \to \Spec(R))^{-1}\text{WeakAss}_R(M) \\ \text{Ass}_{\overline{S}'}(\overline{N}') & = (\Spec(\overline{S}') \to \Spec(\overline{S}))^{-1} \text{Ass}_{\overline{S}}(\overline{N}) \end{align*}\] Utilisons Algèbre, lemme 058A, pour \(\overline{N}\) et \(\overline{N}'\). En particulier, nous avons \[\begin{align*} \mathfrak q \in \text{WeakAss}_S(M \otimes_R N) & \Leftrightarrow \mathfrak q' \in \text{WeakAss}_{S'}(M' \otimes_{R'} N') \\ \mathfrak p \in \text{WeakAss}_R(M) & \Leftrightarrow \mathfrak p' \in \text{WeakAss}_{R'}(M') \\ \overline{\mathfrak q} \in \text{Ass}_{\overline{S}}(\overline{N}) & \Leftrightarrow \overline{\mathfrak q}' \in \text{WeakAss}_{\overline{S}'}(\overline{N}') \end{align*}\] Notre choix précis de \(g\) et la formule donnant \(\text{Ass}_{\overline{S}'}(\overline{N}')\) ci-dessus montrent que [0CU7]\[\begin{equation} \text{si }\mathfrak r' \in \text{Ass}_{\overline{S}'}(\overline{N}') \text{ est au-dessus de }\mathfrak r \subset \overline{S}\text{, alors } \mathfrak r \subset \overline{\mathfrak q} \end{equation}\] Cette observation sera essentielle dans la suite de la démonstration. Nous utiliserons la caractérisation des idéaux premiers faiblement associés donnée dans Algèbre, lemme 0566, sans autre mention.

Supposons que \(\overline{\mathfrak q} \not \in \text{Ass}_{\overline{S}}(\overline{N})\). Alors \(\overline{\mathfrak q}' \not \in \text{Ass}_{\overline{S}'}(\overline{N}')\). D’après Algèbre, lemmes 00LD, 00LC et 00DS, il existe un élément \(\overline{a}' \in \overline{\mathfrak q}'\) qui n’est pas diviseur de zéro sur \(\overline{N}'\). Quitte à remplacer \(\overline{a}'\) par \(\lambda \overline{a}'\) pour un élément non nul \(\lambda \in \kappa(\mathfrak p)\), nous pouvons trouver \(a' \in \mathfrak q'\) d’image \(\overline{a}'\). D’après le lemme 05FR, l’application \(a' : N'_{\mathfrak p'} \to N'_{\mathfrak p'}\) est \(R'_{\mathfrak p'}\)-universellement injective. En particulier, \(a' : M' \otimes_{R'} N' \to M' \otimes_{R'} N'\) est injective après localisation en \(\mathfrak p'\), donc après localisation en \(\mathfrak q'\). Il en résulte clairement que \(\mathfrak q' \not \in \text{WeakAss}_{S'}(M' \otimes_{R'} N')\). Nous concluons que \(\mathfrak q \in \text{WeakAss}_S(M \otimes_R N)\) entraîne \(\overline{\mathfrak q} \in \text{Ass}_{\overline{S}}(\overline{N})\).

Supposons \(\mathfrak q \in \text{WeakAss}_S(M \otimes_R N)\). Nous voulons montrer que \(\mathfrak p \in \text{WeakAss}_S(M)\). Soit \(z \in M \otimes_R N\) un élément tel que \(\mathfrak q\) soit minimal au-dessus de \(J = \text{Ann}_S(z)\). Soient \(f_i \in \mathfrak p\), \(i \in I\), des générateurs de l’idéal \(\mathfrak p\). Comme \(\mathfrak q\) est au-dessus de \(\mathfrak p\), pour tout \(i\), nous pouvons choisir \(n_i \geq 1\) et \(g_i \in S\), \(g_i \not \in \mathfrak q\), tels que \(g_i f_i^{n_i} \in J\), c’est-à-dire \(g_i f_i^{n_i} z = 0\). Soit \(z' \in (M' \otimes_{R'} N')_{\mathfrak p'}\) l’image de \(z\). Observons que \(z'\) est non nul car \(z\) a une image non nulle dans \((M \otimes_R N)_\mathfrak q\) et car \(S_\mathfrak q \to S'_{\mathfrak q'}\) est fidèlement plat. Nous affirmons que \(f_i^{n_i} z' = 0\).

Démontrons cette assertion : soit \(g'_i \in S'\) l’image de \(g_i\). D’après l’observation essentielle (0CU7), l’image \(\overline{g}'_i \in \overline{S}'\) n’appartient à \(\mathfrak r'\) pour aucun \(\mathfrak r' \in \text{Ass}_{\overline{S}'}(\overline{N})\). Ainsi, d’après le lemme 05FR, l’application \(g'_i : N'_{\mathfrak p'} \to N'_{\mathfrak p'}\) est \(R'_{\mathfrak p'}\)-universellement injective. En particulier, \(g'_i : M' \otimes_{R'} N' \to M' \otimes_{R'} N'\) est injective après localisation en \(\mathfrak p'\). L’assertion en résulte puisque \(g_i f_i^{n_i} z' = 0\).

Cette assertion montre que l’annulateur de \(z'\) dans \(R'_{\mathfrak p'}\) contient les éléments \(f_i^{n_i}\). Comme \(R \to R'\) est étale, nous avons \(\mathfrak p'R'_{\mathfrak p'} = \mathfrak pR'_{\mathfrak p'}\) d’après Algèbre, lemme 00U4. L’annulateur de \(z'\) dans \(R'_{\mathfrak p'}\) a donc pour radical \(\mathfrak p' R_{\mathfrak p'}\) (nous utilisons ici que \(z'\) est non nul). D’autre part, \[z' \in (M' \otimes_{R'} N')_{\mathfrak p'} = M'_{\mathfrak p'} \otimes_{R'_{\mathfrak p'}} N'_{\mathfrak p'}\] Le module \(N'_{\mathfrak p'}\) est projectif sur l’anneau local \(R'_{\mathfrak p'}\), donc libre (Algèbre, théorème 0593). Nous pouvons donc trouver un facteur direct libre de type fini \(F' \subset N'_{\mathfrak p'}\) tel que \(z' \in M'_{\mathfrak p'} \otimes_{R'_{\mathfrak p'}} F'\). Si \(F'\) est de rang \(n\), nous en déduisons que \(\mathfrak p' R'_{\mathfrak p'} \in \text{WeakAss}_{R'_{\mathfrak p'}}({M'_{\mathfrak p'}}^{\oplus n})\). Cela entraîne \(\mathfrak p'R'_{\mathfrak p'} \in \text{WeakAss}(M'_{\mathfrak p'})\), par exemple d’après Algèbre, lemme 0548. Alors \(\mathfrak p' \in \text{WeakAss}_{R'}(M')\), ce qui donne à son tour \(\mathfrak p \in \text{WeakAss}_R(M)\). Cela achève la démonstration de l’implication “\(\Rightarrow\)” de l’équivalence du lemme.

Supposons que \(\mathfrak p \in \text{WeakAss}_R(M)\) et \(\overline{\mathfrak q} \in \text{Ass}_{\overline{S}}(\overline{N})\). Nous voulons montrer que \(\mathfrak q\) est faiblement associé à \(M \otimes_R N\). Notons que \(\overline{\mathfrak q}'\) est un élément maximal de \(\text{Ass}_{\overline{S}'}(\overline{N}')\). Cela résulte de (0CU7) et du fait qu’il n’y a pas d’inclusions entre les idéaux premiers de \(\overline{S}'\) au-dessus de \(\overline{\mathfrak q}\) (les fibres des morphismes étales étant discrètes, Morphismes, lemme 02GL). Ainsi, en remplaçant \(R, S, \mathfrak p, \mathfrak q, M, N\) par \(R', S', \mathfrak p', \mathfrak q', M', N'\), nous pouvons supposer, outre les hypothèses du lemme, que

  1. \(\mathfrak p \in \text{WeakAss}_R(M)\),

  2. \(\overline{\mathfrak q} \in \text{Ass}_{\overline{S}}(\overline{N})\),

  3. \(N\) est projectif comme \(R\)-module, et

  4. \(\overline{\mathfrak q}\) est maximal dans \(\text{Ass}_{\overline{S}}(\overline{N})\).

Une réduction supplémentaire consiste à remplacer \(R, S, M, N\) par leurs localisés en \(\mathfrak p\). Cela fournit une condition supplémentaire, à savoir :

  1. \(R\) est un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak p\).

Nous terminerons en montrant que (1) – (5) entraînent \(\mathfrak q \in \text{WeakAss}(M \otimes_R N)\).

Comme \(R\) est local et \(\mathfrak p \in \text{WeakAss}_R(M)\), nous pouvons choisir un \(y \in M\) dont l’annulateur \(I\) a pour radical \(\mathfrak p\). Écrivons \(\overline{\mathfrak q} = (\overline{g}_1, \ldots, \overline{g}_n)\) pour des \(\overline{g}_i \in \overline{S}\). Choisissons \(g_i \in S\) d’image \(\overline{g}_i\). Alors \(\mathfrak q = \mathfrak pS + g_1S + \ldots + g_nS\). Considérons l’application \[\Psi : N/IN \longrightarrow (N/IN)^{\oplus n}, \quad z \longmapsto (g_1z, \ldots, g_nz).\] C’est un homomorphisme de \(R/I\)-modules projectifs. L’anneau local \(R/I\) est auto-associé (Compléments d’algèbre, définition 05GM) car \(\mathfrak p/I\) est localement nilpotent. L’application \(\Psi \otimes \kappa(\mathfrak p)\) n’est pas injective, car \(\overline{\mathfrak q} \in \text{Ass}_{\overline{S}}(\overline{N})\). Ainsi, Compléments d’algèbre, lemme 05GQ, entraîne que \(\Psi\) n’est pas injective. Choisissons \(z \in N/IN\) non nul dans le noyau de \(\Psi\). L’annulateur \(J = \text{Ann}_S(z)\) contient \(IS\) et \(g_i\) par construction. Ainsi, \(\sqrt{J} \subset S\) contient \(\mathfrak q\). Soit \(\mathfrak s \subset S\) un idéal premier minimal au-dessus de \(J\). Alors \(\mathfrak q \subset \mathfrak s\), \(\mathfrak s\) est au-dessus de \(\mathfrak p\), et \(\mathfrak s \in \text{WeakAss}_S(N/IN)\). Ce dernier fait résulte de la définition des idéaux premiers faiblement associés. Appliquons le sens “\(\Rightarrow\)” du lemme (déjà démontré) à l’homomorphisme d’anneaux \(R \to S\) et aux modules \(R/I\) et \(N\) pour en déduire que \(\overline{\mathfrak s} \in \text{Ass}_{\overline{S}}(\overline{N})\). Comme \(\overline{\mathfrak q} \subset \overline{\mathfrak s}\), la maximalité de \(\overline{\mathfrak q}\), voir la condition (4) ci-dessus, entraîne que \(\overline{\mathfrak q} = \overline{\mathfrak s}\). Cela montre que \(\mathfrak q = \mathfrak s\) et donne la conclusion voulue.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to S\) localement de type fini. Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent de type fini sur \(X\). Soit \(\mathcal{G}\) un faisceau quasi-cohérent sur \(S\). Si \(\mathcal{F}\) est plat en \(x\) sur \(S\), alors \[x \in \text{WeakAss}_X(\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} f^*\mathcal{G}) \Leftrightarrow s \in \text{WeakAss}_S(\mathcal{G}) \text{ et } x \in \text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s).\]

Démonstration

Dans ce paragraphe, nous nous ramenons au cas où \(f\) est de présentation finie. La question est locale sur \(X\) et \(S\) ; nous pouvons donc supposer \(X\) et \(S\) affines. Écrivons \(X = \Spec(B)\), \(S = \Spec(A)\) et \(B = A[x_1, \ldots, x_n]/I\). Autrement dit, nous obtenons une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{A}^n_S\) sur \(S\). Notons \(t = i(x) \in \mathbf{A}^n_S\). Notons que \(i_*\mathcal{F}\) est un faisceau quasi-cohérent de type fini sur \(\mathbf{A}^n_S\), plat en \(t\) sur \(S\), et que \[i_*(\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} f^*\mathcal{G}) = i_*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_{\mathbf{A}^n_S}} p^*\mathcal{G}\] où \(p : \mathbf{A}^n_S \to S\) est la projection. Notons que \(t\) est un point faiblement associé de \(i_*(\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} f^*\mathcal{G})\) si et seulement si \(x\) est un point faiblement associé de \(\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} f^*\mathcal{G}\), voir Diviseurs, lemme 05EZ. De même, \(x \in \text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s)\) si et seulement si \(t \in \text{Ass}_{\mathbf{A}^n_s}((i_*\mathcal{F})_s)\) (voir Algèbre, lemme 05BY). Il suffit donc de démontrer le lemme lorsque \(X = \mathbf{A}^n_S\). Nous pouvons ainsi supposer que \(X \to S\) est de présentation finie.

Dans ce paragraphe, nous nous ramenons au cas où \(\mathcal{F}\) est de présentation finie et plat sur \(S\). Choisissons un voisinage étale élémentaire \(e : (S', s') \to (S, s)\) et un ouvert \(V \subset X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) comme dans la proposition 05I5. Soit \(x' \in X' = X \times_S S'\) l’unique point d’images \(x\) et \(s'\). Il suffit alors de démontrer l’énoncé pour \(X' \to S'\), \(x'\), \(s'\), \((X' \to X)^*\mathcal{F}\) et \(e^*\mathcal{G}\), voir le lemme 05FP. Soit \(v \in V\) l’unique point d’image \(x'\) et soit \(s' \in \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) le point fermé. Alors \(\mathcal{O}_{V, v} = \mathcal{O}_{X', x'}\) et \(\mathcal{O}_{\Spec(\mathcal{O}_{S', s'}), s'} = \mathcal{O}_{S', s'}\), et de même pour les fibres des images réciproques de \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\). De plus, \(V_{s'} \subset X'_{s'}\) est un sous-schéma ouvert. Comme la propriété d’être un point faiblement associé ne dépend que de la fibre du faisceau, nous pouvons remplacer \(X' \to S'\), \(x'\), \(s'\), \((X' \to X)^*\mathcal{F}\) et \(e^*\mathcal{G}\) par \(V \to \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\), \(v\), \(s'\), \((V \to X)^*\mathcal{F}\) et \((\Spec(\mathcal{O}_{S', s'}) \to S)^*\mathcal{G}\). Nous pouvons donc supposer que \(f\) est de présentation finie et que \(\mathcal{F}\) est de présentation finie et plat sur \(S\).

Supposons \(f\) de présentation finie et \(\mathcal{F}\) de présentation finie et plat sur \(S\). Après restriction de \(X\) et \(S\) à des voisinages affines de \(x\) et \(s\), ce cas est traité par le lemme 05IG.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux essentiellement de type fini. Soit \(N\) un localisé d’un \(S\)-module de type fini, plat sur \(R\). Soit \(M\) un \(R\)-module. Alors \[\text{WeakAss}_S(M \otimes_R N) = \bigcup\nolimits_{\mathfrak p \in \text{WeakAss}_R(M)} \text{Ass}_{S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)}(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p))\]

Démonstration

Ce lemme est la traduction du lemme 05IH en termes algébriques. Les détails de cette traduction sont omis.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent de type fini sur \(X\) qui est plat sur \(S\). Soit \(\mathcal{G}\) un faisceau quasi-cohérent sur \(S\). Alors nous avons \[\text{WeakAss}_X(\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} f^*\mathcal{G}) = \bigcup\nolimits_{s \in \text{WeakAss}_S(\mathcal{G})} \text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s)\]

Démonstration

Conséquence immédiate du lemme 05IH.

Théorème

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Supposons que

  1. \(X \to S\) soit localement de présentation finie,

  2. \(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module de type fini, et

  3. l’ensemble des points faiblement associés de \(S\) soit localement fini dans \(S\).

Alors \(U = \{x \in X \mid \mathcal{F}\text{ plat en }x\text{ sur }S\}\) est ouvert dans \(X\) et \(\mathcal{F}|_U\) est un \(\mathcal{O}_U\)-module de présentation finie et plat sur \(S\).

Démonstration

Soit \(x \in X\) tel que \(\mathcal{F}\) soit plat en \(x\) sur \(S\). Il faut trouver un voisinage ouvert de \(x\) sur lequel \(\mathcal{F}\) se restreigne en un module de présentation finie plat sur \(S\). Le problème est local sur \(X\) et \(S\) ; nous pouvons donc supposer \(X\) et \(S\) affines. Comme \(\mathcal{F}_x\) est un \(\mathcal{O}_{X, x}\)-module de présentation finie d’après le lemme 05I7, nous déduisons d’ Algèbre, lemme 05GJ, qu’il existe un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie \(\mathcal{F}'\) et une application \(\varphi : \mathcal{F}' \to \mathcal{F}\) induisant un isomorphisme \(\varphi_x : \mathcal{F}'_x \to \mathcal{F}_x\). En particulier, \(\mathcal{F}'\) est plat sur \(S\) en \(x\) ; par ouverture du lieu de platitude, Compléments sur les morphismes, théorème 0399, nous pouvons donc, après restriction de \(X\), supposer que \(\mathcal{F}'\) est plat sur \(S\). Comme \(\mathcal{F}\) est de type fini, nous pouvons, après restriction de \(X\), supposer \(\varphi\) surjective, voir Modules, lemme 01B8, ou utiliser le lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV). D’après le lemme 05IJ, nous avons \[\text{WeakAss}_X(\mathcal{F}') \subset \bigcup\nolimits_{s \in \text{WeakAss}(S)} \text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}'_s)\] Comme \(\text{WeakAss}(S)\) est fini par hypothèse et puisque \(\text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}'_s)\) est fini d’après Diviseurs, lemme 05AF, nous concluons que \(\text{WeakAss}_X(\mathcal{F}')\) est fini. À l’aide d’ Algèbre, lemme 00DS, nous pouvons, après une nouvelle restriction de \(X\), supposer que \(\text{WeakAss}_X(\mathcal{F}')\) est contenu dans l’ensemble des généralisations de \(x\). Considérons maintenant \(\mathcal{K} = \Ker(\varphi)\). Nous avons \(\text{WeakAss}_X(\mathcal{K}) \subset \text{WeakAss}_X(\mathcal{F}')\) (d’après Diviseurs, lemme 05AN), mais, d’autre part, \(\varphi_x\) est un isomorphisme, donc \(\varphi_{x'}\) est aussi un isomorphisme pour tout \(x' \leadsto x\). Nous concluons que \(\text{WeakAss}_X(\mathcal{K}) = \emptyset\), d’où \(\mathcal{K} = 0\) d’après Diviseurs, lemme 05AP.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de présentation finie. Soit \(M\) un \(S\)-module de type fini. Supposons \(\text{WeakAss}_R(R)\) fini. Alors \[U = \{\mathfrak q \subset S \mid M_{\mathfrak q}\text{ plat sur }R\}\] est ouvert dans \(\Spec(S)\) et, pour tout \(g \in S\) tel que \(D(g) \subset U\), le localisé \(M_g\) est un \(S_g\)-module de présentation finie, plat sur \(R\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement du théorème 05IK.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Supposons l’ensemble des points faiblement associés de \(S\) localement fini dans \(S\). Alors l’ensemble des points \(x \in X\) où \(f\) est plat est un sous-schéma ouvert \(U \subset X\) et \(U \to S\) est plat et localement de présentation finie.

Démonstration

Le problème est local sur \(X\) et \(S\) ; nous pouvons donc supposer \(X\) et \(S\) affines. Alors \(X \to S\) correspond à un homomorphisme d’anneaux de type fini \(A \to B\). Choisissons une surjection \(A[x_1, \ldots, x_n] \to B\) et considérons \(B\) comme un \(A[x_1, \ldots, x_n]\)-module. Une application du lemme 05IL achève la démonstration.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini et plat. Si \(S\) est intègre, alors \(f\) est localement de présentation finie.

Démonstration

Cas particulier du lemme 05IM.

Proposition

Soit \(R\) un anneau intègre. Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(M\) un \(S\)-module de type fini.

  1. Si \(S\) est plat sur \(R\), alors \(S\) est une \(R\)-algèbre de présentation finie.

  2. Si \(M\) est plat comme \(R\)-module, alors \(M\) est de présentation finie comme \(S\)-module.

Démonstration

La partie (1) est un cas particulier du lemme 05IN. Pour la partie (2), choisissons une surjection \(R[x_1, \ldots, x_n] \to S\). D’après le lemme 05IL, \(M\) est de présentation finie comme \(R[x_1, \ldots, x_n]\)-module. Nous concluons par Algèbre, lemme 0561.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Supposons que

  1. \(X \to S\) soit localement de type fini,

  2. \(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module de type fini, et

  3. l’ensemble des points faiblement associés de \(S\) soit localement fini dans \(S\).

Alors \(U = \{x \in X \mid \mathcal{F}\text{ plat en }x\text{ sur }S\}\) est ouvert dans \(X\) et \(\mathcal{F}|_U\) est plat sur \(S\) et localement de présentation finie relativement à \(S\) (voir Compléments sur les morphismes, définition 05H1).

Démonstration

La question est locale sur \(X\) et \(S\). Nous pouvons donc supposer \(X\) et \(S\) affines. Nous pouvons alors choisir une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{A}^n_S\). Appliquons le théorème 05IK à \(X' = \mathbf{A}^n_S \to S\) et au module quasi-cohérent \(\mathcal{F}' = i_*\mathcal{F}\) de type fini ; nous trouvons que \[U' = \{x' \in X' \mid \mathcal{F}'\text{ plat en }x'\text{ sur }S\}\] est ouvert dans \(X'\) et que \(\mathcal{F}'|_{U'}\) est de présentation finie. Comme \(\mathcal{F}'\) se restreint à zéro sur \(X' \setminus i(X)\) et comme \(\mathcal{F}'_{i(x)} \cong \mathcal{F}_x\) pour tout \(x \in X\), nous voyons que \[U' = i(U) \amalg (X' \setminus i(X))\] Ainsi, \(U = i^{-1}(U')\) est ouvert. De plus, il est clair que \(\mathcal{F}'|_{U'} = (i|_U)_*(\mathcal{F}|_U)\). Nous en déduisons que \(\mathcal{F}|_U\) est de présentation finie relativement à \(S\) d’après Compléments sur les morphismes, lemmes 09T8 et 09T9.

Lemme

Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux de type fini. Soit \(M\) un \(S\)-module de type fini. Supposons \(\text{WeakAss}_R(R)\) fini. Alors \[U = \{\mathfrak q \subset S \mid M_{\mathfrak q}\text{ plat sur }R\}\] est ouvert dans \(\Spec(S)\) et, pour tout \(g \in S\) tel que \(D(g) \subset U\), le localisé \(M_g\) est plat sur \(R\) et est un \(S_g\)-module de présentation finie relativement à \(R\) (voir Compléments d’algèbre, définition 05GZ).

Démonstration

C’est le lemme 05IQ traduit en termes algébriques.

Exemples de modules relativement purs

Dans cette courte section, nous discutons quelques exemples de résultats qui motiveront la notion de module relativement pur et le concept d’impureté que nous introduirons plus loin. Chaque exemple est énoncé sous forme de lemme. Notons l’analogie entre la condition sur les idéaux premiers associés et les conditions figurant dans les lemmes 05DH, 05DL, 05DM et 05DP. Voir aussi Algèbre, lemme 05GB, pour une discussion.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(N\) un \(S\)-module. Supposons que

  1. \(N\) soit projectif comme \(R\)-module, et

  2. \(S/\mathfrak mS\) soit noethérien et \(N/\mathfrak mN\) soit un \(S/\mathfrak mS\)-module de type fini.

Alors, pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) associé à \(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\), où \(\mathfrak p = R \cap \mathfrak q\), nous avons \(\mathfrak q + \mathfrak m S \not = S\).

Démonstration

Notons que les hypothèses des lemmes 05DE et 05FR sont satisfaites. Nous utiliserons leurs conclusions sans autre mention. Soit \(\Sigma \subset S\) l’ensemble multiplicatif des éléments qui ne sont pas diviseurs de zéro sur \(N/\mathfrak mN\). L’application \(N \to \Sigma^{-1}N\) est \(R\)-universellement injective. Ainsi, tout \(\mathfrak q \subset S\) qui est un idéal premier associé à \(N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est aussi un idéal premier associé à \(\Sigma^{-1}N \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\). Il en résulte clairement que \(\mathfrak q\) correspond à un idéal premier de \(\Sigma^{-1}S\). Ainsi, \(\mathfrak q \subset \mathfrak q'\), où \(\mathfrak q'\) correspond à un idéal premier associé à \(N/\mathfrak mN\), ce qui conclut.

Le lemme suivant donne un autre exemple, un peu trivial, de ce phénomène.

Lemme

Soit \(R\) un anneau. Soit \(I \subset R\) un idéal. Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(N\) un \(S\)-module. Si \(N\) est complet pour la topologie \(I\)-adique, alors, pour tout \(R\)-module \(M\) et pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) associé à \(N \otimes_R M\), nous avons \(\mathfrak q + I S \not = S\).

Démonstration

Notons \(S^\wedge\) le complété \(I\)-adique de \(S\). Notons que \(N\) est un \(S^\wedge\)-module, donc \(N \otimes_R M\) est aussi un \(S^\wedge\)-module. Soit \(z \in N \otimes_R M\) un élément tel que \(\mathfrak q = \text{Ann}_S(z)\). Comme \(z \not = 0\), nous voyons que \(\text{Ann}_{S^\wedge}(z) \not = S^\wedge\). Ainsi, \(\mathfrak q S^\wedge \not = S^\wedge\). Il existe donc un idéal maximal \(\mathfrak m \subset S^\wedge\) tel que \(\mathfrak q S^\wedge \subset \mathfrak m\). Puisque \(IS^\wedge \subset \mathfrak m\) d’après Algèbre, lemme 05GI, nous obtenons la conclusion.

Notons que le lemme suivant donne une autre démonstration du lemme 05FV, car un module projectif sur un anneau local est libre, voir Algèbre, théorème 0593.

Lemme

Soit \(R\) un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(N\) un \(S\)-module. Supposons \(N\) isomorphe, comme \(R\)-module, à une somme directe de \(R\)-modules de type fini. Alors, pour tout \(R\)-module \(M\) et pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) associé à \(N \otimes_R M\), nous avons \(\mathfrak q + \mathfrak m S \not = S\).

Démonstration

Écrivons \(N = \bigoplus_{i \in I} M_i\), chaque \(M_i\) étant un \(R\)-module de type fini. Soient \(M\) un \(R\)-module et \(\mathfrak q \subset S\) un idéal premier associé à \(N \otimes_R M\) tel que \(\mathfrak q + \mathfrak m S = S\). Soit \(z \in N \otimes_R M\) un élément tel que \(\mathfrak q = \text{Ann}_S(z)\). En modifiant légèrement la décomposition en somme directe, nous pouvons supposer \(z \in M_1 \otimes_R M\) pour un élément \(1 \in I\). Écrivons \(1 = f + \sum x_j g_j\) pour des \(f \in \mathfrak q\), \(x_j \in \mathfrak m\) et \(g_j \in S\). Pour tout \(g \in S\), notons \(g'\) l’application \(R\)-linéaire \[M_1 \to N \xrightarrow{g} N \to M_1\] dont la première flèche est l’inclusion, la deuxième la multiplication par \(g\) et la troisième la projection. Comme chaque \(x_j \in R\), nous obtenons l’égalité \[f' + \sum x_j g'_j = \text{id}_{M_1} \in \text{End}_R(M_1)\] D’après le lemme de Nakayama (Algèbre, lemme 00DV), \(f'\) est surjective ; ainsi, d’après Algèbre, lemme 05G8, \(f'\) est un isomorphisme. En particulier, l’application \[M_1 \otimes_R M \to N \otimes_R M \xrightarrow{f} N \otimes_R M \to M_1 \otimes_R M\] est un isomorphisme. Cela contredit l’hypothèse \(fz = 0\).

Lemme

Soit \(R\) un anneau local hensélien d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Soit \(R \to S\) un homomorphisme d’anneaux. Soit \(N\) un \(S\)-module. Supposons \(N\) engendré par un ensemble dénombrable et de Mittag-Leffler comme \(R\)-module. Alors, pour tout \(R\)-module \(M\) et pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset S\) associé à \(N \otimes_R M\), nous avons \(\mathfrak q + \mathfrak m S \not = S\).

Démonstration

Ce lemme se ramène au lemme 05IU d’après Algèbre, lemme 05D6.

Supposons que \(f : X \to S\) soit un morphisme de schémas et que \(\mathcal{F}\) soit un module quasi-cohérent sur \(X\). Soient \(\xi \in \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) et \(Z = \overline{\{\xi\}}\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ \xi \ar@{|->}[d] & Z \ar[r] \ar[rd] & X \ar[d]^f \\ f(\xi) & & S }\] Notons que \(f(Z) \subset \overline{\{f(\xi)\}}\) et que \(f(Z)\) est fermé si et seulement s’il y a égalité, c’est-à-dire \(f(Z) = \overline{\{f(\xi)\}}\). Il résulte du lemme 05FV que, si \(S\), \(X\) sont affines, si les fibres \(X_s\) sont noethériennes, si \(\mathcal{F}\) est de type fini et si \(\Gamma(X, \mathcal{F})\) est un \(\Gamma(S, \mathcal{O}_S)\)-module projectif, alors \(f(Z) = \overline{\{f(\xi)\}}\) est une partie fermée. Des énoncés analogues légèrement différents valent dans les cas décrits aux lemmes 05IT, 05IU et 05IV.

Impuretés

Nous voulons formaliser le phénomène dont nous avons donné des exemples dans la section 05IS en termes de spécialisations des points de \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\). Nous voulons aussi travailler localement au voisinage d’un point \(s \in S\). À cette fin, nous introduisons les définitions suivantes.

Situation

Ici, \(S\), \(X\) sont des schémas et \(f : X \to S\) est un morphisme de type fini. De plus, \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Enfin, \(s\) est un point de \(S\).

Dans cette situation, considérons un morphisme \(g : T \to S\), un point \(t \in T\) tel que \(g(t) = s\), une spécialisation \(t' \leadsto t\) et un point \(\xi \in X_T\) du changement de base de \(X\), au-dessus de \(t'\). Diagramme : [05IX]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ \xi \ar@{|->}[d] & \\ t' \ar@{~>}[r] & t \ar@{|->}[r] & s } } \quad\quad \vcenter{ \xymatrix{ X_T \ar[d] \ar[r] & X \ar[d] \\ T \ar[r]^g & S } } \end{equation}\] Notons en outre \(\mathcal{F}_T\) l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X_T\).

Définition

Dans la situation 05FW, nous disons qu’un diagramme (05IX) définit une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\) si \(\xi \in \text{Ass}_{X_T/T}(\mathcal{F}_T)\) et \(\overline{\{\xi\}} \cap X_t = \emptyset\). Nous exprimerons cela en disant : « soit \((g : T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\) ».

Lemme

Plaçons-nous dans la situation 05FW. S’il existe une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\), alors il existe une impureté \((g : T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\) telle que \(g\) soit localement de présentation finie et \(t\) soit un point fermé de la fibre de \(g\) au-dessus de \(s\).

Démonstration

Soit \((g : T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) une impureté quelconque de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\). Appliquons Limites, lemme 05BD, à \(t \in T\) et \(Z = \overline{\{\xi\}}\) pour obtenir un voisinage ouvert \(V \subset T\) de \(t\), un diagramme commutatif \[\xymatrix{ V \ar[d] \ar[r]_a & T' \ar[d]^b \\ T \ar[r]^g & S, }\] et un sous-schéma fermé \(Z' \subset X_{T'}\) tels que

  1. le morphisme \(b : T' \to S\) soit localement de présentation finie,

  2. on ait \(Z' \cap X_{a(t)} = \emptyset\), et

  3. \(Z \cap X_V\) soit envoyé dans \(Z'\) par le morphisme \(X_V \to X_{T'}\).

Comme \(t'\) se spécialise en \(t\), nous pouvons remplacer \(T\) par le voisinage ouvert \(V\) de \(t\). Nous avons donc un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X_T \ar[d] \ar[r] & X_{T'} \ar[d] \ar[r] & X \ar[d] \\ T \ar[r]^a & T' \ar[r]^b & S }\] où \(b \circ a = g\). Notons \(\xi' \in X_{T'}\) l’image de \(\xi\). D’après Diviseurs, lemme 05DC, nous avons \(\xi' \in \text{Ass}_{X_{T'}/T'}(\mathcal{F}_{T'})\). De plus, par construction, l’adhérence de \(\overline{\{\xi'\}}\) est contenue dans la partie fermée \(Z'\), qui ne rencontre pas la fibre \(X_{a(t)}\). Ainsi, \((T' \to S, a(t') \leadsto a(t), \xi')\) est une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\).

Nous pouvons donc supposer \(g : T \to S\) localement de présentation finie. Soit \(Z = \overline{\{\xi\}}\). Par hypothèse, \(Z_t = \emptyset\). D’après Compléments sur les morphismes, lemme 054W, cela signifie que \(Z_{t''} = \emptyset\) pour \(t''\) dans une partie ouverte de \(\overline{\{t\}}\). Comme la fibre de \(T \to S\) au-dessus de \(s\) est un schéma de Jacobson, voir Morphismes, lemme 02J6, il existe un point fermé \(t'' \in \overline{\{t\}}\) tel que \(Z_{t''} = \emptyset\). Alors \((g : T \to S, t' \leadsto t'', \xi)\) est l’impureté cherchée.

Lemme

Plaçons-nous dans la situation 05FW. Soit \((g : T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\). Supposons que \(T = \lim_{i \in I} T_i\) soit une limite dirigée de schémas affines sur \(S\). Alors, pour un certain \(i\), le triplet \((T_i \to S, t'_i \leadsto t_i, \xi_i)\) est une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\).

Démonstration

Les notations de l’énoncé ont le sens suivant : soient \(p_i : T \to T_i\) les projections, \(t_i = p_i(t)\) et \(t'_i = p_i(t')\). Enfin, \(\xi_i \in X_{T_i}\) est l’image de \(\xi\). D’après Diviseurs, lemme 05DC, \(\xi_i\) est bien un point de l’assassin relatif de \(\mathcal{F}_{T_i}\) sur \(T_i\). Il reste donc seulement à montrer que \(\overline{\{\xi_i\}} \cap X_{t_i} = \emptyset\) pour un certain \(i\).

Première démonstration. Soient \(Z_i = \overline{\{\xi_i\}} \subset X_{T_i}\) et \(Z = \overline{\{\xi\}} \subset X_T\) munis des structures de sous-schémas réduits induites. Alors \(Z = \lim Z_i\) d’après Limites, lemme 0CUG. Choisissons un corps \(k\) et un morphisme \(\Spec(k) \to T\) d’image \(t\). Alors \[\emptyset = Z \times_T \Spec(k) = (\lim Z_i) \times_{(\lim T_i)} \Spec(k) = \lim Z_i \times_{T_i} \Spec(k)\] car les limites commutent aux produits fibrés (les limites commutent aux limites). Chaque \(Z_i \times_{T_i} \Spec(k)\) est quasi-compact, car \(X_{T_i} \to T_i\) est de type fini, donc \(Z_i \to T_i\) est de type fini. Ainsi, \(Z_i \times_{T_i} \Spec(k)\) est vide pour un certain \(i\) d’après Limites, lemme 01Z2. Comme l’image du composé \(\Spec(k) \to T \to T_i\) est \(t_i\), nous obtenons la conclusion voulue.

Deuxième démonstration. Posons \(Z = \overline{\{\xi\}}\). Appliquons Limites, lemme 05BD, à cette situation pour obtenir un voisinage ouvert \(V \subset T\) de \(t\), un diagramme commutatif \[\xymatrix{ V \ar[d] \ar[r]_a & T' \ar[d]^b \\ T \ar[r]^g & S, }\] et un sous-schéma fermé \(Z' \subset X_{T'}\) tels que

  1. le morphisme \(b : T' \to S\) soit localement de présentation finie,

  2. on ait \(Z' \cap X_{a(t)} = \emptyset\), et

  3. \(Z \cap X_V\) soit envoyé dans \(Z'\) par le morphisme \(X_V \to X_{T'}\).

Nous pouvons supposer \(V\) ouvert affine de \(T\) ; d’après Limites, lemmes 01Z4 et 01Z6, nous pouvons donc trouver un \(i\) et un ouvert affine \(V_i \subset T_i\) tels que \(V = f_i^{-1}(V_i)\). D’après Limites, proposition 01ZC, nous pouvons, quitte à augmenter \(i\), trouver un morphisme \(a_i : V_i \to T'\) tel que \(a = a_i \circ f_i|_V\). Le morphisme induit \(X_{V_i} \to X_{T'}\) envoie \(\xi_i\) dans \(Z'\). Comme \(Z' \cap X_{a(t)} = \emptyset\), nous concluons que \((T_i \to S, t'_i \leadsto t_i, \xi_i)\) est une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\).

Lemme

Plaçons-nous dans la situation 05FW. S’il existe une impureté \((g : T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\) avec \(g\) quasi-fini en \(t\), alors il existe une impureté \((g : T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) telle que \((T, t) \to (S, s)\) soit un voisinage étale élémentaire.

Démonstration

Soit \((g : T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\) telle que \(g\) soit quasi-fini en \(t\). Après restriction de \(T\), nous pouvons supposer \(g\) localement de type fini. Appliquons Compléments sur les morphismes, lemme 02LK, à \(T \to S\) et \(t \mapsto s\). Nous obtenons un diagramme \[\xymatrix{ T \ar[d] & T \times_S U \ar[l] \ar[d] & V \ar[l] \ar[ld] \\ S & U \ar[l] }\] où \((U, u) \to (S, s)\) est un voisinage étale élémentaire et \(V \subset T \times_S U\) est un voisinage ouvert de \(v = (t, u)\) tel que \(V \to U\) soit fini et que \(v\) soit l’unique point de \(V\) au-dessus de \(u\). Comme le morphisme \(V \to T\) est étale, donc plat, il existe une spécialisation \(v' \leadsto v\) telle que \(v' \mapsto t'\). Notons que \(\kappa(t') \subset \kappa(v')\) est une extension finie séparable. Choisissons un point quelconque \(\zeta \in X_{v'}\) d’image \(\xi \in X_{t'}\). D’après Diviseurs, lemme 05DC, nous avons \(\zeta \in \text{Ass}_{X_V/V}(\mathcal{F}_V)\). De plus, l’adhérence \(\overline{\{\zeta\}}\) ne rencontre pas la fibre \(X_v\), puisque, par hypothèse, l’adhérence \(\overline{\{\xi\}}\) ne rencontre pas \(X_t\). Autrement dit, \((V \to S, v' \leadsto v, \zeta)\) est une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(S\).

Ensuite, soient \(u' \in U'\) l’image de \(v'\) et \(\theta \in X_U\) l’image de \(\zeta\). Alors \(\theta \mapsto u'\) et \(u' \leadsto u\). D’après Diviseurs, lemme 05DC, nous avons \(\theta \in \text{Ass}_{X_U/U}(\mathcal{F})\). De plus, comme \(\pi : X_V \to X_U\) est fini, nous avons \(\pi\big(\overline{\{\zeta\}}\big) = \overline{\{\pi(\zeta)\}}\). Puisque \(v\) est l’unique point de \(V\) au-dessus de \(u\), nous avons \(X_u \cap \overline{\{\pi(\zeta)\}} = \emptyset\), car \(X_v \cap \overline{\{\zeta\}} = \emptyset\). Nous concluons ainsi que \((U \to S, u' \leadsto u, \theta)\) est une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\), ce qui achève la démonstration.

Lemme

Plaçons-nous dans la situation 05FW. Supposons \(S\) localement noethérien. S’il existe une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\), alors il existe une impureté \((g : T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\) telle que \(g\) soit quasi-fini en \(t\).

Démonstration

Nous pouvons remplacer \(S\) par un voisinage affine de \(s\). D’après le lemme 05FX, nous pouvons supposer donnée une impureté \((g : T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) telle que \(g\) soit localement de type fini et \(t\) un point fermé de la fibre de \(g\) au-dessus de \(s\). Nous pouvons remplacer \(T\) par le sous-schéma réduit induit sur \(\overline{\{t'\}}\). Soit \(Z = \overline{\{\xi\}} \subset X_T\). Par hypothèse, \(Z_t = \emptyset\) et l’image de \(Z \to T\) contient \(t'\). D’après Compléments sur les morphismes, lemme 05F1, il existe un ouvert non vide \(V \subset Z\) tel que, pour tout \(w \in f(V)\), tout point générique \(\xi'\) de \(V_w\) appartienne à \(\text{Ass}_{X_T/T}(\mathcal{F}_T)\). D’après Compléments sur les morphismes, lemme 05F5, il existe un ouvert non vide \(W \subset T\) tel que \(W \subset f(V)\). D’après Compléments sur les morphismes, lemme 05GU, il existe un sous-schéma fermé \(T' \subset T\) tel que \(t \in T'\), que \(T' \to S\) soit quasi-fini en \(t\) et qu’il existe un point \(z \in T' \cap W\), \(z \leadsto t\), qui ne s’envoie pas sur \(s\). Choisissons un point générique quelconque \(\xi'\) du schéma non vide \(V_z\). Alors \((T' \to S, z \leadsto t, \xi')\) est l’impureté cherchée.

Dans la suite, nous utiliserons l’hensélisé \(S^h = \Spec(\mathcal{O}_{S, s}^h)\) de \(S\) en \(s\), voir Cohomologie étale, définition 03PS. Comme \(S^h \to S\) envoie le point fermé de \(S^h\) sur \(s\) et induit un isomorphisme des corps résiduels, nous noterons aussi \(s \in S^h\) ce point fermé. Ainsi, \((S^h, s) \to (S, s)\) est un morphisme de schémas pointés.

Lemme

Plaçons-nous dans la situation 05FW. S’il existe une impureté \((S^h \to S, s' \leadsto s, \xi)\) de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\), alors il existe une impureté \((T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\) où \((T, t) \to (S, s)\) est un voisinage étale élémentaire.

Démonstration

Nous pouvons remplacer \(S\) par un voisinage affine de \(s\). Disons que \(S = \Spec(A)\) et que \(s\) correspond à l’idéal premier \(\mathfrak p \subset A\). Alors \(\mathcal{O}_{S, s}^h = \colim_{(T, t)} \Gamma(T, \mathcal{O}_T)\), la limite étant prise sur la catégorie opposée à la catégorie cofiltrante des voisinages étales élémentaires affines \((T, t)\) de \((S, s)\), voir Compléments sur les morphismes, lemme 05KS et sa démonstration. Ainsi, \(S^h = \lim_i T_i\) et nous concluons par le lemme 05IZ.

Lemme

Dans la situation 05FW, les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. il existe une impureté \((S^h \to S, s' \leadsto s, \xi)\) de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\), où \(S^h\) est l’hensélisé de \(S\) en \(s\),

  2. il existe une impureté \((T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\) telle que \((T, t) \to (S, s)\) soit un voisinage étale élémentaire, et

  3. il existe une impureté \((T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\) telle que \(T \to S\) soit quasi-fini en \(t\).

Démonstration

Comme un morphisme étale est localement quasi-fini, il est clair que (2) entraîne (3). Nous avons vu que (3) entraîne (2) dans le lemme 05J0. Nous avons vu que (1) entraîne (2) dans le lemme 05J2. Enfin, si \((T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) est une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\) telle que \((T, t) \to (S, s)\) soit un voisinage étale élémentaire, nous pouvons choisir une factorisation \(S^h \to T \to S\) du morphisme structural \(S^h \to S\). Choisissons un point quelconque \(s' \in S^h\) d’image \(t'\) et un point quelconque \(\xi' \in X_{s'}\) d’image \(\xi \in X_{t'}\). Alors \((S^h \to S, s' \leadsto s, \xi')\) est une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\). Nous omettons les détails.

Modules relativement purs

La notion de module pur relativement à une base a été introduite dans [GruRay].

Définition

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini.

  1. Soit \(s \in S\). Nous disons que \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_s\) s’il n’existe aucune impureté \((g : T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\) avec \((T, t) \to (S, s)\) un voisinage étale élémentaire.

  2. Nous disons que \(\mathcal{F}\) est universellement pur le long de \(X_s\) s’il n’existe aucune impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\).

  3. Nous disons que \(X\) est pur le long de \(X_s\) si \(\mathcal{O}_X\) est pur le long de \(X_s\).

  4. Nous disons que \(\mathcal{F}\) est universellement \(S\)-pur, ou universellement pur relativement à \(S\), si \(\mathcal{F}\) est universellement pur le long de \(X_s\) pour tout \(s \in S\).

  5. Nous disons que \(\mathcal{F}\) est \(S\)-pur, ou pur relativement à \(S\), si \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_s\) pour tout \(s \in S\).

  6. Nous disons que \(X\) est \(S\)-pur ou pur relativement à \(S\) si \(\mathcal{O}_X\) est pur relativement à \(S\).

Nous nous restreignons ici délibérément aux morphismes de type fini, et non aux morphismes seulement localement de type fini ; voir la remarque 05J5 pour une discussion. Dans la situation de la définition, le lemme 05J3 nous dit que les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_s\),

  2. il n’existe aucune impureté \((g : T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) avec \(g\) quasi-fini en \(t\),

  3. il n’existe aucune impureté de la forme \((S^h \to S, s' \leadsto s, \xi)\), où \(S^h\) est l’hensélisé de \(S\) en \(s\).

Si nous notons \(X^h = X \times_S S^h\) et \(\mathcal{F}^h\) l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X^h\), nous pouvons formuler cette dernière condition sous la forme positive suivante :

  1. Tous les points de \(\text{Ass}_{X^h/S^h}(\mathcal{F}^h)\) se spécialisent en des points de \(X_s\).

En particulier, il est clair que \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_s\) si et seulement si l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, s})\) est pure le long de \(X_s\).

Remarque

Soient \(f : X \to S\) un morphisme localement de type fini et \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Dans ce cas, il est encore vrai que (1) et (2) ci-dessus sont équivalentes, car la démonstration du lemme 05J0 n’utilise pas la quasi-compacité de \(f\). Il est également clair que (3) et (4) sont équivalentes. Cependant, nous ignorons si (1) et (3) sont équivalentes. Dans ce cas, il peut parfois être plus commode de définir la pureté par les conditions équivalentes (3) et (4), comme dans [GruRay]. D’autre part, pour de nombreuses applications, il semble que la notion appropriée soit bien celle de pureté universelle.

Il est naturel de se demander si la propriété de pureté relativement à la base est conservée par changement de base, autrement dit si être pur revient à être universellement pur. Il se trouve que c’est vrai sur une base noethérienne (voir le lemme 05J8), ou si le faisceau est plat (voir les lemmes 05L5 et 05L6). Ce n’est pas vrai en général, même si le morphisme et le faisceau sont de présentation finie ; voir Exemples, section 05JJ, pour un contre-exemple. Vérifions d’abord que notre emploi de « universellement » correspond à la notion usuelle.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(s \in S\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\mathcal{F}\) est universellement pur le long de \(X_s\), et

  2. pour tout morphisme de schémas pointés \((S', s') \to (S, s)\), l’image réciproque \(\mathcal{F}_{S'}\) est pure le long de \(X_{s'}\).

En particulier, \(\mathcal{F}\) est universellement pur relativement à \(S\) si et seulement si tout changement de base \(\mathcal{F}_{S'}\) de \(\mathcal{F}\) est pur relativement à \(S'\).

Démonstration

C’est formel.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(s \in S\). Soit \((S', s') \to (S, s)\) un morphisme de schémas pointés. Si \(S' \to S\) est quasi-fini en \(s'\) et \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_s\), alors \(\mathcal{F}_{S'}\) est pur le long de \(X_{s'}\).

Démonstration

Si \((T \to S', t' \leadsto t, \xi)\) est une impureté de \(\mathcal{F}_{S'}\) au-dessus de \(s'\) avec \(T \to S'\) quasi-fini en \(t\), alors \((T \to S, t' \to t, \xi)\) est une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\) avec \(T \to S\) quasi-fini en \(t\), voir Morphismes, lemme 01TL. Le lemme résulte donc immédiatement de la caractérisation (2) de la pureté donnée après la définition 05J4.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(s \in S\). Si \(\mathcal{O}_{S, s}\) est noethérien, alors \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_s\) si et seulement si \(\mathcal{F}\) est universellement pur le long de \(X_s\).

Démonstration

Nous pouvons d’abord remplacer \(S\) par \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s})\), c’est-à-dire supposer \(S\) noethérien. Utilisons ensuite le lemme 05J1 et la caractérisation (2) de la pureté donnée dans la discussion suivant la définition 05J4 pour conclure.

La pureté satisfait à la descente plate.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(s \in S\). Soit \((S', s') \to (S, s)\) un morphisme de schémas pointés. Supposons \(S' \to S\) plat en \(s'\).

  1. Si \(\mathcal{F}_{S'}\) est pur le long de \(X_{s'}\), alors \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_s\).

  2. Si \(\mathcal{F}_{S'}\) est universellement pur le long de \(X_{s'}\), alors \(\mathcal{F}\) est universellement pur le long de \(X_s\).

Démonstration

Soit \((T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s\). Posons \(T_1 = T \times_S S'\) et soit \(t_1\) l’unique point de \(T_1\) d’images \(t\) et \(s'\). Comme \(T_1 \to T\) est plat en \(t_1\), voir Morphismes, lemme 01U9, il existe une spécialisation \(t'_1 \leadsto t_1\) au-dessus de \(t' \leadsto t\), voir Algèbre, section 00HU. Choisissons un point \(\xi_1 \in X_{t'_1}\) correspondant à un point générique de \(\Spec(\kappa(t'_1) \otimes_{\kappa(t')} \kappa(\xi))\), voir Schémas, lemme 01JT. D’après Diviseurs, lemme 05DC, nous avons \(\xi_1 \in \text{Ass}_{X_{T_1}/T_1}(\mathcal{F}_{T_1})\). Comme l’adhérence de Zariski de \(\{\xi_1\}\) dans \(X_{T_1}\) s’envoie dans l’adhérence de Zariski de \(\{\xi\}\) dans \(X_T\), nous concluons que cette adhérence est disjointe de \(X_{t_1}\). Ainsi, \((T_1 \to S', t'_1 \leadsto t_1, \xi_1)\) est une impureté de \(\mathcal{F}_{S'}\) au-dessus de \(s'\). Autrement dit, nous avons démontré la contraposée de la partie (2) du lemme. Enfin, si \((T, t) \to (S, s)\) est un voisinage étale élémentaire, alors \((T_1, t_1) \to (S', s')\) est aussi un voisinage étale élémentaire ; nous voyons ainsi que (1) est vraie.

Lemme

Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée de schémas de type fini sur un schéma \(S\). Soit \(s \in S\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent de type fini sur \(Z\). Alors \(\mathcal{F}\) est (universellement) pur le long de \(Z_s\) si et seulement si \(i_*\mathcal{F}\) est (universellement) pur le long de \(X_s\).

Démonstration

Cela résulte de Diviseurs, lemme 0CUD.

Exemples de faisceaux relativement purs

Voici quelques exemples où l’on peut expliciter la signification de la pureté.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini.

  1. Si le support de \(\mathcal{F}\) est propre sur \(S\), alors \(\mathcal{F}\) est universellement pur relativement à \(S\).

  2. Si \(f\) est propre, alors \(\mathcal{F}\) est universellement pur relativement à \(S\).

  3. Si \(f\) est propre, alors \(X\) est universellement pur relativement à \(S\).

Démonstration

Ramenons d’abord (1) à (2). Soit \(Z \subset X\) le support schématique de \(\mathcal{F}\). Soit \(i : Z \to X\) l’immersion fermée correspondante et écrivons \(\mathcal{F} = i_*\mathcal{G}\) pour un \(\mathcal{O}_Z\)-module quasi-cohérent de type fini \(\mathcal{G}\), voir Morphismes, section 056H. Dans le cas (1), \(Z \to S\) est propre par hypothèse. Ainsi, d’après le lemme 05K1, le cas (1) se ramène au cas (2).

Supposons \(f\) propre. Soit \((g : T \to S, t' \leadsto t, \xi)\) une impureté de \(\mathcal{F}\) au-dessus de \(s \in S\). Comme \(f\) est propre, il est universellement fermé. Ainsi, \(f_T : X_T \to T\) est fermé. Comme \(f_T(\xi) = t'\), cela entraîne que \(t \in f(\overline{\{\xi\}})\), d’où une contradiction.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas séparé et de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Supposons \(\text{Supp}(\mathcal{F}_s)\) fini pour tout \(s \in S\). Alors les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\mathcal{F}\) est pur relativement à \(S\),

  2. le support schématique de \(\mathcal{F}\) est fini sur \(S\), et

  3. \(\mathcal{F}\) est universellement pur relativement à \(S\).

En particulier, pour un morphisme quasi-fini séparé \(X \to S\), \(X\) est pur relativement à \(S\) si et seulement si \(X \to S\) est fini.

Démonstration

Soit \(Z \subset X\) le support schématique de \(\mathcal{F}\), voir Morphismes, définition 05JV. Alors \(Z \to S\) est un morphisme de schémas séparé de type fini à fibres finies. Il est donc séparé et quasi-fini, voir Morphismes, lemme 02NH. D’après le lemme 05K1, il suffit de démontrer le lemme pour \(Z \to S\) et le faisceau \(\mathcal{F}\) considéré comme module quasi-cohérent de type fini sur \(Z\). Nous pouvons donc supposer que \(X \to S\) est séparé et quasi-fini et que \(\text{Supp}(\mathcal{F}) = X\).

Il résulte du lemme 05K3 et de Morphismes, lemme 01WN, que (2) entraîne (3). Il est trivial que (3) entraîne (1). Supposons (1) vérifiée. Montrons (2). Il est clair que nous pouvons supposer \(S\) affine. D’après Compléments sur les morphismes, lemme 05K0, nous pouvons trouver un diagramme \[\xymatrix{ X \ar[rd]_f \ar[rr]_j & & T \ar[ld]^\pi \\ & S & }\] où \(\pi\) est fini et \(j\) est une immersion ouverte quasi-compacte. Si nous montrons que \(j\) est fermé, alors \(j\) est une immersion fermée, et nous concluons que \(f = \pi \circ j\) est fini. Pour montrer que \(j\) est fermé, il suffit de montrer que les spécialisations se relèvent le long de \(j\), voir Schémas, lemme 01K9. Soit \(x \in X\), posons \(t' = j(x)\) et soit \(t' \leadsto t\) une spécialisation. Il faut montrer \(t \in j(X)\). Posons \(s' = f(x)\) et \(s = \pi(t)\), de sorte que \(s' \leadsto s\). D’après Compléments sur les morphismes, lemme 02LN, nous pouvons trouver un voisinage étale élémentaire \((U, u) \to (S, s)\) et une décomposition \[T_U = T \times_S U = V \amalg W\] en sous-schémas ouverts et fermés, telle que \(V \to U\) soit fini, qu’il existe un unique point \(v\) de \(V\) d’image \(u\), et que \(v\) ait pour image \(t\) dans \(T\). Comme \(V \to T\) est étale, nous pouvons relever les généralisations, voir Morphismes, lemmes 03HV et 02GS. Il existe donc une spécialisation \(v' \leadsto v\) telle que \(v'\) s’envoie sur \(t' \in T\). En particulier, \(v' \in X_U \subset T_U\). Notons \(u' \in U\) l’image de \(t'\). Notons que \(v' \in \text{Ass}_{X_U/U}(\mathcal{F})\), car \(X_{u'}\) est un ensemble fini discret et \(X_{u'} = \text{Supp}(\mathcal{F}_{u'})\). Comme \(\mathcal{F}\) est pur relativement à \(S\), le point \(v'\) doit se spécialiser en un point de \(X_u\). Puisque \(v\) est l’unique point de \(V\) au-dessus de \(u\) (et qu’aucun point de \(W\) ne peut être une spécialisation de \(v'\)), nous voyons que \(v \in X_u\). Ainsi, \(t \in X\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas plat de type fini à fibres géométriquement intègres. Alors \(X\) est universellement pur sur \(S\).

Démonstration

Soient \(\xi \in X\) avec \(s' = f(\xi)\) et \(s' \leadsto s\) une spécialisation de \(S\). Si \(\xi\) est un point associé de \(X_{s'}\), alors \(\xi\) est l’unique point générique, car \(X_{s'}\) est un schéma intègre. Soit \(\xi_0\) l’unique point générique de \(X_s\). Comme \(X \to S\) est plat, nous pouvons relever \(s' \leadsto s\) en une spécialisation \(\xi' \leadsto \xi_0\) dans \(X\), voir Morphismes, lemme 03HV. Alors \(\xi \leadsto \xi'\), car \(\xi\) est le point générique de \(X_{s'}\), donc \(\xi \leadsto \xi_0\). Cela signifie que \((\text{id}_S, s' \to s, \xi)\) n’est pas une impureté de \(\mathcal{O}_X\) au-dessus de \(s\). Comme l’hypothèse que \(f\) est de type fini, plat et à fibres géométriquement intègres est conservée par changement de base, il n’existe aucune impureté après un changement de base quelconque. Nous voyons ainsi que \(X\) est universellement \(S\)-pur.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas affine et de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini tel que \(f_*\mathcal{F}\) soit localement projectif sur \(S\), voir Propriétés, définition 05JP. Alors \(\mathcal{F}\) est universellement pur sur \(S\).

Démonstration

Après réduction au cas où \(S\) est le spectre d’un anneau local hensélien, cela résulte du lemme 05FV.

Un critère de pureté

Nous démontrons d’abord que, pour une famille plate de faisceaux quasi-cohérents de type fini, les points de l’assassin relatif se spécialisent en des points des assassins relatifs des fibres voisines (lorsqu’ils admettent une spécialisation dans ces fibres).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(s \in S\). Supposons \(\mathcal{F}\) plat sur \(S\) en tout point de \(X_s\). Soit \(x' \in \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) avec \(f(x') = s'\) tel que \(s' \leadsto s\) soit une spécialisation dans \(S\). Si \(x'\) se spécialise en un point de \(X_s\), alors \(x' \leadsto x\) pour un \(x \in \text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s)\).

Démonstration

Disons que \(x' \leadsto t\) avec \(t \in X_s\). Nous pouvons alors trouver des spécialisations \(x' \leadsto x \leadsto t\), où \(x\) correspond au point générique d’une composante irréductible de \(\overline{\{x'\}} \cap f^{-1}(\{s\})\). Par hypothèse, \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) en \(x\). D’après Compléments sur les morphismes, lemme 0GSI, nous avons \(x \in \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\), comme voulu.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(s \in S\). Soit \((S', s') \to (S, s)\) un voisinage étale élémentaire et soit \[\xymatrix{ X \ar[d] & X' \ar[l]^g \ar[d] \\ S & S' \ar[l] }\] un diagramme commutatif de morphismes de schémas. Supposons que

  1. \(\mathcal{F}\) soit plat sur \(S\) en tout point de \(X_s\),

  2. \(X' \to S'\) soit de type fini,

  3. \(g^*\mathcal{F}\) soit pur le long de \(X'_{s'}\),

  4. \(g : X' \to X\) soit étale, et

  5. \(g(X')\) contienne \(\text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s)\).

Dans cette situation, \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_s\) si et seulement si l’image de \(X' \to X \times_S S'\) contient les points de \(\text{Ass}_{X \times_S S'/S'}(\mathcal{F} \times_S S')\) au-dessus des points de \(S'\) qui se spécialisent en \(s'\).

Démonstration

Comme le morphisme \(S' \to S\) est étale, si \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_s\), alors \(\mathcal{F} \times_S S'\) est pur le long de \(X_s\), voir le lemme 05J7. Comme la pureté satisfait à la descente plate, voir le lemme 05J9, si \(\mathcal{F} \times_S S'\) est pur le long de \(X_{s'}\), alors \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_s\). Nous pouvons donc remplacer \(S\) par \(S'\) et supposer \(S = S'\), de sorte que \(g : X' \to X\) est un morphisme étale entre schémas de type fini sur \(S\). De plus, nous pouvons remplacer \(S\) par \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s})\) et supposer \(S\) local.

Supposons d’abord \(\mathcal{F}\) pur le long de \(X_s\). Dans ce cas, tout point de \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) se spécialise en un point de \(X_s\), par pureté. Ainsi, d’après le lemme 05L3, tout point de \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) se spécialise en un point de \(\text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s)\). Tout point de \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) appartient donc à l’image de \(g\) (car cette image est ouverte et contient \(\text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s)\)).

Réciproquement, supposons que \(g(X')\) contienne \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\). Soit \(S^h = \Spec(\mathcal{O}_{S, s}^h)\) l’hensélisé de \(S\) en \(s\). Notons \(g^h : (X')^h \to X^h\) le changement de base de \(g\) par \(S^h \to S\), et \(\mathcal{F}^h\) l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X^h\). D’après Diviseurs, lemme 05DC et remarque 05KL, l’assassin relatif \(\text{Ass}_{X^h/S^h}(\mathcal{F}^h)\) est l’image réciproque de \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) par la projection \(X^h \to X\). Comme nous avons supposé que \(g(X')\) contient \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\), nous concluons que le changement de base \(g^h((X')^h) = g(X') \times_S S^h\) contient \(\text{Ass}_{X^h/S^h}(\mathcal{F}^h)\). Nous nous ramenons ainsi au cas où \(S\) est le spectre d’un anneau local hensélien. Soit \(x \in \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\). Pour achever la démonstration du lemme, il faut montrer que \(x\) se spécialise en un point de \(X_s\), voir le critère (4) de pureté dans la discussion suivant la définition 05J4. Par hypothèse, il existe un \(x' \in X'\) tel que \(g(x') = x\). Comme \(g : X' \to X\) est étale, nous avons \(x' \in \text{Ass}_{X'/S}(g^*\mathcal{F})\), voir le lemme 05FP (appliqué au morphisme de fibres \(X'_w \to X_w\), où \(w \in S\) est l’image de \(x'\)). Comme \(g^*\mathcal{F}\) est pur le long de \(X'_s\), nous avons \(x' \leadsto y\) pour un \(y \in X'_s\). Ainsi, \(x = g(x') \leadsto g(y)\) et \(g(y) \in X_s\), comme voulu.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Soit \(s \in S\). Supposons que

  1. \(f\) soit de type fini,

  2. \(\mathcal{F}\) soit de type fini,

  3. \(\mathcal{F}\) soit plat sur \(S\) en tout point de \(X_s\), et

  4. \(\mathcal{F}\) soit pur le long de \(X_s\).

Alors \(\mathcal{F}\) est universellement pur le long de \(X_s\).

Démonstration

Faisons d’abord une remarque préliminaire. Supposons que \((S', s') \to (S, s)\) soit un voisinage étale élémentaire. Notons \(\mathcal{F}'\) l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X' = X \times_S S'\). D’après la discussion suivant la définition 05J4, \(\mathcal{F}'\) est pur le long de \(X'_{s'}\). De plus, \(\mathcal{F}'\) est plat sur \(S'\) le long de \(X'_{s'}\). Il suffit alors de démontrer que \(\mathcal{F}'\) est universellement pur le long de \(X'_{s'}\). En effet, pour tout morphisme \((T, t) \to (S, s)\) de schémas pointés, le produit fibré \((T', t') = (T \times_S S', (t, s'))\) est plat sur \((T, t)\) ; ainsi, si \(\mathcal{F}_{T'}\) est pur le long de \(X_{t'}\), alors \(\mathcal{F}_T\) est pur le long de \(X_t\) d’après le lemme 05J9. Ainsi, au cours de la démonstration, nous pouvons toujours remplacer \((s, S)\) par un voisinage étale élémentaire. Nous pouvons aussi remplacer \(S\) par \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s})\) en raison du caractère local du problème.

Choisissons un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d] & X' \ar[l]^g \ar[d] \\ S & \Spec(\mathcal{O}_{S', s'}) \ar[l] }\] tels que \(X' \to X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) soit étale, que \(X_s = g((X')_{s'})\), que le schéma \(X'\) soit affine et que \(\Gamma(X', g^*\mathcal{F})\) soit un \(\mathcal{O}_{S', s'}\)-module libre, voir le lemme 05L1. Notons que \(X' \to \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) est de type fini (c’est un morphisme quasi-compact composé d’un morphisme étale et du changement de base d’un morphisme de type fini). D’après les remarques préliminaires du premier paragraphe de la démonstration, nous pouvons remplacer \(S\) par \(\Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\). Nous pouvons donc supposer qu’il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[dr] & & X' \ar[ll]^g \ar[ld] \\ & S & }\] de schémas de type fini sur \(S\), où \(g\) est étale, \(X_s \subset g(X')\), où \(S\) est local de point fermé \(s\), où \(X'\) est affine et où \(\Gamma(X', g^*\mathcal{F})\) est un \(\Gamma(S, \mathcal{O}_S)\)-module libre. Notons que, dans ce cas, \(g^*\mathcal{F}\) est universellement pur sur \(S\), voir le lemme 05K6.

Dans cette situation, nous appliquons le lemme 05L4 pour déduire que \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F}) \subset g(X')\) de l’hypothèse que \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_s\) et plat sur \(S\) le long de \(X_s\). D’après Diviseurs, lemme 05DC et remarque 05KL, pour tout morphisme de schémas pointés \((T, t) \to (S, s)\), nous avons \[\text{Ass}_{X_T/T}(\mathcal{F}_T) \subset (X_T \to X)^{-1}(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})) \subset g(X') \times_S T = g_T(X'_T).\] Ainsi, par le lemme 05L4 appliqué au changement de base à \((T, t)\) du diagramme ci-dessus, nous concluons que \(\mathcal{F}_T\) est pur le long de \(X_t\), comme voulu.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Supposons \(\mathcal{F}\) plat sur \(S\). Dans ce cas, \(\mathcal{F}\) est pur relativement à \(S\) si et seulement si \(\mathcal{F}\) est universellement pur relativement à \(S\).

Démonstration

Conséquence immédiate du lemme 05L5 et des définitions.

Lemme

Soit \(I\) un ensemble ordonné filtrant. Soit \((S_i, g_{ii'})\) un système projectif de schémas affines indexé par \(I\). Posons \(S = \lim_i S_i\) et soit \(s \in S\). Notons \(g_i : S \to S_i\) les projections et posons \(s_i = g_i(s)\). Supposons que \(f : X \to S\) soit un morphisme de présentation finie, et \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de présentation finie, pur le long de \(X_s\) et plat sur \(S\) en tout point de \(X_s\). Alors il existe un \(i \in I\), un morphisme de présentation finie \(X_i \to S_i\), un \(\mathcal{O}_{X_i}\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{F}_i\) de présentation finie, pur le long de \((X_i)_{s_i}\) et plat sur \(S_i\) en tout point de \((X_i)_{s_i}\), tels que \(X \cong X_i \times_{S_i} S\) et que l’image réciproque de \(\mathcal{F}_i\) sur \(X\) soit isomorphe à \(\mathcal{F}\).

Démonstration

Soit \(U \subset X\) l’ensemble des points où \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\). D’après Compléments sur les morphismes, théorème 0399, c’est un sous-schéma ouvert de \(X\). Par hypothèse, \(X_s \subset U\). Comme \(X_s\) est quasi-compact, nous pouvons trouver un ouvert quasi-compact \(U' \subset U\) tel que \(X_s \subset U'\). D’après Limites, lemme 01ZM, nous pouvons trouver un \(i \in I\) et un morphisme de présentation finie \(f_i : X_i \to S_i\) dont le changement de base à \(S\) est isomorphe à \(f_i\). Fixons un tel choix et posons \(X_{i'} = X_i \times_{S_i} S_{i'}\). Alors \(X = \lim_{i'} X_{i'}\), avec des morphismes de transition affines. D’après Limites, lemme 01ZR, nous pouvons, quitte à augmenter \(i\), supposer qu’il existe un \(\mathcal{O}_{X_i}\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{F}_i\) de présentation finie dont le changement de base à \(S\) est isomorphe à \(\mathcal{F}\). D’après Limites, lemme 01Z4, nous pouvons, quitte à augmenter \(i\), supposer qu’il existe un ouvert \(U'_i \subset X_i\) dont l’image réciproque dans \(X\) est \(U'\). Notons qu’en particulier \((X_i)_{s_i} \subset U'_i\). D’après Limites, lemme 05LY, (en augmentant encore \(i\)), nous pouvons supposer \(\mathcal{F}_i\) plat sur \(U'_i\). En particulier, \(\mathcal{F}_i\) est plat le long de \((X_i)_{s_i}\).

Utilisons ensuite le lemme 05KW pour choisir un voisinage étale élémentaire \((S_i', s_i') \to (S_i, s_i)\) et un diagramme commutatif de schémas \[\xymatrix{ X_i \ar[d] & X_i' \ar[l]^{g_i} \ar[d] \\ S_i & S_i' \ar[l] }\] tels que \(g_i\) soit étale, que \((X_i)_{s_i} \subset g_i(X_i')\), que les schémas \(X_i'\), \(S_i'\) soient affines et que \(\Gamma(X_i', g_i^*\mathcal{F}_i)\) soit un \(\Gamma(S_i', \mathcal{O}_{S_i'})\)-module projectif. Notons que \(g_i^*\mathcal{F}_i\) est universellement pur sur \(S'_i\), voir le lemme 05K6. Par changement de base, le diagramme ci-dessus donne un diagramme comportant les morphismes \((S'_{i'}, s'_{i'}) \to (S_{i'}, s_{i'})\) et \(g_{i'} : X'_{i'} \to X_{i'}\) sur \(S_{i'}\) pour tout \(i' \geq i\), ainsi qu’un diagramme comportant les morphismes \((S', s') \to (S, s)\) et \(g : X' \to X\) sur \(S\).

Nous pouvons maintenant utiliser notre critère de pureté. Soit \(W'_i \subset X_i \times_{S_i} S'_i\) l’image du morphisme étale \(X'_i \to X_i \times_{S_i} S'_i\). Pour tout \(i' \geq i\), nous avons de même l’image \(W'_{i'} \subset X_{i'} \times_{S_{i'}} S'_{i'}\), ainsi que l’image \(W' \subset X \times_S S'\). La formation des images commute au changement de base ; ainsi, \(W'_{i'} = W'_i \times_{S'_i} S'_{i'}\) et \(W' = W_i \times_{S'_i} S'\). Comme \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_s\), le lemme 05L4 entraîne que [05MB]\[\begin{equation} f^{-1}(\Spec(\mathcal{O}_{S', s'})) \cap \text{Ass}_{X \times_S S'/S'}(\mathcal{F} \times_S S') \subset W' \end{equation}\] D’après Compléments sur les morphismes, lemme 05KR, les ensembles \[E = \{t \in S' \mid \text{Ass}_{X_t}(\mathcal{F}_t) \subset W' \} \quad\text{et}\quad E_{i'} = \{t \in S'_{i'} \mid \text{Ass}_{X_t}(\mathcal{F}_{i', t}) \subset W'_{i'} \}\] sont des parties localement constructibles de \(S'\) et \(S'_{i'}\). D’après Compléments sur les morphismes, lemme 05KQ, \(E_{i'}\) est l’image réciproque de \(E_i\) par le morphisme \(S'_{i'} \to S'_i\), et \(E\) est l’image réciproque de \(E_i\) par le morphisme \(S' \to S'_i\). Ainsi, l’équation (05MB) équivaut à dire que \(\Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) s’envoie dans \(E_i\). Comme \(\mathcal{O}_{S', s'} = \colim_{i' \geq i} \mathcal{O}_{S'_{i'}, s'_{i'}}\), nous voyons que \(\Spec(\mathcal{O}_{S'_{i'}, s'_{i'}})\) s’envoie dans \(E_i\) pour un certain \(i' \geq i\), voir Limites, lemme 05F4. En appliquant alors le lemme 05L4 à la situation sur \(S_{i'}\), nous concluons que \(\mathcal{F}_{i'}\) est pur le long de \((X_{i'})_{s_{i'}}\).

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de présentation finie. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de présentation finie, plat sur \(S\). Alors l’ensemble \[U = \{s \in S \mid \mathcal{F}\text{ est pur le long de }X_s\}\] est ouvert dans \(S\).

Démonstration

Soit \(s \in U\). À l’aide du lemme 05KW, nous pouvons trouver un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) et un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d] & X' \ar[l]^g \ar[d] \\ S & S' \ar[l] }\] tels que \(g\) soit étale, que \(X_s \subset g(X')\), que les schémas \(X'\), \(S'\) soient affines et que \(\Gamma(X', g^*\mathcal{F})\) soit un \(\Gamma(S', \mathcal{O}_{S'})\)-module projectif. Notons que \(g^*\mathcal{F}\) est universellement pur sur \(S'\), voir le lemme 05K6. Soit \(W' \subset X \times_S S'\) l’image du morphisme étale \(X' \to X \times_S S'\). Notons que \(W\) est ouvert et quasi-compact sur \(S'\). Posons \[E = \{t \in S' \mid \text{Ass}_{X_t}(\mathcal{F}_t) \subset W' \}.\] D’après Compléments sur les morphismes, lemme 05KR, \(E\) est une partie constructible de \(S'\). D’après le lemme 05L4, nous avons \(\Spec(\mathcal{O}_{S', s'}) \subset E\). D’après Morphismes, lemme 05LW, \(E\) contient un voisinage ouvert \(V'\) de \(s'\). En appliquant le lemme 05L4 une nouvelle fois, nous voyons que, pour tout point \(s_1\) de l’image de \(V'\) dans \(S\), le faisceau \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_{s_1}\). Comme \(S' \to S\) est étale, l’image de \(V'\) dans \(S\) est ouverte, ce qui conclut.

Applications de la pureté

Voici quelques exemples d’applications de la pureté. Le premier lemme utilise en fait une forme légèrement plus faible de pureté.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent de type fini sur \(X\). Supposons \(S\) local de point fermé \(s\). Supposons \(\mathcal{F}\) pur le long de \(X_s\) et \(\mathcal{F}\) plat sur \(S\). Soit \(\varphi : \mathcal{F} \to \mathcal{G}\) un morphisme de \(\mathcal{O}_X\)-modules quasi-cohérents. Alors les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. l’application sur les fibres \(\varphi_x\) est injective pour tout \(x \in \text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s)\), et

  2. \(\varphi\) est injectif.

Démonstration

Soit \(\mathcal{K} = \Ker(\varphi)\). Notre but est de montrer que \(\mathcal{K} = 0\). Pour cela, il suffit de montrer que \(\text{WeakAss}_X(\mathcal{K}) = \emptyset\), voir Diviseurs, lemme 05AP. Nous avons \(\text{WeakAss}_X(\mathcal{K}) \subset \text{WeakAss}_X(\mathcal{F})\), voir Diviseurs, lemme 05AN. Comme \(\mathcal{F}\) est plat, le lemme 05IJ montre que \(\text{WeakAss}_X(\mathcal{F}) \subset \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\). Par pureté, tout point \(x'\) de \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) est une généralisation d’un point de \(X_s\), et est donc la spécialisation d’un point \(x \in \text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s)\), d’après le lemme 05L3. L’injectivité de \(\varphi_x\) entraîne donc celle de \(\varphi_{x'}\), d’où \(\mathcal{K}_{x'} = 0\).

Proposition

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas affine de présentation finie. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de présentation finie, plat sur \(S\). Alors les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(f_*\mathcal{F}\) est localement projectif sur \(S\), et

  2. \(\mathcal{F}\) est pur relativement à \(S\).

En particulier, pour un homomorphisme d’anneaux \(A \to B\) de présentation finie et un \(B\)-module de présentation finie \(N\), plat sur \(A\), nous avons : \(N\) est projectif comme \(A\)-module si et seulement si \(\widetilde{N}\) sur \(\Spec(B)\) est pur relativement à \(\Spec(A)\).

Démonstration

L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) est le lemme 05K6. Supposons \(\mathcal{F}\) pur relativement à \(S\). Notons que, d’après le lemme 05L5, cela entraîne que \(\mathcal{F}\) reste pur après tout changement de base. D’après Descente, lemme 05JZ, il suffit de montrer que \(f_*\mathcal{F}\) est localement projectif sur \(S\) pour la topologie fpqc. Choisissons \(s \in S\). Nous allons montrer que la restriction de \(f_*\mathcal{F}\) à un voisinage étale de \(s\) est localement projective. En effet, d’après le lemme 05KW, après remplacement de \(S\) par un voisinage étale élémentaire affine de \(s\), nous pouvons supposer qu’il existe un diagramme \[\xymatrix{ X \ar[dr] & & X' \ar[ll]^g \ar[ld] \\ & S & }\] de schémas affines et de présentation finie sur \(S\), où \(g\) est étale, \(X_s \subset g(X')\) et \(\Gamma(X', g^*\mathcal{F})\) est un \(\Gamma(S, \mathcal{O}_S)\)-module projectif. Notons que, dans ce cas, \(g^*\mathcal{F}\) est universellement pur sur \(S\), voir le lemme 05K6. Ainsi, d’après le lemme 05L4, l’ouvert \(g(X')\) contient les points de \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) au-dessus de \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s})\). Posons \[E = \{t \in S \mid \text{Ass}_{X_t}(\mathcal{F}_t) \subset g(X') \}.\] D’après Compléments sur les morphismes, lemme 05KR, \(E\) est une partie constructible de \(S\). Nous avons vu que \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s}) \subset E\). D’après Morphismes, lemme 05LW, \(E\) contient un voisinage ouvert de \(s\). Ainsi, après remplacement de \(S\) par un voisinage affine de \(s\), nous pouvons supposer que \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F}) \subset g(X')\). D’après le lemme 05DH, cela signifie que \[\Gamma(X, \mathcal{F}) \longrightarrow \Gamma(X', g^*\mathcal{F})\] est \(\Gamma(S, \mathcal{O}_S)\)-universellement injective. D’après Algèbre, lemme 059N, nous concluons que \(\Gamma(X, \mathcal{F})\) est de Mittag-Leffler comme \(\Gamma(S, \mathcal{O}_S)\)-module. Comme \(\Gamma(X, \mathcal{F})\) est engendré par un ensemble dénombrable et plat comme \(\Gamma(S, \mathcal{O}_S)\)-module, nous concluons qu’il est projectif d’après Algèbre, lemme 059X.

La proposition permet d’améliorer certains résultats précédents. Le lemme suivant améliore la proposition 05ID.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme localement de présentation finie. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de présentation finie. Soit \(x \in X\) avec \(s = f(x) \in S\). Si \(\mathcal{F}\) est plat en \(x\) sur \(S\), il existe un voisinage étale élémentaire affine \((S', s') \to (S, s)\) et un ouvert affine \(U' \subset X \times_S S'\) contenant \(x' = (x, s')\) tels que \(\Gamma(U', \mathcal{F}|_{U'})\) soit un \(\Gamma(S', \mathcal{O}_{S'})\)-module projectif.

Démonstration

Au cours de la démonstration, nous pouvons remplacer \(X\) par un voisinage ouvert de \(x\) et \(S\) par un voisinage étale élémentaire de \(s\). Ainsi, par ouverture du lieu de platitude (voir Compléments sur les morphismes, théorème 0399), nous pouvons supposer \(\mathcal{F}\) plat sur \(S\). Nous pouvons supposer \(S\) et \(X\) affines. Après une nouvelle restriction de \(X\), nous pouvons supposer que tout point de \(\text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s)\) est une généralisation de \(x\). Cette propriété est conservée lorsqu’on remplace \((S, s)\) par un voisinage étale élémentaire. Nous pouvons donc appliquer le lemme 05KW pour nous ramener à la situation où il existe un diagramme \[\xymatrix{ X \ar[dr] & & X' \ar[ll]^g \ar[ld] \\ & S & }\] de schémas affines et de présentation finie sur \(S\), où \(g\) est étale, \(X_s \subset g(X')\) et \(\Gamma(X', g^*\mathcal{F})\) est un \(\Gamma(S, \mathcal{O}_S)\)-module projectif. Notons que, dans ce cas, \(g^*\mathcal{F}\) est universellement pur sur \(S\), voir le lemme 05K6.

Soit \(U \subset g(X')\) un voisinage ouvert affine de \(x\). Nous affirmons que \(\mathcal{F}|_U\) est pur le long de \(U_s\). Si cela est démontré, le lemme en résulte, car \(\mathcal{F}|_U\) sera pur relativement à \(S\) après restriction de \(S\), voir le lemme 05MC, et la projectivité résultera alors de la proposition 05MD. Pour démontrer l’assertion, il faut montrer, après remplacement de \((S, s)\) par un voisinage étale élémentaire quelconque, que tout point \(\xi\) de \(\text{Ass}_{U/S}(\mathcal{F}|_U)\) au-dessus d’un \(s' \in S\), \(s' \leadsto s\), se spécialise en un point de \(U_s\). Comme \(U \subset g(X')\), nous pouvons trouver un \(\xi' \in X'\) tel que \(g(\xi') = \xi\). Puisque \(g^*\mathcal{F}\) est pur sur \(S\), le lemme 05L3 montre qu’il existe une spécialisation \(\xi' \leadsto x'\) avec \(x' \in \text{Ass}_{X'_s}(g^*\mathcal{F}_s)\). Alors \(g(x') \in \text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s)\) (voir par exemple le lemme 05FP appliqué au morphisme étale \(X'_s \to X_s\) de schémas noethériens), donc \(g(x') \leadsto x\) par le choix de \(X\) ci-dessus ! Puisque \(x \in U\), nous concluons que \(g(x') \in U\). Ainsi, \(\xi = g(\xi') \leadsto g(x') \in U_s\), comme voulu.

Le lemme suivant améliore le lemme 05KZ.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(x \in X\) avec \(s = f(x) \in S\). Si \(\mathcal{F}\) est plat en \(x\) sur \(S\), il existe un voisinage étale élémentaire affine \((S', s') \to (S, s)\) et un ouvert affine \(U' \subset X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) contenant \(x' = (x, s')\) tels que \(\Gamma(U', \mathcal{F}|_{U'})\) soit un \(\mathcal{O}_{S', s'}\)-module libre.

Démonstration

La question est locale pour la topologie de Zariski sur \(X\) et \(S\). Nous pouvons donc supposer \(X\) et \(S\) affines. Nous pouvons alors trouver une immersion fermée \(i : X \to \mathbf{A}^n_S\) sur \(S\). Il est clair qu’il suffit de démontrer le lemme pour le faisceau \(i_*\mathcal{F}\) sur \(\mathbf{A}^n_S\) et le point \(i(x)\). Nous nous ramenons ainsi au cas où \(X \to S\) est de présentation finie. Après remplacement de \(S\) par \(\Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\) et de \(X\) par un ouvert de \(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S', s'})\), nous pouvons supposer que \(\mathcal{F}\) est de présentation finie, voir la proposition 05I5. Dans ce cas, nous pouvons invoquer le lemme 05ME et Algèbre, théorème 0593, pour conclure.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux essentiellement de type fini. Soit \(N\) un \(B\)-module de type fini, plat comme \(A\)-module. Si \(A\) est hensélien, alors \(N\) est une limite inductive filtrante \[N = \colim_i F_i\] de \(A\)-modules libres \(F_i\) telle que toutes les applications de transition \(u_i : F_i \to F_{i'}\) du système induisent des applications injectives \(\overline{u}_i : F_i/\mathfrak m_AF_i \to F_{i'}/\mathfrak m_AF_{i'}\). De plus, \(N\) est un \(A\)-module de Mittag-Leffler.

Démonstration

Nous pouvons trouver un morphisme de type fini \(X \to S = \Spec(A)\), un point \(x \in X\) au-dessus du point fermé \(s\) de \(S\) et un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini \(\mathcal{F}\) tels que \(\mathcal{F}_x \cong N\) comme \(A\)-module. Après restriction de \(X\), nous pouvons supposer que tout point de \(\text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s)\) se spécialise en \(x\). D’après le lemme 05MF, il existe un système fondamental de voisinages ouverts affines \(U_i \subset X\) de \(x\) tels que \(\Gamma(U_i, \mathcal{F})\) soit un \(A\)-module libre \(F_i\). Notons que, si \(U_{i'} \subset U_i\), alors \[F_i/\mathfrak m_AF_i = \Gamma(U_{i, s}, \mathcal{F}_s) \longrightarrow \Gamma(U_{i', s}, \mathcal{F}_s) = F_{i'}/\mathfrak m_AF_{i'}\] est injective, car une section du noyau aurait son support dans une partie fermée de \(X_s\) ne rencontrant pas \(x\), ce qui contredit le choix de \(X\) ci-dessus. Comme les applications \(F_i \to F_{i'}\) sont \(A\)-universellement injectives (lemme 05FQ), il en résulte que \(N\) est de Mittag-Leffler d’après Algèbre, lemme 0AS7.

On pourra omettre le lemme suivant lors d’une première lecture.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux essentiellement de type fini. Soit \(N\) un \(B\)-module de type fini, plat comme \(A\)-module. Si \(A\) est un anneau de valuation, alors tout élément de \(N\) possède un idéal de contenu \(I \subset A\) (Compléments d’algèbre, définition 0ASA). De plus, \(I\) est un idéal principal.

Démonstration

La dernière assertion résulte du fait que \(I\) est un idéal de type fini d’après Compléments d’algèbre, lemme 0ASB, et Algèbre, lemme 090Q.

Démontrons l’existence de \(I\). Soit \(A \subset A^h\) l’hensélisé. Soit \(B'\) le localisé de \(B \otimes_A A^h\) en l’idéal maximal \(\mathfrak m_B \otimes A^h + B \otimes \mathfrak m_{A^h}\). Alors \(B \to B'\) est plat, donc fidèlement plat. Soit \(N' = N \otimes_B B'\). Soit \(x \in N\) et soit \(x' \in N'\) son image. Nous affirmons que, pour un idéal \(I \subset A\), nous avons \(x \in IN \Leftrightarrow x' \in IN'\). En effet, \(N/IN \to N'/IN'\) est le produit tensoriel de \(B \to B'\) avec \(N/IN\), et \(B \to B'\) est universellement injectif d’après Algèbre, lemme 05CK. D’après Compléments d’algèbre, lemme 0ASK, et Algèbre, lemme 00IH, l’homomorphisme \(A \to A^h\) définit une bijection préservant l’inclusion \(I \mapsto IA^h\) entre les ensembles d’idéaux. Nous concluons que \(x\) possède un idéal de contenu dans \(A\) si et seulement si \(x'\) possède un idéal de contenu dans \(A^h\). L’assertion pour \(x' \in N'\) résulte du lemme 05U7 et d’ Algèbre, lemme 0AS6.

Voici une application.

Lemme

Soit \(X \to \Spec(R)\) un morphisme propre et plat, où \(R\) est un anneau de valuation. Si la fibre spéciale est réduite, alors \(X\) et toutes les fibres de \(X \to \Spec(R)\) sont réduits.

Démonstration

Supposons la fibre spéciale \(X_s\) réduite. Soit \(x \in X\) un point quelconque et montrons que \(\mathcal{O}_{X, x}\) est réduit ; cela prouvera que \(X\) est réduit. Soit \(x \leadsto x'\) une spécialisation avec \(x'\) dans la fibre spéciale ; une telle spécialisation existe, car un morphisme propre est fermé. Considérons l’anneau local \(A = \mathcal{O}_{X, x'}\). Alors \(\mathcal{O}_{X, x}\) est un localisé de \(A\) ; il suffit donc de montrer que \(A\) est réduit. Soit \(a \in A\) non nul et soit \(I = (\pi) \subset R\) son idéal de contenu, voir le lemme 0ASX. Alors \(a = \pi a'\) et \(a'\) s’envoie sur un élément non nul de \(A/\mathfrak mA\), où \(\mathfrak m \subset R\) est l’idéal maximal. Si \(a\) est nilpotent, il en est de même de \(a'\), car \(\pi\) n’est pas diviseur de zéro par platitude de \(A\) sur \(R\). Mais \(a'\) s’envoie sur un élément non nul de l’anneau réduit \(A/\mathfrak m A = \mathcal{O}_{X_s, x'}\). Cela donne une contradiction à moins que \(A\) ne soit réduit, ce que nous voulions montrer.

Bien entendu, si \(X\) est réduit, il en est de même de la fibre générique de \(X\) sur \(R\). Si \(\mathfrak p \subset R\) est un idéal premier, alors \(R/\mathfrak p\) est un anneau de valuation d’après Algèbre, lemme 088Y. En reprenant l’argument pour le changement de base de \(X\) à \(R/\mathfrak p\), on montre donc que la fibre au-dessus de \(\mathfrak p\) est réduite.

Foncteurs de platification

Soit \(S\) un schéma. Rappelons qu’un foncteur \(F : (\Sch/S)^{opp} \to \textit{Ensembles}\) commute aux limites projectives filtrantes si, pour tout système projectif filtrant \(\{T_i\}_{i \in I}\) de schémas affines de limite \(T\), nous avons \(F(T) = \colim_i F(T_i)\).

Situation

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(u : \mathcal{F} \to \mathcal{G}\) un homomorphisme de \(\mathcal{O}_X\)-modules quasi-cohérents. Pour tout schéma \(T\) sur \(S\), nous noterons \(u_T : \mathcal{F}_T \to \mathcal{G}_T\) le changement de base de \(u\) à \(T\) ; autrement dit, \(u_T\) est l’image réciproque de \(u\) par la projection \(X_T = X \times_S T \to X\). Dans cette situation, nous pouvons considérer le foncteur [05MI]\[\begin{equation} F_{iso} : (\Sch/S)^{opp} \longrightarrow \textit{Ensembles}, \quad T \longrightarrow \left\{ \begin{matrix} \{*\} & \text{si} & u_T \text{ est un isomorphisme}, \\ \emptyset & \text{sinon.} & \end{matrix} \right. \end{equation}\] Il existe des variantes \(F_{inj}\), \(F_{surj}\), \(F_{zero}\) où l’on demande que \(u_T\) soit injectif, surjectif ou nul.

Lemme

Plaçons-nous dans la situation 05MH.

  1. Chacun des foncteurs \(F_{iso}\), \(F_{inj}\), \(F_{surj}\), \(F_{zero}\) satisfait à la condition de faisceau pour la topologie fpqc.

  2. Si \(f\) est quasi-compact et \(\mathcal{G}\) de type fini, alors \(F_{surj}\) commute aux limites projectives filtrantes.

  3. Si \(f\) est quasi-compact et \(\mathcal{F}\) de type fini, alors \(F_{zero}\) commute aux limites projectives filtrantes.

  4. Si \(f\) est quasi-compact, \(\mathcal{F}\) de type fini et \(\mathcal{G}\) de présentation finie, alors \(F_{iso}\) commute aux limites projectives filtrantes.

Démonstration

Soit \(\{T_i \to T\}_{i \in I}\) un recouvrement fpqc de schémas sur \(S\). Posons \(X_i = X_{T_i} = X \times_S T_i\) et \(u_i = u_{T_i}\). Notons que \(\{X_i \to X_T\}_{i \in I}\) est un recouvrement fpqc de \(X_T\), voir Topologies, lemme 022D. En particulier, pour tout \(x \in X_T\), il existe un \(i \in I\) et un \(x_i \in X_i\) d’image \(x\). Comme \(\mathcal{O}_{X_T, x} \to \mathcal{O}_{X_i, x_i}\) est plat, donc fidèlement plat (voir Algèbre, lemme 00HR), nous concluons que \((u_i)_{x_i}\) est injectif, surjectif, bijectif ou nul si et seulement si \((u_T)_x\) est injectif, surjectif, bijectif ou nul. D’où la partie (1) du lemme.

Démonstration de (2). Supposons \(f\) quasi-compact et \(\mathcal{G}\) de type fini. Soit \(T = \lim_{i \in I} T_i\) une limite dirigée de \(S\)-schémas affines et supposons \(u_T\) surjectif. Posons \(X_i = X_{T_i} = X \times_S T_i\) et \(u_i = u_{T_i} : \mathcal{F}_i = \mathcal{F}_{T_i} \to \mathcal{G}_i = \mathcal{G}_{T_i}\). Pour démontrer (2), il faut montrer que \(u_i\) est surjectif pour un certain \(i\). Choisissons \(i_0 \in I\) et remplaçons \(I\) par \(\{i \mid i \geq i_0\}\). Comme \(f\) est quasi-compact, le schéma \(X_{i_0}\) est quasi-compact. Nous pouvons donc choisir des ouverts affines \(W_1, \ldots, W_m \subset X\) et un recouvrement ouvert affine \(X_{i_0} = U_{1, i_0} \cup \ldots \cup U_{m, i_0}\) tels que \(U_{j, i_0}\) s’envoie dans \(W_j\) par la projection \(X_{i_0} \to X\). Pour tout \(i \in I\), soit \(U_{j, i}\) l’image réciproque de \(U_{j, i_0}\). En posant \(U_j = \lim_i U_{j, i}\), nous voyons que \(X_T = U_1 \cup \ldots \cup U_m\) est un recouvrement ouvert affine de \(X_T\). Il suffit alors de montrer, pour un \(j \in \{1, \ldots, m\}\) donné, que \(u_i|_{U_{j, i}}\) est surjectif pour un certain \(i = i(j) \in I\). À l’aide de Propriétés, lemme 01PB, cela se traduit par le problème algébrique suivant : soient \(A\) un anneau et \(u : M \to N\) une application de \(A\)-modules. Supposons que \(R = \colim_{i \in I} R_i\) soit une limite inductive filtrante de \(A\)-algèbres. Si \(N\) est un \(A\)-module de type fini et si \(u \otimes 1 : M \otimes_A R \to N \otimes_A R\) est surjective, alors, pour un certain \(i\), l’application \(u \otimes 1 : M \otimes_A R_i \to N \otimes_A R_i\) est surjective. C’est Algèbre, lemme 05LI, partie (2).

Démonstration de (3). Les mêmes arguments que dans la démonstration de (2) ramènent au problème algébrique suivant : soient \(A\) un anneau et \(u : M \to N\) une application de \(A\)-modules. Supposons que \(R = \colim_{i \in I} R_i\) soit une limite inductive filtrante de \(A\)-algèbres. Si \(M\) est un \(A\)-module de type fini et si \(u \otimes 1 : M \otimes_A R \to N \otimes_A R\) est nulle, alors, pour un certain \(i\), l’application \(u \otimes 1 : M \otimes_A R_i \to N \otimes_A R_i\) est nulle. C’est Algèbre, lemme 05LI, partie (1).

Démonstration de (4). Supposons \(f\) quasi-compact et \(\mathcal{F}, \mathcal{G}\) de présentation finie. En raisonnant exactement comme dans le paragraphe précédent (et en utilisant en outre Propriétés, lemme 01PC), la partie (3) se traduit par l’énoncé algébrique suivant : soient \(A\) un anneau et \(u : M \to N\) une application de \(A\)-modules. Supposons que \(R = \colim_{i \in I} R_i\) soit une limite inductive filtrante de \(A\)-algèbres. Supposons \(M\) de type fini comme \(A\)-module, \(N\) de présentation finie comme \(A\)-module, et \(u \otimes 1 : M \otimes_A R \to N \otimes_A R\) un isomorphisme. Alors, pour un certain \(i\), l’application \(u \otimes 1 : M \otimes_A R_i \to N \otimes_A R_i\) est un isomorphisme. C’est Algèbre, lemme 05LI, partie (3).

Situation

Soit \((A, \mathfrak m_A)\) un anneau local. Notons \(\mathcal{C}\) la catégorie dont les objets sont les \(A\)-algèbres \(A'\) qui sont des anneaux locaux et dont la structure d’algèbre \(A \to A'\) est un homomorphisme local d’anneaux locaux. Un morphisme entre objets \(A', A''\) de \(\mathcal{C}\) est un homomorphisme local \(A' \to A''\) de \(A\)-algèbres. Soient \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux et \(M\) un \(B\)-module. Si \(A'\) est un objet de \(\mathcal{C}\), nous posons \(B' = B \otimes_A A'\) et \(M' = M \otimes_A A'\), considéré comme \(B'\)-module. Pour \(A' \in \Ob(\mathcal{C})\), considérons la condition [05ML]\[\begin{equation} \forall \mathfrak q \in V(\mathfrak m_{A'}B' + \mathfrak m_B B') \subset \Spec(B') : M'_{\mathfrak q}\text{ est plat sur }A'. \end{equation}\] Notons l’analogie avec Compléments d’algèbre, équation (05LQ). En particulier, si \(A' \to A''\) est un morphisme de \(\mathcal{C}\) et si (05ML) est satisfaite pour \(A'\), elle l’est pour \(A''\), voir Compléments d’algèbre, lemme 05LR. Nous obtenons donc un foncteur [05MM]\[\begin{equation} F_{lf} : \mathcal{C} \longrightarrow \textit{Ensembles}, \quad A' \longrightarrow \left\{ \begin{matrix} \{*\} & \text{si }(\href{flat.html#flat-equation-flat-at-primes}{05ML})\text{ est satisfaite}, \\ \emptyset & \text{sinon.} & \end{matrix} \right. \end{equation}\]

Lemme

Plaçons-nous dans la situation 05MK.

  1. Si \(A' \to A''\) est un morphisme plat dans \(\mathcal{C}\), alors \(F_{lf}(A') = F_{lf}(A'')\).

  2. Si \(A \to B\) est essentiellement de présentation finie et \(M\) est un \(B\)-module de présentation finie, alors \(F_{lf}\) est compatible aux limites : si \(\{A_i\}_{i \in I}\) est un système inductif filtrant d’objets de \(\mathcal{C}\), alors \(F_{lf}(\colim_i A_i) = \colim_i F_{lf}(A_i)\).

Démonstration

La partie (1) est un cas particulier de Compléments d’algèbre, lemme 05LS. La partie (2) est un cas particulier de Compléments d’algèbre, lemme 05LT.

Lemme

Dans la situation 05MK, soient \(B \to C\) un homomorphisme local de \(A\)-algèbres locales et \(N\) un \(C\)-module. Notons \(F'_{lf} : \mathcal{C} \to \textit{Ensembles}\) le foncteur associé au couple \((C, N)\). Si \(M \cong N\) comme \(B\)-modules et si \(B \to C\) est fini, alors \(F_{lf} = F'_{lf}\).

Démonstration

Soit \(A'\) un objet de \(\mathcal{C}\). Posons \(C' = C \otimes_A A'\) et \(N' = N \otimes_A A'\), comme dans les définitions de \(B'\), \(M'\) de la situation 05MK. Notons que \(M' \cong N'\) comme \(B'\)-modules. L’hypothèse que \(B \to C\) est fini a deux conséquences : (a) \(\mathfrak m_C = \sqrt{\mathfrak m_B C}\) et (b) \(B' \to C'\) est fini. La conséquence (a) entraîne que \[V(\mathfrak m_{A'}C' + \mathfrak m_C C') = \left( \Spec(C') \to \Spec(B') \right)^{-1}V(\mathfrak m_{A'}B' + \mathfrak m_B B').\] Supposons \(\mathfrak q \subset V(\mathfrak m_{A'}B' + \mathfrak m_B B')\). Alors \(M'_{\mathfrak q}\) est plat sur \(A'\) si et seulement si le \(C'_{\mathfrak q}\)-module \(N'_{\mathfrak q}\) est plat sur \(A'\) (car ils sont isomorphes comme \(A'\)-modules), si et seulement si, pour tout idéal maximal \(\mathfrak r\) de \(C'_{\mathfrak q}\), le module \(N'_{\mathfrak r}\) est plat sur \(A'\) (voir Algèbre, lemme 00HT). Comme \(B'_{\mathfrak q} \to C'_{\mathfrak q}\) est fini d’après (b), les idéaux maximaux de \(C'_{\mathfrak q}\) correspondent exactement aux idéaux premiers de \(C'\) au-dessus de \(\mathfrak q\) (voir Algèbre, lemme 00GU), et ces idéaux premiers appartiennent tous à \(V(\mathfrak m_{A'}C' + \mathfrak m_C C')\) d’après l’égalité ci-dessus. Le résultat du lemme en découle.

Lemme

Dans la situation 05MK, supposons que \(B \to C\) soit un homomorphisme local plat d’anneaux locaux. Posons \(N = M \otimes_B C\). Notons \(F'_{lf} : \mathcal{C} \to \textit{Ensembles}\) le foncteur associé au couple \((C, N)\). Alors \(F_{lf} = F'_{lf}\).

Démonstration

Soit \(A'\) un objet de \(\mathcal{C}\). Posons \(C' = C \otimes_A A'\) et \(N' = N \otimes_A A' = M' \otimes_{B'} C'\), comme dans les définitions de \(B'\), \(M'\) de la situation 05MK. Notons que \[V(\mathfrak m_{A'}B' + \mathfrak m_B B') = \Spec( \kappa(\mathfrak m_B) \otimes_A \kappa(\mathfrak m_{A'}) )\] et de même pour \(V(\mathfrak m_{A'}C' + \mathfrak m_C C')\). L’homomorphisme d’anneaux \[\kappa(\mathfrak m_B) \otimes_A \kappa(\mathfrak m_{A'}) \longrightarrow \kappa(\mathfrak m_C) \otimes_A \kappa(\mathfrak m_{A'})\] est fidèlement plat, donc \(V(\mathfrak m_{A'}C' + \mathfrak m_C C') \to V(\mathfrak m_{A'}B' + \mathfrak m_B B')\) est surjectif. Enfin, si \(\mathfrak r \in V(\mathfrak m_{A'}C' + \mathfrak m_C C')\) s’envoie sur \(\mathfrak q \in V(\mathfrak m_{A'}B' + \mathfrak m_B B')\), alors \(M'_{\mathfrak q}\) est plat sur \(A'\) si et seulement si \(N'_{\mathfrak r}\) est plat sur \(A'\), car \(B' \to C'\) est plat, voir Algèbre, lemme 0584. Le lemme résulte formellement de ces remarques.

Situation

Soit \(f : X \to S\) un morphisme lisse à fibres géométriquement irréductibles. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Pour tout schéma \(T\) sur \(S\), nous noterons \(\mathcal{F}_T\) le changement de base de \(\mathcal{F}\) à \(T\) ; autrement dit, \(\mathcal{F}_T\) est l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) par la projection \(X_T = X \times_S T \to X\). Notons que \(X_T \to T\) est lisse à fibres géométriquement irréductibles, voir Morphismes, lemme 01VB, et Compléments sur les morphismes, lemme 0555. Soit \(p \geq 0\) un entier. Pour un point \(t \in T\), considérons la condition [05MQ]\[\begin{equation} \mathcal{F}_T \text{ est libre de rang }p\text{ au voisinage de }\xi_t \end{equation}\] où \(\xi_t\) est le point générique de la fibre \(X_t\). Cette condition pour tout \(t \in T\) est stable par changement de base ; nous obtenons donc un foncteur [05MR]\[\begin{equation} H_p : (\Sch/S)^{opp} \longrightarrow \textit{Ensembles}, \quad T \longrightarrow \left\{ \begin{matrix} \{*\} & \text{si }\mathcal{F}_T\text{ vérifie (\href{flat.html#flat-equation-free-at-generic-point-fibre}{05MQ}) }\forall t\in T, \\ \emptyset & \text{sinon.} \end{matrix} \right. \end{equation}\]

Lemme

Plaçons-nous dans la situation 05MP.

  1. Le foncteur \(H_p\) satisfait à la condition de faisceau pour la topologie fpqc.

  2. Si \(\mathcal{F}\) est de présentation finie, alors le foncteur \(H_p\) est commute aux limites projectives filtrantes.

Démonstration

Soit \(\{T_i \to T\}_{i \in I}\) un recouvrement fpqc1 de schémas sur \(S\). Posons \(X_i = X_{T_i} = X \times_S T_i\) et notons \(\mathcal{F}_i\) l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X_i\). Supposons que \(\mathcal{F}_i\) satisfasse à (05MQ) pour tout \(i\). Choisissons \(t \in T\) et notons \(\xi_t \in X_T\) le point générique de \(X_t\). Il faut montrer que \(\mathcal{F}\) est libre dans un voisinage de \(\xi_t\). Pour un certain \(i \in I\), nous pouvons trouver un \(t_i \in T_i\) d’image \(t\). Notons \(\xi_i \in X_i\) le point générique de \(X_{t_i}\), de sorte que \(\xi_i\) s’envoie sur \(\xi_t\). Le fait que \(\mathcal{F}_i\) soit libre de rang \(p\) dans un voisinage de \(\xi_i\) entraîne que \((\mathcal{F}_i)_{x_i} \cong \mathcal{O}_{X_i, x_i}^{\oplus p}\), ce qui entraîne que \(\mathcal{F}_{T, \xi_t} \cong \mathcal{O}_{X_T, \xi_t}^{\oplus p}\), puisque \(\mathcal{O}_{X_T, \xi_t} \to \mathcal{O}_{X_i, x_i}\) est plat, voir par exemple Algèbre, lemme 00O1. Il existe donc un voisinage affine \(U\) de \(\xi_t\) dans \(X_T\) et une surjection \(\mathcal{O}_U^{\oplus p} \to \mathcal{F}_U = \mathcal{F}_T|_U\), voir Modules, lemme 01B8. Après restriction de \(T\), nous pouvons supposer \(U \to T\) surjectif. Ainsi, \(U \to T\) est un morphisme lisse de schémas affines à fibres géométriquement irréductibles. De plus, pour tout \(t' \in T\), l’application induite \[\alpha : \mathcal{O}_{U, \xi_{t'}}^{\oplus p} \longrightarrow \mathcal{F}_{U, \xi_{t'}}\] est un isomorphisme (car, par le même argument que précédemment, le module de droite est libre de rang \(p\)). Il résulte du lemme 05I3 que \[\Gamma(U, \mathcal{O}_U^{\oplus p}) \otimes_{\Gamma(T, \mathcal{O}_T)} \mathcal{O}_{T, t'} \longrightarrow \Gamma(U, \mathcal{F}_U) \otimes_{\Gamma(T, \mathcal{O}_T)} \mathcal{O}_{T, t'}\] est injective pour tout \(t' \in T\). La surjection \(\alpha\) est donc un isomorphisme. Cela achève la démonstration de (1).

Supposons \(\mathcal{F}\) de présentation finie. Soit \(T = \lim_{i \in I} T_i\) une limite dirigée de \(S\)-schémas affines et supposons que \(\mathcal{F}_T\) satisfasse à (05MQ). Posons \(X_i = X_{T_i} = X \times_S T_i\) et notons \(\mathcal{F}_i\) l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X_i\). Notons \(U \subset X_T\) le sous-schéma ouvert des points où \(\mathcal{F}_T\) est plat sur \(T\), voir Compléments sur les morphismes, théorème 0399. Par hypothèse, tout point générique de toute fibre appartient à \(U\), c’est-à-dire que \(U \to T\) est un morphisme lisse surjectif à fibres géométriquement irréductibles. Nous pouvons restreindre \(U\) et supposer \(U\) quasi-compact. À l’aide de Limites, lemme 01Z4, nous pouvons trouver un \(i \in I\) et un ouvert quasi-compact \(U_i \subset X_i\) dont l’image réciproque dans \(X_T\) est \(U\). En augmentant \(i\), nous pouvons supposer \(\mathcal{F}_i|_{U_i}\) plat sur \(T_i\), voir Limites, lemme 05LY. En particulier, \(\mathcal{F}_i|_{U_i}\) est localement libre de type fini, donc définit une fonction rang localement constante \(\rho : U_i \to \{0, 1, 2, \ldots \}\). Notons \((U_i)_p \subset U_i\) la partie ouverte et fermée où \(\rho\) a pour valeur \(p\). Soit \(V_i \subset T_i\) l’image de \((U_i)_p\) ; notons que \(V_i\) est ouvert et quasi-compact. Par hypothèse, l’image de \(T \to T_i\) est contenue dans \(V_i\). Il existe donc un \(i' \geq i\) tel que \(T_{i'} \to T_i\) se factorise par \(V_i\), d’après Limites, lemme 01Z4. Alors \(\mathcal{F}_{i'}\) satisfait à (05MQ), comme voulu. Certains détails sont omis.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(n \geq 0\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. pour \(s \in S\), la partie fermée \(Z \subset X_s\) des points où \(\mathcal{F}\) n’est pas plat sur \(S\) (voir le lemme 05M9) vérifie \(\dim(Z) < n\), et

  2. pour \(x \in X\) tel que \(\mathcal{F}\) ne soit pas plat en \(x\) sur \(S\), nous avons \(\text{trdeg}_{\kappa(f(x))}(\kappa(x)) < n\).

Si ces conditions sont satisfaites, elles le restent après tout changement de base.

Démonstration

Soit \(x \in X\) un point au-dessus de \(s \in S\). Alors la dimension de l’adhérence de \(\{x\}\) dans \(X_s\) est \(\text{trdeg}_{\kappa(s)}(\kappa(x))\), d’après Variétés, lemme 0A21. Réciproquement, si \(Z \subset X_s\) est une partie fermée de dimension \(d\), il existe un point \(x \in Z\) tel que \(\text{trdeg}_{\kappa(s)}(\kappa(x)) = d\) (même référence). Les conditions (1) et (2) sont donc équivalentes (même fibre par fibre). L’assertion sur le changement de base résulte de Morphismes, lemmes 01U8 et 02FY.

Définition

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(n \geq 0\). Nous disons que \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) en dimensions \(\geq n\) si les conditions équivalentes du lemme 0CWF sont satisfaites.

Situation

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Pour tout schéma \(T\) sur \(S\), nous noterons \(\mathcal{F}_T\) le changement de base de \(\mathcal{F}\) à \(T\) ; autrement dit, \(\mathcal{F}_T\) est l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) par la projection \(X_T = X \times_S T \to X\). Notons que \(X_T \to T\) est de type fini et que \(\mathcal{F}_T\) est un \(\mathcal{O}_{X_T}\)-module de type fini (Morphismes, lemme 01T4, et Modules, lemme 01B6). Soit \(n \geq 0\). La définition 0CWG et le lemme 0CWF donnent un foncteur [05MU]\[\begin{equation} F_n : (\Sch/S)^{opp} \longrightarrow \textit{Ensembles}, \quad T \longrightarrow \left\{ \begin{matrix} \{*\} & \text{si }\mathcal{F}_T\text{ est plat sur }T\text{ en dimension }\dim \geq n, \\ \emptyset & \text{sinon.} \end{matrix} \right. \end{equation}\]

Lemme

Plaçons-nous dans la situation 05MT.

  1. Le foncteur \(F_n\) satisfait à la condition de faisceau pour la topologie fpqc.

  2. Si \(f\) est quasi-compact et localement de présentation finie et si \(\mathcal{F}\) est de présentation finie, alors le foncteur \(F_n\) est commute aux limites projectives filtrantes.

Démonstration

Soit \(\{T_i \to T\}_{i \in I}\) un recouvrement fpqc de schémas sur \(S\). Posons \(X_i = X_{T_i} = X \times_S T_i\) et notons \(\mathcal{F}_i\) l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X_i\). Supposons \(\mathcal{F}_i\) plat sur \(T_i\) en dimensions \(\geq n\) pour tout \(i\). Soit \(t \in T\). Choisissons un indice \(i\) et un point \(t_i \in T_i\) d’image \(t\). Considérons le diagramme cartésien \[\xymatrix{ X_{\Spec(\mathcal{O}_{T, t})} \ar[d] & X_{\Spec(\mathcal{O}_{T_i, t_i})} \ar[d] \ar[l] \\ \Spec(\mathcal{O}_{T, t}) & \Spec(\mathcal{O}_{T_i, t_i}) \ar[l] }\] Comme le morphisme horizontal inférieur est plat, il résulte de Compléments sur les morphismes, lemme 047C, que l’ensemble \(Z_i \subset X_{t_i}\) où \(\mathcal{F}_i\) n’est pas plat sur \(T_i\) et l’ensemble \(Z \subset X_t\) où \(\mathcal{F}_T\) n’est pas plat sur \(T\) sont liés par la relation \(Z_i = Z_{\kappa(t_i)}\). Nous en déduisons que \(\mathcal{F}_T\) est plat sur \(T\) en dimensions \(\geq n\), d’après Morphismes, lemme 02FY.

Supposons que \(f\) soit quasi-compact et localement de présentation finie et que \(\mathcal{F}\) soit de présentation finie. Dans ce paragraphe, nous ramenons d’abord la démonstration de (2) au cas où \(f\) est de présentation finie. Soit \(T = \lim_{i \in I} T_i\) une limite dirigée de \(S\)-schémas affines et supposons \(\mathcal{F}_T\) plat en dimensions \(\geq n\). Posons \(X_i = X_{T_i} = X \times_S T_i\) et notons \(\mathcal{F}_i\) l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) sur \(X_i\). Il faut montrer que \(\mathcal{F}_i\) est plat en dimensions \(\geq n\) pour un certain \(i\). Choisissons \(i_0 \in I\) et remplaçons \(I\) par \(\{i \mid i \geq i_0\}\). Comme \(T_{i_0}\) est affine (donc quasi-compact), il existe un nombre fini d’ouverts affines \(W_j \subset S\), \(j = 1, \ldots, m\), et un recouvrement ouvert affine \(T_{i_0} = \bigcup_{j = 1, \ldots, m} V_{j, i_0}\) tels que \(T_{i_0} \to S\) envoie \(V_{j, i_0}\) dans \(W_j\). Pour \(i \geq i_0\), notons \(V_{j, i}\) l’image réciproque de \(V_{j, i_0}\) dans \(T_i\). Si nous pouvons montrer, pour chaque \(j\), qu’il existe un \(i\) tel que \(\mathcal{F}_{V_{j, i_0}}\) soit plat en dimensions \(\geq n\), nous aurons conclu. Nous nous ramenons ainsi au cas où \(S\) est affine. Dans ce cas, \(X\) est quasi-compact et admet un recouvrement ouvert affine fini \(X = W_1 \cup \ldots \cup W_m\). Dans ce cas, le résultat pour \((X \to S, \mathcal{F})\) équivaut au résultat pour \((\coprod W_j, \coprod \mathcal{F}|_{W_j})\). Nous pouvons donc supposer \(f\) de présentation finie.

Supposons \(f\) de présentation finie et \(\mathcal{F}\) de présentation finie. Notons \(U \subset X_T\) le sous-schéma ouvert des points où \(\mathcal{F}_T\) est plat sur \(T\), voir Compléments sur les morphismes, théorème 0399. Par hypothèse, toute fibre de \(Z = X_T \setminus U\) sur \(T\) est de dimension \(< n\). D’après Limites, lemme 05M6, nous pouvons trouver un sous-schéma fermé \(Z \subset Z' \subset X_T\) tel que \(\dim(Z'_t) < n\) pour tout \(t \in T\) et que \(Z' \to X_T\) soit de présentation finie. D’après Limites, lemmes 01ZM et 01ZP, il existe un \(i \in I\) et un sous-schéma fermé \(Z'_i \subset X_i\) de présentation finie dont le changement de base à \(T\) est \(Z'\). D’après Limites, lemme 05M5, nous pouvons supposer toutes les fibres de \(Z'_i \to T_i\) de dimension \(< n\). D’après Limites, lemme 05LY, nous pouvons supposer \(\mathcal{F}_i|_{X_i \setminus T'_i}\) plat sur \(T_i\). Cela entraîne que \(\mathcal{F}_i\) est plat en dimensions \(\geq n\) ; nous utilisons ici que \(Z' \to X_T\) est de présentation finie, donc que le complémentaire \(X_T \setminus Z'\) est quasi-compact ! La partie (2) est ainsi démontrée et la démonstration du lemme est achevée.

Situation

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Pour tout schéma \(T\) sur \(S\), nous noterons \(\mathcal{F}_T\) le changement de base de \(\mathcal{F}\) à \(T\) ; autrement dit, \(\mathcal{F}_T\) est l’image réciproque de \(\mathcal{F}\) par la projection \(X_T = X \times_S T \to X\). Comme le changement de base d’un module plat est plat, nous obtenons un foncteur [05MX]\[\begin{equation} F_{flat} : (\Sch/S)^{opp} \longrightarrow \textit{Ensembles}, \quad T \longrightarrow \left\{ \begin{matrix} \{*\} & \text{si } \mathcal{F}_T \text{ est plat sur }T, \\ \emptyset & \text{sinon.} \end{matrix} \right. \end{equation}\]

Lemme

Plaçons-nous dans la situation 05MW.

  1. Le foncteur \(F_{flat}\) satisfait à la condition de faisceau pour la topologie fpqc.

  2. Si \(f\) est quasi-compact et localement de présentation finie et si \(\mathcal{F}\) est de présentation finie, alors le foncteur \(F_{flat}\) commute aux limites projectives filtrantes.

Démonstration

La partie (1) résulte de l’énoncé suivant : si \(T' \to T\) est un morphisme plat surjectif de schémas sur \(S\), alors \(\mathcal{F}_{T'}\) est plat sur \(T'\) si et seulement si \(\mathcal{F}_T\) est plat sur \(T\), voir Compléments sur les morphismes, lemme 047C. La partie (2) résulte de Limites, lemme 05LY, après réduction au cas où \(X\) et \(S\) sont affines (comparer avec la démonstration du lemme 05MV).

Stratifications de platification

Seulement les définitions. Le lecteur qui cherche une “stratification de platitude générique” consultera Compléments sur les morphismes, section 0H3Y.

Définition

Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Nous disons que le platificateur universel de \(\mathcal{F}\) existe si le foncteur \(F_{flat}\) défini dans la situation 05MW est représentable par un schéma \(S'\) sur \(S\). Nous disons que le platificateur universel de \(X\) existe si le platificateur universel de \(\mathcal{O}_X\) existe.

Notons que si le platificateur universel \(S'\)2 de \(\mathcal{F}\) existe, alors le morphisme \(S' \to S\) est un monomorphisme surjectif de schémas tel que \(\mathcal{F}_{S'}\) soit plat sur \(S'\) et tel qu’un morphisme \(T \to S\) se factorise par \(S'\) si et seulement si \(\mathcal{F}_T\) est plat sur \(T\).

Exemple

Soit \(X = S = \Spec(k[x, y])\), où \(k\) est un corps. Soit \(\mathcal{F} = \widetilde{M}\), où \(M = k[x, x^{-1}, y]/(y)\). Pour une \(k[x, y]\)-algèbre \(A\), posons \(F_{flat}(A) = F_{flat}(\Spec(A))\). Alors \(F_{flat}(k[x, y]/(x, y)^n) = \{*\}\) pour tout \(n\), tandis que \(F_{flat}(k[[x, y]]) = \emptyset\). Cela signifie que \(F_{flat}\) n’est pas représentable (même par un espace algébrique, voir Espaces formels, Lemme 0AQH). Ainsi, le platificateur universel n’existe pas dans ce cas.

Nous définissons (comparer à Topologie, Remarque 09Y2) une stratification (localement finie, au sens schématique) d’un schéma \(S\) comme la donnée de sous-schémas fermés \(Z_i \subset S\) indexés par un ensemble partiellement ordonné \(I\) tels que \(S = \bigcup Z_i\) (ensemblistement), que tout point de \(S\) possède un voisinage ne rencontrant qu’un nombre fini de \(Z_i\), et que \[Z_i \cap Z_j = \bigcup\nolimits_{k \leq i, j} Z_k.\] En posant \(S_i = Z_i \setminus \bigcup_{j < i} Z_j\), la stratification proprement dite est la décomposition \(S = \coprod S_i\) en sous-schémas localement fermés. Souvent, nous indiquons seulement les strates \(S_i\) et laissons au lecteur la construction des sous-schémas fermés \(Z_i\). Étant donnée une stratification, nous obtenons un monomorphisme \[S' = \coprod\nolimits_{i \in I} S_i \longrightarrow S.\] Nous l’appellerons le monomorphisme associé à la stratification. Avec cette terminologie, nous pouvons définir ce que signifie posséder une stratification de platification.

Définition

Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Nous disons que \(\mathcal{F}\) admet une stratification de platification si le foncteur \(F_{flat}\) défini dans la situation 05MW est représentable par un monomorphisme \(S' \to S\) associé à une stratification de \(S\) par des sous-schémas localement fermés. Nous disons que \(X\) admet une stratification de platification si \(\mathcal{O}_X\) admet une stratification de platification.

Lorsqu’une stratification de platification existe, il importe souvent de comprendre l’ensemble d’indices qui étiquette les strates et son ordre partiel. Cela est souvent lié aux rangs de modules. Par exemple, si \(X = S\) et si \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_S\)-module de présentation finie, alors la stratification de platification existe et est donnée par les idéaux de Fitting de \(\mathcal{F}\), voir Diviseurs, Lemme 05P9.

Stratification de platification sur un anneau artinien

Une stratification de platification existe lorsque le schéma de base est le spectre d’un anneau artinien.

Lemme

Soit \(S\) le spectre d’un anneau artinien. Pour tout schéma \(X\) sur \(S\) et tout \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent, il existe un platificateur universel. En fait, le platificateur universel est donné par une immersion fermée \(S' \to S\) et constitue donc aussi une stratification de platification pour \(\mathcal{F}\).

Démonstration

Choisissons un recouvrement ouvert affine \(X = \bigcup U_i\). Alors \(F_{flat}\) est le produit des foncteurs associés à chacun des couples \((U_i, \mathcal{F}|_{U_i})\). Il suffit donc de démontrer le résultat pour chaque \((U_i, \mathcal{F}|_{U_i})\). Dans le cas affine, le lemme résulte immédiatement de Compléments d’algèbre, Lemme 0525.

Platification d’une application

Le théorème 05PF est la clef des énoncés de platification qui suivent.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(g : X' \to X\) un morphisme plat de schémas sur \(S\), où \(X\) est localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini qui est plat sur \(S\). Si \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F}) \subset g(X')\), alors l’application canonique \[\mathcal{F} \longrightarrow g_*g^*\mathcal{F}\] est injective et le reste après tout changement de base.

Démonstration

La dernière assertion signifie que \(\mathcal{F}_T \to (g_T)_*g_T^*\mathcal{F}_T\) est injective pour tout morphisme \(T \to S\). L’hypothèse \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F}) \subset g(X')\) est préservée par changement de base, voir Diviseurs, Lemme 05DC et Remarque 05KL. Il en va de même de l’hypothèse de platitude et de type fini. Il suffit donc de démontrer l’injectivité de la flèche affichée. Soit \(\mathcal{K} = \Ker(\mathcal{F} \to g_*g^*\mathcal{F})\). Notre but est de montrer que \(\mathcal{K} = 0\). Pour ce faire, il suffit de montrer que \(\text{WeakAss}_X(\mathcal{K}) = \emptyset\), voir Diviseurs, Lemme 05AP. Nous avons \(\text{WeakAss}_X(\mathcal{K}) \subset \text{WeakAss}_X(\mathcal{F})\), voir Diviseurs, Lemme 05AN. Puisque \(\mathcal{F}\) est plat, il résulte du lemme 05IJ que \(\text{WeakAss}_X(\mathcal{F}) \subset \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\). Par hypothèse, tout point \(x\) de \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) est l’image d’un certain \(x' \in X'\). Comme \(g\) est plat, l’homomorphisme d’anneaux locaux \(\mathcal{O}_{X, x} \to \mathcal{O}_{X', x'}\) est fidèlement plat ; par conséquent, l’application \[\mathcal{F}_x \longrightarrow g^*\mathcal{F}_{x'} = \mathcal{F}_x \otimes_{\mathcal{O}_{X, x}} \mathcal{O}_{X', x'}\] est injective (voir Algèbre, Lemme 05CK). Cela implique que \(\mathcal{K}_x = 0\), comme souhaité.

Lemme

Soit \(A\) un anneau. Soit \(u : M \to N\) une application surjective de \(A\)-modules. Si \(M\) est projectif comme \(A\)-module, alors il existe un idéal \(I \subset A\) tel que, pour tout homomorphisme d’anneaux \(\varphi : A \to B\), les conditions suivantes soient équivalentes :

  1. \(u \otimes 1 : M \otimes_A B \to N \otimes_A B\) est un isomorphisme ;

  2. \(\varphi(I) = 0\).

Démonstration

Comme \(M\) est projectif, nous pouvons trouver un \(A\)-module projectif \(C\) tel que \(F = M \oplus C\) soit un \(A\)-module libre. En remplaçant \(u\) par \(u \oplus 1 : F = M \oplus C \to N \oplus C\), nous voyons que nous pouvons supposer \(M\) libre. Dans ce cas, soit \(I\) l’idéal de \(A\) engendré par les coefficients de tous les éléments de \(\Ker(u)\) relativement à une base (fixée) de \(M\). Ce choix convient : puisque \(u\) est surjective et que \(\otimes_A B\) exact à droite, \(\Ker(u \otimes 1)\) est l’image de \(\Ker(u) \otimes_A B\) dans \(M \otimes_A B\).

Théorème

Dans la situation 05MH, supposons que

  1. \(f\) soit de présentation finie ;

  2. \(\mathcal{F}\) soit de présentation finie, plat sur \(S\) et pur relativement à \(S\) ;

  3. \(u\) soit surjective.

Alors \(F_{iso}\) est représentable par une immersion fermée \(Z \to S\). De plus, \(Z \to S\) est de présentation finie si \(\mathcal{G}\) est de présentation finie.

Démonstration

Nous utiliserons sans autre mention le fait que \(\mathcal{F}\) est universellement pur sur \(S\), voir le lemme 05L5. D’après le lemme 05MJ et Descente, Lemmes 03I0 et 02W5, la question est locale pour la topologie étale sur \(S\). Il suffit donc de montrer, étant donné \(s \in S\), qu’il existe un voisinage étale de \((S, s)\) sur lequel le théorème soit vrai.

En utilisant le lemme 05KW et après avoir remplacé \(S\) par un voisinage étale élémentaire de \(s\), nous pouvons supposer qu’il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[dr] & & X' \ar[ll]^g \ar[ld] \\ & S & }\] de schémas de présentation finie sur \(S\), où \(g\) est étale, \(X_s \subset g(X')\), les schémas \(X'\) et \(S\) sont affines, et \(\Gamma(X', g^*\mathcal{F})\) est un \(\Gamma(S, \mathcal{O}_S)\)-module projectif. Notons que \(g^*\mathcal{F}\) est universellement pur sur \(S\), voir le lemme 05K6. Ainsi, d’après le lemme 05L4, nous voyons que l’ouvert \(g(X')\) contient les points de \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) situés au-dessus de \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s})\). Posons \[E = \{t \in S \mid \text{Ass}_{X_t}(\mathcal{F}_t) \subset g(X') \}.\] D’après Compléments sur les morphismes, Lemme 05KR, \(E\) est une partie constructible de \(S\). Nous avons vu que \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s}) \subset E\). D’après Morphismes, Lemme 05LW, nous voyons que \(E\) contient un voisinage ouvert de \(s\). Ainsi, après avoir remplacé \(S\) par un voisinage affine plus petit de \(s\), nous pouvons supposer que \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F}) \subset g(X')\).

Puisque nous avons supposé \(u\) surjective, nous avons \(F_{iso} = F_{inj}\). D’après le lemme 05PD, il s’ensuit que \(u : \mathcal{F} \to \mathcal{G}\) est injective si et seulement si \(g^*u : g^*\mathcal{F} \to g^*\mathcal{G}\) est injective, et cela reste vrai après tout changement de base. Nous nous sommes donc ramenés au cas où, outre les hypothèses du théorème, \(X \to S\) est un morphisme de schémas affines et \(\Gamma(X, \mathcal{F})\) est un \(\Gamma(S, \mathcal{O}_S)\)-module projectif. Ce cas résulte immédiatement du lemme 05PE.

Pour voir que \(Z\) est de présentation finie si \(\mathcal{G}\) est de présentation finie, combinons la partie (4) du lemme 05MJ avec Limites, Remarque 05LX.

Lemme

Soit \(f:X\to S\) un morphisme de schémas de présentation finie, plat et pur. Soit \(Y\) un sous-schéma fermé de \(X\). Soit \(F=f_*Y\) le foncteur de restriction de Weil de \(Y\) le long de \(f\), défini par \[F : (\Sch/S)^{opp} \to \textit{Ensembles}, \quad T \mapsto \left\{ \begin{matrix} \{*\} & \text{si} & Y_T\to X_T \text{ est un isomorphisme, }\\ \emptyset & \text{sinon.} & \end{matrix} \right.\] Alors \(F\) est représentable par une immersion fermée \(Z\to S\). De plus, \(Z\to S\) est de présentation finie si \(Y\to S\) l’est.

Démonstration

Soit \(\mathcal{I}\) le faisceau d’idéaux définissant \(Y\) dans \(X\) et soit \(u:\mathcal{O}_X\to\mathcal{O}_X/\mathcal{I}\) la surjection. Alors, pour un \(S\)-schéma \(T\), l’immersion fermée \(Y_T\to X_T\) est un isomorphisme si et seulement si \(u_T\) est un isomorphisme. Le résultat découle donc du théorème 05PF.

Platification dans le cas local

Dans cette section, nous commençons à appliquer les résultats précédents afin d’obtenir une ébauche de la stratification de platification.

Théorème

Dans la situation 05MK, supposons \(A\) hensélien, \(B\) essentiellement de type fini sur \(A\), et \(M\) un \(B\)-module fini. Il existe alors un idéal \(I \subset A\) tel que \(A/I\) coreprésente le foncteur \(F_{lf}\) sur la catégorie \(\mathcal{C}\). Autrement dit, étant donné un homomorphisme local d’anneaux locaux \(\varphi : A \to A'\), avec \(B' = B \otimes_A A'\) et \(M' = M \otimes_A A'\), les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\forall \mathfrak q \in V(\mathfrak m_{A'}B' + \mathfrak m_B B') \subset \Spec(B') : M'_{\mathfrak q}\text{ est plat sur }A'\) ;

  2. \(\varphi(I) = 0\).

Si \(B\) est essentiellement de présentation finie sur \(A\) et \(M\) de présentation finie sur \(B\), alors \(I\) est un idéal de type fini.

Démonstration

Choisissons un homomorphisme d’anneaux de type fini \(A \to C\), un \(C\)-module fini \(N\) et un idéal premier \(\mathfrak q\) de \(C\) tels que \(B = C_{\mathfrak q}\) et \(M = N_{\mathfrak q}\). Dans la suite, lorsque nous disons “le théorème vaut pour \((N/C/A, \mathfrak q)\)”, nous entendons qu’il vaut pour \((A \to B, M)\), où \(B = C_{\mathfrak q}\) et \(M = N_{\mathfrak q}\). D’après le lemme 05P5, le foncteur \(F_{lf}\) ne change pas si nous remplaçons \(B\) par un anneau local plat sur \(B\). Ainsi, puisque \(A\) est hensélien, nous pouvons appliquer le lemme 05I1 et supposer qu’il existe un dévissage complet de \(N/C/A\) en \(\mathfrak q\).

Soit \((A_i, B_i, M_i, \alpha_i, \mathfrak q_i)_{i = 1, \ldots, n}\) un tel dévissage complet de \(N/C/A\) en \(\mathfrak q\). Soit \(\mathfrak q'_i \subset A_i\) l’unique idéal premier situé au-dessus de \(\mathfrak q_i \subset B_i\), comme dans la définition 05HZ. Puisque \(C \to A_1\) est surjectif et \(N \cong M_1\) comme \(C\)-modules, nous voyons d’après le lemme 05P4 qu’il suffit de montrer que le théorème vaut pour \((M_1/A_1/A, \mathfrak q'_1)\). Puisque \(B_1 \to A_1\) est fini et que \(\mathfrak q_1\) est l’unique idéal premier de \(B_1\) au-dessus de \(\mathfrak q'_1\), nous voyons que \((A_1)_{\mathfrak q'_1} \to (B_1)_{\mathfrak q_1}\) est fini (voir Algèbre, Lemme 00EA, ou Compléments sur les morphismes, Lemme 05B8). Ainsi, d’après le lemme 05P4, il suffit de montrer que le théorème vaut pour \((M_1/B_1/A, \mathfrak q_1)\).

À ce stade, nous pouvons supposer, par récurrence sur la longueur \(n\) du dévissage, que le théorème vaut pour \((M_2/B_2/A, \mathfrak q_2)\). (Si \(n = 1\), alors \(M_2 = 0\), qui est plat sur \(A\).) En inversant les deux dernières étapes du paragraphe précédent et en utilisant \(M_2 \cong \Coker(\alpha_2)\) comme \(B_1\)-modules, nous voyons que le théorème vaut pour \((\Coker(\alpha_1)/B_1/A, \mathfrak q_1)\).

Soit \(A'\) un objet de \(\mathcal{C}\). À ce stade, nous utilisons le lemme 05I3 pour voir que si \((M_1 \otimes_A A')_{\mathfrak q'}\) est plat sur \(A'\) pour un idéal premier \(\mathfrak q'\) de \(B_1 \otimes_A A'\) situé au-dessus de \(\mathfrak m_{A'}\), alors \((\Coker(\alpha_1) \otimes_A A')_{\mathfrak q'}\) est plat sur \(A'\). Nous en concluons que \(F_{lf}\) est un sous-foncteur du foncteur \(F'_{lf}\) associé au module \(\Coker(\alpha_1)_{\mathfrak q_1}\) sur \((B_1)_{\mathfrak q_1}\). D’après le paragraphe précédent, \(F'_{lf}\) est coreprésenté par \(A/J\) pour un certain idéal \(J \subset A\). Nous pouvons donc remplacer \(A\) par \(A/J\) et supposer que \(\Coker(\alpha_1)_{\mathfrak q_1}\) est plat sur \(A\).

Puisque \(\Coker(\alpha_1)\) est un \(B_1\)-module pour lequel il existe un dévissage complet de \(N_1/B_1/A\) en \(\mathfrak q_1\) et puisque \(\Coker(\alpha_1)_{\mathfrak q_1}\) est plat sur \(A\), d’après le lemme 05I4, nous voyons que \(\Coker(\alpha_1)\) est libre comme \(A\)-module, donc en particulier plat comme \(A\)-module. Par conséquent, le lemme 05I3 implique que \(F_{lf}(A')\) est non vide si et seulement si \(\alpha \otimes 1_{A'}\) est injective. Soit \(N_1 = \Im(\alpha_1) \subset M_1\), de sorte que nous avons les suites exactes \[0 \to N_1 \to M_1 \to \Coker(\alpha_1) \to 0 \quad\text{et}\quad B_1^{\oplus r_1} \to N_1 \to 0\] La platitude de \(\Coker(\alpha_1)\) implique que la première suite est universellement exacte (voir Algèbre, Lemme 058M). Ainsi, \(\alpha \otimes 1_{A'}\) est injective si et seulement si \(B_1^{\oplus r_1} \otimes_A A' \to N_1 \otimes_A A'\) est un isomorphisme. Enfin, le théorème 05PF montre que ce foncteur est coreprésentable par \(A/I\) pour un certain idéal \(I\), et nous concluons que \(F_{lf}\) est lui aussi coreprésentable par \(A/I\).

Pour démontrer la dernière assertion, supposons que \(A \to B\) soit essentiellement de présentation finie et \(M\) de présentation finie sur \(B\). Soit \(I \subset A\) l’idéal tel que \(F_{lf}\) soit coreprésenté par \(A/I\). Écrivons \(I = \bigcup I_\lambda\), où \(I_\lambda\) parcourt les idéaux de type fini contenus dans \(I\). Comme \(F_{lf}(A/I) = \{*\}\), nous voyons alors que \(F_{lf}(A/I_\lambda) = \{*\}\) pour un certain \(\lambda\), voir la partie (2) du lemme 05MN. Cela implique clairement que \(I = I_\lambda\).

Remarque

Voici une reformulation schématique du théorème 05PG. Soit \((X, x) \to (S, s)\) un morphisme de schémas pointés qui est localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Supposons \(S\) local hensélien, de point fermé \(s\). Il existe un sous-schéma fermé \(Z \subset S\) ayant la propriété suivante : pour tout morphisme de schémas pointés \((T, t) \to (S, s)\), les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\mathcal{F}_T\) est plat sur \(T\) en tous les points de la fibre \(X_t\) qui s’envoient sur \(x \in X_s\) ;

  2. \(\Spec(\mathcal{O}_{T, t}) \to S\) se factorise par \(Z\).

De plus, si \(X \to S\) est de présentation finie en \(x\) et \(\mathcal{F}_x\) de présentation finie sur \(\mathcal{O}_{X, x}\), alors \(Z \to S\) est de présentation finie.

À ce stade, nous pouvons déduire gratuitement du résultat précédent des énoncés très généraux. Notons que le cas le plus intéressant est peut-être celui où \(E = X_s\) !

Lemme

Soit \(S\) le spectre d’un anneau local hensélien, de point fermé \(s\). Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(E \subset X_s\) une partie. Il existe un sous-schéma fermé \(Z \subset S\) ayant la propriété suivante : pour tout morphisme de schémas pointés \((T, t) \to (S, s)\), les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\mathcal{F}_T\) est plat sur \(T\) en tous les points de la fibre \(X_t\) qui s’envoient sur un point de \(E \subset X_s\) ;

  2. \(\Spec(\mathcal{O}_{T, t}) \to S\) se factorise par \(Z\).

De plus, si \(X \to S\) est localement de présentation finie, si \(\mathcal{F}\) est de présentation finie et si \(E \subset X_s\) est fermé et quasi-compact, alors \(Z \to S\) est de présentation finie.

Démonstration

Pour \(x \in X_s\), notons \(Z_x \subset S\) le sous-schéma fermé obtenu dans la remarque 05PH. Il est alors clair que \(Z = \bigcap_{x \in E} Z_x\) convient !

Pour démontrer la dernière assertion, supposons \(X\) localement de présentation finie, \(\mathcal{F}\) de présentation finie et \(Z\) fermé et quasi-compact. Choisissons d’abord un nombre fini d’ouverts affines \(W_j \subset X\) tels que \(E \subset \bigcup W_j\). Il suffit clairement de démontrer le résultat pour chaque morphisme \(W_j \to S\), muni du faisceau \(\mathcal{F}|_{X_j}\) et de la partie fermée \(E \cap W_j\). Nous pouvons donc supposer \(X\) affine. Dans ce cas, Compléments d’algèbre, Lemme 05LT, montre que le foncteur défini par (1) “commute aux limites projectives filtrantes”. Nous pouvons donc montrer que \(Z \to S\) est de présentation finie exactement comme dans la dernière partie de la démonstration du théorème 05PG.

Remarque

En remontant la démonstration du lemme 05PI jusqu’à ses origines, nous découvrons un chemin long et sinueux. Mais si nous supposons que

  1. \(f\) est de type fini ;

  2. \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module de type fini ;

  3. \(E = X_s\) ;

  4. \(S\) est le spectre d’un anneau local noethérien complet,

alors il existe une démonstration reposant entièrement sur une algèbre plus élémentaire, comme suit : nous nous ramenons d’abord au cas où \(X\) est affine en choisissant un recouvrement ouvert affine fini. Dans ce cas, \(Z\) existe d’après Compléments d’algèbre, Lemme 0528. L’étape essentielle de cette démonstration consiste à construire le sous-schéma fermé \(Z\) pas à pas à l’intérieur des troncations \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s}/\mathfrak m_s^n)\). Cela repose sur le fait que les stratifications de platification existent toujours lorsque la base est artinienne, et sur le fait que \(\mathcal{O}_{S, s} = \lim \mathcal{O}_{S, s}/\mathfrak m_s^n\).

Variantes d’un lemme

Dans cette section, nous étudions des variantes des lemmes d’Algèbre 046Y et 00ME. La version la plus générale est la proposition 05U9 ; elle est énoncée comme [GruRay, Lemme 4.2.2], mais la démonstration de loc.cit. ne donne que le résultat plus faible énoncé dans le lemme 0AT4. La démonstration délicate de la proposition 05U9 est due à Ofer Gabber. Comme nous n’avons actuellement aucune application de cette proposition, nous encourageons le lecteur à passer à la section suivante après avoir lu la démonstration du lemme 0AT4 ; ce lemme sera utilisé dans la section suivante pour démontrer le théorème 05UA.

Situation

Soit \(\varphi : A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux qui est essentiellement de type fini. Soient \(M\) un \(A\)-module plat, \(N\) un \(B\)-module fini et \(u : N \to M\) une application de \(A\)-modules telle que \(\overline{u} : N/\mathfrak m_AN \to M/\mathfrak m_AM\) soit injective.

Dans cette situation, notre but est de montrer que \(u\) est \(A\)-universellement injective, que \(N\) est de présentation finie sur \(B\) et que \(N\) est plat comme \(A\)-module. Si cela est vrai, nous dirons que le lemme vaut dans la situation donnée.

Lemme

Si, dans la situation 0AT0, l’anneau \(A\) est noethérien, alors le lemme vaut.

Démonstration

En appliquant Algèbre, Lemme 00ME, nous voyons que \(u\) est injective et que \(N/u(M)\) est plat sur \(A\). Alors \(u\) est \(A\)-universellement injective (Algèbre, Lemme 00HL) et \(N\) est \(A\)-plat (Algèbre, Lemme 00HM). Puisque \(B\) est noethérien dans ce cas, nous voyons que \(N\) est de présentation finie.

Lemme

Soit \(A_0\) un anneau local. Si le lemme vaut pour toute situation 0AT0 avec \(A = A_0\), où \(B\) est une localisation d’une algèbre de polynômes sur \(A\) et \(N\) est de présentation finie sur \(B\), alors le lemme vaut pour toute situation 0AT0 avec \(A = A_0\).

Démonstration

Soient \(A \to B\) et \(u : N \to M\) comme dans la situation 0AT0. Écrivons \(B = C/I\), où \(C\) est la localisation d’une algèbre de polynômes sur \(A\) en un idéal premier. Si nous pouvons montrer que \(N\) est de présentation finie comme \(C\)-module, cela montre a fortiori que \(N\) est de présentation finie comme \(B\)-module (voir Algèbre, Lemme 0561). Nous pouvons donc supposer que \(B\) est la localisation d’une algèbre de polynômes. Écrivons ensuite \(N = B^{\oplus n}/K\) pour un sous-module \(K \subset B^{\oplus n}\). Comme \(B/\mathfrak m_AB\) est noethérien (étant essentiellement de type fini sur un corps), il existe un nombre fini d’éléments \(k_1, \ldots, k_s \in K\) tels que, pour \(K' = \sum Bk_i\) et \(N' = B^{\oplus n}/K'\), la surjection canonique \(N' \to N\) induise un isomorphisme \(N'/\mathfrak m_AN' \cong N/\mathfrak m_AN\). Maintenant, si le lemme vaut pour la composée \(u' : N' \to M\), alors \(u'\) est injective, donc \(N' = N\) et \(u' = u\). Le lemme vaut donc pour la situation initiale.

Lemme

Si, dans la situation 0AT0, l’anneau \(A\) est hensélien, alors le lemme vaut.

Démonstration

Il suffit de le démontrer lorsque \(B\) est essentiellement de présentation finie sur \(A\) et \(N\) est de présentation finie sur \(B\), voir le lemme 0AT2. Faisons temporairement l’hypothèse supplémentaire que \(N\) est plat sur \(A\). Alors \(N\) est une colimite filtrante \(N = \colim_i F_i\) de \(A\)-modules libres \(F_i\) telle que les applications de transition \(u_{ii'} : F_i \to F_{i'}\) soient injectives modulo \(\mathfrak m_A\), voir le lemme 05U7. Chacune des composées \(u_i : F_i \to M\) est \(A\)-universellement injective d’après le lemme 05FQ ; par conséquent, \(u = \colim u_i\) est \(A\)-universellement injective, comme souhaité.

Supposons \(A\) local hensélien, \(B\) essentiellement de présentation finie sur \(A\) et \(N\) de présentation finie sur \(B\). D’après le théorème 05PG, il existe un idéal de type fini \(I \subset A\) tel que \(N/IN\) soit plat sur \(A/I\) et que \(N/I^2N\) ne soit pas plat sur \(A/I^2\), sauf si \(I = 0\). Le résultat du paragraphe précédent montre que le lemme vaut pour \(u \bmod I : N/IN \to M/IM\) sur \(A/I\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & M \otimes_A I/I^2 \ar[r] & M/I^2M \ar[r] & M/IM \ar[r] & 0 \\ & N \otimes_A I/I^2 \ar[r] \ar[u]^u & N/I^2N \ar[r] \ar[u]^u & N/IN \ar[r] \ar[u]^u & 0 }\] dont les lignes sont exactes par exactitude à droite de \(\otimes\) et parce que \(M\) est plat sur \(A\). Notons que la flèche verticale de gauche est l’application \(N/IN \otimes_{A/I} I/I^2 \to M/IM \otimes_{A/I} I/I^2\) et qu’elle est donc injective. Une chasse au diagramme montre que la flèche inférieure gauche est injective, c’est-à-dire \(\text{Tor}^1_{A/I^2}(I/I^2, M/I^2) = 0\), voir Algèbre, Remarque 00M6. Ainsi, \(N/I^2N\) est plat sur \(A/I^2\) d’après Algèbre, Lemme 051C, ce qui est une contradiction, sauf si \(I = 0\).

Le lemme suivant traite le cas particulier de la situation 0AT0 où \(M\) est muni d’une structure de \(B\)-module et \(u\) est \(B\)-linéaire. C’est le cas le plus souvent utilisé en pratique, et sa démonstration est nettement plus facile que celle du cas général.

Lemme

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux qui est essentiellement de type fini. Soit \(u : N \to M\) une application de \(B\)-modules. Si \(N\) est un \(B\)-module fini, \(M\) est plat sur \(A\) et \(\overline{u} : N/\mathfrak m_A N \to M/\mathfrak m_A M\) est injective, alors \(u\) est \(A\)-universellement injective, \(N\) est de présentation finie sur \(B\) et \(N\) est plat sur \(A\).

Démonstration

Soit \(A \to A^h\) l’hensélisé de \(A\). Soit \(B'\) la localisation de \(B \otimes_A A^h\) en l’idéal maximal \(\mathfrak m_B \otimes A^h + B \otimes \mathfrak m_{A^h}\). Comme \(B \to B'\) est plat (donc fidèlement plat, voir Algèbre, Lemme 00HR), nous pouvons remplacer \(A \to B\) par \(A^h \to B'\), le module \(M\) par \(M \otimes_B B'\), le module \(N\) par \(N \otimes_B B'\) et \(u\) par \(u \otimes \text{id}_{B'}\), voir Algèbre, Lemmes 03C4 et 0584. Nous pouvons ainsi supposer que \(A\) est un anneau local hensélien. Dans ce cas, notre lemme résulte du lemme plus général 0AT3.

Lemme

Si, dans la situation 0AT0, l’anneau \(A\) est un anneau de valuation, alors le lemme vaut.

Démonstration

Rappelons qu’un \(A\)-module est plat si et seulement s’il est sans torsion, voir Compléments d’algèbre, Lemme 0539. Soit \(T \subset N\) la \(A\)-torsion. Alors \(u(T) = 0\) et \(N/T\) est \(A\)-plat. Ainsi, \(N/T\) est de présentation finie sur \(B\), voir Compléments d’algèbre, Lemme 053E. Par conséquent, \(T\) est un \(B\)-module fini, voir Algèbre, Lemme 0519. Comme \(N/T\) est \(A\)-plat, nous voyons que \(T/\mathfrak m_A T \subset N/\mathfrak m_A N\), voir Algèbre, Lemme 00HL. Puisque \(\overline{u}\) est injective mais \(u(T) = 0\), nous concluons que \(T/\mathfrak m_A T = 0\). Ainsi, \(T = 0\) par le lemme de Nakayama, voir Algèbre, Lemme 00DV. À ce stade, nous avons démontré deux des trois assertions (\(N\) est \(A\)-plat et de présentation finie sur \(B\)) ; il reste à montrer que \(u\) est universellement injective.

D’après Algèbre, Théorème 058K, il suffit de montrer que \(N \otimes_A Q \to M \otimes_A Q\) est injective pour tout \(A\)-module de présentation finie \(Q\). D’après Compléments d’algèbre, Lemme 0ASP, nous pouvons supposer \(Q = A/(a)\), avec \(a \in \mathfrak m_A\) non nul. Il suffit donc de montrer que \(N/aN \to M/aM\) est injective. Soit \(x \in N\) tel que \(u(x) \in aM\). D’après le lemme 0ASX, nous savons que \(x\) possède un idéal de contenu \(I \subset A\). Comme \(I\) est de type fini (Compléments d’algèbre, Lemme 0ASB) et \(A\) est un anneau de valuation, nous avons \(I = (b)\) pour un certain \(b\) (par Algèbre, Lemme 090Q). D’après Compléments d’algèbre, Lemme 0ASC, l’élément \(u(x)\) a lui aussi pour idéal de contenu \(I\). Puisque \(u(x) \in aM\), nous voyons que \((b) \subset (a)\) d’après Compléments d’algèbre, Définition 0ASA. Comme \(x \in bN\), nous concluons \(x \in aN\), comme souhaité.

Considérons la situation suivante : [0AT6]\[\begin{equation} \begin{matrix} A \to B\text{ de présentation finie, }S \subset B \text{ une partie multiplicative, et }\\ N\text{ un }S^{-1}B\text{-module de présentation finie} \end{matrix} \end{equation}\] Dans cette situation, un prolongement pur est la donnée d’un ouvert affine \(U \subset \Spec(B)\) tel que \(\Spec(S^{-1}B) \subset U\) et d’un \(\mathcal{O}(U)\)-module de présentation finie \(N'\) prolongeant \(N\) tel que \(N'\) soit \(A\)-projectif et que \(N' \to N = S^{-1}N'\) soit \(A\)-universellement injective.

Dans (0AT6), si \(A \to A_1\) est un homomorphisme d’anneaux, nous pouvons effectuer un changement de base : prenons \(B_1 = B \otimes_A A_1\), soit \(S_1 \subset B_1\) l’image de \(S\), et soit \(N_1 = N \otimes_A A_1\). Cette construction convient car \(S_1^{-1}B_1 = S^{-1}B \otimes_A A_1\). Nous l’utiliserons sans autre mention dans la suite.

Lemme

Dans (0AT6), s’il existe un prolongement pur, alors

  1. les éléments de \(N\) possèdent des idéaux de contenu dans \(A\) ;

  2. si \(u : N \to M\) est un morphisme vers un \(A\)-module plat \(M\) tel que \(N/\mathfrak m N \to M/\mathfrak m M\) soit injectif pour tout idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(A\), alors \(u\) est \(A\)-universellement injectif.

Démonstration

Choisissons \(U\), \(N'\) comme dans la définition d’un prolongement pur. Tout élément \(x' \in N'\) possède un idéal de contenu dans \(A\) parce que \(N'\) est \(A\)-projectif (cela se voit facilement directement, mais résulte aussi de Compléments d’algèbre, Lemme 0ASD, et Algèbre, Exemple 059R). Puisque \(N' \to N\) est \(A\)-universellement injective, nous voyons que l’image \(x \in N\) de tout \(x' \in N'\) possède un idéal de contenu dans \(A\) (c’est le même que l’idéal de contenu de \(x'\)). Pour un élément général \(x \in N\), nous choisissons \(s \in S\) tel que \(s x\) appartienne à l’image de \(N' \to N\) et utilisons le fait que \(x\) et \(sx\) ont le même idéal de contenu.

Soit \(u : N \to M\) comme en (2). Pour montrer que \(u\) est \(A\)-universellement injective, nous pouvons remplacer \(A\) par une localisation en un idéal maximal (nous omettons ce petit détail). Supposons \(A\) local, d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Choisissons \(s \in S\) et considérons la composée \[N' \to N \xrightarrow{1/s} N \xrightarrow{u} M\] Chacune de ces applications est injective modulo \(\mathfrak m\) ; la composée est donc \(A\)-universellement injective d’après le lemme 05FQ. Puisque \(N = \colim_{s \in S} (1/s)N'\), nous concluons que \(u\) est \(A\)-universellement injective comme colimite d’applications universellement injectives.

Lemme

Dans (0AT6), pour tout \(\mathfrak p \in \Spec(A)\), il existe un idéal de type fini \(I \subset \mathfrak pA_\mathfrak p\) tel que nous ayons un prolongement pur sur \(A_\mathfrak p/I\).

Démonstration

Nous pouvons remplacer \(A\) par \(A_\mathfrak p\). Ainsi, nous pouvons supposer \(A\) local et \(\mathfrak p\) égal à l’idéal maximal \(\mathfrak m\) de \(A\). Nous pouvons écrire \(N = S^{-1}N'\) pour un \(B\)-module de présentation finie \(N'\), en chassant les dénominateurs dans une présentation de \(N\) sur \(S^{-1}B\). Puisque \(B/\mathfrak m B\) est noethérien, le noyau \(K\) de \(N'/\mathfrak m N' \to N/\mathfrak m N\) est de type fini. Nous pouvons donc choisir \(s \in S\) tel que \(K\) soit annulé par \(s\). Après avoir remplacé \(B\) par \(B_s\), ce qui est permis puisque cela revient simplement à passer à un sous-schéma ouvert affine de \(\Spec(B)\), nous constatons que les éléments de \(S\) agissent injectivement sur \(N'/\mathfrak m N'\). Nous choisissons alors un sous-anneau local \(A_0 \subset A\) essentiellement de type fini sur \(\mathbf{Z}\), un homomorphisme d’anneaux de type fini \(A_0 \to B_0\) tel que \(B = A \otimes_{A_0} B_0\), et un \(B_0\)-module fini \(N'_0\) tel que \(N' = B \otimes_{B_0} N'_0 = A \otimes_{A_0} N'_0\). Nous affirmons que \(I = \mathfrak m_{A_0} A\) convient. En effet, nous avons \[N'/IN' = N'_0/\mathfrak m_{A_0} N'_0 \otimes_{\kappa_{A_0}} A/I\] qui est libre sur \(A/I\). La multiplication par les éléments de \(S\) est injective après passage au quotient par l’idéal maximal ; par conséquent, \(N'/IN' \to N/IN\) est universellement injective, par exemple d’après le lemme 05FR.

Lemme

Dans (0AT6), supposons que \(N\) soit \(A\)-plat, que \(M\) soit un \(A\)-module plat, et que \(u : N \to M\) soit un homomorphisme de \(A\)-modules tel que \(u \otimes \text{id}_{\kappa(\mathfrak p)}\) soit injectif pour tout \(\mathfrak p \in \Spec(A)\). Alors \(u\) est \(A\)-universellement injectif.

Démonstration

D’après Algèbre, Lemme 0AS5, il suffit de vérifier que \(N/IN \to M/IM\) est injectif pour tout idéal \(I \subset A\). Après avoir remplacé \(A\) par \(A/I\), nous voyons qu’il suffit de démontrer que \(u\) est injectif.

Démonstration de l’injectivité de \(u\). Soit \(x \in N\) un élément non nul du noyau de \(u\). Il existe alors un idéal premier faiblement associé \(\mathfrak p\) au module \(Ax\) ; voir Algèbre, Lemme 0588. En remplaçant \(A\) par \(A_\mathfrak p\), nous pouvons supposer que \(A\) est local et nous trouvons un élément non nul \(y \in Ax\) dont l’annulateur a pour radical \(\mathfrak m_A\) ; voir Algèbre, Lemme 0566. Ainsi, \(\text{Supp}(y) \subset \Spec(S^{-1}B)\) est non vide et contenu dans la fibre fermée de \(\Spec(S^{-1}B) \to \Spec(A)\). Soit \(I \subset \mathfrak m_A\) un idéal de type fini tel que nous ayons un prolongement pur sur \(A/I\) ; voir le lemme 0AT8. Alors \(I^n y = 0\) pour un certain \(n\). Or, \(y \in \text{Ann}_M(I^n) = \text{Ann}_A(I^n) \otimes_R N\) par platitude. Ainsi, pour obtenir la contradiction souhaitée, il suffit de montrer que \[\text{Ann}_A(I^n) \otimes_R N \longrightarrow \text{Ann}_A(I^n) \otimes_R M\] est injectif. Puisque \(N\) et \(M\) sont plats et que \(\text{Ann}_A(I^n)\) est annulé par \(I^n\), il suffit de montrer que \(Q \otimes_A N \to Q \otimes_A M\) est injectif pour tout \(A\)-module \(Q\) annulé par \(I\). Cela découle de notre choix de \(I\) et du lemme 0AT7, partie (2).

Lemme

Soit \(A\) un anneau intègre local qui n’est pas un corps. Soit \(S\) un ensemble d’idéaux de type fini de \(A\). Supposons que \(S\) soit stable par produits et que \(\bigcup_{I \in S} V(I)\) soit le complémentaire du point générique de \(\Spec(A)\). Alors \(\bigcap_{I \in S} I = (0)\).

Démonstration

Puisque \(\mathfrak m_A \subset A\) n’est pas le point générique de \(\Spec(A)\), nous voyons que \(I \subset \mathfrak m_A\) pour au moins un \(I \in S\). Par conséquent, \(\bigcap_{I \in S} I \subset \mathfrak m_A\). Soit \(f \in \mathfrak m_A\) non nul. Alors \(V(f) \subset \bigcup_{I \in S} V(I)\). Comme la topologie constructible sur \(V(f)\) est quasi-compacte (Topologie, Lemme 0901 et Algèbre, Lemme 090M), nous trouvons que \(V(f) \subset V(I_1) \cup \ldots \cup V(I_n)\) pour certains \(I_j \in S\). Comme \(I_1 \ldots I_n \in S\), nous voyons que \(V(f) \subset V(I)\) pour un certain \(I\). Puisque \(I\) est de type fini, cela implique que \(I^m \subset (f)\) pour un certain \(m\) et, puisque \(S\) est stable par produits, nous voyons que \(I \subset (f^2)\) pour un certain \(I \in S\). Il est alors impossible que \(f \in I\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau local. Soient \(I, J \subset A\) des idéaux. Si \(J\) est de type fini et \(I \subset J^n\) pour tout \(n \geq 1\), alors \(V(I)\) contient les points fermés de \(\Spec(A) \setminus V(J)\).

Démonstration

Soit \(\mathfrak p \subset A\) un point fermé de \(\Spec(A) \setminus V(J)\). Nous voulons montrer que \(I \subset \mathfrak p\). Sinon, un certain \(f \in I\) s’envoie sur un élément non nul de \(A/\mathfrak p\). Remarquons que \(V(J) \cap \Spec(A/\mathfrak p)\) est l’ensemble des points non génériques. Le lemme 0ATA, appliqué à la famille d’idéaux \(J^nA/\mathfrak p\), entraîne donc que l’image de \(f\) est nulle dans \(A/\mathfrak p\).

Lemme

Soit \(A\) un anneau local. Soit \(I \subset A\) un idéal. Soit \(U \subset \Spec(A)\) un ouvert quasi-compact. Soit \(M\) un \(A\)-module. Supposons que

  1. \(M/IM\) soit plat sur \(A/I\),

  2. \(M\) soit plat sur \(U\).

Alors \(M/I_2M\) est plat sur \(A/I_2\), où \(I_2 = \Ker(I \to \Gamma(U, I/I^2))\).

Démonstration

Il suffit de montrer que \(M \otimes_A I/I_2 \to IM/I_2M\) est injectif ; voir Algèbre, Lemme 0AS8. C’est vrai sur \(U\) par l’hypothèse (2). Il suffit donc de montrer que \(M \otimes_A I/I_2\) s’injecte dans ses sections sur \(U\). Nous avons \(M \otimes_A I/I_2 = M/IM \otimes_A I/I_2\) et \(M/IM\) est une colimite filtrante de \(A/I\)-modules libres finis (Algèbre, Théorème 058G). Il suffit donc de montrer que \(I/I_2\) s’injecte dans ses sections sur \(U\), ce qui résulte de la construction de \(I_2\).

Proposition

Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d’anneaux locaux qui est essentiellement de type fini. Soient \(M\) un \(A\)-module plat, \(N\) un \(B\)-module fini et \(u : N \to M\) un homomorphisme de \(A\)-modules tel que \(\overline{u} : N/\mathfrak m_AN \to M/\mathfrak m_AM\) soit injectif. Alors \(u\) est \(A\)-universellement injectif, \(N\) est de présentation finie sur \(B\), et \(N\) est plat sur \(A\).

Démonstration

Nous pouvons supposer que \(B\) est la localisation d’une \(A\)-algèbre de présentation finie \(B_0\) et que \(N\) est la localisation d’un \(B_0\)-module de présentation finie \(M_0\) ; voir le lemme 0AT2. D’après Compléments sur les morphismes, Lemme 0ASY, il existe une « stratification de platitude générique » pour \(\widetilde{M_0}\) sur \(\Spec(B_0)\) au-dessus de \(\Spec(A)\). En revenant à \(N\), nous obtenons une suite de sous-schémas fermés \[S = \Spec(A) \supset S_0 \supset S_1 \supset \ldots \supset S_t = \emptyset\] où \(S_i \subset S\) est défini par un idéal de type fini de \(A\) et telle que l’image inverse de \(\widetilde{N}\) sur \(\Spec(B) \times_S (S_i \setminus S_{i + 1})\) soit plate sur \(S_i \setminus S_{i + 1}\). Nous allons démontrer la proposition par récurrence sur \(t\) (le cas initial \(t = 1\) sera démontré en même temps que les autres étapes). Soit \(\Spec(A/J_i)\) l’adhérence schématique de \(S_i \setminus S_{i + 1}\).

Assertion 1. \(N/J_iN\) est plat sur \(A/J_i\). C’est immédiat pour \(i = t - 1\) et cela résulte de l’hypothèse de récurrence pour \(i > 0\). Nous pouvons donc supposer \(t > 1\), \(S_{t - 1} \not = \emptyset\), et \(J_0 = 0\), et nous devons démontrer que \(N\) est plat. Soit \(J \subset A\) l’idéal définissant \(S_1\). En raisonnant de nouveau par récurrence sur \(t\), nous avons aussi la platitude modulo les puissances de \(J\). Soit \(A^h\) l’hensélisé de \(A\) et soit \(B'\) la localisation de \(B \otimes_A A^h\) en l’idéal maximal \(\mathfrak m_B \otimes A^h + B \otimes \mathfrak m_{A^h}\). Alors \(B \to B'\) est fidèlement plat. Posons \(N' = N \otimes_B B'\). Remarquons que \(N'\) est \(A^h\)-plat si et seulement si \(N\) est \(A\)-plat. D’après le théorème 05PG, il existe un plus petit idéal \(I \subset A^h\) tel que \(N'/IN'\) soit plat sur \(A^h/I\), et \(I\) est de type fini. D’après ce qui précède, \(I \subset J^nA^h\) pour tout \(n \geq 1\). Soit \(S_i^h \subset \Spec(A^h)\) l’image inverse de \(S_i \subset \Spec(A)\). D’après le lemme 0ATB, nous voyons que \(V(I)\) contient les points fermés de \(U = \Spec(A^h) - S_1^h\). Par construction, \(N'\) est \(A^h\)-plat sur \(U\). D’après le lemme 0ATC, nous voyons que \(N'/I_2N'\) est plat sur \(A/I_2\), où \(I_2 = \Ker(I \to \Gamma(U, I/I^2))\). Ainsi \(I = I_2\) par minimalité de \(I\). Cela implique que \(I = I^2\) localement sur \(U\), c’est-à-dire que nous avons \(I\mathcal{O}_{U, u} = (0)\) ou \(I\mathcal{O}_{U, u} = (1)\) pour tout \(u \in U\). Comme \(V(I)\) contient les points fermés de \(U\), nous voyons que \(I = 0\) sur \(U\). Puisque \(U \subset \Spec(A^h)\) est schématiquement dense (parce que nous avons remplacé \(A\) par \(A/J_0\) au début de ce paragraphe), nous voyons que \(I = 0\). Ainsi \(N'\) est \(A^h\)-plat et, par conséquent, l’assertion 1 est vraie.

Revenons à la situation décrite avant l’assertion 1. Avec \(A^h\) l’hensélisé de \(A\), avec \(B'\) la localisation de \(B \otimes_A A^h\) en l’idéal maximal \(\mathfrak m_B \otimes A^h + B \otimes \mathfrak m_{A^h}\), et avec \(N' = N \otimes_B B'\), nous voyons maintenant que l’idéal de platification \(I \subset A^h\) du théorème 05PG est nilpotent. Si \(nil(A^h)\) désigne l’idéal des éléments nilpotents, alors \(nil(A^h) = nil(A) A^h\) (Compléments d’algèbre, Lemme 0ASE). Il existe donc un idéal de type fini nilpotent \(I_0 \subset A\) tel que \(N/I_0N\) soit plat sur \(A/I_0\).

Assertion 2. Pour tout idéal premier \(\mathfrak p \subset A\), l’application \(\kappa(\mathfrak p) \otimes_A N \to \kappa(\mathfrak p) \otimes_A M\) est injective. Nous disons que \(\mathfrak p\) est mauvais si cela est faux. Supposons que \(C\) soit une chaîne non vide de premiers mauvais et posons \(\mathfrak p^* = \bigcup_{\mathfrak p \in C} \mathfrak p\). D’après le lemme 0AT8, il existe un idéal de type fini \(\mathfrak a \subset \mathfrak p^*A_{\mathfrak p^*}\) tel qu’il existe un prolongement pur sur \(V(\mathfrak a)\). Si \(\mathfrak p^*\) était bon, il résulterait du lemme 0AT7 que les points de \(V(\mathfrak a)\) sont bons. Cependant, comme \(\mathfrak a\) est de type fini et que \(\mathfrak p^*A_{\mathfrak p^*} = \bigcup_{\mathfrak p \in C}A_{\mathfrak p^*}\), nous voyons que \(V(\mathfrak a)\) contient un \(\mathfrak p \in C\), contradiction. Ainsi \(\mathfrak p^*\) est mauvais. D’après le lemme de Zorn, s’il existe un premier mauvais, il en existe un maximal, disons \(\mathfrak p\). Autrement dit, nous pouvons supposer que tout \(\mathfrak p' \supset \mathfrak p\), \(\mathfrak p' \not = \mathfrak p\), est bon. Dans ce cas, nous voyons que, pour tout \(f \in A\), \(f \not \in \mathfrak p\), l’application \(u \otimes \text{id}_{A/(\mathfrak p + f)}\) est universellement injective ; voir le lemme 0AT9. Il suffit donc de montrer que \(N/\mathfrak p N\) est séparé pour la topologie définie par les sous-modules \(f(N/\mathfrak pN)\). Puisque \(B \to B'\) est fidèlement plat, il suffit de démontrer le même énoncé pour le module \(N'/\mathfrak p N'\). D’après le lemme 05U7 et Compléments d’algèbre, Lemme 0ASD, les éléments de \(N'/\mathfrak pN'\) possèdent des idéaux de contenu dans \(A^h/\mathfrak pA^h\). Il suffit donc de montrer que \(\bigcap_{f \in A, f \not \in \mathfrak p} f(A^h/\mathfrak p A^h) = 0\). Il suffit ensuite de montrer la même chose pour \(A^h/\mathfrak q A^h\) pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset A^h\) minimal au-dessus de \(\mathfrak p A^h\). Comme \(A \to A^h\) est l’hensélisation, tout \(\mathfrak q\) se contracte en \(\mathfrak p\) et tout \(\mathfrak q' \supset \mathfrak q\), \(\mathfrak q' \not = \mathfrak q\), se contracte en un idéal premier \(\mathfrak p'\) contenant strictement \(\mathfrak p\). L’annulation des intersections découle donc du lemme 0ATA.

Nous pouvons maintenant tout rassembler. En effet, en utilisant les assertions 1 et 2, nous voyons que \(N/I_0 N \to M/I_0M\) est \(A/I_0\)-universellement injectif d’après le lemme 0AT9. Alors les diagrammes \[\xymatrix{ N \otimes_A (I_0^n/I_0^{n + 1}) \ar[r] \ar[d] & M \otimes_A (I_0^n/I_0^{n + 1}) \ar@{=}[d] \\ I_0^n N /I_0^{n + 1} N \ar[r] & I_0^n M /I_0^{n + 1} M }\] montrent que les flèches verticales de gauche sont injectives. Ainsi, d’après Algèbre, Lemme 0AS8, nous voyons que \(N\) est plat. De manière analogue, l’injectivité universelle de \(u\) peut être ramenée (même sans démontrer d’abord la platitude de \(N\)) à celle modulo \(I_0\). Ceci achève la démonstration.

Modules plats de type fini, III

Le résultat suivant est l’un des résultats principaux de ce chapitre.

Théorème

Soit \(f : X \to S\) localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Soit \(x \in X\) d’image \(s \in S\). Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\mathcal{F}\) est plat en \(x\) sur \(S\) ;

  2. pour tout \(x' \in \text{Ass}_{X_s}(\mathcal{F}_s)\) qui se spécialise en \(x\), le module \(\mathcal{F}\) est plat en \(x'\) sur \(S\).

Démonstration

Il est clair que (1) implique (2), puisque \(\mathcal{F}_{x'}\) est une localisation de \(\mathcal{F}_x\) pour tout point qui se spécialise en \(x\). Posons \(A = \mathcal{O}_{S, s}\), \(B = \mathcal{O}_{X, x}\) et \(N = \mathcal{F}_x\). Soit \(\Sigma \subset B\) la partie multiplicative de \(B\) formée des éléments qui agissent comme non-diviseurs de zéro sur \(N/\mathfrak m_AN\). L’hypothèse (2) implique que \(\Sigma^{-1}N\) est \(A\)-plat d’après la description de \(\Spec(\Sigma^{-1}N)\) donnée dans le lemme 05DE. D’autre part, l’application \(N \to \Sigma^{-1}N\) est injective modulo \(\mathfrak m_A\) par construction. En appliquant donc le lemme 0AT4, nous concluons.

Nous appliquons maintenant directement ce résultat afin d’obtenir les résultats utiles suivants.

Lemme

Soit \(S\) un schéma local de point fermé \(s\). Soit \(f : X \to S\) localement de type fini. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de type fini. Supposons que

  1. tout point de \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) se spécialise en un point de la fibre fermée \(X_s\)3,

  2. \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) en tout point de \(X_s\).

Alors \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\).

Démonstration

Cela résulte immédiatement du fait qu’il suffit de vérifier la platitude aux points de l’assassin relatif de \(\mathcal{F}\) sur \(S\), d’après le théorème 05UA.

Platificateur universel

Si \(f : X \to S\) est un morphisme propre de présentation finie de schémas, alors on peut trouver un platificateur universel de \(f\). Dans cette section, nous étudions ce résultat ainsi que certaines de ses variantes.

Lemme

Dans la situation 05MP. Pour chaque \(p \geq 0\), le foncteur \(H_p\) (05MR) est représentable par une immersion localement fermée \(S_p \to S\). Si \(\mathcal{F}\) est de présentation finie, alors \(S_p \to S\) est de présentation finie.

Démonstration

Pour chaque \(S\), nous allons démontrer simultanément l’énoncé pour tout \(p \geq 0\). Le foncteur \(H_p\) est un faisceau pour la topologie fppf d’après le lemme 05MS. En combinant donc Descente, Lemme 02W5, Compléments sur les morphismes, Lemme 02W8 , et Descente, Lemme 02YM, nous voyons que la question est locale pour la topologie étale sur \(S\). En particulier, la question est locale pour la topologie de Zariski sur \(S\).

Pour \(s \in S\), notons \(\xi_s\) l’unique point générique de la fibre \(X_s\). Remarquons que, pour tout \(s \in S\), la restriction \(\mathcal{F}_s\) de \(\mathcal{F}\) est localement libre d’un certain rang \(p(s) \geq 0\) dans un voisinage de \(\xi_s\). (Comme \(X_s\) est irréductible et lisse, cela résulte de la platitude générique de \(\mathcal{F}_s\) sur \(X_s\) ; voir Algèbre, Lemme 051R, bien que ce soit excessif.) Pour référence ultérieure, remarquons que \[p(s) = \dim_{\kappa(\xi_s)}( \mathcal{F}_{\xi_s} \otimes_{\mathcal{O}_{X, \xi_s}} \kappa(\xi_s) ).\] En particulier, \(H_{p(s)}(s)\) est non vide et \(H_q(s)\) est vide si \(q \not = p(s)\).

Soit \(U \subset X\) un sous-schéma ouvert. Comme \(f : X \to S\) est lisse, il est ouvert. Il résulte immédiatement de (05MR) que le foncteur \(H_p\) pour la paire \((f|_U : U \to f(U), \mathcal{F}|_U)\) et le foncteur \(H_p\) pour la paire \((f|_{f^{-1}(f(U))}, \mathcal{F}|_{f^{-1}(f(U))})\) sont les mêmes. Ainsi, pour démontrer l’existence de \(S_p\) sur \(f(U)\), nous pouvons toujours remplacer \(X\) par \(U\).

Choisissons \(s \in S\). Il existe un voisinage ouvert affine \(U\) de \(\xi_s\) tel que \(\mathcal{F}|_U\) puisse être engendré par au plus \(p(s)\) éléments. D’après les arguments précédents, pour démontrer l’énoncé concernant \(H_{p(s)}\) dans un voisinage de \(s\), nous pouvons supposer que \(\mathcal{F}\) est engendré par \(p(s)\) éléments, c’est-à-dire qu’il existe une surjection \[u : \mathcal{O}_X^{\oplus p(s)} \longrightarrow \mathcal{F}\] Dans ce cas, il est clair que \(H_{p(s)}\) est égal à \(F_{iso}\) (05MI) pour l’application \(u\) (cela résulte immédiatement du lemme 05L8, mais aussi du lemme 05IA, après avoir encore un peu rétréci de sorte que \(S\) et \(X\) soient tous deux affines.) Nous pouvons donc appliquer le théorème 05PF pour voir que \(H_{p(s)}\) est représentable par une immersion fermée dans un voisinage de \(s\).

Le résultat découle formellement de ce qui précède. En effet, les arguments ci-dessus montrent que, localement sur \(S\), la fonction \(s \mapsto p(s)\) est bornée. Nous pouvons donc raisonner par récurrence sur \(p = \max_{s \in S} p(s)\). Le foncteur \(H_p\) est représentable par une immersion fermée \(S_p \to S\) d’après ce qui précède. Remplaçons \(S\) par \(S \setminus S_p\), ce qui diminue le maximum d’au moins un, et nous concluons par l’hypothèse de récurrence.

Supposons que \(\mathcal{F}\) soit de présentation finie. Alors \(S_p \to S\) est localement de présentation finie d’après le lemme 05MS, partie (2), combiné à Limites, Remarque 05LX. Nous reprenons alors l’argument de récurrence du paragraphe précédent pour voir que chaque \(S_p\) est quasi-compact lorsque \(S\) est affine : d’abord, si \(p = \max_{s \in S} p(s)\), alors \(S_p \subset S\) est fermé (voir ci-dessus), donc quasi-compact. Ensuite, \(U = S \setminus S_p\) est un ouvert quasi-compact de \(S\), car \(S_p \to S\) est une immersion fermée de présentation finie (voir par exemple la discussion dans Morphismes, section 054H). Puis \(S_{p - 1} \to U\) est une immersion fermée de présentation finie, de sorte que \(S_{p - 1}\) est quasi-compact et \(U' = S \setminus (S_p \cup S_{p - 1})\) est quasi-compact. Et ainsi de suite.

Lemme

Dans la situation 05MT. Soit \(h : X' \to X\) un morphisme étale. Posons \(\mathcal{F}' = h^*\mathcal{F}\) et \(f' = f \circ h\). Soit \(F_n'\) le foncteur (05MU) associé à \((f' : X' \to S, \mathcal{F}')\). Alors \(F_n\) est un sous-foncteur de \(F_n'\) et, si \(h(X') \supset \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\), alors \(F_n = F'_n\).

Démonstration

Soit \(T \to S\) un morphisme quelconque. Alors \(h_T : X'_T \to X_T\) est étale comme changement de base du morphisme étale \(g\). Pour \(t \in T\), notons \(Z \subset X_t\) l’ensemble des points où \(\mathcal{F}_T\) n’est pas plat sur \(T\), et notons de même \(Z' \subset X'_t\) l’ensemble des points où \(\mathcal{F}'_T\) n’est pas plat sur \(T\). Comme \(\mathcal{F}'_T = h_T^*\mathcal{F}_T\), nous voyons que \(Z' = h_t^{-1}(Z)\) ; voir Morphismes, Lemme 02JZ. Ainsi, \(Z' \to Z\) est un morphisme étale, donc \(\dim(Z') \leq \dim(Z)\) (par exemple d’après Descente, Lemme 04N4, ou simplement parce qu’un morphisme étale est lisse de dimension relative \(0\)). Cela implique que \(F_n \subset F_n'\).

Enfin, supposons que \(h(X') \supset \text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) et que \(T \to S\) soit un morphisme tel que \(F_n'(T)\) soit non vide, c’est-à-dire tel que \(\mathcal{F}'_T\) soit plat en dimensions \(\geq n\) sur \(T\). Choisissons un point \(t \in T\) et soient \(Z \subset X_t\) et \(Z' \subset X'_t\) comme ci-dessus. Pour obtenir une contradiction, supposons que \(\dim(Z) \geq n\). Choisissons un point générique \(\xi \in Z\) correspondant à une composante de dimension \(\geq n\). Soit \(x \in \text{Ass}_{X_t}(\mathcal{F}_t)\) une généralisation de \(\xi\). Alors \(x\) s’envoie sur un point de \(\text{Ass}_{X/S}(\mathcal{F})\) d’après Diviseurs, Lemme 05DC et Remarque 05KL. Nous voyons donc que \(x\) appartient à l’image de \(h_T\), disons \(x = h_T(x')\) pour un certain \(x' \in X'_T\). Mais \(x' \not \in Z'\) puisque \(x \leadsto \xi\) et \(\dim(Z') < n\). Ainsi \(\mathcal{F}'_T\) est plat sur \(T\) en \(x'\), ce qui implique que \(\mathcal{F}_T\) est plat en \(x\) sur \(T\) (d’après Morphismes, Lemme 02JZ). Comme cela vaut pour tout \(x\) de cette forme, nous concluons que \(\mathcal{F}_T\) est plat sur \(T\) en \(\xi\) d’après le théorème 05UA, ce qui est la contradiction souhaitée.

Lemme

Supposons que \(X \to S\) soit un morphisme lisse de schémas affines à fibres géométriquement irréductibles de dimension \(d\) et que \(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent de présentation finie. Alors \(F_d = \coprod_{p = 0, \ldots, c} H_p\) pour un certain \(c \geq 0\), où \(F_d\) est comme dans (05MU) et \(H_p\) comme dans (05MR).

Démonstration

Comme \(X\) est affine et \(\mathcal{F}\) est quasi-cohérent de présentation finie, nous savons que \(\mathcal{F}\) peut être engendré par \(c \geq 0\) éléments. Alors \(\dim_{\kappa(x)}(\mathcal{F}_x \otimes \kappa(x))\) en tout point \(x \in X\) ne dépasse jamais \(c\). En particulier, \(H_p = \emptyset\) pour \(p > c\). De plus, remarquons qu’il existe certainement une inclusion \(\coprod H_p \to F_d\). Cela étant dit, le contenu du lemme est que, si un changement de base \(\mathcal{F}_T\) est plat en dimensions \(\geq d\) sur \(T\) et si \(t \in T\), alors \(\mathcal{F}_T\) est libre d’un certain rang \(r\) dans un voisinage ouvert \(U \subset X_T\) de l’unique point générique \(\xi\) de \(X_t\). En effet, \(H_r\) contient alors l’image de \(U\), qui est un voisinage ouvert de \(t\). L’existence de \(U\) résulte de Compléments sur les morphismes, Lemme 080Q.

Lemme

Dans la situation 05MT. Soient \(s \in S\) et \(d \geq 0\). Supposons que

  1. il existe un dévissage complet de \(\mathcal{F}/X/S\) au-dessus d’un certain point \(s \in S\),

  2. \(X\) soit de présentation finie sur \(S\),

  3. \(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie, et

  4. \(\mathcal{F}\) soit plat en dimensions \(\geq d + 1\) sur \(S\).

Alors, après avoir éventuellement remplacé \(S\) par un voisinage ouvert de \(s\), le foncteur \(F_d\) (05MU) est représentable par un monomorphisme \(Z_d \to S\) de présentation finie.

Démonstration

Une remarque préliminaire est que \(X\) et \(S\) sont des schémas affines et qu’il suffit de démontrer que \(F_d\) est représentable par un monomorphisme de présentation finie \(Z_d \to S\) dans la catégorie des schémas affines sur \(S\). (Bien entendu, nous n’exigeons pas que \(Z_d\) soit affine.) Ainsi, tout au long de la démonstration du lemme, nous travaillons dans la catégorie des schémas affines sur \(S\).

Soit \((Z_k, Y_k, i_k, \pi_k, \mathcal{G}_k, \alpha_k)_{k = 1, \ldots, n}\) un dévissage complet de \(\mathcal{F}/X/S\) au-dessus de \(s\) ; voir la définition 05HH. Nous allons raisonner par récurrence sur la longueur \(n\) du dévissage. Rappelons que \(Y_k \to S\) est lisse à fibres géométriquement irréductibles ; voir la définition 05H4. Soit \(d_k\) la dimension relative de \(Y_k\) sur \(S\). Rappelons que \(i_{k, *}\mathcal{G}_k = \Coker(\alpha_k)\) et que \(i_k\) est une immersion fermée. D’après les définitions citées ci-dessus, nous avons \(d_1 = \dim(\text{Supp}(\mathcal{F}_s))\) et \[d_k = \dim(\text{Supp}(\Coker(\alpha_{k - 1})_s)) = \dim(\text{Supp}(\mathcal{G}_{k, s}))\] pour \(k = 2, \ldots, n\). Il s’ensuit que \(d_1 > d_2 > \ldots > d_n \geq 0\) parce que \(\alpha_k\) est un isomorphisme au point générique de \((Y_k)_s\).

Remarquons que \(i_1\) est une immersion fermée et que \(\mathcal{F} = i_{1, *}\mathcal{G}_1\). Ainsi, pour tout morphisme de schémas \(T \to S\) avec \(T\) affine, nous avons \(\mathcal{F}_T = i_{1, T, *}\mathcal{G}_{1, T}\) et \(i_{1, T}\) est encore une immersion fermée de schémas sur \(T\). Ainsi, \(\mathcal{F}_T\) est plat en dimensions \(\geq d\) sur \(T\) si et seulement si \(\mathcal{G}_{1, T}\) est plat en dimensions \(\geq d\) sur \(T\). Comme \(\pi_1 : Z_1 \to Y_1\) est fini, nous voyons de même que \(\mathcal{G}_{1, T}\) est plat en dimensions \(\geq d\) sur \(T\) si et seulement si \(\pi_{1, T, *}\mathcal{G}_{1, T}\) est plat en dimensions \(\geq d\) sur \(T\). Les mêmes arguments s’appliquent à « plat en dimensions \(\geq d + 1\) » et nous concluons en particulier que \(\pi_{1, *}\mathcal{G}_1\) est plat sur \(S\) en dimensions \(\geq d + 1\) d’après notre hypothèse sur \(\mathcal{F}\).

Supposons que \(d_1 > d\). Il résulte de la discussion précédente qu’en particulier \(\pi_{1, *}\mathcal{G}_1\) est plat sur \(S\) au point générique de \((Y_1)_s\). D’après le lemme 05IA, nous pouvons remplacer \(S\) par un voisinage affine de \(s\) et supposer que \(\alpha_1\) est \(S\)-universellement injectif. Puisque \(\alpha_1\) est \(S\)-universellement injectif, pour tout morphisme \(T \to S\) avec \(T\) affine, nous avons une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{O}_{Y_{1, T}}^{\oplus r_1} \to \pi_{1, T, *}\mathcal{G}_{1, T} \to \Coker(\alpha_1)_T \to 0\] et la première flèche reste \(T\)-universellement injective. Ainsi, l’ensemble des points de \((Y_1)_T\) où \(\pi_{1, T, *}\mathcal{G}_{1, T}\) est plat sur \(T\) est le même que l’ensemble des points de \((Y_1)_T\) où \(\Coker(\alpha_1)_T\) est plat sur \(S\). De cette manière, la question se ramène au faisceau \(\Coker(\alpha_1)\), qui possède un dévissage complet de longueur \(n - 1\), et nous concluons par récurrence.

Si \(d_1 < d\), alors \(F_d\) est représenté par \(S\) et nous concluons.

Le dernier cas est celui où \(d_1 = d\). Ce cas résulte d’une combinaison du lemme 05UE et du lemme 05UC.

Théorème

Dans la situation 05MT. Supposons en outre que \(f\) soit de présentation finie, que \(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie, et que \(\mathcal{F}\) soit pur relativement à \(S\). Alors \(F_n\) est représentable par un monomorphisme \(Z_n \to S\) de présentation finie.

Démonstration

Le foncteur \(F_n\) est un faisceau pour la topologie fppf d’après le lemme 05MV. Observons qu’un monomorphisme de présentation finie est séparé et quasi-fini (Morphismes, Lemme 0CT8). En combinant donc Descente, Lemme 02W5, Compléments sur les morphismes, Lemme 02W8 , et Descente, Lemmes 02YK et 02L0, nous voyons que la question est locale pour la topologie étale sur \(S\).

En particulier, la situation est locale pour la topologie de Zariski sur \(S\) et nous pouvons supposer que \(S\) est affine. Dans ce cas, la dimension des fibres de \(f\) est majorée ; nous voyons donc que \(F_n\) est représentable pour \(n\) assez grand. Nous pouvons ainsi raisonner par récurrence descendante sur \(n\). Supposons que nous sachions que \(F_{n + 1}\) est représentable par un monomorphisme \(Z_{n + 1} \to S\) de présentation finie. Considérons le changement de base \(X_{n + 1} = Z_{n + 1} \times_S X\) et l’image inverse \(\mathcal{F}_{n + 1}\) de \(\mathcal{F}\) sur \(X_{n + 1}\). Le morphisme \(Z_{n + 1} \to S\) est quasi-fini, puisqu’il s’agit d’un monomorphisme de présentation finie ; le lemme 05J7 implique donc que \(\mathcal{F}_{n + 1}\) est pur relativement à \(Z_{n + 1}\). Puisque \(F_n\) est un sous-foncteur de \(F_{n + 1}\), nous concluons que, pour démontrer le résultat pour \(F_n\), il suffit de le démontrer pour le foncteur correspondant à la situation \(\mathcal{F}_{n + 1}/X_{n + 1}/Z_{n + 1}\). Nous nous ramenons ainsi à démontrer le résultat pour \(F_n\) dans le cas où \(S_{n + 1} = S\), c’est-à-dire que nous pouvons supposer que \(\mathcal{F}\) est plat en dimensions \(\geq n + 1\) sur \(S\).

Fixons \(n\) et supposons que \(\mathcal{F}\) soit plat en dimensions \(\geq n + 1\) sur \(S\). Pour achever la démonstration, nous devons montrer que \(F_n\) est représentable par un monomorphisme \(Z_n \to S\) de présentation finie. Puisque la question est locale pour la topologie étale sur \(S\), il suffit de montrer que, pour tout \(s \in S\), il existe un voisinage étale élémentaire \((S', s') \to (S, s)\) tel que le résultat soit vrai après changement de base à \(S'\). Ainsi, d’après le lemme 05HU, nous pouvons supposer qu’il existe des morphismes étales \(h_j : Y_j \to X\), \(j = 1, \ldots, m\), tels que, pour chaque \(j\), il existe un dévissage complet de \(\mathcal{F}_j/Y_j/S\) au-dessus de \(s\), où \(\mathcal{F}_j\) est l’image inverse de \(\mathcal{F}\) sur \(Y_j\), et tels que \(X_s \subset \bigcup h_j(Y_j)\). Remarquons que, d’après le lemme 05UD, les faisceaux \(\mathcal{F}_j\) sont encore plats en dimensions \(\geq n + 1\) sur \(S\). Posons \(W = \bigcup h_j(Y_j)\), qui est un ouvert quasi-compact de \(X\). Comme \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_s\), nous voyons que \[E = \{t \in S \mid \text{Ass}_{X_t}(\mathcal{F}_t) \subset W \}.\] contient toutes les généralisations de \(s\). D’après Compléments sur les morphismes, Lemme 05KR, \(E\) est une partie constructible de \(S\). Nous avons vu que \(\Spec(\mathcal{O}_{S, s}) \subset E\). D’après Morphismes, Lemme 05LW, nous voyons que \(E\) contient un voisinage ouvert de \(s\). Ainsi, après avoir rétréci \(S\), nous pouvons supposer que \(E = S\). Il résulte du lemme 05UD qu’il suffit de démontrer le lemme pour le foncteur \(F_n\) associé à \(X = \coprod Y_j\) et \(\mathcal{F} = \coprod \mathcal{F}_j\). Si \(F_{j, n}\) désigne le foncteur pour \(Y_j \to S\) et le faisceau \(\mathcal{F}_i\), nous voyons que \(F_n = \prod F_{j, n}\). Il suffit donc de démontrer que chaque \(F_{j, n}\) est représentable par un monomorphisme \(Z_{j, n} \to S\) de présentation finie, puisque alors \[Z_n = Z_{1, n} \times_S \ldots \times_S Z_{m, n}\] Nous avons ainsi ramené le théorème au cas particulier traité dans le lemme 05UF.

Nous explicitons dans le lemme suivant la signification du théorème en termes de platificateurs universels.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent.

  1. Si \(f\) est de présentation finie, si \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie et si \(\mathcal{F}\) est pur relativement à \(S\), alors il existe un platificateur universel \(S' \to S\) de \(\mathcal{F}\). De plus, \(S' \to S\) est un monomorphisme de présentation finie.

  2. Si \(f\) est de présentation finie et \(X\) est pur relativement à \(S\), alors il existe un platificateur universel \(S' \to S\) de \(X\). De plus, \(S' \to S\) est un monomorphisme de présentation finie.

  3. Si \(f\) est propre et de présentation finie et si \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie, alors il existe un platificateur universel \(S' \to S\) de \(\mathcal{F}\). De plus, \(S' \to S\) est un monomorphisme de présentation finie.

  4. Si \(f\) est propre et de présentation finie, alors il existe un platificateur universel \(S' \to S\) de \(X\).

Démonstration

Ces énoncés résultent immédiatement du théorème 05UG appliqué à \(F_0 = F_{flat}\), et du fait que, si \(f\) est propre, alors \(\mathcal{F}\) est automatiquement pur sur la base ; voir le lemme 05K3.

Théorème d’existence de Grothendieck, IV

Cette section poursuit l’étude entreprise dans Cohomologie des schémas, sections 087V, 0886, et 0CYW. Nous nous plaçons dans la situation suivante.

Situation

On dispose ici d’un système projectif d’anneaux \((A_n)\) dont les morphismes de transition sont surjectifs et dont les noyaux sont localement nilpotents. Posons \(A = \lim A_n\). On dispose d’un schéma \(X\) séparé et de présentation finie sur \(A\). Posons \(X_n = X \times_{\Spec(A)} \Spec(A_n)\) et considérons-le comme un sous-schéma fermé de \(X\). On suppose en outre donné un système \((\mathcal{F}_n, \varphi_n)\) où \(\mathcal{F}_n\) est un \(\mathcal{O}_{X_n}\)-module de présentation finie, plat sur \(A_n\), à support propre sur \(A_n\), et \[\varphi_n : \mathcal{F}_n \otimes_{\mathcal{O}_{X_n}} \mathcal{O}_{X_{n - 1}} \longrightarrow \mathcal{F}_{n - 1}\] est un isomorphisme (notation fondée sur l’équivalence de Morphismes, lemme 01QY).

Notre but est de déterminer s’il existe un faisceau quasi-cohérent \(\mathcal{F}\) sur \(X\) tel que \(\mathcal{F}_n = \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{O}_{X_n}\) pour tout \(n\).

Lemme

Dans la situation 0CTC, considérons \[K = R\lim_{D_\QCoh(\mathcal{O}_X)}(\mathcal{F}_n) = DQ_X(R\lim_{D(\mathcal{O}_X)}\mathcal{F}_n)\] Alors \(K\) appartient à \(D^b_{\QCoh}(\mathcal{O}_X)\) et, en fait, \(K\) n’a de faisceaux de cohomologie non nuls qu’en degrés \(\geq 0\).

Démonstration

C’est un cas particulier de Catégories dérivées de schémas, exemple 0CSB.

Lemme

Dans la situation 0CTC, soit \(K\) comme dans le lemme 0CTD. Pour tout objet parfait \(E\) de \(D(\mathcal{O}_X)\), on a

  1. \(M = R\Gamma(X, K \otimes^\mathbf{L} E)\) est un objet parfait de \(D(A)\) et il existe un isomorphisme canonique \(R\Gamma(X_n, \mathcal{F}_n \otimes^\mathbf{L} E|_{X_n}) = M \otimes_A^\mathbf{L} A_n\) dans \(D(A_n)\),

  2. \(N = R\Hom_X(E, K)\) est un objet parfait de \(D(A)\) et il existe un isomorphisme canonique \(R\Hom_{X_n}(E|_{X_n}, \mathcal{F}_n) = N \otimes_A^\mathbf{L} A_n\) dans \(D(A_n)\).

Dans les deux assertions, \(E|_{X_n}\) désigne l’image inverse dérivée de \(E\) sur \(X_n\).

Démonstration

Démontrons (2). Posons \(E_n = E|_{X_n}\) et \(N_n = R\Hom_{X_n}(E_n, \mathcal{F}_n)\). Rappelons que \(R\Hom_{X_n}(-, -)\) est égal à \(R\Gamma(X_n, R\SheafHom(-, -))\), voir Cohomologie, section 0B6A. Il résulte alors de Catégories dérivées de schémas, lemme 0A1J que \(N_n\) est un objet parfait de \(D(A_n)\) dont la formation commute au changement de base. Ainsi, les morphismes \(N_n \otimes_{A_n}^\mathbf{L} A_{n - 1} \to N_{n - 1}\) induits par \(\varphi_n\) sont des isomorphismes. D’après Compléments d’algèbre, lemme 0CQG, nous constatons que \(R\lim N_n\) est parfait et que son changement de base à \(A_n\) redonne \(N_n\). D’autre part, le foncteur exact \(R\Hom_X(E, -) : D_\QCoh(\mathcal{O}_X) \to D(A)\) entre catégories triangulées commute aux produits et donc aux limites dérivées, d’où \[R\Hom_X(E, K) = R\lim R\Hom_X(E, \mathcal{F}_n) = R\lim R\Hom_X(E_n, \mathcal{F}_n) = R\lim N_n\] Ceci prouve (2). Pour établir (1), on se ramène à (2) à l’aide de Cohomologie, lemme 08DQ.

Lemme

Dans la situation 0CTC, soit \(K\) comme dans le lemme 0CTD. Alors \(K\) est pseudo-cohérent relativement à \(A\).

Démonstration

En combinant le lemme 0CTE et Catégories dérivées de schémas, lemme 0CSH, on voit que \(R\Gamma(X, K \otimes^\mathbf{L} E)\) est pseudo-cohérent dans \(D(A)\) pour tout objet pseudo-cohérent \(E\) de \(D(\mathcal{O}_X)\). Le lemme découle donc de Compléments sur les morphismes, lemme 0CSL.

Lemme

Dans la situation 0CTC, soit \(K\) comme dans le lemme 0CTD. Pour tout ouvert quasi-compact \(U \subset X\), on a \[R\Gamma(U, K) \otimes_A^\mathbf{L} A_n = R\Gamma(U_n, \mathcal{F}_n)\] dans \(D(A_n)\), où \(U_n = U \cap X_n\).

Démonstration

Fixons \(n\). D’après Catégories dérivées de schémas, lemme 0CRR il existe un système de complexes parfaits \(E_m\) sur \(X\) tel que \(R\Gamma(U, K) = \text{hocolim} R\Gamma(X, K \otimes^\mathbf{L} E_m)\). En fait, cette formule vaut non seulement pour \(K\), mais pour tout objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\). En l’appliquant à \(\mathcal{F}_n\) nous obtenons \[\begin{align*} R\Gamma(U_n, \mathcal{F}_n) & = R\Gamma(U, \mathcal{F}_n) \\ & = \text{hocolim}_m R\Gamma(X, \mathcal{F}_n \otimes^\mathbf{L} E_m) \\ & = \text{hocolim}_m R\Gamma(X_n, \mathcal{F}_n \otimes^\mathbf{L} E_m|_{X_n}) \end{align*}\] En utilisant le lemme 0CTE et le fait que \(- \otimes_A^\mathbf{L} A_n\) commute aux colimites homotopiques, nous obtenons le résultat.

Lemme

Dans la situation 0CTC, soit \(K\) comme dans le lemme 0CTD. Notons \(X_0 \subset X\) le sous-ensemble fermé constitué des points situés au-dessus du sous-ensemble fermé \(\Spec(A_1) = \Spec(A_2) = \ldots\) de \(\Spec(A)\). Il existe un ouvert \(W \subset X\) contenant \(X_0\) tel que

  1. \(H^i(K)|_W\) est nul sauf si \(i = 0\),

  2. \(\mathcal{F} = H^0(K)|_W\) est de présentation finie, et

  3. \(\mathcal{F}_n = \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{O}_{X_n}\).

Démonstration

Fixons \(n \geq 1\). Par construction, il existe un morphisme canonique \(K \to \mathcal{F}_n\) dans \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\) et donc un morphisme canonique \(H^0(K) \to \mathcal{F}_n\) de faisceaux quasi-cohérents. Ceci explique le sens du point (3).

Soit \(x \in X_0\) un point. Nous allons trouver un voisinage ouvert \(W\) de \(x\) tel que (1), (2) et (3) soient vrais. Puisque \(X_0\) est quasi-compact, ceci démontrera le lemme. Soit \(U \subset X\) un voisinage ouvert affine de \(x\). Écrivons \(U = \Spec(B)\). Choisissons une surjection \(P \to B\) avec \(P\) lisse sur \(A\). D’après le lemme 0CTF et la définition de la pseudo-cohérence relative, il existe un complexe \(F^\bullet\) borné supérieurement de \(P\)-modules libres de rang fini représentant \(Ri_*K\), où \(i : U \to \Spec(P)\) est l’immersion fermée induite par la présentation. Soit \(M_n\) le \(B\)-module correspondant à \(\mathcal{F}_n|_U\). D’après le lemme 0CTG, \[H^i(F^\bullet \otimes_A A_n) = \left\{ \begin{matrix} 0 & \text{si} & i \not = 0 \\ M_n & \text{si} & i = 0 \end{matrix} \right.\] Soit \(i\) l’indice maximal tel que \(F^i\) soit non nul. Si \(i \leq 0\), alors (1), (2) et (3) sont vrais. Sinon, \(i > 0\) et nous voyons que le rang du morphisme \[F^{i - 1} \to F^i\] au point \(x\) est maximal. Il est donc maximal dans un voisinage ouvert de \(x\) dans \(\Spec(P)\). Ainsi, après avoir remplacé \(P\) par une localisation principale, nous pouvons supposer que le morphisme affiché est surjectif. Puisque \(F^i\) est libre de rang fini, nous pouvons choisir une décomposition \(F^{i - 1} = F' \oplus F^i\). Nous pouvons alors remplacer \(F^\bullet\) par le complexe \[\ldots \to F^{i - 2} \to F' \to 0 \to \ldots\] et conclure par récurrence sur \(i\).

Lemme

Dans la situation 0CTC, soit \(K\) comme dans le lemme 0CTD. Soit \(W \subset X\) comme dans le lemme 0CTH. Posons \(\mathcal{F} = H^0(K)|_W\). Alors, après avoir éventuellement restreint l’ouvert \(W\), le support de \(\mathcal{F}\) est propre sur \(A\).

Démonstration

Fixons \(n \geq 1\). Soit \(I_n = \Ker(A \to A_n)\). D’après le lemme 0CT7 de Compléments d’algèbre, le couple \((A, I_n)\) est hensélien. Soit \(Z \subset W\) le support de \(\mathcal{F}\). C’est un sous-ensemble fermé puisque \(\mathcal{F}\) est de présentation finie. D’après le point (3) du lemme 0CTH, nous voyons que \(Z \times_{\Spec(A)} \Spec(A_n)\) est égal au support de \(\mathcal{F}_n\) et est donc propre sur \(\Spec(A/I)\). D’après le lemme de Compléments sur les morphismes 0CT9 nous pouvons écrire \(Z = Z_1 \amalg Z_2\), où \(Z_1, Z_2\) sont ouverts et fermés dans \(Z\), où \(Z_1\) est propre sur \(A\) et où \(Z_1 \times_{\Spec(A)} \Spec(A/I_n)\) est égal au support de \(\mathcal{F}_n\). Autrement dit, \(Z_2\) ne rencontre pas \(X_0\). Ainsi, après avoir remplacé \(W\) par \(W \setminus Z_2\), nous obtenons le lemme.

Lemme

Soit \(A = \lim A_n\) la limite d’un système d’anneaux dont les morphismes de transition sont surjectifs et les noyaux localement nilpotents. Soit \(S = \Spec(A)\). Soit \(T \to S\) un monomorphisme localement de type fini. Si \(\Spec(A_n) \to S\) se factorise par \(T\) pour tout \(n\), alors \(T = S\).

Démonstration

Posons \(S_n = \Spec(A_n)\). Soit \(T_0 \subset T\) l’image commune des factorisations \(S_n \to T\). Alors \(T_0\) est quasi-compact. Soit \(T' \subset T\) un ouvert quasi-compact contenant \(T_0\). Alors \(S_n \to T\) se factorise par \(T'\). Si nous pouvons montrer que \(T' = S\), alors \(T' = T = S\). Nous pouvons donc supposer que \(T\) est quasi-compact.

Supposons que \(T\) soit quasi-compact. Dans ce cas, \(T \to S\) est séparé et quasi-fini (lemme de Morphismes 0CT8). En utilisant le théorème principal de Zariski (sous la forme du lemme de Compléments sur les morphismes 05K0) nous choisissons une factorisation \(T \to W \to S\) avec \(W \to S\) fini et \(T \to W\) une immersion ouverte. Écrivons \(W = \Spec(B)\). Les factorisations (uniques) \(S_n \to T\) peuvent être vues comme des morphismes vers \(W\) et nous obtenons \[A \longrightarrow B \longrightarrow \lim A_n = A\] Considérons le morphisme \(h : S = \Spec(A) \to \Spec(B) = W\) provenant de la flèche de droite. Alors \[T \times_{W, h} S\] est un sous-schéma ouvert de \(S\) contenant l’image de \(S_n \to S\) pour tout \(n\). Pour achever la démonstration, il suffit de montrer que tout ouvert \(U \subset S\) contenant l’image de \(S_n \to S\) pour un certain \(n \geq 1\) est égal à \(S\). C’est vrai parce que \((A, \Ker(A \to A_n))\) est un couple hensélien (lemme 0CT7 de Compléments d’algèbre) et que, par conséquent, tout point fermé de \(S\) appartient à l’image de \(S_n \to S\).

Théorème

Dans la situation 0CTC, il existe un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie \(\mathcal{F}\), plat sur \(A\), dont le support est propre sur \(A\), tel que \(\mathcal{F}_n = \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{O}_{X_n}\) pour tout \(n\), de manière compatible avec les morphismes \(\varphi_n\).

Démonstration

Appliquons les lemmes 0CTD, 0CTE, 0CTF, 0CTG, 0CTH, et 0CTI pour obtenir un sous-schéma ouvert \(W \subset X\) contenant tous les points situés au-dessus de \(\Spec(A_n)\) et un \(\mathcal{O}_W\)-module de présentation finie \(\mathcal{F}\) dont le support est propre sur \(A\), avec \(\mathcal{F}_n = \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_W} \mathcal{O}_{X_n}\) pour tout \(n \geq 1\). (Ceci a un sens puisque \(X_n \subset W\).) D’après le lemme 05K3, nous voyons que \(\mathcal{F}\) est universellement pur relativement à \(\Spec(A)\). D’après le théorème 05UG (pour une explication, voir le lemme 05UH), il existe un platificateur universel \(S' \to \Spec(A)\) de \(\mathcal{F}\) et, de plus, le morphisme \(S' \to \Spec(A)\) est un monomorphisme de présentation finie. Puisque le changement de base de \(\mathcal{F}\) à \(\Spec(A_n)\) est \(\mathcal{F}_n\), nous trouvons que \(\Spec(A_n) \to \Spec(A)\) se factorise (de manière unique) par \(S'\) pour tout \(n\). D’après le lemme 0CTJ, nous voyons que \(S' = \Spec(A)\). Cela signifie que \(\mathcal{F}\) est plat sur \(A\). Enfin, puisque le support schématique \(Z\) de \(\mathcal{F}\) est propre sur \(\Spec(A)\), le morphisme \(Z \to X\) est fermé. Par conséquent, l’image directe \((W \to X)_*\mathcal{F}\) a son support dans \(W\) et possède toutes les propriétés voulues.

Théorème d’existence de Grothendieck, V

Dans cette section, nous démontrons un analogue du théorème d’existence de Grothendieck dans la catégorie dérivée, en suivant la méthode utilisée dans la section 0CTB pour les modules quasi-cohérents. Le cas classique est étudié dans Cohomologie des schémas, sections 087V, 0886, et 0CYW. Nous travaillerons dans la situation suivante.

Situation

Nous avons ici un système projectif d’anneaux \((A_n)\) dont les morphismes de transition sont surjectifs et dont les noyaux sont localement nilpotents. Posons \(A = \lim A_n\). Nous avons un schéma \(X\) propre, plat et de présentation finie sur \(A\). Nous posons \(X_n = X \times_{\Spec(A)} \Spec(A_n)\) et le considérons comme un sous-schéma fermé de \(X\). Supposons en outre donné un système \((K_n, \varphi_n)\) où \(K_n\) est un objet pseudo-cohérent de \(D(\mathcal{O}_{X_n})\) et \[\varphi_n : K_n \longrightarrow K_{n - 1}\] est un morphisme dans \(D(\mathcal{O}_{X_n})\) qui induit un isomorphisme \(K_n \otimes_{\mathcal{O}_{X_n}}^\mathbf{L} \mathcal{O}_{X_{n - 1}} \to K_{n - 1}\) dans \(D(\mathcal{O}_{X_{n - 1}})\).

Plus précisément, nous devrions écrire \(\varphi_n : K_n \to Ri_{n - 1, *}K_{n - 1}\) où \(i_{n - 1} : X_{n - 1} \to X_n\) est le morphisme d’inclusion, et, dans cette notation, la condition est que le morphisme adjoint \(Li_{n - 1}^*K_n \to K_{n - 1}\) soit un isomorphisme. Notre but est de trouver un \(K \in D(\mathcal{O}_X)\) pseudo-cohérent tel que \(K_n = K \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} \mathcal{O}_{X_n}\) pour tout \(n\) (avec le même abus de notation).

Lemme

Dans la situation 0DIB, considérons \[K = R\lim_{D_\QCoh(\mathcal{O}_X)}(K_n) = DQ_X(R\lim_{D(\mathcal{O}_X)} K_n)\] Alors \(K\) appartient à \(D^-_{\QCoh}(\mathcal{O}_X)\).

Démonstration

Le foncteur \(DQ_X\) existe parce que \(X\) est quasi-compact et quasi-séparé, voir le lemme de Catégories dérivées de schémas 0CR0. Puisque \(DQ_X\) est un adjoint à droite, il commute aux produits et donc aux limites dérivées. D’où l’égalité dans l’énoncé du lemme.

D’après le lemme de Catégories dérivées de schémas 0CSA, le foncteur \(DQ_X\) est de dimension cohomologique bornée. Il suffit donc de montrer que \(R\lim K_n \in D^-(\mathcal{O}_X)\). Pour le voir, soit \(U \subset X\) un ouvert affine. Il existe alors une suite exacte canonique \[0 \to R^1\lim H^{m - 1}(U, K_n) \to H^m(U, R\lim K_n) \to \lim H^m(U, K_n) \to 0\] d’après le lemme 0D60 de Cohomologie. Puisque \(U\) est affine et \(K_n\) est pseudo-cohérent (et possède donc des faisceaux de cohomologie quasi-cohérents d’après le lemme 08E5 de Catégories dérivées de schémas), nous voyons que \(H^m(U, K_n) = H^m(K_n)(U)\) d’après le lemme de Catégories dérivées de schémas 06Z0. Nous concluons ainsi qu’il suffit de montrer que \(K_n\) est borné supérieurement indépendamment de \(n\).

Puisque \(K_n\) est pseudo-cohérent, nous avons \(K_n \in D^-(\mathcal{O}_{X_n})\). Supposons que \(a_n\) soit maximal tel que \(H^{a_n}(K_n)\) soit non nul. Bien entendu, \(a_1 \leq a_2 \leq a_3 \leq \ldots\). Notons que \(H^{a_n}(K_n)\) est un \(\mathcal{O}_{X_n}\)-module de présentation finie (lemme 08DN de Cohomologie). Nous avons \(H^{a_n}(K_{n - 1}) = H^{a_n}(K_n) \otimes_{\mathcal{O}_{X_n}} \mathcal{O}_{X_{n - 1}}\). Puisque \(X_{n - 1} \to X_n\) est un épaississement, il résulte du lemme de Nakayama (lemme 00DV d’Algèbre) que si \(H^{a_n}(K_n) \otimes_{\mathcal{O}_{X_n}} \mathcal{O}_{X_{n - 1}}\) est nul, alors \(H^{a_n}(K_n)\) est lui aussi nul. Ainsi \(a_n = a_{n - 1}\) pour tout \(n\), et nous concluons.

Lemme

Dans la situation 0DIB, soit \(K\) comme dans le lemme 0DIC. Pour tout objet parfait \(E\) de \(D(\mathcal{O}_X)\), la cohomologie \[M = R\Gamma(X, K \otimes^\mathbf{L} E)\] est un objet pseudo-cohérent de \(D(A)\) et il existe un isomorphisme canonique \[R\Gamma(X_n, K_n \otimes^\mathbf{L} E|_{X_n}) = M \otimes_A^\mathbf{L} A_n\] dans \(D(A_n)\). Ici, \(E|_{X_n}\) désigne l’image inverse dérivée de \(E\) sur \(X_n\).

Démonstration

Écrivons \(E_n = E|_{X_n}\) et \(M_n = R\Gamma(X_n, K_n \otimes^\mathbf{L} E|_{X_n})\). D’après le lemme de Catégories dérivées de schémas 0CSD nous voyons que \(M_n\) est un objet pseudo-cohérent de \(D(A_n)\) dont la formation commute au changement de base. Ainsi, les morphismes \(M_n \otimes_{A_n}^\mathbf{L} A_{n - 1} \to M_{n - 1}\) provenant de \(\varphi_n\) sont des isomorphismes. D’après le lemme de Compléments d’algèbre 0CQF nous trouvons que \(R\lim M_n\) est pseudo-cohérent et que son changement de base à \(A_n\) redonne \(M_n\). D’autre part, le foncteur exact \(R\Gamma(X, -) : D_\QCoh(\mathcal{O}_X) \to D(A)\) entre catégories triangulées commute aux produits et donc aux limites dérivées, d’où \[R\Gamma(X, E \otimes^\mathbf{L} K) = R\lim R\Gamma(X, E \otimes^\mathbf{L} K_n) = R\lim R\Gamma(X_n, E_n \otimes^\mathbf{L} K_n) = R\lim M_n\] comme souhaité.

Lemme

Dans la situation 0DIB, soit \(K\) comme dans le lemme 0DIC. Alors \(K\) est pseudo-cohérent sur \(X\).

Démonstration

En combinant le lemme 0DID et le lemme de Catégories dérivées de schémas 0CSH nous voyons que \(R\Gamma(X, K \otimes^\mathbf{L} E)\) est pseudo-cohérent dans \(D(A)\) pour tout objet pseudo-cohérent \(E\) de \(D(\mathcal{O}_X)\). Il résulte donc du lemme de Compléments sur les morphismes 0CSL que \(K\) est pseudo-cohérent relativement à \(A\). Puisque \(X\) est plat et de présentation finie sur \(A\), cela équivaut à être pseudo-cohérent sur \(X\), voir le lemme de Compléments sur les morphismes 09UU.

Lemme

Dans la situation 0DIB, soit \(K\) comme dans le lemme 0DIC. Pour tout ouvert quasi-compact \(U \subset X\), nous avons \[R\Gamma(U, K) \otimes_A^\mathbf{L} A_n = R\Gamma(U_n, K_n)\] dans \(D(A_n)\), où \(U_n = U \cap X_n\).

Démonstration

Fixons \(n\). D’après le lemme de Catégories dérivées de schémas 0CRR il existe un système de complexes parfaits \(E_m\) sur \(X\) tel que \(R\Gamma(U, K) = \text{hocolim} R\Gamma(X, K \otimes^\mathbf{L} E_m)\). En fait, cette formule vaut non seulement pour \(K\), mais pour tout objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\). En l’appliquant à \(K_n\), nous obtenons \[\begin{align*} R\Gamma(U_n, K_n) & = R\Gamma(U, K_n) \\ & = \text{hocolim}_m R\Gamma(X, K_n \otimes^\mathbf{L} E_m) \\ & = \text{hocolim}_m R\Gamma(X_n, K_n \otimes^\mathbf{L} E_m|_{X_n}) \end{align*}\] En utilisant le lemme 0DID et le fait que \(- \otimes_A^\mathbf{L} A_n\) commute aux colimites homotopiques, nous obtenons le résultat.

Théorème

Dans la situation 0DIB, il existe un \(K\) pseudo-cohérent dans \(D(\mathcal{O}_X)\) tel que \(K_n = K \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} \mathcal{O}_{X_n}\) pour tout \(n\), de manière compatible avec les morphismes \(\varphi_n\).

Démonstration

Appliquons les lemmes 0DIC, 0DID, 0DIE pour obtenir un objet pseudo-cohérent \(K\) de \(D(\mathcal{O}_X)\). En choisissant des ouverts affines dans le lemme 0DIF il s’ensuit immédiatement que \(K\) a pour restriction \(K_n\) sur \(X_n\).

Remarque

Le résultat de cette section peut être généralisé. Il est probablement valable si nous supposons seulement que \(X \to \Spec(A)\) est séparé et de présentation finie, et que \(K_n\) est pseudo-cohérent relativement à \(A_n\) et à support dans un sous-ensemble fermé de \(X_n\) propre sur \(A_n\). Le résultat sera un \(K\) qui est pseudo-cohérent relativement à \(A\) et à support dans un sous-ensemble fermé propre sur \(A\). Si nous en avons un jour besoin, nous formulerons un énoncé précis et le démontrerons ici.

Éclatements et platitude

Dans cette section, nous poursuivons l’étude de résultats de la forme : « Après un éclatement, le transformé strict devient plat », voir la section 0535 de Compléments d’algèbre et la section 0F84 de Diviseurs. Nous utiliserons dans cette section la notation suivante (plus ou moins standard). Si \(X \to S\) est un morphisme de schémas, si \(\mathcal{F}\) est un module quasi-cohérent sur \(X\) et si \(T \to S\) est un morphisme de schémas, alors nous notons \(\mathcal{F}_T\) l’image inverse de \(\mathcal{F}\) sur le changement de base \(X_T = X \times_S T\).

Remarque

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un module quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(U \subset S\) un sous-schéma ouvert quasi-compact. Étant donné un éclatement \(U\)-admissible \(S' \to S\), nous notons \(X'\) le transformé strict de \(X\) et \(\mathcal{F}'\) le transformé strict de \(\mathcal{F}\), considéré comme un module quasi-cohérent sur \(X'\) (au moyen du lemme 080E de Diviseurs). Soit \(P\) une propriété de \(\mathcal{F}/X/S\) qui est stable par passage au transformé strict (comme ci-dessus) pour les éclatements \(U\)-admissibles. Le problème général de cette section est de montrer (sous des conditions auxiliaires sur \(\mathcal{F}/X/S\)) qu’il existe un éclatement \(U\)-admissible \(S' \to S\) tel que le transformé strict \(\mathcal{F}'/X'/S'\) possède \(P\).

La stratégie générale consistera à utiliser le fait qu’une composée d’éclatements \(U\)-admissibles est un éclatement \(U\)-admissible, voir le lemme 080L de Diviseurs. En fait, nous utiliserons le lemme plus précis 080B de Diviseurs et le combinerons avec le lemme 080I de Diviseurs. Il en résulte qu’il suffit de trouver une suite d’éclatements \(U\)-admissibles successifs \[S = S_0 \leftarrow S_1 \leftarrow \ldots \leftarrow S_n\] telle que, en posant \(\mathcal{F}_0 = \mathcal{F}\) et \(X_0 = X\), puis en définissant \(\mathcal{F}_i/X_i\) comme le transformé strict de \(\mathcal{F}_{i - 1}/X_{i - 1}\), nous aboutissions à \(\mathcal{F}_n/X_n/S_n\) possédant la propriété \(P\).

En particulier, choisissons un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_S\) tel que \(V(\mathcal{I}) = S \setminus U\), voir le lemme 01PH de Propriétés. Soit \(S' \to S\) l’éclatement le long de \(\mathcal{I}\) et soit \(E \subset S'\) le diviseur exceptionnel (lemme de Diviseurs 02OS). Nous voyons alors que nous avons ramené le problème au cas où il existe un diviseur de Cartier effectif \(D \subset S\) dont le support est \(X \setminus U\). En particulier, nous pouvons supposer que \(U\) est schématiquement dense dans \(S\) (lemme 07ZU de Diviseurs).

Supposons que \(P\) soit locale sur \(S\) : si \(S = \bigcup S_i\) est un recouvrement ouvert fini par des ouverts quasi-compacts et si \(P\) vaut pour \(\mathcal{F}_{S_i}/X_{S_i}/S_i\), alors \(P\) vaut pour \(\mathcal{F}/X/S\). Dans ce cas, le problème général ci-dessus est lui aussi local sur \(S\), c’est-à-dire que, si, pour tout \(s \in S\), nous pouvons trouver un voisinage ouvert quasi-compact \(W\) de \(s\) tel que le problème pour \(\mathcal{F}_W/X_W/W\) soit résoluble, alors le problème est résoluble pour \(\mathcal{F}/X/S\). Cela résulte des lemmes 080M et 080N.

Lemme

Soit \(R\) un anneau et soit \(f \in R\). Soit \(r\geq 0\) un entier. Soit \(R \to S\) un morphisme d’anneaux et soit \(M\) un \(S\)-module. Supposons que

  1. \(R \to S\) est de présentation finie et plat,

  2. tout anneau fibre \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) est géométriquement intègre sur \(R\),

  3. \(M\) est un \(S\)-module de type fini,

  4. \(M_f\) est un \(S_f\)-module de présentation finie,

  5. pour tout \(\mathfrak p \in R\), \(f \not \in \mathfrak p\), en posant \(\mathfrak q = \mathfrak pS\), le module \(M_{\mathfrak q}\) est libre de rang \(r\) sur \(S_\mathfrak q\).

Alors il existe un idéal de type fini \(I \subset R\) avec \(V(f) = V(I)\) tel que, pour tout \(a \in I\), en posant \(R' = R[\frac{I}{a}]\), le quotient \[M' = (M \otimes_R R')/a\text{-torsion}\] sur \(S' = S \otimes_R R'\) possède la propriété suivante : pour tout idéal premier \(\mathfrak p' \subset R'\), il existe \(g \in S'\), \(g \not \in \mathfrak p'S'\), tel que \(M'_g\) soit un \(S'_g\)-module libre de rang \(r\).

Démonstration

Ce lemme est une généralisation du lemme 0BBJ de Compléments d’algèbre ; nous recommandons au lecteur de lire d’abord cette démonstration. Choisissons une surjection \(S^{\oplus n} \to M\), ce qui est possible par (1). Choisissons un sous-module de type fini \(K \subset \Ker(S^{\oplus n} \to M)\) tel que \(S^{\oplus n}/K \to M\) devienne un isomorphisme après inversion de \(f\). Ceci est possible par (4). Posons \(M_1 = S^{\oplus n}/K\) et supposons que nous puissions démontrer le lemme pour \(M_1\). Soit \(I \subset R\) l’idéal correspondant. Alors, pour \(a \in I\), le morphisme \[M_1' = (M_1 \otimes_R R')/a\text{-torsion} \longrightarrow M' = (M \otimes_R R')/a\text{-torsion}\] est surjectif. C’est aussi un isomorphisme après inversion de \(a\) dans \(R'\), car \(R'_a = R_f\), voir le lemme 080U d’Algèbre. Mais \(a\) est un non-diviseur de zéro dans \(M'_1\), de sorte que le morphisme affiché est un isomorphisme. Il suffit donc de démontrer le lemme lorsque \(M\) est un module de présentation finie sur \(S\).

Supposons que \(M\) soit un \(S\)-module de présentation finie vérifiant (3). Alors \(J = \text{Fit}_r(M) \subset S\) est un idéal de type fini. D’après le lemme 05FT, nous pouvons écrire \(S\) comme facteur direct d’un \(R\)-module libre : \(\bigoplus_{\alpha \in A} R = S \oplus C\). Pour tout élément \(h \in S\), en écrivant \(h = \sum a_\alpha\) dans la décomposition ci-dessus, nous disons que les \(a_\alpha\) sont les coefficients de \(h\). Soit \(I' \subset R\) l’idéal des coefficients des éléments de \(J\). La multiplication par un élément de \(S\) définit un morphisme \(R\)-linéaire \(S \to S\) ; par conséquent, \(I'\) est engendré par les coefficients des générateurs de \(J\), c’est-à-dire que \(I'\) est un idéal de type fini. Nous affirmons que \(I = fI'\) convient.

Vérifions d’abord que \(V(f) = V(I)\). L’inclusion \(V(f) \subset V(I)\) est claire. Réciproquement, si \(f \not \in \mathfrak p\), alors \(\mathfrak q = \mathfrak p S\) n’est pas un élément de \(V(J)\) d’après la propriété (5) et le lemme de Compléments d’algèbre 07ZC. Il existe donc un élément de \(J\) dont l’image dans \(S \otimes_R \kappa(\mathfrak p)\) n’est pas nulle. Ainsi, il existe un élément de \(I'\) qui n’appartient pas à \(\mathfrak p\), donc \(\mathfrak p \not \in V(fI') = V(I)\).

Soit \(a \in I\) et posons \(R' = R[\frac{I}{a}]\). Nous pouvons écrire \(a = fa'\) pour un certain \(a' \in I'\). D’après les lemmes 07Z3 et 0BBI d’Algèbre, nous voyons que \(I' R' = a'R'\) et que \(a'\) est un non-diviseur de zéro dans \(R'\). Posons \(S' = S \otimes_S R'\). Tout élément \(g\) de \(JS' = \text{Fit}_r(M \otimes_S S')\) peut s’écrire \(g = \sum_\alpha c_\alpha\) avec \(c_\alpha \in I'R'\). Puisque \(I'R' = a'R'\), nous pouvons écrire \(c_\alpha = a'c'_\alpha\) pour un certain \(c'_\alpha \in R'\) et \(g = (\sum c'_\alpha)a' = g' a'\) dans \(S'\). De plus, il existe \(g_0 \in J\) tel que \(a' = c_\alpha\) pour un certain \(\alpha\). Pour cet élément, nous avons \(g_0 = g'_0 a'\) dans \(S'\), où \(g'_0\) est une unité de \(S'\). Soit \(\mathfrak p' \subset R'\) un idéal premier et \(\mathfrak q' = \mathfrak p'S'\). D’après ce qui précède, nous voyons que \(JS'_{\mathfrak q'}\) est l’idéal principal engendré par le non-diviseur de zéro \(a'\). Il résulte du lemme de Compléments d’algèbre 080Z que \(M'_{\mathfrak q'}\) peut être engendré par \(r\) éléments. Puisque \(M'\) est de type fini, il existe \(m_1, \ldots, m_r \in M'\) et \(g \in S'\), \(g \not \in \mathfrak q'\), tels que le morphisme correspondant \((S')^{\oplus r} \to M'\) devienne surjectif après inversion de \(g\).

Enfin, considérons l’idéal \(J' = \text{Fit}_{r - 1}(M')\). Notons que \(J'S'_g\) est engendré par les coefficients des relations entre \(m_1, \ldots, m_r\) (compatibilité de l’idéal de Fitting avec le changement de base). Il suffit donc de montrer que \(J' = 0\), voir le lemme de Compléments d’algèbre 07ZD. Puisque \(R'_a = R_f\) (lemme 080U d’Algèbre) et \(M'_a = M_f\), nous voyons d’après (5) que l’image de \(J'_a\) est nulle dans \(S_{\mathfrak q''}\) pour tout idéal premier \(\mathfrak q'' \subset S'\) de la forme \(\mathfrak q'' = \mathfrak p''S'\), où \(\mathfrak p'' \subset R'_a\). Puisque \(S'_a \subset \prod_{\mathfrak q''\text{ comme ci-dessus}} S'_{\mathfrak q''}\) (car \((S'_a)_{\mathfrak p''} \subset S'_{\mathfrak q''}\) d’après le lemme 05DH), nous voyons que \(J'R'_a = 0\). Puisque \(a\) est un non-diviseur de zéro dans \(R'\), nous concluons que \(J' = 0\), ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un module quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(U \subset S\) un ouvert quasi-compact. Supposons que

  1. \(X \to S\) est affine, de présentation finie, plat, à fibres géométriquement intègres,

  2. \(\mathcal{F}\) est un module de type fini,

  3. \(\mathcal{F}_U\) est de présentation finie,

  4. \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) en tous les points génériques des fibres situées au-dessus de points de \(U\).

Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(S' \to S\) et un sous-schéma ouvert \(V \subset X_{S'}\) tels que (a) le transformé strict \(\mathcal{F}'\) de \(\mathcal{F}\) se restreigne en un \(\mathcal{O}_V\)-module localement libre de rang fini et que (b) \(V \to S'\) soit surjectif.

Démonstration

Étant donnés \(\mathcal{F}/X/S\) et \(U \subset S\) sous les hypothèses du lemme, notons \(P\) la propriété « \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) en tous les points génériques des fibres ». Il est clair que \(P\) est préservée par passage au transformé strict, voir le lemme 080F de Diviseurs et le lemme 01U8 de Morphismes. Il est également clair que \(P\) est locale sur \(S\). Par conséquent, toutes les observations de la remarque 080Y s’appliquent au problème posé par le lemme.

Considérons la fonction \(r : U \to \mathbf{Z}_{\geq 0}\) qui associe à \(u \in U\) l’entier \[r(u) = \dim_{\kappa(\xi_u)}(\mathcal{F}_{\xi_u} \otimes \kappa(\xi_u))\] où \(\xi_u\) est le point générique de la fibre \(X_u\). D’après le lemme de Compléments sur les morphismes 080Q et le fait que l’image d’un ouvert de \(X_S\) dans \(S\) est ouverte, nous voyons que \(r(u)\) est localement constant. Par conséquent, \(U = U_0 \amalg U_1 \amalg \ldots \amalg U_c\) est une réunion disjointe finie de sous-schémas ouverts et fermés sur lesquels \(r\) est constante de valeur \(i\) sur \(U_i\). D’après le lemme 080P de Diviseurs, nous pouvons trouver un éclatement \(U\)-admissible qui décompose \(S\) en la réunion disjointe de deux schémas, le premier contenant \(U_0\) et le second \(U_1 \cup \ldots \cup U_c\). En répétant ceci encore \(c - 1\) fois, nous pouvons supposer que \(S\) est une réunion disjointe \(S = S_0 \amalg S_1 \amalg \ldots \amalg S_c\) avec \(U_i \subset S_i\). Nous pouvons donc supposer que la fonction \(r\) définie ci-dessus est constante, disons de valeur \(r\).

D’après la remarque 080Y, nous voyons que nous pouvons supposer qu’il existe un diviseur de Cartier effectif \(D \subset S\) dont le support est \(S \setminus U\). Une autre application de la remarque 080Y, combinée avec le lemme 01WS de Diviseurs, nous indique que nous pouvons supposer que \(S = \Spec(R)\) et \(D = \Spec(R/(f))\) pour un certain non-diviseur de zéro \(f \in R\). Ce cas est traité par le lemme 0810.

Lemme

Soit \(A \to C\) un morphisme d’anneaux fini et localement libre de rang \(d\). Soit \(h \in C\) un élément tel que \(C_h\) soit étale sur \(A\). Soit \(J \subset C\) un idéal. Posons \(I = \text{Fit}_0(C/J)\), où nous considérons \(C/J\) comme un \(A\)-module de type fini. Alors \(IC_h = JJ'\) pour un certain idéal \(J' \subset C_h\). Si \(J\) est de type fini, \(I\) et \(J'\) le sont aussi.

Démonstration

Nous utiliserons les propriétés élémentaires des idéaux de Fitting, voir le lemme 07ZA de Compléments d’algèbre. Alors \(IC\) est l’idéal de Fitting de \(C/J \otimes_A C\). Notons que \(C \to C \otimes_A C\), \(c \mapsto 1 \otimes c\), possède une section (le morphisme de multiplication). Par hypothèse, \(C \to C \otimes_A C\) est étale en tout idéal premier de l’image de \(\Spec(C_h)\) par cette section. Par conséquent, le morphisme de multiplication \(C \otimes_A C_h \to C_h\) est étale donc en particulier plat, voir le lemme 00U7 d’Algèbre. Il existe donc une \(C_h\)-algèbre telle que \(C \otimes_A C_h \cong C_h \oplus C'\) comme \(C_h\)-algèbres, voir le lemme 00U8 d’Algèbre. Ainsi \((C/J) \otimes_A C_h \cong (C_h/J_h) \oplus C'/I'\) comme \(C_h\)-modules pour un certain idéal \(I' \subset C'\). Par conséquent, \(IC_h = JJ'\) avec \(J' = \text{Fit}_0(C'/I')\), où nous considérons \(C'/J'\) comme un \(C_h\)-module.

Lemme

Soit \(A \to B\) un morphisme d’anneaux étale. Soit \(a \in A\) un non-diviseur de zéro. Soit \(J \subset B\) un idéal de type fini avec \(V(J) \subset V(aB)\). Pour tout idéal premier \(\mathfrak q \subset B\), il existe un idéal de type fini \(I \subset A\) avec \(V(I) \subset V(a)\) et un élément \(g \in B\), \(g \not \in \mathfrak q\), tels que \(IB_g = JJ'\) pour un certain idéal de type fini \(J' \subset B_g\).

Démonstration

Nous pouvons remplacer \(B\) par une localisation principale en un élément \(g \in B\), \(g \not \in \mathfrak q\). Nous pouvons donc supposer que \(B\) est étale standard, voir la proposition 00UE d’Algèbre. Nous pouvons donc supposer que \(B\) est une localisation de \(C = A[x]/(f)\) pour un certain polynôme unitaire \(f \in A[x]\) de degré \(d\). Écrivons \(B = C_h\) pour un certain \(h \in C\). Choisissons des éléments \(h_1, \ldots, h_n \in C\) qui engendrent \(J\) sur \(B\). La condition \(V(J) \subset V(aB)\) signifie que \(a^m = \sum b_i h_i\) dans \(B\) pour un certain entier \(m\) suffisamment grand. Posons \(h_{n + 1} = a^m\). Comme dans le lemme 0812, prenons \(I = \text{Fit}_0(C/(h_1, \ldots, h_{r + 1}))\). Puisque le module \(C/(h_1, \ldots, h_{r + 1})\) est annulé par \(a^m\), nous voyons que \(a^{dm} \in I\), ce qui implique que \(V(I) \subset V(a)\).

Lemme

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{F}\) un module quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(U \subset S\) un ouvert quasi-compact. Supposons qu’il existe un nombre fini de diagrammes commutatifs \[\xymatrix{ & X_i \ar[r]_{j_i} \ar[d] & X \ar[d] \\ S_i^* \ar[r] & S_i \ar[r]^{e_i} & S }\] où

  1. \(e_i : S_i \to S\) sont des morphismes étales quasi-compacts et \(S = \bigcup e_i(S_i)\),

  2. \(j_i : X_i \to X\) sont des morphismes étales et \(X = \bigcup j_i(X_i)\),

  3. \(S^*_i \to S_i\) est un éclatement \(e_i^{-1}(U)\)-admissible tel que le transformé strict \(\mathcal{F}_i^*\) de \(j_i^*\mathcal{F}\) soit plat sur \(S^*_i\).

Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(S' \to S\) tel que le transformé strict de \(\mathcal{F}\) soit plat sur \(S'\).

Démonstration

Nous affirmons que les hypothèses du lemme sont préservées par les éclatements \(U\)-admissibles. En effet, supposons que \(b : S' \to S\) soit un éclatement \(U\)-admissible le long du faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{I}\). De plus, soit \(S^*_i \to S_i\) l’éclatement du faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{J}_i\). Alors la famille de morphismes \(e'_i : S'_i = S_i \times_S S' \to S'\) et \(j'_i : X_i' = X_i \times_S S' \to X \times_S S'\) satisfait aux conditions (1), (2), (3) pour le transformé strict \(\mathcal{F}'\) de \(\mathcal{F}\) relativement à l’éclatement \(S' \to S\). Premièrement, observons que \(S_i'\) est l’éclatement de \(S_i\) le long de l’image inverse de \(\mathcal{I}\), voir le lemme 0805 de Diviseurs. Deuxièmement, considérons l’éclatement \(S_i^{\prime *} \to S_i'\) de \(S_i'\) le long de l’image inverse de l’idéal \(\mathcal{J}_i\). D’après le lemme 080A de Diviseurs, nous obtenons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ S_i^{\prime *} \ar[r] \ar[rd] \ar[d] & S'_i \ar[d] \\ S_i^* \ar[r] & S_i }\] et tous les morphismes du diagramme ci-dessus sont des éclatements. Par conséquent, d’après les lemmes 080F et 080I de Diviseurs, nous voyons \[\begin{align*} & \text{ le transformé strict de }(j'_i)^*\mathcal{F}'\text{ par } S_i^{\prime *} \to S_i' \\ = & \text{ le transformé strict de }j_i^*\mathcal{F}\text{ par } S_i^{\prime *} \to S_i \\ = & \text{ le transformé strict de }\mathcal{F}_i'\text{ par } S_i^{\prime *} \to S_i' \\ = & \text{ l'image inverse de }\mathcal{F}_i^*\text{ par } X_i \times_{S_i} S_i^{\prime *} \to X_i \end{align*}\] qui est donc plat sur \(S_i^{\prime *}\) (lemme 01U8 de Morphismes). Ceci étant dit, nous voyons que toutes les observations de la remarque 080Y s’appliquent au problème consistant à trouver un éclatement \(U\)-admissible tel que le transformé strict de \(\mathcal{F}\) devienne plat sur la base sous les hypothèses du lemme. En particulier, nous pouvons supposer que \(S \setminus U\) est le support d’un diviseur de Cartier effectif \(D \subset S\). Une autre application de la remarque 080Y, combinée avec le lemme 01WS de Diviseurs, montre que nous pouvons supposer \(S = \Spec(A)\) et \(D = \Spec(A/(a))\) pour un certain non-diviseur de zéro \(a \in A\).

Choisissons un \(i\) et \(s \in S_i\). Le lemme 0813 implique que nous pouvons trouver un voisinage ouvert \(s \in W_i \subset S_i\) et un idéal quasi-cohérent de type fini \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_S\) tel que \(\mathcal{I} \cdot \mathcal{O}_{W_i} = \mathcal{J}_i \mathcal{J}'_i\) pour un certain idéal quasi-cohérent de type fini \(\mathcal{J}'_i \subset \mathcal{O}_{W_i}\) et tel que \(V(\mathcal{I}) \subset V(a) = S \setminus U\). Puisque \(S_i\) est quasi-compact, nous pouvons remplacer \(S_i\) par une famille finie \(W_1, \ldots, W_n\) de tels ouverts et supposer que, pour tout \(i\), il existe un faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{I}_i \subset \mathcal{O}_S\) tel que \(\mathcal{I}_i \cdot \mathcal{O}_{S_i} = \mathcal{J}_i \mathcal{J}'_i\) pour un certain idéal quasi-cohérent de type fini \(\mathcal{J}'_i \subset \mathcal{O}_{S_i}\). Comme dans la discussion du premier paragraphe de la démonstration, considérons l’éclatement \(S'\) de \(S\) le long du produit \(\mathcal{I}_1 \ldots \mathcal{I}_n\) (cet éclatement est \(U\)-admissible par construction). Le changement de base de \(S' \to S\) à \(S_i\) est l’éclatement le long de \[\mathcal{J}_i \cdot \mathcal{J}'_i \mathcal{I}_1 \ldots \hat{\mathcal{I}_i} \ldots \mathcal{I}_n\] qui se factorise par l’éclatement donné \(S_i^* \to S_i\) (lemme 080A de Diviseurs). Dans la notation du diagramme ci-dessus, cela signifie que \(S_i^{\prime *} = S_i'\). Par conséquent, après avoir remplacé \(S\) par \(S'\), nous arrivons à la situation où \(j_i^*\mathcal{F}\) est plat sur \(S_i\). Par conséquent, \(j_i^*\mathcal{F}\) est plat sur \(S\), voir le lemme 05B9. D’après le lemme 02JZ de Morphismes, nous voyons que \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\).

Théorème

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(X\) un schéma sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un module quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(U \subset S\) un ouvert quasi-compact. Supposons que

  1. \(X\) est quasi-compact,

  2. \(X\) est localement de présentation finie sur \(S\),

  3. \(\mathcal{F}\) est un module de type fini,

  4. \(\mathcal{F}_U\) est de présentation finie, et

  5. \(\mathcal{F}_U\) est plat sur \(U\).

Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(S' \to S\) tel que le transformé strict \(\mathcal{F}'\) de \(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_{X \times_S S'}\)-module de présentation finie et plat sur \(S'\).

Démonstration

Montrons d’abord que nous pouvons trouver un éclatement \(U\)-admissible tel que le transformé strict soit plat. La question est locale pour la topologie étale sur la source et sur le but, voir le lemme 0814 pour un énoncé précis. En particulier, nous pouvons supposer que \(S = \Spec(R)\) et \(X = \Spec(A)\) sont affines. Pour \(s \in S\), écrivons \(\mathcal{F}_s = \mathcal{F}|_{X_s}\) (image inverse de \(\mathcal{F}\) sur la fibre). Comme \(X \to S\) est de type fini, \(d = \max_{s \in S} \dim(\text{Supp}(\mathcal{F}_s))\) est un entier. Nous allons raisonner par récurrence sur \(d\).

Soit \(x \in X\) un point de \(X\) situé au-dessus de \(s \in S\) avec \(\dim_x(\text{Supp}(\mathcal{F}_s)) = d\). Appliquons le lemme 057S pour obtenir \(g : X' \to X\), \(e : S' \to S\), \(i : Z' \to X'\), et \(\pi : Z' \to Y'\). Observons que \(Y' \to S'\) est un morphisme lisse de schémas affines à fibres géométriquement irréductibles de dimension \(d\). Puisque le problème est local pour la topologie étale, il suffit de démontrer le théorème pour \(g^*\mathcal{F}/X'/S'\). Puisque \(i : Z' \to X'\) est une immersion fermée de présentation finie (et puisque le transformé strict commute à l’image directe affine, voir le lemme 080G de Diviseurs), il suffit de démontrer le résultat de platification pour \(\mathcal{G}\). Puisque \(\pi\) est fini (donc également affine), il suffit de démontrer le résultat de platification pour \(\pi_*\mathcal{G}/Y'/S'\). Nous pouvons donc supposer que \(X \to S\) est un morphisme lisse de schémas affines à fibres géométriquement irréductibles de dimension \(d\).

Ensuite, nous appliquons un éclatement comme dans le lemme 0811. Nous arrivons ainsi à la situation où il existe un ouvert \(V \subset X\) surjectif sur \(S\) tel que \(\mathcal{F}|_V\) soit localement libre de rang fini. Soit \(\xi \in X\) le point générique de \(X_s\). Soit \(r = \dim_{\kappa(\xi)} \mathcal{F}_\xi \otimes \kappa(\xi)\). Choisissons un morphisme \(\alpha : \mathcal{O}_X^{\oplus r} \to \mathcal{F}\) qui induit un isomorphisme \(\kappa(\xi)^{\oplus r} \to \mathcal{F}_\xi \otimes \kappa(\xi)\). Puisque \(\mathcal{F}\) est localement libre sur \(V\), nous trouvons un voisinage ouvert \(W\) de \(\xi\) où \(\alpha\) est un isomorphisme. Restreignons \(S\) à un voisinage ouvert affine de \(s\) tel que \(W \to S\) soit surjectif. Disons que \(\mathcal{F}\) est le module quasi-cohérent associé au \(A\)-module \(N\). Puisque \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) en tous les points génériques des fibres (en fait en tous les points de \(W\)), nous voyons que \[\alpha_\mathfrak p : A_\mathfrak p^{\oplus r} \to N_\mathfrak p\] est universellement injectif pour tout idéal premier \(\mathfrak p\) de \(R\), voir le lemme 05I3. Par conséquent, \(\alpha\) est universellement injectif, voir le lemme 05CL d’Algèbre. Posons \(\mathcal{H} = \Coker(\alpha)\). D’après le lemme 080W de Diviseurs, nous voyons que, pour tout éclatement \(U\)-admissible \(S' \to S\), les transformés stricts \(\mathcal{F}'\) et \(\mathcal{H}'\) s’insèrent dans une suite exacte \[0 \to \mathcal{O}_{X \times_S S'}^{\oplus r} \to \mathcal{F}' \to \mathcal{H}' \to 0\] Le lemme 05I3 montre donc aussi que \(\mathcal{F}'\) est plat en un point \(x'\) si et seulement si \(\mathcal{H}'\) est plat en ce point. En particulier, \(\mathcal{H}_U\) est plat sur \(U\) et \(\mathcal{H}_U\) est un module de présentation finie. L’hypothèse de récurrence appliquée à \(\mathcal{H}\) montre l’existence d’un éclatement \(U\)-admissible tel que le transformé strict \(\mathcal{H}'\) soit plat, comme souhaité.

Pour achever la démonstration du théorème, il nous reste à montrer que \(\mathcal{F}'\) est un module de présentation finie (après éventuellement un autre éclatement \(U\)-admissible). Cela résulte du lemme 081N, car nous pouvons supposer que \(U \subset S\) est schématiquement dense (voir le troisième paragraphe de la remarque 080Y). Ceci achève la démonstration du théorème.

Applications

Dans cette section, nous appliquons certains des résultats ci-dessus.

Lemme

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(X\) un schéma sur \(S\). Soit \(U \subset S\) un ouvert quasi-compact. Supposons que

  1. \(X \to S\) soit de type fini et quasi-séparé, et que

  2. \(X_U \to U\) soit plat et localement de présentation finie.

Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(S' \to S\) tel que le transformé strict de \(X\) soit plat et de présentation finie sur \(S'\).

Démonstration

Puisque \(X \to S\) est quasi-compact et quasi-séparé par hypothèse, le transformé strict de \(X\) relativement à un éclatement \(S' \to S\) est lui aussi quasi-compact et quasi-séparé. Ainsi, pour démontrer le lemme, il suffit de trouver un éclatement \(U\)-admissible tel que le transformé strict soit plat et localement de présentation finie. Soit \(X = W_1 \cup \ldots \cup W_n\) un recouvrement ouvert affine fini. Si nous pouvons trouver un éclatement \(U\)-admissible \(S_i \to S\) tel que le transformé strict de \(W_i\) soit plat et localement de présentation finie, alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(S' \to S\) dominant tous les \(S_i \to S\) et qui convient (voir Diviseurs, lemme 080N ; voir aussi la remarque 080Y). Nous pouvons donc supposer que \(X\) est affine.

Supposons que \(X\) soit affine. D’après Morphismes, lemme 04II, nous pouvons choisir une immersion \(j : X \to \mathbf{A}^n_S\) sur \(S\). Soit \(V \subset \mathbf{A}^n_S\) un sous-schéma ouvert quasi-compact tel que \(j\) induise une immersion fermée \(i : X \to V\) sur \(S\). Appliquons le théorème 0815 à \(V \to S\) et au module quasi-cohérent \(i_*\mathcal{O}_X\) pour obtenir un éclatement \(U\)-admissible \(S' \to S\) tel que le transformé strict de \(i_*\mathcal{O}_X\) soit plat sur \(S'\) et de présentation finie comme \(\mathcal{O}_{V \times_S S'}\)-module. Soit \(X'\) le transformé strict de \(X\) relativement à \(S' \to S\). Soit \(i' : X' \to V \times_S S'\) le morphisme induit. Comme la formation du transformé strict commute à l’image directe par les morphismes affines (Diviseurs, lemme 080G), nous voyons que \(i'_*\mathcal{O}_{X'}\) est plat sur \(S\) et de présentation finie comme \(\mathcal{O}_{V \times_S S'}\)-module. Cela implique le lemme.

Lemme

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(X\) un schéma sur \(S\). Soit \(U \subset S\) un ouvert quasi-compact. Supposons que

  1. \(X \to S\) soit propre, et que

  2. \(X_U \to U\) soit fini localement libre.

Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(S' \to S\) tel que le transformé strict de \(X\) soit fini localement libre sur \(S'\).

Démonstration

D’après le lemme 081R, nous pouvons supposer que \(X \to S\) est plat et de présentation finie. Après avoir remplacé \(S\) par un éclatement \(U\)-admissible si nécessaire, nous pouvons supposer que \(U \subset S\) est schématiquement dense. Alors \(f\) est fini d’après le lemme 0B48. Ainsi \(f\) est fini localement libre d’après Morphismes, lemme 02KB.

Lemme

Soit \(\varphi : X \to S\) un morphisme séparé de type fini, avec \(S\) quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(U \subset S\) un ouvert quasi-compact tel que \(\varphi^{-1}U \to U\) soit un isomorphisme. Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(S' \to S\) tel que le transformé strict \(X'\) de \(X\) soit isomorphe à un sous-schéma ouvert de \(S'\).

Démonstration

La discussion de la remarque 080Y s’applique. Nous pouvons donc effectuer un premier éclatement \(U\)-admissible et supposer que le complémentaire \(S \setminus U\) est le support d’un diviseur de Cartier effectif \(D\). En particulier, \(U\) est schématiquement dense dans \(S\). Ensuite, nous effectuons un autre éclatement \(U\)-admissible pour nous ramener au cas où \(X \to S\) est plat et de présentation finie, voir le lemme 081R. Dans ce cas, le résultat découle du lemme 081M.

Le lemme suivant affirme qu’une modification propre peut être dominée par un éclatement.

Lemme

Soit \(\varphi : X \to S\) un morphisme propre, où \(S\) est quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(U \subset S\) un ouvert quasi-compact tel que \(\varphi^{-1}U \to U\) soit un isomorphisme. Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(S' \to S\) qui domine \(X\), c’est-à-dire tel qu’il existe une factorisation \(S' \to X \to S\) du morphisme d’éclatement.

Démonstration

La discussion de la remarque 080Y s’applique. Nous pouvons donc effectuer un premier éclatement \(U\)-admissible et supposer que le complémentaire \(S \setminus U\) est le support d’un diviseur de Cartier effectif \(D\). En particulier, \(U\) est schématiquement dense dans \(S\). Choisissons un autre éclatement \(U\)-admissible \(S' \to S\) tel que le transformé strict \(X'\) de \(X\) soit un sous-schéma ouvert de \(S'\), voir le lemme 081S. Puisque \(X' \to S'\) est propre et que \(U \subset S'\) est dense, nous voyons que \(X' = S'\). Quelques détails sont omis.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soient \(U \subset W \subset S\) des sous-schémas ouverts. Soit \(f : X \to W\) un morphisme et soit \(s : U \to X\) un morphisme tel que \(f \circ s = \text{id}_U\). Supposons que

  1. \(f\) soit propre,

  2. \(S\) soit quasi-compact et quasi-séparé, et que

  3. \(U\) et \(W\) soient quasi-compacts.

Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(b : S' \to S\) et un morphisme \(s' : b^{-1}(W) \to X\) prolongeant \(s\), avec \(f \circ s' = b|_{b^{-1}(W)}\).

Démonstration

Nous pouvons, et nous allons, remplacer \(X\) par l’image schématique de \(s\). Alors \(X \to W\) est un isomorphisme au-dessus de \(U\), voir Morphismes, lemme 0CNG. D’après le lemme 081T, il existe un éclatement \(U\)-admissible \(W' \to W\) et un prolongement \(W' \to X\) de \(s\). Nous achevons la démonstration en appliquant Diviseurs, lemme 080M, afin de prolonger \(W' \to W\) en un éclatement \(U\)-admissible de \(S\).

Compactifications

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Nous dirons qu’un schéma \(X\) sur \(S\) admet une compactification sur \(S\) ou est compactifiable sur \(S\) s’il existe une immersion ouverte quasi-compacte \(X \to \overline{X}\) dans un schéma \(\overline{X}\) propre sur \(S\). Si \(X\) admet une compactification sur \(S\), alors \(X \to S\) est séparé et de type fini. Un théorème de Nagata, voir [Lutkebohmert], [Conrad-Nagata], [Nagata-1], [Nagata-2], [Nagata-3] et [Nagata-4], affirme que la réciproque est également vraie. Nous démontrerons ce théorème dans la section suivante, voir le théorème 0F41.

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas séparé et de type fini. La catégorie des compactifications de \(X\) sur \(S\) est la catégorie définie comme suit :

  1. Ses objets sont les immersions ouvertes \(j : X \to \overline{X}\) sur \(S\) telles que \(\overline{X} \to S\) soit propre.

  2. Ses morphismes \((j' : X \to \overline{X}') \to (j : X \to \overline{X})\) sont les morphismes \(f : \overline{X}' \to \overline{X}\) de schémas sur \(S\) tels que \(f \circ j' = j\).

Si \(j : X \to \overline{X}\) est une compactification, alors \(j\) est une immersion ouverte quasi-compacte, voir Schémas, remarque 0816.

Attention. Nous ne supposons pas que les compactifications \(j : X \to \overline{X}\) aient une image dense. Par conséquent, si \(f : \overline{X}' \to \overline{X}\) est un morphisme de compactifications, il se peut que \(f^{-1}(j(X)) = j'(X)\) ne soit pas vérifiée.

Lemme

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(X\) un schéma compactifiable sur \(S\).

  1. La catégorie des compactifications de \(X\) sur \(S\) est cofiltrante.

  2. La sous-catégorie pleine formée des compactifications \(j : X \to \overline{X}\) telles que \(j(X)\) soit dense et schématiquement dense dans \(\overline{X}\) est initiale (Catégories, définition 09WP).

  3. Si \(f : \overline{X}' \to \overline{X}\) est un morphisme de compactifications de \(X\) tel que \(j'(X)\) soit dense dans \(\overline{X}'\), alors \(f^{-1}(j(X)) = j'(X)\).

Démonstration

Pour démontrer (a), nous devons vérifier les conditions (1), (2), (3) de Catégories, définition 04AZ. La condition (1) est satisfaite précisément parce que nous avons supposé \(X\) compactifiable. Soient \(j_i : X \to \overline{X}_i\), \(i = 1, 2\), deux compactifications. Nous pouvons alors considérer l’image schématique \(\overline{X}\) de \((j_1, j_2) : X \to \overline{X}_1 \times_S \overline{X}_2\). Cela détermine une troisième compactification \(j : X \to \overline{X}\) qui domine les deux \(j_i\) : \[\xymatrix{ (X, \overline{X}_1) & (X, \overline{X}) \ar[l] \ar[r] & (X, \overline{X}_2) }\] Ainsi (2) est satisfaite. Soient \(f_1, f_2 : \overline{X}_1 \to \overline{X}_2\) deux morphismes entre les compactifications \(j_i : X \to \overline{X}_i\), \(i = 1, 2\). Soit \(\overline{X} \subset \overline{X}_1\) l’égalisateur de \(f_1\) et \(f_2\). Comme \(\overline{X}_2 \to S\) est séparé, nous voyons que \(\overline{X}\) est un sous-schéma fermé de \(\overline{X}_1\) et est donc propre sur \(S\). De plus, nous obtenons une immersion ouverte \(X \to \overline{X}\) puisque \(f_1|_X = f_2|_X = \text{id}_X\). Le morphisme \((X \to \overline{X}) \to (j_1 : X \to \overline{X}_1)\) donné par l’immersion fermée \(\overline{X} \to \overline{X}_1\) égalise \(f_1\) et \(f_2\), ce qui démontre la condition (3).

Démonstration de (b). Soit \(j : X \to \overline{X}\) une compactification. Si \(\overline{X}'\) désigne l’adhérence schématique de \(X\) dans \(\overline{X}\), alors \(X\) est dense et schématiquement dense dans \(\overline{X}'\) d’après Morphismes, lemme 01RG. Cela démontre la première condition de Catégories, définition 09WP. Puisque nous avons déjà montré que la catégorie des compactifications de \(X\) est cofiltrante, la seconde condition de Catégories, définition 09WP, découle de la première (nous omettons la résolution de cet exercice catégorique).

Démonstration de (c). Après avoir remplacé \(\overline{X}'\) par l’adhérence schématique de \(j'(X)\) (ce qui ne modifie pas l’espace topologique sous-jacent), cela découle de Morphismes, lemme 0CNG.

Nous pouvons également considérer la catégorie de toutes les compactifications (pour \(X\) variable). Il se trouve que cette catégorie, localisée par rapport à l’ensemble des morphismes qui induisent un isomorphisme sur l’intérieur, est équivalente à la catégorie des schémas compactifiables sur \(S\).

Lemme

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas sur \(S\), avec \(Y\) séparé et de type fini sur \(S\) et \(X\) compactifiable sur \(S\). Alors \(X\) admet une compactification sur \(Y\).

Démonstration

Soit \(j : X \to \overline{X}\) une compactification de \(X\) sur \(S\). Nous définissons alors \(\overline{X}'\) comme l’image schématique de \((j, f) : X \to \overline{X} \times_S Y\). Le morphisme \(\overline{X}' \to Y\) est propre, car \(\overline{X} \times_S Y \to Y\) est propre comme changement de base de \(\overline{X} \to S\). D’autre part, puisque \(Y\) est séparé sur \(S\), le morphisme \((1, f) : X \to X \times_S Y\) est une immersion fermée (Schémas, lemme 01KS) et donc \(X \to \overline{X}'\) est une immersion ouverte d’après Morphismes, lemme 0CNG, appliqué à la “section partielle” \(s = (j, f)\) de la projection \(\overline{X} \times_S Y \to \overline{X}\).

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Nous définissons la catégorie des compactifications comme la catégorie dont les objets sont les paires \((X, \overline{X})\) où \(\overline{X}\) est un schéma propre sur \(S\) et \(X \subset \overline{X}\) est un ouvert quasi-compact, et dont les morphismes sont les diagrammes commutatifs \[\xymatrix{ X \ar[d] \ar[r]_f & Y \ar[d] \\ \overline{X} \ar[r]^{\overline{f}} & \overline{Y} }\] de morphismes de schémas sur \(S\).

Lemme

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. La famille des morphismes \((u, \overline{u}) : (X', \overline{X}') \to (X, \overline{X})\) tels que \(u\) soit un isomorphisme forme un système multiplicatif à droite (Catégories, définition 04VC) de flèches dans la catégorie des compactifications.

Démonstration

L’axiome RMS1 se vérifie immédiatement. Vérifions que RMS2 est satisfait. Supposons donné un diagramme \[\xymatrix{ & (X', \overline{X}') \ar[d]_{(u, \overline{u})} \\ (Y, \overline{Y}) \ar[r]^{(f, \overline{f})} & (X, \overline{X}) }\] où \(u : X' \to X\) est un isomorphisme. Posons alors \(Y' = Y \times_X X'\) et notons \(v : Y' \to Y\) la projection (qui est un isomorphisme). Posons aussi \(\overline{Y}' = \overline{Y} \times_{\overline{X}} \overline{X}'\) et notons \(\overline{v} : \overline{Y}' \to \overline{Y}\) la projection. Il est clair que \(Y' \to \overline{Y}'\) est une immersion ouverte. Le diagramme \[\xymatrix{ (Y', \overline{Y}') \ar[r]_{(g, \overline{g})} \ar[d]_{(v, \overline{v})} & (X', \overline{X}') \ar[d]_{(u, \overline{u})} \\ (Y, \overline{Y}) \ar[r]^{(f, \overline{f})} & (X, \overline{X}) }\] montre que l’axiome RMS2 est satisfait.

Vérifions que RMS3 est satisfait. Supposons donnés deux morphismes \((f, \overline{f}), (g, \overline{g}) : (X, \overline{X}) \to (Y, \overline{Y})\) de compactifications et un morphisme \((v, \overline{v}) : (Y, \overline{Y}) \to (Y', \overline{Y}')\) tel que \(v\) soit un isomorphisme et que \((v, \overline{v}) \circ (f, \overline{f}) = (v, \overline{v}) \circ (g, \overline{g})\). Alors \(f = g\). Ainsi, si nous notons \(\overline{X}' \subset \overline{X}\) l’égalisateur de \(\overline{f}\) et \(\overline{g}\), alors \((u, \overline{u}) : (X, \overline{X}') \to (X, \overline{X})\) sera un morphisme de la catégorie des compactifications tel que \((f, \overline{f}) \circ (u, \overline{u}) = (g, \overline{g}) \circ (u, \overline{u})\), comme voulu.

Lemme

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Le foncteur \((X, \overline{X}) \mapsto X\) définit une équivalence de la catégorie des compactifications localisée (Catégories, lemme 04VH) par rapport au système multiplicatif à droite du lemme 0ATV vers la catégorie des schémas compactifiables sur \(S\).

Démonstration

Notons \(\mathcal{C}\) la catégorie des compactifications et notons \(Q : \mathcal{C} \to \mathcal{C}'\) le foncteur de localisation de Catégories, lemme 04VK. Notons \(\mathcal{D}\) la catégorie des schémas compactifiables sur \(S\). Il est clair, d’après le lemme que nous venons de citer et notre choix du système multiplicatif, que nous obtenons un foncteur \(\mathcal{C}' \to \mathcal{D}\). Ce foncteur est manifestement essentiellement surjectif. Si \(f : X \to Y\) est un morphisme de schémas compactifiables, choisissons une immersion ouverte \(Y \to \overline{Y}\) dans un schéma propre sur \(S\), puis choisissons un plongement \(X \to \overline{X}\) dans un schéma \(\overline{X}\) propre sur \(\overline{Y}\) (ce qui est possible d’après le lemme 0A9Z appliqué à \(X \to \overline{Y}\)). Nous obtenons ainsi un morphisme \((X, \overline{X}) \to (Y, \overline{Y})\) de compactifications qui induit le morphisme donné \(X \to Y\). Enfin, supposons donnés deux morphismes de la catégorie localisée ayant même source et même but, disons \[a = ((f, \overline{f}) : (X', \overline{X}') \to (Y, \overline{Y}), (u, \overline{u}) : (X', \overline{X}') \to (X, \overline{X}))\] et \[b = ((g, \overline{g}) : (X'', \overline{X}'') \to (Y, \overline{Y}), (v, \overline{v}) : (X'', \overline{X}'') \to (X, \overline{X}))\] qui induisent le même morphisme \(X \to Y\) sur \(S\), autrement dit \(f \circ u^{-1} = g \circ v^{-1}\). D’après Catégories, lemme 04VI, nous pouvons supposer que \((X', \overline{X}') = (X'', \overline{X}'')\) et que \((u, \overline{u}) = (v, \overline{v})\). Dans ce cas, nous pouvons considérer l’égalisateur \(\overline{X}''' \subset \overline{X}'\) de \(\overline{f}\) et \(\overline{g}\). Le morphisme \((w, \overline{w}) : (X', \overline{X}''') \to (X', \overline{X}')\) appartient au système multiplicatif et nous voyons que \(a = b\) dans la catégorie localisée en précomposant avec \((w, \overline{w})\).

Compactification de Nagata

Dans cette section, nous démontrons le théorème annoncé à la section 0ATT.

Lemme

Soit \(X \to S\) un morphisme de schémas. Si \(X = U \cup V\) est un recouvrement ouvert tel que \(U \to S\) et \(V \to S\) soient séparés et que \(U \cap V \to U \times_S V\) soit fermé, alors \(X \to S\) est séparé.

Démonstration

Omis. Indication : vérifier que \(\Delta : X \to X \times_S X\) est fermé en utilisant le recouvrement ouvert de \(X \times_S X\) donné par \(U \times_S U\), \(U \times_S V\), \(V \times_S U\) et \(V \times_S V\).

Lemme

Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(U \subset X\) un ouvert quasi-compact.

  1. Si \(Z_1, Z_2 \subset X\) sont des sous-schémas fermés de présentation finie tels que \(Z_1 \cap Z_2 \cap U = \emptyset\), alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(X' \to X\) tel que les transformés stricts de \(Z_1\) et \(Z_2\) soient disjoints.

  2. Si \(T_1, T_2 \subset U\) sont des parties disjointes fermées pour la topologie constructible, alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(X' \to X\) tel que les adhérences de \(T_1\) et \(T_2\) soient disjointes.

Démonstration

Démonstration de (1). L’hypothèse que \(Z_i \to X\) est de présentation finie signifie que le faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{I}_i\) de \(Z_i\) est de type fini, voir Morphismes, lemme 01TV. Notons \(Z \subset X\) le sous-schéma fermé découpé par le produit \(\mathcal{I}_1 \mathcal{I}_2\). Observons que \(Z \cap U\) est la réunion disjointe de \(Z_1 \cap U\) et \(Z_2 \cap U\). D’après Diviseurs, lemme 080P, il existe un éclatement \(U \cap Z\)-admissible \(Z' \to Z\) tel que les transformés stricts de \(Z_1\) et \(Z_2\) soient disjoints. Notons \(Y \subset Z\) le centre de cet éclatement. Alors \(Y \to X\) est une immersion fermée de présentation finie comme composée de \(Y \to Z\) et \(Z \to X\) (Diviseurs, définition 080K et Morphismes, lemme 01TR). Ainsi, l’éclatement \(X' \to X\) de centre \(Y\) est un éclatement \(U\)-admissible. D’après les propriétés générales des transformés stricts, les transformés stricts de \(Z_1, Z_2\) relativement à \(X' \to X\) sont les mêmes que les transformés stricts de \(Z_1, Z_2\) relativement à \(Z' \to Z\), voir Diviseurs, lemme 080E. Cela démontre (1).

Démonstration de (2). D’après Propriétés, lemme 01PH, il existe un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini \(\mathcal{J}_i \subset \mathcal{O}_U\) tel que \(T_i = V(\mathcal{J}_i)\) (ensemblistement). D’après Propriétés, lemme 01PF, il existe un faisceau quasi-cohérent de type fini d’idéaux \(\mathcal{I}_i \subset \mathcal{O}_X\) dont la restriction à \(U\) est \(\mathcal{J}_i\). Appliquons le résultat de la partie (1) aux sous-schémas fermés \(Z_i = V(\mathcal{I}_i)\) pour conclure.

Lemme

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas quasi-compacts et quasi-séparés. Soit \(V \subset Y\) un ouvert quasi-compact, et soit \(U = f^{-1}(V)\). Soit \(T \subset V\) une partie fermée telle que \(f|_U : U \to V\) soit un isomorphisme au-dessus d’un voisinage ouvert de \(T\) dans \(V\). Alors il existe un éclatement \(V\)-admissible \(Y' \to Y\) tel que le transformé strict \(f' : X' \to Y'\) de \(f\) soit un isomorphisme au-dessus d’un voisinage ouvert de l’adhérence de \(T\) dans \(Y'\).

Démonstration

Soit \(T' \subset V\) le complémentaire du plus grand ouvert au-dessus duquel \(f|_U\) est un isomorphisme. Alors \(T', T\) sont fermés dans \(V\) et \(T \cap T' = \emptyset\). Puisque \(V\) est un espace topologique spectral, nous pouvons trouver des parties \(T_c, T'_c\) fermées pour la topologie constructible telles que \(T \subset T_c\), \(T' \subset T'_c\) et \(T_c \cap T'_c = \emptyset\) (choisir un ouvert quasi-compact \(W\) de \(V\) contenant \(T'\) et ne rencontrant pas \(T\), et poser \(T_c = V \setminus W\), puis choisir un ouvert quasi-compact \(W'\) de \(V\) contenant \(T_c\) et ne rencontrant pas \(T'\), et poser \(T'_c = V \setminus W'\)). D’après le lemme 0F3V, nous pouvons, après avoir remplacé \(Y\) par un éclatement \(V\)-admissible, supposer que \(T_c\) et \(T'_c\) ont des adhérences disjointes dans \(Y\). Posons \(Y_0 = Y \setminus \overline{T}'_c\), \(V_0 = V \setminus T'_c\), \(U_0 = U \times_V V_0\) et \(X_0 = X \times_Y Y_0\). Puisque \(U_0 \to V_0\) est un isomorphisme, nous pouvons trouver un éclatement \(V_0\)-admissible \(Y'_0 \to Y_0\) tel que le transformé strict \(X'_0\) de \(X_0\) s’envoie isomorphiquement sur \(Y'_0\), voir le lemme 081S. D’après Diviseurs, lemme 080M, il existe un éclatement \(V\)-admissible \(Y' \to Y\) dont la restriction à \(Y_0\) est \(Y'_0 \to Y_0\). Si \(f' : X' \to Y'\) désigne le transformé strict de \(f\), alors nous obtenons le résultat voulu, car \(f'\) se restreint en un isomorphisme au-dessus de \(Y'_0\).

Lemme

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soient \(U \to X_1\) et \(U \to X_2\) des immersions ouvertes de schémas sur \(S\), et supposons que \(U\), \(X_1\), \(X_2\) soient de type fini et séparés sur \(S\). Alors il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X_1' \ar[d] \ar[r] & X & X_2' \ar[l] \ar[d] \\ X_1 & U \ar[l] \ar[lu] \ar[u] \ar[ru] \ar[r] & X_2 }\] de schémas sur \(S\), où \(X_i' \to X_i\) est un éclatement \(U\)-admissible, \(X_i' \to X\) est une immersion ouverte et \(X\) est séparé et de type fini sur \(S\).

Démonstration

Tout au long de la démonstration, tous les schémas seront séparés et de type fini sur \(S\). Cela implique en particulier que ces schémas sont quasi-compacts et quasi-séparés, et que les morphismes entre eux sont quasi-compacts et séparés. Voir Schémas, sections 01K2 et 01KH. Nous utiliserons le fait que, si \(U \to W\) est une immersion de tels schémas sur \(S\), alors l’image schématique \(Z\) de \(U\) dans \(W\) est un sous-schéma fermé de \(W\), que \(U \to Z\) est une immersion ouverte, que \(U \subset Z\) est schématiquement dense et que \(U \subset Z\) est topologiquement dense. Voir Morphismes, lemme 01RG.

Soit \(X_{12} \subset X_1 \times_S X_2\) l’image schématique de \(U \to X_1 \times_S X_2\). Les projections \(p_i : X_{12} \to X_i\) induisent des isomorphismes \(p_i^{-1}(U) \to U\) d’après Morphismes, lemme 0CNG. Choisissons un éclatement \(U\)-admissible \(X_i^i \to X_i\) tel que le transformé strict \(X_{12}^i\) de \(X_{12}\) soit isomorphe à un sous-schéma ouvert de \(X_i^i\), voir le lemme 081S. Soit \(\mathcal{I}_i \subset \mathcal{O}_{X_i}\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini correspondant. Rappelons que \(X_{12}^i \to X_{12}\) est l’éclatement de \(p_i^{-1}\mathcal{I}_i \mathcal{O}_{X_{12}}\), voir Diviseurs, lemme 080E. Soit \(X_{12}'\) l’éclatement de \(X_{12}\) de centre \(p_1^{-1}\mathcal{I}_1 p_2^{-1}\mathcal{I}_2 \mathcal{O}_{X_{12}}\), voir Diviseurs, lemme 080A pour la signification de cette construction. Nous obtenons en particulier un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X_{12}' \ar[d] \ar[r] & X_{12}^2 \ar[d] \\ X_{12}^1 \ar[r] & X_{12} }\] où tous les morphismes sont des éclatements \(U\)-admissibles. Puisque \(X_{12}^i \subset X_i^i\) est un ouvert, nous pouvons choisir un éclatement \(U\)-admissible \(X_i' \to X_i^i\) dont la restriction est \(X_{12}' \to X_{12}^i\), voir Diviseurs, lemme 080M. Alors \(X_{12}' \subset X_i'\) est un sous-schéma ouvert et le diagramme \[\xymatrix{ X_{12}' \ar[d] \ar[r] & X_i' \ar[d] \\ X_{12}^i \ar[r] & X_i^i }\] est commutatif, les flèches verticales étant des éclatements et les flèches horizontales des immersions ouvertes. Remarquons que \(X'_{12} \to X_1' \times_S X_2'\) est une immersion propre (utiliser que \(X'_{12} \to X_{12}\) est propre, que \(X_{12} \to X_1 \times_S X_2\) est fermé, que \(X_1' \times_S X_2' \to X_1 \times_S X_2\) est séparé et appliquer Morphismes, lemme 01W6). Ainsi \(X'_{12} \to X_1' \times_S X_2'\) est une immersion fermée. Il s’ensuit que, si nous définissons \(X\) en recollant \(X_1'\) et \(X_2'\) le long du sous-schéma ouvert commun \(X_{12}'\), alors \(X \to S\) est de type fini et séparé (lemme 0F3U). Comme les composées d’éclatements \(U\)-admissibles sont des éclatements \(U\)-admissibles (Diviseurs, lemme 080L), le lemme est démontré.

Lemme

Soient \(X \to S\) et \(Y \to S\) des morphismes de schémas. Soit \(U \subset X\) un sous-schéma ouvert. Soit \(V \to X \times_S Y\) un morphisme quasi-compact dont la composée avec la première projection est à valeurs dans \(U\). Soit \(Z \subset X \times_S Y\) l’image schématique de \(V \to X \times_S Y\). Soit \(X' \to X\) un éclatement \(U\)-admissible. Alors l’image schématique de \(V \to X' \times_S Y\) est le transformé strict de \(Z\) relativement à l’éclatement.

Démonstration

Notons \(Z' \to Z\) le transformé strict. Le morphisme \(Z' \to X'\) induit un morphisme \(Z' \to X' \times_S Y\) qui est une immersion fermée (car \(Z'\) est par définition un sous-schéma fermé de \(X' \times_X Z\)). Ainsi, pour achever la démonstration, il suffit de montrer que l’image schématique \(Z''\) de \(V \to Z'\) est \(Z'\). Observons que \(Z'' \subset Z'\) est un sous-schéma fermé tel que \(V \to Z'\) se factorise par \(Z''\). Puisque \(V \to X \times_S Y\) et \(V \to X' \times_S Y\) sont tous deux quasi-compacts (pour le second, cela découle de Schémas, lemme 03GI, et du fait que \(X' \times_S Y \to X \times_S Y\) est séparé comme changement de base d’un morphisme propre), d’après Morphismes, lemme 01R8, nous voyons que \(Z \cap (U \times_S Y) = Z'' \cap (U \times_S Y)\). Ainsi, le morphisme d’inclusion \(Z'' \to Z'\) est un isomorphisme hors du diviseur exceptionnel \(E\) de \(Z' \to Z\). Cependant, le faisceau structural de \(Z'\) n’a aucune section non nulle à support dans \(E\) (par définition des transformés stricts), et nous concluons que la surjection \(\mathcal{O}_{Z'} \to \mathcal{O}_{Z''}\) doit être un isomorphisme.

Lemme

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(U\) un schéma de type fini et séparé sur \(S\). Soit \(V \subset U\) un ouvert quasi-compact. Si \(V\) admet une compactification \(V \subset Y\) sur \(S\), alors il existe un éclatement \(V\)-admissible \(Y' \to Y\) et un ouvert \(V \subset V' \subset Y'\) tel que \(V \to U\) se prolonge en un morphisme propre \(V' \to U\).

Démonstration

Considérons l’image schématique \(Z \subset Y \times_S U\) du morphisme “diagonal” \(V \to Y \times_S U\). Si nous remplaçons \(Y\) par un éclatement \(V\)-admissible, alors \(Z\) est remplacé par le transformé strict relativement à cet éclatement, voir le lemme 0F3Y. Ainsi, d’après le lemme 081S, nous pouvons supposer que \(Z \to Y\) est une immersion ouverte. Si \(V' \subset Y\) désigne son image, alors nous voyons que le morphisme induit \(V' \to U\) est propre, car la projection \(Y \times_S U \to U\) est propre et \(V' \cong Z\) est un sous-schéma fermé de \(Y \times_S U\).

Le lemme suivant n’est formulé que dans le cas noethérien. La version pour les schémas quasi-compacts et quasi-séparés est également vraie, mais elle découlera trivialement du théorème principal de cette section.

Lemme

Soit \(S\) un schéma noethérien. Soit \(U\) un schéma de type fini et séparé sur \(S\). Soit \(U = U_1 \cup U_2\) avec des ouverts tels que \(U_1\) et \(U_2\) admettent des compactifications sur \(S\) et que \(U_1 \cap U_2\) soit dense dans \(U\). Alors \(U\) admet une compactification sur \(S\).

Démonstration

Choisissons une compactification \(U_i \subset X_i\) pour \(i = 1, 2\). Nous pouvons supposer que \(U_i\) est schématiquement dense dans \(X_i\). Nous pouvons supposer qu’il existe un ouvert \(V_i \subset X_i\) et un morphisme propre \(\psi_i : V_i \to U\) prolongeant \(\text{id} : U_i \to U_i\), voir le lemme 0F3Z. Diagramme : \[\xymatrix{ U_i \ar[r] \ar[d] & V_i \ar[r] \ar[dl]^{\psi_i} & X_i \\ U }\] Pour \(\{i, j\} = \{1, 2\}\), posons \(Z_i = U \setminus U_j = U_i \setminus (U_1 \cap U_2)\) et \(Z_j = U \setminus U_i = U_j \setminus (U_1 \cap U_2)\). Ainsi, nous avons \[U = U_1 \amalg Z_2 = Z_1 \amalg U_2 = Z_1 \amalg (U_1 \cap U_2) \amalg Z_2\] Notons \(Z_{i, i} \subset V_i\) l’image réciproque de \(Z_i\) par \(\psi_i\). Observons que \(\psi_i\) est un isomorphisme au-dessus d’un voisinage ouvert de \(Z_i\). Notons \(Z_{i, j} \subset V_i\) l’image réciproque de \(Z_j\) par \(\psi_i\). Observons que \(\psi_i : Z_{i, j} \to Z_j\) est un morphisme propre. Puisque \(Z_i\) et \(Z_j\) sont des parties fermées disjointes de \(U\), nous voyons que \(Z_{i, i}\) et \(Z_{i, j}\) sont des parties fermées disjointes de \(V_i\).

Notons \(\overline{Z}_{i, i}\) et \(\overline{Z}_{i, j}\) les adhérences de \(Z_{i, i}\) et \(Z_{i, j}\) dans \(X_i\). Après avoir remplacé \(X_i\) par un éclatement \(V_i\)-admissible, nous pouvons supposer que \(\overline{Z}_{i, i}\) et \(\overline{Z}_{i, j}\) sont disjointes, voir le lemme 0F3V. Nous supposons que cela vaut à la fois pour \(X_1\) et \(X_2\). Observons que cette propriété est préservée si nous remplaçons \(X_i\) par un nouvel éclatement \(V_i\)-admissible.

Posons \(V_{12} = V_1 \times_U V_2\). Nous avons une immersion \(V_{12} \to X_1 \times_S X_2\) qui est la composée de l’immersion fermée \(V_{12} = V_1 \times_U V_2 \to V_1 \times_S V_2\) (Schémas, lemme 01KR) et de l’immersion ouverte \(V_1 \times_S V_2 \to X_1 \times_S X_2\). Soit \(X_{12} \subset X_1 \times_S X_2\) l’image schématique de \(V_{12} \to X_1 \times_S X_2\). Les morphismes de projection \[p_1 : X_{12} \to X_1 \quad\text{et}\quad p_2 : X_{12} \to X_2\] sont propres, car \(X_1\) et \(X_2\) sont propres sur \(S\). Si nous remplaçons \(X_1\) par un éclatement \(V_1\)-admissible, alors \(X_{12}\) est remplacé par le transformé strict relativement à cet éclatement, voir le lemme 0F3Y.

Notons \(\psi : V_{12} \to U\) le morphisme donné par les composées \(\psi = \psi_1 \circ p_1|_{V_{12}} = \psi_2 \circ p_2|_{V_{12}}\). Considérons le sous-schéma fermé \[Z_{12, 2} = (p_1|_{V_{12}})^{-1}(Z_{1, 2}) = (p_2|_{V_{12}})^{-1}(Z_{2, 2}) = \psi^{-1}(Z_2) \subset V_{12}\] Le morphisme \(p_1|_{V_{12}} : V_{12} \to V_1\) est un isomorphisme au-dessus d’un voisinage ouvert de \(Z_{1, 2}\), car \(\psi_2 : V_2 \to U\) est un isomorphisme au-dessus d’un voisinage ouvert de \(Z_2\) et \(V_{12} = V_1 \times_U V_2\). D’après le lemme 0F3W, il existe un éclatement \(V_1\)-admissible \(X_1' \to X_1\) tel que le transformé strict \(p'_1 : X'_{12} \to X'_1\) de \(p_1\) soit un isomorphisme au-dessus d’un voisinage ouvert de l’adhérence de \(Z_{1, 2}\) dans \(X'_1\). Après avoir remplacé \(X_1\) par \(X'_1\) et \(X_{12}\) par \(X'_{12}\), nous pouvons supposer que \(p_1\) est un isomorphisme au-dessus d’un voisinage ouvert de \(\overline{Z}_{1, 2}\).

La réduction du paragraphe précédent nous dit que \[X_{12} \cap (\overline{Z}_{1, 2} \times_S \overline{Z}_{2, 1}) = \emptyset\] où l’intersection est prise dans \(X_1 \times_S X_2\). En effet, l’image réciproque \(p_1^{-1}(\overline{Z}_{1, 2})\) dans \(X_{12}\) est envoyée isomorphiquement sur \(\overline{Z}_{1, 2}\). En particulier, nous voyons que \(Z_{12, 2}\) est dense dans \(p_1^{-1}(\overline{Z}_{1, 2})\). Ainsi \(p_2\) envoie \(p_1^{-1}(\overline{Z}_{1, 2})\) dans \(\overline{Z}_{2, 2}\). Puisque \(\overline{Z}_{2, 2} \cap \overline{Z}_{2, 1} = \emptyset\), nous concluons.

Considérons les schémas \[W_i = U \coprod\nolimits_{U_i} (X_i \setminus \overline{Z}_{i, j}), \quad i = 1, 2\] obtenus par recollement. Appliquons le lemme 0F3U pour voir que \(W_i \to S\) est séparé. Tout d’abord, \(U \to S\) et \(X_i \to S\) sont séparés. L’immersion \(U_i \to U \times_S (X_i \setminus \overline{Z}_{i, j})\) est fermée, car toute spécialisation \(u_i \leadsto u\) avec \(u_i \in U_i\) et \(u \in U \setminus U_i\) se relève de manière unique en une spécialisation \(u_i \leadsto v_i\) dans \(V_i\) le long du morphisme propre \(\psi_i : V_i \to U\), et alors \(v_i\) appartient nécessairement à \(Z_{i, j}\). Ainsi, l’image de l’immersion est fermée, et l’immersion est donc une immersion fermée.

D’autre part, pour tout anneau de valuation \(A\) sur \(S\), ayant \(K\) pour corps des fractions, et tout morphisme \(\gamma : \Spec(K) \to (U_1 \cap U_2)\) sur \(S\), il existe un \(i\) et un prolongement de \(\gamma\) en un morphisme \(h_i : \Spec(A) \to W_i\). En effet, pour chacun des \(i = 1, 2\), il existe un morphisme \(g_i : \Spec(A) \to X_i\) prolongeant \(\gamma\) d’après le critère valuatif de propreté de \(X_i\) sur \(S\), voir Morphismes, lemme 0BX5. Ainsi, nous ne rencontrons une difficulté que si \(g_i(\mathfrak m_A) \in \overline{Z}_{i, j}\) pour \(i = 1, 2\). Cela est impossible, car l’intersection de \(X_{12}\) et \(\overline{Z}_{1, 2} \times_S \overline{Z}_{2, 1}\) est vide, comme démontré ci-dessus.

Considérons un diagramme \[\xymatrix{ W_1' \ar[d] \ar[r] & W & W_2' \ar[l] \ar[d] \\ W_1 & U \ar[l] \ar[lu] \ar[u] \ar[ru] \ar[r] & W_2 }\] comme dans le lemme 0F3X. D’après le paragraphe précédent, pour tout diagramme aux flèches pleines \[\xymatrix{ \Spec(K) \ar[r]_\gamma \ar[d] & W \ar[d] \\ \Spec(A) \ar@{..>}[ru] \ar[r] & S }\] où \(\Im(\gamma) \subset U_1 \cap U_2\), il existe un \(i\) et un prolongement \(h_i : \Spec(A) \to W_i\) de \(\gamma\). En utilisant le critère valuatif de propreté pour \(W'_i \to W_i\), nous pouvons alors relever \(h_i\) en \(h'_i : \Spec(A) \to W'_i\). La flèche pointillée du diagramme existe donc. Comme \(W\) est séparé sur \(S\), nous voyons que cette flèche est également unique. Cela implique que \(W \to S\) est universellement fermé d’après Morphismes, lemme 0894. Comme \(W \to S\) est déjà de type fini et séparé, on conclut.

Théorème

Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(X \to S\) un morphisme séparé de type fini. Alors \(X\) admet une compactification sur \(S\).

Démonstration

Nous nous ramenons d’abord au cas noethérien. Nous recommandons vivement au lecteur de sauter ce paragraphe. Il existe une immersion fermée \(X \to X'\) telle que \(X' \to S\) soit de présentation finie et séparé. Voir Limites, proposition 01ZJ. Si nous trouvons une compactification de \(X'\) sur \(S\), alors prendre l’image schématique de \(X\) dans celle-ci donnera une compactification de \(X\) sur \(S\). Nous pouvons donc supposer que \(X \to S\) est séparé et de présentation finie. Nous pouvons écrire \(S = \lim S_i\) comme limite d’un système filtrant de schémas noethériens à morphismes de transition affines. Voir Limites, proposition 01ZA. Nous pouvons choisir un \(i\) et un morphisme \(X_i \to S_i\) de présentation finie dont le changement de base à \(S\) est \(X \to S\), voir Limites, lemme 01ZM. Quitte à augmenter \(i\), nous pouvons supposer que \(X_i \to S_i\) est séparé, voir Limites, lemme 01ZQ. Si nous pouvons trouver une compactification de \(X_i\) sur \(S_i\), alors le changement de base de celle-ci à \(S\) sera une compactification de \(X\) sur \(S\). Cela nous ramène au cas traité dans le paragraphe suivant.

Supposons que \(S\) soit noethérien. Nous pouvons choisir un recouvrement ouvert affine fini \(X = \bigcup_{i = 1, \ldots, n} U_i\) tel que \(U_1 \cap \ldots \cap U_n\) soit dense dans \(X\). Cela découle de Propriétés, lemme 01ZX, et du fait que \(X\) est quasi-compact et possède un nombre fini de composantes irréductibles. Pour chaque \(i\), nous pouvons choisir un \(n_i \geq 0\) et une immersion \(U_i \to \mathbf{A}^{n_i}_S\) d’après Morphismes, lemme 04II. Ainsi, \(U_i\) admet une compactification sur \(S\) pour \(i = 1, \ldots, n\) en prenant l’image schématique dans \(\mathbf{P}^{n_i}_S\). En appliquant le lemme 0F40 \((n - 1)\) fois, nous concluons que le théorème est vrai.

La topologie h

Pour nous, en termes informels, un faisceau h est un faisceau pour la topologie de Zariski qui satisfait à la propriété de faisceau pour les morphismes propres surjectifs de présentation finie ; voir le lemme 0EU5. Il peut toutefois être utile de souligner que la définition de la topologie h sur la catégorie des schémas dépend de la référence choisie.

Voevodsky a initialement défini un recouvrement h comme une famille finie de morphismes de type fini qui sont conjointement universellement submersifs (Morphismes, définition 040H). Voir [Voevodsky, définition 3.1.2]. Cette définition est particulièrement adaptée lorsque la catégorie de schémas sous-jacente est restreinte aux schémas de type fini sur un schéma de base noethérien fixé. Dans ce cadre, Voevodsky relie les recouvrements h aux recouvrements ph. La topologie ph est engendrée par les recouvrements de Zariski et les morphismes propres surjectifs. Voir Topologies, section 0DBC pour plus de détails.

Dans Topologies, section 0ETA, nous étudions la topologie V. Un morphisme quasi-compact \(X \to Y\) définit un recouvrement V si toute spécialisation de points de \(Y\) est l’image d’une spécialisation de points de \(X\) et si cette propriété subsiste après tout changement de base (Topologies, lemme 0ETN). Dans ce cas, \(X \to Y\) est universellement submersif (Topologies, lemme 0ETP). Il s’avère que la notion de recouvrement V remplace avantageusement les “familles de morphismes de but fixé qui sont conjointement universellement submersifs” lorsqu’on travaille avec des schémas non noethériens.

Notre démarche consistera d’abord à démontrer l’équivalence entre les recouvrements ph et les recouvrements V pour les familles (éventuellement infinies) de morphismes qui sont localement de présentation finie. Nous utiliserons ensuite ces familles comme notion de recouvrement h dans le projet Champs. Pour les schémas noethériens et les familles finies, ces recouvrements coïncident avec ceux de la définition de Voevodsky ; voir le lemme 0ETT. Sur la catégorie des schémas de présentation finie sur un schéma de base fixé \(S\), quasi-compact et quasi-séparé, ces recouvrements définissent la même topologie que celle de [Witt-Grass, définition 2.7].

Lemme

Soit \(\{f_i : X_i \to X\}_{i \in I}\) une famille de morphismes de schémas de but fixé, où \(f_i\) est localement de présentation finie pour tout \(i\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\{X_i \to X\}\) est un recouvrement ph, et

  2. \(\{X_i \to X\}\) est un recouvrement V.

Démonstration

Soit \(U \subset X\) un ouvert affine. D’après Topologies, définitions 0DBG et 0ETH, il suffit de montrer que la famille obtenue par changement de base \(\{X_i \times_X U \to U\}\) admet un raffinement par un recouvrement ph standard si et seulement si elle admet un raffinement par un recouvrement V standard. On peut donc supposer \(X\) affine et il faut montrer que \(\{X_i \to X\}\) admet un raffinement par un recouvrement ph standard si et seulement si elle admet un raffinement par un recouvrement V standard. Puisqu’un recouvrement ph standard est un recouvrement V standard, voir Topologies, lemme 0ETD, il suffit de démontrer la réciproque.

Supposons \(X\) affine et supposons que \(\{f_i : X_i \to X\}_{i \in I}\) admette un raffinement par un recouvrement V standard \(\{g_j : Y_j \to X\}_{j = 1, \ldots, m}\). Pour chaque \(j\), choisissons un indice \(i_j\) et un morphisme \(h_j : Y_j \to X_{i_j}\) tels que \(g_j = f_{i_j} \circ h_j\). Puisque \(Y_j\) est affine, donc quasi-compact, nous pouvons, pour chaque \(j\), trouver un nombre fini d’ouverts affines \(U_{j, k} \subset X_{i_j}\) tels que \(\Im(h_j) \subset \bigcup U_{j, k}\). Alors \(\{U_{j, k} \to X\}_{j, k}\) raffine \(\{X_i \to X\}\) et constitue un recouvrement V standard (car c’est une famille finie de morphismes entre schémas affines et que sa propriété de relèvement pour les anneaux de valuation découle de la propriété correspondante de \(\{Y_j \to X\}\)). Nous sommes ainsi ramenés au cas traité au paragraphe suivant.

Supposons que \(\{f_i : X_i \to X\}_{i = 1, \ldots, n}\) soit un recouvrement V standard, les \(f_i\) étant de présentation finie. Il faut montrer que \(\{X_i \to X\}\) admet un raffinement par un recouvrement ph standard. Choisissons une stratification de platitude générique \[X = S \supset S_0 \supset S_1 \supset \ldots \supset S_t = \emptyset\] comme dans Compléments sur les morphismes, lemme 0H3Z pour le morphisme de présentation finie \[\coprod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} f_i : \coprod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} X_i \longrightarrow X\] de schémas affines. Nous utiliserons toutes les propriétés de la stratification sans plus le préciser. Par construction, le changement de base de chaque \(f_i\) à \(U_k = S_k \setminus S_{k + 1}\) est plat. Notons \(Y_k\) l’adhérence schématique de \(U_k\) dans \(S_k\). Comme \(U_k \to S_k\) est une immersion ouverte quasi-compacte (voir Propriétés, lemme 01PH), on voit que \(U_k \subset Y_k\) est une immersion ouverte quasi-compacte et dense (et schématiquement dense) ; voir Morphismes, lemme 01R8. Le morphisme \(\coprod_{k = 0, \ldots, t - 1} Y_k \to X\) est fini et surjectif ; \(\{Y_k \to X\}\) est donc un recouvrement ph standard et, par conséquent, un recouvrement V standard (voir ci-dessus). Par la propriété de transitivité des recouvrements V standards (Topologies, lemme 0ETF), il suffit de montrer que le tiré en arrière du recouvrement \(\{X_i \to X\}\) sur chaque \(Y_k\) admet un raffinement par un recouvrement V standard. Cela nous ramène au cas décrit dans le paragraphe suivant.

Supposons que \(\{f_i : X_i \to X\}_{i = 1, \ldots, n}\) soit un recouvrement V standard où chaque \(f_i\) est de présentation finie et qu’il existe un ouvert quasi-compact dense \(U \subset X\) tel que \(X_i \times_X U \to U\) soit plat. D’après le théorème 0815 il existe un éclatement \(U\)-admissible \(X' \to X\) tel que le transformé strict \(f'_i : X'_i \to X'\) de \(f_i\) soit plat. Observons que le morphisme projectif (donc fermé) \(X' \to X\) est surjectif puisque \(U \subset X\) est dense et que \(U\) s’identifie à un ouvert de \(X'\). Après avoir remplacé \(X'\) par un nouvel éclatement \(U\)-admissible si nécessaire, nous pouvons également supposer que \(U \subset X'\) est schématiquement dense (voir la remarque 080Y). Ainsi, pour tout point \(x \in X'\), il existe un anneau de valuation \(V\) et un morphisme \(g : \Spec(V) \to X'\) tels que le point générique de \(\Spec(V)\) s’envoie dans \(U\) et que le point fermé de \(\Spec(V)\) s’envoie sur \(x\), voir Morphismes, lemme 02JQ. Puisque \(\{X_i \to X\}\) est un recouvrement V standard, nous pouvons choisir une extension d’anneaux de valuation \(V \subset W\), un indice \(i\) et un morphisme \(\Spec(W) \to X_i\) tels que le diagramme \[\xymatrix{ \Spec(W) \ar[d] \ar[rr] & & X_i \ar[d] \\ \Spec(V) \ar[r] & X' \ar[r] & X }\] soit commutatif. Puisque \(X'_i \subset X' \times_X X_i\) est un sous-schéma fermé contenant l’ouvert \(U \times_X X_i\), puisque \(\Spec(W)\) est un schéma intègre, et puisque le morphisme induit \(h : \Spec(W) \to X' \times_X X_i\) envoie le point générique de \(\Spec(W)\) dans \(U \times_X X_i\), nous en déduisons que \(h\) se factorise par le sous-schéma fermé \(X'_i \subset X' \times_X X_i\). Nous en déduisons que \(\{f'_i : X'_i \to X'\}\) est un recouvrement V. En particulier, \(\coprod f'_i\) est surjectif. En particulier, \(\{X'_i \to X'\}\) est un recouvrement fppf. Puisqu’un recouvrement fppf est un recouvrement ph (Compléments sur les morphismes, lemme 0DBT), il existe un recouvrement ph standard \(\{Y_j \to X'\}\) qui raffine \(\{X'_i \to X\}\). Disons que ce recouvrement est donné par un morphisme propre surjectif \(Y \to X'\) et un recouvrement fini par des ouverts affines \(Y = \bigcup Y_j\). Alors la composée \(Y \to X\) est propre et surjective, et nous en déduisons que \(\{Y_j \to X\}\) est un recouvrement ph standard. Cela achève la démonstration.

Voici notre définition.

Définition

Soit \(T\) un schéma. Un recouvrement h de \(T\) est une famille de morphismes \(\{f_i : T_i \to T\}_{i \in I}\) telle que chaque \(f_i\) soit localement de présentation finie et que l’une des conditions équivalentes du lemme 0ETR soit satisfaite.

Pour les schémas noethériens, cette notion coïncide avec celle de recouvrement ph (nous le consignons dans le lemme 0H45 ci-dessous), et nous retrouvons la notion de Voevodsky.

Lemme

Soit \(X\) un schéma noethérien. Soit \(\{X_i \to X\}_{i \in I}\) une famille finie de morphismes de type fini. Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\coprod_{i \in I} X_i \to X\) est universellement submersif (Morphismes, définition 040H), et

  2. \(\{X_i \to X\}_{i \in I}\) est un recouvrement h.

Démonstration

L’implication (2) \(\Rightarrow\) (1) découle du résultat plus général Topologies, lemme 0ETP et de notre définition des recouvrements h. Supposons que \(\coprod X_i \to X\) soit universellement submersif. Nous allons montrer que \(\{X_i \to X\}\) admet un raffinement qui est un recouvrement ph ; cela suffira d’après Topologies, lemme 0ET9 et notre définition des recouvrements h. L’argument sera le même que celui employé dans la démonstration du lemme 0ETR.

Choisissons une stratification de platitude générique \[X = S \supset S_0 \supset S_1 \supset \ldots \supset S_t = \emptyset\] comme dans Compléments sur les morphismes, lemme 0H3Z pour le morphisme de présentation finie \[\coprod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} f_i : \coprod\nolimits_{i = 1, \ldots, n} X_i \longrightarrow X\] Nous allons utiliser toutes les propriétés de la stratification sans autre mention. Par construction, le changement de base de chaque \(f_i\) à \(U_k = S_k \setminus S_{k + 1}\) est plat. Notons \(Y_k\) l’adhérence schématique de \(U_k\) dans \(S_k\). Puisque \(U_k \to S_k\) est une immersion ouverte quasi-compacte (tous les schémas de ce paragraphe sont noethériens), nous voyons que \(U_k \subset Y_k\) est une immersion ouverte quasi-compacte et dense (et schématiquement dense), voir Morphismes, lemme 01R8. Le morphisme \(\coprod_{k = 0, \ldots, t - 1} Y_k \to X\) est fini et surjectif, donc \(\{Y_k \to X\}\) est un recouvrement ph. Par la propriété de transitivité des recouvrements ph (Topologies, lemme 0DBI), il suffit de montrer que le recouvrement obtenu par changement de base de \(\{X_i \to X\}\) à chaque \(Y_k\) admet un raffinement qui est un recouvrement ph. Cela nous ramène au cas décrit dans le paragraphe suivant.

Supposons que \(\coprod X_i \to X\) soit universellement submersif et qu’il existe un ouvert dense \(U \subset X\) tel que \(X_i \times_X U \to U\) soit plat pour tout \(i\). D’après le théorème 0815 il existe un éclatement \(U\)-admissible \(X' \to X\) tel que le transformé strict \(f'_i : X'_i \to X'\) de \(f_i\) soit plat pour tout \(i\). Observons que le morphisme projectif (donc fermé) \(X' \to X\) est surjectif puisque \(U \subset X\) est dense et que \(U\) s’identifie à un ouvert de \(X'\). En remplaçant au besoin \(X'\) par un nouvel éclatement \(U\)-admissible, nous pouvons aussi supposer que \(U \subset X'\) est dense (voir la remarque 080Y). Ainsi, pour tout point \(x \in X'\), il existe un anneau de valuation discrète \(A\) et un morphisme \(g : \Spec(A) \to X'\) tel que le point générique de \(\Spec(A)\) soit envoyé dans \(U\) et que le point fermé de \(\Spec(A)\) soit envoyé sur \(x\); voir Limites, lemme 0CM2. Posons \[W = \Spec(A) \times_X \coprod X_i = \coprod \Spec(A) \times_X X_i\] Puisque \(\coprod X_i \to X\) est universellement submersif, il existe une spécialisation \(w' \leadsto w\) dans \(W\) telle que \(w'\) ait pour image le point générique de \(\Spec(A)\) et que \(w\) ait pour image le point fermé de \(\Spec(A)\). (Sinon, la fibre fermée de \(W \to \Spec(A)\) serait stable par générisation, donc ouverte, ce qui contredirait le fait que \(W \to \Spec(A)\) est submersif.) Disons que \(w' \in \Spec(A) \times_X X_i\); alors, bien sûr, \(w \in \Spec(A) \times_X X_i\) également. Soit \(x'_i \leadsto x_i\) l’image de \(w' \leadsto w\) dans \(X' \times_X X_i\). Puisque \(x'_i \in X'_i\) et que \(X'_i \subset X' \times_X X_i\) est un sous-schéma fermé, nous voyons que \(x_i \in X'_i\). Puisque \(x_i\) a pour image \(x \in X'\), nous concluons que \(\coprod X'_i \to X'\) est surjectif ! En particulier, \(\{X'_i \to X'\}\) est un recouvrement fppf. Or, tout recouvrement fppf est un recouvrement ph (Compléments sur les morphismes, lemme 0DBT). Comme \(X' \to X\) est propre et surjectif, nous concluons que \(\{X'_i \to X\}\) est un recouvrement ph, ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \(X\) un schéma localement noethérien. Une famille de morphismes \(\{f_i : X_i \to X\}_{i \in I}\) de but \(X\) est un recouvrement h si et seulement si elle est un recouvrement ph.

Démonstration

D’après la définition 0ETS, tout recouvrement h est un recouvrement ph. Réciproquement, si \(\{f_i : X_i \to X\}\) est un recouvrement ph, alors les morphismes \(f_i\) sont localement de type fini (Topologies, définition 0DBG). Puisque \(X\) est localement noethérien, chaque \(f_i\) est localement de présentation finie, et nous voyons qu’il s’agit d’un recouvrement h par définition.

Le lemme suivant et [rydh_descent, théorème 8.4] montrent que notre définition coïncide avec (ou du moins est étroitement liée à) celle de l’article [rydh_descent] de David Rydh. Pour simplifier, nous nous limitons à une base affine.

Lemme

Soit \(X\) un schéma affine. Soit \(\{X_i \to X\}_{i \in I}\) un recouvrement h. Alors il existe un morphisme propre surjectif \[Y \longrightarrow X\] de présentation finie (!) et un recouvrement ouvert affine fini \(Y = \bigcup_{j = 1, \ldots, m} Y_j\) tel que \(\{Y_j \to X\}_{j = 1, \ldots, m}\) raffine \(\{X_i \to X\}_{i \in I}\).

Démonstration

Par hypothèse, il existe un morphisme propre surjectif \(Y \to X\) et un recouvrement ouvert affine fini \(Y = \bigcup_{j = 1, \ldots, m} Y_j\) tel que \(\{Y_j \to X\}_{j = 1, \ldots, m}\) raffine \(\{X_i \to X\}_{i \in I}\). Cela signifie que, pour tout \(j\), il existe un indice \(i_j \in I\) et un morphisme \(h_j : Y_j \to X_{i_j}\) au-dessus de \(X\). Voir la définition 0ETS et Topologies, définition 0DBG. Le problème est que nous ne savons pas si \(Y \to X\) est de présentation finie. D’après Limites, lemme 09ZR, nous pouvons écrire \[Y = \lim Y_\lambda\] comme limite d’un système projectif filtrant de schémas \(Y_\lambda\) propres et de présentation finie sur \(X\), tels que les morphismes \(Y \to Y_\lambda\) et les morphismes de transition soient des immersions fermées. Observons que chaque \(Y_\lambda \to X\) est surjectif. D’après Limites, lemme 01Z4, nous pouvons trouver un \(\lambda\) et des ouverts quasi-compacts \(Y_{\lambda, j} \subset Y_\lambda\), \(j = 1, \ldots, m\), qui recouvrent \(Y_\lambda\) et induisent \(Y_j\) sur \(Y\). Alors \(Y_j = \lim Y_{\lambda, j}\). Quitte à augmenter \(\lambda\), nous pouvons supposer \(Y_{\lambda, j}\) affine pour tout \(j\); voir Limites, lemme 01Z6. Enfin, puisque \(X_i \to X\) est localement de présentation finie, nous pouvons utiliser la caractérisation fonctorielle des morphismes localement de présentation finie (Limites, proposition 01ZC) pour trouver un \(\lambda\) tel que, pour tout \(j\), il existe un morphisme \(h_{\lambda, j} : Y_{\lambda, j} \to X_{i_j}\) dont la restriction à \(Y_j\) est le morphisme \(h_j\) choisi ci-dessus. Ainsi \(\{Y_{\lambda, j} \to X\}\) raffine \(\{X_i \to X\}\), ce qui achève la démonstration.

Nous revenons au développement de la théorie générale des recouvrements h.

Lemme

Un recouvrement fppf est un recouvrement h. Par conséquent, les recouvrements syntomiques, lisses, étales, et de Zariski sont également des recouvrements h.

Démonstration

Cela est vrai car, dans un recouvrement fppf, on exige que les morphismes soient localement de présentation finie, et car les recouvrements fppf sont des recouvrements ph, voir Compléments sur les morphismes, lemme 0DBT. La seconde assertion découle de la première et de Topologies, lemme 021N.

Lemme

Soit \(f : Y \to X\) un morphisme surjectif et propre de schémas qui est de présentation finie. Alors \(\{Y \to X\}\) est un recouvrement h.

Démonstration

Combiner les lemmes de Topologies 0ETK et 0DES.

Lemme

Soit \(T\) un schéma. Soit \(\{f_i : T_i \to T\}_{i \in I}\) une famille de morphismes telle que \(f_i\) soit localement de présentation finie pour tout \(i\). Les assertions suivantes sont équivalentes :

  1. \(\{T_i \to T\}_{i \in I}\) est un recouvrement h,

  2. il existe un recouvrement h qui raffine \(\{T_i \to T\}_{i \in I}\), et

  3. \(\{\coprod_{i \in I} T_i \to T\}\) est un recouvrement h.

Démonstration

Cela découle de l’énoncé analogue pour les recouvrements ph (Topologies, lemme 0ET9) ou de l’énoncé analogue pour les recouvrements V (Topologies, lemme 0ETI).

Ensuite, nous montrons que notre notion de recouvrement h satisfait aux conditions de Sites, définition 00VH.

Lemme

Soit \(T\) un schéma.

  1. Si \(T' \to T\) est un isomorphisme, alors \(\{T' \to T\}\) est un recouvrement h de \(T\).

  2. Si \(\{T_i \to T\}_{i\in I}\) est un recouvrement h et si, pour chaque \(i\), nous avons un recouvrement h \(\{T_{ij} \to T_i\}_{j\in J_i}\), alors \(\{T_{ij} \to T\}_{i \in I, j\in J_i}\) est un recouvrement h.

  3. Si \(\{T_i \to T\}_{i\in I}\) est un recouvrement h et si \(T' \to T\) est un morphisme de schémas, alors \(\{T' \times_T T_i \to T'\}_{i\in I}\) est un recouvrement h.

Démonstration

Cela découle immédiatement de l’énoncé correspondant pour les recouvrements ph ou les recouvrements V (Topologies, lemme 0DBI ou 0ETJ) et du fait que la classe des morphismes localement de présentation finie est stable par changement de base et par composition.

Ensuite, nous définissons les grands sites h avec lesquels nous travaillerons dans le projet Champs. Il convient de lire la discussion générale dans Topologies, section 020M avant de poursuivre.

Définition

Un grand site h est un site \(\Sch_h\) quelconque comme dans Sites, définition 00VH, construit comme suit :

  1. Choisir un ensemble quelconque de schémas \(S_0\) et un ensemble quelconque de recouvrements h \(\text{Cov}_0\) parmi ces schémas.

  2. Prendre comme catégorie sous-jacente une catégorie quelconque \(\Sch_\alpha\) construite comme dans Ensembles, lemme 000J à partir de l’ensemble \(S_0\).

  3. Choisir un ensemble quelconque de recouvrements comme dans Ensembles, lemme 000X, à partir de la catégorie \(\Sch_\alpha\), de la classe des recouvrements h et de l’ensemble \(\text{Cov}_0\) choisi ci-dessus.

Voir les remarques qui suivent Topologies, définition 020S, pour la motivation et les explications concernant la définition des grands sites.

Définition

Soit \(T\) un schéma affine. Un recouvrement h standard de \(T\) est une famille \(\{f_i : T_i \to T\}_{i = 1, \ldots, n}\) dans laquelle chaque \(T_i\) est affine et chaque \(f_i\) est de présentation finie, et qui satisfait à l’une des conditions équivalentes suivantes : (1) \(\{T_i \to T\}\) admet un raffinement par un recouvrement ph standard ou (2) \(\{T_i \to T\}\) est un recouvrement V.

L’équivalence de ces conditions résulte du lemme 0ETR, de Topologies, définition 0DBG, et du lemme 0ET9.

Avant de poursuivre l’introduction du grand site h d’un schéma \(S\), signalons que la topologie sur un grand site h \(\Sch_h\) est, en un certain sens, induite par la topologie h sur la catégorie de tous les schémas.

Lemme

Soit \(\Sch_h\) un grand site h comme dans la définition 0ETZ. Soit \(T \in \Ob(\Sch_h)\). Soit \(\{T_i \to T\}_{i \in I}\) un recouvrement h arbitraire de \(T\).

  1. Il existe un recouvrement \(\{U_j \to T\}_{j \in J}\) de \(T\) dans le site \(\Sch_h\) qui raffine \(\{T_i \to T\}_{i \in I}\).

  2. Si \(\{T_i \to T\}_{i \in I}\) est un recouvrement h standard, alors il est tautologiquement équivalent à un recouvrement de \(\Sch_h\).

  3. Si \(\{T_i \to T\}_{i \in I}\) est un recouvrement de Zariski, alors il est tautologiquement équivalent à un recouvrement de \(\Sch_h\).

Démonstration

Omis. Indication : il s’agit exactement de la même démonstration que celle de Topologies, lemme 0DBK.

Définition

Soit \(S\) un schéma. Soit \(\Sch_h\) un grand site h contenant \(S\).

  1. Le grand site h de \(S\), noté \((\Sch/S)_h\), est le site \(\Sch_h/S\) introduit dans Sites, section 00XZ.

  2. Le grand site h affine de \(S\), noté \((\textit{Aff}/S)_h\), est la sous-catégorie pleine de \((\Sch/S)_h\) dont les objets sont les \(U/S\) affines. Un recouvrement de \((\textit{Aff}/S)_h\) est tout recouvrement \(\{U_i \to U\}\) de \((\Sch/S)_h\) qui est un recouvrement h standard.

Précisons explicitement que le grand site h affine est un site.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(\Sch_h\) un grand site h contenant \(S\). Alors \((\textit{Aff}/S)_h\) est un site.

Démonstration

En raisonnant comme dans la démonstration de Topologies, lemme 021C, il suffit de montrer que la collection des recouvrements h standards satisfait aux propriétés (1), (2) et (3) de Sites, définition 00VH. Cela est clair puisque, par exemple, étant donné un recouvrement h standard \(\{T_i \to T\}_{i\in I}\) et, pour chaque \(i\), un recouvrement h standard \(\{T_{ij} \to T_i\}_{j \in J_i}\), alors \(\{T_{ij} \to T\}_{i \in I, j\in J_i}\) est un recouvrement h (lemme 0ETY), \(\bigcup_{i\in I} J_i\) est fini et chaque \(T_{ij}\) est affine. Ainsi \(\{T_{ij} \to T\}_{i \in I, j\in J_i}\) est un recouvrement h standard.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(\Sch_h\) un grand site h contenant \(S\). Les catégories sous-jacentes aux sites \(\Sch_h\), \((\Sch/S)_h\) et \((\textit{Aff}/S)_h\) possèdent des produits fibrés. Dans chaque cas, le foncteur évident vers la catégorie \(\Sch\) de tous les schémas commute aux produits fibrés. La catégorie \((\Sch/S)_h\) possède un objet final, à savoir \(S/S\).

Démonstration

Pour \(\Sch_h\), cela est vrai par construction, voir Ensembles, lemme 000R. Supposons donnés des morphismes de schémas \(U \to S\), \(V \to U\), \(W \to U\) avec \(U, V, W \in \Ob(\Sch_h)\). Le produit fibré \(V \times_U W\) dans \(\Sch_h\) est un produit fibré dans \(\Sch\) et est le produit fibré de \(V/S\) et de \(W/S\) au-dessus de \(U/S\) dans la catégorie de tous les schémas au-dessus de \(S\), et donc également un produit fibré dans \((\Sch/S)_h\). Cela démontre le résultat pour \((\Sch/S)_h\). Si \(U, V, W\) sont affines, alors \(V \times_U W\) l’est aussi, d’où le résultat pour \((\textit{Aff}/S)_h\).

Ensuite, vérifions que le grand site affine définit le même topos que le grand site.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Soit \(\Sch_h\) un grand site h contenant \(S\). Le foncteur \((\textit{Aff}/S)_h \to (\Sch/S)_h\) est cocontinu et induit une équivalence de topos de \(\Sh((\textit{Aff}/S)_h)\) vers \(\Sh((\Sch/S)_h)\).

Démonstration

La notion de foncteur cocontinu spécial est introduite dans Sites, définition 03CG. Nous devons donc vérifier les hypothèses (1) – (5) de Sites, lemme 03A0. Notons le foncteur d’inclusion \(u : (\textit{Aff}/S)_h \to (\Sch/S)_h\). La cocontinuité résulte du fait que tout recouvrement h de \(T/S\), avec \(T\) affine, peut être raffiné par un recouvrement h standard, par exemple d’après le lemme 0ETU. Ainsi (1) est satisfaite. Nous voyons que \(u\) est continu simplement parce qu’un recouvrement h standard est un recouvrement h. Ainsi, (2) est vérifiée. Les assertions (3) et (4) découlent immédiatement du fait que \(u\) est pleinement fidèle. Enfin, la condition (5) découle du fait que tout schéma possède un recouvrement ouvert affine (qui est un recouvrement h).

Lemme

Soit \(\mathcal{F}\) un préfaisceau sur \((\Sch/S)_h\). Alors \(\mathcal{F}\) est un faisceau si et seulement si

  1. \(\mathcal{F}\) satisfait la condition de faisceau pour les recouvrements de Zariski, et

  2. si \(f : V \to U\) est propre, surjectif et de présentation finie, alors l’application de \(\mathcal{F}(U)\) vers l’égalisateur des deux applications \(\mathcal{F}(V) \to \mathcal{F}(V \times_U V)\) est bijective.

De plus, en présence de (1), la propriété (2) équivaut à la propriété

  1. la propriété de faisceau pour \(\{V \to U\}\) comme en (2), avec \(U\) affine.

Démonstration

Nous allons montrer que, si (1) et (2) sont vérifiées, alors \(\mathcal{F}\) est un faisceau. Soit \(\{T_i \to T\}\) un recouvrement dans \((\Sch/S)_h\). Vérifions la condition de faisceau pour ce recouvrement. Soient \(s_i \in \mathcal{F}(T_i)\) des sections dont les restrictions donnent la même section sur \(T_i \times_T T_{i'}\). Montrons qu’il existe une unique section \(s \in \mathcal{F}(T)\) se restreignant à \(s_i\) sur \(T_i\). Soit \(T = \bigcup U_j\) un recouvrement ouvert affine. D’après la propriété (1), il suffit de construire des sections \(s_j \in \mathcal{F}(U_j)\) qui coïncident sur \(U_j \cap U_{j'}\) pour obtenir \(s\). Considérons les recouvrements \(\{T_i \times_T U_j \to U_j\}\). Alors les \(s_{ji} = s_i|_{T_i \times_T U_j}\) sont des sections qui coïncident sur \((T_i \times_T U_j) \times_{U_j} (T_{i'} \times_T U_j)\). Choisissons un morphisme propre surjectif \(V_j \to U_j\) de présentation finie et un recouvrement ouvert affine fini \(V_j = \bigcup V_{jk}\) tel que \(\{V_{jk} \to U_j\}\) raffine \(\{T_i \times_T U_j \to U_j\}\). Voir le lemme 0ETU. Si \(s_{jk} \in \mathcal{F}(V_{jk})\) désigne le tiré en arrière de \(s_{ji}\) sur \(V_{jk}\) par les morphismes sous-entendus, alors les \(s_{jk}\) se recollent en une section \(s'_j \in \mathcal{F}(V_j)\). En utilisant encore la coïncidence sur les intersections, nous voyons que \(s'_j\) appartient à l’égalisateur des deux applications \(\mathcal{F}(V_j) \to \mathcal{F}(V_j \times_{U_j} V_j)\). Ainsi, d’après (2), \(s'_j\) provient d’une unique section \(s_j \in \mathcal{F}(U_j)\). Nous omettons de vérifier que ces sections \(s_j\) possèdent toutes les propriétés voulues.

Démonstration de l’équivalence de (2) et (2’) en présence de (1). Supposons que \(V \to U\) soit un morphisme de \((\Sch/S)_h\), propre, surjectif et de présentation finie. Choisissons un recouvrement ouvert affine \(U = \bigcup U_i\) et posons \(V_i = V \times_U U_i\). Alors \(\mathcal{F}(U) \to \mathcal{F}(V)\) est injective, car \(\mathcal{F}(U_i) \to \mathcal{F}(V_i)\) est injective d’après (2’) et \(\mathcal{F}(U) \to \prod \mathcal{F}(U_i)\) est injective d’après (1). Enfin, supposons que l’on se donne un élément \(t \in \mathcal{F}(V)\) appartenant à l’égalisateur des deux applications \(\mathcal{F}(V) \to \mathcal{F}(V \times_U V)\). Alors \(t|_{V_i}\) appartient à l’égalisateur des deux applications \(\mathcal{F}(V_i) \to \mathcal{F}(V_i \times_{U_i} V_i)\) pour tout \(i\). Nous obtenons donc une unique section \(s_i \in \mathcal{F}(U_i)\) qui est envoyée sur \(t|_{V_i}\) pour tout \(i\), d’après (2’). Nous omettons de vérifier que \(s_i|_{U_i \cap U_j} = s_j|_{U_i \cap U_j}\) pour tous \(i, j\); cela utilise la propriété d’unicité que nous venons d’établir. La propriété de faisceau pour le recouvrement \(U = \bigcup U_i\) donne une section \(s \in \mathcal{F}(U)\). Nous omettons de démontrer que \(s\) a pour image \(t\) dans \(\mathcal{F}(V)\).

Établissons maintenant quelques relations entre les topos associés à ces sites.

Lemme

Soit \(\Sch_h\) un grand site h. Soit \(f : T \to S\) un morphisme dans \(\Sch_h\). Le foncteur \[u : (\Sch/T)_h \longrightarrow (\Sch/S)_h, \quad V/T \longmapsto V/S\] est cocontinu et admet un adjoint à droite continu \[v : (\Sch/S)_h \longrightarrow (\Sch/T)_h, \quad (U \to S) \longmapsto (U \times_S T \to T).\] Ces deux foncteurs induisent le même morphisme de topos \[f_{big} : \Sh((\Sch/T)_h) \longrightarrow \Sh((\Sch/S)_h)\] Nous avons \(f_{big}^{-1}(\mathcal{G})(U/T) = \mathcal{G}(U/S)\). Nous avons \(f_{big, *}(\mathcal{F})(U/S) = \mathcal{F}(U \times_S T/T)\). De plus, \(f_{big}^{-1}\) admet un adjoint à gauche \(f_{big!}\) qui commute aux produits fibrés et aux égalisateurs.

Démonstration

Le foncteur \(u\) est cocontinu, continu et commute aux produits fibrés et aux égalisateurs. Par conséquent, Sites, lemmes 00XR et 00XS s’appliquent, et nous en déduisons la formule donnant \(f_{big}^{-1}\) ainsi que l’existence de \(f_{big!}\). De plus, le foncteur \(v\) est adjoint à droite car, étant donnés \(U/T\) et \(V/S\), nous avons \(\Mor_S(u(U), V) = \Mor_T(U, V \times_S T)\), comme voulu. Nous pouvons donc appliquer Sites, lemmes 00XX et 00XY pour obtenir la formule pour \(f_{big, *}\).

Lemme

Étant donnés des schémas \(X\), \(Y\), \(Y\) dans \((\Sch/S)_h\) et des morphismes \(f : X \to Y\), \(g : Y \to Z\), nous avons \(g_{big} \circ f_{big} = (g \circ f)_{big}\).

Démonstration

Cela résulte de la description élémentaire des images directe et inverse pour les foncteurs entre les grands sites donnée dans le lemme 0EU6.

Compléments sur la topologie h

Dans cette section, nous démontrons quelques résultats supplémentaires sur la topologie h. Commençons par quelques contre-exemples.

Exemple

Le “faisceau structural” \(\mathcal{O}\) n’est pas un faisceau pour la topologie h. Considérons par exemple une immersion fermée surjective de présentation finie \(X \to Y\). Alors \(\{X \to Y\}\) est un recouvrement h, par exemple d’après le lemme 0ETW. De plus, remarquons que \(X \times_Y X = X\). Ainsi, si \(\mathcal{O}\) était un faisceau pour la topologie h, alors \(\mathcal{O}_Y(Y) \to \mathcal{O}_X(X)\) serait bijective. Ce n’est pas le cas dès que \(X\) et \(Y\) sont affines et que le morphisme \(X \to Y\) n’est pas un isomorphisme.

Exemple

Sur chacun des sites \((\Sch/S)_h\), la topologie n’est pas sous-canonique, autrement dit, les préfaisceaux représentables ne sont pas tous des faisceaux. En effet, le “faisceau structural” \(\mathcal{O}\) est représentable puisque \(\mathcal{O}(X) = \Mor_S(X, \mathbf{A}^1_S)\) dans \((\Sch/S)_h\), et nous avons vu dans l’exemple 0EV0 que \(\mathcal{O}\) n’est pas un faisceau.

Lemme

Soit \(T\) un schéma affine qui s’écrit comme une limite \(T = \lim_{i \in I} T_i\) d’un système projectif filtrant de schémas affines.

  1. Soit \(\mathcal{V} = \{V_j \to T\}_{j = 1, \ldots, m}\) un recouvrement h standard de \(T\), voir la définition 0EUY. Il existe alors un indice \(i\) et un recouvrement h standard \(\mathcal{V}_i = \{V_{i, j} \to T_i\}_{j = 1, \ldots, m}\) dont le changement de base \(T \times_{T_i} \mathcal{V}_i\) à \(T\) est isomorphe à \(\mathcal{V}\).

  2. Soient \(\mathcal{V}_i\), \(\mathcal{V}'_i\) deux recouvrements h standards de \(T_i\). Si \(f : T \times_{T_i} \mathcal{V}_i \to T \times_{T_i} \mathcal{V}'_i\) est un morphisme de recouvrements de \(T\), alors il existe un indice \(i' \geq i\) et un morphisme \(f_{i'} : T_{i'} \times_{T_i} \mathcal{V} \to T_{i'} \times_{T_i} \mathcal{V}'_i\) dont le changement de base à \(T\) est \(f\).

  3. Si \(f, g : \mathcal{V} \to \mathcal{V}'_i\) sont des morphismes de recouvrements h standards de \(T_i\) dont les changements de base \(f_T, g_T\) à \(T\) sont égaux, alors il existe un indice \(i' \geq i\) tel que \(f_{T_{i'}} = g_{T_{i'}}\).

Autrement dit, la catégorie des recouvrements h standards de \(T\) est la colimite sur \(I\) des catégories de recouvrements h standards de \(T_i\).

Démonstration

D’après Limites, lemme 01ZM, la catégorie des schémas de présentation finie sur \(T\) est la colimite sur \(I\) des catégories de schémas de présentation finie sur \(T_i\). D’après Limites, lemme 01ZN, il en va de même pour la catégorie des schémas qui sont affines et de présentation finie sur \(T\). Pour achever la démonstration du lemme, il suffit de montrer que si \(\{V_{j, i} \to T_i\}_{j = 1, \ldots, m}\) est une famille finie de morphismes de présentation finie, les \(V_{j, i}\) étant affines, et que la famille obtenue par changement de base \(\{T \times_{T_i} V_{j, i} \to T\}\) est un recouvrement h, alors, pour un certain \(i' \geq i\), la famille \(\{T_{i'} \times_{T_i} V_{j, i} \to T_{i'}\}\) est un recouvrement h. Pour le voir, appliquons le lemme 0ETU afin de choisir un morphisme de présentation finie, propre et surjectif \(Y \to T\) ainsi qu’un recouvrement fini par des ouverts affines \(Y = \bigcup_{k = 1, \ldots, n} Y_k\) de sorte que \(\{Y_k \to T\}_{k = 1, \ldots, n}\) raffine \(\{T \times_{T_i} V_{j, i} \to T\}\). En utilisant les arguments ci-dessus ainsi que Limites, lemmes 081F, 07RR, et 01Z4, nous pouvons trouver un \(i' \geq i\) et un morphisme de présentation finie, surjectif et propre \(Y_{i'} \to T_{i'}\) ainsi qu’un recouvrement par des ouverts affines \(Y_{i'} = \bigcup_{k = 1, \ldots, n} Y_{i', k}\) de sorte que, de plus, \(\{Y_{i', k} \to Y_{i'}\}\) raffine \(\{T_{i'} \times_{T_i} V_{j, i} \to T_{i'}\}\). Il s’ensuit que cette dernière famille est un recouvrement h, ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \(S\) un schéma contenu dans un grand site \(\Sch_h\). Soit \(F : (\Sch/S)_h^{opp} \to \textit{Ensembles}\) un faisceau h satisfaisant à la propriété (b) de Topologies, lemme 0EUW, avec \(\mathcal{C} = (\Sch/S)_h\). Alors l’extension \(F'\) de \(F\) à la catégorie de tous les schémas sur \(S\) satisfait à la condition de faisceau pour tout recouvrement h et commute aux limites projectives filtrantes (Limites, remarque 05LX).

Démonstration

Cela résulte des arguments donnés dans les démonstrations de Topologies, lemmes 0GDW et 0EUX, en utilisant les lemmes 0EV2 et 0EU0. Détails omis.

Carrés d’éclatement et topologie ph

Soit \(X\) un schéma. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé tel que le morphisme d’inclusion soit de présentation finie, c’est-à-dire que le faisceau quasi-cohérent d’idéaux correspondant à \(Z\) soit de type fini. Soit \(b : X' \to X\) l’éclatement de \(X\) le long de \(Z\) et soit \(E = b^{-1}(Z)\) le diviseur exceptionnel. Voir Diviseurs, section 01OF. Dans cette situation et dans toute cette section, nous dirons que [0EV5]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ E \ar[d] \ar[r] & X' \ar[d]^b \\ Z \ar[r] & X } } \end{equation}\] est un carré d’éclatement.

Lemme

Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur un site \((\Sch/S)_{ph}\), voir Topologies, définition 0DBL. Alors, pour tout carré d’éclatement (0EV5) dans la catégorie \((\Sch/S)_{ph}\), le diagramme \[\xymatrix{ \mathcal{F}(E) & \mathcal{F}(X') \ar[l] \\ \mathcal{F}(Z) \ar[u] & \mathcal{F}(X) \ar[u] \ar[l] }\] est cartésien dans la catégorie des ensembles.

Démonstration

Puisque \(Z \amalg X' \to X\) est un morphisme propre surjectif, on voit que \(\{Z \amalg X' \to X\}\) est un recouvrement ph (Topologies, lemme 0DES). Nous avons \[(Z \amalg X') \times_X (Z \amalg X') = Z \amalg E \amalg E \amalg X' \times_X X'\] Puisque \(\mathcal{F}\) est un faisceau de Zariski, on voit que \(\mathcal{F}\) transforme les unions disjointes en produits. La condition de faisceau pour le recouvrement \(\{Z \amalg X' \to X\}\) affirme donc que \(\mathcal{F}(X) \to \mathcal{F}(Z) \times \mathcal{F}(X')\) est injective et a pour image l’ensemble des couples \((t, s')\) tels que (a) \(t|_E = s'|_E\) et (b) \(s'\) appartient à l’égalisateur des deux applications \(\mathcal{F}(X') \to \mathcal{F}(X' \times_X X')\). Observons ensuite que le morphisme évident \[E \times_Z E \amalg X' \longrightarrow X' \times_X X'\] est un morphisme propre surjectif, puisque \(b\) induit un isomorphisme \(X' \setminus E \to X \setminus Z\). Nous en déduisons que \(\mathcal{F}(X' \times_X X') \to \mathcal{F}(E \times_Z E) \times \mathcal{F}(X')\) est injective. Il s’ensuit que (a) \(\Rightarrow\) (b), ce qui prouve le lemme.

Lemme

Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur un site \((\Sch/S)_{ph}\) comme dans Topologies, définition 0DBL. Soit \(X \to X'\) un morphisme de \((\Sch/S)_{ph}\) qui est un épaississement. Alors \(\mathcal{F}(X') \to \mathcal{F}(X)\) est bijective.

Démonstration

Remarquons que \(X \to X'\) est un morphisme propre surjectif et que \(X \times_{X'} X = X\). La propriété de faisceau pour le recouvrement ph \(\{X \to X'\}\) (Topologies, lemme 0DES) permet de conclure.

Carrés de quasi-éclatement et topologie h

Considérons un carré d’éclatement (0EV5). Bien que le morphisme \(b : X' \to X\) soit projectif (Diviseurs, lemme 02NS), il n’existe en général aucun moyen simple de garantir que \(b\) soit de présentation finie. Comme les recouvrements h sont construits à l’aide de morphismes de présentation finie, il nous faut une variante. Précisément, nous dirons qu’un diagramme commutatif [0EV6]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ E \ar[d] \ar[r] & X' \ar[d]^b \\ Z \ar[r] & X } } \end{equation}\] de schémas est un carré de quasi-éclatement si les conditions suivantes sont satisfaites

  1. \(Z \to X\) est une immersion fermée de présentation finie,

  2. \(E = b^{-1}(Z)\) est un sous-schéma fermé localement principal de \(X'\),

  3. \(b\) est propre et de présentation finie,

  4. le sous-schéma fermé \(X'' \subset X'\) défini par l’idéal quasi-cohérent des sections de \(\mathcal{O}_{X'}\) à support dans \(E\) (Propriétés, lemme 07ZP) est l’éclatement de \(X\) le long de \(Z\).

Il s’ensuit que le morphisme \(b\) induit un isomorphisme \(X' \setminus E \to X \setminus Z\). Pour quelques exemples très simples de carrés de quasi-éclatement, voir les exemples 0EVG et 0EVH.

Le changement de base d’un éclatement n’est en général pas un éclatement, mais les quasi-éclatements sont compatibles avec le changement de base.

Lemme

Considérons un carré de quasi-éclatement (0EV6). Soit \(Y \to X\) un morphisme quelconque. Alors le changement de base \[\xymatrix{ Y \times_X E \ar[d] \ar[r] & Y \times_X X' \ar[d] \\ Y \times_X Z \ar[r] & Y }\] est lui aussi un carré de quasi-éclatement.

Démonstration

Le morphisme \(Y \times_X X' \to Y\) est propre et de présentation finie d’après Morphismes, lemmes 01W4 et 01TS. Le morphisme \(Y \times_X Z \to Y\) est une immersion fermée (Morphismes, lemme 01QR) de présentation finie. L’image inverse de \(Y \times_X Z\) dans \(Y \times_X X'\) est égale à l’image inverse de \(E\) dans \(Y \times_X X'\) et est donc localement principale (Diviseurs, lemme 053P). Soient \(X'' \subset X'\), resp. \(Y'' \subset Y \times_X X'\), les sous-schémas fermés correspondant aux idéaux quasi-cohérents de sections de \(\mathcal{O}_{X'}\), resp. \(\mathcal{O}_{Y \times_Y X'}\) à support dans \(E\), resp. \(Y \times_X E\). Manifestement, \(Y'' \subset Y \times_X X''\) est le sous-schéma fermé correspondant à l’idéal quasi-cohérent des sections de \(\mathcal{O}_{Y \times_Y X''}\) à support dans \(Y \times_X (E \cap X'')\). Ainsi, \(Y''\) est le transformé strict de \(Y\) relativement à l’éclatement \(X'' \to X\), voir Diviseurs, définition 080D. Ainsi, d’après Diviseurs, lemme 080E, nous voyons que \(Y''\) est l’éclatement de centre \(Y \times_X Z\) sur \(Y\).

On peut rétrécir les carrés de quasi-éclatement.

Lemme

Considérons un carré de quasi-éclatement (0EV6). Soit \(W \to X'\) une immersion fermée de présentation finie. Les assertions suivantes sont équivalentes

  1. \(X' \setminus E\) est schématiquement contenu dans \(W\),

  2. l’éclatement \(X''\) de \(X\) le long de \(Z\) est schématiquement contenu dans \(W\),

  3. le diagramme \[\xymatrix{ E \cap W \ar[d] \ar[r] & W \ar[d] \\ Z \ar[r] & X }\] est un carré de quasi-éclatement. Ici, \(E \cap W\) est l’intersection schématique.

Démonstration

Supposons (1). Alors la surjection \(\mathcal{O}_{X'} \to \mathcal{O}_W\) est un isomorphisme au-dessus de l’ouvert \(X' \subset E\). Comme le faisceau d’idéaux de \(X'' \subset X'\) est constitué des sections de \(\mathcal{O}_{X'}\) à support dans \(E\) (par notre définition des carrés de quasi-éclatement), nous concluons que (2) est vraie. Si (2) est vraie, alors (3) l’est. Si (3) est vraie, alors (1) l’est parce que \(X'' \cap (X' \setminus E)\) est isomorphe à \(X \setminus Z\), qui est à son tour isomorphe à \(X' \setminus E\).

L’éclatement proprement dit est la limite des rétrécissements de tout quasi-éclatement donné.

Lemme

Considérons un carré de quasi-éclatement (0EV6) où \(X\) est quasi-compact et quasi-séparé. Alors l’éclatement \(X''\) de \(X\) le long de \(Z\) peut s’écrire \[X'' = \lim X'_i\] où la limite porte sur le système filtrant des sous-schémas fermés \(X'_i \subset X'\) de présentation finie satisfaisant aux conditions équivalentes du lemme 0EV8.

Démonstration

Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{X'}\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux correspondant à \(X''\). D’après Propriétés, lemme 01PG, nous pouvons écrire \(\mathcal{I}\) comme la colimite filtrante \(\mathcal{I} = \colim \mathcal{I}_i\) de ses sous-modules quasi-cohérents de type fini. Comme ces modules correspondent \(1\)-à-\(1\) aux sous-schémas fermés \(X'_i\), la démonstration est terminée.

Il existe des carrés de quasi-éclatement.

Lemme

Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé défini par un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini. Alors il existe un carré de quasi-éclatement comme dans (0EV6).

Démonstration

Nous pouvons écrire \(X = \lim X_i\) comme la limite d’un système projectif filtrant de schémas noethériens dont les morphismes de transition sont affines, voir Limites, proposition 01ZA. Nous pouvons trouver un indice \(i\) et une immersion fermée \(Z_i \to X_i\) dont le changement de base à \(X\) est l’immersion fermée \(Z \to X\). Voir Limites, lemmes 01ZM et 01ZP. Soit \(b_i : X'_i \to X_i\) l’éclatement de centre \(Z_i\). Cela donne un carré d’éclatement \[\xymatrix{ E_i \ar[r] \ar[d] & X'_i \ar[d]^{b_i} \\ Z_i \ar[r] & X_i }\] où tous les morphismes sont des morphismes de type fini entre schémas noethériens et sont donc de présentation finie. Il s’agit donc d’un carré de quasi-éclatement. D’après le lemme 0EV7, le changement de base de ce diagramme à \(X\) fournit le carré de quasi-éclatement recherché.

Les carrés de quasi-éclatement sont uniques à rétrécissement près, comme dans le lemme 0EV8.

Lemme

Soit \(X\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé et soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé défini par un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini. Supposons donnés des carrés de quasi-éclatement (0EV6) \[\xymatrix{ E_k \ar[r] \ar[d] & X_k' \ar[d] \\ Z \ar[r] & X }\] pour \(k = 1, 2\) ; alors il existe un carré de quasi-éclatement \[\xymatrix{ E \ar[r] \ar[d] & X' \ar[d] \\ Z \ar[r] & X }\] et des immersions fermées \(i_k : X' \to X'_k\) au-dessus de \(X\) telles que \(E = i_k^{-1}(E_k)\).

Démonstration

Notons \(X'' \to X\) l’éclatement de centre \(Z\) dans \(X\). Nous considérons \(X''\) comme un sous-schéma fermé de \(X'_1\) et de \(X'_2\). Écrivons \(X'' = \lim X'_{1, i}\) comme dans le lemme 0EV9. D’après Limites, proposition 01ZC, il existe un \(i\) et un morphisme \(h : X'_{1, i} \to X'_2\) qui coïncide avec les inclusions \(X'' \subset X'_{1, i}\) et \(X'' \subset X'_2\). D’après Limites, le lemme 0A0N, la restriction de \(h\) à \(X'_{1, i'}\) est une immersion fermée pour un certain \(i' \geq i\). Ceci achève la démonstration.

Nos techniques de platification par éclatement s’étendent aux quasi-éclatements dans les situations favorables.

Lemme

Soit \(Y\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé. Soit \(X\) un schéma de présentation finie sur \(Y\). Soit \(V \subset Y\) un ouvert quasi-compact tel que \(X_V \to V\) soit plat. Alors il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ E \ar[ddd] \ar[rd] & & & D \ar[lll] \ar[ddd] \ar[ld] \\ & Y' \ar[d] & X' \ar[l] \ar[d] \\ & Y & X \ar[l] \\ Z \ar[ru] & & & T \ar[lll] \ar[lu] }\] dont les carrés de droite et de gauche sont des carrés de quasi-éclatement, dont les carrés inférieur et supérieur sont cartésiens, et tel que \(Z \cap V = \emptyset\), et tel que \(X' \to Y'\) soit plat (et de présentation finie).

Démonstration

Si \(Y\) est un schéma noethérien, ce lemme découle immédiatement du lemme 081R, car, dans ce cas, les carrés d’éclatement sont des carrés de quasi-éclatement (nous utilisons aussi le fait que les transformés stricts sont des éclatements). Le cas général se ramène au cas noethérien par approximation noethérienne absolue.

Nous pouvons écrire \(Y = \lim Y_i\) comme la limite d’un système projectif filtrant de schémas noethériens dont les morphismes de transition sont affines, voir Limites, proposition 01ZA. Nous pouvons trouver un indice \(i\) et un morphisme \(X_i \to Y_i\) de présentation finie dont le changement de base à \(Y\) est \(X \to Y\). Voir Limites, lemme 01ZM. Quitte à augmenter \(i\), nous pouvons supposer que \(V\) est l’image réciproque d’un sous-schéma ouvert \(V_i \subset Y_i\), voir Limites, lemme 01Z4. Enfin, quitte à augmenter \(i\), nous pouvons supposer que \(X_{i, V_i} \to V_i\) est plat, voir Limites, lemme 04AI. Dans le cas noethérien, nous pouvons construire un diagramme comme dans le lemme pour \(X_i \to Y_i \supset V_i\). Le changement de base de ce diagramme par \(Y \to Y_i\) donne la solution. Utilisons le fait que le changement de base préserve les propriétés des morphismes, voir Morphismes, lemmes 01W4, 01TS, 01QR, et 01U9, ainsi que le fait que le changement de base d’un carré de quasi-éclatement est un carré de quasi-éclatement, voir le lemme 0EV7.

Lemme

Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur l’un des sites \((\Sch/S)_h\) construits dans la définition 0EU1. Alors, pour tout carré de quasi-éclatement (0EV6) dans la catégorie \((\Sch/S)_h\), le diagramme \[\xymatrix{ \mathcal{F}(E) & \mathcal{F}(X') \ar[l] \\ \mathcal{F}(Z) \ar[u] & \mathcal{F}(X) \ar[u] \ar[l] }\] est cartésien dans la catégorie des ensembles.

Démonstration

Puisque \(Z \amalg X' \to X\) est un morphisme propre surjectif de présentation finie, on voit que \(\{Z \amalg X' \to X\}\) est un recouvrement h (lemme 0ETW). Nous avons \[(Z \amalg X') \times_X (Z \amalg X') = Z \amalg E \amalg E \amalg X' \times_X X'\] Puisque \(\mathcal{F}\) est un faisceau pour la topologie de Zariski, on voit que \(\mathcal{F}\) envoie les unions disjointes sur des produits. Ainsi, la condition de faisceau pour le recouvrement \(\{Z \amalg X' \to X\}\) dit que \(\mathcal{F}(X) \to \mathcal{F}(Z) \times \mathcal{F}(X')\) est injective et a pour image l’ensemble des couples \((t, s')\) tels que (a) \(t|_E = s'|_E\) et (b) \(s'\) appartient à l’égalisateur des deux applications \(\mathcal{F}(X') \to \mathcal{F}(X' \times_X X')\). Observons ensuite que le morphisme évident \[E \times_Z E \amalg X' \longrightarrow X' \times_X X'\] est un morphisme propre surjectif de présentation finie puisque \(b\) induit un isomorphisme \(X' \setminus E \to X \setminus Z\). Nous en déduisons que \(\mathcal{F}(X' \times_X X') \to \mathcal{F}(E \times_Z E) \times \mathcal{F}(X')\) est injective. Il s’ensuit que (a) \(\Rightarrow\) (b), ce qui prouve le lemme.

Lemme

Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau sur l’un des sites \((\Sch/S)_h\) construits dans la définition 0EU1. Soit \(X \to X'\) un morphisme de \((\Sch/S)_h\) qui est un épaississement et qui est de présentation finie. Alors \(\mathcal{F}(X') \to \mathcal{F}(X)\) est bijective.

Démonstration

Première démonstration. Remarquons que \(X \to X'\) est un morphisme propre surjectif de présentation finie et que \(X \times_{X'} X = X\). Par la propriété de faisceau pour le recouvrement h \(\{X \to X'\}\) (lemme 0ETW), nous pouvons conclure.

Deuxième démonstration (sotte). L’éclatement de \(X'\) le long de \(X\) est le schéma vide. Cela tient au fait que l’algèbre affine d’éclatement \(A[\frac{I}{a}]\) (Algèbre, section 052P) est nulle si \(a\) est un élément nilpotent de \(A\). Les détails sont omis. On obtient donc un carré de quasi-éclatement de la forme \[\xymatrix{ \emptyset \ar[r] \ar[d] & \emptyset \ar[d] \\ X \ar[r] & X' }\] Puisque \(\mathcal{F}\) est un faisceau, \(\mathcal{F}(\emptyset)\) est un singleton. En appliquant le lemme 0EVD, on obtient la conclusion.

Proposition

Soit \(\mathcal{F}\) un préfaisceau sur l’un des sites \((\Sch/S)_h\) construits dans la définition 0EU1. Alors \(\mathcal{F}\) est un faisceau si et seulement si les conditions suivantes sont satisfaites

  1. \(\mathcal{F}\) est un faisceau pour la topologie de Zariski,

  2. pour tout morphisme \(f : X \to Y\) de \((\Sch/S)_h\) tel que \(Y\) soit affine et que \(f\) soit surjectif, plat, propre et de présentation finie, \(\mathcal{F}(Y)\) est l’égalisateur des deux applications \(\mathcal{F}(X) \to \mathcal{F}(X \times_Y X)\),

  3. pour tout carré de quasi-éclatement (0EV6) avec \(X\) affine dans la catégorie \((\Sch/S)_h\), le diagramme \[\xymatrix{ \mathcal{F}(E) & \mathcal{F}(X') \ar[l] \\ \mathcal{F}(Z) \ar[u] & \mathcal{F}(X) \ar[u] \ar[l] }\] est cartésien dans la catégorie des ensembles.

Démonstration

Supposons que \(\mathcal{F}\) soit un faisceau. La condition (1) est vérifiée car un recouvrement de Zariski est un recouvrement h, voir le lemme 0ETV. La condition (2) est vérifiée car, pour \(f\) comme en (2), \(\{X \to Y\}\) est un recouvrement fppf (c’est clair) et donc un recouvrement h, voir le lemme 0ETV. La condition (3) résulte du lemme 0EVD.

Réciproquement, supposons que \(\mathcal{F}\) satisfasse (1), (2) et (3). Nous allons montrer que \(\mathcal{F}\) est un faisceau en appliquant le lemme 0EU5. Considérons un morphisme surjectif, de présentation finie et propre \(f : X \to Y\) dans \((\Sch/S)_h\), avec \(Y\) affine. Il suffit de montrer que \(\mathcal{F}(Y)\) est l’égalisateur des deux applications \(\mathcal{F}(X) \to \mathcal{F}(X \times_Y X)\).

Supposons d’abord qu’en outre \(f : X \to Y\) soit une immersion fermée (autrement dit, \(f\) est un épaississement). Alors l’éclatement de \(Y\) le long de \(X\) est le schéma vide, ce qui fournit un carré de quasi-éclatement dont les sommets sont \(\emptyset, \emptyset, X, Y\) (comparer avec la deuxième démonstration du lemme 0EVE). La condition (3) nous dit donc que \[\xymatrix{ \mathcal{F}(\emptyset) & \mathcal{F}(\emptyset) \ar[l] \\ \mathcal{F}(X) \ar[u] & \mathcal{F}(Y) \ar[u] \ar[l] }\] est cartésien dans la catégorie des ensembles. Puisque \(\mathcal{F}\) est un faisceau pour la topologie de Zariski, on voit que \(\mathcal{F}(\emptyset)\) est un singleton. On en déduit que \(\mathcal{F}(X) = \mathcal{F}(Y)\).

Intermède A : soit \(T \to T'\) un morphisme de \((\Sch/S)_h\) qui est un épaississement et qui est de présentation finie. Alors \(\mathcal{F}(T') \to \mathcal{F}(T)\) est bijective. En effet, choisissons un recouvrement ouvert affine \(T' = \bigcup T'_i\) et posons \(T_i = T \times_{T'} T'_i\) ; ce sont les ouverts affines correspondants de \(T\). Alors \(\mathcal{F}(T'_i) \to \mathcal{F}(T_i)\) est bijective pour tout \(i\) d’après le résultat du paragraphe précédent. La propriété de faisceau pour la topologie de Zariski montre que \(\mathcal{F}(T') \to \mathcal{F}(T)\) est injective. En répétant le raisonnement, on constate qu’elle est bijective. Nous omettons les détails mineurs.

Intermède B : considérons un carré de quasi-éclatement (0EV6) dans la catégorie \((\Sch/S)_h\). Nous affirmons alors que le diagramme \[\xymatrix{ \mathcal{F}(E) & \mathcal{F}(X') \ar[l] \\ \mathcal{F}(Z) \ar[u] & \mathcal{F}(X) \ar[u] \ar[l] }\] est cartésien dans la catégorie des ensembles. Cela résulte de la condition (3) de la manière suivante : on choisit un recouvrement ouvert affine de \(X\) et on raisonne comme dans l’intermède A. Nous omettons les détails.

Ensuite, soit \(f : X \to Y\) un morphisme surjectif, propre et de présentation finie dans \((\Sch/S)_h\), avec \(Y\) affine. Choisissons une stratification par platitude générique \[Y \supset Y_0 \supset Y_1 \supset \ldots \supset Y_t = \emptyset\] comme dans Compléments sur les morphismes, lemme 0H3Z, pour \(f : X \to Y\). Nous allons utiliser toutes les propriétés de cette stratification sans les mentionner davantage. Posons \(X_0 = X \times_Y Y_0\). D’après l’intermède B, nous avons \(\mathcal{F}(Y_0) = \mathcal{F}(Y)\), \(\mathcal{F}(X_0) = \mathcal{F}(X)\), et \(\mathcal{F}(X_0 \times_{Y_0} X_0) = \mathcal{F}(X \times_Y X)\).

Nous allons démontrer le résultat par récurrence sur \(t\). Si \(t = 1\), alors \(X_0 \to Y_0\) est surjectif, propre, plat et de présentation finie, et le résultat découle de la propriété (2). Pour \(t > 1\), nous pouvons remplacer \(Y\) par \(Y_0\) et \(X\) par \(X_0\) (voir ci-dessus) et supposer que \(Y = Y_0\).

Considérons le sous-schéma ouvert quasi-compact \(V = Y \setminus Y_1 = Y_0 \setminus Y_1\). Choisissons un diagramme \[\xymatrix{ E \ar[ddd] \ar[rd] & & & D \ar[lll] \ar[ddd] \ar[ld] \\ & Y' \ar[d] & X' \ar[l] \ar[d] \\ & Y & X \ar[l] \\ Z \ar[ru] & & & T \ar[lll] \ar[lu] }\] comme dans le lemme 0EVC pour \(f : X \to Y \supset V\). Alors \(f' : X' \to Y'\) est plat et de présentation finie. De plus, \(f'\) est propre (utiliser Morphismes, lemmes 01W3 et 01W6 pour le voir). Ainsi, l’image \(W = f'(X') \subset Y'\) est un sous-schéma ouvert (Morphismes, lemme 01UA) et fermé de \(Y'\). Observons que \(Y' \setminus E\) est contenu dans \(W\). D’après le lemme 0EV8, cela signifie que nous pouvons remplacer \(Y'\) par \(W\) dans le diagramme ci-dessus. Autrement dit, nous pouvons supposer, et supposons, que \(f'\) est surjectif. À ce stade, nous savons que \[\vcenter{ \xymatrix{ \mathcal{F}(E) & \mathcal{F}(Y') \ar[l] \\ \mathcal{F}(Z) \ar[u] & \mathcal{F}(Y) \ar[u] \ar[l] } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ \mathcal{F}(D) & \mathcal{F}(X') \ar[l] \\ \mathcal{F}(T) \ar[u] & \mathcal{F}(X) \ar[u] \ar[l] } }\] sont cartésiens d’après l’intermède B. Remarquons que \(Z \cap Y_1 \to Z\) est un épaississement de présentation finie (puisque \(Z\) est ensemblistement contenu dans \(Y_1\) comme sous-schéma fermé de \(Y\) disjoint de \(V\)). Nous obtenons donc une filtration \[Z \supset Z \cap Y_1 \supset Z \cap Y_2 \subset \ldots \subset Z \cap Y_t = \emptyset\] comme ci-dessus pour la restriction \(T = Z \times_Y X \to Z\) de \(f\) à \(T\). Par l’hypothèse de récurrence, nous trouvons donc que \(\mathcal{F}(Z) \to \mathcal{F}(T)\) est une application injective d’ensembles dont l’image est l’égalisateur des deux applications \(\mathcal{F}(T) \to \mathcal{F}(T \times_Z T)\).

Soit \(s \in \mathcal{F}(X)\) un élément de l’égalisateur des deux applications \(\mathcal{F}(X) \to \mathcal{F}(X \times_Y X)\). D’après ce qui précède, la restriction \(s|_T\) provient d’un unique élément \(t \in \mathcal{F}(Z)\), et, de même, la restriction \(s|_{X'}\) provient d’un unique élément \(t' \in \mathcal{F}(Y')\). En chassant les sections au moyen des applications de restriction de \(\mathcal{F}\) correspondant aux flèches du grand diagramme commutatif ci-dessus, le lecteur constate que \(t\) et \(t'\) se restreignent au même élément de \(\mathcal{F}(E)\), car ils se restreignent au même élément de \(\mathcal{F}(D)\) et que (2) s’applique ; nous utilisons ici le fait que \(D \to E\) est surjectif, plat, propre et de présentation finie en tant que restriction de \(X' \to Y'\). Ainsi, le premier des deux carrés cartésiens affichés ci-dessus nous donne une unique section \(u \in \mathcal{F}(Y)\) dont les restrictions valent respectivement \(t\) et \(t'\) sur \(Z\) et \(Y'\). Pour voir que \(u\) se restreint à \(s\) sur \(X\), utiliser le second diagramme.

Exemple

Soit \(A\) un anneau. Soit \(f \in A\) un élément. Soit \(J \subset A\) un idéal de type fini annulé par une puissance de \(f\). Alors \[\xymatrix{ E = \Spec(A/fA + J) \ar[r] \ar[d] & \Spec(A/J) = X' \ar[d] \\ Z = \Spec(A/fA) \ar[r] & \Spec(A) = X }\] est un carré de quasi-éclatement.

Exemple

Soit \(A\) un anneau. Soient \(f_1, f_2 \in A\) des éléments. \[\xymatrix{ E = \text{Proj}(A/(f_1, f_2)[T_0, T_1]) \ar[r] \ar[d] & \text{Proj}(A[T_0, T_1]/(f_2 T_0 - f_1 T_1) = X' \ar[d] \\ Z = \Spec(A/(f_1, f_2)) \ar[r] & \Spec(A) = X }\] est un carré de quasi-éclatement.

Lemme

Soit \(\mathcal{F}\) un préfaisceau sur l’un des sites \((\Sch/S)_h\) construits dans la définition 0EU1. Alors \(\mathcal{F}\) est un faisceau si et seulement si les conditions suivantes sont satisfaites

  1. \(\mathcal{F}\) est un faisceau pour la topologie de Zariski,

  2. étant donné un morphisme \(f : X \to Y\) de \((\Sch/S)_h\) avec \(Y\) affine et \(f\) surjectif, plat, propre et de présentation finie, alors \(\mathcal{F}(Y)\) est l’égalisateur des deux applications \(\mathcal{F}(X) \to \mathcal{F}(X \times_Y X)\),

  3. \(\mathcal{F}\) transforme un carré de quasi-éclatement comme dans l’exemple 0EVG dans la catégorie \((\Sch/S)_h\) en un diagramme cartésien d’ensembles, et

  4. \(\mathcal{F}\) transforme un carré de quasi-éclatement comme dans l’exemple 0EVH dans la catégorie \((\Sch/S)_h\) en un diagramme cartésien d’ensembles.

Démonstration

D’après la proposition 0EVF, il suffit de montrer qu’étant donné un carré de quasi-éclatement (0EV6) avec \(X\) affine dans la catégorie \((\Sch/S)_h\), le diagramme \[\xymatrix{ \mathcal{F}(E) & \mathcal{F}(X') \ar[l] \\ \mathcal{F}(Z) \ar[u] & \mathcal{F}(X) \ar[u] \ar[l] }\] est cartésien dans la catégorie des ensembles. L’idée générale de la démonstration consiste à dominer le morphisme par d’autres carrés de quasi-éclatement auxquels nous pouvons appliquer localement les hypothèses (3) et (4).

Supposons que nous ayons un carré de quasi-éclatement (0EV6) dans la catégorie \((\Sch/S)_h\), un recouvrement ouvert \(X = \bigcup U_i\) et des recouvrements ouverts \(U_i \cap U_j = \bigcup U_{ijk}\) tels que les diagrammes \[\vcenter{ \xymatrix{ \mathcal{F}(E \cap b^{-1}(U_i)) & \mathcal{F}(b^{-1}(U_i)) \ar[l] \\ \mathcal{F}(Z \cap U_i) \ar[u] & \mathcal{F}(U_i) \ar[u] \ar[l] } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ \mathcal{F}(E \cap b^{-1}(U_{ijk})) & \mathcal{F}(b^{-1}(U_{ijk})) \ar[l] \\ \mathcal{F}(Z \cap U_{ijk}) \ar[u] & \mathcal{F}(U_{ijk}) \ar[u] \ar[l] } }\] sont cartésiens ; il en va alors de même pour \[\xymatrix{ \mathcal{F}(E) & \mathcal{F}(X') \ar[l] \\ \mathcal{F}(Z) \ar[u] & \mathcal{F}(X) \ar[u] \ar[l] }\] Cela découle du fait que \(\mathcal{F}\) est un faisceau pour la topologie de Zariski.

En particulier, si nous avons un carré d’éclatement (0EV6) tel que \(b : X' \to X\) soit une immersion fermée et que \(Z\) soit un sous-schéma fermé localement principal, alors nous voyons que \(\mathcal{F}(X) = \mathcal{F}(X') \times_{\mathcal{F}(E)} \mathcal{F}(Z)\). En effet, sur un recouvrement de \(X\) par des ouverts affines, nous obtenons un carré de quasi-éclatement comme en (3).

Soient \(Z \subset X\), \(E_k \subset X'_k \to X\), \(E \subset X' \to X\), et \(i_k : X' \to X'_k\) comme dans l’énoncé du lemme 0EVB. Alors \[\xymatrix{ E \ar[d] \ar[r] & X' \ar[d] \\ E_k \ar[r] & X'_k }\] est un carré de quasi-éclatement du type considéré au paragraphe précédent. Ainsi \[\mathcal{F}(X'_k) = \mathcal{F}(X') \times_{\mathcal{F}(E)} \mathcal{F}(E_k)\] pour \(k = 1, 2\), d’après le résultat du paragraphe précédent. Il s’ensuit que \[\mathcal{F}(X) \longrightarrow \mathcal{F}(X'_k) \times_{\mathcal{F}(E_k)} \mathcal{F}(Z)\] est bijective pour \(k = 1\) si et seulement si elle est bijective pour \(k = 2\). Ainsi, étant donnée une immersion fermée \(Z \to X\) de présentation finie, avec \(X\) quasi-compact et quasi-séparé, le fait que \(\mathcal{F}(X) = \mathcal{F}(X') \times_{\mathcal{F}(E)} \mathcal{F}(Z)\) soit vérifiée ou non est indépendant du choix du carré de quasi-éclatement (0EV6) effectué. (De plus, d’après le lemme 0EVA, il existe effectivement un carré de quasi-éclatement pour \(Z \subset X\).)

Enfin, considérons un objet affine \(X\) de \((\Sch/S)_h\) et une immersion fermée \(Z \to X\) de présentation finie. Nous allons démontrer la propriété voulue pour la paire \((X, Z)\) par récurrence sur le nombre \(r\) de générateurs de l’idéal définissant \(Z\) dans \(X\). Si le nombre de générateurs est \(\leq 2\), nous pouvons choisir notre carré de quasi-éclatement comme dans l’exemple 0EVH et conclure par l’hypothèse (4).

Étape de récurrence. Supposons \(X = \Spec(A)\) et \(Z = \Spec(A/(f_1, \ldots, f_r))\) avec \(r > 2\). Choisissons un carré d’éclatement (0EV6) pour la paire \((X, Z)\). Posons \(Z_1 = \Spec(A/(f_1, f_2))\) et soit \[\xymatrix{ E_1 \ar[d] \ar[r] & Y \ar[d] \\ Z_1 \ar[r] & X }\] le carré de quasi-éclatement construit dans l’exemple 0EVH. D’après le lemme 0EV7, les changements de base \[(I) \vcenter{ \xymatrix{ Y \times_X E \ar[r] \ar[d] & Y \times_X X' \ar[d] \\ Y \times_X Z \ar[r] & Y } } \quad\text{et}\quad (II) \vcenter{ \xymatrix{ E \ar[r] \ar[d] & Z_1 \times_X X' \ar[d] \\ Z \ar[r] & Z_1 } }\] sont des carrés de quasi-éclatement. L’idéal de \(Z\) dans \(Z_1\) est engendré par \(r - 2\) éléments. L’idéal de \(Y \times_X Z\) est engendré par les images réciproques de \(f_1, \ldots, f_r\) dans \(Y\). Localement sur \(Y\), l’idéal engendré par \(f_1, f_2\) peut être engendré par un élément ; ainsi, \(Y \times_X Z\) est, sur des ouverts affines de \(Y\), défini par au plus \(r - 1\) éléments. Par les hypothèses de récurrence et la discussion ci-dessus, \[\mathcal{F}(Y) = \mathcal{F}(Y \times_X X') \times_{\mathcal{F}(Y \times_X E)} \mathcal{F}(Y \times_X Z)\] et \[\mathcal{F}(Z_1) = \mathcal{F}(Z_1 \times_X X') \times_{\mathcal{F}(E)} \mathcal{F}(Z)\] Par l’hypothèse (4), nous avons \[\mathcal{F}(X) = \mathcal{F}(Y) \times_{\mathcal{F}(E_1)} \mathcal{F}(Z_1)\] Supposons maintenant que nous ayons une paire \((s', t)\) avec \(s' \in \mathcal{F}(X')\) et \(t \in \mathcal{F}(Z)\) ayant la même restriction dans \(\mathcal{F}(E)\). Alors \((s'|{Z_1 \times_X X'}, t)\) est l’image d’un unique élément \(t_1 \in \mathcal{F}(Z_1)\). De même, \((s'|_{Y \times_X X'}, t|_{Y \times_X Z})\) est l’image d’un unique élément \(s_Y \in \mathcal{F}(Y)\). Nous affirmons que \(s_Y\) et \(t_1\) se restreignent au même élément de \(\mathcal{F}(E_1)\). Cela est vrai parce que le carré de quasi-éclatement \[\xymatrix{ E_1 \times_X E \ar[r] \ar[d] & E_1 \times_X X' \ar[d] \\ E_1 \times_X Z \ar[r] & E_1 }\] est le changement de base du carré de quasi-éclatement (I) par \(E_1 \to Y\) et le changement de base du carré de quasi-éclatement (II) par \(E_1 \to Z_1\), et parce que les paires de sections utilisées pour construire \(s_Y\) et \(t_1\) coïncident. Ainsi, par la troisième égalité de produits fibrés, nous voyons qu’il existe un unique \(s \in \mathcal{F}(X)\) dont l’image est \(s_Y\) dans \(\mathcal{F}(Y)\) et \(t_1\) dans \(\mathcal{F}(Z)\). Nous omettons de vérifier que l’image de \(s\) est \(s'\) dans \(\mathcal{F}(X')\) et \(t\) dans \(\mathcal{F}(Z)\) ; indication : utiliser l’unicité de \(s\) que nous venons de construire et raisonner localement sur des ouverts affines.

Lemme

Soit \(p : \mathcal{S} \to (\Sch/S)_h\) une catégorie fibrée en groupoïdes. Alors \(\mathcal{S}\) est un champ en groupoïdes si et seulement si les conditions suivantes sont satisfaites

  1. \(\mathcal{S}\) est un champ en groupoïdes pour la topologie de Zariski,

  2. étant donné un morphisme \(f : X \to Y\) de \((\Sch/S)_h\) avec \(Y\) affine et \(f\) surjectif, plat, propre et de présentation finie, alors \[\mathcal{S}_Y \longrightarrow \mathcal{S}_X \times_{\mathcal{S}_{X \times_Y X}} \mathcal{S}_X\] est une équivalence de catégories,

  3. pour un carré de quasi-éclatement comme dans l’exemple 0EVG ou 0EVH dans la catégorie \((\Sch/S)_h\), le foncteur \[\mathcal{S}_X \longrightarrow \mathcal{S}_Z \times_{\mathcal{S}_E} \mathcal{S}_{X'}\] est une équivalence de catégories.

Démonstration

Ce lemme est une conséquence formelle du lemme 0EVI et de notre définition des champs en groupoïdes. Par exemple, supposons (1), (2), (3). Pour montrer que \(\mathcal{S}\) est un champ, nous devons démontrer la descente des morphismes et des objets, voir Champs, définition 02ZI.

Si \(x, y\) sont des objets de \(\mathcal{S}\) au-dessus d’un objet \(U\) de \((\Sch/S)_h\), alors nos hypothèses impliquent que \(\mathit{Isom}(x, y)\) est un préfaisceau sur \((\Sch/U)_h\) qui satisfait (1), (2), (3) et (4) du lemme 0EVI, et est donc un faisceau. Nous omettons quelques détails.

Soit \(\{U_i \to U\}_{i \in I}\) un recouvrement de \((\Sch/S)_h\). Soit \((x_i, \varphi_{ij})\) une donnée de descente dans \(\mathcal{S}\) relative à la famille \(\{U_i \to U\}_{i \in I}\), voir Champs, définition 026B. Considérons la règle \(F\) qui, à \(V/U\) dans \((\Sch/U)_h\), associe l’ensemble des paires \((y, \psi_i)\), où \(y\) est un objet de \(\mathcal{S}_V\) et \(\psi_i : y|_{U_i \times_U V} \to x_i|_{U_i \times_U V}\) est un morphisme de \(\mathcal{S}\) au-dessus de \(U_i \times_U V\) tel que \[\varphi_{ij}|_{U_i \times_U U_j \times_U V} \circ \psi_i|_{U_i \times_U U_j \times_U V} = \psi_j|_{U_i \times_U U_j \times_U V}\] à isomorphisme près. Puisque nous disposons déjà de la descente des morphismes, il est clair que \(F(V/U)\) est soit vide, soit un singleton. D’autre part, \(F(U_{i_0}/U)\) est non vide, car il contient \((x_{i_0}, \varphi_{i_0i})\). Puisque notre but est de montrer que \(F(U/U)\) est non vide, il suffit de montrer que \(F\) est un faisceau sur \((\Sch/U)_h\). Pour ce faire, nous pouvons utiliser le critère du lemme 0EVI. Cependant, nos hypothèses (1), (2), (3) impliquent (en traçant certains diagrammes commutatifs que nous omettons) que les propriétés (1), (2), (3) et (4) du lemme 0EVI sont satisfaites pour \(F\).

Nous omettons de vérifier que, si \(\mathcal{S}\) est un champ en groupoïdes, alors (1), (2) et (3) sont satisfaites.

Normalisation faible absolue et recouvrements h

Dans cette section, nous utilisons les critères obtenus dans la section 0EV4 pour exhiber quelques faisceaux h et nous relions la faisceautisation h du faisceau structural à la normalisation faible absolue. Nous aurons besoin pour cela du lemme élémentaire suivant.

Lemme

Soient \(Z, X, X', E\) les schémas d’un carré de quasi-éclatement comme dans l’exemple 0EVH. Alors \(H^p(X', \mathcal{O}_{X'}) = 0\) pour \(p > 0\) et \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X) \to \Gamma(X', \mathcal{O}_{X'})\) est un homomorphisme surjectif d’anneaux dont le noyau est un idéal de carré nul.

Démonstration

Supposons d’abord que \(A = \mathbf{Z}[f_1, f_2]\) est l’anneau de polynômes. Dans ce cas, notre carré de quasi-éclatement est l’éclatement de \(X = \Spec(A)\) le long du sous-schéma fermé \(Z\) et, en fait, \(X' \subset \mathbf{P}^1_X\) est un diviseur de Cartier effectif découpé par la section globale \(f_2T_0 - f_1 T_1\) de \(\mathcal{O}_{\mathbf{P}^1_X}(1)\). Nous avons donc une résolution \[0 \to \mathcal{O}_{\mathbf{P}^1_X}(-1) \to \mathcal{O}_{\mathbf{P}^1_X} \to \mathcal{O}_{X'} \to 0\] En utilisant la description de la cohomologie donnée dans Cohomologie des schémas, section 01XS, il s’ensuit que, dans ce cas, \(\Gamma(X, \mathcal{O}_X) \to \Gamma(X', \mathcal{O}_{X'})\) est un isomorphisme et \(H^1(X', \mathcal{O}_{X'}) = 0\).

Ensuite, nous observons que tout diagramme comme dans l’exemple 0EVH est le changement de base du diagramme du paragraphe précédent par l’homomorphisme d’anneaux \(\mathbf{Z}[f_1, f_2] \to A\). Par conséquent, par Compléments sur les morphismes, lemmes 0E7F, 0E7G, et 0E7I, nous concluons que \(H^1(X', \mathcal{O}_{X'})\) est nul en général et que l’homomorphisme \(H^0(X, \mathcal{O}_X) \to H^0(X', \mathcal{O}_{X'})\) est surjectif en général.

Ensuite, dans le cas général, étudions le noyau. Si \(a \in A\) s’envoie sur zéro, alors, en examinant les cartes affines, nous voyons que \[a = (f_1x - f_2)(a_0 + a_1x + \ldots + a_rx^r)\text{ dans }A[x]\] pour certains \(r \geq 0\) et \(a_0, \ldots, a_r \in A\), et de même \[a = (f_1 - f_2y)(b_0 + b_1y + \ldots + b_s y^s)\text{ dans }A[y]\] pour certains \(s \geq 0\) et \(b_0, \ldots, b_s \in A\). Cela signifie que nous avons \[a = f_2 a_0,\ f_1 a_0 = f_2 a_1,\ \ldots,\ f_1 a_r = 0, \ a = f_1 b_0,\ f_2 b_0 = f_1 b_1,\ \ldots,\ f_2 b_s = 0\] Si \((a', r', a'_i, s', b'_j)\) est un second système de ce type, alors nous avons \[aa' = f_1f_2a_0b'_0 = f_1f_2a_1b'_1 = f_1f_2a_2b'_2 = \ldots = 0\] comme souhaité.

Pour une \(\mathbf{F}_p\)-algèbre \(A\), nous posons \(\colim_F A\) égal à la colimite du système \[A \xrightarrow{F} A \xrightarrow{F} A \xrightarrow{F} \ldots\] où \(F : A \to A\), \(a \mapsto a^p\) est l’endomorphisme de Frobenius.

Lemme

Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(S\) un schéma sur \(\mathbf{F}_p\). Soit \((\Sch/S)_h\) un site comme dans la définition 0EU1. Il existe un unique faisceau \(\mathcal{F}\) sur \((\Sch/S)_h\) tel que \[\mathcal{F}(X) = \colim_F \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\] pour tout objet quasi-compact et quasi-séparé \(X\) de \((\Sch/S)_h\).

Démonstration

Notons \(\mathcal{F}\) la faisceautisation de Zariski du foncteur \[X \longrightarrow \colim_F \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\] Pour les schémas quasi-compacts et quasi-séparés \(X\), nous avons \(\mathcal{F}(X) = \colim_F \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) par Faisceaux, lemme 009F et le fait que \(\mathcal{O}\) est un faisceau pour la topologie de Zariski. Il suffit donc de montrer que \(\mathcal{F}\) est un faisceau h. Pour le démontrer, nous vérifions les conditions (1), (2), (3) et (4) du lemme 0EVI. La condition (1) est satisfaite parce que nous avons effectué une faisceautisation de Zariski (presque superflue). La condition (2) est satisfaite parce que \(\mathcal{O}\) est un faisceau fppf (Descente, lemme 03DT) et que, si \(A\) est l’égalisateur de deux homomorphismes \(B \to C\) de \(\mathbf{F}_p\)-algèbres, alors \(\colim_F A\) est l’égalisateur des deux homomorphismes \(\colim_F B \to \colim_F C\).

Nous vérifions la condition (3). Soient \(A, f, J\) comme dans l’exemple 0EVG. Nous devons montrer que \[\colim_F A = \colim_F A/J \times_{\colim_F A/fA + J} \colim_F A/fA\] Cela se ramène à la question d’algèbre suivante : supposons que \(a', a'' \in A\) soient tels que \(F^n(a' - a'') \in fA + J\). Trouver \(a \in A\) et \(m \geq 0\) tels que \(a - F^m(a') \in J\) et \(a - F^m(a'') \in fA\), et montrer que la paire \((a, m)\) est uniquement déterminée à un remplacement près de la forme \((a, m) \mapsto (F(a), m + 1)\). Pour cela, il suffit d’écrire \(F^n(a' - a'') = f h + g\) avec \(h \in A\) et \(g \in J\), de poser \(a = F^n(a') - g = F^n(a'') + fh\) et de poser \(m = n\). Pour voir l’unicité, supposons que \((a_1, m_1)\) soit une seconde solution. Par un remplacement de la forme donnée ci-dessus, nous pouvons supposer \(m = m_1\). Alors nous voyons que \(a - a_1 \in J\) et \(a - a_1 \in fA\). Puisque \(J\) est annulé par une puissance de \(f\), nous voyons que \(a - a_1\) est un élément nilpotent. Par conséquent, \(F^k(a - a_1)\) est nul pour un certain \(k\) assez grand. Ainsi, après d’autres remplacements, nous obtenons \(a = a_1\).

Nous vérifions la condition (4). Soient \(X, X', Z, E\) comme dans l’exemple 0EVH. Par le lemme 0EVJ, nous voyons que \[\mathcal{F}(X) = \colim_F \Gamma(X, \mathcal{O}_X) \longrightarrow \colim_F \Gamma(X', \mathcal{O}_{X'}) = \mathcal{F}(X')\] est bijectif. Puisque \(E = \mathbf{P}^1_Z\) dans ce cas, nous voyons aussi que \(\mathcal{F}(Z) \to \mathcal{F}(E)\) est bijectif. La conclusion vaut donc également dans ce cas.

Soit \(p\) un nombre premier. Pour une \(\mathbf{F}_p\)-algèbre \(A\), nous posons \(\lim_F A\) égal à la limite du système inverse \[\ldots \xrightarrow{F} A \xrightarrow{F} A \xrightarrow{F} A\] où \(F : A \to A\), \(a \mapsto a^p\) est l’endomorphisme de Frobenius.

Lemme

Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(S\) un schéma sur \(\mathbf{F}_p\). Soit \((\Sch/S)_h\) un site comme dans la définition 0EU1. La règle \[\mathcal{F}(X) = \lim_F \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\] définit un faisceau sur \((\Sch/S)_h\).

Démonstration

Pour montrer que \(\mathcal{F}\) est un faisceau, vérifions les conditions (1), (2), (3) et (4) du lemme 0EVI. La condition (1) est satisfaite parce que les limites de faisceaux sont des faisceaux et que \(\mathcal{O}\) est un faisceau de Zariski. La condition (2) est satisfaite parce que \(\mathcal{O}\) est un faisceau fppf (Descente, lemme 03DT) et que, si \(A\) est l’égalisateur de deux homomorphismes \(B \to C\) de \(\mathbf{F}_p\)-algèbres, alors \(\lim_F A\) est l’égalisateur des deux homomorphismes \(\lim_F B \to \lim_F C\).

Nous vérifions la condition (3). Soient \(A, f, J\) comme dans l’exemple 0EVG. Nous devons montrer que \[\begin{align*} \lim_F A & \to \lim_F A/J \times_{\lim_F A/fA + J} \lim_F A/fA \\ & = \lim_F (A/J \times_{A/fA + J} A/fA) \\ & = \lim_F A/(fA \cap J) \end{align*}\] est bijectif. Puisque \(J\) est annulé par une puissance de \(f\), nous voyons que \(\mathfrak a = fA \cap J\) est un idéal nilpotent, c’est-à-dire qu’il existe un \(n\) tel que \(\mathfrak a^n = 0\). Il est immédiat de vérifier que, dans ce cas, \(\lim_F A \to \lim_F A/\mathfrak a\) est bijectif.

Nous vérifions la condition (4). Soient \(X, X', Z, E\) comme dans l’exemple 0EVH. Par le lemme 0EVJ et le même argument que ci-dessus, nous voyons que \[\mathcal{F}(X) = \lim_F \Gamma(X, \mathcal{O}_X) \longrightarrow \lim_F \Gamma(X', \mathcal{O}_{X'}) = \mathcal{F}(X')\] est bijectif. Puisque \(E = \mathbf{P}^1_Z\) dans ce cas, nous voyons aussi que \(\mathcal{F}(Z) \to \mathcal{F}(E)\) est bijectif. La conclusion vaut donc également dans ce cas.

Dans le lemme suivant, nous utilisons la normalisation faible absolue \(X^{awn}\) d’un schéma \(X\), voir Morphismes, section 0EUK.

Lemme

Soit \((\Sch/S)_{ph}\) un site comme dans Topologies, définition 0DBL. La règle \[X \longmapsto \Gamma(X^{awn}, \mathcal{O}_{X^{awn}})\] est un faisceau sur \((\Sch/S)_{ph}\).

Démonstration

Pour montrer que \(\mathcal{F}\) est un faisceau, vérifions les conditions (1) et (2) de Topologies, lemme 0DBQ. La condition (1) est satisfaite parce que la formation de \(X^{awn}\) commute aux recouvrements ouverts, voir Morphismes, lemme 0EUS et sa démonstration.

Soit \(\pi : Y \to X\) un morphisme propre surjectif. Nous devons montrer que l’égalisateur des deux homomorphismes \[\Gamma(Y^{awn}, \mathcal{O}_{Y^{awn}}) \to \Gamma((Y \times_X Y)^{awn}, \mathcal{O}_{(Y \times_X Y)^{awn}})\] est égal à \(\Gamma(X^{awn}, \mathcal{O}_{X^{awn}})\). Soit \(f\) un élément de cet égalisateur. Considérons alors le morphisme \[f : Y^{awn} \longrightarrow \mathbf{A}^1_X\] Puisque \(Y^{awn} \to X\) est universellement fermé, l’image schématique \(Z\) de \(f\) est un sous-schéma fermé de \(\mathbf{A}^1_X\), propre sur \(X\), et \(f : Y^{awn} \to Z\) est surjectif. Voir Morphismes, lemme 0AH6. Ainsi, \(Z \to X\) est fini (Morphismes, lemme 01WN) et surjectif.

Soit \(k\) un corps et soient \(z_1, z_2 : \Spec(k) \to Z\) deux morphismes égalisés par \(Z \to X\). Nous affirmons que \(z_1 = z_2\). Il suffit de montrer que les images \(\lambda_i = z_i^*f \in k\) coïncident (puisque le faisceau structural de \(Z\) est engendré par \(f\) sur le faisceau structural de \(X\)). Pour le voir, nous choisissons une extension de corps \(K/k\) et des morphismes \(y_1, y_2 : \Spec(K) \to Y^{awn}\) tels que \(z_i \circ (\Spec(K) \to \Spec(k)) = f \circ y_i\). Cela est possible par la surjectivité du morphisme \(Y^{awn} \to Z\). Choisissons une extension algébriquement close \(\Omega/k\) de très grand cardinal. Pour tous les homomorphismes de \(k\)-algèbres \(\sigma_i : K \to \Omega\), nous obtenons \[\Spec(\Omega) \xrightarrow{\sigma_1, \sigma_2} \Spec(K \otimes_k K) \xrightarrow{y_1, y_2} Y^{awn} \times_X Y^{awn}\] Puisque le morphisme canonique \((Y \times_X Y)^{awn} \to Y^{awn} \times_X Y^{awn}\) est un homéomorphisme universel et puisque \(\Omega\) est algébriquement clos, nous pouvons relever de manière unique la composition ci-dessus en un morphisme \(\Spec(\Omega) \to (Y \times_X Y)^{awn}\). Puisque \(f\) appartient à l’égalisateur ci-dessus, cela montre que \(\sigma_1(\lambda_1) = \sigma_2(\lambda_2)\). Un lemme facile sur les extensions de corps montre que cela implique \(\lambda_1 = \lambda_2\) ; les détails sont omis.

Nous concluons que \(Z \to X\) est universellement injectif, c’est-à-dire que \(Z \to X\) est injectif sur les points et induit des extensions de corps résiduels purement inséparables (Morphismes, lemme 01S4). En définitive, nous concluons que \(Z \to X\) est un homéomorphisme universel, voir Morphismes, lemme 04DF.

Soit \(g : X^{awn} \to Z\) le morphisme obtenu par la propriété universelle de \(X^{awn}\). Alors \(Y^{awn} \to X^{awn} \to Z\) et \(f : Y^{awn} \to Z\) sont deux morphismes au-dessus de \(X\). Par la propriété universelle de \(Y^{awn} \to Y\), les deux morphismes correspondants \(Y^{awn} \to Y \times_X Z\) au-dessus de \(Y\) doivent être égaux. Cela implique que \(g \circ \pi^{wan} = f\) comme morphismes vers \(\mathbf{A}^1_X\), et nous concluons que \(g \in \Gamma(X^{awn}, \mathcal{O}_{X^{awn}})\) est l’élément que nous cherchions.

Lemme

Soit \(S\) un schéma. Choisissons un site \((\Sch/S)_h\) comme dans la définition 0EU1. La règle \[X \longmapsto \Gamma(X^{awn}, \mathcal{O}_{X^{awn}})\] est la faisceautisation du « faisceau structural » \(\mathcal{O}\) sur \((\Sch/S)_h\). Il en va de même pour la topologie ph.

Démonstration

Dans le lemme 0EVT, nous avons vu que la règle \(\mathcal{F}\) du lemme définit un faisceau pour la topologie ph, et donc, a fortiori, un faisceau pour la topologie h. Il existe clairement un morphisme canonique de préfaisceaux d’anneaux \(\mathcal{O} \to \mathcal{F}\). Pour terminer la démonstration, il suffit de montrer

  1. si \(f \in \mathcal{O}(X)\) s’envoie sur zéro dans \(\mathcal{F}(X)\), alors il existe un recouvrement h \(\{X_i \to X\}\) tel que \(f|_{X_i} = 0\), et

  2. étant donné \(f \in \mathcal{F}(X)\), il existe un recouvrement h \(\{X_i \to X\}\) tel que \(f|_{X_i}\) soit l’image de \(f_i \in \mathcal{O}(X_i)\).

Soit \(f\) comme en (1). Alors \(f|_{X^{awn}} = 0\). Cela signifie que \(f\) est localement nilpotent. Ainsi, si \(X' \subset X\) est le sous-schéma fermé découpé par \(f\), alors \(X' \to X\) est une immersion fermée surjective de présentation finie. Par conséquent, \(\{X' \to X\}\) est le recouvrement h recherché. Soit \(f\) comme en (2). Après avoir remplacé \(X\) par les membres d’un recouvrement ouvert affine, nous pouvons supposer que \(X = \Spec(A)\) est affine. Alors \(f \in A^{awn}\), voir Morphismes, lemme 0EUR. Par Morphismes, lemme 0EUJ, nous pouvons trouver un homomorphisme d’anneaux \(A \to B\) de présentation finie tel que \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) soit un homéomorphisme universel et que \(f\) soit l’image d’un élément \(b \in B\) par l’homomorphisme canonique \(B \to A^{awn}\). Alors \(\{\Spec(B) \to \Spec(A)\}\) est un recouvrement h, et nous concluons. L’assertion concernant la topologie ph se démontre de la même manière (ou peut se déduire de l’assertion pour la topologie h).

Soit \(p\) un nombre premier. Une \(\mathbf{F}_p\)-algèbre \(A\) est dite parfaite si l’homomorphisme \(F : A \to A\), \(x \mapsto x^p\), est un automorphisme de \(A\).

Lemme

Soit \(p\) un nombre premier. Une \(\mathbf{F}_p\)-algèbre \(A\) est absolument faiblement normale si et seulement si elle est parfaite.

Démonstration

Il résulte immédiatement de la condition (2)(b) dans Morphismes, définition 0EUL que, si \(A\) est absolument faiblement normale, alors elle est parfaite.

Supposons \(A\) parfaite. Soient \(x, y \in A\) tels que \(x^3 = y^2\). Si \(p > 3\), alors nous pouvons écrire \(p = 2n + 3m\) pour certains \(n, m > 0\). Choisissons \(a, b \in A\) tels que \(a^p = x\) et \(b^p = y\). En posant \(c = a^n b^m\), nous avons \[c^{2p} = x^{2n} y^{2m} = x^{2n + 3m} = x^p\] et donc \(c^2 = x\). De même, \(c^3 = y\). Si \(p = 2\), alors écrivons \(x = a^2\) pour obtenir \(a^6 = y^2\), ce qui implique \(a^3 = y\). Si \(p = 3\), alors écrivons \(y = a^3\) pour obtenir \(x^3 = a^6\), ce qui implique \(x = a^2\).

Supposons \(x, y \in A\) avec \(\ell^\ell x = y^\ell\) pour un certain nombre premier \(\ell\). Si \(\ell \not = p\), alors \(a = y/\ell\) vérifie \(a^\ell = x\) et \(\ell a = y\). Si \(\ell = p\), alors \(y = 0\) et \(x = a^p\) pour un certain \(a\).

Lemme

Soit \(p\) un nombre premier.

  1. Si \(A\) est une \(\mathbf{F}_p\)-algèbre, alors \(\colim_F A = A^{awn}\).

  2. Si \(S\) est un schéma sur \(\mathbf{F}_p\), alors la faisceautisation h de \(\mathcal{O}\) associe à tout schéma quasi-compact et quasi-séparé \(X\) l’anneau \(\colim_F \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\).

Démonstration

Démonstration de (1). Observons que \(A \to \colim_F A\) induit un homéomorphisme universel sur les spectres par Algèbre, lemme 0BRA. Il suffit donc de montrer que \(B = \colim_F A\) est absolument faiblement normal, voir Morphismes, lemme 0EUR. Notons que l’homomorphisme d’anneaux \(F : B \to B\) est un automorphisme ; autrement dit, \(B\) est un anneau parfait. Par conséquent, le lemme 0EVV s’applique.

Démonstration de (2). Cela résulte de (1) et des lemmes 0EVK et 0EVU en raisonnant localement sur des ouverts affines.

Descente des fibrés vectoriels en caractéristique positive

Une référence pour cette section est [Witt-Grass].

Pour un schéma \(S\), notons \(\textit{Vect}(S)\) la catégorie des \(\mathcal{O}_S\)-modules localement libres de rang fini. Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé sur \(\mathbf{F}_p\). Dans cette section, nous travaillerons avec la catégorie \[\colim_F \textit{Vect}(S) = \colim \left( \textit{Vect}(S) \xrightarrow{F^*} \textit{Vect}(S) \xrightarrow{F^*} \textit{Vect}(S) \xrightarrow{F^*} \ldots \right)\] où \(F : S \to S\) est le morphisme de Frobenius absolu. Concrètement, un objet de cette catégorie est une paire \((\mathcal{E}, n)\), où \(\mathcal{E}\) est un \(\mathcal{O}_S\)-module localement libre de rang fini et \(n \geq 0\) est un entier. Pour les morphismes, nous prenons \[\Hom_{\colim_F \textit{Vect}(S)}((\mathcal{E}, n), (\mathcal{G}, m)) = \colim_N \Hom_S(F^{N - n, *}\mathcal{E}, F^{N - m, *}\mathcal{G})\] où \(F : S \to S\) est le morphisme de Frobenius absolu de \(S\). Ainsi, l’objet \((\mathcal{E}, n)\) est isomorphe à l’objet \((F^*\mathcal{E}, n + 1)\).

Lemme

Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(S\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé sur \(\mathbf{F}_p\). La catégorie \(\colim_F \textit{Vect}(S)\) est équivalente à la catégorie des modules localement libres de rang fini sur le faisceau d’anneaux \(\colim_F \mathcal{O}_S\) sur \(S\).

Démonstration

Omis.

Lemme

Soit \(p\) un nombre premier. Considérons un carré de quasi-éclatement \(X, X', Z, E\) en caractéristique \(p\) comme dans l’exemple 0EVG. Alors le foncteur \[\colim_F \textit{Vect}(X) \longrightarrow \colim_F \textit{Vect}(Z) \times_{\colim_F \textit{Vect}(E)} \colim_F \textit{Vect}(X')\] est une équivalence.

Démonstration

Soient \(A, f, J\) comme dans l’exemple 0EVG. Puisque tous nos schémas sont affines et que nous disposons du Hom interne dans la catégorie des fibrés vectoriels, la pleine fidélité du foncteur résulte du fait que \[\colim P \otimes_{A, F^N} A = \colim P \otimes_{A, F^N} A/J \times_{\colim P \otimes_{A, F^N} A/fA + J} \colim P \otimes_{A, F^N} A/fA\] pour un \(A\)-module projectif de type fini \(P\). En écrivant \(P\) comme facteur direct d’un module libre fini, cela résulte du cas où \(P\) est libre fini. Ce cas se ramène immédiatement au cas \(P = A\). Le cas \(P = A\) résulte du lemme 0EVK (en fait, nous avons démontré ce cas directement dans la démonstration de ce lemme).

Surjectivité essentielle. Nous obtenons ici le problème d’algèbre suivant. Supposons que \(P_1\) soit un \(A/J\)-module projectif de type fini, que \(P_2\) soit un \(A/fA\)-module projectif de type fini, et que \[\varphi : P_1 \otimes_{A/J} A/fA + J \longrightarrow P_2 \otimes_{A/fA} A/fA + J\] soit un isomorphisme. Objectif : montrer qu’il existe un \(N\), un \(A\)-module projectif de type fini \(P\), un isomorphisme \(\varphi_1 : P \otimes_A A/J \to P_1 \otimes_{A/J, F^N} A/J\), et un isomorphisme \(\varphi_2 : P \otimes_A A/fA \to P_2 \otimes_{A/fA, F^N} A/fA\) compatible avec \(\varphi\) de manière évidente. On peut le voir comme suit. Observons d’abord que \[A/(J \cap fA) = A/J \times_{A/fA + J} A/fA\] Par conséquent, par Compléments sur l’algèbre, lemme 0D2J, il existe un module projectif de type fini \(P'\) sur \(A/(J \cap fA)\) muni d’isomorphismes \(\varphi'_1 : P' \otimes_A A/J \to P_1\) et \(\varphi_2 : P' \otimes_A A/fA \to P_2\) compatibles avec \(\varphi\). Puisque \(J\) est un idéal de type fini et de torsion pour une puissance de \(f\), nous voyons que \(J \cap fA\) est un idéal nilpotent. Ainsi, pour un certain \(N\), il existe une factorisation \[A \xrightarrow{\alpha} A/(J \cap fA) \xrightarrow{\beta} A\] de \(F^N\). En posant \(P = P' \otimes_{A/(J \cap fA), \beta} A\), nous concluons.

Lemme

Soit \(p\) un nombre premier. Considérons un carré de quasi-éclatement \(X, X', Z, E\) en caractéristique \(p\) comme dans l’exemple 0EVH. Alors le foncteur \[G : \colim_F \textit{Vect}(X) \longrightarrow \colim_F \textit{Vect}(Z) \times_{\colim_F \textit{Vect}(E)} \colim_F \textit{Vect}(X')\] est une équivalence.

Démonstration

Pleine fidélité. Supposons que \((\mathcal{E}, n)\) et \((\mathcal{F}, m)\) soient des objets de \(\colim_F \textit{Vect}(X)\). Soit \((a, b) : G(\mathcal{E}, n) \to G(\mathcal{F}, m)\) un morphisme dans le membre de droite. Nous pouvons choisir \(N \gg 0\) et considérer \(a\) comme un homomorphisme \(a : F^{N - n, *}\mathcal{E}|_Z \to F^{N - m, *}\mathcal{F}|_Z\) et \(b\) comme un homomorphisme \(b : F^{N - n, *}\mathcal{E}|_{X'} \to F^{N - m, *}\mathcal{F}|_{X'}\) qui coïncident sur \(E\). Choisissons un recouvrement fini par des ouverts affines \(X = X_1 \cup \ldots \cup X_n\) tel que \(\mathcal{E}|_{X_i}\) et \(\mathcal{F}|_{X_i}\) soient des \(\mathcal{O}_{X_i}\)-modules libres de rang fini. Pour chaque \(i\), le changement de base \[\xymatrix{ E_i \ar[r] \ar[d] & X'_i \ar[d] \\ Z_i \ar[r] & X_i }\] est un autre carré de quasi-éclatement comme dans l’exemple 0EVH. Pour ces carrés, nous savons que \[\colim_F H^0(X_i, \mathcal{O}_{X_i}) = \colim_F H^0(Z_i, \mathcal{O}_{Z_i}) \times_{\colim_F H^0(E_i, \mathcal{O}_{E_i})} \colim_F H^0(X'_i, \mathcal{O}_{X'_i})\] par le lemme 0EVK (voir la démonstration du lemme). Ainsi, après avoir augmenté \(N\), nous pouvons supposer que les homomorphismes \(a|_{Z_i}\) et \(b|_{X'_i}\) proviennent d’homomorphismes \(c_i : F^{N - n, *}\mathcal{E}|_{X_i} \to F^{N - m, *}\mathcal{F}|_{X_i}\). Après avoir éventuellement augmenté \(N\), nous pouvons supposer que \(c_i\) et \(c_j\) coïncident sur \(X_i \cap X_j\). Ces homomorphismes se recollent donc pour donner le morphisme recherché \((\mathcal{E}, n) \to (\mathcal{F}, m)\) dans le membre de gauche.

Surjectivité essentielle. Soit \((\mathcal{F}, \mathcal{G}, \varphi)\) un triplet constitué de un \(\mathcal{O}_Z\)-module localement libre de rang fini \(\mathcal{F}\), un \(\mathcal{O}_{X'}\)-module localement libre de rang fini \(\mathcal{G}\), et un isomorphisme \(\varphi : \mathcal{F}|_E \to \mathcal{G}|_E\). Nous devons montrer qu’après avoir remplacé ce triplet par un tiré en arrière par une puissance du Frobenius, il provient d’un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang fini.

Réduction au cas noethérien ; nous conseillons vivement au lecteur de sauter ce paragraphe. Rappelons que \(X = \Spec(A)\) et \(Z = \Spec(A/(f_1, f_2))\), \(X' = \text{Proj}(A[T_0, T_1]/(f_2T_0 - f_1T_1))\), et \(E = \mathbf{P}^1_Z\). Par Limites, lemme 0B8W, nous pouvons trouver une \(\mathbf{F}_p\)-sous-algèbre de type fini \(A_0 \subset A\) contenant \(f_1\) et \(f_2\) telle que le triplet \((\mathcal{F}, \mathcal{G}, \varphi)\) provienne de données définies sur \(X_0 = \Spec(A_0)\) et \(Z_0 = \Spec(A_0/(f_1, f_2))\), \(X_0' = \text{Proj}(A_0[T_0, T_1]/(f_2T_0 - f_1T_1))\), et \(E_0 = \mathbf{P}^1_{Z_0}\). Nous pouvons donc supposer que nos schémas sont noethériens.

Supposons \(X\) noethérien. Nous pouvons choisir un recouvrement fini par des ouverts affines \(X = X_1 \cup \ldots \cup X_n\) tel que \(\mathcal{F}|_{Z \cap X_i}\) soit libre. Puisque nous pouvons recoller les objets de \(\colim_F \textit{Vect}(X)\) pour la topologie de Zariski (lemme 0EXB), et puisque nous connaissons déjà la pleine fidélité sur \(X_i\) et \(X_i \cap X_j\) (voir le premier paragraphe de la démonstration), il suffit de démontrer l’existence sur chaque \(X_i\). Cela nous ramène au cas traité dans le paragraphe suivant.

Supposons \(X\) noethérien et \(\mathcal{F} = \mathcal{O}_Z^{\oplus r}\). En utilisant \(\varphi\), nous obtenons un isomorphisme \(\mathcal{O}_E^{\oplus r} \to \mathcal{G}|_E\). Soit \(I = (f_1, f_2) \subset A\). Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{X'}\) le faisceau d’idéaux de \(E\) ; il est globalement engendré par \(f_1\) et \(f_2\). Pour tout \(n\), il existe une surjection \[(\mathcal{I}^n/\mathcal{I}^{n + 1})^{\oplus r} = \mathcal{I}^n/\mathcal{I}^{n + 1} \otimes_{\mathcal{O}_E} \mathcal{G}|_E \longrightarrow \mathcal{I}^n\mathcal{G}/\mathcal{I}^{n + 1}\mathcal{G}\] Le premier groupe de cohomologie de ce module est donc nul. Nous utilisons ici le fait que \(E = \mathbf{P}^1_Z\) et que, par conséquent, son faisceau structural, et même tout module quasi-cohérent globalement engendré, a un \(H^1\) nul. Comparer avec Compléments sur les morphismes, lemme 0E7H. Alors, en utilisant les suites exactes courtes \[0 \to \mathcal{I}^n\mathcal{G}/\mathcal{I}^{n + 1}\mathcal{G} \to \mathcal{G}/\mathcal{I}^{n + 1}\mathcal{G} \to \mathcal{G}/\mathcal{I}^n\mathcal{G} \to 0\] et en raisonnant par récurrence, nous voyons que \[\lim H^0(X', \mathcal{G}/\mathcal{I}^n\mathcal{G}) \to H^0(E, \mathcal{G}|_E) = H^0(E, \mathcal{O}_E^{\oplus r}) = A/I^{\oplus r}\] est surjectif. Par le théorème des fonctions formelles (Cohomologie des schémas, théorème 02OC), cela implique que \[H^0(X', \mathcal{G}) \to H^0(E, \mathcal{G}|_E) = H^0(E, \mathcal{O}_E^{\oplus r}) = A/I^{\oplus r}\] est surjectif. Nous pouvons donc choisir un homomorphisme \(\alpha : \mathcal{O}_{X'}^{\oplus r} \to \mathcal{G}\) compatible avec la trivialisation donnée de \(\mathcal{G}|_E\). Ainsi, \(\alpha\) est un isomorphisme sur un voisinage ouvert de \(E\) dans \(X'\). Tout point de \(Z\) possède donc un voisinage ouvert affine sur lequel nous pouvons résoudre le problème. Puisque \(X' \setminus E \to X \setminus Z\) est un isomorphisme, il en va de même pour les points de \(X\) qui ne sont pas dans \(Z\). Un autre argument de recollement de Zariski achève donc la démonstration.

Proposition

Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(S\) un schéma de caractéristique \(p\). Alors la catégorie fibrée en groupoïdes \[p : \mathcal{S} \longrightarrow (\Sch/S)_h\] dont la catégorie fibre au-dessus de \(U\) est la catégorie des \(\colim_F \mathcal{O}_U\)-modules localement libres de rang fini sur \(U\) est un champ en groupoïdes. De plus, si \(U\) est quasi-compact et quasi-séparé, alors \(\mathcal{S}_U\) est \(\colim_F \textit{Vect}(U)\).

Démonstration

La dernière assertion est le contenu du lemme 0EXB. Pour démontrer la proposition, nous vérifierons les conditions (1), (2) et (3) du lemme 0EX9.

La condition (1) est satisfaite parce que, par définition, nous avons le recollement pour la topologie de Zariski.

Pour voir la condition (2), supposons que \(f : X \to Y\) soit un morphisme plat, propre, surjectif et de présentation finie sur \(S\), avec \(Y\) affine. Puisque \(Y, X, X \times_Y X\) sont quasi-compacts et quasi-séparés, nous pouvons utiliser la description des catégories fibres donnée dans l’énoncé de la proposition. Il suffit alors clairement de montrer que \[\textit{Vect}(Y) \longrightarrow \textit{Vect}(X) \times_{\textit{Vect}(X \times_Y X)} \textit{Vect}(X)\] est une équivalence (car cela impliquera la même chose pour les colimites). Cela résulte immédiatement de la descente fppf des modules localement libres de rang fini, voir Descente, proposition 023T et lemme 05B2.

La condition (3) est le contenu des lemmes 0EXC et 0EXD.

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme propre à fibres géométriquement connexes, où \(S\) est le spectre d’un anneau de valuation discrète. Notons \(\eta \in S\) le point générique et notons \(X_n \subset X\) le sous-schéma fermé découpé par la \(n\)-ième puissance d’une uniformisante sur \(S\). Il existe alors un entier \(n\) tel que l’assertion suivante soit vraie : tout \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang fini \(\mathcal{E}\) tel que \(\mathcal{E}|_{X_\eta}\) et \(\mathcal{E}|_{X_n}\) soient libres, est libre.

Démonstration

Nous nous ramenons d’abord au cas où \(X \to S\) possède une section. Écrivons \(S = \Spec(A)\). Choisissons un point fermé \(\xi\) de \(X_\eta\). Choisissons une extension d’anneaux de valuation discrète \(A \subset B\) telle que le corps des fractions de \(B\) soit \(\kappa(\xi)\). Cela est possible par Krull–Akizuki (Algèbre, lemme 09IG) et par le fait que \(\kappa(\xi)\) est une extension finie du corps des fractions de \(A\). Par le critère valuatif de propreté (Morphismes, lemme 0BX5), nous obtenons un point à valeurs dans \(B\), \(\tau : \Spec(B) \to X\), qui induit une section \(\sigma : \Spec(B) \to X_B\). Pour un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang fini \(\mathcal{E}\), notons \(\mathcal{E}_B\) son tiré en arrière sur \(X_B\). Par changement de base plat (Cohomologie des schémas, lemme 02KH), nous voyons que \(H^0(X_B, \mathcal{E}_B) = H^0(X, \mathcal{E}) \otimes_A B\). Ainsi, si \(\mathcal{E}_B\) est libre de rang \(r\), alors les sections de \(H^0(X, \mathcal{E})\) engendrent le \(B\)-module libre \(\tau^*\mathcal{E} = \sigma^*\mathcal{E}_B\). En particulier, nous pouvons trouver \(r\) sections globales \(s_1, \ldots, s_r\) de \(\mathcal{E}\) qui engendrent \(\tau^*\mathcal{E}\). Alors \[s_1, \ldots, s_r : \mathcal{O}_X^{\oplus r} \longrightarrow \mathcal{E}\] est un homomorphisme de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang \(r\), et son tiré en arrière sur \(X_B\) est un homomorphisme de \(\mathcal{O}_{X_B}\)-modules libres dont la restriction est un isomorphisme en un point de chaque fibre. En prenant le déterminant, nous obtenons une fonction \(g \in \Gamma(X_\eta, \mathcal{O}_{X_B})\) qui est inversible en un point de chaque fibre. Comme les fibres sont propres et connexes, nous voyons que \(g\) doit être inversible (détails omis ; indication : utiliser Variétés, lemme 0BUG). Il suffit donc de démontrer le lemme pour le changement de base \(X_B \to \Spec(B)\).

Supposons que nous ayons une section \(\sigma : S \to X\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang fini que nous supposons libre sur la fibre générique et sur \(X_n\) (nous choisirons \(n\) plus tard). Choisissons un isomorphisme \(\sigma^*\mathcal{E} = \mathcal{O}_S^{\oplus r}\). Considérons l’homomorphisme \[K = R\Gamma(X, \mathcal{E}) \longrightarrow R\Gamma(S, \sigma^*\mathcal{E}) = A^{\oplus r}\] dans \(D(A)\). En raisonnant comme ci-dessus, nous voyons que \(\mathcal{E}\) est libre si (et seulement si) l’homomorphisme induit \(H^0(K) = H^0(X, \mathcal{E}) \to A^{\oplus r}\) est surjectif.

Posons \(L = R\Gamma(X, \mathcal{O}_X^{\oplus r})\) et observons que l’homomorphisme correspondant \(L \to A^{\oplus r}\) possède la propriété voulue. Observons que \(K \otimes_A Q(A) \cong L \otimes_A Q(A)\) par changement de base plat et par l’hypothèse que \(\mathcal{E}\) est libre sur la fibre générique. Soit \(\pi \in A\) une uniformisante. Observons que \[K \otimes_A^\mathbf{L} A/\pi^m A = R\Gamma(X, \mathcal{E} \xrightarrow{\pi^m} \mathcal{E})\] et de même pour \(L\). Notons \(\mathcal{E}_{tors} \subset \mathcal{E}\) le sous-faisceau cohérent des sections supportées par la fibre spéciale, et procédons de même pour les autres \(\mathcal{O}_X\)-modules. Choisissons \(k > 0\) tel que \((\mathcal{O}_X)_{tors} \to \mathcal{O}_X/\pi^k \mathcal{O}_X\) soit injectif (Cohomologie des schémas, lemme 01YA). Puisque \(\mathcal{E}\) est localement libre, nous voyons que \(\mathcal{E}_{tors} \subset \mathcal{E}/\pi^k\mathcal{E}\). Alors, pour \(n \geq m + k\), nous avons des isomorphismes \[\begin{align*} (\mathcal{E} \xrightarrow{\pi^m} \mathcal{E}) & \cong (\mathcal{E}/\pi^k\mathcal{E} \xrightarrow{\pi^m} \mathcal{E}/\pi^{k + m}\mathcal{E}) \\ & \cong (\mathcal{O}_X^{\oplus r}/\pi^k\mathcal{O}_X^{\oplus r} \xrightarrow{\pi^m} \mathcal{O}_X^{\oplus r}/\pi^{k + m}\mathcal{O}_X^{\oplus r}) \\ & \cong (\mathcal{O}_X^{\oplus r} \xrightarrow{\pi^m} \mathcal{O}_X^{\oplus r}) \end{align*}\] dans \(D(\mathcal{O}_X)\). Cela détermine un isomorphisme \[K \otimes_A^\mathbf{L} A/\pi^m A \cong L \otimes_A^\mathbf{L} A/\pi^m A\] dans \(D(A)\) (valable lorsque \(n \geq m + k\)). Observons que ces isomorphismes sont compatibles au passage à l’image inverse par \(\sigma\) ; en particulier, nous concluons que \(K \otimes_A^\mathbf{L} A/\pi^m A \to (A/\pi^m A)^{\oplus r}\) induit une surjection sur les modules de cohomologie en degré \(0\) (puisque c’est vrai pour \(L\)). Puisque \(A\) est un anneau de valuation discrète, nous avons \[K \cong \bigoplus H^i(K)[-i] \quad\text{et}\quad L \cong \bigoplus H^i(L)[-i]\] dans \(D(A)\). Voir Compléments sur l’algèbre, exemple 0EX0. Les groupes de cohomologie \(H^i(K) = H^i(X, \mathcal{E})\) et \(H^i(L) = H^i(X, \mathcal{O}_X)^{\oplus r}\) sont des \(A\)-modules de type fini d’après Cohomologie des schémas, lemme 02O6. Par Compléments sur l’algèbre, lemme 0ASP, ces modules sont des sommes directes de modules cycliques. Nous avons vu ci-dessus que le rang \(\beta_i\) de la partie libre de \(H^i(K)\) et de \(H^i(L)\) est le même. Observons ensuite que \[H^i(L \otimes_A^\mathbf{L} A/\pi^m A) = H^i(L)/\pi^m H^i(L) \oplus H^{i + 1}(L)[\pi^m]\] et de même pour \(K\). Soit \(e\) le plus grand entier tel que \(A/\pi^eA\) apparaisse comme facteur direct de \(H^i(X, \mathcal{O}_X)\), ou, de manière équivalente, de \(H^i(L)\), pour un certain \(i\). En prenant alors \(m = e + 1\), nous voyons que \(H^i(L \otimes_A^\mathbf{L} A/\pi^m A)\) est une somme directe de \(\beta_i\) copies de \(A/\pi^m A\) et d’autres modules cycliques, chacun annulé par \(\pi^e\). Par le même raisonnement pour \(K\) et l’isomorphisme \(K \otimes_A^\mathbf{L} A/\pi^m A \cong L \otimes_A^\mathbf{L} A/\pi^m A\), il s’ensuit que \(H^i(K)\) ne peut avoir aucun facteur direct cyclique de la forme \(A/\pi^l A\) avec \(l > e\). (Il s’ensuit également que \(K\) est isomorphe à \(L\) comme objet de \(D(A)\), mais nous n’en aurons pas besoin.) La seule manière dont l’homomorphisme \[H^0(K \otimes^\mathbf{L}_A A/\pi^{e + 1} A) = H^0(K)/\pi^{e + 1}H^0(K) \oplus H^1(K)[\pi^{e + 1}] \longrightarrow (A/\pi^{e + 1} A)^{\oplus r}\] puisse être surjectif est donc qu’il soit surjectif sur le premier facteur direct. C’est ce que nous voulions montrer. (Pour être précis, l’entier \(n\) de l’énoncé du lemme, s’il existe une section \(\sigma\), doit être égal à \(k + e + 1\), où \(k\) et \(e\) sont comme ci-dessus et ne dépendent que de \(X\).)

Lemme

Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang fini. Supposons que

  1. \(f\) est plat et propre et \(\mathcal{O}_S = f_*\mathcal{O}_X\),

  2. \(S\) est un schéma noethérien normal,

  3. le tiré en arrière de \(\mathcal{E}\) sur \(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, s})\) est libre pour tout point de codimension \(1\), noté \(s \in S\).

Alors \(\mathcal{E}\) est isomorphe au tiré en arrière d’un \(\mathcal{O}_S\)-module localement libre de rang fini.

Démonstration

Nous allons démontrer que le morphisme canonique \[\Phi : f^*f_*\mathcal{E} \longrightarrow \mathcal{E}\] est un isomorphisme. Par changement de base plat (Cohomologie des schémas, lemme 02KH) et, d’après les hypothèses (1) et (3), nous voyons que son tiré en arrière sur \(X \times_S \Spec(\mathcal{O}_{S, s})\) est un isomorphisme pour tout point de codimension \(1\), noté \(s \in S\). Par Diviseurs, lemme 0AVM, il suffit de démontrer que \(\text{profondeur}((f^*f_*\mathcal{E})_x) \geq 2\) pour tout point \(x \in X\) s’envoyant sur un point \(s \in S\) de codimension \(\geq 2\). Puisque \(f\) est plat et que \((f^*f_*\mathcal{E})_x = (f_*\mathcal{E})_s \otimes_{\mathcal{O}_{S, s}} \mathcal{O}_{X, x}\), il suffit de démontrer que \(\text{profondeur}((f_*\mathcal{E})_s) \geq 2\), voir Algèbre, lemme 0337. Puisque \(S\) est un schéma noethérien normal et que \(\dim(\mathcal{O}_{S, s}) \geq 2\), nous avons \(\text{profondeur}(\mathcal{O}_{S, s}) \geq 2\), voir Propriétés, lemme 0345. Nous obtenons donc le résultat voulu d’après Diviseurs, lemme 0EY0.

Nous pouvons utiliser les résultats ci-dessus pour démontrer l’énoncé miraculeux suivant.

Théorème

Soit \(p\) un nombre premier. Soit \(Y\) un schéma quasi-compact et quasi-séparé sur \(\mathbf{F}_p\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre, surjectif et de présentation finie à fibres géométriquement connexes. Alors le foncteur \[\colim_F \textit{Vect}(Y) \longrightarrow \colim_F \textit{Vect}(X)\] est pleinement fidèle et son image essentielle se décrit comme suit. Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang fini. Supposons que, pour tout \(y \in Y\), il existe des entiers \(n_y, r_y \geq 0\) tels que \[F^{n_y, *}\mathcal{E}|_{X_{y, red}} \cong \mathcal{O}_{X_{y, red}}^{\oplus r_y}\] Alors, pour un certain \(n \geq 0\), le tiré en arrière par la \(n\)-ième puissance de Frobenius \(F^{n, *}\mathcal{E}\) est le tiré en arrière d’un \(\mathcal{O}_Y\)-module localement libre de rang fini.

Démonstration

Démonstration de la pleine fidélité. Puisque les fibrés vectoriels sur \(Y\) sont localement triviaux, cela se ramène à l’assertion que \[\colim_F \Gamma(Y, \mathcal{O}_Y) \longrightarrow \colim_F \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\] est bijectif. Puisque \(\{X \to Y\}\) est un recouvrement h, cela résultera du lemme 0EVK si nous pouvons montrer que les deux homomorphismes \[\colim_F \Gamma(X, \mathcal{O}_X) \longrightarrow \colim_F \Gamma(X \times_Y X, \mathcal{O}_{X \times_Y X})\] sont égaux. Soit \(g \in \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\), et notons \(g_1\) et \(g_2\) les deux tirés en arrière de \(g\) à \(X \times_Y X\). Puisque \(X_{y, red}\) est géométriquement connexe, nous voyons que \(H^0(X_{y, red}, \mathcal{O}_{X_{y, red}})\) est une extension purement inséparable de \(\kappa(y)\), voir Variétés, lemme 0BUG. Ainsi, \(g^q|_{X_{y, red}}\) provient d’un élément de \(\kappa(y)\) pour une certaine puissance de \(p\), \(q\) (qui peut dépendre de \(y\)). Il s’ensuit que \(g_1^q\) et \(g_2^q\) s’envoient sur le même élément du corps résiduel en tout point de \((X \times_Y X)_y = X_y \times_y X_y\). Par conséquent, la restriction de \(g_1 - g_2\) à \((X \times_Y X)_{red}\) est nulle. Ainsi, \((g_1 - g_2)^n = 0\) pour un certain \(n\) que nous pouvons choisir égal à une puissance de \(p\), comme souhaité.

Description de l’image essentielle. Soit \(\mathcal{E}\) comme dans l’énoncé de la proposition. Nous nous ramenons d’abord au cas noethérien.

Soit \(y \in Y\) un point, considéré comme un morphisme \(y \to Y\) du spectre du corps résiduel vers \(Y\). Nous pouvons écrire \(y \to Y\) comme une limite filtrante de morphismes \(Y_i \to Y\) de présentation finie avec \(Y_i\) affine. (Il est préférable de le démontrer soi-même, mais cela résulte aussi formellement de Limites, lemme 09MV et 01Z6.) Pour chaque \(i\), posons \(Z_i = Y_i \times_Y X\). Alors \(X_y = \lim Z_i\) et \(X_{y, red} = \lim Z_{i, red}\). Par Limites, lemme 01ZR, nous pouvons trouver un \(i\) tel que \(F^{n_y, *}\mathcal{E}|_{Z_{i, red}} \cong \mathcal{O}_{Z_{i, red}}^{\oplus r_y}\). Fixons \(i\). Nous avons \(Z_{i, red} = \lim Z_{i, j}\), où \(Z_{i, j} \to Z_i\) est un épaississement de présentation finie (Limites, lemme 09ZP). En utilisant le même lemme que précédemment, nous pouvons trouver un \(j\) tel que \(F^{n_y, *}\mathcal{E}|_{Z_{i, j}} \cong \mathcal{O}_{Z_{i, j}}^{\oplus r_y}\). Nous concluons que, pour tout \(y \in Y\), il existe un morphisme \(Y_y \to Y\) de présentation finie dont l’image contient \(y\) et un épaississement \(Z_y \to Y_y \times_Y X\) tel que \(F^{n_y, *}\mathcal{E}|_{Z_y} \cong \mathcal{O}_{Z_y}^{\oplus r_y}\). Observons que l’image de \(Y_y \to Y\) est constructible (Morphismes, lemme 054J). Puisque \(Y\) est quasi-compact pour la topologie constructible (Topologie, lemme 0901 et Propriétés, lemme 094L), nous concluons qu’il existe un nombre fini de morphismes \[Y_1 \to Y,\ Y_2 \to Y,\ \ldots,\ Y_N \to Y\] de présentation finie tels que \(Y = \bigcup \Im(Y_a \to Y)\) ensemblistement et tels que, pour chaque \(a \in \{1, \ldots, N\}\), il existe des entiers \(n_a, r_a \geq 0\) et un épaississement \(Z_a \subset Y_a \times_Y X\) de présentation finie tel que \(F^{n_a, *}\mathcal{E}|_{Z_a} \cong \mathcal{O}_{Z_a}^{\oplus r_a}\).

Sous cette forme, la condition se descend à une approximation noethérienne absolue. Nous conseillons vivement au lecteur de sauter ce paragraphe. Écrivons d’abord \(Y = \lim_{i \in I} Y_i\) comme une limite cofiltrante de schémas de type fini sur \(\mathbf{F}_p\) à morphismes de transition affines (Limites, lemme 09MV). Ensuite, nous pouvons supposer que nous avons des morphismes propres \(f_i : X_i \to Y_i\) dont le changement de base à \(Y\) redonne \(f : X \to Y\), voir Limites, lemme 01ZM. Après avoir augmenté \(i\), nous pouvons supposer qu’il existe un \(\mathcal{O}_{X_i}\)-module localement libre de rang fini \(\mathcal{E}_i\) dont le tiré en arrière sur \(X\) est isomorphe à \(\mathcal{E}\), voir Limites, lemme 0B8W. Choisissons \(0 \in I\) et notons \(E \subset Y_0\) le sous-ensemble constructible où les fibres géométriques de \(f_0\) sont connexes, voir Compléments sur les morphismes, lemme 055I. Alors \(Y \to Y_0\) s’envoie dans \(E\), voir Compléments sur les morphismes, lemme 055E. Ainsi, \(Y_i \to Y_0\) s’envoie dans \(E\) pour \(i \gg 0\), voir Limites, lemme 05F4. Nous voyons donc que les fibres de \(f_i\) sont géométriquement connexes pour \(i \gg 0\). Par Limites, lemme 01ZM, pour \(i\) assez grand, nous pouvons trouver des morphismes \(Y_{i, a} \to Y_i\) de type fini dont le changement de base à \(Y\) redonne \(Y_a \to Y\), \(a \in \{1, \ldots, N\}\). Après avoir éventuellement augmenté \(i\), nous pouvons trouver des épaississements \(Z_{i, a} \subset Y_{i, a} \times_{Y_i} X_i\) dont le changement de base à \(Y_a \times_Y X\) redonne \(Z_a\) (même référence que précédemment, combinée avec Limites, lemmes 01ZP et 07RR). Puisque \(Z_a = \lim Z_{i, a}\), nous constatons qu’après avoir augmenté \(i\), nous pouvons supposer \(F^{n_a, *}\mathcal{E}_i|_{Z_{i, a}} \cong \mathcal{O}_{Z_{i, a}}^{\oplus r_a}\), voir Limites, lemme 01ZR. Enfin, après avoir augmenté \(i\) une dernière fois, nous pouvons supposer que \(\coprod Y_{i, a} \to Y_i\) est surjectif d’après Limites, lemme 07RR. À ce stade, toutes les hypothèses sont satisfaites pour \(X_i \to Y_i\) et \(\mathcal{E}_i\), et nous voyons qu’il suffit de démontrer le résultat pour \(X_i \to Y_i\) et \(\mathcal{E}_i\).

Supposons \(Y\) de type fini sur \(\mathbf{F}_p\). Pour démontrer le résultat, nous allons raisonner par récurrence sur \(\dim(Y)\). Nous cherchons un objet de \(\colim_F \textit{Vect}(Y)\) dont le tiré en arrière soit l’objet de \(\colim_F \textit{Vect}(X)\) déterminé par \(\mathcal{E}\). Par la pleine fidélité déjà démontrée et en vertu de la proposition 0EXE, il suffit de construire une descente de \(\mathcal{E}\) après avoir remplacé \(Y\) par les membres d’un recouvrement h et \(X\) par le changement de base correspondant. Cela signifie que nous pouvons remplacer \(Y\) par un schéma muni d’un morphisme propre et surjectif vers \(Y\), pourvu que cela n’augmente pas la dimension de \(Y\). Si \(T \subset T'\) est un épaississement de schémas de type fini sur \(\mathbf{F}_p\), alors \(\colim_F \textit{Vect}(T) = \colim_F \textit{Vect}(T')\) car \(\{T \to T'\}\) est un recouvrement h tel que \(T \times_{T'} T = T\). Si \(T' \to T\) est un homéomorphisme universel de schémas de type fini sur \(\mathbf{F}_p\), alors \(\colim_F \textit{Vect}(T) = \colim_F \textit{Vect}(T')\) car \(\{T \to T'\}\) est un recouvrement h tel que la diagonale \(T \subset T \times_{T'} T\) est un épaississement.

D’après les remarques générales faites ci-dessus, nous remplaçons \(X\) par sa réduction et pouvons supposer que \(X\) est réduit. Considérons la factorisation de Stein \(X \to Y' \to Y\), voir Compléments sur les morphismes, théorème 03H0. Alors \(Y' \to Y\) est un homéomorphisme universel de schémas de type fini sur \(\mathbf{F}_p\). D’après ce qui précède, nous pouvons remplacer \(Y\) par \(Y'\). Nous pouvons donc supposer \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_Y\) et que \(Y\) est réduit. Cela nous ramène au cas traité dans le paragraphe suivant.

Supposons \(Y\) réduit et \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_Y\) sur un sous-schéma ouvert dense de \(Y\). Alors \(X \to Y\) est plat sur un sous-schéma ouvert dense \(V \subset Y\), voir Morphismes, proposition 052B. Par le lemme 081R, il existe un éclatement \(V\)-admissible \(Y' \to Y\) tel que le transformé strict \(X'\) de \(X\) soit plat sur \(Y'\). Observons que \(\dim(Y') = \dim(Y)\), puisque \(Y\) et \(Y'\) possèdent un sous-schéma ouvert dense commun. Par Compléments sur les morphismes, lemme 0BUI et le fait que \(V \subset Y'\) est dense, toutes les fibres de \(f' : X' \to Y'\) sont géométriquement connexes. Nous avons encore \((f'_*\mathcal{O}_{X'})|_V = \mathcal{O}_V\). Écrivons \[Y' \times_Y X = X' \cup E \times_Y X\] où \(E \subset Y'\) est le diviseur exceptionnel de l’éclatement. Par les remarques générales ci-dessus, il suffit de démontrer l’existence pour \(Y' \times_Y X \to Y'\) et la restriction de \(\mathcal{E}\) à \(Y' \times_Y X\). Supposons que nous trouvions un objet \(\xi'\) dans \(\colim_F \textit{Vect}(Y')\) dont le tiré en arrière soit la restriction de \(\mathcal{E}\) à \(X'\) (considérée comme un objet de la catégorie colimite). Par récurrence sur \(\dim(Y)\), nous pouvons trouver un objet \(\xi''\) dans \(\colim_F \textit{Vect}(E)\) dont le tiré en arrière soit la restriction de \(\mathcal{E}\) à \(E \times_Y X\). Alors la pleine fidélité détermine un unique isomorphisme \(\xi'|_E \to \xi''\) compatible avec les identifications données avec la restriction de \(\mathcal{E}\) à \(E \times_{Y'} X'\). Puisque \[\{E \times_Y X \to Y' \times_Y X, X' \to Y' \times_Y X\}\] est un recouvrement h donné par une paire d’immersions fermées avec \[(E \times_Y X) \times_{(Y' \times_Y X)} X' = E \times_{Y'} X'\] nous concluons que le tiré en arrière de \(\xi'\) est la restriction de \(\mathcal{E}\) à \(Y' \times_Y X\). Il suffit donc de trouver \(\xi'\), et nous nous ramenons au cas traité dans le paragraphe suivant.

Supposons \(Y\) réduit, \(f\) plat et \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_Y\) sur un sous-schéma ouvert dense de \(Y\). Dans ce cas, nous considérons la normalisation \(Y^\nu \to Y\) (Morphismes, section 035E). C’est un morphisme fini surjectif (Morphismes, lemme 035S et 035B) qui est un isomorphisme sur un ouvert dense. Par conséquent, d’après nos remarques générales, nous pouvons remplacer \(Y\) par \(Y^\nu\) et \(X\) par \(Y^\nu \times_Y X\). Après ce remplacement, nous voyons que \(\mathcal{O}_Y = f_*\mathcal{O}_X\) (car la factorisation de Stein doit être un isomorphisme dans ce cas ; petit détail omis).

Supposons que \(Y\) soit noethérien normal, que \(f\) soit plat et que \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_Y\). Après avoir remplacé \(\mathcal{E}\) par un tiré en arrière par une puissance convenable de Frobenius, nous pouvons supposer que \(\mathcal{E}\) est trivial sur les fibres schématiques de \(f\) aux points génériques des composantes irréductibles de \(Y\) (car \(\colim_F \textit{Vect}(-)\) est invariant par les homéomorphismes universels, voir ci-dessus). Comme dans les arguments précédents (lors de la réduction au cas noethérien), nous concluons qu’il existe un sous-schéma ouvert dense \(V \subset Y\) tel que \(\mathcal{E}|_{f^{-1}(V)}\) soit libre. Soit \(Z \subset Y\) un sous-schéma fermé tel que \(Y = V \amalg Z\) ensemblistement. Soient \(z_1, \ldots, z_t \in Z\) les points génériques des composantes irréductibles de \(Z\) de codimension \(1\). Alors \(A_i = \mathcal{O}_{Y, z_i}\) est un anneau de valuation discrète. Soit \(n_i\) l’entier obtenu dans le lemme 0EXF pour le schéma \(X_{A_i}\) sur \(A_i\). Après avoir remplacé \(\mathcal{E}\) par un tiré en arrière par une puissance convenable de Frobenius, nous pouvons supposer que \(\mathcal{E}\) est libre sur \(X_{A_i/\mathfrak m_i^{n_i}}\) (là encore parce que la catégorie colimite est invariante par homéomorphismes universels, voir ci-dessus). Alors le lemme 0EXF nous dit que \(\mathcal{E}\) est libre sur \(X_{A_i}\). Nous concluons enfin en appliquant le lemme 0EXG.

Éclatement de complexes

Cette section établit des formes normales pour les objets parfaits de la catégorie dérivée après éclatement.

Lemme

Soit \(X\) un schéma. Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) pseudo-cohérent. Pour tous \(p, k \in \mathbf{Z}\), il existe un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini \(\text{Fit}_{p, k}(E) \subset \mathcal{O}_X\) ayant la propriété suivante : pour tout ouvert \(U \subset X\) tel que \(E|_U\) soit isomorphe à \[\ldots \to \mathcal{O}_U^{\oplus n_{b - 2}} \xrightarrow{d_{b - 2}} \mathcal{O}_U^{\oplus n_{b - 1}} \xrightarrow{d_{b - 1}} \mathcal{O}_U^{\oplus n_b} \to 0 \to \ldots\] la restriction \(\text{Fit}_{p, k}(E)|_U\) est engendrée par les mineurs de la matrice de \(d_p\) de taille \[- k + n_{p + 1} - n_{p + 2} + \ldots + (-1)^{b - p + 1} n_b\] Convention : l’idéal engendré par les mineurs \(r \times r\) est \(\mathcal{O}_U\) si \(r \leq 0\), et l’idéal engendré par les mineurs \(r \times r\), lorsque \(r > \min(n_p, n_{p + 1})\), est nul.

Démonstration

Observons que \(E\) a, localement sur \(X\), la forme indiquée dans le lemme ; voir la section 064N de Compléments d’algèbre, la section 08CA de Cohomologie et la section 08E4 de Catégories dérivées de schémas. Il suffit donc de démontrer que l’idéal des mineurs est indépendant du représentant choisi. Pour cela, il suffit de raisonner sur les anneaux locaux. Sur un anneau local \((R, \mathfrak m, \kappa)\), considérons un complexe borné supérieurement \[F^\bullet : \ldots \to R^{\oplus n_{b - 2}} \xrightarrow{d_{b - 2}} R^{\oplus n_{b - 1}} \xrightarrow{d_{b - 1}} R^{\oplus n_b} \to 0 \to \ldots\] Notons \(\text{Fit}_{k, p}(F^\bullet) \subset R\) l’idéal engendré par les mineurs d’ordre \(k - n_{p + 1} + n_{p + 2} - \ldots + (-1)^{b - p} n_b\) de la matrice de \(d_p\). Supposons qu’un coefficient matriciel d’une différentielle de \(F^\bullet\) soit inversible. Choisissons alors le plus grand entier \(i\) tel que \(d_i\) ait un coefficient matriciel inversible. D’après le lemme 00MT d’Algèbre, le complexe \(F^\bullet\) est isomorphe à la somme directe d’un complexe trivial \(\ldots \to 0 \to R \to R \to 0 \to \ldots\), dont les termes non nuls sont en degrés \(i\) et \(i + 1\), et d’un complexe \((F')^\bullet\). Nous laissons au lecteur le soin de vérifier que \(\text{Fit}_{p, k}(F^\bullet) = \text{Fit}_{p, k}((F')^\bullet)\) ; c’est ici qu’intervient la formule donnant la taille des mineurs. Si \((F')^\bullet\) possède une autre différentielle ayant un coefficient matriciel inversible, nous recommençons, et ainsi de suite. En poursuivant de cette manière, nous obtenons finalement un complexe \((F^\infty)^\bullet\) dont toutes les différentielles ont des matrices à coefficients dans \(\mathfrak m\). Il peut être nécessaire d’effectuer une infinité d’étapes, mais, pour toute borne inférieure fixée, seul un nombre fini de ces étapes modifie le complexe dans les degrés \(\geq\) cette borne. Ainsi, la « limite » \((F^\infty)^\bullet\) est un complexe borné supérieurement bien défini de modules libres de rang fini ; elle est munie d’un quasi-isomorphisme \((F^\infty)^\bullet \to F^\bullet\) vers le complexe de départ, et \(\text{Fit}_{p, k}(F^\bullet) = \text{Fit}_{p, k}((F^\infty)^\bullet)\). Puisque le complexe \((F^\infty)^\bullet\) est unique à isomorphisme près d’après le lemme 0BCC de Compléments d’algèbre, la démonstration est achevée.

Lemme

Soit \(X\) un schéma. Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) parfait. Soit \(U \subset X\) un sous-schéma ouvert schématiquement dense tel que \(H^i(E|_U)\) soit localement libre de rang constant \(r_i\) pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(b : X' \to X\) tel que \(H^i(Lb^*E)\) soit un \(\mathcal{O}_{X'}\)-module parfait de dimension de Tor \(\leq 1\) pour tout \(i \in \mathbf{Z}\).

Démonstration

Nous allons construire et étudier l’éclatement localement sur des ouverts affines. Supposons donc que \(V \subset X\) soit un sous-schéma ouvert affine tel que \(E|_V\) puisse être représenté par le complexe \[\mathcal{O}_V^{\oplus n_a} \xrightarrow{d_a} \ldots \xrightarrow{d_{b - 1}} \mathcal{O}_V^{\oplus n_b}\] Posons \(k_ i = r_{i + 1} - r_{i + 2} + \ldots + (-1)^{b - i + 1}r_b\). Un calcul, que nous omettons, montre que, sur \(U \cap V\), le rang de \(d_i\) est \[\rho_i = - k_i + n_{i + 1} - n_{i + 2} + \ldots + (-1)^{b - i + 1}n_b\] au sens où le conoyau de \(d_i\) est localement libre de rang \(n_{i + 1} - \rho_i\). Soit \(\mathcal{I}_i \subset \mathcal{O}_V\) l’idéal engendré par les mineurs \(\rho_i \times \rho_i\) de la matrice de \(d_i\).

D’une part, en comparant avec le lemme 0ESP, nous voyons que l’idéal \(\mathcal{I}_i\) correspond à l’idéal global \(\text{Fit}_{i, k_i}(E)\), dont on a démontré qu’il était indépendant du choix du complexe représentant \(E|_V\). D’autre part, \(\mathcal{I}_i\) est le \((n_{i + 1} - \rho_i)\)-ième idéal de Fitting de \(\Coker(d_i)\). Gardons ce fait à l’esprit.

Soit \(b : X' \to X\) l’éclatement le long du produit des idéaux \(\text{Fit}_{i, k_i}(E)\) ; cette définition a un sens puisque, localement sur \(X\), presque tous ces idéaux sont égaux à l’idéal unité (voir ci-dessus). Cet éclatement domine les éclatements \(b_i : X'_i \to X\) le long des idéaux \(\text{Fit}_{i, k_i}(E)\) ; voir le lemme 080A de Diviseurs. D’après le lemme 0ESN de Diviseurs, chaque \(b_i\) est un éclatement \(U\)-admissible. Il s’ensuit que \(b\) est un éclatement \(U\)-admissible (nous omettons un petit détail ; comparer avec la démonstration du lemme 080N de Diviseurs). Enfin, \(U\) demeure un sous-schéma ouvert schématiquement dense de \(X'\). Après avoir remplacé \(X\) par \(X'\), nous nous trouvons donc dans la situation étudiée au paragraphe suivant.

Supposons que \(\text{Fit}_{i, k_i}(E)\) soit un idéal inversible pour tout \(i\). Choisissons un ouvert affine \(V\) et un complexe de modules libres de rang fini représentant \(E|_V\) comme ci-dessus. Il résulte du lemme 0ESN de Diviseurs, que \(\Coker(d_i)\) est de dimension de Tor \(\leq 1\). Ainsi, \(\Im(d_i)\) est localement libre de rang fini, en tant que noyau d’une application d’un module localement libre de rang fini vers un module de présentation finie et de dimension de Tor \(\leq 1\). Par conséquent, \(\Ker(d_i)\) est lui aussi localement libre de rang fini (par le même argument). La suite exacte courte \[0 \to \Im(d_{i - 1}) \to \Ker(d_i) \to H^i(E)|_V \to 0\] donne alors le résultat voulu, ce qui achève la démonstration.

Lemme

Soit \(X\) un schéma intègre. Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) parfait. Alors il existe un ouvert non vide \(U \subset X\) tel que \(H^i(E|_U)\) soit localement libre de rang constant \(r_i\) pour tout \(i \in \mathbf{Z}\), ainsi qu’un éclatement \(U\)-admissible \(b : X' \to X\) tel que \(H^i(Lb^*E)\) soit un \(\mathcal{O}_{X'}\)-module parfait de dimension de Tor \(\leq 1\) pour tout \(i \in \mathbf{Z}\).

Démonstration

Nous invitons vivement le lecteur à trouver sa propre démonstration de l’existence de \(U\). Soit \(\eta \in X\) le point générique. La restriction de \(E\) à \(\eta\) est isomorphe dans \(D(\kappa(\eta))\) à un complexe fini \(V^\bullet\) d’espaces vectoriels de dimension finie dont les différentielles sont nulles. Posons \(r_i = \dim_{\kappa(\eta)} V^i\). Alors l’objet parfait \(E'\) de \(D(\mathcal{O}_X)\) représenté par le complexe dont les termes sont \(\mathcal{O}_X^{\oplus r_i}\) et les différentielles nulles devient isomorphe à \(E\) après restriction à \(\eta\). Par conséquent, d’après le lemme 0DI8 de Catégories dérivées de schémas, il existe un voisinage ouvert \(U\) de \(\eta\) tel que \(E|_U\) et \(E'|_U\) soient isomorphes. Cela démontre la première assertion. La seconde résulte de la première et du lemme 0ESQ, puisque tout ouvert non vide est schématiquement dense dans le schéma intègre \(X\).

Remarque

Soit \(X\) un schéma. Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) un objet parfait tel que \(H^i(E)\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module parfait de dimension de Tor \(\leq 1\) pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). Cette propriété permet parfois de ramener des questions sur \(E\) à des questions sur \(H^i(E)\). Par exemple, supposons que \[\mathcal{E}^a \xrightarrow{d^a} \ldots \xrightarrow{d^{b - 2}} \mathcal{E}^{b - 1} \xrightarrow{d^{b - 1}} \mathcal{E}^b\] soit un complexe borné de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang fini représentant \(E\). Alors \(\Im(d^i)\) et \(\Ker(d^i)\) sont des \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang fini pour tout \(i\). En effet, supposons par récurrence que cela soit vrai pour tous les indices strictement supérieurs à \(i\). Nous pouvons alors commencer par utiliser la suite exacte courte \[0 \to \Im(d^i) \to \Ker(d^{i + 1}) \to H^{i + 1}(E) \to 0\] et l’hypothèse selon laquelle \(H^{i + 1}(E)\) est parfait de dimension de Tor \(\leq 1\) pour conclure que \(\Im(d^i)\) est localement libre de rang fini. Le même argument, appliqué ensuite à la suite exacte courte \[0 \to \Ker(d^i) \to \mathcal{E}^i \to \Im(d^i) \to 0\] montre que \(\Ker(d^i)\) est localement libre de rang fini. Il en résulte que les triangles distingués \[\tau_{\leq k - 1}E \to \tau_{\leq k}E \to H^k(E)[-k] \to (\tau_{\leq k - 1}E)[1]\] sont représentés par les suites exactes courtes suivantes de complexes bornés de modules localement libres de rang fini \[\begin{matrix} & & & & & & 0 \\ & & & & & & \downarrow \\ \mathcal{E}^a & \to & \ldots & \to & \mathcal{E}^{k - 2} & \to & \Ker(d^{k - 1}) \\ \downarrow & & & & \downarrow & & \downarrow \\ \mathcal{E}^a & \to & \ldots & \to & \mathcal{E}^{k - 2} & \to & \mathcal{E}^{k - 1} & \to & \Ker(d^k) \\ & & & & & & \downarrow & & \downarrow \\ & & & & & & \Im(d^{k - 1}) & \to & \Ker(d^k) \\ & & & & & & \downarrow \\ & & & & & & 0 \end{matrix}\] Ici, les complexes sont les lignes, et les zéros « évidents » sont omis dans le diagramme.

Éclatement de modules parfaits

Cette section tente d’établir des formes normales pour les modules parfaits de dimension de Tor \(\leq 1\) après éclatement. Nous n’y parvenons que partiellement.

Lemme

Soit \(X\) un schéma. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module parfait de dimension de Tor \(\leq 1\). Pour tout éclatement \(b : X' \to X\), on a \(Lb^*\mathcal{F} = b^*\mathcal{F}\), et \(b^*\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module parfait de dimension de Tor \(\leq 1\).

Démonstration

Nous pouvons supposer que \(X = \Spec(A)\) est affine et que le \(A\)-module \(M\) correspondant à \(\mathcal{F}\) admet une présentation \[0 \to A^{\oplus m} \to A^{\oplus n} \to M \to 0\] Supposons que \(I \subset A\) soit un idéal et que \(a \in I\). Rappelons que l’algèbre affine d’éclatement \(A[\frac{I}{a}]\) est un sous-anneau de \(A_a\). Comme la localisation est exacte, \(A_a^{\oplus m} \to A_a^{\oplus n}\) est injective. Par suite, \(A[\frac{I}{a}]^{\oplus m} \to A[\frac{I}{a}]^{\oplus n}\) est elle aussi injective. Cela démontre le lemme.

Lemme

Soit \(X\) un schéma. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module parfait de dimension de Tor \(\leq 1\). Soit \(U \subset X\) un ouvert schématiquement dense tel que \(\mathcal{F}|_U\) soit localement libre de rang constant \(r\). Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(b : X' \to X\) tel qu’il existe une suite exacte courte canonique \[0 \to \mathcal{K} \to b^*\mathcal{F} \to \mathcal{Q} \to 0\] où \(\mathcal{Q}\) est localement libre de rang \(r\) et \(\mathcal{K}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module parfait de dimension de Tor \(\leq 1\) dont la restriction à \(U\) est nulle.

Démonstration

Combiner le lemme 0ESN de Diviseurs et le lemme 0ESS.

Lemme

Soit \(X\) un schéma. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module parfait de dimension de Tor \(\leq 1\). Soit \(U \subset X\) un ouvert tel que \(\mathcal{F}|_U = 0\). Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \[b : X' \to X\] tel que \(\mathcal{F}' = b^*\mathcal{F}\) soit muni de deux filtrations canoniques localement finies \[0 = F^0 \subset F^1 \subset F^2 \subset \ldots \subset \mathcal{F}' \quad\text{et}\quad \mathcal{F}' = F_1 \supset F_2 \supset F_3 \supset \ldots \supset 0\] telles que, pour tout \(n \geq 1\), il existe un diviseur de Cartier effectif \(D_n \subset X'\) tel que \[F^i/F^{i - 1} \quad\text{et}\quad F_i/F_{i + 1}\] sont localement libres de rang \(i\) sur \(D_i\).

Démonstration

Choisissons un ouvert affine \(V \subset X\) tel qu’il existe une présentation \[0 \to \mathcal{O}_V^{\oplus n} \xrightarrow{A} \mathcal{O}_V^{\oplus n} \to \mathcal{F} \to 0\] pour un certain \(n\) et une certaine matrice \(A\). L’idéal le long duquel nous allons éclater est le produit des idéaux de Fitting \(\text{Fit}_k(\mathcal{F})\) pour \(k \geq 0\). Cette définition a un sens puisque, dans la situation affine ci-dessus, \(\text{Fit}_k(\mathcal{F})|_V = \mathcal{O}_V\) pour \(k > n\). Il est clair qu’il s’agit d’un éclatement \(U\)-admissible. D’après le lemme 080A de Diviseurs, nous voyons que, sur \(X'\), les idéaux \(\text{Fit}_k(\mathcal{F})\) sont inversibles. Nous sommes donc ramenés au cas étudié au paragraphe suivant.

Supposons que \(\text{Fit}_k(\mathcal{F})\) soit un idéal inversible pour \(k \geq 0\). Si \(E_k \subset X\) est le diviseur de Cartier effectif défini par \(\text{Fit}_k(\mathcal{F})\) pour \(k \geq 0\), alors les diviseurs de Cartier effectifs \(D_k\) de l’énoncé du lemme vérifieront \[E_k = D_{k + 1} + 2 D_{k + 2} + 3 D_{k + 3} + \ldots\] Cette somme a un sens puisque la famille \(D_k\) sera localement finie. De plus, elle détermine de manière unique les diviseurs de Cartier effectifs \(D_k\) ; il suffit donc de construire \(D_k\) localement.

Choisissons un ouvert affine \(V \subset X\) et une présentation de \(\mathcal{F}|_V\) comme ci-dessus. Nous allons construire les diviseurs et les filtrations par récurrence sur l’entier \(n\) de la présentation. Posons \(D_k|_V = \emptyset\) pour \(k > n\) et \(D_n|V = E_{n - 1}|_V\). Après avoir restreint \(V\), nous pouvons supposer que \(\text{Fit}_{n - 1}(\mathcal{F})|_V\) est engendré par un seul non-diviseur de zéro \(f \in \Gamma(V, \mathcal{O}_V)\). Comme \(\text{Fit}_{n - 1}(\mathcal{F})|_V\) est l’idéal engendré par les coefficients de \(A\), il existe une matrice \(A'\) à coefficients dans \(\Gamma(V, \mathcal{O}_V)\) telle que \(A = fA'\). Définissons \(\mathcal{F}'\) sur \(V\) par la suite exacte courte \[0 \to \mathcal{O}_V^{\oplus n} \xrightarrow{A'} \mathcal{O}_V^{\oplus n} \to \mathcal{F}' \to 0\] Puisque les coefficients de \(A'\) engendrent l’idéal unité de \(\Gamma(V, \mathcal{O}_V)\), le module \(\mathcal{F}'\) admet localement sur \(V\) une présentation où \(n\) est diminué de \(1\) ; voir le lemme 00MT d’Algèbre. Notons en outre que \(f^{n - k}\text{Fit}_k(\mathcal{F}') = \text{Fit}_k(\mathcal{F})|_V\) pour \(k = 0, \ldots, n\). Ainsi, \(\text{Fit}_k(\mathcal{F}')\) est un idéal inversible pour tout \(k\). Par récurrence, il existe donc des diviseurs de Cartier effectifs \(D'_k \subset V\) tels que \(\mathcal{F}'\) admette deux filtrations canoniques comme dans l’énoncé du lemme. Posons alors \(D_k|_V = D'_k\) pour \(k = 1, \ldots, n - 1\). Les égalités entre diviseurs de Cartier effectifs affichées ci-dessus sont vérifiées avec ces choix. Il reste à construire les filtrations. En effet, nous disposons des suites exactes courtes \[0 \to \mathcal{O}_{D_n \cap V}^{\oplus n} \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}' \to 0 \quad\text{et}\quad 0 \to \mathcal{F}' \to \mathcal{F} \to \mathcal{O}_{D_n \cap V}^{\oplus n} \to 0\] qui proviennent des deux factorisations \(A = A'f = f A'\) de \(A\). Ces suites sont canoniques parce que, dans la première, le sous-module est \(\Ker(f : \mathcal{F} \to \mathcal{F})\) et, dans la seconde, le module quotient est \(\Coker(f : \mathcal{F} \to \mathcal{F})\).

Lemme

Soit \(X\) un schéma. Soit \(\varphi : \mathcal{F} \to \mathcal{G}\) un homomorphisme de \(\mathcal{O}_X\)-modules parfaits de dimension de Tor \(\leq 1\). Soit \(U \subset X\) un ouvert schématiquement dense tel que \(\mathcal{F}|_U = 0\) et \(\mathcal{G}|_U = 0\). Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(b : X' \to X\) tel que le noyau, l’image et le conoyau de \(b^*\varphi\) soient des \(\mathcal{O}_{X'}\)-modules parfaits de dimension de Tor \(\leq 1\).

Démonstration

Les hypothèses montrent que l’objet \((\mathcal{F} \to \mathcal{G})\) de \(D(\mathcal{O}_X)\) est parfait. Nous obtenons donc un éclatement \(U\)-admissible qui convient au conoyau et au noyau grâce aux lemmes 0ESQ et 0ESS (le second permettant de déterminer la forme du complexe après image inverse). L’image est le noyau du conoyau ; elle est donc elle aussi parfaite de dimension de Tor \(\leq 1\).

Un opérateur introduit par Berthelot et Ogus

Lire d’abord la section 0GT2 de Cohomologie.

Soit \(X\) un schéma. Soit \(D \subset X\) un diviseur de Cartier effectif. Soit \(\mathcal{I} = \mathcal{I}_D \subset \mathcal{O}_X\) le faisceau d’idéaux de \(D\) ; voir la section 0C4S de Diviseurs. On peut manifestement appliquer les considérations de la section 0GT2 de Cohomologie à \(X\) et \(\mathcal{I}\).

Lemme

Soit \(X\) un schéma. Soit \(D \subset X\) un diviseur de Cartier effectif de faisceau d’idéaux \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\). Soit \(\mathcal{F}^\bullet\) un complexe de \(\mathcal{O}_X\)-modules quasi-cohérents tel que \(\mathcal{F}^i\) soit sans \(\mathcal{I}\)-torsion pour tout \(i\). Alors \(\eta_\mathcal{I}\mathcal{F}^\bullet\) est un complexe de \(\mathcal{O}_X\)-modules quasi-cohérents. De plus, si \(U = \Spec(A) \subset X\) est un ouvert affine et \(D \cap U = V(f)\), alors \(\eta_f(\mathcal{F}^\bullet(U))\) est canoniquement isomorphe à \((\eta_\mathcal{I}\mathcal{F}^\bullet)(U)\).

Démonstration

Omis.

Lemme

Soit \(X\) un schéma. Soit \(D \subset X\) un diviseur de Cartier effectif de faisceau d’idéaux \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\). Le foncteur \(L\eta_\mathcal{I} : D(\mathcal{O}_X) \to D(\mathcal{O}_X)\) du lemme 0F8Q de Cohomologie envoie \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\) dans lui-même. De plus, si \(X = \Spec(A)\) est affine et \(D = V(f)\), alors le foncteur \(L\eta_f\) sur \(D(A)\) défini dans le lemme 0F7R de Compléments d’algèbre et le foncteur \(L\eta_\mathcal{I}\) sur \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\) se correspondent par l’équivalence du lemme 06Z0 de Catégories dérivées de schémas.

Démonstration

Omis.

Éclatement de complexes, II

Le contenu de cette section sera utilisé pour construire une version de la construction du graphe de Macpherson dans la section 0F8Z.

Situation

Ici \(X\) est un schéma, \(D \subset X\) est un diviseur de Cartier effectif de faisceau d’idéaux \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\), et \(M\) est un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_X)\).

Soit \((X, D, M)\) un triplet comme dans la situation 0F8S. Considérons un ouvert affine \(U = \Spec(A) \subset X\) tel que

  1. \(D \cap U = V(f)\) pour un non-diviseur de zéro \(f \in A\), et

  2. il existe un complexe borné \(M^\bullet\) de \(A\)-modules libres de rang fini représentant \(M|_U\) (par l’équivalence de Catégories dérivées des schémas, lemme 06Z0).

Nous dirons que \((U, A, f, M^\bullet)\) est une carte affine pour \((X, D, M)\). Considérons les idéaux \(I_i(M^\bullet, f) \subset A\) définis dans Compléments d’algèbre, section 0F7V. Disons que \((X, S, M)\) est un bon triplet si, pour tout \(x \in D\), il existe une carte affine \((U, A, f, M^\bullet)\) avec \(x \in U\) et telle que les idéaux \(I_i(M^\bullet, f)\) soient principaux pour tout \(i \in \mathbf{Z}\).

Lemme

Dans la situation 0F8S, soit \(h : Y \to X\) un morphisme de schémas tel que l’image inverse \(E = h^{-1}D\) de \(D\) soit définie (Diviseurs, définition 01WV). Soit \((U, A, f, M^\bullet)\) une carte affine pour \((X, D, M)\). Soit \(V = \Spec(B) \subset Y\) un ouvert affine avec \(h(V) \subset U\). Notons \(g \in B\) l’image de \(f \in A\). Alors

  1. \((V, B, g, M^\bullet \otimes_A B)\) est une carte affine pour \((Y, E, Lh^*M)\),

  2. \(I_i(M^\bullet, f)B = I_i(M^\bullet \otimes_A B, g)\) dans \(B\), et

  3. si \((X, D, M)\) est un bon triplet, alors \((Y, E, Lh^*M)\) est un bon triplet.

Démonstration

La première assertion résulte des observations suivantes : \(g\) est un non-diviseur de zéro dans \(B\) qui définit \(E \cap V \subset V\) et \(M^\bullet \otimes_A B\) représente \(M^\bullet \otimes_A^\mathbf{L} B\) et représente donc l’image inverse de \(M\) sur \(V\) d’après Catégories dérivées des schémas, lemme 08DW. La partie (2) résulte de la partie (1) et de Compléments d’algèbre, lemme 0GSU. En combinant ceci avec Compléments d’algèbre, lemme 0GSU, nous concluons que la deuxième assertion du lemme est vraie.

Lemme

Soient \(X, D, \mathcal{I}, M\) comme dans la situation 0F8S. Si \((X, D, M)\) est un bon triplet, alors \(L\eta_\mathcal{I}M\) est un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_X)\).

Démonstration

Traduction de Compléments d’algèbre, lemme 0F7W. Pour effectuer la traduction, utiliser le lemme 0GTV.

Lemme

Soient \(X, D, \mathcal{I}, M\) comme dans la situation 0F8S. Supposons que \((X, D, M)\) soit un bon triplet. S’il existe un complexe localement borné \(\mathcal{M}^\bullet\) de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang fini représentant \(M\), alors il existe un complexe localement borné \(\mathcal{Q}^\bullet\) de \(\mathcal{O}_{X'}\)-modules localement libres de rang fini représentant \(L\eta_\mathcal{I}M\).

Démonstration

D’après Cohomologie, lemme 0F8Q, le complexe \(\mathcal{Q}^\bullet = \eta_\mathcal{I}\mathcal{M}^\bullet\) représente \(L\eta_\mathcal{I}M\). Pour vérifier que ce complexe est localement borné et formé de modules localement libres de rang fini, nous pouvons travailler localement sur des ouverts affines. La bornitude est alors claire. Choisissons une carte affine \((U, A, f, M^\bullet)\) pour \((X, D, M)\) telle que les idéaux \(I_i(M^\bullet, f)\) soient principaux et telle que \(\mathcal{M}^i|_U\) soit libre de rang fini pour chaque \(i\). Notre hypothèse que \((X, D, M)\) est un bon triplet nous permet de le faire. En posant \(N^i = \Gamma(U, \mathcal{M}^i|_U)\), nous obtenons un complexe borné \(N^\bullet\) de \(A\)-modules libres de rang fini représentant le même objet de \(D(A)\) que le complexe \(M^\bullet\) (d’après Catégories dérivées des schémas, lemme 06Z0). Alors \(I_i(N^\bullet, f)\) est un idéal principal pour tout \(i\) d’après Compléments d’algèbre, lemme 0GSS. Par conséquent, le complexe \(\eta_fN^\bullet\) est un complexe borné de \(A\)-modules localement libres de rang fini. Comme \(\mathcal{Q}^i|_U\) est le \(\mathcal{O}_U\)-module quasi-cohérent correspondant à \(\eta_fN^i\) d’après le lemme 0F8M, nous concluons.

Lemme

Dans la situation 0F8S, soit \(h : Y \to X\) un morphisme de schémas tel que l’image inverse \(E = h^{-1}D\) soit définie. Si \((X, D, M)\) est un bon triplet, alors \[Lh^*(L\eta_\mathcal{I}M) = L\eta_\mathcal{J}(Lh^*M)\] dans \(D(\mathcal{O}_Y)\), où \(\mathcal{J}\) est le faisceau d’idéaux de \(E\).

Démonstration

Traduction de Compléments d’algèbre, lemme 0F7X. Utiliser les lemmes 0F8M et 0GTV pour effectuer la traduction.

Lemme

Dans la situation 0F8S, il existe un unique morphisme \(b : X' \to X\) tel que

  1. l’image inverse \(D' = b^{-1}D\) soit définie et que \((X', D', M')\) soit un bon triplet, où \(M' = Lb^*M\), et

  2. pour tout morphisme de schémas \(h : Y \to X\) tel que l’image inverse \(E = h^{-1}D\) soit définie et que \((Y, E, Lh^*M)\) soit un bon triplet, \(h\) se factorise de manière unique par \(b\).

De plus, pour toute carte affine \((U, A, f, M^\bullet)\), la restriction \(b^{-1}(U) \to U\) est l’éclatement dans le produit des idéaux \(I_i(M^\bullet, f)\) et, pour tout ouvert quasi-compact \(W \subset X\), la restriction \(b|_{b^{-1}(W)} : b^{-1}(W) \to W\) est, relativement à \(W \setminus D\), un éclatement admissible.

Démonstration

La preuve consiste simplement à éclater localement \(X\) dans les idéaux produits \(I_i(M^\bullet, f)\) pour toute carte affine \((U, A, f, M^\bullet)\). Les premiers lemmes de Compléments d’algèbre, section 0F7V, montrent que ceci est bien défini. La propriété universelle (2) résulte alors de la propriété universelle de l’éclatement. On trouvera les détails ci-dessous.

Soit \(U, A, f, M^\bullet\) une carte affine pour \((X, D, M)\). Tous les idéaux \(I_i(M^\bullet, f)\) sauf un nombre fini sont égaux à \(A\), il est donc légitime de considérer \[I = \prod\nolimits_i I_i(M^\bullet, f)\] et c’est un idéal de type fini de \(A\). Notons \[b_U : U' \to U\] l’éclatement de \(U\) dans \(I\). Alors \(b_U^{-1}(U \cap D)\) est défini d’après Diviseurs, lemme 0809. Rappelons que \(f^{r_i} \in I_i(M^\bullet, f)\) et que, par conséquent, \(b_U\) est un éclatement \((U \setminus D)\)-admissible. D’après Diviseurs, lemme 080A, pour chaque \(i\), le morphisme \(b_U\) se factorise en \(U' \to U'_i \to U\), où \(U'_i \to U\) est l’éclatement dans \(I_i(M^\bullet, f)\) et \(U' \to U'_i\) est un autre éclatement. Il s’ensuit que l’image inverse \(I_i(M^\bullet, f)\mathcal{O}_{U'}\) de \(I_i(M^\bullet, f)\) sur \(U'\) est un faisceau d’idéaux inversible, voir Diviseurs, lemmes 0809 et 02OS. Il s’ensuit que \((U', b^{-1}D, Lb^*M|_U)\) est un bon triplet, voir le lemme 0F8T pour le comportement des idéaux \(I_i(-,-)\) par image inverse. Enfin, nous affirmons que \(b_U : U' \to U\) possède la propriété universelle mentionnée dans la partie (2) de l’énoncé du lemme. En effet, supposons que \(h : Y \to U\) soit un morphisme de schémas tel que l’image inverse \(E = h^{-1}(D \cap U)\) soit définie et que \((Y, E, Lh^*M)\) soit un bon triplet. Alors \(Y\) est recouvert par des cartes affines \((V, B, g, N^\bullet)\) telles que \(I_i(N^\bullet, g)\) soit un idéal inversible pour chaque \(i\). Alors \(g\) et l’image de \(f\) dans \(B\) diffèrent par une unité, puisqu’ils découpent tous deux le diviseur de Cartier effectif \(E \cap V\). Nous pouvons donc supposer que \(g\) est l’image de \(f\) d’après Compléments d’algèbre, lemme 0GST. Alors \(I_i(N^\bullet, g)\) est isomorphe à \(I_i(M^\bullet \otimes_A B, g)\) comme \(B\)-module d’après Compléments d’algèbre, lemme 0GSS. Ainsi \(I_i(M^\bullet \otimes_A B, g) = I_i(M^\bullet, f)B\) (lemme 0F8T) est un \(B\)-module inversible. Par conséquent, l’idéal \(IB\) est inversible. Il s’ensuit que \(I\mathcal{O}_Y\) est inversible. Nous obtenons donc que \(h\) se factorise de manière unique par \(b_U\), d’après Diviseurs, lemme 0806.

Soit \(\mathcal{B}\) l’ensemble des ouverts affines \(U \subset X\) pour lesquels il existe une carte affine \((U, A, f, M^\bullet)\) pour \((X, D, M)\). Alors \(\mathcal{B}\) est une base de la topologie de \(X\) ; détails omis. Pour \(U \in \mathcal{B}\), nous avons le morphisme \(b_U : U' \to U\) construit ci-dessus, qui satisfait la propriété universelle sur \(U\). Si \(U_1 \subset U_2 \subset X\) appartiennent tous deux à \(\mathcal{B}\), alors \(b_{U_1} : U'_1 \to U_1\) est canoniquement isomorphe à \[b_{U_2}|_{b_{U_2}^{-1}(U_1)} : b_{U_2}^{-1}(U_1) \longrightarrow U_1\] par la propriété universelle. Autrement dit, nous obtenons un isomorphisme \(U'_1 \to b_{U_2}^{-1}(U_1)\) sur \(U_1\). Ces isomorphismes satisfont la condition de cocycle (de nouveau par la propriété universelle) et donc, d’après Constructions, lemme 01LH, nous obtenons un morphisme \(b : X' \to X\) dont la restriction à chaque \(U\) de \(\mathcal{B}\) est isomorphe à \(U' \to U\). Alors le morphisme \(b : X' \to X\) satisfait les propriétés (1) et (2) de l’énoncé du lemme, car ces propriétés peuvent être vérifiées localement (détails omis).

Il nous reste à démontrer la dernière assertion du lemme. Soit \(W \subset X\) un ouvert quasi-compact. Choisissons un recouvrement fini \(W = U_1 \cup \ldots \cup U_T\) tel que, pour chaque \(1 \leq t \leq T\), il existe une carte affine \((U_t, A_t, f_t, M_t^\bullet)\). Nous utiliserons ci-dessous le fait que, pour tout ouvert affine \(V = \Spec(B) \subset U_t \cap U_{t'}\), nous avons (a) les images de \(f_t\) et \(f_{t'}\) dans \(B\) diffèrent par une unité, et (b) les complexes \(M_t^\bullet \otimes_A B\) et \(M_{t'} \otimes_A B\) définissent des objets isomorphes de \(D(B)\). Pour \(i \in \mathbf{Z}\), posons \[N_i = \max\nolimits_{t = 1, \ldots, T} \left(\sum\nolimits_{j \geq i} (-1)^{j - i} rk(M_t^j)\right)\] Alors \(N_t - \sum\nolimits_{j \geq i} (-1)^{j - i} rk(M_t^j) \geq 0\) et nous pouvons considérer les idéaux \[I_{t, i} = f_t^{N_i - \sum\nolimits_{j \geq i} (-1)^{j - i} rk(M_t^j)} I_i(M_t^\bullet, f_t) \subset A_t\] Il résulte de Compléments d’algèbre, lemmes 0GST et 0GSS, que les idéaux \(I_{t, i}\) se recollent en un idéal quasi-cohérent de type fini \(\mathcal{I}_i \subset \mathcal{O}_W\). De plus, tous ces idéaux sauf un nombre fini sont égaux à \(\mathcal{O}_W\). Clairement, le morphisme \(X' \to X\) construit ci-dessus se restreint à l’éclatement de \(W\) dans le produit des idéaux \(\mathcal{I}_i\). Ceci achève la preuve.

Lemme

Dans la situation 0F8S, soit \(b : X' \to X\) le morphisme du lemme 0GTY. Considérons le diviseur de Cartier effectif \(D' = b^{-1}D\) de faisceau d’idéaux \(\mathcal{I}' \subset \mathcal{O}_{X'}\). Alors \(Q = L\eta_{\mathcal{I}'}Lb^*M\) est un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_{X'})\).

Démonstration

Cela résulte des lemmes 0GTY et 0GTW.

Lemme

Dans la situation 0F8S, soit \(h : Y \to X\) un morphisme de schémas tel que l’image inverse \(E = h^{-1}D\) soit définie. Soient \(b : X' \to X\), resp. \(c : Y' \to Y\), construits dans le lemme 0GTY pour \(D \subset X\) et \(M\), resp. \(E \subset Y\) et \(Lh^*M\). Alors \(Y'\) est le transformé strict de \(Y\) relativement à \(b : X' \to X\) (voir la preuve pour une formulation précise) et \[L\eta_{\mathcal{J}'}L(h \circ c)^*M = L(Y' \to X')^*Q\] où \(Q = L\eta_{\mathcal{I}'}Lb^*M\) est comme dans le lemme 0F8U. En particulier, si \((Y, E, Lh^*M)\) est un bon triplet et si \(k : Y \to X'\) est l’unique morphisme tel que \(h = b \circ k\), alors \(L\eta_\mathcal{J}Lh^*M = Lk^*Q\).

Démonstration

Notons \(E' = c^{-1}E\). Alors \((Y', E', L(h \circ c)^*M)\) est un bon triplet. Par conséquent, d’après la propriété universelle du lemme 0GTY, il existe un unique morphisme \[h' : Y' \longrightarrow X'\] tel que \(b \circ h' = h \circ c\). En particulier, il existe un morphisme \((h', c) : Y' \to X' \times_X Y\). Nous affirmons que, si \(W \subset X\) est un ouvert quasi-compact tel que \(b^{-1}(W) \to W\) soit un éclatement, ce morphisme identifie \(Y'|_W\) au transformé strict de \(Y_W\) relativement à \(b^{-1}(W) \to W\). Pour vérifier ce fait, il suffit de raisonner localement sur \(W\) ; nous pouvons donc démontrer l’assertion sur une carte affine. C’est ce que nous faisons au paragraphe suivant.

Soit \((U, A, f, M^\bullet)\) une carte affine pour \((X, D, M)\). Rappelons que, d’après la preuve du lemme 0F8U, la restriction de \(b : X' \to X\) à \(U\) est l’éclatement de \(U = \Spec(A)\) dans le produit des idéaux \(I_i(M^\bullet, f)\). Maintenant, si \(V = \Spec(B) \subset Y\) est un ouvert affine avec \(h(V) \subset U\), alors \((V, B, g, M^\bullet \otimes_A B)\) est une carte affine pour \((Y, E, Lh^*M)\), où \(g \in B\) est l’image de \(f\), voir le lemme 0F8T. Ainsi, la restriction de \(c : Y' \to Y\) à \(V\) est l’éclatement dans le produit des idéaux \(I_i(M^\bullet, f)B\), c’est-à-dire que le morphisme \(c : Y' \to Y\) au-dessus de \(h^{-1}(U)\) est l’éclatement de \(h^{-1}(U)\) dans l’idéal \(\prod I_i(M^\bullet, f) \mathcal{O}_{h^{-1}(U)}\). Puisque cela vaut aussi pour le transformé strict, nous voyons que notre assertion sur les transformés stricts est vraie.

Cela étant dit, l’égalité \(L\eta_{\mathcal{J}'}L(h \circ c)^*M = L(Y' \to X')^*Q\) résulte du lemme 0F9X. La dernière assertion en est un cas particulier (à savoir, le cas où \(c = \text{id}_Y\) et \(k = h'\)).

Lemme

Dans la situation 0F8S, soit \(W \subset X\) le sous-schéma ouvert maximal sur lequel les faisceaux de cohomologie de \(M\) sont localement libres. Alors le morphisme \(b : X' \to X\) du lemme 0GTY est un isomorphisme au-dessus de \(W\).

Démonstration

Cela est vrai car, pour toute carte affine \((U, A, f, M^\bullet)\) avec \(U \subset W\), les idéaux \(I_i(M^\bullet, f)\) sont localement engendrés par une puissance de \(f\) d’après Compléments d’algèbre, lemme 0GSV. Puisque \(f\) est un non-diviseur de zéro, l’éclatement \(b^{-1}(U) \to U\) est un isomorphisme.

Lemme

Soient \(X, D, \mathcal{I}, M\) comme dans la situation 0F8S. Si \((X, D, M)\) est un bon triplet, alors il existe une immersion fermée \[i : T \longrightarrow D\] de présentation finie ayant les propriétés suivantes :

  1. \(T\) contient schématiquement \(D \cap W\), où \(W \subset X\) est l’ouvert maximal sur lequel les faisceaux de cohomologie de \(M\) sont localement libres,

  2. les faisceaux de cohomologie de \(Li^*L\eta_\mathcal{I}M\) sont localement libres, et

  3. pour tout point \(t \in T\) d’image \(x = i(t) \in W\), le rang de \(H^i(M)_x\) sur \(\mathcal{O}_{X, x}\) et le rang de \(H^i(Li^*L\eta_\mathcal{I}M)_t\) sur \(\mathcal{O}_{T, t}\) sont égaux.

Démonstration

Soit \((U, A, f, M^\bullet)\) une carte affine pour \((X, D, M)\) telle que \(I_i(M^\bullet, f)\) soit un idéal principal pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). Nous définissons alors \(T \cap U \subset D \cap U\) comme le sous-schéma fermé défini par l’idéal \[J(M^\bullet, f) = \sum J_i(M^\bullet, f) \subset A/fA\] étudié dans Compléments d’algèbre, lemmes 0GSW et 0F81 ; d’après le second lemme, nous voyons que \(T \cap U \to D \cap U\) est donné par l’homomorphisme d’anneaux \(A/fA \to C\) qui y est étudié. Puisque \((X, D, M)\) est un bon triplet, nous pouvons recouvrir \(X\) par des cartes affines de cette forme et, d’après le premier des deux lemmes, cette construction se recolle. Nous obtenons donc un sous-schéma fermé \(T \subset D\) qui, sur les bonnes cartes affines ci-dessus, est donné par l’idéal \(J(M^\bullet, f)\). Les propriétés (1) et (2) résultent alors du second lemme. Détails omis. Petite observation pour aider le lecteur : puisque \(\eta_fM^\bullet\) est un complexe de modules localement libres d’après Compléments d’algèbre, lemme 0F7W, nous voyons que \(Li^*L\eta_\mathcal{I}M|_{T \cap U}\) est représenté par le complexe \(\eta_fM^\bullet \otimes_A C\) de \(C\)-modules. L’assertion (3) sur les rangs résulte de Cohomologie, lemme 0GTA.

Lemme

Dans la situation 0F8S. Soient \(b : X' \to X\) et \(D'\) comme dans le lemme 0GTY. Soit \(Q = L\eta_{\mathcal{I}'}Lb^*M\) comme dans le lemme 0F8U. Soit \(W \subset X\) l’ouvert maximal sur lequel \(M\) a des modules de cohomologie localement libres. Alors il existe une immersion fermée \(i : T \to D'\) de présentation finie telle que

  1. \(D' \cap b^{-1}(W) \subset T\) schématiquement,

  2. \(Li^*Q\) ait des faisceaux de cohomologie localement libres, et

  3. pour \(t \in T\) s’envoyant sur \(w \in W\), le rang de \(H^i(Li^*Q)_t\) sur \(\mathcal{O}_{T, t}\) soit égal au rang de \(H^i(M)_x\) sur \(\mathcal{O}_{X, x}\).

Démonstration

Le lemme 0F8W nous dit que \(b\) est un isomorphisme au-dessus de \(W\). Ainsi \(b^{-1}(W) \subset X'\) est contenu dans l’ouvert maximal \(W' \subset X'\) sur lequel \(Lb^*M\) a des faisceaux de cohomologie localement libres. Les assertions du lemme elles-mêmes sont alors une conséquence immédiate du lemme 0GTZ appliqué à \((X', D', Lb^*M)\) et des autres lemmes mentionnés dans l’énoncé.

Lemme

Dans la situation 0F8S. Soient \(b : X' \to X\), \(D' \subset X'\) et \(Q\) comme dans le lemme 0F8U. Soit \(\rho = (\rho_i)_{i \in \mathbf{Z}}\) une famille d’entiers. Soit \(W(\rho) \subset X\) le sous-schéma ouvert maximal sur lequel \(H^i(M)\) est localement libre de rang \(\rho_i\) pour tout \(i\). Soit \(i : T \to D'\) comme dans le lemme 0F8X. Alors il existe un sous-schéma ouvert et fermé \(T(\rho) \subset T\) contenant schématiquement \(D' \cap b^{-1}(W(\rho))\) tel que \(H^i(Li^*Q|_{T(\rho)})\) soit localement libre de rang \(\rho_i\) pour tout \(i\).

Démonstration

Soit \(T(\rho) \subset T\) le sous-schéma ouvert et fermé sur lequel \(H^i(Li^*Q)\) est de rang \(\rho_i\) pour tout \(i\). L’assertion résulte immédiatement de l’assertion du lemme 0F8X sur les rangs des modules de cohomologie.

Lemme

Dans la situation 0F8S. Soient \(b : X' \to X\), \(D' \subset X'\) et \(Q\) comme dans le lemme 0F8U. S’il existe un complexe localement borné \(\mathcal{M}^\bullet\) de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang fini représentant \(M\), alors il existe un complexe localement borné \(\mathcal{Q}^\bullet\) de \(\mathcal{O}_{X'}\)-modules localement libres de rang fini représentant \(Q\).

Démonstration

Rappelons que \(Q = L\eta_{\mathcal{I}'}Lb^*M\), où \(\mathcal{I}'\) est le faisceau d’idéaux du diviseur de Cartier effectif \(D'\). Le complexe localement borné \((\mathcal{M}')^\bullet = b^*\mathcal{M}^\bullet\) de \(\mathcal{O}_{X'}\)-modules localement libres de rang fini représente \(Lb^*M\). Ainsi, le lemme résulte du lemme 0GTX.

Lemme

Soit \(X\) un schéma et soit \(D \subset X\) un diviseur de Cartier effectif. Soit \(M \in D(\mathcal{O}_X)\) un objet parfait. Soit \(W \subset X\) l’ouvert maximal sur lequel les faisceaux de cohomologie \(H^i(M)\) sont localement libres. Il existe un morphisme propre \(b : X' \longrightarrow X\) et un objet \(Q\) de \(D(\mathcal{O}_{X'})\) ayant les propriétés suivantes :

  1. \(b : X' \to X\) est un isomorphisme au-dessus de \(X \setminus D\),

  2. \(b : X' \to X\) est un isomorphisme au-dessus de \(W\),

  3. \(D' = b^{-1}D\) est un diviseur de Cartier effectif,

  4. \(Q = L\eta_{\mathcal{I}'}Lb^*M\), où \(\mathcal{I}'\) est le faisceau d’idéaux de \(D'\),

  5. \(Q\) est un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_{X'})\),

  6. il existe une immersion fermée \(i : T \to D'\) de présentation finie telle que

    1. \(D' \cap b^{-1}(W) \subset T\) schématiquement,

    2. \(Li^*Q\) ait des faisceaux de cohomologie localement libres de rang fini,

    3. pour \(t \in T\) d’image \(w \in W\), le rang de \(H^i(Li^*Q)_t\) sur \(\mathcal{O}_{T, t}\) soit égal au rang de \(H^i(M)_x\) sur \(\mathcal{O}_{X, x}\),

  7. pour toute carte affine \((U, A, f, M^\bullet)\) pour \((X, D, M)\), la restriction de \(b\) à \(U\) est l’éclatement de \(U = \Spec(A)\) dans l’idéal \(I = \prod I_i(M^\bullet, f)\), et

  8. pour toute carte affine \((V, B, g, N^\bullet)\) pour \((X', D', Lb^*N)\) telle que \(I_i(N^\bullet, g)\) soit principal, nous avons

    1. \(Q|_V\) correspond à \(\eta_gN^\bullet\),

    2. \(T \subset V \cap D'\) correspond à l’idéal \(J(N^\bullet, g) = \sum J_i(N^\bullet, g) \subset B/gB\) étudié dans Compléments d’algèbre, lemme 0F81.

  9. Si \(M\) peut être représenté par un complexe localement borné de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang fini, alors \(Q\) peut être représenté par un complexe borné de \(\mathcal{O}_{X'}\)-modules localement libres de rang fini.

Démonstration

Cet énoncé rassemble les informations obtenues dans les lemmes 0F8T, 0GTW, 0F9X, 0GTY, 0F8U, 0F8V, 0F8W, 0GTZ, 0F8X, et 0GU0.

Éclatement de complexes, III

Dans cette section, nous donnons une “version algébrique” de la construction du graphe de Macpherson exposée dans [F, section 18.1].

Soit \(X\) un schéma. Soit \(E\) un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_X)\). Soit \(U \subset X\) le sous-schéma ouvert maximal tel que \(E|_U\) ait des faisceaux de cohomologie localement libres.

Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ \mathbf{A}^1_X \ar[r] \ar[rd] & \mathbf{P}^1_X \ar[d]^p & (\mathbf{P}^1_X)_\infty \ar[l] \ar[ld] \\ & X \ar@/_1em/[ur]_\infty }\] Rappelons ici que \(\mathbf{A}^1 = D_+(T_0)\) est le premier ouvert affine standard de \(\mathbf{P}^1\) et que \(\infty = V_+(T_0)\) est le diviseur de Cartier effectif complémentaire, et que le diagramme ci-dessus est l’image inverse de ces schémas sur \(X\). Observons que \(\infty : X \to (\mathbf{P}^1_X)_\infty\) est un isomorphisme. Alors \[(\mathbf{P}^1_X, (\mathbf{P}^1_X)_\infty, Lp^*E)\] est un triplet comme dans la situation 0F8S de la section 0F8R. Soient \[b : W \longrightarrow \mathbf{P}^1_X\quad\text{et}\quad W_\infty = b^{-1}((\mathbf{P}^1_X)_\infty)\] l’éclatement et le diviseur de Cartier effectif construits à partir de ce triplet dans le lemme 0GTY. Nous notons aussi \[Q = L\eta_{\mathcal{I}} Lb^*M = L\eta_\mathcal{I} L(p \circ b)^*E\] l’objet parfait de \(D(\mathcal{O}_W)\) considéré dans le lemme 0F8U. Ici \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_W\) est le faisceau d’idéaux de \(W_\infty\).

Lemme

La construction ci-dessus a les propriétés suivantes :

  1. \(b\) est un isomorphisme au-dessus de \(\mathbf{P}^1_U \cup \mathbf{A}^1_X\),

  2. la restriction de \(Q\) à \(\mathbf{A}^1_X\) est égale à l’image inverse de \(E\),

  3. il existe une immersion fermée \(i : T \to W_\infty\) de présentation finie telle que \((W_\infty \to X)^{-1}U \subset T\) schématiquement et telle que \(Li^*Q\) ait des faisceaux de cohomologie localement libres,

  4. pour \(t \in T\) d’image \(u \in U\), le rang de \(H^i(Li^*Q)_t\) sur \(\mathcal{O}_{T, t}\) est égal au rang de \(H^i(M)_u\) sur \(\mathcal{O}_{U, u}\),

  5. si \(E\) peut être représenté par un complexe localement borné de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang fini, alors \(Q\) peut être représenté par un complexe localement borné de \(\mathcal{O}_W\)-modules localement libres de rang fini.

Démonstration

Cela résulte immédiatement des résultats de la section 0F8R ; pour un énoncé qui rassemble tout ce qui est nécessaire, voir le lemme 0F9Y.


  1. Il est assez facile de montrer que \(H_p\) est un faisceau pour la topologie fppf en utilisant le fait que les morphismes plats de présentation finie sont ouverts. C’est tout ce dont nous aurons besoin par la suite. Mais il est assez plaisant de démontrer directement qu’il satisfait aussi à la condition de faisceau pour la topologie fpqc.↩︎

  2. Le schéma \(S'\) est parfois appelé flatificateur universel. Dans [GruRay], il est appelé le platificateur universel. L’existence du platificateur universel ne doit pas être confondue avec le type de résultats étudiés dans Compléments d’algèbre, section 0535.↩︎

  3. Cela vaut par exemple si \(f\) est de type fini et \(\mathcal{F}\) est pur le long de \(X_s\), ou si \(f\) est propre.↩︎