Introduction
Dans ce chapitre, nous poursuivons notre étude des propriétés des morphismes d’espaces algébriques. Une référence fondamentale est [Kn].
Conventions
Nous supposons une fois pour toutes que tous les schémas appartiennent à un grand site fppf \(\Sch_{fppf}\). De plus, tous les anneaux \(A\) considérés ont la propriété que \(\Spec(A)\) est (isomorphe) à un objet de ce grand site.
Soit \(S\) un schéma et soit \(X\) un espace algébrique sur \(S\). Dans ce chapitre et les suivants, nous noterons \(X \times_S X\) le produit de \(X\) par lui-même (dans la catégorie des espaces algébriques sur \(S\)), au lieu de \(X \times X\).
Morphismes radiciels
Il s’avère qu’un morphisme radiciel n’est pas la même chose qu’un morphisme universellement injectif, contrairement à ce qui se passe pour les morphismes de schémas. En fait, il est un peu plus fort.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques au-dessus de \(S\). On dit que \(f\) est radiciel si, pour tout morphisme \(\Spec(K) \to Y\) où \(K\) est un corps, la réduction \((\Spec(K) \times_Y X)_{red}\) est soit vide, soit est représentable par le spectre d’une extension de corps purement inséparable de \(K\).
Lemme
Un morphisme radiciel d’espaces algébriques est universellement injectif.
Démonstration
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme radiciel d’espaces algébriques au-dessus de \(S\). Il est clair d’après la définition que, pour un morphisme \(\Spec(K) \to Y\), il existe au plus un relèvement de ce morphisme en un morphisme vers \(X\). Nous concluons donc que \(f\) est universellement injectif par Morphismes d’espaces, lemme 040X.
Exemple
Il n’est plus vrai que « universellement injectif » soit équivalent à « radiciel ». Par exemple, le morphisme \[X = [\Spec(\overline{\mathbf{Q}})/ \text{Gal}(\overline{\mathbf{Q}}/\mathbf{Q})] \longrightarrow S = \Spec(\mathbf{Q})\] d’Espaces, exemple 02Z6 est universellement injectif, mais n’est pas radiciel au sens ci-dessus.
Néanmoins, il arrive souvent que l’implication réciproque soit vraie.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme universellement injectif d’espaces algébriques au-dessus de \(S\).
Si \(f\) est décent, alors \(f\) est radiciel.
Si \(f\) est quasi-séparé, alors \(f\) est radiciel.
Si \(f\) est localement séparé, alors \(f\) est radiciel.
Démonstration
Soit \(\mathcal{P}\) une propriété des morphismes d’espaces algébriques qui est stable par changement de base et composition et qui est satisfaite pour les immersions fermées. Supposons que \(f : X \to Y\) possède \(\mathcal{P}\) et soit universellement injectif. Alors, dans la situation de la définition 0481, le morphisme \((\Spec(K) \times_Y X)_{red} \to \Spec(K)\) est universellement injectif et possède \(\mathcal{P}\). Cela ramène le problème de démontrer \[\mathcal{P} + \text{universellement injectif} \Rightarrow \text{radicial}\] au problème de démontrer que tout espace algébrique réduit non vide \(X\) sur un corps, dont le morphisme structural \(X \to \Spec(K)\) est universellement injectif et possède \(\mathcal{P}\), est représentable par le spectre d’un corps. En effet, alors \(X \to \Spec(K)\) sera un morphisme de schémas et nous concluons par l’équivalence entre radiciel et universellement injectif pour les morphismes de schémas, voir Morphismes, lemme 01S4.
Démontrons (1). Supposons que \(f\) soit décent et universellement injectif. D’après Espaces décents, les lemmes 03L0, 03L1 et 03M5 (pour voir qu’une immersion est décente), nous voyons que la discussion du premier paragraphe s’applique. Soit \(X\) un espace algébrique réduit décent non vide universellement injectif sur un corps \(K\). En particulier, nous voyons que \(|X|\) est un singleton. D’après Espaces décents, lemme 047Z, nous concluons que \(X \cong \Spec(L)\) pour une extension \(K \subset L\), comme souhaité.
Un morphisme quasi-séparé est décent, voir Espaces décents, lemme 03M5. Ainsi, (1) implique (2).
Démontrons (3). Rappelons que les axiomes de séparation sont stables par changement de base et composition et que les immersions fermées sont séparées, voir Morphismes d’espaces, les lemmes 03KL, 03KQ et 042R. La discussion du premier paragraphe de la démonstration s’applique donc. Soit \(X\) un espace algébrique réduit, universellement injectif et localement séparé sur un corps \(K\). En particulier, \(|X|\) est un singleton, donc \(X\) est quasi-compact, voir Propriétés des espaces, lemme 03E4. Nous pouvons trouver un morphisme étale surjectif \(U \to X\) avec \(U\) affine, voir Propriétés des espaces, lemme 03H6. Considérons le morphisme de schémas \[j : U \times_X U \longrightarrow U \times_{\Spec(K)} U\] Comme \(X \to \Spec(K)\) est universellement injectif, \(j\) est surjectif, et comme \(X \to \Spec(K)\) est localement séparé, \(j\) est une immersion. Une immersion surjective est une immersion fermée, voir Schémas, lemme 01IQ. Ainsi \(R = U \times_X U\) est affine comme sous-schéma fermé d’un schéma affine. En particulier, \(R\) est quasi-compact. Il s’ensuit que \(X = U/R\) est quasi-séparé, et le résultat découle de (2).
Remarque
Soit \(X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques. Pour certaines applications (des morphismes radiciels), il suffit d’exiger que, pour tout \(\Spec(K) \to Y\) où \(K\) est un corps,
l’espace \(|\Spec(K) \times_Y X|\) soit un singleton,
il existe un monomorphisme \(\Spec(L) \to \Spec(K) \times_Y X\), et
\(K \subset L\) soit purement inséparable.
Si nécessaire, nous appellerons ultérieurement un tel morphisme faiblement radiciel. Par exemple, si \(X \to Y\) est un morphisme faiblement radiciel surjectif, alors \(X(k) \to Y(k)\) est surjectif pour tout corps algébriquement clos \(k\). Remarquons que le changement de base \(X_{\overline{\mathbf{Q}}} \to \Spec(\overline{\mathbf{Q}})\) du morphisme de l’exemple 0483 est faiblement radiciel, mais pas radiciel. L’analogue du lemme 0484 est que, si \(X \to Y\) possède la propriété (\(\beta\)) et est universellement injectif, alors il est faiblement radiciel (démonstration omise).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques au-dessus de \(S\). Supposons que
\(f\) soit localement de type fini,
pour tout morphisme étale \(V \to Y\), l’application \(|X \times_Y V| \to |V|\) soit injective.
Alors \(f\) est universellement injectif.
Démonstration
La question est locale pour la topologie étale sur \(Y\), d’après Morphismes d’espaces, lemme 03MX. Nous pouvons donc supposer que \(Y\) est un schéma. Alors \(Y\) est en particulier décent et, d’après Espaces décents, lemme 0ACB nous voyons que \(f\) est localement quasi-fini. Soit \(y \in Y\) un point et soit \(X_y\) la fibre schématique. Supposons que \(X_y\) ne soit pas vide. D’après Espaces sur les corps, lemme 06S0 nous voyons que \(X_y\) est un schéma localement quasi-fini sur \(\kappa(y)\). Comme \(|X_y| \subset |X|\) est la fibre de \(|X| \to |Y|\) au-dessus de \(y\), nous voyons que \(X_y\) possède un unique point \(x\). Il en est de même pour \(X_y \times_{\Spec(\kappa(y))} \Spec(k)\) pour toute extension finie séparable \(k/\kappa(y)\), car nous pouvons réaliser \(k\) comme corps résiduel en un point au-dessus de \(y\) dans un schéma étale au-dessus de \(Y\), voir Compléments sur les morphismes, lemme 02LF. Ainsi \(X_y\) est géométriquement connexe, voir Variétés, lemme 0389. Cela implique que l’extension finie \(\kappa(x)/\kappa(y)\) est purement inséparable.
Nous concluons (dans le cas où \(Y\) est un schéma) que, pour tout \(y \in Y\), la fibre \(X_y\) est soit vide, soit \((X_y)_{red} = \Spec(\kappa(x))\) avec \(\kappa(y) \subset \kappa(x)\) purement inséparable. Ainsi \(f\) est radiciel (certains détails sont omis), donc universellement injectif par le lemme 0482.
Monomorphismes
Cette section fait suite à Morphismes d’espaces, section 042K. Nous voudrions savoir si tout monomorphisme d’espaces algébriques est représentable. Si vous pouvez démontrer que c’est vrai ou fournir un contre-exemple, veuillez envoyer un courriel à stacks.project@gmail.com. Pour le moment, on connaît les cas suivants
pour les monomorphismes qui sont localement de type fini (plus généralement, tout morphisme séparé et localement quasi-fini est représentable par Morphismes d’espaces, lemme 0418 et un monomorphisme localement de type fini est localement quasi-fini par Morphismes d’espaces, lemme 0463),
si le but est une union disjointe de spectres d’anneaux locaux de dimension zéro (Espaces décents, lemme 06RZ), et
pour les monomorphismes plats (voir ci-dessous).
Lemme
Un monomorphisme plat d’espaces algébriques est représentable par des schémas.
Démonstration
Soit \(f : X \to Y\) un monomorphisme plat d’espaces algébriques. Pour démontrer que \(f\) est représentable, il faut montrer que \(X \times_Y V\) est un schéma pour tout schéma \(V\) muni d’un morphisme vers \(Y\). Comme la propriété d’être un schéma est locale (Propriétés des espaces, lemme 03JH), nous pouvons supposer que \(V\) est affine. Nous pouvons donc supposer que \(Y = \Spec(B)\) est un schéma affine. Ensuite, nous pouvons supposer que \(X\) est quasi-compact en remplaçant \(X\) par un ouvert quasi-compact. L’espace \(X\) est séparé puisque \(X \to X \times_{\Spec(B)} X\) est un isomorphisme. En appliquant Limites d’espaces, lemme 0B80, nous nous ramenons au cas où \(B\) est local, où \(X \to \Spec(B)\) est un monomorphisme plat et où il existe un point \(x \in X\) s’envoyant sur le point fermé de \(\Spec(B)\). Alors \(X \to \Spec(B)\) est surjectif puisque les générisations se relèvent le long des morphismes plats d’espaces algébriques séparés, voir Espaces décents, lemme 0B7W. Ainsi, \(\{X \to \Spec(B)\}\) est un recouvrement fpqc. Alors \(X \to \Spec(B)\) est un morphisme qui devient un isomorphisme après changement de base par \(X \to \Spec(B)\). Il est donc un isomorphisme par descente fpqc, voir Descente sur les espaces, lemme 041Y.
Le résultat suivant est (en un certain sens) une variante du lemme ci-dessus.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un monomorphisme quasi-compact d’espaces algébriques tel que, pour tout \(T \to Y\), l’application \[\mathcal{O}_T \to f_{T,*}\mathcal{O}_{X \times_Y T}\] soit injective. Alors \(f\) est un isomorphisme (et donc représentable par des schémas).
Démonstration
La question est locale pour la topologie étale sur \(Y\); nous pouvons donc supposer que \(Y = \Spec(A)\) est affine. Alors \(X\) est quasi-compact et nous pouvons choisir un schéma affine \(U = \Spec(B)\) et un morphisme étale surjectif \(U \to X\) (Propriétés des espaces, lemme 03H6). Remarquons que \(U \times_X U = \Spec(B \otimes_A B)\). Ainsi, la catégorie des faisceaux quasi-cohérents de \(\mathcal{O}_X\)-modules est équivalente à la catégorie \(DD_{B/A}\) des données de descente sur les modules pour \(A \to B\). Voir Propriétés des espaces, proposition 03M3, Descente, définition 023G, et Descente, sous-section 08WW. D’autre part, \[A \to B\] est une application d’anneaux universellement injective. En effet, étant donné un \(A\)-module \(M\), nous voyons que \(A \oplus M \to B \otimes_A (A \oplus M)\) est injective par l’hypothèse du lemme. Ainsi, \(DD_{B/A}\) est équivalente à la catégorie des \(A\)-modules par Descente, théorème 08XA. Ainsi, le tiré en arrière le long de \(f : X \to \Spec(A)\) détermine une équivalence de catégories des modules quasi-cohérents. En particulier, \(f^*\) est exact sur les modules quasi-cohérents et nous voyons que \(f\) est plat (un petit détail est omis). De plus, il est clair que \(f\) est surjectif (par exemple parce que \(\Spec(B) \to \Spec(A)\) est surjectif). Ainsi, \(\{X \to \Spec(A)\}\) est un recouvrement fpqc. Alors \(X \to \Spec(A)\) est un morphisme qui devient un isomorphisme après changement de base par \(X \to \Spec(A)\). Il est donc un isomorphisme par descente fpqc, voir Descente sur les espaces, lemme 041Y.
Lemme
Un monomorphisme quasi-compact, plat et surjectif d’espaces algébriques est un isomorphisme.
Démonstration
Un tel morphisme satisfait les hypothèses du lemme 0B8B.
Faisceau conormal d’une immersion
Soit \(S\) un schéma. Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée d’espaces algébriques au-dessus de \(S\). Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux correspondant, voir Morphismes d’espaces, lemme 03MB. Considérons la suite exacte courte \[0 \to \mathcal{I}^2 \to \mathcal{I} \to \mathcal{I}/\mathcal{I}^2 \to 0\] de faisceaux quasi-cohérents sur \(X\). Comme le faisceau \(\mathcal{I}/\mathcal{I}^2\) est annulé par \(\mathcal{I}\), il correspond à un faisceau sur \(Z\) par Morphismes d’espaces, lemme 04CJ. Ce \(\mathcal{O}_Z\)-module quasi-cohérent est le faisceau conormal de \(Z\) dans \(X\) et est souvent noté \(\mathcal{I}/\mathcal{I}^2\), par l’abus de notation mentionné dans Morphismes d’espaces, section 04CI.
Dans le cas où \(i : Z \to X\) est une immersion (localement fermée), nous définissons le faisceau conormal de \(i\) comme le faisceau conormal de l’immersion fermée \(i : Z \to X \setminus \partial Z\), voir Morphismes d’espaces, remarque 04CE. Il est souvent noté \(\mathcal{I}/\mathcal{I}^2\) où \(\mathcal{I}\) est le faisceau d’idéaux de l’immersion fermée \(i : Z \to X \setminus \partial Z\).
Définition
Soit \(i : Z \to X\) une immersion. Le faisceau conormal \(\mathcal{C}_{Z/X}\) de \(Z\) dans \(X\) ou le faisceau conormal de \(i\) est le \(\mathcal{O}_Z\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{I}/\mathcal{I}^2\) décrit ci-dessus.
Dans [EGA, IV, définition 16.1.2], ce faisceau est noté \(\mathcal{N}_{Z/X}\). Nous ne suivrons pas cette convention, car nous souhaitons réserver la notation \(\mathcal{N}_{Z/X}\) au faisceau normal de l’immersion. Il est défini par \[\mathcal{N}_{Z/X} = \SheafHom_{\mathcal{O}_Z}(\mathcal{C}_{Z/X}, \mathcal{O}_Z) = \SheafHom_{\mathcal{O}_Z}(\mathcal{I}/\mathcal{I}^2, \mathcal{O}_Z)\] pourvu que le faisceau conormal soit de présentation finie (sinon le faisceau normal peut même ne pas être quasi-cohérent). Nous reviendrons sur le faisceau normal ultérieurement (insérer ici une référence future).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(i : Z \to X\) une immersion. Soit \(\varphi : U \to X\) un morphisme étale où \(U\) est un schéma. Posons \(Z_U = U \times_X Z\), qui est un sous-schéma localement fermé de \(U\). Alors \[\mathcal{C}_{Z/X}|_{Z_U} = \mathcal{C}_{Z_U/U}\] canoniquement et fonctoriellement en \(U\).
Démonstration
Soit \(T \subset X\) un sous-espace fermé tel que \(i\) définisse une immersion fermée dans \(X \setminus T\). Soit \(\mathcal{I}\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux sur \(X \setminus T\) définissant \(Z\). Le lemme affirme simplement que \(\mathcal{I}|_{U \setminus \varphi^{-1}(T)}\) est le faisceau d’idéaux de l’immersion \(Z_U \to U \setminus \varphi^{-1}(T)\). C’est clair d’après la construction de \(\mathcal{I}\) dans Morphismes d’espaces, lemme 03MB.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ Z \ar[r]_i \ar[d]_f & X \ar[d]^g \\ Z' \ar[r]^{i'} & X' }\] un diagramme commutatif d’espaces algébriques au-dessus de \(S\). Supposons que \(i\) et \(i'\) soient des immersions. Il existe une application canonique de \(\mathcal{O}_Z\)-modules \[f^*\mathcal{C}_{Z'/X'} \longrightarrow \mathcal{C}_{Z/X}\]
Démonstration
D’abord, trouvons des sous-espaces ouverts \(U' \subset X'\) et \(U \subset X\) tels que \(g(U) \subset U'\) et tels que \(i(Z) \subset U\) et \(i(Z') \subset U'\) soient fermés (l’existence est omise). En remplaçant \(X\) par \(U\) et \(X'\) par \(U'\), nous pouvons supposer que \(i\) et \(i'\) sont des immersions fermées. Soient \(\mathcal{I}' \subset \mathcal{O}_{X'}\) et \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) les faisceaux quasi-cohérents d’idéaux associés à \(i'\) et \(i\), voir Morphismes d’espaces, lemme 03MB. Considérons la composée \[g^{-1}\mathcal{I}' \to g^{-1}\mathcal{O}_{X'} \xrightarrow{g^\sharp} \mathcal{O}_X \to \mathcal{O}_X/\mathcal{I} = i_*\mathcal{O}_Z\] Comme \(g(i(Z)) \subset Z'\), nous concluons que cette composée est nulle (voir l’énoncé sur les factorisations dans Morphismes d’espaces, lemme 03MB). Nous obtenons ainsi un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \mathcal{I} \ar[r] & \mathcal{O}_X \ar[r] & i_*\mathcal{O}_Z \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & g^{-1}\mathcal{I}' \ar[r] \ar[u] & g^{-1}\mathcal{O}_{X'} \ar[r] \ar[u] & g^{-1}i'_*\mathcal{O}_{Z'} \ar[r] \ar[u] & 0 }\] La ligne inférieure est exacte puisque \(g^{-1}\) est un foncteur exact. Par exactitude, nous voyons aussi que \((g^{-1}\mathcal{I}')^2 = g^{-1}((\mathcal{I}')^2)\). Le diagramme induit donc une application \(g^{-1}(\mathcal{I}'/(\mathcal{I}')^2) \to \mathcal{I}/\mathcal{I}^2\). En tirant en arrière (par exemple à l’aide de \(i^{-1}\)) vers \(Z\), nous obtenons \(i^{-1}g^{-1}(\mathcal{I}'/(\mathcal{I}')^2) \to \mathcal{C}_{Z/X}\). Comme \(i^{-1}g^{-1} = f^{-1}(i')^{-1}\), cela donne une application \(f^{-1}\mathcal{C}_{Z'/X'} \to \mathcal{C}_{Z/X}\), qui induit l’application cherchée.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Le faisceau conormal de la définition 04CN et sa fonctorialité du lemme 04CP satisfont les propriétés suivantes :
Si \(Z \to X\) est une immersion de schémas au-dessus de \(S\), alors le faisceau conormal coïncide avec celui de Morphismes, définition 01R2.
Si, dans le lemme 04CP, tous les espaces sont des schémas, alors l’application \(f^*\mathcal{C}_{Z'/X'} \to \mathcal{C}_{Z/X}\) est la même que celle construite dans Morphismes, lemme 01R4.
Étant donné un diagramme commutatif \[\xymatrix{ Z \ar[r]_i \ar[d]_f & X \ar[d]^g \\ Z' \ar[r]^{i'} \ar[d]_{f'} & X' \ar[d]^{g'} \\ Z'' \ar[r]^{i''} & X'' }\] alors l’application \((f' \circ f)^*\mathcal{C}_{Z''/X''} \to \mathcal{C}_{Z/X}\) est la même que la composée de \(f^*\mathcal{C}_{Z'/X'} \to \mathcal{C}_{Z/X}\) avec le tiré en arrière par \(f\) de \((f')^*\mathcal{C}_{Z''/X''} \to \mathcal{C}_{Z'/X'}\).
Démonstration
Démonstration omise. Remarquons que la partie (1) est un cas particulier du lemme 04CO.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ Z \ar[r]_i \ar[d]_f & X \ar[d]^g \\ Z' \ar[r]^{i'} & X' }\] un diagramme de produit fibré d’espaces algébriques au-dessus de \(S\). Supposons que \(i\) et \(i'\) soient des immersions. Alors l’application canonique \(f^*\mathcal{C}_{Z'/X'} \to \mathcal{C}_{Z/X}\) du lemme 04CP est surjective. Si \(g\) est plat, c’est un isomorphisme.
Démonstration
Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[r] \ar[d] & X \ar[d] \\ U' \ar[r] & X' }\] où \(U\) et \(U'\) sont des schémas et où les flèches horizontales sont surjectives et étales, voir Espaces, lemme 02X1. En utilisant alors les lemmes 04CO et 04G2, nous voyons que la question se ramène au cas d’un morphisme de schémas. Dans le cas des schémas, il s’agit du lemme 0473 de Morphismes.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(Z \to Y \to X\) des immersions d’espaces algébriques. Alors il existe une suite exacte canonique \[i^*\mathcal{C}_{Y/X} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to 0\] où les applications proviennent du lemme 04CP et où \(i : Z \to Y\) est le premier morphisme.
Démonstration
Soit \(U\) un schéma et soit \(U \to X\) un morphisme étale surjectif. Par les lemmes 04CO et 04G2, l’exactitude de la suite se traduit immédiatement par l’exactitude de la suite correspondante pour les immersions de schémas \(Z \times_X U \to Y \times_X U \to U\). Le lemme découle donc du lemme 062S de Morphismes.
Cône normal d’une immersion
Soit \(S\) un schéma. Soit \(i : Z \to X\) une immersion fermée d’espaces algébriques au-dessus de \(S\). Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux correspondant, voir Morphismes d’espaces, lemme 03MB. Considérons le faisceau quasi-cohérent d’algèbres graduées de \(\mathcal{O}_X\) \(\bigoplus_{n \geq 0} \mathcal{I}^n/\mathcal{I}^{n + 1}\). Comme les faisceaux \(\mathcal{I}^n/\mathcal{I}^{n + 1}\) sont tous annulés par \(\mathcal{I}\), cette algèbre graduée correspond à un faisceau quasi-cohérent d’algèbres graduées de \(\mathcal{O}_Z\) par Morphismes d’espaces, lemme 04CJ. Cette algèbre graduée quasi-cohérente de \(\mathcal{O}_Z\) est appelée algèbre conormale de \(Z\) dans \(X\) et est souvent simplement notée \(\bigoplus_{n \geq 0} \mathcal{I}^n/\mathcal{I}^{n + 1}\) par l’abus de notation mentionné dans Morphismes d’espaces, section 04CI.
Dans le cas où \(i : Z \to X\) est une immersion (localement fermée), nous définissons l’algèbre conormale de \(i\) comme l’algèbre conormale de l’immersion fermée \(i : Z \to X \setminus \partial Z\), voir Morphismes d’espaces, remarque 04CE. Elle est souvent notée \(\bigoplus_{n \geq 0} \mathcal{I}^n/\mathcal{I}^{n + 1}\) où \(\mathcal{I}\) est le faisceau d’idéaux de l’immersion fermée \(i : Z \to X \setminus \partial Z\).
Définition
Soit \(i : Z \to X\) une immersion. L’algèbre conormale \(\mathcal{C}_{Z/X, *}\) de \(Z\) dans \(X\) ou l’algèbre conormale de \(i\) est le faisceau quasi-cohérent d’algèbres graduées de \(\mathcal{O}_Z\) \(\bigoplus_{n \geq 0} \mathcal{I}^n/\mathcal{I}^{n + 1}\) décrit ci-dessus.
Ainsi \(\mathcal{C}_{Z/X, 1} = \mathcal{C}_{Z/X}\) est le faisceau conormal de l’immersion. De plus, \(\mathcal{C}_{Z/X, 0} = \mathcal{O}_Z\) et \(\mathcal{C}_{Z/X, n}\) est un \(\mathcal{O}_Z\)-module quasi-cohérent caractérisé par la propriété [09RP]\[\begin{equation} i_*\mathcal{C}_{Z/X, n} = \mathcal{I}^n/\mathcal{I}^{n + 1} \end{equation}\] où \(i : Z \to X \setminus \partial Z\) et \(\mathcal{I}\) est le faisceau d’idéaux de \(i\) comme ci-dessus. Enfin, remarquons qu’il existe une application canonique surjective [09RQ]\[\begin{equation} \text{Sym}^*(\mathcal{C}_{Z/X}) \longrightarrow \mathcal{C}_{Z/X, *} \end{equation}\] d’algèbres graduées quasi-cohérentes de \(\mathcal{O}_Z\), qui est un isomorphisme en degrés \(0\) et \(1\).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(i : Z \to X\) une immersion d’espaces algébriques au-dessus de \(S\). Soit \(\varphi : U \to X\) un morphisme étale où \(U\) est un schéma. Posons \(Z_U = U \times_X Z\), qui est un sous-schéma localement fermé de \(U\). Alors \[\mathcal{C}_{Z/X, *}|_{Z_U} = \mathcal{C}_{Z_U/U, *}\] canoniquement et fonctoriellement en \(U\).
Démonstration
Soit \(T \subset X\) un sous-espace fermé tel que \(i\) définisse une immersion fermée dans \(X \setminus T\). Soit \(\mathcal{I}\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux sur \(X \setminus T\) définissant \(Z\). Le lemme découle du fait que \(\mathcal{I}|_{U \setminus \varphi^{-1}(T)}\) est le faisceau d’idéaux de l’immersion \(Z_U \to U \setminus \varphi^{-1}(T)\). C’est clair d’après la construction de \(\mathcal{I}\) dans Morphismes d’espaces, lemme 03MB.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ Z \ar[r]_i \ar[d]_f & X \ar[d]^g \\ Z' \ar[r]^{i'} & X' }\] un diagramme commutatif d’espaces algébriques au-dessus de \(S\). Supposons que \(i\) et \(i'\) soient des immersions. Il existe une application canonique d’algèbres graduées de \(\mathcal{O}_Z\) \[f^*\mathcal{C}_{Z'/X', *} \longrightarrow \mathcal{C}_{Z/X, *}\]
Démonstration
Commençons par trouver des sous-espaces ouverts \(U' \subset X'\) et \(U \subset X\) tels que \(g(U) \subset U'\) et tels que \(i(Z) \subset U\) et \(i(Z') \subset U'\) soient fermés (l’existence est omise). En remplaçant \(X\) par \(U\) et \(X'\) par \(U'\), nous pouvons supposer que \(i\) et \(i'\) sont des immersions fermées. Soient \(\mathcal{I}' \subset \mathcal{O}_{X'}\) et \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) les faisceaux quasi-cohérents d’idéaux associés à \(i'\) et \(i\), voir Morphismes d’espaces, lemme 03MB. Considérons la composée \[g^{-1}\mathcal{I}' \to g^{-1}\mathcal{O}_{X'} \xrightarrow{g^\sharp} \mathcal{O}_X \to \mathcal{O}_X/\mathcal{I} = i_*\mathcal{O}_Z\] Comme \(g(i(Z)) \subset Z'\), nous concluons que cette composée est nulle (voir l’énoncé sur les factorisations dans Morphismes d’espaces, lemme 03MB). Nous obtenons ainsi un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \mathcal{I} \ar[r] & \mathcal{O}_X \ar[r] & i_*\mathcal{O}_Z \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & g^{-1}\mathcal{I}' \ar[r] \ar[u] & g^{-1}\mathcal{O}_{X'} \ar[r] \ar[u] & g^{-1}i'_*\mathcal{O}_{Z'} \ar[r] \ar[u] & 0 }\] La ligne inférieure est exacte puisque \(g^{-1}\) est un foncteur exact. Par exactitude, nous voyons aussi que \((g^{-1}\mathcal{I}')^n = g^{-1}((\mathcal{I}')^n)\) pour tout \(n \geq 1\). Le diagramme induit donc une application \(g^{-1}((\mathcal{I}')^n/(\mathcal{I}')^{n + 1}) \to \mathcal{I}^n/\mathcal{I}^{n + 1}\). En tirant en arrière (par exemple à l’aide de \(i^{-1}\)) vers \(Z\), nous obtenons \(i^{-1}g^{-1}((\mathcal{I}')^n/(\mathcal{I}')^{n + 1}) \to \mathcal{C}_{Z/X, n}\). Comme \(i^{-1}g^{-1} = f^{-1}(i')^{-1}\), cela donne des applications \(f^{-1}\mathcal{C}_{Z'/X', n} \to \mathcal{C}_{Z/X, n}\), qui induisent l’application cherchée.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ Z \ar[r]_i \ar[d]_f & X \ar[d]^g \\ Z' \ar[r]^{i'} & X' }\] un carré cartésien d’espaces algébriques au-dessus de \(S\) avec \(i\) et \(i'\) immersions. Alors l’application canonique \(f^*\mathcal{C}_{Z'/X', *} \to \mathcal{C}_{Z/X, *}\) du lemme 09RS est surjective. Si \(g\) est plat, c’est un isomorphisme.
Démonstration
Nous pouvons vérifier l’assertion après localisation étale de \(X'\). Dans ce cas, nous pouvons supposer que \(X' \to X\) est un morphisme de schémas, d’où \(Z\) et \(Z'\) sont des schémas, et le résultat découle du cas des schémas, voir Diviseurs, lemme 0635.
Nous utilisons les mêmes conventions pour les cônes et les fibrés vectoriels sur les espaces algébriques que pour les schémas (où nous utilisons les conventions de l’EGA), voir Constructions, sections 062P et 01M1. En particulier, un fibré vectoriel est un objet très général (et n’est pas localement isomorphe à un fibré en espaces affines).
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(i : Z \to X\) une immersion d’espaces algébriques au-dessus de \(S\). Le cône normal \(C_ZX\) de \(Z\) dans \(X\) est \[C_ZX = \underline{\Spec}_Z(\mathcal{C}_{Z/X, *})\] voir Morphismes d’espaces, définition 081W. Le fibré normal de \(Z\) dans \(X\) est le fibré vectoriel \[N_ZX = \underline{\Spec}_Z(\text{Sym}(\mathcal{C}_{Z/X}))\]
Ainsi \(C_ZX \to Z\) est un cône au-dessus de \(Z\) et \(N_ZX \to Z\) est un fibré vectoriel au-dessus de \(Z\). De plus, la surjection canonique (09RQ) d’algèbres graduées définit une immersion fermée canonique [09RV]\[\begin{equation} C_ZX \longrightarrow N_ZX \end{equation}\] de cônes au-dessus de \(Z\).
Faisceau des différentielles d’un morphisme
Nous invitons le lecteur à consulter la section correspondante dans le chapitre d’algèbre commutative (Algèbre, section 00RM), la section correspondante dans le chapitre sur les morphismes de schémas (Morphismes, section 01UM) ainsi que Modules sur les sites, section 04BJ. Nous montrons d’abord que la notion de faisceau des différentielles pour un morphisme de schémas coïncide avec la notion correspondante pour les petits sites étale (annelés).
Pour énoncer clairement le lemme suivant, nous revenons temporairement à la notation où \(\mathcal{F}^a\) désigne le faisceau de \(\mathcal{O}_{X_\etale}\)-modules associé à un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{F}\) sur le schéma \(X\), voir Descente, définition 03DU.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Soit \(f_{small} : X_\etale \to Y_\etale\) le morphisme associé des petits sites étale, voir Descente, remarque 070R. Alors il existe un isomorphisme canonique \[(\Omega_{X/Y})^a = \Omega_{X_\etale/Y_\etale}\] compatible avec les dérivations universelles. Ici, le premier module est le faisceau sur \(X_\etale\) associé au \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent \(\Omega_{X/Y}\), voir Morphismes, définition 01UQ, et le second module est celui de Modules sur les sites, définition 04BN.
Démonstration
Soit \(h : U \to X\) un morphisme étale. Dans ce cas, l’application naturelle \(h^*\Omega_{X/Y} \to \Omega_{U/Y}\) est un isomorphisme, voir Compléments sur les morphismes, lemme 04BX. Cela signifie qu’il existe une \(\mathcal{O}_{Y_\etale}\)-dérivation naturelle \[\text{d}^a : \mathcal{O}_{X_\etale} \longrightarrow (\Omega_{X/Y})^a\] puisque nous venons de voir que la valeur de \((\Omega_{X/Y})^a\) sur tout objet \(U\) de \(X_\etale\) s’identifie canoniquement à \(\Gamma(U, \Omega_{U/Y})\). Par la propriété universelle de \(\text{d}_{X/Y} : \mathcal{O}_{X_\etale} \to \Omega_{X_\etale/Y_\etale}\) il existe une unique application \(\mathcal{O}_{X_\etale}\)-linéaire \(c : \Omega_{X_\etale/Y_\etale} \to (\Omega_{X/Y})^a\) telle que \(\text{d}^a = c \circ \text{d}_{X/Y}\).
Réciproquement, supposons que \(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_{X_\etale}\)-module et que \(D : \mathcal{O}_{X_\etale} \to \mathcal{F}\) soit une \(\mathcal{O}_{Y_\etale}\)-dérivation. Nous pouvons simplement restreindre \(D\) au petit site de Zariski \(X_{Zar}\) de \(X\). Comme les faisceaux sur \(X_{Zar}\) coïncident avec les faisceaux sur \(X\), voir Descente, remarque 03FG, nous voyons que \(D|_{X_{Zar}} : \mathcal{O}_X \to \mathcal{F}|_{X_{Zar}}\) est simplement une dérivation \(Y\) « usuelle ». Nous obtenons donc une application \(\psi : \Omega_{X/Y} \longrightarrow \mathcal{F}|_{X_{Zar}}\) telle que \(D|_{X_{Zar}} = \psi \circ \text{d}\). En particulier, si nous appliquons ceci avec \(\mathcal{F} = \Omega_{X_\etale/Y_\etale}\) nous obtenons une application \[c' : \Omega_{X/Y} \longrightarrow \Omega_{X_\etale/Y_\etale}|_{X_{Zar}}\] Considérons le morphisme de sites annelés \(\text{id}_{small, \etale, Zar} : X_\etale \to X_{Zar}\) décrit dans Descente, remarque 070R et lemme 070S. Comme le foncteur de restriction \(\mathcal{F} \mapsto \mathcal{F}|_{X_{Zar}}\) est égal à \(\text{id}_{small, \etale, Zar, *}\), comme \(\text{id}_{small, \etale, Zar}^*\) est adjoint à gauche de \(\text{id}_{small, \etale, Zar, *}\) et comme \((\Omega_{X/Y})^a = \text{id}_{small, \etale, Zar}^*\Omega_{X/Y}\), nous voyons que \(c'\) est adjoint à une application \[c'' : (\Omega_{X/Y})^a \longrightarrow \Omega_{X_\etale/Y_\etale}.\] Nous affirmons que \(c''\) et \(c'\) sont inverses l’un de l’autre. Cette assertion achève la démonstration du lemme. Pour le voir, il suffit de montrer que \(c''(\text{d}(f)) = \text{d}_{X/Y}(f)\) et \(c(\text{d}_{X/Y}(f)) = \text{d}(f)\) lorsque \(f\) est une section locale de \(\mathcal{O}_X\) sur un ouvert de \(X\). Nous omettons la vérification.
Cette observation ouvre la voie à la définition suivante. Pour une autre possibilité, voir la remarque 04CW.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques au-dessus de \(S\). Le faisceau des différentielles \(\Omega_{X/Y}\) de \(X\) sur \(Y\) est le faisceau des différentielles (Modules sur les sites, définition 04BQ) pour le morphisme de topoi annelés \[(f_{small}, f^\sharp) : (X_\etale, \mathcal{O}_X) \to (Y_\etale, \mathcal{O}_Y)\] de Propriétés des espaces, lemme 03G8. La dérivation universelle \(Y\) sera notée \(\text{d}_{X/Y} : \mathcal{O}_X \to \Omega_{X/Y}\).
D’après le lemme 04CS, cela n’entre pas en conflit avec la notion déjà existante dans le cas où \(X\) et \(Y\) sont représentables. Désormais, si \(X\) et \(Y\) sont représentables, nous ne faisons plus de distinction entre le faisceau des différentielles défini ci-dessus et celui défini dans Morphismes, définition 01UQ. Nous voulons relier ceci aux modules usuels des différentielles pour les morphismes de schémas. Voici le lemme clé.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques au-dessus de \(S\). Considérons un diagramme commutatif quelconque \[\xymatrix{ U \ar[d]_a \ar[r]_\psi & V \ar[d]^b \\ X \ar[r]^f & Y }\] où les flèches verticales sont des morphismes étales d’espaces algébriques. Alors \[\Omega_{X/Y}|_{U_\etale} = \Omega_{U/V}\] En particulier, si \(U\) et \(V\) sont des schémas, ceci est égal au faisceau usuel des différentielles du morphisme de schémas \(U \to V\).
Démonstration
D’après Propriétés des espaces, lemme 03LP et l’Équation (03LQ), on peut considérer la restriction d’un faisceau sur \(X_\etale\) à \(U_\etale\) comme l’image inverse par \(a_{small}\). De même pour \(b\). Par Modules sur les sites, Lemme 04BO, on a \[\Omega_{X/Y}|_{U_\etale} = \Omega_{\mathcal{O}_{U_\etale}/ a_{small}^{-1}f_{small}^{-1}\mathcal{O}_{Y_\etale}}\] Comme \(a_{small}^{-1}f_{small}^{-1}\mathcal{O}_{Y_\etale} = \psi_{small}^{-1}b_{small}^{-1}\mathcal{O}_{Y_\etale} = \psi_{small}^{-1}\mathcal{O}_{V_\etale}\), le lemme en résulte.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Alors \(\Omega_{X/Y}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent.
Démonstration
Choisissons un diagramme comme dans le Lemme 04CU, avec \(a\) et \(b\) surjectifs et \(U\) et \(V\) des schémas. On voit alors que \(\Omega_{X/Y}|_U = \Omega_{U/V}\), qui est quasi-cohérent (par exemple, d’après Morphismes, Lemme 08S2). Nous concluons donc que \(\Omega_{X/Y}\) est quasi-cohérent par Propriétés des espaces, Lemme 03M0.
Remarque
Maintenant que nous savons que \(\Omega_{X/Y}\) est quasi-cohérent, nous pouvons tenter de le construire d’une autre manière. On peut par exemple utiliser le résultat de Propriétés des espaces, section 03M2, pour construire le faisceau des différentielles par recollement. Par exemple, si \(Y\) est un schéma et si \(U \to X\) est un morphisme étale surjectif d’un schéma vers \(X\), alors \(\Omega_{U/Y}\) est un \(\mathcal{O}_U\)-module quasi-cohérent et, comme \(s, t : R \to U\) sont étales, on obtient un isomorphisme \[\alpha : s^*\Omega_{U/Y} \to \Omega_{R/Y} \to t^*\Omega_{U/Y}\] en utilisant Morphismes, Lemme 02K4. On vérifie qu’il satisfait la condition de cocycle, et c’est terminé. Si \(Y\) n’est pas un schéma, on définit \(\Omega_{U/Y}\) comme le conoyau du morphisme \((U \to Y)^*\Omega_{Y/S} \to \Omega_{U/S}\), puis on procède comme précédemment. Cette procédure en deux étapes est quelque peu disgracieuse. Une autre possibilité consiste à recoller les faisceaux \(\Omega_{U/V}\) pour tout diagramme comme dans le Lemme 04CU, mais cela n’est pas non plus très élégant. Les deux méthodes fonctionnent néanmoins et donnent une construction légèrement plus élémentaire du faisceau des différentielles.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ X' \ar[d] \ar[r]_f & X \ar[d] \\ Y' \ar[r] & Y }\] un diagramme commutatif d’espaces algébriques. Le morphisme \(f^\sharp : \mathcal{O}_X \to f_*\mathcal{O}_{X'}\), composé avec le morphisme \(f_*\text{d}_{X'/Y'} : f_*\mathcal{O}_{X'} \to f_*\Omega_{X'/Y'}\), est une \(Y\)-dérivation. On obtient donc un morphisme canonique de \(\mathcal{O}_X\)-modules \(\Omega_{X/Y} \to f_*\Omega_{X'/Y'}\) et, par l’adjonction entre \(f_*\) et \(f^*\), un homomorphisme canonique de \(\mathcal{O}_{X'}\)-modules \[c_f : f^*\Omega_{X/Y} \longrightarrow \Omega_{X'/Y'}.\] Il est uniquement caractérisé par la propriété suivante : \(f^*\text{d}_{X/Y}(t)\) est envoyé sur \(\text{d}_{X'/Y'}(f^* t)\) pour toute section locale \(t\) de \(\mathcal{O}_X\).
Démonstration
Il s’agit d’un cas particulier de Modules sur les sites, Lemme 04BR.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ X'' \ar[d] \ar[r]_g & X' \ar[d] \ar[r]_f & X \ar[d] \\ Y'' \ar[r] & Y' \ar[r] & Y }\] un diagramme commutatif d’espaces algébriques sur \(S\). Alors on a \[c_{f \circ g} = c_g \circ g^* c_f\] comme morphismes \((f \circ g)^*\Omega_{X/Y} \to \Omega_{X''/Y''}\).
Démonstration
Démonstration omise. Indication : utiliser la caractérisation de \(c_f, c_g, c_{f \circ g}\) par l’effet de ces morphismes sur les sections locales.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to B\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Alors il existe une suite exacte canonique \[f^*\Omega_{Y/B} \to \Omega_{X/B} \to \Omega_{X/Y} \to 0\] où les morphismes proviennent d’applications du Lemme 04CX.
Démonstration
Cela découle de la version de ce résultat pour les schémas, voir Morphismes, Lemme 01UX, par localisation étale, voir le Lemme 04CU.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Si \(X \to Y\) est une immersion d’espaces algébriques sur \(S\), alors \(\Omega_{X/S}\) est nul.
Démonstration
Cela découle de la version de ce résultat pour les schémas, voir Morphismes, Lemme 01UY, par localisation étale, voir le Lemme 04CU.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(B\) un espace algébrique sur \(S\). Soit \(i : Z \to X\) une immersion d’espaces algébriques sur \(B\). Il existe une suite exacte canonique \[\mathcal{C}_{Z/X} \to i^*\Omega_{X/B} \to \Omega_{Z/B} \to 0\] où la première flèche est induite par \(\text{d}_{X/B}\) et où la seconde flèche provient du Lemme 04CX.
Démonstration
Il s’agit de la version pour les espaces algébriques de Morphismes, Lemme 01UZ, et elle découlera de ce lemme par localisation étale, voir les Lemmes 04CU et 04CO. Il faut toutefois s’assurer que l’on peut définir globalement la première flèche. Expliquons donc ici le sens de « induite par \(\text{d}_{X/B}\) ». On peut en effet supposer que \(i\) est une immersion fermée après avoir remplacé \(X\) par un sous-espace ouvert. Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux correspondant à \(Z \subset X\). Alors \(\text{d}_{X/S} : \mathcal{I} \to \Omega_{X/S}\) envoie le sous-faisceau \(\mathcal{I}^2 \subset \mathcal{I}\) dans \(\mathcal{I}\Omega_{X/S}\). Il induit donc un morphisme \(\mathcal{I}/\mathcal{I}^2 \to \Omega_{X/S}/\mathcal{I}\Omega_{X/S}\) qui est \(\mathcal{O}_X/\mathcal{I}\)-linéaire. D’après Morphismes d’espaces, Lemme 04CJ, cela correspond au morphisme \(\mathcal{C}_{Z/X} \to i^*\Omega_{X/S}\) voulu.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(B\) un espace algébrique sur \(S\). Soit \(i : Z \to X\) une immersion d’espaces algébriques sur \(B\), et supposons que \(i\) admette (localement pour la topologie étale) un inverse à gauche. Alors la suite canonique \[0 \to \mathcal{C}_{Z/X} \to i^*\Omega_{X/B} \to \Omega_{Z/B} \to 0\] du Lemme 05ZA est (localement pour la topologie étale) exacte scindée.
Démonstration
Précision : nous affirmons que, si \(g : X \to Z\) est un inverse à gauche de \(i\) sur \(B\), alors \(i^*c_g\) est un inverse à droite du morphisme \(i^*\Omega_{X/B} \to \Omega_{Z/B}\). Ceci étant dit, le résultat découle du résultat correspondant pour les morphismes de schémas par localisation étale, voir les Lemmes 04CU et 04CO.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(g : Y' \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(X' = X_{Y'}\) le changement de base de \(X\). Notons \(g' : X' \to X\) la projection. Alors le morphisme \[(g')^*\Omega_{X/Y} \to \Omega_{X'/Y'}\] du Lemme 04CX est un isomorphisme.
Démonstration
Cela découle de la version pour les schémas, voir Morphismes, Lemme 01V0, et de la localisation étale, voir le Lemme 04CU.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(f : X \to B\) et \(g : Y \to B\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\) ayant le même but. Soient \(p : X \times_B Y \to X\) et \(q : X \times_B Y \to Y\) les morphismes de projection. Les morphismes du Lemme 04CX \[p^*\Omega_{X/B} \oplus q^*\Omega_{Y/B} \longrightarrow \Omega_{X \times_B Y/B}\] donnent un isomorphisme.
Démonstration
Cela découle de la version pour les schémas, voir Morphismes, Lemme 01V1, et de la localisation étale, voir le Lemme 04CU.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Si \(f\) est localement de type fini, alors \(\Omega_{X/Y}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module de type fini.
Démonstration
Cela découle de la version pour les schémas, voir Morphismes, Lemme 01V2, et de la localisation étale, voir le Lemme 04CU.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Si \(f\) est localement de présentation finie, alors \(\Omega_{X/Y}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie.
Démonstration
Cela découle de la version pour les schémas, voir Morphismes, Lemme 01V3, et de la localisation étale, voir le Lemme 04CU.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme lisse d’espaces algébriques sur \(S\). Alors le module des différentielles \(\Omega_{X/Y}\) est localement libre de type fini.
Démonstration
L’énoncé est local pour la topologie étale sur \(X\) et \(Y\) par le Lemme 04CU. Il découle donc du cas des schémas, voir Morphismes, Lemme 02G1.
Invariance topologique du site étale
Nous montrons que le site \(X_{spaces, \etale}\) est un « invariant topologique ». Il s’ensuit que \(X_\etale\), qui est formé des objets représentables de \(X_{spaces, \etale}\), est lui aussi un invariant topologique, voir le Lemme 07VW.
Théorème
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(f\) soit entier, universellement injectif et surjectif. Le foncteur \[V \longmapsto V_X = X \times_Y V\] définit une équivalence de catégories \(Y_{spaces, \etale} \to X_{spaces, \etale}\).
Démonstration
Le morphisme \(f\) est représentable et constitue un homéomorphisme universel, voir Morphismes d’espaces, section 05Z3.
Nous montrons d’abord que le foncteur est fidèle. Supposons que \(V', V\) soient des objets de \(Y_{spaces, \etale}\) et que \(a, b : V' \to V\) soient des morphismes distincts sur \(Y\). Comme \(V', V\) sont étales sur \(Y\), l’égalisateur \[E = V' \times_{(a, b), V \times_Y V, \Delta_{V/Y}} V\] de \(a, b\) est lui aussi étale sur \(Y\). Ainsi, \(E \to V'\) est un monomorphisme étale (c’est-à-dire une immersion ouverte) qui est un isomorphisme si et seulement s’il est surjectif. Comme \(X \to Y\) est un homéomorphisme universel, nous voyons que c’est le cas si et seulement si \(E_X = V'_X\), c’est-à-dire si et seulement si \(a_X = b_X\).
Nous montrons ensuite que le foncteur est pleinement fidèle. Supposons que \(V', V\) soient des objets de \(Y_{spaces, \etale}\) et que \(c : V'_X \to V_X\) soit un morphisme sur \(X\). Nous voulons construire un morphisme \(a : V' \to V\) sur \(Y\) tel que \(a_X = c\). Soit \(a' : V'' \to V'\) un morphisme étale surjectif tel que \(V''\) soit un espace algébrique séparé. Si l’on peut construire un morphisme \(a'' : V'' \to V\) tel que \(a''_X = c \circ a'_X\), alors les deux composées \[V'' \times_{V'} V'' \xrightarrow{\text{pr}_i} V'' \xrightarrow{a''} V\] sont égales par la fidélité du foncteur établie au premier paragraphe. Ainsi, \(a''\) se factorise par un unique morphisme \(a : V' \to V\), puisque \(V'\) est (en tant que faisceau) le quotient de \(V''\) par la relation d’équivalence \(V'' \times_{V'} V''\). Nous pouvons donc supposer que \(V'\) est séparé. Dans ce cas, le graphe \[\Gamma_c \subset (V' \times_Y V)_X\] est ouvert et fermé (détails omis). Comme \(X \to Y\) est un homéomorphisme universel, il existe un sous-espace ouvert et fermé \(\Gamma \subset V' \times_Y V\) tel que \(\Gamma_X = \Gamma_c\). La projection \(\Gamma \to V'\) est un morphisme étale dont le changement de base à \(X\) est un isomorphisme. Ainsi, \(\Gamma \to V'\) est étale, universellement injectif et surjectif, donc est un isomorphisme d’après Morphismes d’espaces, Lemme 05W5. Ainsi, \(\Gamma\) est le graphe d’un morphisme \(a : V' \to V\), comme souhaité.
Enfin, nous montrons que le foncteur est essentiellement surjectif. Supposons que \(U\) soit un objet de \(X_{spaces, \etale}\). Il faut trouver un objet \(V\) de \(Y_{spaces, \etale}\) tel que \(V_X \cong U\). Soit \(U' \to U\) un morphisme étale surjectif tel que \(U' \cong V'_X\) et \(U' \times_U U' \cong V''_X\) pour certains objets \(V'', V'\) de \(Y_{spaces, \etale}\). Alors, par la pleine fidélité du foncteur, on obtient des morphismes \(s, t : V'' \to V'\) tels que \(t_X = \text{pr}_0\) et \(s_X = \text{pr}_1\) comme morphismes \(U' \times_U U' \to U'\). Puisque \((\text{pr}_0, \text{pr}_1) : U' \times_U U' \to U' \times_S U'\) est une relation d’équivalence étale et que \(U' \to V'\) et \(U' \times_U U' \to V''\) sont universellement injectifs et surjectifs, on en déduit que \((t, s) : V'' \to V' \times_S V'\) est une relation d’équivalence étale. Alors le quotient \(V = V'/V''\) (voir Espaces, Théorème 02WW) est l’espace algébrique \(V\) sur \(Y\). Il existe un morphisme \(V' \to V\) tel que \(V'' = V' \times_V V'\). On obtient ainsi un morphisme \(V \to Y\) (voir Descente sur les espaces, Lemme 04P2). Après changement de base à \(X\), on voit que l’on a un morphisme \(U' \to V_X\) et un isomorphisme compatible \(U' \times_{V_X} U' = U' \times_U U'\), ce qui implique que \(V_X \cong U\) (en appliquant encore une fois le lemme qui vient d’être cité).
Choisissons un schéma \(W\) et un morphisme étale surjectif \(W \to Y\). Choisissons un schéma \(U'\) et un morphisme étale surjectif \(U' \to U \times_X W_X\). Notons que \(U'\) et \(U' \times_U U'\) sont des schémas étales sur \(X\) dont le morphisme structural vers \(X\) se factorise par le schéma \(W_X\). Ainsi, d’après Cohomologie étale, Théorème 04DZ, il existe des schémas \(V', V''\) étales sur \(W\) dont les changements de base à \(W_X\) sont respectivement isomorphes à \(U'\) et \(U' \times_U U'\). Cela achève la démonstration.
Lemme
Sous les hypothèses et avec les notations du Théorème 05ZH, l’équivalence de catégories \(Y_{spaces, \etale} \to X_{spaces, \etale}\) induit par restriction des équivalences de catégories \(Y_\etale \to X_\etale\) et \(Y_{affine, \etale} \to X_{affine, \etale}\).
Démonstration
Il s’agit simplement de dire que, pour tout objet \(V \in Y_{spaces, \etale}\), \(V\) est un schéma (respectivement un schéma affine) si et seulement si \(V \times_Y X\) est un schéma (respectivement un schéma affine). Comme \(V \times_Y X \to V\) est entier, universellement injectif et surjectif (en tant que changement de base de \(X \to Y\)), cela découle du Lemme 07VV de Limites d’espaces et de la Proposition 07VT.
Remarque
Un homéomorphisme universel d’espaces algébriques n’est pas nécessairement représentable, voir Morphismes d’espaces, Exemple 05Z6. En fait, le Théorème 05ZH n’est pas valable pour tous les homéomorphismes universels. Pour le voir, soit \(k\) un corps algébriquement clos de caractéristique \(0\) et soit \[\mathbf{A}^1 \to X \to \mathbf{A}^1\] comme dans Morphismes d’espaces, Exemple 05Z6. Rappelons que le premier morphisme est étale et identifie \(t\) à \(-t\) pour \(t \in \mathbf{A}^1_k \setminus \{0\}\) et que le second morphisme est notre homéomorphisme universel. Comme \(\mathbf{A}^1_k\) n’admet aucun revêtement fini étale connexe non trivial (car \(k\) est algébriquement clos de caractéristique zéro ; détails omis), il suffit de construire un revêtement fini étale connexe non trivial \(Y \to X\). Pour cela, soit \(Y\) la droite affine à origine dédoublée (Schémas, Exemple 01JD). Alors \(Y = Y_1 \cup Y_2\), avec \(Y_i = \mathbf{A}^1_k\), est obtenu par recollement le long de \(\mathbf{A}^1_k \setminus \{0\}\). Pour définir le morphisme \(Y \to X\), nous utilisons les morphismes \[Y_1 \xrightarrow{1} \mathbf{A}^1_k \to X \quad\text{et}\quad Y_2 \xrightarrow{-1} \mathbf{A}^1_k \to X.\] Ces morphismes se recollent sur \(Y_1 \cap Y_2\) par construction de \(X\) et définissent donc un morphisme \(Y \to X\). En fait, nous affirmons que \[\xymatrix{ Y \ar[d] & Y_1 \amalg Y_2 \ar[l] \ar[d] \\ X & \mathbf{A}^1_k \ar[l] }\] est un carré cartésien. Nous omettons les détails ; on peut utiliser par exemple Groupoïdes, Lemme 07S3. Comme \(\mathbf{A}^1_k \to X\) est étale et surjectif, cela montre que \(Y \to X\) est fini étale de degré \(2\), ce qui fournit l’exemple voulu.
Plus simplement, on peut raisonner comme suit. Le schéma \(Y\) est muni de l’action du groupe \(G = \{+1, -1\}\), qui opère librement, l’élément \(-1\) agissant en échangeant \(Y_1\) et \(Y_2\) et en changeant le signe de la coordonnée. Alors \(X = Y/G\) (voir Espaces, Définition 02Z3) et donc \(Y \to X\) est fini étale. On peut aussi montrer directement qu’il existe un homéomorphisme universel \(X \to \mathbf{A}^1_k\) en utilisant \(t \mapsto t^2\) sur les espaces affines. En fait, ce \(X\) est le même que le \(X\) ci-dessus.
Épaississements
La terminologie suivante n’est peut-être pas tout à fait standard, mais elle est commode.
Définition
Épaississements. Soit \(S\) un schéma.
Nous disons qu’un espace algébrique \(X'\) est un épaississement d’un espace algébrique \(X\) si \(X\) est un sous-espace fermé de \(X'\) et si les espaces topologiques associés sont égaux.
Nous disons que \(X'\) est un épaississement du premier ordre de \(X\) si \(X\) est un sous-espace fermé de \(X'\) et si le faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{X'}\) qui définit \(X\) est de carré nul.
Nous disons que \(X'\) est un épaississement d’ordre fini de \(X\) si \(X\) est un sous-espace fermé de \(X\) et si le faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{X'}\) qui définit \(X\) est nilpotent, c’est-à-dire s’il existe un entier \(n \geq 0\) tel que \(\mathcal{I}^{n + 1} = 0\).
Nous disons que \(X'\) est un épaississement d’ordre \(n\) de \(X\) si \(X\) est un sous-espace fermé de \(X\) et si \(\mathcal{I}^{n + 1} = 0\), où \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{X'}\) est le faisceau quasi-cohérent d’idéaux qui définit \(X\).
Étant donnés deux épaississements \(X \subset X'\) et \(Y \subset Y'\), un morphisme d’épaississements est un morphisme \(f' : X' \to Y'\) tel que \(f(X) \subset Y\), c’est-à-dire tel que \(f'|_X\) se factorise par le sous-espace fermé \(Y\). Dans cette situation, nous posons \(f = f'|_X : X \to Y\) et disons que \((f, f') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) est un morphisme d’épaississements.
Soit \(B\) un espace algébrique. Nous définissons de même les épaississements sur \(B\) et les morphismes d’épaississements sur \(B\). Cela signifie que les espaces \(X, X', Y, Y'\) ci-dessus sont des espaces algébriques munis d’un morphisme structural vers \(B\) et que les morphismes \(X \to X'\), \(Y \to Y'\) et \(f' : X' \to Y'\) sont des morphismes sur \(B\).
L’équivalence fondamentale. Notons que si \(X \subset X'\) est un épaississement, alors \(X \to X'\) est entier et universellement bijectif. Il en résulte que [05ZL]\[\begin{equation} X_{spaces, \etale} = X'_{spaces, \etale} \end{equation}\] par le foncteur d’image inverse, voir le Théorème 05ZH. Nous pouvons donc considérer \(\mathcal{O}_{X'}\) comme un faisceau sur \(X_{spaces, \etale}\). Nous obtenons ainsi une équivalence canonique de topos localement annelés [05ZM]\[\begin{equation} (\Sh(X'_{spaces, \etale}), \mathcal{O}_{X'}) \cong (\Sh(X_{spaces, \etale}), \mathcal{O}_{X'}) \end{equation}\] Dans la suite, nous la combinerons fréquemment avec le résultat de pleine fidélité de Propriétés des espaces, Théorème 04KL. Par exemple, à l’immersion fermée \(i_X : X \to X'\) correspond le morphisme surjectif \(i_X^\sharp : \mathcal{O}_{X'} \to \mathcal{O}_X\).
Soit \(S\) un schéma et soit \(B\) un espace algébrique sur \(S\). Soit \((f, f') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) un morphisme d’épaississements sur \(B\). Notons que le diagramme de foncteurs continus \[\xymatrix{ X_{spaces, \etale} & Y_{spaces, \etale} \ar[l] \\ X'_{spaces, \etale} \ar[u] & Y'_{spaces, \etale} \ar[u] \ar[l] }\] est commutatif et que les flèches verticales sont des équivalences. Ainsi, \(f_{spaces, \etale}\), \(f_{small}\), \(f'_{spaces, \etale}\), et \(f'_{small}\) définissent tous le même morphisme de topos. Nous pouvons donc considérer \[(f')^\sharp : f_{spaces, \etale}^{-1}\mathcal{O}_{Y'} \longrightarrow \mathcal{O}_{X'}\] comme un morphisme de faisceaux de \(\mathcal{O}_B\)-algèbres qui s’insère dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ f_{spaces, \etale}^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[r]_-{f^\sharp} \ar[r] & \mathcal{O}_X \\ f_{spaces, \etale}^{-1}\mathcal{O}_{Y'} \ar[r]^-{(f')^\sharp} \ar[u]^{i_Y^\sharp} & \mathcal{O}_{X'} \ar[u]_{i_X^\sharp} }\] Ici, \(i_X : X \to X'\) et \(i_Y : Y \to Y'\) désignent les immersions fermées données.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(B\) un espace algébrique sur \(S\). Soient \(X \subset X'\) et \(Y \subset Y'\) des épaississements d’espaces algébriques sur \(B\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(B\). Étant donné un morphisme de \(\mathcal{O}_B\)-algèbres \[\alpha : f_{spaces, \etale}^{-1}\mathcal{O}_{Y'} \to \mathcal{O}_{X'}\] tel que le diagramme \[\xymatrix{ f_{spaces, \etale}^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[r]_-{f^\sharp} \ar[r] & \mathcal{O}_X \\ f_{spaces, \etale}^{-1}\mathcal{O}_{Y'} \ar[r]^-\alpha \ar[u]^{i_Y^\sharp} & \mathcal{O}_{X'} \ar[u]_{i_X^\sharp} }\] soit commutatif, il existe un unique morphisme \((f, f')\) d’épaississements sur \(B\) tel que \(\alpha = (f')^\sharp\).
Démonstration
Pour trouver \(f'\), d’après Propriétés des espaces, Théorème 04KL, il suffit de montrer que le morphisme de topos annelés \[(f_{spaces, \etale}, \alpha) : (\Sh(X_{spaces, \etale}), \mathcal{O}_{X'}) \longrightarrow (\Sh(Y_{spaces, \etale}), \mathcal{O}_{Y'})\] est un morphisme de topos localement annelés. Cela découle directement de la définition des morphismes de topos localement annelés (Modules sur les sites, Définition 04HA), du fait que \((f, f^\sharp)\) est un morphisme de topos localement annelés (Propriétés des espaces, Lemme 04KJ), du fait que \(\alpha\) s’insère dans le diagramme commutatif donné et du fait que les noyaux de \(i_X^\sharp\) et de \(i_Y^\sharp\) sont localement nilpotents. Enfin, l’égalité \(f' \circ i_X = i_Y \circ f\) découle de la commutativité du diagramme et d’une nouvelle application de Propriétés des espaces, Théorème 04KL. Nous omettons la vérification que \(f'\) est un morphisme sur \(B\).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X \subset X'\) un épaississement d’espaces algébriques sur \(S\). Pour tout sous-espace ouvert \(U \subset X\), il existe un unique sous-espace ouvert \(U' \subset X'\) tel que \(U = X \times_{X'} U'\).
Démonstration
Soit \(U' \to X'\) l’objet de \(X'_{spaces, \etale}\) qui correspond à l’objet \(U \to X\) de \(X_{spaces, \etale}\) par (05ZL). Le morphisme \(U' \to X'\) est étale et universellement injectif, donc une immersion ouverte, voir Morphismes d’espaces, Lemme 05W5.
Soit \(i_X : X \to X'\) un épaississement d’espaces algébriques. Toute section locale du noyau \(\mathcal{I} = \Ker(i_X^\sharp) \subset \mathcal{O}_{X'}\) est localement nilpotente. Cela donne un certain contrôle sur le faisceau structural \(\mathcal{O}_{X'}\), mais, techniquement, la classe des épaississements d’ordre fini \(X \subset X'\) est beaucoup plus facile à manier. En effet, si \(X'\) est un épaississement d’ordre \(n\), nous avons une filtration \[0 \subset \mathcal{I}^n \subset \mathcal{I}^{n - 1} \subset \ldots \subset \mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{X'}\] et nous voyons que \(X'\) est muni d’une filtration par des sous-espaces fermés \[X = X_0 \subset X_1 \subset \ldots \subset X_{n - 1} \subset X_{n + 1} = X'\] telle que chaque paire \(X_i \subset X_{i + 1}\) est un épaississement du premier ordre sur \(B\). De simples arguments de récurrence permettent de reformuler nombre de résultats démontrés pour les épaississements du premier ordre en des résultats sur les épaississements d’ordre fini.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X \subset X'\) un épaississement d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(U\) un objet affine de \(X_{spaces, \etale}\). Alors \[\Gamma(U, \mathcal{O}_{X'}) \to \Gamma(U, \mathcal{O}_X)\] est surjectif, où l’on considère \(\mathcal{O}_{X'}\) comme un faisceau sur \(X_{spaces, \etale}\) au moyen de (05ZM).
Démonstration
Soit \(U' \to X'\) le morphisme étale d’espaces algébriques tel que \(U = X \times_{X'} U'\), voir le Théorème 05ZH. D’après Limites d’espaces, Lemme 07VS, nous voyons que \(U'\) est un schéma affine. Par conséquent, \(\Gamma(U, \mathcal{O}_{X'}) = \Gamma(U', \mathcal{O}_{U'}) \to \Gamma(U, \mathcal{O}_U)\) est surjectif, puisque \(U \to U'\) est une immersion fermée de schémas affines. Nous donnons ci-dessous une démonstration directe pour les épaississements d’ordre fini, cas le plus utilisé en pratique.
Démonstration
Nous pouvons supposer que \(X \subset X'\) est un épaississement du premier ordre, par le principe expliqué ci-dessus. Notons \(\mathcal{I}\) le noyau de la surjection \(\mathcal{O}_{X'} \to \mathcal{O}_X\). Comme \(\mathcal{I}\) est un \(\mathcal{O}_{X'}\)-module quasi-cohérent et que \(\mathcal{I}^2 = 0\) par définition d’un épaississement du premier ordre, nous pouvons appliquer Morphismes d’espaces, Lemme 04CJ pour voir que \(\mathcal{I}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Le lemme découle donc de la suite exacte longue de cohomologie associée à la suite exacte courte \[0 \to \mathcal{I} \to \mathcal{O}_{X'} \to \mathcal{O}_X \to 0\] et du fait que \(H^1_\etale(U, \mathcal{I}) = 0\), puisque \(\mathcal{I}\) est quasi-cohérent, voir Descente, Proposition 03DW, et Cohomologie des schémas, Lemme 01XB.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X \subset X'\) un épaississement d’espaces algébriques sur \(S\). Si \(X\) est (représentable par) un schéma, alors \(X'\) l’est aussi.
Démonstration
Notons que \(X'_{red} = X_{red}\). Par conséquent, si \(X\) est un schéma, alors \(X'_{red}\) est un schéma. Le résultat découle donc de Limites d’espaces, Lemme 07VU. Nous donnons ci-dessous une démonstration directe pour les épaississements d’ordre fini, cas le plus souvent utilisé en pratique.
Démonstration
Il suffit de le démontrer lorsque \(X'\) est un épaississement du premier ordre de \(X\). D’après Propriétés des espaces, Lemme 03JH, il existe un plus grand sous-espace ouvert de \(X'\) qui soit un schéma. Nous devons donc montrer que tout point \(x\) de \(|X'| = |X|\) est contenu dans un sous-espace ouvert de \(X'\) qui soit un schéma. En utilisant le Lemme 05ZP, nous pouvons remplacer \(X \subset X'\) par \(U \subset U'\), avec \(x \in U\) et \(U\) un schéma affine. Nous pouvons donc supposer que \(X\) est affine. Nous sommes ainsi ramenés au cas traité dans le paragraphe suivant.
Supposons que \(X \subset X'\) soit un épaississement du premier ordre, où \(X\) est un schéma affine. Posons \(A = \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) et \(A' = \Gamma(X', \mathcal{O}_{X'})\). D’après le Lemme 05ZQ, le morphisme \(A' \to A\) est surjectif. Son noyau \(I\) est un idéal de carré nul. D’après Propriétés des espaces, Lemme 05Z1, nous obtenons un morphisme canonique \(f : X' \to \Spec(A')\) qui s’insère dans le diagramme commutatif suivant \[\xymatrix{ X \ar@{=}[d] \ar[r] & X' \ar[d]^f \\ \Spec(A) \ar[r] & \Spec(A') }\] Comme les flèches horizontales sont des épaississements, il est clair que \(f\) est universellement injectif et surjectif. Il suffit donc de montrer que \(f\) est étale, car alors Morphismes d’espaces, Lemme 05W5, entraînera que \(f\) est un isomorphisme.
Pour démontrer que \(f\) est étale, choisissons un schéma affine \(U'\) et un morphisme étale \(U' \to X'\). Il suffit de montrer que \(U' \to X' \to \Spec(A')\) est étale, voir Propriétés des espaces, Définition 03FR. Écrivons \(U' = \Spec(B')\). Posons \(U = X \times_{X'} U'\). Comme \(U\) est un sous-espace fermé de \(U'\), c’est un sous-schéma fermé, et donc \(U = \Spec(B)\) avec \(B' \to B\) surjectif. Notons \(J = \Ker(B' \to B)\) et remarquons que \(J = \Gamma(U, \mathcal{I})\), où \(\mathcal{I} = \Ker(\mathcal{O}_{X'} \to \mathcal{O}_X)\) sur \(X_{spaces, \etale}\), comme dans la démonstration du Lemme 05ZQ. Le morphisme \(U' \to X' \to \Spec(A')\) induit un diagramme commutatif \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & J \ar[r] & B' \ar[r] & B \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & I \ar[r] \ar[u] & A' \ar[r] \ar[u] & A \ar[r] \ar[u] & 0 }\] Maintenant, comme \(\mathcal{I}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent, nous avons \(\mathcal{I} = (\widetilde I)^a\), voir Descente, Définition 03DU, pour les notations, et Descente, Proposition 03DX, pour la justification. Nous voyons donc que \(J = I \otimes_A B\). Enfin, notons que \(A \to B\) est étale, car \(U \to X\) est étale en tant que changement de base du morphisme étale \(U' \to X'\). Nous concluons que \(A' \to B'\) est étale par Algèbre, Lemme 05YT.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X \subset X'\) un épaississement d’espaces algébriques sur \(S\). Le foncteur \[V' \longmapsto V = X \times_{X'} V'\] définit une équivalence de catégories \(X'_\etale \to X_\etale\).
Démonstration
Le foncteur \(V' \mapsto V\) définit une équivalence de catégories \(X'_{spaces, \etale} \to X_{spaces, \etale}\), voir le Théorème 05ZH. Il suffit donc de montrer que \(V\) est un schéma si et seulement si \(V'\) est un schéma. C’est le contenu du Lemme 05ZR.
Les épaississements du premier ordre se décrivent comme suit.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to B\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Considérons une suite exacte courte \[0 \to \mathcal{I} \to \mathcal{A} \to \mathcal{O}_X \to 0\] de faisceaux sur \(X_\etale\), où \(\mathcal{A}\) est un faisceau de \(f^{-1}\mathcal{O}_B\)-algèbres, \(\mathcal{A} \to \mathcal{O}_X\) est une surjection de faisceaux de \(f^{-1}\mathcal{O}_B\)-algèbres, et \(\mathcal{I}\) son noyau. Si
\(\mathcal{I}\) est un idéal de carré nul dans \(\mathcal{A}\), et
\(\mathcal{I}\) est quasi-cohérent en tant que \(\mathcal{O}_X\)-module,
alors il existe un épaississement du premier ordre \(X \subset X'\) sur \(B\) et un isomorphisme \(\mathcal{O}_{X'} \to \mathcal{A}\) de \(f^{-1}\mathcal{O}_B\)-algèbres compatible aux surjections vers \(\mathcal{O}_X\).
Démonstration
Dans cette démonstration, nous reprenons certains des arguments employés dans les démonstrations des Lemmes 05ZQ et 05ZR. Nous traitons d’abord le cas \(B = S = \Spec(\mathbf{Z})\). Soit \(U\) un schéma affine et soit \(U \to X\) étale. Alors \[0 \to \mathcal{I}(U) \to \mathcal{A}(U) \to \mathcal{O}_X(U) \to 0\] est exacte, car \(H^1(U_\etale, \mathcal{I}) = 0\) puisque \(\mathcal{I}\) est quasi-cohérent, voir Descente, Proposition 03DW, et Cohomologie des schémas, Lemme 01XB. Si \(V \to U\) est un morphisme d’objets affines de \(X_{spaces, \etale}\), alors \[\mathcal{I}(V) = \mathcal{I}(U) \otimes_{\mathcal{O}_X(U)} \mathcal{O}_X(V)\] puisque \(\mathcal{I}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent, voir Descente, Proposition 03DX. Ainsi \(\mathcal{A}(U) \to \mathcal{A}(V)\) est un homomorphisme d’anneaux étale, voir Algèbre, Lemme 05YT. Nous voyons donc que \[U \longmapsto U' = \Spec(\mathcal{A}(U))\] est un foncteur de \(X_{affine, \etale}\) vers la catégorie des schémas affines et des morphismes étales. En fait, nous affirmons que ce foncteur peut s’étendre en un foncteur \(U \mapsto U'\) sur tout \(X_\etale\). Pour le voir, si \(U\) est un objet de \(X_\etale\), notons que \[0 \to \mathcal{I}|_{U_{Zar}} \to \mathcal{A}|_{U_{Zar}} \to \mathcal{O}_X|_{U_{Zar}} \to 0\] et que \(\mathcal{I}|_{U_{Zar}}\) est un faisceau quasi-cohérent sur \(U\), voir Descente, Proposition 03LC. Par conséquent, d’après Compléments sur les morphismes, Lemme 05YV, nous obtenons un épaississement du premier ordre de schémas \(U \subset U'\) tel que \(\mathcal{O}_{U'}\) soit isomorphe à \(\mathcal{A}|_{U_{Zar}}\). Il est clair que cette construction est compatible avec la construction affine ci-dessus.
Choisissons une présentation \(X = U/R\), voir Espaces, Définition 0263, de sorte que \(s, t : R \to U\) définissent une relation d’équivalence étale. En appliquant le foncteur ci-dessus, nous obtenons une relation d’équivalence étale \(s', t' : R' \to U'\) dans les schémas. Considérons l’espace algébrique \(X' = U'/R'\) (voir Espaces, Théorème 02WW). Le morphisme \(X = U/R \to U'/R' = X'\) est un épaississement du premier ordre. Considérons \(\mathcal{O}_{X'}\) comme un faisceau sur \(X_\etale\). Par construction, nous avons un isomorphisme \[\gamma : \mathcal{O}_{X'}|_{U_\etale} \longrightarrow \mathcal{A}|_{U_\etale}\] tel que \(s^{-1}\gamma\) coïncide avec \(t^{-1}\gamma\) sur \(R_\etale\). Par conséquent, d’après Propriétés des espaces, Lemme 05YY, cela implique que \(\gamma\) provient d’un unique isomorphisme \(\mathcal{O}_{X'} \to \mathcal{A}\), comme voulu.
Pour traiter le cas d’un espace algébrique de base quelconque \(B\), nous construisons d’abord \(X'\) comme espace algébrique sur \(\mathbf{Z}\), ainsi que ci-dessus. Nous utilisons ensuite l’isomorphisme \(\mathcal{O}_{X'} \to \mathcal{A}\) pour définir \(f^{-1}\mathcal{O}_B \to \mathcal{O}_{X'}\). D’après le Lemme 05ZN, cela définit un morphisme \(X' \to B\) compatible avec le morphisme donné \(X \to B\), ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(Y \subset Y'\) un épaississement d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(X' \to Y'\) un morphisme et posons \(X = Y \times_{Y'} X'\). Alors \((X \subset X') \to (Y \subset Y')\) est un morphisme d’épaississements. Si \(Y \subset Y'\) est un épaississement du premier ordre (respectivement d’ordre fini), alors \(X \subset X'\) est un épaississement du premier ordre (respectivement d’ordre fini).
Démonstration
Omis.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Si \(X \subset X'\) et \(X' \subset X''\) sont des épaississements d’espaces algébriques sur \(S\), alors \(X \subset X''\) en est un également.
Démonstration
Omis.
Lemme
La propriété d’être un épaississement est locale pour la topologie fpqc. Il en va de même pour les épaississements du premier ordre.
Démonstration
L’énoncé signifie ceci : soit \(S\) un schéma et soit \(X \to X'\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(\{g_i : X'_i \to X'\}\) un recouvrement fpqc d’espaces algébriques tel que le changement de base \(X_i \to X'_i\) soit un épaississement pour tout \(i\). Alors \(X \to X'\) est un épaississement. Comme les morphismes \(g_i\) sont conjointement surjectifs, nous concluons que \(X \to X'\) est surjectif. D’après Descente sur les espaces, Lemme 0420, nous concluons que \(X \to X'\) est une immersion fermée. Ainsi \(X \to X'\) est un épaississement. Nous omettons la démonstration dans le cas des épaississements du premier ordre.
Morphismes d’épaississements
Si \((f, f') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) est un morphisme d’épaississements d’espaces algébriques, les propriétés de \(f\) se transmettent souvent à \(f'\). Il existe plusieurs variantes.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \((f, f') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) un morphisme d’épaississements d’espaces algébriques sur \(S\). Alors
\(f\) est un morphisme affine si et seulement si \(f'\) est un morphisme affine,
\(f\) est un morphisme surjectif si et seulement si \(f'\) est un morphisme surjectif,
\(f\) est quasi-compact si et seulement si \(f'\) est quasi-compact,
\(f\) est universellement fermé si et seulement si \(f'\) est universellement fermé,
\(f\) est entier si et seulement si \(f'\) est entier,
\(f\) est (quasi-)séparé si et seulement si \(f'\) est (quasi-)séparé,
\(f\) est universellement injectif si et seulement si \(f'\) est universellement injectif,
\(f\) est universellement ouvert si et seulement si \(f'\) est universellement ouvert,
\(f\) est représentable si et seulement si \(f'\) est représentable, et
ajouter d’autres propriétés ici.
Démonstration
Observons que \(Y \to Y'\) et \(X \to X'\) sont des morphismes entiers et des homéomorphismes universels. Cela entraîne immédiatement les assertions (2), (3), (4), (7) et (8). L’assertion (1) découle de Limites d’espaces, Proposition 07VT, qui nous dit qu’il existe une correspondance bijective entre les schémas affines étales sur \(X\) et sur \(X'\), et entre les schémas affines étales sur \(Y\) et sur \(Y'\). L’assertion (5) découle de (1) et (4) par Morphismes d’espaces, Lemme 0415. Enfin, notons que \[X \times_Y X = X \times_{Y'} X \to X \times_{Y'} X' \to X' \times_{Y'} X'\] est un épaississement (les deux flèches sont des épaississements par le Lemme 09ZX). Ainsi, en appliquant (3) et (4) au morphisme \((X \subset X') \to (X \times_Y X \to X' \times_{Y'} X')\) nous obtenons (6). Enfin, l’assertion (9) découle du fait qu’un espace algébrique qui est un épaississement d’un schéma est encore un schéma, voir le Lemme 05ZR.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \((f, f') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) un morphisme d’épaississements d’espaces algébriques sur \(S\) tel que \(X = Y \times_{Y'} X'\). Si \(X \subset X'\) est un épaississement d’ordre fini, alors
\(f\) est une immersion fermée si et seulement si \(f'\) est une immersion fermée,
\(f\) est localement de type fini si et seulement si \(f'\) est localement de type fini,
\(f\) est localement quasi-fini si et seulement si \(f'\) est localement quasi-fini,
\(f\) est localement de type fini de dimension relative \(d\) si et seulement si \(f'\) est localement de type fini de dimension relative \(d\),
\(\Omega_{X/Y} = 0\) si et seulement si \(\Omega_{X'/Y'} = 0\),
\(f\) est non ramifié si et seulement si \(f'\) est non ramifié,
\(f\) est propre si et seulement si \(f'\) est propre,
\(f\) est un morphisme fini si et seulement si \(f'\) est un morphisme fini,
\(f\) est un monomorphisme si et seulement si \(f'\) est un monomorphisme,
\(f\) est une immersion si et seulement si \(f'\) est une immersion, et
ajouter d’autres propriétés ici.
Démonstration
Choisissons un schéma \(V'\) et un morphisme étale surjectif \(V' \to Y'\). Choisissons un schéma \(U'\) et un morphisme étale surjectif \(U' \to X' \times_{Y'} V'\). Posons \(V = Y \times_{Y'} V'\) et \(U = X \times_{X'} U'\). Pour les propriétés des morphismes qui sont locales pour la topologie étale, nous pouvons alors nous ramener au morphisme d’épaississements de schémas \((U \subset U') \to (V \subset V')\) et appliquer Compléments sur les morphismes, Lemme 09ZW. Cela démontre (2), (3), (4), (5) et (6).
Les propriétés des morphismes figurant en (1), (7), (8), (9) et (10) sont stables par changement de base ; par conséquent, si \(f'\) possède la propriété \(\mathcal{P}\), alors \(f\) la possède également. Voir Espaces, Lemme 02YW, et Morphismes d’espaces, Lemmes 04WP, 03ZS, et 042P.
Le sens intéressant de (1), (7), (8), (9) et (10) consiste à supposer que \(f\) possède la propriété et à en déduire que \(f'\) la possède aussi. Par récurrence sur l’ordre de l’épaississement, nous pouvons supposer que \(Y \subset Y'\) est un épaississement du premier ordre, voir la discussion ci-dessus sur les épaississements d’ordre fini.
Démonstration de (1). Choisissons un schéma \(V'\) et un morphisme étale surjectif \(V' \to Y'\). Posons \(V = Y \times_{Y'} V'\), \(U' = X' \times_{Y'} V'\) et \(U = X \times_Y V\). Alors \(U \to V\) est une immersion fermée, ce qui implique que \(U\) est un schéma, et entraîne à son tour que \(U'\) est un schéma (Lemme 05ZR). Nous pouvons donc appliquer le lemme dans le cas des schémas (Compléments sur les morphismes, Lemme 09ZW) à \((U \subset U') \to (V \subset V')\) pour conclure.
Démonstration de (7). Elle résulte de la combinaison de (2) avec les résultats du Lemme 09ZY et du fait qu’être propre équivaut à être quasi-compact \(+\) séparé \(+\) localement de type fini \(+\) universellement fermé.
Démonstration de (8). Elle résulte de la combinaison de (2) avec les résultats du Lemme 09ZY et du fait qu’être fini équivaut à être entier \(+\) localement de type fini (Morphismes, Lemme 01WJ).
Démonstration de (9). Comme \(f\) est un monomorphisme, nous avons \(X = X \times_Y X\). Nous pouvons appliquer les résultats déjà démontrés au morphisme d’épaississements \((X \subset X') \to (X \times_Y X \subset X' \times_{Y'} X')\). Nous concluons par (1) que \(X' \to X' \times_{Y'} X'\) est une immersion fermée. En fait, c’est un épaississement du premier ordre, car l’idéal qui définit l’immersion fermée \(X' \to X' \times_{Y'} X'\) est contenu dans l’image inverse de l’idéal \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{Y'}\) qui définit \(Y\) dans \(Y'\). En effet, \(X = X \times_Y X = (X' \times_{Y'} X') \times_{Y'} Y\) est contenu dans \(X'\). Le faisceau conormal de l’immersion fermée \(\Delta : X' \to X' \times_{Y'} X'\) est égal à \(\Omega_{X'/Y'}\) (c’est l’analogue de Morphismes, Lemme 08S2, pour les espaces algébriques, et cela découle soit d’une localisation étale, soit de la combinaison des Lemmes 05ZB et 05ZD ; certains détails sont omis). Il suffit donc de montrer que \(\Omega_{X'/Y'} = 0\), ce qui découle de (5) et de l’énoncé correspondant pour \(X/Y\).
Démonstration de (10). Si \(f : X \to Y\) est une immersion, elle se factorise sous la forme \(X \to V \to Y\), où \(V \to Y\) est un sous-espace ouvert et \(X \to V\) une immersion fermée, voir Morphismes d’espaces, Remarque 04CE. Soit \(V' \subset Y'\) le sous-espace ouvert dont l’espace topologique sous-jacent \(|V'|\) est égal à \(|V| \subset |Y| = |Y'|\). Alors \(X' \to Y'\) se factorise par \(V'\), et nous concluons par (1) que \(X' \to V'\) est une immersion fermée. Cela achève la démonstration.
Le lemme suivant est une variante du précédent. Au lieu de supposer que les épaississements en jeu sont d’ordre fini (ce qui permet de transférer de \(f\) à \(f'\) la propriété d’être localement de type fini), nous supposons plutôt que \(f\) et \(f'\) sont tous deux localement de type fini.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \((f, f') : (X \subset X') \to (Y \to Y')\) un morphisme d’épaississements d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(f\) et \(f'\) soient localement de type fini et que \(X = Y \times_{Y'} X'\). Alors
\(f\) est localement quasi-fini si et seulement si \(f'\) est localement quasi-fini,
\(f\) est fini si et seulement si \(f'\) est fini,
\(f\) est une immersion fermée si et seulement si \(f'\) est une immersion fermée,
\(\Omega_{X/Y} = 0\) si et seulement si \(\Omega_{X'/Y'} = 0\),
\(f\) est non ramifié si et seulement si \(f'\) est non ramifié,
\(f\) est un monomorphisme si et seulement si \(f'\) est un monomorphisme,
\(f\) est une immersion si et seulement si \(f'\) est une immersion,
\(f\) est propre si et seulement si \(f'\) est propre, et
ajouter d’autres propriétés ici.
Démonstration
Choisissons un schéma \(V'\) et un morphisme étale surjectif \(V' \to Y'\). Choisissons un schéma \(U'\) et un morphisme étale surjectif \(U' \to X' \times_{Y'} V'\). Posons \(V = Y \times_{Y'} V'\) et \(U = X \times_{X'} U'\). Pour les propriétés des morphismes qui sont locales pour la topologie étale, nous pouvons alors nous ramener au morphisme d’épaississements de schémas \((U \subset U') \to (V \subset V')\) et appliquer Compléments sur les morphismes, Lemme 0BPG. Cela démontre (1), (4) et (5).
Les propriétés figurant en (2), (3), (6), (7) et (8) sont stables par changement de base ; par conséquent, si \(f'\) possède la propriété \(\mathcal{P}\), alors \(f\) la possède également. Voir Espaces, Lemme 02YW, et Morphismes d’espaces, Lemmes 04WP, 03ZS, et 042P. Ainsi, dans chaque cas, il suffit de démontrer que, si \(f\) possède la propriété voulue, alors \(f'\) la possède aussi.
Le cas (2) découle du cas (5) du Lemme 09ZY et du fait que les morphismes finis sont exactement les morphismes entiers qui sont localement de type fini (Morphismes d’espaces, Lemme 0414).
Cas (3). Cela découle immédiatement de Limites d’espaces, Lemme 08B2.
Démonstration de (6). Comme \(f\) est un monomorphisme, nous avons \(X = X \times_Y X\). Nous pouvons appliquer les résultats déjà démontrés au morphisme d’épaississements \((X \subset X') \to (X \times_Y X \subset X' \times_{Y'} X')\). Nous concluons par (3) que \(\Delta_{X'/Y'} : X' \to X' \times_{Y'} X'\) est une immersion fermée. En fait, \(\Delta_{X'/Y'}\) induit une bijection \(|X'| \to |X' \times_{Y'} X'|\), donc \(\Delta_{X'/Y'}\) est un épaississement. D’autre part, \(\Delta_{X'/Y'}\) est localement de présentation finie d’après Morphismes d’espaces, Lemme 084P. Autrement dit, \(\Delta_{X'/Y'}(X')\) est défini par un faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{J} \subset \mathcal{O}_{X' \times_{Y'} X'}\) de type fini. Comme \(\Omega_{X'/Y'} = 0\) par (5), nous voyons que le faisceau conormal de \(X' \to X' \times_{Y'} X'\) est nul. (Le faisceau conormal de l’immersion fermée \(\Delta_{X'/Y'}\) est égal à \(\Omega_{X'/Y'}\) ; c’est l’analogue de Morphismes, Lemme 08S2, pour les espaces algébriques, et cela découle soit d’une localisation étale, soit de la combinaison des Lemmes 05ZB et 05ZD ; certains détails sont omis.) Autrement dit, \(\mathcal{J}/\mathcal{J}^2 = 0\). Cela implique que \(\Delta_{X'/Y'}\) est un isomorphisme, par exemple par Algèbre, Lemme 00EH.
Démonstration de (7). Si \(f : X \to Y\) est une immersion, elle se factorise sous la forme \(X \to V \to Y\), où \(V \to Y\) est un sous-espace ouvert et \(X \to V\) une immersion fermée, voir Morphismes d’espaces, Remarque 04CE. Soit \(V' \subset Y'\) le sous-espace ouvert dont l’espace topologique sous-jacent \(|V'|\) est égal à \(|V| \subset |Y| = |Y'|\). Alors \(X' \to Y'\) se factorise par \(V'\), et nous concluons par (3) que \(X' \to V'\) est une immersion fermée.
Le cas (8) découle du Lemme 09ZY et de la définition des morphismes propres comme morphismes quasi-compacts, universellement fermés et séparés qui sont localement de type fini.
Groupes de Picard des épaississements
Quelques éléments sur les groupes de Picard des épaississements.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X \subset X'\) un épaississement du premier ordre d’espaces algébriques sur \(S\), dont le faisceau d’idéaux est \(\mathcal{I}\). Il existe alors une suite exacte canonique \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & H^0(X, \mathcal{I}) \ar[r] & H^0(X', \mathcal{O}_{X'}^*) \ar[r] & H^0(X, \mathcal{O}^*_X) \ar `r[d] `d[l] `l[llld] `d[dll] [dll] \\ & H^1(X, \mathcal{I}) \ar[r] & \Pic(X') \ar[r] & \Pic(X) \ar `r[d] `d[l] `l[llld] `d[dll] [dll] \\ & H^2(X, \mathcal{I}) \ar[r] & \ldots \ar[r] & \ldots }\] de groupes abéliens.
Démonstration
Rappelons que \(X_\etale = X'_\etale\), voir le Lemme 05ZS et, plus généralement, la discussion de la section 05ZJ. La suite du lemme est la suite exacte longue de cohomologie associée à la suite exacte courte de faisceaux de groupes abéliens \[0 \to \mathcal{I} \to \mathcal{O}_{X'}^* \to \mathcal{O}_X^* \to 0\] sur \(X_\etale\), où le premier morphisme envoie une section locale \(f\) de \(\mathcal{I}\) sur la section inversible \(1 + f\) de \(\mathcal{O}_{X'}\). Nous utilisons aussi l’identification du groupe de Picard d’un site annelé au premier groupe de cohomologie du faisceau des éléments inversibles, voir Cohomologie sur les sites, Lemme 040E.
Voisinages infinitésimaux
Une construction naturelle d’épaississements d’ordre fini est la suivante. Supposons que \(i : Z \to X\) soit une immersion d’espaces algébriques. Choisissons un sous-espace ouvert \(U \subset X\) tel que \(i\) identifie \(Z\) au sous-espace fermé \(Z \subset U\) (voir Morphismes d’espaces, Remarque 04CE). Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_U\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux qui définit \(Z\) dans \(U\), voir Morphismes d’espaces, Lemme 03MB. Pour \(n \geq 1\), nous pouvons considérer le sous-espace fermé \(Z_n \subset U\) défini par le faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{I}^{n + 1}\).
Définition
Soit \(i : Z \to X\) une immersion d’espaces algébriques.
Le voisinage infinitésimal du premier ordre de \(Z\) dans \(X\) est l’épaississement du premier ordre \(Z \subset Z_1\) sur \(X\) décrit ci-dessus.
Le voisinage infinitésimal d’ordre \(n\) de \(Z\) dans \(X\) est l’épaississement d’ordre \(n\) \(Z \subset Z_n\) sur \(X\) décrit ci-dessus.
Cet épaississement possède la propriété universelle suivante (ce qui dissipera toute crainte que la construction ci-dessus ne dépende du choix de l’ouvert \(U\)).
Lemme
Soit \(i : Z \to X\) une immersion d’espaces algébriques.
Le voisinage infinitésimal du premier ordre \(Z'\) de \(Z\) dans \(X\) possède la propriété universelle suivante : pour tout diagramme commutatif \[\xymatrix{ Z \ar[d]_i & T \ar[l]^a \ar[d] \\ X & T' \ar[l]_b }\] où \(T \subset T'\) est un épaississement du premier ordre sur \(X\), il existe un unique morphisme \((a', a) : (T \subset T') \to (Z \subset Z')\) d’épaississements sur \(X\).
Pour \(n \geq 1\), le voisinage infinitésimal d’ordre \(n\) \(Z_n\) de \(Z\) dans \(X\) possède la propriété universelle suivante : pour tout diagramme commutatif \[\xymatrix{ Z \ar[d]_i & T \ar[l]^a \ar[d] \\ X & T' \ar[l]_b }\] où \(T \subset T'\) est un épaississement d’ordre \(n\) sur \(X\), il existe un unique morphisme \((a', a) : (T \subset T') \to (Z \subset Z_n)\) d’épaississements sur \(X\).
Démonstration
Nous ne démontrerons que (1). Soit \(U \subset X\) le sous-espace ouvert utilisé dans la construction de \(Z'\), c’est-à-dire un ouvert tel que \(Z\) soit identifié à un sous-espace fermé de \(U\) défini par le faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{I}\). Comme \(|T| = |T'|\), nous voyons que \(|b|(|T'|) \subset |U|\). Nous pouvons donc considérer \(b\) comme un morphisme à valeurs dans \(U\), voir Propriétés des espaces, Lemme 03IE. Soit \(\mathcal{J} \subset \mathcal{O}_{T'}\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux de carré nul qui définit \(T\). La commutativité du diagramme donne \(b|_T = i \circ a\), où \(i : Z \to U\) est l’immersion fermée. Nous en déduisons que \(b^\sharp(b^{-1}\mathcal{I}) \subset \mathcal{J}\) d’après Morphismes d’espaces, Lemme 03MB. Comme \(T'\) est un épaississement du premier ordre de \(T\), nous avons \(\mathcal{J}^2 = 0\), donc \(b^\sharp(b^{-1}(\mathcal{I}^2)) = 0\). D’après Morphismes d’espaces, Lemme 03MB, il s’ensuit que \(b\) se factorise par \(Z'\). En notant \(a' : T' \to Z'\) cette factorisation, nous concluons.
Lemme
Soit \(i : Z \to X\) une immersion d’espaces algébriques. Soit \(Z \subset Z'\) le voisinage infinitésimal du premier ordre de \(Z\) dans \(X\). Alors le diagramme \[\xymatrix{ Z \ar[r] \ar[d] & Z' \ar[d] \\ Z \ar[r] & X }\] induit un morphisme de faisceaux conormaux \(\mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Z'}\) d’après le Lemme 04CP. Ce morphisme est un isomorphisme.
Démonstration
Cela résulte immédiatement de la construction de \(Z'\) ci-dessus.
Transformations formellement lisses, étales et non ramifiées
Rappelons qu’un homomorphisme d’anneaux \(R \to A\) est dit formellement lisse, resp. formellement étale, resp. formellement non ramifié (voir Algèbre, Définition 00TI, resp. Définition 00UQ, resp. Définition 00UN) si, pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ A \ar[r] \ar@{-->}[rd] & B/I \\ R \ar[r] \ar[u] & B \ar[u] }\] où \(I \subset B\) est un idéal de carré nul, il existe une flèche pointillée, resp. il en existe une unique, resp. il en existe au plus une, qui rend le diagramme commutatif. Cela motive l’analogue suivant pour les morphismes d’espaces algébriques et, plus généralement, pour les foncteurs.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(a : F \to G\) une transformation de foncteurs \(F, G : (\Sch/S)_{fppf}^{opp} \to \textit{Ens}\). Considérons les diagrammes commutatifs de flèches pleines de la forme \[\xymatrix{ F \ar[d]_a & T \ar[d]^i \ar[l] \\ G & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] où \(T\) et \(T'\) sont des schémas affines et \(i\) une immersion fermée définie par un idéal de carré nul.
On dit que \(a\) est formellement lisse si, pour tout diagramme de flèches pleines comme ci-dessus, il existe une flèche pointillée qui rend le diagramme commutatif1.
On dit que \(a\) est formellement étale si, pour tout diagramme de flèches pleines comme ci-dessus, il existe exactement une flèche pointillée qui rend le diagramme commutatif.
On dit que \(a\) est formellement non ramifiée si, pour tout diagramme de flèches pleines comme ci-dessus, il existe au plus une flèche pointillée qui rend le diagramme commutatif.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(a : F \to G\) une transformation de foncteurs \(F, G : (\Sch/S)_{fppf}^{opp} \to \textit{Ens}\). Alors \(a\) est formellement étale si et seulement si \(a\) est à la fois formellement lisse et formellement non ramifiée.
Démonstration
Cela résulte formellement de la définition.
Lemme
Composition.
Un composé de transformations de foncteurs formellement lisses est formellement lisse.
Un composé de transformations de foncteurs formellement étales est formellement étale.
Un composé de transformations de foncteurs formellement non ramifiées est formellement non ramifié.
Démonstration
C’est formel.
Lemme
Soit \(S\) un schéma appartenant à \(\Sch_{fppf}\). Soient \(F, G, H : (\Sch/S)_{fppf}^{opp} \to \textit{Ens}\). Soient \(a : F \to G\), \(b : H \to G\) des transformations de foncteurs. Considérons le diagramme de produit fibré \[\xymatrix{ H \times_{b, G, a} F \ar[r]_-{b'} \ar[d]_{a'} & F \ar[d]^a \\ H \ar[r]^b & G }\]
Si \(a\) est formellement lisse, alors le changement de base \(a'\) est formellement lisse.
Si \(a\) est formellement étale, alors le changement de base \(a'\) est formellement étale.
Si \(a\) est formellement non ramifiée, alors le changement de base \(a'\) est formellement non ramifiée.
Démonstration
C’est formel.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(F, G : (\Sch/S)_{fppf}^{opp} \to \textit{Ens}\). Soit \(a : F \to G\) une transformation de foncteurs représentable.
Si \(a\) est lisse, alors \(a\) est formellement lisse.
Si \(a\) est étale, alors \(a\) est formellement étale.
Si \(a\) est non ramifiée, alors \(a\) est formellement non ramifiée.
Démonstration
Considérons un diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ F \ar[d]_a & T \ar[d]^i \ar[l] \\ G & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] comme dans la Définition 049S. Alors \(F \times_G T'\) est un schéma lisse (resp. étale, resp. non ramifié) sur \(T'\). Par conséquent, d’après Compléments sur les morphismes, Lemme 02H6 (resp. Lemme 02HM, resp. Lemme 02HE), nous pouvons tracer (resp. tracer de manière unique, resp. tracer d’au plus une manière) la flèche pointillée du diagramme \[\xymatrix{ F \times_G T' \ar[d] & T \ar[d]^i \ar[l] \\ T' & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] et nous obtenons donc aussi l’assertion correspondante dans le premier diagramme.
Lemme
Soit \(S\) un schéma appartenant à \(\Sch_{fppf}\). Soient \(F, G, H : (\Sch/S)_{fppf}^{opp} \to \textit{Ens}\). Soient \(a : F \to G\), \(b : G \to H\) des transformations de foncteurs. Supposons que \(a\) soit représentable, surjective et étale.
Si \(b\) est formellement lisse, alors \(b \circ a\) est formellement lisse.
Si \(b\) est formellement étale, alors \(b \circ a\) est formellement étale.
Si \(b\) est formellement non ramifiée, alors \(b \circ a\) est formellement non ramifiée.
Réciproquement, considérons un diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ G \ar[d]_b & T \ar[d]^i \ar[l] \\ H & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] où \(T'\) est un schéma affine sur \(S\) et \(i : T \to T'\) une immersion fermée définie par un idéal de carré nul.
Si \(b \circ a\) est formellement lisse, alors, pour tout \(t \in T\), il existe un morphisme étale de schémas affines \(U' \to T'\) et un morphisme \(U' \to G\) tels que \[\xymatrix{ G \ar[d]_b & T \ar[l] & T \times_{T'} U' \ar[d] \ar[l]\\ H & T' \ar[l] & U' \ar[llu] \ar[l] }\] le diagramme soit commutatif et \(t\) appartienne à l’image de \(U' \to T'\).
Si \(b \circ a\) est formellement non ramifiée, alors il existe au plus une flèche pointillée dans le diagramme ci-dessus, c’est-à-dire que \(b\) est formellement non ramifiée.
Si \(b \circ a\) est formellement étale, alors il existe exactement une flèche pointillée dans le diagramme ci-dessus, c’est-à-dire que \(b\) est formellement étale.
Démonstration
Supposons que \(b\) soit formellement lisse (resp. formellement étale, resp. formellement non ramifiée). Puisqu’un morphisme étale est à la fois lisse et non ramifié, nous voyons que \(a\) est représentable et lisse (resp. étale, resp. non ramifiée). Les assertions (1), (2) et (3) résultent donc de la combinaison du Lemme 04AL et du Lemme 049T.
Supposons que \(b \circ a\) soit formellement lisse. Considérons un diagramme comme dans l’énoncé du lemme. Posons \(W = F \times_G T\). Par hypothèse, \(W\) est un schéma étale surjectif sur \(T\). D’après Morphismes étales, Théorème 039R, il existe un schéma \(W'\) étale sur \(T'\) tel que \(W = T \times_{T'} W'\). Choisissons un sous-schéma ouvert affine \(U' \subset W'\) tel que \(t\) appartienne à l’image de \(U' \to T'\). Puisque \(b \circ a\) est formellement lisse, il existe un morphisme \(U' \to F\) tel que \[\xymatrix{ F \ar[d]_{b \circ a} & W \ar[l] & T \times_{T'} U' \ar[d] \ar[l]\\ H & T' \ar[l] & U' \ar[llu] \ar[l] }\] le diagramme soit commutatif. Le composé \(U' \to F \to G\) fournit un morphisme comme dans l’assertion (5) du lemme.
Supposons que \(f, g : T' \to G\) soient deux flèches pointillées qui complètent le diagramme du lemme. Posons \(W = F \times_G T\). Par hypothèse, \(W\) est un schéma étale surjectif sur \(T\). D’après Morphismes étales, Théorème 039R, il existe un schéma \(W'\) étale sur \(T'\) tel que \(W = T \times_{T'} W'\). Comme \(a\) est formellement étale, les composés \[W' \to T' \xrightarrow{f} G \quad\text{et}\quad W' \to T' \xrightarrow{g} G\] se relèvent en des morphismes \(f', g' : W' \to F\) (on relève sur les ouverts affines et l’on recolle par unicité). Si maintenant \(b \circ a : F \to H\) est formellement non ramifiée, alors \(f' = g'\) et donc \(f = g\), puisque \(W' \to T'\) est un recouvrement étale. Cela démontre l’assertion (6) du lemme.
Supposons que \(b \circ a\) soit formellement étale. D’après l’assertion (4), nous pouvons trouver, localement pour la topologie étale sur \(T'\), une flèche pointillée qui complète le diagramme, et cette flèche est unique d’après l’assertion (5). Nous pouvons donc recoller les solutions locales pour obtenir l’assertion (6). Certains détails sont omis.
Remarque
On pourrait être tenté de penser que, dans la situation du Lemme 04CY, nous avons « \(b\) formellement lisse » \(\Leftrightarrow\) « \(b \circ a\) formellement lisse ». Cependant, cela est vraisemblablement faux en général.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(F, G, H : (\Sch/S)_{fppf}^{opp} \to \textit{Ens}\). Soient \(a : F \to G\), \(b : G \to H\) des transformations de foncteurs. Supposons que \(b\) soit formellement non ramifiée.
Si \(b \circ a\) est formellement non ramifiée, alors \(a\) est formellement non ramifiée.
Si \(b \circ a\) est formellement étale, alors \(a\) est formellement étale.
Si \(b \circ a\) est formellement lisse, alors \(a\) est formellement lisse.
Démonstration
Soit \(T \subset T'\) une immersion fermée de schémas affines définie par un idéal de carré nul. Soient \(g' : T' \to G\) et \(f : T \to F\) tels que \(g'|_T = a \circ f\). Comme \(b\) est formellement non ramifiée, il existe une correspondance bijective entre \[\{f' : T' \to F \mid f = f'|_T\text{ et }a \circ f' = g'\}\] et \[\{f' : T' \to F \mid f = f'|_T\text{ et }b \circ a \circ f' = b \circ g'\}.\] Le lemme en résulte formellement.
Morphismes formellement non ramifiés
Dans cette section, nous précisons ce que signifie, pour un morphisme d’espaces algébriques, d’être formellement non ramifié.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Un morphisme \(f : X \to Y\) d’espaces algébriques sur \(S\) est dit formellement non ramifié s’il est formellement non ramifié en tant que transformation de foncteurs au sens de la Définition 049S.
Nous ne répéterons pas les résultats démontrés dans le cadre plus général des transformations de foncteurs formellement non ramifiées à la section 04G3. On peut caractériser cette propriété par l’annulation du module des différentielles relatives, voir le Lemme 04G9.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est formellement non ramifié,
pour tout diagramme \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r]_\psi & V \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y }\] où \(U\) et \(V\) sont des schémas et les flèches verticales sont étales, le morphisme de schémas \(\psi\) est formellement non ramifié (au sens de Compléments sur les morphismes, Définition 02H8), et
pour un tel diagramme dont les flèches verticales sont surjectives, le morphisme \(\psi\) est formellement non ramifié.
Démonstration
Supposons \(f\) formellement non ramifié. D’après le Lemme 04AL, les morphismes \(U \to X\) et \(V \to Y\) sont formellement non ramifiés. D’après le Lemme 049T, le composé \(U \to Y\) est donc formellement non ramifié. Il résulte alors du Lemme 04G5 que \(U \to V\) est formellement non ramifié. Ainsi, (1) implique (2), et (2) implique trivialement (3).
Supposons donné un diagramme comme en (3). D’après le Lemme 04AL, le morphisme \(V \to Y\) est formellement non ramifié. D’après le Lemme 049T, le composé \(U \to Y\) est donc formellement non ramifié. Il résulte alors du Lemme 04CY que \(X \to Y\) est formellement non ramifié, c’est-à-dire que (1) est vérifiée.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Si \(f : X \to Y\) est un morphisme formellement non ramifié d’espaces algébriques sur \(S\), alors, pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & T \ar[d]^i \ar[l] \\ Y & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] où \(T \subset T'\) est un épaississement du premier ordre d’espaces algébriques sur \(S\), il existe au plus une flèche pointillée qui rend le diagramme commutatif. Autrement dit, dans la Définition 04G7, on peut supprimer la condition que \(T\) soit un schéma affine.
Démonstration
Cela tient au fait qu’il existe un morphisme étale surjectif \(U' \to T'\), où \(U'\) est une réunion disjointe de schémas affines (voir Propriétés des espaces, Lemme 03FX), et qu’un morphisme \(T' \to X\) est déterminé par sa restriction à \(U'\).
Lemme
Un composé de morphismes formellement non ramifiés est formellement non ramifié.
Démonstration
C’est formel.
Lemme
Un changement de base d’un morphisme formellement non ramifié est formellement non ramifié.
Démonstration
C’est formel.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est formellement non ramifié, et
\(\Omega_{X/Y} = 0\).
Démonstration
Cela résulte de la combinaison du Lemme 04G8, de Compléments sur les morphismes, Lemme 02H9, et du Lemme 04CU.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
le morphisme \(f\) est non ramifié,
le morphisme \(f\) est localement de type fini et \(\Omega_{X/Y} = 0\), et
le morphisme \(f\) est localement de type fini et formellement non ramifié.
Démonstration
Choisissons un diagramme \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r]_\psi & V \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y }\] où \(U\) et \(V\) sont des schémas et les flèches verticales sont étales et surjectives. Nous avons alors \[\begin{align*} f\text{ non ramifié} & \Leftrightarrow \psi\text{ non ramifié} \\ & \Leftrightarrow \psi\text{ localement de type fini et }\Omega_{U/V} = 0 \\ & \Leftrightarrow f\text{ localement de type fini et }\Omega_{X/Y} = 0 \\ & \Leftrightarrow f\text{ localement de type fini et formellement non ramifié} \end{align*}\] Nous avons utilisé ici Morphismes, Lemme 02G5, et le Lemme 04G9.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est non ramifié et est un monomorphisme,
\(f\) est non ramifié et universellement injectif,
\(f\) est localement de type fini et est un monomorphisme,
\(f\) est universellement injectif, localement de type fini et formellement non ramifié.
De plus, dans ce cas, \(f\) est aussi représentable, séparé et localement quasi-fini.
Démonstration
Nous avons vu au Lemme 04GA qu’être formellement non ramifié et localement de type fini équivaut à être non ramifié. Ainsi, (4) est équivalente à (2). Un monomorphisme est certainement formellement non ramifié ; ainsi, (3) implique (4). Il est clair que (1) implique (3). Enfin, si (2) est vérifiée, alors \(\Delta : X \to X \times_Y X\) est à la fois une immersion ouverte (Morphismes d’espaces, Lemme 05W1) et surjective (Morphismes d’espaces, Lemme 040X) ; c’est donc un isomorphisme, c’est-à-dire que \(f\) est un monomorphisme. Nous voyons ainsi que (2) implique (1). Enfin, nous voyons que \(f\) est représentable, séparé et localement quasi-fini d’après Morphismes d’espaces, Lemmes 0463 et 0418.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est une immersion fermée,
\(f\) est universellement fermé, non ramifié et est un monomorphisme,
\(f\) est universellement fermé, non ramifié et universellement injectif,
\(f\) est universellement fermé, localement de type fini et est un monomorphisme,
\(f\) est universellement fermé, universellement injectif, localement de type fini et formellement non ramifié.
Démonstration
L’équivalence de (2) – (5) résulte immédiatement du Lemme 05W6. De plus, si (2) – (5) sont vérifiées, alors \(f\) est représentable. De même, si (1) est vérifiée, alors \(f\) est représentable. Le résultat découle donc du cas des schémas, voir Morphismes étales, Lemme 04XV.
Épaississements universels du premier ordre
Soit \(S\) un schéma. Soit \(h : Z \to X\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Un épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\) est un épaississement du premier ordre \(Z \subset Z'\) sur \(X\) tel que, pour tout épaississement du premier ordre \(T \subset T'\) sur \(X\) et tout diagramme commutatif de flèches pleines [0602]\[\begin{equation} \vcenter{ \xymatrix{ & Z \ar[ld] & & T \ar[rd] \ar[ll]^a \\ Z' \ar[rrd] & & & & T' \ar@{..>}[llll]_{a'} \ar[lld]^b \\ & & X } } \end{equation}\] il existe une unique flèche pointillée qui rend le diagramme commutatif. Notons que, dans cette situation, \((a, a') : (T \subset T') \to (Z \subset Z')\) est un morphisme d’épaississements sur \(X\). Ainsi, s’il existe un épaississement universel du premier ordre, celui-ci est unique à isomorphisme unique près. En général, un épaississement universel du premier ordre n’existe pas, mais il existe lorsque \(h\) est formellement non ramifié. Avant de le démontrer, montrons qu’un épaississement universel du premier ordre dans la catégorie des schémas l’est également dans la catégorie des espaces algébriques.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(h : Z \to X\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(Z \subset Z'\) un épaississement du premier ordre sur \(X\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(Z \subset Z'\) est un épaississement universel du premier ordre,
pour tout diagramme (0602) où \(T'\) est un schéma, il existe une unique flèche pointillée qui rend le diagramme commutatif, et
pour tout diagramme (0602) où \(T'\) est un schéma affine, il existe une unique flèche pointillée qui rend le diagramme commutatif.
Démonstration
Les implications (1) \(\Rightarrow\) (2) \(\Rightarrow\) (3) sont formelles. Supposons (3) et considérons un diagramme arbitraire (0602). Choisissons une présentation \(T' = U'/R'\), voir Espaces, Définition 0263. Nous pouvons supposer que \(U' = \coprod U'_i\) est une réunion disjointe de schémas affines, de sorte que \(R' = U' \times_{T'} U' = \coprod_{i, j} U'_i \times_T' U'_j\). Pour chaque paire \((i, j)\), choisissons un recouvrement ouvert affine \(U'_i \times_T' U'_j = \bigcup_k R'_{ijk}\). Notons \(U_i, R_{ijk}\) les produits fibrés avec \(T\) au-dessus de \(T'\). Alors chacun des couples \(U_i \subset U'_i\) et \(R_{ijk} \subset R'_{ijk}\) est un épaississement du premier ordre de schémas affines. Notons \(a_i : U_i \to Z\), resp. \(a_{ijk} : R_{ijk} \to Z\), le composé de \(a : T \to Z\) avec le morphisme \(U_i \to T\), resp. \(R_{ijk} \to T\). En appliquant (3) à \(a_i : U_i \to Z\), nous obtenons des morphismes uniques \(a'_i : U'_i \to Z'\). En appliquant (3) à \(a_{ijk}\), nous voyons que les deux composés \(R'_{ijk} \to R'_i \to Z'\) et \(R'_{ijk} \to R'_j \to Z'\) sont égaux. Ainsi, \(a' = \coprod a'_i : U' = \coprod U'_i \to Z'\) descend au faisceau quotient \(T' = U'/R'\), ce qui conclut.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(Z \to Y \to X\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Si \(Z \subset Z'\) est un épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(Y\) et si \(Y \to X\) est formellement étale, alors \(Z \subset Z'\) est un épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\).
Démonstration
Cela est formel. En effet, d’après le Lemme 0603, il suffit de considérer les diagrammes commutatifs de flèches pleines (0602) où \(T'\) est un schéma affine. Le composé \(T \to Z \to Y\) se relève de manière unique en \(T' \to Y\), puisque \(Y \to X\) est supposé formellement étale. Par conséquent, le fait que \(Z \subset Z'\) soit un épaississement universel du premier ordre sur \(Y\) fournit le morphisme voulu \(a' : T' \to Z'\).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(Z \to Y \to X\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(Z \to Y\) soit étale.
Si \(Y \subset Y'\) est un épaississement universel du premier ordre de \(Y\) sur \(X\), alors l’unique morphisme étale \(Z' \to Y'\) tel que \(Z = Y \times_{Y'} Z'\) (voir le Théorème 05ZH) est un épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\).
Si \(Z \to Y\) est surjectif et si \((Z \subset Z') \to (Y \subset Y')\) est un morphisme étale d’épaississements du premier ordre sur \(X\), tandis que \(Z'\) est un épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\), alors \(Y'\) est un épaississement universel du premier ordre de \(Y\) sur \(X\).
Démonstration
Démonstration de (1). D’après le Lemme 0603, il suffit de considérer les diagrammes commutatifs de flèches pleines (0602) où \(T'\) est un schéma affine. Le composé \(T \to Z \to Y\) se relève de manière unique en \(T' \to Y'\), puisque \(Y'\) est l’épaississement universel du premier ordre. Le fait que \(Z' \to Y'\) soit étale implique alors (voir le Lemme 04AL) que \(T' \to Y'\) se relève en le morphisme voulu \(a' : T' \to Z'\).
Démonstration de (2). Soit \(T \subset T'\) un épaississement du premier ordre sur \(X\) et soit \(a : T \to Y\) un morphisme. Posons \(W = T \times_Y Z\) et notons \(c : W \to Z\) la projection. Soit \(W' \to T'\) l’unique morphisme étale tel que \(W = T \times_{T'} W'\), voir le Théorème 05ZH. Notons que \(W' \to T'\) est surjectif puisque \(Z \to Y\) est surjectif. Par hypothèse, nous obtenons un unique morphisme \(c' : W' \to Z'\) sur \(X\) et dont \(c\) est la restriction à \(W\). Par unicité, les deux restrictions de \(c'\) à \(W' \times_{T'} W'\) sont égales (puisque les deux restrictions de \(c\) à \(W \times_T W\) sont égales). Ainsi, \(c'\) descend en un unique morphisme \(a' : T' \to Y'\), ce qui conclut.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(h : Z \to X\) un morphisme formellement non ramifié d’espaces algébriques sur \(S\). Il existe un épaississement universel du premier ordre \(Z \subset Z'\) de \(Z\) sur \(X\).
Démonstration
Choisissons un diagramme commutatif quelconque \[\xymatrix{ V \ar[d] \ar[r] & U \ar[d] \\ Z \ar[r] & X }\] où \(V\) et \(U\) sont des schémas et les flèches verticales sont étales. Notons que \(V \to U\) est un morphisme formellement non ramifié de schémas, voir le Lemme 04G8. En combinant le Lemme 0603 et Compléments sur les morphismes, Lemme 04F3, nous voyons qu’il existe un épaississement universel du premier ordre \(V \subset V'\) de \(V\) sur \(U\). D’après le Lemme 0604, partie (1), \(V'\) est un épaississement universel du premier ordre de \(V\) sur \(X\).
Fixons un schéma \(U\) et un morphisme étale surjectif \(U \to X\). L’argument ci-dessus montre que, pour tout \(V \to Z\) étale, où \(V\) est un schéma tel que \(V \to Z \to X\) se factorise par \(U\), il existe un épaississement universel du premier ordre \(V \subset V'\) de \(V\) sur \(X\) (qui ne dépend toutefois pas de la factorisation choisie de \(V \to X\) par \(U\)). Nous pouvons maintenant choisir \(V\) tel que \(V \to Z\) soit étale surjectif (voir Espaces, Lemme 02X1). Alors \(R = V \times_Z V\) est un schéma étale sur \(Z\) tel que \(R \to X\) se factorise lui aussi par \(U\). Nous obtenons donc des épaississements universels du premier ordre \(V \subset V'\) et \(R \subset R'\) sur \(X\). Puisque \(V \subset V'\) est un épaississement universel du premier ordre, les deux projections \(s, t : R \to V\) se relèvent en des morphismes \(s', t': R' \to V'\). D’après le Lemme 0605, puisque \(R'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(R\) sur \(X\), ces morphismes sont étales. Alors \((t', s') : R' \to V'\) est une relation d’équivalence étale, et nous pouvons poser \(Z' = V'/R'\). Puisque \(V' \to Z'\) est étale surjectif et que \(v'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(V\) sur \(X\), nous déduisons du Lemme 0604, partie (2), que \(Z'\) est un épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\).
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(h : Z \to X\) un morphisme formellement non ramifié d’espaces algébriques sur \(S\).
L’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\) est l’épaississement \(Z \subset Z'\) construit au Lemme 0606.
Le faisceau conormal de \(Z\) sur \(X\) est le faisceau conormal de \(Z\) dans son épaississement universel du premier ordre \(Z'\) sur \(X\).
Dans cette situation, nous notons souvent le faisceau conormal \(\mathcal{C}_{Z/X}\).
Nous voyons ainsi qu’il existe une suite exacte courte de faisceaux \[0 \to \mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{O}_{Z'} \to \mathcal{O}_Z \to 0\] sur \(Z_\etale\), et \(\mathcal{C}_{Z/X}\) est un \(\mathcal{O}_Z\)-module quasi-cohérent. Le lemme suivant montre qu’il n’y a pas de conflit entre cette définition et celle du cas où \(Z \to X\) est une immersion.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(i : Z \to X\) une immersion d’espaces algébriques sur \(S\). Alors
\(i\) est formellement non ramifié,
l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\) est le voisinage infinitésimal du premier ordre de \(Z\) dans \(X\) de la Définition 05ZV,
le faisceau conormal de \(i\) au sens de la Définition 04CN coïncide avec le faisceau conormal de \(i\) au sens de la Définition 0607.
Démonstration
Une immersion d’espaces algébriques est, par définition, un morphisme représentable. Par conséquent, d’après Morphismes, Lemmes 02GB et 02GC, une immersion est non ramifiée (par le principe abstrait du chapitre Espaces, Lemme 02YO). Elle est donc formellement non ramifiée d’après le Lemme 04GA. Les autres assertions résultent de la combinaison des Lemmes 05ZW et 05ZX avec les définitions.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(Z \to X\) un morphisme formellement non ramifié d’espaces algébriques sur \(S\). Alors l’épaississement universel du premier ordre \(Z'\) est formellement non ramifié sur \(X\).
Démonstration
Soit \(T \subset T'\) un épaississement du premier ordre de schémas affines sur \(X\). Soit \[\xymatrix{ Z' \ar[d] & T \ar[l]^c \ar[d] \\ X & T' \ar[l] \ar[lu]^{a, b} }\] un diagramme commutatif. Posons \(T_0 = c^{-1}(Z) \subset T\) et \(T'_a = a^{-1}(Z)\) (au sens schématique). Comme \(Z'\) est un épaississement du premier ordre de \(Z\), nous voyons que \(T'\) est un épaississement du premier ordre de \(T'_a\). De plus, puisque \(c = a|_T\), nous avons \(T_0 = T \cap T'_a\) (au sens schématique). Comme \(T'\) est un épaississement du premier ordre de \(T\), il s’ensuit que \(T'_a\) est un épaississement du premier ordre de \(T_0\). Or \(a|_{T'_a}\) et \(b|_{T'_a}\) sont des morphismes de \(T'_a\) vers \(Z'\) sur \(X\) qui coïncident sur \(T_0\) comme morphismes vers \(Z\). La propriété universelle de \(Z'\) donne donc \(a|_{T'_a} = b|_{T'_a}\). Ainsi, \(a\) et \(b\) sont des morphismes depuis l’épaississement du premier ordre \(T'\) de \(T'_a\) dont les restrictions à \(T'_a\) coïncident comme morphismes vers \(Z\). En utilisant une nouvelle fois la propriété universelle de \(Z'\), nous obtenons \(a = b\). Autrement dit, la propriété qui définit un morphisme formellement non ramifié est vérifiée par \(Z' \to X\), comme souhaité.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Considérons un diagramme commutatif d’espaces algébriques sur \(S\) \[\xymatrix{ Z \ar[r]_h \ar[d]_f & X \ar[d]^g \\ W \ar[r]^{h'} & Y }\] où \(h\) et \(h'\) sont formellement non ramifiés. Soit \(Z \subset Z'\) l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\). Soit \(W \subset W'\) l’épaississement universel du premier ordre de \(W\) sur \(Y\). Il existe un morphisme canonique \((f, f') : (Z, Z') \to (W, W')\) d’épaississements sur \(Y\) qui s’insère dans le diagramme commutatif suivant \[\xymatrix{ & & & Z' \ar[ld] \ar[d]^{f'} \\ Z \ar[rr] \ar[d]_f \ar[rrru] & & X \ar[d] & W' \ar[ld] \\ W \ar[rrru]|!{[rr];[rruu]}\hole \ar[rr] & & Y }\] En particulier, le morphisme \((f, f')\) d’épaississements induit un morphisme de faisceaux conormaux \(f^*\mathcal{C}_{W/Y} \to \mathcal{C}_{Z/X}\).
Démonstration
La première assertion résulte immédiatement de la propriété universelle de \(W'\). Le morphisme induit sur les faisceaux conormaux est celui du Lemme 04CP appliqué à \((Z \subset Z') \to (W \subset W')\).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ Z \ar[r]_h \ar[d]_f & X \ar[d]^g \\ W \ar[r]^{h'} & Y }\] un diagramme de produit fibré d’espaces algébriques sur \(S\), où \(h'\) est formellement non ramifié. Alors \(h\) est formellement non ramifié et, si \(W \subset W'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(W\) sur \(Y\), alors \(Z = X \times_Y W \subset X \times_Y W'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\). En particulier, le morphisme canonique \(f^*\mathcal{C}_{W/Y} \to \mathcal{C}_{Z/X}\) du Lemme 060A est surjectif.
Démonstration
Le morphisme \(h\) est formellement non ramifié d’après le Lemme 0600. Il est clair que \(X \times_Y W'\) est un épaississement du premier ordre. On vérifie immédiatement qu’il possède la propriété universelle, car \(W'\) la possède (d’après les propriétés universelles des produits fibrés). Voir le Lemme 04CQ pour comprendre pourquoi cela implique la surjectivité du morphisme de faisceaux conormaux.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ Z \ar[r]_h \ar[d]_f & X \ar[d]^g \\ W \ar[r]^{h'} & Y }\] un diagramme de produit fibré d’espaces algébriques sur \(S\), où \(h'\) est formellement non ramifié et \(g\) plat. Dans ce cas, le morphisme correspondant \(Z' \to W'\) entre les épaississements universels du premier ordre est plat, et \(f^*\mathcal{C}_{W/Y} \to \mathcal{C}_{Z/X}\) est un isomorphisme.
Démonstration
La platitude est préservée par changement de base, voir Morphismes d’espaces, Lemme 03MO. La première assertion découle donc de la description de \(W'\) au Lemme 060B. Il est clair que \(X \times_Y W'\) est un épaississement du premier ordre. On vérifie immédiatement qu’il possède la propriété universelle, car \(W'\) la possède (d’après les propriétés universelles des produits fibrés). Voir le Lemme 04CQ pour comprendre pourquoi cela implique que le morphisme de faisceaux conormaux est un isomorphisme.
Lemme
La formation des épaississements universels du premier ordre commute à la localisation étale. Plus précisément, soit \(h : Z \to X\) un morphisme formellement non ramifié d’espaces algébriques sur un schéma de base \(S\). Considérons \[\xymatrix{ V \ar[d] \ar[r] & U \ar[d] \\ Z \ar[r] & X }\] un diagramme commutatif dont les flèches verticales sont étales. Soit \(Z'\) l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\). Alors \(V \to U\) est formellement non ramifié, et l’épaississement universel du premier ordre \(V'\) de \(V\) sur \(U\) est étale sur \(Z'\). En particulier, \(\mathcal{C}_{Z/X}|_V = \mathcal{C}_{V/U}\).
Démonstration
La première assertion résulte du Lemme 04G8. La compatibilité des épaississements universels du premier ordre résulte des Lemmes 0604 et 0605.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(B\) un espace algébrique sur \(S\). Soit \(h : Z \to X\) un morphisme formellement non ramifié d’espaces algébriques sur \(B\). Soit \(Z \subset Z'\) l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\), de morphisme structural \(h' : Z' \to X\). Le morphisme canonique \[\text{d}h' : (h')^*\Omega_{X/B} \to \Omega_{Z'/B}\] induit un isomorphisme \(h^*\Omega_{X/B} \to \Omega_{Z'/B} \otimes \mathcal{O}_Z\).
Démonstration
Le morphisme \(c_{h'}\) est celui qui est défini au Lemme 04CX. Si \(i : Z \to Z'\) est l’immersion fermée donnée, alors \(i^*c_{h'}\) est un morphisme \(h^*\Omega_{X/S} \to \Omega_{Z'/S} \otimes \mathcal{O}_Z\). Pour vérifier qu’il s’agit d’un isomorphisme, on se ramène au cas des schémas par localisation étale, voir le Lemme 060D et le Lemme 04CU. Dans ce cas, le résultat est Compléments sur les morphismes, Lemme 04FB.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(B\) un espace algébrique sur \(S\). Soit \(h : Z \to X\) un morphisme formellement non ramifié d’espaces algébriques sur \(B\). Il existe une suite exacte canonique \[\mathcal{C}_{Z/X} \to h^*\Omega_{X/B} \to \Omega_{Z/B} \to 0.\] La première flèche est induite par \(\text{d}_{Z'/B}\), où \(Z'\) est le voisinage universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\).
Démonstration
Nous savons qu’il existe une suite exacte canonique \[\mathcal{C}_{Z/Z'} \to \Omega_{Z'/S} \otimes \mathcal{O}_Z \to \Omega_{Z/S} \to 0.\] Cela résulte du Lemme 05ZA. Le résultat s’obtient donc en appliquant le Lemme 060E.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ Z \ar[r]_i \ar[rd]_j & X \ar[d] \\ & Y }\] un diagramme commutatif d’espaces algébriques sur \(S\), où \(i\) et \(j\) sont formellement non ramifiés. Il existe alors une suite exacte canonique \[\mathcal{C}_{Z/Y} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to i^*\Omega_{X/Y} \to 0\] où la première flèche provient du Lemme 060A et la seconde du Lemme 060F.
Démonstration
Les morphismes étant définis, la vérification de l’exactitude de la suite se ramène au cas des schémas par localisation étale, voir le Lemme 060D et le Lemme 04CU. Dans ce cas, le résultat est Compléments sur les morphismes, Lemme 067V.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(Z \to Y \to X\) des morphismes formellement non ramifiés d’espaces algébriques sur \(S\).
Si \(Z \subset Z'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\) et si \(Y \subset Y'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(Y\) sur \(X\), alors il existe un morphisme \(Z' \to Y'\) et \(Y \times_{Y'} Z'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(Y\).
Il existe une suite exacte canonique \[i^*\mathcal{C}_{Y/X} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to 0\] où les morphismes proviennent du Lemme 060A et \(i : Z \to Y\) est le premier morphisme.
Démonstration
Le morphisme \(h : Z' \to Y'\) de (1) provient du Lemme 060A. L’assertion selon laquelle \(Y \times_{Y'} Z'\) est l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(Y\) résulte immédiatement des propriétés universelles de \(Z'\) et de \(Y'\). D’après le Lemme 06BD, nous avons une suite exacte \[(i')^*\mathcal{C}_{Y \times_{Y'} Z'/Z'} \to \mathcal{C}_{Z/Z'} \to \mathcal{C}_{Z/Y \times_{Y'} Z'} \to 0\] où \(i' : Z \to Y \times_{Y'} Z'\) est le morphisme donné. D’après le Lemme 04CQ, il existe une surjection \(h^*\mathcal{C}_{Y/Y'} \to \mathcal{C}_{Y \times_{Y'} Z'/Z'}\). Combinée aux égalités \(\mathcal{C}_{Y/Y'} = \mathcal{C}_{Y/X}\), \(\mathcal{C}_{Z/Z'} = \mathcal{C}_{Z/X}\), et \(\mathcal{C}_{Z/Y \times_{Y'} Z'} = \mathcal{C}_{Z/Y}\), cette surjection démontre le lemme.
Morphismes formellement étales
Dans cette section, nous explicitons ce que signifie pour un morphisme d’espaces algébriques d’être formellement étale.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Un morphisme \(f : X \to Y\) d’espaces algébriques sur \(S\) est dit formellement étale s’il est formellement étale en tant que transformation de foncteurs au sens de la Définition 049S.
Nous ne redonnerons pas les résultats démontrés dans le cadre plus général des transformations de foncteurs formellement étales dans la section 04G3.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est formellement étale,
pour tout diagramme \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r]_\psi & V \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y }\] où \(U\) et \(V\) sont des schémas et où les flèches verticales sont étales, le morphisme de schémas \(\psi\) est formellement étale (au sens de Compléments sur les morphismes, Définition 02HG), et
il existe un tel diagramme dont les flèches verticales sont surjectives et dans lequel \(\psi\) est formellement étale.
Démonstration
Supposons \(f\) formellement étale. D’après le Lemme 04AL, les morphismes \(U \to X\) et \(V \to Y\) sont formellement étales. Ainsi, d’après le Lemme 049T, la composée \(U \to Y\) est formellement étale. Il résulte alors du Lemme 04G5 que \(U \to V\) est formellement étale. Ainsi, (1) implique (2), et (2) implique trivialement (3).
Supposons donné un diagramme comme en (3). D’après le Lemme 04AL, le morphisme \(V \to Y\) est formellement étale. Ainsi, d’après le Lemme 049T, la composée \(U \to Y\) est formellement étale. Il résulte alors du Lemme 04CY que \(X \to Y\) est formellement étale, c’est-à-dire que (1) est vérifiée.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme formellement étale d’espaces algébriques sur \(S\). Alors, pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & T \ar[d]^i \ar[l]_a \\ Y & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] où \(T \subset T'\) est un épaississement du premier ordre d’espaces algébriques sur \(Y\), il existe une unique flèche pointillée qui rend le diagramme commutatif. Autrement dit, dans la Définition 04GC, on peut supprimer la condition que \(T\) soit affine.
Démonstration
Soit \(U' \to T'\) un morphisme étale surjectif, où \(U' = \coprod U'_i\) est une somme disjointe de schémas affines. Posons \(U_i = T \times_{T'} U'_i\). On obtient alors des morphismes \(a'_i : U'_i \to X\) tels que \(a'_i|_{U_i}\) soit égal à la composée \(U_i \to T \to X\). Par unicité (voir le Lemme 05ZY), on voit que \(a'_i\) et \(a'_j\) coïncident sur le produit fibré \(U'_i \times_{T'} U'_j\). Par suite, \(\coprod a'_i : U' \to X\) descend en un unique morphisme \(a' : T' \to X\).
Lemme
La composée de morphismes formellement étales est formellement étale.
Démonstration
C’est formel.
Lemme
Un changement de base d’un morphisme formellement étale est formellement étale.
Démonstration
C’est formel.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est formellement étale,
\(f\) est formellement non ramifié et l’épaississement universel du premier ordre de \(X\) sur \(Y\) est égal à \(X\),
\(f\) est formellement non ramifié et \(\mathcal{C}_{X/Y} = 0\), et
\(\Omega_{X/Y} = 0\) et \(\mathcal{C}_{X/Y} = 0\).
Démonstration
En réalité, la dernière assertion n’a de sens que parce que \(\Omega_{X/Y} = 0\) implique que \(\mathcal{C}_{X/Y}\) est défini par le Lemme 04G9 et la Définition 0607. Cela montre aussi que (3) et (4) sont équivalentes.
Chacune des hypothèses (1), (2) et (3) implique que \(f\) est formellement non ramifié. On peut donc supposer \(f\) formellement non ramifié. L’équivalence de (1), (2) et (3) résulte de la propriété universelle de l’épaississement universel du premier ordre \(X'\) de \(X\) sur \(S\) et du fait que \(X = X' \Leftrightarrow \mathcal{C}_{X/Y} = 0\), puisque, par définition, \(\mathcal{C}_{X/Y} = \mathcal{C}_{X/X'}\) est le faisceau d’idéaux de \(X\) dans \(X'\).
Lemme
Un morphisme plat et non ramifié est formellement étale.
Démonstration
Cela résulte du cas des schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 04FF, et de la localisation étale, voir les Lemmes 04G8 et 04GD, ainsi que Morphismes d’espaces, Lemme 03MM.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
le morphisme \(f\) est étale, et
le morphisme \(f\) est localement de présentation finie et formellement étale.
Démonstration
Cela résulte du cas des schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 02HM, et de la localisation étale, voir le Lemme 04GD, ainsi que Morphismes d’espaces, Lemmes 0410 et 03XT.
Déformations infinitésimales de morphismes
Dans cette section, nous expliquons comment une dérivation peut servir à déformer infinitésimalement un morphisme. Dans toute la section, nous utilisons le fait qu’un faisceau sur un épaississement \(X'\) de \(X\) peut être considéré comme un faisceau sur \(X\), voir les Équations (05ZL) et (05ZM).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(B\) un espace algébrique sur \(S\). Soient \(X \subset X'\) et \(Y \subset Y'\) deux épaississements du premier ordre d’espaces algébriques sur \(B\). Soient \((a, a'), (b, b') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) deux morphismes d’épaississements sur \(B\). Supposons que
\(a = b\), et
les deux morphismes \(a^*\mathcal{C}_{Y/Y'} \to \mathcal{C}_{X/X'}\) (Lemme 04CP) soient égaux.
Alors le morphisme \((a')^\sharp - (b')^\sharp\) se factorise sous la forme \[\mathcal{O}_{Y'} \to \mathcal{O}_Y \xrightarrow{D} a_*\mathcal{C}_{X/X'} \to a_*\mathcal{O}_{X'}\] où \(D\) est une \(\mathcal{O}_B\)-dérivation.
Démonstration
Au lieu de travailler sur \(Y\), travaillons sur \(X\). L’avantage est que le foncteur d’image inverse \(a^{-1}\) est exact. En utilisant (1) et (2), on obtient un diagramme commutatif à lignes exactes \[\xymatrix{ 0 \ar[r] & \mathcal{C}_{X/X'} \ar[r] & \mathcal{O}_{X'} \ar[r] & \mathcal{O}_X \ar[r] & 0 \\ 0 \ar[r] & a^{-1}\mathcal{C}_{Y/Y'} \ar[r] \ar[u] & a^{-1}\mathcal{O}_{Y'} \ar[r] \ar@<1ex>[u]^{(a')^\sharp} \ar@<-1ex>[u]_{(b')^\sharp} & a^{-1}\mathcal{O}_Y \ar[r] \ar[u] & 0 }\] Or il est général que, dans une telle situation, la différence des morphismes de \(\mathcal{O}_B\)-algèbres \((a')^\sharp\) et \((b')^\sharp\) est une \(\mathcal{O}_B\)-dérivation de \(a^{-1}\mathcal{O}_Y\) dans \(\mathcal{C}_{X/X'}\). Par adjonction entre les foncteurs \(a^{-1}\) et \(a_*\), cela revient à une \(\mathcal{O}_B\)-dérivation de \(\mathcal{O}_Y\) dans \(a_*\mathcal{C}_{X/X'}\). Nous omettons certains détails.
Notons que, dans la situation du lemme ci-dessus, on peut écrire \(D\) sous la forme [0619]\[\begin{equation} D = \text{d}_{Y/B} \circ \theta \end{equation}\] où \(\theta\) est une application \(\mathcal{O}_Y\)-linéaire \(\theta : \Omega_{Y/B} \to a_*\mathcal{C}_{X/X'}\). Bien entendu, par adjonction encore, on peut alors considérer \(\theta\) comme une application \(\mathcal{O}_X\)-linéaire \(\theta : a^*\Omega_{Y/B} \to \mathcal{C}_{X/X'}\).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(B\) un espace algébrique sur \(S\). Soit \((a, a') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) un morphisme d’épaississements du premier ordre sur \(B\). Soit \[\theta : a^*\Omega_{Y/B} \to \mathcal{C}_{X/X'}\] une application \(\mathcal{O}_X\)-linéaire. Il existe alors un unique morphisme d’épaississements \((b, b') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) tel que (1) et (2) du Lemme 0618 soient vérifiées et que la dérivation \(D\) et \(\theta\) soient reliées par l’Équation (0619).
Démonstration
Considérons le morphisme \[\alpha = (a')^\sharp + D : a^{-1}\mathcal{O}_{Y'} \to \mathcal{O}_{X'}\] où \(D\) est comme dans l’Équation (0619). Puisque \(D\) est une \(\mathcal{O}_B\)-dérivation, il en résulte que \(\alpha\) est un morphisme de faisceaux de \(\mathcal{O}_B\)-algèbres. Par construction, on a \(i_X^\sharp \circ \alpha = a^\sharp \circ i_Y^\sharp\), où \(i_X : X \to X'\) et \(i_Y : Y \to Y'\) sont les immersions fermées données. D’après le Lemme 05ZN, on obtient un unique morphisme \((a, b') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) d’épaississements sur \(B\) tel que \(\alpha = (b')^\sharp\). En posant \(b = a\), le résultat est démontré.
Remarque
Mêmes hypothèses et notations qu’au Lemme 04D0. L’action d’une section locale \(\theta\) sur \(a'\) est parfois notée \(\theta \cdot a'\). Notons que cela signifie seulement que \((a')^\sharp\) et \((\theta \cdot a')^\sharp\) diffèrent d’une dérivation \(D\) reliée à \(\theta\) par l’Équation (0619).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(B\) un espace algébrique sur \(S\). Soient \(X \subset X'\) et \(Y \subset Y'\) des épaississements du premier ordre sur \(B\). Supposons donnés un morphisme \(a : X \to Y\) et un morphisme \(A : a^*\mathcal{C}_{Y/Y'} \to \mathcal{C}_{X/X'}\) de \(\mathcal{O}_X\)-modules. Pour un objet \(U'\) de \((X')_{spaces, \etale}\) avec \(U = X \times_{X'} U'\) considérons les morphismes \(a' : U' \to Y'\) tels que
\(a'\) soit un morphisme sur \(B\),
\(a'|_U = a|_U\), et
le morphisme induit \(a^*\mathcal{C}_{Y/Y'}|_U \to \mathcal{C}_{X/X'}|_U\) soit la restriction de \(A\) à \(U\).
Alors la règle [061B]\[\begin{equation} U' \mapsto \{a' : U' \to Y'\text{ tels que (1), (2), (3) soient satisfaites.}\} \end{equation}\] définit un faisceau d’ensembles sur \((X')_{spaces, \etale}\).
Démonstration
Notons \(\mathcal{F}\) la règle du lemme. Le morphisme de restriction \(\mathcal{F}(U') \to \mathcal{F}(V')\) associé à \(V' \subset U' \subset X'\) pour la règle \(\mathcal{F}\) est bien le morphisme de restriction \(a' \mapsto a'|_{V'}\). Avec cette définition, il est clair que \(\mathcal{F}\) est un faisceau, car les morphismes d’espaces algébriques vérifient la descente étale, voir Descente sur les espaces, Lemme 04P2.
Lemme
Mêmes notations et hypothèses qu’au Lemme 061A. Nous identifions les faisceaux sur \(X\) et \(X'\) au moyen de (05ZL). Le faisceau \[\SheafHom_{\mathcal{O}_X}(a^*\Omega_{Y/B}, \mathcal{C}_{X/X'})\] opère sur le faisceau (061B). En outre, cette action est simplement transitive pour tout objet \(U'\) de \((X')_{spaces, \etale}\) au-dessus duquel le faisceau (061B) possède une section.
Démonstration
Remarque
Un cas particulier des Lemmes 0618, 04D0, 061A, et 061C est celui où \(Y = Y'\). Dans ce cas, le morphisme \(A\) est toujours nul. Le faisceau du Lemme 061A est simplement donné par la règle \[U' \mapsto \{a' : U' \to Y\text{ au-dessus de }B\text{ tel que } a'|_U = a|_U\}\] sur lequel opère le faisceau \(\SheafHom_{\mathcal{O}_X}(a^*\Omega_{Y/B}, \mathcal{C}_{X/X'})\).
Remarque
Un autre cas particulier des Lemmes 0618, 04D0, 061A, et 061C est celui où \(B\) est lui-même l’espace ambiant d’un épaississement \(Z \subset Z' = B\) et où \(Y = Z \times_{Z'} Y'\). Représentons la situation par \[\xymatrix{ (X \subset X') \ar@{..>}[rr]_{(a, ?)} \ar[rd]_{(g, g')} & & (Y \subset Y') \ar[ld]^{(h, h')} \\ & (Z \subset Z') }\] Dans ce cas, le morphisme \(A : a^*\mathcal{C}_{Y/Y'} \to \mathcal{C}_{X/X'}\) est déterminé par \(a\) : le morphisme \(h^*\mathcal{C}_{Z/Z'} \to \mathcal{C}_{Y/Y'}\) est surjectif (car nous avons supposé \(Y = Z \times_{Z'} Y'\)) ; par conséquent, son image inverse \(g^*\mathcal{C}_{Z/Z'} = a^*h^*\mathcal{C}_{Z/Z'} \to a^*\mathcal{C}_{Y/Y'}\) est surjective, et la composée \(g^*\mathcal{C}_{Z/Z'} \to a^*\mathcal{C}_{Y/Y'} \to \mathcal{C}_{X/X'}\) doit être le morphisme canonique induit par \(g'\). Ainsi, le faisceau du Lemme 061A est simplement donné par la règle \[U' \mapsto \{a' : U' \to Y'\text{ au-dessus de }Z'\text{ tel que } a'|_U = a|_U\}\] sur lequel opère le faisceau \(\SheafHom_{\mathcal{O}_X}(a^*\Omega_{Y/Z}, \mathcal{C}_{X/X'})\).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Considérons un diagramme commutatif d’épaississements du premier ordre \[\vcenter{ \xymatrix{ (T_2 \subset T_2') \ar[d]_{(h, h')} \ar[rr]_{(a_2, a_2')} & & (X_2 \subset X_2') \ar[d]^{(f, f')} \\ (T_1 \subset T_1') \ar[rr]^{(a_1, a_1')} & & (X_1 \subset X_1') } } \quad \begin{matrix} \text{et un} \\ \text{diagramme commutatif} \end{matrix} \quad \vcenter{ \xymatrix{ X_2' \ar[r] \ar[d] & B_2 \ar[d] \\ X_1' \ar[r] & B_1 } }\] d’espaces algébriques sur \(S\), où \(X_2 \to X_1\) et \(B_2 \to B_1\) sont étales. Pour toute application \(\mathcal{O}_{T_1}\)-linéaire \(\theta_1 : a_1^*\Omega_{X_1/B_1} \to \mathcal{C}_{T_1/T'_1}\), soit \(\theta_2\) la composée \[\xymatrix{ a_2^*\Omega_{X_2/B_2} \ar@{=}[r] & h^*a_1^*\Omega_{X_1/B_1} \ar[r]^-{h^*\theta_1} & h^*\mathcal{C}_{T_1/T'_1} \ar[r] & \mathcal{C}_{T_2/T'_2} }\] (le signe d’égalité est expliqué dans la démonstration). Alors le diagramme \[\xymatrix{ T_2' \ar[rr]_{\theta_2 \cdot a_2'} \ar[d] & & X'_2 \ar[d] \\ T_1' \ar[rr]^{\theta_1 \cdot a_1'} & & X'_1 }\] est commutatif, où les actions \(\theta_2 \cdot a_2'\) et \(\theta_1 \cdot a_1'\) sont celles de la Remarque 0CK6.
Démonstration
Le signe d’égalité provient de l’identification \(f^*\Omega_{X_1/S_1} = \Omega_{X_2/S_2}\) que l’on obtient parce que la construction du faisceau des différentielles est compatible avec la localisation étale (tant à la source qu’au but), voir le Lemme 04CU. En effet, on a ainsi \(a_2^*\Omega_{X_2/S_2} = a_2^*f^*\Omega_{X_1/S_1} = h^*a_1^*\Omega_{X_1/S_1}\) puisque \(f \circ a_2 = a_1 \circ h\). Cela étant, la commutativité du diagramme se vérifie localement pour la topologie étale. On peut donc supposer que \(T'_i\), \(X'_i\), \(B_2\) et \(B_1\) sont des schémas ; dans ce cas, le lemme résulte de Compléments sur les morphismes, Lemme 04BY. Autre démonstration : d’après le Lemme 05ZN, il suffit de montrer qu’un certain diagramme de faisceaux d’anneaux sur \(X_1'\) est commutatif ; on raisonne alors exactement comme dans la démonstration du lemme précité de Compléments sur les morphismes, Lemme 04BY pour voir que c’est bien le cas.
Déformations infinitésimales d’espaces algébriques
Le lemme élémentaire suivant est souvent un outil commode pour vérifier si une déformation infinitésimale d’un morphisme est plate.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \((f, f') : (X \subset X') \to (Y \subset Y')\) un morphisme d’épaississements du premier ordre d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(f\) soit plat. Alors les assertions suivantes sont équivalentes :
\(f'\) est plat et \(X = Y \times_{Y'} X'\), et
le morphisme canonique \(f^*\mathcal{C}_{Y/Y'} \to \mathcal{C}_{X/X'}\) est un isomorphisme.
Démonstration
Choisissons un schéma \(V'\) et un morphisme étale surjectif \(V' \to Y'\). Choisissons un schéma \(U'\) et un morphisme étale surjectif \(U' \to X' \times_{Y'} V'\). Posons \(U = X \times_{X'} U'\) et \(V = Y \times_{Y'} V'\). D’après notre définition d’un morphisme plat d’espaces algébriques, le morphisme induit \(g : U \to V\) est un morphisme plat de schémas, et \(f'\) est plat si et seulement si le morphisme correspondant \(g' : U' \to V'\) est plat. De plus, \(X = Y \times_{Y'} X'\) si et seulement si \(U = V \times_{V'} V'\). Enfin, le morphisme \(f^*\mathcal{C}_{Y/Y'} \to \mathcal{C}_{X/X'}\) est un isomorphisme si et seulement si \(g^*\mathcal{C}_{V/V'} \to \mathcal{C}_{U/U'}\) est un isomorphisme. Le lemme résulte donc de son analogue pour les morphismes de schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 063Y.
Le lemme suivant est la version « nilpotente » du « critère de platitude par fibres », voir la section 05WX.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (X \subset X') \ar[rr]_{(f, f')} \ar[rd] & & (Y \subset Y') \ar[ld] \\ & (B \subset B') }\] d’épaississements d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que
\(X'\) soit plat sur \(B'\),
\(f\) soit plat,
\(B \subset B'\) soit un épaississement d’ordre fini, et
\(X = B \times_{B'} X'\) et \(Y = B \times_{B'} Y'\).
Alors \(f'\) est plat et \(Y'\) est plat sur \(B'\) en tout point de l’image de \(f'\).
Démonstration
Choisissons un schéma \(U'\) et un morphisme étale surjectif \(U' \to B'\). Choisissons un schéma \(V'\) et un morphisme étale surjectif \(V' \to U' \times_{B'} Y'\). Choisissons un schéma \(W'\) et un morphisme étale surjectif \(W' \to V' \times_{Y'} X'\). Soient \(U, V, W\) les changements de base de \(U', V', W'\) par \(B \to B'\). Alors la platitude de \(f'\) est équivalente à celle de \(W' \to V'\), et nous savons que \(W \to V\) est plat. Nous pouvons donc appliquer le lemme dans le cas des schémas au diagramme \[\xymatrix{ (W \subset W') \ar[rr] \ar[rd] & & (V \subset V') \ar[ld] \\ & (U \subset U') }\] d’épaississements de schémas. Voir Compléments sur les morphismes, Lemme 06AF. L’assertion relative à la platitude de \(Y'/B'\) aux points de l’image de \(f'\) se démontre de la même manière.
De nombreuses propriétés des morphismes de schémas sont préservées par les déformations plates.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (X \subset X') \ar[rr]_{(f, f')} \ar[rd] & & (Y \subset Y') \ar[ld] \\ & (B \subset B') }\] d’épaississements d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(B \subset B'\) soit un épaississement d’ordre fini, que \(X'\) soit plat sur \(B'\), que \(X = B \times_{B'} X'\), et que \(Y = B \times_{B'} Y'\). Alors
\(f\) est représentable si et seulement si \(f'\) est représentable, [0CG7]
\(f\) est plat si et seulement si \(f'\) est plat, [0CG8]
\(f\) est un isomorphisme si et seulement si \(f'\) est un isomorphisme, [0CG9]
\(f\) est une immersion ouverte si et seulement si \(f'\) est une immersion ouverte, [0CGA]
\(f\) est quasi-compact si et seulement si \(f'\) est quasi-compact, [0CGB]
\(f\) est universellement fermé si et seulement si \(f'\) est universellement fermé, [0CGC]
\(f\) est (quasi-)séparé si et seulement si \(f'\) est (quasi-)séparé, [0CGD]
\(f\) est un monomorphisme si et seulement si \(f'\) est un monomorphisme, [0CGE]
\(f\) est surjectif si et seulement si \(f'\) est surjectif, [0CGF]
\(f\) est universellement injectif si et seulement si \(f'\) est universellement injectif, [0CGG]
\(f\) est affine si et seulement si \(f'\) est affine, [0CGH]
\(f\) est localement de type fini si et seulement si \(f'\) est localement de type fini,
\(f\) est localement quasi-fini si et seulement si \(f'\) est localement quasi-fini, [0CGJ]
\(f\) est localement de présentation finie si et seulement si \(f'\) est localement de présentation finie,
\(f\) est localement de type fini de dimension relative \(d\) si et seulement si \(f'\) est localement de type fini de dimension relative \(d\),
\(f\) est universellement ouvert si et seulement si \(f'\) est universellement ouvert, [0CGM]
\(f\) est syntomique si et seulement si \(f'\) est syntomique, [0CGN]
\(f\) est lisse si et seulement si \(f'\) est lisse, [0CGP]
\(f\) est non ramifié si et seulement si \(f'\) est non ramifié, [0CGQ]
\(f\) est étale si et seulement si \(f'\) est étale, [0CGR]
\(f\) est propre si et seulement si \(f'\) est propre, [0CGS]
\(f\) est entier si et seulement si \(f'\) est entier, [0CGT]
\(f\) est fini si et seulement si \(f'\) est fini, [0CGU]
\(f\) est fini localement libre (de rang \(d\)) si et seulement si \(f'\) est fini localement libre (de rang \(d\)), et
ajouter d’autres cas ici.
Démonstration
Le cas (0CG7) résulte du Lemme 09ZY.
Choisissons un schéma \(U'\) et un morphisme étale surjectif \(U' \to B'\). Choisissons un schéma \(V'\) et un morphisme étale surjectif \(V' \to U' \times_{B'} Y'\). Choisissons un schéma \(W'\) et un morphisme étale surjectif \(W' \to V' \times_{Y'} X'\). Soient \(U, V, W\) les changements de base de \(U', V', W'\) par \(B \to B'\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ (W \subset W') \ar[rr] \ar[rd] & & (V \subset V') \ar[ld] \\ & (U \subset U') }\] d’épaississements de schémas. Pour chacune des propriétés qui sont locales pour la topologie étale à la source et au but, le résultat découle immédiatement du résultat correspondant pour les morphismes d’épaississements de schémas, appliqué au diagramme ci-dessus. Ainsi, les cas (0CG8), (0CGI), (0CGJ), (0CGK), (0CGL), (0CGN), (0CGP), (0CGQ), (0CGR) résultent des cas correspondants de Compléments sur les morphismes, Lemme 06AG.
Puisque \(X \to X'\) et \(Y \to Y'\) sont des homéomorphismes universels, toute question portant sur la topologie des morphismes \(X \to Y\) et \(X' \to Y'\) reçoit la même réponse. Ainsi, les cas (0CGB), (0CGC), (0CGF), (0CGG), et (0CGM) sont vérifiés.
Dans chacun des cas restants, nous démontrons seulement l’implication \(f\text{ possède }P \Rightarrow f'\text{ possède }P\), car l’autre implication résulte du fait que \(P\) est stable par changement de base, voir Espaces, Lemme 02YW et Morphismes d’espaces, Lemmes 03KL, 042P, 03WI, 04WP, 03ZS, et 03ZY.
Le cas (0CGA). Supposons que \(f\) soit une immersion ouverte. Alors \(f'\) est étale d’après (0CGR) et universellement injectif d’après (0CGG) ; ainsi, \(f'\) est une immersion ouverte, voir Morphismes d’espaces, Lemme 05W5. On peut éviter d’utiliser ce lemme en utilisant d’abord (0CG7) pour se ramener au cas des schémas.
Le cas (0CG9) résulte des cas (0CGA) et (0CGF).
Le cas (0CGD). Voir le Lemme 09ZY.
Le cas (0CGE). Supposons que \(f\) soit un monomorphisme. Considérons le morphisme diagonal \(\Delta_{X'/Y'} : X' \to X' \times_{Y'} X'\). Le changement de base de \(\Delta_{X'/Y'}\) par \(B \to B'\) est \(\Delta_{X/Y}\), qui est un isomorphisme par hypothèse. D’après (0CG9), nous concluons que \(\Delta_{X'/Y'}\) est un isomorphisme et donc que \(f'\) est un monomorphisme.
Le cas (0CGH). Voir le Lemme 09ZY.
Le cas (0CGS). Voir le Lemme 09ZZ.
Le cas (0CGT). Voir le Lemme 09ZY.
Le cas (0CGU). Voir le Lemme 09ZZ.
Le cas (0CGV). Supposons \(f\) fini localement libre. D’après (0CGU), \(f'\) est fini. D’après (0CG8), \(f'\) est plat. D’après (0CGK), \(f'\) est localement de présentation finie. Ainsi, \(f'\) est fini localement libre d’après Morphismes d’espaces, Lemme 0416.
Le lemme suivant est la version « localement nilpotente » du « critère de platitude par fibres », voir la section 05WX.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (X \subset X') \ar[rr]_{(f, f')} \ar[rd] & & (Y \subset Y') \ar[ld] \\ & (B \subset B') }\] d’épaississements d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que
\(Y' \to B'\) soit localement de type fini,
\(X' \to B'\) soit plat et localement de présentation finie,
\(f\) soit plat, et
\(X = B \times_{B'} X'\) et \(Y = B \times_{B'} Y'\).
Alors \(f'\) est plat et, pour tout \(y' \in |Y'|\) dans l’image de \(|f'|\), le morphisme \(Y' \to B'\) est plat en \(y'\).
Démonstration
Choisissons un schéma \(U'\) et un morphisme étale surjectif \(U' \to B'\). Choisissons un schéma \(V'\) et un morphisme étale surjectif \(V' \to U' \times_{B'} Y'\). Choisissons un schéma \(W'\) et un morphisme étale surjectif \(W' \to V' \times_{Y'} X'\). Soient \(U, V, W\) les changements de base de \(U', V', W'\) par \(B \to B'\). Alors la platitude de \(f'\) est équivalente à celle de \(W' \to V'\), et nous savons que \(W \to V\) est plat. Nous pouvons donc appliquer le lemme dans le cas des schémas au diagramme \[\xymatrix{ (W \subset W') \ar[rr] \ar[rd] & & (V \subset V') \ar[ld] \\ & (U \subset U') }\] d’épaississements de schémas. Voir Compléments sur les morphismes, Lemme 0CF3. L’assertion relative à la platitude de \(Y'/B'\) aux points de l’image de \(f'\) se démontre de la même manière.
De nombreuses propriétés des morphismes de schémas sont préservées par les déformations plates comme dans le lemme ci-dessus.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ (X \subset X') \ar[rr]_{(f, f')} \ar[rd] & & (Y \subset Y') \ar[ld] \\ & (B \subset B') }\] d’épaississements d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(Y' \to B'\) soit localement de type fini, que \(X' \to B'\) soit plat et localement de présentation finie, que \(X = B \times_{B'} X'\) et que \(Y = B \times_{B'} Y'\). Alors
\(f\) est représentable si et seulement si \(f'\) est représentable, [0CGY]
\(f\) est plat si et seulement si \(f'\) est plat, [0CGZ]
\(f\) est un isomorphisme si et seulement si \(f'\) est un isomorphisme, [0CH0]
\(f\) est une immersion ouverte si et seulement si \(f'\) est une immersion ouverte, [0CH1]
\(f\) est quasi-compact si et seulement si \(f'\) est quasi-compact, [0CH2]
\(f\) est universellement fermé si et seulement si \(f'\) est universellement fermé, [0CH3]
\(f\) est (quasi-)séparé si et seulement si \(f'\) est (quasi-)séparé, [0CH4]
\(f\) est un monomorphisme si et seulement si \(f'\) est un monomorphisme, [0CH5]
\(f\) est surjectif si et seulement si \(f'\) est surjectif, [0CH6]
\(f\) est universellement injectif si et seulement si \(f'\) est universellement injectif, [0CH7]
\(f\) est affine si et seulement si \(f'\) est affine, [0CH8]
\(f\) est localement quasi-fini si et seulement si \(f'\) est localement quasi-fini, [0CH9]
\(f\) est localement de type fini de dimension relative \(d\) si et seulement si \(f'\) est localement de type fini de dimension relative \(d\),
\(f\) est universellement ouvert si et seulement si \(f'\) est universellement ouvert, [0CHB]
\(f\) est syntomique si et seulement si \(f'\) est syntomique, [0CHC]
\(f\) est lisse si et seulement si \(f'\) est lisse, [0CHD]
\(f\) est non ramifié si et seulement si \(f'\) est non ramifié, [0CHE]
\(f\) est étale si et seulement si \(f'\) est étale, [0CHF]
\(f\) est propre si et seulement si \(f'\) est propre, [0CHG]
\(f\) est fini si et seulement si \(f'\) est fini, [0CHH]
\(f\) est fini localement libre (de rang \(d\)) si et seulement si \(f'\) est fini localement libre (de rang \(d\)), et
ajouter d’autres cas ici.
Démonstration
Le cas (0CGY) résulte du Lemme 09ZY.
Choisissons un schéma \(U'\) et un morphisme étale surjectif \(U' \to B'\). Choisissons un schéma \(V'\) et un morphisme étale surjectif \(V' \to U' \times_{B'} Y'\). Choisissons un schéma \(W'\) et un morphisme étale surjectif \(W' \to V' \times_{Y'} X'\). Soient \(U, V, W\) les changements de base de \(U', V', W'\) par \(B \to B'\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ (W \subset W') \ar[rr] \ar[rd] & & (V \subset V') \ar[ld] \\ & (U \subset U') }\] d’épaississements de schémas. Pour chacune des propriétés qui sont locales pour la topologie étale à la source et au but, le résultat découle immédiatement du résultat correspondant pour les morphismes d’épaississements de schémas, appliqué au diagramme ci-dessus. Ainsi, les cas (0CGZ), (0CH9), (0CHA), (0CHC), (0CHD), (0CHE), (0CHF) résultent des cas correspondants de Compléments sur les morphismes, Lemme 0CF4.
Puisque \(X \to X'\) et \(Y \to Y'\) sont des homéomorphismes universels, toute question portant sur la topologie des morphismes \(X \to Y\) et \(X' \to Y'\) reçoit la même réponse. Ainsi, les cas (0CH2), (0CH3), (0CH6), (0CH7), et (0CHB) sont vérifiés.
Dans chacun des cas restants, nous démontrons seulement l’implication \(f\text{ possède }P \Rightarrow f'\text{ possède }P\), car l’autre implication résulte du fait que \(P\) est stable par changement de base, voir Espaces, Lemme 02YW et Morphismes d’espaces, Lemmes 03KL, 042P, 03WI, 04WP, 03ZS, et 03ZY.
Le cas (0CH1). Supposons que \(f\) soit une immersion ouverte. Alors \(f'\) est étale d’après (0CHF) et universellement injectif d’après (0CH7) ; ainsi, \(f'\) est une immersion ouverte, voir Morphismes d’espaces, Lemme 05W5. On peut éviter d’utiliser ce lemme en utilisant d’abord (0CGY) pour se ramener au cas des schémas.
Le cas (0CH0) résulte des cas (0CH1) et (0CH6).
Le cas (0CH4). Voir le Lemme 09ZY.
Le cas (0CH5). Supposons que \(f\) soit un monomorphisme. Considérons le morphisme diagonal \(\Delta_{X'/Y'} : X' \to X' \times_{Y'} X'\). Le changement de base de \(\Delta_{X'/Y'}\) par \(B \to B'\) est \(\Delta_{X/Y}\), qui est un isomorphisme par hypothèse. D’après (0CH0), nous concluons que \(\Delta_{X'/Y'}\) est un isomorphisme et donc que \(f'\) est un monomorphisme.
Le cas (0CH8). Voir le Lemme 09ZY.
Le cas (0CHG). Voir le Lemme 0BPJ.
Le cas (0CHH). Voir le Lemme 0BPJ.
Le cas (0CHI). Supposons \(f\) fini localement libre. D’après (0CHH), \(f'\) est fini. D’après (0CGZ), \(f'\) est plat. De plus, \(f'\) est localement de présentation finie d’après Morphismes d’espaces, Lemme 05WT. Ainsi, \(f'\) est fini localement libre d’après Morphismes d’espaces, Lemme 0416.
Morphismes formellement lisses
Dans cette section, nous introduisons la notion de morphisme formellement lisse \(X \to Y\) d’espaces algébriques. Un tel morphisme est caractérisé par la propriété que, pour \(T\), les points de \(X\) à valeurs dans ce schéma se relèvent aux épaississements infinitésimaux de \(T\), pourvu que \(T\) soit affine. Le résultat principal affirme qu’un morphisme formellement lisse et localement de présentation finie est lisse, voir le Lemme 04AM. Il se trouve que ce critère est souvent plus facile à utiliser que le critère jacobien.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Un morphisme \(f : X \to Y\) d’espaces algébriques sur \(S\) est dit formellement lisse s’il est formellement lisse comme transformation de foncteurs au sens de la Définition 049S.
Dans le cas des morphismes formellement non ramifiés et formellement étales, on pourrait omettre l’hypothèse que \(T'\) soit affine, voir les Lemmes 05ZY et 0611. Ce n’est plus vrai dans le cas des morphismes formellement lisses. En fait, une condition un peu plus naturelle consisterait à pouvoir compléter la flèche pointillée localement pour la topologie étale sur \(T'\). En effet, l’analyse de la démonstration du Lemme 04AM montre que cela serait équivalent à la définition sous sa forme actuelle. Il est aussi vrai qu’exiger l’existence de la flèche pointillée localement pour la topologie fppf sur \(T'\) suffirait, mais cela est un peu plus difficile à démontrer.
Nous ne reformulerons pas les résultats démontrés dans le cadre plus général des transformations de foncteurs formellement lisses à la section 04G3.
Lemme
Une composée de morphismes formellement lisses est formellement lisse.
Démonstration
Démonstration omise.
Lemme
Un changement de base d’un morphisme formellement lisse est formellement lisse.
Démonstration
Démonstration omise, mais voir Algèbre, Lemme 00TJ pour la version algébrique.
Lemme
Soit \(f : X \to S\) un morphisme de schémas. Alors \(f\) est formellement étale si et seulement si \(f\) est formellement lisse et formellement non ramifié.
Démonstration
Démonstration omise.
Voici un lemme auxiliaire qui sera englobé par le Lemme 061K.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r]_\psi & V \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y }\] un diagramme commutatif de morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Si les flèches verticales sont étales et si \(f\) est formellement lisse, alors \(\psi\) est formellement lisse.
Démonstration
D’après le Lemme 04AL, les morphismes \(U \to X\) et \(V \to Y\) sont formellement étales. D’après le Lemme 049T, la composée \(U \to Y\) est formellement lisse. D’après le Lemme 04G5, nous voyons que \(\psi : U \to V\) est formellement lisse.
Le lemme suivant est le résultat principal de cette section. Combiné avec la Proposition de Limites d’espaces 04AK, il implique que l’on peut reconnaître si un morphisme d’espaces algébriques \(f : X \to Y\) est lisse au moyen de propriétés « simples » de la transformation de foncteurs \(X \to Y\).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
Le morphisme \(f\) est lisse.
Le morphisme \(f\) est localement de présentation finie et formellement lisse.
Démonstration
Supposons que \(f : X \to S\) soit localement de présentation finie et formellement lisse. Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r]_\psi & V \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y }\] où \(U\) et \(V\) sont des schémas et où les flèches verticales sont étales et surjectives. D’après le Lemme 061H, nous voyons que \(\psi : U \to V\) est formellement lisse. D’après Morphismes d’espaces, Lemme 0410 le morphisme \(\psi\) est localement de présentation finie. Par conséquent, dans le cas des schémas, le morphisme \(\psi\) est lisse, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 02H6. Ainsi, \(f\) est lisse, voir Morphismes d’espaces, Lemme 03ZF.
Réciproquement, supposons que \(f : X \to Y\) soit lisse. Considérons un diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & T \ar[d]^i \ar[l]^a \\ Y & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] comme dans la Définition 060G. Nous allons montrer que la flèche pointillée existe, ce qui démontrera que \(f\) est formellement lisse. Soit \(\mathcal{F}\) le faisceau d’ensembles sur \((T')_{spaces, \etale}\) du Lemme 061A, dans le cas particulier examiné à la Remarque 061D. Soit \[\mathcal{H} = \SheafHom_{\mathcal{O}_T}(a^*\Omega_{X/Y}, \mathcal{C}_{T/T'})\] le faisceau de \(\mathcal{O}_T\)-modules sur \(T_{spaces, \etale}\) muni de l’action \(\mathcal{H} \times \mathcal{F} \to \mathcal{F}\) du Lemme 061C. L’action \(\mathcal{H} \times \mathcal{F} \to \mathcal{F}\) fait de \(\mathcal{F}\) un pseudo-torseur sous \(\mathcal{H}\), voir Cohomologie sur les sites, Définition 03AH. Notre but est de montrer que \(\mathcal{F}\) est un torseur trivial sous \(\mathcal{H}\). Il y a deux étapes : (I) Pour montrer que \(\mathcal{F}\) est un torseur, nous devons montrer que \(\mathcal{F}\) possède localement pour la topologie étale une section. (II) Pour montrer que \(\mathcal{F}\) est le torseur trivial, il suffit de montrer que \(H^1(T_\etale, \mathcal{H}) = 0\), voir Cohomologie sur les sites, Lemme 03AJ.
Démontrons d’abord (I). Pour cela, choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r]_\psi & V \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y }\] où \(U\) et \(V\) sont des schémas et où les flèches verticales sont étales et surjectives. Comme \(f\) est supposé lisse, nous voyons que \(\psi\) est lisse et donc formellement lisse d’après le Lemme 04AL. D’après le même lemme, le morphisme \(V \to Y\) est formellement étale. Ainsi, d’après le Lemme 049T, la composée \(U \to Y\) est formellement lisse. L’étape (I) résulte alors du Lemme 04CY, partie (4).
Démontrons enfin (II). D’après le Lemme 05ZF, nous voyons que \(\Omega_{X/S}\) est de présentation finie. Ainsi, \(a^*\Omega_{X/S}\) est de présentation finie (voir Propriétés d’espaces, section 05VR). Par conséquent, le faisceau \(\mathcal{H} = \SheafHom_{\mathcal{O}_T}(a^*\Omega_{X/Y}, \mathcal{C}_{T/T'})\) est quasi-cohérent d’après Propriétés d’espaces, Lemme 03M1. Ainsi, d’après Descente, Proposition 03DW et Cohomologie des schémas, Lemme 01XB nous avons \[H^1(T_{spaces, \etale}, \mathcal{H}) = H^1(T_\etale, \mathcal{H}) = H^1(T, \mathcal{H}) = 0\] comme voulu.
Les morphismes lisses satisfont une forte propriété locale de relèvement, voir le Lemme 0CHJ. Si, dans le lemme, nous supposons que \(T'\) est affine, alors nous ignorons s’il est nécessaire de prendre un recouvrement étale. Plus précisément, si nous avons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d] & T \ar[l] \ar[d] \\ Y & T' \ar[l] \ar@{..>}[lu] }\] d’espaces algébriques où \(X \to Y\) est lisse et où \(T \to T'\) est un épaississement de schémas affines, existe-t-il toujours une flèche pointillée rendant le diagramme commutatif ? Si vous connaissez la réponse ou une référence, veuillez écrire à stacks.project@gmail.com.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d] & T \ar[l] \ar[d] \\ Y & T' \ar[l] }\] d’espaces algébriques sur \(S\), où \(X \to Y\) est lisse et où \(T \to T'\) est un épaississement. Alors il existe un recouvrement étale \(\{T'_i \to T'\}\) tel que nous puissions trouver la flèche pointillée dans \[\xymatrix{ X \ar[d] & T \ar[l] \ar[d] & T \times_{T'} T'_i \ar[l] \ar[d] \\ Y & T' \ar[l] & T'_i \ar[l] \ar@{..>}[llu] }\] qui rend le diagramme commutatif (pour tout \(i\)).
Démonstration
Choisissons un recouvrement étale \(\{Y_i \to Y\}\) où chaque \(Y_i\) est affine. Après avoir remplacé \(T'\) par le recouvrement étale induit, nous pouvons supposer que \(Y\) est affine.
Supposons que \(Y\) soit affine. Choisissons un recouvrement étale \(\{X_i \to X\}\). Il donne naissance à un recouvrement étale de \(T\). Ce recouvrement étale de \(T\) provient d’un recouvrement étale de \(T'\) (d’après le Théorème 05ZH, voir la discussion de la section 05ZJ). Nous pouvons donc supposer que \(X\) est affine.
Supposons que \(X\) et \(Y\) soient affines. Nous pouvons encore remplacer \(T'\) par un recouvrement étale et supposer que \(T'\) est affine. Dans ce cas, le lemme résulte de Algèbre, Lemme 07K4.
Nous poursuivons un peu pour montrer que la propriété d’être formellement lisse est locale pour la topologie étale à la source. Pour commencer, nous montrons qu’un morphisme formellement lisse possède un faisceau de différentielles bien comporté. La notion de module quasi-cohérent localement projectif est définie dans Propriétés d’espaces, section 060P.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme formellement lisse d’espaces algébriques sur \(S\). Alors \(\Omega_{X/Y}\) est localement projectif sur \(X\).
Démonstration
Choisissons un diagramme \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r]_\psi & V \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y }\] où \(U\) et \(V\) sont des schémas affines (!) et où les flèches verticales sont étales. D’après le Lemme 061H, nous voyons que \(\psi : U \to V\) est formellement lisse. Ainsi, \(\Gamma(V, \mathcal{O}_V) \to \Gamma(U, \mathcal{O}_U)\) est un homomorphisme d’anneaux formellement lisse, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 02H4. Par conséquent, d’après Algèbre, Lemme 031I, le \(\Gamma(U, \mathcal{O}_U)\)-module \(\Omega_{\Gamma(U, \mathcal{O}_U)/\Gamma(V, \mathcal{O}_V)}\) est projectif. Ainsi, \(\Omega_{U/V}\) est localement projectif, voir Propriétés, section 05JN. Puisque \(\Omega_{X/Y}|_U = \Omega_{U/V}\), nous voyons que \(\Omega_{X/Y}\) est lui aussi localement projectif. (En effet, nous pouvons trouver un recouvrement étale de \(X\) par des \(U\) affines s’insérant dans des diagrammes comme ci-dessus — les détails sont omis.)
Lemme
Soit \(T\) un schéma affine. Soient \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) des \(\mathcal{O}_T\)-modules quasi-cohérents sur \(T_\etale\). Considérons le faisceau Hom interne \(\mathcal{H} = \SheafHom_{\mathcal{O}_T}(\mathcal{F}, \mathcal{G})\) sur \(T_\etale\). Si \(\mathcal{F}\) est localement projectif, alors \(H^1(T_\etale, \mathcal{H}) = 0\).
Démonstration
D’après la définition d’un faisceau localement projectif sur un espace algébrique (voir Propriétés d’espaces, Définition 060R), nous voyons que \(\mathcal{F}_{Zar} = \mathcal{F}|_{T_{Zar}}\) est un faisceau localement projectif sur le schéma \(T\). Ainsi, \(\mathcal{F}_{Zar}\) est un facteur direct d’un \(\mathcal{O}_{T_{Zar}}\)-module libre. Nous concluons alors (puisque \(\mathcal{F} = (\mathcal{F}_{Zar})^a\), voir Descente, Proposition 03DX) que \(\mathcal{F}\) est un facteur direct d’un \(\mathcal{O}_T\)-module libre sur \(T_\etale\). Nous pouvons donc supposer que \(\mathcal{F} = \bigoplus_{i \in I} \mathcal{O}_T\) est un module libre. Dans ce cas, \(\mathcal{H} = \prod_{i \in I} \mathcal{G}\) est un produit de modules quasi-cohérents. D’après Cohomologie sur les sites, Lemme 060L, nous concluons que \(H^1 = 0\), car la cohomologie d’un faisceau quasi-cohérent sur un schéma affine est nulle, voir Descente, Proposition 03DW et Cohomologie des schémas, Lemme 01XB.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est formellement lisse,
pour tout diagramme \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r]_\psi & V \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y }\] où \(U\) et \(V\) sont des schémas et où les flèches verticales sont étales, le morphisme de schémas \(\psi\) est formellement lisse (au sens de Compléments sur les morphismes, Définition 02H8), et
pour un tel diagramme à flèches verticales surjectives, le morphisme \(\psi\) est formellement lisse.
Démonstration
Nous avons vu que (1) implique (2) et (3) dans le Lemme 061H. Supposons (3). La démonstration du fait que \(f\) est formellement lisse est entièrement semblable à la démonstration de (1) \(\Rightarrow\) (2) du Lemme 04AM.
Considérons un diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & T \ar[d]^i \ar[l]^a \\ Y & T' \ar[l] \ar@{-->}[lu] }\] comme dans la Définition 060G. Nous allons montrer que la flèche pointillée existe, ce qui démontrera que \(f\) est formellement lisse. Soit \(\mathcal{F}\) le faisceau d’ensembles sur \((T')_{spaces, \etale}\) du Lemme 061A, dans le cas particulier examiné à la Remarque 061D. Soit \[\mathcal{H} = \SheafHom_{\mathcal{O}_T}(a^*\Omega_{X/Y}, \mathcal{C}_{T/T'})\] le faisceau de \(\mathcal{O}_T\)-modules sur \(T_{spaces, \etale}\) muni de l’action \(\mathcal{H} \times \mathcal{F} \to \mathcal{F}\) comme dans le Lemme 061C. L’action \(\mathcal{H} \times \mathcal{F} \to \mathcal{F}\) fait de \(\mathcal{F}\) un pseudo-torseur sous \(\mathcal{H}\), voir Cohomologie sur les sites, Définition 03AH. Notre but est de montrer que \(\mathcal{F}\) est un torseur trivial sous \(\mathcal{H}\). Il y a deux étapes : (I) Pour montrer que \(\mathcal{F}\) est un torseur, nous devons montrer que \(\mathcal{F}\) possède localement pour la topologie étale une section. (II) Pour montrer que \(\mathcal{F}\) est le torseur trivial, il suffit de montrer que \(H^1(T_\etale, \mathcal{H}) = 0\), voir Cohomologie sur les sites, Lemme 03AJ.
Démontrons d’abord (I). Pour cela, considérons un diagramme (qui existe puisque nous supposons (3)) \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r]_\psi & V \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y }\] où \(U\) et \(V\) sont des schémas, où les flèches verticales sont étales et surjectives, et où \(\psi\) est formellement lisse. D’après le Lemme 04AL, le morphisme \(V \to Y\) est formellement étale. Ainsi, d’après le Lemme 049T, la composée \(U \to Y\) est formellement lisse. L’étape (I) résulte alors du Lemme 04CY, partie (4).
Démontrons enfin (II). D’après le Lemme 061I, nous voyons que \(\Omega_{U/V}\) est localement projectif. Ainsi, \(\Omega_{X/Y}\) est localement projectif, voir Descente sur les espaces, Lemme 060Y. Par conséquent, \(a^*\Omega_{X/Y}\) est localement projectif, voir Propriétés d’espaces, Lemme 060S. Ainsi, \[H^1(T_\etale, \mathcal{H}) = H^1(T_\etale, \SheafHom_{\mathcal{O}_T}(a^*\Omega_{X/Y}, \mathcal{C}_{T/T'}) = 0\] d’après le Lemme 061J, comme voulu.
Lemme
La propriété \(\mathcal{P}(f) =\) « \(f\) est formellement lisse » est locale pour la topologie fpqc sur la base.
Démonstration
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur un schéma \(S\). Choisissons un ensemble d’indices \(I\) et des diagrammes \[\xymatrix{ U_i \ar[d] \ar[r]_{\psi_i} & V_i \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y }\] à flèches verticales étales, où \(U_i\) et \(V_i\) sont des schémas affines. De plus, supposons que \(\coprod U_i \to X\) et \(\coprod V_i \to Y\) soient surjectifs, voir Propriétés d’espaces, Lemme 03FX. D’après le Lemme 061K, nous voyons que \(f\) est formellement lisse si et seulement si chacun des morphismes \(\psi_i\) est formellement lisse. Nous nous ramenons donc au cas d’un morphisme de schémas affines. Dans ce cas, le résultat résulte de Algèbre, Lemme 06CM. Certains détails sont omis.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(f\) soit formellement lisse. Alors la suite \[0 \to f^*\Omega_{Y/Z} \to \Omega_{X/Z} \to \Omega_{X/Y} \to 0\] du Lemme 05Z8 est exacte courte.
Démonstration
Cela résulte du cas des schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 06B6, par localisation étale, voir les Lemmes 061K et 04CU.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(B\) un espace algébrique sur \(S\). Soit \(h : Z \to X\) un morphisme formellement non ramifié d’espaces algébriques sur \(B\). Supposons que \(Z\) soit formellement lisse sur \(B\). Alors la suite exacte canonique \[0 \to \mathcal{C}_{Z/X} \to h^*\Omega_{X/B} \to \Omega_{Z/B} \to 0\] du Lemme 060F est exacte courte.
Démonstration
Soit \(Z \to Z'\) l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\). La démonstration du Lemme 060F montre que notre suite s’identifie à la suite \[\mathcal{C}_{Z/Z'} \to \Omega_{Z'/B} \otimes \mathcal{O}_Z \to \Omega_{Z/B} \to 0.\] Puisque \(Z \to S\) est formellement lisse, nous pouvons, localement pour la topologie étale sur \(Z'\), trouver un inverse à gauche \(Z' \to Z\) sur \(B\) du morphisme d’inclusion \(Z \to Z'\). Ainsi, la suite est localement scindée pour la topologie étale, voir le Lemme 05ZB.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ Z \ar[r]_i \ar[rd]_j & X \ar[d]^f \\ & Y }\] un diagramme commutatif d’espaces algébriques sur \(S\), où \(i\) et \(j\) sont formellement non ramifiés et où \(f\) est formellement lisse. Alors la suite exacte canonique \[0 \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to i^*\Omega_{X/Y} \to 0\] du Lemme 06BE est exacte et localement scindée.
Démonstration
Notons \(Z \to Z'\) l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(X\). Notons \(Z \to Z''\) l’épaississement universel du premier ordre de \(Z\) sur \(Y\). D’après le Lemme 060F, il existe un morphisme canonique \(Z' \to Z''\) tel que nous ayons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ Z \ar[r]_{i'} \ar[rd]_{j'} & Z' \ar[r]_a \ar[d]^k & X \ar[d]^f \\ & Z'' \ar[r]^b & Y }\] La suite ci-dessus s’identifie à la suite \[\mathcal{C}_{Z/Z''} \to \mathcal{C}_{Z/Z'} \to (i')^*\Omega_{Z'/Z''} \to 0\] par nos définitions des faisceaux conormaux aux morphismes formellement non ramifiés. Soit \(U'' \to Z''\) un morphisme étale avec \(U''\) affine. Notons \(U \to Z\) et \(U' \to Z'\) les schémas affines correspondants, étales sur \(Z\) et \(Z'\). Comme \(f\) est formellement lisse, il existe un morphisme \(h : U'' \to X\) qui coïncide avec \(i\) sur \(U\) et tel que \(f \circ h\) soit égal à \(b|_{U''}\). Puisque \(Z'\) est l’épaississement universel du premier ordre, nous obtenons un unique morphisme \(g : U'' \to Z'\) tel que \(g = a \circ h\). La propriété universelle de \(Z''\) implique que \(k \circ g\) est le morphisme d’inclusion \(U'' \to Z''\). Ainsi, \(g\) est un inverse à gauche de \(k\). La situation est \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r] & Z' \ar[d]^k \\ U'' \ar[r] \ar[ru]^g & Z'' }\] Ainsi, \(g\) induit un morphisme \(\mathcal{C}_{Z/Z'}|_U \to \mathcal{C}_{Z/Z''}|_U\) qui est un inverse à gauche du morphisme \(\mathcal{C}_{Z/Z''} \to \mathcal{C}_{Z/Z'}\) sur \(U\).
Lissité sur une base noethérienne
Cette section est l’analogue de Compléments sur les morphismes, section 02HW.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(x \in |X|\). Supposons que \(Y\) soit localement noethérien et \(f\) localement de type fini. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est lisse en \(x\),
pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & \Spec(B) \ar[d]^i \ar[l]^-\alpha \\ Y & \Spec(B') \ar[l]_-{\beta} \ar@{-->}[lu] }\] où \(B' \to B\) est une surjection d’anneaux locaux telle que \(\Ker(B' \to B)\) soit de carré nul, et où \(\alpha\) envoie le point fermé de \(\Spec(B)\) sur \(x\), il existe une flèche pointillée qui rend le diagramme commutatif, et
la même condition qu’en (2), mais où \(B' \to B\) parcourt les petites extensions (voir Algèbre, Définition 02HS).
Démonstration
La condition (1) signifie qu’il existe un sous-espace ouvert \(X' \subset X\) tel que \(X' \to Y\) soit lisse. Ainsi, (1) implique les conditions (2) et (3) d’après le Lemme 04AM. La condition (2) implique trivialement la condition (3). Supposons (3). Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d] & U \ar[l] \ar[d] \\ Y & V \ar[l] }\] où \(U\) et \(V\) sont affines, où les flèches horizontales sont étales, et tel qu’il existe un point \(u \in U\) envoyé sur \(x\). Considérons ensuite un diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d] & U \ar[l] \ar[d] & \Spec(B) \ar[d]^i \ar[l]^-\alpha \\ Y & V \ar[l] & \Spec(B') \ar[l]_-{\beta} }\] comme en (3), mais pour \(u \in U \to V\). Soit \(\gamma : \Spec(B') \to X\) la flèche fournie par notre hypothèse que (3) vaut pour \(X\). Puisque \(U \to X\) est étale et donc formellement étale (Lemme 0616), le morphisme \(\gamma\) possède un unique relèvement à \(U\) compatible avec \(\alpha\). Puisque \(V \to Y\) est étale, donc formellement étale, ce relèvement est compatible avec \(\beta\). Ainsi, (3) vaut pour \(u \in U \to V\), et nous concluons que \(U \to V\) est lisse en \(u\) d’après Compléments sur les morphismes, Lemme 02HX. Cela montre que \(X \to Y\) est lisse en \(x\), et achève la démonstration.
Il est parfois utile de savoir qu’il suffit de vérifier le critère de relèvement pour les petites extensions « centrées » en des points de type fini (voir Morphismes d’espaces, section 06EE).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(Y\) soit localement noethérien et \(f\) localement de type fini. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est lisse,
pour tout diagramme commutatif de flèches pleines \[\xymatrix{ X \ar[d]_f & \Spec(B) \ar[d]^i \ar[l]^-\alpha \\ Y & \Spec(B') \ar[l]_-{\beta} \ar@{-->}[lu] }\] où \(B' \to B\) est une petite extension d’anneaux locaux artiniens et où \(\beta\) est de type fini (!), il existe une flèche pointillée qui rend le diagramme commutatif.
Démonstration
Si \(f\) est lisse, alors le critère infinitésimal de relèvement (Lemme 04AM) affirme que \(f\) est formellement lisse, et (2) est vérifiée.
Supposons que \(f\) ne soit pas lisse. L’ensemble des points \(x \in X\) où \(f\) n’est pas lisse forme une partie fermée \(T\) de \(|X|\). D’après Morphismes d’espaces, Lemme 06EK, il existe un point \(x \in T \subset X\) tel que \(x \in X_{\text{ft-pts}}\). Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[d] & U \ar[l] \ar[d] & u \ar@{|->}[d] \\ Y & V \ar[l] & v }\] où \(U\) et \(V\) sont affines, où les flèches horizontales sont étales, et tel qu’il existe un point \(u \in U\) envoyé sur \(x\). Alors \(u\) est un point de type fini de \(U\). Puisque \(U \to V\) n’est pas lisse au point \(u\), d’après Compléments sur les morphismes, Lemme 02HX, il existe un diagramme \[\xymatrix{ X \ar[d] & U \ar[l] \ar[d] & \Spec(B) \ar[d]^i \ar[l]^-\alpha \\ Y & V \ar[l] & \Spec(B') \ar[l]_-{\beta} \ar@{-->}[lu] }\] où \(B' \to B\) est une petite extension d’anneaux locaux (artiniens), telle que le corps résiduel de \(B\) soit égal à \(\kappa(v)\) et que la flèche pointillée n’existe pas. Puisque \(U \to V\) est de type fini, nous voyons que \(v\) est un point de type fini de \(V\). D’après Morphismes, Lemme 02HV, le morphisme \(\beta\) est de type fini ; par conséquent, la composée \(\Spec(B) \to Y\) est elle aussi de type fini. En raisonnant exactement comme dans la démonstration du Lemme 0APN (en utilisant que \(U \to X\) et \(V \to Y\) sont étales, donc formellement étales), nous voyons qu’il ne peut exister de flèche \(\Spec(B) \to X\) s’insérant dans le rectangle extérieur du dernier diagramme affiché. Autrement dit, (2) n’est pas vérifiée, et la démonstration est terminée.
Voici une application utile.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(f\) soit localement de type fini et \(Y\) localement noethérien. Soit \(Z \subset Y\) un sous-espace fermé dont le voisinage infinitésimal d’ordre \(n\) est \(Z_n \subset Y\). Posons \(X_n = Z_n \times_Y X\).
Si \(X_n \to Z_n\) est lisse pour tout \(n\), alors \(f\) est lisse en tout point de \(f^{-1}(Z)\).
Si \(X_n \to Z_n\) est étale pour tout \(n\), alors \(f\) est étale en tout point de \(f^{-1}(Z)\).
Démonstration
Supposons que \(X_n \to Z_n\) soit lisse pour tout \(n\). Soit \(x \in X\) un point situé au-dessus d’un point de \(Z\). Étant donnés une petite extension \(B' \to B\) et des morphismes \(\alpha\), \(\beta\) comme dans le Lemme 0APN, partie (3), l’idéal maximal de \(B'\) est nilpotent (puisque \(B'\) est artinien), et le morphisme \(\beta\) se factorise donc par \(Z_n\), tandis que \(\alpha\) se factorise par \(X_n\) pour un \(n\) convenable. Ainsi, la propriété de relèvement pour \(X_n \to Z_n\) s’applique et fournit la flèche pointillée souhaitée dans le diagramme. Cela démontre (1). La partie (2) résulte de (1) et du fait qu’un morphisme est étale si et seulement s’il est lisse de dimension relative \(0\).
Le complexe cotangent naïf
Cette section prolonge Modules sur les sites, section 08TT, qui prolonge à son tour la discussion menée dans Algèbre, section 00S0.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Le complexe cotangent naïf de \(f\) est le complexe défini dans Modules sur les sites, Définition 08U0 pour le morphisme de topos annelés \(f_{small}\) entre les petits sites étales de \(X\) et \(Y\), voir Propriétés d’espaces, Lemme 03G8. Notation : \(\NL_f\) ou \(\NL_{X/Y}\).
Les lemmes suivants montrent que cette définition est compatible avec celle pour les homomorphismes d’anneaux et pour les schémas, et que \(\NL_{X/Y}\) est un objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d]_p \ar[r]_g & V \ar[d]^q \\ X \ar[r]^f & Y }\] d’espaces algébriques sur \(S\) où \(p\) et \(q\) sont étales. Alors il existe une identification canonique \(\NL_{X/Y}|_{U_\etale} = \NL_{U/V}\) dans \(D(\mathcal{O}_U)\).
Démonstration
La formation du complexe cotangent naïf commute à l’image inverse (Modules sur les sites, Lemme 08TZ) et nous avons \(p_{small}^{-1}\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_U\) ainsi que \(g_{small}^{-1}\mathcal{O}_{V_\etale} = p_{small}^{-1}f_{small}^{-1}\mathcal{O}_{Y_\etale}\) car \(q_{small}^{-1}\mathcal{O}_{Y_\etale} = \mathcal{O}_{V_\etale}\) d’après Propriétés d’espaces, Lemme 03LV. En suivant les définitions, nous concluons que \(\NL_{X/Y}|_{U_\etale} = \NL_{U/V}\).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons \(X\) et \(Y\) représentés par des schémas \(X_0\) et \(Y_0\). Alors il existe une identification canonique \(\NL_{X/Y} = \epsilon^*\NL_{X_0/Y_0}\) dans \(D(\mathcal{O}_X)\) où \(\epsilon\) est celui de Catégories dérivées d’espaces, section 071P et \(\NL_{X_0/Y_0}\) est défini dans Compléments sur les morphismes, Définition 0D0H.
Démonstration
Soit \(f_0 : X_0 \to Y_0\) le morphisme de schémas correspondant à \(f\). Il existe un morphisme canonique \(\epsilon^{-1}f_0^{-1}\mathcal{O}_{Y_0} \to f_{small}^{-1}\mathcal{O}_Y\) compatible avec \(\epsilon^\sharp : \epsilon^{-1}\mathcal{O}_{X_0} \to \mathcal{O}_X\) car il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X_{0, Zar} \ar[d]_{f_0} & X_\etale \ar[l]^\epsilon \ar[d]^f \\ Y_{0, Zar} & Y_\etale \ar[l]_\epsilon }\] voir Catégories dérivées d’espaces, Remarque 08GH. Nous obtenons ainsi un morphisme canonique \[\epsilon^{-1}\NL_{X_0/Y_0} = \epsilon^{-1}\NL_{\mathcal{O}_{X_0}/f_0^{-1}\mathcal{O}_{Y_0}} = \NL_{\epsilon^{-1}\mathcal{O}_{X_0}/\epsilon^{-1}f_0^{-1}\mathcal{O}_{Y_0}} \to \NL_{\mathcal{O}_X/f^{-1}_{small}\mathcal{O}_Y} = \NL_{X/Y}\] par fonctorialité du complexe cotangent naïf. Pour voir que le morphisme induit \(\epsilon^*\NL_{X_0/Y_0} \to \NL_{X/Y}\) est un isomorphisme dans \(D(\mathcal{O}_X)\), il suffit de le vérifier sur les fibres aux points géométriques (Propriétés d’espaces, Théorème 04K5). Soit \(\overline{x} : \Spec(k) \to X_0\) un point géométrique situé au-dessus de \(x \in X_0\), et soit \(\overline{y} = f \circ \overline{x}\) situé au-dessus de \(y \in Y_0\). Alors \[\NL_{X/Y, \overline{x}} = \NL_{\mathcal{O}_{X, \overline{x}}/\mathcal{O}_{Y, \overline{y}}}\] Cela est vrai parce que le passage à la fibre en \(\overline{x}\) revient à prendre l’image inverse par \(\overline{x} : \Spec(k) \to X\) et que nous pouvons appliquer Modules sur les sites, Lemme 08TZ. D’autre part, nous avons \[(\epsilon^*\NL_{X_0/Y_0})_{\overline{x}} = \NL_{X_0/Y_0, x} \otimes_{\mathcal{O}_{X_0, x}} \mathcal{O}_{X, \overline{x}} = \NL_{\mathcal{O}_{X_0, x}/\mathcal{O}_{Y_0, y}} \otimes_{\mathcal{O}_{X_0, x}} \mathcal{O}_{X, \overline{x}}\] Certains détails sont omis (indication : utiliser le fait que la fibre d’une image inverse est la fibre au point image, voir Sites, Lemme 05V1, ainsi que le résultat correspondant pour les modules, voir Modules sur les sites, Lemme 05V5). Observons que \(\mathcal{O}_{X, \overline{x}}\) est l’hensélisé strict de \(\mathcal{O}_{X_0, x}\), et de même pour \(\mathcal{O}_{Y, \overline{y}}\) (Propriétés d’espaces, Lemme 04KF). Le résultat découle donc de Compléments sur l’algèbre, Lemme 0D08.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les faisceaux de cohomologie du complexe \(\NL_{X/Y}\) sont quasi-cohérents et nuls en dehors des degrés \(-1\), \(0\) ; le faisceau \(\Omega_{X/Y}\) est sa cohomologie en degré \(0\).
Démonstration
Par construction du complexe cotangent naïf dans Modules sur les sites, section 08TT, nous savons que \(\NL_{X/Y}\) est un complexe nul en dehors des degrés \(-1\), \(0\) et que sa cohomologie en degré \(0\) est \(\Omega_{X/Y}\) (d’après notre construction de \(\Omega_{X/Y}\) à la section 04CR). Le faisceau des différentielles est quasi-cohérent (d’après le Lemme 04CV). Pour achever la démonstration, il suffit de montrer que \(H^{-1}(\NL_{X/Y})\) est quasi-cohérent. Cela résulte d’une vérification locale pour la topologie étale (permise par le Lemme 0D0W et Propriétés d’espaces, Lemme 03M0) qui nous ramène au cas des schémas (Lemme 0D0X), puis de l’emploi du résultat dans le cas des schémas (Compléments sur les morphismes, Lemme 0D0J).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Si \(f\) est localement de présentation finie, alors \(\NL_{X/Y}\) est, localement pour la topologie étale sur \(X\), quasi-isomorphe à un complexe \[\ldots \to 0 \to \mathcal{F}^{-1} \to \mathcal{F}^0 \to 0 \to \ldots\] de \(\mathcal{O}_X\)-modules quasi-cohérents où \(\mathcal{F}^0\) est de présentation finie et \(\mathcal{F}^{-1}\) de type fini.
Démonstration
La formation du complexe cotangent naïf commute à la localisation étale d’après le Lemme 0D0W. Nous nous ramenons ainsi au cas des schémas par le Lemme 0D0X. Dans le cas des schémas, le résultat est Compléments sur les morphismes, Lemme 0D0K.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est formellement lisse,
\(H^{-1}(\NL_{X/Y}) = 0\) et le module \(H^0(\NL_{X/Y}) = \Omega_{X/Y}\) est localement projectif.
Démonstration
Cela résulte du Lemme 061K, du Lemme 0D0W, du Lemme 0D0X et du cas des schémas, traité dans Compléments sur les morphismes, Lemme 0D0L.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est formellement étale,
\(H^{-1}(\NL_{X/Y}) = H^0(\NL_{X/Y}) = 0\).
Démonstration
Supposons (1). Tout morphisme formellement étale est formellement lisse. Ainsi \(H^{-1}(\NL_{X/Y}) = 0\) d’après le Lemme 0D10. D’autre part, un morphisme formellement étale est formellement non ramifié ; par conséquent, \(\Omega_{X/Y} = 0\) d’après le Lemme 04G9. Réciproquement, si (2) est vérifiée, alors \(f\) est formellement lisse d’après le Lemme 0D10 et formellement non ramifié d’après le Lemme 04G9, et donc formellement étale d’après le Lemme 061G.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de schémas. Les assertions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est lisse, et
\(f\) est localement de présentation finie, \(H^{-1}(\NL_{X/Y}) = 0\), et le module \(H^0(\NL_{X/Y}) = \Omega_{X/Y}\) est localement libre de type fini.
Démonstration
Cela résulte du Lemme 061K, du Lemme 0D0W, du Lemme 0D0X et du cas des schémas, traité dans Compléments sur les morphismes, Lemme 0D0N.
Ouverture du lieu de platitude
Cette section est l’analogue de Compléments sur les morphismes, section 0398. Notons que nous avons défini la notion de platitude pour les modules quasi-cohérents sur les espaces algébriques dans Morphismes d’espaces, section 05VT.
Théorème
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un faisceau quasi-cohérent sur \(X\). Supposons que \(f\) soit localement de présentation finie et que \(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module localement de présentation finie. Alors \[\{x \in |X| : \mathcal{F}\text{ est plat sur }Y\text{ en }x\}\] est ouvert dans \(|X|\).
Démonstration
Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d]_p \ar[r]_\alpha & V \ar[d]^q \\ X \ar[r]^a & Y }\] où \(U\), \(V\) sont des schémas et \(p\), \(q\) sont étales et surjectifs comme dans Espaces, Lemme 02X1. D’après Compléments sur les morphismes, Théorème 0399, l’ensemble \(U' = \{u \in |U| : p^*\mathcal{F}\text{ est plat sur }V\text{ en }u\}\) est ouvert dans \(U\). D’après Morphismes d’espaces, Définition 05VV, l’image de \(U'\) dans \(|X|\) est l’ensemble du théorème. La démonstration est donc terminée, car l’application \(|U| \to |X|\) est ouverte, voir Propriétés d’espaces, Lemme 03BX.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ X' \ar[r]_{g'} \ar[d]_{f'} & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r]^g & Y }\] un diagramme cartésien d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Supposons que \(g\) soit plat, que \(f\) soit localement de présentation finie, et que \(\mathcal{F}\) soit localement de présentation finie. Alors \[\{x' \in |X'| : (g')^*\mathcal{F}\text{ est plat sur }Y'\text{ en }x'\}\] est l’image inverse de la partie ouverte du Théorème 05WV par l’application continue \(|g'| : |X'| \to |X|\).
Démonstration
Cela découle de Morphismes d’espaces, Lemme 05VW.
Critère de platitude par fibres
Soit \(S\) un schéma. Considérons un diagramme commutatif d’espaces algébriques sur \(S\) \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[dr]_g & & Y \ar[dl]^h \\ & Z }\] et un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent \(\mathcal{F}\). Étant donné un point \(x \in |X|\), nous nous demandons si \(\mathcal{F}\) est plat sur \(Y\) en \(x\). Si \(\mathcal{F}\) est plat sur \(Z\) en \(x\), le théorème ci-dessous affirme que cette question est étroitement liée à celle de savoir si la restriction de \(\mathcal{F}\) à la fibre de \(X \to Z\) au-dessus de \(g(x)\) est plate sur la fibre de \(Y \to Z\) au-dessus de \(g(x)\). Pour donner un sens à cet énoncé, nous proposons le lemme préliminaire suivant.
Lemme
Dans la situation ci-dessus, les assertions suivantes sont équivalentes :
Choisissons un point géométrique \(\overline{x}\) de \(X\) situé au-dessus de \(x\). Posons \(\overline{y} = f \circ \overline{x}\) et \(\overline{z} = g \circ \overline{x}\). Alors le module \(\mathcal{F}_{\overline{x}}/ \mathfrak m_{\overline{z}}\mathcal{F}_{\overline{x}}\) est plat sur \(\mathcal{O}_{Y, \overline{y}}/ \mathfrak m_{\overline{z}}\mathcal{O}_{Y, \overline{y}}\).
Choisissons un morphisme \(x : \Spec(K) \to X\) dans la classe d’équivalence de \(x\). Posons \(z = g \circ x\), \(X_z = \Spec(K) \times_{z, Z} X\), \(Y_z = \Spec(K) \times_{z, Z} Y\), et soit \(\mathcal{F}_z\) l’image inverse de \(\mathcal{F}\) sur \(X_z\). Alors \(\mathcal{F}_z\) est plat en \(x\) sur \(Y_z\) (au sens de Morphismes d’espaces, Définition 05VV).
Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & & & U \ar[llld]_a \ar[rr] \ar[dr] & & V \ar[llld]_>>>>>>>b \ar[dl] \\ X \ar[rr]_f \ar[dr]_g & & Y \ar[dl]^h & & W \ar[llld]_c \\ & Z }\] où \(U, V, W\) sont des schémas et \(a, b, c\) sont étales, ainsi qu’un point \(u \in U\) envoyé sur \(x\). Soit \(w \in W\) l’image de \(u\). Soit \(\mathcal{F}_w\) l’image inverse de \(\mathcal{F}\) sur la fibre \(U_w\) de \(U \to W\) en \(w\). Alors \(\mathcal{F}_w\) est plat sur \(V_w\) en \(u\).
Démonstration
Notons qu’en (2), le morphisme \(x : \Spec(K) \to X\) définit un point \(K\)-rationnel de \(X_z\) ; l’énoncé a donc bien un sens. En outre, la condition de (2) est indépendante du choix de \(\Spec(K) \to X\) dans la classe d’équivalence de \(x\) (les détails sont omis ; cela résultera aussi des arguments ci-dessous, puisque les autres conditions ne dépendent pas de ce choix). Notons également que nous pouvons toujours choisir un diagramme comme en (3) de la manière suivante : choisissons d’abord un schéma \(W\) et un morphisme étale surjectif \(W \to Z\), puis un schéma \(V\) et un morphisme étale surjectif \(V \to W \times_Z Y\), et enfin un schéma \(U\) et un morphisme étale surjectif \(U \to V \times_Y X\). Ces choix étant faits, nous prenons pour \(U \to W\) la composée \(U \to V \to W\) et pouvons choisir un point \(u \in U\) envoyé sur \(x\), puisque le morphisme \(U \to X\) est surjectif.
Supposons donnés à la fois un diagramme comme en (3) et un point géométrique \(\overline{x} : \Spec(k) \to X\) comme en (1). D’après Propriétés d’espaces, Lemme 05VN nous pouvons choisir un point géométrique \(\overline{u} : \Spec(k) \to U\) au-dessus de \(u\) tel que \(\overline{x} = a \circ \overline{u}\). Notons \(\overline{v} : \Spec(k) \to V\) et \(\overline{w} : \Spec(k) \to W\) les points géométriques induits de \(V\) et \(W\). Dans cette situation, nous savons que \(\mathcal{O}_{X, \overline{x}} = \mathcal{O}_{U, u}^{sh}\) et de même pour \(Y\) et \(Z\), voir Propriétés d’espaces, Lemme 04KF. De même, nous avons \[\mathcal{F}_{\overline{x}} = (a^*\mathcal{F})_u \otimes_{\mathcal{O}_{U, u}} \mathcal{O}_{U, u}^{sh}\] voir Propriétés d’espaces, Lemme 05VP. Notons que la fibre de \(\mathcal{F}_w\) en \(u\) est donnée par \[(\mathcal{F}_w)_u = (a^*\mathcal{F})_u/\mathfrak m_w(a^*\mathcal{F})_u\] et que l’anneau local de \(V_w\) en \(v\) est donné par \[\mathcal{O}_{V_w, v} = \mathcal{O}_{V, v}/\mathfrak m_w\mathcal{O}_{V, v}.\] Puisque \(\mathfrak m_{\overline{z}} = \mathfrak m_w \mathcal{O}_{Z, \overline{z}} = \mathfrak m_w \mathcal{O}_{W, w}^{sh}\) nous voyons que \[\begin{align*} \mathcal{F}_{\overline{x}}/ \mathfrak m_{\overline{z}}\mathcal{F}_{\overline{x}} & = (a^*\mathcal{F})_u \otimes_{\mathcal{O}_{U, u}} \mathcal{O}_{X, \overline{x}}/ \mathfrak m_{\overline{z}}\mathcal{O}_{X, \overline{x}} \\ & = (\mathcal{F}_w)_u \otimes_{\mathcal{O}_{U_w, u}} \mathcal{O}_{U, u}^{sh}/\mathfrak m_w\mathcal{O}_{U, u}^{sh} \\ & = (\mathcal{F}_w)_u \otimes_{\mathcal{O}_{U_w, u}} \mathcal{O}_{U_w, \overline{u}}^{sh} \\ & = (\mathcal{F}_w)_{\overline{u}} \end{align*}\] l’avant-dernière égalité résultant du Lemme 05WS d’Algèbre et la dernière du Lemme 05VP de Propriétés d’espaces. Les mêmes arguments appliqués aux faisceaux structuraux de \(V\) et \(Y\) montrent que \[\mathcal{O}_{V_w, \overline{v}}^{sh} = \mathcal{O}_{V, v}^{sh}/\mathfrak m_w \mathcal{O}_{V, v}^{sh} = \mathcal{O}_{Y, \overline{y}}/ \mathfrak m_{\overline{z}}\mathcal{O}_{Y, \overline{y}}.\] Nous pouvons maintenant appliquer Morphismes d’espaces, Lemme 05VU, pour voir que (1) est équivalente à (3).
Enfin, démontrons l’équivalence de (2) et (3). Pour cela, choisissons une extension de corps \(\tilde K\) de \(K\) et un morphisme \(\tilde x : \Spec(\tilde K) \to U\) qui est situé au-dessus de \(u\) (c’est possible car \(u \times_{X, x} \Spec(K)\) est un schéma non vide). Soit \(\tilde z : \Spec(\tilde K) \to U \to W\) la composée. Nous obtenons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & & & U_w \times_w \tilde z \ar[llld]_a \ar[rr] \ar[dr] & & V_w \times_w \tilde z \ar[llld]_>>>>>>>b \ar[dl] \\ X_z \ar[rr]_f \ar[dr]_g & & Y_z \ar[dl]^h & & \tilde z \ar[llld]_c \\ & z }\] où \(z = \Spec(K)\) et \(w = \Spec(\kappa(w))\). Il est alors clair que \(\mathcal{F}_w\) et \(\mathcal{F}_z\) ont pour images inverses le même module sur \(U_w \times_w \tilde z\). Nous obtenons ainsi un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X_z \ar[d] & U_w \times_w \tilde z \ar[l] \ar[d] \ar[r] & U_w \ar[d] \\ Y_z & V_w \times_w \tilde z \ar[l] \ar[r] & V_w }\] dont les deux carrés sont cartésiens et dont les flèches horizontales du bas sont plates : la flèche horizontale inférieure gauche est la composée du morphisme \(Y \times_Z \tilde z \to Y \times_Z z = Y_z\) (changement de base d’un morphisme plat), du morphisme étale \(V \times_Z \tilde z \to Y \times_Z \tilde z\), et du morphisme étale \(V \times_W \tilde z \to V \times_Z \tilde z\). Il résulte donc de Morphismes d’espaces, Lemme 05VW, que \[\mathcal{F}_z\text{ plat en }x\text{ sur }Y_z \Leftrightarrow \mathcal{F}|_{U_w \times_w \tilde z} \text{ plat en }\tilde x\text{ sur }V_w \times_w \tilde z \Leftrightarrow \mathcal{F}_w\text{ plat en }u\text{ sur }V_w\] ce qui conclut.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soient \(X \to Y \to Z\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Soit \(x \in |X|\) un point et notons \(z \in |Z|\) son image.
Nous disons que la restriction de \(\mathcal{F}\) à sa fibre au-dessus de \(z\) est plate en \(x\) sur la fibre de \(Y\) au-dessus de \(z\) si les conditions équivalentes du Lemme 05WY sont vérifiées.
Nous disons que la fibre de \(X\) au-dessus de \(z\) est plate en \(x\) sur la fibre de \(Y\) au-dessus de \(z\) si les conditions équivalentes du Lemme 05WY sont vérifiées pour \(\mathcal{F} = \mathcal{O}_X\).
Nous disons que la fibre de \(X\) au-dessus de \(z\) est plate sur la fibre de \(Y\) au-dessus de \(z\) si, pour tout \(x \in |X|\) situé au-dessus de \(z\), la fibre de \(X\) au-dessus de \(z\) est plate en \(x\) sur la fibre de \(Y\) au-dessus de \(z\).
Cette définition nous permet d’énoncer la version suivante du critère. La version noethérienne se trouve à la section 08VN.
Théorème
Soit \(S\) un schéma. Soient \(f : X \to Y\) et \(Y \to Z\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Supposons que
\(X\) soit localement de présentation finie sur \(Z\),
\(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie, et
\(Y\) soit localement de type fini sur \(Z\).
Soit \(x \in |X|\) et soient \(y \in |Y|\) et \(z \in |Z|\) les images de \(x\). Si \(\mathcal{F}_{\overline{x}} \not = 0\), les assertions suivantes sont équivalentes :
\(\mathcal{F}\) est plat sur \(Z\) en \(x\) et la restriction de \(\mathcal{F}\) à sa fibre au-dessus de \(z\) est plate en \(x\) sur la fibre de \(Y\) au-dessus de \(z\), et
\(Y\) est plat sur \(Z\) en \(y\) et \(\mathcal{F}\) est plat sur \(Y\) en \(x\).
En outre, l’ensemble des points \(x\) où (1) et (2) sont vérifiées est ouvert dans \(\text{Supp}(\mathcal{F})\).
Démonstration
Choisissons un diagramme comme dans le Lemme 05WY, partie (3). Il résulte des définitions que l’on se ramène au théorème correspondant pour les morphismes de schémas \(U \to V \to W\), le faisceau quasi-cohérent \(a^*\mathcal{F}\) et le point \(u \in U\). Le théorème découle donc du résultat correspondant pour les schémas, à savoir Compléments sur les morphismes, Théorème 039C.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(f : X \to Y\) et \(Y \to Z\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que
\(X\) soit localement de présentation finie sur \(Z\),
\(X\) soit plat sur \(Z\),
pour tout \(z \in |Z|\), la fibre de \(X\) au-dessus de \(z\) soit plate sur la fibre de \(Y\) au-dessus de \(z\), et
\(Y\) soit localement de type fini sur \(Z\).
Alors \(f\) est plat. Si \(f\) est en outre surjectif, alors \(Y\) est plat sur \(Z\).
Démonstration
C’est un cas particulier du Théorème 05X0.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(f : X \to Y\) et \(Y \to Z\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Supposons que
\(X\) soit localement de présentation finie sur \(Z\),
\(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie,
\(\mathcal{F}\) soit plat sur \(Z\), et
\(Y\) soit localement de type fini sur \(Z\).
Alors l’ensemble \[A = \{x \in |X| : \mathcal{F} \text{ plat en }x \text{ sur }Y\}.\] Cet ensemble est ouvert dans \(|X|\) et sa formation commute à tout changement de base : si \(Z' \to Z\) est un morphisme d’espaces algébriques et si \(A'\) est l’ensemble des points de \(X' = X \times_Z Z'\) où \(\mathcal{F}' = \mathcal{F} \times_Z Z'\) est plat sur \(Y' = Y \times_Z Z'\), alors \(A'\) est l’image inverse de \(A\) par l’application continue \(|X'| \to |X|\).
Démonstration
Une façon de le démontrer consiste à transposer la démonstration donnée dans Compléments sur les morphismes, Lemme 039E, à la catégorie des espaces algébriques. Nous le démontrerons plutôt en nous ramenant au cas des schémas. Choisissons donc un diagramme comme dans le Lemme 05WY, partie (3), tel que \(a\), \(b\) et \(c\) soient surjectifs. Il résulte des définitions que l’on se ramène au théorème correspondant pour les morphismes de schémas \(U \to V \to W\), le faisceau quasi-cohérent \(a^*\mathcal{F}\) et le point \(u \in U\). Le seul point à préciser est que, étant donné un morphisme d’espaces algébriques \(Z' \to Z\), nous choisissons un schéma \(W'\) et un morphisme étale surjectif \(W' \to W \times_Z Z'\). Posons alors \(U' = W' \times_W U\) et \(V' = W' \times_W V\). Notons \(a', b', c'\) les morphismes de \(U', V', W'\) dans \(X', Y', Z'\). Dans ce cas, \(A\), resp. \(A'\) sont les images des parties ouvertes de \(U\), resp. \(U'\) associées à \(a^*\mathcal{F}\), resp. \((a')^*\mathcal{F}'\). Cela ramène bien le lemme à Compléments sur les morphismes, Lemme 039E.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(f : X \to Y\) et \(Y \to Z\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que
\(X\) soit localement de présentation finie sur \(Z\),
\(X\) soit plat sur \(Z\), et
\(Y\) soit localement de type fini sur \(Z\).
Alors l’ensemble \[\{x \in |X| : X\text{ plat en }x \text{ sur }Y\}.\] Cet ensemble est ouvert dans \(|X|\) et sa formation commute à tout changement de base \(Z' \to Z\).
Démonstration
C’est un cas particulier du Lemme 05X2.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\) qui est localement de présentation finie. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie. Soit \(x \in |X|\), d’image \(y \in |Y|\). Si \(\mathcal{F}\) est plat en \(x\) sur \(Y\), les assertions suivantes sont équivalentes :
\((\mathcal{F}_{\overline{y}})_{\overline{x}}\) est un module plat sur \(\mathcal{O}_{X_{\overline{y}}, \overline{x}}\),
\((\mathcal{F}_{\overline{y}})_{\overline{x}}\) est un module libre sur \(\mathcal{O}_{X_{\overline{y}}, \overline{x}}\),
\(\mathcal{F}_{\overline{y}}\) est libre de type fini sur un voisinage étale de \(\overline{x}\) dans \(X_{\overline{y}}\), et
\(\mathcal{F}\) est libre de type fini sur un voisinage étale de \(x\) dans \(X\).
Ici, \(\overline{x}\) est un point géométrique de \(X\) situé au-dessus de \(x\) et \(\overline{y} = f \circ \overline{x}\).
Démonstration
Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r] & V \ar[d] \\ X \ar[r] & Y }\] où \(U\) et \(V\) sont des schémas et les flèches verticales sont étales, et tel qu’il existe un point \(u \in U\) envoyé sur \(x\). Soit \(v \in V\) l’image de \(u\). En appliquant le Lemme 05WY à \(\text{id} : X \to X\) sur \(Y\), nous voyons que (1) devient la condition « \(\mathcal{F}|_{U_v}\) est plat sur \(U_v\) en \(u\) ». Autrement dit, (1) équivaut à ce que \((\mathcal{F}|_{U_v})_u\) soit un \(\mathcal{O}_{U_v, u}\)-module plat. D’après le cas des schémas (Compléments sur les morphismes, Lemme 080Q), nous voyons que cela implique que \(\mathcal{F}|_U\) est libre de type fini sur un voisinage ouvert de \(u\). Nous voyons ainsi que (1) implique (4). Les implications (4) \(\Rightarrow\) (3) et (2) \(\Rightarrow\) (1) sont immédiates. Pour l’implication (3) \(\Rightarrow\) (2), utilisons la description des anneaux locaux et des fibres dans Propriétés d’espaces, Lemmes 04KF et 05VP.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\) qui est localement de présentation finie. Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie plat sur \(Y\). Alors l’ensemble \[\{x \in |X| : \mathcal{F}\text{ libre dans un voisinage étale de }x\}\] est ouvert dans \(|X|\) et sa formation commute à tout changement de base \(Y' \to Y\).
Démonstration
L’ouverture est immédiate. Soit \(Y' \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques, posons \(X' = Y' \times_Y X\), et soit \(x' \in |X'|\) un point situé au-dessus de \(x \in |X|\). D’après le Lemme 0CZS, nous voyons que \(x\) appartient à notre ensemble si et seulement si \((\mathcal{F}_{\overline{y}})_{\overline{x}}\) est un module plat sur \(\mathcal{O}_{X_{\overline{y}}, \overline{x}}\). De même, \(x'\) appartient à l’analogue de notre ensemble pour l’image inverse \(\mathcal{F}'\) de \(\mathcal{F}\) sur \(X'\) si et seulement si \((\mathcal{F}'_{\overline{y}'})_{\overline{x}'}\) est un module plat sur \(\mathcal{O}_{X'_{\overline{y}'}, \overline{x}'}\) (avec les notations évidentes). Ces deux assertions sont équivalentes d’après le Lemme 05WY appliqué au morphisme \(\text{id} : X \to X\) sur \(Y\). L’assertion sur le changement de base est donc démontrée.
Platitude sur une base noethérienne
Voici le « critère de platitude par fibres » dans le cas noethérien.
Théorème
Soit \(S\) un schéma. Soient \(f : X \to Y\) et \(Y \to Z\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Supposons que
\(X\), \(Y\), \(Z\) soient localement noethériens, et
\(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent.
Soit \(x \in |X|\) et soient \(y \in |Y|\) et \(z \in |Z|\) les images de \(x\). Si \(\mathcal{F}_{\overline{x}} \not = 0\), les assertions suivantes sont équivalentes :
\(\mathcal{F}\) est plat sur \(Z\) en \(x\) et la restriction de \(\mathcal{F}\) à sa fibre au-dessus de \(z\) est plate en \(x\) sur la fibre de \(Y\) au-dessus de \(z\), et
\(Y\) est plat sur \(Z\) en \(y\) et \(\mathcal{F}\) est plat sur \(Y\) en \(x\).
Démonstration
Choisissons un diagramme comme dans le Lemme 05WY, partie (3). Il résulte des définitions que l’on se ramène au théorème correspondant pour les morphismes de schémas \(U \to V \to W\), le faisceau quasi-cohérent \(a^*\mathcal{F}\) et le point \(u \in U\). Le théorème découle donc du résultat correspondant pour les schémas, à savoir Compléments sur les morphismes, Théorème 039B.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(f : X \to Y\) et \(Y \to Z\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que
\(X\), \(Y\), \(Z\) soient localement noethériens,
\(X\) soit plat sur \(Z\),
pour tout \(z \in |Z|\), la fibre de \(X\) au-dessus de \(z\) soit plate sur la fibre de \(Y\) au-dessus de \(z\).
Alors \(f\) est plat. Si \(f\) est en outre surjectif, alors \(Y\) est plat sur \(Z\).
Démonstration
C’est un cas particulier du Théorème 0APR.
Tout comme pour vérifier la lissité, lorsque la base est noethérienne, il suffit de vérifier la platitude sur les anneaux artiniens. Voici un énoncé type.
Lemme
Soit \(A\) un anneau noethérien. Soit \(I \subset A\) un idéal. Soit \(X\) un espace algébrique localement de présentation finie sur \(S = \Spec(A)\). Pour \(n \geq 1\), posons \(S_n = \Spec(A/I^n)\) et \(X_n = S_n \times_S X\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent. Si, pour tout \(n \geq 1\), l’image inverse \(\mathcal{F}_n\) de \(\mathcal{F}\) sur \(X\) est plate sur \(S_n\), alors le lieu (ouvert) où \(\mathcal{F}\) est plate sur \(X\) contient l’image inverse de \(V(I)\) par \(X \to S\).
Démonstration
Le lieu où \(\mathcal{F}\) est plat sur \(S\) est ouvert dans \(|X|\) d’après le Théorème 05WV. L’énoncé est invariant lorsqu’on remplace \(X\) par les membres d’un recouvrement étale ; nous pouvons donc supposer que \(X\) est un schéma affine. Dans ce cas, le résultat découle immédiatement du Lemme 0523 d’Algèbre. Certains détails sont omis.
Retour sur la normalisation
La normalisation commute au changement de base lisse.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : Y \to X\) un morphisme lisse d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(\mathcal{A}\) un faisceau quasi-cohérent de \(\mathcal{O}_X\)-algèbres. La clôture intégrale de \(\mathcal{O}_Y\) dans \(f^*\mathcal{A}\) est égale à \(f^*\mathcal{A}'\), où \(\mathcal{A}' \subset \mathcal{A}\) est la clôture intégrale de \(\mathcal{O}_X\) dans \(\mathcal{A}\).
Démonstration
Par notre construction de la clôture intégrale, voir Morphismes d’espaces, Définition 0821, on se ramène immédiatement au cas où \(X\) et \(Y\) sont affines. Dans ce cas, le résultat est le Lemme 03GG d’Algèbre.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ Y_2 \ar[r] \ar[d] & Y_1 \ar[d]^f \\ X_2 \ar[r]^\varphi & X_1 }\] un carré cartésien d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(f\) soit quasi-compact et quasi-séparé, et que \(\varphi\) soit lisse. Soit \(Y_i \to X_i' \to X_i\) la normalisation de \(X_i\) dans \(Y_i\). Alors \(X_2' \cong X_2 \times_{X_1} X_1'\).
Démonstration
La factorisation \(Y_1 \to X_1' \to X_1\), après changement de base à \(X_2\), devient une factorisation \(Y_2 \to X_2 \times_{X_1} X_1' \to X_1\) et le morphisme \(X_2 \times_{X_1} X_1' \to X_1\) est entier (Morphismes d’espaces, Lemme 03ZS). Nous obtenons donc un morphisme \(h : X_2' \to X_2 \times_{X_1} X_1'\) par la propriété universelle de Morphismes d’espaces, Lemme 0823. Notons que \(X_2'\) est le spectre relatif de la clôture intégrale de \(\mathcal{O}_{X_2}\) dans \(f_{2, *}\mathcal{O}_{Y_2}\). Si \(\mathcal{A}' \subset f_{1, *}\mathcal{O}_{Y_1}\) désigne la clôture intégrale de \(\mathcal{O}_{X_2}\), alors \(X_2 \times_{X_1} X_1'\) est le spectre relatif de \(\varphi^*\mathcal{A}'\), puisque la formation du spectre relatif commute à tout changement de base. D’après Cohomologie des espaces, Lemme 073K nous savons que \(f_{2, *}\mathcal{O}_{Y_2} = \varphi^*f_{1, *}\mathcal{O}_{Y_1}\). Le résultat découle donc du Lemme 082E.
Morphismes de Cohen-Macaulay
Ceci est l’analogue de Compléments sur les morphismes, section 045Q.
Lemme
La propriété suivante des morphismes de germes de schémas \[\begin{align*} & \mathcal{P}((X, x) \to (S, s)) = \\ & \text{l'anneau local } \mathcal{O}_{X_s, x} \text{ de la fibre est noethérien et Cohen-Macaulay} \end{align*}\] est de nature locale pour la topologie étale sur la source et le but (Descente, Définition 04NB).
Démonstration
Étant donné un diagramme comme dans Descente, Définition 04NB, nous obtenons un morphisme étale entre les fibres \(U'_{v'} \to U_v\) qui envoie \(u'\) sur \(u\) ; voir Descente, Lemme 04NI. Les hensélisés stricts des anneaux locaux \(\mathcal{O}_{U'_{v'}, u'}\) et \(\mathcal{O}_{U_v, u}\) sont donc les mêmes. Nous concluons par le Lemme 06LM de Compléments sur l’algèbre.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que les fibres de \(f\) soient localement noethériennes (Diviseurs sur les espaces, Définition 0CUX).
Soient \(x \in |X|\) et \(y = f(x)\). Nous disons que \(f\) est Cohen-Macaulay en \(x\) si \(f\) est plat en \(x\) et si les conditions équivalentes de Morphismes d’espaces, Lemme 04NC sont satisfaites pour la propriété \(\mathcal{P}\) décrite dans le Lemme 0E0U.
Nous disons que \(f\) est un morphisme de Cohen-Macaulay si \(f\) est Cohen-Macaulay en tout point de \(X\).
Voici une reformulation.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que les fibres de \(f\) soient localement noethériennes. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est Cohen-Macaulay,
\(f\) est plat et il existe un morphisme étale surjectif \(V \to Y\) où \(V\) est un schéma, tel que les fibres de \(X_V \to V\) soient des espaces algébriques de Cohen-Macaulay, et
\(f\) est plat et, pour tout morphisme étale \(V \to Y\) où \(V\) est un schéma, les fibres de \(X_V \to V\) sont des espaces algébriques de Cohen-Macaulay.
Étant donné \(x \in |X|\) d’image \(y \in |Y|\), les conditions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est Cohen-Macaulay en \(x\), et
\(\mathcal{O}_{Y, \overline{y}} \to \mathcal{O}_{X, \overline{x}}\) est plat et \(\mathcal{O}_{X, \overline{x}}/ \mathfrak m_{\overline{y}}\mathcal{O}_{X, \overline{x}}\) est Cohen-Macaulay.
Démonstration
Étant donné un morphisme étale \(V \to Y\) où \(V\) est un schéma, choisissons un schéma \(U\) et un morphisme étale surjectif \(U \to X \times_Y V\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r] & V \ar[d] \\ X \ar[r] & Y }\] Soit \(u \in U\) d’images \(x \in |X|\), \(y \in |Y|\) et \(v \in V\). Alors \(f\) est Cohen-Macaulay en \(x\) si et seulement si \(U \to V\) l’est en \(u\) (par définition). De plus, le morphisme \(U_v \to X_v = (X_V)_v\) est étale surjectif. Par conséquent, le schéma \(U_v\) est Cohen-Macaulay si et seulement si l’espace algébrique \(X_v\) l’est. L’équivalence de (1), (2) et (3) découle donc de l’équivalence correspondante pour les morphismes de schémas ; voir Compléments sur les morphismes, Lemme 045S ; l’argument est formel.
Démonstration de l’équivalence de (a) et (b). L’équivalence correspondante pour la platitude est donnée par Morphismes d’espaces, Lemme 04NG. Nous pouvons donc supposer \(f\) plat en \(x\) pour démontrer l’équivalence. Considérons un diagramme et \(x, y, u, v\) comme ci-dessus. Alors \(\mathcal{O}_{Y, \overline{y}} \to \mathcal{O}_{X, \overline{x}}\) est égal à l’homomorphisme \(\mathcal{O}_{V, v}^{sh} \to \mathcal{O}_{U, u}^{sh}\) entre les hensélisés stricts des anneaux locaux ; voir Propriétés des espaces, Lemme 04KF. Nous avons donc \[\mathcal{O}_{X, \overline{x}}/ \mathfrak m_{\overline{y}}\mathcal{O}_{X, \overline{x}} = (\mathcal{O}_{U, u}/\mathfrak m_v \mathcal{O}_{U, u})^{sh}\] d’après Algèbre, Lemme 05WS. Il reste donc à montrer que l’anneau local noethérien \(\mathcal{O}_{U, u}/\mathfrak m_v \mathcal{O}_{U, u}\) est Cohen-Macaulay si et seulement si son hensélisé strict l’est. C’est Compléments sur l’algèbre, Lemme 06LM.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que les fibres de \(f\), \(g\) et \(g \circ f\) soient localement noethériennes. Soit \(x \in |X|\) d’images \(y \in |Y|\) et \(z \in |Z|\).
Si \(f\) est Cohen-Macaulay en \(x\) et \(g\) est Cohen-Macaulay en \(f(x)\), alors \(g \circ f\) est Cohen-Macaulay en \(x\).
Si \(f\) et \(g\) sont Cohen-Macaulay, alors \(g \circ f\) l’est.
Si \(g \circ f\) est Cohen-Macaulay en \(x\) et \(f\) est plat en \(x\), alors \(f\) est Cohen-Macaulay en \(x\) et \(g\) l’est en \(f(x)\).
Si \(f \circ g\) est Cohen-Macaulay et \(f\) est plat, alors \(f\) est Cohen-Macaulay et \(g\) l’est en tout point de l’image de \(f\).
Démonstration
Le résultat correspondant pour les schémas, appliqué localement pour la topologie étale, donne l’assertion ; voir Compléments sur les morphismes, Lemme 0C0W. On peut aussi utiliser l’équivalence de (a) et (b) du Lemme 0E0W. Nous considérons alors l’homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens \[\mathcal{O}_{Y, \overline{y}}/ \mathfrak m_{\overline{z}}\mathcal{O}_{Y, \overline{y}} \longrightarrow \mathcal{O}_{X, \overline{x}}/ \mathfrak m_{\overline{z}}\mathcal{O}_{X, \overline{x}}\] dont la fibre est \[\mathcal{O}_{X, \overline{x}}/ \mathfrak m_{\overline{y}}\mathcal{O}_{X, \overline{x}}\] et nous appliquons Algèbre, Lemme 045J.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat entre espaces algébriques localement noethériens sur \(S\). Si \(X\) est Cohen-Macaulay, alors \(f\) est Cohen-Macaulay et \(\mathcal{O}_{Y, f(\overline{x})}\) est Cohen-Macaulay pour tout \(x \in |X|\).
Démonstration
En traduisant l’énoncé en algèbre à l’aide du Lemme 0E0W (comparer avec la démonstration du Lemme 0E0X), le résultat découle du Lemme 045J d’Algèbre.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que les fibres de \(f\) soient localement noethériennes. Supposons que \(Y' \to Y\) soit localement de type fini. Soit \(f' : X' \to Y'\) le changement de base de \(f\). Soit \(x' \in |X'|\) un point d’image \(x \in |X|\).
Si \(f\) est Cohen-Macaulay en \(x\), alors \(f' : X' \to Y'\) est Cohen-Macaulay en \(x'\).
Si \(f\) est plat en \(x\) et \(f'\) est Cohen-Macaulay en \(x'\), alors \(f\) est Cohen-Macaulay en \(x\).
Si \(Y' \to Y\) est plat en \(f'(x')\) et \(f'\) est Cohen-Macaulay en \(x'\), alors \(f\) est Cohen-Macaulay en \(x\).
Démonstration
Notons \(y \in |Y|\) et \(y' \in |Y'|\) les images de \(x'\). Choisissons un morphisme étale surjectif \(V \to Y\) où \(V\) est un schéma. Choisissons un morphisme étale surjectif \(U \to X \times_Y V\) où \(U\) est un schéma. Choisissons un morphisme étale surjectif \(V' \to Y' \times_Y V\) où \(V'\) est un schéma. Alors \(U' = U \times_V V'\) est un schéma muni d’un morphisme étale surjectif \(U' \to X'\). Choisissons \(u' \in U'\) qui s’envoie sur \(x'\). Notons \(u \in U\) l’image de \(u'\). Le lemme découle alors du lemme appliqué à \(U \to V\), à son changement de base \(U' \to V'\) et aux points \(u'\) et \(u\) (cela découle des définitions). Il découle donc du cas des schémas ; voir Compléments sur les morphismes, Lemme 045T.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\) qui est plat et localement de présentation finie. Posons \[W = \{x \in |X| : f\text{ est Cohen-Macaulay en }x\}\] Alors \(W\) est ouvert dans \(|X|\) et la formation de \(W\) commute à tout changement de base de \(f\) : pour tout morphisme \(g : Y' \to Y\), considérons le changement de base \(f' : X' \to Y'\) de \(f\) et la projection \(g' : X' \to X\). Alors l’ensemble correspondant \(W'\) pour le morphisme \(f'\) est donné par \(W' = (g')^{-1}(W)\).
Démonstration
Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r] & V \ar[d] \\ X \ar[r] & Y }\] dont les flèches verticales sont étales et où \(U\) et \(V\) sont des schémas. Soit \(u \in U\) d’image \(x \in |X|\). Alors \(f\) est Cohen-Macaulay en \(x\) si et seulement si \(U \to V\) l’est en \(u\) (par définition). Nous nous ramenons ainsi au cas du morphisme \(U \to V\). Voir Compléments sur les morphismes, Lemme 045U.
Lemme
Soient \(S\) un schéma et \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(f\) soit localement de présentation finie et Cohen-Macaulay. Il existe alors des sous-schémas ouverts et fermés \(X_d \subset X\) tels que \(X = \coprod_{d \geq 0} X_d\) et que \(f|_{X_d} : X_d \to Y\) soit de dimension relative \(d\).
Démonstration
Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r] & V \ar[d] \\ X \ar[r] & Y }\] dont les flèches verticales sont étales et où \(U\) et \(V\) sont des schémas. Alors \(U \to V\) est localement de présentation finie et Cohen-Macaulay (cela résulte immédiatement de nos définitions). Nous avons donc une décomposition \(U = \coprod_{d \geq 0} U_d\) en sous-schémas ouverts et fermés telle que \(f|_{U_d} : U_d \to V\) soit de dimension relative \(d\) ; voir Morphismes, Lemme 02NM. Soit \(u \in U\) d’image \(x \in |X|\). Alors \(f\) est de dimension relative \(d\) en \(x\) si et seulement si \(U \to V\) est de dimension relative \(d\) en \(u\) (cela découle de nos définitions). Nous voyons ainsi que \(U_d\) est l’image inverse d’une partie \(X_d \subset |X|\) qui est nécessairement ouverte et fermée. Notons \(X_d\) le sous-espace algébrique ouvert et fermé correspondant de \(X\) ; le lemme est démontré.
Morphismes de Gorenstein
Ceci est l’analogue de Dualité pour les schémas, section 0C02.
Lemme
La propriété suivante des morphismes de germes de schémas \[\begin{align*} & \mathcal{P}((X, x) \to (S, s)) = \\ & \text{l'anneau local } \mathcal{O}_{X_s, x} \text{ de la fibre est noethérien et de Gorenstein} \end{align*}\] est de nature locale pour la topologie étale sur la source et le but (Descente, Définition 04NB).
Démonstration
Étant donné un diagramme comme dans Descente, Définition 04NB, nous obtenons un morphisme étale entre les fibres \(U'_{v'} \to U_v\) qui envoie \(u'\) sur \(u\) ; voir Descente, Lemme 04NI. Ainsi, \(\mathcal{O}_{U_v, u} \to \mathcal{O}_{U'_{v'}, u'}\) est la localisation d’un homomorphisme étale d’anneaux. Par conséquent, le premier anneau est noethérien si et seulement si le second l’est ; voir Compléments sur l’algèbre, Lemme 0AGZ. Puisque \(\mathcal{O}_{U'_{v'}, u'}/\mathfrak m_u \mathcal{O}_{U'_{v'}, u'} = \kappa(u')\) (Algèbre, Lemme 00U4) est un anneau de Gorenstein, nous voyons que \(\mathcal{O}_{U_v, u}\) est de Gorenstein si et seulement si \(\mathcal{O}_{U'_{v'}, u'}\) l’est, d’après Complexes dualisants, Lemme 0BJL.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que les fibres de \(f\) soient localement noethériennes (Diviseurs sur les espaces, Définition 0CUX).
Soient \(x \in |X|\) et \(y = f(x)\). Nous disons que \(f\) est de Gorenstein en \(x\) si \(f\) est plat en \(x\) et si les conditions équivalentes de Morphismes d’espaces, Lemme 04NC sont satisfaites pour la propriété \(\mathcal{P}\) décrite dans le Lemme 0E13.
Nous disons que \(f\) est un morphisme de Gorenstein si \(f\) est de Gorenstein en tout point de \(X\).
Voici une reformulation.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que les fibres de \(f\) soient localement noethériennes. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est de Gorenstein,
\(f\) est plat et il existe un morphisme étale surjectif \(V \to Y\) où \(V\) est un schéma, tel que les fibres de \(X_V \to V\) soient des espaces algébriques de Gorenstein, et
\(f\) est plat et, pour tout morphisme étale \(V \to Y\) où \(V\) est un schéma, les fibres de \(X_V \to V\) sont des espaces algébriques de Gorenstein.
Étant donné \(x \in |X|\) d’image \(y \in |Y|\), les conditions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est de Gorenstein en \(x\), et
\(\mathcal{O}_{Y, \overline{y}} \to \mathcal{O}_{X, \overline{x}}\) est plat et \(\mathcal{O}_{X, \overline{x}}/ \mathfrak m_{\overline{y}}\mathcal{O}_{X, \overline{x}}\) est de Gorenstein.
Démonstration
Étant donné un morphisme étale \(V \to Y\) où \(V\) est un schéma, choisissons un schéma \(U\) et un morphisme étale surjectif \(U \to X \times_Y V\). Considérons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r] & V \ar[d] \\ X \ar[r] & Y }\] Soit \(u \in U\) d’images \(x \in |X|\), \(y \in |Y|\) et \(v \in V\). Alors \(f\) est de Gorenstein en \(x\) si et seulement si \(U \to V\) l’est en \(u\) (par définition). De plus, le morphisme \(U_v \to X_v = (X_V)_v\) est étale surjectif. Par conséquent, le schéma \(U_v\) est de Gorenstein si et seulement si l’espace algébrique \(X_v\) l’est. L’équivalence de (1), (2) et (3) découle donc de l’équivalence correspondante pour les morphismes de schémas ; voir Dualité pour les schémas, Lemme 0BFQ ; l’argument est formel.
Démonstration de l’équivalence de (a) et (b). L’équivalence correspondante pour la platitude est donnée par Morphismes d’espaces, Lemme 04NG. Nous pouvons donc supposer \(f\) plat en \(x\) pour démontrer l’équivalence. Considérons un diagramme et \(x, y, u, v\) comme ci-dessus. Alors \(\mathcal{O}_{Y, \overline{y}} \to \mathcal{O}_{X, \overline{x}}\) est égal à l’homomorphisme \(\mathcal{O}_{V, v}^{sh} \to \mathcal{O}_{U, u}^{sh}\) entre les hensélisés stricts des anneaux locaux ; voir Propriétés des espaces, Lemme 04KF. Nous avons donc \[\mathcal{O}_{X, \overline{x}}/ \mathfrak m_{\overline{y}}\mathcal{O}_{X, \overline{x}} = (\mathcal{O}_{U, u}/\mathfrak m_v \mathcal{O}_{U, u})^{sh}\] d’après Algèbre, Lemme 05WS. Il reste donc à montrer que l’anneau local noethérien \(\mathcal{O}_{U, u}/\mathfrak m_v \mathcal{O}_{U, u}\) est de Gorenstein si et seulement si son hensélisé strict l’est. Cela découle immédiatement de Complexes dualisants, Lemme 0DWD et de la définition d’un anneau local de Gorenstein comme un anneau local noethérien qui est un complexe dualisant sur lui-même.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y \to Z\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que les fibres de \(f\), \(g\) et \(g \circ f\) soient localement noethériennes. Soit \(x \in |X|\) d’images \(y \in |Y|\) et \(z \in |Z|\).
Si \(f\) est de Gorenstein en \(x\) et \(g\) est de Gorenstein en \(f(x)\), alors \(g \circ f\) est de Gorenstein en \(x\).
Si \(f\) et \(g\) sont de Gorenstein, alors \(g \circ f\) l’est.
Si \(g \circ f\) est de Gorenstein en \(x\) et \(f\) est plat en \(x\), alors \(f\) est de Gorenstein en \(x\) et \(g\) l’est en \(f(x)\).
Si \(f \circ g\) est de Gorenstein et \(f\) est plat, alors \(f\) est de Gorenstein et \(g\) l’est en tout point de l’image de \(f\).
Démonstration
Le résultat correspondant pour les schémas, appliqué localement pour la topologie étale, donne l’assertion ; voir Dualité pour les schémas, Lemme 0C11. On peut aussi utiliser l’équivalence de (a) et (b) du Lemme 0E15. Nous considérons alors l’homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens \[\mathcal{O}_{Y, \overline{y}}/ \mathfrak m_{\overline{z}}\mathcal{O}_{Y, \overline{y}} \longrightarrow \mathcal{O}_{X, \overline{x}}/ \mathfrak m_{\overline{z}}\mathcal{O}_{X, \overline{x}}\] dont la fibre est \[\mathcal{O}_{X, \overline{x}}/ \mathfrak m_{\overline{y}}\mathcal{O}_{X, \overline{x}}\] et nous appliquons Complexes dualisants, Lemme 0BJL.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat entre espaces algébriques localement noethériens sur \(S\). Si \(X\) est de Gorenstein, alors \(f\) est de Gorenstein et \(\mathcal{O}_{Y, f(\overline{x})}\) est de Gorenstein pour tout \(x \in |X|\).
Démonstration
En traduisant l’énoncé en algèbre à l’aide du Lemme 0E15 (comparer avec la démonstration du Lemme 0E16), le résultat découle du Lemme 0BJL de Complexes dualisants.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que les fibres de \(f\) soient localement noethériennes. Supposons que \(Y' \to Y\) soit localement de type fini. Soit \(f' : X' \to Y'\) le changement de base de \(f\). Soit \(x' \in |X'|\) un point d’image \(x \in |X|\).
Si \(f\) est de Gorenstein en \(x\), alors \(f' : X' \to Y'\) est de Gorenstein en \(x'\).
Si \(f\) est plat en \(x\) et \(f'\) est de Gorenstein en \(x'\), alors \(f\) est de Gorenstein en \(x\).
Si \(Y' \to Y\) est plat en \(f'(x')\) et \(f'\) est de Gorenstein en \(x'\), alors \(f\) est de Gorenstein en \(x\).
Démonstration
Notons \(y \in |Y|\) et \(y' \in |Y'|\) les images de \(x'\). Choisissons un morphisme étale surjectif \(V \to Y\) où \(V\) est un schéma. Choisissons un morphisme étale surjectif \(U \to X \times_Y V\) où \(U\) est un schéma. Choisissons un morphisme étale surjectif \(V' \to Y' \times_Y V\) où \(V'\) est un schéma. Alors \(U' = U \times_V V'\) est un schéma muni d’un morphisme étale surjectif \(U' \to X'\). Choisissons \(u' \in U'\) qui s’envoie sur \(x'\). Notons \(u \in U\) l’image de \(u'\). Le lemme découle alors du lemme appliqué à \(U \to V\), à son changement de base \(U' \to V'\) et aux points \(u'\) et \(u\) (cela découle des définitions). Il découle donc du cas des schémas ; voir Dualité pour les schémas, Lemme 0C07.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\) qui est plat et localement de présentation finie. Posons \[W = \{x \in |X| : f\text{ est de Gorenstein en }x\}\] Alors \(W\) est ouvert dans \(|X|\) et la formation de \(W\) commute à tout changement de base de \(f\) : pour tout morphisme \(g : Y' \to Y\), considérons le changement de base \(f' : X' \to Y'\) de \(f\) et la projection \(g' : X' \to X\). Alors l’ensemble correspondant \(W'\) pour le morphisme \(f'\) est donné par \(W' = (g')^{-1}(W)\).
Démonstration
Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r] & V \ar[d] \\ X \ar[r] & Y }\] Soit \(u \in U\) d’image \(x \in |X|\). Alors \(f\) est de Gorenstein en \(x\) si et seulement si \(U \to V\) l’est en \(u\) (par définition). Nous nous ramenons ainsi au cas du morphisme \(U \to V\) de schémas. L’ouverture est démontrée dans Dualité pour les schémas, Lemme 0C09 et la compatibilité au changement de base dans Dualité pour les schémas, Lemme 0E0Q.
Tranchage des morphismes de Cohen-Macaulay
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) un espace algébrique sur \(S\). Soient \(f_1, \ldots, f_r \in \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\). Dans ce cas, nous notons \(V(f_1, \ldots, f_r)\) le sous-espace fermé de \(X\) défini par \(f_1, \ldots, f_r\). Plus précisément, on peut définir \(V(f_1, \ldots, f_r)\) comme le sous-espace fermé de \(X\) correspondant au faisceau quasi-cohérent d’idéaux engendré par \(f_1, \ldots, f_r\) ; voir Morphismes d’espaces, Lemme 03MB. On peut aussi choisir une présentation \(X = U/R\) et considérer le sous-schéma fermé \(Z \subset U\) défini par \(f_1|U, \ldots, f_r|_U\). Il est clair que \(Z\) est un sous-schéma fermé invariant par \(R\) (voir Groupoïdes, Définition 03BC) et l’on peut poser \(V(f_1, \ldots, f_r) = Z/R_Z\).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Considérons un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X \ar[d] & F \ar[l]^p \ar[d] \\ Y & \Spec(k) \ar[l] }\] où \(X \to Y\) est un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\) qui est plat et localement de présentation finie, et où \(k\) est un corps sur \(S\). Soient \(f_1, \ldots, f_r \in \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) et \(z \in |F|\) tels que les images de \(f_1, \ldots, f_r\) forment une suite régulière dans l’anneau local \(\mathcal{O}_{F, \overline{z}}\). Alors, quitte à remplacer \(X\) par un sous-espace ouvert contenant \(p(z)\), le morphisme \[V(f_1, \ldots, f_r) \longrightarrow Y\] est plat et localement de présentation finie.
Démonstration
Posons \(Z = V(f_1, \ldots, f_r)\). Il est clair que \(Z \to X\) est localement de présentation finie ; la composée \(Z \to Y\) est donc localement de présentation finie ; voir Morphismes d’espaces, Lemme 03XQ. Il suffit donc de montrer que \(Z \to Y\) est plat dans un voisinage de \(p(z)\). Soit \(k'/k\) une extension de corps. Alors le morphisme de \(F' = F \times_{\Spec(k)} \Spec(k')\) vers \(F\) est surjectif et plat ; on peut donc trouver un point \(z' \in |F'|\) qui s’envoie sur \(z\) et l’homomorphisme local \(\mathcal{O}_{F, \overline{z}} \to \mathcal{O}_{F', \overline{z}'}\) est plat ; voir Morphismes d’espaces, Lemme 04NG. Par conséquent, les images de \(f_1, \ldots, f_r\) dans \(\mathcal{O}_{F', \overline{z}'}\) forment encore une suite régulière ; voir Algèbre, Lemme 00LM. Ainsi, au cours de la démonstration, nous pouvons remplacer \(k\) par une extension de corps. En particulier, nous pouvons supposer que \(z \in |F|\) provient d’une section \(z : \Spec(k) \to F\) du morphisme structural \(F \to \Spec(k)\).
Choisissons un schéma \(V\) et un morphisme étale surjectif \(V \to Y\). Choisissons un schéma \(U\) et un morphisme étale surjectif \(U \to X \times_Y V\). Après avoir éventuellement agrandi encore \(k\), nous pouvons supposer que \(\Spec(k) \to F \to X\) se factorise par \(U\) (puisque \(U \to X\) est surjectif). Soit \(u : \Spec(k) \to U\) une telle factorisation et notons \(v \in V\) l’image de \(u\). Notons que les morphismes \[U_v \times_{\Spec(\kappa(v))} \Spec(k) = U \times_V \Spec(k) \to U \times_Y \Spec(k) \to F\] sont étales (le premier comme changement de base de \(V \to V \times_Y V\) et le second comme changement de base de \(U \to X\)). De plus, par construction, le point \(u : \Spec(k) \to U\) définit un point de l’espace tout à gauche qui s’envoie sur \(z\) à droite. Par conséquent, les éléments \(f_1, \ldots, f_r\) ont pour images une suite régulière dans l’anneau local situé à droite de l’homomorphisme suivant \[\mathcal{O}_{U_v, u} \longrightarrow \mathcal{O}_{U_v \times_{\Spec(\kappa(v)} \Spec(k), \overline{u}} = \mathcal{O}_{U \times_V \Spec(k), \overline{u}}.\] Mais, puisque la flèche affichée est plate (en combinant Compléments sur la platitude, Lemme 05VL et Morphismes d’espaces, Lemme 04NG), nous déduisons de Algèbre, Lemme 00LM, que les images de \(f_1, \ldots, f_r\) forment une suite régulière dans \(\mathcal{O}_{U_v, u}\). D’après Compléments sur les morphismes, Lemme 06LI, nous concluons que le morphisme de schémas \[V(f_1, \ldots, f_r) \times_X U = V(f_1|_U, \ldots, f_r|_U) \to V\] est plat dans un voisinage ouvert \(U'\) de \(u\). Soit \(X' \subset X\) le sous-espace ouvert correspondant à l’image de \(|U'| \to |X|\) (voir Propriétés des espaces, Lemmes 03BX et 03BZ). Nous concluons que \(V(f_1, \ldots, f_r) \cap X' \to Y\) est plat (voir Morphismes d’espaces, Définition 03ML), car nous avons le diagramme commutatif \[\xymatrix{ V(f_1, \ldots, f_r) \times_X U' \ar[d]_a \ar[r] & V \ar[d]^b \\ V(f_1, \ldots, f_r) \cap X' \ar[r] & Y }\] où \(a, b\) sont étales et \(a\) est surjectif.
Fibres réduites
Cette section est l’analogue de Compléments sur les morphismes, section 0574.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(y \in |Y|\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
pour un certain morphisme \(\Spec(k) \to Y\) dans la classe d’équivalence de \(y\), l’espace algébrique \(X_k\) est géométriquement réduit sur \(k\) ;
pour tout morphisme \(\Spec(k) \to Y\) dans la classe d’équivalence de \(y\), l’espace algébrique \(X_k\) est géométriquement réduit sur \(k\) ;
pour tout morphisme \(\Spec(k) \to Y\) dans la classe d’équivalence de \(y\), l’espace algébrique \(X_k\) est réduit.
Démonstration
Cela résulte immédiatement du Lemme 0E04 d’Espaces sur les corps et de la définition de la relation d’équivalence qui définit \(|X|\), donnée dans Propriétés des espaces, section 03BT.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(y \in |Y|\). Nous disons que la fibre de \(f : X \to Y\) en \(y\) est géométriquement réduite si les conditions équivalentes du Lemme 0E07 sont satisfaites.
Voici les lemmes obligatoires.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(f : X \to Y\) et \(g : Y' \to Y\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Notons \(f' : X' \to Y'\) le changement de base de \(f\) par \(g\). Alors \[\begin{align*} \{y' \in |Y'| : \text{la fibre de }f' : X' \to Y'\text{ en }y' \text{ est géométriquement réduite}\} \\ = g^{-1}(\{y \in |Y| : \text{la fibre de }f : X \to Y\text{ en }y \text{ est géométriquement réduite}\}). \end{align*}\]
Démonstration
Pour \(y' \in |Y'|\), choisissons un morphisme \(\Spec(k) \to Y'\) dans la classe d’équivalence de \(y'\). Alors \(g(y')\) est représenté par la composée \(\Spec(k) \to Y' \to Y\). Ainsi \(X' \times_{Y'} \Spec(k) = X \times_Y \Spec(k)\) et le résultat découle de la définition.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\) qui est quasi-compact et localement de présentation finie. Alors l’ensemble \[E = \{y \in |Y| : \text{la fibre de }f : X \to Y\text{ en }y \text{ est géométriquement réduite}\}\] est localement constructible pour la topologie étale.
Démonstration
Choisissons un schéma affine \(V\) et un morphisme étale \(V \to Y\). L’énoncé signifie que l’image inverse de \(E\) dans \(|V|\) est constructible. D’après le Lemme 0E09, nous pouvons remplacer \(Y\) par \(V\), c’est-à-dire supposer que \(Y\) est un schéma affine. Alors \(X\) est quasi-compact. Choisissons un schéma affine \(U\) et un morphisme étale surjectif \(U \to X\). Pour un morphisme \(\Spec(k) \to Y\), le morphisme entre les fibres \(U_k \to X_k\) est étale surjectif. Ainsi \(U_k\) est géométriquement réduit sur \(k\) si et seulement si \(X_k\) est géométriquement réduit sur \(k\) ; voir Espaces sur les corps, Lemme 0E05. Ainsi, l’ensemble \(E\) associé à \(X \to Y\) est le même que l’ensemble \(E\) associé à \(U \to Y\). Nous voyons de cette manière que le lemme découle du cas des schémas ; voir Compléments sur les morphismes, Lemme 0579.
Lemme
Soit \(X\) un espace algébrique sur un anneau de valuation discrète \(R\) dont le morphisme structural \(X \to \Spec(R)\) est propre et plat. Si la fibre spéciale est réduite, alors \(X\) et la fibre générique \(X_\eta\) sont tous deux réduits.
Démonstration
Choisissons un morphisme étale \(U \to X\) où \(U\) est un schéma affine. Alors \(U\) est de type fini sur \(R\). Soit \(u \in U\) un point de la fibre spéciale. L’anneau local \(A = \mathcal{O}_{U, u}\) est essentiellement de type fini sur \(R\), donc noethérien. Soit \(\pi \in R\) une uniformisante. Comme \(X\) est plat sur \(R\), nous voyons que \(\pi \in \mathfrak m_A\) est un non diviseur de zéro dans \(A\) et, comme la fibre spéciale de \(X\) est réduite, l’anneau \(A/\pi A\) est réduit. Si \(a \in A\), \(a \not = 0\), alors il existe un \(n \geq 0\) et un élément \(a' \in A\) tels que \(a = \pi^n a'\) et \(a' \not \in \pi A\). Cela résulte du théorème d’intersection de Krull (Algèbre, Lemme 00IP). Si \(a\) est nilpotent, \(a'\) l’est aussi, car \(\pi\) est un non diviseur de zéro. Mais \(a'\) s’envoie sur un élément non nul de l’anneau réduit \(A/\pi A\), ce qui est impossible. Ainsi \(A\) est réduit. Il s’ensuit qu’il existe un voisinage ouvert de \(u\) dans \(U\) qui est réduit (petit détail omis ; utiliser le fait que \(U\) est noethérien). On peut donc trouver un morphisme étale \(U \to X\) où \(U\) est un schéma réduit, tel que tout point de la fibre spéciale de \(X\) appartienne à l’image. Comme \(X\) est propre sur \(R\), il s’ensuit que \(U \to X\) est surjectif. Ainsi \(X\) est réduit. Comme la fibre générique de \(U \to \Spec(R)\) est également réduite (sur les morceaux affines, elle se calcule par localisation), nous concluons qu’il en est de même de la fibre générique.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Si \(f\) est plat, propre et de présentation finie, alors l’ensemble \[E = \{y \in |Y| : \text{la fibre de }f : X \to Y\text{ en }y \text{ est géométriquement réduite}\}\] est ouvert dans \(|Y|\).
Démonstration
Par le Lemme 0E09, la formation de \(E\) commute au changement de base. Pour vérifier qu’une partie de \(|Y|\) est ouverte, nous pouvons remplacer \(Y\) par les membres d’un recouvrement étale. Nous pouvons donc supposer \(Y\) affine. Alors \(Y\) est une limite projective filtrante de schémas affines de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Par conséquent, nous pouvons supposer que \(X \to Y\) est le changement de base de \(X_0 \to Y_0\), où \(Y_0\) est le spectre d’une algèbre de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et \(X_0 \to Y_0\) est plat et propre. Voir Limites d’espaces, Lemmes 07SK, 08K0, et 08K1. Puisque la formation de \(E\) commute au changement de base (voir ci-dessus), nous pouvons supposer la base noethérienne.
Supposons \(Y\) noethérien. Cet ensemble est constructible d’après le Lemme 0E0A. Il suffit donc de montrer que l’ensemble est stable par générisation (Topologie, Lemme 0542). D’après Propriétés, Lemme 054F, nous nous ramenons au cas où \(Y = \Spec(R)\), où \(R\) est un anneau de valuation discrète et où la fibre fermée \(X_y\) est géométriquement réduite. Il reste à montrer que la fibre générique \(X_\eta\) est géométriquement réduite.
Sinon, il existe une extension finie \(L\) du corps des fractions de \(R\) telle que \(X_L\) ne soit pas réduit ; voir Espaces sur les corps, Lemmes 0E02 (caractéristique zéro) et 0E03 (caractéristique positive). Il existe un anneau de valuation discrète \(R' \subset L\) de corps des fractions \(L\) qui domine \(R\) ; voir Algèbre, Lemme 09IG. Après avoir remplacé \(R\) par \(R'\), nous nous ramenons au Lemme 0E0B.
Composantes connexes des fibres
Cette section est l’analogue de Compléments sur les morphismes, section 055C.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \[n_{X/Y} : |Y| \to \{0, 1, 2, 3, \ldots, \infty\}\] la fonction qui associe à \(y \in Y\) le nombre de composantes connexes de \(X_k\), où \(\Spec(k) \to Y\) appartient à la classe d’équivalence de \(y\) et où \(k\) est algébriquement clos. Cette fonction est bien définie et, si \(g : Y' \to Y\) est un morphisme, alors \[n_{X'/Y'} = n_{X/Y} \circ g\] où \(X' \to Y'\) est le changement de base de \(f\).
Démonstration
Supposons que \(y' \in Y'\) ait pour image \(y \in Y\). Soit \(\Spec(k') \to Y'\) un morphisme dans la classe d’équivalence de \(y'\), avec \(k'\) algébriquement clos. On peut alors choisir un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \Spec(K) \ar[r] \ar[rd] & \Spec(k') \ar[r] & Y' \ar[d] \\ & \Spec(k) \ar[r] & Y }\] où \(K\) est un corps algébriquement clos. Le résultat vient de ce que les morphismes de schémas \[\xymatrix{ X'_{k'} & (X'_{k'})_K = (X_k)_K \ar[l] \ar[r] & X_k }\] induisent des bijections entre les composantes connexes ; voir Espaces sur les corps, Lemme 0A12. Pour en déduire que la fonction est bien définie, prendre \(Y' = Y\).
Dimension des fibres
Cette section est l’analogue de Compléments sur les morphismes, section 05F6.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de type fini d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(y \in |Y|\). Les grandeurs suivantes sont égales :
\(d = -\infty\) si \(y\) n’appartient pas à l’image de \(|f|\) et, sinon, le plus petit entier \(d\) tel que \(f\) soit de dimension relative \(\leq d\) en tout \(x \in |X|\) s’envoyant sur \(y\) ;
la dimension de l’espace algébrique \(X_k = \Spec(k) \times_Y X\) pour tout morphisme \(\Spec(k) \to Y\) dans la classe d’équivalence qui définit \(y\).
Démonstration
Pour interpréter cet énoncé, il faut consulter Morphismes d’espaces, Définition 04NM, Propriétés des espaces, Définition 04N6, Propriétés des espaces, Définition 04N5. Nous allons montrer que les nombres de (1) et (2) sont égaux pour un morphisme fixé \(\Spec(k) \to Y\). Choisissons un morphisme étale \(V \to Y\), où \(V\) est un schéma affine, ainsi qu’un point \(v \in V\) s’envoyant sur \(y\). Puisque \(V \times_Y \Spec(k) \to \Spec(k)\) est étale surjectif (d’après Propriétés des espaces, Lemme 03H4), on peut trouver une extension séparable finie \(k'/k\) (d’après Morphismes, Lemme 02GL) et un diagramme commutatif \[\xymatrix{ \Spec(k') \ar[r] \ar[d] & V \ar[d] \\ \Spec(k) \ar[r] & Y }\] Nous pouvons remplacer \(X \to Y\) par \(V \times_Y X \to V\) et \(X_k\) par \(X_{k'} = \Spec(k') \times_V (V \times_Y X)\), car cela ne change pas les dimensions considérées d’après Propriétés des espaces, Lemme 0A4H et Morphismes d’espaces, Lemme 04NS. Ainsi, nous pouvons supposer que \(Y\) est un schéma affine. Dans ce cas, nous pouvons supposer que \(k = \kappa(y)\), car les dimensions de \(X_{\kappa(y)}\) et de \(X_k\) sont égales d’après le Lemme 04NS de Morphismes d’espaces et le fait que, pour un espace algébrique \(Z\) sur un corps \(K\), la dimension relative de \(Z\) en un point \(z \in |Z|\) est égale à \(\dim_z(Z)\) par définition. Supposons \(Y\) affine et \(k = \kappa(y)\). Alors, comme \(X\) est quasi-compact, nous pouvons choisir un schéma affine \(U\) et un morphisme étale surjectif \(U \to X\). Alors \(\dim(X_k) = \dim(U_k) = \max \dim_u(U_k)\) est égal, par définition, au nombre donné en (1).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de type fini d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \[n_{X/Y} : |Y| \to \{-\infty, 0, 1, 2, 3, \ldots\}\] la fonction qui associe à \(y \in |Y|\) l’entier étudié au Lemme 0D4M. Si \(g : Y' \to Y\) est un morphisme, alors \[n_{X'/Y'} = n_{X/Y} \circ |g|\] où \(X' \to Y'\) est le changement de base de \(f\).
Démonstration
Cela résulte immédiatement du Lemme 0D4M.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat et de présentation finie d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(n_{X/Y}\) la fonction sur \(Y\) donnant la dimension des fibres de \(f\) introduite au Lemme 0D4N. Alors \(n_{X/Y}\) est semi-continue inférieurement.
Démonstration
Soit \(V \to Y\) un morphisme étale surjectif, où \(V\) est un schéma. Si nous pouvons montrer que la composée \(n_{X/Y} \circ |g|\) est semi-continue inférieurement, alors le lemme en découle, car l’application \(|g|\) est ouverte. Ainsi, nous pouvons supposer que \(Y\) est un schéma. En raisonnant localement, nous pouvons supposer que \(V\) est un schéma affine. On peut alors choisir un schéma affine \(U\) et un morphisme étale surjectif \(U \to X\). Alors \(n_{X/Y} = n_{U/Y}\). Ainsi, nous pouvons supposer que \(X\) et \(Y\) sont tous deux des schémas. Dans ce cas, le lemme résulte de Compléments sur les morphismes, Lemme 0D4H.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(n_{X/Y}\) la fonction sur \(Y\) donnant la dimension des fibres de \(f\) introduite au Lemme 0D4N. Alors \(n_{X/Y}\) est semi-continue supérieurement.
Démonstration
Soit \(Z_d = \{x \in |X| : \text{la fibre de }f\text{ en }x\text{ est de dimension }> d\}\). Alors \(Z_d\) est une partie fermée de \(|X|\) d’après Morphismes d’espaces, Lemme 04NT. Puisque \(f\) est propre, \(f(Z_d)\) est fermé dans \(|Y|\). Comme \(y \in f(Z_d) \Leftrightarrow n_{X/Y}(y) > d\), le lemme est démontré.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\), propre, plat et de présentation finie. Soit \(n_{X/Y}\) la fonction sur \(Y\) donnant la dimension des fibres de \(f\) introduite au Lemme 0D4N. Alors \(n_{X/Y}\) est localement constante.
Démonstration
Espaces algébriques caténaires
Cette section poursuit la discussion commencée dans Espaces décents, section 0ED3. Le lemme qui suit sera utilisé dans la démonstration du suivant.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme entier d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(y \in |Y|\) un point représentable par une immersion fermée \(y : \Spec(k) \to Y\). Il existe alors une factorisation \(X \to X' \to Y\) de \(f\) telle que
\(X' \to Y\) soit entier ;
\(X \to X'\) soit un isomorphisme au-dessus de \(X' \setminus X'_y\) ;
\(X'_y\) possède un unique point \(x'\) tel que \(\kappa(x') = k\).
De plus, si \(f\) est fini et \(Y\) est localement noethérien, alors \(X' \to Y\) est fini.
Démonstration
D’après Morphismes d’espaces, Lemme 03M9, les faisceaux \(f_*\mathcal{O}_X\), \((X_y \to Y)_*\mathcal{O}_{X_y}\) et \(y_*\mathcal{O}_{\Spec(k)}\) sont des faisceaux quasi-cohérents d’algèbres sur \(\mathcal{O}_Y\). Considérons les applications \[f_*\mathcal{O}_Y \longrightarrow (X_y \to Y)_*\mathcal{O}_{X_y} \longleftarrow y_*\mathcal{O}_{\Spec(k)}\] Le produit fibré est un faisceau quasi-cohérent d’algèbres sur \(\mathcal{O}_Y\), noté \(\mathcal{A}'\), et l’on peut définir \(X' \to Y\) comme le spectre relatif de \(\mathcal{A}'\) sur \(Y\) ; voir Morphismes, Lemme 01SA. Cette construction commute à tout changement de base. En particulier, il est clair que, sur le sous-espace ouvert \(|Y| \setminus \{y\}\), le morphisme \(X \to X'\) est un isomorphisme et que, sur \(|Y| \setminus \{y\}\), le morphisme \(X' \to Y\) est entier. Il reste à démontrer les assertions dans un petit voisinage de \(y\). Choisissons un schéma affine \(V = \Spec(R)\) et un morphisme étale \(\varphi : V \to Y\) tel que \(y\) appartienne à l’image de \(\varphi\). Alors \(V_y\) est un sous-schéma fermé de \(V\), étale sur \(k\), et se compose donc d’un nombre fini de points dont chacun a un corps résiduel séparable sur \(k\) (voir Espaces décents, Remarque 03II). Après avoir rétréci \(V\), nous pouvons supposer qu’il existe un unique point fermé \(v = \Spec(l) \to V\) s’envoyant sur \(y\), avec \(l/k\) fini séparable. On peut écrire \(V \times_Y X = \Spec(C)\), où \(R \to C\) est un homomorphisme d’anneaux entier. La compatibilité énoncée avec le changement de base donne \(U \times_X Y' = \Spec(C')\), où \[C' = C \times_{C \otimes_R l} l\] Comme \(R \to l\) est surjectif, \(C \to C \otimes_R l\) l’est aussi, et nous voyons qu’il s’agit d’un produit fibré du genre étudié dans Compléments sur l’algèbre, Situation 08KH (où \(A, A', B, B'\) correspondent à \(C \otimes_R l, C, l, C'\)). Remarquons que \(C'\) est une \(R\)-sous-algèbre de \(C\) et est donc entière sur \(R\) ; cela démontre (1). Enfin, Compléments sur l’algèbre, Lemme 0B7J montre que \(V \times_X Y' = \Spec(C')\) possède un unique point \(y''\) au-dessus de \(v\), de corps résiduel \(l\) (cela correspond à l’application surjective évidente \(C' \to l\)). Ainsi, \(X_y \times_{\Spec(k)} \Spec(l)\) possède un unique point de corps résiduel \(l\). Puisque \(l/k\) est fini séparable, cela implique que \(X'_y\) possède un unique point de corps résiduel \(k\), c’est-à-dire que (3) est vérifiée.
Pour démontrer la dernière assertion, remarquons que si \(Y\) est localement noethérien, alors \(R\) est un anneau noethérien et, si \(f\) est fini, \(R \to C\) est fini. Alors \(C'\) est une \(R\)-algèbre de type fini d’après Compléments sur l’algèbre, Lemme 00IT. Cela démontre que \(X' \to Y\) est fini.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(B\) un espace algébrique sur \(S\). Soit \(\delta : |B| \to \mathbf{Z}\) une fonction. Supposons que \(B\) soit décent, localement noethérien et universellement caténaire, et que \(\delta\) soit une fonction de dimension. Si \(X\) est un espace algébrique décent sur \(B\) dont le morphisme structural \(f : X \to B\) est localement de type fini, nous définissons \(\delta_X : |X| \to \mathbf{Z}\) par la règle \[\delta_X(x) = \delta(f(x)) + \text{degré de transcendance de }x/f(x)\] (Morphismes d’espaces, Définition 04NM). Alors \(\delta_X\) est une fonction de dimension.
Démonstration
La question est locale sur \(B\). Nous pouvons donc supposer \(B\) quasi-compact. D’après Espaces décents, Lemme 0BB6 nous voyons que \(B\) est quasi-séparé. D’après Limites d’espaces, Proposition 09YC nous pouvons choisir un morphisme fini surjectif \(\pi : Y \to X\), où \(Y\) est un schéma. Affirmation : \(\delta_Y\) est une fonction de dimension.
L’affirmation implique le lemme. Pour \(X \to B\) comme dans le lemme, posons \(Z = Y \times_B X\), de projections \(p : Z \to Y\) et \(q : Z \to X\). Nous avons alors \[\delta_Z(z) = \delta_Y(p(z)) + \text{degré de transcendance de }z/p(z)\] et \(\delta_Z(z) = \delta_X(q(z))\). Cela résulte de Morphismes d’espaces, Lemme 04NR et du fait que ces degrés de transcendance sont nuls pour les morphismes finis. D’après Espaces décents, Lemme 0ED5 et l’affirmation, nous trouvons que \(\delta_Z\) est une fonction de dimension. Nous en déduisons que \(\delta_X\) est une fonction de dimension d’après Espaces décents, Lemme 0ED9.
Démonstration de l’affirmation. Considérons une spécialisation \(y \leadsto y'\), \(y \not = y'\), de points du schéma noethérien \(Y\). Alors \(\delta_Y(y) > \delta_Y(y')\), car il n’existe aucune spécialisation entre deux points d’une même fibre de \(Y\) (voir Espaces décents, Lemme 0ACK). En appliquant ceci à une chaîne de spécialisations, nous obtenons \[\delta_Y(y) - \delta_Y(y') \geq \text{codim}(\overline{\{y'\}}, \overline{\{y\}})\] Il nous reste à démontrer l’égalité. D’après Propriétés, Lemme 02IL, nous pouvons choisir une spécialisation \(y' \leadsto y_0\). Il suffit de montrer que \(\delta_Y(y) - \delta_Y(y_0) = \text{codim}(\overline{\{y_0\}}, \overline{\{y\}})\) car cela entraînera l’égalité à la fois pour \(y \leadsto y'\) et pour \(y' \leadsto y_0\).
Choisissons une chaîne maximale \(y = y_c \leadsto y_{c - 1} \leadsto \ldots \leadsto y_0\) de spécialisations dans \(Y\). Posons \(b = \pi(y)\) et \(b_0 = \pi(y_0)\). Choisissons une chaîne maximale \(b = b_e \leadsto b_{e - 1} \leadsto \ldots \leadsto b_0\) de spécialisations dans \(|B|\). Nous devons montrer que \(e = c\). Puisque \(\pi\) est fermé (Morphismes d’espaces, Lemme 04NZ), nous pouvons trouver une suite de spécialisations \(y = y'_e \leadsto y'_{e - 1} \leadsto \ldots \leadsto y'_0\) s’envoyant sur \(b = b_e \leadsto b_{e - 1} \leadsto \ldots \leadsto b_0\). Remarquons que \(y'_e \leadsto y'_{e - 1} \leadsto \ldots \leadsto y'_0\) est également une chaîne maximale. Si \(y_0 = y'_0\), alors, comme \(Y\) est caténaire, nous concluons que \(e = c\), comme souhaité. Dans le paragraphe suivant, nous nous ramenons à ce cas par une astuce et concluons de la même manière.
Puisque \(\pi\) est fermé, nous voyons que \(b_0\) est un point fermé de \(|B|\). D’après Espaces décents, Lemme 0AHB, nous pouvons représenter \(b_0\) par une immersion fermée \(b_0 : \Spec(k) \to B\). Par le Lemme 0EDM, nous pouvons trouver une factorisation \[Y \to Y' \to X\] où \(\pi' : Y' \to X\) est fini et \(Y \to Y'\) est un morphisme qui envoie \(y_0\) et \(y'_0\) sur le même point et est un isomorphisme hors de l’image inverse de \(b_0\). (Bien entendu, \(Y'\) ne sera pas un schéma, mais cela n’affecte pas l’argument qui suit.) Il est clair que les chaînes maximales de spécialisations \(y_c \leadsto y_{c - 1} \leadsto \ldots \leadsto y_0\) et \(y'_e \leadsto y'_{e - 1} \leadsto \ldots \leadsto y'_0\) s’envoient sur des chaînes maximales de spécialisations dans \(Y'\) ayant le même début et la même fin. Comme \(B\) est universellement caténaire, nous voyons que \(|Y'|\) est caténaire et concluons comme précédemment.
Localisation étale des morphismes
Cette section est l’analogue de Compléments sur les morphismes, section 04HF.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(y \in |Y|\). Soient \(x_1, \ldots, x_n \in |X|\) des points s’envoyant sur \(y\). Supposons que
\(f\) soit localement de type fini ;
\(f\) soit séparé ;
\(f\) soit quasi-fini en \(x_1, \ldots, x_n\) ;
\(f\) soit quasi-compact ou \(Y\) soit décent.
Il existe alors un morphisme étale \((U, u) \to (Y, y)\) d’espaces algébriques pointés et une décomposition \[U \times_Y X = W \amalg V\] en sous-espaces ouverts et fermés telle que le morphisme \(V \to U\) soit fini, que tout point de la fibre de \(|V| \to |U|\) au-dessus de \(u\) s’envoie sur l’un des \(x_i\), et que la fibre de \(|W| \to |U|\) au-dessus de \(u\) ne contienne aucun point s’envoyant sur l’un des \(x_i\).
Démonstration
Soit \((U, u) \to (Y, y)\) un morphisme étale d’espaces algébriques, et considérons l’ensemble des \(w \in |U \times_Y X|\) s’envoyant sur \(u \in |U|\) et sur l’un des \(x_i \in |X|\). D’après Espaces décents, Lemme 0AC6 (si \(f\) est de type fini) ou Espaces décents, Lemme 0AC7 (si \(Y\) est décent), cet ensemble est fini. Nous pouvons donc remplacer \(f\) par le changement de base \(U \times_Y X \to U\) et \(x_1, \ldots, x_n\) par l’ensemble de ces \(w\). En particulier, nous pouvons supposer, et nous le faisons, que \(Y\) est un schéma affine ; alors \(X\) est un espace algébrique séparé.
Choisissons un schéma affine \(Z\) et un morphisme étale \(Z \to X\) tels que \(x_1, \ldots, x_n\) appartiennent à l’image de \(|Z| \to |X|\). Les fibres de \(|Z| \to |X|\) sont finies ; voir Propriétés des espaces, Lemme 03IJ (ou la discussion plus générale dans Espaces décents, section 03I7). Soit \(\{z_1, \ldots, z_m\} \subset |Z|\) l’image inverse de \(\{x_1, \ldots, x_n\}\). D’après Compléments sur les morphismes, Lemme 02LN il existe un morphisme étale \((U, u) \to (Y, y)\) tel que \(U \times_Y Z = Z_1 \amalg Z_2\), avec \(Z_1 \to U\) fini et \((Z_1)_y = \{z_1, \ldots, z_m\}\). Nous pouvons supposer que \(U\) est affine, et donc que \(Z_1\) est affine lui aussi.
Puisque \(f\) est séparé, l’image \(V\) de \(Z_1 \to X\) est à la fois ouverte et fermée (Morphismes d’espaces, Lemme 04NX). Posons \(W = X \setminus V\) pour obtenir une décomposition comme dans le lemme. Pour achever la démonstration, il reste à montrer que \(V \to U\) est fini. Comme \(Z_1 \to V\) est étale surjectif, \(V\) est le quotient de \(Z_1\) par la relation d’équivalence étale \(R = Z_1 \times_V Z_1\) ; voir Espaces, Lemme 0262. Puisque \(f\) est séparé, \(V \to U\) est séparé et \(R\) est fermé dans \(Z_1 \times_U Z_1\). Puisque \(Z_1 \to U\) est fini, les projections \(s, t : R \to Z_1\) sont finies. Ainsi, \(V\) est un schéma affine d’après Groupoïdes, Proposition 03BM. D’après Morphismes, Lemme 03GN, nous concluons que \(V \to U\) est propre et, d’après Morphismes, Lemme 01WN, nous concluons que \(V \to U\) est fini, ce qui achève la démonstration.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(x \in |X|\) d’image \(y \in |Y|\). Supposons que
\(f\) soit localement de type fini ;
\(f\) soit séparé ;
\(f\) soit quasi-fini en \(x\).
Il existe alors un morphisme étale \((U, u) \to (Y, y)\) d’espaces algébriques pointés et une décomposition \[U \times_Y X = W \amalg V\] en sous-espaces ouverts et fermés telle que le morphisme \(V \to U\) soit fini et qu’il existe un point \(v \in |V|\) qui s’envoie sur \(x\) dans \(|X|\) et sur \(u\) dans \(|U|\).
Démonstration
Choisissons un schéma \(U\), un point \(u \in U\) et un morphisme étale \(U \to Y\) qui envoie \(u\) sur \(y\). Il existe un point \(x' \in |U \times_Y X|\) qui s’envoie sur \(x\) dans \(|X|\) et sur \(u\) dans \(|U|\) (Propriétés des espaces, Lemme 03H4). Pour terminer, appliquons le Lemme 082H au morphisme \(U \times_Y X \to U\) et au point \(x'\). Il s’applique parce que \(U\) est un schéma et que \(u\) est donc représenté par le monomorphisme \(\Spec(\kappa(u)) \to U\).
Théorème principal de Zariski
Dans cette section, nous appliquons les résultats de la section précédente pour démontrer le théorème principal de Zariski pour les morphismes d’espaces algébriques. Cette section est l’analogue de la section 02LQ de Compléments sur les morphismes.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\), de type fini et séparé. Soit \(Y'\) la normalisation de \(Y\) dans \(X\). Diagramme : \[\xymatrix{ X \ar[rd]_f \ar[rr]_{f'} & & Y' \ar[ld]^\nu \\ & Y & }\] Il existe alors un sous-espace ouvert \(U' \subset Y'\) tel que
\((f')^{-1}(U') \to U'\) soit un isomorphisme ;
\((f')^{-1}(U') \subset X\) soit l’ensemble des points où \(f\) est quasi-fini.
Démonstration
D’après Morphismes d’espaces, Lemme 04NW il existe un sous-espace ouvert \(U \subset X\) correspondant aux points de \(|X|\) où \(f\) est quasi-fini. Nous devons démontrer que
l’image de \(|U| \to |Y'|\) est \(|U'|\) pour un certain sous-espace ouvert \(U'\) de \(Y'\) ;
\(U = f^{-1}(U')\) ;
\(U \to U'\) est un isomorphisme.
Puisque la formation de \(U\) commute à tout changement de base (Morphismes d’espaces, Lemme 04NW), puisque la formation de la normalisation \(Y'\) commute au changement de base lisse (Lemme 082F), puisque les morphismes étales sont ouverts, et puisque la propriété « être un isomorphisme » est locale pour la topologie fpqc sur la base (Descente sur les espaces, Lemme 041Y), il suffit de démontrer (a), (b), (c) localement pour la topologie étale sur \(Y\) (nous omettons certains détails). Ainsi, nous pouvons supposer que \(Y\) est un schéma affine. Cela implique que \(Y'\) est lui aussi un schéma (affine).
Soit \(x \in |U|\). Affirmation : il existe un voisinage ouvert \(f'(x) \in V \subset Y'\) tel que \((f')^{-1}V \to V\) soit un isomorphisme. Montrons d’abord que l’affirmation implique le lemme. En effet, alors \((f')^{-1}V \cong V\) est un schéma (comme ouvert de \(Y'\)), localement de type fini sur \(Y\) (comme sous-espace ouvert de \(X\)), et, pour \(v \in V\), l’extension de corps résiduels \(\kappa(v)/\kappa(\nu(v))\) est algébrique (car \(V \subset Y'\) et \(Y'\) est entier sur \(Y\)). Par conséquent, les fibres de \(V \to Y\) sont discrètes (Morphismes, Lemme 01TE) et \((f')^{-1}V \to Y\) est localement quasi-fini (Morphismes, Lemme 06RT). Cela implique \((f')^{-1}V \subset U\) et \(V \subset U'\). Comme \(x\) était arbitraire, nous voyons que (a), (b) et (c) sont vraies.
Soit \(y = f(x) \in |Y|\). Soit \((T, t) \to (Y, y)\) un morphisme étale de schémas pointés. Notons par un indice inférieur \({}_T\) le changement de base à \(T\). Soit \(z \in X_T\) un point de la fibre \(X_t\) situé au-dessus de \(x\). Remarquons que \(U_T \subset X_T\) est l’ensemble des points où \(f_T\) est quasi-fini ; voir Morphismes d’espaces, Lemme 04NW. Remarquons que \[X_T \xrightarrow{f'_T} Y'_T \xrightarrow{\nu_T} T\] est la normalisation de \(T\) dans \(X_T\) ; voir Lemme 082F. Supposons l’affirmation vraie pour \(z \in U_T \subset X_T \to Y'_T \to T\), c’est-à-dire supposons que nous puissions trouver un voisinage ouvert \(f'_T(z) \in V' \subset Y'_T\) tel que \((f'_T)^{-1}V' \to V'\) soit un isomorphisme. Le morphisme \(Y'_T \to Y'\) est étale ; par conséquent, l’image \(V \subset Y'\) de \(V'\) est ouverte. Remarquons que \(f'(x) \in V\) puisque \(f'_T(z) \in V'\). Remarquons que \[\xymatrix{ (f'_T)^{-1}V' \ar[r] \ar[d] & (f')^{-1}(V) \ar[d] \\ V' \ar[r] & V }\] est un carré cartésien (car \(Y'_T \times_{Y'} X = X_T\)). Puisque la flèche verticale gauche est un isomorphisme et que \(\{V' \to V\}\) est un recouvrement étale, nous concluons que la flèche verticale droite est un isomorphisme d’après Descente sur les espaces, Lemme 041Y. Autrement dit, l’affirmation est vraie pour \(x \in U \subset X \to Y' \to Y\).
D’après le paragraphe précédent, pour démontrer l’affirmation pour \(x \in |U|\), nous pouvons remplacer \(Y\) par un voisinage étale \(T\) de \(y = f(x)\) et \(x\) par n’importe quel point situé au-dessus de \(x\) dans \(T \times_Y X\). Ainsi, nous pouvons supposer qu’il existe une décomposition \[X = V \amalg W\] en sous-espaces ouverts et fermés, où \(V \to Y\) est fini et \(x \in V\) ; voir le Lemme 082H. Puisque \(X\) est la somme disjointe de \(V\) et \(W\) sur \(Y\) et que \(V \to Y\) est fini, nous voyons que la normalisation de \(Y\) dans \(X\) est le morphisme \[X = V \amalg W \longrightarrow V \amalg W' \longrightarrow S\] où \(W'\) est la normalisation de \(Y\) dans \(W\) ; voir Morphismes d’espaces, Lemmes 0824, 0414, et 0825. L’affirmation en résulte, et la démonstration est terminée.
Le lemme suivant est un doublon de Morphismes d’espaces, Lemme 0ABS. La présence de deux exemplaires du même lemme s’explique par le fait que les démonstrations diffèrent quelque peu. La démonstration donnée ci-dessous repose sur le théorème principal de Zariski pour les morphismes non représentables d’espaces algébriques sous la forme établie ci-dessus, tandis que la démonstration de Morphismes d’espaces, Lemme 0ABS repose sur Morphismes d’espaces, Proposition 03XX pour se ramener au cas des morphismes de schémas.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(f\) soit quasi-fini et séparé. Soit \(Y'\) la normalisation de \(Y\) dans \(X\). Diagramme : \[\xymatrix{ X \ar[rd]_f \ar[rr]_{f'} & & Y' \ar[ld]^\nu \\ & Y & }\] Alors \(f'\) est une immersion ouverte quasi-compacte et \(\nu\) est entier. En particulier, \(f\) est quasi-affine.
Démonstration
Cela résulte du Lemme 082I. En effet, d’après ce lemme, il existe un sous-espace ouvert \(U' \subset Y'\) tel que \((f')^{-1}(U') = X\) (!) et que \(X \to U'\) soit un isomorphisme ! Autrement dit, \(f'\) est une immersion ouverte. Remarquons que \(f'\) est quasi-compact puisque \(f\) est quasi-compact et que \(\nu : Y' \to Y\) est séparé (Morphismes d’espaces, Lemme 03KS). Ainsi, pour tout schéma affine \(Z\) et tout morphisme \(Z \to Y\), le produit fibré \(Z \times_Y X\) est un sous-schéma ouvert quasi-compact du schéma affine \(Z \times_Y Y'\). Par conséquent, \(f\) est quasi-affine par définition.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(f\) soit quasi-fini et séparé, et que \(Y\) soit quasi-compact et quasi-séparé. Il existe alors une factorisation \[\xymatrix{ X \ar[rd]_f \ar[rr]_j & & T \ar[ld]^\pi \\ & Y & }\] où \(j\) est une immersion ouverte quasi-compacte et \(\pi\) est fini.
Démonstration
Soit \(X \to Y' \to Y\) comme dans la conclusion du Lemme 082J. D’après Limites d’espaces, Lemme 082C nous pouvons écrire \(\nu_*\mathcal{O}_{Y'} = \colim_{i \in I} \mathcal{A}_i\) comme une limite inductive filtrante d’algèbres finies quasi-cohérentes sur \(\mathcal{O}_X\), \(\mathcal{A}_i \subset \nu_*\mathcal{O}_{Y'}\). Alors \(\pi_i : T_i = \underline{\Spec}_Y(\mathcal{A}_i) \to Y\) est un morphisme fini pour tout \(i\). Remarquons que les morphismes de transition \(T_{i'} \to T_i\) sont affines et que \(Y' = \lim T_i\).
D’après Limites d’espaces, Lemme 0827, il existe un \(i\) et un ouvert quasi-compact \(U_i \subset T_i\) dont l’image inverse dans \(Y'\) est \(f'(X)\). Pour \(i' \geq i\), notons \(U_{i'}\) l’image inverse de \(U_i\) dans \(T_{i'}\). Alors \(X \cong f'(X) = \lim_{i' \geq i} U_{i'}\) ; voir Limites d’espaces, Lemme 07SF. D’après Limites d’espaces, Lemme 0828, nous voyons que \(X \to U_{i'}\) est une immersion fermée pour un certain \(i' \geq i\). (En fait, \(X \cong U_{i'}\) pour \(i'\) suffisamment grand, mais nous n’en avons pas besoin.) Ainsi, \(X \to T_{i'}\) est une immersion. D’après Morphismes d’espaces, Lemme 081U nous pouvons factoriser ce morphisme en \(X \to T \to T_{i'}\), où la première flèche est une immersion ouverte et la seconde une immersion fermée. Cela termine la démonstration.
Lemme
Avec les notations et les hypothèses du Lemme 082K, supposons de plus que \(f\) soit localement de présentation finie. Nous pouvons alors choisir la factorisation de telle sorte que \(T\) soit fini et de présentation finie sur \(Y\).
Démonstration
D’après Limites d’espaces, Lemme 07VR, nous pouvons écrire \(T = \lim T_i\), où tous les \(T_i\) sont finis et de présentation finie sur \(Y\) et où les morphismes de transition \(T_{i'} \to T_i\) sont des immersions fermées. D’après Limites d’espaces, Lemme 0827, il existe un \(i\) et un sous-schéma ouvert \(U_i \subset T_i\) dont l’image inverse dans \(T\) est \(X\). D’après Limites d’espaces, Lemme 0828 nous voyons que \(X \cong U_i\) pour \(i\) assez grand. Remplacer \(T\) par \(T_i\) achève la démonstration.
Applications du théorème principal de Zariski, I
Une première application est la caractérisation des morphismes finis comme morphismes propres à fibres finies.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les propriétés suivantes sont équivalentes :
\(f\) est fini ;
\(f\) est propre et localement quasi-fini ;
\(f\) est propre et \(|X_k|\) est un espace discret pour tout morphisme \(\Spec(k) \to Y\), où \(k\) est un corps ;
\(f\) est universellement fermé, séparé, localement de type fini, et \(|X_k|\) est un espace discret pour tout morphisme \(\Spec(k) \to Y\), où \(k\) est un corps.
Démonstration
Nous avons (1) \(\Rightarrow\) (2) d’après Morphismes d’espaces, Lemmes 04NZ, 04NY. Nous avons (2) \(\Rightarrow\) (3) d’après Morphismes d’espaces, Lemme 06RW. Par définition, (3) implique (4).
Supposons (4). Puisque \(f\) est universellement fermé, il est quasi-compact (Morphismes d’espaces, Lemme 04XW). Choisissons un point \(y\) de \(|Y|\). Représentons \(y\) par un morphisme \(\Spec(k) \to Y\). Remarquons que \(|X_k|\) est fini et discret, car il est quasi-compact et discret. L’application \(|X_k| \to |X|\) est surjective sur la fibre de \(|X| \to |Y|\) au-dessus de \(y\) (Propriétés des espaces, Lemme 03H4). D’après Morphismes d’espaces, Lemme 06LS, nous voyons que \(X \to Y\) est quasi-fini en tous les points de la fibre de \(|X| \to |Y|\) au-dessus de \(y\). Choisissons un voisinage étale élémentaire \((U, u) \to (Y, y)\) et une décomposition \(X_U = V \amalg W\) comme dans le Lemme 082H, adaptée à tous les points de \(|X|\) situés au-dessus de \(y\). Remarquons que \(W_u = \emptyset\), puisque nous avons utilisé tous les points de la fibre de \(|X| \to |Y|\) au-dessus de \(y\). Puisque \(f\) est universellement fermé, nous voyons que l’image de \(|W|\) dans \(|U|\) est un fermé qui ne contient pas \(u\). Après avoir rétréci \(U\), nous pouvons supposer que \(W = \emptyset\). Autrement dit, nous voyons que \(X_U = V\) est fini sur \(U\). Comme \(y \in |Y|\) était arbitraire, il existe donc une famille \(\{U_i \to Y\}\) de morphismes étales dont les images recouvrent \(Y\) et telle que les changements de base \(X_{U_i} \to U_i\) soient finis. Nous concluons que \(f\) est fini d’après Morphismes d’espaces, Lemme 03ZQ.
Nous en déduisons le résultat utile suivant.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(y \in |Y|\). Supposons que
\(f\) soit propre ;
\(f\) soit quasi-fini en tout \(x \in |X|\) situé au-dessus de \(y\) (Espaces décents, Lemme 0ACK).
Il existe alors un voisinage ouvert \(V \subset Y\) de \(y\) tel que \(f|_{f^{-1}(V)} : f^{-1}(V) \to V\) soit fini.
Démonstration
D’après Morphismes d’espaces, Lemme 04NW, l’ensemble des points où \(f\) est quasi-fini est un ouvert \(U \subset X\). Soit \(Z = X \setminus U\). Alors \(y \not \in f(Z)\). Puisque \(f\) est propre, l’ensemble \(f(Z) \subset Y\) est fermé. Choisissons un voisinage ouvert quelconque \(V \subset Y\) de \(y\) tel que \(Z \cap V = \emptyset\). Alors \(f^{-1}(V) \to V\) est localement quasi-fini et propre. Par conséquent, \(f^{-1}(V) \to V\) est fini d’après le Lemme 0A4X.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ X \ar[rr]_h \ar[rd]_f & & Y \ar[ld]^g \\ & B }\] un diagramme commutatif de morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(b \in B\) et soit \(\Spec(k) \to B\) un morphisme appartenant à la classe d’équivalence de \(b\). Supposons que
\(X \to B\) soit un morphisme propre ;
\(Y \to B\) soit séparé et localement de type fini ;
l’une des propriétés suivantes soit vraie :
l’image de \(|X_k| \to |Y_k|\) est finie ;
l’image de \(|f|^{-1}(\{b\})\) dans \(|Y|\) est finie et \(B\) est décent.
Il existe alors un sous-espace ouvert \(B' \subset B\) contenant \(b\) tel que \(X_{B'} \to Y_{B'}\) se factorise par un sous-espace fermé \(Z \subset Y_{B'}\) fini sur \(B'\).
Démonstration
Soit \(Z \subset Y\) l’image schématique de \(h\) ; voir Morphismes d’espaces, section 082W. D’après Morphismes d’espaces, Lemme 0AGD le morphisme \(X \to Z\) est surjectif et \(Z \to B\) est propre. Ainsi, \[\{x \in |X|\text{ situé au-dessus de }b\} \to \{z \in |Z|\text{ situé au-dessus de }b\}\] et \(|X_k| \to |Z_k|\) sont surjectifs. Nous voyons que l’une ou l’autre des conditions (3)(a) et (3)(b) implique que \(Z \to B\) est quasi-fini en tous les points de \(|Z|\) situés au-dessus de \(b\), d’après Espaces décents, Lemme 0ACK. Ainsi, \(Z \to B\) est fini dans un voisinage ouvert de \(b\) d’après le Lemme 0A4Y.
Factorisation de Stein
La factorisation de Stein affirme qu’un morphisme propre \(f : X \to S\) tel que \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_S\) a des fibres connexes.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme universellement fermé et quasi-séparé d’espaces algébriques sur \(S\). Il existe une factorisation \[\xymatrix{ X \ar[rr]_{f'} \ar[rd]_f & & Y' \ar[dl]^\pi \\ & Y & }\] ayant les propriétés suivantes :
le morphisme \(f'\) est universellement fermé, quasi-compact, quasi-séparé et surjectif ;
le morphisme \(\pi : Y' \to Y\) est entier ;
nous avons \(f'_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_{Y'}\) ;
nous avons \(Y' = \underline{\Spec}_Y(f_*\mathcal{O}_X)\) ;
\(Y'\) est la normalisation de \(Y\) dans \(X\) au sens de Morphismes d’espaces, Définition 0822.
La formation de la factorisation \(f = \pi \circ f'\) commute au changement de base plat.
Démonstration
D’après Morphismes d’espaces, Lemme 04XW le morphisme \(f\) est quasi-compact. Nous définissons simplement \(Y'\) comme la normalisation de \(Y\) dans \(X\) ; (5) et (2) sont donc automatiquement vérifiés. D’après Morphismes d’espaces, Lemme 0A0Q nous voyons que (4) est vérifié. Le morphisme \(f'\) est universellement fermé d’après Morphismes d’espaces, Lemme 04NX. Il est quasi-compact d’après Morphismes d’espaces, Lemme 03KS et quasi-séparé d’après Morphismes d’espaces, Lemme 03KR.
Pour démontrer les assertions restantes, nous pouvons supposer que la base \(Y\) est affine (car la normalisation commute à la localisation étale). Écrivons \(Y = \Spec(R)\). Alors \(Y' = \Spec(A)\), où \(A = \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) est une \(R\)-algèbre entière. Il est donc clair que \(f'_*\mathcal{O}_X\) est \(\mathcal{O}_{Y'}\) (car \(f'_*\mathcal{O}_X\) est quasi-cohérent d’après Morphismes d’espaces, Lemme 03M9, et est donc égal à \(\widetilde{A}\)). Cela démontre (3).
Montrons que \(f'\) est surjectif. Comme \(f'\) est universellement fermé (voir ci-dessus), l’image de \(f'\) est un fermé \(V(I) \subset Y' = \Spec(A)\). Choisissons \(h \in I\). Alors \(h|_X = f^\sharp(h)\) est une section globale du faisceau structural de \(X\) qui s’annule en tout point. Puisque \(X\) est quasi-compact, cela signifie que \(h|_X\) est une section nilpotente, c’est-à-dire que \(h^n|X = 0\) pour un certain \(n > 0\). Mais \(A = \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\), donc \(h^n = 0\). Autrement dit, \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\), et nous concluons que \(V(I) = Y'\), comme souhaité.
Lemme
Dans le Lemme 0A19, supposons de plus que \(f\) soit localement de type fini et que \(Y\) soit affine. Alors, pour \(y \in Y\), la fibre \(\pi^{-1}(\{y\}) = \{y_1, \ldots, y_n\}\) est finie et les extensions de corps \(\kappa(y_i)/\kappa(y)\) sont finies.
Démonstration
Rappelons qu’il n’existe pas de spécialisations entre les points de \(\pi^{-1}(\{y\})\) ; voir Algèbre, Lemme 00GT. Puisque \(f'\) est surjectif, nous obtenons que \(|X_y| \to \pi^{-1}(\{y\})\) est surjectif. Remarquons que \(X_y\) est un espace algébrique quasi-séparé de type fini sur un corps (la quasi-compacité a été démontrée dans la preuve du lemme cité). Ainsi, \(|X_y|\) est un espace topologique noethérien (Morphismes d’espaces, Lemme 04ZL). Un argument topologique (omis) montre alors que \(\pi^{-1}(\{y\})\) est fini. Pour chaque \(i\), nous pouvons choisir un point de type fini \(x_i \in |X_y|\) qui s’envoie sur \(y_i\) (Morphismes d’espaces, Lemme 06EK). Nous concluons que \(\kappa(y_i)/\kappa(y)\) est finie : \(x_i\) peut être représenté par un morphisme \(\Spec(k_i) \to X_y\) de type fini (d’après notre définition des points de type fini) ; par conséquent, \(\Spec(k_i) \to y = \Spec(\kappa(y))\) est de type fini (comme composée de morphismes de type fini), donc \(k_i/\kappa(y)\) est finie (Morphismes, Lemme 01TA).
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques et soit \(\overline{y} : \Spec(k) \to Y\) un point géométrique. La fibre de \(f\) au-dessus de \(\overline{y}\) est alors l’espace algébrique \(X_{\overline{y}} = X \times_{Y, \overline{y}} \Spec(k)\) sur \(k\). Si \(Y\) est un schéma et si \(y \in Y\) est un point, nous notons comme d’habitude \(X_y = X \times_Y \Spec(\kappa(y))\) la fibre.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(\overline{y}\) un point géométrique de \(Y\). Alors \(X_{\overline{y}}\) est connexe si et seulement si, pour tout voisinage étale \((V, \overline{v}) \to (Y, \overline{y})\) tel que \(V\) soit un schéma, le changement de base \(X_V \to V\) a une fibre connexe \(X_v\).
Démonstration
Puisque la catégorie des voisinages étales de \(\overline{y}\) est cofiltrante et contient une famille cofinale de schémas (Propriétés des espaces, Lemme 04JW), nous pouvons remplacer \(Y\) par l’un de ces voisinages et supposer que \(Y\) est un schéma. Soit \(y \in Y\) le point correspondant à \(\overline{y}\). Alors \(X_y\) est géométriquement connexe sur \(\kappa(y)\) si et seulement si \(X_{\overline{y}}\) est connexe, et si et seulement si \((X_y)_{k'}\) est connexe pour toute extension séparable finie \(k'\) de \(\kappa(y)\). Voir Espaces sur les corps, section 0A0Y, et en particulier le Lemme 0A17. D’après Compléments sur les morphismes, Lemme 02LF il existe un voisinage étale affine \((V, v) \to (Y, y)\) tel que \(\kappa(s) \subset \kappa(u)\) s’identifie à \(\kappa(s) \subset k'\) pour toute extension séparable finie donnée. Le lemme en résulte.
Théorème
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre d’espaces algébriques sur \(S\), avec \(Y\) localement noethérien. Il existe une factorisation \[\xymatrix{ X \ar[rr]_{f'} \ar[rd]_f & & Y' \ar[dl]^\pi \\ & Y & }\] ayant les propriétés suivantes :
le morphisme \(f'\) est propre à fibres géométriques connexes ;
le morphisme \(\pi : Y' \to Y\) est fini ;
nous avons \(f'_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_{Y'}\) ;
nous avons \(Y' = \underline{\Spec}_Y(f_*\mathcal{O}_X)\) ;
\(Y'\) est la normalisation de \(Y\) dans \(X\) ; voir Morphismes, Définition 035H.
Démonstration
Soit \(f = \pi \circ f'\) la factorisation du Lemme 0A19. Remarquons qu’outre les conclusions du Lemme 0A19, nous savons aussi que \(f'\) est séparé (Morphismes d’espaces, Lemme 03KR) et de type fini (Morphismes d’espaces, Lemme 0462). Ainsi, \(f'\) est propre. D’après Cohomologie des espaces, Lemme 08AR nous voyons que \(f_*\mathcal{O}_X\) est un \(\mathcal{O}_Y\)-module cohérent. Nous voyons donc que \(\pi\) est fini, c’est-à-dire que (2) est vérifié.
Cela démontre toutes les assertions sauf la plus intéressante, à savoir que les fibres géométriques de \(f'\) sont connexes. Il ressort clairement de la discussion précédente que nous pouvons remplacer \(Y\) par \(Y'\). Alors \(Y\) est localement noethérien, \(f : X \to Y\) est propre et \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_Y\). Soit \(\overline{y}\) un point géométrique de \(Y\). Nous appliquons ici le théorème des fonctions formelles, plus précisément Cohomologie des espaces, Lemme 08B1. Il nous dit que \[\mathcal{O}^\wedge_{Y, \overline{y}} = \lim_n H^0(X_n, \mathcal{O}_{X_n})\] où \(X_n = \Spec(\mathcal{O}_{Y, \overline{y}}/\mathfrak m_{\overline{y}}^n) \times_Y X\). Remarquons que \(X_1 = X_{\overline{y}} \to X_n\) est un épaississement (d’ordre fini) et que l’espace topologique sous-jacent à \(X_n\) est donc égal à celui de \(X_{\overline{y}}\). Ainsi, si \(X_{\overline{y}} = T_1 \amalg T_2\) est une somme disjointe de sous-espaces ouverts et fermés non vides, alors, de même, \(X_n = T_{1, n} \amalg T_{2, n}\) pour tout \(n\). Cela signifie à son tour que \(H^0(X_n, \mathcal{O}_{X_n})\) contient un idempotent \(e_{1, n}\) distinct de 0 et de 1, à savoir la fonction identiquement égale à \(1\) sur \(T_{1, n}\) et identiquement égale à \(0\) sur \(T_{2, n}\). Il est clair que \(e_{1, n + 1}\) se restreint à \(e_{1, n}\) sur \(X_n\). Par conséquent, \(e_1 = \lim e_{1, n}\) est un idempotent de la limite distinct de 0 et de 1. Cela contredit le fait que \(\mathcal{O}^\wedge_{Y, \overline{y}}\) est un anneau local. Notre hypothèse était donc fausse, c’est-à-dire que \(X_{\overline{y}}\) est connexe, comme souhaité.
Théorème
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre d’espaces algébriques sur \(S\). Il existe une factorisation \[\xymatrix{ X \ar[rr]_{f'} \ar[rd]_f & & Y' \ar[dl]^\pi \\ & Y & }\] ayant les propriétés suivantes :
le morphisme \(f'\) est propre à fibres géométriques connexes ;
le morphisme \(\pi : Y' \to Y\) est entier ;
nous avons \(f'_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_{Y'}\) ;
nous avons \(Y' = \underline{\Spec}_Y(f_*\mathcal{O}_X)\) ;
\(Y'\) est la normalisation de \(Y\) dans \(X\) (Morphismes d’espaces, Définition 0822).
Démonstration
Nous pouvons appliquer le Lemme 0A19 pour obtenir le morphisme \(f' : X \to Y'\). Remarquons qu’outre les conclusions du Lemme 0A19, nous savons aussi que \(f'\) est séparé (Morphismes d’espaces, Lemme 03KR) et de type fini (Morphismes d’espaces, Lemme 0462). Ainsi, \(f'\) est propre. Nous avons alors démontré toutes les assertions, sauf celle selon laquelle \(f'\) a des fibres géométriques connexes.
Il ressort clairement de la discussion que nous pouvons remplacer \(Y\) par \(Y'\). Alors \(f : X \to Y\) est propre et \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_Y\). Remarquons que ces conditions sont préservées par changement de base plat (Morphismes d’espaces, Lemme 04WP et Cohomologie des espaces, Lemme 073K). Soit \(\overline{y}\) un point géométrique de \(Y\). D’après le Lemme 0A1A et la remarque précédente, nous nous ramenons au cas où \(Y\) est un schéma, \(y \in Y\) est un point, \(f : X \to Y\) est un espace algébrique propre sur \(Y\) avec \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_Y\), et où nous devons montrer que la fibre \(X_y\) est connexe. En remplaçant \(Y\) par un voisinage affine de \(y\), nous pouvons supposer que \(Y = \Spec(R)\) est affine. Alors \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_Y\) signifie que l’homomorphisme d’anneaux \(R \to \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\) est bijectif.
D’après Limites d’espaces, Lemme 0A0X nous pouvons écrire \((X \to Y) = \lim (X_i \to Y_i)\), où \(X_i \to Y_i\) est propre et de présentation finie et où \(Y_i\) est noethérien. Pour \(i\) assez grand, \(Y_i\) est affine (Limites d’espaces, Lemme 07SQ). Écrivons \(Y_i = \Spec(R_i)\). Posons \(R'_i = \Gamma(X_i, \mathcal{O}_{X_i})\). Remarquons que nous avons des homomorphismes d’anneaux \(R_i \to R_i' \to R\). En effet, nous avons le premier parce que \(X_i\) est un espace algébrique sur \(R_i\), et le second parce que nous avons \(X \to X_i\) et \(R = \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\). Remarquons que \(R = \colim R'_i\) d’après Limites d’espaces, Lemme 07SI. Alors \[\xymatrix{ X \ar[d] \ar[r] & X_i \ar[d] \\ Y \ar[r] & Y'_i \ar[r] & Y_i }\] est commutatif, avec \(Y'_i = \Spec(R'_i)\). Soit \(y'_i \in Y'_i\) l’image de \(y\). Nous avons \(X_y = \lim X_{i, y'_i}\) parce que \(X = \lim X_i\), \(Y = \lim Y'_i\) et \(\kappa(y) = \colim \kappa(y'_i)\). Écrivons maintenant \(X_y = U \amalg V\), où \(U\) et \(V\) sont ouverts et fermés. Alors \(U, V\) sont les images inverses d’ouverts \(U_i, V_i\) de \(X_{i, y'_i}\) (Limites d’espaces, Lemme 0827). D’après le Théorème 0A1B, les fibres de \(X_i \to Y'_i\) sont connexes ; ainsi, \(U\) ou \(V\) est vide. Cela achève la démonstration.
Voici une application.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que
\(f\) soit propre ;
\(Y\) soit intègre (Espaces sur les corps, Définition 0AD4) de point générique \(\xi\) ;
\(Y\) soit normal ;
\(X\) soit réduit ;
tout point générique d’une composante irréductible de \(|X|\) s’envoie sur \(\xi\) ;
nous ayons \(H^0(X_\xi, \mathcal{O}) = \kappa(\xi)\).
Alors \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_Y\) et \(f\) a des fibres géométriquement connexes.
Démonstration
Appliquons le Théorème 0A1C pour obtenir une factorisation \(X \to Y' \to Y\). Il suffit de montrer que \(Y' = Y\). Il suffit de montrer que \(Y' \times_Y V \to V\) est un isomorphisme, où \(V \to Y\) est un morphisme étale et \(V\) un schéma affine intègre ; voir Espaces sur les corps, Lemme 0AYH. La formation de \(Y'\) commute au changement de base étale ; voir Morphismes d’espaces, Lemme 0ABP. Les points génériques de \(X \times_Y V\) se trouvent au-dessus des points génériques de \(X\) (Espaces décents, Lemme 0ABV) et s’envoient donc sur le point générique de \(V\) d’après l’hypothèse (5). De plus, la condition (6) est préservée par le changement de base \(V \to Y\), par exemple par changement de base plat (Cohomologie des espaces, Lemme 073K). Il suffit donc de démontrer le lemme lorsque \(Y\) est un schéma affine normal et intègre.
Supposons que \(Y\) soit un schéma affine normal et intègre. Nous allons montrer que \(Y' \to Y\) est un isomorphisme en appliquant Morphismes, Lemme 0AB1. En effet, \(Y'\) est réduit parce que \(X\) est réduit (Morphismes d’espaces, Lemme 0AYF). Le morphisme \(Y' \to Y\) est entier d’après le théorème cité plus haut. Puisque \(Y\) est décent et que \(X \to Y\) est séparé, nous voyons que \(X\) est lui aussi décent ; pour le voir, utilisons Espaces décents, Lemmes 03M5 et 0ABY. D’après l’hypothèse (5), Morphismes d’espaces, Lemme 0AYG, et Espaces décents, Lemme 0ABV, nous voyons que tout point générique d’une composante irréductible de \(|Y'|\) s’envoie sur \(\xi\). D’autre part, puisque \(Y'\) est le spectre relatif de \(f_*\mathcal{O}_X\), nous voyons que la fibre schématique \(Y'_\xi\) est le spectre de \(H^0(X_\xi, \mathcal{O})\), qui est égal à \(\kappa(\xi)\) par hypothèse. Ainsi, \(Y'\) est un schéma intègre dont le corps des fonctions est égal à celui de \(Y\). Cela achève la démonstration.
Voici une autre application.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Notons \(f\) ce morphisme. S’il est propre, plat et de présentation finie, alors la fonction \(n_{X/Y} : |Y| \to \mathbf{Z}\) qui compte le nombre de composantes connexes géométriques des fibres de \(f\) (Lemme 0E1B) est semi-continue inférieurement.
Démonstration
La question est locale pour la topologie étale sur \(Y\) ; nous pouvons donc supposer, et supposons, que \(Y\) est un schéma affine. Soit \(y \in Y\). Posons \(n = n_{X/S}(y)\). Remarquons que \(n < \infty\), car la fibre géométrique de \(X \to Y\) en \(y\) est un espace algébrique propre sur un corps, donc noethérien, et possède donc un nombre fini de composantes connexes. Nous devons trouver un voisinage ouvert \(V\) de \(y\) tel que \(n_{X/S}|_V \geq n\). Soit \(X \to Y' \to Y\) la factorisation de Stein du Théorème 0A1C. D’après le Lemme 0E1C, il existe un nombre fini de points \(y'_1, \ldots, y'_m \in Y'\) situés au-dessus de \(y\), et les extensions \(\kappa(y'_i)/\kappa(y)\) sont finies. Compléments sur les morphismes, Lemme 0BSR, nous dit qu’après avoir remplacé \(Y\) par un voisinage étale de \(y\), nous pouvons supposer que \(Y' = V_1 \amalg \ldots \amalg V_m\) est un schéma, avec \(y'_i \in V_i\) et \(\kappa(y'_i)/\kappa(y)\) purement inséparable. Alors les espaces algébriques \(X_{y_i'}\) sont géométriquement connexes sur \(\kappa(y)\), donc \(m = n\). Les espaces algébriques \(X_i = (f')^{-1}(V_i)\), \(i = 1, \ldots, n\), sont plats et de présentation finie sur \(Y\). L’image de \(X_i \to Y\) est donc ouverte (Morphismes d’espaces, Lemme 042S). Ainsi, dans un voisinage de \(y\), nous voyons que \(n_{X/Y}\) est au moins égal à \(n\).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que
\(f\) soit propre, plat et de présentation finie ;
les fibres géométriques de \(f\) soient réduites.
Alors la fonction \(n_{X/S} : |Y| \to \mathbf{Z}\) qui compte le nombre de composantes connexes géométriques des fibres de \(f\) (Lemme 0E1B) est localement constante.
Démonstration
D’après le Lemme 0E1D, la fonction \(n_{X/Y}\) est semi-continue inférieurement. Il suffit donc de montrer qu’elle est semi-continue supérieurement. Pour cela, nous pouvons travailler localement pour la topologie étale sur \(Y\) ; nous pouvons donc supposer que \(Y\) est un schéma affine. Pour \(y \in Y\), considérons la \(\kappa(y)\)-algèbre \[A = H^0(X_y, \mathcal{O}_{X_y})\] D’après Espaces sur les corps, Lemme 0DMY et puisque \(X_y\) est géométriquement réduit, \(A\) est un produit fini d’extensions finies séparables de \(\kappa(y)\). Ainsi, \(A \otimes_{\kappa(y)} \kappa(\overline{y})\) est un produit de \(\beta_0(y) = \dim_{\kappa(y)} A\) exemplaires de \(\kappa(\overline{y})\). Par conséquent, \(X_{\overline{y}}\) a \(\beta_0(y)\) composantes connexes. Autrement dit, nous avons \(n_{X/S} = \beta_0\) comme fonctions sur \(Y\). Ainsi, \(n_{X/Y}\) est semi-continue supérieurement d’après Catégories dérivées des espaces, Lemme 0E0R. Cela achève la démonstration.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(X \to Y' \to Y\) la factorisation de Stein de \(f\) (Théorème 0A1C). Si \(f\) est de présentation finie, plat et à fibres géométriquement réduites (Définition 0E08), alors \(Y' \to Y\) est fini étale.
Démonstration
La formation de la factorisation de Stein commute au changement de base plat ; voir Lemme 0A19. Nous pouvons donc travailler localement pour la topologie étale sur \(Y\) et supposer que \(Y\) est un schéma affine. Alors \(Y'\) est un schéma affine et \(Y' \to Y\) est entier.
Soit \(y \in Y\). Soit \(n\) le nombre de composantes connexes de la fibre géométrique \(X_{\overline{y}}\). Remarquons que \(n < \infty\), car la fibre géométrique de \(X \to Y\) en \(y\) est un espace algébrique propre sur un corps, donc noethérien, et possède donc un nombre fini de composantes connexes. D’après le Lemme 0E1C, il existe un nombre fini de points \(y'_1, \ldots, y'_m \in Y'\) situés au-dessus de \(y\) ; pour chaque \(i\), nous pouvons choisir un point de type fini \(x_i \in |X_y|\) qui s’envoie sur \(y'_i\), et l’extension \(\kappa(y'_i)/\kappa(y)\) est finie. Ainsi, Compléments sur les morphismes, Lemme 0BSR, nous dit qu’après avoir remplacé \(Y\) par un voisinage étale de \(y\), nous pouvons supposer que \(Y' = V_1 \amalg \ldots \amalg V_m\) est un schéma, avec \(y'_i \in V_i\) et \(\kappa(y'_i)/\kappa(y)\) purement inséparable. Dans ce cas, les espaces algébriques \(X_{y_i'}\) sont géométriquement connexes sur \(\kappa(y)\), donc \(m = n\). Les espaces algébriques \(X_i = (f')^{-1}(V_i)\), \(i = 1, \ldots, n\), sont propres, plats, de présentation finie et à fibres géométriquement réduites sur \(Y\). Il suffit de démontrer le lemme pour chacun des morphismes \(X_i \to Y\). Nous nous ramenons ainsi au cas où \(X_{\overline{y}}\) est connexe.
Supposons que \(X_{\overline{y}}\) soit connexe. D’après le Lemme 0E1E, nous voyons que \(X \to Y\) a des fibres géométriquement connexes dans un voisinage de \(y\). Ainsi, nous pouvons supposer que les fibres de \(X \to Y\) sont géométriquement connexes. Alors \(f_*\mathcal{O}_X = \mathcal{O}_Y\) d’après Catégories dérivées des espaces, Lemme 0E0S, ce qui achève la démonstration.
La démonstration du lemme suivant utilise la factorisation de Stein pour les schémas ; c’est pourquoi il se trouve dans cette section.
Lemme
Soit \((A, I)\) un couple hensélien. Soit \(X\) un espace algébrique séparé et de type fini sur \(A\). Posons \(X_0 = X \times_{\Spec(A)} \Spec(A/I)\). Soit \(Y \subset X_0\) un sous-espace ouvert et fermé tel que \(Y \to \Spec(A/I)\) soit propre. Il existe alors un sous-espace ouvert et fermé \(W \subset X\) qui est propre sur \(A\) et tel que \(W \times_{\Spec(A)} \Spec(A/I) = Y\).
Démonstration
Nous noterons \(T \mapsto T_0\) le changement de base par \(\Spec(A/I) \to \Spec(A)\). D’après une forme faible du lemme de Chow (sous la forme de Cohomologie des espaces, Lemme 089J), il existe un morphisme propre surjectif \(\varphi : X' \to X\) tel que \(X'\) admette une immersion dans \(\mathbf{P}^n_A\). Posons \(Y' = \varphi^{-1}(Y)\). C’est un sous-schéma ouvert et fermé de \(X'_0\). Le lemme est vrai pour \((X', Y')\) d’après Compléments sur les morphismes, Lemme 0CT9. Soit \(W' \subset X'\) le sous-schéma ouvert et fermé, propre sur \(A\), tel que \(Y' = W'_0\). D’après Morphismes d’espaces, Lemme 04NX \(Q_1 = \varphi(|W'|) \subset |X|\) et \(Q_2 = \varphi(|X' \setminus W'|) \subset |X|\) sont des fermés et, d’après Morphismes d’espaces, Lemme 08AJ, toute structure de sous-espace fermé sur \(Q_1\) est propre sur \(A\). L’image de \(Q_1 \cap Q_2\) dans \(\Spec(A)\) est fermée. Puisque \((A, I)\) est hensélien, si \(Q_1 \cap Q_2\) est non vide, alors nous trouvons que \(Q_1 \cap Q_2\) a un point situé au-dessus de \(\Spec(A/I)\). C’est impossible puisque \(W'_0 = Y' = \varphi^{-1}(Y)\). Nous concluons que \(Q_1\) est ouvert et fermé dans \(|X|\). Soit \(W \subset X\) le sous-espace ouvert et fermé correspondant. Alors \(W\) est propre sur \(A\) et \(W_0 = Y\).
Prolongement de propriétés à partir d’un ouvert
Dans cette section, nous rassemblons plusieurs résultats de la forme suivante : si \(f : X \to Y\) est un morphisme plat d’espaces algébriques et si \(f\) possède une certaine propriété au-dessus d’un ouvert dense de \(Y\), alors \(f\) possède la même propriété au-dessus de \(Y\) tout entier.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Soit \(V \subset Y\) un sous-espace ouvert. Supposons que
\(f\) soit localement de présentation finie,
\(\mathcal{F}\) soit de type fini et plat sur \(Y\),
\(V \to Y\) soit quasi-compact et schématiquement dense,
\(\mathcal{F}|_{f^{-1}V}\) soit de présentation finie.
Alors \(\mathcal{F}\) est de présentation finie.
Démonstration
Il suffit de montrer que l’image inverse de \(\mathcal{F}\) sur un schéma surjectif et étale sur \(X\) est de présentation finie. Nous pouvons donc supposer que \(X\) est un schéma. De même, nous pouvons remplacer \(Y\) par un schéma surjectif et étale sur \(Y\) (l’image inverse de \(V\) dans ce schéma est schématiquement dense ; voir Morphismes d’espaces, section 0831). Nous nous ramenons ainsi au cas des schémas, qui est Compléments sur la platitude, Lemme 081N.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(V \subset Y\) un sous-espace ouvert. Supposons que
\(f\) soit localement de type fini et plat,
\(V \to Y\) soit quasi-compact et schématiquement dense,
\(f|_{f^{-1}V} : f^{-1}V \to V\) soit localement de présentation finie.
Alors \(f\) est localement de présentation finie.
Démonstration
La démonstration est identique à celle du Lemme 0876, à ceci près qu’on utilise Compléments sur la platitude, Lemme 081P.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\), plat et localement de type fini. Soit \(V \subset Y\) un sous-espace ouvert tel que \(|V| \subset |Y|\) soit dense et que \(X_V \to V\) soit de dimension relative \(\leq d\). Supposons en outre que l’une des conditions suivantes soit vérifiée :
\(f\) est localement de présentation finie, ou
\(V \to Y\) est quasi-compact.
Alors \(f : X \to Y\) est de dimension relative \(\leq d\).
Démonstration
Nous pouvons remplacer \(Y\) par son réduit et donc supposer \(Y\) réduit. Alors \(V\) est schématiquement dense dans \(Y\) ; voir Morphismes d’espaces, Lemme 088G. Par définition, la propriété d’être de dimension relative \(\leq d\) peut se vérifier sur un recouvrement étale ; voir Morphismes d’espaces, section 04NH. Il suffit donc de montrer que \(f\) est de dimension relative \(\leq d\) après avoir remplacé \(X\) par un schéma surjectif et étale sur \(X\). De même, nous pouvons remplacer \(Y\) par un schéma surjectif et étale sur \(Y\). L’image inverse de \(V\) dans ce schéma est schématiquement dense ; voir Morphismes d’espaces, section 0831. Comme un ouvert schématiquement dense d’un schéma est en particulier dense, nous nous ramenons au cas des schémas, qui est Compléments sur la platitude, Lemme 081L.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\), plat et propre. Soit \(V \to Y\) un sous-espace ouvert tel que \(|V| \subset |Y|\) soit dense et que \(X_V \to V\) soit fini. Si, de plus, \(f\) est localement de présentation finie ou \(V \to Y\) est quasi-compact, alors \(f\) est fini.
Démonstration
D’après le Lemme 0878, les fibres de \(f\) sont de dimension nulle. D’après Morphismes d’espaces, Lemme 04NV il s’ensuit que \(f\) est localement quasi-fini. D’après Morphismes d’espaces, Lemme 0418 il s’ensuit que \(f\) est représentable. La finitude de \(f\) se vérifie localement pour la topologie étale sur \(Y\) ; nous pouvons donc supposer que \(Y\) est un schéma. Comme \(f\) est représentable, nous nous ramenons au cas des schémas, qui est Compléments sur la platitude, Lemme 0B48.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(V \subset Y\) un sous-espace ouvert. Si
\(f\) est séparé, localement de type fini et plat,
\(f^{-1}(V) \to V\) est un isomorphisme, et
\(V \to Y\) est quasi-compact et schématiquement dense,
alors \(f\) est une immersion ouverte.
Démonstration
En appliquant le Lemme 0877, nous voyons que \(f\) est localement de présentation finie. En appliquant le Lemme 0878, nous voyons que \(f\) est de dimension relative \(\leq 0\). D’après Morphismes d’espaces, Lemme 04NV il s’ensuit que \(f\) est localement quasi-fini. D’après Morphismes d’espaces, Lemme 0418 il s’ensuit que \(f\) est représentable. D’après Descente sur les espaces, Lemme 041X le fait que \(f\) soit une immersion ouverte se vérifie localement pour la topologie étale sur \(Y\). Nous pouvons donc supposer que \(Y\) est un schéma. Comme \(f\) est représentable, nous nous ramenons au cas des schémas, qui est Compléments sur la platitude, Lemme 081M.
Éclatement et platitude
Au lieu de reprendre le travail de Compléments sur la platitude, section 080X, nous démontrons un analogue de Compléments sur la platitude, Lemme 0813, qui nous dit que le problème de trouver un éclatement convenable est souvent local pour la topologie étale sur la base.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) un espace algébrique quasi-compact et quasi-séparé sur \(S\). Soit \(\varphi : W \to X\) un morphisme étale, quasi-compact et séparé. Soit \(U \subset X\) un sous-espace ouvert quasi-compact. Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_W\) un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini tel que \(V(\mathcal{I}) \cap \varphi^{-1}(U) = \emptyset\). Alors il existe un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini \(\mathcal{J} \subset \mathcal{O}_X\) tel que
\(V(\mathcal{J}) \cap U = \emptyset\), et
\(\varphi^{-1}(\mathcal{J})\mathcal{O}_W = \mathcal{I} \mathcal{I}'\) pour un certain idéal quasi-cohérent de type fini \(\mathcal{I}' \subset \mathcal{O}_W\).
Démonstration
Choisissons une factorisation \(W \to Y \to X\) dans laquelle \(j : W \to Y\) est une immersion ouverte quasi-compacte et \(\pi : Y \to X\) est un morphisme fini de présentation finie (Lemme 0874). Posons \(V = j(W) \cup \pi^{-1}(U) \subset Y\). Notons que \(\mathcal{I}\) sur \(W \cong j(W)\) et \(\mathcal{O}_{\pi^{-1}(U)}\) se recollent en un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini \(\mathcal{I}_1 \subset \mathcal{O}_V\). D’après Limites d’espaces, Lemme 0853, il existe un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini \(\mathcal{I}_2 \subset \mathcal{O}_Y\) tel que \(\mathcal{I}_2|_V = \mathcal{I}_1\). Autrement dit, \(\mathcal{I}_2 \subset \mathcal{O}_Y\) est un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini tel que \(V(\mathcal{I}_2)\) soit disjoint de \(\pi^{-1}(U)\) et que \(j^{-1}\mathcal{I}_2 = \mathcal{I}\). Notons \(i : Z \to Y\) l’immersion fermée correspondante, qui est de présentation finie (Morphismes d’espaces, Lemme 084Q). En particulier, la composée \(\tau = \pi \circ i : Z \to X\) est finie et de présentation finie (Morphismes d’espaces, Lemmes 03XQ et 03ZR).
Posons \(\mathcal{F} = \tau_*\mathcal{O}_Z\), que nous considérons comme un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. D’après Descente sur les espaces, Lemme 0610 nous voyons que \(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module de présentation finie. Posons \(\mathcal{J} = \text{Fit}_0(\mathcal{F})\). (Insérer ici une référence aux idéaux de Fitting sur les topos annelés.) C’est un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini sur \(X\) (puisque \(\mathcal{F}\) est de présentation finie, voir Compléments d’algèbre, Lemme 07ZA). La partie (1) du lemme vaut parce que \(|\tau|(|Z|) \cap |U| = \emptyset\) par notre choix de \(\mathcal{I}_2\) et parce que l’idéal de Fitting d’indice \(0\) du module nul est égal au faisceau structural. Pour démontrer (2), notons que \(\varphi^{-1}(\mathcal{J})\mathcal{O}_W = \text{Fit}_0(\varphi^*\mathcal{F})\) car la formation des idéaux de Fitting commute au changement de base. D’autre part, puisque \(\varphi : W \to X\) est séparé et étale, nous voyons que \((1, j) : W \to W \times_X Y\) est une immersion ouverte et fermée. Ainsi \(W \times_Y Z = V(\mathcal{I}) \amalg Z'\) pour un certain morphisme d’espaces algébriques fini et de présentation finie \(\tau' : Z' \to W\). Nous voyons donc que \[\begin{align*} \text{Fit}_0(\varphi^*\mathcal{F}) & = \text{Fit}_0((W \times_Y Z \to W)_*\mathcal{O}_{W \times_Y Z}) \\ & = \text{Fit}_0(\mathcal{O}_W/\mathcal{I}) \cdot \text{Fit}_0(\tau'_*\mathcal{O}_{Z'}) \\ & = \mathcal{I} \cdot \text{Fit}_0(\tau'_*\mathcal{O}_{Z'}) \end{align*}\] où la deuxième égalité résulte de Compléments d’algèbre, Lemme 07ZA, transposé aux faisceaux sur les topos annelés. En posant \(\mathcal{I}' = \text{Fit}_0(\tau'_*\mathcal{O}_{Z'})\), on achève la démonstration du lemme.
Théorème
Soit \(S\) un schéma. Soit \(B\) un espace algébrique quasi-compact et quasi-séparé sur \(S\). Soit \(X\) un espace algébrique sur \(B\). Soit \(\mathcal{F}\) un module quasi-cohérent sur \(X\). Soit \(U \subset B\) un sous-espace ouvert quasi-compact. Supposons que
\(X\) soit quasi-compact,
\(X\) soit localement de présentation finie sur \(B\),
\(\mathcal{F}\) soit un module de type fini,
\(\mathcal{F}_U\) soit de présentation finie, et
\(\mathcal{F}_U\) soit plat sur \(U\).
Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(B' \to B\) tel que la transformée stricte \(\mathcal{F}'\) de \(\mathcal{F}\) soit un \(\mathcal{O}_{X \times_B B'}\)-module de présentation finie et plat sur \(B'\).
Démonstration
Choisissons un schéma affine \(V\) et un morphisme étale surjectif \(V \to X\). Puisque la transformée stricte commute à la localisation étale (Diviseurs sur les espaces, Lemme 0863), il suffit de démontrer le résultat en remplaçant \(X\) par \(V\). Nous pouvons donc supposer que \(X \to B\) est représentable (en plus des hypothèses du lemme).
Supposons que \(X \to B\) soit représentable. Choisissons un schéma affine \(W\) et un morphisme étale surjectif \(\varphi : W \to B\). Notons que \(X \times_B W\) est un schéma. D’après le cas des schémas (Compléments sur la platitude, Théorème 0815), nous pouvons trouver un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_W\) tel que (a) \(|V(\mathcal{I})| \cap |\varphi^{-1}(U)| = \emptyset\) et (b) la transformée stricte de \(\mathcal{F}|_{X \times_B W}\) relativement à l’éclatement \(W' \to W\) en \(\mathcal{I}\) devienne plate sur \(W'\) et soit un module de présentation finie. Choisissons un faisceau d’idéaux de type fini \(\mathcal{J} \subset \mathcal{O}_B\) comme dans le Lemme 087B. Soit \(B' \to B\) l’éclatement de \(\mathcal{J}\). Nous affirmons que cet éclatement convient. En effet, il est clair que \(B' \to B\) est \(U\)-admissible par notre choix de l’idéal \(\mathcal{J}\). De plus, le changement de base \(B' \times_B W \to W\) est l’éclatement de \(W\) en \(\varphi^{-1}\mathcal{J} = \mathcal{I}\mathcal{I}'\) (compatibilité de l’éclatement avec le changement de base plat, voir Diviseurs sur les espaces, Lemme 085S). Il existe donc une factorisation \[W \times_B B' \to W' \to W\] où le premier morphisme est lui aussi un éclatement, voir Diviseurs sur les espaces, Lemme 085Y). La restriction de \(\mathcal{F}'\) (qui est défini sur \(B' \times_B X\)) à \(W \times_B B' \times_B X\) est la transformée stricte de \(\mathcal{F}|_{X \times_B W}\) (Diviseurs sur les espaces, Lemme 0863) et est donc la transformée stricte effectuée deux fois de \(\mathcal{F}|_{X \times_B W}\) par les deux éclatements affichés ci-dessus (Diviseurs sur les espaces, Lemme 0868). Après le premier éclatement, notre faisceau est déjà plat sur la base et de présentation finie (par construction). Il en est donc encore ainsi après la deuxième transformée stricte (puisque celle-ci est une image inverse d’après Diviseurs sur les espaces, Lemme 0865). Nous voyons ainsi que la restriction de \(\mathcal{F}'\) à un recouvrement étale de \(B' \times_B X\) possède les propriétés voulues, ce qui démontre le théorème.
Applications
Dans cette section, nous appliquons le résultat d’aplatissement par éclatement.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to B\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(U \subset B\) un sous-espace ouvert. Supposons que
\(B\) soit quasi-compact et quasi-séparé,
\(U\) soit quasi-compact,
\(f : X \to B\) soit de type fini et quasi-séparé, et
\(f^{-1}(U) \to U\) soit plat et localement de présentation finie.
Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(B' \to B\) tel que le transformé strict \(X'\) de \(X\) soit plat et de présentation finie sur \(B'\).
Démonstration
Soit \(B' \to B\) un éclatement \(U\)-admissible. Notons que le transformé strict de \(X\) est quasi-compact et quasi-séparé sur \(B'\), puisque \(X\) est quasi-compact et quasi-séparé sur \(B\). Il nous suffit donc de trouver un éclatement \(U\)-admissible tel que le transformé strict devienne plat et localement de présentation finie. Nous ne pouvons pas appliquer directement le Théorème 087C, car \(X\) n’est pas localement de présentation finie sur \(B\).
Choisissons un schéma affine \(V\) et un morphisme étale surjectif \(V \to X\). (C’est possible puisque \(X\) est quasi-compact, étant un espace de type fini sur l’espace quasi-compact \(B\).) Il suffit alors de démontrer le résultat pour le morphisme \(V \to B\) (puisque le transformé strict commute à la localisation étale, voir Diviseurs sur les espaces, Lemme 0863). Nous pouvons donc supposer que \(X \to B\) est séparé et de type fini. Dans ce cas, nous pouvons trouver une immersion fermée \(i : X \to Y\) avec \(Y \to B\) séparé et de présentation finie, voir Limites d’espaces, Proposition 0873.
Appliquons le Théorème 087C à \(\mathcal{F} = i_*\mathcal{O}_X\) sur \(Y/B\). Nous trouvons un éclatement \(U\)-admissible \(B' \to B\) tel que la transformée stricte de \(\mathcal{F}\) soit plate sur \(B'\) et de présentation finie. Soit \(X'\) le transformé strict de \(X\) par l’éclatement \(B' \to B\). Soit \(i' : X' \to Y \times_B B'\) le morphisme induit. Puisque la formation de la transformée stricte commute à l’image directe par les morphismes affines (Diviseurs sur les espaces, Lemme 0866), nous voyons que \(i'_*\mathcal{O}_{X'}\) est plat sur \(B'\) et de présentation finie comme \(\mathcal{O}_{Y \times_B B'}\)-module. Ainsi \(X' \to B'\) est plat et localement de présentation finie. Cela implique le lemme d’après nos remarques précédentes.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to B\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(U \subset B\) un sous-espace ouvert. Supposons que
\(B\) soit quasi-compact et quasi-séparé,
\(U\) soit quasi-compact,
\(f : X \to B\) soit propre, et
\(f^{-1}(U) \to U\) soit fini localement libre.
Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(B' \to B\) tel que le transformé strict \(X'\) de \(X\) soit fini localement libre sur \(B'\).
Démonstration
D’après le Lemme 087E, nous pouvons supposer que \(X \to B\) est plat et de présentation finie. Après avoir remplacé \(B\) par un éclatement \(U\)-admissible si nécessaire, nous pouvons supposer que \(U \subset B\) est schématiquement dense. Alors \(f\) est fini d’après le Lemme 0B4J. Par conséquent, \(f\) est fini localement libre d’après Morphismes d’espaces, Lemme 0416.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to B\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(U \subset B\) un sous-espace ouvert. Supposons que
\(B\) soit quasi-compact et quasi-séparé,
\(U\) soit quasi-compact,
\(f : X \to B\) soit propre, et
\(f^{-1}(U) \to U\) soit un isomorphisme.
Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(B' \to B\) tel que le transformé strict \(X'\) de \(X\) s’envoie isomorphiquement sur \(B'\).
Démonstration
D’après le Lemme 087E, nous pouvons supposer que \(X \to B\) est plat et de présentation finie. Après avoir remplacé \(B\) par un éclatement \(U\)-admissible si nécessaire, nous pouvons supposer que \(U \subset B\) est schématiquement dense. Alors \(f\) est fini d’après le Lemme 0B4J et une immersion ouverte d’après le Lemme 0879. Ainsi \(f\) est une immersion ouverte dont l’image est fermée et contient l’ouvert dense \(U\) ; par conséquent, \(f\) est un isomorphisme.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to B\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(U \subset B\) un sous-espace ouvert. Supposons que
\(B\) soit quasi-compact et quasi-séparé,
\(U\) soit quasi-compact,
\(f\) soit de type fini,
\(f^{-1}(U) \to U\) soit un isomorphisme.
Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(B' \to B\) tel que \(U\) soit schématiquement dense dans \(B'\) et que le transformé strict \(X'\) de \(X\) s’envoie isomorphiquement sur un sous-espace ouvert de \(B'\).
Démonstration
Ce lemme généralise le Lemme 0GUW. Comme la composée d’éclatements \(U\)-admissibles est \(U\)-admissible (Diviseurs sur les espaces, Lemme 086C) nous pouvons procéder par étapes. Choisissons un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_B\) tel que \(|B| \setminus |U| = |V(\mathcal{I})|\). Remplaçons \(B\) par l’éclatement de \(B\) en \(\mathcal{I}\) et \(X\) par le transformé strict de \(X\). Après ce remplacement, \(B \setminus U\) est le support d’un diviseur de Cartier effectif \(D\) (Diviseurs sur les espaces, Lemme 085T). En particulier, \(U\) est schématiquement dense dans \(B\) (Diviseurs sur les espaces, Lemme 083S). Ensuite, nous effectuons un autre éclatement \(U\)-admissible pour nous ramener au cas où \(X \to B\) est plat et de présentation finie, voir le Lemme 087E. Notons que \(U\) reste schématiquement dense dans \(B\). Par conséquent, \(X \to B\) est une immersion ouverte d’après le Lemme 0879.
Le lemme suivant affirme qu’une modification peut être dominée par un éclatement.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to B\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(U \subset B\) un sous-espace ouvert. Supposons que
\(B\) soit quasi-compact et quasi-séparé,
\(U\) soit quasi-compact,
\(f : X \to B\) soit propre,
\(f^{-1}(U) \to U\) soit un isomorphisme.
Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(B' \to B\) qui domine \(X\), c’est-à-dire qu’il existe une factorisation \(B' \to X \to B\) du morphisme d’éclatement.
Démonstration
D’après le Lemme 0GUW, nous pouvons trouver un éclatement \(U\)-admissible \(B' \to B\) tel que le transformé strict \(X'\) s’envoie isomorphiquement sur \(B'\). Nous pouvons alors prendre \(B' = X' \to X\) comme factorisation.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(X\), \(Y\) des espaces algébriques sur \(S\). Soient \(U \subset W \subset Y\) des sous-espaces ouverts. Soient \(f : X \to W\) et \(s : U \to X\) des morphismes tels que \(f \circ s = \text{id}_U\). Supposons que
\(f\) soit propre,
\(Y\) soit quasi-compact et quasi-séparé, et
\(U\) et \(W\) soient quasi-compacts.
Alors il existe un éclatement \(U\)-admissible \(b : Y' \to Y\) et un morphisme \(s' : b^{-1}(W) \to X\) qui prolonge \(s\) avec \(f \circ s' = b|_{b^{-1}(W)}\).
Démonstration
Nous pouvons remplacer, et remplaçons, \(X\) par l’image schématique de \(s\). Alors \(X \to W\) est un isomorphisme au-dessus de \(U\), voir Morphismes d’espaces, Lemme 0CP3. D’après le Lemme 087G, il existe un éclatement \(U\)-admissible \(W' \to W\) et un prolongement \(W' \to X\) de \(s\). Nous achevons la démonstration en appliquant Diviseurs sur les espaces, Lemme 086D, pour prolonger \(W' \to W\) en un éclatement \(U\)-admissible de \(Y\).
Lemme de Chow
Dans cette section, nous démontrons le lemme de Chow (Lemme 088U). Nous encourageons le lecteur à consulter Cohomologie des espaces, section 089I, où se trouve une version faible du lemme de Chow, facile à démontrer et suffisante pour de nombreuses applications.
Comme nous n’avons pas encore défini les morphismes projectifs d’espaces algébriques, les énoncés des lemmes (voir par exemple le Lemme 088R) feront intervenir des morphismes propres représentables plutôt que des morphismes projectifs.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(Y\) un espace algébrique quasi-compact et quasi-séparé sur \(S\). Soient \(U \to X_1\) et \(U \to X_2\) des immersions ouvertes d’espaces algébriques sur \(Y\), et supposons que \(U\), \(X_1\), \(X_2\) soient de type fini et séparés sur \(Y\). Alors il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X_1' \ar[d] \ar[r] & X & X_2' \ar[l] \ar[d] \\ X_1 & U \ar[l] \ar[lu] \ar[u] \ar[ru] \ar[r] & X_2 }\] d’espaces algébriques sur \(Y\), où \(X_i' \to X_i\) est un éclatement \(U\)-admissible, \(X_i' \to X\) est une immersion ouverte, et \(X\) est séparé et de type fini sur \(Y\).
Démonstration
Dans toute la démonstration, tous les espaces algébriques seront séparés et de type fini sur \(Y\). Cela implique en particulier que ces espaces algébriques sont quasi-compacts et quasi-séparés et que les morphismes entre eux seront quasi-compacts et séparés. Voir Morphismes d’espaces, sections 03HJ et 03HC. Nous utiliserons que, si \(U \to W\) est une immersion de tels espaces sur \(Y\), alors l’image schématique \(Z\) de \(U\) dans \(W\) est un sous-espace fermé de \(W\) et \(U \to Z\) est une immersion ouverte, \(U \subset Z\) est schématiquement dense et \(|U| \subset |Z|\) est dense. Voir Morphismes d’espaces, Lemme 088G.
Soit \(X_{12} \subset X_1 \times_Y X_2\) l’image schématique de \(U \to X_1 \times_Y X_2\). Les projections \(p_i : X_{12} \to X_i\) induisent des isomorphismes \(p_i^{-1}(U) \to U\) d’après Morphismes d’espaces, Lemme 0CP3. Choisissons un éclatement \(U\)-admissible \(X_i^i \to X_i\) tel que le transformé strict \(X_{12}^i\) de \(X_{12}\) soit isomorphe à un sous-espace ouvert de \(X_i^i\), voir le Lemme 087F. Soit \(\mathcal{I}_i \subset \mathcal{O}_{X_i}\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini correspondant. Rappelons que \(X_{12}^i \to X_{12}\) est l’éclatement en \(p_i^{-1}\mathcal{I}_i \mathcal{O}_{X_{12}}\), voir Diviseurs sur les espaces, Lemme 0864. Soit \(X_{12}'\) l’éclatement de \(X_{12}\) en \(p_1^{-1}\mathcal{I}_1 p_2^{-1}\mathcal{I}_2 \mathcal{O}_{X_{12}}\), voir Diviseurs sur les espaces, Lemme 085Y, pour les conséquences de cette construction. Nous obtenons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X_{12}' \ar[d] \ar[r] & X_{12}^2 \ar[d] \\ X_{12}^1 \ar[r] & X_{12} }\] où tous les morphismes sont des éclatements \(U\)-admissibles. Puisque \(X_{12}^i \subset X_i^i\) est un ouvert, nous pouvons choisir un éclatement \(U\)-admissible \(X_i' \to X_i^i\) dont la restriction est \(X_{12}' \to X_{12}^i\), voir Diviseurs sur les espaces, Lemme 086D. Alors \(X_{12}' \subset X_i'\) est un sous-espace ouvert et le diagramme \[\xymatrix{ X_{12}' \ar[d] \ar[r] & X_i' \ar[d] \\ X_{12}^i \ar[r] & X_i^i }\] est commutatif, ses flèches verticales étant des éclatements et ses flèches horizontales des immersions ouvertes. Notons que \(X'_{12} \to X_1' \times_Y X_2'\) est une immersion propre (utiliser le fait que \(X'_{12} \to X_{12}\) est propre, que \(X_{12} \to X_1 \times_Y X_2\) est fermé, que \(X_1' \times_Y X_2' \to X_1 \times_Y X_2\) est séparé, et appliquer Morphismes d’espaces, Lemme 04NX). Ainsi \(X'_{12} \to X_1' \times_Y X_2'\) est une immersion fermée. Si nous définissons \(X\) en recollant \(X_1'\) et \(X_2'\) le long du sous-espace ouvert commun \(X_{12}'\), alors \(X \to Y\) est de type fini et séparé2. Comme les composées d’éclatements \(U\)-admissibles sont des éclatements \(U\)-admissibles (Diviseurs sur les espaces, Lemme 086C) le lemme est démontré.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(U \subset X\) un sous-espace ouvert. Supposons que
\(U\) soit quasi-compact,
\(Y\) soit quasi-compact et quasi-séparé,
il existe une immersion \(U \to \mathbf{P}^n_Y\) sur \(Y\),
\(f\) soit de type fini et séparé.
Alors il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & U \ar[ld] \ar[d] \ar[rd] \ar[rrd] \\ X \ar[rd] & X' \ar[l] \ar[d] \ar[r] & Z' \ar[ld] \ar[r] & Z \ar[ld] \\ & Y & \mathbf{P}^n_Y \ar[l] }\] où les flèches de source \(U\) sont des immersions ouvertes, \(X' \to X\) est un éclatement \(U\)-admissible, \(X' \to Z'\) est une immersion ouverte, \(Z' \to Y\) est un morphisme propre et représentable d’espaces algébriques. Plus précisément, \(Z' \to Z\) est un éclatement \(U\)-admissible et \(Z \to \mathbf{P}^n_Y\) est une immersion fermée.
Démonstration
Soit \(Z \subset \mathbf{P}^n_Y\) l’image schématique de l’immersion \(U \to \mathbf{P}^n_Y\). Puisque \(U \to \mathbf{P}^n_Y\) est quasi-compact, nous voyons que \(U \subset Z\) est un sous-espace ouvert (schématiquement) dense (Morphismes d’espaces, Lemme 088G). Appliquons le Lemme 088Q pour trouver un diagramme \[\xymatrix{ X' \ar[d] \ar[r] & \overline{X}' & Z' \ar[l] \ar[d] \\ X & U \ar[l] \ar[lu] \ar[u] \ar[ru] \ar[r] & Z }\] ayant les propriétés énumérées dans l’énoncé de ce lemme. Comme \(X' \to X\) et \(Z' \to Z\) sont des éclatements \(U\)-admissibles, nous trouvons que \(U\) est un ouvert schématiquement dense de \(X'\) et de \(Z'\) (voir Diviseurs sur les espaces, Lemmes 085T et 083S). Puisque \(Z' \to Z \to Y\) est propre, nous voyons que \(Z' \subset \overline{X}'\) est un sous-espace fermé (voir Morphismes d’espaces, Lemme 04NX). Il s’ensuit que \(X' \subset Z'\) (au sens schématique) ; ainsi \(X'\) est un sous-espace ouvert de \(Z'\) (un petit détail est omis), ce qui démontre le lemme.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(f\) soit séparé et de type fini et que \(Y\) soit noethérien. Alors il existe un sous-espace ouvert dense \(U \subset X\) et un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & U \ar[ld] \ar[d] \ar[rd] \ar[rrd] \\ X \ar[rd] & X' \ar[l] \ar[d] \ar[r] & Z' \ar[ld] \ar[r] & Z \ar[ld] \\ & Y & \mathbf{P}^n_Y \ar[l] }\] où les flèches de source \(U\) sont des immersions ouvertes, \(X' \to X\) est un éclatement \(U\)-admissible, \(X' \to Z'\) est une immersion ouverte, \(Z' \to Y\) est un morphisme propre et représentable d’espaces algébriques. Plus précisément, \(Z' \to Z\) est un éclatement \(U\)-admissible et \(Z \to \mathbf{P}^n_Y\) est une immersion fermée.
Démonstration
D’après Limites d’espaces, Lemme 088N il existe un sous-espace ouvert dense \(U \subset X\) et une immersion \(U \to \mathbf{A}^n_Y\) sur \(Y\). En composant avec l’immersion ouverte \(\mathbf{A}^n_Y \to \mathbf{P}^n_Y\), nous obtenons la situation du Lemme 088R, d’où le résultat.
Remarque
Dans les Lemmes 088R et 088S, le morphisme \(g : Z' \to Y\) est une composée de morphismes projectifs. On peut présumer (d’après l’analogue pour les espaces algébriques de Morphismes, Lemme 0C4K) qu’il existe un faisceau inversible \(g\)-ample sur \(Z'\). Si nous en avons un jour besoin, nous l’énoncerons et le démontrerons ici.
Le résultat suivant est [Kn, IV, théorème 3.1]. Notons que l’immersion \(X' \to \mathbf{P}^n_Y\) est quasi-compacte et peut donc se factoriser en \(X' \to Z' \to \mathbf{P}^n_Y\), où le premier morphisme est une immersion ouverte et le second une immersion fermée (Morphismes d’espaces, Lemme 088G).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(f\) soit séparé et de type fini, et que \(Y\) soit séparé et noethérien. Alors il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rd] & X' \ar[l] \ar[d] \ar[r] & \mathbf{P}^n_Y \ar[ld] \\ & Y }\] où \(X' \to X\) est un éclatement \(U\)-admissible pour un certain ouvert dense \(U \subset X\), et le morphisme \(X' \to \mathbf{P}^n_Y\) est une immersion.
Démonstration
Dans ce premier paragraphe de la démonstration, nous ramenons le lemme au cas où \(Y\) est de type fini sur \(\Spec(\mathbf{Z})\). Nous pouvons remplacer, et remplaçons, le schéma de base \(S\) par \(\Spec(\mathbf{Z})\). Nous pouvons écrire \(Y = \lim Y_i\) comme limite projective d’espaces algébriques séparés et de type fini sur \(\Spec(\mathbf{Z})\), voir Limites d’espaces, Proposition 07SU et Lemme 084T. Pour tout \(i\) assez grand, nous pouvons trouver un morphisme séparé et de type fini \(X_i \to Y_i\) tel que \(X = Y \times_{Y_i} X_i\), voir Limites d’espaces, Lemmes 07SK et 0851. Soient \(\eta_1, \ldots, \eta_n\) les points génériques des composantes irréductibles de \(|X|\) (\(X\) est noethérien en tant qu’espace algébrique séparé et de type fini sur l’espace algébrique noethérien \(Y\) ; par conséquent, \(|X|\) est un espace topologique noethérien). D’après Limites d’espaces, Lemme 086V, nous trouvons que les images de \(\eta_1, \ldots, \eta_n\) dans \(|X_i|\) sont distinctes pour \(i\) assez grand. Nous pouvons remplacer \(X_i\) par l’image schématique du morphisme (quasi-compact, et même affine) \(X \to X_i\). Après ce remplacement, nous voyons que les images de \(\eta_1, \ldots, \eta_n\) dans \(|X_i|\) sont les points génériques des composantes irréductibles de \(|X_i|\), voir Morphismes d’espaces, Lemme 082Z. Cela étant dit, supposons que nous puissions trouver un diagramme \[\xymatrix{ X_i \ar[rd] & X_i' \ar[l] \ar[d] \ar[r] & \mathbf{P}^n_{Y_i} \ar[ld] \\ & Y }\] où \(X_i' \to X_i\) est un éclatement \(U_i\)-admissible pour un certain ouvert dense \(U_i \subset X_i\), et où le morphisme \(X_i' \to \mathbf{P}^n_{Y_i}\) est une immersion. Alors le transformé strict \(X' \to X\) de \(X\) relativement à \(X_i' \to X_i\) est un éclatement \(U\)-admissible, où \(U \subset X\) est l’image inverse de \(U_i\) dans \(X\). Grâce à notre choix soigneux de l’indice \(i\), il s’ensuit que \(\eta_1, \ldots, \eta_n \in |U|\) et que \(U \subset X\) est dense. De plus, \(X' \to \mathbf{P}^n_Y\) est une immersion, car \(X'\) est fermé dans \(X_i' \times_{X_i} X = X_i' \times_{Y_i} Y\) qui est muni d’une immersion dans \(\mathbf{P}^n_Y\). Nous sommes ainsi ramenés à la situation du paragraphe suivant.
Supposons que \(Y\) soit séparé et de type fini sur \(\Spec(\mathbf{Z})\). Alors \(X \to \Spec(\mathbf{Z})\) est lui aussi séparé et de type fini. Nous appliquons le Lemme 088S à \(X \to \Spec(\mathbf{Z})\) pour trouver un sous-espace ouvert dense \(U \subset X\) et un diagramme commutatif \[\xymatrix{ & U \ar[ld] \ar[d] \ar[rd] \ar[rrd] \\ X \ar[rd] & X' \ar[l] \ar[d] \ar[r] & Z' \ar[ld] \ar[r] & Z \ar[ld] \\ & \Spec(\mathbf{Z}) & \mathbf{P}^n_\mathbf{Z} \ar[l] }\] ayant toutes les propriétés énumérées dans le lemme. Notons que \(Z\) possède un faisceau inversible ample, à savoir \(\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n}(1)|_Z\). Par conséquent, \(Z' \to Z\) est un morphisme H-projectif d’après Morphismes, Lemme 087S. Il s’ensuit que \(Z' \to \Spec(\mathbf{Z})\) est H-projectif d’après Morphismes, Lemme 01WE. Il existe donc une immersion fermée \(Z' \to \mathbf{P}^m_{\Spec(\mathbf{Z})}\) pour un certain \(m \geq 0\). Il s’ensuit que le morphisme diagonal \[X' \to Y \times \mathbf{P}^m_\mathbf{Z} = \mathbf{P}^m_Y\] est une immersion (car sa composée avec la projection sur \(\mathbf{P}^m_\mathbf{Z}\) est une immersion), et nous avons gagné.
Variantes du lemme de Chow
Dans cette section, nous démontrons plusieurs variantes du lemme de Chow qui portent sur des morphismes entre espaces algébriques non noethériens. Les versions noethériennes sont le Lemme 088S et le Lemme 088U.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(Y\) un espace algébrique quasi-compact et quasi-séparé sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme séparé de type fini. Alors il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rd] & X' \ar[l] \ar[d] \ar[r] & \overline{X}' \ar[ld] \\ & Y }\] où \(X' \to X\) est propre surjectif, \(X' \to \overline{X}'\) est une immersion ouverte, et \(\overline{X}' \to Y\) est un morphisme propre et représentable d’espaces algébriques.
Démonstration
D’après Limites d’espaces, Proposition 0873 nous pouvons trouver une immersion fermée \(X \to X_1\) où \(X_1\) est séparé et de présentation finie sur \(Y\). Si nous démontrons l’assertion pour \(X_1 \to Y\), il est clair que le résultat en découle pour \(X\). Nous pouvons donc supposer que \(X\) est de présentation finie sur \(Y\).
Nous pouvons remplacer, et remplaçons, le schéma de base \(S\) par \(\Spec(\mathbf{Z})\). Écrivons \(Y = \lim_i Y_i\) comme limite projective d’espaces algébriques quasi-séparés et de type fini sur \(\Spec(\mathbf{Z})\), voir Limites d’espaces, Proposition 07SU. D’après Limites d’espaces, Lemme 07SK, nous pouvons trouver un indice \(i \in I\) et un schéma \(X_i \to Y_i\) de présentation finie tel que \(X = Y \times_{Y_i} X_i\). D’après Limites d’espaces, Lemme 0851, nous pouvons supposer que \(X_i \to Y_i\) est séparé. Si nous démontrons l’assertion pour \(X_i\) sur \(Y_i\), il est clair que l’assertion vaut pour \(X\). Le cas \(X_i \to Y_i\) est traité par le Lemme 088S.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(f\) soit séparé et de type fini, et que \(Y\) soit séparé et quasi-compact. Alors il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rd] & X' \ar[l] \ar[d] \ar[r] & \mathbf{P}^n_Y \ar[ld] \\ & Y }\] où \(X' \to X\) est un morphisme propre surjectif et le morphisme \(X' \to \mathbf{P}^n_Y\) est une immersion.
Démonstration
D’après Limites d’espaces, Proposition 0873 nous pouvons trouver une immersion fermée \(X \to X_1\) où \(X_1\) est séparé et de présentation finie sur \(Y\). Si nous démontrons l’assertion pour \(X_1 \to Y\), il est clair que le résultat en découle pour \(X\). Nous pouvons donc supposer que \(X\) est de présentation finie sur \(Y\).
Nous pouvons remplacer, et remplaçons, le schéma de base \(S\) par \(\Spec(\mathbf{Z})\). Écrivons \(Y = \lim_i Y_i\) comme limite projective d’espaces algébriques quasi-séparés et de type fini sur \(\Spec(\mathbf{Z})\), voir Limites d’espaces, Proposition 07SU. D’après Limites d’espaces, Lemme 084T, nous pouvons supposer que \(Y_i\) est séparé pour tout \(i\). D’après Limites d’espaces, Lemme 07SK, nous pouvons trouver un indice \(i \in I\) et un schéma \(X_i \to Y_i\) de présentation finie tel que \(X = Y \times_{Y_i} X_i\). D’après Limites d’espaces, Lemme 0851, nous pouvons supposer que \(X_i \to Y_i\) est séparé. Si nous démontrons l’assertion pour \(X_i\) sur \(Y_i\), il est clair que l’assertion vaut pour \(X\). Le cas \(X_i \to Y_i\) est traité par le Lemme 088U.
Théorème d’existence de Grothendieck
Dans cette section, nous étudions le théorème d’existence de Grothendieck pour les espaces algébriques. Au lieu de développer une théorie des « espaces algébriques formels », nous introduisons temporairement un peu de langage qui remplace la notion de « module cohérent sur un espace formel adique noethérien ».
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) un espace algébrique noethérien sur \(S\). Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) un faisceau quasi-cohérent d’idéaux. Nous considérerons ci-dessous des systèmes projectifs \((\mathcal{F}_n)\) de \(\mathcal{O}_X\)-modules cohérents tels que
\(\mathcal{F}_n\) soit annulé par \(\mathcal{I}^n\), et
les morphismes de transition induisent des isomorphismes \(\mathcal{F}_{n + 1}/\mathcal{I}^n\mathcal{F}_{n + 1} \to \mathcal{F}_n\).
Un morphisme \(\alpha : (\mathcal{F}_n) \to (\mathcal{G}_n)\) entre de tels systèmes projectifs est simplement un système compatible de morphismes \(\alpha_n : \mathcal{F}_n \to \mathcal{G}_n\). Désignons la catégorie de ces systèmes projectifs par \(\textit{Coh}(X, \mathcal{I})\). Nous allons développer pour ces systèmes une théorie parallèle aux résultats correspondants dans le cas des schémas, voir Cohomologie des schémas, sections 087V, 0886, 0CYW et 0898.
Fonctorialité. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques noethériens sur un schéma \(S\), et soit \(\mathcal{J} \subset \mathcal{O}_Y\) un faisceau quasi-cohérent d’idéaux. Posons \(\mathcal{I} = f^{-1}\mathcal{J}\mathcal{O}_X\). Dans cette situation, il existe un foncteur \[f^* : \textit{Coh}(Y, \mathcal{J}) \longrightarrow \textit{Coh}(X, \mathcal{I})\] qui envoie \((\mathcal{G}_n)\) sur \((f^*\mathcal{G}_n)\). Comparer avec Cohomologie des schémas, Lemme 0887. Si \(f\) est étale, nous pouvons voir ce foncteur simplement comme la restriction du système à \(X\), voir Propriétés des espaces, Équation 03LW.
Descente étale. Soit \(S\) un schéma. Soit \(U_0 \to X\) un morphisme étale surjectif d’espaces algébriques noethériens. Posons \(U_1 = U_0 \times_X U_0\) et \(U_2 = U_0 \times_X U_0 \times_X U_0\). Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{X}\) un faisceau quasi-cohérent d’idéaux. Posons \(\mathcal{I}_i = \mathcal{I}|_{U_i}\). Dans cette situation, nous obtenons un diagramme de catégories \[\xymatrix{ \textit{Coh}(X, \mathcal{I}) \ar[r] & \textit{Coh}(U_0, \mathcal{I}_0) \ar@<0.5ex>[r] \ar@<-0.5ex>[r] & \textit{Coh}(U_1, \mathcal{I}_1) \ar@<1ex>[r] \ar[r] \ar@<-1ex>[r] & \textit{Coh}(U_2, \mathcal{I}_2) }\] et la première flèche présente \(\textit{Coh}(X, \mathcal{I})\) comme la limite homotopique de la partie droite du diagramme. Plus précisément, étant donnée une donnée de descente, c’est-à-dire un couple \(((\mathcal{G}_n), \varphi)\) où \((\mathcal{G}_n)\) est un objet de \(\textit{Coh}(U_0, \mathcal{I}_0)\) et \(\varphi : \text{pr}_0^*(\mathcal{G}_n) \to \text{pr}_1^*(\mathcal{G}_n)\) est un isomorphisme dans \(\textit{Coh}(U_1, \mathcal{I}_1)\) qui satisfait la condition de cocycle dans \(\textit{Coh}(U_2, \mathcal{I}_2)\), alors il existe un unique objet \((\mathcal{F}_n)\) de \(\textit{Coh}(X, \mathcal{I})\) dont la donnée de descente canonique associée est isomorphe à \(((\mathcal{G}_n), \varphi)\). Comparer avec Descente sur les espaces, Définition 04W5. La démonstration de cet énoncé résulte immédiatement de l’application de Descente sur les espaces, Proposition 04W8 aux données de descente \((\mathcal{G}_n, \varphi_n)\) lorsque \(n\) varie.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) un espace algébrique noethérien sur \(S\) et soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) un faisceau quasi-cohérent d’idéaux.
La catégorie \(\textit{Coh}(X, \mathcal{I})\) est abélienne.
L’exactitude dans \(\textit{Coh}(X, \mathcal{I})\) peut se vérifier localement pour la topologie étale.
Pour tout morphisme plat \(f : X' \to X\) d’espaces algébriques noethériens, le foncteur \(f^* : \textit{Coh}(X, \mathcal{I}) \to \textit{Coh}(X', f^{-1}\mathcal{I}\mathcal{O}_{X'})\) est exact.
Démonstration
Preuve de (1). Choisissons un schéma affine \(U_0\) et un morphisme étale surjectif \(U_0 \to X\). Posons \(U_1 = U_0 \times_X U_0\) et \(U_2 = U_0 \times_X U_0 \times_X U_0\) comme dans l’étude de la descente étale ci-dessus. Les catégories \(\textit{Coh}(U_i, \mathcal{I}_i)\) sont abéliennes (Cohomologie des schémas, Lemme 087X) et les foncteurs image inverse sont les foncteurs exacts \(\textit{Coh}(U_0, \mathcal{I}_0) \to \textit{Coh}(U_1, \mathcal{I}_1)\) et \(\textit{Coh}(U_1, \mathcal{I}_1) \to \textit{Coh}(U_2, \mathcal{I}_2)\) (Cohomologie des schémas, Lemme 0887). Le lemme résulte alors formellement de la description de \(\textit{Coh}(X, \mathcal{I})\) comme catégorie de données de descente. Nous omettons certains détails ; comparer avec la démonstration de Groupoïdes, Lemme 077S.
La partie (2) résulte immédiatement de l’étude du paragraphe précédent. Dans la situation de (3), choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U' \ar[d] \ar[r] & U \ar[d] \\ X' \ar[r] & X }\] où \(U'\) et \(U\) sont des schémas affines et les morphismes verticaux sont étales surjectifs. Alors \(U' \to U\) est un morphisme plat de schémas noethériens (Morphismes d’espaces, Lemme 03MM), de sorte que le foncteur image inverse \(\textit{Coh}(U, \mathcal{I}\mathcal{O}_U) \to \textit{Coh}(U', \mathcal{I}\mathcal{O}_{U'})\) est exact d’après Cohomologie des schémas, Lemme 0887. Puisque l’exactitude dans \(\textit{Coh}(X, \mathcal{O}_X)\) se vérifie sur \(U\), et de même pour \(X', U'\), l’assertion en résulte.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) un espace algébrique noethérien sur \(S\) et soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) un faisceau quasi-cohérent d’idéaux. Un morphisme \((\mathcal{F}_n) \to (\mathcal{G}_n)\) est surjectif dans \(\textit{Coh}(X, \mathcal{I})\) si et seulement si \(\mathcal{F}_1 \to \mathcal{G}_1\) est surjectif.
Démonstration
On peut le vérifier sur un recouvrement étale affine de \(X\) d’après le Lemme 089P. On se ramène ainsi au cas des schémas, qui est le Lemme 087Y de Cohomologie des schémas.
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) un espace algébrique noethérien sur \(S\) et soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) un faisceau quasi-cohérent d’idéaux. Il existe un foncteur [08B4]\[\begin{equation} \textit{Coh}(\mathcal{O}_X) \longrightarrow \textit{Coh}(X, \mathcal{I}), \quad \mathcal{F} \longmapsto \mathcal{F}^\wedge \end{equation}\] qui associe au \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent \(\mathcal{F}\) l’objet \(\mathcal{F}^\wedge = (\mathcal{F}/\mathcal{I}^n\mathcal{F})\) de \(\textit{Coh}(X, \mathcal{I})\).
Lemme
Le foncteur (08B4) est exact.
Démonstration
Il suffit de le vérifier localement pour la topologie étale sur \(X\), voir le Lemme 089P. On se ramène ainsi au cas des schémas, qui est le Lemme 0881 de Cohomologie des schémas.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) un espace algébrique noethérien sur \(S\) et soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) un faisceau quasi-cohérent d’idéaux. Soient \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) des \(\mathcal{O}_X\)-modules cohérents. Posons \(\mathcal{H} = \SheafHom_{\mathcal{O}_X}(\mathcal{F}, \mathcal{G})\). Alors \[\lim H^0(X, \mathcal{H}/\mathcal{I}^n\mathcal{H}) = \Mor_{\textit{Coh}(X, \mathcal{I})} (\mathcal{F}^\wedge, \mathcal{G}^\wedge).\]
Démonstration
Puisque \(\mathcal{H}\) est un faisceau sur \(X_\etale\) et que l’on dispose de la descente étale pour les objets de \(\textit{Coh}(X, \mathcal{I})\), il suffit de le démontrer localement pour la topologie étale. On se ramène ainsi au cas des schémas, qui est le Lemme 0882 de Cohomologie des schémas.
Introduisons la situation qui nous occupera dans toute la suite de cette section.
Situation
Ici, \(A\) est un anneau noethérien complet pour la topologie \(I\)-adique. De plus, \(f : X \to \Spec(A)\) est un morphisme séparé de type fini d’espaces algébriques et \(\mathcal{I} = I\mathcal{O}_X\).
Dans cette situation, nous notons \[\textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(\mathcal{O}_X)\] la sous-catégorie pleine de \(\textit{Coh}(\mathcal{O}_X)\) formée des \(\mathcal{O}_X\)-modules cohérents dont le support est propre sur \(\Spec(A)\) ou, de manière équivalente, dont le support schématique est propre sur \(\Spec(A)\), voir Catégories dérivées des espaces, Lemme 0CZI. De même, nous notons \[\textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(X, \mathcal{I})\] la sous-catégorie pleine de \(\textit{Coh}(X, \mathcal{I})\) formée des objets \((\mathcal{F}_n)\) tels que le support de \(\mathcal{F}_1\) soit propre sur \(\Spec(A)\). Puisque le support d’un module quotient est contenu dans le support du module, il s’ensuit que (08B4) induit un foncteur [08B8]\[\begin{equation} \textit{Coh}_{\text{support propre sur }A}(\mathcal{O}_X) \longrightarrow \textit{Coh}_{\text{support propre sur }A}(X, \mathcal{I}) \end{equation}\] Notre premier résultat affirme que ce foncteur est pleinement fidèle.
Lemme
Dans la Situation 08B7. Soient \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) des \(\mathcal{O}_X\)-modules cohérents. Supposons que l’intersection des supports de \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\) soit propre sur \(\Spec(A)\). Alors l’application \[\Mor_{\textit{Coh}(\mathcal{O}_X)}(\mathcal{F}, \mathcal{G}) \longrightarrow \Mor_{\textit{Coh}(X, \mathcal{I})} (\mathcal{F}^\wedge, \mathcal{G}^\wedge)\] provenant de (08B4) est bijective. En particulier, (08B8) est pleinement fidèle.
Démonstration
Posons \(\mathcal{H} = \SheafHom_{\mathcal{O}_X}(\mathcal{G}, \mathcal{F})\). C’est un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent, car sa restriction aux schémas étales sur \(X\) est cohérente d’après Modules, Lemme 01CQ. D’après le Lemme 08B6, l’application \[\lim_n H^0(X, \mathcal{H}/\mathcal{I}^n\mathcal{H}) \to \Mor_{\textit{Coh}(X, \mathcal{I})} (\mathcal{G}^\wedge, \mathcal{F}^\wedge)\] est bijective. Soit \(i : Z \to X\) le support schématique de \(\mathcal{H}\). Il est clair que \(Z\) est un sous-espace fermé tel que \(|Z|\) soit contenu dans l’intersection des supports de \(\mathcal{F}\) et \(\mathcal{G}\). Par hypothèse, \(Z \to \Spec(A)\) est donc propre (voir Catégories dérivées des espaces, section 0CZB). Écrivons \(\mathcal{H} = i_*\mathcal{H}'\) pour un certain \(\mathcal{O}_Z\)-module cohérent \(\mathcal{H}'\). Nous avons \(i_*(\mathcal{H}'/I^n\mathcal{H}') = \mathcal{H}/I^n\mathcal{H}\). Nous obtenons donc \[\begin{align*} \lim_n H^0(X, \mathcal{H}/\mathcal{I}^n\mathcal{H}) & = \lim_n H^0(Z, \mathcal{H}'/\mathcal{I}^n\mathcal{H}') \\ & = H^0(Z, \mathcal{H}') \\ & = H^0(X, \mathcal{H}) \\ & = \Mor_{\textit{Coh}(\mathcal{O}_X)}(\mathcal{F}, \mathcal{G}) \end{align*}\] la deuxième égalité résultant du théorème des fonctions formelles (Cohomologie des espaces, Lemme 08B0). Ceci démontre le lemme.
Remarque
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) un espace algébrique noethérien sur \(S\) et soient \(\mathcal{I}, \mathcal{K} \subset \mathcal{O}_X\) des faisceaux quasi-cohérents d’idéaux. Soit \(\alpha : (\mathcal{F}_n) \to (\mathcal{G}_n)\) un morphisme de \(\textit{Coh}(X, \mathcal{I})\). Étant donnés un schéma affine \(U = \Spec(A)\) et un morphisme étale surjectif \(U \to X\), notons \(I, K \subset A\) les idéaux correspondant aux restrictions \(\mathcal{I}|_U, \mathcal{K}|_U\). Notons \(\alpha_U : M \to N\) le morphisme de \(A^\wedge\)-modules de type fini qui correspond à \(\alpha|_U\) par le Lemme 087W de Cohomologie des schémas. Nous affirmons que les conditions suivantes sont équivalentes :
il existe un entier \(t \geq 1\) tel que \(\Ker(\alpha_n)\) et \(\Coker(\alpha_n)\) soient annulés par \(\mathcal{K}^t\) pour tout \(n \geq 1\),
pour tout (ou pour un) ouvert affine \(\Spec(A) = U \subset X\) comme ci-dessus, les modules \(\Ker(\alpha_U)\) et \(\Coker(\alpha_U)\) soient annulés par \(K^t\) pour un certain entier \(t \geq 1\).
Si ces conditions équivalentes sont satisfaites, nous dirons que \(\alpha\) est un morphisme dont le noyau et le conoyau sont annulés par une puissance de \(\mathcal{K}\). Pour l’équivalence, nous renvoyons à Cohomologie des schémas, Remarque 0888.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) un espace algébrique noethérien sur \(S\) et soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_X\) un faisceau quasi-cohérent d’idéaux. Soient \(\mathcal{G}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent, \((\mathcal{F}_n)\) un objet de \(\textit{Coh}(X, \mathcal{I})\), et \(\alpha : (\mathcal{F}_n) \to \mathcal{G}^\wedge\) un morphisme dont le noyau et le conoyau sont annulés par une puissance de \(\mathcal{I}\). Alors il existe un unique triplet (à unique isomorphisme près) \((\mathcal{F}, a, \beta)\) où
\(\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent,
\(a : \mathcal{F} \to \mathcal{G}\) est un morphisme de \(\mathcal{O}_X\)-modules dont le noyau et le conoyau sont annulés par une puissance de \(\mathcal{I}\),
\(\beta : (\mathcal{F}_n) \to \mathcal{F}^\wedge\) est un isomorphisme, et
\(\alpha = a^\wedge \circ \beta\).
Démonstration
L’unicité et la descente étale pour les objets de \(\textit{Coh}(X, \mathcal{I})\) et de \(\textit{Coh}(\mathcal{O}_X)\) impliquent qu’il suffit de construire \((\mathcal{F}, a, \beta)\) localement pour la topologie étale sur \(X\). On se ramène ainsi au cas des schémas, qui est le Lemme 0889 de Cohomologie des schémas.
Lemme
Dans la Situation 08B7. Soit \(\mathcal{K} \subset \mathcal{O}_X\) un faisceau quasi-cohérent d’idéaux. Soit \(X_e \subset X\) le sous-espace fermé défini par \(\mathcal{K}^e\). Soit \(\mathcal{I}_e = \mathcal{I}\mathcal{O}_{X_e}\). Soit \((\mathcal{F}_n)\) un objet de \(\textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(X, \mathcal{I})\). Supposons que
le foncteur \(\textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(\mathcal{O}_{X_e}) \to \textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(X_e, \mathcal{I}_e)\) soit une équivalence pour tout \(e \geq 1\), et
il existe un objet \(\mathcal{H}\) de \(\textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(\mathcal{O}_X)\) et un morphisme \(\alpha : (\mathcal{F}_n) \to \mathcal{H}^\wedge\) dont le noyau et le conoyau sont annulés par une puissance de \(\mathcal{K}\).
Alors \((\mathcal{F}_n)\) appartient à l’image essentielle de (08B8).
Démonstration
Dans cette démonstration, nous utiliserons sans autre mention que, pour une immersion fermée \(i : Z \to X\), le foncteur \(i_*\) donne une équivalence entre la catégorie des modules cohérents sur \(Z\) et celle des modules cohérents sur \(X\) annulés par le faisceau d’idéaux de \(Z\), voir Cohomologie des espaces, Lemme 08AM. En particulier, nous considérons \[\textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(\mathcal{O}_{X_e}) \subset \textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(\mathcal{O}_X)\] comme la sous-catégorie pleine formée des modules annulés par \(\mathcal{K}^e\), et \[\textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(X_e, \mathcal{I}_e) \subset \textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(X, \mathcal{I})\] comme la sous-catégorie pleine des objets annulés par \(\mathcal{K}^e\). De plus, (1) nous dit que ces deux catégories sont équivalentes par le foncteur (08B8).
En appliquant cette équivalence, nous obtenons un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent \(\mathcal{G}_e\) annulé par \(\mathcal{K}^e\) et correspondant au système \((\mathcal{F}_n/\mathcal{K}^e\mathcal{F}_n)\) de \(\textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(X, \mathcal{I})\). Les morphismes \(\mathcal{F}_n/\mathcal{K}^{e + 1}\mathcal{F}_n \to \mathcal{F}_n/\mathcal{K}^e\mathcal{F}_n\) correspondent à des morphismes canoniques \(\mathcal{G}_{e + 1} \to \mathcal{G}_e\) qui induisent des isomorphismes \(\mathcal{G}_{e + 1}/\mathcal{K}^e\mathcal{G}_{e + 1} \to \mathcal{G}_e\). Nous obtenons un objet \((\mathcal{G}_e)\) de la catégorie \(\textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(X, \mathcal{K})\). Le morphisme \(\alpha\) induit un système de morphismes \[\mathcal{F}_n/\mathcal{K}^e\mathcal{F}_n \longrightarrow \mathcal{H}/(\mathcal{I}^n + \mathcal{K}^e)\mathcal{H}\] d’où des morphismes \(\mathcal{G}_e \to \mathcal{H}/\mathcal{K}^e\mathcal{H}\) (en utilisant encore l’équivalence de catégories). Soit \(t \geq 1\) un entier, qui existe par l’hypothèse (2), tel que \(\mathcal{K}^t\) annule le noyau et le conoyau de tous les morphismes \(\mathcal{F}_n \to \mathcal{H}/\mathcal{I}^n\mathcal{H}\). Alors \(\mathcal{K}^{2t}\) annule le noyau et le conoyau des morphismes \(\mathcal{F}_n/\mathcal{K}^e\mathcal{F}_n \to \mathcal{H}/(\mathcal{I}^n + \mathcal{K}^e)\mathcal{H}\) (détails omis ; voir Cohomologie des schémas, Remarque 0888). Nous en concluons que \(\mathcal{K}^{4t}\) annule le noyau et le conoyau des morphismes \[\mathcal{G}_e \longrightarrow \mathcal{H}/\mathcal{K}^e\mathcal{H},\] (détails omis ; voir Cohomologie des schémas, Remarque 0888). Nous appliquons le Lemme 08BB pour obtenir un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent \(\mathcal{F}\), un morphisme \(a : \mathcal{F} \to \mathcal{H}\) et un isomorphisme \(\beta : (\mathcal{G}_e) \to (\mathcal{F}/\mathcal{K}^e\mathcal{F})\) dans \(\textit{Coh}(X, \mathcal{K})\). En remontant les constructions, pour \(n\) fixé, le triplet \((\mathcal{F}/\mathcal{I}^n\mathcal{F}, a \bmod \mathcal{I}^n, \beta \bmod \mathcal{I}^n)\) est un triplet comme dans le lemme pour le morphisme \(\alpha_n \bmod \mathcal{K}^e : (\mathcal{F}_n/\mathcal{K}^e\mathcal{F}_n) \to (\mathcal{H}/(\mathcal{I}^n + \mathcal{K}^e)\mathcal{H})\) de \(\textit{Coh}(X, \mathcal{K})\). L’unicité du Lemme 08BB donne donc un isomorphisme canonique \(\mathcal{F}/\mathcal{I}^n\mathcal{F} \to \mathcal{F}_n\) compatible avec tous les morphismes en présence.
Pour achever la démonstration du lemme, il reste à montrer que le support de \(\mathcal{F}\) est propre sur \(A\). Par construction, le noyau de \(a : \mathcal{F} \to \mathcal{H}\) est annulé par une puissance de \(\mathcal{K}\). Par conséquent, le support de ce noyau est contenu dans le support de \(\mathcal{G}_1\). Puisque \(\mathcal{G}_1\) est un objet de \(\textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(\mathcal{O}_{X_1})\) nous voyons que celui-ci est propre sur \(A\). Joint au fait que le support de \(\mathcal{H}\) est propre sur \(A\), cela montre que le support de \(\mathcal{F}\) est propre sur \(A\) d’après Catégories dérivées des espaces, Lemme 0CZH.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre représentable d’espaces algébriques noethériens sur \(S\). Soient \(\mathcal{J}, \mathcal{K} \subset \mathcal{O}_Y\) des faisceaux quasi-cohérents d’idéaux. Supposons que \(f\) soit un isomorphisme au-dessus de \(V = Y \setminus V(\mathcal{K})\). Posons \(\mathcal{I} = f^{-1}\mathcal{J} \mathcal{O}_X\). Soit \((\mathcal{G}_n)\) un objet de \(\textit{Coh}(Y, \mathcal{J})\), soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent, et soit \(\beta : (f^*\mathcal{G}_n) \to \mathcal{F}^\wedge\) un isomorphisme dans \(\textit{Coh}(X, \mathcal{I})\). Alors il existe un morphisme \[\alpha : (\mathcal{G}_n) \longrightarrow (f_*\mathcal{F})^\wedge\] dans \(\textit{Coh}(Y, \mathcal{J})\) dont le noyau et le conoyau sont annulés par une puissance de \(\mathcal{K}\).
Démonstration
Puisque \(f\) est un morphisme propre, \(f_*\mathcal{F}\) est un \(\mathcal{O}_Y\)-module cohérent (Cohomologie des espaces, Lemme 08AR). L’énoncé du lemme a donc un sens. Considérons les composés \[\gamma_n : \mathcal{G}_n \to f_*f^*\mathcal{G}_n \to f_*(\mathcal{F}/\mathcal{I}^n\mathcal{F}).\] Ici, le premier morphisme est le morphisme d’adjonction et le second est \(f_*\beta_n\). Nous affirmons qu’il existe un unique \(\alpha\) comme dans le lemme tel que les composés \[\mathcal{G}_n \xrightarrow{\alpha_n} f_*\mathcal{F}/\mathcal{J}^nf_*\mathcal{F} \to f_*(\mathcal{F}/\mathcal{I}^n\mathcal{F})\] soient égaux à \(\gamma_n\) pour tout \(n\). Par unicité et par descente étale pour \(\textit{Coh}(Y, \mathcal{J})\), il suffit de le démontrer localement pour la topologie étale sur \(Y\). Nous pouvons donc supposer que \(Y\) est le spectre d’un anneau noethérien. Comme \(f\) est représentable, \(X\) est lui aussi un schéma. On se ramène ainsi au cas des schémas ; voir la démonstration de Cohomologie des schémas, Lemme 088B.
Théorème
Dans la Situation 08B7, le foncteur (08B8) est une équivalence.
Démonstration
Nous utiliserons, sans autre mention dans la démonstration du théorème, l’équivalence de catégories de Cohomologie des espaces, Lemme 08AM. D’après le Lemme 08B9, le foncteur est pleinement fidèle. Il reste donc à démontrer que le foncteur est essentiellement surjectif.
Considérons l’ensemble \(\Xi\) des faisceaux quasi-cohérents d’idéaux \(\mathcal{K} \subset \mathcal{O}_X\) tels que l’énoncé soit vrai pour tout objet \((\mathcal{F}_n)\) de \(\textit{Coh}_{\text{support propre sur }A}(X, \mathcal{I})\) annulé par \(\mathcal{K}\). Nous voulons montrer que \((0)\) appartient à \(\Xi\). Dans le cas contraire, puisque \(X\) est noethérien, il existe un faisceau quasi-cohérent d’idéaux maximal \(\mathcal{K}\) qui n’appartient pas à \(\Xi\), voir Cohomologie des espaces, Lemme 07UJ. Après avoir remplacé \(X\) par le sous-schéma fermé de \(X\) correspondant à \(\mathcal{K}\), nous pouvons supposer que tout \(\mathcal{K}\) non nul appartient à \(\Xi\). Soit \((\mathcal{F}_n)\) un objet de \(\textit{Coh}_{\text{support propre sur }A}(X, \mathcal{I})\). Nous allons montrer que cet objet appartient à l’image essentielle, ce qui achèvera la démonstration du théorème.
Appliquons le lemme de Chow (Lemme 088U) pour trouver un morphisme propre surjectif \(f : Y \to X\) qui soit un isomorphisme au-dessus d’un ouvert dense \(U \subset X\), avec \(Y\) H-quasi-projectif sur \(A\). Notons que \(Y\) est un schéma et que \(f\) est représentable. Choisissons une immersion ouverte \(j : Y \to Y'\) avec \(Y'\) projectif sur \(A\), voir Morphismes, Lemme 01WA. Soit \(T_n\) le support schématique de \(\mathcal{F}_n\). Notons que \(|T_n| = |T_1|\) ; ainsi, \(T_n\) est propre sur \(A\) pour tout \(n\) (Morphismes d’espaces, Lemme 08AJ). Alors \(f^*\mathcal{F}_n\) est supporté sur le sous-schéma fermé \(f^{-1}T_n\), qui est propre sur \(A\) (d’après Morphismes d’espaces, Lemme 04XY, et la propreté de \(f\)). En particulier, le composé \(f^{-1}T_n \to Y \to Y'\) est fermé (Morphismes, Lemme 01W6). Soit \(T'_n \subset Y'\) le sous-schéma fermé correspondant ; il est contenu dans le sous-schéma ouvert \(Y\) et égal à \(f^{-1}T_n\) comme sous-schéma fermé de \(Y\). Soit \(\mathcal{F}_n'\) le \(\mathcal{O}_{Y'}\)-module cohérent correspondant à \(f^*\mathcal{F}_n\), considéré comme module cohérent sur \(Y'\) au moyen de l’immersion fermée \(f^{-1}T_n = T'_n \subset Y'\). Alors \((\mathcal{F}_n')\) est un objet de \(\textit{Coh}(Y', I\mathcal{O}_{Y'})\). D’après le cas projectif du théorème d’existence de Grothendieck (Cohomologie des schémas, Lemme 0885), il existe un \(\mathcal{O}_{Y'}\)-module cohérent \(\mathcal{F}'\) et un isomorphisme \((\mathcal{F}')^\wedge \cong (\mathcal{F}'_n)\) dans \(\textit{Coh}(Y', I\mathcal{O}_{Y'})\). Soit \(Z' \subset Y'\) le support schématique de \(\mathcal{F}'\). Puisque \(\mathcal{F}'/I\mathcal{F}' = \mathcal{F}'_1\), nous voyons que \(Z' \cap V(I\mathcal{O}_{Y'}) = T'_1\) ensemblistement. Le morphisme structural \(p' : Y' \to \Spec(A)\) est propre ; par conséquent, \(p'(Z' \cap (Y' \setminus Y))\) est fermé dans \(\Spec(A)\). S’il n’était pas vide, il contiendrait un point de \(V(I)\), car \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A\) (Algèbre, Lemme 05GI). Mais nous avons vu ci-dessus que \(Z' \cap (p')^{-1}V(I) = T'_1 \subset Y\) ; nous en concluons donc que \(Z' \subset Y\). Ainsi, \(\mathcal{F}'|_Y\) est supporté sur un sous-schéma fermé de \(Y\) propre sur \(A\).
Soit \(\mathcal{K}\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux qui définit le complémentaire réduit \(X \setminus U\). D’après Cohomologie des espaces, Lemme 08AR le \(\mathcal{O}_X\)-module \(\mathcal{H} = f_*\mathcal{F}'\) est cohérent, et, d’après le Lemme 08BD, il existe un morphisme \(\alpha : (\mathcal{F}_n) \to \mathcal{H}^\wedge\) dans la catégorie \(\textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(X, \mathcal{I})\) dont le noyau et le conoyau sont annulés par une puissance de \(\mathcal{K}\). Soit \(Z_0 \subset X\) le support schématique de \(\mathcal{H}\). Il est clair que \(|Z_0| \subset f(|Z'|)\). Par conséquent, \(Z_0 \to \Spec(A)\) est propre (Morphismes d’espaces, Lemme 08AJ). Ainsi, \(\mathcal{H}\) est un objet de \(\textit{Coh}_{\text{support propre sur } A}(\mathcal{O}_X)\). Puisque chacun des faisceaux d’idéaux \(\mathcal{K}^e\) est un élément de \(\Xi\), les hypothèses du Lemme 08BC sont satisfaites, ce qui permet de conclure.
Remarque
Soit \(A\) un anneau noethérien complet pour la topologie \(I\)-adique. Écrivons \(S = \Spec(A)\) et \(S_n = \Spec(A/I^n)\). Soit \(X \to S\) un morphisme d’espaces algébriques séparé et de type fini. Pour \(n \geq 1\), posons \(X_n = X \times_S S_n\). Diagramme : \[\xymatrix{ X_1 \ar[r]_{i_1} \ar[d] & X_2 \ar[r]_{i_2} \ar[d] & X_3 \ar[r] \ar[d] & \ldots & X \ar[d] \\ S_1 \ar[r] & S_2 \ar[r] & S_3 \ar[r] & \ldots & S }\] Dans cette situation, nous considérons les systèmes \((\mathcal{F}_n, \varphi_n)\) où
\(\mathcal{F}_n\) est un \(\mathcal{O}_{X_n}\)-module cohérent,
\(\varphi_n : i_n^*\mathcal{F}_{n + 1} \to \mathcal{F}_n\) est un isomorphisme, et
\(\text{Supp}(\mathcal{F}_1)\) est propre sur \(S_1\).
Le Théorème 08BE affirme que le foncteur de passage au complété \[\begin{matrix} \text{modules cohérents sur }\mathcal{O}_X\text{ : }\mathcal{F} \\ \text{à support propre sur }A \end{matrix} \quad \longrightarrow \quad \begin{matrix} \text{systèmes }(\mathcal{F}_n) \\ \text{comme ci-dessus} \end{matrix}\] est une équivalence de catégories. Dans le cas particulier où \(X\) est propre sur \(A\), on peut omettre les conditions sur les supports.
Théorème d’algébrisation de Grothendieck
Cette section est l’analogue de Cohomologie des schémas, section 0898. Toutefois, il y manque le résultat sur l’algébrisation des déformations d’espaces algébriques propres munis de faisceaux inversibles amples, car un espace algébrique propre muni d’un faisceau inversible ample est déjà un schéma. Nous avons néanmoins un résultat d’algébrisation pour les espaces algébriques propres de dimension relative \(1\). Notre premier résultat est une reformulation du théorème d’existence de Grothendieck en termes de sous-schémas fermés et de morphismes finis.
Lemme
Soit \(A\) un anneau noethérien complet pour la topologie \(I\)-adique. Écrivons \(S = \Spec(A)\) et \(S_n = \Spec(A/I^n)\). Soit \(X \to S\) un morphisme d’espaces algébriques séparé et de type fini. Pour \(n \geq 1\), posons \(X_n = X \times_S S_n\). Supposons donné un diagramme commutatif \[\xymatrix{ Z_1 \ar[r] \ar[d] & Z_2 \ar[r] \ar[d] & Z_3 \ar[r] \ar[d] & \ldots \\ X_1 \ar[r]^{i_1} & X_2 \ar[r]^{i_2} & X_3 \ar[r] & \ldots }\] d’espaces algébriques à carrés cartésiens. Supposons que
\(Z_1 \to X_1\) soit une immersion fermée, et
\(Z_1 \to S_1\) soit propre.
Alors il existe une immersion fermée d’espaces algébriques \(Z \to X\) telle que \(Z_n = Z \times_S S_n\) pour tout \(n \geq 1\). De plus, \(Z\) est propre sur \(S\).
Démonstration
Notons \(j_n : Z_n \to X_n\) les morphismes verticaux. Comme les carrés de l’énoncé sont cartésiens, le changement de base de \(j_n\) à \(X_1\) est \(j_1\). Ainsi, Limites d’espaces, Lemme 08B2 montre que \(j_n\) est une immersion fermée. Posons \(\mathcal{F}_n = j_{n, *}\mathcal{O}_{Z_n}\), de sorte que \(j_n^\sharp\) est une surjection \(\mathcal{O}_{X_n} \to \mathcal{F}_n\). En utilisant encore le caractère cartésien des carrés, nous voyons que l’image inverse de \(\mathcal{F}_{n + 1}\) sur \(X_n\) est \(\mathcal{F}_n\). Le théorème d’existence de Grothendieck, sous la forme de la Remarque 08BF, nous dit donc qu’il existe un morphisme \(\mathcal{O}_X \to \mathcal{F}\) de \(\mathcal{O}_X\)-modules cohérents dont la restriction à \(X_n\) redonne \(\mathcal{O}_{X_n} \to \mathcal{F}_n\). De plus, le support de \(\mathcal{F}\) est propre sur \(S\). Comme le foncteur de passage au complété est exact (Lemme 08B5), nous voyons que \(\mathcal{O}_X \to \mathcal{F}\) est surjectif. Ainsi, \(\mathcal{F} = \mathcal{O}_X/\mathcal{J}\) pour un certain faisceau quasi-cohérent d’idéaux \(\mathcal{J}\). Poser \(Z = V(\mathcal{J})\) achève la démonstration.
Lemme
Soit \(A\) un anneau noethérien complet pour la topologie \(I\)-adique. Écrivons \(S = \Spec(A)\) et \(S_n = \Spec(A/I^n)\). Soit \(X \to S\) un morphisme d’espaces algébriques séparé et de type fini. Pour \(n \geq 1\), posons \(X_n = X \times_S S_n\). Supposons donné un diagramme commutatif \[\xymatrix{ Y_1 \ar[r] \ar[d] & Y_2 \ar[r] \ar[d] & Y_3 \ar[r] \ar[d] & \ldots \\ X_1 \ar[r]^{i_1} & X_2 \ar[r]^{i_2} & X_3 \ar[r] & \ldots }\] d’espaces algébriques à carrés cartésiens. Supposons que
\(Y_1 \to X_1\) soit un morphisme fini, et
\(Y_1 \to S_1\) soit propre.
Alors il existe un morphisme fini d’espaces algébriques \(Y \to X\) tel que \(Y_n = Y \times_S S_n\) pour tout \(n \geq 1\). De plus, \(Y\) est propre sur \(S\).
Démonstration
Notons \(f_n : Y_n \to X_n\) les morphismes verticaux. Comme les carrés de l’énoncé sont cartésiens, le changement de base de \(f_n\) à \(X_1\) est \(f_1\). Ainsi, le Lemme 09ZZ montre que \(f_n\) est un morphisme fini. Posons \(\mathcal{F}_n = f_{n, *}\mathcal{O}_{Y_n}\). En utilisant le caractère cartésien des carrés, nous voyons que l’image inverse de \(\mathcal{F}_{n + 1}\) sur \(X_n\) est \(\mathcal{F}_n\). Le théorème d’existence de Grothendieck, sous la forme de la Remarque 08BF, nous dit donc qu’il existe un \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent \(\mathcal{F}\) dont la restriction à \(X_n\) redonne \(\mathcal{F}_n\). De plus, le support de \(\mathcal{F}\) est propre sur \(S\). Comme le foncteur de passage au complété est pleinement fidèle (Théorème 08BE), nous voyons que les applications de multiplication \(\mathcal{F}_n \otimes_{\mathcal{O}_{X_n}} \mathcal{F}_n \to \mathcal{F}_n\) se recollent pour munir \(\mathcal{F}\) d’une structure d’algèbre. Poser \(Y = \underline{\Spec}_X(\mathcal{F})\) achève la démonstration.
Lemme
Soit \(A\) un anneau noethérien complet pour la topologie \(I\)-adique. Écrivons \(S = \Spec(A)\) et \(S_n = \Spec(A/I^n)\). Soient \(X\), \(Y\) des espaces algébriques sur \(S\). Pour \(n \geq 1\), posons \(X_n = X \times_S S_n\) et \(Y_n = Y \times_S S_n\). Supposons donné un système compatible de diagrammes commutatifs \[\xymatrix{ & & X_{n + 1} \ar[rd] \ar[rr]_{g_{n + 1}} & & Y_{n + 1} \ar[ld] \\ X_n \ar[rru] \ar[rd] \ar[rr]_{g_n} & & Y_n \ar[rru] \ar[ld] & S_{n + 1} \\ & S_n \ar[rru] }\] Supposons que
\(X \to S\) soit propre, et
\(Y \to S\) soit séparé et de type fini.
Alors il existe un unique morphisme d’espaces algébriques \(g : X \to Y\) sur \(S\) tel que \(g_n\) soit le changement de base de \(g\) à \(S_n\).
Démonstration
Les morphismes \((1, g_n) : X_n \to X_n \times_S Y_n\) sont des immersions fermées parce que \(Y_n \to S_n\) est séparé (Morphismes d’espaces, Lemme 03KP). Ainsi, d’après le Lemme 08BG, il existe un sous-espace fermé \(Z \subset X \times_S Y\) propre sur \(S\) dont le changement de base à \(S_n\) redonne \(X_n \subset X_n \times_S Y_n\). La première projection \(p : Z \to X\) est un morphisme propre (puisque \(Z\) est propre sur \(S\), voir Morphismes d’espaces, Lemme 04NX) dont le changement de base à \(S_n\) est un isomorphisme pour tout \(n\). En particulier, \(p : Z \to X\) est quasi-fini sur un sous-espace ouvert de \(Z\) contenant tout point de \(Z_0\), par exemple d’après Morphismes d’espaces, Lemme 04NW. Comme \(Z\) est propre sur \(S\), ce voisinage ouvert est \(Z\) tout entier. Nous concluons que \(p : Z \to X\) est fini par le théorème principal de Zariski (on peut par exemple appliquer le Lemme 082K et utiliser la propreté de \(Z\) sur \(X\) pour voir que l’immersion est une immersion fermée). En appliquant l’équivalence du Théorème 08BE, nous voyons que \(p_*\mathcal{O}_Z = \mathcal{O}_X\), puisque c’est vrai modulo \(I^n\) pour tout \(n\). Ainsi, \(p\) est un isomorphisme et nous obtenons le morphisme \(g\) comme composé \(X \cong Z \to Y\). Nous omettons la démonstration de l’unicité.
Remarque
On peut se demander si, dans le théorème d’algébrisation de Grothendieck (sous la forme du Lemme 0A4Z), on peut se contenter d’axiomes de séparation plus faibles sur le but. Soyons plus précis. Soient \(A\), \(I\), \(S\), \(S_n\), \(X\), \(Y\), \(X_n\), \(Y_n\) et \(g_n\) comme dans l’énoncé du Lemme 0A4Z, et supposons que
\(X \to S\) soit propre, et
\(Y \to S\) soit localement de type fini.
Existe-t-il un morphisme d’espaces algébriques \(g : X \to Y\) sur \(S\) tel que \(g_n\) soit le changement de base de \(g\) à \(S_n\) ? Nous ne connaissons pas la réponse en général ; si vous la connaissez, veuillez écrire à stacks.project@gmail.com. Si \(Y \to S\) est séparé, le résultat découle du lemme (on se ramène immédiatement au cas où \(X\) est de type fini sur \(S\), en choisissant un ouvert quasi-compact contenant l’image de \(g_1\)). Si l’on suppose seulement que \(Y \to S\) est quasi-séparé, le résultat est encore vrai. D’abord, comme précédemment, nous pouvons supposer \(Y\) quasi-compact aussi bien que quasi-séparé. On peut alors utiliser soit [Bhatt-Algebraize], soit [Hall-Rydh-coherent] pour algébriser \((g_n)\). Plus précisément, pour appliquer la première référence, nous utilisons \[D_{perf}(X) \to \lim D_{perf}(X_n) \xrightarrow{\lim Lg_n^*} \lim D_{perf}(Y_n) = D_{perf}(Y)\] où la dernière étape utilise un résultat d’existence de Grothendieck pour la catégorie dérivée de l’espace algébrique propre \(Y\) sur \(R\) (comparer avec Platitude sur les espaces, Remarque 0DIR). L’article cité montre que cette flèche détermine un morphisme \(Y \to X\) comme souhaité. Pour appliquer la seconde référence, nous utilisons le même argument avec les modules cohérents : \[\textit{Coh}(\mathcal{O}_X) \to \lim \textit{Coh}(\mathcal{O}_{X_n}) \xrightarrow{\lim g_n^*} \lim \textit{Coh}(\mathcal{O}_{Y_n}) = \textit{Coh}(\mathcal{O}_Y)\] où l’égalité finale est une conséquence du théorème d’existence de Grothendieck (Théorème 08BE). La seconde référence nous dit que ce foncteur correspond à un morphisme \(Y \to X\) sur \(R\). Si nous avons un jour besoin de cette généralisation, nous énoncerons précisément et démontrerons soigneusement le résultat ici.
Lemme
Soit \((A, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local noethérien complet. Posons \(S = \Spec(A)\) et \(S_n = \Spec(A/\mathfrak m^n)\). Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X_1 \ar[r]_{i_1} \ar[d] & X_2 \ar[r]_{i_2} \ar[d] & X_3 \ar[r] \ar[d] & \ldots \\ S_1 \ar[r] & S_2 \ar[r] & S_3 \ar[r] & \ldots }\] d’espaces algébriques à carrés cartésiens. Si \(\dim(X_1) \leq 1\), alors il existe un morphisme projectif de schémas \(X \to S\) et des isomorphismes \(X_n \cong X \times_S S_n\) compatibles avec \(i_n\).
Démonstration
D’après Espaces sur les corps, Lemme 0ADD l’espace algébrique \(X_1\) est un schéma. Ainsi, \(X_1\) est un schéma propre de dimension \(\leq 1\) sur \(\kappa\). D’après Variétés, Lemme 0A26, nous voyons que \(X_1\) est H-projectif sur \(\kappa\). Soit \(\mathcal{L}_1\) un faisceau inversible ample sur \(X_1\).
Nous allons montrer que \(\mathcal{L}_1\) se relève en un système compatible \(\{\mathcal{L}_n\}\) de faisceaux inversibles sur \(\{X_n\}\). Remarquons que \(X_n\) est aussi un schéma d’après le Lemme 05ZR. Rappelons que \(X_1 \to X_n\) induit des homéomorphismes entre les espaces topologiques sous-jacents. Dans la suite de la démonstration, nous ne distinguons pas les faisceaux sur \(X_n\) des faisceaux sur \(X_1\). Supposons donné un relèvement \(\mathcal{L}_n\) sur \(X_n\). Considérons la suite exacte \[1 \to (1 + \mathfrak m^n\mathcal{O}_{X_{n + 1}})^* \to \mathcal{O}_{X_{n + 1}}^* \to \mathcal{O}_{X_n}^* \to 1\] de faisceaux sur \(X_{n + 1}\). La classe de \(\mathcal{L}_n\) dans \(H^1(X_n, \mathcal{O}_{X_n}^*)\) (voir Cohomologie, Lemme 09NU) se relève en un élément de \(H^1(X_{n + 1}, \mathcal{O}_{X_{n + 1}}^*)\) si et seulement si l’obstruction dans \(H^2(X_{n + 1}, (1 + \mathfrak m^n\mathcal{O}_{X_{n + 1}})^*)\) est nulle. Comme \(X_1\) est un schéma noethérien de dimension \(\leq 1\), ce groupe de cohomologie est nul (Cohomologie, Proposition 02UZ).
D’après le théorème d’algébrisation de Grothendieck (Cohomologie des schémas, Théorème 089A), nous obtenons un morphisme projectif de schémas \(X \to S = \Spec(A)\) et un système compatible d’isomorphismes \(X_n = S_n \times_S X\).
Lemme
Soit \((A, \mathfrak m, \kappa)\) un anneau local noethérien complet. Soit \(X\) un espace algébrique sur \(\Spec(A)\). Si \(X \to \Spec(A)\) est propre et \(\dim(X_\kappa) \leq 1\), alors \(X\) est un schéma projectif sur \(A\).
Démonstration
Posons \(X_n = X \times_{\Spec(A)} \Spec(A/\mathfrak m^n)\). D’après le Lemme 0E7R, il existe un morphisme projectif \(Y \to \Spec(A)\) et des isomorphismes compatibles \(Y \times_{\Spec(A)} \Spec(A/\mathfrak m^n) \cong X \times_{\Spec(A)} \Spec(A/\mathfrak m^n)\). D’après le Lemme 0A4Z, nous voyons que \(X \cong Y\), ce qui achève la démonstration.
Immersions régulières
Cette section est l’analogue de Diviseurs, section 0638 pour les morphismes d’espaces algébriques. Le lecteur est invité à lire d’abord dans cette section ce qui concerne les immersions régulières de schémas.
Dans Diviseurs, section 0638, nous avons défini quatre types d’immersions régulières pour les morphismes de schémas. Parmi eux, seuls trois sont (à notre connaissance) locaux sur le but pour la topologie étale ; comme d’habitude, les immersions régulières au sens usuel ne le sont pas. C’est pourquoi, pour les morphismes d’espaces algébriques, nous ne pouvons pas à proprement parler définir les immersions régulières. (Ce genre de désagrément a conduit Grothendieck et son école à remplacer la notion initiale d’immersion régulière par celle d’immersion Koszul-régulière, voir [SGA6, Exposé VII, définition 1.4].) Mais nous pouvons définir les immersions Koszul-régulières, \(H_1\)-régulières et quasi-régulières. Remarquons aussi que, puisque les immersions Koszul-régulières ne sont pas préservées par un changement de base arbitraire, nous ne pouvons pas employer la méthode de Morphismes d’espaces, section 03HA pour les définir. De même, comme les immersions Koszul-régulières ne sont pas locales sur la source pour la topologie étale, nous ne pouvons pas non plus utiliser Morphismes d’espaces, Lemme 03MJ pour les définir. Nous remplaçons plutôt ce lemme par le suivant.
Lemme
Soit \(\mathcal{P}\) une propriété des morphismes de schémas qui est locale sur le but pour la topologie étale. Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme représentable d’espaces algébriques sur \(S\). Considérons les diagrammes commutatifs \[\xymatrix{ X \times_Y V \ar[d] \ar[r] & V \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y }\] où \(V\) est un schéma et \(V \to Y\) est étale. Les conditions suivantes sont équivalentes :
pour tout diagramme comme ci-dessus, la projection \(X \times_Y V \to V\) possède la propriété \(\mathcal{P}\), et
pour un diagramme comme ci-dessus où \(V \to Y\) est surjectif, la projection \(X \times_Y V \to V\) possède la propriété \(\mathcal{P}\).
Si \(X\) et \(Y\) sont représentables, ces conditions équivalent aussi à ce que \(f\) (considéré comme morphisme de schémas) possède la propriété \(\mathcal{P}\).
Démonstration
Démontrons l’équivalence de (1) et (2). L’implication (1) \(\Rightarrow\) (2) est immédiate. Supposons que \[\xymatrix{ X \times_Y V \ar[d] \ar[r] & V \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y } \quad\quad \xymatrix{ X \times_Y V' \ar[d] \ar[r] & V' \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y }\] soient deux diagrammes comme dans le lemme. Supposons que \(V \to Y\) soit surjectif et que \(X \times_Y V \to V\) possède la propriété \(\mathcal{P}\). Pour montrer que (2) implique (1), nous devons prouver que \(X \times_Y V' \to V'\) possède \(\mathcal{P}\). À cette fin, considérons le diagramme \[\xymatrix{ X \times_Y V \ar[d] & (X \times_Y V) \times_X (X \times_Y V') \ar[l] \ar[d] \ar[r] & X \times_Y V' \ar[d] \\ V & V \times_Y V' \ar[l] \ar[r] & V' }\] D’après notre hypothèse que \(\mathcal{P}\) est locale sur la source pour la topologie étale, nous voyons que \(\mathcal{P}\) est préservée par changement de base étale, voir Descente, Lemme 04QU. Ainsi, si la flèche verticale de gauche possède \(\mathcal{P}\), il en est de même de la flèche verticale du milieu. Puisque \(U \times_X U' \to U'\) est surjectif et étale (et définit donc un recouvrement étale de \(U'\)), il en résulte (car \(\mathcal{P}\) est supposée locale sur le but pour la topologie étale) que la flèche verticale de gauche possède \(\mathcal{P}\).
Si \(X\) et \(Y\) sont représentables, nous pouvons prendre \(\text{id}_Y : Y \to Y\) comme recouvrement étale pour voir que la dernière assertion du lemme est vraie.
Remarquons qu’« être une immersion Koszul-régulière (resp. \(H_1\)-régulière, resp. quasi-régulière) » est une propriété des morphismes de schémas qui est locale sur le but pour la topologie fpqc, voir Descente, Lemme 0694. La définition suivante a donc un sens.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(i : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\).
Nous disons que \(i\) est une immersion Koszul-régulière si \(i\) est représentable et si les conditions équivalentes du Lemme 06BM sont satisfaites avec \(\mathcal{P}(f) =\) « \(f\) est une immersion Koszul-régulière ».
Nous disons que \(i\) est une immersion \(H_1\)-régulière si \(i\) est représentable et si les conditions équivalentes du Lemme 06BM sont satisfaites avec \(\mathcal{P}(f) =\) « \(f\) est une immersion \(H_1\)-régulière ».
Nous disons que \(i\) est une immersion quasi-régulière si \(i\) est représentable et si les conditions équivalentes du Lemme 06BM sont satisfaites avec \(\mathcal{P}(f) =\) « \(f\) est une immersion quasi-régulière ».
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(i : Z \to X\) une immersion d’espaces algébriques sur \(S\). Nous avons les implications suivantes : \(i\) est une immersion Koszul-régulière \(\Rightarrow\) \(i\) est une immersion \(H_1\)-régulière \(\Rightarrow\) \(i\) est une immersion quasi-régulière.
Démonstration
Par la définition, ce lemme se réduit immédiatement à Diviseurs, Lemme 063K.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(i : Z \to X\) une immersion d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(X\) soit localement noethérien. Alors \(i\) est une immersion Koszul-régulière \(\Leftrightarrow\) \(i\) est une immersion \(H_1\)-régulière \(\Leftrightarrow\) \(i\) est une immersion quasi-régulière.
Démonstration
Par la Définition 06BN (et la définition d’un espace algébrique localement noethérien dans Propriétés des espaces, section 03E5) ceci se ramène immédiatement au cas des schémas, qui est Diviseurs, Lemme 063L.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(i : Z \to X\) une immersion Koszul-régulière, \(H_1\)-régulière ou quasi-régulière d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(X' \to X\) un morphisme plat d’espaces algébriques sur \(S\). Alors le changement de base \(i' : Z \times_X X' \to X'\) est une immersion Koszul-régulière, \(H_1\)-régulière ou quasi-régulière.
Démonstration
Par la Définition 06BN (et la définition d’un morphisme plat d’espaces algébriques dans Morphismes d’espaces, section 03MK) ce lemme se réduit au cas des schémas, voir Diviseurs, Lemme 067P.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(i : Z \to X\) une immersion d’espaces algébriques sur \(S\). Alors \(i\) est une immersion quasi-régulière si et seulement si les conditions suivantes sont satisfaites :
\(i\) est localement de présentation finie,
le faisceau conormal \(\mathcal{C}_{Z/X}\) est localement libre de type fini, et
l’application (09RQ) est un isomorphisme.
Démonstration
Cela découle du cas des schémas (Diviseurs, Lemme 063M) par localisation étale (utiliser la Définition 06BN et le Lemme 09RR).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(Z \to Y \to X\) des immersions d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(Z \to Y\) soit une immersion \(H_1\)-régulière. Alors la suite canonique du Lemme 06BD \[0 \to i^*\mathcal{C}_{Y/X} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to 0\] est exacte et localement scindée (pour la topologie étale).
Démonstration
Comme \(\mathcal{C}_{Z/Y}\) est localement libre de type fini (voir le Lemme 09RY et le Lemme 06BP), il suffit de prouver que la suite est exacte. Il suffit de montrer que la première application est injective, puisque la suite est déjà exacte à droite en général. Après localisation étale sur \(X\), cela se réduit au cas des schémas, voir Diviseurs, Lemme 063N.
Un composé d’immersions quasi-régulières peut ne pas être une immersion quasi-régulière, voir Algèbre, Remarque 065M. Les autres types d’immersions régulières sont préservés par composition.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(i : Z \to Y\) et \(j : Y \to X\) des immersions d’espaces algébriques sur \(S\).
Si \(i\) et \(j\) sont des immersions Koszul-régulières, il en est de même de \(j \circ i\).
Si \(i\) et \(j\) sont des immersions \(H_1\)-régulières, il en est de même de \(j \circ i\).
Si \(i\) est une immersion \(H_1\)-régulière et \(j\) une immersion quasi-régulière, alors \(j \circ i\) est une immersion quasi-régulière.
Démonstration
Cela découle immédiatement du cas des schémas, voir Diviseurs, Lemme 067Q.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(i : Z \to Y\) et \(j : Y \to X\) des immersions d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(j\) soit localement de présentation finie et que la suite \[0 \to i^*\mathcal{C}_{Y/X} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to 0\] du Lemme 06BD soit exacte et localement scindée.
Si \(j \circ i\) est une immersion quasi-régulière, il en est de même de \(i\).
Si \(j \circ i\) est une immersion \(H_1\)-régulière, il en est de même de \(i\).
Si \(j\) et \(j \circ i\) sont toutes deux des immersions Koszul-régulières, il en est de même de \(i\).
Démonstration
Cela découle immédiatement du cas des schémas, voir Diviseurs, Lemme 068Z.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(i : Z \to Y\) et \(j : Y \to X\) des immersions d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(X\) soit localement noethérien. Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(i\) et \(j\) sont des immersions Koszul-régulières,
\(i\) et \(j \circ i\) sont des immersions Koszul-régulières,
\(j \circ i\) est une immersion Koszul-régulière et la suite conormale \[0 \to i^*\mathcal{C}_{Y/X} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to 0\] est exacte et localement scindée.
Démonstration
Cela découle immédiatement du cas des schémas, voir Diviseurs, Lemme 0690.
Pseudo-cohérence relative
Cette section est l’analogue de Compléments sur les morphismes, section 09UH. Toutefois, dans le traitement de cette matière pour les espaces algébriques, nous avons décidé de travailler exclusivement avec les objets de la catégorie dérivée dont les faisceaux de cohomologie sont quasi-cohérents. Il y a deux raisons à cela : (1) cela simplifie grandement l’exposé et (2) nous n’avons actuellement aucun usage de la notion plus générale.
Remarque
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme entre des espaces algébriques représentables sur \(S\), localement de type fini. Soit \(f_0 : X_0 \to Y_0\) un morphisme de schémas représentant \(f\) (notation maladroite, mais temporaire). Alors \(f_0\) est localement de type fini. Si \(E\) est un objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\), alors \(E\) est l’image inverse d’un unique objet \(E_0\) de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_{X_0})\), voir Catégories dérivées des espaces, Lemme 071Q. Dans cette situation, l’expression « \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(Y\) » signifiera « \(E_0\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(Y_0\) », au sens défini dans Compléments sur les morphismes, section 09UH.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\), localement de type fini. Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Soit \(E \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\). Avec les conventions expliquées dans la Remarque 0CSW, les conditions suivantes sont équivalentes :
pour tout diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r] & V \ar[d] \\ X \ar[r] & Y }\] où \(U\), \(V\) sont des schémas et les flèches verticales sont étales, le complexe \(E|_U\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(V\),
pour un diagramme commutatif comme en (1) où \(U \to X\) est surjectif, le complexe \(E|_U\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(V\),
pour tout diagramme commutatif comme en (1) où \(U\) et \(V\) sont affines, le complexe \(R\Gamma(U, E)\) de \(\mathcal{O}_X(U)\)-modules est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(\mathcal{O}_Y(V)\).
Démonstration
La partie (1) implique (3) d’après Compléments sur les morphismes, Lemme 09VF.
Supposons (3). Choisissons un diagramme commutatif comme en (1) où \(U \to X\) est surjectif. Choisissons un recouvrement par des ouverts affines \(V = \bigcup V_j\) et des recouvrements par des ouverts affines \((U \to V)^{-1}(V_j) = \bigcup U_{ij}\). D’après (3) et Compléments sur les morphismes, Lemme 09VF nous voyons que \(E|_U\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(V\). Ainsi (3) implique (2).
Supposons (2). Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r] & V \ar[d] \\ X \ar[r] & Y }\] où \(U\), \(V\) sont des schémas, les flèches verticales sont étales, le morphisme \(U \to X\) est surjectif et \(E|_U\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(V\). Supposons ensuite donné un second diagramme commutatif \[\xymatrix{ U' \ar[d] \ar[r] & V' \ar[d] \\ X \ar[r] & Y }\] à flèches verticales étales, où \(U', V'\) sont des schémas. Nous voulons montrer que \(E|_{U'}\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(V'\). Le morphisme \(U'' = U \times_X U' \to U'\) est surjectif et étale et \(U'' \to V'\) se factorise par \(V'' = V' \times_Y V\), qui est étale sur \(V'\). Il suffit donc de montrer que \(E|_{U''}\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(V''\), voir Compléments sur les morphismes, Lemmes 0CSN et 0CSP. En utilisant une fois encore le second lemme, il suffit de montrer que \(E|_{U''}\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(V\). C’est vrai d’après Compléments sur les morphismes, Lemme 09US et le fait qu’un morphisme étale de schémas est pseudo-cohérent d’après Compléments sur les morphismes, Lemme 0695.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\), localement de type fini. Soit \(E\) un objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\). Soit \(\mathcal{F}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent. Fixons \(m \in \mathbf{Z}\).
Nous disons que \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(Y\) si les conditions équivalentes du Lemme 0CSX sont satisfaites.
Nous disons que \(E\) est pseudo-cohérent relativement à \(Y\) si \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(Y\) pour tout \(m \in \mathbf{Z}\).
Nous disons que \(\mathcal{F}\) est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(Y\) si \(\mathcal{F}\), considéré comme objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\), est \(m\)-pseudo-cohérent relativement à \(Y\).
Nous disons que \(\mathcal{F}\) est pseudo-cohérent relativement à \(Y\) si \(\mathcal{F}\), considéré comme objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\), est pseudo-cohérent relativement à \(Y\).
La plupart des propriétés des complexes pseudo-cohérents relativement à une base découleront immédiatement des propriétés correspondantes dans le cas des schémas. Nous ajouterons ici les lemmes pertinents au besoin.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(E\) un objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\). Si \(f\) est plat et localement de présentation finie, alors les conditions suivantes sont équivalentes :
\(E\) est pseudo-cohérent relativement à \(Y\), et
\(E\) est pseudo-cohérent sur \(X\).
Démonstration
Par localisation étale et d’après les définitions, nous pouvons supposer que \(X\) et \(Y\) sont des schémas. Pour le cas des schémas, cela découle de Compléments sur les morphismes, Lemme 09UU.
Morphismes pseudo-cohérents
Cette section est l’analogue de Compléments sur les morphismes, section 067X pour les morphismes de schémas. Le lecteur est invité à lire d’abord dans cette section ce qui concerne les morphismes pseudo-cohérents de schémas.
La propriété « pseudo-cohérent » des morphismes de schémas est de nature locale pour la topologie étale sur la source et le but. Pour le voir, utiliser Compléments sur les morphismes, Lemmes 0696 et 0699 et Descente, Lemme 04R2. D’après Morphismes d’espaces, Lemme 03MJ, nous pouvons définir la notion de morphisme pseudo-cohérent d’espaces algébriques comme suit ; elle coïncide avec la notion déjà définie dans Compléments sur les morphismes, section 067X lorsque les espaces algébriques considérés sont représentables.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\).
Nous disons que \(f\) est pseudo-cohérent si les conditions équivalentes de Morphismes d’espaces, Lemme 03MJ sont satisfaites avec \(\mathcal{P} =\) « pseudo-cohérent ».
Soit \(x \in |X|\). Nous disons que \(f\) est pseudo-cohérent en \(x\) s’il existe un voisinage ouvert \(X' \subset X\) de \(x\) tel que \(f|_{X'} : X' \to Y\) soit pseudo-cohérent.
Attention : un changement de base d’un morphisme pseudo-cohérent n’est pas pseudo-cohérent en général.
Lemme
Un changement de base plat d’un morphisme pseudo-cohérent est pseudo-cohérent.
Démonstration
Démonstration omise. Indication : utiliser la version de ce lemme pour les schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 0680.
Lemme
Un composé de morphismes pseudo-cohérents est pseudo-cohérent.
Démonstration
Démonstration omise. Indication : utiliser la version de ce lemme pour les schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 0681.
Lemme
Un morphisme pseudo-cohérent est localement de présentation finie.
Démonstration
Cela résulte immédiatement des définitions.
Lemme
Un morphisme plat qui est localement de présentation finie est pseudo-cohérent.
Démonstration
Démonstration omise. Indication : utiliser la version de ce lemme pour les schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 0695.
Lemme
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques pseudo-cohérent au-dessus d’un espace algébrique de base \(B\). Alors \(f\) est pseudo-cohérent.
Démonstration
Démonstration omise. Indication : utiliser la version de ce lemme pour les schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 0683.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Si \(Y\) est localement noethérien, alors \(f\) est pseudo-cohérent si et seulement si \(f\) est localement de type fini.
Démonstration
Démonstration omise. Indication : utiliser la version de ce lemme pour les schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 0684.
Morphismes parfaits
Cette section est l’analogue de Compléments sur les morphismes, section 0685 pour les morphismes de schémas. Le lecteur est invité à lire d’abord dans cette section ce qui concerne les morphismes parfaits de schémas.
La propriété « parfait » des morphismes de schémas est de nature locale pour la topologie étale sur la source et le but. Pour le voir, utiliser Compléments sur les morphismes, Lemmes 069B et 069D et Descente, Lemme 04R2. D’après Morphismes d’espaces, Lemme 03MJ, nous pouvons définir la notion de morphisme parfait d’espaces algébriques comme suit ; elle coïncide avec la notion déjà définie dans Compléments sur les morphismes, section 0685 lorsque les espaces algébriques considérés sont représentables.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\).
Nous disons que \(f\) est parfait si les conditions équivalentes de Morphismes d’espaces, Lemme 03MJ sont satisfaites avec \(\mathcal{P} =\) « parfait ».
Soit \(x \in |X|\). Nous disons que \(f\) est parfait en \(x\) s’il existe un voisinage ouvert \(X' \subset X\) de \(x\) tel que \(f|_{X'} : X' \to Y\) soit parfait.
Remarquons qu’un morphisme parfait est pseudo-cohérent, donc localement de présentation finie. Attention : un changement de base d’un morphisme parfait n’est pas parfait en général.
Lemme
Un changement de base plat d’un morphisme parfait est parfait.
Démonstration
Démonstration omise. Indication : utiliser la version de ce lemme pour les schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 0688.
Lemme
Un composé de morphismes parfaits est parfait.
Démonstration
Démonstration omise. Indication : utiliser la version de ce lemme pour les schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 0689.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est plat et parfait, et
\(f\) est plat et localement de présentation finie.
Démonstration
Démonstration omise. Indication : utiliser la version de ce lemme pour les schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 068A.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(Y\) un espace algébrique noethérien sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre parfait d’espaces algébriques. Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) un objet parfait. Alors \(Rf_*E\) est un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_Y)\).
Démonstration
Nous affirmons que Catégories dérivées des espaces, Lemme 08IS s’applique. Les conditions (1) et (2) sont immédiates. La condition (3) est locale sur \(X\). Nous pouvons donc supposer \(X\) et \(Y\) affines et \(E\) représenté par un complexe strictement parfait de \(\mathcal{O}_X\)-modules. Il suffit donc de montrer que \(\mathcal{O}_X\) est de dimension de Tor finie en tant que faisceau de \(f^{-1}\mathcal{O}_Y\)-modules sur le site étale. D’après Catégories dérivées des espaces, Lemme 0DK7, il suffit de le vérifier sur le site de Zariski. Pour les morphismes de schémas de type fini, cela équivaut à la perfection du morphisme d’après Compléments sur les morphismes, Lemme 069C.
Morphismes localement d’intersection complète
Cette section est l’analogue de Compléments sur les morphismes, section 068E, pour les morphismes de schémas. Le lecteur est invité à lire d’abord dans cette section ce qui concerne les morphismes de schémas localement d’intersection complète.
La propriété « être un morphisme localement d’intersection complète » des morphismes de schémas est de nature locale pour la topologie étale sur la source et le but. Pour le voir, utiliser Compléments sur les morphismes, Lemmes 069N et 069P et Descente, Lemme 04R2. D’après Morphismes d’espaces, Lemme 03MJ, nous pouvons définir la notion de morphisme localement d’intersection complète d’espaces algébriques comme suit ; elle coïncide avec la notion déjà définie dans Compléments sur les morphismes, section 068E, lorsque les espaces algébriques considérés sont représentables.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\).
Nous disons que \(f\) est un morphisme de Koszul, ou que \(f\) est un morphisme localement d’intersection complète, si les conditions équivalentes de Morphismes d’espaces, Lemme 03MJ, sont satisfaites avec \(\mathcal{P}(f) =\) « \(f\) est un morphisme localement d’intersection complète ».
Soit \(x \in |X|\). Nous disons que \(f\) est Koszul en \(x\) s’il existe un voisinage ouvert \(X' \subset X\) de \(x\) tel que \(f|_{X'} : X' \to Y\) soit un morphisme localement d’intersection complète.
En un certain sens, la propriété qui définit un morphisme localement d’intersection complète est le résultat du lemme suivant.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement d’intersection complète d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(P\) un espace algébrique lisse sur \(Y\). Soit \(U \to X\) un morphisme étale d’espaces algébriques et soit \(i : U \to P\) une immersion d’espaces algébriques sur \(Y\). Diagramme : \[\xymatrix{ X \ar[rd] & U \ar[l] \ar[d] \ar[r]_i & P \ar[ld] \\ & Y }\] Alors \(i\) est une immersion Koszul-régulière d’espaces algébriques.
Démonstration
Choisissons un schéma \(V\) et un morphisme étale surjectif \(V \to Y\). Choisissons un schéma \(W\) et un morphisme étale surjectif \(W \to P \times_Y V\). Posons \(U' = U \times_P W\) ; c’est un schéma étale sur \(U\). Nous devons montrer que \(U' \to W\) est une immersion Koszul-régulière de schémas, voir Définition 06BN. D’après la Définition 06C4 ci-dessus, le morphisme de schémas \(U' \to V\) est localement d’intersection complète. Le résultat découle donc de Compléments sur les morphismes, Lemme 069G.
Il paraît opportun de rassembler ici quelques propriétés communes à tous les morphismes de Koszul.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement d’intersection complète d’espaces algébriques sur \(S\). Alors
\(f\) est localement de présentation finie,
\(f\) est pseudo-cohérent, et
\(f\) est parfait.
Démonstration
Démonstration omise. Indication : utiliser la version de ce lemme pour les schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 069H.
Attention : un changement de base d’un morphisme de Koszul n’est pas Koszul en général.
Lemme
Un changement de base plat d’un morphisme localement d’intersection complète est un morphisme localement d’intersection complète.
Démonstration
Démonstration omise. Indication : utiliser la version de ce lemme pour les schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 069I.
Lemme
Un composé de morphismes localement d’intersection complète est un morphisme localement d’intersection complète.
Démonstration
Démonstration omise. Indication : utiliser la version de ce lemme pour les schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 069J.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est plat et localement d’intersection complète, et
\(f\) est syntomique.
Démonstration
Démonstration omise. Indication : utiliser la version de ce lemme pour les schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 069K.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Une immersion Koszul-régulière d’espaces algébriques sur \(S\) est un morphisme localement d’intersection complète.
Démonstration
Soit \(i : X \to Y\) une immersion Koszul-régulière d’espaces algébriques sur \(S\). Par définition, il existe un morphisme étale surjectif \(V \to Y\), où \(V\) est un schéma, tel que \(X \times_Y V\) soit un schéma et que le changement de base \(X \times_Y V \to V\) soit une immersion Koszul-régulière de schémas. D’après Compléments sur les morphismes, Lemme 069L, \(X \times_Y V \to V\) est un morphisme localement d’intersection complète. La Définition 06C4 montre alors que \(i\) est un morphisme localement d’intersection complète d’espaces algébriques.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd] & & Y \ar[ld] \\ & Z }\] un diagramme commutatif de morphismes d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(Y \to Z\) soit lisse et que \(X \to Z\) soit un morphisme localement d’intersection complète. Alors \(f : X \to Y\) est un morphisme localement d’intersection complète.
Démonstration
Choisissons un schéma \(W\) et un morphisme étale surjectif \(W \to Z\). Choisissons un schéma \(V\) et un morphisme étale surjectif \(V \to W \times_Z Y\). Choisissons un schéma \(U\) et un morphisme étale surjectif \(U \to V \times_Y X\). Alors \(U \to W\) est un morphisme de schémas localement d’intersection complète et \(V \to W\) est un morphisme de schémas lisse. Le résultat pour les schémas (Compléments sur les morphismes, Lemme 069M) montre que \(U \to V\) est un morphisme localement d’intersection complète. Par définition, cela signifie que \(f\) est un morphisme localement d’intersection complète.
Lemme
La propriété \(\mathcal{P}(f) =\) « \(f\) est un morphisme localement d’intersection complète » est de nature locale fpqc sur la base.
Démonstration
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(\{Y_i \to Y\}\) un recouvrement fpqc (Topologies sur les espaces, Définition 03MQ). Soit \(f_i : X_i \to Y_i\) le changement de base de \(f\) par \(Y_i \to Y\). Si \(f\) est un morphisme localement d’intersection complète, alors chaque \(f_i\) est un morphisme localement d’intersection complète d’après le Lemme 06C7.
Réciproquement, supposons que chaque \(f_i\) soit un morphisme localement d’intersection complète. Nous pouvons remplacer le recouvrement par un raffinement (de nouveau parce que le changement de base plat préserve la propriété d’être un morphisme localement d’intersection complète). Nous pouvons donc supposer que \(Y_i\) est un schéma pour tout \(i\), voir Topologies sur les espaces, Lemme 0419. Choisissons un schéma \(V\) et un morphisme étale surjectif \(V \to Y\). Choisissons un schéma \(U\) et un morphisme étale surjectif \(U \to V \times_Y X\). Nous devons montrer que \(U \to V\) est un morphisme de schémas localement d’intersection complète. D’après Topologies sur les espaces, Lemme 03MS la famille \(\{Y_i \times_Y V \to V\}\) est un recouvrement fpqc de schémas. Le cas des schémas (Compléments sur les morphismes, Lemme 069N) montre qu’il suffit de prouver que le changement de base \[U \times_Y Y_i = U \times_V (V \times_Y Y_i) \longrightarrow V\] de \(U \to V\) par \(V \times_Y Y_i \to V\) est un morphisme localement d’intersection complète. Nous pouvons l’écrire comme le composé \[U \times_Y Y_i \longrightarrow (V \times_Y X) \times_Y Y_i = V \times_Y X_i \longrightarrow V \times_Y Y_i\] La première flèche est un morphisme étale de schémas (comme changement de base de \(U \to V \times_Y X\)) et la seconde est un morphisme de schémas localement d’intersection complète, comme changement de base plat de \(f_i\). Le résultat s’ensuit, car la propriété d’être un morphisme localement d’intersection complète est de nature locale pour la topologie syntomique sur la source et les morphismes étales sont syntomiques (Compléments sur les morphismes, Lemme 069P et Morphismes, Lemme 02GQ).
Lemme
La propriété \(\mathcal{P}(f) =\) « \(f\) est un morphisme localement d’intersection complète » est de nature locale pour la topologie syntomique sur la source.
Démonstration
Cela résulte de Descente sur les espaces, Lemme 06ER, et de Compléments sur les morphismes, Lemme 069P.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd]_p & & Y \ar[ld]^q \\ & Z }\] d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(p\) et \(q\) soient plats et localement de présentation finie. Alors il existe un sous-espace ouvert \(U(f) \subset X\) tel que \(|U(f)| \subset |X|\) soit l’ensemble des points où \(f\) est Koszul. De plus, pour tout morphisme d’espaces algébriques \(Z' \to Z\), si \(f' : X' \to Y'\) est le changement de base de \(f\) par \(Z' \to Z\), alors \(U(f')\) est l’image inverse de \(U(f)\) par la projection \(X' \to X\).
Démonstration
Ce lemme est l’analogue de Compléments sur les morphismes, Lemme 06B8, et nous allons en fait l’en déduire. D’après la Définition 06C4, l’ensemble \(\{x \in |X| : f \text{ est Koszul en }x\}\) est ouvert dans \(|X|\) ; d’après Propriétés des espaces, Lemme 03BZ, il correspond donc à un sous-espace ouvert \(U(f)\) de \(X\). Il suffit par conséquent de prouver la dernière assertion.
Choisissons un schéma \(W\) et un morphisme étale surjectif \(W \to Z\). Choisissons un schéma \(V\) et un morphisme étale surjectif \(V \to W \times_Z Y\). Choisissons un schéma \(U\) et un morphisme étale surjectif \(U \to V \times_Y X\). Enfin, choisissons un schéma \(W'\) et un morphisme étale surjectif \(W' \to W \times_Z Z'\). Posons \(V' = W' \times_W V\) et \(U' = W' \times_W U\) ; nous obtenons ainsi des morphismes étales surjectifs \(V' \to Y'\) et \(U' \to X'\). Nous utiliserons sans autre mention le fait qu’un morphisme étale d’espaces algébriques induit une application ouverte entre les espaces topologiques associés (voir Propriétés des espaces, Lemme 03IR). Notons que, par définition, \(U(f)\) est l’image dans \(|X|\) de l’ensemble \(T\) des points de \(U\) où le morphisme de schémas \(U \to V\) est Koszul. De même, \(U(f')\) est l’image dans \(|X'|\) de l’ensemble \(T'\) des points de \(U'\) où le morphisme de schémas \(U' \to V'\) est Koszul. Or, par construction, le diagramme \[\xymatrix{ U' \ar[r] \ar[d] & U \ar[d] \\ V' \ar[r] & V }\] est cartésien (dans la catégorie des schémas). Le Lemme 06B8 de Compléments sur les morphismes cité ci-dessus montre donc que \(T'\) est l’image inverse de \(T\). Puisque \(|U'| \to |X'|\) est surjective, cela démontre le lemme.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme localement d’intersection complète d’espaces algébriques sur \(S\). Alors \(f\) est non ramifié si et seulement si \(f\) est formellement non ramifié et, dans ce cas, le faisceau conormal \(\mathcal{C}_{X/Y}\) est localement libre de type fini sur \(X\).
Démonstration
Cela découle du résultat correspondant pour les morphismes de schémas, voir Compléments sur les morphismes, Lemme 06B9, par localisation étale, voir Lemme 060D. (Notons que, dans la situation de ce lemme, le morphisme \(V \to U\) est non ramifié et localement d’intersection complète par définition.)
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soient \(Z \to Y \to X\) des morphismes formellement non ramifiés d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(Z \to Y\) soit un morphisme localement d’intersection complète. La suite exacte \[0 \to i^*\mathcal{C}_{Y/X} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to 0\] du Lemme 06BD est exacte courte.
Démonstration
Choisissons un schéma \(U\) et un morphisme étale surjectif \(U \to X\). Choisissons un schéma \(V\) et un morphisme étale surjectif \(V \to U \times_X Y\). Choisissons un schéma \(W\) et un morphisme étale surjectif \(W \to V \times_Y Z\). D’après le Lemme 060D, les morphismes \(W \to V\) et \(V \to U\) sont formellement non ramifiés. De plus, la suite \(i^*\mathcal{C}_{Y/X} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to 0\) se restreint à la suite correspondante \(i^*\mathcal{C}_{V/U} \to \mathcal{C}_{W/U} \to \mathcal{C}_{W/V} \to 0\) pour \(W \to V \to U\). Le résultat découle donc du cas des schémas (Compléments sur les morphismes, Lemme 06BA), car, par définition, le morphisme \(W \to V\) est localement d’intersection complète.
Quand un morphisme est-il un isomorphisme ?
Plus généralement, on peut demander : « Quand un morphisme possède-t-il la propriété \(\mathcal{P}\) ? » Une question plus précise est la suivante. Supposons donné un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd]_p & & Y \ar[ld]^q \\ & Z }\] d’espaces algébriques. Existe-t-il un monomorphisme d’espaces algébriques \(W \to Z\) vérifiant les deux propriétés suivantes :
le changement de base \(f_W : X_W \to Y_W\) possède la propriété \(\mathcal{P}\), et
tout morphisme \(Z' \to Z\) d’espaces algébriques se factorise par \(W\) si et seulement si le changement de base \(f_{Z'} : X_{Z'} \to Y_{Z'}\) possède la propriété \(\mathcal{P}\).
Dans de nombreux cas, si \(W \to Z\) existe, c’est une immersion, une immersion ouverte ou une immersion fermée.
La réponse à cette question peut dépendre de propriétés auxiliaires des morphismes \(f\), \(p\) et \(q\). Un exemple est \(\mathcal{P}(f) =\) « \(f\) est plat », dont nous avons traité en grand détail, pour les morphismes de schémas, dans le cas \(Y = S\) au chapitre « Compléments sur la platitude », à partir de Compléments sur la platitude, section 05MG.
Lemme
Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd]_p & & Y \ar[ld]^q \\ & Z }\] d’espaces algébriques. Supposons que \(p\) soit localement de type fini et fermé. Alors il existe un sous-espace ouvert \(W \subset Z\) tel qu’un morphisme \(Z' \to Z\) se factorise par \(W\) si et seulement si le changement de base \(f_{Z'} : X_{Z'} \to Y_{Z'}\) est non ramifié.
Démonstration
D’après le Lemme 05W2 de Morphismes d’espaces, il existe un sous-espace ouvert \(U(f) \subset X\) qui est l’ensemble des points où \(f\) est non ramifié. De plus, la formation de \(U(f)\) commute à tout changement de base. Soit \(W \subset Z\) le sous-espace ouvert (voir Propriétés des espaces, Lemme 03BZ) dont l’ensemble sous-jacent est \[|W| = |Z| \setminus |p|\left(|X| \setminus |U(f)|\right)\] c’est-à-dire que \(z \in |Z|\) est un point de \(W\) si et seulement si \(f\) est non ramifié en tout point de \(X\) au-dessus de \(z\). Cet ensemble est ouvert, car nous avons supposé que \(p\) est fermé. Puisque la formation de \(U(f)\) commute à tout changement de base, on voit immédiatement (en utilisant Propriétés des espaces, Lemme 03IE) que \(W\) possède la propriété universelle voulue.
Lemme
Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd]_p & & Y \ar[ld]^q \\ & Z }\] d’espaces algébriques. Supposons que
\(p\) soit localement de type fini,
\(p\) soit fermé, et
\(p_2 : X \times_Y X \to Z\) soit fermé.
Alors il existe un sous-espace ouvert \(W \subset Z\) tel qu’un morphisme \(Z' \to Z\) se factorise par \(W\) si et seulement si le changement de base \(f_{Z'} : X_{Z'} \to Y_{Z'}\) est non ramifié et universellement injectif.
Démonstration
Après avoir remplacé \(Z\) par le sous-espace ouvert trouvé dans le Lemme 05X8, on peut supposer que \(f\) est déjà non ramifié ; notons que cela ne remet en cause ni l’hypothèse (2) ni l’hypothèse (3). D’après Morphismes d’espaces, Lemme 05W1, on voit que \(\Delta_{X/Y} : X \to X \times_Y X\) est une immersion ouverte. Cela reste vrai après tout changement de base. Par conséquent, d’après Morphismes d’espaces, Lemme 040X, on voit que \(f_{Z'}\) est universellement injectif si et seulement si le changement de base de la diagonale \(X_{Z'} \to (X \times_Y X)_{Z'}\) est un isomorphisme. Soit \(W \subset Z\) le sous-espace ouvert (voir Propriétés des espaces, Lemme 03BZ) dont l’ensemble sous-jacent est \[|W| = |Z| \setminus |p_2|\left(|X \times_Y X| \setminus \Im(|\Delta_{X/Y}|)\right)\] c’est-à-dire que \(z \in |Z|\) est un point de \(W\) si et seulement si la fibre de \(|X \times_Y X| \to |Z|\) au-dessus de \(z\) est contenue dans l’image de \(|X| \to |X \times_Y X|\). Il ressort alors clairement de ce qui précède que la restriction \(p^{-1}(W) \to q^{-1}(W)\) de \(f\) est non ramifiée et universellement injective.
Réciproquement, supposons que \(f_{Z'}\) soit non ramifié et universellement injectif. Pour montrer que \(Z' \to Z\) se factorise par \(W\), il suffit de montrer que l’image de \(|Z'| \to |Z|\) est contenue dans \(|W|\), voir Propriétés des espaces, Lemme 03IE. Il suffit donc de démontrer le résultat lorsque \(Z'\) est le spectre d’un corps. Notons \(z \in |Z|\) l’image de \(|Z'| \to |Z|\). La discussion ci-dessus montre que \[|X_{Z'}| \longrightarrow |(X \times_Y X)_{Z'}|\] est surjective. D’après Propriétés des espaces, Lemme 03H4, dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ |X_{Z'}| \ar[d] \ar[r] & |(X \times_Y X)_{Z'}| \ar[d] \\ |p|^{-1}(\{z\}) \ar[r] & |p_2|^{-1}(\{z\}) }\] les flèches verticales sont surjectives. Il s’ensuit que \(z \in |W|\), comme voulu.
Lemme
Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd]_p & & Y \ar[ld]^q \\ & Z }\] d’espaces algébriques. Supposons que
\(p\) soit localement de type fini,
\(p\) soit universellement fermé, et
\(q : Y \to Z\) soit séparé.
Alors il existe un sous-espace ouvert \(W \subset Z\) tel qu’un morphisme \(Z' \to Z\) se factorise par \(W\) si et seulement si le changement de base \(f_{Z'} : X_{Z'} \to Y_{Z'}\) est une immersion fermée.
Démonstration
Nous utiliserons la caractérisation des immersions fermées comme morphismes universellement fermés, non ramifiés et universellement injectifs, voir Lemme 05W8. Notons d’abord que, puisque \(p\) est universellement fermé et que \(q\) est séparé, \(f\) est universellement fermé, voir Morphismes d’espaces, Lemme 04NX. Il en résulte que tout changement de base de \(f\) est universellement fermé, voir Morphismes d’espaces, Lemme 03IS. Ainsi, pour achever la démonstration du lemme, il suffit de prouver que les hypothèses du Lemme 05X9 sont satisfaites. La projection \(\text{pr}_0 : X \times_Y X \to X\) est universellement fermée comme changement de base de \(f\), voir Morphismes d’espaces, Lemme 03IS. Par suite, \(X \times_Y X \to Z\) est universellement fermé comme composé de morphismes universellement fermés (voir Morphismes d’espaces, Lemme 03IU). Cela achève la démonstration du lemme.
Lemme
Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd]_p & & Y \ar[ld]^q \\ & Z }\] d’espaces algébriques. Supposons que
\(p\) soit localement de présentation finie,
\(p\) soit plat,
\(p\) soit fermé, et
\(q\) soit localement de type fini.
Alors il existe un sous-espace ouvert \(W \subset Z\) tel qu’un morphisme \(Z' \to Z\) se factorise par \(W\) si et seulement si le changement de base \(f_{Z'} : X_{Z'} \to Y_{Z'}\) est plat.
Démonstration
D’après le Lemme 05X3, l’ensemble \[A = \{x \in |X| : X\text{ est plat en }x \text{ sur }Y\}.\] Cet ensemble est ouvert dans \(|X|\) et sa formation commute à tout changement de base. Soit \(W \subset Z\) le sous-espace ouvert (voir Propriétés des espaces, Lemme 03BZ) dont l’ensemble sous-jacent est \[|W| = |Z| \setminus |p|\left(|X| \setminus A\right)\] c’est-à-dire que \(z \in |Z|\) est un point de \(W\) si et seulement si la fibre entière de \(|X| \to |Z|\) au-dessus de \(z\) est contenue dans \(A\). Cet ensemble est ouvert car \(p\) est fermé. Puisque la formation de \(A\) commute à tout changement de base, il s’ensuit que \(W\) convient.
Lemme
Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd]_p & & Y \ar[ld]^q \\ & Z }\] d’espaces algébriques. Supposons que
\(p\) soit localement de présentation finie,
\(p\) soit plat,
\(p\) soit fermé,
\(q\) soit localement de type fini, et
\(q\) soit fermé.
Alors il existe un sous-espace ouvert \(W \subset Z\) tel qu’un morphisme \(Z' \to Z\) se factorise par \(W\) si et seulement si le changement de base \(f_{Z'} : X_{Z'} \to Y_{Z'}\) est surjectif et plat.
Démonstration
D’après le Lemme 05XB, on peut supposer que \(f\) est plat. Notons que \(f\) est localement de présentation finie d’après Morphismes d’espaces, Lemme 05WT. Par conséquent, \(f\) est ouvert, voir Morphismes d’espaces, Lemme 042S. Soit \(W \subset Z\) le sous-espace ouvert (voir Propriétés des espaces, Lemme 03BZ) dont l’ensemble sous-jacent est \[|W| = |Z| \setminus |q|\left(|Y| \setminus |f|(|X|)\right).\] Autrement dit, pour \(z \in |Z|\), on a \(z \in |W|\) si et seulement si la fibre entière de \(|Y| \to |Z|\) au-dessus de \(z\) est contenue dans l’image de \(|X| \to |Y|\). Puisque \(q\) est fermé, cet ensemble est ouvert dans \(|Z|\). Le morphisme \(X_W \to Y_W\) est surjectif par construction. Enfin, supposons que \(X_{Z'} \to Y_{Z'}\) soit surjectif. Pour montrer que \(Z' \to Z\) se factorise par \(W\), il suffit de montrer que l’image de \(|Z'| \to |Z|\) est contenue dans \(|W|\), voir Propriétés des espaces, Lemme 03IE. Il suffit donc de démontrer le résultat lorsque \(Z'\) est le spectre d’un corps. Notons \(z \in |Z|\) l’image de \(|Z'| \to |Z|\). D’après Propriétés des espaces, Lemme 03H4, dans le diagramme commutatif \[\xymatrix{ |X_{Z'}| \ar[d] \ar[r] & |Y_{Z'}| \ar[d] \\ |p|^{-1}(\{z\}) \ar[r] & |q|^{-1}(\{z\}) }\] les flèches verticales sont surjectives. Il s’ensuit que \(z \in |W|\), comme voulu.
Lemme
Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd]_p & & Y \ar[ld]^q \\ & Z }\] d’espaces algébriques. Supposons que
\(p\) soit localement de présentation finie,
\(p\) soit plat,
\(p\) soit universellement fermé,
\(q\) soit localement de type fini,
\(q\) soit fermé, et
\(q\) soit séparé.
Alors il existe un sous-espace ouvert \(W \subset Z\) tel qu’un morphisme \(Z' \to Z\) se factorise par \(W\) si et seulement si le changement de base \(f_{Z'} : X_{Z'} \to Y_{Z'}\) est un isomorphisme.
Démonstration
D’après le Lemme 05XC, il existe un sous-espace ouvert \(W_1 \subset Z\) tel que \(f_{Z'}\) soit surjectif et plat si et seulement si \(Z' \to Z\) se factorise par \(W_1\). D’après le Lemme 05XA, il existe un sous-espace ouvert \(W_2 \subset Z\) tel que \(f_{Z'}\) soit une immersion fermée si et seulement si \(Z' \to Z\) se factorise par \(W_2\). Nous affirmons que \(W = W_1 \cap W_2\) convient. Si \(f_{Z'}\) est un isomorphisme, alors \(Z' \to Z\) se factorise par \(W\). Il suffit donc de montrer que \(f_W\) est un isomorphisme. Par construction, \(f_W\) est une immersion fermée surjective et plate. En particulier, \(f_W\) est représentable. Puisqu’une immersion fermée surjective et plate de schémas est un isomorphisme (voir Morphismes, Lemme 04PW), cela achève la démonstration. (Notons qu’en fait \(f_W\) est localement de présentation finie, donc ouvert, de sorte que l’on peut éviter d’utiliser ce lemme si on le souhaite.)
Lemme
Considérons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ X \ar[rr]_f \ar[rd]_p & & Y \ar[ld]^q \\ & Z }\] d’espaces algébriques. Supposons que
\(p\) soit plat et localement de présentation finie,
\(p\) soit fermé, et
\(q\) soit plat et localement de présentation finie.
Alors il existe un sous-espace ouvert \(W \subset Z\) tel qu’un morphisme \(Z' \to Z\) se factorise par \(W\) si et seulement si le changement de base \(f_{Z'} : X_{Z'} \to Y_{Z'}\) est un morphisme localement d’intersection complète.
Démonstration
D’après le Lemme 06CA, il existe un sous-espace ouvert \(U(f) \subset X\) qui est l’ensemble des points où \(f\) est Koszul. De plus, la formation de \(U(f)\) commute à tout changement de base. Soit \(W \subset Z\) le sous-espace ouvert (voir Propriétés des espaces, Lemme 03BZ) dont l’ensemble sous-jacent est \[|W| = |Z| \setminus |p|\left(|X| \setminus |U(f)|\right)\] c’est-à-dire que \(z \in |Z|\) est un point de \(W\) si et seulement si \(f\) est Koszul en tout point de \(X\) au-dessus de \(z\). Cet ensemble est ouvert car nous avons supposé que \(p\) est fermé. Puisque la formation de \(U(f)\) commute à tout changement de base, on voit immédiatement (en utilisant Propriétés des espaces, Lemme 03IE) que \(W\) possède la propriété universelle voulue.
Suites exactes de différentielles et de faisceaux conormaux
Dans cette section, nous rassemblons quelques résultats sur les suites exactes de faisceaux conormaux et de faisceaux de différentielles. En un certain sens, ce sont toutes des réalisations du triangle des complexes cotangents associé à des morphismes composables d’espaces algébriques.
Dans les suites ci-dessous, chacune des applications est construite soit dans le lemme 04CX, soit dans le lemme 060A. Soit \(S\) un schéma. Soient \(g : Z \to Y\) et \(f : Y \to X\) des morphismes d’espaces algébriques sur \(S\).
Il existe une suite exacte canonique \[g^*\Omega_{Y/X} \to \Omega_{Z/X} \to \Omega_{Z/Y} \to 0,\] voir le lemme 05Z8. Si \(g : Z \to Y\) est formellement lisse, cette suite est une suite exacte courte, voir le lemme 06BI.
Si \(g\) est formellement non ramifié, il existe une suite exacte canonique \[\mathcal{C}_{Z/Y} \to g^*\Omega_{Y/X} \to \Omega_{Z/X} \to 0,\] voir le lemme 060F. Si \(f \circ g : Z \to X\) est formellement lisse, cette suite est une suite exacte courte, voir le lemme 06BJ.
Si \(g\) et \(f \circ g\) sont formellement non ramifiés, il existe une suite exacte canonique \[\mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to g^*\Omega_{Y/X} \to 0,\] voir le lemme 06BE. Si \(f : Y \to X\) est formellement lisse, cette suite est une suite exacte courte, voir le lemme 06BK.
Si \(g\) et \(f\) sont formellement non ramifiés, il existe une suite exacte canonique \[g^*\mathcal{C}_{Y/X} \to \mathcal{C}_{Z/X} \to \mathcal{C}_{Z/Y} \to 0.\] voir le lemme 06BF. Si \(g : Z \to Y\) est un morphisme localement d’intersection complète, alors cette suite est une suite exacte courte, voir le lemme 06CC.
Caractérisation des complexes pseudo-cohérents, II
Dans cette section, nous étudions une caractérisation des complexes pseudo-cohérents en termes de cohomologie. On trouvera des résultats antérieurs sur les complexes pseudo-cohérents sur les espaces algébriques dans Catégories dérivées des espaces, section 08HC et dans Catégories dérivées des espaces, section 0DKA. L’analogue de cette section pour les schémas est Compléments sur les morphismes, section 0CSI. Un outil fondamental consistera à nous ramener au cas de l’espace projectif au moyen d’une version dérivée du lemme de Chow, voir Lemme 0CTR.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Considérons un diagramme commutatif d’espaces algébriques \[\xymatrix{ Z' \ar[d] \ar[r] & Y' \ar[d] \\ X' \ar[r] & B' }\] sur \(S\). Soit \(B \to B'\) un morphisme. Notons \(X\) et \(Y\) les changements de base de \(X'\) et \(Y'\) à \(B\). Supposons que \(Y' \to B'\) et \(Z' \to X'\) soient plats. Alors \(X \times_B Y\) et \(Z'\) sont Tor-indépendants sur \(X' \times_{B'} Y'\).
Démonstration
D’après Catégories dérivées des espaces, Lemme 08IQ, on peut vérifier l’indépendance pour Tor localement pour la topologie étale sur \(X \times_B Y\) et \(Z'\). Cela3 ramène le lemme au cas des schémas, qui est Compléments sur les morphismes, Lemme 0CTA.
Lemme
Soit \(A\) un anneau. Soit \(X\) un espace algébrique séparé de présentation finie sur \(A\). Soit \(x \in |X|\). Alors il existe un \(n \geq 0\), un sous-espace fermé \(Z \subset X \times_A \mathbf{P}^n_A\), un point \(z \in |Z|\), un ouvert \(V \subset \mathbf{P}^n_A\), et un objet \(E\) de \(D(\mathcal{O}_{X \times_A \mathbf{P}^n_A})\) tels que
\(Z \to X \times_A \mathbf{P}^n_A\) est de présentation finie,
\(c : Z \to \mathbf{P}^n_A\) est une immersion fermée au-dessus de \(V\), posons \(W = c^{-1}(V)\),
la restriction de \(b : Z \to X\) à \(W\) est étale, \(z \in W\), et \(b(z) = x\),
\(E|_{X \times_A V} \cong (b, c)_*\mathcal{O}_Z|_{X \times_A V}\),
\(E\) est pseudo-cohérent et à support dans \(Z\).
Démonstration
Nous pouvons trouver une sous-\(\mathbf{Z}\)-algèbre de type fini \(A' \subset A\) et un espace algébrique \(X'\) séparé et de présentation finie sur \(A'\) dont le changement de base à \(A\) est \(X\). Voir Limites d’espaces, Lemmes 07SK et 0851. Soit \(x' \in |X'|\) l’image de \(x\). Si nous pouvons démontrer le lemme pour \((X'/A', x')\), alors le lemme en découle pour \((X/A, x)\). En effet, si \(n', Z', z', V', E'\) fournissent les données voulues pour \((X'/A', x')\), nous pouvons poser \(n = n'\), prendre pour \(Z \subset X \times \mathbf{P}^n\) l’image inverse de \(Z'\), prendre pour \(z \in Z\) l’unique point d’image \(x\), prendre pour \(V \subset \mathbf{P}^n_A\) l’image inverse de \(V'\), et prendre pour \(E\) l’image inverse dérivée de \(E'\). Remarquons que \(E\) est pseudo-cohérent d’après Cohomologie sur les sites, Lemme 08H4. Il ne reste qu’à vérifier (5). Pour cela, posons \(W = c^{-1}(V)\) et \(W' = (c')^{-1}(V')\) et considérons le carré cartésien \[\xymatrix{ W \ar[d]_{(b, c)} \ar[r] & W' \ar[d]^{(b', c')} \\ X \times_A V \ar[r] & X' \times_{A'} V' }\] D’après le Lemme 0CTQ, \(X \times_A V\) et \(W'\) sont Tor-indépendants sur \(X' \times_{A'} V'\). Ainsi, l’image inverse dérivée de \((b', c')_*\mathcal{O}_{W'}\) sur \(X \times_A V\) est \((b, c)_*\mathcal{O}_W\) d’après Catégories dérivées des espaces, Lemme 08IR. On utilise aussi ici le fait que \(R(b', c')_*\mathcal{O}_{Z'} = (b', c')_*\mathcal{O}_{Z'}\) parce que \((b', c')\) est une immersion fermée, et de même pour \((b, c)_*\mathcal{O}_Z\). Comme \(E'|_{U' \times_{A'} V'} = (b', c')_*\mathcal{O}_{W'}\), on obtient \(E|_{U \times_A V} = (b, c)_*\mathcal{O}_W\), et (5) est vérifié. Nous sommes ainsi ramenés à la situation décrite au paragraphe suivant.
Supposons que \(A\) soit de type fini sur \(\mathbf{Z}\). Choisissons un morphisme étale \(U \to X\), où \(U\) est un schéma affine, et un point \(u \in U\) d’image \(x\). Alors \(U\) est de type fini sur \(A\). Choisissons une immersion fermée \(U \to \mathbf{A}^n_A\) et notons \(j : U \to \mathbf{P}^n_A\) l’immersion obtenue en la composant avec l’immersion ouverte \(\mathbf{A}^n_A \to \mathbf{P}^n_A\). Soit \(Z\) l’adhérence schématique de \[(\text{id}_U, j) : U \longrightarrow X \times_A \mathbf{P}^n_A\] Soit \(z \in Z\) l’image de \(u\). Soit \(Y \subset \mathbf{P}^n_A\) l’adhérence schématique de \(j\). Il est alors clair que \(Z \subset X \times_A Y\) est l’adhérence schématique de \((\text{id}_U, j) : U \to X \times_A Y\). Comme \(X\) est séparé, le morphisme \(X \times_A Y \to Y\) est lui aussi séparé. On voit donc que \(Z \to Y\) est un isomorphisme au-dessus du sous-schéma ouvert \(j(U) \subset Y\) d’après Morphismes d’espaces, Lemme 0CP3. Choisissons un ouvert \(V \subset \mathbf{P}^n_A\) tel que \(V \cap Y = j(U)\). On voit alors que (2) est vérifié, que \(W = (\text{id}_U, j)(U)\), et donc que (3) est vérifié. La partie (1) est vérifiée parce que \(A\) est noethérien.
Comme \(A\) est noethérien, \(X\) et \(X \times_A \mathbf{P}^n_A\) sont des espaces algébriques noethériens. Nous pouvons donc prendre \(E = (b, c)_*\mathcal{O}_Z\) dans ce cas : (4) est clair et, pour (5), voir Catégories dérivées des espaces, Lemme 08IK. Ceci achève la démonstration.
Lemme
Soient \(X/A\), \(x \in |X|\), et \(n, Z, z, V, E\) comme dans le Lemme 0CTR. Pour tout \(K \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\), on a \[Rq_*(Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E)|_V = R(W \to V)_*K|_W\] où \(p : X \times_A \mathbf{P}^n_A \to X\) et \(q : X \times_A \mathbf{P}^n_A \to \mathbf{P}^n_A\) sont les projections et où le morphisme \(W \to V\) est l’immersion fermée de présentation finie \(c|_W : W \to V\).
Démonstration
Comme \(W = c^{-1}(V)\) et que \(c\) est une immersion fermée au-dessus de \(V\), on voit que \(c|_W\) est une immersion fermée. Elle est de présentation finie parce que \(W\) et \(V\) sont de présentation finie sur \(A\), voir Morphismes d’espaces, Lemme 05WT. Tout d’abord, on a \[Rq_*(Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E)|_V = Rq'_*\left((Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E)|_{X \times_A V}\right)\] où \(q' : X \times_A V \to V\) est la projection, car la formation de l’image directe totale commute à la localisation. Notons \(i = (b, c)|_W : W \to X \times_A V\) l’immersion fermée ainsi obtenue. Alors \[Rq'_*\left((Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E)|_{X \times_A V}\right) = Rq'_*(Lp^*K|_{X \times_A V} \otimes^\mathbf{L} i_*\mathcal{O}_W)\] d’après la propriété (5). Comme \(i\) est une immersion fermée, on a \(i_*\mathcal{O}_W = Ri_*\mathcal{O}_W\). En utilisant Catégories dérivées des espaces, Lemme 08IN, nous pouvons réécrire cette expression sous la forme \[Rq'_* Ri_* Li^* Lp^*K|_{X \times_A V} = R(q' \circ i)_* Lb^*K|_W = R(W \to V)_* K|_W\] ce qui est l’égalité cherchée. (Notons que se restreindre à \(W\) et prendre l’image inverse dérivée par \(W \to X\) reviennent au même puisque \(W\) est étale sur \(X\).)
Lemme
Soit \(A\) un anneau. Soit \(X\) un espace algébrique séparé et de présentation finie sur \(A\). Soit \(K \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\). Si \(R\Gamma(X, E \otimes^\mathbf{L} K)\) est pseudo-cohérent dans \(D(A)\) pour tout \(E\) pseudo-cohérent dans \(D(\mathcal{O}_X)\), alors \(K\) est pseudo-cohérent relativement à \(A\) (Définition 0CSY).
Démonstration
Supposons que \(K \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\) et que \(R\Gamma(X, E \otimes^\mathbf{L} K)\) soit pseudo-cohérent dans \(D(A)\) pour tout \(E\) pseudo-cohérent dans \(D(\mathcal{O}_X)\). Soit \(x \in |X|\). Nous allons montrer que \(K\) est pseudo-cohérent relativement à \(A\) dans un voisinage étale de \(x\). Cela démontrera le lemme par notre définition de la pseudo-cohérence relative.
Choisissons \(n, Z, z, V, E\) comme dans le Lemme 0CTR. Notons \(p : X \times \mathbf{P}^n \to X\) et \(q : X \times \mathbf{P}^n \to \mathbf{P}^n_A\) les projections. Alors, pour tout \(i \in \mathbf{Z}\), on a \[\begin{align*} & R\Gamma(\mathbf{P}^n_A, Rq_*(Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E) \otimes^\mathbf{L} \mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_A}(i)) \\ & = R\Gamma(X \times \mathbf{P}^n, Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E \otimes^\mathbf{L} Lq^*\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_A}(i)) \\ & = R\Gamma(X, K \otimes^\mathbf{L} Rp_*(E \otimes^\mathbf{L} Lq^*\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_A}(i))) \end{align*}\] d’après Catégories dérivées des espaces, Lemme 08IN. D’après Catégories dérivées des espaces, Lemme 0CTN, le complexe \(Rp_*(E \otimes^\mathbf{L} Lq^*\mathcal{O}_{\mathbf{P}^n_A}(i))\) est pseudo-cohérent sur \(X\). L’hypothèse nous dit donc que l’expression figurant dans la formule affichée est un objet pseudo-cohérent de \(D(A)\). D’après Catégories dérivées des schémas, Lemme 0CSG, nous en concluons que \(Rq_*(Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E)\) est pseudo-cohérent sur \(\mathbf{P}^n_A\). D’après le Lemme 0CTS, nous avons \[Rq_*(Lp^*K \otimes^\mathbf{L} E)|_{X \times_A V} = R(W \to V)_*K|_W\] Comme \(W \to V\) est une immersion fermée dans un sous-schéma ouvert de \(\mathbf{P}^n_A\), cela signifie que \(K|_W\) est pseudo-cohérent relativement à \(A\), par exemple d’après Compléments sur les morphismes, Lemme 09UU.
Lemme
Soit \(A\) un anneau. Soit \(X\) un espace algébrique séparé et de présentation finie sur \(A\). Soit \(K \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\). Si \(R \Gamma (X, E \otimes ^{\mathbf{L}} K)\) est pseudo-cohérent dans \(D(A)\) pour tout objet parfait \(E \in D(\mathcal{O}_X)\), alors \(K\) est pseudo-cohérent relativement à \(A\).
Démonstration
Compte tenu du Lemme 0CTT, il suffit de montrer que \(R \Gamma (X, E \otimes ^{\mathbf{L}} K)\) est pseudo-cohérent dans \(D(A)\) pour tout objet pseudo-cohérent \(E \in D(\mathcal{O}_X)\). D’après Catégories dérivées des espaces, Proposition 0GFH, il en résulte que \(K \in D^-_\QCoh (\mathcal{O}_X)\). Le résultat découle alors de Catégories dérivées des espaces, Lemme 0CWH.
Objets relativement parfaits
Dans cette section, nous introduisons une notion provenant de [lieblich-complexes]. Cette notion a été étudiée pour les morphismes de schémas dans Catégories dérivées de schémas, section 0DHZ.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\) qui soit plat et localement de présentation finie. Un objet \(E\) de \(D(\mathcal{O}_X)\) est parfait relativement à \(Y\) ou \(Y\)-parfait si \(E\) est pseudo-cohérent (Cohomologie sur les sites, définition 08FT) et si \(E\) est localement de dimension de Tor finie en tant qu’objet de \(D(f^{-1}\mathcal{O}_Y)\) (Cohomologie sur les sites, définition 08FZ).
Voir Catégories dérivées de schémas, remarque 0DI9, pour une discussion ; signalons seulement ici que la pseudo-cohérence de \(E\) est équivalente à la pseudo-cohérence de \(E\) relativement à \(Y\) d’après le lemme 0DII. De plus, la pseudo-cohérence de \(E\) implique \(E \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\) ; voir Catégories dérivées d’espaces, lemme 08JL.
Exemple
Soit \(k\) un corps. Soit \(X\) un espace algébrique de présentation finie sur \(k\) (en particulier, \(X\) est quasi-compact). Alors un objet \(E\) de \(D(\mathcal{O}_X)\) est \(k\)-parfait si et seulement s’il est borné et pseudo-cohérent (par définition), c’est-à-dire si et seulement s’il appartient à \(D^b_{\textit{Coh}}(X)\) (d’après Catégories dérivées d’espaces, lemme 08IK). Ainsi, être relativement parfait ne signifie pas “être parfait sur les fibres”.
La notion algébrique correspondante est étudiée dans Compléments d’algèbre, section 0DHR. Nous pouvons relier la notion pour les espaces algébriques à la notion algébrique comme suit.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\) qui soit plat et localement de présentation finie. Soit \(E \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(E\) est \(Y\)-parfait,
pour tout diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r]_g & V \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y }\] où \(U\) et \(V\) sont des schémas et où les flèches verticales sont étales, le complexe \(E|_U\) est \(V\)-parfait au sens de Catégories dérivées de schémas, définition 0DI0,
pour un diagramme commutatif comme en (2) tel que \(U \to X\) soit surjectif, le complexe \(E|_U\) est \(V\)-parfait au sens de Catégories dérivées de schémas, définition 0DI0,
pour tout diagramme commutatif comme en (2) avec \(U\) et \(V\) affines, le complexe \(R\Gamma(U, E)\) est \(\mathcal{O}_Y(V)\)-parfait.
Démonstration
Pour donner un sens aux assertions (2), (3), (4) du lemme, remarquons que l’objet \(E|_U\) de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_U)\) correspond à un objet \(E_0\) de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_{U_0})\), où \(U_0\) désigne le schéma sous-jacent à \(U\) ; voir Catégories dérivées d’espaces, lemme 071Q. De plus, dans ce cas, \(E_0\) est pseudo-cohérent si et seulement si \(E|_U\) est pseudo-cohérent ; voir Catégories dérivées d’espaces, lemme 08HE. De même, \(E|_U\) est localement de dimension de Tor finie sur \(f^{-1}\mathcal{O}_Y|_U = g^{-1}\mathcal{O}_V\) si et seulement si \(E_0\) est localement de dimension de Tor finie sur \(g_0^{-1}\mathcal{O}_{V_0}\) d’après Catégories dérivées d’espaces, lemme 0DK7. Ici, \(g_0 : U_0 \to V_0\) est le morphisme de schémas représentant \(g : U \to V\) (notations de Catégories dérivées d’espaces, remarque 08GH). Enfin, remarquons que “être pseudo-cohérent” est une propriété locale pour la topologie étale et que, bien entendu, “avoir localement une dimension de Tor finie” est une propriété locale pour la topologie étale. Nous voyons ainsi qu’il suffit de vérifier localement pour la topologie étale que l’objet est \(Y\)-parfait et, d’après la discussion ci-dessus, que (1) implique (2) et que (3) implique (1). Comme l’assertion (4) est équivalente à (2) et (3) d’après Catégories dérivées de schémas, lemme 0DI2, la démonstration est achevée.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\) qui soit plat et localement de présentation finie. La sous-catégorie pleine de \(D(\mathcal{O}_X)\) formée des objets \(Y\)-parfaits est une sous-catégorie triangulée saturée4.
Démonstration
Cela résulte des lemmes de Cohomologie sur les sites 08FV, 08FW, 08G2 et 08G3.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\) qui soit plat et localement de présentation finie. Tout objet parfait de \(D(\mathcal{O}_X)\) est \(Y\)-parfait. Si \(K, M \in D(\mathcal{O}_X)\), alors \(K \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} M\) est \(Y\)-parfait si \(K\) est parfait et si \(M\) est \(Y\)-parfait.
Démonstration
Réduisons-nous au cas des schémas à l’aide du lemme 0DKQ, puis appliquons Catégories dérivées de schémas, lemme 0DI4.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\) qui soit plat et localement de présentation finie. Soit \(g : Y' \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Posons \(X' = Y' \times_Y X\) et notons \(g' : X' \to X\) la projection. Si \(K \in D(\mathcal{O}_X)\) est \(Y\)-parfait, alors \(L(g')^*K\) est \(Y'\)-parfait.
Démonstration
Réduisons-nous au cas des schémas à l’aide du lemme 0DKQ, puis appliquons Catégories dérivées de schémas, lemme 0DI5.
Situation
Soit \(S\) un schéma. Soit \(Y = \lim_{i \in I} Y_i\) la limite projective d’un système filtrant d’espaces algébriques sur \(S\) à morphismes de transition affines \(g_{i'i} : Y_{i'} \to Y_i\). Nous supposons que \(Y_i\) est quasi-compact et quasi-séparé pour tout \(i \in I\). Notons \(g_i : Y \to Y_i\) la projection. Fixons un élément \(0 \in I\) et un morphisme plat de présentation finie \(X_0 \to Y_0\). Posons \(X_i = Y_i \times_{Y_0} X_0\) et \(X = Y \times_{Y_0} X_0\) et notons les morphismes de transition \(f_{i'i} : X_{i'} \to X_i\) et les projections \(f_i : X \to X_i\).
Lemme
Plaçons-nous dans la Situation 0DKU. Soient \(K_0\) et \(L_0\) des objets de \(D(\mathcal{O}_{X_0})\). Posons \(K_i = Lf_{i0}^*K_0\) et \(L_i = Lf_{i0}^*L_0\) pour \(i \geq 0\) et posons \(K = Lf_0^*K_0\) et \(L = Lf_0^*L_0\). Alors l’application \[\colim_{i \geq 0} \Hom_{D(\mathcal{O}_{X_i})}(K_i, L_i) \longrightarrow \Hom_{D(\mathcal{O}_X)}(K, L)\] est un isomorphisme si \(K_0\) est pseudo-cohérent et si \(L_0 \in D_\QCoh(\mathcal{O}_{X_0})\) est (localement) de dimension de Tor finie en tant qu’objet de \(D((X_0 \to Y_0)^{-1}\mathcal{O}_{Y_0})\).
Démonstration
Pour tout objet quasi-compact et quasi-séparé \(U_0\) de \((X_0)_{spaces, \etale}\), considérons la condition \(P\) selon laquelle \[\colim_{i \geq 0} \Hom_{D(\mathcal{O}_{U_i})}(K_i|_{U_i}, L_i|_{U_i}) \longrightarrow \Hom_{D(\mathcal{O}_U)}(K|_U, L|_U)\] est un isomorphisme, où \(U = X \times_{X_0} U_0\) et \(U_i = X_i \times_{X_0} U_0\). Nous allons démontrer que \(P\) vaut pour tout \(U_0\).
Supposons que \((U_0 \subset W_0, V_0 \to W_0)\) soit un carré distingué élémentaire de \((X_0)_{spaces, \etale}\) et que \(P\) vaille pour les trois objets \(U_0, V_0, U_0 \times_{W_0} V_0\). Alors \(P\) vaut pour \(W_0\) par Mayer–Vietoris pour les Hom dans la catégorie dérivée ; voir Catégories dérivées d’espaces, lemme 08H9.
Considérons d’abord \(U_0 = W_0 \times_{Y_0} X_0\), où \(W_0\) est un objet quasi-compact et quasi-séparé de \((Y_0)_{spaces, \etale}\). D’après le principe d’induction de Catégories dérivées d’espaces, lemme 08GP, appliqué à ces \(W_0\) et au paragraphe précédent, nous constatons qu’il suffit de démontrer \(P\) pour \(U_0 = W_0 \times_{Y_0} X_0\) avec \(W_0\) affine. Autrement dit, nous nous sommes ramenés au cas où \(Y_0\) est affine. Ensuite, appliquons de nouveau le principe d’induction, cette fois à tous les ouverts quasi-compacts et quasi-séparés de \(X_0\), pour nous ramener au cas où \(X_0\) est également affine.
Si \(X_0\) et \(Y_0\) sont affines, nous sommes ramenés au cas des schémas, démontré dans Catégories dérivées de schémas, lemme 0DI7. Le lecteur pourra utiliser Catégories dérivées d’espaces, lemmes 08JL, 071Q, 08HE et 0DK7 pour traduire l’énoncé en un énoncé ne faisant intervenir que des schémas et des catégories dérivées de modules sur des schémas.
Lemme
Dans la Situation 0DKU, la catégorie des objets \(Y\)-parfaits de \(D(\mathcal{O}_X)\) est la limite inductive des catégories d’objets \(Y_i\)-parfaits de \(D(\mathcal{O}_{X_i})\).
Démonstration
Pour tout objet quasi-compact et quasi-séparé \(U_0\) de \((X_0)_{spaces, \etale}\), considérons la condition \(P\) selon laquelle le foncteur \[\colim_{i \geq 0} D_{Y_i\text{-parfait}}(\mathcal{O}_{U_i}) \longrightarrow D_{Y\text{-parfait}}(\mathcal{O}_U)\] est une équivalence, où \(U = X \times_{X_0} U_0\) et \(U_i = X_i \times_{X_0} U_0\). Nous savons déjà que ce foncteur est pleinement fidèle d’après le lemme 0DKV. Il suffit donc de montrer qu’il est essentiellement surjectif.
Supposons que \((U_0 \subset W_0, V_0 \to W_0)\) soit un carré distingué élémentaire de \((X_0)_{spaces, \etale}\) et que \(P\) vaille pour les trois objets \(U_0, V_0, U_0 \times_{W_0} V_0\). Nous affirmons que \(P\) vaut pour \(W_0\). Nous emploierons les notations \(U_i = X_i \times_{X_0} U_0\), \(U = X \times_{X_0} U_0\), et de même pour \(V_0\) et \(W_0\). Par abus de notation, nous emploierons le symbole \(f_i\) pour tous les morphismes \(U \to U_i\), \(V \to V_i\), \(U \times_W V \to U_i \times_{W_i} V_i\) et \(W \to W_i\). Supposons que \(E\) soit un objet \(Y\)-parfait de \(D(\mathcal{O}_W)\). But : montrer que \(E\) appartient à l’image essentielle du foncteur. Par hypothèse, nous pouvons trouver \(i \geq 0\), un objet \(Y_i\)-parfait \(E_{U, i}\) sur \(U_i\), un objet \(Y_i\)-parfait \(E_{V, i}\) sur \(V_i\), et des isomorphismes \(Lf_i^*E_{U, i} \to E|_U\) et \(Lf_i^*E_{V, i} \to E|_V\). Soient \[a : E_{U, i} \to (Rf_{i, *}E)|_{U_i} \quad\text{et}\quad b : E_{V, i} \to (Rf_{i, *}E)|_{V_i}\] les morphismes adjoints aux isomorphismes \(Lf_i^*E_{U, i} \to E|_U\) et \(Lf_i^*E_{V, i} \to E|_V\). Puisque le foncteur est pleinement fidèle, quitte à augmenter \(i\), nous pouvons trouver un isomorphisme \(c : E_{U, i}|_{U_i \times_{W_i} V_i} \to E_{V, i}|_{U_i \times_{W_i} V_i}\) qui, par image inverse, donne les identifications \[Lf_i^*E_{U, i}|_{U \times_W V} \to E|_{U \times_W V} \to Lf_i^*E_{V, i}|_{U \times_W V}.\] Appliquons Catégories dérivées d’espaces, lemme 08HB, pour obtenir un objet \(E_i\) sur \(W_i\) et un morphisme \(d : E_i \to Rf_{i, *}E\) dont les restrictions sont les morphismes \(a\) et \(b\) sur \(U_i\) et \(V_i\). Il est alors clair que \(E_i\) est \(Y_i\)-parfait (car la propriété d’être relativement parfait est locale pour la topologie étale) et que \(d\) est adjoint à un isomorphisme \(Lf_i^*E_i \to E\).
En reprenant exactement l’argument employé dans la démonstration du lemme 0DKV, en utilisant le principe d’induction (Catégories dérivées d’espaces, lemme 08GP), nous nous ramenons au cas où \(X_0\) et \(Y_0\) sont tous deux affines : travaillons d’abord avec les objets quasi-compacts et quasi-séparés de \((Y_0)_{spaces, \etale}\) pour nous ramener au cas où \(Y_0\) est affine, puis avec les objets quasi-compacts et quasi-séparés de \((X_0)_{spaces, \etale}\) pour nous ramener au cas où \(X_0\) est affine. Dans le cas affine, le résultat découle du cas des schémas, à savoir Catégories dérivées de schémas, lemme 0DI8. Le passage au cas des schémas se fait grâce au lemme 0DKQ.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\) qui soit plat, propre et de présentation finie. Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) un objet \(Y\)-parfait. Alors \(Rf_*E\) est un objet parfait de \(D(\mathcal{O}_Y)\) et sa formation commute à tout changement de base.
Démonstration
L’assertion relative au changement de base est Catégories dérivées d’espaces, lemme 0A1K (avec \(\mathcal{G}^\bullet\) égal à \(\mathcal{O}_X\) placé en degré \(0\)). Il suffit donc de montrer que \(Rf_*E\) est un objet parfait. Nous allons nous ramener au cas où \(Y\) est affine noethérien par un argument de passage à la limite.
La question est locale sur \(Y\) pour la topologie étale ; nous pouvons donc supposer \(Y\) affine. Posons \(Y = \Spec(R)\). Écrivons \(R = \colim R_i\) comme limite inductive filtrante d’anneaux noethériens \(R_i\). D’après Limites d’espaces, lemme 07SK, il existe un \(i\) et un espace algébrique \(X_i\) de présentation finie sur \(R_i\) dont le changement de base à \(R\) est \(X\). D’après Limites d’espaces, lemmes 08K1 et 08K0, on peut supposer que \(X_i\) est propre et plat sur \(R_i\). D’après le lemme 0DKW, on peut supposer qu’il existe un objet \(R_i\)-parfait \(E_i\) de \(D(\mathcal{O}_{X_i})\) dont l’image inverse sur \(X\) est \(E\). En appliquant Catégories dérivées d’espaces, lemme 08IS, à \(X_i \to \Spec(R_i)\) et à \(E_i\), et en utilisant la propriété de changement de base déjà démontrée, on obtient le résultat.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Soient \(E, K \in D(\mathcal{O}_X)\). Supposons que
\(Y\) soit quasi-compact et quasi-séparé,
\(f\) soit propre, plat et de présentation finie,
\(E\) soit \(Y\)-parfait,
\(K\) soit pseudo-cohérent.
Alors il existe un objet pseudo-cohérent \(L \in D(\mathcal{O}_Y)\) tel que \[Rf_*R\SheafHom(K, E) = R\SheafHom(L, \mathcal{O}_Y)\] et il en va de même après tout changement de base : étant donné \[\vcenter{ \xymatrix{ X' \ar[r]_{g'} \ar[d]_{f'} & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r]^g & Y } } \quad\quad \begin{matrix} \text{cartésien, alors on a } \\ Rf'_*R\SheafHom(L(g')^*K, L(g')^*E) \\ = R\SheafHom(Lg^*L, \mathcal{O}_{Y'}) \end{matrix}\]
Démonstration
Puisque \(Y\) est quasi-compact et quasi-séparé, il en va de même de \(X\). D’après Catégories dérivées d’espaces, lemme 0DKB, on peut écrire \(K = \text{hocolim} K_n\), avec \(K_n\) parfait et \(K_n \to K\) induisant un isomorphisme sur les troncations \(\tau_{\geq -n}\). Soit \(K_n^\vee\) le complexe parfait dual (Cohomologie sur les sites, lemme 08JJ). On obtient un système projectif \(\ldots \to K_3^\vee \to K_2^\vee \to K_1^\vee\) d’objets parfaits. D’après le lemme 0DKS, on voit que \(K_n^\vee \otimes_{\mathcal{O}_X} E\) est \(Y\)-parfait. On peut donc appliquer le lemme 0DKX à \(K_n^\vee \otimes_{\mathcal{O}_X} E\), et on obtient un système projectif \[\ldots \to M_3 \to M_2 \to M_1\] de complexes parfaits sur \(Y\), avec \[M_n = Rf_*(K_n^\vee \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} E) = Rf_*R\SheafHom(K_n, E)\] De plus, la formation de ces complexes commute à tout changement de base, à savoir \(Lg^*M_n = Rf'_*((L(g')^*K_n)^\vee \otimes_{\mathcal{O}_{X'}}^\mathbf{L} L(g')^*E) = Rf'_*R\SheafHom(L(g')^*K_n, L(g')^*E)\).
Comme \(K_n \to K\) induit un isomorphisme sur \(\tau_{\geq -n}\), on voit que \(K_n \to K_{n + 1}\) induit un isomorphisme sur \(\tau_{\geq -n}\). Il s’ensuit que \(K_{n + 1}^\vee \to K_n^\vee\) induit un isomorphisme sur \(\tau_{\leq n}\), puisque \(K_n^\vee = R\SheafHom(K_n, \mathcal{O}_X)\). Supposons que \(E\) soit de Tor-amplitude dans \([a, b]\) en tant que complexe de \(f^{-1}\mathcal{O}_Y\)-modules. Il en va alors de même après tout changement de base, voir Catégories dérivées d’espaces, lemme 0DKD. On trouve que \(K_{n + 1}^\vee \otimes_{\mathcal{O}_X} E \to K_n^\vee \otimes_{\mathcal{O}_X} E\) induit un isomorphisme sur \(\tau_{\leq n + a}\), et il en va de même après tout changement de base. En appliquant le foncteur dérivé à droite \(Rf_*\), on conclut que les applications \(M_{n + 1} \to M_n\) induisent des isomorphismes sur \(\tau_{\leq n + a}\), et il en va de même après tout changement de base. Choisissons un triangle distingué \[M_{n + 1} \to M_n \to C_n \to M_{n + 1}[1]\] Prenons \(y \in |Y|\). Choisissons un voisinage étale élémentaire \((U, u) \to (Y, y)\) ; cela est possible d’après Espaces décents, lemme 0BBP. Prenons pour \(Y'\) le spectre du corps résiduel en \(u\). En prenant l’image inverse, on voit que \(C_n|_U \otimes_{\mathcal{O}_U}^\mathbf{L} \kappa(u)\) n’a de cohomologie non nulle qu’en degrés \(\geq n + a\). D’après Compléments d’algèbre, lemme 0BCD, on voit que le complexe parfait \(C_n|_U\) est de Tor-amplitude dans \([n + a, m_n]\) pour un certain entier \(m_n\), quitte à rétrécir \(U\). Ainsi, \(C_n\) est de Tor-amplitude dans \([n + a, m_n]\) pour un certain entier \(m_n\) (car \(Y\) est quasi-compact). En particulier, le complexe parfait dual \(C_n^\vee\) est de Tor-amplitude dans \([-m_n, -n - a]\).
Soit \(L_n = M_n^\vee\) le complexe parfait dual. La conclusion de la discussion de l’alinéa précédent est que \(L_n \to L_{n + 1}\) induit des isomorphismes sur \(\tau_{\geq -n - a}\). Ainsi, \(L = \text{hocolim} L_n\) est pseudo-cohérent, voir Catégories dérivées d’espaces, lemme 0DKB. Puisque l’on a \[R\SheafHom(K, E) = R\SheafHom(\text{hocolim} K_n, E) = R\lim R\SheafHom(K_n, E) = R\lim K_n^\vee \otimes_{\mathcal{O}_X} E\] (Cohomologie sur les sites, lemme 0A0A) et puisque \(R\lim\) commute à \(Rf_*\), on trouve que \[Rf_*R\SheafHom(K, E) = R\lim M_n = R\lim R\SheafHom(L_n, \mathcal{O}_Y) = R\SheafHom(L, \mathcal{O}_Y)\] Ceci démontre la formule sur \(Y\). Puisque la construction de \(M_n\) est compatible avec le changement de base, la formule reste vraie après tout changement de base.
Remarque
Le lecteur aura peut-être remarqué la similitude entre le lemme 0DKY et Catégories dérivées d’espaces, lemme 08JR. En effet, le complexe pseudo-cohérent \(L\) du lemme 0DKY peut être caractérisé comme l’unique complexe pseudo-cohérent sur \(Y\) tel qu’il existe des isomorphismes fonctoriels \[\Ext^i_{\mathcal{O}_Y}(L, \mathcal{F}) \longrightarrow \Ext^i_{\mathcal{O}_X}(K, E \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} Lf^*\mathcal{F})\] compatibles avec les homomorphismes cobord, lorsque \(\mathcal{F}\) parcourt \(\QCoh(\mathcal{O}_Y)\). Si cela est un jour nécessaire, on formulera ici un résultat précis et en donnera une démonstration détaillée.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) un espace algébrique sur \(S\) tel que le morphisme structural \(f : X \to S\) soit plat et localement de présentation finie. Soit \(E\) un objet pseudo-cohérent de \(D(\mathcal{O}_X)\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(E\) est \(S\)-parfait, et
\(E\) est localement borné inférieurement et, pour tout point \(s \in S\), l’objet \(L(X_s \to X)^*E\) de \(D(\mathcal{O}_{X_s})\) est localement borné inférieurement.
Démonstration
Comme tout est local, on se ramène immédiatement au cas où \(X\) et \(S\) sont affines, voir le lemme 0DKQ. Ce cas est traité dans Catégories dérivées de schémas, lemme 0GEH.
Lemme
Soit \(A\) un anneau. Soit \(X\) un espace algébrique séparé, de présentation finie et plat sur \(A\). Soit \(K \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\). Si \(R \Gamma (X, E \otimes^\mathbf{L} K)\) est parfait dans \(D(A)\) pour tout objet parfait \(E \in D(\mathcal{O}_X)\), alors \(K\) est \(\Spec(A)\)-parfait.
Démonstration
D’après le lemme 0GFJ, \(K\) est pseudo-cohérent relativement à \(A\). D’après le lemme 0DII, \(K\) est pseudo-cohérent dans \(D(\mathcal{O}_X)\). D’après Catégories dérivées d’espaces, proposition 0GFI, on voit que \(K\) appartient à \(D^-(\mathcal{O}_X)\). Soit \(\mathfrak{p}\) un idéal premier de \(A\), et notons \(i : Y \to X\) l’inclusion de la fibre schématique au-dessus de \(\mathfrak{p}\), c’est-à-dire que \(Y\) est un schéma sur \(\kappa(\mathfrak p)\). D’après le lemme 0GFK, il suffit de montrer que \(Li^*(K)\) est borné inférieurement. Soit \(G \in D_{perf} (\mathcal{O}_X)\) un complexe parfait qui engendre \(D_\QCoh (\mathcal{O}_X)\), voir Catégories dérivées d’espaces, théorème 09IY. On a \[\begin{align*} R\Hom _{\mathcal{O}_Y}(Li^*(G), Li^*(K)) & = R\Gamma(Y, Li^*(G ^\vee \otimes ^\mathbf{L} K)) \\ & = R\Gamma(X, G^\vee \otimes ^{\mathbf{L}} K) \otimes^\mathbf{L}_A \kappa(\mathfrak{p}) \end{align*}\] La première égalité utilise le fait que \(Li^*\) préserve les objets parfaits et les duaux, ainsi que Cohomologie sur les sites, lemme 08JJ ; on omet certains détails. La seconde égalité résulte de Catégories dérivées d’espaces, lemme 08IR, puisque \(X\) est plat sur \(A\). Il résulte de notre hypothèse qu’il s’agit d’un objet parfait de \(D(\kappa(\mathfrak{p}))\). L’objet \(Li^*(G) \in D_{perf}(\mathcal{O}_Y)\) engendre \(D_\QCoh(\mathcal{O}_Y)\) d’après Catégories dérivées d’espaces, remarque 0E4R. Par conséquent, Catégories dérivées d’espaces, proposition 0GFI, implique maintenant que \(Li^*(K)\) est borné inférieurement, ce qui achève la démonstration.
Théorème du cube
Cette section est l’analogue de Compléments sur les morphismes, section 0BEZ. Le lemme suivant montre que la diagonale du foncteur de Picard est représentable par des immersions localement fermées sous les hypothèses du lemme.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme plat, propre et de présentation finie d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini. Pour un morphisme \(g : Y' \to Y\), considérons le diagramme de changement de base \[\xymatrix{ X' \ar[d]_{f'} \ar[r]_{g'} & X \ar[d]^f \\ Y' \ar[r]^g & Y }\] Supposons que \(\mathcal{O}_{Y'} \to f'_*\mathcal{O}_{X'}\) soit un isomorphisme pour tout \(g : Y' \to Y\). Alors il existe une immersion \(j : Z \to Y\) de présentation finie telle qu’un morphisme \(g : Y' \to Y\) se factorise par \(Z\) si et seulement s’il existe un \(\mathcal{O}_{Y'}\)-module \(\mathcal{N}\) localement libre de type fini tel que \((f')^*\mathcal{N} \cong (g')^*\mathcal{L}\).
Démonstration
Soit \(y : \Spec(k) \to Y\) un point à valeurs dans un corps. Alors la fibre \(X_y\) de \(f\) en \(y\) est connexe puisque, par hypothèse, \(H^0(X_y, \mathcal{O}_{X_y}) = k\). Ainsi, le rang de \(\mathcal{E}\) est constant sur les fibres. Puisque \(f\) est ouvert (Morphismes d’espaces, lemme 042S) et fermé, on conclut qu’il existe une décomposition \(Y = \coprod Y_r\) de \(Y\) en sous-espaces ouverts et fermés telle que \(\mathcal{E}\) soit de rang constant \(r\) sur l’image inverse de \(Y_r\). On peut donc supposer que \(\mathcal{E}\) est de rang constant \(r\). On notera \(\mathcal{E}^\vee = \SheafHom(\mathcal{E}, \mathcal{O}_X)\) le module dual de rang \(r\).
D’après le théorème de cohomologie et changement de base (plus précisément, d’après Catégories dérivées d’espaces, lemme 0CTM), on voit que \(E = Rf_*\mathcal{E}\) est un objet parfait de la catégorie dérivée de \(Y\) et que sa formation commute à tout changement de base. De même pour \(E' = Rf_*\mathcal{E}^\vee\). Comme il n’y a jamais de cohomologie en degrés \(< 0\), on voit que \(E\) et \(E'\) sont (localement) de Tor-amplitude dans \([0, b]\) pour un certain \(b\). Observons que, pour tout \(g : Y' \to Y\), on a \(f'_*((g')^*\mathcal{E}) = H^0(Lg^*E)\) et \(f'_*((g')^*\mathcal{E}^\vee) = H^0(Lg^*E')\). Soient \(j : Z \to Y\) et \(j' : Z' \to Y\) les immersions localement fermées construites dans Catégories dérivées d’espaces, lemme 0D21, pour \(E\) et \(E'\), avec \(a = 0\) et \(r = r\) ; elles sont caractérisées par le fait que \(H^0(Lj^*E)\) et \(H^0((j')^*E')\) sont des modules localement libres de rang \(r\) dont la formation commute à l’image inverse.
Soit \(g : Y' \to Y\) un morphisme. S’il existe un module \(\mathcal{N}\) comme dans le lemme, alors, en utilisant la formule de projection Cohomologie sur les sites, lemme 0944, on voit que les modules \[f'_*((g')^*\mathcal{E}) \cong f'_*((f')^*\mathcal{N}) \cong \mathcal{N} \otimes_{\mathcal{O}_{Y'}} f'_*\mathcal{O}_{X'} \cong \mathcal{N}\quad\text{et de même }\quad f'_*((g')^*\mathcal{E}^\vee) \cong \mathcal{N}^\vee\] sont localement libres de rang \(r\) et restent localement libres de rang \(r\) après tout changement de base ultérieur \(Y'' \to Y'\). Ainsi, dans ce cas, \(g : Y' \to Y\) se factorise par \(j\) et par \(j'\). On peut donc remplacer \(Y\) par \(Z \times_Y Z'\) et supposer que \(f_*\mathcal{E}\) et \(f_*\mathcal{E}^\vee\) sont des \(\mathcal{O}_Y\)-modules localement libres de rang \(r\) dont la formation commute à tout changement de base.
Dans cette situation, si \(g : Y' \to Y\) est un morphisme et s’il existe un module \(\mathcal{N}\) comme dans le lemme, alors l’application (le cup-produit en degré \(0\)) \[f'_*((g')^*\mathcal{E}) \otimes_{\mathcal{O}_{Y'}} f'_*((g')^*\mathcal{E}^\vee) \longrightarrow \mathcal{O}_{Y'}\] est un accouplement parfait. Réciproquement, si cette application de cup-produit est un accouplement parfait, on voit que, localement sur \(Y'\), il existe une base de sections \(\sigma_1, \ldots, \sigma_r\) dans \(f'_*((g')^*\mathcal{L})\) et \(\tau_1, \ldots, \tau_r\) dans \(f'_*((g')^*\mathcal{E}^\vee)\) dont les produits vérifient \(\sigma_i \tau_j = \delta_{ij}\). En considérant \(\sigma_i\) comme une section de \((g')^*\mathcal{L}\) sur \(X'\) et \(\tau_j\) comme une section de \((g')^*\mathcal{L}^\vee\) sur \(X'\), on conclut que \[\sigma_1, \ldots, \sigma_r : \mathcal{O}_{X'}^{\oplus r} \longrightarrow (g')^*\mathcal{E}\] est un isomorphisme dont l’inverse est donné par \[\tau_1, \ldots, \tau_r : (g')^*\mathcal{E} \longrightarrow \mathcal{O}_{X'}^{\oplus r}\] Autrement dit, on voit que \((f')^*f'_*(g')^*\mathcal{E} \cong (g')^*\mathcal{E}\). Mais la condition que le cup-produit soit non dégénéré définit un sous-schéma ouvert rétrocompact (à savoir le lieu où un déterminant convenable est non nul), ce qui achève la démonstration.
Descente des propriétés de finitude des complexes
Cette section est l’analogue de Compléments sur les morphismes, section 0CSM, et de Catégories dérivées de schémas, section 09UC.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\{f_i : X_i \to X\}\) un recouvrement fpqc d’espaces algébriques sur \(S\). Soit \(E \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\). Soit \(m \in \mathbf{Z}\). Alors \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent si et seulement si chaque \(Lf_i^*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent.
Démonstration
L’image inverse préserve toujours la \(m\)-pseudo-cohérence, voir Cohomologie sur les sites, lemme 08H4. Il suffit donc de supposer que \(Lf_i^*E\) est \(m\)-pseudo-cohérent et de démontrer que \(E\) est \(m\)-pseudo-cohérent. On peut tout d’abord supposer que \(X_i\) est un schéma pour tout \(i\), voir Topologies sur les espaces, lemme 0419. Ensuite, choisissons un morphisme étale surjectif \(U \to X\), où \(U\) est un schéma. Alors \(U_i = U \times_X X_i\) est un schéma et nous obtenons un recouvrement fpqc \(\{U_i \to U\}\) de schémas, voir Topologies sur les espaces, Lemme 03MS. Nous savons que le résultat est vrai pour \(\{U_i \to U\}_{i \in I}\) d’après le cas des schémas, voir Catégories dérivées des schémas, Lemme 09UE. D’autre part, la restriction \(E|_U\) provient d’un objet de \(D_\QCoh(\mathcal{O}_U)\) (défini au moyen de la topologie de Zariski et du faisceau structural “usuel” de \(U\)), voir Catégories dérivées des espaces, Lemme 071Q. Le lemme en résulte, puisque les deux notions de pseudo-cohérence (étale et de Zariski) coïncident d’après Catégories dérivées des espaces, Lemme 08HE.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(\{g_i : Y_i \to Y\}\) un recouvrement fpqc par des espaces algébriques sur \(S\). Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques et posons \(X_i = Y_i \times_Y X\), avec les projections \(f_i : X_i \to Y_i\) et \(g'_i : X_i \to X\). Soit \(E \in D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\). Soient \(a, b \in \mathbf{Z}\). Alors les conditions suivantes sont équivalentes :
\(E\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\) en tant qu’objet de \(D(f^{-1}\mathcal{O}_Y)\), et
\(L(g'_i)^*E\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\) en tant qu’objet de \(D(f_i^{-1}\mathcal{O}_{Y_i})\) pour tout \(i\).
L’énoncé reste vrai si “d’amplitude de Tor dans \([a, b]\)” est remplacé par “de dimension de Tor localement finie”.
Démonstration
L’image réciproque préserve la propriété “être d’amplitude de Tor dans \([a, b]\)” d’après Catégories dérivées des espaces, Lemme 0DKD. Remarquons que \(Y_i\) et \(X\) sont Tor-indépendants au-dessus de \(Y\) puisque \(Y_i \to Y\) est plat. Supposons (2) et démontrons (1). Nous pouvons calculer la dimension de Tor sur les fibres, voir Cohomologie sur les sites, Lemme 0DJJ et Propriétés des espaces, Théorème 04K5. Soit \(\overline{x}\) un point géométrique de \(X\). Choisissons un \(i\) et un point géométrique \(\overline{x}_i\) de \(X_i\) d’image \(\overline{x}\) dans \(X\). Alors \[(L(g_i')^*E)_{\overline{x}_i} = E_{\overline{x}} \otimes_{\mathcal{O}_{X, \overline{x}}}^\mathbf{L} \mathcal{O}_{X_, \overline{x}_i}\] Soient \(\overline{y}_i\) dans \(Y_i\) et \(\overline{y}\) dans \(Y\) les images de \(\overline{x}_i\) et \(\overline{x}\). Puisque \(X\) et \(Y_i\) sont Tor-indépendants au-dessus de \(Y\), nous pouvons appliquer Compléments d’algèbre, Lemme 0661 pour voir que le membre de droite de la formule affichée est égal à \(E_{\overline{x}} \otimes_{\mathcal{O}_{Y, \overline{y}}}^\mathbf{L} \mathcal{O}_{Y_i, \overline{y}_i}\) dans \(D(\mathcal{O}_{Y_i, \overline{y}_i})\). Puisque nous avons supposé que son amplitude de Tor est contenue dans \([a, b]\), nous concluons que l’amplitude de Tor de \(E_{\overline{x}}\) dans \(D(\mathcal{O}_{Y, \overline{y}})\) est contenue dans \([a, b]\) d’après Compléments d’algèbre, Lemme 068S. Ainsi (1) en résulte.
Un peu de topologie élémentaire donne aussi le cas “de dimension de Tor localement finie”.
Les lemmes suivants ne trouvent pas vraiment leur place dans cette section.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(i : X \to X'\) un épaississement d’ordre fini entre espaces algébriques. Soit \(K' \in D(\mathcal{O}_{X'})\) un objet tel que \(K = Li^*K'\) soit pseudo-cohérent. Alors \(K'\) est pseudo-cohérent.
Démonstration
Nous démontrons d’abord que \(K'\) a des faisceaux de cohomologie quasi-cohérents ; nous invitons le lecteur à omettre cette partie. Pour cela, nous pouvons nous ramener au cas d’un épaississement du premier ordre, voir section 05ZJ. Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_{X'}\) le faisceau quasi-cohérent d’idéaux définissant \(X\). En tensorisant la suite exacte courte \[0 \to \mathcal{I} \to \mathcal{O}_{X'} \to i_*\mathcal{O}_X \to 0\] par \(K'\), nous obtenons un triangle distingué \[K' \otimes_{\mathcal{O}_{X'}}^\mathbf{L} \mathcal{I} \to K' \to K' \otimes_{\mathcal{O}_{X'}}^\mathbf{L} i_*\mathcal{O}_X \to (K' \otimes_{\mathcal{O}_{X'}}^\mathbf{L} \mathcal{I})[1]\] Puisque \(i_* = Ri_*\) et que nous pouvons considérer \(\mathcal{I}\) comme un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent (puisque nous avons un épaississement du premier ordre), nous pouvons récrire ceci sous la forme \[i_*(K \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} \mathcal{I}) \to K' \to i_*K \to i_*(K \otimes_{\mathcal{O}_X}^\mathbf{L} \mathcal{I})[1]\] Utilisons Cohomologie des espaces, Lemme 0DK5 pour identifier les termes. Puisque \(K\) appartient à \(D_\QCoh(\mathcal{O}_X)\), nous concluons que \(K'\) appartient à \(D_\QCoh(\mathcal{O}_{X'})\) ; ceci utilise Catégories dérivées des espaces, Lemmes 08JL, 08F5, et 08FA.
Supposons que \(K'\) appartienne à \(D_\QCoh(\mathcal{O}_{X'})\). La question est locale pour la topologie étale sur \(X'\) ; nous pouvons donc supposer que \(X'\) est affine. Dans ce cas, le résultat découle du cas des schémas (Compléments sur les morphismes, Lemme 0DJX). Le passage au langage des schémas utilise Catégories dérivées des espaces, Lemmes 071Q et 08HE et Remarque 08GH.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Considérons un diagramme cartésien \[\xymatrix{ X \ar[r]_i \ar[d]_f & X' \ar[d]^{f'} \\ Y \ar[r]^j & Y' }\] d’espaces algébriques sur \(S\). Supposons que \(X' \to Y'\) soit plat et localement de présentation finie, et que \(Y \to Y'\) soit un épaississement d’ordre fini. Soit \(E' \in D(\mathcal{O}_{X'})\). Si \(E = Li^*(E')\) est \(Y\)-parfait, alors \(E'\) est \(Y'\)-parfait.
Démonstration
Rappelons qu’être \(Y\)-parfait signifie, pour \(E\), que \(E\) est pseudo-cohérent et localement de dimension de Tor finie en tant que complexe de \(f^{-1}\mathcal{O}_Y\)-modules (Définition 0DKN). D’après le Lemme 0DL3, nous voyons que \(E'\) est pseudo-cohérent. En particulier, \(E'\) appartient à \(D_\QCoh(\mathcal{O}_{X'})\), voir Catégories dérivées des espaces, Lemme 08JL. Le Lemme 0DKQ nous ramène au cas des schémas. Le cas des schémas est Compléments sur les morphismes, Lemme 0DJY.
Lemme
Soit \((R, I)\) un couple formé d’un anneau et d’un idéal \(I\) contenu dans le radical de Jacobson. Posons \(S = \Spec(R)\) et \(S_0 = \Spec(R/I)\). Soit \(X\) un espace algébrique sur \(R\) dont le morphisme structural \(f : X \to S\) est propre, plat et de présentation finie. Notons \(X_0 = S_0 \times_S X\). Soit \(E \in D(\mathcal{O}_X)\) pseudo-cohérent. Si la restriction dérivée \(E_0\) de \(E\) à \(X_0\) est \(S_0\)-parfaite, alors \(E\) est \(S\)-parfait.
Démonstration
Choisissons un morphisme étale surjectif \(U \to X\) avec \(U\) affine. Choisissons une immersion fermée \(U \to \mathbf{A}^d_S\). Posons \(U_0 = S_0 \times_S U\). Le complexe \(E_0|_{U_0}\) est d’amplitude de Tor dans \([a, b]\) pour certains \(a, b \in \mathbf{Z}\). Soit \(\overline{x}\) un point géométrique de \(X\). Nous allons montrer que l’amplitude de Tor de \(E_{\overline{x}}\) sur \(R\) est contenue dans \([a - d, b]\). Cela achèvera la démonstration, puisque l’amplitude de Tor peut se lire sur les fibres d’après Cohomologie sur les sites, Lemme 0DJJ et Propriétés des espaces, Théorème 04K5.
Soit \(x \in |X|\) le point déterminé par \(\overline{x}\). Rappelons que \(|X| \to |S|\) est fermé (par définition des morphismes propres). Puisque \(I\) est contenu dans le radical de Jacobson, toute partie fermée non vide de \(S\) contient un point du sous-schéma fermé \(S_0\). Nous pouvons donc trouver une spécialisation \(x \leadsto x_0\) dans \(|X|\) avec \(x_0 \in |X_0|\). Choisissons \(u_0 \in U_0\) s’envoyant sur \(x_0\). D’après Espaces décents, Lemme 0B7W (ou Espaces décents, Lemme 03K2, qui s’applique directement aux morphismes étales), nous trouvons une spécialisation \(u \leadsto u_0\) dans \(U\) telle que \(u\) s’envoie sur \(x\). Nous pouvons relever \(\overline{x}\) en un point géométrique \(\overline{u}\) de \(U\) situé au-dessus de \(u\). Alors \(E_{\overline{x}} = (E|_U)_{\overline{u}}\).
Écrivons \(U = \Spec(A)\). Alors \(A\) est plate et de présentation finie comme \(R\)-algèbre, et c’est un quotient d’une \(R\)-algèbre polynomiale en \(d\) variables. La restriction \(E|_U\) correspond (d’après Catégories dérivées des espaces, Lemmes 08JL, 071Q, et 08HE, et Catégories dérivées des schémas, Lemme 06Z0 et 08E7) à un objet pseudo-cohérent \(K\) de \(D(A)\). Remarquons que \(E_0\) correspond à \(K \otimes_A^\mathbf{L} A/IA\). Soient \(\mathfrak q \subset \mathfrak q_0 \subset A\) les idéaux premiers correspondant à \(u \leadsto u_0\). Alors \[E_{\overline{x}} = (E|_U)_{\overline{u}} = E_u \otimes_{\mathcal{O}_{U, u}}^\mathbf{L} \mathcal{O}_{U, \overline{u}} = K_{\mathfrak q} \otimes_{A_\mathfrak q}^\mathbf{L} A_{\mathfrak q}^{sh}\] (certains détails sont omis). Puisque \(A_\mathfrak q \to A_\mathfrak q^{sh}\) est plat, l’amplitude de Tor de cet objet comme \(R\)-module est la même que l’amplitude de Tor de \(K_\mathfrak q\) comme \(R\)-module (Compléments d’algèbre, Lemme 0DJF). De plus, \(K_{\mathfrak q}\) est un localisé de \(K_{\mathfrak q_0}\). Il suffit donc de montrer que \(K_{\mathfrak q_0}\) est d’amplitude de Tor dans \([a - d, b]\) en tant que complexe de \(R\)-modules.
Soit \(I \subset \mathfrak p_0 \subset R\) l’idéal premier correspondant à \(f(x_0)\). Alors nous avons \[\begin{align*} K \otimes_R^\mathbf{L} \kappa(\mathfrak p_0) & = (K \otimes_R^\mathbf{L} R/I) \otimes_{R/I}^\mathbf{L} \kappa(\mathfrak p_0) \\ & = (K \otimes_A^\mathbf{L} A/IA) \otimes_{R/I}^\mathbf{L} \kappa(\mathfrak p_0) \end{align*}\] la seconde égalité résultant de ce que \(R \to A\) est plat. Par notre choix de \(a, b\), ce complexe n’a de cohomologie que dans les degrés de l’intervalle \([a, b]\). Nous pouvons donc finalement appliquer Compléments d’algèbre, Lemme 0DJH à \(R \to A\), \(\mathfrak q_0\), \(\mathfrak p_0\) et \(K\) pour conclure.
Familles de courbes nodales
Cette section prolonge Courbes algébriques, section 0C58. Nous renvoyons aussi à cette section pour notre choix de terminologie.
La propriété “à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\)” des morphismes de schémas est locale pour la topologie étale sur la source et le but, voir Descente, Lemme 04R2 et Courbes algébriques, Lemmes 0C5D, 0C5E, et 0CD8. Elle est aussi stable par changement de base et locale pour la topologie fpqc sur le but, voir Courbes algébriques, Lemmes 0C5B et 0C5E. Par conséquent, d’après Morphismes d’espaces, Lemme 03MJ, nous pouvons définir comme suit la notion de morphisme à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\) pour les espaces algébriques ; elle coïncide avec la notion déjà existante définie dans Morphismes d’espaces, section 03HA, lorsque le morphisme est représentable.
Définition
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Nous disons que \(f\) est à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\) si les conditions équivalentes de Morphismes d’espaces, Lemme 03MJ, sont satisfaites avec \(\mathcal{P} =\)“à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\)”.
Lemme
La propriété d’être à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\) est préservée par changement de base.
Démonstration
Voir Morphismes d’espaces, Remarque 0AMM et Courbes algébriques, Lemme 0C5B.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\). Les conditions suivantes sont équivalentes :
\(f\) est à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\),
pour tout schéma \(Z\) et tout morphisme \(Z \to Y\), le morphisme \(Z \times_Y X \to Z\) est à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\),
pour tout schéma affine \(Z\) et tout morphisme \(Z \to Y\), le morphisme \(Z \times_Y X \to Z\) est à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\),
il existe un schéma \(V\) et un morphisme étale surjectif \(V \to Y\) tels que \(V \times_Y X \to V\) soit à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\),
il existe un schéma \(U\) et un morphisme étale surjectif \(\varphi : U \to X\) tels que le composé \(f \circ \varphi\) soit à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\),
pour tout diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r] & V \ar[d] \\ X \ar[r] & Y }\] où \(U\), \(V\) sont des schémas et les flèches verticales sont étales, la flèche horizontale supérieure est à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\),
il existe un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r] & V \ar[d] \\ X \ar[r] & Y }\] où \(U\), \(V\) sont des schémas, les flèches verticales sont étales et \(U \to X\) est surjectif, tel que la flèche horizontale supérieure soit à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\), et
il existe des recouvrements de Zariski \(Y = \bigcup_{i \in I} Y_i\) et \(f^{-1}(Y_i) = \bigcup X_{ij}\) tels que chaque morphisme \(X_{ij} \to Y_i\) soit à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\).
Démonstration
La démonstration est omise.
Le lemme suivant nous dit que nous pouvons vérifier fibre par fibre si un morphisme est à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\).
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme d’espaces algébriques sur \(S\), plat et localement de présentation finie. Il existe alors un plus grand sous-espace ouvert \(X' \subset X\) tel que \(f|_{X'} : X' \to Y\) soit à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\). De plus, la formation de \(X'\) commute à tout changement de base.
Démonstration
Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ U \ar[d] \ar[r]_h & V \ar[d] \\ X \ar[r]^f & Y }\] où \(U\), \(V\) sont des schémas, les flèches verticales sont étales et \(U \to X\) est surjectif. D’après le lemme pour le cas des schémas (Courbes algébriques, Lemme 0DSC), nous trouvons un plus grand sous-schéma ouvert \(U' \subset U\) tel que \(h|_{U'} : U' \to V\) soit à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\) et que la formation de \(U'\) commute au changement de base. Soit \(X' \subset X\) le sous-espace ouvert dont les points correspondent à l’ouvert \(\Im(|U'| \to |X|)\). Le Lemme 0DSG montre que \(X' \to Y\) est à singularités au plus nodales de dimension relative \(1\) et que \(X'\) est le plus grand sous-espace ouvert possédant cette propriété (ceci implique aussi que \(U'\) est l’image réciproque de \(X'\) dans \(U\), mais nous n’en avons pas besoin). Puisque la même assertion vaut après changement de base, la démonstration est achevée.
La propriété de résolution
Nous poursuivons la discussion de Catégories dérivées des espaces, section 0GUR.
Situation
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) un espace algébrique quasi-compact et quasi-séparé sur \(S\). Soit \(V \to X\) un morphisme étale surjectif, où \(V\) est un schéma affine (un tel morphisme existe d’après Propriétés des espaces, Lemme 03H6). Choisissons un diagramme commutatif \[\xymatrix{ V \ar[rd]_\varphi \ar[rr]_j & & Y \ar[ld]^\pi \\ & X }\] où \(j\) est une immersion ouverte et \(\pi\) un morphisme fini d’espaces algébriques (un tel diagramme existe d’après le Lemme 082K). Soit \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_Y\) un faisceau quasi-cohérent d’idéaux de type fini sur \(Y\) tel que \(V(\mathcal{I}) = Y \setminus j(V)\) (un tel faisceau d’idéaux existe d’après Limites d’espaces, Lemme 0855).
Lemme
Dans la Situation 0GUY, supposons que \(X\) soit noethérien. Alors, pour tout \(\mathcal{O}_X\)-module cohérent \(\mathcal{F}\), il existe un entier \(r \geq 0\), des entiers \(n_1, \ldots, n_r \geq 0\) et une surjection \[\bigoplus\nolimits_{i = 1, \ldots, r} \pi_*(\mathcal{I}^{n_i}) \longrightarrow \mathcal{F}\] de \(\mathcal{O}_X\)-modules.
Démonstration
Notons \(\omega_{Y/X}\) le \(\mathcal{O}_Y\)-module cohérent tel qu’il existe un isomorphisme \[\pi_*\omega_{Y/X} \cong \SheafHom_{\mathcal{O}_X}(\pi_*\mathcal{O}_Y, \mathcal{O}_X)\] de \(\pi_*\mathcal{O}_Y\)-modules, voir Morphismes d’espaces, lemme 08AI et Descente sur les espaces, lemme 060Z. Le morphisme canonique \(\mathcal{O}_X \to \pi_*\mathcal{O}_Y\) induit un morphisme canonique \[\text{Tr}_\pi : \pi_*\omega_{Y/X} \longrightarrow \mathcal{O}_X\] Comme \(V\) est noethérien affine, nous pouvons choisir des sections \[s_1, \ldots, s_r \in \Gamma(V, \pi^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_Y} \omega_{Y/X})\] qui engendrent le module cohérent \(\pi^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \omega_{Y/X}\) sur \(V\). D’après Cohomologie des espaces, lemme 07UM, nous pouvons choisir des entiers \(n_i \geq 0\) tels que \(s_i\) se prolonge en un morphisme \(s_i' : \mathcal{I}^{n_i} \to \pi^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_Y} \omega_{Y/X}\). En prenant les images directes sur \(X\), nous obtenons des morphismes \[\sigma_i : \pi_*\mathcal{I}^{n_i} \xrightarrow{\pi_*s'_i} \pi_*(\pi^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_Y} \omega_{Y/X}) = \mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_X} \pi_*\omega_{Y/X} \xrightarrow{\text{Tr}_\pi} \mathcal{F}\] où l’égalité résulte de Cohomologie des espaces, lemme 0DK4. Pour achever la démonstration, nous allons montrer que la somme de ces morphismes est surjective.
Soit \(x \in |X|\) un point de \(X\). Soit \(v \in |V|\) un point d’image \(x\). Nous pouvons choisir un voisinage étale \((U, u) \to (X, x)\) tel que \[U \times_X Y = W \coprod W'\] (somme disjointe d’espaces algébriques), où \(W \to U\) est un isomorphisme et où l’unique point \(w \in W\) au-dessus de \(u\) s’envoie sur \(v\) dans \(V \subset Y\). Cela résulte du lemme 0ADU et de Morphismes étales, lemme 04HL. Après avoir encore rétréci \(U\) si nécessaire, nous pouvons supposer que la projection envoie \(W\) dans \(V \subset Y\). Comme la formation de \(\omega_{Y/X}\) commute à la localisation étale, nous voyons que \[\pi_*\omega_{Y/X}|_U = (\pi|_W)_*\omega_{W/U} \oplus (\pi|_{W'})_*\omega_{W'/U}\] Nous avons \((\pi|_W)_*\omega_{W/U} = \mathcal{O}_U\), et cet isomorphisme est donné par l’application trace \(\text{Tr}_\pi|_U\) restreinte au premier facteur de la décomposition ci-dessus. Comme \(W\) s’envoie dans \(V\), nous voyons que \(\mathcal{I}^{n_i}|_W = \mathcal{O}_W\). Par conséquent \[\pi_*(\mathcal{I}^{n_i})|_U = \mathcal{O}_U \oplus (W' \to U)_*(\mathcal{I}^{n_i}|_{W'})\] Une chasse au diagramme montre (détails omis) que \(\sigma_i|_U\) sur le facteur \(\mathcal{O}_U\) est le morphisme \(\mathcal{O}_U \to \mathcal{F}\) correspondant à la section \[s_i|_W \in \Gamma(W,\pi^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_Y} \omega_{Y/X}) = \Gamma(W, \mathcal{F}|_W \otimes_{\mathcal{O}_W} \omega_{W/U}) = \Gamma(U, \mathcal{F})\] Comme les sections \(s_i\) engendrent le module \(\pi^*\mathcal{F} \otimes_{\mathcal{O}_Y} \omega_{Y/X}\) sur \(V\) et comme \(W\) s’envoie dans \(V\), nous concluons que la restriction de \(\bigoplus \sigma_i\) à \(U\) est surjective. Comme \(x\) était arbitraire, la démonstration est achevée.
Lemme
Dans la situation 0GUY, supposons \(X\) noethérien. Alors \(X\) possède la propriété de résolution si et seulement si \(\pi_*\mathcal{I}\) est quotient d’un module localement libre de type fini sur \(\mathcal{O}_X\).
Démonstration
Le module \(\pi_*\mathcal{I}\) est cohérent d’après Cohomologie des espaces, lemme 07UH. Par conséquent, si \(X\) possède la propriété de résolution, alors \(\pi_*\mathcal{I}\) est quotient d’un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini. Réciproquement, supposons donnée une surjection \(\mathcal{E} \to \pi_*\mathcal{I}\) pour un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini \(\mathcal{E}\). Remarquons que, pour tout \(n \geq 1\), il existe une surjection \[\pi_*\mathcal{I} \otimes_{\mathcal{O}_X} \pi_*\mathcal{I}^n \longrightarrow \pi_*\mathcal{I}^{n + 1}\] Ainsi, \(\mathcal{E}^{\otimes n}\) s’envoie surjectivement sur \(\pi_*\mathcal{I}^n\) pour tout \(n \geq 1\). Nous concluons que \(X\) possède la propriété de résolution en combinant ceci avec le résultat du lemme 0GUZ.
Lemme
Dans la situation 0GUY, l’espace algébrique \(X\) possède la propriété de résolution si et seulement si \(\pi_*\mathcal{I}\) est quotient d’un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini.
Démonstration
L’image directe \(\pi_*\mathcal{G}\) d’un module quasi-cohérent de type fini sur \(\mathcal{O}_Y\), noté \(\mathcal{G}\), est un module quasi-cohérent de type fini sur \(\mathcal{O}_X\) d’après Descente sur les espaces, lemme 060Z. En particulier, si \(X\) possède la propriété de résolution, alors \(\pi_*\mathcal{I}\) est quotient d’un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini d’après Catégories dérivées des espaces, définition 0GUS.
Supposons que nous ayons une surjection \(\mathcal{E} \to \pi_*\mathcal{I}\) pour un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini \(\mathcal{E}\). Dans la suite de la démonstration, nous montrons que \(X\) possède la propriété de résolution en nous ramenant au cas noethérien traité dans le lemme 0GV0. Nous suggérons au lecteur d’omettre la suite de la démonstration.
Une première réduction consiste à considérer \(X\) comme un espace algébrique sur \(\Spec(\mathbf{Z})\), voir Espaces, définition 03I5. (Cela n’affecte ni les conditions ni la conclusion du lemme.)
D’après Limites d’espaces, lemme 07VR, nous pouvons écrire \(Y = \lim Y_i\), où \(Y_i\) est fini et de présentation finie sur \(X\) et où les morphismes de transition sont des immersions fermées. Considérons le sous-espace fermé \(Z = V(\mathcal{I})\) de \(Y\). Comme \(\mathcal{I}\) est de type fini, le morphisme \(Z \to Y\) est de présentation finie. Nous pouvons donc trouver un \(i\) et un morphisme \(Z_i \to Y_i\) de présentation finie dont le changement de base à \(Y\) est \(Z \to Y\), voir Limites d’espaces, lemme 07SK. Pour \(i' \geq i\), notons \(Z_{i'} = Z_i \times_{Y_i} Y_{i'}\). Après avoir augmenté \(i\), nous pouvons supposer que \(Z_i \to Y_i\) est une immersion fermée (de présentation finie), voir Limites d’espaces, lemme 0850. Notons \(\mathcal{I}_i \subset \mathcal{O}_{Y_i}\) le faisceau d’idéaux de \(Z_i\) et \(\pi_i : Y_i \to X\) le morphisme structural. De même pour \(i' \geq i\). Comme \(Z = \lim_{i' \geq i} Z_{i'}\), nous avons \[\pi_*\mathcal{I} = \colim \pi_{i', *}\mathcal{I}_{i'}\] Les morphismes de transition du système sont tous surjectifs, comme il résulte de la surjectivité des morphismes \(\pi_{i, *}\mathcal{O}_{Y_i} \to \pi_{i', *}\mathcal{O}_{Y_{i'}}\) et du fait que \(Z_{i'} = Z_i \times_{Y_i} Y_{i'}\). D’après Cohomologie des espaces, lemme 07U7, pour un certain \(i' \geq i\), le morphisme \(\mathcal{E} \to \pi_*\mathcal{I}\) se relève en un morphisme \(\mathcal{E} \to \pi_{i', *}\mathcal{I}_{i'}\). Après avoir augmenté \(i'\), ce morphisme \(\mathcal{E} \to \pi_{i', *}\mathcal{I}_{i'}\) devient surjectif (sinon la limite inductive des conoyaux, dont les morphismes de transition sont surjectifs, serait non nulle). Cela nous ramène au cas examiné au paragraphe suivant.
Supposons que \(X\) soit un espace algébrique sur \(\mathbf{Z}\) et que \(Y \to X\) soit de présentation finie. Par approximation noethérienne absolue, nous pouvons écrire \(X = \lim X_i\) comme une limite projective filtrante, où chaque \(X_i\) est un espace algébrique quasi-séparé de type fini sur \(\mathbf{Z}\) et les morphismes de transition sont affines, voir Limites d’espaces, proposition 07SU. Comme \(\pi : Y \to X\) est de présentation finie, nous pouvons trouver un \(i\) et un morphisme \(\pi_i : Y_i \to X_i\) de présentation finie dont le changement de base à \(X\) est \(\pi\), voir Limites d’espaces, lemme 07SK. Après avoir augmenté \(i\), nous pouvons supposer que \(\pi_i\) est fini, voir Limites d’espaces, lemme 084Z. Ensuite, nous pouvons supposer qu’il existe un module localement libre de type fini sur \(\mathcal{O}_{X_i}\), noté \(\mathcal{E}_i\), dont l’image inverse sur \(X\) est \(\mathcal{E}\), voir Limites d’espaces, lemme 0D2X. Nous pouvons aussi supposer qu’il existe un morphisme \(\mathcal{E}_i \to \pi_{i, *}\mathcal{O}_{Y_i}\) dont l’image inverse sur \(X\) est la composée \(\mathcal{E} \to \pi_*\mathcal{I} \to \pi_*\mathcal{O}_Y\), voir Limites d’espaces, lemme 07V7. Le conoyau \[\mathcal{E}_i \to \pi_{i, *}\mathcal{O}_{Y_i} \to \mathcal{Q}_i \to 0\] est un \(\mathcal{O}_{Y_i}\)-module cohérent dont l’image inverse sur \(X\) est le conoyau (de présentation finie) \(\mathcal{Q}\) du morphisme \(\mathcal{E} \to \pi_*\mathcal{O}_Y\). Autrement dit, nous avons \(\mathcal{Q} = \pi_*(\mathcal{O}_Y/\mathcal{I})\). Considérons le morphisme \[\mathcal{E}_i \otimes_{\mathcal{O}_{X_i}} \pi_{i, *} \mathcal{O}_{Y_i} \longrightarrow \pi_{i, *}\mathcal{O}_{Y_i} \otimes_{\mathcal{O}_{X_i}} \pi_{i, *} \mathcal{O}_{Y_i} \to \pi_{i, *} \mathcal{O}_{Y_i} \to \mathcal{Q}_i\] où la seconde flèche est donnée par la structure d’algèbre sur \(\pi_{i, *}\mathcal{O}_{Y_i}\). L’image inverse de ce morphisme sur \(Y\) est nulle, car l’image de \(\mathcal{E} \to \pi_*\mathcal{O}_Y\) est l’idéal \(\pi_*\mathcal{I}\). Par conséquent, d’après Limites d’espaces, lemme 07V7, après avoir augmenté \(i\), nous pouvons supposer que la composée affichée est nulle. Cela signifie exactement que l’image de \(\mathcal{E}_i \to \pi_{i, *}\mathcal{O}_{Y_i}\) est de la forme \(\pi_{i, *}\mathcal{I}_i\) pour un faisceau d’idéaux cohérent \(\mathcal{I}_i \subset \mathcal{O}_{Y_i}\). Comme \(\mathcal{E}_i \to \pi_{i, *}\mathcal{O}_{Y_i}\) s’identifie après changement de base à \(\mathcal{E} \to \pi_*\mathcal{O}_Y\), nous voyons que l’image inverse de \(\mathcal{I}_i\) sur \(Y\) engendre \(\mathcal{I}\). Notons \(V_i \subset Y_i\) le sous-espace ouvert dont le complémentaire est \(V(\mathcal{I}_i) \subset Y_i\). Alors \(V\) est l’image inverse de \(V_i\) d’après les remarques ci-dessus. Après avoir augmenté \(i\), nous pouvons supposer que \(V_i\) est affine et que \(\pi_i|_{V_i} : V_i \to X_i\) est étale, voir Limites d’espaces, lemmes 07SQ et 07SL. Ceci étant établi, nous pouvons appliquer le lemme 0GV0 pour conclure que \(X_i\) possède la propriété de résolution. Comme \(X \to X_i\) est affine, nous concluons que \(X\) possède lui aussi la propriété de résolution d’après Catégories dérivées des espaces, lemme 0GUU.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X = \lim X_i\) la limite d’un système projectif d’espaces algébriques quasi-compacts et quasi-séparés sur \(S\), dont les morphismes de transition sont affines. Alors \(X\) possède la propriété de résolution si et seulement si \(X_i\) possède la propriété de résolution pour un certain \(i\).
Démonstration
Si \(X_i\) possède la propriété de résolution, alors \(X\) la possède d’après Catégories dérivées des espaces, lemme 0GUU. Supposons que \(X\) possède la propriété de résolution. Choisissons \(i \in I\). Nous pouvons choisir un schéma affine \(V_i\) et un morphisme étale surjectif \(V_i \to X_i\) (Propriétés des espaces, lemme 03H6). Nous pouvons choisir une immersion \(j : V_i \to Y_i\) où \(Y_i\) est fini et de présentation finie sur \(X_i\) (lemme 0874). Nous pouvons choisir un idéal quasi-cohérent de type fini \(\mathcal{I}_i \subset \mathcal{O}_{Y_i}\) tel que \(V_i = Y_i \setminus V(\mathcal{I}_i)\) (Limites d’espaces, lemme 0855). Notons \(V \to Y \to X\) les changements de base de \(V_i \to Y_i \to X_i\) à \(X\). Notons \(\mathcal{I} \subset \mathcal{O}_Y\) l’image inverse de l’idéal \(\mathcal{I}_i\). D’après l’implication facile du lemme 0GV1, il existe un \(\mathcal{O}_X\)-module localement libre de type fini \(\mathcal{E}\) et une surjection \(\mathcal{E} \to \pi_*\mathcal{I}\). Remarquons que, puisque \(\pi_i : Y_i \to X_i\) est fini et de présentation finie, le morphisme \(\pi : Y \to X\) est lui aussi fini et de présentation finie, et les \(\mathcal{O}_{X_i}\)-modules \(\pi_{i, *}\mathcal{O}_{Y_i}\) et \(\pi_{i, *}(\mathcal{O}_{Y_i}/\mathcal{I}_i)\) sont de présentation finie et donnent après changement de base à \(X\) \(\pi_*\mathcal{O}_Y\) et \(\pi_*(\mathcal{O}_Y/\mathcal{I})\). Ainsi, d’après Limites d’espaces, lemme 07V7, après avoir augmenté \(i\), nous pouvons trouver un module localement libre de type fini sur \(\mathcal{O}_{X_i}\), noté \(\mathcal{E}_i\), et un morphisme \(\mathcal{E}_i \to \pi_{i, *}\mathcal{O}_{Y_i}\) dont le changement de base à \(X\) redonne la composée \(\mathcal{E} \to \pi_*\mathcal{I} \to \pi_*\mathcal{O}_Y\). Les images inverses des \(\mathcal{O}_{X_i}\)-modules de présentation finie \(\Coker(\mathcal{E}_i \to \pi_{i, *}\mathcal{O}_{Y_i})\) et \(\pi_{i, *}(\mathcal{O}_{Y_i}/\mathcal{I}_i)\) sur \(X\) coïncident comme quotients de \(\pi_*\mathcal{O}_Y\). Ainsi, d’après Limites d’espaces, lemme 07V7, nous pouvons supposer qu’ils coïncident, autrement dit que l’image de \(\mathcal{E}_i \to \pi_{i, *}\mathcal{O}_{X_i}\) est égale à \(\pi_{i, *}\mathcal{I}_i\). Nous concluons alors que \(X_i\) possède la propriété de résolution d’après le lemme 0GV1.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) un espace algébrique quasi-compact et quasi-séparé qui possède la propriété de résolution. Alors \(X\) a une diagonale affine sur \(\mathbf{Z}\) (au sens de Propriétés des espaces, définition 03BS).
Démonstration
Nous pourrions le démontrer comme dans le cas des schémas, mais nous allons plutôt déduire le lemme du cas des schémas. Tout d’abord, nous pouvons et voulons supposer \(S = \Spec(\mathbf{Z})\). Ensuite, choisissons un schéma \(Y\) et un morphisme entier surjectif \(f : Y \to X\), voir Espaces décents, lemme 09YB. Alors \(f\) est affine, donc \(Y\) possède la propriété de résolution d’après Catégories dérivées des espaces, lemme 0GUU. Ainsi, d’après le cas des schémas, le schéma \(Y\) a une diagonale affine, voir Catégories dérivées des schémas, lemme 0F8C. Considérons ensuite le diagramme commutatif \[\xymatrix{ Y \ar[d] \ar[rr]_{\Delta_Y} & & Y \times_{\mathbf{Z}} Y \ar[d] \\ X \ar[rr]^{\Delta_X} & & X \times_{\mathbf{Z}} X }\] Remarquons que la flèche verticale de droite est entière, donc en particulier affine. Soit \(W \to X \times_{\mathbf{Z}} X\) un morphisme avec \(W\) affine. Nous voyons alors que \[Y \times_{X \times_{\mathbf{Z}} X} W = Y \times_{\Delta_Y, Y \times_{\mathbf{Z}} Y} (Y \times_{\mathbf{Z}} Y) \times_{X \times_{\mathbf{Z}} X} W\] est affine. D’autre part, \(Y \to X\) est entier et surjectif, donc \[Y \times_{X \times_{\mathbf{Z}} X} W \longrightarrow X \times_{X \times_{\mathbf{Z}} X} W\] est entier et surjectif comme changement de base de \(Y \to X\) à \(W\). Nous concluons que le but de cette flèche est affine d’après Limites d’espaces, proposition 07VT. Il s’ensuit que \(\Delta_X\) est affine, comme souhaité.
Éclatements et propriété de résolution
Nous démontrons que la propriété de résolution est vérifiée après un éclatement.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) un espace algébrique quasi-compact et quasi-séparé sur \(S\). Supposons que \(|X|\) ait un nombre fini de composantes irréductibles. Il existe un ouvert dense quasi-compact \(U \subset X\) et un éclatement \(U\)-admissible \(X' \to X\) tels que l’espace algébrique \(X'\) possède la propriété de résolution.
Démonstration
D’après Limites d’espaces, lemme 0GUN, il existe un morphisme surjectif, fini et de présentation finie \(f : Y \to X\), où \(Y\) est un schéma, et un ouvert dense quasi-compact \(U \subset X\) tel que \(f^{-1}(U) \to U\) soit fini étale. D’après Compléments sur les morphismes, lemme 0GTT, il existe un ouvert dense quasi-compact \(V \subset Y\) et un éclatement \(V\)-admissible \(Y' \to Y\) tel que \(Y'\) possède une famille ample de modules inversibles. Après avoir rétréci \(U\), nous pouvons supposer que \(f^{-1}(U) \subset V\) (détails omis). Ainsi \(f' : Y' \to X\) est fini étale au-dessus de \(U\) et, en particulier, le morphisme \((f')^{-1}(U) \to U\) est fini localement libre. D’après le lemme 0B4K, il existe un éclatement \(U\)-admissible \(X' \to X\) tel que le transformé strict \(Y''\) de \(Y'\) soit fini localement libre sur \(X'\). Considérons le diagramme \[\xymatrix{ Y'' \ar[d] \ar[r]_g & Y' \ar[r] & Y \ar[d] \\ X' \ar[rr] & & X }\] Comme \(g : Y'' \to Y'\) est un éclatement dont le centre est contenu (Diviseurs sur les espaces, lemme 0864) dans l’image inverse du centre de \(X' \to X\), nous voyons que \(g : Y'' \to Y'\) est projectif et qu’il existe un module inversible \(g\)-ample sur \(Y''\). Par conséquent, d’après Compléments sur les morphismes, lemme 0GTP, nous voyons que \(Y''\) possède une famille ample de modules inversibles. Ainsi \(Y''\) possède la propriété de résolution, voir Catégories dérivées des schémas, lemme 0GMM. Nous concluons que \(X'\) possède la propriété de résolution d’après Catégories dérivées des espaces, lemme 0GUV.
Lemme
Soit \(S\) un schéma. Soit \(X\) un espace algébrique quasi-compact et quasi-séparé sur \(S\). Il existe un \(t \geq 0\) et des sous-espaces fermés \[X \supset Z_0 \supset Z_1 \supset \ldots \supset Z_t = \emptyset\] tels que \(Z_i \to X\) soit de présentation finie, \(Z_0 \subset X\) soit un épaississement et que, pour chaque \(i = 0, \ldots t - 1\), il existe un éclatement \((Z_i \setminus Z_{i - 1})\)-admissible \(Z'_i \to Z_i\) tel que \(Z'_i\) possède la propriété de résolution.
Démonstration
Dans ce paragraphe, nous utilisons l’approximation noethérienne absolue pour nous ramener au cas des espaces algébriques de présentation finie sur \(\Spec(\mathbf{Z})\). Nous pouvons considérer \(X\) comme un espace algébrique sur \(\Spec(\mathbf{Z})\), voir Espaces, définition 03I5 et Propriétés des espaces, définition 03BS. Nous pouvons donc appliquer Limites d’espaces, proposition 07SU. Il s’ensuit que nous pouvons trouver un morphisme affine \(X \to X_0\) avec \(X_0\) de présentation finie sur \(\mathbf{Z}\). Si nous pouvons démontrer le lemme pour \(X_0\), nous pouvons alors prendre les images inverses de la stratification et des centres des éclatements sur \(X\) et obtenir le résultat pour \(X\); nous utilisons ici le fait que la propriété de résolution monte le long des morphismes affines (Catégories dérivées des espaces, lemme 0GUU) et que le transformé strict d’un morphisme affine est affine – détails omis. Cela nous ramène au cas examiné au paragraphe suivant.
Supposons que \(X\) soit de présentation finie sur \(\mathbf{Z}\). Alors \(X\) est noethérien et \(|X|\) est un espace topologique noethérien (ayant un nombre fini de composantes irréductibles) de dimension finie. Nous pouvons donc raisonner par récurrence sur \(\dim(|X|)\). D’après le lemme 0GV5, il existe un ouvert dense \(U \subset X\) et un éclatement \(U\)-admissible \(X' \to X\) tel que \(X'\) possède la propriété de résolution. Posons \(Z_0 = X\) et soit \(Z_1 \subset X\) le sous-espace fermé réduit tel que \(|Z_1| = |X| \setminus |U|\). Par récurrence, nous trouvons un entier \(t \geq 0\) et une filtration \[Z_1 \supset Z_{1, 0} \supset Z_{1, 1} \supset \ldots \supset Z_{1, t} = \emptyset\] par des sous-espaces fermés, où \(Z_{1, 0} \to Z_1\) est un épaississement et il existe des éclatements \((Z_{1, i} \setminus Z_{1, i + 1})\)-admissibles \(Z'_{1, i} \to Z_{1, i}\) tels que \(Z'_{1, i}\) possède la propriété de résolution. Comme \(Z_1\) est réduit, nous avons \(Z_1 = Z_{1, 0}\). Nous pouvons donc poser \(Z_i = Z_{1, i - 1}\) et \(Z'_i = Z'_{1, i - 1}\) pour \(i \geq 1\), et le lemme est démontré.
Ce n’est là qu’une des définitions possibles. Une condition légèrement plus faible consisterait à exiger que la flèche pointillée existe localement pour la topologie fppf sur \(T'\). Cette notion plus faible possède, en un certain sens, de meilleures propriétés formelles.↩︎
En effet, nous pouvons vérifier que la diagonale \(X \to X \times_Y X\) est fermée sur les quatre parties ouvertes \(X'_i \times_Y X'_j\) de \(X \times_Y X\), où cela est clair.↩︎
Voici l’argument plus en détail. Choisissons un morphisme étale surjectif \(W' \to B'\) où \(W'\) est un schéma. Choisissons un morphisme étale surjectif \(W \to B \times_{B'} W'\) où \(W\) est un schéma. Choisissons un morphisme étale surjectif \(U' \to X' \times_{B'} W'\) où \(U'\) est un schéma. Choisissons un morphisme étale surjectif \(V' \to Y' \times_{B'} W'\) où \(V'\) est un schéma. Remarquons que \(U' \times_{W'} V' \to X' \times_{B'} Y'\) est surjectif et étale. Choisissons un morphisme étale surjectif \(T' \to Z' \times_{X' \times_{B'} Y'} U' \times_{W'} V'\) où \(T'\) est un schéma. Notons \(U\) et \(V\) les changements de base de \(U'\) et \(V'\) à \(W\). Le lemme affirme alors que \(X \times_B Y\) et \(Z'\) sont Tor-indépendants sur \(X' \times_{B'} Y'\) comme espaces algébriques si et seulement si \(U \times_W V\) et \(T'\) sont Tor-indépendants sur \(U' \times_{W'} V'\) comme schémas. Ainsi, il suffit de démontrer le lemme pour le carré de sommets \(T', U', V', W'\) et le changement de base par \(W \to W'\). La platitude de \(Y' \to B'\) et de \(Z' \to X'\) entraîne celle de \(V' \to W'\) et de \(T' \to U'\).↩︎