Introduction
Dans ce chapitre, nous étudions les groupes d’homologie de Chow et la construction des classes de Chern des fibrés vectoriels comme éléments des groupes de cohomologie de Chow opérationnelle (le tout à coefficients dans \(\mathbf{Z}\)).
Nous commençons ce chapitre en donnant la démonstration algébrique la plus courte possible du lemme clé 0EAX. Nous définissons d’abord le quotient de Herbrand (section 02PF) et le calculons dans certains cas (section 0EAA). Ensuite, nous démontrons quelques lemmes algébriques simples sur l’existence de factorisations convenables après des modifications (section 0EAD). À l’aide de ceux-ci, nous construisons et définissons le symbole modéré à la section 0EAH. Seules les propriétés les plus élémentaires du symbole modéré sont nécessaires pour démontrer le lemme clé, ce que nous faisons à la section 0EAU.
Ensuite, nous introduisons le cadre de base dans lequel nous travaillons dans la suite de ce chapitre à la section 02QK. Afin de rendre la matière un peu plus stimulante, nous avons décidé de traiter un cas un peu plus général que celui habituellement considéré. Plus précisément, nous supposons que nos schémas \(X\) sont localement de type fini sur un schéma de base fixé, localement noethérien, qui est universellement caténaire et muni d’une fonction de dimension. Ces hypothèses suffisent pour pouvoir définir les groupes d’homologie de Chow \(\CH_*(X)\) et l’action sur ceux-ci du produit cap avec les classes de Chern. Cela indique que nous devrions également pouvoir les définir pour les champs algébriques localement de type fini sur une telle base.
Ensuite, nous suivons les premiers chapitres de [F] afin de définir les cycles, l’image réciproque plate, l’image directe propre et l’équivalence rationnelle, si ce n’est que nous avons été moins précis quant aux supports des cycles considérés.
Nous nous écartons de la présentation donnée dans [F] en utilisant le lemme clé mentionné ci-dessus pour démontrer une relation de commutativité fondamentale à la section 0AYB. Nous en déduisons que l’opération d’intersection avec un faisceau inversible passe au quotient par l’équivalence rationnelle et est commutative, voir la section 02TG. Une nouvelle application du lemme clé démontre que l’application de Gysin d’un diviseur de Cartier effectif passe au quotient par l’équivalence rationnelle, voir la section 02TK. Cela étant démontré, il est immédiat de définir les classes de Chern des fibrés vectoriels, d’établir l’additivité, de démontrer le principe de scindage, d’introduire les caractères de Chern et les classes de Todd, puis d’énoncer le théorème de Grothendieck–Riemann–Roch.
Il y a deux appendices. Dans l’appendice A (section 0EAZ), nous étudions une autre construction, plus longue, du symbole modéré et la démonstration correspondante du lemme clé. Enfin, dans l’appendice B (section 0AYD), nous examinons brièvement le rapport avec la \(K\)-théorie des faisceaux cohérents et étudions quelques lemmes sur les éclatements. Nous suggérons au lecteur de consulter leurs introductions pour de plus amples informations.
Nous reviendrons, au chapitre suivant, sur les groupes de Chow \(\CH_*(X)\) des variétés projectives lisses sur des corps algébriquement clos. À l’aide d’un lemme de déplacement comme dans [Samuel], [ChevalleyI] et [ChevalleyII], ainsi que de la formule de Serre pour les Tor (voir [Serre_local_algebra] ou [Serre_algebre_locale]), nous définirons une structure d’anneau sur \(\CH_*(X)\). Voir Théorie de l’intersection, section 0AZ7 et suivantes.
Complexes périodiques et quotients de Herbrand
Il existe bien entendu une notion très générale de complexe périodique. On peut imposer la périodicité des applications ou celle des objets. Nous ajouterons ici ces conditions selon les besoins. Pour le moment, seuls les cas suivants nous sont nécessaires.
Définition
Soit \(R\) un anneau.
Un complexe \(2\)-périodique sur \(R\) est donné par un quadruplet \((M, N, \varphi, \psi)\) constitué de \(R\)-modules \(M\), \(N\) et d’applications de \(R\)-modules \(\varphi : M \to N\), \(\psi : N \to M\) telles que \[\xymatrix{ \ldots \ar[r] & M \ar[r]^\varphi & N \ar[r]^\psi & M \ar[r]^\varphi & N \ar[r] & \ldots }\] soit un complexe. Dans ce cadre, nous définissons les modules de cohomologie du complexe comme étant les \(R\)-modules \[H^0(M, N, \varphi, \psi) = \Ker(\varphi)/\Im(\psi) \quad\text{et}\quad H^1(M, N, \varphi, \psi) = \Ker(\psi)/\Im(\varphi).\] Nous disons que le complexe \(2\)-périodique est exact si ses modules de cohomologie sont nuls.
Un complexe \((2, 1)\)-périodique sur \(R\) est donné par un triplet \((M, \varphi, \psi)\) constitué d’un \(R\)-module \(M\) et d’applications de \(R\)-modules \(\varphi : M \to M\), \(\psi : M \to M\) telles que \[\xymatrix{ \ldots \ar[r] & M \ar[r]^\varphi & M \ar[r]^\psi & M \ar[r]^\varphi & M \ar[r] & \ldots }\] soit un complexe. Comme il s’agit d’un cas particulier d’un complexe \(2\)-périodique, nous disposons de ses modules de cohomologie \(H^0(M, \varphi, \psi)\), \(H^1(M, \varphi, \psi)\) et d’une notion d’exactitude.
Dans la suite, nous utiliserons tout résultat démontré pour les complexes \(2\)-périodiques sans autre mention dans le cas des complexes \((2, 1)\)-périodiques. Il est clair que la collection des complexes \(2\)-périodiques forme une catégorie, dont les morphismes \((f, g) : (M, N, \varphi, \psi) \to (M', N', \varphi', \psi')\) sont les couples d’applications \(f : M \to M'\) et \(g : N \to N'\) tels que \(\varphi' \circ f = g \circ \varphi\) et \(\psi' \circ g = f \circ \psi\). On obtient une catégorie abélienne, avec noyaux et conoyaux comme dans Homologie, Lemme 010Y.
Définition
Soit \((M, N, \varphi, \psi)\) un complexe \(2\)-périodique sur un anneau \(R\) dont les modules de cohomologie sont de longueur finie. Dans ce cas, nous définissons la multiplicité de \((M, N, \varphi, \psi)\) comme étant l’entier \[e_R(M, N, \varphi, \psi) = \text{longueur}_R(H^0(M, N, \varphi, \psi)) - \text{longueur}_R(H^1(M, N, \varphi, \psi))\] Dans le cas d’un complexe \((2, 1)\)-périodique \((M, \varphi, \psi)\), nous la notons \(e_R(M, \varphi, \psi)\) et l’appellerons parfois le quotient de Herbrand (additif).
Si les groupes de cohomologie de \((M, \varphi, \psi)\) sont des groupes abéliens finis, il est d’usage d’appeler quotient de Herbrand (multiplicatif) \[q(M, \varphi, \psi) = \frac{\# H^0(M, \varphi, \psi)}{\# H^1(M, \varphi, \psi)}\] Autrement dit, le quotient de Herbrand multiplicatif est le nombre d’éléments de \(H^0\) divisé par le nombre d’éléments de \(H^1\). Si \(R\) est local et si le corps résiduel de \(R\) est fini à \(q\) éléments, alors \[q(M, \varphi, \psi) = q^{e_R(M, \varphi, \psi)}\]
Un exemple de complexe \((2, 1)\)-périodique sur un anneau \(R\) est tout triplet de la forme \((M, 0, \psi)\), où \(M\) est un \(R\)-module et \(\psi\) une application \(R\)-linéaire. Si le noyau et le conoyau de \(\psi\) sont de longueur finie, alors on obtient [0EA6]\[\begin{equation} e_R(M, 0, \psi) = \text{longueur}_R(\Coker(\psi)) - \text{longueur}_R(\Ker(\psi)) \end{equation}\] Énonçons et démontrons les lemmes usuels relatifs à ces notations.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Supposons donnée une suite exacte courte de complexes \(2\)-périodiques \[0 \to (M_1, N_1, \varphi_1, \psi_1) \to (M_2, N_2, \varphi_2, \psi_2) \to (M_3, N_3, \varphi_3, \psi_3) \to 0\] Si deux d’entre eux ont des modules de cohomologie de longueur finie, il en va de même du troisième, et l’on a \[e_R(M_2, N_2, \varphi_2, \psi_2) = e_R(M_1, N_1, \varphi_1, \psi_1) + e_R(M_3, N_3, \varphi_3, \psi_3).\]
Démonstration
Abrégeons \(A = (M_1, N_1, \varphi_1, \psi_1)\), \(B = (M_2, N_2, \varphi_2, \psi_2)\) et \(C = (M_3, N_3, \varphi_3, \psi_3)\). Nous avons une suite exacte longue de cohomologie \[\ldots \to H^1(C) \to H^0(A) \to H^0(B) \to H^0(C) \to H^1(A) \to H^1(B) \to H^1(C) \to \ldots\] Elle donne une suite exacte finie \[0 \to I \to H^0(A) \to H^0(B) \to H^0(C) \to H^1(A) \to H^1(B) \to K \to 0\] avec \(0 \to K \to H^1(C) \to I \to 0\) comme filtration. Par additivité de la fonction longueur (Algèbre, Lemme 00IV), on obtient le résultat.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Si \((M, N, \varphi, \psi)\) est un complexe \(2\)-périodique tel que \(M\) et \(N\) soient de longueur finie, alors \(e_R(M, N, \varphi, \psi) = \text{longueur}_R(M) - \text{longueur}_R(N)\). En particulier, si \((M, \varphi, \psi)\) est un complexe \((2, 1)\)-périodique tel que \(M\) soit de longueur finie, alors \(e_R(M, \varphi, \psi) = 0\).
Démonstration
Observons que, dans la catégorie des complexes \(2\)-périodiques où \(M\) et \(N\) sont de longueur finie, la quantité « \(\text{longueur}_R(M) - \text{longueur}_R(N)\) » est additive pour les suites exactes courtes (l’énoncé précis est laissé au lecteur). Considérons la suite exacte courte \[0 \to (M, \Im(\varphi), \varphi, 0) \to (M, N, \varphi, \psi) \to (0, N/\Im(\varphi), 0, 0) \to 0\] La remarque initiale, combinée à l’additivité du Lemme 0EA7, nous ramène aux cas (a) \(M = 0\) et (b) \(\varphi\) est surjective. Nous les laissons au lecteur.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(f : (M, \varphi, \psi) \to (M', \varphi', \psi')\) une application de complexes \((2, 1)\)-périodiques dont les modules de cohomologie sont de longueur finie. Si \(\Ker(f)\) et \(\Coker(f)\) sont de longueur finie, alors \(e_R(M, \varphi, \psi) = e_R(M', \varphi', \psi')\).
Démonstration
Appliquons l’additivité du Lemme 0EA7 et observons que \((\Ker(f), \varphi, \psi)\) et \((\Coker(f), \varphi', \psi')\) ont une multiplicité nulle d’après le Lemme 0EA8.
Calcul de quelques multiplicités
Pour démontrer plus loin l’égalité de certains cycles, nous devons calculer quelques multiplicités. Notre principal outil, outre les lemmes élémentaires sur les multiplicités donnés à la section précédente, sera Algèbre, Lemme 02MI.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(R\)-module fini. Soit \(x \in R\). Supposons que
\(\dim(\text{Supp}(M)) \leq 1\), et
\(\dim(\text{Supp}(M/xM)) \leq 0\).
Écrivons \(\text{Supp}(M) = \{\mathfrak m, \mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\}\). Alors \[e_R(M, 0, x) = \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, t} \text{ord}_{R/\mathfrak q_i}(x) \text{longueur}_{R_{\mathfrak q_i}}(M_{\mathfrak q_i}).\]
Démonstration
Commençons par quelques remarques préparatoires. Le résultat du lemme vaut si \(M\) est de longueur finie, c’est-à-dire si \(t = 0\), car le membre de gauche et celui de droite sont alors tous deux nuls, voir le Lemme 0EA8. De même, si l’on a une suite exacte courte \(0 \to M \to M' \to M'' \to 0\) de modules satisfaisant (1) et (2), le lemme pour deux de ces trois modules implique le lemme pour le troisième, par additivité des longueurs (Algèbre, Lemme 00IV) et additivité des multiplicités (Lemme 0EA7).
Notons \(M_i\) l’image de \(M\) dans \(M_{\mathfrak q_i}\), de sorte que \(\text{Supp}(M_i) = \{\mathfrak m, \mathfrak q_i\}\). Le noyau et le conoyau de l’application \(M \to \bigoplus M_i\) ont pour support \(\{\mathfrak m\}\) et sont donc de longueur finie. Il résulte de nos remarques préparatoires qu’il suffit de démontrer le lemme pour chacun des \(M_i\). Nous pouvons donc supposer que \(\text{Supp}(M) = \{\mathfrak m, \mathfrak q\}\). Dans ce cas, nous avons une filtration finie \(M \supset \mathfrak qM \supset \mathfrak q^2M \supset \ldots \supset \mathfrak q^nM = 0\) d’après Algèbre, Lemme 00L6. Une nouvelle application de l’additivité montre qu’il suffit de démontrer le lemme lorsque \(M\) est annulé par \(\mathfrak q\). Nous pouvons alors considérer \(M\) comme un \(R/\mathfrak q\)-module, c’est-à-dire supposer que \(R\) est un anneau local noethérien intègre de dimension \(1\), de corps des fractions \(K\). En quotientant par le sous-module de torsion, c’est-à-dire par le noyau de \(M \to M \otimes_R K = V\) (la torsion étant de longueur finie, nos remarques préliminaires s’y appliquent), nous pouvons supposer que \(M \subset V\) est un réseau (Algèbre, Définition 02ME). Alors \(x : M \to M\) est injective et \(\text{longueur}_R(M/xM) = d(M, xM)\) (Algèbre, Définition 02MG). Comme \(\text{longueur}_K(V) = \dim_K(V)\), on voit que \(\det(x : V \to V) = x^{\dim_K(V)}\) et \(\text{ord}_R(\det(x : V \to V)) = \dim_K(V) \text{ord}_R(x)\). L’égalité cherchée résulte donc de Algèbre, Lemme 02MI dans ce cas.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(x \in R\). Si \(M\) est un module de Cohen–Macaulay fini sur \(R\) avec \(\dim(\text{Supp}(M)) = 1\) et \(\dim(\text{Supp}(M/xM)) = 0\), alors \[\text{longueur}_R(M/xM) = \sum\nolimits_i \text{longueur}_R(R/(x, \mathfrak q_i)) \text{longueur}_{R_{\mathfrak q_i}}(M_{\mathfrak q_i}).\] où \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\) sont les idéaux premiers minimaux du support de \(M\). Si \(I \subset R\) est un idéal tel que \(x\) soit un non-diviseur de zéro dans \(R/I\) et \(\dim(R/I) = 1\), alors \[\text{longueur}_R(R/(x, I)) = \sum\nolimits_i \text{longueur}_R(R/(x, \mathfrak q_i)) \text{longueur}_{R_{\mathfrak q_i}}((R/I)_{\mathfrak q_i})\] où \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_n\) sont les idéaux premiers minimaux contenant \(I\).
Démonstration
Ce sont des cas particuliers du Lemme 02QF.
Voici un autre cas où l’on peut déterminer la valeur d’une multiplicité.
Lemme
Soit \(R\) un anneau. Soit \(M\) un \(R\)-module. Soit \(\varphi : M \to M\) un endomorphisme et soit \(n > 0\) tel que \(\varphi^n = 0\) et que \(\Ker(\varphi)/\Im(\varphi^{n - 1})\) soit de longueur finie comme \(R\)-module. Alors \[e_R(M, \varphi^i, \varphi^{n - i}) = 0\] pour \(i = 0, \ldots, n\).
Démonstration
Les cas \(i = 0, n\) sont triviaux puisque, par convention, \(\varphi^0 = \text{id}_M\). Considérons \(M\) comme un \(R[t]\)-module où la multiplication par \(t\) est donnée par \(\varphi\). Écrivons \(K_i = \Ker(t^i : M \to M)\) et \[a_i = \text{longueur}_R(K_i/t^{n - i}M),\quad b_i = \text{longueur}_R(K_i/tK_{i + 1}),\quad c_i = \text{longueur}_R(K_1/t^iK_{i + 1})\] Les valeurs au bord sont \(a_0 = a_n = b_0 = c_0 = 0\). Les \(c_i\) sont des entiers pour \(i < n\), car \(K_1/t^iK_{i + 1}\) est un quotient de \(K_1/t^{n - 1}M\), qui est supposé de longueur finie. Nous utiliserons souvent l’égalité \(K_i \cap t^jM = t^jK_{i + j}\). Pour \(0 < i < n - 1\), nous avons une suite exacte \[0 \to K_1/t^{n - i - 1}K_{n - i} \to K_{i + 1}/t^{n - i - 1}M \xrightarrow{t} K_i/t^{n - i}M \to K_i/tK_{i + 1} \to 0\] Par récurrence sur \(i\), on en déduit que \(a_i\) et \(b_i\) sont des entiers pour \(i < n\) et que \[c_{n - i - 1} - a_{i + 1} + a_i - b_i = 0\] Pour \(0 < i < n - 1\), il existe une suite exacte \[0 \to K_i/tK_{i + 1} \to K_{i + 1}/tK_{i + 2} \xrightarrow{t^i} K_1/t^{i + 1}K_{i + 2} \to K_1/t^iK_{i + 1} \to 0\] qui donne \[b_i - b_{i + 1} + c_{i + 1} - c_i = 0\] Comme \(b_0 = c_0\), on en conclut que \(b_i = c_i\) pour \(i < n\). On voit alors que \[a_2 = a_1 + b_{n - 2} - b_1,\quad a_3 = a_2 + b_{n - 3} - b_2,\quad \ldots\] On vérifie immédiatement que cela implique \(a_i = a_{n - i}\), comme voulu.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien. Soit \((M, \varphi, \psi)\) un complexe \((2, 1)\)-périodique sur \(R\), avec \(M\) fini et dont les groupes de cohomologie sont de longueur finie sur \(R\). Soit \(x \in R\) tel que \(\dim(\text{Supp}(M/xM)) \leq 0\). Alors \[e_R(M, x\varphi, \psi) = e_R(M, \varphi, \psi) - e_R(\Im(\varphi), 0, x)\] et \[e_R(M, \varphi, x\psi) = e_R(M, \varphi, \psi) + e_R(\Im(\psi), 0, x)\]
Démonstration
Nous ne démontrerons que la première formule, la seconde se démontrant exactement de la même manière. Soit \(M' = M[x^\infty]\) le sous-module de \(x\)-torsion de \(M\). Considérons la suite exacte courte \(0 \to M' \to M \to M'' \to 0\). Alors \(M''\) est sans \(x\)-torsion (Compléments sur l’algèbre, Lemme 05EB). Comme \(\varphi\) et \(\psi\) envoient \(M'\) dans \(M'\), nous obtenons une suite exacte courte \[0 \to (M', \varphi', \psi') \to (M, \varphi, \psi) \to (M'', \varphi'', \psi'') \to 0\] de complexes \((2, 1)\)-périodiques. De plus, on obtient une suite exacte courte \(0 \to M' \cap \Im(\varphi) \to \Im(\varphi) \to \Im(\varphi'') \to 0\). Nous avons \(e_R(M', \varphi, \psi) = e_R(M', x\varphi, \psi) = e_R(M' \cap \Im(\varphi), 0, x) = 0\) d’après le Lemme 0EA9. Par additivité (Lemme 0EA7), on voit qu’il suffit de démontrer le lemme pour \((M'', \varphi'', \psi'')\). Cela nous ramène au cas étudié dans le paragraphe suivant.
Supposons que \(x : M \to M\) soit injective. Dans ce cas, \(\Ker(x\varphi) = \Ker(\varphi)\). D’autre part, nous avons une suite exacte courte \[0 \to \Im(\varphi)/x\Im(\varphi) \to \Ker(\psi)/\Im(x\varphi) \to \Ker(\psi)/\Im(\varphi) \to 0\] Ceci, joint à (0EA6), démontre la formule.
Préparation aux symboles modérés
Dans cette section, nous donnons quelques lemmes qui nous aideront à définir le symbole modéré à la section suivante.
Lemme
Soit \(A\) un anneau noethérien. Soient \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_r\) des idéaux maximaux deux à deux distincts de \(A\). Pour \(i = 1, \ldots, r\), soit \(\varphi_i : A_{\mathfrak m_i} \to B_i\) un morphisme d’anneaux dont le noyau et le conoyau sont annulés par une puissance de \(\mathfrak m_i\). Alors il existe un morphisme d’anneaux \(\varphi : A \to B\) tel que
le localisé de \(\varphi\) en \(\mathfrak m_i\) soit isomorphe à \(\varphi_i\), et
\(\Ker(\varphi)\) et \(\Coker(\varphi)\) soient annulés par une puissance de \(\mathfrak m_1 \cap \ldots \cap \mathfrak m_r\).
De plus, si chaque \(\varphi_i\) est fini, injectif ou surjectif, il en va de même de \(\varphi\).
Démonstration
Posons \(I = \mathfrak m_1 \cap \ldots \cap \mathfrak m_r\). Posons \(A_i = A_{\mathfrak m_i}\) et \(A' = \prod A_i\). Alors \(IA' = \prod \mathfrak m_i A_i\) et \(A \to A'\) est un morphisme d’anneaux plat tel que \(A/I \cong A'/IA'\). Nous pouvons donc appliquer Compléments sur l’algèbre, Lemme 0ALK pour voir qu’il existe une application de \(A\)-modules \(\varphi : A \to B\) tel que \(\varphi_i\) soit isomorphe à la localisation de \(\varphi\) en \(\mathfrak m_i\). On peut ensuite utiliser la discussion de Compléments sur l’algèbre, Remarque 05EU pour munir \(B\) d’une structure de \(A\)-algèbre qui induit la structure de \(A\)-algèbre donnée sur \(B_i\). La dernière assertion du lemme résulte aisément du fait que \(\Ker(\varphi)_{\mathfrak m_i} \cong \Ker(\varphi_i)\) et \(\Coker(\varphi)_{\mathfrak m_i} \cong \Coker(\varphi_i)\).
Le lemme suivant est très semblable à Algèbre, Lemme 00P9.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension \(1\). Soient \(a, b \in R\) des non-diviseurs de zéro. Il existe une extension finie d’anneaux \(R \subset R'\) telle que \(R'/R\) soit annulé par une puissance de \(\mathfrak m\), et des non-diviseurs de zéro \(t, a', b' \in R'\) tels que \(a = ta'\), \(b = tb'\) et \(R' = a'R' + b'R'\).
Démonstration
Si \(a\) ou \(b\) est une unité, le lemme est vrai avec \(R = R'\). Nous pouvons donc supposer \(a, b \in \mathfrak m\). Posons \(I = (a, b)\). L’idée consiste à éclater \(R\) le long de \(I\). Au lieu d’un raisonnement algébrique, raisonnons géométriquement. Soit \(X = \text{Proj}(\bigoplus_{d \geq 0} I^d)\). D’après Diviseurs, Lemme 02OS, le morphisme \(X \to \Spec(R)\) est un isomorphisme au-dessus du spectre épointé \(U = \Spec(R) \setminus \{\mathfrak m\}\). Nous pouvons et allons donc considérer \(U\) comme un sous-schéma ouvert de \(X\). Le morphisme \(X \to \Spec(R)\) est projectif d’après Diviseurs, Lemme 02NS. De plus, tout point générique de \(X\) appartient à \(U\), par exemple d’après Diviseurs, Lemme 0BFM. Il résulte de Variétés, Lemme 0AB7 que \(X \to \Spec(R)\) est fini. Ainsi \(X = \Spec(R')\) est affine et \(R \to R'\) est fini. Nous avons \(R_a \cong R'_a\) puisque \(U = D(a)\). Par conséquent, une puissance de \(a\) annule le \(R\)-module fini \(R'/R\). Comme \(\mathfrak m = \sqrt{(a)}\), le module \(R'/R\) est annulé par une puissance de \(\mathfrak m\). D’après Diviseurs, Lemme 02OS, on voit que \(IR'\) est un idéal localement principal. Comme \(R'\) est semi-local, \(IR'\) est principal, voir Algèbre, Lemme 02M9, disons \(IR' = (t)\). Alors \(a = a't\) et \(b = b't\), et tout est clair.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension \(1\). Soient \(a, b \in R\) des non-diviseurs de zéro avec \(a \in \mathfrak m\). Il existe un entier \(n = n(R, a, b)\) tel que, pour toute extension finie d’anneaux \(R \subset R'\), si \(b = a^m c\) pour un certain \(c \in R'\), alors \(m \leq n\).
Démonstration
Choisissons un idéal premier minimal \(\mathfrak q \subset R\). Observons que \(\dim(R/\mathfrak q) = 1\) ; en particulier, \(R/\mathfrak q\) n’est pas un corps. On peut choisir un anneau de valuation discrète \(A\) dominant \(R/\mathfrak q\) et ayant le même corps des fractions, voir Algèbre, Lemme 00P8. Observons que \(a\) et \(b\) s’envoient sur des éléments non nuls de \(A\), puisque les non-diviseurs de zéro de \(R\) n’appartiennent pas à \(\mathfrak q\). Soit \(v\) la valuation discrète sur \(A\). Alors \(v(a) > 0\) puisque \(a \in \mathfrak m\). Nous affirmons que \(n = v(b)/v(a)\) convient.
Soit donnée une extension \(R \subset R'\). Posons \(A' = A \otimes_R R'\). Comme \(\Spec(R') \to \Spec(R)\) est surjectif (Algèbre, Lemme 00GQ), \(\Spec(A') \to \Spec(A)\) est aussi surjectif (Algèbre, Lemme 00FI). Choisissons un idéal premier \(\mathfrak q' \subset A'\) au-dessus de \((0) \subset A\). Alors \(A \subset A'' = A'/\mathfrak q'\) est une extension finie d’anneaux (induisant de nouveau une surjection sur les spectres). Choisissons un idéal maximal \(\mathfrak m'' \subset A''\) au-dessus de l’idéal maximal de \(A\), ainsi qu’un anneau de valuation discrète \(A'''\) dominant \(A''_{\mathfrak m''}\) (voir le lemme cité ci-dessus). Alors \(A \to A'''\) est une extension d’anneaux de valuation discrète et nous avons \(b = a^m c\) dans \(A'''\). Ainsi \(v'''(b) \geq mv'''(a)\). Comme \(v''' = ev\), où \(e\) est l’indice de ramification de \(A'''/A\), on obtient \(m \leq n\), comme voulu.
Lemme
Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension \(1\). Soit \(r \geq 2\) et soient \(a_1, \ldots, a_r \in A\) des non-diviseurs de zéro qui ne sont pas tous des unités. Alors il existe
une extension finie d’anneaux \(A \subset B\) telle que \(B/A\) soit annulé par une puissance de \(\mathfrak m\),
pour tout idéal maximal \(\mathfrak m_j \subset B\), un non-diviseur de zéro \(\pi_j \in B_j = B_{\mathfrak m_j}\), et
des factorisations \(a_i = u_{i, j} \pi_j^{e_{i, j}}\) dans \(B_j\), où \(u_{i, j} \in B_j\) est une unité et \(e_{i, j} \geq 0\).
Démonstration
Puisqu’au moins un \(a_i\) n’est pas une unité, \(\mathfrak m\) n’est pas un idéal premier associé de \(A\). De plus, pour toute extension \(A \subset B\) comme dans l’énoncé, \(\mathfrak m\) n’est pas un idéal premier associé de \(B\) et \(\mathfrak m_j\) n’est pas un idéal premier associé de \(B_j\). Garder cela à l’esprit aidera à vérifier les raisonnements ci-dessous.
Tout d’abord, nous affirmons qu’il suffit de démontrer le lemme pour \(r = 2\). Nous allons le montrer par récurrence sur \(r\) ; nous suggérons au lecteur de sauter la démonstration. Supposons donnés \(A \subset B\) et des \(\pi_j\) dans \(B_j = B_{\mathfrak m_j}\), ainsi que des factorisations \(a_i = u_{i, j} \pi_j^{e_{i, j}}\) pour \(i = 1, \ldots, r - 1\) dans \(B_j\), où \(u_{i, j} \in B_j\) est une unité et \(e_{i, j} \geq 0\). En appliquant le cas \(r = 2\) à \(\pi_j\) et \(a_r\) dans \(B_j\), on peut trouver des extensions \(B_j \subset C_j\) et, pour tout idéal maximal \(\mathfrak m_{j, k}\) de \(C_j\), un non-diviseur de zéro \(\pi_{j, k} \in C_{j, k} = (C_j)_{\mathfrak m_{j, k}}\) et des factorisations \[\pi_j = v_{j, k} \pi_{j, k}^{f_{j, k}} \quad\text{et}\quad a_r = w_{j, k} \pi_{j, k}^{g_{j, k}}\] comme dans le lemme. Il existe une unique extension finie \(B \subset C\) telle que \(C/B\) soit annulé par une puissance de \(\mathfrak m\) et que \(C_j \cong C_{\mathfrak m_j}\) pour tout \(j\), voir le Lemme 0EAE. Les idéaux maximaux de \(C\) correspondent \(1\) à \(1\) aux idéaux maximaux \(\mathfrak m_{j, k}\) dans les localisés, et dans ces localisés nous avons \[a_i = u_{i, j} \pi_j^{e_{i, j}} = u_{i, j} v_{j, k}^{e_{i, j}} \pi_{j, k}^{e_{i, j}f_{j, k}}\] pour \(i \leq r - 1\). Comme \(a_r\) se factorise lui aussi correctement, la démonstration de l’étape de récurrence est achevée.
Démonstration du cas \(r = 2\). Nous raisonnons par récurrence sur \[\ell = \min(\text{longueur}_A(A/a_1A),\ \text{longueur}_A(A/a_2A)).\] Si \(\ell = 0\), alors \(a_1\) ou \(a_2\) est une unité et le lemme vaut avec \(A = B\). Nous pouvons donc supposer \(\ell > 0\).
Supposons donnée une extension finie d’anneaux \(A \subset A'\) telle que \(A'/A\) soit annulé par une puissance de \(\mathfrak m\) et que \(\mathfrak m\) ne soit pas un idéal premier associé de \(A'\). Soient \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_r \subset A'\) les idéaux maximaux, et posons \(A'_i = A'_{\mathfrak m_i}\). Si l’on peut résoudre le problème pour \(a_1, a_2\) dans chaque \(A'_i\), alors on peut appliquer le Lemme 0EAE pour produire une solution pour \(a_1, a_2\) dans \(A\). Choisissons \(x \in \{a_1, a_2\}\) tel que \(\ell = \text{longueur}_A(A/xA)\). D’après le Lemme 0EA9 et (0EA6), nous avons \(\text{longueur}_A(A/xA) = \text{longueur}_A(A'/xA')\). D’autre part, \[\text{longueur}_A(A'/xA') = \sum [\kappa(\mathfrak m_i) : \kappa(\mathfrak m)] \text{longueur}_{A'_i}(A'_i/xA'_i)\] d’après Algèbre, Lemme 02M0. Comme \(x \in \mathfrak m\), chaque terme du membre de droite est positif. On en conclut que l’hypothèse de récurrence s’applique à \(a_1, a_2\) dans chaque \(A'_i\) si \(r > 1\), ou si \(r = 1\) et \([\kappa(\mathfrak m_1) : \kappa(\mathfrak m)] > 1\). On en conclut que l’on peut supposer que tout \(A'\) comme ci-dessus est local et a le même corps résiduel que \(A\).
En appliquant la discussion du paragraphe précédent, nous pouvons remplacer \(A\) par l’anneau construit dans le Lemme 02Q7 pour \(a_1, a_2 \in A\). Puisque \(A\) est local, nous obtenons alors, quitte à échanger \(a_1\) et \(a_2\), que \(a_2 \in (a_1)\). Écrivons \(a_2 = a_1^m c\), avec \(m > 0\) maximal. En fait, d’après le Lemme 0EAF, nous pouvons supposer que \(m\) demeure maximal même après avoir remplacé \(A\) par toute extension finie \(A \subset A'\) comme au paragraphe précédent. Si \(c\) est une unité, nous avons terminé. Sinon, nous remplaçons \(A\) par l’anneau construit dans le Lemme 02Q7 pour \(a_1, c \in A\). Alors ou bien (1) \(c = a_1 c'\), ou bien (2) \(a_1 = c a'_1\). Le premier cas est impossible, puisqu’il donnerait \(a_2 = a_1^{m + 1} c'\), ce qui contredirait la maximalité de \(m\). Dans le second cas, on obtient \(a_1 = c a'_1\) et \(a_2 = c^{m + 1} (a'_1)^m\). Il suffit alors de démontrer le lemme pour \(A\) et \(c, a'_1\). Si \(a'_1\) est une unité, nous avons terminé ; sinon, \(\text{longueur}_A(A/cA) < \ell\), car \(cA\) est un idéal strictement plus grand que \(a_1A\). Nous concluons donc par l’hypothèse de récurrence.
Symboles modérés
Considérons un anneau local noethérien \((A, \mathfrak m)\) de dimension \(1\). Notons \(Q(A)\) l’anneau total des fractions de \(A\), voir Algèbre, Exemple 02C5. Le symbole modéré sera une application \[\partial_A(-, -) : Q(A)^* \times Q(A)^* \longrightarrow \kappa(\mathfrak m)^*\] qui satisfait les propriétés suivantes :
\(\partial_A(f, gh) = \partial_A(f, g) \partial_A(f, h)\) [0EAI] pour \(f, g, h \in Q(A)^*\),
\(\partial_A(f, g) \partial_A(g, f) = 1\) [0EAJ] pour \(f, g \in Q(A)^*\),
\(\partial_A(f, 1 - f) = 1\) [0EAK] pour \(f \in Q(A)^*\) tel que \(1 - f \in Q(A)^*\),
\(\partial_A(aa', b) = \partial_A(a, b)\partial_A(a', b)\) [0EAL] et \(\partial_A(a, bb') = \partial_A(a, b)\partial_A(a, b')\) pour des non-diviseurs de zéro \(a, a', b, b' \in A\),
\(\partial_A(b, b) = (-1)^m\) [0EAM] avec \(m = \text{longueur}_A(A/bA)\), pour tout non-diviseur de zéro \(b \in A\),
\(\partial_A(u, b) = u^m \bmod \mathfrak m\) [0EAN] avec \(m = \text{longueur}_A(A/bA)\), pour toute unité \(u \in A\) et tout non-diviseur de zéro \(b \in A\), et
\(\partial_A(a, b - a)\partial_A(b, b) = \partial_A(b, b - a)\partial_A(a, b)\) pour \(a, b \in A\) tels que \(a, b, b - a\) soient des non-diviseurs de zéro.
Comme il est plus facile de travailler avec des éléments de \(A\), nous considérerons souvent \(\partial_A\) comme une application définie sur les couples de non-diviseurs de zéro de \(A\) qui satisfait (0EAL), (0EAM), (0EAN), (0EAP). C’est un exercice de vérifier qu’en posant \[\partial_A(\frac{a}{b}, \frac{c}{d}) = \partial_A(a, c) \partial_A(a, d)^{-1} \partial_A(b, c)^{-1} \partial_A(b, d)\] on obtient une application bien définie \(Q(A)^* \times Q(A)^* \to \kappa(\mathfrak m)^*\) qui satisfait (0EAI), (0EAJ), (0EAK), ainsi que les autres propriétés.
Nous ne prétendons pas qu’il existe une unique application ayant ces propriétés. Nous allons plutôt donner une recette pour construire une telle application. Plus précisément, étant donnés des non-diviseurs de zéro \(a_1, a_2 \in A\), nous choisissons une extension d’anneaux \(A \subset B\) et des factorisations locales comme dans le Lemme 0EAG. Puis nous définissons [0EAQ]\[\begin{equation} \partial_A(a_1, a_2) = \prod\nolimits_j \text{Norme}_{\kappa(\mathfrak m_j)/\kappa(\mathfrak m)} ((-1)^{e_{1, j}e_{2, j}}u_{1, j}^{e_{2, j}}u_{2, j}^{-e_{1, j}} \bmod \mathfrak m_j)^{m_j} \end{equation}\] où \(m_j = \text{longueur}_{B_j}(B_j/\pi_j B_j)\) et le produit est pris sur les idéaux maximaux \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_r\) de \(B\).
Lemme
La formule (0EAQ) détermine un élément bien défini de \(\kappa(\mathfrak m)^*\). Autrement dit, le membre de droite ne dépend ni du choix des factorisations locales, ni du choix de \(B\).
Démonstration
Indépendance du choix des factorisations. Supposons donnés un anneau local noethérien de dimension \(1\), noté \(B\), des éléments \(a_1, a_2 \in B\), et des non-diviseurs de zéro \(\pi, \theta\) tels que l’on puisse écrire \[a_1 = u_1 \pi^{e_1} = v_1 \theta^{f_1},\quad a_2 = u_2 \pi^{e_2} = v_2 \theta^{f_2}\] avec des entiers \(e_i, f_i \geq 0\) et des unités \(u_i, v_i\) de \(B\). Observons que cela implique \[a_1^{e_2} = u_1^{e_2}u_2^{-e_1}a_2^{e_1},\quad a_1^{f_2} = v_1^{f_2}v_2^{-f_1}a_2^{f_1}\] D’autre part, en posant \(m = \text{longueur}_B(B/\pi B)\) et \(k = \text{longueur}_B(B/\theta B)\), on obtient \(e_2 m = \text{longueur}_B(B/a_2 B) = f_2 k\). En développant \(a_1^{e_2m} = a_1^{f_2 k}\) à l’aide des égalités ci-dessus, on trouve \[(u_1^{e_2}u_2^{-e_1})^m = (v_1^{f_2}v_2^{-f_1})^k\] Cela démontre l’égalité voulue au signe près. Pour vérifier que les signes conviennent, il faut montrer que \(me_1e_2\) est pair si et seulement si \(kf_1f_2\) est pair. Cela résulte des deux égalités \(me_2 = kf_2\) et \(me_1 = kf_1\) (par le même raisonnement que ci-dessus).
Indépendance du choix de \(B\). Supposons données deux extensions \(A \subset B\) et \(A \subset B'\) comme dans le Lemme 0EAG. Alors \[C = (B \otimes_A B')/(\mathfrak m\text{-torsion})\] en fournira une troisième. Nous pouvons donc supposer que nous avons \(A \subset B \subset C\), ainsi que des factorisations sur les anneaux locaux de \(B\), et il faut montrer que l’emploi des mêmes factorisations sur les anneaux locaux de \(C\) donne le même élément de \(\kappa(\mathfrak m)\). Par transitivité des normes (Corps, Lemme 0BIJ), cela se ramène au problème suivant : si \(B\) est un anneau local noethérien de dimension \(1\) et \(\pi \in B\) un non-diviseur de zéro, alors \[\lambda^m = \prod \text{Norme}_{\kappa_k/\kappa}(\lambda)^{m_k}\] Nous avons employé ici les notations suivantes : (1) \(\kappa\) est le corps résiduel de \(B\), (2) \(\lambda\) est un élément de \(\kappa\), (3) les \(\mathfrak m_k \subset C\) sont les idéaux maximaux de \(C\), (4) \(\kappa_k = \kappa(\mathfrak m_k)\) est le corps résiduel de \(C_k = C_{\mathfrak m_k}\), (5) \(m = \text{longueur}_B(B/\pi B)\), et (6) \(m_k = \text{longueur}_{C_k}(C_k/\pi C_k)\). L’égalité affichée vaut parce que \(\text{Norme}_{\kappa_k/\kappa}(\lambda) = \lambda^{[\kappa_k : \kappa]}\), puisque \(\lambda \in \kappa\), et parce que \(m = \sum m_k[\kappa_k:\kappa]\). Premièrement, nous avons \(m = \text{longueur}_B(B/xB) = \text{longueur}_B(C/\pi C)\) d’après le Lemme 0EA9 et (0EA6). Enfin, \(\text{longueur}_B(C/\pi C) = \sum m_k[\kappa_k:\kappa]\) d’après Algèbre, Lemme 02M0.
Lemme
Le symbole modéré (0EAQ) satisfait (0EAL), (0EAM), (0EAN), (0EAP) et fournit donc une application \(\partial_A : Q(A)^* \times Q(A)^* \to \kappa(\mathfrak m)^*\) qui satisfait (0EAI), (0EAJ), (0EAK).
Démonstration
Démontrons (0EAL). Soient \(a_1, a_2, a_3 \in A\) des non-diviseurs de zéro. Choisissons \(A \subset B\) comme dans le Lemme 0EAG pour \(a_1, a_2, a_3\). Alors l’égalité \[\partial_A(a_1a_2, a_3) = \partial_A(a_1, a_3) \partial_A(a_2, a_3)\] résulte de l’égalité \[(-1)^{(e_{1, j} + e_{2, j})e_{3, j}} (u_{1, j}u_{2, j})^{e_{3, j}}u_{3, j}^{-e_{1, j} - e_{2, j}} = (-1)^{e_{1, j}e_{3, j}} u_{1, j}^{e_{3, j}}u_{3, j}^{-e_{1, j}} (-1)^{e_{2, j}e_{3, j}} u_{2, j}^{e_{3, j}}u_{3, j}^{-e_{2, j}}\] dans \(B_j\). Les propriétés (0EAM) et (0EAN) sont tout aussi immédiates.
Démontrons (0EAP). Soient \(a_1, a_2, a_1 - a_2 \in A\) des non-diviseurs de zéro et posons \(a_3 = a_1 - a_2\). Choisissons \(A \subset B\) comme dans le Lemme 0EAG pour \(a_1, a_2, a_3\). Il suffit alors de montrer que \[(-1)^{e_{1, j}e_{2, j} + e_{1, j}e_{3, j} + e_{2, j}e_{3, j} + e_{2, j}} u_{1, j}^{e_{2, j} - e_{3, j}} u_{2, j}^{e_{3, j} - e_{1, j}} u_{3, j}^{e_{1, j} - e_{2, j}} \bmod \mathfrak m_j = 1\] C’est clair si \(e_{1, j} = e_{2, j} = e_{3, j}\). Supposons \(e_{1, j} > e_{2, j}\). Alors \(e_{3, j} = e_{2, j}\), car \(a_3 = a_1 - a_2\), et \(u_{3, j}\) a la même classe résiduelle que \(-u_{2, j}\). Par conséquent, la formule est vraie ; les signes conviennent eux aussi, et cette vérification explique le choix des signes dans (0EAQ). Les autres cas se traitent exactement de la même manière.
Lemme
Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension \(1\). Soit \(A \subset B\) une extension finie d’anneaux telle que \(B/A\) soit annulé par une puissance de \(\mathfrak m\) et que \(\mathfrak m\) ne soit pas un idéal premier associé de \(B\). Pour des non-diviseurs de zéro \(a, b \in A\), nous avons \[\partial_A(a, b) = \prod \text{Norme}_{\kappa(\mathfrak m_j)/\kappa(\mathfrak m)}(\partial_{B_j}(a, b))\] où le produit est pris sur les idéaux maximaux \(\mathfrak m_j\) de \(B\) et \(B_j = B_{\mathfrak m_j}\).
Démonstration
Choisissons \(B_j \subset C_j\) comme dans le Lemme 0EAG pour \(a, b\). D’après le Lemme 0EAE, on peut choisir une extension finie d’anneaux \(B \subset C\) telle que \(C_j \cong C_{\mathfrak m_j}\) pour tout \(j\). Soient \(\mathfrak m_{j, k} \subset C\) les idéaux maximaux de \(C\) au-dessus de \(\mathfrak m_j\). Soient \[a = u_{j, k}\pi_{j, k}^{f_{j, k}},\quad b = v_{j, k}\pi_{j, k}^{g_{j, k}}\] les factorisations locales dont l’existence résulte de notre choix de \(C_j \cong C_{\mathfrak m_j}\). Par définition, nous avons \[\partial_A(a, b) = \prod\nolimits_{j, k} \text{Norme}_{\kappa(\mathfrak m_{j, k})/\kappa(\mathfrak m)} ((-1)^{f_{j, k}g_{j, k}}u_{j, k}^{g_{j, k}}v_{j, k}^{-f_{j, k}} \bmod \mathfrak m_{j, k})^{m_{j, k}}\] et \[\partial_{B_j}(a, b) = \prod\nolimits_k \text{Norme}_{\kappa(\mathfrak m_{j, k})/\kappa(\mathfrak m_j)} ((-1)^{f_{j, k}g_{j, k}}u_{j, k}^{g_{j, k}}v_{j, k}^{-f_{j, k}} \bmod \mathfrak m_{j, k})^{m_{j, k}}\] Le résultat découle de la transitivité des normes pour \(\kappa(\mathfrak m_{j, k})/\kappa(\mathfrak m_j)/\kappa(\mathfrak m)\), voir Corps, Lemme 0BIJ.
Lemme
Soit \((A, \mathfrak m, \kappa) \to (A', \mathfrak m', \kappa')\) un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens. Supposons \(A \to A'\) plat et \(\dim(A) = \dim(A') = 1\). Posons \(m = \text{longueur}_{A'}(A'/\mathfrak mA')\). Pour des non-diviseurs de zéro \(a_1, a_2 \in A\), \(\partial_A(a_1, a_2)^m\) s’envoie sur \(\partial_{A'}(a_1, a_2)\) par \(\kappa \to \kappa'\).
Démonstration
Si \(a_1, a_2\) sont tous deux des unités, alors \(\partial_A(a_1, a_2) = 1\), \(\partial_{A'}(a_1, a_2) = 1\), et le résultat est vrai. Sinon, on peut choisir une extension d’anneaux \(A \subset B\) et des factorisations locales comme dans le Lemme 0EAG. Notons \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_m\) les idéaux maximaux de \(B\). Soient \(\mathfrak m_1, \ldots, \mathfrak m_m\) les idéaux maximaux de \(B\), de corps résiduels \(\kappa_1, \ldots, \kappa_m\). Pour chaque \(j \in \{1, \ldots, m\}\), notons \(\pi_j \in B_j = B_{\mathfrak m_j}\) un non-diviseur de zéro tel que nous ayons des factorisations \(a_i = u_{i, j}\pi_j^{e_{i, j}}\) comme dans le lemme. Par définition, nous avons \[\partial_A(a_1, a_2) = \prod\nolimits_j \text{Norme}_{\kappa_j/\kappa} ((-1)^{e_{1, j}e_{2, j}}u_{1, j}^{e_{2, j}}u_{2, j}^{-e_{1, j}} \bmod \mathfrak m_j)^{m_j}\] où \(m_j = \text{longueur}_{B_j}(B_j/\pi_j B_j)\).
Posons \(B' = A' \otimes_A B\). Comme \(A'\) est plat sur \(A\), on voit que \(A' \subset B'\) est une extension d’anneaux telle que \(B'/A'\) soit annulé par une puissance de \(\mathfrak m'\). Soient \[\mathfrak m'_{j, l},\quad l = 1, \ldots, n_j\] les idéaux maximaux de \(B'\) au-dessus de \(\mathfrak m_j\). Notons \(\kappa'_{j, l}\) le corps résiduel de \(\mathfrak m'_{j, l}\). Notons \(B'_{j, l}\) le localisé de \(B'\) en \(\mathfrak m'_{j, l}\). Comme factorisations de \(a_1\) et \(a_2\) dans \(B'_{j, l}\), nous utilisons l’image des factorisations \(a_i = u_{i, j} \pi_j^{e_{i, j}}\) qui nous sont données dans \(B_j\). Par définition, nous avons \[\partial_{A'}(a_1, a_2) = \prod\nolimits_{j, l} \text{Norme}_{\kappa'_{j, l}/\kappa'} ((-1)^{e_{1, j}e_{2, j}}u_{1, j}^{e_{2, j}}u_{2, j}^{-e_{1, j}} \bmod \mathfrak m'_{j, l})^{m'_{j, l}}\] où \(m'_{j, l} = \text{longueur}_{B'_{j, l}}(B'_{j, l}/\pi_j B'_{j, l})\).
En comparant les formules ci-dessus, on voit qu’il suffit de montrer que pour tout \(j\) et toute unité \(u \in B_j\), on a [0GU1]\[\begin{equation} \left(\text{Norme}_{\kappa_j/\kappa}(u \bmod \mathfrak m_j)^{m_j}\right)^m = \prod\nolimits_l \text{Norme}_{\kappa'_{j, l}/\kappa'}(u \bmod \mathfrak m'_{j, l})^{m'_{j, l}} \end{equation}\] dans \(\kappa'\). Pour le démontrer, nous allons utiliser la construction des déterminants d’endomorphismes de modules de longueur finie donnée dans Compléments sur l’algèbre, section 0GSX. Posons \(M = B_j/\pi_j B_j\). D’après Compléments sur l’algèbre, Lemme 0GSZ, nous avons \[\text{Norme}_{\kappa_j/\kappa}(u \bmod \mathfrak m_j)^{m_j} = \det\nolimits_\kappa(u : M \to M)\] Ainsi, d’après Compléments sur l’algèbre, Lemme 0GT0, le membre de gauche de (0GU1) est égal à \(\det_{\kappa'}(u : M \otimes_A A' \to M \otimes_A A')\). Nous avons un isomorphisme \[M \otimes_A A' = (B_j/\pi_j B_j) \otimes_A A' = \bigoplus\nolimits_l B'_{j, l}/\pi_j B'_{j, l}\] de \(A'\)-modules. En posant \(M'_l = B'_{j, l}/\pi_j B'_{j, l}\), on voit que \(\text{Norme}_{\kappa'_{j, l}/\kappa'}(u \bmod \mathfrak m'_{j, l})^{m'_{j, l}} = \det_{\kappa'}(u_j : M'_l \to M'_l)\) d’après, de nouveau, Compléments sur l’algèbre, Lemme 0GSZ. Ainsi (0GU1) résulte de la multiplicativité de la construction du déterminant, voir Compléments sur l’algèbre, Lemme 0GSY.
Un lemme clé
Dans cette section, nous appliquons les résultats précédents pour démontrer le Lemme 0EAX. Ce lemme est le cas en bas degré de l’assertion selon laquelle il existe, pour la K-théorie de Milnor, un complexe analogue au complexe de Gersten–Quillen en K-théorie de Quillen. Voir la Remarque 0EAY.
Lemme
Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension \(2\). Soit \(t \in \mathfrak m\) un non-diviseur de zéro. Écrivons \(V(t) = \{\mathfrak m, \mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_r\}\). Soit \(A_{\mathfrak q_i} \subset B_i\) une extension finie d’anneaux telle que \(B_i/A_{\mathfrak q_i}\) soit annulé par une puissance de \(t\). Alors il existe une extension finie \(A \subset B\) d’anneaux locaux, identifiant les corps résiduels, telle que \(B_i \cong B_{\mathfrak q_i}\) et que \(B/A\) soit annulé par une puissance de \(t\).
Démonstration
Choisissons \(n > 0\) tel que \(B_i \subset t^{-n}A_{\mathfrak q_i}\). Soient \(M \subset t^{-n}A\), respectivement \(M' \subset t^{-2n}A\), les sous-\(A\)-modules formés des éléments dont les images appartiennent à \(B_i\) dans \(t^{-n}A_{\mathfrak q_i}\) et \(t^{-2n}A_{\mathfrak q_i}\), respectivement. L’inclusion \(M \subset M'\) est alors une inclusion de \(A\)-modules finis, puisque \(A\) est noethérien, et \(M_{\mathfrak q_i} = M'_{\mathfrak q_i} = B_i\), car la localisation est exacte. Ainsi \(M'/M\) est annulé par \(\mathfrak m^c\) pour un certain \(c > 0\). Observons que \(M \cdot M \subset M'\) pour la multiplication \(t^{-n}A \times t^{-n}A \to t^{-2n}A\). Par conséquent, \(B = A + \mathfrak m^{c + 1}M\) est une \(A\)-algèbre finie ayant les bons localisés. Nous omettons de vérifier que \(B\) est local, d’idéal maximal \(\mathfrak m + \mathfrak m^{c + 1}M\).
Lemme
Soit \((A, \mathfrak m)\) un anneau local noethérien de dimension \(2\). Soient \(a, b \in A\) des non-diviseurs de zéro. Alors \[\sum \text{ord}_{A/\mathfrak q}(\partial_{A_{\mathfrak q}}(a, b)) = 0\] où la somme porte sur les idéaux premiers de hauteur \(1\), notés \(\mathfrak q\), de \(A\).
Démonstration
Si \(\mathfrak q\) est un idéal premier de hauteur \(1\) de \(A\) tel que \(a, b\) s’envoient sur une unité de \(A_\mathfrak q\), alors \(\partial_{A_\mathfrak q}(a, b) = 1\). La somme est donc finie. En fait, si \(V(ab) = \{\mathfrak m, \mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_r\}\), la somme porte sur \(i = 1, \ldots, r\). Pour chaque \(i\), choisissons une extension \(A_{\mathfrak q_i} \subset B_i\) comme dans le Lemme 0EAG pour \(a, b\). D’après le Lemme 0EAV, appliqué avec \(t = ab\) et la liste d’idéaux premiers donnée, nous pouvons supposer donnée une extension locale finie \(A \subset B\) telle que \(B/A\) soit annulé par une puissance de \(ab\) et que, pour chaque \(i\), on ait \(B_{\mathfrak q_i} \cong B_i\). Observons que, si les \(\mathfrak q_{i, j}\) sont les idéaux premiers de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak q_i\), alors \[\text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(\partial_{A_{\mathfrak q_i}}(a, b)) = \sum\nolimits_j \text{ord}_{B/\mathfrak q_{i, j}}(\partial_{B_{\mathfrak q_{i, j}}}(a, b))\] d’après le Lemme 0EAT et Algèbre, Lemme 02MJ. Nous pouvons donc remplacer \(A\) par \(B\) et nous ramener au cas traité dans le paragraphe suivant.
Supposons que, pour chaque \(i\), il existe un non-diviseur de zéro \(\pi_i \in A_{\mathfrak q_i}\) et des unités \(u_i, v_i \in A_{\mathfrak q_i}\) tels que, pour certains entiers \(e_i, f_i \geq 0\), nous ayons \[a = u_i \pi_i^{e_i},\quad b = v_i \pi_i^{f_i}\] dans \(A_{\mathfrak q_i}\). En posant \(m_i = \text{longueur}_{A_{\mathfrak q_i}}(A_{\mathfrak q_i}/\pi_i)\), nous avons \(\partial_{A_{\mathfrak q_i}}(a, b) = ((-1)^{e_if_i}u_i^{f_i}v_i^{-e_i})^{m_i}\) par définition. Comme \(a, b\) sont des non-diviseurs de zéro, le complexe \((2, 1)\)-périodique \((A/(ab), a, b)\) a une cohomologie nulle. Notons \(M_i\) l’image de \(A/(ab)\) dans \(A_{\mathfrak q_i}/(ab)\). Nous avons alors une application \[A/(ab) \longrightarrow \bigoplus M_i\] dont le noyau et le conoyau ont leur support dans \(\{\mathfrak m\}\) et sont donc de longueur finie. On voit ainsi que \[\sum e_A(M_i, a, b) = 0\] d’après le Lemme 0EA9. Il suffit donc de montrer \(e_A(M_i, a, b) = - \text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(\partial_{A_{\mathfrak q_i}}(a, b))\).
Démontrons d’abord ceci dans le cas où \(\pi_i, u_i, v_i\) sont les images d’éléments \(\pi_i, u_i, v_i \in A\) (l’emploi des mêmes symboles ne devrait prêter à aucune confusion). Dans ce cas, on obtient \[\begin{align*} e_A(M_i, a, b) & = e_A(M_i, u_i\pi_i^{e_i}, v_i\pi_i^{f_i}) \\ & = e_A(M_i, \pi_i^{e_i}, \pi_i^{f_i}) - e_A(\pi_i^{e_i}M_i, 0, u_i) + e_A(\pi_i^{f_i}M_i, 0, v_i) \\ & = 0 - f_im_i\text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(u_i) + e_im_i\text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(v_i) \\ & = -m_i\text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(u_i^{f_i}v_i^{-e_i}) = -\text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(\partial_{A_{\mathfrak q_i}}(a, b)) \end{align*}\] La deuxième égalité résulte du Lemme 0EAC. Observons que \(M_i \subset (M_i)_{\mathfrak q_i} = A_{\mathfrak q_i}/(\pi_i^{e_i + f_i})\) et que \((\pi_i^{e_i}M_i)_{\mathfrak q_i} \cong A_{\mathfrak q_i}/\pi_i^{f_i}\) et \((\pi_i^{f_i}M_i)_{\mathfrak q_i} \cong A_{\mathfrak q_i}/\pi_i^{e_i}\). Le \(0\) de la troisième égalité provient du Lemme 0EAB, et les deux autres termes proviennent du Lemme 02QF. Les deux dernières égalités résultent de la multiplicativité de la fonction ordre et de la définition de notre symbole modéré.
En général, on peut d’abord choisir \(c \in A\), \(c \not \in \mathfrak q_i\) tel que \(c\pi_i \in A\). En remplaçant \(\pi_i\) par \(c\pi_i\), \(u_i\) par \(c^{-e_i}u_i\) et \(v_i\) par \(c^{-f_i}v_i\), nous pouvons et allons supposer que \(\pi_i\) appartient à \(A\). Ensuite, choisissons un \(c \in A\), \(c \not \in \mathfrak q_i\), tel que \(cu_i, cv_i \in A\). On observe alors que \[e_A(M_i, ca, cb) = e_A(M_i, a, b) - e_A(aM_i, 0, c) + e_A(bM_i, 0, c)\] d’après le Lemme 02QF. D’autre part, nous avons \[\partial_{A_{\mathfrak q_i}}(ca, cb) = c^{m_i(f_i - e_i)}\partial_{A_{\mathfrak q_i}}(a, b)\] dans \(\kappa(\mathfrak q_i)^*\), puisque \(c\) est une unité de \(A_{\mathfrak q_i}\). Les raisonnements du paragraphe précédent montrent que \(e_A(M_i, ca, cb) = - \text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(\partial_{A_{\mathfrak q_i}}(ca, cb))\). Il suffit donc de démontrer \[e_A(aM_i, 0, c) = \text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(c^{m_if_i}) \quad\text{et}\quad e_A(bM_i, 0, c) = \text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(c^{m_ie_i})\] ce qui résulte du Lemme 02QF par la description donnée ci-dessus de ce qui se produit après localisation en \(\mathfrak q_i\).
Lemme
Soit \(A\) un anneau local noethérien intègre de dimension \(2\), de corps des fractions \(K\). Soient \(f, g \in K^*\). Soient \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\) les idéaux premiers de hauteur \(1\), notés \(\mathfrak q\), de \(A\) tels que \(f\) ou \(g\) n’appartienne pas à \(A^*_{\mathfrak q}\). Alors \[\sum\nolimits_{i = 1, \ldots, t} \text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(\partial_{A_{\mathfrak q_i}}(f, g)) = 0\] On peut aussi l’écrire \[\sum\nolimits_{\text{hauteur}(\mathfrak q) = 1} \text{ord}_{A/\mathfrak q}(\partial_{A_{\mathfrak q}}(f, g)) = 0\] car, en tout idéal premier de hauteur \(1\), noté \(\mathfrak q\), de \(A\) tel que \(f, g \in A^*_{\mathfrak q}\), nous avons \(\partial_{A_{\mathfrak q}}(f, g) = 1\).
Démonstration
Comme les symboles modérés \(\partial_{A_{\mathfrak q}}(f, g)\) sont bilinéaires et les fonctions ordre \(\text{ord}_{A/\mathfrak q}\) additives, il suffit de démontrer la formule lorsque \(f\) et \(g\) sont des éléments de \(A\). Ce cas est démontré au Lemme 0EAW.
Remarque
Pour un corps \(k\), notons \(K^M_*(k)\) le quotient de l’algèbre tensorielle sur \(k^*\) par l’idéal bilatère engendré par les éléments \(x \otimes 1 - x\) pour \(x \in k \setminus \{0, 1\}\). Ainsi \(K^M_0(k) = \mathbf{Z}\), \(K_1^M(k) = k^*\), et \[K^M_2(k) = k^* \otimes_\mathbf{Z} k^* / \langle x \otimes 1 - x \rangle\] Si \(A\) est un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(F = \text{Frac}(A)\) et de corps résiduel \(\kappa\), il existe un symbole modéré \[\partial_A : K_{i + 1}^M(F) \to K_i^M(\kappa)\] défini comme à la section 0EAH ; voir [Kato-Milnor-K]. Plus généralement, cette application peut être étendue au cas où \(A\) est un anneau local intègre excellent de dimension \(1\), à l’aide de la normalisation et des applications normes sur \(K_i^M\), voir [Kato-Milnor-K] ; vraisemblablement, la méthode de la section 0EAH permet d’étendre la construction du symbole modéré \(\partial_A\) à tout anneau local noethérien intègre \(A\) de dimension \(1\). Ensuite, soit \(X\) un schéma noethérien muni d’une fonction de dimension \(\delta\). On peut alors utiliser ces symboles modérés pour obtenir les flèches suivantes : \[\bigoplus\nolimits_{\delta(x) = j + 1} K^M_{i + 1}(\kappa(x)) \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{\delta(x) = j} K^M_i(\kappa(x)) \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{\delta(x) = j - 1} K^M_{i - 1}(\kappa(x))\] Cependant, il n’est pas clair que la composée soit nulle, c’est-à-dire que l’on obtienne un complexe de groupes abéliens. Pour \(X\) excellent, cela est démontré dans [Kato-Milnor-K]. Lorsque \(i = 1\) et \(j\) est quelconque, cela résulte du Lemme 0EAX.
Cadre
Nous travaillerons partout sur une base localement noethérienne et universellement caténaire \(S\), munie d’une fonction de dimension \(\delta\). Bien qu’il soit probablement possible de généraliser certaines parties de la discussion de ce chapitre, cela semble constituer une bonne première approximation. C’est exactement le degré de généralité étudié dans [Thorup]. Nous ne supposons généralement pas nos schémas séparés ni quasi-compacts. De nombreux champs algébriques intéressants ne sont ni séparés ni quasi-compacts, et c’est un bon cas d’étude pour voir comment élaborer aussi pour eux une théorie raisonnable. Afin de pouvoir faire référence à ces hypothèses, nous les numérotons.
Situation
Ici, \(S\) est un schéma localement noethérien et universellement caténaire. De plus, nous supposons \(S\) muni d’une fonction de dimension \(\delta : S \longrightarrow \mathbf{Z}\).
Voir Morphismes, Définition 02J8, pour la notion de schéma universellement caténaire, et Topologie, Définition 02I9, pour la notion de fonction de dimension. Rappelons que tout schéma localement noethérien et caténaire possède localement une fonction de dimension, voir Propriétés, Lemme 02IY. De plus, beaucoup de schémas sont universellement caténaires, voir Morphismes, Lemme 02JB.
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Tout schéma \(X\) localement de type fini sur \(S\) est localement noethérien et caténaire. En fait, \(X\) possède une fonction de dimension canonique \[\delta = \delta_{X/S} : X \longrightarrow \mathbf{Z}\] associée à \((f : X \to S, \delta)\) et donnée par la règle \(\delta_{X/S}(x) = \delta(f(x)) + \text{trdeg}_{\kappa(f(x))}\kappa(x)\). Voir Morphismes, Lemme 02JW. De plus, si \(h : X \to Y\) est un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\), et si \(x \in X\), \(y = h(x)\), alors, de manière évidente, \(\delta_{X/S}(x) = \delta_{Y/S}(y) + \text{trdeg}_{\kappa(y)}\kappa(x)\). Nous utiliserons librement cette fonction et ses propriétés dans la suite.
Voici les exemples fondamentaux de cadres comme ci-dessus. En fait, le principal intérêt réside dans le cas où la base est le spectre d’un corps, ou dans celui où la base est le spectre d’un anneau de Dedekind (par exemple \(\mathbf{Z}\) ou un anneau de valuation discrète).
Exemple
Ici, \(S = \Spec(k)\) et \(k\) est un corps. On pose \(\delta(pt) = 0\), où \(pt\) désigne l’unique point de \(S\). Le couple \((S, \delta)\) est un exemple de situation comme dans la Situation 02QL, d’après Morphismes, Lemme 02JB.
Exemple
Ici, \(S = \Spec(A)\), où \(A\) est un anneau noethérien intègre de dimension \(1\). On peut par exemple considérer \(A = \mathbf{Z}\). On pose \(\delta(\mathfrak p) = 0\) si \(\mathfrak p\) est un idéal maximal, et \(\delta(\mathfrak p) = 1\) si \(\mathfrak p = (0)\) correspond au point générique. C’est un exemple de Situation 02QL, d’après Morphismes, Lemme 02JB.
Exemple
Ici, \(S\) est un schéma de Cohen–Macaulay. Alors \(S\) est universellement caténaire d’après Morphismes, Lemme 02JB. On pose \(\delta(s) = -\dim(\mathcal{O}_{S, s})\). Si \(s' \leadsto s\) est une spécialisation non triviale de points de \(S\), alors \(\mathcal{O}_{S, s'}\) est le localisé de \(\mathcal{O}_{S, s}\) en un idéal premier non maximal \(\mathfrak p \subset \mathcal{O}_{S, s}\), voir Schémas, Lemme 01J7. Ainsi \(\dim(\mathcal{O}_{S, s}) = \dim(\mathcal{O}_{S, s'}) + \dim(\mathcal{O}_{S, s}/\mathfrak p) > \dim(\mathcal{O}_{S, s'})\) d’après Algèbre, Lemme 00NA. Par conséquent, \(\delta(s') > \delta(s)\). Si \(s' \leadsto s\) est une spécialisation immédiate, alors il n’existe aucun idéal premier strictement compris entre \(\mathfrak p\) et \(\mathfrak m_s\), et l’on obtient \(\delta(s') = \delta(s) + 1\). Ainsi \(\delta\) est une fonction de dimension. Autrement dit, le couple \((S, \delta)\) est un exemple de Situation 02QL.
Si \(S\) est jacobsonien et si \(\delta\) envoie les points fermés sur zéro, alors \(\delta\) est la fonction qui associe à un point la dimension de son adhérence.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Supposons en outre que \(S\) soit un schéma jacobsonien et que \(\delta(s) = 0\) pour tout point fermé \(s\) de \(S\). Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé intègre et soit \(\xi \in Z\) son point générique. Les entiers suivants sont égaux :
\(\delta_{X/S}(\xi)\),
\(\dim(Z)\), et
\(\dim(\mathcal{O}_{Z, z})\), où \(z\) est un point fermé de \(Z\).
Démonstration
Soient \(X \to S\) et \(\xi \in Z \subset X\) comme dans le lemme. Comme \(X\) est localement de type fini sur \(S\), on voit que \(X\) est jacobsonien, voir Morphismes, Lemme 02J5. Par conséquent, les points fermés de \(X\) sont denses dans tout fermé de \(Z\) et s’envoient sur des points fermés de \(S\). Ainsi, toute chaîne de fermés irréductibles de \(Z\) peut être terminée par un point fermé de \(Z\). Il s’ensuit que \(\dim(Z) = \sup_z(\dim(\mathcal{O}_{Z, z})\) (voir Propriétés, Lemme 02IZ), où \(z \in Z\) parcourt les points fermés de \(Z\). Notons que \(\dim(\mathcal{O}_{Z, z}) = \delta(\xi) - \delta(z)\) d’après les propriétés d’une fonction de dimension. Pour tout point fermé \(z \in Z\), l’extension de corps \(\kappa(z)/\kappa(f(z))\) est finie, voir Morphismes, Lemme 01TB. Ainsi \(\delta_{X/S}(z) = \delta(f(z)) = 0\) pour \(z \in Z\) fermé. Il s’ensuit que les trois entiers sont égaux.
Dans la situation du lemme précédent, la valeur de \(\delta\) au point générique d’un fermé irréductible est la dimension de ce fermé irréductible. Cependant, on ne peut s’attendre à ce que cette égalité vaille en général. Par exemple, si \(S = \Spec(\mathbf{C}[[t]])\) et \(X = \Spec(\mathbf{C}((t)))\), on obtiendrait alors \(\delta(x) = 1\) pour l’unique point de \(X\), mais \(\dim(X) = 0\). Nous voulons néanmoins considérer \(\delta_{X/S}\) comme donnant la dimension des sous-schémas fermés irréductibles. Nous introduisons donc la terminologie suivante.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Pour tout schéma \(X\) localement de type fini sur \(S\) et tout fermé irréductible \(Z \subset X\), nous définissons \[\dim_\delta(Z) = \delta(\xi)\] où \(\xi \in Z\) est le point générique de \(Z\). Nous appellerons cet entier la \(\delta\)-dimension de \(Z\). Si \(Z\) est un sous-schéma fermé de \(X\), nous définissons \(\dim_\delta(Z)\) comme la borne supérieure des \(\delta\)-dimensions de ses composantes irréductibles.
Cycles
Comme nous ne supposons pas nos schémas quasi-compacts, il faut être un peu prudent dans la définition des cycles. Nous devons autoriser les sommes infinies, car une fonction rationnelle peut, par exemple, avoir une infinité de pôles. Quoi qu’il en soit, si \(X\) est quasi-compact, un cycle est une somme finie, comme d’habitude.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(k \in \mathbf{Z}\).
Un cycle sur \(X\) est une somme formelle \[\alpha = \sum n_Z [Z]\] où la somme porte sur les sous-schémas fermés intègres \(Z \subset X\), où chaque \(n_Z \in \mathbf{Z}\), et où la collection \(\{Z; n_Z \not = 0\}\) est localement finie (Topologie, Définition 0BDS).
Un \(k\)-cycle sur \(X\) est un cycle \[\alpha = \sum n_Z [Z]\] tel que \(n_Z \not = 0 \Rightarrow \dim_\delta(Z) = k\).
Le groupe abélien de tous les \(k\)-cycles sur \(X\) est noté \(Z_k(X)\).
Autrement dit, un \(k\)-cycle sur \(X\) est une combinaison \(\mathbf{Z}\)-linéaire formelle et localement finie de sous-schémas fermés intègres de \(\delta\)-dimension \(k\). L’addition des \(k\)-cycles \(\alpha = \sum n_Z[Z]\) et \(\beta = \sum m_Z[Z]\) est donnée par \[\alpha + \beta = \sum (n_Z + m_Z)[Z],\] c’est-à-dire par addition des coefficients.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(k \in \mathbf{Z}\). Alors on peut écrire \[Z_k(X) = \bigoplus\nolimits_{\delta(x) = k}' K_0^M(\kappa(x)) \quad\subset\quad \bigoplus\nolimits_{\delta(x) = k} K_0^M(\kappa(x))\] avec les notations et conventions suivantes :
\(K_0^M(\kappa(x)) = \mathbf{Z}\) est la partie de degré \(0\) de la K-théorie de Milnor du corps résiduel \(\kappa(x)\) du point \(x \in X\) (voir la Remarque 0EAY), et
la somme directe de droite porte sur tous les points \(x \in X\) tels que \(\delta(x) = k\),
la notation \(\bigoplus'_x\) signifie que nous considérons le sous-groupe constitué des éléments localement finis, à savoir des éléments \(\sum_x n_x\) tels que, pour tout ouvert quasi-compact \(U \subset X\), l’ensemble des \(x \in U\) tels que \(n_x \not = 0\) soit fini.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Le support d’un cycle \(\alpha = \sum n_Z [Z]\) sur \(X\) est \[\text{Supp}(\alpha) = \bigcup\nolimits_{n_Z \not = 0} Z \subset X\]
Comme la collection \(\{Z; n_Z \not = 0\}\) est localement finie, on voit que \(\text{Supp}(\alpha)\) est un fermé de \(X\). Si \(\alpha\) est un \(k\)-cycle, toute composante irréductible \(Z\) de \(\text{Supp}(\alpha)\) est de \(\delta\)-dimension \(k\).
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Un cycle \(\alpha\) sur \(X\) est effectif s’il peut s’écrire \(\alpha =\sum n_Z [Z]\) avec \(n_Z \geq 0\) pour tout \(Z\).
L’ensemble de tous les cycles effectifs est un monoïde, car la somme de deux cycles effectifs est effective, mais ce n’est pas un groupe (sauf si \(X = \emptyset\)).
Cycle associé à un sous-schéma fermé
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé.
Soit \(Z' \subset Z\) une composante irréductible et soit \(\xi \in Z'\) son point générique. Alors \[\text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, \xi}} \mathcal{O}_{Z, \xi} < \infty\]
Si \(\dim_\delta(Z) \leq k\) et si \(\xi \in Z\) vérifie \(\delta(\xi) = k\), alors \(\xi\) est le point générique d’une composante irréductible de \(Z\).
Démonstration
Soient \(Z' \subset Z\) et \(\xi \in Z'\) comme dans (1). Alors \(\dim(\mathcal{O}_{Z, \xi}) = 0\) (par exemple d’après Propriétés, Lemme 02IZ). Ainsi \(\mathcal{O}_{Z, \xi}\) est un anneau noethérien local de dimension zéro, donc de longueur finie sur lui-même (voir Algèbre, Proposition 00KJ). Il est donc aussi de longueur finie sur \(\mathcal{O}_{X, \xi}\), voir Algèbre, Lemme 00IX.
Supposons \(\xi \in Z\) et \(\delta(\xi) = k\). Considérons l’adhérence \(Z' = \overline{\{\xi\}}\). C’est un sous-schéma fermé irréductible tel que \(\dim_\delta(Z') = k\) par définition. Comme \(\dim_\delta(Z) = k\), ce doit être une composante irréductible de \(Z\). Cela démontre (2).
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé.
Pour toute composante irréductible \(Z' \subset Z\) de point générique \(\xi\), l’entier \(m_{Z', Z} = \text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, \xi}} \mathcal{O}_{Z, \xi}\) (Lemme 02QT) est appelé la multiplicité de \(Z'\) dans \(Z\).
Supposons \(\dim_\delta(Z) \leq k\). Le \(k\)-cycle associé à \(Z\) est \[[Z]_k = \sum m_{Z', Z}[Z']\] où la somme porte sur les composantes irréductibles de \(Z\) de \(\delta\)-dimension \(k\). (C’est un \(k\)-cycle d’après Diviseurs, Lemme 0BE1.)
Il importe de noter que nous ne définissons \([Z]_k\) que si la \(\delta\)-dimension de \(Z\) ne dépasse pas \(k\). Autrement dit, par convention, écrire \([Z]_k\) implique que \(\dim_\delta(Z) \leq k\).
Cycle associé à un faisceau cohérent
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent.
La collection des composantes irréductibles du support de \(\mathcal{F}\) est localement finie.
Soit \(Z' \subset \text{Supp}(\mathcal{F})\) une composante irréductible, et soit \(\xi \in Z'\) son point générique. Alors \[\text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, \xi}} \mathcal{F}_\xi < \infty\]
Si \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F})) \leq k\) et si \(\xi \in \text{Supp}(\mathcal{F})\) vérifie \(\delta(\xi) = k\), alors \(\xi\) est un point générique d’une composante irréductible de \(\text{Supp}(\mathcal{F})\).
Démonstration
D’après Cohomologie des schémas, Lemme 01Y5, le support \(Z\) de \(\mathcal{F}\) est un fermé de \(X\). Nous pouvons considérer \(Z\) comme un sous-schéma fermé réduit de \(X\) (Schémas, Lemme 01J3). Ainsi (1) résulte de Diviseurs, Lemme 0BE1, appliqué à \(Z\), et (3) résulte du Lemme 02QT, appliqué à \(Z\).
Soit \(\xi \in Z'\) comme dans (2). Dans ce cas, pour toute spécialisation \(\xi' \leadsto \xi\) dans \(X\), nous avons \(\mathcal{F}_{\xi'} = 0\). Rappelons que les idéaux premiers non maximaux de \(\mathcal{O}_{X, \xi}\) correspondent aux points de \(X\) qui se spécialisent en \(\xi\) (Schémas, Lemme 01J7). Ainsi \(\mathcal{F}_\xi\) est un \(\mathcal{O}_{X, \xi}\)-module fini de support \(\{\mathfrak m_\xi\}\). Il est donc de longueur finie d’après Algèbre, Lemme 00L5.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent.
Pour toute composante irréductible \(Z' \subset \text{Supp}(\mathcal{F})\) de point générique \(\xi\), l’entier \(m_{Z', \mathcal{F}} = \text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, \xi}} \mathcal{F}_\xi\) (Lemme 02QW) est appelé la multiplicité de \(Z'\) dans \(\mathcal{F}\).
Supposons \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F})) \leq k\). Le \(k\)-cycle associé à \(\mathcal{F}\) est \[[\mathcal{F}]_k = \sum m_{Z', \mathcal{F}}[Z']\] où la somme porte sur les composantes irréductibles de \(\text{Supp}(\mathcal{F})\) de \(\delta\)-dimension \(k\). (C’est un \(k\)-cycle d’après le Lemme 02QW.)
Il importe de noter que nous ne définissons \([\mathcal{F}]_k\) que si \(\mathcal{F}\) est cohérent et si la \(\delta\)-dimension de \(\text{Supp}(\mathcal{F})\) ne dépasse pas \(k\). Autrement dit, par convention, écrire \([\mathcal{F}]_k\) implique que \(\mathcal{F}\) est cohérent sur \(X\) et que \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F})) \leq k\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé. Si \(\dim_\delta(Z) \leq k\), alors \([Z]_k = [{\mathcal O}_Z]_k\).
Démonstration
Cela vient de ce que, dans ce cas, les multiplicités \(m_{Z', Z}\) et \(m_{Z', \mathcal{O}_Z}\) coïncident par définition.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(0 \to \mathcal{F} \to \mathcal{G} \to \mathcal{H} \to 0\) une suite exacte courte de faisceaux cohérents sur \(X\). Supposons que la \(\delta\)-dimension des supports de \(\mathcal{F}\), \(\mathcal{G}\) et \(\mathcal{H}\) soit \(\leq k\). Alors \([\mathcal{G}]_k = [\mathcal{F}]_k + [\mathcal{H}]_k\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement de l’additivité des longueurs, voir Algèbre, Lemme 00IV.
Préparation à l’image directe propre
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\) et \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme. Supposons \(X\) et \(Y\) intègres et \(\dim_\delta(X) = \dim_\delta(Y)\). Alors ou bien \(f(X)\) est contenu dans un sous-schéma fermé strict de \(Y\), ou bien \(f\) est dominant et l’extension de corps de fonctions \(R(X)/R(Y)\) est finie.
Démonstration
L’adhérence \(\overline{f(X)} \subset Y\) est irréductible, puisque \(X\) est irréductible (Topologie, Lemmes 0379 et 004W). Si \(\overline{f(X)} \not = Y\), nous avons terminé. Si \(\overline{f(X)} = Y\), alors \(f\) est dominant et, d’après Morphismes, Lemme 01RM, le point générique \(\eta_Y\) de \(Y\) appartient à l’image de \(f\). Cela implique bien sûr que \(f(\eta_X) = \eta_Y\), où \(\eta_X \in X\) est le point générique de \(X\). Comme \(\delta(\eta_X) = \delta(\eta_Y)\), on voit que \(R(Y) = \kappa(\eta_Y) \subset \kappa(\eta_X) = R(X)\) est une extension de degré de transcendance \(0\). Par conséquent, \(R(Y) \subset R(X)\) est une extension finie d’après Morphismes, Lemme 02NX (qui s’applique en vertu de Morphismes, Lemme 01T8).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\) et \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme. Supposons \(f\) quasi-compact et \(\{Z_i\}_{i \in I}\) une collection localement finie de fermés de \(X\). Alors \(\{\overline{f(Z_i)}\}_{i \in I}\) est une collection localement finie de fermés de \(Y\).
Démonstration
Soit \(V \subset Y\) un ouvert quasi-compact. Puisque \(f\) est quasi-compact, l’ouvert \(f^{-1}(V)\) est quasi-compact. Ainsi l’ensemble \(\{i \in I \mid Z_i \cap f^{-1}(V) \not = \emptyset \}\) est fini par un argument topologique simple que nous omettons. Comme il s’agit du même ensemble que \[\{i \in I \mid f(Z_i) \cap V \not = \emptyset \} = \{i \in I \mid \overline{f(Z_i)} \cap V \not = \emptyset \}\] le lemme est démontré.
Image directe propre
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\) et \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme. Supposons \(f\) propre.
Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé intègre tel que \(\dim_\delta(Z) = k\). Nous définissons \[f_*[Z] = \left\{ \begin{matrix} 0 & \text{si} & \dim_\delta(f(Z))< k, \\ \deg(Z/f(Z)) [f(Z)] & \text{si} & \dim_\delta(f(Z)) = k. \end{matrix} \right.\] Ici, nous considérons \(f(Z) \subset Y\) comme un sous-schéma fermé intègre. Le degré de \(Z\) sur \(f(Z)\) est fini si \(\dim_\delta(f(Z)) = \dim_\delta(Z)\), d’après le Lemme 02R1.
Soit \(\alpha = \sum n_Z [Z]\) un \(k\)-cycle sur \(X\). Nous appelons image directe de \(\alpha\) la somme \[f_* \alpha = \sum n_Z f_*[Z]\] où chaque \(f_*[Z]\) est défini comme ci-dessus. La somme est localement finie d’après le Lemme 02R2 ci-dessus.
Par définition, l’image directe propre des cycles \[f_* : Z_k(X) \longrightarrow Z_k(Y)\] est un homomorphisme de groupes abéliens. Elle fait de \(X \mapsto Z_k(X)\) un foncteur covariant sur la catégorie des schémas localement de type fini sur \(S\), dont les morphismes sont les morphismes propres.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) et \(Z\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes propres. Alors \(g_* \circ f_* = (g \circ f)_*\) comme applications \(Z_k(X) \to Z_k(Z)\).
Démonstration
Soit \(W \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de dimension \(k\). Considérons \(W' = f(W) \subset Y\) et \(W'' = g(f(W)) \subset Z\). Comme \(f\) et \(g\) sont propres, \(W'\) (respectivement \(W''\)) est un sous-schéma fermé intègre de \(Y\) (respectivement de \(Z\)). Il faut montrer que \(g_*(f_*[W]) = (g \circ f)_*[W]\). Si \(\dim_\delta(W'') < k\), les deux membres sont nuls. Si \(\dim_\delta(W'') = k\), les morphismes induits \[W \longrightarrow W' \longrightarrow W''\] satisfont tous deux les hypothèses du Lemme 02R1. Ainsi \[g_*(f_*[W]) = \deg(W/W')\deg(W'/W'')[W''], \quad (g \circ f)_*[W] = \deg(W/W'')[W''].\] On peut alors appliquer Morphismes, Lemme 02NZ, pour conclure.
Une immersion fermée est propre. Si \(i : Z \to X\) est une immersion fermée, alors les applications \[i_* : Z_k(Z) \longrightarrow Z_k(X)\] sont toutes injectives.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(X_1, X_2 \subset X\) des sous-schémas fermés tels que \(X = X_1 \cup X_2\) ensemblistement. Pour tout \(k \in \mathbf{Z}\), la suite de groupes abéliens \[\xymatrix{ Z_k(X_1 \cap X_2) \ar[r] & Z_k(X_1) \oplus Z_k(X_2) \ar[r] & Z_k(X) \ar[r] & 0 }\] est exacte. Ici, \(X_1 \cap X_2\) est l’intersection schématique et les applications sont les applications d’image directe, l’une étant multipliée par \(-1\).
Démonstration
Supposons d’abord \(X\) quasi-compact. Alors \(Z_k(X)\) est un \(\mathbf{Z}\)-module libre ayant pour base les éléments \([Z]\), où \(Z \subset X\) est fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). Les groupes \(Z_k(X_1)\), \(Z_k(X_2)\) et \(Z_k(X_1 \cap X_2)\) sont libres sur le sous-ensemble des \(Z\) tels que \(Z \subset X_1\), \(Z \subset X_2\), \(Z \subset X_1 \cap X_2\). Cela démontre immédiatement le lemme dans ce cas. Le cas général est analogue et la démonstration est omise.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas qui sont localement de type fini sur \(S\).
Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé tel que \(\dim_\delta(Z) \leq k\). Alors \[f_*[Z]_k = [f_*{\mathcal O}_Z]_k.\]
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(X\) tel que \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F})) \leq k\). Alors \[f_*[\mathcal{F}]_k = [f_*{\mathcal F}]_k.\]
Notons que l’énoncé a un sens puisque \(f_*\mathcal{F}\) et \(f_*\mathcal{O}_Z\) sont des \(\mathcal{O}_Y\)-modules cohérents d’après Cohomologie des schémas, Proposition 02O5.
Démonstration
La partie (1) résulte de (2) et du Lemme 02QY. Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(X\). Supposons que \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F})) \leq k\). D’après Cohomologie des schémas, Lemme 01Y5, il existe un sous-schéma fermé \(i : Z \to X\) et un \(\mathcal{O}_Z\)-module cohérent \(\mathcal{G}\) tels que \(i_*\mathcal{G} \cong \mathcal{F}\) et que le support de \(\mathcal{F}\) soit \(Z\). Soit \(Z' \subset Y\) l’image schématique de \(f|_Z : Z \to Y\). Considérons le diagramme commutatif de schémas \[\xymatrix{ Z \ar[r]_i \ar[d]_{f|_Z} & X \ar[d]^f \\ Z' \ar[r]^{i'} & Y }\] Nous avons \(f_*\mathcal{F} = f_*i_*\mathcal{G} = i'_*(f|_Z)_*\mathcal{G}\) en parcourant le diagramme des deux façons. Supposons le résultat établi pour les immersions fermées et pour \(f|_Z\). Alors \[f_*[\mathcal{F}]_k = f_*i_*[\mathcal{G}]_k = (i')_*(f|_Z)_*[\mathcal{G}]_k = (i')_*[(f|_Z)_*\mathcal{G}]_k = [(i')_*(f|_Z)_*\mathcal{G}]_k = [f_*\mathcal{F}]_k\] comme voulu. Le cas d’une immersion fermée est immédiat (et omis). Notons que \(f|_Z : Z \to Z'\) est un morphisme dominant (voir Morphismes, Lemme 01R8). Nous nous sommes donc ramenés au cas où \(\dim_\delta(X) \leq k\) et \(f : X \to Y\) est propre et dominant.
Supposons \(\dim_\delta(X) \leq k\) et \(f : X \to Y\) propre et dominant. Puisque \(f\) est dominant, pour toute composante irréductible \(Z \subset Y\) de point générique \(\eta\), il existe un point \(\xi \in X\) tel que \(f(\xi) = \eta\). Ainsi \(\delta(\eta) \leq \delta(\xi) \leq k\). On voit donc que, dans les expressions \[f_*[\mathcal{F}]_k = \sum n_Z[Z], \quad \text{et} \quad [f_*\mathcal{F}]_k = \sum m_Z[Z].\] dès que \(n_Z \not = 0\) ou que \(m_Z \not = 0\), le sous-schéma fermé intègre \(Z\) est en fait une composante irréductible de \(Y\) de \(\delta\)-dimension \(k\). Choisissons un tel sous-schéma fermé intègre \(Z \subset Y\) et notons \(\eta\) son point générique. Notons que, pour tout \(\xi \in X\) tel que \(f(\xi) = \eta\), nous avons \(\delta(\xi) \geq k\), et que \(\xi\) est donc lui aussi le point générique d’une composante irréductible de \(X\) de \(\delta\)-dimension \(k\) (voir le Lemme 02QT). Comme \(f\) est quasi-compact et \(X\) localement noethérien, il ne peut y en avoir qu’un nombre fini, et \(f^{-1}(\{\eta\})\) est donc fini. D’après Morphismes, Lemme 02NW, il existe un voisinage ouvert \(\eta \in V \subset Y\) tel que \(f^{-1}(V) \to V\) soit fini. En remplaçant \(Y\) par \(V\) et \(X\) par \(f^{-1}(V)\), on se ramène au cas où \(Y\) est affine et où \(f\) est fini.
Écrivons \(Y = \Spec(R)\) et \(X = \Spec(A)\) (ce qui est possible car un morphisme fini est affine). Alors \(R\) et \(A\) sont des anneaux noethériens, et \(A\) est fini sur \(R\). De plus, \(\mathcal{F} = \widetilde{M}\) pour un certain \(A\)-module fini \(M\). Notons que \(f_*\mathcal{F}\) correspond à \(M\) considéré comme \(R\)-module. Soit \(\mathfrak p \subset R\) l’idéal premier minimal correspondant à \(\eta \in Y\). Le coefficient de \(Z\) dans \([f_*\mathcal{F}]_k\) est manifestement \(\text{longueur}_{R_{\mathfrak p}}(M_{\mathfrak p})\). Soient \(\mathfrak q_i\), \(i = 1, \ldots, t\), les idéaux premiers de \(A\) au-dessus de \(\mathfrak p\). Alors \(A_{\mathfrak p} = \prod A_{\mathfrak q_i}\), puisque \(A_{\mathfrak p}\) est un anneau artinien, étant fini sur l’anneau local noethérien de dimension zéro \(R_{\mathfrak p}\). Le coefficient de \(Z\) dans \(f_*[\mathcal{F}]_k\) est manifestement \[\sum\nolimits_{i = 1, \ldots, t} [\kappa(\mathfrak q_i) : \kappa(\mathfrak p)] \text{longueur}_{A_{\mathfrak q_i}}(M_{\mathfrak q_i})\] L’égalité voulue résulte donc de Algèbre, Lemme 02M0.
Préparation à l’image réciproque plate
Rappelons qu’un morphisme \(f : X \to Y\) qui est localement de type fini est dit de dimension relative \(r\) si toute fibre non vide est équidimensionnelle de dimension \(r\). Voir Morphismes, Définition 02NJ.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\) et \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme. Supposons \(f\) plat de dimension relative \(r\). Pour tout fermé \(Z \subset Y\), nous avons \[\dim_\delta(f^{-1}(Z)) = \dim_\delta(Z) + r.\] pourvu que \(f^{-1}(Z)\) soit non vide. Si \(Z\) est irréductible et si \(Z' \subset f^{-1}(Z)\) est une composante irréductible, alors \(Z'\) domine \(Z\) et \(\dim_\delta(Z') = \dim_\delta(Z) + r\).
Démonstration
Il suffit de démontrer la dernière assertion. Nous pouvons remplacer \(Y\) par le sous-schéma fermé intègre \(Z\) et \(X\) par l’image réciproque schématique \(f^{-1}(Z) = Z \times_Y X\). Nous pouvons donc supposer \(Z = Y\) intègre et \(f\) un morphisme plat de dimension relative \(r\). Comme \(Y\) est localement noethérien, le morphisme \(f\), qui est localement de type fini, est en fait localement de présentation finie. Par conséquent, Morphismes, Lemme 01UA, s’applique et montre que \(f\) est ouvert. Soit \(\xi \in X\) le point générique d’une composante irréductible de \(X\). Comme \(f\) est ouvert, \(f(\xi)\) est le point générique \(\eta\) de \(Z = Y\). Notons que \(\dim_\xi(X_\eta) = r\), car \(f\) est, par hypothèse, de dimension relative \(r\). D’autre part, comme \(\xi\) est un point générique de \(X\), on voit que \(\mathcal{O}_{X, \xi} = \mathcal{O}_{X_\eta, \xi}\) ne possède qu’un idéal premier et est donc de dimension \(0\). Ainsi, d’après Morphismes, Lemme 02FX, on conclut que le degré de transcendance de \(\kappa(\xi)\) sur \(\kappa(\eta)\) est \(r\). Autrement dit, \(\delta(\xi) = \delta(\eta) + r\), comme voulu.
Voici le lemme que nous utiliserons pour démontrer que l’image réciproque plate d’une collection localement finie de sous-schémas fermés est localement finie.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\) et \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme. Supposons que \(\{Z_i\}_{i \in I}\) soit une collection localement finie de fermés de \(Y\). Alors \(\{f^{-1}(Z_i)\}_{i \in I}\) est une collection localement finie de fermés de \(X\).
Démonstration
Soit \(U \subset X\) un ouvert quasi-compact. Comme l’image \(f(U) \subset Y\) est un sous-ensemble quasi-compact, il existe un ouvert quasi-compact \(V \subset Y\) tel que \(f(U) \subset V\). Notons que \[\{i \in I \mid f^{-1}(Z_i) \cap U \not = \emptyset \} \subset \{i \in I \mid Z_i \cap V \not = \emptyset \}.\] Le membre de droite étant fini par hypothèse, nous avons terminé.
Image réciproque plate
Dans la suite, nous appelons \(f^{-1}(Z)\) l’image réciproque schématique d’un sous-schéma fermé \(Z \subset Y\) par un morphisme de schémas \(f : X \to Y\). Rappelons que l’image réciproque schématique est le produit fibré \[\xymatrix{ f^{-1}(Z) \ar[r] \ar[d] & X \ar[d] \\ Z \ar[r] & Y }\] et qu’elle est aussi le sous-schéma fermé de \(X\) défini par le faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(f^{-1}(\mathcal{I})\mathcal{O}_X\), si \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_Y\) est le faisceau quasi-cohérent d’idéaux qui correspond à \(Z\) dans \(Y\). (Ceci est étudié dans Schémas, section 01HJ et Lemme 01JU, ainsi que dans la Définition 01JV.)
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\) et \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme. Supposons \(f\) plat de dimension relative \(r\).
Soit \(Z \subset Y\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). Nous définissons \(f^*[Z]\) comme le \((k+r)\)-cycle sur \(X\) associé à l’image réciproque schématique \[f^*[Z] = [f^{-1}(Z)]_{k+r}.\] Cela a un sens puisque \(\dim_\delta(f^{-1}(Z)) = k + r\) d’après le Lemme 02R8.
Soit \(\alpha = \sum n_i [Z_i]\) un \(k\)-cycle sur \(Y\). L’image réciproque plate de \(\alpha\) par \(f\) est la somme \[f^* \alpha = \sum n_i f^*[Z_i]\] où chaque \(f^*[Z_i]\) est défini comme ci-dessus. La somme est localement finie d’après le Lemme 02R9.
Nous notons \(f^* : Z_k(Y) \to Z_{k + r}(X)\) l’application de groupes abéliens ainsi obtenue.
Une immersion ouverte est plate. C’est un cas particulier important, quoique trivial, d’un morphisme plat. Si \(U \subset X\) est ouvert, on appelle parfois l’image réciproque par \(j : U \to X\) d’un cycle la restriction du cycle à \(U\). Notons que, dans ce cas, les applications \[j^* : Z_k(X) \longrightarrow Z_k(U)\] sont toutes surjectives. En effet, étant donné tout sous-schéma fermé intègre \(Z' \subset U\), on peut prendre l’adhérence \(Z\) de \(Z'\) dans \(X\) et la considérer comme un sous-schéma fermé réduit de \(X\) (voir Schémas, Lemme 01J3). Et, manifestement, \(Z \cap U = Z'\) ; autrement dit, \(j^*[Z] = [Z']\), d’où la surjectivité. En fait, un peu plus est vrai.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(U \subset X\) un sous-schéma ouvert et notons \(i : Y = X \setminus U \to X\) le sous-schéma fermé réduit de \(X\). Pour tout \(k \in \mathbf{Z}\), la suite \[\xymatrix{ Z_k(Y) \ar[r]^{i_*} & Z_k(X) \ar[r]^{j^*} & Z_k(U) \ar[r] & 0 }\] est un complexe exact de groupes abéliens.
Démonstration
Supposons d’abord \(X\) quasi-compact. Alors \(Z_k(X)\) est un \(\mathbf{Z}\)-module libre ayant pour base les éléments \([Z]\), où \(Z \subset X\) est fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). Un tel élément de base s’envoie soit sur l’élément de base \([Z \cap U]\), soit sur zéro si \(Z \subset Y\). Le lemme est donc clair dans ce cas. Le cas général est analogue et la démonstration est omise.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X, Y, Z\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes plats de dimensions relatives \(r\) et \(s\). Alors \(g \circ f\) est plat de dimension relative \(r + s\) et \[f^* \circ g^* = (g \circ f)^*\] comme applications \(Z_k(Z) \to Z_{k + r + s}(X)\).
Démonstration
La composée est plate de dimension relative \(r + s\) d’après Morphismes, Lemme 02NL. Supposons que
\(W \subset Z\) soit un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\),
\(W' \subset Y\) soit un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k + s\) tel que \(W' \subset g^{-1}(W)\), et
\(W'' \subset Y\) soit un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k + s + r\) tel que \(W'' \subset f^{-1}(W')\).
Il faut montrer que le coefficient \(n\) de \([W'']\) dans \((g \circ f)^*[W]\) coïncide avec le coefficient \(m\) de \([W'']\) dans \(f^*(g^*[W])\). Le fait qu’il suffise de vérifier le lemme dans ces cas résulte du Lemme 02R8. Soient \(\xi'' \in W''\), \(\xi' \in W'\) et \(\xi \in W\) les points génériques. Considérons les anneaux locaux \(A = \mathcal{O}_{Z, \xi}\), \(B = \mathcal{O}_{Y, \xi'}\) et \(C = \mathcal{O}_{X, \xi''}\). Nous avons alors des morphismes locaux plats d’anneaux \(A \to B\), \(B \to C\) et, de plus, \[n = \text{longueur}_C(C/\mathfrak m_AC), \quad \text{et} \quad m = \text{longueur}_C(C/\mathfrak m_BC) \text{longueur}_B(B/\mathfrak m_AB)\] L’égalité résulte donc de Algèbre, Lemme 02M2.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X, Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat de dimension relative \(r\).
Soit \(Z \subset Y\) un sous-schéma fermé tel que \(\dim_\delta(Z) \leq k\). Alors \(\dim_\delta(f^{-1}(Z)) \leq k + r\) et \([f^{-1}(Z)]_{k + r} = f^*[Z]_k\) dans \(Z_{k + r}(X)\).
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(Y\) tel que \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F})) \leq k\). Alors \(\dim_\delta(\text{Supp}(f^*\mathcal{F})) \leq k + r\) et \[f^*[{\mathcal F}]_k = [f^*{\mathcal F}]_{k+r}\] dans \(Z_{k + r}(X)\).
Démonstration
Les assertions sur les dimensions résultent immédiatement du Lemme 02R8. La partie (1) résulte de la partie (2), du Lemme 02QY et du fait que \(f^*\mathcal{O}_Z = \mathcal{O}_{f^{-1}(Z)}\).
Démonstration de (2). Comme \(X\) et \(Y\) sont localement noethériens, nous pouvons appliquer Cohomologie des schémas, Lemme 01XZ, pour voir que \(\mathcal{F}\) est de type fini, donc que \(f^*\mathcal{F}\) est de type fini (Modules, Lemme 01B6), et donc que \(f^*\mathcal{F}\) est cohérent (de nouveau Cohomologie des schémas, Lemme 01XZ). Le lemme a donc un sens. Soit \(W \subset Y\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\), et soit \(W' \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de dimension \(k + r\) qui s’envoie dans \(W\) par \(f\). Il faut montrer que le coefficient \(n\) de \([W']\) dans \(f^*[{\mathcal F}]_k\) coïncide avec le coefficient \(m\) de \([W']\) dans \([f^*{\mathcal F}]_{k+r}\). Soient \(\xi \in W\) et \(\xi' \in W'\) soient les points génériques. Posons \(A = \mathcal{O}_{Y, \xi}\), \(B = \mathcal{O}_{X, \xi'}\) et considérons \(M = \mathcal{F}_\xi\) comme un \(A\)-module. (Notons que \(M\) est de longueur finie d’après nos hypothèses sur les dimensions, mais nous n’avons en fait pas besoin de le vérifier. Voir le Lemme 02QW.) Nous avons \(f^*\mathcal{F}_{\xi'} = B \otimes_A M\). Nous voyons ainsi que \[n = \text{longueur}_B(B \otimes_A M) \quad \text{et} \quad m = \text{longueur}_A(M) \text{longueur}_B(B/\mathfrak m_AB)\] L’égalité résulte donc du Lemme 02M1 d’Algèbre.
Images directes et images réciproques
Dans cette section, nous vérifions que l’image directe propre et l’image réciproque plate sont compatibles lorsque cela a un sens. D’après le travail effectué ci-dessus, ceci est une conséquence de la cohomologie et du changement de base.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \[\xymatrix{ X' \ar[r]_{g'} \ar[d]_{f'} & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r]^g & Y }\] un diagramme cartésien de schémas localement de type fini sur \(S\). Supposons \(f : X \to Y\) propre et \(g : Y' \to Y\) plat de dimension relative \(r\). Alors \(f'\) est aussi propre et \(g'\) est aussi plat de dimension relative \(r\). Pour tout \(k\)-cycle \(\alpha\) sur \(X\), nous avons \[g^*f_*\alpha = f'_*(g')^*\alpha\] dans \(Z_{k + r}(Y')\).
Démonstration
Le fait que \(f'\) soit propre résulte du Lemme 01W4 de Morphismes. Le fait que \(g'\) soit plat de dimension relative \(r\) résulte des Lemmes 02NK et 01U9 de Morphismes. Il suffit de démontrer l’égalité de cycles lorsque \(\alpha = [W]\) pour un sous-schéma fermé intègre \(W \subset X\) de \(\delta\)-dimension \(k\). Notons que, dans ce cas, nous avons \(\alpha = [\mathcal{O}_W]_k\) ; voir le Lemme 02QY. D’après les Lemmes 02R6 et 02RE, il suffit donc de montrer que \(f'_*(g')^*\mathcal{O}_W\) est isomorphe à \(g^*f_*\mathcal{O}_W\). Ceci résulte de la cohomologie et du changement de base ; voir le Lemme 02KH de Cohomologie des schémas.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme fini localement libre de degré \(d\) (voir la Définition 02KA de Morphismes). Alors \(f\) est à la fois propre et plat de dimension relative \(0\), et \[f_*f^*\alpha = d\alpha\] pour tout \(\alpha \in Z_k(Y)\).
Démonstration
Un morphisme fini localement libre est plat et fini d’après le Lemme 02KB de Morphismes, et un morphisme fini est propre d’après le Lemme 01WN de Morphismes. Nous omettons de montrer qu’un morphisme fini est de dimension relative \(0\). La formule a donc un sens. Pour la démontrer, soit \(Z \subset Y\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). Il suffit de démontrer la formule pour \(\alpha = [Z]\). Puisque le changement de base d’un morphisme fini localement libre est fini localement libre (Lemme 02KD de Morphismes), nous voyons que \(f_*f^*\mathcal{O}_Z\) est un faisceau fini localement libre de rang \(d\) sur \(Z\). Ainsi \[f_*f^*[Z] = f_*f^*[\mathcal{O}_Z]_k = [f_*f^*\mathcal{O}_Z]_k = d[Z]\] où nous avons utilisé les Lemmes 02RE et 02R6.
Préparation aux diviseurs principaux
Une partie du contenu de cette section recoupe partiellement la discussion de Diviseurs, section 0BE0.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Supposons \(X\) intègre.
Si \(Z \subset X\) est un sous-schéma fermé intègre, alors les conditions suivantes sont équivalentes :
\(Z\) est un diviseur premier,
\(Z\) est de codimension \(1\) dans \(X\), et
\(\dim_\delta(Z) = \dim_\delta(X) - 1\).
Si \(Z\) est une composante irréductible d’un diviseur de Cartier effectif sur \(X\), alors \(\dim_\delta(Z) = \dim_\delta(X) - 1\).
Démonstration
La partie (1) résulte de la définition d’un diviseur premier (Définition 0BE2 de Diviseurs) et de la définition d’une fonction de dimension (Définition 02I9 de Topologie). Soit \(\xi \in Z\) le point générique d’une composante irréductible \(Z\) d’un diviseur de Cartier effectif \(D \subset X\). Alors \(\dim(\mathcal{O}_{D, \xi}) = 0\) et \(\mathcal{O}_{D, \xi} = \mathcal{O}_{X, \xi}/(f)\) pour un certain élément non diviseur de zéro \(f \in \mathcal{O}_{X, \xi}\) (Lemme 0AG8 de Diviseurs). Alors \(\dim(\mathcal{O}_{X, \xi}) = 1\) d’après le Lemme 00KW d’Algèbre. Ainsi \(Z\) est comme dans (1) d’après le Lemme 02IZ de Propriétés, ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(\xi \in Y\) un point. Supposons que
\(X\), \(Y\) sont intègres,
\(Y\) est localement noethérien,
\(f\) est propre, dominant et l’extension \(R(Y) \subset R(X)\) est finie, et
\(\dim(\mathcal{O}_{Y, \xi}) = 1\).
Alors il existe un voisinage ouvert \(V \subset Y\) de \(\xi\) tel que \(f|_{f^{-1}(V)} : f^{-1}(V) \to V\) soit fini.
Démonstration
Ce lemme est un cas particulier du Lemme 0AB7 de Variétés. Voici un argument direct dans ce cas. D’après le Lemme 02OH de Cohomologie des schémas, il suffit de démontrer que \(f^{-1}(\{\xi\})\) est fini. Nous remplaçons \(Y\) par un ouvert affine, disons \(Y = \Spec(R)\). Notons que \(R\) est noethérien, puisque \(Y\) est supposé localement noethérien. Puisque \(f\) est propre, il est quasi-compact. Nous pouvons donc trouver un recouvrement ouvert affine fini \(X = U_1 \cup \ldots \cup U_n\), avec chaque \(U_i = \Spec(A_i)\). Notons que \(R \to A_i\) est un homomorphisme injectif de type fini de domaines tel que l’extension induite des corps des fractions soit finie. Le lemme résulte donc du Lemme 02MA d’Algèbre.
Diviseurs principaux
La définition suivante est l’analogue de la Définition 0BE3 de Diviseurs dans notre cadre actuel.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Supposons \(X\) intègre avec \(\dim_\delta(X) = n\). Soit \(f \in R(X)^*\). Le diviseur principal associé à \(f\) est le \((n - 1)\)-cycle \[\text{div}(f) = \text{div}_X(f) = \sum \text{ord}_Z(f) [Z]\] défini dans Diviseurs, Définition 0BE3. Ceci a un sens parce que les diviseurs premiers sont de \(\delta\)-dimension \(n - 1\) d’après le Lemme 02RK.
Dans la situation de la définition, pour \(f, g \in R(X)^*\), nous avons \[\text{div}_X(fg) = \text{div}_X(f) + \text{div}_X(g)\] dans \(Z_{n - 1}(X)\). Voir Diviseurs, Lemme 02RP. Le lemme suivant sera supplanté par le Lemme plus général 02S1.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Supposons \(X\), \(Y\) intègres et \(n = \dim_\delta(Y)\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat de dimension relative \(r\). Soit \(g \in R(Y)^*\). Alors \[f^*(\text{div}_Y(g)) = \text{div}_X(g)\] dans \(Z_{n + r - 1}(X)\).
Démonstration
Notons que, puisque \(f\) est plat, il est dominant, de sorte que \(f\) induit un plongement \(R(Y) \subset R(X)\) ; nous pouvons donc considérer \(g\) comme un élément de \(R(X)^*\). Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(n + r - 1\). Soit \(\xi \in Z\) son point générique. Si \(\dim_\delta(f(Z)) > n - 1\), alors nous voyons que le coefficient de \([Z]\) dans les membres de gauche et de droite de l’équation est nul. Nous pouvons donc supposer que \(Z' = \overline{f(Z)}\) est un sous-schéma fermé intègre de \(Y\) de \(\delta\)-dimension \(n - 1\). Soit \(\xi' = f(\xi)\). C’est le point générique de \(Z'\). Posons \(A = \mathcal{O}_{Y, \xi'}\), \(B = \mathcal{O}_{X, \xi}\). L’homomorphisme d’anneaux \(A \to B\) est un homomorphisme local plat de domaines locaux noethériens de dimension \(1\). Nous avons \(g\) dans le corps des fractions de \(A\). Ce que nous devons montrer est que \[\text{ord}_A(g) \text{longueur}_B(B/\mathfrak m_AB) = \text{ord}_B(g).\] Ceci résulte du Lemme 02M1 d’Algèbre (détails omis).
Diviseurs principaux et image directe
Le premier lemme implique que l’image directe d’un diviseur principal par un morphisme génériquement fini est un diviseur principal.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Supposons \(X\), \(Y\) intègres et \(n = \dim_\delta(X) = \dim_\delta(Y)\). Soit \(p : X \to Y\) un morphisme propre dominant. Soit \(f \in R(X)^*\). Posons \[g = \text{Nm}_{R(X)/R(Y)}(f).\] Alors nous avons \(p_*\text{div}(f) = \text{div}(g)\).
Démonstration
Soit \(Z \subset Y\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(n - 1\). Nous voulons montrer que les coefficients de \([Z]\) dans \(p_*\text{div}(f)\) et \(\text{div}(g)\) sont égaux. Nous pouvons appliquer le Lemme 02RM au morphisme \(p : X \to Y\) et au point générique \(\xi \in Z\). Nous pouvons donc remplacer \(Y\) par un voisinage ouvert affine de \(\xi\) et supposer que \(p : X \to Y\) est fini. Écrivons \(Y = \Spec(R)\) et \(X = \Spec(A)\), où \(p\) est induit par un homomorphisme fini \(R \to A\) de domaines noethériens qui induit une extension finie \(L/K\) des corps des fractions. Nous avons alors \(f \in L\), \(g = \text{Nm}(f) \in K\), et un idéal premier \(\mathfrak p \subset R\) avec \(\dim(R_{\mathfrak p}) = 1\). Le coefficient de \([Z]\) dans \(\text{div}_Y(g)\) est \(\text{ord}_{R_\mathfrak p}(g)\). Le coefficient de \([Z]\) dans \(p_*\text{div}_X(f)\) est \[\sum\nolimits_{\mathfrak q\text{ au-dessus de }\mathfrak p} [\kappa(\mathfrak q) : \kappa(\mathfrak p)] \text{ord}_{A_{\mathfrak q}}(f)\] L’égalité souhaitée résulte donc du Lemme 02MJ d’Algèbre.
Dans l’étude des diviseurs principaux, un rôle important est joué par le diviseur principal « universel » \([0] - [\infty]\) sur \(\mathbf{P}^1_S\). Pour préciser cela, notons [0F93]\[\begin{equation} D_0, D_\infty \subset \mathbf{P}^1_S = \underline{\text{Proj}}_S(\mathcal{O}_S[T_0, T_1]) \end{equation}\] les sous-schémas fermés définis par la section \(T_1\), resp. \(T_0\) de \(\mathcal{O}(1)\). Ce sont des diviseurs de Cartier effectifs ; voir la Définition 01WR et le Lemme 01X0 de Diviseurs. Le lemme suivant dit que, de façon informelle, nous avons « \(\text{div}(T_1/T_0) = [D_0] - [D_1]\) » et que c’est le diviseur principal universel.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Supposons \(X\) intègre et \(n = \dim_\delta(X)\). Soit \(f \in R(X)^*\). Soit \(U \subset X\) un ouvert non vide tel que \(f\) corresponde à une section \(f \in \Gamma(U, \mathcal{O}_X^*)\). Soit \(Y \subset X \times_S \mathbf{P}^1_S\) l’adhérence du graphe de \(f : U \to \mathbf{P}^1_S\). Alors
le morphisme de projection \(p : Y \to X\) est propre,
\(p|_{p^{-1}(U)} : p^{-1}(U) \to U\) est un isomorphisme,
les images réciproques \(Y_0 = q^{-1}D_0\) et \(Y_\infty = q^{-1}D_\infty\) par le morphisme \(q : Y \to \mathbf{P}^1_S\) sont définies (Diviseurs, Définition 01WV),
nous avons \[\text{div}_Y(f) = [Y_0]_{n - 1} - [Y_\infty]_{n - 1}\]
nous avons \[\text{div}_X(f) = p_*\text{div}_Y(f)\]
si nous considérons \(Y_0\) et \(Y_\infty\) comme des sous-schémas fermés de \(X\) par le morphisme \(p\), alors nous avons \[\text{div}_X(f) = [Y_0]_{n - 1} - [Y_\infty]_{n - 1}\]
Démonstration
Puisque \(X\) est intègre, nous voyons que \(U\) est intègre. Ainsi \(Y\) est intègre, et \((1, f)(U) \subset Y\) est un sous-schéma ouvert dense. Notons aussi que le sous-schéma fermé \(Y \subset X \times_S \mathbf{P}^1_S\) ne dépend pas du choix de l’ouvert \(U\), puisqu’il s’agit en définitive de l’adhérence de l’ensemble à un point \(\{\eta'\} = \{(1, f)(\eta)\}\), où \(\eta \in X\) est le point générique. Cela étant dit, démontrons les assertions du lemme.
Pour (1), notons que \(p\) est la composée de l’immersion fermée \(Y \to X \times_S \mathbf{P}^1_S = \mathbf{P}^1_X\) et du morphisme propre \(\mathbf{P}^1_X \to X\). Comme une composée de morphismes propres est propre (Morphismes, Lemme 01W3), nous concluons.
Il est clair que \(Y \cap U \times_S \mathbf{P}^1_S = (1, f)(U)\). Ainsi (2) en résulte. Il en résulte aussi que \(\dim_\delta(Y) = n\).
Notons que \(q(\eta') = f(\eta)\) n’est contenu ni dans \(D_0\) ni dans \(D_\infty\), puisque \(f \in R(X)^*\). D’où (3) par le Lemme 02OO de Diviseurs. Nous obtenons \(\dim_\delta(Y_0) = n - 1\) et \(\dim_\delta(Y_\infty) = n - 1\) par le Lemme 02RK.
Considérons le diviseur de Cartier effectif \(Y_0\). En tout point \(\xi \in Y_0\), nous avons \(f \in \mathcal{O}_{Y, \xi}\) et une équation locale de \(Y_0\) est donnée par \(f\). En particulier, si \(\delta(\xi) = n - 1\), de sorte que \(\xi\) est le point générique d’un sous-schéma fermé intègre \(Z\) de \(\delta\)-dimension \(n - 1\), alors nous voyons que le coefficient de \([Z]\) dans \(\text{div}_Y(f)\) est \[\text{ord}_Z(f) = \text{longueur}_{\mathcal{O}_{Y, \xi}} (\mathcal{O}_{Y, \xi}/f\mathcal{O}_{Y, \xi}) = \text{longueur}_{\mathcal{O}_{Y, \xi}} (\mathcal{O}_{Y_0, \xi})\] qui est le coefficient de \([Z]\) dans \([Y_0]_{n - 1}\). Un argument semblable utilisant la fonction rationnelle \(1/f\) montre que \(-[Y_\infty]\) coïncide avec les termes de coefficients négatifs dans l’expression de \(\text{div}_Y(f)\). D’où (4).
Notons que \(D_0 \to S\) est un isomorphisme. Nous voyons donc que \(X \times_S D_0 \to X\) est également un isomorphisme. Il est clair que nous avons \(Y_0 = Y \cap X \times_S D_0\) (intersection schématique) dans \(X \times_S \mathbf{P}^1_S\). Il s’agit donc bien du cas où \(Y_0 \to X\) est une immersion fermée. Il en résulte que \[p_*\mathcal{O}_{Y_0} = \mathcal{O}_{Y'_0}\] où \(Y'_0 \subset X\) est l’image de \(Y_0 \to X\). D’après le Lemme 02R6, nous avons \(p_*[Y_0]_{n - 1} = [Y'_0]_{n - 1}\). Il en va de même pour \(D_\infty\) et \(Y_\infty\). Ainsi (6) est une conséquence de (5). Enfin, (5) résulte immédiatement du Lemme 02RT.
Le lemme suivant dit que le degré d’un diviseur principal sur une courbe propre est nul.
Lemme
Soit \(K\) un corps quelconque. Soit \(X\) un schéma intègre de dimension \(1\) muni d’un morphisme propre \(c : X \to \Spec(K)\). Soit \(f \in K(X)^*\) une fonction rationnelle inversible. Alors \[\sum\nolimits_{x \in X \text{ fermé}} [\kappa(x) : K] \text{ord}_{\mathcal{O}_{X, x}}(f) = 0\] où \(\text{ord}\) est comme dans la Définition 02MD d’Algèbre. Autrement dit, \(c_*\text{div}(f) = 0\).
Démonstration
Considérons le diagramme \[\xymatrix{ Y \ar[r]_p \ar[d]_q & X \ar[d]^c \\ \mathbf{P}^1_K \ar[r]^-{c'} & \Spec(K) }\] que nous avons construit dans le Lemme 02RQ à partir de \(X\) et de la fonction rationnelle \(f\) sur \(S = \Spec(K)\). Nous utiliserons sans autre mention tous les résultats de ce lemme. Nous devons montrer que \(c_*\text{div}_X(f) = c_*p_*\text{div}_Y(f) = 0\). Cela revient à démontrer que \(c'_*q_*\text{div}_Y(f) = 0\). Si \(q(Y)\) est un point fermé de \(\mathbf{P}^1_K\), alors nous voyons que \(\text{div}_X(f) = 0\) et le lemme est démontré. Nous pouvons donc supposer que \(q\) est dominant. Supposons que nous puissions montrer que \(q : Y \to \mathbf{P}^1_K\) est fini localement libre de degré \(d\) (voir la Définition 02KA de Morphismes). Puisque \(\text{div}_Y(f) = [q^{-1}D_0]_0 - [q^{-1}D_\infty]_0\), nous voyons (par définition de l’image réciproque plate) que \(\text{div}_Y(f) = q^*([D_0]_0 - [D_\infty]_0)\). Alors le Lemme 02RH donne \(q_*\text{div}_Y(f) = d([D_0]_0 - [D_\infty]_0)\). Comme il est clair que \(c'_*[D_0]_0 = c'_*[D_\infty]_0\), nous avons le résultat.
Il reste à montrer que \(q\) est fini localement libre. (Il aura automatiquement un certain degré donné puisque \(\mathbf{P}^1_K\) est connexe.) Comme \(\dim(\mathbf{P}^1_K) = 1\), nous voyons que \(q\) est fini, par exemple d’après le Lemme 02RM. Tous les anneaux locaux de \(\mathbf{P}^1_K\) aux points fermés sont des anneaux locaux réguliers de dimension \(1\) (autrement dit, des anneaux de valuation discrète), puisqu’ils sont des localisés de \(K[T]\) (voir le Lemme 00OP d’Algèbre). Ainsi, pour \(y\in Y\) fermé, l’anneau local \(\mathcal{O}_{Y, y}\) sera plat sur \(\mathcal{O}_{\mathbf{P}^1_K, q(y)}\) dès qu’il est sans torsion (Plus sur l’algèbre, Lemme 0AUW). C’est manifestement le cas puisque \(\mathcal{O}_{Y, y}\) est un domaine et \(q\) est dominant. Ainsi \(q\) est plat. Par conséquent, \(q\) est fini localement libre d’après le Lemme 02KB de Morphismes.
Équivalence rationnelle
Dans cette section, nous définissons l’équivalence rationnelle sur les \(k\)-cycles. Nous autoriserons les sommes localement finies d’images de diviseurs principaux (par des immersions fermées). Cela conduit à des phénomènes assez étranges ; voir l’Exemple 02RY. Cependant, si nous ne les autorisons pas, nous ne savons pas démontrer que le produit avec les classes de Chern de fibrés inversibles se factorise par l’équivalence rationnelle.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(k \in \mathbf{Z}\).
Étant donnée toute famille localement finie \(\{W_j \subset X\}\) de sous-schémas fermés intègres avec \(\dim_\delta(W_j) = k + 1\), et des \(f_j \in R(W_j)^*\) quelconques, nous pouvons considérer \[\sum (i_j)_*\text{div}(f_j) \in Z_k(X)\] où \(i_j : W_j \to X\) est le morphisme d’inclusion. Ceci a un sens car le morphisme \(\coprod i_j : \coprod W_j \to X\) est propre.
Nous disons que \(\alpha \in Z_k(X)\) est rationnellement équivalent à zéro si \(\alpha\) est un cycle de la forme affichée ci-dessus.
Nous disons que \(\alpha, \beta \in Z_k(X)\) sont rationnellement équivalents et nous écrivons \(\alpha \sim_{rat} \beta\) si \(\alpha - \beta\) est rationnellement équivalent à zéro.
Nous définissons \[\CH_k(X) = Z_k(X) / \sim_{rat}\] comme étant le groupe de Chow des \(k\)-cycles sur \(X\). On l’appelle parfois le groupe de Chow des \(k\)-cycles modulo équivalence rationnelle sur \(X\).
Il existe beaucoup d’autres relations d’équivalence (adéquates) intéressantes. L’équivalence rationnelle est la moins fine de toutes.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(k \in \mathbf{Z}\). Montrons que nous avons une présentation \[\bigoplus\nolimits_{\delta(x) = k + 1}' K_1^M(\kappa(x)) \xrightarrow{\partial} \bigoplus\nolimits_{\delta(x) = k}' K_0^M(\kappa(x)) \to \CH_k(X) \to 0\] Nous utilisons ici les notations et conventions introduites dans la Remarque 0GU2 et, de plus,
\(K_1^M(\kappa(x)) = \kappa(x)^*\) est la partie de degré \(1\) de la K-théorie de Milnor du corps résiduel \(\kappa(x)\) du point \(x \in X\) (voir la Remarque 0EAY), et
la différentielle \(\partial\) est définie comme suit : étant donné un élément \(\xi = \sum_x f_x\), nous notons \(W_x = \overline{x}\) le sous-schéma fermé intègre de \(X\) de point générique \(x\) et nous posons \[\partial(\xi) = \sum (W_x \to X)_*\text{div}(f_x)\] dans \(Z_k(X)\), ce qui a un sens puisque nous avons vu que le deuxième terme du complexe est égal à \(Z_k(X)\) d’après la Remarque 0GU2.
Le fait que nous obtenions une présentation de \(\CH_k(X)\) résulte immédiatement de la comparaison avec la Définition 02RW.
Voici un lemme très simple mais important.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(U \subset X\) un sous-schéma ouvert, et notons \(i : Y = X \setminus U \to X\) le sous-schéma fermé réduit de \(X\). Soit \(k \in \mathbf{Z}\). Supposons \(\alpha, \beta \in Z_k(X)\). Si \(\alpha|_U \sim_{rat} \beta|_U\), alors il existe un cycle \(\gamma \in Z_k(Y)\) tel que \[\alpha \sim_{rat} \beta + i_*\gamma.\] Autrement dit, la suite \[\xymatrix{ \CH_k(Y) \ar[r]^{i_*} & \CH_k(X) \ar[r]^{j^*} & \CH_k(U) \ar[r] & 0 }\] est un complexe exact de groupes abéliens.
Démonstration
Soit \(\{W_j\}_{j \in J}\) une famille localement finie de sous-schémas fermés intègres de \(U\), de \(\delta\)-dimension \(k + 1\), et soient \(f_j \in R(W_j)^*\) des éléments tels que \((\alpha - \beta)|_U = \sum (i_j)_*\text{div}(f_j)\) comme dans la définition. Posons \(W_j' \subset X\) égal à l’adhérence de \(W_j\). Supposons que \(V \subset X\) soit un ouvert quasi-compact. Alors \(V \cap U\) est aussi un ouvert quasi-compact de \(U\), car \(V\) est noethérien. Par conséquent, l’ensemble \(\{j \in J \mid W_j \cap V \not = \emptyset\} = \{j \in J \mid W'_j \cap V \not = \emptyset\}\) est fini puisque \(\{W_j\}\) est localement finie. Autrement dit, nous voyons que \(\{W'_j\}\) est également localement finie. Comme \(R(W_j) = R(W'_j)\), nous voyons que \[\alpha - \beta - \sum (i'_j)_*\text{div}(f_j)\] est un cycle supporté sur \(Y\), et le lemme en résulte (voir le Lemme 02RC).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(X_1, X_2 \subset X\) des sous-schémas fermés tels que \(X = X_1 \cup X_2\) ensemblistement. Pour tout \(k \in \mathbf{Z}\), la suite de groupes abéliens \[\xymatrix{ \CH_k(X_1 \cap X_2) \ar[r] & \CH_k(X_1) \oplus \CH_k(X_2) \ar[r] & \CH_k(X) \ar[r] & 0 }\] est exacte. Ici \(X_1 \cap X_2\) est l’intersection schématique, et les applications sont les applications d’image directe, l’une étant multipliée par \(-1\).
Démonstration
D’après le Lemme 0F92, la flèche \(\CH_k(X_1) \oplus \CH_k(X_2) \to \CH_k(X)\) est surjective. Supposons que \((\alpha_1, \alpha_2)\) soit envoyé sur zéro par cette application. Écrivons \(\alpha_1 = \sum n_{1, i}[W_{1, i}]\) et \(\alpha_2 = \sum n_{2, i}[W_{2, i}]\). Nous obtenons alors une famille localement finie \(\{W_j\}_{j \in J}\) de sous-schémas fermés intègres de \(X\) de \(\delta\)-dimension \(k + 1\) et des \(f_j \in R(W_j)^*\) tels que \[\sum n_{1, i}[W_{1, i}] + \sum n_{2, i}[W_{2, i}] = \sum (i_j)_*\text{div}(f_j)\] comme cycles sur \(X\), où \(i_j : W_j \to X\) est le morphisme d’inclusion. Choisissons une décomposition en union disjointe \(J = J_1 \amalg J_2\) telle que \(W_j \subset X_1\) si \(j \in J_1\) et \(W_j \subset X_2\) si \(j \in J_2\). (C’est possible parce que les \(W_j\) sont intègres.) Nous pouvons alors écrire l’équation ci-dessus sous la forme \[\sum n_{1, i}[W_{1, i}] - \sum\nolimits_{j \in J_1} (i_j)_*\text{div}(f_j) = - \sum n_{2, i}[W_{2, i}] + \sum\nolimits_{j \in J_2} (i_j)_*\text{div}(f_j)\] Cette expression est donc un cycle (!) sur \(X_1 \cap X_2\). Autrement dit, l’élément \((\alpha_1, \alpha_2)\) appartient à l’image de la première flèche, ce qui achève la démonstration.
Exemple
Voici un exemple « étrange ». Supposons que \(S\) soit le spectre d’un corps \(k\), avec \(\delta\) comme dans l’Exemple 02QM. Supposons que \(X = C_1 \cup C_2 \cup \ldots\) soit une union infinie de courbes \(C_j \cong \mathbf{P}^1_k\) recollées de la manière suivante : le point \(\infty \in C_j\) est recollé transversalement au point \(0 \in C_{j + 1}\) pour \(j = 1, 2, 3, \ldots\). Prenons le point \(0 \in C_1\). Cela donne un zéro-cycle \([0] \in Z_0(X)\). L’« étrangeté » de cette situation est qu’en fait \([0] \sim_{rat} 0\) ! En effet, nous pouvons choisir la fonction rationnelle \(f_j \in R(C_j)\) comme étant la fonction qui a un zéro simple en \(0\), un pôle simple en \(\infty\) et aucun autre zéro ni pôle. Nous voyons alors que la somme \(\sum (i_j)_*\text{div}(f_j)\) est exactement le \(0\)-cycle \([0]\). En fait, il s’avère que \(\CH_0(X) = 0\) dans cet exemple. Si vous trouvez cela trop bizarre, il vous suffit de veiller à ce que vos espaces soient toujours quasi-compacts (ainsi \(X\) n’existe même pas pour vous).
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Supposons données des familles infinies \(\alpha_i, \beta_i \in Z_k(X)\), \(i \in I\), de \(k\)-cycles sur \(X\). Supposons que les supports des \(\alpha_i\) et des \(\beta_i\) forment des familles localement finies de fermés de \(X\), de sorte que \(\sum \alpha_i\) et \(\sum \beta_i\) soient définies comme cycles. Supposons de plus que \(\alpha_i \sim_{rat} \beta_i\) pour tout \(i\). Il n’est alors pas évident que \(\sum \alpha_i \sim_{rat} \sum \beta_i\). En effet, le problème est que les équivalences rationnelles peuvent être données par des familles localement finies \(\{W_{i, j}, f_{i, j} \in R(W_{i, j})^*\}_{j \in J_i}\), mais que l’union \(\{W_{i, j}\}_{i \in I, j\in J_i}\) peut ne pas être localement finie.
Dans de nombreux cas pratiques, on dispose d’une famille localement finie de fermés \(\{T_i\}_{i \in I}\) telle que \(\alpha_i, \beta_i\) soient supportés sur \(T_i\) et telle que \(\alpha_i = \beta_i\) dans \(\CH_k(T_i)\) ; autrement dit, les familles \(\{W_{i, j}, f_{i, j} \in R(W_{i, j})^*\}_{j \in J_i}\) sont constituées de sous-schémas \(W_{i, j} \subset T_i\). Dans ce cas, il est vrai que \(\sum \alpha_i \sim_{rat} \sum \beta_i\) sur \(X\), simplement parce que la famille \(\{W_{i, j}\}_{i \in I, j\in J_i}\) est alors automatiquement localement finie.
Équivalence rationnelle et images directe et réciproque
Dans cette section, nous montrons que l’image réciproque plate et l’image directe propre commutent avec l’équivalence rationnelle.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) des schémas localement de type fini sur \(S\). Supposons \(Y\) intègre avec \(\dim_\delta(Y) = k\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat de dimension relative \(r\). Alors, pour \(g \in R(Y)^*\), nous avons \[f^*\text{div}_Y(g) = \sum n_j i_{j, *}\text{div}_{X_j}(g \circ f|_{X_j})\] comme \((k + r - 1)\)-cycles sur \(X\), où la somme porte sur les composantes irréductibles \(X_j\) de \(X\) et \(n_j\) est la multiplicité de \(X_j\) dans \(X\).
Démonstration
Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k + r - 1\). Nous devons montrer que le coefficient \(n\) de \([Z]\) dans \(f^*\text{div}(g)\) est égal au coefficient \(m\) de \([Z]\) dans \(\sum i_{j, *} \text{div}(g \circ f|_{X_j})\). Soit \(Z'\) l’adhérence de \(f(Z)\), qui est un sous-schéma fermé intègre de \(Y\). D’après le Lemme 02R8, nous avons \(\dim_\delta(Z') \geq k - 1\). Ainsi, ou bien \(Z' = Y\), ou bien \(Z'\) est un diviseur premier sur \(Y\). Si \(Z' = Y\), alors les coefficients \(n\) et \(m\) sont tous deux nuls : c’est clair pour \(n\) par définition de \(f^*\), et cela résulte pour \(m\) du fait que \(g \circ f|_{X_j}\) est une unité en tout point de \(X_j\) envoyé sur le point générique de \(Y\). Nous pouvons donc supposer que \(Z' \subset Y\) est un diviseur premier.
Nous allons traduire en algèbre l’égalité de \(n\) et \(m\). En effet, soient \(\xi' \in Z'\) et \(\xi \in Z\) les points génériques. Posons \(A = \mathcal{O}_{Y, \xi'}\) et \(B = \mathcal{O}_{X, \xi}\). Notons que \(A\), \(B\) sont noethériens, que \(A \to B\) est plat et local, que \(A\) est un domaine et que \(\mathfrak m_AB\) est un idéal de définition de l’anneau local \(B\). La fonction rationnelle \(g\) est un élément du corps des fractions \(Q(A)\) de \(A\). Par construction, les sous-schémas fermés \(X_j\) qui rencontrent \(\xi\) correspondent \(1\)-à-\(1\) aux idéaux premiers minimaux \[\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_s \subset B\] Les entiers \(n_j\) sont les longueurs correspondantes \[n_i = \text{longueur}_{B_{\mathfrak q_i}}(B_{\mathfrak q_i})\] Les fonctions rationnelles \(g \circ f|_{X_j}\) correspondent à l’image \(g_i \in \kappa(\mathfrak q_i)^*\) de \(g \in Q(A)\). En rassemblant tout cela, nous voyons que \[n = \text{ord}_A(g) \text{longueur}_B(B/\mathfrak m_AB)\] et que \[m = \sum \text{ord}_{B/\mathfrak q_i}(g_i) \text{longueur}_{B_{\mathfrak q_i}}(B_{\mathfrak q_i})\] En écrivant \(g = x/y\) pour des éléments non nuls \(x, y \in A\), nous voyons qu’il suffit de démontrer \[\text{longueur}_A(A/(x)) \text{longueur}_B(B/\mathfrak m_AB) = \text{longueur}_B(B/xB)\] (l’égalité utilise Algèbre, Lemme 02M1) égale à \[\sum\nolimits_{i = 1, \ldots, s} \text{longueur}_{B/\mathfrak q_i}(B/(x, \mathfrak q_i)) \text{longueur}_{B_{\mathfrak q_i}}(B_{\mathfrak q_i})\] et de même pour \(y\). Comme \(A \to B\) est plat, il s’ensuit que \(x\) est un non-diviseur de zéro dans \(B\). L’égalité souhaitée résulte alors du Lemme 02QG.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) des schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat de dimension relative \(r\). Soient \(\alpha \sim_{rat} \beta\) des \(k\)-cycles rationnellement équivalents sur \(Y\). Alors \(f^*\alpha \sim_{rat} f^*\beta\) comme \((k + r)\)-cycles sur \(X\).
Démonstration
Que devons-nous montrer ? Supposons que l’on nous donne une famille \[i_j : W_j \longrightarrow Y\] d’immersions fermées, avec chaque \(W_j\) intègre de \(\delta\)-dimension \(k + 1\), et des fonctions rationnelles \(g_j \in R(W_j)^*\). Supposons de plus que la famille \(\{i_j(W_j)\}_{j \in J}\) soit localement finie sur \(Y\). Nous devons alors montrer que \[f^*(\sum i_{j, *}\text{div}(g_j)) = \sum f^*i_{j, *}\text{div}(g_j)\] est rationnellement équivalent à zéro sur \(X\). La somme de droite a un sens car \(\{W_j\}\) est localement finie dans \(X\) d’après le Lemme 02R9.
Considérons les produits fibrés \[i'_j : W'_j = W_j \times_Y X \longrightarrow X.\] et notons \(f_j : W'_j \to W_j\) la première projection. D’après le Lemme 02RG, nous pouvons écrire la somme ci-dessus sous la forme \[\sum i'_{j, *}(f_j^*\text{div}(g_j))\] D’après le Lemme 0EPH, nous voyons que chaque \(f_j^*\text{div}(g_j)\) est rationnellement équivalent à zéro sur \(W'_j\). Ainsi, chaque \(i'_{j, *}(f_j^*\text{div}(g_j))\) est rationnellement équivalent à zéro. Il en va alors de même pour la somme affichée d’après la discussion de la Remarque 02RZ.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) des schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \(p : X \to Y\) un morphisme propre. Supposons que \(\alpha, \beta \in Z_k(X)\) soient rationnellement équivalents. Alors \(p_*\alpha\) est rationnellement équivalent à \(p_*\beta\).
Démonstration
Que devons-nous montrer ? Supposons que l’on nous donne une famille \[i_j : W_j \longrightarrow X\] d’immersions fermées, avec chaque \(W_j\) intègre de \(\delta\)-dimension \(k + 1\), et des fonctions rationnelles \(f_j \in R(W_j)^*\). Supposons de plus que la famille \(\{i_j(W_j)\}_{j \in J}\) soit localement finie sur \(X\). Nous devons alors montrer que \[p_*\left(\sum i_{j, *}\text{div}(f_j)\right)\] est rationnellement équivalent à zéro sur \(X\).
Notons que la somme est égale à \[\sum p_*i_{j, *}\text{div}(f_j).\] Soit \(W'_j \subset Y\) le sous-schéma fermé intègre qui est l’ image de \(p \circ i_j\). La famille \(\{W'_j\}\) est localement finie dans \(Y\) d’après le Lemme 02R2. Il suffit donc de montrer, pour un \(j\) donné, que soit \(p_*i_{j, *}\text{div}(f_j) = 0\), soit il est égal à \(i'_{j, *}\text{div}(g_j)\) pour un certain \(g_j \in R(W'_j)^*\).
Les arguments ci-dessus nous ramènent donc au cas d’un seul sous-schéma fermé intègre \(W \subset X\) de \(\delta\)-dimension \(k + 1\). Soit \(f \in R(W)^*\). Soit \(W' = p(W)\) comme ci-dessus. Nous obtenons un diagramme commutatif de morphismes \[\xymatrix{ W \ar[r]_i \ar[d]_{p'} & X \ar[d]^p \\ W' \ar[r]^{i'} & Y }\] Notons que \(p_*i_*\text{div}(f) = i'_*(p')_*\text{div}(f)\) d’après le Lemme 02R5. Comme expliqué ci-dessus, nous devons montrer que \((p')_*\text{div}(f)\) est le diviseur d’une fonction rationnelle sur \(W'\), ou zéro. Il y a trois cas à distinguer.
Le cas \(\dim_\delta(W') < k\). Dans ce cas, automatiquement, \((p')_*\text{div}(f) = 0\) et il n’y a rien à démontrer.
Le cas \(\dim_\delta(W') = k\). Montrons que \((p')_*\text{div}(f) = 0\) dans ce cas. Soit \(\eta \in W'\) le point générique. Notons que \(c : W_\eta \to \Spec(K)\) est une courbe intègre propre sur \(K = \kappa(\eta)\) dont le corps des fonctions \(K(W_\eta)\) s’identifie à \(R(W)\). Voici un diagramme \[\xymatrix{ W_\eta \ar[r] \ar[d]_c & W \ar[d]^{p'} \\ \Spec(K) \ar[r] & W' }\] Notons \(f_\eta \in K(W_\eta)^*\) la fonction rationnelle correspondant à \(f \in R(W)^*\). De plus, les points fermés \(\xi\) de \(W_\eta\) correspondent \(1 - 1\) aux sous-schémas intègres fermés \(Z = Z_\xi \subset W\) de \(\delta\)-dimension \(k\) avec \(p'(Z) = W'\). Notons que la multiplicité de \(Z_\xi\) dans \(\text{div}(f)\) est égale à \(\text{ord}_{\mathcal{O}_{W_\eta, \xi}}(f_\eta)\), simplement parce que les anneaux locaux \(\mathcal{O}_{W_\eta, \xi}\) et \(\mathcal{O}_{W, \xi}\) sont identifiés (comme sous-anneaux de leurs corps des fractions). Nous voyons donc que la multiplicité de \([W']\) dans \((p')_*\text{div}(f)\) est égale à la multiplicité de \([\Spec(K)]\) dans \(c_*\text{div}(f_\eta)\). D’après le Lemme 02RU, celle-ci est nulle.
Le cas \(\dim_\delta(W') = k + 1\). Dans ce cas, le Lemme 02RT s’applique, et nous voyons qu’en effet \(p'_*\text{div}(f) = \text{div}(g)\) pour un certain \(g \in R(W')^*\), comme souhaité.
Équivalence rationnelle et droite projective
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Étant donné un sous-schéma fermé quelconque \(Z \subset X \times_S \mathbf{P}^1_S = X \times \mathbf{P}^1\), nous notons \(Z_0\), resp. \(Z_\infty\), le sous-schéma fermé schématique \(Z_0 = \text{pr}_2^{-1}(D_0)\), resp. \(Z_\infty = \text{pr}_2^{-1}(D_\infty)\). Ici \(D_0\), \(D_\infty\) sont comme dans (0F93).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(W \subset X \times_S \mathbf{P}^1_S\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k + 1\). Supposons \(W \not = W_0\) et \(W \not = W_\infty\). Alors
\(W_0\), \(W_\infty\) sont des diviseurs de Cartier effectifs de \(W\),
\(W_0\), \(W_\infty\) peuvent être considérés comme des sous-schémas fermés de \(X\) et \[[W_0]_k \sim_{rat} [W_\infty]_k,\]
pour toute famille localement finie de sous-schémas fermés intègres \(W_i \subset X \times_S \mathbf{P}^1_S\) de \(\delta\)-dimension \(k + 1\) avec \(W_i \not = (W_i)_0\) et \(W_i \not = (W_i)_\infty\), nous avons \(\sum ([(W_i)_0]_k - [(W_i)_\infty]_k) \sim_{rat} 0\) sur \(X\), et
pour tout \(\alpha \in Z_k(X)\) avec \(\alpha \sim_{rat} 0\), il existe une famille localement finie de sous-schémas fermés intègres \(W_i \subset X \times_S \mathbf{P}^1_S\) comme ci-dessus telle que \(\alpha = \sum ([(W_i)_0]_k - [(W_i)_\infty]_k)\).
Démonstration
La partie (1) résulte du Lemme 02OO de Diviseurs, puisque, par hypothèse, le point générique de \(W\) n’est envoyé ni dans \(D_0\) ni dans \(D_\infty\) par la projection \(X \times_S \mathbf{P}^1_S \to \mathbf{P}^1_S\).
Comme \(X \times_S D_0 \to X\) est une immersion fermée, nous voyons que \(W_0\) est isomorphe à un sous-schéma fermé de \(X\). Il en va de même pour \(W_\infty\). Le morphisme \(p : W \to X\) est propre comme composée de l’immersion fermée \(W \to X \times_S \mathbf{P}^1_S\) et du morphisme propre \(X \times_S \mathbf{P}^1_S \to X\). D’après le Lemme 02RQ, nous avons \([W_0]_k \sim_{rat} [W_\infty]_k\) comme cycles sur \(W\). Ainsi la partie (2) résulte du Lemme 02S2, puisque manifestement \(p_*[W_0]_k = [W_0]_k\) et de même pour \(W_\infty\).
Le seul contenu de l’assertion (3), compte tenu des parties (1) et (2), est que la famille \(\{(W_i)_0, (W_i)_\infty\}\) est une famille localement finie de sous-schémas fermés de \(X\). C’est clair.
Supposons que \(\alpha \sim_{rat} 0\). Par définition, cela signifie qu’il existe des sous-schémas fermés intègres \(V_i \subset X\) de \(\delta\)-dimension \(k + 1\) et des fonctions rationnelles \(f_i \in R(V_i)^*\) tels que la famille \(\{V_i\}_{i \in I}\) soit localement finie dans \(X\) et tels que \(\alpha = \sum (V_i \to X)_*\text{div}(f_i)\). Soit \[W_i \subset V_i \times_S \mathbf{P}^1_S \subset X \times_S \mathbf{P}^1_S\] l’adhérence du graphe de l’application rationnelle \(f_i\), comme dans le Lemme 02RQ. Alors \((V_i \to X)_*\text{div}(f_i)\) est égal à \([(W_i)_0]_k - [(W_i)_\infty]_k\) d’après ce même lemme. Le résultat est donc clair.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(Z\) un sous-schéma fermé de \(X \times \mathbf{P}^1\). Supposons
\(\dim_\delta(Z) \leq k + 1\),
\(\dim_\delta(Z_0) \leq k\), \(\dim_\delta(Z_\infty) \leq k\), et
pour tout point immergé \(\xi\) (Diviseurs, Définition 05AK) de \(Z\), soit \(\xi \not \in Z_0 \cup Z_\infty\), soit \(\delta(\xi) < k\).
Alors \([Z_0]_k \sim_{rat} [Z_\infty]_k\) comme \(k\)-cycles sur \(X\).
Démonstration
Soit \(\{W_i\}_{i \in I}\) la famille des composantes irréductibles de \(Z\) qui sont de \(\delta\)-dimension \(k + 1\). Écrivons \[[Z]_{k + 1} = \sum n_i[W_i]\] avec \(n_i > 0\), conformément à la définition. Notons que \(\{W_i\}\) est une famille localement finie de fermés de \(X \times_S \mathbf{P}^1_S\) d’après le Lemme 0BE1 de Diviseurs. Nous affirmons que \[[Z_0]_k = \sum n_i[(W_i)_0]_k\] et de même pour \([Z_\infty]_k\). Si nous le démontrons, alors le lemme résulte du Lemme 02S4.
Soit \(Z' \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). Pour démontrer l’égalité ci-dessus, il suffit de montrer que le coefficient \(n\) de \([Z']\) dans \([Z_0]_k\) est égal au coefficient \(m\) de \([Z']\) dans \(\sum n_i[(W_i)_0]_k\). Soit \(\xi' \in Z'\) le point générique. Posons \(\xi = (\xi', 0) \in X \times_S \mathbf{P}^1_S\). Considérons l’anneau local \(A = \mathcal{O}_{X \times_S \mathbf{P}^1_S, \xi}\). Soit \(I \subset A\) l’idéal définissant \(Z\), autrement dit tel que \(A/I = \mathcal{O}_{Z, \xi}\). Soit \(t \in A\) l’élément définissant \(X \times_S D_0\) (c’est-à-dire le relevé de la coordonnée de \(\mathbf{P}^1\) en zéro). Par notre choix de \(\xi' \in Z'\), nous avons \(\delta(\xi) = k\), et donc \(\dim(A/I) = 1\). Puisque \(\xi\) n’est pas un point immergé d’après l’hypothèse (3), nous voyons que \(A/I\) est de Cohen-Macaulay. Puisque \(\dim_\delta(Z_0) = k\), nous voyons que \(\dim(A/(t, I)) = 0\), ce qui implique que \(t\) est un non-diviseur de zéro dans \(A/I\). Enfin, les sous-schémas fermés irréductibles \(W_i\) passant par \(\xi\) correspondent aux idéaux premiers minimaux \(I \subset \mathfrak q_i\) au-dessus de \(I\). Les multiplicités \(n_i\) correspondent aux longueurs \(\text{longueur}_{A_{\mathfrak q_i}}(A/I)_{\mathfrak q_i}\). Nous voyons donc que \[n = \text{longueur}_A(A/(t, I))\] et \[m = \sum \text{longueur}_A(A/(t, \mathfrak q_i)) \text{longueur}_{A_{\mathfrak q_i}}(A/I)_{\mathfrak q_i}\] Le résultat résulte donc du Lemme 02QG.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(X \times \mathbf{P}^1\). Soient \(i_0, i_\infty : X \to X \times \mathbf{P}^1\) les immersions fermées telles que \(i_t(x) = (x, t)\). Notons \(\mathcal{F}_0 = i_0^*\mathcal{F}\) et \(\mathcal{F}_\infty = i_\infty^*\mathcal{F}\). Supposons
\(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F})) \leq k + 1\),
\(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F}_0)) \leq k\), \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F}_\infty)) \leq k\), et
pour tout point associé immergé \(\xi\) de \(\mathcal{F}\), soit \(\xi \not \in (X \times \mathbf{P}^1)_0 \cup (X \times \mathbf{P}^1)_\infty\), soit \(\delta(\xi) < k\).
Alors \([\mathcal{F}_0]_k \sim_{rat} [\mathcal{F}_\infty]_k\) comme \(k\)-cycles sur \(X\).
Démonstration
Soit \(\{W_i\}_{i \in I}\) la famille des composantes irréductibles de \(\text{Supp}(\mathcal{F})\) qui sont de \(\delta\)-dimension \(k + 1\). Écrivons \[[\mathcal{F}]_{k + 1} = \sum n_i[W_i]\] avec \(n_i > 0\), conformément à la définition. Notons que \(\{W_i\}\) est une famille localement finie de fermés de \(X \times_S \mathbf{P}^1_S\) d’après le Lemme 02QW. Nous affirmons que \[[\mathcal{F}_0]_k = \sum n_i[(W_i)_0]_k\] et de même pour \([\mathcal{F}_\infty]_k\). Si nous le démontrons, alors le lemme résulte du Lemme 02S4.
Soit \(Z' \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). Pour démontrer l’égalité ci-dessus, il suffit de montrer que le coefficient \(n\) de \([Z']\) dans \([\mathcal{F}_0]_k\) est égal au coefficient \(m\) de \([Z']\) dans \(\sum n_i[(W_i)_0]_k\). Soit \(\xi' \in Z'\) le point générique. Posons \(\xi = (\xi', 0) \in X \times_S \mathbf{P}^1_S\). Considérons l’anneau local \(A = \mathcal{O}_{X \times_S \mathbf{P}^1_S, \xi}\). Considérons \(M = \mathcal{F}_\xi\) comme un \(A\)-module. Soit \(t \in A\) l’élément définissant \(X \times_S D_0\) (c’est-à-dire le relevé de la coordonnée de \(\mathbf{P}^1\) en zéro). Par notre choix de \(\xi' \in Z'\), nous avons \(\delta(\xi) = k\), et donc \(\dim(\text{Supp}(M)) = 1\). Puisque \(\xi\) n’est pas un point associé de \(\mathcal{F}\) d’après l’hypothèse (3), nous voyons que \(M\) est un module de Cohen-Macaulay. Puisque \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F}_0)) = k\), nous voyons que \(\dim(\text{Supp}(M/tM)) = 0\), ce qui implique que \(t\) est un non-diviseur de zéro dans \(M\). Enfin, les sous-schémas fermés irréductibles \(W_i\) passant par \(\xi\) correspondent aux idéaux premiers minimaux \(\mathfrak q_i\) de \(\text{Ass}(M)\). Les multiplicités \(n_i\) correspondent aux longueurs \(\text{longueur}_{A_{\mathfrak q_i}}M_{\mathfrak q_i}\). Nous voyons donc que \[n = \text{longueur}_A(M/tM)\] et \[m = \sum \text{longueur}_A(A/(t, \mathfrak q_i)A) \text{longueur}_{A_{\mathfrak q_i}}M_{\mathfrak q_i}\] Le résultat résulte donc du Lemme 02QG.
Groupes de Chow et enveloppes
Voici la définition.
Définition
Soit \(X\) un schéma. Une enveloppe est un morphisme propre \(f : Y \to X\) qui est complètement décomposé (Plus sur les morphismes, Définition 0GTI).
La suite exacte du Lemme 0GU8 est la motivation principale de la définition.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Si \(f : Y \to X\) et \(g : Z \to Y\) sont des enveloppes, alors \(f \circ g\) est une enveloppe.
Démonstration
Ceci résulte du Lemme 01W3 de Morphismes et du Lemme 0GTJ de Plus sur les morphismes.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X' \to X\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\). Si \(f : Y \to X\) est une enveloppe, alors le changement de base \(f' : Y' \to X'\) de \(f\) est aussi une enveloppe.
Démonstration
Ceci résulte du Lemme 01W4 de Morphismes et du Lemme 0GTK de Plus sur les morphismes.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(f : Y \to X\) une enveloppe. Alors nous avons une suite exacte \[\CH_k(Y \times_X Y) \xrightarrow{p_* - q_*} \CH_k(Y) \xrightarrow{f_*} \CH_k(X) \to 0\] pour tout \(k \in \mathbf{Z}\). Ici \(p, q : Y \times_X Y \to Y\) sont les projections.
Démonstration
Puisque \(f\) est une enveloppe, \(f\) est propre, et l’image directe des cycles et des classes de cycles est donc définie ; voir les sections 02R3 et 02RF. De même, les morphismes \(p\) et \(q\) sont propres comme changements de base de \(f\). La composée des flèches est nulle, car \(f_* \circ p_* = (p \circ f)_* = (q \circ f)_* = f_* \circ q_*\) ; voir le Lemme 02R5.
Montrons que \(f_* : Z_k(Y) \to Z_k(X)\) est surjectif. En effet, supposons que nous ayons \(\alpha = \sum n_i[Z_i] \in Z_k(X)\), où les \(Z_i \subset X\) forment une famille localement finie de sous-schémas fermés intègres. Soit \(x_i \in Z_i\) le point générique. Puisque \(f\) est une enveloppe et donc complètement décomposé, il existe un point \(y_i \in Y\) avec \(f(y_i) = x_i\) et avec \(\kappa(y_i)/\kappa(x_i)\) triviale. Soit \(W_i \subset Y\) le sous-schéma fermé intègre de point générique \(y_i\). Comme \(f\) est fermé, nous voyons que \(f(W_i) = Z_i\). Il en résulte que la famille de sous-schémas fermés \(W_i\) est localement finie sur \(Y\). Comme \(\kappa(y_i)/\kappa(x_i)\) est triviale, nous voyons que \(\dim_\delta(W_i) = \dim_\delta(Z_i) = k\). Ainsi \(\beta = \sum n_i[W_i]\) appartient à \(Z_k(Y)\). Enfin, puisque \(\kappa(y_i)/\kappa(x_i)\) est triviale, le degré du morphisme dominant \(f|_{W_i} : W_i \to Z_i\) est \(1\), et nous concluons que \(f_*\beta = \alpha\).
Puisque \(f_* : Z_k(Y) \to Z_k(X)\) est surjectif, l’application \(f_* : \CH_k(Y) \to \CH_k(X)\) est a fortiori surjective.
Soit \(\beta \in Z_k(Y)\) un élément tel que \(f_*\beta\) soit nul dans \(\CH_k(X)\). Cela signifie que nous pouvons trouver une famille localement finie de sous-schémas fermés intègres \(Z_j \subset X\) avec \(\dim_\delta(Z_j) = k + 1\) et des \(f_j \in R(Z_j)^*\) tels que \[f_*\beta = \sum (Z_j \to X)_*\text{div}(f_j)\] comme cycles, où \(i_j : Z_j \to X\) est l’immersion fermée donnée. En raisonnant exactement comme ci-dessus, nous pouvons trouver une famille localement finie de sous-schémas fermés intègres \(W_j \subset Y\) avec \(f(W_j) = Z_j\) et telle que \(W_j \to Z_j\) soit birationnel, c’est-à-dire induise un isomorphisme \(R(Z_j) = R(W_j)\). Notons \(g_j \in R(W_j)^*\) l’élément correspondant à \(f_j\). Observons que \(W_j \to Z_j\) est propre et que \((W_j \to Z_j)_*\text{div}(g_j) = \text{div}(f_j)\) comme cycles sur \(Z_j\). Il s’ensuit que, si nous remplaçons \(\beta\) par le cycle rationnellement équivalent \[\beta' = \beta - \sum (W_j \to Y)_*\text{div}(g_j)\] nous obtenons \(f_*\beta' = 0\). (On utilise ici le Lemme 02R5.) Ainsi, pour achever la démonstration du lemme, il suffit de démontrer l’affirmation du paragraphe suivant.
Affirmation : si \(\beta \in Z_k(Y)\) et \(f_*\beta = 0\), alors \(\beta = \delta + p_*\gamma - q_*\gamma\) dans \(Z_k(Y)\) pour un certain \(\gamma \in Z_k(Y \times_X Y)\). En effet, écrivons \(\beta = \sum_{j \in J} n_j[W_j]\), où \(\{W_j\}_{j \in J}\) est une famille localement finie de sous-schémas fermés intègres de \(Y\) avec \(\dim_\delta(W_j) = k\). Fixons un sous-schéma fermé intègre \(Z \subset X\). Considérons le sous-ensemble \(J_Z = \{j \in J : f(W_j) = Z\}\). C’est un ensemble fini. Il y a trois cas :
\(J_Z = \emptyset\). Dans ce cas, nous posons \(\gamma_Z = 0\).
\(J_Z \not = \emptyset\) et \(\dim_\delta(Z) = k\). La condition \(f_*\beta = 0\) implique, en considérant le coefficient de \(Z\), que \(\sum_{j \in J_Z} n_j\deg(W_j/Z) = 0\). Dans ce cas, nous choisissons un sous-schéma fermé intègre \(W \subset Y\) qui s’envoie birationnellement sur \(Z\) (voir ci-dessus). En considérant les points génériques, nous voyons que \(W_j \times_Z W\) possède une unique composante irréductible \(W'_j \subset W_j \times_Z W \subset Y \times_X Y\) qui s’envoie birationnellement sur \(W_j\). Alors \(W'_j \to W\) est dominant et \(\deg(W'_j/W) = \deg(W_j/W)\). Ainsi, si nous posons \(\gamma_Z = \sum_{j \in J_Z} n_j[W'_j]\), alors nous voyons que \(p_*\gamma_Z = \sum_{j \in J_Z} n_j[W_j]\) et \(q_*\gamma_Z = \sum_{j \in J_Z} n_j\deg(W'_j/W)[W] = 0\).
\(J_Z \not = \emptyset\) et \(\dim_\delta(Z) < k\). Dans ce cas, nous choisissons un sous-schéma fermé intègre \(W \subset Y\) qui s’envoie birationnellement sur \(Z\) (voir ci-dessus). En considérant les points génériques, nous voyons que \(W_j \times_Z W\) possède une unique composante irréductible \(W'_j \subset W_j \times_Z W \subset Y \times_X Y\) qui s’envoie birationnellement sur \(W_j\). Alors \(W'_j \to W\) est dominant et \(k = \dim_\delta(W'_j) > \dim_\delta(W) = \dim_\delta(Z)\). Ainsi, si nous posons \(\gamma_Z = \sum_{j \in J_Z} n_j[W'_j]\), alors nous voyons que \(p_*\gamma_Z = \sum_{j \in J_Z} n_j[W_j]\) et \(q_*\gamma_Z = 0\).
Puisque la famille de sous-schémas fermés intègres \(\{f(W_j)\}\) est localement finie sur \(X\) (Lemme 02R2), nous voyons que le \(k\)-cycle \[\gamma = \sum\nolimits_{Z \subset X\text{ fermé intègre}} \gamma_Z\] sur \(Y \times_X Y\) est bien défini. Nos calculs ci-dessus montrent que \(p_*\gamma_Z = \beta\) et \(q_*\gamma_Z = 0\), ce qui implique ce que nous voulions démontrer.
Groupes de Chow et groupes K
Dans cette section, nous allons comparer le \(K_0\) de la catégorie des faisceaux cohérents aux groupes de Chow.
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Nous notons \(\textit{Coh}(X) = \textit{Coh}(\mathcal{O}_X)\) la catégorie des faisceaux cohérents sur \(X\). C’est une catégorie abélienne ; voir le Lemme 01Y0 de Cohomologie des schémas. Pour tout \(k \in \mathbf{Z}\), nous notons \(\textit{Coh}_{\leq k}(X)\) la sous-catégorie pleine de \(\textit{Coh}(X)\) formée des faisceaux cohérents \(\mathcal{F}\) tels que \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F})) \leq k\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Les catégories \(\textit{Coh}_{\leq k}(X)\) sont des sous-catégories de Serre de la catégorie abélienne \(\textit{Coh}(X)\).
Démonstration
La définition d’une sous-catégorie de Serre est la Définition 02MO d’Homologie. La démonstration du lemme est immédiate et omise.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Les applications \[Z_k(X) \longrightarrow K_0(\textit{Coh}_{\leq k}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X)), \quad \sum n_Z[Z] \mapsto \left[\bigoplus\nolimits_{n_Z > 0} \mathcal{O}_Z^{\oplus n_Z}\right] - \left[\bigoplus\nolimits_{n_Z < 0} \mathcal{O}_Z^{\oplus -n_Z}\right]\] et \[K_0(\textit{Coh}_{\leq k}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X)) \longrightarrow Z_k(X),\quad \mathcal{F} \longmapsto [\mathcal{F}]_k\] sont des isomorphismes réciproques l’un de l’autre.
Démonstration
Notons que, si \(\sum n_Z[Z]\) appartient à \(Z_k(X)\), alors les sommes directes \(\bigoplus\nolimits_{n_Z > 0} \mathcal{O}_Z^{\oplus n_Z}\) et \(\bigoplus\nolimits_{n_Z < 0} \mathcal{O}_Z^{\oplus -n_Z}\) sont des faisceaux cohérents sur \(X\), puisque la famille \(\{Z \mid n_Z > 0\}\) est localement finie sur \(X\). L’application \(\mathcal{F} \to [\mathcal{F}]_k\) est additive sur \(\textit{Coh}_{\leq k}(X)\) ; voir le Lemme 02QZ. Et \([\mathcal{F}]_k = 0\) si \(\mathcal{F} \in \textit{Coh}_{\leq k - 1}(X)\). D’après la partie (1) du Lemme 02MX d’Homologie, cela implique que la deuxième application est elle aussi bien définie. Il est clair que la composée de la première application avec la deuxième est l’identité.
Réciproquement, supposons que nous partions d’un faisceau cohérent \(\mathcal{F}\) sur \(X\). Écrivons \([\mathcal{F}]_k = \sum_{i \in I} n_i[Z_i]\) avec \(n_i > 0\) et \(Z_i \subset X\), \(i \in I\), des sous-schémas fermés intègres deux à deux distincts de \(\delta\)-dimension \(k\). Nous devons montrer que \[[\mathcal{F}] = [\bigoplus\nolimits_{i \in I} \mathcal{O}_{Z_i}^{\oplus n_i}]\] dans \(K_0(\textit{Coh}_{\leq k}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\). Notons \(\xi_i \in Z_i\) le point générique. Si nous posons \[\mathcal{F}' = \Ker(\mathcal{F} \to \bigoplus \xi_{i, *}\mathcal{F}_{\xi_i})\] alors \(\mathcal{F}'\) est le sous-module cohérent maximal de \(\mathcal{F}\) dont le support est de dimension \(\leq k - 1\). En particulier, \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{F}/\mathcal{F}'\) ont la même classe dans \(K_0(\textit{Coh}_{\leq k}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\). Ainsi, après avoir remplacé \(\mathcal{F}\) par \(\mathcal{F}/\mathcal{F}'\), nous pouvons supposer, et supposons, que le noyau \(\mathcal{F}'\) affiché ci-dessus est nul.
Pour tout \(i \in I\), choisissons une filtration \[\mathcal{F}_{\xi_i} = \mathcal{F}_i^0 \supset \mathcal{F}_i^1 \supset \ldots \supset \mathcal{F}_i^{n_i} = 0\] telle que les quotients successifs soient de dimension \(1\) sur le corps résiduel en \(\xi_i\). C’est possible puisque la longueur de \(\mathcal{F}_{\xi_i}\) sur \(\mathcal{O}_{X, \xi_i}\) est \(n_i\). Pour \(p > n_i\), posons \(\mathcal{F}_i^p = 0\). Pour \(p \geq 0\), nous notons \[\mathcal{F}^p = \Ker\left(\mathcal{F} \longrightarrow \bigoplus \xi_{i, *}(\mathcal{F}_{\xi_i}/\mathcal{F}_i^p)\right)\] Alors \(\mathcal{F}^p\) est cohérent, \(\mathcal{F}^0 = \mathcal{F}\), et \(\mathcal{F}^p/\mathcal{F}^{p + 1}\) est isomorphe à un \(\mathcal{O}_{Z_i}\)-module libre de rang \(1\) (si \(n_i > p\)), ou à \(0\) (si \(n_i \leq p\)), dans un voisinage ouvert de \(\xi_i\). De plus, \(\mathcal{F}' = \bigcap \mathcal{F}^p = 0\). Puisque tout ouvert quasi-compact \(U \subset X\) ne contient qu’un nombre fini de \(\xi_i\), nous concluons que \(\mathcal{F}^p|_U\) est nul pour \(p \gg 0\). Ainsi \(\bigoplus_{p \geq 0} \mathcal{F}^p\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent. Considérons les suites exactes courtes \[0 \to \bigoplus\nolimits_{p > 0} \mathcal{F}^p \to \bigoplus\nolimits_{p \geq 0} \mathcal{F}^p \to \bigoplus\nolimits_{p > 0} \mathcal{F}^p/\mathcal{F}^{p + 1} \to 0\] et \[0 \to \bigoplus\nolimits_{p > 0} \mathcal{F}^p \to \bigoplus\nolimits_{p \geq 0} \mathcal{F}^p \to \mathcal{F} \to 0\] de \(\mathcal{O}_X\)-modules cohérents. Cela montre déjà que \[[\mathcal{F}] = [\bigoplus \mathcal{F}^p/\mathcal{F}^{p + 1}]\] dans \(K_0(\textit{Coh}_{\leq k}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\). Ensuite, pour tout \(p \geq 0\) et tout \(i \in I\) tel que \(n_i > p\), nous choisissons un faisceau d’idéaux non nul \(\mathcal{I}_{i, p} \subset \mathcal{O}_{Z_i}\) et une application \(\mathcal{I}_{i, p} \to \mathcal{F}^p/\mathcal{F}^{p + 1}\) sur \(X\) qui est un isomorphisme sur le voisinage ouvert de \(\xi_i\) mentionné ci-dessus. C’est possible d’après le Lemme 0FD0 de Cohomologie des schémas. Nous considérons alors la suite exacte courte \[0 \to \bigoplus\nolimits_{p \geq 0, i \in I, n_i > p} \mathcal{I}_{i, p} \to \bigoplus \mathcal{F}^p/\mathcal{F}^{p + 1} \to \mathcal{Q} \to 0\] et la suite exacte courte \[0 \to \bigoplus\nolimits_{p \geq 0, i \in I, n_i > p} \mathcal{I}_{i, p} \to \bigoplus\nolimits_{p \geq 0, i \in I, n_i > p} \mathcal{O}_{Z_i} \to \mathcal{Q}' \to 0\] Observons que \(\mathcal{Q}\) et \(\mathcal{Q}'\) sont tous deux nuls dans un voisinage des points \(\xi_i\) et qu’ils sont supportés sur \(\bigcup Z_i\). Ainsi \(\mathcal{Q}\) et \(\mathcal{Q}'\) appartiennent à \(\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X)\). Puisque \[\bigoplus\nolimits_{i \in I} \mathcal{O}_{Z_i}^{\oplus n_i} \cong \bigoplus\nolimits_{p \geq 0, i \in I, n_i > p} \mathcal{O}_{Z_i}\] ceci achève la démonstration.
Lemme
Soit \(\pi : X \to Y\) un morphisme fini de schémas localement de type fini sur \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Alors \(\pi_* : \textit{Coh}(X) \to \textit{Coh}(Y)\) est un foncteur exact qui envoie \(\textit{Coh}_{\leq k}(X)\) dans \(\textit{Coh}_{\leq k}(Y)\) et induit des homomorphismes sur les \(K_0\) de ces catégories et de leurs quotients. Les applications du Lemme 02S9 s’insèrent dans un diagramme commutatif \[\xymatrix{ Z_k(X) \ar[d]^{\pi_*} \ar[r] & K_0(\textit{Coh}_{\leq k}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X)) \ar[d]^{\pi_*} \ar[r] & Z_k(X) \ar[d]^{\pi_*} \\ Z_k(Y) \ar[r] & K_0(\textit{Coh}_{\leq k}(Y)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(Y)) \ar[r] & Z_k(Y) }\]
Démonstration
Un morphisme fini est affine ; l’image directe des modules quasi-cohérents par \(\pi\) est donc un foncteur exact d’après le Lemme 01XC de Cohomologie des schémas. Un morphisme fini est propre ; \(\pi_*\) envoie donc les faisceaux cohérents sur des faisceaux cohérents ; voir la Proposition 02O5 de Cohomologie des schémas. L’assertion sur les dimensions des supports est claire. La commutativité à droite résulte immédiatement du Lemme 02R6. Puisque les flèches horizontales sont des bijections, nous constatons que nous avons aussi la commutativité à gauche.
Lemme
Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Il existe une application canonique \[\CH_k(X) \longrightarrow K_0(\textit{Coh}_{\leq k + 1}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\] induite par l’application \(Z_k(X) \to K_0(\textit{Coh}_{\leq k}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\) du Lemme 02S9.
Démonstration
Nous devons montrer qu’un élément \(\alpha\) de \(Z_k(X)\) qui est rationnellement équivalent à zéro est envoyé sur zéro dans \(K_0(\textit{Coh}_{\leq k + 1}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\). Écrivons \(\alpha = \sum (i_j)_*\text{div}(f_j)\) comme dans la Définition 02RW. Observons que \[\pi = \coprod i_j : W = \coprod W_j \longrightarrow X\] est un morphisme fini, car chaque \(i_j : W_j \to X\) est une immersion fermée et la famille des \(W_j\) est localement finie dans \(X\). Nous pouvons donc utiliser le Lemme 0FDR pour nous ramener au cas de \(W\). Puisque \(W\) est une union disjointe de schémas intègres, nous nous ramenons au cas étudié dans le paragraphe suivant.
Supposons \(X\) intègre de \(\delta\)-dimension \(k + 1\). Soit \(f\) une fonction rationnelle non nulle sur \(X\). Soit \(\alpha = \text{div}(f)\). Nous devons montrer que \(\alpha\) est envoyé sur zéro dans \(K_0(\textit{Coh}_{\leq k + 1}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\). Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) l’idéal des dénominateurs de \(f\) ; voir Diviseurs, Définition 02P1. Nous avons alors des suites exactes courtes \[0 \to \mathcal{I} \to \mathcal{O}_X \to \mathcal{O}_X/\mathcal{I} \to 0\] et \[0 \to \mathcal{I} \xrightarrow{f} \mathcal{O}_X \to \mathcal{O}_X/f\mathcal{I} \to 0\] Voir Diviseurs, Lemme 02P0. Nous affirmons que \[[\mathcal{O}_X/\mathcal{I}]_k - [\mathcal{O}_X/f\mathcal{I}]_k = \text{div}(f)\] Cette affirmation implique que l’élément \(\alpha = \text{div}(f)\) est représenté par \([\mathcal{O}_X/\mathcal{I}] - [\mathcal{O}_X/f\mathcal{I}]\) dans \(K_0(\textit{Coh}_{\leq k}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\). Les suites exactes courtes montrent alors que cet élément s’envoie sur zéro dans \(K_0(\textit{Coh}_{\leq k + 1}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\).
Pour démontrer l’affirmation, soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\), et soit \(\xi \in Z\) son point générique. Alors \(I = \mathcal{I}_\xi \subset A = \mathcal{O}_{X, \xi}\) est un idéal tel que \(fI \subset A\). Or le coefficient de \([Z]\) dans \(\text{div}(f)\) est \(\text{ord}_A(f)\). (Bien sûr, comme d’habitude, nous identifions le corps des fonctions de \(X\) au corps des fractions de \(A\).) D’autre part, le coefficient de \([Z]\) dans \([\mathcal{O}_X/\mathcal{I}] - [\mathcal{O}_X/f\mathcal{I}]\) est \[\text{longueur}_A(A/I) - \text{longueur}_A(A/fI)\] À l’aide de la fonction distance de la Définition 02MG d’Algèbre, nous pouvons récrire ceci sous la forme \[d(A, I) - d(A, fI) = d(I, fI) = \text{ord}_A(f)\] Les égalités sont vraies d’après les Lemmes 02MH et 02MI d’Algèbre. (L’utilisation de ces lemmes n’est pas nécessaire, mais commode.)
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Nous verrons plus loin (dans le Lemme 02SC) que l’application \[\CH_k(X) \longrightarrow K_0(\textit{Coh}_{k + 1}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\] du Lemme 0FDS est injective. En la composant avec l’application canonique \[K_0(\textit{Coh}_{k + 1}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X)) \longrightarrow K_0(\textit{Coh}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\] nous obtenons une application canonique \[\CH_k(X) \longrightarrow K_0(\textit{Coh}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X)).\] Nous n’avons trouvé dans la littérature aucun énoncé ni aucune conjecture indiquant si cette application devrait être injective ou non. Il semble raisonnable de s’attendre à ce que le noyau de cette application soit de torsion. Nous reviendrons sur cette question (insérer une référence ultérieure).
Lemme
Soit \(X\) un schéma localement noethérien. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé. Notons \(\textit{Coh}_Z(X) \subset \textit{Coh}(X)\) la sous-catégorie de Serre des \(\mathcal{O}_X\)-modules cohérents dont le support ensembliste est contenu dans \(Z\). Alors le foncteur exact d’inclusion \(\textit{Coh}(Z) \to \textit{Coh}_Z(X)\) induit un isomorphisme \[K'_0(Z) = K_0(\textit{Coh}(Z)) \longrightarrow K_0(\textit{Coh}_Z(X))\]
Démonstration
Soit \(\mathcal{F}\) un objet de \(\textit{Coh}_Z(X)\). Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux de \(Z\). Considérons la filtration décroissante \[\ldots \subset \mathcal{F}^p = \mathcal{I}^p \mathcal{F} \subset \mathcal{F}^{p - 1} \subset \ldots \subset \mathcal{F}^0 = \mathcal{F}\] Exactement comme dans la démonstration du Lemme 0FDS, cette filtration est localement finie, et donc \(\bigoplus_{p \geq 0} \mathcal{F}^p\), \(\bigoplus_{p \geq 1} \mathcal{F}^p\) et \(\bigoplus_{p \geq 0} \mathcal{F}^p/\mathcal{F}^{p + 1}\) sont des \(\mathcal{O}_X\)-modules cohérents supportés sur \(Z\). Nous obtenons ainsi \[[\mathcal{F}] = [\bigoplus\nolimits_{p \geq 0} \mathcal{F}^p/\mathcal{F}^{p + 1}]\] dans \(K_0(\textit{Coh}_Z(X))\), exactement comme dans la démonstration du Lemme 0FDS. Puisque le module cohérent \(\bigoplus_{p \geq 0} \mathcal{F}^p/\mathcal{F}^{p + 1}\) est annulé par \(\mathcal{I}\), nous concluons que \([\mathcal{F}]\) appartient à l’image. En fait, nous affirmons que l’application \[\mathcal{F} \longmapsto c(\mathcal{F}) = [\bigoplus\nolimits_{p \geq 0} \mathcal{F}^p/\mathcal{F}^{p + 1}]\] se factorise par \(K_0(\textit{Coh}_Z(X))\) et est réciproque de l’application de l’énoncé du lemme. Pour le voir, il nous suffit de montrer que, si \[0 \to \mathcal{F} \to \mathcal{G} \to \mathcal{H} \to 0\] est une suite exacte courte dans \(\textit{Coh}_Z(X)\), alors nous obtenons \(c(\mathcal{G}) = c(\mathcal{F}) + c(\mathcal{H})\). Observons que, pour tout \(q \geq 0\), nous avons une suite exacte courte \[0 \to (\mathcal{F} \cap \mathcal{I}^q\mathcal{G})/ (\mathcal{F} \cap \mathcal{I}^{q + 1}\mathcal{G}) \to \mathcal{G}^q/\mathcal{G}^{q + 1} \to \mathcal{H}^q/\mathcal{H}^{q + 1} \to 0\] Pour \(p, q \geq 0\), considérons le sous-module cohérent \[\mathcal{F}^{p, q} = \mathcal{I}^p\mathcal{F} \cap \mathcal{I}^q\mathcal{G}\] En raisonnant exactement comme ci-dessus et en utilisant que les filtrations \(\mathcal{F}^p = \mathcal{I}^p\mathcal{F}\) et \(\mathcal{F} \cap \mathcal{I}^q\mathcal{G}\) sont localement finies, nous obtenons \[[\bigoplus\nolimits_{p \geq 0} \mathcal{F}^p/\mathcal{F}^{p + 1}] = [\bigoplus\nolimits_{p, q \geq 0} \mathcal{F}^{p, q}/(\mathcal{F}^{p + 1, q} + \mathcal{F}^{p, q + 1})] = [\bigoplus\nolimits_{q \geq 0} (\mathcal{F} \cap \mathcal{I}^q\mathcal{G})/ (\mathcal{F} \cap \mathcal{I}^{q + 1}\mathcal{G})]\] dans \(K_0(\textit{Coh}(Z))\). Avec les suites exactes ci-dessus, nous obtenons le résultat souhaité. Certains détails sont omis.
Le diviseur associé à un faisceau inversible
La définition suivante est l’analogue de la Définition 0BE6 de Diviseurs dans notre cadre actuel.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Supposons \(X\) intègre et \(n = \dim_\delta(X)\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible.
Pour toute section méromorphe non nulle \(s\) de \(\mathcal{L}\), nous définissons le diviseur de Weil associé à \(s\) comme le \((n - 1)\)-cycle \[\text{div}_\mathcal{L}(s) = \sum \text{ord}_{Z, \mathcal{L}}(s) [Z]\] défini dans Diviseurs, Définition 0BE6. Ceci a un sens parce que les diviseurs de Weil sont de \(\delta\)-dimension \(n - 1\) d’après le Lemme 02RK.
Nous définissons le diviseur de Weil associé à \(\mathcal{L}\) par \[c_1(\mathcal{L}) \cap [X] = \text{classe de }\text{div}_\mathcal{L}(s) \in \CH_{n - 1}(X)\] où \(s\) est une section méromorphe non nulle quelconque de \(\mathcal{L}\) sur \(X\). Ceci est bien défini d’après le Lemme 02SH de Diviseurs.
Soient \(X\) et \(S\) comme dans la Définition 02SJ ci-dessus. Posons \(n = \dim_\delta(X)\). Il est clair d’après les définitions que \(Cl(X) = \CH_{n - 1}(X)\), où \(Cl(X)\) est le groupe des classes de diviseurs de Weil de \(X\) défini dans Diviseurs, Définition 0BE4. L’application \[\Pic(X) \longrightarrow \CH_{n - 1}(X), \quad \mathcal{L} \longmapsto c_1(\mathcal{L}) \cap [X]\] est la même que l’application \(\Pic(X) \to Cl(X)\) construite dans Diviseurs, Équation (0BE7), pour les schémas intègres localement noethériens quelconques. En particulier, cette application est un homomorphisme de groupes abéliens ; elle est injective si \(X\) est un schéma normal, et un isomorphisme si tous les anneaux locaux de \(X\) sont factoriels. Voir Diviseurs, Lemmes 0BE8 et 0BE9. Dans certains cas, il est facile de calculer le diviseur de Weil associé à un faisceau inversible.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Supposons \(X\) intègre et \(n = \dim_\delta(X)\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Soit \(s \in \Gamma(X, \mathcal{L})\) une section globale non nulle. Alors \[\text{div}_\mathcal{L}(s) = [Z(s)]_{n - 1}\] dans \(Z_{n - 1}(X)\) et \[c_1(\mathcal{L}) \cap [X] = [Z(s)]_{n - 1}\] dans \(\CH_{n - 1}(X)\).
Démonstration
Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(n - 1\). Soit \(\xi \in Z\) son point générique. Choisissons un générateur \(s_\xi \in \mathcal{L}_\xi\). Écrivons \(s = fs_\xi\) pour un certain \(f \in \mathcal{O}_{X, \xi}\). Par définition de \(Z(s)\), voir la Définition 02OQ de Diviseurs, nous voyons que \(Z(s)\) est défini par un faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) tel que \(\mathcal{I}_\xi = (f)\). Ainsi \(\text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, \xi}}(\mathcal{O}_{Z(s), \xi}) = \text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, \xi}}(\mathcal{O}_{X, \xi}/(f)) = \text{ord}_{\mathcal{O}_{X, \xi}}(f)\), comme souhaité.
Le lemme suivant sera supplanté par le Lemme plus général 02SS.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Supposons \(X\), \(Y\) intègres et \(n = \dim_\delta(Y)\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_Y\)-module inversible. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat de dimension relative \(r\). Alors \[f^*(c_1(\mathcal{L}) \cap [Y]) = c_1(f^*\mathcal{L}) \cap [X]\] dans \(\CH_{n + r - 1}(X)\).
Démonstration
Soit \(s\) une section méromorphe non nulle de \(\mathcal{L}\). Nous allons montrer qu’en fait \(f^*\text{div}_\mathcal{L}(s) = \text{div}_{f^*\mathcal{L}}(f^*s)\), et donc que le lemme est vrai. Pour le voir, soit \(\xi \in Y\) un point, et soit \(s_\xi \in \mathcal{L}_\xi\) un générateur. Écrivons \(s = gs_\xi\) avec \(g \in R(Y)^*\). Il existe alors un voisinage ouvert \(V \subset Y\) de \(\xi\) tel que \(s_\xi \in \mathcal{L}(V)\) et que \(s_\xi\) engendre \(\mathcal{L}|_V\). Nous voyons donc que \[\text{div}_\mathcal{L}(s)|_V = \text{div}_Y(g)|_V.\] De la même manière exactement, puisque \(f^*s_\xi\) engendre \(f^*\mathcal{L}\) sur \(f^{-1}(V)\) et puisque \(f^*s = g f^*s_\xi\), nous avons aussi \[\text{div}_\mathcal{L}(f^*s)|_{f^{-1}(V)} = \text{div}_X(g)|_{f^{-1}(V)}.\] L’égalité souhaitée de cycles sur \(f^{-1}(V)\) résulte donc du résultat correspondant pour les images réciproques de diviseurs principaux ; voir le Lemme 02RR.
Intersection par un faisceau inversible
Dans cette section, nous étudions la construction suivante.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Nous définissons, pour tout entier \(k\), une opération \[c_1(\mathcal{L}) \cap - : Z_{k + 1}(X) \to \CH_k(X)\] appelée intersection avec la première classe de Chern de \(\mathcal{L}\).
Étant donné un sous-schéma fermé intègre \(i : W \to X\) avec \(\dim_\delta(W) = k + 1\), nous définissons \[c_1(\mathcal{L}) \cap [W] = i_*(c_1({i^*\mathcal{L}}) \cap [W])\] où le membre de droite est défini dans la Définition 02SJ.
Pour un \((k + 1)\)-cycle général \(\alpha = \sum n_i [W_i]\), nous posons \[c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha = \sum n_i c_1(\mathcal{L}) \cap [W_i]\]
Écrivons chaque \(c_1(\mathcal{L}) \cap W_i = \sum_j n_{i, j} [Z_{i, j}]\), où \(\{Z_{i, j}\}_j\) est une somme localement finie de sous-schémas fermés intègres de \(W_i\). Puisque \(\{W_i\}\) est une famille localement finie de sous-schémas fermés intègres de \(X\), il en résulte facilement que \(\{Z_{i, j}\}_{i, j}\) est une famille localement finie de sous-schémas fermés de \(X\). Ainsi \(c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha = \sum n_in_{i, j}[Z_{i, j}]\) est un cycle. Une autre manière, plus commode, de voir cela est d’observer que le morphisme \(\coprod W_i \to X\) est propre. Ainsi \(c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha\) peut être considéré comme l’image directe d’une classe de \(\CH_k(\coprod W_i) = \prod \CH_k(W_i)\). Cela explique aussi pourquoi le résultat est bien défini modulo équivalence rationnelle sur \(X\).
L’objectif principal des quelques sections suivantes est de montrer que l’intersection avec \(c_1(\mathcal{L})\) se factorise par l’équivalence rationnelle. Ce n’est pas une trivialité.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(\mathcal{L}\), \(\mathcal{N}\) des faisceaux inversibles sur \(X\). Alors \[c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha + c_1(\mathcal{N}) \cap \alpha = c_1(\mathcal{L} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{N}) \cap \alpha\] dans \(\CH_k(X)\) pour tout \(\alpha \in Z_{k + 1}(X)\). De plus, \(c_1(\mathcal{O}_X) \cap \alpha = 0\) pour tout \(\alpha\).
Démonstration
L’additivité résulte directement du Lemme 02SL de Diviseurs et des définitions. Pour voir que \(c_1(\mathcal{O}_X) \cap \alpha = 0\), considérons la section \(1 \in \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\). Sa restriction est une section partout non nulle sur tout sous-schéma fermé intègre \(W \subset X\). Ainsi \(c_1(\mathcal{O}_X) \cap [W] = 0\), comme souhaité.
Rappelons que \(Z(s) \subset X\) désigne le schéma des zéros d’une section globale \(s\) d’un faisceau inversible sur un schéma \(X\) ; voir la Définition 02OQ de Diviseurs.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_Y\)-module inversible. Soit \(s \in \Gamma(Y, \mathcal{L})\). Supposons
\(\dim_\delta(Y) \leq k + 1\),
\(\dim_\delta(Z(s)) \leq k\), et
pour tout point générique \(\xi\) d’une composante irréductible de \(Z(s)\) de \(\delta\)-dimension \(k\), la multiplication par \(s\) induit une injection \(\mathcal{O}_{Y, \xi} \to \mathcal{L}_\xi\).
Écrivons \([Y]_{k + 1} = \sum n_i[Y_i]\), où les \(Y_i \subset Y\) sont les composantes irréductibles de \(Y\) de \(\delta\)-dimension \(k + 1\). Posons \(s_i = s|_{Y_i} \in \Gamma(Y_i, \mathcal{L}|_{Y_i})\). Alors [02SR]\[\begin{equation} [Z(s)]_k = \sum n_i[Z(s_i)]_k \end{equation}\] comme \(k\)-cycles sur \(Y\).
Démonstration
Soit \(Z \subset Y\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). Soit \(\xi \in Z\) son point générique. Nous voulons comparer le coefficient \(n\) de \([Z]\) dans l’expression \(\sum n_i[Z(s_i)]_k\) au coefficient \(m\) de \([Z]\) dans l’expression \([Z(s)]_k\). Choisissons un générateur \(s_\xi \in \mathcal{L}_\xi\). Écrivons \(A = \mathcal{O}_{Y, \xi}\), \(L = \mathcal{L}_\xi\). Alors \(L = As_\xi\). Écrivons \(s = f s_\xi\) pour un certain (unique) \(f \in A\). L’hypothèse (3) signifie que \(f : A \to A\) est injectif. Puisque \(\dim_\delta(Y) \leq k + 1\) et \(\dim_\delta(Z) = k\), nous avons \(\dim(A) = 0\) ou \(1\). Nous avons \[m = \text{longueur}_A(A/(f))\] qui est finie dans les deux cas.
Si \(\dim(A) = 0\), alors l’injectivité de \(f : A \to A\) implique que \(f \in A^*\). Ainsi, dans ce cas, \(m\) est nul. De plus, la condition \(\dim(A) = 0\) signifie que \(\xi\) n’appartient à aucune composante irréductible de \(\delta\)-dimension \(k + 1\), c’est-à-dire que \(n = 0\) également.
Supposons maintenant \(\dim(A) = 1\). Puisque \(A\) est un anneau local noethérien, il possède un nombre fini d’idéaux premiers minimaux \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\). Ceux-ci correspondent bijectivement aux \(Y_i\) passant par \(\xi'\). De plus, \(n_i = \text{longueur}_{A_{\mathfrak q_i}}(A_{\mathfrak q_i})\). La multiplicité de \([Z]\) dans \([Z(s_i)]_k\) est aussi \(\text{longueur}_A(A/(f, \mathfrak q_i))\). L’équation à démontrer dans ce cas est donc \[\text{longueur}_A(A/(f)) = \sum \text{longueur}_{A_{\mathfrak q_i}}(A_{\mathfrak q_i}) \text{longueur}_A(A/(f, \mathfrak q_i))\] qui résulte du Lemme 02QG.
Le lemme suivant est un résultat utile pour calculer le produit d’intersection de \(c_1\) d’un faisceau inversible avec le cycle associé à un sous-schéma fermé. Rappelons que \(Z(s) \subset X\) désigne le schéma des zéros d’une section globale \(s\) d’un faisceau inversible sur un schéma \(X\) ; voir la Définition 02OQ de Diviseurs.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Soit \(Y \subset X\) un sous-schéma fermé. Soit \(s \in \Gamma(Y, \mathcal{L}|_Y)\). Supposons
\(\dim_\delta(Y) \leq k + 1\),
\(\dim_\delta(Z(s)) \leq k\), et
pour tout point générique \(\xi\) d’une composante irréductible de \(Z(s)\) de \(\delta\)-dimension \(k\), la multiplication par \(s\) induit une injection \(\mathcal{O}_{Y, \xi} \to (\mathcal{L}|_Y)_\xi\)1.
Alors \[c_1(\mathcal{L}) \cap [Y]_{k + 1} = [Z(s)]_k\] dans \(\CH_k(X)\).
Démonstration
Écrivons \[[Y]_{k + 1} = \sum n_i[Y_i]\] où les \(Y_i \subset Y\) sont les composantes irréductibles de \(Y\) de \(\delta\)-dimension \(k + 1\) et \(n_i > 0\). Par hypothèse, la restriction \(s_i = s|_{Y_i} \in \Gamma(Y_i, \mathcal{L}|_{Y_i})\) n’est pas nulle, et est donc une section régulière. D’après le Lemme 02SK, nous voyons que \([Z(s_i)]_k\) représente \(c_1(\mathcal{L}|_{Y_i})\). Ainsi, par définition, \[c_1(\mathcal{L}) \cap [Y]_{k + 1} = \sum n_i[Z(s_i)]_k\] Le résultat résulte donc du Lemme 0EPI.
Intersection par un faisceau inversible et images directe et réciproque
Dans cette section, nous démontrons que l’opération \(c_1(\mathcal{L}) \cap -\) commute avec l’image réciproque plate et l’image directe propre.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat de dimension relative \(r\). Soit \(\mathcal{L}\) un faisceau inversible sur \(Y\). Supposons \(Y\) intègre et \(n = \dim_\delta(Y)\). Soit \(s\) une section méromorphe non nulle de \(\mathcal{L}\). Alors nous avons \[f^*\text{div}_\mathcal{L}(s) = \sum n_i\text{div}_{f^*\mathcal{L}|_{X_i}}(s_i)\] dans \(Z_{n + r - 1}(X)\). Ici, la somme porte sur les composantes irréductibles \(X_i \subset X\) de \(\delta\)-dimension \(n + r\), la section \(s_i = f|_{X_i}^*(s)\) est l’image réciproque de \(s\), et \(n_i = m_{X_i, X}\) est la multiplicité de \(X_i\) dans \(X\).
Démonstration
Pour démontrer cette égalité de cycles, nous pouvons travailler localement sur \(Y\). Nous pouvons donc supposer \(Y\) affine et \(s = p/q\) pour des sections non nulles \(p \in \Gamma(Y, \mathcal{L})\) et \(q \in \Gamma(Y, \mathcal{O})\). Si nous pouvons démontrer à la fois \[f^*\text{div}_\mathcal{L}(p) = \sum n_i\text{div}_{f^*\mathcal{L}|_{X_i}}(p_i) \quad\text{et}\quad f^*\text{div}_\mathcal{O}(q) = \sum n_i\text{div}_{\mathcal{O}_{X_i}}(q_i)\] (avec les notations évidentes), alors nous avons le résultat par additivité ; voir le Lemme 02SL de Diviseurs. Nous pouvons donc supposer que \(s \in \Gamma(Y, \mathcal{L})\). Dans ce cas, nous pouvons appliquer l’égalité (02SR) pour voir que \[[Z(f^*(s))]_{k + r - 1} = \sum n_i\text{div}_{f^*\mathcal{L}|_{X_i}}(s_i)\] où \(f^*(s) \in f^*\mathcal{L}\) désigne l’image réciproque de \(s\) sur \(X\). D’autre part, nous avons \[f^*\text{div}_\mathcal{L}(s) = f^*[Z(s)]_{k - 1} = [f^{-1}(Z(s))]_{k + r - 1},\] d’après les Lemmes 02SK et 02RE. Puisque \(Z(f^*(s)) = f^{-1}(Z(s))\), nous avons le résultat.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat de dimension relative \(r\). Soit \(\mathcal{L}\) un faisceau inversible sur \(Y\). Soit \(\alpha\) un \(k\)-cycle sur \(Y\). Alors \[f^*(c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha) = c_1(f^*\mathcal{L}) \cap f^*\alpha\] dans \(\CH_{k + r - 1}(X)\).
Démonstration
Écrivons \(\alpha = \sum n_i[W_i]\). Nous allons montrer que \[f^*(c_1(\mathcal{L}) \cap [W_i]) = c_1(f^*\mathcal{L}) \cap f^*[W_i]\] dans \(\CH_{k + r - 1}(X)\) en produisant une équivalence rationnelle sur le sous-schéma fermé \(f^{-1}(W_i)\) de \(X\). D’après la discussion de la Remarque 02RZ, ceci démontrera l’égalité du lemme.
Soit \(W \subset Y\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). Considérons le sous-schéma fermé \(W' = f^{-1}(W) = W \times_Y X\), de sorte que nous avons le diagramme cartésien \[\xymatrix{ W' \ar[r] \ar[d]_h & X \ar[d]^f \\ W \ar[r] & Y }\] Nous devons montrer que \(f^*(c_1(\mathcal{L}) \cap [W]) = c_1(f^*\mathcal{L}) \cap f^*[W]\). Choisissons une section méromorphe non nulle \(s\) de \(\mathcal{L}|_W\). Soient \(W'_i \subset W'\) les composantes irréductibles de \(\delta\)-dimension \(k + r\). Écrivons \([W']_{k + r} = \sum n_i[W'_i]\), où \(n_i\) est la multiplicité de \(W'_i\) dans \(W'\), conformément à la définition. Ainsi \(f^*[W] = \sum n_i[W'_i]\) dans \(Z_{k + r}(X)\). Puisque chaque \(W'_i \to W\) est dominant, nous voyons que \(s_i = s|_{W'_i}\) est une section méromorphe non nulle pour tout \(i\). D’après le Lemme 0EPJ, nous avons l’égalité de cycles suivante \[h^*\text{div}_{\mathcal{L}|_W}(s) = \sum n_i\text{div}_{f^*\mathcal{L}|_{W'_i}}(s_i)\] dans \(Z_{k + r - 1}(W')\). Ceci achève la démonstration, puisque le membre de gauche est un cycle sur \(W'\) dont l’image directe est \(f^*(c_1(\mathcal{L}) \cap [W])\) dans \(\CH_{k + r - 1}(X)\), et le membre de droite est un cycle sur \(W'\) dont l’image directe est \(c_1(f^*\mathcal{L}) \cap f^*[W]\) dans \(\CH_{k + r - 1}(X)\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre. Soit \(\mathcal{L}\) un faisceau inversible sur \(Y\). Soit \(s\) une section méromorphe non nulle, encore notée \(s\), de \(\mathcal{L}\) sur \(Y\). Supposons \(X\), \(Y\) intègres, \(f\) dominant et \(\dim_\delta(X) = \dim_\delta(Y)\). Alors \[f_*\left(\text{div}_{f^*\mathcal{L}}(f^*s)\right) = [R(X) : R(Y)]\text{div}_\mathcal{L}(s).\] comme cycles sur \(Y\). En particulier, \[f_*(c_1(f^*\mathcal{L}) \cap [X]) = [R(X) : R(Y)] c_1(\mathcal{L}) \cap [Y] = c_1(\mathcal{L}) \cap f_*[X]\]
Démonstration
La dernière égalité résulte de la première puisque \(f_*[X] = [R(X) : R(Y)][Y]\) par définition. Il se trouve que nous pouvons réutiliser le Lemme 02RT pour le démontrer. En effet, puisque nous cherchons à démontrer une égalité de cycles, nous pouvons travailler localement sur \(Y\). Nous pouvons donc supposer que \(\mathcal{L} = \mathcal{O}_Y\). Dans ce cas, \(s\) correspond à une fonction rationnelle \(g \in R(Y)\), et nous cherchons simplement à démontrer \[f_*\left(\text{div}_X(g)\right) = [R(X) : R(Y)]\text{div}_Y(g).\] En comparant avec le résultat du Lemme 02RT précité, nous voyons que c’est vrai puisque \(\text{Nm}_{R(X)/R(Y)}(g) = g^{[R(X) : R(Y)]}\), car \(g \in R(Y)^*\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(p : X \to Y\) un morphisme propre. Soit \(\alpha \in Z_{k + 1}(X)\). Soit \(\mathcal{L}\) un faisceau inversible sur \(Y\). Alors \[p_*(c_1(p^*\mathcal{L}) \cap \alpha) = c_1(\mathcal{L}) \cap p_*\alpha\] dans \(\CH_k(Y)\).
Démonstration
Supposons que \(p\) ait la propriété que, pour tout sous-schéma fermé intègre \(W \subset X\), l’application \(p|_W : W \to Y\) soit une immersion fermée. Alors, par définition du produit avec \(c_1(\mathcal{L})\), le lemme est vrai.
Nous allons utiliser cette remarque pour nous ramener à un cas particulier. En effet, écrivons \(\alpha = \sum n_i[W_i]\) avec \(n_i \not = 0\) et les \(W_i\) deux à deux distincts. Soit \(W'_i \subset Y\) l’image de \(W_i\) (comme sous-schéma fermé intègre). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ X' = \coprod W_i \ar[r]_-q \ar[d]_{p'} & X \ar[d]^p \\ Y' = \coprod W'_i \ar[r]^-{q'} & Y. }\] Puisque \(\{W_i\}\) est localement finie sur \(X\) et que \(p\) est propre, nous voyons que \(\{W'_i\}\) est localement finie sur \(Y\) et que \(q, q', p'\) sont aussi des morphismes propres. Nous pouvons aussi considérer \(\sum n_i[W_i]\) comme un \(k\)-cycle \(\alpha' \in Z_k(X')\). Il est clair que \(q_*\alpha' = \alpha\). Nous avons \(q_*(c_1(q^*p^*\mathcal{L}) \cap \alpha') = c_1(p^*\mathcal{L}) \cap q_*\alpha'\) et \((q')_*(c_1((q')^*\mathcal{L}) \cap p'_*\alpha') = c_1(\mathcal{L}) \cap q'_*p'_*\alpha'\) d’après la remarque initiale de la démonstration. Il suffit donc de démontrer le lemme pour le morphisme \(p'\) et le cycle \(\sum n_i[W_i]\). Il est clair que cela signifie que nous pouvons supposer \(X\), \(Y\) intègres, \(f : X \to Y\) dominant et \(\alpha = [X]\). Dans ce cas, le résultat résulte du Lemme 02ST.
La formule clé
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Supposons \(X\) intègre et \(\dim_\delta(X) = n\). Soient \(\mathcal{L}\) et \(\mathcal{N}\) des faisceaux inversibles sur \(X\). Soit \(s\) une section méromorphe non nulle de \(\mathcal{L}\) et soit \(t\) une section méromorphe non nulle de \(\mathcal{N}\). Soit \(Z_i \subset X\), \(i \in I\), une famille localement finie de fermés irréductibles de codimension \(1\) ayant la propriété suivante : si \(Z \not \in \{Z_i\}\) a pour point générique \(\xi\), alors \(s\) est un générateur de \(\mathcal{L}_\xi\) et \(t\) est un générateur de \(\mathcal{N}_\xi\). Une telle famille existe d’après le Lemme 02SG de Diviseurs. Alors \[\text{div}_\mathcal{L}(s) = \sum \text{ord}_{Z_i, \mathcal{L}}(s) [Z_i]\] et, de même, \[\text{div}_\mathcal{N}(t) = \sum \text{ord}_{Z_i, \mathcal{N}}(t) [Z_i]\] En développant davantage les définitions, choisissons, pour chaque \(i\), des générateurs \(s_i \in \mathcal{L}_{\xi_i}\) et \(t_i \in \mathcal{N}_{\xi_i}\), où \(\xi_i\) est le point générique de \(Z_i\). Nous pouvons alors écrire \[s = f_i s_i \quad\text{et}\quad t = g_i t_i\] Posons \(B_i = \mathcal{O}_{X, \xi_i}\). Alors, par définition, \[\text{ord}_{Z_i, \mathcal{L}}(s) = \text{ord}_{B_i}(f_i) \quad\text{et}\quad \text{ord}_{Z_i, \mathcal{N}}(t) = \text{ord}_{B_i}(g_i)\] Puisque \(t_i\) est un générateur de \(\mathcal{N}_{\xi_i}\), nous voyons que son image dans la fibre \(\mathcal{N}_{\xi_i} \otimes \kappa(\xi_i)\) est une section méromorphe non nulle de \(\mathcal{N}|_{Z_i}\). Nous noterons cette image \(t_i|_{Z_i}\). Il résulte de nos définitions que \[c_1(\mathcal{N}) \cap \text{div}_\mathcal{L}(s) = \sum \text{ord}_{B_i}(f_i) (Z_i \to X)_*\text{div}_{\mathcal{N}|_{Z_i}}(t_i|_{Z_i})\] et, de même, \[c_1(\mathcal{L}) \cap \text{div}_\mathcal{N}(t) = \sum \text{ord}_{B_i}(g_i) (Z_i \to X)_*\text{div}_{\mathcal{L}|_{Z_i}}(s_i|_{Z_i})\] dans \(\CH_{n - 2}(X)\). Nous allons trouver une équivalence rationnelle entre ces deux cycles. Pour cela, nous considérons le symbole modéré \[\partial_{B_i}(f_i, g_i) \in \kappa(\xi_i)^*\] voir la section 0EAH.
Lemme
Dans la situation ci-dessus, le cycle \[\sum (Z_i \to X)_*\left( \text{ord}_{B_i}(f_i) \text{div}_{\mathcal{N}|_{Z_i}}(t_i|_{Z_i}) - \text{ord}_{B_i}(g_i) \text{div}_{\mathcal{L}|_{Z_i}}(s_i|_{Z_i}) \right)\] est égal au cycle \[\sum (Z_i \to X)_*\text{div}(\partial_{B_i}(f_i, g_i))\]
Démonstration
Examinons d’abord ce qui se passe si l’on remplace \(s_i\) par \(us_i\), où \(u\) est une unité de \(B_i\). Alors \(f_i\) est remplacé par \(u^{-1} f_i\). La première partie de la première expression du lemme reste donc inchangée, et l’on ajoute à la seconde partie \[-\text{ord}_{B_i}(g_i)\text{div}(u|_{Z_i})\] (où \(u|_{Z_i}\) est l’image de \(u\) dans le corps résiduel), d’après Diviseurs, lemme 02SH, tandis que l’on ajoute à la seconde expression \[\text{div}(\partial_{B_i}(u^{-1}, g_i))\] par bilinéarité du symbole modéré. Ces termes coïncident d’après la propriété (0EAN) du symbole modéré.
Soit \(Z \subset X\) une partie fermée irréductible telle que \(\dim_\delta(Z) = n - 2\). Pour montrer que les coefficients de \(Z\) dans les deux cycles du lemme coïncident, on peut effectuer un remplacement \(s_i \mapsto us_i\) comme au paragraphe précédent. De la même manière, on montre que l’on peut effectuer un remplacement \(t_i \mapsto vt_i\), où \(v\) est une unité de \(B_i\).
Puisqu’il s’agit de démontrer une égalité de cycles, on peut raisonner coefficient par coefficient. Choisissons donc une partie fermée irréductible \(Z \subset X\) telle que \(\dim_\delta(Z) = n - 2\), et comparons les coefficients. Soit \(\xi \in Z\) son point générique, et posons \(A = \mathcal{O}_{X, \xi}\). C’est un anneau local noethérien intègre de dimension \(2\). Choisissons des générateurs \(\sigma\) et \(\tau\) de \(\mathcal{L}_\xi\) et \(\mathcal{N}_\xi\). Après avoir restreint \(X\), on peut supposer, et l’on suppose, que \(\sigma\) et \(\tau\) définissent des trivialisations des faisceaux inversibles \(\mathcal{L}\) et \(\mathcal{N}\) sur tout \(X\). La famille \(Z_i\) étant localement finie, on peut, après avoir restreint \(X\), supposer \(Z \subset Z_i\) pour tout \(i \in I\) et \(I\) fini. Alors \(\xi_i\) correspond à un idéal premier \(\mathfrak q_i \subset A\) de hauteur \(1\). On peut écrire \(s_i = a_i \sigma\) et \(t_i = b_i \tau\), où \(a_i\) et \(b_i\) sont des unités de \(A_{\mathfrak q_i}\). D’après les remarques précédentes, il suffit de démontrer le lemme lorsque \(a_i = b_i = 1\) pour tout \(i\).
Supposons \(a_i = b_i = 1\) pour tout \(i\). Alors la première expression du lemme est nulle, car nous avons choisi \(\sigma\) et \(\tau\) comme sections trivialisantes. Écrivons \(s = f\sigma\) et \(t = g \tau\), avec \(f\) et \(g\) dans le corps des fractions de \(A\). Le paragraphe précédent nous a ramenés au cas où \(f_i = f\) et \(g_i = g\) pour tout \(i\). De plus, pour tout idéal premier de hauteur \(1\) \(\mathfrak q\) de \(A\) qui n’appartient pas à \(\{\mathfrak q_i\}\), \(f\) et \(g\) sont des unités de \(A_\mathfrak q\) (d’après le choix de la famille \(\{Z_i\}\) dans la discussion précédant le lemme). Ainsi, le coefficient de \(Z\) dans la seconde expression du lemme est \[\sum\nolimits_i \text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(\partial_{B_i}(f, g))\] qui est nul d’après le lemme fondamental 0EAX.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(k \in \mathbf{Z}\). Nous affirmons qu’il existe un complexe \[\bigoplus\nolimits_{\delta(x) = k + 2}' K_2^M(\kappa(x)) \xrightarrow{\partial} \bigoplus\nolimits_{\delta(x) = k + 1}' K_1^M(\kappa(x)) \xrightarrow{\partial} \bigoplus\nolimits_{\delta(x) = k}' K_0^M(\kappa(x))\] Nous utilisons ici les notations et conventions introduites dans la remarque 0GU3, avec en outre les précisions suivantes :
\(K_2^M(\kappa(x))\) est la composante de degré \(2\) de la K-théorie de Milnor du corps résiduel \(\kappa(x)\) du point \(x \in X\) (voir la remarque 0EAY) ; c’est le quotient de \(\kappa(x)^* \otimes_\mathbf{Z} \kappa(x)^*\) par le sous-groupe engendré par les éléments de la forme \(\lambda \otimes (1 - \lambda)\), pour \(\lambda \in \kappa(x) \setminus \{0, 1\}\), et
la première différentielle \(\partial\) est définie comme suit : étant donné un élément \(\xi = \sum_x \alpha_x\) du premier terme, on pose \[\partial(\xi) = \sum\nolimits_{x \leadsto x',\ \delta(x') = k + 1} \partial_{\mathcal{O}_{W_x, x'}}(\alpha_x)\] où \(\partial_{\mathcal{O}_{W_x, x'}} : K_2^M(\kappa(x)) \to K_1^M(\kappa(x))\) est le symbole modéré construit dans la section 0EAH.
Nous affirmons que l’on obtient un complexe, c’est-à-dire que \(\partial \circ \partial = 0\). Pour le voir, il suffit de prendre un élément \(\xi\) comme ci-dessus et un point \(x'' \in X\) tel que \(\delta(x'') = k\), et de vérifier que le coefficient de \(x''\) dans l’élément \(\partial(\partial(\xi))\) est nul. Comme \(\xi = \sum \alpha_x\) est une somme localement finie, on peut en fait supposer, par additivité, que \(\xi = \alpha_x\) pour un certain \(x \in X\) tel que \(\delta(x) = k + 2\) et \(\alpha_x \in K_2^M(\kappa(x))\). Par linéarité, on peut encore supposer que \(\alpha_x = f \otimes g\) pour certains \(f, g \in \kappa(x)^*\). Notons \(W \subset X\) le sous-schéma fermé intègre de point générique \(x\). Si \(x'' \not \in W\), il est immédiatement clair que le coefficient de \(x\) dans \(\partial(\partial(\xi))\) est nul. Si \(x'' \in W\), on voit que le coefficient de \(x''\) dans \(\partial(\partial(x))\) est égal à \[\sum\nolimits_{x \leadsto x' \leadsto x'',\ \delta(x') = k + 1} \text{ord}_{\mathcal{O}_{\overline{\{x'\}}, x''}}( \partial_{\mathcal{O}_{W, x'}}(f, g))\] Le lemme algébrique fondamental 0EAX affirme précisément que cette somme est nulle.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(k \in \mathbf{Z}\). Le complexe de la remarque 0GU9 et la présentation de \(\CH_k(X)\) dans la remarque 0GU3 suggèrent de définir un premier groupe de Chow supérieur par \[\CH^M_k(X, 1) = H_1(\text{le complexe de la remarque \href{chow.html#chow-remark-higher-chow-pointwise}{0GU9}})\] Nous utilisons l’exposant \({}^M\) pour distinguer notre notation de celle des groupes de Chow supérieurs définis dans la littérature, par exemple dans les articles de Spencer Bloch ([Bloch] et [Bloch-moving]). Soit \(U \subset X\) un ouvert dont le complémentaire est \(Y \subset X\) (muni de sa structure de sous-schéma fermé réduit). On obtient alors une suite exacte courte scindée \[0 \to \bigoplus\nolimits_{y \in Y, \delta(y) = k + i}' K_i^M(\kappa(y)) \to \bigoplus\nolimits_{x \in X, \delta(x) = k + i}' K_i^M(\kappa(x)) \to \bigoplus\nolimits_{u \in U, \delta(u) = k + i}' K_i^M(\kappa(u)) \to 0\] pour \(i = 2, 1, 0\), compatible avec les opérateurs de bord des complexes de la remarque 0GU9. En appliquant le lemme du serpent (voir Homologie, lemme 0111), on obtient une suite exacte à six termes \[\CH^M_k(Y, 1) \to \CH^M_k(X, 1) \to \CH^M_k(U, 1) \to \CH_k(Y) \to \CH_k(X) \to \CH_k(U) \to 0\] prolongeant la suite exacte canonique du lemme 02RX. Au prix de quelques efforts, on peut aussi définir l’image réciproque plate et l’image directe propre pour le premier groupe de Chow supérieur \(\CH^M_k(X, 1)\). Nous y reviendrons plus loin (insérer ici un renvoi ultérieur).
Intersection avec un faisceau inversible et équivalence rationnelle
L’application du lemme fondamental donne les propriétés essentielles de l’intersection avec les faisceaux inversibles. Nous verrons en particulier que \(c_1(\mathcal{L}) \cap -\) passe au quotient par l’équivalence rationnelle et que ces opérations commutent pour différents faisceaux inversibles.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Supposons \(X\) intègre et \(\dim_\delta(X) = n\). Soient \(\mathcal{L}\), \(\mathcal{N}\) des faisceaux inversibles sur \(X\). Choisissons une section méromorphe non nulle \(s\) de \(\mathcal{L}\) et une section méromorphe non nulle \(t\) de \(\mathcal{N}\). Posons \(\alpha = \text{div}_\mathcal{L}(s)\) et \(\beta = \text{div}_\mathcal{N}(t)\). Alors \[c_1(\mathcal{N}) \cap \alpha = c_1(\mathcal{L}) \cap \beta\] dans \(\CH_{n - 2}(X)\).
Démonstration
Cela découle immédiatement du lemme fondamental 0AYC et de la discussion qui le précède.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{L}\) un faisceau inversible sur \(X\). L’opération \(\alpha \mapsto c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha\) passe au quotient par l’équivalence rationnelle et donne une opération \[c_1(\mathcal{L}) \cap - : \CH_{k + 1}(X) \to \CH_k(X)\]
Démonstration
Soit \(\alpha \in Z_{k + 1}(X)\), avec \(\alpha \sim_{rat} 0\). Il faut montrer que \(c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha\), au sens de la définition 02SO, est nul. D’après la définition 02RW, il existe une famille localement finie \(\{W_j\}\) de sous-schémas fermés intègres tels que \(\dim_\delta(W_j) = k + 2\), et des fonctions rationnelles \(f_j \in R(W_j)^*\) telles que \[\alpha = \sum (i_j)_*\text{div}_{W_j}(f_j)\] Remarquons que \(p : \coprod W_j \to X\) est un morphisme propre ; on a donc \(\alpha = p_*\alpha'\), où \(\alpha' \in Z_{k + 1}(\coprod W_j)\) est la somme des diviseurs principaux \(\text{div}_{W_j}(f_j)\). D’après le lemme 02SU, on a \(c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha = p_*(c_1(p^*\mathcal{L}) \cap \alpha')\). Il suffit donc de montrer que chacun des \(c_1(\mathcal{L}|_{W_j}) \cap \text{div}_{W_j}(f_j)\) est nul. Autrement dit, on peut supposer \(X\) intègre et \(\alpha = \text{div}_X(f)\) pour un certain \(f \in R(X)^*\).
Supposons \(X\) intègre et \(\alpha = \text{div}_X(f)\) pour un certain \(f \in R(X)^*\). On peut considérer \(f\) comme une section méromorphe régulière du faisceau inversible \(\mathcal{N} = \mathcal{O}_X\). Choisissons une section méromorphe \(s\) de \(\mathcal{L}\) et notons \(\beta = \text{div}_\mathcal{L}(s)\). D’après le lemme 02TH, on en conclut que \[c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha = c_1(\mathcal{O}_X) \cap \beta.\] Or le lemme 02SP montre que le membre de droite est nul dans \(\CH_k(X)\), comme voulu.
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{L}\) un faisceau inversible sur \(X\). Nous noterons \[c_1(\mathcal{L}) \cap - : \CH_{k + 1}(X) \to \CH_k(X)\] l’opération \(c_1(\mathcal{L}) \cap -\). Cette notation a un sens d’après le lemme 02TI. Nous noterons \(c_1(\mathcal{L})^s \cap -\) la \(s\)-ième itérée de cette opération pour tout \(s \geq 0\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(\mathcal{L}\), \(\mathcal{N}\) des faisceaux inversibles sur \(X\). Pour tout \(\alpha \in \CH_{k + 2}(X)\), on a \[c_1(\mathcal{L}) \cap c_1(\mathcal{N}) \cap \alpha = c_1(\mathcal{N}) \cap c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha\] comme éléments de \(\CH_k(X)\).
Démonstration
Écrivons \(\alpha = \sum m_j[Z_j]\) pour une famille localement finie de sous-schémas fermés intègres \(Z_j \subset X\) tels que \(\dim_\delta(Z_j) = k + 2\). Considérons le morphisme propre \(p : \coprod Z_j \to X\). Posons \(\alpha' = \sum m_j[Z_j]\), considéré comme un \((k + 2)\)-cycle sur \(\coprod Z_j\). Plusieurs applications du lemme 02SU donnent \(c_1(\mathcal{L}) \cap c_1(\mathcal{N}) \cap \alpha = p_*(c_1(p^*\mathcal{L}) \cap c_1(p^*\mathcal{N}) \cap \alpha')\) et \(c_1(\mathcal{N}) \cap c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha = p_*(c_1(p^*\mathcal{N}) \cap c_1(p^*\mathcal{L}) \cap \alpha')\). Il suffit donc de démontrer la formule lorsque \(X\) est intègre et \(\alpha = [X]\). Dans ce cas, le résultat découle du lemme 02TH et des définitions.
Homomorphismes de Gysin
Dans cette section, nous définissons l’application de Gysin pour le lieu des zéros \(D\) d’une section d’un faisceau inversible. Le cas où \(D\) est un diviseur de Cartier effectif est intéressant, mais la généralisation à un \(D\) quelconque donne la souplesse nécessaire pour formuler diverses compatibilités ; voir la remarque 0B6Y et les lemmes 02TA, 0B71 et 0B73. Ces résultats se généralisent aux sous-schémas fermés localement principaux munis d’un fibré normal virtuel (remarque 0B70) ou aux pseudo-diviseurs (remarque 0B7D).
Rappelons que les diviseurs de Cartier effectifs correspondent \(1\) à \(1\) aux classes d’isomorphisme de couples \((\mathcal{L}, s)\), où \(\mathcal{L}\) est un faisceau inversible et \(s\) une section globale régulière ; voir Diviseurs, lemme 01X0. Si \(D\) correspond à \((\mathcal{L}, s)\), alors \(\mathcal{L} = \mathcal{O}_X(D)\). On gardera ce fait à l’esprit dans la lecture de cette section.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \((\mathcal{L}, s)\) un couple formé d’un faisceau inversible et d’une section globale \(s \in \Gamma(X, \mathcal{L})\). Soit \(D = Z(s)\) le schéma des zéros de \(s\), et notons \(i : D \to X\) l’immersion fermée. Nous définissons, pour tout entier \(k\), un homomorphisme de Gysin \[i^* : Z_{k + 1}(X) \to \CH_k(D).\] par les règles suivantes :
Étant donné un sous-schéma fermé intègre \(W \subset X\) tel que \(\dim_\delta(W) = k + 1\), on définit
si \(W \not \subset D\), alors \(i^*[W] = [D \cap W]_k\), considéré comme \(k\)-cycle sur \(D\), et
si \(W \subset D\), alors \(i^*[W] = i'_*(c_1(\mathcal{L}|_W) \cap [W])\), où \(i' : W \to D\) est l’immersion fermée induite.
Pour un \((k + 1)\)-cycle quelconque \(\alpha = \sum n_j[W_j]\), on pose \[i^*\alpha = \sum n_j i^*[W_j]\]
Si \(D\) est un diviseur de Cartier effectif, on note \(D \cdot \alpha = i_*i^*\alpha\) l’image directe de la classe \(i^*\alpha\), considérée comme classe sur \(X\).
En fait, comme nous le verrons plus loin, cet homomorphisme de Gysin \(i^*\) peut être considéré comme un exemple d’image réciproque non plate. Nous appellerons donc parfois, de manière informelle, la classe \(i^*\alpha\) l’image réciproque de la classe \(\alpha\).
Remarque
Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\) comme dans la situation 02QL. Soit \((D, \mathcal{N}, \sigma)\) un triplet formé d’un sous-schéma fermé localement principal (Diviseurs, définition 01WR) \(i : D \to X\), d’un \(\mathcal{O}_D\)-module inversible \(\mathcal{N}\) et d’une surjection \(\sigma : \mathcal{N}^{\otimes -1} \to i^*\mathcal{I}_D\) de \(\mathcal{O}_D\)-modules2. Il faut ici considérer \(\mathcal{N}\) comme un fibré normal virtuel de \(D\) dans \(X\). La construction de \(i^* : Z_{k + 1}(X) \to \CH_k(D)\) dans la définition 02T8 se généralise à de tels triplets ; voir la section 0FBI.
Remarque
Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\) comme dans la situation 02QL. Dans [F], un pseudo-diviseur sur \(X\) est défini comme un triplet \(D = (\mathcal{L}, Z, s)\), où \(\mathcal{L}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible, \(Z \subset X\) une partie fermée, et \(s \in \Gamma(X \setminus Z, \mathcal{L})\) une section qui ne s’annule nulle part. Comme ci-dessus, on peut définir pour tout \(\alpha\) dans \(\CH_{k + 1}(X)\) un produit \(D \cdot \alpha\) dans \(\CH_k(Z \cap |\alpha|)\), où \(|\alpha|\) est le support de \(\alpha\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) comme dans la définition 02T8. Soit \(\alpha\) un \((k + 1)\)-cycle sur \(X\). Alors \(i_*i^*\alpha = c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha\) dans \(\CH_k(X)\). En particulier, si \(D\) est un diviseur de Cartier effectif, alors \(D \cdot \alpha = c_1(\mathcal{O}_X(D)) \cap \alpha\).
Démonstration
Écrivons \(\alpha = \sum n_j[W_j]\), où \(i_j : W_j \to X\) sont des sous-schémas fermés intègres tels que \(\dim_\delta(W_j) = k\). Puisque \(D\) est le schéma des zéros de \(s\), on voit que \(D \cap W_j\) est le schéma des zéros de la restriction \(s|_{W_j}\). Ainsi, pour tout \(j\) tel que \(W_j \not \subset D\), on a \(c_1(\mathcal{L}) \cap [W_j] = [D \cap W_j]_k\) d’après le lemme 02SQ. On a donc \[c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha = \sum\nolimits_{W_j \not \subset D} n_j[D \cap W_j]_k + \sum\nolimits_{W_j \subset D} n_j i_{j, *}(c_1(\mathcal{L})|_{W_j}) \cap [W_j])\] dans \(\CH_k(X)\), d’après la définition 02SO. Le membre de droite coïncide terme à terme avec l’image directe de la classe \(i^*\alpha\) sur \(D\) de la définition 02T8. On obtient donc le résultat.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) comme dans la définition 02T8.
Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé tel que \(\dim_\delta(Z) \leq k + 1\) et tel que \(D \cap Z\) soit un diviseur de Cartier effectif sur \(Z\). Alors \(i^*[Z]_{k + 1} = [D \cap Z]_k\).
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(X\) tel que \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F})) \leq k + 1\) et que \(s : \mathcal{F} \to \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}\) soit injectif. Alors \[i^*[\mathcal{F}]_{k + 1} = [i^*\mathcal{F}]_k\] dans \(\CH_k(D)\).
Démonstration
Soit \(Z \subset X\) comme dans (1). Posons \(\mathcal{F} = \mathcal{O}_Z\). L’hypothèse selon laquelle \(D \cap Z\) est un diviseur de Cartier effectif équivaut à l’injectivité de \(s : \mathcal{F} \to \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}\). De plus, \([Z]_{k + 1} = [\mathcal{F}]_{k + 1}]\) et \([D \cap Z]_k = [\mathcal{O}_{D \cap Z}]_k = [i^*\mathcal{F}]_k\). Voir le lemme 02QY. L’assertion (1) découle donc de (2).
Écrivons \([\mathcal{F}]_{k + 1} = \sum m_j[W_j]\), avec \(m_j > 0\) et des sous-schémas fermés intègres deux à deux distincts \(W_j \subset X\) de \(\delta\)-dimension \(k + 1\). L’hypothèse d’injectivité de \(s : \mathcal{F} \to \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}\) entraîne que \(W_j \not \subset D\) pour tout \(j\). Par définition, on a \[i^*[\mathcal{F}]_{k + 1} = \sum m_j [D \cap W_j]_k.\] Nous affirmons que \[\sum [D \cap W_j]_k = [i^*\mathcal{F}]_k\] comme cycles. Soit \(Z \subset D\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). Soit \(\xi \in Z\) son point générique. Soit \(A = \mathcal{O}_{X, \xi}\). Soit \(M = \mathcal{F}_\xi\). Soit \(f \in A\) un élément engendrant l’idéal de \(D\), c’est-à-dire tel que \(\mathcal{O}_{D, \xi} = A/fA\). Par hypothèse, \(\dim(\text{Supp}(M)) = 1\), l’application \(f : M \to M\) est injective, et \(\text{longueur}_A(M/fM) < \infty\). De plus, \(\text{longueur}_A(M/fM)\) est le coefficient de \([Z]\) dans \([i^*\mathcal{F}]_k\). D’autre part, soient \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\) les idéaux premiers minimaux du support de \(M\). Alors \[\sum \text{longueur}_{A_{\mathfrak q_i}}(M_{\mathfrak q_i}) \text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(f)\] est le coefficient de \([Z]\) dans \(\sum [D \cap W_j]_k\). L’égalité résulte donc du lemme 02QG.
Remarque
Soient \(X \to S\), \(\mathcal{L}\), \(s\), \(i : D \to X\) comme dans la définition 02T8, et supposons que \(\mathcal{L}|_D \cong \mathcal{O}_D\). Dans ce cas, on peut définir une application canonique \(i^* : Z_{k + 1}(X) \to Z_k(D)\) sur les cycles, en imposant \(i^*[W] = 0\) lorsque \(W \subset D\) est un sous-schéma fermé intègre. Cette possibilité nous sera utile par la suite.
Remarque
Soit \(f : X' \to X\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\) comme dans la situation 02QL. Soit \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) un triplet comme dans la définition 02T8. On peut alors poser \(\mathcal{L}' = f^*\mathcal{L}\), \(s' = f^*s\) et \(D' = X' \times_X D = Z(s')\). Cela donne un diagramme commutatif \[\xymatrix{ D' \ar[d]_g \ar[r]_{i'} & X' \ar[d]^f \\ D \ar[r]^i & X }\] et l’on peut étudier diverses compatibilités entre \(i^*\) et \((i')^*\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X' \to X\) un morphisme propre de schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) comme dans la définition 02T8. Formons le diagramme \[\xymatrix{ D' \ar[d]_g \ar[r]_{i'} & X' \ar[d]^f \\ D \ar[r]^i & X }\] comme dans la remarque 0B6Y. Pour tout \((k + 1)\)-cycle \(\alpha'\) sur \(X'\), on a \(i^*f_*\alpha' = g_*(i')^*\alpha'\) dans \(\CH_k(D)\) (ce qui a un sens, puisque \(f_*\) est défini au niveau des cycles).
Démonstration
Supposons \(\alpha = [W']\) pour un sous-schéma fermé intègre \(W' \subset X'\). Soit \(W = f(W') \subset X\). Si \(W' \not \subset D'\), alors \(W \not \subset D\), et l’on voit que \[[W' \cap D']_k = \text{div}_{\mathcal{L}'|_{W'}}({s'|_{W'}}) \quad\text{et}\quad [W \cap D]_k = \text{div}_{\mathcal{L}|_W}(s|_W)\] et donc que l’image du premier cycle par \(f_*\) est égale au second cycle, d’après le lemme 02ST. L’égalité est donc vraie comme égalité de cycles. Si \(W' \subset D'\), alors \(W \subset D\) et \(f_*(c_1(\mathcal{L}|_{W'}) \cap [W'])\) est égal à \(c_1(\mathcal{L}|_W) \cap [W]\) dans \(\CH_k(W)\), d’après la seconde assertion du lemme 02ST. D’après la remarque 02RZ, le résultat s’ensuit pour un \(\alpha'\) quelconque.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X' \to X\) un morphisme plat de dimension relative \(r\) entre schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) comme dans la définition 02T8. Formons le diagramme \[\xymatrix{ D' \ar[d]_g \ar[r]_{i'} & X' \ar[d]^f \\ D \ar[r]^i & X }\] comme dans la remarque 0B6Y. Pour tout \((k + 1)\)-cycle \(\alpha\) sur \(X\), on a \((i')^*f^*\alpha = g^*i^*\alpha\) dans \(\CH_{k + r}(D')\) (ce qui a un sens, puisque \(f^*\) est défini au niveau des cycles).
Démonstration
Supposons \(\alpha = [W]\) pour un sous-schéma fermé intègre \(W \subset X\). Soit \(W' = f^{-1}(W) \subset X'\). Si \(W \not \subset D\), alors \(W' \not \subset D'\), et l’on voit que \[W' \cap D' = g^{-1}(W \cap D)\] comme sous-schémas fermés de \(D'\). L’égalité est donc vraie comme égalité de cycles ; voir le lemme 02RE. Si \(W \subset D\), alors \(W' \subset D'\) et \(W' = g^{-1}(W)\), avec \([W']_{k + 1 + r} = g^*[W]\), et l’égalité est vraie dans \(\CH_{k + r}(D')\) d’après le lemme 02SS. D’après la remarque 02RZ, le résultat s’ensuit pour un \(\alpha'\) quelconque.
Homomorphismes de Gysin et équivalence rationnelle
Dans cette section, nous utilisons la formule fondamentale pour montrer que l’homomorphisme de Gysin passe au quotient par l’équivalence rationnelle. Nous démontrons aussi une importante propriété de commutativité.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Supposons \(X\) intègre et \(n = \dim_\delta(X)\). Soit \(i : D \to X\) un diviseur de Cartier effectif. Soit \(\mathcal{N}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible, et soit \(t\) une section méromorphe non nulle de \(\mathcal{N}\). Alors \(i^*\text{div}_\mathcal{N}(t) = c_1(\mathcal{N}|_D) \cap [D]_{n - 1}\) dans \(\CH_{n - 2}(D)\).
Démonstration
Écrivons \(\text{div}_\mathcal{N}(t) = \sum \text{ord}_{Z_i, \mathcal{N}}(t)[Z_i]\) pour des sous-schémas fermés intègres \(Z_i \subset X\) de \(\delta\)-dimension \(n - 1\). On peut supposer que la famille \(\{Z_i\}\) est localement finie, que \(t \in \Gamma(U, \mathcal{N}|_U)\) est un générateur, où \(U = X \setminus \bigcup Z_i\), et que toute composante irréductible de \(D\) est l’un des \(Z_i\) ; voir Diviseurs, lemmes 0BE1, 02RL et 02SG.
Posons \(\mathcal{L} = \mathcal{O}_X(D)\). Notons \(s \in \Gamma(X, \mathcal{O}_X(D)) = \Gamma(X, \mathcal{L})\) la section canonique. Nous allons appliquer la discussion de la section 0AYB à la situation présente. Pour chaque \(i\), soit \(\xi_i \in Z_i\) son point générique. Soit \(B_i = \mathcal{O}_{X, \xi_i}\). Pour chaque \(i\), choisissons des générateurs \(s_i \in \mathcal{L}_{\xi_i}\) et \(t_i \in \mathcal{N}_{\xi_i}\) sur \(B_i\), en imposant toutefois \(s_i = s\) si \(Z_i \not \subset D\). Écrivons \(s = f_i s_i\) et \(t = g_i t_i\), avec \(f_i, g_i \in B_i\). Alors \(\text{ord}_{Z_i, \mathcal{N}}(t) = \text{ord}_{B_i}(g_i)\). D’autre part, on a \(f_i \in B_i\) et \[[D]_{n - 1} = \sum \text{ord}_{B_i}(f_i)[Z_i]\] d’après le choix des \(s_i\). Nous affirmons que \[i^*\text{div}_\mathcal{N}(t) = \sum \text{ord}_{B_i}(g_i) \text{div}_{\mathcal{L}|_{Z_i}}(s_i|_{Z_i})\] comme cycles. Plus précisément, le membre de droite est un cycle représentant le membre de gauche. Cela résulte en effet de notre formule pour \(\text{div}_\mathcal{N}(t)\) et du fait que \(\text{div}_{\mathcal{L}|_{Z_i}}(s_i|_{Z_i}) = [Z(s_i|_{Z_i})]_{n - 2} = [Z_i \cap D]_{n - 2}\) lorsque \(Z_i \not \subset D\), car dans ce cas \(s_i|_{Z_i} = s|_{Z_i}\) est une section régulière ; voir le lemme 02SK. De même, \[c_1(\mathcal{N}) \cap [D]_{n - 1} = \sum \text{ord}_{B_i}(f_i) \text{div}_{\mathcal{N}|_{Z_i}}(t_i|_{Z_i})\] La formule fondamentale (lemme 0AYC) donne l’égalité \[\sum \left( \text{ord}_{B_i}(f_i) \text{div}_{\mathcal{N}|_{Z_i}}(t_i|_{Z_i}) - \text{ord}_{B_i}(g_i) \text{div}_{\mathcal{L}|_{Z_i}}(s_i|_{Z_i}) \right) = \sum \text{div}_{Z_i}(\partial_{B_i}(f_i, g_i))\] de cycles. Si \(Z_i \not \subset D\), alors \(f_i = 1\), et donc \(\text{div}_{Z_i}(\partial_{B_i}(f_i, g_i)) = 0\). On obtient ainsi une équivalence rationnelle entre les cycles particuliers représentant \(i^*\text{div}_\mathcal{N}(t)\) et \(c_1(\mathcal{N}) \cap [D]_{n - 1}\) sur \(D\). Cela achève la démonstration.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) comme dans la définition 02T8. L’homomorphisme de Gysin passe au quotient par l’équivalence rationnelle et donne une application \(i^* : \CH_{k + 1}(X) \to \CH_k(D)\).
Démonstration
Soit \(\alpha \in Z_{k + 1}(X)\), et supposons \(\alpha \sim_{rat} 0\). Cela signifie qu’il existe une famille localement finie de sous-schémas fermés intègres \(W_j \subset X\) de \(\delta\)-dimension \(k + 2\) et des \(f_j \in R(W_j)^*\) tels que \(\alpha = \sum i_{j, *}\text{div}_{W_j}(f_j)\). Posons \(X' = \coprod W_i\) et considérons le diagramme \[\xymatrix{ D' \ar[d]_q \ar[r]_{i'} & X' \ar[d]^p \\ D \ar[r]^i & X }\] de la remarque 0B6Y. Puisque \(X' \to X\) est propre, on a \(i^*p_* = q_*(i')^*\) d’après le lemme 02TA. Comme on sait que \(q_*\) passe au quotient par l’équivalence rationnelle (lemme 02S2), il suffit de démontrer le résultat pour \(\alpha' = \sum \text{div}_{W_j}(f_j)\) sur \(X'\). Cela nous ramène clairement au cas où \(X\) est intègre et \(\alpha = \text{div}(f)\) pour un certain \(f \in R(X)^*\).
Supposons \(X\) intègre et \(\alpha = \text{div}(f)\) pour un certain \(f \in R(X)^*\). Si \(X = D\), on voit que \(i^*\alpha\) est égal à \(c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha\). Cette classe est rationnellement équivalente à zéro d’après le lemme 02TI. Si \(D \not = X\), on voit que \(i^*\text{div}_X(f)\) est égal à \(c_1(\mathcal{O}_D) \cap [D]_{n - 1}\) dans \(\CH_{n - 2}(D)\) d’après le lemme 02TM. Bien entendu, le produit cap avec \(c_1(\mathcal{O}_D)\) est l’application nulle (lemme 02SP).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) comme dans la définition 02T8. Alors \(i^*i_* : \CH_k(D) \to \CH_{k - 1}(D)\) envoie \(\alpha\) sur \(c_1(\mathcal{L}|_D) \cap \alpha\).
Démonstration
Cela découle immédiatement de la définition de \(i_*\) sur les cycles et de celle de \(i^*\) donnée dans la définition 02T8.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) un triplet comme dans la définition 02T8. Soit \(\mathcal{N}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Alors \(i^*(c_1(\mathcal{N}) \cap \alpha) = c_1(i^*\mathcal{N}) \cap i^*\alpha\) dans \(\CH_{k - 2}(D)\) pour tout \(\alpha \in \CH_k(X)\).
Démonstration
Par une démonstration identique à celle du lemme 02TO, cela résulte des lemmes 02SU, 02TJ et 02TM.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) et \((\mathcal{L}', s', i' : D' \to X)\) deux triplets comme dans la définition 02T8. Alors le diagramme \[\xymatrix{ \CH_k(X) \ar[r]_{i^*} \ar[d]_{(i')^*} & \CH_{k - 1}(D) \ar[d]^{j^*} \\ \CH_{k - 1}(D') \ar[r]^{(j')^*} & \CH_{k - 2}(D \cap D') }\] est commutatif, chacune des applications étant une application de Gysin.
Démonstration
Notons \(j : D \cap D' \to D\) et \(j' : D \cap D' \to D'\) les immersions fermées correspondant à \((\mathcal{L}|_{D'}, s|_{D'}\) et \((\mathcal{L}'_D, s|_D)\). Il faut montrer que \((j')^*i^*\alpha = j^* (i')^*\alpha\) pour tout \(\alpha \in \CH_k(X)\). Soit \(W \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de dimension \(k\). Démontrons l’égalité lorsque \(\alpha = [W]\). Nous la déduirons de la formule fondamentale.
Soit \(\sigma\) une section méromorphe non nulle de \(\mathcal{L}|_W\), que l’on impose égale à \(s|_W\) si \(W \not \subset D\). Soit \(\sigma'\) une section méromorphe non nulle de \(\mathcal{L}'|_W\), que l’on impose égale à \(s'|_W\) si \(W \not \subset D'\). Écrivons \[\text{div}_{\mathcal{L}|_W}(\sigma) = \sum \text{ord}_{Z_i, \mathcal{L}|_W}(\sigma)[Z_i] = \sum n_i[Z_i]\] et, de même, \[\text{div}_{\mathcal{L}'|_W}(\sigma') = \sum \text{ord}_{Z_i, \mathcal{L}'|_W}(\sigma')[Z_i] = \sum n'_i[Z_i]\] comme dans la discussion de la section 0AYB. On voit alors que \(Z_i \subset D\) si \(n_i \not = 0\), et \(Z'_i \subset D'\) si \(n'_i \not = 0\). Pour chaque \(i\), soit \(\xi_i \in Z_i\) le point générique. Comme dans la section 0AYB, choisissons pour chaque \(i\) un élément \(\sigma_i \in \mathcal{L}_{\xi_i}\), resp. \(\sigma'_i \in \mathcal{L}'_{\xi_i}\), qui soit un générateur sur \(B_i = \mathcal{O}_{W, \xi_i}\) et qui soit égal à l’image de \(s\), resp. \(s'\) si \(Z_i \not \subset D\), resp. \(Z_i \not \subset D'\). Écrivons \(\sigma = f_i \sigma_i\) et \(\sigma' = f'_i\sigma'_i\), de sorte que \(n_i = \text{ord}_{B_i}(f_i)\) et \(n'_i = \text{ord}_{B_i}(f'_i)\). Il résulte de nos définitions que \[(j')^*i^*[W] = \sum \text{ord}_{B_i}(f_i) \text{div}_{\mathcal{L}'|_{Z_i}}(\sigma'_i|_{Z_i})\] comme cycles, et que \[j^*(i')^*[W] = \sum \text{ord}_{B_i}(f'_i) \text{div}_{\mathcal{L}|_{Z_i}}(\sigma_i|_{Z_i})\] La formule fondamentale (lemme 0AYC) donne maintenant l’égalité \[\sum \left( \text{ord}_{B_i}(f_i) \text{div}_{\mathcal{L}'|_{Z_i}}(\sigma'_i|_{Z_i}) - \text{ord}_{B_i}(f'_i) \text{div}_{\mathcal{L}|_{Z_i}}(\sigma_i|_{Z_i}) \right) = \sum \text{div}_{Z_i}(\partial_{B_i}(f_i, f'_i))\] de cycles. Remarquons que \(\text{div}_{Z_i}(\partial_{B_i}(f_i, f'_i)) = 0\) si \(Z_i \not \subset D \cap D'\), car, dans ce cas, soit \(f_i = 1\), soit \(f'_i = 1\). On obtient ainsi une équivalence rationnelle entre nos cycles particuliers représentant \((j')^*i^*[W]\) et \(j^*(i')^*[W]\) sur \(D \cap D' \cap W\). D’après la remarque 02RZ, le résultat s’ensuit pour un \(\alpha\) quelconque.
Diviseurs de Cartier effectifs relatifs
Les diviseurs de Cartier effectifs relatifs sont définis et étudiés dans Diviseurs, section 056P. Pour établir les résultats fondamentaux sur les classes de Chern des fibrés vectoriels, nous n’avons besoin que du cas où le schéma ambiant et le diviseur de Cartier effectif sont tous deux plats sur la base.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(p : X \to Y\) un morphisme plat de dimension relative \(r\). Soit \(i : D \to X\) un diviseur de Cartier effectif relatif (Diviseurs, définition 062T). Soit \(\mathcal{L} = \mathcal{O}_X(D)\). Pour tout \(\alpha \in \CH_{k + 1}(Y)\), on a \[i^*p^*\alpha = (p|_D)^*\alpha\] dans \(\CH_{k + r}(D)\) et \[c_1(\mathcal{L}) \cap p^*\alpha = i_* ((p|_D)^*\alpha)\] dans \(\CH_{k + r}(X)\).
Démonstration
Soit \(W \subset Y\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k + 1\). D’après Diviseurs, lemme 056Q, on voit que \(D \cap p^{-1}W\) est un diviseur de Cartier effectif sur \(p^{-1}W\). Le lemme 02TB donne la première égalité dans \[i^*[p^{-1}W]_{k + r + 1} = [D \cap p^{-1}W]_{k + r} = [(p|_D)^{-1}(W)]_{k + r}.\] et la seconde découle de l’égalité \(D \cap p^{-1}(W) = (p|_D)^{-1}(W)\) de schémas. Puisque, par définition, \(p^*[W] = [p^{-1}W]_{k + r + 1}\), on voit que \(i^*p^*[W] = (p|_D)^*[W]\) comme cycles. Si \(\alpha = \sum m_j[W_j]\) est un \(k + 1\)-cycle quelconque, on obtient \(i^*\alpha = \sum m_j i^*p^*[W_j] = \sum m_j(p|_D)^*[W_j]\) comme cycles. Cela démontre la première égalité. Pour en déduire la seconde, on applique le lemme 02T9.
Fibrés affines
Pour un fibré affine, l’application d’image réciproque est surjective sur les groupes de Chow.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat de dimension relative \(r\). Supposons que, pour tout \(y \in Y\), il existe un voisinage ouvert \(U \subset Y\) tel que \(f|_{f^{-1}(U)} : f^{-1}(U) \to U\) s’identifie au morphisme \(U \times \mathbf{A}^r \to U\). Alors \(f^* : \CH_k(Y) \to \CH_{k + r}(X)\) est surjectif pour tout \(k \in \mathbf{Z}\).
Démonstration
Soit \(\alpha \in \CH_{k + r}(X)\). Écrivons \(\alpha = \sum m_j[W_j]\), avec \(m_j \not = 0\) et des sous-schémas fermés intègres \(W_j\) deux à deux distincts de \(\delta\)-dimension \(k + r\). Alors la famille \(\{W_j\}\) est localement finie dans \(X\). Pour tout ouvert quasi-compact \(V \subset Y\), on voit que \(f^{-1}(V) \cap W_j\) n’est non vide que pour un nombre fini de \(j\). La famille \(Z_j = \overline{f(W_j)}\) des adhérences des images est donc une famille localement finie de sous-schémas fermés intègres de \(Y\).
Considérons les diagrammes de produit fibré \[\xymatrix{ f^{-1}(Z_j) \ar[r] \ar[d]_{f_j} & X \ar[d]^f \\ Z_j \ar[r] & Y }\] Supposons que \([W_j] \in Z_{k + r}(f^{-1}(Z_j))\) soit rationnellement équivalent à \(f_j^*\beta_j\) pour un \(k\)-cycle \(\beta_j \in \CH_k(Z_j)\). Alors \(\beta = \sum m_j \beta_j\) sera un \(k\)-cycle sur \(Y\), et \(f^*\beta = \sum m_j f_j^*\beta_j\) sera rationnellement équivalent à \(\alpha\) (voir la remarque 02RZ). Cela nous ramène au cas où \(Y\) est intègre et \(\alpha = [W]\) pour un sous-schéma fermé intègre de \(X\) dominant \(Y\). En particulier, on peut supposer que \(d = \dim_\delta(Y) < \infty\).
On peut donc raisonner par récurrence sur \(d = \dim_\delta(Y)\). Si \(d < k\), alors \(\CH_{k + r}(X) = 0\) et le lemme est vrai. Par hypothèse, il existe un ouvert dense \(V \subset Y\) tel que \(f^{-1}(V) \cong V \times \mathbf{A}^r\) comme schémas sur \(V\). Supposons que l’on puisse montrer que \(\alpha|_{f^{-1}(V)} = f^*\beta\) pour un certain \(\beta \in Z_k(V)\). D’après le lemme 02RC, on voit que \(\beta = \beta'|_V\) pour un certain \(\beta' \in Z_k(Y)\). D’après la suite exacte \(\CH_k(f^{-1}(Y \setminus V)) \to \CH_k(X) \to \CH_k(f^{-1}(V))\) du lemme 02RX, on voit que \(\alpha - f^*\beta'\) provient d’un cycle \(\alpha' \in \CH_{k + r}(f^{-1}(Y \setminus V))\). Comme \(\dim_\delta(Y \setminus V) < d\), la récurrence sur \(d\) donne le résultat.
On peut donc supposer que \(X = Y \times \mathbf{A}^r\). Dans ce cas, on peut factoriser \(f\) sous la forme \[X = Y \times \mathbf{A}^r \to Y \times \mathbf{A}^{r - 1} \to \ldots \to Y \times \mathbf{A}^1 \to Y.\] Il suffit donc de traiter le cas \(r = 1\). L’argument du deuxième paragraphe de la démonstration nous ramène au cas où \(\alpha = [W]\), \(Y\) est intègre et \(W \to Y\) dominant. On peut à nouveau raisonner par récurrence sur \(d = \dim_\delta(Y)\). Si \(W = Y \times \mathbf{A}^1\), alors \([W] = f^*[Y]\). Enfin, si \(W \subset Y \times \mathbf{A}^1\) est une inclusion stricte, alors \(W \to Y\) induit une extension finie de corps \(R(W)/R(Y)\). Soit \(P(T) \in R(Y)[T]\) le polynôme unitaire irréductible tel que la fibre générique de \(W \to Y\) soit définie par \(P\) dans \(\mathbf{A}^1_{R(Y)}\). Soit \(V \subset Y\) un ouvert non vide tel que \(P \in \Gamma(V, \mathcal{O}_Y)[T]\) et tel que \(W \cap f^{-1}(V)\) soit encore défini par \(P\). On voit alors que \(\alpha|_{f^{-1}(V)} \sim_{rat} 0\), et donc que \(\alpha \sim_{rat} \alpha'\) pour un cycle \(\alpha'\) sur \((Y \setminus V) \times \mathbf{A}^1\). La récurrence sur la dimension donne le résultat.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Soit \[p : L = \underline{\Spec}(\text{Sym}^*(\mathcal{L})) \longrightarrow X\] le fibré vectoriel associé sur \(X\). Alors \(p^* : \CH_k(X) \to \CH_{k + 1}(L)\) est un isomorphisme pour tout \(k\).
Démonstration
Pour la surjectivité, voir le lemme 02TT. Soit \(o : X \to L\) la section nulle de \(L \to X\), c’est-à-dire le morphisme correspondant à la surjection \(\text{Sym}^*(\mathcal{L}) \to \mathcal{O}_X\) qui envoie \(\mathcal{L}^{\otimes n}\) sur zéro pour tout \(n > 0\). Alors \(p \circ o = \text{id}_X\), et \(o(X)\) est un diviseur de Cartier effectif sur \(L\). Le lemme 02TR donne donc \(o^* \circ p^* = \text{id}\), et l’on en conclut que \(p^*\) est également injectif.
Remarque
Nous verrons plus loin (lemme 02TY) que, si \(X\) est un fibré vectoriel de rang \(r\) sur \(Y\), alors l’application d’image réciproque \(\CH_k(Y) \to \CH_{k + r}(X)\) est un isomorphisme. Cela est vrai dès que \(X \to Y\) satisfait aux hypothèses du lemme 02TT ; voir [Totaro-group, Lemme 2.2]. Nous esquisserons une démonstration dans la remarque 0GUB à l’aide des groupes de Chow supérieurs.
Lemme
Dans la situation du lemme 0B74, notons \(o : X \to L\) la section nulle (voir la démonstration du lemme). On a alors
\(o(X)\) est le schéma des zéros d’une section globale régulière de \(p^*\mathcal{L}^{\otimes -1}\),
\(o_* : \CH_k(X) \to \CH_k(L)\), puisque \(o\) est une immersion fermée,
\(o^* : \CH_{k + 1}(L) \to \CH_k(X)\), puisque \(o(X)\) est un diviseur de Cartier effectif,
\(o^* p^* : \CH_k(X) \to \CH_k(X)\) est l’application identique,
\(o_*\alpha = - p^*(c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha)\) pour tout \(\alpha \in \CH_k(X)\), et
\(o^* o_* : \CH_k(X) \to \CH_{k - 1}(X)\) est égal à l’application \(\alpha \mapsto - c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha\).
Démonstration
Puisque \(p_*\mathcal{O}_L = \text{Sym}^*(\mathcal{L})\), on a \(p_*(p^*\mathcal{L}^{\otimes -1}) = \text{Sym}^*(\mathcal{L}) \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}^{\otimes -1}\) d’après la formule de projection (Cohomologie, lemme 01E8), et la section mentionnée dans (1) est la trivialisation canonique \(\mathcal{O}_X \to \mathcal{L} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}^{\otimes -1}\). Nous omettons la démonstration du fait que le lieu des zéros de cette section est précisément \(o(X)\). Cela démontre (1).
Nous avons établi les assertions (2), (3) et (4) au cours de la démonstration du lemme 0B74. Bien entendu, (4) est la première formule du lemme 02TR.
L’assertion (5) découle de la seconde formule du lemme 02TR, de l’additivité du produit cap avec \(c_1\) (lemme 02SP) et du fait que ce produit cap avec \(c_1\) commute à l’image réciproque plate (lemme 02SS).
L’assertion (6) découle du lemme 0F95 et du fait que \(o^*p^*\mathcal{L} = \mathcal{L}\).
Lemme
Soit \(Y\) un schéma. Soient \(\mathcal{L}_i\), \(i = 1, 2\) des \(\mathcal{O}_Y\)-modules inversibles. Soit \(s\) une section globale de \(\mathcal{L}_1 \otimes_{\mathcal{O}_Y} \mathcal{L}_2\). Notons \(i : D \to Y\) le schéma des zéros de \(s\). Il existe alors un diagramme commutatif \[\xymatrix{ D_1 \ar[r]_{i_1} \ar[d]_{p_1} & L \ar[d]^p & D_2 \ar[l]^{i_2} \ar[d]^{p_2} \\ D \ar[r]^i & Y & D \ar[l]_i }\] et des sections \(s_i\) de \(p^*\mathcal{L}_i\) telles que les assertions suivantes soient vérifiées :
\(p^*s = s_1 \otimes s_2\),
\(p\) est de type fini et plat de dimension relative \(1\),
\(D_i\) est le schéma des zéros de \(s_i\),
\(D_i \cong \underline{\Spec}(\text{Sym}^*(\mathcal{L}_{3 - i}^{\otimes -1})|_D))\) sur \(D\) pour \(i = 1, 2\),
\(p^{-1}D = D_1 \cup D_2\) (réunion schématique),
\(D_1 \cap D_2\) (intersection schématique) s’envoie isomorphiquement sur \(D\), et
\(D_1 \cap D_2 \to D_i\) est la section nulle du fibré en droites \(D_i \to D\) pour \(i = 1, 2\).
De plus, la formation de ce diagramme et des sections \(s_i\) commute à tout changement de base.
Démonstration
Soit \(p : X \to Y\) le spectre relatif du faisceau quasi-cohérent de \(\mathcal{O}_Y\)-algèbres \[\mathcal{A} = \left(\bigoplus\nolimits_{a_1, a_2 \geq 0} \mathcal{L}_1^{\otimes -a_1} \otimes_{\mathcal{O}_Y} \mathcal{L}_2^{\otimes -a_2}\right)/\mathcal{J}\] où \(\mathcal{J}\) est l’idéal engendré par les sections locales de la forme \(st - t\), pour \(t\) section locale de l’un des facteurs directs \(\mathcal{L}_1^{\otimes -a_1} \otimes \mathcal{L}_2^{\otimes -a_2}\) avec \(a_1, a_2 > 0\). Les sections \(s_i\), considérées comme applications \(p^*\mathcal{L}_i^{\otimes -1} \to \mathcal{O}_X\), sont définies comme les adjointes des applications \(\mathcal{L}_i^{\otimes -1} \to \mathcal{A} = p_*\mathcal{O}_X\). Pour tout \(y \in Y\), on peut choisir un ouvert affine \(V \subset Y\), disons \(V = \Spec(A)\), contenant \(y\), et des trivialisations \(z_i : \mathcal{O}_V \to \mathcal{L}_i^{\otimes -1}|_V\). Remarquons que \(f = s(z_1z_2) \in A\) définit le sous-schéma fermé \(D\). Alors, clairement, \[p^{-1}(V) = \Spec(B[z_1, z_2]/(z_1 z_2 - f))\] Puisque \(D_i\) est défini par \(z_i\), tout est clair.
Lemme
Dans la situation du lemme 0F97, supposons \(Y\) localement de type fini sur \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Alors on a \(i_1^*p^*\alpha = p_1^*i^*\alpha\) dans \(\CH_k(D_1)\) pour tout \(\alpha \in \CH_k(Y)\).
Démonstration
Soit \(W \subset Y\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). Distinguons deux cas.
Supposons \(W \subset D\). Alors \(i^*[W] = c_1(\mathcal{L}_1) \cap [W] + c_1(\mathcal{L}_2) \cap [W]\) dans \(\CH_{k - 1}(D)\), d’après notre définition des homomorphismes de Gysin et l’additivité du lemme 02SP. Ainsi \(p_1^*i^*[W] = p_1^*(c_1(\mathcal{L}_1) \cap [W]) + p_1^*(c_1(\mathcal{L}_2) \cap [W])\). D’autre part, on a \(p^*[W] = [p^{-1}(W)]_{k + 1}\) par construction de l’image réciproque plate. De plus, \(p^{-1}(W) = W_1 \cup W_2\) (au sens schématique), où \(W_i = p_i^{-1}(W)\) est un fibré en droites sur \(W\) d’après le lemme (puisque la formation du diagramme commute au changement de base). Alors \([p^{-1}(W)]_{k + 1} = [W_1] + [W_2]\), car les \(W_i\) sont des sous-schémas fermés intègres de \(L\) de \(\delta\)-dimension \(k + 1\). Ainsi \[\begin{align*} i_1^*p^*[W] & = i_1^*[p^{-1}(W)]_{k + 1} \\ & = i_1^*([W_1] + [W_2]) \\ & = c_1(p_1^*\mathcal{L}_1) \cap [W_1] + [W_1 \cap W_2]_k \\ & = c_1(p_1^*\mathcal{L}_1) \cap p_1^*[W] + [W_1 \cap W_2]_k \\ & = p_1^*(c_1(\mathcal{L}_1) \cap [W]) + [W_1 \cap W_2]_k \end{align*}\] par construction des homomorphismes de Gysin, par définition de l’image réciproque plate (pour la deuxième égalité) et par compatibilité de \(c_1 \cap -\) avec l’image réciproque plate (lemme 02SS). Puisque \(W_1 \cap W_2\) est la section nulle du fibré en droites \(W_1 \to W\), le lemme 0F96 donne \([W_1 \cap W_2]_k = p_1^*(c_1(\mathcal{L}_2) \cap [W])\). On utilise ici le fait que \(D_1\) est le fibré en droites qui est le spectre relatif de l’inverse de \(\mathcal{L}_2\). On obtient donc la même expression que précédemment.
Supposons \(W \not \subset D\). Dans ce cas, \(i_1^*p^*[W]\) et \(p_1^*i^*[W]\) sont tous deux représentés par le \(k - 1\)-cycle associé à l’image réciproque schématique de \(W\) dans \(D_1\).
Lemme
Dans la situation 02QL, soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) un triplet comme dans la définition 02T8. Il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ D' \ar[r]_{i'} \ar[d]_p & X' \ar[d]^g \\ D \ar[r]^i & X }\] tel que
\(p\) et \(g\) soient de type fini et plats de dimension relative \(1\),
\(p^* : \CH_k(D) \to \CH_{k + 1}(D')\) soit injectif pour tout \(k\),
\(D' \subset X'\) soit le schéma des zéros d’une section globale \(s' \in \Gamma(X', \mathcal{O}_{X'})\),
\(p^*i^* = (i')^*g^*\) comme applications \(\CH_k(X) \to \CH_k(D')\).
De plus, ces propriétés restent vraies après tout changement de base par un morphisme \(Y \to X\) localement de type fini.
Démonstration
Remarquons que \((i')^*\) est défini, car on dispose du triplet \((\mathcal{O}_{X'}, s', i' : D' \to X')\) comme dans la définition 02T8. L’énoncé a donc un sens.
Posons \(\mathcal{L}_1 = \mathcal{O}_X\), \(\mathcal{L}_2 = \mathcal{L}\), et appliquons le lemme 0F97 à la section \(s\) de \(\mathcal{L} = \mathcal{L}_1 \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}_2\). Prenons \(D' = D_1\). Les résultats découlent alors de ce lemme, du lemme 0F98, et l’injectivité du lemme 0B74.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(r \geq 0\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Supposons que tout \(y \in Y\) soit contenu dans un ouvert \(V \subset Y\) tel que \(f^{-1}(V) \cong V \times \mathbf{A}^r\) comme schémas sur \(V\). Dans cette remarque, nous esquissons une démonstration du fait que \(f^* : \CH_k(Y) \to \CH_{k + r}(X)\) est un isomorphisme. D’abord, d’après le lemme 02TT, l’application est surjective. Soit \(\alpha \in \CH_k(Y)\) tel que \(f^*\alpha = 0\). Nous allons démontrer que \(\alpha = 0\).
Étape 1. On peut supposer que \(\dim_\delta(Y) < \infty\). (En pratique, cela est immédiat dans tous les cas, et nous suggérons donc de sauter cette étape.) En effet, toute équivalence rationnelle témoignant de l’égalité \(f^*\alpha = 0\) sur \(X\) fait intervenir une famille localement finie de sous-schémas fermés intègres de dimension \(k + r + 1\). En prenant la réunion des adhérences de leurs images dans \(Y\), on obtient un sous-schéma fermé \(Y' \subset Y\) tel que \(\dim_\delta(Y') \leq k + r + 1\), que \(\alpha\) soit l’image d’un certain \(\alpha' \in \CH_k(Y')\), et que \((f')^*\alpha = 0\), où \(f'\) est le changement de base de \(f\) à \(Y'\).
Étape 2. Supposons \(d = \dim_\delta(Y) < \infty\). On peut alors raisonner par récurrence sur \(d\). Si \(d < k\), alors \(\alpha = 0\) et le résultat est acquis ; c’est le cas initial de la récurrence. En général, notre hypothèse sur \(f\) montre que l’on peut choisir un ouvert dense \(V \subset Y\) tel que \(U = f^{-1}(V) = \mathbf{A}^r_V\). Notons \(Y' \subset Y\) le complémentaire de \(V\), muni de sa structure de sous-schéma fermé réduit, et posons \(X' = f^{-1}(Y')\). Considérons \[\xymatrix{ \CH^M_{k + r}(U, 1) \ar[r] & \CH_{k + r}(X') \ar[r] & \CH_{k + r}(X) \ar[r] & \CH_{k + r}(U) \ar[r] & 0 \\ \CH^M_k(V, 1) \ar[r] \ar[u] & \CH_k(Y') \ar[r] \ar[u] & \CH_k(Y) \ar[r] \ar[u] & \CH_k(V) \ar[r] \ar[u] & 0 }\] Nous utilisons ici les premiers groupes de Chow supérieurs de \(V\) et de \(U\) et les suites exactes à six termes construites dans la remarque 0GUA, ainsi que l’image réciproque plate pour ces groupes de Chow supérieurs et sa compatibilité avec ces suites exactes à six termes. Puisque \(U = \mathbf{A}^r_V\), l’application verticale de droite est un isomorphisme. L’application \(\CH_k(Y') \to \CH_{k + r}(X')\) est bijective par récurrence sur \(d\). Pour achever le raisonnement, il suffit donc de montrer que \[\CH^M_k(V, 1) \longrightarrow \CH^M_{k + r}(U, 1)\] est surjective. En raisonnant comme dans la démonstration du lemme 02TT, on se ramène à l’étape 3 ci-dessous.
Étape 3. Soit \(F\) un corps. Alors \(\CH^M_0(\mathbf{A}^1_F, 1) = 0\). (Dans la démonstration du lemme cité ci-dessus, nous avons montré de manière analogue que \(\CH_0(\mathbf{A}^1_F) = 0\).) On a \[\CH^M_0(\mathbf{A}^1_F, 1) = \Coker\left( \partial : K^M_2(F(T)) \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{\mathfrak p \subset F[T]\text{ maximal}} \kappa(\mathfrak p)^*\right)\] L’argument classique pour établir la nullité du conoyau consiste à montrer, par récurrence sur le degré de \(\kappa(\mathfrak p)/F\), que le facteur direct correspondant à \(\mathfrak p\) est contenu dans l’image. Si \(\mathfrak p\) est engendré par le polynôme unitaire irréductible \(P(T) \in F[T]\) et si \(u \in \kappa(x)^*\) est la classe résiduelle d’un \(Q(T) \in F[T]\) tel que \(\deg(Q) < \deg(P)\), on montre que \(\partial(Q, P)\) donne l’élément \(u\) en \(\mathfrak p\), et éventuellement d’autres unités en des idéaux premiers divisant \(Q\), qui ont un degré inférieur. Cela achève l’esquisse de démonstration.
Théorie bivariante de l’intersection
Afin de traiter convenablement les classes de Chern supérieures des fibrés vectoriels, nous introduisons les classes de Chow bivariantes comme dans [F]. Notre définition diffère de celle de [F] sur deux points : (1) nous travaillons dans un cadre différent, et (2) nous exigeons seulement que nos classes bivariantes commutent aux homomorphismes de Gysin pour les schémas des zéros de sections de modules inversibles (section 02T7). Nous verrons plus loin, dans le lemme 0FBP, que nos classes bivariantes commutent à tous les homomorphismes de Gysin en codimension supérieure, et satisfont donc à toutes les propriétés exigées dans [F] ; voir aussi [F, Théorème 17.1].
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \(p \in \mathbf{Z}\). Une classe bivariante \(c\) de degré \(p\) pour \(f\) est donnée par une règle qui associe à tout morphisme localement de type fini \(Y' \to Y\) et à tout \(k\) une application \[c \cap - : \CH_k(Y') \longrightarrow \CH_{k - p}(X')\] où \(X' = Y' \times_Y X\), satisfaisant aux conditions suivantes :
si \(Y'' \to Y'\) est propre, alors \(c \cap (Y'' \to Y')_*\alpha'' = (X'' \to X')_*(c \cap \alpha'')\) pour tout \(\alpha''\) sur \(Y''\), où \(X'' = Y'' \times_Y X\),
si \(Y'' \to Y'\) est plat, localement de type fini et de dimension relative fixée, alors \(c \cap (Y'' \to Y')^*\alpha' = (X'' \to X')^*(c \cap \alpha')\) pour tout \(\alpha'\) sur \(Y'\), et
si \((\mathcal{L}', s', i' : D' \to Y')\) est comme dans la définition 02T8, avec pour image réciproque \((\mathcal{N}', t', j' : E' \to X')\) sur \(X'\), alors on a \(c \cap (i')^*\alpha' = (j')^*(c \cap \alpha')\) pour tout \(\alpha'\) sur \(Y'\).
L’ensemble des classes bivariantes de degré \(p\) pour \(f\) est noté \(A^p(X \to Y)\).
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soient \(X \to Y\) et \(Y \to Z\) des morphismes de schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \(p \in \mathbf{Z}\). Il est clair que \(A^p(X \to Y)\) est un groupe abélien. De plus, on dispose clairement d’une composition bilinéaire \[A^p(X \to Y) \times A^q(Y \to Z) \to A^{p + q}(X \to Z)\] qui est associative.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat de dimension relative \(r\) entre schémas localement de type fini sur \(S\). Alors la règle qui associe à \(Y' \to Y\) \((f')^* : \CH_k(Y') \to \CH_{k + r}(X')\), où \(X' = X \times_Y Y'\), est une classe bivariante de degré \(-r\).
Démonstration
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) un triplet comme dans la définition 02T8. Alors la règle qui associe à \(f : X' \to X\) \((i')^* : \CH_k(X') \to \CH_{k - 1}(D')\), où \(D' = D \times_X X'\), est une classe bivariante de degré \(1\).
Démonstration
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes de schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \(c \in A^p(X \to Z)\), et supposons \(f\) propre. Alors la règle qui associe à \(Z' \to Z\) \(\alpha \longmapsto f'_*(c \cap \alpha)\) est une classe bivariante notée \(f_* \circ c \in A^p(Y \to Z)\).
Démonstration
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soient \(X \to Y\) et \(Y' \to Y\) des morphismes de schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \(X' = Y' \times_Y X\). On dispose alors d’une application de restriction évidente \[A^p(X \to Y) \longrightarrow A^p(X' \to Y'),\quad c \longmapsto res(c)\] obtenue en considérant un schéma \(Y''\) localement de type fini sur \(Y'\) comme un schéma localement de type fini sur \(Y\) et en posant \(res(c) \cap \alpha'' = c \cap \alpha''\) pour tout \(\alpha'' \in \CH_k(Y'')\). Cette opération de restriction est compatible avec les compositions de manière évidente.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Pour \(i = 1, 2\), soit \(Z_i \to X\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soient \(c_i \in A^{p_i}(Z_i \to X)\), \(i = 1, 2\) des classes bivariantes. Pour tout \(\alpha \in \CH_k(X)\), on peut se demander si \[c_1 \cap c_2 \cap \alpha = c_2 \cap c_1 \cap \alpha\] dans \(\CH_{k - p_1 - p_2}(Z_1 \times_X Z_2)\). Si cette égalité est vraie et le demeure après tout changement de base par un morphisme \(X' \to X\) localement de type fini, on dit que \(c_1\) et \(c_2\) commutent. Bien entendu, cela revient à dire que \[res(c_1) \circ c_2 = res(c_2) \circ c_1\] dans \(A^{p_1 + p_2}(Z_1 \times_X Z_2 \to X)\). Ici, \(res(c_1) \in A^{p_1}(Z_1 \times_X Z_2 \to Z_2)\) est la restriction de \(c_1\) au sens de la remarque 0F9Z ; de même pour \(res(c_2)\).
Exemple
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) un triplet comme dans la définition 02T8. Soit \(Z \to X\) un morphisme de schémas localement de type fini, et soit \(c \in A^p(Z \to X)\) une classe bivariante. Alors la classe de Gysin bivariante \(c' \in A^1(D \to X)\) du lemme 0B79 commute à \(c\) au sens de la remarque 0FA2. Il s’agit en effet d’une reformulation de la condition (3) de la définition 0B76.
Remarque
Il existe un type plus général de classe bivariante qui ne semble pas être considéré dans la littérature. Supposons en effet donné un diagramme \[X \longrightarrow Z \longleftarrow Y\] de schémas localement de type fini sur \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(p \in \mathbf{Z}\). On peut alors considérer une règle \(c\) qui associe à tout \(Z' \to Z\) localement de type fini des applications \[c \cap - : \CH_k(Y') \longrightarrow \CH_{k - p}(X')\] pour tout \(k \in \mathbf{Z}\), où \(X' = X \times_Z Z'\) et \(Y' = Z' \times_Z Y\), compatibles aux
images directes propres pour \(Z'' \to Z'\) propre,
images réciproques plates pour \(Z'' \to Z'\) plat de dimension relative fixée, et
applications de Gysin pour \(D' \subset Z'\) comme dans la définition 02T8.
Nous omettons les formulations détaillées. Notons l’ensemble de toutes ces opérations \(A^p(X \to Z \leftarrow Y)\). Un exemple simple de l’utilité de cette notion est fourni par un morphisme propre \(f : X_2 \to X_1\). Alors \(f_*\) n’est pas une opération bivariante au sens de la définition 0B76, mais l’est au sens généralisé ci-dessus ; on a \(f_* \in A^0(X_1 \to X_1 \leftarrow X_2)\).
Cohomologie de Chow et première classe de Chern
Nous nous intéresserons surtout à \(A^p(X) = A^p(X \to X)\), qui désignera toujours les classes de cohomologie bivariante pour \(\text{id}_X\). C’est en effet là que se trouveront les classes de Chern.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). La cohomologie de Chow de \(X\) est la \(\mathbf{Z}\)-algèbre graduée \(A^*(X)\) dont la composante de degré \(p\) est \(A^p(X \to X)\).
Attention : il n’est pas clair que la structure de \(\mathbf{Z}\)-algèbre sur \(A^*(X)\) soit commutative, mais nous verrons que les classes de Chern appartiennent à son centre.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : Y' \to Y\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\). Comme cas particulier de la remarque 0F9Z, on dispose d’un homomorphisme canonique de \(\mathbf{Z}\)-algèbres \(res : A^*(Y) \to A^*(Y')\). Cet homomorphisme est souvent noté \(f^*\) dans la littérature.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Alors la règle qui associe à \(f : X' \to X\) \(c_1(f^*\mathcal{L}) \cap - : \CH_k(X') \to \CH_{k - 1}(X')\) est une classe bivariante de degré \(1\).
Démonstration
Le lemme précédent nous permet enfin de donner la définition suivante.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. La première classe de Chern \(c_1(\mathcal{L}) \in A^1(X)\) de \(\mathcal{L}\) est la classe bivariante du lemme 0B77.
Pour les modules localement libres de rang fini, nous construisons les classes de Chern dans la section 02U4. Montrons que \(c_1(\mathcal{L})\) appartient au centre de \(A^*(X)\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Alors
\(c_1(\mathcal{L}) \in A^1(X)\) appartient au centre de \(A^*(X)\), et
si \(f : X' \to X\) est localement de type fini et \(c \in A^*(X' \to X)\), alors \(c \circ c_1(\mathcal{L}) = c_1(f^*\mathcal{L}) \circ c\).
Démonstration
Bien entendu, (2) entraîne (1). Soit \(p : L \to X\) comme dans le lemme 0B74, et soit \(o : X \to L\) la section nulle. Notons \(p' : L' \to X'\) et \(o' : X' \to L'\) leurs changements de base. D’après le lemme 0F96, on a \[p^*(c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha) = - o_* \alpha \quad\text{et}\quad (p')^*(c_1(f^*\mathcal{L}) \cap \alpha') = - o'_* \alpha'\] Puisque \(c\) est une classe bivariante, on a \[\begin{align*} (p')^*(c \cap c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha) & = c \cap p^*(c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha) \\ & = - c \cap o_* \alpha \\ & = - o'_*(c \cap \alpha) \\ & = (p')^*(c_1(f^*\mathcal{L}) \cap c \cap \alpha) \end{align*}\] Puisque \((p')^*\) est injectif d’après l’un des lemmes cités ci-dessus, on obtient \(c \cap c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha = c_1(f^*\mathcal{L}) \cap c \cap \alpha\). Il en est de même après tout changement de base par un morphisme \(Y \to X\) localement de type fini, d’où l’égalité de classes bivariantes énoncée dans (2).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma de type fini sur \(S\) possédant un faisceau inversible ample. Supposons \(d = \dim(X) < \infty\) (il s’agit bien ici de la dimension et non de la \(\delta\)-dimension). Alors, pour tous faisceaux inversibles \(\mathcal{L}_1, \ldots, \mathcal{L}_{d + 1}\) sur \(X\), on a \(c_1(\mathcal{L}_1) \circ \ldots \circ c_1(\mathcal{L}_{d + 1}) = 0\) dans \(A^{d + 1}(X)\).
Démonstration
Raisonnons par récurrence sur \(d\). Le cas initial \(d = 0\) est vrai, car dans ce cas \(X\) est un ensemble fini de points fermés, et tout module inversible est donc trivial. Supposons \(d > 0\). D’après Diviseurs, lemme 0AYM, on peut écrire \(\mathcal{L}_{d + 1} \cong \mathcal{O}_X(D) \otimes \mathcal{O}_X(D')^{\otimes -1}\) pour des diviseurs de Cartier effectifs \(D, D' \subset X\). Alors \(c_1(\mathcal{L}_{d + 1})\) est la différence de \(c_1(\mathcal{O}_X(D))\) et de \(c_1(\mathcal{O}_X(D'))\) ; on peut donc supposer \(\mathcal{L}_{d + 1} = \mathcal{O}_X(D)\) pour un diviseur de Cartier effectif.
Notons \(i : D \to X\) le morphisme d’inclusion, et notons \(i^* \in A^1(D \to X)\) la classe bivariante donnée par l’homomorphisme de Gysin comme dans le lemme 0B79. On a \(i_* \circ i^* = c_1(\mathcal{L}_{d + 1})\) dans \(A^1(X)\) d’après le lemme 02T9 (et le lemme 0EPK pour donner un sens au membre de gauche). Puisque \(c_1(\mathcal{L}_i)\) commute à \(i_*\) et à \(i^*\) (par définition des classes bivariantes), on en conclut que \[c_1(\mathcal{L}_1) \circ \ldots \circ c_1(\mathcal{L}_{d + 1}) = i_* \circ c_1(\mathcal{L}_1) \circ \ldots \circ c_1(\mathcal{L}_d) \circ i^* = i_* \circ c_1(\mathcal{L}_1|_D) \circ \ldots \circ c_1(\mathcal{L}_d|_D) \circ i^*\] On conclut donc par récurrence sur \(d\). En effet, on a \(\dim(D) < d\), car aucun des points génériques de \(X\) n’appartient à \(D\).
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(Z \to X\) une immersion fermée de schémas localement de type fini sur \(S\), et soit \(p \geq 0\). Dans ce cadre, on définit \[A^{(p)}(Z \to X) = \prod\nolimits_{i \leq p - 1} A^i(X) \times \prod\nolimits_{i \geq p} A^i(Z \to X).\] Alors \(A^{(p)}(Z \to X)\) est canoniquement muni d’une structure d’algèbre graduée. En fait, plus généralement, on dispose d’une multiplication \[A^{(p)}(Z \to X) \times A^{(q)}(Z \to X) \longrightarrow A^{(\max(p, q))}(Z \to X)\] Pour les définir, on définit des applications \[\begin{align*} A^i(Z \to X) \times A^j(X) & \to A^{i + j}(Z \to X) \\ A^i(X) \times A^j(Z \to X) & \to A^{i + j}(Z \to X) \\ A^i(Z \to X) \times A^j(Z \to X) & \to A^{i + j}(Z \to X) \end{align*}\] Pour la première, on utilise la composition des classes bivariantes. Pour la deuxième, on utilise la restriction \(A^i(X) \to A^i(Z)\) (remarque 0F9Z) et la composition \(A^i(Z) \times A^j(Z \to X) \to A^{i + j}(Z \to X)\). Pour la troisième, on envoie \((c, c')\) sur \(res(c) \circ c'\), où \(res : A^i(Z \to X) \to A^i(Z)\) est l’application de restriction (voir la remarque 0F9Z). Nous omettons la vérification de l’associativité de ces multiplications en un sens approprié.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(Z \to X\) une immersion fermée de schémas localement de type fini sur \(S\). Notons \(res : A^p(Z \to X) \to A^p(Z)\) l’application de restriction de la remarque 0F9Z. Pour \(c \in A^p(Z \to X)\), on a \(res(c) \cap \alpha = c \cap i_*\alpha\) pour \(\alpha \in \CH_*(Z)\). En effet, \(res(c) \cap \alpha = c \cap \alpha\), et la compatibilité de \(c\) avec l’image directe propre donne \((Z \to Z)_*(c \cap \alpha) = c \cap (Z \to X)_*\alpha\).
Lemmes sur les classes bivariantes
Dans cette section, nous démontrons quelques résultats élémentaires sur les classes bivariantes. Voici un critère permettant de voir qu’une opération passe au quotient par équivalence rationnelle.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \(p \in \mathbf{Z}\). Supposons donnée une règle qui associe à tout morphisme localement de type fini \(Y' \to Y\) et à tout \(k\) une application \[c \cap - : Z_k(Y') \longrightarrow \CH_{k - p}(X')\] où \(Y' = X' \times_X Y\), satisfaisant à la condition (3) de la définition 0B76 dès que \(\mathcal{L}'|_{D'} \cong \mathcal{O}_{D'}\). Alors \(c \cap -\) se factorise par l’équivalence rationnelle.
Démonstration
L’énoncé a un sens car, étant donné un triplet \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) comme dans la définition 02T8 tel que \(\mathcal{L}|_D \cong \mathcal{O}_D\), l’opération \(i^*\) est définie au niveau des cycles, voir la remarque 0B6Z. Soit \(\alpha \in Z_k(X')\) un cycle rationnellement équivalent à zéro. Nous devons montrer que \(c \cap \alpha = 0\). D’après le lemme 02S4, il existe un cycle \(\beta \in Z_{k + 1}(X' \times \mathbf{P}^1)\) tel que \(\alpha = i_0^*\beta - i_\infty^*\beta\), où \(i_0, i_\infty : X' \to X' \times \mathbf{P}^1\) sont les immersions fermées de \(X'\) au-dessus de \(0, \infty\). Puisque ce sont des exemples de diviseurs de Cartier effectifs à fibrés normaux triviaux, on voit que \(c \cap i_0^*\beta = j_0^*(c \cap \beta)\) et \(c \cap i_\infty^*\beta = j_\infty^*(c \cap \beta)\), où \(j_0, j_\infty : Y' \to Y' \times \mathbf{P}^1\) sont les immersions fermées comme ci-dessus. Comme \(j_0^*(c \cap \beta) \sim_{rat} j_\infty^*(c \cap \beta)\) (cela résulte du lemme 02S4), on conclut.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \(p \in \mathbf{Z}\). Supposons donnée une règle qui associe à tout morphisme localement de type fini \(Y' \to Y\) et à tout \(k\) une application \[c \cap - : \CH_k(Y') \longrightarrow \CH_{k - p}(X')\] où \(Y' = X' \times_X Y\), satisfaisant aux conditions (1), (2) de la définition 0B76 et à la condition (3) dès que \(\mathcal{L}'|_{D'} \cong \mathcal{O}_{D'}\). Alors \(c \cap -\) est une classe bivariante.
Démonstration
Soit \(Y' \to Y\) un morphisme de schémas localement de type fini. Soit \((\mathcal{L}', s', i' : D' \to Y')\) comme dans la définition 02T8, et soit \((\mathcal{N}', t', j' : E' \to X')\) son image réciproque sur \(X'\). Nous devons montrer que \(c \cap (i')^*\alpha' = (j')^*(c \cap \alpha')\) pour tout \(\alpha' \in \CH_k(Y')\).
Notons \(g : Y'' \to Y'\) le morphisme lisse de dimension relative \(1\), avec \(i'' : D'' \to Y''\) et \(p : D'' \to D'\), construit dans le lemme 0F99. (Attention : \(D''\) n’est pas l’image réciproque entière de \(D'\).) Notons \(f : X'' \to X'\) et \(E'' \subset X''\) leurs changements de base par \(X' \to Y'\). On a le diagramme \[\xymatrix{ & X'' \ar[rr] \ar'[d][dd]_h & & Y'' \ar[dd]^g \\ E'' \ar[rr] \ar[dd]_q \ar[ru]^{j''} & & D'' \ar[dd]^p \ar[ru]^{i''} & \\ & X' \ar'[r][rr] & & Y' \\ E' \ar[rr] \ar[ru]^{j'} & & D' \ar[ru]^{i'} }\] D’après les propriétés données dans le lemme, nous savons que \(\beta' = (i')^*\alpha'\) est l’unique élément de \(\CH_{k - 1}(D')\) tel que \(p^*\beta' = (i'')^*g^*\alpha'\). De même, nous savons que \(\gamma' = (j')^*(c \cap \alpha')\) est l’unique élément de \(\CH_{k - 1 - p}(E')\) tel que \(q^*\gamma' = (j'')^*h^*(c \cap \alpha')\). Or nous savons que \[(j'')^*h^*(c \cap \alpha') = (j'')^*(c \cap g^*\alpha') = c \cap (i'')^*g^*\alpha'\] par nos hypothèses sur \(c\) ; remarquons que la version modifiée de (3) supposée dans l’énoncé du lemme s’applique à \(i''\) et à son changement de base \(j''\). Nous savons de même que \[q^*(c \cap \beta') = c \cap p^*\beta'\] On conclut que \(\gamma' = c \cap \beta'\) par l’unicité signalée ci-dessus.
Voici un critère pour qu’une classe bivariante soit nulle.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \(c \in A^p(X \to Y)\). Pour \(Y'' \to Y' \to Y\), posons \(X'' = Y'' \times_Y X\) et \(X' = Y' \times_Y X\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(c\) est nulle,
\(c \cap [Y'] = 0\) dans \(\CH_*(X')\) pour tout schéma intègre \(Y'\) localement de type fini sur \(Y\), et
pour tout schéma intègre \(Y'\) localement de type fini sur \(Y\), il existe un morphisme propre birationnel \(Y'' \to Y'\) tel que \(c \cap [Y''] = 0\) dans \(\CH_*(X'')\).
Démonstration
Les implications (1) \(\Rightarrow\) (2) \(\Rightarrow\) (3) sont claires. L’hypothèse (3) implique (2) car \((Y'' \to Y')_*[Y''] = [Y']\) et donc \(c \cap [Y'] = (X'' \to X')_*(c \cap [Y''])\), puisque \(c\) est une classe bivariante. Supposons (2). Soit \(Y' \to Y\) localement de type fini. Soit \(\alpha \in \CH_k(Y')\). Écrivons \(\alpha = \sum n_i [Y'_i]\), où les \(Y'_i \subset Y'\) forment une famille localement finie de sous-schémas fermés intègres de \(\delta\)-dimension \(k\). On voit alors que \(\alpha\) est l’image directe du cycle \(\alpha' = \sum n_i[Y'_i]\) sur \(Y'' = \coprod Y'_i\) par le morphisme propre \(Y'' \to Y'\). Par les propriétés des classes bivariantes, il suffit de prouver que \(c \cap \alpha' = 0\) dans \(\CH_{k - p}(X'')\). On a \(\CH_{k - p}(X'') = \prod \CH_{k - p}(X'_i)\), où \(X'_i = Y'_i \times_Y X\). Cela résulte immédiatement des définitions. Les applications de projection \(\CH_{k - p}(X'') \to \CH_{k - p}(X'_i)\) sont données par l’image réciproque plate. Puisque le produit cap avec \(c\) commute à l’image réciproque plate, on voit qu’il suffit de montrer que \(c \cap [Y'_i]\) est nul dans \(\CH_{k - p}(X'_i)\), ce qui est vrai par hypothèse.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\). Supposons données des décompositions en réunions disjointes \(X = \coprod_{i \in I} X_i\) et \(Y = \coprod_{j \in J} Y_j\) par des sous-schémas ouverts et fermés, ainsi qu’une application d’ensembles \(a : I \to J\) telle que \(f(X_i) \subset Y_{a(i)}\). Alors \[A^p(X \to Y) = \prod\nolimits_{i \in I} A^p(X_i \to Y_{a(i)})\]
Démonstration
Supposons donné un élément \((c_i) \in \prod_i A^p(X_i \to Y_{a(i)})\). Étant donné \(\beta \in \CH_k(Y)\), on peut alors l’envoyer sur l’élément de \(\CH_{k - p}(X)\) dont la restriction à \(X_i\) est \(c_i \cap \beta|_{Y_{a(i)}}\). Cela fonctionne car \(\CH_{k - p}(X) = \prod_i \CH_{k - p}(X_i)\). La même construction fonctionne après tout changement de base \(Y' \to Y\) localement de type fini, et l’on obtient \(c \in A^p(X \to Y)\). On obtient ainsi une application \(\Psi\) du membre droit de la formule vers son membre gauche. Réciproquement, étant donnés \(c \in A^p(X \to Y)\) et un élément \(\beta_i \in \CH_k(Y_{a(i)})\), on peut considérer l’élément \((c \cap (Y_{a(i)} \to Y)_*\beta_i)|_{X_i}\) de \(\CH_{k - p}(X_i)\). La même chose fonctionne après tout changement de base \(Y' \to Y\) localement de type fini, et l’on obtient \(c_i \in A^p(X_i \to Y_{a(i)})\). On obtient ainsi une application \(\Phi\) du membre gauche de la formule vers son membre droit. Il est immédiat que \(\Phi \circ \Psi = \text{id}\). Réciproquement, supposons que \(c \in A^p(X \to Y)\) et \(\beta \in \CH_k(Y)\). Écrivons \(\Phi(c) = (c_i)\). Soit \(j \in J\). Comme \(c\) commute à l’image réciproque plate, on a \[(c \cap \beta)|_{\coprod_{a(i) = j} X_i} = c \cap \beta|_{Y_j}\] Comme \(c\) commute à l’image directe propre, on a \[(\coprod\nolimits_{a(i) = j} X_i \to X)_* ((c \cap \beta)|_{\coprod_{a(i) = j} X_i}) = c \cap (Y_j \to Y)_*\beta|_{Y_j}\] Le membre gauche est le cycle sur \(X\) qui se restreint en \((c \cap \beta)|_{X_i}\) sur \(X_i\) pour \(i \in I\) tel que \(a(i) = j\), et qui vaut \(0\) sinon. Le membre droit est un cycle sur \(X\) dont la restriction à \(X_i\) est \(c_i \cap \beta|_{Y_j}\) pour \(i \in I\) tel que \(a(i) = j\). Ainsi, \(c \cap \beta = \Psi((c_i))\), comme voulu.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\). Soient \(X = \coprod_{i \in I} X_i\) et \(Y = \coprod_{j \in J} Y_j\) les décompositions de \(X\) et de \(Y\) en leurs composantes connexes (les composantes connexes sont ouvertes puisque \(X\) et \(Y\) sont localement noethériens ; voir Topologie, Lemme 04MF, et Propriétés, Lemme 01OZ). Soit \(a(i) \in J\) l’indice tel que \(f(X_i) \subset Y_{a(i)}\). Alors \(A^p(X \to Y) = \prod A^p(X_i \to Y_{a(i)})\) d’après le Lemme 0FDZ. Dans ce cadre, il est commode de poser \[A^*(X \to Y)^\wedge = \prod\nolimits_i A^*(X_i \to Y_{a(i)})\] Ce groupe bivariant « complété » est le sous-ensemble \[A^*(X \to Y)^\wedge \quad\subset\quad \prod\nolimits_{p \geq 0} A^p(X \to Y)\] formé des éléments \(c = (c_0, c_1, c_2, \ldots)\) tels que, pour toute composante connexe \(X_i\), l’image de \(c_p\) dans \(A^p(X_i \to Y_{a(i)})\) soit nulle pour presque tout \(p\). Si \(Y \to Z\) est un second morphisme, alors la composition \(A^*(X \to Y) \times A^*(Y \to Z) \to A^*(X \to Z)\) s’étend en une composition \(A^*(X \to Y)^\wedge \times A^*(Y \to Z)^\wedge \to A^*(X \to Z)^\wedge\) des complétés. On appelle parfois \(A^*(X)^\wedge = A^*(X \to X)^\wedge\) l’anneau de cohomologie bivariante complété de \(X\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \(g : Y' \to Y\) une enveloppe (Définition 0GU5) et notons \(X' = Y' \times_Y X\). Soit \(p \in \mathbf{Z}\) et soit \(c' \in A^p(X' \to Y')\). Si les deux restrictions \[res_1(c') = res_2(c') \in A^p(X' \times_X X' \to Y' \times_Y Y')\] sont égales (voir la démonstration), alors il existe un unique \(c \in A^p(X \to Y)\) dont la restriction \(res(c) = c'\) dans \(A^p(X' \to Y')\).
Démonstration
On a un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X' \times_X X' \ar[d]^{f''} \ar@<1ex>[r]^-a \ar@<-1ex>[r]_-b & X' \ar[d]^{f'} \ar[r]_h & X \ar[d]^f \\ Y' \times_Y Y' \ar@<1ex>[r]^-p \ar@<-1ex>[r]_-q & Y' \ar[r]^g & Y }\] L’élément \(res_1(c')\) est la restriction (voir Remarque 0F9Z) de \(c'\) pour le carré cartésien de morphismes \(a, f', p, f''\), et l’élément \(res_2(c')\) est la restriction de \(c'\) pour le carré cartésien de morphismes \(b, f', q, f''\). Supposons \(res_1(c') = res_2(c')\) et soit \(\beta \in \CH_k(Y)\). D’après le Lemme 0GU8, on peut trouver un \(\beta' \in \CH_k(Y')\) tel que \(g_*\beta' = \beta\). On pose alors \[c \cap \beta = h_*(c' \cap \beta')\] Pour voir que ceci ne dépend pas du choix de \(\beta'\), il suffit de montrer que \(h_*(c' \cap (p_*\gamma - q_*\gamma))\) est nul pour \(\gamma \in \CH_k(Y' \times_Y Y')\). Puisque \(c'\) est une classe bivariante, on a \[h_*(c' \cap (p_*\gamma - q_*\gamma)) = h_*(a_*(c' \cap \gamma) - b_*(c' \cap \gamma)) = 0\] la dernière égalité résultant de \(h_* \circ a_* = h_* \circ b_*\), car \(h \circ a = h \circ b\).
Remarquons que notre choix de \(c \cap \beta\) est imposé par la condition \(res(c) = c'\) et par la compatibilité des classes bivariantes avec l’image directe propre.
Bien entendu, pour définir la classe bivariante \(c\), il nous faut construire des applications \(c \cap -: \CH_k(Y_1) \to \CH_{k + p}(Y_1 \times_Y X)\) pour tout morphisme \(Y_1 \to Y\) localement de type fini satisfaisant aux conditions énumérées dans la Définition 0B76. Notons \(Y'_1 = Y' \times_Y Y_1\), \(X_1 = X \times_Y Y_1\). Le morphisme \(Y'_1 \to Y_1\) est une enveloppe d’après le Lemme 0GU7. Nous pouvons donc utiliser le diagramme obtenu par changement de base \[\xymatrix{ X'_1 \times_{X_1} X'_1 \ar[d]^{f''_1} \ar@<1ex>[r]^-{a_1} \ar@<-1ex>[r]_-{b_1} & X'_1 \ar[d]^{f'_1} \ar[r]_{h_1} & X_1 \ar[d]^{f_1} \\ Y'_1 \times_{Y_1} Y'_1 \ar@<1ex>[r]^-{p_1} \ar@<-1ex>[r]_-{q_1} & Y'_1 \ar[r]^{g_1} & Y_1 }\] et les mêmes arguments pour obtenir une application bien définie \(c \cap - : \CH_k(Y_1) \to \CH_{k + p}(X_1)\) comme ci-dessus.
Il nous faut ensuite vérifier les conditions (1), (2) et (3) de la Définition 0B76 pour \(c\). Par exemple, supposons que \(t : Y_2 \to Y_1\) soit un morphisme propre de schémas localement de type fini sur \(Y\). Notons comme ci-dessus les changements de base du premier diagramme à \(Y_1\), resp. à \(Y_2\), par les indices \({}_1\), resp. \({}_2\). Notons \(t' : Y'_2 \to Y'_1\), \(s : X_2 \to X_1\) et \(s' : X'_2 \to X'_1\) les changements de base de \(t\) à \(Y'\), \(X\) et \(X'\). Nous devons montrer que \[s_*(c \cap \beta_2) = c \cap t_*\beta_2\] pour \(\beta_2 \in \CH_k(Y_2)\). Choisissons \(\beta'_2 \in \CH_k(Y'_2)\) tel que \(g_{2, *}\beta'_2 = \beta_2\). Puisque \(c'\) est une classe bivariante et que les diagrammes \[\vcenter{ \xymatrix{ X'_2 \ar[d]_{s'} \ar[r]_{h_2} & X_2 \ar[d]^s \\ X'_1 \ar[r]^{h_1} & X_1 } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ X'_2 \ar[d]_{s'} \ar[r]_{f'_2} & Y'_2 \ar[d]^{t'} \\ X'_2 \ar[r]^{f'_1} & Y'_1 } }\] sont cartésiens, on a \[s_*(c \cap \beta_2) = s_*(h_{2, *}(c' \cap \beta'_2)) = h_{1, *}s'_*(c' \cap \beta'_2) = h_{1, *}(c' \cap (t'_*\beta'_2))\] et l’expression finale calcule \(c \cap t_*\beta_2\) par construction : \(t'_*\beta'_2 \in \CH_k(Y'_1)\) est une classe dont l’image par \(g_{1, *}\) est \(t_*\beta_2\). Ceci démontre la condition (1). Les autres conditions se démontrent de la même manière, et nous omettons les arguments détaillés.
Formule du fibré projectif
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Considérons un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini \(\mathcal{E}\) de rang \(r\). Notre convention est que le fibré projectif associé à \(\mathcal{E}\) est le morphisme \[\xymatrix{ \mathbf{P}(\mathcal{E}) = \underline{\text{Proj}}_X(\text{Sym}^*(\mathcal{E})) \ar[r]^-\pi & X }\] au-dessus de \(X\), avec \(\mathcal{O}_{\mathbf{P}(\mathcal{E})}(1)\) normalisé de sorte que \(\pi_*(\mathcal{O}_{\mathbf{P}(\mathcal{E})}(1)) = \mathcal{E}\). En particulier, il existe une surjection \(\pi^*\mathcal{E} \to \mathcal{O}_{\mathbf{P}(\mathcal{E})}(1)\). Nous dirons informellement « soit \((\pi : P \to X, \mathcal{O}_P(1))\) le fibré projectif associé à \(\mathcal{E}\) » pour désigner la situation où \(P = \mathbf{P}(\mathcal{E})\) et \(\mathcal{O}_P(1) = \mathcal{O}_{\mathbf{P}(\mathcal{E})}(1)\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini \(\mathcal{E}\) de rang \(r\). Soit \((\pi : P \to X, \mathcal{O}_P(1))\) le fibré projectif associé à \(\mathcal{E}\). Pour tout \(\alpha \in \CH_k(X)\), l’élément \[\pi_*\left( c_1(\mathcal{O}_P(1))^s \cap \pi^*\alpha \right) \in \CH_{k + r - 1 - s}(X)\] est \(0\) si \(s < r - 1\) et est égal à \(\alpha\) lorsque \(s = r - 1\).
Démonstration
Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). Remarquons que \(\pi^*[Z] = [\pi^{-1}(Z)]\), car \(\pi^{-1}(Z)\) est intègre de \(\delta\)-dimension \(r - 1\). Si \(s < r - 1\), alors, par construction, \(c_1(\mathcal{O}_P(1))^s \cap \pi^*[Z]\) est représenté par un \((k + r - 1 - s)\)-cycle supporté sur \(\pi^{-1}(Z)\). L’image directe de ce cycle est donc nulle pour des raisons de dimension.
Soit \(s = r - 1\). L’argument donné ci-dessus montre que \(\pi_*(c_1(\mathcal{O}_P(1))^s \cap \pi^*\alpha) = n [Z]\) pour un certain \(n \in \mathbf{Z}\). Nous voulons montrer que \(n = 1\). Pour les mêmes raisons de dimension que ci-dessus, il suffit de démontrer ce résultat après avoir remplacé \(X\) par \(X \setminus T\), où \(T \subset Z\) est une partie fermée propre. Soit \(\xi\) le point générique de \(Z\). On peut choisir des éléments \(e_1, \ldots, e_{r - 1} \in \mathcal{E}_\xi\) qui font partie d’une base de \(\mathcal{E}_\xi\). Ils donnent des sections rationnelles \(s_1, \ldots, s_{r - 1}\) de \(\mathcal{O}_P(1)|_{\pi^{-1}(Z)}\) dont le lieu commun des zéros est l’adhérence de l’image d’une section rationnelle de \(\mathbf{P}(\mathcal{E}|_Z) \to Z\), réunie à une partie fermée dont le support s’envoie dans une partie fermée propre \(T\) de \(Z\). Après avoir retiré \(T\) de \(X\) (et, de façon correspondante, \(\pi^{-1}(T)\) de \(P\)), on voit que \(s_1, \ldots, s_n\) forment une suite de sections globales \(s_i \in \Gamma(\pi^{-1}(Z), \mathcal{O}_{\pi^{-1}(Z)}(1))\) dont le lieu commun des zéros est l’image d’une section \(Z \to \pi^{-1}(Z)\). On voit donc successivement que \[\begin{eqnarray*} \pi^*[Z] & = & [\pi^{-1}(Z)] \\ c_1(\mathcal{O}_P(1)) \cap \pi^*[Z] & = & [Z(s_1)] \\ c_1(\mathcal{O}_P(1))^2 \cap \pi^*[Z] & = & [Z(s_1) \cap Z(s_2)] \\ \ldots & = & \ldots \\ c_1(\mathcal{O}_P(1))^{r - 1} \cap \pi^*[Z] & = & [Z(s_1) \cap \ldots \cap Z(s_{r - 1})] \end{eqnarray*}\] par applications répétées du Lemme 02SQ. Puisque l’image directe par \(\pi\) de l’image d’une section de \(\pi\) au-dessus de \(Z\) est clairement \([Z]\), on obtient le résultat lorsque \(\alpha = [Z]\). Nous omettons la vérification que ces arguments donnent le résultat pour un cycle général \(\alpha = \sum n_j [Z_j]\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini \(\mathcal{E}\) de rang \(r\). Soit \((\pi : P \to X, \mathcal{O}_P(1))\) le fibré projectif associé à \(\mathcal{E}\). L’application \[\bigoplus\nolimits_{i = 0}^{r - 1} \CH_{k + i}(X) \longrightarrow \CH_{k + r - 1}(P),\] \[(\alpha_0, \ldots, \alpha_{r-1}) \longmapsto \pi^*\alpha_0 + c_1(\mathcal{O}_P(1)) \cap \pi^*\alpha_1 + \ldots + c_1(\mathcal{O}_P(1))^{r - 1} \cap \pi^*\alpha_{r-1}\] est un isomorphisme.
Démonstration
Fixons \(k \in \mathbf{Z}\). Montrons d’abord que l’application est injective. Supposons que \((\alpha_0, \ldots, \alpha_{r - 1})\) soit un élément du membre gauche qui s’envoie sur zéro. D’après le Lemme 02TW, on voit que \[0 = \pi_*(\pi^*\alpha_0 + c_1(\mathcal{O}_P(1)) \cap \pi^*\alpha_1 + \ldots + c_1(\mathcal{O}_P(1))^{r - 1} \cap \pi^*\alpha_{r-1}) = \alpha_{r - 1}\] Ensuite, on voit que \[0 = \pi_*(c_1(\mathcal{O}_P(1)) \cap (\pi^*\alpha_0 + c_1(\mathcal{O}_P(1)) \cap \pi^*\alpha_1 + \ldots + c_1(\mathcal{O}_P(1))^{r - 2} \cap \pi^*\alpha_{r - 2})) = \alpha_{r - 2}\] et ainsi de suite. L’application est donc injective.
Il reste à montrer que l’application est surjective. Soient \(X_i\), \(i \in I\), les composantes irréductibles de \(X\). Alors \(P_i = \mathbf{P}(\mathcal{E}|_{X_i})\), \(i \in I\), sont les composantes irréductibles de \(P\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ \coprod P_i \ar[d]_{\coprod \pi_i} \ar[r]_p & P \ar[d]^\pi \\ \coprod X_i \ar[r]^q & X }\] Remarquons que \(p_*\) est surjective. Si \(\beta \in \CH_k(\coprod X_i)\), alors \(\pi^* q_* \beta = p_*(\coprod \pi_i)^* \beta\) ; voir le Lemme 02RG. Il en va de même pour le produit cap avec \(c_1(\mathcal{O}(1))\), d’après le Lemme 02SU. Par conséquent, si l’application du lemme est surjective pour chacun des morphismes \(\pi_i : P_i \to X_i\), alors elle est surjective pour \(\pi : P \to X\). On peut donc supposer \(X\) irréductible. Ainsi, \(\dim_\delta(X) < \infty\), et l’on peut en particulier raisonner par récurrence sur \(\dim_\delta(X)\).
Le résultat est clair si \(\dim_\delta(X) < k\). Soit \(\alpha \in \CH_{k + r - 1}(P)\). Pour tout sous-schéma localement fermé \(T \subset X\), notons \(\gamma_T : \bigoplus \CH_{k + i}(T) \to \CH_{k + r - 1}(\pi^{-1}(T))\) l’application \[\gamma_T(\alpha_0, \ldots, \alpha_{r - 1}) = \pi^*\alpha_0 + \ldots + c_1(\mathcal{O}_{\pi^{-1}(T)}(1))^{r - 1} \cap \pi^*\alpha_{r - 1}.\] Supposons que, pour un certain ouvert non vide \(U \subset X\), on ait \(\alpha|_{\pi^{-1}(U)} = \gamma_U(\alpha_0, \ldots, \alpha_{r - 1})\). On peut alors choisir des relèvements \(\alpha'_i \in \CH_{k + i}(X)\), et l’on voit que \(\alpha - \gamma_X(\alpha'_0, \ldots, \alpha'_{r - 1})\) est, d’après le Lemme 02RX, rationnellement équivalent à un \(k\)-cycle sur \(P_Y = \mathbf{P}(\mathcal{E}|_Y)\), où \(Y = X \setminus U\) est muni de sa structure de sous-schéma fermé réduit. Remarquons que \(\dim_\delta(Y) < \dim_\delta(X)\). Par récurrence, le résultat vaut pour \(P_Y \to Y\), et il vaut donc pour \(\alpha\). On peut par conséquent remplacer \(X\) par n’importe quel ouvert non vide de \(X\).
En particulier, on peut supposer que \(\mathcal{E} \cong \mathcal{O}_X^{\oplus r}\). Dans ce cas, \(\mathbf{P}(\mathcal{E}) = X \times \mathbf{P}^{r - 1}\). Utilisons la stratification \[\mathbf{P}^{r - 1} = \mathbf{A}^{r - 1} \amalg \mathbf{A}^{r - 2} \amalg \ldots \amalg \mathbf{A}^0\] L’adhérence de chaque strate est un \(\mathbf{P}^{r - 1 - i}\) qui représente \(c_1(\mathcal{O}(1))^i \cap [\mathbf{P}^{r - 1}]\). Ainsi, \(P\) possède une stratification analogue \[P = U^{r - 1} \amalg U^{r - 2} \amalg \ldots \amalg U^0\] Soit \(P^i\) l’adhérence de \(U^i\). Soit \(\pi^i : P^i \to X\) la restriction de \(\pi\) à \(P^i\). Soit \(\alpha \in \CH_{k + r - 1}(P)\). D’après le Lemme 02TT, on peut écrire \(\alpha|_{U^{r - 1}} = \pi^*\alpha_0|_{U^{r - 1}}\) pour un certain \(\alpha_0 \in \CH_k(X)\). La différence \(\alpha - \pi^*\alpha_0\) est donc l’image d’un certain \(\alpha' \in \CH_{k + r - 1}(P^{r - 2})\). En appliquant de nouveau le Lemme 02TT, on peut écrire \(\alpha'|_{U^{r - 2}} = (\pi^{r - 2})^*\alpha_1|_{U^{r - 2}}\) pour un certain \(\alpha_1 \in \CH_{k + 1}(X)\). D’après le Lemme 02TR, on voit que l’image de \((\pi^{r - 2})^*\alpha_1\) représente \(c_1(\mathcal{O}_P(1)) \cap \pi^*\alpha_1\). On voit également que \(\alpha - \pi^*\alpha_0 - c_1(\mathcal{O}_P(1)) \cap \pi^*\alpha_1\) est l’image d’un certain \(\alpha'' \in \CH_{k + r - 1}(P^{r - 3})\). Et ainsi de suite.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un faisceau localement libre de type fini de rang \(r\) sur \(X\). Soit \[p : E = \underline{\Spec}(\text{Sym}^*(\mathcal{E})) \longrightarrow X\] le fibré vectoriel associé au-dessus de \(X\). Alors \(p^* : \CH_k(X) \to \CH_{k + r}(E)\) est un isomorphisme pour tout \(k\).
Démonstration
(Pour le cas des fibrés en droites, voir le Lemme 0B74.) Pour la surjectivité, voir le Lemme 02TT. Soit \((\pi : P \to X, \mathcal{O}_P(1))\) le fibré projectif associé au faisceau localement libre de type fini \(\mathcal{E} \oplus \mathcal{O}_X\). Soit \(s \in \Gamma(P, \mathcal{O}_P(1))\) correspondant à la section globale \((0, 1) \in \Gamma(X, \mathcal{E} \oplus \mathcal{O}_X)\). Soit \(D = Z(s) \subset P\). Remarquons que \((\pi|_D : D \to X , \mathcal{O}_P(1)|_D)\) est le fibré projectif associé à \(\mathcal{E}\). On note \(\pi_D = \pi|_D\) et \(\mathcal{O}_D(1) = \mathcal{O}_P(1)|_D\). De plus, \(D\) est un diviseur de Cartier effectif sur \(P\). Ainsi, \(\mathcal{O}_P(D) = \mathcal{O}_P(1)\) (voir Diviseurs, Lemme 01X0). Il existe aussi un isomorphisme \(E \cong P \setminus D\). Notons \(j : E \to P\) l’immersion ouverte correspondante. Pour l’injectivité, on utilise que le noyau de \[j^* : \CH_{k + r}(P) \longrightarrow \CH_{k + r}(E)\] est formé des cycles supportés dans le diviseur de Cartier effectif \(D\) ; voir le Lemme 02RX. Ainsi, si \(p^*\alpha = 0\), alors \(\pi^*\alpha = i_*\beta\) pour un certain \(\beta \in \CH_{k + r}(D)\). D’après le Lemme 02TX, on peut écrire \[\beta = \pi_D^*\beta_0 + \ldots + c_1(\mathcal{O}_D(1))^{r - 1} \cap \pi_D^* \beta_{r - 1}.\] pour certains \(\beta_i \in \CH_{k + i}(X)\). D’après les Lemmes 02TR et 02SU, cela implique \[\pi^*\alpha = i_*\beta = c_1(\mathcal{O}_P(1)) \cap \pi^*\beta_0 + \ldots + c_1(\mathcal{O}_D(1))^r \cap \pi^*\beta_{r - 1}.\] Puisque le rang de \(\mathcal{E} \oplus \mathcal{O}_X\) est \(r + 1\), cela contredit le Lemme 02SU, à moins que tous les \(\alpha\) et tous les \(\beta_i\) ne soient nuls.
Les classes de Chern d’un fibré vectoriel
Nous pouvons utiliser la formule du fibré en espaces projectifs pour définir les classes de Chern d’un fibré vectoriel de rang \(r\) au moyen du développement de \(c_1(\mathcal{O}(1))^r\) suivant les puissances inférieures, voir la formule (02U1). La raison des signes sera expliquée plus loin.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Supposons \(X\) intègre et \(n = \dim_\delta(X)\). Soit \(\mathcal{E}\) un faisceau localement libre de type fini de rang \(r\) sur \(X\). Soit \((\pi : P \to X, \mathcal{O}_P(1))\) le fibré en espaces projectifs associé à \(\mathcal{E}\).
D’après le Lemme 02TX, il existe des éléments \(c_i \in \CH_{n - i}(X)\), \(i = 0, \ldots, r\) tels que \(c_0 = [X]\), et [02U1]\[\begin{equation} \sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i c_1(\mathcal{O}_P(1))^i \cap \pi^*c_{r - i} = 0. \end{equation}\]
Avec les notations ci-dessus, nous posons \(c_i(\mathcal{E}) \cap [X] = c_i\) comme élément de \(\CH_{n - i}(X)\). Nous les appelons les classes de Chern de \(\mathcal{E}\) sur \(X\).
La classe de Chern totale de \(\mathcal{E}\) sur \(X\) est la somme \[c({\mathcal E}) \cap [X] = c_0({\mathcal E}) \cap [X] + c_1({\mathcal E}) \cap [X] + \ldots + c_r({\mathcal E}) \cap [X]\] qui est un élément de \(\CH_*(X) = \bigoplus_{k \in \mathbf{Z}} \CH_k(X)\).
Vérifions que cela ne donne pas une notion nouvelle lorsque le fibré vectoriel est de rang \(1\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Supposons \(X\) intègre et \(n = \dim_\delta(X)\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. La première classe de Chern de \(\mathcal{L}\) sur \(X\) de la Définition 02U0 est égale au diviseur de Weil associé à \(\mathcal{L}\) par la Définition 02SJ.
Démonstration
Dans cette démonstration, nous employons \(c_1(\mathcal{L}) \cap [X]\) pour désigner la construction de la Définition 02SJ. Comme \(\mathcal{L}\) est de rang \(1\), nous avons \(\mathbf{P}(\mathcal{L}) = X\) et \(\mathcal{O}_{\mathbf{P}(\mathcal{L})}(1) = \mathcal{L}\) d’après nos normalisations. Ainsi, (02U1) s’écrit \[(-1)^1 c_1(\mathcal{L}) \cap c_0 + (-1)^0 c_1 = 0\] Puisque \(c_0 = [X]\), nous concluons que \(c_1 = c_1(\mathcal{L}) \cap [X]\), comme voulu.
Remarque
Nous pourrions aussi récrire l’équation 02U1 sous la forme [05M8]\[\begin{equation} \sum\nolimits_{i = 0}^r c_1(\mathcal{O}_P(-1))^i \cap \pi^*c_{r - i} = 0. \end{equation}\] mais il nous paraît plus facile de travailler avec le faisceau quotient tautologique \(\mathcal{O}_P(1)\) plutôt qu’avec son dual.
Intersection avec les classes de Chern
Dans cette section, nous définissons les classes de Chern des fibrés vectoriels sur \(X\) comme classes bivariantes sur \(X\), voir le Lemme 0B7H et la discussion qui le suit. Notre construction suit le procédé familier consistant à définir d’abord l’opération sur les cycles premiers, puis à sommer. Dans le Lemme 02U6, nous montrons que le résultat est déterminé par la formule usuelle sur le fibré projectif associé. Ensuite, nous montrons que l’intersection avec les classes de Chern passe à l’équivalence rationnelle, commute à l’image directe propre, commute à l’image inverse par un morphisme plat et commute aux homomorphismes de Gysin pour les inclusions de diviseurs de Cartier effectifs. On aurait pu éviter ces lemmes en utilisant directement la caractérisation du Lemme 02U6 et le Lemme 0EPK ; le lecteur qui souhaite en voir les détails pourra consulter Groupes de Chow des espaces, Lemme 0ERY.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un faisceau localement libre de type fini de rang \(r\) sur \(X\). Nous définissons, pour tout entier \(k\) et tout \(0 \leq j \leq r\), une opération \[c_j(\mathcal{E}) \cap - : Z_k(X) \to \CH_{k - j}(X)\] appelée intersection avec la \(j\)-ième classe de Chern de \(\mathcal{E}\).
Étant donné un sous-schéma fermé intègre \(i : W \to X\) de \(\delta\)-dimension \(k\), nous définissons \[c_j(\mathcal{E}) \cap [W] = i_*(c_j({i^*\mathcal{E}}) \cap [W]) \in \CH_{k - j}(X)\] où \(c_j({i^*\mathcal{E}}) \cap [W]\) est défini comme dans la Définition 02U0.
Pour un \(k\)-cycle quelconque \(\alpha = \sum n_i [W_i]\), nous posons \[c_j(\mathcal{E}) \cap \alpha = \sum n_i c_j(\mathcal{E}) \cap [W_i]\]
Si \(\mathcal{E}\) est de rang \(1\), cela coïncide avec notre définition précédente (Définition 02SO) d’après le Lemme 02U2.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un faisceau localement libre de type fini de rang \(r\) sur \(X\). Soit \((\pi : P \to X, \mathcal{O}_P(1))\) le fibré projectif associé à \(\mathcal{E}\). Pour \(\alpha \in Z_k(X)\), les éléments \(c_j(\mathcal{E}) \cap \alpha\) sont les uniques éléments \(\alpha_j\) de \(\CH_{k - j}(X)\) tels que \(\alpha_0 = \alpha\) et que \[\sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i c_1(\mathcal{O}_P(1))^i \cap \pi^*(\alpha_{r - i}) = 0\] dans le groupe de Chow de \(P\).
Démonstration
L’unicité de \(\alpha_0, \ldots, \alpha_r\) tels que \(\alpha_0 = \alpha\) et que l’équation affichée soit satisfaite résulte de la formule du fibré en espaces projectifs, Lemme 02TX. Par définition, l’identité est satisfaite pour \(\alpha = [W]\), où \(W\) est un sous-schéma fermé intègre de \(X\). Pour un \(k\)-cycle quelconque \(\alpha\) sur \(X\), écrivons \(\alpha = \sum n_a[W_a]\) avec \(n_a \not = 0\), et \(i_a : W_a \to X\) des sous-schémas fermés intègres deux à deux distincts. Alors la famille \(\{W_a\}\) est localement finie sur \(X\). Posons \(P_a = \pi^{-1}(W_a) = \mathbf{P}(\mathcal{E}|_{W_a})\). Notons \(i'_a : P_a \to P\) les immersions fermées correspondantes. Considérons le diagramme de produit fibré \[\xymatrix{ P' \ar@{=}[r] \ar[d]_{\pi'} & \coprod P_a \ar[d]_{\coprod \pi_a} \ar[r]_{\coprod i'_a} & P \ar[d]^\pi \\ X' \ar@{=}[r] & \coprod W_a \ar[r]^{\coprod i_a} & X }\] Le morphisme \(p : X' \to X\) est propre. De plus, \(\pi' : P' \to X'\), muni du faisceau inversible \(\mathcal{O}_{P'}(1) = \coprod \mathcal{O}_{P_a}(1)\), qui est également l’image inverse de \(\mathcal{O}_P(1)\), est le fibré projectif associé à \(\mathcal{E}' = p^*\mathcal{E}\). Par définition, \[c_j(\mathcal{E}) \cap [\alpha] = \sum i_{a, *}(c_j(\mathcal{E}|_{W_a}) \cap [W_a]).\] Écrivons \(\beta_{a, j} = c_j(\mathcal{E}|_{W_a}) \cap [W_a]\), qui est un élément de \(\CH_{k - j}(W_a)\). Nous avons \[\sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i c_1(\mathcal{O}_{P_a}(1))^i \cap \pi_a^*(\beta_{a, r - i}) = 0\] pour tout \(a\), par définition. Il est donc clair que nous avons \[\sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i c_1(\mathcal{O}_{P'}(1))^i \cap (\pi')^*(\beta_{r - i}) = 0\] avec \(\beta_j = \sum n_a\beta_{a, j} \in \CH_{k - j}(X')\). Notons \(p' : P' \to P\) le morphisme \(\coprod i'_a\). Nous avons \(\pi^*p_*\beta_j = p'_*(\pi')^*\beta_j\) d’après le Lemme 02RG. Par la formule de projection du Lemme 02SU, nous concluons que \[\sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i c_1(\mathcal{O}_P(1))^i \cap \pi^*(p_*\beta_j) = 0\] Puisque \(p_*\beta_j\) est un représentant de \(c_j(\mathcal{E}) \cap \alpha\), le résultat s’ensuit.
Nous utiliserons systématiquement cette caractérisation des classes de Chern pour en démontrer bien d’autres propriétés.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un faisceau localement libre de type fini de rang \(r\) sur \(X\). Si \(\alpha \sim_{rat} \beta\) sont des \(k\)-cycles rationnellement équivalents sur \(X\), alors \(c_j(\mathcal{E}) \cap \alpha = c_j(\mathcal{E}) \cap \beta\) dans \(\CH_{k - j}(X)\).
Démonstration
D’après le Lemme 02U6, les éléments \(\alpha_j = c_j(\mathcal{E}) \cap \alpha\), \(j \geq 1\), et \(\beta_j = c_j(\mathcal{E}) \cap \beta\), \(j \geq 1\), sont uniquement déterminés par la même équation dans le groupe de Chow du fibré projectif associé à \(\mathcal{E}\). (Cela repose bien entendu sur le fait que l’image inverse par un morphisme plat est compatible avec l’équivalence rationnelle, voir le Lemme 02S1.) Ils sont donc égaux.
Autrement dit, l’intersection avec les classes de Chern des faisceaux localement libres de type fini passe à l’équivalence rationnelle et donne des applications \[c_j(\mathcal{E}) \cap - : \CH_k(X) \to \CH_{k - j}(X).\] Notre tâche suivante consiste à montrer que les classes de Chern sont des classes bivariantes, voir la Définition 0B76.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un faisceau localement libre de type fini de rang \(r\) sur \(X\). Soit \(p : X \to Y\) un morphisme propre. Soit \(\alpha\) un \(k\)-cycle sur \(X\). Soit \(\mathcal{E}\) un faisceau localement libre de type fini sur \(Y\). Alors \[p_*(c_j(p^*\mathcal{E}) \cap \alpha) = c_j(\mathcal{E}) \cap p_*\alpha\]
Démonstration
Soit \((\pi : P \to Y, \mathcal{O}_P(1))\) le fibré projectif associé à \(\mathcal{E}\). Alors \(P_X = X \times_Y P\) est le fibré projectif associé à \(p^*\mathcal{E}\) et \(\mathcal{O}_{P_X}(1)\) est l’image inverse de \(\mathcal{O}_P(1)\). Écrivons \(\alpha_j = c_j(p^*\mathcal{E}) \cap \alpha\), de sorte que \(\alpha_0 = \alpha\). D’après le Lemme 02U6, nous avons \[\sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i c_1(\mathcal{O}_P(1))^i \cap \pi_X^*(\alpha_{r - i}) = 0\] dans le groupe de Chow de \(P_X\). Considérons le diagramme de produit fibré \[\xymatrix{ P_X \ar[r]_-{p'} \ar[d]_{\pi_X} & P \ar[d]^\pi \\ X \ar[r]^p & Y }\] Appliquons l’image directe propre \(p'_*\), (Lemme 02S2) à l’égalité affichée ci-dessus. En utilisant les Lemmes 02SU et 02RG, nous obtenons \[\sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i c_1(\mathcal{O}_P(1))^i \cap \pi^*(p_*\alpha_{r - i}) = 0\] dans le groupe de Chow de \(P\). Par la caractérisation du Lemme 02U6, nous concluons.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X\), \(Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un faisceau localement libre de type fini de rang \(r\) sur \(Y\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat de dimension relative \(r\). Soit \(\alpha\) un \(k\)-cycle sur \(Y\). Alors \[f^*(c_j(\mathcal{E}) \cap \alpha) = c_j(f^*\mathcal{E}) \cap f^*\alpha\]
Démonstration
Écrivons \(\alpha_j = c_j(\mathcal{E}) \cap \alpha\), de sorte que \(\alpha_0 = \alpha\). D’après le Lemme 02U6, nous avons \[\sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i c_1(\mathcal{O}_P(1))^i \cap \pi^*(\alpha_{r - i}) = 0\] dans le groupe de Chow du fibré projectif \((\pi : P \to Y, \mathcal{O}_P(1))\) associé à \(\mathcal{E}\). Considérons le diagramme de produit fibré \[\xymatrix{ P_X = \mathbf{P}(f^*\mathcal{E}) \ar[r]_-{f'} \ar[d]_{\pi_X} & P \ar[d]^\pi \\ X \ar[r]^f & Y }\] Notons que \(\mathcal{O}_{P_X}(1)\) est l’image inverse de \(\mathcal{O}_P(1)\). Appliquons l’image inverse plate \((f')^*\), (Lemme 02S1) à l’équation affichée ci-dessus. D’après les Lemmes 02SS et 02RD, nous voyons que \[\sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i c_1(\mathcal{O}_{P_X}(1))^i \cap \pi_X^*(f^*\alpha_{r - i}) = 0\] dans le groupe de Chow de \(P_X\). Par la caractérisation du Lemme 02U6, nous concluons.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un faisceau localement libre de type fini de rang \(r\) sur \(X\). Soit \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) comme dans la Définition 02T8. Alors \(c_j(\mathcal{E}|_D) \cap i^*\alpha = i^*(c_j(\mathcal{E}) \cap \alpha)\) pour tout \(\alpha \in \CH_k(X)\).
Démonstration
Écrivons \(\alpha_j = c_j(\mathcal{E}) \cap \alpha\), de sorte que \(\alpha_0 = \alpha\). D’après le Lemme 02U6, nous avons \[\sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i c_1(\mathcal{O}_P(1))^i \cap \pi^*(\alpha_{r - i}) = 0\] dans le groupe de Chow du fibré projectif \((\pi : P \to X, \mathcal{O}_P(1))\) associé à \(\mathcal{E}\). Considérons le diagramme de produit fibré \[\xymatrix{ P_D = \mathbf{P}(\mathcal{E}|_D) \ar[r]_-{i'} \ar[d]_{\pi_D} & P \ar[d]^\pi \\ D \ar[r]^i & X }\] Notons que \(\mathcal{O}_{P_D}(1)\) est l’image inverse de \(\mathcal{O}_P(1)\). Appliquons l’homomorphisme de Gysin \((i')^*\) (Lemme 02TO) à l’équation affichée ci-dessus. En appliquant les Lemmes 0B72 et 0B71, nous obtenons \[\sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i c_1(\mathcal{O}_{P_D}(1))^i \cap \pi_D^*(i^*\alpha_{r - i}) = 0\] dans le groupe de Chow de \(P_D\). Par la caractérisation du Lemme 02U6, nous concluons.
Nous disposons maintenant de suffisamment d’éléments pour démontrer que l’intersection avec les classes de Chern définit une classe bivariante.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang \(r\). Soit \(0 \leq p \leq r\). Alors la règle qui, à \(f : X' \to X\), associe \(c_p(f^*\mathcal{E}) \cap - : \CH_k(X') \to \CH_{k - p}(X')\) est une classe bivariante de degré \(p\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement des Lemmes 02U7, 02U9, 02U8, et 0B7G, ainsi que de la Définition 0B76.
Ce lemme nous permet de définir comme suit les classes de Chern d’un module localement libre de type fini.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang \(r\). Pour \(i = 0, \ldots, r\), la \(i\)-ième classe de Chern de \(\mathcal{E}\) est la classe bivariante \(c_i(\mathcal{E}) \in A^i(X)\) de degré \(i\) construite dans le Lemme 0B7H. La classe de Chern totale de \(\mathcal{E}\) est la somme formelle \[c(\mathcal{E}) = c_0(\mathcal{E}) + c_1(\mathcal{E}) + \ldots + c_r(\mathcal{E})\] considérée comme une classe bivariante non homogène sur \(X\).
D’après la remarque qui suit la Définition 02U5, si \(\mathcal{E}\) est inversible, cette définition coïncide avec la Définition 0FDW. Nous voyons ensuite que les classes de Chern appartiennent au centre de l’anneau de cohomologie bivariante de Chow \(A^*(X)\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang \(r\). Alors
\(c_j(\mathcal{E}) \in A^j(X)\) appartient au centre de \(A^*(X)\), et
si \(f : X' \to X\) est localement de type fini et \(c \in A^*(X' \to X)\), alors \(c \circ c_j(\mathcal{E}) = c_j(f^*\mathcal{E}) \circ c\).
En particulier, si \(\mathcal{F}\) est un second \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre sur \(X\) de rang \(s\), alors \[c_i(\mathcal{E}) \cap c_j(\mathcal{F}) \cap \alpha = c_j(\mathcal{F}) \cap c_i(\mathcal{E}) \cap \alpha\] comme éléments de \(\CH_{k - i - j}(X)\) pour tout \(\alpha \in \CH_k(X)\).
Démonstration
Il est immédiat que (2) implique (1). Soit \(\alpha \in \CH_k(X)\). Écrivons \(\alpha_j = c_j(\mathcal{E}) \cap \alpha\), de sorte que \(\alpha_0 = \alpha\). D’après le Lemme 02U6, nous avons \[\sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i c_1(\mathcal{O}_P(1))^i \cap \pi^*(\alpha_{r - i}) = 0\] dans le groupe de Chow du fibré projectif \((\pi : P \to Y, \mathcal{O}_P(1))\) associé à \(\mathcal{E}\). Notons \(\pi' : P' \to X'\) le changement de base de \(\pi\) par \(f\). En utilisant le Lemme 0B7B et les propriétés des classes bivariantes, nous obtenons \[\begin{align*} 0 & = c \cap \left(\sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i c_1(\mathcal{O}_P(1))^i \cap \pi^*(\alpha_{r - i})\right) \\ & = \sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i c_1(\mathcal{O}_{P'}(1))^i \cap (\pi')^*(c \cap \alpha_{r - i}) \end{align*}\] dans le groupe de Chow de \(P'\) (calcul omis). Nous voyons donc que \(c \cap \alpha_j\) est égal à \(c_j(f^*\mathcal{E}) \cap (c \cap \alpha)\) par la caractérisation du Lemme 02U6. Cela démontre le lemme.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini. Si le rang de \(\mathcal{E}\) n’est pas constant, nous pouvons encore définir les classes de Chern de \(\mathcal{E}\). En effet, dans ce cas, nous pouvons écrire \[X = X_0 \amalg X_1 \amalg X_2 \amalg \ldots\] où \(X_r \subset X\) est le sous-espace ouvert et fermé sur lequel le rang de \(\mathcal{E}\) est \(r\). D’après le Lemme 0FDZ, nous avons \(A^p(X) = \prod A^p(X_r)\). Nous pouvons donc définir \(c_p(\mathcal{E})\) comme le produit des classes \(c_p(\mathcal{E}|_{X_r})\) dans \(A^p(X_r)\). Explicitement, si \(X' \to X\) est un morphisme localement de type fini, nous obtenons par image inverse une décomposition correspondante de \(X'\), et nous trouvons que \[\CH_*(X') = \prod\nolimits_{r \geq 0} \CH_*(X'_r)\] d’après nos définitions. Alors \(c_p(\mathcal{E}) \in A^p(X)\) est la classe bivariante qui préserve ces décompositions en produits directs et agit par les opérations déjà définies \(c_i(\mathcal{E}|_{X_r}) \cap -\) sur les facteurs. Observons que, dans ce cadre, il peut arriver que \(c_p(\mathcal{E})\) soit non nul pour une infinité de \(p\). Il s’ensuit que la classe de Chern totale est un élément \[c(\mathcal{E}) = c_0(\mathcal{E}) + c_1(\mathcal{E}) + c_2(\mathcal{E}) + \ldots \in A^*(X)^\wedge\] de l’anneau de cohomologie bivariante complété, voir la Remarque 0FE0. Dans ce cadre, nous définissons le « rang » de \(\mathcal{E}\) comme l’élément \(r(\mathcal{E}) \in A^0(X)\), à savoir l’opération bivariante qui envoie \((\alpha_r) \in \prod \CH_*(X'_r)\) sur \((r\alpha_r) \in \prod \CH_*(X'_r)\). Notons qu’il reste vrai que \(c_p(\mathcal{E})\) et \(r(\mathcal{E})\) appartiennent au centre de \(A^*(X)\).
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini. En général, nous écrivons \(X = \coprod X_r\) comme dans la Remarque 0ESW. Si seul un nombre fini des \(X_r\) sont non vides, alors nous pouvons poser \[c_{top}(\mathcal{E}) = \sum\nolimits_r c_r(\mathcal{E}|_{X_r}) \in A^*(X) = \bigoplus A^*(X_r)\] où l’égalité est le Lemme 0FDZ. Si une infinité des \(X_r\) sont non vides, nous emploierons la même notation pour désigner \[c_{top}(\mathcal{E}) = \prod c_r(\mathcal{E}|_{X_r}) \in \prod A^r(X_r) \subset A^*(X)^\wedge\] voir la Remarque 0FE0 pour les notations.
Relations polynomiales entre classes de Chern
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Les \(\mathcal{E}_i\) forment une famille finie de faisceaux localement libres de type fini sur \(X\). D’après le Lemme 02UA, nous voyons que les classes de Chern \[c_j(\mathcal{E}_i) \in A^*(X)\] engendrent une \(\mathbf{Z}\)-sous-algèbre commutative (et même centrale) de l’algèbre de cohomologie de Chow \(A^*(X)\). Nous pouvons donc préciser ce que signifie qu’un polynôme en ces classes de Chern est nul, ou que deux polynômes sont égaux. Par exemple, dire que \(c_1(\mathcal{E}_1)^5 + c_2(\mathcal{E}_2)c_3(\mathcal{E}_3) = 0\) signifie que les opérations \[\CH_k(Y) \longrightarrow \CH_{k - 5}(Y), \quad \alpha \longmapsto c_1(\mathcal{E}_1)^5 \cap \alpha + c_2(\mathcal{E}_2) \cap c_3(\mathcal{E}_3) \cap \alpha\] sont nulles pour tout morphisme \(f : Y \to X\) localement de type fini. D’après le Lemme 02UC, cela équivaut à exiger que, pour tout morphisme \(f : Y \to X\) où \(Y\) est un schéma intègre localement de type fini sur \(S\), le cycle \[c_1(\mathcal{E}_1)^5 \cap [Y] + c_2(\mathcal{E}_2) \cap c_3(\mathcal{E}_3) \cap [Y]\] soit nul dans \(\CH_{\dim(Y) - 5}(Y)\).
Un exemple particulier est la relation \[c_1(\mathcal{L} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{N}) = c_1(\mathcal{L}) + c_1(\mathcal{N})\] démontrée dans le Lemme 02SP. Plus généralement, voici ce qui se passe lorsque l’on tensorise un faisceau localement libre quelconque par un faisceau inversible.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un faisceau localement libre de type fini de rang \(r\) sur \(X\). Soit \(\mathcal{L}\) un faisceau inversible sur \(X\). Alors nous avons [02UE]\[\begin{equation} c_i({\mathcal E} \otimes {\mathcal L}) = \sum\nolimits_{j = 0}^i \binom{r - i + j}{j} c_{i - j}({\mathcal E}) c_1({\mathcal L})^j \end{equation}\] dans \(A^*(X)\).
Démonstration
Cela doit être vrai pour tout triplet \((X, \mathcal{E}, \mathcal{L})\). En particulier, cela doit être vrai lorsque \(X\) est intègre et, d’après le Lemme 02UC, il suffit de démontrer que cela vaut après intersection avec \([X]\) pour un tel \(X\). Supposons donc que \(X\) est intègre. Soit \((\pi : P \to X, \mathcal{O}_P(1))\), resp. \((\pi' : P' \to X, \mathcal{O}_{P'}(1))\), le fibré en espaces projectifs associé à \(\mathcal{E}\), resp. à \(\mathcal{E} \otimes \mathcal{L}\). Considérons le morphisme canonique \[\xymatrix{ P \ar[rd]_\pi \ar[rr]_g & & P' \ar[ld]^{\pi'} \\ & X & }\] voir Constructions, Lemme 02NC. Il possède la propriété \(g^*\mathcal{O}_{P'}(1) = \mathcal{O}_P(1) \otimes \pi^* {\mathcal L}\). Cela signifie que nous avons \[\sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i (\xi + x)^i \cap \pi^*(c_{r - i}(\mathcal{E} \otimes \mathcal{L}) \cap [X]) = 0\] dans \(\CH_*(P)\), où \(\xi\) représente \(c_1(\mathcal{O}_P(1))\) et \(x\) représente \(c_1(\pi^*\mathcal{L})\). Un calcul algébrique élémentaire montre que cela équivaut à \[\sum\nolimits_{i = 0}^r (-1)^i \xi^i \left( \sum\nolimits_{j = i}^r (-1)^{j - i} \binom{j}{i} x^{j - i} \cap \pi^*(c_{r - j}(\mathcal{E} \otimes \mathcal{L}) \cap [X]) \right) = 0\] En comparant avec l’Équation (02U1), il en résulte que \[c_{r - i}(\mathcal{E}) \cap [X] = \sum\nolimits_{j = i}^r \binom{j}{i} (-c_1(\mathcal{L}))^{j - i} \cap c_{r - j}(\mathcal{E} \otimes \mathcal{L}) \cap [X]\] En remaniant ceci (en éliminant les signes moins et en renumérotant), nous obtenons la relation voulue.
Quelques cas particuliers de (02UE) sont \[\begin{align*} c_1(\mathcal{E} \otimes \mathcal{L}) & = c_1(\mathcal{E}) + r c_1(\mathcal{L}) \\ c_2(\mathcal{E} \otimes \mathcal{L}) & = c_2(\mathcal{E}) + (r - 1) c_1(\mathcal{E}) c_1(\mathcal{L}) + \binom{r}{2} c_1(\mathcal{L})^2 \\ c_3(\mathcal{E} \otimes \mathcal{L}) & = c_3(\mathcal{E}) + (r - 2) c_2(\mathcal{E})c_1(\mathcal{L}) + \binom{r - 1}{2} c_1(\mathcal{E})c_1(\mathcal{L})^2 + \binom{r}{3} c_1(\mathcal{L})^3 \end{align*}\]
Additivité des classes de Chern
Tous les lemmes préliminaires découlent trivialement du résultat final.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(\mathcal{E}\), \(\mathcal{F}\) des faisceaux localement libres de type fini sur \(X\), de rangs \(r\), \(r - 1\), qui s’insèrent dans une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{O}_X \to \mathcal{E} \to \mathcal{F} \to 0\] Alors nous avons \[c_r(\mathcal{E}) = 0, \quad c_j(\mathcal{E}) = c_j(\mathcal{F}), \quad j = 0, \ldots, r - 1\] dans \(A^*(X)\).
Démonstration
D’après le Lemme 02UC, il suffit de montrer que, si \(X\) est intègre, alors \(c_j(\mathcal{E}) \cap [X] = c_j(\mathcal{F}) \cap [X]\). Soit \((\pi : P \to X, \mathcal{O}_P(1))\), resp. \((\pi' : P' \to X, \mathcal{O}_{P'}(1))\), le fibré en espaces projectifs associé à \(\mathcal{E}\), resp. à \(\mathcal{F}\). La surjection \(\mathcal{E} \to \mathcal{F}\) donne lieu à une immersion fermée \[i : P' \longrightarrow P\] sur \(X\). De plus, l’élément \(1 \in \Gamma(X, \mathcal{O}_X) \subset \Gamma(X, \mathcal{E})\) donne lieu à une section globale \(s \in \Gamma(P, \mathcal{O}_P(1))\) dont le lieu des zéros est exactement \(P'\). Ainsi, \(P'\) est un diviseur de Cartier effectif sur \(P\) tel que \(\mathcal{O}_P(P') \cong \mathcal{O}_P(1)\). Nous voyons donc que \[c_1(\mathcal{O}_P(1)) \cap \pi^*\alpha = i_*((\pi')^*\alpha)\] pour toute classe de cycle \(\alpha\) sur \(X\), d’après le Lemme 02TR. D’après le Lemme 02U6, nous voyons que \(\alpha_j = c_j(\mathcal{F}) \cap [X]\), \(j = 0, \ldots, r - 1\), satisfont \[\sum\nolimits_{j = 0}^{r - 1} (-1)^jc_1(\mathcal{O}_{P'}(1))^j \cap (\pi')^*\alpha_j = 0\] En prenant l’image directe dans \(P\) et en utilisant la remarque ci-dessus ainsi que le Lemme 02SU, nous obtenons \[\sum\nolimits_{j = 0}^{r - 1} (-1)^j c_1(\mathcal{O}_P(1))^{j + 1} \cap \pi^*\alpha_j = 0\] Par l’unicité du Lemme 02U6, nous concluons que \(c_r(\mathcal{E}) \cap [X] = 0\) et \(c_j(\mathcal{E}) \cap [X] = \alpha_j = c_j(\mathcal{F}) \cap [X]\) pour \(j = 0, \ldots, r - 1\). Le lemme est donc vrai.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(\mathcal{E}\), \(\mathcal{F}\) des faisceaux localement libres de type fini sur \(X\), de rangs \(r\), \(r - 1\), qui s’insèrent dans une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{L} \to \mathcal{E} \to \mathcal{F} \to 0\] où \(\mathcal{L}\) est un faisceau inversible. Alors \[c(\mathcal{E}) = c(\mathcal{L}) c(\mathcal{F})\] dans \(A^*(X)\).
Démonstration
Cette relation dit simplement que \(c_i(\mathcal{E}) = c_i(\mathcal{F}) + c_1(\mathcal{L})c_{i - 1}(\mathcal{F})\). D’après le Lemme 02UG, nous avons \(c_j(\mathcal{E} \otimes \mathcal{L}^{\otimes -1}) = c_j(\mathcal{F} \otimes \mathcal{L}^{\otimes -1})\) pour \(j = 0, \ldots, r\) étaient nous posons \(c_r(\mathcal{F} \otimes \mathcal{L}^{-1}) = 0\) par convention. En appliquant le Lemme 02UD, nous déduisons \[\sum_{j = 0}^i \binom{r - i + j}{j} (-1)^j c_{i - j}({\mathcal E}) c_1({\mathcal L})^j = \sum_{j = 0}^i \binom{r - 1 - i + j}{j} (-1)^j c_{i - j}({\mathcal F}) c_1({\mathcal L})^j\] En posant \(c_i(\mathcal{E}) = c_i(\mathcal{F}) + c_1(\mathcal{L})c_{i - 1}(\mathcal{F})\), on obtient une « solution » de cette équation. Le lemme s’ensuit si nous montrons que c’est la seule solution possible. Nous omettons la vérification.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Supposons que \({\mathcal E}\) s’insère dans une suite exacte \[0 \to {\mathcal E}_1 \to {\mathcal E} \to {\mathcal E}_2 \to 0\] de faisceaux localement libres de type fini \(\mathcal{E}_i\) de rang \(r_i\). Les classes de Chern totales satisfont \[c({\mathcal E}) = c({\mathcal E}_1) c({\mathcal E}_2)\] dans \(A^*(X)\).
Démonstration
D’après le Lemme 02UC, nous pouvons supposer \(X\) intègre et nous devons montrer l’identité après intersection avec \([X]\). Raisonnons par récurrence sur \(r_1\). Le cas \(r_1 = 1\) est le Lemme 02UH. Supposons \(r_1 > 1\). Soit \((\pi : P \to X, \mathcal{O}_P(1))\) le fibré en espaces projectifs associé à \(\mathcal{E}_1\). Notons que
\(\pi^* : \CH_*(X) \to \CH_*(P)\) est injective, et
\(\pi^*\mathcal{E}_1\) s’insère dans une suite exacte courte \(0 \to \mathcal{F} \to \pi^*\mathcal{E}_1 \to \mathcal{L} \to 0\), où \(\mathcal{L}\) est inversible.
La première assertion résulte de la formule du fibré en espaces projectifs et la seconde de la définition d’un fibré en espaces projectifs. (En fait, \(\mathcal{L} = \mathcal{O}_P(1)\).) Soit \(Q = \pi^*\mathcal{E}/\mathcal{F}\), qui s’insère dans une suite exacte \(0 \to \mathcal{L} \to Q \to \pi^*\mathcal{E}_2 \to 0\). Par récurrence, nous avons \[\begin{eqnarray*} c(\pi^*\mathcal{E}) \cap [P] & = & c(\mathcal{F}) \cap c(\pi^*\mathcal{E}/\mathcal{F}) \cap [P] \\ & = & c(\mathcal{F}) \cap c(\mathcal{L}) \cap c(\pi^*\mathcal{E}_2) \cap [P] \\ & = & c(\pi^*\mathcal{E}_1) \cap c(\pi^*\mathcal{E}_2) \cap [P] \end{eqnarray*}\] Puisque \([P] = \pi^*[X]\), nous concluons par le Lemme 02U8.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \({\mathcal L}_i\), \(i = 1, \ldots, r\), des \(\mathcal{O}_X\)-modules inversibles sur \(X\). Soit \(\mathcal{E}\) un module localement libre de rang \(\mathcal{O}_X\)-module muni d’une filtration \[0 = \mathcal{E}_0 \subset \mathcal{E}_1 \subset \mathcal{E}_2 \subset \ldots \subset \mathcal{E}_r = \mathcal{E}\] telle que \(\mathcal{E}_i/\mathcal{E}_{i - 1} \cong \mathcal{L}_i\). Posons \(c_1({\mathcal L}_i) = x_i\). Alors \[c(\mathcal{E}) = \prod\nolimits_{i = 1}^r (1 + x_i)\] dans \(A^*(X)\).
Démonstration
Appliquer le Lemme 02UH et procéder par récurrence.
Degrés des zéro-cycles
Nous commençons par définir le degré d’un zéro-cycle sur un schéma propre sur un corps. Une méthode consiste à le définir directement comme dans le Lemme 0AZ2, puis à montrer qu’il est bien défini à l’aide du Lemme 02RU. Nous le définissons plutôt comme suit.
Définition
Soit \(k\) un corps (Exemple 02QM). Soit \(p : X \to \Spec(k)\) propre. Le degré d’un zéro-cycle sur \(X\) est donné par l’image directe propre \[p_* : \CH_0(X) \to \CH_0(\Spec(k))\] (Lemme 02S2) composée avec l’isomorphisme naturel \(\CH_0(\Spec(k)) = \mathbf{Z}\) qui envoie \([\Spec(k)]\) sur \(1\). Notation : \(\deg(\alpha)\).
Explicitons davantage cette définition.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) propre sur \(k\). Soit \(\alpha = \sum n_i[Z_i]\) un élément de \(Z_0(X)\). Alors \[\deg(\alpha) = \sum n_i\deg(Z_i)\] où \(\deg(Z_i)\) est le degré de \(Z_i \to \Spec(k)\), c’est-à-dire \(\deg(Z_i) = \dim_k \Gamma(Z_i, \mathcal{O}_{Z_i})\).
Démonstration
C’est la définition de l’image directe propre (Définition 02R4).
Nous établissons ensuite le lien avec les degrés des fibrés vectoriels sur les schémas propres de dimension \(1\) sur des corps, tels qu’ils sont définis dans Variétés, section 0AYQ.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\) de dimension \(\leq 1\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini de rang constant. Alors \[\deg(\mathcal{E}) = \deg(c_1(\mathcal{E}) \cap [X]_1)\] où le membre de gauche est défini dans Variétés, Définition 0AYR.
Démonstration
Soient \(C_i \subset X\), \(i = 1, \ldots, t\), les composantes irréductibles de dimension \(1\), munies de leur structure de schéma induite réduite, et soit \(m_i\) la multiplicité de \(C_i\) dans \(X\). Alors \([X]_1 = \sum m_i[C_i]\) et \(c_1(\mathcal{E}) \cap [X]_1\) est la somme des images directes des cycles \(m_i c_1(\mathcal{E}|_{C_i}) \cap [C_i]\). Puisque nous avons une décomposition analogue du degré de \(\mathcal{E}\) par Variétés, Lemme 0AYW, il suffit de démontrer le lemme lorsque \(X\) est une courbe propre sur \(k\).
Supposons que \(X\) soit une courbe propre sur \(k\). Par Diviseurs, Lemme 0AYP, il existe une modification \(f : X' \to X\) telle que \(f^*\mathcal{E}\) possède une filtration dont les quotients successifs sont des \(\mathcal{O}_{X'}\)-modules inversibles. Puisque \(f_*[X']_1 = [X]_1\), nous déduisons du Lemme 02U9 que \[\deg(c_1(\mathcal{E}) \cap [X]_1) = \deg(c_1(f^*\mathcal{E}) \cap [X']_1)\] Puisque nous avons une relation analogue pour le degré par Variétés, Lemme 0AYU, nous nous ramenons au cas où \(\mathcal{E}\) possède une filtration dont les quotients successifs sont des \(\mathcal{O}_X\)-modules inversibles. Dans ce cas, nous pouvons utiliser l’additivité du degré (Variétés, Lemme 0AYS) et celle des premières classes de Chern (Lemme 02UI) pour nous ramener au cas traité dans le paragraphe suivant.
Supposons que \(X\) soit une courbe propre sur \(k\) et que \(\mathcal{E}\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Par Diviseurs, Lemme 0AYM, nous voyons que \(\mathcal{E}\) est isomorphe à \(\mathcal{O}_X(D) \otimes \mathcal{O}_X(D')^{\otimes -1}\) pour certains diviseurs de Cartier effectifs \(D, D'\) sur \(X\) (cela utilise aussi que \(X\) est projectif, voir par exemple Variétés, Lemme 0A26). Par additivité du degré relativement au produit tensoriel de faisceaux inversibles (Variétés, Lemme 0AYX) et additivité de \(c_1\) relativement au produit tensoriel de faisceaux inversibles (Lemme 02SP ou 02UD), nous nous ramenons au cas \(\mathcal{E} = \mathcal{O}_X(D)\). Dans ce cas, le membre de gauche donne \(\deg(D)\) (Variétés, Lemme 0AYY) et le membre de droite donne \(\deg([D]_0)\) par le Lemme 02SQ. Puisque \[[D]_0 = \sum\nolimits_{x \in D} \text{longueur}_{\mathcal{O}_{X, x}}(\mathcal{O}_{D, x}) [x] = \sum\nolimits_{x \in D} \text{longueur}_{\mathcal{O}_{D, x}}(\mathcal{O}_{D, x}) [x]\] par définition, nous voyons que \[\deg([D]_0) = \sum\nolimits_{x \in D} \text{longueur}_{\mathcal{O}_{D, x}}(\mathcal{O}_{D, x}) [\kappa(x) : k] = \dim_k \Gamma(D, \mathcal{O}_D) = \deg(D)\] L’avant-dernière égalité résulte de Algèbre, Lemme 02M0, en utilisant que \(D\) est affine.
Enfin, nous pouvons tout relier aux intersections numériques définies dans Variétés, section 0BEL.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé de dimension \(d\). Soient \(\mathcal{L}_1, \ldots, \mathcal{L}_d\) des \(\mathcal{O}_X\)-modules inversibles. Alors \[(\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_d \cdot Z) = \deg( c_1(\mathcal{L}_1) \cap \ldots \cap c_1(\mathcal{L}_d) \cap [Z]_d)\] où le membre de gauche est défini dans Variétés, Définition 0BEP. En particulier, \[\deg_\mathcal{L}(Z) = \deg(c_1(\mathcal{L})^d \cap [Z]_d)\] si \(\mathcal{L}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible ample.
Démonstration
Nous allons le démontrer par récurrence sur \(d\). Si \(d = 0\), le résultat est vrai par Variétés, Lemme 0AYT. Supposons \(d > 0\).
Soient \(Z_i \subset Z\), \(i = 1, \ldots, t\), les composantes irréductibles de dimension \(d\), munies de leur structure de schéma induite réduite, et soit \(m_i\) la multiplicité de \(Z_i\) dans \(Z\). Alors \([Z]_d = \sum m_i[Z_i]\) et \(c_1(\mathcal{L}_1) \cap \ldots \cap c_1(\mathcal{L}_d) \cap [Z]_d\) est la somme des cycles \(m_i c_1(\mathcal{L}_1) \cap \ldots \cap c_1(\mathcal{L}_d) \cap [Z_i]\). Puisque nous avons une décomposition analogue pour \((\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_d \cdot Z)\) par Variétés, Lemme 0BEN, il suffit de démontrer le lemme dans le cas où \(Z = X\) est une variété propre de dimension \(d\) sur \(k\).
Par le lemme de Chow, il existe un morphisme propre birationnel \(f : Y \to X\) tel que \(Y\) soit H-projectif sur \(k\). Voir Cohomologie des schémas, Lemme 0200 et Remarque 0201. Alors \[(f^*\mathcal{L}_1 \cdots f^*\mathcal{L}_d \cdot Y) = (\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_d \cdot X)\] par Variétés, Lemme 0BET, et nous avons \[f_*(c_1(f^*\mathcal{L}_1) \cap \ldots \cap c_1(f^*\mathcal{L}_d) \cap [Y]) = c_1(\mathcal{L}_1) \cap \ldots \cap c_1(\mathcal{L}_d) \cap [X]\] par le Lemme 02SU. Ainsi, nous pouvons remplacer \(X\) par \(Y\) et supposer que \(X\) est projectif sur \(k\).
Si \(X\) est une variété projective propre de dimension \(d\), nous pouvons écrire \(\mathcal{L}_1 = \mathcal{O}_X(D) \otimes \mathcal{O}_X(D')^{\otimes -1}\) pour certains diviseurs de Cartier effectifs \(D, D' \subset X\) par Diviseurs, Lemme 0AYM. Par additivité des deux membres de l’équation (Variétés, Lemme 0BER et Lemme 02SP), nous nous ramenons au cas \(\mathcal{L}_1 = \mathcal{O}_X(D)\) pour un diviseur de Cartier effectif \(D\). Par Variétés, Lemme 0BEU, nous avons \[(\mathcal{L}_1 \cdots \mathcal{L}_d \cdot X) = (\mathcal{L}_2 \cdots \mathcal{L}_d \cdot D)\] et, par le Lemme 02SQ, nous avons \[c_1(\mathcal{L}_1) \cap \ldots \cap c_1(\mathcal{L}_d) \cap [X] = c_1(\mathcal{L}_2) \cap \ldots \cap c_1(\mathcal{L}_d) \cap [D]_{d - 1}\] Nous obtenons ainsi le résultat par notre hypothèse de récurrence.
Cycles de codimension donnée
Dans certains cas, le groupe abélien de tous les cycles possède une seconde graduation donnée par la codimension.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Écrivons \(\delta = \delta_{X/S}\) comme dans la section 02QK. Les assertions suivantes sont équivalentes :
Il existe une décomposition \(X = \coprod_{n \in \mathbf{Z}} X_n\) en sous-schémas ouverts et fermés telle que \(\delta(\xi) = n\) dès que \(\xi \in X_n\) est un point générique d’une composante irréductible de \(X_n\).
Pour tout \(x \in X\), il existe un voisinage ouvert \(U \subset X\) de \(x\) et un entier \(n\) tels que \(\delta(\xi) = n\) dès que \(\xi \in U\) est un point générique d’une composante irréductible de \(U\).
Pour tout \(x \in X\), il existe un entier \(n_x\) tel que \(\delta(\xi) = n_x\) pour tout point générique \(\xi\) d’une composante irréductible de \(X\) contenant \(x\).
Les conditions sont satisfaites si \(X\) est soit normal, soit de Cohen–Macaulay3.
Démonstration
Il est clair que (1) \(\Rightarrow\) (2) \(\Rightarrow\) (3). Réciproquement, si (3) est vérifié, alors nous posons \(X_n = \{x \in X \mid n_x = n\}\) et nous obtenons une décomposition comme dans (1). En effet, \(X_n\) est ouvert car, pour \(x\) donné, l’union des composantes irréductibles de \(X\) passant par \(x\) privée de l’union des composantes irréductibles de \(X\) ne passant pas par \(x\) est un voisinage ouvert de \(x\). Si \(X\) est normal, alors \(X\) est une réunion disjointe de schémas intègres (Propriétés, Lemme 033N) et les propriétés sont donc vérifiées. Si \(X\) est de Cohen–Macaulay, alors \(\delta' : X \to \mathbf{Z}\), \(x \mapsto -\dim(\mathcal{O}_{X, x})\) est une fonction de dimension sur \(X\) (voir Exemple 0F91). Puisque \(\delta - \delta'\) est localement constante (Topologie, Lemme 02IB) et puisque \(\delta'(\xi) = 0\) pour tout point générique \(\xi\) de \(X\), nous voyons que (2) est vérifié.
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\) et satisfaisant aux conditions équivalentes du Lemme 0FE3. Pour un sous-schéma fermé intègre \(Z \subset X\), nous avons la codimension \(\text{codim}(Z, X)\) de \(Z\) dans \(X\), voir Topologie, Définition 02I3. Nous définissons un cycle de codimension \(p\) comme un cycle \(\alpha = \sum n_Z[Z]\) sur \(X\) tel que \(n_Z \not = 0 \Rightarrow \text{codim}(Z, X) = p\). Le groupe abélien de tous les cycles de codimension \(p\) est noté \(Z^p(X)\). Soit \(X = \coprod X_n\) la décomposition donnée dans la partie (1) du Lemme 0FE3. Rappelant que nos cycles sont définis comme des sommes localement finies, il est clair que \[Z^p(X) = \prod\nolimits_n Z_{n - p}(X_n)\] De plus, nous voyons que \(\prod_p Z^p(X) = \prod_k Z_k(X)\). Nous pourrions maintenant définir l’équivalence rationnelle des cycles de codimension \(p\) sur \(X\) exactement de la même manière que précédemment et, en fait, redévelopper toute la théorie à partir de zéro pour les cycles de codimension donnée lorsque \(X\) est comme dans le Lemme 0FE3. Nous nous contentons plutôt de définir le groupe de Chow des cycles de codimension \(p\) par \[\CH^p(X) = \prod\nolimits_n \CH_{n - p}(X_n)\] Comme précédemment, nous avons \(\prod_p \CH^p(X) = \prod_k \CH_k(X)\). Si \(X\) est quasi-compact, alors le produit dans la formule est fini (et c’est donc une somme directe) et nous avons \(\bigoplus_p \CH^p(X) = \bigoplus_k \CH_k(X)\). Si \(X\) est quasi-compact et de dimension finie, alors seul un nombre fini de ces groupes est non nul.
De nombreuses constructions et de nombreux résultats pour les groupes de Chow démontrés ci-dessus ont des analogues naturels pour les groupes de Chow \(\CH^*(X)\). Chacun s’obtient en décomposant les schémas pertinents en morceaux « équidimensionnels » comme dans le Lemme 0FE3, puis en appliquant les résultats déjà démontrés aux facteurs de la décomposition en produit donnée ci-dessus. Énumérons-en quelques-uns.
Si \(f : X \to Y\) est un morphisme plat de schémas localement de type fini sur \(S\) et si \(X\) et \(Y\) satisfont aux conditions équivalentes du Lemme 0FE3, alors l’image inverse plate détermine une application \[f^* : \CH^p(Y) \to \CH^p(X)\]
Si \(f : X \to Y\) est un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\) et si \(X\) et \(Y\) satisfont aux conditions équivalentes du Lemme 0FE3, disons que \(f\) est de codimension \(r \in \mathbf{Z}\) si, pour toute paire de composantes irréductibles \(Z \subset X\), \(W \subset Y\) telles que \(f(Z) \subset W\), nous avons \(\dim_\delta(W) - \dim_\delta(Z) = r\).
Si \(f : X \to Y\) est un morphisme propre de schémas localement de type fini sur \(S\), si \(X\) et \(Y\) satisfont aux conditions équivalentes du Lemme 0FE3 et si \(f\) est de codimension \(r\), alors l’image directe propre est une application \[f_* : \CH^p(X) \to \CH^{p + r}(Y)\]
Si \(f : X \to Y\) est un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\), si \(X\) et \(Y\) satisfont aux conditions équivalentes du Lemme 0FE3, si \(f\) est de codimension \(r\) et si \(c \in A^q(X \to Y)\), alors \(c\) induit des applications \[c \cap - : \CH^p(Y) \to \CH^{p + q - r}(X)\]
Si \(X\) est un schéma localement de type fini sur \(S\) satisfaisant aux conditions équivalentes du Lemme 0FE3 et si \(\mathcal{L}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible, alors \[c_1(\mathcal{L}) \cap - : \CH^p(X) \to \CH^{p + 1}(X)\]
Si \(X\) est un schéma localement de type fini sur \(S\) satisfaisant aux conditions équivalentes du Lemme 0FE3 et si \(\mathcal{E}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini, alors \[c_i(\mathcal{E}) \cap - : \CH^p(X) \to \CH^{p + i}(X)\]
Attention : la propriété, pour un morphisme, d’être de codimension \(r\) n’est pas préservée par changement de base.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\) et satisfaisant aux conditions équivalentes du Lemme 0FE3. Soit \(X = \coprod X_n\) la décomposition en sous-schémas ouverts et fermés telle que toute composante irréductible de \(X_n\) soit de dimension \(\delta\) égale à \(n\). Dans cette situation, nous posons parfois \[[X] = \sum\nolimits_n [X_n]_n \in \CH^0(X)\] Cette classe est une sorte de « classe fondamentale » de \(X\) dans la théorie de Chow.
Le principe de scindage
Dans notre cadre, il n’est pas si facile de dire ce que le principe de scindage dit/est exactement. En voici une formulation possible.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Les \(\mathcal{E}_i\) forment une collection finie de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang \(r_i\). Il existe un morphisme projectif plat \(\pi : P \to X\) de dimension relative \(d\) tel que
pour tout morphisme \(f : Y \to X\), l’application \(\pi_Y^* : \CH_*(Y) \to \CH_{* + d}(Y \times_X P)\) est injective, et
chaque \(\pi^*\mathcal{E}_i\) possède une filtration dont les quotients successifs \(\mathcal{L}_{i, 1}, \ldots, \mathcal{L}_{i, r_i}\) sont des \({\mathcal O}_P\)-modules inversibles.
De plus, lorsque (1) est vérifié, l’application de restriction \(A^*(X) \to A^*(P)\) (Remarque 0B7F) est injective.
Démonstration
Nous pouvons supposer \(r_i \geq 1\) pour tout \(i\). Nous démontrerons le lemme par récurrence sur \(\sum (r_i - 1)\). Si cet entier vaut \(0\), alors \(\mathcal{E}_i\) est inversible pour tout \(i\) et nous concluons en prenant \(\pi = \text{id}_X\). Sinon, nous pouvons choisir un \(i\) tel que \(r_i > 1\) et considérer le morphisme \(\pi_i : P_i = \mathbf{P}(\mathcal{E}_i) \to X\). Nous avons une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{F} \to \pi_i^*\mathcal{E}_i \to \mathcal{O}_{P_i}(1) \to 0\] de \(\mathcal{O}_{P_i}\)-modules localement libres de type fini de rangs \(r_i - 1\), \(r_i\) et \(1\). Observons que \(\pi_i^*\) est injective sur les groupes de Chow après tout changement de base, par la formule du fibré projectif (Lemme 02TX). Par l’hypothèse de récurrence appliquée aux \(\mathcal{O}_{P_i}\)-modules localement libres de type fini \(\mathcal{F}\) et \(\pi_{i'}^*\mathcal{E}_{i'}\) pour \(i' \not = i\), nous trouvons un morphisme \(\pi : P \to P_i\) ayant les propriétés énoncées dans le lemme. Alors la composée \(\pi_i \circ \pi : P \to X\) convient. Certains détails sont omis.
Remarque
La démonstration du Lemme 02UL montre que le morphisme \(\pi : P \to X\) possède les propriétés supplémentaires suivantes :
\(\pi\) est une composée finie de fibrés en espaces projectifs associés à des modules localement libres de rang fini constant, et
pour tout \(\alpha \in \CH_k(X)\), nous avons \(\alpha = \pi_*(\xi_1 \cap \ldots \cap \xi_d \cap \pi^*\alpha)\), où \(\xi_i\) est la première classe de Chern d’un \(\mathcal{O}_P\)-module inversible.
La seconde observation résulte de la première et du Lemme 02TW. Nous ajouterons ici d’autres observations selon les besoins.
Soient \((S, \delta)\), \(X\) et \(\mathcal{E}_i\) comme dans le Lemme 02UL. Le principe de scindage désigne l’usage consistant à écrire symboliquement \[c(\mathcal{E}_i) = \prod (1 + x_{i, j})\] Les symboles \(x_{i, 1}, \ldots, x_{i, r_i}\) sont appelés les racines de Chern de \(\mathcal{E}_i\). Autrement dit, la \(p\)-ième classe de Chern de \(\mathcal{E}_i\) est la \(p\)-ième fonction symétrique élémentaire des racines de Chern. L’utilité du principe de scindage vient de l’assertion selon laquelle, pour démontrer une relation polynomiale entre les classes de Chern des \(\mathcal{E}_i\), il suffit de démontrer la relation correspondante entre les racines de Chern.
En effet, soit \(\pi : P \to X\) comme dans le Lemme 02UL. Rappelons qu’il existe un morphisme canonique de \(\mathbf{Z}\)-algèbres \(\pi^* : A^*(X) \to A^*(P)\), voir Remarque 0B7F. L’injectivité de \(\pi_Y^*\) sur les groupes de Chow pour tout \(Y\) sur \(X\) implique que l’application \(\pi^* : A^*(X) \to A^*(P)\) est injective (détails omis). Nous avons \[\pi^*c(\mathcal{E}_i) = \prod (1 + c_1(\mathcal{L}_{i, j}))\] par le Lemme 02UJ. Nous pouvons donc considérer les racines de Chern \(x_{i, j}\) comme les éléments \(c_1(\mathcal{L}_{i, j}) \in A^*(P)\) et l’équation affichée comme ayant lieu dans \(A^*(P)\) après application du morphisme injectif \(\pi^* : A^*(X) \to A^*(P)\) au membre de gauche de l’équation.
Pour voir comment cela fonctionne, il est préférable de donner quelques exemples.
Lemme
Dans la Situation 02QL, soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini de dual \(\mathcal{E}^\vee\). Alors \[c_i(\mathcal{E}^\vee) = (-1)^i c_i(\mathcal{E})\] dans \(A^i(X)\).
Démonstration
Choisissons un morphisme \(\pi : P \to X\) comme dans le Lemme 02UL. Par l’injectivité de \(\pi^*\) (après tout changement de base), il suffit de démontrer la relation entre les classes de Chern de \(\mathcal{E}\) et de \(\mathcal{E}^\vee\) après image inverse sur \(P\). Nous pouvons donc supposer qu’il existe des \(\mathcal{O}_X\)-modules inversibles \({\mathcal L}_i\), \(i = 1, \ldots, r\), et une filtration \[0 = \mathcal{E}_0 \subset \mathcal{E}_1 \subset \mathcal{E}_2 \subset \ldots \subset \mathcal{E}_r = \mathcal{E}\] telle que \(\mathcal{E}_i/\mathcal{E}_{i - 1} \cong \mathcal{L}_i\). Nous obtenons alors la filtration duale \[0 = \mathcal{E}_r^\perp \subset \mathcal{E}_1^\perp \subset \mathcal{E}_2^\perp \subset \ldots \subset \mathcal{E}_0^\perp = \mathcal{E}^\vee\] telle que \(\mathcal{E}_{i - 1}^\perp/\mathcal{E}_i^\perp \cong \mathcal{L}_i^{\otimes -1}\). Posons \(x_i = c_1(\mathcal{L}_i)\). Alors \(c_1(\mathcal{L}_i^{\otimes -1}) = - x_i\) par le Lemme 02SP. Par le Lemme 02UJ, nous avons \[c(\mathcal{E}) = \prod\nolimits_{i = 1}^r (1 + x_i) \quad\text{et}\quad c(\mathcal{E}^\vee) = \prod\nolimits_{i = 1}^r (1 - x_i)\] dans \(A^*(X)\). Le résultat résulte d’un calcul formel que nous omettons.
Lemme
Dans la Situation 02QL, soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(\mathcal{E}\) et \(\mathcal{F}\) deux \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de type fini, de rangs \(r\) et \(s\). Alors nous avons \[c_1(\mathcal{E} \otimes \mathcal{F}) = r c_1(\mathcal{F}) + s c_1(\mathcal{E})\] \[c_2(\mathcal{E} \otimes \mathcal{F}) = r c_2(\mathcal{F}) + s c_2(\mathcal{E}) + {r \choose 2} c_1(\mathcal{F})^2 + (rs - 1) c_1(\mathcal{F})c_1(\mathcal{E}) + {s \choose 2} c_1(\mathcal{E})^2\] et ainsi de suite dans \(A^*(X)\).
Démonstration
En raisonnant exactement comme dans la démonstration du Lemme 0FA5, nous pouvons supposer que nous avons des \(\mathcal{O}_X\)-modules inversibles \({\mathcal L}_i\), \(i = 1, \ldots, r\), \({\mathcal N}_i\), \(i = 1, \ldots, s\), des filtrations \[0 = \mathcal{E}_0 \subset \mathcal{E}_1 \subset \mathcal{E}_2 \subset \ldots \subset \mathcal{E}_r = \mathcal{E} \quad\text{et}\quad 0 = \mathcal{F}_0 \subset \mathcal{F}_1 \subset \mathcal{F}_2 \subset \ldots \subset \mathcal{F}_s = \mathcal{F}\] telles que \(\mathcal{E}_i/\mathcal{E}_{i - 1} \cong \mathcal{L}_i\) et telles que \(\mathcal{F}_j/\mathcal{F}_{j - 1} \cong \mathcal{N}_j\). En ordonnant les paires \((i, j)\) lexicographiquement, nous obtenons une filtration \[0 \subset \ldots \subset \mathcal{E}_i \otimes \mathcal{F}_j + \mathcal{E}_{i - 1} \otimes \mathcal{F} \subset \ldots \subset \mathcal{E} \otimes \mathcal{F}\] de quotients successifs \[\mathcal{L}_1 \otimes \mathcal{N}_1, \mathcal{L}_1 \otimes \mathcal{N}_2, \ldots, \mathcal{L}_1 \otimes \mathcal{N}_s, \mathcal{L}_2 \otimes \mathcal{N}_1, \ldots, \mathcal{L}_r \otimes \mathcal{N}_s\] Par le Lemme 02UJ, nous avons \[c(\mathcal{E}) = \prod (1 + x_i), \quad c(\mathcal{F}) = \prod (1 + y_j), \quad\text{et}\quad c(\mathcal{E} \otimes \mathcal{F}) = \prod (1 + x_i + y_j),\] dans \(A^*(X)\). Le résultat résulte d’un calcul formel que nous omettons.
Remarque
Les égalités démontrées ci-dessus restent vraies même lorsque nous travaillons avec des modules localement libres de type fini sur \(\mathcal{O}_X\) dont le rang peut ne pas être constant. En fait, nous pouvons travailler avec des polynômes en le rang et les classes de Chern comme suit. Considérons l’anneau gradué de polynômes \(\mathbf{Z}[r, c_1, c_2, c_3, \ldots]\), où \(r\) est de degré \(0\) et \(c_i\) de degré \(i\). Soit \[P \in \mathbf{Z}[r, c_1, c_2, c_3, \ldots]\] un polynôme homogène de degré \(p\). Alors, pour tout \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini \(\mathcal{E}\) sur \(X\), nous pouvons considérer \[P(\mathcal{E}) = P(r(\mathcal{E}), c_1(\mathcal{E}), c_2(\mathcal{E}), c_3(\mathcal{E}), \ldots) \in A^p(X)\] voir la Remarque 0ESW pour les notations et conventions. Pour démontrer des relations entre ces polynômes (pour plusieurs modules localement libres de type fini), nous pouvons travailler localement sur \(X\) et utiliser le principe de scindage comme ci-dessus. Par exemple, nous affirmons que \[c_2(\SheafHom_{\mathcal{O}_X}(\mathcal{E}, \mathcal{E})) = P(\mathcal{E})\] où \(P = 2rc_2 - (r - 1)c_1^2\). En effet, puisque \(\SheafHom_{\mathcal{O}_X}(\mathcal{E}, \mathcal{E}) = \mathcal{E} \otimes \mathcal{E}^\vee\), cela résulte facilement des Lemmes 0FA5 et 0FA6 ci-dessus, en décomposant \(X\) en morceaux où le rang de \(\mathcal{E}\) est constant comme dans la Remarque 0ESW.
Exemple
Pour tout \(p \geq 1\), il existe un unique polynôme homogène \(P_p \in \mathbf{Z}[c_1, c_2, c_3, \ldots]\) de degré \(p\) tel que, pour tout \(n \geq p\), nous ayons \[P_p(s_1, s_2, \ldots, s_p) = \sum x_i^p\] dans \(\mathbf{Z}[x_1, \ldots, x_n]\), où \(s_1, \ldots, s_p\) sont les polynômes symétriques élémentaires en \(x_1, \ldots, x_n\), donc \[s_i = \sum\nolimits_{1 \leq j_1 < \ldots < j_i \leq n} x_{j_1}x_{j_2} \ldots x_{j_i}\] L’existence de \(P_p\) résulte du fait bien connu que les fonctions symétriques élémentaires engendrent l’anneau de toutes les fonctions symétriques sur les entiers. Une autre manière de caractériser \(P_p \in \mathbf{Z}[c_1, c_2, c_3, \ldots]\) est que nous avons \[\log(1 + c_1 + c_2 + c_3 + \ldots) = \sum\nolimits_{p \geq 1} (-1)^{p - 1}\frac{P_p}{p}\] comme série formelle. Cela est clair en écrivant \(1 + c_1 + c_2 + \ldots = \prod (1 + x_i)\) et en appliquant la série de la fonction logarithme. En développant le membre de gauche, nous obtenons \[\begin{align*} & (c_1 + c_2 + \ldots) - (1/2)(c_1 + c_2 + \ldots)^2 + (1/3)(c_1 + c_2 + \ldots)^3 - \ldots \\ & = c_1 + (c_2 - (1/2)c_1^2) + (c_3 - c_1c_2 + (1/3)c_1^3) + \ldots \end{align*}\] De cette manière, nous trouvons \[\begin{align*} P_1 & = c_1, \\ P_2 & = c_1^2 - 2c_2, \\ P_3 & = c_1^3 - 3c_1c_2 + 3c_3, \\ P_4 & = c_1^4 - 4c_1^2c_2 + 4c_1c_3 + 2c_2^2 - 4c_4, \end{align*}\] et ainsi de suite. Puisque les classes de Chern d’un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini \(\mathcal{E}\) sont les polynômes symétriques élémentaires en les racines de Chern \(x_i\), nous voyons que \[P_p(\mathcal{E}) = \sum x_i^p\] Pour plus de commodité, nous posons \(P_0 = r\) dans \(\mathbf{Z}[r, c_1, c_2, c_3, \ldots]\) de sorte que \(P_0(\mathcal{E}) = r(\mathcal{E})\) comme classe bivariante (comme dans les Remarques 0ESW et 0FA7).
Classes de Chern et sections
Une brève section dont le résultat principal est que nous pouvons calculer la classe de Chern de degré maximal d’un module localement libre de type fini au moyen du lieu des zéros d’une « section régulière ».
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini. Soit \(f : X' \to X\) localement de type fini. Soit \[s \in \Gamma(X', f^*\mathcal{E})\] une section globale de l’image inverse de \(\mathcal{E}\) sur \(X'\). Soit \(Z(s) \subset X'\) le schéma des zéros de \(s\). Plus précisément, nous définissons \(Z(s)\) comme le sous-schéma fermé dont le faisceau quasi-cohérent d’idéaux est l’image de l’application \(s : f^*\mathcal{E}^\vee \to \mathcal{O}_{X'}\).
Lemme
Dans la situation décrite juste ci-dessus, supposons \(\dim_\delta(X') = n\), que \(f^*\mathcal{E}\) soit de rang constant \(r\), que \(\dim_\delta(Z(s)) \leq n - r\), et que, pour tout point générique \(\xi \in Z(s)\) avec \(\delta(\xi) = n - r\), l’idéal de \(Z(s)\) dans \(\mathcal{O}_{X', \xi}\) soit engendré par une suite régulière de longueur \(r\). Alors \[c_r(\mathcal{E}) \cap [X']_n = [Z(s)]_{n - r}\] dans \(\CH_*(X')\).
Démonstration
Puisque \(c_r(\mathcal{E})\) est une classe bivariante (Lemme 0B7H), nous pouvons supposer \(X = X'\) et nous devons montrer que \(c_r(\mathcal{E}) \cap [X]_n = [Z(s)]_{n - r}\) dans \(\CH_{n - r}(X)\). Nous démontrerons le lemme par récurrence sur \(r \geq 0\). (Le cas \(r = 0\) est trivial.) Le cas \(r = 1\) est traité par le Lemme 02SQ. Supposons \(r > 1\).
Soit \(\pi : P \to X\) le fibré en espaces projectifs associé à \(\mathcal{E}\) et considérons la suite exacte courte \[0 \to \mathcal{E}' \to \pi^*\mathcal{E} \to \mathcal{O}_P(1) \to 0\] Par la formule du fibré en espaces projectifs (Lemme 02TX), il suffit de démontrer l’égalité après image inverse par \(\pi\). Observons que \(\pi^{-1}Z(s) = Z(\pi^*s)\) est de dimension \(\delta\) \(\leq n - 1\) et que l’hypothèse sur les suites régulières aux points génériques de dimension \(\delta\) égale à \(n - 1\) est vérifiée par image inverse plate, voir Algèbre, Lemme 00LM. Soit \(t \in \Gamma(P, \mathcal{O}_P(1))\) l’image de \(\pi^*s\). Nous affirmons que \[[Z(t)]_{n + r - 2} = c_1(\mathcal{O}_P(1)) \cap [P]_{n + r - 1}\] En admettant cette assertion, nous terminons la démonstration comme suit. La restriction \(\pi^*s|_{Z(t)}\) s’envoie sur zéro dans \(\mathcal{O}_P(1)|_{Z(t)}\) et provient donc d’un unique élément \(s' \in \Gamma(Z(t), \mathcal{E}'|_{Z(t)})\). Notons que \(Z(s') = Z(\pi^*s)\) comme sous-schémas fermés de \(P\). Si \(\xi \in Z(s')\) est un point générique avec \(\delta(\xi) = n - 1\), alors l’idéal de \(Z(s')\) dans \(\mathcal{O}_{Z(t), \xi}\) peut être engendré par une suite régulière de longueur \(r - 1\) : il est engendré par \(r - 1\) éléments qui sont les images de \(r - 1\) éléments de \(\mathcal{O}_{P, \xi}\) qui, avec un générateur de l’idéal de \(Z(t)\) dans \(\mathcal{O}_{P, \xi}\), forment une suite régulière de longueur \(r\) dans \(\mathcal{O}_{P, \xi}\). Nous pouvons donc appliquer l’hypothèse de récurrence à \(s'\) sur \(Z(t)\) pour obtenir \(c_{r - 1}(\mathcal{E}') \cap [Z(t)]_{n + r - 2} = [Z(s')]_{n - 1}\). En combinant tout ce qui précède, nous obtenons \[\begin{align*} c_r(\pi^*\mathcal{E}) \cap [P]_{n + r - 1} & = c_{r - 1}(\mathcal{E}') \cap c_1(\mathcal{O}_P(1)) \cap [P]_{n + r - 1} \\ & = c_{r - 1}(\mathcal{E}') \cap [Z(t)]_{n + r - 2} \\ & = [Z(s')]_{n - 1} \\ & = [Z(\pi^*s)]_{n - 1} \end{align*}\] ce qui est précisément ce qu’il fallait montrer.
Démonstration de l’assertion. Elle résultera d’une application du Lemme 02SQ, déjà utilisé. Nous avons \(\pi^{-1}(Z(s)) = Z(\pi^*s) \subset Z(t)\). D’autre part, pour \(x \in X\), si \(P_x \subset Z(t)\), alors \(t|_{P_x} = 0\), ce qui implique que \(s\) est nul dans la fibre \(\mathcal{E} \otimes \kappa(x)\), ce qui implique \(x \in Z(s)\). Il s’ensuit que \(\dim_\delta(Z(t)) \leq n + (r - 1) - 1\). Enfin, soit \(\xi \in Z(t)\) un point générique tel que \(\delta(\xi) = n + r - 2\). Si \(\xi\) n’est pas le point générique de la fibre de \(P \to X\), il est immédiat que toute équation locale de \(Z(t)\) est un non-diviseur de zéro dans \(\mathcal{O}_{P, \xi}\) (car nous pouvons le vérifier sur la fibre par Algèbre, Lemme 00MF). Si \(\xi\) est le point générique d’une fibre, alors \(x = \pi(\xi) \in Z(s)\) et \(\delta(x) = n + r - 2 - (r - 1) = n - 1\). Cela contredit \(\dim_\delta(Z(s)) \leq n - r\) puisque \(r > 1\), de sorte que ce cas ne se produit pas.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \[0 \to \mathcal{N}' \to \mathcal{N} \to \mathcal{E} \to 0\] une suite exacte courte de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de type fini. Considérons l’immersion fermée \[i : N' = \underline{\Spec}_X(\text{Sym}((\mathcal{N}')^\vee)) \longrightarrow N = \underline{\Spec}_X(\text{Sym}(\mathcal{N}^\vee))\] Pour \(\alpha \in \CH_k(X)\), nous avons \[i_*(p')^*\alpha = p^*(c_{top}(\mathcal{E}) \cap \alpha)\] où \(p' : N' \to X\) et \(p : N \to X\) sont les morphismes structuraux.
Démonstration
Ici, \(c_{top}(\mathcal{E})\) est la classe bivariante définie dans la Remarque 0FA4. Par sa définition même, pour vérifier la formule, nous pouvons supposer que \(\mathcal{E}\) est de rang constant. Nous pouvons de même supposer que \(\mathcal{N}'\) et \(\mathcal{N}\) sont de rangs constants, disons \(r'\) et \(r\), de sorte que \(\mathcal{E}\) est de rang \(r - r'\) et \(c_{top}(\mathcal{E}) = c_{r - r'}(\mathcal{E})\). Observons que \(p^*\mathcal{E}\) possède une section canonique \[s \in \Gamma(N, p^*\mathcal{E}) = \Gamma(X, p_*p^*\mathcal{E}) = \Gamma(X, \mathcal{E} \otimes_{\mathcal{O}_X} \text{Sym}(\mathcal{N}^\vee) \supset \Gamma(X, \SheafHom(\mathcal{N}, \mathcal{E}))\] correspondant à la surjection \(\mathcal{N} \to \mathcal{E}\) donnée dans l’énoncé du lemme. Le schéma d’annulation de cette section est exactement \(N' \subset N\). Soit \(Y \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de dimension \(\delta\) égale à \(n\). Alors nous avons
\(p^*[Y] = [p^{-1}(Y)]\) puisque \(p^{-1}(Y)\) est intègre de dimension \(\delta\) égale à \(n + r\),
\((p')^*[Y] = [(p')^{-1}(Y)]\) puisque \((p')^{-1}(Y)\) est intègre de dimension \(\delta\) égale à \(n + r'\),
la restriction de \(s\) à \(p^{-1}Y\) a pour schéma d’annulation \((p')^{-1}Y\) et l’immersion fermée \((p')^{-1}Y \to p^{-1}Y\) est une immersion régulière (localement découpée par une suite régulière).
Nous concluons que \[(p')^*[Y] = c_{r - r'}(p^*\mathcal{E}) \cap p^*[Y] \quad\text{dans}\quad \CH_*(N)\] par le Lemme 0FA9. Cela démontre le lemme.
Le caractère de Chern et les produits tensoriels
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Nous définissons le caractère de Chern d’un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini comme l’expression formelle \[ch({\mathcal E}) = \sum\nolimits_{i=1}^r e^{x_i}\] si les \(x_i\) sont les racines de Chern de \({\mathcal E}\). En écrivant cette expression comme un polynôme en les classes de Chern, nous obtenons \[\begin{align*} ch(\mathcal{E}) & = r(\mathcal{E}) + c_1(\mathcal{E}) + \frac{1}{2}(c_1(\mathcal{E})^2 - 2c_2(\mathcal{E})) + \frac{1}{6}(c_1(\mathcal{E})^3 - 3c_1(\mathcal{E})c_2(\mathcal{E}) + 3c_3(\mathcal{E})) \\ & \quad\quad + \frac{1}{24}(c_1(\mathcal{E})^4 - 4c_1(\mathcal{E})^2c_2(\mathcal{E}) + 4c_1(\mathcal{E})c_3(\mathcal{E}) + 2c_2(\mathcal{E})^2 - 4c_4(\mathcal{E})) + \ldots \\ & = \sum\nolimits_{p = 0, 1, 2, \ldots} \frac{P_p(\mathcal{E})}{p!} \end{align*}\] où \(P_p\) sont les polynômes en les classes de Chern de l’Exemple 0F9B. La composante de degré \(p\) de ce qui précède est \[ch_p(\mathcal{E}) = \frac{P_p(\mathcal{E})}{p!} \in A^p(X) \otimes \mathbf{Q}\] Que signifie le fait que les coefficients soient des nombres rationnels ? Eh bien, cela signifie simplement que nous considérons \(ch_p(\mathcal{E})\) comme un élément de \(A^p(X) \otimes \mathbf{Q}\).
Remarque
Dans la discussion ci-dessus, nous avons défini les composantes du caractère de Chern \(ch_p(\mathcal{E}) \in A^p(X) \otimes \mathbf{Q}\) de \(\mathcal{E}\) même si le rang de \(\mathcal{E}\) n’est pas constant. Voir les Remarques 0ESW et 0FA7. Ainsi, le caractère de Chern complet de \(\mathcal{E}\) est un élément de \(\prod_{p \geq 0} (A^p(X) \otimes \mathbf{Q})\). Si \(X\) est quasi-compact et \(\dim(X) < \infty\) (dimension ordinaire), alors on peut montrer, en utilisant le Lemme 0FDX et le principe de scindage, que \(ch(\mathcal{E}) \in A^*(X) \otimes \mathbf{Q}\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(0 \to \mathcal{E}_1 \to \mathcal{E} \to \mathcal{E}_2 \to 0\) une suite exacte courte de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de type fini. Alors nous avons l’égalité \[ch(\mathcal{E}) = ch(\mathcal{E}_1) + ch(\mathcal{E}_2)\] Plus précisément, nous avons \(P_p(\mathcal{E}) = P_p(\mathcal{E}_1) + P_p(\mathcal{E}_2)\) dans \(A^p(X)\), où \(P_p\) est comme dans l’Exemple 0F9B.
Démonstration
Il suffit de démontrer l’énoncé plus précis. Par la section 02UK, cela résulte du fait que si \(x_{1, i}\), \(i = 1, \ldots, r_1\), et \(x_{2, i}\), \(i = 1, \ldots, r_2\), sont les racines de Chern de \(\mathcal{E}_1\) et \(\mathcal{E}_2\), alors \(x_{1, 1}, \ldots, x_{1, r_1}, x_{2, 1}, \ldots, x_{2, r_2}\) sont les racines de Chern de \(\mathcal{E}\). Le résultat découle donc de notre choix de \(P_p\) dans l’Exemple 0F9B.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(\mathcal{E}_1\) et \(\mathcal{E}_2\) des \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de type fini. Alors nous avons l’égalité \[ch(\mathcal{E}_1 \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{E}_2) = ch(\mathcal{E}_1) ch(\mathcal{E}_2)\] Plus précisément, nous avons \[P_p(\mathcal{E}_1 \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{E}_2) = \sum\nolimits_{p_1 + p_2 = p} {p \choose p_1} P_{p_1}(\mathcal{E}_1) P_{p_2}(\mathcal{E}_2)\] dans \(A^p(X)\), où \(P_p\) est comme dans l’Exemple 0F9B.
Démonstration
Il suffit de démontrer l’énoncé plus précis. Par la section 02UK, cela résulte du fait que si \(x_{1, i}\), \(i = 1, \ldots, r_1\), et \(x_{2, i}\), \(i = 1, \ldots, r_2\), sont les racines de Chern de \(\mathcal{E}_1\) et \(\mathcal{E}_2\), alors \(x_{1, i} + x_{2, j}\), \(1 \leq i \leq r_1\), \(1 \leq j \leq r_2\), sont les racines de Chern de \(\mathcal{E}_1 \otimes \mathcal{E}_2\). Le résultat découle donc de la formule du binôme pour \((x_{1, i} + x_{2, j})^p\) et de la forme de nos polynômes \(P_p\) dans l’Exemple 0F9B.
Lemme
Dans la Situation 02QL, soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini de dual \(\mathcal{E}^\vee\). Alors \(ch_i(\mathcal{E}^\vee) = (-1)^i ch_i(\mathcal{E})\) dans \(A^i(X) \otimes \mathbf{Q}\).
Démonstration
Cela résulte du résultat correspondant pour les classes de Chern (Lemme 0FA5).
Classes de Chern et catégorie dérivée
Dans cette section, nous définissons la classe de Chern totale d’un objet parfait \(E\) de la catégorie dérivée d’un schéma \(X\), sous l’hypothèse que \(E\) peut être représenté par un complexe fini de modules localement libres de type fini sur une enveloppe de \(X\).
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \[\mathcal{E}^a \to \mathcal{E}^{a + 1} \to \ldots \to \mathcal{E}^b\] un complexe borné de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de type fini de rang constant. Nous définissons alors la classe de Chern totale du complexe par la formule \[c(\mathcal{E}^\bullet) = \prod\nolimits_{n = a, \ldots, b} c(\mathcal{E}^n)^{(-1)^n} \in \prod\nolimits_{p \geq 0} A^p(X)\] Ici, l’inverse est l’inverse formel, donc \[(1 + c_1 + c_2 + c_3 + \ldots)^{-1} = 1 - c_1 + c_1^2 - c_2 - c_1^3 + 2c_1 c_2 - c_3 + \ldots\] Nous noterons \(c_p(\mathcal{E}^\bullet) \in A^p(X)\) la partie de degré \(p\) de \(c(\mathcal{E}^\bullet)\). Nous définissons de même le caractère de Chern du complexe par la formule \[ch(\mathcal{E}^\bullet) = \sum\nolimits_{n = a, \ldots, b} (-1)^n ch(\mathcal{E}^n) \in \prod\nolimits_{p \geq 0} (A^p(X) \otimes \mathbf{Q})\] Nous noterons \(ch_p(\mathcal{E}^\bullet) \in A^p(X) \otimes \mathbf{Q}\) la partie de degré \(p\) de \(ch(\mathcal{E}^\bullet)\). Enfin, pour \(P_p \in \mathbf{Z}[r, c_1, c_2, c_3, \ldots]\) comme dans l’Exemple 0F9B, nous définissons \[P_p(\mathcal{E}^\bullet) = \sum\nolimits_{n = a, \ldots, b} (-1)^n P_p(\mathcal{E}^n)\] dans \(A^p(X)\). Alors nous avons \(ch_p(\mathcal{E}^\bullet) = (1/p!)P_p(\mathcal{E}^\bullet)\) comme d’habitude. Le lemme suivant montre que ces constructions ne dépend que de l’image du complexe dans la catégorie dérivée.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) un objet tel qu’il existe un complexe localement borné \(\mathcal{E}^\bullet\) de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de type fini représentant \(E\). Alors une légère généralisation des constructions ci-dessus \[c(\mathcal{E}^\bullet) \in \prod\nolimits_{p \geq 0} A^p(X),\quad ch(\mathcal{E}^\bullet) \in \prod\nolimits_{p \geq 0} A^p(X) \otimes \mathbf{Q},\quad P_p(\mathcal{E}^\bullet) \in A^p(X)\] sont indépendantes du choix du complexe \(\mathcal{E}^\bullet\).
Démonstration
Nous le démontrons pour la classe de Chern totale ; les deux autres cas résultent des mêmes arguments en utilisant le Lemme 0F9C à la place du Lemme 02UI.
Comme dans la Remarque 0ESW, afin de définir la classe de Chern totale \(c(\mathcal{E}^\bullet)\), nous décomposons \(X\) en sous-schémas ouverts et fermés \[X = \coprod\nolimits_{i \in I} X_i\] tels que le rang de \(\mathcal{E}^n\) soit constant sur \(X_i\) pour tous \(n\) et \(i\). (Comme ces rangs sont des fonctions localement constantes sur \(X\), nous pouvons le faire.) Puisque \(\mathcal{E}^\bullet\) est localement borné, nous voyons que seul un nombre fini des faisceaux \(\mathcal{E}^n|_{X_i}\) sont non nuls pour \(i\) fixé. Nous pouvons donc définir \[c(\mathcal{E}^\bullet|_{X_i}) = \prod\nolimits_n c(\mathcal{E}^n|_{X_i})^{(-1)^n} \in \prod\nolimits_{p \geq 0} A^p(X_i)\] comme ci-dessus. Par le Lemme 0FDZ, nous avons \(A^p(X) = \prod_i A^p(X_i)\). Ainsi, pour tout \(p \in \mathbf{Z}\), nous avons un unique élément \(c_p(\mathcal{E}^\bullet) \in A^p(X)\) dont la restriction est \(c_p(\mathcal{E}^\bullet|_{X_i})\) sur \(X_i\) pour tout \(i\).
Supposons que nous ayons un second complexe localement borné \(\mathcal{F}^\bullet\) de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de type fini représentant \(E\). Soit \(g : Y \to X\) un morphisme localement de type fini avec \(Y\) intègre. Par le Lemme 02UC, il suffit de montrer que avec \(c(g^*\mathcal{E}^\bullet) \cap [Y]\) est le même que \(c(g^*\mathcal{F}^\bullet) \cap [Y]\), et il suffit même de le démontrer après avoir remplacé \(Y\) par un schéma intègre propre et birationnel sur \(Y\). Nous concluons alors d’abord que \(g^*\mathcal{E}^\bullet\) et \(g^*\mathcal{F}^\bullet\) sont des complexes bornés de \(\mathcal{O}_Y\)-modules localement libres de type fini de rang constant. Ensuite, par Plus sur la platitude, Lemme 0ESR, nous pouvons supposer que \(H^i(Lg^*E)\) est parfait de dimension de Tor \(\leq 1\) pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). Cela nous ramène au cas traité dans le paragraphe suivant.
Supposons que \(X\) soit intègre, que \(\mathcal{E}^\bullet\) et \(\mathcal{F}^\bullet\) soient des complexes bornés de modules localement libres de type fini de rang constant, et que \(H^i(E)\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module parfait de dimension de Tor \(\leq 1\) pour tout \(i \in \mathbf{Z}\). Nous devons montrer que \(c(\mathcal{E}^\bullet) \cap [X]\) est le même que \(c(\mathcal{F}^\bullet) \cap [X]\). Notons \(d_\mathcal{E}^i : \mathcal{E}^i \to \mathcal{E}^{i + 1}\) et \(d_\mathcal{F}^i : \mathcal{F}^i \to \mathcal{F}^{i + 1}\) les différentielles de nos complexes. Par Plus sur la platitude, Remarque 0F8J, nous savons que \(\Im(d_\mathcal{E}^i)\), \(\Ker(d_\mathcal{E}^i)\), \(\Im(d_\mathcal{F}^i)\) et \(\Ker(d_\mathcal{F}^i)\) sont des \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de type fini pour tout \(i\). Par additivité (Lemme 02UI), nous voyons que \[c(\mathcal{E}^\bullet) = \prod\nolimits_i c(\Ker(d_\mathcal{E}^i))^{(-1)^i} c(\Im(d_\mathcal{E}^i))^{(-1)^i}\] et de même pour \(\mathcal{F}^\bullet\). Puisque nous avons les suites exactes courtes \[0 \to \Im(d_\mathcal{E}^i) \to \Ker(d_\mathcal{E}^i) \to H^i(E) \to 0 \quad\text{et}\quad 0 \to \Im(d_\mathcal{F}^i) \to \Ker(d_\mathcal{F}^i) \to H^i(E) \to 0\] nous nous ramenons au problème énoncé et résolu dans le paragraphe suivant.
Supposons que \(X\) soit intègre et que nous ayons deux suites exactes courtes \[0 \to \mathcal{E}' \to \mathcal{E} \to \mathcal{Q} \to 0 \quad\text{et}\quad 0 \to \mathcal{F}' \to \mathcal{F} \to \mathcal{Q} \to 0\] où \(\mathcal{E}\), \(\mathcal{E}'\), \(\mathcal{F}\), \(\mathcal{F}'\) sont localement libres de type fini. Problème : montrer que \(c(\mathcal{E})c(\mathcal{E}')^{-1} \cap [X] = c(\mathcal{F})c(\mathcal{F}')^{-1} \cap [X]\). Pour ce faire, considérons la suite exacte courte \[0 \to \mathcal{G} \to \mathcal{E} \oplus \mathcal{F} \to \mathcal{Q} \to 0\] qui définit \(\mathcal{G}\). Puisque \(\mathcal{Q}\) est de dimension de Tor \(\leq 1\), nous voyons que \(\mathcal{G}\) est localement libre de type fini. Une chasse au diagramme montre que le noyau de la surjection \(\mathcal{G} \to \mathcal{F}\) s’envoie isomorphiquement sur \(\mathcal{E}'\) dans \(\mathcal{E}\) et que le noyau de la surjection \(\mathcal{G} \to \mathcal{E}\) s’envoie isomorphiquement sur \(\mathcal{F}'\) dans \(\mathcal{F}\). (En travaillant localement sur des ouverts affines, cela résulte du lemme de Schanuel, ou lui est équivalent, voir Algèbre, Lemme 00O3.) Nous concluons que \[c(\mathcal{E})c(\mathcal{F}') = c(\mathcal{G}) = c(\mathcal{F})c(\mathcal{E}')\] comme souhaité.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) un objet parfait. Supposons qu’il existe une enveloppe \(f : Y \to X\) (Définition 0GU5) telle que \(Lf^*E\) soit isomorphe dans \(D(\mathcal{O}_Y)\) à un complexe localement borné \(\mathcal{E}^\bullet\) de \(\mathcal{O}_Y\)-modules localement libres de type fini. Alors il existe uniques des classes bivariantes \(c(E) \in \prod_{p \geq 0} A^p(X)\), \(ch(E) \in \prod_{p \geq 0} A^p(X) \otimes \mathbf{Q}\) et \(P_p(E) \in A^p(X)\), indépendantes du choix de \(f : Y \to X\) et de \(\mathcal{E}^\bullet\), telles que les restrictions de ces classes à \(Y\) soient égales à \(c(\mathcal{E}^\bullet)\), \(ch(\mathcal{E}^\bullet)\) et \(P_p(\mathcal{E}^\bullet)\).
Démonstration
Fixons \(p \in \mathbf{Z}\). Nous démontrerons le lemme pour la classe de Chern \(c_p(E) \in A^p(X)\) et omettrons les arguments pour les autres cas.
Soit \(g : T \to X\) un morphisme localement de type fini pour lequel il existe un complexe localement borné \(\mathcal{E}^\bullet\) de \(\mathcal{O}_T\)-modules localement libres de type fini représentant \(Lg^*E\) dans \(D(\mathcal{O}_T)\). La classe bivariante \(c_p(\mathcal{E}^\bullet) \in A^p(T)\) est indépendante du choix de \(\mathcal{E}^\bullet\) par le Lemme 0ESZ. Notons \(c_p(Lg^*E) \in A^p(T)\) cette classe. Pour tout morphisme ultérieur \(h : T' \to T\) qui est localement de type fini, en posant \(g' = g \circ h\), nous voyons que \(L(g')^*E = L(g \circ h)^*E = Lh^*Lg^*E\) est représenté par \(h^*\mathcal{E}^\bullet\) dans \(D(\mathcal{O}_{T'})\). Nous concluons que \(c_p(L(g')^*E)\) a un sens et est égal à la restriction (Remarque 0F9Z) de \(c_p(Lg^*E)\) à \(T'\) (strictement parlant, cela requiert une application du Lemme 0B7H).
Soient \(f : Y \to X\) et \(\mathcal{E}^\bullet\) comme dans l’énoncé du lemme. Nous obtenons une classe bivariante \(c_p(E) \in A^p(X)\) par une application du Lemme 0GUC à \(f : Y \to X\) et à la classe \(c' = c_p(Lf^*E)\) que nous avons construite dans le paragraphe précédent. L’hypothèse du lemme est satisfaite car, d’après la discussion du paragraphe précédent, nous avons \(res_1(c') = c_p(Lg^*E) = res_2(c')\), où \(g = f \circ p = f \circ q : Y \times_X Y \to X\).
Enfin, supposons que \(f' : Y' \to X\) soit une seconde enveloppe telle que \(L(f')^*E\) soit représenté par un complexe borné de \(\mathcal{O}_{Y'}\)-modules localement libres de type fini. Il s’ensuit que les restrictions de \(c_p(Lf^*E)\) et \(c_p(L(f')^*E)\) à \(Y \times_X Y'\) sont égales. Puisque \(Y \times_X Y' \to X\) est une enveloppe (Lemmes 0GU7 et 0GU6), nous voyons que nos deux candidats pour \(c_p(E)\) coïncident par l’unicité dans le Lemme 0GUC.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) un objet parfait.
Nous disons que les classes de Chern de \(E\) sont définies4 s’il existe une enveloppe \(f : Y \to X\) telle que \(Lf^*E\) soit isomorphe dans \(D(\mathcal{O}_Y)\) à un complexe localement borné de \(\mathcal{O}_Y\)-modules localement libres de type fini.
Si les classes de Chern de \(E\) sont définies, alors nous définissons \[c(E) \in \prod\nolimits_{p \geq 0} A^p(X),\quad ch(E) \in \prod\nolimits_{p \geq 0} A^p(X) \otimes \mathbf{Q},\quad P_p(E) \in A^p(X)\] par une application du Lemme 0GUD.
Cette définition s’applique dans beaucoup, mais non dans toutes, les situations envisagées dans ce chapitre, voir le Lemme 0GUE. Peut-être existe-t-il une construction élémentaire de ces classes bivariantes pour \(E/X/(S,\delta)\) général comme dans la définition ; nous l’ignorons.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) un objet parfait. Si l’une des conditions suivantes est satisfaite, alors les classes de Chern de \(E\) sont définies :
il existe une enveloppe \(f : Y \to X\) telle que \(Lf^*E\) soit isomorphe dans \(D(\mathcal{O}_Y)\) à un complexe localement borné de \(\mathcal{O}_Y\)-modules localement libres de type fini,
\(E\) peut être représenté par un complexe borné de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de type fini,
les composantes irréductibles de \(X\) sont quasi-compactes,
\(X\) est quasi-compact,
il existe un morphisme \(X \to X'\) de schémas localement de type fini sur \(S\) tel que \(E\) soit l’image inverse d’un objet parfait \(E'\) sur \(X'\) dont les classes de Chern sont définies, ou
ajouter davantage ici.
Démonstration
La condition (1) est exactement la partie (1) de la Définition 0F9E. La condition (2) implique (1).
Comme dans (3), supposons que les composantes irréductibles \(X_i\) de \(X\) soient quasi-compactes. Nous considérons \(X_i\) comme un sous-schéma fermé intègre réduit de \(X\). Le morphisme \(\coprod X_i \to X\) est une enveloppe. Pour tout \(i\), il existe une enveloppe \(X'_i \to X_i\) telle que \(X'_i\) possède une famille ample de modules inversibles, voir Plus sur les morphismes, Proposition 0GTU. Observons que \(f : Y = \coprod X'_i \to X\) est une enveloppe ; un petit détail est omis. Par Catégories dérivées de schémas, Lemme 0GMM, chaque \(X'_i\) possède la propriété de résolution. Ainsi, l’objet parfait \(L(f|_{X'_i})^*E\) de \(D(\mathcal{O}_{X'_i})\) peut être représenté par un complexe borné de \(\mathcal{O}_{X'_i}\)-modules localement libres de type fini, voir Catégories dérivées de schémas, Lemme 0F8F. Cela démontre que (3) implique (1).
La partie (4) implique (3).
Soient \(g : X \to X'\) et \(E'\) comme dans la partie (5). Alors il existe une enveloppe \(f' : Y' \to X'\) telle que \(L(f')^*E'\) soit représenté par un complexe localement borné \((\mathcal{E}')^\bullet\) de \(\mathcal{O}_{Y'}\)-modules. Alors le changement de base \(f : Y \to X\) est une enveloppe par le Lemme 0GU7. De plus, la tiragee en arrière \(\mathcal{E}^\bullet = g^*(\mathcal{E}')^\bullet\) représente \(Lf^*E\) et nous voyons que les classes de Chern de \(E\) sont définies.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) un objet parfait. Supposons que les classes de Chern de \(E\) soient définies. Pour \(g : W \to X\) localement de type fini avec \(W\) intègre, il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ W' \ar[rd]_{g'} \ar[rr]_b & & W \ar[ld]^g \\ & X }\] avec \(W'\) intègre et \(b : W' \to W\) propre birationnel tel que \(L(g')^*E\) soit représenté par un complexe borné \(\mathcal{E}^\bullet\) de \(\mathcal{O}_{W'}\)-modules localement libres de rang constant et que nous ayons \(res(c_p(E)) = c_p(\mathcal{E}^\bullet)\) dans \(A^p(W')\).
Démonstration
Choisissons une enveloppe \(f : Y \to X\) telle que \(Lf^*E\) soit isomorphe dans \(D(\mathcal{O}_Y)\) à un complexe localement borné \(\mathcal{E}^\bullet\) de \(\mathcal{O}_Y\)-modules localement libres de type fini. Le changement de base \(Y \times_X W \to W\) de \(f\) est une enveloppe par le Lemme 0GU7. Choisissons un point \(\xi \in Y \times_X W\) s’envoyant sur le point générique de \(W\) et ayant le même corps résiduel. Considérons le sous-schéma fermé intègre \(W' \subset Y \times_X W\) de point générique \(\xi\). La restriction de la projection \(Y \times_X W \to W\) à \(W'\) est un morphisme propre birationnel \(b : W' \to W\). Posons \(g' = g \circ b\). Enfin, considérons le complexe image inverse \((W' \to Y)^*\mathcal{E}^\bullet\). C’est un complexe localement borné de modules localement libres de type fini sur \(W'\). Puisque \(W'\) est intègre, il s’ensuit qu’il est borné et que ses termes sont de rang constant. Enfin, par construction, \((W' \to Y)^*\mathcal{E}^\bullet\) représente \(L(g')^*E\) et, par construction, sa \(p\)-ième classe de Chern donne la restriction de \(c_p(E)\) par \(W' \to X\). Cela achève la démonstration.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) parfait. Si les classes de Chern de \(E\) sont définies, alors
\(c_p(E)\) appartient au centre de l’algèbre \(A^*(X)\), et
si \(g : X' \to X\) est localement de type fini et \(c \in A^*(X' \to X)\), alors \(c \circ c_p(E) = c_p(Lg^*E) \circ c\).
Démonstration
La partie (1) résulte immédiatement de la partie (2). Soient \(g : X' \to X\) et \(c \in A^*(X' \to X)\) comme dans (2). Pour montrer que \(c \circ c_p(E) - c_p(Lg^*E) \circ c = 0\), nous utilisons le critère du Lemme 02UC. Nous pouvons donc supposer que \(X\) est intègre et, par le Lemme 0GUF, nous pouvons même supposer que \(E\) est représenté par un complexe borné \(\mathcal{E}^\bullet\) de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de type fini de rang constant. Nous devons alors montrer que \[c \cap c_p(\mathcal{E}^\bullet) \cap [X] = c_p(\mathcal{E}^\bullet) \cap c \cap [X]\] dans \(\CH_*(X')\). Cela résulte immédiatement du Lemme 02UA et de la construction de \(c_p(\mathcal{E}^\bullet)\) comme polynôme en les classes de Chern des modules localement libres \(\mathcal{E}^n\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \[E_1 \to E_2 \to E_3 \to E_1[1]\] un triangle distingué d’objets parfaits dans \(D(\mathcal{O}_X)\). Si l’une des conditions suivantes est satisfaite :
il existe une enveloppe \(f : Y \to X\) telle que \(Lf^*E_1 \to Lf^*E_2\) puisse être représenté par une application de complexes localement bornés de \(\mathcal{O}_Y\)-modules localement libres de type fini,
\(E_1 \to E_2\) peut être représenté par une application de complexes localement bornés de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de type fini,
les composantes irréductibles de \(X\) sont quasi-compactes,
\(X\) est quasi-compact, ou
ajouter davantage ici,
alors les classes de Chern de \(E_1\), \(E_2\), \(E_3\) sont définies et nous avons \(c(E_2) = c(E_1) c(E_3)\), \(ch(E_2) = ch(E_1) + ch(E_3)\) et \(P_p(E_2) = P_p(E_1) + P_p(E_3)\).
Démonstration
Soit \(f : Y \to X\) une enveloppe et soit \(\alpha^\bullet : \mathcal{E}_1^\bullet \to \mathcal{E}_2^\bullet\) une application de complexes localement bornés de \(\mathcal{O}_Y\)-modules localement libres de type fini représentant \(Lf^*E_1 \to Lf^*E_2\). Alors le cône \(C(\alpha)^\bullet\) représente \(Lf^*E_3\). Puisque \(C(\alpha)^n = \mathcal{E}_2^n \oplus \mathcal{E}_1^{n + 1}\), nous voyons que \(C(\alpha)^\bullet\) est un complexe localement borné de \(\mathcal{O}_Y\)-modules localement libres de type fini. Nous concluons que les classes de Chern de \(E_1\), \(E_2\), \(E_3\) sont définies. De plus, rappelons que \(c_p(E_1)\) est défini comme l’unique élément de \(A^p(X)\) dont la restriction est \(c_p(\mathcal{E}_1^\bullet)\) dans \(A^p(Y)\). De même pour \(E_2\) et \(E_3\). Il suffit donc de démontrer \(c(\mathcal{E}_2^\bullet) = c(\mathcal{E}_1^\bullet) c(C(\alpha)^\bullet)\) dans \(\prod_{p \geq 0} A^p(Y)\). À son tour, il suffit de le démontrer après restriction à une composante connexe de \(Y\). Nous pouvons donc supposer que les complexes \(\mathcal{E}_1^\bullet\) et \(\mathcal{E}_2^\bullet\) sont des complexes bornés de \(\mathcal{O}_Y\)-modules localement libres de type fini de rang fixé. Dans ce cas, l’égalité souhaitée résulte de la multiplicativité du Lemme 02UI. Dans le cas de \(ch\) ou \(P_p\), nous utilisons les Lemmes 0F9C.
Dans le paragraphe précédent, nous avons vu que le lemme est vrai si la condition (1) est satisfaite. Puisque (2) implique (1), cela traite le deuxième cas. Supposons (3). En raisonnant exactement comme dans la démonstration du Lemme 0GUE, nous trouvons une enveloppe \(f : Y \to X\) tel que \(Y\) soit une réunion disjointe \(Y = \coprod Y_i\) de schémas quasi-compacts (et quasi-séparés), chacun possédant la propriété de résolution. Nous pouvons alors représenter la restriction de \(Lf^*E_1 \to Lf^*E_2\) à \(Y_i\) par un morphisme de complexes bornés de modules localement libres de rang fini ; voir Catégories dérivées de schémas, proposition 0F8I. Nous voyons ainsi que la condition (3) implique la condition (1). Bien entendu, la condition (4) implique la condition (3), ce qui achève la démonstration.
Remarque
Les classes de Chern d’un complexe parfait, lorsqu’elles sont définies, satisfont une sorte de principe de scindage. Plus précisément, supposons que \((S, \delta), X, E\) soient comme dans la définition 0F9E et que les classes de Chern de \(E\) soient définies. Supposons que nous voulions démontrer une relation entre les classes bivariantes \(c_p(E)\), \(P_p(E)\) et \(ch_p(E)\). Pour cela, nous pouvons choisir une enveloppe \(f : Y \to X\) et un complexe localement borné \(\mathcal{E}^\bullet\) de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang fini représentant \(E\). Par l’unicité dans le lemme 0GUD, il suffit de démontrer la relation voulue entre les classes bivariantes \(c_p(\mathcal{E}^\bullet)\), \(P_p(\mathcal{E}^\bullet)\) et \(ch_p(\mathcal{E}^\bullet)\). Nous pouvons donc remplacer \(X\) par une composante connexe de \(Y\) et supposer que \(E\) est représenté par un complexe borné \(\mathcal{E}^\bullet\) de modules localement libres de rang constant et fini. En utilisant le principe de scindage (lemme 02UL), nous pouvons supposer que chaque \(\mathcal{E}^i\) possède une filtration dont les quotients successifs \(\mathcal{L}_{i, j}\) sont des modules inversibles. En posant \(x_{i, j} = c_1(\mathcal{L}_{i, j})\), nous voyons que \[c(E) = \prod\nolimits_{i\text{ pair}} (1 + x_{i, j}) \prod\nolimits_{i\text{ impair}} (1 + x_{i, j})^{-1}\] et \[P_p(E) = \sum\nolimits_{i\text{ pair}} (x_{i, j})^p - \sum\nolimits_{i\text{ impair}} (x_{i, j})^p\] En prenant formellement le logarithme de l’expression de \(c(E)\) ci-dessus, nous obtenons \[\log(c(E)) = \sum (-1)^{p - 1}\frac{P_p(E)}{p}\] La construction des polynômes \(P_p\) dans l’exemple 0F9B montre que \(P_p(E)\) est exactement la même expression dans les classes de Chern de \(E\) que dans le cas des fibrés vectoriels ; autrement dit, nous avons \[\begin{align*} P_1(E) & = c_1(E), \\ P_2(E) & = c_1(E)^2 - 2c_2(E), \\ P_3(E) & = c_1(E)^3 - 3c_1(E)c_2(E) + 3c_3(E), \\ P_4(E) & = c_1(E)^4 - 4c_1(E)^2c_2(E) + 4c_1(E)c_3(E) + 2c_2(E)^2 - 4c_4(E), \end{align*}\] et ainsi de suite. D’autre part, la classe bivariante \(P_0(E) = r(E) = ch_0(E)\) ne peut être retrouvée à partir de la classe de Chern \(c(E)\) de \(E\) ; la classe de Chern ne contient pas l’information sur le rang du complexe.
Lemme
Dans la situation 02QL, soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) un objet parfait dont les classes de Chern sont définies. Alors \(c_i(E^\vee) = (-1)^i c_i(E)\), \(P_i(E^\vee) = (-1)^iP_i(E)\) et \(ch_i(E^\vee) = (-1)^ich_i(E)\) dans \(A^i(X)\).
Démonstration
Première démonstration : raisonnons comme dans la démonstration du lemme 0FAC pour nous ramener au cas où \(E\) est représenté par un complexe borné de modules localement libres de rang constant et fini, puis appliquons le lemme 0FA5. Seconde démonstration : utilisons le principe de scindage exposé dans la remarque 0FAD et le fait que les racines de Chern de \(E^\vee\) sont les opposées des racines de Chern de \(E\).
Lemme
Dans la situation 02QL, soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(E\) un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_X)\) dont les classes de Chern sont définies. Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Alors \[c_i(E \otimes \mathcal{L}) = \sum\nolimits_{j = 0}^i \binom{r - i + j}{j} c_{i - j}(E) c_1(\mathcal{L})^j\] pourvu que \(E\) soit de rang constant \(r \in \mathbf{Z}\).
Démonstration
Lorsque \(E\) est localement libre de rang \(r\), c’est le lemme 02UD. Le lecteur peut déduire le lemme de ce cas particulier par un calcul formel. On peut aussi utiliser le principe de scindage de la remarque 0FAD. Dans ce cas, on est ramené à démontrer le fait d’algèbre suivant : si nous écrivons formellement \[\frac{\prod_{a = 1, \ldots, n} (1 + x_a)}{\prod_{n = 1, \ldots, m} (1 + y_b)} = 1 + c_1 + c_2 + c_3 + \ldots\] où \(c_i\) est homogène de degré \(i\) dans \(\mathbf{Z}[x_i, y_j]\), alors nous avons \[\frac{\prod_{a = 1, \ldots, n} (1 + x_a + t)}{\prod_{b = 1, \ldots, m} (1 + y_b + t)} = \sum\nolimits_{i \geq 0} \sum\nolimits_{j = 0}^i \binom{r - i + j}{j} c_{i - j} t^j\] où \(r = n - m\). Nous omettons les détails.
Lemme
Dans la situation 02QL, soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(E\) et \(F\) des objets parfaits de \(D(\mathcal{O}_X)\) dont les classes de Chern sont définies. Alors nous avons \[c_1(E \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} F) = r(E) c_1(\mathcal{F}) + r(F) c_1(\mathcal{E})\] et, pour \(c_2(E \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} F)\), l’expression est \[r(E) c_2(F) + r(F) c_2(E) + {r(E) \choose 2} c_1(F)^2 + (r(E)r(F) - 1) c_1(F)c_1(E) + {r(F) \choose 2} c_1(E)^2\] et ainsi de suite pour les classes de Chern supérieures dans \(A^*(X)\). De même, nous avons \(ch(E \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} F) = ch(E) ch(F)\) dans \(A^*(X) \otimes \mathbf{Q}\). Plus précisément, nous avons \[P_p(E \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} F) = \sum\nolimits_{p_1 + p_2 = p} {p \choose p_1} P_{p_1}(E) P_{p_2}(F)\] dans \(A^p(X)\).
Démonstration
Après avoir choisi une enveloppe \(f : Y \to X\) telle que \(Lf^*E\) et \(Lf^*F\) puissent être représentés par des complexes localement bornés de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang fini, ceci résulte, par calcul, du résultat correspondant pour les fibrés vectoriels dans les lemmes 0FA6 et 0F9D. Une meilleure démonstration consiste probablement à utiliser le principe de scindage comme dans la remarque 0FAD et à réduire le lemme à des calculs dans des anneaux de polynômes que nous décrivons au paragraphe suivant.
Soit \(A\) un anneau commutatif (pour nous, ce sera le sous-anneau de l’anneau de Chow bivariant de \(X\) engendré par les classes de Chern). Soit \(S\) un ensemble fini muni d’applications \(\epsilon : S \to \{\pm 1\}\) et \(f : S \to A\). Définissons \[P_p(S, f , \epsilon) = \sum\nolimits_{s \in S} \epsilon(s) f(s)^p\] dans \(A\). Étant donné un second triplet \((S', \epsilon', f')\), l’égalité qu’il faut démontrer pour \(P_p\) est \[P_p(S \times S', f + f' , \epsilon \epsilon') = \sum\nolimits_{p_1 + p_2 = p} {p \choose p_1} P_{p_1}(S, f, \epsilon) P_{p_2}(S', f', \epsilon')\] Pour le voir, on se ramène à l’anneau de polynômes en les variables \(S \amalg S'\) et l’on montre que chaque terme \(f(s)^if'(s')^j\) apparaît dans les deux membres avec le même coefficient. Pour vérifier les formules de \(c_1(E \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} F)\) et \(c_2(E \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} F)\), nous utilisons le principe de scindage pour nous ramener à vérifier ces formules dans un anneau sans torsion. Nous utilisons ensuite la relation entre \(P_j(E)\) et \(c_i(E)\) démontrée dans la remarque 0FAD. Par exemple, \[c_1(E \otimes F) = P_1(E \otimes F) = r(F)P_1(E) + r(E)P_1(F) = r(F)c_1(E) + r(E)c_1(F)\] l’égalité du milieu résultant de \(r(E) = P_0(E)\) par définition. De même, nous avons \[\begin{align*} & 2c_2(E \otimes F) \\ & = c_1(E \otimes F)^2 - P_2(E \otimes F) \\ & = (r(F)c_1(E) + r(E)c_1(F))^2 - r(F)P_2(E) - P_1(E)P_1(F) - r(E)P_2(F) \\ & = (r(F)c_1(E) + r(E)c_1(F))^2 - r(F)(c_1(E)^2 - 2c_2(E)) - c_1(E)c_1(F) - \\ & \quad r(E)(c_1(F)^2 - 2c_2(F)) \end{align*}\] ce que le lecteur peut vérifier être égal à la formule de l’énoncé du lemme à un facteur \(2\) près.
Un cas élémentaire de classes de Chern localisées
Dans cette section, nous étudions quelques propriétés des classes bivariantes construites dans le lemme suivant ; la plupart de ces propriétés résultent immédiatement de la caractérisation donnée dans le lemme. Nous recommandons vivement au lecteur de sauter le reste de la section.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(i_j : X_j \to X\), \(j = 1, 2\), des immersions fermées telles que \(X = X_1 \cup X_2\) ensemblistement. Soit \(E_2 \in D(\mathcal{O}_{X_2})\) un objet parfait. Supposons que
les classes de Chern de \(E_2\) soient définies ;
la restriction \(E_2|_{X_1 \cap X_2}\) soit nulle, resp. isomorphe à un \(\mathcal{O}_{X_1 \cap X_2}\)-module localement libre de rang fini de rang \(< p\) placé en degré cohomologique \(0\).
Il existe alors une classe bivariante canonique \[P'_p(E_2),\text{ resp. }c'_p(E_2) \in A^p(X_2 \to X)\] caractérisée par la propriété \[P'_p(E_2) \cap i_{2, *} \alpha_2 = P_p(E_2) \cap \alpha_2 \quad\text{et}\quad P'_p(E_2) \cap i_{1, *} \alpha_1 = 0,\] respectivement \[c'_p(E_2) \cap i_{2, *} \alpha_2 = c_p(E_2) \cap \alpha_2 \quad\text{et}\quad c'_p(E_2) \cap i_{1, *} \alpha_1 = 0\] pour \(\alpha_i \in \CH_k(X_i)\), et de même après tout changement de base \(X' \to X\) localement de type fini.
Démonstration
Nous allons utiliser les résultats de la section 0ESY sans autre mention.
Supposons que \(E_2|_{X_1 \cap X_2}\) soit nul. Considérons un morphisme de schémas \(X' \to X\) localement de type fini et notons \(i'_j : X'_j \to X'\) le changement de base de \(i_j\). D’après le lemme 0F94, nous pouvons écrire tout élément \(\alpha' \in \CH_k(X')\) sous la forme \(i'_{1, *}\alpha'_1 + i'_{2, *}\alpha'_2\), où \(\alpha'_2 \in \CH_k(X'_2)\) est bien défini à un élément de l’image de l’image directe par \(X'_1 \cap X'_2 \to X'_2\) près. Nous pouvons alors poser \(P'_p(E_2) \cap \alpha' = P_p(E_2) \cap \alpha'_2 \in \CH_{k - p}(X'_2)\). Ceci est bien défini puisque, par hypothèse, la restriction de \(E_2\) à \(X_1 \cap X_2\) est nulle.
Si \(E_2|_{X_1 \cap X_2}\) est isomorphe à un module localement libre de rang fini sur \(\mathcal{O}_{X_1 \cap X_2}\), de rang \(< p\) et placé en degré cohomologique \(0\), alors \(c_p(E_2|_{X_1 \cap X_2}) = 0\) pour des raisons de rang et nous pouvons raisonner exactement de la même manière.
Lemme
Dans le lemme 0F9H, la classe bivariante \(P'_p(E_2)\), resp. \(c'_p(E_2)\) dans \(A^p(X_2 \to X)\) ne dépend pas du choix de \(X_1\).
Démonstration
Supposons que \(X_1' \subset X\) soit un autre sous-schéma fermé tel que \(X = X'_1 \cup X_2\) ensemblistement et que la restriction \(E_2|_{X'_1 \cap X_2}\) soit nulle, resp. isomorphe à un \(\mathcal{O}_{X'_1 \cap X_2}\)-module localement libre de rang fini de rang \(< p\) placé en degré cohomologique \(0\). Alors \(X = (X_1 \cap X'_1) \cup X_2\). Nous pouvons donc écrire tout élément \(\alpha \in \CH_k(X)\) sous la forme \(i_*\beta + i_{2, *}\alpha_2\), avec \(\alpha_2 \in \CH_k(X'_2)\) et \(\beta \in \CH_k(X_1 \cap X'_1)\). Il est donc clair que \(P'_p(E_2) \cap \alpha = P_p(E_2) \cap \alpha_2 \in \CH_{k - p}(X_2)\), resp. \(c'_p(E_2) \cap \alpha = c_p(E_2) \cap \alpha_2 \in \CH_{k - p}(X_2)\), ne dépend pas de l’emploi de \(X_1\) ou de \(X'_1\). Il en va de même après tout changement de base.
Lemme
Dans le lemme 0F9H, soit \(X' \to X\) un morphisme localement de type fini. Notons \(X' = X'_1 \cup X'_2\) et \(E'_2 \in D(\mathcal{O}_{X'_2})\) les images inverses sur \(X'\). Alors la classe \(P'_p(E_2')\), resp. \(c'_p(E_2')\) dans \(A^p(X_2' \to X')\), construite dans le lemme 0F9H à partir de \(X' = X'_1 \cup X'_2\) et de \(E_2'\), est la restriction (remarque 0F9Z) de la classe \(P'_p(E_2)\), resp. \(c'_p(E_2)\) dans \(A^p(X_2 \to X)\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la caractérisation de ces classes dans le lemme 0F9H.
Lemme
Dans le lemme 0F9H, supposons que \(E_2\) soit la restriction d’un objet parfait \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) tel que \(E|_{X_1}\) soit nul, resp. isomorphe à un \(\mathcal{O}_{X_1}\)-module localement libre de rang fini de rang \(< p\) placé en degré cohomologique \(0\). Si les classes de Chern de \(E\) sont définies, alors \(i_{2, *} \circ P'_p(E_2) = P_p(E)\), resp. \(i_{2, *} \circ c'_p(E_2) = c_p(E)\) (où \(\circ\) est comme dans le lemme 0EPK).
Démonstration
Supposons d’abord que \(E|_{X_1}\) soit nul. Avec les notations de la démonstration du lemme 0F9H, le lemme résulte dans ce cas de \[\begin{align*} P_p(E) \cap \alpha' & = i'_{1, *}(P_p(E) \cap \alpha'_1) + i'_{2, *}(P_p(E) \cap \alpha'_2) \\ & = i'_{1, *}(P_p(E|_{X_1}) \cap \alpha'_1) + i'_{2, *}(P'_p(E_2) \cap \alpha') \\ & = i'_{2, *}(P'_p(E_2) \cap \alpha') \end{align*}\] Le cas où \(E|_{X_1}\) est isomorphe à un \(\mathcal{O}_{X_1}\)-module localement libre de rang fini, de rang \(< p\) et placé en degré cohomologique \(0\), est analogue.
Lemme
Dans le lemme 0F9H, supposons donnés des sous-schémas fermés \(X'_2 \subset X_2\) et \(X_1 \subset X'_1 \subset X\) tels que \(X = X'_1 \cup X'_2\) ensemblistement. Supposons que \(E_2|_{X'_1 \cap X_2}\) soit nul, resp. isomorphe à un module localement libre de rang fini de rang \(< p\) placé en degré \(0\). Alors nous avons \((X'_2 \to X_2)_* \circ P'_p(E_2|_{X'_2}) = P'_p(E_2)\), resp. \((X'_2 \to X_2)_* \circ c'_p(E_2|_{X'_2}) = c_p(E_2)\) (où \(\circ\) est comme dans le lemme 0EPK).
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la caractérisation de ces classes dans le lemme 0F9H.
Lemme
Dans le lemme 0F9H, soit \(f : Y \to X\) localement de type fini et soit \(c \in A^*(Y \to X)\). Alors \[c \circ P'_p(E_2) = P'_p(Lf_2^*E_2) \circ c \quad\text{resp.}\quad c \circ c'_p(E_2) = c'_p(Lf_2^*E_2) \circ c\] dans \(A^*(Y_2 \to Y)\), où \(f_2 : Y_2 \to X_2\) est le changement de base de \(f\).
Démonstration
Soit \(\alpha \in \CH_k(X)\). Nous pouvons écrire \[\alpha = \alpha_1 + \alpha_2\] avec \(\alpha_i \in \CH_k(X_i)\) ; nous omettons les images directes par les immersions fermées \(X_i \to X\). Le lecteur vérifie alors que \(c'_p(E_2) \cap \alpha = c_p(E_2) \cap \alpha_2\), \(c \cap c'_p(E_2) \cap \alpha = c \cap c_p(E_2) \cap \alpha_2\), \(c \cap \alpha = c \cap \alpha_1 + c \cap \alpha_2\), et \(c'_p(Lf_2^*E_2) \cap c \cap \alpha = c_p(Lf_2^*E_2) \cap c \cap \alpha_2\). Nous concluons par le lemme 0FAC.
Lemme
Dans le lemme 0F9H, supposons que \(E_2|_{X_1 \cap X_2}\) soit nul. Alors \[\begin{align*} P'_1(E_2) & = c'_1(E_2), \\ P'_2(E_2) & = c'_1(E_2)^2 - 2c'_2(E_2), \\ P'_3(E_2) & = c'_1(E_2)^3 - 3c'_1(E_2)c'_2(E_2) + 3c'_3(E_2), \\ P'_4(E_2) & = c'_1(E_2)^4 - 4c'_1(E_2)^2c'_2(E_2) + 4c'_1(E_2)c'_3(E_2) + 2c'_2(E_2)^2 - 4c'_4(E_2), \end{align*}\] et ainsi de suite, la multiplication étant celle de la remarque 0FA0.
Démonstration
L’énoncé a un sens car le faisceau nul est de rang \(< 1\) et les classes \(c'_p(E_2)\) sont donc définies pour tout \(p \geq 1\). Les égalités résultent immédiatement de la caractérisation des classes construites par le lemme 0F9H et du résultat correspondant pour l’intersection avec les classes de Chern de \(E_2\) donné dans la remarque 0FAD.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(i_j : X_j \to X\), \(j = 1, 2\), des immersions fermées telles que \(X = X_1 \cup X_2\) ensemblistement. Soient \(E, F \in D(\mathcal{O}_X)\) des objets parfaits. Supposons que
les classes de Chern de \(E\) et de \(F\) soient définies ;
les restrictions \(E|_{X_1 \cap X_2}\) et \(F|_{X_1 \cap X_2}\) soient isomorphes à deux \(\mathcal{O}_{X_1}\)-modules localement libres, de rangs respectivement \(< p\) et \(< q\), placés en degré cohomologique \(0\).
Avec la notation de la remarque 0FA0, posons \[c^{(p)}(E) = 1 + c_1(E) + \ldots + c_{p - 1}(E) + c'_p(E|_{X_2}) + c'_{p + 1}(E|_{X_2}) + \ldots \in A^{(p)}(X_2 \to X)\] où \(c'_p(E|_{X_2})\) est comme dans le lemme 0F9H. De même pour \(c^{(q)}(F)\) et \(c^{(p + q)}(E \oplus F)\). Alors \(c^{(p + q)}(E \oplus F) = c^{(p)}(E)c^{(q)}(F)\) dans \(A^{(p + q)}(X_2 \to X)\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la caractérisation des classes dans le lemme 0F9H et de l’additivité dans le lemme 0F9F.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(i_j : X_j \to X\), \(j = 1, 2\), des immersions fermées telles que \(X = X_1 \cup X_2\) ensemblistement. Soient \(E, F \in D(\mathcal{O}_{X_2})\) des objets parfaits. Supposons que
les classes de Chern de \(E\) et de \(F\) soient définies ;
les restrictions \(E|_{X_1 \cap X_2}\) et \(F|_{X_1 \cap X_2}\) soient nulles,
Notons \(P'_p(E), P'_p(F), P'_p(E \oplus F) \in A^p(X_2 \to X)\), pour \(p \geq 0\), les classes construites dans le lemme 0F9H. Alors \(P'_p(E \oplus F) = P'_p(E) + P'_p(F)\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la caractérisation des classes dans le lemme 0F9H et de l’additivité dans le lemme 0F9F.
Lemme
Dans le lemme 0F9H, supposons que \(E_2\) soit de rang constant \(0\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Alors \[c'_i(E_2 \otimes \mathcal{L}) = \sum\nolimits_{j = 0}^i \binom{- i + j}{j} c'_{i - j}(E_2) c_1(\mathcal{L})^j\]
Démonstration
L’hypothèse sur le rang implique que \(E_2|_{X_1 \cap X_2}\) est nul. Ainsi \(c'_i(E_2)\) est défini pour tout \(i \geq 1\) et l’énoncé a un sens. L’égalité elle-même résulte immédiatement du lemme 0FAF et de la caractérisation de \(c'_i\) dans le lemme 0F9H.
Lemme
Dans la situation 02QL, soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \[X = X_1 \cup X_2 = X'_1 \cup X'_2\] deux écritures de \(X\) comme réunion ensembliste de sous-schémas fermés. Soient \(E\), \(E'\) des objets parfaits de \(D(\mathcal{O}_X)\) dont les classes de Chern sont définies. Supposons que \(E|_{X_1}\) et \(E'|_{X'_1}\) soient nuls5 pour \(i = 1, 2\). Notons
\(r = P'_0(E) \in A^0(X_2 \to X)\) et \(r' = P'_0(E') \in A^0(X'_2 \to X)\),
\(\gamma_p = c'_p(E|_{X_2}) \in A^p(X_2 \to X)\) et \(\gamma'_p = c'_p(E'|_{X'_2}) \in A^p(X'_2 \to X)\),
\(\chi_p = P'_p(E|_{X_2}) \in A^p(X_2 \to X)\) et \(\chi'_p = P'_p(E'|_{X'_2}) \in A^p(X'_2 \to X)\)
les classes construites dans le lemme 0F9H. Alors nous avons \[c'_1((E \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} E')|_{X_2 \cap X'_2}) = r \gamma'_1 + r' \gamma_1\] dans \(A^1(X_2 \cap X'_2 \to X)\) et \[c'_2((E \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} E')|_{X_2 \cap X'_2}) = r \gamma'_2 + r' \gamma_2 + {r \choose 2} (\gamma'_1)^2 + (rr' - 1) \gamma'_1\gamma_1 + {r' \choose 2} \gamma_1^2\] dans \(A^2(X_2 \cap X'_2 \to X)\), et ainsi de suite pour les classes de Chern supérieures. De même, nous avons \[P'_p((E \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} E')|_{X_2 \cap X'_2}) = \sum\nolimits_{p_1 + p_2 = p} {p \choose p_1} \chi_{p_1} \chi'_{p_2}\] dans \(A^p(X_2 \cap X'_2 \to X)\).
Démonstration
Observons d’abord que l’énoncé a un sens. En effet, nous avons \(X = (X_2 \cap X'_2) \cup Y\), où \(Y = (X_1 \cap X'_1) \cup (X_1 \cap X'_2) \cup (X_2 \cap X'_1)\), et la restriction de l’objet \(E \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} E'\) à \(Y\) est nulle. Les égalités elles-mêmes résultent de la caractérisation de nos classes dans le lemme 0F9H et des égalités du lemme 0FAG. Nous omettons les détails.
Gysin à l’infini
Cette section porte sur la classe bivariante construite dans le prochain lemme. Nous recommandons vivement au lecteur de sauter le reste de la section.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(b : W \to \mathbf{P}^1_X\) un morphisme propre de schémas qui est un isomorphisme au-dessus de \(\mathbf{A}^1_X\). Notons \(i_\infty : W_\infty \to W\) l’image inverse du diviseur \(D_\infty \subset \mathbf{P}^1_X\) dont le complémentaire est \(\mathbf{A}^1_X\). Il existe alors une classe bivariante canonique \[C \in A^0(W_\infty \to X)\] ayant la propriété suivante : \(i_{\infty, *}(C \cap \alpha) = i_{0, *}\alpha\) pour \(\alpha \in \CH_k(X)\), et de même après tout changement de base par \(X' \to X\) localement de type fini.
Démonstration
Étant donné \(\alpha \in \CH_k(X)\), il existe \(\beta \in \CH_{k + 1}(W)\) dont la restriction est l’image inverse plate de \(\alpha\) sur \(b^{-1}(\mathbf{A}^1_X)\) ; voir le lemme 02RC. Un second choix, encore noté \(\beta\), diffère du choix initial \(\beta\) par un cycle à support dans \(W_\infty\) ; voir le lemme 02RX. Puisque le fibré normal du diviseur de Cartier effectif \(D_\infty \subset \mathbf{P}^1_X\) de (0F93) est trivial, l’homomorphisme de Gysin \(i_\infty^*\) annule les classes de cycles à support dans \(W_\infty\) ; voir la remarque 0B6Z. Ainsi, poser \(C \cap \alpha = i_\infty^*\beta\) donne une définition indépendante des choix.
Puisque \(W_\infty\) et \(W_0 = X \times \{0\}\) sont les images inverses des diviseurs de Cartier effectifs rationnellement équivalents \(D_0, D_\infty\) dans \(\mathbf{P}^1_X\), nous voyons que \(i_\infty^*\beta\) et \(i_0^*\beta\) ont la même image comme classe de cycle sur \(W\) ; en effet, tous deux représentent la classe \(c_1(\mathcal{O}_{\mathbf{P}^1_X}(1)) \cap \beta\) d’après le lemme 02T9. Par notre choix de \(\beta\), nous avons \(i_0^*\beta = \alpha\) comme cycles sur \(W_0 = X \times \{0\}\) ; voir par exemple le lemme 02TR. Nous voyons donc que \(i_{\infty, *}(C \cap \alpha) = i_{0, *}\alpha\), comme l’affirme le lemme.
Remarquons que les hypothèses sur \(b\) sont préservées par tout changement de base par \(X' \to X\) localement de type fini. Nous obtenons donc une opération \(C \cap - : \CH_k(X') \to \CH_k(W'_\infty)\) par la même construction que ci-dessus. Pour voir que cette famille d’opérations définit une classe bivariante, considérons le diagramme \[\xymatrix{ & & & \CH_*(X) \ar[d]^{\text{image inverse plate}} \\ \CH_{* + 1}(W_\infty) \ar[r] \ar[rd]^0 & \CH_{* + 1}(W) \ar[d]^{i_\infty^*} \ar[rr]^{\text{image inverse plate}} & & \CH_{* + 1}(\mathbf{A}^1_X) \ar[r] \ar@{..>}[lld]^{C \cap -} & 0 \\ & \CH_*(W_\infty) }\] pour \(X\) comme indiqué, ainsi que le changement de base de ce diagramme pour tout \(X' \to X\). Nous savons que l’image inverse plate et \(i_\infty^*\) sont des opérations bivariantes ; voir les lemmes 0B78 et 0B79. Un argument formel (faisant intervenir d’immenses diagrammes de schémas et de leurs groupes de Chow) montre alors que la flèche pointillée est une opération bivariante.
Lemme
Dans le lemme 0F9J, soit \(X' \to X\) un morphisme localement de type fini. Notons \(b' : W' \to \mathbf{P}^1_{X'}\) et \(i'_\infty : W'_\infty \to W'\) les changements de base de \(b\) et de \(i_\infty\). Alors la classe \(C' \in A^0(W'_\infty \to X')\) construite comme dans le lemme 0F9J à l’aide de \(b'\) est la restriction (remarque 0F9Z) de \(C\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la construction et du fait qu’un énoncé analogue vaut pour l’image inverse plate et \(i_\infty^*\).
Lemme
Dans le lemme 0F9J, soit \(g : W' \to W\) un morphisme propre qui est un isomorphisme au-dessus de \(\mathbf{A}^1_X\). Soient \(C' \in A^0(W'_\infty \to X)\) et \(C \in A^0(W_\infty \to X)\) les classes construites dans le lemme 0F9J. Alors \(g_{\infty, *} \circ C' = C\) dans \(A^0(W_\infty \to X)\).
Démonstration
Posons \(b' = b \circ g : W' \to \mathbf{P}^1_X\). Notons \(i'_\infty : W'_\infty \to W'\) le morphisme d’inclusion. Notons \(g_\infty : W'_\infty \to W_\infty\) la restriction de \(g\). Étant donné \(\alpha \in \CH_k(X)\), choisissons \(\beta' \in \CH_{k + 1}(W')\) dont la restriction est l’image inverse plate de \(\alpha\) sur \((b')^{-1}\mathbf{A}^1_X\). Alors \(\beta = g_*\beta' \in \CH_{k + 1}(W)\) se restreint en l’image inverse plate de \(\alpha\) sur \(b^{-1}\mathbf{A}^1_X\). Nous avons alors \(i_\infty^*\beta = g_{\infty, *}(i'_\infty)^*\beta'\) d’après le lemme 02TA. Ceci, ainsi que le fait correspondant après changement de base par des morphismes \(X' \to X\) localement de type fini, équivaut à l’assertion du lemme.
Lemme
Dans le lemme 0F9J, nous avons \(C \circ (W_\infty \to X)_* \circ i_\infty^* = i_\infty^*\).
Démonstration
Soit \(\beta \in \CH_{k + 1}(W)\). Notons \(i_0 : X = X \times \{0\} \to W\) l’immersion fermée de la fibre au-dessus de \(0\) dans \(\mathbf{P}^1\). Alors \((W_\infty \to X)_* i_\infty^* \beta = i_0^*\beta\) dans \(\CH_k(X)\), car \(i_{\infty, *}i_\infty^*\beta\) et \(i_{0, *}i_0^*\beta\) représentent la même classe sur \(W\) (par exemple d’après le lemme 02T9) et ont donc la même image directe sur \(X\). La restriction de \(\beta\) à \(b^{-1}(\mathbf{A}^1_X)\) se restreint en l’image inverse plate de \(i_0^*\beta = (W_\infty \to X)_* i_\infty^* \beta\), car nous pouvons le vérifier après image inverse par \(i_0\) ; voir les lemmes 0B74 et 0F96. Nous pouvons donc utiliser \(\beta\) pour calculer l’image de \((W_\infty \to X)_*i_\infty^*\beta\) par \(C\), et nous obtenons le résultat voulu.
Lemme
Dans le lemme 0F9J, soit \(f : Y \to X\) un morphisme localement de type fini et soit \(c \in A^*(Y \to X)\). Alors \(C \circ c = c \circ C\) dans \(A^*(W_\infty \times_X Y \to X)\).
Démonstration
Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ W_\infty \times_X Y \ar@{=}[r] & W_{Y, \infty} \ar[r]_{i_{Y, \infty}} \ar[d] & W_Y \ar[r]_{b_Y} \ar[d] & \mathbf{P}^1_Y \ar[r]_{p_Y} \ar[d] & Y \ar[d]^f \\ & W_\infty \ar[r]^{i_\infty} & W \ar[r]^b & \mathbf{P}^1_X \ar[r]^p & X }\] dont les carrés sont cartésiens. Pour un élément \(\alpha \in \CH_k(X)\), choisissons \(\beta \in \CH_{k + 1}(W)\) dont la restriction à \(b^{-1}(\mathbf{A}^1_X)\) est l’image inverse plate de \(\alpha\). Alors \(c \cap \beta\) est une classe dans \(\CH_*(W_Y)\) dont la restriction à \(b_Y^{-1}(\mathbf{A}^1_Y)\) est l’image inverse plate de \(c \cap \alpha\). Ensuite, nous avons \[i_{Y, \infty}^*(c \cap \beta) = c \cap i_\infty^*\beta\] car \(c\) est une classe bivariante. Cela signifie exactement que \(C \cap c \cap \alpha = c \cap C \cap \alpha\). Le même argument vaut après tout changement de base par \(X' \to X\) localement de type fini. Cela démontre le lemme.
Préparation aux classes de Chern localisées
Dans cette section, nous étudions quelques propriétés des classes bivariantes construites dans le lemme suivant. Nous recommandons vivement au lecteur de sauter le reste de la section.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé. Soit \[b : W \longrightarrow \mathbf{P}^1_X\] un morphisme propre de schémas. Soit \(Q \in D(\mathcal{O}_W)\) un objet parfait. Notons \(W_\infty \subset W\) l’image inverse du diviseur \(D_\infty \subset \mathbf{P}^1_X\) dont le complémentaire est \(\mathbf{A}^1_X\). Nous supposons que
les classes de Chern de \(Q\) sont définies (section 0ESY) ;
\(b\) est un isomorphisme au-dessus de \(\mathbf{A}^1_X\) ;
il existe un sous-schéma fermé \(T \subset W_\infty\) contenant tous les points de \(W_\infty\) situés au-dessus de \(X \setminus Z\) tel que \(Q|_T\) soit nul, resp. isomorphe à un \(\mathcal{O}_T\)-module localement libre de rang fini, de rang \(< p\) et placé en degré cohomologique \(0\).
Il existe alors une classe bivariante canonique \[P'_p(Q),\text{ resp. }c'_p(Q) \in A^p(Z \to X)\] telle que \((Z \to X)_* \circ P'_p(Q) = P_p(Q|_{X \times \{0\}})\), resp. \((Z \to X)_* \circ c'_p(Q) = c_p(Q|_{X \times \{0\}})\).
Démonstration
Notons \(E \subset W_\infty\) l’image inverse de \(Z\). Alors \(W_\infty = T \cup E\) et \(b\) induit un morphisme propre \(E \to Z\). Notons \(C \in A^0(W_\infty \to X)\) la classe bivariante construite dans le lemme 0F9J. Notons \(P'_p(Q|_E)\), resp. \(c'_p(Q|_E)\) dans \(A^p(E \to W_\infty)\) la classe bivariante construite dans le lemme 0F9H. Cela a un sens car \((Q|_E)|_{T \cap E}\) est nul, resp. isomorphe à un \(\mathcal{O}_{E \cap T}\)-module localement libre de rang fini, de rang \(< p\) et placé en degré cohomologique \(0\) par l’hypothèse (A2). Nous définissons alors \[P'_p(Q) = (E \to Z)_* \circ P'_p(Q|_E) \circ C,\text{ resp. } c'_p(Q) = (E \to Z)_* \circ c'_p(Q|_E) \circ C\] C’est une classe bivariante ; voir le lemme 0EPK. Puisque \(E \to Z \to X\) est égal à \(E \to W_\infty \to W \to X\), nous voyons que \[\begin{align*} (Z \to X)_* \circ c'_p(Q) & = (W \to X)_* \circ i_{\infty, *} \circ (E \to W_\infty)_* \circ c'_p(Q|_E) \circ C \\ & = (W \to X)_* \circ i_{\infty, *} \circ c_p(Q|_{W_\infty}) \circ C \\ & = (W \to X)_* \circ c_p(Q) \circ i_{\infty, *} \circ C \\ & = (W \to X)_*\circ c_p(Q) \circ i_{0, *} \\ & = (W \to X)_* \circ i_{0, *} \circ c_p(Q|_{X \times \{0\}}) \\ & = c_p(Q|_{X \times \{0\}}) \end{align*}\] La deuxième égalité résulte du lemme 0F9I. La troisième égalité vient du fait que \(c_p(Q)\) est une classe bivariante. La quatrième égalité résulte du lemme 0F9J. La cinquième égalité vient du fait que \(c_p(Q)\) est une classe bivariante. La dernière égalité vient de ce que \((W_0 \to W) \circ (W \to X)\) est l’identité de \(X\) si l’on identifie \(W_0\) à \(X\) comme nous l’avons fait ci-dessus. La même suite d’égalités permet de démontrer la propriété pour \(P'_p(Q)\).
Lemme
Dans le lemme 0F9K, soit \(X' \to X\) un morphisme localement de type fini. Notons \(Z'\), \(b' : W' \to \mathbf{P}^1_{X'}\) et \(T' \subset W'_\infty\) les changements de base de \(Z\), \(b : W \to \mathbf{P}^1_X\) et \(T \subset W_\infty\). Posons \(Q' = (W' \to W)^*Q\). Alors la classe \(P'_p(Q')\), resp. \(c'_p(Q')\) dans \(A^p(Z' \to X')\), construite comme dans le lemme 0F9K à l’aide de \(b'\), \(Q'\) et \(T'\), est la restriction (remarque 0F9Z) de la classe \(P'_p(Q)\), resp. \(c'_p(Q)\) dans \(A^p(Z \to X)\).
Démonstration
Rappelons que la construction est la suivante : \[P'_p(Q) = (E \to Z)_* \circ P'_p(Q|_E) \circ C,\text{ resp. } c'_p(Q) = (E \to Z)_* \circ c'_p(Q|_E) \circ C\] Le lemme résulte donc de la propriété de changement de base correspondante pour \(C\) (lemme 0GUH) et du fait que la même propriété de changement de base vaut pour les classes construites dans le lemme 0F9H (nous omettons un petit détail).
Lemme
Dans le lemme 0F9K, la classe bivariante \(P'_p(Q)\), resp. \(c'_p(Q)\), est indépendante du choix du sous-schéma fermé \(T\). De plus, étant donné un morphisme propre \(g : W' \to W\) qui est un isomorphisme au-dessus de \(\mathbf{A}^1_X\), en posant \(Q' = g^*Q\), nous avons \(P'_p(Q) = P'_p(Q')\), resp. \(c'_p(Q) = c'_p(Q')\).
Démonstration
L’indépendance à l’égard de \(T\) résulte immédiatement du lemme 0FAH.
Soit \(g : W' \to W\) un morphisme propre qui est un isomorphisme au-dessus de \(\mathbf{A}^1_X\). Remarquons que \(T' = g^{-1}(T) \subset W'_\infty\) est un sous-schéma fermé satisfaisant à (A2), de sorte que l’opérateur \(P'_p(Q')\), resp. \(c'_p(Q')\) dans \(A^p(Z \to X)\), correspondant à \(b' = b \circ g : W' \to \mathbf{P}^1_X\) et à \(Q'\), est défini. Notons \(E' \subset W'_\infty\) l’image inverse de \(Z\) dans \(W'_\infty\). Rappelons que \[c'_p(Q') = (E' \to Z)_* \circ c'_p(Q'|_{E'}) \circ C'\] avec \(C' \in A^0(W'_\infty \to X)\) et \(c'_p(Q'|_{E'}) \in A^p(E' \to W'_\infty)\). D’après le lemme 0FAQ, nous avons \(g_{\infty, *} \circ C' = C\). Remarquons que \(E'\) est aussi l’image inverse de \(E\) dans \(W'_\infty\) par \(g_\infty\). De plus, puisque \(Q' = g^*Q\), nous constatons que \(c'_p(Q'|_{E'})\) est simplement la restriction de \(c'_p(Q|_E)\) aux schémas au-dessus de \(W'_\infty\) ; voir la remarque 0F9Z. Nous obtenons donc \[\begin{align*} c'_p(Q') & = (E' \to Z)_* \circ c'_p(Q'|_{E'}) \circ C' \\ & = (E \to Z)_* \circ (E' \to E)_* \circ c'_p(Q|_E) \circ C' \\ & = (E \to Z)_* \circ c'_p(Q|_E) \circ g_{\infty, *} \circ C' \\ & = (E \to Z)_* \circ c'_p(Q|_E) \circ C \\ & = c'_p(Q) \end{align*}\] Dans la troisième égalité, nous avons utilisé que \(c'_p(Q|_E)\) commute à l’image directe propre puisqu’il s’agit d’une classe bivariante. L’égalité \(P'_p(Q) = P'_p(Q')\) se démontre exactement de la même manière.
Lemme
Dans le lemme 0F9K, supposons que \(Q|_T\) soit isomorphe à un \(\mathcal{O}_T\)-module localement libre de rang fini, de rang \(< p\). Notons \(C \in A^0(W_\infty \to X)\) la classe du lemme 0F9J. Alors \[C \circ c_p(Q|_{X \times \{0\}}) = C \circ (Z \to X)_* \circ c'_p(Q) = c_p(Q|_{W_\infty}) \circ C\]
Démonstration
La première égalité vaut car \(c_p(Q|_{X \times \{0\}}) = (Z \to X)_* \circ c'_p(Q)\) d’après le lemme 0F9K. Nous pouvons démontrer la seconde égalité classe de cycle par classe de cycle (voir le lemme 02UC). Comme la construction des classes bivariantes du lemme est compatible au changement de base, nous pouvons supposer disposer d’un \(\alpha \in \CH_k(X)\) et devoir montrer que \(C \cap (Z \to X)_*(c'_p(Q) \cap \alpha) = c_p(Q|_{W_\infty}) \cap C \cap \alpha\). Remarquons que \[\begin{align*} C \cap (Z \to X)_*(c'_p(Q) \cap \alpha) & = C \cap (Z \to X)_* (E \to Z)_*(c'_p(Q|_E) \cap C \cap \alpha) \\ & = C \cap (W_\infty \to X)_*(E \to W_\infty)_*(c'_p(Q|_E) \cap C \cap \alpha) \\ & = C \cap (W_\infty \to X)_*(E \to W_\infty)_*(c'_p(Q|_E) \cap i_\infty^*\beta) \\ & = C \cap (W_\infty \to X)_*(c_p(Q|_{W_\infty}) \cap i_\infty^*\beta) \\ & = C \cap (W_\infty \to X)_*i_\infty^*(c_p(Q) \cap \beta) \\ & = i_\infty^*(c_p(Q) \cap \beta) \\ & = c_p(Q|_{W_\infty}) \cap i_\infty^*\beta \\ & = c_p(Q|_{W_\infty}) \cap C \cap \alpha \end{align*}\] comme souhaité. Pour la première égalité, nous avons utilisé \(c'_p(Q) = (E \to Z)_* \circ c'_p(Q|_E) \circ C\), où \(E \subset W_\infty\) est l’image inverse de \(Z\) et \(c'_p(Q|_E)\) la classe construite dans le lemme 0F9H. La deuxième égalité exprime simplement que \(E \to Z \to X\) est égal à \(E \to W_\infty \to X\). Pour la troisième égalité, choisissons \(\beta \in \CH_{k + 1}(W)\) dont la restriction à \(b^{-1}(\mathbf{A}^1_X)\) est l’image inverse plate de \(\alpha\), de sorte que \(C \cap \alpha = i_\infty^*\beta\) par construction. La quatrième égalité est le lemme 0F9I. La cinquième vient du fait que \(c_p(Q)\) est une classe bivariante et commute donc à \(i_\infty^*\). La sixième égalité est le lemme 0FAR. La septième utilise de nouveau le fait que \(c_p(Q)\) est une classe bivariante. La dernière vaut puisque \(C \cap \alpha = i_\infty^*\beta\).
Lemme
Dans le lemme 0F9K, soit \(Y \to X\) un morphisme localement de type fini et soit \(c \in A^*(Y \to X)\) une classe bivariante. Alors \[P'_p(Q) \circ c = c \circ P'_p(Q) \quad\text{resp.}\quad c'_p(Q) \circ c = c \circ c'_p(Q)\] dans \(A^*(Y \times_X Z \to X)\).
Démonstration
Soit \(E \subset W_\infty\) l’image inverse de \(Z\). Rappelons que \(P'_p(Q) = (E \to Z)_* \circ P'_p(Q|_E) \circ C\), resp. \(c'_p(Q) = (E \to Z)_* \circ c'_p(Q|_E) \circ C\), où \(C\) est comme dans le lemme 0F9J et \(P'_p(Q|_E)\), resp. \(c'_p(Q|_E)\) sont comme dans le lemme 0F9H. D’après le lemme 0FAS, nous voyons que \(C\) commute à \(c\), et le lemme 0FAJ montre que \(P'_p(Q|_E)\), resp. \(c'_p(Q|_E)\) commute à \(c\). Comme \(c\) est une classe bivariante, elle commute par définition à l’image directe propre par \(E \to Z\). Cela achève la démonstration.
Lemme
Dans le lemme 0F9K, supposons que \(Q|_T\) soit nul. Dans \(A^*(Z \to X)\), nous avons \[\begin{align*} P'_1(Q) & = c'_1(Q), \\ P'_2(Q) & = c'_1(Q)^2 - 2c'_2(Q), \\ P'_3(Q) & = c'_1(Q)^3 - 3c'_1(Q)c'_2(Q) + 3c'_3(Q), \\ P'_4(Q) & = c'_1(Q)^4 - 4c'_1(Q)^2c'_2(Q) + 4c'_1(Q)c'_3(Q) + 2c'_2(Q)^2 - 4c'_4(Q), \end{align*}\] et ainsi de suite, la multiplication étant celle de la remarque 0FA0.
Démonstration
L’énoncé a un sens car le faisceau nul est de rang \(< 1\) et les classes \(c'_p(Q)\) sont donc définies pour tout \(p \geq 1\). Dans la démonstration du lemme 0F9K, nous avons construit les classes \(P'_p(Q)\) et \(c'_p(Q)\) en utilisant la classe bivariante \(C \in A^0(W_\infty \to X)\) du lemme 0F9J et les classes bivariantes \(P'_p(Q|_E)\) et \(c'_p(Q|_E)\) du lemme 0F9H pour la restriction \(Q|_E\) de \(Q\) à l’image inverse \(E\) de \(Z\) dans \(W_\infty\). Remarquons que le lemme 0FAK donne la relation voulue entre \(P'_p(Q|_E)\) et \(c'_p(Q|_E)\). Rappelons que \[P'_p(Q) = (E \to Z)_* \circ P'_p(Q|_E) \circ C \quad\text{et}\quad c'_p(Q) = (E \to Z)_* \circ c'_p(Q|_E) \circ C\] Pour achever la démonstration, il suffit de montrer que les multiplications définies dans la remarque 0FA0 sur les classes \(a_p = c'_p(Q)\) et sur les classes \(b_p = c'_p(Q|_E)\) concordent : \[a_{p_1}a_{p_2} \ldots a_{p_r} = (E \to Z)_* \circ b_{p_1}b_{p_2} \ldots b_{p_r} \circ C\] Nous omettons certains détails. Si \(r = 1\), c’est vrai. Pour \(r > 1\), remarquons que, d’après la remarque 0FA1, la multiplication de la remarque 0FA0 s’effectue en insérant \((Z \to X)_*\), resp. \((E \to W_\infty)_*\) entre les facteurs du produit \(a_{p_1}a_{p_2} \ldots a_{p_r}\), resp. \(b_{p_1}b_{p_2} \ldots b_{p_r}\), et en prenant les compositions comme classes bivariantes. Or, d’après le lemme 0F9H, nous avons \[(E \to W_\infty)_* \circ b_{p_i} = c_{p_i}(Q|_{W_\infty})\] et, d’après le lemme 0FAV, nous avons \[C \circ (Z \to X)_* \circ a_{p_i} = c_{p_i}(Q|_{W_\infty}) \circ C\] pour \(i = 2, \ldots, r\). Un calcul montre que le membre de gauche et le membre de droite de l’égalité voulue se simplifient tous deux en \[(E \to Z)_* \circ c'_{p_1}(Q|_E) \circ c_{p_2}(Q|_{W_\infty}) \circ \ldots \circ c_{p_r}(Q|_{W_\infty}) \circ C\] ce qui achève la démonstration.
Lemme
Dans le lemme 0F9K, supposons que \(Q|_T\) soit isomorphe à un \(\mathcal{O}_T\)-module localement libre de rang fini, de rang \(< p\). Supposons donné un autre objet parfait \(Q' \in D(\mathcal{O}_W)\) dont les classes de Chern sont définies et tel que \(Q'|_T\) soit isomorphe à un \(\mathcal{O}_T\)-module localement libre de rang fini, de rang \(< p'\), placé en degré cohomologique \(0\). Avec la notation de la remarque 0FA0, posons \[c^{(p)}(Q) = 1 + c_1(Q|_{X \times \{0\}}) + \ldots + c_{p - 1}(Q|_{X \times \{0\}}) + c'_{p}(Q) + c'_{p + 1}(Q) + \ldots\] dans \(A^{(p)}(Z \to X)\), où \(c'_i(Q)\), pour \(i \geq p\), est comme dans le lemme 0F9K. De même pour \(c^{(p')}(Q')\) et \(c^{(p + p')}(Q \oplus Q')\). Alors \(c^{(p + p')}(Q \oplus Q') = c^{(p)}(Q)c^{(p')}(Q')\) dans \(A^{(p + p')}(Z \to X)\).
Démonstration
Rappelons que l’image de \(c'_i(Q)\) dans \(A^p(X)\) est égale à \(c_i(Q|_{X \times \{0\}})\) pour \(i \geq p\), et de même pour \(Q'\) et \(Q \oplus Q'\) ; voir le lemme 0F9K. L’égalité en degrés \(< p + p'\) résulte donc de l’additivité du lemme 0F9F.
Prenons \(n \geq p + p'\). Comme dans la démonstration du lemme 0F9K, notons \(E \subset W_\infty\) l’image inverse de \(Z\). Remarquons que nous avons l’égalité \[c^{(p + p')}(Q|_E \oplus Q'|_E) = c^{(p)}(Q|_E)c^{(p')}(Q'|_E)\] dans \(A^{(p + p')}(E \to W_\infty)\) d’après le lemme 0FAL. Puisque, par construction, \[c'_p(Q \oplus Q') = (E \to Z)_* \circ c'_p(Q|_E \oplus Q'|_E) \circ C\] nous concluons qu’il suffit de montrer, pour tout \(i + j = n\), que \[(E \to Z)_* \circ c^{(p)}_i(Q|_E)c^{(p')}_j(Q'|_E) \circ C = c^{(p)}_i(Q)c^{(p')}_j(Q')\] dans \(A^n(Z \to X)\), où la multiplication est celle de la remarque 0FA0 dans les deux membres. Il y a trois cas, selon que \(i \geq p\), \(j \geq p'\), ou les deux.
Supposons \(i \geq p\) et \(j \geq p'\). Dans ce cas, les produits sont définis en insérant \((E \to W_\infty)_*\), resp. \((Z \to X)_*\) entre les deux facteurs et en prenant les compositions comme classes bivariantes ; voir la remarque 0FA1. Autrement dit, nous devons montrer \[(E \to Z)_* \circ c'_i(Q|_E) \circ (E \to W_\infty)_* \circ c'_j(Q'|_E) \circ C = c'_i(Q) \circ (Z \to X)_* \circ c'_j(Q')\] D’après le lemme 0F9H, le membre de gauche est égal à \[(E \to Z)_* \circ c'_i(Q|_E) \circ c_j(Q'|_{W_\infty}) \circ C\] Puisque \(c'_i(Q) = (E \to Z)_* \circ c'_i(Q|_E) \circ C\), le membre de droite est égal à \[(E \to Z)_* \circ c'_i(Q|_E) \circ C \circ (Z \to X)_* \circ c'_j(Q')\] ce qui est immédiatement égal à l’expression ci-dessus d’après le lemme 0FAV.
Supposons \(i \geq p\) et \(j < p\). En développant les produits dans ce cas, nous devons montrer \[(E \to Z)_* \circ c'_i(Q|_E) \circ c_j(Q'|_{W_\infty}) \circ C = c'_i(Q) \circ c_j(Q'|_{X \times \{0\}})\] En utilisant de nouveau \(c'_i(Q) = (E \to Z)_* \circ c'_i(Q|_E) \circ C\), nous voyons qu’il suffit de montrer \(c_j(Q'|_{W_\infty}) \circ C = C \circ c_j(Q'|_{X \times \{0\}})\), ce qui fait partie du lemme 0FAV.
Supposons \(i < p\) et \(j \geq p'\). En développant les produits dans ce cas, nous devons montrer \[(E \to Z)_* \circ c_i(Q|_E) \circ c'_j(Q'|_E) \circ C = c_i(Q|_{Z \times \{0\}}) \circ c'_j(Q')\] Cependant, puisque \(c'_j(Q|_E)\) et \(c'_j(Q')\) sont des classes bivariantes, elles commutent à l’intersection avec les classes de Chern (lemme 02UA). Il suffit donc de démontrer \[(E \to Z)_* \circ c'_j(Q'|_E) \circ c_i(Q|_{W_\infty}) \circ C = c'_j(Q') \circ c_i(Q|_{X \times \{0\}})\] ce qui nous ramène au cas traité au paragraphe précédent.
Lemme
Dans le lemme 0F9K, supposons que \(Q|_T\) soit nul. Supposons donné un autre objet parfait \(Q' \in D(\mathcal{O}_W)\) dont les classes de Chern sont définies et dont la restriction \(Q'|_T\) est nulle. Dans ce cas, les classes \(P'_p(Q), P'_p(Q'), P'_p(Q \oplus Q') \in A^p(Z \to X)\) construites dans le lemme 0F9K satisfont \(P'_p(Q \oplus Q') = P'_p(Q) + P'_p(Q')\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la construction de ces classes et du lemme 0FAM.
Classes de Chern localisées
Aperçu de la construction. Soit \(F\) un corps, soit \(X\) une variété sur \(F\), soit \(E\) un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_X)\), et soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé tel que \(E|_{X \setminus Z} = 0\). Nous voulons alors construire des éléments \[c_p(Z \to X, E) \in A^p(Z \to X)\] Nous le ferons en construisant un diagramme \[\xymatrix{ W \ar[d]_f \ar[r]_q & X \\ \mathbf{P}^1_F }\] et un objet parfait \(Q\) de \(D(\mathcal{O}_W)\) tels que
\(f\) est plat, et \(f\), \(q\) sont propres ; pour \(t \in \mathbf{P}^1_F\), notons \(W_t\) la fibre de \(f\), \(q_t : W_t \to X\) la restriction de \(q\), et \(Q_t = Q|_{W_t}\) ;
\(q_t : W_t \to X\) est un isomorphisme et \(Q_t = q_t^*E\) pour \(t \in \mathbf{A}^1_F\) ;
\(q_\infty : W_\infty \to X\) est un isomorphisme au-dessus de \(X \setminus Z\) ;
si \(T \subset W_\infty\) est l’adhérence de \(q_\infty^{-1}(X \setminus Z)\), alors \(Q_\infty|_T\) est nul.
L’idée est de considérer ceci comme une famille \(\{(W_t, Q_t)\}\) paramétrée par \(t \in \mathbf{P}^1\). Pour \(t \not = \infty\), nous voyons que \(c_p(Q_t)\) est simplement \(c_p(E)\) sur les groupes de Chow de \(Q_t = X\). Mais pour \(t = \infty\), nous voyons que \(c_p(Q_\infty)\) envoie les classes sur \(Q_\infty\) sur des classes à support dans \(E = q_\infty^{-1}(Z)\) puisque \(Q_\infty|_T = 0\). Nous considérons \(E\) comme le lieu exceptionnel de \(q_\infty : W_\infty \to X\). Puisque tout \(\alpha \in \CH_*(X)\) donne naissance à une « famille » de cycles \(\alpha_t \in \CH_*(W_t)\), il est naturel de définir \(c_p(Z \to X, E) \cap \alpha\) comme l’image directe \((E \to Z)_*(c_p(Q_\infty) \cap \alpha_\infty)\).
Pour réaliser cette construction, il y a deux ingrédients principaux : (1) la construction de \(W\) et de \(Q\) est une sorte de construction algébrique du graphe de Macpherson ; elle est effectuée dans Compléments sur la platitude, section 0F8Z. (2) La construction de la classe elle-même à partir de \(W\) et \(Q\) est faite dans la section 0FAT, en s’appuyant sur les sections 0FAP et 0F9G.
Situation
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée. Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) un objet. Soit \(p \geq 0\). Supposons que
\(E\) soit un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_X)\) ;
la restriction \(E|_{X \setminus Z}\) soit nulle, resp. isomorphe à un \(\mathcal{O}_{X \setminus Z}\)-module localement libre de rang fini, de rang \(< p\), placé en degré cohomologique \(0\) ; et
au moins une6 des assertions suivantes soit vraie : (a) \(X\) est quasi-compact ; (b) les composantes irréductibles de \(X\) sont quasi-compactes ; (c) il existe un complexe localement borné de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang fini représentant \(E\) ; ou (d) il existe un morphisme \(X \to X'\) de schémas localement de type fini sur \(S\) tel que \(E\) soit l’image inverse d’un objet parfait sur \(X'\) et que les composantes irréductibles de \(X'\) soient quasi-compactes.
Lemme
Dans la situation 0GUJ, il existe une classe bivariante canonique \[P_p(Z \to X, E) \in A^p(Z \to X), \quad\text{resp.}\quad c_p(Z \to X, E) \in A^p(Z \to X)\] ayant la propriété suivante : [0FB1]\[\begin{equation} i_* \circ P_p(Z \to X, E) = P_p(E), \quad\text{resp.}\quad i_* \circ c_p(Z \to X, E) = c_p(E) \end{equation}\] comme classes bivariantes sur \(X\) (où \(\circ\) est comme dans le lemme 0EPK).
Démonstration
La construction de ces classes bivariantes est la suivante. Soient \[b : W \longrightarrow \mathbf{P}^1_X \quad\text{et}\quad T \longrightarrow W_\infty \quad\text{et}\quad Q\] l’éclatement, l’objet parfait \(Q\) de \(D(\mathcal{O}_W)\) et l’immersion fermée construits dans Compléments sur la platitude, section 0F8Z et le lemme 0F90. Soit \(T' \subset T\) le sous-schéma ouvert et fermé tel que \(Q|_{T'}\) soit nul, resp. isomorphe à un \(\mathcal{O}_{T'}\)-module localement libre de rang fini, de rang \(< p\), placé en degré cohomologique \(0\). D’après la condition (2) de la situation 0GUJ, les morphismes \[T' \to T \to W_\infty \to X\] sont tous des isomorphismes de schémas au-dessus du sous-schéma ouvert \(X \setminus Z\) de \(X\). Nous vérifions ci-dessous que les classes de Chern de \(Q\) sont définies. Rappelant que \(Q|_{X \times \{0\}} \cong E\) par construction, nous concluons que la classe bivariante construite dans le lemme 0F9K à partir de \(W, b, Q, T'\) nous donne les classes \[P_p(Z \to X, E) = P'_p(Q) \in A^p(Z \to X)\] et \[c_p(Z \to X, E) = c'_p(Q) \in A^p(Z \to X)\] satisfaisant à (0FB1).
Dans ce paragraphe, nous démontrons que les classes de Chern de \(Q\) sont définies (définition 0F9E) ; nous suggérons au lecteur de sauter ce passage. Si l’hypothèse (3)(a) ou (3)(b) de la situation 0GUJ est satisfaite, c’est-à-dire si les composantes irréductibles de \(X\) sont quasi-compactes, alors il en va de même pour \(W\) (car \(W \to X\) est propre). Nous concluons donc que les classes de Chern de tout objet parfait de \(D(\mathcal{O}_W)\) sont définies d’après le lemme 0GUE. Si (3)(c) est satisfaite, c’est-à-dire si \(E\) peut être représenté par un complexe localement borné de modules localement libres de rang fini, alors l’objet \(Q\) peut être représenté par un complexe localement borné de \(\mathcal{O}_W\)-modules localement libres de rang fini d’après la partie (5) de Compléments sur la platitude, lemme 0F90. Les classes de Chern de \(Q\) sont donc définies. Enfin, supposons (3)(d) satisfaite, c’est-à-dire qu’il existe un morphisme \(X \to X'\) de schémas localement de type fini sur \(S\) tel que \(E\) soit l’image inverse d’un objet parfait \(E'\) sur \(X'\) et que les composantes irréductibles de \(X'\) soient quasi-compactes. Soient \(b' : W' \to \mathbf{P}^1_{X'}\) et \(Q' \in D(\mathcal{O}_{W'})\) le morphisme et l’objet parfait construits comme dans Compléments sur la platitude, section 0F8Z, à partir du triplet \((\mathbf{P}^1_{X'}, (\mathbf{P}^1_{X'})_\infty, L(p')^*E')\). La discussion ci-dessus montre que les classes de Chern de \(Q'\) sont définies. Puisque \(b\) et \(b'\) ont été construits par une application de Compléments sur la platitude, lemme 0GTY, il résulte de Compléments sur la platitude, lemme 0F8V, qu’il existe un morphisme \(W \to W'\) tel que \(Q = L(W \to W')^*Q'\). Le lemme 0GUE montre alors que les classes de Chern de \(Q\) sont définies.
Définition
Avec \((S, \delta)\), \(X\), \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) et \(i : Z \to X\) comme dans la situation 0GUJ.
Si la restriction \(E|_{X \setminus Z}\) est nulle, alors, pour tout \(p \geq 0\), nous définissons \[P_p(Z \to X, E) \in A^p(Z \to X)\] par la construction du lemme 0FB2, et nous définissons le caractère de Chern localisé par la formule \[ch(Z \to X, E) = \sum\nolimits_{p = 0, 1, 2, \ldots} \frac{P_p(Z \to X, E)}{p!} \quad\text{dans}\quad \prod\nolimits_{p \geq 0} A^p(Z \to X) \otimes \mathbf{Q}\]
Si la restriction \(E|_{X \setminus Z}\) est isomorphe à un \(\mathcal{O}_{X \setminus Z}\)-module localement libre de rang fini, de rang \(< p\), placé en degré cohomologique \(0\), nous définissons alors la \(p\)-ième classe de Chern localisée \(c_p(Z \to X, E)\) par la construction du lemme 0FB2.
Dans la situation de la définition, supposons que \(E|_{X \setminus Z}\) soit nul. Pour être précis, nous avons alors l’égalité \[i_* \circ ch(Z \to X, E) = ch(E)\] dans \(A^*(X) \otimes \mathbf{Q}\), car nous avons démontré ci-dessus l’égalité (0FB1).
Voici une vérification de cohérence importante.
Lemme
Dans la situation 0GUJ, soit \(f : X' \to X\) un morphisme de schémas localement de type fini. Notons \(E' = f^*E\) et \(Z' = f^{-1}(Z)\). Alors la classe bivariante de la définition 0FB5 \[P_p(Z' \to X', E') \in A^p(Z' \to X'), \quad\text{resp.}\quad c_p(Z' \to X', E') \in A^p(Z' \to X')\] construite comme dans le lemme 0FB2 à partir de \(X', Z', E'\) est la restriction (remarque 0F9Z) de la classe bivariante \(P_p(Z \to X, E) \in A^p(Z \to X)\), resp. \(c_p(Z \to X, E) \in A^p(Z \to X)\).
Démonstration
Notons \(p : \mathbf{P}^1_X \to X\) et \(p' : \mathbf{P}^1_{X'} \to X'\) les morphismes structuraux. Rappelons que \(b : W \to \mathbf{P}^1_X\) et \(b' : W' \to \mathbf{P}^1_{X'}\) sont les morphismes construits à partir des triplets \((\mathbf{P}^1_X, (\mathbf{P}^1_X)\infty, p^*E)\) et \((\mathbf{P}^1_{X'}, (\mathbf{P}^1_{X'})\infty, (p')^*E')\) dans Compléments sur la platitude, lemme 0GTY. En outre, \(Q = L\eta_{\mathcal{I}_\infty}p^*E\) et \(Q = L\eta_{\mathcal{I}'_\infty}(p')^*E'\) où \(\mathcal{I}_\infty \subset \mathcal{O}_W\) est le faisceau d’idéaux de \(W_\infty\) et \(\mathcal{I}'_\infty \subset \mathcal{O}_{W'}\) est le faisceau d’idéaux de \(W'_\infty\). Ensuite, \(h : \mathbf{P}^1_{X'} \to \mathbf{P}^1_X\) est un morphisme de schémas tel que l’image inverse du diviseur de Cartier effectif \((\mathbf{P}^1_X)_\infty\) soit le diviseur de Cartier effectif \((\mathbf{P}^1_{X'})_\infty\) et que \(h^*p^*E = (p')^*E'\). D’après Compléments sur la platitude, lemme 0F8V, nous obtenons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ W' \ar[rd]_{b'} \ar[r]_-g & \mathbf{P}^1_{X'} \times_{\mathbf{P}^1_X} W \ar[d]_r \ar[r]_-q & W \ar[d]^b \\ & \mathbf{P}^1_{X'} \ar[r] & \mathbf{P}^1_X }\] tel que \(W'\) soit le « transformé strict » de \(\mathbf{P}^1_{X'}\) par rapport à \(b\) et que \(Q' = (q \circ g)^*Q\). Rappelons maintenant que \(P_p(Z \to X, E) = P'_p(Q)\), resp. \(c_p(Z \to X, E) = c'_p(Q)\), où \(P'_p(Q)\), resp. \(c'_p(Q)\), sont construits dans le lemme 0F9K à l’aide de \(b, Q, T'\), où \(T'\) est un sous-schéma fermé \(T' \subset W_\infty\) possédant les deux propriétés suivantes : (a) \(T'\) contient tous les points de \(W_\infty\) situés au-dessus de \(X \setminus Z\), et (b) \(Q|_{T'}\) est nul, resp. isomorphe à un module localement libre de rang fini, de rang \(< p\) et placé en degré \(0\). Dans la construction du lemme 0F9K, nous avons choisi un sous-schéma fermé particulier \(T'\) possédant les propriétés (a) et (b), mais le choix précis de \(T'\) est sans importance ; voir le lemme 0FAU.
Ensuite, d’après le lemme 0GUI, la restriction de la classe bivariante \(P_p(Z \to X, E) = P'_p(Q)\), resp. \(c_p(Z \to X, E) = c_p(Q')\), à \(X'\) correspond à la classe \(P'_p(q^*Q)\), resp. \(c'_p(q^*Q)\), construite comme dans le lemme 0F9K à l’aide de \(r : \mathbf{P}^1_{X'} \times_{\mathbf{P}^1_X} W \to \mathbf{P}^1_{X'}\), du complexe \(q^*Q\) et de l’image inverse \(q^{-1}(T')\).
Maintenant, d’après la seconde assertion du lemme 0FAU, nous avons \(P'_p(Q') = P'_p(q^*Q)\), resp. \(c'_p(q^*Q) = c'_p(Q')\). Puisque \(P_p(Z' \to X', E') = P'_p(Q')\), resp. \(c_p(Z' \to X', E') = c'_p(Q')\), nous concluons que le lemme est vrai.
Remarque
Dans la situation 0GUJ, il aurait été plus naturel de remplacer l’hypothèse (3) par l’hypothèse : « les classes de Chern de \(E\) sont définies ». En fait, en combinant les lemmes 0FB2 et 0FB3 avec le lemme 0GUC, il est facile d’étendre la définition à ce cas légèrement plus général. Si cela nous est un jour nécessaire, nous le ferons ici.
Lemme
Dans la situation 0GUJ, nous avons \[P_p(Z \to X, E) \cap i_*\alpha = P_p(E|_Z) \cap \alpha, \quad\text{resp.}\quad c_p(Z \to X, E) \cap i_*\alpha = c_p(E|_Z) \cap \alpha\] dans \(\CH_*(Z)\) pour tout \(\alpha \in \CH_*(Z)\).
Démonstration
Nous démontrons seulement la seconde égalité et omettons la démonstration de la première. Puisque \(c_p(Z \to X, E)\) est une classe bivariante et que le changement de base de \(Z \to X\) par \(Z \to X\) est \(\text{id} : Z \to Z\), nous avons \(c_p(Z \to X, E) \cap i_*\alpha = c_p(Z \to X, E) \cap \alpha\). D’après le lemme 0FB3, la restriction de \(c_p(Z \to X, E)\) à \(Z\) (!) est la classe de Chern localisée pour \(\text{id} : Z \to Z\) et \(E|_Z\). Le résultat résulte donc de (0FB1) avec \(X = Z\).
Lemme
Dans la situation 0GUJ, si \(\alpha \in \CH_k(X)\) a un support disjoint de \(Z\), alors \(P_p(Z \to X, E) \cap \alpha = 0\), resp. \(c_p(Z \to X, E) \cap \alpha = 0\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la construction des classes de Chern localisées. Cela résulte aussi du fait que nous pouvons calculer \(c_p(Z \to X, E) \cap \alpha\) en restreignant d’abord \(c_p(Z \to X, E)\) au support de \(\alpha\), puis en utilisant le lemme 0FB3 pour voir que cette restriction est nulle.
Lemme
Dans la situation 0GUJ, supposons que \(Z \subset Z' \subset X\), où \(Z'\) est un sous-schéma fermé de \(X\). Alors \(P_p(Z' \to X, E) = (Z \to Z')_* \circ P_p(Z \to X, E)\), resp. \(c_p(Z' \to X, E) = (Z \to Z')_* \circ c_p(Z \to X, E)\) (avec \(\circ\) comme dans le lemme 0EPK).
Démonstration
La construction de \(P_p(Z' \to X, E)\), resp. \(c_p(Z' \to X, E)\) dans le lemme 0FB2 utilise exactement le même morphisme \(b : W \to \mathbf{P}^1_X\) et le même objet parfait \(Q\) de \(D(\mathcal{O}_W)\). Nous pouvons alors utiliser le lemme 0FAI pour conclure. Certains détails sont omis.
Lemme
Dans le lemme 0F9H, supposons que \(E_2\) soit la restriction d’un objet parfait \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) dont la restriction à \(X_1\) est nulle, resp. est isomorphe à un \(\mathcal{O}_{X_1}\)-module localement libre de rang fini de rang \(< p\) placé en degré cohomologique \(0\). Alors la classe \(P'_p(E_2)\), resp. \(c'_p(E_2)\) du lemme 0F9H coïncide avec \(P_p(X_2 \to X, E)\), resp. \(c_p(X_2 \to X, E)\) de la définition 0FB5, pourvu que \(E\) satisfasse l’hypothèse (3) de la situation 0GUJ.
Démonstration
Les hypothèses sur \(E\) impliquent qu’il existe un ouvert \(U \subset X\) contenant \(X_1\) tel que \(E|_U\) soit nul, resp. soit isomorphe à un \(\mathcal{O}_U\)-module localement libre de rang \(< p\). Voir Compléments d’algèbre, lemme 0BCD. Soit \(Z \subset X\) le complémentaire de \(U\) dans \(X\), muni de la structure de sous-schéma fermé induite réduite. Alors \(P_p(X_2 \to X, E) = (Z \to X_2)_* \circ P_p(Z \to X, E)\), resp. \(c_p(X_2 \to X, E) = (Z \to X_2)_* \circ c_p(Z \to X, E)\) par le lemme 0FB7. Nous pouvons maintenant démontrer que \(P_p(X_2 \to X, E)\), resp. \(c_p(X_2 \to X, E)\) satisfait la caractérisation de \(P'_p(E_2)\), resp. \(c'_p(E_2)\) donnée dans le lemme 0F9H. En effet, par la relation \(P_p(X_2 \to X, E) = (Z \to X_2)_* \circ P_p(Z \to X, E)\), resp. \(c_p(X_2 \to X, E) = (Z \to X_2)_* \circ c_p(Z \to X, E)\) que nous venons de démontrer et le fait que \(X_1 \cap Z = \emptyset\), la composée \(P_p(X_2 \to X, E) \circ i_{1, *}\), resp. \(c_p(X_2 \to X, E) \circ i_{1, *}\) est nulle par le lemme 0FB6. D’autre part, \(P_p(X_2 \to X, E) \circ i_{2, *} = P_p(E_2)\), resp. \(c_p(X_2 \to X, E) \circ i_{2, *} = c_p(E_2)\) par le lemme 0FB4.
Deux lemmes techniques
Dans cette section, nous développons quelques outils supplémentaires afin de pouvoir travailler plus commodément avec les classes de Chern localisées. Le lemme suivant est une version plus précise d’un fait que nous avons déjà rencontré dans les démonstrations des lemmes 0FAX et 0FAY.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(b : W \longrightarrow \mathbf{P}^1_X\) un morphisme propre de schémas. Soit \(n \geq 1\). Pour \(i = 1, \ldots, n\), soit \(Z_i \subset X\) un sous-schéma fermé, soit \(Q_i \in D(\mathcal{O}_W)\) un objet parfait, soit \(p_i \geq 0\) un entier et soient \(T_i \subset W_\infty\), \(i = 1, \ldots, n\), des sous-schémas fermés. Notons \(W_i = b^{-1}(\mathbf{P}^1_{Z_i})\). Supposons que
pour \(i = 1, \ldots, n\), l’hypothèse du lemme 0F9K soit satisfaite pour \(b, Z_i, Q_i, T_i, p_i\),
\(Q_i|_{W \setminus W_i}\) soit nul, resp. soit isomorphe à un module localement libre de rang \(< p_i\) placé en degré cohomologique \(0\),
\(Q_i\) sur \(W\) satisfasse l’hypothèse (3) de la situation 0GUJ.
Alors \(P'_{p_n}(Q_n) \circ \ldots \circ P'_{p_1}(Q_1)\) est égal à \[(W_{n, \infty} \cap \ldots \cap W_{1, \infty} \to Z_n \cap \ldots \cap Z_1)_* \circ P'_{p_n}(Q_n|_{W_{n, \infty}}) \circ \ldots \circ P'_{p_1}(Q_1|_{W_{1, \infty}}) \circ C\] dans \(A^{p_n + \ldots + p_1}(Z_n \cap \ldots \cap Z_1 \to X)\), resp. \(c'_{p_n}(Q_n) \circ \ldots \circ c'_{p_1}(Q_1)\) est égal à \[(W_{n, \infty} \cap \ldots \cap W_{1, \infty} \to Z_n \cap \ldots \cap Z_1)_* \circ c'_{p_n}(Q_n|_{W_{n, \infty}}) \circ \ldots \circ c'_{p_1}(Q_1|_{W_{1, \infty}}) \circ C\] dans \(A^{p_n + \ldots + p_1}(Z_n \cap \ldots \cap Z_1 \to X)\).
Démonstration
Démontrons l’assertion sur les classes de Chern par récurrence sur \(n\) ; l’assertion sur \(P_p(-)\) se démontre exactement de la même manière. Le cas \(n = 1\) est la construction de \(c'_{p_1}(Q_1)\), car \(W_{1, \infty}\) est l’image inverse de \(Z_1\) dans \(W_\infty\). Pour \(n > 1\), nous avons par récurrence que \(c'_{p_n}(Q_n) \circ \ldots \circ c'_{p_1}(Q_1)\) est égal à \[c'_{p_n}(Q_n) \circ (W_{n - 1, \infty} \cap \ldots \cap W_{1, \infty} \to Z_{n - 1} \cap \ldots \cap Z_1)_* \circ c'_{p_{n - 1}}(Q_{n - 1}|_{W_{n - 1}, \infty}) \circ \ldots \circ c'_{p_1}(Q_1|_{W_{1, \infty}}) \circ C\] Par le lemme 0GUI, la restriction de \(c'_{p_n}(Q_n)\) à \(Z_{n - 1} \cap \ldots \cap Z_1\) est calculée par le sous-ensemble fermé \(Z_n \cap \ldots \cap Z_1\), le morphisme \(b' : W_{n - 1} \cap \ldots \cap W_1 \to \mathbf{P}^1_{Z_{n - 1} \cap \ldots \cap Z_1}\) et la restriction de \(Q_n\) à \(W_{n - 1} \cap \ldots \cap W_1\). Observons que \((b')^{-1}(Z_n) = W_n \cap \ldots \cap W_1\) et que \((W_n \cap \ldots \cap W_1)_\infty = W_{n, \infty} \cap \ldots \cap W_{1, \infty}\). Notons \(C_{n - 1} \in A^0(W_{n - 1, \infty} \cap \ldots \cap W_{1, \infty} \to Z_{n - 1} \cap \ldots \cap Z_1)\) la classe du lemme 0F9J. Nous concluons que la restriction de \(c'_{p_n}(Q_n)\) à \(Z_{n - 1} \cap \ldots \cap Z_1\) est \[\begin{align*} & (W_{n, \infty} \cap \ldots \cap W_{1, \infty} \to Z_n \cap \ldots \cap Z_1)_* \circ c'_{p_n}(Q_n|_{(W_n \cap \ldots \cap W_1)_\infty}) \circ C_{n - 1} \\ & = (W_{n, \infty} \cap \ldots \cap W_{1, \infty} \to Z_n \cap \ldots \cap Z_1)_* \circ c'_{p_n}(Q_n|_{W_{n, \infty}}) \circ C_{n - 1} \end{align*}\] où l’égalité résulte du lemme 0GUG (nous omettons d’écrire la restriction à droite). Ainsi, l’expression ci-dessus devient \[\begin{align*} (W_{n, \infty} \cap \ldots \cap W_{1, \infty} \to Z_n \cap \ldots \cap Z_1)_* \circ c'_{p_n}(Q_n|_{W_n, \infty}) \circ \\ C_{n - 1} \circ (W_{n - 1, \infty} \cap \ldots \cap W_{1, \infty} \to Z_{n - 1} \cap \ldots \cap Z_1)_* \\ \circ c'_{p_{n - 1}}(Q_{n - 1}|_{W_{n - 1}, \infty}) \circ \ldots \circ c'_{p_1}(Q_1|_{W_{1, \infty}}) \circ C \end{align*}\] Par le lemme 0FAR, nous savons que la composée \(C_{n - 1} \circ (W_{n - 1, \infty} \cap \ldots \cap W_{1, \infty} \to Z_{n - 1} \cap \ldots \cap Z_1)_*\) est l’identité sur les éléments de l’image de l’homomorphisme de Gysin \[(W_{n - 1, \infty} \cap \ldots \cap W_{1, \infty} \to W_{n - 1} \cap \ldots \cap W_1)^*\] Il suffit donc de montrer que tout élément de l’image de \(c'_{p_{n - 1}}(Q_{n - 1}|_{W_{n - 1}, \infty}) \circ \ldots \circ c'_{p_1}(Q_1|_{W_{1, \infty}}) \circ C\) est dans l’image de l’homomorphisme de Gysin. Nous pouvons écrire \[c'_{p_i}(Q_i|_{W_{i, \infty}}) = \text{restriction de } c_{p_i}(W_i \to W, Q_i) \text{ à } W_{i, \infty}\] par le lemme 0FB8 et les hypothèses (2) et (3) sur \(Q_i\) dans l’énoncé du lemme. Ainsi, si \(\beta \in \CH_{k + 1}(W)\) se restreint à l’image inverse plate de \(\alpha\) sur \(b^{-1}(\mathbf{A}^1_X)\), alors \[\begin{align*} & c'_{p_{n - 1}}(Q_{n - 1}|_{W_{n - 1}, \infty}) \cap \ldots \cap c'_{p_1}(Q_1|_{W_{1, \infty}}) \cap C \cap \alpha \\ & = c'_{p_{n - 1}}(Q_{n - 1}|_{W_{n - 1}, \infty}) \cap \ldots \cap c'_{p_1}(Q_1|_{W_{1, \infty}}) \cap i_\infty^* \beta \\ & = c_{p_{n - 1}}(W_{n - 1} \to W, Q_{n - 1}) \cap \ldots \cap c_{p_{n - 1}}(W_1 \to W, Q_1) \cap i_\infty^* \beta \\ & = (W_{n - 1, \infty} \cap \ldots \cap W_{1, \infty} \to W_{n - 1} \cap \ldots \cap W_1)^* \left(c_{p_{n - 1}}(W_{n - 1} \to W, Q_{n - 1}) \cap \ldots \cap c_{p_1}(W_1 \to W, Q_1) \cap \beta\right) \end{align*}\] comme désiré. En effet, pour la dernière égalité, nous utilisons le fait que \(c_{p_i}(W_i \to W, Q_i)\) est une classe bivariante et donc commute à \(i_\infty^*\) par définition.
Le lemme suivant nous donne une flexibilité considérable si nous voulons calculer les classes de Chern localisées d’un complexe.
Lemme
Supposons que \((S, \delta), X, Z, b : W \to \mathbf{P}^1_X, Q, T, p\) satisfassent les hypothèses du lemme 0F9K. Soit \(F \in D(\mathcal{O}_X)\) un objet parfait tel que
la restriction de \(Q\) à \(b^{-1}(\mathbf{A}^1_X)\) soit isomorphe à l’image inverse de \(F\),
\(F|_{X \setminus Z}\) soit nul, resp. soit isomorphe à un \(\mathcal{O}_{X \setminus Z}\)-module localement libre de rang \(< p\) placé en degré cohomologique \(0\), et
\(Q\) sur \(W\) et \(F\) sur \(X\) satisfassent l’hypothèse (3) de la situation 0GUJ.
Alors la classe \(P'_p(Q)\), resp. \(c'_p(Q)\) dans \(A^p(Z \to X)\) construite dans le lemme 0F9K est égale à \(P_p(Z \to X, F)\), resp. \(c_p(Z \to X, F)\) de la définition 0FB5.
Démonstration
Les hypothèses sont préservées par changement de base par un morphisme \(X' \to X\) localement de type fini. Il suffit donc de montrer que \(P_p(Z \to X, F) \cap \alpha = P'_p(Q) \cap \alpha\), resp. \(c_p(Z \to X, F) \cap \alpha = c'_p(Q) \cap \alpha\) pour tout \(\alpha \in \CH_k(X)\). Choisissons \(\beta \in \CH_{k + 1}(W)\) dont la restriction à \(b^{-1}(\mathbf{A}^1_X)\) est égale à l’image inverse plate de \(\alpha\), comme dans la construction de \(C\) dans le lemme 0F9J. Notons \(W' = b^{-1}(Z)\) et notons \(E = W'_\infty \subset W_\infty\) l’image inverse de \(Z\) par \(W_\infty \to X\). Le lemme résulte de la suite d’égalités suivante (le cas de \(P_p\) est analogue) \[\begin{align*} c'_p(Q) \cap \alpha & = (E \to Z)_*(c'_p(Q|_E) \cap i_\infty^*\beta) \\ & = (E \to Z)_*(c_p(E \to W_\infty, Q|_{W_\infty}) \cap i_\infty^*\beta) \\ & = (W'_\infty \to Z)_*(c_p(W' \to W, Q) \cap i_\infty^*\beta) \\ & = (W'_\infty \to Z)_*((i'_\infty)^*(c_p(W' \to W, Q) \cap \beta)) \\ & = (W'_\infty \to Z)_*((i'_\infty)^*(c_p(Z' \to X, F) \cap \beta)) \\ & = (W'_0 \to Z)_*((i'_0)^*(c_p(Z' \to X, F) \cap \beta)) \\ & = (W'_0 \to Z)_*(c_p(Z' \to X, F) \cap i_0^*\beta)) \\ & = c_p(Z \to X, F) \cap \alpha \end{align*}\] La première égalité est la construction de \(c'_p(Q)\) dans le lemme 0F9K. La deuxième est le lemme 0FB8. Le changement de base de \(W' \to W\) par \(W_\infty \to W\) est le morphisme \(E = W'_\infty \to W_\infty\). La troisième égalité résulte donc du lemme 0FB3. La quatrième égalité, dans laquelle \(i'_\infty : W'_\infty \to W'\) est le morphisme d’inclusion, résulte du fait que \(c_p(W' \to W, Q)\) est une classe bivariante. Pour la cinquième égalité, observons que \(c_p(W' \to W, Q)\) et \(c_p(Z' \to X, F)\) se restreignent à la même classe bivariante dans \(A^p((b')^{-1} \to b^{-1}(\mathbf{A}^1_X))\) par l’hypothèse (1) du lemme, qui dit que \(Q\) et \(F\) se restreignent au même objet de \(D(\mathcal{O}_{b^{-1}(\mathbf{A}^1_X)})\) ; utilisons le lemme 0FB3. Puisque \((i'_\infty)^*\) annule les cycles à support dans \(W'_\infty\) (voir la remarque 0B6Z), nous concluons que la cinquième égalité est vraie. La sixième égalité est satisfaite parce que \(W'_\infty\) et \(W'_0\) sont les images inverses des diviseurs de Cartier effectifs rationnellement équivalents \(D_0, D_\infty\) dans \(\mathbf{P}^1_Z\) et donc \(i_\infty^*\beta\) et \(i_0^*\beta\) s’envoient sur la même classe de cycle sur \(W'\); plus précisément, tous deux représentent la classe \(c_1(\mathcal{O}_{\mathbf{P}^1_Z}(1)) \cap c_p(Z \to X, F_) \cap \beta\) par le lemme 02T9. La septième égalité est satisfaite parce que \(c_p(Z \to X, F)\) est une classe bivariante. Par construction, \(W'_0 = Z\) et \(i_0^*\beta = \alpha\), ce qui explique pourquoi la dernière égalité est satisfaite.
Propriétés des classes de Chern localisées
Les principaux résultats de cette section sont l’additivité et la multiplicativité des classes de Chern localisées.
Lemme
Dans la situation 0GUJ, supposons que \(E|_{X \setminus Z}\) soit nul. Alors \[\begin{align*} P_1(Z \to X, E) & = c_1(Z \to X, E), \\ P_2(Z \to X, E) & = c_1(Z \to X, E)^2 - 2c_2(Z \to X, E), \\ P_3(Z \to X, E) & = c_1(Z \to X, E)^3 - 3c_1(Z \to X, E)c_2(Z \to X, E) + 3c_3(Z \to X, E), \end{align*}\] et ainsi de suite, où les produits sont pris dans l’algèbre \(A^{(1)}(Z \to X)\) de la remarque 0FA0.
Démonstration
L’énoncé a un sens parce que le faisceau nul est de rang \(< 1\) et donc les classes \(c_p(Z \to X, E)\) sont définies pour tout \(p \geq 1\). Le résultat lui-même découle immédiatement du plus général lemme 0FAX, puisque les classes de Chern localisées ont été définies au moyen du procédé du lemme 0F9K dans la section 0FB0.
Lemme
Dans la situation 0GUJ, soit \(Y \to X\) localement de type fini et soit \(c \in A^*(Y \to X)\). Alors \[P_p(Z \to X, E) \circ c = c \circ P_p(Z \to X, E),\] respectivement \[c_p(Z \to X, E) \circ c = c \circ c_p(Z \to X, E)\] dans \(A^*(Y \times_X Z \to X)\).
Démonstration
Cela résulte du lemme 0FAW. Plus précisément, soient \[b : W \to \mathbf{P}^1_X \quad\text{et}\quad Q \quad\text{et}\quad T' \subset T \subset W_\infty\] comme dans la démonstration du lemme 0FB2. Par définition, \(c_p(Z \to X, E) = c'_p(Q)\) comme opérations bivariantes, où le membre de droite est la classe bivariante construite dans le lemme 0F9K à l’aide de \(W, b, Q, T'\). Par le lemme 0FAW, nous avons \(P'_p(Q) \circ c = c \circ P'_p(Q)\), resp. \(c'_p(Q) \circ c = c \circ c'_p(Q)\) dans \(A^*(Y \times_X Z \to X)\), et nous concluons.
Remarque
Dans la situation 0GUJ, il est commode de définir \[c^{(p)}(Z \to X, E) = 1 + c_1(E) + \ldots + c_{p - 1}(E) + c_p(Z \to X, E) + c_{p + 1}(Z \to X, E) + \ldots\] comme un élément de l’algèbre \(A^{(p)}(Z \to X)\) considérée dans la remarque 0FA0.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(Z \to X\) une immersion fermée. Soit \[E_1 \to E_2 \to E_3 \to E_1[1]\] un triangle distingué d’objets parfaits de \(D(\mathcal{O}_X)\). Supposons que
les restrictions \(E_1|_{X \setminus Z}\) et \(E_3|_{X \setminus Z}\) soient isomorphes à des \(\mathcal{O}_{X \setminus Z}\)-modules localement libres de rang fini de rangs \(< p_1\) et \(< p_3\) placés en degré \(0\), et
au moins l’une des conditions suivantes soit satisfaite : (a) \(X\) est quasi-compact, (b) \(X\) a des composantes irréductibles quasi-compactes, (c) \(E_3 \to E_1[1]\) peut être représenté par un morphisme de complexes localement bornés de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang fini, ou (d) il existe une enveloppe \(f : Y \to X\) telle que \(Lf^*E_3 \to Lf^*E_1[1]\) puisse être représenté par un morphisme de complexes localement bornés de \(\mathcal{O}_Y\)-modules localement libres de rang fini.
Avec la notation de la remarque 0FBC, nous avons \[c^{(p_1 + p_3)}(Z \to X, E_2) = c^{(p_1)}(Z \to X, E_1)c^{(p_3)}(Z \to X, E_3)\] dans \(A^{(p_1 + p_3)}(Z \to X)\).
Démonstration
Observons que les hypothèses impliquent que \(E_2|_{X \setminus Z}\) est nul, resp. est isomorphe à un \(\mathcal{O}_{X \setminus Z}\)-module localement libre de rang fini de rang \(< p_1 + p_3\). L’énoncé a donc un sens.
Soit \(f : Y \to X\) une enveloppe. En développant les membres de gauche et de droite de la formule dans l’énoncé du lemme, nous voyons que nous devons démontrer certaines égalités de classes dans \(A^*(X)\) et dans \(A^*(Z \to X)\). Grâce à l’unicité du lemme 0GUC, il suffit de démontrer les relations correspondantes dans \(A^*(Y)\) et \(A^*(Z \to Y)\). Puisque, de plus, la construction des classes en jeu est compatible au changement de base (lemme 0FB3), nous pouvons remplacer \(X\) par \(Y\) et le triangle distingué par son image inverse.
Dans la démonstration du lemme 0F9F, nous avons vu que les conditions (2)(a), (2)(b) et (2)(c) impliquent la condition (2)(d). Combiné à la discussion du paragraphe précédent, cela nous ramène au cas examiné dans le paragraphe suivant.
Soit \(\varphi^\bullet : \mathcal{E}_3^\bullet[-1] \to \mathcal{E}_1^\bullet\) un morphisme de complexes localement bornés de modules localement libres de rang fini sur \(\mathcal{O}_X\), représentant le morphisme \(E_3[-1] \to E_1\) dans la catégorie dérivée. Considérons le schéma \(X' = \mathbf{A}^1 \times X\), de projection \(g : X' \to X\). Posons \(Z' = g^{-1}(Z) = \mathbf{A}^1 \times Z\). Notons \(t\) la coordonnée sur \(\mathbf{A}^1\). Considérons le cône \(\mathcal{C}^\bullet\) du morphisme de complexes \[t g^*\varphi^\bullet : g^*\mathcal{E}_3^\bullet[-1] \longrightarrow g^*\mathcal{E}_1^\bullet\] sur \(X'\). Nous obtenons un triangle distingué \[g^*\mathcal{E}_1^\bullet \to \mathcal{C}^\bullet \to g^*\mathcal{E}_3^\bullet \to g^*\mathcal{E}_1^\bullet[1]\] où les trois premiers termes forment une suite exacte courte scindée terme à terme de complexes. Manifestement, \(\mathcal{C}^\bullet\) est un complexe borné de \(\mathcal{O}_{X'}\)-modules localement libres de rang fini dont la restriction à \(X' \setminus Z'\) est isomorphe à un module localement libre de rang fini sur \(\mathcal{O}_{X' \setminus Z'}\), de rang \(< p_1 + p_3\), placé en degré \(0\). Nous avons donc les classes de Chern localisées \[c_p(Z' \to X', \mathcal{C}^\bullet) \in A^p(Z' \to X')\] pour \(p \geq p_1 + p_3\). Pour tout \(\alpha \in \CH_k(X)\), considérons \[c_p(Z' \to X', \mathcal{C}^\bullet) \cap g^*\alpha \in \CH_{k + 1 - p}(\mathbf{A}^1 \times X)\] Si nous nous restreignons à \(t = 0\), alors le morphisme \(t g^*\varphi^\bullet\) se restreint à zéro et \(\mathcal{C}^\bullet|_{t = 0}\) est la somme directe de \(\mathcal{E}_1^\bullet\) et de \(\mathcal{E}_3^\bullet\). Par compatibilité des classes de Chern localisées au changement de base (lemme 0FB3), nous concluons que \[i_0^* \circ c^{(p_1 + p_3)}(Z' \to X', \mathcal{C}^\bullet) \circ g^* = c^{(p_1 + p_2)}(Z \to X, E_1 \oplus E_3)\] dans \(A^{(p_1 + p_3)}(Z \to X)\). D’autre part, si nous nous restreignons à \(t = 1\), alors le morphisme \(t g^*\varphi^\bullet\) se restreint à \(\varphi\) et \(\mathcal{C}^\bullet|_{t = 1}\) est un complexe borné de modules localement libres de rang fini représentant \(E_2\). Nous concluons que \[i_1^* \circ c^{(p_1 + p_3)}(Z' \to X', \mathcal{C}^\bullet) \circ g^* = c^{(p_1 + p_2)}(Z \to X, E_2)\] dans \(A^{(p_1 + p_3)}(Z \to X)\). Puisque \(i_0^* = i_1^*\) par définition de l’équivalence rationnelle (plus précisément, cela résulte des formules du lemme 0F96), nous concluons que \[c^{(p_1 + p_2)}(Z \to X, E_2) = c^{(p_1 + p_2)}(Z \to X, E_1 \oplus E_3)\] Cela nous ramène au cas examiné dans le paragraphe suivant.
Supposons que \(E_2 = E_1 \oplus E_3\) et que les triplets \((X, Z, E_i)\) soient comme dans la situation 0GUJ. Pour \(i = 1, 3\), soient \[b_i : W_i \to \mathbf{P}^1_X \quad\text{et}\quad Q_i \quad\text{et}\quad T'_i \subset T_i \subset W_{i, \infty}\] comme dans la démonstration du lemme 0FB2. Par définition, \[c_p(Z \to X, E_i) = c'_p(Q_i)\] où le membre de droite est la classe bivariante construite dans le lemme 0F9K à l’aide de \(W_i, b_i, Q_i, T'_i\). Posons \(W = W_1 \times_{b_1, \mathbf{P}^1_X, b_2} W_2\) et considérons le diagramme cartésien \[\xymatrix{ W \ar[d]_{g_1} \ar[rd]^b \ar[r]_{g_3} & W_3 \ar[d]^{b_3} \\ W_1 \ar[r]^{b_1} & \mathbf{P}^1_X }\] Bien sûr, \(b^{-1}(\mathbf{A}^1)\) s’envoie isomorphiquement sur \(\mathbf{A}^1_X\). Observons que \(T' = g_1^{-1}(T'_1) \cap g_2^{-1}(T'_2)\) contient encore tous les points de \(W_\infty\) situés au-dessus de \(X \setminus Z\). Par le lemme 0FAU, nous pouvons utiliser \(W\), \(b\), \(g_i^*\mathcal{Q}_i\) et \(T'\) pour construire \(c_p(Z \to X, E_i)\) pour \(i = 1, 3\). De plus, par l’indépendance plus forte donnée dans le lemme 0FE8, nous pouvons utiliser \(W\), \(b\), \(g_1^*Q_1 \oplus g_3^*Q_3\) et \(T'\) pour calculer les classes \(c_p(Z \to X, E_2)\). L’égalité désirée résulte donc du lemme 0FAY.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(Z \to X\) une immersion fermée. Soit \[E_1 \to E_2 \to E_3 \to E_1[1]\] un triangle distingué d’objets parfaits de \(D(\mathcal{O}_X)\). Supposons que
les restrictions \(E_1|_{X \setminus Z}\) et \(E_3|_{X \setminus Z}\) soient nulles, et
au moins l’une des conditions suivantes soit satisfaite : (a) \(X\) est quasi-compact, (b) \(X\) a des composantes irréductibles quasi-compactes, (c) \(E_3 \to E_1[1]\) peut être représenté par un morphisme de complexes localement bornés de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang fini, ou (d) il existe une enveloppe \(f : Y \to X\) telle que \(Lf^*E_3 \to Lf^*E_1[1]\) puisse être représenté par un morphisme de complexes localement bornés de \(\mathcal{O}_Y\)-modules localement libres de rang fini.
Alors nous avons \[P_p(Z \to X, E_2) = P_p(Z \to X, E_1) + P_p(Z \to X, E_3)\] pour tout \(p \in \mathbf{Z}\) et, par conséquent, \(ch(Z \to X, E_2) = ch(Z \to X, E_1) + ch(Z \to X, E_3)\).
Démonstration
La démonstration est exactement la même que celle du lemme 0FBD, si ce n’est qu’elle utilise le lemme 0FAZ à la toute fin. Pour \(p > 0\), nous pouvons déduire ce lemme du lemme 0FBD avec \(p_1 = p_3 = 1\) et de la relation entre \(P_p(Z \to X, E)\) et \(c_p(Z \to X, E)\) donnée dans le lemme 0FBA. Le cas \(p = 0\) peut se démontrer directement (il n’est intéressant que si \(X\) a une composante connexe entièrement contenue dans \(Z\)).
Lemme
Dans la situation 02QL, soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soient \(Z_i \subset X\), \(i = 1, 2\), des sous-schémas fermés. Soient \(F_i\), \(i = 1, 2\), des objets parfaits de \(D(\mathcal{O}_X)\). Supposons, pour \(i = 1, 2\), que \(F_i|_{X \setminus Z_i}\) soit nul7 et que \(F_i\) sur \(X\) satisfasse l’hypothèse (3) de la situation 0GUJ. Notons \(r_i = P_0(Z_i \to X, F_i) \in A^0(Z_i \to X)\). Alors nous avons \[c_1(Z_1 \cap Z_2 \to X, F_1 \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} F_2) = r_1 c_1(Z_2 \to X, F_2) + r_2 c_1(Z_1 \to X, F_1)\] dans \(A^1(Z_1 \cap Z_2 \to X)\) et \[\begin{align*} c_2(Z_1 \cap Z_2 \to X, F_1 \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} F_2) & = r_1 c_2(Z_2 \to X, F_2) + r_2 c_2(Z_1 \to X, F_1) + \\ & {r_1 \choose 2} c_1(Z_2 \to X, F_2)^2 + \\ & (r_1r_2 - 1) c_1(Z_2 \to X, F_2)c_1(Z_1 \to X, F_1) + \\ & {r_2 \choose 2} c_1(Z_1 \to X, F_1)^2 \end{align*}\] dans \(A^2(Z_1 \cap Z_2 \to X)\), et ainsi de suite pour les classes de Chern supérieures. De même, nous avons \[ch(Z_1 \cap Z_2 \to X, F_1 \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} F_2) = ch(Z_1 \to X, F_1) ch(Z_2 \to X, F_2)\] dans \(\prod_{p \geq 0} A^p(Z_1 \cap Z_2 \to X) \otimes \mathbf{Q}\). Plus précisément, nous avons \[P_p(Z_1 \cap Z_2 \to X, F_1 \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} F_2) = \sum\nolimits_{p_1 + p_2 = p} {p \choose p_1} P_{p_1}(Z_1 \to X, F_1) P_{p_2}(Z_2 \to X, F_2)\] dans \(A^p(Z_1 \cap Z_2 \to X)\).
Démonstration
Choisissons des morphismes propres \(b_i : W_i \to \mathbf{P}^1_X\) et \(Q_i \in D(\mathcal{O}_{W_i})\), ainsi que des sous-schémas fermés \(T_i \subset W_{i, \infty}\), comme dans la construction des classes de Chern localisées pour \(F_i\), ou plus généralement comme dans le lemme 0FE8. Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ W \ar[d]^{g_1} \ar[rd]^b \ar[r]_{g_2} & W_2 \ar[d]^{b_2} \\ W_1 \ar[r]^{b_1} & \mathbf{P}^1_X }\] où tous les morphismes sont propres et sont des isomorphismes au-dessus de \(\mathbf{A}^1_X\). Par exemple, nous pouvons prendre pour \(W\) l’adhérence du graphe de l’isomorphisme entre \(b_1^{-1}(\mathbf{A}^1_X)\) et \(b_2^{-1}(\mathbf{A}^1_X)\). Par le lemme 0FE8, nous pouvons utiliser \(W\), \(b = b_i \circ g_i\), \(Lg_i^*Q_i\) et \(g_i^{-1}(T_i)\) pour construire les classes de Chern localisées \(c_p(Z_i \to X, F_i)\). Nous nous ramenons ainsi à la situation décrite dans le paragraphe suivant.
Supposons que nous ayons
un morphisme propre \(b : W \to \mathbf{P}^1_X\) qui est un isomorphisme au-dessus de \(\mathbf{A}^1_X\),
\(E_i \subset W_\infty\) est l’image inverse de \(Z_i\),
des objets parfaits \(Q_i \in D(\mathcal{O}_W)\) dont les classes de Chern sont définies, tels que
la restriction de \(Q_i\) à \(b^{-1}(\mathbf{A}^1_X)\) soit l’image inverse de \(F_i\), et
il existe un sous-schéma fermé \(T_i \subset W_\infty\) contenant tous les points de \(W_\infty\) situés au-dessus de \(X \setminus Z_i\) tel que \(Q_i|_{T_i}\) soit nul.
Par le lemme 0FE8, nous avons \[c_p(Z_i \to X, F_i) = c'_p(Q_i) = (E_i \to Z_i)_* \circ c'_p(Q_i|_{E_i}) \circ C\] et \[P_p(Z_i \to X, F_i) = P'_p(Q_i) = (E_i \to Z_i)_* \circ P'_p(Q_i|_{E_i}) \circ C\] pour \(i = 1, 2\). Ensuite, nous observons que \(Q = Q_1 \otimes_{\mathcal{O}_W}^\mathbf{L} Q_2\) satisfait (3)(a) et (3)(b) pour \(F_1 \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} F_2\) et \(T_1 \cup T_2\). Nous voyons donc que \[c_p(Z_1 \cap Z_2 \to X, F_1 \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} F_2) = (E_1 \cap E_2 \to Z_1 \cap Z_2)_* \circ c'_p(Q|_{E_1 \cap E_2}) \circ C\] et \[P_p(Z_1 \cap Z_2 \to X, F_1 \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} F_2) = (E_1 \cap E_2 \to Z_1 \cap Z_2)_* \circ P'_p(Q|_{E_1 \cap E_2}) \circ C\] par le même lemme. Par le lemme 0FE5, les classes \(c'_p(Q|_{E_1 \cap E_2})\) et \(P'_p(Q|_{E_1 \cap E_2})\) peuvent être développées de la manière appropriée en fonction des classes \(c'_p(Q_i|_{E_i})\) et \(P'_p(Q_i|_{E_i})\). Enfin, le lemme 0FE7 nous dit que les polynômes en \(c'_p(Q_i|_{E_i})\) et \(P'_p(Q_i|_{E_i})\) coïncident avec les polynômes correspondants en \(c'_p(Q_i)\) et \(P'_p(Q_i)\), comme désiré.
Éclatement à l’infini
Soit \(X\) un schéma. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé découpé par un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini. Notons \(X' \to X\) l’éclatement de centre \(Z\). Soit \(b : W \to \mathbf{P}^1_X\) l’éclatement de centre \(\infty(Z)\). Notons \(E \subset W\) le diviseur exceptionnel. Il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X' \ar[r] \ar[d] & W \ar[d]^b \\ X \ar[r]^\infty & \mathbf{P}^1_X }\] dont les flèches horizontales sont des immersions fermées (Diviseurs, lemme 080E). Notons \(E \subset W\) le diviseur exceptionnel et \(W_\infty \subset W\) l’image inverse de \((\mathbf{P}^1_X)_\infty\). Alors les assertions suivantes sont satisfaites :
\(b\) est un isomorphisme au-dessus de \(\mathbf{A}^1_X \cup \mathbf{P}^1_{X \setminus Z}\),
\(X'\) est un diviseur de Cartier effectif sur \(W\),
\(X' \cap E\) est le diviseur exceptionnel de \(X' \to X\),
\(W_\infty = X' + E\) comme diviseurs de Cartier effectifs sur \(W\),
\(E = \underline{\text{Proj}}_Z(\mathcal{C}_{Z/X, *}[S])\), où \(S\) est une variable placée en degré \(1\),
\(X' \cap E = \underline{\text{Proj}}_Z(\mathcal{C}_{Z/X, *})\),
\(E \setminus X' = E \setminus (X' \cap E) = \underline{\Spec}_Z(\mathcal{C}_{Z/X, *}) = C_ZX\),
il existe une immersion fermée \(\mathbf{P}^1_Z \to W\) dont la composée avec \(b\) est le morphisme d’inclusion \(\mathbf{P}^1_Z \to \mathbf{P}^1_X\) et dont le changement de base par \(\infty\) est la composée \(Z \to C_ZX \to E \to W_\infty\), où la première flèche est le sommet du cône.
Rappelons que \(\mathcal{C}_{Z/X, *}\) est l’algèbre conormale de \(Z\) dans \(X\) ; voir Diviseurs, définition 0630, et que \(C_ZX\) est le cône normal de \(Z\) dans \(X\) ; voir Diviseurs, définition 0636.
Donnons maintenant la démonstration des assertions numérotées ci-dessus. Nous recommandons vivement au lecteur d’étudier quelques exemples plutôt que de lire les démonstrations.
L’assertion (1) résulte de l’assertion correspondante de Diviseurs, lemme 02OS. Observons que \(E \subset W\) est un diviseur de Cartier effectif par le même lemme.
Observons que \(W_\infty\) est un diviseur de Cartier effectif par Diviseurs, lemme 0809. Puisque \(E \subset W_\infty\), nous pouvons écrire \(W_\infty = D + E\) pour un certain diviseur de Cartier effectif \(D\); voir Diviseurs, lemme 02ON. Nous verrons ci-dessous que \(D = X'\), ce qui démontrera (2) et (4).
Puisque \(X'\) est le transformé strict de l’immersion fermée \(\infty : X \to \mathbf{P}^1_X\) (voir ci-dessus), il s’ensuit que le diviseur exceptionnel de \(X' \to X\) est égal à l’intersection \(X' \cap E\) (par exemple parce que tous deux sont découpés par l’image inverse du faisceau d’idéaux de \(Z\) sur \(X'\)). Cela démontre (3).
L’intersection de \(\infty(Z)\) avec \(\mathbf{P}^1_Z\) est le diviseur de Cartier effectif \((\mathbf{P}^1_Z)_\infty\) ; le transformé strict de \(\mathbf{P}^1_Z\) par l’éclatement \(b\) s’envoie donc isomorphiquement sur \(\mathbf{P}^1_Z\) (voir Diviseurs, lemmes 080E et 0807). Cela nous donne le morphisme \(\mathbf{P}^1_Z \to W\) mentionné en (8). C’est une immersion fermée puisque \(b\) est séparé ; voir Schémas, lemme 01KT.
Supposons que \(\Spec(A) \subset X\) soit un ouvert affine et que \(Z \cap \Spec(A)\) corresponde à l’idéal de type fini \(I \subset A\). Un voisinage affine de \(\infty(Z \cap \Spec(A))\) est un espace affine sur \(A\) de coordonnée \(s = T_0/T_1\). Notons \(J = (I, s) \subset A[s]\) l’idéal engendré par \(I\) et \(s\). Soit \(B = A[s] \oplus J \oplus J^2 \oplus \ldots\) l’algèbre de Rees de \((A[s], J)\). Observons que \[J^n = I^n \oplus sI^{n - 1} \oplus s^2I^{n - 2} \ldots \oplus s^nA \oplus s^{n + 1}A \oplus \ldots\] comme \(A\)-sous-module de \(A[s]\) pour tout \(n \geq 0\). Considérons le sous-schéma ouvert \[\text{Proj}(B) = \text{Proj}(A[s] \oplus J \oplus J^2 \oplus \ldots) \subset W\] Enfin, notons \(S\) l’élément \(s \in J\) considéré comme un élément de degré \(1\) de \(B\).
Puisque la formation de \(\text{Proj}\) commute au changement de base (Constructions, lemme 01N2), nous voyons que \[E = \text{Proj}(B \otimes_{A[s]} A/I) = \text{Proj}((A/I \oplus I/I^2 \oplus I^2/I^3 \oplus \ldots)[S])\] La vérification de l’égalité \(B \otimes_{A[s]} A/I = \bigoplus J^n/J^{n + 1}\) telle qu’elle a été donnée résulte immédiatement de notre description des puissances \(J^n\) ci-dessus. Cela démontre (5), car l’algèbre conormale de \(Z \cap \Spec(A)\) dans \(\Spec(A)\) correspond à la \(A\)-algèbre graduée \(A/I \oplus I/I^2 \oplus I^2/I^3 \oplus \ldots\) par Diviseurs, lemme 0633.
Rappelons que \(\text{Proj}(B)\) est recouvert par les ouverts affines \(D_+(S)\) et \(D_+(f^{(1)})\), pour \(f \in I\), qui sont les spectres des algèbres d’éclatement affines \(A[s][\frac{J}{s}]\) et \(A[s][\frac{J}{f}]\) ; voir Diviseurs, lemme 0804, et Algèbre, définition 052Q. Nous allons décrire chacun de ces ouverts affines, ce qui achèvera la démonstration.
L’ouvert \(D_+(S)\), c’est-à-dire le spectre de \(A[s][\frac{J}{s}]\). Il résulte de la description ci-dessus des puissances de \(J\) que \[A[s][\textstyle{\frac{J}{s}}] = \sum s^{-n}I^n[s] \subset A[s, s^{-1}]\] L’élément \(s\) est un non-diviseur de zéro dans cet anneau et définit aussi bien le diviseur exceptionnel \(E\) que \(W_\infty\). Ainsi, \(D \cap D_+(S) = \emptyset\). Enfin, le quotient de \(A[s][\frac{J}{s}]\) par \(s\) est l’algèbre conormale \[A/I \oplus I/I^2 \oplus I^2/I^3 \oplus \ldots\] Cela démontre (7).
L’ouvert \(D_+(f^{(1)})\), c’est-à-dire le spectre de \(A[s][\frac{J}{f}]\). Il résulte de la description ci-dessus des puissances de \(J\) que \[A[s][\textstyle{\frac{J}{f}}] = A[\textstyle{\frac{I}{f}}][\textstyle{\frac{s}{f}}]\] où \(\frac{s}{f}\) est une variable. L’élément \(f\) est un non-diviseur de zéro dans cet anneau, et son schéma des zéros définit le diviseur exceptionnel \(E\). Puisque \(s\) définit \(W_\infty\) et que \(s = f \cdot \frac{s}{f}\), nous concluons que \(\frac{s}{f}\) définit le diviseur \(D\) construit ci-dessus. Nous voyons alors que \[D \cap D_+(f^{(1)}) = \Spec(A[\textstyle{\frac{I}{f}}])\] qui est l’ouvert correspondant de l’éclatement \(X'\) au-dessus de \(\Spec(A)\). Plus précisément, le morphisme surjectif d’\(A[s]\)-algèbres graduées \(B \to A \oplus I \oplus I^2 \oplus \ldots\) vers l’algèbre de Rees de \((A, I)\) correspond à l’immersion fermée \(X' \to W\) au-dessus de \(\Spec(A[s])\). Cela démontre \(D = X'\), comme désiré.
Démontrons (6). Observons que le schéma des zéros de \(\frac{s}{f}\) dans le paragraphe précédent est la restriction du schéma des zéros de \(S\) à l’ouvert affine \(D_+(f^{(1)})\). Nous voyons donc que \(S = 0\) définit \(X' \cap E\) sur \(E\). Ainsi, (6) résulte de (5).
Enfin, nous devons démontrer la dernière partie de (8). C’est clair car le morphisme \(\mathbf{P}^1_Z \to W\) est décrit localement sur des ouverts affines par la surjection \[B \to B \otimes_{A[s]} A/I = (A/I \oplus I/I^2 \oplus I^2/I^3 \oplus \ldots)[S] \to A/I[S]\] et l’identification \(\text{Proj}(A/I[S]) = \Spec(A/I)\). Certains détails sont omis.
Homomorphismes de Gysin en codimension supérieure
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Dans cette section, nous allons considérer des triplets \[(Z \to X, \mathcal{N}, \sigma : \mathcal{N}^\vee \to \mathcal{C}_{Z/X})\] formés d’une immersion fermée \(Z \to X\), d’un \(\mathcal{O}_Z\)-module localement libre \(\mathcal{N}\) et d’une surjection \(\sigma : \mathcal{N}^\vee \to \mathcal{C}_{Z/X}\) du dual de \(\mathcal{N}\) vers le faisceau conormal de \(Z\) dans \(X\) ; voir Morphismes, section 01R1. Nous dirons que \(\mathcal{N}\) est un faisceau normal virtuel de \(Z\) dans \(X\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \[\xymatrix{ Z' \ar[r] \ar[d]_g & X' \ar[d]^f \\ Z \ar[r] & X }\] un diagramme cartésien de schémas localement de type fini sur \(S\) dont les flèches horizontales sont des immersions fermées. Si \(\mathcal{N}\) est un faisceau normal virtuel pour \(Z\) dans \(X\), alors \(\mathcal{N}' = g^*\mathcal{N}\) est un faisceau normal virtuel pour \(Z'\) dans \(X'\).
Démonstration
Cela résulte de la surjectivité de l’application \(g^*\mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z'/X'}\) démontrée dans Morphismes, lemme 0473.
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{N}\) un fibré normal virtuel pour une immersion fermée \(Z \to X\). Dans cette situation, posons \[p : N = \underline{\Spec}_Z(\text{Sym}(\mathcal{N}^\vee)) \longrightarrow Z\] le fibré vectoriel sur \(Z\) dont les sections correspondent aux sections de \(\mathcal{N}\). Dans cette situation, nous avons des immersions fermées canoniques \[C_ZX \longrightarrow N_ZX \longrightarrow N\] La première immersion fermée est donnée par Diviseurs, équation (0637), et la seconde immersion fermée correspond à la surjection \(\text{Sym}(\mathcal{N}^\vee) \to \text{Sym}(\mathcal{C}_{Z/X})\) induite par \(\sigma\). Soit \[b : W \longrightarrow \mathbf{P}^1_X\] l’éclatement en \(\infty(Z)\) construit dans la section 0FBG. D’après le lemme 0F9J, nous avons une classe bivariante canonique dans \[C \in A^0(W_\infty \to X)\] Considérons l’immersion ouverte \(j : C_ZX \to W_\infty\) de (0FBH) et l’immersion fermée \(i : C_ZX \to N\) construite ci-dessus. D’après le lemme 02TY, pour tout \(\alpha \in \CH_k(X)\), il existe un unique \(\beta \in \CH_*(Z)\) tel que \[i_*j^*(C \cap \alpha) = p^*\beta\] Posons \(c(Z \to X, \mathcal{N}) \cap \alpha = \beta\).
Lemme
La construction ci-dessus définit une classe bivariante8 \[c(Z \to X, \mathcal{N}) \in A^*(Z \to X)^\wedge\] et, de plus, la construction est compatible au changement de base comme dans le lemme 0FBJ. Si \(\mathcal{N}\) est de rang constant \(r\), alors \(c(Z \to X, \mathcal{N}) \in A^r(Z \to X)\).
Démonstration
Comme \(i_* \circ j^* \circ C\) et \(p^*\) sont tous deux des classes bivariantes (voir les lemmes 0B78 et 0EPK), nous pouvons utiliser l’égalité \[i_* \circ j^* \circ C = p^* \circ c(Z \to X, \mathcal{N})\] (interprétée convenablement) pour définir \(c(Z \to X, \mathcal{N})\) comme classe bivariante. Cela fonctionne parce que \(p^*\) est toujours bijectif sur les groupes de Chow d’après le lemme 02TY.
Soient \(X' \to X\), \(Z' \to X'\) et \(\mathcal{N}'\) comme dans le lemme 0FBJ. Écrivons \(c = c(Z \to X, \mathcal{N})\) et \(c' = c(Z' \to X', \mathcal{N}')\). La seconde assertion du lemme signifie que \(c'\) est la restriction de \(c\) comme dans la remarque 0F9Z. Puisque nous affirmons que cela vaut pour tout \(X'/X\) localement de type fini, un argument formel montre qu’il suffit de vérifier que \(c' \cap \alpha' = c \cap \alpha'\) pour \(\alpha' \in \CH_k(X')\). Pour le voir, remarquons que nous avons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ C_{Z'}X' \ar[d] \ar[r] & W'_\infty \ar[d] \ar[r] & W' \ar[d] \ar[r] & \mathbf{P}^1_{X'} \ar[d] \\ C_ZX \ar[r] & W_\infty \ar[r] & W \ar[r] & \mathbf{P}^1_X }\] qui induit des immersions fermées : \[W' \to W \times_{\mathbf{P}^1_X} \mathbf{P}^1_{X'},\quad W'_\infty \to W_\infty \times_X X',\quad C_{Z'}X' \to C_ZX \times_Z Z'\] Pour obtenir \(c \cap \alpha'\), nous utilisons la classe \(C \cap \alpha'\) définie au moyen du morphisme \(W \times_{\mathbf{P}^1_X} \mathbf{P}^1_{X'} \to \mathbf{P}^1_{X'}\) dans le lemme 0F9J. Pour obtenir \(c' \cap \alpha'\), d’autre part, nous utilisons la classe \(C' \cap \alpha'\) définie au moyen du morphisme \(W' \to \mathbf{P}^1_{X'}\). D’après le lemme 0FAQ, l’image directe de \(C' \cap \alpha'\) par l’immersion fermée \(W'_\infty \to (W \times_{\mathbf{P}^1_X} \mathbf{P}^1_{X'})_\infty\) est égale à \(C \cap \alpha'\). Il en va donc de même pour les images inverses sur les ouverts \[C_{Z'}X' \subset W'_\infty,\quad C_ZX \times_Z Z' \subset (W \times_{\mathbf{P}^1_X} \mathbf{P}^1_{X'})_\infty\] d’après le lemme 02RG. Puisque nous avons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ C_{Z'} X' \ar[d] \ar[r] & N' \ar@{=}[d] \\ C_ZX \times_Z Z' \ar[r] & N \times_Z Z' }\] les images directes de ces classes donnent la même classe sur \(N'\), ce qui prouve que nous obtenons le même élément \(c \cap \alpha' = c' \cap \alpha'\) dans \(\CH_*(Z')\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{N}\) un faisceau normal virtuel pour un sous-schéma fermé \(Z\) de \(X\). Supposons que nous ayons une suite exacte courte \(0 \to \mathcal{N}' \to \mathcal{N} \to \mathcal{E} \to 0\) de \(\mathcal{O}_Z\)-modules localement libres de rang fini telle que la surjection donnée \(\sigma : \mathcal{N}^\vee \to \mathcal{C}_{Z/X}\) se factorise par une application \(\sigma' : (\mathcal{N}')^\vee \to \mathcal{C}_{Z/X}\). Alors \[c(Z \to X, \mathcal{N}) = c_{top}(\mathcal{E}) \circ c(Z \to X, \mathcal{N}')\] comme classes bivariantes.
Démonstration
Notons \(N' \to N\) l’immersion fermée de fibrés vectoriels correspondant à la surjection \(\mathcal{N}^\vee \to (\mathcal{N}')^\vee\). Nous avons alors des immersions fermées \[C_ZX \to N' \to N\] Ainsi, la relation voulue entre les classes bivariantes résulte immédiatement du lemme 0FAA.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Considérons un diagramme cartésien \[\xymatrix{ Z' \ar[r] \ar[d]_g & X' \ar[d]^f \\ Z \ar[r] & X }\] de schémas localement de type fini sur \(S\), dont les flèches horizontales sont des immersions fermées. Soient \(\mathcal{N}\), resp. \(\mathcal{N}'\), un faisceau normal virtuel pour \(Z \subset X\), resp. \(Z' \to X'\). Supposons donnée une suite exacte courte \(0 \to \mathcal{N}' \to g^*\mathcal{N} \to \mathcal{E} \to 0\) de modules localement libres de rang fini sur \(Z'\), telle que le diagramme \[\xymatrix{ g^*\mathcal{N}^\vee \ar[r] \ar[d] & (\mathcal{N}')^\vee \ar[d] \\ g^*\mathcal{C}_{Z/X} \ar[r] & \mathcal{C}_{Z'/X'} }\] soit commutatif. Alors nous avons \[res(c(Z \to X, \mathcal{N})) = c_{top}(\mathcal{E}) \circ c(Z' \to X', \mathcal{N}')\] dans \(A^*(Z' \to X')^\wedge\).
Démonstration
D’après le lemme 0FBK, nous avons \(res(c(Z \to X, \mathcal{N})) = c(Z' \to X', g^*\mathcal{N})\), et l’égalité résulte du lemme 0FBL.
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{N}\) un faisceau normal virtuel pour un sous-schéma fermé \(Z\) de \(X\). Soit \(Y \to X\) un morphisme localement de type fini. Supposons que \(Z \times_X Y \to Y\) soit une immersion fermée régulière, voir Diviseurs, section 0638. Dans ce cas, le faisceau conormal \(\mathcal{C}_{Z \times_X Y/Y}\) est un \(\mathcal{O}_{Z \times_X Y}\)-module localement libre de rang fini, et nous obtenons une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{E}^\vee \to \mathcal{N}^\vee|_{Z \times_X Y} \to \mathcal{C}_{Z \times_X Y/Y} \to 0\] Le quotient \(\mathcal{N}|_{Y \times_X Z} \to \mathcal{E}\) est appelé le faisceau normal d’excès de la situation.
Lemme
Dans la situation décrite juste ci-dessus, supposons que \(\dim_\delta(Y) = n\) et que \(\mathcal{C}_{Y \times_X Z/Z}\) soit de rang constant \(r\). Alors \[c(Z \to X, \mathcal{N}) \cap [Y]_n = c_{top}(\mathcal{E}) \cap [Z \times_X Y]_{n - r}\] dans \(\CH_*(Z \times_X Y)\).
Démonstration
La classe bivariante \(c_{top}(\mathcal{E}) \in A^*(Z \times_X Y)\) a été définie dans la remarque 0FA4. D’après le lemme 0FBK, nous pouvons remplacer \(X\) par \(Y\). Ainsi, nous pouvons supposer que \(Z \to X\) est une immersion fermée régulière de codimension \(r\), que \(\dim_\delta(X) = n\), et nous devons montrer que \(c(Z \to X, \mathcal{N}) \cap [X]_n = c_{top}(\mathcal{E}) \cap [Z]_{n - r}\) dans \(\CH_*(Z)\). D’après le lemme 0FBL, nous pouvons même supposer que \(\mathcal{N}^\vee \to \mathcal{C}_{Z/X}\) est un isomorphisme. Autrement dit, nous devons montrer que \(c(Z \to X, \mathcal{C}_{Z/X}^\vee) \cap [X]_n = [Z]_{n - r}\) dans \(\CH_*(Z)\).
Reprenons les étapes de la définition de \(c(Z \to X, \mathcal{C}_{Z/X}^\vee) \cap [X]_n\). Soit \(b : W \to \mathbf{P}^1_X\) l’éclatement de \(\infty(Z)\). Nous devons d’abord calculer \(C \cap [X]_n\), où \(C \in A^0(W_\infty \to X)\) est la classe du lemme 0F9J. Pour ce faire, remarquons que \([W]_{n + 1}\) est un cycle sur \(W\) dont la restriction à \(\mathbf{A}^1_X\) est égale à l’image inverse plate de \([X]_n\). Ainsi, \(C \cap [X]_n\) est égal à \(i_\infty^*[W]_{n + 1}\). Comme \(W_\infty\) est un diviseur de Cartier effectif sur \(W\), nous avons \(i_\infty^*[W]_{n + 1} = [W_\infty]_n\), voir le lemme 02TB. La restriction de cette classe à l’ouvert \(C_ZX \subset W_\infty\) est bien sûr simplement \([C_ZX]_n\). Comme \(Z \subset X\) est régulièrement immergé, nous avons \[\mathcal{C}_{Z/X, *} = \text{Sym}(\mathcal{C}_{Z/X})\] comme \(\mathcal{O}_Z\)-algèbres graduées, voir Diviseurs, lemme 063M. Ainsi, \(p : N = C_ZX \to Z\) est le morphisme structural du fibré vectoriel associé au module localement libre de rang fini \(\mathcal{C}_{Z/X}\) de rang \(r\). Il est alors clair que \(p^*[Z]_{n - r} = [C_ZX]_n\), et la démonstration est achevée.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{N}\) un faisceau normal virtuel pour un sous-schéma fermé \(Z\) de \(X\). Soit \(Y \to X\) un morphisme localement de type fini. Étant donnés des entiers \(r\), \(n\), supposons que
\(\mathcal{N}\) soit localement libre de rang \(r\),
toute composante irréductible de \(Y\) soit de \(\delta\)-dimension \(n\),
\(\dim_\delta(Z \times_X Y) \leq n - r\), et
pour \(\xi \in Z \times_X Y\) tel que \(\delta(\xi) = n - r\), l’anneau local \(\mathcal{O}_{Y, \xi}\) soit de Cohen-Macaulay.
Alors \(c(Z \to X, \mathcal{N}) \cap [Y]_n = [Z \times_X Y]_{n - r}\) dans \(\CH_{n - r}(Z \times_X Y)\).
Démonstration
L’énoncé a un sens puisque \(Z \times_X Y\) est un sous-schéma fermé de \(Y\). Comme \(\mathcal{N}\) est de rang \(r\), nous savons que \(c(Z \to X, \mathcal{N}) \cap [Y]_n\) appartient à \(\CH_{n - r}(Z \times_X Y)\). Puisque \(\dim_\delta(Z \cap Y) \leq n - r\), le groupe de Chow \(\CH_{n - r}(Z \times_X Y)\) est librement engendré par les classes de cycles des composantes irréductibles \(W \subset Z \times_X Y\) de \(\delta\)-dimension \(n - r\). Soit \(\xi \in W\) le point générique. D’après l’hypothèse (2), nous voyons que \(\dim(\mathcal{O}_{Y, \xi}) = r\). D’autre part, comme \(\mathcal{N}\) est de rang \(r\) et que \(\mathcal{N}^\vee \to \mathcal{C}_{Z/X}\) est surjectif, nous voyons que le faisceau d’idéaux de \(Z\) est localement défini par \(r\) équations. Ainsi, le faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_Y\) de \(Z \times_X Y\) dans \(Y\) est localement engendré par \(r\) éléments. Comme \(\mathcal{O}_{Y, \xi}\) est de Cohen-Macaulay de dimension \(r\) et que \(\mathcal{I}_\xi\) est un idéal de définition (puisque \(\xi\) est un point générique de \(Z \times_X Y\)), il s’ensuit que \(\mathcal{I}_\xi\) est engendré par une suite régulière (Algèbre, lemme 02JN). D’après Diviseurs, lemme 063I, nous voyons que \(\mathcal{I}\) est engendré par une suite régulière sur un voisinage ouvert \(V \subset Y\) de \(\xi\). D’après notre description de \(\CH_{n - r}(Z \times_X Y)\), il suffit de montrer que \(c(Z \to X, \mathcal{N}) \cap [V]_n = [Z \times_X V]_{n - r}\) dans \(\CH_{n - r}(Z \times_X V)\). Cela résulte du lemme 0FBM, car le faisceau normal d’excès est \(0\) sur \(V\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \((\mathcal{L}, s, i : D \to X)\) un triplet comme dans la définition 02T8. L’homomorphisme de Gysin \(i^*\), considéré comme un élément de \(A^1(D \to X)\) (voir le lemme 0B79), est égal à la classe bivariante \(c(D \to X, \mathcal{N}) \in A^1(D \to X)\) construite à l’aide de \(\mathcal{N} = i^*\mathcal{L}\), considéré comme un faisceau normal virtuel pour \(D\) dans \(X\).
Démonstration
Nous utiliserons le critère du lemme 02UC. Ainsi, nous pouvons supposer que \(X\) est un schéma intègre et nous devons montrer que \(i^*[X]\) est égal à \(c \cap [X]\). Soit \(n = \dim_\delta(X)\). Comme d’habitude, il y a deux cas.
Si \(X = D\), nous voyons que les deux classes sont représentées par \(c_1(\mathcal{N}) \cap [X]_n\). Voir le lemme 0FBM et la définition 02T8.
Si \(D \not = X\), alors \(D \to X\) est un diviseur de Cartier effectif et, en particulier, une immersion fermée régulière de codimension \(1\). De nouveau d’après le lemme 0FBM, nous concluons que \(c(D \to X, \mathcal{N}) \cap [X]_n = [D]_{n - 1}\). Par définition, il en va de même pour l’homomorphisme de Gysin, et nous concluons une nouvelle fois.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé muni d’un faisceau normal virtuel \(\mathcal{N}\). Soit \(Y \to X\) localement de type fini et soit \(c \in A^*(Y \to X)\). Alors \(c\) et \(c(Z \to X, \mathcal{N})\) commutent (remarque 0FA2).
Démonstration
Pour le vérifier, nous pouvons utiliser le lemme 02UC. Ainsi, nous pouvons supposer que \(X\) est un schéma intègre, et nous devons montrer \(c \cap c(Z \to X, \mathcal{N}) \cap [X] = c(Z \to X, \mathcal{N}) \cap c \cap [X]\) dans \(\CH_*(Z \times_X Y)\).
Si \(Z = X\), alors \(c(Z \to X, \mathcal{N}) = c_{top}(\mathcal{N})\) d’après le lemme 0FBM, et cette classe commute avec la classe bivariante \(c\), voir le lemme 02UA.
Supposons que \(Z\) ne soit pas égal à \(X\). D’après le lemme 02UC, il suffit même de prouver le résultat après avoir éclaté \(X\) (le long d’un idéal non nul). Éclatons \(X\) le long du faisceau d’idéaux de \(Z\). Cela nous ramène au cas où \(Z\) est un diviseur de Cartier effectif, voir Diviseurs, lemme 02OS,
Si \(Z\) est un diviseur de Cartier effectif, alors nous avons \[c(Z \to X, \mathcal{N}) = c_{top}(\mathcal{E}) \circ i^*\] où \(i^* \in A^1(Z \to X)\) est l’homomorphisme de Gysin associé à \(i : Z \to X\) (lemme 0B79) et \(\mathcal{E}\) est le dual du noyau de \(\mathcal{N}^\vee \to \mathcal{C}_{Z/X}\), voir les lemmes 0FBL et 0FBN. Nous concluons alors parce que les classes de Chern sont dans le centre de l’anneau bivariant (au sens fort formulé dans le lemme 02UA) et que \(c\) commute avec l’homomorphisme de Gysin \(i^*\) par définition des classes bivariantes.
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma intègre localement de type fini sur \(S\), de \(\delta\)-dimension \(n\). Soient \(Z \subset Y \subset X\) des sous-schémas fermés qui sont tous deux des diviseurs de Cartier effectifs dans \(X\). Notons \(o : Y \to C_Y X\) la section nulle du cône normal en droites de \(Y\) dans \(X\). Comme \(C_YX\) est un fibré en droites sur \(Y\), nous obtenons une classe bivariante \(o^* \in A^1(Y \to C_YX)\), voir le lemme 0B79.
Lemme
Avec les notations ci-dessus, nous avons \[o^*[C_ZX]_n = [C_Z Y]_{n - 1}\] dans \(\CH_{n - 1}(Y \times_{o, C_Y X} C_ZX)\).
Démonstration
Notons \(W \to \mathbf{P}^1_X\) l’éclatement de \(\infty(Z)\) comme dans la section 0FBG. De même, notons \(W' \to \mathbf{P}^1_X\) l’éclatement de \(\infty(Y)\). Comme \(\infty(Z) \subset \infty(Y)\), nous obtenons une inclusion opposée des faisceaux d’idéaux, donc une application des algèbres graduées définissant ces éclatements. Cela produit un morphisme rationnel de \(W\) vers \(W'\) qui admet en fait un représentant canonique \[W \supset U \longrightarrow W'\] Voir Constructions, lemme 07ZG. Un calcul local (omis) montre que \(U\) contient au moins tous les points de \(W\) qui ne sont pas au-dessus de \(\infty\), ainsi que le sous-schéma ouvert \(C_Z X\) de la fibre spéciale. Quitte à restreindre \(U\), nous pouvons supposer que \(U_\infty = C_Z X\) et que \(\mathbf{A}^1_X \subset U\). Un autre calcul local (omis) montre que le morphisme \(U_\infty \to W'_\infty\) induit le morphisme canonique \(C_Z X \to C_Y X \subset W'_\infty\) de cônes normaux induit par l’inclusion des faisceaux d’idéaux provenant de \(Z \subset Y\). Notons \(W'' \subset W\) la transformée stricte de \(\mathbf{P}^1_Y \subset \mathbf{P}^1_X\) dans \(W\). Alors \(W''\) est l’éclatement de \(\mathbf{P}^1_Y\) en \(\infty(Z)\) d’après Diviseurs, lemme 080E, et donc \((W'' \cap U)_\infty = C_ZY\).
Considérons le diviseur de Cartier effectif \(i : \mathbf{P}^1_Y \to W'\) de (0FE9) et sa classe bivariante associée \(i^* \in A^1(\mathbf{P}^1_Y \to W')\) donnée par le lemme 0B79. Notons de même \((i'_\infty)^* \in A^1(W'_\infty \to W')\) l’application de Gysin à l’infini. Remarquons que la restriction de \(i'_\infty\) (remarque 0F9Z) à \(U\) est la restriction de \(i_\infty^* \in A^1(W_\infty \to W)\) à \(U\). D’une part, nous avons \[(i'_\infty)^* i^* [U]_{n + 1} = i_\infty^* i^* [U]_{n + 1} = i_\infty^* [(W'' \cap U)_\infty]_{n + 1} = [C_ZY]_n\] parce que \(i_\infty^*\) annule toutes les classes à support au-dessus de \(\infty\), parce que \(i^*[U]\) et \([W'']\) coïncident comme cycles sur \(\mathbf{A}^1\), et parce que \(C_ZY\) est la fibre de \(W'' \cap U\) au-dessus de \(\infty\). D’autre part, nous avons \[(i'_\infty)^* i^* [U]_{n + 1} = i^* i_\infty^*[U]_{n + 1} = i^* [U_\infty] = o^*[C_YX]_n\] parce que \((i'_\infty)^*\) et \(i^*\) commutent (lemme 0B73) et parce que la fibre de \(i : \mathbf{P}^1_Y \to W'\) au-dessus de \(\infty\) se factorise par \(o : Y \to C_YX\) et l’immersion ouverte \(C_YX \to W'_\infty\). Le lemme en résulte.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soient \(Z \subset Y \subset X\) des sous-schémas fermés d’un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{N}\) un faisceau normal virtuel pour \(Z \subset X\). Soit \(\mathcal{N}'\) un faisceau normal virtuel pour \(Z \subset Y\). Soit \(\mathcal{N}''\) un faisceau normal virtuel pour \(Y \subset X\). Supposons qu’il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (\mathcal{N}'')^\vee|_Z \ar[r] \ar[d] & \mathcal{N}^\vee \ar[r] \ar[d] & (\mathcal{N}')^\vee \ar[d] \\ \mathcal{C}_{Y/X}|_Z \ar[r] & \mathcal{C}_{Z/X} \ar[r] & \mathcal{C}_{Z/Y} }\] où la suite du bas provient de Compléments sur les morphismes, lemme 06AE, et où la suite du haut est une suite exacte courte. Alors \[c(Z \to X, \mathcal{N}) = c(Z \to Y, \mathcal{N}') \circ c(Y \to X, \mathcal{N}'')\] dans \(A^*(Z \to X)^\wedge\).
Démonstration
Remarquons que les hypothèses restent satisfaites après tout changement de base par un morphisme \(X' \to X\) localement de type fini (la suite exacte courte de faisceaux normaux virtuels est localement scindée et reste donc exacte après tout changement de base). Ainsi, pour vérifier l’égalité des classes bivariantes, nous pouvons utiliser le lemme 02UC. Nous pouvons donc supposer que \(X\) est un schéma intègre, et nous devons montrer \(c(Z \to X, \mathcal{N}) \cap [X] = c(Z \to Y, \mathcal{N}') \cap c(Y \to X, \mathcal{N}'') \cap [X]\).
Si \(Y = X\), alors nous avons \[\begin{align*} c(Z \to Y, \mathcal{N}') \cap c(Y \to X, \mathcal{N}'') \cap [X] & = c(Z \to Y, \mathcal{N}') \cap c_{top}(\mathcal{N}'') \cap [Y] \\ & = c_{top}(\mathcal{N}''|_Z) \cap c(Z \to Y, \mathcal{N}') \cap [Y] \\ & = c(Z \to X, \mathcal{N}) \cap [X] \end{align*}\] La première égalité résulte du lemme 0FBL. La deuxième vient de ce que les classes de Chern commutent avec les classes bivariantes (lemme 02UA). La troisième égalité résulte du lemme 0FBL.
Supposons \(Y \not = X\). D’après le lemme 02UC, il suffit même de prouver le résultat après avoir éclaté \(X\) en un idéal non nul. Éclatons \(X\) le long du produit du faisceau d’idéaux de \(Y\) et du faisceau d’idéaux de \(Z\). Cela nous ramène au cas où \(Y\) et \(Z\) sont tous deux des diviseurs de Cartier effectifs sur \(X\), voir Diviseurs, lemmes 02OS et 080A.
Notons \(\mathcal{N}'' \to \mathcal{E}\) la surjection de \(\mathcal{O}_Z\)-modules localement libres de rang fini telle que \(0 \to \mathcal{E}^\vee \to (\mathcal{N}'')^\vee \to \mathcal{C}_{Y/X} \to 0\) soit une suite exacte courte. Alors \(\mathcal{N} \to \mathcal{E}|_Z\) est également une surjection. Notons \(\mathcal{N}_1\) le noyau localement libre de rang fini de cette application et remarquons que \(\mathcal{N}^\vee \to \mathcal{C}_{Z/X}\) se factorise par \(\mathcal{N}_1\). D’après le lemme 0FBL, nous avons \[c(Y \to X, \mathcal{N}'') = c_{top}(\mathcal{E}) \circ c(Y \to X, \mathcal{C}_{Y/X}^\vee)\] et \[c(Z \to X, \mathcal{N}) = c_{top}(\mathcal{E}|_Z) \circ c(Z \to X, \mathcal{N}_1)\] Comme les classes de Chern de fibrés commutent avec les classes bivariantes (lemme 02UA), il suffit de prouver \[c(Z \to X, \mathcal{N}_1) = c(Z \to Y, \mathcal{N}') \circ c(Y \to X, \mathcal{C}_{Y/X}^\vee)\] dans \(A^*(Z \to X)\). Pour cela, nous pouvons supposer que \(\mathcal{N}'' = \mathcal{C}_{Y/X}\). Cela nous ramène au cas examiné dans l’alinéa suivant.
Dans cet alinéa, \(Z\) et \(Y\) sont des diviseurs de Cartier effectifs sur \(X\), qui est intègre de dimension \(n\), et nous avons \(\mathcal{N}'' = \mathcal{C}_{Y/X}\). Dans ce cas, \(c(Y \to X, \mathcal{C}_{Y/X}^\vee) \cap [X] = [Y]_{n - 1}\) d’après le lemme 0FBM. Nous devons donc prouver que \(c(Z \to X, \mathcal{N}) \cap [X] = c(Z \to Y, \mathcal{N}') \cap [Y]_{n - 1}\). Notons \(N\) et \(N'\) les fibrés vectoriels sur \(Z\) associés à \(\mathcal{N}\) et \(\mathcal{N}'\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ N' \ar[r]_i & N \ar[r] & (C_Y X) \times_Y Z \\ C_Z Y \ar[r] \ar[u] & C_Z X \ar[u] }\] de cônes et de fibrés vectoriels sur \(Z\). Remarquons que \(N'\) est un diviseur de Cartier effectif relatif dans \(N\) sur \(Z\) et que \[\xymatrix{ N' \ar[d] \ar[r]_i & N \ar[d] \\ Z \ar[r]^-o & (C_Y X) \times_Y Z }\] est cartésien, où \(o\) est la section nulle du fibré en droites \(C_Y X\) sur \(Y\). D’après le lemme 0FEB, nous avons \(o^*[C_ZX]_n = [C_Z Y]_{n - 1}\) dans \[\CH_{n - 1}(Y \times_{o, C_Y X} C_ZX) = \CH_{n - 1}(Z \times_{o, (C_Y X) \times_Y Z} C_ZX)\] Par la propriété cartésienne de ce carré, il s’ensuit que \[i^*[C_ZX]_n = [C_Z Y]_{n - 1}\] dans \(\CH_{n - 1}(N')\). Remarquons maintenant que \(\gamma = c(Z \to X, \mathcal{N}) \cap [X]\) et \(\gamma' = c(Z \to Y, \mathcal{N}') \cap [Y]_{n - 1}\) sont caractérisés par \(p^*\gamma = [C_Z X]_n\) dans \(\CH_n(N)\) et par \((p')^*\gamma' = [C_Z Y]_{n - 1}\) dans \(\CH_{n - 1}(N')\). La démonstration est donc achevée, puisque \(i^* \circ p^* = (p')^*\) d’après le lemme 02TR.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(i : Z \to X\) une immersion de schémas. Dans cette situation,
le faisceau conormal \(\mathcal{C}_{Z/X}\) de \(Z\) dans \(X\) est défini (Morphismes, définition 01R2),
nous appelons un couple formé d’un \(\mathcal{O}_Z\)-module localement libre de rang fini \(\mathcal{N}\) et d’une surjection \(\sigma : \mathcal{N}^\vee \to \mathcal{C}_{Z/X}\) un fibré normal virtuel pour l’immersion \(Z \to X\),
choisissons un sous-schéma ouvert \(U \subset X\) tel que \(Z \to X\) se factorise par une immersion fermée \(Z \to U\) et posons \(c(Z \to X, \mathcal{N}) = c(Z \to U, \mathcal{N}) \circ (U \to X)^*\).
La classe bivariante \(c(Z \to X, \mathcal{N})\) ne dépend pas du choix du sous-schéma ouvert \(U\). Tous les lemmes ont des analogues immédiats pour cette construction légèrement plus générale. Nous omettons les détails.
Calcul de quelques classes
Pour aller plus loin, nous devons calculer les valeurs de certaines des classes construites ci-dessus.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang \(r\). Alors \[\prod\nolimits_{n = 0, \ldots, r} c(\wedge^n \mathcal{E})^{(-1)^n} = 1 - (r - 1)! c_r(\mathcal{E}) + \ldots\]
Démonstration
Par le principe de scindage, nous pouvons ramener ceci à un calcul dans l’anneau de polynômes aux racines de Chern \(x_1, \ldots, x_r\) de \(\mathcal{E}\). Voir la section 02UK. Remarquons que \[c(\wedge^n \mathcal{E}) = \prod\nolimits_{1 \leq i_1 < \ldots < i_n \leq r} (1 + x_{i_1} + \ldots + x_{i_n})\] Ainsi, le logarithme du membre de gauche de l’égalité du lemme est \[- \sum\nolimits_{p \geq 1} \sum\nolimits_{n = 0}^r \sum\nolimits_{1 \leq i_1 < \ldots < i_n \leq r} \frac{(-1)^{p + n}}{p}(x_{i_1} + \ldots + x_{i_n})^p\] Remarquons bien le signe moins devant. Cependant, nous avons \[\sum\nolimits_{p \geq 0} \sum\nolimits_{n = 0}^r \sum\nolimits_{1 \leq i_1 < \ldots < i_n \leq r} \frac{(-1)^{p + n}}{p!}(x_{i_1} + \ldots + x_{i_n})^p = \prod (1 - e^{-x_i})\] Nous voyons donc que le premier terme non nul de notre classe de Chern est de degré \(r\) et égal à la valeur annoncée.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{C}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang \(r\). Considérons les morphismes \[X = \underline{\text{Proj}}_X(\mathcal{O}_X[T]) \xrightarrow{i} E = \underline{\text{Proj}}_X(\text{Sym}^*(\mathcal{C})[T]) \xrightarrow{\pi} X\] Alors \(c_t(i_*\mathcal{O}_X) = 0\) pour \(t = 1, \ldots, r - 1\) et, dans \(A^0(C \to E)\), nous avons \[p^* \circ \pi_* \circ c_r(i_*\mathcal{O}_X) = (-1)^{r - 1}(r - 1)! j^*\] où \(j : C \to E\) et \(p : C \to X\) sont l’inclusion et le morphisme structural du fibré vectoriel \(C = \underline{\Spec}(\text{Sym}^*(\mathcal{C}))\).
Démonstration
L’application canonique \(\pi^*\mathcal{C} \to \mathcal{O}_E(1)\) s’annule exactement le long de \(i(X)\). Ainsi, le complexe de Koszul de l’application \[\pi^*\mathcal{C} \otimes \mathcal{O}_E(-1) \to \mathcal{O}_E\] est une résolution de \(i_*\mathcal{O}_X\). En particulier, nous voyons que \(i_*\mathcal{O}_X\) est un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_E)\) dont les classes de Chern sont définies. L’annulation de \(c_t(i_*\mathcal{O}_X)\) pour \(t = 1, \ldots, t - 1\) résulte du lemme 0FEE. Ce lemme donne également \[c_r(i_*\mathcal{O}_X) = - (r - 1)! c_r(\pi^*\mathcal{C} \otimes \mathcal{O}_E(-1))\] D’autre part, d’après le lemme 0FA5, nous avons \[c_r(\pi^*\mathcal{C} \otimes \mathcal{O}_E(-1)) = (-1)^r c_r(\pi^*\mathcal{C}^\vee \otimes \mathcal{O}_E(1))\] et \(\pi^*\mathcal{C}^\vee \otimes \mathcal{O}_E(1)\) possède une section \(s\) qui s’annule exactement le long de \(i(X)\).
Après avoir remplacé \(X\) par un schéma localement de type fini sur \(X\), il suffit de prouver que les deux membres de l’égalité ont le même effet sur un élément \(\alpha \in \CH_*(E)\). Comme \(C \to X\) est un fibré vectoriel, toute classe de cycle sur \(C\) est de la forme \(p^*\beta\) pour un certain \(\beta \in \CH_*(X)\) (lemme 02TY). Ainsi, d’après le lemme 02RX, nous pouvons écrire \(\alpha = \pi^*\beta + \gamma\), où \(\gamma\) est à support dans \(E \setminus C\). En utilisant les égalités ci-dessus, il suffit de montrer que \[p^*(\pi_*(c_r(\pi^*\mathcal{C}^\vee \otimes \mathcal{O}_E(1)) \cap [W])) = j^*[W]\] lorsque \(W \subset E\) est un sous-schéma fermé intègre qui soit (a) disjoint de \(C\), soit (b) de la forme \(W = \pi^{-1}Y\) pour un certain sous-schéma fermé intègre \(Y \subset X\). En utilisant la section \(s\) et le lemme 0FA9, nous trouvons dans le cas (a) \(c_r(\pi^*\mathcal{C}^\vee \otimes \mathcal{O}_E(1)) \cap [W] = 0\) et, dans le cas (b), \(c_r(\pi^*\mathcal{C}^\vee \otimes \mathcal{O}_E(1)) \cap [W] = [i(Y)]\). Le résultat s’en déduit aisément ; nous omettons les détails.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée régulière de codimension \(r\) entre des schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{N} = \mathcal{C}_{Z/X}^\vee\) le faisceau normal. Si \(X\) est quasi-compact (ou possède des composantes irréductibles quasi-compactes), alors \(c_t(Z \to X, i_*\mathcal{O}_Z) = 0\) pour \(t = 1, \ldots, r - 1\) et \[c_r(Z \to X, i_*\mathcal{O}_Z) = (-1)^{r - 1} (r - 1)! c(Z \to X, \mathcal{N}) \quad\text{dans}\quad A^r(Z \to X)\] où \(c_t(Z \to X, i_*\mathcal{O}_Z)\) est la classe de Chern localisée de la définition 0FB5.
Démonstration
Pour tout \(x \in Z\), nous pouvons choisir un voisinage ouvert affine \(\Spec(A) \subset X\) tel que \(Z \cap \Spec(A) = V(f_1, \ldots, f_r)\), où \(f_1, \ldots, f_r \in A\) est une suite régulière. Voir Diviseurs, définition 063J et lemme 063I. Nous voyons alors que le complexe de Koszul de \(f_1, \ldots, f_r\) est une résolution de \(A/(f_1, \ldots, f_r)\), par exemple d’après Compléments d’algèbre, lemme 062F. Ainsi, \(A/(f_1, \ldots, f_r)\) est parfait comme \(A\)-module. Il s’ensuit que \(F = i_*\mathcal{O}_Z\) est un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_X)\) dont la restriction à \(X \setminus Z\) est nulle. L’hypothèse que \(X\) est quasi-compact (ou possède des composantes irréductibles quasi-compactes) signifie que les classes de Chern localisées \(c_t(Z \to X, i_*\mathcal{O}_Z)\) sont définies, voir la situation 0GUJ et la définition 0FB5. En définitive, nous concluons que l’énoncé a un sens.
Notons \(b : W \to \mathbf{P}^1_X\) l’éclatement en \(\infty(Z)\) comme dans la section 0FBG. D’après (0FE9), nous avons une immersion fermée \[i' : \mathbf{P}^1_Z \longrightarrow W\] Nous affirmons que \(Q = i'_*\mathcal{O}_{\mathbf{P}^1_Z}\) est un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_W)\) et que \(F\) et \(Q\) satisfont aux hypothèses du lemme 0FE8.
Supposons l’affirmation démontrée. La conclusion du lemme 0FE8 est que nous avons \[c_p(Z \to X, F) = c'_p(Q) = (E \to Z)_* \circ c'_p(Q|_E) \circ C\] pour tout \(p \geq 1\). Remarquons que \(Q|_E\) est égal à l’image directe du faisceau structural de \(Z\) par le morphisme \(Z \to E\) qui est le changement de base de \(i'\) par \(\infty\). Ainsi, l’annulation de \(c_t(Z \to X, F)\) pour \(1 \leq t \leq r - 1\) résulte du lemme 0FEF appliqué à \(E \to Z\). Comme \(\mathcal{C}_{Z/X} = \mathcal{N}^\vee\) est localement libre, la classe bivariante \(c(Z \to X, \mathcal{N})\) est caractérisée par la relation \[j^* \circ C = p^* \circ c(Z \to X, \mathcal{N})\] où \(j : C_ZX \to W_\infty\) et \(p : C_ZX \to Z\) sont les applications données. (Rappelons que \(C \in A^0(W_\infty \to X)\) est la classe du lemme 0F9J.) Ainsi, l’égalité affichée dans l’énoncé du lemme résulte de l’égalité correspondante du lemme 0FEF.
Démonstration de l’affirmation. Soient \(A\) et \(f_1, \ldots, f_r\) comme ci-dessus. Considérons l’ouvert affine \(\Spec(A[s]) \subset \mathbf{P}^1_X\) comme dans la section 0FBG. Rappelons que \(s = 0\) définit \((\mathbf{P}^1_X)_\infty\) sur cet ouvert. Ainsi, au-dessus de \(\Spec(A[s])\), nous effectuons l’éclatement de l’idéal engendré par la suite régulière \(s, f_1, \ldots, f_r\). D’après Compléments d’algèbre, lemme 0BIQ, les \(r + 1\) cartes affines sont des intersections complètes globales sur \(A[s]\). La carte correspondant à l’algèbre affine d’éclatement \[A[s][f_1/s, \ldots, f_r/s] = A[s, y_1, \ldots, y_r]/(sy_i - f_i)\] contient \(i'(Z \cap \Spec(A))\) comme sous-schéma fermé défini par \(y_1, \ldots, y_r\). Comme \(y_1, \ldots, y_r, sy_1 - f_1, \ldots, sy_r - f_r\) est une suite régulière dans l’anneau de polynômes \(A[s, y_1, \ldots, y_r]\), nous trouvons que \(i'\) est une immersion régulière. Nous omettons quelques détails. Comme ci-dessus, nous concluons que \(Q = i'_*\mathcal{O}_{\mathbf{P}^1_Z}\) est un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_W)\). Toutes les autres hypothèses sur \(F\) et \(Q\) du lemme 0FE8 (et du lemme 0F9K) se vérifient immédiatement.
Lemme
Dans la situation du lemme 0FEG, posons \(\dim_\delta(X) = n\). Alors nous avons
\(c_t(Z \to X, i_*\mathcal{O}_Z) \cap [X]_n = 0\) pour \(t = 1, \ldots, r - 1\),
\(c_r(Z \to X, i_*\mathcal{O}_Z) \cap [X]_n = (-1)^{r - 1}(r - 1)![Z]_{n - r}\),
\(ch_t(Z \to X, i_*\mathcal{O}_Z) \cap [X]_n = 0\) pour \(t = 0, \ldots, r - 1\), et
\(ch_r(Z \to X, i_*\mathcal{O}_Z) \cap [X]_n = [Z]_{n - r}\).
Démonstration
Les parties (1) et (2) résultent immédiatement du lemme 0FEG combiné au lemme 0FBM. Nous en déduisons ensuite les parties (3) et (4) à l’aide de la relation entre \(ch_p = (1/p!)P_p\) et \(c_p\) donnée dans le lemme 0FBA. (En effet, \((-1)^{r - 1}(r - 1)!ch_r = c_r\) pourvu que \(c_1 = c_2 = \ldots = c_{r - 1} = 0\).)
Un opérateur d’Adams
Nous effectuons le travail minimal nécessaire pour définir le deuxième opérateur d’Adams. Soit \(X\) un schéma. Rappelons que \(\textit{Vect}(X)\) désigne la catégorie des \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang fini. Rappelons en outre que nous avons construit le groupe \(K\) d’indice zéro \(K_0(\textit{Vect}(X))\) associé à cette catégorie dans Catégories dérivées de schémas, section 0FDE. Enfin, \(K_0(\textit{Vect}(X))\) est un anneau, voir Catégories dérivées de schémas, remarque 0FDK.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Il existe un homomorphisme d’anneaux \[\psi^2 : K_0(\textit{Vect}(X)) \longrightarrow K_0(\textit{Vect}(X))\] qui envoie \([\mathcal{L}]\) sur \([\mathcal{L}^{\otimes 2}]\) lorsque \(\mathcal{L}\) est inversible et qui est compatible aux images inverses.
Démonstration
Soit \(X\) un schéma. Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang fini. Nous allons considérer l’élément \[\psi^2(\mathcal{E}) = [\text{Sym}^2(\mathcal{E})] - [\wedge^2(\mathcal{E})]\] de \(K_0(\textit{Vect}(X))\).
Soit \(X\) un schéma et considérons une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{E} \to \mathcal{F} \to \mathcal{G} \to 0\] de \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang fini. Considérons-la comme une filtration de \(\mathcal{F}\) à \(2\) crans. La filtration induite sur \(\text{Sym}^2(\mathcal{F})\) possède \(3\) crans, de gradués associés \(\text{Sym}^2(\mathcal{E})\), \(\mathcal{E} \otimes \mathcal{F}\) et \(\text{Sym}^2(\mathcal{G})\). Ainsi \[[\text{Sym}^2(\mathcal{F})] = [\text{Sym}^2(\mathcal{E})] + [\mathcal{E} \otimes \mathcal{F}] + [\text{Sym}^2(\mathcal{G})]\] Exactement de la même manière, on montre que \[[\wedge^2(\mathcal{F})] = [\wedge^2(\mathcal{E})] + [\mathcal{E} \otimes \mathcal{F}] + [\wedge^2(\mathcal{G})]\] Nous voyons donc que \(\psi^2(\mathcal{F}) = \psi^2(\mathcal{E}) + \psi^2(\mathcal{G})\). Nous concluons que nous obtenons une application additive bien définie \(\psi^2 : K_0(\textit{Vect}(X)) \to K_0(\textit{Vect}(X))\).
Il est clair que cette application commute aux images inverses.
Il reste à montrer que \(\psi^2\) est un homomorphisme d’anneaux. Soit \(X\) un schéma et soient \(\mathcal{E}\) et \(\mathcal{F}\) des \(\mathcal{O}_X\)-modules localement libres de rang fini. Remarquons qu’il existe une suite exacte courte \[0 \to \wedge^2(\mathcal{E}) \otimes \wedge^2(\mathcal{F}) \to \text{Sym}^2(\mathcal{E} \otimes \mathcal{F}) \to \text{Sym}^2(\mathcal{E}) \otimes \text{Sym}^2(\mathcal{F}) \to 0\] où la première application envoie \((e \wedge e') \otimes (f \wedge f')\) sur \((e \otimes f)(e' \otimes f') - (e' \otimes f)(e \otimes f')\) et où la seconde application envoie \((e \otimes f) (e' \otimes f')\) sur \(ee' \otimes ff'\). De même, il existe une suite exacte courte \[0 \to \text{Sym}^2(\mathcal{E}) \otimes \wedge^2(\mathcal{F}) \to \wedge^2(\mathcal{E} \otimes \mathcal{F}) \to \wedge^2(\mathcal{E}) \otimes \text{Sym}^2(\mathcal{F}) \to 0\] où la première application envoie \(e e' \otimes f \wedge f'\) sur \((e \otimes f) \wedge (e' \otimes f') + (e' \otimes f) \wedge (e \otimes f')\) et où la seconde application envoie \((e \otimes f) \wedge (e' \otimes f')\) sur \((e \wedge e') \otimes (f f')\). Comme ci-dessus, cela prouve que l’application \(\psi^2\) est multiplicative. Puisqu’il est clair que \(\psi^2(1) = 1\), cela achève la démonstration.
Remarque
Soit \(X\) un schéma tel que \(2\) soit inversible sur \(X\). Alors l’opérateur d’Adams \(\psi^2\) peut être défini sur le groupe \(K\) \(K_0(X) = K_0(D_{perf}(\mathcal{O}_X))\) (Catégories dérivées de schémas, définition 0FDG) d’une manière immédiate. En effet, étant donné un complexe parfait \(L\) sur \(X\), nous obtenons une action du groupe \(\{\pm 1\}\) sur \(L \otimes^\mathbf{L} L\) par permutation des facteurs. Nous pouvons alors poser \[\psi^2(L) = [(L \otimes^\mathbf{L} L)^+] - [(L \otimes^\mathbf{L} L)^-]\] où \((-)^+\) désigne la prise des invariants et \((-)^-\) celle des anti-invariants (convenablement définis). En utilisant l’exactitude de la prise des invariants et des anti-invariants, on peut raisonner comme dans la démonstration du lemme 0FEJ pour montrer que cette définition est bonne. Lorsque \(2\) n’est pas inversible sur \(X\), la situation est beaucoup plus compliquée et une autre approche doit être employée.
Lemme
Soit \(X\) un schéma. Il existe un homomorphisme d’anneaux \(\psi^{-1} : K_0(\textit{Vect}(X)) \to K_0(\textit{Vect}(X))\) qui envoie \([\mathcal{E}]\) sur \([\mathcal{E}^\vee]\) lorsque \(\mathcal{E}\) est localement libre de rang fini et qui est compatible aux images inverses.
Démonstration
Il suffit de vérifier que la prise des duaux est compatible aux suites exactes courtes et aux images inverses. C’est clair.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). La classe de Chern définit une application canonique \[c : K_0(\textit{Vect}(X)) \longrightarrow \prod\nolimits_{i \geq 0} A^i(X)\] qui envoie un générateur \([\mathcal{E}]\) du membre de gauche sur \(c(\mathcal{E}) = 1 + c_1(\mathcal{E}) + c_2(\mathcal{E}) + \ldots\) et se prolonge multiplicativement. Ainsi, \(-[\mathcal{E}]\) est envoyé sur l’inverse formel \(c(\mathcal{E})^{-1}\), ce qui explique le produit infini du membre de droite. Cette application est bien définie d’après le lemme 02UI.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Le caractère de Chern définit un homomorphisme d’anneaux canonique \[ch : K_0(\textit{Vect}(X)) \longrightarrow \prod\nolimits_{i \geq 0} A^i(X) \otimes \mathbf{Q}\] qui envoie un générateur \([\mathcal{E}]\) du membre de gauche sur \(ch(\mathcal{E})\) et se prolonge additivement. Cette application est bien définie d’après le lemme 0F9C et est un homomorphisme d’anneaux d’après le lemme 0F9D.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Si \(\psi^2\) est comme dans le lemme 0FEJ, et si \(c\) et \(ch\) sont comme dans les remarques 0FEL et 0FEM, alors nous avons \(c_i(\psi^2(\alpha)) = 2^i c_i(\alpha)\) et \(ch_i(\psi^2(\alpha)) = 2^i ch_i(\alpha)\) pour tout \(\alpha \in K_0(\textit{Vect}(X))\).
Démonstration
Remarquons que l’application \(\prod_{i \geq 0} A^i(X) \to \prod_{i \geq 0} A^i(X)\) qui multiplie par \(2^i\) sur \(A^i(X)\) est un homomorphisme d’anneaux. Ainsi, puisque \(\psi^2\) est également un homomorphisme d’anneaux, il suffit de prouver les formules pour des générateurs additifs de \(K_0(\textit{Vect}(X))\). Nous pouvons donc supposer que \(\alpha = [\mathcal{E}]\) pour un certain \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de rang fini \(\mathcal{E}\). Par la construction des classes de Chern de \(\mathcal{E}\), nous nous ramenons immédiatement au cas où \(\mathcal{E}\) est de rang constant \(r\), voir la remarque 0ESW. Dans ce cas, nous pouvons choisir un morphisme projectif lisse \(p : P \to X\) tel que la restriction \(A^*(X) \to A^*(P)\) soit injective et que \(p^*\mathcal{E}\) possède une filtration finie dont les gradués associés sont des \(\mathcal{O}_P\)-modules inversibles \(\mathcal{L}_j\), voir le lemme 02UL. Alors \([p^*\mathcal{E}] = \sum [\mathcal{L}_j]\) et donc \(\psi^2([p^\mathcal{E}]) = \sum [\mathcal{L}_j^{\otimes 2}]\) par définition de \(\psi^2\). En posant \(x_j = c_1(\mathcal{L}_j)\), nous avons \[c(\alpha) = \prod (1 + x_j) \quad\text{et}\quad c(\psi^2(\alpha)) = \prod (1 + 2 x_j)\] dans \(\prod A^i(P)\), et nous avons \[ch(\alpha) = \sum \exp(x_j) \quad\text{et}\quad ch(\psi^2(\alpha)) = \sum \exp(2 x_j)\] dans \(\prod A^i(P)\). Le résultat voulu résulte de ces formules.
Remarque
Soit \(X\) un schéma localement noethérien. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé. Considérons la sous-catégorie triangulée strictement pleine et saturée \[D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X) \subset D(\mathcal{O}_X)\] formée des complexes parfaits de \(\mathcal{O}_X\)-modules dont les faisceaux de cohomologie ont leur support ensembliste dans \(Z\). Notons \(\textit{Coh}_Z(X) \subset \textit{Coh}(X)\) la sous-catégorie de Serre des \(\mathcal{O}_X\)-modules cohérents dont le support ensembliste est contenu dans \(Z\). Remarquons que, pour \(E \in D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X)\), localement pour la topologie de Zariski sur \(X\), seul un nombre fini des faisceaux de cohomologie \(H^i(E)\) sont non nuls (et ils ont tous leur support ensembliste dans \(Z\)). Nous pouvons donc définir \[K_0(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X)) \longrightarrow K_0(\textit{Coh}_Z(X)) = K'_0(Z)\] (égalité d’après le lemme 0FDT) par la règle \[E \longmapsto [\bigoplus\nolimits_{i \in \mathbf{Z}} H^{2i}(E)] - [\bigoplus\nolimits_{i \in \mathbf{Z}} H^{2i + 1}(E)]\] Cela fonctionne parce que, pour tout triangle distingué de \(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X)\), nous avons une suite exacte longue de faisceaux de cohomologie.
Remarque
Soient \(X\), \(Z\), \(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X)\) comme dans la remarque 0FEP. Supposons que \(X\) soit régulier. Il existe alors une application canonique \[K_0(\textit{Coh}(Z)) \longrightarrow K_0(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X))\] définie comme suit. Pour tout \(\mathcal{O}_Z\)-module cohérent \(\mathcal{F}\), notons \(\mathcal{F}[0]\) l’objet de \(D(\mathcal{O}_X)\) qui a \(\mathcal{F}\) en degré \(0\) et est nul dans les autres degrés. Alors \(\mathcal{F}[0]\) est un complexe parfait sur \(X\) d’après Catégories dérivées de schémas, lemme 0FDC. Ainsi, \(\mathcal{F}[0]\) est un objet de \(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X)\). D’autre part, étant donnée une suite exacte courte \(0 \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}' \to \mathcal{F}'' \to 0\) de \(\mathcal{O}_Z\)-modules cohérents, nous obtenons un triangle distingué \(\mathcal{F}[0] \to \mathcal{F}'[0] \to \mathcal{F}''[0] \to \mathcal{F}[1]\), voir Catégories dérivées, section 014Z. Cela montre que nous obtenons une application \(K_0(\textit{Coh}(Z)) \to K_0(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X))\) en envoyant \([\mathcal{F}]\) sur \([\mathcal{F}[0]]\), avec nos excuses pour cette affreuse notation.
Lemme
Soit \(X\) un schéma noethérien régulier. Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé. Les applications construites dans les remarques 0FEP et 0FEQ sont inverses l’une de l’autre, et nous obtenons \(K'_0(Z) = K_0(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X))\).
Démonstration
Il est clair que la composée \[K_0(\textit{Coh}(Z)) \longrightarrow K_0(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X)) \longrightarrow K_0(\textit{Coh}(Z))\] est l’identité. Il suffit donc de montrer que la première flèche est surjective. Soit \(E\) un objet de \(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X)\). Rappelons que \(D_{perf}(\mathcal{O}_X) = D^b_{\textit{Coh}}(\mathcal{O}_X)\) d’après Catégories dérivées de schémas, lemme 0FDC. Ainsi, les cohomologies \(H^i(E)\) sont cohérentes, peuvent être considérées comme des objets de \(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X)\) et seul un nombre fini d’entre elles sont non nulles. En utilisant les triangles distingués des troncations canoniques, le lecteur voit que \[[E] = \sum (-1)^i[H^i(E)[0]]\] dans \(K_0(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X))\). Il suffit alors de montrer que \([\mathcal{F}[0]]\) est dans l’image de l’application pour tout \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent dont le support ensembliste est contenu dans \(Z\). Puisque nous pouvons trouver une filtration finie de \(\mathcal{F}\) dont les sous-quotients sont des \(\mathcal{O}_Z\)-modules, la démonstration est achevée.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé et soit \(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X)\) comme dans la remarque 0FEP. Si \(X\) est quasi-compact (ou, plus généralement, si les composantes irréductibles de \(X\) sont quasi-compactes), alors les classes de Chern localisées définissent une application canonique \[c(Z \to X, -) : K_0(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X)) \longrightarrow A^0(X) \times \prod\nolimits_{i \geq 1} A^i(Z \to X)\] qui envoie un générateur \([E]\) du membre de gauche sur \[c(Z \to X, E) = 1 + c_1(Z \to X, E) + c_2(Z \to X, E) + \ldots\] et se prolonge multiplicativement (le produit du membre de droite étant celui de la remarque 0FA0). La condition de quasi-compacité sur \(X\) garantit que les classes de Chern localisées sont définies (situation 0GUJ et définition 0FB5) et que ces classes de Chern localisées transforment les triangles distingués en produits correspondants dans les anneaux de Chow bivariants (lemme 0FBD).
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé et soit \(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X)\) comme dans la remarque 0FEP. Si les composantes irréductibles de \(X\) sont quasi-compactes, alors le caractère de Chern localisé définit une application canonique additive et multiplicative \[ch(Z \to X, -) : K_0(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X)) \longrightarrow \prod\nolimits_{i \geq 0} A^i(Z \to X) \otimes \mathbf{Q}\] qui envoie un générateur \([E]\) du membre de gauche sur \(ch(Z \to X, E)\) et se prolonge additivement. En effet, la condition sur les composantes irréductibles de \(X\) garantit que le caractère de Chern localisé est défini (situation 0GUJ et définition 0FB5) et que ces caractères de Chern localisés transforment les triangles distingués en les sommes correspondantes dans les anneaux de Chow bivariants (lemme 0FBE). La multiplication sur \(K_0(D_{Z, perf}(X))\) est définie à l’aide du produit tensoriel dérivé (Catégories dérivées de schémas, remarque 0FDN) ; ainsi, \(ch(Z \to X, \alpha \beta) = ch(Z \to X, \alpha) ch(Z \to X, \beta)\) d’après le lemme 0FBF. Si \(X\) est quasi-compact, alors l’image de l’application \(ch(Z \to X, -)\) est contenue dans \(A^*(Z \to X) \otimes \mathbf{Q}\) ; nous omettons les détails.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\) et supposons que \(X\) soit quasi-compact (ou, plus généralement, que les composantes irréductibles de \(X\) soient quasi-compactes). Avec \(Z = X\) et les notations des remarques 0FES et 0FET, nous avons \(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X) = D_{perf}(\mathcal{O}_X)\), et nous voyons que \[K_0(D_{Z, perf}(\mathcal{O}_X)) = K_0(D_{perf}(\mathcal{O}_X)) = K_0(X)\] voir Catégories dérivées de schémas, définition 0FDG. Nous obtenons donc \[c : K_0(X) \to \prod A^i(X) \quad\text{et}\quad ch : K_0(X) \to \prod A^i(X) \otimes \mathbf{Q}\] comme cas particulier des remarques 0FES et 0FET. Bien sûr, nous aurions aussi pu utiliser directement la définition 0F9E et les lemmes 0F9F et 0FAG pour construire ces applications (car on voit immédiatement que cela donne les mêmes classes). Rappelons qu’il existe une application canonique \(K_0(\textit{Vect}(X)) \to K_0(X)\) qui envoie un module localement libre de rang fini sur lui-même, considéré comme un complexe parfait (placé en degré \(0\)), voir Catégories dérivées de schémas, section 0FDE. Alors le diagramme \[\xymatrix{ K_0((\textit{Vect}(X)) \ar[rd]_c \ar[rr] & & K_0(D_{perf}(\mathcal{O}_X)) = K_0(X) \ar[ld]^c \\ & \prod A^i(X) }\] est commutatif, où la flèche sud-est est celle construite dans la remarque 0FEL. De même, le diagramme \[\xymatrix{ K_0((\textit{Vect}(X)) \ar[rd]_{ch} \ar[rr] & & K_0(D_{perf}(\mathcal{O}_X)) = K_0(X) \ar[ld]^{ch} \\ & \prod A^i(X) \otimes \mathbf{Q} }\] est commutatif, où la flèche sud-est est celle construite dans la remarque 0FEM.
Retour sur les groupes de Chow et les groupes K
Cette section fait suite à la section 0FDQ. Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) localement de type fini sur \(S\). Le groupe K \(K'_0(X) = K_0(\textit{Coh}(X))\) des faisceaux cohérents sur \(X\) possède une filtration croissante canonique \[F_kK'_0(X) = \Im\Big(K_0(\textit{Coh}_{\leq k}(X)) \to K_0(\textit{Coh}(X)\Big)\] Celle-ci est appelée filtration par la dimension des supports. Remarquons que \[\text{gr}_k K'_0(X) \subset K'_0(X)/F_{k - 1}K'_0(X) = K_0(\textit{Coh}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\] où l’égalité est valable d’après Homologie, lemme 02MX. La discussion de la remarque 02SD montre qu’il existe des applications canoniques \[\CH_k(X) \longrightarrow \text{gr}_k K'_0(X)\] définies en envoyant la classe d’un sous-schéma fermé intègre \(Z \subset X\) de \(\delta\)-dimension \(k\) sur la classe de \([\mathcal{O}_Z]\) dans le membre de droite.
Proposition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Supposons donnée une immersion fermée \(X \to Y\) de schémas localement de type fini sur \(S\), avec \(Y\) régulier et quasi-compact. Alors la composée \[K'_0(X) \to K_0(D_{X, perf}(\mathcal{O}_Y)) \to A^*(X \to Y) \otimes \mathbf{Q} \to \CH_*(X) \otimes \mathbf{Q}\] de l’application \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}[0]\) de la remarque 0FEQ, de l’application \(ch(X \to Y, -)\) de la remarque 0FET et de l’application \(c \mapsto c \cap [Y]\) induit un isomorphisme \[K'_0(X) \otimes \mathbf{Q} \longrightarrow \CH_*(X) \otimes \mathbf{Q}\] qui dépend du choix de \(Y\). De plus, l’application canonique \[\CH_k(X) \otimes \mathbf{Q} \longrightarrow \text{gr}_k K'_0(X) \otimes \mathbf{Q}\] (voir ci-dessus) est un isomorphisme d’espaces vectoriels sur \(\mathbf{Q}\) pour tout \(k \in \mathbf{Z}\).
Démonstration
Comme \(Y\) est régulier, la construction de la remarque 0FEQ s’applique. Comme \(Y\) est quasi-compact, la construction de la remarque 0FET s’applique. Le schéma \(Y\) est localement équidimensionnel (lemme 0FE3) ; ainsi, le « cycle fondamental » \([Y]\) est défini comme un élément de \(\CH_*(Y)\), voir la remarque 0FE4. En combinant ceci avec l’application \(\CH_k(X) \to \text{gr}_kK'_0(X)\) construite ci-dessus, nous voyons qu’il suffit de prouver :
si \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent dont le support est de \(\delta\)-dimension \(\leq k\), alors la composée ci-dessus envoie \([\mathcal{F}]\) dans \(\bigoplus_{k' \leq k} \CH_{k'}(X) \otimes \mathbf{Q}\) ;
si \(Z \subset X\) est un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\), alors la composée ci-dessus envoie \([\mathcal{O}_Z]\) sur un élément dont la composante de degré \(k\) est la classe de \([Z]\) dans \(\CH_k(X) \otimes \mathbf{Q}\).
En effet, si cela vaut, nos applications induisent des applications \(\text{gr}_kK'_0(X) \otimes \mathbf{Q} \to CH_k(X) \otimes \mathbf{Q}\) qui sont inverses des applications canoniques \(\CH_k(X) \otimes \mathbf{Q} \to \text{gr}_k K'_0(X) \otimes \mathbf{Q}\) données avant la proposition.
Étant donné un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent \(\mathcal{F}\), la composée ci-dessus envoie \([\mathcal{F}]\) sur \[ch(X \to Y, \mathcal{F}[0]) \cap [Y] \in \CH_*(X) \otimes \mathbf{Q}\] Si \(\mathcal{F}\) a son support ensembliste dans un sous-schéma fermé \(Z \subset X\), alors nous avons \[ch(X \to Y, \mathcal{F}[0]) = (Z \to X)_* \circ ch(Z \to Y, \mathcal{F}[0])\] d’après le lemme 0FB7. Nous concluons que, dans ce cas, nous aboutissons dans l’image de \(\CH_*(Z) \to \CH_*(X)\). Nous obtenons donc la condition (1).
Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). La composée ci-dessus envoie \([\mathcal{O}_Z]\) sur l’élément \[ch(X \to Y, \mathcal{O}_Z[0]) \cap [Y] = (Z \to X)_* ch(Z \to Y, \mathcal{O}_Z[0]) \cap [Y]\] par le même argument que ci-dessus. Il suffit donc de prouver que la composante de degré \(k\) de \(ch(Z \to Y, \mathcal{O}_Z[0]) \cap [Y] \in \CH_*(Z) \otimes \mathbf{Q}\) est \([Z]\). Comme \(\CH_k(Z) = \mathbf{Z}\), pour le prouver, nous pouvons remplacer \(Y\) par un voisinage ouvert du point générique \(\xi\) de \(Z\). Comme l’idéal maximal de l’anneau local régulier \(\mathcal{O}_{X, \xi}\) est engendré par une suite régulière (Algèbre, lemme 00NQ), nous pouvons supposer que l’idéal de \(Z\) est engendré par une suite régulière, voir Diviseurs, lemme 063I. Nous déduisons donc le résultat du lemme 0FEH.
Produits d’intersection rationnels sur les schémas réguliers
Nous montrerons que \(\CH_*(X) \otimes \mathbf{Q}\) possède un produit d’intersection si \(X\) est noethérien, régulier, de dimension finie et à diagonale affine. La construction repose sur le résultat suivant (qui est un corollaire de la proposition de la section précédente).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma régulier quasi-compact de type fini sur \(S\), à diagonale affine, et tel que \(\delta_{X/S} : X \to \mathbf{Z}\) soit bornée. Alors la composée \[K_0(\textit{Vect}(X)) \otimes \mathbf{Q} \longrightarrow A^*(X) \otimes \mathbf{Q} \longrightarrow \CH_*(X) \otimes \mathbf{Q}\] de l’application \(ch\) de la remarque 0FEM et de l’application \(c \mapsto c \cap [X]\) est un isomorphisme.
Démonstration
Nous avons \(K'_0(X) = K_0(X) = K_0(\textit{Vect}(X))\) d’après Catégories dérivées de schémas, lemmes 0FDI, 0F8A et 0FDJ. D’après la remarque 0FEU, la composée donnée coïncide avec l’application de la proposition 0FEW pour \(X = Y\). Le résultat découle donc de la proposition.
Soient \(X, S, \delta\) comme dans le lemme 0FEY. Pour simplifier, travaillons avec des cycles d’une codimension donnée, voir la section 0FE2. Soit \([X]\) le cycle fondamental de \(X\), voir la remarque 0FE4. Choisissons \(\alpha \in CH^i(X)\) et \(\beta \in CH^j(X)\). D’après le lemme, nous pouvons trouver un unique \(\alpha' \in K_0(\textit{Vect}(X)) \otimes \mathbf{Q}\) tel que \(ch(\alpha') \cap [X] = \alpha\). Bien sûr, cela signifie que \(ch_{i'}(\alpha') \cap [X] = 0\) si \(i' \not = i\) et que \(ch_i(\alpha') \cap [X] = \alpha\). D’après le lemme 0FEN, nous voyons que \(\alpha'' = 2^{-i}\psi^2(\alpha')\) est une autre solution. Par unicité, nous obtenons \(\alpha'' = \alpha'\), et nous concluons que \(ch_{i'}(\alpha) = 0\) dans \(A^{i'}(X) \otimes \mathbf{Q}\) pour \(i' \not = i\). Nous pouvons alors définir \[\alpha \cdot \beta = ch(\alpha') \cap \beta = ch_i(\alpha') \cap \beta\] dans \(\CH^{i + j}(X) \otimes \mathbf{Q}\) grâce à la propriété de \(\alpha'\) observée ci-dessus. C’est un accouplement symétrique : en effet, si nous choisissons \(\beta' \in K_0(\textit{Vect}(X)) \otimes \mathbf{Q}\) relevant \(\beta\), alors nous obtenons \[\alpha \cdot \beta = ch(\alpha') \cap \beta = ch(\alpha') \cap ch(\beta') \cap [X]\] et nous savons que les classes de Chern commutent. Le produit d’intersection est associatif pour la même raison : \[(\alpha \cdot \beta) \cdot \gamma = ch(\alpha') \cap ch(\beta') \cap ch(\gamma') \cap [X]\] car nous savons que la composition des classes bivariantes est associative. Une meilleure formulation est peut-être la suivante : il existe un unique produit d’intersection commutatif et associatif sur \(\CH^*(X) \otimes \mathbf{Q}\), compatible à la graduation, tel que l’isomorphisme \(K_0(\textit{Vect}(X)) \otimes \mathbf{Q} \to \CH^*(X) \otimes \mathbf{Q}\) soit un isomorphisme d’anneaux.
Applications de Gysin pour les morphismes d’intersection complète locale
Avant de lire cette section, nous suggérons au lecteur de se renseigner sur les immersions régulières (Diviseurs, section 0638) et les morphismes d’intersection complète locale (Compléments sur les morphismes, section 068E).
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(i : X \to Y\) une immersion régulière9 de schémas localement de type fini sur \(S\). En particulier, le faisceau conormal \(\mathcal{C}_{X/Y}\) est localement libre de rang fini (voir Diviseurs, lemme 063M). Ainsi, le faisceau normal \[\mathcal{N}_{X/Y} = \SheafHom_{\mathcal{O}_X}(\mathcal{C}_{X/Y}, \mathcal{O}_X)\] est lui aussi localement libre de rang fini, et nous avons une surjection \(\mathcal{N}_{X/Y}^\vee \to \mathcal{C}_{X/Y}\) (car un isomorphisme est aussi une surjection). La construction de la section 0FBI nous donne une classe bivariante canonique \[i^! = c(X \to Y, \mathcal{N}_{X/Y}) \in A^*(X \to Y)^\wedge\] Nous avons besoin de deux lemmes sur cette notion.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soient \(i : X \to Y\) et \(j : Y \to Z\) des immersions régulières de schémas localement de type fini sur \(S\). Alors \(j \circ i\) est une immersion régulière et \((j \circ i)^! = i^! \circ j^!\).
Démonstration
La première assertion résulte de Diviseurs, lemme 067Q. D’après Diviseurs, lemme 063N, il existe une suite exacte courte \[0 \to i^*(\mathcal{C}_{Y/Z}) \to \mathcal{C}_{X/Z} \to \mathcal{C}_{X/Y} \to 0\] Le résultat découle donc du lemme plus général 0FEC.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(p : P \to X\) un morphisme lisse de schémas localement de type fini sur \(S\), et soit \(s : X \to P\) une section. Alors \(s\) est une immersion régulière et \(1 = s^! \circ p^*\) dans \(A^*(X)^\wedge\), où \(p^* \in A^*(P \to X)^\wedge\) est la classe bivariante du lemme 0B78.
Démonstration
La première assertion est Diviseurs, lemme 067R. Il suffit de montrer que \(s^! \cap p^*[Z] = [Z]\) dans \(\CH_*(X)\) pour tout sous-schéma fermé intègre \(Z \subset X\), car les hypothèses sont préservées par changement de base par \(X' \to X\) localement de type fini. Après avoir remplacé \(P\) par un voisinage ouvert de \(s(Z)\), nous pouvons supposer que \(P \to X\) est lisse de dimension relative constante \(r\). Posons \(\dim_\delta(Z) = n\). Alors toute composante irréductible de \(p^{-1}(Z)\) est de dimension \(r + n\), et \(p^*[Z]\) est donné par \([p^{-1}(Z)]_{n + r}\). Remarquons que \(s(X) \cap p^{-1}(Z) = s(Z)\) schématiquement. Ainsi, d’après la même référence que ci-dessus, \(s(X) \cap p^{-1}(Z)\) est un sous-schéma fermé régulièrement immergé dans \(\overline{p}^{-1}(Z)\), de codimension \(r\). Nous concluons par le lemme 0FBM.
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rd]_f \ar[rr]_i & & P \ar[ld]^g \\ & Y }\] de schémas localement de type fini sur \(S\), tel que \(g\) soit lisse et \(i\) une immersion régulière. En combinant la classe bivariante \(i^!\) examinée ci-dessus à la classe bivariante \(g^* \in A^*(P \to Y)^\wedge\) du lemme 0B78, nous obtenons \[f^! = i^! \circ g^* \in A^*(X \to Y)\] Remarquons que le morphisme \(f\) est un morphisme d’intersection complète locale, voir Compléments sur les morphismes, définition 069F. Réciproquement, si \(f : X \to Y\) est un morphisme d’intersection complète locale de schémas localement noethériens et \(f = g \circ i\) avec \(g\) lisse, alors \(i\) est une immersion régulière. Nous affirmons que notre construction de \(f^!\) ne dépend que du morphisme \(f\) et non du choix de la factorisation \(f = g \circ i\).
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’intersection complète locale de schémas localement de type fini sur \(S\). La classe bivariante \(f^!\) est indépendante du choix de la factorisation \(f = g \circ i\) avec \(g\) lisse (pourvu qu’une telle factorisation existe).
Démonstration
Étant donnée une seconde factorisation \(f = g' \circ i'\), nous pouvons considérer le morphisme lisse \(g'' : P \times_Y P' \to Y\), une immersion \(i'' : X \to P \times_Y P'\) et la factorisation \(f = g'' \circ i''\). Nous pouvons donc supposer que nous avons un diagramme \[\xymatrix{ & P' \ar[d]^p \ar[rd]^{g'} \\ X \ar[r]^i \ar[ru]^{i'} & P \ar[r]^g & Y }\] où \(p\) est un morphisme lisse. Alors \((g')^* = p^* \circ g^*\) (lemme 02RD), et il suffit donc de montrer que \(i^! = (i')^! \circ p^*\) dans \(A^*(X \to P)\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ & X \times_P P' \ar[d]^{\overline{p}} \ar[r]_j & P' \ar[d]^p \\ X \ar[ru]^s \ar[r]^1 & X \ar[r]^i & P }\] où \(s =(1, i')\). Alors \(s\) et \(j\) sont des immersions régulières (d’après Diviseurs, lemme 067R, et Diviseurs, lemme 067P), et \(i' = j \circ s\). D’après le lemme 0FF0, nous avons \((i')^! = s^! \circ j^!\). Comme le carré est cartésien, la classe bivariante \(j^!\) est la restriction (remarque 0F9Z) de \(i^!\) à \(P'\), voir le lemme 0FBK. Comme les classes bivariantes commutent aux images inverses plates, nous trouvons \(j^! \circ p^* = \overline{p}^* \circ i^!\). Il suffit donc de montrer que \(s^! \circ \overline{p}^* = \text{id}\), ce qui est fait dans le lemme 0FF1.
Définition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’intersection complète locale de schémas localement de type fini sur \(S\). Nous disons que l’application de Gysin pour \(f\) existe si nous pouvons écrire \(f = g \circ i\) avec \(g\) lisse et \(i\) une immersion. Dans ce cas, nous définissons l’application de Gysin \(f^! = i^! \circ g^* \in A^*(X \to Y)\) comme ci-dessus.
Il résulte de la définition que, pour une immersion régulière, ceci coïncide avec la construction antérieure et que, pour un morphisme lisse, ceci coïncide avec l’image inverse plate. En fait, cette coïncidence vaut pour tous les morphismes syntomiques.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’intersection complète locale de schémas localement de type fini sur \(S\). Si l’application de Gysin existe pour \(f\) et si \(f\) est plat, alors \(f^!\) est égal à la classe bivariante du lemme 0B78.
Démonstration
Choisissons une factorisation \(f = g \circ i\), avec \(i : X \to P\) une immersion et \(g : P \to Y\) lisse. Remarquons que, pour tout morphisme \(Y' \to Y\) localement de type fini, les changements de base \(f'\), \(g'\), \(i'\) satisfont aux mêmes hypothèses (voir Morphismes, lemmes 01VB et 01UI, et Compléments sur les morphismes, lemme 069K). Nous nous ramenons donc à prouver que \(f^*[Y] = i^!(g^*[Y])\) lorsque \(Y\) est intègre, voir le lemme 02UC. Posons \(n = \dim_\delta(Y)\). Après avoir décomposé \(X\) et \(P\) en composantes connexes, nous pouvons supposer que \(f\) est plat de dimension relative \(r\) et que \(g\) est lisse de dimension relative \(t\). Alors \(f^*[Y] = [X]_{n + s}\) et \(g^*[Y] = [P]_{n + t}\). D’autre part, \(i\) est une immersion régulière de codimension \(t - s\). Ainsi, \(i^![P]_{n + t} = [X]_{n + s}\) (lemme 0FBM), et la démonstration est achevée.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes d’intersection complète locale de schémas localement de type fini sur \(S\). Supposons que l’application de Gysin existe pour \(g \circ f\) et \(g\). Alors l’application de Gysin existe pour \(f\) et \((g \circ f)^! = f^! \circ g^!\).
Démonstration
Remarquons que \(g \circ f\) est un morphisme d’intersection complète locale d’après Compléments sur les morphismes, lemme 069J, et que l’énoncé du lemme a donc un sens. Si \(X \to P\) est une immersion de \(X\) dans un schéma \(P\) lisse sur \(Z\), alors \(X \to P \times_Z Y\) est une immersion de \(X\) dans un schéma lisse sur \(Y\). Cela prouve la première assertion du lemme. Soit \(Y \to P'\) une immersion de \(Y\) dans un schéma \(P'\) lisse sur \(Z\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[r] \ar[d] & P \times_Z Y \ar[r]_a \ar[ld]^p & P \times_Z P' \ar[ld]^q \\ Y \ar[r]_b \ar[d] & P' \ar[ld] \\ Z }\] Ici, les flèches horizontales sont des immersions régulières, les flèches sud-ouest sont lisses, et le carré est cartésien. Par conséquent, \(a^! \circ q^* = p^* \circ b^!\), puisque les classes bivariantes commutent aux images inverses plates. En combinant ce fait avec les lemmes 0FF0 et 02RD, le lecteur constate que l’énoncé du lemme est vrai. Nous omettons un petit détail.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X'' \ar[d] \ar[r] & X' \ar[d] \ar[r] & X \ar[d]^f \\ Y'' \ar[r] & Y' \ar[r] & Y }\] de schémas localement de type fini sur \(S\), dont les deux carrés sont cartésiens. Supposons que \(f : X \to Y\) soit un morphisme d’intersection complète locale tel que l’application de Gysin existe pour \(f\). Soit \(c \in A^*(Y'' \to Y')\). Notons \(res(f^!) \in A^*(X' \to Y')\) la restriction de \(f^!\) à \(Y'\) (remarque 0F9Z). Alors \(c\) et \(res(f^!)\) commutent (remarque 0FA2).
Démonstration
Choisissons une factorisation \(f = g \circ i\) avec \(g\) lisse et \(i\) une immersion. Comme \(f^! = i^! \circ g^!\), il suffit de prouver le lemme pour \(g^!\) (qui est donné par l’image inverse plate) et pour \(i^!\). Le résultat pour l’image inverse plate fait partie de la définition d’une classe bivariante. Le cas de \(i^!\) découle immédiatement du lemme 0FBP.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Considérons un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} \ar[r] & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r] & Y }\] de schémas localement de type fini sur \(S\). Supposons que
\(f\) soit un morphisme d’intersection complète locale et que l’application de Gysin existe pour \(f\),
\(X\), \(X'\), \(Y\), \(Y'\) vérifient les conditions équivalentes du lemme 0FE3,
pour \(x' \in X'\), d’images \(x\), \(y'\) et \(y\) dans \(X\), \(Y'\) et \(Y\), on ait \(n_{x'} - n_{y'} = n_x - n_y\), où \(n_{x'}\), \(n_x\), \(n_{y'}\) et \(n_y\) sont comme dans le lemme, et
pour tout point générique \(\xi \in X'\), l’anneau local \(\mathcal{O}_{Y', f'(\xi)}\) soit de Cohen-Macaulay.
Alors \(f^![Y'] = [X']\), où \([Y']\) et \([X']\) sont comme dans la remarque 0FE4.
Démonstration
Rappelons que \(n_{x'}\) est la valeur commune de \(\delta(\xi)\) lorsque \(\xi\) parcourt les points génériques des composantes irréductibles passant par \(x'\). De plus, les fonctions \(x' \mapsto n_{x'}\), \(x \mapsto n_x\), \(y' \mapsto n_{y'}\) et \(y \mapsto n_y\) sont localement constantes. Soient \(X'_n\), \(X_n\), \(Y'_n\) et \(Y_n\) les sous-schémas ouverts et fermés de \(X'\), \(X\), \(Y'\) et \(Y\) où la fonction vaut \(n\). Rappelons que \([X'] = \sum [X'_n]_n\) et \([Y'] = \sum [Y'_n]_n\). Cela étant dit, il est clair que, pour démontrer le lemme, nous pouvons remplacer \(X'\) par l’une de ses composantes connexes et \(X\), \(Y'\), \(Y\) par la composante connexe dans laquelle elle s’envoie. Nous savons alors que \(X'\), \(X\), \(Y'\) et \(Y\) sont \(\delta\)-équidimensionnels, au sens où chaque composante irréductible a la même \(\delta\)-dimension. Notons \(n'\), \(n\), \(m'\) et \(m\) cette valeur commune pour \(X'\), \(X\), \(Y'\) et \(Y\). La dernière hypothèse signifie que \(n' - m' = n - m\).
Choisissons une factorisation \(f = g \circ i\), où \(i : X \to P\) est une immersion et \(g : P \to Y\) est lisse. Comme \(X\) est connexe, nous voyons que la dimension relative de \(P \to Y\) aux points de \(i(X)\) est constante. Ainsi, après avoir remplacé \(P\) par un voisinage ouvert de \(i(X)\), nous pouvons supposer que \(P \to Y\) est de dimension relative constante et que \(i : X \to P\) est une immersion fermée. Notons \(g' : Y' \times_Y P \to Y'\) le changement de base de \(g\) et \(i' : X' \to Y' \times_Y P\) le changement de base de \(i\). Il est clair que \(g^*[Y] = [P]\) et \((g')^*[Y'] = [Y' \times_Y P]\). Enfin, si \(\xi' \in X'\) est un point générique, alors \(\mathcal{O}_{Y' \times_Y P, i'(\xi)}\) est de Cohen-Macaulay. En effet, l’homomorphisme d’anneaux locaux \(\mathcal{O}_{Y', f'(\xi)} \to \mathcal{O}_{Y' \times_Y P, i'(\xi)}\) est plat à fibre régulière (voir Algèbre, section 00TZ), un anneau local régulier est de Cohen-Macaulay (Algèbre, lemme 00NQ), \(\mathcal{O}_{Y', f'(\xi)}\) est de Cohen-Macaulay par l’hypothèse (4), et le résultat voulu découle de Algèbre, lemme 045J. Nous nous ramenons donc au cas traité dans le paragraphe suivant.
Supposons que \(f\) soit une immersion fermée régulière et que \(X'\), \(X\), \(Y'\) et \(Y\) soient \(\delta\)-équidimensionnels, de \(\delta\)-dimensions \(n'\), \(n\), \(m'\) et \(m\), avec \(m' - n' = m - n\). Dans ce cas, le résultat découle immédiatement du lemme 0FEA.
Remarque
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’intersection complète locale de schémas localement de type fini sur \(S\). Supposons que l’application de Gysin existe pour \(f\). Alors \(f^! \circ c_i(\mathcal{E}) = c_i(f^*\mathcal{E}) \circ f^!\), et de même pour le caractère de Chern, voir le lemme 0FF6. Si \(X\) et \(Y\) vérifient les conditions équivalentes du lemme 0FE3 et si \(Y\) est de Cohen-Macaulay (par exemple), alors \(f^![Y] = [X]\) par le lemme 0FF7. Dans ce cas, nous obtenons aussi \(f^!(c_i(\mathcal{E}) \cap [Y]) = c_i(f^*\mathcal{E}) \cap [X]\), et de même pour le caractère de Chern.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Considérons un carré cartésien \[\xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} \ar[r]_{g'} & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r]^g & Y }\] de schémas localement de type fini sur \(S\). Supposons que
\(f\) et \(f'\) soient tous deux des morphismes d’intersection complète locale, et
l’application de Gysin existe pour \(f\).
Alors \(\mathcal{C} = \Ker(H^{-1}((g')^*\NL_{X/Y}) \to H^{-1}(\NL_{X'/Y'}))\) est un \(\mathcal{O}_{X'}\)-module localement libre de rang fini, l’application de Gysin existe pour \(f'\), et nous avons \[res(f^!) = c_{top}(\mathcal{C}^\vee) \circ (f')^!\] dans \(A^*(X' \to Y')\).
Démonstration
Le fait que \(\mathcal{C}\) soit localement libre de rang fini découle immédiatement de Compléments d’algèbre, lemme 0FV1. Choisissons une factorisation \(f = h \circ i\) avec \(h : P \to Y\) lisse et \(i\) une immersion. Nous pouvons alors factoriser \(f' = h' \circ i'\), où \(h' : P' \to Y'\) et \(i' : X' \to P'\) sont les changements de base correspondants. On a le diagramme \[\xymatrix{ X' \ar[r] \ar[d] & P' \ar[r] \ar[d] & Y' \ar[d] \\ X \ar[r]^i & P \ar[r]^h & Y }\] En particulier, nous voyons que l’application de Gysin existe pour \(f'\). Par Compléments sur les morphismes, lemme 0FV4, nous avons \[\NL_{X/Y} = \left( \mathcal{C}_{X/P} \to i^*\Omega_{P/Y} \right)\] où \(\mathcal{C}_{X/P}\) est le faisceau conormal de l’immersion \(i\). De même pour la version avec primes. Nous avons \((g')^*i^*\Omega_{P/Y} = (i')^*\Omega_{P'/Y'}\), car \(\Omega_{P/Y}\) devient \(\Omega_{P'/Y'}\) par image inverse, d’après Morphismes, lemme 01V0. Rappelons aussi que \((g')^*\mathcal{C}_{X/P} \to \mathcal{C}_{X'/P'}\) est surjectif, voir Morphismes, lemme 0473. Nous en déduisons que le faisceau \(\mathcal{C}\) est canoniquement isomorphe au noyau de l’application \((g')^*\mathcal{C}_{X/P} \to \mathcal{C}_{X'/P'}\) de modules localement libres de rang fini. Rappelons que \(i^!\) est défini à l’aide de \(\mathcal{N} = \mathcal{C}_{Z/X}^\vee\), et de même pour \((i')^!\). Ainsi, nous avons \[res(i^!) = c_{top}(\mathcal{C}^\vee) \circ (i')^!\] dans \(A^*(X' \to P')\), par application du lemme 0FV7. Enfin, puisque \(f^! = i^! \circ h^*\), \((f')^! = (i')^! \circ (h')^*\) et \((h')^* = res(h^*)\), nous concluons.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée régulière de schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \(b : X' \to X\) l’éclatement de centre \(Z\). On a le diagramme \[\xymatrix{ E \ar[r]_j \ar[d]_\pi & X' \ar[d]^b \\ Z \ar[r]^i & X }\] Supposons que l’application de Gysin existe pour \(b\). Alors \[res(b^!) = c_{top}(\mathcal{F}^\vee) \circ \pi^*\] dans \(A^*(E \to Z)\), où \(\mathcal{F}\) est le noyau de l’application canonique \(\pi^*\mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{E/X'}\).
Démonstration
Observons que le morphisme \(b\) est un morphisme d’intersection complète locale par Compléments d’algèbre, lemme 0BIQ, et que l’énoncé a donc un sens. Comme \(Z \to X\) est une immersion régulière (et donc a fortiori quasi-régulière), nous voyons que \(\mathcal{C}_{Z/X}\) est localement libre de rang fini et que l’application \(\text{Sym}^*(\mathcal{C}_{Z/X}) \to \mathcal{C}_{Z/X, *}\) est un isomorphisme, voir Diviseurs, lemme 063M. Comme \(E = \text{Proj}(\mathcal{C}_{Z/X, *})\), nous concluons que \(E = \mathbf{P}(\mathcal{C}_{Z/X})\) est un fibré en espaces projectifs sur \(Z\). Ainsi \(E \to Z\) est lisse et, en particulier, un morphisme d’intersection complète locale. Le lemme 0FV9 s’applique donc, et nous voyons que \[res(b^!) = c_{top}(\mathcal{C}^\vee) \circ \pi^!\] avec \(\mathcal{C}\) comme dans l’énoncé de ce lemme. Bien entendu, \(\pi^* = \pi^!\) par le lemme 0FF4. Il reste à montrer que \(\mathcal{F}\) est égal au noyau \(\mathcal{C}\) de l’application \(H^{-1}(j^*\NL_{X'/X}) \to H^{-1}(\NL_{E/Z})\).
Comme \(E \to Z\) est lisse, nous avons \(H^{-1}(\NL_{E/Z}) = 0\), voir Compléments sur les morphismes, lemme 0D0N. Il suffit donc de montrer que \(\mathcal{F}\) s’identifie à \(H^{-1}(j^*\NL_{X'/X})\). Par Compléments sur les morphismes, Lemmes 0FV3 et 0FV2, nous avons une suite exacte \[0 \to H^{-1}(j^*\NL_{X'/X}) \to H^{-1}(\NL_{E/X}) \to \mathcal{C}_{E/X'} \to \ldots\] Les mêmes lemmes appliqués à \(E \to Z \to X\) donnent un isomorphisme \(\pi^*\mathcal{C}_{Z/X} = H^{-1}(\pi^*\NL_{Z/X}) \to H^{-1}(\NL_{E/X})\). Nous pouvons donc conclure.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme entre des schémas localement de type fini sur \(S\), tels que \(X\) et \(Y\) soient quasi-compacts, réguliers, à diagonale affine et de dimension finie. Alors \(f\) est un morphisme d’intersection complète locale. Supposons de plus que l’application de Gysin existe pour \(f\). Alors \[f^!(\alpha \cdot \beta) = f^!\alpha \cdot f^!\beta\] dans \(\CH^*(X) \otimes \mathbf{Q}\), où le produit d’intersection est celui de la section 0FEX.
Démonstration
Le premier énoncé découle de Compléments sur les morphismes, Lemme 0E9K. Observons que \(f^![Y] = [X]\), voir le lemme 0FF7. Écrivons \(\alpha = ch(\alpha') \cap [Y]\) et \(\beta = ch(\beta') \cap [Y]\), où \(\alpha', \beta' \in K_0(\textit{Vect}(X)) \otimes \mathbf{Q}\), comme dans la section 0FEX. En posant \(c = ch(\alpha')\) et \(c' = ch(\beta')\), nous obtenons \(\alpha \cdot \beta = c \cap c' \cap [Y]\) par construction. D’après le lemme 0FF6, nous savons que \(f^!\) commute avec \(c\) et \(c'\). Par conséquent, \[\begin{align*} f^!(\alpha \cdot \beta) & = f^!(c \cap c' \cap [Y]) \\ & = c \cap c' \cap f^![Y] \\ & = c \cap c' \cap [X] \\ & = (c \cap [X]) \cdot (c' \cap [X]) \\ & = (c \cap f^![Y]) \cdot (c' \cap f^![Y]) \\ & = f^!(\alpha) \cdot f^!(\beta) \end{align*}\] comme voulu.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme entre des schémas localement de type fini sur \(S\), tels que \(X\) et \(Y\) soient quasi-compacts, réguliers, à diagonale affine et de dimension finie. Alors \(f\) est un morphisme d’intersection complète locale. Supposons de plus que l’application de Gysin existe pour \(f\) et que \(f\) soit propre. Alors \[f_*(\alpha \cdot f^!\beta) = f_*\alpha \cdot \beta\] dans \(\CH^*(Y) \otimes \mathbf{Q}\), où le produit d’intersection est celui de la section 0FEX.
Démonstration
Le premier énoncé découle de Compléments sur les morphismes, Lemme 0E9K. Observons que \(f^![Y] = [X]\), voir le lemme 0FF7. Écrivons \(\alpha = ch(\alpha') \cap [X]\) et \(\beta = ch(\beta') \cap [Y]\), avec \(\alpha' \in K_0(\textit{Vect}(X)) \otimes \mathbf{Q}\) et \(\beta' \in K_0(\textit{Vect}(Y)) \otimes \mathbf{Q}\), comme dans la section 0FEX. Posons \(c = ch(\alpha')\) et \(c' = ch(\beta')\). Nous avons \[\begin{align*} f_*(\alpha \cdot f^!\beta) & = f_*(c \cap f^!(c' \cap [Y]_e)) \\ & = f_*(c \cap c' \cap f^![Y]_e) \\ & = f_*(c \cap c' \cap [X]_d) \\ & = f_*(c' \cap c \cap [X]_d) \\ & = c' \cap f_*(c \cap [X]_d) \\ & = \beta \cdot f_*(\alpha) \end{align*}\] La première égalité résulte de la construction du produit d’intersection. D’après le lemme 0FF6, nous savons que \(f^!\) commute avec \(c'\). Le fait que les classes de Chern soient dans le centre de l’anneau bivariant justifie d’intervertir l’ordre dans lequel on intersecte \([X]\) avec \(c\) et \(c'\). On peut commuter \(c'\) avec \(f_*\), car \(c'\) est une classe bivariante. La dernière égalité résulte à nouveau de la construction du produit d’intersection.
Applications de Gysin pour les diagonales
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme lisse de schémas localement de type fini sur \(S\). Alors le morphisme diagonal \(\Delta : X \longrightarrow X \times_Y X\) est une immersion régulière, voir Compléments sur les morphismes, lemme 0FDP. Nous avons donc l’application de Gysin \[\Delta^! \in A^*(X \to X \times_Y X)^\wedge\] construite à la section 0FEZ. Si \(X \to Y\) est de dimension relative constante \(d\), alors \(\Delta^! \in A^d(X \to X \times_Y X)\).
Lemme
Dans la situation ci-dessus, nous avons \(\Delta^! \circ \text{pr}_i^! = 1\) dans \(A^0(X)\).
Démonstration
Observons que les projections \(\text{pr}_i : X \times_Y X \to X\) sont lisses, de sorte que nous disposons aussi d’applications de Gysin pour ces projections. Le lemme a donc un sens et est un cas particulier du lemme 0FF5.
Proposition
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes de schémas localement de type fini sur \(S\). Si \(g\) est lisse de dimension relative \(d\), alors \(A^p(X \to Y) = A^{p - d}(X \to Z)\).
Démonstration
Nous utiliserons le fait que les morphismes lisses sont des morphismes d’intersection complète locale dont les applications de Gysin existent (voir la section 0FEZ). En particulier, nous avons \(g^! \in A^{-d}(Y \to Z)\). Nous pouvons alors envoyer \(c \in A^p(X \to Y)\) sur \(c \circ g^! \in A^{p - d}(X \to Z)\).
Réciproquement, soit \(c' \in A^{p - d}(X \to Z)\). Notons \(res(c')\) la restriction (remarque 0F9Z) de \(c'\) par le morphisme \(Y \to Z\). Puisque le diagramme \[\xymatrix{ X \times_Z Y \ar[r]_{\text{pr}_2} \ar[d]_{\text{pr}_1} & Y \ar[d]^g \\ X \ar[r]^f & Z }\] est cartésien, nous obtenons \(res(c') \in A^{p - d}(X \times_Z Y \to Y)\). Soit \(\Delta : Y \to Y \times_Z Y\) la diagonale, et notons \(res(\Delta^!)\) la restriction de \(\Delta^!\) à \(X \times_Z Y\) par le morphisme \(X \times_Z Y \to Y \times_Z Y\). Puisque le diagramme \[\xymatrix{ X \ar[r] \ar[d] & X \times_Z Y \ar[d] \\ Y \ar[r]^-\Delta & Y \times_Z Y }\] est cartésien, nous voyons que \(res(\Delta^!) \in A^d(X \to X \times_Z Y)\). En composant ces deux restrictions, nous obtenons \[res(\Delta^!) \circ res(c') \in A^p(X \to Y)\] Nous avons ainsi construit des applications \(A^p(X \to Y) \to A^{p - d}(X \to Z)\) et \(A^{p - d}(X \to Z) \to A^p(X \to Y)\). Pour achever la démonstration, nous allons montrer que ces applications sont réciproques l’une de l’autre.
Commençons avec \(c \in A^p(X \to Y)\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d] \ar[r] & Y \ar[d] \\ X \times_Z Y \ar[r] \ar[d]^{\text{pr}_1} & Y \times_Z Y \ar[r]_{p_2} \ar[d]^{p_1} & Y \ar[d]^g \\ X \ar[r]^f & Y \ar[r]^g & Z }\] dont les carrés sont cartésiens. Les deux carrés inférieurs de ce diagramme montrent que \(res(c \circ g^!) = res(c) \cap p_2^!\), où, dans cette formule, \(res(c)\) désigne la restriction de \(c\) par \(p_1\). En considérant le carré supérieur du diagramme et en utilisant le lemme 0FF6, nous obtenons \(c \circ \Delta^! = res(\Delta^!) \circ res(c)\). Nous calculons \[\begin{align*} res(\Delta^!) \circ res(c \circ g^!) & = res(\Delta^!) \circ res(c) \circ p_2^! \\ & = c \circ \Delta^! \circ p_2^! \\ & = c \end{align*}\] La dernière égalité découle du lemme 0FBS.
Réciproquement, partons de \(c' \in A^{p - d}(X \to Z)\). En considérant le rectangle inférieur du diagramme ci-dessus, nous obtenons \(res(c') \circ g^! = \text{pr}_1^! \circ c'\). Nous calculons \[\begin{align*} res(\Delta^!) \circ res(c') \circ g^! & = res(\Delta^!) \circ \text{pr}_1^! \circ c' \\ & = c' \end{align*}\] La dernière égalité résulte du fait que les deux carrés de gauche du diagramme montrent que \(\text{id} = res(\Delta^! \circ p_1^!) = res(\Delta^!) \circ \text{pr}_1^!\). Ceci achève la démonstration.
Produit extérieur
Soit \(k\) un corps. Dans cette section, nous travaillons sur \(S = \Spec(k)\) avec \(\delta : S \to \mathbf{Z}\) définie en envoyant l’unique point sur \(0\), voir l’Exemple 02QM.
Considérons un carré cartésien \[\xymatrix{ X \times_k Y \ar[r] \ar[d] & Y \ar[d] \\ X \ar[r] & \Spec(k) = S }\] de schémas localement de type fini sur \(k\). Il existe alors une application canonique \[\times : \CH_n(X) \otimes_{\mathbf{Z}} \CH_m(Y) \longrightarrow \CH_{n + m}(X \times_k Y)\] qui est uniquement déterminée par la règle suivante : étant donnés des sous-schémas fermés intègres \(X' \subset X\) et \(Y' \subset Y\) de dimensions \(n\) et \(m\), nous avons \[[X'] \times [Y'] = [X' \times_k Y']_{n + m}\] dans \(\CH_{n + m}(X \times_k Y)\).
Lemme
L’application \(\times : \CH_n(X) \otimes_{\mathbf{Z}} \CH_m(Y) \to \CH_{n + m}(X \times_k Y)\) est bien définie.
Démonstration
Une première remarque est que, si \(\alpha = \sum n_i[X_i]\) et \(\beta = \sum m_j[Y_j]\), avec \(X_i \subset X\) et \(Y_j \subset Y\) des familles localement finies de sous-schémas fermés intègres de dimensions \(n\) et \(m\), alors les \(X_i \times_k Y_j\) forment une famille localement finie de sous-schémas fermés de \(X \times_k Y\), de dimensions \(n + m\), et nous pouvons effectivement considérer \[\alpha \times \beta = \sum n_i m_j [X_i \times_k Y_j]_{n + m}\] comme un \((n + m)\)-cycle sur \(X \times_k Y\). Nous obtenons ainsi une application additive \(\times : Z_n(X) \otimes_{\mathbf{Z}} Z_m(Y) \to Z_{n + m}(X \times_k Y)\). Il s’agit de montrer que ce procédé est compatible avec l’équivalence rationnelle.
Soit \(i : X' \to X\) le morphisme d’inclusion d’un sous-schéma fermé intègre de dimension \(n\). Alors l’image inverse plate par le morphisme \(p' : X' \to \Spec(k)\) est un élément \((p')^* \in A^{-n}(X' \to \Spec(k))\) d’après le lemme 0B78, et donc \(c' = i_* \circ (p')^* \in A^{-n}(X \to \Spec(k))\) d’après le lemme 0EPK. Cela produit des applications \[c' \cap - : \CH_m(Y) \longrightarrow \CH_{m + n}(X \times_k Y)\] dont le lecteur vérifie aisément qu’elles envoient \([Y']\) sur \([X' \times_k Y']_{n + m}\) pour tout sous-schéma fermé intègre \(Y' \subset Y\) de dimension \(m\). Par conséquent, la construction \(([X'], [Y']) \mapsto [X' \times_k Y']_{n + m}\) se factorise par l’équivalence rationnelle en la seconde variable, c’est-à-dire donne une application bien définie \(Z_n(X) \otimes_{\mathbf{Z}} \CH_m(Y) \to \CH_{n + m}(X \times_k Y)\). Par symétrie, il en est de même pour l’autre variable, et nous concluons.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(k\). Nous avons alors une identification canonique \[A^p(X \to \Spec(k)) = \CH_{-p}(X)\] pour tout \(p \in \mathbf{Z}\).
Démonstration
Considérons l’élément \([\Spec(k)] \in \CH_0(\Spec(k))\). Nous obtenons une application \(A^p(X \to \Spec(k)) \to \CH_{-p}(X)\) qui envoie \(c\) sur \(c \cap [\Spec(k)]\).
Réciproquement, supposons que nous ayons \(\alpha \in \CH_{-p}(X)\). Nous pouvons alors définir \(c_\alpha \in A^p(X \to \Spec(k))\) comme suit : étant donnés \(X' \to \Spec(k)\) et \(\alpha' \in \CH_n(X')\), nous posons \[c_\alpha \cap \alpha' = \alpha \times \alpha'\] dans \(\CH_{n - p}(X \times_k X')\). Pour montrer qu’il s’agit d’une classe bivariante, écrivons \(\alpha = \sum n_i[X_i]\) comme dans la définition 02QR. Considérons la composée \[\coprod X_i \xrightarrow{g} X \to \Spec(k)\] et notons \(f : \coprod X_i \to \Spec(k)\) cette composée. Alors \(g\) est propre et \(f\) est plat de dimension relative \(-p\). L’image inverse par \(f\) est une classe bivariante \(f^* \in A^p(\coprod X_i \to \Spec(k))\) d’après le lemme 0B78. Notons \(\nu \in A^0(\coprod X_i)\) la classe bivariante qui multiplie un cycle par \(n_i\) sur la \(i\)-ième composante. Ainsi, \(\nu \circ f^* \in A^p(\coprod X_i \to X)\). Enfin, nous avons une classe bivariante \[g_* \circ \nu \circ f^*\] par le lemme 0EPK. Le lecteur vérifie aisément que \(c_\alpha\) est égale à cette classe et qu’elle est donc elle-même une classe bivariante.
Pour achever la démonstration, nous devons montrer que les deux constructions sont réciproques l’une de l’autre. Comme \(c_\alpha \cap [\Spec(k)] = \alpha\), c’est clair dans un sens. Pour l’autre sens, soit \(c \in A^p(X \to \Spec(k))\) et posons \(\alpha = c \cap [\Spec(k)]\). Il suffit de démontrer que \[c \cap [X'] = c_\alpha \cap [X']\] lorsque \(X'\) est un schéma intègre localement de type fini sur \(\Spec(k)\), voir le lemme 02UC. Or \(p' : X' \to \Spec(k)\) est alors plat de dimension relative \(\dim(X')\), et donc \([X'] = (p')^*[\Spec(k)]\). Ainsi, le fait que les classes bivariantes \(c\) et \(c_\alpha\) coïncident sur \([\Spec(k)]\) implique qu’elles coïncident après intersection avec \([X']\), ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(k\). Soit \(c \in A^p(X \to \Spec(k))\). Soit \(Y \to Z\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(k\). Soit \(c' \in A^q(Y \to Z)\). Alors \(c \circ c' = c' \circ c\) dans \(A^{p + q}(X \times_k Y \to Z)\).
Démonstration
Dans la démonstration du lemme 0FBW, nous avons vu que \(c\) est donnée par une combinaison d’images directes propres, de multiplications par des entiers sur les composantes connexes et d’images inverses plates. Comme \(c'\) commute avec chacune de ces opérations par définition des classes bivariantes, nous concluons. Certains détails sont omis.
Remarque
La conséquence des lemmes 0FBW et 0FBX est la suivante. Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(k\). Soit \(\alpha \in \CH_*(X)\). Soit \(Y \to Z\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(k\). Soit \(c' \in A^q(Y \to Z)\). Alors \[\alpha \times (c' \cap \beta) = c' \cap (\alpha \times \beta)\] dans \(\CH_*(X \times_k Y)\) pour tout \(\beta \in \CH_*(Z)\). En effet, cela s’obtient en prenant pour \(c = c_\alpha \in A^*(X \to \Spec(k))\) la classe bivariante correspondant à \(\alpha\) ; voir la démonstration du lemme 0FBW.
Lemme
Le produit extérieur est associatif. Plus précisément, soit \(k\) un corps, soient \(X, Y, Z\) des schémas localement de type fini sur \(k\), et soient \(\alpha \in \CH_*(X)\), \(\beta \in \CH_*(Y)\), \(\gamma \in \CH_*(Z)\). Alors \((\alpha \times \beta) \times \gamma = \alpha \times (\beta \times \gamma)\) dans \(\CH_*(X \times_k Y \times_k Z)\).
Démonstration
Omis. Indication : associativité du produit fibré des schémas.
Produits d’intersection
Soit \(k\) un corps. Dans cette section, nous travaillons sur \(S = \Spec(k)\) avec \(\delta : S \to \mathbf{Z}\) définie en envoyant l’unique point sur \(0\) ; voir l’exemple 02QM.
Soit \(X\) un schéma lisse sur \(k\). La classe bivariante \(\Delta^!\) de la section 0FBR nous permet de définir une sorte de produit d’intersection sur les groupes de Chow des schémas localement de type fini sur \(X\). Supposons en effet que \(Y \to X\) et \(Z \to X\) soient des morphismes de schémas localement de type fini. Observons alors que \[Y \times_X Z = (Y \times_k Z) \times_{X \times_k X, \Delta} X\] Nous pouvons donc considérer la suite d’applications suivante \[\CH_n(Y) \otimes_\mathbf{Z} \CH_m(Z) \xrightarrow{\times} \CH_{n + m}(Y \times_k Z) \xrightarrow{\Delta^!} \CH_{n + m - *}(Y \times_X Z)\] Ici, la première flèche est le produit extérieur construit dans la section 0FBU, et la seconde est l’homomorphisme de Gysin pour la diagonale étudié dans la section 0FBR. Si \(X\) est équidimensionnel de dimension \(d\), nous aboutissons à \(\CH_{n + m - d}(Y \times_X Z)\) ; en général, nous pouvons décomposer selon les parties situées au-dessus des sous-schémas ouverts et fermés de \(X\) sur lesquels \(X\) est de dimension donnée. Pour \(\alpha \in \CH_*(Y)\) et \(\beta \in \CH_*(Z)\), nous noterons \[\alpha \cdot \beta = \Delta^!(\alpha \times \beta) \in \CH_*(Y \times_X Z)\] Dans le cas particulier où \(X = Y = Z\), nous obtenons une multiplication \[\CH_*(X) \times \CH_*(X) \to \CH_*(X),\quad (\alpha, \beta) \mapsto \alpha \cdot \beta\] appelée produit d’intersection. Nous observons que ce produit est manifestement symétrique. Son associativité résulte du lemme suivant.
Lemme
Le produit défini ci-dessus est associatif. Plus précisément, soit \(k\) un corps, soit \(X\) lisse sur \(k\), soient \(Y, Z, W\) des schémas localement de type fini sur \(X\), et soient \(\alpha \in \CH_*(Y)\), \(\beta \in \CH_*(Z)\), \(\gamma \in \CH_*(W)\). Alors \((\alpha \cdot \beta) \cdot \gamma = \alpha \cdot (\beta \cdot \gamma)\) dans \(\CH_*(Y \times_X Z \times_X W)\).
Démonstration
Par le lemme 0FBZ, nous avons \((\alpha \times \beta) \times \gamma = \alpha \times (\beta \times \gamma)\) dans \(\CH_*(Y \times_k Z \times_k W)\). Considérons les immersions fermées \[\Delta_{12} : X \times_k X \longrightarrow X \times_k X \times_k X, \quad (x, x') \mapsto (x, x, x')\] et \[\Delta_{23} : X \times_k X \longrightarrow X \times_k X \times_k X, \quad (x, x') \mapsto (x, x', x')\] Notons \(\Delta_{12}^!\) et \(\Delta_{23}^!\) les classes bivariantes correspondantes ; observons que \(\Delta_{12}^!\) est la restriction (remarque 0F9Z) de \(\Delta^!\) à \(X \times_k X \times_k X\) par l’application \(\text{pr}_{12}\) et que \(\Delta_{23}^!\) est la restriction de \(\Delta^!\) à \(X \times_k X \times_k X\) par l’application \(\text{pr}_{23}\). Ainsi, la restriction de \(\Delta_{12}^!\) par \(\Delta_{23}\) est manifestement \(\Delta^!\), et la restriction de \(\Delta_{23}^!\) par \(\Delta_{12}\) est également \(\Delta^!\). Par le lemme 0FBP, nous avons donc \[\Delta^! \circ \Delta_{12}^! = \Delta^! \circ \Delta_{23}^!\] Nous pouvons maintenant démontrer le lemme par la suite d’égalités suivante : \[\begin{align*} (\alpha \cdot \beta) \cdot \gamma & = \Delta^!(\Delta^!(\alpha \times \beta) \times \gamma) \\ & = \Delta^!(\Delta_{12}^!((\alpha \times \beta) \times \gamma)) \\ & = \Delta^!(\Delta_{23}^!((\alpha \times \beta) \times \gamma)) \\ & = \Delta^!(\Delta_{23}^!(\alpha \times (\beta \times \gamma)) \\ & = \Delta^!(\alpha \times \Delta^!(\beta \times \gamma)) \\ & = \alpha \cdot (\beta \cdot \gamma) \end{align*}\] Toutes les égalités découlent clairement de ce qui précède, sauf peut-être la deuxième et l’avant-dernière. L’égalité \(\Delta_{23}^!(\alpha \times (\beta \times \gamma)) = \alpha \times \Delta^!(\beta \times \gamma)\) résulte de la remarque 0FBY. Il en va de même pour la deuxième égalité.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma lisse sur \(k\), équidimensionnel de dimension \(d\). L’application \[A^p(X) \longrightarrow \CH_{d - p}(X),\quad c \longmapsto c \cap [X]_d\] est un isomorphisme. Par cet isomorphisme, la composition des classes bivariantes devient le produit d’intersection défini ci-dessus.
Démonstration
Notons \(g : X \to \Spec(k)\) le morphisme structural. L’application est la composée des isomorphismes \[A^p(X) \to A^{p - d}(X \to \Spec(k)) \to \CH_{d - p}(X)\] Le premier est l’isomorphisme \(c \mapsto c \circ g^*\) de la proposition 0FBT, et le second est l’isomorphisme \(c \mapsto c \cap [\Spec(k)]\) du lemme 0FBW. La démonstration du lemme 0FBW montre que l’inverse de la seconde flèche envoie \(\alpha \in \CH_{d - p}(X)\) sur la classe bivariante \(c_\alpha\) qui envoie \(\beta \in \CH_*(Y)\), pour \(Y\) localement de type fini sur \(k\), sur \(\alpha \times \beta\) dans \(\CH_*(X \times_k Y)\). La démonstration de la proposition 0FBT montre à son tour que l’inverse de la première flèche envoie \(c_\alpha\) sur la classe bivariante qui envoie \(\beta \in \CH_*(Y)\), pour \(Y \to X\) localement de type fini, sur \(\Delta^!(\alpha \times \beta) = \alpha \cdot \beta\). Le dernier énoncé du lemme en résulte.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas lisses sur \(k\). Alors l’homomorphisme de Gysin existe pour \(f\) et \(f^!(\alpha \cdot \beta) = f^!\alpha \cdot f^!\beta\).
Démonstration
Observons que \(X \to X \times_k Y\) est une immersion de \(X\) dans un schéma lisse sur \(Y\). L’homomorphisme de Gysin existe donc pour \(f\) (définition 0FF3). Pour démontrer la formule, nous pouvons décomposer \(X\) et \(Y\) en leurs composantes connexes ; nous pouvons donc supposer \(X\) lisse sur \(k\) et équidimensionnel de dimension \(d\), et \(Y\) lisse sur \(k\) et équidimensionnel de dimension \(e\). Observons que \(f^![Y]_e = [X]_d\) (voir par exemple le lemme 0FF7). Écrivons \(\alpha = c \cap [Y]_e\) et \(\beta = c' \cap [Y]_e\), de sorte que \(\alpha \cdot \beta = c \cap c' \cap [Y]_e\) ; voir le lemme 0FC2. Par le lemme 0FF6, nous savons que \(f^!\) commute à la fois avec \(c\) et \(c'\). Par conséquent, \[\begin{align*} f^!(\alpha \cdot \beta) & = f^!(c \cap c' \cap [Y]_e) \\ & = c \cap c' \cap f^![Y]_e \\ & = c \cap c' \cap [X]_d \\ & = (c \cap [X]_d) \cdot (c' \cap [X]_d) \\ & = (c \cap f^![Y]_e) \cdot (c' \cap f^![Y]_e) \\ & = f^!(\alpha) \cdot f^!(\beta) \end{align*}\] comme souhaité, où nous avons utilisé le Lemme 0FC2 pour \(X\) également.
On peut donner une autre démonstration en prouvant que \((f \times f)^!(\alpha \times \beta) = f^!\alpha \times f^!\beta\) et en utilisant le lemme 0FF5.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de schémas lisses sur \(k\). Alors l’homomorphisme de Gysin existe pour \(f\) et \(f_*(\alpha \cdot f^!\beta) = f_*\alpha \cdot \beta\).
Démonstration
Observons que \(X \to X \times_k Y\) est une immersion de \(X\) dans un schéma lisse sur \(Y\). L’homomorphisme de Gysin existe donc pour \(f\) (définition 0FF3). Pour démontrer la formule, nous pouvons décomposer \(X\) et \(Y\) en leurs composantes connexes ; nous pouvons donc supposer \(X\) lisse sur \(k\) et équidimensionnel de dimension \(d\), et \(Y\) lisse sur \(k\) et équidimensionnel de dimension \(e\). Observons que \(f^![Y]_e = [X]_d\) (voir par exemple le lemme 0FF7). Écrivons \(\alpha = c \cap [X]_d\) et \(\beta = c' \cap [Y]_e\) ; voir le lemme 0FC2. Nous avons \[\begin{align*} f_*(\alpha \cdot f^!\beta) & = f_*(c \cap f^!(c' \cap [Y]_e)) \\ & = f_*(c \cap c' \cap f^![Y]_e) \\ & = f_*(c \cap c' \cap [X]_d) \\ & = f_*(c' \cap c \cap [X]_d) \\ & = c' \cap f_*(c \cap [X]_d) \\ & = \beta \cdot f_*(\alpha) \end{align*}\] La première égalité résulte du lemme 0FC2 appliqué à \(X\). Par le lemme 0FF6, \(f^!\) commute avec \(c'\). La commutativité du produit d’intersection justifie d’inverser l’ordre des intersections de \([X]_d\) avec \(c\) et \(c'\) (par le lemme). On peut commuter \(c'\) avec \(f_*\) puisque \(c'\) est une classe bivariante. La dernière égalité résulte encore du lemme.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma intègre lisse sur \(k\). Soient \(Y, Z \subset X\) des sous-schémas fermés intègres. Posons \(d = \dim(Y) + \dim(Z) - \dim(X)\). Supposons que
\(\dim(Y \cap Z) \leq d\), et
\(\mathcal{O}_{Y, \xi}\) et \(\mathcal{O}_{Z, \xi}\) soient de Cohen-Macaulay pour tout \(\xi \in Y \cap Z\) tel que \(\delta(\xi) = d\).
Alors \([Y] \cdot [Z] = [Y \cap Z]_d\) dans \(\CH_d(X)\).
Démonstration
Rappelons que \([Y] \cdot [Z] = \Delta^!([Y \times Z])\), où \(\Delta^! = c(\Delta : X \to X \times X, \mathcal{T}_{X/k})\) est un homomorphisme de Gysin en codimension supérieure (section 0FBI), avec \(\mathcal{T}_{X/k} = \SheafHom(\Omega_{X/k}, \mathcal{O}_X)\) localement libre de rang \(\dim(X)\). Nous avons l’égalité de schémas \[Y \cap Z = X \times_{\Delta, (X \times X)} (Y \times Z)\] et \(\dim(Y \times Z) = \dim(Y) + \dim(Z)\) ; les conditions (1), (2) et (3) du lemme 0FEA sont donc satisfaites. Enfin, si \(\xi \in Y \cap Z\), nous avons un homomorphisme local plat \[\mathcal{O}_{Y, \xi} \longrightarrow \mathcal{O}_{Y \times Z, \xi}\] dont la « fibre » est \(\mathcal{O}_{Z, \xi}\). Il s’ensuit que si \(\mathcal{O}_{Y, \xi}\) et \(\mathcal{O}_{Z, \xi}\) sont tous deux de Cohen-Macaulay, alors \(\mathcal{O}_{Y \times Z, \xi}\) l’est aussi ; voir Algèbre, lemme 045J. Nous voyons ainsi que toutes les hypothèses du lemme 0FEA sont satisfaites, et nous concluons.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma lisse sur \(k\). Soit \(i : Y \to X\) une immersion fermée régulière. Soit \(\alpha \in \CH_*(X)\). Si \(Y\) est équidimensionnel de dimension \(e\), alors \(\alpha \cdot [Y]_e = i_*(i^!(\alpha))\) dans \(\CH_*(X)\).
Démonstration
Après avoir décomposé \(X\) en composantes connexes, nous pouvons supposer, et supposons, \(X\) équidimensionnel de dimension \(d\). Écrivons \(\alpha = c \cap [X]_n\) avec \(x \in A^*(X)\) ; voir le lemme 0FC2. Alors \[i_*(i^!(\alpha)) = i_*(i^!(c \cap [X]_n)) = i_*(c \cap i^![X]_n) = i_*(c \cap [Y]_e) = c \cap i_*[Y]_e = \alpha \cdot [Y]_e\] La première égalité résulte du choix de \(c\), puis la deuxième du lemme 0FF6. La troisième vient de ce que \(i^![X]_d = [Y]_e\) dans \(\CH_*(Y)\) (lemme 0FF7). La quatrième tient à ce que les classes bivariantes commutent à l’image directe propre. La dernière égalité résulte du lemme 0FC2.
Lemme
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un schéma lisse sur \(k\), qui est quasi-compact et dont la diagonale est affine. Alors le produit d’intersection sur \(\CH^*(X)\) construit dans cette section coïncide, après tensorisation par \(\mathbf{Q}\), avec le produit d’intersection construit dans la section 0FEX.
Démonstration
Soient \(\alpha \in \CH^i(X)\) et \(\beta \in \CH^j(X)\). Écrivons \(\alpha = ch(\alpha') \cap [X]\) et \(\beta = ch(\beta') \cap [X]\) \(\alpha', \beta' \in K_0(\textit{Vect}(X)) \otimes \mathbf{Q}\) comme dans la section 0FEX. Posons \(c = ch(\alpha')\) et \(c' = ch(\beta')\). Le produit d’intersection de la section 0FEX donne alors \(c \cap c' \cap [X]\). C’est égal à \(\alpha \cdot \beta\) par le lemme 0FC2 (ou plutôt par sa généralisation selon laquelle \(A^i(X) \to \CH^i(X)\), \(c \mapsto c \cap [X]\) est un isomorphisme pour tout schéma lisse \(X\) sur \(k\)).
Produit extérieur sur les anneaux de Dedekind
Soit \(S\) un schéma localement noethérien qui possède un recouvrement ouvert par des spectres d’anneaux de Dedekind. Posons \(\delta(s) = 0\) pour \(s \in S\) fermé et \(\delta(s) = 1\) sinon. Alors \((S, \delta)\) est un cas particulier de notre situation générale 02QL ; voir l’exemple 02QN. Observons que \(S\) est normal (Algèbre, lemme 034X) et est donc une réunion disjointe de schémas intègres normaux (Propriétés, lemme 033N). Ainsi, tous les arguments ci-dessous se ramènent au cas où \(S\) est irréductible. En revanche, nous permettons que \(S\) soit non séparé (ainsi, \(S\) pourrait être la droite affine avec \(0\) dédoublé, par exemple).
Considérons un carré cartésien \[\xymatrix{ X \times_S Y \ar[r] \ar[d] & Y \ar[d] \\ X \ar[r] & S }\] de schémas localement de type fini sur \(S\). Nous affirmons qu’il existe une application canonique \[\times : \CH_n(X) \otimes_{\mathbf{Z}} \CH_m(Y) \longrightarrow \CH_{n + m - 1}(X \times_S Y)\] qui est uniquement déterminée par la règle suivante : étant donnés des sous-schémas fermés intègres \(X' \subset X\) et \(Y' \subset Y\) de \(\delta\)-dimensions \(n\) et \(m\), nous posons
\([X'] \times [Y'] = [X' \times_S Y']_{n + m - 1}\) si \(X'\) ou \(Y'\) domine une composante irréductible de \(S\),
\([X'] \times [Y'] = 0\) si ni \(X'\) ni \(Y'\) ne domine de composante irréductible de \(S\).
Lemme
L’application \(\times : \CH_n(X) \otimes_{\mathbf{Z}} \CH_m(Y) \to \CH_{n + m - 1}(X \times_S Y)\) est bien définie.
Démonstration
Considérons les cycles de dimensions \(n\) et \(m\), \(\alpha = \sum_{i \in I} n_i[X_i]\) et \(\beta = \sum_{j \in J} m_j[Y_j]\), où \(X_i \subset X\) et \(Y_j \subset Y\) sont des familles localement finies de sous-schémas fermés intègres de \(\delta\)-dimensions \(n\) et \(m\). Soit \(K \subset I \times J\) l’ensemble des couples \((i, j) \in I \times J\) tels que \(X_i\) ou \(Y_j\) domine une composante irréductible de \(S\). Alors \(\{X_i \times_S Y_j\}_{(i, j) \in K}\) est une famille localement finie de sous-schémas fermés de \(X \times_S Y\), de \(\delta\)-dimension \(n + m - 1\). Nous pouvons donc bien considérer \[\alpha \times \beta = \sum\nolimits_{(i, j) \in K} n_i m_j [X_i \times_S Y_j]_{n + m - 1}\] comme un \((n + m - 1)\)-cycle sur \(X \times_S Y\). Nous obtenons ainsi une application additive \(\times : Z_n(X) \otimes_{\mathbf{Z}} Z_m(Y) \to Z_{n + m}(X \times_S Y)\). Le problème est de montrer que ce procédé est compatible avec l’équivalence rationnelle.
Soit \(i : X' \to X\) le morphisme d’inclusion d’un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(n\) qui domine une composante irréductible de \(S\). Alors \(p' : X' \to S\) est plat de dimension relative \(n - 1\) ; voir Compléments d’algèbre, lemme 0AUW. L’image inverse plate par \(p'\) est donc un élément \((p')^* \in A^{-n + 1}(X' \to S)\) par le lemme 0B78, et donc \(c' = i_* \circ (p')^* \in A^{-n + 1}(X \to S)\) par le lemme 0EPK. Cela donne des applications \[c' \cap - : \CH_m(Y) \longrightarrow \CH_{m + n - 1}(X \times_S Y)\] qui envoient \([Y']\) sur \([X' \times_S Y']_{n + m - 1}\) pour tout sous-schéma fermé intègre \(Y' \subset Y\) de \(\delta\)-dimension \(m\).
Soit \(i : X' \to X\) le morphisme d’inclusion d’un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(n\) tel que la composée \(X' \to X \to S\) se factorise par un point fermé \(s \in S\). Comme \(s\) est un point fermé du spectre d’un anneau de Dedekind, nous voyons que \(s\) est un diviseur de Cartier effectif sur \(S\) dont le fibré normal est trivial. Notons \(c \in A^1(s \to S)\) l’homomorphisme de Gysin ; voir le lemme 0B79. Le morphisme \(p' : X' \to s\) est plat de dimension relative \(n\). L’image inverse plate par \(p'\) est donc un élément \((p')^* \in A^{-n}(X' \to S)\) par le lemme 0B78. Ainsi, \[c' = i_* \circ (p')^* \circ c \in A^{-n}(X \to S)\] par le lemme 0EPK. Cela donne des applications \[c' \cap - : \CH_m(Y) \longrightarrow \CH_{m + n - 1}(X \times_S Y)\] qui, pour tout sous-schéma fermé intègre \(Y' \subset Y\) de \(\delta\)-dimension \(m\), envoient \([Y']\) sur \([X' \times_S Y']_{n + m - 1}\) si \(Y'\) domine une composante irréductible de \(S\), et sur \(0\) sinon.
Des deux paragraphes précédents, nous concluons que la construction \(([X'], [Y']) \mapsto [X' \times_S Y']_{n + m - 1}\) se factorise par l’équivalence rationnelle en la seconde variable, c’est-à-dire qu’elle donne une application bien définie \(Z_n(X) \otimes_{\mathbf{Z}} \CH_m(Y) \to \CH_{n + m - 1}(X \times_S Y)\). Par symétrie, il en va de même pour l’autre variable, et nous concluons.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme ci-dessus. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Nous avons alors une identification canonique \[A^p(X \to S) = \CH_{1 - p}(X)\] pour tout \(p \in \mathbf{Z}\).
Démonstration
Considérons l’élément \([S]_1 \in \CH_1(S)\). Nous obtenons une application \(A^p(X \to S) \to \CH_{1 - p}(X)\) en envoyant \(c\) sur \(c \cap [S]_1\).
Réciproquement, supposons donné \(\alpha \in \CH_{1 - p}(X)\). Nous pouvons alors définir \(c_\alpha \in A^p(X \to S)\) de la manière suivante : étant donnés \(X' \to S\) et \(\alpha' \in \CH_n(X')\), nous posons \[c_\alpha \cap \alpha' = \alpha \times \alpha'\] dans \(\CH_{n - p}(X \times_S X')\). Pour montrer qu’il s’agit d’une classe bivariante, écrivons \(\alpha = \sum_{i \in I} n_i[X_i]\) comme dans la définition 02QR. En particulier, le morphisme \[g : \coprod\nolimits_{i \in I} X_i \longrightarrow X\] est propre. Fixons \(i \in I\). Si \(X_i\) domine une composante irréductible de \(S\), alors le morphisme structural \(p_i : X_i \to S\) est plat et nous avons \(\xi_i = p_i^* \in A^p(X_i \to S)\). D’autre part, si \(p_i\) se factorise en \(p'_i : X_i \to s_i\) suivi de l’inclusion \(s_i \to S\) d’un point fermé, alors nous avons \(\xi_i = (p'_i)^* \circ c_i \in A^p(X_i \to S)\) où \(c_i \in A^1(s_i \to S)\) est l’homomorphisme de Gysin et \((p'_i)^*\) est l’image inverse plate. Observons que \[A^p(\coprod\nolimits_{i \in I} X_i \to S) = \prod\nolimits_{i \in I} A^p(X_i \to S)\] Nous avons donc \[\xi = \sum n_i \xi_i \in A^p(\coprod\nolimits_{i \in I} X_i \to S)\] Enfin, puisque \(g\) est propre, nous avons une classe bivariante \[g_* \circ \xi \in A^p(X \to S)\] par le lemme 0EPK. Le lecteur vérifie aisément que \(c_\alpha\) est égale à cette classe (comparer avec la démonstration du lemme 0FC4) et est donc elle-même une classe bivariante.
Pour achever la démonstration, nous devons montrer que les deux constructions sont réciproques l’une de l’autre. Comme \(c_\alpha \cap [S]_1 = \alpha\), c’est clair dans un sens. Pour l’autre sens, soit \(c \in A^p(X \to S)\) et posons \(\alpha = c \cap [S]_1\). Il suffit de démontrer que \[c \cap [X'] = c_\alpha \cap [X']\] lorsque \(X'\) est un schéma intègre localement de type fini sur \(S\) ; voir le lemme 02UC. Or, soit \(p' : X' \to S\) est plat de dimension relative \(\dim_\delta(X') - 1\), et donc \([X'] = (p')^*[S]_1\), soit \(X' \to S\) se factorise en \(X' \to s \to S\), et donc \([X'] = (p')^*(s \to S)^*[S]_1\). Ainsi, le fait que les classes bivariantes \(c\) et \(c_\alpha\) coïncident sur \([S]_1\) implique qu’elles coïncident après intersection avec \([X']\) (puisque les classes bivariantes commutent aux images inverses plates et aux homomorphismes de Gysin), ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme ci-dessus. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(c \in A^p(X \to S)\). Soit \(Y \to Z\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \(c' \in A^q(Y \to Z)\). Alors \(c \circ c' = c' \circ c\) dans \(A^{p + q}(X \times_S Y \to X \times_S Z)\).
Démonstration
Dans la démonstration du lemme 0FC5, nous avons vu que \(c\) est donnée par une combinaison d’images directes propres, de multiplications par des entiers sur les composantes connexes, d’images inverses plates et d’homomorphismes de Gysin. Comme \(c'\) commute avec chacune de ces opérations par définition des classes bivariantes, nous concluons. Certains détails sont omis.
Remarque
La conséquence des lemmes 0FC5 et 0FC6 est la suivante. Soit \((S, \delta)\) comme ci-dessus. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(\alpha \in \CH_*(X)\). Soit \(Y \to Z\) un morphisme de schémas localement de type fini sur \(S\). Soit \(c' \in A^q(Y \to Z)\). Alors \[\alpha \times (c' \cap \beta) = c' \cap (\alpha \times \beta)\] dans \(\CH_*(X \times_S Y)\) pour tout \(\beta \in \CH_*(Z)\). En effet, cela s’obtient en prenant pour \(c = c_\alpha \in A^*(X \to S)\) la classe bivariante correspondant à \(\alpha\) ; voir la démonstration du lemme 0FC5.
Lemme
Le produit extérieur est associatif. Plus précisément, soit \((S, \delta)\) comme ci-dessus, soient \(X, Y, Z\) des schémas localement de type fini sur \(S\), et soient \(\alpha \in \CH_*(X)\), \(\beta \in \CH_*(Y)\), \(\gamma \in \CH_*(Z)\). Alors \((\alpha \times \beta) \times \gamma = \alpha \times (\beta \times \gamma)\) dans \(\CH_*(X \times_S Y \times_S Z)\).
Démonstration
Omis. Indication : associativité du produit fibré des schémas.
Produits d’intersection sur les anneaux de Dedekind
Soit \(S\) un schéma localement noethérien qui admet un recouvrement ouvert par des spectres d’anneaux de Dedekind. Posons \(\delta(s) = 0\) pour \(s \in S\) fermé et \(\delta(s) = 1\) sinon. Alors \((S, \delta)\) est un cas particulier de notre Situation générale 02QL ; voir l’Exemple 02QN et la discussion de la section 0FC3.
Soit \(X\) un schéma lisse sur \(S\). La classe bivariante \(\Delta^!\) de la section 0FBR nous permet de définir une sorte de produit d’intersection sur les groupes de Chow des schémas localement de type fini sur \(X\). Plus précisément, supposons que \(Y \to X\) et \(Z \to X\) soient des morphismes de schémas qui sont localement de type fini. Observons alors que \[Y \times_X Z = (Y \times_S Z) \times_{X \times_S X, \Delta} X\] Nous pouvons donc considérer la suite d’applications suivante \[\CH_n(Y) \otimes_\mathbf{Z} \CH_m(Y) \xrightarrow{\times} \CH_{n + m - 1}(Y \times_S Z) \xrightarrow{\Delta^!} \CH_{n + m - *}(Y \times_X Z)\] Ici, la première flèche est le produit extérieur construit à la section 0FC3 et la seconde flèche est l’homomorphisme de Gysin pour la diagonale étudié à la section 0FBR. Si \(X\) est équidimensionnel de dimension \(d\), alors \(X \to S\) est lisse de dimension relative \(d - 1\) et nous aboutissons donc à \(\CH_{n + m - d}(Y \times_X Z)\). En général, nous pouvons décomposer selon les parties situées au-dessus des sous-schémas ouverts et fermés de \(X\) où \(X\) a une dimension donnée. Étant donnés \(\alpha \in \CH_*(Y)\) et \(\beta \in \CH_*(Z)\), nous noterons \[\alpha \cdot \beta = \Delta^!(\alpha \times \beta) \in \CH_*(Y \times_X Z)\] Dans le cas particulier où \(X = Y = Z\), nous obtenons une multiplication \[\CH_*(X) \times \CH_*(X) \to \CH_*(X),\quad (\alpha, \beta) \mapsto \alpha \cdot \beta\] appelée le produit d’intersection. Nous observons que ce produit est clairement symétrique. L’associativité résulte du lemme suivant.
Lemme
Le produit défini ci-dessus est associatif. Plus précisément, avec \((S, \delta)\) comme ci-dessus, soit \(X\) lisse sur \(S\), soient \(Y, Z, W\) des schémas localement de type fini sur \(X\), et soient \(\alpha \in \CH_*(Y)\), \(\beta \in \CH_*(Z)\), \(\gamma \in \CH_*(W)\). Alors \((\alpha \cdot \beta) \cdot \gamma = \alpha \cdot (\beta \cdot \gamma)\) dans \(\CH_*(Y \times_X Z \times_X W)\).
Démonstration
Par le Lemme 0FC8, nous avons \((\alpha \times \beta) \times \gamma = \alpha \times (\beta \times \gamma)\) dans \(\CH_*(Y \times_S Z \times_S W)\). Considérons les immersions fermées \[\Delta_{12} : X \times_S X \longrightarrow X \times_S X \times_S X, \quad (x, x') \mapsto (x, x, x')\] et \[\Delta_{23} : X \times_S X \longrightarrow X \times_S X \times_S X, \quad (x, x') \mapsto (x, x', x')\] Notons \(\Delta_{12}^!\) et \(\Delta_{23}^!\) les classes bivariantes correspondantes ; observons que \(\Delta_{12}^!\) est la restriction (Remarque 0F9Z) de \(\Delta^!\) à \(X \times_S X \times_S X\) par l’application \(\text{pr}_{12}\) et que \(\Delta_{23}^!\) est la restriction de \(\Delta^!\) à \(X \times_S X \times_S X\) par l’application \(\text{pr}_{23}\). Ainsi, la restriction de \(\Delta_{12}^!\) par \(\Delta_{23}\) est clairement \(\Delta^!\), et la restriction de \(\Delta_{23}^!\) par \(\Delta_{12}\) est également \(\Delta^!\). Ainsi, par le Lemme 0FBP, nous avons \[\Delta^! \circ \Delta_{12}^! = \Delta^! \circ \Delta_{23}^!\] Nous pouvons maintenant démontrer le lemme par la suite d’égalités suivante : \[\begin{align*} (\alpha \cdot \beta) \cdot \gamma & = \Delta^!(\Delta^!(\alpha \times \beta) \times \gamma) \\ & = \Delta^!(\Delta_{12}^!((\alpha \times \beta) \times \gamma)) \\ & = \Delta^!(\Delta_{23}^!((\alpha \times \beta) \times \gamma)) \\ & = \Delta^!(\Delta_{23}^!(\alpha \times (\beta \times \gamma)) \\ & = \Delta^!(\alpha \times \Delta^!(\beta \times \gamma)) \\ & = \alpha \cdot (\beta \cdot \gamma) \end{align*}\] Toutes les égalités ressortent clairement de ce qui précède, sauf peut-être la deuxième et l’avant-dernière. L’égalité \(\Delta_{23}^!(\alpha \times (\beta \times \gamma)) = \alpha \times \Delta^!(\beta \times \gamma)\) résulte de la Remarque 0FBY. Il en va de même pour la deuxième égalité.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme ci-dessus. Soit \(X\) un schéma lisse sur \(S\), équidimensionnel de dimension \(d\). L’application \[A^p(X) \longrightarrow \CH_{d - p}(X),\quad c \longmapsto c \cap [X]_d\] est un isomorphisme. Par cet isomorphisme, la composition des classes bivariantes devient le produit d’intersection défini ci-dessus.
Démonstration
Notons \(g : X \to S\) le morphisme structural. L’application est la composée des isomorphismes \[A^p(X) \to A^{p - d + 1}(X \to S) \to \CH_{d - p}(X)\] Le premier est l’isomorphisme \(c \mapsto c \circ g^*\) de la Proposition 0FBT, et le second est l’isomorphisme \(c \mapsto c \cap [S]_1\) du Lemme 0FC5. La démonstration du Lemme 0FC5 montre que l’inverse de la seconde flèche envoie \(\alpha \in \CH_{d - p}(X)\) sur la classe bivariante \(c_\alpha\) qui envoie \(\beta \in \CH_*(Y)\), pour \(Y\) localement de type fini sur \(k\), sur \(\alpha \times \beta\) dans \(\CH_*(X \times_k Y)\). La démonstration de la Proposition 0FBT montre à son tour que l’inverse de la première flèche envoie \(c_\alpha\) sur la classe bivariante qui envoie \(\beta \in \CH_*(Y)\), pour \(Y \to X\) localement de type fini, sur \(\Delta^!(\alpha \times \beta) = \alpha \cdot \beta\). Le dernier résultat du lemme en découle.
Classes de Todd
Une dernière classe associée à un fibré vectoriel \(\mathcal{E}\) de rang \(r\) est sa classe de Todd \(Todd(\mathcal{E})\). En termes des racines de Chern \(x_1, \ldots, x_r\), elle est définie par \[Todd(\mathcal{E}) = \prod\nolimits_{i = 1}^r \frac{x_i}{1 - e^{-x_i}}\] En termes des classes de Chern \(c_i = c_i(\mathcal{E})\), nous avons \[Todd(\mathcal{E}) = 1 + \frac{1}{2}c_1 + \frac{1}{12}(c_1^2 + c_2) + \frac{1}{24}c_1c_2 + \frac{1}{720}(-c_1^4 + 4c_1^2c_2 + 3c_2^2 + c_1c_3 - c_4) + \ldots\] Nous avons fait les remarques appropriées sur les dénominateurs dans la section précédente. Pour toute suite exacte donnée \[0 \to {\mathcal E}_1 \to {\mathcal E} \to {\mathcal E}_2 \to 0\] nous avons \[Todd({\mathcal E}) = Todd({\mathcal E}_1) Todd({\mathcal E}_2).\]
Grothendieck–Riemann–Roch
Soit \((S, \delta)\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(X, Y\) localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un faisceau localement libre de type fini \({\mathcal E}\) sur \(X\), de rang \(r\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre et lisse. Supposons que les \(R^if_*\mathcal{E}\) soient des faisceaux localement libres sur \(Y\), de rang fini. Le théorème de Grothendieck–Riemann–Roch affirme dans ce cas que \[f_*(Todd(T_{X/Y}) ch(\mathcal{E})) = \sum (-1)^i ch(R^if_*\mathcal{E})\] Ici, \[T_{X/Y} = \SheafHom_{\mathcal{O}_X}(\Omega_{X/Y}, \mathcal{O}_X)\] est le fibré tangent relatif de \(X\) sur \(Y\). Si \(Y = \Spec(k)\), où \(k\) est un corps, nous pouvons reformuler ceci sous la forme \[\chi(X, \mathcal{E}) = \deg(Todd(T_{X/k}) ch(\mathcal{E}))\] Le théorème est plus général et devient plus facile à démontrer lorsqu’il est formulé avec la bonne généralité. Nous y reviendrons ailleurs (insérer ici une référence future).
Changement de schéma de base
Dans cette section, nous expliquons comment comparer les théories pour différents schémas de base.
Situation
Ici, \((S, \delta)\) et \((S', \delta')\) sont comme dans la Situation 02QL. En outre, \(g : S' \to S\) est un morphisme plat de schémas et \(c \in \mathbf{Z}\) est un entier tel que : pour tout \(s \in S\) et tout \(s' \in S'\) qui est un point générique d’une composante irréductible de \(g^{-1}(\{s\})\), nous avons \(\delta'(s') = \delta(s) + c\).
Nous verrons que, pour un schéma \(X\) localement de type fini sur \(S\), il existe une application bien définie \(\CH_k(X) \to \CH_{k + c}(X \times_S S')\) de groupes de Chow qui commute (dans l’ensemble) avec les opérations que nous avons définies dans ce chapitre.
Lemme
Dans la Situation 0FVG, soit \(X \to S\) localement de type fini. Notons \(X' \to S'\) le changement de base par \(S' \to S\). Si \(X\) est intègre avec \(\dim_\delta(X) = k\), alors toute composante irréductible \(Z'\) de \(X'\) vérifie \(\dim_{\delta'}(Z') = k + c\).
Démonstration
La projection \(X' \to X\) est plate comme changement de base du morphisme plat \(S' \to S\) (Morphismes, Lemme 01U9). Ainsi, tout point générique \(x'\) d’une composante irréductible de \(X'\) s’envoie sur le point générique \(x \in X\) (car les générisations se relèvent le long de \(X' \to X\) par Morphismes, Lemme 03HV). Soit \(s \in S\) l’image de \(x\). Rappelons que le schéma \(S'_s = S' \times_S s\) a le même espace topologique sous-jacent que \(g^{-1}(\{s\})\) (Schémas, Lemme 01K1). Nous pouvons voir \(x'\) comme un point du schéma \(S'_s \times_s x\), lequel est muni d’un monomorphisme \(S'_s \times_s x \to S' \times_S X\). Bien entendu, \(x'\) est aussi un point générique d’une composante irréductible de \(S'_s \times_s x\). En utilisant la platitude de \(\Spec(\kappa(x)) \to \Spec(\kappa(s)) = s\) et en raisonnant comme ci-dessus, nous voyons que \(x'\) s’envoie sur un point générique \(s'\) d’une composante irréductible de \(g^{-1}(\{s\})\). Ainsi, \(\delta'(s') = \delta(s) + c\) par hypothèse. Nous avons \(\dim_x(X_s) = \dim_{x'}(X_{s'})\) par Morphismes, Lemme 02FY. Puisque \(x\) est un point générique d’une composante irréductible \(X_s\) (c’est un schéma irréductible, mais nous n’en avons pas besoin) et que \(x'\) est un point générique d’une composante irréductible de \(X'_{s'}\), nous concluons que \(\text{trdeg}_{\kappa(s)}(\kappa(x)) = \text{trdeg}_{\kappa(s')}(\kappa(x'))\) par Morphismes, Lemme 02FX. Alors \[\delta_{X'/S'}(x') = \delta(s') + \text{trdeg}_{\kappa(s')}(\kappa(x')) = \delta(s) + c + \text{trdeg}_{\kappa(s)}(\kappa(x)) = \delta_{X/S}(x) + c\] Ceci prouve ce que nous voulions par la Définition 02QP.
Dans la Situation 0FVG, soit \(X \to S\) localement de type fini. Notons \(X' \to S'\) le changement de base par \(g : S' \to S\). Il existe un unique homomorphisme \[g^* : Z_k(X) \longrightarrow Z_{k + c}(X')\] qui, étant donné un sous-schéma fermé intègre \(Z \subset X\) de \(\delta\)-dimension \(k\), envoie \([Z]\) sur \([Z \times_S S']_{k + c}\). Ceci a un sens par le Lemme 0FVH.
Lemme
Dans la Situation 0FVG, soit \(X \to S\) localement de type fini et soit \(X' \to S\) le changement de base par \(S' \to S\).
Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé tel que \(\dim_\delta(Z) \leq k\) et de changement de base \(Z' \subset X'\). Alors nous avons \(\dim_{\delta'}(Z')) \leq k + c\) et \([Z']_{k + c} = g^*[Z]_k\) dans \(Z_{k + c}(X')\).
Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(X\) tel que \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F})) \leq k\), et soit \(\mathcal{F}'\) son changement de base sur \(X'\). Alors nous avons \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F}')) \leq k + c\) et \(g^*[\mathcal{F}]_k = [\mathcal{F}']_{k + c}\) dans \(Z_{k + c}(X')\).
Démonstration
La démonstration est exactement la même que celle du Lemme 02RE, et nous suggérons au lecteur de la passer.
Les assertions sur les dimensions résultent du Lemme 0FVH. La partie (1) résulte de la partie (2) par le Lemme 02QY et par le fait que le changement de base du module cohérent \(\mathcal{O}_Z\) est \(\mathcal{O}_{Z'}\).
Démonstration de (2). Puisque \(X\), \(X'\) sont localement noethériens, nous pouvons appliquer Cohomologie des schémas, Lemme 01XZ, pour voir que \(\mathcal{F}\) est de type fini, donc \(\mathcal{F}'\) est de type fini (Modules, Lemme 01B6), et donc \(\mathcal{F}'\) est cohérent (de nouveau Cohomologie des schémas, Lemme 01XZ). Ainsi, le lemme a un sens. Soit \(W \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\), et soit \(W' \subset X'\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta'\)-dimension \(k + c\) s’envoyant dans \(W\) par \(X' \to X\). Nous devons montrer que le coefficient \(n\) de \([W']\) dans \(g^*[\mathcal{F}]_k\) coïncide avec le coefficient \(m\) de \([W']\) dans \([\mathcal{F}']_{k + c}\). Soient \(\xi \in W\) et \(\xi' \in W'\) les points génériques. Posons \(A = \mathcal{O}_{X, \xi}\), \(B = \mathcal{O}_{X', \xi'}\) et \(M = \mathcal{F}_\xi\) comme \(A\)-module. (Notons que \(M\) est de longueur finie par nos hypothèses de dimension, mais qu’en fait nous n’avons pas besoin de le vérifier. Voir le Lemme 02QW.) Nous avons \(\mathcal{F}'_{\xi'} = B \otimes_A M\). Ainsi, nous voyons que \[n = \text{longueur}_B(B \otimes_A M) \quad \text{et} \quad m = \text{longueur}_A(M) \text{longueur}_B(B/\mathfrak m_AB)\] L’égalité résulte donc de Algèbre, Lemme 02M1.
Lemme
Dans la Situation 0FVG, soit \(X \to S\) localement de type fini et soit \(X' \to S'\) le changement de base par \(S' \to S\). L’application \(g^* : Z_k(X) \to Z_{k + c}(X')\) ci-dessus passe au quotient par l’équivalence rationnelle et donne une application \[g^* : \CH_k(X) \longrightarrow \CH_{k + c}(X')\] de groupes de Chow.
Démonstration
Supposons que \(\alpha \in Z_k(X)\) soit un \(k\)-cycle rationnellement équivalent à zéro. Par le Lemme 02S4, il existe une famille localement finie de sous-schémas fermés intègres \(W_i \subset X \times \mathbf{P}^1\) de \(\delta\)-dimension \(k\) qui ne sont pas contenus dans les diviseurs \((X \times \mathbf{P}^1)_0\) ou \((X \times \mathbf{P}^1)_\infty\) de \(X \times \mathbf{P}^1\), telle que \(\alpha = \sum ([(W_i)_0]_k - [(W_i)_\infty]_k)\). Il suffit donc de prouver que, pour \(W \subset X \times \mathbf{P}^1\) fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\) et non contenu dans les diviseurs \((X \times \mathbf{P}^1)_0\) ou \((X \times \mathbf{P}^1)_\infty\) de \(X \times \mathbf{P}^1\), nous avons
le changement de base \(W' \subset X' \times \mathbf{P}^1\) satisfait aux hypothèses du Lemme 02S5, avec \(k\) remplacé par \(k + c\), et
\(g^*[W_0]_k = [(W')_0]_{k + c}\) et \(g^*[W_\infty]_k = [(W')_\infty]_{k + c}\).
La partie (2) résulte immédiatement du Lemme 0FVI et du fait que \((W')_0\) est le changement de base de \(W_0\) (par associativité des produits fibrés). Pour la partie (1), l’assertion sur les dimensions résulte d’abord du Lemme 0FVH. Soit ensuite \(w' \in (W')_0\), d’image \(w \in W_0\) et \(z \in \mathbf{P}^1_S\). Notons \(t \in \mathcal{O}_{\mathbf{P}^1_S, z}\) l’équation usuelle de \(0 : S \to \mathbf{P}^1_S\). Puisque \(\mathcal{O}_{W, w} \to \mathcal{O}_{W', w'}\) est plat et puisque \(t\) est un non-diviseur de zéro sur \(\mathcal{O}_{W, w}\) (car \(W\) est intègre et \(W \not = W_0\)), nous voyons que \(t\) est aussi un non-diviseur de zéro dans \(\mathcal{O}_{W', w'}\). Ainsi, \(W'\) n’a aucun point associé situé sur \(W'_0\).
Lemme
Dans la Situation 0FVG, soient \(Y \to X \to S\) localement de type fini et soit \(Y' \to X' \to S'\) le changement de base par \(S' \to S\). Supposons \(f : Y \to X\) plat de dimension relative \(r\). Alors \(f' : Y' \to X'\) est plat de dimension relative \(r\) et les diagrammes \[\vcenter{ \xymatrix{ Z_{k + r}(Y) \ar[r]_{g^*} & Z_{k + c + r}(Y') \\ Z_k(X) \ar[r]^{g^*} \ar[u]^{f^*} & Z_{k + c}(X') \ar[u]_{(f')^*} } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ \CH_{k + r}(Y) \ar[r]_{g^*} & \CH_{k + c + r}(Y') \\ \CH_k(X) \ar[r]^{g^*} \ar[u]^{f^*} & \CH_{k + c}(X') \ar[u]_{(f')^*} } }\] de groupes de cycles et de Chow commutent.
Démonstration
Il suffit de montrer que le premier diagramme commute. Pour le voir, soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\) et notons \(Z' \subset X'\) son changement de base. Par construction, nous avons \(g^*[Z] = [Z']_{k + c}\). Par le Lemme 02RE, nous avons \((f')^*g^*[Z] = [Z' \times_{X'} Y']_{k + c + r}\). Réciproquement, nous avons \(f^*[Z] = [Z \times_X Y]_{k + r}\) par la Définition 02RB. Par le Lemme 0FVI, nous avons \(g^*f^*[Z] = [(Z \times_X Y)']_{k + r + c}\). Puisque \((Z \times_X Y)' = Z' \times_{X'} Y'\) par associativité du produit fibré, nous concluons.
Lemme
Dans la Situation 0FVG, soient \(Y \to X \to S\) localement de type fini et soit \(Y' \to X' \to S'\) le changement de base par \(S' \to S\). Supposons \(f : Y \to X\) propre. Alors \(f' : Y' \to X'\) est propre et les diagrammes \[\vcenter{ \xymatrix{ Z_k(Y) \ar[r]_{g^*} \ar[d]_{f_*} & Z_{k + c}(Y') \ar[d]^{f'_*} \\ Z_k(X) \ar[r]^{g^*} & Z_{k + c}(X') } } \quad\text{et}\quad \vcenter{ \xymatrix{ \CH_k(Y) \ar[r]_{g^*} \ar[d]_{f_*} & \CH_{k + c}(Y') \ar[d]^{f'_*} \\ \CH_k(X) \ar[r]^{g^*} & \CH_{k + c}(X') } }\] de groupes de cycles et de Chow commutent.
Démonstration
Il suffit de montrer que le premier diagramme commute. Pour le voir, soit \(Z \subset Y\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\) et notons \(Z' \subset X'\) son changement de base. Par construction, nous avons \(g^*[Z] = [Z']_{k + c}\). Par le Lemme 02R6, nous avons \((f')_*g^*[Z] = [f'_*\mathcal{O}_{Z'}]_{k + c}\). Par le même lemme, nous avons \(f_*[Z] = [f_*\mathcal{O}_Z]_k\). Par le Lemme 0FVI, nous avons \(g^*f_*[Z] = [(X' \to X)^*f_*\mathcal{O}_Z]_{k + r}\). Il suffit donc de montrer que \[(X' \to X)^*f_*\mathcal{O}_Z \cong f'_*\mathcal{O}_{Z'}\] comme modules cohérents sur \(X'\). Puisque \(X' \to X\) est plat et que \(\mathcal{O}_{Z'} = (Y' \to Y)^*\mathcal{O}_Z\), ceci résulte du changement de base plat, voir Cohomologie des schémas, Lemme 02KH.
Lemme
Dans la Situation 0FVG, soit \(X \to S\) localement de type fini et soit \(X' \to S'\) le changement de base par \(S' \to S\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible de changement de base \(\mathcal{L}'\) sur \(X'\). Alors le diagramme \[\xymatrix{ \CH_k(X) \ar[r]_{g^*} \ar[d]_{c_1(\mathcal{L}) \cap -} & \CH_{k + c}(X') \ar[d]^{c_1(\mathcal{L}') \cap -} \\ \CH_{k - 1}(X) \ar[r]^{g^*} & \CH_{k + c - 1}(X') }\] de groupes de Chow commute.
Démonstration
Soit \(p : L \to X\) le fibré en droites associé à \(\mathcal{L}\), de section nulle \(o : X \to L\). Pour \(\alpha \in CH_k(X)\), nous savons que \(\beta = c_1(\mathcal{L}) \cap \alpha\) est l’unique élément de \(\CH_{k - 1}(X)\) tel que \(o_*\alpha = - p^*\beta\), voir les Lemmes 0B74 et 0F96. La même caractérisation vaut après image inverse. Le lemme résulte donc des Lemmes 0FVK et 0FVL.
Lemme
Dans la Situation 0FVG, soit \(X \to S\) localement de type fini et soit \(X' \to S'\) le changement de base par \(S' \to S\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini de rang \(r\), de changement de base \(\mathcal{E}'\) sur \(X'\). Alors le diagramme \[\xymatrix{ \CH_k(X) \ar[r]_{g^*} \ar[d]_{c_i(\mathcal{E}) \cap -} & \CH_{k + c}(X') \ar[d]^{c_i(\mathcal{E}') \cap -} \\ \CH_{k - i}(X) \ar[r]^{g^*} & \CH_{k + c - i}(X') }\] de groupes de Chow commute pour tout \(i\).
Démonstration
Posons \(P = \mathbf{P}(\mathcal{E})\). Le changement de base \(P'\) de \(P\) est égal à \(\mathbf{P}(\mathcal{E}')\). Puisque nous savons déjà que l’image inverse plate et le cup-produit avec \(c_1\) d’un module inversible commutent au changement de base (Lemmes 0FVK et 0FVM) le lemme résulte de la caractérisation du cap-produit avec \(c_i(\mathcal{E})\) donnée dans le Lemme 02U6.
Lemme
Soient \((S, \delta)\), \((S', \delta')\), \((S'', \delta'')\) comme dans la Situation 02QL. Soient \(g : S' \to S\) et \(g' : S'' \to S'\) des morphismes plats de schémas, et soient \(c, c' \in \mathbf{Z}\) des entiers tels que \(S, \delta, S', \delta', g, c\) et \(S', \delta', S'', g', c'\) soient comme dans la Situation 0FVG. Soit \(X \to S\) localement de type fini et notons \(X' \to S'\) et \(X'' \to S''\) les changements de base par \(S' \to S\) et \(S'' \to S\). Alors
\(S, \delta, S'', \delta'', g \circ g', c + c'\) est comme dans la Situation 0FVG,
les applications \(g^* : Z_k(X) \to Z_{k + c}(X')\) et \((g')^* : Z_{k + c}(X') \to Z_{k + c + c'}(X'')\) se composent pour donner l’application \((g \circ g')^* : Z_k(X) \to Z_{k + c + c'}(X'')\), et
les applications \(g^* : \CH_k(X) \to \CH_{k + c}(X')\) et \((g')^* : \CH_{k + c}(X') \to \CH_{k + c + c'}(X'')\) du Lemme 0FVJ se composent pour donner l’application \((g \circ g')^* : \CH_k(X) \to \CH_{k + c + c'}(X'')\) du Lemme 0FVJ.
Démonstration
Soit \(s \in S\), et soit \(s'' \in S''\) un point générique d’une composante irréductible de \((g \circ g')^{-1}(\{s\})\). Posons \(s' = g'(s'')\). Clairement, \(s''\) est un point générique d’une composante irréductible de \((g')^{-1}(\{s'\})\). De plus, puisque \(g'\) est plat et que les générisations se relèvent donc le long de \(g'\) (Morphismes, Lemme 01U9), nous voyons que \(s'\) est aussi un point générique d’une composante irréductible de \(g^{-1}(\{s\})\). Ainsi, par hypothèse, \(\delta'(s') = \delta(s) + c\) et \(\delta''(s'') = \delta'(s') + c'\). Nous concluons que \(\delta''(s'') = \delta(s) + c + c'\) et que la première partie de cette assertion est vraie.
Pour la deuxième partie, soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). Notons \(Z' \subset X'\) et \(Z'' \subset X''\) les changements de base. Par définition, nous avons \(g^*[Z] = [Z']_{k + c}\). Par le Lemme 0FVI, nous avons \((g')^*[Z']_{k + c} = [Z'']_{k + c + c'}\). Ceci prouve la dernière assertion.
Lemme
Dans la Situation 0FVG, supposons \(c = 0\) et supposons que \(S' = \lim_{i \in I} S_i\) soit une limite projective filtrante de schémas \(S_i\) affines sur \(S\) tels que
avec \(\delta_i\) égal à \(S_i \to S \xrightarrow{\delta} \mathbf{Z}\), le couple \((S_i, \delta_i)\) est comme dans la Situation 02QL,
\(S_i, \delta_i, S, \delta, S \to S_i, c = 0\) est comme dans la Situation 0FVG,
\(S_i, \delta_i, S_{i'}, \delta_{i'}, S_i \to S_{i'}, c = 0\) pour \(i \geq i'\) est comme dans la Situation 0FVG.
Alors, pour un schéma quasi-compact \(X\) de type fini sur \(S\), de changements de base \(X'\) et \(X_i\) par \(S' \to S\) et \(S_i \to S\), nous avons \(Z_k(X') = \colim Z_k(X_i)\) et \(\CH_k(X') = \colim \CH_k(X_i)\).
Démonstration
Par le résultat du Lemme 0FVP, nous obtenons un système de groupes de cycles \(Z_k(X_i)\) et un système de groupes de Chow \(\CH_k(X_i)\) ainsi que des applications \(\colim Z_k(X_i) \to Z_k(X')\) et \(\colim \CH_i(X_i) \to \CH_k(X')\). Nous pouvons remplacer \(S\) par un ouvert quasi-compact par lequel \(X \to S\) se factorise ; nous pouvons donc supposer, et nous supposons, que tous les schémas intervenant dans cette démonstration sont noethériens (et donc quasi-compacts et quasi-séparés).
Montrons que l’application \(\colim Z_k(X_i) \to Z_k(X')\) est surjective. Soit en effet \(Z' \subset X'\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta'\)-dimension \(k\). Par Limites, Lemme 01ZM, nous pouvons trouver un \(i\) et un morphisme \(Z_i \to X_i\) de présentation finie dont le changement de base est \(Z'\). En augmentant \(i\), nous pouvons supposer que \(Z_i\) est un sous-schéma fermé de \(X_i\), voir Limites, Lemme 01ZP. Alors \(Z' \to X_i\) se factorise par \(Z_i\) et nous pouvons remplacer \(Z_i\) par l’image schématique de \(Z' \to X_i\). Nous voyons ainsi que nous pouvons supposer \(Z_i\) fermé intègre dans \(X_i\). Par le Lemme 0FVH, nous concluons que \(\dim_{\delta_i}(Z_i) = \dim_{\delta'}(Z') = k\). Ainsi, \(Z_k(X_i) \to Z_k(X')\) envoie \([Z_i]\) sur \([Z']\) et nous concluons à la surjectivité.
Montrons que l’application \(\colim Z_k(X_i) \to Z_k(X')\) est injective. Soit \(\alpha_i = \sum n_j[Z_j] \in Z_k(X_i)\) un cycle dont l’image dans \(Z_k(X')\) est nulle. Nous pouvons supposer, et supposons, \(Z_j \not = Z_{j'}\) si \(j \not = j'\) et \(n_j \not = 0\) pour tout \(j\). Notons \(Z'_j \subset X'\) le changement de base de \(Z_j\). Par le Lemme 0FVH, chaque composante irréductible de \(Z'_j\) a pour \(\delta'\)-dimension \(k\). De plus, comme \(Z_j\) est irréductible et \(Z'_j \to Z_j\) est plat (comme changement de base de \(S' \to S\)), nous voyons que \(Z'_j \to Z_j\) est dominant. Ainsi, si \(Z'_j\) est non vide, une composante irréductible, disons \(Z'\), de \(Z'_j\) domine \(Z_j\). Il s’ensuit que \(Z'\) ne peut être une composante irréductible de \(Z'_{j'}\) pour \(j' \not = j\). Ainsi, si \(Z'_j\) est non vide, nous voyons que \((S' \to S_i)^*\alpha_i = \sum [Z'_j]_r\) est non nul (car le coefficient de \(Z'\) serait non nul). Nous voyons donc que \(Z'_j = \emptyset\) pour tout \(j\). Or, cela signifie que le changement de base de \(Z_j\) par une application de transition \(S_{i'} \to S_i\) est vide par Limites, Lemme 01Z2. Ainsi, \(\alpha_i\) s’annule dans la colimite comme voulu.
La surjectivité de \(\colim Z_k(X_i) \to Z_k(X')\) implique que \(\colim \CH_k(X_i) \to \CH_k(X')\) est surjective. Pour terminer la démonstration, montrons que cette application est injective. Soit \(\alpha_i \in \CH_k(X_i)\) un cycle dont l’image \(\alpha' \in \CH_k(X')\) est nulle. Il existe alors des sous-schémas fermés intègres \(W_l' \subset X'\), \(l = 1, \ldots, r\), de \(\delta"\)-dimension \(k + 1\) et des fonctions rationnelles non nulles \(f'_l\) sur \(W'_l\) tels que \(\alpha' = \sum_{l = 1, \ldots, r} \text{div}_{W'_l}(f'_l)\). En raisonnant comme ci-dessus, nous pouvons trouver un \(i\) et des sous-schémas fermés intègres \(W_{i, l} \subset X_i\) de \(\delta_i\)-dimension \(k + 1\) dont le changement de base est \(W'_l\). En augmentant \(i\), nous pouvons supposer que nous avons des fonctions rationnelles \(f_{i, l}\) sur \(W_{i, l}\). En effet, nous pouvons considérer \(f'_l\) comme une section du faisceau structural sur un ouvert non vide \(U'_l \subset W'_l\) ; nous pouvons descendre ces ouverts par Limites, Lemme 01Z4, et, en augmentant \(i\), descendre \(f'_l\) par Limites, Lemme 01Z0. Nous affirmons que \[\alpha_i = \sum\nolimits_{l = 1, \ldots, r} \text{div}_{W_{i, l}}(f_{i, l})\] après avoir éventuellement augmenté \(i\).
Pour prouver l’affirmation, soit \(Z'_{l, j} \subset W'_l\) une famille finie de sous-schémas fermés intègres de \(\delta'\)-dimension \(k\) tels que \(f'_l\) soit une fonction régulière inversible en dehors de \(\bigcup_j Y'_{l, j}\). En augmentant \(i\) (par les arguments ci-dessus), nous pouvons supposer qu’il existe des sous-schémas fermés intègres \(Z_{i, l, j} \subset W_i\) de \(\delta_i\)-dimension \(k\) tels que \(f_{i, l}\) soit une fonction régulière inversible en dehors de \(\bigcup_j Z_{i, l, j}\). Nous pouvons alors écrire \[\text{div}_{W'_l}(f'_l) = \sum n_{l, j} [Z'_{l, j}]\] et \[\text{div}_{W_{i, l}}(f_{i, l}) = \sum n_{i, l, j} [Z_{i, l, j}]\] Pour prouver l’affirmation, il suffit de montrer que \(n_{l, i} = n_{i, l, j}\). En effet, ceci impliquera que \(\beta_i = \alpha_i - \sum\nolimits_{l = 1, \ldots, r} \text{div}_{W_{i, l}}(f_{i, l})\) est un cycle sur \(X_i\) dont l’image inverse sur \(X'\) est nulle comme cycle ! Il s’ensuit que l’image inverse de \(\beta_i\) est nulle comme cycle sur \(X_{i'}\) pour un certain \(i' \geq i\), par un argument facile que nous omettons.
Pour prouver l’égalité \(n_{l, i} = n_{i, l, j}\), choisissons un point générique \(\xi' \in Z'_{l, j}\) et notons \(\xi \in Z_{i, l, j}\) son image, qui est également un point générique. Alors, l’homomorphisme d’anneaux locaux \[\mathcal{O}_{W_{i, l}, \xi} \longrightarrow \mathcal{O}_{W'_l, \xi'}\] est plat car \(W'_l \to W_{i, l}\) est le changement de base du morphisme plat \(S' \to S_i\). Nous avons aussi \(\mathfrak m_\xi \mathcal{O}_{W'_l, \xi'} = \mathfrak m_{\xi'}\) car l’image inverse de \(Z_{i, l, j}\) est \(Z'_{l, j}\) ! Ainsi, l’égalité de \[n_{l, j} = \text{ord}_{Z'_{l, j}}(f'_l) = \text{ord}_{\mathcal{O}_{W'_l, \xi'}}(f'_l) \quad\text{et}\quad n_{i, l, j} = \text{ord}_{Z_{i, l, j}}(f_{i, l}) = \text{ord}_{\mathcal{O}_{W_{i, l}, \xi}}(f_{i, l})\] résulte de Algèbre, Lemme 02M1, et de la construction de \(\text{ord}\) dans Algèbre, section 02MB.
Annexe A : autre approche du lemme clé
Dans cette annexe, nous définissons d’abord les déterminants \(\det_\kappa(M)\) des modules de longueur finie \(M\) sur des anneaux locaux \((R, \mathfrak m, \kappa)\), voir la Sous-section 02P5. Le déterminant \(\det_\kappa(M)\) est de dimension \(1\) comme \(\kappa\)-espace vectoriel. Nous l’utilisons dans la Sous-section 0BDR pour définir le déterminant \(\det_\kappa(M, \varphi, \psi) \in \kappa^*\) d’un complexe \((2, 1)\)-périodique exact \((M, \varphi, \psi)\) avec \(M\) de longueur finie. Dans la Sous-section 02PW, nous utilisons ces déterminants pour construire un symbole modéré \(d_R(a, b) = \det_\kappa(R/ab, a, b)\) pour un couple de non-diviseurs de zéro \(a, b \in R\) lorsque \(R\) est noethérien de dimension \(1\). Bien qu’il ne fasse aucun doute que \[d_R(a, b) = \partial_R(a, b)\] où \(\partial_R\) est comme dans la section 0EAH, nous n’avons pas (encore) ajouté la vérification. L’avantage du symbole modéré construit dans cette annexe est qu’il s’étend (par exemple) aux couples d’endomorphismes injectifs \(\varphi, \psi\) d’un \(R\)-module de type fini \(M\) de dimension \(1\) tels que \(\varphi(\psi(M)) = \psi(\varphi(M))\). Dans la Sous-section 02QA, nous relions quotients de Herbrand et déterminants. Une version facile à énoncer du résultat principal (Proposition 02QD) est la formule \[-e_R(M, \varphi, \psi) = \text{ord}_R(\det\nolimits_K(M_K, \varphi, \psi))\] lorsque \((M, \varphi, \psi)\) est un complexe \((2, 1)\)-périodique dont le quotient de Herbrand \(e_R\) (Définition 02PH) est défini sur un anneau local noethérien intègre de dimension \(1\), noté \(R\), de corps des fractions \(K\). Nous utilisons cette proposition pour donner une autre démonstration du lemme clé (Lemme 0EAX) pour le symbole modéré construit dans cette annexe, voir le Lemme 02QJ.
Déterminants de modules de longueur finie
Le contenu de cette section est apparenté à celui de l’article [determinant] et à celui de la thèse [Joe].
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local. Soit \(\varphi : M \to M\) un endomorphisme \(R\)-linéaire d’un \(R\)-module de longueur finie \(M\). Dans Compléments sur l’algèbre, section 0GSX, nous avons déjà défini le déterminant \(\det_\kappa(\varphi)\) (ainsi que la trace et le polynôme caractéristique) de \(\varphi\) relativement à \(\kappa\). Dans cette section, nous allons construire un espace vectoriel canonique de dimension \(1\) sur \(\kappa\) \(\det_\kappa(M)\) tel que \(\det_\kappa(\varphi : M \to M) : \det_\kappa(M) \to \det_\kappa(M)\) est égal à la multiplication par \(\det_\kappa(\varphi)\). Si \(M\) est annulé par \(\mathfrak m\), alors \(M\) peut être considéré comme un \(\kappa\)-espace vectoriel de dimension finie et nous avons alors \(\det_\kappa(M) = \wedge^n_\kappa(M)\), où \(n = \dim_\kappa(M)\). Notre construction généralisera ceci à tous les modules de longueur finie sur \(R\) et, si \(R\) contient son corps résiduel, le déterminant \(\det_\kappa(M)\) sera donné par le déterminant usuel en un sens approprié, voir la Remarque 0BDQ.
Définition
Soit \(R\) un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et de corps résiduel \(\kappa\). Soit \(M\) un \(R\)-module de longueur finie. Posons \(l = \text{longueur}_R(M)\).
Étant donnés des éléments \(x_1, \ldots, x_r \in M\), nous notons \(\langle x_1, \ldots, x_r \rangle = Rx_1 + \ldots + Rx_r\) le sous-\(R\)-module de \(M\) engendré par \(x_1, \ldots, x_r\).
Nous dirons qu’un \(l\)-uplet d’éléments \((e_1, \ldots, e_l)\) de \(M\) est admissible si \(\mathfrak m e_i \subset \langle e_1, \ldots, e_{i - 1} \rangle\) pour \(i = 1, \ldots, l\).
Un symbole \([e_1, \ldots, e_l]\) signifiera que \((e_1, \ldots, e_l)\) est un \(l\)-uplet admissible.
Une relation admissible entre symboles est l’une des suivantes :
si \((e_1, \ldots, e_l)\) est une suite admissible et si, pour un certain \(1 \leq a \leq l\), nous avons \(e_a \in \langle e_1, \ldots, e_{a - 1}\rangle\), alors \([e_1, \ldots, e_l] = 0\),
si \((e_1, \ldots, e_l)\) est une suite admissible et si, pour un certain \(1 \leq a \leq l\), nous avons \(e_a = \lambda e'_a + x\) avec \(\lambda \in R^*\), et \(x \in \langle e_1, \ldots, e_{a - 1}\rangle\), alors \[[e_1, \ldots, e_l] = \overline{\lambda} [e_1, \ldots, e_{a - 1}, e'_a, e_{a + 1}, \ldots, e_l]\] où \(\overline{\lambda} \in \kappa^*\) est l’image de \(\lambda\) dans le corps résiduel, et
si \((e_1, \ldots, e_l)\) est une suite admissible et si \(\mathfrak m e_a \subset \langle e_1, \ldots, e_{a - 2}\rangle\), alors \[[e_1, \ldots, e_l] = - [e_1, \ldots, e_{a - 2}, e_a, e_{a - 1}, e_{a + 1}, \ldots, e_l].\]
Nous définissons le déterminant du \(R\)-module de longueur finie \(M\) par \[\det\nolimits_\kappa(M) = \left\{ \frac{\kappa\text{-espace vectoriel engendré par les symboles}} {\kappa\text{-combinaisons linéaires de relations admissibles}} \right\}\]
Soulignons que l’on a toujours \(l = \text{longueur}_R(M)\). Soulignons aussi qu’il n’en résulte pas que le symbole \([e_1, \ldots, e_l]\) soit additif en ses entrées (ce ne sera typiquement pas le cas). Avant de pouvoir montrer que le déterminant \(\det_\kappa(M)\) est effectivement de dimension \(1\), nous devons montrer qu’il est de dimension au plus \(1\).
Lemme
Avec les notations ci-dessus, nous avons \(\dim_\kappa(\det_\kappa(M)) \leq 1\).
Démonstration
Fixons une suite admissible \((f_1, \ldots, f_l)\) de \(M\) telle que \[\text{longueur}_R(\langle f_1, \ldots, f_i\rangle) = i\] pour \(i = 1, \ldots, l\). Une telle suite admissible existe précisément parce que \(M\) est de longueur \(l\). Nous allons montrer que tout élément de \(\det_\kappa(M)\) est un multiple par un élément de \(\kappa\) du symbole \([f_1, \ldots, f_l]\). Ceci prouvera le lemme.
Soit \((e_1, \ldots, e_l)\) une suite admissible de \(M\). Il suffit de montrer que \([e_1, \ldots, e_l]\) est un multiple de \([f_1, \ldots, f_l]\). Supposons d’abord que \(\langle e_1, \ldots, e_l\rangle \not = M\). Il existe alors un \(i \in [1, \ldots, l]\) tel que \(e_i \in \langle e_1, \ldots, e_{i - 1}\rangle\). Il résulte immédiatement de la première relation admissible que \([e_1, \ldots, e_n] = 0\) dans \(\det_\kappa(M)\). Nous pouvons donc supposer que \(\langle e_1, \ldots, e_l\rangle = M\). En particulier, il existe un plus petit indice \(i \in \{1, \ldots, l\}\) tel que \(f_1 \in \langle e_1, \ldots, e_i\rangle\). Ceci signifie que \(e_i = \lambda f_1 + x\), avec \(x \in \langle e_1, \ldots, e_{i - 1}\rangle\) et \(\lambda \in R^*\). Par la deuxième relation admissible, ceci signifie que \([e_1, \ldots, e_l] = \overline{\lambda}[e_1, \ldots, e_{i - 1}, f_1, e_{i + 1}, \ldots, e_l]\). Notons que \(\mathfrak m f_1 = 0\). Ainsi, en appliquant la troisième relation admissible \(i - 1\) fois, nous voyons que \[[e_1, \ldots, e_l] = (-1)^{i - 1}\overline{\lambda} [f_1, e_1, \ldots, e_{i - 1}, e_{i + 1}, \ldots, e_l].\] Notons que nous avons aussi \(\langle f_1, e_1, \ldots, e_{i - 1}, e_{i + 1}, \ldots, e_l\rangle = M\). Supposons par récurrence que nous ayons prouvé que notre symbole initial est égal au produit d’un scalaire par \[[f_1, \ldots, f_j, e_{j + 1}, \ldots, e_l]\] pour une certaine suite admissible \((f_1, \ldots, f_j, e_{j + 1}, \ldots, e_l)\) dont les éléments engendrent \(M\), c’est-à-dire avec \(\langle f_1, \ldots, f_j, e_{j + 1}, \ldots, e_l\rangle = M\). Nous trouvons alors le plus petit \(i\) tel que \(f_{j + 1} \in \langle f_1, \ldots, f_j, e_{j + 1}, \ldots, e_i\rangle\) et nous procédons comme ci-dessus pour voir que \[[f_1, \ldots, f_j, e_{j + 1}, \ldots, e_l] = (\text{scalaire}) [f_1, \ldots, f_j, f_{j + 1}, e_{j + 1}, \ldots, \hat{e_i}, \ldots, e_l]\] En continuant ainsi, nous obtenons le résultat désiré.
Avant de montrer que \(\det_\kappa(M)\) est toujours de dimension \(1\), montrons qu’il coïncide avec la puissance extérieure maximale usuelle dans le cas où le module est un espace vectoriel sur \(\kappa\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et de corps résiduel \(\kappa\). Soit \(M\) un \(R\)-module de longueur finie annulé par \(\mathfrak m\). Soit \(l = \dim_\kappa(M)\). Alors l’application \[\det\nolimits_\kappa(M) \longrightarrow \wedge^l_\kappa(M), \quad [e_1, \ldots, e_l] \longmapsto e_1 \wedge \ldots \wedge e_l\] est un isomorphisme.
Démonstration
Il est clair que la règle décrite dans le lemme donne une application \(\kappa\)-linéaire puisque toutes les relations admissibles sont satisfaites par les symboles usuels \(e_1 \wedge \ldots \wedge e_l\). Cette application est aussi clairement surjective. Puisque, par le Lemme 02P7, le membre de gauche est de dimension au plus un, nous voyons que l’application est un isomorphisme.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et de corps résiduel \(\kappa\). Soit \(M\) un \(R\)-module de longueur finie. Le déterminant \(\det_\kappa(M)\) défini ci-dessus est un \(\kappa\)-espace vectoriel de dimension \(1\). Il est engendré par le symbole \([f_1, \ldots, f_l]\) pour toute suite admissible telle que \(\langle f_1, \ldots f_l \rangle = M\).
Démonstration
Nous savons que \(\det_\kappa(M)\) est de dimension au plus \(1\), et en fait qu’il est engendré par \([f_1, \ldots, f_l]\), par le Lemme 02P7 et sa démonstration. Nous allons montrer par récurrence sur \(l = \text{longueur}(M)\) qu’il est non nul. Pour \(l = 1\), ceci résulte du Lemme 02P8. Choisissons un élément non nul \(f \in M\) tel que \(\mathfrak m f = 0\). Posons \(\overline{M} = M /\langle f \rangle\), et notons l’application quotient \(x \mapsto \overline{x}\). Nous allons définir une application surjective \[\psi : \det\nolimits_k(M) \to \det\nolimits_\kappa(\overline{M})\] qui prouvera le lemme puisque, par récurrence, le déterminant de \(\overline{M}\) est non nul.
Nous définissons \(\psi\) sur les symboles comme suit. Soit \((e_1, \ldots, e_l)\) une suite admissible. Si \(f \not \in \langle e_1, \ldots, e_l \rangle\), alors nous posons simplement \(\psi([e_1, \ldots, e_l]) = 0\). Si \(f \in \langle e_1, \ldots, e_l \rangle\), alors nous choisissons un \(i\) minimal tel que \(f \in \langle e_1, \ldots, e_i \rangle\). Nous pouvons écrire \(e_i = \lambda f + x\) pour une unité \(\lambda \in R\) et \(x \in \langle e_1, \ldots, e_{i - 1} \rangle\). Dans ce cas, nous posons \[\psi([e_1, \ldots, e_l]) = (-1)^i \overline{\lambda}[\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{i - 1}, \overline{e}_{i + 1}, \ldots, \overline{e}_l].\] Notons que nous avons bien \((\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{i - 1}, \overline{e}_{i + 1}, \ldots, \overline{e}_l)\) est une suite admissible dans \(\overline{M}\), de sorte que ceci a un sens. Montrons qu’étendre cette règle \(\kappa\)-linéairement aux combinaisons linéaires de symboles conduit bien à une application sur les déterminants. Pour cela, nous devons montrer que les relations admissibles sont envoyées sur zéro.
Relations de type (a). Supposons que \((e_1, \ldots, e_l)\) soit une suite admissible et que, pour un certain \(1 \leq a \leq l\), nous ayons \(e_a \in \langle e_1, \ldots, e_{a - 1}\rangle\). Supposons que \(f \in \langle e_1, \ldots, e_i\rangle\), avec \(i\) minimal. Alors \(i \not = a\) et \(\overline{e}_a \in \langle \overline{e}_1, \ldots, \hat{\overline{e}_i}, \ldots, \overline{e}_{a - 1}\rangle\) si \(i < a\) ou \(\overline{e}_a \in \langle \overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{a - 1}\rangle\) si \(i > a\). Ainsi, la même relation admissible pour \(\det_\kappa(\overline{M})\) force le symbole \([\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{i - 1}, \overline{e}_{i + 1}, \ldots, \overline{e}_l]\) à être nul comme voulu.
Relations de type (b). Supposons que \((e_1, \ldots, e_l)\) soit une suite admissible et que, pour un certain \(1 \leq a \leq l\), nous ayons \(e_a = \lambda e'_a + x\), avec \(\lambda \in R^*\), et \(x \in \langle e_1, \ldots, e_{a - 1}\rangle\). Supposons que \(f \in \langle e_1, \ldots, e_i\rangle\), avec \(i\) minimal. Écrivons \(e_i = \mu f + y\), avec \(y \in \langle e_1, \ldots, e_{i - 1}\rangle\). Si \(i < a\), alors l’égalité désirée est \[(-1)^i \overline{\lambda} [\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{i - 1}, \overline{e}_{i + 1}, \ldots, \overline{e}_l] = (-1)^i \overline{\lambda} [\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{i - 1}, \overline{e}_{i + 1}, \ldots, \overline{e}_{a - 1}, \overline{e}'_a, \overline{e}_{a + 1}, \ldots, \overline{e}_l]\] ce qui résulte de \(\overline{e}_a = \lambda \overline{e}'_a + \overline{x}\) et de la relation admissible correspondante pour \(\det_\kappa(\overline{M})\). Si \(i > a\), alors l’égalité désirée est \[(-1)^i \overline{\lambda} [\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{i - 1}, \overline{e}_{i + 1}, \ldots, \overline{e}_l] = (-1)^i \overline{\lambda} [\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{a - 1}, \overline{e}'_a, \overline{e}_{a + 1}, \ldots, \overline{e}_{i - 1}, \overline{e}_{i + 1}, \ldots, \overline{e}_l]\] ce qui résulte de \(\overline{e}_a = \lambda \overline{e}'_a + \overline{x}\) et de la relation admissible correspondante pour \(\det_\kappa(\overline{M})\). Le cas intéressant est celui où \(i = a\). Dans ce cas, nous avons \(e_a = \lambda e'_a + x = \mu f + y\). Donc aussi \(e'_a = \lambda^{-1}(\mu f + y - x)\). Ainsi, nous voyons que \[\psi([e_1, \ldots, e_l]) = (-1)^i \overline{\mu} [\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{i - 1}, \overline{e}_{i + 1}, \ldots, \overline{e}_l] = \psi( \overline{\lambda} [e_1, \ldots, e_{a - 1}, e'_a, e_{a + 1}, \ldots, e_l] )\] comme voulu.
Relations de type (c). Supposons que \((e_1, \ldots, e_l)\) soit une suite admissible et que \(\mathfrak m e_a \subset \langle e_1, \ldots, e_{a - 2}\rangle\). Supposons que \(f \in \langle e_1, \ldots, e_i\rangle\), avec \(i\) minimal. Écrivons \(e_i = \lambda f + x\), avec \(x \in \langle e_1, \ldots, e_{i - 1}\rangle\). Nous distinguons \(4\) cas :
Cas 1 : \(i < a - 1\). L’égalité désirée est \[\begin{align*} & (-1)^i \overline{\lambda} [\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{i - 1}, \overline{e}_{i + 1}, \ldots, \overline{e}_l] \\ & = (-1)^{i + 1} \overline{\lambda} [\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{i - 1}, \overline{e}_{i + 1}, \ldots, \overline{e}_{a - 2}, \overline{e}_a, \overline{e}_{a - 1}, \overline{e}_{a + 1}, \ldots, \overline{e}_l] \end{align*}\] ce qui résulte de la relation admissible de type (c) pour \(\det_\kappa(\overline{M})\).
Cas 2 : \(i > a\). L’égalité désirée est \[\begin{align*} & (-1)^i \overline{\lambda} [\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{i - 1}, \overline{e}_{i + 1}, \ldots, \overline{e}_l] \\ & = (-1)^{i + 1} \overline{\lambda} [\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{a - 2}, \overline{e}_a, \overline{e}_{a - 1}, \overline{e}_{a + 1}, \ldots, \overline{e}_{i - 1}, \overline{e}_{i + 1}, \ldots, \overline{e}_l] \end{align*}\] ce qui résulte de la relation admissible de type (c) pour \(\det_\kappa(\overline{M})\).
Cas 3 : \(i = a\). Nous écrivons \(e_a = \lambda f + \mu e_{a - 1} + y\), avec \(y \in \langle e_1, \ldots, e_{a - 2}\rangle\). Alors \[\psi([e_1, \ldots, e_l]) = (-1)^a \overline{\lambda} [\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{a - 1}, \overline{e}_{a + 1}, \ldots, \overline{e}_l]\] par définition. Si \(\overline{\mu}\) est non nul, alors nous avons \(e_{a - 1} = - \mu^{-1} \lambda f + \mu^{-1}e_a - \mu^{-1} y\) et nous obtenons \[\psi(-[e_1, \ldots, e_{a - 2}, e_a, e_{a - 1}, e_{a + 1}, \ldots, e_l]) = (-1)^a \overline{\mu^{-1}\lambda} [\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{a - 2}, \overline{e}_a, \overline{e}_{a + 1}, \ldots, \overline{e}_l]\] par définition. Puisque, dans \(\overline{M}\), nous avons \(\overline{e}_a = \mu \overline{e}_{a - 1} + \overline{y}\), nous voyons que les deux résultats sont égaux par la relation (a) pour \(\det_\kappa(\overline{M})\). Si, en revanche, \(\overline{\mu}\) est nul, alors nous pouvons écrire \(e_a = \lambda f + y\), avec \(y \in \langle e_1, \ldots, e_{a - 2}\rangle\), et nous avons \[\psi(-[e_1, \ldots, e_{a - 2}, e_a, e_{a - 1}, e_{a + 1}, \ldots, e_l]) = (-1)^a \overline{\lambda} [\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{a - 1}, \overline{e}_{a + 1}, \ldots, \overline{e}_l]\] ce qui est égal à \(\psi([e_1, \ldots, e_l])\).
Cas 4 : \(i = a - 1\). Ici, nous avons \[\psi([e_1, \ldots, e_l]) = (-1)^{a - 1} \overline{\lambda} [\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{a - 2}, \overline{e}_a, \ldots, \overline{e}_l]\] par définition. Si \(f \not \in \langle e_1, \ldots, e_{a - 2}, e_a \rangle\), alors \[\psi(-[e_1, \ldots, e_{a - 2}, e_a, e_{a - 1}, e_{a + 1}, \ldots, e_l]) = (-1)^{a + 1}\overline{\lambda} [\overline{e}_1, \ldots, \overline{e}_{a - 2}, \overline{e}_a, \ldots, \overline{e}_l]\] Puisque \((-1)^{a - 1} = (-1)^{a + 1}\), les deux expressions sont les mêmes. Enfin, supposons \(f \in \langle e_1, \ldots, e_{a - 2}, e_a \rangle\). Dans ce cas, nous voyons que \(e_{a - 1} = \lambda f + x\), avec \(x \in \langle e_1, \ldots, e_{a - 2}\rangle\), et \(e_a = \mu f + y\), avec \(y \in \langle e_1, \ldots, e_{a - 2}\rangle\), pour des unités \(\lambda, \mu \in R\). Nous concluons que nous avons à la fois \(e_a \in \langle e_1, \ldots, e_{a - 1} \rangle\) et \(e_{a - 1} \in \langle e_1, \ldots, e_{a - 2}, e_a\rangle\). Dans ce cas, une relation de type (a) s’applique à la fois à \([e_1, \ldots, e_l]\) et \([e_1, \ldots, e_{a - 2}, e_a, e_{a - 1}, e_{a + 1}, \ldots, e_l]\) et la compatibilité de \(\psi\) avec celles-ci montrée ci-dessus fait voir que les deux \[\psi([e_1, \ldots, e_l]) \quad\text{et}\quad \psi([e_1, \ldots, e_{a - 2}, e_a, e_{a - 1}, e_{a + 1}, \ldots, e_l])\] sont nuls, comme voulu.
À ce stade, nous avons montré que \(\psi\) est bien définie, et il ne reste qu’à montrer qu’elle est surjective. Pour le voir, soit \((\overline{f}_2, \ldots, \overline{f}_l)\) une suite admissible dans \(\overline{M}\). Nous pouvons choisir des relèvements \(f_2, \ldots, f_l \in M\), et alors \((f, f_2, \ldots, f_l)\) est une suite admissible dans \(M\). Puisque \(\psi([f, f_2, \ldots, f_l]) = [f_2, \ldots, f_l]\), nous avons gagné.
Soit \(R\) un anneau local d’idéal maximal \(\mathfrak m\) et de corps résiduel \(\kappa\). Notons que si \(\varphi : M \to N\) est un isomorphisme de \(R\)-modules de longueur finie, alors nous obtenons un isomorphisme \[\det\nolimits_\kappa(\varphi) : \det\nolimits_\kappa(M) \to \det\nolimits_\kappa(N)\] simplement par la règle \[\det\nolimits_\kappa(\varphi)([e_1, \ldots, e_l]) = [\varphi(e_1), \ldots, \varphi(e_l)]\] pour tout symbole \([e_1, \ldots, e_l]\) de \(M\). Ainsi, nous voyons que \(\det\nolimits_\kappa\) est un foncteur [05M7]\[\begin{equation} \left\{ \begin{matrix} \text{les }R\text{-modules de longueur finie}\\ \text{avec isomorphismes} \end{matrix} \right\} \longrightarrow \left\{ \begin{matrix} 1\text{ est la dimension des }\kappa\text{-espaces vectoriels}\\ \text{avec isomorphismes} \end{matrix} \right\} \end{equation}\] Ceci est typique d’un « foncteur déterminant » (voir [Knudsen]), tout comme la propriété d’additivité suivante.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local. Pour toute suite exacte courte \[0 \to K \to L \to M \to 0\] de \(R\)-modules de longueur finie, il existe un isomorphisme canonique \[\gamma_{K \to L \to M} : \det\nolimits_\kappa(K) \otimes_\kappa \det\nolimits_\kappa(M) \longrightarrow \det\nolimits_\kappa(L)\] défini sur les symboles non nuls par la règle \[[e_1, \ldots, e_k] \otimes [\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_m] \longrightarrow [e_1, \ldots, e_k, f_1, \ldots, f_m]\] ayant les propriétés suivantes :
Pour tout isomorphisme de suites exactes courtes, c’est-à-dire pour tout diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & K \ar[r] \ar[d]^u & L \ar[r] \ar[d]^v & M \ar[r] \ar[d]^w & 0 \\ 0 \ar[r] & K' \ar[r] & L' \ar[r] & M' \ar[r] & 0 }\] dont les lignes sont exactes courtes et où \(u, v, w\) sont des isomorphismes, nous avons \[\gamma_{K' \to L' \to M'} \circ (\det\nolimits_\kappa(u) \otimes \det\nolimits_\kappa(w)) = \det\nolimits_\kappa(v) \circ \gamma_{K \to L \to M},\]
pour tout carré commutatif de \(R\)-modules de longueur finie dont les lignes et les colonnes sont exactes \[\xymatrix{ & 0 \ar[d] & 0 \ar[d] & 0 \ar[d] & \\ 0 \ar[r] & A \ar[r] \ar[d] & B \ar[r] \ar[d] & C \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & D \ar[r] \ar[d] & E \ar[r] \ar[d] & F \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & G \ar[r] \ar[d] & H \ar[r] \ar[d] & I \ar[r] \ar[d] & 0 \\ & 0 & 0 & 0 & }\] le diagramme suivant est commutatif \[\xymatrix{ \det\nolimits_\kappa(A) \otimes \det\nolimits_\kappa(C) \otimes \det\nolimits_\kappa(G) \otimes \det\nolimits_\kappa(I) \ar[dd]_{\epsilon} \ar[rrr]_-{\gamma_{A \to B \to C} \otimes \gamma_{G \to H \to I}} & & & \det\nolimits_\kappa(B) \otimes \det\nolimits_\kappa(H) \ar[d]^{\gamma_{B \to E \to H}} \\ & & & \det\nolimits_\kappa(E) \\ \det\nolimits_\kappa(A) \otimes \det\nolimits_\kappa(G) \otimes \det\nolimits_\kappa(C) \otimes \det\nolimits_\kappa(I) \ar[rrr]^-{\gamma_{A \to D \to G} \otimes \gamma_{C \to F \to I}} & & & \det\nolimits_\kappa(D) \otimes \det\nolimits_\kappa(F) \ar[u]_{\gamma_{D \to E \to F}} }\] où \(\epsilon\) est la permutation des facteurs du produit tensoriel multipliée par \((-1)^{cg}\), avec \(c = \text{longueur}_R(C)\) et \(g = \text{longueur}_R(G)\), et
l’application \(\gamma_{K \to L \to M}\) coïncide avec l’isomorphisme usuel si \(0 \to K \to L \to M \to 0\) est en fait une suite exacte courte de \(\kappa\)-espaces vectoriels.
Démonstration
L’intérêt de prendre des symboles non nuls dans la description explicite de l’application \(\gamma_{K \to L \to M}\) tient simplement à ce que, si \((e_1, \ldots, e_l)\) est une suite admissible dans \(K\), et si \((\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_m)\) est une suite admissible dans \(M\), il n’est pas garanti que \((e_1, \ldots, e_l, f_1, \ldots, f_m)\) soit une suite admissible dans \(L\) (où, bien sûr, \(f_i \in L\) désigne un relèvement de \(\overline{f}_i\)). Toutefois, si le symbole \([e_1, \ldots, e_l]\) est non nul dans \(\det_\kappa(K)\), alors nécessairement \(K = \langle e_1, \ldots, e_k\rangle\) (voir la démonstration du Lemme 02P7), et dans ce cas \((e_1, \ldots, e_k, f_1, \ldots, f_m)\) est bien une suite admissible. De plus, par les relations admissibles de type (b) pour \(\det_\kappa(L)\), nous voyons que la valeur de \([e_1, \ldots, e_k, f_1, \ldots, f_m]\) dans \(\det_\kappa(L)\) est indépendante du choix des relèvements \(f_i\) dans ce cas également. Compte tenu de cette remarque, il est clair qu’une relation admissible entre \(e_1, \ldots, e_k\) dans \(K\) se traduit par une relation admissible entre \(e_1, \ldots, e_k, f_1, \ldots, f_m\) dans \(L\), et de même pour une relation admissible entre les \(\overline{f}_1, \ldots, \overline{f}_m\). Ainsi, \(\gamma\) définit une application linéaire d’espaces vectoriels comme affirmé dans le lemme.
Par le Lemme 02P9, nous savons que \(\det_\kappa(L)\) est engendré par n’importe quel symbole \([x_1, \ldots, x_{k + m}]\) tel que \((x_1, \ldots, x_{k + m})\) soit une suite admissible avec \(L = \langle x_1, \ldots, x_{k + m}\rangle\). Il est donc clair que l’application \(\gamma_{K \to L \to M}\) est surjective et qu’elle est donc un isomorphisme.
La propriété (1) vaut car \[\begin{eqnarray*} & & \det\nolimits_\kappa(v)([e_1, \ldots, e_k, f_1, \ldots, f_m]) \\ & = & [v(e_1), \ldots, v(e_k), v(f_1), \ldots, v(f_m)] \\ & = & \gamma_{K' \to L' \to M'}([u(e_1), \ldots, u(e_k)] \otimes [w(f_1), \ldots, w(f_m)]). \end{eqnarray*}\] La propriété (2) signifie qu’étant donnés un symbole \([\alpha_1, \ldots, \alpha_a]\) engendrant \(\det_\kappa(A)\), un symbole \([\gamma_1, \ldots, \gamma_c]\) engendrant \(\det_\kappa(C)\), un symbole \([\zeta_1, \ldots, \zeta_g]\) engendrant \(\det_\kappa(G)\), et un symbole \([\iota_1, \ldots, \iota_i]\) engendrant \(\det_\kappa(I)\), nous avons \[\begin{eqnarray*} & & [\alpha_1, \ldots, \alpha_a, \tilde\gamma_1, \ldots, \tilde\gamma_c, \tilde\zeta_1, \ldots, \tilde\zeta_g, \tilde\iota_1, \ldots, \tilde\iota_i] \\ & = & (-1)^{cg} [\alpha_1, \ldots, \alpha_a, \tilde\zeta_1, \ldots, \tilde\zeta_g, \tilde\gamma_1, \ldots, \tilde\gamma_c, \tilde\iota_1, \ldots, \tilde\iota_i] \end{eqnarray*}\] (pour des relèvements convenables \(\tilde{x}\) dans \(E\)) dans \(\det_\kappa(E)\). Ceci vaut car nous pouvons utiliser les relations admissibles de type (c) \(cg\) fois dans l’ordre suivant : faire passer \(\tilde\zeta_1\) devant les éléments \(\tilde\gamma_c, \ldots, \tilde\gamma_1\) (ce qui est permis puisque \(\mathfrak m\tilde\zeta_1 \subset A\)), puis faire passer \(\tilde\zeta_2\) devant les éléments \(\tilde\gamma_c, \ldots, \tilde\gamma_1\) (ce qui est permis puisque \(\mathfrak m\tilde\zeta_2 \subset A + R\tilde\zeta_1\)), et ainsi de suite.
La partie (3) du lemme est évidente. Ceci termine la démonstration.
Nous pouvons utiliser les applications \(\gamma\) du lemme pour définir des applications \(\gamma\) plus générales comme suit. Supposons que \((R, \mathfrak m, \kappa)\) soit un anneau local. Soit \(M\) un \(R\)-module de longueur finie et supposons donnée une filtration finie (voir Homologie, Définition 0121) \[0 = F^m \subset F^{m - 1} \subset \ldots \subset F^{n + 1} \subset F^n = M\] alors il existe un isomorphisme canonique bien défini \[\gamma_{(M, F)} : \det\nolimits_\kappa(F^{m - 1}/F^m) \otimes_\kappa \ldots \otimes_k \det\nolimits_\kappa(F^n/F^{n + 1}) \longrightarrow \det\nolimits_\kappa(M)\] Pour le construire, nous utilisons les isomorphismes du Lemme 02PA provenant des suites exactes courtes \(0 \to F^{i - 1}/F^i \to M/F^i \to M/F^{i - 1} \to 0\). La partie (2) du Lemme 02PA, avec \(G = 0\), montre que nous obtenons le même isomorphisme si nous utilisons les suites exactes courtes \(0 \to F^i \to F^{i - 1} \to F^{i - 1}/F^i \to 0\).
Voici un autre résultat typique sur les foncteurs déterminant. Il n’est pas difficile à montrer. La partie délicate consiste habituellement à établir l’existence d’un foncteur déterminant.
Lemme
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local quelconque. Le foncteur \[\det\nolimits_\kappa : \left\{ \begin{matrix} \text{les }R\text{-modules de longueur finie} \\ \text{avec isomorphismes} \end{matrix} \right\} \longrightarrow \left\{ \begin{matrix} 1\text{ est la dimension des }\kappa\text{-espaces vectoriels} \\ \text{avec isomorphismes} \end{matrix} \right\}\] muni des applications \(\gamma_{K \to L \to M}\) est caractérisé par les propriétés suivantes
Démonstration
Omis.
Lemme
Soit \((R', \mathfrak m') \to (R, \mathfrak m)\) un homomorphisme d’anneaux locaux qui induit un isomorphisme sur les corps résiduels \(\kappa\). Alors, pour tout \(R\)-module de longueur finie, la restriction \(M_{R'}\) est un \(R'\)-module de longueur finie et il existe un isomorphisme canonique \[\det\nolimits_{R, \kappa}(M) \longrightarrow \det\nolimits_{R', \kappa}(M_{R'})\] Cet isomorphisme est fonctoriel en \(M\) et compatible avec les isomorphismes \(\gamma_{K \to L \to M}\) du Lemme 02PA définis pour \(\det_{R, \kappa}\) et \(\det_{R', \kappa}\).
Démonstration
Si la longueur de \(M\) comme \(R\)-module est \(l\), alors la longueur de \(M\) comme \(R'\)-module (c’est-à-dire de \(M_{R'}\)) est aussi \(l\), voir Algèbre, Lemme 02M0. Notons qu’une suite admissible \(x_1, \ldots, x_l\) de \(M\) sur \(R\) est une suite admissible de \(M\) sur \(R'\), puisque \(\mathfrak m'\) s’envoie dans \(\mathfrak m\). L’isomorphisme est obtenu en envoyant le symbole \([x_1, \ldots, x_l] \in \det\nolimits_{R, \kappa}(M)\) sur le symbole correspondant \([x_1, \ldots, x_l] \in \det\nolimits_{R', \kappa}(M)\). Il est immédiat de vérifier que ceci est fonctoriel pour les isomorphismes et compatible avec les isomorphismes \(\gamma\) du Lemme 02PA.
Remarque
Soit \((R, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local et supposons soit que la caractéristique de \(\kappa\) est nulle, soit qu’elle vaut \(p\) et que \(p R = 0\). Soient \(M_1, \ldots, M_n\) des \(R\)-modules de longueur finie. Nous montrerons ci-dessous qu’il existe un idéal \(I \subset \mathfrak m\) annulant \(M_i\) pour \(i = 1, \ldots, n\) et une section \(\sigma : \kappa \to R/I\) de la surjection canonique \(R/I \to \kappa\). La restriction \(M_{i, \kappa}\) de \(M_i\) par \(\sigma\) est un \(\kappa\)-espace vectoriel de dimension \(l_i = \text{longueur}_R(M_i)\) et, en utilisant le Lemme 02PC, nous voyons que \[\det\nolimits_\kappa(M_i) = \wedge_\kappa^{l_i}(M_{i, \kappa})\] Ces isomorphismes sont compatibles avec les isomorphismes \(\gamma_{K \to M \to L}\) du Lemme 02PA pour les suites exactes courtes de \(R\)-modules de longueur finie annulés par \(I\). Nous en concluons que vérifier une propriété de \(\det_\kappa\) se réduit souvent à vérifier les propriétés correspondantes du déterminant usuel sur la catégorie des espaces vectoriels de dimension finie.
Pour \(I\), nous pouvons prendre l’annulateur (Algèbre, Définition 07T7) du module \(M = \bigoplus M_i\). Dans ce cas, nous voyons que \(R/I \subset \text{End}_R(M)\) est donc de longueur finie. Ainsi, \(R/I\) est un anneau local artinien de corps résiduel \(\kappa\). Puisqu’un anneau local artinien est complet, nous voyons que \(R/I\) admet un anneau de coefficients par le théorème de structure de Cohen (Algèbre, Théorème 032A), qui est un corps par notre hypothèse sur \(R\).
Voici un cas où nous pouvons calculer le déterminant d’une application linéaire. En fait, il n’y a rien de mystérieux dans aucun cas ; voir l’Exemple 02PE pour un exemple quelconque.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local de corps résiduel \(\kappa\). Soit \(u \in R^*\) une unité. Soit \(M\) un module de longueur finie sur \(R\). Notons \(u_M : M \to M\) l’application de multiplication par \(u\). Alors \[\det\nolimits_\kappa(u_M) : \det\nolimits_\kappa(M) \longrightarrow \det\nolimits_\kappa(M)\] est la multiplication par \(\overline{u}^l\), où \(l = \text{longueur}_R(M)\) et \(\overline{u} \in \kappa^*\) est l’image de \(u\).
Démonstration
Notons \(f_M \in \kappa^*\) l’élément tel que \(\det\nolimits_\kappa(u_M) = f_M \text{id}_{\det\nolimits_\kappa(M)}\). Supposons que \(0 \to K \to L \to M \to 0\) soit une suite exacte courte de \(R\)-modules de type fini. Nous voyons alors que \(u_k\), \(u_L\), \(u_M\) donnent un isomorphisme de suites exactes courtes. Ainsi, par le Lemme 02PA (1), nous concluons que \(f_K f_M = f_L\). Ceci signifie que, par récurrence sur la longueur, il suffit de prouver le lemme dans le cas de longueur \(1\), où il est trivial.
Exemple
Considérons l’anneau local \(R = \mathbf{Z}_p\). Posons \(M = \mathbf{Z}_p/(p^2) \oplus \mathbf{Z}_p/(p^3)\). Soit \(u : M \to M\) l’application donnée par la matrice \[u = \left( \begin{matrix} a & b \\ pc & d \end{matrix} \right)\] où \(a, b, c, d \in \mathbf{Z}_p\), et \(a, d \in \mathbf{Z}_p^*\). Dans ce cas, \(\det_\kappa(u)\) est égal à la multiplication par \(a^2d^3 \bmod p \in \mathbf{F}_p^*\). Ceci se voit facilement en considérant l’effet de \(u\) sur le symbole \([p^2e, pe, pf, e, f]\), où \(e = (0 , 1) \in M\) et \(f = (1, 0) \in M\).
Complexes périodiques et déterminants
Soit \(R\) un anneau local de corps résiduel \(\kappa\). Soit \((M, \varphi, \psi)\) un complexe \((2, 1)\)-périodique sur \(R\). Supposons que \(M\) soit de longueur finie et que \((M, \varphi, \psi)\) soit exact. Nous allons utiliser la construction du déterminant pour définir un invariant de cette situation. Voir la Sous-section 02P5. Abrégeons \(K_\varphi = \Ker(\varphi)\), \(I_\varphi = \Im(\varphi)\), \(K_\psi = \Ker(\psi)\), et \(I_\psi = \Im(\psi)\). Les suites exactes courtes \[0 \to K_\varphi \to M \to I_\varphi \to 0, \quad 0 \to K_\psi \to M \to I_\psi \to 0\] donnent des isomorphismes \[\gamma_\varphi : \det\nolimits_\kappa(K_\varphi) \otimes \det\nolimits_\kappa(I_\varphi) \longrightarrow \det\nolimits_\kappa(M), \quad \gamma_\psi : \det\nolimits_\kappa(K_\psi) \otimes \det\nolimits_\kappa(I_\psi) \longrightarrow \det\nolimits_\kappa(M),\] voir le lemme 02PA. D’autre part, l’exactitude du complexe donne les égalités \(K_\varphi = I_\psi\), et \(K_\psi = I_\varphi\) et donc un isomorphisme \[\sigma : \det\nolimits_\kappa(K_\varphi) \otimes \det\nolimits_\kappa(I_\varphi) \longrightarrow \det\nolimits_\kappa(K_\psi) \otimes \det\nolimits_\kappa(I_\psi)\] en permutant les facteurs. Avec ces notations, nous pouvons définir notre invariant.
Définition
Soit \(R\) un anneau local de corps résiduel \(\kappa\). Soit \((M, \varphi, \psi)\) un complexe \((2, 1)\)-périodique sur \(R\). Supposons que \(M\) soit de longueur finie et que \((M, \varphi, \psi)\) soit exact. Le déterminant de \((M, \varphi, \psi)\) est l’élément \[\det\nolimits_\kappa(M, \varphi, \psi) \in \kappa^*\] tel que la composée \[\det\nolimits_\kappa(M) \xrightarrow{\gamma_\psi \circ \sigma \circ \gamma_\varphi^{-1}} \det\nolimits_\kappa(M)\] soit la multiplication par \((-1)^{\text{longueur}_R(I_\varphi)\text{longueur}_R(I_\psi)} \det\nolimits_\kappa(M, \varphi, \psi)\).
Remarque
Voici une description plus concrète du déterminant introduit ci-dessus. Soit \(R\) un anneau local de corps résiduel \(\kappa\). Soit \((M, \varphi, \psi)\) un complexe \((2, 1)\)-périodique sur \(R\). Supposons que \(M\) soit de longueur finie et que \((M, \varphi, \psi)\) soit exact. Abrégeons \(I_\varphi = \Im(\varphi)\), \(I_\psi = \Im(\psi)\) comme ci-dessus. Supposons que \(\text{longueur}_R(I_\varphi) = a\) et que \(\text{longueur}_R(I_\psi) = b\), de sorte que \(a + b = \text{longueur}_R(M)\) par exactitude. Choisissons des suites admissibles \(x_1, \ldots, x_a \in I_\varphi\) et \(y_1, \ldots, y_b \in I_\psi\) telles que le symbole \([x_1, \ldots, x_a]\) engendre \(\det_\kappa(I_\varphi)\) et que le symbole \([x_1, \ldots, x_b]\) engendre \(\det_\kappa(I_\psi)\). Choisissons \(\tilde x_i \in M\) tels que \(\varphi(\tilde x_i) = x_i\). Choisissons \(\tilde y_j \in M\) tels que \(\psi(\tilde y_j) = y_j\). Alors \(\det_\kappa(M, \varphi, \psi)\) est caractérisé par l’égalité \[[x_1, \ldots, x_a, \tilde y_1, \ldots, \tilde y_b] = (-1)^{ab} \det\nolimits_\kappa(M, \varphi, \psi) [y_1, \ldots, y_b, \tilde x_1, \ldots, \tilde x_a]\] dans \(\det_\kappa(M)\). Cela explique également le signe.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local de corps résiduel \(\kappa\). Soit \((M, \varphi, \psi)\) un complexe \((2, 1)\)-périodique sur \(R\). Supposons que \(M\) soit de longueur finie et que \((M, \varphi, \psi)\) soit exact. Alors \[\det\nolimits_\kappa(M, \varphi, \psi) \det\nolimits_\kappa(M, \psi, \varphi) = 1.\]
Démonstration
La démonstration est omise.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local de corps résiduel \(\kappa\). Soit \((M, \varphi, \varphi)\) un complexe \((2, 1)\)-périodique sur \(R\). Supposons que \(M\) soit de longueur finie et que \((M, \varphi, \varphi)\) soit exact. Alors \(\text{longueur}_R(M) = 2 \text{longueur}_R(\Im(\varphi))\) et \[\det\nolimits_\kappa(M, \varphi, \varphi) = (-1)^{\text{longueur}_R(\Im(\varphi))} = (-1)^{\frac{1}{2}\text{longueur}_R(M)}\]
Démonstration
Cela résulte directement de la règle des signes dans les définitions.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local de corps résiduel \(\kappa\). Soit \(M\) un \(R\)-module de longueur finie.
si \(\varphi : M \to M\) est un isomorphisme, alors \(\det_\kappa(M, \varphi, 0) = \det_\kappa(\varphi)\).
si \(\psi : M \to M\) est un isomorphisme, alors \(\det_\kappa(M, 0, \psi) = \det_\kappa(\psi)^{-1}\).
Démonstration
Démontrons (1). Posons \(\psi = 0\). Avec les notations précédant la définition 02PJ, nous pouvons alors identifier \(K_\varphi = I_\psi = 0\), \(I_\varphi = K_\psi = M\). Sous ces identifications, l’application \[\gamma_\varphi : \kappa \otimes \det\nolimits_\kappa(M) = \det\nolimits_\kappa(K_\varphi) \otimes \det\nolimits_\kappa(I_\varphi) \longrightarrow \det\nolimits_\kappa(M)\] s’identifie à \(\det_\kappa(\varphi^{-1})\). D’autre part, l’application \(\gamma_\psi\) s’identifie à l’application identité. Par conséquent, \(\gamma_\psi \circ \sigma \circ \gamma_\varphi^{-1}\) est égale à \(\det_\kappa(\varphi)\) dans ce cas. D’où le résultat. Nous omettons la démonstration de (2).
Lemme
Soit \(R\) un anneau local de corps résiduel \(\kappa\). Supposons donnée une suite exacte courte de complexes \((2, 1)\)-périodiques \[0 \to (M_1, \varphi_1, \psi_1) \to (M_2, \varphi_2, \psi_2) \to (M_3, \varphi_3, \psi_3) \to 0\] où tous les \(M_i\) sont de longueur finie, et chaque \((M_1, \varphi_1, \psi_1)\) est exact. Alors \[\det\nolimits_\kappa(M_2, \varphi_2, \psi_2) = \det\nolimits_\kappa(M_1, \varphi_1, \psi_1) \det\nolimits_\kappa(M_3, \varphi_3, \psi_3).\] . dans \(\kappa^*\).
Démonstration
Abrégeons \(I_{\varphi, i} = \Im(\varphi_i)\), \(K_{\varphi, i} = \Ker(\varphi_i)\), \(I_{\psi, i} = \Im(\psi_i)\), et \(K_{\psi, i} = \Ker(\psi_i)\). Remarquons que nous avons un carré commutatif \[\xymatrix{ & 0 \ar[d] & 0 \ar[d] & 0 \ar[d] & \\ 0 \ar[r] & K_{\varphi, 1} \ar[r] \ar[d] & K_{\varphi, 2} \ar[r] \ar[d] & K_{\varphi, 3} \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & M_1 \ar[r] \ar[d] & M_2 \ar[r] \ar[d] & M_3 \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & I_{\varphi, 1} \ar[r] \ar[d] & I_{\varphi, 2} \ar[r] \ar[d] & I_{\varphi, 3} \ar[r] \ar[d] & 0 \\ & 0 & 0 & 0 & }\] de \(R\)-modules de longueur finie, à lignes et colonnes exactes. La ligne supérieure est exacte puisqu’elle s’identifie à la suite \(I_{\psi, 1} \to I_{\psi, 2} \to I_{\psi, 3} \to 0\) des images, et de même pour la ligne inférieure. Il existe un diagramme analogue faisant intervenir les modules \(I_{\psi, i}\) et \(K_{\psi, i}\). Par définition, \(\det_\kappa(M_2, \varphi_2, \psi_2)\) correspond, au signe près, à la composée des applications verticales de gauche dans le diagramme suivant \[\xymatrix{ \det_\kappa(M_1) \otimes \det_\kappa(M_3) \ar[r]^\gamma \ar[d]^{\gamma^{-1} \otimes \gamma^{-1}} & \det_\kappa(M_2) \ar[d]^{\gamma^{-1}} \\ \det\nolimits_\kappa(K_{\varphi, 1}) \otimes \det\nolimits_\kappa(I_{\varphi, 1}) \otimes \det\nolimits_\kappa(K_{\varphi, 3}) \otimes \det\nolimits_\kappa(I_{\varphi, 3}) \ar[d]^{\sigma \otimes \sigma} \ar[r]^-{\gamma \otimes \gamma} & \det\nolimits_\kappa(K_{\varphi, 2}) \otimes \det\nolimits_\kappa(I_{\varphi, 2}) \ar[d]^\sigma \\ \det\nolimits_\kappa(K_{\psi, 1}) \otimes \det\nolimits_\kappa(I_{\psi, 1}) \otimes \det\nolimits_\kappa(K_{\psi, 3}) \otimes \det\nolimits_\kappa(I_{\psi, 3}) \ar[d]^{\gamma \otimes \gamma} \ar[r]^-{\gamma \otimes \gamma} & \det\nolimits_\kappa(K_{\psi, 2}) \otimes \det\nolimits_\kappa(I_{\psi, 2}) \ar[d]^\gamma \\ \det_\kappa(M_1) \otimes \det_\kappa(M_3) \ar[r]^\gamma & \det_\kappa(M_2) }\] Les carrés supérieur et inférieur sont commutatifs au signe près en appliquant le lemme 02PA (2). Le carré du milieu est trivialement commutatif (nous ne faisons que permuter les facteurs). Nous voyons donc que \(\det\nolimits_\kappa(M_2, \varphi_2, \psi_2) = \epsilon \det\nolimits_\kappa(M_1, \varphi_1, \psi_1) \det\nolimits_\kappa(M_3, \varphi_3, \psi_3)\) pour un certain signe \(\epsilon\). Ce signe se calcule : le rectangle extérieur du diagramme ci-dessus commute au signe près \[\begin{eqnarray*} \epsilon & = & (-1)^{\text{longueur}(I_{\varphi, 1})\text{longueur}(K_{\varphi, 3}) + \text{longueur}(I_{\psi, 1})\text{longueur}(K_{\psi, 3})} \\ & = & (-1)^{\text{longueur}(I_{\varphi, 1})\text{longueur}(I_{\psi, 3}) + \text{longueur}(I_{\psi, 1})\text{longueur}(I_{\varphi, 3})} \end{eqnarray*}\] (démonstration omise). Il en résulte aisément que les signes conviennent également.
Exemple
Soit \(k\) un corps. Considérons l’anneau \(R = k[T]/(T^2)\) des nombres duaux sur \(k\). Notons \(t\) la classe de \(T\) dans \(R\). Soient \(M = R\), \(\varphi = ut\) et \(\psi = vt\), où \(u, v \in k^*\). Dans ce cas, \(\det_k(M)\) a pour générateur \(e = [t, 1]\). Nous identifions \(I_\varphi = K_\varphi = I_\psi = K_\psi = (t)\). Alors \(\gamma_\varphi(t \otimes t) = u^{-1}[t, 1]\) (puisque \(u^{-1} \in M\) est un relèvement de \(t \in I_\varphi\)) et \(\gamma_\psi(t \otimes t) = v^{-1}[t, 1]\) (pour la même raison). Nous voyons donc que \(\det_k(M, \varphi, \psi) = -u/v \in k^*\).
Exemple
Soient \(R = \mathbf{Z}_p\) et \(M = \mathbf{Z}_p/(p^l)\). Soient \(\varphi = p^b u\) et \(\varphi = p^a v\), où \(a, b \geq 0\), \(a + b = l\) et \(u, v \in \mathbf{Z}_p^*\). Alors un calcul analogue à celui de l’exemple 02PP montre que \[\begin{eqnarray*} \det\nolimits_{\mathbf{F}_p}(\mathbf{Z}_p/(p^l), p^bu, p^av) & = & (-1)^{ab}u^a/v^b \bmod p \\ & = & (-1)^{\text{ord}_p(\alpha)\text{ord}_p(\beta)} \frac{\alpha^{\text{ord}_p(\beta)}}{\beta^{\text{ord}_p(\alpha)}} \bmod p \end{eqnarray*}\] où \(\alpha = p^bu, \beta = p^av \in \mathbf{Z}_p\). Voir le lemme 02Q6 pour un cas plus général (et une démonstration).
Exemple
Soit \(R = k\) un corps. Soit \(M = k^{\oplus a} \oplus k^{\oplus b}\), de dimension \(l = a + b\). Soient \(\varphi\) et \(\psi\) les matrices diagonales suivantes \[\varphi = \text{diag}(u_1, \ldots, u_a, 0, \ldots, 0), \quad \psi = \text{diag}(0, \ldots, 0, v_1, \ldots, v_b)\] où \(u_i, v_j \in k^*\). Dans ce cas, nous avons \[\det\nolimits_k(M, \varphi, \psi) = \frac{u_1 \ldots u_a}{v_1 \ldots v_b}.\] On peut le voir par un calcul direct, ou en calculant le cas \(l = 1\) et en utilisant l’additivité du lemme 02PO.
Exemple
Soit \(R = k\) un corps. Soit \(M = k^{\oplus a} \oplus k^{\oplus a}\), de dimension \(l = 2a\). Soient \(\varphi\) et \(\psi\) les matrices par blocs suivantes \[\varphi = \left( \begin{matrix} 0 & U \\ 0 & 0 \end{matrix} \right), \quad \psi = \left( \begin{matrix} 0 & V \\ 0 & 0 \end{matrix} \right),\] où \(U, V \in \text{Mat}(a \times a, k)\) sont inversibles. Dans ce cas, nous avons \[\det\nolimits_k(M, \varphi, \psi) = (-1)^a\frac{\det(U)}{\det(V)}.\] On peut le voir par un calcul direct. Le cas \(a = 1\) est analogue au calcul de l’exemple 02PP.
Exemple
Soit \(R = k\) un corps. Soit \(M = k^{\oplus 4}\). Soit \[\varphi = \left( \begin{matrix} 0 & 0 & 0 & 0 \\ u_1 & 0 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & u_2 & 0 \end{matrix} \right) \quad \varphi = \left( \begin{matrix} 0 & 0 & 0 & 0 \\ 0 & 0 & v_2 & 0 \\ 0 & 0 & 0 & 0 \\ v_1 & 0 & 0 & 0 \end{matrix} \right) \quad\] où \(u_1, u_2, v_1, v_2 \in k^*\). Alors nous avons \[\det\nolimits_k(M, \varphi, \psi) = -\frac{u_1u_2}{v_1v_2}.\]
Nous en venons maintenant à l’analogue du fait que le déterminant d’une composée d’endomorphismes linéaires est le produit des déterminants. Pour éviter des formules très longues, nous écrivons \(I_\varphi = \Im(\varphi)\) et \(K_\varphi = \Ker(\varphi)\) pour toute application de \(R\)-modules \(\varphi : M \to M\). Nous notons également \(\varphi\psi = \varphi \circ \psi\) pour une paire de morphismes \(\varphi, \psi : M \to M\).
Lemme
Soit \(R\) un anneau local de corps résiduel \(\kappa\). Soit \(M\) un \(R\)-module de longueur finie. Soient \(\alpha, \beta, \gamma\) des endomorphismes de \(M\). Supposons que
\(I_\alpha = K_{\beta\gamma}\), et de même pour toute permutation de \(\alpha, \beta, \gamma\),
\(K_\alpha = I_{\beta\gamma}\), et de même pour toute permutation de \(\alpha, \beta, \gamma\).
Alors
le triplet \((M, \alpha, \beta\gamma)\) est un complexe \((2, 1)\)-périodique exact ;
le triplet \((I_\gamma, \alpha, \beta)\) est un complexe \((2, 1)\)-périodique exact ;
le triplet \((M/K_\beta, \alpha, \gamma)\) est un complexe \((2, 1)\)-périodique exact ;
nous avons \[\det\nolimits_\kappa(M, \alpha, \beta\gamma) = \det\nolimits_\kappa(I_\gamma, \alpha, \beta) \det\nolimits_\kappa(M/K_\beta, \alpha, \gamma).\]
Démonstration
Il est clair que les hypothèses impliquent la partie (1) du lemme.
Pour voir la partie (1), remarquons que les hypothèses impliquent que \(I_{\gamma\alpha} = I_{\alpha\gamma}\), et de même pour les noyaux et pour toute autre paire de morphismes. De plus, nous voyons que \(I_{\gamma\beta} =I_{\beta\gamma} = K_\alpha \subset I_\gamma\), et de même pour toute autre paire. En particulier, nous obtenons une suite exacte courte \[0 \to I_{\beta\gamma} \to I_\gamma \xrightarrow{\alpha} I_{\alpha\gamma} \to 0\] et, de même, nous obtenons une suite exacte courte \[0 \to I_{\alpha\gamma} \to I_\gamma \xrightarrow{\beta} I_{\beta\gamma} \to 0.\] Cela démontre que \((I_\gamma, \alpha, \beta)\) est un complexe \((2, 1)\)-périodique exact. La partie (2) du lemme est donc vraie.
Pour voir que \(\alpha\) et \(\gamma\) induisent des endomorphismes bien définis de \(M/K_\beta\), nous devons vérifier que \(\alpha(K_\beta) \subset K_\beta\) et \(\gamma(K_\beta) \subset K_\beta\). Cela est vrai car \(\alpha(K_\beta) = \alpha(I_{\gamma\alpha}) = I_{\alpha\gamma\alpha} \subset I_{\alpha\gamma} = K_\beta\), et de même dans l’autre cas. Le noyau de l’application \(\alpha : M/K_\beta \to M/K_\beta\) est \(K_{\beta\alpha}/K_\beta = I_\gamma/K_\beta\). De même, le noyau de \(\gamma : M/K_\beta \to M/K_\beta\) est égal à \(I_\alpha/K_\beta\). Nous concluons donc que (3) est vraie.
Introduisons \(r = \text{longueur}_R(K_\alpha)\), \(s = \text{longueur}_R(K_\beta)\) et \(t = \text{longueur}_R(K_\gamma)\). D’après les suites exactes ci-dessus et nos hypothèses, nous avons \(\text{longueur}_R(I_\alpha) = s + t\), \(\text{longueur}_R(I_\beta) = r + t\), \(\text{longueur}_R(I_\gamma) = r + s\), et \(\text{longueur}(M) = r + s + t\). Choisissons
une suite admissible \(x_1, \ldots, x_r \in K_\alpha\) engendrant \(K_\alpha\),
une suite admissible \(y_1, \ldots, y_s \in K_\beta\) engendrant \(K_\beta\),
une suite admissible \(z_1, \ldots, z_t \in K_\gamma\) engendrant \(K_\gamma\),
des éléments \(\tilde x_i \in M\) tels que \(\beta\gamma\tilde x_i = x_i\),
des éléments \(\tilde y_i \in M\) tels que \(\alpha\gamma\tilde y_i = y_i\),
des éléments \(\tilde z_i \in M\) tels que \(\beta\alpha\tilde z_i = z_i\).
Avec ces choix, la suite \(y_1, \ldots, y_s, \alpha\tilde z_1, \ldots, \alpha\tilde z_t\) est une suite admissible dans \(I_\alpha\) qui l’engendre. Ainsi, d’après la remarque 02PK, le déterminant \(D = \det_\kappa(M, \alpha, \beta\gamma)\) est l’unique élément de \(\kappa^*\) tel que \[\begin{align*} [y_1, \ldots, y_s, \alpha\tilde z_1, \ldots, \alpha\tilde z_s, \tilde x_1, \ldots, \tilde x_r] \\ = (-1)^{r(s + t)} D [x_1, \ldots, x_r, \gamma\tilde y_1, \ldots, \gamma\tilde y_s, \tilde z_1, \ldots, \tilde z_t] \end{align*}\] D’après la même remarque, nous voyons que \(D_1 = \det_\kappa(M/K_\beta, \alpha, \gamma)\) est caractérisé par \[[y_1, \ldots, y_s, \alpha\tilde z_1, \ldots, \alpha\tilde z_t, \tilde x_1, \ldots, \tilde x_r] = (-1)^{rt} D_1 [y_1, \ldots, y_s, \gamma\tilde x_1, \ldots, \gamma\tilde x_r, \tilde z_1, \ldots, \tilde z_t]\] D’après la même remarque, nous voyons que \(D_2 = \det_\kappa(I_\gamma, \alpha, \beta)\) est caractérisé par \[[y_1, \ldots, y_s, \gamma\tilde x_1, \ldots, \gamma\tilde x_r, \tilde z_1, \ldots, \tilde z_t] = (-1)^{rs} D_2 [x_1, \ldots, x_r, \gamma\tilde y_1, \ldots, \gamma\tilde y_s, \tilde z_1, \ldots, \tilde z_t]\] En combinant les formules ci-dessus, nous voyons que \(D = D_1 D_2\), comme voulu.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local de corps résiduel \(\kappa\). Soit \(\alpha : (M, \varphi, \psi) \to (M', \varphi', \psi')\) un morphisme de complexes \((2, 1)\)-périodiques sur \(R\). Supposons que
\(M\) et \(M'\) soient de longueur finie ;
\((M, \varphi, \psi)\) et \((M', \varphi', \psi')\) soient exacts ;
les applications \(\varphi\) et \(\psi\) induisent l’application nulle sur \(K = \Ker(\alpha)\) ; et
les applications \(\varphi\) et \(\psi\) induisent l’application nulle sur \(Q = \Coker(\alpha)\).
Notons \(N = \alpha(M) \subset M'\). Nous obtenons deux suites exactes courtes de complexes \((2, 1)\)-périodiques \[\begin{matrix} 0 \to (N, \varphi', \psi') \to (M', \varphi', \psi') \to (Q, 0, 0) \to 0 \\ 0 \to (K, 0, 0) \to (M, \varphi, \psi) \to (N, \varphi', \psi') \to 0 \end{matrix}\] qui induisent deux isomorphismes \(\alpha_i : Q \to K\), \(i = 0, 1\). Alors \[\det\nolimits_\kappa(M, \varphi, \psi) = \det\nolimits_\kappa(\alpha_0^{-1} \circ \alpha_1) \det\nolimits_\kappa(M', \varphi', \psi')\] En particulier, si \(\alpha_0 = \alpha_1\), alors \(\det\nolimits_\kappa(M, \varphi, \psi) = \det\nolimits_\kappa(M', \varphi', \psi')\).
Démonstration
Il existe (au moins) deux façons de démontrer ce lemme. L’une consiste à produire un énorme diagramme commutatif en utilisant les propriétés des déterminants. L’autre consiste à employer la caractérisation des déterminants au moyen de suites admissibles d’éléments. C’est la seconde approche que nous utiliserons.
Expliquons d’abord précisément ce que sont les applications \(\alpha_i\). À savoir, \(\alpha_0\) est la composée \[\alpha_0 : Q = H^0(Q, 0, 0) \to H^1(N, \varphi', \psi') \to H^2(K, 0, 0) = K\] et \(\alpha_1\) est la composée \[\alpha_1 : Q = H^1(Q, 0, 0) \to H^2(N, \varphi', \psi') \to H^3(K, 0, 0) = K\] provenant des morphismes de bord des suites exactes courtes de complexes affichées dans le lemme. Le fait que les complexes \((M, \varphi, \psi)\) et \((M', \varphi', \psi')\) soient exacts implique que ces applications sont des isomorphismes.
Nous utiliserons les notations \(I_\varphi = \Im(\varphi)\), \(K_\varphi = \Ker(\varphi)\), et de même pour les autres applications. L’exactitude pour \(M\) et \(M'\) signifie que \(K_\varphi = I_\psi\), ainsi que trois égalités analogues. Introduisons \(k = \text{longueur}_R(K)\), \(a = \text{longueur}_R(I_\varphi)\) et \(b = \text{longueur}_R(I_\psi)\). Nous voyons alors que \(\text{longueur}_R(M) = a + b\), ainsi que \(\text{longueur}_R(N) = a + b - k\), \(\text{longueur}_R(Q) = k\) et \(\text{longueur}_R(M') = a + b\). Les suites exactes ci-dessous montreront qu’également \(\text{longueur}_R(I_{\varphi'}) = a\) et \(\text{longueur}_R(I_{\psi'}) = b\).
L’hypothèse \(K \subset K_\varphi = I_\psi\) signifie que \(\varphi\) se factorise par \(N\) pour donner une suite exacte \[0 \to \alpha(I_\psi) \to N \xrightarrow{\varphi\alpha^{-1}} I_\psi \to 0.\] Ici, \(\varphi\alpha^{-1}(x') = y\) signifie que \(x' = \alpha(x)\) et \(y = \varphi(x)\). De même, nous avons \[0 \to \alpha(I_\varphi) \to N \xrightarrow{\psi\alpha^{-1}} I_\varphi \to 0.\] L’hypothèse selon laquelle \(\psi'\) induit l’application nulle sur \(Q\) signifie que \(I_{\psi'} = K_{\varphi'} \subset N\). Cela signifie que le quotient \(\varphi'(N) \subset I_{\varphi'}\) s’identifie à \(Q\). Remarquons que \(\varphi'(N) = \alpha(I_\varphi)\). Nous en concluons donc qu’il existe un isomorphisme \[\varphi' : Q \to I_{\varphi'}/\alpha(I_\varphi)\] décrit simplement par \(\varphi'(x' \bmod N) = \varphi'(x') \bmod \alpha(I_\varphi)\). Exactement de la même manière, nous obtenons \[\psi' : Q \to I_{\psi'}/\alpha(I_\psi)\] Enfin, remarquons que \(\alpha_0\) est la composée \[\xymatrix{ Q \ar[r]^-{\varphi'} & I_{\varphi'}/\alpha(I_\varphi) \ar[rrr]^-{\psi\alpha^{-1}|_{I_{\varphi'}/\alpha(I_\varphi)}} & & & K }\] et, de même, \(\alpha_1 = \varphi\alpha^{-1}|_{I_{\psi'}/\alpha(I_\psi)} \circ \psi'\).
Pour abréger les formules ci-dessous, nous écrirons désormais \(\alpha x\) au lieu de \(\alpha(x)\). Il ne devrait en résulter aucune confusion puisque toutes les applications sont désignées par des lettres grecques et les éléments par des lettres romaines. Nous allons choisir
une suite admissible \(z_1, \ldots, z_k \in K\) engendrant \(K\),
des éléments \(z'_i \in M\) tels que \(\varphi z'_i = z_i\),
des éléments \(z''_i \in M\) tels que \(\psi z''_i = z_i\),
des éléments \(x_{k + 1}, \ldots, x_a \in I_\varphi\) tels que \(z_1, \ldots, z_k, x_{k + 1}, \ldots, x_a\) soit une suite admissible engendrant \(I_\varphi\),
des éléments \(\tilde x_i \in M\) tels que \(\varphi \tilde x_i = x_i\),
des éléments \(y_{k + 1}, \ldots, y_b \in I_\psi\) tels que \(z_1, \ldots, z_k, y_{k + 1}, \ldots, y_b\) soit une suite admissible engendrant \(I_\psi\),
des éléments \(\tilde y_i \in M\) tels que \(\psi \tilde y_i = y_i\), et
des éléments \(w_1, \ldots, w_k \in M'\) tels que \(w_1 \bmod N, \ldots, w_k \bmod N\) forment une suite admissible dans \(Q\) qui engendre \(Q\).
D’après la remarque 02PK, l’élément \(D = \det_\kappa(M, \varphi, \psi) \in \kappa^*\) est caractérisé par \[\begin{eqnarray*} & & [z_1, \ldots, z_k, x_{k + 1}, \ldots, x_a, z''_1, \ldots, z''_k, \tilde y_{k + 1}, \ldots, \tilde y_b] \\ & = & (-1)^{ab} D [z_1, \ldots, z_k, y_{k + 1}, \ldots, y_b, z'_1, \ldots, z'_k, \tilde x_{k + 1}, \ldots, \tilde x_a] \end{eqnarray*}\] Remarquons que, d’après la discussion ci-dessus, \(\alpha x_{k + 1}, \ldots, \alpha x_a, \varphi w_1, \ldots, \varphi w_k\) est une suite admissible engendrant \(I_{\varphi'}\), et que \(\alpha y_{k + 1}, \ldots, \alpha y_b, \psi w_1, \ldots, \psi w_k\) est une suite admissible engendrant \(I_{\psi'}\). Ainsi, d’après la remarque 02PK, l’élément \(D' = \det_\kappa(M', \varphi', \psi') \in \kappa^*\) est caractérisé par \[\begin{eqnarray*} & & [\alpha x_{k + 1}, \ldots, \alpha x_a, \varphi' w_1, \ldots, \varphi' w_k, \alpha \tilde y_{k + 1}, \ldots, \alpha \tilde y_b, w_1, \ldots, w_k] \\ & = & (-1)^{ab} D' [\alpha y_{k + 1}, \ldots, \alpha y_b, \psi' w_1, \ldots, \psi' w_k, \alpha \tilde x_{k + 1}, \ldots, \alpha \tilde x_a, w_1, \ldots, w_k] \end{eqnarray*}\] Remarquons que, dans la première formule affichée, resp. la seconde, les \(k\) premières, resp. dernières, entrées des symboles des deux côtés sont les mêmes. Ces formules sont donc réellement équivalentes aux égalités \[\begin{eqnarray*} & & [\alpha x_{k + 1}, \ldots, \alpha x_a, \alpha z''_1, \ldots, \alpha z''_k, \alpha \tilde y_{k + 1}, \ldots, \alpha \tilde y_b] \\ & = & (-1)^{ab} D [\alpha y_{k + 1}, \ldots, \alpha y_b, \alpha z'_1, \ldots, \alpha z'_k, \alpha \tilde x_{k + 1}, \ldots, \alpha \tilde x_a] \end{eqnarray*}\] et \[\begin{eqnarray*} & & [\alpha x_{k + 1}, \ldots, \alpha x_a, \varphi' w_1, \ldots, \varphi' w_k, \alpha \tilde y_{k + 1}, \ldots, \alpha \tilde y_b] \\ & = & (-1)^{ab} D' [\alpha y_{k + 1}, \ldots, \alpha y_b, \psi' w_1, \ldots, \psi' w_k, \alpha \tilde x_{k + 1}, \ldots, \alpha \tilde x_a] \end{eqnarray*}\] dans \(\det_\kappa(N)\). Remarquons que \(\varphi' w_1, \ldots, \varphi' w_k\) et \(\alpha z''_1, \ldots, z''_k\) sont des suites admissibles engendrant le module \(I_{\varphi'}/\alpha(I_\varphi)\). Écrivons \[[\varphi' w_1, \ldots, \varphi' w_k] = \lambda_0 [\alpha z''_1, \ldots, \alpha z''_k]\] dans \(\det_\kappa(I_{\varphi'}/\alpha(I_\varphi))\) pour un certain \(\lambda_0 \in \kappa^*\). De même, écrivons \[[\psi' w_1, \ldots, \psi' w_k] = \lambda_1 [\alpha z'_1, \ldots, \alpha z'_k]\] dans \(\det_\kappa(I_{\psi'}/\alpha(I_\psi))\) pour un certain \(\lambda_1 \in \kappa^*\). D’une part, il est clair que \[\alpha_i([w_1, \ldots, w_k]) = \lambda_i[z_1, \ldots, z_k]\] pour \(i = 0, 1\), d’après notre description de \(\alpha_i\) ci-dessus, ce qui signifie que \[\det\nolimits_\kappa(\alpha_0^{-1} \circ \alpha_1) = \lambda_1/\lambda_0\] et, d’autre part, il est clair que \[\begin{eqnarray*} & & \lambda_0 [\alpha x_{k + 1}, \ldots, \alpha x_a, \alpha z''_1, \ldots, \alpha z''_k, \alpha \tilde y_{k + 1}, \ldots, \alpha \tilde y_b] \\ & = & [\alpha x_{k + 1}, \ldots, \alpha x_a, \varphi' w_1, \ldots, \varphi' w_k, \alpha \tilde y_{k + 1}, \ldots, \alpha \tilde y_b] \end{eqnarray*}\] et \[\begin{eqnarray*} & & \lambda_1[\alpha y_{k + 1}, \ldots, \alpha y_b, \alpha z'_1, \ldots, \alpha z'_k, \alpha \tilde x_{k + 1}, \ldots, \alpha \tilde x_a] \\ & = & [\alpha y_{k + 1}, \ldots, \alpha y_b, \psi' w_1, \ldots, \psi' w_k, \alpha \tilde x_{k + 1}, \ldots, \alpha \tilde x_a] \end{eqnarray*}\] ce qui implique \(\lambda_0 D = \lambda_1 D'\). Le lemme en résulte.
Symboles
Le bon degré de généralité pour cette construction est peut-être la situation du lemme suivant.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(A\)-module fini de dimension \(1\). Supposons que \(\varphi, \psi : M \to M\) soient deux applications injectives de \(A\)-modules, et supposons que \(\varphi(\psi(M)) = \psi(\varphi(M))\), par exemple si \(\varphi\) et \(\psi\) commutent. Alors \(\text{longueur}_A(M/\varphi\psi M) < \infty\) et \((M/\varphi\psi M, \varphi, \psi)\) est un complexe \((2, 1)\)-périodique exact.
Démonstration
Soit \(\mathfrak q\) un idéal premier minimal du support de \(M\). Alors \(M_{\mathfrak q}\) est un \(A_{\mathfrak q}\)-module de longueur finie, voir Algèbre, lemme 00L5. Ainsi, \(\varphi\) et \(\psi\) induisent des isomorphismes \(M_{\mathfrak q} \to M_{\mathfrak q}\). Le support de \(M/\varphi\psi M\) est donc \(\{\mathfrak m_A\}\) et celui-ci est ainsi de longueur finie (voir le lemme cité ci-dessus). Enfin, le noyau de \(\varphi\) sur \(M/\varphi\psi M\) est manifestement \(\psi M/\varphi\psi M\) ; le noyau de \(\varphi\) est donc l’image de \(\psi\) sur \(M/\varphi\psi M\). De même dans l’autre sens, puisque \(M/\varphi\psi M = M/\psi\varphi M\) par hypothèse.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local noethérien. Soient \(a, b \in A\).
si \(M\) est un \(A\)-module fini de dimension \(1\) tel que \(a, b\) soient des non-diviseurs de zéro dans \(M\), alors \(\text{longueur}_A(M/abM) < \infty\) et \((M/abM, a, b)\) est un complexe exact \((2, 1)\)-périodique ;
si \(a, b\) sont des non-diviseurs de zéro et \(\dim(A) = 1\), alors \(\text{longueur}_A(A/(ab)) < \infty\) et \((A/(ab), a, b)\) est un complexe exact \((2, 1)\)-périodique.
En particulier, dans ces cas, \(\det_\kappa(M/abM, a, b) \in \kappa^*\), resp. \(\det_\kappa(A/(ab), a, b) \in \kappa^*\) sont définis.
Démonstration
Cela résulte du lemme 02PX.
Définition
Soit \(A\) un anneau local noethérien de corps résiduel \(\kappa\). Soient \(a, b \in A\). Soit \(M\) un \(A\)-module fini de dimension \(1\) tel que \(a, b\) soient des non-diviseurs de zéro dans \(M\). Nous définissons le symbole associé à \(M, a, b\) comme l’élément \[d_M(a, b) = \det\nolimits_\kappa(M/abM, a, b) \in \kappa^*\]
Lemme
Soit \(A\) un anneau local noethérien. Soient \(a, b, c \in A\). Soit \(M\) un \(A\)-module fini tel que \(\dim(\text{Supp}(M)) = 1\). Supposons que \(a, b, c\) soient des non-diviseurs de zéro dans \(M\). Alors \[d_M(a, bc) = d_M(a, b) d_M(a, c)\] et \(d_M(a, b)d_M(b, a) = 1\).
Démonstration
La première assertion résulte du lemme 02PU appliqué à \(M/abcM\) et aux endomorphismes \(\alpha, \beta, \gamma\) donnés par la multiplication par \(a, b, c\). La seconde provient du lemme 02PL.
Définition
Soit \(A\) un anneau intègre local noethérien de dimension \(1\) et de corps résiduel \(\kappa\). Soit \(K\) le corps des fractions de \(A\). Nous définissons le symbole modéré de \(A\) comme l’application \[K^* \times K^* \longrightarrow \kappa^*, \quad (x, y) \longmapsto d_A(x, y)\] où \(d_A(x, y)\) est étendu à \(K^* \times K^*\) par la multiplicativité du lemme 02Q0.
Il est clair que nous pouvons étendre plus généralement \(d_M(-, -)\) à certains anneaux de fractions de \(A\) (même si \(A\) n’est pas intègre).
Lemme
Soient \(A\) un anneau local noethérien et \(M\) un \(A\)-module fini de dimension \(1\). Soit \(a \in A\) un non-diviseur de zéro dans \(M\). Alors \(d_M(a, a) = (-1)^{\text{longueur}_A(M/aM)}\).
Démonstration
C’est une conséquence immédiate du lemme 02PM.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(A\)-module fini de dimension \(1\). Soient \(b \in A\) un non-diviseur de zéro dans \(M\) et \(u \in A^*\). Alors \[d_M(u, b) = u^{\text{longueur}_A(M/bM)} \bmod \mathfrak m_A.\] En particulier, si \(M = A\), alors \(d_A(u, b) = u^{\text{ord}_A(b)} \bmod \mathfrak m_A\).
Démonstration
Remarquons que, dans ce cas, \(M/ubM = M/bM\), sur lequel la multiplication par \(b\) est nulle. Ainsi, \(d_M(u, b) = \det_\kappa(u|_{M/bM})\) d’après le lemme 02PN. Le lemme résulte alors du lemme 02PD.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local noethérien. Soient \(a, b \in A\). Soit \[0 \to M \to M' \to M'' \to 0\] une suite exacte courte de \(A\)-modules de dimension \(1\) tels que \(a, b\) soient des non-diviseurs de zéro dans les trois \(A\)-modules. Alors \[d_{M'}(a, b) = d_M(a, b) d_{M''}(a, b)\] dans \(\kappa^*\).
Démonstration
Il est facile de voir que cela donne une suite exacte courte de complexes \((2, 1)\)-périodiques exacts \[0 \to (M/abM, a, b) \to (M'/abM', a, b) \to (M''/abM'', a, b) \to 0\] Le lemme résulte donc du lemme 02PO.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local noethérien. Soit \(\alpha : M \to M'\) un homomorphisme de \(A\)-modules finis de dimension \(1\). Soient \(a, b \in A\). Supposons que
\(a\) et \(b\) soient des non-diviseurs de zéro dans \(M\) et \(M'\) ; et
\(\dim(\Ker(\alpha)), \dim(\Coker(\alpha)) \leq 0\).
Alors \(d_M(a, b) = d_{M'}(a, b)\).
Démonstration
Si \(a \in A^*\), l’égalité résulte de l’égalité \(\text{longueur}(M/bM) = \text{longueur}(M'/bM')\) et du lemme 02Q2. De même, si \(b\) est une unité, le lemme est encore vrai (par la symétrie du lemme 02Q0). Nous pouvons donc supposer que \(a, b \in \mathfrak m_A\). Cela implique en particulier que \(\mathfrak m\) n’est pas un idéal premier associé à \(M\), et donc que \(\alpha : M \to M'\) est injectif. Nous pouvons ainsi considérer \(M\) comme un sous-module de \(M'\). Par hypothèse, \(M'/M\) est un \(A\)-module fini de support \(\{\mathfrak m_A\}\), et il est donc de longueur finie. Remarquons que, pour tout troisième module \(M''\) tel que \(M \subset M'' \subset M'\), les applications \(M \to M''\) et \(M'' \to M'\) satisfont elles aussi les hypothèses du lemme. Cela nous ramène, par récurrence sur la longueur de \(M'/M\), au cas où \(\text{longueur}_A(M'/M) = 1\). Enfin, dans ce cas, considérons l’application \[\overline{\alpha} : M/abM \longrightarrow M'/abM'.\] Par construction, le conoyau \(Q\) de \(\overline{\alpha}\) est de longueur \(1\). Puisque \(a, b \in \mathfrak m_A\), ils agissent trivialement sur \(Q\). Il s’ensuit aussi que le noyau \(K\) de \(\overline{\alpha}\) est de longueur \(1\), et donc que \(a\) et \(b\) agissent également trivialement sur \(K\). Nous pouvons ainsi appliquer le lemme 02PV. Il suffit donc de voir que les deux applications \(\alpha_i : Q \to K\) sont les mêmes. En fait, elles sont toutes deux égales à l’application \(q = x' \bmod \Im(\overline{\alpha}) \mapsto abx' \in K\). Nous omettons la vérification.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(A\)-module fini tel que \(\dim(\text{Supp}(M)) = 1\). Soient \(a, b \in A\) des non-diviseurs de zéro dans \(M\). Soient \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\) les idéaux premiers minimaux du support de \(M\). Alors \[d_M(a, b) = \prod\nolimits_{i = 1, \ldots, t} d_{A/\mathfrak q_i}(a, b)^{ \text{longueur}_{A_{\mathfrak q_i}}(M_{\mathfrak q_i})}\] comme éléments de \(\kappa^*\).
Démonstration
Choisissons une filtration par des \(A\)-sous-modules \[0 = M_0 \subset M_1 \subset \ldots \subset M_n = M\] telle que chaque quotient \(M_j/M_{j - 1}\) soit isomorphe à \(A/\mathfrak p_j\) pour un certain idéal premier \(\mathfrak p_j\) de \(A\). Voir Algèbre, lemme 00L0. Pour chaque \(j\), nous avons soit \(\mathfrak p_j = \mathfrak q_i\) pour un certain \(i\), soit \(\mathfrak p_j = \mathfrak m_A\). De plus, pour \(i\) fixé, le nombre de \(j\) tels que \(\mathfrak p_j = \mathfrak q_i\) est égal à \(\text{longueur}_{A_{\mathfrak q_i}}(M_{\mathfrak q_i})\), d’après Algèbre, lemme 00L7. Ainsi, \(d_{M_j}(a, b)\) est défini pour chaque \(j\), et \[d_{M_j}(a, b) = \left\{ \begin{matrix} d_{M_{j - 1}}(a, b) d_{A/\mathfrak q_i}(a, b) & \text{si} & \mathfrak p_j = \mathfrak q_i \\ d_{M_{j - 1}}(a, b) & \text{si} & \mathfrak p_j = \mathfrak m_A \end{matrix} \right.\] d’après le lemme 02Q3 dans le premier cas et le lemme 02Q4 dans le second. D’où le lemme.
Lemme
Soit \(A\) un anneau de valuation discrète de corps des fractions \(K\). Pour tous \(x, y \in K\) non nuls, nous avons \[d_A(x, y) = (-1)^{\text{ord}_A(x)\text{ord}_A(y)} \frac{x^{\text{ord}_A(y)}}{y^{\text{ord}_A(x)}} \bmod \mathfrak m_A,\] autrement dit, le symbole est égal au symbole modéré usuel.
Démonstration
Par multiplicativité, il suffit de le démontrer lorsque \(x, y \in A\). Soit \(t \in A\) une uniformisante. Écrivons \(x = t^bu\) et \(y = t^bv\) pour certains \(a, b \geq 0\) et \(u, v \in A^*\). Posons \(l = a + b\). Alors \(t^{l - 1}, \ldots, t^b\) est une suite admissible dans \((x)/(xy)\) et \(t^{l - 1}, \ldots, t^a\) est une suite admissible dans \((y)/(xy)\). Ainsi, d’après la remarque 02PK, nous voyons que \(d_A(x, y)\) est caractérisé par l’équation \[[t^{l - 1}, \ldots, t^b, v^{-1}t^{b - 1}, \ldots, v^{-1}] = (-1)^{ab} d_A(x, y) [t^{l - 1}, \ldots, t^a, u^{-1}t^{a - 1}, \ldots, u^{-1}].\] Ainsi, d’après les relations d’admissibilité pour les symboles \([x_1, \ldots, x_l]\), nous voyons que \[d_A(x, y) = (-1)^{ab} u^a/v^b \bmod \mathfrak m_A\] comme voulu.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local noethérien. Soient \(a, b \in A\). Soit \(M\) un \(A\)-module fini de dimension \(1\) tel que, dans celui-ci, chacun de \(a\), \(b\) et \(b - a\) soit un non-diviseur de zéro. Alors \[d_M(a, b - a)d_M(b, b) = d_M(b, b - a)d_M(a, b)\] dans \(\kappa^*\).
Démonstration
D’après le lemme 02Q5, il suffit de montrer la relation lorsque \(M = A/\mathfrak q\) pour un certain idéal premier \(\mathfrak q \subset A\) tel que \(\dim(A/\mathfrak q) = 1\).
Dans le cas \(M = A/\mathfrak q\), nous pouvons remplacer \(A\) par \(A/\mathfrak q\) et \(a, b\) par leurs images dans \(A/\mathfrak q\). Nous pouvons donc supposer que \(A = M\) et que \(A\) est un anneau intègre local noethérien de dimension \(1\). La raison en est que les corps résiduels \(\kappa\) de \(A\) et de \(A/\mathfrak q\) sont les mêmes, et que, pour tout \(A/\mathfrak q\)-module \(M\), les déterminants pris sur \(A\) ou sur \(A/\mathfrak q\) s’identifient canoniquement. Voir le lemme 02PC.
Il suffit de montrer la relation lorsque \(a, b\) appartiennent tous deux à l’idéal maximal. En effet, le cas où l’un d’eux, ou les deux, est une unité résulte des lemmes 02Q2 et 0AY9.
Choisissons une extension \(A \subset A'\) et des factorisations \(a = ta'\), \(b = tb'\) comme dans le lemme 02Q7. Remarquons qu’aussi \(b - a = t(b' - a')\) et que \(A' = (a', b') = (a', b' - a') = (b' - a', b')\). Ici et dans la suite, nous considérons \(A'\) comme un \(A\)-module, et \(a, b, a', b', t\) comme des endomorphismes du \(A\)-module \(A'\). Nous emploierons les notations \(d^A_{A'}(a', b')\), etc., pour désigner \[d^A_{A'}(a', b') = \det\nolimits_\kappa(A'/a'b'A', a', b')\] qui est défini par le lemme 02PX. L’indice supérieur \({}^A\) sert à le distinguer du symbole déjà défini \(d_{A'}(a', b')\), qui est différent (par exemple parce qu’il prend ses valeurs dans le corps résiduel de \(A'\), lequel peut différer de \(\kappa\)). D’après le lemme 02Q4, nous voyons que \(d_A(a, b) = d^A_{A'}(a, b)\), et de même pour les autres combinaisons. En utilisant ceci et la multiplicativité, nous voyons qu’il suffit de démontrer \[d^A_{A'}(a', b' - a') d^A_{A'}(b', b') = d^A_{A'}(b', b' - a') d^A_{A'}(a', b')\] Maintenant, puisque \((a', b') = A'\), et de même pour les autres idéaux, nous avons \[\begin{matrix} A'/(a'(b' - a')) & \cong & A'/(a') \oplus A'/(b' - a') \\ A'/(b'(b' - a')) & \cong & A'/(b') \oplus A'/(b' - a') \\ A'/(a'b') & \cong & A'/(a') \oplus A'/(b') \end{matrix}\] De plus, remarquons que la multiplication par \(b' - a'\) sur \(A/(a')\) est égale à la multiplication par \(b'\), et que la multiplication par \(b' - a'\) sur \(A/(b')\) est égale à la multiplication par \(-a'\). En utilisant les lemmes 02PN et 02PO nous concluons que \[\begin{matrix} d^A_{A'}(a', b' - a') & = & \det\nolimits_\kappa(b'|_{A'/(a')})^{-1} \det\nolimits_\kappa(a'|_{A'/(b' - a')}) \\ d^A_{A'}(b', b' - a') & = & \det\nolimits_\kappa(-a'|_{A'/(b')})^{-1} \det\nolimits_\kappa(b'|_{A'/(b' - a')}) \\ d^A_{A'}(a', b') & = & \det\nolimits_\kappa(b'|_{A'/(a')})^{-1} \det\nolimits_\kappa(a'|_{A'/(b')}) \end{matrix}\] Nous concluons donc que \[(-1)^{\text{longueur}_A(A'/(b'))} d^A_{A'}(a', b' - a') = d^A_{A'}(b', b' - a') d^A_{A'}(a', b')\] le signe provenant du \(-a'\) dans la deuxième égalité ci-dessus. D’autre part, d’après le lemme 02PM, nous avons \(d^A_{A'}(b', b') = (-1)^{\text{longueur}_A(A'/(b'))}\), et le lemme est démontré.
Le symbole modéré est un symbole de Steinberg.
Lemme
Soit \(A\) un anneau intègre local noethérien de dimension \(1\) et de corps des fractions \(K\). Pour \(x \in K \setminus \{0, 1\}\), nous avons \[d_A(x, 1 -x) = 1\]
Démonstration
Écrivons \(x = a/b\) avec \(a, b \in A\). Puisque \(1 - x = (b - a)/b\), l’hypothèse implique que \(b - a \not = 0\) aussi. Nous calculons donc \[d_A(x, 1 - x) = d_A(a, b - a)d_A(a, b)^{-1}d_A(b, b - a)^{-1}d_A(b, b)\] Nous devons ainsi montrer que \(d_A(a, b - a) d_A(b, b) = d_A(b, b - a) d_A(a, b)\). C’est le lemme 02Q8.
Longueurs et déterminants
Dans cette section, nous utilisons le déterminant pour comparer des réseaux. Le lemme clé est le suivant.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(\mathfrak q \subset R\) un idéal premier tel que \(\dim(R/\mathfrak q) = 1\). Soit \(\varphi : M \to N\) un homomorphisme de \(R\)-modules finis. Supposons qu’il existe \(x_1, \ldots, x_l \in M\) et \(y_1, \ldots, y_l \in M\) ayant les propriétés suivantes :
\(M = \langle x_1, \ldots, x_l\rangle\) ;
\(\langle x_1, \ldots, x_i\rangle / \langle x_1, \ldots, x_{i - 1}\rangle \cong R/\mathfrak q\) pour \(i = 1, \ldots, l\) ;
\(N = \langle y_1, \ldots, y_l\rangle\) ; et
\(\langle y_1, \ldots, y_i\rangle / \langle y_1, \ldots, y_{i - 1}\rangle \cong R/\mathfrak q\) pour \(i = 1, \ldots, l\).
Alors \(\varphi\) est injectif si et seulement si \(\varphi_{\mathfrak q}\) est un isomorphisme, et dans ce cas nous avons \[\text{longueur}_R(\Coker(\varphi)) = \text{ord}_{R/\mathfrak q}(f)\] où \(f \in \kappa(\mathfrak q)\) est l’élément tel que \[[\varphi(x_1), \ldots, \varphi(x_l)] = f [y_1, \ldots, y_l]\] dans \(\det_{\kappa(\mathfrak q)}(N_{\mathfrak q})\).
Démonstration
Remarquons d’abord que le lemme est vrai dans le cas \(l = 1\). En effet, dans ce cas, \(x_1\) est une base de \(M\) sur \(R/\mathfrak q\), \(y_1\) est une base de \(N\) sur \(R/\mathfrak q\), et nous avons \(\varphi(x_1) = fy_1\) pour un certain \(f \in R\). Ainsi, \(\varphi\) est injectif si et seulement si \(f \not \in \mathfrak q\). De plus, \(\Coker(\varphi) = R/(f, \mathfrak q)\), et donc le lemme résulte de la définition de \(\text{ord}_{R/q}(f)\) (voir Algèbre, définition 02MD).
En fait, supposons plus généralement que \(\varphi(x_i) = f_iy_i\) pour certains \(f_i \in R\), \(f_i \not \in \mathfrak q\). Alors les applications induites \[\langle x_1, \ldots, x_i\rangle / \langle x_1, \ldots, x_{i - 1}\rangle \longrightarrow \langle y_1, \ldots, y_i\rangle / \langle y_1, \ldots, y_{i - 1}\rangle\] sont toutes injectives et ont des conoyaux isomorphes à \(R/(f_i, \mathfrak q)\). Nous voyons donc que \[\text{longueur}_R(\Coker(\varphi)) = \sum \text{ord}_{R/\mathfrak q}(f_i).\] D’autre part, il est clair que \[[\varphi(x_1), \ldots, \varphi(x_l)] = f_1 \ldots f_l [y_1, \ldots, y_l]\] dans ce cas, d’après la relation d’admissibilité (b) pour les symboles. Nous voyons donc que le résultat est encore vrai dans ce cas.
Nous démontrons le cas général par récurrence sur \(l\). Supposons \(l > 1\). Soit \(i \in \{1, \ldots, l\}\) minimal tel que \(\varphi(x_1) \in \langle y_1, \ldots, y_i\rangle\). Nous allons raisonner par récurrence sur \(i\). Si \(i = 1\), nous obtenons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \langle x_1 \rangle \ar[r] \ar[d] & \langle x_1, \ldots, x_l \rangle \ar[r] \ar[d] & \langle x_1, \ldots, x_l \rangle / \langle x_1 \rangle \ar[r] \ar[d] & 0 \\ 0 \ar[r] & \langle y_1 \rangle \ar[r] & \langle y_1, \ldots, y_l \rangle \ar[r] & \langle y_1, \ldots, y_l \rangle / \langle y_1 \rangle \ar[r] & 0 }\] et le lemme résulte du lemme du serpent et de la récurrence sur \(l\). Supposons maintenant que \(i > 1\). Écrivons \(\varphi(x_1) = a_1 y_1 + \ldots + a_{i - 1} y_{i - 1} + a y_i\) avec \(a_j, a \in R\) et \(a \not \in \mathfrak q\) (sinon \(i\) ne serait pas minimal). Posons \[x'_j = \left\{ \begin{matrix} x_j & \text{si} & j = 1 \\ ax_j & \text{si} & j \geq 2 \end{matrix} \right. \quad\text{et}\quad y'_j = \left\{ \begin{matrix} y_j & \text{si} & j < i \\ ay_j & \text{si} & j \geq i \end{matrix} \right.\] Soient \(M' = \langle x'_1, \ldots, x'_l \rangle\) et \(N' = \langle y'_1, \ldots, y'_l \rangle\). Puisque \(\varphi(x'_1) = a_1 y'_1 + \ldots + a_{i - 1} y'_{i - 1} + y'_i\) par construction, et que pour \(j > 1\) nous avons \(\varphi(x'_j) = a\varphi(x_i) \in \langle y'_1, \ldots, y'_l\rangle\), nous obtenons un diagramme commutatif de \(R\)-modules et d’applications \[\xymatrix{ M' \ar[d] \ar[r]_{\varphi'} & N' \ar[d] \\ M \ar[r]^\varphi & N }\] D’après le résultat du deuxième paragraphe de la démonstration, nous savons que \(\text{longueur}_R(M/M') = (l - 1)\text{ord}_{R/\mathfrak q}(a)\) et, de même, \(\text{longueur}_R(M/M') = (l - i + 1)\text{ord}_{R/\mathfrak q}(a)\). Une chasse au diagramme montre alors que \[\text{longueur}_R(\Coker(\varphi')) = \text{longueur}_R(\Coker(\varphi)) + i\ \text{ord}_{R/\mathfrak q}(a).\] D’autre part, il est clair qu’en écrivant \[[\varphi(x_1), \ldots, \varphi(x_l)] = f [y_1, \ldots, y_l], \quad [\varphi'(x'_1), \ldots, \varphi(x'_l)] = f' [y'_1, \ldots, y'_l]\] nous avons \(f' = a^if\). Il suffit donc de démontrer le lemme dans le cas où \(\varphi(x_1) = a_1y_1 + \ldots a_{i - 1}y_{i - 1} + y_i\), c’est-à-dire dans le cas où \(a = 1\). Rappelons ensuite que \[[y_1, \ldots, y_l] = [y_1, \ldots, y_{i - 1}, a_1y_1 + \ldots a_{i - 1}y_{i - 1} + y_i, y_{i + 1}, \ldots, y_l]\] d’après les relations d’admissibilité pour les symboles. La suite \(y_1, \ldots, y_{i - 1}, a_1y_1 + \ldots + a_{i - 1}y_{i - 1} + y_i, y_{i + 1}, \ldots, y_l\) satisfait encore les conditions (3) et (4) du lemme. Ainsi, nous pouvons en fait supposer que \(\varphi(x_1) = y_i\). Dans ce cas, remarquons que \(\mathfrak q x_1 = 0\), ce qui implique aussi \(\mathfrak q y_i = 0\). Nous avons \[[y_1, \ldots, y_l] = - [y_1, \ldots, y_{i - 2}, y_i, y_{i - 1}, y_{i + 1}, \ldots, y_l]\] d’après la troisième des relations d’admissibilité qui définissent \(\det_{\kappa(\mathfrak q)}(N_{\mathfrak q})\). Nous pouvons donc remplacer \(y_1, \ldots, y_l\) par la suite \(y'_1, \ldots, y'_l = y_1, \ldots, y_{i - 2}, y_i, y_{i - 1}, y_{i + 1}, \ldots, y_l\) (qui satisfait elle aussi les conditions (3) et (4) du lemme). Cela diminue manifestement l’invariant \(i\) de \(1\), et nous concluons par récurrence sur \(i\).
Pour utiliser le lemme précédent, montrons qu’il existe souvent des suites d’éléments ayant les propriétés requises.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien. Soit \(\mathfrak q \subset R\) un idéal premier. Soit \(M\) un \(R\)-module fini tel que \(\mathfrak q\) soit l’un des idéaux premiers minimaux du support de \(M\). Alors il existe \(x_1, \ldots, x_l \in M\) tels que
le support de \(M / \langle x_1, \ldots, x_l\rangle\) ne contienne pas \(\mathfrak q\) ; et
\(\langle x_1, \ldots, x_i\rangle / \langle x_1, \ldots, x_{i - 1}\rangle \cong R/\mathfrak q\) pour \(i = 1, \ldots, l\).
De plus, dans ce cas, \(l = \text{longueur}_{R_\mathfrak q}(M_\mathfrak q)\).
Démonstration
La condition selon laquelle \(\mathfrak q\) est un idéal premier minimal du support de \(M\) implique que \(l = \text{longueur}_{R_\mathfrak q}(M_\mathfrak q)\) est fini (voir Algèbre, lemme 00L5). Nous pouvons donc trouver \(y_1, \ldots, y_l \in M_{\mathfrak q}\) tels que \(\langle y_1, \ldots, y_i\rangle / \langle y_1, \ldots, y_{i - 1}\rangle \cong \kappa(\mathfrak q)\) pour \(i = 1, \ldots, l\). Nous pouvons trouver \(f_i \in R\), \(f_i \not \in \mathfrak q\), tels que \(f_i y_i\) soit l’image d’un certain élément \(z_i \in M\). De plus, puisque \(R\) est noethérien, nous pouvons écrire \(\mathfrak q = (g_1, \ldots, g_t)\) pour certains \(g_j \in R\). Par hypothèse, \(g_j y_i \in \langle y_1, \ldots, y_{i - 1} \rangle\) dans le module \(M_{\mathfrak q}\). Grâce à notre choix de \(z_i\), nous pouvons trouver d’autres éléments \(f_{ji} \in R\), \(f_{ij} \not \in \mathfrak q\), tels que \(f_{ij} g_j z_i \in \langle z_1, \ldots, z_{i - 1} \rangle\) (égalité dans le module \(M\)). Le lemme résulte du choix \[x_1 = f_{11}f_{12}\ldots f_{1t}z_1, \quad x_2 = f_{11}f_{12}\ldots f_{1t}f_{21}f_{22}\ldots f_{2t}z_2,\] et ainsi de suite. En effet, puisque tous les éléments \(f_i, f_{ij}\) sont inversibles dans \(R_{\mathfrak q}\), nous avons encore \(R_{\mathfrak q}x_1 + \ldots + R_{\mathfrak q}x_i / R_{\mathfrak q}x_1 + \ldots + R_{\mathfrak q}x_{i - 1} \cong \kappa(\mathfrak q)\) pour \(i = 1, \ldots, l\). Par construction, \(\mathfrak q x_i \in \langle x_1, \ldots, x_{i - 1}\rangle\). Ainsi, \(\langle x_1, \ldots, x_i\rangle / \langle x_1, \ldots, x_{i - 1}\rangle\) est un \(R\)-module engendré par un élément et annulé par \(\mathfrak q\), tel que sa localisation en \(\mathfrak q\) donne un espace vectoriel de dimension \(q\) sur \(\kappa(\mathfrak q)\). Il est donc isomorphe à \(R/\mathfrak q\).
Voici le résultat principal de cette section. Nous verrons ci-dessous les différentes conséquences de cette proposition. Le lecteur est invité à démontrer d’abord lui-même le plus facile lemme 02QE.
Proposition
Soit \(R\) un anneau local noethérien de corps résiduel \(\kappa\). Supposons que \((M, \varphi, \psi)\) soit un complexe \((2, 1)\)-périodique sur \(R\). Supposons que
\(M\) soit un \(R\)-module fini ;
les modules de cohomologie de \((M, \varphi, \psi)\) soient de longueur finie ; et
\(\dim(\text{Supp}(M)) = 1\).
Soient \(\mathfrak q_i\), \(i = 1, \ldots, t\), les idéaux premiers minimaux du support de \(M\). Alors nous avons10 \[- e_R(M, \varphi, \psi) = \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, t} \text{ord}_{R/\mathfrak q_i}\left( \det\nolimits_{\kappa(\mathfrak q_i)} (M_{\mathfrak q_i}, \varphi_{\mathfrak q_i}, \psi_{\mathfrak q_i}) \right)\]
Démonstration
Nous nous ramenons d’abord au cas \(t = 1\) de la manière suivante. Remarquons que \(\text{Supp}(M) = \{\mathfrak m, \mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\}\), où \(\mathfrak m \subset R\) est l’idéal maximal. Notons \(M_i\) l’image de \(M \to M_{\mathfrak q_i}\), de sorte que \(\text{Supp}(M_i) = \{\mathfrak m, \mathfrak q_i\}\). L’application \(\varphi\) (resp. \(\psi\)) induit une application de \(R\)-modules \(\varphi_i : M_i \to M_i\) (resp. \(\psi_i : M_i \to M_i\)). Nous obtenons ainsi un morphisme de complexes \((2, 1)\)-périodiques \[(M, \varphi, \psi) \longrightarrow \bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, t} (M_i, \varphi_i, \psi_i).\] Le noyau et le conoyau de cette application ont leur support contenu dans \(\{\mathfrak m\}\). Ainsi, d’après le lemme 0EA9, nous avons \[e_R(M, \varphi, \psi) = \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, t} e_R(M_i, \varphi_i, \psi_i)\] D’autre part, nous avons clairement \(M_{\mathfrak q_i} = M_{i, \mathfrak q_i}\), et donc les termes du membre de droite de la formule du lemme sont égaux aux expressions \[\text{ord}_{R/\mathfrak q_i}\left( \det\nolimits_{\kappa(\mathfrak q_i)} (M_{i, \mathfrak q_i}, \varphi_{i, \mathfrak q_i}, \psi_{i, \mathfrak q_i}) \right)\] Autrement dit, si nous pouvons démontrer le lemme pour chacun des modules \(M_i\), alors le lemme est vrai. Cela nous ramène au cas \(t = 1\).
Supposons donné un complexe \((2, 1)\)-périodique \((M, \varphi, \psi)\) sur un anneau local noethérien, où \(M\) est un \(R\)-module fini, \(\text{Supp}(M) = \{\mathfrak m, \mathfrak q\}\) et les modules de cohomologie sont de longueur finie. Dans ce cas, la démonstration résulte du lemme 02QB et d’une comptabilité soigneuse. Notons \(K_\varphi = \Ker(\varphi)\), \(I_\varphi = \Im(\varphi)\), \(K_\psi = \Ker(\psi)\), et \(I_\psi = \Im(\psi)\). Puisque \(R\) est noethérien, ce sont tous des \(R\)-modules finis. Posons \[a = \text{longueur}_{R_{\mathfrak q}}(I_{\varphi, \mathfrak q}) = \text{longueur}_{R_{\mathfrak q}}(K_{\psi, \mathfrak q}), \quad b = \text{longueur}_{R_{\mathfrak q}}(I_{\psi, \mathfrak q}) = \text{longueur}_{R_{\mathfrak q}}(K_{\varphi, \mathfrak q}).\] Ces égalités viennent de ce que le complexe devient exact après localisation en \(\mathfrak q\). Remarquons que \(l = \text{longueur}_{R_{\mathfrak q}}(M_{\mathfrak q})\) est égal à \(l = a + b\).
Nous allons utiliser le lemme 02QC pour choisir des suites d’éléments dans des \(R\)-modules finis \(N\) dont le support est contenu dans \(\{\mathfrak m, \mathfrak q\}\). Dans ce cas, \(N_{\mathfrak q}\) est de longueur finie, disons \(n \in \mathbf{N}\). Appelons « bonne suite » une suite \(w_1, \ldots, w_n \in N\) ayant les propriétés (1) et (2) du lemme 02QC. Remarquons que le quotient \(N/\langle w_1, \ldots, w_n \rangle\) de \(N\) par le sous-module engendré par une bonne suite a son support (contenu) dans \(\{\mathfrak m\}\) et est donc de longueur finie (Algèbre, lemme 00L5). De plus, le symbole \([w_1, \ldots, w_n] \in \det_{\kappa(\mathfrak q)}(N_{\mathfrak q})\) est un générateur ; voir le lemme 02P9.
Cela étant dit, choisissons de bonnes suites \[\begin{matrix} x_1, \ldots, x_b & \text{dans} & K_\varphi, & t_1, \ldots, t_a & \text{dans} & K_\psi, \\ y_1, \ldots, y_a & \text{dans} & I_\varphi \cap \langle t_1, \ldots t_a\rangle, & s_1, \ldots, s_b & \text{dans} & I_\psi \cap \langle x_1, \ldots, x_b\rangle. \end{matrix}\] Nous allons modifier légèrement nos choix comme suit. Choisissons des relèvements \(\tilde y_i \in M\) de \(y_i \in I_\varphi\) et \(\tilde s_i \in M\) de \(s_i \in I_\psi\). Il se peut que \(\mathfrak q \tilde y_1 \subset \langle x_1, \ldots, x_b\rangle\) ne soit pas vérifié, et il se peut que \(\mathfrak q \tilde s_1 \subset \langle t_1, \ldots, t_a\rangle\) ne le soit pas non plus. Cependant, en utilisant le fait que \(\mathfrak q\) est de type fini (comme dans la démonstration du lemme 02QC), nous pouvons trouver \(d \in R\), \(d \not \in \mathfrak q\), tel que \(\mathfrak q d\tilde y_1 \subset \langle x_1, \ldots, x_b\rangle\) et \(\mathfrak q d\tilde s_1 \subset \langle t_1, \ldots, t_a\rangle\). Ainsi, après avoir remplacé \(y_i\) par \(dy_i\), \(\tilde y_i\) par \(d\tilde y_i\), \(s_i\) par \(ds_i\) et \(\tilde s_i\) par \(d\tilde s_i\), nous voyons que nous pouvons aussi supposer que \(x_1, \ldots, x_b, \tilde y_1, \ldots, \tilde y_b\) et \(t_1, \ldots, t_a, \tilde s_1, \ldots, \tilde s_b\) sont de bonnes suites dans \(M\).
Enfin, choisissons une bonne suite \(z_1, \ldots, z_l\) dans le \(R\)-module fini \[\langle x_1, \ldots, x_b, \tilde y_1, \ldots, \tilde y_a \rangle \cap \langle t_1, \ldots, t_a, \tilde s_1, \ldots, \tilde s_b \rangle.\] Remarquons que c’est aussi une bonne suite dans \(M\).
Puisque \(I_{\varphi, \mathfrak q} = K_{\psi, \mathfrak q}\), il existe un unique élément \(h \in \kappa(\mathfrak q)\) tel que \([y_1, \ldots, y_a] = h [t_1, \ldots, t_a]\) dans \(\det_{\kappa(\mathfrak q)}(K_{\psi, \mathfrak q})\). De même, comme \(I_{\psi, \mathfrak q} = K_{\varphi, \mathfrak q}\), il existe un unique élément \(h \in \kappa(\mathfrak q)\) tel que \([s_1, \ldots, s_b] = g [x_1, \ldots, x_b]\) dans \(\det_{\kappa(\mathfrak q)}(K_{\varphi, \mathfrak q})\). Nous pouvons également procéder ainsi avec les trois bonnes suites que nous avons dans \(M\). Au total, nous obtenons les identités suivantes : \[\begin{align*} [y_1, \ldots, y_a] & = h [t_1, \ldots, t_a] \\ [s_1, \ldots, s_b] & = g [x_1, \ldots, x_b] \\ [z_1, \ldots, z_l] & = f_\varphi [x_1, \ldots, x_b, \tilde y_1, \ldots, \tilde y_a] \\ [z_1, \ldots, z_l] & = f_\psi [t_1, \ldots, t_a, \tilde s_1, \ldots, \tilde s_b] \end{align*}\] pour certains \(g, h, f_\varphi, f_\psi \in \kappa(\mathfrak q)\).
Toutes ces notations étant en place, calculons \(\det_{\kappa(\mathfrak q)}(M, \varphi, \psi)\). Considérons l’élément \([z_1, \ldots, z_l]\). Sous l’application \(\gamma_\psi \circ \sigma \circ \gamma_\varphi^{-1}\) de la définition 02PJ, nous avons \[\begin{eqnarray*} [z_1, \ldots, z_l] & = & f_\varphi [x_1, \ldots, x_b, \tilde y_1, \ldots, \tilde y_a] \\ & \mapsto & f_\varphi [x_1, \ldots, x_b] \otimes [y_1, \ldots, y_a] \\ & \mapsto & f_\varphi h/g [t_1, \ldots, t_a] \otimes [s_1, \ldots, s_b] \\ & \mapsto & f_\varphi h/g [t_1, \ldots, t_a, \tilde s_1, \ldots, \tilde s_b] \\ & = & f_\varphi h/f_\psi g [z_1, \ldots, z_l] \end{eqnarray*}\] Cela signifie que \(\det_{\kappa(\mathfrak q)} (M_{\mathfrak q}, \varphi_{\mathfrak q}, \psi_{\mathfrak q})\) est égal à \(f_\varphi h/f_\psi g\) au signe près.
Abrégeons les quantités suivantes : \[\begin{eqnarray*} k_\varphi & = & \text{longueur}_R(K_\varphi/\langle x_1, \ldots, x_b\rangle) \\ k_\psi & = & \text{longueur}_R(K_\psi/\langle t_1, \ldots, t_a\rangle) \\ i_\varphi & = & \text{longueur}_R(I_\varphi/\langle y_1, \ldots, y_a\rangle) \\ i_\psi & = & \text{longueur}_R(I_\psi/\langle s_1, \ldots, s_a\rangle) \\ m_\varphi & = & \text{longueur}_R(M/ \langle x_1, \ldots, x_b, \tilde y_1, \ldots, \tilde y_a\rangle) \\ m_\psi & = & \text{longueur}_R(M/ \langle t_1, \ldots, t_a, \tilde s_1, \ldots, \tilde s_b\rangle) \\ \delta_\varphi & = & \text{longueur}_R( \langle x_1, \ldots, x_b, \tilde y_1, \ldots, \tilde y_a\rangle \langle z_1, \ldots, z_l\rangle) \\ \delta_\psi & = & \text{longueur}_R( \langle t_1, \ldots, t_a, \tilde s_1, \ldots, \tilde s_b\rangle \langle z_1, \ldots, z_l\rangle) \end{eqnarray*}\] En utilisant les suites exactes \(0 \to K_\varphi \to M \to I_\varphi \to 0\), nous obtenons \(m_\varphi = k_\varphi + i_\varphi\). De même, nous avons \(m_\psi = k_\psi + i_\psi\). Nous avons \(\delta_\varphi + m_\varphi = \delta_\psi + m_\psi\), puisque cette quantité est égale à la colongueur de \(\langle z_1, \ldots, z_l \rangle\) dans \(M\). Enfin, nous avons \[\delta_\varphi = \text{ord}_{R/\mathfrak q}(f_\varphi), \quad \delta_\psi = \text{ord}_{R/\mathfrak q}(f_\psi)\] d’après notre première application du lemme clé 02QB.
Calculons ensuite la multiplicité du complexe périodique : \[\begin{eqnarray*} e_R(M, \varphi, \psi) & = & \text{longueur}_R(K_\varphi/I_\psi) - \text{longueur}_R(K_\psi/I_\varphi) \\ & = & \text{longueur}_R( \langle x_1, \ldots, x_b\rangle/ \langle s_1, \ldots, s_b\rangle) + k_\varphi - i_\psi \\ & & - \text{longueur}_R( \langle t_1, \ldots, t_a\rangle/ \langle y_1, \ldots, y_a\rangle) - k_\psi + i_\varphi \\ & = & \text{ord}_{R/\mathfrak q}(g/h) + k_\varphi - i_\psi - k_\psi + i_\varphi \\ & = & \text{ord}_{R/\mathfrak q}(g/h) + m_\varphi - m_\psi \\ & = & \text{ord}_{R/\mathfrak q}(g/h) + \delta_\psi - \delta_\varphi \\ & = & \text{ord}_{R/\mathfrak q}(f_\psi g/f_\varphi h) \end{eqnarray*}\] où nous avons utilisé deux fois le lemme clé 02QB dans la troisième égalité. D’après notre calcul de \(\det_{\kappa(\mathfrak q)} (M_{\mathfrak q}, \varphi_{\mathfrak q}, \psi_{\mathfrak q})\), cela démontre la proposition.
Dans la plupart des applications, le lemme suivant suffit.
Lemme
Soit \(R\) un anneau local noethérien d’idéal maximal \(\mathfrak m\). Soient \(M\) un \(R\)-module fini et \(\psi : M \to M\) une application de \(R\)-modules. Supposons que
\(\Ker(\psi)\) et \(\Coker(\psi)\) soient de longueur finie ; et
\(\dim(\text{Supp}(M)) \leq 1\).
Écrivons \(\text{Supp}(M) = \{\mathfrak m, \mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\}\) et notons \(f_i \in \kappa(\mathfrak q_i)^*\) l’élément tel que \(\det_{\kappa(\mathfrak q_i)}(\psi_{\mathfrak q_i}) : \det_{\kappa(\mathfrak q_i)}(M_{\mathfrak q_i}) \to \det_{\kappa(\mathfrak q_i)}(M_{\mathfrak q_i})\) soit la multiplication par \(f_i\). Alors nous avons \[\text{longueur}_R(\Coker(\psi)) - \text{longueur}_R(\Ker(\psi)) = \sum\nolimits_{i = 1, \ldots, t} \text{ord}_{R/\mathfrak q_i}(f_i).\]
Démonstration
Rappelons que \(H^0(M, 0, \psi) = \Coker(\psi)\) et \(H^1(M, 0, \psi) = \Ker(\psi)\) ; voir les remarques précédant la définition 02PH. Le lemme résulte de la combinaison de la proposition 02QD avec le lemme 02PN.
Autre démonstration. Ramenons-nous au cas \(\text{Supp}(M) = \{\mathfrak m, \mathfrak q\}\) comme dans la démonstration de la proposition 02QD. Combinons alors directement les lemmes 02QB et 02QC pour démontrer ce cas particulier de la proposition 02QD. La comptabilité est bien moindre dans ce cas, et le lecteur est invité à la mener. Les détails sont omis.
Application au lemme clé
Dans cette section, nous appliquons les résultats ci-dessus pour montrer l’analogue du lemme clé (lemme 0EAX) avec le symbole modéré \(d_A\) construit ci-dessus. Voir la remarque 0EAY pour la relation avec la \(K\)-théorie de Milnor.
Lemme
Soit \(A\) un anneau intègre local noethérien de dimension \(2\) et de corps des fractions \(K\). Soient \(f, g \in K^*\). Soient \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\) les idéaux premiers de hauteur \(1\), notés \(\mathfrak q\), de \(A\), tels que \(f\) ou \(g\) n’appartienne pas à \(A^*_{\mathfrak q}\). Alors nous avons \[\sum\nolimits_{i = 1, \ldots, t} \text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(d_{A_{\mathfrak q_i}}(f, g)) = 0\] Nous pouvons aussi écrire ceci sous la forme \[\sum\nolimits_{\text{hauteur}(\mathfrak q) = 1} \text{ord}_{A/\mathfrak q}(d_{A_{\mathfrak q}}(f, g)) = 0\] puisque, pour tout idéal premier \(\mathfrak q\) de hauteur un de \(A\) tel que \(f, g \in A^*_{\mathfrak q}\), nous avons \(d_{A_{\mathfrak q}}(f, g) = 1\) d’après le lemme 02Q2.
Démonstration
Puisque les symboles modérés \(d_{A_{\mathfrak q}}(f, g)\) sont additifs (lemme 02Q0) et que les fonctions d’ordre \(\text{ord}_{A/\mathfrak q}\) sont additives (Algèbre, lemme 02MC), il suffit de démontrer la formule lorsque \(f = a \in A\) et \(g = b \in A\). Dans ce cas, nous voyons qu’il faut montrer \[\sum\nolimits_{\text{hauteur}(\mathfrak q) = 1} \text{ord}_{A/\mathfrak q}(\det\nolimits_\kappa(A_{\mathfrak q}/(ab), a, b)) = 0\] D’après la proposition 02QD, cela équivaut à montrer que \[e_A(A/(ab), a, b) = 0.\] Puisque le complexe \(A/(ab) \xrightarrow{a} A/(ab) \xrightarrow{b} A/(ab) \xrightarrow{a} A/(ab)\) est exact, nous avons terminé.
Annexe B : Approches alternatives
Dans cette annexe, nous tentons d’abord de relier brièvement les résultats du texte principal à la \(K\)-théorie des faisceaux cohérents. En particulier, nous décrivons comment le produit par \(c_1\) d’un module inversible est lié au produit tensoriel par ce module inversible ; voir le lemme 02SX. Ces considérations sont manifestement très intéressantes et méritent une présentation beaucoup plus détaillée et développée.
Équivalence rationnelle et groupes de K-théorie
Cette section prolonge la section 0FDQ. Le lemme suivant est motivé par Homologie, lemme 02MX.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau cohérent sur \(X\). Soit \[\xymatrix{ \ldots \ar[r] & \mathcal{F} \ar[r]^\varphi & \mathcal{F} \ar[r]^\psi & \mathcal{F} \ar[r]^\varphi & \mathcal{F} \ar[r] & \ldots }\] un complexe comme dans Homologie, équation (02MW). Supposons que
\(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F})) \leq k + 1\) ;
\(\dim_\delta(\text{Supp}(H^i(\mathcal{F}, \varphi, \psi))) \leq k\) pour \(i = 0, 1\).
Alors nous avons \[[H^0(\mathcal{F}, \varphi, \psi)]_k \sim_{rat} [H^1(\mathcal{F}, \varphi, \psi)]_k\] comme \(k\)-cycles sur \(X\).
Démonstration
Soit \(\{W_j\}_{j \in J}\) la famille des composantes irréductibles de \(\text{Supp}(\mathcal{F})\) de \(\delta\)-dimension \(k + 1\). Remarquons que \(\{W_j\}\) est une famille localement finie de fermés de \(X\), d’après le lemme 02QW. Pour chaque \(j\), soit \(\xi_j \in W_j\) le point générique. Posons \[f_j = \det\nolimits_{\kappa(\xi_j)} (\mathcal{F}_{\xi_j}, \varphi_{\xi_j}, \psi_{\xi_j}) \in R(W_j)^*.\] Voir la définition 02PJ pour les notations. Nous affirmons que \[- [H^0(\mathcal{F}, \varphi, \psi)]_k + [H^1(\mathcal{F}, \varphi, \psi)]_k = \sum (W_j \to X)_*\text{div}(f_j)\] Si nous démontrons ceci, le lemme en résulte.
Soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). Pour démontrer l’égalité ci-dessus, il suffit de montrer que le coefficient \(n\) de \([Z]\) dans \([H^0(\mathcal{F}, \varphi, \psi)]_k - [H^1(\mathcal{F}, \varphi, \psi)]_k\) est égal au coefficient \(m\) de \([Z]\) dans \(\sum (W_j \to X)_*\text{div}(f_j)\). Soit \(\xi \in Z\) le point générique. Considérons l’anneau local \(A = \mathcal{O}_{X, \xi}\). Posons \(M = \mathcal{F}_\xi\), considéré comme un \(A\)-module. Notons \(\varphi, \psi : M \to M\) les applications induites par \(\varphi, \psi\) sur le germe. Par notre choix de \(\xi \in Z\), nous avons \(\delta(\xi) = k\), et donc \(\dim(\text{Supp}(M)) = 1\). Enfin, les sous-schémas fermés intègres \(W_j\) passant par \(\xi\) correspondent aux idéaux premiers minimaux \(\mathfrak q_i\) de \(\text{Supp}(M)\). Dans chaque cas, l’élément \(f_j \in R(W_j)^*\) correspond à l’élément \(\det_{\kappa(\mathfrak q_i)}(M_{\mathfrak q_i}, \varphi, \psi)\) de \(\kappa(\mathfrak q_i)^*\). Nous voyons donc que \[n = - e_A(M, \varphi, \psi)\] et \[m = \sum \text{ord}_{A/\mathfrak q_i} (\det\nolimits_{\kappa(\mathfrak q_i)}(M_{\mathfrak q_i}, \varphi, \psi))\] Le résultat découle ainsi de la proposition 02QD.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). L’application \[\CH_k(X) \longrightarrow K_0(\textit{Coh}_{\leq k + 1}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\] du lemme 0FDS induit une bijection de \(\CH_k(X)\) sur l’image \(B_k(X)\) de l’application \[K_0(\textit{Coh}_{\leq k}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X)) \longrightarrow K_0(\textit{Coh}_{\leq k + 1}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X)).\]
Démonstration
D’après le lemme 02S9, nous avons \(Z_k(X) = K_0(\textit{Coh}_{\leq k}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\), de manière compatible avec l’application du lemme 0FDS. Supposons donc donné un élément \([A] - [B]\) de \(K_0(\textit{Coh}_{\leq k}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\) qui s’envoie sur zéro dans \(B_k(X)\), c’est-à-dire sur zéro dans \(K_0(\textit{Coh}_{\leq k + 1}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\). Nous devons montrer que \([A] - [B]\) correspond à un cycle rationnellement équivalent à zéro sur \(X\). Supposons que \([A] = [\mathcal{A}]\) et \([B] = [\mathcal{B}]\) pour certains faisceaux cohérents \(\mathcal{A}, \mathcal{B}\) sur \(X\), à support de \(\delta\)-dimension \(\leq k\). L’hypothèse selon laquelle \([A] - [B]\) s’envoie sur zéro dans le groupe \(K_0(\textit{Coh}_{\leq k + 1}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\) signifie qu’il existe des faisceaux cohérents \(\mathcal{A}', \mathcal{B}'\) sur \(X\), à support de \(\delta\)-dimension \(\leq k - 1\), tels que \([\mathcal{A} \oplus \mathcal{A}'] - [\mathcal{B} \oplus \mathcal{B}']\) soit nul dans \(K_0(\textit{Coh}_{k + 1}(X))\) (utiliser la partie (1) de Homologie, lemme 02MX). D’après la partie (2) de Homologie, lemme 02MX, cela signifie qu’il existe un complexe \((2, 1)\)-périodique \((\mathcal{F}, \varphi, \psi)\) dans la catégorie \(\textit{Coh}_{\leq k + 1}(X)\) tel que \(\mathcal{A} \oplus \mathcal{A}' = H^0(\mathcal{F}, \varphi, \psi)\) et \(\mathcal{B} \oplus \mathcal{B}' = H^1(\mathcal{F}, \varphi, \psi)\). D’après le lemme 02SB, cela implique que \[[\mathcal{A} \oplus \mathcal{A}']_k \sim_{rat} [\mathcal{B} \oplus \mathcal{B}']_k\] Cela montre que \([A] - [B]\) s’envoie sur un cycle rationnellement équivalent à zéro par l’application \[K_0(\textit{Coh}_{\leq k}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X)) \longrightarrow Z_k(X)\] du lemme 02S9. C’est ce que nous devions démontrer, et la démonstration est achevée.
Diviseurs de Cartier et groupes de K-théorie
Dans cette section, nous décrivons comment l’intersection avec la première classe de Chern d’un faisceau inversible \(\mathcal{L}\) correspond au produit tensoriel par \(\mathcal{L} - \mathcal{O}\) dans les groupes de \(K\)-théorie.
Lemme
Soit \(A\) un anneau local noethérien. Soit \(M\) un \(A\)-module fini. Soient \(a, b \in A\). Supposons que
\(\dim(A) = 1\) ;
\(a\) et \(b\) soient tous deux des non-diviseurs de zéro dans \(A\) ;
\(A\) n’ait pas d’idéaux premiers immergés ;
\(M\) n’ait pas d’idéaux premiers associés immergés ;
\(\text{Supp}(M) = \Spec(A)\).
Soit \(I = \{x \in A \mid x(a/b) \in A\}\). Soient \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\) les idéaux premiers minimaux de \(A\). Alors \((a/b)IM \subset M\) et \[\text{longueur}_A(M/(a/b)IM) - \text{longueur}_A(M/IM) = \sum\nolimits_i \text{longueur}_{A_{\mathfrak q_i}}(M_{\mathfrak q_i}) \text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(a/b)\]
Démonstration
Puisque \(M\) n’a pas d’idéaux premiers associés immergés et que le support de \(M\) est \(\Spec(A)\), nous voyons que \(\text{Ass}(M) = \{\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\}\). Ainsi, \(a\) et \(b\) sont des non-diviseurs de zéro dans \(M\). Remarquons que \[\begin{align*} & \text{longueur}_A(M/(a/b)IM) \\ & = \text{longueur}_A(bM/aIM) \\ & = \text{longueur}_A(M/aIM) - \text{longueur}_A(M/bM) \\ & = \text{longueur}_A(M/aM) + \text{longueur}_A(aM/aIM) - \text{longueur}_A(M/bM) \\ & = \text{longueur}_A(M/aM) + \text{longueur}_A(M/IM) - \text{longueur}_A(M/bM) \end{align*}\] car l’application injective \(b : M \to bM\) envoie \((a/b)IM\) sur \(aIM\), et l’application injective \(a : M \to aM\) envoie \(IM\) sur \(aIM\). Le membre de gauche de l’équation du lemme est donc égal à \[\text{longueur}_A(M/aM) - \text{longueur}_A(M/bM).\] En appliquant la deuxième formule du lemme 02QG respectivement avec \(x = a, b\), et en utilisant Algèbre, définition 02MD, des fonctions \(\text{ord}\), nous obtenons le résultat.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent. Soit \(s \in \Gamma(X, \mathcal{K}_X(\mathcal{L}))\) une section méromorphe de \(\mathcal{L}\). Supposons que
\(\dim_\delta(X) \leq k + 1\) ;
\(X\) n’ait pas de points immergés ;
\(\mathcal{F}\) n’ait pas de points associés immergés ;
le support de \(\mathcal{F}\) soit \(X\) ; et
la section \(s\) soit méromorphe régulière.
Dans cette situation, soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) l’idéal des dénominateurs de \(s\) ; voir Diviseurs, définition 02P1. Nous avons alors ce qui suit :
il existe des suites exactes courtes \[\begin{matrix} 0 & \to & \mathcal{I}\mathcal{F} & \xrightarrow{1} & \mathcal{F} & \to & \mathcal{Q}_1 & \to & 0 \\ 0 & \to & \mathcal{I}\mathcal{F} & \xrightarrow{s} & \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L} & \to & \mathcal{Q}_2 & \to & 0 \end{matrix}\]
les faisceaux cohérents \(\mathcal{Q}_1\), \(\mathcal{Q}_2\) sont à support de \(\delta\)-dimension \(\leq k\) ;
la section \(s\) se restreint en une section méromorphe régulière \(s_i\) sur toute composante irréductible \(X_i\) de \(X\) de \(\delta\)-dimension \(k + 1\) ; et
en écrivant \([\mathcal{F}]_{k + 1} = \sum m_i[X_i]\), nous avons \[[\mathcal{Q}_2]_k - [\mathcal{Q}_1]_k = \sum m_i(X_i \to X)_*\text{div}_{\mathcal{L}|_{X_i}}(s_i)\] dans \(Z_k(X)\) ; en particulier, \[[\mathcal{Q}_2]_k - [\mathcal{Q}_1]_k = c_1(\mathcal{L}) \cap [\mathcal{F}]_{k + 1}\] dans \(\CH_k(X)\).
Démonstration
Rappelons, d’après Diviseurs, lemme 02P2, l’existence d’applications injectives \(1 : \mathcal{I}\mathcal{F} \to \mathcal{F}\) et \(s : \mathcal{I}\mathcal{F} \to \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X}\mathcal{L}\) dont les conoyaux sont supportés par un fermé partout non dense \(T\). Notons \(\mathcal{Q}_i\) leurs conoyaux comme dans le lemme. Nous concluons que \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{Q}_i)) \leq k\). D’après Diviseurs, lemmes 02OU et 02OY, les images réciproques \(s_i\) sont définies et sont des sections méromorphes régulières de \(\mathcal{L}|_{X_i}\). L’égalité des cycles dans (4) implique l’égalité des classes de cycles dans (4). Il reste donc seulement à montrer que \[[\mathcal{Q}_2]_k - [\mathcal{Q}_1]_k = \sum m_i(X_i \to X)_*\text{div}_{\mathcal{L}|_{X_i}}(s_i)\] est vraie dans \(Z_k(X)\). Pour le voir, soit \(Z \subset X\) un sous-schéma fermé intègre de \(\delta\)-dimension \(k\). Soit \(\xi \in Z\) le point générique. Soient \(A = \mathcal{O}_{X, \xi}\) et \(M = \mathcal{F}_\xi\). De plus, choisissons un générateur \(s_\xi \in \mathcal{L}_\xi\). Nous pouvons alors écrire \(s = (a/b) s_\xi\), où \(a, b \in A\) sont des non-diviseurs de zéro. Dans ce cas, \(I = \mathcal{I}_\xi = \{x \in A \mid x(a/b) \in A\}\). Dans ce cas, le coefficient de \([Z]\) dans le membre de gauche est \[\text{longueur}_A(M/(a/b)IM) - \text{longueur}_A(M/IM)\] et le coefficient de \([Z]\) dans le membre de droite est \[\sum \text{longueur}_{A_{\mathfrak q_i}}(M_{\mathfrak q_i}) \text{ord}_{A/\mathfrak q_i}(a/b)\] où \(\mathfrak q_1, \ldots, \mathfrak q_t\) sont les idéaux premiers minimaux de l’anneau local de dimension \(1\) noté \(A\). Le résultat découle donc du lemme 02QH.
Lemme
Soit \((S, \delta)\) comme dans la situation 02QL. Soit \(X\) un schéma localement de type fini sur \(S\). Soit \(\mathcal{L}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module inversible. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent. Supposons \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{F})) \leq k + 1\). Alors l’élément \[[\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}] - [\mathcal{F}] \in K_0(\textit{Coh}_{\leq k + 1}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\] appartient au sous-groupe \(B_k(X)\) du lemme 02SC et s’envoie sur l’élément \(c_1(\mathcal{L}) \cap [\mathcal{F}]_{k + 1}\) par l’application \(B_k(X) \to \CH_k(X)\).
Démonstration
Soit \[0 \to \mathcal{K} \to \mathcal{F} \to \mathcal{F}' \to 0\] la suite exacte courte construite dans Diviseurs, lemme 02OL. Cela signifie en particulier que \(\mathcal{F}'\) n’a pas de points associés immergés. Puisque le support de \(\mathcal{K}\) est partout non dense dans le support de \(\mathcal{F}\), nous voyons que \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{K})) \leq k\). Nous pouvons appliquer de nouveau Diviseurs, lemme 02OL, en partant de \(\mathcal{K}\), pour obtenir une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{K}'' \to \mathcal{K} \to \mathcal{K}' \to 0\] où maintenant \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{K}'')) < k\) et où \(\mathcal{K}'\) n’a pas de points associés immergés. Supposons que nous puissions démontrer le lemme pour les faisceaux cohérents \(\mathcal{F}'\) et \(\mathcal{K}'\). Alors, d’après les égalités \[[\mathcal{F}]_{k + 1} = [\mathcal{F}']_{k + 1} + [\mathcal{K}']_{k + 1} + [\mathcal{K}'']_{k + 1}\] (utiliser le lemme 02QZ), \[[\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}] - [\mathcal{F}] = [\mathcal{F}' \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}] - [\mathcal{F}'] + [\mathcal{K}' \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}] - [\mathcal{K}'] + [\mathcal{K}'' \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}] - [\mathcal{K}'']\] (utiliser le fait que \(\otimes \mathcal{L}\) est exact) et l’annulation triviale de \([\mathcal{K}'']_{k + 1}\) et de \([\mathcal{K}'' \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}] - [\mathcal{K}'']\) dans \(K_0(\textit{Coh}_{\leq k + 1}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\), le résultat est vrai pour \(\mathcal{F}\). Cela signifie que nous pouvons supposer que le faisceau \(\mathcal{F}\) n’a pas de points associés immergés.
Supposons que \(X\) et \(\mathcal{F}\) soient comme dans le lemme, et supposons de plus que \(\mathcal{F}\) n’a pas de points associés immergés. Considérons le faisceau d’idéaux \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\), le sous-schéma fermé correspondant \(i : Z \to X\) et le \(\mathcal{O}_Z\)-module cohérent \(\mathcal{G}\) construits dans Diviseurs, lemme 02OM. Rappelons que \(Z\) est un schéma localement noethérien sans points immergés, que \(\mathcal{G}\) est un faisceau cohérent sans points associés immergés, que \(\text{Supp}(\mathcal{G}) = Z\), et que \(i_*\mathcal{G} = \mathcal{F}\). De plus, posons \(\mathcal{N} = \mathcal{L}|_Z\).
D’après Diviseurs, lemme 02OZ, le faisceau inversible \(\mathcal{N}\) possède une section méromorphe régulière \(s\) sur \(Z\). Notons \(\mathcal{J} \subset \mathcal{O}_Z\) le faisceau des dénominateurs de \(s\). D’après le lemme 02SW, il existe des suites exactes courtes \[\begin{matrix} 0 & \to & \mathcal{J}\mathcal{G} & \xrightarrow{1} & \mathcal{G} & \to & \mathcal{Q}_1 & \to & 0 \\ 0 & \to & \mathcal{J}\mathcal{G} & \xrightarrow{s} & \mathcal{G} \otimes_{\mathcal{O}_Z} \mathcal{N} & \to & \mathcal{Q}_2 & \to & 0 \end{matrix}\] telles que \(\dim_\delta(\text{Supp}(\mathcal{Q}_i)) \leq k\) et telles que le cycle \([\mathcal{Q}_2]_k - [\mathcal{Q}_1]_k\) soit un représentant de \(c_1(\mathcal{N}) \cap [\mathcal{G}]_{k + 1}\). Nous voyons (en utilisant le fait que \(i_*(\mathcal{G} \otimes \mathcal{N}) = \mathcal{F} \otimes \mathcal{L}\) par la formule de projection ; voir Cohomologie, lemme 01E8) que \[[\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}] - [\mathcal{F}] = [i_*\mathcal{Q}_2] - [i_*\mathcal{Q}_1]\] dans \(K_0(\textit{Coh}_{\leq k + 1}(X)/\textit{Coh}_{\leq k - 1}(X))\). Cela montre déjà que \([\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \mathcal{L}] - [\mathcal{F}]\) est un élément de \(B_k(X)\). De plus, nous avons \[\begin{eqnarray*} [i_*\mathcal{Q}_2]_k - [i_*\mathcal{Q}_1]_k & = & i_*\left( [\mathcal{Q}_2]_k - [\mathcal{Q}_1]_k \right) \\ & = & i_*\left(c_1(\mathcal{N}) \cap [\mathcal{G}]_{k + 1} \right) \\ & = & c_1(\mathcal{L}) \cap i_*[\mathcal{G}]_{k + 1} \\ & = & c_1(\mathcal{L}) \cap [\mathcal{F}]_{k + 1} \end{eqnarray*}\] d’après ce qui précède et les lemmes 02SU et 02R6. Et cela coïncide avec l’image de l’élément par \(B_k(X) \to \CH_k(X)\), par définition. Le lemme est donc démontré.
Par exemple, ceci est vrai si \(s\) est une section régulière de \(\mathcal{L}|_Y\).↩︎
Cette condition assure que, si \(D\) est un diviseur de Cartier effectif, alors \(\mathcal{N} = \mathcal{O}_X(D)|_D\).↩︎
En fait, il suffit que \(X\) soit \((S_2)\). Comparer avec Cohomologie locale, Lemme 0FIW.↩︎
Il existe vraisemblablement une variante de ce lemme où l’on suppose seulement que ces restrictions sont isomorphes à deux modules localement libres, de rangs respectivement \(< p\) et \(< p'\).↩︎
Veuillez ignorer cette condition technique en première lecture ; voir la discussion de la remarque 0GUK.↩︎
Il existe vraisemblablement une variante de ce lemme où nous supposons seulement que \(F_i|_{X \setminus Z_i}\) est isomorphe à un \(\mathcal{O}_{X \setminus Z_i}\)-module localement libre de rang fini de rang \(< p_i\).↩︎
La notation \(A^*(Z \to X)^\wedge\) est examinée dans la remarque 0FE0. Si \(X\) est quasi-compact, alors \(A^*(Z \to X)^\wedge = A^*(Z \to X)\).↩︎
Voir Diviseurs, définition 063J. Remarquons que les immersions régulières sont la même chose que les immersions Koszul-régulières ou quasi-régulières pour les schémas localement noethériens, voir Diviseurs, lemme 063L. Nous l’utiliserons sans autre mention dans cette section.↩︎
Évidemment, nous pourrions supprimer le signe moins en redéfinissant \(\det_\kappa(M, \varphi, \psi)\) comme l’inverse de sa valeur actuelle ; voir la définition 02PJ.↩︎